La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an. — Six mois
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- REVUE DES SCIENCES
- ET IIE LEWIS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- VINGT-DEUXIÈME ANNÉE *
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- PREMIER SEMESTRE
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- G. MASSON, ÉDITEUR
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- 22” ANNÉE. — N” 1070.
- 2 DÉCEMBRE 1803.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- BATEAU-VÉLOCIPÈDE
- On voit depuis l’été dernier, sur l’un des lacs du Dois de Boulogne, de petits canots de promenade qui sont mus par une hélice actionnée au moyen de pédales. Le mécanisme en est ingénieux.
- L’idée de remplacer les rames par des roues à aubes ou une hélice mues avec des pédales, n’est pas nouvelle; mais c’est la première fois que nous la voyons réaliser d’une façon assez pratique pour prendre les proportions d’une véritable entreprise. Le système moteur de ce nouveau bateau, imaginé
- Bateau-vélocipède du Bois de Boulogne à Paris.
- par M. Vallet, a beaucoup d’analogie avec celui des vélocipèdes, c’est ce qui a fait adopter le nom de bateau-vélocipède. L’un des modèles surtout, celui qui est représenté en bas de la gravure (ligure ci-dessus n° 2), et qui est construit pour une seule personne, rappelle tout à fait la bicyclette; dans un autre modèle, destiné à plusieurs personnes, on a remplacé la selle par un fauteuil, ainsi que le représente la vue d’ensemble en haut de la gravure.
- îîa année. — 1er semestre.
- Dans l’un comme dans l’autre système, le mo-, teur est le même. 11 se compose d’un arbre horizontal traversant l’arrière du bateau et portant l’hélice (n° 1); sur cet arbre sont calés deux pignons d’angle A et B qui viennent engrener l’un ou l’autre, à volonté, avec un troisième pignon monté sur un axe vertical. Celui-ci reçoit le mouvement des pédales par l’intermédiaire d’une chaîne sans fin agissant sur un engrenage ; un volant calé
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- sur le sommet de cet axe régularise et entretient le mouvement.
- L’arbre de l’hélice est mobile dans le sens de la longueur du bateau, ce qui permet, au moyen d’un système de leviers I) C, que le conducteur a sous la main, de faire engrener à volonté l’un ou l’autre des pignons A et B. On obtient ainsi, sans avoir à s’occuper de modifier le mouvement des péditles, la marche en avant ou la marche en arrière et même l’arrêt complet si on donne à l’arbre une position intermédiaire. Quant à la direction, elle s’obtient au moyen d’un guidon, analogue à celui des vélocipèdes, qui commande le gouvernail.
- Le rapport des engrenages est calculé pour obtenir une multiplication de cinq et le pas de l’hélice est de 58 centimètres ; chaque tour de pédale fait donc avancer le bateau de 2m,90. En supposant qu’on donne un coup de pédale à la seconde, on avancerait de 174 mètres à la minute ou 10 kilomètres et demi à l’heure. Mais en pratique on ne pourrait pas soutenir longtemps la vitesse d’un coup de pédale à la seconde et il faut aussi tenir compte de la résistance de l’eau qui croît très rapidement avec la vitesse du bateau. D’après nos essais personnels, nous croyons qu’on peut arriver à faire environ 8 kilomètres par heure, en eau calme et sans vent.
- Du reste cette question de vitesse n’a pas une grande importance, car c’est plutôt là un bateau de promenade qu’un bateau de course, et la vitesse importe peu pourvu quelle soit suffisante. Nous avons été surpris de la douceur du mouvement des pédales et de la facilité avec laquelle on manœuvre sans fatigue ; c’est un mode de locomotion fort agréable et que nous trouvons plus commode et plus à la portée de tout le monde que la rame ou la pagaie.
- G. Mareschal.
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- L’EXPLOITATION DU MICA
- On possède peu de renseignements sur l’exploitation du mica. Une des plus belles mines de mica de l’Amérique du Nord est située à deux lieues environ de la station de Rumney, de la ligne Berton-Lewel et Montréal. La mine se trouve à une altitude assez élevée ; arrivé à l’entrée des travaux, on aperçoit deux puits ayant une profondeur d’une dizaine de mètres, dont les parois, formées par des couches presque pures de mica enchâssées dans le feldspath et le quartz, brillent du plus bel éclat. Quelques ouvriers sont occupés à forer des trous de mine. Us se servent, à cet effet, d’un marteau d’un poids de 3 kilogrammes et d’un burin spécial, et travaillent sur des échafaudages très légers, en bois; d’autres puisent l’eau qui s’amasse au fond des puits. D’autres encore chargent la matière ainsi obtenue sur des chariots qui sont conduits au niveau du sol en roulant sur des plans inclinés. Le mica se trouve en couches d’une puissance moyenne de 50 centimètres à 1“,50 et s’exploite par blocs de 10 à 20 kilogrammes. Ces blocs sont cassés préalablement en morceaux d’une forme spéciale pour en faciliter le transport qui se fait au moyen de grands paniers; ils sont conduits alors dans l’atelier de préparation. Cet atelier se compose d’un bâti-
- ment fort spacieux, garni de deux longs bancs de travail fixés aux murs et surmontés d’un casier sur toute leur longueur. De lra,50 à lm,50 environ, se trouvent fixées sur les bancs, des cisailles en acier desservies chacune par un ouvrier. 11 y en a quinze pour tout l’atelier. Dans les casiers sont montés les calibres en bois dur, se rapportant à chaque cisaille, et d’après lesquels l’ouvrier découpe le mica en formes diverses. U opère en tenant d’une main le calibre posé sur le mica, et en écartant au moyen de la cisaille la matière superflue. Le produit ainsi obtenu est mis sur les bancs en paquets carrés d’un demi-kilogramme. On emploie la plupart de ces plaques de mica pour poêles et calorifères, mais elles servent également pour la confection des lampes électriques, et on en fait usage dans bien d’autres industries nécessitant des qualités exceptionnelles isolantes et incombustibles. Deux ouvriers préparent la matière brute venant du puits pour lui faire subir les opérations de la cisaille, en fendant les blocs en plaques de plus ou moins d’épaisseur. L’outil dont ils font usage ressemble beaucoup aux couteaux dont on se sert pour ouvrir les huîtres. On peut fendre le mica en plaques aussi minces qu’une feuille de papier. Ces plaques brillent alors de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Dans les bureaux de la Société qui exploite ces mines de mica, on peut voir une plaque de 50 centimètres de longueur sur 27cm,5 de largeur, d’une transparence parfaite, ainsi qu’un prisme hexagonal pesant 40 kilogrammes.
- LE CANAL DE LA BALTIQUE
- A LA MER DU NORD1
- On sait que le Gouvernement allemand fait exécuter actuellement, à la base de la presqu’île du Jutland, un travail important qui présente un intérêt considérable au point de vue stratégique et commercial : il s’agit, en effet, du percement du canal de la mer Baltique à la mer du Nord.
- Cette nouvelle voie maritime doit fournir un passage aux navires de commerce désireux d’éviter les défilés sinueux des Belts et du Sund, et surtout aux grands cuirassés passant d’une mer à l'autre, en allant de l’arsenal de Kiel à celui de Wilhelms-hafen.
- L’exécution des travaux a présenté, d’autre part, certaines difficultés spéciales qu’il était intéressant de signaler, et nous résumons à cet effet les renseignements que nous avons puisés dans la belle étude aussi élégante que précise présentée sur ce sujet par M. Fleury à la Société des ingénieurs civils. Cet ingénieur distingué y fait l’exposé des solutions adoptées par les ingénieurs allemands en discutant avec l’autorité qui lui appartient les observations techniques qu’elles peuvent soulever.
- Ainsi qu’il le rappelle tout d’abord, l’idée de percer le canal est fort ancienne et elle se justifie, du reste, au point de vue humanitaire et commercial. On observe, en effet, que le mouvement d’échange entre les deux mers prend tous les jours une extension nouvelle; le nombre des navires traversant annuellement les détroits a doublé de 1858 à 4892, et, à cette dernière date, il atteignait 45 000, repré-
- 1 Yoy. u° 739, dual) juillet 1887, p. Ia8.
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- sentant près de 14000000 de tonnes de jauge nette.
- En même temps, le nombre des sinistres maritimes reste toujours fort élevé dans ces dangereux parages, et on n’y compte pas moins de 6516 naufrages dans une période de vingt-sept ans allant de 1858 à 1885. Le percement du canal répond donc à de réels besoins, et M. Fleury rappelle que, en 1598, la Hanse de Lubeck faisait déjà creuser entre l’Elbe et la Trave un canal appelé le Secknitz, qui fut même l’un des plus anciens canaux à écluses.
- Toutefois, les dimensions des navires allaient déjà en augmentant au quatorzième siècle, et le Secknitz, devenu insuffisant, fut remplacé, cent vingt-cinq ans plus tard, par une autre voie plus large et profonde qui fut elle-même comblée ensuite ; on construisit, deux siècles après, le canal de l’Eider qui subsiste encore et conserve une fréquentation active.
- Le canal direct des deux mers, qui devait présenter l’avantage de faciliter la concentration de la flotte allemande, fut décidé en 1885 au Parlement par une loi prévoyant une dépense de 150 millions, et les travaux poursuivis depuis lors avec un remarquable esprit de suite, permettent aujourd’hui d’entrevoir l’achèvement prochain.
- Ce canal, dont la longueur totale doit atteindre 98km,650, part du port de Iloltenau dans la haie de Kiel pour aller aboutir à Brunsbüttel dans l’estuaire de l’Elbe. Le tracé, représenté dans la carte ci-contre, suit d’abord le contour sinueux du canal de l’Eider depuis Iloltenau jusqu’à Rendsburg distant de 58 kilomètres ; puis il se dirige à peu près en ligne droite vers Grunenthal où il franchit, par une tranchée de 44 mètres de profondeur, le seuil de partage des vallées de l’Eider et du Holstein. Il arrive enfin à Brunsbüttel en traversant une série de marécages et de marais tourbeux envahis parfois par les hautes marées de la mer du Nord. Dans tout le parcours, le tracé se maintient dans une dépression naturelle du terrain nettement limitée au nord et au sud, et qui s’imposait donc en quelque sorte au choix des ingénieurs.
- Le tracé reste en alignement droit sur une longueur de 62 kilomètres environ ; il comporte 55 kilomètres répartis en diverses courbes dont les rayons varient de 1500 à 6000 mètres. On rencontre même dans la partie du canal de l’Eider qu’on a voulu utiliser, une série de courbes de 1000 mètres de rayon raccordées par des alignements de 255 mètres seulement, qui s’étendent sur une longueur totale de 5km,200.
- On a eu soin d’ailleurs d’élargir le plafond du canal dans ces parties en courbe en le portant de 22 à 52 mètres pour donner un peu d’aisance aux bateaux de grande longueur, mais ces courbes si prononcées restent une des grosses difficultés de la navigation, et M. Fleury estime qu’on sera obligé de doubler l’élargissement dans un avenir prochain, ainsi qu’on l’a fait à Suez.
- La profondeur, qui varie de 9 mètres à 9m,80, paraît bien faible pour permettre le passage des
- gros cuirassés dont le tirant d’eau peut atteindre 8Q1,50. D’une manière générale, la section adoptée, variable suivant l’inclinaison des talus, atteint 400 à 480 mètres carrés; elle représente, par comparaison avec la section d’un navire de 78 mètres carrés, un rapport de 5 à 6, dépassant ainsi les sections adoptées dans la plupart des autres canaux, ainsi qu’on peut s’en rendre compte à l’examen des diagrammes donnés dans la figure.
- Malgré cette différence, M. Fleury estime qu’il sera difficile de défendre les berges contre les érosions, car les talus sont généralement formés de sable et de vase tourbeuse sans aucune consistance.
- Le déplacement même du navire détermine, en effet, à l’arrière, des mouvements d’eau fort violents; et, d’autre part, la dénivellation même des mers extrêmes créera d’autres courants qui ajouteront leur effort destructeur aux premiers. Les berges ne sont défendues jusqu’à présent que par des enrochements à sec, ou des revêtements en béton descendant à faible profondeur, sur une hernie en saillie située à 2 mètres seulement au-dessous du plan normal ; et, comme il est à craindre que celle-ci ne soit rapidement désorganisée, on se trouvera amené à adopter le revêtement maçonné partant du bas du profil.
- La dénivellation des mers extrêmes peut déterminer, comme nous l’avons indiqué, des courants violents fort dangereux pour les berges. Dans l’estuaire de l’Elbe, la différence de niveau des eaux, duc à Faction des marées, peut s’élever à 8m,40 au maximum, et elle atteint encore à 2m,79 en morte eau. Dans la baie de Kiel, à l’autre extrémité, l’influence des marées est très faible, mais l’action des vents peut créer cependant des dénivellations importantes, et il faut admettre que la différence de niveau entre les deux extrémités du canal peut aller, dans les cas les plus favorables, jusqu’à 7m,65.
- Un pareil écart déterminerait les courants les plus dangereux pour les berges si la communication était librement établie, et les ingénieurs allemands se sont donc décidés à adopter une solution radicale en fermant les extrémités du canal par une écluse, malgré la gêne qui en résultera pour la navigation. Il ne serait pas possible d’ailleurs de maintenir les écluses ouvertes, même lorsque la différence de niveau sera presque insensible, car il faudra prévenir en tout temps la pénétration des eaux de l’Elbe, lesquelles sont très chargées de sédiments et pourraient envaser le canal.
- Les écluses extrêmes du canal constituent des ouvrages importants établis d’après les types les plus récents, mais dont les dimensions peuvent paraître un peu faibles : elles ont en effet 25 mètres de largeur sur 150 mètres de longueur utile seulement.
- Elles reposent sur des massifs en béton d’une épaisseur de 5m,50 réduite à 2m,50 sous les sas Les fondations furent effectuées à Iloltenau dans de simples enceintes à pieux jointifs; mais ce procédé un peu primitif se trouva insuffisant à Brunsbüttel où le terrain est particulièrement meuble, et on ne
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- put réussir à épuiser les venues d’eau. Au lieu de recourir à l’air comprimé qui paraîtrait cependant mieux indiqué pour descendre à une profondeur qui atteignait 20 mètres, on se décida à excaver à la 'drague le sol vaseux, et on coula ensuite le béton sous l’eau.
- Le percement du canal proprement dit comporte des travaux de terrassements qui vont dépasser probablement 80 millions de mètres cultes.
- Les matières à enlever sont de nature assez variable sur le parcours : terres compactes argilo-sa-bleuses dans la partie orientale, puis purement sableuses au milieu et enfin chargées de tourbes dans la partie occidentale. Les travaux ont été exécutés toutefois dans des conditions uniformes en enlevant à l’excavateur les parties du sol situées au-dessus de l’eau, et «à la drague celles qui étaient au-dessous. Comme particularité intéressante, nous signalerons le procédé adopté pour la traversée des tourbes ma-
- récageuses de la partie occidentale; celles-ci étaient tellement légères que le sillon tracé par la drague se refermait immédiatement sans laisser aucune trace après le passage de l’outil, et l’on fut obligé d’isoler l’emplacement du canal par deux digues longitudinales en sable. On construisit d’abord sur pilotis une sorte de passerelle légère servant de chaussée pour amener des wagons chargés de sable qu’on déversait ensuite sur le terrain tourbeux. Ces déblais s’enfoncaient graduellement dans le sol sans consistance, et on continuait le déversement jusqu’à ce qu’on eut constitué une digue résistante. En certains points, la digue ainsi établie s’enfonça jusqu’à 27 mètres, et elle a absorbé jusqu’à 1000 mètres cubes de sable par mètre courant. On obtint ainsi deux digues parallèles entre lesquelles on déblayait ensuite la cunette, et on put effectuer d’ailleurs ce travail sans observer jamais aucun glissement des masses sableuses. Les coupes représen-
- Coupe transv'?de ladiguede sable.
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- Plan général et profil en long du canal de la Baltique
- la mer du Nord, avec la coupe des principaux canaux.
- tées dans la figure donnent le tracé de la section moyenne de ces digues.
- Comme autre travail intéressant, il faut signaler un ouvrage d’art tout à fait original ; c’est une grande digue en sable et terre argileuse construite à travers le lac Flemshüde, qui a pour but d’isoler du reste de ce lac une partie mise en communication avec le canal, et qui maintient en meme temps une différence de niveau atteignant 7 mètres. On voulait, en effet, utiliser une partie du lac comme garage du canal; et, d’autre part, comme le niveau des eaux y dépasse de 7 mètres celui du canal, il y aurait eu de graves inconvénients à laisser les eaux de toute la superficie s’écouler dans le canal, ce qui eût drainé tous les terrains environnants ; on s’est donc décidé à en isoler une partie par une digue constituée avec des déblais apportés en ce point. Sur le pourtour extérieur de cet ouvrage, on a établi un large fossé qui reçoit une dérivation des eaux de l’Eider, et qui sert de canal d’irrigation pour les terrains environnants, au niveau desquels il se trouve
- situé. Ces eaux sont ensuite déversées dans le canal par une chute de 7 mètres.
- Parmi les autres ouvrages d’art, on peut citer les ponts qui rétablissent les communications interrompues entre les deux rives du canal. Ceux-ci sont au nombre de cinq seulement sur tout le parcours; deux sont fixes laissant une hauteur libre de 42 mètres pour le passage de la mature des plus grands navires, et les trois autres sont tournants. Ceux-ci comportent une travée de 56 mètres tournant autour d’un axe vertical, disposition qui ne laisse pas que d’offrir certains dangers lorsque la circulation est un peu intense.
- Quoi qu’il en soit de ces diverses critiques, le canal des deux mers constitue un travail de grande importance, appelé sans doute à jouer un rôle considérable au point de vue militaire et commercial, et l’exécution présente un intérêt particulier en raison du soin extrême dont elle a été l’objet, dans des conditions souvent difficiles et quelquefois défectueuses. L. IL
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- VOITURE ÉLECTRIQUE
- Nous avons, à plusieurs reprises, décrit ici même un certain nombre de voitures électriques actionnées par des accumulateurs1. Les recherches dans cette voie datent de l’époque à laquelle l’accumulateur quitta le laboratoire de son véritable inventeur, notre regretté compatriote Gaston Planté, pour entrer dans la pratique industrielle. Mais l’imperfection même des premiers types au point de vue du débit, de la capacité, et de la solidité et de la durée des plaques, fut la cause principale, sinon l’unique, des insuccès des premières expériences qui datent de 1881. Mais les progrès des accumulateurs aidant, des tentatives plus récentes furent plus heureuses et nous avons eu l’occasion de présenter à nos lecteurs, dès 1888, deux dog-cars électriques 2 plus per-fecdonnés qui reçurent un commencement d’application en Angleterre et en Turquie.
- La voiture électrique que vient de réaliser M. Paul Pouchain, d’Ar-mentières, marque une nouvelle étape, et semble arriver assez près de la solution du problème pour que nous lui consacrions un article. Cette voiture représentée ci-dessus (fig. 1), est un phaéton à six places monté sur quatre roues ; toute la partie supérieure est mobile pour faciliter l’inspection et l’entretien des accumulateurs et du moteur électrique.
- Le courant électrique est fourni par une batterie d’accumulateurs Dujardin composée de six boîtes de neuf éléments, soit en tout cinquante-quatre éléments. Chaque boîte a 44 centimètres de longueur sur 55 centimètres de largeur et 51 centimètres de hauteur(fig. 2).
- Chaque élément renferme une plaque positive et deux plaques négatives montées dans une boîte en
- 1 Yoy. n° 1015, du 12 novembre 1892, p. 369.
- 2 Yoy. Dog-car électrique de M. Magnus Yolk (n° 765, du
- 28 janvier 1888). Dog-car électrique du sultan (n° 800, du
- 29 septembre 1888), etc.
- e'bonite. Les neuf éléments sont couplés entre eux en tension, d’une façon invariable. Pour assurer l’herméticité des éléments, la cuvette présente, à sa partie supérieure, un rebord dans lequel vient s’emboîter une plaque en ébonite dont les dimensions sont un peu plus faibles que celles du rebord : une plaque de caoutchouc de 1 millimètre d’épaisseur est fixée à la partie inférieure du couvercle et le déborde d’environ 1 centimètre, de sorte qu’en appliquant le couvercle sur la boîte, le caoutchouc se relève et ferme hermétiquement l’élément. L’ouverture de chaque élément, son inspection, sa surveillance et son entretien se trouvent ainsi grandement facilités. Les neuf éléments sont réunis dans une boite en pitch-pin goudronné, formant ainsi six groupes
- absolument indépendants qui communiquent avec un commutateur-coupleur par douze fils, deux par boîte. Ce commutateur en bronze constitue un cylindre à douze pans sur dix desquels sont montées des pièces de cuivre électriquement isolées du corps du commutateur et convenu Moment reliées entre elles d’une manière permanente. En agissant sur un levier, on peut imprimer une rotation au commutateur et lui faire prendre cinq positions différentes qui établissent des contacts entre les pièces de cuivre et quatorze mâchoires élastiques auxquelles aboutissent les douze fils venant des six batteries et les deux fils venant du moteur. Les connexions effectuées par le commutateur dans ses cinq positions sont les suivantes :
- Position de repos : Tous les accumulateurs liors circuit. Moteur en court-circuit formant frein pour l’arrêt.
- — première vitesse : Les six groupes montés en
- dérivation sur le moteur (17 volts).
- — deuxième vitesse : Trois groupés de deux en ten-
- sion (34 volts).
- — troisième vitesse .‘Deux groupes de trois en ten-
- sion (50 volts).
- — quatrième vitesse : Les six groupes en tension
- (100 volts).
- Le moteur est une dynamo série système Rech-
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- LA NATURE.
- niowski, d’une puissance normale de 2000 watts, mais qui peut, en cas de besoin, en produire le double. Il est place au centre de la voiture et actionne une transmission à mouvement différentiel par l’intermédiaire d’une chaîne à la Vaucanson.
- Au-dessus des roues d’arrière sont disposés quatre groupesd’accumulateurs, le moteur et le système différentiel de commande des roues; sous la banquette d’avant sont placés les deux autres groupes, le commutateur-coupleur et un coffre à outils. Contre le tablier d’avant, réminiscence du garde-crotte des anciennes voitures à chevaux, sont installés les appareils de mesure, un coupe-circuit, l’interrupteur des lampes installées dans les trois lanternes et un inverseur permettant de faire machine en arrière.
- Plan suivant A B.
- Fig. 2. — Coupe et plan de la nouvelle voiture électrique.
- B,B,B. Accumulateurs. — M. Machine. — C. Commutateur.
- Une prise de courant fixée sous la voiture permet de mettre la batterie en charge à l’aide de fils souples reliés à une source électrique ; la charge est effectuée en couplant convenablement les six groupes suivant la force électromotrice dont on dispose.
- Le mécanisme de direction agit sur l’avant-train, disposé comme celui des voitures ordinaires, mais complété par une commande à vis sans fin qui reçoit le mouvement d’un volant à axe horizontal placé sous la main du conducteur, par l'intermédiaire d’une paire d’engrenages coniques. Grâce à cette disposition, la direction donnée par l’avant-train se conserve indéfiniment tant que l’on ne touche pas au volant, ce qui facilite et assure la manœuvre et permet d’abandonner le volant à lui-même dans bien des circonstances : le changement de direction s’obtient en manœuvrant le volant qui obéit d’ailleurs au moindre effort exercé sur sa jante.
- D’après les renseignements qui nous sont fournis par M. Paul Pouchain, la voiture en ordre de marche pèse 1550 kilogrammes et peut recevoir six voyageurs. Une charge de la batterie lui permet d’effectuer, sur un pavé en moyen état, un parcours de 70 kilomètres aune vitesse moyenne de 16 kilomètres par heure. Le virage complet peut se faire sur une largeur de rue de moins de 4 mètres.
- En palier, sur un pavé moyen, la vitesse normale dépend naturellement du nombre d’accumulateurs montés en série, la plus grande vitesse (16 kilomètres par heure) correspondant au couplage des six groupes en tension. Les autres couplages donnent respectivement des vitesses de 8,6 et 5 kilomètres par heure ; dans ce dernier cas, les six groupes sont en dérivation et fournissent seulement 17 volts. C’est le montage qui correspond au démarrage qui se produit ordinairement à 40 ampères (680 watts). À la montée d’un pont recouvert de gravier, le courant s’est élevé à 100 ampères environ, sans nuire en rien aux accumulateurs qui, montés en dérivation, peuvent débiter normalement 120 ampères.
- La figure 1, reproduite d’après une photographie, montre que la voiture électrique construite par M. Pouchain n’a rien de disgracieux, et présente même l’avantage d’être plus courte qu’une voiture ordinaire de toute la longueur d’un cheval, question intéressante au point de vue de l'encombrement lorsque, dans quelques années, les progrès des accumulateurs aidant, les voitures électriques et même les fiacres électriques se seront généralisés. Ce sera, pour les usines centrales de distribution d’énergie électrique, un débouché important dont nous avons signalé depuis longtemps, ici même *, la possibilité et l’avenir pratique. Les résultats déjà obtenus démontrent que noire espoir d’il y a douze ans n’était pas chimérique, et prouvent que nous sommes à la veille de sa réalisation. Avant la fin du siècle, Paris aura cessé d’être l’enfer des chevaux pour devenir le paradis des fiacres électriques. E. Hospitalier.
- LES CHIENS DE TRAIT
- C’est un spectacle bien curieux pour un étranger, pour un Parisien surtout, qui arrive à Bruxelles, et surtout à Liège, pour la première fois, de voir, le matin, d’innombrables petites voitures chargées de fruits ou de légumes, qui arrivent au marché traînées par des chiens, dont les gais aboiements prouvent, non seulement qu’ils n’éprouvent aucune peine, mais, au contraire, une véritable jouissance. Il n’y a pas que les maraîchers et les paysans venant en ville qui se servent de ce genre d’attelage : les boulangers, les bouchers, les charbonniers, les laitiers, n’ont pas d’autre moyen de transport pour servir leur clientèle. La gravure ci-après (fig. I), reproduction d’une charmante photographie prise sur le vif, montre une laitière et son attelage.
- 1 Vov. n° 448, du 31 décembre 1881. p. 74.
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- Généralement chaque voiture n'est traînée que par un seul chien, mais il peut y en avoir plusieurs; ainsi, dans un beau tableau d’Hermann Léon représentant un relais de chiens et qui a figuré au Salon d’il y a trois ans, l’attelage est de cinq animaux.
- Le chien que l’on emploie ainsi à Bruxelles et aux environs à la traction des petites voitures, est un mâtin fort et râblé, plus trapu qu’un Grand Danois ou un Dogue allemand, généralement d’une couleur fauve terne ou noire plus ou moins taché de blanc, et à poil en quelque sorte demi-ras et rude. Du reste les paysans brabançons ne paraissent pas s’attacher à un type de race, à conformation, couleur et longueur de poil arrêtées; pourvu qu’il soit fort et énergique, c’est tout ce qu’ils demandent à leur coursier à griffes et à crocs.
- Les bons spécimens se vendent de 100 à 125 fr. En cours de service, ces chiens sont nourris de pain et de viande de cheval et leur entretien varie de 4 à 6 sous par jour. Le poids mort qu’ils remorquent est en moyenne de 500 kilogrammes; les dogues de forte race dépassent de beaucoup ce poids.
- Ces chiens sont très zélés pour leur service et l’accomplissent avec autant de plaisir que les chiens de chasse à suivre la piste du gibier.
- Un exercice qui fait bien ressortir leurs qualités et montre le degré d’émulation dont ils sont doués, c’est celui des courses qui ont fréquemment lieu par suite des défis que se portent les possesseurs de chiens : on a reproduit, dans le journal l’Ële-veur, en 1887, une gravure représentant une de ces courses. Le champ est une grande route et le but est à deux ou trois kilomètres; tous les passants peuvent jouir du spectacle gratis pro Deo.
- Les concurrents se mettent en ligne et l’impatience des coursiers, qui se manifeste de la voix et du geste, ne peut être modérée qu’à grands coups de fouets. Enfin le signal est donné et ils partent à fond de train avec force aboiements. Les chutes sont fréquentes et les conducteurs mordent souvent et littéralement la poussière ; mais les automédons en blouse courte sont vite relevés et replacés sur leurs chars, excitant de nouveau leurs vigoureux coursiers, et ceux qui sont le plus souvent tombés ne sont pas pour cela les derniers arrivés au but.
- La vélocité d’un attelage de chiens est souvent telle qu’on a vu des paris de vitesse engagés entre un cabriolet attelé d’un bon cheval et un de ces attelages, et être gagné par ce dernier.
- Un bon chien de trait coûte moins d’entretien, disent les Belges, et se vend moins cher qu’un âne ordinaire, tout en faisant souvent autant de besogne.
- Il est assez curieux de constater que, parmi les pays civilisés, la Belgique est à peu près le seul qui nous présente le spectacle habituel de chiens attelés. Pourquoi y répugne-t-on dans les autres contrées ? En réalité, — comme le disait notre ami Frécbon, à propos d’une histoire dont nous parlerons plus bas,— le fait de mettre un animal fort et vigoureux, suffisamment nourri et entraîné, dans les bran-
- cards d’une petite voiture, de lui imposer un effort de traction proportionné à sa puissance musculaire, est-il en soi si choquant? Est-il dénaturé à impressionner désagréablement le plus sensible des membres de la Société protectrice des animaux? Pour ma part, je ne le pense pas. Pourquoi un chien, convenablement enharnaché dans une petite voiture à sa taille, nous choquerait-il plus qu’un âne ou un mulet travaillant dans les mêmes conditions ?
- En France, la répugnance à atteler les chiens est doublée de l’idée que cela est défendu. Or cette question de jurisprudence a été vidée à l’occasion d’un fait auquel nous faisons allusion plus haut en rapportant les paroles de notre ami Fréchon émises à ce sujet.
- Voici le fait qui se passa en 1889 et dont s’occupèrent alors les journaux quotidiens :
- M. Francis Nautet, littérateur belge, partit de Bruxelles dans une charrette attelée de deux chiens pour venir visiter l’Exposition universelle, et, après sept jours de voyage, il était à Paris. Au cours de sa promenade fantaisiste, M. Nautet rencontra quelques obstacles qui retardèrent son arrivée, notamment un incident que souleva son passage à Louvroil (Nord). Dans cette localité, le maire, s’appuyant sur la loi Grammont, refusa de laisser l’excursionniste continuer son voyage s’il ne changeait pas de moyens de locomotion. Le voyageur eut alors une idée originale : il mit ses chiens dans sa voiture et les traîna jusqu’à la limite du territoire de la commune! Parvenu ainsi hors de la juridiction du maire de Louvroil, M. Nautet remit ses chiens à l’attelage et poursuivit sa route, en ayant soin d’éviter autant que possible les villes. De Compiègne, l'excursionniste télégraphia à des amis de Paris qui allèrent l’attendre en grand nombre sur la route, au moment indiqué par lui pour son arrivée. M. Nautet effectua son retour par le même moyen de transport.
- La question de droit soulevée par ce voyage original avait été résolue cette même année 1889, le 19 janvier, par la Cour de cassation, dans un arrêt rendu dans les circonstances suivantes :
- Une femme, Eugénie L-.*, avait attelé un chien à une petite charrette pesant 60 kilogrammes avec son contenu, et lui avait fait parcourir 12 kilomètres aller et retour. Le chien n’avait pas été maltraité, s’était reposé à différentes reprises, et était arrivé au terme de son voyage sans fatigue apparente.
- Procès-verbal avait été dressé, et le tribunal de simple police de Château-Thierry, saisi de l’affaire, par son jugement du lOnovembre 1888, avait conclu à une simple contravention. La question portée devant la Cour de cassation, celle-ci rendit, le 19 janvier 1889, l’arrêt suivant :
- « La Cour, sur le moyen tiré de la violation de la loi du 2 juillet 1850, relative aux mauvais traitements exercés envers les animaux domestiques; attendu que Eugénie L.... a été poursuivie pour avoir, le 3 novembre 1888, fait traîner par un chien de moyenne taille sur un parcours d’environ 12 ki-
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- lomètres, aller et retour compris, une voiture à deux roues, pesant environ 60 kilogrammes avec son chargement; attendu que l’article unique de la loi du 2 juillet 1850 ne punit que les mauvais traitements exercés publiquement et abusivement envers les animaux domestiques; que le seul l’ait d’atteler un chien à une voiture ne saurait constituer par lui-même et indépendamment de toute autre circonstance, un mauvais traitement abusif;
- « Attendu que le jugement attaqué constate qu’aucun acte de brutalité ou de violence n’a été relevé contre la prévenue, etc.
- « Par ces motifs, rejette, etc. »
- Ainsi on peut atteler des chiens en France, per-
- sonne n’a le droit d’y trouver à redire si on ne les brutalise pas. Combien les populations des terres arctiques, déjà si misérables, seraient malheureuses sans le chien ; c’est bien à elles que pourrait s’appliquer l’adage des anciens Aryas : « L’homme ne subsiste que par le chien ». En effet, c’est leur seul animal domestique; il leur tient lieu de tout, de cheval et de bœuf.
- Les chiens du Groenland, de la Sibérie, du Kamtchatka appartiennent tous à la meme variété, d’une taille de 55 à 60 centimètres, à museau pointu, à oreilles droites, à pelage long et épais d’une couleur ordinairement blanc jaunâtre, ne différant, guère du loup que par leur queue qui est en trompette
- Fig. 1. — Petite voiture d’une laitière de Bruxelles. (D'après une photographie.)
- au lieu d’ètre pendante. Le chien des Esquimaux en est le type. Nous en donnons une figure exacte d’après une photographie (fig. 3). Le chien du Labrador est du même groupe, mais il a généralement une couleur d’un fauve plus foncé.
- C’est attelés à des traîneaux qu’on appelle sleigs ou kometiks, suivant les régions, que sont employés les chiens dans les pays glacés (fig. 2). Leur harnais consiste dans une simple bande de cuir, ou bricole, fixée sur le poitrail et à laquelle sont attachées de simples cordes en guise de trait. Pas de mors, partant pas de guides, la voix du maître dirige les coursiers et son fouet les stimule. En tète de l’attelage, l’Esquimau voyageur a soin de placer une bête intelligente et fidèle qui est chargée de conduire toutes les autres.
- Dix à quinze chiens, dit Benedict Revoil, attelés ensemble et conduits par un Captain Dog, franchissent de 50 à 40 kilomètres par jour, en traînant un poids de 500 à 750 kilogrammes à travers des espaces couverts de neige durcie ou des rivières congelées. Lorsque la neige a disparu, les chiens sont lâchés en liberté et pourvoient eux-mêmes à leur subsistance. Au retour des frimas, ils reviennent d’eux-mêmes prendre leur collier de misère. Leur odorat est très subtil et leur permet de suivre les pistes, même au milieu des tempêtes de neige, et d’amener le voyageur au toit hospitalier vers lequel il se dirige.
- M. Victor Meunier, dans une de ses Causeries scientifiques, rapporte un moyen très curieux — s’il est vrai, si l’auteur ne s’en est pas laissé conter
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- par un voyageur hâbleur — employé par les habi- I rir plus vite : « Chaque habitant du Labrador enlre-tants du Labrador, pour exciter leurs chiens à cou- ] tient dix à douze chiens esquimaux, ce sont ses
- Fig. 2. — Attelage de chiens esquimaux.
- coursiers, les seuls qu’il puisse avoir, et ils ne lui servent que pendant l’hiver. Six ou huit sont attelés à un petit traîneau où le maître se place; le fouet claque, l’attelage part comme une flèche et vingt lieues sont franchies dans l’espace de six heures. Or voici, d’après un voyageur, de quelle façon ingénieuse et perfide s’obtient cette rapidité soutenue.
- « La veille du départ, tous les chiens ont été soumis à un jeûne rigoureux : ventre affamé ayant de bonnes jambes chez le chien. J’ai dit tous, il faut en excepter un : c’est le meilleur coureur que le maître prend ostensiblement dans sa maison et couvre de caresses au nez de ses
- camarades. Une préférence aussi criante remplit ces derniers d’une douleur féroce qu'ils se promettent
- de faire payer cher au favori dès que l’occasion se présentera.
- a Elle s’offre dès le lendemain quand, attelés au traîneau, les chiens jaloux voient à leur tète l’animal privilégié. À peine est-il dans le harnais que les autres s’élancent pour le dévorer. Lui de fuir; eux de poursuivre.... emportant, avec le traîneau qui à peine effleure la neige, l’homme satisfait du succès de sa ruse. C’est ainsi qu’on exploite la passion de ces pauvres animaux.... exactement comme celle des hommes. »
- Brehm donne d’autres raisons plus vraisembla-
- Fig. 3. — Le-chien des Esquimaux. (D’après une photographie.)
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- blés de l'ardeur des chiens esquimaux lorsqu’ils sont attelés.
- « C’est seulement à l’aide de leurs chiens que les Esquimaux peuvent tirer parti, pour leur subsistance, des faibles ressources que présente le triste pays qu’ils habitent. Pendant la courte durée de l’été, ils chassent le renne sauvage dont la chair leur sert de nourriture et dont la peau fournit la meilleure partie de leur habillement. Dans l’hiver, lorsque la faim, les tirant de leur misérable hutte, les oblige à aller en quête de nouvelles provisions, ils poursuivent le veau marin dans les retraites que cet animal se ménage sous la glace, ou attaquent l’ours qui rôde le long des côtes ; or, toutes ces ressources leur seraient interdites sans le courage et la sagacité de leurs chiens. Ces animaux aperçoivent à un demi-quart de lieue le trou d’un veau marin, et sentent un renne ou un ours à une distance presque aussi grande. L’ardeur qu’ils ont pour attaquer ce dernier est telle que, lorsqu’ils sont attelés à un traîneau, il suffit de prononcer le mot ISeuvrouk, qui est le nom de l’ours dans la langue des Esquimaux, pour que tout l’attelage parte au grand galop. D’ailleurs cette ardeur, jointe à la faim qui les presse continuellement en hiver, les rend difficiles à gouverner, de sorte que si, dans le cours de leur route, ils sentent un renne, un ours ou un veau marin, il est presque impossible de les empêcher de courir sus. »
- Les chiens sont attelés au traîneau — continue M. Gerbe, traducteur de Brehm, auquel nous empruntons encore ce qui suit — au moyen d’un harnais assez semblable aux bretelles dont les porteurs d’eau et les commissionnaires, à Paris, font usage pour traîner leur petite voiture. C’est un collier formé de deux bandes de cuir de renne ou de veau marin, qui passent autour du cou, sur la poitrine et entre les jambes de devant, puis viennent se réunir sur les épaules où elles s’attachent à une forte courroie dont l’autre extrémité est fixée au traîneau.
- Le point le plus important, quand on forme un attelage, est de choisir un bon chef de file. Pour cela on n’a égard ni à la taille, ni à l’âge, ni au sexe; ce que l’on cherche, c’est que le chien soit intelligent et qu’il ait un bon nez. Quand à ces deux qualités, qui sont les principales, se trouve jointe une grande force, l’animal est sans prix. Les autres chiens sont disposés d’après le même principe, c’est-à-dire qu’ils se trouvent d’autant plus en avant qu’ils ont plus d’intelligence et meilleur odorat; le plus inhabile se trouve à 10 pieds seulement de l’extrémité du traîneau; le chef de file en est à 20 pieds et à 2 pieds environ de tout l’attelage. Quant aux autres, ils ne sont pas rangés exactement en ligne, il y en a toujours plusieurs qui tirent de front.
- Le conducteur du traîneau est assis à l’avant, jambe de çà, jambe de là, ses pieds touchant presque la neige. Il porte à la main un fouet de 6m,50, y compris le manche qui a environ 50 centimètres, et qui est de bois ou d’os de baleine. Ce n’est que par
- un long exercice qu’on peut apprendre à se servir d’un pareil fouet; mais les Esquimaux sont habitués à le manier dès l’enfance et cela fait chez eux une partie essentielle de l’éducation. Du reste, en conduisant leur traîneau, ils évitent autant que possible d’en faire usage et il ne sert qu’à corriger individuellement quelque chien, car il apporte fréquemment le trouble dans l’attelage. Pour faire hâter le pas aux chiens, les faire tourner à droite ou à gauche, il suffit de la voix. Les Esquimaux ont pour cela, comme nos charretiers, certains mots que les chiens entendent fort bien. Le chef de file, en particulier, y est fort attentif et ne manque guère d’obéir, surtout si, avant de lui donner l’ordre, on a eu soin de l’appeler par son nom. Dans ce cas, on le voit tourner la tête par-dessus l’épaule, sans d’ailleurs ralentir le pas, comme pour indiquer qu’il a compris.
- P. Mégnin.
- L’HUILE SUR L’EAU
- SON INFLUENCE SUR LA PÊCHE
- La Nature a souvent entretenu ses lecteurs de l’action de l’huile sur l’eau agitée : dernièrement encore elle leur faisait connaître à ce sujet d’intéressantes expériences de laboratoire 1 ; mais, jusqu’à présent, on n’avait, que je sache, traité la question que sous le rapport de l’apaisement des flots courroucés et de la protection des bateaux.
- Cet été, en causant pèche avec un de mes amis qui possède des propriétés dans le midi de l’Espagne, il me dit que la sole abonde à l’embouchure du Guadarranque, petite rivière qui se jette dans la baie d’Algésiras, près de Gibraltar. On y pèche ce poisson à l’aide d’une sorte de lance, par une profondeur d’eau de 1 mètre à lm,50 d’eau et même plus. Comme, par l'effet du vent, du flux et des courants, la surface de la rivière n’est pas nette et unie (ni transparente par conséquent), le pêcheur de soles ne saurait que faire de sa lance s’il ne répandait pas sur les eaux dont il veut explorer et exploiter le fond, quelques gouttes d’huile dont il porte une bouteille. L’huile dissipe les rides de la surface liquide et notre homme peut alors tout à son aise chercher la sole sur le sable cher à ce poisson.
- Voulant me rendre compte de l'efficacité du moyen, j’ai fait verser quelques gouttes d’huile à un endroit du Gave d’Oloron où ce torrent est très rapide mais peu profond (20 à 25 centimètres). L’eau y est ridée, par l’effet de sa vitesse ; elle glisse sur un fond de cailloux d’inégale grosseur : partant, elle n’est pas transparente malgré sa grande limpidité ; mais l’huile dissipe les rides et, sous son action, le fond apparaît parfaitement visible. On y distingue nettement les moindres détails. Peut-être ferai-je la photographie de ce fond avant et après le coulage de l’huile. Ce sera un procédé, s’il réussit, que ne devront pas oublier ceux qui s’occupent de photographie submarine.
- En tout cas, les faits qui précèdent, à mon sens, méritent d’ètre signalés : l’huile y joue un rôle moins important que dans les tempêtes, mais tout aussi digne d’ètre étudié. Mis de Camarasa.
- Carrosse, 21 novembre 1893.
- 1 Voy. n° 1055, du 19 août 1893, p. 189.
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- LA NATURE
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- MOUVEMENTS DU SOL VU CHIUI
- A Santiago, depuis quarante ans, on a observé des variations diurnes que l’on avait d’abord attribuées à l’action de la chaleur sur le mont Santa-Lucia. Mais, l’Observatoire ayant été dernièrement placé dans une plaine, au sud de la ville, le directeur, M. Obrecht, a constaté que journellement, depuis le milieu du jour jusqu’à 9 heures du soir, la partie Nord-Est du sol se soulève pour redescendre graduellement jusque vers 7 heures du matin. Ces curieuses variations diurnes peuvent atteindre une amplitude de 5" à 4". Depuis juillet jusqu’en septembre, on a été témoin du mouvement continu de soulèvement de la partie Nord-Est, puis, de septembre à novembre, d’un mouvement continu de soulèvement de la partie Est. L’amplitude totale s’élève à 55" eniiron.
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- BALANCE SANS FLÉAU
- FAITE AVEC UN ARÉOMÈTHE A POIDS CONSTANT1
- Bien des amateurs de physique, chimie, ou sciences connexes, lorsqu’ils procèdent à leurs expériences, surtout à la campagne, ne disposent pas d’une balance, de précision accusant le centigramme, par exemple. Outre que les appareils de ce genre sont d’un prix assez élevé, ils ne sont pas aisément transportables. Nous leur conseillerons l’emploi d’une méthode simple, rapide, très peu coûteuse et permettant toutefois d’apprécier avec une rigueur suffisante de faibles poids : d’un gramme et au-dessous.
- Tout le monde a lu, dans les cours élémentaires de physique, que les aréomètres de Nicholson et de Fahrenheit constituent de véritables balances d’une grande sensibilité. Souvent les mêmes auteurs expliquent aussi les raisons qui s’opposent à l’emploi de ces appareils dans les laboratoires pour mesurer le poids des corps. Ces objections relatives aux frottements qui s’exercent entre le liquide et le tlotteur, ou tirées des perturbations capillaires, nous importent peu et nous ne les développerons pas, parce que nous ne visons point à une précision absolue et que nous ne nous adressons point aux chimistes parfaitement outillés. Pour eux, en effet, l’emploi de la balance qu’ils possèdent suffit très bien; d’autre part, les aréomètres à volume constant de Nicholson ou de Fahrenheit ne se rencontrent guère chez les simples amateurs, mais plutôt chez les spécialistes près desquels notre communication sera presque inutile.
- Au lieu de se procurer un instrument de ce genre dont l’usage, apres tout, est assez limité, il s’agit d’utiliser un appareil encore moins cher, très répandu, et qui pourra, l’expérience une fois finie, reprendre son rôle ordinaire. Nous voulons parler du densimètre ou mustimèlre de Salleron qui ne coûte que 3 francs et dont l’emploi pour peser les moûts de raisins (ou les jus sucrés) se répandra de plus en plus aux dépens du pèse-moût de Baumé dont la graduation est arbitraire. On sait que cet aréomètre est à volume variable, à poids constant, à échelle
- 1 Voy. Les balances sans fléaux, n° 152, du 11 décembre 1875, p. 27.
- descendante. Plongé dans l’eau pure, notre flotteur marquera 1,000 au point d’affleurement; immergé dans un moût, un sirop, une solution saline, une liqueur acidulée, il en indiquera immédiatement la densité (jusqu’aux millièmes) par le numéro de la division la plus voisine du niveau du liquide, pourvu bien entendu qu’il s’agisse de liqueurs moins denses que 1,100, chiffre qui marque au bas de la tige la limite extrême de l’échelle.
- Tel est l’instrument qu’il s’agit de transformer en balance ou, pour mieux dire, en aréomètre de Nicholson. Au moyen d’un sou, simple ou double, et d’une paire de ciseaux, nous découperons un cercle de carton dans une carte de visite d’épaisseur moyenne (fig. 1). Enlevons ensuite à vue d’œil un petit secteur correspondant à un angle très aigu et formons le cône dont la figure se trouve être le « développement ». Après le collage des génératrices contiguës, nous obtiendrons une sorte d’entonnoir très évasé, qui sera le plateau de notre petite balance. Puis, enroulons en tuyau un autre fragment de la même carte et collons ce tube sur la pointe du cône, dans le prolongement de son axe.
- L’aréomètre nageant dans l’eau ou dans tout autre liquide, nous en coifferons le sommet de la tubulure grossière que nous venons de confectionner. L’instrument surchargé s’enfoncera quelque peu, et nous constaterons facilement qu’un léger poids déposé sur le plateau le fera immerger d’une fraction sensible de la longueur de la tige.
- Il va sans dire que, dans l’eau pure, notre flotteur s’enfonce déjà par lui-même jusqu’au haut de l’échelle graduée et que, la petite surcharge du plateau aidant, le carton risquerait d’être mouillé au moindre déplacement. Pour parer à cet inconvénient et ramener le point d’affleurement dans les limites de la bande divisée, nous opérerons avec une solution arbitraire, mais moyennement concentrée de sel de cuisine (100 à 150 grammes, par exemple, dissous dans un litre d’eau). Muni de son petit plateau, l’appareil s’enfonce jusqu’à une division quelconque de l’échelle. Nous noterons le numéro de cette division, soit 1,080, et nous projetterons dans le plateau un poids de 1 gramme, par exemple, en supposant qu’il s’agisse de peser des poids égaux à 1 gramme ou voisins du gramme. L’aréomètre surchargé s’enfoncera et une fois ses oscillations amorties, nous lirons le numéro de la division d’affleurement : 1,020, par exemple. Enlevons le poids : après nous être assurés que le niveau est revenu exactement à 1,080, nous serons certains que tout poids qui, posé dans le plateau, ramènera l’affleurement à 1,020 équivaudra au gramme.
- Il est clair qu’on ne réussira qu’au bout de quelques tâtonnements, qu’il faudra préparer une solution de force convenable et ne pas essayer de poids trop lourds. Pour la liqueur, le mieux est de la préparer très concentrée et de l’étendre ensuite d’eau pure. Si l’on éprouve quelque difficulté à reconnaîlre le point exact d’affleurement, il suffit d’ajouter à l’eau
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- LA NATURE.
- salée quelques cristaux de bichromate de potassium, substance qui colorera la liqueur et facilitera la lecture du point critique.
- 11 est évident, d’ailleurs, qu’il ne faut se préoccuper ni des variations éventuelles du titre de la liqueur d’essai, pourvu qu’elle reste limpide et propre, ni des corrections capillaires, ni de toute autre cause d’erreur. Il suffît de noter à chaque expérience l’enfoncement produit par le poids type; à une immersion identique correspondra un poids égal. Pour les objets plus ou moins lourds que le poids étalon, on se basera sur les divisions mômes de l’échelle et l’on proportionnera le poids à la longueur submergée. Il est vrai que les degrés du den-simètre vont en se rapprochant du sommet à la base, mais cette variation est très lente. Un calcul des plus simples montre qu’il est avantageux d’opérer avec une solution saline qui ne soit pas dense à l’excès, ipie la masse de l’aréomètre ou son volume total n’ont aucune influence sur la sensibilité de la méthode, mais que celle-ci donne des résultats d’autant meilleurs que la tige aréométrique est plus fine (et, bien entendu, les divisions plus rapprochées).
- Comme le pro -cédé est très rapide, on peut, sans perdre de temps, recommencer plusieurs fois l’opération et prendre des moyennes s’il y a lieu1.
- Si l’on n’a pas d’éprouvette à sa disposition, un simple vase à fleurs, de ceux qui ornent les cheminées ou les consoles, en tiendra lieu. Le gramme peut également faire défaut : il est facile d’y suppléer avec une pièce de 20 centimes en argent. On
- 1 Avec un instrument dont la tige cylindrique a 6 millimètres de diamètre, c’est-à-dire dans des conditions assez défavorables, nous avons obtenu, pour une surcharge de 1 gramme, une immersion de 43 divisions (chacune de 0“m,8). L’erreur commise sur le gramme ne saurait donc dépasser 2 ou 3 pour 100. (Voy. fig. 2.)
- Si l’on désigne par S la densité de la liqueur salce, par l la longueur émergée, évaluée à partir de l’origine, par — dl sa variation (négative, puisqu’elle s’opère en sens inverse de la graduation), par p le poids ajouté et par s la section
- de la tige, la sensibilité, c’est-à-dire le rapport — sera 1
- représentée par — et dépendra surtout de la petitesse de s,
- Fig. 1 et 2. — Balance construite avec un aréomètre à poids constant. — Fig. 1. A. Confection du plateau conique en carton. — aoa. Secteur découpé. — B. Plateau muni de sa douille en carton. — aa. Génératrices de raccordement. — o. Sommet du cône. — d. Douille. — C. L’instrument garni de son plateau nageant dans un vase à Heurs. — Fig. 2. — Dessin explicatif de la note du bas de la page.
- jettera successivement plusieurs de ccs piécettes sur le plateau de l’aréomètre, ce qui permettra, par parenthèse, de constater dans leurs poids respectifs des divergences individuelles de plus d’un dixième. On éliminera celles qui semblent trop lourdes ou trop légères et l’on choisira une pièce de poids égal à celui de la moyenne générale. En l’assimilant au vrai gramme réglementaire, on ne commettra pas d’erreur sensible.
- Une réflexion pour terminer. Le procédé que nous venons d’exposer s’appliquerait parfaitement au lactodensimètre de Quévènne pourvu que le plateau lut très léger. 11 deviendrait pratique avec un aréomètre destiné aux liquides moins lourds que l’eau, car, alors, la préparation d’une liqueur salée serait superflue et l’eau pure suffirait. Théoriquement,
- l’alcoomètre centésimal, gradué à l’échelle de Gay-Lussac, est susceptible d’adapta-lion; mais, dans le modèle le plus vulgaire, les divisions de l’échelle se succèdent très inégales, ce qui est un in-convénient majeur, et la tige manque quelquefois de finesse. Au contraire, on obtiendrait des résultats d’une grande précision avec l’œnobaro-mètrellondartou même avec les alcoomètres à échelle incomplète qui font partie du matériel accessoire de l’alambic Salleron. Mais ces appareils ne se rencontrent ordinairement que dans les laboratoires bien organisés où l’emploi de la balance dispense d’utiliser une méthode approchée dont profiteront peut-être les amateurs disposant de moins de ressources. Antoine de Saporta.
- puisque, dans la pratique, S ne variera que dans des limites assez étroites.
- Lorsque l’aréomètre remplit son rôle ordinaire, les conditions de sensibilité diffèrent des précédentes. On voit sans
- peine que le rapport des variations respectives du trait d'af-
- dd
- fleurcment et de la densité du liquide se mesure par
- V — si sS
- fraction dans laquelle intervient avec les facteurs s et S le volume total Y du densimètre {si est ordinairement petit par rapport à Y). Il en résulte qu’un densimètre très sensible aux moindres variations de poids spécifique des liqueurs ne sera pas toujours celui qui conviendra le mieux pour l’expérience que nous proposons, à moins que sa tige ne soit très effilée.
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- LÀ NATURE.
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- L’INDUSTRIE DES COURROIES
- DE TRANSMISSION, EN AMERIQUE
- La fabrication des courroies est une industrie tout américaine, et c’est en Amérique qu’il faut encore aller, pour voir les plus beaux spécimens de cette industrie.
- L’Exposition de Chicago nous a montré des échantillons qui, pour les dimensions, la vitesse et la puissance, sont absolument inusités en Europe.
- Nous citerons, à titre d’exemple, quelques échantillons exposés par la Page Bel-ting Company, fondée à Manchester, en mai 1868, et qui célébrait par une exposition des plus remarquables la vingt-cinquième année de sa naissance. Elle distribuait à cette occasion un catalogue bien américain montrant les développements successifs de la fabrication qui, en 1868, occupait 40 pieds carrés à Manchester (New-Hampshire), et en utilise au jourd’hui 175 000, à Concord, dans le même Etat.
- Sans vouloir entrer dans le détail de la fabrication de ces courroies, nous reproduisons, d’après une photographie, une presse hydraulique (fig. 1) exerçant une force totale de 600000 livres (272 tonnes) et destinée à coller et à assurer l’adhérence des morceaux qui la composent ; nous donnons aussi la vue d’une machine à tendre et à essayer les courroies (fig. 2) dont nous ne trouverions pas l’équivalent en Europe.
- Les plus remarquables échantillons de cette fabrication, figuraient et fonctionnaient à l’Exposition de Chicago. Voici quelques chiffres qui les caractérisent.
- La courroie la plus large fonctionnant à l’Exposition est une courroie triple de 72,25 pouces (lm,80) de largeur, de 148,25 pieds (44m,5Û) de longueur, et transmettant une puissance de 1000
- chevaux avec une vitesse de 28 mètres par seconde (5600 pieds par minute).
- La courroie la plus longue est une courroie, triple également, de 71 3/8 pouces (lm,78) de largeur, de 184 1/4 pieds (55m,2) de longueur, transmettant la même puissance à la même vitesse.
- Ces deux courroies sont superposées sur la poulie d’un moteur ÀUis de 2000 chevaux, actionnant chacune un alternateur à courants diphasés Westinghouse de 750 kilowatts.
- La courroie la plus rapide a 24pouces(60 centimètres) de largeur, 56 pieds (16m,8) de longueur et transmet une puissance de 400 chevaux avec une vitesse de 31,25 mètres par seconde (6250 pieds par minute).
- La courroie à la fois la plus longue et la plus large est seulement exposée par la Page Belting C°, qui a fabriqué également les trois autres dont nous venons de parler. Cette courroie a 102 pouces (2m,55) de largeur, 203 pieds (61 mètres) de longueur, pèse 5176,5 livres (2345 kilogrammes) et a utilisé 569 peaux de bœuf pour sa fabrication. Il a fallu un wagon entier pour la transporter. Cette courroie est représentée en cartouche au bas de la figure 2, sous l'orme d’un rouleau auprès duquel un homme de moyenne taille parait petit.
- Ce sont là de véritables curiosités mécaniques que nous devions signaler, mais qui ne nous inspirent, à tout prendre, qu’une admiration modérée, car il nous semble qu’avec les progrès réalisés par les machines à vapeur et les outils qu’ils actionnent, les premières gagnant chaque jour en vitesse, et les seconds en perdant, toute courroie devient de plus en plus inutile et doit faire place, dans un avenir plus ou moins éloigné, à une commande directe, du moins pour les grandes puissances. Sous ces réserves qui touchent plutôt au principe même de l’emploi des courroies qu’à la construction des courroies
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- LA NAT L UE.
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- elles-mêmes, nous nous plaisons à reconnaître la hardiesse des Américains qui fabriquent des courroies présentant des dimensions et marchant à des vitesses dont nous n’avons aucune idée de ce côté de l’Atlantique.
- Le principe de la commande directe des grandes unités commence d’ailleurs à se répandre, même en Amérique, car, sur les douze grands alternateurs à courants diphasés de 750 kilowatts chacun exposés et mis en service à la World’s F air par la Westinghouse Electric and Manufacturing C°, dynamo dont la vitesse angulaire normale est de 200 tours par minute, six étaient actionnées par des courroies et six directement couplées aux moteurs à vapeur qui les actionnent. Sur ce point, comme sur un certain nombre d’autres, la vieille Europe aura donné l’exemple — et le bon — à la jeune Amérique.
- X..., ingénieur.
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- LA TEMPÊTE
- DU 17 AU 22 NOVEMBRE 1893
- Une tempête du nord-ouest et nord-est d’une violence rare, qui a produit en mer et dans les ports les plus grands désastres, a sévi sur nos cotes de la Manche, en Angleterre, en Belgique, dans la mer du Nord, bien loin dans l’Atlantique, sur une partie de la Méditerranée, et cela pendant plusieurs journées consécutives, à partir du 17 novembre. Nous croyons devoir enregistrer les phases de ce phénomène désastreux, un des plus intenses qu’on ait observé depuis longtemps dans nos régions. Voici les premières nouvelles qui ont été données de la tempête :
- (< A Cherbourg, la fureur de la tempête était dans la nuit du 18 au 19 novembre tellement forte que de gros arbres ont été déracinés; rue de l'Abbaye, des cheminées ont été enlevées; dans le port militaire, on a été obligé de doubler les amarres des bâtiments s’y trouvant en réserve; au fort de Chavagnac, le mât de signaux portant la boule de navigation a été rompu; les travaux de fermeture des passes ont été endommagés. »
- <( Au Havre, une terrible tempête de nord-ouest sévit sur la côte. La pluie, mêlée de givre, tombe incessamment. Cette nuit, écrit-on à la date du 19, le pilote Mauger, sorti avec une chaloupe, a été enlevé sur la rade par un coup de mer; le cadavre n’a pas été retrouvé. La tempête semble augmenter d’intensité au large du cap de la Ilève. »
- Et ainsi de même dans un grand nombre de localités.
- La tempête fut particulièrement terrible à Calais où elle causa de nombreux sinistres. Le nombre exact de bateaux pécheurs échoués sur la côte entre le phare de Waldam et Sangatte est de 25, dont 8 sur la plage des bains de mer de Calais. Ces bateaux appartiennent aux ports suivants : Calais, 4; Gravelines, 12; Boulogne, 2; Waldam, 1, La Panne (Belgique), 6. Le nombre des victimes est de 14; 15 cadavres ont été retrouvés. 11 y a 25 bateaux pécheurs échoués sur la côte. Les dégâts occasionnés à la jetée de Calais sont très importants : la partie enlevée atteint 40 mètres.
- De nombreux naufrages ont eu lieu au Havre et dans les environs de Brest. Des navires ont sombré en mer sur les côtes de la Bretagne. Huit cadavres ont été retrouvés à Carantec. Huit autres ont été rejetés par la mer, entre Locquenolé et le Dourduff. Ils avaient été roulés sur des rochers et étaient horriblement mutilés.
- A Morlaix, vingt-deux cadavres ont été rejetés par la mer.
- Sur les côtes du Hoyamne-Uni, la tempête a sévi avec la plus grande fureur; elle a été si violente que les communications téléphoniques et télégraphiques ont été interrompues, le 20, entre la France et l’Angleterre.
- A la fin de la tempête, le 22 novembre, les navires qui rentraient au Havre, avaient plus ou moins souffert, pendant la traversée de l’Atlantique. Les marins s’accordent à dire que cette tempête a été d’une durée et d’une intensité tout à fait anormales.
- La tempête dont nous résumons l'histoire, a commencé le 17 novembre. Voici les principales observations enregistrées par le bulletin du Bureau central météorologique.
- Le vendredi 17 novembre, le baromètre est en baisse générale; le samedi 18, une violente tempête sévit sur les lies Britanniques, le centre, qui est au sud de l’Ecosse, se dirige vers le Pas-de-Calais; le dimanche 19, la terrible bourrasque, après avoir sévi sur le Pas-de-Calais, la Manche et l’est de la France, se dirige vers l’Italie et se transporte vers le sud-est. Son centre était le 17 en Écosse, le 18 dans le voisinage de Paris, et le 19 dans la Haute-Italie. « Aujourd’hui, 20 novembre, ajoute le Bulletin du Bureau central météorologique, le centre se trouve dans le voisinage de Rome et une aire supérieure à 765 s’étend du sud-ouest de l’Irlande au golfe de Bothnie. Le vent souffle en tempête du nord-est sur la Baltique, la mer du Nord ; du nord sur la Manche, la Bretagne et la Gascogne et du nord-ouest en Provence. — On signale des pduies ou des neiges sur le nord, le centre et l’ouest du continent >).
- Le mardi 21, la tempête a cessé sur l’ouest du continent, et le lendemain 22, le centre de dépression a disparu vers
- Saint-Pétersbourg. Gaston Tissandier.
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- LE PAPIER-SAVON
- On trouve dans le commerce une variété de savon de luxe, à l’usage des personnes appelées à voyager souvent; elle n’est pas très connue et mérite d’étre signalée. Il s’agit de petits morceaux de papier, un peu plus grands que les cartes de visite, enduits, de chaque côté, d’une mince couche de savon ordinaire ou de sa\rons diversement colorés et parfumés. Ces papiers-savons se mettent dans les carnets, les portefeuilles, absolument comme les cartes d’adresses. Chaque feuille sert de savon pour une fois et s’emploie comme la savonnette ordinaire. En somme, c’est du savon facilement transportable et pouvant être offert à un compagnon de voyage, car chaque carré est vierge, ne devant servir qu’une fois.
- Nous qualifions cette invention d’heureuse, car elle rendra de grands services aux voyageurs, touristes, excursionnistes. Nous avons nous-inème pu en apprécier l’utilité dans plusieurs de nos voyages.
- La fabrication du papier-sasron est très simple. Elle consiste à immerger des feuilles de papier non collé dans un bain de savon de coco, préparé comme pour la fabrication des savons de toilette. Les bandelettes de papier sont soumises au séchage et sont passées entre deux rouleaux pour les unir et leur donner un bel aspect. Ces bandelettes sont ensuite découpées pour leur donner les dimensions voulues, et estampées pour leur donner la marque.
- A la place de papier, on peut employer des carrés de papier parchemin ou mieux des carrés de toile à calquer. Cette fabrication est toute récente, nous ne savons pas encore le développement qui lui est réservé.
- A.-M. Villon, Ingénieur-chimiste.
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- Les chats sans queue *. Les petits chats sans queue de M. A. de Mortillet font encore parler d’eux. Le premier mort-né dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, a fait l’objet d’une intéressante communication de M. Dareste à la Société de biologie. 11 offrait de nombreuses anomalies : la partie moyenne du tube digestif n’existait pas, l’estomac se terminant par une ouverture béante, et la vessie était saillante au dehors. Cette disposition tératologique n’avait pas encore été observée. De plus, la moelle des animaux dépourvus de queue remonte assez haut et ne descend pas jusqu’à l’extrémité du canal médullaire. Or, sur ce sujet, la moelle descendait dans le moignon de queue. La chatte sans queue a eu une deuxième portée de six petits, tous bien vivants. Or, sur ces six petits, trois ressemblaient à la mère et n’avaient pas de queue, un ressemblait au père avec une queue normale, et deux possédaient une queue torse et courte intermédiaire. Ces deux derniers, de même que le chat à queue normale, possédaient la robe du père. Les chats sans queue avaient celle de la mère. Les deux chats à queue torse ont la plus grande ressemblance avec les chats à queue noueuse de Cochinchine. Ce fait confirme l’origine orientale des chats de l’île de Man et la parenté des-chats du Japon sans queue avec ceux de la Malaisie qui ont un moignon de queue noueuse. Rapprochons enfin de cet exemple celui qu’on observe fréquemment dans les colonies par mariage du blanc et de la négresse. Les enfants ne sont pas toujours mulâtres, mais il peut s’en trouver qui ressemblent au père et d’autres à la mère : il s’est produit ce que les zootechnistes appellent le retour vers le type ancestral, le métissage n’a pu s’accomplir.
- Une ingénieur électricien. — Que les purs linguistes nous pardonnent la faute grammaticale qui émaillé le titre de cette chronique, mais nous ne pouvons pas l’intituler autrement pour appeler, avec précision, l’attention de nos lecteurs sur le fait que nous avons à signaler. L’Université de l’État de l’Ohio vient d’accorder le diplôme d’ingénieur-électricien à Mlle Bertha Lamme, de Springfield, qui peut ainsi réclamer pour elle d’être la première femme ayant obtenu jusqu’à ce jour cette distinction. Mais comme la réclame ne perd jamais ses droits, en Amérique comme ailleurs, on a soin de faire savoir, urbi et orbi, que la Westinghouse C°, de Pittsburg, a déjà offert une place et a retenu les services de la nouvelle lauréate, ou du nouveau lauréat, ab libitum.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 nor.1893. — Présidence de M. Lacaze-Dutihers.
- L'adaptation des batraciens à l'habitat. — M. Dissart a porté ses recherches sur le problème physiologique que soulève le double habitat des batraciens. Partant de ce fait d’observation que certains d’entre eux ont un milieu de prédilection, par exemple l’eau pour le triton, l’air pour la salamandre, que la grenouille se plaît tantôt dans l’eau, tantôt dans l’air, suivant les conditions atmosphériques, et que, d’autre part, la morphologie démontre que ces trois types de batraciens descendent d’une souche
- 1 Suite. — Yoy. n° 1044, du 5 juin 1895, p. 15. — Voy. aussi précédemment, 11“ 1052, du 11 mars 1893, p. 227.
- commune, voisine du groupe des ganoïdes crossoptérygiens, M. Dissart a pensé que l’explication de ce curieux phénomène d’adaptation devait être demandée à la physiologie embryologique appelée par lui physiogénèse. 11 se borne actuellement à l’étude du rôle des fonctions qu’il croit prépondérantes dans la détermination de l’évolution, savoir la respiration et la transpiration. Il a trouvé que les espèces aquatiques transpirent plus que les espèces terrestres et que le contraire a lieu pour la respiration. L’auteur conclut de cette particularité qu’il existe un antagonisme véritable entre la respiration et la transpiration. C’est cet antagonisme qui, selon lui, déterminerait l'habitat. En effet, si on place une espèce aquatique dans un milieu aérien, sa transpiration augmente et, pour résister à cette augmentation, elle retourne à l’eau. Si, au contraire, une espèce aérienne est maintenue dans un milieu aquatique, sa respiration diminue et, pour obvier à cette diminution qui entraîne l’asphyxie, il lui faut revenir dans l’air.
- La conservation des vignesphylloxérées. — M. Geneste expose les résultats d'une méthode qui, suivant l’opinion de M. Chatin, est appelée à révolutionner le mode de greffage des vignes françaises sur pieds américains. M. Geneste est propriétaire, dans le département de l’Isère, de vignes qui sont atteintes par le phylloxéra. Au lieu de procéder à l’arrachage général et à la plantation en pieds américains, double opération qui occasionne une interruption de production de six années, l’auteur a eu l’idée absolument neuve d’entreprendre de doter ses ceps malades de racines nouvelles susceptibles de résister aux attaques du phylloxéra. Dans ce but, il recourbe les sarments vers le sol et en engage l’extrémité dans un plant américain, comme s’il s’agissait d’un greffon ordinaire. La suture est pratiquée assez près du sol et elle est enterrée dans un tas de sable humide, de façon à être protégée contre les variations excessives de la température. Dans ces conditions, la réunion intime des deux éléments se produit très rapidement et le pied américain se couvre de radicelles. M. Geneste a poursuivi ses essais pendant les trois mois d’avril, mai et juin. Le nombre de réussites a varié de 45 pour 100 à 85 pour 100. Ses vignes ainsi rénovées lui ont donné une récolte normale, de telle sorte qu’il n’y a pas eu interruption dans la production. Les vieilles racines ont été laissées en place et ont contribué, dans une mesure plus ou moins faible, à la nourriture du végétal. L’année prochaine, M. Geneste se propose de souder le greffon, non plus à un sarment, mais au cep lui-même, de manière à pouvoir couper le cep au-dessous de la soudure. Cette façon d’opérer permettra de laisser pourrir en terre les pieds de vigne envahis ou de les arracher, au gré du cultivateur. On voit par ce court exposé qu’il s’agit bien, comme l’a dit M. Chatin, avec sa haute autorité, d’un procédé destiné à révolutionner le mode de greffage, puisqu’il a l’énorme avantage de ne point ruiner le propriétaire par un arrêt de six années dans la production.
- Les mouvements du sol de la Scandinavie. — Le mouvement d’exhaussement du sol de la Scandinavie est un fait connu depuis le commencement du siècle. En effet, on trouve, le long du littoral, à une altitude qui dépasse souvent 200 mètres, des sédiments qui renferment de nombreux débris d’une faune marine identique à la faune actuelle, mais on n’en connaît point l’ancienneté. Enfin, de nombreux repères ont permis, dans ce siècle, de constater la réalité de ce mouvement d’exhaussement, sans
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- LA NATURE.
- toutefois qu’il soit possible d’en assigner la cause réelle. On sait cependant, dit M. Ilaubrée, qu’à une époque géologique assez récente, la surface de la Scandinavie, de la mer Baltique et de la Finlande a été recouverte d’une épaisse couche de glace ; il en est résulté que le sol a pris lentement la température de 0°, au-dessous de toute cette zone. M. Badoureau admet que cette température atteint aujourd’hui 3 degrés; il en résulterait une dilatation considérable de cette énorme masse de matériaux et cette dilatation aurait pour conséquence un soulèvement de la portion considérée de l’écorce terrestre. En partant du coefficient de dilatation du granit, M. Badoureau calcule que la variation d’altitude de la partie centrale serait de 229 mètres.
- La culture des champignons. — M. Constantin, qui a déjà publié d’importants travaux sur les maladies parasitaires des champignons de couche, fait connaître aujourd’hui les résultats d’une méthode pratique de destruction du parasite,applicable à la culture industrielle.
- 11 a réalisé ses expériences dans deux carrières louées spécialement à cet effet. Dans l’une, il a brûlé une quantité considérable de soufre, de manière à produire l’acide sulfureux en abondance. Le résultat a été heureux ; mais l’auteur a pu constater que la présence des amas de vieilles terres de culture constituaient le véritable foyer d’infection. Le succès était en effet d’autant plus considérable que les dits amas étaient plus éloignés. Dans la seconde carrière, il a projeté sur les parois et sur le sol une solution de lysol à 2,5 pour 100 : le succès a été complet.
- Un poisson nouvellement découvert. — M. Léon Vaillant décrit un poisson à écailles superficielles non imbriquées, appartenant à l’ordre des malacoptérvgiens, voisin du ficrasfer et complètement inconnu jusqu’à ce jour. Deux spécimens ont été pris aux îles Carolines, parmi les racines de palétuviers qui plongent dans la mer. Ce petit poisson doit cire rangé parmi les commensaux décrits par M. Van Beneden ; il s’introduit dans le corps des holoturies et vit aux dépens des apports d’organismes de l’eau que ramènent incessamment vers la bouche de l’ho-loturie les tentacules qui la couronnent. 11 est extrêmement probable, ajoute M. Blanchard, qu’il peut vivre ainsi sur d’autres zoophytes.
- Varia. — M. Deslandres annonce qu’il va installer à l’Observatoire de Paris des appareils destinés à l’observation continue des protubérances et des taches du soleil. — M. André a établi expérimentalement que la différence de potentiel entre deux points de l’atmosphère séparés par une différence d’altitude constante, est elle-même constante, de telle sorte qu’il conclut que le potentiel de l’atmosphère croit proportionnellement à la hauteur. —• M. Schiœsing fils démontre que, pendant toute la période de végétation, les plantes absorbent plus d’oxygène quelles
- Jagersfvulein Excelnior, le plus gros diamant du monde. <J71 carats. Légèrement réduit. (D’après une photographie.)
- ne rejettent d’acide carbonique. — MM. Richet et Han-riot indiquent la composition chimique de la chloralose.
- Ch. de Vjlledeuil.
- LE PLUS GROS DIAMANT DU MONDE
- Le plus gros diamant du monde, YExcelsior, a été découvert dans les mines de Jagersfontein, colonie du Gap, le vendredi soir 30 juin dernier. C’est le capitaine Edward Jorganson, inspecteur de la mine, qui T’a aperçu le premier et qui l’a fait extraire en sa présence.
- D’après son opinion, corroborée par celle du directeur, M. Gilford, l'Excelsior est un diamant de la plus belle eau dont la valeur peut être estimée à 25 millions de francs environ.
- Pour transporter ce diamant unique au monde de la mine jusqu’à la cote, des précautions exceptionnelles furent prises : un escadron du 16e lanciers escorta la voiture jusqu’au Cap où on l’embarqua sur la canonnière l'Antilope. Actuellement, l’Excelsior est conservé dans une des caisses de la Banque d’Angleterre, à Londres.
- Ses dimensions sont 7cm,619 sur 6cm, 548. Son poids est de 971 carats 3/4, soit en grammes 205g,’,45. Nous en reproduisons l’aspect, d’après une photographie ; mais ce gros diamant, dans notre gravure, a été légèrement réduit, il a en réali té 1 centimètre environ de plus, en hauteur, que dans notre dessin. La couleur du diamant de Jagersfontein est blanche avec une très légère teinte bleuâtre, l’éclat est incomparable. Juste au centre se trouve une toute petite tache noire que la taille, disent les experts, fera aisément disparaître.
- Dernièrement, le Gouvernement britannique a offert 12 millions et demi pour cette merveille aux propriétaires, MM. Breitmeyer et Bernheimer, mais ceux-ci ont refusé. Us avaient également, quelques mois plus tôt, décliné la proposition que leur avait faite un commissaire de l’Exposition colombienne. Très désireux d’exposer à Chicago cette huitième merveille du monde, ce dernier leur avait offert d’assurer le diamant pour 17 500 000 francs.
- Nous apprenons que l’empereur d’Allemagne serait sur le point d’acheter l’Excelsior. X. West.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxiuer.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1071. — D DÉCEMBRE 1805.
- LA NATURE.
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- EXPLOITATION DE LA TOURBE
- A PAS-DE-JEU (DEL'X-SÈVRES)
- Celte année, la pénurie des fourrages a ramené l’attention des agrieulteurs sur l’emploi de la tourbe. Depuis longtemps, on se servait pour la litière des chevaux de luxe d’une matière appelée tourbe de Hollande et amenée de ce pays à grands frais. C’est une matière tibreuse, jaunâtre et qui, expédiée en grosses balles de 150 kilogrammes, ressemble à peu près à de gros paquets de chiffons. En quoi consiste-t-elle? Celle que j’ai vue ne paraît contenir que des végétaux de la surface : tiges de Dicranmn, de
- Polytrichum, souches de scirpus, de carex, etc. Étendue et bien brassée, elle constitue un couchage assez moelleux, d’un pouvoir absorbant plus grand que celui de la paille. L’usage que l’on fait actuellement de la tourbe pour litière offre une importance capitale, et nous croyons intéressant de dire quelques mots d’une exploitation importante qui se fait en France, celle de Pas-dc-Jeu, dans le département des Deux-Sèvres.
- La tourbe de Pas-dc-Jeu, extraite sous l’eau, séchée au soleil et broyée en grosse poussière, est extrêmement absorbante, antiseptique et hygiénique. Pourvu qu'elle soit bien brassée et bien entretenue, 4 à G hectolitres, pesant 50 kilogrammes, peuvent rester
- Tourbiers creusant l’étang du Bourcaui à Pas-de-Jeu (Deux-Sèvres). (D’après une photographie.)
- propres de un à deux mois sous un cheval de taille ordinaire, et fournir ensuite un très riche engrais sous un volume moindre que le fumier de ferme ordinaire. En effet, avec la tourhe de Pas-de-Jeu, il n’y a aucun écoulement d’engrais liquide dans les stalles des animaux. La partie fertilisante du fumier a été emmagasinée, pour ainsi dire, par la tourbe, sans perte pour l’agriculture.
- Le sous-sol et toute la partie environnante de la vallée de la Dive étant calcaire, il ne faut y chercher aucune trace de végétaux silicicoles. Les marais primitifs ont disparu et sont remplacés par des prairies. Là ne se rencontrent ni bruyères, ni sphagnum, ni les autres mousses qui, dans certains pays, forment de véritables accumulations. À Bressuire (Deux-Sèvres), à la Boehe-sur-Yon (Vendée), on îîc année. — 1er semestre.
- remarque parfois, dans les marais non inondés, des sortes de boursouflures, de près d’un mètre cube, qui s’élèvent au-dessus de la surface du sol et qui ne sont guère formées que par les sphagnum mêlés en groupes serrés les uns au-dessus des autres. Cette agglomération de mousses a tout à fait l’apparence de la tourbe de Hollande. Mais ce sont des végétaux de la surface. A Pas-de-Jeu, la formation du marais est terminée, surtout depuis qu’on a creusé le canal de la Dive à Saumur. La surface formée par une terre fine et noire, sans pierres ni cailloux, s’est couverte de vertes prairies, avec d’innombrables peupliers d’une vigueur extraordinaire.
- Pour exploiter la tourbe, on enlève d’abord une certaine épaisseur (50 centimètres environ) du sol de la surface, et, à l’aide d’un instrument spécial
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- LA NATURE.
- appelé petit louchet, on découpe une couche de tourbe jusqu’au niveau de l’eau. On trouve l’eau à moins d’un mètre de profondeur. C’est à ce moment qu’on se sert du grand louchet, inventé en Picardie au siècle dernier. C’est un carré long, d’un décimètre carré, d’une longueur de lm,50 environ, formé sur trois côtés seulement, par une légère charpente à claire-voie en tôle mince, le tout assujetti par un long manche en bois de chêne d’une longueur de 5 mètres et plus, que l’on peut encore augmenter. La partie inférieure de l’instrument est tranchante. En outre, du côté du manche, sur le troisième côté ouvert placé en avant, existe une petite languette üexihle en tôle mince, destinée à retenir le carré long de substance tourbeuse au moment où on le détache du fond. Comme la tourbe, ainsi accumulée par les siècles au fond de l’eau, est une substance molle, spongieuse, non mêlée à des sables ou à des graviers, le louchet s’y enfonce avec une grande facilité. Le long parallélépipède de tourbe ainsi extrait est ramené sur le bord.Un manœuvre le coupe en trois tronçons environ, et en charge une brouette. Un autre manœuvre a pour fonction de transporter ces morceaux ou briquettes un peu plus loin et de les entasser en un petit tas de 21 morceaux. Ce sont ces briquettes, très durcies par le soleil, qui, broyées par un instrument spécial, forment la tourbe-litière.
- Notre gravure représente un ouvrier tenant son louchet : il se prépare à enfoncer cet instrument dans la tourbière pour en extraire un pain de tourbe. Un voit, par derrière, le gamin-coupeur tenant une briquette à la main. A côté de ce gamin est le rou-leur, qui emporte dans une brouette spéciale les briques qu’il va empiler au séchoir.
- La tourbe de l'as-de-Jeu est une véritable tourbe, dans toute l’acception géologique du mot. Elle a rempli et comblé, peu à peu, l’ancien fond de la vallée de la Dive, au point de contact nord-ouest des départements des Deux-Sèvres et de la Vienne.
- Sa nature môme et sa composition chimique en font, tout à la fois, un combustible, un engrais et une litière essentiellement hygiénique. En effet, elle possède un pouvoir absorbant énorme qui lui permet de retenir, en neutralisant les mauvaises odeurs, toutes les parties liquides des déjections des animaux. C’est surtout comme désinfectant et antiseptique qu’elle est appelée à rendre, dans les écuries, les plus grands services à l’agriculture.
- Elle a, en outre, l’avantage important d’ètre un produit français et à bon marché, et de fournir, après avoir été employée comme litière, un engrais extrêmement riche.
- Pour en tirer les meilleurs résultats, il faut placer, sous les bœufs, les chevaux ou autres animaux de grande taille, de quatre à six sacs de tourbe pulvérisée. Le sac pèse 50 kilogrammes. Cette litière, bien entretenue, en la brassant convenablement chaque jour, après en avoir enlevé le crottin, peut durer de six semaines à deux mois, c’est-à-dire n’exiger qu’une dépense de i à 0 francs prise sur
- les lieux, ou de quelques centimes en plus suivant la distance du parcours. Quelle est la litière qui pourrait être obtenue à un prix aussi peu élevé?
- . Jules Richard.
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- COMMISSION
- DES COURBES DE FAIBLES RAYONS
- Depuis la loi du 1 1 juin 1880, les chemins de fer d'intérêt local à voie étroite ont pris en France un grand développement. Les conditions économiques dans lesquelles ces lignes sont établies, le type de matériel moteur et roulant employé, ont conduit les ingénieurs à admettre des courbes dont le rayon ne dépasse pas 100 mètres. Il est bien clair que des rayons de 150 mètres et 200 mètres appliqués à des lignes à voie normale de lm,45 permettraient de réaliser des économies importantes dans la construction des lignes, surtout en pays de montagnes. Néanmoins, on hésitait toujours à proposer des courbes d’un aussi faible rayon et on se demandait si les machines pourraient vaincre les frottements considérables qui s’y développeraient et effectuer la traction des wagons. Des expériences faites à l’étranger semblaient indiquer la possibilité de cette traction, mais la question était nouvelle en France et des faits indiscutables pouvaient seuls la trancher. Au mois de juillet 1890, le Ministre des travaux publics institua une Commission, dite des courbes de faibles rayons, chargée de rechercher expérimentalement dans quelles conditions on pourrait exploiter des lignes à voie normale construites avec des courbes de faibles rayons. Le rapport de cette Commission vient de paraître et nous allons en donner une analyse.
- La question la plus importante à élucider était celle du surcroît de résistance apporté par les courbes à la circulation du matériel de toute nature. La résistance au passage du matériel dépend d’une foule d’éléments dont plusieurs varient indépendamment de la volonté, souvent même à l’insu de l’observateur. Parmi ces éléments, se trouvent en première ligne la direction et l’intensité du vent et l’état de l’atmosphère.
- La Commission avait heureusement à sa disposition un appareil simple et pratique qui a singulièrement facilité ses recherches. Il s’agit du pendule dynamométrique de M. Desdouits, ingénieur en chef adjoint du matériel et de la traction aux chemins de fer de l’État français. Cet appareil se compose essentiellement d’un pendule, dont l’inclinaison sur la verticale mesure l’accélération ou le retard du mobile sur lequel il est monté.— Ce pendule, en s’inclinant, trace une ligne sinueuse sur un papier déroulé par un mouvement d’horlogerie. Le pendule étant placé sur un véhicule lancé sur une voie au moyen d’une impulsion initiale, les ordonnées de la ligne tracée parle pendule sont à chaque instant proportionnelles aux résistances qui s’exercent sur ce véhicule.
- La variation de ces ordonnées, au moment des entrées en courbe, indique le surcroît de résistance dû à la courbe.
- Cet appareil a le grand avantage d’étre portatif, facile à transporter et à installer n’importe où, et surtout de mesurer immédiatement, sans calculs de différentiation ou d’intégration, la résultante des actions exercées sur le mobile. Il permet de se rendre compte rapidement de toutes les variations que subit le véhicule, d’en rechercher de suite les causes, et, par conséquent, de diriger ration-
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- LA NATURE.
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- ncllement les expériences suivant les résultats obtenus à chaque instant.
- Des expériences et essais ont été faits en 1891 sur les chemins de fer de l’Hérault, de la Côte-d’Or, de la Somme et enfin sur une voie d’expérience spéciale établie à Noisy-le-Sec (réseau de l’Est) sur une vaste plateforme préparée pour la construction d’un dépôt de machines. Elle affectait en plan la forme du croquis ci-dessous.
- Au début, la voie a été posée sans aucun dévers ou surhaussement du rail extérieur; plus tard le rail extérieur a été surhaussé de 0m,08 puis de 0m,16. On a expérimenté sur cette voie à peu près tous les types de machines et de véhicules appartenant à l’Administration des chemins de fer de l’Etat français. Des faits longtemps discutés ont été mis hors de discussion par ces expériences méthodiques. On croyait jusqu’à présent qu’on facilite la circulation d’un train en courbe de court rayon, en maintenant les attelages lâches. Les expériences de Noisy ont prouvé qu’il y avait avantage à serrer les attelages, parce qu’alors le train a moins de tendance à s’obliquer dans la voie et à augmenter ainsi la résistance. Les surcroîts de résistance dus aux courbes de 100, 150 ou 200 mètres de rayons ne semblent pas augmenter avec la vitesse, au moins dans la limite de 45 kilomètres à l'heure, qui n’a été dépassée que très rarement à Noisy.
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- Plan de la voie d’expérience pour l’étude des courbes de faibles rayons.
- Le même fait a été constaté en Autriche sans qu’on ait pu l’expliquer. D’un autre côté, il a été mis hors de doute que le dé vers ou surhaussement du rail extérieur diminue très sensiblement les résistances à la traction.
- En résumé, la Commission a tiré des nombreux faits constatés les conclusions suivantes : pour la construction des lignes à faible trafic, il y a souvent grand avantage à établir la voie normale, de préférence à la voie étroite, et l’on peut, dans ce cas, pour se maintenir dans les limites d’une économie bien entendue, abaisser le minimum des rayons des courbes à 150 mètres, particulièrement dans les régions accidentées ; on n’acceptera des rayons inférieurs à 150 mètres que dans les cas exceptionnels ; on facilitera les entrées en courbe par des raccordements paraboliques ; on ménagera des dévers suffisants dans les courbes, sans cependant les exagérer.
- Les machines ordinaires à trois ou quatre essieux, et les types usuels des véhicules en service dans les administrations françaises peuvent passer sans difficulté dans les courbes de 150 mètres et même de 100 mètres de rayon. 11 sera, toutefois, avantageux d’adopter des bandages à profil approprié pour le matériel qui circulera habituellement dans ces courbes, afin de faciliter le roulement en courbes, et d’atténuer l’usure. L’essieu d’avant des machines devra pouvoir se déplacer un peu latéralement ; de puissants organes de rappel le ramèneront à sa position normale. Enfin, il conviendra de limiter les vitesses de marche à des maxiina en rapport avec le matériel roulant.
- Pour le matériel ordinaire, mis en expérience à Noisy, ces maxima peuvent être fixés à 35 kilomètres à l’heure dans les courbes de 150 mètres de rayon, et à 20 kilomètres à l’heure dans les courbes de 100 mètres de rayon. V. Biundicoit.t.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- LES GRANDES RÉSISTANCES
- Dans les diverses expériences électriques, on a souvent besoin de grandes résistances. Et il n’est pas toujours facile de les réaliser commodément. Les résistances en fil de métal demandent de très grandes longueurs de fils, longueurs qui se chiffrent par kilomètres. On a essayé aussi de tracer sur des plaques de verre ou d’ébonitc des traits de crayon; mais ces dernières résistances sont fragiles et sujettes à changer. Un de nos abonnés, M. E. Joua, à Milan, a bien voulu nous faire connaître la disposition qu’il employait pour obtenir de grandes résistances. Nous
- A eu b B
- C ~ o dr D
- Fig. 1. — Résistance en forme Je cylindre.
- Prise de courant
- Partie
- semi-conductrice
- Partie isolante
- Fig. 2. — Autre disposition de résistance électrique.
- nous empressons de publier cette recette, pensant qu’elle sera utile aux électriciens amateurs.
- Un cylindre en ébonite E (fig.l ) est couvert concentriquement avec une pâte ABCD composée de pâte d’ébo-nite ordinaire, non encore vulcanisée, mélangée intimement avec du noir de fumée. On soumet ensuite le tout à la vulcanisation; ce qui a pour but de faire adhérer les deux espèces d’ébonite en les soudant l’une à l’autre. On travaille après au tour le manchon extérieur; on l’amincit au milieu abcd, et l’on fait aux^extrémités des pas de vis dans lesquels on fixe des garnitures en bronze qui servent de prises de courant. De la sorte, on a un cylindre creux en ébonite semi-conductrice, aux parois très minces, qui offre une résistance d’environ un mégohm sur une longeur de 10 centimètres avec un diamètre de 15 millimètres, On peut encore avoir de plus grandes résistances en filetant la partie centrale, comme le représente la disposition de la figure 2. On obtient ainsi un filet dont la partie supérieure est en ébonite semi-conducirice, et dont l’autre partie est en ébonite isolante. Pour faire les prises de courant aux extrémités, on peut enfin isérer, dans la pâte, à chaque extrémité, et avant la vuL.jnisation, une hélice en fil de fer, et vulcaniser ensuite ; les bouts de chaque hélice servent de prises de courant.
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- LA NATURE.
- U SCIENCE PRATIQUE
- DOUBLE NIVEAU A AIGUILLES
- L'art du nivellement qui trouve, à notre époque, une application de plus en plus fréquente par suite des grands travaux que les progrès de la science et de l’industrie moderne font entreprendre chaque jour, nécessite des instruments dont la mise en place rapide ne nuise en rien à l’exactitude des observations. Les différents instruments employés encore aujourd’hui en géodésie ont pour hase le niveau à bulle d’air et toutes les opérations tendent à obtenir une ligne parallèle à l'horizon.
- La gravure ci-dessous (n° 1) représente un niveau différent de ceux construits jusqu’à ce jour et dans lequel la ligne horizontale, toute de convention et impossible à réaliser, est remplacée par la verticale dont la direction est absolue. Ce résultat est obtenu par une application nouvelle du principe de la suspension à la Cardan.
- En effet, jusqu’ici la suspension à la Cardan n’était utilisée que pour maintenir dans un plan lixe, vertical ou horizontal, un objet quelconque (baromètre ou compas de route), malgré les oscillations du support extérieur. Ce mode de suspension se compose, comme on sait, de deux cercles concentriques suspendus l’un et l’autre par des pivots perpendiculaires deux à deux.
- Au contraire, l’appareil reproduit ici utilise les
- mouvements propres des cercles remplacés, dans le cas actuel, par de petits hémisphères concentriques suspendus aussi par des pivots perpendiculaires deux à deux. Les aiguilles fixées, l’une au centre du petit hémisphère intérieur et dirigée en haut, et l’autre au sommet de l'hémisphère extérieur et dirigée en bas indiquent sur des cercles gradués, disposés convenablement dans deux plans perpendiculaires l’un à l’autre, de combien de degrés l’objet qui supporte le niveau s’écarte de la verticale, et partant de l’horizontale, d’avant en arrière ou de droite à gauche. La graduation des demi-cercles part du centre, de sorte que l’horizontalité parfaite est obtenue lorsque les deux aiguilles marquent zéro.
- Le caractère distinctif de ce niveau est de lixer, par un seul mouvement, l’horizontalité d’un plan en amenant simultanément « perpendiculaires à la
- Double niveau à aiguilles.
- verticale » les deux directions perpendiculaires de l’appareil ; tandis qu’avec les niveaux ordinaires, cette opération exige deux mouvements successifs de l’instrument, sans compter le réglage de la bulle, toujours si long et si ennuyeux, quoique toujours imparfait.
- Ce petit appareil peut être utilement appliqué aux instruments de géodésie ou de levé de plans, de nivellement, de tracé de routes, etc., dont la mise en place sera ainsi effectuée, avec précision et sûreté, sans changer la direction de la lunette.
- Dans le bas de la gravure, à droite, sous le n° 2, se trouve représentée une application du niveau à aiguilles auquel on a ajouté un secteur gradué placé au-dessous du demi-cercle inférieur et dans le même plan. Ce secteur, qui est maintenu par une vis de serrage, permet de donner à l’ensemble du système une inclinaison voulue, de manière qu’à l’aide de ce niveau on puisse obtenir une pente déterminée. Combiné avec une lunette ordinaire, il constituerait ainsi un cli-simètre, un clitograpbe ou un niveau de pente de haute précision.
- Placé sur une lunette-astronomique quelconque pourvue d’un réticule, le niveau ainsi complété en fait aussitôt un éclimètre. En effet, l’aiguille supérieure indique le zénith; l’aiguille inférieure assure l’horizontalité de la perpendiculaire à l’axe de la lunette et le secteur gradué inférieur, laissé libre par le desserrage de la vis qui est destinée à le maintenir, vient prendre une position qui fait voir, à l’aide du point de repère fixe, combien de degrés ou de fractions de degré séparent le zénilh de la position de l’astre.
- Avec de légères modifications, l’artillerie pourrait l’utiliser pour la pratique du tir. Dans tous les cas, on doit arriver, au moyen de cet appareil, à une précision beaucoup plus grande qu’avec le niveau à bulle d’air, puisque le niveau qui fait l’objet de notre article, détermine la verticale dans chaque direction par un seul point : l’extrémité de chacune des aiguilles.
- Nous pensons que cet appareil est susceptible de beaucoup d’autres applications et nous avons cru intéressant de le signaler aux lecteurs de La Nature. Gaston Duquenoy.
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- YÉLOCÏPÉDIE
- LES VÉLODROMES OU PISTES PERMANENTES
- De tous les sports modernes, c’est certainement le cyclisme qui s’est implanté chez nous avec la plus grande rapidité. La vélocipédie naissante donna lieu un peu partout à des courses qui, malgré leur organisation forcément défectueuse au début, n’ont
- pas peu contribué à répandre ce sport. Aujourd’hui que la reine bicyclette a chez nous droit de cité, que de puissantes associations se sont formées de toutes parts et notamment dans les grands centres, on a ressenti le besoin de créer des vélodromes, c’est-à-dire des champs clos où coureurs et amateurs peuvent se livrer tout à leur aise à leur exercice favori. Indépendamment de la sécurité qui est obtenue par une piste essentiellement étanche,
- Fig. 1. — Piste du vélodrome du Parc, à Bordeaux. Un virage relevé.
- c’est-à-dire fermée de toutes parts, ils trouvent encore là des soins hygiéniques à leur portée en même temps qu’une cabine personnelle où ils peuvent se reposer à leur aise, et changer de costume.
- Les Anglais, bien en avance sur nous, avaient des pistes depuis longtemps.
- En France, c’est Bordeaux qui donna l’exemple; dès 1885, le Vélo-Club bordelais faisait construire la
- Enduit en ciment
- piste de Saint-Augustin qui avait 375 mètres de développement. Quelques années plus tard, on voyait surgir simultanément les pistes de Jarnac et de Pau et enfin de Courbevoie, à Paris. Cette dernière, copiée sur les pistes anglaises, possédait des virages relevés qui permettaient aux coureurs de franchir les courbes sans danger et sans ralentir leur vitesse.
- Depuis 1890, nous avons vu naître en France les pistes de Buffalo à Paris, du vélodrome du Parc à Bordeaux (fig. 1), de Lille, de Reims et enfin la piste du Vélodrome de la Seine à Paris qui, dernière con-
- struite, semble devoir être le modèle du genre.
- Les vélocipédistes, en raison de la facilité de direction de leur monture, n’ont pas besoin d’une piste présentant un grand développement, et, à l’encontre des courses de chevaux, les courses de vélocipèdes gagnent à être données dans un espace restreint parce que les spectateurs suivent bien plus facilement toutes les péripéties d’une épreuve.
- Or un circuit qui varie de 333 à 500 mètres, a forcément des virages de rayon assez faible ; pour les franchir, le coureur, lancé à une vitesse qui va
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- LA NATURE.
- aujourd’hui jusqu’à 50 kilomètres à l’heure, est obligé de se pencher à l’intérieur pour combattre la force centrifuge. Dans cette position les roues de sa machine chasseraient si le terrain était horizontal; c’est pour cela que l’on a été amené à faire des virages en pente de l’extérieur à l’intérieur dont la déclivité doit être d’autant plus forte que le rayon est plus petit et la vitesse plus grande. C’est ce que l'on appelle le rclèvementdu virage; si ce relèvement est bien calculé lorsque le coureur passe à la plus grande vitesse, sa machine doit avoir son plan longitudinal vertical perpendiculaire au sol de la piste.
- Des calculs exacts seraient assez difficiles à établir pour arriver à un relèvement normal, car il entre dans les calculs un élément essentiellement variable : le poids du coureur. Il est préférable de s’en tenir aux résultats de l’expérience et nous avons
- 15 .
- établi à ce sujet une formule empirique ^ qui a
- donné jusqu’ici de très bons résultats.
- Généralement, pour établir les relèvements, on nivelle le terrain autant que possible, puis l’on fait un transport de terre en dos d’âne dont notre figure 2 donne une vue en coupe. Au préalable, on a arrêté la forme de la piste : suivant le terrain dont on dispose, on prévoit deux lignes droites raccordées par deux arcs de cercle dont le rayon ne devra pas descendre au-dessous de 25 mètres (c’est la forme classique); ou l’on fait une piste ayant une forme elliptique qui ne se compose que d’arcs de cercle raccordés entre eux.
- Ce sont là d’ailleurs deux systèmes en présence qui ont chacun leurs partisans et dont nous ne voulons pas, pour notre part, discuter les mérites respectifs; disons seulement qu’ils ont tous les deux des avantages et des inconvénients.
- Au sujet des relèvements dont nous parlions tout à l’heure, nous devons signaler les tassements assez grands qui se produient dans les terrassements des virages, tassements qui se produisent habituellement chaque fois que l’on établit un remblai ; d’autre part les pluies dégradent à la longue les revers en pente de 2 mètres sur 5 mètres que l’on voit à droite de notre figure 2. Pour obvier à cela, on a inauguré à la piste du Parc, à Bordeaux, un système de virages relevés construit sur voûte (fig. o). Ces voûtes sont complètement en béton de ciment moulé en œuvre, y compris lesmurettes verticales; l’espacement entre chaque murette est de 2 mètres, l’épaisseur de 0m,I0 et toutes les directions sont concentriques. Ces virages sont plus coûteux que ceux qui sont faits de terre transportée, mais ils assurent une plus grande stabilité à la surface de la piste, qui, dans l’autre cas, éprouve des soulèvements et des affaissements dus uniquement au tassement lent et irrégulier des remblais.
- En Angleterre, le sol des premières pistes était fait de cendres et de brique pilée formant une couche de 0m,T 0 qui reposait sur une fondation de gros matériaux très solides; c’était déjà très bon; mais
- depuis on a apporté à la piste de nombreux perfectionnements.
- Aujourd’hui, la piste modèle de Ilerne-Ilill à Londres est formée d’un parquet en bois; on a reproché à ce genre d’assiette une certaine flexion, mais malgré cela les vitesses ne semblent pas s’en ressentir et la piste de Herne-Hill est considérée comme la meilleure d’Angleterre.
- En France, la plupart des pistes sont faites d’une couche de béton de 15 à 20 centimètres recouverte d’un lissage en mortier de ciment de 0ra,0i. C’est ainsi qu’a été faite la piste de la Galerie des Machines au Champ de Mars, à Paris. Ces pistes sont très vîtes, mais, quand elles ne sont pas à l’abri, les virages deviennent glissants lorsqu’ils sont mouillés par la pluie.
- On vient d’inaugurer au vélodrome de la Seine, à Paris, un nouveau syslème en employant un pavage en bois analogue à celui des rues, sauf pour l’épaisseur qui ne demandait pas à être aussi grande, étant donné qu’avec le roulement des cycles on peut prévoir que l’usure sera nulle. Ce mode de construction est très coûteux, mais la piste peut avoir une durée indéfinie sans réparations, el en somme, à la longue, une économie pourra être réalisée de ce fait.
- Une piste pour être sûre doit être complètement fermée à l’extérieur ; à l’intérieur, au contraire, il ne doit y avoir aucune clôture, car dans un moment critique un coureur doit pouvoir se sauver sur la pelouse.
- Le vélodrome, pour être complet, doit posséder un appareil à douches et un restaurant ou tout au moins une buvette. 11 existe déjà une dizaine de vélodromes en France, beaucoup d’autres sont projetés ou en construction ; c’est la conséquence de la mode actuelle qui est au vélocipède.
- Au point de vue de l’exercice physique, nous devons nous en réjouir, car, de tous les sports, le cyclisme est celui qui développe le plus d’organes à la fois. La médecine, un moment rebelle, est complètement revenue de sa première manière de voir et les sommités médicales n’hésitent pas à prêcher par l’exemple. Gaston Cornié.
- LE TRAVAIL ÉLECTRIQUE DES MÉTAUX
- EN AMÉRIQUE
- SOUDAGE DES RAILS SUR PLACE
- Nous avons déjà signalé à nos lecteurs, lors de son apparition1, le procédé de soudage électrique inventé par M. le professeur Elihu Thomson, de Lynn (Massachusetts), ainsi que les appareils présentés par la Thomson Electric Welding Company à l’Exposition de 1889. Depuis cette époque, bien des progrès ont été réalisés, bien des applications faites dont on ne saurait établir une énumération complète ; le simple soudage a fait place à un en-
- 1 Voy. n° 713, du 29 janvier 1887, p. 131, et n° 836, du 8 juin 1889, p. 17.
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- semble qui mérite véritablement le nom, beaucoup plus général et plus exact, de travail électrique des métaux, et dont nous allons essayer de donner une idée, en mettant à profit les renseignements qui nous ont été gracieusement fournis par M. Hermann Lemp, électricien de la Compagnie, lors de notre récente visite aux ateliers de Lynn, près de Roston.
- Nous nous contenterons de rappeler le principe général du procédé de chauffage électrique appliqué dans tous les cas : il consiste à faire traverser les pièces à chauffer par un courant intense engendré par le circuit secondaire d’un transformateur dont le primaire est alimenté par un courant alternatif provenant, soit d’un alternateur actionné directement par un moteur à vapeur ou hydraulique, soit, comme nous en avons précisément un exemple à propos de la soudure des rails, d’un courant continu qui, traversant un transformateur rotatif, ou moteur-dynamo, est directement transformé en courant alternatif.
- Tous les alternateurs appliqués par la Thomson Electric Welding C° au travail électrique des métaux, alternateurs dont la puissance varie actuellement entre 1 et 80 kilowatts, fonctionnent au potentiel normal de 500 volts et à une fréquence de 50 périodes par seconde. On fait varier l’intensité du courant primaire suivant la grosseur des pièces à souder en intercalant dans le circuit secondaire une bobine de réaction qui joue pratiquement le môme rôle qu’une résistance, sans occasionner cependant le même gaspillage d’énergie, et qui est, pour cela, bien supérieure à une simple résistance.
- Eu égard à la puissance de production des machines à travailler électriquement les métaux, il est possible, dans certains cas, de n’utiliser ces machines à leur travail que pendant le jour et d’employer le soir les mêmes dynamos et les moteurs qui les actionnent à l’éclairage de l’usine, à l’aide de transformateurs spéciaux calculés pour utiliser le potentiel primaire de 500 volts. Les dépenses d’installation se trouvent ainsi considérablement réduites.
- La section des pièces soudées va chaque jour en augmentant avec la puissance des machines et les exigences de l’industrie. Elle atteint et dépasse aujourd’hui, pour le fer ou l’acier, 150 centimètres carrés.
- Parmi les opérations journellement exécutées par les machines si variées qui sortent des usines de la Thomson Electric Welding C°, nous signalerons : la fabrication automatique des chaînes ordinaires; la tige de fer entre par un bout de la machine et sort complètement terminée par l’autre bout, à raison de 7 5 mètres par journée de travail ; le soudage direct des câbles toronnés, fil par fil, en une seule opération, etc. Mais nous insisterons aujourd’hui tout particulièrement sur la plus originale et la plus curieuse des opérations réalisées par les pro-
- cédés de soudure électrique de M. le professeur Elihu Thomson : nous voulons parler du soudage des rails sur place, en vue de réaliser une voie solide et continue.
- 11 est bien évident qu’une voie continue formée, pour chaque table de roulement, d’un rail unique, sans aucun joint, serait l’idéal au point de vue de la stabilité de la voie, de la traction, de la vitesse et du bien-être des voyageurs, mais deux impossibilités se présentent, l’une relative à la fabrication et à la pose d’un rail semblable, l’autre relative à la dilatation. En matière de traction électrique, le rail unique offrirait un avantage de plus, celui de former un excellent conducteur de retour, résultat qui n’est que très imparfaitement obtenu jusqu’ici à l’aide de dispositions compliquées dont la description sortirait de notre cadre.
- La Johnson Company, de Johnston (Pensylvanie), puissante société qui a pour spécialité la construction du matériel des voies de chemins de fer et de tramways en Amérique, pensa que, eu égard aux conditions spéciales dans lesquelles sont établies les voies de tramways, généralement noyées et solidement fixées dans le macadam, les variations de température du rail par les saisons extrêmes devaient être moins grandes que pour les rails de chemins de fer, plus exposés, et que, dans ces conditions, les effets dus à la dilatation devaient être nuis ou pratiquement négligeables, assez faibles, en tous cas, pour permettre de solidariser complètement les rails.
- Pour éclaircir définitivement la question, elle fit construire, du 19 mars au 25 avril 1892, une voie d’expérience de 1100 pieds (530 mètres) de longueur formée de rails solidement éelissés et reliés entre eux, de façon à réaliser pratiquement un rail unique, et les variations de température, de mars à fin août, furent soigneusement notées ainsi que les effets produits. Tous les détails de cette importante expérience sont consignés dans une communication faite par M. J. A. Moxham, président de la Johnson G", à VAmerican Street Railivay Association, dans son meeting tenu à Cleveland, en octobre 1892.
- L’expérience fut décisive et démontra qu’entre une température extérieure de 10° Fahrenheit (— 12°C.) et 121°F. (49°,5 G.), il ne sest produit aucun mouvement de la voie. Pour M. Moxham, les effets de la dilatation se sont simplement traduits par une extension ou une compression légère, une faible diminution ou un faible accroissement de la section du rail. En calculant les efforts exercés par les variations de température sur le rail posé à une température intermédiaire, on trouve que non seulement ces efforts restent bien inférieurs à la limite d’élasticité de la matière, mais encore qu’ils sont inférieurs à ceux acceptés eh pratique pour la construction des ponts et charpentes. On peut donc, question de difficulté de construction mise à part, employer un rail continu sans aucun joint, sous certaines réserves relatives à la construction, à la pose et à la
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- Fig. 1. — Transformateur tournant. Fig. 2. — Transformateur tournant.
- Vue du côté de l’arrivée du courant continu. Vue du côté du départ des courants alternatifs.
- dépose, et faire usage de rails solidement reliés I d’altord à Johnston, sur une voie expérimentale de entre eux, et, en particulier, de rails soudés élec- j 5000 pieds (900 mètres) de longueur, puis à Cambridge même, sur une longueur de près de 5 kilomètres.
- La ligure 4 montre l’ensemble de la voiture spéciale combinée pour la soudure des rails sur place : le corps de la voiture renferme le matériel nécessaire à la production du courant alternatif et à son réglage; l'avant est réservé à l’appareil de soudage.
- Le courant alternatif est produit par la transformation du courant continu à 500 volts amené de l’usine centrale par le lil aérien à l’aide d’un trolley ordinaire et d’un trolley de secours mis en communication avec le fd de la ligne de retour, afin d’augmenter la section du conducteur. Le cou-
- fournie par le courant continu actionnant le tramway rant arrive dans un transformateur rotatif, dynamo-de Lynn à Boston. C’est ce matériel qui a été utilisé moteur à quatre pôles, qui, recevant du courant
- triquement sur place.
- Après les expériences concluantes faites par la Johnson C°, on s’est décidé à appliquer le procédé sur une ligne de tramway posée depuis deux ans par la West End Street Rail-way, entre Boston et Cambridge. Le matériel nécessaire à cette opération lut commandé l’été dernier à la Thomson Electric Welding Company ; le premier soudage expérimental fut réalisé avec ce matériel le 1er février 1895, sur un rail à patins du type Johnson de 23 centimètres de hauteur. La section de joint était de 25 pouces carrés ( 160 centimètres carrés) et le soudage prenait une puissance électrique de 150 kilowatts,
- Fiar. 3. — Transformateur soudeur.
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- continu par les balais,- fournit du courant alternatif sur deux bagues collectrices disposées sur l’autre extrémité de l’arbre.
- Nous avons indiqué le principe de cet appareil à propos de l’Exposition de Francfort1, ce qui nous dispense de revenir sur son principe de fonctionnement.. Les figures 1 et 2 représentent ce transformateur tournant vu du côté de l’arrivée du courant continu (fig. 1) et du coté du départ du courant alternatif (Og- 2). On obtient ainsi directement un courant alternatif de 500 volts efficaces qui, dans le transformateur, fournira environ 4 volts et 40 000 ampères. Nous disons environ, car l’on conçoit l’impossibilité de mesurer des courants aussi intenses
- sur des circuits aussi courts : on ne peut qu’estimer leur grandeur d’après l’intensité du courant primaire et le coefficient de transformation de l’appareil de soudage. L’intensité du courant primaire est réglée .à l’aide d’une bobine de self-induction intercalée dans le circuit. A cet effet, la bobine porte un noyau en fer mobile que l’on enfonce plus ou moins dans le solénoïde.
- En plus du moteur-dynamo et des accessoires, la ! voiture porte un moteur électrique servant à son déplacement sur la voie, un autre actionnant le treuil qui permet d’amener l’appareil de soudage au-dessus du joint à souder, et un petit moteur mobile servant à actionner la meule à émeri, ou en
- Fig. 4. — Vue d’ensemble du Car à souder sur place les rails des tramways, aux États-Unis. (D’après une photographie.)
- carborundum, qui décape les rails avant l’opération.
- Four souder les deux extrémités des rails, on commence par creuser un trou autour du joint, on 'déboulonne les écluses qui forment la jonction mécanique, et à l’aidé d’une meule à émeri portative mise en action par un petit moteur électrique recevant le courant de la ligne, on nettoie et on dresse soigneusement les faces latérales des deux rails sur lesquelles doivent se souder les deux pattes formant le joint.
- Ces pattes ont une forme spéciale : elles sont repliées en forme d’U à jambes très courtes; la réunion de deux rails à l’aide de deux de ces U disposés sur les deux faces verticales, entre le cham-
- 1 Voy. n° 965, du 28 novembre 1891, p. 401.
- pignon et le patin, se fait en deux opérations : la première opération soude les deux pattes sur l’un des rails, la seconde opération soude les deux pattes sur l’autre rail.
- Les lames de cuivre qui forment le circuit secondaire du transformateur (fig. 3) se terminent par deux blocs de cuivre creux à faces plates qui viennent s’appliquer contre les deux pattes à souder, et ferment ainsi le circuit à travers la masse de l’extrémité du rail. Un courant d’eau rapide circule dans les blocs de cuivre, afin de s’opposer à leur échauffement. Lorsque, après deux ou trois minutes, la température de la partie intercalée dans le circuit du transformateur a atteint le point de soudage, on exerce une pression énergique sur le joint à l’aide du volant à axe horizontal qui, par l’intermé-
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- LA NAT U HE.
- diaire d’un engrenage, tourne une vis à axe vertical qui rapproche les deux sommets verticaux d’un losange articulé et écarte les deux sommets horizontaux reliés à la pince de serrage. Cet ensemble de transmissions permet à un seul homme d’exercer sans effort une force totale de 15 à 20 tonnes sur le joint et d’ohtenir ainsi, par refoulement du métal, une soudure parfaite.
- Lorsque la soudure est terminée, on desserre les mâchoires à l’aide du volant, on enlève la soudeuse à l’aide du treuil électrique et on la porte sur un autre joint.
- Lorsque le joint soudé est encore rouge, il est facile de redresser les rails et de les remettre dans l’alignement à l’aide de quelques coups de marteau, convenablement appliqués sur les parties hautes ou en saillie.
- Tel est, dans son ensemble, le procédé appliqué par la Johnson C° au soudage sur place des rails de tramways électriques. Nous avons eu l’occasion de voir, à Cambridge, au commencement de septembre dernier, la partie de voie soudée par ce procédé : elle se distingue de la voie non soudée par une plus grande douceur de roulement des voitures et, à l’inspection, par la difficulté que l’on éprouve à voir sur place les joints des rails qui, bien aboutés et parfaitement lisses, forment de véritables joints perdus. Il serait téméraire de vouloir porter un jugement définitif sur la valeur industrielle et économique de ce soudage en tout cas très original et très intéressant, avant qu’une année entière se soit écoulée; si, comme tout le fait espérer, les résultats sont favorables, le soudage des rails donnera une nouvelle impulsion au développement industriel des tramways électriques, en simplifiant la construction du réseau de retour, et en permettant l’emploi de rails moins lourds, et, par suite, plus économiques.
- Nous devons remercier tout particulièrement M. H. Lemp, ingénieur de la Thomson Electric Welding C°, et M. Brown, ingénieur de la Johnson C°, qui nous ont montré sur place tous les détails de cette intéressante application.
- D’autres applications non moins intéressantes et non moins originales des procédés de soudage Elihu Thomson feront l’objet d’un prochain article.
- E. Hospitalier.
- ASTRONOMIE
- Plus grand éclat de Vénus. — À partir du moment où Vénus se trouve derrière le soleil, son éclat se met à augmenter parce que la planète se rapproche de la Terre. A côté de cette cause d’augmentation, se trouve une cause de diminution qui finit par l’emporter sur la première : c’est la phase de Vénus qui, pleine au moment de la conjonction derrière le Soleil, se réduit à un mince croissant un peu avant sa nouvelle conjonction devant le Soleil. Il y a donc dans cet intervalle un maximum d’éclat dont l’instant est difficile à établir. Halley est le premier qui s’en soit occupé, en 1716, et il a fixé à trente-six
- jours avant lu conjonction inférieure de Vénus, l’instant de ce maximum d’éclat.
- Lambert a reculé cette distance à cinquante et un jours, puis Bremiker a donné trente-neuf jours, et Lommelavcc Secliger, trente-huit jours. Avec ces divers résultats, les écarts entre Vénus et le Soleil, les élongations de Vénus seraient respectivement 59°45', 44°58', 40°52' et 40°55', et les éclats de la planète, 4, 5; 2, 1 ; 2, 8, et trois fois celui ou’elle a à sa conjonction supérieure derrière le Soleil.
- Cent cinquante-huit mesures photométriques de cet éclat ont montré à M. Müller que la planète arrivait à briller environ 4, 4 fois plus qu’à sa conjonction supérieure, et que trente-six jours avant la conjonction inférieure était un nombre bien voisin de la vérité. 11 ajoute que les excentricités des orbites de Vénus et de la Terre peuvent faire varier ce dernier nombre de trois jours en plus ou moins, et que pendant quinze jours avant et après le maximum, la variation d’éclat est presque insensible. C’est donc pendant un mois au moins durant sa période d’étoile du soir et pendant le même intervalle de sa période d’étoile du matin que Vénus est visible en plein jour, malgré l’éclat du Soleil.
- Les orbites des Biélides. — On se rappelle les magnifiques averses d’étoiles filantes de novembre, qui ont été surtout énormes en 1872, 1885 et 1892. Celles de 1872 et 1885 ont eu pour dates le 27 novembre, et celle de 1892, le 25 novembre.
- Il faut donc qu’il y ait eu un déplacement de l’anneau de matière de la comète de Biéla, et que cet anneau se soit avancé de 4 degrés à la rencontre de la Terre. C’est à l’action de Jupiter dans l’intervalle de 1889 à 1891 que M. Brédikhine attribue le déplacement en question.
- C’est très probablement en 1846 qu’a commencé la désagrégation complète de cette fameuse comète, mais il y a eu certainement plusieurs explosions, déchirements, donnant plusieurs anneaux de matière cométaire. En étudiant les marches des matériaux aux trois dates que nous avons citées, M. Brédikhine constate fort peu de différence avec la marche que la comète principale a eue en 1859, et leur retour probable au même périhélie que celui de 1846. Il conclut au retour de ces anneaux secondaires à la même date de novembre de chaque année, mais avec des avances ou des retards de quelques jours produisant un allongement de la durée de l’apparition des étoiles filantes de novembre. J. Vinot.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1
- LE MOUVEMENT PERPETUEL
- La recherche de l’irréalisable mouvement perpétuel 2, qui a passionné tant d’esprits et tourné tant de têtes, a été le point de départ d’une supercherie très à la mode et très goûtée à la fin du dix-huitième siècle. Cette tromperie, exécutée par certains prestidigitateurs peu scrupuleux, répondait alors à une préoccupation assez générale et elle obtint le même succès qu’obtient actuellement la soi-disant lecture de pensée qui semble correspondre aux recherches sérieuses faites sur l’hypnotisme.
- Voici comment s’exécutait l’expérience :
- 1 Suite. — Voy. n° 1069, du 25 novembre 1895, p. 416.
- 2 Voy. n° 505, du 20 janvier 1885, p. 122.
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- Au mur était fixé un centre ou rondelle de bois E pouvant tourner sur un pivot et portant 4 tiges placées à angles droits (Voy. la figure). Chacune de ces tiges était terminée par un tube A 11 C 1) légèrement incliné, fermé à ses deux extrémités et contenant une boule de plomb. L’appareil devant, au dire du montreur, tourner constamment de lui-même, était retenu par une ficelle et, lorsque ce lien était retiré, il se mettait en mouvement, s’arrêtant si l’on introduisait entre ses branches le doigt ou un obstacle quelconque, et reprenant sa rotation aussitôt que cet obstacle était retiré.
- L’inventeur expliquait comme suit sa découverte :
- « Les balles A et B sont en équilibre parce qu’elles sont à égale distance de la ligne verticale qui passe par le centre E. Par la construction de la machine, la balle I) étant, au contraire, plus éloignée du point d’appui que la balle C, doit prévaloir sur cette dernière et rompre l’équilibre; elle doit donc descendre jusqu’au point B et faire faire à la machine un quart de tour. Or, ce quart de tour ne peut avoir lieu sans que la baguette AB, qui était située verticalement, prenne une position horizontale et alors les
- Le mouvement perpétuel.
- halles A, B sont entre elles comme étaient les balles D, C : l’une doit emporter l’autre et faire faire à la machine un autre quart de tour. Ce second quart de tour ne peut avoir lieu sans être suivi d’un troisième par la nouvelle position que prennent les balles A, B, etc. La machine est donc construite de manière qu’elle doit tourner continuellement jusqu’à ce que le pivot soit usé et qu’elle tombe par défaut de point d’appui. ))
- Cette belle théorie, que le moindre examen un peu attentif réduit à néant, était cependant acceptée par les spectateurs; ils ne pouvaient la mettre en doute en voyant le résultat sous leurs yeux.
- Si ces spectateurs avaient pu examiner la chose de près, ils auraient vu que la machine ne tournait pas seule et ils auraient aperçu un des moyens employés qui étaient nombreux. Les plus simples consistaient à faire tourner l’appareil au travers de la cloison, soit avec une corde sans fin ou une courroie fixée sur le pivot traversant et dépassant cette cloison, soit avec un aimant si l’appareil était petit et la cloison légère, agissant sur un morceau de fer placé dans l’un des tubes. Quand l’appareil était soi-disant lié, la personne cachée derrière la cloison restait immobile; mais quand on décrochait le lien, elle promenait
- circulairement son aimant ou agissait sur la courroie et le mouvement était perpétuel... jusqu’à la sortie des spectateurs.
- Ce tour, comme bien d’autres, faisait beaucoup d’effet, parce que le moyen était si simple qu’on ne pensait pas à la supercherie. Alber.
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- APPAREIL DISTILLATOIRE
- POUR LE DOSAGE DE L’ALCOOL
- Lorsque deux liquides, alcool et eau mélangés, possèdent des points d’ébullition différents, 78 et 100 degrés, il est possible de les séparer lorsqu’ils sont à l’état de vapeurs, en les faisant circuler dans un tube dans lequel la condensation peut se produire par refroidissement. La vapeur d’eau se condense la première, tandis que l’alcool reste volatilisé jusqu’au moment où il rencontre une paroi plus froide contre laquelle il se liquéfie à son tour, débarrassé de l’eau qui l’accompagnait. Ce principe, mis en pratique par un appareil approprié, permet de condenser dans un petit volume tout l’alcool contenu dans un liquide. Ce mode de séparation s’appelle le fractionnement. On l’obtient dans les laboratoires au moyen de l’appareil à boules de MM. Lebel et Henninger ou bien avec le serpentin ascendant de M. Schloesing et dans l’industrie par les appareils à plateaux.
- Le nouvel instrument repose sur le principe de l’appareil de M. Schlœsing ; nous en avons confié la construction à M. Dujardin, successeur de M. Salleron, le constructeur bien connu d’instruments œnologiques.
- L’appareil comprend : 1° unecucurbite en cuivre C, d’une contenance d’un litre, pouvant reposer sur un fourneau F alimenté soit par un brûleur à gaz, soit par une lampe à alcool ; 2° un serpentin ascendant SSS en étain étiré et recourbé à sa partie supérieure, traversant un réfrigérant RR et venant aboutir dans un ballon jaugé M; l’appareil est maintenu par un support fixé sur un plateau en fonte P; 5° de carafes jaugées de 1 litre, 500 et 250 centimètres cubes de capacité, bouchées au caoutchouc et rigoureusement comparables entre elles, c’est-à-dire que celle d’un litre doit contenir exactement deux fois le ballon jaugé de 500 ou quatre fois le ballon jaugé de 250 centimètres cubes ; 4° une éprouvette à pied, bien calibrée, pouvant contenir 300 centimètres cubes de liquide; 5° deux alcoomètres de 0 à 20 degrés et de 20 à 40 degrés contrôlés par l’État; 6° un thermomètre accusant le demi-degré, également contrôlé; 7° une table de correction alcoo-métrique; 8° un flacon de pastilles de potasse; 9° plusieurs pipettes en verre; 10° des rondelles de caoutchouc pour la fermeture de l’appareil ; 11° des tubes de caoutchouc, pour l’arrivée et la sortie de l’eau; 12° un entonnoir en métal.
- Yoici quel en est le mode opératoire : 1° mesurer exactement dans un ballon jaugé, soit d’un litre, soit d’un demi-litre, le liquide à distiller; faire l’affïeu-
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- rement avec une pipette; 2° transvaser avec un entonnoir, dans la cucurbitc, rincer le ballon à plusieurs reprises avec de l’eau répartie sur les parois au moyen d’un tube en verre et verser chaque fois l’eau de lavage dans la chaudière ; 5° ajouter quelques pastilles de potasse jusqu’à saturation de l’acidité du vin; 4° relier la cucurbitc au serpentin au moyen de la fermeture à collier en s’assurant (pie la rondelle de caoutchouc est en bon état; 5° faire passer l’eau dans le réfrigérant de telle sorte qu’elle s’écoule à sa sortie en un filet mince ; 6° placer sous le réfrigérant le ballon jaugé destiné à recevoir le produit de la distillation ; lorsqu’on opère, sur un litre on place la carafe d’un demi-litre; lorsqu’on opère sur un demi-litre on place la carafe de 250 centimètres cubes ; 7° allumer le brûleur ou la lampe à alcool, et observer le moment où la première goutte distillée tombe dans le ballon jaugé; régler alors le chauffage de manière que les gouttes se succèdent rapidement au bas du réfrigérant sans former un fdet continu ; 8° lorsque le niveau du liquide recueilli dans le récipient est à environ 2 centimètres au-dessous du trait de jauge, éteindre le brûleur ou la lampe à alcool ; 9° arrêter l’écoulement de l’eau dans le réfrigérant; 10° avec de l’eau puisée au moyen d’une pipette affleurer très exactement le trait de jauge dans le récipient, fermer avec le bouchon de caoutchouc et agiter fortement en retournant le ballon à plusieurs reprises pour bien mélanger, laisser reposer jusqu’à ce que les bulles de gaz aient complètement disparu ;
- 11° remplir l’éprouvette ; en-foncer lentement l'alcoomètre bien propre et bien sec jusqu’à ce qu’il flotte de lui-même au centre du cylindre ; lorsque les oscillations ont cessé et que l’instrument est immobile, procéder à la lecture sur la tige graduée en plaçant l’œil à 15 ou 20 centimètres de l’éprouvette et à la hauteur du niveau du liquide ; lire la division qui correspond à la trace du plan horizontal passant par le ménisque inférieur; 12° prendre la température et se reporter aux tables qui accompagnent l’appareil pour calculer le titre alcoolique réel et diviser par 2 le résultat obtenu.
- On ne peut mesurer exactement un liquide mousseux qu’après l’avoir débarrassé de l’excès de gaz qu’il renferme, par une agitation dans un récipient
- de plus grande capacité. Il est important, pour éviter des corrections de volume trop compliquées, de n’introduire dans la cucurbite que des liqueurs ne s’éloignant pas trop de la température de 15 degrés. Pendant la distillation, il est bon de s’assurer que l’eau qui sort du réfrigérant est à peine tiède ; dans le cas contraire, il faudrait en augmenter le débit. Lorsqu’on ne possède pas une canalisation d’eau dans la pièce où l’on opère, on peut obvier à cet inconvénient en installant dans un coin et au-dessus de l’appareil un flacon tubulé ou un tonneau portant dans le bas un robinet sur lequel on ajuste le caoutchouc; à la rigueur, l’eau qui sort du réfrigérant peut être reversée dans le réservoir et servir à nouveau, cependant, plus elle est froide, plus l’opération s’effectue rapidement.
- Avec le nouvel appareil, on est assuré de concentrer la totalité de l’alcool dans un volume moitié moindre, lorsqu’il s’agit de liquides dont le titre alcoolique ne dépasse pas 20 degrés. Quand on a affaire à des spiritueux, prendre 250 centimètres cubes de la liqueur, les transvaser dans la cucurbitc, remplir à nouveau le ballon avec de l’eau que l’on ajoute dans la chaudière, distiller et recueillir 250 centimètres cubes dans la carafe jaugée qui a servi de mesure; dans ce cas, le titre observé est le titre réel, après correction due à la température.
- Toutes les opérations sont exécutées avec la garantie du dixième de degré, d’après les expériences de contrôle qui ont été faites.
- L’appareil, permettant de fractionner les produits de la distillation, se prête très bien • au dosage des petites quantités d’alcool restées dans les vinasses, ce que ne donnerait pas un autre instrument. Pour certains essais, soit qu’on ait besoin de suivre l’ébullition des liquides mousseux, d’opérer sur de petits échantillons ou pour toute autre cause, on peut avoir à se servir d’un ballon de verre; à cet effet, bien que sous tous les'rapports il soit préférable de ne pas donner de solution de continuité au serpentin, on peut construire l’appareil de telle manière qu’en dévissant l’obturateur, on puisse adapter à sa place un bouchon de caoutchouc percé d’un trou et s’adaptant lui-même sur un hallon de verre.
- Aubin et Alla.
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- LES WAGONS DE LUXE ET LES WAGONS ORNÉS
- Le mouvement prodigieux qui se produit depuis plusieurs années dans le trafic des chemins de 1er a déterminé les Compagnies à améliorer l’aménagement de leurs voitures de voyageurs. Ce sont les Américains qui ont commencé à construire les voitures de luxe, les wagons à intercirculation,les sleeping-cars, les wagons-restaurants, les wagons-salons.
- La Compagnie internationale des wagons-lits a encore augmenté dans ces derniers temps le luxe et le confort de ses constructions.
- Cette Compagnie vient de terminer une voiture de chemin de fer remarquable, qu’elle se propose de présenter à l’Elysée pour servir à M. Carnot lors de ses voyages
- présidentiels. ; :
- Cette voiture a j .
- une longueur de 18m,66 entre les tampons et est montée sur deux boggies ou chariots possédant une triple suspension, dont l'effet est d’annuler et d’éviter toute vibration, mouvement de lacet, cahots, soubresauts, provenant de l’irrégularité des voies, de telle sorte que les voyageurs ne ressentent aucune des incommodités occasionnées par les véhicules ordinaires des chemins de fer. La caisse a une longueur de 17m,16 et l’écartement des boggies est de 12 mètres. Toute chargée, c’est-à-dire prête à partir, la voiture pèse 31 750 kilogrammes. Si l’extérieur n’a guère, quant à l’ornementation, d’autre différence avec les autres voitures de la com-
- pagnie qu’un feston doré qui court au-dessus de ses portières, l’intérieur mérite, tout au contraire, une mention spéciale de son aspect général aussi bien
- que de bon nombre des menus détails qui le composent.
- Voici comment un visiteur a décrit ce remarquable et curieux wagon qu’il a pu examiner en détail :
- On monte dans la voiture par un des deux marchepieds qui se trouvent à chacune de ses extrémités et dont la palette inférieure est mobile pour que, relevée, elle ne puisse venir dans le gabarit des compagnies de chemins de fer. On entre alors dans un fumoir-terrasse que dix châssis à glace éclairent ; deux divans havane, une fumeuse, une console en forment l’ameublement; au plafond se trouvent de délicates et fines peintures sur toile que nous reverrons décorant celui du salon, la pièce principale de la voiture. Le salon qui fait suite au fumoir-terrasse a 5m,90 de longueur sur 2m,65 de largeur : deux grands canapés de peluche mauve sont placés latéralement le long des cloisons de la caisse, une table en acajou, à articulations, les sépare; aux angles sont deux larges fauteuils et deux chaises-fumeuses; enfin une bibliothèque surmontée d’une superbe pendule Louis XV, orne la cloison qui sépare le salon du reste de la voiture. Dix glaces éclairent cette salle ; deux d’entre elles, celles du milieu, ont lm,50 de largeur sur lm,04 de hauteur, et permettent de découvrir sur tous les points le paysage qui se déroule.
- Ce salon communique au couloir qui dessert toutes les
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- autres parties de la voiture et qui, lui aussi, est agrémenté d’un plafond délicieusement décoré. Par ce couloir, on parvient à la chambre à coucher dont les boiseries, en acajou, sont d’une style sobre et d’une exécution parfaite. Un lit dont la couverture est de peluche verte, y est placé dans le sens de la longueur de la voiture, et par conséquent dans la direction de la marche du train. Un cabinet de toilette est contigu à la chambre à coucher. Le lavabo comprend une cuvette en argent, montée sur marbre (griotte d’Italie) ; la devanture est en acajou. Un fauteuil à manchettes, recouvert en maroquin capitonné, dissimule habilement un water-closet. Le carrelage est en marbre noir et blanc.
- Puis viennent trois compartiments pour une, deux et quatre personnes, avec banquettes recouvertes en peluche verte formant siège pour le jour et pouvant se transformer en lits pour la nuit. Un cabinet de toilette leur est adjoint ainsi qu’un water-closet. Le couloir, qui part du salon, aboutit à l’autre extrémité du wagon, et là se trouve une nouvelle entrée où est placé un siège capitonné en maroquin brun, destiné au personnel de la Compagnie des wagons-lits. La voiture est chauffée au moyen d’une chaudière à basse pression alimentant une double conduite thermo-siphon, placée le long des cloisons latérales de la voiture et qui permet de donner la température voulue. Des réservoirs à eau sont dissimulés dans la partie supérieure de la voiture et alimentent les cabinets de toilette, les water-closets et la chaudière.
- Dans toutes les pièces et compartiments, des rideaux et des stores ornent tous les châssis des glaces et garantissent du soleil les voyageurs ; la lumière électrique y est installée au moyen d’accumulateurs, et une durée de vingt heures est assurée à vingt-trois lampes de trente volts. La voiture est munie d’un frein à air comprimé automatique et modérable, ainsi que d’un frein à vide et d’un frein à main. Elle possède également une conduite de chauffage à vapeur, nécessaire pour être admise par les chemins de fer allemands et italiens. Une sonnerie électrique passant par tous les compartiments permet d’appeler le personnel de service.
- On voit qu'avec une si belle installation, les voyageurs de luxe pourront agréablement parcourir les distances. Depuis longtemps déjà les Compagnies disposent de trains de luxe, dont ils se servent dans des circonstances spéciales. Nous dirons quelques mots du train orné qui a été organisé par la Compagnie de l’Ouest, pour conduire de Paris à Versailles les officiers russes, en octobre 1893.
- Le 24 octobre dernier, un train spécial de la Compagnie de l’Ouest a transporté à Versailles une délégation des officiers de l’escadre russe de la Méditerranée. Ce train était composé de deux wagons-salons et de voitures de lre classe. Ces wagons-salons étaient réunis par une passerelle. Dans l’un d’eux, tendu intérieurement de satin vert et garni de riches guipures, on remarquait une belle photographie de S. M. l’empereur de Russie (fig. 1). Le cadre, surmonté des Armes impériales russes, se détachait sur des draperies en peluche de couleur jaune et noire. De chaque côté de ce portrait étaient placés des faisceaux de drapeaux français et russes.
- La machine-tender à 3 essieux accouplés, qui remorquait ce train, avait été choisie parmi celles
- le plus récemment construites pour le service tout spécial de la banlieue. Cette machine était également très bien décorée (fig. 2) : un écusson au chiffre de la République française, entouré des drapeaux des deux nations, masquait la porte de la boîte à fumée ; des faisceaux de drapeaux étaient également placés de chaque côté de la machine; enfin, des gerbes de chrysanthèmes mélangées de palmiers et de lauriers complétaient cette décoration, qui produisait le meilleur effet. X..., ingénieur.
- NÉCROLOGIE
- Paul Fischer. — M. P. Fischer, assistant au Muséum d’histoire naturelle, que nous avions l’honneur de compter au nombre de nos collaborateurs, était un de nos naturalistes les plus éminents. Le Muséum avait tenu à honorer particulièrement ses obsèques qui ont eu lieu la semaine dernière. M. Albert Gaudry, professeur de paléontologie, dont M. Fischer était l’assistant et l’ami, a parlé au nom du Muséum ; après une émouvante allocution de M. Milne-Edwards, M. Jannetaz a prononcé un discours au nom des assistants du Muséum, M. Oustalet en a fait un au nom de la Société zoologique, dont M. Fischer avait été président, et M. Schlumberger a terminé la cérémonie par quelques paroles au nom de la Société géologique, dont le défunt avait été aussi président. Nous ne saurions mieux faire, pour résumer l’œuvre que l’on doit à Fischer, que de reproduire le remarquable discours qui a été prononcé par M. Albert Gaudry :
- « Paul-Henri Fischer est né à Paris le 7 juillet 1835. A l’âge de trois ans, il a perdu son père. C’est à Bordeaux qu’il a passé toute son enfance. A dix-huit ans, il est retourné à Paris, est devenu interne des hôpitaux et docteur en médecine. 11 est entré en 1861 au laboratoire de paléontologie du Muséum ; il y est resté jusqu’à sa mort.
- « La liste de ses travaux scientifiques ne porte pas moins de trois cents titres de brochures ou volumes, parmi lesquels se trouve son Histoire des Mollusques du Mexique en 5 volumes in-4°, publiée avec la collaboration de M. Crosse, et le Manuel de conchyliologie, qui a changé la classification des Mollusques, en montrant qu’elle devait être basée, non plus sur les formes des coquilles, mais sur les caractères anatomiques. Ces publications annoncent un labeur immense. M. Fischer est le premier qui se soit occupé de la distribution des êtres dans les profondeurs des mers. En 1868, quand il a présenté sur ce sujet, à l’Académie des sciences, le résultat de ses premières recherches, on ne possédait même pas une liste des animaux qui peuplent les côtes françaises de l’Océan au-dessous des basses marées. En 1871, il a entrepris, avec le marquis de Folin, des dragages dans la partie si curieuse du golfe de Gascogne qu’on appelle la fosse du Cap Breton ; il y a découvert un grand nombre de formes inconnues et des espèces qui n’avaient encore été signalées qu’à l’état fossile ; il a pu caractériser sept zones de profondeur. Cette initiative de MM. Fischer et de Folin restera pour eux un grand titre d’honneur. Lorsque, neuf ans plus tard, le gouvernement français s’intéressa à l’exploration des profondeurs des mers, M. Fischer prit une part active aux mémorables campagnes du Travailleur et du Talisman à la tète desquelles était le directeur actuel du Muséum.
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- Ces campagnes ont eu lieu en 1880, 1881, 1882, 1885.
- M. Fischer a montré que les froides profondeurs des iners, dans les régions chaudes, ont des habitants qui sont distincts de ceux de la surface et sont identiques avec ceux des régions septentrionales. Il ressort de là que des couches renfermant des fossiles différents n’appartiennent point toujours à des époques distinctes. Plusieurs observations faites dans les mers profondes ont fourni des applications inattendues à la géologie. Ce qui caractérise surtout l’œuvre de Paul Fischer, c’est l'universalité de ses connaissances, car il n’a pas seulement suivi la distribution des êtres de haut en bas, dans les mers, il l’a suivie de bas en haut sur les montagnes, et il a étudié des matériaux provenant de toutes les régions du globe. Mais, en outre, il était paléontologiste, connaissant les vertébrés et les invertébrés fossiles, comme l’ont prouvé ses publications et ses travaux de chaque jour dans le laboratoire de paléontologie. Ainsi, il a pu comprendre la marche des etres à la fois dans le temps et dans l’espace ; il a embrassé leur ensemble.
- « C’est un souverain plaisir de plonger son âme dans les profondeurs de la grande nature, de contempler les épanouissements de la vie depuis les premiers âges jusqu’au temps présent. Ce plaisir-là, notre ami l’a savouré si bien qu’il a oublié toute ambition personnelle, et il est devenu ce type de philosophe charmant que nous avons tous connu et aimé, ne pensant jamais à lui, ne s’occupant que des merveilles du monde animé.
- « Il a été décoré après 1870 pour sa belle conduite pendant la guerre. L’année dernière, il a été présenté pour la seconde fois comme candidat à l’Académie des sciences ; je pense que bientôt il en aurait fait partie. Il est mort avant que les circonstances aient permis qu’il fût nommé professeur.
- « Mais je l’ai plusieurs fois chargé de me remplacer dans ma chaire du Muséum et je me plais à en dire ici les raisons : je ne connais point, pour un homme de science, une plus vive jouissance, après celle de faire des découvertes, que celle d’exposer, devant un auditoire d’élite, le résultat de ses méditations; j’ai voulu donner à mon fidèle camarade cette satisfaction dont il était si digne. Et puis, comme j’aime mes auditeurs du Muséum auxquels je suis reconnaissant de leur bienveillance continue, j’ai désiré leur être agréable; je savais quel charme ils trouvaient à entendre M. Fischer traiter certains points de la science qu’il connaissait mieux que moi, mieux que personne.
- « Outre ses vastes et lumineuses publications, M. Fischer a eu un mérite qui lui assure la reconnaissance de tous les travailleurs. Les progrès de la géologie sont un des faits remarquables de notre siècle; la connaissance des terrains est devenue, dans beaucoup de cas, indispensable; or, c’est surtout par la détermination des fossiles que l’on découvre l’âge des terrains. Cette détermination est difficile, car on compte les espèces par milliers; il faut une nature d’esprit spéciale pour retenir les caractères de chaque espèce. Aussi les ingénieurs, les géologues sont quelquefois très embarrassés. Mais on savait que, dans le laboratoire de paléontologie du Muséum, on trouvait M. Fischer.On lui apportait les fossiles, il les déterminait, et, quoiqu’on le dérangeât sans cesse, sa bienveillance ne se lassait jamais; les gens sortaient de notre laboratoire sachant sur quel terrain ils allaient percer un puits, ouvrir une route, un chemin de fer, chercher des combustibles ou des substances utiles à l’agriculture; quelquefois ils réussissaient, s’enrichissaient, la France s’enrichissait
- avec eux. Quant au I)r Fischer, quel profit en avait-il? Aucun, sauf la satisfaction d’avoir aidé de braves travailleurs. On ne peut manquer d’avoir une profonde admiration pour un pareil savant.
- « Nous ne l’aurons plus près de nous, cet homme si distingué et si bon qui faisait aimer notre laboratoire de paléontologie du Muséum. 11 y était heureux, et, quand il rentrait au foyer domestique, il était plus heureux encore, car il trouvait une famille très unie, une compagne dévouée; il avait récemment marié son fils, docteur ès sciences, rempli de talent, avec la fille d’un de nos plus ingénieux paléontologistes. La maladie et, après elle, la mort viennent de briser tous ces bonheurs. Notre ami a succombé, le 29 novembre, à une lluxion de poi- ' trine.
- « Au revoir, Paul Fischer, toi qui fus le compagnon de mes travaux pendant trente-deux années; une âme si pensante, si aimante que la tienne ne saurait périr; nous voulons espérer que nous nous retrouverons un jour. Le Muséum d'histoire naturelle ajoutera ton nom à ceux des hommes qui l’ont illustré. )>
- Albert Gaudry.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 déc. 1895. —Présidence de M. Lacaze-JIltiiilus.
- La mesure des hauteurs par le baromètre. — M. Angot compare une série d’observations barométriques effectuées par M. Yallot dans son observatoire du Mont Blanc, avec des séries de même espèce exécutées simultanément en des localités peu élevées (Lyon, Genève (407 mètres), Berne (571 mètres), et en des stations de montagne, au Puy-de-Dôme et dans le Tyrol. Ces observations ont été employées à la vérification de l’exactitude de la formule de Laplace, au moyen de laquelle on peut calculer l’altitude d’un lieu si l’on connaît la hauteur du baromètre en ce lieu et en un autre dont la cote est elle-même connue. Les résultats de calculs basés sur des couples de valeurs isolées ne donnent pas, d’après les recherches de M. Angot, le nombre déduit du nivellement géodésique ; mais si l’on compare des moijennes, on obtient des nombres très concordants entre eux, suivant que l’on se sert des observations de plaine ou de montagne. Les premières fournissent 4811, 4810 et 4815 mètres; les secondes 4825 et 4824 mètres. Il résulte clairement de ces nombres, que les altitudes données par la formule de Laplace sont plus fortes, lorsque la station de référence est elle-même située à une cote plus élevée. M. Angot conclut que, dans les déterminations de cette nature, il convient de ne pas combiner entre elles des observations effectuées dans des stations présentant entre elles un énorme écart d’altitude. 11 a, en outre, déduit de ces diverses séries la température des limites de l’atmosphère ; cette température serait de —46 degrés.
- La conservation des solutions antiseptiques de sublimé. — M. Léo Vignon a étudié la conservation des solutions aqueuses de sublimé employées en médecine et en chirurgie, en raison de leur pouvoir antiseptique. Ces solutions, qui sont très diluées d’ailleurs, éprouvent des altérations rapides. Ainsi, au bout de sept jours, une solution au millième perd 45 pour 100 de la quantité de mercure qu’elle contient, lorsqu’elle est exposée à l’air ; au bout de 90 jours, la disparition est presque complète ; en flacons fermés l’altération est beaucoup plus lente. 11 se
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- forme un précipité blanc qui se dépose au fond des flacons. Mais, si l’on ajoute des chlorures alcalins ou certaines matières colorantes telles que de l’orseille, on retarde considérablement le travail de décomposition.
- Déformations du disque de Mars. — M. Wolf signale une curieuse apparence du disque sous laquelle la planète Mars vient d’ètre aperçue. Le disque, au lieu de se montrer en forme de cercle, a présenté une partie tronquée, délimitée par une ligne droite. A ce propos M. Wolf rappelle qu’Jterschel a observé des anomalies semblables sur Saturne qu’il a vu sous l’aspect d’un carré. M. Wolf a également vu une fois cette planète sous cette forme singulière; mais il attribue ce curieux phénomène à des effets de réfraction. Le disque de Mars présente, en outre, des protubérances en forme de ballons ou disques circulaires, en plus grand nombre du côté des pôles. Dans ses phases, on remarque presque toujours que le terminateur (limite de l’ombre) est échan-cré dans l’hémisphère boréal et déprimé au contraire dans l’hémisphère austral. Ce fait a été constaté et vérifié par la photographie à l’Observatoire Lick.
- Le globe de Mars ne serait donc pas un sphéroïde de révolu tion , mais un ellipsoïde dont l’aplatissement varie, suivant les au-teurs, de 1/16 à 1/300.
- Election. — M.
- Ringenbach est élu membre correspondant de la section de mécanique en concurrence avecM. Dwelshau-wers Dcry.
- Varia. — M. Ranvier donne lecture d’un Mémoire sur la rapidité de la sensation dans les nerfs. — M. Robin a porté ses recherches sur les albuminuries phosphatiques.
- Cil. DE VlLLEDEUIL.
- - LA POCPÉE PARLANTE
- 11 y a quelques années, Edison eut l’idée d’appliquer son merveilleux phonographe à la confection des poupées, et de fabriquer des poupées parlantes. Nous les avons décrites il y a trois ans1, mais il paraît qu’elles ne fonctionnaient qu’imparfaitement; et leur fabrication n’a pas été continuée. Un de nos industriels parisiens bien connus, M. Jumeau2, dont
- 1 Voy. n° 885, du 17 mai 1890, p. 381.
- 2 Voy. u° 771, du 10 mars 1888, p. 231.
- nous avons décrit la remarquable fabrique de poupées, vient de réaliser, en France, ce qui avait jadis été entrepris en Amérique, et il confectionne actuellement une poupée parlante, qui est une petite merveille mécanique.
- Le phonographe employé par M. Jumeau est construit par M. Henri Lioret; c’est un appareil minuscule fort léger qui est enfermé dans le corps de la poupée, comme le montre notre figure 1. Une plaque percée de trous, que l’on voit au bas du dessin, sert de fermeture. Notre figure 2 donne, à une plus grande échelle, le détail du phonographe employé. Une boite métallique B, dont la partie supérieure est munie du cornet de résonance et dont le fond porte une pointe P, qui est en contact avec le cylindre
- phonographique G. Ce cylindre est enveloppé par le ruban impressionné. On monte au moyen d’une clé un mouvement d’horlogerie ; le déclenchement se produit en tirant une tige A, le cylindre G se met à tourner et le phonographe fonctionne ; c’est-à-dire que la poupée se met à parler : « Je suis bien contente, maman m’a promis d’aller au théâtre, je vais entendre chanter, trci la, la, la, la », et la poupée se met à chanter une chanson naïve, puis elle termine en disant : « Merci, ma petite maman. » Une autre poupée vous dira : « Ma petite maman, écoute ma chanson: Ah! mon beau château, ma tante tire lire lire! Ah! mon beau château, ma tante tire lire Veau. (Rires!!) oh! c’est très amusant, nous irons voir Guignol! (Rires!!) ».
- Les phonographes sont à l’avance impressionnés ; les ' cylindres dont ils sont munis peuvent être changés et donner des paroles et des chansons très variées. L’impression est faite par des jeunes filles que l’on choisit ayant des voix claires et enfantines, dont le son s’adapte bien à la charmante poupée.’
- G. T. -
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaniuer-. '
- Fig. 1 et 2. — La poupée parlante. — Fig. 1. Vue de la poupée avec le phonographe intérieur. — Fig. 2. Détail du phonographe.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuru», 9.
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- N# 107 2. — K» DÉCEMBRE 18 95.
- LA NATURE.
- o.»
- JOHN TYNDALL
- La mort de John Tyndall, le digne successeur de Davy et de Faraday, fait dans le monde scientifique un vide qu’il sera difficile de combler; avec ce grand savant disparaît une des figures les plus personnelles et les plus originales dont le dix-neuvième siècle pourra s’enorgueillir à juste titre.
- Tyndall naquit en Irlande, à Leighlinbridge, près de Carlow, en 1820, de parents peu fortunés, mais qui firent les plus grands sacrifices pour lui donner une instruction solide, en l’envoyant à l’école jusqu’à l’àge, tardif pour l’époque, de dix-neuf ans. Il sortit de l’école pour entrer, à titre civil, dans les services de YOrdncince Survey, où il se perfectionna dans les questions géo-désiqucs. Il quitta ce service en 1845 et, pendant quatre ans, se consacra à la construction des lignes de chemins de fer, alors à leurs débuts. Il accepta, en 1847, le poste de professeur adjoint à Queenwood College, Hampshire, où son ami Frankland enseignait la chimie.
- En 1848, les deux jeunes professeurs partaient en Allemagne pour perfectionner leurs connaissances, suivant successivement l’enseignement de la chimie sous la direction de Bunsen, à Marburg, dans la Hesse-Cassel, les mathématiques et la physique avec Stegmann, Gerlin et Knoblauch, puis à Berlin, avec Magnus.
- Les premiers travaux scientifiques de Tyndall datent de 1848 : ils sont relatifs au diamagnétisme et aux propriétés électro-optiques des cristaux.
- En 1852, Tyndall obtenait, à trente-deux ans, le titre recherché de Fellow of the Royal Society (F. R. S.), et l’année suivante, il dopnait la première
- année. — 1er semestre.
- des lectures du vendredi à la Royal Institution, lectures qui rendirent son nom si célèbre et si populaire. En 1855, il était, sur la proposition de Faraday, nommé professeur de philosophie naturelle à l’Institution royale, poste qu’il conserva jusqu’en 1887. En mémoire des services qu’il rendit dans cette chaire, l’Institution royale le nomma professeur honoraire comme ses prédécesseurs Davy et Brande ; elle fit placer son buste dans les galeries, et donna
- le nom de The Tyndall lectures à une série spéciale de conférences faites régulièrement dans l’In-stitution. En 1866, Tyndall succéda à Faraday comme conseil scientifique du Trinityllouse, poste qu’il conserva jusqu’en 1885. En 1872, sur la pressante invitation d’un grand nombre de savants américains, Tyndall fit, pendant plusieurs mois, à New-York, Boston, Philadelphie, Baltimore, et Washington, une série de conférences scientifiques populaires dont les bénéfices, qui dépassè-rent 150000 francs, furent partagés entre le Columbia College, de New-York, le Harvard College, de Boston, et l’Université de Pensylvanic, à Philadelphie. Les conférences ou lectures de Tyndall ont été publiées sous forme de volumes : Le son, La chaleur comme mode de mouvement, La lumière, les Notes sur T électricité, les Fragments de science; ces livres ont obtenu le plus grand succès en Angleterre et en Amérique, et ont été traduits dans un grand nombre de langues.
- Tyndall, qui fit de remarquables travaux sur les germes et les poussières de l’air, fut un des grands partisans des théories de M. Pasteur, et le triomphe des méthodes chirurgicales antiseptiques en Angleterre est dû, pour une large part, à la façon magis-
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- LA NATURE.
- truie dont il exposa les vues de notre compatriote et de ses collaborateurs, devant le grand public qu’il dominait par le charme de sa parole, l’élégance de son style, la clarté de son exposition, la simplicité et la grandeur de ses mémorables expériences.
- Les controverses de Tyndall sur les sujets scientifiques ont eu un retentissement non moins grand que ses travaux et ses conférences.
- On se souvient des discussions qu’il eut avec J. I). Forbes, sur l’origine du mouvement des glaciers ; avec le professeur Tait, au sujet des mérites respectifs de Joule et de Mayer dans l’établissement de la théorie mécanique de la chaleur; avec le professeur W. Thomson, depuis sir William Thomson puis lord Kelvin, sur la polarité diamagnétique. Pour Tyndall, la répulsion apparente d’un barreau de bismuth placé près d’un pôle magnétique était due à l’induction d’une nouvelle polarité de sens inverse à celle qui aurait été développée dans un barreau de fer. C’est là une opinion (pie personne n’oserait plus soutenir aujourd’hui et que le professeur Thomson expliquait avec raison, beaucoup plus simplement, en considérant le diamagnétisme comme une propriété du bismuth de se mouvoir en allant des régions plus denses vers les régions moins denses, comme le fait un ballon gonflé d’hydrogène, sémillant échapper ainsi aux lois inéluctables de la gravitation.
- Les idées philosophiques de Tyndall lui valurent de vives polémiques de la part des chrétiens orthodoxes et soulevèrent contre lui, en Angleterre, une opposition théologique dont l'effervescence n’était pas encore calmée, lorsqu’on 1887 il quitta la vie active et partagea son existence entre les solitudes dellindhead, et les Alpes, qu’il affectionnait profondément. 11 profitait des rares instants que lui laissait son mauvais état de santé pour faire quelques incursions dans le domaine de la politique et traiter des questions sociales.
- La réputation de Tyndall comme alpiniste est non moins établie que celle du savant et du professeur. 11 fit son premier voyage en Suisse avec Huxley, en 1856, et publia en collaboration avec lui un mémoire sur la structure et le mouvement des glaciers. Il y retourna les années suivantes, faisant le premier l’ascension du Weisshorn, celle du Mont-Rose seul et sans guide. Il passa une partie de l’hiver 1859 à Chamonix; après avoir accompli une ascension au sommet du Mont-Blanc où il resta la nuit, il étudia les mouvements de la mer de glace. Ses voyages alpins sont consignés dans deux ouvrages publiés l’un, en 1860, sous le titre: The Glaciers of the Alpes, l’autre, en 1861, intitulé : Mountaineering. Ces ouvrages ont obtenu un grand et légitime succès, et ont été hautement appréciés par les géologues et les alpinistes.
- Tyndall est toujours resté un visiteur fidèle de montagnes de la Suisse; il possédait, depuis quelques années, un cottage sur le Bel Alp, près de Brieg, terminus suisse du passage du Crand-Simplon.
- Il se plaisait à vivre dans cette habitation qui constituait une charmante résidence.
- Les dernières années de sa vie se sont partagées entre ce cottage suisse et sa résidence de Haslemere où il est mort le 7 décembre, ayant toujours vécu, suivant l’observation d’un de nos confrères de la presse anglaise, sincère avec lui-même, sincère avec ses amis, sincère envers sa patrie, énergique dans la poursuite de la vérité, audacieux et parfois brutal dans l’expression de ses convictions, sans crainte de personne ni de l’adversité. Tyndall fut un caractère, qualité rare par le temps qui court, ce qui, pour nous, est une raison de plus de rendre un dernier hommage de respect et d’admiration au savant dont la tombe vient de se fermer. E. Hospitalier.
- STATISTIQUE DES LECTEURS
- EX ANGLETERRE
- La Grande-Bretagne voit paraître chaque année de 8000 à 9000 volumes, soit vingt-cinq par jour, ou, si vous voulez, un volume par heure. Dans ce chiffre sont comprises les rééditions et les réimpressions, dont il faut tenir compte, car elles accusent, mieux que toute autre publication, les tendances du goût public. Parmi les livres à succès, on en cite qui ont été tirés et vendus à plus de 300 000 exemplaires. A ces totaux formidables ajoutez 1 300 000 kilogrammes de livres importés de l’étranger, dont la valeur atteint près de six millions de francs.
- Cette montagne de littérature a son placement, car le marché aux livres, comme tous les autres marchés, est réglé par la loi de l’offre et de la demande.
- M. Frédéric Ilarrison a dit dans son Choice of boolm : « Nous nous vantons aujourd’hui de notre capacité absorbante en matière de papier imprimé comme nos ancêtres se vantaient de leur capacité pour contenir du vin de Porto. » En effet, cette énorme masse de livres, indigènes et exotiques, se répand, par mille canaux, à travers le pays, et le public finit par l’avaler.
- Les cabinets de lecture ou, pour parler le langage local, les librairies circulantes sont, en Angleterre, non les ennemies des libraires, mais, tout au contraire, leurs meilleurs clients. Pour donner une idée de leur énergie consommatrice, je dirai seulement que le colossal établissement de Mudie, le roi des cabinets de lecture du monde entier, prend quelquefois jusqu’à mille exemplaires d’un roman nouveau. Si ce roman est publié sous la forme fashionable, en trois volumes à une demi-guinée la pièce, voilà 40 000 francs, ou à peu près, qui tombent dans la poche de l’heureux éditeur.
- Quelques mois après, ces livres, payés si cher, se revendent pour rien, pour le prix du papier.
- Les librairies circulantes fournissent de livres la haute et la moyenne bourgeoisie. Les innombrables bibliothèques populaires (free libraries) qui couvrent le pays, prêtent des livres aux employés de commerce, aux domestiques et aux ouvriers.
- J’ai sous les yeux les tableaux synoptiques qui indiquent la consommation littéraire dans les librairies de province. Même réunie avec la philosophie, la théologie ne dépasse pas 1 ou 2 pour 100 des livres prêtés, tandis que le roman atteint 80 pour 100. Les écrivains édifiants arrivent bons derniers sur la liste, avec les poètes : chose étrange chez un peuple très réellement religieux et très
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- LA NATLHL.
- sincèrement poétique. Mais la poésie reste le privilège de l’élite, et, quant à la religion, il y a belle heure qu’elle a divorcé avec la théologie. Ou elle est dans le sentiment intime, personnel, ou elle n’est point du tout. Un administrateur de bibliothèque populaire raconte une histoire assez bonne. Il y avait certain livre de piété intitulé : the Best Match, ce qui veut dire : l’Unmi la mieux assortie. Les jeunes demoiselles dénichaient dans le catalogue ce titre à promesses, emportaient le livre comme une proie. Elles le rapportaient plus vite encore, dès qu’elles avaient découvert que 1’ « union » proposée n’était pas un mariage terrestre, mais un mariage mystique1.
- UNE MÉDUSE DANS LE HAUT-NIGER
- AU SOUDAN FHANÇAIS
- L’article sur la Méduse du lac Tanganijikü 2 nous a valu de la part du Dr Tautain, administrateur colonial à Nouka-lliva (îles Marquises), une lettre fort intéressante dont nous extrayons ce qui suit :
- « En 1888, au mois de janvier, aux basses eaux, j’ai trouvé dans le Niger, auprès de Bamakou, dans les eaux dormantes du bord du fleuve, en amont des rochers de Sotuba, une Méduse qui me paraît différente de celle du Tanganvika. Cette Méduse a, si mes souvenirs sont fidèles, un diamètre de 20 à 25 millimètres.
- « Le jour où je l’avais remarquée, je m’étais occupé d’en recueillir un certain nombre d’individus, et en peu de temps j’en avais une cinquantaine dans un flacon. Rentré à Bamakou, j’avais cherché à conserver ces Méduses pour les rapporter en France. Mais les divers procédés que j’ai employés, les seuls que j’eusse à ma portée, ont échoué et au bout d’un temps variable selon les procédés, je n’avais plus rien...
- « L’éloignement de la mer de l’habitat de la Méduse du Niger est considérable et il faut noter que nombre de rapides (en dehors de ceux de Sotuba), entre Tombouctou et Boussa, rendent les communications avec l’Océan bien difficiles à un être de la nature des Méduses. »
- Cette Méduse du Niger représente sans doute, comme celle du Tanganyika, comme le Limnocodium du Jardin botanique de Londres et VHalmomises de l’île de la Trinité, aux Antilles, la phase sexuée du développement d’un Ilvdraire. Ce serait toutefois le plus grand des organismes de cette nature actuellement connu, le diamètre de la Méduse du Tanganyika ne dépassant pas 22 millimètres.
- Les polypes fixés d’un Ilydraire d’origine marine et adapté progressivement à l’eau douce peuvent, dans le cours des siècles, remonter un grand-fleuve et en franchir même les rapides. Des colonies de Bryozoaires, assez analogues dans leur mode d’extension à celles de certains Hydraires, se développent souvent dans des chutes d’eau d’une extrême violence. Peut être trouvera-t-on quelque jour l’enveloppe chitineuse d’un Cœlenteré sur la coquille des Etheries, ces Mollusques bivalves à la surface rugueuse desquels le Dr Meissner, de Berlin, a vu récemment des Bryozoaires et qui forment dans les grands fleuves de l’Afrique, dans le Niger en particulier, des amas comparables aux bancs d’IIuîtres.
- Quoi qu’il en soit, le fait remarquable signalé par le Dr Tautain montre une fois de plus combien l’Afrique
- 1 D’après le Journal des Bibliothèques populaires, public par la Société Franklin.
- * Yoy. n° 1047, du 24 juin 1893, p. 51.
- réserve encore d’intéressantes surprises aux naturalistes. Mais il importe que les voyageurs, pour mieux servir la science autant que pour éviter de cruels mécomptes, se familiarisent avec les procédés modernes de conservation de beaucoup d’êtres délicats.
- Parmi tant d’autres, les Méduses sont peut-être les plus difficiles à garder. Le sublimé corrosif, en solution aqueuse saturée, et l’acide acétique concentré, mélangés dans la proportion de 100 centimètres cubes du premier pour 50 centimètres cubes du second, fixent et durcissent bien ces organismes. Après les avoir plongés pendant un temps très court (proportionné à leur volume) dans le dit réactif, on les lave plusieurs fois à l’eau pure pour enlever les produits en excès et on les conserve dans l’alcool à 70°. Encore celui-ci ne doit-il pas être utilisé de suite ; pour éviter une contraction brusque, il convient d’employer successivement des alcools à 30, 40, 50 et 60°.
- Bien des explorateurs trouveront sans doute que ces opérations, un peu longues d’ailleurs, manquent de simplicité. 11 faut en convenir, mais reconnaître également que ces recettes de laboratoire sont bonnes à retenir pour etre appliquées avec fruit quand les circonstances deviennent favorables. Cela peut arriver, ne fût-ce qu’une fois, durant les plus périlleux et les plus lointains voyages.
- Jules de Guekne.
- UN TRAINEAU SUÉDOIS1
- LE SPARKSTÔTTING 2
- Le Sparkstôtting est un traîneau excessivement léger que les habitants du Norrland, province située au nord de la Suède, emploient pendant l’hiver comme moyen de locomotion. Maintenant l’usage en est répandu dans toute la Suède où les courses sur ce véhicule original constituent un des sports d’hiver les plus appréciés. Chez les autres peuples du Nord, en Russie, en Écosse, en Allemagne, ce sport est totalement inconnu, ce qui est assez extraordinaire, étant donné que le Sparkstôtting peut être employé dans tous les pays où les rigueurs de l’hiver permettent l’usage des traîneaux ordinaires.
- Le Sparkstôtting est construit tout entier en sapin de Norvège : il est étroit, de forme allongée et ne pèse pas plus de 15 kilogrammes. Il se compose de deux patins recourbés à l’avant, ayant 2 mètres de longueur. Sur chacun de ces patins est fixé un montant de 1 mètre environ qui sert à la fois d’appui et de gouvernail. Tout le système est relié par deux ou trois traverses dont l’une supporte un siège très léger placé à 30 centimètres du sol. La figure 1 (n° 1) représente un type de Sparkstôtting en usage dans le Norrland : il diffère sensiblement du type de Yesterbotten dans lequel les patins, beaucoup plus courts, ne sont pas ferrés, mais bien
- 1 Les dessins et les détails techniques, concernant le Sparkstôtting ont été pris dans le bel ouvrage de M. le capitaine Balck, de l’armée suédoise : Vinter idrott (Sports d’hiver). — Le capitaine Balck, chevalier de la Légion d’honneur, professeur à l’Institut royal de gymnastique, est l’àme de toutes les sociétés de sport de Stockholm.
- 2 Traîneau que l’on pousse avec le pied.
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- graisses ou imprégnés de goudron bouillant. Le type le plus léger et le meilleur pour la course est celui que l’on fabrique à Uméa en Norvège : les dimensions en sont données dans le n° 2 de la figure 1.
- Pour pousser le Sparks-tôtting, le coureur, prenant appui avec les deux mains sur les extrémités des montants, place le pied gauche sur le patin de gauche, puis avec le pied droit il frappe le sol à intervalles réguliers de façon à chasser le traîneau en avant (lig. 2). Si la neige est très dure et que le coureur ne possède pas des souliers bien ferrés, il est essentiel qu’il fixe des crampons en acier sous ses semelles (lig. 1 n° 5). Dans ces derniers temps, on a placé une barre horizontale entre les deuxmontants,à hauteur d’appui : cette modification rend la direction plus facile et permet en outre de gouverner avec une seule main. Sur une route plate, le Sparkstotting atteint une assez bonne vitesse sans trop d’efforts; un coureur exercé peut arriver facilement, lorsque la neige est bonne, à la vitesse d’un cheval au trot. Dans les montées on est obligé de pousser le Sparkstotting ou de le tramer, mais cela sans aucune fatigue, vu sa légèreté et la faible surface en contact avec le sol.
- II est possible avec ce traîneau de fournir des courses très longues pourvu que la neige soit suffisamment durcie. On raconte qu’un coureur exercé franchit en 24 heures la distance qui sépare Tornéa de Pitea, distance évaluée à 21 lieues suédoises (210 kilomètres). Un palefrenier, que son maître avait envoyé chercher un cheval, put aller d’Uméa à
- Sundswall (500 kilomètres) en 5 jours, son traîneau étant chargé d’une valise.
- Le Sparkstotting est le véhicule préféré des ouvriers
- et des paysans du Norr-land, car il permet de faire la route vite et à peu de frais.On peut dire qu’il est aux populations du Nord de la Suède ce que le cheval est au Cosaque et à l’Arabe.
- Dans certains régiments de l’armée suédoise, on a essayé d’employer ce traîneau pour le service des éclaireurs : les soldats envoyés en reconnaissance sont munis chacun d’un sparkstotting sur lequel ils placent leur fusil et leur équipement. Les essais ont, paraît-il, donné des résultats satisfaisants.
- A Stockholm et dans la Suède méridionale, le Sparkstotting est considéré plutôt comme un instrument de sport dont l’usage tend à se répandre de plus en plus parmi la jeunesse. Pourquoi, en France, n’essayerait-on pas ce
- nouveau sport dans les départements où, pendant plusieurs mois, la neige recouvre les chemins, empêchant tout à fait les courses en bicyclettes? Pourquoi nos jeunes bicyclistes, une fois l’hiver venu et leurs machines remisées, n’adopteraient-ils pas ce léger traîneau avec lequel il fait si bon courir sur les routes glacées?
- L’apprentissage n’en est point pénible et les chutes ne sont pas à craindre; de plus, détail qui a bien son importance, cette bicyclette de l’hiver, comme l’appellent les Suédois, a l’avantage de ne pas coûter cher et d’ètre d’une fabrication relativement facile. II. L.
- Fig. 1. — Le sparkstotting du Norrland (Suède). — K* 1. Vue d’ensemble du traîneau. — N° 2. Sparkstotting de Norwègc. Coupe et plan. — N° 3. Semelles à crampons d’acier pour le patineur.
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- LA NATURE.
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- U CHAUSSURE DU SOLDAT
- C’est du soldat que l’on peut dire qu’il faut, avant tout, qu'il ait bon pied, bon œil. Le lion œil se vérifié comme le bon pied aux examens du conseil de révision, et le port des lunettes, admis depuis 1870 dans l’armée, corrige les insuffisances de réfraction si communes aujourd’hui, telles que la myopie ou
- l’hypermétropie. Pour le bon pied, il n’est pas seulement nécessaire que celui-ci soit bien conformé et sans lésion : il faut que la chaussure qu’on lui donnera soit de tous points irréprochable comme solidité, résistance, imperméabilité; qu’elle ne présente ni aspérités, ni plis capables de déterminer des pressions qui font, en rien de temps, des blessures insignifiantes, en tant que lésions, mais fort graves au point de vue de l’endurance de la marche et des fatigues. Si les
- Fig. 1. — Différents types de chaussures pour les soldats. — 1. Brodequin ordinaire. — 2. Brodequin napolitain. — 3. Brodequin Yvon, dit à Gowsson. — 4. Brodequin Barré. — 5. Brodequin Salquin. — 6. Brodequin Perron. — 7. Demi-botte Forcst à soufflet avec patte. — 8. Bottillon Barthe modifié à soufflet. — 9. Bottillon à soufflet du capitaine Lacroix.
- chemins de fer doivent transporter sur le théâtre des opérations militaires, une fois en campagne, il n’y a que de rares occasions d’utiliser ces moyens de transport. Il faut donc que le fantassin puisse faire un bon marcheur et, partant, soit bien chaussé.
- On ne saurait croire ce que cette question, en apparence assez simple, a soulevé de controverses depuis une vingtaine d’années. Le fameux godillot, qu’on a qualifié, ironiquement, je pense, de soulier national, a été pendant des années la chaussure réglementaire, avec l’adjonction de la guêtre. Elle l’est
- encore dans quelques régiments, car il a fallu épuiser le stock formidable de souliers accumulés pour faire face aux nécessités d’une mobilisation de plus d’un million d’hommes. Il n’est pas, on peut le dire, de chaussure plus mauvaise pour une marche un peu longue et dans des terrains de toute nature ; malgré la guêtre, la boue, les petits cailloux pénètrent à l’intérieur ; les bords viennent scier leg malléoles et le cou-de-pied et, dès que la chaussure est mouillée et desséchée, ces frottements pénibles deviennent encore plus fréquents et plus dangereux. La meil-
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- LA NATURE.
- lcure preuve que le soulier n’est qu’une chaussure de maison, pourrait-on dire, et non de marche, c’est que tous ceux qui ont de longues courses à pied à faire sur routes ou à travers champs, facteurs, chasseurs, paysans, n’ont jamais eu l’idée de s’en servir. Elle est aujourd’hui unanimement condamnée par les médecins militaires, et l’on travaille depuis longtemps à faire choix d’un appareil plus perfectionné et plus pratique.
- Une bonne chaussure doit, pour répondre à ce nom, représenter fidèlement la forme du pied. Il suffit de s’arrêter devant un étalage de bottier pour voir quels supplices on est obligé de s’infliger pour la mode. Le bout du pied présente une extrémité large formée par les cinq doigts; partout vous voyez des souliers et bottines à bouts pointus. Une année, on essaya de réagir; on porta des bouts carrés emboîtant bien le pied et ne craignant pas de le déformer, de
- Fig. 2. —Empreintes île pied, et plante d’un pied normal. — 1. Empreinte de pied normal. —2. Empreinte de pied dévié. — 5. Plante d’un pied normal avec indication de l’axe du pied.
- provoquer l’apparition de cors, d’oignons, de durillons, sans compter des accidents plus graves. Cela dura l’espace d’une saison. Copistes serviles des modes anglaises, nous sommes revenus aux chaussures extravagantes, les moins en harmonie avec les règles les plus simples de l’hygiène et du confort. Mais, sur ce chapitre, chacun est libre ; comme on se paye soi-même ses chaussures, on a toute liberté de s’estropier le pied pour le faire paraître plus petit.
- Dans l’armée, la chaussure a, comme je l’ai dit, une importance de premier ordre : aussi a-t-on cherché et cherche-t-on encore le système le plus parfait et le plus adapté aux conditions physiologiques de la station debout et de la marche. Si l’on prend l’empreinte du pied nu (fig. 2), on verra quels contours, quelle forme tout à fait différents de ceux des chaussures en usage, doit avoir une bonne bottine. Dans une discussion fort intéressante soulevée au Congrès d’hygiène de Genève, en 1882, le colonel médecin suisse Ziegler demandait, pour une bonne chaussure : 1° Que la semelle reproduise le contour du pied, avec ces modifications, que le gros orteil soit la prolongation directe du premier métatarsien, que la forme ait
- une longueur qui dépasse de 15 à 20 millimètres celle du pied ; 2° que la plante de la forme reproduise aussi exactement que possible les saillies et les creux de la plante du pied et ne présente pas une convexité bilatérale uniforme; 5° que le dos de la forme reproduise le dos du pied; 4° que toujours il y ait assez de place dans la chaussure pour l’extrémité antérieure du cinquième métatarsien ; 5° que l’empeigne embrasse bien le cou-de-pied ; 6° que le talon de la chaussure ne soit ni trop haut ni trop court, et à bord extérieur vertical.
- Une chaussure fabriquée d’après ces données constituera une bonne chaussure, qu’elle soit botte, brodequin ou soulier. Aussi a-t-on vu surgir pour l’armée nombre de modèles ingénieux qui ont été mis à l'essai dans les différentes armées. D’une façon générale le soulier a été abandonné, car il ne peut tenir qu’avec une guêtre et l’emploi que l’on en fait encore en France ne tient qu’à la nécessité d’épuiser les approvisionnements.
- Les deux modèles auxquels se tiennent aujourd’hui les inventeurs sont le brodequin et la demi-hotte ou bottillon. Étudions ces principaux types.
- Dans le concours ouvert en 1887, au Ministère de la guerre, on s’est prononcé pour le brodequin. 278 inventeurs avaient présenté 573 types différents. Ces types furent expérimentés dans divers corps de troupes et l’on retint de ces expériences quelques types ingénieux, variante du brodequin ordinaire qu’on vend partout (fig. 1, n° 1). Les quatre modèles les plus recommandés dans les rapports parvenus à la Commission sont le brodequin napolitain (n° 2), le brodequin Yvon (n° 3), le brodequin Bernais, le brodequin Salquin (n° 5) et celui qui fut adopté en première ligne, le brodequin Barré (n° 4). Un des inconvénients du brodequin est le laçage sur le devant du pied ; le type Barré y a obvié en plaçant un soufflet qui protège la peau. Suivant la position des coutures du cuir, le degré de tolérance pour tel ou tel modèle est fort variable. Ce sont là de petits détails, mais qui s’accusent à la longue et qui ont fait rejeter les divers types pour s’arrêter au brodequin Barré. Ce type est bon; il a la semelle plate, à bout large; l’empeigne est bien cambrée et se lace par des œillets. Les coutures sont reportées en arrière des malléoles, de façon à présenter le moins de chances de frottement et de coupure.
- Un dernier type, le brodequin Perron (n° 6), paraît encore supérieur à ce dernier ; primé dans les diverses expositions, il représente, d’après l’avis de la Commission supérieure de l’habillement, le type le mieux réussi de chaussure rationnelle militaire. Il semble, dans le concours récemment ouvert, devoir l’emporter sur tous les autres modèles. La semelle de ce brodequin est d’une seule pièce, carrée du bout, avec double rangée de clous. La tige est également d’une seule pièce de cuir bien corroyé, n’ayant qu’une couture extrêmement réduite sur le coté et dans le bas; en haut, elle est largement ouverte et se ferme au moyen d’un lacet en zigzag se serrant sur des crochets,
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- comme dans les bottines dites de bains de mer et même la plupart des brodequins de ville. Dans ces conditions, le pantalon peut être engagé dans l’ouverture supérieure sans presser plus qu’il ne faut sur la jambe; le cuir se moule bien sur l’avant-pied et le cou-de-pied. C’est, je le répète, la chaussure la plus simple et la plus parfaite, pour le moment, et celle qui paraît devoir être adoptée à l’avenir pour la troupe d’infanterie.
- La demi-botte, la chaussure des Allemands, a été vivement préconisée par un certain nombre d’officiers ; le général Lewal en était partisan et il avait même indiqué un type avec courroies latérales permettant le desserrement sur le cou-de-pied. Le capitaine Lacroix a présenté un modèle assez pratique (fig. 1, n° 9). La tige est en trois morceaux, dont l’antérieur peut se rabattre en avant et vient s’ajuster aux autres, au moyen de deux courroies à boucle.
- Les demi-bottes dues à Forest, maître cordonnier du 1er régiment du génie (fig. 1, n° 7), et à Barthe (n° 8), sont des modifications ingénieuses de ce genre. La vue des dessins indique leur forme.
- Ces différents modèles de petite botte ont plusieurs inconvénients, parmi lesquels le plus sérieux est de serrer fortement le cou-de-pied, d’être, après les marches , a près la pluie, très difficiles à ôter, enfin de former un paquetage un peu lourd et assez encombrant.
- Il ne faudrait pas croire qu’il suffise d’une bonne chaussure pour prévenir, dans les marches, toute cause d’irritation du pied. Pour garder sa souplesse du début, le cuir doit être entretenu avec soin, aussi bien en magasin que lorsqu’il est mis en usage. Le graissage systématique, tous les deux mois, est le seul efficace, et, de l’avis de la plupart des médecins militaires, il devrait être radicalement substitué au cirage, qui durcit la chaussure au lieu de l’assouplir. Je n’insiste pas sur ce point, non plus que sur les conditions d’hygiène et de propreté du pied lui-même qui font, autant qu’une bonne chaussure, pour la résistance à la marche et aux fatigues de la campagne.
- Dr À. Cxrtaz.
- LE RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE ALLEMAND
- La Revue allemande, le Zeitschrift für Electrotechnik, nous fournit quelques intéressants détails au sujet du développement du réseau téléphonique en Allemagne. En 1881, on ne comptait que 1504 stations téléphoniques; actuellement, il n’en existe pas moins de 63 558, ce qui fait un accroissement de plus de 344 pour 100 par an. Sur ce nombre, Berlin compte 17 424 stations, sensiblement plus que le quart du total, avec 32 640 kilomètres de lignes. D’autre part, le service téléphonique interurbain ,se développe également dans des proportions analogues. Aü début de l’année courante, on comptait 310 lignes à longue distance représentant 22 850 kilomètres. Jusqu’à présent, la ligne directe la plus importante et la plus longue relie Berlin à Breslau, sur l’Oder, en Silésie. La distance qui sépare ces deux villes est d’environ 340 kilomètres.
- LE « JAURÉGUIBERRY »
- Le Jauréguiberry, quand il sera terminé, pourra être considéré comme le plus puissant navire cuirassé de notre marine ; l’opération de son lancement a eu lieu le 27 octobre 1893, à la Sey.ne-sur-Mer, près de Toulon, en présence de M. le Président de la République, de l’amiral Àvellan, des officiers de l’escadre, et de hauts personnages de l’Etat. Nous résumerons ici l’histoire de cette solennité, mais nous voulons, auparavant, donner la description de la magnifique construction navale.
- On jugera de l’idée de son importance en jetant les yeux sur nos deux premières gravures (fig. 1 et 2), qui ont été faites d’après des photographies obtenues la veille du lancement. La figure 1 représente le Jauréguiberry par le travers sur sa cale de construction. On y distingue très nettement le berceau sur lequel le navire repose, les nombreuses accores qui le soutiennent, et enfin les mâts qui avaient été plantés pour recevoir des trophées et des oriflammes aux couleurs russes et françaises.
- La figure 2 est également intéressante. Elle donne une vue fort curieuse du Jauréguiberry sur cale, par l’avant. On aperçoit, immédiatement en dessous, l’autel dressé pour servir à la bénédiction du navire (l’autel n’est pas encore décoré).
- Le Jauréguiberry est l’un des trois cuirassés d’escadre du programme de 1891. Commandé aux Forges et Chantiers de la Méditerranée et construit par M. Lagane, l’auteur des plans, il a été mis en chantier le 23 novembre de la même année. Les autres cuirassés de 1891 sont construits dans les arsenaux, le Charles-Martel, à Lorient, et le Lazare-Carnot, à Toulon; le premier sur les plans de M. Huin, le constructeur du Hoche, du Neptune et du Brennus; le second sur les plans de M. le directeur des constructions navales, M. Saglio.
- Le Jauréguiberry, dont nous donnons l’aspect quand il sera achevé et armé (fig. 3), a 108™,50 de long, 22m,15 de large, 14m,65 de creux; un tirant d’eau arrière de 8“,45 et un déplacement de 11 818 tonneaux.
- La puissance de ses machines sera de 14200 chevaux, et la vitesse atteindra bien près de 18 nœuds par heure, vitesse que, il n’y a pas très longtemps, l’on osait à peine demander à un croiseur.
- L’armement comprend 4 gros canons : 2 de 30 centimètres et 2 de 27 centimètres en tourelles fermées, fortement cuirassées; 8 canons à tir rapide de 14 centimètres, répartis par deux dans quatre tourelles également fermées et cuirassées; 4 canons à tir rapide de 65 millimètres ; 12 de 47 millimètres; 8 mitrailleuses de 37 et 6 tubes lance-torpilles, dont 2 placés sous la flottaison.
- L’une des particularités les plus importantes de ce puissant navire de combat, c’est que, pour la première lois sur notre flotte, la grosse et la moyenne artillerie seront manœuvrccs par l’électricité; mais
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- Fig. i. — Le Jauréguiberry vu par le travers sur sa cale Je construction. (D’apres une photographie de M. Bar, à Toulon.)
- les appareils sont prévus pour que leur manœuvre puisse se faire aussi à bras, substituant instantanément le moteur humain à l’autre. Cette artillerie est très avantageusement disposée : 7 pièces, dont 5 grosses, peuvent concentrer leur feu sur un point quelconque de 1 horizon et lancer, à la vitesse initiale de 800 mètres par seconde, une demi-tonne d’acier par minute. De quoi faire une jolie brèche. Comme protection, nous avons à citer : une ceinture de flottaison de 45 centimètres d’acier au milieu, s’amincissant un peu aux extrémités et un pont cuirassé de 9 centimètres d’épaisseur totale. Au-dessus, continuant la ceinture épaisse, un platelage de 12 centimètres d’épaisseur totale, dit ceinture mince, s’élève à l’avant, pour contourner la saillie des tubes lance-torpilles; elle est destinée <à les protéger, ainsi que le pont cuirassé, en faisant éclater au dehors les obus à nouveaux explosifs. La cuirasse des carapaces des grosses tourelles a 10 centimètres ;
- leurs passages de munitions sont protégés à 35 centimètres jusqu’au pont cuirassé. L’abri du commandant, son poste pendant le combat, est cuirassé à 25 centimètres. Au-dessus du pont cuirassé se trouve l’entrepont cellulaire, formé, ainsi que son nom l’indique, d’un très grand nombre de compartiments, occupés en grande partie par des approvisionnements, au point que, en cas de brèche à la muraille dans cette partie voisine de la flottaison, une voie d’eau y serai t i n é v i t a b 1 ement localisée et certainement peu dangereuse.
- Le compartimentage est particulièrement soigné et étudié pour que plusieurs compartiments venant à s’emplir d’eau, le bâtiment continue à flotter. Il y a 15 cloisons transversales étanches se croisant avec une grande cloison longitudinale centrale et toute une série de cloisons latérales formant autant de rideaux protecteurs le long des murailles de la carène jusqu’au pont cuirassé;
- Fig. 2. — Le Jauréguiberry vu par l’avant avant son lancement. (D’après une photographie Je M. Bar, à Toulon.)
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- Fig. 5. — Aspect du Jauréguiberry lorsqu’il sera terminé et armé. — 1, Vue de côté. — 2. Coupe transversale. — 3. Vue de l’avant.
- dans le même but, des soutes à charbon régnent par le travers des machines et chaudières sur toute leur longueur. La nuit, le Jauréguiberry pourra se garder des torpilleurs par 8 projecteurs électriques dont 2 placés, l’un sur l’arête même de l’étrave, l’autre sur celle de l’ar-ricre; ces projecteurs ne laisseront plus aucune partie non éclairée autour de ce cuirassé. Celte dernière disposition est très avantageuse, car la plupart des cuirassés mal éclairés sur les côtés seraient probablement surpris, dans les manœuvres, par les torpilleurs dont tout l'objectif est de se jeter dans les zones obscures.
- Tout armé, le Jauréguiberry coûtera 27 millions de francs, dont 18 900 000 francs pour la coque;
- 3(350 000 francs pour l’appareil moteur, et 2500000 francs pour l’artillerie.
- Tel est le puissant navire que l’on vient de mettre à la mer.
- C’est à 51,10,n que s’est exécuté le lancement du Jauréguiberry, au milieu d’une foule considérable. Cette opération a été faite sous la direction de M. l’ingénieur Fournier, secondé par M. l’ingénieur Kauffer, tandis que M. Lagane, placé en avant des tribunes, surveillait les mouvements et dirigeait les opérations.
- À3h10msefait un grand silence. C’est le moment décisif et solennel. Au bout d’un instant que l’anxiété générale ne permet pas de mesurer, on voit l’énorme masse du Jauréguiberry s’ébranler sur sa cale et prendre le chemin qui lui
- Fig. 4.— Le raucement du JauréguibeiTy, 27 octobre 1893. (D’après une photographie instantanée de M. H.-L. Jlenseling.)
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- a été tracé. C’est d’abord un mouvement à peine perceptible, qui s’accélère bientôt, se précipite, et c’est au milieu d’un fracas effrayant que le Jauréguiberry entre dans la mer, prenant majes-tueusemént possession de son élément.
- Une clameur enthousiaste s’élève; les fanfares éclatent en notes triomphantes, tandis que le navire, poursuivant sa course, ébranle la cale sous sa masse emportée et fouette furieusement l’air de ses câbles énormes. Les bosses de retenue gémissent, se rompent avec fracas, mais peu à peu le colosse d’acier ralentit sa course désordonnée et finit par s’arrêter là où les calculs de l’ingénieur l’ont indiqué. Une longue salve d’applaudissements salue ce beau succès. 11 est 5h20‘u.
- La photographie que nous reproduisons ci-contre (fig. 4) a été faite au moyen d’un appareil à main instantané. Elle a été obtenue au moment où va commencer l’opération du lancement proprement dite, c’est-à-dire l’enlèvement des épontilles. On aperçoit dans le fond la tribune présidentielle où se tenait M. Carnot, ayant à ses côtés M. de Morenheim, M. Jouet Pastré, le Ministre président du conseil et l’amiral Avellan. X..., ingénieur.
- LES FUSILS A PETIT CALIBRE
- Qui n’a entendu parler des effets meurtriers des fusils modernes? Et pourtant l’aspect de ces engins de guerre n’est pas bien terrible : ils ont l’air de jouets d’enfants à côté des antiques mousquets.
- Leur puissance vient cependant de cette faiblesse apparente. C’est grâce à leur calibre réduit, qu’on a pu
- leur appliquer le système à répétition, et que leur balle, à la distance de 250 mètres, traverse successivement plusieurs hommes.
- Bien des années avant 1886, on avait songé à réduire le calibre des armes à feu. L’obstacle était la poudre noire, qui développe dans les fusils à petit calibre des pressions énormes. Les armes encrassées, fatiguées, auraient été bientôt mises hors d’usage.
- Vers 1884, deux savants français, MM. Sarrau et Vieille à l’aide de théories nouvelles, et de formules connues d’eux seuls, inventèrent une poudre sans fumée inimitable. Donnant une pression minima, cette merveilleuse substance balistique pouvait communiquer à la balle une force vive considérable. La réduction du calibre était désormais possible.
- Les étrangers ont inventé empiriquement des poudres sans fumée. Aucune ne vaut la nôtre. Toutes développent de fortes pressions, produisent des crachements de culasses. En campagne, l’énorme différence des qualités des poudres serait bien vite sensible. Dans l’expédition du Dahomey, nos fusils ont fait merveille et résisté à toutes les causes de destruction. Quelle est l’arme étrangère qui donnerait de pareils résultats?
- Montrons comment, après l’invention des poudres sans fumée, on a construit les nouveaux fusils.
- L’ingénieur militaire qui veut inventer une nouvelle arme se sert d’une formule fondamentale 1 : (poids de la balle) X (vitesse à la sortie de l’arme) = (poids de l’arme) x (vitesse de recul).
- Or, l’expérience a prouvé que le poids d’un fusil ne devait guère dépasser 4 kilogrammes, que le recul, pour ne pas meurtrir l’épaule du tireur, devait être au plus de 3“,50. L’ingénieur a donc finalement la formule : (poids de la balle) x (vitesse initiale) = quantité connue. Il a ainsi à déterminer deux quantités dont le produit est con-
- DÉSIGNATION des armes Années AR Calibre ME Poids Forme Poids BALLE Vitesse Portée
- Mousquet 1600 7l*,500 Sphère 50«' 240“ 230“
- Fusil 1777 17“”,5 4\400 Sphère 26*r,6 450“ 200“
- Fusil 1822 17mm,5 4S398 Sphère 28^,6 450“ 200“
- Fusil 1857 17““,8 4^,330 Allongée 326' 350“ 600“
- Fusil 1866 11 mm 4k*,200 Allongée 256' 420“ 1200“
- Fusil 1874 | J m m 4k«,200 Allongée 25«' 450“ 1800“
- Fusils modernes . » gmm à (jmmg 4k« environ Allongée 15«' à 12*r 600“ à 700“ 2500“ à 5000“
- Tableau des calibres, poids, etc. relatifs aux fusils, depuis le dix-septième siècle jusqu’à nos jours.
- stant. Ces deux éléments varient donc en sens inverse.
- Vaut-il mieux se servir d’une balle lourde animée d’une faible vitesse ou d’une balle légère animée d’une grande vitesse? La dernière solution est évidemment préférable. Avec une grande vitesse, la balle décrit une trajectoire plus rectiligne, elle a beaucoup plus de force de pénétration. Quand la balle est légère, le soldat peut transporter un nombre considérable de cartouches. Et c’est là une condition essentielle, quand on veut employer une arme à répétition dépensant beaucoup de munitions.
- Mais une balle légère sphérique lutte mal contre la résistance de l’air. A quoi bon lui donner une grande vitesse, si elle doit la perdre rapidement dans l’atmosphère? On peut remédier à cet inconvénient. La flèche légère fend l’air, grâce à sa forme, et atteint le but.
- La conséquence de l’allégement de la balle doit être son allongement. Son calibre sera donc petit.
- Mais une flèche qui ne serait pas garnie de plumes à sa partie inférieure se renverserait par la résistance de l’air, et n’aurait qu’une portée dérisoire. On ne peut songer à garnir de pennes une balle de fusil. Pour obtenir le même effet, on donne à la balle, en même temps que la vitesse de translation, une grande vitesse de rotation autour de son axe. Et c’est pour cela que l’on raye les armes; la rotation doit être d’autant plus rapide que la balle est plus allongée. La balle modèle 1874 faisait 850 tours par seconde.
- Les armes modernes ont toutes été construites dans ces conditions ; leur balle a un poids de 15 grammes environ, la vitesse initiale est de 600 à 700 mètres, le calibre de 8 millimètres à 6mra,5, la longueur du projectile de 2 cen-
- 1 Application du théorème de mécanique : des quantités de mouvements.
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- timètrcs à 5om,5, et le nombre de tpurs par seconde de 2000 à 3000.
- ' 11 est curieux de constater la loi d’évolution des fusils. Du moyen âge à nos jours, les armes portatives sont devenues de plus en plus petites. Le tableau que nous publions à la page précédente le montre clairement.
- Cette évolution ne se poursuivra-t-elle pas? Il y a évidemment une limite à la réduction du calibre. Pratiquement cette limite semble être atteinte. L’arme doit pouvoir être nettoyée ; les balles doivent être assez grosses pour arrêter les combattants dans leur marche.
- C’est la France qui a eu l’honneur de marcher la première dans la voie du progrès. Elle possède un fusil pratiquement parlait, et qu’on ne pourrait concevoir perfectionné que dans ses détails. Maurice Waton.
- LES FOUILLES EN-GRÈCE
- Depuis quelque temps, grâce à l’impulsion donnée par l’Ecole française, un grand nombre de fouilles archéologiques ont été entreprises un peu partout dans le sol de la Grèce. Les travaux en sont poussés avec une grande activité. Jusqu’à présent on n’a pas à se plaindre des résultats obtenus. Il y a actuellement trois chantiers importants : celui de Delphes, conduit par les élèves de l’École française; celui de Potamion, dans le Laurium, dirigé par un savant russe, M. Loeper, et celui de Thoriko dont les fouilles, exécutées aux frais de la Société archéologique d’Athènes, ont amené récemment la découverte des ruines d’une ville mycénienne remontant à l’époque préhistorique.
- On a fait beaucoup de bruit autour de cette découverte, et l’on a parlé un moment d’un Pompéi hellénique. Cette découverte se réduit jusqu’à présent à quelques tombeaux anciens et aux ruines d’un palais, ainsi qu’à quelques poteries et autres objets domestiques. Fait caractéristique, tous ces objets ne portent trace d’aucune inscription. Un a bien, sur quelques-uns d’entre eux, découvert quelques signes. Mais que représentent-ils? Est-ce une écriture? On l’ignore. On ne sait pas davantage le nom de cette ancienne ville, ni qui étaient ceux qui l’habitaient. Tout ce qu’on sait, c’est que les ruines remontent à l’époque préhistorique et qu’elles offrent un puissant intérêt pour l’archéologue.
- Les fouilles entreprises par M. Loeper ont pour but de terminer les travaux commencés il y a plus de deux ans par le directeur des mines du Laurium et qui avaient amené, dès le début, la découverte d'une petite ville qu’on croit être celle de Potamion, dans l’Attique. On le saura par la suite des travaux qui nous réservent peut-être quelque surprise.
- Quant aux fouilles de Delphes, ce sont sans contredit les plus importantes de toutes par leur étendue comme par les résultats déjà obtenus. Le plus récent est la découverte d’une grande inscription sur pierre représentant un hymne à Apollon accompagné de notes musicales.
- Contrairement à ce qu’on a dit, cette inscription n’est pas la seule de ce genre qui existe. Il y en a deux autres, dont l’une, gravée également sur pierre, a été trouvée en Asie Mineure. Le texte en a été publié, il n’y a pas longtemps, dans le Bulletin de l'Ecole française. L’autre inscription est sur papyrus; elle reproduit un fragment d’un des chœurs d'Oresle, d’Euripide. Ce papyrus figurait, il n’y a pas longtemps encore, dans la collection de l’archiduc Rénier. Mais l’inscription qui vient d’être découverte à Delphes est la plus intéressante de toutes, en
- ce sens qu’elle est plus ancienne et plus complète et qu’elle contribuera beaucoup au déchiffrement du système de notation musicale en usage dans l’antiquité grecque. On voit qu’il y a, dans les fouilles nouvellement entreprises, une importante moisson pour la science.
- PHOTOGRAPHIES
- DE DIMENSIONS EXCEPTIONNELLES
- En présence des progrès extraordinaires que fait chaque jour la photographie, on peut se demander où l’on s’arrêtera et quelle sera, par exemple, la limite des plus grandes épreuves obtenues.
- Voici que nous apprenons qu’il existe en Russie un intelligent amateur, M. Piassetsky, qui possède une photographie qui ne mesure pas moins de 160 mètres de longueur. C’est une série d’épreuves, très adroitement juxtaposées, donnant une vue panoramique du chemin de fer transcaspien, de la mer Caspienne à Samarkande.
- En fait d’épreuve unique prise directement sur verre, MM. Werner et fils, de Dublin, en possèdent une qui mesure 1m,60 sur 0ro,85. C’est un portrait grandeur naturelle. L’appareil dont les opérateurs se sont servis a été construit spécialement par eux. L’objectif était un objectif de Ross double. La personne qui posait avait été placée à une distance focale de lm,50, et le temps de pose a été de dix secondes.
- A la dernière Exposition coloniale qui eut lieu à Londres, en 1886, on avait exposé une photographie de 6 mètres de longueur. Cette épreuve, dont tout le monde a pu admirer la netteté, représentait le panorama de Sydney et de Port-Jackson avec leurs environs. Elle avait été prise du sommet du grand dôme de Garden Palace-, elle avait été agrandie dans la suite. X. West.
- LE LANGAGE SIFFLÉ
- DANS L’AFRIQUE CENTRALE
- Ceux qui ont lu le livre si intéressant du Dr Verneau sur les îles Canaries, se rappellent bien certainement y avoir trouvé des détails fort curieux sur la langue sifflée qu’emploient une grande partie des habitants de ce pays pour les communications à distance ; du reste, La Nature a consacré une étude à cette coutume bizarre1. Il est fort à propos d’en rapprocher une Note que nous relevons dans le récit que publie actuellement M. C. Maistre de son beau voyage du Congo au Niger par l’intérieur de l’Afrique.
- Disons en deux mots que M. C. Maistre, après avoir débarqué à Loango avec toute sa mission, avait remonté à Brazzaville, puis de là, par le Congo et l’Oubangui, à Bangui; ensuite il arrivait à la rivière Kémo, entre le pays des Togbos et celui des Langouassis. On retrouvera facilement ce point sur une carte un peu complète, et nous v insistons parce que c’est précisément d’un habitant de ce pays, d’un jeune Togbo, qu’il apprit l’existence d’un langage sifflé.
- Au bout d’un certain temps, la caravane était arrivée péniblement dans le pays des Mandjias, près de la rivière Okero; on avait en vain essayé d’entrer en relations avec les indigènes, qui répondaient en lançant des flèches et en se cachant dans la brousse. Cependant un jeune Togbo, qui suivait l’expédition depuis la rivière Kémo, vient trouver M. Maistre et lui dit qu’il connaît un moyen de corres-
- * Voy. n“ 981, du 19 mars 1892, p. 241.
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- pondre avec les Mandjias, de parlementer avec eux à distance, si l’on veut l’y autoriser. La permission est aussitôt accordée, car elle ne peut nuire à rien. Le jeune Togbo monte dans un arbre, tenant à la main une espèce de petite flûte, ou plutôt de sifflet, qu’il porte toujours attaché à son cou; il se met alors à en tirer toute une série de sons qui ont, paraît-il, chacun une signification. En effet, les Mandjias répondent à distance de la même manière, et le Togbo n’a pas de peine à comprendre leur réponse sifflée, qu’il traduit immédiatement à M. Maistre; la réponse est du reste loin d’être satisfaisante, mais cela nous importe peu ici.
- 11 est évident qu’on n’a pas pu induire M. Maistre en erreur, et il résulte du journal de route de l’explorateur qu’il existe dans l’intérieur de l’Afrique une langue sifflée comprise par des tribus éloignées les unes des autres comme le sont les Toghos et les Mandjias.
- 11 nous semble utile de rapprocher de cette coutume curieuse un renseignement que nous trouvons dans le compte rendu de l’expédition du marquis Ch. de Bonehamps au Ka-tanga. A un certain moment, le roi nègre Msiri avait envoyé un interprète dans le camp de M. de Bon-champs, en apparence pour lui annoncer sa prochaine visite, en réalité pour espionner l’intérieur du camp et signaler les forces dont disposaient les Européens, en cas d’une attaque imminente. L’interprète était accompagné d’une demi-douzaine d’individus porteurs de tambours. Ils allaient, venaient, examinaient tout, et exécutaient sur leurs instruments une foule de roulements se succédant à intervalles réguliers sans jamais se ressembler. Ils employaient une véritable langue des sons, communiquant ainsi avec leur chef l’interprète, qui ne pouvait se promener à travers le camp et qui prenait note des signaux qu’il percevait de cette façon originale : ces roulements de tambour indiquaient les forces du camp, les moyens de défense, etc.
- Pour insister seulement sur le langage sifflé dont nous avons parlé en commençant, nous ferons remarquer qu’il est fort important de retrouver dans l’Afrique centrale une coutume que l’on a constatée aux Canaries.
- Daniel Bellet.
- DYNAMO A PÉDALES
- Cette fin de siècle étant caractérisée par le triomphe de la pédale, il était tout naturel d’espérer voir un jour ou l’autre les machines à manivelle faire place aux machinés à pédales. Elle est aujour-
- d’hui industriellement réalisée et se présente, comme nous le montre la ligure ci-jointe, sous, l’aspect original d’une roue de vélocipède montée sur socle et actionnant directement une petite dynamo. C’est le premier pas dans une voie où les imitations ne tarderont pas à se manifester.
- La partie motrice comporte tous les perfectionnements caractéristiques des vélocipèdes les plus modernes : paliers à billes, pédales ajustables, selle mobile pour s’adapter à la grandeur de la personne qui doit faire manœuvrer l’appareil, etc.
- La dynamo shunt à courant continu actionnée par ce système est, aux proportions près, absolument identique aux dynamos plus puissantes employées dans l’industrie, et la puissance électrique qu’elle
- peut développer correspond à celle que peut produire le pédaleur qui l’actionne.
- Le premier type, étudié par MM. Hanson et Van Winkle, l’a été pour remplacer les piles dans la petite industrie de dorure, argenture, nickc-lage, etc. Le nettoyage et le polissage des pièces à recouvrir se fait à l’aide de gratte-bos-ses, de meules, de rondelles de feutre, etc., qui viennent se visser sur les extrémités de l’arbre de la dynamo, et remplacent ainsi un tour à polir spécial.
- La manœuvre des pédales laissant à l’ouvrier ses deux mains libres, il peut très facilement et très commodément procéder aux opérations de nettoyage et de polissage, tout en continuant son entraînement cycliste.
- L’application au dépôt électrolytique des métaux précieux dans la petite industrie constituera certainement un débouché important à la dynamo-cycle que nous venons de présenter à nos lecteurs, mais il en est une autre qui nous semble bien plus importante et bien plus évidente : c’est l’application aux petites machines d’enseignement employées dans les collèges et les institutions. La manivelle est bien vieux jeu, bien manœuvre, tandis que la dynamocycle est incomparablement plus dans le mouvement. Il ne manquera jamais d’élèves de bonne volonté pour enfourcher la dynamo-cycle, si j’ose m’exprimer ainsi, lorsque, le progrès aidant, elle sera passée au rang d’appareil classique. Qui saura attacher le grelot de cette innovation? l)r Z...
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- Dynamo à pédales. — 1. Vue d’ensemble de l’appareil 2. Mode d’emploi à plus petite échelle.
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- LES COMPTEURS ET INDICATEURS DE NOMRRE DE TOURS
- Un point important dans une industrie ou application quelconque est de connaître la vitesse angulaire de la machine à vapeur, de la dynamo ou des différents appareils mécaniques en mouvement. Quelques lecteurs nous ont déjà demandé, à plusieurs reprises, de leur faire connaître des appareils simples, leur permettant d’effectuer rapidement cette mesure. Nous allons en quelques mots rappeler les principaux appareils aujourd’hui en usage.
- La vitesse angulaire d’une machine en mouvement s’exprime en nombre de tours par minute.
- Il suffit donc de connaître le nombre de tours en un temps donné, pour déterminer ce facteur.
- Quelques appareils effectuent eux-mêmes cette opération, et donnent le résultat dernier; ils portent le nom d’indicateurs de vitesse, nom justifié puisqu’ils indiquent à tout instant la vitesse angulaire.
- Mentionnons en premier lieu l’indicateur de vitesse de M. K. ' lledges. Cet appareil très simple est représenté par la figure 1. 11 se compose d'un tube en verre fermé et rempli d’un mélange d’eau et de glycérine.
- Ce premier tube est garni d’une gaine métallique percée de deux ouvertures longitudinales, permettant d’apercevoir le liquide à l'intérieur. Le toutestmontésur un axe vertical, auquel se trouve communiqué le mouvement de la machine, à l’aide d'un engrenage conique et d’une poulie actionnée par une courroie.
- Quand la machine est au repos, le liquide demeure sur un plan horizontal, comme le montre notre dessin ; mais aussitôt que l’appareil se met en mouvement, le liquide se déprime au centre en s’élevant
- sur les bords du tube. La dépression augmente à mesure que la vitesse angulaire s’accroît. Si nous faisons une section par un plan vertical, nous obtenons une parabole dont le sommet se déplace. 11 est alors facile d’établir une graduation indiquant à chaque instant le nombre de tours par minute. Cet appareil est déjà répandu dans un grand nombre d’installations, où il rend de précieux services. MM. Richard frères ont également construit un appareil, basé sur un principe différent, qui permet d’avoir à chaque instant l’expression de la vitesse angulaire.
- Dans la plupart des cas, il n’est pas utile de connaître d’une manière continue ce dernier facteur ; on se contente de faire quelques mesures à différentes reprises. Un petit appareil à main ou compteur de tours est alors suffisant. Ce compteur de tours doit être complété par un compte-sccondes. On observe le nombre de tours effectué par un arbre de rotation dans un nombre de minutes déterminé. Le rapport des deux facteurs donne la vitesse angulaire ou nombre de tours par minute.
- Les compteurs de tours sont très nombreux. Plusieurs appareils méritent d’être mentionnés; citons le compteur de M. 0. May, en forme de montre (fig. 2, a). Une grande aiguille indique le nombre de tours et les dizaines, et une petite aiguille les centaines. L’appareil de MM. Château (fig. 2, b) est formée d’une vis tangentielle commandant un cadran à roues dentées. M. Deschiens a eu l’idée de monter sur le même axe un compteur de tours et un compte-secondes c; les deux se mettent en
- Fig'. 1. — Indicateur de vitesse de M. lledges.
- Rhz-
- Fig. 2. — Compteurs de tours divers. — a. Compteur May. b. Compteur Château. — c. Compteur Deschiens. — A. Compteur Redier.
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- marche au même instant, lorsque la pointe est appuye'e sur l’arbre en mouvement. M. A. Redier a disposé un compteur (fig. 2, d), qui s’arrête au bout de 50 secondes et indique le nombre de tours par minute; il dispense donc de l’emploi d’un compte-secondes.
- Cette étude sommaire pourrait être complétée par la description des appareils enregistreurs de la vitesse angulaire. Plusieurs de ces appareils ont été déjà décrits dans La Nature1; nous renvoyons nos lecteurs aux articles qui les mentionnent.
- J. Laffakgue.
- CHRONIQUE
- L’Industrie électrique aux Ëtats-L’nis. — A la
- dernière séance de la Société internationale des électriciens, qui a eu lieu le 6 décembre 1895, dans la grande salle de la Société d'encouragement, à Paris, notre collaborateur, M. E. Hospitalier, a fait sur l’industrie électrique en Amérique, une conférence qui a obtenu un vif succès auprès des électriciens et des directeurs de stations centrales en France qui étaient venus en grand nombre. Après avoir parlé des divers services électriques de l’Exposition de Chicago, l’orateur a passé en revue la disposition actuelle des stations centrales. Le terrain étant à un prix très élevé dans les grandes cités américaines, les usines sont très hautes et peu étendues en largeur; le rez-de-chaussée est occupé par les dynamos, le premier étage par les machines à vapeur et les combles par les chaudières et les provisions de charbon. Les machines dynamos sont en général d’une puissance très élevée; dans une seule station à New-York, on eompte 8 dynamos de 800 kilowatts. Nous avons décrit récemment2 une dynamo de 1500 kilowatts. L’éclairage par lampes à arc en tension, variant entre 30 et 70, est très développé, même dans les plus petites villes. On trouve également un grand nombre de distributions d’énergie électrique par courants alternatifs. Les canalisations sont en général établies dans des conditions rudimentaires; elles sont aériennes pour la plupart, et posées sans grand soin. On ne voit en service, aux États-Unis, que trois compteurs : Edison (électrolytique), Thomson et Shallenberger. Quoi qu’il en soit, les applications de l’énergie électrique sont très développées en Amérique pour l’éclairage des villes, la force motrice, utilisée à tous usages domestiques et industriels, et enfin la traction électrique. Pour n’en citer qu’un exemple, cette dernière utilise actuellement, à Boston seulement, une puissance d’environ 8000 chevaux et compte dépenser plus tard près de 22 000 chevaux. Toutes ces explications, données avec une réelle compétence et avec cette clarté qui distingue le savant électricien, ont été accompagnées d’un grand nombre de projections.
- Concentration de l’acide sulfurique par l'électricité. — La concentration industrielle de l’acide sulfurique présente certaines difficultés, provenant de ce fait qu’on ne peut employer que des vases de platine, de verre ou de porcelaine. L’emploi du platine a prévalu dans la pratique; les appareils deviennent donc très coûteux ; de plus, on constate que l’acide sulfurique dissout
- 1 Voy. n° 991, du 28 mai 1892, p. 412.
- 2 Voy. n° 1005, du 28 octobre 1893, p. 345
- une petite quantité de platine, de sorte que les cornues n’ont qu’une durée limitée. M. Bertram Blount propose, pour obvier à cet inconvénient, de chauffer l’acide à concentrer, au moyen d’un conducteur en platine plongeant dans le liquide et traversé par un courant électrique suffisant pour porter sa température à 150 degrés au-dessus de celle de l’acide. Celui-ci peut dès lors être contenu dans des vases non métalliques, qui ne sont plus sujets à rupture, puisqu’ils ne transmettent plus la chaleur. 117 kilogrammes d’acide demandent, pour être concentrés, de 60 degrés B. à 66 degrés (ce qui ramène le poids à 100 kilogrammes), 52 679 calories, soit 44,2 chevaux-heure; la concentration électrique exigerait ainsi une dépense de combustible cinq fois plus grande que la concentration directe; mais il se pourrait, en raison des avantages énumérés ci-dessus, que le coût final de l’opération fût néanmoins plus faible que par le chauffage direct. M. Blount préconise l’emploi d’un fil de platine de 5 millimètres de diamètre et 77 centimètres de long, chauffé à 480 degiés centigrades par un courant de 364 ampères. Ce fil pourrait concentrer 24 kilogrammes d’acide en cinq heures. La différence de potentiel maxima serait de 5 volts ; elle semble insuffisante pour donner lieu à une perte sensible de platine par électro-lvse : cette perte pourrait du reste s’éliminer complètement par l’emploi de courants alternatifs.
- Deux orangs-outangs à Bruxelles. — La semaine dernière, le steamer Preusen, un des plus beaux navires allemands, a fait escale à Anvers, venant de Singapour (Indo-Chine). 11 avait à son bord deux énormes orangs-outangs capturés tout récemment dans une forêt de File de Bornéo. Ces deux bêtes, vraiment monstrueuses, mesurent 1m,70 de hauteur; leur tète est énorme et entourée de grosses protubérances, ils appartiennent à l’espèce dite pongo : comme tous les orangs, ils vivaient au sommet d’un grand arbre où ils s’étaient construit une sorte de butte. Les indigènes, qui avaient constaté leur présence, coupèrent les arbres environnants et isolèrent complètement nos deux pongos. La faim obligea les anthropoïdes à descendre et ils tombèrent naturellement dans les pièges que leur avaient tendus les chasseurs. Il fallut alors songer à s’en emparer pour les transporter à la côte. Ce ne fut pas facile, et l’un des deux orangs, bien qu’entouré de cordes énormes et ficelé comme un saucisson, parvint à briser les liens qui retenaient un de ses bras et étouffa contre lui deux malheureux indigènes qui en approchèrent. Enfin, on parvint à les mettre dans l’impossibilité de nuire, et on les embarqua à bord du Preusen dans des cages d’une solidité à toute épreuve. Là, autre aventure. Un des pongos tomba malade et le capitaine Iloegemann dut recourir aux soins du docteur Scherer, pour sauver de la mort son dangereux pensionnaire ; le docteur parvint, à force d’habileté et de ruse, à médicamenter M. Mauritz — c’était le nom de l’intéressant malade — et à le rétablir. Pendant la traversée les deux orangs-outangs eurent souvent le mal de mer ; rien n’était plus extraordinaire que leurs contorsions et leurs lamentations. Inutile de dire que tous les jardins zoologiques du monde se sont disputé la possession de ces deux orangs qui sont une curiosité unique au monde. C’est M. Pinkert, directeur du Zoologischen Garten de Leipzig qui l’a emporté et il a permis à M. Castan, le directeur du musée de Bruxelles, de produire pour quelques jours cette exhibition extraordinaire. Les deux orangs sont donc installés provisoirement dans le musée de M. Maurice Castan, à Bruxelles.
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- (/infection des blessures. — On sait que l’infection augmente dans une proportion énorme la mortalité par les blessures produites par les balles; il était donc intéressant, à plus d’un point de vue, d’étudier les causes de cette infection. C’est à cette étude que le docteur Messner a consacré d’intéressants travaux dans le courant de l’année dernière. Des balles de fusil, préalablement contaminées avec des microbes, étaient tirées à plus de 200 mètres dans des boites d’étain remplies de peptones stérilisés; le canal formé par le passage de la balle était ensuite soigneusement examiné. Dans toutes les expériences, les balles contaminées avaient produit des colonies correspondant à leur infection. Dans une autre série d’expériences, les boîtes étaient enveloppées de flanelle infectée avec des organismes particuliers; ces organismes, emportés par la balle, produisaient de môme des colonies dans les peptones, tandis que des balles qui n’avaient été soumises à aucun traitement spécial et que l’on tirait directement dans la gélatine ne produisaient que les infections ordinaires que l’on trouve dans l’air. Ces études montrent que la vitesse de la balle ne la préserve pas des microbes et que çeux-ci peuvent être pris au passage dans les habits et produire les accidents qui accompagnent les blessures de guerre. Si l’on trouvait un procédé susceptible de les désinfecter dans la traversée des vêtements, on diminuerait sans doute, dans une forte proportion, la mortalité dans les ambulances.
- Pont-levis sur le Tibre. — Ce pont, dû à M. Ves-covali, ingénieur en chef du service hydraulique de la ville de Rome, a été jeté sur le Tibre, à 2 kilomètres environ de la ville, pour faciliter le transport du bétail dans les nouveaux abattoirs construits sur la rive droite. La superstructure, qui mesure 171m,15, est en fer, et comprend quatre travées latérales de 34m,8G, et une travée centrale qui reçoit un pont-levis de 12m,G4 de volée. La largeur du pont, entre garde-corps, est de 9m,25. Les grandes poutres reposent sur deux culées en maçonnerie et sur quatre piles composées chacune de deux colonnes tubulaires entretoisées. La distance, d’axe en axe, des deux piles centrales, qui supportent le pont-levis, est de 15ra,4ü ; quand le pont-levis est levé, le passage qui reste libre pour la navigation a 12“,46 de largeur. Le point le plus intéressant, dans la construction de ce pont, est le mécanisme hydraulique qui sert à manœuvrer le pont-levis. Comme on l’a dit plus haut, la volée a 12m,04 de longueur ; elle a 5m,92 de largeur entre garde-corps. Le tablier du pont-levis se prolonge, en arrière de l’axe de rotation, sur une longueur de Tlm,62 et porte à son extrémité un contrepoids de 12 tonnes, qui équilibre presque le poids de la volée. Pour pouvoir ouvrir ou fermer la travée centrale, on a disposé deux contrepoids flottants, de 1“,0G de diamètre et de 3m,14 de longueur, reliés, par des câbles plats en acitr, à la périphérie de deux segments de 2m,94 de rayon fixés sur le tablier du pont-levis. Ces contrepoids flottants sont à l’intérieur de cylindres en fonte de 5m,2G de diamètre, logés dans les colonnes de la pile, et qu’on peut remplir d’eau ou vider au moyen d’un mécanisme à soupape installé sur le pont. Pour lever le pont-levis, on vide les cylindres, les contrepoids flottants retombent et relèvent le pont-levis de la quantité voulue. Pour abaisser le pont-levis, on fait fonctionner en sens inverse le mécanisme à soupape. L’eau, fournie par un réservoir, remplit de nouveau les cylindres, et le pont retombe par l’action de la pesanteur. Le poids de toutes les parties mobiles du pont-levis est de près de 75 000 kilogrammes. La manœuvre dure 5 minutes.
- Feuilles géantes. — Quels sont les arbres qui possèdent les plus grandes feuilles? Un botaniste anglais nous apprend que c’est à la famille des palmiers qu’appartiennent les arbres qui poussent les plus fortes feuilles. Le premier, il faut citer le palmier Inaja, des bords de l’Amazone,dont lesfeuilles ne mesurent pas moins de 15 mètres de long sur 3 mètres et quelquefois 3m,60 de large. Certaines feuilles du palmier de Ceylan atteignent 6 mètres de long avec une largeur invraisemblable de 5m,40. Les indigènes s’en servent pour se faire des tentes. Vient ensuite le palmier-cocotier dont la feuille atteint couramment 9 mètres de long. En dehors du palmier, nous trouvons que le magnolier-parasol de Ceylan pousse des feuilles si vastes qu’une seule peut servir parfois d’abri à quinze ou vingt personnes! Une de ces feuilles, apportée en Angleterre comme échantillon, mesurait près de 11 mètres de large. La plante dont les feuilles atteignent les plus grandes dimensions, dans nos climats tempérés, est le nénufar blanc, Victoria regia. Un spécimen de cette plante vraiment magnifique se trouve dans les jardins de la Société royale botanique, à Londres. Sa feuille, qui dépasse un peu 2m,10 de diamètre, est assez forte pour supporter un poids de 180 kilogrammes.
- Le paradis des Alligators. — L’Alligator, un des plus singuliers et redoutables êtres de la création, abonde dans les marécages de la Floride. Là il jouit d’un doux climat nécessaire à sa délicate santé ; pour lui, ces marais représentent le Paradis. Ses frères, qu’on rencontre dans la Louisiane, s’enfoncent l’hiver dans la vase pour échapper le plus possible aux rigueurs de la température, tandis que lui vit sous un ciel toujours clément, au milieu d’un printemps éternel. Rien de plus curieux que de voir l’expression de profonde surprise de leurs yeux glauques, lorsqu’une balle de carabine vient frapper, sans s’y enfoncer, la cuirasse qui leur sert de peau; ils paraissent ne pas comprendre comment on ose venir les déranger au milieu de leur béatitude. Cependant, comme Achille, ils ont un endroit vulnérable qui se trouve au point de jonction de la tète avec l’épine dorsale. C’est le joint de la cuirasse, qui laisse pénétrer la balle du fusil; aussi les chasseurs d’alligators ne l’ignorent pas. Sur les bords des marécages de la Floride, des bandes d’alligators dorment au soleil ; approchez-vous avec précaution, aucune de ces créatures immondes ne bougera ; à les voir étendues, on jurerait qu’elles sont sans vie, quelques-unes cependant dardent sur vous leurs yeux de démons. Visez et tirez un coup de fusil sur la tète de l’un de ces animaux : un grognement semblable à celui du porc répond au choc inofl'en-sif de la balle, et instantanément, tout le troupeau se précipite et disparaît dans l’eau fangeuse.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 déc. 1893. — Présidence de M. Lacàze-Ddthiebs.
- L'éthérification de l'acide fluorhydrique. — M. Mois-san présente une Note de M. Maurice Meslans sur l’éthérification de l’acide fluorhydrique. D’après l’auteur, les vitesses de l’éthérification de cet acide, en présence de l’alcool, sont très faibles d’abord jusqu’à 150°, mais croissent rapidement avec la température et avec l’excès de l’acide sur l’alcool. Dans le cas, au contraire, où l’alcool se trouve en excès, on n’obtient pas trace d’éther fluorhydrique. En réalité, celui-ci se trouve détruit aussitôt sa formation par l’excès d’alcool qui le transforme en oxyde d’éthyle et en acide fluorhydrique. Cette réaction est très différente de celle que présentent les autres hydracides
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- qui sont, au contraire, presque entièrement éthérifîés par un excès d’alcool.
- Changements de structure du fer et de Vacier. — M. Georges Charpy a étudié Reflet produit sur le fer et l’acier par une déformation permanente à froid. Si l’on soumet les métaux à l’action d’une traction croissante, on peut représenter graphiquement les résultats par une courbe régulière, sauf pour le fer pur et l’acier qui offrent une courbe caractérisée par l’intercalation d’un élément de ligne droite parallèle à l’axe. On exprime ce fait en disant que la courbe présente un palier. 11 s’est opéré à ce moment une transformation allotropique. Une série d’expériences de magnétisme effectuées par M. Charpy, démontrent cetfe proposition. Cette modification peut encore se développer par l’influence de la chaleur; elle joue un rôle considérable dans le phénomène de la trempe. L’essai du métal à la traction et la connaissance de la courbe permettent de reconnaître si la transformation s’est produite ou non, et, par suite, de déterminer son influence dans les diverses opérations de la métallurgie.
- La destruction des Campagnols.
- —M.Dehérain présente une Note de M. Danysz sur la destruction radicale des Campagnols dans une localité où ils pullulaient. Ayant pris au piège des ani -maux paraissant malades, l’auteur eût l’idée de re- ! chercher s’il ne s’agissait pas d’une maladie microbienne. Ses prévisions se trouvèrent vérifiées ; le microbe put être cultivé et servir à infecter de nouveaux animaux. De petits.morceaux de pain trempés dans un liquide contaminé furent répandus en quantité dans les lieux ravagés. Au bout de très peu de temps, on ne rencontrait plus de Campagnols. L’auteur ajoute cette importante remarque que le microbe de la maladie du Campagnol est sans'action sur la poule, les oiseaux, les grands rongeurs et les autres mammifères.
- Incendies des forêts de pins dans les Landes. — M. Rayet envoie une Note sur les incendies terribles qui ont éclaté cet été dans les forets de pins du département des Landes. La superficie dévastée par le feu ne s’élève pas a moins de 35 000 hectares et l’importance de la perte éprouvée est de 6 millions de francs. La cause paraît bien devoir être attribuée à la sécheresse de l’été dernier. M. Rayet établit, en effet, au. moyen de documents locaux, que l’été de 1893 occupe le second rang pour la sécheresse, dans une période remontant à cent ans en arrière. Cette remarque s’applique à la région bordelaise.
- M. Dehérain pense que le moyen de prévenir le retour de désastres aussi considérables serait de couper les plantations de pins par des bandes de chênes qui, eux, ne sont pas susceptibles de combustion spontanée.
- Varia. — M. de Lapparent expose une théorie des glaciers faisant remonter le phénomène à des causes purement géographiques. — M. Guignard communique de nouvelles recherches sur la localisation des principes actifs dans les plantes. Ch. de Villedeuil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE SINGE BUVEUR
- Un de nos lecteurs, M. A. Auché, à Périgueux, s’est amusé à construire dans son jardin la curieuse fontaine que représente notre gravure. C’est une statuette de bronze, qui représente un singe perché sur le dos d’un compagnon. Ce singe tient de sa main gauche une coupe métallique légère, montée à sa partie inférieure sur un axe qui lui permet de s’abaisser par un mouvement de rotation. La coupe, placée au-dessous d’une petite chute d’eau, se remplit ; quand elle est pleine jusqu’au bord, le poids de l’eau la fait basculer dans une (position horizontale, et le liquide est alors avalé par le singe. Aussitôt que la coupe est vide, elle reprend sa position première; elle se remplit de nouveau, se vide dans la bouche du singe et ainsi de suite alternativement. L’eau, en passant par le corps de la statue, s’écoule dans le bassin inférieur. « L’effet produit par ce genre de fontaine, nous écrit notre correspondant, est très original : aussi ai-je toujours une quantité de curieux autour de la grille de mon jardin où est installé ce buveur d’eau qui ne se désaltère jamais. »
- L’objet que nous venons de décrire est d’une grande simplicité, sa construction n’offre aucune difficulté ; il pourra servir à exercer l’adresse des amateurs de petites constructions mécaniques.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. l’aris. — Imprimerie Lahure. rue de Fleurus. H.
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- N° 1075. — 25 DÉCEMBRE 1895.
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- LA MACHINE A COURIR YALÈRE
- A la prochaine Exposition internationale de vélo-cipédie, qui ouvrira à Paris dans quinze jours, sera présentée une machine d’un modèle tout spécial, la bicyclette du français Yalère. L’invention sera tenue jusque-là encore un peu dans l’ombre par son auteur ; mais, en dépit des précautions prises, les indiscrets lui ont néanmoins déjà bâti une grande renommée.
- Un fait mit en éveil les curieux : il y a un mois, M. Yalère, sortant pour la huitième fois seulement sur sa bicyclette, et ayant rencontré au Bois de Boulogne le coureur Farman, champion de France de 100 kilomètres de 1892, lui offrit un match instantané. L’affaire fut conclue aussitôt, et l’on courut. Sur 500 mètres, Farman fut distancé de trois longueurs ; après quoi, il s’arrêta, épou-monné par la vivacité du train.
- La nouvelle, aussitôt colportée dans la presse vé-locipédique, fut vérifiée et reconnue vraie.Etait-ce l’annonce d’une révolution?
- La machine Valère est de conception presque naïve : elle ajoute, sur une bicyclette simple, le travail que peuvent fournir les bras à celui que fournissent les jambes. Les bras aident les jambes dans leur mouvement de rotation. Et c’est tout.
- Mais l’originalité du système n’est pas là. Avant M. Valère, grand nombre d’inventeurs avaient imaginé d’utiliser en vélocipédie les bras, soit comme moteur principal, soit comme moteur adjoint; en Allemagne seulement, il existe plus de deux cents brevets traitant cette question!
- L’originalité du système Yalère consiste dans le mode d’application très ingénieux de ces deux genres de moteurs sur une même roue dentée. Le cavalier, sur cette machine, n’exécute que des mouvements naturels, ceux de l'homme qui court— d’où le nom de baptême donné à l’instrument : machine à courir.
- M. Yalère, peintre émailleur de grand mérite, est
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- aussi un rowingman de célèbre nom qui, entre temps, a déjà, dans les courses nautiques, gagné plus de quatre-vingts premiers prix. Lorsqu’il fit pour la première fois connaissance avec une bicyclette simple, en juillet 1892, il fut surpris, lui habitué au dur travail des bras qu’exigent l’aviron et la pagaie, de voir l’inaction qui, en vélocipédie, est inlligée à nos membres supérieurs, si vigoureux cependant ! Il eut immédiatement la conception d’une machine qui utiliserait ces muscles dédaignés, et chercha, avant tout, à construire la machine rationnelle, c’est-à-dire qui ne contrariât pas les mouvements naturels de l’homme en marche. 11 prit pour modèle la course à pied, à l'amble, reconstituée d’après les vases grecs. Si l’on décompose
- grossièrement ces mouvements des athlètes anciens, on trouve que : la jambe droite se portant en avant, le bras droit se porte aussitôt en avant; tandis que la jambe gauche et le bras gauche restent en arrière, et réciproquement. Daqs la machine Yalère, que fait-on? La jambe droite pesant sur la pédale, le bras droit repousse le levier droit, tandis que la pédale gauche, c’est-à-dire la jambe gauche, remonte en arrière et que le bras gauche attire au corps le levier gauche, et réciproquement.
- Les mouvements qu’exige cet appareil sont donc naturels, instinctifs même. C’est là le point important qui distingue le brevet Yalère des brevets antérieurs traitant une question analogue, et lui donne sa raison propre. C’est là surtout que réside la valeur de l’invention.
- M. Yalère construisit d’abord un tricycle dont le poids, certes, 56 kilogrammes, n’approchait en rien de celui de nos modernes machines à trois roues qui n’en pèsent souvent que 16. Néanmoins, sur ce lourd instrument, sans aucune habitude de la piste et sans entraînement aucun, malgré une appréhension très légitime des virages qu’il abordait pour la première fois, et par suite un ralentissement fatal dans ces points difficiles, M. \Talère fit, la première fois qu’il y vint, le tour du Yélodrome de la Seine
- Fig. 1. — La machine à courir de M. Valère. (D'apres une photographie de M. Baronne.)
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- (500 mètres) en 45 secondes. Le développement du tricycle, c’est-à-dire la distance que franchit l’appareil à chaque rotation complète de pédale, est de 7 mètres, alors que nos tricycles ne développent guère plus de 5"',25.
- Le tricycle Valèrc est la machine que beaucoup de curieux ont vue déjà, que quelques-uns ont môme montée à titre d’essai. Mais la bicyclette n’a encore été présentée qu’à un très petit nombre d’amateurs, sur des chemins éloignés, et n’a pas encore été décrite.
- J’en donnerai ici l’explication en quelques lignes, malheureusement incomplètes et forcément un peu sèches :
- La machine à courir a l'aspect d’une bicyclette ordinaire. Son cadre est toutefois plus allongé. Sur le tube inférieur de ce cadre, qui réunit la tète au pédalier, sont montés deux leviers, celui de gauche ABC, celui de droite A'B'C', leviers formés de tubes que consolident des tendeurs S. L’articulation se fait au point B. Ces leviers agissent sur la roue dentée par de petites bielles CP, CT'; il y a donc articulation en ces quatre points.
- Les pédales, M et M', sont montées sur des manivelles MP et M'P' qui ne sont pas clavetées comme d’ordinaire au centre de la roue dentée en O, mais bien en P et P', c’est-à-dire aux points mêmes que commandent les leviers. Mais, comme l’angle MPO est constant, ce dispositif, imposé par les nécessités de la construction, équivaut à une manivelle de longueur MO.
- Comment se fait la direction? La direction, à coup sùr, n’est pas la partie la plus recommandable de la machine, et M. Yalère nç fait pas de difficulté pour en convenir. J’indique sommairement, transportée à la bicyclette, la direction que l’inventeur a appliquée à son tricycle, mais qu’il aura changée dans un mois pour l’Exposition. Ce n’est ici qu’un schéma.
- La direction se fait à l’aide de crémaillères qui font monter ou descendre, le long des leviers, deux boîtes à coulisses dans lesquelles sont insérées les extrémités d’un levier horizontal dont on voit le profil en 1. Sur le milieu de ce levier est brasé à angles droits un second levier qui, en L, commande dans une glissière la barre de direction brasée en K sur la tête de la machine.
- Un voit donc qu’en tournant les poignées des leviers, le cavalier fait, par exemple, monter la boîte à coulisses qui insère l’extrémité 1 du levier horizontal, par conséquent élève ce point 1, fait pencher à droite le deuxième levier vertical, et par suite fait tourner à gauche la roue directrice.
- Certes, voilà qui est compliqué, et le meilleur bicycliste actuel devra prendre trois ou quatre leçons d’une heure avant de se sentir un peu à l’aise sur cette bicyclette. Mais l’invention remarquable de M. Yalère n’est pas diminuée par ce détail, important mais non fondamental, que les constructeurs sauront améliorer.
- Quels résultats a donnés jusqu’ici la machine à courir? De fort beaux, mais encore d’incomplets. Le tricycle Yalère, monté par lui-même, a battu en Allemagne tous les coureurs qui se sont mesurés à lui; en France, il a vaincu plusieurs fines pédales.
- Mais, pour être exact, il faut convenir qu’aucune épreuve très régulière n’a encore été organisée. M. Yalère a toujours monté lui-même ses machines, et M. Yalère n’est pas un coureur, tant s’en faut ! Il ne peut, d’ailleurs, avoir encore l’habitude d’un instrument dont la construction ne fut terminée qu’il y a un mois. 11 faudra donc attendre, pour voir tout le mérite de cette invention dans laquelle j’ai pleinement foi, le retour des beaux jours d’abord, puis la monte d’un vrai coureur, bien rompu au nouvel exercice simultané des bras et des jambes.
- Notre bicyclette ordinaire développe, au maximum, 5m,75. Celle de M. Yalère en développe, sans la moindre fatigue supplémentaire pour le cavalier, près de 8. Une machine pour piste est actuellement en construction, qui développera 10 mètres !
- En l’état actuel de la construction vélocipédique, de pareils ebilfres doivent laisser incrédules les connaisseurs; et voilà cependant des machines que j’ai vues marcher sur des routes détrempées — à l’inverse de tant d’inventions qui ne fonctionnent qu’en théorie, sur le papier — et qui ont passé devant mes yeux comme de petites locomotives sur lesquelles trottait, en jolie attitude, un homme au grand pas de course! J’espère que les prochaines expériences en démontreront toute la supériorité sur nos types | actuels. L. Baudry de Saunier.
- Fig. 2. — Schéma de la bieyclelle Valero.
- ABC et A'B'C, leviers. — CP et C'I”, bielles. — M et M', pédales montées
- sur des manivelles MP et M'I”.
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- ASTRONOMIE
- Les étoiles doubles. — Il est bien beau de voir, dans un pays nouvellement acquis à la science, comme la Russie, deux générations d’astronomes se vouer successivement à la mesure d’objets célestes aussi minutieux et aussi difficiles que les étoiles doubles.
- William Struve a donné les premiers résultats de ses travaux en 1820, et, grâce à son fils Otto, les observations se sont continuées sans interruption jusqu’aujourd’hui. Le premier catalogue a, c’est ainsi qu’on le désigne, contient des mesures de 797 couples d’étoiles, et le deuxième, désigné par S, publié en 1827, porte ce nombre à 5084.
- Otto Struve a consacré sa vie, jusqu’à ce moment, à étudier les changements survenus dans les positions données par son père, et à ajouter de nouveaux couples découverts par lui. En 1845, le nombre de ces couples nouveaux est déjà de 514, et il vient de publier l’ensemble de ses mesures en deux grands volumes où l’on retrouve la trace des changements survenus dans toutes les étoiles doubles, depuis les premières observations de W. Jlers-chel jusqu’à ces derniers temps par tous les observateurs.
- Il serait injuste de ne pas donner une place spéciale, à coté des Struve, parmi ces derniers, à M. Burnbatn, qui a enrichi cette partie de l’Astronomie par la découverte de 1276 couples nouveaux. Sur ce nombre, 550 seulement auraient pu faire partie du travail des Struve, 446 sont dans la partie Sud du ciel invisible de Pulkowa, et 500 ont une étoile trop faible pour l’instrument de Russie.
- Les déplacements du pôle terrestre. — A l’heure présente, le fait de ce déplacement est absolument certain, mais on peut se rassurer, ce déplacement a une amplitude d’une demi-seconde d’arc, 15 mètres environ. De plus, il est périodique, l’axe reprend ses positions sur la surface de la terre au bout d’un peu plus d’un an : 400 et quelques jours. Les observations de Pulkowa donnent 411 jours, 5 à M. Kostinsky, continuant les travaux de M. Wanacli, et 426 jours à N. Nvrén. D’un autre côté, les Américains, à Waikiki, près de Ilonolulu, îles Hawaï, à 180 degrés environ de Pulkowa, ont trouvé, aux mêmes époques, des déplacements du pôle en sens contraire de ceux de Russie, ainsi que cela devait arriver. C’est ce qui a rendu certain le déplacement en question. La période, conclue de ces observations de Waikiki, est de 578 jours, et il est reconnu que la courbe décrite à la surface de la terre est une petite ellipse d’environ 15 mètres de rayon. J. Yinot.
- LES DRAGÉES
- Il se fait tous les ans, à pareille époque, une consommation considérable de sucre, lequel est transformé par les confiseurs en mille friandises plus ou moins succulentes. Il serait trop long d’énumérer ici la liste de tout ce qu’on appelle des botibons; nous nous bornerons aujourd’hui à donner quelques renseignements précis sur la fabrication des dragées.
- En dehors du sucre, la matière première la plus généralement employée pour fabriquerles dragées est l’amande ; les amandes proviennent le plus souvent de Provence ou d’Italie, la Sicile en fournit des quantités considérables. Les grands fabricants les achètent en sortes, les font trier à la main par des femmes et les divisent en un assez
- grand nombre de qualités, suivant leur grosseur, la régularité de leurs formes, etc.
- Les amandes les plus renommées sont les flots; outre une finesse de goût toute particulière, elles réunissent toutes les conditions de forme ovoïde et légèrement pointue qui caractérisent l’amande et qui sont nécessaires pour en obtenir par la suite un bonbon régulier, ne laissant rien à désirer comme saveur et comme qualité. Les amandes choisies, mondées au besoin, passées à l’étuve, légèrement pour en chasser l’humidité, ou fortement pour les griller, sont versées dans des bassines hémisphériques tournant sur un axe incliné, formées d’une armature de fer, entourée d’un serpentin en cuivre rouge dont les spires se touchent et dans lequel circule un courant continu de vapeur d’eau surchauffée.
- Ces bassines sont animées mécaniquement d’un mouvement rotatif assez rapide, et les amandes qui y ont été versées, entraînées dans ce mouvement, y sont constamment arrosées d’un sirop de sucre cuit à un degré spécial. Sous la double influence de la chaleur et d’un courant d’air frais provenant de l’extérieur, et qui est projeté par un ventilateur à ailettes, le sucre se cristallise d’une manière toute particulière, recouvre les amandes d’une couche régulière et uniforme dont on règle à volonté l’épaisseur. La dernière couche de sucre ajoutée, renferme le parfum et la couleur définitive et le tout est finalement terminé par un lissage facilité par le frottement les unes sur les autres des dragées qui tournent rapidement dans la bassine.
- Quelle que soit l’amande qui constitue l’intérieur de la dragée, la fabrication que nous venons de résumer en quelques lignes est toujours la même; le noyau intérieur varie à l’infini, la composition qui le recouvre est elle-même modifiée suivant la valeur qu’aura la dragée terminée.
- Les dragées extra sont faites avec des amandes flots minutieusement triées, le sucre qui les recouvre est de première qualité, le parfum employé est des plus fins. En dehors des amandes on emploie dans les dragées, comme noyau intérieur, des anis, des graines de carvi, de céleri, des noyaux de cerises, noisettes avelines, pistaches, pétales de rose et de fleurs d’oranger, violettes pralinées, des zestes d’oranges et de citrons confits ; on coupe en fils excessivement ténus des bâtons de cannelle. On va jusqu’à employer des graines de melon décortiquées pour les enrober de sucre ; ces petites dragées diversement colorées ou même argentées constituent avec les perlages la plus élégante garniture des boites de baptême. On fait des dragées avec de la pâte d’amandes, d’abricots, de pistaches, du chocolat, du nougat, etc.... S’agit-il au contraire de dragées ordinaires, de celles que les enfants appellent des dragées au plâtre, on utilise les amandes et le sucre de qualités inférieures, on emploie comme premières couches l’amidon en assez grande quantité et on n’a recours au sucre que pour terminer la couche extérieure; quant au parfum, on le chercherait vainement. On va même jusqu’à employer en guise d’amandes les pépins de potiron débarrassés de leur enveloppe; celte décoi'tication est faite dans les prisons et les dragées ainsi obtenues sont appelées dragées d’Italie !
- La fabrication des dragées à amandes est donc facile à comprendre, mais il n’en est pas de même de celle des dragées à liqueur. J’ai vu bien souvent des personnes croquant une dragée à liqueur, se demander comment on pouvait introduire un produit liquide au milieu d’une enveloppe en sucre; celui qui n’a jamais vu fabriquer ce
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- bonbon ne sc doute pas des complications qui accompagnent sa fabrication.
- Pour préparer le noyau liquoreux, on fait usage de petits coffrets en bois de 3 à 4 centimètres de profondeur sur 40 à 50 centimètres de longueur, dans lesquels on tasse de l'amidon pulvérisé et très finement tamisé dont on égalise la surface à l’aide d’une règle en fer. Au moyen d’une petite réglette en bois, de la largeur du coffret, portant en relief des moulages en plâtre ayant la forme d’une amande ou celle du noyau qu’on désire reproduire, on imprime en creux, dans l’amidon, en y posant la réglette à plusieurs reprises et en appuyant légèrement, une série de trous qu garnissent complètement le coffret. On prépare alors un sirop de sucre cuit au plumé, c’est-à-dire jusqu’à un degré de concentration tel qu’en plongeant dans ce sirop une écumoire à petits trous et en la retirant ensuite, le sirop s’y dépose par refroidissement de telle manière qu’en soufflant fortement sur les trous, le sucre qui les bouche s’envole de l’autre côté comme des plumes. Ce sirop ainsi cuit est coloré au besoin et parfumé au dernier moment avec du rhum, du kirsch, de la vanille, du café, etc....
- A l’aide d’une poche, sorte de récipient à poignée, portant autant de petits becs verseurs que la réglette employée porte de moulages en relief, l’ouvrier prélève du sirop, le verse dans les trous du coffret en passant vivement la poche au-dessus de la rangée de trous qui se remplissent ainsi de sirop. Un ouvrier habile effectue ce travail avec une rapidité incroyable ; il a devant lui une pile de coffrets tout préparés, un aide qui lui fait face, retire les coffrets d’amidon au fur et à mesure qu’ils sont remplis; un coffret vide se présente qui est rempli de môme, de telle façon que le verseur ne s’arrête que pour remplir sa poche de sirop lorsqu’elle est vide. Les coffrets sont ensuite passés dans une étuve chauffée à une haute température dans laquelle ils séjournent jusqu’à ce que le sucre, qui se cristallise superficiellement, ait acquis assez de consistance pour qu’on puisse retirer de l’amidon, sans les briser, les noyaux ainsi formés. Pour cela, on renverse le coffret au-dessus d’un tamis à larges mailles sur lesquelles ils s’arrêtent, l’amidon tombant au-dessous dans un coffre où on le recueille pour l’employer à nouveau. On augmente ensuite l’épaisseur de la couche cristalline en saupoudrant le noyau de gomme arabique en poudre impalpable; il n’y a plus, pour terminer la dragée, qu’à passer l’amande à liqueur dans la bassine comme nous l’avons dit pour les dragées ordinaires.
- Nous avons résumé aussi succinctement que possible les différentes phases de la fabrication des dragées ; il existe des usines considérables de confiserie qui sont en ce
- moment en pleine activité et dont la visite est des plus intéressantes. Nous citerons comme l’une des plus importantes de ce genre, celle de MM. Jacquin frères, à Dam-marie près de Melun, laquelle occupe actuellement de 250 à 500 ouvriers et ouvrières. J. I).
- MACHINE A DÉCAPER PAR LE SÂRLE
- Le sable fin, lorsqu’il est projeté vivement sur une surface rugueuse, a la propriété de la polir et de laisser des traces visibles de son passage. Nous avons déjà eu l’occasion d’attirer autrefois1 l’attention de nos lecteurs sur cet intéressant sujet. Il n’existait malheureusement pas de machine pratique permettant d’utiliser dans l’industrie cette curieuse propriété. MM. Sloan et Cie nous ont montré dernièrement une petite machine de ce genre qui pourra, croyons-nous, rendre de grands services. Cet appareil, dont nous allons donner la description, est basé sur les mêmes principes que l’injecteur à vapeur Giffard. La vapeur d’eau, en s’écoulant par un orifice, aspire et projette du sable fin contre une surface opposée; le sable qui est ainsi projeté est complètement sec. La machine, qui est très portative, est représentée par la ligure ci-jointe. La vapeur d’eau arrive en À par un tuyau, se rend dans un serpentin B qui a pour but de la laisser reposer et par suite de la sécher; puis une partie s’échappe directement au dehors par les tuyaux G et I), et une autre partie vient en E, en F et en H. Au point F, du sable lin s’écoule d’un entonnoir G maintenu au-dessus, et se trouve entraîné par le courant de vapeur qui le rejette à la sortie du tuyau en IL C’est en ce point que l’on applique les métaux que l’on veut décaper et polir.
- Cette machine à décaper peut être très utile pour préparer les brasures et les soudures afin d’obtenir des contacts francs et bien établis ; elle permet également, après les opérations, de nettoyer rapidement les soudures et d’enlever aussitôt le borax. Elle a déjà été utilisée par les vélocipédistes en de nombreuses circonstances et avec grand succès. J. L.
- 1 Voy. n° 214, du 7 juillet 1877, p. flfl.
- Machine à décaper par le sable.
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- LE PINCEAU À AIR
- Bien que réalisé depuis une dizaine d’années, et déjà très répandu en Amérique, l’appareil que nous allons décrire est à peu près inconnu en Europe, malgré les importants services qu’il peut rendre, car il constitue pour le dessinateur, l’artiste, et, en généra], pour tous ceux qui cultivent les arts graphiques, un complément précieux de la plume, du crayon, de l’estompe, etc.
- Le pinceau à air (air-brush) est un pulvérisateur d'encres et de couleurs agissant sous l’action d’un
- jet d’air. 11 comprend trois parties : une pompe à air, un réservoir d’air et une poignée dans laquelle est renfermé le mécanisme. Ces trois parties sont reliées entre elles par un tuyautage approprié en caoutchouc (fig. 5). La distribution de la couleur est entièrement et à chaque instant sous le contrôle de l’artiste qui peut produire à sa volonté une ligne très fine et très légère ou une teinte noire et épaisse; la figure 2 montre comment ces effets peuvent être obtenus. L’appareil passant très près du papier produit une ligne fine qui se transforme en une ombre très large lorsqu’on s’en éloigne. En décrivant une courbe, en s’éloignant du papier, on obtient comme effet, une
- Fig. 1 à 5. — Le pinceau à air. — 1. Pinceau à air montrant le mécanisme (longueur totale: 16 centimètres). — 2. Mode d’action du pinceau à air, montrant la dégradation des teintes et leur élargissement. — 5. Détail du souffleur d’encre. — 4. Mode d’emploi du pinceau à air. — 5. Installation complète d’une table de dessin utilisant le pinceau à air.
- teinte épaisse qui va s’amoindrissant de ton en s’élargissant. La figure 1 montre les principales dispositions du pinceau, le couvercle supposé enlevé. L’air étant comprimé par une pompe mue aux pieds dans un réservoir en étain (fig. 5) arrive au pinceau proprement dit par un tube de caoutchouc qui s’emmanche sur le teton M (fig. 1). L’air continue son chemin jusqu’à la valve principale K, puis il se divise en deux branches : l’une envoie un courant d’air sur la roue P, qui entre en rotation et imprime un rapide mouvement de va-et-vient à une aiguille A à travers la couleur enfermée dans la cuillère G. L’autre branche du tube amène de l’air à un souffleur D, où il rencontre la pointe de l’aiguille chargée de couleur et souffle cette couleur sur le papier, comme le montre
- la figure 2. Les autres parties de l’appareil servent à régler l’arrivée de l’air, et celle de la couleur. La pièce C (fig. 1 et 5), guide l’aiguille et la maintient en position, permettant de l’élever ou de l’abaisser à volonté, pour puiser plus ou moins de couleur et régler l’épaisseur du trait. La vis moletée E règle la distance à laquelle le bouton F, commandé par le pouce de la main droite, doit être poussé en arrière pour donner les lignes les plus fines. Le bouton F a deux mouvements : en rentrant et en sortant dans l’appareil, il règle l’arrivée de l’air en K ; par son mouvement verticàl, il règle la course de l’aiguille et par suite la finesse de la ligne. J est un guide vissé sur l’appareil, que l’on manœuvre de la main gauche lorsque le dessin à exécuter présente des
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- délicatesses ou des traits très fins (fig. 4); il peut s’enlever à volonté pour le travail courant. La vis L (lig. 1) sert à soulever l'insufflateur et à régler la grosseur de la pulvérisation de la couleur. Suivant la nature du dessin, avec un peu d’habitude, on devient très vite maître de tous les moyens que l’appareil met à la disposition du dessinateur pour produire des effets. Chacun manœuvre, d’ailleurs, cet appareil à sa manière et conserve ainsi son individualité artistique, dont la variété est attestée par les nombreux spécimens qui sont passés sous nos yeux.
- Quant aux applications, elles sont nombreuses et variées. La plus évidente est le dessin à l’encre de Chine, l’aquarelle et l’application de l’encre lithographique sur la pierre. Toute couleur est d’ailleurs pulvérisable sur toutes substances : papier, parchemin, pierre, glace, porcelaine, clichés photographiques, papier albuminé, etc. Pour les effets décoratifs, on obtient des résultats très tins sur la tapisserie, l’étamine, la soie de Chine, le velours, sans que la couleur s’étende plus loin qu’il ne faut. L’aspeet des dessins produits par le pinceau à air est tout spécial ; il procède par demi-teintes délicatement, graduées, par ombres claires et transparentes, illuminées, même dans les parties les plus foncées par des interstices blancs; sa rapidité permet aussi de fixer l’inspiration artistique sans avoir recours-à un travail aussi pénible que les procédés ordinaires, puisque, par la simple manœuvre des boutons de réglage, il se transforme instantanément ou graduellement en pinceau plus ou moins gros, plus ou moins chargé de couleur.
- Pour l’aquarelle, le pinceau à air permet de superposer les couleurs sans les mélanger par avance : il peut jeter des teintes générales, faire les lignes du dessin et nuancer ensuite les teintes par de nouvelles pulvérisations plus légères. On produit également bien l’effet du crayon et du pastel ou de l’aquarelle avec le même appareil, par un simple réglage du jet.
- Dans les arts photographiques, le pinceau à air est surtout utilisé à la peinture des positifs sur papier et à la retouche des négatifs, surtout pour les agrandissements. Signalons encore son emploi par les lithographes, les architectes, les ingénieurs, etc.
- Mais, si l’on en croit Y Air B rush Mfg C°, l’application la plus originale est celle d’un marbrier... américain qui utilise l’appareil à la production de fausses veines. Sollicité par la Compagnie de fournir une attestation certifiée, le marbrier, de plus en plus américain, s’est récusé et a refusé de livrer son nom à la publicité, prétextant que ses dessins sont aussi mystérieux pour ses concurrents qu’ils sont merveilleux par eux-mêmes, et qu’il n’éprouve aucun besoin de faire cesser le mystère qui les entoure.
- Cette déclaration sent la réclame et le puffisme, et nous laisserait une certaine méfiance à l’égard du système, si nous ne l’avions vu fonctionner nous-mêine à l’Exposition de Chicago, et si le Franklin Instilute, de Philadelphie, ne lui avait décerné, à la fin de 1886, la médaille Elliot Cresson.
- L’un des avantages reconnu par la Commission du Franklin Instilute chargée de décerner le prix, mérite d’être signalé ici. Les dessins obtenus par le pinceau it air présentent la même apparence et le même aspect quelle que soit la direction des rayons lumineux qui les éclaire, ce qui n’est pas le cas avec les dessins au crayon, parce que la surface rugueuse du papier, pendant l’exécution, est plus chargée de couleur du côté éclairé que de l’autre. Dans ces conditions, un dessin qui présente un aspect très lini, lorsqu’il est éclairé dans le jour même qui l’a éclairé pour son exécution, peut paraître grossier et lâché si la lumière lui arrive en sens inverse. La raison de la supériorité du pinceau a air à ce point de vue est évidente : l’appareil projette la couleur sur le papier régulièrement et symétriquement à sa surface, qui couvre ainsi d’une manière égale et uniforme toutes les rugosités ; aussi l’aspect du dessin devient-il indifférent à la direction du jour qui l’éclaire. E. Hospitalier.
- L’INDUSTRIE DES CROYONS
- Peu de personnes assurément connaissent les origines d’une industrie aujourd’hui si importante.
- La première mention de quelque chose ressemblant à un cravon se trouve dans un ouvrage sur les fossiles, publié en 1565 par un nommé Conrad Gesner, de Zurich. C’est à la même date que fut découverte la mine de plombagine de Cumberland, à Barrowdale, et il est probable que Gesner faisait allusion à l’un des premiers spécimens découverts dans ce district. A cette époque, on fabriquait grossièrement les crayons en taillant à plein bloc, et avec un gaspillage si énorme que l’on dut prendre des dispositions conservatoires : la mine était seulement ouverte et exploitée quelques jours par au, et l’on en tirait la quantité de plombagine nécessaire et suffisante pour la consommation probable de l’année à venir. Ces restrictions devinrent bientôt inutiles, car on trouva de la plombagine un peu partout, et celle de Ceylan peut être aujourd’hui importée et venir faire*concurrence à celle des mines de Cumberland jusque sur le marché anglais. En présence de la demande considérable, on se préoccupa de fabriquer des agglomérés de plombagine dans lesquels on pourrait découper des bâtons, et cette industrie a rendu le nom de Conté célèbre depuis près d’un siècle, puisqu’elle date de 1795. Le principe du procédé Conté consiste à mélanger intimement avec la plombagine finement pulvérisée une certaine quantité d’argile aussi pure que possible, qui sert de liant et solidifie la poudre. Le même procédé s’applique aux crayons de couleur. L’une des fabriques le plus perfectionnée en Angleterre est celle de MM. Banks et Cie à Keswick, établie depuis 1852. La fabrique de crayons la plus importante est certainement celle de Johann Faber, à Nuremberg, qui date de 1761. En 1885, elle occupait un personnel de 5000 ouvriers, produisant annuellement environ 250 000 000 de crayons. 11 n’est pas sans intérêt de signaler une curieuse application des sciures, copeaux et déchets de fabrication de l’usine de Keswick : ils sont envoyés à Aberdeen où ils servent à produire un feutre grossier utilisé comme doublure des tapis et carpettes d’appartement; l’odeur agréable du cèdre a rendu cet article très populaire.
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- U TORPILLE DE FULTON
- La torpille, ce redoutable engin de la guerre maritime moderne, n’eut pas, à son apparition, un grand succès, et il n’a pas lallu moins de soixante années, pendant lesquelles elle lut complètement délaissée, pour que l’on s’avisât d’y voir un des plus efficaces moyens d’attaque et surtout de défense contre une, force navale.
- L’inventeur de la torpille n’est pas le premier venu : c’est tout simplement Robert Fulton, qui imagina aussi les premiers bateaux sous-marins; et il est piquant de constater que la seule gloire qui environne sa mémoire lui vient de l’application de la vapeur à la navigation, application qu’il n’avait fait que perfectionner et dans laquelle il avait été devancé par le marquis de Jouffroy en 1785.
- Fulton a écrit un très curieux livre intitulé : Tactique offensive et défensive de la guerre de la torpille1, dans lequel il décrit ses appareils et fait de judicieuses remarques sur les avantages qu’on en pourrait tirer au point de vue militaire, politique, économique et... humanitaire.
- Mais je laisse la parole à l’éminent mécanicien :
- t( Pour convaincre M. Pitt et lord Melville qu’un navire peut être détruit par l’explosion d’une torpille placée sous son fond, le 14 octobre 1805, on mit à l’ancre, dans la rade de Walmer, près de Déal, à 1 mille du château de Walmer, qui était alors la résidence de M. Pitt, la Dorothée, brick danois d’une forte construction et du port de 200 tonneaux.
- « On mit à ma disposition et sous mes ordres deux chaloupes, avec huit hommes d’équipage, commandées par le lieutenant Robinson. Je préparai deux torpilles vides n’ayant que 2 ou o livres de pesanteur spécifique de plus que l’eau salée, et je les suspendis de manière qu’elles s’enfonçaient de 15 pieds dans l’eau. Elles furent ensuite amarrées séparément aux deux bouts d’une corde mince de 80 pieds de longueur; le brick tirait 12 pieds d’eau.
- « Chaque chaloupe, avec une torpille à sa poupe, partit du rivage à 1 mille environ de l’endroit où se trouvait le brick et sur l’avant de ce bâtiment. La corde qui reliait les deux torpilles était tendue et les chaloupes se trouvaient ainsi à 11 toises et 4 pieds l’une de l’autre. Elles approchèrent alors de manière que l’une d’elles tenait le bâbord et l’autre le tribord du brick.
- « Dès que la corde eut passé par-dessus la bouée du brick'2, on jeta les torpilles dans l’eau, et elles furent emportées par la marée, jusqu’à ce que la corde touchât le câble de l’ancre du brick; alors le courant poussa les torpilles sous le navire.
- a Cette expérience, répétée ainsi à blanc plusieurs fois, apprit aux hommes placés dans les chaloupes comment il fallait s’y prendre, et me prouva, de manière à n’en pouvoir douter, que lorsque les torpilles sont placées d’une manière convenable par rapport au courant de la marée, elles vont d’elles-mêmes sous le navire.
- ' Ouvrage traduit et public en France en 1812.
- 2 Dans l’ancienne marine, on mouillait toujours une bouée sur l’ancre; celte bouée était attachée, à l’aide d’une corde nommée orin, sur les pattes de l’ancre.
- « Je remplis alors une des torpilles de 180 livres de poudre et je la montai pour dix-huit minutes1. »
- Et Fulton ajoute mélancoliquement ;
- « Tout était prêt, quand on annonça que l’expérience était remise au lendemain, 15, à 5 heures de l’après-midi, parce que des affaires pressantes appelaient M. Pitt et lord Melville à Londres. »
- Voilà bien la politique !
- « Le 15, l’amiral Holloway, le baron Sidney Smith, le capitaine Owen, le capitaine Kingston, le colonel Con-grève2, et la plus grande partie des officiers de la flotte, sous le commandement de lord Keath, étaient présents.
- « A 4h 40“, les chaloupes firent route vers le brick, et les torpilles furent jetées à l’eau. Le courant de la marée les porta sans encombre sous la quille du brick qui, à l’expiration des dix-huit minutes, parut s’élever d’environ 6 pieds par l’effet de l’explosion. Il se brisa par le milieu, et les deux parties coulèrent bas (fig. 5). Dans l’espace de vingt secondes, on n’aperçut plus rien du navire, si ce n’est quelques débris qui flottaient çà et là. »
- Après s’ètre félicité du résultat obtenu, Fulton ajoute :
- « Je considère comme une circonstance heureuse pour l’Amérique, ma patrie, que cette expérience ait été faite en Angleterre, et en présence de plus de cent témoins respectables, et de braves officiers de la marine royale; car, si le Congrès adopte les torpilles comme partie de nos moyens de défense, les hautes personnalités anglaises connaissent parfaitement les effets et ont conservé une impression des résultats que l’on peut en attendre. »
- En note, Fulton parlant d’une entrevue qu’il eut avec le comte de Saint-Vincent, nous rend compte d’une plaisante remarque qu’il fit ;
- « Tout d’abord, le matin, le comte fut très communicatif. J’entrai avec lui dans tous les détails du mécanisme et de l’emploi des torpilles, et lui rendis compte de l’expérience faite sur la Dorothée.
- « Après quelques moments de réflexion, le comte de Saint-Vincent me dit : (( Pitt est le plus grand sot qui ait « jamais existé, d’encourager un genre de guerre inutile « à ceux qui sont les maîtres de la mer, et qui, s’il réus-« sit, les privera de cette supériorité. »
- Après avoir réussi, au moins en partie, à effrayer la puissance britannique, il ne restait plus à Fulton qu’à chercher à rassurer ses compatriotes en leur montrant l’efficacité de son nouvel engin. En conséquence, au mois d’août 1807, il recommença son expérience dans le port de New-York.
- Il y eut deux essais infructueux : l’un d’eux manqua par suite d’une fausse manoeuvre, l’autre, par la position défectueuse des platines où se trouvait la poudre d’amorce.
- Mais, la troisième fois, l’expérience réussit pleinement, et le navire qui était, cette fois encore, un brick de 200 tonneaux, sauta' dans les mêmes con-
- 1 La torpille se montait à l’aide d’un mouvement d’horlogerie.
- 2 Le colonel Congrève est l’inventeur de fusées qui eurent une certaine vogue.
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- dirions que l’avait fait la Dorothée. Dans .les chapitres suivants, Fulton explique les moyens d’employer les torpilles avec avantage et avec le moins de risque possible pour les assaillants. Le premier de ces chapitres traite de « la torpille à l’ancre, placée à l’entrée des rades et des ports de manière à faire sauter un navire qui heurterait contre elle (fig.
- 1) ».
- Je ne reproduirai pas la description de cet engin, sans intérêt pour nous désormais ; mais en en étudiant le fonctionnement, on s’aperçoit que l’on est là en présence des premières torpilles de blocus, c’est-à-dire d’une des défenses sous-marines considérée actuellement, à juste titre, comme la plus formidable, ou tout au moins, la plus efficace, la plus fidèle, comme disent les médecins en parlant d’un remède dont l’effet est certain.
- Il n’est pas jusqu’à la possibilité défaire revenir les torpilles à la surface qui n’ait appelé l’attention de Fulton et reçu aussitôt une solution satisfaisante. Voici, en effet, ce qu’il dit :
- « J’ai imaginé, pour avoir la facilité de retirer les torpilles du canal, un mécanisme très simple qui tiendra la torpille sous l’eau, à une profondeur donnée, et pendant un nombre de jours quelconque. On peut en régler le mouvement pour un jour, une semaine, un mois ou un an, et, au temps dit, les torpilles émergeront. Au même instant, chacune mettra au repos automatiquement son levier, de sorte qu’elle ne pourra plus faire feu ; et l’on pourra, dès lors, les manier en toute sûreté. N’ayant pas
- le temps de faire graver cette amélioration, j’en fais exécuter un modèle que je présenterai au Congrès, ce qui en facilitera l’intelligence. »
- Enfin Fulton termine ce chapitre par des observations très judicieuses, dont pas un mot n’est à changer, même aujourd’hui.
- a En considérant ce sujet sous tous ses rapports, je demeure persuadé qu’il serait impossible à un ennemi quelconque d’entrer dans un port qui ferait usage des torpilles, sans s’exposer à un danger que tout le courage possible ne saurait ni éviter ni surmonter. La prudence et la raison lui feraient abandonner une pareille entreprise; il est même probable que nous sachant ainsi préparés, il ne la tenterait jamais, ou que, s’il le faisait, la catastrophe d’un vaisseau suffirait pour nous garantir à l’avenir de nouvelles hostili -tés. »
- ", m . Dans le chapi-
- I tre suivant, Ful-' ton décrit un système de harpon lancé à l’aide d’un petit canon on d’un porte-espingole, et sur lequel est attachée, avec une corde d’une longueur variable, la torpille (%• 2).
- Il va sans dire que ce système est inutilisable au j ourd’hui, avec nos batiments tout bardés de fer ; aussi je n’y insisterai pas. Je ne voudrais pas terminer cette petite revue rétrospective sans rapporter la proposition que fit Fulton au Gouvernement de son pays et qui ligure dans son livre. Je la donne pour montrer que cet inventeur ingénieux fut aussi un patriote et noble cœur :
- Fig. 1. — Torpille à l’ancre placée de manière à faire sauter un navire qui heurterait contre elle. — A. Inclinaison sous l’influence du courant. — B. Projection dans le sens de la longucur.
- Fig. 2. — Vue d’une chaloupe à torpille préparée pour l’attaque. (D’après un dessin de Fulton.)
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- « Au reste, on proposant ce nouveau plan d’attaque et de défense, je ne prétends pas abandonner à d’autres le soin de l’exécuter. S’il est adopté dans toute son étendue, avec le nombre convenable d’hommes exercés à
- cette manœuvre, et si l’on juge à propos de mettre ces hommes sous mes ordres, et qu’alors un ennemi entre dans nos ports, je répondrai à mes concitoyens du courage nécessaire pour assurer le succès de l’opération.
- Fig. 3. — Yue du brick la Dorothée au moment où il saute, le 15 octobre 1805. (Expérience exécutée par Fulton.)
- « Mais en proposant ceci, je désire d’étre bien entendu, afin qu’on ne m’accuse point de viser à un emploi ou commandement dans un poste public.
- « Mes vues sont constamment dirigées vers une indépendance trop chère à me> sentiments pour que je veuille les sacrifier à des idées d’ambition quelconque.
- « Je ne vois ici qu’une occupation utile et honorable |
- en même temps, et c’est pour moi un bonheur de songer que je puis servir mon pays, sans aucun motif que celui d’acquitter la dette d’un bon citoyen. »
- À notre époqueTm les torpilles sont adoptées par toutes les marines, il nous a paru intéressant de rappeler les travaux de Fulton. À.-J. Gouix.
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- LA N AT UH K.
- ARBRES A LAIT
- Dans le règne végétal, on rencontre partout des plantes sécrétant des sucs laiteux de propriétés diverses : les uns très âcres et irritants comme celui fourni par l’ortie commune qui se trouve contenu dans une sorte de glande située à la base d’un véritable aiguillon ; d’autres jouissant de propriétés très utiles comme les sucs du caoutchouc, de la gutta-percha et d’une quantité d’autres plantes.
- Dans le Nouveau Monde, cinq variétés d’arbres fournissent un suc analogue au lait, très agréable au goût et en quantité tout aussi considérable que pourrait en donner une bonne vache laitière. Le mieux connu, Brosimum galactodendron, variété des arbres qui donnent les fruits à pain, a une hauteur variant entre 15 et 50 mètres. On le trouve dans les forêts couvrant les montagnes près de Cariaco et aussi sur les côtes du Yénézuela.
- Le lait s’obtient en pratiquant une légère incision dans l’écorce de l’arbre ; il a une odeur légèrement balsamique et son goût rappelle celui de la crème sucrée; il est très salubre et très nourrissant; son seul inconvénient est d’ètre légèrement visqueux. On peut boire ce lait en aussi grande quantité qu’on veut, le soir et le matin, sans qu’il occasionne jamais la plus légère indisposition. Les ouvriers nègres ou blancs des plantations de sucre absorbent le Palo de vctca (nom que donnent les Espagnols à ce lait) en quantité considérable; à ce régime, les ouvriers engraissent.
- Quand on expose ce lait à l’air, par suite de l’absorption de l’oxygène de l’atmosphère, il se couvre d’une substance jaunâtre, épaisse et consistante rappelant en tous points la formation du fromage avec le lait de vache.
- Durant de longs mois, pas une goutte d’eau n’huinecte le feuillage de cet arbre dont les branchages semblent morts et flétris; mais dès qu’on pratique une incision dans ce tronc paraissant dépourvu de vie, aussitôt il en sort en abondance un lait sucré et nourrissant. C’est au lever du soleil que cette fontaine végétale coule avec le plus de profusion; aussi, de grand matin, voit-on de tous 'côtés accourir les indigènes portant de grands vases pour recueillir ce lait; les uns boivent sur place, tandis que d’autres emportent leurs récipients remplis pour désaltérer leurs enfants.
- Boussingault fit l’analyse de ce lait et il trouva qu’il présentait une consistance supérieure à celle du lait de vache, et qu’exposé à l’air il tourne rapidement à l’aigre. Il ajoutait : « Nous avons trouvé dans ce lait une substance grasse semblable à la cire d’abeilles, fondant à 50° centigrades, très soluble dans l’éther, un peu moins dans l’alcool à l’état d’ébullition. Cette substance se compose probablement de plusieurs éléments; lorsqu’elle est fondue puis refroidie,'elle présente l’aspect de la cire vierge; on peut même en obtenir d’excellentes bougies. On trouve encore une substance azotée analogue à la caséine et rappelant la fibrine végétale découverte par Yauquelin dans la sève du Carica papaya; enfin une matière sucrée faite de sucre et de gomme et qu’on peut facilement transformer en sucre pur. En somme, ce lait végétal, par sa composition, appi’oche aussi près que possible de celui de la vache, car il renferme également une matière consistante, du sucre, de l’albumine et des phosphates ; mais, dans le lait végétal, la somme de ces substances est trois fois plus considérable que dans le lait de vache, aussi peut-on affirmer que sa composition se rapproche plutôt de celle de la crème que de celle du lait. »
- Le célèbre voyageur de l’Amérique du Sud, le Dr Spruce,
- décrit un arbre à lait appartenant à la famille des Aconits. En pratiquant une incision dans l’écorce, le lait coule très abondamment ; il a la consistance du lait de vache, il est très blanc et très sucré. Pour le boire, les Indiens appliquent la bouche directement à l’endroit de l’incision et l’absorbent au fur et à mesure qu’il s’écoule. Le Dr Spruce ajoute qu’on peut en boire impunément et en aussi grande quantité qu’on désire sans qu’il fasse mal. Dans la Guyane, les indigènes désignent, sous le nom de Hyakya, un arbre à lait de la même famille que le précédent; les botanistes l’appellent Tabernæmontana utilis. Le suc qui s’en échappe est aussi doux et a le même goût que le lait de vache; il est plus épais, car il renferme des traces d’une sorte de caoutchouc. Au Para, on rencontre un arbre élevé atteignant 30 mètres de hauteur; il appartient à la famille des pommiers. Pour obtenir le lait, on pratique également une incision dans l’écorce; il s’en échappe une sorte de crème qu’on pourrait aisément confondre avec celle du lait de vache, n’était son goût particulier.
- Le Clusia galactodendron, originaire du Yénézuela et qu’on rencontre également sur la côte du Pacifique, donne un excellent lait d’un goût exquis et jouissant, en outre, de propriétés médicinales extraordinaires. Un savant, le I)r Clarens, raconte qu’il a été sauvé par lui : atteint d’une dysenterie très grave qui, en douze heures, l’avait mis à deux doigts de la mort, il fut, en un jour, rappelé à la santé par l’absorption du lait de cet arbre. On le lui donnait dans les proportions suivantes : une cuillerée à bouche de lait de Clusia dans un verre d’eau, de demi-heure en demi-heure. Mourant le matin, à midi il était guéri et il ne ressentit jamais plus aucun symptôme de la terrible maladie qui avait failli l’emporter. Ce lait renferme, paraît-il, une substance résineuse qui agit énergiquement sur les intestins, faisant disparaîlre en quelques heures toutes traces d’inflammation et amenant une guérison complète sans avoir recours à aucun autre médicament. Aussi, les habitants du pays, grâce au leclie de vaca, nom qu’ils donnent à ce merveilleux suc, peuvent-ils se rire impunément de cette terrible dysenterie qu’ils guérissent si facilement par la seule absorption d’un lait délicieux. Cu. Marsillon.
- FEUILLES DE TOLE
- On montre actuellement dans une usine à fer de Swansea, au pays de Galles, une plaque de tôle qui mesure 25 centimètres de long sur 14 de large et dont l’épaisseur est exactement de 52 dix-millièmes de milli-rnètres=0mm,0052. C’est la plaque, ou plutôt la feuille de fer la plus mince qui soit jamais sortie de la main de l’homme. Son poids est de 1*r, 20. Quand on saura que l’épaisseur du papier de soie est d’environ 2 centièmes de millimètres ou 0rom,02, on se rendra mieux compte de l’invraisemblable ténuité de la feuille métallique dont nous parlons. Il y a plusieurs années, une des plus grandes forges de Pittsburg, aux Etats-Unis, exposait une lettre écrite sur une feuille de fer de 0mm,025 d’épaisseur ayant 20 centimètres de long sur 15cm,75 de large. Son poids dépassait à peine 46r,14. Mais, depuis, l’Angleterre a battu l’Amérique, et Swansea détient à présent le record de la légèreté et de la ténuité. A ce propos, rappelons que les plus grands industriels se sont toujours préoccupés de cette double qualité dont ils ont compris l’importance. Plusieurs même se sont fait une ingénieuse réclame au moyen de cartes de visites en tôle
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- LA NA TU 15 K.
- mince. La fameuse usine Krupp fabriquait dernièrement des cartes d’une épaisseur de quatre centièmes de millimètre seulement. D’autres ont cherché, pour démontrer l’excellence de leurs procédés de fabrication, à produire des copeaux métalliques d’une longueur exceptionnelle. Un industriel anglais, M. Birsching a pu obtenir une lame de fer de 55 mètres de longueur. Le musée Worth, à New-York, en contient une de 52“,50 ; à Cleveland il en existe une de 71m,10. Mais la plus longue lame métallique du monde est, à coup sur, celle que vient de produire une aciérie de New-Vork. Ce copeau d’acier ne mesure pas moins de 79™,50 de longueur. X. West.
- LES CHEMINS DE FER
- DANS LES MONTAGNES SUISSES
- LIGNE MIXTE DE LALTERBRÜNNEN A MÜRREN
- La Suisse est, depuis de longues années déjà, le pays de prédilection des touristes qui tiennent à venir admirer les sites de toute nature, d’aspect sauvage ou gracieux, pittoresque ou grandiose, qu’on rencontre en si grand nombre parmi ses hautes montagnes. Dès l’origine, les chemins de fer ont sillonné les vallées d’accès facile pour y amener le Ilot des visiteurs; puis on s’est ingénié à trouver le moyen de s’élever sur le flanc des montagnes, de gravir des rampes abruptes qui semblaient, au premier abord, absolument interdites à la locomotive. C’est ainsi qu’on s’est trouvé amené à constituer des lignes spéciales dans lesquelles la crémaillère fournit à la locomotive le point d’appui que la voie lisse lui refuse.
- Depuis la première application, faite au Ilighi, les voies à crémaillère se sont multipliées dans tous les points intéressants, et nous avons eu, du reste, l’occasion de décrire dans La Nature les plus curieuses d’entre elles. En d’autres points, lorsque la rampe devenait trop forte, on a eu recours au chemin de fer funiculaire combiné souvent avec la crémaillère, et on a pu même y trouver une utilisation très ingénieuse du mouvement des chutes d’eau, en recueillant l’eau des torrents, qui peut fournir ainsi par son poids la force nécessaire, en descendant avec le train moteur.
- Les progrès incessants de l’électricité permettent enfin de trouver là une utilisation indirecte de ce mouvement des chulcs d’eau en fournissant le moyen de le transformer en énergie électrique qu’on peut ensuite distribuer à volonté, soit pour en tirer de l’éclairage, soit pour obtenir un effort moteur sur de nouvelles voies ferrées.
- Ce sont là des applications tout indiquées en quelque sorte dans les montagnes, et pour ce qui est, en particulier, des installations d’éclairage électrique, elles sont aujourd’hui très fréquentes en Suisse, dans les points situés aux altitudes élevées. Ces applications ont soulevé des problèmes nouveaux présentant un intérêt technique considérable, et on peut dire que le temps n’est pas loin, sans doute, où un voyage dans ces régions, qui paraissaient fermées jusqu’à présent à toute industrie, deviendra le complément des études d’ingénieur.
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- Les applications de l’énergie électrique à la traction sur les voies ferrées sont encore beaucoup plus rares que celles qui ont trait à l’éclairage, et nous avons cru intéressant, à ce point de vue, de signaler celle qui vient d’être faite sur une partie de la voie mixte de la ligne de Lauterbrünnen à Mürren. Nous résumons, à ce sujet, divers détails empruntés à une Notice spéciale publiée à Zurich par M. Strub, et à une étude donnée par M. Mouticr dans la Revue
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- Fig. 1. — Développement du chemin de fer funiculaire à crémaillère de Lauterbrünnen à Grütsch.
- générale des chemins de fer. La figure 4 donne la carte du pays et le plan de la ligne.
- La ligne part de Lauterbrünnen dans I’Oberland bernois, non loin de la curieuse ville d’Inlerlaken dont la position pittoresque est si appréciée des touristes. Cette ville se trouve à cheval, en effet, sur les
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- Grütsch StT
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- — Développement du chemin de fer électrique de Grütsch à Mürren.
- deux lacs de Brienz et de Thun, et au débouché des vallées alimentées par les glaciers formant la crête de partage des eaux entre les versants nord et sud de l’Europe. Depuis quelques années déjà, du reste, la ville de Lauterbrünnen, dont l’altitude atteint 815 mètres, est reliée à Interlaken par une voie ferrée à traction ordinaire comportant toutefois des sections en crémaillère dans les points où la rampe dépasse 4 centimètres par mètre. Une bifurcation détachée de cette ligne, monte à Grindehvald, comme nous le dirons dans un prochain article.
- Toutefois, comme le but des touristes est de s’élever davantage sur les flancs de la Jungfrau en allant au
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- LA NATURE.
- moins jusqu’à Mürren, pour embrasser d’un seul coup d’œil le panorama vraiment grandiose de la chaîne, on décida de créer une ligne spéciale montant à Mürren à l’altitude de 1641 mètres, et, en raison de la nature des rampes à franchir, on décida de partager cette ligne en deux sections desservies d’après un système de traction différent. La première section (fig. 1 et 5) part de Lauterbrünnen et monte en ligne droite jusqu’à Grütsch, où elle atteint le plateau de Mürren à l’altitude de 1490 mètres; elle franchit une différence de niveau de 700 mètres avec un développement de 1200 mètres seulement; elle présente, sur une grande partie du parcours, une pente de 0m,60 par mètre qui n’a jamais été réalisée, croyons-nous, qu’au chemin de fer du Vésuve, et qui dépasse ainsi les plus fortes pentes atteintes ailleurs ; elle est exploitée par une ligne funiculaire munie d’une crémaillère.
- A partir de Grütsch, la ligne, parvenue au niveau du plateau, se développe sur un parcours sinueux de 4500 mètres de longueur rachetant une différence de niveau de 151m,50 seulement, de manière à permettre ainsi aux touristes de jouir des divers aspects du panorama sur toute son étendue.Cette seconde section (fig. 2) est exploitée par un chemin de fer électrique empruntant son énergie motrice aux sources qui alimentent le torrent du Staubbach.
- La ligne funiculaire est établie d’après le type général de la plupart de ces voies, et comme nous en avons donné déjà la description à propos du chemin de fer du Giesshach, nous n’aurons pas à y insister. Rappelons seulement qu’elle comporte deux voitures équilibrées reliées par un cable enroulé sur une poulie placée à la partie supérieure ; l’effort moteur est fourni par un poids d’eau convenable introduit dans la caisse du wagon descendant ; la crémaillère est utilisée simplement pour fournir un point d’appui aux freins des véhicules. Le type de wagon employé sur la ligne est représenté figure 5.
- La ligne est à double voie comportant trois rails Vignole, le rail intérieur étant commun aux deux voies, mais le garage s’opère au milieu par sépa-
- ration complète des voies. La crémaillère de chacune des voies est écartée de l’axe de celle-ci pour laisser au milieu la place aux poulies de support du câble, et elle est reportée du côté du rail intérieur.
- La ligne comporte plusieurs ouvrages d’art, notamment divers viaducs de 500 mètres de longueur totale, dont la construction a présenté les plus grosses difficultés pour le transport à pied d’œuvre des matériaux nécessaires. Ceux-ci ont été amenés d’abord à dos de mulet jusqu’à ce qu’on ait pu terminer l’infrastructure, puis on put construire sur les sections les plus difficiles trois petits funiculaires provisoires, qui furent d’un grand secours pour amener les matériaux métalliques, appareils de voie, crémaillères, etc. On dut prendre également des précautions spéciales pour empêcher l’entraînement de la ligne malgré la pente énorme de la voie.
- Sur la plateforme, on a installé à cet effet deux plates-bandes en maçonnerie de béton qui reçoivent des lon-grines en bois fixées au moyen de forts boulons à scellement, et sur lesquelle s sont assemblées par des tire-fond à vis les traverses en fer supportant les trois rails de la voie. Outre les boulons de scellement, les longrines sont retenues contre le glissement par des cubes de béton ménagés entre les pièces successives.
- Entre les longrines parallèles est installé un radier en béton qui reçoit l’eau évacuée du wagon moteur au cours de la descente.
- On comprend en effet que, sur une ligne dont la pente serait constante, la quantité d’eau nécessaire est maximum au moment du départ pour déterminer la mise en marche, mais elle va en diminuant pendant l’avancement, puisque le câble, en se déroulant, augmente continuellement le poids moteur. Il en résulterait donc un entraînement excessif qu’on peut combattre d’ailleurs par un tracé approprié du profd de la voie; mais, comme l’exécution du tracé théorique aurait présenté trop de difficultés sur cette ligne, on a préféré réaliser la compensation en vidant progressivement le réservoir pen-
- Fig. 5. — Vue d’ensemble du chemin de fer de Lauterbrünnen à Grütsch, en Suisse.
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- LÀ NATUHE.
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- dant la descente, et l’évacuation complète de l’eau À partir de Grütsch, la ligne électrique succède s’opère donc facilement par le radier ainsi ménagé. immédiatement au chemin de fer funiculaire; la
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- Fig. 4. — Carte du chemin de fer de Lauterbrünnen à Mürren, en Suisse.
- voie présente d’ailleurs, ainsi que nous l’avons indiqué, des pentes beaucoup plus faibles, ne dépassant jamais 4 à 5 pour 100.
- Gomme la ligne funiculaire, cette section comporte une double voie avec trois rails seulement, le rail intérieur étant commun, et un garage est ménagé au milieu.
- Le courant destiné à l’alimentation des appareils moteurs est amené par un fil central placé à 5 mètres de hauteur au-dessus de la voie; ce fil est mis en contact avec un frotteur à ressort fixé sur la toiture des locomotives.
- Celles-ci sont au nombre de trois du même type pour l’exploitation de la ligne; elles sont à deux essieux avec roues de 0m,75 de diamètre donnant un empattement de 2 mètres.
- La longueur totale est de 4 mètres, la largeur de 2 mètres, et le poids de 7l,2. Chaque locomotive comporte une dynamo disposée sur chacun des deux essieux, et le mouvement de la machine électrique est transmis à l’es-
- sieu correspondant par l’intermédiaire d’engrenages réduisant la vitesse dans le rapport de 5 à 1.
- Les dynamos donnent ____} 450 à 500 tours par minute correspondant à une vitesse de 11 kilomètres à l’heure. Elles fournissent chacune une puissance de 50 chevaux (56 ampères à 600 volts) assurant un effort moteur de 2000 kilogrammes.
- La vitesse de marche peut être réglée facilement par renversement du courant, et chaque locomotive possède en outre un frein à main.
- L’usine centrale qui fournit le courant moteur est située à 1550 mètres de la station de Grütsch, elle comporte des turbines, alimentées par les eaux du Staub-hach, qui peuvent fournir un effort moteur de 150 chevaux effectifs. La dynamo génératrice, calée directement sur l’arbre des turbines, peut débiter en marche normale 150 amperes à la tension de 600 volts et à la vitesse de 750 tours par minute.
- Fig. 5. — Wagon employé sur la ligne funiculaire à crémaillère.
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- LA NATURE.
- Le courant est conduit à la ligne par six Jils de cuivre de 50 millimètres de section chacun ; trois amènent le courant d’aller, l’un à Grütscli, et les deux autres à Mürren; les trois autres fils sont mis en communication avec les rails qui reçoivent ainsi le courant de retour.
- Pour prévenir les défauts de conductibilité qui pourraient se déclarer dans les joints des rails successifs, on a eu soin de compléter chaque joint par une plaque de cuivre assurant la communication électrique. En outre, les files de rails parallèles sont reliées entre elles, tous les 100 mètres, par un fil de cuivre.
- CHRONIQUE
- M,le Klumpke docteur es sciences mathématiques. — M1’6 Dorothea Klumpke, qui est attachée depuis quelques années à l’Observatoire de Paris, et qui fait des observations astronomiques avec une grande assiduité, a soutenu la semaine dernière, devant la Faculté des sciences de Paris, ses thèses de doctorat ès sciences mathématiques. Mlle Klumpke, qui est née à San-Francisco, appartient à une famille tout à fait scientifique. Elle est, en effet, la sœur de Mme Déjerine-Klumpke, docteur en médecine, qui a épousé son confrère le docteur Déjerine, agrégé de la Faculté. C’est la première femme qui obtienne le grade de docteur ès sciences mathématiques. La thèse soutenue par M1Ie Klumpke a pour sujet : Contribution à l'étude des anneaux de Saturne. En réalité, le problème dont la jeune doctoresse a poursuivi la solution est de théorie pure. La science, en effet, admet aujourd’hui que, conformément à l’idée que Cassini s’était faite au dix-septième siècle des anneaux de Saturne, ceux-ci ne sont ni gazeux, ni liquides, ni formés d’un corps solide continu : mais qu’ils sont constitués par des particules matérielles, solides, discontinues, séparées par des intervalles très grands et mises en relation seulement par leur attraction réciproque, très faible relativement à celle de la planète. Le cas étudié par MUe Klumpke ne répond pas à cette idée que se fait la science moderne de la constitution des anneaux de Saturne; il est purement hypothétique. La jeune doctoresse a repris un problème que s’était proposé Maupertuis, qu’avait résolu Laplace et qu’avait complété une mathématicienne, enlevée trop tôt à la science, Mme Sophie Kowalewska. Dans la deuxième partie de sa thèse, M110 Klumpke a recherché la figure d’équilibre des anneaux dans le cas où la masse de Saturne serait nulle, et elle a donné l’expression générale des inconnues correspondant aux trois premières approximations. C’est M. Tisserand qui a interrogé Mlle Klumpke sur sa thèse. La soutenance a été écoutée dans le plus grand calme par un nombreux et sympathique auditoire. Des applaudissements unanimes ont accueilli l’allocution suivante deM. le doyen Darboux, qui a terminé la séance :
- Mademoiselle,
- Vous vous êtes occupée d’une des questions les plus intéressantes de l’astronomie. Les grands noms de Galilée, d’Uuyghens, de Cassini, de Laplace, sans parler de ceux de mes illustres collègues et amis, sont attachés à l’histoire de chacun des progrès sérieux dans cette théorie aussi attrayante que difficile des anneaux de Saturne. Votre travail vient nous apporter une contribution qui n’est pas à dédaigner et vous place dans nn rang honorable à côté
- des femmes qui se sont consacrées à l’élude des mathématiques. Au siècle dernier, M"e Marie Agnesi nous avait donné un traité de calcul différentiel et intégral. Depuis, Sophie Germain, aussi remarquable par son talent littéraire et philosophique que par ses facultés mathématiques, s’est attiré l’estime des grands géomètres qui honoraient notre pays au commencement de notre siècle. Il y a quelques années à peine, l’Académie des sciences, sur le rapport d’une commission dont j’avais l’honneur de faire partie, décernait un de ses plus beaux prix qui placera le nom de Mme Kowalewska à côté de ceux d’Euler et de Lagrange dans l’histoire des découvertes relatives à la théorie du mouvement d’un corps solide autour d’un point fixe. A votre tour, mademoiselle, vous ôtes entrée dans la carrière; nous savons que, depuis plusieurs années, vous vous occupez, avec le plus grand zèle et le plus grand succès, de la direction des travaux de mesure relatifs à la carte du ciel. Votre thèse, que vous avez préparée en suivant, avec une assiduité qu’il ne nous élait pas permis d’ignorer, nos cours de mathématiques supérieures, est la première qu’une femme ait présentée et soutenue avec succès devant notre Faculté pour obtenir le grade de docteur ès sciences mathématiques. Vous ouvrez dignement la voie, et la Faculté s’empresse de vous déclarer digne d’obtenir le grade de docteur avec toutes boules blanches.
- Une filature actionnée par «les souris. — Un
- industriel écossais, aussi patient qu’ingénieux, a dressé deux petites souris à faire du fil au moyen d’un appareil dont il est l’inventeur. Le principe de la machine est un petit moulin actionné par les pattes des souris. Elles peuvent ainsi filer et dévider 100 à 120 fils par jour, chacune, et doivent fournir, chacune, une course de 17 kilomètres pour arriver à ce résultat. Bien qu’elles ne pèsent pas plus de 14 grammes, elles produisent ce travail tous les jours très régulièrement et sans fatigue apparente. Pour un sou de farine, elles ont assez à manger pour cinq semaines ! Pendant ce temps, les petites bêtes font environ 5850 fils de 157““,50. A ce taux, chaque souris gagne 2 centimes et demi par jour, soit 9fl',55 par an. Les journaux anglais affirment, mais nous leur en laissons toute la responsabilité, que l’intelligent filateur vient d’acquérir une maison de 50 mètres sur 15 de superficie et de 16 mètres de hauteur, dans laquelle il procède à l’installation en grand de moulins à souris. Il compte pouvoir en mettre 10 000, toujours d’après les journaux anglais.
- Le travail «les verres optûjues. — M. Brashear, l’opticien bien connu de Pittsburg, avait à exécuter dernièrement, pour la Smithsonian Institution, quelques miroirs ayant les dimensions tout à fait inusitées indi-
- quées ci-après :
- Diamètre........................2mm,5
- Rayon de courbure. ...... lm
- Masse maxima....................5mg,25
- Le procédé était tout indiqué ; il fallait travailler d’abord parfaitement la surface optique, et ensuite roder la partie postérieure du miroir, afin de l’alléger. Or, le travail une fois terminé, on trouva que les miroirs avaient pris, pendant le rodage, une courbure beaucoup plus forte que celle qu’ils avaient primitivement ; une série d’expériences amena peu à peu à donner aux surfaces un rayon de 5m,2, afin qu’elles eussent finalement la surface voulue; il fut néanmoins nécessaire de confectionner un grand nombre de miroirs, pour en trouver quelques-uns satisfaisant parfaitement aux conditions requises.
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- LA N AT LUE.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- CONCOURS DE l’année 1893
- Séance publique annuelle du 18 dée. 1803
- M. de Lacaze-Duthiers, qui préside, ouvre la séance par un discours dans lequel il traite, avec autant d’esprit que d’originalité et de haute compétence spéciale, la question toute d’actualité de l'orthographe phonétique. Il fait ressortir l’utilité du pli, de 1’//, du ch et du th pour la différentiation du sens attaché à un même mot s’appliquant phonétiquement à des objets différents. M. de Lacaze-Duthiers, abordant la formation des mots employés dans la chimie moderne, la zoologie et la botanique, se borne à proscrire les noms trop longs qui ont la prétention de définir les propriétés d’un corps ou les qualités d’un être.
- « Pour moi, conclut-il, je le déclare ici, et c’est ici que j’ai voulu le déclarer, je serai réfractaire à la suppression des signes caractérisant une étymologie indispensable à connaître. Point de phonétisme dans les sciences; — conservons l’orthographe et les signes conventionnels des étymologies. — Laissons donc vivre en paix les ph et les y, les cli et les th, — qui nous rendent les plus grands services, — mais laissons aussi faire table rase de toutes ces particularités orthographiques étranges n’ayant aucune raison d’etre et qu’un usage inexplicable a perpétuées sans savoir trop pourquoi. En un mot, conservons une orthographe scienlilique raisonnable et utile, en dépit des malédictions qu’on pourra nous adresser, dùt-on même nous traiter encore de pédants. »
- I/orateur énumère ensuite les pertes éprouvées par l’Académie dans l’année qui vient de s’écouler : Richard Owen, le zoologiste anglais, né en 180-4 et qu’on appela le Cuvier anglais; Adolphe de Candolle, botaniste suisse, né en 1800 ; le mathématicien Kunnncr, né en 1810, secrétaire de l’Académie de Berlin. Ces savants appartenaient à l’Académie comme associés étrangers. Parmi les membres de l’Académie des sciences, l’amiral Paris, Charcot, Chainbrelent. L’orateur termine son discours par quelques mois de bienvenue à l’adresse des nouveaux associés étrangers élus : M. Lister, le célèbre chirurgien anglais,.et M. Nordenskiold, le hardi naturaliste explorateur. Enfin il honore d’une mention particulière les féconds travaux de M. II. Moissan.
- M. Berlhclot prononce ensuite l’éloge de Joseph De-caisne. Citons le début magistral de ce discours :
- « La science a ses degrés, comme la vertu : elle a des héros, tels que Newton et Lavoisier, que leur génie éleva au rang des demi-dieux; mais la vertu, aussi bien que la science, serait rare dans le monde et n’y exercerait qu’un rôle exceptionnel, si elle ne s’appuyait sur cette multitude plus modeste des hommes distingués, qui consacrent leur vie au culte du bien et de la vérité. Ce sont eux qui, par leur caractère et leurs travaux, constituent la représentation continue et la force morale permanente de l’humanité.
- « Quoi qu’on ait prétendu sur le déclin de notre siècle, il est certain que nul temps, nul pays ne compte de tels hommes davantage que le notre : j’ajouterai que notre Compagnie en est l’asile par choix et par destination. C’est pourquoi je regarde comme l’un des devoirs les plus pressants de la charge que j’exerce aujourd’hui au nom de l’Académie, celui de rappeler la mémoire de ces savants sincères et sans prétention, parvenus par leur seul travail depuis les rangs les plus infimes de la société jusqu’au suprême honneur de l’Institut. Leur carrière et leurs
- succès font l’éclat de la démocratie française, ltecaisne fut l’un de ceux-là : c’est l’une des plus nobles natures morales qui aient jamais vécu et l’un des hommes qui ont rendu les services les plus réels à la science de notre époque. ))
- L’orateur rappelle comment Decaisne, entré au Jardin des Plantes comme garçon jardinier en 1824, à l’âge de dix-sept ans, parcourut les divers degrés de la carrière scientifique qui devaient le conduire à l’Institut. Nommé aide-naturaliste en 1835, sur la proposition de Bernard de Jussieu, Decaisne se fit connaître par de nombreux mémoires et collabora au célèbre Prodromus de Candoüe. Plus tard, ses recherches se portèrent sur la betterave, la ramie, la maladie de la pomme de terre qui amena la cruelle famine de l’Irlande en 1840, la nature des Coral-linées, le mode de reproduction des Fucacées.
- Decaisne fut élu membre de la section d’économie rurale de l’Académie, en 1847; il devint titulaire de la chaire de culture au Muséum en 1851, membre de la Société royale en 1881. Il prit une part active à la publication des Annales des sciences naturelles. Il a publié, en collaboration avec LeMaout, un traité général de botanique; avec M. Naudin, un manuel de l’amateur des jardins; enfin il a dirigé la publication des douze volumes in-quarto du Jardin fruitier du Muséum, dans lesquels se trouve sa célèbre élude des poiriers.
- M. Bertrand donne ensuite lecture de la liste des récompenses.
- Géométrie. — Prix Francœur : M. G. Robin. — Prix Poncelet : M. G. Kœnigs.
- Mécanique. — Prix extraordinaire de 6000 francs : MM. Bourdelles, Lcphav et B. de Fraysscix. — Prix Mon-lyon : M. Flamant. — Prix Plumey : M. Lebasteur. — Prix Fournevron : Encouragement : M. Brousset.
- Astronomie. — Prix Lalande : M. Schulhoff. — Prix Yalz : M. Berberich. — Prix Janssen : M. Langley.
- Physique. — Prix. La Gaze : M. Amagat.
- Statistique. — Prix Montyon : M. le I)r Marvaud.
- Chimie. — Prix Jecker : prix partagé entre MM. Griner et de Forcrand. Encouragement accordé à M. Gautier. — Prix La Gaze : M. G. Lemoine.
- Minéralogie et géologie. — Grand prix des sciences phvsiques : M. Marcellin Boule. — Prix Bordin : (Genèse des roches éclairée par l’expérimentation synthétique) Prix partagé entre MM. Bourgeois, Gorgeu, Michel et Duboin. Mentions accordées à MM. Dœlter et de Schulten. — Prix Delesse : M. Fayol. — Prix Fontannes : M. Zeiller.
- Botanique. — Prix Desmazières : M. Sauvageau. — Prix Montagne : MM. Cardot et Gaillard.
- Agriculture. — Prix Morogues : M. Millardet.
- Anatomie et zoologie. — Prix Thore : M. Corbière. — Prix Savigny : Le prix n’est pas décerné.
- Médecine et chirurgie. — Prix Montyon : MM. H. llu-cliard, Delorme, Pinard et Yarnier. Mentions accordées à MM. Yialet, Neumann, Fiessenger. Citations accordées à MM. Claisse, Coinby, Delore, Testut et Blanc. — Prix Barbier : Prix partagé entre MM. A. Sanson et E. Gilbert. Mentions honorables accordées à MM. Sabouraux et Mau-claire. — Prix Bréant : Prix partagé entre MM. Netter et Thoinot et MM. Gimbert et Burlureaux. Mention accordée à M. Galliard. — Prix Godard : M. Tourneux. — Prix Serres : MM. Pizon, Sabatier et Letulle. — Prix Parkin : Le prix n’est pas décerné. — Prix Bellion : Prix partagé entre MM. Chabrié et Goustan. — Prix Mège : M. llergott. — Prix Lallemand : M. Trolard.
- Physiologie. — Prix Montyon : MM. Laulanié, Abelous
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- LA NATURE.
- et Langlois; mentions : MM. Griffiths et Crié. — Prix La Caze : M. d’Arsonval. — Prix Pourat : M. E. Meyer. — Prix Martin-Damourette : M. le Dr Géraud.
- Géographie physique. — Prix Gay : Le prix n’est pas décerné.
- Prix généraux. — Médaille Arago : MM. Asaph Hall et Barnard. — Prix Montyon (arts insalubres ) : MM. Garros et Coquillon; mentions : MM. Gréliant, Behrens et de la Roule.— Prix Trémont : M. Jules Morin.—Prix Gegner : M. Paul Serret. — Prix Petit d’Ormoy (sciences mathématiques) : M. Stieltjes. — Prix Petit d’Ormoy (sciences
- Fig. 1..— Cheval dételé dans sa course et tenu en rênes par le cocher.
- lage et de dételage instantané, permettant au cocher de séparer instantanément son cheval de sa voiture dans le cas où il viendrait à tomber ou à s’emballer.
- Ce système, d’une très grande simplicité, est construit de façon à pouvoir s’adapter à tous les harnais actuellement en usage.
- Quand le cheval est harnaché et attelé, les traits sont supprimés.
- La figure 1 représente le cheval dételé dans sa course et tenu en rênes par le cocher. La figure 2 représente le cheval dételé dans sa course hors des brancards et tenu en rênes par le cocher. La figure 3 donne le détail des principaux organes. Le système se compose essentiellement ;
- 1° D’un renard n° 1 (fig. 5) destiné à supporter la traction, à retenir, arrêter et faire reculer la voiture ; 2° d’un déclenchement à levier (n° 2) qui vient reposer sur le renard et d’un verrou à ressort (n° 3) placé à l’arrière et dans lequel il vient se fixer; 5° d’une plaque d’attelage (n° 4) remplaçant le porte-brancards et s’ajustant à la dossière de la sellette par une boucle ordinaire (n° 5) ; cette plaque est percée de 3 œillets; celui de devant reçoit la courroie de tirage remplaçant le trait; celui de derrière, la courroie de reculement; celui du bas, le
- naturelles) : M. Marcel Bertrand. — Prix Tchihatchef : M. Grégoire Groum-Grschimailo. — Prix Gaston Planté : M. Blondlot. — Prix Laplace : M. Bès de Berc (Jean-Emmanuel-Marie). Ch. de Villeiiecil.
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- SYSTÈME D’ATTELAGE ET DE DÉTELAGE INSTANTANÉ
- Une invention curieuse autant qu’utile nous est signalée. Elle consiste en un nouveau système d’atte-
- Fig. 2. — Cheval dételé dans sa course, hors des brancards, et tenu en rênes par le cocher.
- Le Propriété.irc-Géranl : G. Tissaxdier.
- contre-sanglon ; 4° d’un anneau fixé au centre de là plaque d’attelage et qui embrasse d’axe en axe le renard et le levier. Le levier, une fois fermé, assure la fixité de l’attelage. Le nouveau système
- est d’un usage très commode, et son emploi permet une sécurité absolue avec les chevaux les plus ardents que le cocher peut instantanément séparer de sa voiture.
- La statistique démontre que les accidents de voitures, dus à des chevaux emportés , sont très nombreux ; on ne saurait donc trop préconiser un Fig. 3. — Système de rênes pour attelage et dételage instantané. procédé qui, en dételant
- subitement un cheval, assure aussitôt le salut au cocher et aux voyageurs. Quand un cheval attelé vient à tomber, ce qui est moins dangereux que l’emballage, on sait qu’avec les procédés ordinaires, le cocher a souvent toutes les peines du monde à sortir son cheval des brancards. Rien de semblable avec l’appareil de dételage instantané; le cocher monté sur son siège fait fonctionner le système et le cheval abattu, devenu libre, peut facilement se relever.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1074
- 50 DÉCEMBRE 1895
- LA NATURE.
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- EXPERIENCES SUR LES COURANTS ASCENDANTS
- Quelque incertains que puissent paraître les résultats des expériences de laboratoire appliquées aux grands phénomènes étudiés par la météorologie,
- il n’en est pas moins intéressant de noter au passage les comparaisons que suggèrent les tentatives de reproduction minuscule de ces phénomènes; nous
- Fig. 1 à 8.— Courants ascendants dans les fluides. •— Expériences de M. Czermak. — Pig. 1, 2 et 5. ruinée s élevant dans lair. Fig. 4. Puînée dans de l’air cl du gaz d’éclairage superposés. — Fig. 5. Dispositif pour l’étude des mouvements ascendants dans les liquides; phases successives du phénomène dans un liquide homogène. — l’ig. 6,7 et 8. Ascension dans la couche de diffusion entre de l’eau salée et de l’eau pure.
- signalerons, à ce propos, quelques expériences très faciles à répéter, dont le l)r Czcrmak, professeur à Graz, vient de publier le détail dans les Annales de Wiede-mann; elles se rapportent à la production et à l’étude des courants ascendants dans les gaz et dans les liquides. La première série de recherches était faite à l’aide d’une caisse en verre (fig. 9) munie, à sa partie supérieure et à sa partie inférieure, de deux ouvertures servant à l’introduction et à l’échappement des gaz dont on remplissait la caisse. Au centre d’un petit trou, percé dans la face inférieure de la caisse, on avait fixé une spirale faisant partie d’un circuit électrique.
- En introduisant avec précaution la fumée refroidie d’un cigare par l’ouverture inférieure, on voit cette fumée se déposer sur le fond, et, dès que les remous se sont calmés, elle se sépare du reste de l’air contenu dans la vitrine par une ligne nettement tranchée. Si l’on approche la main de la caisse, ou si on laisse tomber un rayon de soleil sur sa partie inférieure, on voit naître aussitôt des courants ascendants que l’on doit éviter si l’on veut observer 22e année. — -1er semestre.
- nettement les phénomènes pour lesquels l’expérience a été préparée. Dès que l’on ferme le courant, on voit un mouvement particulier —- se produire dans la fumée, qui s’élève verticalement en une colonne plus ou moins large, suivant l’épaisseur de la couche de fumée, l’intensité du courant, etc. Lorsque la colonne arrive à une certaine hauteur, la résistance de l’air l’étale en une sorte de champignon, contourné souvent en plusieurs volutes du plus joli effet. Les figures 1, 2, 3 montrent quelques-unes des formes photographiées par M. Czermak à l’aide de la lumière du magnésium. Ces tourbillons sont extrêmement délicats et ne sont nettement visibles que dans leur plus grande épaisseur, ce qui
- Fig. 9. — Appareil de M. Czermak pour l’étude des courants ascendants dans les gaz.
- fait ressembler les images à une
- section faite par l’axe de la colonne; les images stéréoscopiques en revanche montrent bien leur forme véritable.
- Les courants dans les liquides sont tout aussi faciles à observer; il suffit de mettre au fond d’un cristallisoir un peu d’eau colorée avec de l’encre, et de remplir le reste du vase avec de l’eau claire.
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- Comme d;ms le premier cas, réchauffement est produit par le passage du courant dans une spirale. L’eau colorée monte lentement et se recourbe, comme la fumée, en forme de champignon ou de parasol extrêmement ténu. Il est facile de photographier successivement sur la même plaque diverses phases du phénomène, comme le montre la figure 5. Le phénomène devient particulièrement intéressant lorsqu’on superpose divers gaz ou liquides de densité différente, par exemple, de l’air et du gaz d’éclairage, ou de l’eau salée et de l’eau pure. Tant que la diffusion est peu avancée, l’eau colorée monte jusqu’à la surface de séparation des liquides, où elle s’étale en formant quelques remous dans le liquide léger ; lorsque, au contraire, le fluide ascendant rencontre une couche de densité régulièrement décroissante, il s’élève en forme de pointe qui laisse redescendre de tous côtés la liqueur colorée; la figure h montre une des formes que l’on observe dans un mélange gazeux, tandis que les figures 6, 7 et 8 représentent le phénomène dans un liquide. Les expériences peuvent, du reste, être variées à l’infini; que l’on puisse ou non en tirer parti pour la connaissance des mouvements de l’atmosphère, ces quelques expériences, très gracieuses, fournissent une élégante démonstration de la dilatation des corps par la chaleur; la facilité de leur exécution leur assigne une place dans les conférences publiques. G. E. G.
- LES SYSTÈMES D’IRRIGATION AGRICOLE
- EN CHINE
- La désastreuse sécheresse de 1895 m'a fait écrire ces quelques lignes sur Tes procédés d’irrigation employés dans la Chine proprement dite, afin que l’Europe y réfléchisse un peu, pour se précautionner à l’avenir d’un pareil désastre.
- Depuis l’antiquité, il y a cinq mille ans environ, l’agriculture a été toujours honorée et encouragée chez nous.
- Qu’on ne s’étonne point, quand je dis cinq mille ans ; car notre histoire officiellement écrite a été scientifiquement vérifiée par la vérification des éclipses qui y sont annotées, en faisant des supputations rétrogrades.
- On rend en Chine une sorte de culte aux premiers agriculteurs, auxquels on a construit un temple avec un autel, en leur offrant des sacrifices deux fois l’an, au printemps et à l’automne. Tous les ans, au printemps, vers la fin de mars, l’Empereur se rend en personne sur le champ sacré, situé dans la partie méridionale de Pékin, avec trois princes de la famille impériale, les neuf présidents des cours, un grand nombre de mandarins de rang secondaire et plusieurs laboureurs. Après avoir offert un sacrifice sur un autel en terre, il dirige lui-même la charrue et ouvre un sillon d’une certaine longueur ; à son exemple, les princes et les ministres conduisent, chacun à son tour, la charrue, et tracent quelques sillons. Les hommes du peuple achèvent le labourage du champ sacré.
- Cette cérémonie fut instituée au douzième siècle environ avant l’ère chrétienne, afin de recommander au peuple l’assiduité à la culture des champs. Une solennité semblable a lieu dans la métropole de chaque province. Le gouverneur remplace l’Empereur et se rend, avec les
- principaux officiers, sur le terrain que l’on doit labourer.
- L’agriculture chinoise ressemble peu à ce qu’on appelle en Europe l’agriculture en grand, excepté dans les provinces septentrionales. La propriété territoriale est très divisée; partant il y a peu d’exploitations en grand.
- Les instruments agricoles employés en Chine sont simples et légers. La charrue est, le plus souvent, sans avant-train. Dans le Midi, on laboure ordinairement les rizières avec des buffles, que nous appelons en chinois ehoui-nieou, c’est-à-dire bœuf aquatique. Dans le Nord, on se sert des bœufs domestiques, de chevaux, de mulets et d’ânes.
- Chez les pauvres cultivateurs, on voit souvent les femmes traîner la charrue pendant que le mari pousse par derrière et donne la direction au sillon. Dans les provinces méridionales, les Chinois préparent leurs terres et surtout les rizières avec de l’engrais humain. 11 est certain que, par ce moyen, on donne à la végétation beaucoup plus de force et d’activité. Afin de recueillir ce précieux engrais, les particuliers dressent d’innombrables petits cabinets, de toute part, pour la commodité des voyageurs. 11 n’est pas de ville ou de village où il n’y .ait, sur ce point, une grande concurrence. Mais ces sortes de chalets de nécessité sont entièrement gratuits. Sur les chemins les moins fréquentés, dans les endroits les plus déserts, on trouve toujours des cabanes en paille, en terre et quelquefois en maçonnerie. Il existe une classe de pauvres gens, qui vont partout chercher des crottes de tout genre pour les vendre aux dépôts d’engrais, à peu de chose près comme des chiffonniers de Paris.
- Les barbiers même recueillent avec soin leur moisson de barbe et de cheveux, et les rognures d'ongles, pour les vendre aux laboureurs qui en engraissent la terre. Les Chinois se font raser la tète, en laissant seulement une touffe ronde au sommet, laquelle est tressée en une natte.
- Le riz est la céréale par excellence de la Chine ; c’en est aussi la principale culture, surtout dans les provinces méridionales où deux récoltes en sont faites dans l’année.
- Le champ destiné à la culture du riz est inondé avant d’être labouré, de sorte qu’il s’v dépose une couche de limon de 15 à^fü centimètres d’épaisseur. La charrue n’entame et ne retourne que cette couche ; et, pour l’y faire passer, le laboureur et son attelage marchent dans la vase et dans l’eau. Après le labour, vient le hersage pour égaliser le sol. Le laboureur se place sur la herse afin de la faire entrer davantage dans le limon.
- Le sol ainsi préparé et recouvert d’une couche d’eau de 8 centimètres environ, est apte à recevoir les jeunes plants de riz, semés d’abord en pépinière dans un autre endroit, pour en être retirés avec beaucoup de précaution. On choisit les plus beaux pieds qu’on réunit par petits paquets d’une douzaine environ. Un homme les répand sur le sol, à une certaine distance les uns des autres ; puis un autre, qui le suit, creuse avec sa main droite de petits trous disposés en ligne et éloignés les uns des autres d’environ trente centimètres, dans chacun desquels il place un des petits paquets de plants dont les racines sont couvertes de limon, entraîné par l’eau qui coule dans ces trous, dès que l’ouvrier en retire la main. Cette opération se fait avec une grande célérité.
- Dans les provinces du sud de la Chine, la première récolte du riz a lieu vers la fin de juin ou au commencement de juillet. Immédiatement après, on façonne de nouveau la terre, et l’on plante des jeunes pieds pour la seconde récolte, laquelle a lieu en novembre.
- Puisque le riz a besoin toujours d’eau pour arriver à la maturité, je vais parler spécialement des instruments
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- LA NATURE.
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- et des appareils qui servent uniquement aux irrigations.
- Ces opérations sont fort importantes, et sont certainement mieux entendues en" Chine que partout ailleurs. La nécessité est la mère d’inventions. Ainsi les Chinois ont su tirer parti, dès la haute antiquité, non seulement des sources naturelles, ou des puits creusés de main d’homme, mais aussi des fleuves et des rivières, dont les eaux, élevées au moyen d’appareils hydrauliques, sont partout utilisées au profit des cultures. Ils ont des manèges et des machines hydrauliques, qui sont mus par la force d'animaux domestiques, et souvent par celle des cours d’eau eux-mêmes. Ces cultivateurs ont généralement des réservoirs d’eau artificiels, en forme d'étang, dans lesquels ils élèvent en même temps des poissons, qui vivent aussi très avantageusement dans les rizières mômes. Ce qui fait qu’un champ de riz fournit un double aliment.
- Dans certaines localités, sur le bord des rivières et des canaux, on recueille les eaux de pluie dans de vastes étangs. La raison est que, les terres voisines étant plus basses que les bords, se trouvent inondées dans les grandes eaux. C’est pour préserver ces rizières contre les inondations.
- Quelquefois aussi, faute de drainage et d’écoulement, les eaux se réunissent et forment des marais stagnants. Ces réservoirs naturels ont une immense utilité en temps de sécheresse, pour faciliter les irrigations.
- Dans les localités privées de canal ou de rivière, on creuse des puits. On remplit aussi des réservoirs où l’eau est amenée par des aqueducs des montagnes placées à quelque distance.
- A la margelle du puits, on dresse un levier, dont une extrémité supporte une pierre et l’autre un seau. Le seau est abaissé, rempli, puis remonté pour déverser son contenu, soit dans le champ, soit, lorsque l’endroit à arroser est placé sur une terrasse plus élevée, dans une gouttière pratiquée au niveau convenable.
- Sur le bord des canaux, des rivières ou des lacs, on se sert des machines hydrauliques suivantes : la roue d'homme assis, la roue à pied, la roue à main, et la roue à buffles. On a encore une auge Atu bord de l’eau. On y place une pompe à chaîne, composée d’une série de planchettes superposées, formant chapelet, au moyen de laquelle on élève l’eau jusque sur la rive. Le genre de moteur appliqué à chaque machine est indiqué par le nom qu’elle porte. Parfois on voit un homme travailler assis, avec ses jambes, d’où la machine est appelée (( roue d'homme assis ». La roue à pied exige que le laboureur se tienne sur la machine marchant et décrivant un cercle, et se soutenant sur une balustrade de bambou. La troisième machine est mue par la main. La quatrième est plus compliquée et exige l’emploi de buffles.
- On emploie pour l’irrigation toutes les forces disponibles du personnel, en cas de sécheresse. On voit les jeunes et les vieux foulant la même roue, appuyés sur la même balustrade, et mêlant leurs voix dans les mêmes chansons.
- Des enfants de six ans marquent le pas avec des hommes de cinquante; s’ils sont trop petits pour monter sur la roue, on les charge du soin de faire aller les chapelets avec leurs petites mains.
- Les femmes même, que la petitesse de leurs pieds empêche de marcher sur la plate-forme des roues, frappent des mains pour cadencer le pas des hommes. La roue mue par les huftles offre un travail moins pénible; mais, pour celle-là comme pour les autres, l’acti-
- vité est à l’ordre du jour. Par ce principe que quiconque ne travaille pas ne doit pas manger, on ne laisse pas au robuste animal un instant de repos inutile.
- Lorsque les champs forment des terrasses l’une au-dessus de l’autre, celles du dessus sont arrosées en faisant monter l’eau de l’une à l’autre. De cette manière une propriété offrant trois, quatre ou cinq terrasses de hauteur, se trouve arrosée au moyen d’une demi-douzaine de roues placées à quelque élévation l’une au-dessus de l’autre.
- On voit souvent des roues gigantesques de vingt pieds de diamètre, mises en mouvement par la rivière. Aux pales de ces machines sont fixés de petits seaux tpii, à mesure que les roues tournent, se remplissent d’eau ; puis, remontant jusqu’en haut, vident leur contenu dans une auge ou dans un aqueduc qui conduit à un champ plus ou moins éloigné, quelquefois à trois cents pieds de distance. Quelques-unes de ces roues atteignent quarante pieds de diamètre. Les pales consistent en seaux de bambou ou de rotin placés à la circonférence.
- Pour empêcher l’arbre de s’enflammer par la friction, on a adopté un procédé au moyen duquel le point le plus échauffé se trouve rafraîchi par un filet d’eau qui tombe d’en haut.
- Pour terminer cet article, qu’on me permette de dire un mot sur le bambou, qui est d’un usage presque universel, surtout pour l’agriculture, lequel usage a beaucoup influé sur les habitudes des Chinois. Je puis affirmer, sans exagérer, que les mines de la Chine lui valent moins que ses bambous, et qu’après le riz et la soie, il n’y a rien qui soit d’un aussi grand revenu.
- Les usages auxquels le bambou est appliqué sont si considérables, et d’une utilité si générale, qu’on ne conçoit pas comment la Chine pourrait se passer de cette espèce de roseau. François Ly,
- Mandarin de 5’ classe, secrétaire-interprète de la Mission chinoise.
- LA. SCIENCE PRATIQUE
- NIVEAU AUTOMATIQUE A LUNETTE VERTICALE
- Les niveaux à lunettes ont une grande supériorité sur les appareils similaires non munis de cet accessoire, qui permet non seulement une grande exactitude dans le pointé, mais encore de lire soi-même la cote à une grande distance sur une mire parlante, en évitant les erreurs dues à la transmission vocale de cette cote lorsque la lecture en est faite sur une mire à voyant par le porte-mire; aussi, remarque- t-on de nombreux essais faits pour adapter des lunettes aux niveaux, bien avant l’ingénieuse invention de la bulle d’air par M. Thévenot.
- L’abbé Picard paraît être l’un des premiers praticiens qui aient cherché à réaliser cette amélioration, et, dans une édition de son traité publié en 1684', on trouve le dessin et l’usage d’un niveau à lunette que l’on plaçait horizontalement à l’aide d’une sorte de chevalet de peintre et dont le fil à plomh était la partie essentielle.
- D’autres inventeurs, Huyghens, Mariotte, Amici,
- 1 1.12. Po. 5. Bibliothèque du Conservatoire des arts et métiers.
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- LA NATURE.
- L;ihirc, etc., etc., ont poursuivi un autre but : c’était de rendre le niveau à lunette automatique, alin de joindre les avantages cités plus haut à la certitude d’une horizontalité absolue, constante, basée sur l’équilibre naturel comme dans le niveau d’eau. Les essais dans cette voie ne furent pas heureux, car tous les chercheurs persistèrent à laisser la lunette horizontale; elleprcnait cette position automatiquement par Reflet d’arti-lices propres à chaque inventeur, mais la perdait aussitôt que le mouvement d’avance ou de recul de l’oculaire, pour la mise au point de l’image suivant la distance, venait en déplacer le centre de gravité.
- Je n’essayerai pas de décrire les divers appareils construits dans ce sens, car je m’adresse à des praticiens qui ont lu ces descriptions dans les traités de topographie et je n’ose traiter cette question apres les Chezv, les Deboves, les Bourdaloux et mon honoré maître, M. Breton de Champs; je veux seulement exposer la solution que j’ai trouvée à ce problème intéressant et la soumettre à la critique de mes collègues en topographie pour profiter de leurs observations et perfectionner mon appareil.
- Voici donc la solution que je propose :
- Une lunette ordinaire de niveau, mais à réticule fixe, portée par une double suspension de Cardan, est établie sur un support en forme de lyre, de manière à prendre une direction verticale; un miroir placé au-dessous de l’objectif et incliné à 45 degrés, rend le rayon visuel horizontal.
- La figure 1 représente l’appareil en fonction; l’opérateur met la lunette au point en tournant la crémaillère de la main droite, pendant que de la gauche il dirige la ligne de visée sur la mire et arrête les oscillations de la lunette à l’aide de la pédale.
- La figure 2 montre l’élévation et la coupe de l’ap-
- pareil : une lunette astronomique à réticule fixe suspendue à la Cardan. Sa partie supérieure est munie d’une crémaillère pour la mise au point de
- l’image. Au milieu de l’appareil est un miroir pouvant se rectifier par une vis pour rendre le rayon visuel horizontal.
- La lunette qui forme pcrpendicule est garantie del’agitation de l’air par une enveloppe métallique percée d’une fenêtre garnie d’un verre mince à faces parallèles, devant le miroir incliné. lîne petite pédale manœuvrée de l'extérieur arrête très rapidement les oscillations de la lunette tout en la laissant parfaitement libre une fois qu’elle est immobile.
- Dans ces conditions, le mouvement d’avance ou de recul imprimé au réticule pour la mise au point de l’image se fait dans le sens vertical sans déplacer le centre de gravité de l’appareil. Cet appareil se rectifie comme tous les niveaux qui ne sont pas à retournement, et le miroir, seul, sert à faire les rectifications nécessaires. Les avantages que je crois avoir réalisés sont les suivants : la ligne de visée devient horizontale automatiquement comme dans le niveau d’eau, mais avec la précision de pointé que comporte la lunette. Le miroir qui compense toutes les imperfections de construction de l’appareil, permet d’avoir un réticule fixe. La position verticale de la lunette permet de lire la cote en ayant la tête simplement inclinée comme lorsqu’on lit et son axe de rotation vertical permet d’embrasser tout le paysage sans bouger de place, car, en tournant, la lunette reste constamment sous l’œil de l'opérateur, ce qui est un avantage très appréciable dans les terrains peu consistants. Enfin, il a la simplicité du niveau d’eau et la précision de pointé des niveaux à lunette.
- Albert Couturier.
- Fig. 1. — Niveau à lunette verticale.
- Élévation
- Fig. 2. — Élévation et coupe de l’appareil.
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- J j A NA TUNE.
- SUR UN GALET DE JAN MAYEN
- La figure jointe .à cet article indique la forme et la structure d’un caillou dont s’est récemment enrichie la collection de géologie du Muséum d’histoire naturelle. 11 consiste en une roche basaltique où il est facile de reconnaître la coexistence de divers minéraux parfaitement caractérisés dont les plus abondants sont le feldspath labrador, le pyroxène augite, le péridot olivine et le fer oxydulé ou ma-gnétite plus ou moins titanifère. L’échantillon provient de la côte de l’île de Jan Mayen où il a été recueilli l’été dernier par les membres de la Mission scientifique dirigée par M. le professeur Georges Pouchet, du Muséum, et embarquée sur la Manche.
- Comme on le voit d’un simple coup d’œil, cette pierre a la forme amygdaloïde ordinaire des galets roulés par la mer, mais elle est entièrement débitée en plaquettes parallèles les unes aux autres, d’épaisseur sensiblement uniforme et qui se seraient séparées les unes des autres si M. Pouchet n’avait pris la précaution de les retenir ensemble par une ficelle avant de les ramasser. Si l’acquisition de la forme en amande est certainement due à l’action mécanique des flots, il n’en est certainement pas de môme de la réduction en plaquettes. Celle-ci est, sans aucun doute possible, un résultat de la gelée, et elle donne une respectable idée de l’intensité du froid qui règne parfois dans la région, où c’est au propre qu’il gèle à pierre fendre, selon une expression passée à l’état de lieu commun.
- La fente des pierres par l’eau que le froid rend solide tient au fait connu depuis longtemps qu’en devenant glace l’eau augmente de volume. C’est en conséquence de ce même fait que la glace nage sur l’eau : on a trouvé que la glace n’a que les 918 millièmes de la densité de l’eau, et Galilée a mesuré que l’augmentation de volume est des 7 centièmes du volume primitif.
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- Au point de vue historique, il est curieux de noter que cette notion, maintenant si banale, n’a pas été de suite acceptée. Iluyghens, Ilomberg, Mariotle et d’autres, pensaient qu’il y avait plus d’apparence que de réalité, dans le fait observé, et que la flottaison de la glace est due à l’air que la congélation chasse de l’eau où il était dissous. Et l’eau purgée d’air et refroidie dans le vide ayant encore donné de la glace bottante, de Mairan imagina que les aiguilles cristallines devaient se placer dans un certain désordre qui faisait nécessairement perdre de la place et produisait un volume apparent plus grand que le volume réel.
- Aujourd’hui on n’attache plus d'importance à ces objections, car les observations abondent qui montrent l'expansion irrésistible de l’eau qui se congèle. Les académiciens de Florence firent congeler de l’eau dans une sphère mince de cuivre qui se gonfla au point de ne pouvoir plus passer dans un anneau qu’elle traversait facilement avant l’expérience. Une sphère épaisse se fendit et c’est Mus s c h c n b roek qui évalua à plus de 12 000 kilogrammes l’effort auquel elle avait cédé.
- Dans les cours de physique on répète régulièrement cette expérience de Iluy-ghens : on remplit d’eau un tube de fer, et après en avoir fermé l’extrémité au moyen d’un bouchon à vis, on le plonge dans un mélange réfrigérant. Au bout de quelque temps on entend un craquement assez fort et l’on reconnaît que le tube a été fendu sur une certaine longueur.
- Profitant du grand froid de l’hiver à Québec, le major d’artillerie, Edward William, remplit d’eau une bombe de 13 pouces de diamètre, ferma le trou de la fusée avec un bouchon de fer enfoncé fortement et l’exposa à la gelée : au bout de quelque temps le bouchon de fer fut lancé à plus de 400 pieds et un cylindre de glace de 8 pouces de longueur sortit de l’ouverture. Dans d’autres expériences, le bouchon ayant résisté, la bombe fut brisée et la fissure ainsi ouverte laissa échapper une large lame de glace.
- Calot de roche volcanique, débité par l’action dn froid en minces plaquettes à faces parallèles, et recueilli sur les côtes de Jan Mayen par M. le professeur Georges Pouchet au cours de la dernière Mission scientifique de « La Manche ». (Échantillon conservé au Muséum, moitié de grandeur naturelle.)
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- LA NATURE.
- On conçoit sans peine qu’nn phénomène aussi irrésistible puisse amener la production, au point de vue géologique. d'effets considérables : la glace qui se produit dans les tissures ou dans les porcs d’une roche mouillée se comporte comme un coin pénétrant peu à peu et écarte les parois entre lesquelles elle est comprise. C’est cette action de démolition (jue nous voyons à l’œuvre sur la substance de nos constructions laites en pierres gélives : dans certains pays elle se traduit par des résultats géologiques Tort notables. Elle s’exerce d’une façon spécialement intense dans les régions où les alternatives de chaleur et de froid font, à de nombreuses reprises, passer l’eau de l’état solide à l’état liquide et inversement.
- Le phénomène qui s’accomplit sur toute la surface des continents et fournit un a [(point considérable aux produits de désagrégation des roches charriées par les rivières et par les fleuves jusqu’à l'Océan dont ils exhaussent le lit, est particulièrement énergique sur les rivages maritimes où il se combine au mouvement des marées.
- Ainsi que M. Thoulet y insiste avec l’autorité que lui donne son exploration de la région1, la glaciaire désagrégation qui nous occupe s’observe très nettement à Terre-Neuve. Le long dé cette île, la roche, le plus souvent calcaire ou schisteuse, arrive sur les bords mêmes de la plage. L’hiver, très rigoureux, entoure les côtes d’une ceinture immobile et ininterrompue de glaces persistant pendant plus de six mois. Au commencement de l’automne et du printemps, alors que la mer est redevenue liquide, tandis que la température de l’air est toujours inférieure à zéro, la marée vient baigner les roches et les imbibe d’eau liquide jusqu’à une certaine profondeur; en descendant, elle abandonne à l’air les roches mouillées; la gelée agit, l’eau contenue dans chacune de ces petites cellules qui rendent la pierre poreuse, devient solide, se dilate et fait éclater les parois de la cavité. Le sol est jonché de menus fragments et si l’on se hâte de les recueillir avant que les eaux ruisselant à la surface ne les aient déplacés, on reconnaît toujours le fait si éloquemment montré par le galet de Jan Mayen, c’est-à-dire qu’ils ont été détachés par un éclatement, car ils s’emboîtent exactement dans la cavité laissée par leur départ dans la roche mère. Puis la marée remonte, imbibe de nouveau les roches, redescend, les abandonne à l’air et le phénomène se renouvelle ainsi deux fois par jour pendant tout le temps que la saison met à s’établir sans variations, franchement au-dessus ou franchement au-dessous de zéro.
- Des faits analogues se rencontrent dans tant de pays différents qu’il est impossible de ne pas attacher au phénomène une sérieuse importance géologique. Par exemple, comme Eugène Robert l’a constaté le premier, la Dwina, près de son embouchure dans la mer Rlanche, s’est creusé un lit profond
- 1 Introduction à l'élude de la Urographie jdujsigiie, p. 211. Paris. -1893.
- dont elle sape énergiquement les berges : le froid remplit de glace compacte toutes les anfractuosités qui eu résultent et quand, au printemps, la débâcle survient, des masses considérables de pierres, ébranlées par la dilatation de la glace, se trouvent soulevées par les glaces et déposées à 6 ou 7 mètres au-dessus de leur point de départ.
- En Scandinavie, on rencontre même d’énormes rochers divisés naturellement par la gelée comme l’aurait pu faire un jeu de mine et c’est ce qu’on observe, par exemple, de Stockholm à Gôthenborg. Le résidu de ce travail incessant prend parfois l’apparence de certains monuments mégalithiques ; de même que sur une bien plus petite échelle les silex éclatés par le froid prennent, avec les pierres taillées quaternaires, une ressemblance qui a donné lieu plus d’une fois à des annonces de découvertes [(réhistoriques bientôt après controuvées.
- Stanislas Mimmij;.
- LES PELOTES M4RINES
- Il n’est pas rare de rencontrer sur le bord de la mer, au milieu des débris de toutes sortes que le flot rejette, des sortes de boules plus ou moins arrondies, plus ou moins 'ovoïdes, et constituées par des fils brun clair, très ténus, à tel point enchevêtrés et serrés les uns contre les autres, qu’elles peuvent résister sans se déformer à une forte compression. Leur volume varie depuis celui d’un œuf jusqu’à celui de la tète humaine. Quelle est la nature de ces singulières productions? Quelques mots d’historique ne seront peut-être pas déplacés. Galien et Aristote préconisent les boules en question contre la scrofule, mais n'émettent pas d’hypothèses sur leur origine. Matlhiole et Césalpin les considèrent comme des résidus de la mer. Plus tard, les auteurs qui s’occupèrent de la question, et parmi eux il faut citer hnperato, Draparnaud, lîorv Saint-Vincent, etc., se rangèrent en plusieurs camps, les uns voulant que les Pelotes marines ne soient que des algues enchevêtrées, les autres en faisant des Zostères en décomposition. D’autres, enfin, les regardèrent comme ayant une origine analogue à ces boules de poils que l’on trouve dans l’estomac des ruminants et que l’on désigne sous le nom d’Ægagropi les1.
- Récemment, M. W. Russell2 a repris l’étude de la question et l’a élucidée d’une manière complète. Les divergences d’opinion des auteurs s’expliquent aisément, car d’un lieu à un autre, même très voisin, l’origine des Ægagropiles peut être très différente.
- Dans la région méditerranéenne, on trouve en abondance une plante marine, complètement submergée, appartenant au genre Posidonia. Quand la mer a été très houleuse, un certain nombre de pieds deviennent la proie des flots et ne tardent pas à périr. Les feuilles longues et plates demeurent solidement attachées au rhizome, mais leur parenchyme ne tarde pas à disparaître et à laisser libres de longs fds de vaisseaux et de fibres qui s’enehe-
- 1 Ces Ægagropiles sont produits par les poils que les ruminants avalent en léchant leur pelage et qui vont s'accumuler dans l’estomac ; l’ancienne médecine leur attribuait des propriétés merveilleuses.
- 2 lier. gén. de Uni., 1897».
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- vétrent les uns dans les autres, en donnant ainsi naissance à des Ægagropiles d’une consistance d’ailleurs assez lâche.
- Plus souvent, les Ægagropiles marines sont produites par des cônes de pins. « Au cours d’une herborisation à l’île Sainte-Marguerite, dit M. Russell, je suivais, sur la rive méridionale, un chemin tracé au milieu d’un bois de pins qui s’avance presque où s’arrête le flot, lorsque mon attention lut attirée par un amas de ces pelotes énigmatiques, amas si considérable qu’il constituait une véritable levée autour d’une petite anse ombragée de grands pins maritimes battus par les vagues. En examinant avec soin ce dépôt, je 11e tardai pas à découvrir, outre des pelotes semblables à celles que j’ai signalées plus haut, des cônes de pins, les uns non détériorés, les autres comme effilochés et passés à la carde. Parmi ces derniers,
- Pelotes marines. — 1. Pelote entière, très réduite. — 2. Souche de Posidonia commençant à se transformer en filaments sous l’influence de l’eau de mer. — 3. Quelques écailles d’un cône de pin, altérées par l’eau de mer.
- quelques-uns n’avaient éprouvé de modifications que dans leurs écailles qui étaient divisées en nombreux filaments encore adhérents à l’axe resté intact. Les pommes de pins ainsi transformées avaient absolument l’apparence de ces gros pinceaux connus sous le nom de blaireaux. Dans d’autres échantillons, l’axe avait essuyé le même sort que ses appendices e,t était réduit à son squelette ligneux auquel restaient encore fixés quelques filaments, derniers restes des écailles. » On peut suivre au microscope toutes les phases de la désorganisation des tissus.
- Enfin, dans certains cas, les Pelotes marines sont constituées par des algues appartenant au genre Cladophora, plus ou moins mélangées de corps étrangers : des Ægagropiles de cette espèce sont fréquentes dans les lacs de la Suède. Henri Coupin.
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- HISTOIRE D’ON FEU D’ARTIFICE
- A toutes les époques de l’histoire, depuis de longs siècles, on a célébré par des feux d’artifice les journées de réjouissances publiques. La vue des feux colorés brûlant dans l’air, et des pièces d’artifice montées à terre, a toujours eu le privilège d’exciter l’enthousiasme populaire.
- A l’occasion de la visite des marins russes à Paris, on n’a pas oublié ce genre de spectacle; un magnifique feu d’artifice a été tiré le 25 oc-
- tobre 1895 au Trocadéro. Les feux de cette importance sont devenus assez rares aujourd’hui et la maison Ruggieri, qui depuis plus de cent cinquante ans qu’elle existe a entrepris les plus grands feux d’artifice, compte celui-ci comme l’un des plus importants qu’on ait vus depuis vingt-cinq ans ; aussi, il nous a paru intéressant d’en suivre la préparation et l’installation, ce que nous avons pu faire grâce à l’obligeance des directeurs de la maison.
- Lorsqu’on voit s’élancer dans l’espace ces longues traînées de feu qui retombent ensuite en étoiles multicolores; lorsqu’on assiste à l’embrasement de ces pièces énormes représentant des palais, des vaisseaux, des sujets allégoriques, on 11e se doute pas généralement de la façon dont tout cela est obtenu ; aussi est-ce dans les coulisses de l’artificier que nous voulons faire pénétrer le lecteur.
- C’est sur la route de Paris à Saint-Denis que se trouvent les ateliers qui n’occupent pas moins de 12000 mètres carrés de superficie. On comprend que, en dehors de la raison d’économie, il y a aussi une question de prudence qui oblige à se tenir éloigné des centres d’habitation lorsqu’on manie des substances aussi dangereuses que celles qui forment la base de lâ pyrotechnie. Des précautions toutes spéciales ont été prises et chaque ouvrier est isolé dans un atelier spécial constitué par une baraque construite en matériaux très légers, tels que carreaux de liège comprimé et carton. Chacune de ces baraques est séparée de ses voisines par un massif de terre maintenu par des fascines (fig. 1). De cette façon, si un malheur arrive, il est localisé; du reste nous devons dire que les précautions de toutes sortes sont tellement bien prises que les accidents deviennent de plus en plus rares.
- Les substances les plus employées pour la fabrication des pièces d’artifice sont d’abord le salpêtre, le' soufre et le charbon qui, mélangés dans des proportions qui ne sont pas les mêmes que celles de la poudre ordinaire, servent à confectionner les fusées et les jets de feu ; le chlorate de potasse, le comburant par excellence, qui, uni aux sels de baryte, de soude, de strontiane, de lithine, de cuivre, etc., donne toutes les couleurs queneconnaissait pas l’ancienne pyrotechnie, puisque la découverte du chlorate de potasse par Rerthollet date seulement de la fin du siècle dernier.
- La poudre à canon est aussi fort employée par les artificiers pour le lancement des bombes et la fabrication des pièces détonantes; ils sont obligés de l’acheter aux manufactures de l’État; la maison Ruggieri en consomme plus de dix mille kilogrammes par an.
- Nous n’avons pas l'intention d’entrer dans le détail de la fabrication de chaque pièce d’artifice ; il faudrait un volume et ce volume existe déjà, très complet et très bien fait1 ; nous y renvoyons ceux de
- 1 Traité pratique des Feux d'artifice, par Amédée De-nisse, à Bry-sur-Mamc.
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- nos lecteurs qui vomiraient avoir plus de détails; pour nous, nous voulons seulement donner ici une idée générale sur les principales pièces1 employées et sur les préparatifs que nécessite l’installation d’un grand leu.
- Le fusées volantes, les jets de feu brillant, les bombes et les lances constituant la base de presque tous les leux d’artifice, nous allons donc passer sommairement en revue leur fabrication.
- Le cartonnage destiné .à contenir la composition d'une fusée est fait le plus généralement avec deux ou trois feuilles de papier de très bonne qualité que l’on se procure à bas prix en achetant chez les marchands de vieux papier des registres provenant du
- commerce ou des administrations. Les cartons ainsi fabriqués sont montés sur des baguettes cylindriques en cuivre de grosseur et longueur convenables ; l’extrémité de la cartouche est ensuite étranglée soit au moyen d’une corde, soit au moyen d’un outil spécial. Cet étranglement a pour but de présenter un obstacle à la sortie des gaz produits par la combustion et de prolonger ainsi leur effet. Dans les ateliers Ruggieri on emploie maintenant les moyens mécaniques le plus possdde et nous aurons à y revenir plus loin au sujet du chargement des fusées. Les cartonnages, notamment, sont faits avec du papier neuf en bobine, qu’une machine enroule en tubes delà dimension voulue pour former la fusée ; l’étran-
- Fig. 1. — Baraques d’isolement pour la fabrication des feux d’artifice. Usine de M. Ruggieri. (I)’après une photographie.)
- glcment est remplacé par une gorge en terre réfractaire qui assure un écoulement plus régulier des gaz. Les cartonnages ainsi obtenus sont plus légers que les anciens et par suite moins dangereux lorsqu’ils retombent.
- La fusée volante, qui a son application aussi pour les signaux en mer et à la guerre, est formée d’un de ces cartonnages dans lequel la charge est disposée de façon à ménager à l’intérieur un vide, dit âme de la fusée, qui occupe une grande partie de la longueur; il suffit pour cela de disposer dans l’intérieur de la cartouche une broche qu’on enlève après le chargement. Cette disposition de la charge permet à la composition de s'enflammer sur une grande surface à la fois, et le gaz, s’échappant par l’ouverture étranglée dont nous avons parlé, produit l’as-
- cension. Au-dessus de la charge formant l’àme, on continue le chargement en plein, sur environ une fois et demie le diamètre de la fusée, c’est ce qui constitue le massif.
- Pour diriger la fusée pendant son ascension et maintenir à la partie inférieure l’étranglement par où s’échappe le gaz, on y adapte une longue baguette de bois léger ou d’osier qui sert de gouvernail. Rien que cet ensemble ne soit pas très lourd, comme il retombe de très haut, il pourrait être dangereux, pour des enfants surtout, de le recevoir sur la tète ; aussi est-il indispensable de tenir les spectateurs assez éloignés de l’endroit où se tire le feu.
- Le diamètre des fusées varie de 1 centimètre à 5 centimètres et demi. Au-dessus du massif, on dispose dans une gaine en papier mince la garniture
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- Fig. 2. — .VI. Machine à comprimer les étoiles.
- .N”* 2 et 5. Machine à charger les fusées et détail du mécanisme.
- consistant, en étoiles, pluie de perles, etc.... C’est le massif qui communique le l'eu à la garniture quand la fusée est à bout de course; il y a certaines précautions assez minutieuses à observer dans la disposition du massif pour que cet effet se produise bien au moment voulu.
- Le chargement d’une fusée demande beaucoup de soin et la composition doit être bien tassée ; il y a des règles qui déterminent le poids de la masse à employer et le nombre mininum des coups qu’il faut en frapper la baguette pour bien charger.
- Dans les ateliers Rug-gicri, où le nombre des fusées fabriquées est considérable, on a imaginé une machine qui fait automatiquement ce travail (lîg. 2, n° 2 et 3). Le carton F est assujetti sur une broche reposant sur le socle de la machine; au-dessus se trouve un disque horizontal tournant autour d’un axe central : c’est le distributeur. Il vient remplir les cavités dont il est
- Fig. 3. — Fusée à parachute.
- A. Parachute plié. — B. Baguette. — E. Fusée.
- muni, en passant sous un réservoir D contenant la composition et les vide lorsqu’il passe au-dessus
- d’un entonnoir disposé sur le cartonnage. Entre chacune de ces charges, une baguette R en cuivre surmontée d’une masse de plomb M vient opérer la compression; une came C la soulève et la laisse retomber un certain nombre de fois réglé à l’avance; la machine s’arrête automatiquement quand le chargement est terminé.
- On économise ainsi du temps et de la main-d’œuvre et le travail e§t plus régulier.
- Les garnitures des fusées se composent souvent d’étoiles multicolores; quelques-unes de celles-ci sont fabriquées avec des substances fort dangereuses à manier; les étoiles vertes, notamment, composées de nitrate de baryte, de soufre et de chlorate de potasse sont d’une fabrication très délicate. Les autres couleurs sont généralement moins dangereuses ; les sels de strontiane, de cuivre, le sul-
- Fig. 4. — La bombe d’artifice.
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- fure d’antimoine, etc., entrent dans leur fabrication.
- Les mélanges qui forment les étoiles sont comprimés sous forme de petits cylindres de grosseur variable^ suivant l’importance et la hauteur môme d’ascension de la fusée. Ici encore on a appliqué la machine pour la compression de la composition (fig. 2, n° 1). Comme dans la machine précédente, nous trouvons un disque distributeur qui va puiser la composition dans un réservoir; il tourne par mouvements saccadés, et, à chaque arrêt., une broche mue par un excentrique vient comprimer fortement la composition. Le disque continuant ensuite son chemin, le petit cylindre ainsi formé arrive au-dessus d’un espace vide où il tombe dans une boîte disposée pour le recevoir.
- On conserve en magasin une série de ces petits cylindres qui sont tout prêts pour composer les bouquets d’étoiles de différentes couleurs destinés à la garniture qui constitue la partie supérieure de la fusée.
- Une autre disposition mérite aussi quelques explications. Elle consiste à disposer dans un coffre placé au-dessus du massif un petit parachute en étoffe mince qui se sépare de la fusée et se déplie lorsque celle-ci est arrivée au haut de sa course (fig. 5). Au moyen de fils on a suspendu à ce parachute soit une couronne d’étoiles qui plane ainsi au-dessus du spectateur, pendant assez longtemps, soit un chapelet de petits feux de Bengale qui forment une sorte de chenille lumineuse d’un fort curieux effet.
- Une mèche est disposée, bien entendu, de manière à n’allumer ces préparations qu’au moment où le parachute a abandonné la fusée. Notre gravure donne une idée de la façon dont les choses sont disposées dans le cas où l’on veut obtenir la chenille; on voit également la forme extérieure d’une fusée avec son étranglement E maintenu en bas par la baguette de direction B, et son chapiteau A qui renferme le parachute et la garniture.
- Lorsqu’on veut envoyer en l’air un très grand nombre d’étoiles, on emploie la bombe qui se tire avec un mortier d’artillerie, qu’on enterre aux trois quarts pour plus de prudence.
- La bombe se compose de deux calottes sphériques en carton qu’on réunit ensemble au moyen de nombreuses bandes de papier ; on la remplit de la garniture choisie (le plus souvent d’étoiles multicolores) et on y dispose Yespolette, petite fusée destinée à communiquer le feu à la garniture au moment où la bombe est au haut de sa course. Afin de ne pas avoir à s’occuper chaque fois du chargement du mortier destiné à lancer la bombe, on fixe après chacune de celles-ci, au moyen d’une enveloppe de papier, la quantité de poudre qui est nécessaire pour la faire monter : c’est ce qu’on nomme la chasse. Une longue mèche qui contourne la bombe et vient rejoindre lâchasse, sortira du mortier après l’introduction de la bombe et servira à l’enflammer
- (fig- 7*)-
- ~ \ suivrc. — U- MaRESCHAL.
- IA C4LC0GR&PHIE
- La calcographie est un procédé de reproduction d’anciennes gravures ou de gravures tirées sur papier. Lorsque l’original est en bon état, le mieux est d’en prendre une photographie que l’on transforme en cliché par les procédés de la photogravure en creux et en relief. Mais lorsque ces gravures ont contracté, par le temps, une coloration jaune, ou qu’elles sont tachées, il est impossible d’agir ainsi. On doit avoir recours à la calcographie qui se pratique d’après les méthodes suivantes :
- 1° Procédés Vial. — M. E. Vial a fait connaître, en 186o, divers procédés nouveaux de gravure et de reproduction des anciennes gravures dont nous allons dire un mot.
- Premier procédé. — Le premier procédé de M. Vial repose : 1° sur les précipitations métalliques; 2° sur l’affinité des acides pour les différents métaux. Il consiste à faire, sur papier, un dessin qu’on décalque ensuite sur le métal par application humide, ou mieux à dessiner directement sur le métal avec une encre métallique formée, par exemple, d’un sel de cuivre en dissolution, pour l’acier et pour le zinc; d’un sel de mercure, pour le cuivre; d'un sel d’or pour l’argent, etc., etc., à graver ensuite par un acide approprié. C’est ainsi qu’un dessin, fait avec une encre de sulfate de cuivre et décalqué sur acier, peut do-nner instantanément une gravure en taille-douce sans morsure ultérieure à l’acide. Un dessin, fait sur zinc avec une encre formée d’un sel de cuivre, permet une morsure en relief à l’acide; le cuivre jouant, dans ce cas, sur le zinc, le rôle d’un vernis protecteur, par suite des affinités que l’acide azotique possède pour le zinc, relativement au cuivre.
- Second procède. — Le deuxième procédé comprend la reproduction des anciennes gravures, sans altération de l’original, et il s’applique aux gravures qui n’ont pas été recouvertes d’un enduit spécial pour les besoins publics; il renferme deux moyens. A. Le premier repose : 1° sur l’antipathie de l’eau pour les corps gras ; 2U et, comme le précédent, sur les précipitations métalliques, et l’affinité des acides pour les métaux. En effet, une gravure est imprégnée par son verso d’une dissolution cuprique : le liquide aqueux ne pénètre iqu’autour des traits formés d’encre grasse. Tout autre sel métallique approprié, sel de plomb, de bismuth, d’argent, etc., produirait le même effet. L’épreuve est alors retournée par son recto, sur une planche de zinc, par exemple, et soumise à une pression uniforme. Le sel est aussitôt décomposé, réduit et précipité sur la planche qu’il recouvre en entier, sauf à l’endroit des traits, de manière à donner une image négative en relief, représentant, avec la plus grande exactitude, le dessin qui a servi à la produire. Il suffit de quelques secondes pour obtenir cet effet. La photographie n’opère pas avec
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- plus de promptitude ou plus de fidélité. On peut déjà en tirer des épreuves négatives. Pour avoir une gravure en taille-douce, il suffit de plonger la planché dans un bain d’acide azotique qui creuse le zinc et respecte le cuivre. B. Le deuxième moyen repose : 1° sur les transports; 2° comme les précédents, sur les précipitations métalliques et l’affinité des acides ; 5° enfin sur les phénomènes de l’électrochimie. On fait, sur acier, un transport, on décalque une ancienne gravure au moyen d’un savon de térébenthine ou de pétrole appliqué sur l’épreuve et l’on plonge la planche dans un bain acide de sulfate de cuivre, qui se précipite sur l’acier avec son brillant métallique, tout en respectant les traits, de telle sorte que le cuivre est mordu sous le dessin avec autant d’instantanéité que le dépôt a lieu. Le problème se résume alors en ces deux mots ; couvrir et mordre en même temps.
- Troisième procédé. — Enfin, le troisième procédé n’est que l’extension du dernier procédé, qui constitue un nouveau genre de gravure. Il consiste cà faire, sur acier, un transport autographique, lithographique ou autre, non plus avec du savon de térébenthine, mais à l’encre grasse, à faire un dessin héliographique au bitume de Judée, ou photographique au perchlorure de fer, à dessiner sur acier à l’encre de Chine, au crayon noir, à la mine de plomb, à peindre à l’huile ou au pastel, à dessiner au perchlorure de fer ou à l’acide; en un mot avec tout corps susceptible de résister au dépôt .de cuivre sans s’opposer à l’attaque de l’acide, ou avec tout corps susceptible de dépolir l’acier par parties, qui se graveront ensuite lorsqu’on mettra la planche dans un bain acide de sulfate de cuivre. Ces procédés, néanmoins, ne paraissent pas d’une exécution parfaitement sure. Ils doivent, au tirage, ne donner que des noirs affaiblis, des demi-teintes altérées par l’acide et ne fournir probablement que de faibles tirages.
- 2° Procédé Merget. — M. Mergel, ancien professeur à la Faculté des sciences de Lyon, a imaginé un procédé de calcographie qui ressemble beaucoup à celui de Yial. 11 a été consigné dans deux plis cachetés, déposés le 5 décembre 1859 et le 8 octobre 1860. En voici la description, d’après la communication à l'Académie des sciences, le 16 avril 1865 : « Pour obtenir des empreintes métalliques d’une gravure, au lieu de la traiter par la méthode de M. Yial, je l’applique sur une plaque de métal, immergé dans un bain d’eau pure, et je la recouvre de plusieurs doubles de papier sans colle dont le dernier est imprégné d’une solution saline précipitable par le métal de la plaque. En soumettant le tout à une pression graduée, la solution filtre d’abord lentement à travers les blancs, au-dessous desquels elle vient se précipiter, en formant un dépôt adhérent ou pulvérulent, suivant la nature des sels employés. Dans le second cas, après l’enlèvement du dépôt pulvérulent, les traits sont marqués quelquefois par un relief très sensible. Je crois avoir remarqué, le
- premier, que cette image métallique peut, à volonté, se graver en creux ou en relief; si, par exemple, elle a été formée sur zinc par le dépôt d’un métal des trois dernières sections, l’acide nitrique faible, attaquant les parties réservées par les noirs, les creuse plus ou moins profondément et grave la planche en taille-douce; les acides chlorhydrique, sulfurique, etc., mordent, au contraire, les parties métallisées, ce qui fait ressortir les traits en relief. Cette propriété peut être mise à profit pour la préparation des clichés propres à l’impression typographique.
- « Lorsqu’on a opéré sur le zinc le décalque d’une gravure, on trace, sur le même métal, un dessin au crayon gras ; on éprouve des difficultés très grandes à produire une première morsure un peu profonde en conservant intacts les traits les plus délicats. Cette difficulté disparaît si l’on prend la précaution de plonger la plaque dans la dissolution d’un des sels des trois dernières sections, choisie de manière obtenir un dépôt pulvérulent. En attaquant ensuite par l’acide chlorhydrique faible, on obtient une première morsure, qui respecte les détails le plus finement dessinés, et qui est assez fortement accusée pour permettre de nouveaux encrages auxquels on doit procéder pour augmenter la profondeur du creux.
- « Des essais entrepris en commun avec un habile Bordelais, M. Gagnelnn, nous ont conduit à la préparation industrielle de 7 clichés en zinc, qui joignent au mérite d’une grande fidélité de reproduction, celui d’une simplification marquée dans le manuel opératoire. Les dessins, faits sur zinc avec les encres métalliques, sont mis en relief par l’acide nitrique, en creux, au contraire, parles acides chlorhydrique, sulfurique, etc. La reproduction des gravures par voie de filtration avec les blancs s’obtient en remplaçant les sels des expériences précédentes par toutes les substances capables d’agir chimiquement sur le métal de la plaque, et les doubles superposés portent toujours, dans ce cas, comme dans celui de la filtration des sels, des images positives ou négatives de la gravure, qui ont souvent une grande netteté. Les gaz eux-mêmes peuvent servir d’agents reproducteurs, et une plaque de verre recouverte d’une gravure mouillée avec de l’eau ordinaire, ou mieux légèrement gommée, se grave par l’exposition aux vapeurs de l’acide fluorhydrique, qui attaque seulement les parties en regard des blancs. Le verre dépoli donne les clairs de l’image, le miroitement des surfaces polies produit des effets d’ombre, la gravure ne subit aucune altération et fournit de nombreux tirages.
- « L’électricité peut aussi servir à graver sur métal, en creux ou en relief, une épreuve imprimée avec une encre non conductrice. Il suffit, pour cela, de placer cette épreuve sur une plaque de métal, dans une solution saline électrolysable, de la recouvrir de plusieurs doubles de papier sans colle ou d’étoffe, et d’une seconde plaque de même dimen-
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- sion que la première. En faisant passer un courant à travers ce système, on obtient des effets faciles à prévoir. Si la plaque, en contact avec l’épreuve, est positive, elle est corrodée en regard des blancs par l’acide du sel, et les noirs sont alors représentés en relief; si elle est négative, le métal du sel se décompose galvaniquement au-dessous des mêmes blancs, en formant des réserves qui permettent ensuite d’obtenir facilement une taille-douce. Quand l’électrode est recouverte d’une mince couche d’un métal différent, l’enlèvement de ce dernier au-dessous des blancs donne lieu à des effets de damasquinure. Ces expériences ont mis en évidence un mode particulier de propagation des courants à travers les électrolytes dont les molécules sont gênées dans leurs mouvements. Ces courants, au lieu de s’irradier dans toutes les directions au milieu de la masse électrolytique, se propagent en suivant les directions normales, ou sensiblement normales aux surfaces de sortie, et l’image de la gravure, appliquée sur l’une des électrodes, se reproduit sur l’autre à des distances variables, suivant la nature des électrolytes et l’intensité des courants.
- « En outre, les doubles interposés reçoivent des dépôts des substances insolubles qui correspondent aux blancs de la gravure ; ils portent des images d’apparence positive ou négative, dont les contours sont dus à des dépôts d’oxydes capables de jouer le rôle de mordants ; elles peuvent être fixées par les opérations ordinaires de la teinture. En plaçant derrière une gravure, appliquée sur une plaque métallique, des doubles d’une étoile teinte et unie, en recouvrant d’une seconde plaque et en mettant la première plaque en communication avec le pôle positif d’une pile, on peut obtenir des effets d’enlevage et de couleur. Je me borne à mentionner sommairement ces résultats. »
- 3° Procédé Roux. — On imprègne la gravure du liquide suivant :
- Eau distillée.................1000 grammes.
- I'otasse caustique............. 10 —
- Alcool à 56 degrés............. 50 —
- Acétate de soude............... 50 —
- en la plongeant pendant un quart d’heure dans la cuvette qui le renferme. On la retire du bain, on la laisse égoutter quelques secondes et on l’étale sur une plaque de plâtre, sur laquelle on la laisse peu de temps pour l’essorer. On verse sur sa surface une légère couche de térébenthine, on égoutte et on encre lithographiquement avec un rouleau en velours. On laisse sécher un quart d’heure et l’on reporte l’épreuve, par le procédé de l’autographie, sur une plaque de cuivre que l’on gravera ensuite chimiquement ou galvaniquement.
- M. Villain-Villamis reproduit les dessins au crayon en immergeant le papier dans une solution d’eau acidulée, il encre avec le rouleau lisse : l’encre ne prend qu’aux parties dessinées. Il ne reste plus qu’à
- transporter l’épreuve sur une planche de cuivre ou de zinc.
- ¥ Procédé Verneuil. — On prépare une solution claire de gélatine, on en verse une couche mince sur une pierre lithographique ou sur une plaque de zinc et on la laisse sécher.
- D’autre part, on fait dissoudre de l’alun, à saturation, dans l’eau. On mouille, dans cette'solution, le verso de la feuille imprimée que l’on veut reproduire, de façon que l’alun pénètre dans le papier sans percer l’encre. On applique le recto de la feuille sur la pierre ou le zinc préparé, on passe à la presse : l’alun rend la gélatine insoluble dans l’eau chaude partout où elle touche les parties non imprimées du papier; les endroits qui n’ont été touchés que par l’encre restent solubles. On enlève la feuille et on verse de l’eau chaude sur la gélatine, qui la dissout aux parties indiquées.
- On laisse sécher, on encre lithographiquement ; l’encre n’adhère qu’aux parties qui ne sont pas recouvertes de gélatine et qui reproduisent les lettres et les dessins de l’original.
- 11 ne reste plus qu’à traiter la pierre ou le zinc par les procédés de la lithographie ou de la zincographie.
- 5° Procédé Charles et Villon. — Nous avons imaginé de remplacer l’alun par le bichromate de potasse et, d’accord avec M. Charles, nous avons obtenu de bons résultats.
- On prépare le zinc avec une couche de gélatine ayant la composition suivante :
- Eau................... 1000 grammes.
- Gélatine.............. 50 —
- Glycérine.............. ‘2 —
- Après dessiccation, on y applique le recto de la feuille à reproduire, mouillée du côté opposé avec la solution suivante :
- Eau........................... 1000 grammes.
- Bichromate de potasse............ 00 —
- Alun de chrome................... 50 —
- On passe à la presse, on expose quelque temps à la lumière directe, on lave à l’eau chaude et l’on continue comme il a été dit ci-dessus.
- Nous avons reproduit ainsi plusieurs dessins de machines avec une grande fidélité.
- 6° Procédé Villon. — La gravure à reproduire est imprégnée, par son verso, d’une dissolution de cyanure de mercure ; le liquide ne pénètre que dans les parties non recouvertes d’encre grasse. On retourne la feuille, on l’applique, par son recto, sur une feuille de zinc ou de cuivre et on la presse bien uniformément pour bien l’étaler. Le zinc et le cuivre s’amalgament dans les parties correspondant aux blancs de la gravure. En quelques secondes, on obtient une image négative en amalgame sur le fond intact de la planche en métal.
- On encre lithographiquement. L’encre n’adhère qu’aux parties de la plaque non amalgamées : on
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- obtient une image positive noire sur fond blanc d’amalgame. On n’a plus qu’à suivre les procédés de
- CE MR o ♦ A +01-* x X XI *LVNAX XX+
- ADI P/UMO LAcIRCvcîSI ONE -Dxp* KDMv+viGJUJk ^ 'c-
- Aùl* Ijjl RE'*
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- Fac-similé d’une reproduction calcographique. (Calendrier gravé au burin en 1464.)
- un bain nitrique faible, de façon à obtenir le relief C’est le procédé généralement suivi.
- sant pouvant être tiré en typographie. Pour une lithographie, il faut plonger la plaque encrée dans
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- LA NATURE.
- Nous avons reproduit, par notre procédé, le calendrier du au burin de Maso Finiguerra, rinventeur de la taille-douce. Ce calendrier, dont nous donnons la reproduction (p. 77), est une des premières œuvres de Finiguerra (il date de 1464; la taille-douce remonte à 1460). A.-M. Villon,
- Iiijrénieur-chiiiiisle.
- CAME LUMINEUSE ÉLECTRIQUE
- Réunir en une canne élégante et légère, lampe électrique et source d’électricité suffisant à l’alimenter, au moins quelques minutes, voilà, n’est-ce pas, un problème digne de séduire les inventeurs? Aussi, nombre d’essais ont-ils été tentés, mais sans succès, soit parce que les piles employées manquaient de durée ou d’énergie, soit parce que les piles à liquides s’accommodent mal des secousses et des mouvements plus ou moins désordonnés auxquels une canne est exposée. Un inventeur plus heureux vient de réaliser, en se servant d’une pile Leclanché, une canne lumineuse intéressante, dont nous donnons la primeur à nos lecteurs et dont on peut voir le détail de la lampe dans la figure A.
- La pile qui fait fonctionner la lampe dont la canne est munie à sa partie supérieure, se compose de plusieurs éléments superposés et réunis en tension ; chacun de ceux-ci est formé d’un tube en zinc servant d’étui à un charbon isolé du zinc. On remplit partiellement chaque tube d’une dissolution de sel ammoniac (dans la proportion de 120 grammes pour 1 litre d’eau); puis on superpose les piles comme il est dit plus haut (fig. li) après avoir bouché fortement et avec soin chaque tube, au moyen d’un tampon ad hoc. La batterie, ainsi constituée, est introduite dans la canne; on visse la lampe électrique, qu’un ressort spiral supérieur réunit à la batterie, et en dernier lieu, le pommeau. Une partie de ce pommeau peut coulisser, pour démasquer la lampe, sous l’impulsion d’un ressort commandé par un bouton. Le circuit se ferme en même temps; voici comment : au sommet du tube de bois renfermant la batterie électrique, est fixée une bague métallique, reliée par un fil de cuivre à une vis, placée d’une façon apparente sur le bois de la canne, à 50 centimètres environ au-dessous de la lampe ; cette vis soutient la batterie et est en communication avec le pôle négatif (zinc) ; le pèle positif (charbon) est réuni directement au circuit par le sommet de la pile, à l’aide d’un bouchon d’ébonite surmonté de la lampe, et par l’intermédiaire d’un ressort spiral comblant l’intervalle.
- Lorsque la lampe est démasquée, comme nous l’avons dit plus haut, une lame élastique se détache de la paroi du pommeau et vient s’appliquer sur la bague métallique : alors apparaît une vive lumière, insuffisante assurément pour remplacer une lampe de travail, mais plus commode que les meilleures (?) allumettes, dans tous les cas où il suffit d’obtenir une clarté momentanée.
- Telle est la canne lumineuse électrique; cette nouvelle application méritait d’étre signalée aux lecteurs de La Nature. Robekt de Sennevoy.
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- CHRONIQUE
- La stéréochimie. — La Société royale de Londres a décerné dernièrement à MM. Le Rel et Van’t lloff, les deux créateurs de la stéréochimie, la médaille 11. Davy, couronnant ainsi d’une manière éclatante les travaux des deux savants français et hollandais. Les chimistes français ont voulu donner à MM. Le Rel et Van’t lloff une preuve de leur sympathique admiration et leur ont offert, la semaine dernière, un banquet d’honneur. M. Van’t lloff, qui, la veille, avait fait à la Sorbonne une conférence sur la Pression osmotique, — conférence pleine d’idées nouvelles et d’aperçus originaux, — présidait le banquet,, ayant en face de lui son émule et ami M. Le Del, à sa droite, notre illustre maître M. Friedel, à sa gauche, M. Renvs Cochin, représentant la ville de Paris. M. Le Rel avait à sa droite M. Schulzenberger et à sa gauche M. Dehérain. Dans l’assistance, on remarquait les notabilités les plus en vue du monde scientifique. Au dessert, M. Friedel a le premier pris la parole. Il a d’abord félicité MM. Le Rel et Van’t lloff de la haute distinction dont ils ont été l’objet, puis a tracé un brillant tableau des origines de la stéréochimie, de ce qu’elle est aujourd’hui et de ce qu’elle sera demain. « L’idée mère de la stéréochimie, a dit M. Friedel, a été de rapprocher deux théories qui existaient dans la science, indépendantes l’une de l’autre, qui étaient chacune solidement établies, et dont on avait tiré déjà des conséquences nombreuses et importantes. M. Pasteur avait formulé, avec son génie, allant toujours au fond des questions qu’il étudie, la loi qui unit le pouvoir rotatoire à la dissymétrie moléculaire, allant jusqu’à prévoir que l’arrangement moléculaire dans les corps actifs devait être hélicoïdal ou fait à la façon d’un tétraèdre dissymétrique. M. Kékulé, en même temps que le malheureux Coupe, avait de son côté démontré la quadrivalence du carbone et fondé sur ce fait et sur la propriété qu’ont les atomes de carbone de se souder entre eux, tout un système de formules, ayant le mérite de représenter d’une manière parfaite la plupart des isomérics si nombreuses dans les composés organiques. Il en restait pourtant quelques-unes rebelles à cette interprétation et pour lesquelles on avait créé le nom d’isoméries physiques. MM. Le Rel et Van’t lloff ont montré qu’elles s’expliquaient et se représentaient d’une manière parfaite si l’on réunissait les deux théories de MM. Pasteur et Kékulé, en construisant, avec le carbone quadrivalent du second, le tétraèdre dissymétrique du premier. » Toute la stéréochimie est là. M. Friedel a rappelé ensuite les éclatantes vérifications reçues par les théories nouvelles, entre autres celles qui ont été fournies par les beaux travaux de Rayer et Fischer, et a montré tout le parti qu’on pourra en tirer dans l’avenir. Il a terminé en buvant, au nom des chimistes présents, à MM. Le Rel et Van’t lloff. De nombreux applaudissements ont souligné les principaux passages de ce discours. MM. Denys Cochin, A. Combes, président de la Société chimique de Paris,Schutzenberger, Gautier, etc., ont pris successivement la parole. MM.Van’t lloff et Le Rel ont remercié en termes émus. Sur la proposition de M. Dehérain, on a envoyé à la Société royale de Londres un télégramme remerciant les membres de l’illustre assemblée de l'honneur fait aux deux savants que l’on fêtait.
- Maries Otto.
- Le rupture des volants. — Parmi les prix mis au concours par l’Académie des sciences, en 1893, il en est un relatif à VEtude historique théorique et pratique sur la rupture des volants (prix Fourneyron), pour lequel
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- LA NATURE.
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- un seul Mémoire a été présenté. L’auteur, M. Brousse), un ouvrier intelligent et très au courant de la question, a abordé le problème en se plaçant au point de vue des applications et a remplacé l’étude que demandait l’Académie sur les ruptures de volant par l’indication d’un procédé qui permet, dans certains cas, de les éviter. Ce procédé consiste à rendre le volant fou sur l’arbre et à caler sur cet arbre un plateau appliqué contre le volant et rendu solidaire avec lui par un certain nombre de chevilles de bois. On conçoit le fonctionnement d’un pareil assemblage; si, pour une cause quelconque, le couple résistant dépasse une certaine valeur maxima fixée a priori, l'effort qui en résulte entre le plateau et le volant, produit la rupture des chevilles et le volant devient fou sur l’arbre. On a ainsi un moyen, par la section des chevilles et par leur nombre, de maintenir dans les limites que l’on veut, les efforts qui s’exercent entre l’arbre et le volant. Le procédé de M. Broussct a été appliqué dans l’industrie et a donné de bons résultats; il est simple, peu coûteux, facilement applicable et susceptible, dans quelques cas, de rendre d’utiles services; aussi la Commission, bien que le Mémoire de M. Brousset soit très loin de répondre au programme qu’elle avait tracé, a-t-elle proposé à l’Académie de donner à cet inventeur un encouragement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ‘26 déc. 1893. —Présidence de M. Lacaze-Dutiiiers.
- L'écorccment des arbres. — Butfon et Duhamel du Monceau ont enseigné que les Chênes écorcés sur pied acquièrent un bois plus dense et plus résistant à la rupture. Cette opinion, combattue en France par Varenne de Feuille, à la tin du siècle dernier, le fut plus vivement encore en Allemagne, au commencement de celui-ci ; mais sans que ces attaques reposassent sur des expériences directes. Aussi la question était-elle demeurée indécise. M. Mer pensa qu’il y avait quelque intérêt à la reprendre. A la suite de recherches basées sur l’examen histologique, sur la composition chimique et la détermination des densités, il constata que, contrairement à l’opinion de Buffon, l’aubier des sujets écorcés conserve tous les caractères qui le distinguent du bois parfait, sauf sur un point : l’absence d’amidon. Il devenait dès lors probable que sa résistance à la rupture n’était pas accrue. C’est, en effet, ce qui résulta d’expériences poursuivies au moyen d’un appareil spécial, installé par M. Mer à l’École forestière et qui lui permit de comparer les deux tissus : d’une part dans des sujets opérés, d’autre part dans des témoins, après s’ètre assuré que les uns et les autres étaient parfaitement desséchés. La réalisation de cette condition est essentielle, car les propriétés mécaniques d’un bois varient beaucoup suivant son degré d’humidité. C’est probablement faute d’avoir pris cette précaution que Butfon et Duhamel ont obtenu des résultats toujours favorables aux arbres opérés. C’est sans doute aussi parce que l’aubier de leurs sujets témoins était légèrement altéré par des champignons, comme cela arrive généralement aux arbres abandonnés un certain temps sans écorce, même dans un lieu couvert. A l’époque où ils vivaient, on n’avait pas le moyen de reconnaître ces faibles altérations. L’écorcement ne présente donc pas les avantages qu’on lui attribuait; mais en revanche il en possède d’autres qu’on ne soupçonnait pas. Il préserve les bois de la vermoulure, comme M. Mer l’a établi récemment, et permet de les dessécher, sans qu’il en résulte de trop fortes
- gerçures ou un commencement de pourriture, alternative dans laquelle l’exploitant se trouve toujours placé quand il ne peut débiter ses arbres presque aussitôt après l’abatage.
- Les propriétés de l'atmosphère au-dessus du sol. — M. Angot a étudié les observations hygrométriques effectuées au sommet de la tour Eiffel. 11 en conclut cette anomalie quç tandis qu’en 2-4 heures on observe au niveau du sol 2 maxima et 2 minima, on ne note, dans les régions aériennes, qu’un seul maxima et un seul minima pendant le môme temps.
- La dessiccation naturelle des (/raines. — M. Duehartre transmet un Mémoire sur la dessiccation naturelle des graines. Ce n’est pas à une action purement physique, c’est-à-dire à l’évaporation, qu’il faut attribuer ce phénomène bien connu, mais à une action physiologique, à une véritable transpiration. L’auteur donne la preuve expérimentale de sa proposition ; il a placé des graines fraîchement cueillies dans une atmosphère saturée, c’est-à-dire dans un milieu où il n’y avait pas d’évaporation possible, et il y a eu néanmoins diminution de poids. La lumière posséderait une influence certaine sur cette transpiration.
- Composition des eaux de drainage d’hiver. — En analysant les eaux de drainage d’hiver, M. Dehérain reconnaît qu’elles sont très chargées de nitrates quand elles proviennent de terres nues, mais qu’elles sont très pauvres, au contraire, quand elles s’écoulent de terres portant les graminées de la prairie ou du blé d’automne. Les nitrates sont, en effet, retenus en nature par les racines où il est très facile de les caractériser et meme de les doser ; or, comme en décembre les racines du blé d’automne ont déjà 30 centimètres de long, on conçoit qu’elles soient capables de retenir les nitrates et d’em-pècher leur déperdition. 11 est curieux de constater que pendant l’hiver les plantes font provision, emmagasinent les nitrates, dont l’azote leur servira, pendant la bonne saison, à élaborer leurs albuminoïdes. Dans l’assolement betterave-blé, très pratiqué dans le nord de la France, le blé d’automne est semé presque aussitôt après l’arrachage des betteraves et la terre ne subit, pendant six mois, que de très faibles pertes de nitrates, mais elles sont beaucoup plus importantes l’année suivante quand, la moisson de blé étant faite, la terre reste découverte jusqu’au mois d’avril suivant, époque à laquelle on sème les betteraves. C’est pour éviter ces pertes, que M. Dehérain recommande depuis plusieurs années, de semer immédiatement après la moisson une plante de végétation rapide qui garnit le sol pendant tout l’automne et empêche ainsi l’entraînement des nitrates à l’époque où il est le plus à craindre Quand on néglige ces cultures dérobées, on s’expose à perdre, à l’automne, par entraînement dans les eaux souterraines, plus de nitrates qu’on n’en a donné l’année précédente, comme fumure, aux betteraves.
- Varia. — M. Guillou, capitaine de vaisseau de la marine de l’État, a imaginé des formules qui donnent presque instantanément, au moyen de tables numériques spécialement construites pour leur application, l’angle horaire et l’azimut, c’est-à-dire les éléments du point. Ces tables rendent inutiles les calculs trigonomélriques et les tables de logarithmes. — M. Appel lit devant l’Académie une Notice sur la vie et les travaux d’Ossian Bonnet. — M. Bouquet de la Grye fait hommage de l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1894. Ch. de Yilledeuil.
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- LA NATURE.
- LE COQ MÉCANIQUE
- DE IA CATHÉDRALE DE STRASBOURG
- Le coq automatique que nous représentons ci-contre et qui est un coq chantant, est monté sur une colonne gothique en bois sculpté. L’est une imitation en réduction, mais parfaite, non pas du coq de Schwilgué que l’on admire actuellement à la cathédrale de Strasbourg, mais de l’ancien coq, c’est-à-dire de celui qui, construit en lof)2, orna la célèbre horloge de l’église jusqu’en 1789, époque à laquelle le mécanisme se dérangea, frappé qu’il fut, dit-on,par la foudre. L’automate que reproduit notre gravure et que l’on peut voir actuellement à la Grande Taverne du Cor/ d'Or de la rue Montmartre, sort des ateliers de MM. Ungerer frères, à Strasbourg, les successeurs memes de Schwilgué. Par une ingénieuse combinaison de leviers déclenchant avec une régularité parfaite, le coq en question, chaque fois que l’heure sonne (à partir de H heures du matin), agite trois fois les ailes, soulève la tète et lance en ouvrant le bec un ki-kiri-ki très réussi. L’original de ce curieux automate se trouve à Strasbourg, dans une des salles du bâtiment de l’Œuvre-Notre-Dame (dépendance de la cathédrale) où il est précieusement conservé parmi d’autres souvenirs du moyen âge.
- 11 existe, au sujet des différents auteurs de l’horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, de sombres histoires que des recherches approfondies et récentes ont réduites à leur juste valeur. C’est ainsi que l’on accuse gratuitement l’évêque Conrad de Lichtenberg d’avoir fait crever les yeux à l’un des frères Ilabrecht, horloger de Schafl'housc, qui avait exécuté les plans du célèbre professeur de mathématiques llauhfus, dit Dasipodius. Ilabrecht avait, dit-on, transgressé son serment de ne point reproduire ailleurs son travail. Or, il est aujourd’hui absolument établi que Ilabrecht ne subit aucun supplice, ni de ce genre ni d’un autre et, que cette fameuse tradition n’est, en définitive, qu’une simple légende.
- Tout le mécanisme consiste en quatre parties essentielles : 1° la pendule qui indique l’heure sur
- un petit cadran extérieur, et qui déclenche le rouage moteur après chaque heure; 2° le rouage moteur qui est mis en mouvement au moyen d’un poids, et qui communique à la tête, à la queue, ainsi qu’aux ailes du coq leurs divers mouvements ; o° le soufflet produisant le chant du coq, et 4° le coq avec ses diverses articulations auxquelles les mouvements sont donnés au moyen de deux fils de 1er passant à l’intérieur des deux jambes.
- Le déclenchement automatique du rouage moteur se fait de 1 I heures du matin à o heures du matin. De \ heures à 10 heures du matin, le mécanisme moteur reste au repos; de plus, le rouage est disposé de manière à permettre un déclenchement à volonté. Quand le rouage moteur se met en marche, il sou-slève d’abord trois fois les ailes du coq au moyen d’un levier qui est mis en communication avec le
- fil de fer traversai! t l’une des deux jambes du coq. Le mouvement delà tête et de la queue est produit par un disque excentrique agissant sur un deuxième levier, qui est mis en communication avec le fil de fer traversant la deuxième jambe. Pendant ce temps un deuxième disque excentrique a soulevé le soufflet et en môme temps aussi un poids, qui, à un moment donné, retombe avec toute sa force sur un levier. Ce levier agit sur le soufflet, et produit ainsi le cri strident du chant du coq; la modulation de ce cri est disposée d’une façon assez originale par laquelle on obtient une très grande netteté dans les divers sons : un des côtés du soufflet porte une crémaillère qui engrène dans un pignon fixé à l’autre côté du soufflet ; sur l’axe de ce pignon est fixé un disque ; celui-ci porte à sa circonférence des entailles dans lesquelles peut s’engager un levier qui agit sur la soupape d’échappement. Chaque entaille répondant à une ouverture de la soupape, on voit que les sons se produisent exactement en conformité des entailles pratiquées dans le disque. Déplus, le poids qui agit sur le soufflet est disposé de manière à perdre de sa force vers la fin du cri, de sorte que ce cri va en diminuant, et cesse en se mourant. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Taris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1 0 7 5.
- G JANVIER 1894.
- LA NATURE.
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- IA GALERIE DES PRODUITS VÉGÉTAUX
- AU MUSÉUM d’uISTOIRE NATURELLE
- Rechercher la structure des plantes, leurs affinités, leurs caractères, leur répartition sur le globe ; en un mot, étudier la botanique d’une façon désintéressée et en tant que science pure, c’est fort bien assurément; mais la structure, la conformation des organes des végétaux, les sucs divers que contiennent leurs tissus, leur donnent des propriétés dont l’homme a su tirer parti. Il utilise depuis plus ou moins longtemps un assez grand nombre de plantes, et il cherche à en approprier à son usage d’autres nouvellement découvertes. Cette étude du règne végétal, considéré par rapport à l’homme, est une branche de la botanique signalée dans tous les traités, même élémentaires. On la désigne sous le nom de Botanique appliquée. Elle se tient assurément dans une région moins élevée que la Botanique pure; mais, en revanche, elle est plus pratique, plus immédiatement utile, plus populaire, et tandis que la science spéculative reste le domaine d’un petit nombre, il n’est personne qui ne tire quelque profit de l’emploi des végétaux.
- 11 n’y a pas de science naturelle sans collections. La Botanique appliquée a les siennes. Les musées où l’on peut l’étudier contiennent, à côté d’un échantillon de chaque végétal utile, tous les produits alimentaires, industriels, médicinaux, etc., qui en proviennent. De semblables collections existent dans nombre de jardins botaniques, où elles figurent comme complément logique des cultures scientifiques et de l’herbier. Le musée pratique de Kew, près de Londres, est depuis longtemps célèbre ; celui de Florence a également une réputation bien méri-
- 22' année. — ior semestre.
- tée; on en cite un très important à Bombay, dans l’Inde ; Bruxelles développe des collections du même ordre; dans notre pays, Rouen, Marseille, etc., ont des fondations analogues. On peut constater une tendance générale et bien facile à comprendre ; car ceux qui étudient le règne végétal sous toutes ses formes, sont évidemment les plus aptes à en signaler les applications. 11 y a, dans les établissements scientifiques consacrés à l’étude des plantes, un mouvement d’idées auquel on ne peut se soustraire sans se montrer rétrograde; mais, hâtons-nous de le
- dire, pas plus sur ce point que sur d’autres, l’épithète n’est applicable cà notre Jardin des Plantes.
- Si le musée des produits végétaux n’y est pas actuellement livré au public, il n’en existe pas moins, et depuis l’origine. Ce fut le droguier qui constitua les premières collections rassemblées par Guy de la Brosse, et,plus tard, toutes les instructions, imprimées ou verbales, données par les professeurs de botanique aux voyageurs de l’établissement, leur recommandèrent de recueillir les parties utiles des plantes et de se renseigner sur leur emploi. Ces instructions ont été suivies, et il est résulté, de tant de recherches et de nombreux dons, une accumulation de matériaux d’études que le manque de place seul empêchait d’utiliser convenablement. Lors de la construction des nouvelles galeries de zoologie, les anciennes .devinrent libres en partie, et, dans ce local, quelques chaires dont les collections étaient par trop entassées, ont pu étaler de nombreux échantillons, de manière à ce qu’il fût au moins possible de s’en servir. C’est ainsi que la Botanique, sous la direction de M. Bureau, le savant professeur du Muséum, a pu enfin opérer le classement des produits qu’elle recevait depuis bien des années et les livrer à l’étude. Dans la galerie, longue d’une soixantaine de
- fi
- Nouvelle galerie des produits végétaux au Muséum d’histoire naturelle, à Paris.
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- LA NAT U H K.
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- mètres, où ce travail a e'tè tait, les vitrines du pourtour ont reçu, rangés dans l’ordre botanique, les bois de construction et d’ébénisterie, les libres textiles, les écorces tinctoriales ou tannantes, etc., en un mot, tous les objets présentant un certain volume. Près de chaque substance utile, tigure dans un cadre un échantillon d’herbier, une peinture ou une photographie de la plante qui l’a fournie. La série des libres textiles est d’une remarquable richesse, principalement la partie extraite de l'embranchement des Monocotylédones et celle provenant du groupe des Malvacées, Tiliacées et Stereuliacées. Les cotons, dont une partie seulement ont pu être rattachés à leur espèce botanique, méritent d’attirer l’attention. Les produits des Palmiers sont nombreux et d’un véritable intérêt.
- La disposition de la salle, qu’on ne pouvait modifier, et dont le milieu est occupé par un meuble épine, a lait réserver ce meuble pour les produits peu volumineux. Ils sont, du reste, classés de la même manière, et seront aussi accompagnés d’un échantillon de la plante qui les a fournis. Là sont les gommes, les résines, les cires végétales, les diverses sortes d’indigo, d’opium, les fouilles utilisées, telles que le Thé, le Maté, les graines alimentaires, les produits médicinaux usités chez les dilfé-rents peuples, etc. On y remarque de très anciennes drogues chinoises accompagnées de curieux renseignements. Au-dessus de ce meuble est une magnifique collection d’écorces de Quinquina, contenant entre autres les types de Weddell et de lloward.
- Sauf cette distribution des plantes utiles en deux séries parallèles, occasionnée par la forme des meubles préexistants, l’ordre scientifique a été suivi aussi rigoureusement que possible, comme cela devait être dans un établissement de la nature du Muséum. On s’est donc attaché à disposer les échantillons suivant la classification appliquée déjà à l’herbier général et à la collection des fruits et graines, et à grouper dans une même vitrine tous les produits fournis par une même plante, de manière à mettre sous les yeux l’histoire économique de cette espèce.
- Voici, comme exemple, ce qu’on peut voir, dans la vitrine du cocotier, ou plutôt ce qu’on pourra voir lorsqu’un certain nombre d’échantillons manquants seront arrivés. .
- Cocotieu. — Cocos nucifera, L. — Photographie donnant le port de l’arbre; fragment de tronc, section longitudinale; fragment de tronc, section transversale; inflorescence dans sa spalhc; une feuille (cette feuille est tellement grande qu’on a du la couper en trois fragments ayant chacun la hauteur de la vitrine) ; gaine de la base des feuilles, servant à faire des sacs, à Ccylan, aux Maldives, etc. ; folioles des feuilles du cocotier réunies en Atap, sortes de nattes servant à faire les toitures et même les parois des maisons, dans l’archipel indien ; coi Dure d’un chef de la Nouvelle-Guinée, fa-
- briquée avec les jeunes folioles, tendres et blanchâtres; chou ou bourgeon terminal du cocotier,’ dans l’alcool; condiments divers dans lesquels entre principalement le chou palmiste; Toddy, vin de cocotier (Inde); gravure représentant l’extraction du Toddy; vinaigre de cocotier, obtenu en faisant aigrir le Toddy (Inde); eau-de-vie de cocotier ou Arak, provenant de la distillation du Toddy (Inde); sucre de cocotier ou Jaggre, obtenu par évaporation du cal-lou (le nom de callou s’applique à la sève extraite du cocotier, avant qu’elle ait subi la fermentation vineuse (Inde); goudron de cocotier ou Galgal (il entre dans sa composition du Jaggre, de la chaux et de l’huile de coco) ; noix de coco, fruit du cocotier, entier; d’autres coupés en long et en travers, pour montrer la structure; le mésocarpe du coco, caire ou brou de la noix, divisé en segments, première préparation (Zanzibar); instrument pour enlever le caire des noix de coco (Zanzibar); caire, paquets de libres; câbles de marine et ficelles en caire ; filet en caire (Océanie) ; fragment de tapis en caire (France) ; endocarpe de la noix de coco, partie ligneuse de la noix; vases faits avec l’endocarpe de la noix; lait de coco; huile de coco; coprah, fragments de l'amande desséchés, pour la préparation de l’huile; bougies et savons faits avec l’huile de coco (France).
- Le classement, qui demande beaucoup de travail et des connaissances assez étendues pour la détermination de beaucoup de fragments végétaux, ne peut être fait que par de véritables botanistes. Les gens de service seraient de peu de secours. Ge classement avance donc lentement, mais sûrement, et, au point où elle en est déjà, la collection de botanique appliquée rend de grands services. Les objets qui la composent figurent continuellement dans les cours ; ils servent à de nombreuses études et sont à chaque instant consultés, soit par des hommes de science, pour leurs travaux, soit par des industriels ou des commerçants, qui y trouvent des indications utiles; ils fournissent des termes de comparaison pour des expertises souvent demandées par le Ministère du commerce ou par la Douane. M. J. Poisson, qui s’occupe plus particulièrement decette collection, n’a pas répondu l’année dernière à moins de cent cinquante demandes de renseignements venues de tous côtés. Les doubles, qui sont nombreux, sont envoyés dans les musées de France et de l’Etranger.
- Dans l’état actuel, la galerie de botanique appliquée, sans être livrée aux simples promeneurs, est accessible à toutes les personnes qui ont une étude, une recherche quelconque à y faire. Filles n’ont qu’à s’adresser au laboratoire des herbiers et sont sures d’être bien accueillies.
- L’installation de cette collection des produits fournis par le règne végétal est certainement une des principales améliorations parmi celles si nombreuses qui sont dues à la direction actuelle du Muséum. Cette innovation, dont tout le monde peut tirer pro-
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- lit. rendra plus populaire encore noire Jardin des Plantes et entre tout à l’ait dans l’esprit du décret de la Convention nationale dont l’article 2 porte : « Le but principal de cet établissement sera Renseignement public de l’histoire naturelle prise dans toute son étendue et appliquée particulièrement à l’avancement de l’agriculture, du commerce et des arts. » l)rZ...
- DU PAS GYMNASTIQUE
- Nous avons insisté dans un précédent article1 sur la marche en flexion, nous en avons montré le mécanisme et indiqué l’utilité.
- Elle est plus avantageuse que la marche en extension des citadins ; aussi les sauvages la pratiquent-ils. Cette différence dans le mode de marcher entre l’homme civilisé et le sauvage, explique la forme du tibia et du fémur de ce dernier. Le tibia présente en effet une incurvation à convexité antérieure, de sorte que la tête du tibia est portée en arrière et forme un angle avec le corps de l’os : c’est ce qu’on appelle la rétroversion du tibia.
- Les singes anthropoïdes qui marchent en demi-flexion ont une rétroversion accentuée. Les tibias de nos ancêtres préhistoriques et des sauvages offrent également une forte rétroversion. Enfin certains tibias, observés sur des individus décédés dans les hôpitaux parisiens, montrent une rétroversion assez marquée; la plupart n’étaient pas originaires de Paris, et il est probable qu’une partie d’entre eux provenaient des;provinces montagneuses qui fournissent une forte émigration : or on sait que nos paysans ont une tendance à marcher en demi-flexion.
- La platycnémie du tibia, signalée la première fois par M. Collignon, parait avoir la même cause. On donne ce nom à l’aplatissement du tibia, suivant le diamètre transverse, d’où une forme analogue aune lame de sabre. Rétroversion et platycnémie se retrouvent également chez les préhistoriques et les sauvages. Cette dernière serait provoquée par le développement du muscle tibial postérieur qui augmente ainsi sa surface d’insertion au tibia.
- Pourquoi avons-nous abandonné la marche en demi-flexion, si elle a l’avantage de fatiguer moins dans une marche rapide? C’est que grâce à la multiplicité des moyens de transport (tout d’abord bonnes routes carrossables et voitures, puis chemins de fer), il ne nous a plus été nécessaire de nous déplacer rapidement à pied à de grandes distances.
- Il n’en était pas de même des préhistoriques et de bien des sauvages actuels qui ne possèdent pas de bêles de somme. La marche actuellement pratiquée est plus noble que celle en demi-flexion : l’homme conserve sa rectitude et ne perd pas un pouce de sa taille. Quand le pied se détache du sol, le mouvement d’extension complète de l’articulation tibio-
- 1 Yoy. n° 1052, du 29 juillet 1893, |>. 129
- tarsienne, la cuisse fléchie et l’articulation du genou portée haut, le pied projeté en avant, font ressembler un peu l’allure à celle d’un cheval qui piaffe.
- Les soldats prussiens exagèrent ce mode de marcher dans le pas de parade. Nous trouvons cette exagération de mauvais goût, bien que pour eux elle représente le suprême bon ton. Elle fatigue extrêmement; et il est inutile de dire qu’eu dehors des grandes circonstances les soldats l’abandonnent.
- Ce pas constitue un exercice national chez nos voisins. 11 est difficile à apprendre, et les soldats, durant la période d’instruction, y consacrent en moyenne deux heures par jour. Nous reproduisons ici la photographie d’un jeune conscrit de l’armée allemande faisant l’exercice (fîg. I). Nous y ajoutons la reproduction d’une amusante caricature publiée à Berlin sur le fameux pas militaire (fig. 2). Bien qu’il soit très fatigant et ne puisse être employé dans la marche ordinaire, les officiers lui trouvent l’avantage d’assouplir le soldat : il remplace chez eux les leçons de boxe, de bâton et de savate usitées dans nos régiments. C’est à ce titre que même les marins français l’apprennent et le pratiquent parfois (fig. 3). Quelques autres armées européennes font de même; nous citerons notamment les soldats bulgares (fîg. 4).
- Mais le pas de parade aurait surtout l’avantage de discipliner le soldat et d’annihiler toute volonté ou velléité d’indépendance. En temps de guerre, dans les assauts, pour empêcher le soldat de fuir alors qu’il voit ses camarades tomber autour de lui, on commande le pas de parade. C’est ainsi que fa garde impériale chargea à Saint-Privat : elle continua à avancer mécaniquement ayant déjcà perdu la moitié de son effectif et ne se retira que quand l’ordre en fut donné.
- On voit (jue les Allemands ont quelques raisons de tenir à leur pas de parade, bien que souvent ils s’en moquent dans leurs caricatures comme nous venons de le montrer en reproduisant un dessin tiré de Irn Frieden ein Militâr llandbuch fur aile. Il dérive réellement de leur génie national, alors que le pas en flexion s’accommoderait bien mieux au nôtre.
- Si la marche en flexion n’a plus pour nous la même utilité qu’autrefois, il n’en est pas de même pour les troupes en temps de guerre : car on sait que c’est avec les jambes des soldats que le général gagne les batailles. Il ne faut pas croire que la marche et le pas gymnastique en flexion puissent se pratiquer naturellement. Sans doute quand nous sommes en retard, lorsque nous voulons courir et ménager nos forces, nous prenons instinctivement un pas qui ressemble au pas en flexion, mais il n’en approche que très imparfaitement. Et s’il est vrai que ce mode de marcher se résume en quelques principes simples et facilement compréhensibles, encore faut-il quelques leçons pour les apprendre, et une certaine pratique pour les bien posséder.-
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- Nous allons indiquer ces principes qui pourront être utiles à ceux qui voudront se mettre à ce genre de marche, les professeurs n’en étant pas encore bien nombreux.
- Quand on passe de la marche normale au pas gymnastique, ce n’est pas la fatigue qui est à craindre, mais l’essoufflement. Ue dernier arrêtera presque toujours le coureur au bout de quelques centaines de mètres. Et l’habitude ne peut vaincre cette tendance à s’essouffler ; elle la modérera sans doute, mais ce sera toujours le côté faible du pas gymnastique. 11 suffit pour s’en assurer de regarder les coureurs et se rappeler les courses pratiquées lorsqu’on était enfant.
- En effet, dans la course, le corps quitte le sol, et s’élève à une grande hauteur, à chaque pas pendant un instant. Il en est de même dans le pas gymnastique qui, pratiqué comme nous le faisons, ne correspond qu’à des degrés différents de rapidité de la course.
- Cette élévation du corps qui quitte le sol occasionne un travail musculaire considérable et sans cesse renouvelé. Plus le corps s’élève au-dessus du sol, plus la fatigue est grande.
- Dans le pas gymnastique en flexion, au contraire, le corps se soulève très peu au-dessus du sol.
- Il suffit en effet de se remémorer la manière dont se pratique cette marche : ne lever les pieds que juste ce qui est nécessaire pour éviter les aspérités du sol, les jarrets fortement ployés, le haut du corps penché en avant le plus possible, pour comprendre qu’on évite en grande partie la dépense de force nécessitée pour soulever le poids du corps. De plus le pas est
- beaucoup allongé par la marche en flexion, d’où la possibilité défaire un moins grand nombre de pas. Néanmoins il ne faut pas croire que l’essoufflement devienne impossible par la seule pratique du pas gymnastique en flexion. Il faut prendre certaines
- précautions, qui, efficaces dans ce procédé, 11e seraient que des palliatifs dans la pratique du pas gymnastique ordinaire.
- Il faut débuter par un pas gymnastique très lent surtout dans les premières leçons. Ce n’est que plus tard, lorsque l’habitude sera acquise, qu’on pourra prendre une allure plus rapide; mais même alors il nefaut jamais donner le maximum sans une certaine préparation toujours proportionnée au degré d’entraînement. Autrement dit ne jamais entamer brusquement une allure plus rapide que celle à laquelle on marche. M. le capitaine de Raoul recommande de partir d’abord avec une cadence très lente en faisant le pas de 35 centimètres'. Le tableau suivant donnera une idée du
- mode de progression (Voy.p.86).
- On ne perdra jamais de vue que les poumons ne peuvent continuer à bien fonctionner pendant la course, que grâce à la progression insensible avec laquelle on passe d’une allure lente à une allure plus vive. On ne devra jamais modifier la progression indiquée plus haut dans le sens de la rapidité. On peut, au contraire, la rendre plus lente sans aucun inconvénient. Le résultat sera alors plus long à obtenir, mais plus certain.
- Pour partir, même quand on sera très exercé, on ne fera jamais le premier kilomètre en moins de 7m55s, et on ne doit jamais atteindre la vitesse du
- Fig. 1. — Jeune conscrit de l’armée allemande apprenant le pas militaire. (D’après une photographie.)
- Fig. 2. — Le pas militaire allemand. (D’après une caricature publiée à Berlin.)
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- kilomètre en 5m50s, avant le sixième kilomètre. Cette teindre. Avec des hommes complètement entraînés, vitesse, toute personne qui sait marcher peut l’at- on pourra dans des cas urgents faire le premier ki-
- Fig. 3. — Pas militaire enlevé. Marins français sonnant le clairon. (D’après une photographie.)
- lomètre en 6 minutes et le troisième en 5 minutes.
- Le kilomètre en 5 minutes est la limite extrême à laquelle puisse arriver une troupe non choisie. Pour faire mieux il faudrait procéder à un triage et n’admettre à l’entraînement que des hommes vigoureusement con -stitués. Ce serait alors une troupe d’élite qui arriverait à faire sans peine 15 kilomètres en lh30m. Une autre précaution pour éviter l’essoufflement est la manière de respirer. Quand le coureur est essouftlé, l’inspiration et l’expiration se succèdent trop vite pour que l’air pénètre au fond des vésicules pulmonaires et oxygène le sang veineux. L’air séjourne dans les vésicules
- pulmonaires, et l’acte respiratoire n’aboutit plus à faire pénétrer l’air inspiré que dans les bronches :
- l’asphyxie menace alors et force est de s’arrêter.
- Pour éviter cet inconvénient, il faut que l’inspiration soit lente, profonde et large. On recommandera d’inspirer longuement et avec force environ toutes les 50 secondes : de la sorte l’air pénétrera bien au fond des vésicules pulmonaires et cette large inspiration complémentaire suffira à oxygéner l’excès de sang veineux produit par le pas gymnastique. l)e plus cette inspiration sera large, de façon que l’air pénètre en quantité. 11 faudra donc respirer à la fois' par le nez et par la bouche et non comme on le re-
- Fig. 4. — Tas militaire île soldats bulgares. (D’après une photographie.)
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- commando dans la pratique du pas gymnastique ordinaire par le nez seulement.
- Ordre des Distance en Temps employ é
- leçons mètres à parcourir le
- — — 1" kit. 2’ kil. 5“ %il.
- 1™ 2" et 5» 7» 000 9™ 7, 0’ 8m7.0s 7" 7.0“
- 4“ à 9» 7.250 à 4 000 9™ 8m 7°
- 10" à -15* 4 250 à 5 000 8ni45» 7 “45* 6" 45’
- 10e à 21e 5 250 à 0 000 8m7>0’ 7m7>0s fi' '7.08
- 22e à 2V> fi 500 à 7 000 8,nlü3 7'-15- fi1 15S
- 25° à 27e 7 500 à 8 000 81,1 71,1 fi- 10’
- 28e à 7.0e 8 500 à 9 000 7m45‘ fim45" fi"
- 7> Ie à 7>7>« 9 500 à 10 000 7m30s (>"'7.0‘ 5" '50s
- 54e à 30e 10 000 à 12 000 7m15’ fim 15» 5“ 45’
- Tableau du pas gymnastique.
- Donc le pas gymnastique progressif et l’éducation respiratoire évitent l’essoufflement. Mais on ne croira pas qu’à eux seuls ils suffisent. Appliqués au pas gymnastique ordinaire, ils ne feraient que retarder l’essoufflement. Au contraire avec le pas gymnastique en flexion, on peut marcher des heures sans fatigue, et recommencer le lendemain. Les premiers exercices auront lieu sur des routes pour rendre plus facile l’application des principes prescrits.
- On s’exercera ensuite à descendre et à monter.
- Pour descendre une cote sans fatigue et avec une grande vitesse, il faut, malgré la déclivité du terrain, continuer à pencher le corps en avant comme si l'on voulait perdre l’équilibre, se faire tout petit en ployant davantage sur les genoux. La souplesse de cette course diminue fortement la percussion des pieds sur le sol. En appliquant ces principes à la descente d’une côte de 500 mètres, on arrive à franchir cette distance en lm50s sans essoufflement.
- Lorsqu’il s’agit de gravir une hauteur, on exagère encore l'inclinaison du corps. En arrivant à la naissance de la pente, on diminue sensiblement l’allure, les jarrets fortement ployés. On monte ainsi en raccourcissant le pas et insensiblement on reprend la progression ascendante sans presque s’en apercevoir et sans plus de fatigue que si l’on avait employé le pas ordinaire.
- On peut ensuite commencer les exercices en terrains variés. Grâce à la souplesse de la marche, on peut fournir de longues courses, sur n’importe quel terrain, avec beaucoup plus d’aisance et bien moins de fatigue qu’une personne marchant au pas. La vitesse varie avec les difficultés du parcours. Dans un terrain ordinaire, elle est de 5m30s environ par kilomètre. Dans un terrain très difficile, elle est de sept minutes.
- On s’exercera ensuite à courir sac au dos : c’est là le couronnement des exercices d’entraînement. On commence par s’exercer à courir avec le sac vide, puis avec la moitié du chargement et enfin avec la charge complète. On appliquera toujours les mêmes principes, en penchant davantage le corps en avant
- et ployant un peu plus sur les genoux, de façon à augmenter encore la souplesse de la marche.
- En trois mois on arrive ainsi à faire faire à un conscrit 20 kilomètres avec ses armes, sur une route accidentée, en lh50m.
- Il est intéressant de comparer les résultats qui viennent d’être indiqués, avec ceux que l’on obtient au moyen du pas gymnastique réglementaire.
- D’après le règlement de l’infanterie, après dix séances d’entraînement, une troupe pourrait faire en 19 minutes 2100 mètres, dont 1500 au pas gymnastique. D’autre part, en suivant l’entraînement indiqué par le manuel de gymnastique, une troupe arriverait à faire à la fin de l’entraînement, en alternant le pas gymnastique et le pas ordinaire, 3214-mètres en 26 minutes. Enfin, le même manuel indique (comme desideratum à atteindre) que des soldats bien entraînés doivent pouvoir parcourir 4500 mètres en 50 minutes.
- Ces chiffres suffisent à prouver la supériorité du pas gymnastique en flexion; celui-ci permettrait de faire faire à une troupe quelconque, sans entraînement préalable, dès la première séance, 5 kilomètres en 25m50s, et après entraînement 15 kilomètres en l»>30m.
- Il est facile de se rendre compte de l’importance qu’aurait l’adoption de cette marche pour l’armée.
- Dans le combat, soit pour l’attaque soit pour la défense, les troupes d’infanterie doivent se faire précéder par des patrouilles, des éclaireurs. Le rôle de ces patrouilles est d’autant, plus important aujourd’hui qu’avec la poudre sans fumée le feu ne révèle plus la position de l’ennemi et qu’il faut l'approcher de très près pour s'assurer des emplacements qu'il occupe. L’emploi d’hommes pratiquant le pas gymnastique en flexion faciliterait singulièrement le rôle de ces patrouilles en leur permettant de se porter rapidement d’un point à un autre et de prendre ou dàubandonner à volonté le contact de l’ennemi.
- _ A suivre. — Ur FÉLIX ReGXAULT.
- —<*<><»—
- L’ABRASTOL DANS LES AINS
- On trouve actuellement dans le commerce un nouve antiseptique, particulièrement recommandé pour le traitement et la conservation des vins. Cet antiseptique, mis en vente sous le nom à'abrastol, présente la même composition que 1 ’asaprol dont l’emploi, en thérapeutique, a été préconisé, il y a quelques mois, par les Drs Ilujardin-Boaumetz etStachler. Les propriétés chimiques et thérapeutiques de cette substance étant longuement décrites dans le Bulletin général de thérapeutique (numéros des 15 et 30 juillet 1893), il nous a paru superflu de les énumérer. Il nous suffira de rappeler que l’abrastol est l’éther sulfurique du p-naphtol combiné au calcium (C10H70S03)2Ca, et présentant sur le p-naphtol l’avantage d’être soluble dans l’eau à parties égales.
- L’abrastol en solution aqueuse possède, même à la dose
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- de 0fr,20 par litre, la réaction caractéristique de donner, en présence d’une goutte de solution très diluée de per-chlorure de fer, une belle coloration bleue. Malheureusement, cette coloration est impossible à constater dans un vin, même peu coloré; d’autre part, le noir animal fixe complètement l’abrastol, et ce produit étant insoluble dans les dissolvants ordinairement employés, benzine, éther, etc., il nous a fallu chercher un procédé détourné pour en caractériser la présence.
- Nous avons alors pensé à utiliser la décomposition qui se produit lorsque l’asaprol est chauffé avec de l’acide chlorhydrique étendu. Dans ces conditions, on obtient du sulfate de chaux, de l’acide sulfurique et du fl-naphtol, qu’on n’a plus qu’à extraire et à caractériser à l’aide de la réaction citée dans le Pharm. Zcitung, et reprojluitc par le Moniteur Quesneville (p. 712; 1890).
- Nous opérons comme suit : à 200 centimètres cubes de vin, nous ajoutons 8 centimètres cubes d’acide chlorhydrique, et chauffons une heure au réfrigérant ascendant, ou trois heures au bain-marie ; on peut encore faire bouillir une demi-heure à l'air libre, mais en opérant sur le vin privé d’alcool, car celui-ci, en s’évaporant, entraîne une notable partie du p-naphtol au fur et à mesure de sa régénération. La saponification terminée, il ne reste plus qu’à épuiser la liqueur, après son complet refroidissement, par environ 50 centimètres cubes de benzine, que. l’on lave et que l’on abandonne à l’évaporation lente, en évitant soigneusement toute élévation de température.
- Le résidu de l’évaporation est repris par 10 centimètres cubes de chloroforme que l’on introduit dans un tube à essai ; on y laisse tomber un fragment de potasse caustique et l’on chauffe une ou deux minutes à la température de l’ébullition du chloroforme; après ce temps, on voit apparaître une belle coloration bleu de Prusse, passant assez rapidement au vert, puis au jaune. Lorsqu’il n’y a que des traces de p-naphtol, le chloroforme est légèrement verdâtre et le fragment de potasse seul est coloré en bleu.
- Cette réaction est sensible au -j-—; ; elle permet donc de caractériser 0*r,0625 de p-naphtol provenant de la décomposition de 10 centigrammes d’abrastol par litre.
- La présence de cet antiseptique ne nuit en rien au dosage du sulfate de potasse fait dans les conditions ordinaires, la saponification de l’abrastol ne commençant qu’après une ébullition prolongée*.
- Sanglé Ferrière.
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- L’ART DANS L’ÉLECTRICITÉ
- Depuisque l’éclairage électrique est sorti du hangar ou de l’atelier pour pénétrer successivement dans les magasins et les habitations, de nombreuses ten-latives, les unes timides, d’autres plus hardies, ont été faites dans le but d’appliquer un art nouveau à la nouvelle industrie. Dès que l’on est sorti des sentiers battus et rebattus, on a reconnu que la lampe à incandescence se prêtait merveilleusement à des effets décoratifs inattendus. Et l’on a vu, dans les fêtes et les bals, apparaître ces éclatantes lucioles dans les tentures, dans les bouquets, et jusque dans les vêtements ou les coiffures. Aujourd’hui, la lampe électrique a cessé d’être un accessoire immédiat de
- * D’après une Note [présentée à l’Académie des sciences.
- la toilette, pour entrer dans sa vraie voie, l’éclairage rationnel, en même temps intense et artistique.
- La nécessité d’éloigner les luminaires du plafond avait fait inventer le grand lustre, descendant, au milieu du salon, comme le campanile d’une pagode, parfois gracieux, mais toujours éblouissant; en effet, de quelque côté que l’on regarde, à moins de baisser obstinément les yeux, le rayonnement direct des bougies pénètre obliquement par la pupille, qui se contracte, de telle sorte que la lumière, venant, du côté opposé du salon, est fort mal utilisée. Le bistre lui-même projette une ombre qui diminue encore dans une forte proportion l’intensité lumineuse aux endroits où l’on cherche à l’obtenir aussi grande que possible. On ne sacrifie pas volontiers une habitude, et moins encore un objet qui a coûté fort cher. Aussi a-t-on cherché à transformer le lustre, bien lentement sans doute: d’abord en substituant aux bougies des lampes droites et longues qui en rappelaient la forme; puis en associant des rosaces dans toutes les directions; ensuite en adaptant de nouvelles lampes tournées vers le bas; enfin, l’on a construit de toutes pièces des lustres nouveaux, dans lesquels la lumière est mieux utilisée qu’autrefois. 41ais toujours les défauts subsistent, bien qu’atténués: le foyer trop bas et la lumière trop concentrée.
- C’est dans une tout autre direction que se trouve la solution de l’éclairage de luxe par l’électricité ; remonter la lumière autant que possible,' et la disséminer: telles sont les conditions d’une grande clarté. Nous ne serions point aussi affirmatif a priori, et nous n’avons fait qu’analyser le résultat d’une combinaison trouvée par les électriciens, et dont nous avons pu constater de visu les excellents effets. C’est autour du plafond qu’il convient de placer les lampes; non point tout près des parois, qui en profiteraient mal, mais, si possible, dans la grande moulure en forme de cercle ou d’ellipse, qui est généralement langente aux quaire murs1. Les tentures prennent immédiatement un éclat inaccoutumé, et l’œil, n’étant plus ébloui, se plaît à voir sans fatigue les détails qu’il distinguait à peine autrefois. Compris de cette manière, l’éclairage électrique est éminemment reposant; le plafond, remplissant l’office d’abat-jour, rend en effet la lumière dou-e et uniforme.
- L’imagination des appareilleurs d’électricité s’est ingéniée à créer de gracieuses tulipes multicolores qui encadrent à merveille la lampe à incandescence, semblable dès lors à une fleur lumineuse ; mais le support, d’un art plus élevé, a été peu traité jusqu’ici. L’emploi de la bougie renfermait la forme du support en d’étroites limites; dès que l’on abordait la figure humaine, on était presque fatalement
- * Gel arrangement convient parfaitement à un salon (le moyenne grandeur; dans une très grande salle, au contraire, il vaut mieux disséminer autant que possible les luminaires sur le plafond. Les grands amphithéâtres de la nouvelle Sorbonne, où l'on a placé une petite lampe dans chaque moulure, sont admirablement éclairés.
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- rejeté du style empire à la momie égyptienne. On est, aujourd’hui, débarrassé de ces formes; voyez, par exemple, le gros bébé (fig. 1) que M. rianehon a extrait, de toutes pièces, d’un tableau de Gos-saert; ce n’est pas le poupon moderne, dodu et souriant; il est musclé (il le faut bien pour tenir si gaillardement son parasol) et presque grand garçon. avec, dans l’original au moins, une pointe .à peine indiquée de Quasimodo. Oublions l’anachronisme qui marie l’industrie ultramoderne à l’art comme on le comprenait au seizième siècle, et la lampe de M. Planchon demeurera un amusant bibelot pour une table de travail.
- l)’un art bien différent, plus complet et tout moderne, les adorables bébés que M. Joseph Chéret
- Fig. 1. — Lampe électrique de M. Planchon.
- LA PHOTOGRAPHIE ET L’HISTOIRE1
- SOUVENIRS DES FÊTES FRANCO-RUSSES A PARTS
- Nous avons eu l’occasion d’insister, à plusieurs reprises, sur l’importance que pouvait offrir la photographie au point de vue de l’enregistrement des événements et des faits historiques. Nous allons aujourd’hui revenir sur ce sujet, en montrant encore une fois de quelles précieuses ressources peuvent être les petits appareils de photographie instantanée que l’on sait construire actuellement. L’étonnante gravure, que nous publions ci-contre, donne le curieux spectacle de la foule parisienne réunie sur la place de l’Opéra pour attendre, le 17 octobre 1895, l’arrivée de l’amiral Avellan et des officiers russes. Elle a pour origine fine petite photographie faite de
- 1 Voy. n® 1007, du 11 novembre 1895, p. 584.
- exposait cette année au Champ de Mars, groupés en une applique décorative dont les (leurs portent les lampes à incandescence (fig. 2). Ces charmants poupons, grassouillets, potelés, qui se lutinent avec de grands éclats de rire, en cherchant à s’arracher mutuellement leurs belles (leurs, ont de la vie, du mouvement, avec ces mille petits riens, gentilles fossettes, petits doigts écartés, si délicieux dans les bébés.
- Dans cette œuvre personnelle et originale, M. Joseph Chéret nous laisse entrevoir tout ce que l’art, dans l’habitation, gagnera grâce au nouvel éclairage, et nous donne un avant-goût des plaisirs que nous pouvons en attendre. C.-E. Guillaume.
- Fig, 2. — Applique (le lumière électrique de M. Joseph Cdiéret
- la fenêtre d’une maison de la place de l’Opéra au moyen de la photo-jumelle de M. Carpentier1. Le cliché primitif est plus petit qu’une carte de visite; il mesure 0m,055 de hauteur sur 0m,04 de largeur. On en a fait un agrandissement qui a été reproduit sur bois, et notre graveur, M. Thiriat, en exécutant une gravure fidèle, a obtenu le résultat que le lecteur a sous les yeux. Aucun peintre, aucun dessinateur n’aurait pu, même avec des heures de travail, donner une idée de l’immensité du spectacle offert par cette foule grouillante qui cachait le sol de la place de l’Opéra. La photographie instantanée seule est capable d’enregistrer avec une si étonnante exactitude, et avec une rapidité si prodigieuse, une scène si merveilleuse.
- Un grand nombre d’autres photographies ont été
- 1 Voy. n° 1008, Ou 24 septembre 1892, p. 269
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- La foule, place de l’Opéra, à Paris, au moment de l’arrivée de l’amiral Avellan et des officiers russes, Je 17 octolire 1893, à 10 heures du matin. (Fac-similé d’une photographie instantanée agrandie.)
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- LA NATURE.
- exécutées ;t Toulon et ;i Paris : nous en avons vu de remarquables qui représentent l’arrivée de l’escadre russe dans notre grand port militaire de la Méditerranée, qui donnent les véritables portraits des officiers russes pris au passage, et qui retracent les principaux traits de ces mémorables événements. La réunion de ces photographies, faites de toutes parts par les praticiens et les amateurs, pourrait former un véritable musée de l’histoire des fêtes franco-russes de 1895. 11 y aurait sous tous les rapports, grand intérêt historique à le constituer.
- Pourquoi, lorsque doivent se passer des événements de cette nature, ne prendrait-on pas des dispositions pour que des photographes officiels puissent opérer dans des conditions favorables? Les photographies qu’ils auraient obtenues seraient conservées dans des archives spéciales comme des images authentiques des grands faits de l’histoire. Le prix de ces documents s’augmenterait d’année en année et nos descendants, dans l'avenir, ne verraient pas sans émotion le spectacle des scènes qui ont passionné leurs ancêtres. Gastom Tissaniheu.
- SUR L’EMPLOI DE L\ TOURBE
- COMME L1TIÈHE
- Dernièrement, La Nature1 a signalé, à propos tic l’exploitation de la Tourbière de Pas-de-Jeu (Deux-Sèvres) l’utilisation de la tourbe comme litière. Jamais le moment n’aurait pu être mieux choisi pour remettre cette question à l’ordre du jour ; et La Nature fera, sans nul doute, œuvre utile en contribuant à la vulgarisation de cet emploi.
- La litière dont on fait le plus communément usage, en Europe, est la paille de céréales. On sait combien elle a été rare en 1895. D’autre part, la récolte des fourrages ayant été aussi des plus médiocres, les cultivateurs seront très heureux, dans la plupart des cas, de se servir du peu de paille qu’ils possèdent pour nourrir leurs bestiaux ; et elle fera défaut pour la litière, ce n’est pas douteux. Nombre d'agriculteurs distingués prétendent même que mettre de la paille sous les pieds des animaux, équivaut, en tout temps, à un véritable gaspillage. La paille, convenablement hachée et mélangée avec d’autres aliments, devrait toujours, selon eux, être employée à la nourriture du bétail.
- Quoi qu’il en soit, en dehors de la paille, l’expérience a démontré qu’on peut obtenir d’excellentes litières avec des produits variés, et notamment avec la sciure de hois, la tannée, les fougères, les bruyères, les genêts et les feuilles. Mais ces diverses substances ne peuvent constituer, au point de vue de l’approvisionnement des consommateurs de litière, qu’un assez faible appoint. La tourbe, au contraire, par ses gisements étendus, peut en fournir une quantité considérable et pour ainsi dire illimitée.
- Nous allons montrer que l’emploi de la tourbe est avantageux sous le triple rapport : 1° du prix de revient ; 2° de la salubrité des écuries ; 5° de la qualité du fumier produit.
- 1° Prix de revient. — Pour faire saisir immédiatement l’intérêt qui s’atlache à la substitution de la tourbe
- 1 Vov. n° 1071, du O décembre 1893
- a la paille, dans la composition des litières, il suffira de rapprocher quelques chiffres. En septembre dernier, la paille valait, dans les départements de l’Est, environ 100 francs les 1000 kilogrammes. La tourbe de Hollande pour litière s’v vendait 50 francs les 1000 kilogrammes.
- Si l’on admet, comme l’usage le prouve, qu’il faut à peu près moitié moins de tourbe que de paille pour assurer, dans des conditions équivalentes, une bonne litière aux animaux, on voit de suite qu’on pouvait remplacer 1000 kilogrammes de paille d'une valeur de 100 francs par 500 kilogrammes de tourbe ne coûtant que 25 francs ; d’où économie de 75 pour 100. L’économie était même encore plus grande si l'on employait la tourbe des Vosges, qui ne se vendait, au même moment, que 25 et 50 francs les 1000 kilogrammes. Il est à peine besoin de faire remarquer que le prix de50 francs, auquel était montée la tourbe Je Hollande, en septembre dernier, se ressentait, comme celui de la paille, de la loi de l’offre et de la demande, favorable, en temps de disette, au vendeur.
- En temps ordinaire, 500 kilogrammes de tourbe vaudront à peu près 15 francs, bon an, mal an ; tandis que la paille se vendra toujours, aux 1000 kilogrammes, plus du double. On est donc fondé à dire que la litière de tourbe coûtera, en général, moitié moins que la litière de paille. La pratique s’est chargée de vérifier le fait.
- 11 résulte, en effet, des expériences poursuivies par la Compagnie des omnibus, en 1885, que la dépense rn litière, par journée de cheval, était de 40 centimes avec la paille, tandis qu’elle s’abaissait à 20 centimes avec la tourbe*.
- 2° Salubrité des écuries. — Indépendamment d’un couchage doux et légèrement élastique, que la litière doit procurer aux animaux, ce qu’on recherche par-dessus tout en elle, c’est la faculté d’absorber les déjections. Non seulement, par ce moyen, on recueille toutes les matières fertilisantes que renferment ces déjections, mais encore on met obstacle à la circulation ou à la stagnation dans l’intérieur des écuries, des liquides et des produits vi latils fétides ou insalubres, qui contaminent plus ou moins l’atmosphère dans laquelle séjourne le bétail.
- Sous ce rapport, il n’y a aucune contestation possible, la tourbe constitue la litière par excellence.
- Tandis que 100 kilogrammes de paille de froment n’absorbent que 220 litres d’eau, la tourbe peut en absorber jusqu’à 500. Nous citerons à cet égard des expériences récentes, que nous avons exécutées sur différents échantillons provenant des tourbières des Vosges. Le. pouvoir absorbant des tourbes essayées variait de 230 à 440 litres.
- C’est grâce à ce pouvoir absorbant que le poussier dè tourbe est employé depuis longtemps, par les entreprises de vidange, pour former des composts avec les matières fécales. 100 parties de tourbe suffiraient, paraît-il, pour 1500 de matières.
- Mais ce qui constitue le principal avantage de la tourbe sur la paille, c’est la propriété qu’elle possède de fixer l’ammoniaque des urines, et de s’opposer à sa déperdition par l’atmosphère. On suppose que cette propriété est duc à la présence, dans la tourbe, de matières humiques formant, avec l’ammoniaque, de véritables combinaisons.
- C’est un fait bien connu par toutes les personnes qui ont fait usage de la tourbe, que lorsqu’on entre dans une écurie où elle est employée en litière, on ne sent aucune odeur d’ammoniaque dans l’atmosphère.
- On trouve à cet égard, dans le remarquable ouvrage de MM. Müntz et Girard, Les Engrais, un compte rendu
- 1 Les Engrais, par Müntz et Girard.
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- LA NA TURF.
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- d’expériences faites par M. Arnold, qui ne laisse subsister aucun doute sur la propriété fixatrice de la tourbe.
- « Dans des écuries semblables, disent MM. Miintz et « Girard, on a placé des chevaux avant pour litière, les « uns de la paille, les autres de la tourbe. L’ammoniaque « contenue dans l’air de chacune de ces écuries a été o dosée. » Voici les résultats :
- Ammoniaque
- par mètre cube d’air.
- tourbe paille
- 1er jour . . grammes: 0,0000 0,0012
- P* * 0 jour . — : 0,0000 0,0045
- 5e jour . — : traces 0,0153
- Ge jour . — : 0,0010 0,0IG8
- Ces expériences sont aussi concluantes que possible. On y voit qu’au bout de G jours, avec litière de tourbe, l’atmosphère de l’écurie ne contenait que 1 milligramme d’ammoniaque par mètre cube, tandis qu’avec la paille, elle en renfermait près de 17 milligrammes.
- D’autres expériences comparatives, effectuées avec des litières variées, ont permis de conclure, dans tous les cas, que c’était la tourbe qui jouissait, au plus haut degré, de la propriété de fixer l'ammoniaque.
- Faut-il ajouter que grâce au grand pouvoir absorbant de la litière de tourbe, il suffit de quelques soins journaliers donnés tant à la couche de litière qu’aux animaux eux-mèmes, pour entretenir ceux-ci dans un état de propreté absolue. Au moyen d’un simple nettoyage à la brosse, on peut maintenir immaculées les robes des animaux les plus claires.
- 5° Qualité du fumier. —Il nous reste à dire ce que vaut le fumier de tourbe comparé à celui de paille. En raison des grandes facilités d’imbibition et d’absorption qui distinguent la tourbe des autres litières, on peut déjà conclure que le fumier de tourbe doit être plus riche en éléments fertilisants que celui de paille.sC’est ce que l’expérience a, en effet, corroboré.
- Des essais faits par la Compagnie des omnibus, en employant les deux sortes de litières, ont donné sous l’influence d’une alimentation identique, des fumiers conte-
- respectivement pour 100 : Fumier de
- tombe paille
- Azote . 0,G8 0,519
- Acide phosphorique . . . . 0,23 0,170
- Potasse . 0,55 0,265
- Ce tableau montre la supériorité, sous le rapport de la fertilité, du fumier de tourbe sur celui de paille.
- MM. Miintz et Girard ont, en outre, vérifié le même fait directement, par une expérience de culture, avec emploi des deux sortes de fumier dans le même sol, sur lequel on a ensemencé des betteraves et du blé. Ces savants en ont conclu que les fumiers de tourbe ont une supériorité notable sur les fumiers de paille et que, par suite, la préférence qu’on accorde à ces derniers n’est pas justifiée.
- — \ suivro. _ F. VlIXAlN.
- LES NOUVELLES FRONTIÈRES
- EN INDO-CHINE
- 11 ne faudrait pas croire que le traité du 1er octobre 189a, signé à lïangkok par le Siam et par la
- France, ait délimité sur toute sa longueur notre frontière occidentale en Indo-Chine. Cette frontière est immense; elle s’étend sur dix degrés de latitude; elle irait de Venise à Copenhague. Mais c’est seulement sa partie méridionale, les deux tiers de sa totalité, qui horde le Siam, et qui, de l’Etat laotien de Luang-Prabang au Cambodge, a été fixée au Mékong.
- Au nord, la frontière touche les États shans de l’ancienne Birmanie; notre voisine ici, c’est l’universelle Angleterre. Héritière des empereurs birmans, elle revendique la suzeraineté de tout ce qui passe pour leur avoir, en quelque façon, été soumis. De ce côté, si la question des limites a été mise en lumière par les événements récents, elle n’a point été résolue par eux ; on annonce la reprise des négociations qui l’ont pour objet. Après divers incidents connus, on sait que le Siam acceptait, le 29 juillet 1893, les termes de notre ultimatum, le 1er août, les garanties complémentaires et signait, le l‘‘r octobre, le traité que l’on espère définitif.
- L’article premier du traité délimite nettement la frontière : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ». Les termes sont précis; et comme, en cas de difficultés, seul le texte français doit faire foi, il résulte que la moitié de l’Etat de Luang-Prabang, les pays de Kham-Muon, de Tchéfou, d’Attopeu et de Dong-Son, bref l’immense territoire compris entre le Mékong et la mer de Chine, la Cochinchine et le Tonkin, est reconnu annamite et définitivement placé sous notre protectorat. Ainsi se trouve modifiée complètement notre situation en Indo-Chine; nos droits sont définis enfin, des territoires nouveaux sont ouverts à notre activité et nos espérances sont raffermies; quels sont les caractères de ces avantages?
- Le traité du ll!r octobre a constitué véritablement VUnion indo-chinoise, en faisant, des pays qui la composent, Cochinchine, Cambodge, Annam et Tonkin, un bloc. Les plaines du Tonkin et de la Cochinchine, en réalité, n’étaient reliées véritablement que par le littoral ; le plateau annamite les soude en une seule région naturelle. La conséquence immédiate est que le pays est devenu défendable. Alors qu’une mer peu sûre était la grande voie de communication entre les deux plaines, pour qui songeait au voisinage de l’Angleterre et de la Chine, la sécurité de nos établissements élait douteuse. Nous pouvons nous passer de la mer. Déjà, l’on étudie la construction du Transannamite ; elle sera facile, car le relief de l’Annam n’est guère articulé, et le pays est riche. Le Mékong, de plus, ouvert à nos seules embarcations de guerre, et dont le Siam ne peut fortifier la rive droite, conslitue, sur la frontière, à la fois un chemin de ronde et une puissante défense. De la barre aux rapides de Khône, les navires peuvent remonter à toute époque, s’ils ont une vitesse suffisante pour vaincre celle du courant ; en
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- amont de Rhône, nous venons de lancer la canonnière de flottille le Massie, et, dans quelques mois, nous en lancerons une seconde, la La Grandière. Destinés à surveiller le fleuve et à ravitailler nos postes, ces navires peuvent remonter tout le Mékong français par les passes de Kemmerat, navigables dans la saison des pluies, d’octobre à février. Le fleuve, le chemin de fer et la mer, du jour où nous aurons enfin notre armée coloniale, suffiront à une défense efficace. Auparavant, ils nous serviront à étudier le pays, à nous rapprocher des indigènes, à nous les attacher. Car c’est une autre conséquence de ce traité, d’avoir accru notre prestige, au milieu de populations chez qui le prestige est tout.
- Devant les faciles incursions des mandarins siamois, les Annamites de Don-Son et d’Attopeu se demandaient où était la puissance française, et si elle dormait ; et ces gens paisibles et laborieux auraient fini par accepter pour drapeau l’étendard rouge timbré de l’éléphant* blanc. Le traité va rendre notre protectorat effectif.
- En même temps qu’il nous permet la défense de nos possessions, à l'intérieur il affermit considérablement notre influence ébranlée et rapproche de nous nos anciens protégés.
- Les conséquences politiques du traité dépassent les frontières, qu’il fixe. Nous n’avons pas à les examiner ici dans une publication scientifique.
- Au point de vue économique, outre que, grâce à la sécurité rétablie, l’agriculture du Cambodge et celle des petites vallées maritimes de l’Annam recevront une nouvelle impulsion, les produits des riches vallées qui s’abaissent en pente douce du talus annamite au Mékong, vont être à nous; or, ces vallées sont fort industrieuses, fabriquant des boissons fermentées, des tissus, des nattes, des éventails, etc. Bientôt, elles suffiront à pourvoir les pays de l’Union des objets qu’ils importent de Chine.
- Gaston Routier.
- LES BASSES EAUX DU DOUBS EN 1893
- Si les membres de VAssociation française pour /’avancement des sciences qui, en août dernier, ont pris part à l’excursion des Brenets,Yillers-le-Lac, Morteau, n’ont pu jouir du spectacle de la chute du Doubs, presque à sec le 10 août, ils ont du moins admiré les sites remarquables des bassins, au milieu desquels ils étaient transportés par les bateaux partis du port d’embarquement au Pré-du-Lac.
- Six semaines plus tard, le 23 septembre, ils eussent pu assister à un spectacle bien différent, et dont la vue photographique que nous reproduisons (fig. 2) suffira à donner une idée aussi satisfaisante que possible. Je me bornerai donc à consigner en quelques lignes la marche et l’extension des phénomènes q u i ont p r é c é d é l’abaissement extraordinaire des eaux de la rivière.
- On sait qu’en temps ordinaire le lit du Doubs, entre les Brenets et l’auberge de la Chute, resserré entre deux parois verticales de roches calcaires, se transforme en une nappe tranquille, divisée en plusieurs bassins par les sinuosités des deux rives franco-suisse. En temps de grandes eaux, cette nappe s’étend bien au delà et en amont des bassins, c’est-à-dire jusqu'à Yillers-le-Lac, ainsi que le montre notre vue générale de la vallée du Doubs (fig. 1).
- Mais, depuis le printemps de cette année, on avait vu le débit de la rivière diminuer de jour en jour, de làçon à faire présager le retour des phénomènes déjà constatés en 1890. Peu à peu, un marais fangeux et limoneux, blanchâtre, au milieu duquel serpentait un faible ruisseau, remplaçait les eaux de la région supérieure aux bassins proprement dits. Comme il était dangereux de s’aventurer sur la vase molle et profonde du lit de la rivière, on avait établi un gué, formé de branchages de sapin entrelacés, entre la rive française de Chaillexon et la
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- Carte des nouvelles frontières de lTudo-Chine entre le Tonkin, l’Annam, le Cambodge et le Siam.
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- LA NATURE
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- Fig. 1. — Vue générale de la vallée du Doubs en lenipë ordinaire. Au premier plan, lac de Chaillcxon.
- Fig. 2. — Le lac de Chaillexon desséché, avec l’aspect de ses deux sources, le 23 septembre 181)3,
- (D’après une photographie.)
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- rive suisse des Brenets. A mesure <juc le niveau de l’eau baissait dans les bassins, le ruisseau creusait toujours davantage son lit dans la vase, et bientôt on vit sourdre, sur la rive suisse, plusieurs sources, dont deux très importantes, celle de la Mau\aise-f/>te en amont, dont l’eau est toujours claire et limpide, et celle de l’Arvoux, en aval, trouble et limoneuse (lig.2). Leurs eaux, formant un contingent supérieur à celui de la rivière, se réunissaient bientôt à celle-ci, qui continuait son cours vers les bassins, à un niveau de la™, aÜ inférieur à celui qu’elles atteignent en temps ordinaire.
- Les sources dont nous venons de parler sont bien connues des habitants de la contrée, qui les appellent les sources chaudes, parce que leurs eaux, dont la température constante est de plusieurs degrés au7dessusde zéro, retardent ou empêchent la congélation et la formation de la glace en hiver. Mais on ne les voit que bien rarement apparaître dans l’état où les représente notre dessin.
- C’est un peu en aval de ces sources que se trouvait amarré le bâtiment en bois des bains du Doubs, mis à sec et gisant piteusement bien au-dessus de la nappe des bassins qu’allait rejoindre le ruisseau. Celle-ci ne réapparaissait qu’au voisinage de la Hoche pesante ou de l'Echo. Disons enfin que la chute elle-même était réduite à un volume moindre encore que celui de l’eau arrivant dans les bassins, d’où l’on peut conclure à l’existence, dans cette région, de canaux souterrains, semblables à ceux qui donnent naissance aux sources de l’Arvoux et de la Mauvaise-Cote. .V. Jaccard.
- CHRONIQUE
- Fabrication du dégras pur. — Ou sait que le dégras est la matière grasse que l’on falsifie le plus, grâce à sa consistance, son odeur, son aspect. C’est la boite à l’encre de la tannerie. Pour mettre le tanneur en garde contre ces falsifications honteuses et malhonnêtes, nous avons songé à fabriquer le dégras par un procédé scientifique absolument exact, dont les résultats sont certains et offrent toute confiance à l’acheteur. Notre dégras pur est composé essentiellement d’huile de foie de morue, ou d’huile de baleine, ou d’un mélange des deux, suivant les quantités à obtenir et la demande des acheteurs. Le point de départ de notre dégras pur est donc l’huile de foie de morue, ou l’huile de baleine. Ces deux huiles, absolument pures et exemptes d’autres huiles et de résine, sont oxydées artificiellement par une méthode absolument semblable à celle qui est employée par les chainoiseurs. Nous avons trouvé le moyen de pratiquer cette oxydation sans avoir égard à la peau à chamoiser. C’est là le point essentiel qu’il fallait atteindre, afin de ne pas asservir une industrie à l’autre. L’oxydation de l’huile de foie de morue se fait dans un grand cylindre en tôle plombée, chauffé par un serpentin en plomb et dans lequel on comprime de l’oxygène. L’huile absorbe rapidement ce gaz, surtout à chaud. Mais l’absorption et la combinaison sont bien plus radicales, lorsqu’on fait passer dans le mélange des décharges électriques à haute teusion. Un obtient immédiatement, en peu d’heures, pour ainsi dire instantané-
- ment, du dégras de première qualité, exempt d’acide ou de potasse et pouvant rivaliser avec le moellon de première qualité sortant de chez les chamoiseurs. Ce résultat, pour ainsi dire surprenant, nous a demandé quatre années d’études et de tâtonnements, pour arriver exactement au degré voulu. 11 est impossible de reconnaître notre dégras pur du dégras pur de chamoiserie. L’huile absorbe dix pour 100 de son poids d’eau. On se trouve donc dans les conditions légales admises par le commerce. Le dégras pur nourrit mieux les peaux que le dégras ordinaire, le rendement est supérieur, le dégraissage est,moindre et l’on assure que, même après un ou deux ans, le cuir n’est ni brûlé ni raide et qu’il est très bien nourri. C'est un point énorme dans l’industrie de la tannerie.
- A.-M. Villon, Ingénieur-chimiste.
- L’acier au molybdène. — C’est, jusqu’à ce jour, le tungstène qui a servi, dans la fabrication des aciers durs, à constituer le principal élément de leur dureté. On a cherché cependant un alliage économique capable de fournir des aciers d’une égale dureté, mais moins cassants et plus faciles à forger que l’acier au tungstène. On a essayé successivement l’uranium, le cæsium et le titane, mais sans résultat industriel, à cause du prix élevé de ces corps simples. D’excellents résultats ont été récemment obtenus avec le molybdène qui a tant de propriétés communes avec le tungstène ; mais le molybdène pur est difficile à obtenir et son prix fort élevé (plus de 800 francs par kilogramme d’après un catalogue d’une maison anglaise), prix absolument prohibitif. La difficulté résultant du prix élevé du molybdène, est aujourd’hui vaincue, si l’on en croit Industries and Iron, grâce à un nouveau procédé qui permet d’obtenir le métal pur en,, traitant un minerai, le molybdânsaurev Kalk. Ce minerai, réduit par le charbon, sépare le métal de la chaux qui est ensuite enlevée par l’acide chlorhydrique. On obtient ainsi du métal à 96 ou 98 pour 100 de pureté, renfermant seulement de 2 à 4 pour 100 de carbone chimiquement combiné. Il suffit de la moitié en poids de molybdène pour produire le même effet qu’une quantité donnée de tungstène. Ce rapport correspond assez bien à celui des poids atomiques des métaux, qui sont respectivement 184 et 96. L’acier renfermant Si pour 100 de molybdène présente une couleur blanche argentée, une cassure douce et veloutée très homogène, en même temps qu’une dureté exceptionnelle. Le nouveau procédé de fabrication ferait tomber le prix du molybdène à 15 francs le kilogramme, ce qui rendrait son emploi tout à fait industriel. Il y a là une question qui intéresse directement les spécialistes, et sur laquelle nous nous permettons d’appeler leur attention.
- Les ravages des fourmis blanches. — Si nous en croyons une correspondance envoyée récemment d’Amov, en Chine, par le consul des États-Unis, les fourmis blanches causent dans cette ville en particulier, et dans toute la Chine en général, de terribles ravages, Leur voracité est incroyable : l’auteur de la lettre en question raconte qu’en trois semaines elles ont complètement rongé l’encadrement d’une porte tout nouvellement posée au consulat. Il ne leur a pas fallu plus de temps pour manger et faire effondrer d’une part une grande et belle armoire et un canapé très solidement construit. Leur travail est invisible, jusqu’au moment où le meuble tombe en pièces : elles attaquent le bois en un seul point, elles font un trou, pénètrent dans l’intérieur et rongent tout, jusqu’à ne plus* laisser qu’une sorte de feuille de bois, gardant au meuble son apparence extérieure. Il faudrait, continue le consul
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- des États-Unis, pouvoir injecter dans le bois une substance, une composition chimique empoisonnée, ne s’évaporant point. Il faudrait sans doute du sublimé, une solution quelconque d’antimoine, d’arsenic, dont on saturerait les libres du bois. Celte même correspondance affirme qu’il y aurait là une invention fort appréciée, dont on pourrait tirer une fortune, à condition que l’application ou l’injection de la substance ne majore pas trop le prix du bois. Nous signalons ce desideratum aux inventeurs.
- I,e pain sanglant. — Dans certaines parties de l’Amérique du Nord, aux Etats-Unis notamment, un singulier phénomène, désigné par les savants sous le nom de Saignement du pain, s’est produit durant les chaleurs torrides de l’été dernier. Sur le pain fraîchement coupé, sur les pommes de terre bouillies et le riz cuit, apparaissaient, répandues à profusion, de très nombreuses taches rouges ressemblant à s’y méprendre à des gouttelettes de sang. Ce phénomène, très rare du reste, faisant sa première apparition en Amérique, a produit une profonde impression sur le peuple qui y a vu les preuves évidentes de la colère céleste. A un tout autre point de vue, les sociétés savantes s’en sont occupées et en ont étudié les causes. Au moment où se produisent de très fortes chaleurs un peu humides, un champignon microscopique, auquel llerrenberg, qui l’a découvert, a donné le nom de Microcoexus prodigios us, pousse sur le pain et certains farineux, simulant des taches sanglantes partout où il fait son apparition. C'est à la présence de ce meme champignon que doit se rattacher le phénomène bizarre dont, à maintes reprises, dans l’histoire, l'imagination des fideles a été frappée : nous voulons parler des hosties sanglantes, considérées autrefois comme l’indice précurseur des plus grandes calamités humaines.
- dépeuplement en morues. — En dépit de l’augmentation du nombre des pécheurs presque doublés et du perfectionnement des engins de pèche, les prises de morue dans les baies de l’île de Terre-Neuve et sur les bancs ne sont pas plus importantes aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Cet appauvrissement a été attribué à ce fait que la fécondation des œufs, déposés par centaines de millions, n’était réalisée que dans une infime proportion, et l’on a même cru pouvoir établir que c’est à peine si, pour un million d’œufs déposés, une seule morue arrivait à son complet développement. Un laboratoire d’éclosion artificielle a été installé dans l’ilc Ueldo (baie de la Trinité),’ d’après les indications d’un savant norvégien, M. Neilson. On espère arriver, dans cet établissement, à faire éclore de 250 à 500 millions de morues chaque année, La première expérience a été faite en 1800; cette année-là, on put faire éclore 17 millions de morues qui furent alors pour ainsi dire semées dans la baie. La saison suivante a produit 40 millions de sujets, et, en 1802, cette production a atteint le chiffre de 165 millions. La morue n’atteignant son complet développement qu’au bout de quatre ans, c’est seulement l’année prochaine qu’on sera définitivement fixé sur la valeur de cette nouvelle industrie; mais, des à présent, les pécheurs disent avoir vu un nombre énorme de jeunes morues dans les parages où l’on n’en rencontrait pas autrefois.
- Ascension aérostatiqne par vent violent. —
- Nous extrayons les renseignements qui suivent de la relation du voyage aérien effectué l’année dernière par deux officiers du service aérostatique belge. Le départ eut lieu de Nainur, par une tempête d’une rare violence. Dès la montée, le ballon éprouva d’étranges oscillations;
- il semblait incertain de sa direction; il montait, redescendait, alb.it à droite, puis à gauche; il titubait, tandis que, phénomène exceptionnel, les voyageurs essuyaient encore de véritables coups de vent dans la nacelle. A la hauteur de 1000 mètres, le calme se déclara enfin. La marche de l’aérostat était extrêmement rapide : en 25 minutes il franchit une distance de 56 kilomètres, ce qui donne une vitesse de 57 mètres à la seconde. Les étranges balancements éprouvés par le ballon à son départ sont expliqués de la manière suivante par les officiers aéro-nautes : dans le torrent d’air qui roulait à vitesse folle au-dessus du sol immobile, existait probablement une zone où se produisaient des remous violents, occasionnés par le relief du terrain. Nous rappellerons parmi les voyages aériens à grande viiesse, que M. Gaston Tissandier cite dans son Histoire de mes ascensions, une traversée aérienne de 80 kilomètres qu’il a exécutée en 55 minutes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 janv. 1894. — Présidence de M. Lacaze-Ddthieus
- La dépendance des lois de Kepler et de Newton. — M. Bertrand s’est appliqué à la solution d’un problème de mécanique qu’il a soulevé, il y a déjà plusieurs années, dans ses leçons du Collège de France. L’auteur avait posé cette question : connaissant seulement la première loi de Képler, c’est-à-dire le mouvement des pianotes dans des orbites elliptiques, peut-on en déduire la loi de la gravitation? MM. Halphen et Appel donnèrent immédiatement une démonstration de la proposition affirmative. Mais cette démonstration très compliquée, bien que reproduite dans la plupart des traités de mécanique céleste, ne satisfaisait pas M. Bertrand à cause de l’extrême difficulté qu'elle présentait. Il a donc à son tour abordé la question et il l’a résolue d’une façon extrêmement simple.
- La salure des eaux du lac de Genève. — M. Delebecque, ingénieur des Ponts et chaussées, qui a déjà étudié la salure des eaux des lacs de l’est de la France, s’occupe aujourd’hui des eaux du Rhône et de la Drance.Tous les huit jours pour le Rhône et tous les quinze jours pour la Rrance, il a recueilli et fait évaporer, dans une capsule de platine, 500 grammes d’eau. Pour le Rhône, il a constaté un maximum et un minimum réguliers dans la teneur en sels minéraux. Le maximum a lieu en hiver ; il est de 550 milligrammes par litre. Le minimum a lieu en été; il est de 92 milligrammes. L’auteur explique cet état de choses fort simplement en remarquant qu’en été ces rivières s’alimentent surtout par le moyen des eaux de fusion des glaciers. La Drance présente des anomalies de même ordre: un minimum de 152 milligrammes et un maximum de 474 milligrammes; enfin les eaux de cette dernière rivière sont plus riches en sels potassiques. M. Delebecque évalue à 750 000 tonnes le poids des sels minéraux déversés annuellement dans le lac de Genève par le Rhône.
- Un nouveau corps composé. — M. Henri Moissan présente une Note de MM. Jungfleisch et Leger sur un nouvel isomère de la cinchonine. Ces savants établissent l’existence de cet isomère par les propriétés de l’alcaloïde et par l’étude des différents sels.
- Varia. — MM. Favé et de l’isle décrivent un procédé permettant de faire le point à bord des navires en marche, avec une extrême rapidité. Cu. de Villedeüil.
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- LE PHYLLOXÉRA.
- EN TURQUIE
- Ce n'est pas seulement dans nos pays que le phylloxéra est un fléau. Depuis une dizaine d’années, il exerce ses ravages sur la côte asiatique du Bosphore; la surface envahie comprend plus de 2000 hectares et, sur une superficie de 800 hectares, les vignes sont complètement détruites. Sur la côte d’Europe, la maladie a également fait son apparition, depuis deux ans environ. Sur une superficie cultivée en vignes de 2500 hectares, la surface envahie est de 5 hectares dont 1 hectare se trouve complètement détruit. Sur le Bosphore, le phylloxéra a envahi à Thérapia plus de 40 hectares, dont la moitié est presque totalement ravagée.
- 11 est à remarquer qu’aux environs de Constantinople, la marche de la maladie est, en général, assez lente.
- Cette particularité s’explique par le fait que les vignobles de cette région sont défoncés à une profondeur de 1 mètre. Les racines des vignes, atteignant ainsi de grandes dimensions et se développant plus profondément dans la terre, opposent plus de résistance à la maladie et en ralentissent les progrès.
- Il n’a été employé jusqu’à ce jour aucun traitement préventif pour combattre le phylloxéra. Le Gouvernement ottoman s’est borné ’a créer deux pépinières de vignes américaines. Ces pépinières distribuent gratuitement aux viticulteurs des boutures américaines. Dans le cours de ces deux dernières années, il a été distribué ainsi plus de 200 000 de ces boutures. Les pépinières et l’école de greffage précitées sont placées sous la direction de M. Eckerlin. La surveillance de ces établissements est confiée à un ancien élève de l’Ecole de Grignon, Agathou Effendi, inspecteur de viticulture. Les résultats obtenus jusqu’ici sont très satisfaisants et permettent d’espérer qu’il sera possible d’arriver à régénérer les vignes détruites.
- En dehors de la loi sur la maladie de la vigne phyl-loxérée, du 2-14 avril 1880, qui est toujours en vigueur, il n’a été adopté en Turquie aucune mesure législative.
- A la suite de l’apparition du phylloxéra dans les environs de Constantinople, notamment sur la côte d’Asie, de nouvelles plantations de vignes ont été faites, dans des terrains de la même région employés à différentes cultures, pour remplacer les vignobles devenus improductifs. La superficie de ces nouvelles vignes est actuellement plus étendue que ne l’était autrefois celle des anciens vignobles aujourd’hui détruits ou malades; de telle sorte que la production est restée la même et que le prix du raisin n’a subi aucune augmentation.
- La culture de la vigne, était anciennement très
- prospère dans le vilayet de Trébizonde ; elle était une source de richesse pour les habitants ; elle est entièrement abandonnée depuis une quarantaine d’années.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE JEU DU DIABLE
- Nous avons publié précédemment1 un article sur un certain jeu d’origine chinoise, le Kouen-gen, autrement dit Jeu du diable. Ce jeu, qui remonte en Chine à une très haute antiquité, a été très pratiqué en France à différentes époques des temps modernes, notamment au commencement de notre siècle, et il a obtenu grand succès à plusieurs reprises jusqu’à nos jours. Un de nos lecteurs, M. W. Taylor,
- nous adresse au sujet du fonctionnement de cet appareil, une intéressante photographie que nous reproduisons ci-contre ; elle représente le diable jeté en l’air au moyen delà cordelette que le joueur tient tendue à l’aide de deux bâtons et sur laquelle il va le rattraper.
- Eu lisant l’article de La Nature, nous dit notre correspondant, je me suis rappelé avoir très souvent vu ce jeu entre les mains d’un de mes amis. D’après lui, du temps de sa jeunesse, il y a quinze ans environ, ce jeu était très en faveur en Belgique, dans les collèges surtout, où les jeunes gens organisaient entre eux de véritables parties à deux et même à trois. Je vous envoie une photographie que j’ai faite avec un Kodak, et qui représente un joueur au moment où le diable vient retomber sur la corde. La forme de ce diable varie un peu de celle du kouen-gen : il est formé de deux cônes en fer-blanc réunis par leurs sommets et percés de trous pour produire un ronflement lorsque le diable tourne très vite. Un bon joueur, vigoureux, peut facilement le lancer à plus de 12 mètres de hauteur.
- Dans notre enfance, vers 1853, on jouait beaucoup au diable à Paris : le diable était fait avec deux boules creuses de bois de buis. Ce jeu, fort amusant, et qui exerçait l’adresse, est presque oublié aujourd’hui. Il serait intéressant d’en faire revivre l’usage. G. T.
- 1 Voy. n° 1031, du 4 mars 1893, p. 211.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1076. — 13 JANVIER 1894.
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- UNE VILLE D’EMJX SUISSE
- AU MOYEN AGE ET AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
- PF ÆF K U S-RAG AT/
- L’usage des eaux minérales est fort ancien. Très répandu à l’époque romaine, jamais complètement disparu pendant les invasions barbares, il se développa de nouveau au moyen âge. Ces eaux se faisaient remarquer, soit par leur température, soit par leur goût, leur odeur ou leur volume ; étant singulières, elles devaient être bonnes. On les essayait avec un excès de zèle qui nous fait sourire, prenant des bains de douze jours consécutifs, avalant des
- Fig. 1. — Les biiius de Piæfei’s au treiziéme siècle. (D’après un ancien tableau.)
- de ces gorges, qu’aujourd'hui nous trouvons pittoresques, mais qui, au siècle dernier encore, faisaient penser à une entrée de l'enfer, qu’en 1038, un oiseleur, Karl de Hobenbalkcn, aperçut en chassant la fumée d’une source chaude. L’accès de l’endroit n’était pas aisé et la source resta inutilisée jusqu’en 1240, époque où Hugo II, prince abbé de Pfæfers, y fit faire une première installation de bains. A cette époque, les bains que, d’étape en étape, on est arrivé aujourd'hui à amener à 5 kilomètres de là, à Ragatz, dans la vallée du Rhin, étaient situés au fond de la gorge, sur la source même, et, comme le chemin d’accès actuel par la gorge était absolument inconnu et impraticable, il fallait, pour y descendre, se faire suspendre, enveloppé dans une couverture, comme le représente une de nos gravures (fig. 1), ou assis dans un fau-
- 22° année. — Ur semestre.
- tonneaux de liquide et, ce qui est merveilleux, on obtenait ainsi des guérisons. Comme dit un vieil auteur, l’eau minérale attirait le malade comme l’aimant le fer.
- L’histoire ancienne des eaux de Pfæfers-Ragatz, dans le canton de Saint-Gall, en Suisse, présente notamment des côtés assez piquants.
- Tous les touristes qui ont poussé en Suisse jusqu’à l’Engadine ou seulement jusqu’à la Via Mala, connaissent les célèbres gorges de Pfæfers, gorges sciées, on peut le dire, verticalement par le torrent la Tamina dans les schistes et calcaires nummuli-tiques sur 200 mètres de profondeur, 6 à 12 mètres de largeur et 700 mètres de longueur. C’est au fond
- Fig. 2. •— Bains de Plæl'ers au di\-se|>ticmc sièele. (D’après une ancienne gravure.)
- tcuil, au bout d’une corde déroulée sur un treuil. On bandait les yeux des maladcsles plus sujets au vertige. Une fois en bas, ils trouvaient de simples piscines couvertes d’un toit et creusées dans le rocher ; et, comme la descente leur avait semblé dure, pour éviter de la renouveler trop souvent, ils prenaient un bain d’une dizaine de jours consécutifs.
- On considéra comme un grand progrès et on poussa des cris d’admiration quand, en 1582, Jean de Mendelbiiren ajouta à cette installation sommaire une maison de bois soutenue, au-dessus du torrent toujours grondant, par des solives encastrées dans le rocher, maison où l’on ne voyait pas clair en plein midi, mais où, néanmoins, on pouvait prendre un peu de repos. On continuait à y descendre au moyen du treuil et l’on y entrait par une ouverture pratiquée dans le toit. Quoique beaucoup de mala-
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- des, d’après un auteur ancien, prissent peur en apercevant cet étrange moyen de transport, il y avait une grande affluence.
- En 1555, l'abbé Jacques permit aux baigneurs d’arriver plus facilement en faisant tracer deux sentiers descendant, sur les deux rives du torrent, l’un de Valens, l’autre de Pfæfers, et en construisant, au bout de ces sentiers praticables en chaise à porteurs, un escalier de bois de ‘200 mètres qui aboutissait à la source. 11 paraît cependant que le sentier était peu commode pour les impotents, car beaucoup continuèrent encore, ainsi qu’aux siècles précédents, à se faire descendre par le treuil. 11 y avait alors, ainsi que le montre une gravure ci-jointe, deux hôtels en bois superposés (détruits en 1650) et, un peu au-dessous, l’établissement de bains situé sur la source même, dont le point d’émergence était autrefois plus haut, mais avait baissé en même temps que l’érosion creusait davantage la gorge1. À cette époque, un auteur ancien nous fait le tableau suivant de cette station balnéaire :
- « L’endroit où sort cette source, entre des rochers resserrés et si hauts que le jour y pénètre à peine, est tellement étrange et saisissant d’horreur, que celui qui ne l’a jamais vu ne peut s’en faire une idée et celui qui l’a déjà vu plusieurs fois ne peut le garder dans sa mémoire.... Ces rochers semblent menacer sans cesse la tête des hommes et, bien des fois, il est tombé de ces hauteurs des arbres, des arbustes, de la neige.... Peu sont entrés pour la première fois dans cet endroit sans se croire à la porte de l’enfer ou du purgatoire.... Dans cet horrible lieu, à peine si l’on peut lire deux heures son bréviaire; et, bien des fois, la crue du torrent a été telle que le bruit s’est répandu que l’hôtel était enlevé. »
- Néanmoins, il venait déjà assez de baigneurs pour que, dès 1555, on ait jugé à propos de faire composer à leur usage, par le fameux alchimiste Paracelse, une description des eaux, sorte de guide Joanne, qui eut rapidement neuf éditions successives. À cette description en succédèrent d’autres et nous pouvons dire, dès maintenant, qu’en 1785 on n’en comptait déjà pas moins de trente-neuf.
- Si rétablissement très primitif de 1582 avait fait pousser des cris d’admiration, ce fut bien autre chose quand, en 1628, l’abbé de Pfæfers Jodocus, qui dirigeait les bains au nom de l'abbaye, conçut l'idée hardie de transporter eaux et établissements à l’autre bout de la gorge, à travers cet abîme effroyable où, jusque-là, personne n’avait osé péné-
- 1 Nous trouvons la confirmation «lu tableau, conservé à ftagalz, d’après lequel nous avons fait ce dessin, dans un curieux ouvrage de ttî-42 par Martin Zeillcr et Mérian : « Topographia Ilelvetiæ, Rhœtiæ et Valesiæ ». Cet ouvrage, fort bien illustré, fait partie d’une série de guides relatifs à toute l’Europe, par le même Martin Zeiller. Une planche, page 51, représente les eaux de l'fæfers et montre clairement les sources avec la disposition des établissements telle que dans la figure 2. (Voir, sur ce Martin Zeiller, un article de Paul Zeiller dans ïAnnuaire du Club alpin de 1887.)
- trer. Pondant les basses eaux de l’hiver, huit jours avant Noël, un homme entreprenant, le maître baigneur, Johann Risch, parvint à suivre dans le torrent toute la longueur de la gorge, non sans avoir failli se noyer dans un abîme appelé Spelunca Maria Madalena. Un éboulement de rochers et un incendie qui vinrent, presque coup sur coup, détruire les deux maisons de bois où on logeait les baigneurs sur la source, forçaient à prendre une décision sans tarder si l’on voulait être prêt pour la saison d’été prochaine. Le 16 décembre 1629, on se mit au travail; la besogne fut rude, car on n’avait aucun point d’appui et le fracas du torrent ne permettait même pas de s’entendre; néanmoins on parvint à lixer, sur les 500 mètres de longueur de la gorge, une passerelle en planches suspendue à une dizaine de mètres au-dessus de l’eau et portant une conduite en bois. Le 19 mai 1650, Peau chaude arriva pour la première fois dans les nouvelles piscines creusées, à la sortie des gorges, dans un endroit qui parut alors un paradis, quoique la vallée de la Tamina y soit encore singulièrement abrupte et encaissée. On chanta, dit un médecin du temps, le psaume : « Dieu a laissé descendre son esprit et les eaux ont coulé ». Et les malades présents, qui voulurent se baigner sans tarder, déclarèrent qu’ils avaient ressenti une amélioration immédiate, beaucoup plus prompte que dans l’ancien bain.
- Cet établissement de 1650 et la vie qu’on y menait nous sont connus par un vieux livre de 1651 dont la forme scientifique rend les côtés baroques encore plus comiques.
- Il y avait alors trois piscines distinctes et séparées par de bonnes murailles : le bain des femmes près de la Tamina ; le bain des pauvres pouvant contenir cent personnes; enfin, un peu plus haut, le bain des hommes. L’usage étant alors, non seulement à Rfæfers, mais dans la plupart des villes d’eaux, de [irendre les bains aussi longs qu’on pouvait les supporter, — ce qu’on appelait la tolerantia, — on y restait jusqu’à sept jours consécutifs, ce que pourtant les médecins du temps commençaient à trouver excessif. Au bout de ce temps, la peau était tellement attendrie qu’elle se couvrait souvent d’éruptions, s’ulcérait, s’attachait aux vêtements, aux lits et causait les [dus vives souffrances. Mais c’était une phase prévue du traitement.
- On peut se représenter ce qu’étaient ces piscines où une centaine de baigneurs vivaient côte à côte, mangeaient, buvaient, dormaient; cela, ne l’oublions pas, au dix-septième siècle. Le cas de Pfæfers n’était, d’ailleurs, pas exceptionnel; car, dans nombre de villes d’eaux françaises, à Bourbon-TArchambault, par exemple, où Boileau, Mme de Sévigné, Mme de Montespan ont été faire des saisons, le commun des mortels n’était guère mieux traité. A Pfæfers même, les descriptions célèbrent comme un avantage précieux l’existence d’un courant continu dans les piscines, et l’on conçoit, en elfet, que cela fût néeessaire pour nettoyer un peu.
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- Quand on partait pour Pfælèrs, les médecins recommandaient d’apporter un manteau et une robe de nuit chaude pour se garantir de l’humidité des nuits, des bas de fil (ceux de laine pouvant se coller à la peau trop attendrie), des pantalons de bains pour les messieurs avec des cordons solides, des chemises pour les dames, un bonnet de laine légère pour éviter sur la tète l’effet de la vapeur, etc.
- La principale habitation commune avait un caractère tout à l'ait claustral avec ses chambres sombres donnant sur une galerie voûtée. 11 y avait cependant plusieurs autres hôtelleries, car un règlement de 1651 défend aux aubergistes, tout comme celui qui est affiché aujourd’hui dans nos gares thermales, de se disputer les malades. En pénétrant dans le bain, on se soumettait à la discipline du maître baigneur qui assignait les places à chacun suivant la hiérarchie sociale. On s’asseyait dans l’eau jusqu’au ventre seulement, les médecins recommandant, quand on avait un endroit malade plus haut, de se contenter d’y verser de l’eau minérale, et l’on restait dans le bain le plus longtemps que l’on pouvait, les personnes trop faibles prenant trois bains séparés par des intervalles dans la journée. Des seigneurs s’amusaient à venir, autour des piscines, tenir des paris aux baigneurs, à qui resterait le plus longtemps ou boirait le plus d’eau.
- Les cas prévus par le règlement des bains donnent une idée des mœurs qui régnaient : défense de donner des coups de poing, de blesser quelqu’un avec une arme, d’asperger ses voisins ou les faire enfoncer, de souiller l’eau, de se dévêtir indécemment, de dire des mots malséants, etc.
- Une interdiction curieuse en cet établissement organisé par des moines est celle faite aux catholiques et aux réformés de discuter la religion et de tourmenter les autres à ce sujet. Défense de chanter des psaumes allemands ; on peut chanter d’autres chants à la condition « de ne pas les vociférer de manière à gêner les vieillards et les personnes faibles ».
- Trois fois par jour, le maître baigneur dit la [trière ; alors les chants doivent cesser et les hommes se découvrir.
- Quand on se trouve guéri pendant ou après la cure, il faut en avertir le maître baigneur « afin que le fait soit célébré pour la gloire de Dieu et l’encouragement des autres malades ».
- Une dernière prescription à noter est l’ordre imposé aux hôteliers de nettoyer la vaisselle et les bouteilles avant de s’en servir, les baigneurs étant invités à briser les objets qu’on leur apporterait sales.
- Ce régime dura sans modification pendant le dix-septième siècle; en 1704, on bâtit, au même endroit, un établissement plus grand possédant, outre les piscines, des cabinets de bains séparés. C’est celui qui reçut, au début de ce siècle, la visite de l’impératrice Joséphine. En 1858, cet établissement fut confisqué par l’Etat de Saint-Call en même temps que l’abbaye de lM'æfers dont il dépendait et que l’on transforma en un asile d’aliénés. Enfin, en
- 1859, on traça, de la gorge à Ragatz, une route de voiture et l’on construisit, à Ragatz, à 5 kilomètres des sources, des établissements plus confortables où l’eau chaude arrive par des conduites et qui sont, chaque année, visités par près de 50 000 personnes. Les baigneurs actuels seraient, sans doute, un peu étonnés si on leur proposait, comme à leurs devanciers du treizième siècle, de se faire descendre dans leur bain du haut de la gorge au bout d’une corde et d’y rester sept jours de suite.
- L. de Launay.
- PHOTOGRAPHIES SPIRITES
- Sous les appellations successives de photographie spirite, spiritualiste, psychique, médianimique, astrale, l’art de Niepce et de Daguerre a servi à toute une étrange série de mystifications : amusantes, lorsqu’elles sont présentées par d’habiles amateurs cherchant à étonner les profanes du collodion, elles sont absolument condamnables, lorsqu’elles ne sont que d’odieuses supercheries destinées à duper les âmes assez naïves pour croire en ces manifestations de Y au-delà.
- Nous nous proposons de passer en revue cette histoire déjà longue et pleine de documents incroyables de la crédulité humaine : nous montrerons les divers moyens employés et indiquerons les procédés les plus simples pour obtenir de telles images.
- D’une façon générale, la photographie spirite a pour but de reproduire ces esprits immatériels, qui flottent invisibles autour de nous et que peut évoquer à son gré un homme doué de vertus extraordinaires, qu’on nomme médium : il nous parait parfaitement inutile de discuter ce point étrange de la raison humaine, qui admet qu’un être essentiellement spirituel, fluidique, pour nous servir du jargon spécial, puisse être représenté matériellement et par des moyens matériels.
- D’après les journaux américains, celui qui découvrit la photographie spirite serait un certain Mum-ler, graveur très habile, employé dans la maison Bigelow, une des principales fabriques d’orfèvrerie de Boston. Dans ses moments perdus, il s’occupait de photographie et, un jour, en développant une plaque, il fut frappé de voir apparaître, à côté de l’image du modèle, une tête très légèrement indiquée; quelques jours après, le même phénomène se reproduisit. C’était en 1861, la folie des tables tournantes battait son plein en Amérique ; Mumlcr parla de sa découverte dans les journaux, ceux-ci la célébrèrent à l’envi, la photographie spirite était née. 11 est plus que probable que l’accident arrivé à Mum-ler était dû, comme il a été démontré depuis, au nettoyage imparfait de la glace qui avait déjà reçu une impression auparavant; au second développement, la première image réapparaissait, mais affaiblie. Très intelligent, Mumlcr sut rendre le phénomène pehnanent, il abandonna la gravure et vint.
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- monter à New-York un atelier de photographie spirite, qui ne tarda pas à prospérer, à la grande jalousie de ses confrères non spirites; ceux-ci l’attaquèrent devant les tribunaux : mais l’esprit américain est très large et, comme le dit l’auteur à qui j’emprunte ce récit : « on reconnut qu’il n’y avait aucune tromperie, et il fut honorablement acquitté... » !
- C’est ainsi que débuta la photographie spirite en Amérique et elle ne lit que croître, avec des fortunes diverses toutefois, car, en 1865, un jugement du tribunal de Buffalo déclare expressément que « les photographes spirites sont des escrocs ». Cependant, en 1874, on annonçait une nouvelle édition de la Bible avec photographies authentiques d’Abraham,
- Moïse, David..., obtenues cà l’aide du spiritisme!!! En France, lorsque les théories spirites furent à l’ordre du jour, la photographie médianimique ne put manquer d’apparaitre, mais son odyssée fut courte et lamentable. C’était en 1875, le spiritisme avait alors pour grand prêtre Allan Kardec : nous avons eu la bonne fortune d’assister à une de ces séances et nous nous rappelons avoir fait la douloureuse constatation que Voltaire, en s’éthérisant, avait perdu toute prosodie et commettait des vers de quinze pieds. L’organe de la secte nouvelle était la Revue spirite; elle ne tarda pas à parler des photographies américaines et put bientôt annoncer qu’un photographe-médium lrançais était parvenu à lixer les images des défunts évoqués, et à l’appui, elle publia quelques épreuves avec témoignages enthousiastes des clients du photogra-
- phe. Au début il était absolument nécessaire que la personne, demandant l’évocation, lût présente et
- posât en même temps que le spectre s’impressionnait sur la plaque ; mais plus tard, grâce à une plus grande activité de son fluide, sans doute, le photographe put travailler pour la province. 11 suffisait
- d’envoyer son portrait-carte et les 20 francs obligatoires; le médium prévenait du jour et de l’heure où l’opération se ferait, et le client devait s’unir fortement d’esprit avec le médium; quelques jours après les cartes spectrales étaient envoyées. Nous en avons plusieurs en notre possession portant au dos le nom du photographe, B...,et l’adresse, 5,boulevard Montmartre; on voit que le spiritisme opérait en plein cœur de Paris. Nous reproduisons ici l’une de ces curieuses photographies où l’on aperçoit un spectre derrière un portrait. Elle a été faite par le sieur B...
- et a liguré au procès linal (iîg. 1).
- Mais il est toujours en ce monde des âmes rebelles à toute chose élevée. Un épicier de Montreuil avait désiré l’évocation d’un fils de trois ou quatre ans, perdu l’année précédente : hélas ! l’enfant revint avec une cinquantaine d’années. Deux ou trois autres mésaventures de ce genre, suivies de plaintes, amenèrent dame Justice à s’occuper de la photographie spirite, et le 22 avril 1875, un commissaire de police, trop sceptique, surprenait le secret des spectres. A coté de son cabinet obscur, le photographe avait une petite chambre tendue de noir au milieu de laquelle était un mannequin acéphale drapé de tulle bleuâtre : une collection de trois ou quatre
- Fig. 2. — Fac-similé d’une photographie spirite américaine publiée par le Médium.
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- cents tètes photographiées, de 4 à 5 centimètres de hauteur, permettait de donner au mannequin l’âge et l’expression approchée du défunt, dont la caissière, une demoiselle Mennessier, avait, en causant avec le client, appris les particularités utiles. Une première pose rapide, faite en secret sur ce mannequin, impressionnait la plaque, puis, au milieu d’une mise en scène soignée, avec passes de rigueur, le client était photographié et le tour était joué. 11 est extrêmement curieux de lire les audiences des 10 et 17 juin, au cours desquelles le procès fut jugé; malgré les aveux les plus complets et les plus hum-
- blés du sieur B..., quelques clients, et non de mince valeur par leur position et leur instruction, déposèrent en faveur du médium et surtout de la théorie. Dame Thémis refusa d’ouvrir les yeux sous son légendaire bandeau et B... fut condamné à un an de prison et 500 francs d’amende. Le coup fut mortel pour la photographie spirite en France, elle ne s’en releva pas.
- En Angleterre, elle eut, et a encore, de nombreux adeptes parmi lesquels nous ne sommes pas peu surpris de rencontrer le nom du savant auteur de la théorie de la matière radiante. Les journaux pho-
- Fig. 3. — Fac-similé d’une photographie spirite. Fig. 4. — Autre fac-similé d’une photographie spirite.
- Ces photographies ont été obtenues par l’auteur avec la méthode de double exposition.
- tographiques s’occupent de temps à autre de cette question, et celte année encore le British Journal of photography publie un article de Trail Taylor écrit dans ce style d’humour à froid devanl lequel l’esprit s’arrête déconcerté. L’auteur admet que de même que certains corps fluorescents ne deviennent visibles que dans certains rayons colorés, comme la quinine dans l’ultra violet, il se peut que les émanations fluidiques aient une sorte de fluorescence capable d’impressionner les plaques, mais sans action sur notre rétine. Il raconte à ce propos l’histoire d’une jeune femme, d’humeur joviale, qui, apprenant les propriétés du sulfate de quinine, se peint sur le front, avec une solution de ce sel, une tête de mort et des os en croix ; or on sait que cette étrange pein-
- ture était absolument invisible. Cela fait, elle va poser chez un photographe : celui-ci, pour qui la chimie avait encore nombre de secrets, recule épouvanté en voyant sur plusieurs épreuves successivesx apparaître ces lugubres signes de mort. Il s’enfuit épouvanté chez le clergyman du coin lui demander le secours de ses prières. L’histoire est drôle, mais nous avouons que nous avons tenté en vain de répéter l’expérience sur nous-même. Nous savions qu’elle réussit fort bien, dans certaines circonstances; ainsi, si l’on écrit avec une solution de quinine sur une feuille de papier, le cliché reproduit l’écriture que notre œil était incapable de reconnaître. Aussi, sans nier l’anecdote, nous nous contentons, pour explication, de croire que notre peau n’a pas les blan-
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- cheurs marmoréennes du front de la jeune miss.
- L’auteur, une des sommités du parti photographique anglais, rapporte ensuite ses propres expériences : il se sert d’une chambre stéréoscopique et obtient des images spectrales en la présence d’un médium dont on ne voit pas très bien le rôle, puisqu’il avoue qu’au lieu d’évoquer les esprits « il réfléchissait sur les chances qu’il pouvait avoir de s’établir dans un coin du wagon qui le ramènerait le soir chez lui » (sic). Le médium, d’après Taylor, n’agit donc que par action catalytique ! En examinant les images dans un stéréoscope, l’auteur s’aperçoit qu’elles ont dû être obtenues par un moyen autre que l’objectif employé, elles ne sont pas superposables et ont dû être faites par un instrument tout au moins de plus long foyer; or les plaques ont été achetées chez un des meilleurs fournisseurs de Londres et les bandes de la,boîte n’ont été brisées qu’au moment d’opérer et cela avec les plus grands soins; et l’auteur termine en ne voulant pas conclure sur ces choses extra-naturelles. Tout haut nous ferons comme lui.... mais tout bas !...1
- En Amérique, la photographie spirite continue le cours de ses exploits : à New-York paraît un organe spécial, le Médium, qui, de temps en temps, publie des photographies spiritualistes : telle l’épreuve que nous reproduisons (tig. 2), qui est appuyée d’un commentaire assez curieux. C’est, paraît-il, le portrait d’une jeune actrice, miss Power, décédée depuis peu et qui avait eu sur les scènes de genre un assez vif succès : l’objet assez indistinct qu’elle tient à la main serait, d’après le médium, un zinnia : il est donc maintenant établi qu’il y a des spectres de fleurs, comme des spectres de draperies, car, chose curieuse, tous les esprits, en quelque endroit qu’ils apparaissent, sont toujours enveloppés en un long suaire : mystère des au-delà! Peu embarrassé pour expliquer le phénomène, le médium nous apprend que les esprits sont obligés de s’entourer de blanches draperies, qui seules ont un pouvoir actinique, tandis que le corps (?) des esprits est peu apte à impressionner la plaque, et cela pour des raisons ' assez diffuses basées sur les - transformations de la force vitale du médium en ondes lumineuses par l'esprit. Ce n’est pas plus difficile que cela; le tout est de comprendre. Cependant, comme vieux photographe sceptique, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu’il en est toujours ainsi lorsqu’on photographie une première communiante dans ses blancs atours et que la pose est trop courte : les vêtements blancs s’impressionnent beaucoup trop, alors que les colorations jaunes de la peau humaine n’ont encore produit aucune image.
- Nous ne conduirons pas plus longtemps le lecteur au milieu de ces étranges aberrations, mais nous croyons qu’il lui sera agréable de connaître les petits tours de mains utiles pour réussir ces amusantes
- 1 II est juste d'ajouter que cette communication faite dans un des grands cercles photographiques de Londres a soulevé de vives protestations
- photographies. La méthode réellement la plus pratique consiste à opérer en deux poses successives : l’une pour obtenir le spectre, l’autre l’évocateur vivant. Une fois qu’on a arrêté le groupement général de la scène, on fait poser le spectre devant un fond noir en déterminant au besoin, par quelques traits, sa place sur le verre dépoli; s’il est nécessaire, on décentre un peu l’objectif pour faire flotter le spectre dans l’air. Le suaire ne devra pas être blanc, mais légèrement teinté en bleu par un passage dans un bain foncé d’outremer des blanchisseuses. On évitera ainsi les duretés dans les grandes lumières. La pose sera irès courte, le sujet étant très actinique par lui-même ; il sera bon aussi de ne pas avoir une mise au point très exacte, le flou convenant à ces apparitions immatérielles; on profitera même du dispositif pour impressionner plusieurs plaques en variant les poses du fantôme.
- Cela fait, on prépare la seconde pose, celle du sujet vivant: il faudra éviter les fonds unis. Une bibliothèque un peu sombre, une muraille ornée de panoplies, un fond de verdures serrées seront préférables; en effet, par suite de la seconde exposition, on verra apparaître atténués les objets du fond, et le spectre, devenu transparent, aura l’aspect fluidi-que cherché. L’exposition du sujet vivant sera plus longue pour bien accentuer tous les détails, et, si la scène a été bien groupée, au développement on aura une apparition des plus fantastiques (fig. 5 et 4). S’agit-il de faire flotter horizontalement le spectre au dessus du modèle vivant? rien de plus facile. On photographiera le spectre, debout devant un fond noir et convenablement drapé, sur la partie de la plaque opposée au tirage du volet, mais le fond de la chambre sera disposé de manière à présenter la plaque en long; on aura soin de ne tirer le volet que de la quantité strictement nécessaire pour découvrir l’image seule du spectre. Pour photographier à son tour le modèle vivant, on tournera le fond de la chambre de façon à mettre le châssis en hauteur, l’impression du spectre sera dès lors au bas de la plaque (futur ciel) et horizontale ; au développement, le fantôme planera au-dessus du vivant. On conçoit qu’en drapant le spectre de blanc et de noir il est possible d’obtenir toutes les combinaisons possibles. Si la tête du spectre est la tête même du modèle vivant, on aura des photographies astrales, c’est-à-dire dans lesquelles l’émanation lluidique, éthérée, de l’être vivant, nouvelle forme du spiritisme, viendra animer le corps matériel, celui-là même que de Maistre appelait irrévérencieusement la bête et qui est, paraît-il, pour la forme astrale, un sujet continuel de plaintes et de douleurs. Le très curieux appareil de M. de Ifracq, décrit il.y a peu de temps dans La Nature *, pourra servir au besoin à corser les scènes fantastiques. On voit qu’il y a là une source de curieuses et amusantes photographies, faciles à faire dans un appartement, pendant les longues
- 1 Voy. n° 1066, du 4 novembre 1803, ]>. 365.
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- soirées de l’hiver; le magnésium nous fournira sa puissante lumière qu’on modérera à son gré en diaphragmant l’objectif, et meme les tons un peu crus qu’elle donne auront l’avantage d’accentuer le caractère fantastique de la scène. Ainsi pratiquée, la photographie spirite devient une amusante application de la chambre noire que nous recommandons à nos lecteurs. 11. Fourtier.
- DE L’EAU PURE PARTOUT
- « La pluie qui tombe sur le toit d’une habitation est presque toujours suffisante en quantité pour fournir toute l’eau nécessaire aux besoins domestiques de la maisonnée. La superficie de couverture des termes est presque toujours aussi amplement suffisante pour recueillir toute l’eau nécessaire aux chevaux, au bétail, à la laiterie, aux maehines. La qualité seule de cette eau a jusqu’ici empêché d’en généraliser l'usage. »
- Si cette affirmation énoncée par M. C. G. Roberts, ingénieur à Haslemere, Surrey, en Angleterre, peut être contestée pour des villes comme Paris où les maisons ont six étages, ou comme Chicago où elles peuvent en avoir plus de vingt, c’est une vérité absolue pour toutes les maisons des petites villes et des campagnes où n’existent pas les somptueux services d’eau des capitales.
- La fdtration de l’eau de pluie la rend plus belle mais non meilleure : beaucoup de microbes balayés de l’air par la pluie traversent les filtres en même temps que les matières solubles enlevées par le lavage des toitures.
- M. Roberts a cherché et trouvé une autre solution du problème qui, pour le bien de l’humanité, devrait être connue et utilisée partout. Il y a des gens soigneux qui, lors d’une première pluie, après un certain temps de sécheresse, disposent leurs tuyaux de gouttière de manière à perdre la première eau tombée, chargée des impuretés de l’air et des toitures, et ne recueillent la pluie que lorsqu’elle tombe pure et n’ayant plus rien à entraîner ou à dissoudre de l’air ou des toits. Faire faire ce travail délicat avec une parfaite régularité en tout temps, par un serviteur automatique en zinc est le problème heureusement résolu par l’ingénieur anglais.
- Les deux appareils qu’il a créés, et qui sont déjà très répandus en Angleterre, sont quelque peu compliqués. L’inventeur a mis une certaine coquetterie à ne pas perdre une goutte de bonne eau. L’appareil pourrait être simplifié, par conséquent être moins cher et se répandre plus vite au prix du sacrifice d’un peu d’eau pure, chose acceptable là où l’eau abonde et dépasse les besoins. Toutefois, ceux qui sont en même temps curieux d’utilité et d’élégance ne regretteront pas la perfection de l’appareil.
- M. Roberts a deux séparateurs d’eau de pluie : l’un, dit le vertical, se place là où la hauteur ne manque pas, quand on veut, par exemple, recueillir
- l’eau d’un toit dans une citerne souterraine; l’autre beaucoup plus important à mon avis, Y horizontal, ne donne pas plus de 15 centimètres de hauteur de chute verticale entre l’entrée et la sortie de l’eau, permet de l’emmagasiner aisément dans un réservoir en hauteur et de l’avoir disponible en pression. Cette dernière solution est beaucoup plus élégante et utile puisqu’elle correspond à la moindre perte d’énergie.
- La pièce principale des séparateurs est un entonnoir oscillant, à compartiments de dimensions convenables et communiquant entre eux ou avec l’extérieur par des trous ou des siphons de position et de débit déterminés. Dans la position ordinaire de l’entonnoir, la première eau qui tombe est rejetée, ou recueillie à part pour des ouvrages auxquels la pureté n’importe pas. Après la chute d’une certaine quantité de pluie, l’entonnoir dont les orifices sont réglés suivant les conditions spéciales de surface de toiture, de pureté de l’air, oscille, et l’eau est recueillie pure. Après la pluie, interviennent les pièces délicates de l’appareil ; l’eau du toit continue à s’égoutter lentement, le retour à la position primitive de l’entonnoir ne s'effectue qu’au bout d’environ 5 heures, de sorte que si, comme il arrive souvent, les ondées se succèdent sans que l’air et la toiture aient eu le temps d’être souillés de nouveau, l’eau continue à être recueillie pure.
- Quelques nombres : c’est, environ un demi-millimètre d’eau qui est perdue pour le premier lavage, moins si la pluie est forte, plus si elle est faible, chose heureusement combinée. Dans l’année, l’eau sale perdue ou recueillie à part n’est pas en moyenne le cinquième de la totalité tombée.
- En prenant une moyenne, assez commune en France, de 80 centimètres de hauteur de pluie annuelle, un toit de 100 mètres carrés recueille 80 mètres cubes d’eau totale, soit 65 mètres cubes d’eau propre fournissant à une consommation de plus de 5 mètres cubes par mois, de près de 200 litres par jour.
- Une citerne de 12 à 15 mètres cubes offrirait toutes les garanties possibles pour la fourniture régulière de cette quantité journalière d’eau. Elle ne se viderait en effet qu’après 70 à 80 jours de sécheresse, chose absolument rare. On pourrait être même moins exigeant si l’on oubliait, à tort, que le prix d’une citerne n’augmente guère que comme sa surface, tandis que son utilité augmente avec son volume. Quoi qu’il en soit, le prix des appareils Roberts est une très faible addition à celui d’une citerne, tandis que je pense avoir prouvé l’immense avantage hygiénique de faire passer la pluie par ces ingénieux séparateurs.
- Les figures ci-contre (p. 104) montrent la coupe du séparateur vertical, dans ses deux positions : la première pendant qu’il rejette l’eau trouble, la seconde pendant qu’il recueille l’eau pure. Les mêmes lettres indiquent les mêmes organes dans les deux figures.
- AA, cribles mobiles pour le nettoyage. B, glis-
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- sière mobile avec deux petits trous pour régler U écoulement de l’eau nécessaire pour faire basculer l’entonnoir. C, petite écluse ajustable d’après la surface du toit. I), est la sortie de l’eau en surplus. Dans les pluies assez fortes, la plus grande partie de l’eau coule en R, dans le tuyau E; une petite portion seulement passe à travers le crible et tombe par les petits trous B dans l’entonnoir F qui se termine à l’o-ritice G.
- Dans les très faibles pluies, toute l’eau passe à travers le crible et le trou B, en F,et, comme ce n’est pas assez pour laver le toit, s’écoule par le trou G sans faire osciller l’entonnoir. Quand il y
- a plus de pluie qu’il n’en peut passer en C, elle s’élève en G et en C et une petite quantité déborde d’un côté de l’entonnoir et remplit l’espace J. Quand J est
- TBOUBIE
- plein jusqu’à une certaine hauteur, l’entonnoir oscille et l’eau s’emmagasine (fig. 2). Alors l’eau coule de Ben T, et cesse de couler en F; l’eau s’abaissant en F s’abaisse aussi en L, le siphon K s’amorce et vide l’espace J. Pendant ce temps une partie del’eau tombant en T est
- Fig. 1 et 2. — Coupes <lu séparateur vertical d’eau de pluie.
- 1. Laissant écouler la première eau troulde ; 2. Recueillant l’eau pure.
- allée par le tuyau V dans le réservoir W, et le poids de cette eau empêche l’entonnoir de basculer jusqu’à ce que l’eau cesse de s’écouler du toit.
- Quand W est vide, l’entonnoir revient à la position primitive, et l’appareil est prêt pour la prochaine ondée. Des indications marquées aux endroits voulus permettent de régler les trous B et G et l’écluse C d’après moyenne de la pluie. Il ici l’aspect extérieur du
- l’étendue du toit et la nous suffit de donner séparateur horizontal dont l’intérieur contient des
- dispositions analogues à celles du séparateur vertical. L’eau arrive par un tuyau dans un trou percé en paroi verticale non visible en haut à gauche de la figure 3. La chute entre l’arrivée de la pluie et la sortie de l’eau propre est très faible, ce qui est avantageux dans plusieurs cas, notamment dans ceux que représente la figure 4, quand on veut recueillir
- de l’eau dans un réservoir élevé (tank), ou que le niveau de la citerne n’est pas beaucoup plus bas que la sortie des gouttières *. P. Robin,
- Directeur de J’Orpheünat Prévost.
- 1 Nous avons donne un premier modèle du séparateur Roberts. Yoy. n° 499, du 23 décembre 1882, p. 52.
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- LA NATUHL
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- LES ANIMAUX VERTS
- LA CHLOROPHYLLE ANIMALE
- Les livres classiques, toujours en quête d’exposés vérité, n’hésitent pas à déclarer que le grand cri-
- clairs et précis, et cela souvent au détriment de la térium qui sépare les végétaux des animaux consiste
- Fig. 1 à 6. — Quelques animaux verts (très grossis). — 1. Convoluta Schultzi. — 2. Coupe transversale de la Convoluta ; on voit les corps verts au-dessous de l’épiderme cilié. — 3. Paramœcium bursarin. — i. Stentor polymorphus. — 5. Vorticelle. — 6. Hydre verte
- Fig. 7. — Actinie verte (Anthæa cereus) épanouie et contractée.
- en c^que les premiers possèdent de la chlorophylle, tandis que les seconds en sont dépourvus. Cependant, pour peu que l’on jette un coup d’œil, même rapide, sur l’ensemble des animaux, on ne tarde pas à
- Fig. 8. — Elysia viridis. (Grossie.
- s’apercevoir qu’un certain nombre d’entre eux sont colorés par une matière verte qui, au moins pour l’aspect extérieur, ne le cède en rien à la chlorophylle végétale. Y a-t-il là une simple analogie ou une
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- identité complète, et dans ce cas, la matière verte appartient-elle bien en propre à l’animal ou seulement à des végétaux parasites? Telles sont les questions, du plus haut intérêt au point de vue biologique, sur lesquelles M. E.-L. Bouvier1 vient de publier un intéressant travail d’ensemble que nous allons résumer dans ses grandes lignes.
- Et tout d’abord, quels sont les animaux qui présentent la couleur verte en question? Leur nombre est assez considérable, mais ce qu’il y a de particulièrement curieux, c’est qu’ils appartiennent à des groupes très variés du règne animal; on y trouve des Protozoaires (Stentor polymorphes, Acantho-cyslis pectinata, Vortic-ella campanula, Paromœ-cium bursaria), des Spongiaires (Spongille d'eau douce), des Cœlentérés (Anthæa cereus (fig. 7), Ilydra viridis), des Echinodermes (Asterias auran-tiacum), des Mollusques (Mytilus edulis, Buccinum undatum, Elysia viridis) (fig. 8), des Crustacés (Homarus), des Vers (îloneliia viridis, Vortex viridis, Aelosoma variegalum), etc.
- Parmi ces derniers, il faut faire une mention toute spéciale pour les Convoluta Roscoffensis, petits vers plats fort petits qui vivent sur nos côtes. Au pied même du laboratoire de Saint-Vaast-la-Hougue, où j’ai eu le plaisir de les observer, ils forment sur la grève, à marée basse, d’immenses taches vertes que l’on est tenté de prendre pour des amas d’algues. En portant un fragment de ces taches sous le microscope, on voit les petites planaires courir dans tous les sens avec une grande rapidité. Leur teinte est d’un beau vert émeraude.
- Non moins variée est la position de la matière verte chez les animaux; dans les uns, elle se trouve dans la peau même ou à une faible distance au-dessous, tandis que chez d’autres, elle est placée dans les profondeurs mêmes des tissus. Ce dernier cas se rencontre chez divers mollusques, où Y entérochlo-rophylle est localisée dans le foie ou dans l'intestin.
- Nos figures reproduisent quelques-uns des animaux les plus remarquables qui présentent une couleur verte due à de la chlorophylle. La plus jolie de toutes est certainement Y Elysia viridis (fig. 8) que l’on prendrait au premier abord pour un ver plat, mais qui est en réalité un mollusque. Les deux larges expansions que l’on voit sur les côtés sont ordinairement relevées et recouvrent l’animal comme d’un toit. La teinte générale est d’un vert sombre ; de place en place apparaissent des taches blanchâtres et des points bleu-verdâtre qui semblent autant de pierres précieuses enchâssées dans la peau. Ce bel animal se trouve sur presque toutes nos côtes ; il rampe lentement à la surface des rochers submergés et des algues, en laissant derrière lui une longue tramée mucilagineuse, à la manière des escargots.
- Une question intéressante à résoudre consiste à
- 1 E. L. Bouvier, La Chlorophylle animale et les phénomènes de symbiose entre les Algues vertes uni-cellulaires et les Animaux. (Bulletin de la Société philomatique de Paris, 8* série, tome V, n° 2.)
- savoir comment la matière colorante est fixée, à quel état elle se trouve chez les animaux qui en possèdent.
- Le cas où la chlorophylle est diffuse à l’intérieur de l’animal est très rare, mais il est très important, car il prouve que la matière appartient bien en propre à l’organisme et qu’elle est un des produits de son activité. Ce cas a été signalé chez plusieurs protozoaires, notamment la Vorticella campanula, le Stentor Mulleri, le Freia producta.
- Bien plus souvent, la chlorophylle est fixée sur de petits corps arrondis parfaitement nets et bien distincts des tissus ambiants. Ils ressemblent aussi bien à des algues vertes qu’aux grains de chlorophylle si abondants dans les feuilles, de telle sorte qu’il est impossible a priori de dire si l’on a affaire à des algues parasites ou à des chloroleucites produits par l’animal. Pour résoudre la question, il est nécessaire de suivre ces corps verts dans leur structure et leur évolution. Leur forme est généralement ovalaire ou arrondie; ils sont cependant allongés chez YAcan-thocystis pectinata, réniformes chez l’Hydre, irréguliers chez l’Elysie ; leur diamètre ne varie pas au delà de 1 1/2 à 13 centièmes de millimètre. Chacun de ces corps verts est entouré d’une membrane qui est rarement cellulosique, parfois imprégnée de cellulose, le plus souvent mucilagineuse; àl’intérieur, on rencontre un noyau clair et un chloroleueite cupu-liforme. Les corps verts ne paraissent pas exister dans les embryons des animaux, qu’ils n’envahissent que plus tard, à la façon des algues parasites, lisse reproduisent ensuite par division successive. Séparés de leurs hôtes, ils se cultivent, quoique difficilement, dans des milieux appropriés, mais non dans le liqui de où vit l’animal ; on peut alors les inoculer artificiellement à un animal de la même espèce, mais on n’a pas encore réussi à les inoculer à des animaux d’espèces différentes.
- Tout se passe, en un mot comme si les animaux étaient contaminés par des algues vertes, auxquelles on a donné le nom de zoochlorelles. On admet aussi que celles-ci vivent dans les animaux par un phénomène non de parasitisme, mais de symbiose : e’est une association amicale où chacun des conjoints tire un profit quelconque de leur réunion. On a démontré, en effet, que la matière verte des corps verts était chimiquement et spectrosco-piquement identique à la chlorophylle végétale, et que, comme elle, elle décompose l’acide carbonique de l’air, en fixant le carbone et en rejetant de l’oxygène. On sait que les animaux ne possèdent pas cette propriété. -<t
- En somme, l’animal reçoit de l’algue l’oxygène et l’amidon qui sont le résultat, direct ou indirect, de la fonction chlorophyllienne; l’algue reçoit de son hôte l’humidité qui lui est nécessaire, un abri, l’acide carbonique exhalé et probablement aussi certains produits azotés d’origine animale. « Mais, dit M. Bouvier, l’influence de l’adaptation se fait sentir bien plus fortement sur l’algue que sur l’animal ; l’algue peut difficilement se passer de l’animal, mais
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- ce dernier peut, le plus souvent, sinon toujours, se passer complètement de l’algue. L’animal se reproduit normalement, qu’il soit ou non associé à l’algue, mais celle-ci ne forme pas de zoospores et ressemble en cela aux algues des lichens. »
- On voit, en résumé, que la plupart des animaux verts sont colorés accidentellement par des algues qui vivent en symbiose avec eux. Quelques-uns, cependant, peuvent produire eux-mêmes de la chlorophylle et agissent ainsi tout à fait comme des plantes. Henri Coupin.
- DISTRIBUTION DE LA. FORCE MOTRICE
- PAR 1,’eAU SOUS PRESSION A LONDRES
- Nous avons décrit ici même, il y a quelques années1, le système de distribution d’eau sous pression installé à Londres depuis l’année 1882. Ce système s’est surtout considérablement développé depuis 1887, et M. E. B. Ellington, son promoteur, vient de présenter à Y Institution of civil Engineers quelques renseignements qu’il nous semble intéressant de résumer. 11 n’y avait, en 1887, qu’une seule station; deux autres ont été construites et une quatrième est en voie d’exécution. Le nombre de moteurs desservis s’est élevé de 609 à la fin de 1887, à 1755 à la lin de 1892, la canalisation est passée de 27 miles (43 km) à 58 miles (85 km) et la puissance disponible de 800 à 2600 chevaux. En six ans la quantité d’énergie mécanique distribuée a doublé. Les trois stations fonctionnent toutes pendant la journée et une partie de la soirée, mais une seule marche le reste de la nuit pour assurer la continuité du service.
- Il est à remarquer que les accumulateurs fonctionnent surtout comme régulateurs, et pas du tout comme réservoir, car leur capacité est de 1600 gallons (7260 litres) seulement, tandis que les pompes peuvent fournir 3500 gallons (15 900 litres) par minute. Il n’y a donc en réserve que l’énergie correspondant au travail des usines pendant moins d’une demi-minute, quantité tout à fait insuffisante pour constituer une réserve.
- L’économie réalisée par l’emploi de machines à triple expansion n’est pas moins remarquable : la consommation s’e4 abaissée à 590 grammes de charbon par cheval-heure indiqué, avec une pression initiale assez élevée, il est vrai : 150 livres par pouce carré (10,5 kilogrammes par centimètre carré). Le coefficient d’utilisation annuel de l’usine, c’est-à-dire le rapport de l’énergie vendue à celle qui aurait pu être vendue s’il était possible de vendre toute la production de l’usine marchant à pleine charge sans aucun arrêt, s’est élevée de 27,5 pour 100 en 1887 à 35,8 pour 100 en 1889, par suite d’une meilleure répartition des installations et d’applications variées dont les maxima de consommation ne se produisent pas à la même heure.
- Un jour de brouillard, le 21 décembre 1892, le coefficient d’utilisation journalier s’est élevé à 49,5 pour 100, soit la moitié de la production totale possible. 11 sera difficile d’améliorer ces conditions sans un emmagasineinent important auquel le système de distribution par eau sous pression est mal approprié. Quant au rapport du capital engagé à la vente journalière moyenne, il s’est abaissé de plus de moitié en huit années.
- 1 Voy. n° 720, du 19 mars 1887. p. 251.
- Les applications dont le développement se recommande le mieux sont, d’une part, les Injdrants, ou injcc-teurs hydrauliques en cas d’incendie, et, d’autre part, les roues Pelton substituées aux moteurs hydrauliques à haute pression pour la commande des dynamos servant à l’éclairage électrique.
- On peut, par cette combinaison, transformer 66 pour 100 de l’énergie électrique représentée par l’eau sous pression en énergie électrique disponible aux bornes des dynamos, à un prix ne dépassant pas 60 centimes par kilowatt-heure. Ce dernier procédé peut être recommandé comme moyen de développement d’une distribution hydraulique déjà existante ; mais, dans le cas d’une installation spéciale, il nous semble plus logique et plus économique de distribuer directement l’énergie électrique produite directement à l’usine, sans passer par l’intermédiaire de l’eau sous pression et de petites usines locales.
- E. II.
- IA TEMPÉRATURE INTERNE DES ARBRES
- M. W. Prinz a fait des expériences pendant une période de dix-neuf mois à l’observation royale de Belgique, à Uccle, sur les variations de la température à l’intérieur des arbres. Ces expériences démontrent que la sève contient d’assez grandes quantités de gaz qui s’échappent avec un bruit parfois très marqué, rappelant le bruissement de l’eau gazeuse fraîchement versée. Ce bouillonnement est parfois assez intense pour être perçu à une distance de deux pas. Il n’a lieu que vers le milieu du trajet du canal. La moyenne annuelle de la température interne d’un arbre est sensiblement égale à la moyenne annuelle de la température de l’air; mais la moyenne mensuelle varie souvent de deux à trois degrés.
- En général, il faut un jour pour qu’une lluctuation thermique soit transmise jusqu’au cœur d’un arbre. Certains jours, la différence entre la température interne d’un arbre et celle de l’air peut varier de 10 degrés. Ordinairement, elle n’est que d-i quelques degrés. Quand la température de l’air descend au-dessous de zéro et continue à décroître, la température interne de l’arbre descend jusqu’à un degré voisin du point où l’eau de végétation gèle et y reste stationnaire. L’eau de végétation gèle à quelques dixièmes de degré au-dessous de zéro.
- Le maximum absolu de la température intérieure d’un tronc d’arbre peut se produire longtemps avant le maximum absolu de l’air ambiant par suite de l’action directe du soleil printanier et de l’air sur l’arbre privé de feuilles. Durant les fortes chaleurs, dans le courant de l’été, la température interne des arbres se maintient à près de 15 degrés avec une variation de 2 degrés au plus, même quand les variations thermiques de l’air sont exceptionnelles. Un gros arbre est. pendant les années ordinaires, en moyenne plus chaud que l’air dans les mois froids, et un peu plus froid que l’air dans les mois chauds. 1
- SUR QUELQUES OBJETS EN CUIVRE
- DE DATE TRÈS ANCIENNE PROVENANT DE CHALDÉE
- Dans ses fouilles en Chaldée, M. de Sarzec a trouvé des objets de date extrêmement reculée et qui remontent aux origines de l’ancienne Chaldée. Parmi ces objets, il en est qui fournissent de nouveaux
- 1 D’après la Revue horticole.
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- documents pour éclaircir la question de l’existence d’un âge de cuivre pur, ayant précédé l’existence du bronze dans l’humanité. On sait que le bronze est relativement moderne, sa fabrication étant postérieure à l’existence du commerce de l’étain1.
- M. Heuzey, conservateur du Musée du Louvre, a eu l’obligeance de confier à mon examen une figurine votive, représentant un être humain et trouvée dans les fondations d’un édifice très ancien; car il est antérieur aux constructions dont les briques portent le nom du roi Our-Nina, aïeul d’Enne'adou, le roi cité dans l’inscription de la célèbre Stèle des Vautours : il s’agit d’une époque estimée antérieure au quarantième siècle avant notre ère. Cette figurine est semblable d’ailleurs à celles qui ont été publiées dans les Découvertes en Chaldée, par MM. Sarzec et Heuzey,
- (voy. fig. ci-contre). Elles étaient piquées en terre et servaient à supporter des tablettes votives.
- Le métal est recouvert d’une épaisse patine et profondément altéré, jusque dans le cœur de la figurine. J’ai fait l’analyse d’un fragment détaché, pesant quelques grammes. A cette fin, une portion a été dissoute dans l’acide azotique, et l’on a dosé ainsi le cuivre et le chlore : il n’y avait ni argent, ni bismuth, ni étain, ni antimoine, ni zinc, ni magnésie ; mais seulement des traces de plomb, d’arsenic et de soufre, ainsi qu’un peu de chaux, à l’état de carbonate. Une autre portion a été placée dans une nacelle, au sein d’un long tube de verre dur et chauffée d’abord au rouge, au sein d’un courant d’azote, pour doser l’eau préexistante, qui a été pesée séparément.
- Il s’est sublimé en même temps une trace de chlorure cuivreux. Cela fait, on a pesé le résidu, puis on l’a chauffé de nouveau dans un courant d’hydrogène, de façon à enlever l’oxygène combiné et à . peser l’eau produite, en l’absorbant au moyen de la ponce sulfurique, le gaz chlorhydrique résultant de la réduction d’une petite quantité de chlorure étant entraîné au dehors. On a pesé comme contrôle le résidu métallique. L’opération a été exécutée sur 4 grammes de matière. Tout calcul
- fait, voici les résultats obtenus sur 100 parties :
- Cuivre............................ 77,7
- Eau........................... 3,9
- Oxygène............................. 3,1
- Soufre........................... Traces
- Chlore............................. 1,1
- Plomb. .......................... Traces
- Arsenic......................... Traces
- Etain, antimoine...................... 0
- Zinc, fer, argent.................... 0
- Magnésie.............................. 0
- Silice.............................. 5,9
- 92,7
- Carbonate de chaux, alumine,
- etc., matières diverses. . . 7,5
- Le métal originaire ne renfermait pas d’étain, et
- il peut être regardé comme constitué par du cuivre industriellement pur. La figurine, immergée pendant des siècles dans des eaux saumâtres, avait formé un oxychlorure de cuivre, qui apparaît par places, mêlé de carbonate, à l’état d’efflorescences verdâtres, lesquelles se développent de plus en plus dans une atmosphère humide. Le chlore répondrait à 2 centièmes de cuivre environ, supposé à l’état de chlorure cuivreux, et il reste des doses relatives de cuivre et d’oxygène, répondant à un sous-oxvde : Cu30; ou, si l’on aime mieux, à un mélange de cuivre et d’oxyde cuivreux : CuH-CaHO. Ce sous-oxyde offre un aspect cristallin. Un tel degré d’oxydation représente le produit de l’altération lente du métal, au bout de six mille ans.
- Cette analyse tend à établir qu’à cette époque lointaine, on fabriquait les objets d’art en cuivre rouge, l’étain et, par conséquent, le bronze étant encore inconnus. Elle vient à l’appui de celle de la statuette du roi chaldéen Goudéah, que j’ai publiée il y a quelques années; statuette dont l’époque est postérieure d’ailleurs de plusieurs dynasties à celle de la figurine étudiée dans la présente Note. Le tout est conforme à l’analyse du sceptre du roi égyptien, Pépi I, dans lequel je n’ai trouvé également que du cuivre, sans étain. Le bronze et l’étain ne semblent donc avoir été fabriqués à cette époque lointaine ni en Chaldée, ni en Égypte, c’est-à-dire dans aucun foyer des plus vieilles civilisations M. Berthelot,
- . Figurines antiques de la Chaldée. (D’après les échantillons du Musée du Louvre.)
- 1 Voir mon Introduction à la Chimie des anciens, p. 225.
- de l’Institut.
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- L’ËTPINETTE PIEFFORT
- L’épinette, sur laquelle les pâtres et les bergers des Vosges jouent de si jolis airs, fort goûtés des touristes, a été inventée à une époque qu’on ne peut préciser exactement, par Dorothée, une sorte de sorcière qui habitait le val d’Ajol, près de Plombières. Cet instrument de musique, qui ligure au musée du Conservatoire, est constitué par une sorte déboîté allongée terminée à l’une des extrémités par un talon et à l’autre par une tête avec chevilles en bois à l’instar du violon; elle est faite en bois de cerisier ou de merisier et possède cinq cordes sonores (quatre sols à l’unisson et un do) ; c’est, en somme, un instrument rudimentaire et qui possède plusieurs défauts graves ; les clous sur lesquels sont fixées les cordes au talon écorchent le doigt du joueur, les cordes en acier sont difficiles à monter avec de simples chevilles en bois et enfin la sonorité, par suite de l’emploi d’un bois mal approprié et d’un sillet métallique, laisse à désirer.
- A cette épinette primitive, M. P.
- Pieffort a apporté d’importants perfectionne-ments. L’adjonction d’une nouvelle corde dans les liasses complète l’accord parfait la, do #, mi, de la gamme de la. La tête est pourvue de six clefs à crémaillère permettant l’accord rapide et facile. Un talon d’instrument avec tire-cordes spécial évite l’inconvénient indiqué plus haut. Enfin la sonorité est très développée par l’emploi de bois convenablement choisis. M. Pieffort a reconnu, après de nombreuses expériences, que les essences devaient être classés dans l’ordre suivant en commençant par les meilleures à ce point de vue : bois de rose, ébène, amaranthe, palissandre, faux-acajou,
- noyer, cerisier. Cette classification ne laisse pas que de surprendre à première vue, mais il ne faut pas oublier, ainsi que l’a observé M. Pieffort, que dans l’épinette, le son est produit par la répercussion des ondes sonores et non par leur vibration à l’intérieur d’un instrument, comme dans le violon. Comme preuve à l’appui, M. Pieffort a observé que la sonorité est diminuée de plus de moitié lorsque l’épinette est posée sur du marbre ou du métal, au lieu de l’être sur du bois.
- L’instrument, qui est peu embarrassant, étant ainsi placé sur une table, se joue la main gauche armée d’un morceau de roseau servant à doigter et la main droite d’un mediator (morceau d’é-ca il le) destiné à faire vibrer alternativement les cordes de manière à obtenir à volonté soit un son continu, comme dans la mandoline, soit des piz-zicati comme dans la guitare ; on exécute facilement les notes glissées qui ajoutent tant à l’expression. Les tons et demi-tons naturels de la gamme s’obtiennent sur les deux premières cordes, les altérations (dièzes, bémols)sur celles du milieu qui servent en même temps à faire une note de l’accord parfait ; les effets de chœurs sont produits par la vibration simultanée des six cordes donnant l’accord parfait. L’épinette Pieffort permet de jouer sur une étendue de deux octaves et demie à partir du mi, une sixte au-dessus du sol grave du violon; avec une sonorité spéciale provenant de la nature de l’instrument et des effets physiques qu’il produit, elle se prête à l’exécution de tous les morceaux ne dépassant pas cette étendue. J’ai entendu l’inventeur exécuter un air berrichon, les stances de Flégier, une pavane Louis XIII, Y Ave Maria de Gounod, Loin du bal, une fantaisie sur le Trouvère, et je puis
- Fig. 1. — Mode d’emploi de l’épinette de M. I’. Picllbrt.
- Détail de l'instrument.
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- LA NATURE.
- dire que l’instrument se prête à toutes les nuances et est fort agréable à entendre. L’épinette est, de plus, facile à jouer, en quelques heures une personne ignorant la musique exécute certains airs populaires, des danses notamment; c’est une invention intéressante qui méritait d’être présentée aux lecteurs de La Nature. C. Créceaux.
- EMPOISONNEMENT PAR LA MÉLIN1TE
- Ce n’est pas seulement comme explosif que la mélinile peut tuer; les ouvriers qui la fabriquent sont exposés à de nombreux accidents provoqués par le contact de cette dangereuse substance. Bien que les procédés de fabrication de la mélinite soient tenus secrets, on sait que l’acide picrique en est la partie importante, sinon l’unique. Au moment de la formation de l’acide picrique, une certaine quantité se dégage en vapeurs. Bien qu’on travaille sous des hangars ouverts de tous côtés, ces vapeurs sont redoutées des ouvriers et même des habitants aux alentours.
- Elles sont en effet très nocives. Au bout de quelque temps l’ouvrier perd son appétit, il a des picotements aux yeux, de la conjonctivite. Ses digestions sont difficiles, il éprouve des nausées, des douleurs abdominales, une sensation fort pénible d’amertume qui amène le dégoût pour les aliments et une salivation abondante. Sa peau se colore en jaune, et pour faire la preuve qu’il s’agit bien d’une intoxication par l’acide picrique, on retrouve cette substance dans les urines et dans le sang.
- L’acide picrique s’attaque enfin aux bronches. D’abord c’est une légère bronchite avec toux, mais les symptômes peuvent s’aggraver et on observe alors des accès de dyspnée analogues à l’asthme. La grippe, la pneumonie peuvent se greffer sur cette bronchite et entraîner la mort. Le malade a une faiblesse extrême qui donne prise à l’invasion des maladies infectieuses.
- Le Dr Pélissier a rapporté de nombreux cas d’intoxication à la poudrerie de Saint-Chamas ; nous-inème avons eu l’occasion d’en soigner quelques cas à Marseille. A l’étranger, William Sykes et James Ross ont publié des observations d’empoisonnement dû à laroburite, substance qui, on le sait, offre une grande analogie avec la mélinile. Le Dr Gueit, enfin, vient de rapporter dans les Archives cle médecine navale (novembre 1895) un cas d’empoisonnement par la mélinite compliqué d’intoxication saturnine. Cette dernière intoxication s’était beaucoup aggravée du fait de la précédente.
- Cet empoisonnement n’offre d’ailleurs de gravité que si le malade ne se soigne pas, persiste dans son travail, ou si une affection intercurrente survient. D’ordinaire il guérit rapidement aussitôt qu’il se repose.
- L’Administration prend actuellement de grandes précautions pour éviter des accidents. Par arrêté ministériel, on alloue à chaque ouvrier une ration quotidienne d’un litre de lait. Depuis cette époque, les empoisonnements seraient exceptionnels et en tous cas bénins.
- Dr Félix Régnault.
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- NÉCROLOGIE
- H. Hertz. — La mort du Dr Heinrich Hertz enlève à la science électrique un de ses plus jeunes et de ses plus célèbres l’eprésentants. Né à Hambourg en 1857, Hertz fit ses études d’ingénieur jusqu’en 1878, époque à laquelle il les dirigea plus spécialement vers la physique.
- 11 obtint, en 1880, le grade de docteur en philosophie, après avoir suivi l’enseignement de Kirèhhoff et d’Helm-holtz et fut pendant trois ans l’assistant de ce dernier qu’il quitta en 1885 pour occuper la place de privat-docent (professeur libre) à l’Université de Kiel. 11 devint titulaire de la chaire de physique du collège technique de Carls-ruhe en 1885, et enfin, en 1889, il succéda à l’illustre Clausius dans la chaire de physique de l’Université de Bonn qu’il occupa jusqu’à sa mort survenue le 5 janvier. L’attention du public scientifique fut appelée sur Hertz dès 1886, époque à laquelle il publia ses premières recherches relatives à l’action de la lumière violette sur la décharge électrique, suivies bientôt d’une étude sur la vitesse de propagation de l’induction électrique. Après ces recherches remarquables, la gloire scientifique de Hertz ne tarda pas à s’établir : elle date de 1888, époque à laquelle il parvint à fournir une confirmation expérimentale des vues de Faraday et de Clerk-Maxwell sur la propagation des ondes électriques dans le milieu ambiant. Le savant expérimentateur montra que ces ondes électriques produites par des décharges de grande fréquence sont identiques, à la fréquence et à la longueur près, aux ondes thermiques ou lumineuses; il inventa et créa de toutes pièces, dans ce but, et les moyens de produire ces ondes électriques d’une manière continue, et l’appareil qui permet d’analyser ces ondes, appareil aujourd’hui classique, connu sous le nom de résonateur. Il montra la réflexion, l’interférence, la réfraction, etc., des ondes électriques et confirma,par des expériences nombreuses que nous ne saurions signaler ici, l’identité de tous les phénomènes de radiation et luur origine commune : l’éther en vibration, les divers phénomènes n'étant caractérisés que par la longueur des ondes et leur fréquence. La nature intime de ces vibrations nous échappe encore : il est même probable qu’elle nous échappera toujours, mais nous devons un hommage reconnaissant à ceux qui cherchent à soulever les voiles qui nous cachent la vérité, hommage mêlé de regrets lorsque la mort enlève prématurément et si cruellement ceux qui ont le mieux réussi dans cette tâche ardue.
- CHRONIQUE
- Requins «l’eau douce. — Pendant de nombreuses années personne ne voulait ajouter foi au récit maintes fois rapporté par des pêcheurs et des chasseurs, que dans certains lacs entièrement séparés de la mer, vivaient et se reproduisaient des requins. On riait et on traitait ces récits de fables ; comment aurait-on pu croire que ces terribles squales habitaient l’eau douce ! Il a cependant bien fallu se rendre à l’évidence, lorsqu’un savant américain, le l)r Richemond, ayant pu par ses recherches s’assurer de la véracité des récits des pécheurs et chasseurs, parvint à capturer dans les eaux du lac Nicaragua plusieurs spécimens de ces requins. H est donc avéré aujourd’hui que ces monstres vivent dans l’eau douce ; on les trouve aussi en grandes quantités dans le Rio Frio, affluent du San-Juan qui se jette lui-mèine dans le lac. Ces squales ont des dimensions un peu inférieures à celles de leurs congénères qui vivent dans la mer et qu’on remonte le long des côtes. Leur taille moyenne atteint lm,50, mais ils sont tout aussi voraces, tout aussi féroces que les autres. Le Dr Richemond raconte qu’un jour il péchait dans le lac Nicaragua ; il s’était placé sur le tronc à demi submergé d’un arbre. Il venait de capturer
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- (iri très gros poisson et était fort occupé à le retirer de l’eau sans encombre, quand soudain un requin s’élance, saisit brusquement poisson et hameçon, puis disparaît dans les profondeurs du lac. Au même instant, un second requin, s’approchant doucement, cherchait à saisir la jambe du docteur qui, dans sa lutte avec le poisson pris par lui, avait fait enfoncer l’arbre davantage et se trouvait dans l’eau jusqu’au-dessus des chevilles. 11 eut toutes les peines du monde à se débarrasser de son ennemi qui revenait constamment à la charge. Quelque temps après le l)r Itiehemond prit un autre poisson de mer, la Scie (Prislis) dans ce même lac, ce qui indique bien qu’autrefois le Nicaragua devait former un bras de mer et que, par suite d’un bouleversement volcanique, il s’est trouvé avec tous ses habitants séparé brusquement de l’Océan. G. M.
- Les mines «1e platine de l’Oural. — Des sondages faits dernièrement dans la région de l’Oural, ont amené la découverte de gisements considérables de platine. Les centres miniers les plus importants sont, quant à présent, Begoslavsk, Miask, Newjonsk et Nijni-Tagilsk. D’après les premières analyses, on a pu constater que le platine de l’Oural, qui se présente avec une abondance exceptionnelle, est, en général, mélangé d’une très forte proportion de sable : 17 à 18 grammes de métal pour 1600 kilogrammes de sable. Tout le platine extrait de la région est soumis, par le Gouvernement russe, à un droit fixe de 5 pour 100. 11 est ensuite expédié à Saint-Pétersbourg où sont établies des usines de triage et de nettoyage. L’industrie emploie environ 4000 kilogrammes de platine par an. On espère que ce nouvel approvisionnement, plus important qu’aucun autre, en jetant sur le marché européen les produits des mines russes, fera baisser le prix du métal qui est, comme l’on sait, très élevé'. X. AV.
- La science dans la cuisine. — Une conséquence singulière des tentatives faites depuis quelques années pour appliquer les propriétés caloriliques du courant électrique à la cuisine est l’introduction, dans cet art, de notions scientifiques un peu moins vagues que par le passé des conditions dans lesquelles doit se faire la cuisson des aliments. L’empirisme et la routine font place à des règles qui se précisent chaque jour davantage. On connaît déjà les températures auxquelles les pâtisseries et les diverses espèces de viande doivent être portées, ainsi que le temps pendant lequel ces températures doivent être maintenues pour donner un résultat, smon parfait, du moins toujours identique à lui-méme, ce qui permet d’approcher toujours de la perfection puisque tout progrès acquis une fois reste définitivement acquis et peut être scientifiquement et indéfiniment reproduit. Encore quelques années d’études et le mot de Brillat-Savarin devra être retourné pour rester juste : on naîtra cuisinier, on deviendra rôtisseur. En attendant, le poisson trop cru et le beefsteak trop cuit, ont encore de beaux jours.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 janv. 1893. — Présidence de M. Lacaze-Ddthiers.
- Les nitrates dans les plantes vivantes. — On sait, par des recherches de M. Dehérain déjà portées à la connaissance de l’Académie, que les eaux de drainage d’hiver provenant de terres nues renferment de fortes proportions de nitrates, tandis que celles provenant de terres emblavées n’en contiennent que très peu. En réalité, il n’y a
- pas absence de nitrates dans ce dernier cas, mais ces produits existent dans les racines des plantes où ils persistent malgré des lavages multiples. M. Demoussy montre aujourd’hui que cette propriété de retenir les nitrates doit être attribuée à l’activité vitale de la plante. Si, en effet, on tue les plantes par l’action de la chaleur, quelques lavages à l’eau froide suffisent pour enlever tous les nitrates. On obtient le même résultat, d’une façon plus probante encore, en tuant la plante au moyen du chloroforme, dont l’action est moins brutale que celle de la chaleur. C’est par suite d’une sorte de combinaison avec le proloplasma vivant que les nitrates sont retenus et s’accumulent parfois dans les tissus végétaux. Ces faits rentrent dans la théorie générale de l’assimilation des substances minérales par les plantes proposée par M. Dehérain en 1865.
- Le sang de couleuvre. — MM. Uhisalix et Bertrand ont déjà démontré expérimentalement la toxicité du sang de vipère. Aujourd’hui, ces deux savants communiquent le résultat de leurs recherches sur le sang de couleuvre et ils prouvent que ce sang jouit de propriétés lexiques identiques à celles du sang de vipère. Inoculé à un cobaye, il détermine les mêmes accidents locaux et généraux. La substance toxique a la même origine dans les deux cas : c’est un produit de sécrétion des glandes salivaires résorbé parle sang. Les glandes sont d’ailleurs très toxiques.
- La respiration des végétaux. — M. Berthclot a institué une série d’expériences qui ont pour but de prouver que l’assimilation de la respiration végélale et de la respiration animale est superficielle. Si l’on chauffe des feuilles, dans une atmosphère d’bvdrogène, il se dégage de l’acide carbonique qui provient d’un dédoublement. Si l’on chauffe dans une atmosphère d’oxygène ou d’air, il se dégage encore de l’acide carbonique, mais en quantité bien plus considérable, parce qu’il se produit à la fois un dédoublement et une oxydation. 11 y a donc coexistence des deux phénomènes, d’où la différence avec la respiration animale. Enfin, en plaçant le végétal dans un récipient clos, de volume connu, rempli d’oxvgènc, M. Berthelot a trouvé que le rapport du volume d’acide carbonique dégagé au volume d’oxvgène absorbé, est de 1.92.
- La présence de l’oxygène dans l’atmosphère solaire. — Après avoir rappelé que M. Duner considère comme un fait acquis par ses observations relatives à la rotation du soleil, la présence de l’oxygène dans l’atmosphère solaire, M. Janssen oppose aux conclusions de ce savant les résultats qu’il a déduits d’expériences directes sur le rôle joué par l’atmosphère terrestre dans les observations de déplacement des raies spectroscopiques. L’auteur a imaginé d’appliquer le spcctroscopo à l’extrémité d’un long tube d’acier contenant de l’oxygène à une pression de vingt-huit atmosphères, de telle sorte que les rayons lumineux traversent une quantité de gaz égale à celle que rencontre un rayon zénithal et doivent, par conséquent, éprouver les mêmes effets d’absorption. Il conclut de ses recherches qu’il n’y a pas d’oxygène dans le soleil.
- Élection. — M. Marey est élu vice-président de l’Académie des sciences pour 1894, par vingt-neuf voix contre vingt-six données à M. Chatin. En quittant la présidence qu’il cède à M. Lœwv, M. de Lacaze-Duthiers rappelle dans une courte allocution les pertes éprouvées par l’Académie durant l’année 1893 et énumère les noms de savants qu’elle a appelés dans son sein à divers titres. Il termine en déplorant les habitudes d’inattention qui se sont introduites à l’Académie. Si les auteurs ne peuvent se faire
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- entendre, il ne faut pas en accuser l’acoustique de la salle, mais bien le bruit des conversations particulières qui arrive à couvrir la voix de l’orateur. Écoutons-nous les uns les autres, conclut M. de Lacaze-Duthiers. Puisse cette exhortation à la déférence réciproque porter ses fruits !
- Varia. — M. Moureaux adresse une Note sur la valeur des éléments magnétiques au parc Saint-Maur et à Perpignan, pour le commencement de l’année 1894.
- Ch. 1)E Yilledeuil.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1 l’oiseau frappeur
- Cette expérience a obtenu un certain succès au musée Grévin où elle a figuré longtemps sur le programme des séances du « cabinet fantastique » qui fait partie de cet établissement.
- Une petite caisse en bois de’ sapin , surmontée d’une poignée, est suspendue au milieu de la salle, à une boucle située au centre d’une rosace qui en orne le plafond, par le moyen d’une tige de bois longue de trois mètres, et terminée par un crochet à chacune de ses extrémités (fig. 1).
- Un oiseau savant, un pigeon si l’on veut, est enfermé dans la petite caisse et répond à diverses questions qui lui sont posées, en frappant du bec contre les parois de la boite ; telle est du moins l’illusion produite; quant à l’oiseau, il reste sans doute bien tranquille, attendant le moment de sortir de sa noire prison, car, nous avons oublié de le dire, deux petits ronds noirs que l’on aperçoit sur la caisse et que l’on prend pour des ouvertures destinées à y laisser pénétrer l’air, sont peints pour figurer des trous qui nuiraient à l’effet de résonance que l’on veut obtenir. La figure 2 montre cette caisse vue extérieurement. Un arrachement permet de montrer l’attitude de l’oiseau.
- 11 s’agit tout simplement, comme on va le voir, d’une illusion d’acoustique, très remarquable du reste.
- Le piton auquel est suspendue la boîte se trouve enfoncé non pas dans le plafond, comme il semble,
- mais dans une tige de bois très courte, isolée de manière à empêcher toute transmission de vibrations sonores. Cette pièce traverse le plafond par un trou sensiblement plus grand que son diamètre, et dissimulé par des découpures en papier formant la rosace dont nous avons parlé (fig. 3). Elle s’appuie, par deux croisillons en bois qui lui sont perpendiculaires et qui forment ensemble un X, sur des tubes en caoutchouc reposant eux-mêmes, dans l’appartement supérieur, sur un petit matelas de ouate; au sommet de la tige est clouée une planchette horizontale sur laquelle vient frapper un petit marteau fixé à l’armature d’un électro-aimant qui est actionné au moyen d’une touche électrique, par un servant caché dans la coulisse du théâtre. Le support de cet électroaimant est de même isolé sur de la ouate et sur des tubes en caoutchouc, pour empêcher que des vibrations ne puissent se transmettre au plafond ; aussi quand le marteau frappe la planchette, le son,parfaitement transmis par la tige de sapin, paraît pour les spectateurs, se produire dans la petite caisse où d’ailleurs, il est encore renforcé.
- Les amateurs de séances de spiritisme pourront facilement établir dans une pièce de leur appartement la disposition que nous venons de décrire; la perche en bois de sapin, de trois à quatre centimètres de diamètre, transmet le son beaucoup mieux que le fil de fer qui avait été indiqué autrefois par notre célèbre Robert Iloudin.
- Le système de matelas, formé de plusieurs feuilles de ouate et de tubes en caoutchouc, est ce que nous avons trouvé de mieux pour amortir les vibrations ; on peut, de cette manière, exécuter l’expérience dans une chambre n’ayant pas plus de trois mètres et demi d’élévation ; l’illusion produite ne laisse rien à désirer, et les spectateurs ne manquent pas d’être émerveillés du résultat.
- Si l’pn n’a point de pigeon sous la main, on mettra dans la boîte un esprit frappeur.... ou rien du tout : c’est une seule et môme chose.
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- 1 Yoy. n° 1069, du 25 novembre 1893, p. 416.
- Paris. — Imprimerie Lahure. rue de Fleurns. M.
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- N° 1 077.
- 20 JANVIER 189 4.
- LA NATURE.
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- LES ORANGS-OUTANGS DU JARDIN D’ACCLIMATATION A PARIS
- Nous avons signalé, dans une de nos précédentes livraisons, l’arrivée à Bruxelles de deux orangs-outangs de grande taille, qui constituent assuré-
- ment les plus remarquables spécimens que l’on ait vus en Europe. Après avoir été exposées au Musée Castan, à Bruxelles, les deux monstrueuses bêtes
- devaient être transportées en Allemagne; mais, au dernier moment, le directeur du Jardin d’Acclima-tation du Bois de Boulogne a pu les avoir pour les offrir en spectacle aux Parisiens.
- Le voyage des orangs-outangs de Bornéo à Bruxelles (Suez, Naples, Gênes, Anvers), et de Bruxelles à
- 22° année. — 1er scmcatra.
- I Paris, s’est effectué sans encombre. Installés dans un compartiment spécial attaché au rapide quittant I Bruxelles le 26 décembre 1895, à midi 58, les deux I énormes bêles entraient en gare de Paris à 6 heures précises et dès 7h5(Jm prenaient place dans leur nouveau local où, depuis leur arrivée, la foule n’a
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- rossé de stationner. Dans les seules journées de dimanche 5] décembre 1895, et de lundi 1er janvier 1891, plus de trente-cinq mille personnes ont rendu visite aux singes anthropoïdes. Leur état de santé paraissait très satisfaisant; mais l’un d’eux, subitement tombé malade, mourut le 10 janvier dernier d’une phtisie pulmonaire. Pendant quelques jours la malheureuse bête se tenait couchée dans sa paille; sa toux était effroyable, avec une intensité et des résonances extraordinaires.
- Nous allons décrire les deux orangs-outangs tels que nous les avons vus dans les premiers jours de ce mois. Ce sont, écri\ions-nous «à cette époque, des adultes âgés de vingt-cinq à trente-cinq ans. L’un d’eux a été baptisé Max; il mesure 1m,60 ; l’autre se nomme Maurice, sa taille atteint lm,70. Les plus grands orangs capturés jusqu’à ce jour n’atteignent pas l'n,40. Il s’agit donc d’une curiosité unique à laquelle s’attache un intérêt tout spécial. Les deux orangs sont séparés et se trouvent enfermés chacun dans une cage à proximité l’une de l’autre. Ils paraissent tristes et indifférents, et regardent par moments les spectateurs toujours réunis en grand nombre. Quand ils se tiennent debout, ils ont toujours le corps voûté et leurs deux bras, d’une longueur extraordinaire, touchent le sol.
- La physionomie des deux orangs est extraordinaire; ils ont la peau absolument noire, des yeux brillants et une bouche monstrueuse. Nous reproduisons ci-contre le portrait de Maurice, le plus grand des deux singes; c’est celui qui est mort la semaine dernière. Les appendices de chair, qui forment saillie autour de scs joues, caractérisent le mâle adulte, de même que l’énorme goitre de la gorge, formé par la poche du larynx.
- Les organes des sens, dans l’orang, ne paraissent pas très subtils, si l’on en excepte l’ouïe, qui est extraordinairement fine. Quoique scs yeux, d’un brun clair, aient beaucoup de vivacité et montrent de l’expression, il semble néanmoins avoir la vue basse. Morne et sédentaire, même à l’état de liberté, on n’observe pas chez l’orang la pétulance et la souplesse dans les mouvements que montrent, à un si haut degré, les petits singes. Le besoin de nourriture semble seul le tirer de son apathie. Aussitôt repu, il reprend sa pose favorite: l’attitude accroupie, le dos courbé, la tète penchée sur la poitrine, regardant fixement en dessous. Pendant le jour, on le voit parcourant la cime des arbres sans beaucoup s’éloigner de son canton; vers le déclin du jour, il passe dans l’épaisseur du feuillage pour se mettre à l’abri du froid et du vent. Pour la nuit il se choisit un gîte au milieu d’un arbre touffu ou à la cime d’un arbre peu élevé, tel que le palmier nibong ou pan-dani; souvent aussi il se cache dans une grande touffe d’orchidées, qui croissent en parasites sur le tronc de ces arbres gigantesques.
- Les orangs-outangs du Jardin d’Accbmatalion ont été capturés dans une foret de Roméo, comme nous l’avons dit précédemment. Ils appartiennent, par
- conséquent, à l'espèce désignée sous le nom de Sitnia satyrus et qui diffère par son pelage foncé de l’orang roux, ou de Sumatra. Leur nourriture est essentiellement frugivore. Quand nous les avons visités, nous avons appris qu’on leur donnait du riz cuit, du lait, des œufs, et des fruits (bananes, figues, etc.) et cela deux fois par jour. On avait soin de maintenir la température de la salle dans laquelle étaient installés les orangs-outangs à 22 degrés (au moins 20 degrés, au plus 24 degrés).
- Max, qui est resté seul au Jardin d'Acclimatation, est aussi tombé malade, et il est mourant au moment où nous mettons sous presse. Le cadavre de Maurice a été acquis par la direction du Muséum d’histoire naturelle, où sa peau sera montée1.
- Gaston Tissandier.
- SUR L’EMPLOI DE LU TOURBE
- COMME LITIÈRE 2
- La préférence qui, d’après ce que nous avons dit précédemment, est donnée aux fumiers de paille sur les fumiers de tourbe, est un des principaux obstacles au développement de l’emploi de la litière de tourbe. Les cultivateurs n’étant pas familiarisés avec l’aspect du fumier que. donne cette litière, qui diffère notablement de celui qu’ils produisent eux-mêmes, ne se décident pas volontiers à l'acheter; il peut en résulter, pour celui qui fait usage de la tourbe, une perte sèche, qui est quelquefois considérable, s’il n’a pas l’occasion d'utiliser lui-même ses fumiers. C’est pour celte raison, paraît-il, que la Compagnie des omnibus de Paris a été obligée de renoncer à la litière de tourbe, bien qu’elle y trouvât de grands avantages à d’autres points de vue. A Londres, au contraire, où les mêmes préventions ne lont pas obstacle à l’écoulement du fumier, les compagnies d’omnibus se servent presque exclusivement de tourbe.
- Si l’on doit admettre que, dans certains cas, — et en particulier pour la culture maraîchère où l’on emploie fréquemment le fumier sous forme de couche, — le fumier de tourbe ne peut être utilisé avec profit, à cause de son élat de division trop prononcé, il n’en est pas moins vrai que, pour la culture ordinaire, il constitue un engrais des plus riches et des plus fertilisants et que la défaveur dont il est l’objet, est tout à fait injustifiée.
- Nature et provenance des tourbes à litière. — Si la tourbe utilisée comme combustible est connue de tout le monde, on n’en peut dire autant de celle qui peut être employée comme litière. Lorsqu’on n’a vu que ces briquettes noires, compactes et résistantes qui constituent la tourbe de chauffage, on a peine à s’imaginer que celle même matière forme, lorsqu’elle est dans un état de décomposition moins avancé, une litière molle et spongieuse. C’est à proprement parler un feutre végétal, composé d’un lacis souple et léger de diverses espèces de plantes. Quelquefois, lorsque les spliaignes dominent beaucoup parmi ces espèces, la tourbe est entièrement
- 1 II y a eu deux jeunes orangs-outangs au Jardin d’Acch-matation, il y a environ vingt ans. Nous les avons décrits à cette époque (voy. n° 50, du 27 juin 1874, p. 4b).
- 2 Suite et lia. — Voyez n" 1075, du 0 janvier 1804, p. 00.
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- mousseuse, sur plusieurs mêlées (l'épaisseur cl lorsqu’on la sort du marais, elle présente une texture line et régulière comme celle des éponges de Svrie. 11 y a loin, on le voit, de ce produit spongieux, à la tourbe compacte, souvent mélangée de débris ligneux, des gisements exploités pour combustible. En général, on peut même dire que dans les tourbières où l’on trouve un combustible de bonne qualité, on ne rencontre que tout à fait exceptionnellement de la tourbe à litière. Le n’est pas que la tourbe compacte ne puisse, d’aucune manière, servir à cet usage. Lorsqu'elle est réduite en poudre, elle peut, au contraire, entrer en comparaison avec la sciure de bois et la tannée, par sa faculté d’absorber et de retenir les déjections des animaux. Mais elle a le défaut d’ètrc assez lourde; et c’est un inconvénient majeur, pour une marchandise sans grande valeur intrinsèque, destinée à être transportée assez loin. Au surplus, comme elle est appréciée — et même quelquefois très recherchée — par les populations qui ont coutume de s’en servir comme combustible, il n’y a pas lieu de se préoccuper de son utilisation en dehors du chauffage domestique.
- I'our énoncer sommairement les différences physiques des deux espèces de tourhe, on peut dire que tandis que la tourbe employée comme combustible, après dessiccation, est noire, compacte, homogène, pesante et dure, la tourbe servant à la litière est jaune, spongieuse, feutrée, légère et souple. Tandis que la tourbe noire pèse entre 500 et 400 kilogrammes le mètre cube, la tourbe jaune n’en pèse que 100 à 200. En général, cette dernière ne se rencontre qu’à la partie superficielle des marais tourbeux, sur une épaisseur variable de 50 centimètres eu moyenne, mais qui va quelquefois jusqu’à 1 mètre.
- Plus rarement, le gisement tourbeux est tout entier composé de tourbe légère. Dans ce cas, il est généralement délaissé parce qu’il ne peut fournir qu’un chauffage des plus médiocres. Nous avons vu, dans le cours de cette année, près d’Épinal, une tourbière de 17 hectares qui fournissait, sur une partie de son étendue, de la tourbe mousseuse sur o mètres d’épaisseur. Elle reposait, sans aucune transition, sur une couche d’argile plastique com- • plètement blanche. Jusqu’à cette année, on l’avait délaissée, parce qu’elle ne fournissait qu’un combustible médiocre. On a eu l’idée de l’exploiter pour litière, et le propriétaire en a tiré de très beaux bénéfices.
- C’est ce qu’on ne saurait trop faire connaître aujourd’hui. La tourbe spongieuse qui a été, jusqu'à ce jour, méprisée et délaissée en France, doit reconquérir ses droits de cité. A mis pourrions nommer tel propriétaire de tourbière qui en a détruit, il v a trois ou quatre ans, plusieurs centaines de mètres cubes — en l’incinérant en plein air — uniquement pour en débarrasser sa tourbière; et tel autre, qui cette année même, alors que sa ferme manquait de litière, en a fait disparaître, dans un cloaque du voisinage, des quantités très considérables. Nous avons vu des échantillons de cette dernière; elle était, sans contredit, supérieure à celle que la Hollande nous envoie tous les jours à grands frais. Lorsque le propriétaire apprit par nous quel parti avantageux il aurait pu tirer de ce produit, ainsi gaspillé en pure perte, il en devint inconsolable.
- Ce n’est pas là un exemple isolé, malheureusement. Pour quelques propriétaires bien avisés qui ont eu, celte année, l’heureuse inspiration de se mettre en relation avec les agriculteurs et les syndicats agricoles, pour leur proposer les produits de leurs tourbières, jusqu’ici considérés comme sans valeur, combien n’ont pas su tirer
- parti de l’occasion exceptionnelle qui s'offrait à eux de trouver un débouché avantageux pour leur exploitation !
- Le Gouvernement s’est à juste titre préoccupé de cet état de choses. Dans le courant de septembre, il a fait procéder sur toute l’étendue du territoire français, par les soins des ingénieurs du Service des mines, à une enquête ayant pour but d’évaluer les ressources en tourbe à litière que pourraient fournir les gisements tourbeux des différentes régions. Il est permis d’espérer que les résultats de celte enquête montreront que l’industrie de la tourbe à litière, peut se créer en France.
- En attendant que cet espoir se réalise, il n’est peut-être pas sans intérêt de montrer, par un exemple, qu’il existe en France des tourbes réunissant les qualités qu’on exige des litières.
- Cet exemple sera choisi dans les tourbières des Vosges méridionales. Elles sont situées sur des plateaux compris dans les arrondissements de Eure (Haute-Saône), Épinal, llemiremont et Saint-Dié (Vosges). Le sol de ces plateaux, constitué soit par des granits communs, syénitiqucs ou porphyroïdes, soit par du grès vosgien, du grès bigarré ou du diluvium vosgien, renferme une grande quantité d’étangs tourbeux qui en occupent presque toutes les dépressions1. Les eaux qu’on rencontre à la surface de ces terrains, sont d’une pureté remarquable, et, en raison de la nature des roches— presque complètement dépourvues de calcaire et d’argile — elles ne charrient jamais de limon à la suite des orages ou des pluies. Grâce à cette circonstance, la tourbe ne contient presque pas du tout de matières terreuses, ce qui simplifie beaucoup fa préparation; caron sait, qu’en Hollande, la tourbe doit subir un véritable cardage pour séparer la matière utile, de la terre qui s’y trouve emprisonnée.
- La teneur en cendres des tourbes légères des Vosges est remarquablement peu élevée. D’après des essais opérés sur quatre échantillons, nous avons trouvé qu’elle variait de 2 à 7 pour T 00 seulement. Au point de vue du pouvoir absorbant, elles ne laissent rien à désirer non plus, car elles retiennent jusqu’à 440 litres d'eau par lût) kilogrammes. Enfin leur teneur en azote n’est pas négligeable; d’après nos analyses elle s’élève jusqu’à 1,50 peur 100, sans tomber au-dessous de 0,91 pour 100 (soit environ le double de la proportion que renferme la paille).
- Ces propriétés permettent de mettre les tourbes légères des Vosges en comparaison avec celles de Hollande. Elles pourraient certainement être livrées au consommateur à un prix bien inférieur à celui qui est coté sur celles qui nous arrivent de ce pays. Tout concourt donc à militer en faveur de l’exploitation de ces tourbes.
- Malheureusement les tourbières sont presque toutes très morcelées et appartiennent à des communes ou à des propriétaires ruraux qui se soucient peu d’y installer des entreprises industrielles. Cette particularité pourra sans doute retarder la mise en valeur des gisements tourbeux, mais non s’y opposer absolument. Fille s'est déjà rencontrée lorsqu’il s’est agi d’exploiter les gisements de phosphate de chaux dans certaines régions de la France. Bien qu’ayant engendré des difficultés assez sérieuses, pour les exploitants, au début des travaux, elle n’a pas empêché l’industrie des phosphates de poursuivre son développement régulier. Il n’y a pas de raison pour qu’il en soit autrement de l’exploitation de la tourbe.
- F. VlLLAIN.
- 1 Fréquemment les endroits tourbeux sont désignés dans les Vosges, par l'expression Feigne, Feing ou Faing, de Fague, tonne dialectale wallone du français Fange.
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- UNE TROMBE MÂ.RINE
- Il m’a été donné d’observer, au mois de septembre 181)5, en traversant la mer Rouge à bord du Shamrock, transport d’Indo-Chine, une trombe marine dont les phases me paraissent intéressantes à relater.
- Le 21 septembre 1893, à 8h40m du matin, nous passions en vue des îles lljebel Zebayir, quand on signala, à deux milles environ, dans le sud-22°-est, une trombe en formation. Une protubérance de vapeur, issue d’un gros nuage, s’allongeait lentement vers la mer, a la manière d’un tentacule : à la surlace de l’eau, au point correspondant à l’extrémité de cette saillie, se produisait un fort bouillonnement.
- L’atmosphère était calme, le thermomètre marquait 52° G. dans la batterie haute du navire ; des nuages assez épais, peu élevés, tamisaient à peine l’éclat d’un ciel ardent, que réverbérait violemment une mer presque plate. —
- D’ailleurs, aucun phénomène électro-atmosphérique apparent.
- Bientôt, du sein de la masse d’eau bouillonnante, s’éleva une volute, qui arriva, en tournoyant, au contact du cône de vapeur, et la trombe fut constituée. À ce moment, elle se présentait sous la forme d’un long sablier à rendements inégaux, l’inférieur de très faibles dimensions. Ses bords étaient sombres et très nets, sa partie moyenne beaucoup moins foncée, sa base étalée, • noire, surmontée d’un espace flou et si clair que la colonne liquide paraissait interrompue à ce niveau, comme si le pied eût été séparé du fût.
- Dans la figure 4 ci-dessus dessinée, la trombe, formant un cylindre régulier, a acquis le maximum de son développement. Légèrement inclinée de haut en bas et de droite à gauche, — direction générale qu’elle conservera jusqu’à son évanouissement, — elle offre une coloration gris foncé, toujours plus accentuée sur les bords, atténuée au contraire vers la base.
- De part et d’autre de ce cylindre se dessinent deux bandelettes grisâtres, représentant sans doute deux petites trombes latérales (l’une d’elles commence à poindre dans la figure 5). L’ensemble
- de ces cinq colonnes d’eau est enveloppé dans une sorte de manchon d’un gris très clair, tranchant à peine sur le fond blanc du ciel, et qui paraît constitué par de la vapeur d’eau moins condensée (fig. 4).
- En passant à la phase suivante (lîg. 5), la trombe subit une transformation curieuse. L’ensemble figure toujours un cylindre régulier, mais la teinte n’en est plus uniforme, et la portion la plus sombre, qui se continue avec le bord inférieur du nimbus générateur, affecte l’aspect d’un chandelier garni et renversé, le bouillonnement de la base de la colonne accentuant encore la comparaison, en simulant l’aspect du suif en fusion.
- La forme en sablier revient, mais dans un
- mode différent, à la ligure G. Puis, sans doute sous l’influence d’une risée légère, succédant
- au calme atmosphérique, la trombe ondule et
- se tord avec une souplesse remarquable , pareille à une frêle colonne de fumée unissant ciel et onde.
- De cylindrique, elle redevient conique, puis repasse à la forme précédente. En même temps, elle se contracte et pâlit graduellement — sauf en passant à la phase 9, où elle sc dilate et s’assombrit soudain, en écumant à la base, comme si elle était prête à se reformer. Quant au nuage générateur, il paraît se vider peu à peu dans le cône de vapeur, et sa teinte est à peine estompée à la fin du phénomène.
- Tout à coup la trombe s’amincit très promptement et prit l’aspect de la ligure 10. Cet état ne se prolongea pas longtemps et précéda de quelques secondes la lin du phénomène.
- Dans la ligure 11, la colonne est devenue filiforme et s’incline sensiblement: le temps de tracer sur le papier cette phase ultime, le fil s’est rompu, et le météore s’est évanoui. Il est 8''57m du matin1. Dr Paul Gouzien,
- Médecin de 1" classe des colonies.
- 1 Nous avons toujours attache beaucoup d’importance à l’observation des trombes, et la collection des quarante volumes de La Nature contient à ce sujet un grand nombre d’articles, souvent rédigés par des physiciens éminents. Les tables décennales des matières en donnent l’énumération.
- Fig. 1 à 11. — Phases successives de la trombe marine observée dans la mer Ilouge, le 21 septembre 1893. (Dessins d’après nature.) — Fig. 1, 2 et 3. Les trois premières phases successives du phénomène. — 1. Protubérance de vapeur. — 2 et 3. Augmentation de la protubérance avec bouillonnement intérieur à la surface de l'eau. — 4. Forme cylindrique de la trombe avec bandelettes latérales. — 3 et (1. Transformations de la trombe. — 7 et 8. Formes allongées. — 9. Dilatation de la trombe et écume à la bat*c. — 10 et 11. Trombe liliforme.
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- L’UTILISATION DES TRAMWAYS EN AMERIQUE
- 'Av
- Ibibuothèqu!
- Fig.1.-
- recettc journalière de plus de les places de tramways étant
- La densité des voyageurs sur les tramways des grandes cités américaines, et à Chicago en particulier, le dernier mois de la World's Fair, n’a rien d’équivalent en Europe.
- C’est ainsi, par exemple, que les trois compagnies de tramways de Chicago ont transporté, du 1er mai au 1er novembre 1895,un total de 176 millions 921 000 voyageurs contre 2 55 000 000 pour l’année 1892 tout entière. Pendant le mois d’octobre 1895, il n’y a pas eu moins de 55596 000 voyageurs, soit plus de un million par jour, ce qui correspond à une 250000 francs, fixées au prix uniforme de 5 cents (25 centimes).
- Mais le jour le plus chargé a été le Chicago day ( 9 octobre 1 895), où le nombre total de voyageurs sur les trois lignes a atteint 1466 298.
- A ’ cette occasion, les lignes de tramways électriques qui passaient devant les portes de l’Exposition, ont été tout par-ticuli èrement prises d’assaut, et les voitures remplies à un
- point dont les gravures ci-dessus, reproduites d’après des photographies, permettent de se faire une idée assez exacte. Ces photographies prouvent que la caricature que nous avons publiée1 n’exagérait en rien les mœurs et les habitudes d’un pays où le Complet est inconnu, et dont les véhicules publics peuvent toujours rece-
- 1 Voy. n” 1048, du 1er juillet 1893, p. 69.
- Une file de tramways électriques à Chicago, le 9 octobre 1893 {Chicago day). (I)’après une photographie instantanée.)
- compter Yelevated, les bateaux press spéciaux
- Fig. 2.
- voir un voyageur de plus, à ses risques et périls (help yoursel,), pourvu qu’il reste un coin de marchepied ou une partie de la toiture. Pourquoi, dans
- ces conditions, ne pas créer, tout bonnement et simplement, des voitures à impériale? C’est la conséquence toute naturelle de l’état de choses révélé par le Chicago day, et il est probable qu’on y arrivera avant peu. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas eu, cé jour-là, moins de 61 cars à moteur électrique et 75 cars remorqués pour faire le service de l’Exposition, sans et les trains exirrévérencieusement dénommés trains à bestiaux, à cause de leur manque de confortable—organisés par 17/-linois Central pour relier le centre de Chicago à l’Exposition, 15 kilomètres franchis en quinze minutes.
- Il est juste d’ajouter que le Chicago day, le 9 octobre, a été exceptionnel à bien des égards, que le nombre des visiteurs s’est élevé à 761 942, et que tous les moyens étaient
- bons pour transporter une foule aussi nombreuse. Cependant, en temps ordinaire, les moyens de transport prévus dépassent largement ceux auxquels nous sommes habitués. Ainsi, dans State Street, une des rues les plus fréquentées de Chicago, les trains de tramways à câble se succèdent, aux heures les plus chargées, nous l’avons constaté de visu, à vingt
- Un tramway électrique, vu d’avant, à Chicago, le 9 octobre 1893 (Chicago day). (D’après une photographie instantanée.)
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- secondes d'intervalle : chaque train se compose d'une voiture à grip remorquant deux autres voitures; les trois voitures représentent, en tenant compte des marchepieds longitudinaux sur lesquels se tiennent volontiers debout les voyageurs, 150 places offertes ou disponibles par train, soit 450 places par minute ou 27 000 places par heure. Aux heures de sortie des bureaux et des théâtres, toutes ces places offertes sont rapidement envahies, mais grâce à la traction mécanique par usine centrale, câble ou électricité, qui permet de proportionner instantanément la puissance aux besoins, le service est toujours assuré et l’écoulement des voyageurs obtenu avec une rapidité et une commodité à laquelle nous nous plaisons à rendre un hommage tempéré par des regrets, ô Parisiens mes frères!
- E. Hospitalier.
- LES NANDOUS
- Il y a une trentaine d’années, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dans son livre sur Y Acclimatation et la Domestication des animaux utiles, «avait déjà compris les Nandous au nombre des Oiseaux qu’il serait particulièrement utile d’introduire en Europe, et qui pourraient, au meme titre que des Ruminants, fournir de la viande de boucherie. Il avait fait remarquer, en même temps, que les Nandous se plieraient d’autant plus facilement «aux conditions nouvelles qui leur seraient imposées, que ces grands Oiseaux étaient originaires de contrées dont le climat ne différait pas beaucoup du nôtre. Les expériences faites dans le cours de ces dernières années ont prouvé l’exactitude de cette opinion et les Nandous se sont montrés dignes de la confiance qu’ils avaient inspirée «à l’illustre naturaliste. Non seulement ils se sont laissé domestiquer dans leur propre pays, mais, transportés en Europe, ils s’y sont reproduits à diverses reprises; leur chair, quoique moins tendre et moins délicate que celle de nos volailles, a été reconnue très riche en principes nutritifs; leurs œufs équivalent chacun à quinze œufs de poule et leurs plumes, sans être aussi estimées que les plumes d’Autruche, sont aujourd’hui assez recherchées pour que, rien qu’à ce point de vue, l’élevage de l’espèce devienne rémunérateur.
- Ceux qui seront tentés de se livrer à ce genre d’industrie trouveront des renseignements circonstanciés d«ans diverses Notices publiées par M. Va-vasseur, par M. Martin de Moussy et, plus récemment, par M. Eorest, par M. Rlaauw, par M. Go-dry et par M. Magaud d’Aubusson dans le Bulletin de la Société nationale d'acclimatation et dans la Revue des sciences naturelles appliquées, Notices dont nous ne pouvons donner ici qu’un résumé succinct. Les éleveurs pourront aussi mettre à profit l’expérience acquise dans le fermage des Autruches soit en Algérie, soit au Cap de Bonne-Espérance où l’on a obtenu de si merveilleux résultats. Mais, pour éviter tout mécompte, ils devront bien se pénétrer
- de cette idée que les Nandous diffèrent, des Autruches par plusieurs caractères, qu’ils n’ont pas tout à fait les mêmes mœurs, qu’ils n’habitent pas les mêmes contrées et que, par conséquent, ils ne sauraient être traités exactement de la même façon.
- Les Nandous, qui constituent le genre Rhea des ornithologistes modernes, appartiennent, comme les Autruches, à l’ordre des Brévipennes ou des Coureurs, qui renferme aussi les Casoars, les Emeus et les Aptéryx et qui comprenait jadis les Dinornis et les Æpyornis; mais ils se distinguent facilement de leurs proches parents par leur aspect extérieur et par leur distribution géographique. Le bec des Nandous est un peu plus long que celui des Autruches ; leurs pattes, relativement plus hautes et plus grêles, se terminent par trois doigts au lieu de deux, armés d’ongles robustes; leurs ailes sont un peu moins rudimentaires, tout en restant absolument impropres au vol ; leur plumage offre, à l’âge adulte, des teintes beaucoup moins tranchées, du fauve, du brun et du gris, au heu de blanc pur et de noir intense, et rappelle plutôt la livrée des Emeus de la Nouvelle-Hollande; leur tête et leur cou sont moins fortement dénudés, leurs jambes garnies de plumes qui parfois se prolongent bien au-dessous de l’articulation du tarse. Enfin, tandis que les Autruches sont propres au continent africain, les Emeus au continent australien, les Casoars «au nord de la Nouvelle-Hollande, à la Nouvelle-Guinée, aux Moluques et à quelques îles voisines, les Aptéryx à la Nouvellc-Zéknde, les Nandous ne se rencontrent que dans l’Amérique méridionale où ils existaient déjà à une époque antérieure à la période actuelle, ainsi que le prouvent les restes fossiles découverts par M. Lund dans les cavernes du Brésil.
- On avait cru d’abord pouvoir distinguer trois espèces de N.andous, savoir : le Nandou américain (Rhea americana), le Nandou de Darwin (Rhea Darwini) et le Nandou à long bec (Rhea macro-rhyncha); mais cette dernière forme ne représente probablement qu’une simple variété du Nandou américain. Les deux autres types sont, au contraire, bien distincts. Le Nandou américain mesure, lorsqu’il est parvenu à son développement complet, lm,50ou même lm,60 du bout du bec à l’extrémité des plumes floconneuses qui remplacent la queue : sa tète est d’un brun noirâtre, son cou, d’un gris cendré, prend des tons de plus en plus foncés du côté de la base où commence une teinte noirâtre qui s’étend entre les épaules; le reste du dos et les ailes sont d’un gris ardoisé ; la gorge, d’un blanc sale dans sa partie supérieure, tire au noir inférieurement et la poitrine est marquée, chez le mâle adulte, d’un double croissant noir contrastant assez vigoureusement avec la nuance blanchâtre de l’abdomen; enfin les tarses, complètement dénudés et garnis de larges écailles sur leur face antérieure, offrent une teinte grisâtre, tandis que les parties nues de la tête, c’est-à-dire le tour des yeux, les oreilles et la région voisine du bec, sont couleur de chair.
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- Le Nandou de Darwin est de taille notablement plus faible que le Nandou américain. Les parties supérieures de son corps et le dessus de sa tète sont d’un gris fauve ou rougeâtre varié de brun et recoupé par de nombreuses raies blanches qui occupent la tige et le bord des plumes; les parties inférieures d’un gris pâle, presque blanc sur l’abdomen et passant au brun et au fauve du côté de la gorge, sans trace de croissants foncés sur les côtés de la poitrine et les tarses, emplumés sur un tiers environ de leur longueur, sont revêtues d’écailles disposées en mosaïque dans leur partie supérieure et de scutelles transversales dans leur partie inférieure. Ce dernier caractère est déjà apparent chez les jeunes comparés à ceux de l’autre espèce. Enfin, chez l’adulte, les plumes des ailes forment de chaque côté une sorte de panache qui retombe jusqu’au talon.
- En raison de ses dimensions réduites, le Nandou de Darwin est appelé Avestruzpetizo (Petite Autruche) par les colons d’origine espagnole et Molû Chueké (Petit Chueké) par les Indiens des Pampas, tandis que le Nandou ordinaire ou Nandou américain est désigné simplement par les noms d'Avestruz (Autruche), de Chueké, ou bien encore, plus au nord, chez les Indiens Guaranis, par le nom de Nandu, d’où nous avons fait Nandou.
- Le Nandou ordinaire, l’espèce la plus anciennement connue, occupe une vaste étendue de pays, depuis les provinces méridionales du Brésil jusqu’au nord de la Patagonie, à travers le Paraguay et la République Argentine. Au sud du Rio Negro, il devient rare et se trouve bientôt remplacé par le Nandou de Darwin qui s’avance jusque sur les bords du détroit de Magellan, dans la Patagonie proprement dite, où il a été observé par Darwin, par Alcide d’Orbigny, et, bien plus anciennement, par le capitaine Wood, qui arriva, le 7 avril 1670, avec son vaisseau le Rafle-tout, à Port-Saint-Julicn et y séjourna jusqu’au 16 septembre, attendant la lin de l’hiver austral pour franchir le détroit de Magellan. Quelques années plus tard, des oiseaux du même genre, mais appartenant sans doute à l’espèce ordinaire, furent également l’objet d’observations très exactes de la part de Wafer qui accompagna Dampier dans son voyage aux terres australes et qui aborda avec lui, à la fin de l’année 1687, sur la côte située immédiatement au nord du Rio de la Plata1.
- Les Nandous pullulaient alors dans les pampas de l’Amérique du Sud : ils y étaient encore très communs il y a une cinquantaine d’années, et M. Hudson, naturaliste anglais, quia publié en 1879, avecM. Ph.-L. Sclater, un livre très intéressant sur l’ornithologie de la République Argentine, dit qu’il se rappelle fort bien le temps où ces grands oiseaux erraient encore en petites troupes aux environs de Buenos-Avres. Mais aujourd’hui, pour les rencontrer à l’état sau-
- 1 Los Relations des voyages de Wood et de Wafer ont été annexées à l’édition française du Voyage aux terres australes de Guillaume Dampier, publiée à Rouen en 1723 (t. V, p. 167, et t. IV. p. 307 et suiv.).
- vage, il faut aller à une distance de 200 ou 500 milles dans l’intérieur. Ils y vivent en petites hardes, composées surtout de femelles et de jeunes et placées sous la conduite d’un vieux mâle. Généralement ces hardes, qui comptent de 5 à 50 individus, restent isolées les unes des autres, tout en se mêlant volontiers aux Bœufs et aux Moutons qui paissent dans les pampas; mais, à l’arrière-saison, elles s’associent quelquefois pour former des troupeaux de cinquante ou soixante têtes. À la fin de juillet, les mâles adultes commencent à faire entendre leurs singuliers cris d’appel ou de défi, comparables aux sons bizarres qu’émettent les ventriloques. Ils cherchent querelle aux individus du même sexe et, après avoir expulsé les plus jeunes du troupeau, livrent aux autres des combats acharnés. Les deux adversaires multiplient les feintes, décrivent des cercles en faisant jaillir la terre sous leurs pieds, tordent leurs cous comme des serpents et se portent de furieux coups de bec. Le vainqueur cherche ensuite à faire agréer ses hommages aux femelles en tournant autour d’elles, les ailes pendantes, en faisant la roue et en prenant toutes sortes de poses qu’il juge irrésistibles.
- A partir de la fin d’août, mais surtout pendant les mois d’octobre, de novembre et de décembre, les femelles d’une même harde pondent toutes dans une simple dépression du sol qui peut ainsi contenir de 50 à 60 œufs. Ceux-ci sont d’abord d’un beau jaune d’or, mais ils pâlissent bientôt et deviennent d’un blanc parcheminé. Ils ne sont pas, comme le supposaient les anciens voyageurs, exclusivement abandonnés à l’action des rayons solaires. C’est le mâle qui les couve et qui les couve seul, restant accroupi pendant toute la nuit et la matinée et ne se levant que pendant la journée pour chercher sa nourriture. Quant aux femelles qui demeurent dans les environs, elles se dispensent entièrement des devoirs de leur sexe et ne prennent même aucune part à l’éducation des petits, sur lesquels le mâle veille avec la plus tendre sollicitude. Telle est son ardeur à défendre sa progéniture, qu’il ne craint pas alors de se précipiter les ailes déployées, le cou tendu, sur un cavalier dont il affole la monture par son attaque soudaine et qu’il force à rebrousser chemin.
- En revanche, les Nandous paraissent avoir une grande frayeur des Aigles et des Caracaras qui, après l’Homme et le Couguar, sont leurs plus terribles ennemis. A la vue d’un de ces oiseaux planant au-dessus de lui, le mâle qui a des petits à surveiller s’aplatit sur le sol et pousse un cri d’appel qui, en un clin d’œil, rassemble sous ses ailes toute sa jeune famille.
- Les mœurs et les allures du Nandou de Darwin sont les mêmes que celles du Nandou américain; mais, d’après M. Hudson, dans l’espèce de Patagonie la ponte s’effectue un mois plus tôt que dans l’espèce de la République Argentine et du Brésil; parfois même, elle commence au mois de juillet. Les œufs déposés également, parfois au nombre d’une cin-
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- quantaine, dans une dépression du sol à peine tapissée de quelques herbes, varient beaucoup sous le rapport des dimensions et passent successivement du vert foncé au vert pâle et moucheté, puis au jaune, au grisâtre et enfin au blanc presque pur. Les jeunes dilfèrent de ceux de l’autre espèce par leur livrée d’ungris sombre, dépourvue de mouchetures blanches ou noires et surtout par leurs pattes emplumées jusqu’aux doigts. Ces plumes, toutefois, ne sont pas solides et disparaissent bientôt par le frottement sous la portion correspondant au tarse. Ce n’est qu’au bout de la première année que l’oiseau revêt le costume de l'adulte et c’est à trois ans seulement qu’il a atteint toute sa taille.
- Les Nandous sont d’un naturel confiant et ne demandent, pour ainsi dire, qu’à être domestiqués. D’Azara avait déjà constaté que les jeunes enlevés à leurs parents suivaient, dès le second jour, leur maître comme des Chiens. Les adultes même, quand on les traite avec douceur, se montrent très familiers. En revanche, partout où ils ont été traqués, ils sont devenus singulièrement farouches. Le Nandou, dit M. Hudson, prend souvent la fuite bien avant qu’on ait eu le temps de l’apercevoir, ou bien encore il s’accroupit au milieu des hautes herbes et s’y tient obstinément caché. Du reste, même lorsqu’il est debout, il échappe facilement aux regards, car à distance les teintes grises et brunes de son plumage s’harmonisent avec celles des plantes environnantes. Un de ces oiseaux, parvenu à son développement complet, est doué d’une telle vigueur, d’une telle résistance à la fatigue qu’un chasseur, même admirablement monté, a toutes les peines du monde à le forcer, d’autant plus que l’animal, serré de près, fait de brusques crochets. Aussi les Gauchos se mettent-ils d’ordinaire à plusieurs pour opérer cette chasse. Se tenant soigneusement sous le vent, ils s’avancent d’abord au pas, puis, tout à coup, ils lancent leurs chevaux au triple galop, séparent un Nandou du reste de la bande et essayent de se rendre maîtres de l’animal qui fuit éperdument, les ailes tantôt pendantes, tantôt relevées alternativement comme une voile. Dans cette course effrénée, il arrive assez souvent que le Nandou se prend les pattes dans les herbes entrelacées; il tombe alors et, avant qu’il ait le temps de se relever ou de reprendre sa course, le chasseur est sur lui et, d’une main vigoureuse, lui lance les terribles bolcis. Ces bolas sont, comme chacun sait, avec le lasso, l’arme favorite des Gauchos ; ce sont trois houles pesantes reliées par trois courroies d’égale longueur à un centre commun. Tenant en main l’une des houles, le chasseur fait tournoyer les deux autres, puis lâche brusquement tout le système qui fend l’air avec la rapidité d’une ilèche et va s’enrouler autour du cou, des ailes ou des pattes du Nandou et le rend incapable de résistance.
- Les Indiens et les Gauchos se livrent avec ardeur à cette chasse, non pas tant pour avoir la viande du Nandou que pour obtenir ses plumes, qui font actuellement l’objet d’un trafic important. Elles sont
- désignées dans le commerce sous le nom de plumes de vautour et servent principalement à fabriquer des plumeaux. En 1885, d’après M. Montillot1, le Paraguay a exporté 546ks,718 de ces plumes, valant 1100 piastres ou 5154 francs et l’Uruguay 21 090 kilogrammes valant 80 782 piastres ou 405151 francs. On en fait aussi des tapis très élégants, dont on pouvait voir, à l’Exposition universelle de 1889, dans la section de la République Argentine, un spécimen estimé 1000 francs. Les petites plumes iloconneuses sont employées par les fourreurs comme garnitures de manteaux ou pour confectionner des boas, et les grandes plumes souples, blanches et noires, sont vendues en petits paquets pour la parure sous le nom de gerbes indiennes.
- Pendant longtemps ces plumes de diverses catégories furent fournies exclusivement par des Nandous sauvages que l’on tuait pour obtenir leurs dépouilles; mais le nombre de ces Rrévipennes ayant diminué dans des proportions considérables, quelques fermiers de la République Argentine eurent l’heureuse idée de se livrer à l’élevage des Nandous. Parqués dans de vastes enclos de 15 à 50 hectares, ces oiseaux s’y reproduisirent parfaitement; grâce à un système ingénieux de filets, ils purent être plumés à époque fixe comme des Oies et livrèrent bientôt au commerce une matière première qui, sans cette invention, n’eùt pas tardé à faire complètement défaut.
- Dans divers pays de l’Europe, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, en France, non seulement dans les jardins zoologiques, mais encore chez des amateurs tels que M. Bérenger, le I)r Clos, M. Pays-Mcllicr, M. Mercier, M. Blaamv et M. Godry, la reproduction des Nandous fut obtenue et l’éducation des jeunes menée à bonne fin. A S’Graveland (Pays-Bas), chez M. Blaauw, les Nandous d’Amérique sont maintenant complètement domestiqués et vivent en bonne harmonie avec toutes sortes d’animaux : Chevaux, Vaches, Moutons, Poules, Oies et Canards. Ils ne craignent ni le froid ni la pluie, et élèvent des couvées de 8 à 15 petits. Il en est de même chez M. Ed. Godry, au château de Galmanche, près Caen. « Leurs courses folles à travers les pelouses, leurs brusques mouvements et leurs bonds prodigieux, écrivait M. Godry en 1890, sont la preuve de leur bonne santé.... Ils sont certainement très intéressants et leur présence égaye beaucoup le paysage. Par les temps les plus froids de l’hiver et les pluies les plus abondantes, les Nandous préfèrent coucher en dehors, même à découvert, plutôt que de se réfugier dans les cabanes ou hangars, garnis de paille, qu’ils ont à leur disposition. Ils aiment tout particulièrement à passer la nuit au pied d’un gros arbre ou d’un arbuste, en ayant soin de se placer dans le sens opposé au vent. »
- Les Nandous qui, à l’état sauvage, se nourrissent de Vers, de Mollusques, d’insectes, de petits Rongeurs, de Reptiles, de graines, de jeunes pousses et
- 1 La Plume îles oiseaux, p. 354.
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- . (Dessinés d’après nature.)
- Nandous au Jardin des Plantes, à Paris
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- de feuilles de graminées, trouvent dans un grand parc une partie des aliments qui leur sont nécessaires et n’ont besoin de recevoir chaque jour qu’un seul repas de son ou de carottes coupées. Leur prédilection pour l’herbe tendre ne les empêche pas de se montrer friands de toutes sortes de plantes cultivées ; aussi n’est-il pas prudent de les laisser errer dans le voisinage des plates-bandes. Une haie d’épines ou même un grillage d’un mètre de hauteur suffisent d’ailleurs pour les arrêter, et s’ils viennent à s’échapper on arrive toujours à les faire rentrer dans leur enclos en leur présentant un morceau de pain.
- L’élevage du Nandou ne présente donc pas de sérieuses difficultés et l’on peut espérer qu’un jour nos marchés ne seront plus obligés de demander à l'Amérique toutes les plumes de vautour et les gerbes indiennes dont l’industrie fait une grande consommation. Toutefois, en nous appuyant sur les expériences récentes, nous croyons que si, conformément à l'opinion de quelques auteurs, l’élevage des Nandous réussit sur les Hauts-Plateaux de l’Algérie, il se fera avec plus <^c succès encore dans les herbages de la Normandie et dans les polders des Pays-Bas, où les Nandous d’Amérique et surtout les Nandous de Darwin trouveront des conditions plus semblables à celles de leur pays natal.
- E. Oustat.kt.
- DU PAS GYMNASTIQUE1
- L’emploi de ce pas par une troupe permettra de lui faire faire une étape de longueur donnée en moitié moins de temps qu’au pas ordinaire, ou d’augmenter la longueur de l’étape sans augmenter la durée de la marche. On peut môme concevoir des troupes d’élite capables de faire des marches forcées de 50, 60 et même de 80 et 100 kilomètres et de les renouveler plusieurs jours de suite, comme le font les coureurs japonais et cinghalais. I)e pareilles troupes, capables de lutter de vitesse avec la cavalerie, pourraient soit la suppléer, soit être employées concurremment avec elle en avant des armées. Elles permettraient de faire faire le service d’exploration par l’infanterie, d’une manière beaucoup plus efficace et plus sure que ne pourra jamais le faire la cavalerie seule.
- On peut aller plus loin et supposer ce mode de marche employé par de fortes unités, divisions ou corps d’armée : il en résulterait une légèreté d’allures, une facilité pour la formation et le déploiement des colonnes qui leur assurerait une supériorité incontestable.
- En effet, en colonne sur une route, une division occupe une longueur de 15155 mètres, un corps d’armée une longueur de 32165 mètres; ce qui, à l’allure réglementaire, correspond à une durée d’écoulement de 3h47m pour la division et de 8h2m pour
- 1 Suite et tin. — Yov. n° 1075, du 0 janvier 1894, p. 85.
- le corps d’armée. Cela veut dire qu’entre le passage en un point donné de la pointe d’avant-garde et de la queue de l’arrière-garde il s’écoule pour la division 51147m, p0lir le corps d’armée 11 en résulte
- qu’il est impossible défaire faire, sans fatigues excessives, une étape un peu longue à un corps d’armée en colonne sur une seule route.
- Si l’on veut en effet transporter le corps d’armée de À en B, en admettant que la pointe de l’avant-garde quitte À à 6 heures du matin on voit que l’arrière-garde ne se mettra en marche qu’à 2 heures de l’après-midi. Pour qu’elle soit arrivée en B à 6 heures du soir, avant la nuit, il ne faut donc pas que la distance de A à B dépasse 14 kilomètres, ce qui correspond à 4 heures de marche.
- En cas de rencontre avec l’ennemi, l’inconvénient est plus grave encore, puisqu’il faudra au général attendre 5h47m ou 8h2m avant d’avoir rassemblé sa division ou son corps d’armée et de disposer de tout son monde. Enfin, en cas de retraite, pour que le corps d’armée puisse éviter le combat, il faut qu’il ait sur l’ennemi une avance de plus de 8 heures. L’emploi de la marche en flexion permettrait de réduire à l''30m la durée d’écoulement de la division, à 3 heures ou 3h50m celle du corps d’armée.
- En dehors de ces considérations, il est incontestable que cette rapidité dans les mouvements augmente beaucoup la confiance du soldat, et l’on sait l’importance du moral sur l’issue des batailles. Pour vulgariser cette méthode dans l’armée, il suffirait de réunir sur un point quelconque du pays deux ou trois officiers de chaque régiment. Ces officiers, après avoir reçu l’instruction nécessaire, retourneraient dans leur régiment pour organiser l’étude de ces exercices.
- Mais les médecins auraient fait de graves reproches à ce pas en flexion. Se trouvant en face d’une méthode nouvelle, ils ont voulu l’assimiler à l’ancienne quant aux résultats sur l’organisme. Le pas gymnastique ordinaire longtemps prolongé, par l’essoufflement qu’il détermine, aboutit à l’asystolic, au cœur forcé, suivant l’expression des coureurs. Ce que nous avons dit plus haut prouve au contraire qu’en évitant l’essoufflement, le pas gymnastique en flexion ne peut amener l’asystolie.
- Tandis que le pas gymnastique ne doit être pratiqué que par des hommes jeunes, sains et vigoureux, j’ai fait exécuter le pas gymnastique en flexion à des obèses et des anémiques. Sans doute, en ce cas il faut certaines précautions et on ne devra pas cher cher à atteindre la vitesse- qu’obtient un homme sain.
- Mais loin d’être nuisible, cet exercice a sur eux une influence médicatrice. C’est surtout en cas de maladies chroniques du poumon au début, ou d’insuffisance du diamètre thoracique, que son utilité est indiquée.
- On sait que les exercicesde vitesse développent plus que tous les autres l’ampleur delà poitrine.Les exercices des jambes sont bien supérieurs àc#ux des bras.
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- Los montagnards présentent tous une grande largeur de poitrine à cause de la nécessité d’ascensions continuelles dans un air raréfié. Quand un sujet a la poitrine étroite et les côtes rentrées, on recommandera l’exercice de la course si c’est un garçon, ou le saut à la corde si c’est une tille.
- Chez les malades il est difficile de ri commander le pas gymnastique. Il exige non seulement une lionne santé, mais encore une souplesse qu’on ne retrouve que chez les adolescents. Dans un tableau publié par M. Saint-Clair, président du Racing Club, et où sont relatés les exploits des coureurs de tous les pays, il ne s’en trouve aucun qui ait dépassé l’àge de trente-cinq ans.
- Les phtisiques et les emphysémateux auraient grand besoin de faire des respirations supplémentaires pour compenser l’insuffisance du champ respiratoire. Le l)r Lagrange recommande de prescrire hardiment à ces malades les longues marches en
- plaine. Le pas gymnastique serait préférable, mais il amène l'essoufflement rapide; aussi ne le con-scille-t-on pas.
- C’est en ces cas surtout, au début de la maladie, qu’on obtiendra d’excellents résultats de la marche et du pas gymnastique en flexion. L’application de ces procédés à la thérapeutique pourra donner des résultats inespérés.
- Nous conclurons donc en disant que le pas gymnastique en flexion paraît avoir une grande utilité comme exercice physique chez certains malades.
- C’est assez montrer qu’on ne peut l’accuser d’ètre nuisible à la santé. Il serait grand temps que notre armée l’adoplàt. Dr Félix Régnault.
- ONDES DE TREMBLEMENT DE TERRE
- Lorsqu’une violente secousse vient ébranler la Terre en un de ses points, on pourrait croire qu’elle vibre en propageant la secousse tout autour du point initial de façon à agrandir progressivement la calotte sphérique dont le sommet se trouve au point initial de la secousse. Il semble que les zones successives de la surface terrestre doivent vibrer successivement par zones parallèles atteintes en même temps à égale distance du premier sommet, et que tout soit terminé quand la vibration arrive au point diamétralement opposé, à l’antipode du point où elle a commencé.
- En réalité, ce n’est point ainsi que les choses se passent; et en considérant un point spécial de la surface terrestre, il semble que deux vibrations spéciales lui sont envoyées par le point initial où le cataclysme a eu lieu. Ces deux vibrations suivent la circonférence du grand cercle qui passe par les deux points, l’une par le chemin le plus court, moindre que 180 degrés, l’autre par le plus long, le reste de la circonférence.
- Ainsi, le terrible tremblement de terre de Koumamalo du Japon, arrivé le 28 juillet 1889, a apporté sa secousse à Potsdam, au pendule horizontal de M. Rebeur-Pasehrwilz par ces deux chemins. La première est arrivée par l’Asie et la Russie, en 05 minutes, faisant ainsi 9000 kilomètres
- avec une vitesse moyenne de 2km,2 par seconde. L’autre est passée par l’océan Pacifique, l’Amérique, l’océan Atlantique et l’Europe occidentale, en faisant 50 000 kilomètres environ en 2hGm de plus ou 225 minutes avec la même vitesse moyenne.
- Il est probable cependant que la vitesse est plus considérable dans les premiers instants de la propagation, bien qu’il soit fort curieux de voir la même vitesse moyenne sur un parcours plus de trois fois plus long. 11 n’est pas à désirer que l’on ait souvent l’occasion de vérifier le fait, tout en nous laissant regretter que des instruments sensibles ne se soient pas trouvés à beaucoup de distances différentes du point de départ de la secousse quand elle s’est produite.
- Yoici tout récemment un autre exemple de cette vitesse de propagation. L’appareil de la Faculté de Grenoble a accusé une secousse le G novembre à 4h13m409 et on a été un mois sans avoir de nouvelles d’un tremblement de terre quelconque. Il est bien certain aujourd’hui que la cause du trouble de cet appareil est une secousse qui a été ressentie assez vivement à Tashkent de Russie le même jour à 8h25m508. Or, il y a, entre Tashkent et Grenoble, une différence d’heures de 4h14mlG", Tashkent étant à 4h27m509, et Grenoble, à 0h15"*34s de Paris. Lorsqu’il était 4h13m409 à Grenoble, il était donc 4h15m40s plus 4h14mlGs, ou 8h27“5G8 à Tashkent; et les 4ra2Gs de différence représentent le temps de la propagation delà secousse. La distance étant d’environ 956 kilomètres, il en résulte une vitesse de 5k“,150 environ par seconde. J. Yinot.
- YËL0CIPÉDIE
- NOUVEAUX GENRES DE VÉLOCIPÈDES
- Bicyclette de dame. — Depuis notre dernier article sur la construction des cycles1, il a surgi de nouveaux modèles qu’il est intéressant de passer en revue et qui obtiennent depuis quelque temps un très grand succès.
- En première ligne, nous devons parler de la bicyclette de dame (fig. 1). Il y a eu, depuis quelques années, une controverse assez sérieuse au sein même de la Faculté sur la question de savoir si la femme pouvait, sans danger, monter à vélocipède. Comme toujours, s’est renouvelée la vieille comédie du médecin Tant-pis et du médecin Tant-mieux.
- Suivant les uns, l’exercice modéré du vélocipède ne pouvait qu’être très favorable à un sexe qui en est trop souvent privé; d’autres voyaient, au contraire, dans cette nouvelle pratique, la source d’une infinité de maladies qui, se trouvant à l’état latent chez la femme, ne tarderaient pas à surgir.
- Malgré cette divergence d’opinions, certaines femmes n’ont pas hésité à faire du vélocipède et constatons tout de suite qu’elles ne s’en portent pas plus mal.
- Dût sa modestie en souffrir, nous devons signaler Mme Laumaillé, de Nice, qui a parcouru, en 1892, plusieurs milliers de kilomètres répartis sur le ter-
- 1 Voy. n° 1031, du 25 mars 1893, p. 2GG.
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- ritoire de plusieurs nations occidentales de l'Europe.
- Ru reste, nous disions, dans un de nos derniers articles, que les médecins prêchaient eux-mêmes l’exemple; ils le prêchent aussi pour ce qui touche à la vélocipédie féminine.
- Pendant la même année 1892, à la belle saison, aux environs de Chantilly, nous rencontrions journellement en promenade, à bicyclette, avec sa femme, un des plus grands chirurgiens de Paris. Ces exemples isolés prouvent surabondamment que la vcloci-pédic féminine peut s’exercer sans aucune crainte.
- La conséquence directe, c’est qu’il a fallu créer un nouveau genre de machine qui réponde à l’habillement de la femme. Il est à noter, en effet, qu’à part quelques exemples isolés du port de la culotte, il est vraisemblable que la vraie femme ne se séparera pas des vêtements que l’usage a consacrés. Notre opinion est basée surtout sur une question de goût ; car si la culotte donne à la femme ce petit air cavalier qui n’est pas incompatible avec la pratique du vélocipède, elle lui enlève une partie de sa grâce, et, sur ce point, la femme, la vraie, dont nous parlions tout à l’heure, saura toujours se reprendre.
- La bicyclette de dame, telle que la montre notre figure 1, doit donc avoir l’avant absolument dégagé, et la roue arrière, ainsi que la chaîne, enveloppées de telle sorte que les plis de la robe ne puissent pas s’y engager. Les pédales seront rapprochées du sol le plus possible,
- alinque la cycliste puisse se mettre en selle commodément et de pied ferme, sans usage de marchepied. Les poignées seront assez rapprochées du
- corps pour que la femme puisse se tenir en selle le buste à peu près droit; c’est une position recommandée par l’hygiène, que nous indiquons sans entrer dans d’autres détails.
- Bicycl ette-tandem. — Une machine qui semble devoir occuper une place considérable dans la vélocipédie en J 894, c’est la bicyclette-tandem ([lie nous appellerons tandem tout court.
- Le tandem, qui, à son apparition,semblait devoir rester dans le domaine de la fantaisie, a pris subilemcnt une importance inattendue.
- Le premier tandem de course qu’il nous fut donné de voir ne nous étonna pas outre mesure, car il était monté par des coureurs qui se font, par métier, un jeu de vaincre les difficultés de l’équilibre. 11 nous restait
- cependant la conviction que, dans la pratique, ce serait toujours une machine très difficile à diriger, et presque inaccessible à la masse des vélocipé-distes. Or, il n’en est rien.
- Pour la course, c’est une machine dont la vitesse est foudroyante et supérieure à celle de la bicyclette ordinaire; d’autre part, pour le tourisme, c’est un véhicule très agréable, se dirigeant très bien, et fournissant, avec moins de peine, un train de route inconnu jusqu’ici aux tranquilles promeneurs.
- Toutes ces qualités le recommandent fortement à
- merR/CH._______________ j
- Fig\ 1. — Bicyclette do (hune, modèle Wliitwortli (Angleterre).
- Fig. 2. — Bicyclette tandem modèle Gladiator (France), montée par les frères Allard, d’Arles.
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- la masse des cyclistes, et puisque nous parlions tout à l’heure de la vélocipédie féminine, nous croyons que le tandem lui sera un précieux auxiliaire.
- Un mari, qui n’exposerait qu’à contre-cœur sa femme aux dangers de la route, sera très heureux de lui offrir une place sur un véhicule dont il aura la direction. Notre figure 2 représente un tandem de course monté par deux cyclistes bien connus : les frères Allard, d’Arles ; la direction est unique et confiée au cavalier de l’avant.
- Dans le tandem de route, au contraire, la direction est double, grâce à une tige articulée qui relie les deux guidons.
- De cette façon, le cavalier arrière peut diriger la machine, môme à l’exclusion de celui de l’avant, qui appuiera simplement scs mains sur le guidon. Ce sera le cas, lorsque le tandem sera monté par un monsieur et une dame.
- Triplette. —
- On ne s’est pas arrêté, naturellement, à deux places. Lorsqu’on est dans la voie du progrès, on va quelquefois jusqu’à le dépasser.
- C’est ainsi qu’il existe aussi une machine à deux roues, destinée à porter trois cavaliers; mais nous ne saurions nous arrêter à sa description; la gravure ci-dessus en donne l’aspect (fig. 5). Nous citerons une machine bien plus étonnante encore.
- Quadruplette américaine. — Oui, les Américains sont allés jusqu’à monter quatre cyclistes sur deux roues; encore n’ont-ils pas dit qu’ils s’arrêteraient là !
- Notre figure 4 est un cliché obtenu d’après photographie; jusque-là il ne serait pas bien étonnant d’avoir construit une bicyclette portant quatre hommes au repos. Ce qui l’est davantage, c’est qu’on ait
- obtenu avec cet appareil, des résultats de vitesse merveilleux. Ainsi, cette machine qui pourrait sembler, au premier abord, n’être qu’une simple conception irréalisable, existe, fonctionne bien, se dirige assez convenablement et fournit des vitesses inconnues jusqu’à ce jour dans la vélocipédie.
- Dans le tandem, un des plus grands appoints de
- la vitesse, c’est la légèreté; car le poids total de la machine doit être divisé en deux, et chaque cycliste, par le fait, déplace pour sa propre part un poids bien moindre que celui d’une simple bicyclette, plus légère fùt-elle.
- Dans la quadruplette, cet avantage augmente encore et se trouve presque quadruplé. Nous avons expliqué, dans nos précédents articles, ce qu’était la multiplication. Ici, elle est énorme, et le véhicule parcourt plus
- de 8 mètres par tour de pédale. Une chose qu’il ne faut pas oublier de mentionner en faveur de la vitesse, c’est, la résistance de l’air qui est sensiblement la même pour les quatre véloeipédistes (pie pour un seul monté sur une machine à place unique.
- Il n’est pas probable que l’usage de la quadruplette se généralise, mais dans le champ des expériences, où elle restera fatalement confinée, elle sera très intéressante à étudier; déjà, lors des essais, on a obtenu, sur quelques centaines de mètres, une vitesse dépassant 60 kilomètres à l’heure.
- Il n’y a pas encore trois ans, la vitesse du vélocipède était inférieure à celle du cheval au trot; aujourd’hui, elle se rapproche de celle du cheval au galop, et devant les progrès rapides qui s’accom-
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- plissent sous nos yeux, bien fort serait celui qui pourrait, dès à présent, lui assigner une limite.
- Gaston Cornjk.
- EXPOSITION D’ART PHOTOGRAPHIQUE1
- On a prétendu longtemps et certains préten lent encore que la photographie ne peut être un art. 11 faut bien reconnaître que la plupart des photographes professionnels ou amateurs ne font rien pour nous prouver le contraire ; et, dans les expositions qu’ils font les uns et les autres depuis quelques années, ils nous exhibent toujours ces éternels papiers bien polis, bien glacés, collés sur de beaux cartons dorés sur tranche où les images, d'une netteté absolue (on compterait les feuilles des arbres et les cheveux des personnages), n’ont rien qui ressemble à une œuvre d’art.
- 11 y a cependant des exceptions et certains ont su arriver, par un choix judicieux des moyens que la photographie met à leur disposition, à produire des œuvres où l’on trouve l’originalité, la touche personnelle, la création et tout ce qui caractérise une production artistique, (l’est à l’étranger, surtout en Angleterre, qu’on trouve des exemples de cette nature et les expositions qui y sont organisées les font connaître au public. En France, si nous en avons quelques-uns, ils sont rares et peu connus.
- Le Photo-Club de Paris a eu l’excellente idée de suivre l’exemple de l’Angleterre et il vient d’organiser dans la galerie Petit, 8, rue de Séze, une exposition d’art photographique dont le succès dépasse les espérances. Il n’y a là rien qui ressemble à ce que nous avons l’habitude de voir, et, pour un critique non prévenu, l'appareil photographique reste étranger aux œuvres exposées. Nous ne voulons en citer aucune, car presque toutes sont remarquables tant au point de vue du choix et de la composition du sujet, que de l’exécution Près de 2000 envois ont été faits, sur lesquels 511 seulement furent admis; le jury d’admission était composé d’artistes connus, peintres et sculpteurs, et de deux amateurs photographes. Nous remarquons que sur les 511 œuvres admises il y en a plus de 500 provenant de l’étranger: 115 viennent d’Angleterre, 52 d’Autriche, 45 d’Amérique, 50 de Suisse, 22 de Russie, 18 de Belgique, etc., et nous devons dire que c’est parmi celles-là que se trouvent les meilleures.
- Nous ne pouvons que féliciter le Photo-Club d’avoir pris l’initiative d’une telle exposition, car il a ainsi indiqué aux photographes français la nouvelle voie dans laquelle ils ne doivent pas hésiter à entrer, la voie de Part photographique. G. M.
- CHRONIQUE
- Vénus étoile du matin et du soir A la fois. —
- Ce rare et curieux phénomène va se présenter cette année dans des conditions tellement favorables qu’il se passera bien des siècles avant qu’il ne revienne aussi beau. Nous nous plaisons ici à nous rappeler le nom d’un ingénieur hydrographe en chef de la Marine, M. Courbebaisse, qui a attiré le premier notre attention sur la possibilité de voir arriver la curiosité en question. Il serait bien heureux certainement en ce moment, plus heureux même que lorsqu’il a observé le premier son étoile brillante nouvelle
- 1 L’exposition d’art phologrs 50 janvier.
- est ouverte jusqu’au
- dans la Couronne boréale. On sait que l’éclat de la belle planète Vénus est tel que dès qu’elle se couche 20 minutes après le Soleil ou dès qu’elle se lève 20 minutes avant lui, l’œil peut la saisir sur le fond pâli du ciel, dans les lueurs du crépuscule ou de l’aurore. Eh bien, le 1 1 février prochain, elle va se lever quarante-trois minutes avant le Soleil et se coucher 45 minutes après lui. La recherche pourra commencer le vendredi !) février, où Vénus se lèvera 22 minutes avant et se couchera 1h24ra après le Soleil. Le samedi 10 février, la planète se lèvera 2(5 minutes avant et se couchera lh15ra après le Soleil. Ces nombres deviendront respectivement: le dimanche 11 février, 50 minutes et ES™; le lundi 12, 55 et 59 minutes; le mardi 15, 59 et 50 minutes; le mercredi 14, le meilleur jour possible, 45 minutes le matin et 45 minutes le soir; le jeudi 15, ce sera 48 minutes le matin et 54 minutes le soir. Vendredi 10, 51 minutes et 25 minutes; samedi 17, la curiosité sera terminée, Vénus pourra bien se voir le matin, levée 55 minutes avant le Soleil, mais elle sera perdue comme étoile du soir, se couchant dans les rayons de l’astre 17 minutes seulement après lui. Ce phénomène est dù à ce que Vénus passe, le 10 février à 9 heures du matin, entre le Soleil et la Terre, mais à la grande hauteur d’un peu plus de 8 degrés, de seize à dix-sept fois la largeur de la Lune au-dessus du Soleil dans le ciel. Il faut bien des années pour qu’une pareille circonstance se présente de nouveau. 11 pourrait arriver cette fois que de bons yeux, et nous en connaissons, qui auraient bien repéré les positions de la planète depuis quelque temps, comme nous avons conseillé de le faire, ne perdissent pas Vénus de vue de son lever à son coucher, pendant lh20,D de plus que le Soleil le 14 février, et même lh40ra de plus le 9 de ce mois. J. Vinot.
- I.e chauffage au coke des chaudières à vapeur. — Généralement, pour ne pas dire toujours, les chaudières à vapeur sont chauffées au charbon: gailleterie, tout-venant, fines ou poussiers. Ces charbons seraient mieux utilisés en les réservant à la fabrication du gaz d’éclairage, et, autrement employés, réduiraient dans une certaine mesure les nuages de fumée qui s’étendent sur les grandes villes industrielles. Etant donnés le bas prix du coke et les difficultés toujours croissantes que les Compagnies de gaz éprouvent à s’en débarrasser, difficultés qui ne peuvent que contribuer à l’avilissement de ces prix, on peut se demander s’il n’y aurait pas quelque avantage à utiliser ce coke pour le chauffage des chaudières, au lieu et place du charbon. Pour trancher la question, deux ingénieurs de la Compagnie du gaz de Bruxelles, MM. A. Jérome et P. Audouin, ont exécuté une série d'expériences sur deux chaudières identiques fonctionnant alternativement avec les différents types de houille et les différents types de coke : tout-venant, n°* 2, 1, 0, et grésillon. 11 résulte de ces expériences qu’à poids égal, la puissance de vaporisation du coke est équivalente à celle du charbon et qu’à surface égale, la puissance de vaporisation du coke est supérieure à celle du charbon. De plus, le coke n° 0 et le grésillon peuvent être brûlés sans soufflage, tandis que celui-ci est indispensable pour les poussiers de charbon. C’est donc, finalement, la question de prix relatif qui doit dicter les préférences : le seul inconvénient réel du coke est sa faible densité qui rend l’approvisionnement encombrant et oblige à faire des feux plus épais ou à charger plus souvent. Ce dernier inconvénient est d’ailleurs évité par l’emploi île foyers à chargement continu, et l’on y gagne l'avantage très appréciable de la suppression de la fumée. Le chauf-
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- l’âge des générateurs de vapeur par le coke mérite donc, à bien des égards, de fixer l’attention des industriels. Un a essayé pendant longtemps, à l’usine municipale d’électricité des Halles centrales de Paris, d’employer le coke précisément pour éviter la fumée. Ce combustible rendait le travail des chauffeurs beaucoup plus pénible et souvent impossible; il augmentait, de plus, la dépense dans de grandes proportions. Après des expériences qui ont duré plus de six mois, on a dù renoncer au coke. Des essais semblables ont été tentés sans succès dans plusieurs autres usines de Paris. Ajoutons que dans toutes ces expériences les foyers n’étaient pas appropriés à la nature du nouveau combustible.
- L'ozonisation des fécules. — M. Gustave Schaeffer vient de présenter à la Société industrielle de Mulhouse un Rapport sur différents échantillons de fécules purifiées et transformées par la maison Siemens et llalskc, en vue de transformer la fécule ordinaire du commerce en produits plus solubles, plus blancs et sans odeur. Ce procédé consiste principalement dans un traitement par l’ozone obtenu électriquement. Deux de ces échantillons sont parfaitement blancs et possèdent un pouvoir épaississant plus élevé que la fécule prima du commerce. Tandis que les empois faits avec ces échantillons n’ont guère changé après cinq jours, ceux faits avec la fécule ordinaire du commerce se sont liquéfiés après vingt-quatre heures. Il y a donc là l’indice de la possibilité d’un bon emploi de ces fécules pour l’apprêt des tissus si le traitement qui les améliore ne majore pas également leur prix dans des proportions prohibitives, point sur lequel le rapporteur manquait d’éléments suffisants d’information pour se prononcer.
- Analyse des beurres du commerce. — D’une Note de M. Yiollctte dont un court extrait seulement ligure aux Comptes rendus de /’Académie des sciences du ‘20 décembre dernier, il semble résulter qu’un procédé simple, ne nécessitant pas de connaissances spéciales et qui consiste dans la prise des densités des beurres à 100° G, permet de les classer rapidement en trois catégories : les beurres purs, les beurres douteux et les beurres margarines. La nature des beurres douteux peut (tre tixéc parla détermination exacte des acides volatils et au besoin, comme contrôle, par le dosage des acides lixes. L’installation d’un laboratoire spécial basé sur ces données, permettrait, d’après l’auteur, sinon d’empêcher la fraude, du moins de la restreindre dans des limites peu profitables aux fraudeurs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 janvier 1894. — Présidence de M. Ln.wv.
- Les oiseaux gigantesques de Madagascar. — M. Milne-Edwards présente à l’Académie des os d’un oiseau gigantesque qui habitait autrefois Madagascar et qui est aujourd’hui complètement disparu de la surface du globe. C’est de l’Æpyornis dont il s’agit. Cet oiseau, dans son entier développement, dépassait la hauteur de 5 mètres; les pièces de son squelette comparées à celles de l’autruche paraissent énormes. Ce n’est pas seulement par leur longueur que ces os sont remarquables, mais surtout par leur diamètre qui est vraiment extraordinaire. M. Milne-Edwards rappelle que les premières notions acquises à la science sur cet animal sont dues à M. Geoffroy Saint-Hilaire et remontent à l’année 1851. Ces notions étaient
- très incomplètes par suite du très petit nombre d’ossements examinés par ce savant, et l’espèce ne put être déterminée. Aujourd’hui M. Milnc-Edwards peut trancher la question : l’Æpyornis était un oiseau à rattacher aux Bré-vipennes, qui vivait au bord des marais. En un seul point on a retrouvé les débris de plus de soixante individus mêlés à ceux de petits hippopotames, de crocodiles, de tortues. Ce gisement si riche a permis de reconnaître l’existence de douze espèces différentes, dont quelques-unes de taille bien moindre, et l’on peut affirmer que celte différence de taille ne provient ni de l’àge ni du sexe. Banni celles-ci M. Milne-Edwards crée l’Æpyornis mullerornis qui présente beaucoup de ressemblance avec le Casoar ; il termine en faisant ressortir les analogies de la faune ancienne de la Nouvelle-Zélande avec celle de Madagascar, circonstance d’autant plus remarquable qu’aujourd’hui ces deux îles sont séparées par un immense espace de mer.
- La vitalité des microbes. — MM. d’Arsonval et Charrin ont institué une série d’expériences sur le bacille pyocyanique, dans le but d’étudier sa résistance à l’action du froid, de la lumière et de l’électricité. 11 faut arriver à une température de — (50 degrés pour obtenir la stérilisation d’un liquide ensemencé. La lumière, au contraire, a une action plus vive sur le microbe. En quelques heures la lumière violette le tue, la lumière rouge, au contraire, est inactive.
- La photographie des couleurs. — M. Lippmann développe des formules très complexes relativement à la structure de la couche sensible impressionnée par la lumière. La question est relativement simple lorsqu’il s’agit d’une lumière homogène, mais elle est bien plus complexe lorsqu’il s’agit de la lumière blanche. Néanmoins, l’auteur démontre que le pouvoir réflecteur d’un point de la couche sensibilisée est toujours fonction de cette profondeur. Il fait remarquer que la couleur la plus difficile à reproduire par la photographie c’est le blanc, précisément parce qu’il est une synthèse. C’est aussi la couleur dont l’œil humain peut apprécier les plus faibles altérations. On peut donc affirmer que si le blanc est reproduit par la photographie, toutes les autres couleurs le seront avec leurs valeurs exactes. La démonstration expérimentale suit l’aflirmalion. M. Lippmann fait projeter sur un écran des photographies de sujets très divers, vitraux, portraits, paysages, spectre solaire, obtenues au moyen de sa méthode, par MM. Lumière. Les couleurs se présentent effectivement, éclatantes de fraîcheur et le blanc des nuages ou de toute autre partie apparaît très pur. M. Lippmann est très applaudi par ses collègues.
- Élection. — M. Guyou est élu membre delà section de géographie et navigation en remplacement de l’amiral Paris, par quarante voix contre treize données à M. Ilatt.
- Varia. — M. de Lacaze-Duthicrs annonce à l’Académie la moi t de M. Yan Bcneden, associé étranger. A l’occasion de cet événement douloureux, M. Blanchard, doyen de la section de zoologie, prononce l’éloge du défunt enlevé à la science en pleine activité, bien qu’arrivé à l’àge de quatre-vingt-cinq ans. 11 rappelle ses travaux considérables sur le développement des vers parasites et les générations alternantes. — M. Bouquet delà Grye et Mascart ont étudié les observations météorologiques exécutées par M. Yallot au sommet du Mont-Blanc. — M. Gautier donne communication d’une Note signalant l’identité de composition chimique du liquide de la périostite et du liquide de l’hy-darthrose. Eu. de Yilledeuil.
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- LA NATURE.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES TIGES DESSÉCHÉES JAPONAISES
- Voici une curiosité fort amusante qui nous arrive du Japon. Le produit dont il s’agit est livré dans de petites boîtes où se trouvent des plis de papier; ces plis renferment des tiges de bois desséché, qui sont roulées en spirales de manière à former un disque (n° 1 de la ligure), ou qui affectent simplement l’aspect d’un petit bâtonnet comme le montrent le n° 2 et le n° o. Ces petits bâtonnets ressemblent à des morceaux d’allumettes qu’on aurait taillés au couteau. Jetez ces petits bouts de bois sec à la surface de l’eau contenue dans une assiette creuse, les spirales telles que le n° 1 vont s’ouvrir, se déve-
- lopper, jeter câ et là des rameaux d’où jailliront des disques simulant les Heurs et les feuilles d’un arbuste. Le n° 1 de notre ligure, se transformera dans l’eau, en branches telles que celles de droite et de gauche, numérotées 4 et 5. Les bâtonnets 2 et 5 se dilateront de la même manière pour donner les petits personnages que le dessinateur a représentés à côté. L’un de ces personnages a une queue formée d’un fil qui avait été dissimulé dans la lige de bois primitive, l’autre est une dame qui tient un éventail à la main. Ces objets ainsi obtenus par la dilatation dans l’eau des petites baguettes ou des spirales, sont très légers et offrent l’aspeet de lamelles de sureau. Les figures dessinées en bas et en haut de notre gravure, montrent des éventails, des lanternes,
- Les liges desséchées japonaises, représentées avant et après leur immersion dans l’eau. (Grandeur d’exécution.)]
- des papillons, des poissons, des rats et des brouettes ainsi formés par l’immersion d’une baguette dans l’eau. La matière qui est employée est colorée sur les tranches; elle Hotte gracieusement dans l’eau et l’expérience qui consiste à voir les transformations, est inattendue et tout à fait attrayante.
- Les tiges desséchées japonaises ne sont pas seulement un objet d’amusement; elles offrent au naturaliste une propriété végétale très intéressante à étudier. Sans pouvoir dire quelle est la plante qui sert à confectionner ces petites figurines, on peut affirmer que la matière qui les constitue, est vraisemblablement une moelle de monocotylédonée aquatique. L’ampleur de cette moelle, la minceur des cellules qui les rend hygrométriques, et contractiles par la dessiccation, semble bien indiquer que l’on a affaire à une plante aquatique. La ténuité des fai-
- sceaux vasculaires en serait encore une preuve. Le phénomène observé avec les figurines japonaises est assez voisin de celui que présente une allumette de bois, cassée et pliée, qui se redresse quand elle est plongée à la surface de l’eau, mais nous ne croyons pas que nous ayons dans nos régions une plante aquatique analogue à celle du Japon, dont le monde végétal est si riche.
- Une boîte du petit jouet que nous faisons connaître, nous a été envoyée du Japon par notre frère Albert Tissandier, qui continue actuellement son grand voyage autour du monde, mais on en trouve depuis peu chez les marchands de japoncries et de chinoiseries. Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1078. — 27 JANVIER 1894.
- LA NATURE.
- m
- LA. BILLE D’ACAJOU-CEDRA
- DU JARDIN DES PLANTES
- Les Expositions universelles font habituellement profiter les établissements publics d’objets intéressants ou de spécimens rares, que l’on obtient gracieusement des Commissions étrangères ou des exposants, et qui entreraient dans la consommation publique et disparaîtraient sans cette prudente mesure. C’est ainsi que quantité de produits ou d’objets de valeur sont venus au Muséum d’histoire naturelle à la suite des . Expositions de 1878 et 1889, et les
- visiteurs peuvent ainsi se distraire ou s’instruire en les examinant. Il arrive parfois que les spécimens sont un peu encombrants, comme celui qui est visé dans cet article, mais les échantillons de bois utiles sont bien autrement volumineux que les nôtres dans les beaux musées anglais, et tous les visiteurs y admirent, sans se lasser, les madriers gigantesques d’Eucalyptus dont le bois commence enfin à entrer dans l’industrie française.
- La bille de Cedra du Jardin des plantes est un échantillon rare par son volume énorme. Il n’a pas moins de 7 mètres de circonférence et pèse 7000 kilogrammes. On estime qu’il peut être âgé
- Bille d’Acajou-Cedra du Muséum d’histoire naturelle, à Paris.
- d’un siècle et demi au moins. On a pu le voir dans la section de l’industrie des bois des îles à l’Exposition de 1889 où son propriétaire, M. Girardot, l’avait fait figurer avec quantité d’autres bois d’ébénisterie.
- Le nom de Cedra est une modification deCedrela, nom primitif dé cet arbre. Certaines espèces de Cedrela sont asiatiqùes et d’autres américaines. Les C. odorata et guianensis ont servi longtemps à faire des boîtes à cigares dont on se souvient de la couleur et aussi de l’odeur spéciale. Mais, par économie, on fait actuellement les boîtes à cigares en France avec des bois d’Europe que l’on teint au cachou pour leur donner l’apparence du Cedra. C’est une industrie très importante de nos manufactures de tabacs.
- 22e année. — lor semestre.
- Le Mexique est actuellement la région qui fournit lés belles billes d’Acajou-Cedra du commerce. Dans ce pays merveilleux et encore mal connu, sillonné de vallées nombreuses et fertiles, les richesses forestières sont considérables. Les espèces de Cedras mexicains n’ont pas l’odeur prononcée de ceux des Guyanes et de la Floride; aussi servent-elles de préférence pour faire les meubles d’Acajou d’exportation, surtout dans l’Amérique du Sud,*et qui sont préférés en ce bois plus que l’acajou de Saint-Domingue, plus lourd et qui est devenu rare d’ailleurs. La légèreté et l’homogénéité du Cedra rendent ce bois stable, et par les changements de température et l’humidité il ne joue pas, comme on dit en ébénisterie.
- Les Anglais font une grande consommation de Cedra. Ils emploient les espèces â bois odorant pour
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- LA NATURE.
- faire des caisses à fourrures, notamment, et les autres pour carcasses et intérieurs de meubles. Les billes les plus belles sont réservées pour la fabrications des canots de courses. Il n’y a pas de bois supérieur pour celte industrie spéciale. Un débite en bon bois des feuillets de 5 à 7 millimètres d’épaisseur sur les billes les plus longues et l’on arrive, après une patiente dextérité, à faire des embarcations de 15 mètres de long, d’une élégance, d’une légèreté et d’une solidité incomparables, avec des matériaux très réduits. ‘Les constructeurs dé Paris, tels sont les frères Dossunet, les Tel lier, les Lein et quelques autres, rivalisent victorieusement avec les constructeurs anglais, et leurs canots d’Acajou-Cedra sont très recherchés.
- Les qualités de ce bois sont aussi reconnues par les opticiens et constructeurs d’objets de précision, les fabricants de boites à préparations microscopiques, etc., etc.
- Le nombre des espèces de Cedrela peut atteindre la vingtaine, mais le tiers seulement des espèces fournit un bois industriel, en y comprenant l’Acajou véritable qui appartient au genre Swieténia et que les Anglais appellent de son nom sauvage Mahogani. Celui-ci, a bois plus dense et plus cher, n’acquiert pas souvent des dimensions aussi grandes que les Cedrela. D’ailleurs les difficultés de pénétrer dans l’intérieur de Saint-Domingue, où semble cantonné l’Acajou le plus estimé, en a rendu les beaux spécimens très rares.
- Le négociant qui a offert cette bille de Cedra, M. Girardot, avec un désintéressement digne d’être signalé, est secondé par un adjoint aussi aimable qu’intelligent, M. Simon, auquel je suis redevable d’intéressants détails techniques. Il faut le dire hautement, l’on est toujours sùr de trouver près des industriels et des négociants, quand il s’agit du Muséum, un accueil sympathique et les dispositions Jes plus favorables aux collections de notre établissement national. ^ J. Poisson.
- LES UNIFORMES
- DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE .
- Le public, quand il regarde un tableau d’histoire, ne se doute généralement pas de la quantité de recherches patientes et difficiles auxquelles a dû se livrer l’auteur, pour peu qu’il ait tenu à ne pas produire une simple œuvre de fantaisie.
- J’en veux citer ici un exemple tout récent qui s’est produit à propos d’un détail du tableau commémoratif du centenaire de l’École polytechnique commandé à M. Dupain par l’Administration des beaux-arts.
- Un des groupes représente deux élèves, l’un de la lrc promotion (1794), l’autre de la 100e (1894). Il s'agissait de retrouver le costume du premier.
- Les histoires imprimées de l’École, dues à Fourey et au.commandant Pinet, ne contenaient aucun ren-
- seignement sur ce point spécial. Il fallut en chercher dans les archives; mais le commis archiviste ayant été supprimé en 1852 par mesure d’économie, et toutes les pièces anciennes se trouvant bouleversées à la suite de fréquents déplacements, ce n’est qu’après de fastidieuses explorations dans les poudreuses paperasses qu’on put y retrouver quelques indications.
- Voici d’abord un document qui prouve qu’avant même l’ouverture, de l’École1, Lamblardie, le premier directeur,lavait eu,l’idée de donner un uniforme aux élèves. .ni,,.. ; ' j,.
- " î. î ' § i#
- « La Commission (les travaux publics, écrit-il, a déjà pris des mesures très sages pour la surveillance des mœurs des jeunes gens qui lui sont confiés ; il semblerait qu’elle devrait en ajouter une qui, en facilitant cette surveillance, réunirait en même temps l’économie et établirait d’autant mieux l’égalité, la base des mœurs républicaines. Un habit uniforme paraît nécessaire sous ces rapports. De jeunes républicains, destinés eux-mêmes aux. emplois, ne doivent être distingués entre eux que par leur zèle et leur talent, et non par l’élégance ou la matière de leurs babils. Un uniforme simple obvie à cet( inconvénient, en même temps qu’il est peu dispendieux. Partout où les élèves se trouveront, l’uniforme les forcera à se respecter eux-mêmes, et non seulement facilitera l’inspection des chefs, mais même établira entré eux une surveillance réciproque. »
- Comme le temps pressait, on ne put mettre ce projet à exécution et l’on se borna à assurer le logement et la nourriture des élèves qui arrivaient de tous les coins de la France pour suivre les cours de Y Ecole centrale des travaux publics institués à la hâte dans les dépendances du palais Bourbon *.
- Le titre IV de l’arrêté du 6 frimaire an III, dù aux trois Cjpmités réunis et réglant l’organisation de la nouvelle école, contient en effet les articles suivants :
- .4ut. iv. —‘ Les elèves seront en pension isolément ou en très petit nombre chez de bons citoyens, qui se chargeront, à leur égard, des soins paternels, leur donneront l’exemple des vertus républicaines, et surveilleronUleur conduite dont ils. rendront compte à l’administration de l’École.
- Art. v. —.Les prix et conditions de ees pensions, tant pour la vie alimentaire que pour le logement, seront réglés par l’administration de l’Ecole qui en assurera lé payement aux pères de famille chez lesquels les élèves seront placés.
- Art. vi. — Ceux des élèves qui auront à Paris des parents ou des amis qui consentiraient à leur servir de pères de famille, pourront demeurer chez eux, pourvu cependant que ces citoyens ne soient pas logés à une trop grande distance de l’École, et qu’ils soient connus pour
- 1 La fondation d’une Ecole centrale des travaux publics destinée à réunir en une seule toutes les anciennes écoles d’ingénieurs, avait été arrêtée par décret du 21 ventôse an II (11 mars 1794). Cette école ne devait pas fournir d’officiers d’artillerie, ceux-ci n’étant pas considérés alors comme des ingénieurs.
- â Ces cours s’ouvrirent le 10 frimaire an 111 (30 novembre 1794).
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- LA N AT CH K.
- loi
- être des amis de la liberté et de Légalité, et;pour avoir des mœurs irréprochables.
- Art. vti. — Les élèves seront tenus d’avoir, pour leur père de famille, tous les égards qu’indique ce titre res--pectable, et ils se conformeront à tout ce qui sera stipulé dans leurs engagements respectifs, i L’administration de l’École y tiendra la main, comme à la police et au régime particulier de l’intérieur de l’école.
- ' Ce n'est qu’à Centrée de la 2e promotion1, le 50 novembre 1795, que le Gouvernement décide 4e donner aux élèves l’uniforme de volontaire de la garde nationale en activité; mais, deux mois après, on change d’avis et c’est celui d& canonnier \ de la garde nationale qui est adopté par arrêté dui 28 janvier 1796 A Le même arrêté prescrivait de le! fournir gratuitement aux élèves en le prenant dans] les magasins de l’État5. !
- Les archives de l’École polytechnique, les bibliothèques du Ministère de la guerre et de la Ville de Paris, pas plus que la collection des uniformes du Musée d’artillerie, ne donnaient aucun renseignement sur ce costume de canonnier de la garde nationale que j’ai fini par retrouver dans les archives administratives de la Préfecture de la Seine, grâce à l’obligeance de M. de Manteyer.
- 11 était réglé ainsi qu’il suit par l’article 7 du 15-18 mars 1792, modifiant en partie celui du 29 septembre 1791 : ~
- « Habit bleu de roi, doublure écarlate, collet rouge, passe-poil blanc, parement et revers bleus, passe-poil' écarlate, les pattes des poches de l’habit à trois pointes, lin gros bouton sur chaque pointe, quatre gros boutons au-dessous du revers, la manche ouverte et fermée par trois boutons4.
- « Veste bleu de roi, passe-poil écarlate, culotte bleu de roi, pour retroussis un canon et une grenade.
- « Le bouton de cuivre jaune ou doré monté sur os ou ‘ sur bois, avec attache en corde à boyau ou de toute autre ^ matière. Il portera pour empreinte, dans l’intérieur d’une couronne civique, ces mots : la Nation, la Loi, le Roi. »
- j Quant au chapeau, il était le même que pour^ boute l’armée, celui qu’ont popularisé les dessins relatifs aux guerres de la Révolution : le tricorne porté en bataille avec un plumet rouge. La figure 1
- . 1 L’Ecole centrale des travaux publics venait, par décret du 15 fructidor an lit (1er septembre 1795), d’être réorganisée sous le nom d'Ecole polytechnique.
- ; 2 Ce changement avait probablement pour cause le désir d’utiliser un certain nombre d’etfets d’approvisionnement restés sans emploi à la suite du décret du 28 germinal an III (17 avril 1795) qui décidait que les canonniers et les cavaliers de la garde nationale s’habilleraient et s’équiperaient à leurs fiais, et de celui du 16 vendémiaire an IV (8 octobre 1795) qui supprimait les canonniers de la garde nationale parisienne.
- 5 Enf exécution dé cet arrêté, On délivra à chacun des 338 élèves présents à l’Ecole un habillement ainsi composé :
- 1 habit de canonnier, 1 gilet, 1 culptte, 1 bonnet de police,
- 1 chemise, I paire de souliers, 1 cocarde, 1 pairo de bas,
- I col, 1 chapeau, 1 paire de guêtres noires.
- 4 Dans une gravure du temps représentant la mort de Louis XVI, on voit un canonnier, la mèche à la main, dont l’habit n’a pas d’épaulettes, mais des pattes.
- représente ce premier costume de l'École polytechnique.
- Dans la séance du 28 pluviôse an IV (février 1796) Lé"conseil' de l’École arrête que les élèves ne pourront se présenter à l’École sans être revêtus de l’hahit uniforme, et qu’ils ne pourront se présenter ;avec des armes. Le 9 floréal an IV (28 avril 1796), .le Conseil de l’École « considérant qu’il est essentiel pour la police de l’Ecole que les élèves puissent être reconnus en tout temps par une marque caractéristique, que le bouton qui est affecté actuellement à l’uniforme de canonnier qu’ils sont tenus de porter pouvant donner lieu à quelque confusion avec les ‘autres citoyens qui sont revêtus du même uniforme », demande au Ministre de l’intérieur de 'l’autoriser à faire changer ce bouton/et à le renifla cer par un bouton blanc en étain argenté portant dans le milieu cette inscription : École polytechnique et un niveau.
- * Le Ministre autorisa le changement; les boulons furent commandés aux frais de l’État et livrés le 2 vendémiaire an V (25 septembre 1796) A
- C’est donc la troisième promotion qui, la première, porta un uniforme qui lui fût spécial. Mais la distinction venant des boutons seulement était peu apparente et la direction de l’Ecole en désirait une plus marquée. De plus, le Gouvernement ayant cessé de fournir l’habillement aux élèves, lorsque son sto^k fut épuisé, on n’osa pas exiger qu'ils le fissent confectionner à leurs frais « attendu l’irrégularité et la modicité des payements ». Aussi le Conseil de l’Ecole saisit-il avec empressement l’occa-ision de troubles arrivés dans les soirées des 5 et |6 messidor an VI (25 et 24 juin 1798) au théâtre ides jeunes artistes, où se trouvèrent compromis 'plusieurs élèves, pour solliciter de nouveau (Séance ; extraordinaire du 9 messidor an VI, 27 juin 1798) '« rétablissement de l’uniforme projeté depuis long-: temps et déjà approuvé tant par le Directoire exécutif que par le Ministère de l’intérieur ».
- ; Ces propositions furent approuvées par la lettre :suivante!datée du 1er août 1798.
- Citoyens,' d’après le Rapport qui m’a été fait sur la nécessité dé rétablir l’uniforme pour les élèves de l’École polytechnique, j’ai décidé qu’il serait remis en usage dans îe moindre délai possible.
- Cet uniforme devra consister en un habit coupé à la française et culotte ou pantalon bleu foncé, un gillet jeaune {sic), le bouton doré plein, portant les mots École polytechnique. Vous êtes autorisés à faire confectionner la matrice de ce bouton aux frais de l’École et, en outre, de faire l’avance sur leurs appointements à ceux d’entre les élèves qui n’auraient pas les facilités nécessaires pour subvenir au payement de leur uniforme.
- * Je vous invite, citoyens, à me transmettre le plus tôt possible le. résultat des mesures que vous "aurez prises pour l’entière exécution de la présente décision.
- Salut et fraternité, à -
- François (de Neufchâteau).
- 1 Chaque uniforme comportait 14 gros boutons et 22 petits.
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- LÀ NATURE
- Quinze jours après (28 thermidor an VI), le Conseil de l’École polytechnique prescrivait aux élèves
- Fig. 1. — Costume de canonnier de la garde nationale, adopté pour les élèves de l’École polytechnique. Promotion 17%.
- Fig. 3. — Costume civil du citoyen français, dessiné par David.
- « L’administration de l’École fera distribuer aux élèves les boutons dont ils auront besoin ; le prix en sera retenu sur leur traitement. Il pourra également être fait une avance à ceux qui en auraient absolument besoin pour
- d’avoir à se procurer l'habit uniforme pour le 1er vendémiaire an VII (22 septembre 1798).
- Fig. 2. — Costume donné à l’École polytechnique, pay arrêté ministériel du 1" août 1798.
- Fig. 4. -T-Costume, de l’École polytechnique i . i en 1813»-
- subvenir a la première dépense de l’uniforme : l’adminis-tration veillera avec sa sollicitude ordinaire à ce que la retenue de cette avance ne compromette pas les moyens de subsistance de ceux qui n!ont que cette ressourçât ».
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- LA NATURE.
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- Les professeurs et administrateurs devaient porter, avec une légère broderie en soie bleue sur le collet et dans l’exercice de leurs fonctions,l’uniforme de l’École le parement pour le distinguer de celui des élèves1.
- Fig. 5. — Fu élève de l’École polytechnique Fig. G. — Petite tenue d’intérieur,
- sur la tombe de Monge en 1818. (D’après une lithographie de 1818.)
- Fig. 7. — Grande tenue d’extérieur d'un élève de l’Ecole polytechnique en 1818.
- Les portiers, garçons de salle et de bureau étaient tenus de se présenter à leurs postes respectifs en habit bleu, garni de boutons blancs qui leur seraient fournis gratis par l’administration de l’École.
- Fig. 8. — Uniforme de l’École polytechnique depuis 1871. (Major do promotion.)
- Il eût été difficile de se former une idée exacte de l’uniforme dont la lettre du Ministre de l’intérieur
- 1 Le costume des administrateurs tomba en désuétude dès l’an XIII, c’est-à-dire depuis le casernement et la constitution
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- F;A NATl UK.
- donne la description, si je n’avais retrouvé un cro^- i quis de l’époque, qui le représente (fig. 2) et qui a ’ besoin, pour être compris lui-même, d’être comparé aux autres costumes du temps.
- On sait que le peintre David joua, à l’origine de, la Révolution, un rôle considérable : membre de lai Convention, il en fut même, un moment, le prési-j dent. Passionné pour les républiques d’Athènes eti de Rome, il espérait pouvoir adapter à nos mœurs! l’austère simplicité de leurs institutions et même de: leurs costumes. C’est ainsi qu’il composa ce qu’il | Appelait le costume civil du citoyen français, donC les diverses parties, réduites au strict nécessaire, étaient coupées de manière à être aussi commodes que possible tout en faisant valoir la forme du corps. La figure 5 représente cc costume d’après une i belle gravure du temps : on voit qu’il se composait j d’une chemise à large col rabattu, d’une culotte i collante entrant dans des bottes à tige élégamment découpée, et d’une sorte de redingote ample, à col également rabattu avec des revers, qui se fermait siur la poitrine par une série de pattes et qu’on appelait alors l'habit français. Dans d’autres gravures on voit ce costume complété par une cravate à la Colin, un gilet et ce chapeau de feutre à calotte tronc-conique qu’on retrouve dans beaucoup de portraits de l’époque; enfin les bottes sont souvent remplacées par des demi-bottes à gland.
- L’uniforme, simple et peu dispendieux, projeté depuis longtemj)s, suivant l’expression des Rapports de 1794 et 1798, devait donc avoir été dessiné par David qui avait fait adopter un costume analogue, mais beaucoup plus théâtral, pour l’École de Mars, autre création de Carnot *.
- : Le 8 nivôse an VIII (29 décembre 1799), Gay-Vernon, directeur de l’École, porte à la connaissance des élèves que dorénavant :
- « L’habit français à châle se fermera avec 5 boutons; lés ganses seront remplacées par des boutonnières ordi- s naires ; l’habit sera fendu par derrière et portera un bouton au-dessus de chaque poche en long, » ;
- J
- 1 Deux ans après, en novembre 1801, les modes civiles ayant changé, on substitue au collet à châle i un collet coupé ordinaire. Le mois suivant, on ac- j corde des galons, comme marque distinctive, aux ' chefs de brigade. i
- militaire de l’École. « J’ai vu M. Chaussier seulement et j M. Ilassenfraz porter encore cet uniforme dans ce temps », dit une Note manuscrite anonyme datée du 25 mars 1824. En ji: revanche, les dessinateurs de l’Ecole obtinrent, en 1806, de j porter le petit uniforme des élèves avec quelques modifications : habit bleu à la française doublé de bleu, boutons de . soie, collet rabattu et parement de la même couleur, brodé , de la pahnette de l’École polytechnique; ganse au chapeau et épée d’uniforme. • •
- 1 L’École de Mars, fondée par décret du 13 prairial an II (lsr juin 1794) presque en même temps que l’Ecole centrale des travaux publics, ne dura que cinq mois ; c’était une sorte d’école des cadets pour les troupes d'infanterie,' de cavalerie' et d’artillerie, tandis que l'École centrale était destinée à fournir des ingénieurs civils et militaires.
- L’uniforme que nous venons d’indiquer et que l’on peut considérer comme le type rêvé par les fondateurs, fut porté, plus ou moins régulièrement, iavec l’adjonction d’un pardessus ou capote, par les (promotions de 1798, 1799, 1800, 1801, 1802 jet 1805. Il était difficile d’obtenir cette dépense (de la part de jeunes gens, peu fortunés pour la plupart, qui, depuis l’organisation de 1799, ne recevaient que la solde de sergent d’artillerie, c’est-à-!dire 1 franc par jour. Aussi trouve-t-on, à diverses )reprises, des menaces d’arrêts contre les élèves qui • continueraient à se présenter au cours dans une •tenue irrégulière. Dans le courant de mars 1805, •notamment, l’administration de l’École prend l’ar-jrêté suivant.
- ; « Le but de l’uniforme prescrit aux élèves de l’Ecole
- •polytechnique est de les faire distinguer des autres militaires ou citoyens dans tous les lieux où ils se trouvent. 'Ce but serait éludé s’il leur était permis de cacher cet .uniforme sous un autre habillement. Le Conseil informé des abus qui se sont introduits par ce moyen a arrêté :
- « 1° A partir du 1er frimaire prochain, époque de la rentrée des cours, il ne sera plus toléré parmi les élèves, dans l’enceinte de l’École, aucun vêtement qui ne soit uniforme.
- « 2° D’ici au 1er frimaire, les élèves qui n’auront pu se procurer la redingotte prescrite, pourront porter à l’École, sur leur habit uniforme qui est toujours de rigueur, une redingotte de couleur quelconque, pourvu qu'elle soit distinguée par un collet noir apparent d’environ 4 doigts de largeur.
- « Les élèves qui se présenteraient à la porte pour sortir sans cette redingotte ou capotte, seront arrêtés par la sentinelle et traduits au corps de garde où ils resteront jusqu’à ce que les supérieurs aient statué sur leur punition ultérieure. Tous les agents supérieurs de l’École sont spécialement invités à envoyer immédiatement aux arrêts les élèves qui, dans l’enceinte de l’École, ne se seraient pas conformés au règlement sur l’uniforme. »
- Par décret du 27 messidor an XII (16 juil-î Iet 1804), l’Empereur transforma l’École en une (institution militaire, et le général Lacuée, placé à .sa tête, donna, par l’ordre du 28 brumaire an XIII ‘(19 novembre 1804), aux élèves, un uniforme se (rapprochant beaucoup de celui de l’infanterie dé ‘ligne.
- I- :
- i Habit bleu national, à la française, doublé en cadis bleu, sans passe-poil, collet montant en drap écarlate, paiements noirs en panne ou velours coton, retroussis en •drap écarlate en forme de triangle, boutons jaunes con-jformes au modèle de l’École ; veste et culotte bleue ; redingotte à l’anglaise avec parements et collets comme l’habit; chapeau à trois cornes, bordé en galon noir, bouton jaune, ganse jaune avec des palmettes en soie bleue; cocarde nationale; la partie blanche de la cocarde1 sera ornée de palmettes en soie bleue.
- Les gradés seront distingués ainsi qu’il suit : les caporaux auront deux galons jaunes sur chaque manche ; t ces galons seront ornés de palmettes en soie bleue; les j sergents porteront un seul galon en or, orné de palmettes ! en soie bleue,
- * C’est avec ce costume que parurent les élèves au
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- LÂîtfÀTÜRE:
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- Champ de Mars, pour la distribution des aigles, le 3 décembre" 1804. '
- L’année suivante, l’Ecole était casernée dans l’ancien collège de Navarre, et elle prit possession! des bâtiments qu’elle occupe aujourd’hui, le 11 novembre 1805. Ce fut l’occasion d’un nouveau changement d’uniforme qui, cette fois, fut fixé par décret impérial du 22 fructidoran XIII (9 septembre 1805), ainsi qu’il suit :
- Grand uniforme : habit bleu, de drap de Berry, collet bleu, revers blancs, pattes et parements noirs en panne, doublure écarlate, passe-poil des parements et des poches, écarlale, poches en long, garnies de trois gros boutons, contre-épaulettes en drap bleu, doublées d’écarlate, boutons dorés portant l’aigle impérial, avec ces mots autour : École impériale polytechnique, 11 gros boutons et 22 petits, un aigle de chaque côté des retroussis, en drap bleu; veste en drap blanc fin, 12 petits boutons ; culotte de drap blanc fin ; guêtres de toile blanche avec boutons en os; chapeau avec bord noir et ganse jaune. *
- Petit uniforme : surtout de drap bleu de Berry, collet bleu, parements noirs avec pattes en panne, point de poches figurées,doublure bleue,contre-épaulette en drap bleu, 10 gros boutons et 8 petits; veste en drap bleu; 12 petits boutons; culotte de drap bleu; guêtres d’estamette noire, 46 boutons de cuivre; redingote croisée de drap bleu, parements noirs en botte, 16 gros boutons et 2 petits; bonnet de police en drap bleu, liséré écarlate avec gland.
- L’uniforme subsista ainsi pendant tout le temps de l’Empire, sans autre changement que le remplacement du chapeau à trois cornes par le shako (fig. 4), qui devint réglementaire en janvier 1813 b
- La Restauration remit l’Ecole sous le régime civil et les élèves portèrent, de 1816 à 1823, un costume tout à fait semblable à ceux de l’École normale : frac et pantalon bleu avec un chapeau haut de forme, sans épée ; il ne se distinguait de celui des collégiens que par des palmes d’or au collet et des boutons d’or fleurdelisés portant pour exergue ; École polytechnique. On le voit dans une vieille gravure représentant les élèves de l’Ecole polytechnique venant visiter le tombeau de Monge en 1818 (fig. 5).
- C’est la promotion de 1823 qui inaugura le costume devenu si populaire que l’École a porté pendant plus de cinquante ans* avec une simple différence dans la manière de mettre le chapeau; d’abord en bataille, puis en colonne. Il y avait, outre la tenue avec l’habit qui ne se portait que le dimanche,
- 1 Le shako, d’origine hongroise, fut porté d’abord en France par quelques corps francs; David l’adopta pour le costume de l’École de Mars. En 1804, on l’accorda à quelques compagnies de grenadiers et, le 25 février 1806, on le donna à toute l’infanterie. Il commença alors à être porté à l’École concurremment avec le chapeau.
- 2 Le grand manteau à la chiroga, que tous les anciens élèves regrettent, va reparaître dans la médaille commémorative du centenaire que l’Administration des beaux-arts a commandée à M. Bourgeois.
- une tenue d’intérieur (fig. 6) *. La grande tenue est donnée dans la figure 7. En 1874, on adopta le costume actuel (fig. 8). Depuis, on s’est borné à supprimer les galons qui distinguaient les premiers élèves de chaque promotion. Ils sont en effet am jourd’hui tous soldats. Albert de Rochas.
- HISTOIRE Dm FEU D’ARTIFICE*
- Les pièces décoratives dont nous parlons plus loin sont garnies au moyen de lances; ce sont des feux colorés, sorte de petits feux de Bengale, renfermés dans des étuis en papier ayant 8 à 10 millimètres de diamètre sur 8 à 12 centimètres de long.
- Lorsqu’un feu d’artifice est décidé, l’entrepreneur s’entend avec les intéressés sur les sujets allégoriques et les décorations diverses qu’il faudra représenter. On dessine et on peint sur le sol de l’atelier les pièces choisies; puis on construit de grands châssis en lattes légères; on en recouvre le dessin et on y cloue des joncs flexibles en suivant tous les traits indiqués sur le terrain par le dessinateur. Ces décorations ont souvent de très grandes dimensions; celle du 25 octobre 1893 avait 100 mètres de large sur 50 mètres de haut. On a soin de rendre chaque châssis indépendant pour faciliter le transport; des numéros d’ordre permettent de remettre chacun d’eux à la place qu’il doit occuper dans l’ensemble de la pièce décorative lorsqu’on fait le montage sur le lieu où doit se tirer le feu.
- Sur le jonc, qui a été peint de la couleur du-modèle, on a enfoncé, perpendiculairement au plan de la pièce, de longues pointes sur lesquelles sont piquées les lances de la couleur voulue. Elles sont espacées l’une de l’autre d’environ 12 à 20 centimètres suivant la distance à laquelle doit être vué! la pièce. Lorsque les lances sont placées, on réunit entre elles toutes les amorces qui les terminent au moyen d’une mèche ou étoupille. Celle-ci est faite avec du coton filé qu’on a trempé dans une pâte formée de pulve'rin (poudre de chasse ou de guerre à l’état pulvérulent) et mis à sécher. Enfermée dans un tube de papier, cette mèche brûle très rapidement et communique le feu à toutes les lances d’unç pièce presque instantanément. On voit sur notre gravure (fig. 1) l’ensemble des dispositions que nous venons d’indiquer. À la partie inférieure, le châssis en lattes de bois mince ; au-dessus, en teinte plus foncée, le jonc qui dessine le motif à reproduire (ici un D); puis, perpendiculairement au jonc, les lances et enfin à la partie supérieure la mèche qui les réunit toutes.
- Le montage des pièces nécessite une charpente souvent très importante, formée de mâts plantés en terre. Au moyen de cordes et de poulies on y sus-
- 1 C’est cette tenue qu’on voit dans une lithographie de l’époque qui représente un élève rapportant à Saint-Roch un christ pris aux Tuileries en février 1848. Elle nous a servi pour reproduire le personnage de la ligure 6.
- 2 Suite et lin. — Voy. n° 1074, du 30 décembre 1805, p. 71.
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- pend verticalement chaque châssis dans sa position respèctive repérée d’avance. Il làut souvent plusieurs jours pour préparer une installation de ce genre.
- La partie du feu d’artifice qui est attendue avec le plus d’impatience par le public est le bouquet.
- Celui-ci se compose exclusivement de fusées en plus ou moins grand nombre suivant l’importance qu’on veut lui donner ; la maison Rug-gieri en a tiré se composant de 20 000 et meme 25 000 fusées (par exemple, en 1855, au feu tiré en l’honneur de la reine d’Angleterre). Celui que nous avons vu le 23 octobre en avait 15 000. Leur grosseur varie de façon à ce que les plus grosses forment le haut du bouquet et les plus petites garnissent le pied. On les enfile verticalement par leur baguette de direction dans des caisses à fonds percés de trous ; toutes ces caisses sont réunies par une mèche ou étoupille.
- Nous reproduisons (fig. 2) l’ensemble du bouquet de 15000 fusées qui formait une masse dé 30 mètres dé long sur 6 mètres dé large. Il a donné une gerbe qui s’est élevée à plus de 200 mètres et qui a couvert
- la surface d’un cercle de près de 300 mètres de diamètre. Notre ami et collaborateur M. Jae-i ques Ducom, dont nos lecteurs connaissent toute l’habileté en photographie, en a fait un cliché que nous reproduisons ici et qui donne une idée fort juste de l’impression produite (fig. 3). Pour les amateurs photographes qui nous lisent, nous dirons que la pose, avec un objectif diaphragmé à F
- r-p, a été de 20 se-»
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- condcs, sur plaque Lumière, au moment où le bouquet était dans son plein. Nous n’avons jamais vu un cliché de ce genre aussi bien réussi sous tous les rapports, quoique bien souvent des amateurs aient tenté
- Fig. 1. — Pièce d’artifice décorative formée de lances.
- d’en faire dans les mêmes conditions. La chose I n’est du reste pas aussi simple qu’on pourrait le uroire; le choix de l’emplacement est important, il faut aller dans la journée choisir son poste, ne passe placer trop loin, ni trop haut, et calculer à peu près le recul d’après la hauteur que doivent atteindre les
- fusées; faire sa mise au point d’avance, puis n’avoir plus au dernier moment qu’à régler rapidement la mise en plaque; il n’y a pas de temps à perdre.
- Nous venons de dire qu’il faut choisir sa place; cela ne suffit pas : il faut aussi pouvoir y rester et cela n’est pas toujours facile, car elle peut être assez
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- dangereuse et c’était le cas ici; M. J. Ducom était placé au bout du pont d’Iéna qui était transformé en une cascade de feu.
- Cela nous amène à dire quelques mots des jets de feu qui sont la base de toutes les pièces pyriques telles que cascades fixes ou tournantes, mosaïques, salamandre, etc....
- Ces jets se chargent dans des cartonnages semblables à ceux employés pour les fusées ; on les charge également à la mécanique, seulement on ne laisse pas d’àme comme dans la fusée et on ajoute à la composition des limailles de fonte, de fer ou d’acier qui donnent en brûlant, des étincelles d’un très brillant effet.
- Ces jets servent, soit à faire tourner des soleils, des ailes de moulin; soit à faire des pluies de feu, de mosaïques, etc. —Grâce à eux on obtient des dessins très variés; la pièce pyrique la plus remarquable de la pyrotechnie représente une salamandre poursuivant un papillon au milieu de soleils de feu ; elle a été créée au siècle dernier par Petronio Ruggieri.
- 11 y avait trois grandes pièces pyriques au dernier feu que nous avons vu au Trocadéro : une mosaïque formant une façade de 70 mètres, qui accompagnait une grande pièce décorative portant les mots : « A l’escadre russe » en lettres de 2 mètres de haut; trois autres grandes pièces dites majestueuses en termes techniques et qui sont un composé de soleils et de palmes; enfin deux grandes cascades placées chacune sur un parapet du pont d’Iéna et tombant dans la Seine sur une longueur de plus de 120 mètres; elles étaient composées de 800 jets du plus fort calibre.
- Nous arrêterons ici ces quelques Notes, espérant qu’elles suffiront pour donner idée de la genèse, pour ainsi dire, d’un feu d’artifice important. Nous voudrions qu’elles aient aussi pour résultat pratique de faire comprendre combien il est indispensable de prendre des précautions lors de son installation. Au moment où l'entrepreneur commence à dresser ses mâts, où les pièces arrivent sur le terrain, les curieux accourent pour suivre le travail des ouvriers, voir de près les bombes, les fusées..., et l’on ne se contente pas de voir à distance, on veut toucher.
- Tout dernièrement, au Trocadéro, la police a été insuffisante pour maintenir la foule dans l'après-midi, et elle a envahi les jardins; nous avons pu voir des fumeurs jeter imprudemment leur cigare sans s’inquiéter où il tombait, sans se rendre compte qu’il y avait de quoi faire des centaines de victimes parmi les curieux qui se promenaient insouciants du danger, malgré les objurgations des ouvriers et des agents. La maison Ruggieri a dû téléphoner à la Préfecture de police et il a fallu envoyer un bataillon pour faire évacuer les jardins et sauver les curieux d’un danger imminent. C’est dans ce cas surtout qu’il faut se souvenir avec le fabuliste que « la prudence est mère de la sûreté ».
- G. Mabeschal.
- CAUSES DE LA
- CHUTE DE LA FOUDRE SUR LES ARBRES]
- Voici d’intéressantes remarques qui complètent celles que nous avons déjà données sur le même sujet1, M. Jo^ nesco Dimitrie a recherché, dans la résistance des diverses essences vis-à-vis de l’étincelle électrique, une explication de ce fait, que les différents arbres ne sont pas également frappés par la foudre. Des morceaux semblables d’aubier vivant, de hêtre et de chêne, furent exposés dans le sens de la longueur des fibres, à l’étincelle d’une machine dq Holtz, On constata que les diverses espèces de bois offraient des conductibilités différentes ; l’étincelle travers sait facilement le bois de chêne, tandis que les bois dé peuplier noir et de saule et le bois de hêtre surtout présentaient des résistances beaucoup plus élevées. Dans tousleS cas, le bois de cœur se comporta comme l’aubier. L,i richesse du bois en eau n’a exercé aucune influence dans ces essais; au contraire, la richesse en graisse a montré une importance considérable. ]
- Les arbres à amidon, pauvres en graisse, chêne, peuplier; saule, érable, orme et frêne, opposent à l’étincelle élec-; trique une résistance beaucoup moindre que les arbres gras, hêtre, noyer, tilleul, bouleau. Le pin, dont le bois en hiver contient des quantités notables d’huile, mais est] en été, aussi pauvre que celui des arbres à amidon, q montré, lors des expériences, qu’il ôtait, en été, aussi facii lement atteint par l’étincelle que le chêne, tandis qu’eij hiver il l’était aussi difficilement que le hêtre et le noyer-Enfin, une expérience décisive a fait voir que l’extraction par l’éther de l’huile du bois de hêtre et de noyer rendait celui-ci aussi facilement frappé que les bois à amidon.
- Il fut reconnu, en outre, que chez les arbres à amidon, le bois vivant était plus difficilement frappé que le bois mort. L’écorce et le feuillage sont, chez tous les arbres; de très mauvais conducteurs de la charge électrique. *
- Il y a concordance entre les résultats des expériences et les observations faites, en ce sens que les arbres et les parties des arbres conduisant le mieux l’électricité sont plus souvent frappés par la foudre que les arbres mauvais conducteurs. Ainsi, dans les forêts de la principauté de Lippe, ont été, de 1879 à 1885 et en 1890, atteints par la foudre : 159 chênes, 21 hêtres, 20 épicéas, 59 pins,: ainsi que 21 arbres divers ; le domaine sur lequel les observations eurent lieu comprenait environ 11 pour 100 de chêne, 70 pour 100 de hêtre, 15 pour 100 d’épicéa et 6 pour 100 de pin. ;
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- CONSERVATION DU LAIT A L’ÉTAT FRAIS
- La consommation du lait, dans les grands centres et dans les industries spéciales à l’alimentation, q pris des proportions considérables et va sans cesse en croissant. Comme ce liquide est extrêmement altérable, son transport à distance est très difficile; et oblige les producteurs à se placer à proximité deq grandes villes. Malheureusement, cette conditiori est contraire à l’obtention du bon lait, de ce lait chargé de crème que l’on ne consomme que dans les pays de pâturage. En effet, les vaches nourries! près des villes reçoivent une alimentation spéciale, dans le but de leur faire produire le plus de lait
- * Voy n° 1060, du 25 septembre 1895, p. 260
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- LA NATURE.
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- possible, sans avoir égard à sa bonté et à son pouvoir nutritif. Les tourteaux, les drèches, les pulpes, etc., composent leur nourriture principale et ne reçoivent que peu de pâturages, qui, seuls, donnent au lait sa saveur, son arôme et ses propriétés particulières.,
- Cela est tellement évident qu’il est à peu près impossible de consommer du lait pur dans les grandes villes. Ce sont des laits névrosés, des laits anémiques, si nous pouvons nous servir de ces expressions, qui dépeignent bien la situation. Pourtant, la question du lait a une importance primordiale, car ce liquide est l’aliment principal de la première enfance, des malades et celui d’un grand nombre de personnes adultes et en parfaite santé.
- Pour transporter le lait des pays de production, des pâturages des montagnes, dans les milieux de consommation, on s’est ingénié de diverses façons et l’on a créé de nombreuses spécialités de laits : laits en bouteilles cachetées, laits soi-disant purs, laits stérilisés en bouteille, laits pasteurisés, laits concentrés, laits en poudres, farines lactées, etc., etc.
- Les laits purs et crus, conservés en bouteilles, ne sont pas ce qu’un vain peuple pense. Ils contiennent toutes les maladies, tous les spores et germes infectieux et se coagulent au bout de peu de temps.
- Le Xàit pasteurisé est obtenu en chauffant le lait à 70° C., le maintenant pendant 50 à 40 minutes à cette température et en le refroidissant brusquement. On arrive, ainsi, à conserver le lait plus longtemps; il n’a pas un goût trop prononcé de cuit, mais a perdu son arôme, sa fraîcheur et son goût spécial.
- De plus, ce chauffage est insuffisant pour détruire les bacilles et surtout les spores. Ainsi, les spores du bacille blanc de Lœfler, du bacillus mesentericus de Flügge, du bacille delà fermentation butyrique (bacillus amylobacter) et du bacillus subtilis ne sont pas détruits. Au bout d’un certain temps, le lait se coagule, en milieu neutre ou alcalin, par l’action du labferment ou ferment de présure.
- Le lait condensé est obtenu en chauffant le lait frais, à 70° C., le filtrant après refroidissement, le concentrant aux deux tiers de son volume, dans le vide, et le transvasant dans les récipients. Pour condenser le lait en le sucrant, on le porte à l’ébullition, et oh l’additionne de 10 pour 100 de sucre.
- ‘ Les laits condensés présentent les mêmes inconvénients que les laits pasteurisés et ne peuvent se conserver longtemps.
- Les laits concentrés sont des laits évaporés dans le vide, au cinquième de leur volume primitif, et mis immédiatement en bidons ou en bouteilles; ils peuvent se conserver des années, mais leur goût, leur odeur et leurs propriétés sont complètement différentes des laits frais. Beaucoup de personnes ne peuvent supporter ces laits condensés ou concentrés.
- La stérilisation est le procédé le plus employé pour la conservation du lait. Elle consiste à chauffer le lait à une température supérieure à 100° C., pendant un certain temps ; on le laisse refroidir pen-
- dant un ou deux jours, pour permettre aux spores» qui ont échappé à la destruction par la chaleur, de se développer. Le lait est de nouveau chauffé et refroidi ; on recommence cette opération encore une fois, si on le désire, et, finalement, le lait est enfermé dans des récipients de petites dimensions et clos. Ou bien le lait est enfermé dans des récipients clos et c’est là qu’il subit, successivement, les chauffages et les refroidissements.
- Le lait stérilisé peut se conserver pendant plusieurs années ; lorsqu’il est bien préparé, il ne renferme aucun germe dé maladie. Malheureuse^ ment, le chauffage enlève au lait ses principales qualités. Il a le goût de cuit, par suite de la modification de la caséine; sous sa nouvelle forme la caséine est moins digestible que dans le lait cru, L’albumine est coagulée, ce qui épaissit le lait et détermine la formation de la peau; la crème est aussi modifiée; le sucre de lait est en partie détruit; en partie altéré. Les principes odorants volatils sont éliminés et font perdre, au lait, son arôme. J
- La chaleur rend encore insoluble une grande partie des matières protéiques solubles. Enfin, le chauffage détruit le ferment du lait cru, la galac-lozymase, qui a le pouvoir, comme chacun le sait, de liquéfier l’amidon. Le lait, chauffé au-dessus de 75° C., est donc moins digestible que le lait cru; par suite de la disparition de ce ferment.
- Parmi les autres procédés de conservation du lait, nous citerons celui de Charles Gravier, qui évaporé complètement le lait et le réduit en poudre; celui de M. Nourry, qui a recours au vide atmosphérique; celui de M. Guérin, qui congèle le lait et le trans1 porte à l’état de glaçons ; celui qui consiste à pulvériser le lait dans une chambre froide et obtenir, ainsi, une poudre de glaçons de lait, etc.
- A notre avis, tous les procédés dont nous venons de parler sont à côté de la question, car tous dénaturent le lait, et ne le donnent pas a l’état frais, ce qui l’éloigne de la grande consommation.
- Nous avons cherché un procédé permettant dé conserver le lait, à l’état pur, à l’état frais, tel qu’on se le procure, au moment de la traite, dans les pâturages des montagnes, et de le transporter, de ces lieux de production, dans les grands centres de consommation, comme Paris, Lyon, Marseille^ Nice, Bordeaux, Londres, Bruxelles, etc! !: ,'r
- Par notre procédé, nous stérilisons le lait à' froid et nous le mettons dans des conditions telles,'qu’il puisse supporter plusieurs semaines de transport et arriver, sans altération aucune, aux consommateurs. Nous permettons donc, ainsi, de faire arriver dans les grands centres des laits purs exempts de tout mélange et d’une qualité supérieure.
- Nous stérilisons et conservons le lait par un procédé nouveau et très simple.
- Le lait, après la traite, est immédiatement placé dans un récipient en tôle étamée, de la contenance de 500 litres et nous y comprimons de l’oxygène pur à la pression de 5 à G atmosphères, que nous
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- LA NATURE.
- laissons ainsi pendant plusieurs heures. Nous ramenons la pression à 2 atmosphères et nous soutirons le lait dans des bidons, delà capacité de 100 litres, pour le transport. Dans ces bidons, le lait est toujours sous une tpression de gaz oxygène égale à >2 atmosphères.
- La présence de l’oxygène empêche tout fer. ment de se développer et même tue ceux qui sont nuisibles, car, en général, ces ferments sont anaérobiës, c’est-à-dire se développent en l’absence de l’oxygèné de l’air. Le lait saturé d’oxygène peut rester pendant plus de quinze jours sans se coaguler, tandis quecette coagulation se produit en moins de quarante-huit heures pour le lait naturel. Le lait sous pression d’oxygène supporte les chaleurs de 80° et de 100° C., sans se coaguler, tandis que le lait ordinaire se caille rapidement lorsqu’il est maintenu à une température de 50 à 75° C.
- Tous ces faits font, de notre procédé, un excellent moyen de conserver et de transporter le lait, car le lait reste à l’état naturel, sans une modification dans sa composition, dans sa saveur, dans son arôme. Aucun de ses principes nutritifs n’a été détruit. Après le départ du gaz oxygène, le lait ne renferme .
- aucun produit en solution et ne présente aucune différence avec le lait naturel non traité. Le gaz oxygène n’ayant aucune odeur, aucune saveur, étant très peu soluble dans le lait, n’étant nullement toxique, ne saurait, du reste, altérer les propriétés nutritives et organoleptiques du lait. De plus, le gaz oxygène ne présente aucun danger au point de vue des explosions et des incendies.
- Pour nous rendre compte de la valeur de notre procédé, nous avons expédié du lait de Lyon à Londres, et nous l’avons fait revenir. Nous l’avons examiné avant et après son transport. Le lait qui avait été transporté n’avait rien d’anormal et, ce qui est plus
- Appareil de M. Villon pour la conservation du lait.
- important, ne présentait aucun germe ni ferment Pour mettre en pratique notre procédé, nous nous servons du dispositif indiqué sur la figure enjointe. Le kfit, venant de la traite, est monté dans le réservoir S. De là, on l’introduit, par le tuyau.Y» dans le cylindre saturateur A, muni d’un système d’agitateur à palettes que l’on manœuvre: avec la manivelle E. Ce cylindre est muni d’un robinet d’échappement X, d'une soupape de sûreté II et d’un niveau F, L’oxygène est contenu dans la
- bouteille B, com-r primé à 420 atmosphères, tel qu’il est livré dans le commerce. En ouvrant le robinet P, le gaz s’échappe par le tuyau D, se rend dans le détendeur de gaz C et arrive dans le cylindre À, où il sature le lait sous la pression de 5 à 6 atmosphères. On laisse en près? sion quatre à cinq heures, pour stériliser le lait ; ensui^ te, on met le lait dans les bidons M, au moyen d’un robinet spécial, qui débite sous la pression de 2 atmosphèt res. Dans ces bidons» le lait resté sous cette dernière pression pendant toute la durée du transport.
- Quand le moment est venu de le débiter pour la consom-, mation, on laisse échapper le gaz oxy+ gène et on soutire le lait comme si l’on avait affaire à du lait expédié à la manière ordinaire.
- Le problème delà conservation du lait, à l’état naturel, sans -chauffage ou addition de produits antiseptiques, est dès lors résolu. 11 permettra aux cultivateurs éloignés des grands centres de consomi mation d'y expédier le produit de leurs étables et d’apporter, sur le marché des grandes villes, un lait bon et sain, non écrémé et non additionné d’eau. Les cultivateurs et les habitants des villes bénéficieront de ce procédé de conservation du lait, qui sera leur trait d’union et leur garantie. A.-M. Villon,
- Ingénieur-chimiste.
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- EXPLORATION SOUTERRAINE ’
- DANS LE JURA •
- ! S’il est un pays en France, non loin de Paris, plein, de paysages variés, aux sites abrupts, aux chaos grandioses, enveloppé d’une mélancolique poésie, ce pays est bien le Jura. Combien peu de touristes lé connaissent ! Ils y trouveraient, cependant, mille endroits délicieux où la source bavarde mêle son chant mélodieux à celui dé l’oiseau, où les noirs sapins étem dent majestueusement leur puissante ramure. De tout ce pays se dégage un air de bien-être et de tranquillité ' qui donne envie d’y demeurer toujours. Lès géologues le connais- ’ sent bien, eux; il leur est un sujet inépuisable d’études. Bieni eu-rieuse, en effet, est la formation de ces montagnes, de ces plateaux jurassiques. , ï ..."
- Aux temps géologiques. où le Jura n’était encore qu’un fond dé mer calcaire, l’écOrce terrestre subit5 des contractions puissantes qui transformèrent ce fond d’oqéan. en,, ces i plateaux et mon-. ta gnose; quèon,
- iFig. 1. h— Entrée de la grotte de Baume dans le Jura, fin des hautes eaux, ïj"-: • • •,; ï (D’après üue photographie.)
- admire tant aujourd’huif Prise latéralement, cOïiimè dans Une immense unâchoire/,' entre'des massifs granitiques ànciënnemènt consolidés, et dont lé5 plus proche, était" lès Alpes, Cette mer calcaire ; se souleva brutalement, sè plissa, s et; dans ces plissements-fut obligée de.se mouler aux contours, nettement déterminés des son puissant voisin,, les Alpes; d’où la( forme actuelle, en croissant, des. montagnes-jurassiques. Ces plissements ne se superposèrent, presque nulle part exactement. Ils laissèrent entre eux d’immenses cavités, d’énormes failles qui dotèrent le Jura d’un nombre incalculable de grottes et de cavernes.; •./ • .
- C’est après une étude assez approfondie de ce merveilleux pays que jè me décidai, en compagnie de deux de mes amis* M. André Pavie, avocat à la Cour d’appel dé Paris, et M. René Barreau, à l’instar des travaux faits dans les Cévennes par nos distingués amis MMi E.-A. Martel et M. Gaupillat, à explo-! rer méthodiquement les plüs intéressantes dé ces cavités. ; C :
- Notre première exploration eut lieu l’été dernier< les 6, 7, 8 et 9 août, à la grotte de Baume, près du petit village de Baume-les-Messieurs, situé sur
- les bords de la Seille,et à 10 kilomètres environ au nord-est de Lons-le-Saunier.
- La caverne, à laquelle on accède par une échelle de 7 mètres, se compose de deux branches, l’une allant vers le midi, l’autre vers le nord. Une partie seulement de ces deux branches était connue. Nous résolûmes donc de faire une exploration méthodique et de visiter à fond une branche^ avant de commencer les recherches dans l’autfe.>
- Au fond dé la galerie sud, au delà d’une descente de quelques mètres, se trouve une jolie cascade haute de 4 mètres environ, dont l’eau vient d’un petit
- lac supérieur qui s'alimente par un siphon impénétrable.. C’est la, source du Dard,, affluent de la Seillei qui, débouche; dans l’hémicycle de Baume, à 40 mètres, au sud de l’entrée de la, grotte,, d’une ouverture large de . l mètre,! et haute de quelques centimètres seulement. Le débit de cette ouverture est beaucoup plus faible que celui de la cascade. Il y a donc perte! d’eau par infiltration. iCes infiltrations sont invisibles, car à 30 mètres environ, en aval de la-cascade, la'voûte s’abaisse subitement et arrête le visiteur.-11 est fort probable qu’elles donnent naissance, à trois ou quatre sources qui jaillissent à 100 ou 200 mètres plus bas que lai grotte.
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- LA! NATURE;
- Quoi qu’il en soit, en temps de grandes eaux, ces fissures invisibles, jointes à l’ouverture principale, sont impuissantes à débiter les quantités énormes d’eau (nous avons revisité la grotte en temps de grandes eaux) qui viennent du réservoir de la cascade. La galerie, assez basse de plafond, se remplit alors ; la cascade est noyée, et l’eau s’élève jusqu’au point I) figuré sur le plan (fig. 2). Ce puissant réservoir qui met l’eaü du Dard sous pression, se
- Fig. 2. :— Plan dq la grotte de Baume, source du Dard (Jura).
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- déverse par débordement au point a, et la rivière, ainsi formée, vient envahir le couloir d’entrée, et faire cascade avec une grande violence par-dessus l’échelle de l'entrée de la grotte. En temps de pluies, tout cet immense réservoir se remplit avec
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- Tunnel
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- Salle du Catafalque
- Cirque de Baume
- Échelle de3 hauteurs o______________JoMètres
- Fig. 5. — Cirque ije Bauipc.
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- une rapidité telle qu?il est impossible qu’il n’y ait de mis en jeu que l’infiltration ; il faut qu'il y ait une communication directe; par un gouffre, un' entonnoir quelconque,* avec le plateau. *
- ‘v,Ces quelques remarques faites sur la 1 branche sud, il nous restait à explorer l’autre branche, où nous eûmes le bonheur de découvrir la merveille de là'grotte, la K< Salle du catafalque ». Celle-ci est située à l’extrémité d’une galerie que nous trouvâmes dans la partie nord-ouest de la grande branche. Elle a environ 125 mètres de longueur, et contient des stalactites d’une rare-beauté.
- Ici, il n’y a point de ces masses d’eau qui envahissent tout, comme dans l’autre galerie. L’infiltration entre seule en jeu ; aussi, les stalactites et les stalagmites ont-ils eu toute facilité pour se former. La galerie, haute de 50 mètres (fig. 3), affecte la forme d’une magnifique nef d'église, dans laquelle on trouve un dais grandiose. Un peu plus loin, une énorme roche détachée de la voûte s’est complètement recouverte de paillettes de carbonate de chaux cristallisé, qui, sous les rayons du magnésium, brille comme un pur diamant. Les murailles sont tapissées de concrétions, et de la voûte descendent deux glaciers de carbonate, dont l'effet est saisis* saut. :>
- Dans la branche ouest (de B en E, fig. 2), nous fûmes obligés de nous servir de notre bateau de toile. Là, nous découvrîmes une galerie splendide, avec des pendeloques imposantes. La voûte atteint une hauteur prodigieuse. Même avec un puissant éclairage, il nous a été impossible de la voir. Malheureusement, ces beautés resteront inaccessibles au public, car les difficultés d’un aménagement sont trop considérables. 11 est vrai que le visiteur sera largement payé de son dérangement, en temps de grandes eaux, par la splendeur de la cascade qui se trouve à côté de l’entrée de la grotte, et, en temps ordinaire, par la merveilleuse « Salle du catafalque. »
- Edmond Renauld,
- Ingénieur-chimiste.
- CHRONIQUE
- IVouvel emploi de l’eau de savon. — Personne n’ignore la remarquable action de l’huile sur les vagues. Ce phénomène bien connu a conduit les officiers du bateau à vapeur Scandia, de Hambourg, à faire une expérience basée sur le même principe, qui a fort* bien réussi et qui nous paraît mériter au moins une mention. Pendant leur dernière traversée pour se rendre t aux États-Unis, le Scandia, au beau milieu de l’Atlantique, a été assailli par une très grosse tempête. Ils ont lalorsi eu l’idqe de faire dissoudre dans des baqi&ts d’eau une grande quantité de savon. Ayant ainsi obtenu plusieurs centaines de litres d’eau de savon en assez peu dé temps, ils l’ont fait répandre par-dessus bord à'l’avant du navire. L’effet a été presque instantané, et bientôt le batëàü à vapeur commençait à naviguer sans difficulté/5 Lés ‘offidièrg du Scandia ont aussitôt adressé au Service Hydrographique des États-Unis un long rapport, rèlatant leur voyage, la tempête et le moyen qu’ils avaient employé pour L’apaiser. Us concluent en disant que ri l’eau, de .savon ne produit pas absolument tous les effets de l’huile^ sur l’eau,^ du moins elle suffit à rompre la force des vagues dans les cas les plus fréquents. En outre, celte'méthode se recommande aux Compagnies de navigation soucieuses de leurs intérêts : Peau de savon est bien plus économique que l’huile et l’on peut emporter une quantité relativement considérable de savon sans trop empiéter sur la place réservée aux marchandises ou aux passagers. X. W.
- Une salle à manger originale. — Cette salle à manger d’un nouveau genre qui a servi, pour la première et la dernière fois, à réunir cent huit convives-avant de
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- recevoir sa véritable destination, n’est rien moins qn’une cheminée d’usine qui revendique — une fois de plus — le privilège d’ètre la plus puissante cheminée du monde. Cette dernière appartient à l’usine de force motrice de la Brooklyn City Railroad C°, de Williamsburg, État de New-York, et doit verser dans les airs la fumée des foyers de chaudières qui produisent, ou pourront produire la vapeur nécessaire à des moteurs d’une puissance totale de 18 000 chevaux. La cheminée proprement dite a un dia-ipètre intérieur de 5m,l, et les murs une épaisseur moyenne de lm,05. La chambre inférieure où débouchent les carneaux des foyers occupe une surface de 18 mètres de côté extérieur et forme une vaste chambre dans laquelle s’est donné le dîner offert en l’honneur de l’achèvement de ce gigantesque travail. Le revêtement intérieur est en briques réfractaires jusqu’à une hauteur de 25 mètres et le couronnement supérieur, dont le diamètre atteint 7 mètres, est garni d’une couronne en fer pesant 5 tonnes. 11 va sans dire que le dîner d’inauguration de cette salle à manger supérieurement bien aérée, par construction même, a été éclairé à l’électricité, ce qui est bien naturel pour une cheminée destinée à fournir la force motrice à des tramways électriques. Nous avons souvent décrit des cheminées d’usine de grandes dimensions, mais nous ne pensions pas qu’aucune d’entre elles aurait pu être employée à l’usage d’une cérémonie d’inauguration, semblable à celle que nous venons de rapporter.
- Une fonderie de fer dans l’Afrique centrale. — Une peuplade du centre de l’Afrique, celle des Balubans, possède un grand renom pour son habileté à fondre et à forger le fer. Dans cette région, le minerai abonde et affleure partout. Les Balubans construisent des hauts fourneaux cylindro-coniques en argile de 2 à 5 mètres de hauteur et 1 mètre de diamètre à la base. Ils introduisent le minerai par la partie supérieure du haut fourneau, et à l’aide de ringards primitifs ils séparent les scories du fer en fusion. A la partie inférieure du fourneau, une petite ouverture circulaire est pratiquée, dans laquelle ils introduisent un tuyau d’argile qui leur sert de tuyère. Le soufflet amenant le vent se compose d’un bloc de bois entièrement évidé, ayant environ 50 centimètres de longueur. Des peaux d’animaux, tendues et manœuvrées à l’aide de petites tringles de bois, permettent de refouler l’air à l’intérieur du hautfourneau. L’extrémité de ce soufflet primitif vient s’adapter au tuyau d’argile. Un tampon de bois ferme la petite ouverture placée à hauteur de la sole et qui sert pour la coulée. Celle peuplade très industrieuse fabrique des armes de chasse ou de guerre ainsi que des colliers et bracelets en fer. Les naturels qui les avoisinent viennent en grand nombre échanger ces produits manufacturés par les Balubans contre d’autres productions locales ou de la farine de mil. G. M.
- L’huile de pépins de raisin. — L’expérience ayant appris qu’on peut retirer des pépins de raisin de 10 à 15 pour 100 de bonne huile à brûler, des propriétaires italiens, après les vendanges, ont séparé le grain de marc épuisé, l’ont lavé, séché et porté aux moulins qui possèdent des meules verticales, et ils en ont retiré la quantité indiquée plus haut, 10 à 15 pour 100 d’huile claire, incolore, inodore, d’une densité de 0,920, surnageant, par conséquent, sur l’eau des lampions, brûlant sans fumée, et ils ont pu éclairer leurs demeures et leurs étables, celles-ci leur servant de séjour habituel en hiver pour économiser le chauffage. Cette huile entre aussi dans la composition de la graisse pour voitures. Jusqu’à pré-
- sent, le commerce ne s’était pas emparé de cet article, réservé par le producteur à-sa consommation personnelle, et la cote des chambres de commerce n’en fait pas mention. Mais avec le change élevé qui atteint le pétrole comme tous les produits étrangers, on commence à s’intéresser sérieusement en Italie au nouvel article, et il existe des approvisionnements de pépins assez importants dans les moulins de MM. Joseph Zagni et fils à San Faus-tino, près de Modène. 11 y avait déjà eu des tentatives en ce sens, mais le mouvement s’était arrêté, faute de demande.
- Le carbonyle. — Le carhonvle est un nouveau composé qui sert à la conservation des bois ; il contient, d’après le fabricant, un grand nombre de produits, phénol, crésol, hydrocarbures, huiles de résine, de lin, essence de térébenthine, etc. C’est une huile empyreumatique noirâtre offrant l’aspect du pétrole brut; il pénètre profondément dans le bois auquel il donne une couleur brune, et assure sa conservation pendant un temps de longue durée. Les bois, échalas, tuteurs d’arbres, poteaux, etc., doivent être imprégnés à chaud, et ils se conservent dans la terre sans pourriture. Le carbonyle peut servir d’enduit aux cordages, bâches, etc. Plusieurs industriels compétents ont apprécié les qualités de cet agent de conservation. On sait que le problème de la conservation des bois offre une importance considérable, et que tout ce qui s’y rattache est digne d’attirer l’attention. Nous avons fait nous-inême quelques essais qui nous ont donné des résultats satisfaisants.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 janvier 1894. — Présidence de M. Læwï.
- Ichtyologie de Bornéo. — M. Léon Vaillant décrit près de 500 espèces de poissons inconnues des naturalistes et habitant les eaux de Bornéo. L’auteur rapprochant le nombre d’espèces décrites par lui de celles découvertes par les naturalistes étrangers, prévoit que la connaissance de cette faune sera un jour très étendue. Enfin il signale ce fait intéressant que plusieurs de ces animaux sont identiques à d’autres habitant les eaux des îles de la Sonde et de l’Indo-Chine; or ces espèces ne gagnant jamais la mer, on est obligé de conclure que ces terres, aujourd’hui nettement séparées, ont été en relations directes à des époques anciennes.
- L'élevage des autruches. — M. Jules Forest relève cette circonstance que les autruches ont disparu radicalement de l’Algérie depuis 1870. Cette disparition est un mal parce que le commerce des plumes d’autruche est très fructueux; mais à ce mal le remède est facile. Il suffit en effet d’imiter ce que les Anglais ont réalisé dans leur colonie du Cap, où des fermes ont été spécialement organisées pour l’élevage des autruches. 11 y avait au Cap, en 1880, d’après l’auteur, 80 oiseaux de cette espèce ; en 1888 on en comptait 152 000. L’exportation des plumes y prit un essor inespéré; un succès aussi considérable ayant suscité diverses colonies à entrer dans la même voie, un droit d’exportation énorme a été mis sur chaque autruche vivante. L’auteur pense que l’installation de semblables centres d’élevage serait très facile en Algérie; M. Blanchard ajoute que ce serait un bienfait pour la colonisation, attendu que l’autruche est l’ennemie-née des criquets qu’elle dévore en grandes quantités et que sa disparition semble ne pas avoir été sans influence sur les invasions de ces insectes, aujourd’hui plus fréquentes.
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- LÀ NATURE.
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- Le golfe du Lion, — En raison de la grande variété des animaux capturés en mer, au voisinage du laboratoire Arago, M. de Lacaze-Duthiers avait reconnu dès longtemps l’extrême utilité d’une carte sous-marine donnant à la fois la profondeur et la nature des fonds dans la région explorée. Mais, pendant longtemps, il avait été impossible d’entreprendre aucun travail dans cette direction, faute de moyens matériels, car le laboratoire ne disposait que d’une embarcation de pèche absolument insuffisante pour une opération de cette nature sur une mer extraordinairement dangereuse. Aujourd’hui cette tache accessoire a pu être accomplie grâce à la générosité d'un donataire, le prince Roland Bonaparte, qui mit naguère à la disposition de M. de Lacaze-Luthiers une somme de 1)0 000 francs avec laquelle ce savant put équiper un petit navire à vapeur en état de tenir la mer par le gros temps. M. I’ruvot, professeur à la faculté de Grenoble, a déterminé plus de 200 points rattachés géométriquement à des points connus du continent par des mesures angulaires. La sonde jetée permettait chaque fois de reconnaître la nature du fond. Un espace de 1700 kilomètres carrés a été ainsi exploré, formant une zone de 40 kilomètres de largeur au-devant de la côte. Ce travail a permis de reconnaître que la chaîne des Pyrénées n’avait certainement pas de prolongements sous-marins, au delà du cap Creux.
- La germination des graines de la vigne. —
- M. Chauvaud s’est occupé de rechercher les conditions favorables pour obtenir la germination des graines de la vigne, question empreinte d’actualité s’il en est, car il serait avantageux de renouveler les vignobles français par des Semis. En étuve, à 27 de--gfés, les graines ont moisi sans geniier, mais à utic température un peu supérieure, il a obtenu la germination au bout de deux à trois jours en grattant la portion du tégument de la graine correspondant'aux radicelles de l’embryon. On gagné donc par ce procédé un temps considérable, circonstance qui paraît très avantageuse.
- Élection. — M. Pagnoul est élu correspondant de la section d’économie rurale.
- . .
- ’ Varia. —• M. Daubréelit un Rapport de la Commission nommée pour l’examen des observations météorologiques effectuées par M. Yallot, dans son observatoire situé à 400 mètres du sommet du Mont Blanc/M. Marcel Bertrand envoie une Note sur la structure des Alpes françaises.
- M. Gautier a étudié le mécanisme de la production de l’action carbonique par les muscles. j—M. Friedel signale la préparation de corps nouveaux : ce sont des phospho-chromates. , Ch. de Villedeuil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES SYMPATHIES d’un HARICOT
- Nous allons ajouter un nouveau petit chapitre aux récréations que publie depuis si longtemps La Nature.
- Au cours de recherches que je poursuis en ce moment sur le gonllement des graines, j’ai été amené à faire une expérience amusante, facile à répéter avec des objets usuels. Voici comment l’on procède. Dans un vase quelconque on met de l’eau ordinaire avec une certaine quantité de sulfate de soude, que l’on se procure facilement chez les pharmaciens. On agite pendant un certain temps, jusqu’à ce qu’on mge la solution saturée, ce dont on
- s’assure en voyant les cristaux ne plus se dissoudre. A ce moment, on transvase une partie du liquide dans un autre vase, en laissant les cristaux non dissous dans le premier. D’autre part on attache un haricot de Soissons à un fil et on fait de môme avec un objet non poreux quelconque, tel qu’une bille d’agate, une épingle, un fragment de verre. Sur le bord du vase, on dépose une allumette horizontale, à laquelle on attache les deux fils de manière à ce que les deux objets qu’ils soutiennent plongent dans le liquide.
- Au bout de peu de temps, on voit, du haricot, émerger de petits cristaux de sulfate de soude qui grandissent et rayonnent dans tous les sens, en augmentant rapidement de longueur. L’objet non poreux ne présente aucun de ces phénomènes. 11 semble que la graine, qui prend l’aspect d’un oursin, a une affection toute spéciale pour le sulfate de soude et l’attire à elle. Ce n’est là bien entendu qu'une apparence. L’explication de l’expérience est plus banale : la graine, en se gonflant, n'absorbe pas la solution telle quelle, mais seulement l’eau qu’elle contient avec fort peu de sel. Il en résulte que tout autour du haricot, la solution, perdant son eau, se sursature et laisse déposer ses cristaux : c’est une véritable évaporation à l’intérieur de la semence.
- Henri Coufin.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. —• Imprimerie Lahure. rue de Eleurus, a.
- Curieuse expérience de cristallisation du sulfate de soude.
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- N» 1079. — 3 FÉVRIER 1894.
- LA NATURE.
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- LA CONSTRUCTION DU PONT MIRABEAU A PARIS
- Bien que l’on n’ait pu se décider encore à supprimer l’enceinte très discutée des anciennes fortifications
- de Paris, la grande ville, débordant par-dessus cette barrière, continue son expansion, principalement
- Fig. 1. — Construction du pont Mirabeau, à Paris. Les écluses à air des caissons de fondation. (D’après une photographie).
- du côlé de l’ouest, et tend à se rejoindre avec sa comme à l'intérieur, de nombreux ponts deviennent banlieue. En conséquence, à l’extérieur de Paris nécessaires pour assurer les communications ou les
- Fig. 2. — Construction du pont Mirabeau. La passerelle de service. (D’après une photographie.)
- faciliter. Deux d’entre eux sont décidés, l’un qui franchira la Seine en traversant l’île Rothschild et dont nous aurons l’occasion de reparler, l'autre qui reliera Auteuil et Passy, Javel et Grenelle; les travaux en
- 22" année. — t r semestre.
- sont activement poussés. Ce dernier porte le nom de pont Mirabeau.
- Jusqu’à présent le pont de Grenelle et le viaduc bien connu du Point-du-Jour mettaient seuls en rap-
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- LÀ NAT U HE.
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- ports le XYe et le XVIe arrondissement de Paris. Le pont Mirabeau apportera à leurs relations un appoint des plus utiles.
- Eu dehors de la question purement économique qui rentre dans un ordre d’idées spécial, le nouveau pont mérite une mention particulière au point de vue technique. Il résume, en effet, une série de progrès constructifs très importants : on y trouve l’adaptation de certaines formes nouvelles, empruntées avec talent à l’Angleterre et aux États-Unis,
- ainsi que la consécration de certaines théories toutes récentes qui avaient donné lieu à d’intéressantes discussions lors des Congrès techniques de l'Exposition de 1889. Ce n’est donc pas là une œuvre banale el'e appelle l’attention
- Les études du pont Mirabeau ont été faites par le savant M. Resal, Ingénieur en chef des ponts et chaussées; sa construction est dirigée par M. Rabel, Ingénieur en chef, assisté par M. Alhy, Ingénieur ordinaire. 11 comportera trois travées : les deux
- Fig. 3. — Demi-vue du pont Mirabeau en élévation montrant sa grande portée de 100 mètres.
- travées de rive, passant au-dessus des quais, ont chacune 54m,07 de portée; la travée centrale a 100 mètres d’axe en axe des piles, ce qui laisse à la navigation 91111,70 d’ouverture libre, avec une hauteur de 7m,9I sous clef. L’ossature métallique du pont se compose de sept poutres qui, suivant la nouvelle formule, sont articulées sur les piles.
- On évite ainsi la rigidité des anciens ouvrages et l’ingénieur est maître de faire passer, exactement au point que ses calculs lui indiquent, les efforts que le pont aura à supporter.
- La rigidité des ouvrages d’art était un emprunt traditionnel fait aux constructions en maçonnerie; elle n’a pas la même raison d’être etdevient même fâcheuse pour les constructions en métal soumises à des dila lations considérables et incessantes.
- Les poutres articulées, tout en fournissant la même résistance, donnent bien autrement de souplesse et d’élasticité. Cela est si vrai que, sans aller jusqu’à l’articulation qui serait difficile à réaliser dans le cas spécial de la pierre, nos ingénieurs ont projeté des ponts en maçonnerie brisés par des joints de dilatation ménagés vers la clef et sur les reins des arches.
- Les piles du pont Mirabeau sont en maçonnerie : on leur a donné une base plus étendue du côté de la rive que du côté de l’axe de la rivière, ce qui leur ôte l’aspect symétrique auquel on est accoutumé en
- pareille matière. Mais nous avons dit qu’il s’agissait d’une construction utilitaire : or cette absence de symétrie fait que la résultante des forces qui agissent sur chaque pile ne peut, en aucun cas, tendre à la renverser. Nos ingénieurs ont fait passer à juste
- titre cette considération avant les considérations purement esthétiques. Mais comme cette disposition eût conduit à la mise en œuvre d’un cube de maçonnerie considérable, ils ont pratiqué dans les piles des évidements qui vont en diminuant de haut en bas. Il en résulte à l’intérieur des piles l’existence de chambres spacieuses qui ne seront pas couramment accessibles, cela va sans dire, hors le cas de réparation, mais dont l’existence a l’excellent effet d’abaisser utilement le centre de gravité.
- La fondation des piles s’est faite à 16 mètres environ au-dessous du niveau moyen de la Seine, sur la craie compacte mélangée de silex noir. C’est un excellent terrain, d’une stabilité reconnue.
- On a fait usage de caissons de fondations à air comprimé, métalliques, présentant 28 mètres de longueur sur 10 mètres de largeur et munis desas à air perfectionnés du système Zschokke et Terrier (fig.l).
- Nous n’entrerons pas; dans le détail de construction de ces caissons à air comprimé dont La Nature a décrit, en différentes circonstances analogues, de nombreux exemples1. Rappelons seulement que le 1 Yoy. ii° 750, du ‘28 mai 1887, p. 400.
- Retenue de Suresnes
- (27,00)
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- Sable Jaune et (,o£zl Sra-vier j Sable mélangé cS
- (19,20) de faJa/se
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- Manne jaunatne^:.^' graveleuse ^ *g
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- LA NATURE.
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- caisson, lancé delà rive comme un navire, est coulé à fond exactement au point que la fondation doit occuper. On le ferme alors hermétiquement et l’on y refoule de l’air comprimé qui chasse l’eau contenue à son intérieur et le transforme en une chambre de travail d’où l’on extrait chaque jour des déblais remplacés par de la maçonnerie. Le caisson, alourdi, s’enfonce dans le sol que l’on effondre incessamment sous lui et que ses arêtes pénètrent comme le feraient d’énormes couteaux. Au fur et à mesure de l’enfoncement, on ajoute à la partie supérieure du caisson de nouvelles parois verticales, ou hausses, et cela jusqu’à ce qu’il soit descendu à la profondeur voulue pour reposer sur le bon sol.
- Le travail des ouvriers dans l’air comprimé des caissons a présenté quelques dangers au début de leur emploi, lorsque ce mode de fondation, si rapide et si pratique, s’est introduit dans les procédés des Travaux publics. Actuellement, quand on ne dépasse pas 50 mètres de profondeur, quelques précautions à prendre, parfaitement connues, garantissent le personnel contre tout accident. Dans les deux passages par l’écluse à air, les ouvriers subissent une compression, puis une décompression. La décompression seule est dangereuse ; mais, quand on la pratique d’une façon lente et graduelle, on n’a rien à redouter. Ce genre de travail est fort analogue à celui des scaphandriers. Les ouvriers spéciaux qui le pratiquent et qui sont, quoi qu’on en puisse penser, fort attachés à leur métier, travaillent 6 heures dans les profondeurs de 15 à 20 mètres, 4 heures de 20 à 50 mètres, et 5 heures seulement au delà.
- Dans les caissons du pont Mirabeau, la pression maxima dans la chambre de travail ne peut dépasser celle de l’atmosphère de plus de 2 kilogrammes; les ouvriers y travaillent 6 heures par jour. L’air comprimé y est envoyé chauffé à l’avance, condition fort agréable, en hiver surtout, pour le personnel, mais qui est dictée surtout par la nécessité reconnue d’empêcher que la détente de l’air, en produisant un froid intense, ne condense l’humidité de l’air sous forme de glaçons qui obstrueraient les robinels.
- Les appareils Zschokke et Terrier constituent un progrès de détail qui a son importance.
- Dans les anciens appareils à air comprimé, les matériaux provenant du déblaiement subissaient un délai d’évacuation sensiblement égal à celui jugé nécessaire pour la sortie ou l’entrée sans danger des ouvriers. Or, il est sans inconvénient, comme on peut le penser, de comprimer ou de décomprimer brusquement les bennes contenant des matériaux et l’on gagne infiniment de temps en exécutant ces opérations d’une façon automatique. C’est ce qui se produit dans le nouveau système. La benne qui contient les déblais monte vers l’orifice, le cadre qu’elle porte vient frapper un toc, lequel ouvre le robinet de communication avec l’air libre un peu avant que la course soit terminée; le passage de l’air comprimé à l’air libre se fait donc avec une grande rapidité et sans perte de temps. Signalons aussi l’emploi judi-
- cieusement fait dans les caissons de l’éclairage électrique. Les lampes à incandescence qui donnent une vive lumière sans vicier l’air sont préférables aux quinquets fumeux dont les travailleurs dans l’air comprimé ont dù, pendant longlemps, se contenter.
- En résumé, les travaux de fondation du pont Mirabeau ont présenté l’installation d’un chantier spécial très intelligemment mis au courant des derniers perfectionnements scientifiques. Notre figure 2 présente l’aspect du chantier avec la passerelle de service. La figure 5 donne uncpdée de la grande portée de 100 mètres, et la figure 4 est la coupe d’une pile, montrant la dissymétrie de la pile et les évidements intérieurs. Tout a été bien combiné dans ce travail.
- 11 en est résulté une rapidité d’exécution particulière et instructive. Tout porte à croire que pour la construction de la partie métallique, la grande travée parisienne de cent mètres vaudra aussi des éloges à nos ingénieurs et à leurs entrepreneurs.
- Max de Nansouty.
- CURIEUSE APPLICATION DU TÉLÉPHONE
- La nouvelle année a fait germer dans la cervelle du directeur du Globe Democrat, de Saint-Louis (Missouri) une idée qui n’est certes pas banale, et bien up to date, ce que nous traduisons librement par fin de siècle,. Le Globe Democrat a donc eu l'idée de souhaiter téléphoniquement la nouvelle année (A Happij and prospérons New Year) aux 5755 abonnés au téléphone de Saint-Louis. Les trois appareils téléphoniques dont dispose normalement le journal ont été renforcés de sept autres et le service s’est fait sous la direction et la surveillance du superintendant de la Compagnie des téléphones, heureux de mettre à profit cette occasion encore unique de soumettre le service à un essai pratique. La liste alphabétique des abonnés a été divisée en dix parties, et distribuée à dix opérateurs. Les appels ont été faits suivant les règles, normales du service courant, règles imprimées, encadrées et suspendues à côté de chaque instrument chez l’abonné. On accordait 50 secondes à l’abonné pour répondre, avant de le considérer comme non répondant et de passer à l’abonné suivant. Les appels ont été commencés le 1er janvier à 8h 50m du matin, le dernier s’est terminé à 1 lh55m du matin. Le record de la rapidité des transmissions appartient à un opérateur, M. Donough, un employé des plus exercés, qui a appelé 514 abonnés en 5h 27m, obtenu 260 réponses, trouvé 5 lignes occupées, 5 hors de service et 255 retirées du service ce jour-là. Le temps total occupé à ces communications a été de 55h 8m, le temps moyen employé par opérateur a été de 5h 19“, avec une vitesse moyenne de 115 appels par heure et par opérateur, chiffre légèrement plus élevé que celui constaté à New-York au point de vue de la mise en communication rapide des abonnés avec le bureau, central. .
- LES HOMMES VOLANTS
- LES EXPÉRIENCES DE M. O. LIL1ENTHAL
- On parle beaucoup depuis quelque temps dans les journaux, des expériences récemment exécutées en Allemagne par M. Lilienthal au moyen d’un appareil volant. Nous avons reçu le Mémoire original enre-
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- LA NATURE.
- gistrant les travaux de M. Lilienthal, et nous allons pouvoir donner à nos lecteurs des renseignements à ce sujet; nous voulons auparavant résumer les expériences anciennes qui ont été tentées pour réaliser le vol de l’homme au moyen d’ailes artificielles.
- Quand on recherche sur le sujet qui nous occupe des documents dans les temps anciens, on en trouve aux époques les plus reculées. L’histoire de Dédale qui réussit à fuir la colère de Mi nos, roi de Crète, en prenant son vol au moyen d’ailes artificielles, [tarait être l’expression poétique d’une préoccupation constante de l’esprit humain, et la chute d’Icare semble avoir été imaginée pour montrer aux chercheurs de l’avenir que l’audace humaine doit avoir ses limites.
- La première expérience d’une machine volante paraît remonter au dix-septième siècle. On parla beaucoup, en 1678, d’unappareil volant qui auraitété expérimenté par un serrurier nommé Besnier. Cet appareil, tel qu’il est décrit dans le Journal des scavans du 12 décembre de la même année, est formé de simples palettes absolument insuffisantes à donner aucun résultat efficace.
- Les aviateurs contemporains ont prétendu que ce dessin, que nous reproduisons ci-dessus (fig. 1), était grossièrement figuré, et que les expériences de Besnier sont réelles.
- « Besnier, dit l’auteur de la Notice insérée dans le Journal des scavans, ne prétend pas pouvoir s’élever de terre par sa machine ni s’y soutenir fort longtemps en l’air, mais il assure que partant d’un lieu médiocrement élevé, il passerait aisément une rivière d’une largeur considérable, l’ayant déjà fait de plusieurs distances et en différentes hauteurs. »
- En 1742, un seigneur de la cour, le marquis de Bacqueville, esprit très original, s’occupa de construire un appareil volant qu’il voulait expérimenter lui-même. Le marquis de Bacqueville annonça qu il partirait de son hôtel, situé à Paris sur le quai des
- Théatins, au coin de la rue des Saints-Pères, et qu’après avoir traversé la Seine, il irait atterrir dans le Jardin des Tuileries. L’expérience eut lieu en présence d’une grande affluence de spectateurs ; la foule se pressait sur les quais ainsi que sur le Pont-Neuf et le pont Royal. A l’heure fixée le marquis de Bacqueville se lit voir avec ses ailes ; il paraît que c’étaient des ailes véritables, « semblables, dit un récit du temps, à celles qu’on donne aux anges, et dont la grandeur était en proportion avec la masse qu’elles avaient à soutenir ». L’un des côtés de l’hôtel du marquis se terminait en terrasse; ce fut là qu’il s’abandonna à l’air. Son vol le conduisit jusqu’au bord de la rivière ; mais arrivé près du rivage, il tomba sur un bateau de blanchissage et se cassa la jambe. Nous avons, dans notre collection aéronautique, une miniature ancienne, qui représente l’expérience du marquis de Bacqueville ; nous la reproduisons ci-contre (fig. 2).
- Depuis, bien des expériences et des tentatives ont été faites au moyen d’appareils volants qui permettraient à un homme de se soutenir dans l’air; elles n’ont jamais jusqu’ici donné de résultats.
- Un savant allemand, bien connu dans le monde de l’aéronautique, M. Otto Lilienthal, a depuis plusieurs années repris l’étude de ce problème de l’homme volant, et il est arrivé à réaliser un appareil qui lui permet de s’élancer d’un endroit élevé et de se soutenir dans l’air ou du moins de ralentir la chute, à tel point qu’il peut atterrir lentement à la surface du sol.
- M. Lilienthal a construit à Steglitz près de Berlin, sur une petite éminence de terre une sorte de tour en bois qui sert de remise pour la machine volante, et dont le sommet en forme de terrasse lui sert de plate-forme pour se lancer dans l’espace.
- L’appareil de M. Lilienthal est constitué par un grand châssis qui est solidement fixé sur les épaules
- Fig. 1. — La machine volante de Besnier d’après la gravure publiée dans le Journal des scavans du 12 décembre 1678.
- pp, 2. — Expérience de l’appareil volant, exécutée sur les quais à Paris, par le marquis de Bacqueville en 1742.
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- et qui a la forme de deux ailes légèrement concaves. Une queue analogue à celle des oiseaux est relevée à l’arrière comme on le voit sur nos figures. Le système est en outre muni de deux petits gouvernails qui servent à l’orientation pendant la chute. L’inventeur s’est appliqué à éviter autant que possible les attaches, tout en assurant une liaison suffisante entre l’aéronaute et le mécanisme.
- Les deux bras reposent dans des espèces de gouttières garnies de coussins, les mains s’appuient solidement sur une barre ronde transversale.
- Les ailes de l’appareil ont à peu près la forme de celles de la cliauv e-souris, elles peuvent se replier, ce qui permet de transporter facilement l’appareil après l’avoir démonté.
- L’ossature du système est en osier très léger, le
- recouvrement, en toile fine. La surface totale est de 14 mètres carrés et le poids total, d’après l’inventeur, ne dépasse pas 20 kilogrammes.
- Nos figures empruntées au Mémoire de M. Lilien-thal sont la reproduction de photographies instantanées qui montrent les expériences réalisées par l’inventeur. Dans la figure 3, nous apercevons la machine au moment où l’aviateur vient de prendre son élan pour se lancer dans l’espace. Les figures 4 et 5 montrent l’appareil dans l’air, pendant l’expérience. La plate-forme sur laquelle se lance l’inventeur est ,à 10 mètres au-dessus du niveau du sol de la colline; et, de cette hauteur, il peut avœc un élan modéré parcourir une distance de 50 mètres environ, en fendant l’air sous un angle de 10 à 15 degrés.
- 3. — M. Lilicnthal s’élançant de sa tour de bois avec son appareil volant (D’après une photographie instantanée.)
- Fig. 4 et 3. — L’appareil volant de M. Lilientlial dans deux positions distinctes. (D’après des photographies instantanées.)
- Pendant que l’aéronaute se trouve emporté ainsi au sein de l’air, il faut qu’il ait soin de donner à son appareil l’inclinaison convenable. Le vent joue un grand rôle dans la manœuvre et il faut déplacer convenablement le centre de gravité du système.
- M. Lilienthal rapporte qu’après de nombreux essais exécutés sur la hauteur de Steglitz il a pu se
- jeter du sommet d’une colline de 80 mètres de hauteur entre Rathenow et Neustadt, et franchir une distance de 250 mètres en atterrissant très facilement au point d’arrivée.
- Ces expériences sont très intéressantes, mais il ne faut pas leur donner une portée qu’elles n’ont pas. Ce que M. Lilienthal réalise, l'a été déjà au moyen
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- LA NATURE.
- du parachute qui permet aux aéronautes de se précipiter de leur ballon, d’une grande hauteur, et de revenir doucement à la surface du sol. L’appareil de M. Lilierithal n’est pas, comme on l’a dit à tort, un appareil d’aviation à ailes articulées, c’est uniquement un aéroplane qui modère la chute faite d’un point élevé à un point inférieur. M. Lilienthal, avec son appareil, ne s’élève pas d’un centimètre, il descend comme avec un parachute. L’expérience est instructive et digne de fixer l’attention, mais il ne faudrait y voir, en aucune façon, la réalisation d’un progrès dans la pratique de la navigation aérienne.
- GASTON ÏISS.VN1HKU.
- L’AIR LIQUIDE
- SA SOLIDIFICATION ET SES APPLICATIONS SCIENTIFIQUES
- M. le professeur Dewar vient de présenter à l’Institution royale de Londres, devant un auditoire d’élite, la suite de ses recherches sur les basses températures en prenant pour thème l’air liquide et ses applications scientifiques.
- Comme nous avons tenu nos lecteurs au courant des remarquables travaux de M. le professeur Dewar sur cette question *, il nous suffira de résumer les résultats nouveaux mis en évidence dans cette mémorable lecture.
- Pour le grand public, l’air liquide n’est qu’une merveille scientifique; pour une élite, il représente un ensemble de problèmes intéressants et non résolus encore; à l’Institution royale, il est devenu un instrument précieux de recherches physiques. Produit en grandes quantités, emmagasiné par des méthodes nouvelles et ingénieuses, il sert à l’étude de la matière à — 200 degrés centigrades, comme la lampe à alcool ou le bec de gaz servent aux températures élevées.
- L’air liquide présenté le 19 janvier dernier l’a été dans des conditions toutes spéciales, bien différentes de celles des lectures précédentes. Au lieu de le voir en ébullition vive à la pression ordinaire ou en ébullition lente à une température plus basse, on a pu le voir cette fois parfaitement tranquille, comme un liquide parfait ne donnant naissance à aucun gaz, grâce aux dispositifs employés qui empêchent la chaleur extérieure de l’atteindre et, par conséquent, de le vaporiser.
- Précédemment, sa température était maintenue à une basse valeur par son évaporation, exactement comme la température de l’eau en ébullition est maintenue constante par son ébullition, même sur le feu le plus ardent. Aujourd’hui, la température est maintenue basse et constante sans aucune vaporisation, et, par suite, sans aucune perte de liquide. Ce résultat est obtenu en plaçant le liquide dans une enveloppe où l’on a fait le vide, plongée dans de l’oxygène liquide renfermé dans une seconde enveloppe reliée à une pompe à air. La chaleur ne peut ainsi atteindre l’air liquide que par radiation, c’est-à-dire dans des proportions infinitésimales.
- Dans ces conditions, l’évaporation de l’oxvgène liquide abaisse assez la température pour que l’on obtienne la solidification de l'air sous forme de cristaux.
- L’isolement complet du liquide a permis de déterminer sa chaleur spécifique et sa chaleur latente en y laissant tomber une masse de platine connue et en déterminant la quantité de gaz dégagé.
- 1 Yoy. n° 104'», d i 10 juin 1803, p. 18
- L’air liquide a permis de réaliser des expériences qui semblent établir la nécessité de la présence de la matière pondérable pour le passage de l’électricité à travers l’espace, rouvrant ainsi du même coup la question de savoir si l’espace peut être absolument privé de matière pondérable.
- M. le professeur Dewar a également montré à son auditoire la méthode qu’il emploie pour déterminer la ténacité des métaux à— 180 degrés centigrades. Il faut pour cela des quantités considérables d’air liquide, car les mâchoires de l’appareil et le fil expérimenté doivent être complètement immergés dans le liquide pour en prendre la température. Les résultats obtenus sont des plus intéressants : ils montrent que la ténacité est toujours accrue par un abaissement de température, elle double presque pour le fer et le maillechort. L’allongement avant rupture parait également augmenté, mais le fait demande de nouvelles vérifications expérimentales.
- Tandis que les forces chimiques s’annihilent aux basses températures, les forces physiques, la cohésion en particulier, s’augmentent considérablement.
- Ce fait important bat en brèche certaines théories ingénieuses d’après lesquelles l’abaissement de température de la matière réduirait l’univers à l’état de poussière cosmique. Cette poussière cosmique, si propice aux spéculations philosophiques, devra chercher, à l’avenir, son origine ailleurs que dans la désagrégation de la matière par le froid.
- L’accroissement de ténacité, l’accroissement des propriétés magnétiques et la diminution de résistivité électrique avec l’abaissement de la température, constituent des propriétés très nettement mises en lumière par les mémorables expériences de M. le professeur Dewar et étendues à des limites inférieures qu’il semble bien difficile de dépasser.
- Les basses températures exercent une influence sur la couleur de certains corps : c’est ainsi que les couleurs si vives du vermillon et de l’iodure de mercure sont amenées à l’orange pâle par un abaissement de température, et reprennent leur couleur originale en revenant aux températures ordinaires. Le bleu n’est pas influencé, et les matières organiques tinctoriales ne le sont que très peu. Ces faits, qu’il y aura lieu de développer, présentent de l’intérêt pour l’explication chimique de la couleur des sels, et pour les phénomènes d’isomorphisme en général.
- EXPOSITION D’OBJETS DE PHARMACIE
- Une exposition curieuse s’est tenue dernièrement à Genève. Elle comprenait exclusivement des objets ayant trait à l’histoire de la pharmacie et aux sciences qui s’y rattachent ; le propriétaire, M. B. Reber, a mis plus de vingt-cinq ans à former sa collection. Celle-ci comprend des spécimens de biberons antiques, des instruments et appareils concernant l’incinération et le massage, des carafes et Bacons, des aspersoirs de parfums, des racloirs pour la peau employés pour les frictions sèches, des médailles frappées en l’honneur de savants et même de charlatans, des pots, bouteilles et bocaux, des mortiers en bronze ; enfin des livres, placards, affiches, caricatures, scènes, portraits, certificats et patentes, des manuscrits et imprimés relatifs à la peste, etc., etc. L’art y trouve encore et toujours sa part avec des faïences et verreries des premières fabriques de tous temps et de tous lieux. Plusieurs sociétés
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- de pharmacie à l'étranger ont commencé des collections semblables.
- La seule de ces collections spéciales qui soit exposée se trouve au Musæum germanicum à Nuremberg. Elle est patronnée par la grande Société des pharmaciens d’Allemagne et la direction lui voue des soins tout particuliers.
- COEFFICIENTS DE PLUVIOSITÉ
- DES DIFFÉRENTS VENTS AU SOMMET DU PUY-DE-DOME
- C’est une opinion générale que les vents d’est sont rarement accompagnés de pluie, au moins dans l’hémisphère boréal; tandis qu’au contraire on admet que les temps pluvieux coïncident presque toujours avec les vents d’ouest.
- Cette opinion, née de l’impression exercée sur tout le monde par la succession des changements de temps, est absolument exacte, et se trouve d’ailleurs d’accord avec la théorie des mouvements de l’atmosphère. On cite, il est vrai, pour certaines contrées, et même pour quelques régions de la France, des faits qui paraissent infirmer l’assertion générale; mais nous pensons que ces faits exceptionnels sont dus à ce que l’on rapporte les pluies observées aux vents inférieurs qui régnent près du sol. Si, comme on devrait le faire, l’on ne tenait compte que du vent des nuages, du vent qui règne dans les couches élevées de l’atmosphère, et qui, seul, a une sérieuse influence météorologique, les anomalies disparaîtraient presque toutes, ou au moins seraient considérablement affaiblies. C’est ainsi qu’à Clermont-Ferrand, par exemple, il pleut quelquefois pendant des journées entières avec un vent d’est faible ou modéré, alors que les nuages chassent de l’ouest, et que c’est aussi le vent d’ouest qui règne au sommet du Puy-de-Dôme, ainsi que dans toute la région. Le vent inférieur de l’est n’est créé que par un remous local, par un tourbillon à axe horizontal que nous avons décrit1 précédemment.
- Nous avons calculé la rose pluviométriquedu Puy-de-Dôme, en considérant les vents ohservésà 16 mètres au-dessus du sommet de la montagne, c’est-à-dire à 1481 mètres d’altitude. Les observations que nous avons utilisées comprennent une période de onze années qui s’étend de 1882 à 1893, et les résultats que nous avons obtenus sont résumés par la figure ci-contre.
- Dans cette figure, la rose pluviométrique du sommet du Puy-de-Dôme est constituée par la courbe dont l’intérieur est couvert de hachures : elle représente les quantités d’eau météorique qui tombent en moyenne, chaque année, par les différents vents. Les longueurs des rayons delà rose sont proportionnelles à ces quantités d’eau, à raison de deux millimètres par couche d’eau d’un centimètre d’épaisseur. Le plus grand rayon, qui est relatif au vent d’ouest,
- 1 Vov. n° 558 du 9 février 1884, p. 164.
- et quia 80 millimètres de longueur, correspond donc à une tranche d’eau de 45 centimètres. Cela revient à dire que chaque année le vent d’ouest verse sur le sommet du Puy-de-Dôme 430 litres d’eau météorique par mètre carré de surface. Le vent d’est n’en donne que 10 litres.
- Toutefois, pour bien apprécier le degré de pluviosité des vents, il ne suffit pas de comparer les quantités d’eau qu’ils ont fournies ; il est indispensable de tenir compte du temps pendant lequel ces différents vents ont soufflé. C'est pour cela que nous avons tracé une seconde courbe composée de traits et
- NNW'
- Ilosc pluviométricjue ; fréquence et coefficients de pluviosité des différents vents au sommet du Puy-de-Dôme.
- de points, qui figure la fréquence des différents vents.. Le rapport qui existe entre la fréquence de chaque vent et la quantité de pluie qui lui correspond, fera donc connaître ce que nous appellerons le coefficient de pluviosité de ce vent. Les nombres que nous en avons déduits sont tels qu’en prenant pour unité le coefficient de pluviosité du vent d’est, on obtient le tableau suivant :
- COEFFICIENTS DE PLUVIOSITÉ DES 16 VENTS PRINCIPAUX
- *
- AU SOMMET DU PUY-DE-DOME.
- Est. . 4,00 Est-sud-est 1,15
- Est-nord-est 1,40 Sud-est ". 1,25
- Nord-est 3,10 Sud-sud-est 1,35
- Nord-nord-est .... 3,35 Sud 1,45
- Nord 4,35 Sud-sud-ouest 1,30
- Nord-nord-ouest. . . . 5,60 Sud-ouest 2,60
- Nord-ouest 5,65 Ouest-sud-ouest. . . . 5,45
- Ouest-nord-ouest . . . 7,50 Ouest 9,35
- Les valeurs de ces coefficients sont données, sur la figure, par la courbe formée d’un gros trait noir.
- Comme le Puy-de-Dôme est un cône isolé qui dépasse de 400 mètres tout le pays environnant, la direction du vent et la chute de la pluie n’y subissent aucune perturbation locale, et ne dépendent que des mouvements généraux de l’atmosphère. C’est pour cela que les coefficients ci-dessus peuvent s’appliquer à une très vaste région, à la majeure partie de la France, et qu’ils présentent un intérêt tout spécial. J. R. Plumandon,
- Météorologiste à l'Observatoire du Puy-de-Dôme.
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- LA NATURE.
- LE COLORISCOPE
- ET LA COLORATION DES VINS
- Nous avons décrit précédemment1 le vinocolori-mètre de Salleron, spécialement destiné, ainsi que son nom l’indique, à mesurer l’intensité colorante des vins; nous rappellerons brièvement que cet ingénieux instrument a pour base fondamentale une gamme de couleurs rouge et rouge violet, reproduite sur des rubans de soie, teints d’après les cercles chromatiques de Chevreul, employés à la manufacture des Gobelins.
- Le vinocolorimètre Salleron est aujourd’hui très employé dans les laboratoires viticoles et œnologiques pour étudier l’intensité colorante des vins au point de vue cultural, et dans les transactions commerciales pour préparer les coupages de vins du Midi ou d’Espagne, généralement riches en couleur, avec les vins légers du centre et de l’ouest de la France. Les vins de tous les pays ont été étudiés au vinocolorimètre et les résultats de ces travaux ont été publiés dans de très intéressantes éludes auxquelles nous renverrons nos lecteurs2.
- La mesure de la coloration des vins est donc très importante, et l’utilité du vinocolorimètre est incontestable, mais il est souvent intéressant de comparer rapidement la couleur de deux vins et si cette petite opération peut être simplement faite à l’aide de deux tubes de verre placés l’un à côté de l’autre sur un support, elle ne présente, dans ce cas, une exactitude parfaite, qu’autant que les deux tubes employés sont rigoureusement semblables comme diamètre intérieur, comme épaisseur de verre, et qu’ils sont placés dans le même plan et examinés sous le même éclairage.
- M. J. Dujardin a construit un petit coloriscope réunissant absolument ces conditions. Voici en
- 1 Yov. n° 301, du 8 mars 1879, p. 221.
- 2 Etude sur la couleur des vins américains au moyen du vinocolorimètre Salleron, par J. Marcais (1880) ; Analyse chimique des vins de l’Hérault, par Ross, Giraud et David (1891); Les vins espagnols à VExposition (1889), par le Jury d’admission.
- quelques mots la description de l’appareil que nous représentons dans la figure ci-dessous : il est formé d’une cuve en cristal, composée de lames parallèles rodées, polies, collées entre elles et constituant par leur assemblage deux compartiments rigoureusement semblables. Cette double cuve est disposée de manière à pouvoir être placée à volonté sous un angle de 45 ou de 90 degrés au-dessus d’une plaque d’opale blanche, sur laquelle les rayons lumineux traversant le cristal viennent se projeter.
- S’agit-il de comparer deux vins de coupage et de déterminer immédiatement si leur coloration est la même, on remplit de chacun d’eux les cuves de
- cristal du coloriscope, et on le place dans sa boîte, où il peut prendre de lui-même son inclinaison normale, grâce à deux petites équerres qui le soutiennent. Les deux liquides examinés ainsi sous le même plan, devant une fenêtre bien éclairée et' sous : laT; même épaisseur, devront paraître absolument identiques à l’observateur, si leur intensité colorante est la même; des divisions en parties égales gravées sur chacune des cuves, permettent au besoin de mesurer dans l’un des compartiments, la quantité de vin très coloré, à mélanger avec un autre qui l’est moins, pour obtenir la teinte type contenue dans l’autre partie de la cuve de cristal.
- Ce coloriscope peut être également très utile pour colorer les vins de liqueur jaunes (Malaga, Jerez, etc.) qui sont obtenus à l’aide de vins blancs incolores auxquels on donne la teinte voulue au moyen de vins cuits jusqu’à consistance de caramel; il’peut servir également dans le laboratoire du distillateur pour examiner la coloration des liqueurs, des sirops colorés, des eaux-de-vie, des rhums, etc.
- La gravure qui accompagne notre texte, représente le coloriscope pendant une expérience de comparaison ; l’appareil est convenablement incliné, comme nous l’avons indiqué précédemment, et la comparaison de couleur des deux vins se fait très exactement à la lumière. Quand l’expérience est terminée, l’instrument est nettoyé et enfermé dans la boîte de bois qui lui sert d’enveloppe. Dr Z...
- Coloriscope de M. Dujardin.
- (Appareil servant à apprécier le degré de coloration des vins.)
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- LA NATURE.
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- L’ENSEIGNEMENT AUX ÉTATS-UNIS. L’ÉCOLE NATIONALE D’OSWEGO
- Les Américains font grand tout ce qu’ils font, et dont ils installent, aménagent les écoles normales, à ce titre il est fort intéressant de montrer la façon ou ils instruisent et diplôment les futurs professeurs
- Fig. 1. — Laboratoire de zoologie à l’École normale d’Oswego (États-Unis). (D’après une photographie.)
- des écoles publiques urbaines et des écoles normales par l’Ecole normale d’Oswego, école dépendant de elles-mêmes. Le meilleur exemple nous est fourni l’Etat de New-York, dont le professeur Aber nous
- Fig. 2. — Laboratoire de chimie à l’École normale d’Oswego (États-Unis). (D’après une photographie.)
- entretient dans la Popular Science monthly. Cette école a été l’initiatrice des autres écoles normales américaines et des méthodes qu’on y emploie : ce sont de ses élèves diplômés qui ont organisé sur de
- nouvelles bases les écoles urbaines de New-York, de Philadelphie, de Washington, aussi bien que les écoles d’État de tout le territoire de la Confédération. La création de l’École d’Oswego est due au
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- LA NATURE.
- Dr Shcldon; âgé seulement de 24 ans, il avait fondé à Oswego, en 1848, une association en vue de créer une école pour les orphelins et, ne disposant pas de fonds en abondance, il s’était fait lui-même le professeur de 120 filles ou garçons de 5 à 21 ans. Rapidement, il avait obtenu d’excellents résultats, mais il n’en était pas encore satisfait, et quand, lors d’un voyage au Canada, il eut véritablement découvert au Musée de Toronto les méthodes de Pestalozzi, il les fit immédiatement siennes, en introduisant dans son école les leçons de choses, les constructions en blocs de bois, etc. Peu à peu l’école s’agrandit; on s’y occupa d’instruire et de former des professeurs pour les écoles primaires. L’école, après avoir fait ses modestes débuts dans le rez-de-chaussée d’une ancienne église, se vit acheter un bâtiment spécial par la ville d’Oswego, et devint une école normale et d’application pour les professeurs de tout grade et pour l’État de New-York entier. Actuellement, à Oswego, on fournit l’enseignement supérieur de l’anglais, de l’histoire, de la psychologie et des sciences naturelles; il y a, en deuxième lieu, un cours spécial pour le kindergarten (méthode Pestalozzi) et pour le professorat primaire ; et en troisième lieu, un enseignement destiné aux professeurs des écoles formant elles-mêmes des professeurs.
- Le corps enseignant comprend maintenant quinze personnes; le budget de l’établissement est de H0000 francs et, depuis 1879, on a construit un bâtiment qui a coûté 290000 francs : cette construction forme trois côtés d’un rectangle. Toute l’apparence extérieure a été sacrifiée aux avantages de l’arrangement intérieur, et notamment du chauffage, de l’éclairage et de la ventilation
- Au premier étage, sont les bureaux, les salons d’attente, le kindergarten et l’école pratique; au deuxième, la salle des réunions générales, la bibliothèque, la salle de lecture et les salles des conférences générales; au troisième, ce sont les salles des sociétés littéraires formées par les élèves, les laboratoires et une salle de cours; enfin, au quatrième étage, on trouve la salle des beaux-arts.
- Le kindergarten est une salle fort plaisante où les petits enfants font sans peine leurs premiers pas dans la vie de l’école : ils se servent de couleurs brillantes, bâtissent des édifices avec des cubes de bois, modèlent de l’argile en objets plus ou moins ressemblants.L’école pratique comprend trois grandes salles de réunion et vingt salles de conférences; partout les plafonds sont élevés, les fenêtres grandes, pour laisser pénétrer à flots air et lumière; les meilleurs travaux des enfants ornent les murs, et les jeunes élèves ont à leur disposition des bibliothèques fort bien composées. L’école reçoit 400 à 500 enfants, partagés en trois séries, suivant leur âge; chaque classe comprend une vingtaine d’enfants d’une série, et a un professeur pris parmi ceux qui se forment à l’école normale, cet enseignement pratique venant couronner leurs études par une initiation à l'enseignement. Ce qu’il y a de remarquable dans toute
- l’école d’Oswego, c’est que le travail manuel est enseigné à tous ceux qui y font leurs études : en particulier, les enfants de l’école pratique dessinent, peignent, modèlent et se livrent aux travaux de la menuiserie. Comme bizarrerie, qu’on aperçoit bien du reste sur nos gravures, une grande partie des murs sont peints en noir dans leur partie inférieure et offrent au professeur un vaste tableau noir; ajoutons que chaque classe a des vitrines pleines des produits de l’agriculture et de l’industrie, pour donner ce que nous appelons des leçons de choses.
- Au second, l’on trouve huit salles de conférences, pouvant contenir 50 à 100 étudiants; on y professe les mathématiques, l’histoire, la langue anglaise, etc., et l’on y a disposé en abondance cartes, mappemondes, modèles; le salon de lecture et la bibliothèque offrent les périodiques les plus connus, les meilleurs livres. La salle des réunions générales est un vaste vaisseau de 21 mètres sur 25, pouvant recevoir 400 étudiants et 500 auditeurs. Le troisième étage est en grande partie le domaine des sciences : on y voit le laboratoire de zoologie, celui de minéralogie et de géologie, enfin celui de physique; à côté d’eux sont des cabinets où se trouvent les ap-» pareils et collections, et les laboratoires de botanique et de chimie sont au même étage. Nos gravures montrent combien est heureusement compris l’aménagement de chacun de ces laboratoires; celui de zoologie, par exemple, long de 17 mètres, large de 9, éclairé à profusion, est muni d’un grand nombre d’appareils de dissection, de petits et de grands microscopes, de réservoirs, de vitrines (fig. 1); le laboratoire de chimie (fig. 2) présente aussi les dispositions les mieux comprises avec ses larges tables de marbre où sont distribués le gaz et l’eau.
- Il nous faudrait encore parler de la salle des beaux-arts, puis de l’atelier du travail manuel, installé au rez-de-chaussée avec ses tours, ses scies circulaires, du gymnase, de l’atelier de modelage. Nous nous arrêterons là, croyant avoir montré suffisamment quelle est l’organisation bien comprise des écoles normales aux États-Unis. Nous ajouterons, comme une particularité curieuse, que les étudiants d’Oswego sont formés en deux sociétés littéraires, les Athéniens et les Adelphes, qui ont des salles de réunions et une bibliothèque particulière, et qui, toutes les deux semaines, donnent des conférences publiques dans la grande salle des assemblées; il y a, pour les enfants des classes élémentaires, une1 société analogue. Daniel Rellet.
- [/INFLAMMATION SPONTANÉE DES FOINS
- Il n’est aucun agronome qui n’ait eu occasion d’observer le développement de chaleur, en apparence spontanée, qui a lieu dans les foins entassés et mal séchés. Ce phénomène a été souvent attribué à des fermentations spéciales : toute fermentation reposant nécessairement sur une réaction chimique exothermique, c’est-à-dire telle qu’elle fournisse l’énergie nécessaire, ainsi que je l’ai établi en 4 805 ; tandis que le ferment joue seulement le
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- LA NATURE.
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- rôle d’agent provocateur. Autrefois, c’est-à-dire il y a un deini-siècle, l’inflammation du foin était expliquée surtout par une oxydation.
- En réalité, d'après certaines observations que j’ai eu occasion de faire, le phénomène comprend plusieurs ordres de réactions essentiellement différentes et sur lesquelles il est utile de donner quelques détails. L’herbe entassée, aussitôt qu’elle a été coupée, pourrit sous l’influence de l’excès d’eau qu’elle renferme, sans que sa température s’élève sensiblement, et elle devient, comme chacun sait, impropre à l’alimentation du bétail. Si au contraire, l’herbe est exposée tout d’abord à l’air sur une large surface, les plantes qui la forment meurent, et elles perdent alors rapidement l’eau qu’elles retenaient opiniâtrement à l’état vivant, tant à cause de la structure mécanique que de la constitution chimique et biologique de leurs tissus. En même temps elles manifestent certains phénomènes d’oxydation et d’élimination d’acide carbonique, phénomènes dont nous avons fait, M. André et moi, une étude spéciale. Ainsi se prépare le foin normal, entassé bientôt en meules, puis distribué en bottes.
- Cependant, si le foin est mis en meules avant d’être suffisamment desséché, il éprouve de nouvelles altérations, distinctes de celles qui répondent aux cas précédents, et accompagnées par un notable dégagement de chaleur, dû à l'intervention des fermentations proprement dites. Mais celles-ci ne sauraient élever indéfiniment la température, la masse atteignant parfois un degré tel que la vie même des microrganismes jouant le rôle de ferments devient impossible. C’est ce qui arrive au-dessus de 40 degrés, pour la fermentation alcoolique; au-dessus de 70 degrés, pour la fermentation butyrique, par exemple, etc. Au-dessus de cette limite, toute transformation dont les ferments organisés sont supposés les agents devrait s’arrêter. Néanmoins, il n’en est pas toujours ainsi et il arrive parfois, au contraire, que réchauffement provoqué par les fermentations initiales se poursuit au delà de ce degré, ainsi que l’indique un thermomètre plongé dans la masse. En même temps la matière végétale absorbe l’oxygène de l’air.
- Ces oxydations, elles, sont d’ordre purement chimique : elles se trouvent exaltées de plus en plus par l’élévation même de la température qu’elles provoquent : celle-ci suffit, à son tour, pour dessécher plus complètement le foin et pour engendrer des produits pyrogénés, qui communiquent à certains foins, dits échauffés, un goût et une odeur empyreumatiques. Il arrive même que la masse atteint sur quelque point la température nécessaire à son inflammation proprement dite, température fort inférieure au rouge pour des matériaux de cette nature.
- En résumé, l’élé'ation de température capable de provoquer l’inflammation résulte de réactions purement chimiques, qui portent sur des produits modifiés au début par les fermentations1. Berthelot,
- De l’Institut.
- OSCILLATION DIURNE
- DE IA TEMPÉRATURE ANIMALE
- On sait que la température de l’homme et des animaux subit une oscillation chaque jour, et que cette oscillation est indépendante de la saison, des heures de repas, de l’état physiologique des êtres vivants : elle a été constatée par Chossat sur les animaux soumis à l’inanition aussi bien que. sur les animaux nourris normalement. Sur trois
- 1 D’après une Note présentée à l’Académie des sciences.
- cents jours d’observation, il n’y en a que cinq où Chossat ait constaté à midi une température inférieure à celle de minuit du même jour (et de 0°,4 seulement pour le maximum) et six où les températures de midi et de minuit aient été égales ; dans les deux cent quatre-vingt-neuf autres, la température de midi a surpassé celle de minuit. Mantegazza, prenant les températures de l’urine avec des précautions convenables, trouve un premier maximum entre 10 et 11 heures du matin, un deuxième maximum vers 5 heures du soir; le maximum maximorum se réalise pendant la nuit. Pour Bœrensprung, les maxima ont lieu entre 0 et 7 heures du soir et à 11 heures du matin; les minima à 12h30 et à 4 heures du matin. Pour Jurgensen, les maxima ont lieu entre 1 heure et 3 heures et entre 7 heures et 9 heures du soir; le minimum entre 4 heures et 7 heures du matin. Pour Billet, le maximum se produit à 3 heures du soir et le minimum à 3 heures du matin. Pour Esching, il y a deux maxima : de 9 heures à midi et de 4 heures à 6 heures du soir; avant 7 heures du matin et après 8 heures du soir les températures sont sensiblement les mêmes.
- Ces résultats ne sont pas concordants et, comme les observations ont été faites en des lieux assez éloignés les uns des autres, Paris, Strasbourg, Florence, etc., on est conduit à se demander si l’oscillation diurne de la température n’est pas reliée à quelque variable climatérique, spéciale à chacun des lieux d’observation.
- Cette variable climatérique est probablement le potentiel électrique de l’atmosphère. C’est l’hypothèse que m’a suggérée la lecturç de deux intéressantes communications faites à l’Académie le 26 décembre 1893, d’une Note de M. A.-B. Chauveau sur la variation diurne de l'électricité atmosphérique au voisinaye du sommet de la Tour Eiffel, et d’une Note de M. Lecercle sur les modifications du pouvoir émissif de la peau sous l'influence du souffle électrique.
- M. Chauveau compare les résultats obtenus sur la Tour Eiffel à ceux notés dans la cour du Bureau météorologique, et montre que pour l’électricité atmosphérique, comme pour la tension de la vapeur d’eau,la courbe de la variation diurne se simplifie quand on s’éloigne du sol. La courbe du Bureau accuse en effet deux grandes oscillations et une oscillation secondaire dans la valeur du potentiel, tandis que la courbe de la Tour Eiffel ne présente qu’un maximum et un minimum. Mais cela importe peu à mon rapprochement puisque nous ne possédons pas d’observations continues de l’oscillation diurne de la température prises à Paris sur un même être vivant. Tout ce que je puis retenir est ceci : à midi, au ras du sol, le potentiel électrique est de 125 volts ; à minuit, il est de 190 volts. Comme, d’après les expériences de Chossat, la température animale est plus élevée à midi qu’à minuit, si cette variation thermique est liée à la variation du potentiel élêctrique de l’atmosphère, l’accroissement de ce potentiel doit abaisser la température animale. Or, c’est ce que prouvent les expériences de M. Lecercle. Il a constaté que la peau du dos de deux lapins, soumis, le premier à un souffle positif de 60 120 volts, le deuxième à un souffle négatif de 69 600 volts, subit un abaissement de température de 2 degrés environ.
- Il in’a semblé intéressant de signaler ce rapprochement afin d’engager les physiologistes parisiens à reprendre les mesures avec des thermomètres enregistreurs et d’encourager les météorologistes à multiplier le plus possible les observations de potentiel atmosphérique.
- Charles Henry.
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- LA NATURE
- L’OBSERVATOIRE DU SONNEBLICK
- Au Congrès météorologique de Rome, en 1879, à la suite de discussions très intéressantes sur les divers problèmes à l’ordre du jour, on décida que de nouvelles stations météorologiques seraient créées afin d’étudier les phénomènes atmosphériques et cela à de grandes hauteurs. Un membre du Congrès, M. Rojacher, propriétaire des mines d’or de Rauris situées dans le Sonneblick, province de Salzbourg, offrit les bâtiments de son exploitation pour y établir un observatoire. Il renouvela ultérieurement ses offres au Club alpin Austro-Allemand. Le Dr Hann directeur du service météorologique autrichien, à qui le Club en référa, s’empressa d’accepter la proposition et au mois de décembre de l’année 1884, la station fut officiellement fondée. On reconnut bien vite que le site choisi à une altitude de 2265 mètres, à mi-chemin de Kolm-Saigurn et du pic du Sonneblick, ne présentait que des inconvénients et MM. Hann et Rojacher se décidèrent à changer l’emplacement du nouvel observatoire. D’un commun accord ils trouvèrent que le seul endroit vraiment pratique était l’extrême sommet du Sonneblick, à une altitude de 5080 mètres.
- Au commencement de 1886, après bien des difficultés pour le transport des matériaux de construction, le nouvel observatoire s’édifia avec une rapidité relative. Le Club alpin prit à sa charge les frais d’établissement d’une maison en bois sur l’extrémité du pic du Sonneblick. La Société météorologique s’engagea à fournir tous les instruments nécessaires et fit construire une tour solide qu’elle relia par une communication téléphonique avec Rauris et créa une réserve d’appareils dans une station, au pied de la montagne, à Kolm-Saigurn. Par suite de sa connaissance absolue de tous les glaciers et de toutes les passes, M. Rojacher, qui habitait la contrée depuis trente-cinq ans, aida beaucoup au prompt achèvement des travaux. Les grandes difficultés que l’approvisionnement des vivres offrait, auraient rendu impossible le maintien de l’observatoire pendant la saison d’hiver, si le voisinage des mines de Rauris n’avait permis d’y faire transporter le nécessaire.
- M. Rojacher poussait la complaisance jusqu’à employer ses ouvriers pour ce travail d’approvisionnement.
- Pendant le cours de l’année 1888, atteint d’une grave maladie, il se trouva obligé de quitter ces parages et mourut en 1891 sans avoir pu reprendre ses occupations. Dès 1889, les travaux d’exploitation de la mine de Rauris avaient été interrompus, puis complètement abandonnés après la mort du propriétaire. Cela augmenta considérablement les difficultés éprouvées par le savant qui habitait toujours l’observatoire; malgré l’envoi d’hommes équipés tout spécialement pour ce trajet, le séjour au sommet du Sonneblick devenait impossible. Les dépenses et les dangers se trouvèrent si considérables que le Club alpin se décida à regret 'a abandonner définitivement l’observatoire. Sur ces entrefaites, grâce aux efforts énergiques de quelques membres du Club, on forma une société financière dite de Sonneblick, et dès lors, avec l’aide des versements opérés par les 250 membres, et de plus avec les subventions importantes du Gouvernement autrichien, l’observatoire de Sonneblick reçut de nombreuses améliorations. Les constructions furent garanties par des paratonnerres; une salle renfermant tous les instruments pour les observations météorologiques, et complètement isolée du reste des constructions, permit à un savant astronome de se livrer en toute tranquillité à ses travaux et à ses études scientifiques. En même temps on installa confortablement des appartements permettant de recevoir et de loger 20 visiteurs. Il est donc du devoir de tous les amis des sciences météorologiques d’adresser de vifs éloges à la Société du Sonneblick qui a puissamment aidé, par son généreux concours, aux travaux de l’observatoire et à sa conservation. Ces stations des montagnes élevées offrent le plus grand intérêt scientifique.
- Déjà bien des problèmes restés longtemps obscurs se trouvent à présent résolus, et l’on peut attendre avec confiance des résultats encore beaucoup plus importants que ceux obtenus jusqu’à ce jour*. Ch. Marsillon.
- 1 D’après Nature, de Londres.
- Le nouvel Observatoire météorologique au sommet du pic du Sonneblick (Autriche-Hongrie).
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- LES ASCENSIONS
- DE M. W. CONWAY DANS LE KABAKOROUM
- Au nord de l’Inde anglaise, dont elles constituent la frontière naturelle, s’étendent trois chaînes de montagnes puissantes : l’Hindou-Kouch, l’Himalaya et le Karakoroum. Leurs extrémités semblent concourir en un point fictif résultant de l’intersection de leurs lignes de direction, de l’acumination de leurs crêtes et de l’interruption de leur continuité. C’est dans le voisinage de ce point, situé au seuil des Pamirs, que le Karakoroum, auquel on donne, dans sa partie occidentale, le nom de chaîne du Mousstagh ou « montagne de glace », épointe une de ses lignes de faîte en une série de pics géants de l’aspect le plus grandiose en même temps que le plus rare à contempler. Là, en effet, dans des paysages alpes -1res dont nulle comparaison ne saurait évoquer la sauvage grandeur, au-dessus de ces vallées du Baltistan et du Kandjout que bien peu de voyageurs ont parcourues jusqu’à ce jour, se dressent les plus hautes montagnes du globe après le géant du Népal, leGaurisankar ou mont Everest.
- Tandis que celui-ci s’élève, dans l’Himalaya central, à l’altitude extrême de 8840 mètres, le Mousstagh atteint 7787 mètres au pic llakipouchi, 7840 mètres au Goucherbroum et 8GG0 mètres au pic Mousstagh ou pic Godwin Austen auquel les géodésiens ont donné encore la désignation do-pic K2.
- Mais non seulement cette région du globe se distingue par l’extraordinaire saillie de son relief orographique, elle porte encore la plus forte charge de neiges et de glaces, après le Groenland et les régions polaires, et nous présente, par cela, une image réduite de ce qu’ont pu être les centres continentaux à l’époque lointaine où les froids polaires étaient descendus jusque sous nos latitudes. On y trouve des fleuves de glace dont la longueur dépasse 50 kilomètres, et le Baltoro, qui en est le plus remarquable par la puissance de ses allures, n’a pas moins de 56 kilomètres d’étendue depuis le cirque de réception jusqu’à la moraine frontale. Ces bassins glaciaires du Baltistan ne nous sont guère connus que
- depuis une cinquantaine d’années et c’est Vigne le premier qui, en 1835, en fit entrevoir l’existence par la découverte du grand glacier d’Aroundou. Puis vinrent Falconer, Drew, Thompson, A. Schlagint-weit, Montgomerie, Godwin Austen et, récemment, en 1886, Younghusband : ils fixèrent peu à peu sur la carte les grandes lignes des bassins glaciaires et mesurèrent, à l’aide de la lunette et du calcul tri-gonométrique, les principaux pics accessibles au regard.
- De nos jours, le regard lointain, de la vallée vers le sommet, ne satisfait plus suffisamment la curiosité de l’explorateur, et nous sommes arrivés à une époque où l’exploration scientifique s’attaque aux problèmes nombreux et intéressants que lui réserve l’altitude alors que les terres du globe, sillonnées en longitude et en latitude, ont livré la majeure
- partie de leurs secrets géographiques.
- A la suite déjà longue des ascensionnistes célèbres des dernières années s’ajoute le nom de M. W. Conway, à qui la Société royale de géographie de Londres avait donné mission d’explorer les glaciers et les pics du Mousstagh dont nous venons d’indiquer les proportions gigantesques . Les lcc-teurs de La Nature qui poursuivent avec intérêt les progrès et les conquêtes de l’alpinisme lorsque, de sport simplement récréatif et personnel, il acquiert des visées plus scientifiques et plus générales, liront peut-être volontiers quelques détails sur cette expédition au cours de laquelle M. Conway et ses compagnons se sont élevés à l’altitude la plus considérable atteinte jusqu’alors par le pied de l’homme.
- La mission anglaise se composait, outre son chef, de MM. C.-G. Bruce, lieutenant au 5e Gourkhas, A.-I). M’Cormick, artiste-peintre, et M. Zurbriggen, guide alpin. En faisaient partie également, au début, MM. J.-IL Roudebush, 0. Eckenstein et le colonel Lloyd Dickin. Elle avait quitté Cachemire-Srinagar le 15 avril 1892 et commença, dès le mois de mai, ses travaux dans les environs de Guilguitt, explorant la vallée de Bagrob, alors charmante comme une vallée des Alpes et fermée à son origine par un glacier de 510 kilomètres carrés de superficie.
- Cependant le mauvais temps, la neige et les oura-
- Vuc d’ensemble du glacier d’IIispar, dans le nord de l’Inde. (D’après un dessin de M. W. Conway.)
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- LA NATURE.
- gans n’avaient point encore suffisamment quitté les hautes régions pour permettre des excursions fructueuses dans le domaine des neiges éternelles, et ce n’est que vers la fin de juin que l’expédition put aborder les passes et les glaciers de îlopar et de llispar, inexplorés jusqu’alors. D’après l’estimation de M. Convvay, la passe de llispar est longue de près de 100 kilomètres, depuis l’extrémité du glacier du même nom jusqu’à celle du glacier de Biafo : constituant ainsi la passe glaciaire la plus longue du globe, après les passes arctiques. Les indigènes n’ont gardé, d’une traversée antérieure, que des souvenirs frustes et déjà légendaires. Du haut de la passe, à 4878 mètres, M. Convvay avait pu contempler, dans un ciel d’un bleu immaculé, les névés blancs innombrables d’une ceinture de pics étincelants, alors qu’au loin, vers l’est, une longue rangée de pointes géantes jalonnait la route inconnue qu’on allait aborder.
- Le 5 août, en effet, on se trouve au pied du Bal-toro qu’on remonte d’abord pendant quatre journées d’une marche rendue difficile par l’abondance des moraines. L’immense fleuve cristallin se constitue de deux affluents principaux; dont l’un, descendant du Watch-Tower of India, n’a pas moins de sept tributaires. Il convient de dire que M. Conway propose de donner et donne au pic K2 le cinquième nom de « Tour-Vigie de l’Inde ». Dans ce dédale de vallées parcourues par des fleuves de glace, de crêtes et de chaînes-arêtes qui semblent figées dans l’empâtement des coulées cristallines, des pics nouveaux apparaissent merveilleux de beauté, sollicitant les appellations enthousiastes de ceux à qui il est donné de les contempler. Ici, le Golden Throne semble veiné d’or; là, à 6097 mètres d’altitude, le Crystal Peak, dont l’ascension fut trouvée au moins aussi difficile que l’est celle du Cervin, épointe ses facettes comme de cristal. A droite, à gauche, se dressent des pics de 7700 mètres; des précipices s’ouvrent béants aux flancs du « Trône d’or », se colorant splendidement sous les rayons du soleil ou les ombres des nuages; des glaciers rayonnent de toutes parts, et par-dessus tous ces fleuves de glace coulant entre des écueils gigantesques, la « Tour-Vigie de l’Inde » élève sa cime altière inconquise. Le restera-t-elle toujours? M. Convvay, dans d’autres circonstances, aurait peut-être répondu non, par le fait accompli.
- Le 18 août, en effet, le campement est établi à Footüool Camp à l’altitude de 4900 mètres; le 21, à Sérac Camp, on atteint 5487 mètres, et le 23, à Upper Plateau Camp, le baromètre indique 6090 mètres environ. Après y avoir passé deux nuits, l’ascension finale est tentée le 25, à 7 heures du matin, par un froid intense. Une mince couche de neige recouvrant les arêtes de glace rend la marche difficile et Zurbriggen est forcé de tailler un nombre infini d’encoches. La raréfaction de l’air, l’extrême stagnation, comme ditM. Conway, produit un malaise physique presque intolérable lorsque le corps prend une position forcée ou que la corde
- l’enserre légèrement. A 2h45m de l’après-midi, on atteint le sommet d’un pic qui reçoit le nom de Pioneer Peak. Malheureusement, une surprise y attendait les explorateurs. Le sommet du « Golden Throne » se dressait encore à 400 mètres environ au-dessus du point atteint, mais il en était séparé par une profonde dépression dont la présence n’avait pu être soupçonnée. Le thermomètre marquait alors 12°,2 C. et le baromètre 337mm,6. L’altitude était de 7012 mètres (23 000 pieds) environ.
- Cependant, le travail était fait : on ne pouvait penser à reprendre l’ascension d’un autre côté.
- « Nous étions, dit M. Conway, à peu près à la limite de nos forces. Nous aurions bien pu monter à un millier de pieds plus haut, mais à la condition de ne pas devoir faire d’ascension difficile, et Zurbriggen se disait dans l’impuissance de pouvoir tailler davantage des marches. Si nous avions pu disposer de tentes et de couvertures chaudes, et passer la nuit en cet endroit, nous aurions pu, je crois, réparer nos forces et faire encore le lendemain une ascension de 3000 pieds ; mais nous étions tous affaiblis, non pas tant par les fatigues des dernières heures que par le labeur incessant des dernières trois semaines ; nous avions tous conscience d’avoir fait le plus possible; il ne nous restait plus qu’à descendre et à rentrer. »
- Ce qui prouve jusqu’à quel point étonnant les ascensionnistes étaient entraînés, c’est que M. Conway retrace, avec un sentiment très subtil des beautés de la nature, le panorama sans rival qui s’offrait à lui alors qu’une lassitude, délicieuse dans l’oubli des peines et des fatigues, s’était emparée de lui, et que Zurbriggen fumait son cigare « cornfor-tably ». Cependant le sphigmographe accusait mieux les effets déprimants de l’altitude et si les poumons fonctionnaient assez bien, le cœur avait été mis à une rude épreuve. C’est que l’expédition Convvay a probablement atteint la plus forte altitude à laquelle l’homme se soit élevé jusqu’alors dans la montagne, altitude qui dépasse celle des ascensions de Schla-gintweit dans le Népal et de Graham au Kabrou L Il est certain que si le « mal de montagne », aux effets si bizarres et si irréguliers, semblerait-il, suivant les régions, les circonstances et les individus, n’a pas imposé une limite plus basse aux explorateurs du Pioneer Peak, c’est que leurs qualités individuelles de résistance, d’entraînement, d’énergie, en ont triomphé dans une mesure qu’on peut qualifier de surprenante et de grandement méritoire. Ce n’est là, en somme, qu’un moyen heureux et de première valeur pour faire des études scientifiques dans des régions d’où les moindrement résistants sont exclus, et c’est pour avoir su en profiter avec une admirable énergie que M. Conway est arrivé à rendre son exploration des hautes altitudes très fructueuse au point de vue géophysique et à enri-
- 1 La plus haute altitude eu ballon a été atteinte par le Zénith, monté par Crocé-Spinelli, Sivel et M. Gaston Tissan-dier. Le baromètre enregistreur avait marqué 8000 mètres.
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- chir de nouveaux documents la géographie, la géologie, la météorologie, etc., d’une des parties les plus intéressantes du continent asiatique.
- Ajoutons que la mission a exploré les montagnes du Mousstagh durant six mois et qu’en quittant le Raltistan, vers le milieu du mois de septembre, elle vit les nuages, les tempêtes et la neige reprendre possession des parages auxquels elle venait d’arracher, fort à propos, une partie de leurs secrets.
- NÉCROLOGIE
- Pierre-Joseph Tan Benetlcn. — Ce zoologiste distingue est né en Belgique, le 19 décembre 1809, à Malines. Il reçut une excellente éducation, et de bonne heure il montra une rare aptitude pour l’étude des sciences naturelles. Il aimait avec passion les études de la faune maritime de son pays et il s’y adonnait ardemment. Ses premières fonctions furent celles qu’il obtint dans sa jeunesse de garder les Collections d'histoire naturelle de Louvain, et plus tard, en 1835, il fut nommé professeur à l’Université de Gand. Van Beneden peut être considéré en paléontologie comme un successeur du grand Cuvier ; ses travaux et ses observations sur les cétacés sont regardés par les naturalistes comme ayant la plus grande valeur. Il fit aussi des études importantes sur les Annélides. Ses Mémoires fort nombreux ont, pendant sa longue carrière, été communiqués à l’Académie des sciences de Bruxelles, dont il était membre et à l’Académie des sciences de Paris, où de Quatrefages les présentait généralement au nom du naturaliste belge. Van Beneden était, depuis 1892, associé étranger à la savante Compagnie. On doit au savant Belge, des ouvrages très importants de Zoologie médicale, de Recherches sur la Faune littorale de Belgique (Polypes). Van Beneden avait un talent remarquable comme dessinateur et la plupart des planches de ses beaux livres d’histoire naturelle étaient dessinées par lui. 11 était en relation avec les savants les plus illustres de l’Europe, membre de presque toutes les Académies et Sociétés savantes. 11 mourut à Louvain le 8 janvier 1894.
- CHRONIQUE
- Exposition des vins au Palais de l’Industrie. — L’Exposition des vins, inaugurée l’année dernière au Concours agricole du Palais de l’Industrie à Paris, est, cette année, particulièrement nombreuse et intéressante. Environ 4000 échantillons, présentés par 2000 exposants, sont déposés dans les salles du Palais; cinquante-six départements, c’est-à-dire tous les départements viticoles, v sont représentés. Les expositions les plus nombreuses sont celles de l’Hérault, du Gard, de la Haute-Garonne, du Tarn-et-Garonne, de la Gironde, du Lot-et-Garonne, de la Charente-Inférieure, du Maine-et-Loire, d’Indre-et-Loire, de Loir-et-Cher, ce Saône-et-Loire, du Rhône et de l’Yonne. L’Algérie et la Tunisie forment un groupe important.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 janvier 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- La superficie de la France. — M. le général Dcrré-cagaix, directeur du service géographique de l’armée, fait
- connaître le résultat de longs calculs ayant pour objet l'évaluation précise et certaine de la superficie de la France. Le nombre admis, il y a quelques années, pour cet élément, était 528 000 kilomètres carrés ; c’était celui que l’on trouvait dans ïAnnuaire du Bureau des longitudes. Il reposait sur les mesures agraires composant le cadastre. Dans un travail qui suscita un grand étonnement, M. le général Stebnitzki, de l’état-major russe, indiqua pour les divers États de l’Europe des superficies qui différaient notablement de celles admises, notamment pour l’Italie et la France. Il donna pour ces deux pays 288 000 et 535 479 au lieu de 296 000 et 528 000 kilomètres carrés. L’écart était trop considérable pour être admis sans contrôle'. L’Institut géographique italien d’une part, et le général Perrier de l’autre, se mirent à l’œuvre et obtinrent 286 000 et 536 408 kilomètres carrés. La superficie donnée par le général Perrier était la somme des superficies départementales évaluées au planimètre; pour cette raison, elle ne put être adoptée par les administrations publiques qui ont besoin des superficies des arrondissements. Le nombre présenté par M.le général Derrécagaix a été obtenu par une tout autre méthode. La surface du territoire national a été divisée en une série de trapèzes curvilignes formés par les méridiens et les parallèles espacés de dix en dix minutes. Un certain nombre de ces trapèzes se trouvaient enfermés à l’intérieur du territoire, tandis que d’autres étaient traversés par les lignes frontières ou le rivage des mers. Ainsi donc la surface totale était décomposée en une surface géométrique, fractionnée elle-même en surfaces géométriques élémentaires et en une série de surfacès irrégulières bordant la partie géométrique. L’évaluation de ces dernières a été obtenue à l’aide du planimètre d’Amsler, perfectionné par Coradi, appliqué sur les cuivres des feuilles correspondantes de la carte d’état-major au 1/80 000e. On conçoit donc que cette surface varie suivant que l’on emploie certaines valeurs assignées au rayon terrestre équatorial et à l’aplatissement. En partant des éléments de Bessel, on trouve 556464 kilomètres carrés; en partant de ceux de Clarke, qui paraissent le dernier terme des connaissances géodé-siques, 536 608 kilomètres carrés. M. Levasseur, qui est intervenu pour donner l'historique de ces opérations, fait encore connaître que M. le général Derrécagaix fournit les superficies des arrondissements; il ajoute que les nombres ci-dessus se rapportent à la surface laissée à découvert par les hautes mers. M. Bouquet de la Grye remarque que la perte annuelle, par suite de l’affaissement du sol, est de 50 hectares.
- Anomalies de la pesanteur sur le continent nord-américain. — H ressort de mesures récentes de l’intensité de la pesanteur et d’un certain nombre de mesures anciennes qu’on a pu rattacher avec certitude aux observations contemporaines, que le littoral d’une même mer paraît posséder une pesanteur caractéristique, dont la variation, le long de ce littoral, suit assez exactement la loi du sinus carré de la latitude énoncée par Clairaut. Mais, d’un côté, les îles qui surgissent de la mer aux grandes profondeurs présentent un" excès considérable de la pesanteur, comme l’avaient fait supposer déjà les premières discussions des observations du pendule effectuées dans les anciens voyages de circumnavigation, et, d’un autre côté, sur les continents européen, africain et asiatique, on constate un défaut de gravité qui semble, dans la distribution des masses de l’écorce terrestre, contre-1 alancer l’excès des îles de l’Océan. II était intéressant d’étendre et de confirmer cette dernière loi et de savoir si
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- LA NATURE.
- le continent américain présente effectivement, comme les autres continents, cette anomalie de la pesanteur. M. le commandant Defforges, du service géographique de l’armée, au moyen d’une subvention mise spécialement à sa disposition par l’Académie des sciences, a exécuté à l’aide du pendule réversible inversable, des observations de l’intensité relative de la pesanteur en sept stations du continent nord-américain. En outre, à Washington, sur la demande officielle de M. le Dr Mendenhall, superintendant du Coast and geodetic Survey, il a mesuré la pesanteur absolue avec les pendules de Brunner. Les stations d’intensité relative ont été choisies de manière à faire ressortir, autant que possible, l’anomalie continentale. Deux des stations, San Francisco et Washington, sont situées au bord des océans, et à peu près sous le même parallèle.Une station centrale à Sait lake City, non loin du grand lac Salé, occupe le point le plus bas du grand plateau compris entre les montagnes Rocheuses et la sierra Nevada.
- Une autre station, à l’Observatoire de Denver, de l’autre côté des montagnes Rocheuses, à plus de 1600 mètres d’altitude, est située sur le vaste plateau qui sert de piédestal aux montagnes Rocheuses et s’abaisse peu à peu, par degrés insensibles, jusqu’à la vallée du Mississippi. Ces deux stations, Sait lake City et Denver, sont assez loin des reliefs montagneux pour échapper à l’attraction et leur situation sur le massif même de l’arête continentale américaine les rend très propres à déceler, avec sa valeur maximum, le défaut continental de la gravité. Les autres stations,
- Mont Ilamilton, Chicago,
- Montréal, placées de part et d’autre des stations des grands plateaux, servent de transition jusqu’aux stations du bord des océans et permettent de suivre la variation de l’anomalie rapportée à la pesanteur observée àParis,jusqu’au delà de son changement de signe qui a lieu à quelque distance du littoral océanique, suivant la loi déjà observée en Europe et en Algérie. La pesanteur absolue déterminée à Washington dans la salle du pendule du Coast and geodetic Survey a été trouvée égale à 9m,80165. Au moyen de l’intensité relative entre Washington et Paris, on a obtenu pour cet élément 9”,80109. L’accord des deux déterminations est très satisfaisant et M. le commandant Defforges adopte 9m,80167. L’auteur résume dans un tableau les résultats des sept stations avec l’indication de l’anomalie de la pesanteur en chacune d’elles; on constate sur le haut plateau américain, à Denver et à Sait lake City des anomalies de — 0° 00235 et — 0° 00243 à peu près égales et de signe contraire aux anomalies observées sur les îles des grandes profondeurs du Pacilique et de l’Atlantique. M.' Fizeau qui a donné lecture de Ja Note
- de M. le commandant Defforges en relève le haut intérêt scientifique.
- Varia. — M. Philippe Thomas décrit un certain nombre de fossiles vertébrés et invertébrés des terrains secondaires et tertiaires de la Tunisie. — M. Marcel Bertrand a étudié les plis de l’écorce terrestre en France et montré leur parallélisme. Ch. de Yilledeuil.
- PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES
- LES FORAINS
- Nos lecteurs savent que nous aimons à leur présenter les curieux résultats obtenus par la photographie instantanée. Un grand nombre d’amateurs s’exercent à recueillir sur la plaque sensible les scènes intéressantes qu’ils ont l’occasion d’observer dans leurs excursions ou leurs promenades. M. Gers, le directeur du Photo-Journal, qui est un praticien fort habile, a fixé dans une de ses tournées de promeneur differents types d’acrobates et de forains en Nous ronro-. , c.es
- j/uoiographies prises au vol, avec un petit appareil à main; elle nous montre un solide gaillard en maillot qui se tient en équilibre aux anneaux avec ses jambes nerveuses. L’attitude du personnage est très intéressante à observer, les jambes tendues écartant les deux anneaux, et les bras placés, l’un en avant, l’autre en arrière de la corde, pour rétablir l’équilibre, s’il était un instant perdu. De tels documents sont précieux pour les peintres. Nous espérons avoir l’occasion d’en signaler d’autres à nos lecteurs et nous accueillerons toujours avec intérêt ceux que les praticiens ou les amateurs voudront bien soumettre à notre examen. La Nature, depuis sa fondation, a publié presque toute la série des photographies de M. Marey qui, au moyen de ses merveilleux appareils chronophotographiques, a si bien enregistré le mouvement dans la vie: le nombre des remarquables photographies quelle a reproduites sur les sujets les plus divers formerait une collection très curieuse.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdilr. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurns. H.
- Exercice des anneaux par un gymnaste. (Fac-similé d’une photographie instantanée de M. Gers.)
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- .V 1080. — 10 FÉVRIER 1894.
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- EDMOND FREMY
- La Science française vient encore de perdre un de ses plus dignes représentants en la personne d’un maître illustre, Edmond Fremy, qui s’est, éteint à 1 âge de quatre-vingts ans, dans son appartement du Muséum d’histoire naturelle, apres une longue maladie. La carrière de ce savant est une des plus longues, des plus belles et des mieux remplies que l’on puisse trouver parmi celles des hommes qui ont honoré leur pays.
- Edmond Frc-my était né à Versailles, le 28 lévrier 1814; les sciences avaient toujours été en honneur dans sa famille, et il fut élevé avec une touchante sollicitude par son père qui était un homme de beaucoup de mérite, professeur de chimie à l’École de Saint-Cyr. Après avoir terminé ses études, Edmond Fremy devint préparateur des cours de Gay-Lussac, à l’École polytechnique, dont à cette époque Félon zc était répétiteur. Il ne tarda pas à se faire remarquer par son ardeur au travail, par les qualités de son intelligence et par sa rare habileté expérimentale; il suppléa plus tard, à l’Ecole polytechnique, ainsi qu’au Collège de France, Pelouzc qui était devenu professeur à ces deux établissements.
- Le jeune professeur ne s’en tint pas là ; il remplaça pendant quelque temps Gay-Lussac au Muséum d’histoire naturelle et succéda enfin à ses deux maîtres en 1845 et en 1850. Avant d’occuper les deux chaires de chimie de l’École polytechnique et du Muséum, Fremy avait fait des cours aux Écoles centrale et du commerce. La parole du maître était claire, son élocution facile ; il avait cependant gardé la forme du discours un peu pompeuse qui 22° année. — ior semestre.
- était en honneur au commencement du siècle.
- Fremy, malgré ces tâches déjà multiples du professorat, se livrait à de nombreuses recherches dans son laboratoire. Ses travaux étaient généralement couronnés de succès, et des découvertes importantes que nous allons énumérer un peu plus loin, ne tardèrent pas à le placer au rang des chimistes les plus distingués de notre époque. En 1857, il fut nommé membre de l’Académie des sciences en remplacement du baron Thénard.
- En 1879, Fremy succéda à Chevreul dans la direction du Muséum ; c’est pendant qu’il était à la tète de cet établissement, que fut inaugurée la grande Galerie, et que l’on ouvrit les grands laboratoires de la rue de Bu lion.
- Décoré de la Légion d’honneur en 1844, l’éminent savant a été promu officier en 1862, et commandeur en 1878.
- Le chimiste dont nous résumons la belle existence,laisse après lui une riche moisson de travaux et d’applications nouvelles. Ses premiers Mémoires datent de 1835; ils s’adressent aux métaux précieux, à l’or, à l’argent, aux métaux rares et peu connus de la famille du platine. Ses recherches sur l’ozone (en collaboration avec Becquerel), sur les bases ammoniacales du cobalt, sur les fluorures, sur les synthèses des minéraux cristallisés, ont successivement attiré l’attention, et ont parfois contribué aux progrès des arts industriels.
- On doit à Fremy des travaux importants en chimie organique. Il apporta des faits nouveaux à l’histoire ou à la production des acides gras, de la saponification; il étudia les baumes, les résines, les gommes, les matières pectiques, et sut éclairer d’une vive lumière tous les sujets dont il abordait l’étude.
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- Edmond Fremy, né à Versailles le 28 février 1811, mort à Paris le 3 lévrier 1891. (D’après une photographie de M. Eug. Pirou.)
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- LA NATURE.
- Appartenant an Muséum d’histoire naturelle, Fremy s’est particulièrement attaché à l’étude des principes immédiats contenus dans les végétaux; contrairement à l’opinion de Payen, il montra que le genre cellulose comprend plusieurs espèces différentes ; il caractérisa la vasculite, origine des matières ulmiques. U a également porté ses investigations sur les produits dérivés des animaux; on lui doit un travail étendu sur la composition des os.
- Le savant dont nous analysons les travaux, ne se horna pas à l’étude de la science pure; il se trouva associé à de grandes exploitations. Administrateur des usines de Saint-Gobain, il sut apporter des améliorations aux fabrications de la soude, de l’acide sulfurique, du verre et des produits qui sont la hase de l’industrie moderne. 11 se livra encore à de nombreuses recherches sur les aciers, la fonte, le métal des canons; il découvrit un alliage de fer et d’acier d’une ténacité remarquable. A la fin de sa vie, le célèbre chimiste publiait, avec un de ses élèves, M. Yerneuil, les résultats de ses travaux sur la production artificielle du rubis; il avait exposé dans une salle de son appartement du Muséum, les nombreux échantillons de cristaux de rubis qu’il avait obtenus par synthèse1. Ce fut son dernier travail.
- Nous venons de voir qif Edmond Fremy a rendu les plus grands services à la chimie appliquée; mais on ne doit pas oublier que pendant sa longue carrière il a joué aussi un rôle important dans l’enseignement expérimental.
- Dès son entrée au Muséum, il avait ouvert libéralement son laboratoire à tous les jeunes chimistes qui se présentaient à lui. Plusieurs de nos célébrités scientifiques comptent parmi scs élèves. Cloëz, qui mourut il y a quelques années examinateur à l’Ecole polytechnique, avait été élève de Frernv. Notre collaborateur et maître, M. Pehérain, membre de l’Académie des sciences, est entré au laboratoire de M. Fremy en 1850 ; il y est resté plusieurs années. Plus tard, l’enseignement expérimental de la chimie fut très développé quand Fremy put lui ouvrir les vastes laboratoires de la rue de Buffon. M. Moissan, membre de l’Académie des sciences, débuta dans les nouveaux laboratoires avant de devenir l’élève de M. Dehérain; MM. Ktard, Yerneuil, dgier ont manipulé rue de Bulfon sous la direction immédiate de M. Terreil qui a été assistant de M. Fremy pendant quarante ans.
- Les publications du maître ont été fort nombreuses et de la plus grande utilité. Le Traité de chimie en six gros volumes de Pelouze et Fremy, est resté longtemps l’ouvrage fondamental de l’enseignement classique. En 1881, Fremy a commencé la publication d’une vaste encyclopédie chimique qui a été Alite sous sa direction avec la colla-
- * Nous avons consacré il y a quelques années un article à la fabrication <Ui rubis artificiol, au sujet duquel M. Fremy nous avait donné lui-même les renseignements les plus complets. Nous y renvoyons le lecteur. Voy. n° 771 , du lü mars 1*88, p. ‘225.
- boration de nos savants les plus compétents, et qui se termine en ce moment.
- Fremy a publié plus de cent Mémoires dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences et dans les Annales de chimie’, nous citerons en outre parmi ses ouvrages : ses Con férences sur l'oxygène et l’ozone, le Métal à canon, et son dernier livre fort bien édité : la Synthèse du rubis.
- Quand Edmond Fremy, arrivé déjà à un âge avancé, devint incapable de continuer ses fonctions de directeur du Muséum, il fut mis à la retraite. 11 en éprouva un chagrin extrême, d’autant plus que l’Administration, assurément mal inspirée, supprima sa chaire et ferma sou laboratoire. A partir de cette époque, M. Fremy, qui avait été jusque-là très accueillant, enjoué, brillant causeur, devint morne et silencieux. 11 vécut dans la solitude jusqu’à sa mort.
- L’œuvre qu’il laisse après lui, ne périra pas. C’était un homme de bien, qui a semé, pendant sa longue existence, les découvertes utiles et les travaux féconds : sa mémoire est digne de notre reconnais-sauce. Gaston Tissandier.
- U LOCOMOTIVE ÉLECTRIQUE
- 1)E M. J.-J. HElbMANN
- La locomotive électrique de M. J.-J. Ileilmann, dont la presse politique et la presse illustrée ont si souvent entretenu leurs lecteurs depuis trois ans, vient enfin de recevoir la sanction de l’expérience : en attendant la description complète que nous en donnerons dans notre prochain numéro, il nous a paru intéressant de dire quelques mots des essais auxquels nous venons d’assister, le ‘2 février dernier, avec un certain nombre de représentants de la presse et d’ingénieurs de nos grandes compagnies de chemins de fer.
- Le projet initial de M. J.-J. Ileilmann, dont l’exposé devant la société des Electriciens et la société des Ingénieurs civils remonte au commencement de 1891, avait pour but de mettre en circulation sur les voies ordinaires des trains possédant tous les avantages de la traction électrique : grande douceur de roulement, due à l’absence de mouvements alternatifs; réalisation de grandes vitesses; mise en action d’un nombre d’essieux moteurs suffisant pour rendre l’adhérence parfaite, etc. Dans ce but, l’auteur proposait un train constitué par des véhicules électriques recevant le courant d’une dynamo spéciale actionnée par une machine à vapeur, le tout placé sur une voiture faisant partie du train. Le courant électrique n’intervenait donc que comme moyen de transmission entre le moteur à vapeur et les essieux de voitures, en assurant à l’ensemble la stabilité, l’adhérence, la puissance et la souplesse nécessaires pour satisfaire aux multiples exigences de la traction dans les conditions si variables d’établissement de la voie et de nature du trafic (trains de marchandises, trains mixtes, omnibus, express, rapides, etc.).
- La réalisation matérielle de ce projet initial rencontrait des difficultés considérables, principalement à cause des modifications qu’il apportait à tout le matériel roulant; son auteur fut conduit à le simplifier en s’en tenant à une locomotive électrique portant sa chaudière, sa ma-
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- LA NATURE.
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- chine à vapeur, sa dynamo génératrice et utilisant l’énergie électrique produite dans des moteurs électriques actionnant les essieux.
- Cet ensemble constitue un tracteur indépendant, capable de remorquer du matériel ordinaire, et pouvant se substituer à une locomotive ordinaire. Ce sont les expériences, de cette locomotive encore unique en son genre auxquelles nous avons assisté le‘2 février, entre le Havre et Beuzeville-Bréauté.
- Ces expériences, qui font partie d’un long programme progressif dressé par la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest, ont montré que la locomotive de M. Heilmann est capable de remorquer un train de 90 tonnes à la vitesse de 55 kilomètres par heure sur une rampe de 8 millimètres par mètre et à la vitesse de 80 kilomètres par heure sur une rampe de 5 millimètres par mètre. Le dépouillement des tracés mécaniques effectués par les appareils enregistreurs installés dans la voiture dynamométrique attelée à la locomotive ainsi que les déterminations faites sur la locomotive elle-même, diront dans quelles conditions de puissance ces résultats ont été atteints, et dans quelle mesure ce système de traction présente des avantages sur la locomotion ordinaire à laquelle M. Heilmann voudrait le substituer dans un certain nombre de cas. Quoi qu’il en soit, il n’en n’est pas moins certain que les prévisions de M. Heilmann se trouvent dès à présent en partie réalisées, et que les résultats acquis sont une juste récompense de ses énergiques et persévérants efforts auxquels nous nous plaisons à rendre hommage.
- LE SALON DU CYCLE
- EXPOSITION VÉI.OCIPÉD1QUE
- La première Exposition française de vélocipédie, le Salon du Cycle qui a récemment ferme' ses portes,a eu un succès plus vif encore que ses organisateurs les plus zélés n.e pouvaient l’espérer. Toutes les maisons qui avaient eu la bonne inspiration d’y retenir un stand, s’en sont félicitées : les grandes y ont justifié une fois de plus leur renommée, les petites s’y sont fait connaître, et les abstentionnistes ont compris un peu tard qu’elles avaient boudé contre leur ventre! Il est donc d’ores et déjà convenu que, à l’analogue des Show anglais, le Salon du Cycle sera annuel; la salle Wagram étant reconnue beaucoup trop petite, on chuchote qu’en 1895 le Palais de l’Industrie sera concédé aux bicyclettes, un peu avant le tour des animaux gras. On commence à rendre justice à la vélocipédie.
- Le Salon de 1894 a-t-il révélé quelque nouveauté cycliste très remarquable? Assurément non. A part la « machine à courir » décrite ici dans un précédent numéro1 et dont la foule n’a cessé d’examiner la curieuse disposition, aucun appareil n’était exposé qui pût être qualifié de révolutionnaire. La construction vélocipédique piétine sur place depuis trois années ; elle se contente de perfectionner ses détails, mais n’innove guère plus. Cinq curiosités pratiques, tel est en conscience, je crois, le bilan du Salon de 1894 pour le côté inventions.
- 1 Voy. n° 1075, du 25 décembre 1895, p. 49.
- Un des points les plus délicats dans l’établissement d’une machine est la tète de fourche; sa rupture brusque, qui dépend souvent d’un coup de lime maladroit du polisseur ou d’une mauvaise brasure, peut être la cause d’un accident terrible pour le cavalier. La fourche d’aujourd’hui que représente la figure 1, et qui n’est solide que si elle est construite par une maison de premier ordre, se compose de deux fourreaux CI), BT)' unis à leur tète par les deux Basques plates BIT et CG' auxquelles ils sont brasés. Le tube A, qui forme la tète proprement dite de la machine, traverse en leur centre ces deux flasques et leur est également uni par le feu.
- Le coureur bien connu, Iliïzelstein, bon mécanicien d’ailleurs, a imaginé (fig. 2) de ramener le nombre de ces pièces à deux seulement. Il adopte pour la confection de sa fourche un tube demi-rond, dont la section est un I), qu’il cintre en C, dont il forme deux branches semblables AB, A'B', et qu’il brase ensemble sur leur plat dans la longueur AC. Cette fourche est simple, solide à la condition que le cintrage bien fait ne fatigue pas le tube, et est plus légère que les autres.
- Tranquillisés sur la question fourche, passons à la question très difficile aussi de la chaîne. M. Bar-det semble avoir supprimé, dans le modèle qu’il nous propose (fig. 3), la majeure partie des inconvénients multiples des chaînes.
- La chaîne Bardet se compose d’une suite de rectangles d’acier A, sans rivures, dont l’intérieur des petits côtés est taillé en couteaux B. Des anneaux brisés à spires très rapprochées C unissent entre eux ces rectangles. Les dessins de la figure 3 indiquent d’ailleurs mieux qu’une explication les détails de ce ruban métallique. Les plus précieuses qualités de cette chaîne sont évidemment : sa simplicité, puisqu’elle ne se compose que de deux pièces et que, par les anneaux brisés, il est extrêmement facile de la réparer, de la raccourcir ou de l’allonger; sa solidité, car elle n’a pas de rivures et est toute faite d’acier trempé très dur; sa légèreté, car elle ne pèse guère que le tiers du poids des autres chaînes; enfin sa douceur de roulement, car le frottement de glissement des articulations est supprimé, les couteaux des maillons oscillant dans les anneaux comme des couteaux de balances.
- Un des plus traîtres ennemis encore du vélocipé-diste, depuis l’invention des pneumatiques, la valve, a été sagement mise à la raison par la maison Torril-hon. Sa nouvelle valve présente d’abord un grand avantage : elle est extérieure au pneumatique. Inutile désormais, à bout de patience et maudissant la valve qui s’obstine à fuir, imperceptiblement mais sûrement, de démonter la roue, le bandage, de tirer dehors la chambre à air et d’examiner le cas. Si notre valve fuit, nous voyons maintenant, en dévissant un seul écrou, d’où vient le mal.
- La valve Torrilhon (fig. 4) se compose d’une tubulure A qui amène l’air de la pompe dans une cliani-brette B percée dans son fond de deux petits trous
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- LA NATUIVE.
- M et N. L’air passerait librement en 1) puis en E dans le pneumatique, mais en sortirait de même, si une rondelle de caoutchouc C, percée en son centre d’un trou microscopique II, ne for niait clapet. Pour la clarté delà figure, cette rondelle est sur le dessin séparée des autres parties de la valve, mais en réalité elle se trouve au fond de la chambrette I), et la partie B presse sur elle fortement. On comprend donc que l'air qui vient de la pompe par A et par les trous MN, pénètre par K dans le pneumatique ; mais que l’air qui vient du pneumatique colle la rondelle sur le fond de B et se ferme à lui-mème le passage.
- Cette valve est ainsi montée : la partie E pénètre dans la chambre à air du pneumatique et y amène l’air de la pompe. L’écrou G lise la valve sous la jante J et l’écrou Q sur la jante.
- La chambrette 1) reçoit dans son fond la rondelle C; dans l’encoche S', l’ergot S vient buter, la pièce B étant fortement serrée sur D par l’écrou P. Senles les parties liletées A et A' dépassent, de grosseurs différentes ainsi qu’on
- le voit, alin qu’on puisse indistinctement y adapter le raccord d’une pompe Itunlop ou d’une pompe Torrilhon.
- Je dirai deux mots aussi de la fameuse jante en bois, si discutée dans le monde vélocipédique. Cette jante (tig. 5) est faite en bois de frêne d’Amérique. On prend le bois vert et on le met à l’étuve pour ne
- lui laisser guère que ses libres. Puis on le taille en feuilles longues et larges que l’on colle ensemble quatre par quatre. Ces feuilles sont alors fendues en bandes qu’on passe dans des raboteuses spéciales qui leur donnent les formes convexe et concave d’une jante. Ces bandes ainsi préparées sont enfin cintrées et la jonction des deux bouts se fait en sifflet. La jante de bois pèse 420 grammes et a la rigidité d’une jante pleine d’acier de 850 à 900 grammes. Toutefois pratiquement, on n’en est encore qu’aux essais et l’on redoute contre son emploi bien des inconvénients,notamment l'humidité que conservera forcément le bois et qui, rouillant les tètes de rayons, amènera leur rupture, etc.
- Fig. 1 et 2.
- Fourches véloeipédiques.
- Fig. 3.
- Chaîne Bardot.
- Fig. 4. — Valve pneumatique Torrilhon.
- Je signalerai enfin l'apparition, presque la veille de la fermeture du Salon, de la pédale imaginée par le coureur Eehard. Cette pédale (tig. 6), qui épouse la forme de la plante du pied, se compose d’une sorte de gril métallique très léger garni de petites pointes acérées destinées à donner de l’adhérence à la semelle. Des tenons A et B, dont A est ajustable, et un rattrape C également ajustable, permettent au pied d’être exactement, et comme sur mesure, maintenu en place sur la pédale. De plus, l’axe de cette
- Fig. 5 et 6. — Jante en bois et pédale ajustable.
- pédale est hermétiquement fermé à la poussière, à la boue, et il est plus court que celui des pédales ordinaires, avantage qu’apprécieront les maladroits qui rentreront moins souvent au logis avec une pédale faussée.
- Telles ont été les quelques nouveautés curieuses et pratiques du Salon du Cycle. Les inventeurs se sont évertués, on le voit, à donner à la vélocipédie une | qualité de plus : à la rendre confortable.
- L. Baudry de Saunier.
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- TRAMWAYS A YAPEUR A CHAUDIÈRE SERPOLLET
- Los générateurs à vaporisation instantanée de tenu nos lecteurs, étaient, jusqu’ici, limités à M. Serpollet, dont nous avons plusieurs fois entre- une puissance de 5 à 6 chevaux par suite de la
- Fig. 1 ot 2. —Détails du mécanisme du tramway à vapeur de M. Serpollet.
- Fig. 1. Vue latérale île l’avant montrant la disposition de la chaudière et do la machine. — Fig. 2. Coupc transversale montrant
- l’intérieur de la chaudière et le mécanisme du moteur.
- , forme en spirale donnée aux tubes constituant l’élément de la chaudière. Pour atteindre 15 à 20 chevaux, ou davantage, il fallait multiplier les éléments et leur substituer des barres droites groupées en quinconce et montées en tension, avec des tubes supportant les hautes pressions sans fatigue ni déformation. Ce résultat est aujourd’hui obtenu par l'emploi de tubes en U qui permettent de réaliser une économie sur le poids des appareils, d’accroître leur puissance spécifique de vaporisation, et de les appliquer ainsi à la locomotion avec certains avantages que nous ferons ressortir eàprenant comme exemple l’application qui vient d’en être faite à la traction des tramways sur une des lignes parisiennes
- les plus fréquentées. Le véhicule qui circule actuellement dans Paris, de la Madeleine à la place Clichy,
- est un type ordinaire de tramway de la Compagnie des tramways de Paris et du département de la Seine.
- L’ensemble du système adapté à la voiture pour la rendre automobile, moteurs, générateur, accessoires, eau et combustible pèse environ 1500 kilogrammes ; la voiture pesant 5500 kilogrammes, c’est donc 5 tonnes que pèse la voiture vide en ordre de marche. Avec 40 voyageurs à 70 kilogrammes chacun, on atteint 7800 kilogrammes comme poids total en charge.
- Lorsque la voiture automobile en remorque une autre pesant à vide 5200 kilogrammes et portant 52 voyageurs, ce qui représente 5440 kilogrammes,
- Fig. 5. — Vue d’ensemble du tramway à vapeur de M. Serpollet, à 40 places, remorquant une voiture de 52 places.
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- on arrive à un poids total de 15 210 kilogrammes.
- C’est cette charge considérable que permet de remorquer le système moteur combiné par M. Ser-pollet, avec une partie mécanique dont le poids ne dépasse guère le dixième du poids total.
- Le générateur de vapeur et les appareils de conduite sont installés à l’avant de la voiture (fig. 5). Ces appareils, peu nombreux, comprennent une pompe de mise en route, un régulateur de vitesse par retour de l’eau d’alimentation à la bâche, et un levier de changement de marche.
- Le moteur est hxé au-dessous de la plate-forme, son axe dans le même plan que celui des essieux. 11 se compose de deux cylindres à vapeur de 15 centimètres d’alésage et 15 centimètres de course disposés à chaque extrémité de la voiture et agissant sur l’axe à l’aide de deux manivelles calées à angle droit.
- Tout le mécanisme est hermétiquement enfermé dans deux boîtes en tôle, dans lesquelles se dégagent les vapeurs des huiles de graissage éventuellement produites dans la marche à haute température. Ces deux boîtes viennent déboucher dans le cendrier par une large conduite, et c’est par cette conduite qu’arrive l'air alimentant le foyer (fig. 1 et 2) : les vapeurs d’huile entraînées par l’air se consument sur le foyer avant de gagner la cheminée. Le bruit que produirait l’échappement est supprimé par l’emploi d’un réservoir amortisseur intercalé entre la cheminée et l’échappement. Le panache de vapeur est supprimé par le fait môme de l’emploi de vapeur surchauffée, dès que l’ensemble de la tuyauterie a atteint la température de régime. Le panache de fumée est également supprimé par l’emploi du coke comme combustible.
- La chaudière est constituée par dix-huit éléments comportant chacun deux tubes droits en acier reliés par un coude. Ces tubes, de 45 centimètres de longueur, ont la forme d’un U renversé, et une épaisseur de 12 millimètres. Ces dix-huit éléments reliés en série sont disposés horizontalement et distribués en chicane afin de briser la colonne montante de gaz chauds. La forme en tuile ou en gouttière a été donnée pour augmenter la rigidité et permettre d’atteindre des pressions élevées sans déformation. Au lieu de travailler à la flexion, les parois travaillent l’une à la traction, l’autre à la compression.
- L’injection d’eau froide se fait par la partie inférieure, tandis que la vapeur à 250 ou 500 degrés s’échappe du dernier élément pour gagner la boîte à tiroir. Les tubes disposés à la partie inférieure de la chaudière, les plus près du foyer, conservent toujours ainsi une température relativement basse et ne risquent pas d’être brûlés.
- Une semblable chaudière ne pèse que 600 kilogrammes ; avec une surface totale extérieure de tubes de 4 mètres carrés, une surface de grille de 26 décimètres carrés, elle produit la vapeur suffisante pour faire produire une puissance de 20 chevaux à la pression de 5 kilogrammes par centimètre carré, puissance qui peut atteindre 40 à 50 chevaux en
- laissant la pression atteindre 10 à 15 kilogrammes par centimètre carré.
- La chaudière est chauffée au coke : ce coke est mis en tête de ligne à l’aide de petits coffres parallélépipédiques; chacun d’eux renferme une provision suffisante pour un parcours de 10 à 12 kilomètres. La quantité d’eau transportée est également renouvelée en tête de ligne, à raison de 12 litres environ par kilomètre parcouru. La consommation de coke est d’environ lks,7 par kilomètre en palier pour la voiture automobile seule.
- L’entartrage de la chaudière ne peut jamais se produire, car chaque fois qu’on arrête la production de vapeur, soit pour un arrêt de la voiture, soit pour descendre une côte, on vide le générateur par le retour à la bâche; la vapeur contenue dans les boîtes à vapeur la tuyauterie et le générateur fait un retour en arrière, balayant avec énergie les parois des tubes, aussi ne prend-on dans ce genre d’application aucun autre moyen préventif contre l’entartrage que celui résultant du fonctionnement même du système.
- L’odeur des produits de la combustion est elle-même annulée grâce à un ingénieux artifice que nous allons indiquer.
- Le générateur de vapeur est muni, en outre de sa maçonnerie isolante au point de vue thermique, d’une enveloppe en tôle laissant entre elle et le générateur un vide annulaire pour la circulation d’une couche d’air. Cette enveloppe continue en entourant la cheminée jusqu’au-dessus du toit de -l’impériale. Mais la cheminée réelle du générateur débouche dans cette cheminée extérieure à lm,50 au-dessous de l’orifice supérieur. L’évacuation des gaz de la combustion et de la vapeur ayant travaillé détermine un appel d’air vigoureux dans le vide annulaire, et la diffusion des gaz dans l’air a lieu dans le conduit avant leur sortie à l’air libre.
- La cheminée étant, d’autre part, parfaitement dissimulée contre la paroi d’avant, il est impossible de reconnaître à première vue le mode de traction employé. Le moteur commande l’essieu par l’intermédiaire de deux chaînes parallèles; le rapport des roues de chaînes est de 1 (arbre moteur) à 5 (essieu).
- Les chaînes sont étudiées de façon que l’une d’elles seule puisse assurer le service. Les roues de chaînes sont calées de telle sorte que l’une d’elles seule fonctionne, la deuxième ne doit travailler qu’en cas de rupture de la première. Les deux essieux sont rendus solidaires par une troisième chaîne.
- La transmission par chaîne donne une très grande douceur au roulement de la voiture de même qu’à cause de la multiplication de vitesse, elle procure un effort presque constant et facilite les démarrages.
- Grâce à cet ensemble de dispositions, les rampes de l’avenue de Clichy, qui atteignent près de 5 pour 100, sont aisément franchies à des vitesses qui atteignent 16 kilomètres par heure.
- On retrouve, dans cette nouvelle et intéressante application du générateur à vaporisation instantanée
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- deM. Scrpollet, tous les avantages généraux caractéristiques de. cette invention, avantages si souvent mis en lumière à propos des applications antérieures qu’il nous semble inutile d’y revenir. Quant aux avantages spéciaux, nous signalerons en particulier la possibilité d’aborder et de gravir des rampes quelconques sans perdre de la vitesse; l’élasticité toute spéciale du générateur proportionnant à chaque instant la pression et l’effort à vaincre; l’absence de bruit, de fumée et d’odeurs que les autres systèmes de traction à vapeur ne réalisent pas au môme degré ; la facilité de conduite, et enfin l’économie de vapeur résultant de l’emploi de vapeur surchauffée.
- Ce sont là plus d’avantages qu’il n’en faut pour assurer aux tramways à vapeur du système Serpollet un certain nombre d’applications, en présence de l’opposition que rencontre la traction électrique par conducteurs aériens de la part des autorités administratives. X..., ingénieur.
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- UN YIGNOBLE ANGLAIS
- On n’a pas beaucoup l’habitude d’aller en Angleterre pour visiter des vignobles, et cependant nous pouvons en citer au moins un absolument florissant, en dépit do la chanson de Pierre Dupont. Il se trouve à Castell Coch, sur un coteau dépendant des propriétés de Lord Bute, près de Cardiff, et par conséquent dans le Glainorgan-shire : nous le trouvons décrit par notre confrère de la presse anglaise YExpress Budget. Disons tout de suite que les tentatives viticoles de Lord Bute, puissamment secondées par son jardinier en chef, M. Pettigrew, n’étaient pas poursuivies dans un but commercial; mais le marquis, depuis vingt années, tentait des expériences pour savoir si le sud du Pays de Galles était susceptible de donner ce qu’on appelle un vin marchand.
- C’est en 1873 que Lord Bute commença à exécuter son projet : il envoya son jardinier en France pour y étudier la question, puis il fit préparer un champ de 120 hectares. On a d’abord seulement planté 1/8 de cette surface, puis, chaque année depuis lors, on a augmenté la sulface en culture, jusqu’à tout planter. 11 y a maintenant 14 000 pieds fixés à des échalas de plus de Jm,20 de hauteur, disposés à 1 mètre de distance les uns des autres. De plus, on a couvert de vignes un coteau dit Sully, près de Swanbridge : on y compte 10 000 pieds environ, dont le nombre s’accroît annuellement; à Saint-Quentin’s Castle, près de Cowbridge, on a tenté un essai analogue qui a peu réussi. Il faut croire que le terrain de la région de Cardiff convient particulièrement à la culture de la vigne, car sur le mur sud du château de Cardiff on cultive heureusement des treilles en plein air, treilles de la variété chasselas de Fontainebleau. Quant aux vignes de Castell Coch et à celles du coteau Sully, M. Storrie dit qu’elles appartiennent à la variété Gamay noir et aussi à la Mille blanche, qui, cependant, est abandonnée.
- Les raisins ainsi obtenus donnent 26 degrés au saccha-rimètre : quand on en écrase une graine entre les doigts, le jus, sous l’action de la chaleur de la main, se transforme rapidement en un mucilage analogue à de la glu. Tout naturellement ce haut degré saccharimétrique leur fait rendre énormément d’alcool; les premières années,
- on ajoutait aux cuvées du sucre de canne dissous dans de l’eau, mais cela ne se fait plus maintenant. On met fermenter le vin en barriques.
- Le côté regrettable de la viticulture dans cette région, c’est qu’il faut un temps relativement long entre la plantation de la vigne et le moment où elle produit quelque chose au point de vue marchand. Ainsi, la plantation de Castell Coch avant été faite en 1875, en 1877 on avait à peine 200 bouteilles, 300 en 1878, puis plus rien en 1879. En 1881, la récolte fut bonne et assez abondante. En 1882, en 1883, au contraire, il y eut insuccès complet. En 1884, on put récolter 1500 bouteilles ; de môme en 1885. Brusquement, en 1886. plus de vin par suite des vents froids, et ainsi de suite, des périodes de production intermittentes.
- Les vignobles anglais ne sent pas encore pour faire concurrence aux nôtres. Daniel Bellet.
- L’HIPPIATRIQUE ET L’ÉQUITATION
- V l’École I)E CAVALERIE DE SAI’MIR
- Un des professeurs les plus distingués de l’Ecole de cavalerie de Saumur, M. le capitaine Picard, a eu l’idée de recourir à la photographie, pour servir aux études d’hippiatrique et d’équitation. En collaboration avec M. le l)r Bouchard, il vient de publier un Album d’hippiatrique et déquitation de l’École de cavalerie4; c’est une œuvre de longues années de travail, qui ne comprend pas moins de trente planches de grand format, reproduisant par les procédés photolithographiques de MM. Berthaud, les résultats obtenus.
- Cet ouvrage est du plus puissant intérêt tant au point de vue de l’hippiatriqùe qu’à celui de la photographie. Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur faire connaître une entreprise réalisée avec tant de succès.
- L’étude que nous annonçons aujourd’hui a porté d’abord sur la définition des différents types de chevaux de la cavalerie française, en commençant par leurs souches: pur sang anglais, pur sang arabe.
- « Il est certain, dit le capitaine Picard, qu’actuel-lement ces types ont tellement pris de rapports par la fusion des sangs qu’il est souvent difficile de les distinguer, et c’est une raison de plus pour fixer les traits caractéristiques de leur pays d’élevage. »
- Nous donnons ci-contre deux spécimens des chevaux représentés, en choisissant les races qui sont abondantes dans notre cavalerie. La figure 1 donne l’aspect d’un cheval normand; la figure 2 reproduit un cheval vendéen.
- Les principes de dressage du cheval, à l’École de cavalerie, sont mis en évidence par des photographies instantanées des mieux réussies. Le lecteur en jugera par les spécimens que nous plaçons sous ses yeux. La figure 3 montre un exercice du dressage du cheval : celui du saut en largeur commencé à la longe. La figure 4 représente, au contraire, un
- 1 Grand in-folio, Berthaud frères, imprimeurs-éditeurs, 9, rue Cadet, Paris.
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- exercice d’apprentissage du cavalier, (l'est, le cheval sauteur, attaché entre les piliers ; le cavalier, sans étriers et sans rênes, doit résister à toutes les défenses du cheval suscitées par l’écuyer.
- La photographie, si heureusement mise à profit par les auteurs, pour représenter les types de chevaux, les exercices du dressage, les études d’équitation, sert encore à l’enseignement de beaucoup
- Fig. 1. — Cheval normand. — Caen. Fig. 2. — Cheval vendéen. — Fonlenay-lc-Comtc.
- d’autres branches de l’hippiatrique. —Les tares du sins anatomiques, très démonstratifs, à coup sur; cheval étaient définies jusqu’à présent par des des- il a paru pi us pratique à M. le capitaine Picard et
- Fig. 3. — École d’équitation de Sauinur. Travail à la longe.
- au I)r Bouchard de les représenter par la photographie de leur aspect réel sur le cheval. Les planches des tares sont très curieuses. 11 en est de même pour celles qui se rattachent à l’École de la maré-chalerie où l’on voit représentés tous les procédés de ferrure et toutes les espèces de fer avec les pieds auxquels ils conviennent.
- L’album se termine par une série de reproductions de magnifiques photographies se rapportant au mécanisme du saut démontré par une série considérable de chevaux en liberté pris dans toutes les phases successives du saut. Les différentes façons [tour le cavalier de s’asseoir dans le saut en évitant les réactions, sont également représentées, on peut
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- dire d’après nature. Nous avons choisi dans l'album deux exemples de sauts à grande hauteur, et dont les cavaliers ont des attitudes excellentes (fig. 5 et 6). Toutes ces photographies instantanées, fort instruc-
- tives, donnent la démonstration d’attitudes et d'allures que les hommes compétents considéraient comme absolument invraisemblables.
- a N’est-il pas surprenant, dit M. le capitaine
- Fig. 4. — Emploi du sauteur dan; les piliers. Enlever de l'arrière-main.
- Picard, de voir, par exemple, des photographies de chevaux au galop de course où l’animal est figé en
- suspension sur un seul membre antérieur, quand tous les hippiatres s’accordent à faire du galop de
- Fi;
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- — Le saut de barrière. (Fac-similés de photographies
- Fig. 6. — Autre saut de barrière, instantanées exécutées à l’École de cavalerie, à Saumur.)
- course un mécanisme à deux temps, et des cavaliers réputés' immuables en selle, que la photographie montre déplacés dans le saut comme de jeunes recrues. »
- Avec l’habitude, l’œil est très susceptible de retrouver sur nature ce que la photographie a révélé ; cette éducation se fait très rapidement.
- « Que n’a-t-on pas dit, continue le capitaine Picard, en voyant pour la première fois un cheval photographié dans le saut, et représenté se recevant sur un seul pied de devant? Comment ce membre pouvait-il supporter le choc? N’en serait-il pas brisé? Et pourtant il a fallu admettre, ce qui est certainement plus logique, que le cheval décom-
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- posait, le choc entre ses quatre membres en les posant successivement et en faisant ressort des paturons. »
- En résumé, les auteurs du bel ouvrage que nous venons de faire connaître, ne craignent pas d’affirmer qu’ils ont trouvé dans la photographie le plus précieux auxiliaire pour l’étude de l’hippiatrique et de l'équitation. Gaston Tissa.ndier.
- PROJET D’EXPÉDITION ANTARCTIQUE
- De nombreuses expéditions conduites méthodiquement ont fait connaître dans leurs traits principaux les régions arctiques. Un voile de profond mystère enveloppe au contraire les terres antarctiques ; autour du pôle Sud une vaste portion de notre globe est demeurée entièrement inconnue; c’est qu’un très petit nombre d’explorations ont été dirigées vers les mers australes. L’honneur de la première appartient à la marine française. En 1772, de Kerguelen découvrit les îles qui portent son nom. Peu de temps après, Cook réussit à pénétrer jusqu’au 71° 10' de latitude Sud dans le sud de l’Amérique, et, en 1825 Weddel atteignit le 74e degré de latitude sud. En 1841 et 1842 James Ross découvrit la terre Victoria et dépassa le 78e degré. Jamais depuis cette latitude n’a été atteinte. A peu près à la même époque (1859 et 1840) AVilkes et Dumont d’Urville découvraient les terres situés au sud de l’Australie. Jusqu’ici seuls Dumont d’Urville et James Ross ont réussi à débarquer sur une terre australe située au delà du cercle antarctique et leurs ouvrages, vieux de plus de cinquante ans, sont encore aujourd’hui les seuls documents vraiment scientifiques sur ces terres. En 1874, au cours de sa mémorable croisière, le Challenger visita les approches de cette région fermée. C’est le seul vapeur qui ait franchi le cercle antarticque.
- U y a quelques années, M. Nordenskiold s’était proposé d’appliquer sa profonde expérience des voyages polaires à l’exploration des terres antarctiques; malheureusement l’insuffisance des ressources arrêta ce beau projet. Aujourd’hui le monde scientifique anglais s’agite pour déterminer l’organisation d’une grande expédition vers le pôle sud. En 1891 quelques baleiniers écossais sont allés chasser les mammifères marins au sud du cap Horn. L’intérêt des observations exécutées par deux naturalistes embarqués sur ces bâtiments a fortement excité la curiosité du public scientifique anglais et la question d’une exploration aux terres australes vient d’étre posée devant la Société de géographie de Londres, par M. John Murray. Personne ne pouvait le faire avec plus de compétence, et plus d’autorité que le savant chargé de la magistrale publication du Challenger et dont la participation à cette expédition a été si importante. Après la lecture d’un savant Mémoire de M. Murray sur l’état de nos connaissances des terres antarctiques, une brillante discussion s’est ouverte entre les représentants les plus éminents de la science anglaise et tous ont été unanimes à décider que la Société de géographie devait prendre la tête du mouvement et faire appel à l’opinion publique comme au gouvernement pour organiser une grande expédition scientifique aux terres antarctiques. L’intérêt d’une pareille entreprise est hors de discusssion. D’après M. Murray, il doit exister autour du pôle Sud une masse continentale aussi étendue que l’Australie, et sur cette terre se produisent à ve* des proportions majestueuses deux des phénomènes géo-
- logiques les plus intéressants et les plus divers, le phénomène glaciaire et le phénomène volcanique. De l’énorme calotte de glace qui couvre la terre Victoria déborde en mer une gigantesque masse de glace, présentant un mur perpendiculaire s’élevant de 50 à 75 mètres au-dessus du niveau de l’eau et dont l’épaisseur ne doit pas être moins de 400 à 500 mètres. Sur une distance de 500 milles Ross a pu tracer le contour de cette colossale barrière cristalline. Au-dessus de cette mer de glace le même navigateur a découvert des volcans en activité s’élevant à près de 4000 mètres. L’étude de ces glaces et de cette activité interne enrichira la géologie de précieuses observations ; comme l’a justement montré M. Murray ; les autres branches de la science sont non moins intéressées au succès d’une exploration antarctique. Charles Rabot.
- LES PROBLÈMES DE L’ÉCLAIRAGE
- Les problèmes de l’éclairage sont actuels, non pas seulement par la période de fêtes très brillantes ou de veillées laborieuses que ramène l’hiver; ils sont entrés dans une voie nouvelle, féconde en découvertes curieuses ou pratiques.
- Tout corps chauffé émet des radiations lumineuses et différentes de couleurs suivant qu’il est plus ou moins chauffé ; à une température peu élevée, les radiations rouges l’emportent; à de hautes températures, les radiations violettes et ultra-violettes viennent s’ajouter; un corps incandescent se rapproche d’autant plus de l’éclat du soleil que les proportions relatives de ses diverses radiations se rapprochent plus de la composition du spectre solaire; alors il paraît blanc.
- C’est la prédominance de chaque couleur simple dans le spectre émis par nos différents luminaires domestiques qui explique leur coloration respective : la teinte rougeâtre de la lampe Garcel, la teinte violâtre de l’arc voltaïque, la teinte verdâtre de la lampe à pétrole, etc.
- Chacun de ces éclairages a des inconvénients et des avantages, car chacune des couleurs influe diversement et spécifiquement sur notre œil.
- Les lumières riches en rayons violets et ultraviolets, comme celles du magnésium et de l’arc voltaïque, sont certainement très funestes à la vision. Ce sont ces rayons qui dans la lumière solaire déterminent l’érythème, vulgairement appelé coup de soleil : de plus ces radiations dites encore chimiques ou photographiques doivent précipiter la destruction des fibres du cristallin (cette lentille dont les courbures variables sous l’action du muscle ciliaire nous permettent de voir distinctement des objets à des distances différentes) ; en effet, le cristallin absorbe ces radiations en grande partie invisibles et les transforme en radiations visibles ; il est phosphorescent. Tous ceux qui ont travaillé à ces lumières ont éprouvé à la longue une fatigue douloureuse dans les muscles de l’œil.
- Les sources très riches en radiations jaunes-verdâtres ont l’inconvénient de détruire plus que les autres une substance photographique de la rétine,
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- l’éry Ihropsine, qui n’est pas indispensable à la vision puisqu’elle n’existe pas là où la vision est le plus distincte, dans la tache centrale; mais la destruction de cette substance à la lumière correspond à une grande fatigue du nerf, de même que sa régénération dans l’obscurité coïncide avec la restauration du pouvoir visuel.
- Les fonctions visuelles sont complexes : nous percevons la lumière ; nous distinguons la couleur ; nous tirons des différences de clarté la perception des formes.Si nous voulons avoir la perception d'une tache lumineuse avec le minimum de lumière colorée, il faut (pie cette tache soit vert-bleuàtre : ce sont ces radiations qui apparaissent les premières quand on chauffe un métal : à 417 degrés avec l’or, à 590 degrés avec le platine, à 577 degrés avec le fer. Le vert-bleuàtre excite la sensibilité lumineuse ; il y a donc tout intérêt, quand on veut protéger l’œil contre des éclats trop forts, à adopter un verre vert-bleuàtre plutôt qu’un verre simplement fumé1: le patient y gagne de l’entraînement pour sa sensibilité lumineuse.
- Si nous voulons bien nettement percevoir des objets, c’est une source de coloration jaune qu’il nous faudra adopter. Tout le monde sait que le jaune est plus lumineux que le vert ou le rouge; mais de combien? Ce problème de la luminosité du spectre est un de ceux qui ont le plus exercé la sagacité des physiciens et des physiologistes : il n’est encore résolu qu’approximativement et avec des artifices. Cette difficulté tient à ceci, que notre sensibilité se comporte d’une manière spéciale pour chaque couleur dans des conditions identiques de variations d’intensité lumineuse. Par exemple, mettez à une lanterne un verre rouge et un verre hleu; augmentez l’intensité du luminaire; le verre rouge paraîtra avoir gagné beaucoup plus de lumière (pie le verre hleu. L’illusion disparaîtra, si, en clignant de l’œil, vous diaphragmez assez la rétine pour réduire les images des deux verres à une extrême petitesse ; le phénomène de la couleur disparaît : on ne compare plus que des gris. C’est par celte méthode, entre autres, que l’on est parvenu à voir et à mesurer les différents pouvoirs éclairants des couleurs.
- Prenons une lumière rouge et une lumière bleue ; nous pouvons les comparer entre elles en cherchant les distances auxquelles chacune d’elles nous permettra de lire notre journal et admettre qu’elles seront égales qifand elles nous permettront de lire avec la même netteté ou, comme on dit, quand les acuités visuelles seront égales. On a comparé les variations de l’acuité visuelle pour les différentes portions du spectre aux variations de la clarté : les lois ne sont pas les mêmes; les maxima sont bien à peu près au même endroit dans le jaune; mais la clarté décroît beaucoup plus vite que l’acuité visuelle dans le rouge. Conséquence pratique : si vous pou-
- 1 M. Radouci a construit, sur mes indications, dos lunettes de la teinte convenable.
- vez dépenser un peu plus de lumière et si vous voulez faire distinguer des caractères ou des formes, adoptez une lanterne rouge plutôt qu’une lanterne jaune. C'est sans doute à sa teinte rougeâtre que la vieille lampe Carcel doit sa persistante faveur auprès de vieux lecteurs studieux.
- Le foyer idéal de lumière est celui qui n’émettrait ni radiations calorifiques, si fatigantes parfois dans les brûleurs à gaz, ni radiations obscures, totalement inutiles et souvent nuisibles quand elles favorisent les oxydations des matières colorantes des tentures, etc. Prenez l’énergie des radiations lumineuses d’une part, l’énergie de la totalité des radiations d’autre part, divisez l’une par l’autre ces deux quantités, vous avez ce qu’on appelle le rendement optique d’un foyer lumineux.
- Une des méthodes les plus rapides de mesurer ce rendement consiste à faire traverser aux radiations d’abord une couche de sulfure de carbone qui les laisse toutes passer, puis une couche d’épaisseur égale d’une solution d’alun qui ne laisse passer que les radiations lumineuses et à mesurer dans les deux cas les intensités par la pile thermo-électrique. La lampe à huile n’a que 5 radiations lumineuses sur 100; le brûleur à gaz ordinaire, 4; les lampes électriques à incandescence une moyenne de 6; les lampes à arc une moyenne de 12; la lampe au magnésium atteint 15; enfin le tube de Geissler, qui n’est pas un foyer pratique, présente le rendement optique de 52 environ pour 100.
- On a pu récemment améliorer le rendement optique du gaz en portant à l’incandescence un petit treillis trempé dans la solution d’un mélange d’oxydes terreux calcinés (zircone, oxydes de lanthane, d’yttrium, de thorium, de cérium et denéo-dymium) et suspendu par une potence métallique au-dessus d’un bec Bunsen1. On peut affirmer cependant que le rendement optique de nos foyers usuels ne dépasse pas 6 pour 100 et que l’avantage revient à l’électricité.
- Le dernier mot n’est pas dit, cela va sans dire. Dans les lampes électriques aussi bien que dans le brûleur à gaz ordinaire, c’est l’incandescence du charbon qui donne la lumière; la loi d’incandescence du magnésium semble toute différente et beaucoup plus favorable aux rendements optiques élevés. C’est vers ces directions qu’il faut orienter la recherche.
- Les résultats apparaissent moins brillants encore si l’on tient compte des conditions spéciales de production du courant électrique ; le rendement d’un moteur à vapeur n’est guère que 10 pour 100; celui d’une machine dynamo-électrique est de 90 pour 100 ; il y a perte environ de 10 pour 100 dans les conducteurs; de sorte que le rendement optique final de l’énergie dépensée dans une lampe électrique est environ 1 pour 100.
- La nature a résolu le problème d’une manière beaucoup plus brillante,mais non pratique pour nos
- * Yoy. ii° 707, du 18 décembre 1880,)). âü
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- besoins, dons les matières inorganiques et dans les corps organises, dits phosphorescents.
- Un corps phosphorescent absorbe les radiations ultra-violettes plus ou moins invisibles du spectre et les transforme en radiations ou violettes, ou vertes, ou jaunes, ou orangées, sans aucun dégagement de chaleur : il n’émet que des radiations visibles, d’abord beaucoup, puis de moins en moins jusqu’à zéro, avec des rapidités différentes suivant les corps.
- Un grand nombre de corps sont phosphorescents; mais leur phosphorescence est souvent d’une durée inférieure à une seconde et ne peut être décelée que par des appareils spéciaux.
- Les corps qui gardent le plus longtemps leur lumière sont les sulfures alcalino-terreux ; le sulfure de baryum, trouvé par hasard en 1602 par un cor-
- donnier de Bologne, Vincenzo Casciorolo; les sulfures de calcium, de strontium et le sulfure de zinc, tous préparés d’une manière plus ou moins paradoxale et toujours empirique.
- Ce chapitre de la physico-chimie est encore plein d’obscurités; par exemple, on n’arrive pas à donner au sulfure de baryum de lumière bleue ou violette; on donne des colorations différentes au sulfure de calcium suivant la nature de la chaux qui sert à la préparation. Sa phosphorescence est jaune avec le calcaire, verte avec l’aragonite, violette avec l'aragonite fibreuse. Ces diverses colorations semblent dues à des impuretés différentes : la jaune à la présence du peroxyde de manganèse, la bleue à la présence du persulfure de potassium, la violette à des traces de bismuth. Dans un autre cas, dans ma
- Objets îumineux fabriqués avec les matières lumineuses.
- Tableaux réclames; enseignes; pendule à cadran lumineux; bougeoirs; porte-allumettes; peintures religieuses.
- prenaration de sulfure de zinc phosphorescent, la phosphorescence paraît due à la pureté du corps.
- L’industrie a utilisé les sulfures de calcium dans des porte-allumettes, des affiches, des cadrans de montre lumineux, etc. (voy. la gravure ci-dessus), qui ont excité la curiosité, il y a quelques années ; ces sulfures sont très altérables à l’air, à l’eau, etc. ; ils devaient être recouverts d’un émail qui s’écaille assez vite et ils arrivent ainsi assez rapidement à perdre leur phosphorescence.
- La durée d’émission lumineuse des sulfures de calcium bien préparés est assez grande : ils brillent notablement encore au bout de six heures de séjour dans l’obscurité. Le sulfure de zinc phosphorescent n’est guère visible pratiquement que pendant deux heures. C’est regrettable, car ce corps c^£/emar-quablement inaltérable à l’air, à l’eau, dans les vapeurs ammoniacales ou acides, etc. Il se prêterait
- merveilleusement au rôle d’emmagasineur de lumière. Dès maintenant on pourrait étudier un dispositif permettant d’emmagasiner la lumière du soleil sur de vastes surfaces, la conservant jusqu’à la nuit et la concentrant par des lentilles en un foyer. Ce serait la lumière pour rien, du moins théoriquement, car l’amortissement des frais d’installation la rendrait très coûteuse, même si on parvenait à l’intensifier assez pour être pratique. Ce foyer de lumière aurait évidemment un rendement optique maximum. C’est aussi le cas de la lumière émise par les lampyres sous l’influence du système nerveux et composée presque uniquement de radiations jaunes et vertes; c’-est le cas des infusoires qui produisent la phosphorescence de la mer et des microbes qui font luire les glaciers de Norvège.
- — A suivre. — Charles Henry.
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- LE YOLCAN CALBUCO
- SON ÉRUPTION EN 1893
- Pissis dans sa Géographie physique du Chili s’exprime ainsi : « Une brèche très basse presque à niveau de la plaine réunit le massif de l’Osorno au volcan du Uaibuco d’où il se prolonge jusqu’au golfe de Rcloncavi. Au sud de Jaimes (5011 mètres) se
- Fig. 1. —Le Calbuco et, l’Osorno, au Chili.
- (Vue prise tic File de liuar, par don Francisco Vidai- Gonnaz.)
- Santiago ou 72° 58' 55" ouest du méridien de Greenwich.
- Le Calbuco est un massil neigeux de large base gilleuse peuplée par d’épaisses forets; son nom indigène est quillaipe ou quillepu. La tradition ne conserve aucun souvenir que le Cabuco ait brûlé durant la période historique; cependant les voyageurs qui ont parcouru sa base l’ont tous considéré comme un volcan éteint à cause de sa constitution géologique. Le premier qui a fait l’ascension du Calbuco est M. Charles Juliet, naturaliste attaché à la Commission hydrographique de M. Vi-dar Gonnaz ; il y monta par le côté nord-est au mois de février 1872. Au mois de mars de la môme année, deux intrépides excursionnistes, MM. Robert Christée et Davvton exécutèrent l’ascension du Calbuco et constatèrent que c’était un volcan, M. Dawton descendit dans le cratère; sa témérité faillit lui coûter la vie; il perdit ses habillements, ses instruments, et ne put revenir au sommet qu’après quarante-huit heures d’efforts indescriptibles. Le cratère du Calbuco a la forme d’un pentagone irrégulier, un peu élargi de l’oucst-nord-ouest à l est-sud-est, avec un diamètre de 2000 mètres. L’altitude de la margelle du cratère,
- voient le Villarica (2857 mètres), le Quetrapillan (5688 mètres), le volcan de Cajara, l’Osorno (2198 mètres) et le Calbuco. (1792 mètres) Ces derniers sont situés entièrement à l’ouest de la Cordillère des Andes et s’élèvent immédiatement au-dessus du lac de Clanquihue dont l’altitude est d’environ 40 mètres. »
- Le Calbuco est situé par 41° 20' 5" de latitude australe et 1° 59’ 8" de longitude du méridien de
- Fig. 2. — Détail du cratère du volcan Calbuco.
- A. Andésites. — B, B. Coulées de lave. — C. lloclies rouges.
- d’après une observation barométrique, est de 1692 mètres; le bord plus élevé occidental lut estimé à 46m,5, ce qui donne au Calbuco une altitude de 1758m,5 au-dessus du niveau de la mer. Le cratère du Calbuco, quand M. Daw ton le visita, avait au fond de sa concavité un monticule couvert de neige portant de grandes et profondes déchirures qui formaient des précipices; des émanations gazeuses s’en dégageaient.
- Jusqu’à présent le Calbuco était considéré comme un volcan éteint; cependant, depuis le commencement de l’année dernière (février 1895), il est sorti de son long état latent et a donné des signes de son activité. 11 a commencé par lancer dans l’atmosphère des colonnes de vapeur d’eau, suivies d’immenses llam-mes, accompagnées de bruits souterrains, de phénomènes électriques, puis d’une énorme émission de sables et de cendres volcaniques. Cette éruption n’est pas encore terminée en ce moment (12 décembre 1895); elle est une des plus remarquables tant par sa durée que par ses produits. Voici la succession des progrès de l’éruption en 1895.
- Février, vapeurs blanches sortent par intervalle du cratère du Calbuco, éclairs. Mars, colonnes de fumée,
- Fig. 3. - Carie du volcan Calbuco, au Chili.
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- la neige fond sur la montagne, ce qui reste sc couvre d’un voile gris de fuies cendres. Les cendres et les sables volcaniques lancés par le volcan vont en augmentant,. Le volcan rejette des eaux boueuses qui grossissent les torrents et couvrent de vase la contrée parcourue. Avril, secousses du sol, bruits souterrains, tempêtes intérieures. Mai, orages et phénomènes électriques. Juin, tremblements de terre, bruits souterrains. Juillet, éclairs, tonnerres, orages anormaux pour la saison d’hiver. Août, calme, relatif. Septembre, cinq grandes éruptions, décharges électriques, nuages de fumées et de vapeur, pluies de cendres volcaniques qui sont transportées à plus de 420 kilomètres; le mois de septembre a été marqué par une grande activité. Octobre, la quantité de cendres augmente et des pierres sont projetées du volcan ; le 2f>, grande éruption, fortes commotions, détonations, cendres très abondantes, obscurité complète durant le iour, à 'Puerto Montt, Osorno, Anard, etc. Novembre, le 29*novembre, extraordinaire éruption, grands bruits souterrains, fortes détonations, énorme quantité de cendres tombées, décharges électriques; le soleil voilé par un nuage de cendres. Décembre, l'éruption continue, bruits, flammes du cratère, cendres ; des cratères se sont ouverts sur d’autres points des environs du Calbuco.
- Les théories volcaniques sont connues ; mais comme les sables, cendres et fragments de roches lancés par le Calbuco confirment notre manière de voir sur le volcanisme, nous rappellerons que pour les uns, les cendres et sables volcaniques sont des fragments de roche solide broyée dans l’intérieur du cratère; pour d’autres, les cendres sont des laves fondues, subdivisées, pulvérisées brusquement par de grandes masses de vapeur.
- Pour nous, les cendres et les sables lancés par le Calbuco ne proviennent ni des laves fondues pulvérisées par la vapeur d’eau, ni des roches broyées dans le cratère par des actions indéterminées ; les cendres et les sables proviennent de l’explosion de la roche elle-même qui éclate et se réduit en fragments quand elle est chauffée à une certaine température. La roche hydratée, tenant une proportion plus ou moins forte d’eau, sc comporte comme un explosif pour l’eau et les gaz qu’elle enserre. Il se passe un phénomène dynamo-chimique analogue à l’explosion d’une brique mouillée jetée dans un haut fourneau. De l’eau ou de la vapeur d’eau arrivant sur une lave fondue peut la diviser, la granuler; mais alors on trouve dans les cendres et les sables volcaniques ces fragments nitrifiés.
- Voyons maintenant les cendres du Calbuco.
- J’ai étudié les sables et les cendres volcaniques du Calbuco comme les fragments de pierres lancées et les ai examinés au microscope polarisant. Les cendres et la roche intacte non fondue m’ont offert les mômes caractères minéralogiques et pétrologiques.
- Les cendres volcaniques sont de couleur gris clair ; elles sont constituées par des fragments de feldspath (feldspath triolinique) plus ou moins divisés, d’augite,
- d’hyperstène ou d’amphibole, de magnétite, etc.
- Les cendres ont la même composition minéralogique que les andésites dont elles proviennent, et de plus les minéraux cristallisés affectent les mêmes formes dans la cendre comme dans la roche. Une observation de première importance, c’est qu’on ne trouve pas dans les cendres et les sables du Calbuco les granulations vitrifiées qui ont été signalées dans certaines cendres volcaniques attribuées à des laves fondues divisées par la vapeur d’eau puis rejetées dans l'atmosphère C Un fragment d’andésite lancé par le volcan avec les cendres a été soumis à un broyage artificiel grossier, puis la matière pulvérisée a été traversée par un courant de vapeur d’eau. .J’ai obtenu ainsi un sable analogue aux cendres volcaniques recueillies lors de l’éruption du Calbuco.
- L'éruption du volcan a déterminé des perturbations atmosphériques ; l’énorme quantité de vapeur d’eau qui a été lancée dans l’air, les phénomènes électriques, ont détruit l’équilibre de l’atmosphère; des pluies abondantes sont tombées dans la région centrale du Chili et aussi dans le nord, les basses montagnes se sont couvertes de neige, le ciel s’est couvert de nuages, l’état hygrométrique a varié. Toutes ces perturbations, accompagnées parfois de tempêtes, sont dues à l’influence du Calbuco. L’énorme quantité d’eau lancée par le volcan dans l’air retourne à la terre par les pluies et les neiges ; l’éruption continuant, la période d’équilibre n’est pas encore arrivée. A. F. Noguès,
- Ingénieur civil des mines, en mission temporaire au Chili.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 février 189 i. — Présidence de M. Liewy.
- Théorie du mouvement absolu des planètes. — M. Hugo Gyldcn adresse à l’Académie le premier volume d’un traité analytique des orbites absolues des huit planètes principales. Il s’agit, dit M. Bertrand, d’une œuvre considérable par son développement matériel et plus encore par la nouveauté de la conception qui a présidé à son exécution. M. Gylden estime en effet que depuis Kepler, l’astronomie a été engagée dans une mauvaise voie ; c’est à tort, selon lui, que l’ellipse a été considérée comme la forme normale des orbites des planètes et que l’on s’est appliqué à rapporter, au moyen -de termes correctifs appelés perturbations, les positions des planètes sur cette ellipse à leurs véritables positions dans l’espace. Donc, pour l’auteur, l’ellipse de Kepler n’existe pas, et il considère les positions successives dans l’espace, abstraction faite de tout mouvement elliptique. Le haut mérite de M. Gylden doit inspirer confiance et permet d’espérer qu’il se tirera heureusement des difficultés extrêmes auxquelles il va se mesurer; telle est, en résumé, l’opinion de M. Bertrand.
- Utilisation des produits ligneux pour T alimentation du bétail. — Pour parer dans une certaine mesure aux
- 1 J'ai exposé cette manière de voir dans une conférence sur le Calbuco, faite le 25 novembre 1895 à Santiago, à la Société scientifique du Chili.
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- effets de la sécheresse qui a signalé le printemps et l’été dernier, on a autorisé les cultivateurs, non seulement à faire paître leur bétail dans les bois soumis au régime forestier, mais encore à y couper de menues branches. S’ils ont profité largement de la première de ces permissions, ils n’ont guère tiré parti de la seconde, par apathie et esprit de routine, mais surtout par ignorance des procédés de récolte et de préparation du fourrage ligneux. C’est ce qui a engagé M. Mer à étudier cette question. De l’ensemble de ses recherches, poursuivies pendant plusieurs mois, résultent les faits suivants : 1° la récolte du fourrage ligneux peut, dans la plupart des cas, être assez avantageuse pour qu’on y recoure, non seulement pendant les années de disette fourragère, mais encore en temps normal, et cela sans nuire à la production des massifs boisés, parfois même en la favorisant; 2° sauf pour quelques espèces particulièrement tendres, le fourrage ligneux ne peut être distribué en nature que du mois de mai au mois d’août; pendant le reste de l’année on doit lui faire subir une préparation; 5° la composition des feuilles reste à peu près constante depuis le moment où elles sont adultes jusqu’à la tin de l’été. Aussi la récolte pour les conserves d’hiver doit-elle être faite surtout dans le mois d’août. 4° On doit se borner à couper les pousses de l'année. La teneur des branches en matières azotées décroissant rapidement à mesure que leur âge augmente, il n’y a aucun intérêt à récolter celles qui ont plus d’un an; toutefois, pour économiser la main-d’œuvre, on pourra couper les ramilles de un et deux ans quand elles porteront des pousses de l’année, mais à la condition que leur diamètre ne dépasse pas un demi-centimètre. 5° L’exploitation des rejets de l’année est à tous égards préférable à celle des branchettes ; elle est moins onéreuse et fournit des matières alimentaires plus riches. Aussi conviendrait-il de recéper, au niveau du sol, les arbustes et arbrisseaux pour qu’ils émettent des rejets vigoureux qu’on exploiterait tous les ans. (5° Les feuilles qui, par suite de l’élévation des branches, ne peuvent être récoltées vertes, sont néanmoins utilisables après leur chute, à condition qu’elles ne soient pas altérées par un trop long séjour sur le sol. La récolte et la dessiccation sont faciles et la teneur en matières albuminoïdes, bien que très diminuée, reste encore supérieure à celle de la paille. Elles constituent donc un aliment qui n’est pas à dédaigner et que le bétail accepte quand on le mélange avec d’autres produits, tels que les betteraves hachées. 7° 11 y aurait souvent un avantage réel à faire exploiter chaque année, pour alimenter le bétail, les rejets des taillis, mais il serait encore préférable de créer des taillis-fourrage peuplés d’essences à bois tendre et à grand rendement, dont les souches seraient plus rapprochées que celles des taillis ordinaires et qu’on exploiterait annuellement comme les oseraies. On pourrait ainsi utiliser bien des terres où la culture du blé est peu rémunératrice. 11 faudrait probablement y apporter des engrais, car par suite de l’enlèvement des feuilles, le rendement ne pourrait se maintenir. M. Mer estime qu’il y a toute une série d’études à entreprendre dans cette direction.
- E. Fremy. — M. Lœwy annonce à l’Académie la mort de M. Fremy, dont les obsèques ont été célébrées le matin même, sans honneurs militaires ni discours, selon le vœu exprimé par le défunt. M. Lœwy s’attache surtout à mettre en relief les qualités de cœur de M. Fremy; il rappelle que depuis longtemps déjà la maladie empêchait ce savant de prendre part aux séances de l’Académie. 11 exprime les regrets que l’homme laisse derrière lui, abandonnant
- aux élèves du maître le soin de louer son œuvre. La séance publique est ensuite levée en signe de deuil1.
- Cil. PE VlLLEDEUIL.
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- CHRONIQUE
- La plus basse température donnant des radiations visibles. — En présence des valeurs si différentes attribuées par différents expérimentateurs au coefficient de variation de résistivité du cuivre pur avec la température, MM. A. E. Kennedy et Ileginald A. Fessen-don ont eifectué, dans le laboratoire d’Edison, à Orange (N. J.), des expériences très délicates en vue de déterminer la valeur de ce coefficient avec une précision plus grande que celle atteinte jusqu’à ce jour. Ils ont ainsi établi que la résistance du cuivre Ro à la température 0 est reliée à la résistance R0 à la température de la glace fondante par la relation
- Rô = Il0(l +0,004000).
- Cette relation, bien étatéfe, a permis de fixer avec précision le point qui fait l’objet de cette Note, c’est-à-dire la plus basse température à laquelle un métal donne des radiations visibles. On conçoit, en effet, que la relation ci-dessus permet de déterminer facilement 0 si on connaît ll0 et Ro. La méthode consiste à envoyer dans un fil un courant lentement croissant jusqu’au moment où il commence à devenir visible dans l’obscurité. En déterminant la valeur prise par la résistance à cet instant, et en la portant dans la formule, on en déduit la valeur de 0 correspondante. Les mesures électriques et les déterminations des températures se font avec une grande exactitude, mais le phénomène optique d’apparition des radiations étant purement physiologique, et, par conséquent, subjectif, varie d’une personne à l’autre et comporte des écarts de o degrés avec une valeur moyenne de 493° C. La température d’un corps rendu lumineux par échaullêment atteint donc ou dépasse 490 à 500° C.
- Une dépôche télégraphique. — La plus longue transmission directe d’un message télégraphique, réalisée jusqu’à ce jour, est certainement celle du discours prononcé à Washington par le président Clcveland, le 3 décembre 1893. La transmission s’est faite de l’office principal de New-York, à San Diego, en Californie, sur une ligne de 8200 kilomètres de longueur, avec douze appareils de translation ou relais intercalés. Le télégramme comprenait 5211 mots, et a été transmis en trois heures quarante-deux minutes.
- La foire aux huifres en Angleterre. — A la fin
- de l’année dernière a eu lieu, à Colchester, la foire annuelle aux huîtres. Colchester est une vieille ville du comté d’Essex qui produit des quantités énormes du précieux bivalve dont les Anglais sont si friands et qu’ils dévorent en quantités prodigieuses. Les parcs aux huîtres de Colchester sont célèbres et le droit exclusif aux pêcheries dont jouit cette ville, lui a été conféré par une charte du roi Richard Ier, lequel régna de 1189 à 1199. Les huîtres de Colchester sont prises aux bancs de la Colne et sont ensuite engraissées dans les parcs de Wi-venhoe et de Brightlingsea. C’est une charte de 1318 qui a institué la grande foire aux huîtres, qui doit se tenir chaque année la veille de Saint-Denis, c’est-à-dire le 8 octobre. Mais comme le 8 octobre tombait un dimanche,
- 1 Le lecteur pourra lire en tète de cette livraison (p. 101), une Notice biographique sur Edmond Fremy.
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- on l’a avancée de deux jours. Sur l’invitation du maire de Colchester, plus de 3000 personnes se sont réunies à un banquet, où l’on a consommé environ 10 000 douzaines d’huîtres, avec accompagnement de discours et de toasts à la prospérité de la ville.
- Une utile application des -ventilateurs électriques. — Les ventilateurs électriques n’ont pas pris chez nous, parmi les objets d’usage domestique, la place qu’ils semblent occuper de l’autre côté de l’Océan, à en juger par les articles de la presse technique. Cela tient, sans doute, au prix élevé de l’énergie électrique et, en meme temps, à la température assez rarement excessive dont nous jouissons. Si en été nous ne voyons pas bien l’utilité des ventilateurs dans les appartements, ils peuvent, au contraire, en hiver, rendre, dans certains cas, les plus grands services. Cela a l’air paradoxal, ces appareils étant en général laits pour rafraîchir. Mais, comme le bonhomme de la fable : « L’un refroidit
- mon potage, l’autre réchauffe ma main, » le ventilateur peut aussi bien réchauffer un point donné en y amenant de l’air plus chaud que le refroidir eu y amenant de l’air froid. En particulier, les vitres des devantures de magasins sont en hiver couvertes de buée et parfois de givre, parce que la température de la vitre et de la couche d’air avoisinante est inférieure à celle du reste de la pièce et que la vapeur d’eau s’y condense. Un ventilateur installé au bas des vitrines et produisant un courant d’air ascendant ou mieux descendant suffirait pour renouveler constamment la couche d’air et réchauffer la glace en empêchant le dépôt de buée. Les secteurs parisiens, pour utiliser pendant le jour leurs machines, dit l'Électricien auquel nous empruntons ce renseignement, auraient intérêt à pousser au développement de cette idée.
- LA MÉCANIQUE DES JOUETS
- l’axe qui galope
- Le jour de l’an dernier a vu naître peu de nouveautés dans le domaine des jouets mécaniques. Le petit âne qui traîne sa voiture en courant au grand galop nous arrive d’Angleterre. Il a été créé par M. Britain, de Londres, l’inventeur des jouets l'écuyère et la toupie lance-hélices que nous avons décrits précédemment.
- Le principe du mouvement du « galoping donkey » est simple et curieux. Les deux pattes de devant de 1 animal sont solidaires et articulées au corps à leur
- partie supérieure ; il en est de môme des pattes de derrière; de plus, l’axe d’articulation de ces dernières permet au corps de l’àne d’osciller légèrement entre les brancards de la voiture. Deux leviers en fil de fer, composés chacun de deux branches oscillant dans deux plans verticaux voisins l’un de l’autre, sont reliés d’une façon rigide aux deux paires de pattes, avec lesquelles ils font à peu près un angle de 90 degrés. Entre les branches de ces leviers oscille un petit arbre coudé articulé aux brancards de la voiture. Celle-ci porte, dissimulé sous sa plate-forme, un lourd volant en fonte que l’on fait tournera l’aide d’une ficelle, comme dans les jouets d’aujourd’hui, et communiquant son mouvement
- par friction aux deux roues de la voiture. Supposons que celle-ci soit mise en mouvement dans la position indiquée sur la figure A de notre dessin, où l’on voit les quatre pieds de l’animal réunis et les leviers maintenus en l’air par le coude de l’arbre. Le jouet étant posé sur le tapis de la table (un tapis est nécessaire pour éviter le glissement), les pieds de derrière s’y appuieront et, par suite du mouve ment de propulsion en avant, le corps de l’àne oscillera autour de son axe d’articulation, et les pattes de devant se soulèveront, ne trouvant plus d’appui sur le sol. En même temps, le levier d’arrière basculera en faisant descendre le coude de l'arbre qui descend alors à la position B, et ce mouvement aura abaissé le levier d’avant qui force les pattes de devant à s’écarter à leur maximum d’éloignement. L’avant de l’animal retombe sur le tapis où les pattes de devant rencontrent une légère résistance; c’est donc autour de l’articulation des pattes de devant que le mouvement d’oscillation du corps se fera ; le levier d’avant remontera à la position A, et ainsi de suite. Par suite de la combinaison de ces deux mouvements, — oscillation du corps de l’animal et rapprochement ou éloignement rapide des pattes au moyen des leviers, — l’inventeur est arrivé à reproduire un mouvement de galop d’une vérité étonnante. Arthur Good.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdjer.
- L’àne galopant.
- 1. Détails du mécanisme. — 2. Vue d’ensemble du jouet.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1081. — 17 FÉVRIER 1894
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- LES EAUX DE DRAINAGE EN HIVER
- J’ai déjà eu occasion, à plusieurs reprises, de parler ici même des cases de végétation établies à l’École de Grignon; le lecteur qui voudra bien se reporter à notre précédent article1, verra que ce sont de grandes boîtes en ciment imperméable de
- 4 mètres cubes de capacité renfermant environ
- 5 tonnes de terre. Elles sont percées à la base d’un orifice par lequel s’écoulent les eaux qui ont traversé le sol : les eaux de drainage. L’analyse de ces eaux est très intéressante; elles renferment, en effet, un des éléments les plus importants de la nutrition végétale, les nitrates.
- On sait, aujourd’hui, grâce aux travaux de MM. Scblœsing et Muntz, que les nitrates se forment aux dépens des matières azotées contenues dans l’humus, par l’activité d’une série de ferments agissant, les uns après les autres, sur ces substances complexes qui proviennent des réJ sidus des végétations antérieures, du fumier ou des engrais animaux introduits dans la terre.
- Les nitrates sont très solubles dans l’eau, ils filtrent aisément au travers du sol; quand la terre est couverte de végétaux, les eaux qui arrivent aux drains et sont expulsées en dehors, ne renferment que peu de nitrates, car les végétaux en sont très avides, ce sont des engrais puissants et leur efficacité est telle que les cultivateurs dépensent tous les ans de grosses sommes pour les acquérir. Chaque année 500 000 tonnes de nitrate de soude sont expédiées ' du Pérou pour l’Europe, représentant environ une valeur de 100 millions de francs; et cette dépense doit être sans cesse renouvelée, car les nitrates introduits sont ou assimilés ou perdus, ils ne persistent pas dans le sol.
- Il faut donc concevoir que l’azote des engrais sous Tinfi,uence des ferments forme des nitrates,
- 1 Voy. n" 1025, du 7 janvier 1805, p. 85.
- 223 année. — lor semestre.
- mais l’expérience enseigne que malheureusement, au printemps au moment où les plantes croissent vigoureusement, cette production spontanée de nitrates n’est pas assez active pour conduire aux grandes récoltes, d’où la nécessité, pour les obtenir, de répandre du nitrate de soude.
- Les nitrates sont à la fois solubles et assimilables, les plantes qui croissent sur le sol, les eaux qui le traversent se les disputent.
- Comment ces nitrates formés dans le sol ou acquis se partagent-ils entre les récoltes et les eaux de drainage, c’est ce qu’il est possible de découvrir à l’aide des cases de végétation; en effet, en analysant les récoltes on sait quelle est la quantité
- d’azote qui a été assimilée et en analysant les eaux de drainage celle qui a été entraînée.
- En été, quand la végétation est luxuriante, les eaux de drainage sont rares, la plus grande partie de l’eau tombée est rejetée dans l’atmosphèr re par la transpiration formidable des végétaux; en outre les eaux sont peu chargées, les nitrates sont retenus ; par suite, les pertes d’été sont peu impo r tantes ; mais qu’ arrive -t-il en hiver? C’est là le point sur lequel je veux aujourd’hui attirer l’attention des lecteurs de La Nature.
- Pendant l’hiver 1892-1895, on a trouvé que les eaux de drainage des terres nues, ne portant pas de végétaux, étaient très chargées, les pertes par entraînement considérables, mais qu’il n’en était plus de même des terres en prairie permanente ou de celles qui portaient du blé semé à l’automne. Ces eaux étaient très pauvres au contraire; il y avait lieu de s’en étonner : il était invraisemblable que les terres placées dans les cases où le blé était semé, n’eussent pas nitrifié comme les terres voisines non emblavées; et, d’autre part, il était singulier que pendant l’hiver la végétation du blé ou celle des graminées de la prairie fût assez ac-; tive pour assimiler et utiliser les nitrates.
- On eut alors l’idée de rechercher ces nitrates en
- 12
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- nature dans les racines et les jeunes tiges. MM. Ber-thelot et André avaient indiqué, il y a déjà plusieurs années, leur présence universelle dans les plantes, et peut-être nous trouvions-nous devant une accumulation de nitrates dans les organes en voie d'évolution.
- C’est bien ainsi, en effet, qu’il faut expliquer la pauvreté des eaux provenant des terres emblavées.
- Rien n’est plus facile que de constater la présence des nitrates en nature dans les racines; on enlève une touffe de gazon ou encore une touffe de blé, on dessèche à l’étuve, puis en mouillant avec une dissolution d’un réactif actuellement très répandu dans les laboratoires : le sulfate de diphénilamino, on voit les racines présenter la coloration bleue intense, caractéristique des nitrates.
- Ils sont particulièrement abondants dans les racines de blé et il était intéressant de savoir si ces racines au commencement de l’hiver présentaient déjà un développement marqué. J’ai appelé l’attention, l’été dernier, sur la longueur extraordinaire des racines de blé. La Nature a reproduit une photographie d’une de ces racines atteignant une longueur de 1111,751, ces racines sont très fines, très délicates, il est difficile de les extraire sans les casser ; aussi pour les suivre plus facilement ai-je fait semer du blé sur un talus; le 15 décembre, il était en pleine végétation, j’ai fait enlever à l’aide d’une bêche le bord du talus, puis en lançant de l’eau avec une seringue de jardinier, on a pu désagréger la terre et mettre les racines à nu. M. Julien, répétiteur de botanique à l’École de Grignon, a pris une photographie, qui est parfaitement reproduite dans la gravure ci-jointe : on voit que le jeune blé, qui ne montrait que de petites tiges de 8 centimètres environ, avait des racines au moins trois fois plus longues; ces racines s’enfoncent tout droit dans le sol, elles sont très peu ramifiées au collet; au commencement de l’hiver le blé n’a pas encore tallé.
- Nous avons dit que les nitrates sont très solubles dans l’eau, on peut être étonné, par suite, que les racines puissent les disputer à l’eau, s’en saisir et les retenir: elles les retiennent, cependant, mais seulement lorsqu’elles sont vivantes; M. De-moussy, préparateur de physiologie végétale au Muséum, a montré tout récemment qu’en lavant les racines à l’eau froide, on n’enlève pas jlo nitrates, mais qu’on les extrait sans difficultés, à l’aide de l’eau bouillante, ou même avec de l’eau froide, quand les racines ont été exposées pendant quelque temps aux vapeurs du chloroforme qui tuent les cellules; c’est donc la partie vivante de la cellule, le protoplasma, qui a la propriété de retenir les nitrates.
- Il est très intéressant de constater que, pendant l’hiver, les plantes emmagasinent les nitrates qui .seront transformés au moment de la végétation
- * Voy. n" 1057, du 2 septembre 1895, p. 209.
- active et serviront à ce moment à la constitution des matières albuminoïdes.
- En résumé, on voit que les eaux de drainage entraînent les nitrates tant que les terres sont découvertes, tant qu’elles ne portent pas de végétaux, mais qu’au contraire les eaux sont très pauvres quand elles proviennent de terres qui portent des plantes. A ce point de vue, l’assolement généralement adopté dans la région septentrionale, pendant lequel le blé succède aux betteraves, est très bien conçu. On sème les betteraves au mois d’avril, on les arrache en octobre, rapidement on laboure, on sème le blé qui reste sur le sol jusqu’au mois d’août de l’année suivante ; pendant seize mois la terre est couverte, tous les nitrates apportés ou formés sont retenus ; il est vrai que la terre reste découverte pendant les huit mois suivants et qu’à ce moment-là les pertes peuvent être considérables. C’est pour les éviter que, depuis plusieurs années, je préconise les semis de culture dérobée d’automne qui occupent le sol d’août à novembre et empêchent les déperditions à l’époque où elles sont considérables. Les plantes ainsi obtenues sont consommées par le bétail dans les années où le fourrage est rare, enfouies comme engrais vert, dans les années où il est abondant. Dans ce dernier eas les matières azotées, élaborées à l’aide des nitrates retenus, se décomposent dans le sol, y donnent de l’ammoniaque, puis des nitrates; l’azote se retrouve sous la forme qu'il avait à l’automne, mais nous sommes arrivés au printemps et la terre porte des récoltes qui retiennent les nitrates et les utilisent.
- P.-P. Dehérain,
- île l’Institut.
- L4 LOCOMOTIVE ÉLECTRIQUE
- DE M. J.-J. HEILMAXX 1
- C’est une vérité banale que les difficultés d’une application industrielle croissent avec les développements de cette application, souvent plus vite que les progrès correspondants de la technique. Nous pourrions citer comme exemple typique le développement inattendu, excessif même, des communications téléphoniques urbaines et interurbaines, question que nous aurons prochainement l’occasion d’étudier en délail à propos des nouveaux bureaux téléphoniques parisiens. La Locomotive électrique de M. J.-J. Ileilmann, et la genèse de sa conception, nous fournissent un nouvel exemple à l’appui de cette vérité.
- Avec le développement des lignes de chemins de fer, de leur trafic et leur pénétration dans des contrées de plus en plus accidentées, on a été conduit à faire remorquer aux locomotives des trains de plus en plus lourds, à des vitesses de plus en plus grandes, en franchissant des rampes de plus en plus raides, et des courbes de rayons de plus en plus petits.
- 1 Voy. i.° 1080, du 10 février 1894, p. 102.
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- Pour satisfaire à ces exigences sans cesse croissantes, il faut à la locomotive des qualités de stabilité d’adhérence, de puissance et de souplesse que la locomotive ordinaire, malgré les études et les progrès incessants dont elle est l’objet, ne présente que très imparfaitement.
- Nous ne saurions, dans l’espace qui nous est imparti, examiner en détail les raisons pour lesquelles la locomotive ordinaire ne satisfait pas à toutes ces conditions, quelquefois contradictoires; les types innombrables de locomotives actuellement réalisés et mis en service par les diverses compagnies de chemins de fer françaises et étrangères, l’ont été en vue de répondre, dans chaque cas, à des exigences spéciales de service et pour satisfaire des besoins particuliers nés des particularités de la ligne, du trafic, des habitudes, etc.
- Lorsque, depuis une quinzaine d’années, l’électricité a pris le développement industriel que chacun connaît, on s’est demandé s’il ne serait pas possible d’utiliser à la locomotion les qualités particulières de cette forme alors peu connue de l’énergie; de cette époque datent les premières tentatives véritablement pratiques de locomotion électrique.
- L’application de l’électricité à la locomotion électrique peut se faire de trois manières essentiellement distinctes.
- La plus ancienne, la plus évidente et la plus employée, consiste à produire l’énergie électrique dans des stations centrales fixes et à la transmettre aux véhicules, généralement automobiles, par un conducteur isolé, le plus souvent aérien, quelquefois souterrain ou à fleur du rail, le retour du courant s’effectuant par les rails ordinaires. Tous les tramways électriques américains et un certain nombre de lignes de chemins de fer, fonctionnent d’après ce système, auquel appartient incontestablement l’avenir au point de vue des grandes vitesses, chaque fois que les circonstances permettront la construction de lignes neuves, spécialement étudiées et construites pour ces grandes vitesses.
- Le deuxième mode d’application de l’électricité à la locomotion consiste à réaliser un véhicule autonome en produisant l’énergie électrique directement par des piles, ou bien en emportant une réserve dans des accumulateurs. Cette solution semble limitée aux véhicules sur routes destinés à des parcours de peu de durée, avec de faibles vitesses. Les progrès futurs apportés aux accumulateurs, étendront et généraliseront cette application, et nous donneront le fiacre électrique, mais non la locomotive. Tout au plus pourra-t-on s’élever jusqu’au tramway; mais il faut reconnaître que les tentatives faites dans cette direction jusqu’à ce jour, n'ont pas été heureuses, sinon au point de vue technique, du moins au point de vue financier.
- Le troisième mode, dont la locomotive Heilmann constitue la première conception et la première réalisation pratique, assigne à l’électricité un rôle plus effacé ; elle ne sert que de transmission intermé-
- diaire de la puissance mécanique entre le moteur à vapeur et les axes des essieux.
- L’énergie subit une série de transformations assez complexes, depuis le moment où elle prend naissance par la combustion du charbon : après avoir été transmise sous forme thermique à la vapeur d’eau, elle prend la forme mécanique dans un moteur fixe, électrique dans une dynamo-génératrice, et redevient une seconde fois mécanique dans les moteurs électriques disposés sous les essieux.
- Ces multiples transformations ont pour objet de placer le moteur à vapeur dans de meilleures conditions de fonctionnement que pour la locomotive ordinaire, de rendre la charge totale utile pour l’adhérence, de permetre l’accroissement de dimensions de la locomotive et, par suite, de sa puissance, et enfin de lui donner, grâce à l’emploi de boggies moteurs, une souplesse incomparablement supérieure à celle des locomotives ordinaires.
- La combinaison présente d’autres avantages accessoires dus à ce que tous les appareils exigeant des soins et un entretien sont à l’intérieur du wagon et facilement surveillés ; le chauffeur-mécanicien et le pilote sont séparés, avec des services bien distincts; ce dernier, placé à l’avant, peut mieux surveiller la voie et les signaux, et manœuvrer les appareils placés sous sa main en temps opportun. Enfin la douceur du mouvement, exempt de lacet, de galop et autres réactions personnelles à la locomotive, étant supprimées, l’entretien de la voie est moins dispendieux et permettrait de réaliser, de ce chef, dej sérieuses économies.
- Après ces quelques considérations générales, il ne nous reste plus qu’à décrire la locomotive sous sa forme dernière, représentant le résultat des diverses transformations delà conception initiale, telle qu’elle fonctionne actuellement sur la ligne de l’Ouest.
- La locomotive forme un ensemble rigide de 16 mètres de longueur entre tampons, monté sur deux longerons en tôle d’acier, supporté par deux boggies à quatre essieux chacun, les huit essieux étant rendus moteurs à l’aide d’un nombre égal de moteurs électriques calés sur leur axe.
- Chaque boggie est formé de deux longerons en tôle d’acier, avec un ensemble de dispositions dont le détail nous entraînerait trop loin, et qui assurent une répartition égale de la charge sur tous les essieux, ainsi qu’un mouvement de rotation et un léger déplacement en tous sens nécessaire pour franchir les courbes. Le boggie à quatre essieux permet le passage progressif de la charge au joint de rails, et réduit dans une grande mesure la hauteur de chute du véhicule à chacun de ses passages.
- Le poids en ordre de marche de la locomotive atteint 110 tonnes, ce qui est un chiffre élevé relativement à la puissance disponible à la jante des essieux, plus élevé que celui relatif aux locomotives ordinaires à action directe ; mais il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit ici d’un premier appareil d’expérience; le système sera simplifié
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- et notablement allégé dans les types ultérieurs.
- La vapeur est fournie par une chaudière tubulaire en acier du type Lentz (tig. 4) de 7m,9 de longueur et de près de 2 mètres de diamètre, avec une surface de chauffe totale de 4 45 mètres carrés. La vapeur est produite à la pression normale de 12 kilogrammes par centimètre carré.
- Le foyer en tôle ondulée se prolonge par une chambre de combustion où se déposent les escarbilles entraînées et d’où l’on peut en faire périodiquement l’extraction par jet de vapeur. Les gaz chauds sont appelés dans la cheminée par l’échappement de vapeur qui produit ainsi un tirage proportionné à chaque instant à la vitesse du moteur.
- Une soute à charbon, pour 6 tonnes, et des réservoirs à eau, pour 10 à 12 tonnes, sont disposés de chaque côté de la chaudière, ce qui fait de l’ensemble une véritable locomotive-tender. La cheminée est placée à l’arrière et la porte de foyer tournée vers l’avant. Cette combinaison favorise le tirage et facilite le rôle du chauffeur-mécanicien placé sur la plate-forme ménagée entre la chaudière et le moteur à vapeur, et séparé du pilote placé, comme nous l’avons dit, tout à fait à l’avant.
- Le moteur à vapeur alimenté par la vapeur de cette chaudière est à deux cylindres montés dans le prolongement l’un de l’autre, et agissant sur deux manivelles calées à 180 degrés. Grâce à cette eom-
- Fig. 2. — Moteur à vapeur système Charles Brown.
- Fig. 1. — Chaudière type Lentz.
- Fig. 3. — Dynamo C.-E.-L. Brown.
- Fig. 4. — Moteur électrique monté sur chaque essieu.
- binaison ingénieuse, spécialement étudiée par M. Ch. Brown, les deux pistons, bien que d’inégal diamètre, ont même masse, même course, et se meuvent toujours en sens inverse l’un de l’autre avec la même vitesse, ce qui équilibre exactement leurs mouvements et détruit les oscillations perturbatrices de leurs mouvements alternatifs. Ce moteur (fig. 2) fonctionne à détente fixe, dans des conditions économiques, qui correspondent au minimum de consommation de vapeur pour une puissance donnée, et à vitesse variable. A la vitesse angulaire de 560 tours par minute, il produit une puissance utile de 600 chevaux, puissance qui atteint 800 chevaux lorsque la vitesse est de 800 tours par minute. La vapeur arrivant à la pression initiale de 12 kilogrammes par centimètre carré dans le petit cylindre,
- pendant les 60/100 de sa course, s’y détend et arrive au grand cylindre à la pression de 4,5 à 5 kilogrammes par centimètre carré où elle est également admise pendant les 60/100 de la course.
- Le poids de ce moteur ne dépasse pas 5100 kilogrammes, ce qui correspond à une puissance spécifique relativement élevée, le moteur ne pesant pas plus de 10 kilogrammes par cheval effectif. La consommation de vapeur prévue est de 11 kilogrammes par cheval-heure effectif.
- Le moteur à vapeur commande directement la dynamo à courant continu (fig. 3) placée dans le prolongement de son axe, vers l’avant de la locomotive. Cette dynamo à courant continu est à 6 pôles à induit en anneau, avec inducteur en acier doux et pièces polaires rapportées. L’enroulement permet
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- de fonctionner avec trois, deux ou même une seule paire de balais : ces balais sont en charbon, comme ceux des moteurs. Le bâti forme une couronne dont le diamètre extérieur est de 2 mètres ; le diamètre
- de l’induit est de lm,24. Cette dynamo produit normalement 1000 ampères sous 400 volts, ou 400 kilowatts. Elle est excitée séparément par une dynamo indépendante compound à 4 pôles actionnée par un
- Fig. G. — Vue latérale d’ensemble de la locomotive électrique, l’avant-bec taille-vent enlevé pour montrer le moteur à vapeur, la dynamo génératrice, l’excitatrice et son moteur spécial. (D’après une photographie.)
- moteur spécial du type pilon à deux cylindres et à pistons à mouvements équilibrés, comme le moteur principal. Cette dynamo peut débiter normalement 50 volts et 260 ampères. Une partie du courant sert à l’excitation, l’autre à l’éclairage du train et à la charge d’accumulateurs disposés dans le fourgon,
- accumulateurs qui assurent et continuent l’éclairage pendant les arrêts de l’excitatrice. Cette excitatrice permet également de franchir le point mort du grand moteur à vapeur lorsqu’il s’y est éventuellement arrêté. Ce résultat est obtenu en reliant pendant un instant l’induit de la grande dynamo à
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- l’excitatrice : cette grande dynamo fonctionne comme moteur et entraîne le moteur à vapeur qui franchit ainsi le point mort.
- Les moteurs électriques, au nombre de huit (fi". 4), sont du type à 4 pôles et à bobines inductrices, de façon à occuper le moins de place possible sous le corps de la locomotive.
- L’inducteur est en acier coulé. L’enveloppe est fondue d’une seule pièce, et les noyaux des bobines sont rapportés. Ces noyaux sont ronds. L’induit est un anneau denté, mais la denture est surtout employée pour l’entraînement mécanique du fil. L’entrefer a été laissé assez grand en vue de réduire les courants de Foucault dans les pièces polaires. Le diamètre de l’induit est de 65 centimètres. 11 est monté sur un tube en acier qui porte toute la machine, et qui entre sur l’essieu avec interposition de wooâite, matière isolante et élastique, inattaquable par l’huile. Le tube en acier se termine à l’une de ses extrémités par un plateau portant un certain nombre d’encoches également garnies de woodite, dans lesquelles viennent s’engager -des pièces fixées aux bras de la roue, ce qui constitue un accouplement entièrement élastique diminuant le* martelage de la voie et évitant les chocs au démarrage. Des dispositions spéciales sont prises pour assurer le graissage automatique, visiter, régler les balais en charbon, démonter et retirer le moteur monté sur chaque essieu, etc.
- Les huit moteurs forment deux groupes comprenant chacun quatre moteurs couplés en dérivation. Pour le démarrage, les deux groupes sont montés en tension, puis couplés en quantité lorsque le train a atteint une certaine vitesse.
- Un interrupteur permet de retirer individuellement chaque moteur du circuit, soit en cas d’avarie, soit pour réduire la puissance fournie par la dynamo sans changer son excitation ni sa vitesse. Le changement de marche se fait en inversant le courant dans les induits à l’aide d’un commutateur spécial. La partie avant de la locomotive que représentent nos gravures (fig. 5 et 6), et dans laquelle se lient le pilote, renferme tous les appareils de contrôle, de mesure, de réglage et de manœuvre nécessaires à l'étude complète du fonctionnement de la locomotive dans les différents essais auxquels elle est soumise; il faudra attendre les résultats de ces essais, avant de pouvoir se prononcer en connaissance de cause sur les avantages que présente la locomotive à transmission électrique sur la locomotive à transmission mécanique directe ou locomotive ordinaire.
- Comme nous l’avons indiqué dans la Note publiée dans notre précédent numéro, la locomotive Ileil-mann a pu franchir, entre le Havre et Beuzeville, des rampes de 8 millièmes à la vitesse de 55 kilomètres par heure et des rampes de 5 millièmes à une vitesse qui a atteint 80 kilomètres par heure sur une partie de ligne droite et en courbes de 1200 à 2000 mètres de rayon, en remorquant un train d’environ 90 tonnes, et effectuer pendant plu-
- sieurs jours le service d’un train ordinaire. Si ces premiers résultats sont insuffisants pour permettre de conclure, ils sont du moins encourageants : ils ont mis en relief les qualités toutes spéciales de la transmission électrique du mouvement aux véhicules à boggies et montré aux plus sceptiques que l’on n’était pas en présence d’une conception vaine et d’un système irréalisable.
- The proof of the pudding is in lhe eating, dit un proverbe anglais. M. Heilmann a prouvé sa locomotive en la faisant rouler. 11 nous faut maintenant attendre l’avis des ingénieurs de chemins de fer. Espérons qu’ils auront trouvé le pudding de leur goût. C’est, pour M. Heilmann, notre vœu le plus sincère. E. Hospitalier.
- L’INDUSTRIE LAITIÈRE AUX ÉTATS-UNIS
- M. Lezé, qui a eu l’honneur d’ètre délégué par le Ministre de l’Agriculture à l’Exposition de Chicago, avec la mission d’étudier la section de laiterie, a exposé récemment à la Société nationale d’agriculture quelques-uns des résultats de son voyage ; nous emprunterons aux renseignements de M. Lezé quelques détails qui nous paraissent du plus haut intérêt.
- La laiterie est très en honneur aux Etats-Unis et au Canada, et les Américains, avec leur esprit hardi et plein d’initiative, ont réalisé dans cette industrie, des progrès, ont inventé des perfectionnements ou des méthodes nouvelles qu’il est intéressant de connaître.
- Afin de présenter à la Société, d’une manière plus saisissante, l’ensemble des méthodes américaines, M. Lezé a donné la description d’une grande laiterie établie à Saint-Albans, dans le comté de Vermont, avec tous les perfectionnements modernes et les appareils les plus nouveaux et réputés les meilleurs.
- Cet établissement est installé sur un type analogue à celui de nos sucreries pourvues de ràperies. La laiterie de Saint-Albans se compose d’un certain nombre de petites usines réparties dans la campagne des environs et destinées seulement à produire du lait écrémé et de la crème. Le lait écrémé reste dans l’écrémerie et est rendu aux cultivateurs moyennant un prix fixé ainsi que dans les ràperies la pulpe de diffusion est reprise par les fournisseurs, au grand bénéfice de l’économie de transport. Dans l’usine centrale, on réunit la crème de toutes ces écrémeries partielles et on la traite pour la fabrication du beurre. Le chiffre de la fabrication est colossal : on traite chaque jour à Saint-Albans plus de 200 000 litres de lait pour fabriquer environ 10 000 kilogrammes de beurre : c’est la production journalière de 25 à 50 000 vaches qui est absorbée par cette laiterie. Tous les laits sont achetés à l’analyse suivant leur teneur en matière grasse. A cet effet, les échantillons de laits prélevés sont additionnés d’une petite quantité de bichlorure de mercure afin d’en assurer la conservation et on dose la teneur en beurre par le procédé Babcock (traitement à l’acide sulfurique).
- L’usine possède, dans ses écrémeries et à Saint-Albans, 50 appareils centrifuges d’un travail moyen de 1000 à 1200 litres à l’heure et la crème de toutes ces usines est mise à mûrir dans des cuves à bain-marie maintenues à température constante.
- Pour la fabrication du beurre, il y a quatorze barattes de 1500 à 2000 litres de capacité, Le beurre est ensuite
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- délaité dans un des malaxeurs nouveaux et très ingénieux dont M. Lezé donne la description. Les Fargos, au nombre de deux seulement, remplacent six ou sept malaxeurs des anciens modèles. Cette laiterie est pourvue de machines à glace, ascenseurs pour la manipulation des beurres et des caisses et les produits qu’elle fournit sont de qualité remarquable, comparable à celle de nos meilleurs beurres bretons.
- En ce qui concerne l’industrie fromagère, M. Lezé décrit sommairement la fabrication du cheddar, fromage qui présente beaucoup d’analogie avec notre cantal, mais qui est en général bien plus régulièrement fabriqué et de qualité supérieure à nos produits de l’Auvergne.
- Le cheddar est fabriqué dans la journée; à l’aide du chauffage, on accélère les fermentations et on les étudie en appliquant le caillé comprimé sur une barre de fer chauffée modérément.
- Il serait très intéressant pour notre industrie française d’examiner s’il n’y aurait pas lieu d’essayer d’introduire cette fabrication nouvelle qui assurerait à nos produits des prix beaucoup plus avantageux que ceux qu’ils reçoivent d’habitude.
- IA TROUSSE-ÉTIAE
- Chacun sait aujourd’hui qu’un simple nettoyage ne suffit pas pour éliminer les germes infectieux qui ont pu se déposer sur les divers instruments de chirurgie, de même que sur ceux qu’emploient les coiffeurs, les pédicures, etc. Des expériences aussi nombreuses que variées ont rigoureusement prouvé que ces germes résistent à l’action de la brosse, de la poudre d’émeri ou de tout autre moyen mécanique. La désinfection par les agents chimiques, tels que le sublimé corrosif ou l’acide phé-nique, a l’inconvénient d’altérer le métal; quant à la coction prolongée dans l’eau bouillante, elle nécessite une grande perte de temps, et, en outre, n’expose pas les instruments à une température suffisamment élevée. Aussi, la désinfection par la chaleur de l’étuve, avec un minimum de 1 *20 degrés, a-t-elle été adoptée par tous les établissements hospitaliers et par tous les chirurgiens consciencieux. Il suffit, pour la réaliser, de placer les instruments dans une boîte métallique quelconque, et de laisser séjourner le tout pendant un certain temps dans l’étuve.
- Malheureusement cette dernière constitue un appareil d’un prix élevé, et n’est pas, par conséquent, à la portée de toutes les bourses; en outre, son volume la rend intransportable. C’est pour parer à ces inconvénients que M. le I)r Quintard (d’Angers) a eu l’idée de créer la Trousse-Étuve.
- C’est une simple boîte en aluminium, hermétiquement close et sans soudure, dont les dimensions sont celles de la trousse médicale ordinaire. A l’intérieur, elle présente une armature destinée à maintenir les instruments, et, tapissant ses parois, une toile métallique destinée à aider à la diffusion du calorique et à adoucir les contacts. Enfin, et c’est ce qui la caractérise spécialement, chacun de ses deux petits côtés est muni d’un anneau dans lequel on passe une languette de papier afin de maintenir, sans se brûler les doigts, l’appareil au-dessus d’une flamme.
- Pour aseptiser les instruments plus rapidement et aussi sûrement que par tout autre moyen, il suffit d’exposer la Trousse au-dessus d’une lampe à alcool : pendant une minute sur chaque face pour atteindre 120 degrés, pen-
- dant deux minutes pour arriver à 200 degrés. Ces chiffres, exacts et non approximatifs, ont été laborieusement constatés à la suite d’expériences qu’il serait trop long de rapporter ici.
- La lampe employée peut être quelconque, pourvu que l’alcool en soit de bonne qualité, que la mèche ait un centimètre de diamètre et soit élevée de un centimètre au-dessus du bec. Au delà de 200 degrés on arriverait à un détrempage des instruments, mais il est presque toujours inutile de dépasser 120 degrés, température à laquelle ne résiste aucun des microbes agents ordinaires des complications des plaies, ou des maladies de la peau et du cuir chevelu. Disons, toutefois, qu’il est nécessaire de ne confier à la Trousse-Étuve que des instruments à manche métallique.
- Si cet ingénieux appareil, ou plutôt l’idée qui a présidé à sa construction, ne présentait que des applications purement médicales, nous aurions laissé aux seuls organes spéciaux le soin de le décrire; mais il nous a paru intéressant de le signaler à la masse du public, qui confie quotidiennement sa tète aux mains des coiffeurs. Il nous semble que ces derniers auraient tout intérêt, pour eux et pour leurs .... patients, à pratiquer séance tenante la désinfection de leurs rasoirs, ciseaux, tondeuses, etc., par l’emploi si sûr, si simple et si expéditif de la Trousse-Étuve. De même son usage obligatoire, dans l’armée et la marine, où régnent si souvent des épidémies de pelade, nous paraîtrait absolument justifié. Enfin, lorsque la brosse métallique aura détrôné la brosse actuelle, on pourra également la désinfecter par la chaleur, et alors,
- — mais seulement alors, — nous posséderons des salons dfe coiffure vraiment antiseptiques. Dr Mareschal. A;
- IA PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
- Nous avons décrit précédemment la magnifique découverte de M. Lippmann, qui est arrivé à obtenir, il y a plusieurs années déjà, la photographie des couleurs1. Nous allons parler aujourd’hui des nouveaux progrès qui ont été faits depuis cette époque, et nous allons essayer de montrer l’état présent du problème, en cherchant aussi ce qu’on peut en attendre dans l’avenir.
- Après avoir photographié les couleurs simples du spectre, M. Lippmann a reproduit les couleurs composées des objets naturels et photographié, par exemple, des drapeaux, des Heurs et des fruits (oranges avec pivoines), une perruche multicolore, un vitrail à quatre couleurs. Il a employé tantôt l’albumine simple, tantôt le collodion Taupenot. Les anciens procédés se prêtent parfaitement à la reproduction des couleurs pourvu que la couche soit transparente, condition théoriquement nécessaire. On obtient cette transparence simplement en réduisant à moitié la quantité de sel d’argent formée dans la couche et indiquée dans les anciennes formules. Ainsi l’albumine doit contenir 1/2 pour 100 (au lieu de 1 pour 100) de bromure de potassium.
- La seule difficulté est d’avoir un isochromatisme très parfait; si l’on veut que tous les rayons simples
- 1 Yoy, n° 921, (fil 14 février 1891, p. Ifil,
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- viennent d’un seul coup (par une pose unique), à leur valeur, il faut que la sensibilité relative de la plaque pour les différentes parties du spectre soit la même que celle de l’œil, sans quoi les couleurs composées, le blanc surtout, sont altérées. La durée de la pose est d’un quart d’heure au soleil.
- MM. Lumière, qui ont très habilement utilisé les procédés de M. Lippmann, ont photographié avec le plus grand succès des vitraux, des chromolithographies, des paysages d’après nature et enfin des portraits très réussis (un militaire, un chimiste, une petite fille endormie sur une table chargée de fruits).
- Ils ont employé exclusivement un gélatino-bromure transparent, obtenu en mettant un bromure alcalin en présence d’un sel d’argent et d’un excès de gélatine : l’émulsion contient cinq fois plus de gélatine que de bromure d’argent. Ici encore l’iso-cbromatisme seul faisait la difficulté. H est parfait dans les belles épreuves de MM.
- Lumière ; les blancs en donnent la preuve, ils sont éclatants et aussi variés que dans la nature. Le temps de pose au soleil était de trente minutes lors des premières expériences, il y a quelques mois ; il est actuellement de trois à cinq minutes.
- Tels sont les nouveaux résultats obtenus ; ils sont absolument remarquables. Les photographies en couleurs ont été montrées à la Société de photographie, à l’Académie des sciences, aux membres de l’Association scientifique, à la Société des artistes français et M. Lippmann a obtenu les applaudissements que mérite sa belle découverte.
- Si la photographie des couleurs est actuellement un problème résolu, il reste encore bien des perfectionnements à y accomplir. Voici les desiderata des progrès à réaliser : diminuer encore le temps de pose, obtenir à coup sûr des plaques bien isochromatiques (la régularité dans la fabrication laisse encore à désirer) ; tirer des épreuves sur papier : théoriquement, c’est possible, mais les difficultés d’ordre pratique s’y opposent jusqu’ici.
- Nous ajouterons, en terminant, que les épreuves en couleurs ne sont visibles que sous l’angle de la réflexion .régulière. Elles sont, par suite, difficiles à éclairer comme les daguerréotypes. En dehors de l’incidence régulière, on ne voit qu’un négatif ordi-
- naire gris-noir : les parties qui donnent du hlanc paraissent très noires quand on n’est plus dans ces conditions.
- Il y a à cela un grand avantage : impossibilité de retoucher les clichés. Les retouches en couleur se verraient sous toutes les incidences et se détacheraient sur un fond noir, en regardant sous un angle quelconque en dehors de l’incidence régulière.
- M. Lippmann a construit un appareil spécial pour voir les photographies en couleurs sous l’incidence voulue. Cet appareil, que nous représentons ci-dessous, se compose d’une lanterne que l’on voit au milieu de notre dessin. C’est un bec de gaz avec lentille donnant un faisceau parallèle. M. Lippmann emploie un bec Auer pour que la lumière soit plus blanche. Le rayon lumineux est projeté sur un support soutenant le cliché photographique, qui a la dimension et l’aspect des photographies sur verre pour
- projections. Une lentille formant loupe est placée entre le cliché photographique et l’observateur qui regarde à travers un œilleton exactement fixé au foyer, de manière à éviter tout tâtonnement. On peut supprimer la lentille ou regarder à l’œil nu, ou encore employer une lorgnette de spectacle. Il faut regarder en se mettant dans la direction du rayon régulièrement réfléchi, l’œilleton s’y trouve une fois pour toutes. L’angle d’incidence est très voisin de la normale. Quand on se sert de la lorgnette de spectacle, les couleurs sont très nettes, on a l’illusion de voir le paysage même qui a servi d’objet.
- M. Lippmann a eu l’obligeance de nous montrer, à son laboratoire de la Sorbonne, les clichés de photographie en couleurs qu’il a obtenus. Nous avons admiré ces beaux résultats de la science : quelques paysages, dus à MM. Lumière, sont incomparables ; on voit les lleurs, blanches ou roses, qui apparaissent avec leurs couleurs, le ciel est bleu, la prairie est verdoyante : on a sous les yeux la nature elle-même. Si l’on regarde directement à la main le cliché en couleurs, on ne le distingue que difficilement en l’inclinant comme les anciens daguerréotypes. Mais les progrès ne tarderont pas à venir : l’œuvre de M. Lippmann portera ses fruits.
- Gaston Tissandier.
- Appareil de M. Lippmann pour voir les clichés photographiques en couleurs.
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- HISTOIRE D’EN SINGE
- Tout le monde sait qu’actuellement un docteur américain poursuit, sur le langage des singes, des
- recherches dont il n’est guère possible, pour l’instant, d’apprécier la valeur scientifique; mais, tout
- Fig. 3. — Bob buvant à la bouteille. Fig- F F>°b après avoir trop bu.
- (D’après des photographies instantanées.)
- en étant plus simples, des observations sur les moeurs étant appuyées de photographies instantanées. Elles de ces animaux seraient fort intéressantes, surtout fourniraient certainement beaucoup d éléments dans
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- la question si importante du transformisme : c’est ce qu’a pensé M. David Starr Jordan en donnant à la Popular Science Monlhly une étude sur un singe appartenant à l’Université où l’auteur est professeur. Les attitudes du singe ont été reproduites par des photographies instantanées des plus remarquables, dont nos lecteurs pourront juger par les gravures qui accompagnent cet article.
- L’animal dont il s’agit est de la tribu des Cercopithèques; il est né en 1890 dans les forets du sud de Bornéo et a été apporté à San-Francisco : c’est là que des étudiants se sont cotisés pour l’acheter à un marchand de curiosités et pour en faire cadeau à leur Université. Le singe reçut le nom de Bob et fut confié spécialement aux soins d’un étudiant japonais nommé Otaki.
- Bob, à son arrivée, était sauvage, défiant, regardant avec crainte ou même avec haine tous ceux qui l’approchaient; si vous le touchiez, il vous examinait l’œil dans l’œil, les lèvres relevées, les muscles tendus ; et c’était bien autre chose si on le soulevait de terre; mais il ne se hasardait jamais à mordre ou à essayer de s’échapper, quand il sentait avoir affaire à forte partie. C’est surtout le sexe féminin qu’il avait en horreur, tout simplement parce que les femmes l’avaient souvent tourmenté du bout de leur ombrelle quand il était chez le marchand de curiosités; il n’a jamais permis qu’à une seule femme de toucher à sa chaîne, et encore sans jamais se familiariser avec elle. D’une façon générale, du reste, les singes ne semblent point aimer les personnes du sexe féminin. Pour Bob, c’était bien autre chose encore avec les enfants : à leur approche il sautait, essayait de s’élancer sur eux, sifflant, criant.
- Quand Bob était arrivé dans son domicile définitif, sa toison était infestée, comme pour tous ses pareils, d’un petit parasite, le Ilæmatopina quadru-manus, et cela au grand plaisir du singe : il passait presque tout son temps à chercher ses insectes, qu’il mangeait consciencieusement. Mais, ce qu’il y a de plus curieux, on s’est aperçu qu’il faisait semblant d’en manger, lors meme qu’il n’en trouvait point; en effet, un jeune entomologiste ayant voulu étudier cet Ilæmatopina quadrumanus, se mit à en chercher dans la toison de Bob ; celui-ci se laissa faire, mais en même temps, et avec un sérieux imperturbable, il faisait semblant d'en chercher sur les mains de l’étudiant et il en trouvait, ou du moins croquait des insectes imaginaires, nous n’avons pas besoin de le dire. C’était une marque de politesse, car, entre cercopithèques, c’est un service mutuel qu’on doit se rendre couramment; c’est ainsi que Bob manifeste son amitié : si vous êtes bien avec lui, il s’empressera de chercher des petites bêtes sur vos mains (fig. 1) et dans les manches de votre vêtement, et il en croque, ou plutôt il joue ferme des mâchoires, ricanant et semblant au comble de la satisfaction.
- Bob a une terreur profonde des serpents, et si on
- le maintient près d’un de ces animaux, il vous regarde piteusement et pourra peut-être même vous mordre. On a mis une fois une salamandre vivante auprès de lui : après l’avoir examinée avec intérêt, il l’a prise et maniée avec précaution, enfin l’a abandonnée en la voyant inerte. Une peau de renard et une peau de chat sauvage excitent ses terreurs; quand on les approche de lui, il va se cacher derrière une chaise; un beau jour, dans sa fuite, il sauta sur le dos d’une cha'ise qui bascula et tomba sur la peau de renard : Bob, au comble de la frayeur, bondit plus loin, aussi loin que lui permettait sa chaîne. Ce qui est à remarquer, c’est qu’il n’a pas peur d’une peau sans poil ni yeux. Cette terreur semble être de l’hérédité, lui avoir été léguée par ses ancêtres qui ont eu à craindre renards, chats sauvages, serpents.
- Nous avons parlé de sa chaîne : il est à remarquer qu’il n’oublie point cet impedimentum dans toutes ses gambades, et, s’il n’a point appris à défaire un nœud proprement dit, il sait parfaitement la détordre. Il a réussi parfois à la briser, et alors il va faire un petit tour sur les toits ; ce n’est pas une petite affaire que de le rattraper. Quelquefois aussi il va tranquillement s’asseoir dehors, attendant qu’on lui adresse quelque flatterie pour l’attirer : on l’a vu aussi redescendre des toits pour courir après des enfants qui se moquaient de lui, puis se promener sur le gazon, les bras pendants, debout sur ses jambes de derrière, portant haut la tête et examinant avec beaucoup d’intérêt les allées et venues des oiseaux. Quelquefois Bob est sérieux; il prend des attitudes méditatives (fig. 2).
- D’une manière générale, maître Bob ne daigne faire attention ni aux gens ni aux animaux ; cependant il témoigne toujours son antipathie aux chevaux et aux vaches. Il y a notamment un cheval de selle, Billy, qu’il ne peut apercevoir sans faire le gros dos, cracher comme un chat en colère, dresser la queue, etc., tout cela quand Billy n’est pas trop près, car autrement Bob se tient coi. Placé .une fois sur le dos de Billy, il fut saisi d’épouvante, et, remis par terre, il alla conter sa mésaventure à M. Otaki avec force grimaces et force gestes. Le singe a pour grand ami un chien terrier, et cependant une confiance absolue ne règne pas entre eux.
- La première fois qu’on a offert un verre de lait à Bob, après l’avoir examiné, il le but, mais, comme sa bouche est relativement petite, il en fit tomber sur le plancher; la seconde fois il s’y prit soigneusement, ayant compris sans doute ce qui s’était passé. Une autre fois on lui donna une tasse avec une anse, et, après s’en être tout d’abord servi comme d’un verre, il la reposa, la prit par l’anse et but tout comme un enfant. Il a appris à boire à la bouteille, et quand elle est lourde il emploie bravement le système que représente une de nos gravures (fig. 5); dès le premier essai, il a deviné comment il fallait enlever le bouchon ; il se sert pour cela de ses dents, et regarde toujours, avant de boire, s’il y a
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- du liquide dans la bouteille. Il a fait connaissance, à sa grande surprise, avec la limonade gazeuse, et, tout étonné qu’il était de voir sauter le bouchon, il a trouvé le liquide excellent. Il a absorbé un jour une bouteille de Bordeaux, ce qui l’a mis d’abord en gaieté, puis dans état de trouble caractéristique (lig. 4) ; mais, depuis, il refuse le vin. Mis en présence d’une bouteille d’encre, il l’a flairée, puis vidée par terre.
- M. Bob a le cœur tendre, et il a eu deux passions successives : l’une se nommait Mimi, de la tribu des Macaques : c’était une petite bète vive, impatiente, qui eut le don de plaire immédiatement à Bob, ce qui n’empêchait pas celui-ci de lui voler sa nourriture, de la mordre au cou quand on la caressait; Mimi criait, mais c’était tout, elle ne se révoltait pas, ne montrait aucun ressentiment. Ils dormaient tendrement enlacés, chacun passant son bras autour du corps de l’autre. La seconde passion de Bob, Nanette, Macaque, elle aussi, était une personne calme ; Mimi en était très jalouse et la chassait tant qu’elle pouvait, et pourtant Bob n’y faisait d’abord attention que pour la mordre. Mimi fut mise à part et Bob fit de Nanette son souffre-douleur, la volant, la battant, sans que la pauvre bête réclamât. C’était quand il y avait des spectateurs que Bob faisait montre d’autorité en tirant la chaîne de sa compagne, en la mordant au cou; mais, dans l’intimité, il se relâchait de sa dignité et les deux singes se cherchaient mutuellement leurs petits insectes. Nanette était tellement dévouée à son seigneur et maître qu’un jour, renouvelant le « si je veux être battue, moi ! » de la comédie, elle se précipita sur quelqu’un qui donnait une correction à Bob, celui-ci ayant administré une collection de morsures à la Macaque1. Daniel Bellet.
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- DESTRUCTION DES ORDURES
- PAR INCINÉRATION SUR PLACE, A CHICAGO
- La destruction et la disparition rapide des ordures des grandes villes est un des plus importants problèmes posés par l’hygiène publique. Le procédé de transport de toutes les matières qui constituent ces ordures devient vite très onéreux, et depuis quelques années, l’incinération s’est présentée comme un moyen à la fois commode et rapide de ramener économiquement et hygiéniquement le problème à des données plus simples et, partant, plus abordables .
- L'incinération, adoptée déjà dans un certain nombre de villes anglaises, s’effectue généralement dans des destructeurs ou crématoires spéciaux, généralement stationnaires, auxquels sont conduits tous les détritus qui comprennent, outre les ordures proprement dites, constituées par des matières organiques combustibles, des cendres, des
- 1 D’après M, David Starr Jordan,
- semelles de souliers, du verre cassé, de la faïence, de la porcelaine, des boîtes de conserves et un certain nombre d’autres résidus également incombustibles. Le transport en bloc de toutes les ordures au destructeur entraîne donc des frais considérables dont on a cherché à s'affranchir en produisant leur combustion sur place, et ces premières tentatives font l’objet de la présente Note.
- La construction et les habitudes de Chicago et d’un certain nombre de villes américaines sont tout spécialement appropriées au système tout spécial que nous allons décrire et qui, hâtons-nous de le reconnaître, serait fort mal accueilli, et pour cause, dans des villes luxueuses comme Paris.
- La plupart des villes américaines sont construites en forme de damier comportant de grandes avenues, ou artères principales, et des rues perpendiculaires aux avenues; chaque carré ou rectangle compris entre deux rues et deux avenues forme un bloc séparé, généralement dans le sens des avenues, par une ruelle étroite qui porte le nom à'allée et forme, en quelque sorte, l’entrée de service et les dégagements des maisons de chaque bloc. Ces allées sont le réceptacle de tous les détritus et sont occupées, en particulier, par les immenses caisses à ordures de chaque maison, caisses vidées à intervalles périodiques, mais avec une fréquence que nous serions tenté de qualifier d’insuffisante. C’est dans ces allées que circulent les voitures servant à l’enlèvement des ordures ménagères et que stationnent les destructeurs roulant?.
- L’appareil de crémation est des plus simples : il se compose d’un chariot à quatre roues traîné par deux chevaux et portant un foyer cylindrique de 2m,4 de longueur sur lm,2 de diamètre, recouvert d’amiante pour s’opposer au refroidissement par rayonnement et convection, avec une énorme cheminée placée à l’avant. Le corps cylindrique du foyer, constitué par une simple tôle à chaudière, est divisé en trois compartiments longitudinaux dont deux figurent à moitié ouverts dans notre gravure empruntée à notre confrère Scienlific American:
- Le compartiment supérieur est le fourneau proprement dit; le compartiment inférieur est le cendrier. Dans la partie antérieure du cylindre est un troisième compartiment dont la grille est inclinée vers l’avant, de la voiture. Au sommet est une boîte métallique dans laquelle les ordures sont placées préalablement à leur combustion pour les dessécher partiellement. Lorsque la boîte est pleine, on fait jouer une trappe qui vide les ordures dans le foyer où elles sont rapidement réduites en cendres par suite de la température élevée du milieu dans lequel elles arrivent. Pendant cette opération, un ouvrier pousse les matières en combustion sur la grille inclinée de façon à la favoriser et à maintenir la température atteinte, température entretenue à l’aide de pétrole brut renfermé dans deux réservoirs qui le déversent à l’aide de robinets réglables, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière. Grâce à cette disposi-
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- LÀ NATURE.
- tion, la combustion est toujours active : si elle vient à faiblir, il suffit d’un instant pour lui rendre son activité en augmentant un peu l’injection de pétrole. En réalité, la combustion est toujours si active que le destructeur produit un ronflement continu, et qu’il n’est pas rare de voir la cheminée rougir et même blanchir sous l’action de la température élevée à laquelle elle est soumise.
- La puissance dévorante d’un semblable destructeur est effrayante ; les ordures ordinaires y disparaissent comme si elles étaient du papier. La boite placée à la partie supérieure du destructeur ne reçoit que les issues ordinaires : le papier et autres matières inflammables sont placés directement dans
- Destructeur des ordures par iucinératic
- lèvemcnt rapide de ces ordures ainsi carburées.
- Un destructeur roulant et les deux voitures d’enlèvement qui le complètent remplacent de quinze à vingt voitures ordinaires, avec cet avantage appréciable et apprécié que toute substance sujette à putréfaction est brûlée sur place, sans répandre ses odeurs dans la ville qu’elle devait traverser pour atteindre le point d’incinération ou d’amoncellement, et sans risquer de contaminer, dans son exode, les voies qu’elle devrait parcourir. Les produits de la combustion sont vite dissipés, dissous dans l’atmosphère, et ils prennent naissance tantôt en un point, tantôt en un autre : s’ils sont délétères, ils ne le sont tout au moins que chimiquement et sont exempts de microbes, après la température à laquelle ils ont été élevés.
- la partie inférieure par la porte d’arrière, comme le montre la figure. Un des hommes muni d’un ringard remue les matières en combustion afin de séparer les cendres et toutes les matières incombustibles qui, périodiquement retirées de l’appareil de crémation, sont réunies en tas qui seront ultérieurement enlevés par des voitures spéciales. Comme bien des allées sont pavées en bois, la partie inférieure du foyer, devant les portes, est munie d'une feuille de tôle sur laquelle tombent les matières encore incandescentes retirées du foyer. Le volume et la masse des issues à transporter se trouvent, grâce à l’incinération, considérablement réduits, ainsi que le matériel roulant et le personnel nécessaire à l’en-
- , à Chicago. (D’après une photographie.)
- L’expérience des destructeurs roulants de Chicago est encore trop récente pour permettre d’établir des comparaisons avec les systèmes antérieurement employés ; mais il semble déjà acquis, d’après M. Welles, superintendant du service de nettoyage de la ville de Chicago, qu’il en résultera une sérieuse économie et une importante simplification sur les systèmes antérieurs.
- Nous sortirions de notre cadre en cherchant à discuter ce point spécial : il nous suffit d’avoir signalé ce mode original et nouveau de destruction des ordures, et d’avoir montré une fois de plus le développement véritablement remarquable de l’esprit d’entreprise et d’initiative du peuple américain.'
- X..., ingénieur.
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- L’ORTMGORISQUE MOLE
- Les sciences naturelles offrent de nombreux exemples d’animaux rares qui sont beaucoup mieux connus que certaines espèces vulgaires, et cela tient, pour la plus grande partie, soit à ce que ces animaux rares présentent un intérêt exceptionnel au point de vue zoologique, soit à ce que, par leur aspect bizarre, ils ont particulièrement attiré l’attention des natu-ralistes. C’est pour la seconde de ces deux raisons que nous connaissons assez bien l’Orthago-risque môle (Or-thagorùcus mola L.), espèce ich-tyologique qui a été souvent représentée dans les ouvrages d’histoire naturelle et les journaux scientifiques, et dont la figure ci-jointe montre un individu,vu de profil.
- Ce gros Poisson, qui appartient au sou s-ordre des Plectognathes gymnodontes et à la famille des Orthagoriscidés, n’est point mentionné par les savants de l’antiquité dans les écrits qui sont parvenus jusqu’à nous, mais son signalement s e trouve dans les ouvrages de Salviani, de Rondelet et de Gesner, publiés vers le milieu du seizième siècle.
- Le Môle a une forme tout à fait caractéristique; il est très comprimé latéralement; la tête est peu distincte du corps; la bouche et les yeux sont petits, les deux nageoires dorsale et anale longues et pointues, les deux nageoires pectorales peu développées et arrondies, et la nageoire caudale arrondie, courte, et occupant toute la hauteur du tronc entre la dorsale et l’anale. Il est intéressant de dire que chez un grand exemplaire de ce Poisson, capturé dans l’océan Atlantique, entre l’Europe et l’Amérique du
- Nord, pendant une campagne scientifique du prince Albert de Monaco sur son premier yacht l'Hii'on-delle, exemplaire décrit et représenté par le prince1, la nageoire caudale présentait, dans sa partie médiane, un prolongement recourbé en bas, qui constitue une anomalie très exceptionnelle. Ajoutons que le cerveau de ce Poisson est tout petit, et que chez un exemplaire de grande taille (2m,05 de longueur totale) capturé et disséqué par A.-E. Malard*,
- sous-directeur du Laboratoire maritime du Muséum de Paris (à Saint-Yaast-la-Hougue, Manche), le cerveau atteignait à peine la grosseur d’un pois chiche.
- L ’Orthagoris-que môle présente des formes variables suivant 1 âge, ce qui a fait décrire comme espèces différentes des individus qui lui appartiennent in -dubitablement.
- Ce curieux animal est un Poisson pélagique, c’est-à-dire vivant normalement au large, et il ne vient près du rivage que d’une manière accidentelle. Il a une très vaste aire d’habitat et se trouve dans les mers tempérées et chaudes, où on le rencontre en bandes, par couples et isolément. De temps à autre, des individus s’approchent de nos côtes françaises de la Manche, de l’Atlantique et de la Méditerranée, où cette espèce est connue, suivant les localités, sous les noms vulgaires de Lune, Poisson lune, Lune de mer, Rouet, Roi de mer, Lune d’argent, Rot, Mola, Molebut, Muola, etc.
- L’individu représenté par la figure ci-dessus, faite d’après une photographie envoyée à La Nature par le I)r Cochet, de Lille, fut pris au voisinage de
- 1 Bulletin de la Société zoologique de France, scauec du 8 janvier 1889.
- * Le Naturaliste, Paris, numéro du Ier i'cvricr 1889.
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- Dunkerque (Nord), dans les filets de M. Devos. Il fait actuellement partie des collections de la Faculté des sciences de Lille.
- J’ai eu l’occasion, l’été dernier, au cours d’une campagne zoologique, de photographier et de disséquer un exemplaire frais de cette espèce, de taille moyenne, qui avait été capturé par des pêcheurs entre les îles Chausey et Granville (Manche). Ces pêcheurs firent une bonne recette en le montrant à de nombreux promeneurs, aux Casinos de Granville et de Saint-Pair, après quoi je m’en rendis acquéreur pour la très modique somme de 5 francs, car ce Poisson, dont la chair, très blanche, est assez appétissante, n’est pas comestible. Cependant, certains en mangent avec plaisir le foie et la chair, mais la grande quantité de parasites que ce Poisson héberge, à l’intérieur comme à l’extérieur, détermine, chez la plupart des personnes, une répugnance bien légitime, sans quoi on pourrait faire beaucoup de repas avec un exemplaire de taille moyenne, car un tel individu pèse de 50 à 150 kilogrammes environ. t
- En définitive, le Môle n’est guère, outre son intérêt scientifique, qu’un objet de curiosité dont les pêcheurs tirent parfois grand profit en le montrant au public. Quant à la nourriture de cet animal, on ne sait pas encore exactement de quoi elle se compose.
- Ce Poisson vient souvent flotter à la surface de l’eau et laisse généralement les bateaux s’approcher tout près de lui sans fuir, ce qui fait qu’on le capture aisément, mais sa lourdeur rend peu commode de le hisser à bord. Parfois, il se sauve avee rapidité, soit en plongeant, soit en restant à la surface.
- Comme je l’ai dit précédemment, le Môle possède toute une série de parasites, dont on a décrit plus de vingt espèces macroscopiques, appartenant à plusieurs groupes très différents d’animaux.
- Une espèce voisine de l’Orlhagorisque môle, l’Or-thagorisque oblong (Orthagoriscus truncatus, Retz), dont l’aire d’habitat est énorme, se rencontre, mais tout à fait rarement, sur les côtes de notre pays.
- Hexri Gadeau de Kervili.e.
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- CHRONIQUE
- La vigne en Russie. — Puisque nos viticulteurs se plaignent, avec raison d’ailleurs, et qu’il n’est question, cette année-ci, que de ce que l’on appelle « la inévente des vins )), il n’est pas inutile de montrer qu’en Crimée les plantations de vignobles s’étendent de plus en plus, et que les viticulteurs y livrent un rude combat au sol et à la rigueur de la température. On raconte qu’il y a une dizaine d’années, un berger planta en vigne un lopin de terre argileuse qu’il avait reçu en cadeau. Le succès dépassa toutes ses espérances, et depuis, la population des environs se mit à cultiver la vigne sur des terrains sablonneux et argileux. D’autre part, depuis un certain temps, on avait vu dans le district de Dniéper d’immenses espaces de belle terre labourable s’ensabler et devenir stériles.
- Les conseils généraux et les grands propriétaires se sont émus de cette situation et ont décidé d’opposer à ces dunes des plantations de vignes. L’expérience eut un succès inespéré et la population riveraine se livra à la culture de la vigne. De petites maisonnettes de vignerons s’élèvent avec une rapidité vraiment étonnante pour qui connaît le naturel lent et nonchalant de la population de lallussie méridionale En dehors des bénéfices directs que rapporte cette culture, elle contribue à protéger les champs voisins de l’ensablement. La valeur des terres que l’on considérait comme absolument stériles monte rapidement. La population du district Mélitopol a imité l’exemple de ses voisins. Ce succès a une importance vitale pour le pays, car les paysans qui auparavant se donnaient à la culture du blé exclusivement, négligeant les autres branches de l’économie rurale, ont été amenés dans ces derniers temps, à la suite de plusieurs années consécutives de disette, à chercher d’autres moyens d’existence. Ils les ont trouvés dans la viticulture.
- Les accidents de chemins de fer en Angleterre et aux États-Unis. — Un collaborateur de la North American Review vient d’établir une comparaison instructive entre le nombre des accidents mortels de chemins de fer en Angleterre et aux Etats-Unis. L’article se recommande particulièrement à l’attention de ceux qui croient trouver en Amérique un modèle pour le fonctionnement des voies ferrées. En 1892, il est mort en Angleterre 21 personnes par suite d’accidents de chemins de fer, d’après les rapports du Boanl of Trade; tandis qu’aux États-Unis, le nombre des morts, dans cette même année, a été de 116. Durant les trois mois d’août à octobre 1895, on a compté aux Etats-Unis au moins 108 morts accidentelles sur les chemins de fer. « Nous détenons le record de trois mois, dit l’écrivain américain ; mais c’est une humiliation nationale. » Voici maintenant quelques chiffres relatifs aux six dernières années :
- Angleterre. États-Unis.
- 1887 Nombre de morts. . . 25 207
- 1888 — — . . . Il 168
- 1889 — - . . . 88 108
- 1890 — — . . . 10 112
- 1891 - - . . • 5 177
- 1892 — — . . . 21 116
- Moyenne . . . . . 28' 158
- Nos chiffres français pourraient être mis, sans préjudice pour nous, à côté de ceux des chemins de fer anglais.
- Diélectrine. — Tel est le nom donné à une substance isolante particulière, composée de paraffine et de soufre et que son inventeur, M. Hurmuzeseu, vient de présenter à la Société française de physique. Ce mélange est plus dur et moins fusible que la paraffine, moins cassant et moins hygrométrique que le soufre. Grâce à im dispositif spécial employé par M. Chabaud, on parvient à mouler ce produit; on l’obtient bien homogène, très dur, facile à travailler au tour ou à la lime ; aussi peut-on lui donner diverses formes. M. Hurmuzeseu montre à la Société : des bagues, des supports, une bobine, des manches de plan d’épreuve, un électrophore où le disque métallique en aluminium porté par un manche en diélectrine repose sur un gâteau en diélectrine; avec cet électrophore on obtient des étincelles de 0m,02 de longueur ; il reste chargé très longtemps et fonctionne même à l’humidité. L’auteur présente enfin des électroscopes où le support de la tige
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- à laquelle sont attachées les feuilles d’or est un disque en diélectrine (la cage de l’électroscope est métallique pour éviter les charges par convection). La nouvelle substance, très inaltérable, comme le prouvent des échantillons parfaitement conservés depuis 1892, rendra de grands services pour les isolements, surtout dans les endroits humides. À la séance de Pâques de la Société de physique, l’auteur exposera divers appareils, en particulier deux machines électrostatiques construites par M. Chabaud. Tout cela est fort intéressant, mais combien serait-il plus intéressant de connaître le dispositif spécial ou tour de main qui permet de mouler la diélectrine, ainsi que son procédé de fabrication.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 février ISM. —Présidence de M. L<kwy.
- Cristallisation artificielle du carbone. — M. Moissan a établi par ses expériences de l’année dernière sur la reproduction artificielle du diamant que, sous la pression ordinaire, le carbone cristallise en graphite, quelle que soit la température, mais que sous l'effet d’une forte pression, la cristallisation donne un carbone plus dense. Il avait réalisé la cristallisation sous forte pression en refroidissant brusquement dans 1\ au un culot de fonte saturée de carbone. Les cristaux ainsi obtenus avaient la densité du diamant, rayaient avec facilité le rubis et brûlaient en donnant quatre fois leur poids d’acide carbonique. Mais les plus volumineux ne pesaient pas plus de 6 milligrammes. M. Moissan estima que cette extrême petitesse des cristaux pouvait être due aux mauvaises conditions de refroidissement du culot, car lorsque celui-ci est porté à une température qui dépasse 2000 degrés, puis immergé dans l’eau froide, le liquide, par un effet de caléfaction, ne le touche point et c’est par rayonnement au travers de la gaine de vapeur que le refroidissement s’effectue. M. Moissan a donc cherché un autre moyen de provoquer la solidification brusque, par abaissement de température. Il a d’abord essayé un bain d’étain fondu, mais sans succès, parce qu’il se produit à la haute température de l’expérience un alliage d’étain et de fer. Avec un bain de plomb fondu maintenu à la température de 400 degrés, le, résultat a été tout différent. De petits globules de fer remontaient à la surface du bain de plomb, en vertu de leur infériorité de densité. Ces globules étaient recueillis avec une écumoire; en dissolvant ensuite le fer par les acides, on a obtenu de petits diamants qui atteignaient un demi-millimètre de diamètre. Les uns affectaient une forme triangulaire avec une surface striée, d’autres des formes arrondies avec une surface semée de petites cupules. M. Moissan signale ce dernier aspect comme tout à fait analogue à celui de certains diamants naturels. De plus, quelques-uns des diamants triangulaires se sont segmentés au bout de quelque temps; or, on sait que les diamants naturels présentent quelquefois ce phénomène, après avoir été sortis de terre. Enfin, par refroidissement dans la limaille de fer, M. Moissan a préparé des diamants présentant le caractère que les joailliers appellent des crapauds. Ces derniers diamants brûlent facilement dans l’oxvgène, à la température de 900 degrés; les diamants triangulaires peuvent bien être brûlés, mais ils laissent un résidu de grains brillants, constitués probablement par du siliciurc de carbone:
- Le venin de vipère. — MM. Physalix et Bertrand ont constaté que les animaux inoculés avec du venin de vipère
- atténué par la chaleur, contractaient une véritable immunité vis-à-vis du venin naturel. Mais cette immunité ne se manifeste pas immédiatement; ce n’est qu’au bout d’un temps évalué par eux à 48 heures au minimum qu’elle apparaît. Les auteurs s’appliquent à interpréter cé fait. D’après eux, ce n’est pas la substance inoculée qui est immunisante; c’est par un phénomène secondaire que l’animal reste indemne. La substance immunisante serait élaborée par l’organisme marne et la substa* ce inoculée jouerait seulement le rôle d’un ferment. Ils donnent pour preuve de cette conception, que le sérum du sang acquiert la propriété d’etre toxique. Il leur paraît également certain qu’à l’aide d’inoculations répétées, on peut renforcer la propriété immunisante; ils espèrent, par cette voie, pouvoir détruire ainsi l'effet du venin animal qui aurait pénétré dans l'organisme.
- Découverte de fossiles. — M. Henri Filhol donne la description de divers mammifères appartenant au type des édentés et provenant des phosphorites du terrain tertiaire du Quercy. Il signale dans le même gisement la dé:ouverte d’un débris deGarapau,d’une sorte deGlyptodon, animal qui se rapprochait des tatous actuels d’Amérique, dont la vie n’a jamais été constatée en Europe.
- Election. — M. Aimé Girard est élu membre de la section d’éeonomie rurale en remplacement de M. Chambre-lent, par 51 suffrages contre 4 donnés à M. Laboulbène et 2 à M. Muntz.
- Varia. — M. Kunckel décrit l’hypermétamorphose des insectes vésicants et propose de la nommer hypnodie, — M. Stanislas Meunier montre la similitude des grains de platine natif et des grains de platine que l’on trouve dans quelques météorites. — M. Winogradsky a cultivé un microbe anaérobie fixateur de l’azote. — M. Noguès communique les résultats d’un examen des cendres provenant de l’éruption du Calbuco (Chili).
- Cil. DE VlLLEDEUlL.
- IA TRACTION DES BICYCLETTES
- PAR LES CHIENS1
- La bicyclette est en train de conquérir le monde et cela par suite des multiples services qu’elle rend. Dans des villes comme Cosne, tous les médecins, dans d’autres comme Tulle, tous les huissiers vont en bicyclette et le nombre d’agents voyers," facteurs, distributeurs de journaux même qui emploient ce mode de transport, augmente chaque jour. Ce genre de locomotion est à la fois économique, rapide, commode, hygiénique et surtout agréable.
- Les progrès du cyclisme sont dus à trois grands perfectionnements qui ne sont pas encore appliqués aux voiLures et aux wagons de chemins de fer.
- Le premier est l’emploi des billes placées entre l’essieu et la roue de manière à diminuer le roulement . Les deuxième et troisième sont dus aux pneumatiques. On démontre, en effet, par les mathématiques que la roue idéale serait celle dont les rayons seraient en ressorts à boudin parfaits,’
- 1 Voy. Les chiens de trait, n° 1070, du 2 décembre 1893, P- 6-
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- et le tube de caoutchouc approche de cet idéal.
- De plus, lorsqu’un pneumatique rencontre une pierre, il n’oblige pas, comme avec un véhicule ordinaire, toute la charge à passer par-dessus cette pierre : il se contente de se laisser pénétrer par la pierre de telle sorte que, malgré les nombreuses aspérités de la route, la bicyclette roule, théoriquement du moins, comme sur un terrain uni. Dès lors, il suffit d’adapter à la bicyclette un moteur léger pour exécuter de longues courses sans aucune peine, ce qui est à considérer dans les pays de montagnes, surtout pour ceux dont le transport d’un endroit à un autre ne doit pas compter comme fatigue et s’ajouter au travail de la journée.
- L’emploi des chiens me paraît devoir rendre, dans ce sens, des services signalés ; je puis citer comme exemple le résultat auquel je suis arrivé cet été au Mont-Dore et à la Bourboule où je vais tous les jours.
- Ces deux stations thermales sont distantes de 7 kilomètres avec une différence de 200 mètres d’altitude et des côtes très rapides.
- Avec ma bicyclette, je gagne beaucoup de temps sur les voitures à la des- . cente du Mont-Dore à la Bourboule, mais pour remonter les 7 kilomètres qui séparent les.deux stations, au moment de la chaleur, il.faut disposer d’un certain temps de repos à l’arrivée, ce qui ne m’est guère possible. Voici donc ce que j’ai imaginé. Un de mes clients possède un chien avec lequel il fait facilement 50 à 60 kilomètres par jour. Je l’ai prié dé m’en dresser deux à tirer une petite voiture à chien, puis, à tirer devant la petite voiture comme un cheval devant un autre. Je dois avouer qu’à ce moment où je ne savais pas encore monter à bicyclette, je n’avais pas une très grande confiance sur la possibilité de rester à bicyclette pendant que le chien tirerait. Je me consolais à l’avance en me réservant de lui faire traîner mon véhicule lorsque moi-môme je marcherais au pas, c’est-à-dire aux fortes montées. Mais quel ne lut pas mon étonnement et surtout ma joie de voir, dès les premiers jours d’essai, mon fidèle « César » m’éviter toute fatigue et surtout me conduire rapidement.
- Au bout de quelques jours, je partais devant une belle galerie de curieux au départ, et au galop de mes chiens, j’allai de la Bourboule au Mont-Dore;
- sans donner un coup de pédale, je pouvais gagne? vingt minutes sur les voitures ordinaires. J’ai donc pu, grâce à mon invention, utiliser les moments que chacun prend comme repos, après chaque repas, tout en me transportant rapidement et surtout agréablement, tout en gagnant, aller et retour, trente minutes sur les voitures et en prenant à volonté un exercice plus ou moins modéré. J’ai donc fait économie d’un cheval et surtout du temps, ce qui n’est pas à dédaigner pour celui dont c’est le principal capital. J’ajoute que chaque bicycliste dépassé en route recevait l’offre d’un renfort et plus de vingt ont pu s’assurer que la traction des bicyclettes par les chiens est la chose la plus agréable du monde. J’ajoute qu’il est plus facile de se tenir à bicyclette quand le chien tire que lorsqu’on marche seul. Les entraîneurs n’hésitent pas, d’ailleurs, dans les longues courses, à tirer leurs coureurs qui n'ont plus
- alors à s’occuper ni de pédales, ni de l’équilibre.
- Les chiens ont une force de résistance considérable. J’ai fait un jour 56 kilomètres de montée au galop avec quelques minutes de repos tous les 5 à 6 kilomètres et en pédalant à peine. Les personnes qui font usage des chiens leur imposent facilement 60 et 100 kilomètres avec une mauvaise voiture. J’en connais un qui fait 150 kilomètres avec quatre chiens; il est vrai qu’aux descentes trois chiens se prélassent dans la voiture, qu’aux plaines deux seulement sont attelés, et qu’aux fortes montées toute la smala pousse ou traîne le coche.
- Je connais un amateur qui a dressé un chien à pousser son tricycle aux côtes et qui, en revanche, lui offre généreusement une place aux plaines et aux descentes.
- Si, comme je l’espère, grâce au concours de toutes les intelligences qui vont utiliser mon procédé, on arrive à trouver un dispositif qui permette de faire monter rapidement et transporter facilement le chien à la descente, les distances de 100 kilomètres se feront très vite et surtout sans fatigue.
- Dr Madeüf,
- Licencié ès sciences. .
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Traction d'une bicyclette par un chien. (D’après une photographie.)
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- N# 1082. — 24 FÉVRIER 1 894.
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- PALIERS A BILLES
- Bien que d’invention fort ancienne, les paliers à billes n’ont reçu tout d’abord qu’un nombre fort restreint d’applications, et leur développement industriel ne date véritablement que du jour où on l’utilisa pour la construction des vélocipèdes et surtout des bicyclettes. Cela tient à ce que la fabrication des billes et leur emploi offrent des difficultés spéciales aujourd'hui vaincues, grâce aux progrès de la fabrication mécanique et de la métallurgie. On se rendra compte de ces difficultés par l’énumération des principales qualités qu’elles doivent présenter :
- les billes doivent être rigoureusement égales, parfaitement sphériques et présenter une dureté considérable pour résister aux efforts et aux frottements qu’elles subissent. Aussi, pendant plusieurs années, a-t-on préféré des cylindres de roulement aux billes de roulement, la construction d’un cylindre étant incomparablement plus facile que celle des billes.
- Aujourd’hui, la construction des hilles pour paliers est devenue une industrie spéciale d’une certaine importance dont il nous a paru intéressant de signaler à grands traits les procédés employés en Angleterre et en Amérique.
- En Angleterre, c’est Y Aulo-Machinerg C°, de
- Fig. 1. — Ateliers de l’Aulo-Machinery C° pour la labrieation des billes sphériques en acier pour paliers. (D’après une photographie.)
- Coventry, qui s’est fait une spécialité de la construction de ces hilles, et qui les construit pour des diamètres variant entre 5 millimètres et 2 pouces (50, 8 millimètres), dans un atelier dont on pourra apprécier l’importance en jetant un coup d’œil sur la figure 1 ci-dessus que nous empruntons à notre confrère Engineering, et qui est reproduite d’après une photographie.
- Les hilles sont fabriquées avec des liges d’acier d’un diamètre un peu supérieur à celui des hilles â obtenir. Cet acier est du meilleur acier au creuset à grain lin connu sous le nom d'acier diamant et dont le prix dépasse 200 francs par 100 kilogrammes.
- La machine est entièrement automatique dans son
- action; il suffit d’y introduire à la main de nouT velles tiges pour remplacer les tiges travaillées, la machine s’arrêtant d’clle-mème dès que la matière ouvrable fait défaut. Cette première machine coupe les billes et les tourne sphériquement avec une précision de trois millièmes de pouce (7 à 8 centièmes de millimètre). L’atelier représenté dans notre gravure renferme 150 machines à tailler les hilles. Après le dégrossissage, les hilles sont apportées dans l’atelier de finissage où elles sont ajustées à de pouce.
- Après le finissage vient la trempe qui demande des soins tout particuliers. Cette trempe est faite sous l’œil d’un opérateur exercé qui, placé dans une salle dont l’éclairage est uniforme et constant,
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- 22e année. — l" semestre.
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- juge de la température des billes avant de les plonger dans l’eau. La dernière opération est le polissage qui se fait au rouge d’Angleterre; cette opération donne aux billes une belle surface, qualité indispensable pour obtenir un roulement parfait, sans frottement.
- Rendant toute la fabrication, les diamètres des billes sont soigneusement vérifiés à l’aide de machines automatiques constituées en principe par deux barres d’acier trempé placées à une certaine distance, égale à celle du diamètre des billes à vérifier. On
- billes pour djimmos.
- fait rouler les billes sur ces deux barres, et toutes celles qui sont trop grosses roulent jusqu’à l’extrémité des barres et tombent dans une boîte spéciale. On élimine ainsi toutes les billes trop grosses. Les billes restantes passent dans une seconde machine dont l’écartement de barres est plus petit de tlc pouce(0,025 millimètre). Cette machine retient ainsi les billes comprises entre les deux diamètres correspondant aux écartements normaux des règles des deux machines et laisse tomber les billes [dus petites.
- Lorsque les billes sont ainsi classées, elles subissent
- Fig. 3. — Paliers à billes. — 1 et 2. Coussinets ordinaires à une ou deux rangées de billes. — 3. Palier pour axe de voiture.
- un dernier examen microscopique afin d’éliminer foutes celles qui présenteraient le moindre défaut et que le polissage n’aurait pas révélé.
- Cette fabrication est accessoirement accompagnée d'une autre non moins importante, relative à l’outillage de précision considérable, utilisé dans cette nouvelle industrie. L’acier qui constitue les outils tranchants est identiquement le même que celui servant à la fabrication des billes.
- Cette industrie ne produit pas moins de 80 000 billes par jour : la plupart de ces billes sont, naturellement, d’un faible diamètre, mais les billes d’un assez gros diamètre sont de plus en plus demandées, à mesure que la fabrication se développe et que les applications se multiplient.
- Quant au prix, il varie depuis 5 francs la grosse pour les billes de 5 millimètres jusqu’à 100 francs
- la grosse pour des billes de 25 millimètres de diamètre.
- En Amérique, les procédés de fabrication et les modes d’emploi sont un peu différents, si l’on s’en rapporte à une communication faite en avril dernier devant le Franklin Institute par M. George E. Si-monds. La matière première est de l’acier Ressemer renfermant 1 dixième pour 100 de carbone et coûtant 25 francs les 100 kilogrammes, au lieu de l’acier à outils renfermant de 5 à 15 dixièmes pour 100 de carbone et coûtant jusqu’à 100 francs les 100 kilogrammes. 11 est vrai qu’il s’agit ici de billes plus petites, plus spécialement destinées aux axes légers; le diamètre de ces billes varie entre un demi et six millimètres.
- Un traitement métallurgique spécial permet l’emploi de cet acier de qualité plus ordinaire, mais l’exposé du procédé, dont tous les détails ne, sont pas encore publiés d’ailleurs, sortirait de notre cadre. Nous préférons dire quelques mots des expériences entreprises par M. Simonds pour déterminer l’économie réalisée au point de vue des pertes par frottement en substituant des paliers à billes aux paliers ordinaires. Ces expériences ont démontré que le
- Fig. 4. — Palier ù billes circulantes pour ascenseurs.
- frottement est treize fois moins considérable qu’avec les meilleurs paliers à coussinets connus.
- Les essais ont été faits sur un arbre de 5 centimètres de diamètre avec des billes de 9 millimètres de diamètre. Le palier à coussinets soumis à un poids de 90 kilogrammes n’a pas pu supporter une vitesse angulaire dépassant 1000 tours par minute par suite de réchauffement, tandis qu’un palier à billes a pu, à 1000 tours par minute, supporter 1500 kilogrammes sans aucun échauffement. Au point de vue de la résistance, trois billes de 9 millimètres de diamètre ont supporté sans écrasement une charge statique de 20 tonnes par bille, chiffre qui paraît excessif.
- Les mêmes billes roulant entre des surfaces planes parallèles ont supporté plus de 1100 kilogrammes par bille.
- Quant aux applications des roulements à billes, elles sont déjà fort nombreuses et variées : nous citerons en particulier la construction des bicyclettes qui les emploie presque exclusivement, les axes de voitures, les tours, les moteurs, les machines à percer, etc. Les figures 2, 5 et 4 montrent quelques-unes de ces applications ainsi que les formes données aux coussinets dans lesquels roulent les billes, suivant les applications.
- La figure 2 se rapp rte à un coussinet pour axe de
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- dynamos ou autres appareils à grande vitesse angulaire. La ligure 5 montre, en 1 et 2, des coussinets ordinaires, et en 5, une disposition spéciale pour axes de voiture.
- Nous signalerons [dus spécialement trois applications dont deux déjà réalisées, et une troisième (jui, si elle était possible, donnerait un nouvel essor et ferait réaliser de sérieuses économies àla nav igation à vapeur. La première application est relative à une vis d’ascenseur imaginée par M. Charles A. Lieb, et qui présente véritablement une grande originalité (lig. 4). Le frottement de la vis dans son écrou est remplacé par le roulement de plus de 200 billes de 12,5 millimètres de diamètre, chacune d’elles supportant une poussée qui ne dépasse pas 25 à 50 kilogrammes. Arrivées à une extrémité, les billes suivent un canal longitudinal ménagé dans l’écrou et reviennent à la partie antérieure pour être utilisées à nouveau. Le frottement est considérablement réduit, grâce à cette ingénieuse disposition, si réduit que la vis tourne dans son écrou sous l’action de son propre poids, l'ait très remarquable lorsqu’on tient compte de la faiblesse du pas. Une disposition analogue a été employée pour la commande des engrenages par vis sans fin ou des vis sans fin par engrenages, et réalisée récemment en Amérique avec un plein succès. La troisième application, celle que nous voulons suggérer, et sur laquelle les chiffres nous font défaut pour en apprécier la possibilité, est la substitution de coussinets à billes aux coussinets ordinaires pour les paliers de butée des arbres d’hélice des grands bateaux à vapeur. Tous ceux qui ont voyagé sur un transatlantique savent que le palier de butée des hélices est continuellement refroidi par une injection d’eau de mer sous pression, afin d'éviter son échauf-fement. 11 y a là une perte de puissance que nous ne saurions chiffrer, mais qui est certainement importante et pourrait probablement être considérablement réduite par des roulements à billes, en utilisant, bien entendu, les plus grosses que l’industrie dont nous venons de signaler les progrès sache produire. Il n’y a aucune raison de croire qu’un dispositif mécanique qui donne de si bons résultats pour les axes de bicyclettes et les vis d’ascenseurs, ne puisse être utilement appliqué, dans de plus vastes proportions, dans des circonstances où il n’y a pas de petites économies ni de petits perfectionnements.
- X..., ingénieur.
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- LA PLUS HAUTE STATION MÉTÉOROLOGIQUE
- DU MONDE
- L'OBSERVATOIRE I»U MISTI AU PÉROU
- En 1887, M. Uriah A. Boyden légua à l’Observatoire du Collège Harvard (États-Unis) une somme considérable, destinée à l’établissement d’un observatoire assez élevé pour être à l’abri des influences atmosphériques qui, à un niveau moindre, nuisent à l’exactitude des observations. On établit d’abord des stations élevées dans le Colo-
- rado et la Californie. On chercha bientôt dans l’Amérique méridionale d’autres points plus favorables, et la pureté persistante de l’air au célèbre volcan d’Aréquipa (ou Misti), lit choisir ce lieu pour un établissement permanent.
- L’Observatoire est placé sur la crête d'une colline qui domine la vallée, à 02(1 mètres au-dessus de la ville et à 2415 mètres au-dessus de la mer; il est par 16° 22' de latitude sud et 71° 22' de longitude occidentale. Du côté de l’est, le volcan éteint de Pichupicbu s'élève jusqu’à 5580 mètres; 10 kilomètres plus loin, dans la direction du nord-est, se trouve le volcan Misti, haut de 5700 mètres, et à 20 kilomètres au nord se dresse le Charchani, haut de 0000 mètres et toujours couvert de neige.
- L’Observatoire du Misti a été construit sur le bord d’uu précipice immense, à 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer. M. Bailev, directeur du Harvard Observatory d’Aréquipa, au Pérou, a été l’un des initiateurs de la nouvelle station; l’honorable astronome, qui a souvent exécuté l’ascension de la montagne, a publié un récit de ses expéditions. Nous en reproduisons quelques extraits que nous devons à l’obligeance de M. Ed. Forga.
- « Le 27 septembre, il me fut possible, dit M. Bailev, d’arriver au sommet du Misti avec un assistant, des Indiens et deux mules. En marchant à pied et à mule alternativement, nous arrivâmes en bonne condition pour faire des observations scientifiques, et les mules ne furent pas trop fatiguées. Cependant la hauteur produisit un grand effet sur elles; près du sommet elles ne pouvaient faire plus de vingt pas sans un long repos.
- « Le 12 octobre, je visitais encore une fois le sommet avec deux membres de l’Observatoire et douze Indiens; treize mules emportaient les éléments d’une maison portative faite de murs doubles en bois. Nous apportions aussi une petite cabane pour les instruments. On nous envoya des provisions et nous passâmes la nuit à une hauteur de près de 4870 mètres. Plusieurs membres de l’expédition eurent à endurer les plus cruelles souffrances du mal des montagnes.
- (( La station se compose à présent de deux petites maisons, une pour les observateurs, l’autre pour les instruments. Elle est pourvue d’uu baromètre enregistreur automatique, d’un thermographe, d’un hygromètre et d’un anémomètre, de plusieurs thermomètres au mercure. Les trois premiers instruments automatiques marchent dix jours, et un membre de l’Observatoire visite la station trois fois par mois. »
- BATEAU EN ALUMINIUM
- LE (( JULES DAVOUST ))
- MM. le lieutenant de vaisseau Hourst et son second, M. l’enseigne Baudry, chargés de la Mission hydrographique du Niger, ont quitté Bordeaux au commencement de janvier, en emportant avec eux une embarcation démontable, le Jules Davoust, d’une grande légèreté, grâce à l’alliage d’aluminium qui en constitue la coque. Ce petit bateau, que nous représentons d’après une photographie prise près du Pont Royal à Paris, où il a été exposé avant son départ, a un poids lège de 2200 kilogrammes et une capacité de 11 tonnes eu pleine charge avec un tirant d’eau maximum de 0m,42 seulement. La coque est formée de seize demi-tranches assemblées deux à
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- LA N A T U RK.
- deux dans le sens longitudinal sur une forte quille en acier dur qui règne sur toute la longueur de l'embarcation. Dans le sens transversal chaque demi-tranche se relie aux suivantes par des boulons, et l’étanchéité est assurée par l’interposition d'une bande de caoutchouc entre les brides. L’aspect général est celui d’un chaland légèrement affaissé à l’avant. Cette partie est occupée par un rouf en bois pour le capitaine et son second ; la seconde chambre forme une cale qui doit recevoir les approvisionnements ou les marchandises de traite ; l’arrière comporte un rouf pour les laptots de l’équipage. Les trois chambres ainsi formées sont séparées par des
- cloisons étanches. La roue du gouvernail se trouve à l’arrière du rouf du capitaine. Une tente mobile, aménagée à cet endroit, est destinée à protéger le commandant et ses aides pendant les observations hydrographiques, et sert également d’abri au timonier.
- L’embarcation porte trois mâts avec des voiles latines très maniables : ces mats sont eux-mèmes légers, et disposés à peu près à égale distance l’un de l’autre. Elle peut également marcher à l’aviron.
- Deux encorbellements ménagés latéralement vers le milieu de la longueur supportent deux canons llolchkiss à tir rapide.
- Le Jules Davuust, bateau en aluminium destiné à la Mission hydrographique du Niger. (D’après une photographie.)
- Voici les dimensions principales et les poids des divers éléments :
- Longueur totale.....................12m,85
- Largeur . . . . ->....................2m,80
- Profondeur............................0“,8ü
- Largeur hors lisse...................3,n,20
- Longueur du rouf du commandant. . . 4m,00
- Largeur moyenne du rouf du commandant 2m, 10
- Longueur du rouf d'arrière..........3m,00
- Longueur de la cale centrale..........4m,85
- Poids loge.............2200 kilogrammes
- Déplacement total .... 11200 —
- Tirant d’eau correspondant ...... 0m,42
- Poids moyen d’une tranche..........37k£,500
- Ces tranches sont donc facilement transportables, et c’est ainsi démonté que le Jules Davoust doit rejoindre le Niger, d’abord par la voie maritime, puis sur le fleuve du Sénégal, et enfin, en suivant la route de terre qui va de Kayes à Bamakou.
- L’emploi de l’aluminium en alliage résistant et néanmoins assez doux pour subir le forgeage, car l’aluminium pur est un peu aigre, constitue un très sérieux progrès pour la préparation du matériel de transport qui doit être utilisé aux colonies, soit pour la construction de chaloupes démontables, soit pour celle de voitures légères et aptes à suivre partout les mouvements des colonnes expéditionnaires. Le Jules Davoust sort des ateliers de M. Lefebvre, de Paris, qui a déjà fourni un chaland de môme nature à la Mission Monteil et s’est fait une spécialité du matériel de guerre coloniale, notamment des voitures étanches et démontables dont nos troupes ont fait usage à diverses reprises dans les expéditions du Soudan et du Tonkin. G. Richou,
- Ingénieur des arts et manufactures.
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- LA NAITRE.
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- CHEMINÉES D’APPARTEMENT
- APPAREILS POUR AMÉLIORER
- De tout temps on a cherché à recueillir une partie de l’énorme quantité de chaleur perdue dans les tuyaux de nos cheminées ordinaires d’appartement. Celles-ci ne nous chauffent que par rayonnement et tout le calorique contenu dans les gaz de la combustion est sacrifié pour produire le tirage.
- L’ingéniosité des constructeurs s’est appliquée depuis longtemps à transformer, plus ou moins, les cheminées en calorifères sans leur ôter, néanmoins, ce qui fait leur plus grand charme : la vue du feu qui flambe et qui pétille. Les appareils imaginés jusqu’à ce jour peuvent se ramener à trois types distincts, savoir : le type fixe, le type mobile et le type amovible.
- Dans les appareils du type fixe (tous plus ou moins inspirés de l’appareil Fon-det), le fond de la cheminée est garni de tuyaux en métal, présentant un développement de surface aussi grand que possible. La Ranime du foyer vient échauffer ces tubes. Une prise d’air, faite à l’extérieur de l’édifice par une ventouse, amène l’air froid et pur dans ces tuyaux; cet air s’y échauffe et vient sortir dans la pièce par des bouches de chaleur, ordinairement placées sur les côtés de la cheminée. Nous représentons ci-dessus un de ces appareils, l’aérateur Cordier (fig. 1).
- Ce système est excellent en ce sens qu’il ventile
- la chauffe; et les fenêtres avec des bourrelets sans crainte de voir la cheminée fumer. Mais il a l’inconvénicn t d'exiger de véritables travaux de maçonnerie pour son installation dans des cheminées déjà existantes. Lorsque l'appareil est prévu avant la construction de la maison, cet inconvénient n’existe pas et il sera bien difficile d’imaginer une disposition meilleure quecelledes appareils fixes du type Fondet ou autre similaire. Dans les appareils du type mobile, la prise d’air froid se fait dans la chambre môme
- et, généralement, par les chenets, lesquels sont creux. Dans l’appareil imaginé par M. Delarochc en 1827 et perfectionné par lui en 1852, l’air pris par les chenets se rendait dans une bûche en fonte placée au-dessus d’eux dans le fond du foyer et, de là, s’échappait dans la chambre par des tuyaux latéraux débouchant dans les chambranles de la cheminée.
- Dans l'appareil, plus récent, connu sous le nom de Tropique (fig. 2), les chenets creux aboutissent à une boîte verticale en fonte plaquée au fond de la cheminée ; eette boîte porte à sa partie supérieure une sorte de tubulure dans laquelle on place un tuyau recourbé, mobile, en tôle, dont l’extrémité vient déboucher sous le manteau de la cheminée et
- LEUR RENDEMENT CALORIFIQUE
- et assainit la pièce en môme temps qu’il qu'il permet de garnir les portes
- Fig, 1. — Aérateur Cordier.
- Fig. 2. — Cheminée le Tropique.
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- LA NATURE.
- porter la chaleur dans l’intérieur de la chambre.
- Les deux appareils sont mobiles en ce sens qu’on peut les placer facilement dans n’importe quelle cheminée sans être obligé, pour cela, d’exécuter des travaux spéciaux de fumisterie. Mais, une fois installés dans un foyer, ils sont presque fatalement condamnés à y rester, parce que leur poids, aussi bien que leur forme, n’en rend pas le maniement très facile.
- Ils augmentent considérablement le rendement calorifique de la cheminée; ils ont, par rapport aux appareils du type Fondet, l’inconvénient de prendre l’air froid dans la pièce elle-même ; par conséquent ils chauffent, mais ils ne ventilent pas.
- Il ne faut pas néanmoins s’exagérer cet inconvénient, car, en réalité, une cheminée d’appartement possède, grâce à son énorme appel d’air, une très grande puissance de ventilation. 11 est vrai que cet air lui arrive par le dessous des portes et par les
- Fig. 3. — Tlierinoplioro.
- interstices des fenêtres en produisant des vents coulis un peu désagréables.
- Le type amovible est représenté (fig. 3, nos 1 et2) par un appareil tout récent qui, breveté sous le nom de Thermophore, vient d’être inventé par un ingénieur. M. J.-J. Pillet. Celui-là est tout à l'ait amovible et portatif; c’est un meuble dans la véritable acception du mot ; il pèse 2 kilogrammes environ et peut se poser sur la tablette de toute cheminée aussi facilement que l’on y poserait un candélabre. Grâce à une tige de suspension T, en bois, placée en porte-à-faux, il se tient en équilibre absolument stable, exactement comme se tiennent, sur un fil, les petits jouets d’enfants représentant une danseuse de corde ; cela tient à ce que le centre de gravité de l’appareil est placé très au-dessous du point d’appui m.
- Le thermophore se compose d’un tube en tôle ABCDEF, trois fois recourbé sur lui-même. La partie inférieure, ABC (dite serpentin) puise l’air froid dans la chambre par sa branche d’entrée A, laquelle est logée dans le foyer, ainsi que tout le
- serpentin, aussi près que possible du feu. Cet air passe dans la branche de sortie C, où il continue à s’échauffer ; il circule ensuite dans la colonne montante E de laquelle il s’échappe dans la pièce par une bouche de chaleur F.
- La tige de suspension T, en bois sculpté, est fixée à la colonne montante par un collier m en cuivre, muni de deux vis de pression que l’on peut serrer ou desserrer, ce qui permet, en plaçant le collier plus ou moins haut, de régler exactement la hauteur du serpentin d’après la hauteur de la tablette de la cheminée et aussi d’après celle du foyer. Les tuyaux A, B et C, (pii constituent le serpentin, peuvent tourner, à frottement dur, les uns dans les autres ce qui donne la facilité soit de placer la branche d'entrée A au-dessus de la branche de sortie B (fig. 3, n° 2) dans un même plan vertical, soit de disposer ces deux branches dans un même plan horizontal ; on fait alors reposer le serpentin entièrement à plat sur le feu ; c’est dans cette position qu’il chauffe le plus.
- En adoptant la disposition verticale du serpentin, on peut placer jusqu’à six ou sept thermophores, en batterie, côte à côte, dans une même cheminée; et comme l’effet calorifique est sensiblement proportionnel au nombre des appareils, cet effet peut être considérable.
- En général, dans une maison un peu importante, on a trois ou quatre thermophores. S’agit-il, par exemple, le matin, de chauffer rapidement le cabinet de travail de Monsieur ou, dans l’après-midi, le salon de Madame pour son jour de réception, on allume le combustible (bois, coke, charbon ou anthracite), on baisse le rideau de la cheminée, et lorsque le feu est bien pris et bien flambant, on place, en batterie, tous les thermophores dont on dispose. Lorsque la pièce est chaude, ce qui arrive au bout d'un temps très court, on peut enlever les thermophores pour les utiliser dans d’autres chambres. On n’a plus alors qu’à maintenir, sans thermophore, la température, ce qui n’est rien, comparé à la difficulté que l’on éprouve à obtenir les quinze ou dix-huit premiers degrés de chaleur, dans une pièce dont les fenêtres ont été ouvertes le matin pour faire le ménage. Br Z...
- LE MEGALADAPIS
- CCMC 11 IC N' GIGANTESQUE. RÉCEMMENT DÉCOUVERT A MADAGASCAR
- La grande île africaine de Madagascar, dont la superficie dépasse celle de l’Italie, est, comme l’Australie, un véritable continent, ou plutôt le reste d’un continent, bien distinct par sa faune de l’Afrique, dont elle est si voisine au point de vue géographique. Cette faune est surtout caractérisée par la présence de nombreux Lémuriens ou Makis, mammifères quadrumanes appelés aussi faux-singes ou singes à museau de renard, et qui remplacent
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- ici les véritables singes si nombreux en Afrique. On trouve bien quelques Lémuriens en Afrique et dans la Malaisie, mais ils y semblent isolés et comme égarés au milieu d’une faune d’un tout autre caractère. A Madagascar au contraire, ils forment les deux tiers de la population mammalogique, et l’on ne peut douter qu’ils soient dans leur véritable patrie.
- On trouve encore dans cette île un chat fort singulier, le Cnjptoprocte, qui est plantigrade, tandis que tous les autres chats, répandus dans le monde entier, a 1 exception de l’Australie, sont digitigrades. Enfin Madagascar est dépourvue de ruminants indigènes.
- Ces particularités zoologiques donnent à cette île un cachet d’étrangeté presque aussi grand que celui qui distingue l’Australie. Pour trouver une faune comparable à celle-ci, il faut remonter aux époques géologiques anciennes et interroger les fossiles qui les caractérisent. On constate alors, non sans étonnement, qu’aux époques éocène et miocène, c’est-à-dire au début de la grande période tertiaire, des animaux semblables à ceux qui vivent encore à Madagascar peuplaient les forêts du pays qui s’appelle aujourd’hui la France. Le carnivore dont les débris se trouvent dans l’éocène du Quercy et le miocène de Saint-Gérand-le-Puy, et que M. Filhol a nommé Proailurus, diffère à peine du Cryptoprocte de Madagascar. De même, les petits mammifères, qui ont vécu à la même époque en France, et dont les ossements ont été décrits sous les noms à'Adapis et de Necrolemur, étaient des quadrumanes arboricoles très voisins des Makis de Madagascar, en un mot, de véritables Lémuriens. Ce rapprochement n’est pas une des moindres surprises que nous ait ménagées la science.
- Ainsi Madagascar a conservé, jusqu’à l’époque actuelle, une faune éocène, de même que l’Australie possède encore une faune crétacée, c’est-à-dire secondaire.
- On conçoit, d’après ce que nous venons de dire, combien il serait intéressant de connaître les faunes géologiques qui ont précédé celle qui vit encore à Madagascar. Ces faunes anciennes, cependant, nous sont presque totalement inconnues, malgré quelques découvertes isolées bien faites pour exciter le zèle des paléontologistes.
- En 1851, en effet, c’est-à-dire il y a plus de quarante ans, on découvrait à Madagascar, dans des couches relativement récentes, des œufs d’une taille énorme (leur contenance est de huit litres), avec les ossements de l’oiseau qui devait les avoir pondus, et qu’ls. Geoffroy Saint-IIilaire désigna sous le nom d'Æpyornis maximus. C’était un Aptéryx de près de 5 mètres de haut., le plus massif de tous les oiseaux connus, car il dépassait, sous ce rapport même, le Dinornis, qui était plus élancé. Dans les mêmes couches, on découvrit plus tard les débris d’un hippopotame (Hippopotamus Lemerlei) différent de ceux qui vivent en Afrique. C’est à peu près
- tout ce que l’on savait de la faune ancienne de Madagascar. Lu long intervalle devait s’écouler avant que l’on lit de nouvelles découvertes.
- lout récemment, enfin, ces recherches paléonto-logiques furent reprises avec une nouvelle ardeur, et, cette fois, avec des résultats plus encourageants. Les débris fossiles que l’on trouve notamment dans les anciens marais, en partie desséchés, qui abondent dans certaines parties de Madagascar, sont très abondants et leur étude paraît devoir jeter un jour tout nouveau sur la faune ancienne de la grande île de l’océan Indien.
- Le plus remarquable de ces débris est le crâne presque complet d’un grand Lémurien d’espèce éteinte, que M. Forsyth Major, le savant paléontologiste bien connu par ses recherches sur la faune tertiaire de Samos, a décrit sous le nom de Mega-ladapis madaç/ascariensis.
- Un sait que les Lémuriens qui vivent actuellement à Madagascar sont tous de taille moyenne ou petite. Le plus grand d’entre eux, Flndri à queue courte (Indris brevicaudatus), appelé par les Malgaches homme des bois, que nous figurons ici comme terme de comparaison (fîg. 2), atteint à peine un mètre de haut lorsqu’il se tient dressé sur ses pattes de derrière. Son crâne n’est pas plus grand que celui d’un renard.
- Le Megaladapis avait des dimensions trois fois plus fortes, ce qui donne à ce grand Lémurien la taille de l’Orang ou du Gorille, mais avec des proportions et un aspect fort différents, selon toute apparence.
- Nous figurons le crâne de cet animal (fig. 1), aussi exactement que le permet le format de La Nature, c’est-à-dire réduit au tiers de la grandeur naturelle, on a placé à côté le crâne de l’Indri, réduit à la même échelle, ce qui permet de se rendre compte des dimensions réelles du Megaladapis. Les dents de ce dernier sont figurées de grandeur naturelle : on voit qu’elles sont plus fortes que celles de l’homme et comparables à celles du gorille. Enfin la tête de l’Indri, figurée de face et de grandeur naturelle (fig. 5), nous donne une idée de la physionomie que devait avoir un Lémurien trois fois plus grand.
- Le crâne du Megaladapis a 195 millimètres de longueur, et comme la partie antérieure est brisée, on voit que la tête de l’animal vivant devait dépasser 20 centimètres. La largeur aux orbites est de 111 millimètres. La dernière molaire supérieure a plus de 17 millimètres dans son plus grand diamètre, et la molaire inférieure correspondante, qui est très allongée, plus de 23 millimètres.
- Les Lémuriens sont caractérisés à l’époque actuelle par leur cadre orbitaire formant en avant un cercle complet, bien que la cavité de l’orbite communique largement, en arrière, avec la fosse temporale, ce (jui les distingue des singes où cette communication est fermée, comme chez l’homme, par la soudure de l’os frontal avec le sphénoïde et l’os malaire. En outre, la gouttière lacrymale est située en dehors
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- de l’orbite, et non en dedans comme chez l’homme et les singes. Malgré l’allongement du museau, la dentition est assez semblable à celle des singes américains, mais les incisives inférieures sont dirigées en avant (proclives) et quelquefois réduites à deux, comme chez l’Indri. La dentition varie d’ailleurs beaucoup d’un genre à l’autre, et l'adulte perd souvent, par l’effet de l’àge, une ou plusieurs paires de dents qui sont présentes chez le jeune, de telle sorte que la formule dentaire de ce dernier
- est toujours plus normale que celle de l’adulte.
- Le Megaladapis présente les caractères crâniens et dentaires des Lémuriens, mais modifiés d’une manière toute spéciale et dont on ne connaît pas d’exemple parmi les especes vivantes.
- Ce qui frappe tout d’abord, lorsqu’on examine ce crâne à côté de celui des autres Lémuriens, c’est l’étroitesse de la boîte cérébrale qui semble hors de proportion avec l’allongement de la région faciale, la force et la lourdeur des mâchoires. Les Lémuriens
- Fig. 1. — Crânes d’Indri et de Megaladapis. — 1. Crâne d’Indri réduit au tiers de la grandeur naturelle. — 2 et 3. Crâne et mâchoire inférieure de Megaladapis, à la même échelle. — 4. Crâne de Megaladapis vu par-dessus. — 5 et 6. Dents supérieures et inférieures du même, de grandeur naturelle.
- actuels ont bien un museau allongé (un museau de renard), mais leur crâne est toujours beaucoup plus arrondi et renflé en arrière que celui du Megaladapis. La cavité cérébrale de ce dernier n’a pas plus de 7 centimètres de long, de sorte que le cerveau de ce grand Lémurien n'était pas plus gros qu’un œuf de poule : c’est la dimension ordinaire du cerveau de l’Indri dont le crâne est trois fois plus court. Or l’Indri n’a, paraît-il, qu’une intelligence assez médiocre; si l’on admet que l’intelligence est toujours en rapport avec le développement du cerveau, on peut en conclure que le Megaladapis était un animal assez stupide.
- Par contre, il devait posséder une grande force musculaire. Le crâne que nous avons sous les yeux devait donner attache à des muscles puissants : la crête sagittale qui en occupe le sommet, les apophyses zygomatiques très grandes, la fosse temporale profonde, la grosseur des dents en sont une preuve évidente. Dans son ensemble, ce crâne rappelle celui des grands singes tels que le Babouin, le Chacma et le Mandrill, dont la taille approche de celle des anthropoïdes, et qui possèdent aussi une tête très allongée, une mâchoire énorme, ce qui leur a valu le nom de Cynocéphales ou singes à tête de chien. Le Megaladapis était un Lémurien cynocé-
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- plia le, ou à tète de chien, au moins à l'àge adulte ; avoir un crAne plus arrondi et ressembler davantage car, de même que chez les singes, le jeune devait aux autres Lémuriens. Les orbites du Megaladapis
- Fig. 2. — Indris à queue courte de Madagascar.
- sont remarquables par leur forme assez différente decelle des Makis. Ceux-ci, presque tous nocturnes, ont des orbites très larges, dirigés en avant, se touchant presque sur la ligne médiane.
- Ici, au contraire, les orbites sont très écartés, latéraux ou dirigés obliquement, formant une sorte d’entonnoir, disposition qui se retrouve jusqu’à un certain point chezl’Indri. L’œil du Megaladapis, aulieud’ètre gros et saillant comme chez les Lémuriens actuels, devait être enfoncé et protégé par le cadre orbitaire, conformation qui indique des habitudes moins franchement nocturnes que celles des Lémuriens actuels.
- Les dents de la mâchoire supérieure (trois pré-
- molaires et trois arrière-molaires) sont toutes à trois tubercules, deux externes et un interne; mais
- il est facile de voir que ce dernier est formé par la fusion de deux tubercules. Ce fait est d’ailleurs assez ordinaire chez les Lémuriens : les uns ont des molaires à quatre tubercules comme l’Indri; les autres, et particulièrement certaines espèces de petite taille (genres Le-pilemur et Chei-rogaleus),n'en ont que trois. Comme chez ces petites espèces, le Megaladapis présente une dernière molaire aussi forte que l’avant-dernière, tandis que la dent postérieure est notablement réduite chez les Indris et les Makis proprement dits. Les molaires inférieures sont du type
- Fig. 3. Tète d’Indri vue de face (grandeur naturelle).
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- ordinaire à quatre tubercules, sauf la dernière qui en a cinq et qui est très allongée, par suite de la présence de ce cinquième tubercule formant talon. Cette arrière-molaire intérieure allongée et à cinq tubercules s’observe sur le Lepilemur et sur les Adapis fossiles; elle existe aussi chez les singes cynocéphales, chez VOreopithecus, grand singe du tertiaire d’Italie, et se retrouve sur tes Ongulés omnivores du groupe des Cochons.
- Les dents antérieures manquent sur le crâne et la mâchoire inférieure que nous figurons et qui sont fracturées au niveau de l’insertion des canines ; d’après l’examen de ce qui reste, il est vraisemblable que ces canines étaient médiocres comme chez la plupart des Lémuriens. La forme de la symphyse de la mâchoire inférieure, qui est très haute et très forte, prouve que les canines et incisives inférieures étaient presque droites et non proclives comme celles des Indris et des autres Lémuriens.
- Le Megaladapis présente plusieurs points de ressemblance avec les Adapis du tertiaire de France, particulièrement avec VAdapis magnus : telles sont la présence d’une crête sagittale, la forme des orbites, celle des dents de la mâchoire inférieure, etc.
- Ce type appartient incontestablement à l’ordre des Lémuriens, mais nous pensons, avec M. Forsyth Major, qu’il doit constituer une famille à part, voisine, mais distincte, de celle des Lemuridæ actuels. Sous tous les rapports, c’est un type très spécialisé, et qui formera sans doute, lorsqu’on le connaîtra mieux, un nouveau chaînon reliant les Lémuriens aux Ongulés. On sait que M. Milne-Edwards a montré que les Makis avaient, par leur organisation interne, de grands rapports avec les Porcins, et l’on se rappelle que Cuvier avait décrit VAdapis comme un petit ongulé voisin du Daman. Il n’est pas impossible que le Megaladapis ait été un Lémurien en voie de transformation vers le type des Ongulés, de même que l’Aye-Aye ou Cheiromys est un Lémurien qui se transforme sous nos yeux en Rongeur.
- Le crâne du Megaladapis provient du même marais d’Ambolisatra où l’on a trouvé naguère les débris de VÆpyornis et de l’IIippopotame dont nous avons déjà parlé. Ces couches géologiques sont d’origine récente, car on y trouve des ossements du Bœuf domestique, introduit par l’homme à Madagascar. Tous les os ont cet aspect moderne que les paléontologistes caractérisent en disant qu’ils sont sub-fossiles, et plusieurs présentent des traces de la main de l’homme.
- Le Megaladapis a pourtant un faciès tertiaire bien marqué, et c’est la première fois que l’on trouve, à Madagascar, un mammifère fossile aussi différent de tous ceux qui vivent à l’époque actuelle. On ne peut guère douter cependant que ce grand Lémurien n’ait vécu à une époque relativement récente et n’ait été chassé et mangé par les premiers hommes qui introduisirent le Bœuf domestique à Madagascar.
- Ce qui donne beaucoup de poids à cette opinion, c’est le passage suivant de Flacourt, le premier his-
- torien de la grande île africaine : ce passage semble bien se rapporter au Megaladapis ou à quelque grand Lémurien très voisin de celui-ci :
- « Trétrétrétré ou Tratratratra, c’est un animal gros comme un veau de deux ans qui a la tète ronde et une face d’homme; les pieds de devant comme un singe et les pieds de derrière aussi. Il a le poil frisoté, la queue courte et les oreilles comme celles d’un homme. Il ressemble au Tanache d’escrit (sic) par Ambroise Paré. Il s’en est vu un proche l’étang de Lipomani aux environs duquel est son repaire. C’est un animal fort solitaire, les gens du pays en ont grand peur et s’enfuient de lui comme lui aussi d’eux1. »
- Sauf la « tête ronde » et la taille qui est sans doute exagérée, cette description de Flacourt convient fort Iden au Megaladapis. Si l’on réfléchit d’ailleurs que l’animal vivant devait avoir la tête couverte d’un de ces épais capuchons de poils frisolés qui chez les Lémuriens actuels en augmentent considérablement le volume en arrière des oreilles, on conviendra qu’il existe tout au moins une singulière coïncidence entre cette description et la découverte récemment faite à Madagascar. Les renseignements donnés par Flacourt sur la faune de Pile sont d’ordinaire très exacts et la plupart des animaux qu’il a décrits ont été retrouvés par les naturalistes qui sont venus après lui. Il est donc permis de croire que de rares survivants de cette grande espèce de Lémuriens vivaient encore « fort solitaires », comme le dit Flacourt, à l’époque de son séjour à Madagascar, c’est-à-dire au milieu du dix-septième siècle.
- Quoi qu’il en soit, l’examen du crâne du Megaladapis permet de se le représenter comme un Lémurien d’une taille comparable à celle du Mandrill et, comme celui-ci et l’Indri, dépourvu de queue. De même que les singes cynocéphales, il devait habiter les contrées montagneuses ou rocheuses et se tenir plus souvent à terre que sur les arbres. Il ne montait sur ceux-ci que pour se procurer sa nourriture qui devait consister en petits oiseaux, en feuilles et en fruits. Sa force devait être très grande et lorsqu’il était attaqué, ses dents et ses bras robustes devaient le rendre redoutable pour l’homme lui-même. Mais son intelligence était peu développée, de sorte qu’il fut facilement exterminé par les populations, vraisemblablement d’origine malaise, qui colonisèrent Madagascar, et qui ne se firent pas faute de le tuer à coup de lances et de sagaies pour se nourrir de sa
- 1 I)e Fi.vcouht, Histoire de la grande île de Madagascar (1658), p. 154. Quant au Tanache ou plutôt Thanaelh d'Ambroise Paré, dont, la description se, trouve dans le livre Des monstres tant terrestres gue marins, arec leurs portraits, le passage qui se rapporte à cet animal est déparé par des traits fabuleux qu’on s’étonne de trouver sous la plume du grand chirurgien, si plein de savoir et de bon sens dans le reste de ses écrits. On voit cependant qu’il s’agit d’un grand singe anthropoïde, vraisemblablement d’un Chimpanzé, amené par des nègres à bord d’un navire que montait André Tlieuet dans sa traversée de la mer Rouge (Voy. A. Paré, Œuvres complètes, édition Mnlgaiguc, 1840, t. III, p. 786).
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- chair. On peut s’attendre .à posséder bientôt de nouveaux renseignements sur ce grand Lémurienetsur les autres Mammifères, actuellement éteints, qui constituaient la faune tertiaire de Madagascar. Parmi les ossements envoyés récemment de cette île au Muséum de Paris, et dontM. Milnc-Edwards donnera la description, se trouve un humérus qui pourrait fort bien avoir appartenu au Megaladapis,
- Nous nous faisons un devoir, en terminant, de remercier M. Forsyth Major qui nous a communiqué, avec une extrême obligeance, les épreuves des planches représentant, de grandeur naturelle, le crâne du Megaladapi.s, et nous a permis de faire connaître, aux lecteurs de La Nature, celte intéressante découverte, alors qu’elle possède encore tout l'attrait de la nouveauté. La description complète de ce crâne paraîtra dans les Thilosophical Transactions de la Société royale de Londres. Dr E. Trouessart.
- LES PROBLÈMES DE L’ÉCLAIRAGE1
- L’œil perçoit des lumières d’intensités singulièrement différentes. J’ai déterminé récemment avec mon photomètre fondé sur la loi de déperdition lumineuse du sulfure de zinc phosphorescent le plus petit éclairement que l’œil puisse percevoir : il est de 29 milliardièmes d’une bougie à 1 mètre de distance ou d’une bougie à 5km,872. L’est une valeur comprise entre les nombres obtenus par d’autres observateurs avec d’autres méthodes. Si l’on admet que l’éclat du soleil est 50 000 fois celui d’une bougie à 1 mètre, et si l’on prend l’éclat minimum perceptible pour unité, on voit que l’œil peut comparer des éclairements variant environ entre 1 et 1 trillion.
- L’œil ne peut pas toujours impunément regarder le soleil : Plateau a été frappé de cécité pour y avoir dirigé ses yeux avec fixité.
- Depuis quelques années les forts éclairages sont à la mode et depuis un siècle, l'éclairage a suivi une progression continue. La salle des glaces du palais de Versailles qui en 1745 ne recevait que 0,19 bougie par mètre cube, recevait, en 1875, 0,45 bougie et en 1878, 0,85 bougie. Il semble qu’il y ait là l’indice de cette évolution de la sensibilité vers les sensations fortes que l’on constate dans d’autres domaines, par exemple, la sensation auditive : on sait que tous les diapasons depuis un siècle vont vers l’aigu et c’est pour réagir contre cette tendance que l’on a fixé en France le la à 870 vibrations.
- Les éclairages électriques intenses des gares, des grands magasins, etc., ne sont pas sans danger pour le système nerveux. Ils déterminent un affaiblissement de l’ouïe, des insomnies, des troubles digestifs. Chez des névropathes et des arthritiques on a constaté sous l’influence de ces éclairages des céphalalgies, de l’amblyopie, de la paralysie et de l’anes-
- 1 Suite et fin. —\Toy. n° 1080, du 10 février 1804, p. 170.
- thésie du côté gauche. Les éclairages insuffisants déterminent de la dilatation pupillaire, de l’hyperesthésie, etc. Il faut un juste milieu. Un évalue à 50 bougies à la distance d’un mètre l’éclairement produit par un jour normal sur une surface bien exposée; pour lire et écrire sans fatigue, il faut au moins un éclairement de 10 bougies à 1 mètre.
- Voici quelques éclairements moyens qui méritent d’ètre rapprochés :
- Rougic-mèli
- Ruo Royale................1,28
- Rue de la Paix...............1,20
- Place de l’Opéra..........0,550
- Avenue de l’Opéra. . . . 0,344 Rue du Quatre-Seplemlire. 0,344 Boulevard Saint-Jacques (en
- face du n° 30)........... 0,235
- Jardins de l'Observatoire . 0,013 Pleine lune en Sologne. . 0,272 Lumière diffuse des étoiles 0,00057
- c.
- = 1 bougie à 0m,80 cuv.
- — 1 bougie à ()m,01
- = 1 bougie à P",34
- = 1 bougie îi lm,70
- = 1 bougie à lm,70
- = 1 bougie à 2m,08
- — 1 bougie à 8m,77
- = 1 bougie à Im,02
- ----- 1 bougie à 41 mètres.
- Les cinq premiers nombres, je les ai calculés en transformant en bougies-mètre ordinaires (| de car-cel-mètre) les nombres estimés en lux ( Ay de carcel-mètre ou bougie décimale mètre), que M. Palaz indique dans son Traité de photométrie industrielle ; ils sont dus aux ingénieurs de la Compagnie parisienne du gaz et se rapportent à l’éclairement, par le gaz; ils ont été obtenus par le photomètre de M. Mascart; les quatre derniers ont été obtenus par mon photomètre, spécialement destiné aux éclairements faibles.
- Dans le photomètre de M. Mascart dont une vue d’ensemble est représentée figure 1 (n° 2) et dont une coupe est donnée dans la même figure (n° I), la lumière est reçue sur un écran Foucault E (fîg. I, n° I) en papier fin, puis réfléchie par un miroir réflecteur à 45°, M; l’ensemble est monté sur un tube horizontal T et l’écran peut tourner dans toutes les directions. En L, il y a un diaphragme mobile contre lequel est placée une lentille F, éloignée de l’écran à une distance double de sa distance focale principale et qui produit une image de ce premier écran E sur un second écran placé derrière le prisme à réflexion totale P et sur le trajet du faisceau lumineux à l’extrémité du gros tube T. La lampe Pigeon à essence minérale S, dont on règle la hauteur de flamme en la projetant sur un verre dépoli e, muni de repères, envoie sur l’écran Foucault E' un faisceau de lumière concentré par une lentille; le faisceau traverse ensuite le second diaphragme mobile L', puis la lentille F', est réfléchi par la glace M' et le prisme P sur la seconde moitié de l’écran à l’extrémité du gros tube T. Une lentille 0 fait voir nettement ce dernier écran, et un diaphragme R composé de verres de couleur permet d’égaliser les teintes à comparer.
- Les diaphragmes s’ouvrent et se ferment à volonté à l’aide de boutons, placés à l’extérieur et au-dessous des tubes. On sait, d’après un théorème appliqué souvent depuis Bouguer, que si l’on forme avec une lentille convergente une image réelle d’une, source
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- lumineuse et si l’on lait varier l’ouverture de l’objectif par un diaphragme, l’éclairement de l’image est proportionnel à la surface d’ouverture du diaphragme, pourvu que cette ouverture soit toujours très petite vis-à-vis de sa distance au foyer lumineux. Supposons qu’on éclaire l’écran récepteur par une carcel à un mètre : pour avoir en 0 deux éclats identiques, il faudra ouvrir les deux diaphragmes d’un certain nombre de divisions : ces divisions sont lues à l’extérieur au moyen de deux loupes sans que l’œil quitte le plan d’observation. Soit N' le nombre de divisions du côté de la lampe de comparaison, N le nombre de divisions du coté de l’écran récepteur de la lumière d’une carcel à 1 mètre, le rapport N'
- v0 = — est une constante de l’appareil à déterminer
- une fois pour toutes. Dans une autre expérience, avec un autre éclairement, on aura un autre N', soit ÎYj : d’où un autre rapport :
- N\ .
- Wl = T; equo'
- Tl
- tient — donne la
- n°
- valeur de l’éclairement en car-cels-mètrc dans la seconde expérience.
- Il est évident qu’en vue de la mesure d’éclaire-ments très forts on peut prendre pour unité un éclairement d’une intensité beaucoup plus forte qu’une carcel ; il suffit de rendre plus opaque l’écran récepteur E et moins opaque l’écran E'; pour la mesure d’éclairements plus faibles, on rendrait plus translucide l’écran E et l’on ferait plus opaque l’écran E'. Néanmoins pour des ouvertures très petites du diaphragme de l’écran récepteur, l’erreur commise dans la lecture de la graduation, erreur qui est exprimée par une fraction de millimètre sensiblement toujours la même, représente une fraction nécessairement grande de la quantité mesurée. 11 y a là, imposée par le principe, une limite de précision qu’il est impossible de franchir. C’est pourquoi j’ai fait construire par la Société centrale de produits chimiques, spécialement en vue des éclaire-ments très faibles, mon photomètre fondé sur la loi de déperdition lumineuse avec le temps, du sulfure de zinc phosphorescent.
- Cet appareil très simple (fig. 2, nos 4 et 2) consiste en trois tubes noircis intérieurement qui se raccordent. Celui qu’on applique contre l’œil est muni,
- de ce côté, d’une lentille convergente A (fig. 2, n° 5) à grande distance focale, ayant pour but de supprimer du champ de la vision distincte les parois du tube. Ce tube glisse à coulisse dans un autre présentant denx échancrures ellipsoïdales en bas et en haut; un ruban de magnésium de O"1,005 de large, de 0m,15 de long environ, de 0m,0001 d’épaisseur, suspendu à une potence H, est destiné à briller dans cet espace isolé de l’intérieur de l’appareil par deux verres protecteurs R, G : ces dimensions du ruban suffisent pour donner au sulfure l’illumination maxima.
- Sur ce tube moyen est vissé, extérieurement, le tube antérieur terminé par deux écrans semi-circulaires E, F (fig. 2, n° 4), séparés par une cloison perpendiculaire; l’un, composé de verres dépolis de couleur jaune verdâtre identique à la teinte phosphorescente, et auquel on peut substituer,en vue des intensités très faibles, tout autre écran moins absorbant par le simple jeu d’une bague, reçoit la lumière extérieure ; l’autre est recouvert de sulfure de zinc. On sépare le tube postérieur du tube antérieur, on allume le ruban de magnésium, on note le temps au moment de l’extinction ; on replace le tube postérieur contre le tube antérieur, on note le temps au bout duquel il y a égalité d’éclat des deux écrans.
- En donnant la valeur 100 à l’éclat du sulfure au bout de 85 secondes, éclat égal à l’éclairement de l’écran translucide par une bougie à 3m,75, on a trouvé pour les éclats aux différents temps des valeurs qui sont les ordonnées de la courbe ci-contre (fig. 3), les temps étant portés en abscisses.
- Connaissant avec toute la précision possible le temps au bout duquel il y a égalité d’éclat entre l’écran phosphorescent et l’écran translucide, on prend l’ordonnée correspondant sur la courbe des observations au temps indiqué par le chronomètre et marqué sur l’abscisse ; on la rapporte à une ordonnée quelconque exprimée en bougie-mètre et l’on a immédiatement l’éclairement de la source en fractions de bougie-mètre. C’est ainsi que j’ai pu mesurer les éclairements de la pleine lune, des points du ciel opposés à la lune, etc.
- Pour plus de précision dans la mesure des éclai-
- Fio'. — Photomètre de M. Mascart. — 1. Coupe de l’appareil. 2. Vue d’ensemble.
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- rements faibles, il convient de se servir de la courbe construite sur une grande échelle.
- La coloration verdâtre du sulfure, loin de nuire, contribue beaucoup à la précision des observations; car, suivant une loi bien connue, dès que l’écran phosphorescent est moins lumineux que l’écran translucide, il paraît bleuâtre, l’autre jaunâtre.
- Pour les égalités de teintes qui se produisent avant 1 400 secondes, la courbe des observations est immédiatement utilisable ; pour les éclairementsplus faibles, le plus convenable est d’appliquer une de ces formules dites asymptotiques qui reproduise le plus fidèlement possible les dernières observations et en conséquence offre toutes les garanties d’être vraie beaucoup plus loin.
- C’est par l’extrapolation de cette formule légitimée par des considérations de physique mathématique que j’ai déterminé la lumière diffuse des étoiles le 22 août 1892 ((Nm,0005704) et le minimum perceptible d’intensité lumineuse (29 milliardièmes de bougie).
- Cet appareil peut servir encore, grâce à quelques dispositions complémentaires très simples, à mesurer l’absorption des liquides pour les rayons chimiques, la fluorescence, la richesse des éclaire-ments en rayons chimiques, etc.
- En vue de la pholoptométrie (mesure de la sensibilité lumineuse) j’ai fait construire, par M. Radiguet, un photomètre fondé, comme le photomètre de M. Mascart, sur le principe de la diaphragmation des objectifs, et dont la source lumineuse est un écran enduit de sulfure de zinc phosphorescent. Cet appareil donne très rapidement, et avec une rigueur impossible à atteindre avec les éclairages ordinaires, le minimum perceptible.
- De même qu’il y a des consonances et des dissonances, il y a des juxtapositions d'intensités lumineuses qui caressent ou blessent l’oeil, qui déterminent des anesthésies ou des hyperesthésies relatives de la rétine. On peut explorer par des
- méthodes variées et caractériser par des nombres ces modifications du système nerveux. Le but de tout éclairage de luxe est de créer des harmonies de lumières. Ce résultat qu’il serait d’ailleurs si urgent de réaliser dans l’éclairage ordinaire n’est en général pas atteint. L’œil est toujours blessé dans les salons ou dans les grands halls à la mode par les réflexions multiples des blancs éclatants et des dorures, ou
- par l’incohérence des dispositions de sources e il général identi-quesd’intensilés. On se contente de frapper fort et l’on oublie que pour les excitations fortes notre sensibilité varie bien moins vite que l’intensité lumineuse.
- Il est peu commode d’expérimenter sur un grand nombre d’intensités lumineuses moyennes dans des rapports donnés; ces expériences sont coûteuses et encombrantes; mais on peut facilement réaliser des harmonies de lumières et en vérifier la loi avec des intensités faibles, comme celles que peut donner le sulfure de zinc phosphorescent ;
- il suffit d’opérer sur des couches d'épaisseurs inégales, comme celles (pie j’ai obtenues par un tirage typographique dans mon Lavis lumineux ou sur des couches de même épaisseur qu’on illumine à des instants différents calculés d’avance. Le sulfure de zinc permet de manier la lumière avec autant de facilité que l’imprimeur ou le peintre manie un pigment quelconque.
- Les physiologistes ont observé depuis longtemps qu’un certain temps est nécessaire et suffisant à la perception intégrale d’une lumière. Ce temps est plus petit quand l’intensité est plus grande. Quelle est cette durée quand l’intensité est la plus petite perceptible, comme celle d’un feu de phare à la limite de sa portée lumineuse 7 Elle peut être évaluée à 1/10 de seconde. Cette remarque a conduit à une innovation très remarquable dans l’éclairage de nos phares. Aux appareils effectuant leur rotation entière en 8 minutes et donnant des éclats d’une durée de 8 secondes, on substitue des optiques d’une ou
- Kg. 2. — Photomètre île M. Cli. Henry. — 1. Mode d’emploi de l’appareil. 2, 3 4. Figures explicatives.
- 11 i i i '
- Fig. 3. — Courbe de déperdition lumineuse du sulfure de zinc phosphorescent.
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- deux lentilles au plus, luisant leur révolution en cinq ou dix secondes et donnant des éclats d’un dixième de seconde : on a pu ainsi augmenter considérablement la puissance des feux, atteindre des intensités de 25 millions de bougies-mètre sans aggravation de dépenses, sans supplément de force motrice.
- Il n’est pas de problèmes plus variés, plus complexes, plus pratiques et plus heureusement traités dans ces derniers temps que les problèmes de l’éclairage. Chaules Henry.
- CHRONIQUE
- La traction des bicyclettes par les eliiens. —
- L’intéressante notice du Dr Madeuf, que nous avons publiée dans notre précédente livraison (p. 191), nous a valu quelques observations, à propos d’une phrase dans laquelle il est dit que dans les longues courses, les entraîneurs tirent leurs coureurs. Le fait a pu se produire exceptionnellement, mais il ne faudrait assurément pas le généraliser. Voici une petite note que nous a adressée à ce sujet notre collaborateur, M. Baudry de Saunier. Nous la publions, à titre de rectification et de renseignements : (( Dans les courses vélocipédiques sur route, les concurrents, on le conçoit, ne peuvent être constamment surveillés par le public. L’accusation portée aux vainqueurs d’avoir été lires par leurs entraîneurs, est donc facile à formuler par un adversaire malheureux. 11 est d’ailleurs certain que de semblables irrégularités ont été maintes fois commises déjà; mais jusqu’ici il n’y a pas eu de coureur convaincu du fait. Un n’a eu contre tel ou tel que des présomptions (qui équivalaient moralement à des preuves), mais qui en somme n’étaient pas des certitudes. En 1891, après la célèbre course l’aris-Ilrest, un coureur nommé Marti fut disqualifié, pour avoir pris le chemin de fer à différentes reprises. Le fait le plus intéressant, en cette question de tirage est celui-ci : En septembre 1892, le coureur Corée avait battu le record de 1000 kilomètres sur route, qui appartenait à Terront depuis sa course Paris-Brest de septembre 1891. Terront, intenvievé sur la performance de Corre, répondit que : « l'on savait bien que Corre avait eu pour entraîneurs Laconie et Latirc, » voulant dire par là que Corre avait pendant son record été maintes fois tiré par des cordes le reliant soit à ses entraîneurs soit à des voitures. Corre, furieux de cette assertion, délia Terront sur la distance de 1000 kilomètres. Terront releva le défi. Le match fut couru en février 1895, sur la piste du Vélodrome d’hiver de Paris. (Match fameux Terront-Corre, terminé par la victoire de Terront.1) »
- llypnodic chez les cantliaridiens. — M. lvl.
- Perrier a récemment présenté à l’Académie des sciences les études de M. Künckel d’IIerculais sur l’hyperméta-morphose chez les Cantharidiens. Les observations de ce naturaliste sur l’évolution retardée des Mylabres, sous la forme dite de pseudo-chrysalide, lui ont permis de constater que c’était sous cette forme que ces Insectes pouvaient traverser, à l’élat de vie latente, plusieurs étés et plusieurs hivers, jusqu’à trois étés et trois hivers, résistant à toutes les causes de déperdition, dessiccation, dénutrition, etc. L’enveloppe chitineuse de la pseudo-chrv-
- 1 Voy. n* 1055, du 18 mars 1895, p/ 255.
- salide joue absolument le même rôle que la paroi chitineuse des kystes dans lesquels s’abritent une foule d'étres pour s’isoler des milieux extérieurs; en réalité les Insectes vésicants s’enkystent comme le font nombre de Protozoaires, beaucoup d’infusoires flagellés ou ciliés, des Vers trématodes ou nématodes, etc. De ce rapprochement ressortent des conclusions qu’il importe de dégager. D’une part, l’expression de pseudo-chrysalide est impropre parce que l’enveloppe téguinentaire ne cache pas une chrysalide, mais une larve et ne s’ouvrira que pour laisser voir une larve identiquement semblable; le terme de pseudo-larve, employé par Newport dès 1845 ne répond pas mieux à la réalité des faits; M. Künckel d’IIerculais trouve préférable de se servir du mot nouveau de lujpnotlièque qui exprime fidèlement l’idée d’un être qui sommeille dans une loge, dans un étui. D’autre part, le changement en chrysalide est toujours accompagné de phénomènes d’his-tolyse et d’histogenèse, l’enkystement des larves de Vésicants n’est jamais accompagné de transformation des systèmes organiques. S’il n’y a pas de transformation de tissus, il n’y a pas de métamorphose, l’expression A'hy-permélamorphose est donc morphologiquement et physiologiquement erronée. M. Künckel propose de lui substituer le terme A'hypnodie (assoupissement) qui exprime d’une façon plus exacte l’arrêt de développement qui se manifeste dans l’évolution des Insectes vésicants; ce néologisme a l’avantage de pouvoir s’appliquer à tous les phénomènes analogues d’arrêt de développement avec enkystement qui ne sont pas accompagnés d’histolyse et d’histogenèse.
- Radeaux flattants au flengale. — La Nature a publié précédemment 1 un article ayant trait aux outres employées comme supports flottants. Un de nos lecteurs, M. A. L. Spaetli, à Maldah au Bengale, nous signale un curieux genre de radeaux fort en usage dans ce pays pendant les pluies périodiques. Ces radeaux sont composés de quelques bambous attachés ensemble au moyen de cordes et supportés par des cruches maintenues en place à l’aide de cordes. Elles sont au nombre de quatre, six ou plus suivant la dimension du radeau. Ces cruches, de forme sphérique, surmontées d’un cou très court se terminant en bouche d’entonnoir, sont des ustensiles qu’on trouve dans tous les ménages bengalis. Elles sont nommées « Kol-chq, )) et servent aux femmes à aller puiser l’eau dans les rivières et les étangs. Elles sont en terre, généralement , ou encore en cuivre pour les plus aisés. Un radeau supporté par quatre « Kolchy » peut facilement soutenir un homme, et lui permettre ainsi d’aller rendre visite à ses voisins pendant les inondations annuelles dans la vallée du Gange. M. Spaetli n’a jamais vu ces radeaux employés sur les cours d’eau.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 février 1894. — Présidence de M. Lœwy
- La fièvre typhoïde à Paris. — M. le I)r de Pietra Santa lit un important Mémoire de statistique médicale sur la fièvre typhoïde. Ce Mémoire embrasse la période décennale 1884-1895; bien que basé sur des données spéciales à la Ville de Paris, il permet d’établir quelques faits généraux dont l’exactitude se trouve démontrée par les résultats de statistiques empruntées à d’autres villes : Londres, Bruxelles, Munich, Dantzig, Breslau, Washing-
- 1 Voy. n0 1055, du 1er avril 1895, p. 281.
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- LA NATURE.
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- ton et lîaltiniore. Au point de vue de la statistique mortuaire de la Ville de Paris, la période 1884-1893 se distingue de la précédente période décennale par une diminution marquée des taux de mortalité afférents aux décès généraux (pour toutes causes), aux décès par suite de maladies zymotiques et plus particulièrement aux décès provenant de la lièvre typhoïde. 1° Pendant cette période, pour une population moyenne de 2 404 520 habitants, le taux de la léthalité générale annuelle est descendu progressivement de 24,41 pour 1000 habitants à 22,42 (21,18 pour 1000 en 1895), ce qui représente un gain de 5,25 pour 1000 habitants, de 1884 à 1895. Le taux de la léthalité, par décès zymotiques est descendu de 2,45 à 1,84 pour 1000. Le taux de la léthalité de la fièvre typhoïde, par rapport aux décès généraux, s’est abaissé graduellement de 5,02 à 1,07 pour 100 décès (1,07 en 1895), soit de 1884 à 1893 une différence de 2,55 pour 100 des décès généraux. Les heureux résultats doivent être attribués, pour la plus grande partie, aux progrès de la salubrité et de l’hygiène publiques (perfectionnement du réseau d’égouts, distribution plus abondante d’eaux de bonne provenance, destruction de cités et de quartiers insalubres, organisation de l’inspection sanitaire des garnis, fonctionnement régulier des étuves municipales). Toutefois, partout et toujours, la fièvre typhoïde, maladie essentiellement humaine et endémique, est soumise à des exacerbations automnales en relation directe avec des conditions atmosphériques saisonnières. En Europe, comme aux Etats-Unis, la fièvre typhoïde a présenté, pendant ce dernier quart de siècle, une diminution régulière, en nombre de cas et en gravité, au fur et à mesure que les grands travaux d’assainissement et les prescriptions de l’hygiène générale ont reçu un développement plus considérable et plus intelligent; d’autre part, le plus grand nombre de décès par fièvre typhoïde se rapporte à la période de l’année comprise entre les mois d’octobre et de janvier. Les chiffres minima de morbidité et de mortalité ont été constamment enregistrés pendant les mois d’avril, mai, juin, juillet. Il résulte de cette étude, pour l’auteur, que la fièvre typhoïde ne peut être rattachée à une étiologie unique. Un certain nombre de facteurs morbigènes concourent à son apparition, et les principaux sont incontestablement : l’encombrement, la souillure et la malpropreté sous toutes leurs formes, l’usage d’eaux impures et contaminées, les conditions professionnelles spéciales, l’auto-infection et enfin les constitutions médicales régnantes.
- Transformation allotropique de l'acier par la trempe. — Dans une précédente communication, M, Charpy a entrepris de démontrer expérimentalement que, selon une opinion émise par M. Osmond, le fer peut exister sous deux variétés allotropiques douées de propriétés mécaniques différentes, et que c’est au passage de l’un à l’autre état qu’il faut attribuer en majeure partie la modification subie par l’acier sous l’action de la trempe. En soumettant une barre de fer ou d’acier à l’essai de traction, et en construisant la courbe des allongements, il a remarqué que l’on obtient toujours deux courbes types dontl’une est à palier, suivant que l’on emploie des fers et des aciers recuits ou des fers et aciers écrouis ou trempés. Enfin il a effectué des expériences magnétiques ayant pour objet de mettre en évidence le changement d’état. M. Lharpy montre aujourd’hui que celle transformation se produit spontanément à une température élevée, qu’elle peut subsister et par conséquent intervient dans la trempe. Mais pour qu’elle persiste, il est nécessaire de
- maintenir l’acier à une haute température pendant un certain temps.
- Décès. — M. Bertrand annonce la mort de M. Eugène Catalan, géomètre très connu, décédé à Liège.
- Varia. — M. Lechâtellier a exécuté de nouvelles expériences sur la fusibilité des mélanges salins.
- Lu. de Yilledeuil.
- LA DISTRIBUTION DU FROID EN AMÉRIQUE
- On ne connaissait jusqu’à ce jour qu’une douzaine de distributions générales faites dans les grandes villes : eau, gaz, air comprimé, air raréfié, eau sous pression, vapeur, énergie électrique, télégrammes pneumatiques, télégrammes électriques, messages téléphoniques et auditions téléphoniques, la douzaine étant complétée par un système de distribution négative, et sur lequel *il serait malséant d’insister davantage.
- Le treizième mode de distribution dont nous voulons dire quelques mots aujourd’hui a pris naissance en Amérique où il fonctionne depuis quatre ans et peut s’intituler avec raison, la distribution du froid, ou tout au moins la distribution des moyens de le produire facilement et directement.
- La réfrigération artificielle par stations centrales et tuyaux établis dans les rues : tel est le titre de la communication faite récemment au Franklin Institule de Dhiladelphie par M. David Branson, un des pionniers et des promoteurs du système appliqué à Denver (Colorado), et à Saint-Louis (Missouri). Ce système pourrait être également classé parmi ceux qui réalisent une distribution négative, en ce sens qu’il a pour but, non pas d’apporter et de distribuer le froid, mais bien d’enlever la chaleur et l’humidité des locaux des abonnés au service.
- Le procédé le plus simple et le plus immédiat pour atteindre ce résultat consiste à employer l’ammoniaque liquide.
- L’installation de Denver fonctionne depuis le mois d’août 1889 sans avoir subi d’interruption : son réseau a été, par deux fois, étendu et grossi en dimensions. A Saint-Louis, la distribution existe depuis trois ans. Dans les deux villes, les services rendus sont si appréciés, d’après M. Branson, que les abonnés ne voudraient plus revenir à l’emploi de la glace naturelle, lors même que celle-ci leur serait fournie pour rien.
- Voici le principe du système :
- L’ammoniaque liquide, et non pas la solution d’ammoniaque ordinairement désignée sous le nom d’ammoniaque dans le commerce, est envoyée par la station centrale dans une première canalisation aux points d’utilisation à une pression qui, pendant l’été, est d’environ 10 kilogrammes par centimètre carré. On facilite son évaporation au point d’utilisation en la laissant écouler par un petit trou réglé par une valve dont l’ouverture dépend de la température à obtenir. L’évaporation se produit dans un jeu de tuyaux désigné sous le nom de serpentin d’expansion : de là l’ammoniaque anhydre vaporisée retourne à l’usine par une seconde canalisation de plus grand diamètre, pour y être dissoute, distillée et liquéfiée à nouveau. La distillation et la liquéfaction de l’ammoniaque nécessitent à l’usine une machinerie spéciale que nous aurons l’occasion de décrire. Dans ces conditions, toutes les parties de la canalisation, sauf le serpentin d’expansion qui constitue l’appareil d’utilisation, conservent la température ambiante,ce qui n’occasionne aucune perte thermique.
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- LA NA TL UL.
- L’expérience a démontré ({ne la consonnnationTest des plus variables : elle passe en quelques instants d’une valeur énorme à une valeur nulle, les machines de liquéfaction ont une puissance calculée sur la consommation moyenne.
- Pour faire face à ces brusques variations, on fait usage d’un ensemble de réservoirs d’ammoniaque liquide, de solution riche et de solution épuisée en quantités suffisantes pour parer à toute éventualité.
- Les avantages réclamés en faveur de la combinaison sont les suivants : grande économie dans la soustraction directe de la chaleur, au lieu d’avoir recours à la glace comme intermédiaire; grande économie par le fait même de la distribution; production de la puissance mécanique par grandes quantités à la fois, ce qui permet d’offrir les mêmes avantages à tous les consommateurs, grands ou petits, de froid artificiel.
- 11 a fallu combiner de nombreuses dispositions pour
- utiliser convenablement le procédé de soustraction de chaleur dont nous venons d’indiquer le principe, dans les innombrables applications qu’il a déjà reçues : glacières à liqueurs, à viandes et à poissons; chambres à conserver les fourrures ; séchage et refroidissement des salles de restaurant, des halls, des bureaux et des hôpitaux, etc.
- La question du compteur de froid, celle des fuites, des interruptions de service, des ruptures de conduite, etc, ont donné lieu à de nombreuses difficultés aujourd’hui vaincues.La station de Saint-Louis fonctionne actuellement avec une machine dont la production journalière correspond à 90 tonnes de glace : celle de. Denver est d’une puissance de production égale. Les anciennes machines dont la production ne dépassait pas 20 à 50 tonnes par jour sont utilisées à la fabrication directe de la glace et servent en même temps de réserve pour les nouvelles machines en cas d’accident.
- C’est là une industrie véritablement originale, nouvelle et intéressante qui met bien une fois de plus en relief l’esprit entreprenant des Américains, et que nous sommes heureux de signaler à nos lecteurs.
- E. II.
- Fig. 1. — Expérience îles anamorphoses.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- LFS A X A M O RI1 H O S ES
- Nos lecteurs connaissent assurément les cylindres argentés que vendent les opticiens et qui permettent de rectifier par rétlexion les dessins déformés désignés sous le nom d’anamorphoses. On peut observer des effets de rétlexion totale en immergeant dans
- l’eau une conserve de verre retournée, et on a ainsi le moyen d’obtenir des images anamorpbiques.
- L a li g u r e J montre la disposition adoptée par M. Thomas Estriche, professeur à l’Institut de Barcelone. Un vase de verre bien sec à l’intérieur est renversé, l’ouverture en bas, dans une grande cuvette à large fond; pour maintenir le vase au fond de la cuvette, on y pose un poids, un llacon, par exemple, si l’on n’a pas d’autre objet sous la main. On a ainsi un miroir anamorphique. Le vase de verre paraît aplati par l’elfet de la réfraction. Quand on
- veut se servir du verre comme miroir d’anamorphose, on place des dessins au fond de la cuvette.
- Ces dessins étant plongés dans l’eau, il faut que le papier où ils sont tracés soit rendu imperméable, ce qui est facile à obtenir avec un vernis; on peut encore les peindre à l’huile sur une toile. La figure 2 donne le tracé qui sert à foire le dessin anamorphique. Si l’on ne veut pas plonger les dessins ou les peintures dans l’eau, on peut remplacer la cuvette par un grand vase de verre à fond plat ; les dessins peuvent être placés sous ce vase. Ils sont à sec sur la table où l’on opère, et on les aperçoit par transparence à travers le verre.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandjer.
- Tans. — Imprimerie Lahure, rue de Flcurus. U.
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- .V 10 83.
- 3 MARS 1894.
- LA NATURE.
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- LA STÉRÉOCHIMIE
- OU LA CHi511K DANS l’kSPACE
- Les théories se modifient et s’améliorent an fur et à mesure que croissent les besoins de la science et que ses exigences deviennent plus impérieuses.
- A l’origine de la chimie organique, — qui n’est autre chose que la chimie du carbone, et qui comprend aujourd’hui, soit dit en passant, l’étude de près de cent mille corps, — on se contentait de représenter les 'omposés par des formules brutes où des lettres, af-fectées d’exposants, indiquaient les proportions relatives des atomes constituant les molécules. Le méthane, par exemple, s’écrivait Cil4, la lettre C représentant l’atome de carbone, la lettre h r atome d’hydrogène.
- Mais on s’aperçut bien vite que de pareilles for-
- mules ne pouvaient rendre compte des différences existant entre certaines propriétés de corps qui avaient cependant la même composition chimique centésimale, autrement dit, qui étaient isomères.
- Ainsi l’acétate d’amyle a pour formule brute : C7HU 0-.
- Il se produit par l’action de l’acide acétique
- (G2 II4 O*) sur l’alcool a m v 1 i (i u e (G:,II120).
- Le propionate de butyle a également pour formule :
- C7I11402. L’acide propio-nique (G5 H6 O2) et l’alcool bulyli-que (C41I10Ü) lui donnent naissance. 11 s’élimine dans les deux cas une molécule d’eau.
- t \ l’analyse, l’acétate d’amyle et le propionate de butyle fourniront les mêmes chiffres. Cependant leurs points d'ébullition et leurs densités ne concordent pas; ces deux corps ne sont donc pas identiques. Il y a dans l’arrangement interne de leurs molécules quelque chose que nous ne pou-
- wUÈISËÊ
- mSè X m 4v
- . K
- :: : : : ::y: : : : gî ^ : iJe ^
- Fig. 2. — Schémas de molécules chimiques. — A. Mélhaiie. — B. Étliane. —C. Éthylène.— D. Acétylène. — E. Benzène.
- vons certainement pas préciser dans l’état actuel de la science, mais qui fait qu’ils se comportent différemment, non seulement au point de vue physique, mais encore au point de vue chimique.
- En effet, l’acétate d’amyle peut régénérer l’acide acétique et l’alcool amylique; de même le propionate de butyle peut se scinder en ses éléments constituants. Il est donc naturel de penser que dans ces deux .corps les radicaux de l’alcool amylique et de l’acide acétique d’une part, de l’acide propionique
- 22° année. — let ecmcstre.
- et de l’alcool butylique d’autre part, s’unissent en conservant respectivement leur groupement moléculaire primitif. Dès lors leurs formules pourront s’écrire : C2Hr,02, C5H11 pour l’acétate d’amyle, G5 II3 O2, G4 II9 pour le propionate de butyle. Ce premier pas franchi, on voulut aller plus loin.
- Gerhardt imagina ses formules typiques qui mettaient en évidence, dans la molécule, les groupements d’atomes se conservant intacts dans les réactions. L’impossibililé où l’on se trouva d’expliquer avec
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- ces formules les réactions des acides polyhasiques étudiés par Graham, Wurtz, Liebig, et des alcools polyatomiques de AVurtz et de M. Berthelot, lit songer à mieux.
- La vérité fut certes longue à découvrir. Il fallut les beaux travaux et la sagacité persévérante des Labours, des Kolbe, des Frankland, des Wurtz, des Kekulé, des Couper, pour arriver à soupçonner d’abord, puis à mettre en évidence ces mystérieuses forces attractives qui se manifestent dans les atomes, et qu’on appelle des valences.
- C’est à Kekulé et à l’infortuné Couper que revient l’honneur d’avoir nettement établi la quadrivalence du carbone, c’est-à-dire l’existence de quatre centres d’attraction existant invariablement autour de chaque atome de carbone. Ne voulant rien préjuger sur la forme de l’atome, ou sur la nature des forces agissantes et sur leur orientation, Kekulé se contentait de représenter l’atome par une lettre et les valences par des traits disposés régulièrement autour de cette lettre; à l’extrémité de chacun des traits, une autre lettre figurait l’atome qui saturait une valence.
- L’atome de carbone devenait donc :
- I
- ... I
- et le méthane s écrivait :
- II
- I
- 11 — C —11
- II
- Les formules planes de Kekulé servirent à expliquer bien des isoméries jusqu’alors incompréhensibles et à faire prévoir l’existence de nombreux corps qu’on réussit à préparer.
- Quelle confirmation plus éclatante l’hypothèse de la quadrivalence du carbone pouvait-elle recevoir?
- Cependant la chimie progressait et un jour vint où, devant certains faits, les formules planes durent rester muettes. Il est évident qu’elles n’étaient qu’un pis aller. On ne saurait représenter sur un plan, si ce n’est en projection, ce qui se passe dans l’espace.
- Pénétrés de cette idée, éclairés déjà par les beaux travaux de M. Pasteur sur les acides tartriques, MM. Le Bel et Yan’t iloff créèrent la stéréochimie, bâtissant dans l’espace des édifices moléculaires qui, pour être hypothétiques, ne jetèrent pas moins sur la chimie une lueur toute nouvelle.
- L’acide tartrique :
- CO2 H
- I
- CH. OH CIL OH CO3 II
- peut se présenter sous quatre états isomériques différents. Ce qui caractérise surtout ces isomères, c’est
- leur action sur la lumière polarisée : l’un dévie à droite le plan de polarisation, c’est Y acide tartrique droit; — l’autre le dévie à gauche, de la même quantité, c’est Yacide tartrique gauche; — le troisième, sans action sur la lumière polarisée, est une combinaison à parties égales des acides droit et gauche : on l’appelle acide racémique; on peut le dédoubler en ses éléments constituants ; — le quatrième enfin n’est pas dédoublable, c’est Y acide tartrique inactif.
- M. Pasteur a eu le grand mérite de découvrir la cause du singulier phénomène présenté par les acides droit et gauche : il a pensé qu’il était dù probablement à la dissymétrie de la molécule, dissymétrie qui se manifeste sur les cristaux par l’existence de faces hémièdres. Les cristaux du premier acide sont hémièdres à droite, tandis que les cristaux du second sont hémièdres à gauche; autrement dit, les premiers sont, dans une glace, les images des seconds.
- Cela se voit nettement sur notre gravure (fig. 1). Le pouvoir rotatoire est donc intimement lié à la dissymétrie de la forme cristalline.
- M. Sarrau a, en outre, montré par le calcul qu’il suffit, pour qu’il y ait action sur la lumière polarisée, que celle-ci traverse un milieu dissymétrique.
- La dissymétrie moléculaire, soupçonnée par M. Pasteur, a été mise en évidence par les belles recherches de MM. Le Bel et Van’t Iloff. Elle se traduit par l’infiuence exercée sur la lumière polarisée par les corps à molécules dissymétriques.
- MM. Le Bel et Yan’t Iloff représentent l’atome de carbone par un tétraèdre; les valences sont dirigées du centre aux quatre sommets. Pour rendre tout à fait tangible cette hypothèse, qui sert de base à la stéréochimie, on se sert ordinairement de petits tétraèdres métalliques aux sommets desquels on peut fixer des boules de couleurs différentes, représentant les atonies des corps susceptibles de s’unir au carbone. La figure A de notre deuxième gravure représente le méthane CIP ; à chacun des quatre sommets du tétraèdre est fixée une petite boule figurant l’atome d’hydrogène.
- La liaison simple de deux atomes de carbone est représentée par le contact de deux sommets. L’é-thane (fig. 2, B) nous en offre un exemple :
- Il 11
- I I
- H — C — C —U
- I I
- II II
- La coïncidence de deux arêtes tétraédriques figure la double liaison. L’éthylène (fig. 2, C) en contient une :
- II H C= C Il il
- La triple liaison, telle qu’elle existe dans l’acétylène : II —C = C — H
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- LA A A T URL.
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- est représentée (tig. 2, R) par l’union de deux tétraèdres ayant une base commune.
- Pour le benzène, la formule hexagonale de ke-kulé :
- II
- (1
- ll-G/\G- H
- 11 — C\/ (1 — 11
- U
- I
- II
- est représentée par un groupement de six tétraèdres (tig. 2, E) offrant des liaisons alternativement simples et doubles.
- MM. Le Bel et Van’t Hotf ont reconnu que, pour qu’il y ait dissymétrie, il faut que les quatre valences soient saturées par quatre groupes atomiques différents. Tous les composés connus possédant le pouvoir rotatoire renferment au moins un de ces atomes de carbone, qu’ils ont appelé asymétrique.
- Les corps qui ont fourni les preuves les plus éclatantes de cette loi sont très nombreux. Leur liste serait fastidieuse. Je me contenterai de signaler l’acide tartrique :
- OH
- I
- CO211 — G — Cil. OU — CO2 H
- II
- et les glucoses :
- 011
- CH2011 — G— (CH. OH)5 —COH H
- où je mets en évidence un des atomes de carbone asymétrique.
- Quelques composés ont semblé, pendant un certain temps, faire exception à la loi commune : ainsi le glycol propylénique, l’alcool amylique secondaire normal, qui possèdent cependant un atome de carbone asymétrique, sont inactifs sur la lumière polarisée. Cela tient à ce qu’ils sont constitués, comme l’acide tartrique racémique, par des parties égales de corps droit et de corps gauche. Vient-on à attaquer par des micro-organismes, comme l’a fait M. Le Bel, une des deux modifications, le pouvoir rotatoire apparaît aussitôt.
- M. Ph. Guye a voulu pénétrer, plus intimement encore que les deux hardis créateurs de la stéréochimie, la structure moléculaire des corps. Il a essayé de prévoir mathématiquement la grandeur et le sens du pouvoir rotatoire; il y est parvenu, dans beaucoup de cas au moins.
- La théorie nouvelle a déjà porté scs fruits : c’est grâce à elle en particulier qu’on a pu expliquer l’isomérie longtemps obscure des acides maléique et fumarique ; c’est grâce à elle aussi que M. Fischer
- a pu exécuter ses remarquables travaux sur les sucres.
- Ainsi que l’a excellemment dit M. Friedel, les sléréoehimistes ne se dissimulent pas ce qu’il y a d’hypothétique et peut-être d’un peu grossier dans le mode de représentation qu’ils emploient. Il n’en est pas moins vrai qu’il constitue un pas en avant d’une grande importance, puisqu’il rend compte actuellement d’isoméries délicates d’ordres divers, et que, tout en permettant de coordonner toutes celles qui sont connues jusqu’à ce jour, il ne nous en donne que le nombre voulu et vérifié par l’expérience dans tous les cas où cette vérification a été faite. C’est donc un merveilleux outil de travail qui a été fourni aux chimistes en même temps qu’un premier fil conducteur pour la solution du problème posé depuis longtemps déjà, de la relation entre la composition chimique et la forme cristalline1.
- Marius Otto,
- Attaché au laboratoire des recherches de la Sorbonne.
- TURBINE A VAPEUR
- SYSTÈME DE LAVAL
- Pour tout esprit désintéressé et impartial, il est aujourd’hui bien établi que les jours de la machine à vapeur ordinaire sont comptés.
- Au point de vue de la transformation de l’énergie thermique, ou chaleur, en énergie mécanique, ou travail, le moteur à gaz moderne lui est déjà infiniment supérieur, car il transforme 16 pour 100 de la chaleur qu’il reçoit en travail mécanique; la machine à vapeur la mieux établie arrive difficilement à un résultat moitié moindre. À pouvoir calorifique égal, le prix élevé du gaz d’éclairage est le seul obstacle à la substitution du moteur à gaz au moteur à vapeur, mais déjà des tentatives sont faites, avec succès dans certaines circonstances, pour substituer au gaz d’éclairage des gaz pauvres obtenus directement dans des gazogènes spéciaux2, et supprimer l’emploi de la vapeur. Dans ces conditions, on a obtenu un cheval-heure en brûlant 612 grammes d’anthracite, avec un moteur de 75 chevaux seulement, consommation à laquelle il serait impossible de descendre en employant le moteur à vapeur le plus perfectionné. Le moteur à vapeur n’est donc plus déjà le meilleur moteur thermique connu et réalisé.
- Mais même en acceptant la vapeur comme intermédiaire obligé entre la chaleur développée par la combustion du charbon et le travail à produire sur un arbre, le procédé ordinaire de transformation
- 1 Dans cette rapide esquisse, je n’ai pu développer certaines idées et certains travaux d’une nature trop particulière, mais qui offrent cependant un très grand intérêt au point de vue scientiliquc. Nos lecteurs, que ces questions pourraient intéresser, liront avec fruit : La Stéréochimie, par Van’t Hoff
- Carré, éditeur); la notice de M. Ch. Friedel parue dans Y Agenda du Chimiste de 1891 ; les conférences de MM. Le Del et Pli. Guye, faites à la Société chimique de Paris (1892).
- 2 Yoy. n0 984, du 9 avril 1892, p. 294.
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- LÀ NATURE.
- par des machines comportant cylindres, pistons, bielles, manivelles, excentriques, tiges et tiroirs de distribution, semble suranné à quelques-uns. On a, depuis plusieurs années, construit et employé, sur une grande échelle, des moteurs rotatifs à grande vitesse angulaire (6000 à 12 000 tours par minute) dans lesquels la détente de la vapeur dans une série de turbines produisait directement la rotation de l’arbre sans aucun des organes que nous venons d’énumérer. La turbine Parsons 1 est le type de moteur le plus connu et le plus répandu fonctionnant dans ces conditions.
- Mais il y avait encore un pas à faire dans cette
- voie : au lieu d'effectuer la détente de la vapeur dans le moteur lui-même, pourquoi ne pas utiliser cette détente pour communiquer à la vapeur une grande vitesse, et utiliser l’énergie cinétique ainsi gagnée par la vapeur, à actionner directement une véritable turbine à vapeur, comme l’eau actionne par sa vitesse et son énergie cinétique une turbine hydraulique?
- Ce pas est aujourd’hui franchi : la turbine de M. de Laval, dont nous allons donner la description, réalise précisément les conditions énumérées ci-dessus. Elle est constituée par une roue à aubes à axe horizontal sur lesquelles vient frapper la vapeur
- Fig. 1. — Turbine à vapeur de Laval. La carcasse eu fonte renfermant le disque moteur et les engrenages, a été supposée transparente
- pour laisser voir les parties essentielles du système.
- provenant de la chaudière et animée d’une grande vitesse par sa détente préalable dans un ajutage convenablement évasé dans ce but. La vapeur communique son énergie cinétique aux aubes et s’échappe par l’autre face à une vitesse réduite. Le principe général d’action est le même que celui des turbines hydrauliques : la vapeur doit entrer sans choc et sortir sans vitesse, pour que l’appareil se trouve dans les meilleures conditions possibles de rendement.
- Le corps de la turbine est constitué par un mince arbre en acier sur lequel est monté un disque en acier sur la périphérie duquel sont découpés, à la fraise, les augets sur lesquels la vapeur vient agir (lîg. 1). Le disque est entouré d’une frette en acier
- 1 \'oy. n° 768, (tu 18 février 1888, p. 187.
- qui a pour objet de fermer les augets de la turbine, d’empêcher les remous de vapeur et de supprimer les résistances que rencontreraient les bouts des aubes dans l’atmosphère, étant donnée la grande vitesse dont ils sont animés (150 à 200 mètres par seconde). Ce disque tourne dans une chambre en fonte dont l’un des côtés sert à l’arrivée de la vapeur par deux ou plusieurs ajutages ; l’autre sert à l’échappement. La vitesse angulaire de la roue étant très élevée (de 15 000 à 50 000 tours par minute suivant la puissance), cette vitesse est réduite dans le rapport de 10 à 1 par une paire d’engrenages hélicoïdaux dont les dentures inclinées à 45 degrés et en sens inverse assurent un mouvement très doux et empêchent tout mouvement longitudinal du disque suivant son axe. Le pignon de cette paire d’en-
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- LA NATURE.
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- grenages est en acier, la roue est à noyau d’acier et à couronne dente'e en bronze. Dans ces conditions, le frottement se fait acier contre bronze, ce qui ménage le pignon dont les dents travaillent dix fois plus que celles de la roue.
- C’est sur Taxe à vitesse réduite qu’est monté le régulateur à force centrifuge agissant sur l’admission par obturation d’une soupape équilibrée placée à l’entrée de la vapeur dans l’appareil.
- On fait varier la puissance de l’appareil en ouvrant un nombre variable d’ajutages, de sorte que le même moteur peut fonctionner dans des conditions très variables de puissance, tout en conservant
- teur; son poids ne dépasse pas 200 kilogrammes. L’axe de la turbine tourne h la vitesse angulaire de vingt-quatre mille tours par minute, soit quatre cents tours tar seconde. Le disque en acier a 14 centimètres de diamètre et 14 millimètres d’épaisseur seulement : sa périphérie se meut ainsi à une vitesse de c^nt soixante-seize mètres par seconde. Dans ces conditions, l’effort tangentiel sur une circonférence de 7 centimètres de rayon n’est guère supérieur à 4 kilogrammes lorsque la machine produit sa puissance de 10 chevaux, ce qui justifie les faibles dimensions de l’arbre moteur dont le diamètre ne dépasse pas 8 millimètres dans la partie comprise entre le disque et le pignon denté, et 5 millimètres seulement dans la partie opposée aux engrenages. Les parties de l’arbre tournant dans les cous-
- sensiblement le môme rendement. La vapeur n’agissant que par sa vitesse, et non par sa pression, puisqu’elle s’est détendue avant d’agir, et s’échappe presque à la pression atmosphérique ou à celle du condenseur, il peut exister entre le disque à aubes et son enveloppe un jeu de 2 millimètres, de sorte’qu’il ne se produit aucun frottement de métal contre métal autre que ceux des paliers en métal anti-friction qui sont, d’ailleurs, à faible diamètre et à longue portée.
- La turbine à vapeur, d’une puissance de 10 chevaux que nous prendrons pour type, n’a que 92 centimètres de longueur, 49 de largeur et 88 de hau-
- sinets ont respectivement 12 et 8 millimètres de diamètre.
- Par contre, l’effet du à la force centrifuge est beaucoup plus important. En appliquant la formule connue F —M co2r, dans laquelle M est la masse et F la force exercée sur cette masse à une distance r à une vitesse angulaire m, on trouve que la force exercée sur une masse de 1 gramme placée à la circonférence de la turbine de 7 centimètres de rayon est de 44 kilogrammes, soit quarante-quatre mille fois l’action qu’exerce la pesanteur sur cette masse. Pour les types plus puissants, la force centrifuge exercée sur une masse de 1 gramme dépasse 50 kilogrammes. On conçoit que, dans ces conditions, le moindre défaut de centrage ou d’homogénéité de la matière produirait des efforts latéraux et des vibra-
- Fig. 2. — Ensemble (le la turbine (le Laval de 10 chevaux à 24 000 tours par minute, actionnant une dynamo à 2400 tours par minute.
- (D’après une photographie.)
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- LA NATL1HL.
- tions considérables aux dépens de la marche silencieuse de la turbine et de son rendement.
- Cette difficulté a été fort ingénieusement vaincue par M. de Laval en montant le disque sur un arbre long et élastique capable de subir une certaine flexion. Si, sous l’action des masses inexactement équilibrées, le disque tend à s’excentrer, l’axe flexible se tord légèrement et, par sa torsion, ramène le centre de gravité de l’ensemble sur l'axe réel de rotation : le défaut de symétrie se trouve ainsi automatiquement compensé.
- La figure 2 montre une application de la turbine à vapeur à la commande d’une dynamo, type Manchester, faisant 2400 tours par minute. Le poids de l’ensemble, turbine, engrenages et dynamo, est inférieur à 600 kilogrammes pour une puissance utile de 10 chevaux.
- Pour des puissances qui dépassent 20 chevaux, le pignon commande deux roues dentées placées symétriquement de chaque coté de l’axe de la turbine proprement dite, et dans le prolongement des axes de ces deux roues sont montées deux dvnamos d’éffale
- «/ o
- puissance que l’on peut coupler à volonté en tension, disposition tout indiquée pour les petites stations centrales qui distribuent l’énergie électrique à trois fils, ou en quantité, si la distribution se fait à deux fils seulement.
- Par suite de l’énorme vitesse angulaire du moteur à vapeur, l’ensemble du système présente des proportions inverses de celles auxquelles on est généralement habitué : c’est le moteur qui a, de beaucoup, les plus petites dimensions, puis viennent les engrenages avec leur enveloppe en fonte, et enfin la dynamo à vitesse angulaire relativement réduite.
- Lorsque la turbine à vapeur doit actionner autre chose que des dynamos, l’extrémité de l’arbre de la roue dentée se termine par une poulie sur laquelle passe une courroie de commande.
- Eu égard à la grande vitesse de translation de cette courroie (25 mètres par seconde), il convient de la faire sans joints, courroie pleine ou courroie collée, et de la munir d’un tendeur.
- Les avantages réclamés en faveur de ce moteur sont sa simplicité, son faible encombrement, l’absence de fondations, de dangers et de parties frottantes en dehors des paliers, la régularité de marche due à la constance du couple moteur, et la facilité d’adaptation d’un condenseur. La consommation de vapeur ne dépasse pas celle des moteurs ordinaires d’égale puissance, tandis que la dépense de graissage et de chiffons est considérablement réduite, par suite de la suppression des parties frottantes.
- Les consommations de vapeur accusées par l’inventeur dépendent à la fois de la puissance de la turbine, de la pression initiale et de sa marche à échappement libre ou à condensation.
- A échappement libre, et à une pression de 6 kilogrammes par centimètre carré, la consommation de vapeur est de 22k?,5 par cheval-heure, chiffre qui n’a rien d’excessif. Avec la condensation et un vide
- de 0,1 atmosphère, le moteur de 10 chevaux dépenserait J 6 kilogrammes par cheval-heure, mais cette consommation s’abaisserait à 9 kilogrammes par cheval-beure pour un moteur de 50 chevaux. Ces résultats sont industriellement très satisfaisants et sont rarement atteints dans des moteurs ordinaires beaucoup plus compliqués, coûteux et encombrants que cette turbine. C’est la limite de résistance de la matière qui empêche seule de réduire encore cette consommation et de donner à la périphérie du disque des vitesses de même ordre que celles de la vapeur à sa sortie des ajutages, afin de satisfaire au principe de bon rendement dont nous parlions tout à l’heure : entrée sans choc, sortie sans vitesse.
- Bien que la turbine de Laval soit d’invention récente, il n’y a pas moins d’une centaine d’appareils en service dans la presqu’île Scandinave, appareils dont la puissance varie entre 5 et 100 chevaux. Des types de 500 chevaux, actuellement à l’étude, ne tarderont pas à être réalisés. Une société française, la Société de Laval, vient de se constituer sous la direction de M. Sosnowski, et a confié la construction de ses machines à la Maison Breguet où, grâce à l’obligeance de M. G. Sciama, nous avons pu examiner l’appareil si simple, si intéressant et si original que nous présentons à nos lecteurs.
- Il y a une douzaine d’années, les moteurs à vapeur avaient une allure si lente et les dynamos une allure si rapide, — relativement, — qu’il fallait souvent établir deux transmissions intermédiaires avant de pouvoir commander l’une par l’autre. De progrès en progrès, on est arrivé successivement à ne plus employer qu'une seule transmission. intermédiaire, puis une commande directe par courroies, et enfin le couplage direct, la dynamo étant montée dans le prolongement de l’axe du moteur.... Et la vitesse angulaire des moteurs à vapeur augmentait toujours.
- Elle augmentait même si rapidement que la turbine Parsons, qui faisait de 9000 à 12 000 tours par minute adùdeseendre à 6000 tours par minute pour pouvoir actionner industriellement des dynamos couplées directement.... Et la vitesse angulaire des moteurs à vapeur augmentait encore. Si bien qu’aujourd’hui, avec la turbine de Laval et ses 24000 tours par minute, un train d’engrenages réducteurs devient indispensable. Le moteur à vapeur tourne trop vite, et la dynamo pas assez. En douze années, l’évolution du progrès a renversé les termes du rapport initial.
- Ce fait doit nous rendre prudent et réservé.
- La turbine de Laval a de chauds et enthousiastes partisans, comme elle a de féroces détracteurs : c’est le sort de toutes les choses nouvelles, et nous en avions récemment un autre exemple à propos de la locomotive Heilmann. Pour celle-ci comme pour celle-là, contentons-nous d’enregistrer les faits acquis, et d’attendre tranquillement les enseignements de l’expérience, le seul maître qui ne trompe et qui ne se trompe jamais. E. Hospitalier.
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- UN NOUVEAU VERRE
- Deux chimistes allemands, MM. Winkelmann et Schott, ont publié, dans un des derniers numéros de la Zeitschrift fürlnstrumentenkunde,uneNotc préliminaire sur un verre nouveau, fabriqué au laboratoire technologique d’Iéna, et possédant la précieuse propriété de supporter de brusques variations de température. Les ustensiles de laboratoire, les cornues et les ballons faits avec ce verre, peuvent être exposés sans aucune précaution à la flamme d’un brûleur Bunsen ou même d’une soufflerie. 11 en résulte une notable économie de temps dans la chauffe des liquides, car la toile métallique, que l’on interpose d’ordinaire, dissipe beaucoup de chaleur, et ralentit fortement l’opération. La même flamme agissant directement sur les parois d’un ballon communique à celui-ci 2, 5 fois plus de chaleur qu’au travers d’une toile métallique, disposée à la manière ordinaire. Des expériences comparatives ont montré que, dans tous les cas où l’on conserve les mêmes conditions de sécurité, on gagne environ CO pour 100 du temps et du gaz, par l’emploi du nouveau verre. Nous espérons que les auteurs en feront bientôt connaître la composition.
- COEFFICIENTS DE PLUVIOSITÉ DES VENTS
- AU PUY-DE-DÔME ET A BRUXELLES
- M. A. Lancaster, le savant météorologiste de l’Observatoire de Bruxelles, nous adresse une intéressante communication au sujet de l’article que M. Plumandon a récemment publié dans La Nature, sur les coefficients de pluviosité au sommet du Puy-de-Dôme *.
- « Ce travail, dit M. A. Lancaster, m’a rappelé une détermination du même genre que j’ai faite pour Bruxelles, il y a une dizaine d’années, et qui se trouve consignée dans VAnnuaire de notre observatoire pour 1884. Si je me permets de la signaler, c’est à seule fin de montrer que la conclusion de l’article de M. Plumandon est parfaitement justifiée, ainsi que vous le verrez tout à l’heure. » Cette conclusion dit : « Comme le Puy-de-Dôme est un cône isolé qui dépasse de 400 mètres tout le pays environnant, la direction du vent et la chute de la pluie n’y subissent aucune perturbation locale, et ne dépendent que des mouvements généraux de l’atmosphère. C’est pour cela que les coefficients ci-dessus peuvent s'appliquer a une très vaste région, à la majeure partie de la France, et qu’ils présentent un intérêt tout spécial. » Ma détermination des coefficients pluvieqx pour Bruxelles ayant été faite en ne considérant que huit directions de vent, j’ai réduit le tableau de M. Plumandon à huit directions également, et j’ai obtenu ainsi le nouveau tableau suivant; je place en regard les valeurs pour Bruxelles :
- Puy-de-Dôme. Bruxelles.
- Nord. 3,9 2,3
- Nord-est. 2,4 1,8
- Est. 1,0 (min.). 1,0 (min.)
- Sud-est. 1,1 L7
- Sud. 1,2 2,8
- Sud-ouest. 2,6 3,4
- Ouest. 7,0 (max.). 4,0 (max.
- Nord-ouest. 5,4 3,4
- On voit qu’à Bruxelles comme au Puy le vent d’est a 1 Voy. n° 1079, du 3 février 1894, p. 151.
- le moindre coefficient de pluviosité ; et que dans les deux stations, également, le vent d’ouest présente le maximum. On peut donc en inférer que la conclusion de M. Plumandon ne s’applique pas seulement à la majeure partie de la France, mais qu’elle embrasse une grande partie de l’Europe occidentale. A Bruxelles, les vents de sud-est, de sud et de sud-ouest ont un coefficient de pluviosité plus fort qu’au Puy-de-Dôme1, mais les vents d’ouest à nord-est (par le nord) y sont moins pluvieux que dans cette station élevée. Le nord-est, l’est et le sud-est réunis donnent, de chaque côté, la même moyenne : 1,5. Les vents opposés : sud-ouest, ouest et nord-ouest, les moyennes respectives 5,0 et 3,6. »
- M. Lancaster joint à cette Note une épreuve d’un tableau qu’il vient de publier dans la revue Ciel et Terre (n° 22, du 16 janvier). Il s’agit de la fréquence des vents à Bruxelles depuis neuf ans (1885-1893). Le savant météorologiste belge montre que, chaque année, le vent de nord-est a eu une fréquence notablement supérieure à la normale. Un coup d’œil sur le tableau fait voir de suite la prédominance exceptionnelle du courant de nord-est dans ces neuf dernières années. Il serait fort intéressant de savoir si le même fait a été constaté dans les pays qui avoisinent la Belgique, comme la France, la Hollande, l’Allemagne, etc.
- L’ARCHITECTURE NAVALE PRIMITIVE
- DANS L’EUROPE SEPTENTRIONALE
- La célèbre Smithsonian Institution, dont les publications sont toujours de si grande valeur, vient tout récemment de faire paraître une remarquable étude duc à la plume de M. G.-H. Bœhmer, et portant le titre de « L’architecture préhistorique navale du nord de l’Europe ». En raison des renseignements de toute sorte qu’elle contient, il nous a semblé intéressant de faire quelques emprunts à ce travail, où l’auteur fait preuve d’une érudition sûre d’elle-même.
- César, dans son De Bello Gallico, nous donne des détails sur les bateaux dont se servaient les Germains, plus spécialement les Ve'nètes : il nous montre leur fond plat, leur avant très élevé, leur solide construction en chêne, leurs voiles formées de peaux tannées, tout étant ménagé pour résister aux tempêtes de l’Océan. Ces bateaux des Yénètes représentaient d’ailleurs un progrès considérable sur leurs embarcations primitives et sur toutes celles de la côte septentrionale d’Europe : de 1885 à 1889, lors du creusement du port libre de Brême, on découvrit un certain nombre de canots remontant à cette époque. Ils étaient enfoncés dans les terrains d’alluvion, de 2 4 mètres au-dessous de la sur-
- face du sol. Creusés, à la hache probablement, dans un tronc de chêne, avec une proue oblique, un fond plat et des trous ménagés pour les avirons, ils étaient du type de ceux que possèdent certains de nos musées, notamment le musée de Saint-Germain. Leurs dimensions variaient entre 8 mètres et 10m,50
- 1 Par rapport au coefficient du vent d’est, pris comme unité.
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- de longueur, 1m,25 et 75 centimètres de largeur, avec une profondeur de 50 à 70 centimètres. Pline parle des incursions commises sur les côtes de la
- Gaule par les Germains osant s’aventurer en pleine mer dans ces embarcations.
- Peu à peu .ces navigateurs, s’inspirant de ce qn’ils
- voyaient, recouraient à des membrures pour sou- adoptaient un rudiment de quille. De ce type est le tenir intérieurement le bordé de leurs bateaux, et bateau découvert en 1878 dans le marais de Yalcr-
- moor dans le Schleswig-Holstein; long de 12m,28, large de lm,50, profond intérieurement de 57 centimètres, il possède des couples rapportés et une portion de quille à chaque extrémité. En 1886, on a trouvé une embarcation de même espèce à Brigg,
- dans le Lincolnshire (fig. 1); submergée sous les vases d’une ancienne lagune, elle avait près de 17 mètres de long1. Nous n’insisterons point sur ses
- 1 Yoy. n° 684, du 10 juillet 1886, p. 95.
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- détails de construction et notamment sur l’épaisseur de bois beaucoup plus grande ménagée à l’avant et à l’arrière. C’est d’ailleurs dans cettç même région, au point de jonction de l’ancienne rivière Ancholme
- et du canal nouveau, que l’on a découvert un radeau formé de poutres entretoisées.
- On a trouvé en 1876, dans le loch Arthur, à environ 9 kilomètres de Dumfries, en Ecosse, un
- Fig. 3. — Divers bateaux préhistoriques. —'.1 et 2. Bateau de Nydam Moss, dans le Scldcswig, en Allemagne. —' 3.p: Assemblage sur la quille. _ 4 Assemblage des bordées sur un couple. — 5. Vue intérieure de l’avant du bateau. — 6. Tolet pour les avirons. — 7. Le navire Gokstad; position dans laquelle il a été découvert. — 8. Reconstitution du navire Gokstad. Vue arrière et vue avant. — 9. Bout d’aviron sculpté. — 10. Supports de tente sculptés. — 11. Ornement sculpté. — 12. Fragment de plat de bois. — 13. Barre de gouvernail.
- bateau primitif, du plus grand intérêt, lui aussi (fig. 2). Creusé dans un chêne, il est long de 12m,60, et ressemble beaucoup à celui de Brigg ; la proue a la forme d’une tête d’animal. Une partie s’en est brisée quand on l’a mis à l’air. C’est un type d’em-
- barcation qu’on a rencontré très souvent en Grande-Bretagne : à Glasgow notamment et aux environs on en a découvert une vingtaine, à des profondeurs variables, au milieu de dépôts marins; ils se difftv renciaient en ce sens que, tout en étant creusés
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- dans un tronc, ils l’étaient plus ou moins soigneusement, certains gardant la trace d’outils en métal. Deux d’entre eux étaient même formés d’un bordé avec calfatage; si bien qu’on se trouvait en présence de bateaux appartenant respectivement à l’Age de pierre, à l’âge de bronze et à l’âge de fer.
- Si nous nous reportons aux bateaux déterrés dans le marais de Nydam (duché de Schleswig), suivant quelques-uns, nous devons voir le type des embarcations primitives des Saxons. Naturellement, dans l’intéressante revue que fait M. Roehmer, les Scandinaves tiennent une grande place. Les Sagas et les sculptures qu’ils ont laissées sur les rochers nous donnent des renseignements sur leurs navires ; dans les provinces russes de la Raltique, on rencontre aussi un grand nombre de tombeaux formés de pierres affectant la forme d’un bateau. Dans le marais de Nydam, au nord-est de Flensburg, on a découvert, en août 1865, les restes d’une embarcation; puis, en octobre, une embarcation en chêne, et enfin une autre en sapin (fig. 5, nos 1 à 6). Rien entendu, les liens, les chevilles s’étaient rompus; le bordé avait perdu sa forme incurvée; néanmoins on a pu parfaitement les restaurer, (les embarcations ont 25 mètres de longueur; elles sont un peu aplaties au milieu et se relèvent fortement aux extrémités : à première vue on saisit la ressemblance qu’elles présentent avec celles que les Norvégiens emploient encore aujourd’hui pour la pêche. Les bordés portaient intérieurement une sorte de crête taillée en plein bois, qui permettait de les réunir, d'une façon libre du reste, aux membrures; on a retrouvé des tolets en bois à une seule branche, quatorze de chaque bord, portant encore la trace du frottement de l’aviron; les bancs et le gouvernail existaient aussi. D’après des monnaies ramassées au fond de ces bateaux, on peut les faire remonter au troisième siècle.
- Comme nous l’avons dit, nous trouvons dans les Sagas une ample source d’informations : car si celles que nous possédons ont été écrites au quatorzième siècle, elles se réfèrent à des époques bien antérieures. Elles renferment toute une classification des navires, suivant le nombre des bancs de rameurs : il y a les s/dp où les bancs ne vont pas d’un bord à l’autre, les karfi, les langskibet, ou « longs navires » ; elles nous fournissent aussi des détails sur la construction des navires. Les « longs navires » se divisaient en snekkja, skrita, dréki, skeid et buza; le dréki, c’est le dragon, un des types les plus connus. La voile et le mât apparaissent dans ces embarcations : le mât est court, il s’abaisse souvent, par exemple, quand on arrive au port ou qu’il vente fort; quant aux voiles, elles sont carrées et ne peuvent guère tirer des bords. Le gouvernail n’était qu’un large aviron fixé au côté droit de l’arrière. Ajoutons que tout l’ensemble était très ornementé, sculpté, etc. Au reste, la fameuse tapisserie de Rayeux donne une assez bonne représentation d’un de ces bateaux.
- Nous aurions pu encore rappeler l’embarcation découverte dans un tumulus à Snape, dans le Suf-folk, en Angleterre, ou encore celles que M. lljal-mar Slolpe a mises au jour en 1882 à Yendel (Upland), ou enfin celles que l’on a reconnues aux Eeroë, aux Orcadcs, etc. Nous aurions à citer également le bateau de Gokstad (fig. 5, nos 7 à 15), long de 24 mètres, trouvé près du Sandefiord, dans la ferme de Gokstad, ou celui de Brosen, dégagé des terres qui le recouvraient lors des travaux d’agrandissement du port de Dantzig1, ou enfin celui de Botley, en Angleterre, qui mesurait 59 mètres de longueur.
- Assurément, nous n’avons pu que cueillir quelques indications sur ces vaisseaux primitifs; mais, grâce à M. Bœhmer, il nous a été loisible de montrer qu’en somme aujourd’hui on est en mesure de connaître assez bien cette architecture navale primitive2. Daniel Beli.et.
- L\ LITIÈRE DE TOURBE
- Les articles récemment publiés sur « l’emploi de la tourbe comme litière 5 » ont été certainement, et à bon droit, très remarqués. On n’a pas manqué de lire avec le plus grand intérêt l’exposé des avantages de cette méthode de couchage des animaux, au triple point de vue du prix de revient, de la salubrité des écuries et de la qualiié du fumier.
- Il ne s’agit point de soulever ici une polémique qui serait de nature à fatiguer nos lecteurs, mais nous ne saurions nous dispenser de mentionner brièvement les objections qu’ont formulées, à l’encontre de l’adoption du système préconisé, les vétérinaires italiens réunis en commission à Palma-Nova et nombre de membres de la Société des agriculteurs de France, parmi lesquels il convient de citer MM. de Vanssay, de l’Épine, Meslay, Paul Genav, le colonel Basserie, ancien membre du Conseil supérieur des Haras, etc., etc.
- Essentiellement distincte de la tourbe noire et compacte, qui sert de combustible, la tourbe à litière est formée de débris végétaux aquatiques en état de décomposition relativement peu avancée. On y trouve quantité de laichcs (carex), de joncs (butomus), de prèles (equi-setum), de mousses (sphagnum), des renonculacées, des ombellifères aquatiques, notamment Prenante (phellan-drium) ou « ciguë d’eau », l’utriculaire (utricidaria), etc., etc., dont les détritus peuvent être dits malfaisants et même dangereux.
- On a d’abord constaté que, du fait de la puissance hygrométrique de toutes ces plantes à demi fossilisées, la litière de tourbe est froide par rapport à la paille qui conserve bien la chaleur du corps des animaux et, pour cette raison, est dite chaude.
- 11 a été, en second lieu, reconnu que la tourbe « mous-seuse-fibreuse » employée dans les écuries ou les étables se réduit facilement en poussière et que cette pulvérulence implique des dangers. La Commission d’études de Palma-Nova a expressément déclaré que rien n’est, plus que la
- 1 Voy. n° 396, du 1er janvier 1881, p. 75.
- - Nous rappellerons que l’Exposilion de Chicago possédait une copie du bateau Scandinave découvert à Sandefiord : il s!est vaillamment comporté pendant la traversée de l’Atlantique en venant de Norvège.
- 3 Yoy. n° 1077, du 20 janvier 1894, p. 114.
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- poussière de tourbe, nuisible aux yeux, ainsi qu’aux voies respiratoires des animaux. D’autre part, cette poussière en ternit et salit singulièrement le poil; elle tombe dans le lait des vaches que l’on trait; échauffée par le suint, elle altère la valeur de la toison des moulons, et cette toison peut dès lors se feutrer, se gâter sur le dos de la bête. Enfin, il se dégage de la poudre humectée une odeur d’acide osmique tellement désagréable que, durant plusieurs jours, les chevaux hésitent à se coucher sur cette litière de tourbe, un peu trop vantée.
- Ce n’est pas tout. M. Paul Genay a observé que la tourbe absorbe et retient tous les liquides excrémen-titiels; que le fumier ainsi obtenu manifeste des propriétés spéciales dont l’innocuité est loind’élre démontrée; que la fourchette du sabot des chevaux qui le piétinent perd de sa fermeté et s’amollit au point de ne plus pouvoir résister à la pression du doigt; que, s’opérant lentement, cet amollissement du sabot peut être devenu incurable avant qu’on ait été à même de remarquer aucune déformation extérieure du pied. Quant au mouton, qui est, comme on le sait, très sujet au piélin (inflammation due à l’humidité et qui amène souvent le décollement de l’ongle), il serait très dangereux de lui infliger la stabulation sur une litière dont l’action est aussi suspecte que celle de la tourbe.
- U est encore d’autres faits qu’il importe de prendre en considération sérieuse. La couche de tourbe réellement assez mousseuse pour être employée comme litière n’est pas bien épaisse au-dessus des massifs des gisements ; d’où il suit qu’il faut peler de grandes surfaces de ces massifs, si l’on veut obtenir des cubes de litière appréciables. Or la France n’est pas riche en tourbières assez bien dotées par la nature pour se prêter aux exigences d’une exploitation industrielle. Comme remplissant les conditions voulues, on ne peut guère citer que la Grande-Brière (Loire-Inférieure), vaste marécage mesurant 15 kilomètres de long, sur 10 de large et dont les produits s’expédient à Nantes. L'a, les qualités brunes sont classées (( combustible » ; les blondes sont livrées au commerce qui s’en sert pour ses « emballages ». Il suit de là que nos litières ne pourraient se tirer en quantité suffisante que de la Hollande ou de l’Allemagne (duché d’Oldenbourg). Or cette tourbe étrangère donnant asile à tout un monde de micro-organismes, peut être un conservatoire des germes de toute sorte de maladies épizootiques, un véhicule de virus multiples. C’est ce qu’a scientifiquement constaté la Station expérimentale des tourbes, fonctionnant à Berlin1 2.
- Lieutenant-colonel Henneukrt.
- LES ÀNÀGLYPHES2
- Voici un mot (de àvx, en haut, et yXûcpetv, ciseler, autrement dit ciseler en relief) un peu trop prétentieux peut-être pour ce qu’il représente. Il ne s’agit, en effet, ni d’un camée ni d’un bas-relief, mais d’une
- 1 Nous avons voulu que toutes les opinions sur la litière de tourbe soient soumises à nos lecteurs afin qu’ils puissent se faire une opinion. Nous ajouterons que le Ministre de Lagriculture a récemment publié une circulaire dans laquelle la litière, de tourbe est recommandée, ce qui correspond aux conclusions qui ont été données dans les articles antérieurs publiés dans La Nature. (Note de la Rédaction.)
- 2 Communiqué à la Société genevoise de, photographie, dans sa séance du 50 novembre 1895.
- épreuve stéréoscopique ou stéréogramme d’un genre particulier.
- La stéréoscopie, cette branche si intéressante,^ malheureusement si délaissée de la photographie; nous réserve dans les anaglyphes, car enfin, il faut bien appeler par leur nom ces épreuves nouvelles, une application à la fois intéressante et curieuse, qui nous vient de M. Ducos du Ilauron.
- Il est connu depuis longtemps que la sensation du relief et de la perspective aérienne est due à la vision binoculaire. Chacun de nos yeux, en fixant un objet, ne le voit pas sous le même angle et par conséquent pas d’une façon identique, et c’est de la superposition sensorielle des deux images ainsi obtenues que naît la notion de la profondeur.
- Le problème général de la stéréoscopie consiste donc à montrer à chaque œil l’image d’un objet telle, qu’il la verrait et, de la superposition cérébrale ou subjective de ces deux images, surgira l’impression du relief réel de la chose représentée. Mais ici survient une petite difficulté; si nous présentons à nos yeux deux images légèrement dissemblables, admettons qu’il s’agisse de deux photographies prises de deux points distants de l’écartement des yeux, chaque œil ne verra pas seulement l’image correspondante à celle qu’il recevrait de la réalité, mais bien les deux à la.fois, à cause de l’étendue du champ visuel.
- De plus, si l’œil gauche veut fixer le centre de. l’image gauche, l’œil droit convergera immédiatement vers le même point au lieu de se diriger vers le centre de l’image droite. Si nous supposons, ce qui est nécessaire, que la distance des milieux des deux épreuves soit égale à celle de l’écartement des yeux, il faudrait, pour que chaque œil regardât des points correspondants dans chacune des images, que la vue se portât sur un point situé à l’infini, car, dans ce cas, les axes optiques sont parallèles. Or, l’œil renferme un appareil optique, le cristallin, qui n’admet pas la mise au point fixe pour toutes les positions, mais qui, par contre, jouit de la propriété merveilleuse, appelée accommodation, de fournir une mise au point instantanée et automatique pour une distance quelconque, et cette distance, ilia calcule d’une façon mathématique, trigo-nométrique; c’est justement la convergence des yeux qui la lui fournit. La vision, par suite, se trouve prise entre deux alternatives également défectueuses : ou bien chaque œil se dirige vers le centre de chacune des images et alors nous voyons llou, parce que les axes optiques étant parallèles, la netteté n’existe que pour les objets très éloignés; ou bien, nous voyons net, mais alors les deux yeux sont dirigés sur une seule des deux photographies.
- Pour arriver à obtenir à la fois une vision nette d’une seule image par chaque œil, on est donc obligé d’employer un artifice. L’appareil ordinaire cofinu sous le nom de stéréoscope à réfraction ou de Brewster nous permet de résoudre ce problème. En effet, en interposant entre les yeux et l’épreuve deux prismes
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- se regardant par leurs arêtes, on arrivera, en choisissant convenablement leurs angles, à avoir la superposition virtuelle des différents points des deux images et par suile le relief, tout en laissant les yeux converger de la même quantité que dans la vision ordinaire, ce qui est précisément le résultat cherché. Les angles des prismes peuvent varier dans certaines limites, car on peut avoir une adaptation exacte en faisant varier leur distance aux images. Parce procédé, on verrait, malgré tout, trois images, une centrale en relief et deux plates; on peut se débarrasser de ces deux dernières en plaçant entre les prismes et perpendiculairement à l’épreuve regardée, une cloison opaque qui limite le champ de chaque œil.
- On peut arriver sans appareil à voir stéréosco-piquement, en dissociant, par l’exercice, la convergence de l’accommoda-tion, c’est-à-dire en provoquant un strabisme artificiel, mais c’est un procédé peu pratique, long et fastidieux.
- Après ces considérations générales et pour en revenir aux anaglyphes, nous pouvons les définir comme un stéréoscope à images colorées. Supposons que l’on imprime, en deux couleurs différentes, sur une même feuille de papier blanc, deux dessins stéréoscopiques,de telle sorte que leurs points correspondants soient à une distance très rapprochée les uns des autres (fig.2).
- Admettons que les couleurs choisies qui doivent être très différentes soient : le bleu pour l’image gauche, et le rouge pour la droite. A première vue ces deux épreuves, qui seront naturellement, d’après ce que nous venons de dire, enchevêtrées l'une dans l’autre, se confondront en partie et offriront un mélange peu agréable et peu compréhensible. Mais, si nous les regardons à l’aide d’un lorgnon ayant un verre rouge devant l’œil* gauche et un verre bleu devant l’œil droit (fig. 1), immédiatement la scène change et, au chaos primitif succède une impression harmonique et Saisissante de relief et de perspective. Que s’est-il passé? Un fait au premier abord un peu paradoxal ou tout au moins bizarre : l’œil gauche muni de son verre rouge ne pourra voir que l’image gauche
- qui est blette, la seconde image rouge, représentant l’autre épreuve, devient invisible parce qu’un dessin rouge, sur fond blanc, n’est point perceptible en lumière rouge. Par les mêmes raisons l’œil droit ne voit que l’image qui lui est destinée et la superposition stéréoscopique s’ensuit instantanément.
- La convergence et l’accommodation sont à la fois satisfaites parce que les deux dessins ne présentent qu’un écartement insignifiant et dans les limites duquel la mise au point est encore suffisamment exacte. En outre, la grandeur des images sera quelconque puisqu’elles peuvent toujours, quelle que soit leur dimension, être imprimées aussi rapprochées qu’on voudra l’une de l’autreou mieux, l’une sur l’autre.
- Pour que l’effet réussisse complètement, il faut en outre certaines conditions. Les dessins doivent être de teintes assez claires et les verres des lunettes foncés; en conséquence il faut user d’un éclairage intense, sans quoi, vu l’absorption considérable de lumière, le résultat est terne et sombre.
- Si les rayons réfléchis par les dessins et admis par les verres étaient absolument monochromes, les
- images apparaîtraient en noir, sur un fond représenté par le mélange des deux couleurs adoptées. En effet, une image n’émettant que des rayons bleus doit devenir noire en lumière rouge puisque tous les rayons qu’elle renvoie sont arrêtés par le verre rouge,c’est-à-dire qu’elle se présentera sous l’apparence d’un dessin sans couleur sur fond monochrome.
- Ce nouveau genre d’épreuves stéréoscopiques, qui exige le concours de la phototypie et une connaissance assez approfondie des couleurs, aura-t-il un résultat pratique ? Nous l’ignorons. Ce n’est évidemment pas un procédé pour les amateurs, par contre il est intéressant au point de vue théorique et scientifique; il est curieux pour les profanes auxquels on peut le présenter comme une sorte de jeu ou de devinette, dont la solution se trouve dans une paire de lunettes, et à ce titre, il nous paraît appelé à un certain succès.
- Dr E. Bataui.t.
- Fig. 1. — Lorgnon pour l’expérience des anaglyphes; verre rouge et verre bleu. La couleur est indiquée par les leinles.
- Fig. 2. — Spécimen d’un dessin d’anaglyphe.
- Couleurs superposées rouges et bleues, remplacées par des teintes
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- CHEMIN DE FEU DE MONTAGNE
- EN CALIFORNIE
- Un ingénieur américain, M. T.-S.-G. Lowe, vient d’accomplir une remarquable œuvre d’art en menant à bien l’achèvement du chemin de fer de Pasadena au sommet de la Sierra Madré, dans le sud de la Californie. Ancien aéroriaule en chef du gouvernement pendant la guerre de Sécession , M. Lowe avait eu le premier l’idée de relier les ballons à la terre à l’aide de communications télégraphiques, et avait acquis, par la suite, une grande notoriété grâce à de nombreuses inventions ayant trait à la science météorologique. Sa longue et brillante carrière d’ingénieur se trouve dignement couronnée par le beau travail qu’il vient d’exécuter.
- La nouvelle voie ferrée prend naissance au terminus de la ligne de Los Angelot à Altadena et atteint le sommet du mont Lowe, desservant durant son parcours les nombreuses et riches villas qui s’étagent sur la montagne. En partant d’Altadena, la voie serpente le long des flancs de la Sierra Madré jusqu’au Canon Rubio (la gorge rouge) situé vers le commencement de la grande rampe. Pendant huit mois consécutifs, les ouvriers, suspendus dans le vide par des cordages, travaillèrent sans relâche à creuser la banquette qui devait supporter la voie ferrée, dans les murailles de granit de cette gorge.
- La ligne traverse le Canon Ilubio sur un pont biais, véritable merveille de stabilité et d’élégance, malgré sa position qui semble le rendre peu solide. Ce pont a 60 mètres de portée et l’amorce sur laquelle repose le côté aval se trouve en contre-bas
- de 30 mètres par rapport à la partie en amont. De ce dernier point pour arriver au sommet du mont Echo, la grande rampe se continue sur 1200 mètres de longueur, et l’ascension est de 620 mètres. Jusqu’à ce jour, le plan incliné de la voie ferrée du mont Pilate, en Suisse, avec sa rampe de 48 pour 100, passait pour le plus rapide. 11 se trouve distancé par cette partie de la ligne dont l’inclinaison dépasse 50 pour 100. Un cable sans fin, actionné par un
- moteur électrique, hisse les voitures le long de la rampe. Les wagons, d’une forme spéciale calculée de manière que malgré la forte déclivité les sièges aient toujours uneposi-tion horizontale, partent en même temps aux deux extrémités. Des aiguilles automatiques facilitent le croisement des trains montants et descendants. A partir du sommet du mont Echo, la voie ferrée devient double. Elle grimpe constamment en zigzags tout en longeant ou franchissant une quantité de ravins plus ou moins profonds et de largeurs variables. La ligne a son terminus sur le plateau même de la montagne Lowe, à proximité de l’observatoire astronomique duPi'c, à une altitude de 22U0 mètres.
- Cette station météorologique fondée par un groupe de savants, sur le point le plus élevé de la Sierra, possède une installation absolument complète. Elle renferme les instruments de précision les plus récents et les plus perfectionnés. On doit même sous peu y aménager un miroir télescopique dont les dimensions seront plus considérables encore que celles de l’appareil d’Yerkes. Déjà très remarquables, les travaux astronomiques des savants qui dirigent la station ne peuvent manquer de recevoir un nouvel élan, grâce aux communications facilitées
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- LA NA T ILE.
- avec l’observatoire de Pasadena, par la construction de la nouvelle ligne, d’une longueur de 12 kilomètres.
- Rarement la nature a prodigué autant de sites grandioses dans le même endroit. De la base au sommet de la Sierra, des tapis de Heurs aux couleurs brillantes se mêlent aux sombres verdures du sycomore, de l’acajou et du sapin et en rompent la monotonie. Les formidables murailles de granit du Canon Rubio, ses profonds précipices, ainsi que les cascades capricieuses qui bondissent de tous cotés, frappent l’esprit d’une véritable admiration qui grandit encore lorsque l’on a atteint le sommet de la montagne.
- Un panorama merveilleux se déroule sous les yeux. Au pied de la montagne s’étend à perte de vue la belle plaine de San Gabriel qui resplendit aux rayons du soleil. Tout près, apparaît la Reine de. la Vallée, Pasadena, avec sa ceinture incomparable de palmiers, de citronniers, d’orangers, de magnolias et d’eucalyptus. À l’horizon lointain, dans une vapeur bleue, on distingue vaguement sa gracieuse sœur, la ville de Los Angelos qui scintille au milieu de sa luxuriante végétation.
- Depuis longtemps déjà, le sud de la Californie jouissait d'un grand renom par suite de la diversité et du grand nombre d’attractions de la région. La création de la nouvelle voie ferrée qui rend accessible à tous l’approche des merveilleuses splendeurs de la Sierra Madré, augmente encore les charmes que possédait sans partage cette splendide contrée.
- Cu. Marsii.lox.
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- LA MAIADIE DES ŒILLETS
- Depuis l’année dernière les horticulteurs des environs de Paris, et en particulier ceux de Fontainebleau, ont signalé l’impossibilité d’amener à bien les cultures d’œillets. Cet hiver, la maladie a sévi d’une façon encore plus intense, et dans cette dernière région, où le commerce de ces ileurs tient une place importante, on se demande s’il faudra renoncer à cette culture. C’est surtout quand les semis sont sous châssis que le dépérissement et la mort de la plante sont le plus rapides.
- La maladie est causée par un parasite. On voit apparaître sur les tiges et les feuilles de petites taches blanches qui se couvrent au bout de quelques jours de petits points noirs; ces points se multiplient rapidement, les taches prennent une teinte brune et l’on constate sur toutes les parties malades une sorte de duvet formé par des spores et des lilaments sporifères.
- M. Louis Mangin, qui a communiqué récemment à la Société de biologie une intéressante étude sur cette maladie, a voulu en rechercher les causes. Or l’examen des spores montre qu’il s’agit de VHeterosporium echinula-tum, parasite qu’on a observé sur les œillets en Angleterre et en Suisse. Ces spores très lines se disséminent partout; sous l’influence de la chaleur constante dans la culture sous châssis, la pullulation est rapide et la diffusion s’étend en quelques heures à tous les semis.
- Pour combattre ce fléau, M. Mangin a eu recours aux solutions cupriques, le sulfate de cuivre à la dose de 5 grammes par 10 litres d’eau. Comme celte solution
- adhère peu aux feuilles, il conseille de préférence la solution de vert de gris (acétate de cuivre) à la dose de 200 grammes pour 10 litres d’eau, comme on l’emploie contre le mildiou. A. C.
- CHRONIQUE
- Les défauts de navigabilité des grands cuirassés. — Les grandes nations sont entraînées dans une véritable rage de constructions navales ; en la matière, du reste, elles se lancent parfois un peu dans l’inconnu, non seulement parce qu’on ne sait pas exactement si les torpilleurs sont préférables aux cuirassés ou inversement, mais surtout parce que les énormes cuirassés actuels réservent quelquefois, même à leurs auteurs, des surprises désagréables. En ce moment, en France, on s’inquiète beaucoup de l’état de notre flotte, et l’on prétend que quelques-uns de nos cuirassés rouleraient assez pour être dans l’impossibilité de se servir de leur artillerie; on parlait du chiffre de 15 degrés comme inclinaison au roulis. Nous croyons utile de citer un chiffre que nous empruntons au Scientific American, et qui se rapporte à la marine de guerre britannique : il prouvera quels mécomptes on est exposé à rencontrer en cet ordre de travaux. Le cuirassé Résolution, considéré comme un des meilleurs types de la flotte militaire de la Grande-Bretagne, quittait dernièrement Plvmouth à destination de Gibraltar; saisi par un vent terrible dans le golfe de Gascogne, dont les mauvais temps sont, il est vrai, des plus redoutables, il n’a eu d’autre ressource que de retourner à Queenstoxvn, mais non sans peine. Pendant le fort du gros temps, roulait, paraît-il, de 40 degrés au maximum, sur chaque bord, et les plates-formes des pièces d’artillerie étaient souvent sous l’eau ; cela provenait évidemment de ce qu’il est très chargé dans les hauts. Le navire dut faire tète au vent pendant deux jours : on craignait, en effet, qu’il ne vint à chavirer s’il avait tenté de virer de bord vent arrière pour rallier le port. Deux hommes furent emportés, ce qui n’a rien d’étonnant; l’un d’eux fut d’ailleurs sauvé par le bateau de sauvetage du bord. Dans des conditions pareilles, on comprend que le navire était en grand danger, il était pour ainsi dire ingouvernable et à la merci de la mer qui brisait sur lui. Des centaines de tonnes d’eau pénétrèrent dans l’entrepont et une des embarcations fut mise en pièces.
- Industrie des fromages dans la Ilobrouds-elia. — L’industrie des fromages dans la Dobroudscha, en Roumanie, donne lieu à un commerce assez étendu pour attirer l’attention des grands propriétaires et éleveurs roumains. On commence à se demander s’il ne serait pas temps d’étudier sérieusement cette question, afin d’appliquer dans la fabrication de cet article de consommation les principes scientifiques en usage en France et dans d’autres pays. Certains éleveurs ont fait demander s’il serait possible de trouver dans les écoles d’agriculture françaises un bon élève ou contremaître, capable de diriger une fruitière modèle à Constantza ou dans ses environs. En 1892, l’exportation des fromages de brebis a été d’environ 4842**',60; ces fromages sont de deux sortes, le Cashcaval et le Salamoura. Le premier est de beaucoup le plus important; le second, étant toujours consommé sur place, ne donne lieu qu’à un commerce local. Actuellement le Cashcaval est fabriqué par des Bulgares et certains Roumains qui recueillent le lait des bèebis, le laissant cailler et, à époques périodiques, le font cuire au bain-marie, en y ajou-
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- LA NATUUK.
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- tant une certaine quantité de sel. Cette opération est, dit-on, plus délicate qu’on ne le suppose généralement, non seulement en raison de l’ébullition elle-même, qui présente certaines difficultés, mais aussi par suite de la répartition du sel. Pour donner une forme à ce produit, on le place dans des moules en bois, ayant une forme cylindrique, d’une épaisseur variant entre 4 et 5 centimètres sur environ 15 centimètres de diamètre. Le fromage ainsi fabriqué garde une couleur blanchâtre ou laiteuse, une croûte assez épaisse se forme à l’extérieur et il se conserve longtemps. Le Salamoura constitue presque une pâte molle et friable, d’une couleur grisâtre, d’un goût salin aigrelet; il sert surtout aux domestiques et aux pauvres, qui l’utilisent en l’étendant sur du pain; sa fabrication n’est pas très importante. Pans l’un et l’autre cas, le produit laisse beaucoup à désirer comme qualité; il semble, sans aucun doute, susceptible de grandes améliorations, et peut-être un Français actif, intelligent et connaissant le métier, arriverait-il à un résultat avantageux?
- Dépôts diatomiféres de l'Auvergne. — M. le
- professeur Brun a communiqué à la Société des sciences naturelles de Genève les résultats d’une étude récente sur ces dépôts, faite par lui en collaboration avec MM. Pera-gallo et LIérihaud, professeur de botanique à Clermont-Ferrand. 11 résulte de ces travaux que sur une cinquantaine de dépôts étudiés au microscope, presque tous sont d’eaux douces; trois seulement, étudiés plus spécialement par M. Brun, sont des dépôts d’eaux saumâtres ou marins: dépôts considérables, d’une grande épaisseur, constituant des couches très étendues, placées souvent entre des coulées de laves et s’élevant quelquefois jusqu’à 1200 mètres. Ces dépôts saumâtres et marins sont d’autant plus intéressants qu’ils ont permis d’expliquer les phases que les volcans ont subies dans leurs soulèvements et abaissements successifs : cela d’après les espèces de. Diatomées qui les composent. M. Brun y a trouvé une vingtaine d’espèces fossiles nouvelles et remarquables en ce qu’elles ne se retrouvent plus, ni dans les mers actuelles, ni dans les dépôts fossiles marins trouvés jusqu’à ce jour à la surface du globe. M. Brun les a nommées et décrites, puis dessinées dans trois des planches phototypées de cette publication (Diatomées d'Auvergne par le Frère lléribaud, avec la collaboration de MM. Peragallo et J. Brun. Paris, 1805).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 février 1894. — Présidence de M. Lœxvy.
- Propriétés du carbure de calcium. — M. Moissan a réalisé une nouvelle application du four électrique dont il est inventeur. La chaux et le carbone mis en présence dans le four se combinent et donnent un carbure de calcium qui se présente sous l’aspect d’une masse noire se clivant facilement en cristaux mordorés dont la densité est de 2,22. Ce carbure de calcium est insoluble; il se combine facilement avec le chlore, le brome et l’iode et se décompose au contact de l’eau en donnant de l’acétylène pur. M. Moissan insiste sur ce dernier résultat en rappelant combien il est difficile de préparer l’acétylène pur. Au conlraire, le gaz obtenu à l’aide du carbure de calcium est entièrement absorbable par le sous-chlorure de cuivre ammoniacal, ce qui est le caractère propre de l’acétylène. La réaction est très active. 2 kilogrammes de carbure de calcium donnent naissance à \ mètre cube
- d’acétylène. M. Moissan observe que tous les métaux alcalino-terreux se combinent probablement au carbone à une température élevée. 11 aurait donc existé dans la nature des quantités considérables de carbures métalliques qui plus tard, au contact de l’eau, se seraient détruits et seraient l’origine des pétroles. Enfin, si l’on projette dans un flacon d’eau de cldore saturée quelques fragments de carbure de calcium, les bulles gazeuses s'enflamment au sein même du liquide. L’expérience est très curieuse et ne parait point dangereuse.
- La germination des graines de vigne. — On se souvient des expériences de M. Chauveaud sur la germination des graines de vigne en étuve. Dans une nouvelle communication, l’auteur s’est attaché à l’étude des caractères distinctifs des graines. Ces caractères seraient assez tranchés pour permettre de reconnaître immédiatement l’espèce dont provient la graine; ainsi dans les deux espèces qui ont servi à la reconstitution du vignoble français, Vitis riparia et vitis rupestris, l’épaisseur des téguments diffère ainsi que l’extrémité radiculaire de la graine. Enfin les cotylédons sont eux-mêmes dissemblables.
- Géologie expérimentale. — M. Stanislas Meunier s’est appliqué à reproduire artificiellement, dans des conditions aussi voisines que possible des conditions probables offertes par la nature, les avens que l’on rencontre en si grande quantité dans les Causses des Cévennes. On sait que l’on appelle ainsi des fissures ou gouffres s’ouvrant à pic dans la surface du sol. M. Stanislas Meunier a pris une dalle de calcaire, puis Fa brisée en plusieurs fragments. Ensuite, maintenant ces fragments en contact, il a fait tomber sur la dalle de l’eau légèrement acidulée, dans une position de la dalle telle que l’écoulement du liquide était assuré. Au bout de quelques jours, en différents points du trajet des fentes, des trous cylindriques verticaux s’étaient formés, reproduisant les avens décrits par M. Martel, et réalisant la genèse du phénomène naturel.
- Nouveaux engins de pêche. — En considération des dégâts sous-marins commis par les filets de pèche traînés au fond de l’eau, M. Trouvé s’est efforcé d’imaginer un engin qui eût le double avantage de ne pas détruire les œufs, effrayer le poisson migrateur, tout en garantissant de bonnes captures. L’auteur propose d’attirer le poisson sur un point donné au moyen d’appâts de toutes sortes et surtout par des foyers lumineux électriques immergés et d’opérer ensuite la capture à l’aide d’un filet s’élevant automatiquement sans bruit et sans agitation de l’eau. Cette dernière condition est obtenue en adaptant à la partie du filet qui doit se relever, un conduit en caoutchouc dans lequel on peut envoyer de l’air comprimé, par l’intermédiaire d’un tuyau souple relié à une pompe à air placée soit dans une barque, soit sur le rivage. La ralingue inférieure étant garnie de plomb à la manière ordinaire, et la ralingue supérieure d’un tube à air, si l’on vient à manœuvrer la pompe, le filet se dresse en restant fermé par le fond et peut-être remonté sans aucune difficulté. M. Trouvé, sur ce principe, donne l’indication de différents systèmes de filets convenant à diverses pèches, qui tous présentent un caractère aussi ingénieux que pratique.
- Varia. — M. Edmond Perricr donne lecture d’un éloge des travaux de M. de Quatrefages et présente un ouvrage posthume de ce savant, intitulé Les Émules de Darwin. M. Schokalskv adresse un Mémoire dans lequel il indique toutes les circonstances propres à assurer la navigation sur les côtes nord de la Sibérie. — M. Mac Dowall étudie
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- LA NATURE.
- la variation de la température pendant les différents mois de l’année. — M. Sehutzenberger dépose deux Notes, l’une relative à la préparation d’une nouvelle matière colorante bleue, l’autre à la découverte d’une ptomaïne extraite d’un fromage altéré, dérivant par conséquent de la caséine.
- Ch. de Yilledecil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES OMBRES CHINOISES
- Après les articles précédemment publiés par La Nature sur les ombres modernes1, il nous a paru intéressant de donner quelques détails sur les ombres chinoises telles qu’elles étaient présentées par le célèbre Séraphin. Ce genre revient à la mode.
- Séraphin oncle, qui avait d’abord construit pour sa famille un théâtre d’ombres chinoises, pensa avec raison que le public goûterait ce genre de spectacle et il ouvrit à Versailles en 1772 une salle dans laquelle il resta quatre ans. Le prologue d’ouverture était de Collé et les pièces de Séraphin. Le théâtre fut ensuite établi en 1784 au Palais-Royal, 127, galerie de Pierre, du côté de la rue des Bons-Enfants. 11 ouvrit là ses portes au public, le 10 septembre, et y resta soixante - quinze ans. Ce qui donna une grande vogue à ce théâtre, c’est qu’il fut patronné par l’abbé de l’Epée, par André Chénier, par Lavoisier, par Buiïbn et qu’il donna des soirées chez la Guimard, chez le prince de Condé. C’est pendant ces soixante-quinze années que le théâtre passa sous la direction de Séraphin neveu; en 1859, il fut transféré au passage Jouffroy sous la direction de Mme Royer Séraphin et c’est, là qu’il mourut de vieillesse, remplacé par le théâtre miniature où l’on présentait des marionnettes qui ont à leur tour cédé la place au Petit Casino.
- Nous avons eu entre les mains un certain nombre de personnages de Séraphin, qui, grandeur et décadence! avaient été achetés en bloc, au nombre d’une centaine, 12 francs, chez un brocanteur du boulevard Richard-Lenoir où ils rouillaient depuis une vingtaine d’années. Ce sont ces personnages que nous reproduisons ci-contre (Voy. la gravure). Le premier
- personnage représente la magicien Alcofribas. Quant au deuxième, c’est Pierre le Piocheur, du Pont Casse'. Les deux derniers sont saint Antoine, de la Grande Tentation, et Luciole, fille de Satan, de la même pièce.
- Le répertoire de Séraphin, assez varié, étaU-com-posé d’un grand nombre de pièces qui furent faites en grande partie par un nommé Guillemain. Ces pièces lui étaient payées 12 francs chacune, aussi l’auteur n’a pas tiré un très grand bénéfice de sa littérature enfantine, car le répertoire de ses œuvres s’élève à 25 numéros environ. Dans ce nombre, il faut comprendre le fameux Pont Cassé et son refrain « les canards l’ont bien passé », que l’on a attribué à tort à Dorvigny et qui est bien de Guillemain. Un autre auteur a travaillé pour le même théâtre, c’est P.-J. Lamiral, poète à ses heures de loisir et d’ordinaire sonneur de cloches à Saint-Étienne-du-Mont ! Les plus connues des pièces de cet auteur bruyant sont « l’Ane au salon », «la Boule d’or », «les Petits Maraudeurs », « le Lion de Salerne ».
- Séraphin fut un des premiers à pratiquer la réclame et il en usa largement ; il avait un crieur à laporte.Cecrieur qui à un moment fut une célébrité parisienne, avait toute latitude pour enjoliver ses annonces et il ne s’en faisait pas faute. Séraphin faisait aussi distribuer des prospectus à la porte et ces prospectus dans le genre du suivant, qui date des premières années du théâtre, étaient souvent rédigés en vers :
- Si! Si! en passant liscz-moi,
- Je vous offre encore une afiiclie ;
- Et voici d’abord le pourquoi,
- C’est pour empêcher qu’on vous triche.
- Les affiches, tout aussi bizarres, seraient à citer en entier, mais nous entraîneraient trop loin. Donnons seulement la fin de l’une d’elles qui nous renseigne sur le prix des places.
- « 24 sols aux premières, 12 aux secondes. Ce divertissement est fort honnête et MM. les ecclésiastiques peuvent se le procurer. » Alber.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tiss.vndier.
- Les ombres chinoises de Séraphin. (D’après les originaux.)
- 1 Voy. n° 988, du 7 mai 1892, p. 563.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1084. — 10 MARS 1894.
- LA NATURE.
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- LES CRISTAUX DE NEIGE
- On sait que dans certaines circonstances atmosphériques, quand l’air est calme, la neige, au lieu de présenter l’aspect des flocons désordonnés qui pren-
- nent naissance dans les bourrasques, a la forme de cristaux géométriques, et d'étoiles hexagonales à six branches.
- Ces cristallisations de la neige avec leur finesse de dentelles, ont souvent fait l’admiration des observateurs. Albert le Grand les a signalées le premier
- Fig. !• Fig. 2.
- au milieu du seizième siècle; il en publia des dessins en 1555. Descartes, en 1057, y a consacré de longues pages de son Discours de la Méthode, et en a egalement publié la représentation par la gravure. Quelques savants observateurs, Bartholinus en 1660, R. Hooke en 1665, Martens en 167.5, Rossetti en 1681, Scoresby en 1820, se sont attachés à l’étude de ces merveilleux petits cristaux de neige, et en ont reproduit l’aspect par des dessins faits à la loupe.
- îî" anacc. — 1er semestre. /
- A une époque plus rapprochée de la nôtre, en 1855, M. Glaisbcr, le célèbre météorologiste anglais, s’est livré à des observations très complètes sur les cristaux de neige, et il en a publié des reproductions par des centaines de dessins, ayant tous un aspect dilïerent. Tous nos traités de physique et de météorologie reproduisent les cristaux de . neige, mais les reproductions ont été dessinées à la main, au moyen d’un microscope, et les dessinateurs ont cru devoir
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- LA NATURE.
- rectifier les formes réelles que présente la nature.
- Un savant météorologiste allemand, M. le professeur Dr G. llellmann, a repris depuis plusieurs années ces intéressantes études de la neige'. 11 a étudié l’aspect des cristaux, non seulement sur la nature, mais à l’aide de photographies microscopiques, et il a obtenu des résultats d'un intérêt capital, qui apportent des éléments absolument nouveaux à l’histoire de la formation de la neige : nous allons analyser ces intéressants travaux.
- Nous reproduisons ci-contre quelques-unes des photographies que publie le savant allemand, et qui donnent un grossissement de 12 diamètres environ; nos reproductions sont légèrement réduites. Ges photographies ont été faites avec une grande habileté par le l)1 11' Neuhauss, de Berlin. 11 y a une grande différence entre ces photographies et les dessins des observateurs; la photographie montre qu’il y a dans le cristal de neige absence de régularité absolue et de symétrie. La symétrie existe quand toutes les forces moléculaires peuvent s’exercer librement dans toutes les directions. Cette condition n’est pas toujours remplie. Les plus beaux et les plus réguliers cristaux de neige ont été obtenus par temps calme; M. le Dr llellmann a constaté et mesuré certaines anomalies de cristallisations, qui avaient échappé à ses prédécesseurs.
- Les cristaux de glace, d'après M. llellmann, renferment de petites aiguilles de glace intérieures, qui en forment la masse. Leur structure n’est pas celle d’une matière compacte, il s’y trouve des vaisseaux capillaires.
- La grosseur et la forme des cristaux de neige dépendent de la température. L’observateur allemand s’est livré à des mesures très exactes, au moyen des photographies ; les épreuves obtenues donnent des résultats que l’on peut étudier tranquillement et au repos, tandis que les observations directes faites au microscope prêtent à de nombreuses causes d’inexactitude. M. Hellmann, sur dix-huit mesures de cristaux de neige, est arrivé à constater un diamètre moyen de 2,8 millimètres. Sur dix autres mesures, une seule étoile de neige avait 1,9 millimètre.
- La température de l’air exerce une grande influence sur la grandeur et la forme des cristaux de neige. A la température de— 10“ centésimaux, les cristaux ont été trouvés environ trois fois plus petits qu’à — 2°. L’explication de ce fait est très simple : la quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air augmente avec la température, et la grandeur des cristaux doit augmenter aussi. La forme des cristaux de neige peut être divisée en trois groupes: 1° étoiles
- 1 Schneekry stalle (Cristaux de neige). Beobachlungen und Studien (Observations et études), von Prolcssor t)r G. ltellraann. Mit elf Abbildungen im Text, und acht Tafcln in Héliogravure und Lichtdruck narh mikrophotographis-chcn Aufnalimen, von I)r Med. Neuhauss in Berlin (avec
- 11 figures dans le texte et 8 planches en héliogravure, et impression d'après les épreuves microphotographiques du ])r Neuhauss à Berlin). 1 vol. in-8°. Berlin, Verlag (imprimerie) von Rudolf Nuekenberger, 1895.
- eu rayon; 2° étoiles avec des élargissements en plaquettes et des pointes en rayon ; 5° plaquettes. D’après les photographies on trouve : de—6° à — 7°,5C, 52 pour 100 du groupe u° I ; 22 pour 100 du groupe n° 2; et 26 pour 100 du groupe n° 5.
- De — 9° à — 12",5 U, on trouve 24 pour 100 du groupe n“ 1; 19 pour 100 du groupe n° 2; et 57 pour 100 du groupe n" o.
- Après avoir décrit, les principales variétés de forme des cristaux de neige, M. llellmann arrive à l’étude de la production de ce's cristaux. Plusieurs faits établissent que les cristaux de neige se forment directement par la solidification de la vapeur d’eau atmosphérique. U y a un passage direct de l’état de gaz à l'état solide, une sorte de sublimation. Eu 1816, Muncke a d’ailleurs démontré le fait expérimentalement.
- M. llellmann termine son beau travail par le résumé des observations des cristaux de neige, faites dans les régions polaires par M. Nordcnskiold et exécutées en ballon par MM. Barrai et Bixio, Crocé-Spinelli et Sivel, et par moi-même. Il rappelle que dans mes voyages aériens, j'ai parfois, sous un ciel pur et bleu, rencontré des cristaux de neige très ténus, formant des bancs de paillettes de glace, suspendus dans les régions élevées de l’atmosphère1.
- Les remarquables études de M. llellmann ont jeté une vive lumière sur la constitution de la neige, et ont apporté des documents nouveaux et importants à cette belle science qui se nomme la Météorologie.
- Gvston Tissamhkk.
- L’HORTICULTURE EN ALGÉRIE EN 4893
- M. le l)r Trabut a fait au Gouverneur de l’Algérie un rapport sur les études de botanique agricole en Algérie.
- La culture de la Pomme de terre a fait de notables progrès. 11 y a lieu de généraliser cette culture chez les indigènes; dans les terrains de montagnes qu’ils occupent, il existe souvent de grandes surfaces qui conviennent très bien à la Pomme de terre. Parmi les races productives, la Richter's imperator s’est montrée très fertile dans des essais faits à Rouika.
- Le Topinambour est peu connu des indigènes. La Patate n’est pas encore assez appréciée en Algérie. Elle doit être produite en grand pour l’exportation en France, où ce tubercule trouvera un débouché quand on voudra bien le faire connaître et le transporter à bas prix.
- Un Lablab blanc, reçu de Chine en 1892, donne un gros Haricot charnu, tendre, susceptible d’être mangé vert; le grain est aussi comestible. Deux espèces d’As-perges (surtout Y Asparagus albus) sont couramment vendues sur le marché pendant l’hiver; elles pourraient être améliorées et donner un légume nouveau, une Asperge d’hiver.
- En Kabylic, une pépinière pour l’Olivier est indispensable. Une autre pépinière-école serait très utile pour le Figuier. L'Oranger est absolument négligé; une orangerie modèle rendrait les plus grands services. Le Pistachier donnerait en Algérie des rendements inconnus dans les
- 1 Yoy. I,'Océan aérien, études météorologiques, par Gaston Tissandier. 1 vol. in-8° (G. îlasson, éditeur).
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- LA NATURE.
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- pays où il est cultivé. Le Câprier, si répandu en Algérie, n'est exploité que depuis quelques années dans la région de Bougie, grâce à un producteur de Câpres du midi de la France qui, pendant son séjour, apprécia les Câpres sauvages; l’exportation de ce produit s’élève maintenant à près de un demi-million.
- La viticulture fait dans toutel’Algérie de rapides progrès.
- Le Châtaignier transformerait le pays où on le planterait et préparerait la colonisation par des Français de la région forestière du littoral. Dans la vallée de l’Oued-Jebel, du massif de Gouji, se trouve un groupe de Châtaigniers fort beaux, plantés en 1865 par les ordres du commandant Cousin. Le Noyer doit aussi être multiplié alin de détruire un préjugé absurde des Kabyles qui croient qu’un homme plantant un noyer meurt dans l’année. Le Caroubier, beaucoup trop rare, serait une ressource précieuse. Cependant Bougie, en 1865, a exporté en Angleterre une assez grande quantité de Caroubes. Le Camphrier serait facile à cultiver dans les ravins des forêts de la province de Constantine1.
- 1*11 (JB RI ÉTÉ S PHOTOGRAPHIQUES
- DES SELS DE CÉRIUM
- Nous croyons intéressant de résumer le travail que MM. Auguste et Louis Lumière ont présenté il y a quelques mois à l’Académie des sciences sur les propriétés photographiques des sels de cérium. Des deux séries principales de sels que donne le cérium : les sels céreux et les sels cériques, les premiers sont d’une grande stabilité, tandis que les sels cériques sont ramenés au minimum par les réducteurs faibles; quelques-uns d’entre eux, et plus spécialement les sels organiques, sont m une réduits spontanément aussitôt qu’ils sont formés, de sorte qu’il n’a pas été possible jusqu’ici de les isoler, lai facile réductibilité des sels cériques a amené MM. Auguste et Louis Lumière à étudier l’action de la lumière sur ces substances, laquelle se traduit par une réduction rapide qui peut servir de base à l’établissement de procédés photographiques intéressants.
- Parmi les sels minéraux qui ont donné les meilleurs résultats, il faut citer le sulfate et le nitrate cériques, obtenus en dissolvant l’hydrate cérique dans les acides sulfurique et nitrique. Les solutions aqueuses de ces sels ont servi à imprégner des feuilles de papier, convenablement encollées ou recouvertes d’une couche mince de gélatine, (pie le sel cérique colore en jaune intense. Après dessiccation dans l’obscurité, les papiers ont été exposés à la lumière sous un cliché positif : dans toutes les parties transparentes de l’écran, les rayons lumineux réduisent le sel cérique à l’état de sel céreux, et le papier se décolore en ces points; cette décoloration progressive permet de suivre l’action de la lumière et d’arrêter l’impression au moment opportun. Ainsi obtenue, l’épreuve doit être traitée par un réactif susceptible de dilférencier le sel céreux du sel cérique, de façon à accentuer l’image et à la fixer. Dans un procédé photographique analogue aux sels manganiques, que MM. Lumière ont antérieurement publié2, ils ont utilisé les propriétés éminemment oxydantes que possèdent les sels manganiques, pour former, avec un grand nombre de corps de la série aromatique, des matières colorantes insolubles. De la même manière, si l’on traite par ces réactifs les épreuves aux sels de cérium, on forme par oxydai ion et on fixe des substances
- 1 D’après la lleuuc Uot'ticole.
- 2 Bulletin de la Société' française de photographie, 1892-
- colorantes dans les points où le sel cérique n’a pas été réduit par la lumière; il suffit ensuite d’éliminer, par un lavage sommaire, l’excès du réactif ainsi que le sel céreux, pour obtenir une épreuve définitivement fixée. Best important (pie la matière colorante produite soit insoluble, afin qu'elle ne soit pas entraînée par les lavages.
- En se plaçant au point de vue de leur utilisation photographique et en étudiant comparativement l’action des sels ferriques, cobaltiques, manganiques et cériques, sur un grand nombre de corps de la série aromatique, les expérimentateurs ont reconnu que ces derniers sont susceptibles de fournir des réactions colorées, beaucoup plus nombreuses que les autres.
- Parmi les réactions les plus caractéristiques, on peut citer les suivantes : en solution acide, les épreuves sont grises avec le phénol; vertes avec les sels d’aniline; bleues avec la naphtylamine a; brunes avec l’acide amido-benzoique; rouges avec l’acide parasulfanilique; vertes avec les sels d’orthotoluidine ; etc. Si l’on traite par l'ammoniaque, la coloration change : elle devient, par exemple, violette avec l’aniline; rouge avec la naphtylamine; etc. Les papiers photographiques aux sels cériques présentent une sensibilité notablement plus grande que celle des préparations aux sels ferriques ou manganiques.
- MÉCANIQUE INDUSTRIELLE
- UN NOUVEAU TYPE DE COURROIE A MAILLONS
- Malgré leur prix sensiblement plus élevé que celui des courroies ordinaires, les courroies à maillons en cuir se sont répandues dans l’industrie, où elles sont recherchées dans tous les cas où l’on a besoin, avant tout, d’une grande régularité et d’une grande douceur de marche, et
- Courroie à maillons en cuir et acier.
- eu particulier dans l’industrie électrique. Leur principal défaut réside dans ce que, par la fatigue du travail, les trous s’agrandissent par Fusure du cuir et la courroie s’allonge. Dans la disposition adoptée par MM. "Wallon, de Glasgow, cet inconvénient est évité en montant à l’intérieur de chaque maillon une bague de même largeur que lui, découpée dans un morceau de tube d’acier sans soudure Ces tubes augmentent la durée de la courroie tout en s’opposant à son allongement. Les côtés du tube d’acier ne sont pas parallèles, mais bien, comme le montre la figure, légèrement rapprochés vers le milieu, et maintenus dans cette forme par la pression du cuir convenablement découpé à cet effet. Si, par la tension de la courroie, les boucles en acier tendent à se redresser, elles pressent énergiquement les côtés du maillon en cuir, les soulèvent vers le milieu et augmentent ainsi l’adhérence, tout en assurant à la courroie une certaine élasticité. On réunit ainsi les avantages de solidité et d’élasticité de l’acier et le moelleux et l’adhérence du cuir. 11 reste à savoir si une courroie ainsi établie n’atteint pas un prix prohibitif pour la plupart des installations ; c’est ce que nous ne saurions dire en l’absence de tarifs comparatifs.
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- LA NATURE.
- LÀ LOUPE DE NOISETIER
- DU MUSÉUM d’hISTOIRE NATURELLE
- Dans un précédent article, en parlant de la bille d’Acajou-Cedra du Muséum d’histoire naturelle, nous ayons fait remarquer que les Expositions universelles font souvent profiter les établissements publics d’objets intéressants. En voici un nouvel exemple.'
- Au nombre des objets curieux de collection que le Muséum a reçus à la suite de l’Exposition universelle de 1889, se trouve une énorme loupe de Noisetier offerte par MM. Nazarian frères, négociants en bois des îles et de placage, et qui figurait dignement dans la section spéciale des bois d’ébénisterie.
- On sait que depuis longtemps les loupes de bois sont recherchées pour faire des meubles de luxe ou de fantaisie.
- Celles du Thuia de Barbarie (Callitris quadri-valvis) étaient très estimées déjà à l’époque romaine. Elles étaient connues sous le nom de bois de Citre par les Romains qui en faisaient des tables d’un grand prix. On en cite une ayant appartenu à Cicéron et qui avait coûté environ 200 000 francs, puis une autre qui fut adjugée en vente publique pour la somme énorme de près de 500 000 francs.
- Mais de nos jours les forets de l’Algérie et provinces voisines se sont singulièrement appauvries de Thuias, surtout en spécimens produisant des loupes volumineuses et de grande valeur. Presque oublié pendant des siècles, le Thuia est revenu à la mode en Europe il y a une trentaine d’années, et l’on se souvient que c’était un engouement, au commencement du second Empire, que les meubles en loupe de Thuia qui répandaient une douce odeur de cèdre dans les appartements. La mode a changé et c’est le Noyer qui tient la corde en ce moment, au point que le bois de Noyer, mais surtout ses loupes, sont devenus fort chers et que la source en sera bientôt tarie. D’ailleurs, pour le Thuia il en est de même; on ne peut plus maintenant se procurer que des loupes de petites dimensions et d’un prix élevé.
- Les loupes d’Orme ont été prisées autrefois; elles sont quelque peu tombées dans l’oubli de nos jours. Il en a été de même celles de Erêne, d’Erable
- et de Buis 1 qui servirent beaucoup et sont encore employées par les tourneurs et les tabletiers.
- Actuellement les loupes de Noisetier sont plus estimées que celles de Thuia et celles d’Amboine. La région qui les fournit est l’Asie Mineure, les bords de la mer Noire où d’ailleurs elles ne sont plus très abondantes. Le spécimen donné au Muséum par MM. Nazarian est d’un volume exceptionnel et que la figure ci-jointe ne rend pas suffisamment à cause du raccourci de la perspective. Son poids est d’environ 1500 kilogrammes. Or, le prix du kilogramme étant en moyenne de 1 franc, on voit que le cadeau a son importance. On fait de ces loupes des tranches minces pour les meubles plaqués que l’on teinte à volonté par les colorants qu’il plaît avant de
- les vernir. A la longue on s’étonne, en voyant un aussi volumineux bloc de bois, que cette production soit fournie par un arbre qui n’atteint jamais que des dimensions moyennes2; rarement il dépasse en hauteur 12 à 15 mètres avec un diamètre de 50 à 60 centimètres.
- Le développement des loupes nommées aussi broussins, est ordinairement la conséquence de quelque érosion, d’un broutage réitéré, d’un élagage trop fréquent des jeunes rameaux ou même les suites d’un incendie. Il se produit en ce point, par excitation, un développement exagéré de tissu d’abord cellulaire, puis fibreux, et une fois l’appel fait dans cette partie du végétal, le tissu générateur se forme sans interruption et la quantité de bois augmente rapidement. La surface de la loupe se hérisse souvent de bourgeons mort-nés qui disparaissent hâtivement pour faire place à d’autres. En résumé, les broussins ne sont autre chose que des excroissances ou hypertrophies locales du tissu ligneux des arbres qui en sont atteints, et que l’on a quelquefois comparées improprement aux productions en apparence similaires qui viennent accidentellement sur le corps ou sur les membres des animaux. J. Poisson.
- 1 L’emploi des troncs de buis pour la gravure du bois a pris un tel développement que l’on a presque fait disparaitre les buis de Turquie et d’Orient. On a dù s’adresser à d’autres essences de bois inférieures au buis pour cet usage.
- C’est le Corylus colurna que l’on nomme aussi C- byzan-tina, Noisetier du Levant ou de Byzance.
- Loupe de Noisetier des collections du Muséum.
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- LA YOITURE ÉLECTRIQUE
- DE M. JOSEPH CARLI
- La question des petits véhicules autonomes sur routes et rues est actuellement l’objet des préoccupations des industriels et des inventeurs dans tous les pays : le concours institué par notre confrère le Petit Journal amènera certainement à Paris tous les systèmes réalisés pour résoudre le problème : vapeur, gaz, pétrole, et électricité produite par des piles ou emmagasinée dans des accumulateurs. Cette dernière solution, celle qui, pour nous, présente le plus d’avenir dans les grandes villes qui possèdent des stations centrales de distributions d’énenne élcc-
- O
- trique, répond cependant le moins au programme dressé par notre confrère quotidien, et de l’échcc que subira forcément l’électricité dans ce concours, il ne faudrait pas tirer de conclusions trop hâtives ou trop absolues.
- On ne prend pas généralement un véhicule sur routes pour des trajets de 100 kilomètres ; pour ces trajets-là, le chemin de fer est tout indiqué, mais on prend un fiacre pour faire des courses, des visites et des affaires pendant quelques heures, en revenant sensiblement au point de départ, et c’est pour ces applications, les plus nombreuses, que l’emploi de l’énergie emmagasinée dans des accumulateurs électriques s’impose.
- Quoi qu’il en soit, les recherches dans cette voie continuent, et nous signalerons aujourd’hui à nos lecteurs une nouvelle voiture électrique dont nous devons communication à l’obligeance de M. le professeur G. Milani, de l’Université de Pise. Voici le passage essentiel de la Note descriptive qu’il nous a communiquée :
- « Cette voiture a été construite à Castelnuovo (Gar-fagnana) dans l’établissement de tissage mécanique de M. le comte Joseph Carli, député au Parlement italien. Le véhicule électrique Carli est actionné par des accumulateurs : le type choisi par les inventeurs est le type Verdier, parce qu’il possède une grande capacité spécifique et qu’il peut mieux résister aux secousses toujours inévitables dans un véhicule destiné à parcourir toutes sortes de routes. La batterie se compose de 10 éléments, ayant chacun une capa-
- cité de 100 ampères-heure, soit de 200 watts-heure: on dispose ainsi de 2 kilowatts-heure. Le modèle employé pèse 5 kilogrammes et contient 5 plaques : dans les conditions de débit normal, la batterie fournit un courant de 5 ampères, soit 1 ampère par kilogramme. Les plaques sont disposées horizontalement dans une cage en bois; elles sont maintenues en place par de petits barreaux en ébonitc et 'séparées les unes des autres par un tissu en jute paraffiné : le tout est contenu dans de petites caisses en ébonite hermétiquement fermées par un couvercle en ébonite, afin que le liquide ne puisse se répandre par l'effet des seeousses. Les inventeurs ont trouvé certain avantage à recourir à un système de charge très lent : à cet effet ils emploient des courants très faibles, de la durée de vingt-cinq à trente heures, ce qui permet de faire usage de piles primaires. Cette circonstance est favorable au meilleur rendement et au meilleur régime de décharge de ces accumulateurs, même quand les résistances extérieures varient dans une large mesure. Les expériences ont prouvé que la décharge rapide ne présentait aucun inconvénient et n’amenaitaueune altération des surfaces positives : le rendement seul tombe de 97 pour 100 à 65 pour 100, si l’on passe de 1 à 2 ampères par kilogramme de plaques. La batterie de 10 accumulateurs du type décrit ci-dessus renferme une énergie égale à 2 kilowatts-heure ; le véhicule ne pèse que 160 kilogrammes en ordre de marche.
- « Le moteur actionne directement l’axe des roues de derrière, au moyen d’engrenages ; il absorbe en\i-ron 550 watts et la batterie peut alimenter ce moteur pendant un voyage de quatre à cinq heures; l’excitation est en dérivation; le moteur peut servir à la recharge des accumulateurs, en vertu du principe bien connu de réversibilité; on n’a qu’à y appliquer une manivelle ou une roue avec une courroie de transmission. Il y a un train d’engrenages entre l’axe du moteur et celui des roues; au moyen de cet engrenage, on peut, en tournant une manivelle, réduire la vitesse angulaire du moteur de 1000 tours par minute à 100 ou à 50; d’un autre côté, un rhéostat permet de faire varier la vitesse angulaire du moteur de 1000 à 300 tours par minute. On peut ainsi développer la plus grande puissance correspon-
- Yoiture électrique (le M. J. Carli. (D’après une photographie.)
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- dant à chaque allure, marcher à petite vitesse sur les cheminsmontants, à grande vitesse sur les pentes, etc.
- « Pour le démarrage et dans les difficultés imprévues du voyage, on a recours à une caisse d'impulsion de réserve; elle consiste en un système de ressorts à tirants en caoutchouc que l’on tend en faisant tourner une petite roue, même pendant la course du véhicule. Lorsqu'une impulsion énergique est nécessaire, la détente se fait an moyen du pied : les ressorts se détendent et produisent sur l’axe une impulsion égale au double de la force même du moteur et suffisante pour un parcours de 50 mètres au moins.
- « La maison Carli, sons l’hahile directiondeM. François lîoggio, construit deux types de cette voiture, l’un simple et économique, l’autre plus élégant et plus soigné dans les détails. C’est le second type que représente la figure ci-jointe. »
- Nous avons tenu à publier cette Note pour bien montrer que le fiacre électrique, tel que nous le concevons, n’est pas une utopie Déjà la voiture électrique de M. Pouchain d’Armentières et celle de M. Carli réalisent la plupart des conditions nécessaires à ce genre d’exploitation. Les questions de forme seront vite résolues, par une alliance de l’art du carrossier et de l'art de l’électricien. Encore quelques progrès dans les accumulateurs, et les stations centrales auront dans la charge des accumulateurs de fiacre pendant la journée et une partie de la nuit un important débouché qui améliorera leur rendement annuel ainsi que leurs conditions actuelles d’exploitation. E. IL
- L’AVALANCHE DU VŒRDAL
- EX NORVÈGE
- Le Yœrdal a été l’an dernier le théâtre d’une terrible catastrophe comparable dans ses effets désastreux à celles de Zoug, d’Ehn et de Saint-Gervais. Dans cette vallée tributaire du fjord de Throndhjem, à 20 kilomètres environ de son embouchure, débouche à droite un ruisseau profondément encaissé entre de hautes et larges terrasses. Il y a là une sorte de cirque entièrement rempli de formations quaternaires traversé par l’étroit ravin du petit torrent. C’est dans ce vallon que s’est produite la catastrophe. Dans la nuit du 18 au 19 mai 1893, l’énorme masse des terrasses glissa et s’abattit dans le Yœrdal. Cent onze personnes furent noyées dans la houe, plus de 25 fermes détruites et 11 kilomètres carrés de terres fertiles empestés ou recouverts d’une épaisse couche d’argile; tous ces épouvantables ravages se sont produits en une demi-heure.
- Dans le vallon de Fællobæk, une superficie de 3 kilomètres carrés a complètement disparu. A la place des anciennes terrasses se trouve maintenant une dépression circulaire profonde par endroits de 50 mètres. Au milieu, un pan de terre, témoin de l’ancien niveau du sol, est resté debout comme une île.
- L’étude du terrain révèle les causes de la catastrophe. Dans les vallées de la Norvège, qui, comme le Vœrdal, ont été, après la période glaciaire, recouvertes par la mer, le quaternaire présente la stratigraphie suivante : 1° sable
- et gros graviers d’origine morainique; 2° argile traversée de minces couches de, sable, avec débris d'une faune marine glaciale; 3° argile bleue avec débris de la faune marine actuelle; 4° sable ou marais. Sur les parois du gouffre creusé par l’éboulement apparaissent : à l’ouest, une couche de sable puissante de 20 mètres ; au nord-ouest, de l’argile recouverte par un marais, au nord et à l’est, une mince nappe de sable étendu sur une couche d’argile épaisse de plus de 20 mètres. Les géologues n’ont pu reconnaître si l’argile n° 2 et la moraine manquent ici ou se trouvent à une plus grande profondeur, la roche en place n’ayant pas été mise à jour par l’éboulement. La disposition des terrains établie, la cause du phénomène devient aisée à comprendre. D’après le professeur Ilrog-ger, la couche sur laquelle repose l’argile bleue avait été fortement détrempée pendant une longue période, à la suite de l’automne pluvieux de 1892. Elle était devenue comme une pâte molle et, sous le poids du terrain surincombant, s’est affaissée en déterminant sa chute. Pendant toute la journée du 18 mai, la rivière du Yœrdal roula une masse énorme de sédiments, ses eaux étaient grises, dès ce moment l’argile avait donc commencé à glisser et à s’écouler lentement par le Fællobæk. Dans la soirée, le mouvement s’accentua, et à minuit et demi la catastrophe se produisait. Pendant le courant de l’été dernier, de nouveaux éboulements se sont produits, moins importants, mais encore désastreux pour quelques pauvres paysans que le fléau avait épargnés C
- LE PARTAGE DES PROFESSIONS
- D’après une statistique récente, la moitié environ de la population française vit de l’agriculture; un quart, de l’industrie; un dixième, du commerce; quatre centièmes, de professions libérales; enfin, six centièmes de rentes ou de revenus.
- Parmi les agriculteurs, il v a 9 170 000 propriétaires cultivant eux-mêmes leurs terres et les faisant valoir. Les autres sont des fermiers, métayers, journaliers ou des petits propriétaires travaillant aussi pour le compte d’autrui. La grande industrie, c’est-à-dire les mines et les carrières, les manufactures et les usines, occupent 1 million 130 000 individus. La petite industrie en occupe 0 millions 93 000.
- Le commerce comprend : 789 000 banquiers, commissionnaires et marchands en gros : 1 895 000 marchands ou boutiquiers, 1 164 000 hôteliers, cafetiers et eaba-re tiers.
- Les chemins de fer, les entreprises de transport par terre ou par eau, la marine marchande occupent 800 000 personnes.
- Les fonctionnaires, agents et employés de l’Etat, des départements ou des communes, sont au nombre de 805 000.
- Yoici quelques chiffres pour les autres professions libérales : cultes, 112 000 personnes; communautés religieuses, 115 000 personnes; professions judiciaires, 156 000; professions médicales, 150 000; enseignement libre, 111 000; artistes de tous genres, 121 000; savants, hommes de lettres, publicistes, 23 000, etc.
- Le chiffre des propriétaires et rentiers, vivant exclusivement de leur revenu, s’élève à 1 849 000 et celui des pensionnaires et retraités à 272 000.
- 1 D'après les Nouvelles géographiques.
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- LA NATURE.
- LES EXPÉRIENCES D’ÉLECTRO-PHYSIOLOGIE
- nu i)1’ d’arsoxvai,
- Les voies nouvelles ouvertes à la seienee électrique par lit production des oscillations de haute fréquence ont permis à l’industrie aussi bien qu’à l’électro-thérapie d’aborder des domaines jusqu’ici inexplorés. Le I)r d’Arsonval, particulièrement, préparé aux recherches de ce genre par une série d’inventions en électricité, a poursuivi, dans cette direction, le cours des belles recherches d’électrophysiologie pour lesquelles l’Académie des sciences vient de lui décerner le prix La Gaze.
- Nous laisserons à de plus compétents le soin de traiter la partie purement physiologique de la question; mais il nous paraît intéressant de décrire ici certains phénomènes extrêmement curieux auxquels donnent lieu les courants de très haute fréquence, après avoir indiqué sommairement les appareils qui servent à les obtenir.
- Nos lecteurs connaissent les remarquables expériences de M. Tesla, celles du I)1' d’Arsonval en constituent la contre-partie; les premières ont surtout eu vue la production de la lumière, tandis que les dernières sont importantes par les faits nouveaux qu’elles nous révèlent sur les relations entre les nerfs et l’électricité. Les appareils de M. d’Arsonval sont plus simples que ceux de M. Tesla, ils sont moins grandioses et produisent, des effets moins puissants, mais ils ont l’avantage d’être à la portée de tous les laboratoires possédant le minimum des appareils classiques en électricité.
- Les premières recherches de M. d’Arsonval datent de loin, et la question de l’action physiologique des courants de toutes fréquences était résolue en France bien avant les premières publications de M. Tesla en Amérique.
- Production et propriétés des courants oscillatoires. — On sait que, dans certaines conditions, une décharge électrique devient, oscillante!. Un dispositif très simple, dont M. d’Arsonval a emprunté le principe aux expériences de M. Lodge sur les paratonnerres, permet de produire ce genre de décharges et de démontrer une propriété essentielle des courants de grande fréquence. Une bobine de Ruhmkorff A (fig. 1) sert à charger, par leurs armatures intérieures, deux bouteilles de Leyde B, G montées en cascade; la décharge qui se produit entre les houles en regard est oscillatoire; le potentiel des armatures extérieures varie avec la même fréquence, mais le courant, dans un fil qui les réunit, varie plus brusquemenfque dans le circuit contenant l’étincelle. Vient-on à réunir les armatures extérieures par une bobine DJQ constituée par une dizaine de spires d’un siros fil de cuivre, on les aura mises en court-circuit pour un courant ordinaire, et on n’entretiendrait une différence de potentiel de quelques volts entre
- 1 Yoy. n° 1027, du 4 février 180â, p. H5.
- les armatures qu’en faisant passer dans le fil un courant suffisant pour le volatiliser en un clin d’œil. Mais voici en quoi la décharge oscillatoire montre son caractère bien particulier; elle a une invincible répugnance à s’engager dans le fil. La raison en est simple; la variation extrêmement rapide de potentiel (des milliers de volts dans un cent-millième de seconde) qui s’établit aux bornes de la bobine produit des courants variant avec une formidable rapidité, et doués, par conséquent, d’un énorme pouvoir inducteur. L’induction de chaque spire agit sur les voisines, et le courant qui en résulte tend à chaque instant à annuler le courant primaire, de telle sorte qu’il ne passe qu’une faible partie du courant. 11 ne sert de rien de calculer ici avec la résistance telle que la définit la loi d’Ohm ; nous devons compter avec une tout autre force antagoniste combinée de la résistance et de l’induction, et à laquelle on donne le nom d'impédance. G’est la somme des impedimenta que le courant trouve sur sa route. Dans le cas qui nous occupe, l’impédance se réduit pratiquement à la force antagoniste de l’induction.
- Voici comment on peut montrer combien la décharge oscillatoire est rebelle à s’engager dans la bobine. Appliquant un fil E à son extrémitéDt, et l’approchant de la dernière spire I)2, on verra partir, dans l’intervalle, une gerbe nourrie de fortes étincelles, ayant plus d’un centimètre de longueur (diagramme et
- o mm
- E
- . 1. — Schéma de l’appareil représenté ligure 2.
- fig. 2, détail) ; la décharge traverse donc plus facilement 1 centimètre d’air qu’une résistance pratiquement négligeable, mais possédant de l’induction.
- Actions physiologiques. — Que va-t-il arriver si nous touchons les extrémités de la bobine? Apparemment, nous recevrons la décharge entière, accompagnée d’une secousse si forte que, à l’exemple d’un des premiers électriciens, nous ne recommencerions pas l’expérience pour le royaume de France. A notre grand étonnement, nous ne ressentons ni secousse, ni même le plus léger picotement. La décharge aurait-elle de nouveau changé de voie? Nullement, car si, au lieu de toucher la bobine aux deux bouts, nous nous contentons d’approcher de l’un d’eux un morceau de métal tenu à la main, nous voyons les étincelles reparaître. Bien plus, nous pouvons mettre une lampe à incandescence dans notre circuit, et nous la voyons s’illuminer brillamment (fig. 2). Le courant traverse donc bien notre corps sans que nous nous en doutions, montrant ainsi un autre de ses caprices. A quoi est due son innocuité? La première idée qui vient à l’esprit est que le courant passe entièrement à la surface du corps, dans l’épiderme et dans les habits. 11 y a, sans doute, dans cette explication, une part de vérité ; mais cette
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- LA NATURE.
- localisation du courant n’est pas la seule cause de son immunité. Les recherches de M. d’Arsonval ont montré que les phénomènes neuro-musculaires augmentent d’intensité avec la fréquence jusqu’à 5000 alternances par seconde, res-tent sensiblement station-nairesjusquevers 5000 alternances, et décroissent ensuite, pour s’annuler bientôt.
- Une patte de grenouille est insensible à l’oscillateur de Hertz, comme l’a montré M. Joubert. Et, cependant, l’action physiologique de ces courants est loin d’être nulle; son passage dans les tissus est accompagné des singuliers effets que voici :
- 1° Si l’on ferme, pendant un certain temps, le courant à travers les mains,munies de larges conducteurs métalliques, on trouve que la peau est devenue insensible1. Cette insensibilité persiste de quelques minutes à une demi-heure. 2° Dans ces conditions, et aussi en s’isolant sur un tabouret en verre, et en ne prenant qu’un seul ,’pôle, on a une sensation de chaleur qui s’accompagne bientôt d’une production abondante de
- 1 Voy. le Bulletin de la Société française de physique, séance du 20 avril 1892. Dans la même communication, M. d’Arsonval disait : « Les courants alternatifs, à variation sinusoïdale, ont sur l’organisme plusieurs actions intéressantes : 1° en étalant la sinusoïde, on peut faire traverser l'organisme par des courants assez intenses, ne donnant ni douleur, ni contraction musculaire, ni action chimique; 2° en augmentant graduellement la fréquence, on arrive à provoquer des contractions musculaires énergiques, mais qui sont énormément moins douloureuses, à intensité égale> qu’en se ser-
- sueur et d'une vascularisation considérable de la surface cutanée. 5° Enfin, si l’on fait une petite
- plaie à la patte d’un animal de façon que le sang s’en échappe seulement goutte à goutte, on voit l'hémorragie devenir très abondante sous l’influence du courant. Il y a alors une action vaso-dilatatrice énergique .
- Donc le courant traverse le corps, mais les nerfs sont devenus insensibles à une telle fréquence.
- Les quelques expériences que nous venons de décrire peuvent être faites avec le petit appareil dont nous avons parlé au début; mais
- une installation plus puissante permet d’augmenter beaucoup les effets, sans, du reste, les modifier essentiellement. La figure o montre le grand appareil; la bobine y est remplacée par un transformateur alimenté par une dynamo à courants alternatifs1; l’étincelle de décharge des bouteilles de Lcyde, au lieu d’éclater à l’air libre, se produit dans un champ magnétique puissant ; elle s’étale alors en un cercle lumineux et produit
- vaut d’une bobine d’induction. » M. d’Arsonval a démontré, d'ailleurs, que la mort par les courants alternatifs est due à l’asphyxie d’abord, et peut être retardée par la respiration artificielle, utile à essayer aussi chez les personnes foudroyées. En second lieu, réchauffement considérable produit par la contraction des muscles amène la coagulation du sang.
- 1 La dynamo donne, au maximum, un courant de 12 ampères sous 350 volts, avec 60 périodes par seconde ; le transformateur amène le potentiel à 15 000 volts.
- Fig. 2. — Appareil pour l’étude élémentaire des propriétés du courant oscillatoire et pour la démonstration de l’impédance.
- Fig. 3. — Appareil pour la production de courants oscillatoires intenses. —. Ensemble de l’appareil. — 2. Dispositif pour la mesure des courants au moyen du thermomètre. — 3. Vue des étincelles dans un champ magnétique.
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- un bruit assourdissant. On allume encore, comme le montre la figure, non plus une seule lampe, mais toute une série de lampes que les opérateurs
- tiennent à la main, sans communication métallique avec l’appareil.
- C'est en faisant allusion à cette expérience que
- Fig. 4. — Âutoconduclion ; illumination d’une lampe par induction sur un seul tour de fil.
- M. Cornu disait, dans la séance de l’Académie du 3 juillet 1895 : « On ne pouvait douter de l’énorme quantité d’énergie traversant notre corps ;... transmise sous forme de courants alternatifs;! longues périodes (de 100 à 10 000 par seconde), elle aurait suffi pour nous foudroyer : dans les conditions ci-dessus, elle ne produisait aucune sensation appréciable. » h' autoconduction. —
- Dans toutes les expériences dont nous avons parlé, le courant oscillatoire, engendré dans un circuit métallique, était utilisé, soit pour seseffetsphysiologiques, soit pour ses actions physiques; mais, comme nous l’avons vu, ce courant possède un énorme pouvoir inducteur; pourquoi, dès lors, ne produirait-on pas directement l’induction dans les tissus vivants? Chaque particule du corps, ou telle partie que l’on veut traiter, deviendrait ainsi le siège d’une force électromotrice, et l’être tout entier, ou une région seulement du corps, serait uniformément pénétré
- Fig. 5. — Autoconduction ; illumination d’une lampe par les courants induits dans les bras de l’opérateur.
- par les courants qui prennent naissance au sein même de ses tissus. C’est ce que M. d’Arsonval
- démontre au moyen des expériences suivantes. Nous voyons, dans la figure 4, un opérateur portant sur le front une lampe brillamment illuminée. Cette lampe, montée sur un seul tour de fil, est éloignée de quelques centimètres d’une couronne avec laquelle elle n’a aucune communication directe. Cette dernière, parcourue par la décharge oscillatoire, développe dans l’anneau le courant suffisant pour alimenter la lampe. 11 est clair, par conséquent, que la tête elle-même est parcourue par des courants analogues.
- L’existence des courants produits par autoconduction dans le corps humain peut être rendue évidente par une expérience concluante. Si l’opérateur entoure de ses liras un solénoïde comme le montre la figure 5, en formant ainsi un cercle, complété par une lampe dont il tient les bornes dans ses mains, on verra la lampe s’illuminer. Un
- Fig. C. — Lampe allumée entre les mains d'un opérateur placé dans un solénoïde.
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- LÀ NATURE.
- phénomène analogue se produit si le patient est enfermé dans un solénoïde (fig. 6).
- La mesure des courants de très grande fréquence nécessite, naturellement, des procédés nouveaux. Celui auquel le hasard d’une expérience a conduit le I)1' d’Arsonval n’est point encore parfait, mais il permet, du moins, de repérer les courants employés, et de les reproduire à volonté. Les courants induits à l’intérieur des conducteurs dégagent de la chaleur, qui est la mesure de leur énergie. 11 suffira donc de faire agir l’induction sur un thermomètre à mercure et de noter l’élévation de sa température pour se faire une idée de l’intensité du courant inducteur, si sa fréquence varie peu.
- On voit, au haut de la figure 3 (n° 2), la disposition de l’expérience; le thermomètre est placé dans l’axe d’un petit solénoïde traversé par la décharge oscillatoire. En un instant, on le voit monter de 150 ou 200 degrés.
- Les courants de haute fréquence nous donnent, aujourd’hui déjà, des résultats si singuliers que, il y a quatre ou cinq ans seulement, personne n’aurait pu les prédire. Quelques ingénieurs pensent que leur avenir industriel est immense, et il serait très imprudent d’affirmer le contraire. Leurs actions physiologiques sont mystérieuses; et, si le I)r d’Arsonval a eu le mérite d’en découvrir quelques-unes, il ne faut pas oublier que, dans ce domaine vierge encore il y a quelques mois, presque tout reste à faire. Les méthodes sont créées, il ne reste plus qu’à se mettre à l’œuvre. Ch.-Eu. Ghmaume.
- LES DÉCORS IGNIFUGÉS AU THÉÂTRE1
- L’incendie qui vient de détruire, le 0 janvier dernier, la plus grande partie des décors de l’Opéra de Paris, remet à l’ordre du jour une question qui a été déjà bien controversée au moment de la terrible catastrophe qui détruisit l’Opéra-fomique en 1887.
- Les décors constituent-ils le plus grand danger d’incendie dans un théâtre? Nous répondrons, s,ans hésiter : évidemment, oui. Aujourd’hui surtout où l’emploi du fer et de la brique entrent pour une grande partie dans les constructions, que reste-t-il d’éminemment inflammable, si ce ne sont les décors formés de toile et de lattes de bois mince; les rideaux de fond et surtout ceux de plafonds ou ciels qui flottent et présentent une partie mince souvent effilochée qu’une simple étincelle pourrait enflammer. 11 y a aussi le plancher de la scène et les dessous qui forcément sont en bois et peuvent aussi prendre feu; mais il s’agit ici de pièces de bois épaisses qui ne s’enflammeraient pas facilement, et s’il reste là une chance de sinistre, elle est beaucoup moindre que celle présentée par les décors. Si l’on ne peut pas se mettre complètement à l’abri, il faut au moins prendre toutes les précautions possibles. On a déjà beaucoup fait dans ce sens en imposant partout la lumière électrique; bien que ne donnant pas une garantie absolue, puisque les conducteurs en s’échauffant peuvent déterminer l’inflammation du bois ou des tentures qui se I. ou vent en contact avec eux, cet
- 1 Yoy. Les ignifuges. 871, du 8 février 1890. p. 154.
- éclairage présente sur celui au gaz l’énorme avantage de ne mettre aucune flamme à l’air libre, ce qui, pour la rampe et les herses employées sur la scène, écarte en très grande partie le danger. Mais cela ne suffit pas, car si faible que soit la part qui reste, c’est encore trop quand on pense aux catastrophes qui se sont déjà produites. Si les décors étaient ignifugés et entretenus dans cet état, on pourrait avoir une sécurité presque absolue.
- En 1887, à la suite de l’incendie de l’Opéra-Comique, cette mesure fut imposée à tous les théâtres; mais l’administration qui l’avait prescrite rencontra beaucoup de résistance de la part de certains directeurs et surtout parmi ceux des théâtres subventionnés; ce sont ceux-là cependant qui devaient donner l’exemple. À l’Opéra, notamment, on se montra plus particulièrement opposé à cette opération, prétendant que l’ignifuge abîmait les couleurs, augmentait le poids d’une façon énorme, etc.... Bref, en faisant agir certaines hautes influences, on fit rapporter l’ordonnance.
- Est-il vrai que l’ignifuge abîme le décor? Des expé-, riences ont été faites, notamment au théâtre du Châtelet, où MM. Floury avaient appliqué une préparation dont ils sont les inventeurs, et qu’ils ont employée ensuite à l’Exposition de 1889 au palais des Beaux-Arts et plus tard à la prison de Nanterre. M. Girard, chef du laboratoire municipal, avait vérifié l’incombustibilité et apposé le timbre officiel constatant cette vérification. Les spectateurs ont-ils donc trouvé les décors moins beaux ?
- Nous ne pouvons pas nier que l’application d’un enduit quelconque, rendant le décor incombustible, entraîne certains inconvénients; la dépense est assez élevée, elle varie de 10 à 30 centimes par mètre carré, pose comprise, suivant la substance employée ; mais ce n’est pas là une objection bien sérieuse, car les Compagnies d’assurance pourraient prendre à leur charge une partie de ces frais, soit en abaissant le taux de leur police, soit en prenant pour leur compte une partie de la dépense. Une autre objection consiste à dire que l’enduit rend la toile cassante ou peut nuire à la couleur; mais cela n’existe pas avec toutes les préparations, il s’agit seulement de bien les choisir, et nous citions tout à l’heure le théâtre du Châtelet où l’on avait su éviter l’un et l’autre de ces inconvénients. Nous pouvons citer aussi le théâtre de la Gaîté, où presque tous les décors sont ignifugés, sans que les couleurs en soient moins belles.
- Il existe encore dans plusieurs théâtres des décors qui sont ignifugés depuis sept ans, et qui sont dans un bon état de conservation au point de vue de la couleur; leur incombustibilité peut être facilement constatée.
- Nous pouvons même dire que certains ignifuges ne nuisent pas à la couleur, non seulement quand ils sont appliqués sur la toile, mais même quand ils sont mélangés avec elle, oar il existe au laboratoire municipal des morceaux de bois et de toile qui ont été peints avec des préparations de ce genre il y a près de dix ans, et qui sont dans un parfait état de conservation aussi bien au point de vue du coloris que de l’incombustibilité.
- Les peintres décorateurs, MM. J.-B. Lavastre, Carpezat, Ph. Chaperon, Robecchi, ont affirmé qu’ils ne voyaient au point de vue de leur art, aucun inconvénient à peindre sur des toiles ignifugées par certains procédés.
- On peut donc considérer cette objection comme sans valeur. Quant à l’augmentation du poids, elle n’est pas considérable, quoi qu’en pensent certaines personnes qui vont jusqu’à dire qu’il faut compter sur 1 kilogramme par mètre carré. C’est une erreur, de laquelle il est facile de se
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- rendre compte, puisque! kilogramme de solution, dans laquelle il y a au moins 60 à 70 pour 100 d’eau qui s’évapore, peut servir à préparer 5 à 6 mètres carrés d’étoffe, line autre preuve, c’est que dans les théâtres où l’on a employé des toiles de fond ignifugées, on a à peine été obligé d’augmenter le nombre des contrepoids qui servaient à équilibrer le décor précédent sur toile ordinaire.
- Peut-être trouvera-t-on moyen de fabriquer une toile à base d’amiante qui puisse remplacer la toile actuelle; on fait déjà des toiles de ce genre, il s’agit maintenant de les rendre plus solides et moins coûteuses. Mais, sans cela, la question des ignifuges n’a pas dit son dernier mot. Elle n’est pas neuve, cette question, car Aulu-Gelle nous apprend qu’au siège du Pirée par Sylla, on ne put incendier une tour de bois qui avait été enduite d’alun. Sans remonter à l’antiquité, nous trouverions plusieurs exemples d’incombustibilité obtenue au moyen des différents sels que nous citons plus loin. C’est Gay-Lussac qui, en 1821, se livra le premier à une étude raisonnée des ignifuges; il établit qu’en protégeant la surface d’un tissu du contact de l’air et en mélangeant aux gaz combustibles que la chaleur en dégage, d’autres gaz non combustibles, on obtient une simple calcination sans flammes. L’abri du contact de l’air s’obtient en employant le verre soluble, composé de silice et de potasse en dissolution dans l’eau; sous l’influence de la chaleur la substance se vitrifie et forme un enduit qui empêche la flamme de se produire; le tissu est détruit, mais localement, et sans propagation possible aux parties voisines.
- L’application de ce produit doit être faite avec soin et en dissolution peu concentrée pour éviter le fendillement et l’efflorescence ; on passe 5 ou 6 couches successives, en laissant bien sécher chacune d’elles, et l’on obtient un enduit solide et durable qui ne s’altère pas à l’air.
- La production des gaz non combustibles est basée principalement sur l’emploi des sels ammoniacaux, dont le prix est peu élevé. Le tungstate de soude a été aussi proposé, mais son prix de revient est plus élevé. C’est sur le même principe que sont faites les grenades qu’on rencontre maintenant dans beaucoup d’endroits. Ces boules de verre renferment en dissolution des produits, tels que le chlorure de magnésium, de calcium ou de manganèse, qui dégagent d’abondantes vapeurs au contact du feu. C’est aussi par la même raison, qu’on éteint facilement un fen de cheminée, en brûlant du soufre dans le foyer.
- D’après ce qui précède, on voit qu’en combinant des solutions renfermant les deux genres de sels, on peut répondre à toutes les conditions énoncées par Gay-Lussac. Ce ne sont pas les formules qui manquent, et en parcourant différents documents sur la matière, nous en avons relevé une trentaine proposées depuis quelques années.
- Le borax, l’acide borique, les chlorures d’ammonium, de magnésium, le sulfate, le phosphate, le chlorhydrate et le carbonate d’ammoniaque, sont les sels le plus fréquemment employés.
- Les proportions sont fort variables, suivant les conditions d’emploi et la nature des objets à protéger : bois, papier, tissus durs ou légers, etc. D’une façon générale, d’après les expériences les plus récentes, il faut employer des solutions contenant 10 à 15 pour 100 de sel protecteur, lorsqu’il s’agit de tissus, et 20 à 30 pour 100 quand il s'agit de bois. Les agglutinants destinés à faire tenir l’enduit sont aussi très variables : colle de peau, dextrine, amidon, gélatine, etc.
- Nous rappellerons deux formules, dont l’auteur, M. J.-A. Martin, a obtenu en 1880 un prix de 1000 francs de la
- Société d’encouragement pour l’industrie nationale, qui
- avait mis la question au concours.
- Ce sont, pour les tissus légers :
- Eau..........................100 kilogrammes.
- Sulfate d’ammoniaque pur. . 8 —
- Carbonate — 2le,500.
- Acide borique................. 3 kilogrammes.
- Borax pur..................... 2 —
- Amidon........................ 2 —
- Ou bien : Dextrine ou Gélatine. 0kg,400.
- On imprègne le tissu dans la solution chauffée à
- 50 degrés; on l’essore et on le sèche. Le prix de revient est de 16 centimes le litre,qui suffit pour 10 à 12 mètres carrés.
- Pour les bois et les décors, le même auteur recommandait la formule suivante :
- Eau........................100 kilogrammes.
- Chlorhydrate d’ammoniaque. 15 —
- Acide borique.................. 5 —
- Colle de peau................. 50 —
- Gélatine................... lk*,500.
- Craie, pour donner de la consistance.
- On applique au pinceau, après avoir chauffé le mélange à 50 ou 60 degrés. Le prix de revient du kilogramme est de 21 centimes, et suffit pour couvrir 5 mètres carrés.
- Avec les progrès faits tous les jours par la chimie industrielle on peut espérer, sinon découvrir de nouvelles substances propres à l’incombustibilité, au moins arriver à produire à plus bas prix encore celles déjà connues. Du reste, de bonnes formules existent déjà, à des prix très abordables. L’administration des Beaux -Arts ne pourrait-elle pas mettre la question au concours? Les fabricants ne manqueraient pas de se présenter, comme ils l’ont fait il y a peu de temps au Ministère de la guerre : on avait besoin de rendre incombustibles certaines toiles destinées aux ambulances de campagne; les expériences comparatives avec les différents produits proposés permirent d’en trouver un répondant aux conditions demandées. En opérant de la même façon pour les décors, on verra bien si les objections émises par les adversaires de l’ignifuge sont fondées; si, au contraire, les formules connues répondent à toutes les exigences du programme, on n’aurait plus d’excuse pour reculer l’application d’une mesure de prudence que le public est en droit d’exiger.
- G. Mareschai..
- —e-<0x-—
- LES BANQUIERS DANS L’ANTIQUITÉ
- La profession de banquier remonte à une haute antiquité, ainsi que le démontrent les briques revêtues d’inscriptions trouvées en Mésopotamie. Les briques étaient gravées au stylet, puis recuites pour rendre les caractères ineffaçables. Elles ont fourni aux Assyriologues de précieux documents sur la vie des peuples de Babvlone et de Ninive, 700 ans avant l’ère chrétienne. Parmi ces monuments, il en est qui sont de véritables lettres de change et billets à ordre avec ou sans aval, des obligations de toute sorte, à vue, nominatives, ou au porteur, des comptes courants, etc. Elles constatent l’existence à Baby-lone, environ 600 ans avant Jésus-Christ, d’une banque considérable sous la raison sociale Eç/ibi et Cie. On voit par là que ce n’est pas d’aujourd’hui que le capital est employé à vivifier la vie industrielle.
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- LA NATURE.
- LA. SCIENCE PRATIQUE
- PRÉPARATION DES CONSERVES DE LÉGUMES ET DE FRUITS
- Personne n’ignore que les applications des sciences peuvent rendre les plus grands services à la vie domestique, et beaucoup de procédés empiriques et incertains sont devenus des méthodes sûres et précises, quand la théorie a permis de les expliquer et de les comprendre.
- Les ménagères savent combien sont précieuses dans les maisons qu’elles dirigent les conserves alimentaires de légumes et de fruits. Ces conserves servent à rompre la monotonie des menus d’hiver, et donnent à la table une note printanière. Les légumes conservés, haricots verts, asperges, petits pois, tomates, sont toujours bien accueillis par les convives, et les desserts composés de cerises, de fraises et de prunes obtiennent non moins de succès pendant les jours de la triste saison.
- 11 y a quelque vingt ans, on ne connaissait que les conserves au sucre ou au vinaigre. Nous devons à Appert, célèbre cuisinier français, qui, en récompense, reçut du Gouvernement une prime de 12 000 francs, la nouvelle méthode de conserver les aliments, fruits, légumes, en les soumettant à l’ébullition dans des vases hermétiquement clos (au bain-marie).
- Quand Appert découvrit sa méthode, on l’employa sans en connaître les principes. Les théories que l’on doit aux travaux de M. Pasteur en ont donné l’explication complète. L’air est chassé par l’action de la chaleur, les germes qui peuvent être contenus dans la préparation sont détruits; le vase étant fermé hermétiquement, l’air, après l’opération, ne peut plus rentrer dans le récipient ; les aliments se conservent plusieurs années, sans subir aucune altération. On sait que les boîtes de conserves alimentaires se préparent aujourd’hui dans des usines de grande importance et dont la production est considérable.
- Ce que font les fabricants de conserves alimentaires, la ménagère peut aujourd’hui l’obtenir aussi elle-même, dans sa cuisine, et cela, grâce à un nouvel et ingénieux appareil domestique que nous allons faire connaître.
- Il s’agit d’un vase à conserves en verre, de forme cylindrique, que l’on voit représenté en A dans la figure ci-dessous.
- Pour s’en servir, il suffit de nettoyer les fruits ou les légumes, puis de les mettre dans le vase à conserves (|ue l’on ferme au moyen d’un crochet ; on plonge ce vase dans une bassine de cuivre, ou de préférence dans un bouilleur spécial, contenant de l’eau que l’on porte à ébullition; le temps prescrit écoulé, on fait refroidir le tout, et les conserves sont faites. Il faut avoir soin de faire chauffer sur un feu modéré.
- La fermeture de la boîte à conserves consiste en un couvercle à charnière qui se soulève; quand on l'abaisse, il enveloppe l’ouverture du vase, et en détermine une fermeture hermétique en aplatissant un anneau de caoutchouc. Il est bon d’opérer à la
- fois avec plusieurs vases à conserves. Un bain spécial à double fond, que représente notre gravure en B, permet de chauffer sept de ces vases cylindriques. Il y a au choix des vases cylindriques en verre et en porcelaine. Le modèle en verre est figuré en A sur notre gravure. Le modèle en porcelaine se voit en C, il montre le couvercle ouvert et donne le détail du crochet qui servira à opérer la fermeture.
- La préparation des conserves par cette méthode est des plus faciles à réaliser. Quand le vase est rempli de fruits ou de légumes, puis fermé au crochet, on le met dans l’eau bouillante pour la cuisson. Sous l’action de la chaleur, l’air contenu dans le vase se dilate et s’échappe par le couvercle qui cède légèrement sous la pression. Quand le récipient est refroidi, au contraire, c’est l’atmosphère qui fait pression sur le couvercle ; celui-ci se trouve fermé hermétiquement. Comme l’atmosphère ne cède jamais, la pression est permanente et Je vase fermé d’une manière sûre et infaillible. L’adhérence est si complète, que le crochet qui fermait le vase avant l’ébullition est devenu inutile et ne tient plus dans son arrêt, ce qui indique que la cuisson est bonne et suffisante.
- Ajoutons que les bocaux à fermeture hermétique peuvent être également employés pour la stérilisation du lait. G. T.
- Vases à fermeture hermétique pour la préparation îles, conserves alimentaires. — A. Modèle en verre. — C. Modèle en porcelaine. — B. Vases placés dans la bassine de chauffe.
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- LA NATURE.
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- APPLICATION DE L’ANTISEPSIE
- a l’emploi de la méthode hypodermique
- Qui n’a vu, sinon employé pour lui-même, la seringue à morphine dont l’aiguille acérée, au prix d’une légère piqûre, donne presque immédiatement aux malades à la fois le repos, le calme et le sommeil? On pourrait sur son étui inscrire, comme de-
- vise, le vers du poète : Divinum est opus sedare do-lorem.
- Tant d’avantages ne vont pas sans quelques inconvénients. Sans parler de l’abus qui peut succéder à l’usage trop longtemps prolongé, il faut savoir que les germes qui nous environnent de toutes parts, microbes et champignons, parasites inférieurs, peuvent envahir les solutions ou se développer dans la seringue et les aiguilles. Ainsi naissent l’érythème,
- Fig. 1. — Tubes stérilisés A, B, et récipient eu inétal argenté, Fig. 2. — Boite en zinc contenant les tubes.
- l’induration douloureuse, l’abcès dans les cas ,légers, et dans les cas graves le phlegmon, l’érysipèle et même l’infection purulente. Pour supprimer ces accidents petits ou grands, MM. Dullocq et Berlioz1 proposent de joindre à l’emploi de tubes stérilisés, l’usage d’une seringue à stérilisation immédiate.
- Les tubes, en verre jaune pour éviter l’action de la lumière, contiennent les uns un demi-centimètre cube, les autres un centimètre cube de liquide. Ils ont la forme d’une peti te bouteille A,B(fig.l).
- La figure 4 (p. 258) les représente en vraie grandeur. Leur col étiré est composé de deux parties : la première va s’effilant insensiblement c, la seconde est brusquement beaucoup plus mince e. Au moment de l’usage, la brisure se fait forcément en ce point plus fragile a; dans cette effilure il faut introduire l’aiguille de la seringue préalablement stérilisée, renverser le tube en tenant la seringue verticalement, l’aiguille et le fond du tube tournés en haut, et aspirer le liquide. Il suffit alors de chasser Pair et, en regardant sur la graduation de la tige, de fixer la quantité de liquide qu’on désire injecter.
- Pour remplir les tubes, on se sert d’un récipient
- 1 Archives de médecine expérimentale, janvier 1894.
- rond en métal argenté (fig. 1) dans lequel on verse la solution exactement titrée et dont le véhicule est l’eau distillée absolument pure. Par-dessus se place un diaphragme métallique dans les trous duquel on engage la partie effilée de chaque tube ; les pointes tournées en bas plongent toutes dans le liquide. On ferme le couvercle et le tout porté à l’autoclave y est laissé vingt minutes à la température de 120 degrés. Après refroidissement, l’appareil est placé sous une cloche que l’on met en communication avec une trompe. Quand celle-ci fonctionne, le vide se fait sous la cloche et dans les tubes dont l’air s’échappe en barbotant dans le liquide. On laisse ensuite rentrer l’air en le filtrant sur un tampon de ouate stérilisée et la pression atmosphérique agissant sur la surface du liquide le force à remonter dans les tubes. Ceux-ci pris un à un sont alors scellés à la lampe. Comme toute manipulation est supprimée, on voit qu’il est impossible dans ces conditions qu’à aucun moment la solution soit contaminée.
- Ces tubes parfaitement aseptiques seront donc d’une conservation indéfinie; ainsi pourront se préparer toutes les solutions employées en hypodermie : la morphine qui supprime la douleur, la caféine qui
- Fig. 3. — Seringue enfermée dans la cuve à stérilisation. A, appareil fermé. — B, le même appareil développé.
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- LA NATURE.
- relève le cœur défaillant, l’ergotine qui arrête les hémorragies, la cocaïne qui insensibilise localement la peau et permet de faire les petites opérations chirurgicales, l’éther qui excite le système nerveux, la quinine qui diminue la fièvre, etc.
- En ayant sur lui quelques-uns de ces tubes, le médecin peut parer immédiatement aux éventualités les plus pressantes de sa pratique. Les tubes sont conservés dans une boîte en zinc qui peut en contenir une grande quantité (fig. 2).
- La seringue à stérilisation immédiate, tout en métal nickelé, ne dépasse pas le volume de la seringue ordinaire A (fig. 3); elle est composée de deux parties : l’une qui forme couvercle est une Limite à alcool, l’autre est une cuve munie de pieds se repliant sous le fond et contenant sur un support spécial la seringue et les aiguilles B (fig. 3). En quelques instants, sans aide et sans avoir besoin d’autre chose que d’un grand verre d’eau filtrée, on peut opérer la
- stérilisation de la seringue. Au moment de le aire, on retire de la cuve le support et la seringue. On prend celle-ci, et pour la remplir d’eau, ce qui est indispensable, il faut d’abord tirer la tige du piston jusqu’au bout de sa course, puis plonger la seringue tout entière dans un verre plein d'eau filtrée et pousser alors la à fond. Par
- l_Fig. 4. — Tubes stérilisés ligures en vraie grandeur. — T. Tube d’ergotine. — t, tube de morphine.
- tige
- cette manœuvre, l'eau pénètre dans tout le corps de pompe au-dessus du piston en s’infiltrant par en haut de chaque coté de la tige. On tire enfin celle-ci de quelques millimètres pour aspirer un peu d’eau au-dessous du piston. La seringue ainsi préparée est mise sur le support et celui-ci dans la cuve qui est assez grande pour contenir la seringue avec la tige légèrement tirée. On déplie les pieds de la cuve dans laquelle on verse assez d’eau filtrée pour recouvrir la seringue et les aiguilles ; entre les pieds se place la petite lampe tout allumée (fig. 3). En trois minutes l’ébullition se produit et il suffit delà maintenir pendant deux minutes; il reste h retirer la seringue, à la vider de l’eau qu’elle contient et à la remplir à l’aide d’un tube stérilisé.
- Ainsi donc, par l’emploi de cette méthode où tout est stérilisé, la seringue, les aiguilles et la solution, le malade pourra, sans crainte, accepter la piqûre qui soulage toujours, guérit souvent et même quelquefois peut faire des miracles dans les cas désespérés. , . Dr Z...
- CHRONIQUE
- Sur le rendement des moteurs à ga*. — A
- propos de la turbine à vapeur de M. de Laval1, nous signa lions la supériorité du moteur à gaz sur le moteur à vapeur comme appareil de transformation de l'énergie thermique en énergie mécanique, et nous citions comme valeur du rendement du moteur à gaz moderne le chiffre de lti pour 100, chiffre que nous avions emprunté à des expériences faites il y a quelques années par M. Aimé Witz. MM. Pierson nous communiquent les procès-verbaux d’expériences faites par le même auteur les 20 et 27 octobre 1895 sur un moteur Crossley, type X, installé dans la filature de MM. Wallaert frères, à Lille, qui a fourni des résultats plus satisfaisants encore. Ce moteur a fourni une puissance effective de 38 chevaux en ne consommant que 003 litres de gaz par cheval-heure (consommation du brûleur d’allumage déduite), la puissance calorifique de ce gaz ne dépassant pas 5 011 calories par mètre cube. Le rendement correspondant est de vingt-et-un pour cent. En admettant le chiffre de 10 pour 100 comme' rendement du moteur à gaz, nous avions affirmé sa supériorité sur le moteur à vapeur comme machine thermique : le chiffre de 21 pour 100 ne fait que confirmer nos conclusions en les accentuant. E. II.
- Les anaglyphes. — Nous avons donné dans notre précédente livraison la description des applications que vient de réaliser sous ce titre M. Itucos du Hauron2. Nous devons .ajouter que les expériences de M. Ducos du Hauron ne sont qu’une variante de celles de d’Almeïda, antérieures à 1870. Nous avons décrit les procédés de projections stéréoscopiques de d’Ahneida, qui donnaient l’apparence du relief5. M. le Dr Javal, d’autre part, a publié il y a quelques années, une planche de couleur qui offrait des effets analogues à ceux des anaglyphes.
- Utilité de l’électricité en voyage. — Dans son voyage en Egypte, Werner von Siemens était monté avec quelques compagnons sur la grande pyramide, et y avait entrepris des expériences sur l’électricité atmosphérique. Lès observations se poursuivaient depuis quelque temps déjà, quand la pensée vint aux Arabes que l’on faisait là œuvre de sorcellerie; leur inquiétude augmentant, ils mirent les savants en demeure de quitter la pyramide. Voyant que leurs objurgations ne produisaient aucun effet, ils entreprirent de les expulser de vive force. (( Je m’établis alors au point le plus élevé du monument, dit von Siemens, et chargeai ma plus forte bouteille de Leyde au moment où le chef de la bande venait me saisir par la main pour tenter de m’arracher du poste quej’avaisclioisi. A ce moment critique, j’approchai la tige de mon condensateur à un centimètre de son nez. L’effet de la décharge dépassa tout ce que j’en pouvais attendre. Le fils du désert, dont les nerfs n’avaient jamais été soumis à pareille épreuve, tomba à la renverse comme s’il avait été foudroyé ; mais, poussant un hurlement, il se releva comme enlevé par un ressort et, en un instant, il s’éclipsa de notre voisinage, suivi par tous ses compagnons. »
- Les clôtures téléphoniques en Australie. —
- Tout le monde sait que l’Australie est le pays des grandes fermes d’élevage, embrassant d’immenses territoires où paissent les troupeaux, sous la surveillance de bergers,
- 1 Yoy u° 1083, du 3 mars 1894, p. 211.
- - Yoy. n° 1083, du 3 mars 1894,^1. 219.
- 5 Voy. n° 917, du 27 décembre 1890. p. 49.
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- LA NATURE.
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- de gardiens disséminés à de grandes distances du poste central de l’administration de l’exploitation. Aujourd’hui, du reste, par suite du peuplement progressif du pays, les terrains de pacage doivent être enclos pour empêcher le bétail d’aller commettre des déprédations sur les terres voisines, et dans ce but sont disposées, tout alentour, des clôtures formées de pieux portant des fils métalliques. On vient d’avoir l’idée fort originale d’utiliser ces fils de fer comme moyens de transmission du son entre le poste central et les habitations des bergers, construites à des kilomètres de distance sur la limite de l’exploitation. A chaque bout des barrières sont une petite batterie électrique et un transmetteur; le fil principal de ces clôtures est ainsi transformé en ligne téléphonique fort peu dispendieuse, et ces téléphones ruraux sont appelés à rendre de grands services. 11 n’y a pas qu’en Australie qu’ils pourraient être employés, et dans l’Argentine, notamment, ils seraient d’une sérieuse utilité. 1). B.
- Eclairage électrique en Angleterre et en Allemagne. — Il y avait à Londres, à la fin de 1890, environ 180 000 lampes à incandescence installées; à la fin de 1892, ce chiffre s’élevait à 500 000 et il atteignait 700000 à la fin de 1895. En province, les nombres de lampes installées à la fin de 1892 et de 1893 étaient respectivement de 147 000 et 425000. Bien que ces chiffres soient inférieurs à ceux de l’Amérique, ils dépassent notablement ceux que nous aurions à citer pour la France s’il était possible de dresser une statistique tant soit peu exacte. Quant à l’Allemagne, il y avait au 1er juillet 1895, sans compter la Bavière et le Wurtemberg, 4974 stations électriques en marche; 4884 stations servent pour la lumière électrique; elles alimentent 8522G5 lampes à incandescence et 44588 régulateurs à arc. Parmi les autres usines, 22 servent à des traitements électrolytiques et 08 pour les transports de force molrice; 528 stations ne se servent que de courants alternatifs; 148 emploient les courants alternatifs et les courants continus ; 5 utilisent les courants polyphasés; les 4494 autres donnent du courant continu. 151 stations emploient des conducteurs souterrains; les autres ont une canalisation aérienne, et pour 2370 d’entre elles, elle est en fil nu.
- L*irrigation de l’Egypte. — Le gouvernement anglo-égyptien s’occupe de perfectionner le système d’irrigation de l’Egypte. Par ses ordres, MM. Gastine et Will-cocks ont été inspecter les quatre sites proposés pour l’établissement des réservoirs destinés à garder l’approvisionnement d’eau nécessaire aux irrigations pendant l’été, à l’époque de l’étiage du Nil; ces messieurs présenteront bientôt leurs Rapports. Le gouvernement invitera alors trois ingénieurs européens de grande réputation à aller examiner les projets proposés. Ge sera fort probablement dans un délai très rapproché. Trois de ces projets ont pour objet la construction d’un barrage à Kalabcheh ou à Assouan ou encore à Sisilek. La quatrième propose d’utiliser la dépression naturelle du Ouady Noian dans la province de Ayomn pour y introduire le flot de crue du
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 mars 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- La densité de la magnésie. — M. Moissan rappelle que tous les oxydes métalliques sont réductibles par le charbon, à la température développée par le four électrique, sauf la
- magnésie. Si celle-ci est impure, elle fond vers 2000 degrés. Pour une quantité de silice s’élevant à 0E%5 pour 100 grammes, la fusion a lieu vers 2500 degrés; mais si la magnésie est tout à fait pure, elle se volatilise à une très haute température. Cette propriété a été utilisée par M. Moissan dans la construction du four électrique, car c’est au moyen de la magnésie qu’il a fabriqué le creuset et les plaquettes du four. En soumettant cette matière à des températures de plus en plus élevées, M. Moissan a obtenu des échantillons dont la densité va en croissant depuis 5,19 jusqu’à 3,65. D’après l’auteur, on serait en présence d’un cas de polymérisation : la magnésie se combinerait à la magnésie à des températures élevées et ces combinaisons seraient de plus en plus réfractaires à l’action de la chaleur.
- Un parasite des cultures sahariennes. — On connaît l’influence néfaste, sur les cultures de betteraves, d'un certain nématode Heterodera ; diverses plantes maraîchères cultivées en Algérie sur les confins du Sahara, sont, d’après les auteurs de la Note, exposées aux attaques d’un parasite presque identique, un nématode nommé Heterodera radicicola. Mais à l’inverse de ce qui se passe en France pour les betteraves, les plantes sahariennes, au lieu d’ètre détruites par le nématode, prennent un développement plus actif. La raison de cette singularité est que le contact des nématodes amène, sur les racines, des tubérosités dont le tissu emmagasine une quantité d’eau considérable. D’où il résulte que dans les cultures en plein sable, ces tubérosités retiennent l’eau qui traverse le sol et constituent de* petits réservoirs qui subviennent ensuite à l’alimentation de la plante.
- Irrigation de l'Asie centrale. — M. Dehérain présente à l’Académie un ouvrage de M. Henri Moser sur l’irrigation de l’Asie centrale. L’auteur a composé ce livre d’après desobservationspersonnellcs recueillies pendant un séjour au Turkestan. Il ne croit point qu’il soit impossible de ramener la prospérité dans ces régions. II en donne pour preuve le succès des efforts tentés par les Russes pour reboiser les environs de Taschkent. Le premier effet de ces plantations a été d’augmenter d’une façon appréciable la quantité de pluie. L’auteur pense que la culture du coton pourrait prospérer un jour dans cette partie de l’Asie.
- Géographie de Madagascar. — M. Collin, prêtre des Missions, communique le canevas d’une triangulation s’étendant sur l’île de Madagascar, entre Tananarive et la côte orientale. Celte triangulation s’appuie sur une base de 1 8.00 mètres, mesurée à 40 kilomètres au sud-ouest de Tananarive à l’aide d’une règle de sapin. Tous les angles ont été mesurés au moyen d’un théodolite qui ne donnait que le 1/5000 de grade, c’est-à-dire environ 20". De nombreux recoupements ont été effectués pour placer des points remarquables et des distances zénithales réciproques ont été observées en chacune des stations de la chaîne, afin d’obtenir les différences de niveau des différents sommets les uns par rapport aux autres et finalement par la mer. Enfin les coordonnées géographiques des deux extrémités de la chaîne ont été déterminées pour servir decontrôle à l’opération. Ce contrôle est aussi satisfaisant qu’il était possible de l’espérer, étant donnés les faibles moyens d’action dont disposait l’opérateur. Cet effort considérable, qui fournit une contribution sérieuse à nos connaissances géographiques sur la grande île africaine, a été exécuté en 6 mois sur le terrain. Les calculs ont demandé un temps au moins aussi long. On ne saurait trop
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- LA NATURE.
- louer cette entreprise due à l’initiative personnelle, poursuivie sans secours au milieu des dangers les plus divers, dont les résultats sont suffisants pour parer aux premiers besoins de la topographie.
- Varia. — M. Callandrau lit un éloge de la vie et des travaux de M. l’Amiral Mouchez. — M. Crova communique les résultats d’expériences actinométriqu'es effectuées à Montpellier en 1893. — M. Guignard a étendu ses recherches relatives à la formation des essences dans les plantes par l’action d’tin ferment transformant un
- glucoside. Ch. de Yilledeuil.
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- DÉPEÇAGE D’UNE BALEINE
- ÉCHOUÉE SUR LES COTES DE LA BRETAGNE
- Dans la nuit du 10 janvier 1894, un énorme cétacé est venu s’échouer sur la plage de Karafédé près de Loctudy (Finistère).
- Un de nos lecteurs, M. H. Du-clos, a bien voulu nous envoyer à ce sujet une Note très précise que nous reproduisons avec une des photographies qu’il a exécutées.
- Voici ce que nous écrit notre correspondant :
- La baleine échouée, du genre Balænoptera ju-bartis ou muscu-las, à plis longitudinaux sous la gorge et sous le ventre, mesure 20m,02 de longueur. Les nageoires, de forme allongée, sont remarquables par leur petitesse; la mâchoire inférieure est plus étroite que la supérieure, le dos est noir avec des reflets grisâtres, le ventre blanc.
- L’agonie du monstre a. paraît-il, duré plus de cinq heures pendant lesquelles il a poussé des mugissements épouvantables et n’a cessé de frapper de sa queue puissante le sable de la grève. 11 est mort en faisant entendre un sifflement prolongé.
- Prévenu par l’administration de la marine, M. Pouchet, professeur au Muséum de Paris, avait aussitôt délégué M. Beauregard, assistant d’anatomie comparée, pour examiner l’animal. Dès le lendemain de son arrivée, ce savant faisait connaître qu’il désirait conserver, pour le Muséum, le squelette, les nageoires,.les viscères et les fanons. Le vendredi 12, dès le matin, on commençait le dépeçage sous sa direction. Couché sur le côté droit, le cétacé était enfoncé assez profondément dans le sable, surtout du côté du ventre. L’épreuve photographique reproduite dans la gravure ci-dessus a été prise dans des conditions défectueuses le 12 janvier, à 4 heures du soir, par temps brumeux. Elle représente l’opération du dépeçage opérée sous
- la direction de M. Beauregard. Le ventre est ouvert d’un bout à l’autre. Le genre de baleine dont l’individu échoué représente un type, n’est pas très connu, il est rarement attaqué par les pécheurs qui redoutent ses mouvements impétueux et rapides. Ils ne poursuivent cet animal que faute d’en trouver d’autres, car ils n’ignorent pas que proportionnellement à sa taille il donne fort peu d’huile, et que ses fanons n’ont pas de valeur. C’est sans doute pour ce motif que la baleine échouée n’a été vendue que 750 francs.
- Le cétacé présentant un intérêt scientifique spécial, M. Beauregard se décida à ramener la tète entière, fanons en place, afin de pouvoir l’étudier à loisir à Paris. Cette opération présenta de grandes difficultés. La tête ne pèse pas moins, en effet, de 1500 kilogrammes; il fallait d’abord la séparer du tronc, puis la faire glisser sur un plancher qui constituerait le fond de la caisse dans laquelle on la mettrait.
- Pour la séparer du tronc, on procéda de la manière la plus simple :on enleva le tronc par tranches de deux ou trois vertèbres chacune. La tête une fois isolée et le plancher préparé pour la recevoir, on attela deux chevaux, puis quatre, pour la tirer par l’avant, en même temps que douze hommes « soulageaient » par derrière au moyen de pièces de bois.
- La haleine de Karafédé est arrivée au laboratoire d’anatomie comparée du Muséum le 4 février 1894. Il a fallu douze caisses énormes et deux barils pour renfermer son squelette et les diverses pièces prélevées sur les viscères.
- M. H. Duclos nous a adressé plusieurs photographies qu'il a faites de l’opération du dépeçage; nous avons choisi la vue qui nous a paru la plus intéressante, et nous en plaçons la gravure sous les yeux de nos lecteurs. Nous avons publié précédemment un assez grand nombre de faits relatifs aux haleines échouées sur nos côtes1; le document que nous publions aujourd’hui complétera ceux que nous avons déjà recueillis, et montre encore une fois que les baleines arrivent assez fréquemment dans nos mers.
- 1 Voy. nD 1008, du 18 novembre 1893, p. 597.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Le dépeçage de la baleine échouée sur la plage de Karafédé (Finistère). (D’après une photographie de M. H. Duclos.)
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1085
- 17 MARS 1894
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- NOUVEAU RÉSERVOIR D’EAU A RORDEAUX
- On vient d’inaugurer à Bordeaux un nouveau ré- par certains côtés sort tout à tait de l'ordinaire, servoir pour le service des eaux de la ville, qui En premier lieu, il est entièrement métallique et
- Fijç. 1. — Nouveau réservoir métallique de la ville de Bordeaux. Vue de l’ossature métallique.
- ce mode de construction spécial a été imposé par l’ingénieur de la Ville, s’est trouvé. On voulait les circonstances en présence desquelles M. Gérard, amener directement les eaux de source sans le se-
- cours de machines élévatoires; d’un autre côté, le radier, au fond du bassin, devait être à 5 ou 4 mètres au-dessus du niveau moyen du territoire à desservir. Cette double nécessité limitait à deux
- aimée. — 1T semestre.
- mètres seulement l’épaisseur de la tranche d’eau à emmagasiner. Dans ces conditions, il fallait s’étendre en surface, et, pour les 2500 mètres cubes d’eau exigés, il était indispensable de donner exactement
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- 1250 mètres carrés de superficie au bassin proprement dit. Le sol sur lequel s’élève le bassin se compose d’une couche de 6 mètres de vase, immédiatement suivie par une couche de sable sans consistance. Sur un tel terrain 011 était obligé de recourir aux fondations sur pilotis, et en s’arrêtant à un bassin de maçonnerie il eût fallu ficher en terre un nombre incalculable de pieux.
- On a préféré fonder de petits massifs de 1 mètre de côté qui reposent sur cinq pieux, et qui au nombre de soixante-dix-sept forment onze rangées de sept massifs placés en quinconce et également espacés, les quatre massifs d’encoignure déterminant un long rectangle. Sur ces socles composés d’une pierre quadran-gulaire qui repose sur un bloc, de béton encastrant la tète des pieux, 011 a simplement posé des colonnes en fonte creuse de 5m,85 de hauteur, de 0m,25 de diamètre extérieur et de o centimètres d’épaisseur de paroi, (les colonnes ont été posées sur quatre cales en chêne de 10 millimètres d’épaisseur, ce qui a permis de les rendre absolument verticales; puis on a fait le remplissage du vide avec le ciment, en sorte qu’011 n’a plus eu à se préoccuper des inégalités tant du sabot de la colonne que du socle en pierre.
- Le sabota 72 centimètres de côté; ses dimensions ont été calculées pour que dans le cas le plus défavorable, c’est-à-dire lorsque le réservoir est vide, le bâtiment puisse résistera l’action du vent, à raison de 170 kilogrammes par mètre carré.
- Onze poutres de 0m,80 de hauteur couronnent les onze rangées de colonnes et sont placées librement dessus sans aucun boulon ni rivet; nous reviendrons plus loin sur cette particularité.
- Des solives en fer espacées de 0"',50 relient les poutres transversalement et forment un plancher sur lequel repose le bassin proprement dit.
- 11 n’est pas tout à fait juste de dire qu’il repose dessus, car on a interposé 6000 petits sabots en fonte de 5 centimètres de hauteur qui sont amovibles et permettent, le cas échéant, en les déplaçant un à un, de pouvoir visiter entièrement le fond du bassin qui a 5 millimètres d’épaisseur. Tout cela est fort ingénieux et fait le plus grand honneur à l’auteur du projet.
- La surface du réservoir est répartie entre deux bassins accolés, semblables et d’égale contenance, olfrant en plan la forme d’un rectangle aux petits côtés arrondis. Les dimensions extrêmes sont : 59m,50 de long et 16m,95 de large. La cloison de séparation a 8 millimètres d’épaisseur, elle est constituée par une tôle plane raidie par des cornières de 0m,70x0m,70 convenablement espacées pour que la cloison résiste à la poussée de l’eau lorsque l’un des deux bassins sera vide.
- E11 procédant ainsi, on a prévu les réparations d’entretien qui, faites dans un bassin, puis dans l’autre, permettront d’éviter le chômage; à cet effet chaque bassin est pourvu de tuyaux d’admission, d’évacuation et de trop-plein.
- Les parois longitudinales extérieures des bassins sont formées de tôles cintrées ayant om,95 de lon-
- gueur à la carde, et Gin,953 de rayon de courbure; ces parois travaillant à la tension, on a pu réduire leur épaisseur à 4 millimètres, une feuille de carton !
- Les bassins sont entièrement recouverts par une charpente métallique solidaire du plancher, cette charpente est recouverte par des tuiles de Marseille; elle supporte un plafond destiné à s’opposer à l’introduction des poussières et à préserver les eaux d’alimentation contre les variations de température.
- La protection latérale est assurée par une enveloppe en briques percée de vingt-quatre croisées; cette enveloppe laisse autour des bassins un espace libre de 1 mètre, qui forme matelas d'air et ménage un passage libre qui sera très utile pour la surveillance et la réparation des bassins.
- Nous avons fait observer au cours de l’article que les soixante-dix-sept colonnes de support n’étaient liées ni au socle ni à la charpente; on pourrait donc plus tard, si les conditions d’alimentation venaient à se modifier, élever les bassins de un ou plusieurs mètres en remplaçant uniquement les Colonnes par d’autres plus élevées, et dont les dimensions du socle seraient calculées pour résister à l’action du vent à raison de la surélévation.
- Cet ouvrage a été construit sur les plans et sous la direction de M. l’ingénieur Gérard, par MM. Chaillou et Cie, constructeurs à Bordeaux. Gaston Cornié.
- A PROPOS DE L’ARÉOMÈTRE BAUMÉ
- L’introduction des mesures absolues en physique menace sérieusement un certain nombre de vénérables définitions et de bizarres unités qui iront tôt ou lard rejoindre dans l’oubli la foule de celles dont on a déjà débarrassé la science. Déjà l’on a attaqué les définitions sur lesquelles reposent les mesures du titre des liqueurs ou des dissolutions salines. Sans revenir sur un débat d’après lequel nos lecteurs ont pu voir que l’avenir est au densimètre, nous voudrions, pendant qu’on parle encore de degrés Baumé, consigner ici quelques opinions de son inventeur. Nous les extrayons des Éléments de pharmacie, par M. Baumé, maître apothicaire de Paris et de l’Académie royale des sciences. Cet ouvrage, dont la troisième édition fut imprimée en 1775, est remarquablement bien ordonné, et écrit avec une grande science et une extrême clarté.
- A notre point de vue, la graduation de l’aréomètre Baumé est arbitraire; voici ce qu’en pensait son auteur :
- « Les deux termes qu’on emploie dans la construction de ce pèse-liqueur sont faciles à se procurer. La distribution de mes degrés n’est point arbitraire, comme elle l’est dans tous les pèse-liqueurs qu’on a faits jusqu’à présent; je divise l’espace contenu entre les deux termes en autant de nombre de degrés qu’il y a de livres de sel dans l’eau qui me sert pour un de mes deux termes.
- (( Plusieurs physiciens avaient proposé, pour point fixe de leur pèse-liqueur, l’eau pure pour le premier terme, et des poids connus pour le second, par le moyen desquels on fait enfoncer le pèse-liqueur convenablement : on divisait l’intervalle compris entre ces deux termes en des degrés respectifs aux poids qu’on avait employés. J’ai fait construire quelques pèse-liqueurs par cette méthode, et chaque grain, poids de marc, formait autant de degrés.
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- Mais je n’ai point tardé de m’appercevoir (sic) que cette méthode était très défectueuse, et qu’elle ne pouvait jamais fournir à la physique un instrument qui fût praticable pour le commerce. »
- Tout est relatif, et la graduation de Baumé constituait, on le voit, un grand progrès. 11 ne pouvait guère aller plus loin, car les notions de chimie que l’on possédait alors ne lui permettaient même pas de songer à la graduation de Gay-Lussac. Il dit, en effet, quelques lignes plus loin :
- « Quelques personnes m’ont demandé si, par le moyen de mon pèse-liqueur, on pouvait connaître la quantité d’eau et de liqueur spiritueuse contenue dans une quantité donnée d’esprit de vin, comme on connaît la quantité de sel qui se trouve dans 100 litres d’eau salée. Cela est impossible et la comparaison n’est point exacte. Le sel est indépendant de l’eau; on peut l’avoir à part, parce qu’il peut exister sans eau surabondante à son essence saline. Mais il n’en est pas de même de l’esprit de vin; l’eau est un de ses principes constituants ; on ne peut l’en priver que jusqu’à un certain point, au delà duquel on le décompose; et il cesse d’ètre esprit de vin, si on le prive d’une plus grande quantité de son eau. La partie vraiment spiritueuse de l’esprit de vin est le principe phlo-gistique qu’il contient; mais ce principe tout seul ne peut point former d’esprit de vin ; c’est son union avec l’eau et un peu d’acide qui le produit. L’éther peut être considéré comme de l’esprit de vin prodigieusement rectifié. »
- Baùmé termine par quelques mots amers pour Cartier, dont l’échelle est encore quelquefois employée. Après avoir énuméré ses publications dans VAvant-Coureur et son Mémoire présenté à l’Académie, il continue en ces termes :
- « Croirait-on qu’après une publicité aussi authentique de mon pèse-liqueur, deux particuliers, les sieurs Pérou et Cartier, aient osé le présenter à l’Académie comme une découverte laite par eux, et en aient demandé un certificat. Ils ne peuvent cependant ignorer que cette découverte m’appartient ; c’est ce que je vais prouver.
- (( Le sieur Cartier est tourneur en orfèvrerie : il a été l’ouvrier qui a construit mes pèse-liqueurs en argent et il m’en a fait une vingtaine; je suis en état de le prouvei par différentes quittances des sommes que je lui ai payées, à mesure qu’il me remettait les pèse-liqueurs que je lui avais commandés. Ainsi, il était pleinement instruit de la construction, de la marche et de l'usage de mon pèse-liqueur. S’il se fût emparé de cet instrument pour en faire son prolit vis-à-vis de la Ferme générale, comme il l’a fait, sans s’en dire l’auteur, je ne réclamerais rien contre lui ; j’ai publié mon pèse-liqueur, il ne m’appartient plus, il est au public, mais l’honneur de la découverte doit me rester : ni le public, ni le sieur Cartier ne peuvent, sans injustice, me l’enlever. »
- Encore une fois, tout est relatif; on serait fort étonné aujourd’hui qu’un physicien réclamât avec insistance la priorité d’une découverte aussi arbitraire. Baumé insiste ; il compare le pèse-liqueur du sieur Cartier au sien et trouve la différence que l’on donne aujourd’hui dans les tables. Il conclut en disant :
- « Le sieur Cartier a pensé apparemment qu’il m’aurait été impossible de découvrir un tel changement. 11 a, par conséquent, gâté mon pèse-liqueur ; d’exact qu’il était, il en a fait un instrument défectueux.
- « Il est visible, d’après tous ces faits, que mon pèse-liqueur est l’étalon de ceux du sieur Cartier, et que la prétendue découverte dont il fait tant de mystère et qu’il garde par devers lui si secrètement, ne peut avoir lieu et n’existerait pas sans mon pèse-liqueur. »
- Les réputations, on le voit, tiennent à peu de chose. Aujourd’hui, Baumé est sans doute plus connu que Cartier, mais bien peu. C. Ed. G.
- STÉRILISATION BU LAIT
- PAU l’oxvgèae comprimé
- Nous avons publié précédemment une Notice de M. Villon sur la description d’un procédé industriel pour stériliser le lait par l’oxygène comprimé1. Nous avons reçu une communication de M. d’Arsonval, qui nous rappelle que Paul Bert a fait, à ce sujet, des observations très intéressantes qu’il n’est pas inutile de rappeler. Nous reproduirons ici quelques fragments du livre de l’illustre physiologiste sur la Pression barométrique 2.
- Voici comment s’exprime Paul Bert après avoir décrit les expériences qu’il a exécutées avec du lait bouilli comprimé par de l’air suroxygéné.
- « Ces expériences prouvent d’une manière bien nette que l’oxygène en tension empêche la coagulation du lait, c’est-à-dire tue les vibrions qui donnent la fermentation lactique. Comme l’action de ces êtres se fait très rapidement, il est nécessaire, pour l’arrêter, d’employer l’oxygène à très haute dose, en présence d’une mince couche de liquide qu’il faut saturer rapidement. Pour la putréfaction, qui s’opère beaucoup plus lentement, ces précautions excessives ne sont pas nécessaires; le lait ne consommant pas, comme le sang, l’oxygène au fur et à mesure qu’il pénètre le liquide, le gaz a le temps d’aller jusqu’au fond des tubes, et d’y tuer les agents putrescibles. C’est ce qui explique comment on peut si facilement, par l’oxygène comprimé, empêcher le lait de se putréfier, et si difficilement de se coaguler. »
- L’oxygène comprimé empêche la putréfaction et la coagulation du lait : les expériences de Paul Bert l’ont prouvé; elles peuvent être considérées comme l’origine des intéressantes applications industrielles que M. Villon vient de faire, et de l’appareil qu’il fait fonctionner avec les tubes à oxygène liquéfié que l’on trouve actuellement dans le commerce. Nous sommes heureux de rendre hommage encore une fois à la mémoire de Paul Bert, au grand maître que la science a perdu.
- L’ - OUYIRANDRA FENESTRALIS »
- Cette magnifique plante aquatique est remarquable par la nature et l’aspect de ses feuilles qui rappellent une fine et élégante dentelle ; elle habite les eaux de Madagascar, où elle a été découverte pour la première fois par Dupetit-Thouars vers la fin du siècle dernier; ce fut le R. P. Williams Ellis qui l’introduisit en Europe. Voici à ce sujet le passage d’une lettre qu’il écrivait à sir William Ilooker :
- « L’objet le plus rare et le plus intéressant quem’ait valu ma dernière visite à Madagascar, c’est la belle plante aquatique appelée Ouvirandra fenestralis.
- « Le docteur Lindley, parmi diverses plantes sur lesquelles il avait appelé mon attention, avant mon départ d’Angleterre, m’avait particulièrement recom-
- 1 Voy. n0 1078, du 27 janvier 1804, p. 158.
- 2 La Pression barométrique, par Paul Beux. 1 vol. in-8°, G. Masson, édileur.
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- mandé celle-là en m’en faisant voir la ligure dans l’ouvrage de Dupetit-Thouars. A T Ile de France, M. Boyer, naturaliste distingué qui séjourna jadis à Madagascar, m’indiqua libéralement les localités où j’aurais chance de rencontrer la plante et me permit de prendre copie de la plante déjà citée. Cette copie, faite sur une échelle plus grande que l’original, fut montrée aux indigènes, et je parvins enfin à trouver un homme qui savait trouver le lieu natal de la plante tant désirée. Avec la permission de son maître de qui j’avais reçu maintes politesses, l’homme partit pour chercher l’Ouvirandra. Il retourna deux ou trois jours après, m’annonçant qu’il l’avait rencontré dans un ruisseau, mais qu’il ne l’avait pu se la procurer à cause du grand nombre de crocodiles que les pluies récentes avaient fait affluer sur ce point. Enfin il revint à la charge et me rapporta des exemplaires en très bon état, pour lesquels je fus enchanté de lui payer largement sa peine, et queje pris ini-médiatement sous ma charge.
- « Les indigènes décrivent la plante comme végétant sur le bord des eaux courantes. Le rhizome présente un diamètre d’environ 5 centimètres sur 18 à 27 de longueur; il est souvent ramifié en divers sens comme celui du Gingembre ou du
- Gurcuma, mais toujours d’une seule pièce continue au lieu d’ètre formé d’articles joints bout à bout. La plante est fixée au bord des ruisseaux par de nombreuses radicelles blanches et ténues qui pénètrent dans la vase et l’argile et s’y tiennent fortement fixées. Elle pousse également en des stations qui dessèchent à certaines périodes de l’année, et, dans ces dernières circonstances, les feuilles, dit-on, se détruisent, mais le rhizome conserve sa vitalité complète et pousse de nouvelles feuilles dès que l’eau vient à l’humecter ou à la recouvrir.
- « Cette plante est importante pour les indigènes qui la récoltent à certaines saisons pour leur nourriture; son rhizome, lorsqu’il est cuit, fournit une substance farineuse analogue à celle de l’Igname. De là son nom indigène Ouvirandra, littéralement « Igname d’eau », ouvé, dans les langues madécasse et polynésienne, signifiant igname, et rano, dans le premier dialecte, signifiant eau.
- « L’Ouvirandra n’est pas seulement curieux et rare, mais il est aussi très beau par sa couleur et par sa
- Plante aquatique de Madagascar. Ouvirandra feneslratis.
- structure. Sur les diverses têtes du rhizome s’élèvent, parfois à partir de 50 centimètres de profondeur, un certain nombre de feuilles gracieuses, portées sur de grêles pétioles, et qui s’étendent horizontalement, juste sous la surface de l’eau. Le pédoncule sort du milieu des feuilles et se termine par deux épis géminés. Mais la feuille est surtout éminemment curieuse. On dirait un squelette fibreux vivant plutôt qu’une feuille parfaite. Les fibres longitudinales étendues en lignes courbes de la hase au sommet du limbe sont unies transversalement par de nombreux filets qui forment avec elles des angles droits, l’ensemble présentant exactement l’apparence d’une dentelle ou d’une broderie verte. Chaque feuille se montre d’abord comme une fibre courte et délicate, jaune ou vert pâle; bientôt ses côtés se développent et ses dimensions augmentent. Aux diverses phases de la croissance, les feuilles passent par des nuances sans nombre de coloration depuis le jaune pâle jusqu’au vert olive foncé, et plus tard quand elles se détruisent au brun obscur, presque noir ; elles atteignent jusqu’à 50 centimètres de long sur 0m,07 de large. Je parvins à transporter ma plante à l’Ile de France, où, pendant plus d’un an, je la conservai pleine de vie. Elle paraissait prospérer, surtout dans une eau courante à la température de 74° Fahr. (environ 24° centigrades). J’eus le plaisir d’en offrir des exemplaires à M. Boyer ainsi qu’à M. Duncan, directeur du jardin botanique des Pamplemousses. Au cap de Bonne-Espérance, M. Gibbon voulut bien la soigner pendant un voyage de cinq mois que je fis dans l’intérieur, et j’en laissai un exemplaire au jardin botanique de cette ville. De retour en Angleterre, j’ai éprouvé une grande satisfaction à pouvoir offrir cette rareté aux jardins de Kew, de Chisswick et de Regent’s Park. »
- L'Ouvirandra fenestralis n’est pas la seule espèce de ce genre; on cite encore Y Ouvirandra Heudeloti, Kunth, qui habiterait la Sénégambie, et l’O. Bernie-riana (Dene), dont les feuilles sont plus longues, plus étroites et plus enrubanées. Cette plante appartient à la famille des Hydrocharidées L Henri Joret.
- D'après Le Naturaliste.
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- PENDULE ÉLECTRIQUE
- De nombreux inventeurs se sont occupés de l’application du courant électrique à l’horlogerie; la chose est séduisante en effet, car, par ce moyen, tout en simplifiant le mécanisme, on supprime le remontage, ce qui devrait avoir pour conséquence immédiate d’abaisser le prix de l’appareil et d’en faciliter l’emploi. Cependant, jusqu’à présent, nous ne voyons pas beaucoup de pendules électriques ; à part quelques villes où il existe une distribution d’heure faite électriquement par un poste central, la pendule indépendante à l’usage des particuliers est fort peu répandue. Cela tient probablement à ce que, malgré les apparences, les systèmes proposés étaient jusqu’à présent trop délicats de fonctionnement ou d’un prix trop élevé; car aujourd’hui où il y a peu de maisons qui n’aient leur sonnerie électrique et par suite leur pile, il n’y a pas de raison pour que le courant ne soit pas utilisé au fonctionnement de la pendule de l’appartement.
- C’est, sans doute, ce qu’a pensé M. A.-J. Cau-deray, inventeur d’un compteur électrique connu et déjà répandu en Angleterre, qui vient de construire un mouvement d’horloge électrique très simple, très rustique, pouvant fonctionner dans toutes les positions et dont le prix de vente ne dépassera pas une vingtaine de francs quand on le fabriquera d’une laçon courante.
- Le système repose sur ce principe que pour faire fonctionner un pendule pendant un temps indéfini, il suffit non pas de lui donner une nouvelle impulsion après chaque oscillation, mais seulement à des intervalles de temps plus ou moins espacés. Cela permet l’emploi de la pile et de l’électro-aimant, pour l’entretien du mouvement, pendant un temps très long sans épuisement de la pile, puisqu’elle ne fournit l’énergie que de temps en temps; il s’agit seulement de trouver le bon moment où l’effet doit se produire.
- L’application de ce principe n’est pas nouvelle, et M. Hipp, de Neuchâtel, construit depuis plus de vingt ans des horloges électriques ayant comme régulateur un pendule entretenu dans ces conditions; sur le même principe aussi est construite la Papi-
- lionne de M. Lemoine, décrite ici il y a quelques années 1 ; et d’autres encore.
- M. Cauderay ne revendique nullement cette idée, mais ce qu’il a fait breveter, c’est son application spéciale au balancier spiral, ce qui permet le fonctionnement dans une position quelconque.
- Le balancier spiral V (fig. 2) est ici en même temps le régulateur et le moteur. L’axe A porte en H un doigt qui agit sur une roue à roehet PS, et la fait avancer d’une dent à chaque oscillation complète; c’est cette roue qui porte l’aiguille des secondes et qui actionne par engrenages celles des minutes et des heures.
- Le mouvement du balancier est entretenu par deux électros M (pii attirent une petite masse en fer doux N fixée sur l’axe A. Cette action a lieu seulement au moment où les oscillations tombent au-dessous de leur valeur normale. Ce résultat est obtenu au moyen d’un dispositif ingénieux qui est le point caractéristique de l’invention. Le contact qui permet au courant de passer dans les électros se trouve en F au bout d’une lame de ressort E (fig. 2 et 5) ; en temps normal, E se trouve éloigné de F et le circuit est rompu. Sur la lame E se trouve fixé un petit levier D pivotant à l’une de ses extrémités et qu’un petit ressort R (fig. 5) tend à maintenir perpendiculaire à E. Sous l’action de la pièce CR, qui est fixée à l’axe du balancier et en suit les oscillations, ce levier prend alternativement deux positions inverses : soit celle qu’il occupe sur la figure, soit celle indiquée en pointillé; mais cela, seulement à la condition essentielle que la pièce CB aura une course suffisante pour que le levier passe en dehors de ses extrémités. Si, au contraire, une demi-oscillation est trop petite pour que cette condition soit remplie, le levier ne peut se renverser et, à la demi-oscillation suivante, son extrémité viendra s’engager dans le petit cran C ; il se produit alors un coincement qui a pour effet de soulever le ressort E, le contact se produit en F et l’action de l’électro permet à l’oscillation de reprendre sa valeur. On voit aussi par là que si le circuit était coupé à un endroit quel-
- 1 Yoy. n° 448, du 51 décembre 1881, p. 75.
- Fig. 1,2 et 5. — Pendule électrique de M. Cauderay. — 1. Vue d’ensemble de la pendule. — 2. Mécanisme moteur. — 3. Détails de l’interrupteur.
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- conque, l’arrêt se produirait toujours sur le contact et que, par conséquent, le mouvement reprendrait de lui-même dès que le circuit serait rétabli ; c’est-à-dire que l’appareil se met de lui-même en marche sans avoir besoin d’une impulsion préalable à la main. Cela a son importance et montre que le système de M. Cauderay peut servir de compteur de temps pour déterminer la durée d’une consommation quelconque. S’il s’agit, par exemple, d’une installation d’éclairage où le nombre des lampes allumées est toujours le même, le débit étant constant, il suffira pour avoir la dépense de connaître la durée de l’allumage. On obtiendra ce résultat en branchant l’appareil en dérivation sur la canalisation générale; dans ce cas, il est clair qu’on aura pris des dispositions pour actionner un totalisateur au lieu d’une minuterie^ On peut étendre cette application dans tous les cas analogues d'un débit constant, électrique ou autre, puisqu’il suffit simplement de fermer un 'circuit' àü’ moment où commence la consommation. : ; .1 • ! ;
- Jusqu’à présent M. Cauderay n’a appliqué son système qù’à une pendille (fig. i) qui renferme dans son socle deux' piles sèches, d’un modèle très répandu1 en Angleterre, permettant le fonctionnement pendant plusieurs mois.
- Si on dispose d’une autre source d’électricité, comme, par exemple, celle ‘des sonneries de l’appartement, on peut l’utiliser jiu lieu d’avoir des piles spéciales; cela permet de n’avoir jamais à s’occuper de la pendüié* !’ • - - •
- Dans le mouvement que nous avons eu entre les mains, les oscillations du pendule se maintenaient pendant 10 secondes, après lesquelles l’action électrique intervenait pour donner une nouvelle impulsion. Un petit levier agissant sur le spiral permet, Comme dans les Montres, de régler la marche régulière des aiguilles; on pourrait, du reste, pour une horloge de précision, avoir un balancier compensateur.
- En résumé, le système imaginé par M. Cauderay est d’une construction simple, d’un prix peu élevé, et peut recevoir de nombreuses applications. Tel qu’il est actuellement appliqué à l’horlogerie, il constitue une application très intéressante de 1 électricité domestique. G. Mareschal.
- RECOUVREMENT DE L’ALUMINIUM
- M. Neesen a présenté le mois dernier, à la Société Physique de Berlin, un procédé permettant de recouvrir les objets d’aluminium d’une couche mince d’un autre métal. La première opération consiste à décaper parfaitement l’aluminium, en plongeant la pièce à recouvrir dans un bain d’acide chlorhydrique, ou de soude caustique; on la trempe ensuite dans une solution de bichlorure de mercure, qui se décompose en amalgamant la surface; après l’avoir replongée dans le premier bain, il suffit de la mettre dans une solution d’un sel du métal dont on veut la recouvrir. Celui-ci se dépose rapidement en une
- couche très adhérente qui ne se détache pas lorsque l’objet est passé au laminoir. Ce traitement convient à la dorure, à l’argenture, etc. Le métal ainsi recouvert peut, naturellement, être soudé parles procédés ordinaires.
- LE PAPIER A CIGARETTES
- Le papier à cigarettes est un papier supérieur et présente de nombreuses qualités.
- Le bon papier à cigarettes doit être très mince, bien uniforme comme pâte, solide et résistant; il ne doit pas se désagréger lorsqu’il est un peu mouillé; en brûlant, il doit laisser peu de cendres et ne pas dégager une odeur désagréable; sa combustion doit être facile; enfin, il ne doit pas dégager, en brûlant, de matières nuisibles à la santé.
- Le papier à cigarettes supérieur est fabriqué exclusivement avec des chiffons de toile; il pèse 9 et demi, 10 et 15 grammes au mètre carré. En brûlant, il ne dégage aucune odeur.
- COMPOSITION
- LOSGIIEUR
- (le
- RUPTURE
- 1U0ÏCRJIEAT ]>our 100
- £ 50 pour 100
- Pelure ordinaire 1 *1° P'11..........
- N" 1- # 50 pour 100
- V, (le chiffons . . . .
- !' 40 pour 100
- de tremble . . . .
- 60 pour 100 de chiffons . . . .
- 4,900
- 5,000
- f 20 pour 100
- Pelure mi-fine)l'e tremble..........
- N” 1- ) 80 pour 100
- [ de chiffons . . . ,
- Pelure à copier.
- 75 pour 100 i de chiffons . . . .
- 25 pour 100 de cellulose cl paille..
- ! 10 pour 100
- Pelure mi-fine i ^e tremble.............
- 2. J oo pour 100
- ( de chiffons et cellulose.
- 4,900
- 4,800
- 4,850
- 1,51
- 1,36
- 1,35
- 1,70
- 1,42
- Les papiers à cigarettes ordinaires sont fabriqués avec des succédanés : leur pâte contient souvent une certaine quantité de pâte de bois, surtout les papiers destinés à l’exportation; ces papiers sont plus lourds et pèsent de 12 à 20 grammes au mètre carré ; en brûlant, ils peuvent exhaler une légère odeur, parce que la pâte de bois contient de la résine, dont la combustion dégage des gaz odorants. En réalité, l’odeur n’est sensible qu’avec les papiers contenant de fortes proportions de pâte de bois mécanique; à part ceux-là, la quantité de résine renfermé dans les papiers est si minime que la combustion s’opère toujours presque sans odeur.
- La fabrication du papier à cigarettes ne diffère pas, dans ses grandes lignes, de la fabrication du papier fin ordinaire. Un seul point est spécial, c’est
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- LA NATURE.
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- le raffinage qui doit être long et bien lait. La pâte doit être raffinée lentement, progressivement, et aussi court que possible. La durée du raffinage, qui s’exécute dans des piles perfectionnées, varie entre 15 et 50 heures, et c’est d’elle que dépend le poids au mètre carré du papier.
- Il faut un tour de main spécial et des machines parfaites pour obtenir une feuille de papier présentant une grande solidité, avec une pâte composée de fibres aussi courtes et aussi divisées.
- À titre d’exemple, nous donnons le dessin de la machine à papier continu pour papiers à cigarettes, construite par M. Burot, d’Angoulêmc.
- * Cette machine comprend les appareils suivants : 1° trois mélangeurs avec roue à écopes, avec dépense réglée par un tiroir ; les deux roues sont munies d’écopes en cuivre et servent l’une pour la pâte et l’autre pour l’eau ; elles permettent une très grande régularité du poids du papier ; 2° une caisse de distribution, avec agitateur, sert à bien mélanger l’eau et la pâte avant de passer au sablier; 5° un sablier tournant, dit à bascule, d’un nettoyage facile ;
- 4° deux épurateurs avec battement sans bruit; 5° une table de fabrication avec une toile de 11 mètres de longueur, avec chariot combiné avec le tablier, de sorte (pic le format peut être changé pendant la marche du papier, ce qui permet de réduire les rognures ; 6° deux siphons travaillant par la pression atmosphérique pour l’essorage de la feuille de papier; 7° une première presse humide à rouleaux, pour l’égouttage du papier ; 8° une presse couchante, dont les deux rouleaux sont en fonte et les vis de pression munies de tampons en caoutchouc, de façon à rendre la pression élastique; 9° un siphon travaillant par la pression atmosphérique pour les feutres de la presse couchante; il est destiné à enlever l’air qui se trouve entre le papier et les feutres, afin d’éviter les gonfles; 10° une presse à rouleaux ; 11° une sécherie composée de 5 sécheurs de lm, 20; 12° une seconde sécherie; 15° deux dévidoirs superposés, permettant de rouler deux formats à la fois.
- Le fonctionnement de cette machine est très simple, pour toutes les personnes qui ont visité une
- O g S g o » 'q DÉSIGNATION POIDS en GRAMMES par m2. 1 MÈTRE CAÏ SUBSTANCE combustible. ÎRÉ CONTIENT SUBSTANCE incombustible. CENDRES POUR 100
- 1 Les dernières cartouches 9,909 9,817 0,092 0,928
- 2 Dorobantal 10,245 10,171 0,074 0,722
- 3 Abadie 12,719 12,567 0,152 1,195
- 4 Le Houblon 15,365 13,505 0,062 0,464
- 5 Papier persan 14,177 14,100 0,071 0,500
- 6 Papier autrichien I 10,294 10,2525 0,0415 0,403
- 7 Papier autrichien II 9,2572 9,2194 0,0378 0,408
- 8 Le Perse 15,040 12,920 0,120 0,920
- 9 Papier ordinaire à cigarettes B contenant du hois 0,790
- 10 Papier ordinaire à cigarettes F contenant du bois 0,590
- papeterie ou qui ont vu les machines à papier de l’Exposition de 1889.
- Nous allons donner, maintenant, quelques renseignements pratiques sur les qualités diverses des papiers à cigarettes, renseignements qui seront d’une certaine utilité pour les consommateurs.
- La nuance du papier n’a pas grande importance, ordinairement, le papier à cigarettes possède la couleur naturelle de la pâte de chiffons blanchie avec soin, azurée ou non avec de l’outremer. Quelques fabricants, cependant, donnant une couleur chamois ; en Russie, cette couleur est très en vogue.
- L’épaisseur a son importance. Nous avons déjà dit que le bon papier pesait 10 grammes au mètre carré. La pâte doit être fine et régulière; l’épaisseur doit être bien uniforme sur toute la surface. Les consommateurs apprécient très bien ces qualités.
- La solidité' est encore plus importante ; c’est d’elle que dépend, souvent, la valeur marchande d’un papier. A l’emploi on exige de la résistance dans le sens transversal.
- La ténacité du papier à cigarettes diminue, en général, quand son poids augmente. Cela s’explique facilement parce que dans les papiers fins, on
- n’emploie que des chiffons, tandis que dans les papiers épais, on fait entrer une certaine proportion de pâte de bois. Pour s’en rendre compte, nous donnons les essais qui ont été faits sur des papiers autrichiens, pesant 15 grammes au mètre carré. (Voy. le tableau ci-contre, p. 246.)
- Les cendres laissées par la combustion du papier à cigarettes méritent d’attirer l’attention. Moins un papier laisse des cendres, plus sa combustion est facile; mais les différences sont très faibles. Le papier à cigarettes laisse deO, 5 à 1 pour 100 de cendres.
- Comme les consommateurs apprécient souvent la qualité d’un papier à cigarettes au peu de cendres qu’il laisse après sa combustion, on consultera, avec intérêt, les chiffres obtenus avec les papiers à cigarettes du commerce. (Voy. le tableau ci-dessus).
- Le papier à cigarettes est donc formé de fibres pures, puisque le papier à filtrer, préparé chimiquement et avec les plus grands soins, laisse de 0, 10 à 0,22 pour 100 de cendres.
- La facilité de combustion du papier se juge d’après les cendres qu’il laisse après combustion. Pour augmenter cette combustion, certains fabri-
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- LA NATURE.
- cants imprègnent les papiers (l’une très faible quantité de salpêtre ou de chlorate de potasse. Dans tous les cas, le papier à cigarettes ne doit pas, après avoir brûlé, laisser des résidus charbonneux. Un tel papier devrait être rejeté.
- Pour terminer, qu’il me soit permis de mettre fin à une légende : l’action nuisible du papier sur la
- santé. S’il y avait danger, cela pourrait provenir de deux causes: 1° des produits de la combustion du papier lui-même; 2° de la présence de matières vénéneuses dans le papier. Des produits de la combustion du papier, il ne saurait en être question puisque, dans les conditions où s'effectue la combustion, il ne se produit que de l’eau ou de l’acide
- Machine à papier continu de M. Burot pour la fabrication du papier à cigarettes.
- carbonique. La présence des matières vénéneuses est un mythe, car, en supposant qu’on en trouve des traces dans les cendres, comme certains analystes l’ont avancé, cela ne constituerait qu’une dose infinitésimale de la même matière dans le papier. De sorte que les fumeurs peuvent être assurés d’avance que le papier à cigarettes est absolument inoffensif pour la santé.
- Nous ne parlerons pas des papiers à cigarettes
- spéciaux, tels que ceux au goudron, à l'ambre, aux essences, etc. Us sont préparés comme le papier ordinaire, mais enduits, presque à la fin de leur fabrication, avec des doses minimes de ces matières, soit par un bain spécial, soit à l’aide de rouleaux.
- Telle est, en peu de mots, l’histoire du papier à cigarettes. A.-M. Viblox,
- . Ingénieur-chimiste.
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- LA NATURE
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- IA CULTURE DES FRUITS EN CALIFORNIE
- Nous avons eu, ici même, l’occasion de montrer combien les fruits sont appréciés aux États-Unis en
- indiquant quelle consommation de bananes on y fait1; les agriculteurs américains ont. eu soin de profiter
- Fig. 2. — Un poirier californien. (D’après une photographie.)
- de cette circonstance et, depuis quelques années déjà, ils se sont mis à cultiver, dans certaines parties du territoire de l’Union, ce qu’ils nomment les fruits
- Fig. 3. — Tente de fumigation à l’acide cyanhydrique. (D’après une photographie.)
- tropicaux ou semi-tropicaux, ceux qui semblaient jusqu’ici réservés aux régions chaudes. Cette culture 1 Voy. n® 1040, du 6 mai 1803, p. 367.
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- LA NATURE.
- fruitière a pris une grande importance en Californie et en Floride, mais figuiers, orangers, limons et citrons, amandiers, ananas, etc., sont cultivés en grand dans tous les Etats qui bordent le golfe du Mexique, notamment dans la Louisiane et l’Arizona. Les Américains attachent un tel intérêt à ces plantations que, lors du dernier recensement, ils ont tenu à relever toutes les cultures dont il s’agit, et ils en ont publié des états très complets que nous avons entre les mains. M. Ch. Howard-Shinn vient aussi de consacrer une étude curieuse, dans la Popular Science Monthly, à l’industrie fruitière en Californie. En nous basant sur ces renseignements divers, nous voudrions donner une idée du développement qu’a pris la culture des fruits de toutes sortes dans cet Etat.
- Une grande partie de la Californie est plantée en vignobles et en vergers : des vignobles, nous ne dirons pas grand’chose, car on en a déjà parlé ici. Une première catégorie de fruits est celle des pro-ductiôns semi-tropicales : on y compte surtout les figues, les olives, les limons et citrons, les oranges; le grenadier se rencontre aussi dans bien des jardins, mais il n’en existe pas encore de vergers; il en est de même du goyavier. Çà et là, dans les endroits bien abrités, on a fait de timides essais de petites plantations de bananiers, d’ananas, de palmiers-dattiers, quelques spécimens de cherimoyas, de jujubiers et d’autres arbres tropicaux. La plus importante de toutes ces cultures, c’est celle de l’oranger. Il y a 15 comtés où l’on s’y livre, au point de vue commercial, sur une superficie d’au moins 40 hectares dans chacun d’eux; il y a 8 comtés où les plantations d’orangers dépassent respectivement 200 hectares. Parmi ceux qui sont le mieux dotés à ce point de vue, nous citerons celui de San Bcrnar-dino : il ne possède pas moins de 15 500 hectares de vergers où l’on cultive l’arbre du Jardin des Hespérides; celui de Los Angeles en exploite bien près de 5000 ; le comté d’Orange (un nom prédestiné) en offre 2170, celui de Butte 1070, celui de San Diego 600. Au point de vue des oliviers, la liste que nous venons de dresser change : à la première place, se trouve encore SanBernardino, avec 480 hectares; puis viennent San Diego, avec 450, Santa Barbara, avec 550. On voit que la culture de l’olivier est encore un peu secondaire, mais elle n’en a pas moins une importance réelle. Quant à la culture des figues, elle est plus modeste, mais ce n’est point une superficie négligeable que 590 hectares à Los Angeles, à peu près autant à Santa Barbara, 150 à SanBernardino, 120 à San Diego.
- A considérer l’ensemble de l’Etat, on voit que, d’après les statistiques les plus récentes, les cultures semi-tropicales en exploitation couvrent une superficie de 56 600 hectares, dont 25 750 rien que pour les oranges, 5710 pour les olives, 4960 pour les limons et le reste pour les figues. Et encore ne tenons-nous point compte des petits vergers destinés à la consommation domestique. Bien entendu, on est
- encore un peu dans la période d’initiation, et ces cultures sont loin de donner ce qu’elles pourraient fournir.
- Nous abordons une catégorie de fruits tout autres, ceux-là mêmes qu’on rencontre en France : pêches, prunes, abricots, poires, pommes, cerises; on trouve bien aussi des coings et quelques fruits d’autres espèces, mais ceux que nous avons cités sont les seuls qu’actuellement on exploite au point de vue commercial. On sait, du reste, que ces fruits sont cultivés sur une vaste échelle dans une bonne partie de la Lonfédération, de même que les pommes donnent lieu à un trafic des plus importants au Canada ; pour la Californie, les 55 comtés qui la composent, se livrent à ces cultures. Nous allons donner l’énumération des différents fruits ainsi produits, suivant l’ordre d’importance de leur récolte : ce sont, en effet, les pêches qui sont les plus abondantes, leur culture s’étendant sur 22 000 hectares, ce qui est énorme. Dans le seul comté de Santa Clara, la superficie occupée est de 2250 hectares; elle est de 2000 dans celui de Solano, de 1620 dans Los Angeles, de 1520 à Butte, de 1580 à Tulare, de 1280 à Tehama. On cultive les prunes sur 21 860 hectares, dont 5560 dans Santa Clara, 1690 dans Alameda, 1500 dans Los Angeles. Les abricots constituent une importante ressource; on y consacre 12050 hectares, dont 1640 pour le seul comté de Santa Clara, 1500 à Solano, 1520 à Alameda. Ces abricots se font sécher pour la plus grande partie; une de nos gravures représente la façon dontse fait cette opération (fig. 1). Les vergers de poiriers s’étendent sur 9500 hectares, principalement dans les comtés de Solano, de Sacramento, d’Alameda, quelques-uns de ces arbres atteignent des proportions étonnantes (fig. 2). Notons ensuite 7990 hectares plantés en pommiers, ces arbres étant répartis un peu partout, mais plus particulièrement (2400 hectares) dans le Sonora. Enfin, mentionnons 2780 hectares de cerisiers, dont la plus grosse part dans les comtés de Santa Clara et d’Alameda. Faisons remarquer enfin que, pour tous ces fruits, les statistiques semblent incomplètes et devraient être majorées de 5 pour 100.
- Nous avons mis à part les amandes et les noix (sans parler des noisettes, etc., qui ne donnent point lieu à un véritable commerce) ; elles occupent respectivement 5770 et 5970 hectares. Ces cultures sont très localisées, la première dans les comtés de Butte, Solano et Alameda, la seconde dans Ventura, Orange, Los Angeles et Santa Barbara.
- À tous ces chiffres, il nous faudrait ajouter ceux qui sont relatifs aux vignes et treilles : elles occupent une superficie totale de 76 400 hectares, dont 20000 dans le comté de Fresno, 8940 dans Santa Clara. En somme et en chiffres ronds, à la fin de 1895, la Californie consacrait 207 000 hectares à la vigne et aux cultures fruitières. Il est assez facile d’évaluer approximativement ce que cela représente de pieds d’arbres ou de vignes, en tenant compte de la distance moyenne à laquelle on les plante d’ordi-
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- LA NATURE.
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- nairc. M. Shinn estime (|ti’il y a un ensemble de 295 500 pieds, dont 60 pour 100 au moins sont en état de production. Et maintenant, quelle est la récolte qu’on peut tirer de ces vergers et de ces plantations? En 1891, elle s’est composée de 52 millions de kilogrammes de fruits conservés en boîtes, à peu près autant de fruits secs, 50 millions de kilogrammes de pommes, prunes, etc., à l’état frais,
- 24 millions de raisins, 45 de citrons, 5 de noix,
- 25 000 kilogrammes de figues. 11 s’agit, bien entendu, de ce qui a pu être vendu en dehors de la consommation des agriculteurs; étant donnée la perte de poids par dessèchement, il a fallu près de 500 millions de kilogrammes de fruits frais. 11 faudrait ajouter à cela 12000 à 15000 caisses d’huile d’olive, 500000 hectolitres de vin et 45 000 hectolitres d’eau-de-vie.
- Ces cultures sont très rémunératrices, et la preuve en est qu’un verger de 280 hectares a fourni, en 1890, 1 400 000 kilogrammes de fruits divers qui se sont vendus 420 000 francs, et tout ne produit pas encore ! On compte sur 5 millions de kilogrammes au moment où tous les arbres rapporteront.
- 11 est certain qu’on est absolument stupéfait quand on visite la Californie et qu’on voit suivant quelles méthodes perfectionnées se conduit la culture des fruits. Les agriculteurs et horticulteurs ont à lutter, non seulement contre les animaux qui dévastent leurs vergers, mais encore contre les maladies et les parasites qui attaquent les plantes; parmi les parasites, on cite notamment le Mytilaspis pomorum, YAspi-diotus perniciosus, le Lecanium Armeniacum, etc. On emploie comme insecticide les vapeurs d’acide cyanhydrique, et certaines villes ont de grandes tentes montées sur roues, pour faire les fumigations. On en fait location aux propriétaires avec des ouvriers connaissant la pratique des opérations (fig. 5).
- Les Californiens ont su créer sur leur sol, et cela grâce aux irrigations dont nous avons parlé antérieurement, des cultures très rémunératrices, qui ne pourront que se développer encore et constituer une source de richesse à peu près inépuisable.
- Daniel Bei.let.
- --0^0---
- UN BOLIDE REMARQUABLE
- Notre savant collaborateur, M. Ch.-Ed. Guillaume, nous adresse la lettre suivante : « Le 8 mars, à 10h 47m du soir, me trouvant dans la cour du Pavillon de Breteuil, mon attention fut subitement attirée par une lueur verte, dont la source était opposée à la direction dans laquelle je regardais; me retournant, j’aperçus un magnifique bolide traversant rapidement le ciel de l’est à l’ouest; il était à peu près circulaire, avec les bords légèrement flous ; son diamètre me parut être égal au tiers environ de celui de la lune; mais, ce qu’il avait de plus remarquable était sa couleur d’un beau vert pomme, un peu atténuée par une légère brume. Tandis qu’il était dans tout son éclat, il se brisa en deux morceaux inégaux, le plus petit restant en arrière ;~ l’espace compris entre eux était occupé par une traînée d’un rouge vif, avec plu-
- sieurs granules. Autant que l’état du ciel me permit d’en juger, j’estimai que le bolide avait traversé le méridien dans le voisinage de la coupe; sa route, légèrement infléchie, avait la direction de Sirius ou de Rigel.»
- Un de nos lecteurs, M. P. Leturque, à Orléans, nous écrit, d’autre part, qu’il a vu ce magnifique bolide se dirigeant du sud-ouest au nord-est. Il a passé à Orléans au-dessus du boulevard Saint-Vincent en projetant une lueur blanche éclatante rappelant la lumière du magnésium. Le météore, qui est resté visible environ six secondes, laissait derrière lui un sillage lumineux dont l’intensité éblouissait les yeux et aurait permis de lire comme en plein jour.
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- L’EXPOSITION DE CHICAGO EN 1893
- ET LES EXPOSITIONS ANTÉRIEURES
- Aujourd’hui que la World's F air a fermé ses portes depuis près de six mois, que les documents et les renseignements statistiques affluent, et que nous avons un recul suffisant pour l’apprécier impartialement, il nous a semblé utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques chiffres comparatifs qui présentent un certain intérêt, ainsi qu’un graphique journalier des entrées à l’Exposition de Paris en 1889 et à l’Exposition de Chicago en 1895 dont la comparaison peut servir de thème aux méditations des promoteurs et organisateurs des grandes expositions futures, en général, et de l’Exposition de Paris en 1900, en particulier.
- Les statistiques publiées sur l’Exposition de Chicago portent, au point de vue du nombre total des entrées, deux chiffres qui présentent entre eux un écart assez considérable : le plus élevé, 27 529 400, se rapporte h toutes les entrées; le second, 21 477 212, ne comprend que les entrées payantes, les seules qui présentent un caractère bien défini.
- La marche ascendante est bien indiquée par le tableau n° I qui donne les entrées mensuelles et la moyenne mensuelle pendant les six mois d’ouverture.
- MOIS NOMBRE d'entrées PAYANTES NOMBRE TOTAL d'entrées MOYENNES JOURNALIÈRES
- Mai 1 050037 1 531 984 54 714
- Juin 2 675113 3577 854 119271
- Juillet 2 760263 3977 502 152 583
- Août 3 515 493 4 687 708 151 216
- Septembre . . . 4 659 871 5 808 942 193631
- Octobre .... 6 816 435 7 945 430 264 849
- Totaux 21 477 212 27 529 400 153 800
- Tableau I. — Entrées mensuelles de l’Exposition de Chicago.
- Cette marche ascendante est également mise en relief par les courbes reproduites dans le diagramme ci-contre (tableau n° II). Sans entrer dans le détail de l’analyse de ces courbes qui donneraient lieu à des considérations sans fin, nous nous contenterons de faire ressortir leur caractère essentiellement distinct : à Paris, chaque dimanche se traduit par une
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- LA NATURE.
- pointe très sensible, un accroissement considérable dans le nombre des visiteurs. A Chicago, c’est, au contraire, une dépression non moins marquée. Lorsque l’Exposition n’est pas officiellement fermée, les 10 000 à 20 000 entrées en font une véritable nécropole. Le seul dimanche où nous nous y soyons égaré, nous avons constaté qu’un visiteur y trompait son ennui en pêchant à la ligne dans les canaux avoisinant le bâtiment des arts et manufactures.
- nent ensuite, par ordre d’importance décroissante
- 9 octobre (Chicago day) . . 21 octobre (New-York day).
- 4 juillet (Indépendance day). 24 août (Illinois day) . . . 1" mai (jour d’ouverture). .
- Entrées pajantes. 716881 »
- 283 273 243951 128 945
- Entrées totales. 761 942 339 811 330542 288 921 137557
- Nous garantissons l’authenticité absolue de ce fait dont nous avons été témoin, malgré son invraisemblance apparente, car il est de ces choses que l’on n’invente pas.
- Le jour le plus remarquable, celui qui détient le record du monde comme foule de visiteurs est certainement le lundi 9 octobre 1895, jour de Chicago [Chicago day), anniversaire du grand incendie de 1871, pour lequel le nombre des entrées payantes s’est élevé au chiffre fantastique de 716 881. Vien-
- La semaine des enfants, du 16 au 21 octobre, a été également remarquable par le nombre des entrées. Le maximum des entrées à l’Exposition de Paris
- _ ...... „ . _ ,ooa a eu lieu le 15 oc-
- Exposition Universelle de Pans . 1889. - ^ , ,
- - * tobre, avec seule-
- ment 587 877 entrées payantes et 420 647 'entrées totales. L’Exposition de Chicago a duré cent quatre-vingt-trois jours, du 1er mai au 50 octobre inclus, mais comme elle a été fermée quatre dimanches, elle n’a été ouverte, en fait, que cent soixante-dix-neuf jours. Sa fermeture prématurée,le 50 octobre, un jour avant la date fixée, est due à l’assassinat du maire de Chicago, M. Harrison, l’un des plus actifs et des plus enthousiastes promoteurs de cette gigantesque entreprise.
- World's Columbian Exposition Chicago.1893.
- Tableau II. — Diagramme des entrées journalières à l’Exposition universelle de Paris en 1889, et à l’Exposition de Chicago en 1893.
- VILLES ANNÉES SURFACE TOTALE EN HECTARES SURFACE COUVERTE EN HECTARES NOMBRE d’exposants NOMBRE DE JOURS d'ouverture NOMBRE TOTAL DE VISITEURS NOMBRE DE VISITEURS JOURNALIERS COUT DE l'exposition EN FRANCS
- Londres 1851 8,7 6,5 13 937 144 6 059195 41952 7 500000
- New-York 1853 2,43 )) 4100 150 1250 000 8334 3 200000
- Paris 1855 10 17 23954 200 5162330 25 812 ))
- Londres 1862 9,5 12 28653 171 6 211103 36 316 8 221300
- Paris 1867 55,23 51 50226 217 10 200000 47 007 10518 375
- Vienne 1873 113 27,6 70 000 186 7 254687 39003 14 817105
- Philadelphie. . . . 1876 95,6 16,6 30 806 159 9910966 62 333 19068 620
- Paris 1878 40 17,3 40360 194 16032 725 82644 12658 250
- Paris 1889 70 9,3 60000 185 28149353 153 821 50 000000
- Chicago 1893 420 46,5 )) 179 27 529400 153800 110000000
- Tableau III. — Statistique des principales expositions du siècle.
- La mauvaise impression sous laquelle le public européen est encore tenu relativement à l’Exposition de Chicago a des causes multiples : à l’ouverture, la World's Fair était encore moins prête que toute autre Exposition, les chemins n’étaient pas encore munis de trottoirs, on marchait dans des nuages de poussière ou dans des océans de boue, au milieu de caisses encore fermées. C’est là l’origine de cette mauvaise impression ressentie par les premiers visiteurs. Quant au public européen, il ne recevait guère
- de nouvelles que par les journaux new-yorkais dont l’hostilité était manifeste. Certaines difficultés administratives suscitées au début, l’absence d’affaires dans l’Exposition même, et la crise industrielle traversée par les Etats-Unis l’été dernier, ont également contribué à faire à l’Exposition la mauvaise réputation dont elle a peine encore à se dégager, malgré le succès incontestable qu’elle a rencontré en parcourant la seconde moitié de sa carrière. Dr Z....
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- LA NATURE.
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- LES DEMEURES ET LES SÉPULTURES DES PREMIERS HABITANTS DU BAS-AIVARAIS
- Sur les collines escarpées qui s’étendent entre les Vans et Saint-Martin d'Ardèche, de nombreux dolmens sont encore debout, préservés de la destruction par la nature ingrate du sol qui les porte.
- Ces assises calcaires fissurées et souvent étrangement façonnées offrent aux touristes des sites pittoresques dont le bois de Païolive est un exemple remarquable. Au milieu de ces régions sauvages, les hommes de l’épo-que néolithique ont établi leurs sépultures en choisissant de préférence les points culminants. Les plus beaux mégalithes sont situés sur les territoires des communes de Banne, La Lauze (en patois du pays La Laouza, la pierre plate), Ber-rias, Chandolas,
- Saint-Alban-sous-Sampzon, Ruoms La Blachère, Vallon, Saint-Re-mèze. La commission des monuments mégalithiques songe à acquérir les plus beaux de ces monuments pour les mettre sous la surveillance des agents communaux et empêcher ainsi leur destruction. C’est là une sage mesure ; ces souvenirs du culte funéraire de nos pères méritent notre respectueuse admiration.
- Une sorte de hiérarchie est reconnaissable dans les proportions et le plus ou moins de soins apportés à l'établissement de ces sépultures. S’il en est qui nous frappent par les belles dimensions des dalles employées (fig. 1), d’autres au contraire sont d’un aspect très modeste. La table ou couverture manque
- d’ailleurs très souvent (fig. 2); il est probable que dans bien des cas on s’est contenté de couvrir le
- dolmen avec des branchages pour préserver les cadavres. Un examen attentif m’a fait découvrir maintes fois, dans ces bois que j’aimais à explorer, des débris de dalles dont la position verticale dans le sol était un indice précieux. Les pier--ailles et les ronces couvraient le reste de la tombe qu’elles avaient ainsi cachée aux regards des autres chercheurs. Les sépultures que j'ai découvertes m’ont livré une série d’objets d’un assez grand intérêt, et des fouilles
- soigneusement exécutées m’ont permis de constater les faits suivants qui confirment ce que d’autres observateurs ont reconnu ailleurs. Le dolmen était une sépulture de famille ou de tribu; il contient presque toujours les restes d’un grand nombre d’individus.
- Les ossements humains, qui sont rarement entiers, semblent avoir été repoussés au fond de la sépulture pour faire place à de nouveaux cadavres. Les premiers constructeurs des dolmens ignoraient l’usage des métaux. Plus tard seulement, quelques objets en cuivre ou en bronze furent importés chez eux et la pierre futemployée simultanément pendant un certain temps comme l’attestent les nombreux objets en pierre que l’on trouve mélangés dans la même couche qui contient des objets en métal. Les dolmens ont donc été
- Fig. 1. — Dolmen situé au lieu dit Le Calvaire, commune de Saint-Alban-sous-Sampzon (Ardèche). Longueur de la table, 4",20.
- Fig. 2. — Dolmen sans table situé au lieu dit Las Campanas, commune de Saint-Alban-sous-Sampzon (Ardèche).
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- LA NATURE.
- utilisés à plusieurs époques depuis I’àge de la pierre polie et quelques-uns ont lburni des spécimens de l’industrie romaine, indiquant comme les objets de l’àge du bronze des inhumations posthumes.
- L’étude de quelques crânes humains que j’ai recueillis sous les dolmens de l’Ardèche et de ceux qui ont été trouvés dans diverses grottes sépulcrales du Gard m’a conduit aux observations suivantes :
- Aucun crâne brachycéphale ou mésaticéphale n’a été trouvé dans les grottes de Durfort, Rousson et Bramabiau ni dans les autres grottes du Gard; tous les crânes de ces provenances que j’ai examinés sont dolichocéphales ou sous-dolichocéphales.
- Les crânes des dolmens Cevennols sont en majorité dolichocéphales ou sous-dolichocéphales, bien que plus mélangés comme types que ceux des cavernes sépulcrales, puisqu’on constate la présence de quelques brachycéphales.
- Telles sont d'ailleurs les conclusions exposées dans les publications du regretté L)1' Prunière qui a particulièrement exploré le territoire lozérien. La comparaison du mobilier funéraire recueilli sous les dolmens du Gard, de l’Ardèche et de la Lozère vient encore continuer la parenté ethnologique des populations répandues dans ces régions durant l’époque néolithique. Mais l’époque de l’immigration en grand nombre des brachycéphales est encore à rechercher et ne paraît pas antérieure à l’àge du bronze pour le sud de la France.
- Quelques objets recueillis dans les grottes des environs de Saint-Martin d’Ardèche, ont été classés comme appartenant à l’époque de la pierre taillée et par conséquent comme antérieurs aux dolmens. Leur type les rapprocherait de ceux que les stations moustériennes et magdaléniennes ont si abondamment fournis. Mais on sait combien il faut se métier des analogies de forme dans l’outillage quand on veut déterminer l’àge d’un gisement. Bien souvent on a pris pour des os de renne les ossements d’autres cervidés trouvés avec des silex taillés. La comparaison avec des pièces osseuses sûrement déterminées, peut seule nous éclairer et démontrer ainsi que l’homme habitait les vallées ardéchoises à l’époque où le renne fréquentait le même sol.
- Gabriel Carrière.
- Président de la Société d’étude des Sciences naturelles de Mmes.
- LUNETTE ASTRONOMIQUE
- Le magnifique duel qui, depuis 1820, se poursuivait avec acharnement entre l’ancien et le nouveau Monde, et plus particulièrement entre les deux nations Busse et Américaine du Nord, semble prendre fin. Les Américains sont maîtres du terrain et, depuis l’établissement du gigantesque instrument du Mont Ilamilton dû à la générosité du célèbre Liek, enterré au pied de sa merveille, rien n’a été fait en Europe pour surpasser cette lunette de 91 centimètres de diamètre.
- La lutte n’est pourtant pas terminée, mais elle se poursuit entre les Américains eux-mèmes. Jaloux des lauriers
- de Lick, M. G. T. Yerkes, fait construire, pour être établie sur les bords du lac Geneva, dans le Visconsin, la plus puissante lunette du monde, qui aura 100 centimètres de diamètre à l’objectif. Un emplacement de 20 hectares sur les bords du lac attend les constructions de l’observatoire, et un modèle de l’énorme instrument, dont diverses parties sont déjà définitivement prêtes, a figuré à l’exposition de Chicago. Malgré l’immensité du bâtiment où se trouvait placé ce modèle, la masse de celui-ci forçait l’admiration de tous les visiteurs.
- La France a conservé le mérite de la fourniture des verres à employer. Depuis bien longtemps, c'est de la maison Feil, successeur Mantois, que sortent les masses de matière transparente que l’on travaille ensuite pour leur donner la courbure voulue. Le printemps prochain doit voir commencer la construction de l’établissement et terminer probablement le polissage des verres.
- Yoici les dimensions et poids des diverses parties de l’instrument. Les deux lentilles de l’objectif, avec un mètre de diamètre, comme nous l’avons dit, auront ; la lentille de cristal, 57 millimètres d’épaisseur au centre, 09 aux bords, poids 150 kilogrammes; celle de yerre simple, placée à l’extérieur, 75 millimètres d’épaisseur au centre, 21 aux bords, pèsera 90 kilogrammes. Gomme à l’observatoire de Meudon, où M. Janssen a demandé toutes les manœuvres importantes à l’électricité, des boutons électriques placés sous la main de l’astronome dont l’œil est à la lunette, commanderont les mouvements de la coupole, de son ouverture, de la lunette, et jusqu’à ceux du plancher qui lui conservera l’œil à la hauteur voulue.
- La coupole a 24 mètres de diamètre, les vantaux d’ouverture sur le ciel, 4,n,50 de largeur. Le corps de la lunette a, pour diamètre intérieur, l mètre à l’objectif, ln’,25 au milieu, 84 centimètres à l’oculaire; il est en tôle d’acier d’une épaisseur de 185 millimètres au centre et de 457 millimètres aux extrémités; poids GÜ00 kilogrammes. L’axe qui permet à la lunette son mouvement vertical, en acier forgé de 50 centimètres de diamètre, pèse 1500 kilogrammes. L’axe polaire qui supporte tout cela et permet le mouvement parallèle à l’équateur, en acier forgé de 58 centimètres de diamètre en haut, 50 centimètres en bas, pèse avec le précédent, 7500 kilogrammes, soit 15 000 kilogrammes pour le poids de la lunette proprement dite. Le bâti ou pilier qui supportera cette lunette se compose de cinq tronçons et d’une tète en fer fondu d'une seule pièce. Le tronçon inférieur pèse 18 000 kilogrammes, chacun des quatre autres, 5500, la tète 5500 aussi, soit pour l’ensemble du bâti, qui a 10 mètres de hauteur, 45 000 kilogrammes, et pour la lunette tout entière, environ 75 000.
- Et cette lunette, aiguille de quinze mille kilogrammes, est en mouvement régulier pour ainsi dire perpétuel. En effet le mécanisme d’horlogerie qui la fait marcher a des poids; ces poids, descendus d’une quantité déterminée, rencontrent un bouton électrique qui remonte cette petite pendule dont le poids est de 15 000 kilogrammes.
- Et maintenant, suivant l’expression populaire, on peut tirer l’échelle, d’autant mieux qu’elle est devenue inutile, puisque c’est le plancher lui-même qui porte l’astronome à la hauteur voulue pour son observation.
- Un Directeur et un Astronome seulement sont jusqu’ici désignés, mais quels hommes! M. Hall, le découvreur des satellites de Mars, M. Burnham, le mesureur de tant d’étoiles doubles sur les deux hémisphères célestes.
- J. Vinot.
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- NÉCROLOGIE
- Gabriel l'on. — Nous avons conduit, dimanche dernier, à sa dernière demeure, Gabriel Yon, ingénieur, aéronaute de grand mérite, qui n’avait pas conquis un nom populaire, mais qui cependant avait pratiqué l’aéronautique pendant toute sa vie, avec beaucoup d’ardeur et d’intelligence. 11 est mort à l’âge de cinquante-neuf ans. Il avait, dans sa jeunesse, été le compagnon d’JIcnry Gif-fard lors de l’ascension de l’aérostat dirigeable, que l’illustre ingénieur conduisit dans les airs en 1855, et pendant toute sa carrière, il fut toujours un des constructeurs de Gitî'ard. Gabriel Yon exécuta, sous la diiection de l’inventeur de Yinjecleur, une partie importante du matériel du grand ballon captif à vapeur, de l’Expositionde 1878. Depuis cette époque, il devint uu de nos constructeurs les plus ingénieux. Il construisit des ballons captifs militaires pour la Russie, pour l’Espagne, pour la Chine, la Belgique, et son matériel, fort bien conçu, lui valut une médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris en 1889. Peu de temps avant sa mort, il présentait à la Société de navigation aérienne une soupape à ballons, qu’il avait imaginée. Gabriel Yon a exécuté un grand nombre d’ascensions aérostatiques, et on lui doit un projet fort bien étudié d’aérostat dirigeable.
- CHRONIQUE
- Chenille nuisible d’Afrique. — Dans le pays des Bavenda,au nord du Transvaal, il existe une chenille que les indigènes nomment Khohe et dont le contact produit chez l’homme une douleur intense et brûlante ; mélangée à la nourriture des animaux domestiques, elle peut occasionner la mort. On ne connaît pas encore le papillon auquel elle donne naissance. Chaque anneau porte, sur la partie dorsale, deux proéminences semi-sphériques situées l’une à droite, l’autre à gauche de la ligne médiane du corps, et garnies de poils durs et aigus. Des touffes de ces mômes poils se trouvent encore sur la partie inférieure des anneaux. Il n’a pas été possible jusqu’à ce jour de savoir si ces poils sont reliés à des glandes venimeuses. Deux causes peuvent déterminer la mort chez les animaux domestiques. On suppose d’abord que, consommées en grande quantité avec le fourrage, ces chenilles occasionnent une inflammation des intestins par suite de l’introduction des poils dans la muqueuse de l’estomac. Mais il est plus probable que les poils, en pénétrant dans la langue des animaux, y font naître une forte inflammation. La langue s’enfle rapidement et les animaux ne peuvent plus manger. L’enflure progresse et gagne les tissus de l’arrière-bouche et du larynx et provoque une asphyxie foudroyante.
- La purification des métaux par distillation dans le vide. — M. G. \V. Kahlbaum, professeur àl’Uni-versité de Bâle, dont les travaux sur les pressions des vapeurs sont bien connus, vient d’appliquer avec succès la distillation dans le vide à la purification d’un certain nombre de métaux. La méthode n’est pas nouvelle en ce qui concerne le mercure et les composés organiques ; mais on ne ne l’avait pas, croyons-nous, employée jusqu’ici aux métaux solides à la température ordinaire. M. Kahlbaum attribue en grande partie le succès de l’opération au vide extrêmement parfait qu’il produit dans l’appareil, grâce à l’emploi d’une nouvelle pompe à mercure de son invention. En employant un verre peu fusible, et en mainte-
- nant la cornue dans un bain d’un alliage convenable, il a produit la distillation lente normale d’un grand nombre de métaux. L’auteur a obtenu d’excellents résultats avec les suivants : potassium, sodium, sélénium, tellure, cadmium, magnésium, bismuth, et thallium; jusqu’ici, les essais faits sur le zinc et le manganèse ont été infructueux. Le meilleur critérium de la pureté d’un métal est son analyse spectrale. Les résultats ainsi obtenus sur le tellure sont très concluants ; une seule distillation dans le vide fait disparaître 35 des raies que donnait un échantillon de ce corps aussi pur que puissent le fournir les autres procédés; ces raies appartiennent donc à un autre corps qu reste dans la cornue.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 mars 1894. — Présidence de M. Lœwï.
- Préservation des cultures de maïs. — M. Laboulbène a examiné des épis de maïs rongés par les insectes, et s’est appliqué à déterminer l’espèce à laquelle appartenaient ces insectes. Ses recherches l’ont mis en présence d'un lépidoptère se rapportant à la Setolroga Cereabella, Olivier ou Alucite des céréales. Cette espèce qui est la vraie « teigne des grains » décrite par Réaumur, a été signalée dès 173G, comme nuisible à l’orge et au blé; de nombreux auteurs l’ont confondue avec la « fausse teigne des grains » dont la chenille vit dans un fourreau de soie, à l’extérieur des grains réunis en tas, et n’accomplit jamais ses métamorphoses dans l’intérieur du grain, comme la vraie teigne qui est l’Alucite véritable ou Selo-troga. L’Alucite du maïs a une couleur jaune d’ocre pâle avec des reflets luisants; elle est longue de 7 à 9 millimètres. Les ailes supérieures au repos sont disposées en toit assez aplati et non relevées, et affectent à l’extrémité la forme d’une queue de coq. Duhamel avait pensé quei l’Alucite ne touchait jamais au maïs; Bosc l’avait signalée comme nuisible à cette céréale, dans le Nouveau Monde.( Bonafous a indiqué ses ravages en Italie et dans le midi de la France. M. Lesne a signalé ses dégâts dans les départements des Landes et des Basses-Pyrénées. Les épis étudiés par M. Laboulbène proviennent de ce dernier département. Pour empêcher le maïs de semence de propager l’Alucite, M. Laboulbène conseille d’égrener le maïs, puis de jeter les grains dans l’eau ; ceux qui sont attaqués par les chenilles étant plus ou moins vidés surnagent. On peut les utiliser en les faisant bouillir et en confectionner une pâte qui est susceptible d’être employée sans inconvénient à la nourriture des volailles.
- La température des cavernes. — M. Martel, dans ses explorations souterraines de 1888 à 1893, a reconnu que la température des cavités naturelles n’est pas, comme celle des caves artificielles, égale à la température moyenne annuelle du lieu. Il a établi, à l’aide d’un millier d’observations thermométriques, les quatre principes suivants : 1° la température de l’air des cavernes n’est pas constante; 2° elle n’est pas uniforme dans les diverses parties d’une même cavité ; 3° la température de l’eau des cavernes est sujette aux mêmes variations [et dissemblances que celle de l’air ; 4° elle est souvent fort différente de celle de l’air. Parmi les causes encore insuffisamment connues de ces anomalies, M. Martel croit pouvoir indiquer, quant à présent : 1° la fissuration des terrains caverneux qui facilite l’introduction de l’air extérieur ; 2° la forme des cavités et la densité de l’air froid qui provoquent des appels de cet air et l’accumulent parfois dans des parties basses d’où
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- son poids l'empêche de sortir (grottes à rétrécissements et dénivellations, abîmes en forme de tablier ou à double orifice, etc.); 5° l’influence de l’eau qui peut refroidir la température par l’évaporation due aux suintements lents, ou qui peut amener dans les cavernes toutes les variations de l’air extérieur, quand elle y pénètre sous forme de rivière ayant quelque temps couru au dehors (Bra-mabiau dans le Gard, la Piuka en Carniole, la Recca en Istrie, et nombre d’autres cavernes).
- Emploi des engrais potassiques. — M. Dehérain présente une Note de MM. Dumont et J. Crochetelle, dans laquelle les auteurs rendent compte des expériences qu’ils ont poursuivies sur l’influence des sels de potassium sur la nitrification des terres humifères. En appliquant la méthode qu’ils avaient déjà suivie pour les terres de défrichement, ils ont montré que : 1° dans les terres employées en horticulture ( terreau de feuilles, terreau de couches, etc), on peut activer la nitrification par l’addition de carbonate de potassium, cendres non lessivées, sulfate de potassium; 2° les doses d’en- . grais potassiques à employer doivent être proportionnelles à la sécheresse en humus des terres considérées ; 3° le sulfate de potassium est sans effet sur les terres dépourvues de calcaire; mais il suffit d’ajouter 3 ou 4 pour 100 de carbonate de chaux pour obtenir la transformation du sulfate et du carbonate de potassium et par suite une nilriliea-tion très active.
- Le borure de carbone. — M.
- Moissan a déjà fait connaître que la combinaison du bore et du carbone se produit dans le four électrique, lorsque l’étincelle jaillit en des électrodes formées de charbon aggloméré à l’acide borique. On peut encore produire le borure de carbone en mettant en présence, dans le four électrique, le borure de potassium et le carbone. L’expérience réussit mieux encore en mélangeant le bore et le carbone purs avec de la limaille de cuivre. Le culot de cuivre renferme le borure cristallisé ; on le soumet au traitement par les acides pour éliminer le cuivre. Le borure de carbone est un corps très stable qui résiste au traitement par le chlorure de potassium et l’acide azotique. Sa densité est de 2,5; sa dureté est presque égale à celle du diamant, aussi peut-il être employé à la taille du diamant. M. Moissan a déterminé par l’analyse la composition exacte du borure de carbone.
- Varia. — M. Delebecque publie de nouvelles recherches sur la variation de composition de l’eau des lacs, suivant la verticale. — M. Colin donne les éléments magnétiques des divers sommets de la triangulation qu’il a jetée sur une partie de l’île de Madagascar. Ch. de Villedeuil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES HARPES ÉOLIENNES
- L’intéressant article L'Oiseau frappeur, paru ici même1, nous a remis en mémoire les expériences présentées par le célèbre physicien anglais M. Wheat-stone, à Polytechnic Institution en 1855. Sur le milieu de la scène étaient rangées en demi-cercle quatre harpes d’Erard (Voy. la figure) qui au gré du physicien vibraient, comme si d’invisibles mains les eussent fait résonner. A cet effet, on avait fixé sur la table d’harmonie de chacune d’elles quatre petites tringles verticales en bois de sapin qui descendant perpendiculairement, traversaient la scène et les plafonds inférieurs, pour venir se fixer dans les profondes caves de l’Institut, la première sur la table d’harmonie d’un piano, la seconde sur l’âme d’un
- violoncelle et les deux autres sur celles de violons. Afin de pouvoir interrompre les vibrations entre les instruments et les harpes, les tiges supportant celles-ci avaient été coupées à quelques centimètres au-dessus du plancher. Un mouvement tournant des harpes opérait soit leur juxtaposition, soit leur séparation avec la tige de sapin.
- Cette expérience toute scientifique fut reprise sous le nom de harpes éoliennes par Robert lloudin qui y apporta plusieurs modifications scéniques.
- Une estrade élevée au milieu même des spectateurs était traversée par deux tiges de sapin qui venaient s’appuyer, après avoir traversé le plancher, sur des harpes placées entre les mains d’instrumentistes. Au commandement de l’habile prestidigitateur, deux autres instruments, soutenus par l’extrémité supérieure des tiges, exécutaient un concert dont le succès fut immense, grâce à la mise en scène soignée et fort élégante. Certains opérateurs ont encore étonné leurs spectateurs, grâce à la prétendue intervention des esprits médianimiques fort à la mode à cette époque. Carolus Karl.
- 1 Voy. n° 107G, du 13 janvier 1894, p. 112.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Expériences des harpes éoliennes.
- Paris. — Imprimerie Lahure. rue de Fleuras. R
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- i\'° 1 086. — 24 MARS 1894.
- LA N ATU H K.
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- L ÉBOULEMEMT DE U ROCHE-GUYON
- Fig. 1. — Éboulemenl à la Roche-Guyon. Les étais impuissants.
- La Rochc-Guyon est une charmante petite ville I du département de Scine-et-Oise; elle est située sur | les bords de la Seine, entre Mantes et Ver-non1. Toutes scs maisons sont construites contre une haute colline calcaire, qui se nomme Ch arrière du bois, et qui rappelle par son aspect certaines falaises de la Manche ; les habitations s’appuient contre les lianes verticaux de la roche, et depuis des temps immémoriaux, les paysans ont pris l’habitude d’y creuser des caves, des écuries, des granges. La pierre calcaire de la colline est très lriahle, et depuis le commencement du siècle, on compte déjà trois éboulements
- 1 Ligne de Paris à Rouen. Station de Ronnières, à 69 kilomètres de Paris. La Roche-Guyon, 7 kilomètres de Ronnières.
- ÎL- année. — 1er semestre.
- Fig. 2. — Lbculement à la llocbc-Guyon. Vue d’une maison effondrée.
- importants, qui ont toujours eu lieu dans la même partie de la cote qui longe le bord de la Route des
- bois. Le 1er mars 1894, à cinq heures du soir, un nouvel éboule-ment s’est produit tout à coup, remplissant de fragments de pierres et de débris trois maisons de la Route des bois, appartenant à MM. Trotard, Sacache et Pé-rier,cultivateurs. Les pierres éboulées ont enfoui complètement une écurie pouvant contenir cinq chevaux ; les caves, des buanderies contenant des provisions de vin, de bois et d’outils ont été enfouies. Pas d’autres malheurs plus graves à déplorer, grâce à de nombreuses crevasses qui se sont formées antérieurement et qui ont prévenu les habitants. Secondés par le maire de la localité, des
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- Fig. 3. — Maisons à La Rochc-Guyon menaçant ruine.
- (D’après des photographies spécialement exécutées pour La Nature.)
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- LA NATURE.
- travailleurs ont pu de suite commencer les déblaye-ments dans la cour de la maison Trotard ; cent quinze tombereaux de pierres et de matériaux ont été enlevés en peu de temps.
- De nombreuses crevasses se forment encore et iont prévoir de nouveaux éboulcments que rien ne saurait empêcher. Les habitants, très attachés à leurs maisons, ne se décident pas à les quitter, malgré les dangers qu’ils courent.
- Les photographies, que nous avons fait aussitôt exécuter de la catastrophe, donneront une juste idée de l’aspect lamentable que présentent les localités détruites. La ligure 1 montre l’état où sc trouve l’installation de M. Trotard; les poutres que l’on aperçoit contre les parois de la colline éboulée représentent des étais de consolidation qui n’ont pas pu s’opposer à la rupture de la roche. La ligure 2 donne l’aspect d’une maison effondrée, et la ligure 5 représente des maisons voisines qui depuis longtemps sont menacées et qui disparaîtront peut-être, enfouies par les éboulements. Les trois localités dont nous donnons le tableau, sont voisines les unes des autres, et situées sur la Route des bois.
- X..., ingénieur.
- “ INFLUENCE DE I/ÉCORCEMENT SUR LES
- PROPRIÉTÉS MÉCANIQUES DES ROIS
- Dans une des dernières séances de la Société nationale d'agriculture, M. P.-P. Dehérain a présenté, au nom de M. Emile Mer, un important travail relatif à l’influence de l’écorcement sur les propriétés mécaniques des bois.
- C’était une croyance répandue depuis l’antiquité que l’écorcement sur pied des arbres en améliore le bois ; cette ancienne croyance appuyée sur l’autorité de deux savants tels que Billion et Duhamel du Monceau, qui pensaient que l’aubier se transformait en bois parfait, grâce à l’opération de l’écorçage, et que le bois devenait ainsi plus dense et résistait mieux à la rupture, fut généralement adoptée. Les conclusions des travaux de Buffon et de Duhamel du Monceau furent combattues toutefois en France et en Allemagne, mais on n’avait pas fait d’expériences concluantes.
- M. Mer résolut d’éclaircir la question expérimentalement, en se servant de méthodes précises : il constata d’abord que l’aubier des sujets écorcés conserve tous les caractères qui le distinguent du bois parfait; on y constate cependant l'absence d’amidon, ainsi que dans le bois parfait ; enfin la résistance du bois à la rupture n’est pas accrue par l’écorçage.
- Mais si l’écorcement n’offre pas les avantages qu’on lui a attribués, en revanche, il en présente d’autres incontestables et qu’on n’avait pas soupçonnés jusqu’ici. 11 préserve les bois de la vermoulure, ainsi que M. Mer l’a établi récemment, et permet de les dessécher sans qu’il en résulte de trop fortes gerçures ou un commencement de pourriture, alternative dans laquelle l’exploitant se trouve trop souvent placé, quand il ne peut débiter ses arbres presque aussitôt après l’abatage '.
- 1 Le Mémoire de M. Mer est publié dans le Bulletin des séances de la Société nationale d'Agriculture de France, il® 2, aimée 1894.
- LA PLUS GRANDE BIBLIOTHÈQUE
- DES PLUS PETITS LIVRES DU MONDE
- COLLECTION DE JI. GEORGES SALOMON
- Le journal /’Intermédiaire des chercheurs et des curieux avait demandé, il y aura environ deux ans, si l’on connaissait quelque volume de dimensions encore plus restreintes- qu’un Petit paroissien de renfonce imprimé sans date par Firmin-Didot, qui comprend 27 millimètres de hauteur sur 25 de largeur. En réponse à celte question, nous avons signalé, dans La Nature1, quelques volumes de moindres dimensions que celui-ci et dont certains sont en notre possession. Le plus petit des minuscules par nous cités : Le Réveil-Matin, almanach pour 1781, mesure seulement U) millimètres sur 14. Un libraire de Paris nous ayant alors assuré qu’il en avait vu jadis un plus minuscule encore, nous avons demandé, à notre tour, à nos lecteurs : Quel est le plus petit livre du monde?
- Au moment où nous écrivions notre article, nous n’avons pu que nommer la collection d’un amateur parisien, M. Georges Salomon. Depuis, nous avons eu la bonne fortune de visiter cette étonnante collection. Nous pensons bien y avoir trouvé le ou les plus petits livres qui aient jamais été publiés : les microbes du livre. Elle comprend environ sept cents volumes publiés en France et à l’étranger sur tous sujets, les plus badins et les plus sévères.
- Pour qu’un volume soit jugé digne de figurer dans la collection, il ne doit pas dépasser des dimensions déterminées, un format maximum. Ile minimum, il n’en est pas question, bien entendu. Le format maximum, jugez de l’effet surprenant de cette considérable bibliothèque lilliputienne, est le La Fontaine, imprimé en caractères microscopiques par Laurent et Deberny en 1850, dont la justification, c’est-à-dire la hauteur et la largeur de la page d’impression, mesure 54 millimètres sur 55. C’est un type connu des bibliophiles, du format in-64, classé à la Bibliothèque nationale dans la catégorie des livres nains. Comme pour celui-ci, nous spécifierons désormais les dimensions du livre par sa justification. Cette détermination nous paraît plus compréhensible que celle du format, pour des livres aussi petits, et elle est plus exacte que la mesure de la page qui a pu être plus ou moins rognée.
- Autour du La Fontaine, passé ici à l’état de géant, sc trouvent tous les petits ouvrages que l’on peut considérer comme les classiques de l’impression microscopique, entre autres : les Œuvres d'Horace, 1828, de l’imprimerie Henri Didot (47mmx50); La Rochefoucaidd, Maximes et réflexions morales, 1827, imprimé par le même (42mmx21); Delmi-latione Chrisli, édition Tross, 1858 (46mmx50);
- 1 Voy. n° 984, du 9 avril 1893, |i. 295.
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- le même ouvrage sortant des presses de Marne, 1862 (50mm X 51 ) ; Le Rime di Petrarca, Venezia, 1879, deux tomes (59,umx24); la Divina Commedia di Dante, Milano, 1878, un volume de 500 pages (58ll,mx22); etc., etc., tous reliés avec une grande perfection.
- Au milieu de nombreux petits livres en latin des dix-septième et dix-huitième siècles, nous remarquons, dans une jolie couverture de maroquin ancien, un De officiis de Cicéron, publié à Amsterdam en 1625; un petit livre de médecine, Hippocratis Coi aphorismi, Ex officina Plantiniana Raphelengi, 1617 (45mmX 50); etc., etc.
- L’histoire et la politique sont également représentées. Signalons La Constitution française, etc., à Paris, de l'imprimerie de la Société littéraire typographique de l’Estrapade, numéro 10, 1792 (41mmx29) ; une de ces petites chartes répandues en grand nombre et si difficiles à retrouver : É(rennes françaises ou la Charte constitutionnelle octroyée par le roi au peuple français, à Paris, de l’imprimerie de E. Jourdan, 1821, dans sa couverture de papier original (54mmx50); une Constitution de la Hollande, en hollandais, des presses de Joli. Enshedé en zonen, Harlem, 1861 (49ramx50), remarquable par la finesse et la netteté des caractères. Nous trouvons encore un abrégé de l’Histoire de la Hollande, en hollandais, édité à Amsterdam par Crajenschott,
- 1755, en deux volumes reliés en veau ancien et ne mesurant que 55 millimètres sur 17. Ils ont respectivement 146 et 266 pages et renferment un grand nombre de figures extrêmement fines des principaux personnages et épisodes de l’Histoire de la Hollande : quelques-unes se déploient en planches, à peu près sur le triple de la largeur du petit volume. De la même époque (1755), de mêmes dimensions, mais d’une facture moins soignée, en deux volumes ayant ensemble 558 pages, un abrégé de l’Histoire de l'Église, édité à Dordrecht.
- Parmi les nombreux ouvrages de piété se détache un groupe d’exquis petits livres d’heures et de bibles des dix-septième et dix-huitième siècles. Monlrons-en quelques-uns : deux volumes reliés en veau antique, donnant une suite de 264 très petites gravures en taille-douce sur l’Ancien et le Nouveau Testament par deux femmes artistes, Christiana et MagdelenaKiissler, qui vivaient en Suisse vers la fin du dix-septième siècle (42mmx54); deux volumes plus petits (54mmXl8) de 84 et 85 gravures très délicates sur Y Ancien et le Nouveau Testament, édités à La Haye vers le milieu du dix-septième siècle; un catéchisme (Catechismus), en allemand, de l’année 1611, mesurant 42 millimètres sur 25, dans une reliure veau antique avec son petit fermoir en cuivre ciselé de l’époque. Une curiosité parmi les curiosités : deux frères Siamois du livre, l’un, intitulé Catechismus IJandlung, 187 pages, l’autre, Vom Christlichen Uaussand, imprimés à Nuremberg en 1666, 191 pages mesurant 51 millimètres sur 51 ; reliés en veau richement orné, ils ont un
- des plats communs et s’ouvrent en sens inverse.
- Parmi les livres d’heures en français, citons : Heures nouvelles dédiées à la Noblesse, à Paris, chez Valleyre jeune, etc., MDCCLXXXÏ, 216 pages, avec calendrier pour 1785, reliure veau antique avec ornements à froid (52mm X 50) ; Heures de cour contenant les offices, etc., à Paris, chez la V. Cuissart, etc., MDCCXL1II, 252 pages, dans sa reliure veau antique (42mmx25); Heures de cour contenant les sept offices, etc., édité par S. Chardon en 1682, dans une reliure de peau de chagrin avec coins et fermoirs en argent de l’époque (58mmx22); Heures à la cavalière, h Paris, chez T. de Hansy à S. Nicolas, 1751, 225 pages, couverture maroquin vert ancien, dans sa gaine en veau antique (55mm X 20) ; La Sainte Bible mise en vers, par J. P. J du Bois, à la Haye chés (sic) P. Servas, 1754, 192 pages, plusieurs gravures (56mmx20), couverture de soie bleue ancienne, enfermée dans une gaine veau antique entièrement recouverte d’ornements à froid; Le Réveil de l’âme, Annecy, 1784, avec 56 pages (41mmx29), dans une couverture de soie ancienne ornée de fils et de paillettes dorées.
- Admirons au passage, dans leurs élégantes couvertures de maroquin ancien, plusieurs Bibles éditées à Londres pendant la première moitié du dix-huitième siècle, mesurant autour de 26 millimètres sur 20; un volume allemand : Begriff Christlicher Lehre, 1778, de 64 pages, ayant 22 millimètres sur 11, dans un joli cartonnage vert clair à ornements argentés. Nous retrouvons un volume que nous possédons dans notre bibliothèque, et, par nous, déjà cité dans La Nature, mais de trois années antérieur au nôtre — une première édition sans doute — l'Exercice du chrétien, mesurant 25 millimètres sur 14. Dans des cartonnages de l’époque, souvent recouverts de figures, aussi frais que s’ils sortaient des mains du brocheur, se trouve toute une série de livres destinés à l’enfance, ou « au beau sexe », remplis de jolies figures, charmants comme impression et comme sujet, presque tous imprimés chez les Didot, pendant la première moitié de ce siècle.
- Voici uné suite de chansonniers « de poche » élégamment reliés en maroquin, montrant, en quelque sorte, par la différence entre l’impression et la gravure aux différentes époques, la grandeur et la décadence de la chanson dans notre pays. Autant ceux du siècle dernier présentent une facture soignée, autant les contemporains sont vulgaires. Les titres on sont suggestifs : le Chansonnier joyeux de l’amour et du lit, à Cythère (50mmx40); Chansons joyeuses et de table, par Piron, Collé, etc. Paris, 1816 (51mm X 45), etc., etc.
- Les almanachs avec chansonniers sont d’humeur plus modeste. Il en est là une série bien rare aussi complète, allant presque sans interruption de 1790 à 1818. Ces almanachs édités par Jubert, Janet, Le Fuel, Marcilly, etc., mesurent à peu près tous 50 millimètres sur 55. Ils contiennent, avec le calendrier, un choix de jolies chansons et de ravis-
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- LA NATURE.
- santés ligures; celles de la Révolution sont de Dorgez. Mentionnons, tout particulièrement, un almanach patriotique et galant de 1792 : La civilogie portative ou le Manuel des citoyens; il porte au frontispice un globe fleurdelisé surmonté du bonnet phrygien et entouré de drapeaux tricolores. Un bibliophile érudit, M. le vicomte de Savigny de Mon-corps, possesseur d’une des plus belles collections d’almanachs anciens, en a donné des extraits dans une étude récente sur les almanachs les plus remarquables de la Révolution. Un critiqued’artbien connu, M. J.
- Grand-Uarteret, a reproduit son frontispice et ses
- CHARTE
- Con stîtuti orm cl le •
- Citez CARL1E1I cour S.-Martin* il : 29‘
- douze gravures
- de Dorgez dans la bibliographie des almanachs français qui doit prochainement paraître.
- Tous les almanachs dont nous venons de parler sont renfermés dans des couvertures de soie, rehaussée de fds, de paillettes dorées et de broderies de couleur représentant à P l’ordinaire les attributs de l’amour, ou, dans des couvertures de maroquin ri-chementorné,ou, parfois encore, dans de jolis cartonnages de l’époque. L’intérieur garni de soie, avec glaces et petit gousset, est des plus élégants. La couverture de soie d’un almanach à la Dauphine, pour 1774, porte une peinture représentant des personnages lorgnant un bateau volant avec son pilote, un grand ancêtre des aérostiers.
- Quelques almanachs hollandais du milieu du dix-huitième siècle sont laits dans le goût des nôtres. Leurs gravures et leurs couvertures doivent sortir des mains de nos artistes; ils mesurent pour la plupart 55 millimètres sur 22.
- Certains almanachs anglais de la fin du dix-huitième siècle et du commencement de celui-ci sont intéressants, tant par les renseignements et les gra-
- Fig. 1. — Minuscule français reproduit en vraie grandeur.
- Fig. 2. — Autres minuscules français reproduits en vraie grandeur.
- vures qu’ils renferment que par leurs couvertures de maroquin à petit fer ou mosaïque; ceux de la série du London almanach printed for the company of stationers mesurent tous autour de 55 millimètres sur 28.
- De degré en degré, nous arrivons à ces volumes mignards, que nous avons donnés autrefois comme les plus petits livres connus, mais ceux-ci, à leur
- tour, ont à compter, nous l’allons voir, avec plus petit encore. Ils sont là près de 200, présentant leurs dos d’or, d’argent, de maroquin, de soie ou de carton de l’époque. Dans les breloquets d’or ou d’argent doré, ils étaient autrefois attachés aux châtelaines. Ce compartiment des minuscules par excellence comprend une dizaine de paroissiens, une Charte constitutionnelle de 1814, mesurant 22 millimètres sur 15 avec avant-titre et 08 pages. C’est un des rares volumes nains où l’on ne chante pas
- Dieu, l’amour ou la gaîté. Nous en reproduisons (lig. 1) le titre et la couverture de carton doré et gaufré. Puis vient une suite A'almanachs chansonniers français édités entre les années 1769 et 1849, par Boulanger, Jubert, Janet, etc. Peu d’années manquent à l’appel. Nous avons donné, dans La Nature d’avril 1892, la description, avec
- figures à l’appui, de quelques-uns de ces almanachs qui ne diffèrent guère que par le texte et les figures. Nous n’y reviendrons pas. Le plus grand de la collection mesure 24 millimètres sur 14, et les plus petits ont 18 à 19 millimètres de hauteur sur 12.
- Montrons cependant sur la figure 2, parmi les minuscules de ce type : le Chansonnier lilliputien pour 1820, entièrement gravé, dans son cartonnage de l’époque, et un autre chansonnier dans sa gaine en maroquin formant livre.
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- LA N A TU ME.
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- almanach oblong en-
- Les minuscules étrangers sont bien supérieurs aux nôtres par la netteté et la finesse de l’impression ou de la gravure. L’Autriche a édité, au commencement du siècle, un tièrement gravé, sans figures : Mignon Almanach,
- Wien, bey Jos.
- Riedel, etc.; le titre occupe les deux premières pages, et la page mesure 21 millimètres sur 15; ils ont de jolies couvertures en maroquin orné ayant 26 millimètres sur 17, et sont enfermés dans des étuis en maroquin ou en argent doré formant breloquets.
- Les almanachs anglais édités à Londres vers le milieu de ce siècle sous le titre de « The English bijou al-manac », mesurant 14 millimètres sur 10, doivent être classés au premier rang de la série des minuscules pour l’extrême finesse et la beauté de la gravure du texte et des figures. Il est impossible de reproduire ici, par l’impression, leur texte et même leur titre, tant le caractère en est microscopique.
- Sur la figure 5 nous montrons un de ces coquets almanachs, à demi enfermé dans sa gaine en carton de l’époque, et posé sur l’é-crin dans lequel il était vendu avec une loupe
- Fig. 3. — Minuscules anglais en -vraie grandeur.
- D’abord le titre ; Schloss's English bijou almanac for 1843 poetically illustrated by Miss Mil font (author « of Our village ») London, pub. by A. Schloss (Fancy statr. to H. R. IL the De*. of Kent)
- 12 Berner s Str. Oxford Str. Avant cette page de titre, viennent deux pages d’introduction en vers et une gravure représentant 1e prince de Galles.
- A l’intérieur,sont cinq autres portraits accompagnés, chacun, de deux pages de stances, en l'honneur du personnage représenté. Nous voyons successivement Frédéric-Guillaume , roi de Prusse, la princesse d’Orléans, Samuel Rogers, Adélaïde Kamble et Ludwig Dôhler. A la suite viennent le calendrier et des renseignements sur la maison royale, les ministres, etc., etc., en tout 47 pages. L’almanach de 1857 contient une dédicace à la reine, et semble être le premier de la série. Parmi ses figures, un ravissant portrait de la Ma-libran, accompagné de stances et de quatre pages d’un rondo en musique microscopique avec paroles. Sur la figure 5, nous avons reproduit, en vraie grandeur, deux des gravures de l’almanach de 1842,
- Fig. 4. — Minuscule allemand en vraie grandeur.
- Fig. 5. — Les {dus petits livres du inonde, représentés en vraie grandeur. Chemin delà croix figuré ouvert. — Couvertures d’argent du même et d’un Paroissien.
- minuscule montée sur écaille. Nous montrons sur la même figure, en vraie grandeur, la couverture en maroquin deux tons de l’almanach de 1842. Pour donner une idée de ces almanachs, détaillons quelques-uns d’entre eux.
- représentant la princesse royale et Rachel, notre incomparable tragédienne.
- Voici des almanachs plus minuscules encore, publiés entre les années 1817 et 1840, par Y Institut lithographique de C. F. Muller à Carlsruhe; ils
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- mesurent seulement 14 millimètres sur 9. Comme les précédents, les caractères en sont si lins que nous ne pouvons reproduire ici ni leur texte, ni leur titre; ils contiennent 26 à 28 pages, et 6 à 12 gravures. La figure 4 montre, en vraie grandeur, la couverture en carton, une des gravures et un feuillet avec caractères légèrement grossis de l'almanach pour 1819. L’almanach de 1851 porte sur l’un des plats de la couverture un portrait d’Algérien et, sur l’autre, une Algérienne : l’Algérie était alors à l’ordre du jour. A l’intérieur, ravissants portraits de la Sontag, de Paganini, de Franz Napoléon, de Hussein-Pacha, le dernier dey d’Alger, etc., etc. Sur les plats de la couverture de l’almanach de 1852, Mohamed II et sa favorite; à l’intérieur, une série de personnages turcs. L’almanach de 1854 contient les portraits du général Jackson, de Frédéric-Guillaume, prince royal de Prusse, et d’Otto, roi de Grèce. Puis vient une suite d’historiettes avec avant-titre occupant une page : Blumen Beutung Componirt und auf Stem ausgefuhrt von G. Nehrlich. Au travers du texte microscopique se trouvent de nombreuses vignettes d’une rare finesse. Les autres volumes de cette série sont à l’avenant de ceux que nous venons d’esquisser à grands traits.
- Si petits que soient ces almanachs de Carlsruhe, ils ne sont pas encore les plus petits de cet assemblage unique. Le format minimum de la bibliothèque est fourni par un Chemin de la croix et un Paroissien qui mesurent seulement 14 millimètres sur 6 !
- La figure 5 montre, en vraie grandeur, les bre-loqucts d’argent doré délicatement ciselé dans lesquels ils sont enchâssés, le titre, et une des gravures du Chemin de la croix qui renferme 119 pages et de nombreuses vignettes. Après ces infiniment petits, tirons le rideau : n’avons-nous pas montré les plus petits livres du monde?
- Gaston Tissandier.
- STATUES DES ROIS DE DAHOMÉ
- AU MUSÉE ETHNOGRAPHIQUE DU TROCADÉRO
- Une opinion, malheureusement assez répandue, tend à représenter les nègres en général et les Dahoméens en particulier, comme des êtres inférieurs, incapables de tout sentiment élevé ou artistique. Les quelques objets qu’on a pu sauver de l’incendie d’Abomé et qui sont exposés au Musée ethnographique du Trocadéro viennent à point pour nous prouver le contraire. Je citerai en particulier les statues des trois derniers rois du Dahomé : Guézo, Guélélé1 et Béhanzin (fig. 5).
- Je n’irai pas jusqu’à dire que ce sont des modèles de sculpture. Mais, étant donnés l’ignorance des
- 1 Gaêltté, qui est le nom véritable de ce prince, est devenu GlèU dans la prononciation usuelle. Mais c’est une faute grossière de dire et d’écrire Glé g lé.
- sculpteurs, leur défaut complet de toute espèce d’instruction, l’infériorité de leurs outils, on ne peut nier qu’il y ait dans ces essais un commencement d’art, susceptible de perfectionnement.
- Il est très intéressant de comparer les trois statues et de voir le cachet artistique augmenter de l’une à l’autre. Celle de Guézo, vieille de trois quarts de siècle, est la plus grossièrement taillée; c’est aussi la plus lourde, et elle est laite d’un bois plus dur. Celle de Guélélé montre quelques tendances à une élégance relative. Dans celle de Béhanzin enfin, on voit au premier coup d’œil un progrès réel, un souci plus vif de la forme, un soin plus minutieux des détails; l’artiste a cherché à faire saillir les muscles aux endroits voulus et n’y a pas trop mal réussi.
- Très lourde, à peu près de grandeur humaine, chacune de ces statues a été sculptée dans un seul bloc d’un bois excessivement dur. Seuls les bras ont été faits à part, ainsi que la queue de Guélélé et les nageoires de Béhanzin; ces pièces ont été fixées au corps à l’aide de mortaises profondément enfoncées et maintenues par des clous d’une longueur moyenne de 50 centimètres.
- J’ai dit « la queue de Guélélé et les nageoires de Béhanzin » : ces statues sont en effet symboliques, chacun des rois est représenté sous la figure de l’animal qu’il a choisi comme emblème et dont il porte le nom. Guézo, surnommé Kokoulo, c’est-à-dire « le Coq », est représenté sous la forme d’un homme couvert de plumes; Guélélé, dit Kinikini, « le Lion », est figuré en effet par un lion debout ; Béhanzin enfin, dont le surnom est Ghowélé, ce qui signifie « le Requin », a la forme d’un squale agrémenté de deux bras et porté par des jambes humaines.
- Les plumes qui couvrent, ou plutôt qui couvraient, le corps de Guézo, — car beaucoup ont disparu — ne sont autre chose que des lamelles métalliques, clous, vrilles, ferrailles quelconques; il n’en reste que quelques plaques, mais on voit nettement, soit par des trous, soit par des bouts brisés, qu’elles recouvraient autrefois tout le corps de la statue depuis le cou jusqu’aux hanches, pour recommencer aux genoux. Celte interruption s’explique par la présence d’une culotte, peinte sur la statue en raies brunes et jaunes. C’est ce qui prouve bien, joint au nom de Kokoulo, que ces lames métalliques représentent des plumes : la culotte de Guézo est censée recouvrir ces plumes, comme celle de Guélélé est censée recouvrir ses poils. La figure est colorée en rouge brun : les cheveux, les sourcils et la barbe sont peints en noir.
- Cette statue se termine par un tenon très long qui était fiché en terre et servait à la maintenir; les autres reposent sur un socle rond et peu épais, qui était simplement mis à plat sur le sol.
- La statue de Guélélé figure un lion de couleur rouge, debout, la queue relevée, les oreilles dres-| sées, le regard dirigé en l’air, le museau allongé, la
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- gueule ouverte montrant deux superbes rangées de dents blanches et une langue très rouge appliquée sur la paroi inférieure de la bouche. Les poils sont représentés sur tout le corps, sauf sur les cuisses, que recouvre une culotte peinte en vert. Les pieds et les mains sont des pieds et des mains d’homme.
- Béhanzin a une tète verte et un corps noir. La tète, arrondie de la nuque aux narines, celles-ci très larges et très profondes, et éclairée d’énormes yeux ronds, rappelle plutôt la tète d’un dauphin allégorique que celle d’un requin. Le corps porte une nageoire sur chaque flanc, une sur le ventre et une sur le dos. Les écailles sont figurées avec un grand soin et une grande régularité.
- Les trois statues ont les bras dans la même position, qui est celle d’un boxeur se préparant à l’attaque, l'avant-bras gauche horizontal, l’avant-bras droit relevé en l’air. Cette pose batailleuse était encore accentuée autrefois par une arme dans chaque main : on voit encore les trous qui ont dù servir à fixer des sabres. Guézo brandit encore de sa main droite un sabre dahoméen, large et court. Sa main gauche devait tenir un fusil ou un bâton, car le trou, vide aujourd’hui, est très large. Il porte par derrière une cartouchière en fer retenue par une ceinture de même métal, et un bracelet de fer au-dessus du coude gauche. Guélélé porte une cartouchière analogue, mais par devant, Béhanzin en avait une aussi : on voit encore les clous qui la retenaient.
- Ces statues, en effet, ont subi les injures du temps et probablement aussi les mutilations des soldats noirs enrôlés dans notre colonne expéditionnaire. Guézo est arrivé à Paris aux trois quarts déplumé, Guélélé avait un bras cassé et un morceau de museau enlevé, Béhanzin avait perdu sa mâchoire inférieure, qui devait dévorer un Européen, si l’on s’en rapporte .au sceptre du roi, lequel représente aussi un requin broyant un blanc entre ses dents.
- La disparition des plumes de Guézo et de la mâchoire de Béhanzin était déjà un fait accompli lorsque le général Dodds a mis la main sur ces statues. Quant à l’accident survenu à Guélélé, il a été habilement réparé par M. Hébert, le distingué chef des travaux au Musée ethnographique, qui s’est basé pour cela sur des aquarelles dessinées et coloriées au Hahomé par le capitaine Fonssagrives. D’autres aquarelles du même officier reproduisent les bas-reliefs et les peintures qui décorent les murailles du palais d’Abomé. J’ai pensé qu’il serait intéressant de reproduire ici quelques-uns des motifs les plus curieux de ces bas-reliefs, qui rappellent par plus d'un point les stèles des monuments égyptiens (lig. 1 et 2) : ce sont, à n’en pas douter, les principaux épisodes de l’histoire dahoméenne que les artistes noirs ont voulu représenter. Les rois y sont représentés par leurs symboles : Guézo y est figuré par un oiseau qui doit être un coq, Guélélé par un lion, Béhanzin par un poisson dans lequel il faut voir un requin. Plusieurs scènes représentent un Européen aux prises avec un indigène, et celui-ci est
- toujours victorieux. A côté des symboles des rois et des peintures historiques, certaines figures rappellent les symboles des génies, qu’on retrouve aussi sur les portes sculptées rapportées par le général Dodds : le serpent sacré, le caméléon, symbole de l’arc-cn-cicl, le cheval, symbole du génie de la guerre, le léopard, symbole du génie protecteur des rois, etc. Puis de véritables signes hiéroglyphiques, caractères sacrés dont, seuls, les prêtres d’Afa comprennent la signification.
- Je crois que quelques notes historiques sur chacun des personnages dont nous possédons actuellement les statues pourront intéresser les lecteurs de La Nature.
- Ce qui formait, avant la défaite de Béhanzin, le royaume de Dahomé, était divisé au commencement du dix-septième siècle en trois parties : au sud, le royaume de Juda 1 capitale Savi (Xavier sur les anciennes cartes) ; à l’est, le royaume à'Ardra, capitale Assem (ou Ardres). Ce royaume comprenait ce qui est connu aujourd’hui sous le nom de royaume de Porto-Novo, et en plus une certaine partie du Dahomé actuel (Cotonou, Godomé, Allada) et quelques villes de la colonie anglaise de Lagos. La capitale, appelée Assem, Axim ou Ardres par les voyageurs anciens, n’était autre que la ville de Porto-Novo, dont le nom indigène est Hogbonon. Le nom d'Ardres ou Ardra vient probablement de l’appellation de praija d'area ou praya arida (plage de sable), donnée par les Portugais à la côte de Porto-Novo. Au nord, les États des Fon, dont les principaux avaient pour capitales Cana et Abomé 2.
- Un descendant des rois d’Assem régnait vers 1625 à Adanhoué, entre Cana et Abomé, là où fut bâtie plus lard la résidence royale de Dahoué. Il s’appelait Tacodonou ou Daho-Donoun. Il avait P étoile d’un conquérant : il s’empara d’abord de Cana (ou Cala-mina), puis se mit à empiéter sur le territoire de son voisin Da (ou Dan), roi d’Abomé. Celui-ci, outré de cette violation perpétuelle du droit de propriété, et apprenant que Tacodonou avait bâti un fort sur les terres du royaume d’Abomé, s’écria : « Bientôt il bâtira sur mon ventre ! »
- Le propos fut rapporté à Tacodonou, qui aussitôt leva une armée, prit Abomé, tua le roi Da de sa propre main et bâtit sur son cadavre un palais qu’on appela Dahomé3, ce qui signifie en langue indigène « le ventre de Da. » Ce palais servit d’abord de demeure royale; c’est là qu’ensuite on enferma les statues symboliques des rois défunts. Le nom de Dahomé, appliqué d’abord au palais de Tacodonou, fut ensuite étendu à la capitale et enfin au royaume tout entier des Fon ou Dahoméens (1650).
- Guézo est le neuvième successeur de Tacodonou.
- 1 Juda est une corruption du mot portugais Ajuda; les Hollandais en ont fait Fida, les Anglais Whydah et les Français Ouida. Le nom indigène est Gléhoué.
- 2 I/orthographe véritable est Agbomé : l’articulation gb est spéciale à quelques langues de Guinée.
- 5 l. h dahoméen se prononce à peu près comme la jota espagnole ou le ch allemand dans machen.
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- Il régna de 4818 à 4858. C’est l’un des plus grands rois du Rahomé et le plus sympathique.
- Ses prédécesseurs avaient notablement agrandi l’ancien royaume d’Abomé. Agbad-ja, dit Goudja-Troudo (1 708-4 729), l’Alexandre du Rahomé, s’était emparé d’Allada en 4724 et de Savi en 4727,amoindris-s a n t ainsi le royaume d’Ardra et détruisant celui de Juda. Son fils Tegboitésoun, dit Bossa-Ahndi (4729-4775), vainquit tour à tour les Popo au sud, les Mahi au nord et les Egba
- à l’est. C’est sous son règne que les Dahoméens s’emparèrent du fort portugais de Ouida, malgré ses trente canons et sa garnison européenne (1er novembre 4744).
- Le prédécesseur direct de Guézo, Adandozan (4805-1848), fut un mauvais roi, perdu de vices, barbare et sanguinaire. Les hérauts le suppriment des listes royales, tellement il a laissé un mauvais souvenir dans l’opinion publique, indignée de ses atrocités.
- Deux métis brésiliens qui s’étaient enrichis dans la traite des esclaves, l’un, Erancisco da Souza, à Ouida, et l’autre, Domingo Martins, à Godomé, résolurent de profiter de l’indignation générale et de détrôner Adandozan pour le remplacer par son frère Guézo. Le roi eut vent de la chose, mais voulut employer la ruse. En public,il accablait Guézo d’attentions et de témoignages d’amitié; en secret, il projetait de tuer un esclave sur l’autel domestique de son frère et de le compromettre ainsi, en lui imputant une action que le roi seul peut se permettre
- Fig. 1. — Bas-reliefs des palais d’Abomé au Dalioiné. (D’après les aquarelles de M. le capitaiuc Fonssagrives.'
- Fig. 2. — Autres bas-reliefs des palais d’Abomé. (D’après les aquarelles de M. le capitaine Fonssagrives.)
- d’après les coutumes du pays1. Guézo, mis sur ses gardes, profita de cette occasion. Il révéla au peuple la fourberie du roi et excita la foule contre le
- prince détesté. Adandozan ayant brutalement maltraité l’un des [•âges de son frère, ce fut le signal de la révolte. La populace envahit le palais, Adandozan fut pris, jeté en prison, et tué secrètement ainsi que ses enfants.
- Guézo prit possession du trône (4818), envoya ses émissaires dans tout le royaume et fut acclamé partout par des woulé enthousiastes.
- « Un soupir de soulagement, dit l’ahhé Bouche, s’échappa des poitrines; la chute du monstre détestable qui avait nom Adandozan fut saluée de toutes parts par des fêles et des réjouissances publiques. A peine quelques chefs osèrent-ils désapprouver la révolution qui avait eu lieu; on les massacra. sans pitié, aussi bien que leurs partisans. » Guézo, en reconnaissance des services que lui avaient rendus Souza et Martins, protégea leur commerce et en lit ses conseillers. 11 les appelait « ses frères ». Il créa pour Francisco da Souza la charge de cha-cha ou vice-roi de Ouida, qui devint héréditaire dans sa famille.
- « Grand capitaine aussi bien que grand roi, dit M. Borghéro2, Ghézo régna sur son peuple pendant quarante ans. Sans doute, par son esprit élevé, par
- 1 Pierre Bouche. La côte des Esclaves et le Dahomey. Paris, 1885, in-1‘2.
- -’ Annales de la Propagation de la Foi (années 18G4 et 18G5).
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- sa valeur et par scs talents militaires, il aurait pu figurer avec honneur parmi les princes d’Europe, s’il avait reçu une éducation proportionnelle. »
- Seul peut-être des rois du Dahomé, Guézo eut un caractère humain et se montra soucieux de la vie de ses sujets. Il s’opposa tant qu’il put aux sacrifices humains, mais il ne put aller contre la résis-
- tance des prêtres, qui formaient véritablement au Dahomé un Etat dans l’Etat, et qui surent faire pliera leur volonté les monarques comme les sujets. Ses principales victoires ont été remportées sans effusion de sang : sa tactique consistait à envelopper l’ennemi peu à peu et presque à son insu, et à ne lui laisser d’autre ressource que de se rendre.
- Fig. 3. — Guézo, Guélélé et Béhanzin, rois de Dahomé. Statues en bois prises à Abomé. Don du général Dodds au Musée ethnographique du Trocadéro, à Paris.
- Il ne put parvenir à abolir les coutumes, ayant contre lui la puissante oligarchie des prêtres, dont la politique consistait à dominer le peuple par la terreur. Cependant, pour rendre ces hécatombes moins barbares et moins terribles, il faisait réserver les condamnés a mort et les faisait exécuter tous à la fois à l’occasion des coutumes, qui ne coûtaient ainsi la vie d’aucun innocent.
- Cette conduite humanitaire, qui lui valut l’amour de son peuple, lui attira la haine des prêtres. Ceux-ci n’attendaient qu’une occasion de le perdre. A l’issue de sa dernière guerre, le roi refusa de faire mettre à mort les prisonniers, et en fit don a ceux de ses officiers qui s’étaient le plus distingués par leur bravoure ou leur habileté. C’est alors que « le fétiche le tua », c’est-à-dire que, selon toute vraisem-
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- blance, il fut empoisonné par les soins du grand prêtre.
- Son nom semble vouloir dire « qui nivelle le l'eu ». Son surnom symbolique de Kokoulo « le Coq » lui fut donné sans doute à cause de sa vigilance à surveiller les intérêts de son royaume. Son emblème, un coq rouge aux ailes noires, ligure fréquemment, comme je le disais plus haut, dans les peintures et les bas-reliefs hiéroglyphiques des palais d’Abomé.
- C’est sous le règne de Guézo, en 1851, que fut signé le premier traité de commerce et d’amitié entre la France et le Dahomé.
- , A sa mort, en 1858, les chefs et les prêtres se divisèrent en deux partis. Les premiers voulaient donner au roi défunt un successeur qui continuât ses traditions d’humanité et de progrès. Mais les prêtres, soutenus par les hordes barbares des Amazones, firent triompher un des fds de Guézo, le sanguinaire Gbadou, qui prit, en montant sur le trône, le nom de Guélélé. On le surnomma Kinikini « le Lion », et cet animal est son emblème. Avec lui les anciens usages furent remis en honneur avec toute leur sauvage cruauté. Il régna de 1858 à 1889.
- Voici le portrait qu’en traçait un missionnaire : « Gréré 1 a l’air d’un bon homme. Aucun des instincts cruels qui sont le fond de son caractère n’apparaît sur ses traits lins et réguliers; sa taille est élevée, ses membres sont forts et souples, et sa couleur n’est pas aussi foncée que celle du commun de ses sujets. Il garde dans son maintien, surtout devant les blancs, une dignité en rapport avec sa puissance. Mais toute cette dignité n’est qu’un masque de ruse qui voile les desseins abjects et terribles de ce barbare couronné2. »
- M. Lartigue, agent de la maison Régis, qui eut le triste honneur d’assister à des sacrifices humains organisés par Guélélé, fait un tableau peu flatteur de la froide cruauté de ce monarque. Il avait parfois des fantaisies macabres : fatigué de tuer selon les usages du pays et de ne tuer que des nègres, il imagina de faire habiller deux indigènes avec des vêtements européens et de les pendre à la mode anglaise3.
- Sous le règne de Guélélé, deux nouveaux traités furent signés entre la France et le Dahomé. C’est par le premier, en 1868, que Cotonou nous a été cédé. Le second, signé dix ans après, confirme la cession de Cotonou à la France et abolit toutes les servitudes imposées aux Français résidant au Dahomé.
- En 1886, lorsque le Gouvernement portugais voulut établir son protectorat sur le Dahomé, soutenu par le chacha Juliâo da Souza, le roi Guélélé demeura sourd à ses avances. De plus, jaloux du chacha, qui, à Ouida, jouait au souverain, il le manda à Abomé, « l’accusa de ne pas lui envoyer toutes les sommes, alcools et tissus qu’il percevait pour son compte, le destitua et le mit en prison, la chaîne
- 1 Les nègres de la Guinée remplacent souvent 17 par un r ou réciproquement.
- 4 Abbé Laffitte. Le Dahomé. Tours, 1876.
- 3 J. Lartigue. Les sacrifices humains au Dahomey. (Publié par le Figaro.)
- au cou, tout nu; ses biens furent confisqués, sa famille persécutée ou expulsée l. »
- Tout le monde a encore présents à l’esprit les événements qui motivèrent notre première intervention guerrière au Dahomé. Le roi Guélélé, malheureux dans ses expéditions contre les Egba, s’était retourné contre nos protégés, les sujets du roi Tofa.
- Lorsqu’il mourut en 1889, son fils Kondo lui succéda et prit le nom de Béhanzin ou mieux Gbé-hanzin, qui signifie « l’Herbe mure ». D’autres disent Ghénazin, a l'herbe mûrira » ou encore Gbé-dazin, « brin de foin mûr », Mais son surnom symbolique est Gbowélé et le requin son emblème.
- Le nouveau roi célébra les funérailles de son père par des fêtes sanglantes, plus sauvages encore que celles organisées par ses prédécesseurs. Il serait trop long de rapporter ici les faits principaux du règne de Béhanzin, que chacun connaît d’ailleurs : la violation des traités, l’arrestation et la captivité de nos compatriotes, la première expédition, le traité de l’amiral de Cuverville; et ensuite, l’armée du roi étant devenue plus nombreuse, mieux instruite et mieux armée, l’attaque de nos positions par les Dahoméens, la campagne du général Dodds, la prise de Gana et d’Abomé, et la fuite de Béhanzin’.
- Le dernier successeur de Tacodonou n’a ni la froide barbarie de son père Guélélé, ni le génie de son aïeul Guézo. C’est un homme très rusé, très intelligent, bon au fond, comme le dénote sa figure, mais de caractère faible. Partagé entre le désir de rester en bons termes avec les blancs et celui de conserver son prestige aux yeux de ses sujets, il a fini par céder à la néfaste influence des prêtres et à ouvrir les hostilités. Depuis, il a dû se repentir plus d’une fois de son audace, et, dans son exil à Tahiti, il fera sans doute des réflexions solitaires, qui pour être moins élevées que celles de Napoléon à Sainte-llélène, n’en seront pas moins tristes.
- Quoi qu’il en soit, autant qu’il l’a pu, il a su résister à nos troupes ; nous n’avons réussi à mettre la main ni sur lui, ni sur scs trésors, et quand nos soldats sont entrés à Abomé, ils n’ont trouvé que des murailles à demi consumées par l’incendie. C’est une figure originale et intéressante que celle de ce roi sans royaume, fugitif, demandant à traiter honorablement avec ses vainqueurs dont il se proclamait malgré tout l’ami. Il s’obstinait, avec un entêtement qui a bien sa noblesse, à garder cette couronne royale qui a eu ses jours de gloire depuis 1650, et qui, naguère encore, si fragile, semblait-il, cachée dans la brousse ou dans la case de quelque paysan nègre, demeura longtemps invulnérable ou tout au moins insaisissable, jusqu’à ce que le souverain déchu, voyant son trône occupé par un autre et ses officiers déserter sa cause, vînt de lui-même se constituer prisonnier, soumis, mais non vaincu.
- Maurice Dejafosse.
- 1 A. L. d’Albéca. Les Établissements français du golfe de Bénin. Paris, 1889, in-8°.
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- ORIGINES DE IA BIÈRE1 2
- Théophraste et Diodore de Sicile racontent que les Egyptiens préparaient du vin d’orge; aussi accorde-t-on à la bière une origine égyptienne. Les Pharaons auraient eu leur principale brasserie à Peluse. On a retrouvé dans les hiéroglyphes de divers obélisques la mention de la bière (haqu au singulier, huquetu au pluriel); on la retrouve aussi inscrite sur les monuments des bords de l’Euphrate, c’est-à-dire vingt siècles avant notre ère.
- Xénophon la signale quatre cents ans avant Jésus-Christ. César et Tacite nous racontent que les Germains n’avaient pas de vin, mais une boisson faite de grains fermentés.
- En somme, toute liqueur de grains fermentés constitue des prototypes de la bière. L’histoire nous en a conservé les noms antiques : bryton et pinos (Grèce); cervelia, celia et cerïci (Espagne); sabaia (Pannonie); cervisia (Gaule, la cervoise). '
- Seulement, ces bières n’étaient pas, comme celles de nos jours, houblonnées. On les aromatisait selon les goûts des populations : genièvre, romarin, serpolet, trèfle d’eau, poivre, basilic, sauge, etc., etc. Du reste, au moyen âge, on épiçait aussi les vins. La bière était une boisson de ménage, on la fabriquait à la maison. Les brasseries-débits ne vinrent que bien plus tard. On possédait des recettes pour faire la bière; les couvents surtout les gardaient fort sévèrement, et il exista, en Allemagne, des congrégations de moines brasseurs qui confectionnaient des breuvages très estimés.
- A quelle époque employa-t-on le houblon? En 768, il est question de houblonnières dans une donation faite à l’abbaye de Saint-Denis. Pépin le Bref le connaissait. Aux neuvième et dixième siècles, on l’employait dans la région du nord de la France. En Bavière, Freising le signale en 850 et 890. La ville de Gardelegen, en Prusse, aujourd’hui encore grand centre de culture houblonnière, porte, depuis le dernier siècle, le houblon dans ses armoiries. A Magdebourg, on le cultivait en 1070, et, à cette époque, la bière de celte ville était fort renommée.
- C’est à celte époque aussi (onzième siècle) que sainte Hildegarde dit, dans ses Physicas Hildegardis, qu’on ajoute le houblon à la bière.
- A partir de ce moment, les renseignements abondent. Mais le houblon ne fut pas employé partout à la même époque. L’Angleterre le défendit, et ce n’est qu’au quinzième siècle qu’il fut employé, non sans difficulté, puisqu’on retrouve des défenses en 1450, 1550, 1552. Le préjugé contre le houblon persista dans ce pays jusqu’au dix-septième siècle *. A. Focunikh.
- ALAMBIC DES FAMILLES
- A DISTILLATION CONTINUE
- La production de l’alcool en France est soumise à des lois fiscales très sévères édictées dans le double but d’arrêter les progrès de l’alcoolisme et de fournir au Trésor une partie de ses revenus. On a dù cependant, en présence de certaines considérations d’ordres divers, faire une exception en faveur des propriétaires qui désirent eux-mêmes transformer
- 1 D’après l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux.
- 2 J’engage ceux que le sujet intéresse à lire un livre très intéressant : Etudes garnbrinales, Histoire et Archéologie de la bière, par Ferdinand Rciber (Berger-Levrault, éditeur),
- leur récolte en alcool et qu’on désigne sous le nom de « bouilleurs de cru ». A plusieurs reprises on eut l’occasion de discuter les exceptions complètes ou restreintes dont ils doivent jouir, et la question, très complexe, n’est pas encore complètement élucidée; elle reviendra souvent sans doute à l’ordre du jour. Les uns, partisans de l’exemption totale d’impôt, se basent sur le droit qu’on ne peut retirer à un propriétaire, de transformer lui-même les produits de sa récolte comme il l’entend; les autres, ennemis des privilèges accordés aux bouilleurs de cru, affirment que c’est ouvrir une porte trop facile à la fraude; et ils n’ont peut-être pas tort, puisque l’alcool n’est exempt qu’autant qu’il n’est pas livré au commerce ; si la fabrication n’est plus contrôlée, la vente devient d’une surveillance difficile. Quoi qu’il en soit, c’est l’exemption qui presque toujours a prévalu jusqu’à présent et, si par deux fois, en 1804 et en 1875, on a édicté des lois restrictives, leur application n’a duré que fort peu de temps.
- Nous n’avons pas la prétention de trancher, ni même de discuter la question ; nous nous bornerons à examiner quels sont les moyens ordinairement employés par le petit propriétaire fabricant lui-même son cognac, son kirsch, son eau-de-vie de fruits, et à faire connaître un nouvel appareil, que nous avons vu à la dernière exposition agricole, et qui nous a paru très pratique.
- La plupart du temps, le propriétaire emploie des appareils peu perfectionnés, soit qu’ils lui appartiennent, soit qu’il s’adresse à des distillateurs ambulants qui font métier de se transporter pendant l'hiver chez le cultivateur.
- Ils se composent en général d’un alambic ordinaire permettant la distillation au bain-marie pour éviter les coups de feu qui donneraient un mauvais goût; mais celui-ci peut provenir également des alcools de tête et de queue qui se mélangent au reste si l’opération n’est pas bien conduite. Aussi la distillation avec de tels instruments est assez délicate et demande une surveillance continuelle pour donner de bons résultats.
- Dans les grands alambics industriels à distillation continue, on a pris des mesures spéciales dont la principale consiste à employer le dispositif connu dans les laboratoires sous le nom de vases de Wolf et qui permet d’utiliser le phénomène de l’ébullition successive des liquides alcooliques dont le point de vaporisation est, comme on sait, d’autant mo'ins élevé qu’ils sont plus riches en alcool. On fait depuis quelque temps des appareils portatifs très perfectionnés, basés sur ce même principe. Montés sur chariot, ils peuvent se transporter facilement ; mais ils sont d’un prix assez élevé et s’adressent plutôt à ceux qui ont une récolte importante. Pour le petit propriétaire qui a peu de chose à distiller et ne veut pas s’adresser h l’industrie, M. Estève a cherché à réaliser, en petit, les mêmes dispositions avantageuses que dans les appareils industriels et
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- il a lait construire par M. Besnard un appareil à bon marché qui permet, malgré son petit volume, de distiller une quantité relativement importante de liquide, parce que l’opération est continue.
- La régularité du chauffage, condition essentielle pour une bonne distillation, est obtenue au moyen d’un fourneau à pétrole à mèches multiples permettant de régler la ilammed’une façon précise. Sur ce foyer J (voy. la figure) se place l’appareil composé d’une chaudière A surmontée d’une colonne B et du serpentin G. Celui-ci n’est pas entouré d’eau pour le refroidir; c’est le liquide à distiller lui-même qui remplit cet office et commence dès ce moment à s’échauffer, ce qui produit déjà une économie de combustible.
- Le liquide est renfermé dans un réservoir quelconque, tel qu’un tonnelet T placé au-dessus de l’appareil. 11 tombe dans un entonnoir 0, remplit dans le cylindre C l’espace cômpris entre les spires du serpentin, puis déborde par le tube G qui débouche dans un petit godet L formant joint hermétique pour l’air et les vapeurs, mais laissant écouler continuellement le liquide sur des plateaux P disposés en chicane dans la colonne B (fig. 2). Tous ces plateaux sont plats, sans rebords, et sont percés d’un trou; ils ne retiennent pas le liquide, mais servent à le diviser avant son arrivée dans la chaudière A. Il présente ainsi une grande surface d’évaporation qui facilite le dégagement des vapeurs d’alcool, et lorsqu’il arrive dans la chaudière, il ne renferme plus guère que de l’eau et des alcools de queue ayant mauvais goût, mais dont le [(oint d’évaporation est à plus de 100 degrés; ils ne sont donc pas recueillis, mais sortent par le trop-plein F qui maintient le niveau constant dans la chaudière. Les vapeurs dégagées s’élèvent en rencontrant les plateaux et cheminent en sens contraire du liquide, de façon que celui-ci condense les vapeurs les moins chargées d’alcool, jusqu’à ne laisser passer que les plus riches, qui vont se réunir dans le cône R à la partie supérieure duquel débouche le serpentin. Elles se condensent tout à fait dans celui-ci et s’écoulent sous forme d’alcool, par l’extrémité S du serpentin, dans
- une éprouvette E où plonge un alcoomètre qui permet de contrôler à chaque instant si l’on obtient le degré voulu; l’éprouvette est munie d’un trop-plein M débouchant dans le récipient définitif.
- On comprend d’après ce qui précède que l’écoulement du liquide dans l’entonnoir 0 doive être réglé de telle sorte qu’il circule assez lentement dans l’appareil [tour permettre l’épuisement complet des vapeurs alcooliques, tout en maintenant le serpentin à une température suffisamment fiasse pour obtenir la condensation. On peut par tâtonnement obtenir ce réglage à la main, en tournant plus ou moins le robinet du réservoir T, mais cela nécessiterait une surveillance qu’on a voulu éviter. Aussi l’inventeur a-t-il disposé un régulateur automatique qui se compose (fig. 2 ) d’une petite caisse Q en métal mince contenant un liquide volatil; elle est fixée sous le couvercle du réfrigérant qui supporte également le robinet à soupape N commandant l’arrivée du liquide; une tige portant un écrou II se déplace librement entre cette soupape et la caisse Q ; lorsque celle-ci se dilate, par suite de l’élévation de température, elle pousse la lige qui ouvre la soupape et laisse couler plus de liquide; l’opération inverse se produit si la température baisse. En réglant la longueur de la tige, au moyen de l’écrou II, dans une expérience préalable, suivant le degré qu’on veut obtenir, on arrive à un équilibre qui se conserve pendant toute la durée de l’opération et la surveillance devient inutile.
- Get alambic nous a paru très pratique pour le petit propriétaire; il se fait de dimensions différentes et son prix est peu élevé. Nous avons remarqué surtout les trois premiers modèles, permettant de distiller depuis 90 jusqu’à 300 litres par 24 heures; par leur petit volume et leur conduite facile, ils rendront certainement service au cultivateur, qui se trouvera ainsi engagé à tirer parti de produits peu importants, qu’il laisse souvent sans emploi, faute de pouvoir les distiller facilement.
- G. Mareschal.
- Fig. 1 et 2. — Nouvel alambic à distillation continue.
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- NOUVEAU PROCÉDÉ DE
- CONSERVATION DES POMMES DE TERRE
- Au cours d’unc séance de la Société botanique de France, en janvier dernier, M. Prillieux, le sympathique professeur bien connu dans le monde botanique et agricole, signalait un fait tératologique avec pièces à l’appui, qui clôtura d’une façon intéressante et récréative cette séance. Il s’agissait de pommes de terre ayant été traitées par un chercheur habile, M. Schribaux, en vue de leur conservation et qui présentaient un bourgeonnement inaccoutumé (tig. 1 et 2).
- Il faut reconnaître que dans cette présentation, le
- Fig. 1 et 2. — Pommes (le terre RiciUer’s Imperator bourg
- car l’élongation de leurs bourgeons les rend bientôt impropres à la consommation.
- Aussi dans les cultures recherche-t-on d’une part, les races hâtives de pommes de terre pour la consommation printanière ; puis d’autre part, des races tardives en vue d’avoir des légumes de garde pendant l’hiver. Mais ces conditions ne se rencontrent pas toujours à souhait, et telle variété qui serait estimée pour ses qualités comme légume ou comme fourrage, sera bientôt exclue des cultures parce qu’elle se met en végétation beaucoup trop tôt. De là la difficulté de rencontrer des variétés de pommes de terre satisfaisantes pour la table ou le bétail. Avec le nouveau procédé, on pourra conserver presque toutes les races connues pendant un laps de temps fort long.
- S’il s’agit d’une petite quantité de pommes de terre, on peut enlever avec adresse les germes à l’aide du couteau, mais les blessures ne se cicatrisent pas toujours et l’altération des tubercules en est la suite fréquente, ür, quelle que soit l’importance de la provision, la méthode Schribaux sera
- côté physiologique s’étayait sur une expérience dont les conséquences pratiques méritent que l’on s’y arrête quelques instants.
- M. Schribaux, professeur à l’Institut agronomique, s’est appliqué à trouver dans la sélection des graines utilisées en agriculture les moyens de fixer des races précieuses ou nouvelles; la durée de la propriété germinative de ces graines et maintes autres études dans cette direction, attirent depuis longtemps son attention. Dans un ordre de choses un peu différent, il s’ingénia à trouver un procédé pour empêcher les pommes de terre de conserve de germer, comme on dit vulgairement. Depuis longtemps, le seul moyen employé est l’éborgnage; on sait qu’il faut surveiller soigneusement les tubercules,
- eonnaiit accidentellement à l’intérieur même du tubercule.
- préférable. La manière de procéder est la suivante.
- On verse dans un récipient en bois, baquet, cuve, etc., une quantité d’eau jugée nécessaire pour le volume de pommes de terre qu’on y mettra. Cette quantité étant déterminée, on ajoute 1 pour 100 d’acide sulfurique du commerce (marquant 66 degrés à l’aréomètre Daumé). Cette proportion d’acide suffit pour les variétés à peau mince ou potagères, mais pour celles de grandes cultures à peau relativement épaisse, on peut aller jusqu’à 2 pour 100. 11 y a là une affaire de tâtonnement à laquelle on se fait rapidement. On laisse les pommes de terre ainsi plongées dans le liquide acidifié pendant dix à douze heures, puis on les lave à l’eau ordinaire et on les étend pour les faire sécher.
- Les tubercules ainsi nettoyés sont privés de toute impureté superficielle. Le tissu subéreux, ou mince couche de liège de la peau de la pomme de terre, protège l'intérieur de l’action de l’acide, tandis que les germes tendres et exempts de liège sont rongés par lui. Quand on éborgné à la main ces tubercules on enlève bien le bourgeon principal, mais
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- rarement les petits bourgeons late'raux, qui réapparaissent peu de temps après. 11 se forme, par suite du traitement, à la place naguère occupée par les germes, de petits tampons de tissu de liège protecteur curieux à observer. J’ai vu de ces pommes de terre, après un an et demi de traitement, basques et ridées, mais ne germant pas.
- Nos dessins (tig. 1 et 2) représentent un cas particulier, qui s’observe parfois sur la pomme de terre Richters hnperator et dont il est parlé en tète de cet article. 11 serait peu favorable au procédé s’il se généralisait, mais il est purement accidentel.
- Après le traitement, cette variété à grand rendement ne pouvant bourgeonner au dehors, conserve néanmoins assez de vitalité pour bourgeonner au dedans, si on la garde longtemps, et bientôt quelques-uns des bourgeons se transforment en petites pommes de terre nouvelles. Le vieux tubercule épuisé devient une mère de famille intéressante. Le fait a-t-il été observé déjà? je l’ignore. Toutefois, c’est un singulier effet causé par l’application du procédé dont il s’agit, et qui met en évidence la puissance végétative de cette variété de pommes de terre.
- Quel que soit l’accueil qui est réservé à la méthode de M. Schribaux, on ne peut nier qu’elle soit intelligente et tous ceux qui s’intéressent aux progrès des pratiques agricoles s’applaudiront d’en faire usage. Dans ce vaste domaine, les plus petites découvertes en apparence ont souvent des conséquences économiques de grande valeur. J. Poisson.
- NÉCROLOGIE
- Alfred Solvay. — !Nous avons reçu récemment une brochure publiée sous ce titre ; elle est dédiée à la mémoire d'Alfred Solvay, fondateur et gérant de la Société Solvay et Cie. La vie de ce grand industriel, l’un des créateurs de la fabrication de la soude à l'ammoniaque, mérite d’ètre retracée. Né à Rebecq, dans le Brabant belge, iils de saunier, il se destinait au commerce et avait fait son stage à Anvers et à Bull, lorsque son frère Ernest Solvay, qui venait de trouver le moyen pralique de fabriquer la soude à l’ammoniaque l’appela près de lui, dans sa petite fabrique d’essais à Saint-Jo :se-ten-Noode. Les débuts* furent très difficiles et les deux frères eurent à payer de leur personne, pendant plusieurs années, avant que le succès vint couronner leurs efforts et leur travail soutenu. Grâce à leur assiduité infatigable et à leurs qualités, qui se complétaient admirablement, leur usine devint l’une des plus considérables du monde entier. En effet, le procédé Solvay produit la moitié de la consommation totale de la soude, soit cinq cent mille tonnes annuellement. L’extension du procédé Solvay à l’usine de Couillet a été un bienfait pour l’industrie chimique, en général, et c’est pour cela qu’on ne saurait trop rendre hommage aux frères Solvay. Au commencement de ce siècle, le prix de vente de la soude était de 1250 francs la tonne. Vers 1855, après un demi-siècle de marche industrielle du procédé Leblanc, ce prix était encore en France, de G5Ü à 700 francs. Dix ans après, pendant les cinq premières années de marche du procédé Solvay et, après une période
- d’extension remarquable du procédé Leblanc, 1e prix de la tonne de soude tombait à 300 francs. Enfin, ce prix est actuellement de 100 à 120 francs la tonne. Alfrdd Solvay parcourut en tout sens, et à maintes reprises, les grands pays industriels, étudiant minutieusement leurs ressources naturelles, les situations d’usines, leurs besoins et leurs débouchés. C’est ainsi que les deux frères créèrent de vastes établissements qui furent mis en marche en Angleterre et en France en 1874 et 1876; en Allemagne en 1880, 1883 et 1885, en Russie en 1883 et 1892, en Amérique en 1884 et en Autriche en 1885. En 1879, le grand industriel abandonna à son grand regret la direction de l’usine de Couillet et vint habiter Bruxelles pour se consacrer exclusivement à l’administration générale des nombreuses usines qu’il avait tant contribué à créer, qu’il suivait pas à pas dans leur développement et qu’il visitait régulièrement chaque année. Alfred Solvay avait été nommé chevalier de l’ordre de Léopold en 1877; il était officier depuis 1890. Il est décédé à Nice, où il était allé chercher quelques jours de repos, le 23janvier 1894.
- G T
- CHRONIQUE
- Thérapeutique végétarienne. — On a parlé dans ces derniers temps des expériences faites par un médecin-vétérinaire de Poitiers, M. Viaud, sur les végétaux médicamentés (l’absorption des médicaments par les plantes). Cette méthode nouvelle consiste à faire absorber à des légumes des principes utiles à l’organisme dans le but de faciliter leur assimilation par nos organes digestifs. C’est ainsi que M. Viaud a pu faire pénétrer du fer, de la chaux, de l’acide phosphorique, etc., dans les tissus de nos végétaux alimentaires, pensant, avec juste raison, que sous cette forme les principes médicamenteux seraient sans doute plus assimilables. Cette méthode originale a eu beaucoup de retentissement au moment de son apparition ; elle a été le point de départ de nombreux articles sur le végétarisme. Depuis, M. Viaud a cherché à améliorer son œuvre; d’après lui : 1° les préparations ferrugineuses introduites dans l'estomac ne sont pas toujours bien absorbées; 2° s’il y a absorption, c’est que ces préparations ont commencé à irriter et à désorganiser la muqueuse stomacale ; 5° le fer, dans Y œuf et le lait, se trouve à l’état de combinaison organique analogue au fer des végétaux. Cette dernière constatation est très importante, et Bunge qui, le premier, a eu l’idée de chercher les combinaisons du fer dans le lait et le jaune d’œuf, a eu un trait de génie, car l’étude des combinaisons du fer avec les éléments qui doivent constituer l’hémoglobine chez les enfants et les jeunes animaux, peut seule permettre d’entrevoir la forme sous laquelle on doit faire prendre les ferrugineux. Et voilà que cette forme est précisément celle qu’on rencontre dans les tissus végétaux. Au lieu donc de prendre des préparations qui ne s’assimilent pas ou qui désorganisent l’estomac, il est infiniment préférable de chercher, dans les végétaux médicamentés, cet élément si utile à notre organisme, qu’on a fort heureusement nommée hématogène, en raison de son rôle. Nous donnons ici les opinions de M. Viaud; les spécialistes auront à en apprécier la valeur.
- line statue gigantesque. — Sous le vaste hangar d’un des magasins de South Brooklyn, se trouve à présent la plus grande statue qui ait été modelée directement en grandeur d’exécution. La fameuse statue de la Liberté
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- faite par Bartholdi n’avait que 3m,50 de haut; elle a été dans la suite agrandie mécaniquement à sa taille actuelle qui dépasse un peu 30 mètres. En 1890, le sculpteur américain John Donoghue se trouvant à Home, conçut l’idée d’exécuter une statue colossale, l'Esprit, qu’il destinait à l’Exposition de Chicago, l'our réaliser son œuvre, il lui fallait un spacieux atelier; des influences amies lui obtinrent la permission de s’installer aux Thermes mêmes de Dioclétien. Là, il se fit élever un gigantesque échafaudage, haut de cinq étages, et commanda cinquante tonnes de plâtre à modeler blanc et tin. Après deux années de travail, la statue était terminée. Donoghue ouvrit alors son atelier aux artistes de Rome et au public qui, les uns comme les autres, admirèrent fort son œuvre, ses majestueuses proportions et sa beauté incontestable. — l'our la transporter, il fallut la couper en onze sections et l’embarquer sur un bâtiment spécial qui fut envoyé exprès de New-York. Le transport coûta une dizaine de mille francs. Par suite de difficultés financières avec l’Administration, le sculpteur se vit refuser l’entrée du Palais des Beaux-Arts de la Wovld's Fuir où sa statue ne fut pas exposée. Sans son piédestal, la statue l'Esprit pèse 40 tonnes. La hauteur atteint 12 mètres, et 22ra,50 en comptant la hase. Elle représente un ange aux ailes éployées dont l’écartement, mesuré de bout à bout, dépasse 13 mètres. Les bras ont 2m,40 de circonférence. Les pieds ont une longueur de lm,65, et le gros orteil est un peu plus fort qu’une tète d’homme. Quant au piédestal, il se compose d’une immense demi-sphère en pierre ornée de mosaïques, de 15 mètres de diamètre. Pour reproduire en bronze cette statue unique au monde, l’artiste évalue la dépense à 500 000 francs. John Donoghue, disons-le en terminant, est un ancien élève de notre école des Beaux-Arts de Paris, il a travaillé dans l’atelier de Falguière et c’est à Paris qu’il exposa pour la première fois. X. W.
- Nouveaux emplois de l’aluminium. — Les
- emplois de l’aluminium se généralisent de plus en plus. Après les cartes de visites, faites avec ce léger métal, nous avons eu les tickets de tramways et de chemins de fer. En Amérique, des essais ont été faits pour imprimer, sur l’aluminium, des billets de banque et des papiers de valeur. L’aluminium laminé, de façon à l’amener à 1/10 de millimètre d’épaisseur, est plus léger que beaucoup de papiers dont on se sert pour quelques éditions précieuses. Signalons encore une intéressante application de l’aluminium, due à M. Georges E. Marks, de New-York : les membres artificiels avec ce métal providentiel. C’est une véritable trouvaille pour les amputations partielles de la cheville, du tarse, du métatarse, etc., opérations que les chirurgiens hésitaient toujours à faire, vu l’impossibilité où l’on se trouvait de remplacer, par une pièce artificielle, la partie ainsi enlevée. L’aluminium est employé sous forme d’une pièce creuse, très mince, ayant la forme exacte du membre, et servant d’ossature pour supporter le poids du corps. Duns cette espèce de carcasse, on place une pièce en caoutchouc, ayant absolument la forme du membre dont elle remplit l’office, pendant le fonctionnement, en même temps que par son élasticité elle en amortit les chocs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- - Séance du 19 mars 1891. — Présidence de M. Lœwy.
- Une maladie infectieuse des plantes. — En 1890, MM. l'rillieux et Delacroix constatèrent sur des pommes
- de terre provenant des environs de Paris et des départements de la Mayenne, de la Haute-Loire, de la Haute-Saône, l’existence d’une maladie inconnue. Les tiges étaient profondément altérées à leur partie inférieure, soit sur le pourtour entier, soit sur une partie de celui-ci seulement, dans le sens longitudinal. Dans les parties attaquées, les cellules étaient mortes, déprimées, vidées, et les parois en étaient colorées en brun. Les plantes atteintes mouraient bientôt. L’examen des tiges ne révélait ni trace de passage d’insecte, ni mycélium de champignon parasite, mais des amas de bacilles dans l’intérieur des tissus altérés. De même, des pieds de pélargonium provenant du département de la Gironde offrirent à MM. l'rillieux et Delacroix des taches noires localisées à la partie inférieure des tiges où elles pénétraient profondément, et la présence de bacilles dans les cellules fut encore une fois notée. 11 fut possible d’infecter des tiges saines de pélargonium par de simples piqûres faites au moyen d’une aiguille plongée préalablement dans le liquide infectieux. Le bacille de la pomme de terre est le même que celui du pélargonium, d’après les auteurs : c’cstle bacillus caulieorus. Ils ont pu, en 1890, infecter des tiges de fèves et de lupin, mais ils ont obtenu des résultats négatifs sur d’autres plantes. Depuis cette époque, MM. Prillieux et Delacroix ont malheureusement constaté que nombre d’autres plantes cultivées pouvaient être atteintes de maladies ayant la même cause; ce sont le cyclamen, le tabac, la tomate, le raisin de serre.
- La foticlion du pancréas. — M. Kaufmann ajoute un complément à la série des connaissances nouvelles relatives au rôle du pancréas dans l’organisme. Cet organe exerce une action régulatrice directe sur le foie; c’est un modérateur du foie. Aussi lorsqu’on enlève le pancréas, la fonction glycogénique du foie s’exagère et le diabète apparaît.
- La distinction des couleurs. — M. Cornu présente un appareil destiné à l’examen des corps, sous l’action d’une lumière déterminée, et qui pour cette raison porte le nom de monochroinatoscope. L’inventeur de l’appareil part de ce principe, que la séparation de certaines couleurs est possible pour l'œil, lorsque l’éclairage est monochrome, tandis qu’en lumière blanche la distinction est impossible. Il arrive, par l’intervention du monochroinatoscope, à discerner un mélange d’iodure de mercure et de vermillon. On voit par là les services que peut rendre cet appareil, dans bien des cas.
- Caractères géologiques des épanchements boueux. — La catastrophe de Saint-Gervais a rappelé l’attention sur les épanchements boueux propres à certaines régions. Parmi les conséquences géologiques directes de ces phénomènes, M. Stanislas Meunier cite le transport à de très grandes distances de blocs rocheux affectant ensuite les caractères de blocs erratiques entrâmes par le mouve-ment des glaciers, ainsi que l’encombrement de certaines vallées par des houes à pierrailles rattachées à la même cause.
- Le mouvement des valvules du cœur. — MM. Marey et Chauveau ont publié en 1881 des graphiques représentant les variations de pression du sang dans la systole et en avaient conclu l’instant de l’ouverture et de la fermeture de l’artère aorte. Ces conclusions, d’abord acceptées universellement, ont soulevé dans ces derniers temps des discussions scientifiques en Allemagne. M. Chauveau a exécuté de nouvelles expériences qui viennent prouver qu’il convient réellement de placer l’instant de Couver-
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- ture et de la fermeture de la valvule aux points qu’ils ont marqués sur leurs graphiques.il s’agit cette fois d’une démonstration directe qui ne laisse place à aucune contestation. M. Chauveau introduit par l’artère carotide dans le ventricule gauche du cœur d’un cheval, une petite ampoule de caoutchouc reliée par un tube de caoutchouc à une autre ampoule qui elle-même est le prolongement d’une sonde agissant sur un tambour enregistreur. L’appareil est introduit de manière que le tube qui relie les deux ampoules traverse l’orilice aortique. Un contact électrique est disposé à l’intérieur de ce tube, de telle sorte qu’à chaque contraction de l’orifice le courant d’une pile soit fermé. Ce courant sert à actionner un deuxième stylet écrivant sur le tambour. L’inscription des instants d’ouverture et de fermeture se fait donc en même temps que celle des variations de pression du sang et toute discussion sur les points du graphique de la pression où il faut placer ces instants est éteinte. M. Chauveau ajoute une remarque importante pour les cliniciens, c’est que le deuxième bruit du cœur se produit lorsque le ventricule, se relâchant, laisse s’abaisser la valvule.
- Décès. — M.
- Lœwy annonce la mort de M. le général Favé, décédé à l’àge de quatre-vingt-deux ans.
- Dans une courte allocution, il prononce l’éloge du défunt.
- Varia. — M.
- Schlœsing étudie l’influence du mode de distribution des engrais, au point de vue de leur utilisation. —
- M. Osinond communique de nouvelles recherches sur la déformation des métaux soumis à des efforts de traction. — M. Milne-Edwardsprésente le volume publié par le Muséum à l’occasion du centenaire de la fondation de cet établissement scientifique. Parmi les Mémoires dus aux divers professeurs, on relève celui de M. Edmond Perrier sur Lamark et ses idées, celui de M. Milne-Edwards sur divers oiseaux disparus, la Colombe hérissée, le Canard du Labrador, le Pingouin du Nord, le Casoar australien, etc., celui de M. Vaillant sur les tortues gigantesques de l’ile Rodrigues, celui de M. Stanislas Meunier sur les météorites, celui de M. Dehérain sur la nitrification des terres arables, celui de M. Gaudrv sur l’éléphant gigantesque de Durfort (Gard), etc.
- Cil. DE Vll.LEDEUIL.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- APPAREIL Il’liSHALATlON
- Dans la plupart des affections des bronches ou du larynx, les médecins recommandent des inhalations de substances aromatiques, térébenthine, euca-
- lyptus, sève de pin, etc. Si le traitement ne doit être que passager, le malade trouvera peut-être quelque avantage a construire lui-même l’appareil destiné à cet usage, et ne jugera pas à propos de se procurer un instrument qui restera bientôt sans emploi.
- Dans bien des cas, l’inhalation peut être pratiquée avec une simple bouillotte placée sur un réchaud, et dont le goulot est muni d’un entonnoir, fixé par l’intermédiaire d’un bouchon de liège ou d’un tuyau de caoutchouc. Mais la vapeur d’eau bouillante est souvent désagréable, et il est toujours dangereux de poser le réchaud sur le lit d’un malade.
- Ces deux inconvénients peuvent être supprimés par un dispositif très simple. Fermons la bouillotte par un bouchon de liège ou de bois dans lequel nous aurons pratiqué un trou destiné à recevoir un tube recourbé plongeant dans le liquide. Un tuyau de
- caoutchouc réunira ce tube au bec d'un soufflet de foyer, au moyen duquel on enverra dans la bouillotte un courant d’air provoquant un bouillonnement énergique. Cet air se charge au passa ge de vapeur d’eau parfumée, qui s’échappe à une température à laquelle elle n’est nullement désagréable à respirer.
- L’avantage de ce procédé est qu’il n’est pas nécessaire de faire bouillir l’eau pour obtenir de l’air très chargé de vapeur; on peut commencer l’inhalation après que la bouillotte a été retirée du feu, et la prolonger jusqu’à ce que la température de l’eau ait atteint 50 degrés environ. La bouillotte peut, sans danger, être posée sur un lit, et, si le malade est en état de manœuvrer lui-même le soufflet, il peut modérer ou bâter à son gré le flux de vapeur.
- Nous avons indiqué dans la gravure ci-dessus le mode d’emploi du système; la coupe de l’appareil est donnée en cartouche. Le dispositif que nous signalons est celui qui demande le moins de ressources étrangères à un ménage; mais on pourrait, avec avantage, remplacer la bouillotte par une cornue tubulée, et le soufflet par une poire en caoutchouc.
- Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandter. Paris. — Imprimerie Lahure, rue (le Fleurus, 9.
- Appareil d’inhalation que l’on peut faire soi-mème.
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- N" 1087. — 31 MARS 1894.
- LA NATURE,
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- LÀ VÉLOCIPÉDIE SUR RAILS
- C’est de Russie cette fois que nous vient un curieux appareil vélocipe'dique. La gravure ci-dessous reproduit une photographie prise aux environs de Moscou, quelques heures avant le passage du train impérial. Des gendarmes russes, dont l’un monté sur l’appareil, viennent d’inspecter la voie. Le Czar peut passer; rien à craindre des nihilistes !
- Ainsi qu’on le comprend, le personnage central utilise, pour son service de police, une sorte de bicycle (le bicycle, avec sa grande roue motrice à l’avant et sa petite roue de support à l’arrière, a été le pré-
- curseur de notre contemporaine la bicyclette), qui roule sur les rails des voies ferrées. En réalité, le mot bicycle est impropre à cet appareil qui porte sur trois roues : par ses deux roues principales il porte sur le rail de droite, mais il est maintenu en équilibre par un contrefort métallique terminé sur le rail de gauche par une troisième petite roue. Bicycle grossier d’ailleurs, dont les deux roues principales, massives, sont réunies par un corps épais, bicycle dont chaque pièce est à peine travaillée, et qui ne pèse pas moins de 50 kilogrammes !
- Toute primitive cependant qu’est cette machine, elle présente des particularités fort originales. Elle est actionnée à la fois par les bras et par les jambes
- Vélocipède pour l’inspection des voies ferrées en Russie. (D’après une photographie.)
- du cavalier, et remet ainsi en mémoire, avec de grands écarts, la machine à courir Valère que.' La Nature a décrite1. Ici, le cavalier n’ayant_ pas à se préoccuper de la direction do.;ia nia-chine, puisque la machine encast-rée^dans les -rails en suit les courbes, s’emploie tout entieg^A .sa^cr* pulsion. Deux leviers, mus par tes Bras, s’insèrent, à leur extrémité inférieure par une coulisse sür chacune des manivelles du bicycle. On remarque^ que, contrairement au dispositif de la machhïe'A courir Valère, qui fait prendre-.à-sori cavalier l’allure de l’amble, c’est-à-dire lui fait porter, en-avant en même temps le bras et la jambe du même côté (ainsi que dans le pas gymnastique sur place), le
- 1 Voy. n" 1073, du 25 décembre 1893, p. 19.
- 22° année. — 1er ccmcstra.
- •bïsycle fusse po;ur rails .emploie l’allure ordinaire dudrot de l’homniev c’estrà-tîire'lui fait porter en . avant" .en même -Temps- le - bras droit et la jambe gauche,-et récipfoqiîement .(ainsi.que dans le pas gynârtïS'stique accéléré). ' - >
- <s^Oe m’gtoq<Jj«i pas sur les services très réels .quepeut rendre cet appareil peu dispendieux, fort rapide, rie-nécessitant presque pa§. d’entretien, et quHin seuThomme peut gi-sémèht retirer de la voie pour laisser passer un train, çt replacer ensuite sur IçsKails. Il est trop évident que les gardes-voies, les inspecteurs-et ingénieurs des chemins de fer auraient grand intérêt, suivant les cas, à 1 utiliser. On parle beaucoup de vélocipédie militaire : je ne sais pas ‘tVop si, en temps de guerre, les voies ferrées ne seraient pas les seules voies cyclables ! Je rappellerai
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- toutefois que cet appareil grossier de Russie n’est pas une innovation, tant s’en faut! Presque dès l’origine de la vélocipédie, on a compris que la voie ferre'e était la plus pratique, la plus sûre et la mieux roulante. Le plus ancien exemple de vélocipédie sur rails que je connaisse est cité par le Courrier d'Al-bany du 20 août 1860, qui rapporte que, sur les rives du Mohawsk en Amérique, deux propriétaires s’étaient fait construire, pour visiter leurs terres, de petits wagonets qu’ils actionnaient par les bras et par les jambes en utilisant les voies ferrées1. Ce journal ajoute qu’un soir, dans un accès de jalousie, les deux inventeurs se précipitèrent l’un contre l’autre sur un remblai de 100 pieds de haut, pai une façon de duel très yankee, que les wagonets furent brisés et l’un des duellistes tué sur le coup! Sans m’attarder à ce récit peut-être fantaisiste, je rappellerai encore qu’à Paris, le 28 décembre 1887, le génie militaire, représenté par le capitaine Hou-daille, fit l’essai, sur la ligne de l’Est, près du dépôt des machines de la Villette, d’un quadricycle pour rails construit par M. Vincent. On obtint une vitesse de 50 kilomètres à l’heure. Malheureusement l’appareil pesait 90 kilogrammes et fut, pour ce motif, abandonné. Depuis, le constructeur vélocipédique Truf-fault, qui joua dans l’histoire du cyclisme un rôle si important,établit, à l’instar des Américains, un quadricycle pour rails ne pesant pas plus de 25 kilogrammes et fournissant en palier une vitesse de 40 kilomètres à l'heure. Les chemins de fer de l’État français commencèrent des essais. C’était en 1891. Nous sommes en 1894 : les essais se poursuivent, sans conclusion. Il faut heureusement aujourd’hui compter beaucoup en France sur l’exemple de la Russie!
- L. Raudry de Saunier.
- LES ÉMAUX CRISTALLISÉS
- ET LES COULEURS DE GRAND FEU
- M. A. Bigot, docteur ès sciences, a présenté récemment, à la Société d'encouragement pour l’industrie nationale, une série d’émaux cristallisés et de grès colorés, qui, par leur richesse de tons et la beauté de leur aspect, se placent en dehors de tout ce qui a été fait jusqu’ici. Les émaux cristallisés, nul ne l’ignore, sont le rara avis de la céramique.
- 11 y a quelque trente ans, J.-J. Ebelmen en fit à la Manufacture de Sèvres, en se servant de fours à cuire la porcelaine. La méthode qu’il employa, est celle que les chimistes utilisent tous les jours dans les laboratoires pour faire cristalliser les composés minéraux ou organiques : on dissout les corps que l’on veut faire cristalliser dans un liquide approprié et les cristaux prennent naissance au fur et à mesure de l’évaporation de ce dernier. Aux dissolvants ordinaires, J.-J. Ebelmen substitua des corps qui se volatilisent à de très hautes températures et qui, cependant, à un certain degré de chaleur, lorsqu’ils sont en fusion, sont des dissolvants énergiques pour la plupart des oxydes métalliques ; tels sont l’acide borique,
- 1 Nous avons publié une Notice relative au Vélocipède sur les voies ferrées, n° 495, du 25 novembre 1882, p. 416.
- le borate de soude, l’acide phosphorique, les phosphates alcalins. J.-J. Ebelmen réussit ainsi à obtenir des minéraux cristallisés, entre autres la spinelle, l’émeraude, le péri-dot, le corindon. Les cristaux ainsi préparés, généralement disséminés au milieu de la masse vitreuse et solidifiée du dissolvant, constituaient de véritables émaux cristallisés. Mais Ebelmen avait plutôt en vue la reproduction de certaines espèces minérales que la fabrication d’émaux inaltérables ayant une valeur marchande.
- Se plaçant surtout à ce dernier point de vue, M. Bigot a repris les travaux d’Ebelmen. Ce savant avait surtout étudié, comme nous venons de le dire, les dissolvants, qui, à haute température, étaient aptes à dissoudre certains oxydes ou certains sels, et à les laisser cristalliser ensuite par évaporation lente et refroidissement. M. Bigot ne dissout dans ses émaux, si ce n’est pour les colorer, ni oxydes, ni sels; il est parvenu, après de longues et patientes recherches, rendues plus ardues encore par la difficulté d’obtenir des températures de 1300 à 1400 degrés, à les faire cristalliser partiellement eux-mêmes. Les cristaux se présentent généralement sous forme de longues aiguilles soyeuses, emprisonnées dans une masse vitreuse qui résiste à l’action de l’air et à presque tous les agents chimiques; leur couleur peut varier à l’infini.
- Les résultats obtenus par M. Bigot sont des plus remarquables. L’inventeur arrive à obtenir une série de plats dont le fond est parsemé de brillantes paillettes cristallines; quelques-unes atteignent plus d’un centimètre de long.
- M. Bigot a porté également son attention sur les couleurs de grand feu que le titane est susceptible de fournir. En fait de couleurs, on n’avait guère jusqu’ici que le rouge, le vert et le bleu de cuivre, le bleu de cobalt, les violets et les noirs de manganèse et le vert de chrome. M. Bigot a pu obtenir : le bleu, le blanc, le mauve, le jaune vif, le vert, l’orangé, le rouge vif, le brun, le bleu vert et le violet. C’est une gamme nouvelle de tons qui complète, d’une façon heureuse, la série jusqu’ici fort restreinte des couleurs de grand feu.
- Ces couleurs subissent les influences les plus diverses : la température, la durée de la cuisson, la nature de la flamme jouent un grand rôle sur leur état. Ainsi un émail à base de titane et de fer est jaune sale si la température ne dépasse pas 1200 degrés. Il devient rouge vif à 1500 degrés. Un autre émail à base de titane et de naryte, maintenu pendant une demi-heure à sa température de fusion, est brun, tacheté de bleu. S’il reste dans un four industriel de douze à vingt-quatre heures au rouge, il est jaune vif orné de bleu vert. En flamme oxydante, le titane et le fer donnent un rouge vif; en feu de réduction, une couleur brune.
- M. Bigot poursuit en ce moment ses travaux avec d’autres métaux. Les faits acquis doivent l’encourager à suivre la voie si féconde qui est ouverte devant lui.
- Marius Otto.
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- LES JOURS DE LA SEMAINE
- Les noms des jours de la semaine viennent évidemment de ceux des corps célestes connus des anciens, Soleil, Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Il ne saurait y avoir de doute pour le Soleil qui a fait sunday en anglais, sonntag en allemand (Sun ou Sonne, Soleil et day ou tag, jour). Il est vrai que nous disons dimanche dans les races latines, nous expliquerons bientôt pourquoi. Point de doute non plus pour la Lune, qui a donné
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- Monday en anglais, lundi chez nous (di ou dies, jour, et lun ou lunæ, de la Lune ; dans le sud de la France, on n’a pas fait l’inversion et on a : dilune). Mars a donné mardi (dimars), Mercure, mercredi (dimécre), Jupiter, jeudi (dijo ou dijou), Vénus, vendredi (divendre), Saturne, samedi (disate). 11 est vrai que les deux premières lettres Sa de Saturne restent seules dans le mot samedi, mais il y en a trois, Sat dans le langage du sud de la France, et les Anglais disent Salurdav, la question est jugée. Quant à dimanche, pour les peuples Latins, son nom de jour du Soleil a été changé primitivement pour celui de- jour du Seigneur, en latin : (lies donumea. Cette expression est restée presque intacte en italien où ce jour se nomme domenica. Il est Lien clair, en outre, que dominica a fait le nom Saint Dominique, que celui-ci est devenu Saint-Domingue, et en espagnol et en portugais : domingo pour le nom du jour en question. Les langues du sud de notre pays ont repris domingo pour en faire dominge, domenge, et le di qui précédait les autres noms des jours s’est substitué à do, on a donc eu ainsi, en langues d’oïl et d’oc : di-lun, di-mar, di-mècre, di-jou, di-vendre, di-sale, di-menge, d’où diruange, dimanche. 11 est bien curieux de voir les anciens Indiens avoir les mêmes désignations pour les jours de la semaine, et dans le même ordre : Addita-varam, Soma-varam, Mangala-varam, Bouta-varam, Brahaspaii-varam, Soucra-varam, Sanv-varam, de varam (jour) et Addita (Soleil), Sonia (Lune), etc., et de se demander d’où vient cet ordre bizarre : Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne, Soleil, qui ne rappelle rien de régulier. Pour les anciens, avec le système de Ptolémée, un ordre régulier devait donner : Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter et Saturne, des distances supposées de ces corps célestes à la Terre. On a donné de si bizarres raisons du fait qui nous occupe là, que la fantaisie suivante a presque autant de valeur qu’elles. On aurait un ordre régulier des jours, d’après les anciens, en écrivant suivant leur ordre régulier : Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, puis .en prenant la Lune pour nommer le premier jour, lundi, on comptera jusqu’à cinq en disant : 1, Lune; 2, Mercure; 3, Vénus; 4, Soleil; 5, Mars, qui fournira mardi. Reprenant 1 pour Mars et comptant de nouveau jusqu’à 5, on aura : 1, Mars ; 2, Jupiter ; 3, Saturne ; 4, Lune ; 5, Mercure ou mercredi. Recommençant à Mercure pour compter jusqu’à 5, il viendra : 1, Mercure; 2, Vénus; 5, Soleil; 4, Mars; 3 Jupiter ou jeudi et ainsi de suite. On sait la valeur cabalistique que les anciens donnaient aux nombres impairs 1, 5, 3, 7, etc., ce serait ici le nombre 5 qui jouerait son rôle. J. Visor.
- LE SENS DU TOUCHER
- On a discuté à perle de vue sur ce fait, en apparence paradoxal, que nous voyons redressés des objets dont l’image est renversée dans notre œil. Rien cependant ne devient plus compréhensible, lorsqu’on observe la manière dont se fait l’éducation de notre sens de la vision. Nous n’avons nullement conscience de la forme et de la position de l’image rétinienne; tout au plus saurions-nous que notre œil est l’organe de la vision si nous n’avions fait depuis notre enfance cette observation qu’en fermant les paupières nous cessons de voir. Certes, il nous est difficile d’analyser notre opinion intime sur ce point, car nous savons trop bien que notre œil est l’organe unique de la vision. Quant à l’interprétation de la sensation optique, nous n’y arrivons qu’en la comparant à chaque instant à ce
- que nous enseigne le sens du toucher, qui est le véritable éducateur de notre œil.
- Le professeur Marc Dufour, l’éminent oculiste de Lausanne, compare l’œil d’un aveugle recouvrant la vue à un télégriphisle mis en présence d’un télégramme écrit suivant un code nouveau. Il n’y comprendra rien, et devra apprendre la signification des signes conventionnels.
- L’importance du sens du toucher, beaucoup plus grande qu’on ne le croit d'ordinaire, est démontrée par une foule de faits observés en compagnie des aveugles ; nous en mentionnerons tout à l’heure de frappants. Il est bien rare qu’un aveugle de naissance recouvre la vue. M. Dufour a cependant eu la bonne fortune de rendre la lumière à un homme qui en avait toujours été privé. La sensation était si imprévue qu’il ne savait littéralement pas que faire de scs yeux, ün lui montra, sur une table, un cube et une sphère; il fut incapable de dire ce qu’il avait devant les yeux, avant d’avoir palpé les deux objets.
- On sait combien l’ouïe est développée chez les aveugles. M. Dufour, qui les a beaucoup observés, mentionnait, lors de la dernière session de la Société helvétique des sciences naturelles, les remarques que voici :
- « Par l’ouïe, l’aveugle signale les petits arbres à 2 mètres de distance, les becs de gaz à 1 mètre; il constate les portes devant lesquelles il passe, les maisons à 20 mètres; cela vient du changement qui se produit dans le bruit des pas ou du bâton, ensuite de la réflexion des ondes sur l'obstacle.
- « L’aveugle, apprécie très bien les particularités de la voix; celle-ci a, pour lui, une physionomie personnelle; il juge, d’après la voix, si une personne a bonne façon ; il sait quelle est sa taille et quel est son âge. ))
- Il est bien certain que, dans la nuit, ou par un brouillard épais, les aveugles ont de grands avantages sur les voyants.Un aveugle peut n’avoir aucune lacune dans l’esprit, car l’ouïe et le toucher suppléent au sens qui lui fait défaut. Mais, ce qu’on croirait difficilement a priori, c’est que l’éducation d’un enfant complètement sourd et aveugle puisse être faite uniquement à l’aide du toucher. L’expérience en a été faite à plus d’une reprise. La Bibliothèque universelle de 1847 cite le cas d’un jeune homme sourd et aveugle, nommé Edouard Meys-tre, auquel on était parvenu à apprendre le métier de tourneur.
- Le cas le plus remarquable est celui d’une jeune fille, llelen Keller, complètement aveugle et sourde, et à laquelle, par le seul sens du toucher, on a enseigné à parler et à écrire. Le Voila Bureau, de Washington, vient de publier sur ces merveilleux résultats un Rapport dont la Bibliothèque universelle et Revue suisse a donné quelque# extraits.
- llelen Keller, qui n’a pas quatorze ans, et dont l’éducation a été faite entièrement à l’aide des mains, parle et écrit non seulement correctement, mais avec brio, et montre déjà une grande maturité d’esprit; elle possède plus d’idées générales et abstraites que plupart des enfants de son âge, et personne ne croirait, en lisant ses lettres, qu’elle n’a pas la pleine jouissance de ses cinq sens. Le cas d’Helcn Keller est extrêmement instructif, en ce qu’il nous montre toute l’importance, trop méconnue, du sens du toucher dans l’éducation. Sans doute, cette enfant est d’une intelligence très au-dessus de la moyenne, et ses éducateurs ont mis tous leurs soins à la développer; mais, quelles que soient les circonstances accessoires de son éducation, nul n’eùt pu prévoir un pareil résultat.
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- MACHINES A PIOCHER
- Notre gravure représente une ingénieuse machine construite par MM. Galland et Granjon; c’est une piocheuse mécanique qu’un seul homme peut facilement faire fonctionner.
- Cet appareil nous paraît devoir s’ajouter aux plus intéressants de ceux du matériel agricole. Il est assurément appelé à rendre des services en exécutant un travail très complet et peu pénible. Si nous en croyons les documents que nous a communiqués le construcleur, l’ouvrier n’ayant qu’à exercer un etfort de 4 à 5 kilogrammes sur les manivelles peut produire, par la combinaison des engrenages, un etfort de 200 à 250 kilogrammes sur le cylindre piocheur. C’est un véritable cric destiné à remuer la terre.
- Le principe de l'invention consiste dans l’emploi, pour le piochage et le sarclage de la terre, d’un cylindre armé de dents d’acier auquel on communique un mouvement de rotation ayant j pour but d’opérer la pénétration des tiges métalliques courbes dans le terrain. En faisant fonctionner l’appareil, l’on soulève et l’on retourne la terre, prise entre les tiges métalliques et cela d’une façon continue. La piocheuse mécanique, en meme temps qu’elle agit, fait avancer automatiquement le chariot qui la supporte. Le cadre de ce chariot est porteur d’une série de couteaux passant entre les dents; ces couteaux ont pour but de couper et de briser les mottes de terre au moment où elles sont soulevées.
- Notre figifre donne une juste idée du système; il ne nous sera pas nécessaire d’en donner une longue description. On voit que l’appareil consiste en un bâti central, porté par un châssis à quatre roues. L’arbre, muni de grandes dents ou piochons, constitue le cylindre piocheur. Une chaîne, passant sui l’arbre, vient s’engrener à la partie supérieure du bâti, sur un pignon qui reçoit son mouvement des manivelles. Pour régler la tension de la chaîne, le pignon et les roues sont montés sur un chapeau qui
- s’emboîte à la partie supérieure du bâti. L’appareil, comme nous l’avons dit, est soutenu par quatre roues, deux en avant et deux en arrière. Les roues sont montées à l’extrémité de leviers articulés sur l’axe de l’outil piocheur. Une combinaison spéciale formée de bielles permet, au moyen de la manivelle, de soulever et d’abaisser à volonté l’outil piocheur. Cette manœuvre sert d’une part à régler la profondeur du piochage, d’autre part à soulever entièrement l’outil piocheur au-dessus du sol pour permettre le transport de l’appareil.
- Il existe un modèle de piocheuse mécanique un peu plus petit que celui dont notre gravure donne l’aspect: il ne comporte que deux roues et fonctionne à peu près de la même manière que le premier modèle.
- La machine à piocher peut être employée avantageusement pour le jardinage et la culture de toutes les plantes en ligne, telles que vignes, betteraves, pépinières, houblons et tabacs. La profondeur du piochage peut être réglée à volonté. Un seul homme avec une machine peut exécuter le même travail que cinq ou six ouvriers opérant à la pioche; en outre le travail est beaucoup mieux fait, car la terre est retournée sens dessus dessous, et les mottes de terre sont bien divisées en menus fragments parce (pic, après avoir été soulevées, elles se trouvent coupées par les couteaux d’acier montés entre chaque rangée de piochons.
- Le modèle que nous représentons ci-dessus peut piocher de 15 à 16 centimètres de profondeur sur 65 centimètres de largeur; le modèle plus petit pioche de 12 à 13 centimètres de profondeur sur 45 à 50 de largeur.
- Le poids de la piocheuse mécanique la rend d’un maniement facile; le grand modèle pèse 140 kilogrammes, le petit modèle a un poids qui varie entre 50 et 60 kilogrammes. Ajoutons que l’ouvrier conserve, pendant le fonctionnement du système, une position verticale bien plus hygiénique que n’est celle du travail actuel. Gaston Tjssandikr.
- Piocheuse mécanique de MM. Galland et Granjon.
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- LA NATURE.
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- APPAREIL SIMPLIFIÉ POUR LA PHOTOMICROGRAPHIE
- Tout le monde connaît à l’heure actuelle l’importance des decouvertes dues à l’emploi du microscope et il est absolument inutile d’insister sur ce point. Il nous paraît préférable de rappeler que les éludes microscopiques peuvent trouver dans la photographie un auxiliaire merveilleux qui permet de fixer d’une manière indélébile le sujet étudié. Sans insister plus que de raison sur certaines préparations qui sont sujettes à s’altérer, comme il arrive fréquemment pour les coupes histologiques, la photographie remplira le rôle d’observateur impartial et fidèle et donnera des épreuves susceptibles d’être étudiées et discutées avec fruit. En cfi'ct, elles peuvent être soumises cà des observateurs différents, être comparées et contrôlées. Il n’en est pas de même évidemment quand une discussion se produit à pro-pos d’observations qui ont pour intermédiaire obligatoire la mémoire plus ou moins fidèle du micrographe, ou qui sont accompagnées de dessins ou de croquis difficilement exempts d’interprétation. Malheureusement la photomicrographie exige l’emploi d’appareils compliqués et coûteux. Sans s’arrêter aux appareils spéciaux, il faudra être possesseur d’un excellent microscope, et combiner l’emploi de cet instrument avec celui d’une chambre noire photographique construite en vue de cette application particulière.
- Et même dans cette combinaison qui est la plus
- simple et [la plus employée par tous ceux qui possèdent déjà un microscope, on est encore arrêté dans certaines hypothèses, parce que le microscope
- construit pour l’observation di-"i>- recte ne convient „ - V pas toujours pour
- \ - la reproduction V photographique.
- C’est ainsi qu’avec les tubes ordinaires de microscope, il est à peu près impossible de photographier de larges prépara lions, comme les moelles, si intéressantes à étudier en pathologie nerveuse. Quant aux bulbes, il n’y faut pas songer. Dans ces cas particuliers, il faudra donc en revenir aux modèles spécialement construits pour l’emploi de la photographie. Ce rapide exposé des difficultés que l’on
- rencontre pour faire de la photomicrographie explique facilement combien peu de personnes, en dehors des laboratoires scientifiques, se livrent à ces travaux pourtant si attrayants.
- Nombre d’ama-leurs de photographie ne crain-draient pas d’aborder ces études nouvelles pour eux, s’ils pouvaient trouver un appareil simple ét peu coûteux et l’utiliser avec le matériel qui leur sert habituellement. C’est cette pensée qui a guidé M. Lemardeley, un jeune opticien des plus distingués, dans la construction d’un petit appareil photomicrographique simplifié que nous sommes heureux de présenter à nos collègues, car à notre avis, il résout complètement Je problème et va ouvrir de nouveaux horizons aux amateurs qui sont dési-
- Fig. 1. — Microscope photographique Lemardeley.
- Fig. 2. — Microscope Lemardeley monté sur une chambre photographique ordinaire.
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- reux île marcher hors des sentiers battus. Nous croyons également qu’il rendra service à bien des chercheurs qui u’ont pas les moyens de dépenser de grosses sommes et qui avec cet appareil pourront poursuivre leurs études spéciales et obtenir d’excellents résultats.
- La ligure 1 représente l’appareil de M. Lemar-deley. Il se compose d’une platine P montée sur colonnes et portant deux valets Y, V. En U on aperçoit l’objectif muni d’un mouvement micrométrique M. U est un condensateur. Enl), se trouve le diaphragme destiné à limiter le champ de l’image. Le tout se fixe sur une rondelle II, analogue à celle des objectifs photographiques, et il suffit de monter celle-ci sur la chambre noire, pour être prêt à opérer (lîg. 2).
- En résumé, nous retrouvons tous les organes d’un microscope ordinaire, moins l’éclairage par le miroir et le tube qui porte l’oculaire.
- La suppression du tube du microscope est capitale, car c’est elle qui permet d’obtenir la disposition essentiellement pratique de l’appareil de M. Lemar-deley, appareil qui s’adapte sur toute chambre noire connue un objectit ordinaire. On évite également de cette manière les reflets qui se produisaient dans le tube de l’objectif et qu’il était parfois fort difficile d’éliminer; enfin rien ne s’oppose plus à la reproduction des préparations à larges surfaces qu’il est impossible de faire avec le tube étroit ordinairement employé. Cet appareil s’éclaire par les rayons directs provenant d’une source lumineuse quelconque placée en avant, à hauteur du condensateur, et à courte distance de celui-ci.
- Naturellement plus la lumière sera intense, plus l’image sera éclairée et plus on aura de facilité pour exécuter la mise au point, et plus également, la pose se trouvera réduite. Dans les essais que nous avons faits, nous avons employé la lumière oxhydrique projetée sur une perle de magnésie; dans ces conditions le temps de pose n’a jamais dépassé quelques secondes. Mais on peut opérer pratiquement avec un bec Auer ou une bonne lampe à pétrole. Le condensateur calculé par M. Le-mardeley est composé d’un système de lentilles colorées de façon à rendre la lumière monochromatique et à obtenir ainsi une bonne définition. Ce système peut s’enlever et l’on a alors un diaphragme de très large ouverture permettante reproduction des préparations à larges surfaces. La platine est disposée d’une façon particulière, elle est écbancréc très largement et les valets destinés à maintenir la préparation sont en dessous, au lieu d’être en dessus comme dans tous les microscopes. Ce simple changement a, au point de vue pratique, une réelle importance, car il permet de mettre la préparation dans un plan toujours le même, quelle que soit l’épaisseur du porte-objet ou du couvre-ob jet.
- En effet, en mettant la préparation, le couvre-objet du coté de l’objectif, celui-ci se loge dans l’échancrure de la platine et ce sera la face supé-
- rieure du porte-objet qui sera toujours en contact avec la partie inférieure de la platine.
- Le système optique étudié également par l’auteur se compose d’une série de lentilles calculées pour donner divers grossissements. Dans l’appareil que nous avons eu entre les mains, le rapport du pouvoir grossissant des diverses combinaisons était : lre combinaison : 5 diamètres; 2e, 20 diamètres; 5e, 50 diamètres. Nous ne parlons ici bien entendu que du pouvoir propre de chaque combinaison et non de la taille de l’image qui varie d’autre part d’après le tirage de la chambre entre cinq et plusieurs centaines de diamètres. Le système de montage de l’objectif est intéressant à signaler, car M. I xmardeley, pour rendre son invention encore plus pratique, a réalisé un système démise au point automatique, ce qui facilitera singulièrement, il faut en convenir, les opérations pour tous ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’usage du microscope. Le tube porte-objectif X glisse dans un tube Z, commandé parla vis micrométrique. Ce tube porte deux encoches E, E' de profondeurs différentes. En plaçant la goupille G du tube porte-objectif dans l’une ou l’autre de ces encoches, ou encore en contact avec le bord du tube Z, on place automatiquement l’objectif à la distance voulue pour qu’avec chaque grossissement l'image soit nette sur la plaque, photographique. Ce dispositif évite tout tâtonnement, et la vis micrométrique ne sera employée que pour parfaire la mise au point si cela est nécessaire, manœuvre qui sera inutile si l’appareil est bien réglé et pour un même tirage de la chambre noire, bien entendu. Si l’on emploie un court foyer, la goupille doit être mise dans l'encoche la plus profonde afin de rapprocher la frontale de la préparation ; dans le cas où l’on emploie les autres combinaisons à plus longs foyers, on se placera dans l’encoche la moins profonde, et enfin contre le tube Z, pour les plus faibles grossissements.
- Comme on le voit par cette description, l’appareil de M. Lemardeley est remarquable par sa simplicité d’exécution et de fonctionnement, et nous sommes convaincu que ces qualités lui assureront un réel succès. Albert Loxde.
- QUESTIONS RELATIVES A L’ÉCLAIRAGE
- Dans le numéro 1080 de La Nature (10 février 1894), on lit, p. 171, que tes métaux émettent leurs premières radiations visibles entre 577 degrés et 417 degrés, tandis qu'à la page 175, la température minima de l’émission lumineuse est indiquée comme étant comprise entre 490 et 500 degrés. Où est la vérité? Draper avait indiqué 525 degrés comme la température du rouge naissant, et M. II.-F. Weber 1 d’abord, M. Fmden ensuite, ont montré, par de délicates expériences, que la teinte rouge est précédée par une lueur grisâtre dont ils fixent l’apparition aux températures plus basses mentionnées par M. Ch. Henry.
- MM. Kennelly et Fessenden, dont les expériences sont
- 1 Die Enlwickelwig der JAchtemission glühender f'ester Kôrper. (Académie de Berlin. 9 juin 1887.)
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- mentionnées dans la chronique, n’ont-ils pas su voir cette lumière cendrée, ou MM. Weber et Emden ont-ils été trompés par une apparence? C’est ce qu’il est difficile de dire sans avoir étudié avec le plus grand soin tous, les détails de l’expérience.
- Les physiciens américains opéraient sur un fil de 4 centièmes de millimètre entouré d’un tube de verre, et on peut craindre que la source, trop peu étendue, n’impressionnât pas suffisamment la rétine. Peut-être aussi n’attendaient-ils pas que leur œil eût atteint toute la sensibilité nécessaire pour la perception des excitations les plus
- S 20 !•»
- faibles. Ils parlent, de plus, de lumière rouge, circonstance à noter.
- Il paraît certain, depuis les recherches de M. Weber, que la première teinte que l’on perçoit est pour ainsi dire incolore. Mais cela peut n’être qu’une illusion, ainsi que l’a fait observer M. T.-C. Porter. En effet, toutes les lumières très faibles nous donnent une impression indépendante de la couleur. Au crépuscule, les lumières et les ombres sub-1 sistent longtemps
- après que toute couleur a disparu. Les expériences de MM. Kennelly et Fessenden apportent, dans le débat, un document qui remet tout en question.
- : Je voudrais relever, dans le très intéressant article de j M. Ch. Henry, deux opinions erronées, dont je me gar-
- 0,5 0,0 0,7 03 09 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 p.
- Fig. 1. — Les ordonnées représentent les épaisseurs d’eau en centimètres; les abscisses, les longueurs d’ondes exprimées en microns ou millièmes de millimètres.
- ,Fig. 2. — Énergie de la radiation de l’arc en fonction de la longueur d’onde.
- derai de le rendre responsable, car elles sont celles de la plupart des physiciens qui n’ont pas examiné la question de très près.
- La première se rapporte au pouvoir absorbant d’une solution d’alun. Tout le monde répète qu’une solution saturée d’alun ammoniacal absorbe les radiations obscures plus énergiquement que l’eau pure. D’où vient cette superstition? Car c’en est une. Depuis les travaux moyennement précis de Melloni, jusqu’aux méticuleuses recherches exposées par sir John Conroy devant la Société royale de Londres, le 19 décembre 1889, aucun fait (si ce n’est une expérience exécutée avec le radiomètre de Crookes) n’est venu motiver cette opinion; tout, au contraire, porte à croire que l’alun en solution est inactif. Il n’en est pas de même des sels ferreux, qui, d’après les expé-
- riences de M. Zsigmondy, sont extrêmement absorbants.
- La seconde opinion, très répandue aussi, que je voudrais combattre, consiste à admettre que l’on a une valeur sensiblement exacte du rendement lumineux d’un foyer en déterminant la proportion de son énergie rayonnante qui traverse une couche d’eau. Cette idée est née simplement du fait que la portion transmise est très faible (0,017 à 0,018 d’après sir J. Conroy pour une lampe d’Ârgand), et l’on ne pouvait guère supposer que le rendement optique de nos foyers fût encore moindre. Il l’est cependant, comme le montrent immédiatement les diagrammes ci-contre.
- La figure 1 représente les épaisseurs d’eau qui réduisent respectivement à 0,9, 0,5, 0,1, les radiations dont les longueurs d’onde sont portées en abscisses.
- Dans la figure 2, la courbe pleine correspond à l’énergie de la radiation de l’arc en fonction de la longueur d’onde. Les courbes pointillées montrent ce qui reste de cette énergie lorsqu’elle a traversé 5 et 20 centimètres d’eau. Toute la portion à droite de la ligne AB est invisible ; le calcul du rendement optique est faussé d’autant.
- Le résultat est encore plus désespérant qu’on ne l’avait cru, et nous montre à quel point nous sommes prodigues des ressources qui nous sont confiées. Nous nous consolerons en constatant que l’on est en bonne voie de progrès.
- Ch.-Ed. Guillaume.
- L’ÉLECTRICITÉ
- DANS LES HÔTELS MODERNES
- Parmi toutes les stations centrales qui s’établissent aujourd’hui pour distribuer l’énergie électrique, il en est quelques-unes qui méritent de fixer un instant notre attention. Nous avons décrit autrefois les installations électriques de l’Hôtel Continental, à Paris1; l’énergie électrique produite était surtout destinée à l’éclairage ou à quelques applications mécaniques fort restreintes. Les journaux américains nous apportent la description d’un nouvel hôtel, le New-Netherland, à New-York. Celui-ci se distingue de ses rivaux, déjà établis en très grand nombre et sur de très vastes proportions.2, par les nombreuses applications qui ont été faites de l’énergie électrique.
- La station centrale de l’Hôtel renferme deux machines à vapeur Watts-Campbell Corliss de 350 et 250 chevaux, et une machine à grande vitesse Mc Intosh et Seymour de 150 chevaux. Les volants des machines Corliss actionnent à l’aide de câbles en coton une transmission intermédiaire qui, à son tour, met en mouvement des machines Edison, comme le représente notre figure. Des dispositions particulières permettent à volonté d’arrêter ou de mettre en route une machine quelconque. L’installation est prévue pour alimenter à la fois, en service normal, 3000 lampes de 10 bougies, et à l’occasion 6000. Nous n’insisterons pas sur l’éclairage qui a été réalisé dans ce nouvel hôtel, et nous signalerons surtout les applications électro-mécaniques. Une
- 1 Yoy. n° 719, du 12 mars 1887, p. 231.
- * Voy. n° 951, du 22 août 1891, p. 187.
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- douzaine de ventilateurs de modèles divers sont installés sur le toit, et sont actionnés par des moteurs électriques Edison de puissances variées. Ils permettent d’obtenir une bonne ventilation dans toutes les parties de lTIôtel. Plusieurs ascenseurs et monte-charge fonctionnent également à l’aide de moteurs électriques. Dans la cuisine, un moteur de faible puissance met en marche un tampon pour polir l’argenterie. Un grand nombre d’autres moteurs sont également utilisés pour faire fonctionner les machines à blanchir, les séchenrs et les machines à cylindrer le linge. La figure ci-jointe montre la disposition adoptée pour une de ces der-
- nières machines; un moteur Edison commande une double transmission par courroies qui agit sur la machine.
- A côté de l’usine électrique est installée une station centrale téléphonique pour desservir tout l’IIôtel; notre dessin représente le tableau de distribution téléphonique ainsi que l’appareil adopté.
- Toutes ces dispositions permettent d’assurer un service d’hôtel dans les meilleures conditions pratiques et en même temps économiques.
- J. Laffargue.
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- L’electrieité dans Thotel New-Nethcrland à New-York.
- Bureau téléphonique. — Machines à cylindrer le linge.
- PHOTOGRAPHIES
- DE NOS CONTEMPORAINS CHEZ EUX
- Nous avons souvent insisté sur l’importance que présente la photographie au point de vue de l’enregistrement des phénomènes ou de la fixation permanente de l’image des objets en mouvement, ce qui permet de conserver l’aspect d’une foule remuante, d’hommes en action et, par conséquent, d’événements qui s’accomplissent1. La photographie est l’auxiliaire le plus précieux des sciences exactes, elle permet de mesurer le nombre des étoiles dans le ciel, elle contribue à la découverte de corps cé-
- 1 Voy. La Photographie et l'Histoire, n° 1055, du 19 août 1895, p. 190. — Voy. aussi n° 1075, du 0 janvier 1894, p. 88.
- Station centrale électrique. — Appareil téléphonique.
- lestes nouveaux, elle prête constamment son concours au physicien, au micrographe, au naturaliste, au physiologiste : il n’est pas de recherches scientifiques qu’elle ne puisse éclairer.
- Nous avons parlé précédemment des ressources que la photographie fournit à l’histoire, en enregistrant de grands événements; nous allons nous occuper aujourd’hui d’un sujet non moins intéressant, celui qui se rattache à la reproduction des portraits des hommes célèbres et à celle du milieu où ils vivent, où ils exécutent leurs travaux. Les grands peintres livrent à leurs contemporains et à leurs descendants des œuvres qui donnent la reproduction fidèle des personnages qu’ils représentent; mieux que lé photographe, le peintre sait, quand il est habile, donner au visage de son modèle l’expres-
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- M
- Borthelot dans son cabinet de
- travail. Fac-similé d’une photographie de M. Dornae. {Nos contemporains chez eux
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- sion et la physionomie juste, mais le peintre ne s’attache qu’au personnage, il fait à son tableau un fond de fantaisie, ou un décor qui sont le produit de son imagination ou des effets qu’il veut obtenir pour mettre son œuvre en relief : il dédaigne les détails du milieu où vit habituellement son modèle, et des objets qui l’entourent.
- La photographie, au contraire, excelle à reproduire tous les détails : si elle représente un savant ou un écrivain dans son cabinet de travail, elle reproduit avec une perfection et une exactitude parfaites l’ameublement et tous les objets qui le composent; au point de vue historique on se trouve avoir un document intime et réel, qui, selon nous, doit être considéré comme un précieux complément de la peinture. C’est dans la voie que nous indiquons ici qu’un de nos photographes, praticien des plus habiles, M. Dornac, a entrepris une œuvre considérable que nous avons déjà signalée 1 et sur laquelle nous allons revenir. Il s’agit de l’exécution des photographies de Nos Contemporains chez eux. M. Dornac va chez les célébrités du jour, chez les hommes de lettres, chez les savants, chez les artistes; il fait leurs portraits dans leur bureau, dans leur salon, dans leur laboratoire. Les résultats obtenus sont remarquables, etsuscitent des observations curieuses.
- La collection des photographies faites jusqu’ici par M. Dornac, atteint le chiffre de quarante; elles sont des plus attrayantes à considérer. Nous avons précédemment donné le portrait de M. Pasteur1. Nous reproduisons aujourd’hui celui de M. Berthelot dans son cabinet de travail de l’appartement qu’il occupe au Palais de l’Institut.
- Nous n’avons pas la prétention de rappeler ici les travaux et les découvertes que l’on doit au grand chimiste dont notre gravure reproduit l’image; ce serait faire injure à l’importance de ce que la science et la philosophie lui doivent, que de tenter d’en donner l’énumération en quelques lignes.
- Notre but est de parler photographie et d’insister sur l’intérêt de la collection deM. Dornac. 11 faut feuilleter sa belle série d’épreuves, pour se rendre compte de la précision des documents qu’elle réserve à nos descendants. Nos successeurs pourront voir l’admirable tête de Gounod que la photographie représente avec l’art d’un Rembrandt, au moment où il s’inspire de quelque grande composition musicale; voici sa bibliothèque, son buste au fond de la pièce, le bureau de travail où il écrit, Ainsi de suite pour les autres portraits : M. Janssen est assis dans son salon tout enrichi des curiosités qu’il a recueillies dans ses lointains voyages; M. Milne-Edwards a devant lui les squelettes des animaux qu’il étudie au Muséum; M. Lippmann fait des études au microscope dans son laboratoire de la Sorbonne; Camille Flammarion est debout au milieu de sa bibliothèque, méditant sur la Pluralité des Mondes, et l’auteur des photographies de Nos Contemporains chez eux a voulu que le
- 1 Yoy. n° 976, du 15 février 1892, p. 168.
- signataire de cet article fût représenté au milieu de sa collection aéronautique.
- Si des savants, nous passons aux écrivains, nous voyons Alexandre Dumas attablé à son bureau avec son costume de travail, Zola écrivant un roman dans son élégant cabinet, Pailleron dans son délicieux salon; nous voyons se succéder sous nos yeux, dans les intérieurs qui sont le théâtre de leur travail quotidien, Jules Simon, Meilhac, Ilalévy, Sardou, Coppée, Pierre Loti, Claretie, Alph. Daudet, Francisque Sarcey; nous pénétrons dans le salon des comédiens, chez Mounct-Sully qu’on dirait dans un atelier de sculpteur, ou chez Coquelin, dont les tableaux sont méthodiquement alignés. Nous avons notre entrée dans la Bibliothèque du Président de la République. Parmi les chirurgiens nous voyons le portrait du Dr Péan devant le lit d’opération, et en continuant à feuilleter l’album, nous admirons la variété des tableaux; la disposition des meubles, des objets d’art, des bibliothèques, des livres et tous les détails de la vie intime qui apparaissent, reflètent en quelque sorte le caractère et les goûts du personnage représenté. Gaston Tissandier.
- LES GRAINES SAUTEUSES1
- A différentes époques, le Muséum d’histoire naturelle de Paris a reçu des graines ou plutôt des coques* d’une Euphorbiacée du Mexique, qui présentent, en assez grand nombre, la singulière propriété d’exécuter, dans certaines circonstances, des mouvements variés et de sauter quelquefois à plusieurs centimètres de hauteur. Notre figure 1 représente (n°8) cette graine de grandeur naturelle.
- Chacune des trois coques constituant le fruit de l’Euphorbiacéc en question représente le tiers d’une sphère qui aurait été coupée en trois tranches égales, et possède, par suite, deux faces planes se coupant à anglœobtus et une face convexe. Cette dernière face présente presque toujours une légère saillie où carène médiane.
- Si certaines de ces coques sont soumises à une température convenable, — comprise de préférence entre 15 degrés et 25 degrés,— elles commencent à se mouvoir, au bout de quelques instants, d’une manière presque imperceptible tout d’abord; puis, l’action de la chaleur se faisant mieux sentir, leurs mouvements deviennent brusques et rapides. Il est alors très curieux de les voir se déplacer de côté et d’autre, par saccades. Enfin, si on les laisse exposées à la chaleur, elles ne tardent'pas à exécuter de petits sauts et à s’élever de 5 à 8 millimètres environ au-dessus de la surface sur laquelle elles ont été déposées.
- Parmi les personnes qui constatent ces singuliers
- 1 Yoy. n° 1059, du 16 septembre 1893, p. 254. Les graines du Diable.
- 2 Le mot graine n’est pas exact, car il s’agit là, en réalité, de chacune des trois parties ou carpelles uniovulés qui constituent le fruit de cette Euphorbiacée. Chacune de ces coques ou carpelle contient une seule graine à son intérieur.
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- mouvements, il en est fort peu qui en devinent la véritable cause, et il est très curieux d’entendre les hypothèses émises. Le vulgaire est bien près de croire à un stratagème, disons le mot, à un truc ; et même, lorsqu’on lui a donné l’explication scientifique du phénomène, il ne paraît pas toujours bien convaincu, et son visage exprime encore un peu de méfiance. Les personnes que leurs études ont dirigées vers les sciences pensent qu’il faut voir là l’action d’un mécanisme en miniature dissimulé dans une boite minuscule simulant la forme d’une graine, ou bien des phénomènes d’aimantation, on encore des effets de dilatation inégale des parois d’un fruit sous l’influence de la chaleur.
- La cause réelle de ces curieux mouvements est due, en réalité, à la présence d’une petite chenille ou larve de Lépidoptère, complètement dissimulée à l’intérieur de la coque. Seules, les coques attaquées présentent les mouvements signalés.
- Le papillon qui provient de cette larve appartient au genre Carpocapm ; il a été désigné sous le nom de C. Deshaisiana par un entomologiste français, M. II. Lucas, et sous le nom de C. saltitans, par un entomologiste anglais, J. 0. Westwood.
- Nous allons d’abord décrire la larve, et nous expliquerons ensuite comment elle imprime aux coques qu’elle habite les mouvements dont nous avons parlé.
- Cette larve, ou chenille, est longue d’environ \ 1 millimètres, et sa largeur est à peu près de 5 millimètres. Elle est presque glabre et de couleur jaune clair. Ses pattes sont au nombre de huit paires (trois paires de pattes écailleuses et cinq paires de pattes membraneuses). La tète, jaune roussàtre, est convexe et arrondie sur les cotés latéro-postérieurs. Elle est plus longue que large et divisée dans son milieu par une impression de forme triangulaire à bords roux foncé. Elle est profondément écliancrée en arrière et recouverte en partie par un pli du prothorax. Les organes visuels sont représentés par quatre ocelles d’un noir brillant. Ils semblent être protégés par quelques poils raides et allongés situés dans leur voisinage. Les mandibules sont roussâtres, très petites, bordées de noir et finement dentelées à leur côté interne. La lèvre supérieure, très petite, est rousse. Les mâchoires, la lèvre inférieure, les palpes maxillaires et labiaux sont d’un jaune légèrement teinté de rose. Les antennes sont très courtes. Le corps comprend douze anneaux, la tête non comprise. M. IL Lucas est le premier entomologiste qui ait étudié d'une manière complète, et avec une sagacité, une patience que l’on ne saurait trop admirer, la façon dont la larve produit les mouvements de la coque. Il coupa, ou pour mieux dire, abattit, l’une des deux parties planes de la coque. U put alors constater que, privée de cette sorte de plancher, la chenille éprouvait beaucoup de peine à exécuter ses mouvements. Il essaya ensuite de remplacer la partie abattue par une très mince lamelle de mica, pensant que la transparence de cette
- substance lui permettrait d’épier toutes les allées et venues de la larve. Mais il s’aperçut rapidement <pie ce procédé était défectueux; car ce n’était pas précisément le péricarpe ou paroi de la coque, qui était nécessaire a l’insecte pour exécuter ses mouvements, mais bien un tissu soyeux dont est revêtue toute la surface intérieure de cette coque. Â peine la lamelle de mica avait-elle été appliquée, que la larve tissait une nouvelle portion de toile en contact direct avec le mica.
- M. II. Lucas se contenta alors d’enlever tout simplement une des parois dp la-coque, sans lui rien substituer. La larve remplaça la paroi abattue par une toile très mince; ce (pii permit d’observer, par transparence, tous les mouvements.
- Lorsque la coque était placée sur la partie plane qui lui restait, la larve s’agitait avec rapidité, faisait le tour de son étroite cellule, et finissait par monter à la partie voûtée, où elle se tenait étendue de manière à en toucher les deux extrémités. Elle ramenait ensuite la partie postérieure de son corps'et la fixait au moyen de ses trois dernières paires de pattes sur la partie interne du péricarpe tapissée par une soie extrêmement fine et à mailles très serrées. Cette position étant prise, on voyait la larve se renfler depuis la tête jusqu’au milieu du dos, puis rester accrochée par les trois dernières paires de pattes seulement, en se laissant pendre et en affectant à peu près la forme d’un croissant. Une fois cette position prise, la chenille donnait un petit élan, en balançant sa tête de droite à gauche; elle jetait ensuite, avec une grande violence, toute sa région sternale vers l’une des extrémités de la coque qui faisait aussitôt un petit bond accompagné d’un bruit sec.
- Les premières paires de pattes ne restaient pas neutres, elles se contractaient, rentraient et sortaient alternativement et sui vaient les mouvements très rapides effectués par toute la partie thoracique.
- Lorsque la coque était placée sur la partie voûtée ou convexe, la chenille prenait des allures beaucoup plus agitées, ses mouvements étaient plus rapides et semblaient accuser une certaine inquiétude. Elle ne cessait que lorsqu’elle avait réussi à faire retourner la coque sur l’une des parties planes; voici comment elle s’y prenait. Elle montait d’abord vers l’une des parties planes, y prenait la position indiquée ci-dessus, laissait pendre, en se courbant en arrière, la moitié antérieure de son corps, la ramenait ensuite brusquement en la contractant. Cette partie antérieure se détendait ensuite avec violence et venait frapper sur la membrane en saillie longitudinale qui sépare les deux parties planes. Elle répétait cette manœuvre très vile et avec une sorte d’acharnement, car M. II. 1 jucas a pu compter jusqu’à vingt-cinq coups consécutifs sans que la partie postérieure ait fait le moindre mouvement, et il déclaré qu’il est très curieux de voir la coque se dresser et rester debout en équilibre, jusqu’à ce qu’un autre coup vienne la faire tomber sur l’une des parties planes. Lorque la coque ne cédait pas, la chenille, fort
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- agitée, faisait rapidement le tour de sa cellule et venait l’attaquer sur un autre point, jusqu'à ce que le succès fut venu couronner ses efforts.
- L’augmentation de température cause une plus grande agitation de la larve, et les mouvements imprimés par la région sternale sont si violents et si précipités que l’insecte, arrivé au paroxysme de la surexcitation, fait bondir la coque.
- Lorsqu’elles sont soumises à une température convenable et régulière, les larves en question, dont toute l’existence est cellulaire, font un séjour de sept à huit mois environ dans les coques. M. II.
- Lucas a constaté que des larves placées dans la ménagerie des reptiles, au Muséum, où il existe jour et nuit la même température, avaient très bien pu opérer leurs métamorphoses; tandis que d’autres qui furent placées dans les serres de botanique du Muséum, où la température est plus élevée, mais humide, n’avaient pu se développer et avaient fini par succomber.
- De notre côté, nous avons possédé, au laboratoire d’entomologie du Muséum, un certain nombre de coques habitées par des larves de Carpocnpsa.
- La température y étant très variable, les éclosions que nous avons pu obtenir n’ont eu lieu qu’au mois d’aoùt 1895. Nous possédions ces coques depuis le mois de novembre 1892 et elles avaient dù être recueillies au Mexique, vers le mois d’août de la même année. Quand la chenille est sur le point de se transformer en nymphe, elle se tisse une coque soyeuse après avoir préparé un moyen de sortie à l’insecte parfait qui proviendra de cette nymphe. Comme nous l’avons déjà dit, la chenille possède des mandibules cornées et finement dentelées qui lui permettent de découper une rondelle dans le péricarpe du fruit. Ce travail est si délicatement fait, que la surface extérieure de la coque ne présente rien de remarquable au premier abord ; mais, si l’on regarde
- avec plus d’attention et à l’aide de la loupe, on distingue un petit opercule circulaire, demeurant en place.
- La nymphe a une longueur de 10 millimètres et une largeur de 5 millimètres. Elle est ramassée, trapue, de couleur ferrugineuse. Il faut d’un à deux mois à cette nymphe pour se transformer en insecte parfait ou papillon.
- L’insecte parfait a une envergure de 20 à 25 millimètres. Le dessus des premières ailes présente une
- teinte gris cendré traversée par un assez grand nombre de stries roussâtres ondulées. L’écusson qu’elles présentent à leur extrémité est gris cendré, bordé de brun roussâlre extérieurement. L’intérieur de cet écusson est coupé par de petits traits d’un noir foncé, dans le sens des nervures. Au côté interne, il est limité par une bande transversale brune qui part du sommet et atteint le bord postérieur. A son sommet, cette bande est ornée de deux petites taches ovalaires d’un gris cendré. Le bord antérieur, gris cendré, est marqué de petits traits d’un noir foncé; lebord externe présente un fin liséré gris cendré clair; et la frange, d’un gris foncé, est interrompue par trois ou quatre points noirs. Le dessous des premières ailes est brun noirâtre avec bord et côté couleur cendré clair; il présente des points semblables à ceux que l’on voit en dessus. Le dessus des ailes de la seconde paire est gris noirâtre avec frange gris roussâtre. Leur lace inférieure est gris roussâtre avec frange gris cendré clair. Les antennes sont de couleur brune teintée de roux. La tête présente une couleur ferrugineuse et les yeux sont noirs. Le thorax est gris cendré, avec bord antérieur teinté de brun. L’abdomen possède une teinte brun ferrugineux. Les pattes sont gris cendré clair.
- Si la larve n’avait pas pris la précaution de découper, avec ses fortes mandibules, un opercule dans le
- EJfiojyiir Sc.
- Fig. 1. — Cnrpocapsa Deshnisinnn et graines sauteuses.
- 1. Papillon (2 fois grandeur naturelle). — 2. Chenille (3 fois grandeur
- naturelle). — 3. Chrysalide (2 fois et demie grandeur naturelle). — A. Chrysalide encore grossie. — 5, 7 et 8. Graines attaquées dans des positions différentes (peu grossies). — 6. Opercule découpé par la chenille.
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- péricarpe delà coque, il serait impossible au papillon d’en sortir; car ce dernier dont la bouche diffère complètement de celle de la larve ne posséderait pas de pièces buccales assez puissantes pour entamer le péricarpe. La précaution prise par la larve se rattache à ces admirables actes instinctifs qui prouvent la prévoyance de la nature en laveur des êtres qu’elle a créés. Le papillon, dans les mouvements qu’il fait pour se débarrasser de l'enveloppe de la nymphe, pousse la rondelle (pii forme opercule ; celle-ci cède tout en restant attachée au péricarpe par quelques fils de soie formant charnière. L’insecte parfait n’éprouvant plus aucune résistance sort de sa cellule en entraînant avec lui une portion de la dépouille de la nymphe qui reste engagée dans l’ouverture.
- Puis, il ne tarde pas à faire usage de ses organes de vol (pii se sont durcis rapidement au contact de l’air. 11 ne faudrait pas croire que les papillons du genre Carpocapsa vivent spécialement au Mexique et dans l'Amérique du Sud. Les fruits de nos pommiers et de nos poiriers sont souvent attaqués par la larve d’un papillon qui sc nomme le <7. pomonella, Lin. (6’. pomonana, Treit.); les châtaignes nourrissent la larve du C. sptendana, ilubn.; les prunes, la larve du C. funebrcQUi; etc.
- Toutes ces espèces se rapprochent par leurs caractères du C. Deshai-siana, Luc. (C. sallilans,
- Westw.).
- Un se demandera peut-être comment et à quelle moment les larves des différentes espèces de Carpo-capsa pénètrent dans les différents fruits dans lesquels elles accomplissent leurs métamorphoses : l’explication en est bien simple. Le papillon femelle choisit, pour y déposer chacun de ses œufs, un fruit à peine noué. Cet œuf est déposé dans l’ombilic et ne tarde pas à éclore, et la petite chenille qui en sort perce un trou pour pénétrer jusqu’au cœur du fruit, où elle trouvera asile et nourriture. Le fruit n’en continue pas moins à grossir et le trou étant proportionné au diamètre de la chenille, qui est à peine grosse comme un crin au moment de son éclosion, on conçoit qu’il s’oblitère facilement et qu’au bout d’un certain temps, il n’en reste plus aucune trace à l’extérieur. Plus tard, lorsque l’on aperçoit, à l’extérieur du fruit, un petit orifice circulaire béant, présentant
- trois millimètres environ de diamètre, on peut être certain que l’insecte parfait a abandonné son premier domicile.
- Les coques sauteuses du Mexique ont été d’abord considérées par certains auteurs comme appartenant toutes à des plantes du genre Colliguaja et à l’espèce connue sous le nom de Colliguaja odorifera, Molina, dont le Croton colliguaja, Sprengel, est un synonyme. D’après d’autres auteurs, le Colliguaja odorifera ne se trouve pas au Mexique, mais appartient à l’Amérique du Sud. Pour ces derniers, la plante appartient au genre Sebasliania, voisin des genres Colftguaja et Croton. Enfin, d’après les recherches les plus récentes, l’insecte se développerait dans les coques d’au moins deux ou trois espèces1 du genre Sebasliania et peut-être même dans des coques appartenant à des genres très voisins. Nous tenons du reste de source certaine qu’un botaniste distingué fait des recherches sur ce point spécial2.
- Les coques du Sebas-tiania bilocularis, — espèce dont le fruit se compose seulement de deux carpelles, — nourrissent la larve d’un Lépidoptère voisin des Carpocapsa, le Grapholilha Sebaslia-niæ, étudié par M. C. V. llilev.
- Enfin, M. Berg a décrit, sous le nom de Grapholilha motrix, une nouvelle espèce dont la chenille vit dans les coques du Colliguaja bra-siliensis, de l’Amérique du Sud.
- Jusqu’ici, les larves de Carpocapsa, de Grapholilha et celle d’un hyménoptère de la tribu des Iehneumo-nides, sont les seuls hôtes dont on ait nettement constaté la présence dans les coques de certaines Euphorbiacées des genres Sebasliania et Colliguaja.
- La présence de la larve de lTchneumonide à côté de celle du Carpocapsa Deshaisiana (ou C. salti-lans) a été signalée par M. H. Lucas. Ajoutons tout
- 1 SebastianiaPalmeri, S. Pringleiet probablement S. bilocularis.
- i Le lalcx ou suc fourni par les arbrisseaux appartenant au genre Sebasliania jouit de propriétés vénéneuses redoutables. 11 paraît que les Indiens l’emploient pour empoisonner leurs flèches; ce qui explique les noms espagnols de Palos de flécha, Yerbas de flécha et le nom anglais d'arrow-weeds donnés à ces plantes, et signifiant tous également Herbes ou arbres aux flèches.
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- de suite que la première constitue un fort mauvais voisinage pour la seconde, qu’elle dévore. M. Lucas pense que l’œuf qui donne naissance à cette larve d’Iehneumonidc est déposé sur le pistil de la Heur peu d’instants après la ponte effectuée par le papillon femelle. L’est encore là certainement un admirable acte instinctif accompli par lTchneumonidc femelle lorsque le moment est venu de déposer ses œuls,et ayant [tour but d’assurer la subsistance à sa progéniture. Edmond Boudage et l\\n, Tkhtüiw
- ü MOUCHE TSÉ-TSÉ *
- M. Léon Dru a fait, à l’niie des dernières séances de la Société nationale d'agriculture de France, une intéressante communication sur la mouche tsé-tsé. Voici comment s’est exprimé M. Léon Dru. 31. le Dr Laboulbène a donné de curieux détails sur la mouche d’Afrique appelée tsé-tsé. et il a exprimé l’idée que la tsé-tsé, encore peu étudiée, il est vrai, pouvait, comme la mouche charbonneuse de nos pays, emprunter son virus aux cadavres d’animaux sauvages dont certaines forêts du continent africain sont parsemées.
- Cette judicieuse observation vient d’être confirmée ces jours derniers, dans une conférence faite à la Société de géographie de Paris, par l’explorateur français, 31. Foa. Ce voyageur a parcouru le sud de l’Afrique dans sa partie orientale; il a traversé les colonies du Cap et le Transvaal, le Matébélé, le 3Jacbona, exploré le Zambèze inférieur et ses territoires jusqu’au lac Nvassa. A son passage à travers le Transvaal, il a constaté la disparition de la tsé-tsé; cette mouche n’y cause plus de ravages. Partout il a vu de belles plantations agricoles et de nombreux et superbes troupeaux de bœufs. On attribue ce fait à une colonisation actuellement très avancée et par suite à la destruction presque complète des animaux sauvages et carnivores. La Glossina morsitans ne trouve donc plus dans ce pays les éléments nécessaires à sa néfaste propagation.
- 31. Foa a séjourné plus de deux ans dans le 31atébélé et la région du Zambèze; il a raconté que, dans une excursion, les vingt-quatre bœufs qui transportaient ses bagages furent assaillis par la tsé-tsé. Ces animaux ne succombèrent pas immédiatement aux atteintes de la mouche; ils vécurent, quoique malades, un mois encore, et leur tin fut subitement provoquée par le refroidissement qu’ils éprouvèrent à la suite d’abondantes pluies. Ils moururent alors tous au bout de deux ou trois jours. Au cours de ces explications, 31. Foa constata aussi, au dire des indigènes, que l’éléphant devenait de plus en plus rare dans cette partie de l’Afrique ; il a pu cependant, par une marche de trois jours, suivre la piste d’une harde de huit éléphants, les atteindre et en tuer deux : les corps furent abandonnés et livrés naturellement à la putréfaction. Enfin, au retour d’une très longue et pénible course, où la disette éprouva cruellement sa caravane, deux de ses hommes affamés mangèrent la chair d’un éléphant mort, qu’ils rencontrèrent. Ces malheureux furent aussitôt pris d’un gonflement extraordinaire de la gorge et moururent empoisonnés. Ces renseignements corroborent donc ceux donnés par 31. le Dr Laboulbène, mais ils laissent toutefois entrevoir, dans un avenir fort lointain, il est vrai, la disparition de la tsé-tsé ou l’époque de son innocuité. Il faut attendre que la colonisation ait pénétré et transformé les immenses contrées du centre africain.
- NECROLOGIE
- Le général l’ave. — L’armée française a perdu récemment un de ses vétérans, le général Favé, âgé de quatre-vingt-deux ans. C’était en même temps qu’un brillant officier, un écrivain et un savant. Né à Dreux, le 12 lévrier 1812, Favé en Ira à l’École polytechnique en 1850 ; il en sortit dans l’artillerie de terre. 11 parcourut tous les grades jusqu’à celui de colonel qu’il obtint le 2 juillet 1859. D’abord attaché au dépôt central, il lit bientôt partie de la maison militaire de l’empereur Napoléon III comme officier d’ordonnance. 11 fut nommé commandant en chef de l'Ecole polytechnique, où il avait commencé, en 1855, à professer un cours d’art militaire et de fortification. Général de brigade en 1805, il fut admis, en 1874, dans le cadre de la réserve. Grand officier de la Légion d’honneur, il était membre libre de l’Académie des sciences. Il avait été élu le 10 juillet 1870, en remplacement du baron Séguier. On a du général Favé plusieurs ouvrages sur la Défense des places fortes, sur Y Histoire et tactique des trois armes, sur Y Histoire de l'artillerie, et sur les Progrès de l'artillerie. Le général Favé partageait les idées de l’empereur sur l’artillerie, il avait à la cour des Tuileries une grande influence, et il en disposait autant qu’il le pouvait, pour venir en aide aux inventeurs, aux savants et aux industriels.
- CHRONIQUE
- Accumulateurs électriques à liquide immobilisé. — Dans Y Eleclrical Engineer, M. P. Sehoop indique le procédé qu’il emploie [tour obtenir une gelée acide pour accumulateurs transportables. 11 n’emploie que de l’acide sulfurique de poids spécifique 1,22, du silicate de soude dilué de poids spécifique 1,20 et du carton d’amiante. L’acide dilué s’obtient en mélangeant une partie d’acide sulfurique concentré avec trois parties d’eau distillée; il faut que l’acide ne contienne pas d’impuretés (platine, arsenic, antimoine, etc.). Le silicate de soude contient toujours du chlore. Pour le purifier, on le mélange à égal volume avec de l’eau distillée, dans une auge en fer, dans laquelle on place ensuite un vase poreux que l’on remplit d’un mélange de cette solution de silicate et d’un égal volume de soude caustique de poids spécifique 1,25. Dans ce mélange on plonge une tôle de fer qui servira d’anode, tandis que l’auge en fer formera le cathode; il faut que les liquides intérieur et extérieur soient au môme niveau. Le courant passant dans ce bain transporte le chlore à l’anode, où il est absorbé par la solution alcaline. La fibre d’amiante s’obtient en faisant bouillir pendant deux heures du carton d’ainiante dans de l’acide sulfurique dilué à poids spécifique 1,10. Le carton se désagrège, forme une pâle que l’on jette sur un filtre et qu’on lave à l’eau distillée. 11 est nécessaire de suivre ces prescriptions avec soin, si l’on veut obtenir une matière utilisable. On procède ensuite de la façon suivante : 18 litres de la solution acide à poids spécifique 1,22 sont versés dans un vase en verre ou en ébonite; on y ajoute 450 grammes de fibre d’amiante encore humide, mais ne retenant qu’un tiers ou la moitié de son poids d’eau. On agite ce mélange pour le rendre aussi homogène que possible, puis on y verse rapidement 4l,5 de silicate ! de soude à poids spécifique 1,20, et l’on agite. Ce mé-! lange est aussi liquide que de l'acide ordinaire, mais il
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- ne doit pus contenir de iîoeons solides. 11 faut alors le remuer constamment jusqu’à ce qu’il prenne un aspect huileux. À ce moment on doit remplir avec ce mélange les éléments, qu’on laisse ensuite reposer pendant vingt-quatre heures. Les plaques doivent être auparavant imprégnées d’acide. Le liquide s’épaissit de plus en plus, et au bout de vingt-quatre heures il forme une gelée solide. En observant ces précautions on n’a pas à craindre une désagrégation de la masse par suite des dégagements de gaz; ceux-ci s’échappent, en effet, entre la plaque et la surface de la gelée. Cette masse conserve toutes ses propriétés à la condition qu’elle soit toujours recouverte d’une légère couche d’acide; si cette précaution n’étail pas observée, la gelée se dessécherait. La rési.-tance de cette masse est à peu près le double de celle de l’acide à 1,20. Les batteries à électrolyte gélatineux se recommandent pour toutes les installations où la surveillance ne peut être très active. Les courts-circuits entre les plaques y sont absolument impossibles; en outre, un vase peut être brisé sans qu’il en résulte une interruption du circuit. Les ateliers de construction d’Oerlikon emploient sur les lignes de tramways de Ilildburghauscn, de Rome et de Zurich, des accumulateurs contenant une gelée préparée sans doute d’une manière analogue. On a constaté qu’au bout de la 400e charge, la capacité des éléments est restée la même qu’au début, et à la 800e charge seulement elle avait diminué environ de moitié.
- Wagons-cherncs pour le transport des vins.
- — La Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée a adopté, pour le transport des vins, cidres et raisins pressés, une forme de wagons qui a donné les meilleurs résultats. Le châssis inférieur est un cadre ordinaire métallique à deux essieux, sur lequel est tixéc une citerne cylindrique en forte tôle; celle-ci a une capacité de chargement de 12 tonnes et le vide intérieur, calculé d’après le poids spécilique du vin, peut contenir 12',500. L’intérieur est séparé en deux compartiments par une cloison oblique percée de trous ; à chaque extrémité de la citerne se trouve un dôme spacieux avec couvercle pouvant être fermé hermétiquement et être rabattu en arrière pour faciliter le remplissage ou l’examen du contenu, ainsi que pour permettre d’entrer dans l'intérieur en cas de réparation. De plus, sous un couvercle spécial se trouve une soupape de sûreté permettant l’échappement des gaz produits par la fermentation du cidre, etc. ; ces trois ouvertures, ainsi que les robinets et tubulures aménagés sous la citerne pour l’adaptation de tuyaux d’écoulement ou d’aspiration du liquide, et un clapet permettant le nettoyage de l’intérieur, peuvent être plombées réglementairement. Tout l’aménagement est combiné de manière à assurer un remplissage et un écoulement rapides, ainsi qu’une manipulation facile et propre; la fermeture hermétique prévient, de plus, toute fraude vis-à-vis de l’octroi.
- Signaux dan» les tunnels. — On vient d’appliquer dans le tunnel de "Weekawken sur le West Shore R. R., aux États-Unis, un système de signaux qui paraît appelé 'a rendre de grands services. Ce tunnel a 1260 mètres de longueur. 11 contient une ligne de lampes à incandescence écartées les unes des autres de 100 mètres environ, placées sur le côté et à la hauteur de l’œil du mécanicien. Si toutes les lampes sont allumées, c’est l’indication de sécurité. Le train en passant agit sur un circuit placé le long de la voie et éteint derrière lui les lampes sur une distance de 350 mètres environ, après quoi elles se rallument d’elles-mèmes. De plus les lampes
- sont sous le contiôle des agents placés aux tôles du tunnel qui peuvent s’en servir pour faire les signaux nécessaires. Ce système permet au mécanicien d’un train d’être averti de la position d’un autre train qui se trouve devant lui et d’en apprécier la distance par le nombre de lampes éteintes. On arrive ainsi à augmenter notablement le trafic qui peut, passer par un tunnel de celte longueur par rapport à ce que permettent les systèmes actuels de signaux.
- Un herbier de Jean-Jacques Rousseau. —
- Un savant Suisse, M. Paul Jaccard, vient défaire connaître un herbier de J eau-Jacques Rousseau qu’il a eu l’avantage de voir à Paris grâce à l’extrême obligeance de Mrae la baronne Bartboldi. Cet herbier a été fait en 1773 par J.-J. Rousseau pour M"° De Lessert (sic), aïeule de M“° la baronne Bartboldi qui le possède actuellement, lise compose de 180 plantes environ, admirablement conservées, formant deux fascicules renfermés dans une boîte en acajou. Cet herbier est fait avec un soin méticuleux et une exactitude qu’on est étonné de rencontrer chez le grand philosophe genevois. Nombre de plantes sont accompagnées de Notes curieuses. M. Jaccard a pu également consulter une lettre qui annonçait l’envoi de l’herbier et d’autres qui le suivirent pour en demander des nouvelles et donner à Mlle Delessert divers conseils sur la manière de le continuer. Ces lettres, ainsi que celles publiées sous le titre de : Lettres élémentaires sur la Botanique, nous montrent que si Rousseau cultivait celte science en amateur, c’était en amateur sérieux. Elles dénotent chez lui un sens profond de naturaliste. 11 récoltait les plantes non en collectionneur mais en amant passionné de la nature dont il comprenait si bien la poésie.
- Rayons crépusculaires colorés. — Un météorologiste suisse, M. Robert, a observé à plusieurs reprises pendant le mois de février dernier, des rayons crépusculaires colorés. Le phénomène était comparable à celui qui été observé en Suisse le 24 octobre 1895. L’apparition du 24 octobre 1895 fut particulièrement belle à voir dans l’atmosphère. Elle se présentait sous la forme d’un gigantesque éventail formé de 16 rayons roses et 16 rayons bleus. Les épreuves photographiques n’ayant pas réussi, M. Robert a pu faire une esquisse au moment du phénomène avec des crayons de couleurs et reportée sur l’IIémi-rama de Lausanne de À. Morlot. Cette esquisse donne une idée exacte, quoique bien terne, de la réalité. Les rayons crépusculaires colorés du 24 octobre 1895 ont été signalés à Blonay, sur Vevey, par M. Nicole, pharmacien. Ses observations correspondent avec les précédentes. 11 reste encore une question à trancher, c’est de savoir si les rayons crépusculaires des mois d’octobre et de février qui se reproduisent à époque fixe, sont dus à l’ombre portée par quelque montagne, visible ou non, située entre l’observateur et le soleil.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mars 1894. — Présidence de M. Lœwv.
- La solubilité des sels. —• Dans des recherches effectuées en 1888, M. Lechatellier a donné une formule relative à la loi de solubilité des sels. Cette formule a été l’objet de nombreuses vérifications expérimentales de la part de divers savants, notamment de MM. Van t’hoff, Van Deventer, Linebarger. Des travaux tout récents ont
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- conduit l’auteur à une deuxième équation s’appliquant au cas des sels isomorphes. Cette équation montre que la courbe normale de solubilité d’un corps déterminé serait la même dans tous les dissolvants, car il n’y a aucun terme relatif au corps dissolvant. Toutefois elle contient la chaleur latente de dissolution qui n’est pas constante et qui varie un peu avec la nature du dissolvant. La courbe définie par cette équation n’est donc qu’une courbe limite autour de laquelle devront se grouper les courbes réelles de solubilité dans les différents dissolvants. Enfin, la courbe en question est comprise entre deux asymptotes parallèles dont l’une est l'axe des températures, vers les
- températures nulles et l’autre l’ordonnée S— j vers les
- températures infinies. Dans l’intervalle il y aura un point
- d’inflexion autour duquel la courbe sera rectiligne sur une certaine longueur.
- Varia. — MM. Haller et Mcnguin ont étudié les deux méthylcyanocamphres isomères. — M. Calmette adresse une Note sur l’emploi du sérum du sang comme agent de transmission de l’immunité dans certaines maladies.
- Cil. DE VlLLEDEUlL.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE BALLON DIRIGEABLE DU CARNAVAL 1)E NICE
- On sait que les fêtes du carnaval à Nice sont les plus réjouissantes du monde, et les cavalcades qui
- Le ballon dirigeable, char du carnaval de Nice en 1891. (D’après une photographie.)
- s’y exécutent sont accompagnées de chars originaux et élégants. Un de nos lecteurs nous a envoyé la photographie du char qui a eu cette année le premier prix du carnaval ; son constructeur a annoncé dans les termes suivants (Prospectus du carnaval de Nice) qu’il a enfin résolu d’une façon complète le problème du ballon dirigeable :
- Ce que les savants n’ont pu trouver, le problème insoluble par excellence, la direction des ballons, je l’ai hardiment résolu. J’ai construit un ballon superbe qui n’est pas un simple ballon d’essai; et pour le faire marcher à souhait, il a été attelé de six robustes percherons qui l’enlèvent et le promènent à travers la ville. Une vraie machine aérienne que ce ballon, avec ses formidables hélices, tournant en tout sens, son gouvernail, son baromètre, ses lunettes d’approche, ses
- canons, ses parachutes, tout ce qu’il faut pour faire naufrage dans les règles. Un colossal mécanicien, proche parent du vieil Eole, est installé à la proue de cet aéroscaphe et souffle vigoureusement dans les ailes des hélices qu’il met en mouvement. La décoration de ce beau char, rouge et jaune, est des plus coquettes et des mieux entendues.
- Inutile d’ajouter que le ballon dirigeable de Nice, qui a été désigné sous le nom de Ballon dirigeable du vingtième siècle, a eu le plus grand succès. Il a obtenu d’ailleurs le grand prix du carnaval. Nous reproduisons son aspect d’après la photographie que nous avons reçue de notre aimable correspondant. l)rZ....
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Taris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1088. — 7 AVRIL 1894.
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- LA MODE
- On a beaucoup écrit sur la mode, mais le plus | souvent, on s’est borné à une simple description, j accompagnée de nombreuses ligures à l’usage des costumiers de théâtre. Quelques-uns sont allés plus loin, et ont affirmé que des lois présidaient à la mode, tout comme à l’évolution sociale.
- Charles Blanc, dans une éloquente préface aux Costumes historiques du douzième au seizième siècle par Mer-curi, dit que : « Le costume est le retlet des coutumes, du principe d’égalité ou d'inégalité, des idées galantes, de l’époque... ». Mais le livre lui-même n’est qu’une suite de dessins coloriés sans aucune explication, et l’auteur n’a nullement développé celte proposition dans le corps de l’ouvrage.
- A Yiollet-Ie-Due revient l’honneur d’avoir fouillé le plus avant dans la recherche des lois de la mode; et, bien qu’il n’ait
- pas écrit de traité sur ce sujet spécial, on trouve néanmoins le souci d’une explication logique, à différentes pages de son « Dictionnaire raisonné du mobilier français, de l'époque Carlovingienne à la Renaissance ».
- A l’article coiffure, il note que : « Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on parle des caprices de la mode. Rien cependant n’est moins capricieux ; car une mode est toujours la conséquence très logique d’un usage antérieur, et, si bizarres ou étranges que paraissent ses expressions, en observant un peu, on en trouve toujours les raisons. »
- Ainsi ce sont « les goûts, les tendances et les mœurs de l’époque qui influent sur le vêtement ». Réciproquement, le vêtement influe sur le physique. Bien que l’habit ne fasse pas le moine, il y contribue beaucoup. Celui qui porte une robe longue a une
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- Fipf. 5.— Cavalier avec souliers à la poulaine au quatorzième siècle. (D'après des gravures du temps.)
- 22a année. — 1er semestre.
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- autreattitude,uneautredémarchect, partant, d’autres idées que l’homme habillé de vêtements courts.
- 11 y aurait là, pour Viollet-le-l)uc, une véritable « physiologie du costume ».
- La mode peut encore être influencée par le goût des peuples voisins, et on la verra se modiiicr suivant les relations pacifiques ou guerrières qu’on aura avec eux. Ainsi Yiollet-lc-Duc raconte qu’à la fin du quinzième siècle, les campagnes d’Italie amenèrent un changement brusque dans la mode masculine.
- Les femmes, plus sédentaires, n’acceptèrent pas aussi facilement ces changements et ne tirent qu’une interprétation très libre de la mode italienne que les hommes suivirent à peu près exactement. Si pendant les croisades, au contraire, la mode féminine fut modifiée, c’est qu’à cette époque, les femmes de tous rangs accompagnaient leurs maris.
- De plus, l’auteur explique pourquoi les modes françaises ne pouvaient calquer exactement les italiennes. « 11 est une chose à laquelle les modes en France sont restées de tous temps fidèles : c’est la linesse de la taille, la longueur du cou et rallongement des flancs, par cette raison que ce caractère physique appartient aux femmes de ce pays. Jamais ces modes n’ont pu se faire aux tailles épaisses et hautes de l’Italie. »
- Ainsi en 1872, deux causes de la création des modes, influence du milieu (mœurs et coutumes, goût du peuple) et relations du voisinage, étaient connues et bien mises en lumière par Viollet-le-Duc.
- Il semble qu’on devait dès lors créer une science du vêtement, une modologie1, comme il existe une sociologie et une ethnologie ; science attrayante s’il en fut, car le vêtement est une des parties à laquelle l’homme, mais surtout la femme, apporte ses plus constantes préoccupations. Néanmoins cette science ne fut pas fondée, car les lois indiquées par Viollet-le-Duc étaient loin de tout expliquer, et personne ne continua ses travaux.
- Certaines modes extravagantes ne peuvent en effet s’expliquer ni par un besoin, ni même par une idée utilitaire. Une fois que l’usage en est perdu, on se demande comment on a pu s’assujettir à un habillement aussi disgracieux et aussi gênant. De quelle utilité, par exemple, pouvait être cette pointe des souliers à la poulaine, si longue que pour n’être point embarrassé dans la marche, on la liait aux genoux (fig. 5)?
- Et la coiffe, nommée hennin, si élevée qu’elle laissait la tête aux deux tiers de la hauteur totale (fig. 1)? Les coiffures Louis XVI étaient aussi élevées et avaient en plus l’inconvénient d’être très fragiles. Quant aux crinolines dont notre siècle a vu la réapparition, il est inutile d’en démontrer l’absurdité; etc., etc.
- D’autres cas ne sont pas moins inexpliqués Comment se fait-il que certaines classes de la société
- 1 On ne s’étonnera pas de la'structure de ce mot, composé de deux termes, l’un grec, l’autre latin. On a composé déjà des mots pareils et qui sont entrés dans le langage courant, comme sociologie.
- aient, une manière particulière de se vêtir. Pourquoi la magistrature a-t-elle une longue robe, les mitrons un bonnet blanc spécial, les croque-morts des bicornes, etc? Cela n’aide en rien à l’exercice de la profession.
- Nous-mêmes, en certaines circonstances de notre vie, telles que bals, noces, deuil, nous croyons obligés de revêtir un costume spécial. Enfin quelle est la raison des costumes provinciaux qui diffèrent si profondément des nôtres? Une fois que ces divers laits seront expliqués, il semble qu’on pourra faire intervenir aussi utilement les lois ébauchées par Yiollet-le-Duc.
- Or, on comprendra facilement ces variations et ces extravagances, si l’on admet qu’une mode évolue;, comme tous les êtres et tous les corps qui nous environnent, qu’elle a une naissance, une période d’accroissement, un arrêt, et une période régressive jusqu’à la terminaison ultime, véritable mort.
- Cette évolution, nous allons la prouver par de nombreux exemples, et après avoir réuni en un seul faisceau un grand nombre de modes qui au premier abord paraissent isolées et sans lien commun, il ne restera plus qu’à expliquer l’apparition de la mode originelle ou mode première. C’est alors qu’il faudra rechercher l’action du milieu ou une influence du voisinage.
- Loi d'exagération. — C’est elle qui contribue le plus à modifier le vêtement. Elle dérive de la tendance humaine qui porte à exagérer la mode pour se distinguer des autres.
- Il est de facile et constante observation, que dans un bal, une réunion quelconque, on trouve toujours quelques personnes qui renchérissent sur la mode du jour. Se décollette-t-on, par exemple, on trouvera quelques femmes qui le seront plus que les autres. Le goût est-il aux souliers pointus, quelques-uns les porteront plus pointus qu’il n’est usité. Et le lendemain, les autres, pour ne pas rester en arrière, recommanderont à leur cordonnier de faire dorénavant à leurs chaussures une pointe encore plus forte.
- En l’année 1892, la mode était d’avoir des redingotes longues, descendant jusqu’aux genoux. Mais quelques-uns, afin d’être remarqués, les portaient jusqu’à mi-jambes. C’est ainsi que chacun renchérissant peu à peu, une mode à début modeste aboutira à l’absurde.
- Aussi remarquera-t-on généralement qu’une mode met plus de temps à s’exagérer qu’à disparaître, une fois qu’elle est arrivée à son summum. Cette évolution justifie notre interprétation en montrant que si une mode devient absurde, c’est que chacun veut se distinguer du commun.
- Les souliers à la poulaine ont mis près de trois siècles pour arriver à leur longueur maximum. La pointe débute vers le milieu du treizième siècle. L’allongement se produit lentement; au milieu du quatorzième siècle, on donne le nom de poulaines à ces souliers (fig. 5). A la lin du quatorzième siècle, ils atteignent leur longueur maximum et l’on est forcé de
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- les attacher au genou pour ne pas en être incommode' dans la marche. Vers 1420, ces souliers se raccourcissent brusquement, et les poulaines ne sont plus portées (pie par des gens attachés aux anciennes modes. Les souliers passent à un autre extrême, et, à la tin du quinzième siècle, ils se terminaient carrément et même avec élargissement, en forme de pelle. Lepéliçon, par dessus en peau (d’où dérive la pelisse moderne), avait, au commencement du treizième siècle, des manches ajustées au poignet. A dater de ce moment, elles eurent une très grande variété de formes. Les manches s’élargirent, pour atteindre à la Jin du quatorzième siècle une ampleur extravagante. En 1420, ces longues manches disparaissent, c’est la coiffure, le hennin, qui va s’allonger. Un ne voit plus, vers 1450, que les vieillards conserver les manches longues; ils les portèrent jusque vers 1480.
- Le chaperon se mettait sur la tête pour garantir de la pluie. Au commencement du treizième siècle, la mode en était très générale. Il commença à s’allonger vers la première moitié du quatorzième siècle, et sa queue faisait deux ou trois fois le tour du crâne. A la lin du quatorzième siècle, le chaperon se développe encore ; il a au moins deux mètres de long. La longue pointe se tenait à la main ou s’enroulait autour du cou. Au milieu du quinzième siècle, il fut façonné d’une manière fixe, comme un chapeau, et, sous Louis XI, cette coiffure cessa d’être portée, si ce n’est par les gens de robe.
- Le col de la chemise a ainsi donné naissance aux extravagantes fraises Henri III que portaient aussi les dames (lig. 2). Pendant tout le quinzième siècle, la chemise dépassait en formant une légère collerette. C’est ainsi qu’était habillé François Ier dans le tableau peint par Clouet, au commencement du seizième siècle. Cette collerette augmente plus tard et forme une fraise d’abord minime, comme on l’observe dans le portrait de François 1er par le Titien, portrait postérieur à celui de Clouet. Après François 1er, la fraise devint énorme, elle ressemblait à un plateau sur lequel on aurait posé la tête. A la lin du règne de Henri IV, la disparition de la fraise se lit brusquement et on la remplaça par des cols rabattus.
- Une exception doit être faite à la loi d’exagération. Si une mode est apportée d’emblée, exagérée d’un autre pays, elle peut être adoptée telle quelle. Mais il faudrait alors suivre son début et son développement au pays d’origine. La coiffure hennin, par exemple, semble avoir été apportée en France par Isabeau de Bavière en 1585; elle était déjà très développée. Elle fut aussitôt, adoptée très élevée, et ne fit plus que varier dans sa forme et dans la longueur des dentelles et du ruban qui l’ornaient. Les suivantes, il est vrai, portaient un hennin plus petit et moins orné que celui de leur maîtresse; mais c’était une règle analogue aux anciennes lois somptuaires.
- L’apparition de la crinoline se fit brusquement sous Louis XV, mais elle provenait d’Angleterre et c’est dans ce pays qu’il aurait fallu rechercher sa
- lente évolution. L’étude de la crinoline au dix-neuvième siècle montre au contraire un lent développement (Voir le Moniteur de la Mode, 1840-1872).
- Avant l’apparition de la crinoline proprement dite, en 1840, on portait déjà des robes bouffantes, au moyen de jupes fortement empesées et l’on mettait un pouf. Cette pratique se développe jusque vers 1852; elle était surtout usitée pour les bals et les grandes toilettes. Les sorties sévères ne l’admettaient pas.
- La crinoline se déploie au grand jour vers 1855. D’abord relativement modeste, elle n’atteignit toute son ampleur qu’en 1857.
- Elle persista jusqu’en 1867, et de 1867 à 1870 disparut brusquement ne laissant plus en arrière qu’un pouf qui eut des alternatives multiples, disparaissant en 1878, revenant en 1880, pour disparaître définitivement en ces dernières années.
- La mode évolue donc comme un organisme. Un vêtement a une période d’agrandissement, atteint un summum, puis arrive la décadence.
- Mais cette évolution n’est pas simultanée chez tous les individus, dans toutes les classes et dans toutes les provinces d’un même pays. C’est ce qui explique la diversité des costumes à une époque donnée.
- C’est par cette différence dans la durée de l’évolution d’un costume que nous comprendrons le vêtement religieux, celui des avocats et de certaines professions. En province, l’antagonisme entre les anciennes et la nouvelle mode est encore plus marqué : les paysans gardent dans les tiroirs leurs vieux costumes de fête et se les transmettent de génération en génération. On regarde généralement ces costumes comme originaux alors qu’ils ne sont en réalité qu’une survivance de nos anciennes modes.
- — a suivre. — I)1 Félix Régnault.
- LE PAYS DE TIMB0UCT0U
- Nous sommes entrés dansTimbouctou1, la capitale du désert. Il paraît opportun d’étudier ce que vaut la conquête de ce pays. Comme la route de Tim-bouctou de tout temps fut cruelle aux Européens, l’on n’a, pour fonder cette étude, que cinq témoignages. Notre grand René Caillé, en 1827, deux Allemands, Barth, en 1855, et Lenz, en 1880, ont pu pénétrer dans la ville et revenir. En 1826, l’Anglais Laing quittait Timbouctou lorsqu'il fut tué; en 1887, le lieutenant de vaisseau Caron, ayant remonté le Niger jusqu’en face de la ville, ne put obtenir l’autorisation de débarquer.
- KabaraetKorioumé, les deux ports de Timbouctou, sont placés sur un marigot, faux bras du fleuve, au nord de celui-ci ; seules les crues donnent assez d’eau, pour permettre l’accès de ces ports aux bar-
- 1 11 semble que l'on doive adopter l'orthographe de Tim-bouclou. Elle est la seule qui donne un sens: en langue arabe, le mot Tim, que l’on rencontre fréquemment dans les noms de lieux africains, signifie le puils; notre ville serait donc : le l’uils de Bouc tou. Une carie catalane de 1375 porte le nom de Tirnbouteh.
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- ([lies. Lorsque, de Kabara, pauvre bourgade de deux milliers d’habitants, on gravit le penchant du plateau circulaire où la ville est posée, on traverse, durant 15 kilomètres, un pays de végétation rabougrie, sèche et rare. La monotonie du ciel, éternellement d’un rouge pâle, et du sol ondulé en vagues de sable blanc, a toujours inspiré aux voyageurs une pesante tristesse. Dans la ville, ce sentiment s’est accru. Ils parlent de la déception ressentie, lorsque, parvenus dans la mystérieuse cité sainte, ils ne virent que des ruines, des amas de pauvres masures en terre, des rues sans verdure, sans ombre et désertes1. Il n’y avait point de citadelle, de jardin, de place publique ; seule, presque au dehors de la ville, une mosquée élevait au-dessus du désert son minaret blanchi. Les ruines, la situation, dans les faubourgs, de la mosquée, et le développement, sur une grande lieue, des traces de l’enceinte, semblent être les preuves d’une splendeur passée.
- Le sont les témoins de ces années des quinzième et seizième siècles, durant lesquelles Tim-bouctou, rivale de ses voisines prospères, Oua-lala, Gagho et Agadès, commerçait activement avec le Touat et Tunis, l'Adrar et le Maroc, et même avec le Portugal, dont le roi Jean 11 lui envoyait des ambassadeurs. Mais la situation de la ville lui procura moins d’avantages <{ue de calamités. Dernier poste des sédentaires, premier obstacle opposé aux nomades, Timbouctou, ville frontière, devait avoir un lamentable destin. Fondée, dit-on, vers la fin du douzième siècle, elle fut soumise par les rois de Mellé — ou Mali ; — brûlée au quatorzième siècle par les nègres de Mossi ; conquise au quinzième par les Touareg ; prise, bientôt après, au milieu d’un mémorable massacre, par les chefs Sonrhaï de Gagho. En 1591, l’empire de ces derniers s’écroule, et la ville, abandonnée à scs seules forces, un instant sujette des
- 1 Caillé attribue à Timbouctou 12 001) habitants, Lenz 13 000, Barlh 20000, M. Caron 5000 seulement.
- Marocains, puis resserrée entre les Touareg du Nord et les Peuhls du Sud et l’objet de leurs convoitises, devient le théâtre séculaire de leurs luttes ; jusqu’à nos jours, elle fut leur jouet.
- Le voyageur, du sommet du minaret principal, embrasse d’une vue perspective tout le pays; devant l’espace immense, que couvrent les toull'es d'alfa, grises auxrellets argentés, que coupent les dunes sablonneuses aux broussailles sèches et jaunes, que hérissent les palmiers et ces arbustes sans ombre, les étranges genêts épineux, les tamarins et les mimosas, il ne trouve qu’un mot pour résumer son impression : cest ici la lisière du désert. Ce paysage, Barth, venant du sud-est, l’a décrit déjà dans la
- boucle du Niger1, et Lenz, sur le plateau d e 1 a K a a r t a , jusqu’au Sénégal ; M. Caron a constaté les herbages caractéristiques de cette zone botanique le long même du lleuve, bien au sud du coude septentrional. La faune corrobore ces indications; ce sont les nomades animaux des steppes, antilopes, autruches et gazelles qui viennent boire aux abords de Ivabara. Pour le voyageur qui arrive de la grasse et prodigue terre du Sud, aux forêts hautes et impénétrables, aux cultures intenses de coton et de tabac, aux rizières et aux lagunes où grouille la vie, le contraste est absolu. Plus il s’avance vers le nord, plus l’humidité, qu’apportait la mousson pluvieuse, disparaît, et plus la terre devient misérable et rude. Autour de Timbouctou, c’est déjà le Sahara et sa terre de mort.
- Nous sommes entrés dans Timbouctou ; il ne nous est point permis d’en revenir. Aussi bien la ville, facile à défendre, nous constituera-t-elle contre les nomades un rempart; ce sera notre Marche du Nord. Gastox Rouvier.
- 1 Les borés du fleuve ne forment qu'une étroite oasis. « Il suffirait, écrit Barth, de tourner le dos au lleuve, pour que b', paysage ressemblât aux parties les plus sèches du désert. » ——
- Carte de l’Alriquc Mineure. Limites de la zone d’inlluciicc française.
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- LES NOUVEAUX PONTS DU DEPARTEMENT DE LA SEINE
- L.V PASSERELLE I)E RRY-I.E-PERREl'X
- En décrivant précédemment les travaux de con- rappelé que plusieurs autres ouvrages intéressants, struction du pont Mirabeau, à Paris, nous avons du même genre, étaient en construction dans le
- département de la Seine. La passerelle de Bry-le- ces ouvrages. Comme ses congénères, elle sort de Perreux, que nous décrivons aujourd’hui, est un de la banalité par l’étude spéciale de ses dispositions
- Fig. 2. — La passerelle de Bry-le-Perreux sur la Marne. Construction des piles et des culées. (D’après une photographie.)
- qui sont originales, et qui caractérisent des progrès récents réalisés dans l’étude si intéressante des ponts métalliques et dans leur construction.
- Rappelons tout d’abord pourquoi cette passerelle a été établie, dans la banlieue de Paris.
- La Marne, dont les eaux dans sa traversée du dé-
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- partement de la Seine contrastent si avantageuse- ! ment par leur pureté avec celles de la Seine, doit à cette cause d’ètre toujours fréquentée par les excur- ; sionnistes de la banlieue de Paris. Dimanches et fêtes, de nombreux visiteurs, de Neuilly-sur-Marne à Charenton, se répandent sur les bords charmants de la Marne ; ils vont se baigner dans ses eaux limpides et bleues, ou les battre de leurs légers et vigoureux avirons. Aussi, depuis 1870, cette région a-t-elle pris un grand développement : les bords de la Marne se sont peuplés de constructions et de villas de plus en plus nombreuses.
- Deux des communes riveraines, notamment Bry-sur-Marne et le Ferreux dans la partie amont du cours de la rivière, ont vu leur population et leur prospérité augmenter rapidement. La commune de Bry compte actuellement 2000 habitants et le Ferreux, 7 000. Séparées, tout récemment encore, par la Marne, elles n’étaient mises en relation que par le pont de Bry à l’une de leurs extrémités, bien que les deux agglomérations occupent le long de la rivière au moins 2 kilomètres. Depuis longtemps on demandait que les communications des deux rives fussent améliorées afin que les Parisiens habitant Bry puissent facilement gagner le tramway nogentais qui traverse le Ferreux dans toute sa longueur tout près de la Marne.
- Ce vœu vient de recevoir satisfaction par la construction d’une passerelle pour piétons que le Conseil général du département a décidée avec le concours des deux communes riveraines. Sa construction, commencée au mois de juin dernier, est aujourd’hui achevée et la passerelle vient d’ètre livrée?! la circulation. La passerelle de Bry-le-Pcrreux est destinée ?i mettre la partie nord de la commune de Bry en relations avec la commune du Ferreux et avec le tramway nogentais de Paris ?i Ville-Evrard. Elle est exclusivement affectée au passage des piétons.
- Située à 2400 mètres en aval du pont de Neuilly-sur-Marne, cette passerelle est elle-même ?t 1 kilomètre en amont du pont de Bry : on l’a établie dans le prolongement de la rue du Bac, à Bry, sur la rive droite, et de la rue de la Pépinière, au Ferreux, sur la rive gauche, quelque peu en biais sur l’axe de la rivière avec lequel elle fait un angle de 78 degrés. Elle comprend trois travées métalliques supportées par deux piles et deux culées en maçonnerie, ayant respectivement 24m,50, 50 mètres et 24m,50 d’ouverture; sa longueur totale entre culées est ainsi de 82 mètres : Sa largeur est de 5™,70, laissant 3m,50 de libre entre les garde-corps.
- Le tablier métallique est en fer (fig. 1) ; il est composé de deux poutres continues de hauteur variable et espacées de 3 mètres, reposant librement sur les deux piles, avec ancrages sur les culées. La membrure supérieure affecte la forme d’une parabole médiane terminée vers les rives par des droites inclinées ?i 0m,04 par mètre. La membrure in-
- 1 Voy. n0 1070, du 3 février 1894, |>. 145.
- lérieure est circulaire dans la travée centrale, alors que dans les deux travées latérales, elle a la forme d’une parabole venant se terminer par une tangente horizontale sur les culées ; ces deux membrures sont réunies par des montants verticaux et des croix de Saint-André dans des intervalles des montants.
- Les poutres sont interrompues en leur milieu dans la travée centrale, et les deux moitiés en sont rendues solidaires par une rotule d’articulation; cette articulation, tout en permettant aux deux moitiés de la poutre de coulisser horizontalement, les oblige ?t suivre ensemble les mêmes oscillations.
- En résumé, les poutres principales dérivent du système, tout récent, désigné sous le nom de ponts-grues. Dans ces ponts ?i articulation médiane, chaque moitié se comporte comme une grue ?i double volée ou comme une console double ?i cheval sur la pile.
- Ce genre d’ouvrage a de réels avantages esthétiques et pratiques: il évite l’effet disgracieux d’une poutre droite continue, tout en étant d'une construction très économique, car le montage, qui se fait par encorbellement, exige par suite, comme échafaudages, des installations très simples et peu coûteuses.
- Les deux poutres sont réunies par des entretoises qui se prolongent au delà de manière à soutenir le tablier qui est légèrement en encorbellement et forme des consoles terminées extérieurement par des « pointes de diamant ».
- Les piles de la passerelle de Bry sont en maçonnerie de meulière au mortier de ciment (fig. 2) : on les a terminées par des avant et arrière-becs, de forme ogivale, en pierre de taille de Souppes, et fondées à l’air comprimé à 7 mètres au-dessous du niveau de la rivière. Les culées, formées de deux escaliers d’accès, de 2"\50 de hauteur, à double volée S’accordent le plancher de la passerelle avec les chemins latéraux à la Marne; elles sont fondées simplement sur un grillage en charpente reposant sur pilotis.
- Ajoutons, pour compléter cette description, un garde-corps très simple, en fer forgé, qui contribue à donner à la passerelle un aspect de légèreté, qui en est le caractère dominant. Au point de vue artistique cet ouvrage utilitaire est bien approprié au cadre gai et charmant dans lequel il est placé.
- La dépense totale d’exécution ne s’est élevée qu’à 100000 francs, somme sur laquelle les communes de Bry et du Ferreux ont versé ensemble 50 000 francs, le département ayant parfait le surplus.
- Le projeta été étudié et exécuté par M. Launay, l’ingénieur des ponts et chaussées distingué dont nous avons eu déjà à signaler les remarquables travaux, sous la direction de M. Théodore Lévy, agent-voyer en chef du département. Les chantiers étaient surveillés par M. Létorey, agent-voyer cantonal. C’est un travail qui peut servir de modèle actuel, dans les cas analogues, comme élégance et comme économie raisonnée dans tous les détails du prix de revient. Max de Nansocty.
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- 'RIVIÈRE SOUTERRAINE DE LA PIUKA
- . (Autriche)
- •J’ÏV LA GROTTE D’ADELSBERG
- Avant d’exposer dans un ouvrage d’ensemble1 les résultats détaillés de mes recherches souterraines, de i88S* à 1895, j’ai tenu à me livrer, sur les grottes du Karst autrichien, à une étude comparative.
- 6 A cet effet, M. le Ministre de l’instruction publique a consenti à me charger d’une mission scientifique que le bienveillant appui de son Excellence le comte Fàlkenhayn, Ministre de l’agriculture en Autriche, et le gracieux concours de MM. F. Kraus, \Y. Pu-ticfc, A. Kraigher, etc., ont singulièrement facilitée en septembre et octobre 1895.
- Des investigations ainsi faites, je ne résumerai ici'que celles relatives à la célèbre grotte d’Adelsberg : cela suffira pour bien établir que mes nouvelles méthodes d’exploration des grottes, notamment l’emploi du téléphone et des bateaux démontables en toile, sont de nature à provoquer partout des découvertes, et à donner une extension considérable à la spélæologie ou science des cavernes.
- A 55 kilomètres nord-est de Trieste, la grotte d’Âdelsberg est universellement connue pour son étendue et la beauté incomparable de ses concrétions calcaires.
- Cette caverne est, comme la plupart des grottes, le résultat de l’élargissement de fissures préexistantes du sol par une rivière, la Poik ou Piuka, qui s’y engouffre encore et continue vraisemblablement à y approfondir son lit : les galeries actuellement" à sec, et si admirées des touristes, sont les anciens lits successifs de la Piuka. Aujourd’hui un seul couloir, le plus occidental et le plus bas, est occupé par la rivière, qui le rend inaccessible, même éti bateau, pendant la plus grande partie de l’année.
- Jusqu’au commencement de ce siècle, on ne connaissait que la perte de la rivière et une petite galerie (la vieille grotte), longue de 500 mètres, où l’on a relevé des inscriptions du moyen âge remontant'à l’an 1525 (ou même 1215, chiffre douteux).
- En 1818, des paysans d’Adelsberg découvrirent la grotte proprement dite (galerie de l’empereur Ferdinand, que représente notre figure 5, Tartarus, Calvaire, etc.). L’embranchement appelé grotte de l’archiduc Jean fut trouvé en 1852. Le Dr Adolf Schmidl, qui s’est illustré par ses audacieuses et utiles explorations de cavernes en Autriche, se risqua Te premier, en bateau, dans le corridor où disparaît de nos jours la Piuka. Il la suivit (1850) pendant 600 mètres environ, et s’arrêta devant une voûte si basse que sa barque ne put passer dessous *.
- 1 Les Abîmes, les Eaux souterraines, les Cavetmes, la Spélæologie, in-4°, 500 pages, 3'20 planches et figures. Paris, Delagvave. Sous presse.
- - [g Adolf Schmidl, Die Grotte nund Hôhlen von Adels-berg, Lueg, Planina, etc. Vienne, Braumüller, 1854, in-8°, et atlas m-i".
- En 1856, un tunnel artificiel rétablit la communication entre les galeries François-Joseph et Elisabeth, interrompue par un fort ancien éboulement.
- En 1889, des habitants du village d’Ottok reconnurent une nouvelle grotte, à 1145 mètres au nord-ou est de l’entrée de celle d’Adelsberg. Elle est revêtue des plus blanches et gracieuses stalactites (ftg. 4) et se termine, au bout de 250 mètres, par un précipice de 25 mètres environ de profondeur, en bas duquel on retrouva le cours de la Piuka.
- En 1890, MM. Kraigher, Dietrich, Schàber et Ruzicka (d’Adelsberg), réussirent à effectuer, avec beaucoup de difficultés, la jonction entre le bras de la grotte d’Adelsberg appelé Tartarus, — le point de la Piuka où Schmidl s’était arrêté en 1850, — et la grotte d’Ottok elle-même. L’année suivante, ils pénétrèrent, au nord de la salle du Calvaire, dans deux prolongements (les nouvelles grottes), merveilleusement ornés de stalactites, qui portèrent a 8 kilomètres le développement total des ramifications connues de la grotte d’Adelsberg (dont 5 seulement bien aménagés à l’usage des promeneurs). Celle d’Aggtelek, en Hongrie, restait cependant encore plus étendue (8700 mètres).
- Ces accroissements inattendus firent songer à poursuivre la reconnaissance souterraine de la Piuka, en aval de la grotte d’Ottok. On savait déjà quelle prolongeait son cours dans la direction du nord-est : Schmidl (1852-1855) l’avait retrouvée sur une longueur de 700 mètres, au fond du gouffre de la Piuka-Jama (creux de 65 mètres), à 2450 mètres au nord de l’entrée d’Adelsberg ; — on avait constaté aussi que, lors des crues, un courant traversait la grotte Noire (Cerna-Jama), trop-plein évident de la Piuka, à 1900 mètres au nord de l’entrée d’Adelsberg; — enfin Schmidl en 1852, etM. Putick en 1887, avaient remonté vers le sud-ouest pendant 2500 mètres, dans l’immense grotte de Kleinhaüsel1 (à 5500 mètres nord-est de l’entrée d’Adelsberg), une rivière souterraine, sinueuse, qui était, sans doute possible, la suite et le déversoir de la Piuka.
- Le problème posé par la grotte d’Ottok n’était pas que de curiosité pure ; il y a, en effet, un intérêt pratique considérable à connaître en détail le cours des rivières souterraines du Karst autrichien; car on pourrait ensuite y effectuer des travaux de régularisation, d’endiguement, de désobstruction, etc., qui permettraient de supprimer les inondations dans diverses vallées fermées {Kessel Thâler), où des grottes trop larges laissent en amont se précipiter des crues rapides, tandis que d’autres trop étroites ne leur., assurent pas en aval un écoulement suffisant.
- Depuis quinze ans, M. Kraus s’est attaché à faire résoudre cette importante question; en 1886, le comte Falkenhayn en a reconnu l’utilité, et c’est alors qu’il a chargé M. l’ingénieur Putick d’explo-
- 1 Un autre hras de cette grotte, connu sur 4 kilomètres de longueur (Schmidl et Putick), renferme un affluent de la Piuka et vient du lac intermittent de Zirknitz.
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- rations et de travaux efficaces, actuellement en cours d’exécution. En 1892, on était descendu, entre la grotte d’Ottok ret le gouffre de la Piuka-Jama, dans un autre gouffre, la Magdalena-Schacht (75 mètres de profondeur en trois étages), au bas duquel une galerie avait, une fois de plus, conduit au bord de la Piuka souterraine.
- Les 15, 16 et 20 septembre 1893, j’ai réussi, grâce à l’assistance des personnes ci-dessus nommées, à effectuer en trois jours le trajet souterrain entre la grotte d’Ottok et la Magdalena-Schacbt. La carte ci-contre (fig.2) montre quel coude la rivière décrit d’un point à l’autre: deux fois même elle disparaît dans des siphons impénétrables; nous ne sommes parvenus à tourner ces siphons que par des galeries latérales, encombrées d’éboulis presque impraticables, où mon canot d’Osgood ne put passer que démonté. Une crue survenue le 19 septembre aurait même empêché de terminer l’entreprise, si le téléphone n’avait permis, par la Magdalena-Schacbt, de rester en communication
- avec le dehors, de faire surveiller la Piuka extérieure, et de se tenir ainsi en garde contre les
- progrès de l’eau.
- Bref, cette expédition, faisant connaître 2 kilomètres de ramifications nouvelles, a porté à 10 kilomètres l’étendue totale de la grotte d’Adelsberg, qui est maintenant la plus grande d'Europe. Il reste à achever les jonctions avec la Cerna-Jama d’un côté et la Piuka-Jama de l’autre (voy. la carte); elles sont certaines, mais des travaux seront sans doute nécessaires pour les établir effectivement, de même que celle de la Piuka-Jama avec le fond de la grotte de Kleinhaü-sel (2400 mètres de disvol d’oiseau) ; car on a été arrêté, dans ces deux dernières cavités, par des siphons et des éboulis qu’il faudra désamorcer ou déblayer pour suivre le fil de l’eau. Réunies, les cavernes d’Adelsberg, Ottok, Magdalena-Schacht, Cernu-Jama, Piuka-Jama et Kleinhaüsel, forment un ensemble de 49 kilomètres de souterrains actuellement connus. Les hardis et entreprenants explorateurs des grottes autrichiennes
- tance, à
- Fig. 2. — La Piuka souterraine à Adelsberg (Carniole). Plan et coupe verticale.
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- Fig . 3. — La Piuka souterraine. Grotte d'Adelsberg. Vue d’ensemble de la Salle diamantée dans la galerie de l’Empereur Ferdinand.
- (D’après une photographie de M. Schüber.)
- Fig. 4. — La Piuka souterraine.
- Intérieur de la grotte d’Ottok. (D’après une photographie de M. Sehâber).
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- ne manqueront pas, il faut l’espérer, de supprimer à bref délai les solutions de continuité qui rompent le cours de la Piuka entre Àdelsberg et Kleinhaüsel.
- dette grotte de Kleinhaüsel, dont la grandiose entrée, large de plus de 50 mètres, donne issue à la Piuka sous forme d’une puissante cascade (fig. 1 ), a plus de 7 kilomètres d’étendue; son bras sud-ouest (celui de la Piuka) se termine par un bassin-siphon, profond de 15 mètres, que ni Schmidl, ni M. Putiçk, n’ont pu tourner. Il paraît avoir été formé par l’ët-fondement d’une voûte, dont il faudrait déblayer les débris colossaux, pour progresser en amont le long de la Piuka, dans la direction de la Piuka-Jama et d’Àdelsberg. Dans le bras du sud-est (celui de Zirknitz), M. Putick (1887) a poussé 1 kilomètre plus loin que Schmidl (1852) sans trouver la lin du couloir : les difficultés et la longueur de cette navigation (52 heures aller et retour) ont jusqu’à présent mis obstacle à son achèvement complet.
- Nous devons remercier M. Schâber, photographe à Adelsberg, de nous avoir autorisé à reproduire des spécimens des beaux clichés qu’il a pris sous terre, à la lueur du magnésium pourOttok, et à la lumière électrique pour Adelsberg. E.-À. Martel.
- L’ASSOCIATION MOLÉCULAIRE
- Dans une intéressante conférence à laquelle la Société chimique de Paris avait convié, le 20 mars dernier, les autres Sociétés savantes, M. W. Ramsay, membre de la Société royale de Londres, a exposé l’idée nouvelle qu’il a introduite dans la science, l’association moléculaire, contre-partie de la dissociation, qu’avait devinée Sainte-Claire Deville.
- Le raisonnement qui a conduit M. Ramsay à cette théorie peut ne pas paraître très rigoureux, mais il est à Coup sùr intéressant, et si même on devait être plus tard conduit à rejeter une partie de ses conclusions, on n’en serait pas moins payé de son travail par les curieux résultats que ne peuvent manquer de mettre au jour les expériences entreprises en vue de vérifier cette idée. Faites suivant un plan bien déterminé, et non plus au hasard, ces recherches formeront bientôt un ensemble cohérent.
- L’idée d’où part M. Ramsay n’est pas entièrement nouvelle; elle repose sur une remarque faite par M. Eôtvôs en 1886. Les gaz parfaits sont soumis aux lois de Mariotte et de Gay-Lussac, résumées dans la formule jtn; = RT; la même formule s’applique aux dissolutions, comme l’a montré M. Yan t’Hoff. Or, le produit pv représente une énergie, l’énergie de volume du gaz. Il devient dès lors probable que la même loi s’applique à d’autres phénomènes dans lesquels intervient une énergie sous une forme semblable, le produit d’une tension superficielle par une surface, par exemple.
- Si v est le volume d’une molécule, M le nombre de molécules contenues dans l’unité de volume, Mi> sera
- l’expression de cette unité de volume, et (Mî))* représentera l’unité de surface. Si i est la tension superficielle,
- l’énergie moléculaire d’une surface sera t (Mc)1. Cette énergie est nulle à la température critique, et augmente à mesure que la température s’abaisse. Les expériences de M. Eôtvôs l’avaient conduit à admettre que la variation
- de la tension superficielle est proportionnelle à la température, de sorte qu’on aurait :
- t (Md)* = /iO, - >
- 0 étant la température comptée en descendant, à partir de la température critique. i
- M. Ramsay adopte cette formule en la modifiant légè-j rement pour serrer de plus près les expériences. En calculant alors ses résultats, il trouve que À possède sensiblement la même valeur pour un grand nombre de liquides très différents; il en conclut que ce fait est sans doute l’expression d’une loi naturelle limite,, les petites divergences étant dues aux formes diverses des molécules.
- Quelques liquides, cependant, font exception, et donnent des valeurs de k beaucoup trop petites et assez variables avec la température. Deux explications se présentent dès lors à l’esprit : la loi que l’on a cru découvrir n’est due qu’à une coïncidence fortuite, et il faut l’abandonner; ou bien la loi existe, et l’on peut trouver dans des particularités de la structure moléculaire des liquides en question la clef de la divergence signalée,
- M. Ramsay penche pour cette seconde alternative. Il n’est pas difficile, dès lors, de jnodifier la formule dé façon à la faire correspondre aux faits observés. On avait admis que M restait constant; mais supposons que plusieurs molécules puissent s’associer pour n’en former qu’une, possédant, au point de vue de la tension super-j-ficielle, les mêmes propriétés que la molécule simple; l’égalité pourra subsister, et l’on trouvera aisément un nomr bre x qui, introduit dans la formule comme facteur de M, ramène k à sa valeur normale. Ce facteur indique combien de molécules sont associées, en moyenne, pour former la molécule complexe. L’association n’est pas un phénomène net, et ne progresse pas par sauts; comme pour la dissociation, il se produit des équilibres pour lesquels le liquide se compose de molécules simples, et-d’une certaine, proportion de molécules multiples (dou-i blés, triples, etc.) J
- On aurait ainsi, par exemple, pour l’acide acétique : ;
- à 20°, a; = 5,73 I
- a 100°, 2,84 .v'- '• $
- à 150°, 2,36 ' ' ' " rj
- Le cas de l’acide sulfurique est particulièrement in té-! ressant; jusqu’à une température élevée; il présenterait; une composition constante : (S04llâ)3a, puis sa complexité diminuerait rapidement lorsque la température s’élèvé; davantage. *
- L’échafaudage qui supporte tout ce nouvel édifice dé; l’association moléculaire est encore assez frêle, et rien ne-dit qu’il ne sera pas écrasé par les faits; cependant, JaJ: théorie de M. Ramsay n’est pas plus improbable, à preJ; mière vue, que celle de la dissociation des ions, qui,'1 dédaignée ou battue en brèche au début* gagne chaque-jour de nouveaux partisans. |
- Quelques faits d’un autre ordre militent en sa faveur;] L’acide acétique que nous citions tout à l’heure montre,; déjà à l’état gazeux, des anomalies qui s’expliquent aisé--ment par l’hypothèse de M. Ramsay. ” ' à
- Le pouvoir absorbant des corps pour les radiations eSjti en relation intime avec leur constitution moléculaire; oi^i il résulte d’un travail récent de M. Pascben que plusieurs' corps absorbent exactement les mêmes régions du spectrè à l’état gazeux et à l’état liquide ; l’eau, qu’il a^examinée*; semble ne pas se conformer à cette règle ; il y a un léger déplacement des bandes d’absorption dans les deux états; or, l’eau, dont les propriétés sont du reste très singu-
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- lières, serait assez fortement associée, si l’on en croit l’hypothèse de M. Rainsay.
- Dirons-nous après cela que l’association moléculaire est un fait démontré? Nullement; mais on conviendra sans peine qu’elle possède une certaine vraisemblance.
- C.-E. G.
- BALLON PRÉCIPITÉ DANS LA MER
- Une catastrophe aérostatique a eu lieu dans le voisinage de Cannes le 25 du mois dernier. Les journaux de la localité en ont parlé, mais ôlle a peu attiré l’attention du public. Quelle que soit la pitié que l’on doive témoigner à l’égard de la mort d’un homme, il faut convenir que celui qui vient d’étre victime de son voyage aérien, n’avait rien fait pour lui donner de l’intérêt. 11 s’agit d’un aéronaute acrobate qui se désignait sur ses affiches sous le nom de capitaine Wilton le « véritable homme singe ».
- Il s’élevait dans son ballon, sans nacelle ; une échelle de corde était pendue au cercle ; il devait y faire des exercices. Un de nos collaborateurs a assisté de loin à la catastrophe.
- Il a vu le ballon disparaître dans un nuage blanc au-dessus de la mer ; une minute après l’aérostat descendait et se dégonflait peu à peu, prenant bientôt la forme d’un parachute. U tomba dans la mer avec une vitesse accélérée et toucha l’eau à 200 Ou 500 mètres de terre. Des bateaux accoururent pour venir en aide au malheureux aéronaute: ce n’est qu’après dix minutes qu’on le retira de la mer : il était noyé avec une blessure au front.
- L’aéronautique est chose sérieuse à tous les points de vue : on ne devrait pas faire servir ce grand art à des exercices acrobatiques absolument inutiles et dangereux.
- G. T.
- LES CHATIMENTS ET LES SUPPLICES
- CHEZ LES PERSANS *
- Lorsque, après plusieurs années de séjour en Perse, l’illustre voyageur Chardin revint en France, il publia un ouvrage du plus haut intérêt sur l’hisloire de cette contrée et sur tout ce qui a trait aux mœurs et aux coutumes des habitants1.
- Au tome VI de son œuvre, se trouve un chapitre consacré aux punitions et aux supplices ressortissant à la justice criminelle qui s’exerce par les magistrats, non d’après un Code pénal, mais seulement selon le droit naturel et la coutume. Il commence par faire remarquer que les mœurs des Persans sont très douces en comparaison des nôtres, « à ce point, dit-il, qu’on ne sait ce que c’est qu’un assassinat et un empoisonnement ». Il donne ensuite une description des châtiments en usage à l’époque où il voyageait et l’on voit que si cruels et si disproportionnés qu’ils fussent à la criminalité, ils l’étaient cependant un peu moins qu’aux époques antérieures et notamment qu’aux temps des Sassanides où l’on écorchait vif.
- Énumérons rapidement les supplices en usage au siècle dernier, d’après l’historien français. Pour les délits les plus légers, tels, par exemple, que l’ivresse, on inflige l’emprisonnement dans des geôles qui sont
- 1 Voyage en Perse, 18H.
- de sales repaires' où l’on manque à peu près de tout.
- Puis viennent ia bastonnade sous la plante des pieds, la coulée de p'iomb fondu dans la bouche des faux témoins et des parjures, la marque au front des voleurs avec un fer roùg'C.- Quand le vol est accompli avec effraction, on coupe poignet droit et l’on agit de même à l’égard des faux 'Rionnayeurs.
- La peine de mort s’exécute avec une diversité de procédés qui n’existe guère dans aucun Code pénal. Tantôt on empale, tantôt on jette le coupable dans une fosse entre quatre murs, et, dans l’intervalle laissé entre eux et le corps, on coule du plâtre jusqu’au cou : bientôt il est étreint et il meurt d'une asphyxie lente et pleine d’horribles angoisses ; ou bien on l’attache à la selle d’un chameau, la tète en bas et on lui fend le ventre: les entrailles s’échappent, traînent sur le sol et la mort survient apres des heures de souffrances. Parfois on le lie sous le ventre de l’animal et, pendant qu’il s’avance, on enfonce dans les chairs des mèches allumées et il brûle ainsi à petit feu. Parfois on le précipite d’une haute tour et le corps est. dévoré par les chiens. Si c’est une femme, elle est jetée couverte d’un voile.
- Les voleurs de grand chemin sont embrochés et rôtis. La torture est employée dans certains cas, de la façon suivante : on presse le ventre dans un étau et on tenaille les chairs jusqu’à l’aveu.
- La femme fest soumise elle-même à la question : on l’enferme dans un sac avec de jeunes chats qu’on excite et qui lui déchirent les chairs. Mais le tableau que Chardin fait de la criminalité et dont l’exactitude, en raison du caractère de l’auteur, ne peut guère être mise en suspicion, répond-il aux réalités actuelles?
- Il y a en Perse comme partout ailleurs des bandits tout prêts à se débarrasser par l’assassinat des victimes qu’ils viennent de dépouiller. D’un autre côté, quand on rapproche le taux de cette criminalité de celui qui marque les châtiments dirigés contre elle, on aperçoit une distance considérable, commune d’ailleurs à la plupart des nations asiatiques.
- Entrons dans la description des châtiments et des supplices actuellement en vigueur en Perse.
- 1° La prison : les coupables sont enchaînés et jetés dans un cul de basse-fosse; ils sont accouplés et retenus par un carcan. Pour les fautes les plus légères, ce châtiment est infligé : ainsi, le shah a maintenu un ancien décret par lequel une femme ne doit pas être vue dans les rues de la ville après le coucher du soleil. La police est donc constamment aux aguets à cette heure-là, et aussitôt qu’elle aperçoit une délinquante, soit à pied, soit en tramway, elle l’arrête et l’entraîne en prison. Si le mari, apprenant la chose, veut rentrer en possession de son bien, il la réclame moyennant une somme d’argent qui n’a rien de fixe et qui, ne dépendant que de l’estimation faite par l’agent, se trouve basée sur la fortune et la condition sociale ; tout étranger, circulant dans les rues de Téhéran, aura donc le spec-lacle d’une police active et vigilante, et s’il cherche
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- la raison d’un zclc pareil, il la trawvera Jans cetp, institution caractéristique des copiées où la femme attend encore son émancipation,.
- 2° La bastonnade est appliquée aussi pour les infractions les plus insignifiantes; elle s’inflige de la façon suivante : le corps est étendu sur le avec les jambes fléchies à angle droit, de façon que la plante des pieds soit dirigée vers le ciel. Les chevilles sont saisies et au moyen d’une corde grosse comme l’index, sont fortement attachées à un anneau aboutissant à un morceau de bois tenu horizontalement, aux deux extrémités, par deux ghoulam-i (aides). Suivant la gravité du délit, la plante des pieds est nue ou plus ou moins protégée par une légère chaussette. Alors quatre fèrrâch (bourreaux frappeurs) qui se tiennent de chaque côté du condamné, s’arment de branches flexibles d’osier et cinglent chacun à son tour la plante des pieds. Une branche vient-elle à se briser, elle est aussitôt remplacée par une autre, prise dans une réserve que les aides ont à côté d’eux. La séance terminée, le malheureux est le plus souvent dans l’impuissance absolue de se remettre sur pied : alors les ghoa-lam-i l’empoignent et le chargent par les aisselles afin de le ramener dans la geôle où ils le jettent comme un paquet inerte : puis lui remettent le carcan au cou. Aussitôt guéri, il est laissé en prison ou remis en liberté, suivant les cas. L’amputation du nez, de date très ancienne, a parfois lieu ainsi que celle des oreilles : celles-ci une fois détachées, le malheureux les prend dans sa main et s'en va par la ville en implorant la pitié des passants ; c’est un genre de mendicité assez productif et qui dédommage quelque peu le pauvre diable de la perte de ses organes. Le vol est un délit plus sérieux et qui entraîne l’amputation du poignet droit.
- 3° La peine de mort s’exécute d’une façon toute spéciale. Le condamné, extrait de sa prison, tout chargé de chaînes, arrive sur une place près d’un jardin d’où le shah peut assister au supplice sans être vu, car il se tient derrière un rideau. Le corps est 'étendu sur le dos : on lui bande les yeux, le bourreau appuie son pouce gauche sur le nez en exerçant une pression énergique en haut, de manière
- à mettre le cou dans l’extension forcée. Puis, saisissant un couteau de la taille de ceux qui nous servent à table, il exécute un double mouvement de va-et-vient qui coupe les deux carotides. Un jet s’élève aussitôt à hauteur d’homme : quelques instants ont suffi pour rendre le corps exsangue. Le bourreau se retire et la foule tenue à distance se rapproche du cadavre et médite dans un profond silence le terrible châtiment. Pendant ce temps, il est allé porter le couteau ensanglanté devant le rideau qui masque la vue du souverain et lui témoigne ainsi que l’ordre de mort a été accompli; puis, retournant au cadavre, il l’attache par les pieds et, la tête toujours retenue au tronc, le traîne jusqu’au Kapou. C’est la place où sont exposés les crânes des suppliciés. Là est une estrade de deux mètres d’élévation, au centre de laquelle est fixé un mât de douze mètres de
- hauteur et garni d’échelons. Il détache la tête et escaladant ce mât, il l’empale au sommet, redescend et dépouille le cadavre de ses vêtements tout ensanglantés ; il les porte au Bazar où chaque boutiquier lui donne dou-chèh, c’est-à-dire environ dix centimes : c’est son revenant bon et aussi le plus clair de ses bénéfices.
- 4° L’écartèlement : ce supplice si souvent employé à une certaine époque de notre histoire se pratique de la façon suivante : on choisit deux arbres, jeunes, vigoureux, espacés de plusieurs mètres. A chaque cime sont fixées deux cordes auxquelles sont attachés les pieds du condamné ; deux autres cordes également enroulées aux mêmes points sont tenues par leurs bouts inférieurs par deux aides qui tirent sur elles jusqu’à ramener au contact les sommets des arbres ; à ce moment, ces aides lâchent brusquement les cordes et les arbres se redressent, emportant chacun un membre du condamné(voy. la figure).
- Tels sont les châtiments et les supplices actuellement en usage en Perse. Si on les rapproche de ceux usités aux époques reculées et même de ceux observés et décrits dans l’ouvrage de Chardin, on peut voir qu’ils sont moins terribles, bien qu’ils soient encore fort loin de ceux qui sont en usage chez la plupart des nations européennes.
- Dr Ern. Martin.
- Supplice d’écarlèleinent en l’erse.
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- LE MàRÉGRNPHE PLONGEUR DE M. L. FNYË
- Fig. 1. — Le marégraphe plongeur de M. L. Fuvé. — 1 et 2. Détails. — o. Ensemble de l’appareil.
- 11 y a près de trois ans déjà que M. Pavé a présenté à la Société française de physique l’intéressant appareil que nous nous proposons de décrire ici.
- Si nous ne l’avons pas fait plus tôt, c’est que nous attendions qu’il eût pris sa forme définitive à la suite des expériences auxquelles il devait être soumis ; il a été, en effet, sensiblement amélioré pendant ces trois années, sans que du reste les principes sur lesquels il repose aient été en rien modifiés.
- Les marégraphes installés à demeure dans quelques ports du littoral sont d’excellents instruments, fidèles et d’un emploi commode; mais il n*est pas toujours possible d’en faire usage. Ils nécessitent, en effet, un ouvrage dont le pied soit toujours baigné par le flot, et ne se prêtent pas à une installation volante, sur une grève ou même sur une falaise. Les échelles que l'on peut fixer à une petite distance de la côte sont sujettes à être détruites soit
- par le flot, soit par la malveillance des riverains, même dans des pays civilisés, et du reste leur
- observation, à intervalles suffisamment rapprochés, est fort astreignante, et il serait très avantageux d’en être dispensé par l’emploi d’un enregistreur. Enfin, aucun des marégraphes connus ne permet des observations au large, par des fonds un peu considérables ; on conçoit cependant tout l’intérêt qui s’attache à de telles observations, puisque la côte a une très grande influence sur la marée.
- C’est à ces multiples desiderata que répond l’instrument construit par M. Favé. Ce maré-graphe, à l’encontre de ceux que l’on connaît, n’enregistre pas la hauteur de l’eau, mais sa pression, ou, plus exactement, les variations de cette pression, par un très ingénieux mécanisme. Ce n’est pas autre chose, en somme, qu’un baromètre du fond de la mer. Dans sa forme définitive il se compose (fig. 1, dé-
- Fig. 2. — Marégraphe plongeur. — 1. Pince tl'arrêt. — 2. Appareil enfermé dans un cylindre métallique.
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- tails nos 1 et 2, ensemble n° 5) de deux tubes bourdon, soudés à des blocs qui restent fixes dans une même série d’observations, mais dont la position peut être réglée par des vis de rappel. Leur extrémité mobile porte des lames llexibles L, dont chacune est munie d’une pointe très line P. La pression de l’eau, transmise par le tuyau G, ouvre les spirales et fait écarter les pointes, qui marchent, l’une en avant, l’autre en arrière. C’est le mouvement de ces pointes que l’on inscrit; dans ce but, une plaque de verre V, enduite d’un vernis et portée par la platine d’un mouvement d’horlogerie, tourne devant les pointes, qui laissent dans le vernis la trace de leur passage. L’emploi très judicieux de deux pointes au lieu d’une seule rend le résultat indépendant du centrage de la plaque de verre; il suffit, en effet, de mesurer les variations d’écartement des deux raies, pour éliminer complètement les imperfections de l’instrument. Les deux petites manettes, qui portent dans l’instrument, comme dans la figure d’ensemble, les lettres À et R, servent à presser les pointes contre la plaque ou à les en écarter, à l’aide de plans inclinés qui s’engagent sous les lames llexibles. Tout l’appareil est enfermé dans une boîte, et l’intérieur des spirales communique seul avec le milieu ambiant.
- L’inscription du mouvement très faible des pointes présente des difficultés particulières. Les traits doivent être d’une grande finesse si l’on veut obtenir des résultats précis. L’argenture donne satisfaction sous ce rapport, mais elle noircit rapidement, et les traits deviennent bientôt invisibles. Le noir de fumée est d’un emploi délicat; les couleurs à l’aniline sont trop hygroscopiques, et la moindre condensation d’humidité empâte les traits.
- ’'L’azotate de rosaniline, qui est très peu soluble dans l’eau, se prête à des tracés dont la finesse n’est limitée que par celle des pointes. On en fait une dissolution saturée dans de l’alcool concentré, soit 2°,2 pour 1Ü0 centimètres cubes d’alcool et 10 centimètres cubes d’éther. On étale la solution sur la plaque, que l’on redresse verticalement, et que l’on expose devant le feu jusqu’à siccité; on en fait varier l’épaisseur en modifiant la proportion d’éther.
- Tel que nous venons de le décrire, l’appareil convient parfaitement pour des fonds de 10 mètres environ; mais, lorsqu’on veut l’immerger par de plus grandes profondeurs, on est pris entre deux difficultés : si les spirales sont minces, elles se déforment trop; si elles sont trop épaisses, elles n’inscrivent plus visiblement les variations du niveau.
- M. F avé a résolu le problème en ne faisant agir qu'une partie, et pour ainsi dire, que les variations de la pression sur l’appareil. L’artifice qu’il a employé est identique en principe à celui sur lequel repose le statoscope de M. Richard, mais il est appliqué d’une manière très différente.
- Pour les expériences par des fonds supérieurs à 10 mètres, on enferme l’appareil dans un cylindre métallique (fig. 2, n° 2), percé d’une ouverture à sa partie inférieure. Il est mis en communication avec
- un sac de caoutchouc rempli d’air, par l’intermédiaire d’un tuyau passant sous une pince extérieure à l’appareil (voir le détail lig. 2, n° 1). Cette pince est simplement constituée par une pièce de bois, pressée de bas en haut par un ressort. Un poids antagoniste maintient la pince ouverte. L’eau, entrant peu à peu dans le cylindre, comprime le sac, et l’air, refoulé dans la boîte de l’appareil, fait, à chaque instant, équilibre à la pression à l’intérieur des spirales. Lorsqu’on arrive près du fond, le poids se dépose, le caoutchouc se trouve pincé, et la pression dans la boîte demeure constante à partir de ce moment. L’appareil se trouve ainsi dans les mêmes conditions de sensibilité que s’il avait au-dessus de lui une colonne d’eau égale à la longueur de la chaîne supportant le poids. Le tuyau de caoutchouc forme, à l’endroit de la pince, une anse dans laquelle on introduit une goutte de glycérine, pour assurer une fermeture parfaite.
- L’appareil est construit de manière à ce que la plaque réceptrice fasse un tour en deux jours; mais il est utile d’inscrire les marées à un même endroit pendant huit jours au moins. L’emploi des deux pointes mobiles permet de superposer plusieurs périodes sur la même plaque, car les lignes se coupent toujours sous un angle suffisamment ouvert pour qu’on puisse les suivre sans ambiguïté.
- Nous terminerons en citant un des résultats obtenus avec cet appareil. A moins de 200 kilomètres de Brest, et par un fond de 150 mètres, on a constaté (|ue la marée avait une amplitude moitié moindre environ qu’à la côte. Le résultat ne peut pas être donné en chiffres précis, car, dans cette expérience, le fonctionnement de l’appareil a été perturbé par une fuite. Mais les mesures vont être reprises, et nous éclaireront sans doute sur cette question délicate de l’action des côtes sur la marée.
- Gn.-Ei). Guillaume.
- NÉCROLOGIE
- Brown-Séquard. — En ouvrant lundi dernier sa séance, l’Académie des sciences a appris la mort d’un de ses membres les plus célèbres, M. Brown-Séquard, membre titulaire de la section de médecine et de chirurgie. L’illustre physiologiste a succombé, dans la nuit du 1er au 2 avril, à Paris, aux atteintes d’une congestion cérébrale. 11 avait soixante-dix-sept ans. Brown-Séquard, né à Port-Louis (Ile Maurice) en 1817, était fils de M Edward Brown, de Philadelphie, qui avait épousé une française. Il vint à Paris en 1858 pour compléter ses études médicales et il fut reçu docteur en 1840. 11 se consacra dès lors à des recherches de physiologie expérimentale sur la composition du sang, la chaleur animale, les maladies de la moelle épinière, les nerfs, les ganglions sympathiques. Les découvertes qui signalèrent ses premiers travaux le conduisirent à s’occuper spécialement des maladies du système nerveux. En 1864, il passa en Amérique et fut nommé professeur de physiologie et des maladies nerveuses à l’université de Harvard. Il professa à Londres, puis en France cri 1860 et repartit en 1873 pour l’Amérique, où il fonda, à New-York, les Archives de
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- médecine scientifique et pratique. Rentre à Paris, Brown-Séquard fut appelé en 1878 à succéder à Claude Bernard dans la chaire de médecine expérimentale au Collège de France. 11 fut élu en 1886, membre deFAcadémie des sciences, en remplacement du l)r Vulpian, nommé secrétaire perpétuel. Bavait été décoré de la Légion d’honneur en 1889. Brown-Séquard a résumé ses nombreuses recherches dans des Mémoires qui lui ont valu plusieurs prix de l’Académie des sciences, entre autres le prix Lacaze en 1882 et le prix biennal de 20 000 francs, de l’Institut, en 1885. Le 27 mars, il remplaça Paul Bert comme président de la Société de biologie. Les travaux de Brown-Séquard offrent une importance capitale. Le savant physiologiste en a donné l’exposé et les résultats, dans plus de 500 publications en français ou en anglais. 11 a fondé en 1858 le Journal de Physiologie de l'homme et des animaux; depuis 1868, it rédigea pendant de longues années en collaboration avec Charcot et Vulpian, les Archives de Physiologie normale et pathologique, et depuis 1875 Archives of scientificandpractical Medecine and Surgery, paraissant en Amérique. Il y a deux ans environ on se rappelle que M. Brown-Séquard a communiqué avec le plus grand retentissement à l'Académie des sciences, des recherches qu’il considérait comme le triomphe de la médecine expérimentale. Il s’agissait comme on le sait de la recrudescence de vitalité qui se manifeste chez un animal atteint d’une lésion organique lorsque on injecte sous la peau un liquide préparé avec un organe semblable. La mort de Brown-Séquard enlève à la science un de nos grands physiologistes.
- Georges Poueliet. —Encore un deuil à enregistrer dans le monde de la science. Le Dr Georges Pouchet, professeur d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle est mort le 29 mars 1891 à l’àgc de soixante et un ans. Né à Rouen le 26 février 1855, reçu docteur en médecine et docteur ès sciences, Georges Pouchet était le fils de Félix Pouchet, le naturaliste bien connu, dont la lutte impuissante en faveur des générations spontanées a eu jadis le plus grand retentissement. Georges Pouchet était un travailleur énergique et un naturaliste passionné. Entré en 1865 au Muséum comme aide naturaliste et chef des travaux anatomiques, il fut destitué en 1869 à la suite d’un article publié dans l'Avenir National sur la transformation du Muséum en École d’agronomie. En 1875, il fut réintégré dans l’Université en qualité de suppléant de Paul Bert à la Sorbonne. 11 devint ensuite maître de conférences à l’École normale, puis, enfin, en 1879, professeur d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle. Outre sa thèse [tour le doctorat (Les colorations de l'épiderme), M. Georges Pouchet a publié plusieurs ouvrages d’histoire naturelle fort estimés. C’était un professeur éloquent, et un écrivain fécond. Scs mémoires scientifiques ne sont pas la seule œuvre de Pouchet. On a de lui un grand nombre de publications qui ont été insérées dans les journaux, Le Temps, la Revue des Deux-Mondes, la Revue scientifique, etc. Comme l’a dit M. le professeur Grimaud le jour des obsèques : « Rien en Georges Pouchet ne rappelait le savant courbé par l’étude des livres, blêmi par l’atmosphère des laboratoires. C’est qu’il ne consultait pas seulement la nature morte, il allait étudier la nature vivante dans le sein de son habitat; il aimait surtout le monde vivant de la mer, et son amour de la science en même temps que son humeur voyageuse l’emportaient souvent loin de nous; il préférait surtout les régions du Nord, l’Islande, la Laponie, le Spitzbetg; il semblait que, par
- une mystérieuse hérédité, l’œuvre de ses grands ancêtres, les Normands, revivait en lui et le ramenait vers les lieux de sa primitive origine. » Le professeur d’anatomie a laissé toute sa fortune à la Société de biologie dont il fut un des membres assidus ; il était partisan de la crémation, et a été suivant ses dernières volontés incinéré dans le four crématoire du cimetière du Père Lachaise, à Paris.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 avril 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- Brown-Séquard.— M. Troost annonce à l’Académie la nouvelle de la mort de M. Brown-Séquard et demande la suspension de la séance. Le président lève en effet la séance, mais sans prononcer l’éloge du savant physiologiste, ce dernier hommage devant, suivant la tradition académique, suivre l’enterrement. Nous renvoyons notre lecteur à la Notice nécrologique publiée ci-contre (p. 502).
- Varia. — Une nouvelle comète découverte à Bristol par M. Denning, le 26 mars dernier, observée depuis à Hambourg a également été observée à l’Observatoire de Bor* deaux; elle ne semble pas devoir prendre un éclat considérable. — M. Rouvier, chargé de cours à l’École de pharmacie de Montpellier, envoie une Note, sur la fixation de l’iode par l’amidon. Ch. de Villedeuil.
- CHRONIQUE
- A propos de la Stéréochimie. — Mon article sur la stéréochimie1 m’a valu plusieurs lettres fort instructives; une entre autres offre un intérêt tout particulier, car son honorable auteur M. le comte Léopold Hugo s’y révèle comme un précurseur de MM. le Bel et Van’t Iloff, En voici quelques fragments : (( ... Je suis moi-même auteur depuis une trentaine d’années d’une Géométrie stéréolo-gique dite Théorie des cristalloïdes, autrefois présentée à l’Académie par mon très regretté maître Delaunay l’astronome. J’ai adressé à l’Académie des sciences, il y a une dizaine d’années, plusieurs Notes sur la forme primitive des atomes. Quelques revues ont écrit force par erreur. Les nombres atomiques d’après moi se rattachent aux emboîtements des solides stéréologiques en stéréologie régulière : théorie hexaèdre, octaèdre, dodécaèdre. Par exemple, j’ai découvert que lorsque deux nombres atomiques différent de 14, c’est que 14 est la superposition d’un hexaèdre (6) et d’un octaèdre (8). J’ai eu aussi l'occasion de rappeler parfois les recherches de Marc Ant. Gaudin : l'Architecture du monde des atomes2. M. O.
- Le démontage instantané des pièces montées à chaud. — M. N.-J. Raffard, dont l’esprit ingénieux et essentiellement pratique est bien connu de nos lecteurs, signale, dans le Bulletin technologique de la Société des anciens élèves des Ecoles nationales d’arts et métiers, un procédé pratique assez peu connu pour le démontage des pièces montées à chaud. H s’agissait d’enlever la frette extérieure en acier d’une turbine de Laval, moteur dont nous avons récemment donné la description, et l’ouvrier ne pouvant y parvenir la coupa. Son insuccès était dû à ce que chauffant la frette avec un chalumeau à gaz, la chaleur se propageait rapidement à travers toute la masse, produisant ainsi une différence de dilatation
- 1 Voy. n° 1085, du 3 mars 1894, p. 209.
- 2 1 vol. in-18. Paris. Gauthier-Yillai's, 1873.*
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- insuffisante. 11 n'y avait pour y arriver qu’à couler du plomb très chaud ou du cuivre autour de la frefte qui se trouvant ainsi chauffée avant le disque lui-même, se dilaterait assez pour se détacher instantanément. Un procédé analogue a été appliqué par M. Raffard en 1860 à la Soho-Foundry, à Melbourne (Australie). Une manivelle en fer forgé alésée, terminée et chauffée à 400 degrés environ pour être fixée par contraction sur un arbre de 20 centimètres de diamètre, s’arrêta sur cet arbre et s’y fixa avant d’atteindre sa position normale à 2 centimètres plus loin, le tourneur ayant laissé l’arbre un peu trop gros à cet endroit. Pour le retirer, l’arbre fut placé verticalement, suspendu au treuil roulant de la fonderie, la manivelle en bas, à fleur du sol sablé. On chargea la manivelle pour tendre la chaîne du treuil, puis on fit dans le sable, autour du moyeu de la manivelle, une cavité à ciel ouvert pouvant contenir un volume de fonte à peu près double de celui de la pièce à chauffer. Quelques instants après avoir versé la fonte dans la cavité, la chaîne du treuil fît entendre un léger bruit indiquant ^ue l’arbre était libre. On vira au treuil pour l’enlever complètement : il était encore froid.
- La manivelle restée sur le sable fut facilement débarrassée de la fonte à peine figée, encore rouge, qui l’entourait et remise au cubilot. L’accident, irréparable en apparence, n’avait causé qu’un léger dérangement et une dépense à peu près nulle. M. Raffard signale ce tour de main et en prend avec raison prétexte pour faire appel à ses camarades d’école, qui en ont plus d’un dans leur sac, pour les publier dans le Bulletin technologique qui deviendrait alors un recueil précieux dans lequel les camarades plus jeunes puiseraient facilement. Souhaitons que l’appel de M. Raffard soit entendu: d’autres que les jeunes camarades puiseront aussi dans le Bulletin technologique de la Société des anciens élèves des arts et métiers.
- I.V PUBLICITÉ SUR NUAGES
- Ceci nest point un titre inventé à plaisir....
- La publicité sur nuages dont on parle depuis tant d’années comme d’un vague projet possible et réalisable, est aujourd’hui un fait expérimentalement et pratiquement acquis, et c’est tout naturellement en Amérique que nous devons aller chercher ses premières manifestations.
- Pendant les derniers jours de l’Exposition de Chicago, un projecteur installé sur le toit du Palais
- des arts et manufactures, à 60 mètres au-dessus du sol, informait chaque soir le public du nombre des visiteurs pendant la journée et le distrayait en projetant sur les nuages, lorsqu’il y en avait, des mots et des dessins.
- A la clôture de l’Exposition, l’installation a été transportée à New-York où, depuis le commencement de l’année, elle fait les délices du public New-Yorkais... les jours où le temps est couvert.
- L’appareil est installé sur le faîte du Pulilzer Building, un grand édifice appartenant au New-York World : il se compose d’une lampe 'a arc à point lumineux fixe dont les rayons sont ramenés dans une direction donnée par un réflecteur Mangin de 75 centimètres de diamètre et concentrés ,sur un condenseur de 25 centimètres de diamètre qui les rend parallèles. Une lentille que l’on peut manœuvrer
- du bas de l’appareil à l’aide d’un volant et d’une chaîne permet de projeter et de mettre au point. Le dessin à projeter est découpé dans un morceau de carton et intercalé sur le passage des rayons près de la première lentille.
- Tout l’ensemble est monté sur un pivotage qui permet de pointer l’appareil sur un nuage et de le suivre dans scs évolutions. La lampe prend un courant de 150 ampères, et comme elle fonctionne sur la distribution à 110 volts, elle consomme ainsi 16,5 kilowatts, ce qui met la publicité à 16tr,50 par heure, rien que pour la dépense d’énergie électrique. Mais c’est là un pur détail.
- La seule sujétion consiste à attendre le passage d’un nuage. S’il tarde à paraître, on a toujours la ressource de le créer artificiellement à l’aide de jets de vapeur, de bombes à fumée lancées dans l’air, etc.
- Notre gravure représente le dispositif et le mode de fonctionnement du nouveau système d’annonces en supposant projelée une annonce de La Nature. On peut affirmer, sans s’exposer à être mauvais prophète, qu’une semblable publicité obtiendrait à Paris un certain succès. Attendons-nous à voir la réclame sur nuages passer à l’état d’industrie.
- W Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Projection sur les nuages. Vue il’cnscinblc de l'expérience. Détail de l’appareil.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1089. — 14 AVRIL 1894.
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- MACHINES D’INDUCTION ÉLECTROSTATIQUE SANS SECTEURS
- Fig. — Machine Wimshurst. Modèle cylindrique sans secteurs construit par M. Bonetti et exposé à la Société de physique.
- On sait quel progrès M. Wimshurst a fait réaliser aux machines électrostatiques d’induction en construisant en 1883 celle qui porte son nom et que nous avons décrite ici même il y a quelques années1.
- dette machine est constituée, en principe, par deux plateaux parallèles en matière isolante, verre ou ébonite, munis de nombreux secteurs, et animés d’un mouvement de rotation rapide en sens inverses.
- La différence de potentiel développée se manifeste entre deux conducteurs reliés à des peignes isolés disposés suivant un diamètre, et venant embrasser intérieurement les deux plateaux, de chaque côté.
- M. Bonetti a simplifié la construction de la machine de Wimshurst et 1 Voy. n° 555, du 19 janvier 1884, p. 117.
- 22“ année. — l r semestre.
- Fig. 2. — Machine d’induction électrostatique sans secteurs.
- augmenté son débit en supprimant les secteurs métalliques des plateaux et en augmentant le nombre des balais frotteurs. C’est la réalisation pratique d’une idée émise pour la première fois, croyons-nous, par M. Georges Pellissier, en 1891, dans le Journal de physique.
- La machine à plateaux ainsi réalisée est représentée figure 2. On y retrouve tous les éléments de la machine Wimshurst, moins les secteurs métalliques collés sur les plateaux, plus des porte-balais qui permettent de faire coulisser les balais disposés sur les conducteurs diamétraux. Les plateaux peuvent être en verre ou en ébonite, mais cette dernière sub-
- stance, moins dure et moins fragile, est généralement préférée. La machine ne s’amorce pas auto-
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- nmtiqucment : cet amorçage se produit en frottant l'un des plateaux avec le doigt enduit d’un peu d’or mussif; mais une fois défini, le sens du courant ne saurait changer. La machine est ininversihle. L’inversion ne se produit, en marche, que si l’on vient a frotter l’autre plateau en un point symétrique. Cette fixité du sens du courant et la facilité de produire rapidement et sûrement son inversion, constituent des qualités précieuses en thérapeutique.
- Le débit peut également être varié dans de grandes limites, soit en supprimant une partie des balais frotteurs, soit en déplaçant leurs points de contact sur les plateaux : lorsque toute la surface du plateau est balayée par les pinceaux métalliques, le débit est maximum ; mesuré à l’électromètre de Lanc, il est, d’après M» d’Arsonval, trois fois plus grand (pie celui d’une machine Wirnshurst de mêmes dimensions et munie de secteurs. En déplaçant les lialais pour les amener à toucher les mêmes zones, le débit se trouve réduit en proportion de la réduction de la surface balayée.
- La suppression des secteurs a amené un autre avantage relatif à l’entretien : les plateaux dénués de secteurs se nettoient plus facilement, et les balais durent plus longtemps puisqu’ils ne frottent pas sur les secteurs métalliques qui les usent en s’usant eux-mêmes, et qui se détériorent et se déchirent.
- Le principe de la machine de Wirnshurst sans secteurs a été également appliqué à une machine plus puissante représentée figure 1, dans laquelle les plateaux sont remplacés par deux cylindres concentriques en ébonite dont le diamètre moyen est de 50 centimètres et la hauteur commune de 50 centimètres. Ces deux cylindres, séparés de quelques millimètres seulement, sont montés sur deux disques épais en ébonite fixés sur des arbres concentriques, avec roulements à billes et commande par roues de friction. Des séries de peignes et de balais extérieurs et intérieurs disposés suivant des génératrices remplacent les peignes et les balais dirigés suivant des rayons de la machine à plateaux. Notre gravure (lig. 1) représente la machine telle qu’elle a fonctionné pendant les séances de Pâques de la Société française de physique.
- La machine ainsi établie produit des étincelles et des décharges puissantes et bruyantes dont les effets paraissent bien supérieurs à ceux des anciens types les plus perfectionnés, mais dont il est difficile d indiquer l’ordre de grandeur, à défaut de mesures comparatives, et d’expériences exprimant les résultats obtenus en unités G. G. S. Cette lacune que nous aimerions voir combler, contribue dans une certaine mesure à perpétuer la croyance qu’il existe des différences profondes, essentielles, entre les machines dites électrostatiques, et les machines dynamoélectriques, en dehors de leur mode d’action, tandis qu'en réalité, elles produisent les unes et les autres des forces électromotrices, des intensités et des puissances qui ne diffèrent que par l’ordre de grandeur.
- LES COMÈTES
- Comètes de 1892. — On a observé dix comètes en 1892.
- I. La comète Brooks, du 19 mars 1890, qui a été suivie à Nice jusqu’au 4 février 1892, près de deux ans après sa découverte, circonstance exceptionnelle. — 11. La comète Wolf, deuxième apparition de cette comète reconnue périodique, suivie à Vienne jusqu’au 51 mars 1892. retrouvée en 1891. — III. La comète Tempel-Swilt, périodique aussi, retrouvée en 1891 à son troisième retour et suivie aussi à Vienne jusqu’au 21 janvier 1892. — IV. Comète Swift, découverte à Rochester des Etats-Unis le 0 mars 1892, qui a été visible à l’œil nu en avril 1892 cl suivie jusqu’en janvier 1895. — V. Comète Denning, découverte le 18 mars. Elle est restée télescopique mais a été suivie jusqu’au 19 décembre 1892. —VI. Comète Winneeke, période 5 ans, 8, retrouvée à Vienne le 18 mars 1892 sur sa route bien connue par le calcul. On a pu l’observer jusqu’au 19 novembre (télescopique). — Vil. Comète Brooks du 28 août 1892, découverte à Geneva des Etats-Unis; télescopique, a été suivie jusqu’au 12 juillet 1895. — VIII. Comète Barnard, trouvée au Mont-IIamilton le 12 octobre 1892, par la photographie'; télescopique très faible, a été suivie jusqu’au 8 décembre 1892. Révolution 6 ans, 5. — IX. Comète Holmes, découverte le 6 novembre 1892 à Londies, nébulosité arrondie de 5 minutes de diamètre, devenue visible à l’œil nu fin novembre, s’affaiblit beaucoup ensuite, prit, le 16 janvier 1895, l’apparence d’une étoile nébuleuse et se perdit le 15 mars 1895. — X. Comète Brooks, trouvée le 19 novembre à Geneva, est restée télescopique, très faible, mais a été suivie jusqu’au 11 mars 1895. En outre, deux comètes attendues n’ont pas été retrouvées.
- Comètes de 1895. — Trois comètes observées seulement.
- I. Comète Finlay, retrouvée le 17 mai à son premier retour depuis sa découverte en 1886, à la place indiquée par le calcul, mais très faible, a élé peu observée. — II. Comète Sperra, Roso de Luna, Rordame, Qucnisset, aperçue à l’œil nu et successivement par les susnommés à partir du 19 juin. Mouvement très rapide, jusqu’à 9 degrés par jour. Le 16 juillet elle a eu son plus grand éclat et a disparu bientôt après pour avoir une légère recrudescence d’éclat qui a permis de la retrouver au commencement de novembre. — 111. Comète Brooks, trouvée à Geneva le 16 octobre et suivie jusqu’au 26 janvier 1894.
- J. Vinot.
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- LA. FONTAINE DE VAUCLUSE
- MOYEN I)’eX RÉGULARISER LE DÉLIT
- Dans une étude qu’il vient de soumettre au Ministère de l’Agriculture, M. Dyrion, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, après avoir indiqué le mécanisme de la fontaine de Vaucluse et le moyen d’en régulariser le débit, élargissant la question, propose d’imiter, pour les cours d’eau torrentiels, l’exemple merveilleux donné par la nature.
- Dans cet ordre d’idées, il y aurait lieu de créer silices cours d’eau, en des points favorables, des barrages capables d’emmagasiner une partie des crues du printemps, qui ne manquent jamais en raison des tombées de neige, et de cloisonner des réservoirs, afin de donner à ces eaux, comme le fait la nature, un débit continu et sensiblement uniforme.
- La régularisation du débit des cours d’eau torrentiels
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- aurait de nombreux avantages au point de vue industriel notamment; elle permettrait de compter sur un débit régulier pour créer des forces motrices considérables.
- Les installations de Genève, où l’on utilise les chutes du Rhône, celles de Gênes, où la puissance de 3000 chevaux est prise à des chutes distantes de 50 kilomètres de la ville, les travaux que l’on va entreprendre au Niagara pour créer une force motrice énorme, indiquent le parti que l’on peut tirer des forces naturelles, si abondantes dans les parties montagneuses de notre pays ; elles montrent ce qu’il y aurait à faire pour diminuer le tribut de 200 millions environ qu’il paie tous les ans à l’étranger pour ses charbons, et lui permettre de soutenir la concurrence des autres nations sur les marchés du monde.
- D’après des renseignements dignes de foi, il serait possible, dans chacune des grandes vallées calcaires, de créer ainsi une puissance considérable, que l’on pourrait distribuer électriquement par des fils dans les différentes localités, en vue de l’utiliser soit en force motrice, soit en lumière, ou en toutes autres applications.
- On pourra, par exemple, amener à Marseille, Toulon, La Seyne, etc., 6000 chevaux, comme on travaille actuellement à le faire 'a Lyon, et cela dans des conditions qui paraissent devoir être particulièrement avantageuses si l’on considère que l’énergie fournie par une puissance de un cheval pendant 24 heures ne parait pas devoir revenir, rendue à domicile, à plus de 250 francs par an environ, intérêt, amortissement et exploitation compris, alors que le prix ordinaire de revient est de 500 à 1000 francs au moins, suivant l’importance des moteurs à desservir.
- Ces 6000 chevaux étant créés et exploités, il serait possible d’en créer 6000 encore, et même 12 000 autres, si on le désirait, par le même système et cela dans des con-ditioiis bien plus avantageuses que pour les premiers. On voit, par cet aperçu, l'intérêt qui s’attache aux études de M. L. Dylion.
- LES SECOURS AUX NOYÉS ET ASPHYXIÉS
- Ün ne peut nier que les méthodes actuelles d’en-seignenicnt soient en progrès sur celles du passé; la « leçon de choses » apporte dans l’esprit de l’cn-lant ou de l’adolescent des idées pratiques et précises que ne lui inculquaient pas les anciens procédés pédagogiques. Nous voulons appeler aujourd’hui l’attention sur l’intérêt qu’il y aurait à apprendre aux jeunes gens, même dans un cours élémentaire d’ilisloire naturelle, quels sont les moyens à employer pour secourir un noyé, un asphyxié, ou toute personne en état de mort apparente; celte leçon pratique trouverait sa place dans l’histoire de la circulation et de la respiration.
- Si l’on considère qu’en France, les morts accidentelles par submersion se chiffrent, en moyenne annuelle, par 5500, et les suicides de même nature par 8000, on se rendra compte que les occasions de porter secours à son prochain ne font pas défaut.
- Nombreuses sont les personnes qui, se trouvant en présence d'un accident de ce genre, sont incapables d’apporter à la victime un prompt et utile secours : les unes s’abstiendront, ou perdront un temps précieux à quérir un médecin; les autres
- emploieront les moyens les plus invraisemblables, inutiles et souvent nuisibles.
- Nous ne pouvons ici nous étendre longuement sur la question au point de vue scientifique, que l’on trouvera traitée plus complètement dans les Archives de médecine militaire1, mais nous pensons être utile à nos lecteurs en leur indiquant succinctement les procédés les plus efficaces à mettre en pratique non seulement chez les noyés, mais dans tous les cas de mort apparente, quelle qu'en soit la cause; l’emploi immédiat de ces moyens ne peut en effet, qu’être utile, sans jamais être nuisible, tandis que l’attente, les bras croisés, d'un médecin qui tarde à arriver, peut être fatale à la victime.
- Nous ne croyons pas nécessaire de donner des indications sur ce que l’on entend par mort apparente; il suffit que le spectateur, en présence du patient, se dise ou entende dire : « on dirait qu’il est mort », pour lui donner immédiatement les secours que nous allons indiquer. Il aura d’autant plus de facilité à s’acquitter de ce devoir que les principaux procédés à employer ont l’avantage de ne nécessiter aucun appareil spécial : l’usage intelligent des mains et des bras, voilà tout.
- Le procédé le plus efficace est celui des tractions rythmées de la langue; découvert en 1892 par M. le IL Laborde, membre de l’Académie de médecine, et développé longuement dans la thèse de M. le IL Le Coquil, il a été mis maintes fois en pratique depuis cette époque, dans les circonstances les plus diverses, en France et à l’étranger, et il a été très fréquemment suivi de»succès, soit d’emblée, soit après échec des procédés habituels. Si l'on ne peut dire qu’il a toujours réussi, c’est parce qu’il est clair qu’il ne peut revivifier une victime qui a cessé de vivre ; il y a même lieu de croire que son insuccès constitue à lui seul un signe certain de la mort. Pour le mettre en pratique, il faut : écarter largement les mâchoires et maintenir cet écartement au moyen d’un manche de couteau, d’une canne, etc.; saisir solidement le corps de la langue entre le pouce et l’index, avec un linge quelconque et même avec les doigts nus, et exercer sur elle quinze à vingt fois par minute, de fortes tractions rythmées suivies de relâchement. 11 est indispensable que ces tractions fassent sortir largement la langue hors de la bouche ; aussi l’opérateur devra bien se rendre compte que ces tractions agissent sur la racine même de l’organe et non pas seulement sur sa pointe. Celte méthode sera appliquée le plus tôt possible et continuée pendant quinze minutes. Généralement au bout de deux ou trois minutes on voit apparaître une, puis plusieurs inspirations successives de plus en plus accentuées. C’est à ce moment surtout qu’il faut continuer les soins adjuvants de toute nature (réchauffement, flagellation, etc.), et notamment la respiration artificielle.
- Ce procédé, qu’il est très utile aussi d’employer,
- 1 T. XXI, 1893, et Bulletin de VAcadémie de médecine du il ju'I'e* 1893.
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- soit après, soit, si on le peut, pendant les tractions rythmées, consiste à pratiquer artificiellement les mouvements d’inspiration et d’expiration qui constituent, chez l’homme normal, la respiration, et sont destinés à faire entrer de l’air dans la poitrine.
- La méthode la plus employée est celle dite de Sylvester ; on la pratiquera de la façon suivante :
- Après avoir l'ait saillir la poitrine en passant sous les reins un vêtement roulé ou un coussin, les mâchoires étant écartées et la l;fn-gue maintenue autant que possible hors de la bouche par un aide, l’opérateur, agenouillé à la tète du noyé, fait ployer les avant-bras sur les bras, saisit les coudes et les appuie fortement sur les parois dè la poitrine (1er temps); les en écarte horizontalement de façon que chacun d’eux fasse un angle droit avec le corps (2e temps); les relève verticalement en avant de la tête (5e temps); puis les rahat directement sur les parois de la poitrine (1er temps).
- La même manœuvre sera répétée quinze à vingt fois par minute, pendant dix minutes.
- Enfin un dernier moyen très peu connu a été signalé récemment par M. le l)r Maas, de liellin-gen, à qui il a réussi dans trois cas de mort apparente par le chloroforme; ce procédé consisterait à frapper violemment, presque à coups redoublés, sur la région du cœur; d’après l’auteur, le pouls ne tarde pas à se rétablir; si l’on cessé les coups, la vie disparaît peu à. peu, tandis que par la continuation de la manœuvre, le rappel à la vie devient définitif.
- Un se souviendra dans tous les cas qu'il ne suffit
- pas de voir quelques signes de vie se manifester pour croire à un retour définitif à l'existence ; il est nécessaire de prolonger longtemps les soins de tout genre et l’on ne devra considérer le succès comme certain que si les mouvements de la respiration, les battements du cœur et du pouls sont bien accentués et réguliers.
- On ne perdra jamais de vue que le succès dépend, non seulement de la persistanee dans les secours, mais aussi de l’intelligence et de la rapidité avec lesquelles ils sont employés. Ici se place tout naturellement le conseil, cent fois donné, de couper imméd iatement le lien qui enserre le cou d’un
- pendu et de le secourir sans retard. Pour bien se rendre compte de l’efficacité des tractions linguales, il suffit de maintenir sous l’eau pendant une minute
- un cobaye (ou cochon d’ïldc). En sortant de l’eau, l’animal sera en état de mort apparente ; si on l’abandonnait à lui-même, il mourrait, tandis que si l’on procède aux tractions linguales au moyen d’une petite pince (en raison de l’exiguïté de l’organe), on ne larde pas à voir la reviviscence s’effectuer, et la vie redevenir complète après quelques soins accessoires (réchauffement). Celte expérience est moins barbare que l’on ne pourrait le croire, car l’animal se met bientôt à manger et à courir comme précédemment; pratiquée dînant, des élèves, elle peut avoir l’immense avantage de leur donner une leçon de choses inoubliable et utile entre n toutes. l)r Mareschai,.
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- COMBUSTION SPONTANÉE DES AÉROSTATS
- ET SON ORIGINE ÉLECTRIQUE
- Jusqu’à quel point un ballon, en pleine atmosphère, est-il en danger d’èlre foudroyé?
- Les aéronautes sans doute trouveraient quelque intérêt à être pleinement édifiés sur un sujet qui pourrait leur donner quelque appréhension. Ils sont, il est vrai, assez aventureux pour la plupart, peu enclins à s’inquiéter d’un danger hypothétique, et ne paraissent pas s’émouvoir outre mesure de la perspective de sombrer dans une tourmente électrique.
- L’événement leur donne raison, puisqu'on ne connaît pas d’exemple d’un pareil accident, ce qui
- constitue tout au moins une forfe présomption de suffisante sécurité. Cette immunité à peu près complète ne tient pas exclusivement à ce qu’en général les voyages aériens se font par beau temps ; on pourrait l’allrihuer avec plus de raison à la nature peu conductrice du ballon, qui lui permet de traverser sans trop d’encombre les couches d'air le plus diversement électrisées.
- Ce n’est pas à dire que les aérostats n’aient point à compter avec l’électricité; mais fort heureusement les accidents survenus se sont toujours produits à terre, au moment du dégonflement; ils se sont traduits par des combustions spontanées, dangereuses à coup sûr, — puisque dans un cas il y a eu mort
- Combustion d’un aérostat d’Eugène Godard, à Gralz, le 23 mai 1833. (D’après une gravure de l’époque; collection de M. G. Tissandier.)
- d’homme, —- mais beaucoup moins redoutables cependant que si, le ballon prenant feu dans l’espace, les voyageurs aériens se trouvaient tout à coup privés de leur soutien, et dans une chute terrible, venaient se broyer sur le sol.
- Les faits bien observés sont peu nombreux. Il est souvent difficile de se rendre un compte exact de ce qui se passe, au moment où, les aéronauLes se trouvant fort occupés aux manœuvres de dégonflement, les curieux entourent le ballon et le serrent de trop près, sous prétexte d’apporter une aide plus gênante qu’efficace. Le gaz combustible s’échappe à flots par la soupape et par l’appendice; il suffit d’un point en combustion, une allumette dans le voisinage, pour que tout prenne feu. Il est tout naturel, chaque fois qu’un pareil accident se produit, de
- l’attrihuer, sans chercher plus loin, à l’imprudence de quelque fumeur que l’on ne retrouve pas toujours d’ailleurs, car il se dérobe, peu soucieux de la responsabilité encourue. Un incendie de cette nature eut lieu lors du dégonflement d’un ballon d’Eugène Godard descendu à Gratz, en Prusse, le 25 mai 1855. L’origine de la catastrophe, dont une gravure de l’époque représente l’aspect (voy. la figure ci-dessus), fut attribuée à des fumeurs; mais le fuit a été contredit, et la véritable cause de l’incendie n’a jamais été bien connue.
- C’est à la suite d’une ascension militaire du capitaine Z obéi, le 5 septembre 1890, que l’origine électrique-de la combustion spontanée du ballon fut pour la première fois formellement établie. Cette observation très nette remit en mémoire une cxplo-
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- sion survenue le 2G Juin 1888, dans des circonstances analogues, en Allemagne, et dont les causes n’avaient pas été complètement élucidées. Enfin un accident du même genre, dont le capitaine Zobel fut encore le témoin, en 1893, a permis d’établir les conditions spéciales où le ballon peut ainsi prendre feu, tandis que la combustion spontanée du llum-boldt, le 26 avril 1893, conduisait, de son coté, le savant allemand Rdrnstein à réaliser des expériences qui jettent quelque jour sur la question.
- Il est à remarquer tout d’abord que ces quatre accidents concernent des ballons pourvus de soupapes inélalliques. Pour hâter le dégontlement, les aéronautes ont l’habitude de tirer à eux l’étoffe de l’enveloppe, en amenant peu à peu la soupape qu’ils saisissent pour la détacher et offrir ainsi un orifice béant à l’évacuation du gaz. Au moment où l’un des aérostiers approche la main de la soupape, une étincelle part et met le feu.
- C’est une flambée pure et simple, si le ballon contient de l’hydrogène ou du gaz d’éclairage à peu près pur; mais, si l’air a pu pénétrer dans l’enveloppe et y former un mélange détonant, il se produit une explosion violente et dangereuse.
- C’est ce qui s’est produit dans l’accident relaté plus haut et survenu en Allemagne, le 26 juin 1888. Le ballon était parti de Berlin vers dix heures du matin, monté par un lieutenant et deux soldats du génie. Après l’atferrissemeat et tandis qu’on procédait rapidement au dégonflement, un des hommes enroulait les cordes; l’autre s’approcha pour saisir la soupape : c’est à ce moment que le ballon fit brusquement explosion et ses débris furent projetés en l’air au milieu d’une énorme colonne de flamme. Le malheureux soldat, lancé lui-même violemment, fut tué sur le coup.
- Fort heureusement, dans les deux accidents survenus à des ballons militaires français, on n’eut pas à signaler pareil malheur, ce que l’on peut attribuer au jeu régulier de la manche d’appendice, qui empêche les rentrées d’air.
- Le 4 septembre 1890, le lieutenant Marchai, qui avait accompagné le capitaine Zobel dans son ascension, cherchait à abaisser la soupape afin d’enlever le toit et de faciliter la sortie du gaz. Il tenait le filet avec la main droite, « l’avant-bras replié, le bras gauche tendu vers la soupape, la main gauche à quelques centimètres du toit. Une petite explosion se produisit dans ïintérieur et près de la soupape; en même temps une gerbe de flammes s’échappa de l’orifice et U étoile de la collerette se mit à brûler. Le lieutenant éprouva une forte sensation de chaleur à la main gauche; il se rejeta en arrière....
- « Le gaz brûla complètement dans un temps très court, — deux ou trois minutes au plus, — toute la partie supérieure du ballon fut détruite en même temps, mais le feu s’éteignit rapidement dès que tout le gaz contenu dans le ballon eut disparu1. »
- 1 Relation des officiers aérostiers. Revue de l’aéronautique, 1891.
- Il fut bien constaté que personne ne fumait et qu’aux alentours il n'existait aucune trace de feu récent. La seule hypothèse admissible était donc qu’une décharge électrique avait dû se produire au moment où le lieutenant Marchai établissait, par son propre corps, la communication entre le sol et la soupape métallique chargée d’électricité à la manière d’un condensateur.
- D'où provenait cette électricité? Les circonstances atmosphériques de l’ascension en pourraient fournir une explication tout au moins plausible.
- Le ballon avait séjourné pendant deux heures, de 8 heures à 10 heures, dans des nuages épais, parfois très agités, à une altitude variant de 1200 à 2000 mètres. « Ces nuages devaient être électrisés assez fortement, car, à plusieurs reprises, les aéronautes ont vu au sein de leurs masses des mouvements violents et très divers; l’aérostat a été agité fréquemment et a subi des oscillations parfois très fortes. »
- La soupape du ballon, en laiton, a dû se mettre en équilibre de tension avec les nuages électrisés qu’on traversait et, le reste du voyage s’étant effectué dans des couches d’air très sec et mauvais conducteur, la soupape n’a pu perdre la charge qu’elle avait acquise.
- « À midi a eu lieu la descente; elle a été effectuée rapidement, en vingt minutes environ. Le ballon a traversé de nouveau des couches d’air très sec, et la déperdition d’électricité a dû être très faible; d’autre part, pendant la marche au guide-rope et l’atterrissage, les cordages, se trouvant secs eux-mêmes, ont été impuissants à décharger la soupape.... Aussi, lorsque le ballon toucha le sol, la soie étant mauvaise conductrice, la soupape de^ meura-t-elle électrisée. »
- Le reste va de soi : l’officier, en s’approchant, joua le rôle d’excitateur et tira l’étincelle très faible qui suffisait à enflammer le gaz.
- Cette explication est-elle la bonne? Les expériences du l)r Bornstein tendraient à prouver, en tout cas, que l’électrisation des soupapes peut se produire, non pas seulement au cours de l’ascension dans les circonstances que nous venons de relater, mais encore dans des conditions toutes différentes, uniquement dues au frottement du filet sur le ballon ou du plissement de l’étoffe sur elle-même.
- Le Humboldt, qui fut brûlé en partie le 26 avril 1893, était un grand ballon de 2500 mètres cubes, en coton double consolidé au moyen de deux couches de caoutchouc posées au rouleau, l’une entre les deux étoffes et l’autre sur la surface intérieure de l’enveloppe. À la partie supérieure, à environ 2 mètres l’une de l’autre, se trouvaient deux soupapes à un seul clapet, en partie métallique. La plus grande de ces soupapes était destinée uniquement au dégonflement rapide de l’aérostat à l’atterrissage; l’autre devait servir aux manœuvres en cours de route. Pour fixer chacune d’elles, la collerette de l’enveloppe était serrée entre un plateau de
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- bois placé dans l'intérieur du ballon et le cercle supérieur en fer; et pour assurer l'étanchéité du joint, on avait interposé deux anneaux plats en caoutchouc.
- Cette courte description permettra de se rendre un compte plus exact de la manière dont la soupape peut se comporter au point de vue électrique.
- Ce ballon avait déjà fait six ascensions lorsque, . au moment du dégonflement, dans les memes circonstances que pour les ballons français, par un temps chaud et sec, sous un soleil brûlant, le lieutenant Gross, approchant la main de la grande soupape, vit tout à coup s’élever un jet de llamme, et fut projeté sur le sol par l’explosion du mélange d’air et de gaz d’éclairage que contenait encore l’aérostat.
- Comment la soupape avait-elle pu se charger d’électricité à une tension suffisante pour donner naissance à une étincelle capable d’enflammer le gaz d’éclairage? Cet état électrique s'était-il produit au cours du voyage à travers l’atmosphère ou seulement à l’atterrissage, et quel était le mécanisme du phénomène? Telles étaient les questions que le pro-l'esscur Bornstein a cherché à résoudre par quelques expériences, au moyen d’un petit ballon de 8 mètres cubes construit avec les restes du ballon incendié, et muni de la petite soupape de manœuvre, qui avait été sauvée du désastre. Dès le début de son emploi, l’étoffe du llumboldt avait donné lieu à des remarques intéressantes : son frottement sur une table garnie de tôle suffisait à l’électriser au point de provoquer des étincelles dont les ouvrières se trouvaient incommodées. Cette étoffe, abandonnée à l’ombre, dans un endroit humide, était parfaitement conductrice, comme on put le reconnaître à l’élec-troscope; mais elle devenait isolante et s’électrisait par frottement aussitôt qu’on l’exposait aux rayons du soleil ou dans un endroit très sec.
- Si l’électrisation se fait au cours du dégonflement, il semble tout d’abord quelle puisse se produire par le frottement résultant de l’échappement du gaz, comme il arrive pour l’échappement de la vapeur dans la machine Armstrong.
- Pour le vérifier, le petit ballon d'essai, gonflé d’air, fut suspendu à un fil de soie, la soupape étant reliée par un fil métallique au bouton d’un électro-scope d’Exner. On ouvrit alors la soupape; mais, pas plus dans un air sec que dans un air humide, l’électroscope ne révéla de traces d’électrisation, si ce n’est lorsque sous l’action du vent, les plis de l’étoffe frottaient les uns sur les autres.
- Pour corroborer la conclusion qui découle de ce dernier fait, on constata qu’il suffisait de tramer doucement l’enveloppe sur le sol ou de la frotter avec la main pour amener la divergence des feuilles de l’électroscope ; la charge était alors constamment négative.
- Une autre fois, par un temps brumeux, l’enveloppe fut chargée au moyen d’une machine de Holtz ; pendant quelques secondes seulement, on mit à la terre le fil venant de la soupape ; en le remettant ensuite à l’électroscope, on obtint une décharge,
- Le même jour, le ballon d’essai dégonflé gisant sur le sol, la soupape fut touchée en dérivation et enlevée au moyen d’un fil de soie isolant ; on eut aussitôt une décharge dans l’électroscope auquel la soupape était reliée.
- En définitive, on peut admettre (pie l’écoulement du gaz est sans effet, mais que l’enveloppe d’un ballon, au moment du dégonflement, peut s’électriser par les seuls frottements auxquels elle est soumise et acquérir une forte charge négative. Par influence alors, les parties métalliques de la soupape se chargent positivement et sont susceptibles de donner des étincelles.
- Est-ce à dire que l’électrisation ne puisse avoir lieu en cours de route? Rien 11e le prouve.
- Au départ, l’enveloppe n’a généralement pas perdu toute conductibililé et, sous l’influence de l’électricité terrestre, peut prendre un potentiel négatif dans la région de la soupape et positif à la partie inférieure que prolonge généralement le guide-rope. Survienne un rayon de soleil qui sèche l’enveloppe et la rende isolante, cet état électrique devient stable et peut subsister jusqu’à l’atterrissage.
- Pour vérifier cette hypothèse, leballon d’essai, gonflé d’air, fut suspendu à un aérostat captif par un fil isolant. Du ballon d’essai, on laissa tomber un fil de soie prolongé par un guide-rope ordinaire de 50 mètres de longueur; l’enveloppe étant à peu près isolante, on mouilla la corde de soie et le guide-rope afin de les rendre bons conducteurs.
- « Nous admîmes, dit le Dr Bornstein, que, dans ce conducteur d’une longueur verticale supérieure à 50 mètres, il pouvait, sous l’influence de la terre, se faire une répartition des électricités et qu’alors, si la soie qui se trouve entre la corde et le ballon devenait isolante en se séchant, ce partage subsisterait. «
- Après une station d’un quart d’heure à 500 mètres d’altitude, on effectua la descente qui prit un nouveau quart d’heure ; la soie était sèche et parfaitement isolante; la partie inférieure de la corde était chargée négativement ainsi que la soupape, tandis que l’enveloppe se trouvait au contraire chargée positivement.
- L’expérience n’était pas suffisante pour permettre d’en tirer une conclusion précise, et elle aurait mérité d'être répétée.
- D’autre part, dans une des ascensions du ballon Phénix, par un soleil brûlant, le Dr Berson put, à l’atterrissage, mettre la soupape en communication avec l’électroscope et obtint une forte divergence. 11 estima à 160 ou 180 volts la différence de potentiel, mais il ne put déterminer le signe de la charge.
- A défaut d’essais plus concluants au sujet de l’électrisation en cours de route, le Dr Bornstein incline en définitive à penser, en ce qui concerné l’accident du llumboldt, que ce ballon a dû opérer son atterrissage à l’état sec et isolant ; l’enveloppe s’est électrisée sur le sol, par le frottement, et,
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- agissant par influence sur la soupape qui constituait par ses divers éléments un véritable condensateur, a permis, au premier contact, la production de l’étincelle et de l’explosion1.
- Nous avons résumé ici les pièces du procès. Entre les deux hypothèses, nous n’oserions conclure à notre tour : elles sont également plausibles, et la première conclusion pratique qu’en doivent tirer les aéronautes, c’est qu’il ne faut point constituer son ballon comme une bouteille de Leyde. Aussi bien, depuis les accidents que nous venons de commenter, a-t-on eu soin de supprimer toutes les parties métalliques qui constituaient les soupapes les plus perfectionnées. Grâce à cette simple précaution, il est probable que les ballons n’auront plus à craindre les méfaits de l’électricité. G. Espitai.lier.
- LES ENVELOPPES DU SOLEIL
- Voici une très bonne explication de ce qu’on doit entendre par cette expression, c’est M. Deslandres qui la donne, et nous la reproduisons presque textuellement.
- « L’atmosphère solaire est l’ensemble des couches extérieures au disque du Soleil tel qu’on le voit tous les jours, dans les lunettes ordinaires, avec un contour nettement délimité. Ces couches extérieures, invisibles en temps normal avec la simple lunette, ont été dévoilées par les éclipses totales, s’étudient au moyen du spectroscope et comprennent deux parties distinctes, la chromosphère et la couronne. La chromosphère est la couche^rosée qui recouvre immédiatement le disque solaire ou photosphère et l’entoure complètement. Elle n’a été jusqu’à présent étudiée avec le spectroscope, soit pendant les éclipses, soit en temps ordinaire, que dans la partie annulaire extérieure au disque. Elle est gazeuse et, d’une manière générale, assez mince; mais, en certains points, elle offre des parties parfois très hautes, qui attirent tout d’abord l’attention et qu’on a appelées flammes roses, ou communément protubérances, proéminences. Le mot proéminence indique bien l’aspect de ces parties hautes qui apparaissent dans les éclipses comme des éminences, extérieurement au bord solaire; mais dans les recherches actuelles, on s’est mis à étudier la chromosphère non plus seulement dans la portion extérieure au disque, mais dans la portion qui se projette sur le disque. L’aspect de la chromosphère n’est plus alors le même; les parties caractéristiques ne sont plus les parties hautes, mais les parties les plus brillantes qui sont aussi en général les plus basses, et le mot proéminence ne convient plus. Aussi, pour cette raison, M. Deslandres propose de s’en tenir à l’ancien nom de flammes ou flammes gazeuses qui convient très bien. D’autre part, la couronne qui est la couche blanche superposée à la chromosphère est beaucoup moins brillante, mais plus épaisse; elle est formée par un mélange de gaz et de particules liquides ou solides. Elle présente aussi en certains points de sa portion extérieure, des prolongements très faiblement lumineux, qu’on a appelés aigrettes, banderoles, jets lumineux de la couronne. Elle n’a pu, jusqu’à présent, être reconnue sûrement que dans les éclipses totales. »
- J. Vinot.
- 1 Zeitschrift fur Luflschiffahrt, octobre 1893.
- L?ÉLÉPMNT DE DURFORT
- M. Albert Gaudry a écrit un Mémoire sur l’Éléphant de Durfort, pour le volume publié par les professeurs du Muséum à l'occasion du centenaire de cet établissement. Chose assez curieuse, le spécimen le plus imposant des riches collections de Paléontologie que dirige M. A. Gaudry, bien que très connu du monde savant et du grand public, n’avait pas encore fait l’objet d’un travail spécial. Les lecteurs de La Nature savent, par les articles du regretté LV Fischerl, comment fut découvert le squelette du gigantesque Proboscidien, avec quelle habileté il fut extrait de son gisement. Ils n’ignorent pas que la science est redevable de cette belle pièce à M. Gaza lis de Fondouce.
- M. Albert Gaudry discute, dans son Mémoire, le nom qu’il convient de donner à l’Eléphant de Durfort. Il montre combien la détermination spécifique des Eléphants fossiles est délicate, à cause des passages nombreux qui relient entre elles toutes les formes. L’animal de Durfort, qui est pliocène, doit être rapporté à l'Elephas meridtonalis, non pas au type primitif de cette espèce, mais à une race déjà modifiée, qui commence à se rapprocher des Eléphants quaternaires.
- Avec le squelette de l’Eléphant, on a trouvé à Durfort un grand nombre d’ossements appartenant à divers genres d’animaux : des Hippopotames, des Bisons, des Cerfs, un Bhinocéros et un Cheval. Tous ces animaux ont dii périr enfoncés dans la vase d'un petit marais de l’époque pliocène, car la plupart des ossements ont été retrouvés avec leurs connexions anatomiques.
- On a encore rencontré, dans le môme gisement, un Batracien de la taille d’un gros Crapaud ordinaire, des restes de Brochet et diverses coquilles de Mollusques. L’étude des empreintes végétales, faite par MM. de Saportaet Marion, permet de reconstituer le paysage dans lequel se mouvait l’Eléphant de Durfort. Des bois de chênes variés, parmi lesquels dominait le Qitcrcus lusitanica, qui vit actuellement en Portugal, s’étendaient autour de l’étang de Durfort. 11 y avait aussi des Hêtres et des espèces arborescentes croissant aujourd’hui au Caucase ou en Perse, telles que Planera Ungeri et un Parrotia.
- M. Albert Gaudry termine son Mémoire par des remarques curieuses sur les dimensions des animaux terrestres pendant les temps géologiques et par quelques considérations philosophiques sur la disparition de ces géants des époques passées. D’après l’éminent Professeur, « le règne de la force brutale a eu lieu pendant les temps secondaires, alors que vivaient les Dinosauriens, qui ont été les plus gigantesques de tous les Quadrupèdes continentaux, mais sans doute, étaient des êtres stupides. L’apogée réelle
- 1 Yoy. n° 015, du 14 mars 1885, p. 231. Dans cet article, le magnifique squelette de l’Eléphant fossile est figuré de face; nous le reproduisons aujourd'hui de profil.
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- Squelette du grand Éléphant fossile de Durfort,
- au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- (D’après une photographie.)
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- du monde animal, comprenant les Quadrupèdes les plus beaux, les plus actifs, les plus intelligents, se montre à la lin des temps tertiaires, pendant les époques miocène et pliocène, c’est-à-dire immédiatement avant le règne de l’homme. »
- Le Mémoire de M. Albert Gaudry est accompagné d’une superbe phototypie d’après laquelle a été faite la gravure qui accompagne cette Note. En même temps qu’il offrait au monde savant la figure exacte de l’Eléphant de Durfort, mon excellent Maître a voulu perpétuer le souvenir de la galerie provisoire de Paléontologie où sont actuellement à l’ahri tant de beaux spécimens, en attendant l’aménagement très prochain d’une galerie définitive et digne de la science fondée par Cuvier au Muséum de Paris.
- Maiiceli.in Iîoci.e .
- LE SYSTÈME MÉTRIQUE
- La distribution d’étalons authentiques aux États ayant adhéré à la Convention du mètre a entraîné, dans plusieurs pays, des modifications importantes dans la législation relative aux Poids et Mesures. C’est une étape de plus dans l’extension grandissante du système métrique, et l’on ne peut qu’y applaudir dans le pays qui l’a vu naître.
- Ces changements étaient prévus et ont été préparés de longue main ; bien avant la fondation du Bureau international des poids et mesures, ils avaient été mûrement discutés, et le mouvement actuel n’est que l’exécution d’une idée depuis longtemps formée. Vues à un quart de siècle de distance, ces discussions prennent un aspect particulier qui ne manque pas d’intérêt; nous en donnerons un court résumé.
- La Conférence géodésique internationale réunie à Berlin au mois d’octobre 1867 adopta un plan de comparaison pour les appareils servant à la memre des bases; on adoptait franchement le système métrique, dans son intégrité, et l’on décidait de construire un étalon du mètre, qui appartiendrait en commun aux États qui auraient contribué au travail. Voici le paragraphe le plus important de la résolution.
- « Afin de définir l’unité commune de mesure pour tous les pays de l’Europe et pour tous les temps aussi exactement et aussi invariablement que possible, la Conférence recommande la construction d’un nouveau mètre prototype européen. La longueur de ce mètre européen devrait différer aussi peu que possible de celle du mètre des Archives de Paris, et doit, en tout cas, lui être comparée avec la plus grande exactitude. Dans la construction du nouvel étalon prototype, il faut avoir surtout en vue la facilité et l’exactitude des comparaisons nécessaires. »
- Cette rédaction, parfaitement claire pour les gens du métier, renferme quelques sous-entendus, inexplicables pour ceux qui n’ont pas pratiqué les mesures de précision, et envisagent la question au seul point de vue d’un principe. La signification exacte de cette rédaction fut discutée avec une certaine véhémence à l’Académie des sciences. Chevreul, alors octogénaire et d’une étonnante verdeur, s’éleva avec force contre la décision de la Conférence. 11 disait à l’Académie, le 8 octobre 1869: « Pour que la Conférence géodésique de Berlin projette de remplacer le mètre de l’an VIIJ, c’est qu’elle le trouve défectueux. Eh bien ! le trouvant tel, je ne comprends pas
- la phrase : ce mètre européen devrait différer aussi peü que possible du mètre de l’an VIII ! »
- Le manque d’entente provient ici de ce que le mot défectueux est pris dans des acceptions très diverses. Le mètre des Archives est d’une construction que l’on considère aujourd’hui comme défectueuse. C’est un mètre à bouts, constitué par une barre assez flexible, et que l’op ne doit manier qu’avec de grandes précautions. On voulait un mètre à traits, aussi robuste que possible, et nos lecteurs savent comment la question de construction a été résolue par II. Sainte-Claire Deville et Tresca1. Mais, en revanche, on se proposait de copier aussi exactement que possible le mètre des Archives en ce qui concerne sa longueur. On résolvait ainsi le problème de conserver le mètre des Archives dans les limites de précision qu’il permet d’obtenir, en facilitant les comparaisons. Mais, au point de vue scientifique comme au point de vue légalj le mètre des Archives lui-même, une fois copié, devait nécessairement être mis au second plan, afin que, pour l’avenir, l’unification pût se faire avec une précision supérieure à celle que permet cet étalon.
- Nous avons décrit les grands travaux qui ont assuré l’uniformité des mesures dans le monde entier. La distribution des étalons, en 1889, a ouvert une nouvelle période au système métrique, celle de la sanction légale de l’œuvre scientifique et civilisatrice fondée sur ce système.
- Afin de connaître les modifications introduites dans les lois depuis la distribution des nouveaux étalons métriques, le Comité international des poids et mesures s’est adressé aux Gouvernements des Etats signataires de la Convention du mètre, dont les réponses sont publiées dans le XVIe Bapport de ce Comité, paru il y a quelques mois. Nous en transcrirons les passages principaux.
- En Suisse, la transformation ne nécessitait aucune nouvelle disposition légale ; car le paragraphe 2 de la loi de 1875, en décrivant l’ancien étalon, ajoute : « Aussitôt que la Suisse aura reçu du Comité international des poids et mesures la copie identique du nouveau prototype international du mètre (à traits), cette dernière remplacera l’étalon fondamental actuel ».
- En Allemagne, en Autriche, en Italie et en Espagne, les lois récentes qui régissent la matière désignent les nouveaux étalons, et les sanctionnent. La loi italienne, du 23 août 1890, contient la phrase suivante :
- « Le prototype métrique national est le mètre en plar tine et iridium qui a été assigné à l’Italie, le 26 septembre 1889, par la Conférence internationale des poids et mesures, qui porte le n° 1, et qui est inférieur au mètre international de 11/10 000 000 à la température de0°C. »
- La loi espagnole du 8 juillet 1892, la loi autrichienne du 12 janvier 1893, et la loi de l’Empire d’Allemagne du 26 avril de la même année, contiennent des dispositions analogues.
- Les étalons échus au royaume de Norvège ont aussi été sanctionnés par décret du 3 mai 1890. Nous dirons enfin que l’échelle centigrade du thermomètre à hydrogène a été légalisée ou recommandée dans tous les pays que nous venons d’indiquer. j
- Dans sa réponse, M. Mendenhall, directeur des Poids et Mesures des États-Unis, cite une phrase très caractéristique du Rapport du Ministre des finances pour l’année 1890. En voici la traduction : « Je recommande de conférer l’autorité légale aux étalons métriques fournis au
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- 1 Voy. n°* 531, 532, 533, août 1883; et 863 , 865, décembre 1889.
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- Gouvernement des Etats-Unis par le Bureau international des poids et mesures.... Ces prototypes sont d’une exactitude extraordinaire, et sont probablement destinés à devenir, à une époque peu éloignée, d’une très grande importance pratique pour notre peuple. »
- Depuis lors, la question a fait un pas de plus. Notre confrère anglais Nature a dit récemment qu’à partir du présent mois d’avril, le yard et la livre seront déduits des étalons métriques. « Cette décision, dit la Note de Nature, contient pratiquement l’adoption du système métrique aux États-Unis. » C.-E. G.
- DROITIERS ET GAUCHERS DE LA AUE
- Etes-vous droitier ou gaucher de la vue? Aujourd’hui, à la chasse et au tir aux pigeons, les bons tireurs, généralement, tirent les deux yeux ouverts. Comment peuvent-ils viser, c’est-à-dire placer sur la môme droite les yeux, les deux extrémités du canon et le but? On peut mettre sur la même ligne la mire, le but et un seul des deux yeux; mais faire cela avec les deux yeux est aussi difficile que de mettre en ligne droite le pied de la grande branche d’une croix et les deux extrémités de ses petites branches ou les trois angles d’un triangle. Et pourtant, ces tireurs vous assurent qu’ils visent avec les deux yeux : et, de fait, au moment du tir, ils ont les deux yeux ouverts; mais ils ne visent qu’avec un seul œil, souvent, sans s’en rendre compte.
- Pour vous en convaincre, prenez un morceau de papier, de carton, ou une carte à jouer ou de visite; faites-y avec un crayon taillé un trou du diamètre de ce crayon. Placez ce carton à 50, 40.... centimètres de vos yeux et à 10, 45 ou 20.... d’un point quelconque, sur une table, un mur, etc. (fîg. 1). Ce point représentera le but, le trou de la carte sera la mire. Avec les deux yeux ouverts regardez le point, en plaçant votre carte, ou plutôt le jour que vous y avez ouvert, entre ce point et vos yeux ; et, quand vous le tenez, fermez d’abord un œil, puis ouvrez-le et fermez l’autre sans changer la position du carton. Or, vous vous apercevez immédiatement que vous ne voyez le point visé qu’avec un seul de vos yeux, à moins de déplacer le carton troué; c'est-à-dire que le trou du carton et le point visé ne se trouvent en ligne droite qu’avec un seul de vos yeux, sans que vous vous en fussiez douté le moins du monde, car vous aviez visé avec les deux yeux ouverts. Il arrive de même au tireur qui vise avec les deux yeux : un seul fonctionne utilement pour le pointage.
- Au lieu d’exécuter cette expérience avec une carte trouée, on peut la faire avec la main. Placez pour cela le bout d’un de vos doigts en ligne droite avec un point quelconque plus ou moins éloigné (plusieurs mètres si l’on veut) et votre œil, les deux yeux étant ouverts. Fermez ensuite alternativement vos yeux, et vous vous rendrez compte de ce fait : avec un de vos yeux, vous verrez sur la même ligne votre bout de doigt et le point qui sert de but; avec l’autre, il y aura un grand écart entre ce point et l’extrémité de
- votre doigt. Beaucoup de ceux qui tirent les deux yeux ouverts sont d’excellents tireurs et plusieurs d’entre eux qui, autrefois, fermaient un œil, ont changé de système; ils ont reconnu que les avantages de cette méthode sont réels1. On voit mieux l’objet, on calcule mieux la distance, et, au moment de presser la détente, on évite l’effort musculaire nécessaire pour fermer un œil, effort qui a exigé un apprentissage. Les enfants n’y arrivent pas du premier coup et sans force grimaces ; beaucoup de grandes personnes ne peuvent pas fermer un seul de leurs yeux ou ne peuvent fermer qu'un seul de ceux-ci : le droit ou le gauche. '
- En Angleterre, on le sait, où les tireurs de premier ordre sont fort nombreux et où l’on construit des fusils d’une merveilleuse précision, les armuriers n’ignorent pas qüe les tireurs qui visent les deux yeux ouverts ne se servent utilement pour le pointage que d’un seul de leurs yeux; mais ils ont, paraît-il, observé que cet œil, chez les uns, est le droit, chez quelques autres, le gauche, ‘c’est-à-dire qu’il y a pour la vue, comme pour les mains, des droitiers et des gauchers ; et je dis pour la vue, car je n’entends pas parler ici de ceux qui ne savent pas fermer l’œil droit ou l’oèil gauche, ou des borgnes de tel ou tel œil, ou de ceux dont un œil perçoit plus nettement les objets que l’autre.
- Les borgnes, de l’œil droit pourraient, au besoin,’ épauler à gauche ou modifier un peu la position dé la tête ou de l’arme. Cependant, personne n’ignoré qu’il existe des fusils spéciaux pour les borgnes dé cet œil qui veulent épauler à droite comme tout le monde, sans changer en rien la position ordinaire du lireur(fig. 2)M)ans ces fusils, les axes delà culasse et du canon sont sur deux plans différents, parallèles, pour que le canon et l’œil gauche puissent facilement se placer sur la même ligne, tandis que le bas de l’arme est à droite: la distance qui sépare ces deux plans est celle qui existe entre les centres de l’œil droit et de l’œil gauche.
- On peut déduire de ce fait combien il est important à un arquebusier qui va construire une arme de prix sur mesure, pour un tireur qui vise les deux yeux ouverts, de savoir si ce tireur est droitier ou gaucher de la vue; de même qu’il importe, avant de le placer sur une voie ferrée, dé savoir si le mécanicien d’une locomotive qui, par profession, doit distinguer le rouge ou le vert est, ou non, atteint de daltonisme.
- La plupart des hommes ne confondent pas ces deux couleurs : de même presque tous les chasseurs sont droitiers de la vue ; mais, dans les deux cas, il est prudent et sage de savoir positivement à quoi s’en tenir. Aussi les bons armuriers soumettent, paraît-
- 1 Le principe du stéréoscope peut, me semble-t-il, fournir une excellente preuve (qui d’ailleurs n’est pas la seule) de l’avantage de regarder avec les deux yeux. Cet instrument nous donne l’impression, la sensation du relief, c’est-à-dire de la distance qui sépare les points, les objets, les uns des autres.
- 2 Le fusil représenté dans notre gravure est construit par M. A. Guinard, armurier à Paris,
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- il, la personne qui leur commande une arme sur mesure, à un examen attentif pour qu’elle s’adapte aussi bien que possible aux proportions et aux habitudes du futur propriétaire, et ils ne négligent pas de vérifier si le tireur est droitier ou gaucher de la vue, circonstance que celui-ci ignore généralement. Pour cette vérification, ils se servent de la carte percée d’un trou dont nous avons parlé au commencement de cet article.
- Ces arquebusiers tirent-ils d’autres renseignements de cette expérience? Je l’ignore. L’objet de cet article n’est pas une étude (qui serait d’ailleurs intéressante) des avantages et inconvénients du tir avec un seul œil ou avec les deux yeux ouverts, avec les armes de chasse ou les armes de guerre. J’ajouterai seulement à ce propos qu’un ancien soldat m’a assuré qu’il avait attrapé plusieurs jours de salle de police, parce qu’il ne parvenait pas à fermer l’œil gauche au moment de coucher en joue ; assurément ce fait ne doit pas être isolé et j’en suis à me demander maintenant s’il ne serait pas plus rationnel d’enseigner aux tireurs militaires à viser comme beaucoup des meilleurs tireurs civils, les deux yeux ouverts, méthode qui éviterait en même temps aux soldats des efforts, des grimaces et peut-être même des punitions.
- D’ailleurs, les tireurs ne sont pas les seuls qui, ayant à se servir d’un seul œil à la fois, travaillent avec les deux yeux ouverts et même pour des travaux fort délicats. Les horlogers et d’autres personnes qui ont fait un usage suivi du microscope simple ou composé, finissent par ne plus fermer l’œil avec lequel elles ne regardent pas, ce qui, sans entraîner aucun inconvénient, leur évite un certain effort et une fatigue inutiles. Ces questions ont-elles été déjà traitées dans des ouvrages spéciaux de chasse et de tir ou dans des traités d’optique ou d’ophtalmologie? Je ne le sais. J’ignorais, il y a peu de temps, les faits dont je viens de parler et, à mon tour, je les signale aux nombreuses personnes qui ne se sont jamais demandé comment il pouvait se faire qu’on arrive à bien viser avec les deux yeux ouverts.
- Je crois donc qu’on peut établir sans crainte d’erreur : 1° qu’il est possible de se servir consciemment ou instinctivement d’un seul œil tout en ayant les deux yeux ouverts, et que cet œil peut être le droit ou le gauche ; 2° qu’il y a des droitiers ou des
- gauchers de la vue; T>° que l’individu peut ignorer s’il est droitier ou gaucher de la vue et qu’il l’ignore même avant de s’être soumis à l’expérience; 4° que l’œil sur lequel on porte l’attention et la volonté, autrement dit celui avec lequel on regarde, est celui avec lequel on voit, quand bien même les deux sont ouverts.
- Ce dernier fait trouve une confirmation dans celui des travailleurs au microscope dont j’ai parlé plus haut ; mais je l’ai vérifié par l’expérience suivante bien facile à faire.
- Placez devant vos yeux deux tuyaux en papier ou carton de 5 ou 4 centimètres de diamètre et tenez-les comme une jumelle de théâtre ou de campagne, mais de telle sorte qu’ils forment entre eux un angle de 20 à 50 degrés, par exemple, comme l'indique le dessin ci-contre (fig. 5). Braquez vos lunettes sur
- deux points, deux objets, deux livres ouverts ou les deux colonnes assez séparées d’un journal, placéà quelques centimètres des bouts des tuyaux qui porteraient les objectifs, si c’étaient des télescopes. Vous observerez alors qu’il est très facile et nullement fatigant de lire avec l’œil sur lequel vous portez l’intention, la volonté, tandis que l’autre ne voit rien, bien qu’il reste ouvert : peu importe que ce soit le droit ou le gauche.
- Si, au moment où un de vos yeux li t ou regar-’ de, vous retirez le tuyau qui'correspond à celui qui ne regarde pas et vous laissez cet œil nu, vous continuerez à voir seulement de l’œil qui regarde, bien que l’autre soit ouvert : c’est le cas des travailleurs au microscope.
- La vue est un organe admirable qui, non seulement se met au point et se règle de lui-même sans le secours de notre volonté, selon que l’objet à voir est plus ou moins éloigné, selon qu’il fonctionne dans un milieu sombre ou très éclairé, mais il peut encore ne se servir que d’une seule des deux fenêtres dont il dispose, selon les besoins de la vision. Ces opérations de la vue se font sans que nous puissions nous en douter.
- Des philosophes ont discuté (que n’ont-ils pas discuté?) s’il est des choses absolument indifférentes. Newton, je crois, pensait qu’il est des choses indifférentes même pour le Créateur. L’univers, disait-il, devait tourner à droite ou à gauche : or, au moment de la création, il était indifférent à Dieu que son œuvre commençât à tourner vers l’un ou l’autre de
- Fig. 1. — Expérience permettant tle savoir si l’on est droitier on gaucher de la vue.
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- ces côtes. On s’est, aussi demandé si l’usage préféré de la main droite, du côté droit, est inné, spontané, ou bien s’il est le résultat de l’atavisme et de l’éducation; et, à ne regarder les choses que
- superficiellement, il semblerait qu’on pourrait trouver un argument quelconque pour cette question dans le fait du plus ou moins grand nombre de droitiers ou de gauchers de la vue. 11 paraîtrait,
- en effet, que la vue n’a pas subi l'influence de l’éducation, chez un grand nombre d’individus du moins, puisqu’ils ignorent meme s’ils en sont droitiers ou gauchers.
- Mais, en y regardant de plus près, j’observe que l’intluence de la main sur l’œil ou de l’oeil sur la main a dù exister et qu’il n’est pas facile d’établir d’une lapon péremptoire et probante, où se trouve l’intluence primordiale: si c’est dans l’œil ou dans la main.
- Quant à moi, je me sens porté à croire qu’il y a plus de droitiers que de gauchers de la vue, parce que l’œil droit a subi l’influence de l’éducation séculaire de la main et du côté droits. J’observe en effet que, depuis des siècles, on a enseigné aux tireurs, par exemple, à prendre des attitudes où ce côté a le rôle le plus important; les armes ont changé, mais la position du corps s’est conservée à travers les âges.
- Dans le tir, le bras gauche ne sert que de sup-
- port, c’est le droit qui tend l’arc et lâche la corde et la flèche ; c’est encore lui qui lâche la gâchette de
- l’arbalète ou du fusil, tandis que la tête s'incline à droite et que l’on vise avec l’œil droit. 11 en est de même pour viser avec une pierre. L’homme ou l’enfant élève le projectile à la hauteur des yeux, penche légèrement la tète à droite, place sur la même ligne l’œil droit, la main droite et le but sur lequel il lance la pierre, après avoir porté son bras droit en arrière ; le bras gauche joue un rôle, mais un rôle instinctif de balancier, de contrepoids.
- Mais encore est-ce la main droite qui obéit à l’œil droit ou vice versa? La main droite doit-elle à l’éducation et l’atavisme ses avantages, ou bien est-elle entraînée inconsciemment par la plus grande aptitude innée de l’œil droit pour voir, viser et se fixer? Alors, ce serait la vue qui aurait commandé la position du corps et de la main dans les cas que je viens de citer.
- Fig. 5. — Lecture à volonté, avec l’œil droit ou l’œil gauche, les deux étant ouverts.
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- LA NATURE
- Je terminerai cet article par une courte statistique. Sur vingt ou vingt-cinq personnes, j’ai trouvé deux gauchers de la vue : une dame qui pourtant a su manier un fusil de chasse et qui s’en était servie en fermant l’œil gauche pour viser, et un religieux myope. Après lui avoir expliqué ce dont il s’agissait, je lui demandai s’il croyait être droitier ou gaucher : « Sûrement droitier, me répondit-il, car je vois mieux de l’œil droit que du gauche ». L’expérience de la carte percée nous prouva qu’il se trompait.
- Les gauchers de la main le sont-ils aussi de la vue? sont-ils au moins gauchers des deux organes dans la même proportion numérique que les droitiers? L’expérience est facile à faire, mais je ne l’ai pas tentée faute de sujets. Mis de C.ymaiusa.
- NECROLOGIE
- Paul JF a bloch koff. — Jablochkoff est né à Ser-dobsk, dans le gouvernement de Saratow (Russie), le 14 septembre 1847, et c’est dans son pays natal qu’il est mort le 6 avril 1894. Après avoir terminé ses études à l’école du génie de Saint-Pétersbourg, il la quitta pour l’école militaire électrotechnique où ses goûts le poussaient de préférence, et il y resta jusqu’en 1871. A la sortie de cette école il fut chargé de la direction du service des lignes télégraphiques entre Kourk et Moscou. Ses aptitudes électrotechniques eurent à s’appliquer dès 1872 à l’occasion des premières manifestations de propagande par le fait auxquelles se livraient alors — nihil novi sub sole — les nihilistes russes. Les voyages en chemin de fer de l’empereur ne s’accomplissaient qu’en munissant la locomotive d’une lampe à arc de grande puissance et éclairant la voie sur une longue distance. Mais les lampes à arc de cetle époque n’avaient pas la perfection qu’elles ont atteintes aujourd hui, et Jablochkoff fut alors amené, pour assurer le bon fonctionnement de l’éclairage dans la section dont la surveillance et la responsabilité lui étaient dévolues, à étudier et à perfectionner ces appareils. Il s’en occupa jusqu’en 1875, époque à laquelle il quitta le service télégraphique impérial de Russie. Il avait projeté, en 187b, de se rendre à Philadelphie, à l’occasion de l’exposition du centenaire, mais, séduit par les beautés de notre capitale, il s’v arrêta sans poursuivre plus loin son voyage. Attaché à la maison Breguet pendant quelque temps, c’est là qu’il fit les premiers essais qui le conduisirent à l’idée, d’une simplicité géniale, qui a popularisé son nom : la bougie Jablochkoff. Cette bougie, véritable révolution industrielle, fit son apparition vers la tin de l’année 1877 et dès le mois de mai 1878, elle illuminait brillamment l’avenue de l’Opéra, la première au monde qui ait jamais été éclairée à l’électricité. L’ingéniosité et l’esprit de recherche de Paul Jablochkoff' ne furent pas limitées à la bougie qui porte son nom, et dont l’éclat est aujourd’hui bien éteint : il fut un des premiers à étudier la distribution des courants par bobines d'induction et la division du courant par l’emploi de condensateurs. Il fit construire une dynamo à courants alternatifs qui figura à l’exposition de 1881, et peu de temps après, un moteur électrique sans fer tombés tous deux aujourd’hui dans l’oubli. Scs dernières inventions furent encore moins heureuses : la pile à combustion de charbon, la pile au sodium et la pile auto-accumulateur qui, d’après une note présentée par Jamin à l’Académie des sciences
- devait produire l’énergie électrique à raison de 5 centimes le cheval-heure n’ont pu tirer le malheureux inventeur de la situation très précaire dans laquelle il s’est éteint relativement jeune le 6 avril dernier. La postérité n’est pas appelée à appliquer les inventions de Jahlochkoff, mais l’histoire de l’électricité conservera son nom comme celui d’un précurseur et d’un pionnier dont une idée heureuse a préludé aux merveilleux développements industriels qui se déroulent actuellement sous nos yeux éblouis.
- CHRONIQUE
- A propos de la stéréochimie1. — MM. F. et
- I‘. Gaudin nous ont écrit pour nous rappeler les remarquables travaux de leur père, Marc Antoine Gaudin. Notre premier article publié dans La Nature sur la stéréochimie, ne traitait pas la question historique du sujet. MM. F. et J'. Gaudin revendiquent pour leur père la création de cette branche de la science. « Nous pensons, nous écrivent-ils, qu’en 1832 la communication faite à l’Académie des sciences par Gay-Lussac et Becquerel et les suivantes établissent péremptoirement ce fait que notre père a créé la nouvelle branche de la science qu’il appelait Varchitecture du monde des atomes ou la nior-phogénie moléculaire des atomes. Peu importe qu’on la baptise aujourd’hui stéréochimie, maintenant que les faits sont acquis d’une façon incontestable. » Nos lecteurs que le sujet intéresse pourront se reporter à l’ouvrage de Marc-Antoine Gaudin : VArchitecture du monde des atomes; nous l’avons mentionné dans notre précédente livraison.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 avril 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- Le départ des pêcheurs d'Islande. — Dans une séance du 12 février dernier, M. Jean Aicard, jetant un cri d’alarme, signalait à l’Académie les désastres éprouvés chaque année par les populations maritimes de France, à l’occasion de la pèche de la morue dans les parages de l’Islande. Cette industrie, d’après M. Aicard, dévorerait tous les ans 4,5 pour 100 du nombre des matelots qu’elle emploie, si bien que les pays d’où partent les pécheurs d’Islande peuvent être nommés les pays du deuil. M. Aicard rappelait qu’en 1840, le Gouvernement français, ému des catastrophes survenues dans la campagne précédente, fixa au 1er avril la date du départ des embarcations. Cet état de choses dura jusqu’en 1870 et pendant vingt-neuf ans l’industrie, tout en étant aussi prospère, fut beaucoup moins meurtrière. Depuis 1870, la concurrence entre armateurs a eu pour résultat d’avancer peu à peu jusqu’aux premiers jours de février Ja date des départs, et la conséquence de ce devancement semble avoir été une aggravation du mal. M. Guyou, le nouvel élu de la section de géographie et navigation, a examiné la question posée à l’Académie, d’émettre un avis en faveur d’un retour à la réglementation de 1840. Il constate d’abord que l’année 1888 a été particulièrement désastreuse, puis il fait connaître qu’une étude éclairée du sujet a déjà conduit un officier du corps du Commissariat de la marine attaché au port de Dunkerque à réclamer le maintien du régime de la liberté actuellement pratiqué. M. Guyou montre qu’il faut classer en deux catégories les pécheurs français, ceux des rives du Nord qui rapportent une mar-
- 1 Yoy. u° 1088, du 7 avril 1894, p, 305.
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- chandise de choix qu’ils écoulent dans les ports français et eeux des côtes bretonnes qui salent en vrac et écoulent les produits de leur pèche dans les ports étrangers. Partant de cette classification, M. Guyou estime que le meilleur moyen de sauvegarder les intérêts des populations, tout en mettant celles-ci en garde contre leur témérité, serait d’établir deux régimes: celui de l’importation avec départ réglementé, celui de l’exportation avec liberté complète. En outre, il conviendrait d’augmenter les connaissances nautiques des capitaines des bateaux de pèche, car il est malheureusement certain que l’insuffisance d’instruction technique des; commandants entre avec un coefficient très appréciable dans le nombre des sinistres. Ce dernier desideratum egt très facile à atteindre; il suffit de reviser les programmes et d’exiger une plus grande sévérité de la part des Commissions d’exaincn pour l’obtention du brevet de capitaine.
- La présence de l'oxygène dans l'atmosphère solaire. — M. Janssen s’occupe depuis longtemps déjà de la présence de l’oxygène dans le soleil. Il remarque à ce sujet, qu’il y a deux cas distincts à étudier : celui où l’oxygène existerait seulement dans les régions externes de l’atmosphère coronale, c’est-à-dire à des températures voisines de la température de l’atmosphère terrestre, et ci lui où il existerait dans les parties moyennes et basses de l’atmosphère solaire, c’est-à-dire dans la chromosphère et la photosphère. La première question serait résolue si l’on pouvait prouver que toutes les raies de l’oxygène dans le spectre solaire correspondent à l’atmosphère terrestre et M. Janssen ajoute qu’il travaille dans cette voie depuis 1886. Pour trancher la seconde question, il fauchait connaître les modifications que peut subir le spectre de 1,’oxvgène lorsque ce gaz est soumis à une haute température, C’est cette dernière difficulté que fauteur vient d’aborder et il se borne actuellement à décrire son procédé d’expérimentation. On conçoit aisément qu’il est impossible de chauffer sous pression une colonne gazeuse renfermée dans un tube, par les moyens ordinaires, à cause de l’impuissance des joints à retenir le gaz, lorsque l’on élève la température de l’enveloppe. M. Janssen a résolu le problème en échauffant la colonne gazeuse sans échauffer l’enveloppe. 11 a pris un tube d’acier constitué par une barre d’acier longue de 2m,*20 et forée d’un trou de 3 centimètres de diamètre. Ce tube est fermé à ses deux extrémités par des plaques de quartz bien scellées. Un ajutage latéral permet d’introduire l’oxygène sous pression; enfin une spirale de platine est enfermée dans le tube. Les fils extrêmes sortent du tube, mais en sont isolés, de telle sorte que la spirale peut être portée à l’incandescence par un courant électrique, sans que le courant se ferme par le tube. Cette spirale est elle-même entourée d'une gaine d’amiante de manière à ne pas toucher le tube. L’appareil étant ainsi disposé, on introduit le gaz, on lance le courant électrique dans la spirale et l’on dispose un spectroseope derrière l’une des plaques de quartz. On reconnaît qu’il est nécessaire de maintenir le tube dans une position verticale pour que la lumière puisse le traverser. On peut maintenir la spirale incandescente pendant plus de deux heures sans que la température du tube s’élève à plus de 40 degrés, c’est-à-dire sans que l’étanchéité des joints soit menacée.
- Découvertes de fossiles. — M. llarlé qui avait, trouvé à Montsaunes (Ilautc-Garonne), en plein quaternaire, les débris fossilisés d’un singe, a découvert dans des fouilles faites au même lieu de nombreux débris fossilisés de rhinocéros Merkii, d’éléphant, de cerf, des coprolithes. Le
- singe en question appartient donc à la phase chaude du quaternaire. M. Milne-Edwards dit que l’on rencontre en Asie, dans les vallées élevées du Thibet, à 5500 mètres ou 4000 mètres d’altitude, des singes sans queue qui s’accommodent d’un climat très froid. — M. Deperet a trouvé près de Lyon un gisement très riche en fossiles de l’éocène moyen, du même âge que le gisement d’Egerkingen près Soleure (Suisse).
- Un poulpe parasite. — M. Edmond Perier montre un petit poulpe conservé dans l’alcool, péché sur les côtes de la basse Californie, qui se distingue par une particularité singulière. Ce poulpe qui est de très petite taille et porte le nom d’Oelopus Digucti, du nom du voyageur qui l’a -observé, se loge dans des coquilles de pectens, soit qu’il commence par dévorer le propriétaire de la coquille, ce qui paraît probable étant donné qu’il se renferme entre les deux valves, soit qu’il utilise des coquilles vides. Les petits octopus naissent à l’intérieur de la coquille contre laquelle on voit des œufs attachés.
- Varia. — M. Godfrin a étudié les canaux résineux dans le sapin.— M. Schulof annonce que la comète découverte le 26 mars dernier par M. Denning se meut sur une orbite elliptique, mais le petit nombre d’observations que l’on possède ne lui permet pas de fixer l’époque de son retour, car elle va devenir invisible. — M. Gaudry remet pour la bibliothèque un exemplaire de l’Annuaire géologique pour 1892, ouvrage qui contient l’analyse de plus de 5000 Notes, brochures ou livres. — M. Bouffard a étudié une maladie des vins qui a été fréquente l’année dernière, dans le département de l’Hérault. — M. Bouquet de la Gryc fait hommage à l’Académie de l’ouvrage que M. Louis figuier consacre chaque année aux principales applications de la science sous ce titre : l’Année scientifique. Le volume spécial à l’année 1895 est le trente-septième d’une série ininterrompue qui permet de jeter une vue d’ensemble sur le grand mouvement scientifique de la deuxième moitié du siècle. Les premières pages sont consacrées à l’astronomie; puis viennent la physique, les arts mécaniques, les grandes constructions, la chimie avec son perpétuel contingent de découvertes, les sciences naturelles, l’hygiène, la médecine, l’agriculture. Un chapitre spécial est consacré à l’exposition de Chicago; enfin une nécrologie retrace la vie des principaux savants disparus dans l’année. Ch. de Vflledeuil.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- LE GOCVERSA.IL l'IiOl'l.LSEl R
- En y regardant de près, on est presque toujours étonné, et souvent émerveillé de l’ingéniosité déployée dans la construction du moindre jouet. L'enfant qui brise son hochet ne se doute pas qu’il détruit parfois une merveille, et la maman est loin, elle aussi, d’y songer. Il n’a coûté que quinze sous, dit-on. Mais c’est précisément par la modicité de son prix que le jouet mécanique est généralement un tour de force de combinaison. Tout réduire au maximum de simplicité au point de vue de la fabrication et du montage des pièces, telle est la condition sans laquelle un jouet ne se vendra pas, parce qu’il sera trop cher. Parmi les créations nouvelles du dernier jour de l’an, nous en choisirons une qui est typique : le bateau à gouvernail propulseur. Celui qui l’a
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- imaginé a dû souvent observer les poissons, voir la manière dont ils lancent de droite et de gauche un coup de queue qui les fait avancer, et il a sans doute cherché à imiter ce mouvement dans le jouet dont nous parlons.
- Voici (fig. 1) notre petit bateau. A première vue, on pense voir une chaudière et une hélice, avec un pilote bizarrement assis sur sa machine à vapeur et tenant les cordes du gouvernail.
- Fig. 1.— Bateuu-jouet avec gouvernail propulseur. Vue d'ensemble et détail du gouvernail.
- Tel n’est pas cependant le mécanisme. Le pilote ne sert qu’à amuser bébé, la chaudière aussi. Tout le moteur est dans la quille ; c’est un simple lil de caoutchouc dissimulé dans un canal, et fixé au centre d’une roue dentée; à l’autre bout, il est attaché à une manette qui s’appuie sur les deux crans d’un ro-chet. La roue
- dentée n’est pas autre chose qu’une roue d’échappement, et pas du moindre; c’est un échappement à ancre dont la tête du gouvernail forme la contrepartie. Sous le choc alterné des dents de la roue (fig. 1 détail) entre deux hutées placées à droite et à gauche de l’axe du gouvernail, celui-ci se met à exécuter des oscillations qui communiquent au bateau son mouvement.
- Par quel mécanisme s’exécute la poussée? Il est facile de s’en rendre compte en analysant le mouvement du gouvernail.
- Les oscillations autour de l’axe peuvent être assimilées à une rotation périodiquement interrompue. Or cette rotation a pour conséquence un mouvement centrifuge de l’eau, et, par suite, une réaction sur le gouvernail, dont la composante suivant l’axe du bateau est dirigée en avant. Mais il existe une autre cause, probablement plus efficace, de propulsion. Si le gouvernail exécutait des mouvements dont les vitesses fussent symétriques, il éprouverait une poussée en avant tant qu’il se rapprocherait de sa position moyenne, et une poussée rétrograde de même valeur moyenne à partir de ce moment. Mais tel n’est, pas le cas. Au moment où le gouvernail quitte la roue d’échappement, celle-ci retombe avec lorce sur la seconde butée, et y perd une partie de son énergie cinétique en communi-
- quant d’emblée une certaine vitesse au gouvernail; elle agit ensuite sur le bras de levier maximum, mais lorsque le gouvernail passe par sa position d’équilibre, la butée est déjà un peu inclinée; elle se dérobe de plus en plus, jusqu’à ce que la dent lâche prise. La vitesse du gouvernail va donc en diminuant depuis le moment où il commence à rejeter l’eau en arrière, jusqu’à ce qu’il arrive au bout
- de sa course. Or, la résistance de l’eau est à peu près proportionnelle au carré de la vitesse du mobile; donc les pressions sont plus fortes d’arrière en avant qu’en sens inverse.II en résulte en moyenne une force propulsive de progression qui fait avancer notre petit bateau. Nous l’avons tout à l’heure comparé à un poisson; l’analogie est réelle,
- mais elle n’est pas parfaite. Le gouvernail rigide employé comme propulseur est loin d’être avantageux, puisque son action tient surtout à une différence de vitesses et ne peut être que très faihle, et nous savons que, dans la nature, les actions sont généralement très bien combinées.
- Si, au lieu d’un gouvernail rigide, on adopte un gouvernail articulé (fig. 2), l’appareil devient plus avantageux; des essais dans cette direction ont même été tentés autrefois. Le propulseur se compose, dans cette combinaison, de deux parties A et R reliées par un axe vertical. Le plan A porte, à droite et à gauche, deux butoirs qui limitent le mouvement de B. Dès que ce dernier plan a cessé d’agir comme propulseur, À revient en arrière, et reprend B dans la position symétrique de celle qu’il occupait.
- Nous pouvons maintenant remplacer l’articulation unique par une série de charnières dont chacune laisse au plan qu’elle porte un certain degré de liberté. Nous arrivons ainsi à construire un propulseur semblable à la queue du poisson, dont noire petit bateau montre le mode d’action par un mécanisme élémentaire d’une extrême simplicité.
- C.-E. G.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdiek. Paris. — Imprimerie Laliure. rue de Fleurns. •tb
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- N° 10 «JO.
- 21 À Y H1L 1 894.
- LA N AT U HL.
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- L’APTÉRYX DU JARDIN DES PLANTES
- Fig. 1. — L'Aptéryx du Jardin des Plantes, à Paris. (D’après nature.)
- 11 existe à la Nouvelle-Zélande des oiseaux fort singuliers qu’on nomme des Aptéryx et qui, par leur structure interne, se rattachent au même groupe que les Autruches, les Nandous et les Casoars dont nous axons, à diverses reprises, entretenu les lecteurs de La Nature. Les Aptéryx sont toutefois de dimensions beaucoup plus faibles que les oiseaux que nous venons de citer et qui constituent, avec eux, l’ordre des Brévi-pennes ou des Coureurs; ils paraîtraient, à plus forte raison, de véritables nains à côté des gigantesques Moas ou Dinornis, autres oiseaux du même ordre qui ont vécu, jusqu’à une date relativement récente, à la Nouvelle-Zélande. Parvenu à son développement complet, un Aptéryx n’est, en effet, pas plus gros qu’une Poule; mais il n’a pas du tout la phy-22° année. — 1er semestre.
- Fig. 2. — Capture de l’Aptéryx évadé.
- sionomie d’un Gallinacé. On le prendrait plutôt
- pour un Echassier, pour une Bécasse, grâce à son bec très allongé et graduellement aminci depuis la base jusqu’à l’extrémité, où la mandibule supérieure se re-courbe légèrement. Toutefois, différence essentielle, les ailes, assez développées chez les Bécasses, font ici presque entièrement défaut et la queue est rudimentaire. Aussi la croupe parait-elle régulièrement arrondie. Le corps, de forme ovoïde, est couvert d’un épais manteau de plumes effilées, assez rudes et ornées tantôt de raies transversales grises, tantôt de raies longitudinales fauves sur un fond noirâtre ou brun. Sur le cou et sur la tête les plumes prennent un aspect laineux et hirsute, et à la base du bec, ainsi que dans le voisinage des yeux, se dressent de longs
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- poils comparables à ceux qui sont implantés sous les sourcils et sur les lèvres d’un Chat. Les pattes, très robustes, sont dénudées jusqu’au-dessus du talon (ce qu’on appelle vulgairement le genou), et se terminent par quatre doigts, armés d'ongles épais et acérés. De ces doigts, celui de derrière, autrement dit le pouce, est inséré à une certaine hauteur sur le tarse, de sorte qu’il n’arrive pas à toucher le sol sur lequel les doigts antérieurs appuient largement.
- Tels sont les traits généraux des Aptéryx dont on connaît plusieurs espèces et races inégalement réparties entre les trois îles qui constituent la Nouvelle-Zélande, c'est-à-dire entre l’ile du Nord (iïortk hland), l’ile du Sud (South Island) et l’ile Stewart. Ces espèces ou races sont désignées sous les noms à’Aptéryx austrcilis, Aptéryx ManteUi, Aptéryx Lcnonyi, Aptéryx Oiveni, Aptéryx Oweniocci-dentalis et Aptéryx [Iaasti. A cette liste il convient peut-être d’ajouter VAptéryx maximus dont J. Ver-reaux a vu la dépouille sur le manteau d’un chef Maori, mais qui n’a jamais été observé vivant et qui, suivant quelques auteurs, ne représenterait qu’une variété individuelle de Y Aptéryx Haasti. Quoi qu’il en soit, cet Aptéryx maximus paraît être aujourd’hui complètement éteint et les autres Aptéryx auront fatalement le môme sort. Rans un avenir assez rapproché, ces oiseaux singuliers, incapables de voler et confinés dans des îles de plus en plus peuplées, suivront dans la tombe les Moas dont on trouve çà et là les restes dans le sol de la Nouvelle-Zélande. On peut môme dire que si les Aptéryx n'ont pas encore disparu de la surface du globe, cela tient à leur petite taille, à leur naturel farouche, à leurs habitudes crépusculaires ou nocturnes. Ils vivent les uns dans les plaines incultes et couvertes de broussailles, les autres dans les eorscs creusées sur les lianes des hautes montagnes, et se tiennent cachés durant la plus grande partie du jour. C’est surtout à la nuit tombante ou môme dans les ténèbres qu’ils vont à la recherche de leur nourriture, exclusivement animale et se composant de Vers, de petits Mollusques, d’Araignées, de Chenilles et de larves de Coléoptères. Courant de-ci de-là avec une grande rapidité, se faufilant entre les herhes et les racines avec la prestesse d’un Rat, ils explorent attentivement le sol avec l’extrémité de leur bec, dans laquelle sont percées les narines et qui constitue en môme temps un organe de tact très perfectionné. Aussitôt qu’ils ont senti la présence d’un Ver, ils enfoncent dans'la terre leurs longues mandibules à la façon des Bécasses et des Courlis, cueillent dex-trement la proie et, par une série de petites secousses méthodiques, l’extraient sans la briser. Dans cette besogne, quoi qu’on ait dit à cet égard, leurs pattes ne leur sont d’aucun secours; mais elles constituent des armes redoutables quand l’oiseau, serré de près et renversé, les ramène contre sa poitrine pour les darder brusquement ensuite contre son adversaire. A la Nouvelle-Zélande, c’est surtout
- avec des chiens que l’on fait la chasse à ces oiseaux connus dans le pays sous le nom de Kiwis à cause de leur cri particulier.
- Jusqu’en 1851, on n’avait pas vu d’Aptéryx vivants en Europe. A cette époque, une femelle d'Aptéryx ManteUi fut amenée en Angleterre et vécut pendant bien des années au Jardin zoologique de Londres, où elle pondit à diverses reprises. Un put alors juger de l’énorme disproportion qui existe entre l’oiseau qui, comme nous l’avons dit, n’est pas plus gros qu’une Poule, et son œuf qui atteint à peu près le volume d’un œuf de Nandou avec une forme plus allongée. En 18G5, le Jardin zoologiquc de Londres reçut un mâle de la môme espèce et l’on put concevoir l’espérance d’avoir des jeunes. Au mois de janvier et au mois de février 1868, la femelle pondit en effet successivement deux œufs, qui furent déposés dans une dépression du sol et que le mâle couva avec assiduité jusqu’à la fin d’avril. Mais à ce moment il les abandonna et depuis lors on n’est jamais parvenu à obtenir la reproduction des Aptéryx en captivité.
- L’an dernier, filon. Walter Rothschild qui garde un certain nombre de ces oiseaux, appartenant à plusieurs espèces, dans sa belle propriété de Tring, en Angleterre, donna un Aptéryx australis au Jardin des Plantes. Au bout de quelques mois, vers le commencement de septembre, l’animal disparut du parc où il était enfermé et où il se tenait, du reste, obstinément caché aux yeux des visiteurs, et malgré les plus actives recherches on ne put savoir ce qu'il était devenu. On le croyait perdu sans retour, probablement dévoré par quelque Chat marron, quand dans la nuit du 4 au 5 mars 1894, le veilleur de nuit, préposé à la garde des galeries d’anthropologie, actuellement en construction à l’extrémité de la grande allée, près du quai d’Austerlitz, vit, sur les deux heures du matin, un animal courant sur la chaussée de la rue de Ruffon. Aussitôt il lança son chien qui, par une manœuvre habile, rabattit ce gibier inconnu et le força à rentrer dans le Jardin des Plantes ét à se réfugier sous un amas de branches et de troncs d’arbres abattus. Serré de près par le chien, qui malgré les égratignures n’abandonna pas la partie, l’animal mystérieux fut enfin capturé et, suivant l’expression du gardien, apparut comme une sorte d’Autruche pas plus grosse qu’une Poule, ayant le derrière d’un Lapin, des pattes courtes et un bec de Bécasse. A ce portrait le Directeur du Muséum reconnut immédiatement l’Aptéryx dont il déplorait la perte. On alla quérir l’oiseau qui attendait tristement, attaché par une patte, dans une petite cahute et qui fut bientôt réintégré dans la grande volière, son ancien domicile.
- Pendant plus de cinq mois, et en plein hiver, l’Aptéryx avait donc vécu entièrement, libre, en vrai bohème, se dérobant pendant le jour à tous les regards, se tenant caché non pas dans quelque cave, comme on l’a dit, mais probablement dans
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- un massif d’arbustes ou sous un tas de bois, ne sortant qu’à la nuit close pour aller chercher des Vers, des Mollusques et des larves d’insectes dans les plates-bandes du Jardin des Plantes, jusqu’au moment où son humeur vagabonde l’avait poussé à sortir de l’enceinte et à faire, dans la rue de BulTon, cette fugue qui détermina sa capture.
- Uette véridique histoire a sa morale, tout comme une simple fable. L’aventure de l’Aptéryx démontre, en effet, que cette espèce et sans doute beaucoup d’autres oiseaux des terres australes pourraient être tenus en liberté dans un grand parc, s’y plier aux conditions de notre climat et y trouver eux-mêmes tout ce qui leur est nécessaire, sans être soumis à une tutelle incessante et à des soins journaliers.
- Ë. Oustalet.
- LA CULTURE DE L'OLIVIER
- HAAS LE CENTRE DE LA TUNISIE
- Le centre de la Tunisie présente un problème qui avait en vain exercé jusqu’ici la sagacité des savants. M. Paul Bourde en a récemment donné l’explication à l’Académie des inscriptions.
- Si de Kairouan on se dirige soit vers Tébessa, soit vers Gafsa, soit vers Gabès, soit vers Sfax, le sol des plaines qu’on traverse est partout le même. C’est un sable rougeâtre, sec, d’apparence stérile, et sur lequel ne pousse, par touffes clairsemées, qu’une végétation rare et chétive. On est là au cœur de l’ancienne Byzacène, province qui a eu jadis une grande réputation de fertilité. Avant que la conquête arabe eût déboisé et dépeuplé toute cette région, les voyageurs, au dire des historiens arabes, pouvaient aller de Tébessa à Gafsa toujours à l’ombre des forêts et des jardins. •
- Au milieu de ces solitudes se dressent aujourd’hui les ruines de villes de l’importance desquelles on peut se rendre compte avec assez d’exactitude par leurs monuments encore en partie debout et par leur assiette encore visible. Thysdrus, dont l’amphithéâtre, le cirque et le grand temple étaient colossaux, a dù avoir plus de 100 000 habitants; Suffetula a dû en avoir 20 à 25 000; Cillium, 12 à 15 000, et Theleptc, la plus grande ville de l’intérieur de la Tunisie ancienne après Thysdrus, 50 000 à 00 000. Outre ces grands centres, de gros bourgs comme Bararus, Masclianæ, Cilma, A ara, Menegere, Mene-gesem, Alonianum, pour ne parler que de l’intérieur, comptaient eux-mêmes plusieurs milliers d’habitants.
- Comment un pays aujourd’hui aussi aride a-t-il pu nourrir autrefois une population aussi dense ? Quelles sont les causes qui en ont fait une solitude?
- Trompés par la réputation que les anciens ont faite à la Tunisie comme productrice de céréales, et ne retrouvant pas les conditions agricoles nécessaires à cette culture, les savants qui ont exploré cette région ont cru que le climat et le sol en avaient été profondément modifiés depuis l’antiquité. M. Bourde démontre qu’il n’en est rien. Le secret de l’ancienne prospérité du centre de la Tunisie tient tout entier dans ce point, que les Romains y avaient introduit les seules cultures auxquelles il soit propre, à savoir les cultures fruitières. Les Arabes nomades, en l’envahissant, ont détruit ces cultures.
- Ces constatations sont extrêmement encourageantes pour l’avenir du centre de la Tunisie. Ce que la colonisation
- romaine avait fait, rien n’empêche en effet, la colonisation française de le refaire. La reconstitution de la forêt d’arbres fruitiers qui a couvert le centre de la Tunisie pendant les dix premiers siècles de notre ère est déjà recommencée. Le gouvernement tunisien, qui possède de vastes territoires dans la région, les met à la disposition des planteurs à raison de 10 francs l’hectare. Les indigènes de Sfax en ont déjà planté 54 000 hectares environ. Les colons français s’y mettent à leur tour. Ils ont, depuis dix-huit mois, entrepris la plantation de 25 000 hectares. L’olivier ne commençant à rapporter que vers dix ans et n’entrant en plein rapport qu’à vingt, c’est un placement à très long terme ; mais l’exemple des Sfaxiens est d’accord avec les enseignements de l’archéologie pour montrer qu’aujourd’hui comme dans l’antiquité, l’agriculture africaine n’offre point de rendement plus sûr et plus rémunérateur.
- LES ÉCLAIRS EN CHAPELET
- Les éclairs en chapelet sont très rares et présentent un intérêt considérable au point de vue de la théorie encore si incomplète de la foudre globulaire. Le savant et regretté Gaston Planté, le premier, les observa d’une façon précise et attira sur eux, en 1876', l’attention du monde savant. 11 leur donna le nom sous lequel ils sont connus depuis et proposa de leur assigner une place à part dans la classification météorologique.
- A la suite de sa communication, différents observateurs citèrent des cas d’éclairs en chapelet qui en démontrèrent l’existence d’une manière définitive. Leur théorie et là nature de leur constitution est encore loin cependant d’être exactement connue.
- Nous y reviendrons aujourd'hui à propos d’une photographie prise par un habile opérateur de Philadelphie, M. ÂV. N. Jennings.
- Cette photographie, que nous reproduisons ci-contre, lut prise le 10 juin 1890, à 2 heures du matin ; elle était exposée à Chicago dans le pavillon du U. S. Weather Bureau (Bureau central météorologique des Etats-Unis). C’est la première, croyons-nous, où la forme en chapelet soit vue d’une façon indiscutable; elle concorde absolument avec la description qu’en a donnée M. G. Planté : « un chapelet de grains brillants disséminés le long d’un filet lumineux très étroit ». 11 est vraiment extraordinaire qu’elle ait passé inaperçue jusqu’à ce jour. Elle nous semble présenter un grand intérêt.
- Les éclairs en chapelet dont la description nous est parvenue revêtent, en général, la forme de courbes plus ou moins bizarres ; courbes à point multiple, contours fermés, folium de Descartes, courbes en forme d’S, en forme de 8, comme on peut le voir par les quelques exemples suivants.
- « L’orage se déclara vers 6 heures du matin, aux environs de Paris, écrivait M. Planté en relatant sa première observation. Une vaste nuée obscurcit le ciel et donna naissance à une série d’éclairs de grande longueur et de forme? très variées ; quel-
- 1 Voy. n° 178, du 28 octobre 4870, p. 557.
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- (jues-uns étaient bifurques, d’autres présentaient des courbes à point multiple, ou des contours fermés. L’un d’eux, replié sur lui-même, présenta une forme exactement semblable à celle de la courbe connue sous le nom de folium de Descartes.
- « Ces éclairs paraissaient, en général, composés de points brillants.... Un éclair remarquable entre tous s’élança de la nue vers le sol en décrivant une courbe semblable à un S allonge1.... »
- Dans le cas observé par M. R. Coulon « d’un nuage situé au-dessus de la vallée de Darnetal, sortit un trait de feu horizontal, aussi droit qu’une aiguille, très renflé au centre, et Unissant en lueur ».
- « Dans l’une et l’autre occasion, écrit M. E. S. Lawrence après avoir décrit des observations analogues, ces éclairs ponctués étaient d’un éclat éblouissant et présentaient la forme de courbes sinueuses sans angles vifs; l’une, entre autres, présenta celle d’un 8 presque parfait1. »
- Enfin, l’éclair dont nous reproduisons aujourd'hui l’apparence, présente une forme analogue bien caractérisée ; deux fois il se replie sur lui-même en forme de 8 ou de nœud. 11 semblerait donc exister une corrélation entre la forme des éclairs en chapelet et leur apparence granulaire. Ces phénomènes ne seraient pas de la même nature que les éclairs ordinaires. Leur forme est, en effet, essentiellement différente de celle des étincelles électriques; elle paraît plutôt être la trajectoire d'un projectile, projectile qui ne serait autre que la foudre globulaire elle-même.
- La formation des boucles s’expliquerait assez naturellement par la rotation très irrégulière et capricieuse du globe de feu sur lui-même. On remarquera que les deux boucles de la figure sont semblables, mais inverses.
- Les observations de M. Jennings confirment assez bien cette manière de voir; dans une lettre qu’il nous a écrite, il dit que cet éclair « sembla jaillir de l’horizon comme un jet d’eau illuminée; il se replia sur lui-même en forme de nœud et, ensuite, retourna vers la terre ». Une étincelle électrique ordinaire aurait difficilement suivi ce trajet; de plus,
- 1 Voy. G. Planté, Becherches sur l'électricité, Paris, 1883, in-80, p. ‘200; et les Phénomènes électriques de l’atmosphère, du même auteur, in-10, Paris, 1888, p. 00.
- on peut noter que, par rapport à la longueur totale de l’éclair, ses deux extrémités sont très rapprochées l’une de l’autre.
- La forme, surtout, frappa l’observateur : « Je pensais avoir été le jouet d’une illusion d’optique et je fis un croquis au crayon au moment de l’observation; il concorde très exactement avec l’impression photographique ».
- En outre, comme on peut le voir sur notre gravure, l’éclair jaillit d’une aigrette en flamme assez semblable à celle qui accompagne une explosion, phénomène qui ne s’observe sur aucune des photographies d’éclairs que nous avons sous les yeux.
- En résumé, les éclairs en chapelet seraient donc le résultat de l’impression sur la rétine du passage
- rapide dans l’espace d’un ou de plusieurs globes fulminants animés d’un mouvement de rotation sur eux-mêmes, ce qui confirme l’opinion de M. G. Planté qui voyait dans ce genre d’éclairs le précurseur de la foudre globulaire. •
- La formation et la projection de ces globes dans l’espace s’expliqueraient aisément par un phénomène analogue à celui qui se produit dans l’expérience de la gerbe décrite par M. Planté1.
- Nous n’émettons cette théorie que comme une hypothèse, laissant aux observations et aux expériences ultérieures le soin de décider de la nature réelle du phénomène2; nous accueillerons avec plaisir les documents que nos lecteurs voudraient bien nous communiquer à ce sujet.
- G. Pellissier.
- 1 fi. Planté, Recherches sur l’électricité, p. 153.
- 2 D’apres M. Jennings, lorsque cette photographie est projetée sur un écran au moyen d’une lanterne, on peut noter un mouvement en spirale absolument évident jusqu’au point où se forme la petite boucle, laquelle est excessivement brillante . Il nous a malheureusement été impossible d’assister à la projection et l’on ne peut juger sur l’épreuve de la réalité du mouvement en spirale. Rappelons seulement que cette observation confirmerait pleinement celle de M. Ch. Mous-sette [La Nature, n° C80, du 24 juillet 1886, p. 126; et n° 688, du 7 août 1886, p. 159).
- M. Jennings s'est occupé de la photographie des éclairs depuis de longues années. Sa première épreuve date de 1882; il est donc un des premiers, sinon le premier, qui ait réussi à forcer « Jupiter à écrire son autographe», et sa grande expérience doit garantir l’exactitude de ses observations.
- Éclair en chapelet. (D’après une photographie instantanée exécutée par M. Jennings de Philadelphie.)
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- LES PERSONNAGES EN CIRE
- LEUR FABRICATION
- Tous les lecteurs de La Nature ont vu dans les foires les primitifs « Salons de figures » ou « Musées de cire », ornés à la porte, soit d’un pierrot tirant une cloche, soit d’une vieille femme sautant de haut en lias ou pivotant sur une tige de fer. A l’intérieur, les quelques figures rangées méthodiquement le long des parois représentaient généralement des scènes d’histoire, plus ou moins exactes, et à la fin, comme morceau capital, un groupe réunissait les principaux souverains d’Europe, constellés de déco-
- rations et accompagnés d’Ahd-el-Kader ou de l’empereur du Maroc. Ces personnages étaient généralement primitifs, et par leur attitude empalée donnaient assez l’idée d’une grande montre de magasin de nouveautés.
- L’apparence de vie était mieux réalisée dans certaines entreprises industrielles, telles que celle de Curtius, par exemple, qui existait au commencement de ce siècle : boutiques 7 et 9 du Palais-Royal, et au boulevard du Temple, ou celle de Tussaud à Londres, et mieux encore au Musée établi par l’habile mouleur Talrich, boulevard delà Madeleine, vers 1865. Mais où l’exécution des personnages de cire est devenue véritablement œuvre d’art, c’est au Mu-
- La fabrication des personnages en cire au Musée Grévin, à Paris.
- sée Grévin. Nous n’entreprendrons pas de faire une description de ce Musée, que tous nos lecteurs connaissent bien, sinon de visu, tout au moins de réputation. Ce qu’il nous aparii intéressant d’expliquer, ce sont les difficultés qui existent pour mener à bien la construction d’une figure artificielle donnant, à s’y tromper, non seulement l’illusion d’un être vivant, mais encore l’apparence absolument exacte de la personne représentée, dans une de ses attitudes familières. Nous avons été à même d’étudier de près les longs travaux nécessaires pour arriver à ce résultat, et nous allons essayer d’expliquer rapidement l’interessante complication de la marche suivie. Nous disons complication, car, pour reproduire une personnalité quelconque, il faut étudier quantité de détails, qui sont en apparence insigni-
- fiants, mais qui dépeignent l’individu et ses particularités.
- La seule matière plastique capable de rendre absolument l’effet des chairs, leur velouté et leur transparence, est la cire; mais, pour produire un sujet en une cire assez résistante, il est impossible de modeler la cire elle-même; il faut donc agir autrement. Un artiste fait d’abord, d’après la personne qui doit être représentée, une tête en terre glaise de la grandeur exacte et dans la position choisie.
- Ce modelage, véritable œuvre d’art, doit être absolument parfait. C’est pour arriver à ce résultat que le Musée Grévin s’est attaché M. Léopold Bernstamm, le célèbre portraitiste, à la renommée duquel il a d’ailleurs largement contribué, en lui
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- donnant l'occasion de faire d’après nature toutes les célébrités contemporaines exposées dans ses galeries. Le corps lui-même est modelé et cela a une grande importance, de ne pas placer la tète exacte sur un corps de fantaisie. La tète et le corps, étant ainsi représentés, sont ensuite moulés en plâtre et donnent une épreuve en creux, dont nous verrons plus loin l’usage.
- Les mains et les bras, s’ils doivent être visibles, sont alors moulés sur la personne même; on n’ignore pas que les mains d’individus différents 11e se ressemblent pas : autant d’individualités, autant de mains .différentes. De là vient la nécessité d’obtenir « l’expression » exacte de cette partie importante du portrait.
- On est donc maintenant en possession des moules représentant en creux les différentes parties du corps complet. Dans ceux de la tête et des mains, on coule de la cire, et dans celui du corps on estampe, en les comprimant, des feuilles de papier-carton et de la colle jusqu’à ce qu’on obtienne une résistance suffisante.
- Une fois ces operations préliminaires faites, les parties en cire sont retouchées par le sculpteur qui enlève les coutures laissées par le moule, donne le fini nécessaire..., et laisse beaucoup à faire pour achever son œuvre : la cire est d’un ton ivoire qui rappelle assez l’albâtre, mais n’a qu’une ressemblance lointaine avec la chair, et il faut qu’un spécialiste y pique, ou pour employer le terme consacré, y implante des cheveux, des cils, des sourcils exactement semblables à ceux du modèle comme couleur, comme finesse et comme situation. En outre, lorsqu’il s’agit d’un homme, la barbe demande les mêmes minuties, et quand cet homme porte la barbe rasée, il faut l’implanter d’abord, puis la raser, afin de produire dans la peau l’effet exact.
- A cette tète ainsi naturalisée, il manque encore les yeux, et c’est un travail méticuleux que d’en-ehâsser dans la cire des yeux absolument semblables à ceux du personnage choisi. Un œil qui serait simplement pareil comme couleur à celui de l’individu représenté, ne serait pas suffisant, il faut que par sa pose, par sa façon de regarder, cet œil reproduise exactement l’expression de celui du modèle ; l’œil est une grande partie de la personnalité. A cette tête et aux mains, il faut maintenant donner le ton de la peau plus ou moins colorée, plus ou moins bistrée, nuancée par places, et c’est un peintre qui est chargé de ce soin.
- Les différentes pièces, tète, mains et corps étant préparées, il faut s’occuper de l’habillement, et ce n’est pas un petit détail que d’employer les nuances préférées du modèle, ses coupes adoptées, d’ajuster {dus ou moins ses vêtements, suivant ses habitudes et d’observer ses plus petits détails de toilette : cravate, bijoux, chaussures, etc. Dans bien des cas, lorsque cela a été possible, le Musée s’est procuré les vêtements mêmes du personnage afin que l’aspect extérieur soit identique. Chacun a sa manière de
- s’habiller, et les costumes gardent quoique chose de leur possesseur.
- Une fois en possession de tous ces morceaux, fabriqués séparément en vue d’un tout unique, il faut les ajuster, tailler, rogner, arriver aux points de repère laissés lors du moulage, fixer la tète et les mains en cire sur le corps en carton-pâte, relier le tout par une armature spéciale qui a été forgée pour la position choisie. Le personnage est ensuite habillé et fixé à la place qu’il doit occuper.
- Ajouterons-nous que s’il fait partie d’une scène complète, il faut encore planter une décoration en trompe-l’œil, une sorte de dioramaqui donne exactement la sensation du lieu et reproduise aussi fidèlement que possible l’aspect de l’endroit où se passe l’action. C’est l’affaire d’un peintre décorateur de talent, et cet accessoire n’est pas une des moindres ressources employées pour produire l'illusion.
- Notre gravure reproduit, d’après un groupe du Musée Grévin (l’atelier de Grévin) et d’après différents documents du même Musée, une partie des opérations que nous venons de décrire : le sculpteur modèle une tête; à côté de lui se trouve la terre glaise et une pompe à main destinée à maintenir à cette terre l’humidité nécessaire pour le travail ; un moule provenant d’un buste modelé précédemment se voit au premier plan et derrière l’artiste on aperçoit des jambes moulées en carton, destinées à un mannequin de danseuse. Plus loin d’autres personnages ont l’air de se livrer à quelque macabre opération. Il n’en est rien ; ce sont deux monteurs qui raccourcissent un corps sur lequel ils fixeront ensuite définitivement la tête, c’est l'implanteur entouré de têtes coupées qui effectue son patient et minutieux travail. Dans le fond du dessin, on voit aussi une habilleuse qui termine l’ajustement d’une danseuse et de l’autre côté un personnage terminé attend le moment où il sera placé dans une scène de crime pour laquelle il a été construit.
- On voit par cet aperçu rapide quelles sont les difficultés à vaincre, pour produire au moyen de la statuaire polychrome de véritables œuvres d’art, qui ne le cèdent en rien comme caractère artistique aux œuvres de la statuaire classique et conventionnelle, mais qui l’emportent sur cette dernière par l’apparence de la vie et l’illusion de la réalité.
- Auber.
- LE TRONE DE BËHANZIN
- ET LES PORTES DES PALAIS D’ABOMÉ
- AU MUSÉE ETHNOGRAPHIQUE DU TROCADÉRO1
- Les statues des trois derniers rois du Dahomé ne sont pas les seuls spécimens que nous possédions de l’art dahoméen. En même temps qu’elles, sont arrivés à Paris le trône de Béhanzin et quatre portes de palais, qui sont venus compléter heureusement les
- 1 Vov. Les Statues des rois de Pahomc, n° 1086, du 24 mars 1894, p. 262.
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- magnifiques collections que l’on peut admirer dans les vitrines du Musée ethnographique du Troca-déro.
- Le tronc de Béhanzin, qui a été trouvé à Cana, doit être de date assez récente. Les voyageurs qui ont visité Guézo et Guélélé n’en font pas mention; ils parlent d’un siège, très ordinaire ({liant à la construction, mais agrémenté de crânes humains, dont le dessin se trouve dans l’ouvrage de Forhes '. Celui qui nous occupe est en hois comme le précédent, mais c’est une très curieuse pièce de sculpture (fig. 1 ).
- Haut de 1 mètre environ, il se compose de deux séries superposées de personnages, reposant chacune sur une plate-forme, et dont la plus haute supporte une sorte de véranda ornée de banderoles noires; un évidement pratiquée sa partie supérieure servait à recevoir la personne du souverain. Quatre pieds ajourés soutiennent ce siège monumental, qui a été sculpté dans un seul hloc de hois. Les banderoles de la véranda, les bords des plates-formes et les pieds sont ornementés de stries formant des losanges ou des lignes brisées.
- Au centre de la plate-forme supérieure est représenté le roi, assis sur un siège de forme cubique, et abrité par un parasol dont le manche est fiché en terre. Ce parasol est partagé en plusieurs secteurs de couleur blanche, sauf celui de devant qui est noir. 11 est orné de franges rouges. Le roi est vêtu d’un costume mi-parti blanc, mi-parti noir, et chaussé de sandales rouges. Ses mains reposent sur ses genoux; dans la main droite, il tient un objet difficile à définir, mais qui pourrait être une feuille de papier, peut-être une lettre ou un traité.
- Ses femmes l’entourent, au nombre de dix, faisant le tour de la plate-forme- et supportant la véranda qui forme siège. Les quatre femmes placées à la partie antérieure du trône portent les quatre attributs de la royauté : la première, à droite du roi, lient le crachoir; la deuxième, la sacoche de cuir qui sert à renfermer le tabac; la première, à sa gauche, tient la pipe ; et la seconde, très grande, est censée soutenir à elle seule la vérandah supérieure, insigne suprême de la monarchie dahoméenne.
- La troisième femme, à droite, porte soit un fusil, soit le sceptre royal. L’une des femmes sculptées à la partie postérieure du trône a sur sa tête une corbeille qui représente probablement la charge de cau-ries2 constituant l’impôt payé par les sujets à leur souverain.
- Ces six femmes, ainsi qu’une septième, très grande, placée derrière le roi, sont noires, comme ce dernier, et vêtues d’un pagne qui les couvre seulement de la taille jusqu’aux genoux, laissant à nu les seins. Ce pagne est fait de bandes horizontales alter-
- 1 Frederick E. Forbes, Dahomey and the Dahomâm. (London, 1851.)
- 2 Petits coquillages univalves, du genre cyprea, appelés akoué en langue dahoméenne, qui proviennent surtout des îles Philippines, et qui servent de monnaie courante dans une grande partie de l’Afrique. Au Dahomé, il en faut 4000 pour faire 1 franc.
- nativement blanches et rouges, et blanches et noires chez les deux femmes plus grandes.
- Les trois autres femmes ne portent rien; elles sont habillées de blanc et de noir, et, chose très curieuse, ont le corps, non pas noir, mais rouge. On sait que les personnages des fresques égyptiennes sont, les uns blancs, les autres rouges ou noirs : les artistes avaient voulu distinguer, par ces différentes couleurs, les races diverses auxquelles appartenaient ces personnages. C’est, selon toute vraisemblance, un motif semblable qui a guidé le ou les sculpteurs du trône de Béhanzin. Il est peu probable que ce ne soit là qu’un effet du hasard. Quant à la race que » l’on a voulu représenter par ces femmes rouges, toutes les conjectures sont permises. Ce ne peut être la race dahoméenne, bien qu’elle soit en général claire de teint, puisque le roi est peint en noir. Peut-être serait-ce la race des gens de l’intérieur, des Mahi. Mais il est plus vraisemblable que ces femmes rouges sont des foulanes1 envoyées comme cadeaux au roi du Dahomé par les sultans du Noupé, du Dagomba ou du Boussang. Les Foulans ont eu d’ailleurs, depuis longtemps, des rapports avec le Dahomé et y ont envoyé des missionnaires musulmans. Les Dahoméens, même les habitants de la côte, les connaissent bien et les appellent Filani; ils donnent jnême ce nom à tous les Africains qui ne sont pas noirs de peau, Arabes, Maures, etc.
- La plate-forme inférieure du trône porte un cordon de neuf captifs gardés par deux soldats; ceux-ci portent un fusil et une ceinture garnie de cartouches; ils ont de la barbe et sont coiffés du fila, sorte de bonnet vénitien originaire des pays mandingues. De leur main libre, ils tiennent un carcan qui enserre le cou de tous les captifs. Parmi ces derniers, sept sont noirs et deux sont rouges. Ils portent des tatouages sur la figure, ce qui indique bien qu’ils appartiennent aux races diverses qui furent tour à tour en guerre avec les Dahoméens : Popo, Egba, Mahi, etc.2. La présence de deux captifs rouges est peut-être une flatterie du sculpteur courtisan à l’égard de son souverain, destinée à faire croire aux étrangers que l’armée dahoméenne aurait porté la victoire jusque dans le Dagomba ou les autres pays qui renferment des colonies foulanes.
- On ne peut assurément pas trouver la finesse des détails dans les différents sujets qui concourent à
- 1 Les Foulans, appelés Peuhls, Poular ou Toucouleur au Sénégal, Filatchi dans le Haoussa, Fellata au Bornou, et dont le nom véritable est Poullo au singulier et Foulbé au pluriel, constituent un groupe à part parmi les grandes familles africaines. Ils se caractérisent par une peau d’un rouge brun, des cheveux longs, peu crépus, un nez droit et des traits plus fins que ceux des nègres. Schweinfurth rapproche d’eux les Mom-bouttou du Ilaut-Nil. Après leur conversion à l’islamisme, ils ont conquis une grande partie du Soudan et se sont répandus dans la presque totalité de l’Afrique centrale et occidentale. Us ont un établissement important à Salaga, à 250 kilomètres environ au nord-ouest d’Abomé.
- 2 Les Dahoméens proprement dits, en effet, ne portent pas en général, de tatouages; presque tous leurs voisins, au contraire, se tatouent le visage.
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- l’ornementation du trône. Mais l’idée même de représenter sur ce trône le roi, entouré de ses attributs et de son harem, et recevant le cortège de captifs que lui amènent ses soldats, est une idée artistique et pas du tout banale. De plus, ce siège est une véritable pièce historique, nous donnant les renseignements les plus authentiques sur l’entourage du roi et le cérémonial de sa cour.
- Les portes provenant des palais d’Abomé ne sont pas moins curieuses. Elles sont au nombre de quatre; deux d’entre elles sont absolument semblables; sur les deux autres, on ne remarque que de légères différences. Chacune est haute de lm,50 environ, ce qui indique qu’il fallait se baisser pour pénétrer dans les palais d’Abomé. Elles présentent deux panneaux d’égale dimension et sont composées de trois ou cinq planches juxtaposées verticalement. Le tout est renfermé dans une sorte d’encadrement sculpté.
- Les coins étaient protégés par des plaques de cuivre repoussé dont plusieurs ont malheureusement disparu, non pas au Dahomé, mais depuis que les portes sont exposées aux regards du public parisien.
- Ce qu’il y a de plus intéressant, ce sont les appliques en relief qui ont été collées sur ces portes. Ce sont des représentations analogues à celles que l’on trouve sur les fresques ou les bas-reliefs de beaucoup de palais ou de temples dahoméens, et dont La Nature a publié quelques spécimens dans un de ses derniers numéros. Le l)r Répin, dans un voyage qu’il lit.en 1860 au Dahomé, signale la présence, sur les murs d’un temple de Cana, de fresques représentant un serpent, un navire et un bourreau venant de couper la tête à un captif1. Skertchly 2 3 et Forbes5 ont remarqué maintes fois des reproductions du meme genre. Une étude complète de ces manifestations artistiques serait fort intéressante pour l’étude de l’histoire dahoméenne.
- 1 Dr Répin, Voyage au Dahomey. ( Tour du Monde, 1865, 1er semestre.)
- i Skertchly, Dahomey as il is. (London, 1874.)
- 3 F. E. Forbes, op. cil.
- Les objets représentés sur les portes exposées au Trocadéro, comme tous les sujets des peintures et des bas-reliefs dahoméens, peuvent se répartir en trois catégories distinctes.
- La première catégorie comprend des objets qui existent réellement ; des animaux, des ustensiles, des armes. C’est ainsi que nous trouvons sur une des portes reproduites ci-contre (lig. 2), des grenouilles, un éléphant, un cheval, un chien, une antilope, avec un sabre, deux casse-tête, et un fusil; sur l’autre porte (lig. 5), on remarque des coquilles, deux sabres courts, un casse-tête et deux fusils.
- On peut remarquer même que plusieurs de ces appliques sont assez bien modelées, notamment l’éléphant, les fusils et les sabres. Ces derniers nous fournissent trois types très intéressants du sabre court à lame recourbée, propre aux Dahoméens.
- La seconde catégorie renferme des sujets se rapportant aux rois et à l’histoire du Dahomé. Dans les fresques et les bas-reliefs ce sont de véritables scènes. Sur les portes nous trouvons les symboles des rois. Sur la première porte, on remarque seulement le coq rouge aux ailes noires, symbole du roi Cuézo, ce qui ferait supposer que cette porte a été faite sous le règne de ce roi et est antérieure à l’autre. Celle-ci renferme un lion assez bien exécuté, symbole du roi Guélélé ; en outre, on y remarque trois sceptres se terminant, l’un par une tète de bélier, le second par un coq et le troisième par un requin. Ces deux derniers figurent évidemment les sceptres de Guézo et de Réhanzin. Quant au premier, ce doit être celui de Teg-bouésoun ou Bossa-Ahadi, qui régna de 1729 à 1775, et qui avait pour surnom symbolique Agbo, ce qui signifie « le Bélier ».
- Enfin, la troisième catégorie comprend les symboles religieux. Et, à ce sujet, je crois qu’il ne serait pas inutile de dire ici quelques mots de la religion dahoméenne.
- Comme la plupart des religions des peuples nc-
- Fig. 1. — Le trône en bois sculpté du roi Réhanzin. (Actuellement exposé au Musée ethnographique du Trocadéro, à Paris.)
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- grès, elle est fort peu connue. Le plus grand nombre des voyageurs qui ont visité l’Afrique n'ont observé les croyances des indigènes que d’une façon très superficielle, ne s’attachant guère qu’aux manifestations extérieures du culte. Quant aux missionnaires chrétiens, qui habitent le pays durant de longues années et qui, par là, sembleraient plus à même de connaître ces religions, ils sont trop souvent arrêtés dans leurs études par des préjugés fâcheux. II est vite fait et très commode de traiter de fétichisme grossier, d’idolâtrie sauvage, une religion dont on n’a vu que les côtés les moins importants.
- Ainsi que presque toutes les religions nègres, probablement même comme toutes les croyances désignées sous l’appellation très impropre de fétichisme,
- la religion dahoméenne est essentiellement monothéiste. Ce n’est ni un polythéisme, comme l’ont prétendu nombre de missionnaires, ni un dualisme comme l’ont affirmé plusieurs voyageurs. Quelques explorateurs d’ailleurs, qui se sont donné la peine de l’étudier de près, ont nettement reconnu à cette religion le caractère monothéiste.
- Les Dahoméens croient à l’existence d’un seul Dieu, créateur et incréé, qu’ils nomment illaou. 11 habite dans le ciel une magnifique demeure, mais il reste indifférent aux choses terrestres, et, pour qu’il s’en occupe, il faut l’invoquer par l'intermédiaire d’êtres créés par lui, d’essence incorporelle, appelés vodoun 4, tout à fait analogues aux anges du christianisme, et qui sont supérieurs à l’homme
- Fig. 2. — Porte en bois sculpté d’un palais d’Abomé. Fig. 3. — Autre porte en bois sculpté d’un palais d’Abomé.
- (Ces portes sont actuellement exposées au Musée ethnographique du Trocadéro, à Paris.)
- par leur constitution comme par leur puissance, tout en étant complètement distincts de Dieu, de la volonté duquel ils dépendent. Il faut donc bien se garder de confondre les vodoun avec Maou, et c’est commettre une grave erreur que de leur donner le nom de divinités. Les Dahoméens ne les regardent pas du tout comme des dieux,, et ne leur donnent jamais le nom de Maou, pas plus que nous n’attribuons le nom de Dieu aux anges ou aux saints. Ils les invoquent et leur rendent un culte, tout comme nous invoquons ces derniers et leur rendons un culte. Us les regardent comme des intermédiaires entre Dieu et l’homme, absolument comme le font les chrétiens à l'égard des saints. La seule différence, c’est que les chrétiens ne considèrent pas comme nécessaire l’intercession des saints et s’adressent souvent directement à l'Être Suprême, tandis que les Dahoméens croient à la nécessité de l’inter-
- médiaire des vodoun. Et encore, dans un cas pressant, en danger de mort, par exemple, ils s’adressent directement à Maou.
- Les vodoun peuvent être divisés en deux séries. Les uns sont les émissaires directs de Dieu sur la terre et s’incarnent dans des créatures terrestres, animées ou inanimées. Tels sont Lisa et Maoun, qui veillent sur notre globe, le premier pendant le jour et le second pendant la nuit, et qui s’incarnent, Lisa dans le soleil, Maoun dans la lune. Tel est Ayidoouédo, le génie de l’arc-en-ciel, le messager de Lisa et de Maoun, qui s’incarne dans le caméléon : on peut voir sur l’une des porles (fig. 3) la représentation de ce symbole, sous la forme d’un caméléon qu’un double câble réunit au soleil et au croissant de la
- 1 La syllabe oun se prononce du nez, sans faire sentir \’n. Cette consonne a été mise ici a seul effet d’indiquer le son nasal, comme en français dans les mots « an, on, pain, etc. ».
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- LA NATURE.
- lune. Tel est encore Dangbé, qui s’incarne dans le serpent, et dont le culte est si populaire à Guida ; lui aussi figure sur l’une des portes qui illustrent cette Notice (fig. 5). Tels sont encore l’esprit protecteur du foyer, qui s’incarne dans certains arbres, et l’esprit protecteur des rois, qui s’incarne dans le léopard.
- L’autre série des vodoun comprend des esprits qui ont chacun leurs attributions bien marquées, génie de la guerre, génie de la fécondité, génie de la sagesse, etc., et qui ne s’incarnent dans aucune créature terrestre. Ceux-là sont représentés par des statues ou des symboles. Comme aux précédents, on leur fait des offrandes qui sont déposées devant leurs statues. Mais il serait aussi puéril de traiter d’idolàtre un Dahoméen prosterné devant une statue de Legba ou devant un serpent, qu’un chrétien adorant la croix ou faisant brûler un cierge devant une Madone. Ces statues, que nous appelons fétiches, ne sont pas des idoles : ce sont les représentations d’esprits incorporels, et c’est à ces esprits, non à leurs représentations plus ou moins grossières, que s’adressent les prières et les hommages des nègres.
- Le plus intéressant à étudier, parmi les vodoun qui ne s’incarnent pas, est assurément Afci, génie de la sagesse et de la divination. C’est à la fois l’Athéné et l’Apollon de Delphes des anciens Grecs. Il a toute une congrégation de prêtres et de prêtresses, initiés dès l’enfance et dans le plus grand secret à ses mystères, qui parlent entre eux une langue incompréhensible au reste du peuple, et se servent de caractères hiéroglyphiques, très souvent reproduits sur les murs des palais et des temples, dont seuls ils connaissent la signification1. J’ai tout lieu de croire que la figure bizarre sculptée au-dessus d’une antilope sur le panneau inférieur de l’une des portes (fig. 2), et qui doit représenter un masque composé d’un nez et de deux yeux, est le symbole d’Alà : les prêtres de ce vodoun, en effet, se couvrent souvent la figure d’un masque analogue, lorsqu’ils se préparent à consulter l’oracle.
- 11 y aurait tout un volume à écrire sur la religion dahoméenne, sa statuaire et son iconographie. Mais je ne voudrais pas fatiguer mes lecteurs en sortant du sujet qui nous occupe actuellement. J e voulais simplement expliquer que la religion, comme l’histoire et comme aussi la simple figuration d’objets réels, avait inspiré plusieurs des sujets représentés sur les portes des palais d’Abomé, et, à ce propos, j’ai cru bon de montrer rapidement que, pas plus sous le rapport de la religion que sous beaucoup d’autres, les Dahoméens ne sont inférieurs à ce que nous fûmes jadis et à ce que sont encore beaucoup de peuples dits civilisés. Maurice Delafosse.
- 1 II est hors de doute que les Dahoméens possèdent depuis longtemps une véritable langue hiératique et une véritable écriture, qui malheureusement n’a pas trouvé encore son Champollion. On rencontre aussi des hiéroglyphes dans d’autres parties de l'Afrique. Je signalerai particulièrement deux cartouches en bois, fort curieux, venant de Loango, et qu’on peut voir au Musée du Trocadéro.
- L’EXPLOITATION DES MINES DE GRAPHITE
- EX BOHÈME
- Les gisements de graphite naturel sont abondamment répandus à la surface du globe, il n’est guère de pays qui n’en possède quelques filons plus ou moins exploitables; parmi les mines les plus célèbres, celles de bohème se distinguent autant par leur richesse que par la pureté et la qualité exceptionnelles de leur produit. Ces propriétés spéciales le rendent éminemment propre à la fabrication des crayons et à la confection des creusets à fondre l’acier. Ces deux industries constituent le principal débouché du graphite; la première exige un minerai compact, d’un grain bien homogène et très écrivant, pour la seconde, il faut plutôt un graphite très pur afin de ne pas introduire des éléments étrangers dans l’acier et d’une texture feuilletée qui lui permette de résister davantage à l’action du feu. C’est pourquoi, malgré la pureté de la mine de Bohème, on emploie beaucoup pour les creusets le graphite de Ceylan et d’Amérique. On sait d’ailleurs que le graphite, improprement appelé plombagine ou mine de plomb, constitue une des trois variétés allotropiques du carbone; à l’état natif c’est une matière amorphe, plus ou moins dure, qui se présente parfois en cristaux hexagonaux et douée d’un éclat brillant quand on l’écrase.
- Le graphite se forme artificiellement dans la fabrication de la fonte sous forme de paillettes et dans celle du gaz d’éclairage; il est alors privé d’un de ses principaux caractères qui est d’étre écrivant.
- Le graphite naturel se rencontre généralement en amas et en filons dans les roches anciennes telles que le granit, le gneiss, les schistes micacés et les porphyres. C’est le cas notamment à Schwarzbach où se trouvent les gisements les plus remarquables du continent dont nous allons décrire sommairement l’exploitation. Le graphite y forme des amas irréguliers dans le gneiss, où il semble avoir été amené postérieurement à la formation de la roche et s’ètre substitué au mica dont il a pris à certaines places la texture feuilletée. Sclrwarzbach est situé sur un plateau tourbeux, au milieu des sauvages montagnes de la Bohème méridionale, dans le district de Krumau; tout le pays d’alentour appartient au prince de Schwarzenberg qui possède là d’immenses domaines.
- Les mines occupent 800 ouvriers et produisent 6000 à 10 000 tonnes par an. Elles appartiennent au prince de Schwarzenberg et sont placées sous la direction de l’aimable M. Balling.
- Voici la méthode d’exploitation que l’on emploie : on commence par reconnaître le gîte à l’aide de sondages descendus à une profondeur d’environ cent mètres; on creuse ensuite les puits qui serviront à l’extraction et que l’on espace de 400 à 500 mètres; ces puits sont rectangulaires et cuvelés à J’aide de forts madriers de sapin. La zone dont on va commencer l’exploitation est alors divisée en un certain nombre d’étages (Lauf) de 20 mètres de haut; à chaque étage on mène une galerie à grande section ou travers-banes qui suit la direction générale des dépôts et relie les divers puits. Cette galerie est creusée à la dynamite dans le gneiss; tous les 50 mètres on branche perpendiculairement sur cette voie des h-averses ou galeries plus petites qui vont recouper le filon, qui est ainsi divisé en quartiers de la hauteur d’un étage. Le quartier compris entre deux traverses est exploité en partant en même temps de chacune d’elles, de sorte que les avancements des deux tailles se ren-
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- LA NATURE.
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- contrent vers le milieu de la profondeur; les vides ainsi formés sont comblés avec les débris de roches qui proviennent du percement des galeries. On enlève une première tranche de la hauteur d’une galerie, puis on prend la tranche immédiatement supérieure et l’on continue jusqu’à ce que tout l’étage soit exploité. Le graphite est dépecé au pic; comme il est imprégné d’eau, il se détache facilement en petits blocs ou en copeaux; l’ouvrier qui abat la mine la trie en premier ou deuxième choix, prima ou raffmade et le jette dans des caisses qui sont portées aux wagonets de la galerie mère.
- L’extraction se fait, comme dans les mines de houille, par des cages à parachute qui servent également pour le trait des hommes. Pour éviter les accidents aux chambres d’accrochage, l’accès du puits est fermé par une barrière qui se déplace verticalement entre deux glissières; en descendant, la cage agit sur deux contrepoids qui soulèvent la barrière et dégagent l’entrée : si la cage remonte, la clôture retombe d’elle-mème; si au contraire la cage continue à descendre, la manœuvre des taquets sur lesquels elle reposait fait lâcher les contrepoids.
- Le triage du graphite extrait se fait d’une manière différente pour le prima et le raffinade. Le premier, qui sert à la fabrication des crayons, est enrichi entièrement à la main. Les caisses venant du fond sont portées à la halle de triage dont l’aspect est fort pittoresque : c’est une vaste salle garnie de longues tables devant laquelle sont assis des gamins tout barbouillés de graphite; ils écrasent la mine entre leurs doigts et en enlèvent toutes les parties suspectes. Quand un visiteur entre, tous ces noirs 'diablotins se lèvent comme mus par un ressort et lui souhaitent la bienvenue : « Glück auf! »
- Le graphite trié est séché à la vapeur puis mis en tonneaux.
- Le traitement du raffînade est plus complexe : on le verse sous des meules où passe un courant d’eau qui enlève les parties suffisamment riches; le liquide boueux traverse ensuite des bassins où les sables et les pyrites se déposent d’abord ; le graphite purifié se dépose dans les bassins suivants, d’où il est envoyé par des pompes centrifuges dans des filtres-presses qui en accélèrent la dessiccation. Le raffinade contenant beaucoup de soufre sous forme de pyrites qui résistent au lavage, et ce soufre étant très nuisible puisqu’il se combinerait à l’acier dans les creusets, on soumet encore le graphite à un grillage en l’étendant sur des tôles perforées sous lesquelles passent les flammes d’un foyer à la tourbe. P. G.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- CONSEILS AUX ABONNÉS A UNE DISTRIBUTION
- d’énergie électrique
- Les distributions d’énergie électrique prennent tous les jours une extension croissante et un développement considérable, non seulement dans*les quartiers commerçants et industriels, mais encore dans les quartiers mondains et de luxe. En général, les abonnés se montrent très satisfaits de ce nouvel éclairage qui est toujours prêt à fonctionner au moindre désir et par la manœuvre d’un simple petit commutateur. Cependant ils expriment parfois quelques desiderata que nous voulons essayer de satisfaire dans les lignes suivantes.
- Tout d’abord un abonné veut se rendre compte lui-même que le compteur d’énergie électrique marche régulièrement et d’une manière continue. Rien n’est plus facile. Tous les compteurs portent aujourd’hui des cadrans
- formés d’une série de petits cercles au centre desquels se déplace une aiguille comme le montre notre figure 1. Tel est le cas des compteurs Aron, Thomson-Houston, Frager, qui se rencontrent le plus souvent à Paris. D’autres au contraire, et parmi ceux-ci nous citerons le compteur Brillié, sont munis d’un cadran formé d’une série d’ouvertures dans lesquelles apparaissent les chiffres comme le représente la figure 2. Celte dernière disposition permet une lecture facile; pour la disposition à plusieurs cercles, chacun d’eux indique une unité dix fois supérieure à la précédente en allant de droite à gauche. Dans notre figure 3, le premier cercle à droite indique les unités, le deuxième les dizaines, le troisième les centaines; le quatrième indiquerait les mille, le cinquième les dizaines de mille et ainsi de suite. Ces indications sont du reste mentionnées au-dessus de chaque cercle. Sur le premier cercle à droite, l’aiguille se déplacera suivant les divisions marquées, d’après l’énergie électrique consommée, et ce n’est que quand elle aura effectué un tour complet et sera revenue au zéro, que l’aiguille du second cercle marquera une division. Cette dernière aiguille avancera d’une seconde division, quand l’aiguille du premier cercle aura effectué un second tour. On comprend de la sorte que chaque division du second cercle vaudra 10 divisions du premier. Le déplacement des aiguilles des autres cercles sera réglé de la même façon. H est seulemerit nécessaire de bien remarquer que les chiffres n’occupent pas exactement la même position dans tous les cadrans, en raison des engrenages. Par exemple dans la figure 3, le premier cadran à droite part de 0 et continue par les divisions 1, 2, 3, etc., en allant de gauche à droite ; le mouvement est inverse pour le second cadran. Si donc, dans le compteur, les aiguilles occupent les places représentées dans cette même figure 5, nous lirons 153. La première à droite est un peu au delà de la division 3, la deuxième à la division 5 et un tiers, et la troisième à la division 1 et demi. Une seule difficulté de lecture se présente quelquefois, parce que bien souvent les compteurs ne sont pas placés tout à fait à la portée ; c’est le cas que représente la figure 4. L’aiguille des unités est placée entre le chiffre 9 et 0, l’aiguille des dizaines semble située sur le chiffre 1, et peut-être plutôt un peu au delà. Quelques personnes pourront lire 19, mais cette indication n’est pas exacte et c’est 9 qu’il faut lire. En effet 19 est près de 20, et si le compteur marquait 19, l’aiguille des dizaines devrait se trouver plus près du chiffre 2. Ce petit défaut d’indication, qui a son importance en pratique, et qui du reste se retrouve presque dans tous les compteurs à cadrans, peut facilement être évité par la simple réflexion que nous venons de soumettre.
- Que représentent les chiffres indiqués par le compteur? La tarification de l’énergie électrique est faite le plus souvent à l’hectowatt-heure par les stations centrales d’énergie électrique. Notre savant collaborateur, M. E. Hospitalier, a expliqué ici même 1 les diverses unités adoptées
- 1 Noy. n° 002, du 15 décembre 1884, p. 30.
- 1000
- UNITES
- io.ooo_v»-
- Fig, 4. — Cadran à aiguilles d’un compteur électrique.
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- LA NATURE.
- par les électriciens. Il a exposé que l’unité pratique de puissance électrique est le ivatt; c’est la puissance due à l’unité pratique d’intensité de courant appelée ampère sous une différence de potentiel égale à une unité pratique ou volt. Si nous consommons une puissance de 1 watt pendant une heure, nous dépensons une énergie de 1 watt-heure. L’hectowatt-heure représente donc une énergie 100 fois plus
- grande.
- Dans la plupart des compteurs, le chiffre des unités indique le nombre d’hec-towatts-heure ; dans quelques-uns cependant il ne donne qu’une partie de cette énergie. 11 est alors nécessaire de multiplier par une constante les indications du compteur pour avoir la dépense réelle.
- Cette constante est toujours indiquée sur le compteur et a été déterminée par des expériences préalables.
- Ces simples instructions permettent de lire le compteur ; il sera alors facile de faire ces lectures tous les jours, bu à des intervalles de temps déterminés, et de constater que le compteur avance régulièrement. Si les heures d’allumage sont presque tous les jours les mêmes, les indications seront presque semblables.
- Mais ce qu’il importe surtout pour un abonné, c’est de se rendre compte que le compteur accuse des consommations exactes suivant le nombre de lampes allumées. Voici à ce sujet une règle facile à appliquer en ce qui concerne les lampes à incandescence et qui nous a toujours donné de bons résultats pratiques. En général on peut compter une lampe à incandescence comme consommant en moyenne de 3, 5 à 4 watts par bougie ; la dépense est quelquefois moindre, mais il faut tenir compte des conditions dans lesquelles se font nos expériences. Si nous allumons pendant 1 heure 10 lampes de 10 bougies, chacune d’elles consommant de 55 à 40 watts, la dépense totale sera de 350 à 400 watts-heure ou de 3,5 à
- hectowatts-lieure. Le compteur devra donc indiquer 5,5 ou 4 divisions en 1 heure s’il n’a pas de constante ou
- et—, si K est la valeur de la constante.
- K K
- Pour comparer ainsi les indications du compteur à la consommation des lampes calculée comme nous l’avons dit, il suffit : 1° de noter les chiffres du compteur au début de l’expérience; 2° de compter le nombre de lampes en service ainsi que de bien noter leur puissance lumi-
- Fig. 2. — Indicateur des chiffres de consommation d’un compteur électrique.
- OIZ A I INES
- Fig. 3. — Position des aiguilles quand le compteur marque 153
- CENTAINES
- DIZAINES
- Fig. 4. — Difficulté de lecture pouvant parfois se présenter
- neuse indiquée par une petite étiquette; 5° de ne toucher à aucune lampe pendant 1 heure ou 2 heures suivant la durée des expériences; et 4° de noter les nouveaux chiffres du compteur à la fin des essais.
- Mettons tout de suite en garde nos lecteurs contre quelques faits. Le compteur indiquera parfois une légère avance, de 4 à 5 pour 100. On pourra se déclarer satisfait, car nous nous trou-
- ----------------------------vons dans des conditions
- ] de marche défavorables au compteur, à une puissance très faible. Certainement, dans les mêmes conditions, l’expérience serait également contraire à tous les compteurs. Si l’avance constatée dépassait notablement cette limite, le fait pourrait provenir, soit de lampes à incandescence défectueuses, soit de lampes déjà en service depuis longtemps et qu’il faudrait remplacer. Car les lampes en s’usant consomment une puissance plus élevée pour donner une intensité lumineuse moins grande, et il arrive un moment où il est plus avantageux de remplacer une lampe que de la laisser fonctionner. Nous
- avons déjà traité cette question *. On se rendra compte facilement si le défaut provient des lampes en faisant l’expérience sur des lampes neuves. On saura alors si la différence constatée est due au compteur lui-même ou à des pertes intérieures dans l’installation. Dans le premier cas, on pourra s’adresser à la Compagnie qui distribue l’énergie électrique et dans le second cas à l’appareil leur qui a fait l’installation, afin de remédier aux défauts signalés.
- Ces expériences bien simples à réaliser et comportant encore une exactitude suffisante, quoique sans grande précision, pourront intéresser plusieurs de nos lecteurs. Elles serviront aussi à bien persuader que si les dépenses sont plus élevées avec l’éclairage électri -que, c’est parce que le nombre de lampes alimentées est aussi plus élevé, et que la quantité de lumière totale produite est plus considérable. C’est ainsi que par des économies bien entendues, les sociétés électriques pourront lutter victorieusement contre les nouveaux brûleurs à gaz Auer qui, tout en réalisant de grands progrès sur les brûleurs anciens, ne présentent pas tous les avantages que procure aujourd’hui l’éclairage électrique. J. Laffargue.
- 1 Yov. n° 101G, du 10 novembre 1892, p. 380.
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- LA NATURE
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- LE MONT-BLANC
- VU I)U SOMMET DU PUY-DE-DOME
- Dans La Nature1 nous avons établi, par des preuves physiques, météorologiques, géographiques et mathématiques que le Mont-Blanc (4810 mètres) est visible du sommet du Puy-de-Dôme (1467 mètres). Ce n’est pas sans peine que nous avons réussi à convaincre quelques-uns de nos lecteurs.
- Mais aujourd’hui le fait est absolument acquis et reconnu vrai, grâce au judicieux appui que M. Ch. Durier, président du Club alpin français, nous a donné d’une façon si compétente et si originale2, grâce aussi aux nombreux touristes qui depuis, constatèrent de visu la véracité de notre assertion.
- Aussi nous ne reviendrions pas sur le sujet si nous n’avions quelques nouveaux détails à faire connaître et si l’observatoire que M. Jansscn fait ériger au sommet du Mont-Blanc n’avait considérablement augmenté l’importance de la question.
- Les montagnes quelque peu éloignées ont une physionomie très variable.
- A vol d’oiseau, le Puy-de-Dôme n’est qu’à dix kilomètres de Clermont-Ferrand et cependant sa visibilité, pour nous Clcr-montois, peut varier d’une manière étonnante dans le cours d’une même journée. Sans parler des nuages qui le cachent très fréquemment, il suffit bien souvent d’une brume légère pour qu’on ne puisse l’entrevoir qu’avec peine.
- Il est donc tout naturel que le Mont-Blanc, qui se trouve à 505 kilomètres du Puy-de-Dôme, n’apparaisse que rarement avec une grande netteté aux yeux des touristes d’Auvergne. Le 8 novembre
- 1 Yoy. n° 715, du 12 février 1887, p. 175.
- 2 Yoy. n° 719, du 12 mars 1887, p. 22(5.
- 1801, nous avons eu l’occasion de le voir dans des circonstances atmosphériques exceptionnellement favorables, et nous avons pu en prendre un croquis, enrichi de détails que nous n’avions pas encore aperçus. C’est ce croquis que nous reproduisons ci-contre (fig. 1), et qui montre, par une échancrure des monts du Forez correspondant à la haute vallée
- de l’Auzon, les trois cimes principales du géant des Alpes: le Mont-Blanc (4810 mètres), le mont Maudit (4471 mètres), et le Mont Blanc du Tacul (4249 mètres).
- Les deux derniers sommets avaient leur aspect ordinaire, et leur blancheur était uniforme. Mais le Mont-Blanc même offrait un spectacle inaccoutumé dù à la manière dont le soleil l’éclairait, et sans doute aussi aux chutes de neige qui s’étaient produites quelque temps auparavant. Il était deux heures de l’après-midi. Le liane sud-ouest du massif, en pleine lumière,
- montrait une série de taches noires, de rochers dégarnis de neige et rangés au-dessous d’une arête très vive qui, en ondulant, descendait de la cime du Mont-Blanc dans la direction du nord-ouest. Cette ligne remarquable formée par la crête des sommets bien connus qui portent les noms de Bosses du Dromadaire et de Dôme du Goûté, était encore accentuée pour l’œil parce qu’elle se projetait sur le versant nord, alors dans l’ombre. Elle constitue l’un des deux chemins que l’on peut suivre pour gagner le sommet du Mont-Blanc après que l'on a dépassé le Grand Plateau ; il est vrai que c’est le plus difficile et que pendant longtemps on l’a cru impraticable. L’autre chemin, par le Corridor et les Petits Mulets, doit s’écarter très peu de l’arête noire qui, sur notre dessin, limite le liane nord du Mont-Blanc.
- La grande partie blanche qui se trouve à droite, en forme de croupe arrondie, est le mont Blanc de
- Fig. 1.— Le Mont-Blanc vu du sommet du Puy-dc-Dômc par une échancrure des inouïs du Forez. — 1. Mont Blanc. — 2. Mont Maudit. — 3. Mont Blanc du Tacul. —• i. Mont Blanc de Cormayeur. — 5. Bosses du Dromadaire. — 6. Dôme du Goûté. — 9. Col de la Brcnva. — 10. Col du Capucin. (D’après un dessin de l’auteur.)
- Fig. 2. — Massif supérieur du Mont-IUanc. (D’après la carte de Viollct-lc-Duc.) — 1. Mont Blanc. — 2. Mont Maudit. — 3. Mont Blanc du Tacul. — 4. Mont Blanc de Cormayeur. — 5. Bosses du Dromadaire. —6. Dôme du Goûté. — 7. Col de la Brcnva.— 8. Col du Capucin. — 9. Rocher Bravais. — 10. Les Grands Mulets. — 11. Aiguille du Goûté. (La ligne pointillée donne la limite inférieure de la partie du massif qui est visible du sommet du Puy-de-Dôme.)
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- LA NATURE.
- Cormayeur, d’où naissent les glaciers du Fresnay, du Brouillard et de Miage. Entre le Mont-Blanc et le mont Maudit, on voit le col de la Brenva qui s’ouvre sur le glacier du même nom, et enfin, entre le mont Maudit et le mont Blanc du Tacul, se trouve le col du Capucin qui conduit au glacier du Géant.
- Petit q Plateau J»98—
- <•275* Ligne du visite
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- Mont Blanc*
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- M'oofcBlanc jP’ÏXr’ÉsFy'
- Fig. 5. — Plan du massif supérieur du Mont-Blanc. (D’après la carie de Viollct-lc-Duc.)
- En somme la partie du Mont-Blanc que l’on voit du sommet du Puy-de-Dôme comprend tout ce qui, dans le Massif central, dépasse 5800 mètres environ d’altitude. Pour bien s’en convaincre, on n’a qu’à comparer notre croquis (fig. 1) avec le prolil (fig. 2) et lé plan (flg. 5) que nous avons dressés d’après la carte générale de Viollet-le-Buc.
- J.-B. Plimandon,
- Météorologiste à l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
- CHRONIQUE
- Etalons pour le champ magnétique. — Parmi les nombreux procédés employés pour la mesure des champs magnétiques, celui qui repose sur la rotation du plan de polarisation est peut-être le plus facile à appliquer, dès qu’il s’agit de mesurer avec une certaine exactitude un champ un peu intense. Partant de cette idée, M. II. du Bois a construit des étalons de champ magnétique consistant en une plaque de verre à travers laquelle on observe le phénomène. Une étude préliminaire avait montré qu’il fallait, pour obtenir une sensibilité aussi grande que possible, employer un fhnt très lourd; en effet, tandis que pour les clowns la constante de Vcrdct varie de 0,016 à 0,022, elle est comprise, pour les llints, entre 0,052 et 0,089, l’unité étant la minute d’angle pour une unité magnétique de variation du potentiel du champ. La constante augmente avec la
- densité du flint, et varie dans le même sens que l’indice. Les plaques peuvent être employées pour la lumière réfléchie ou pour la lumière transmise; mais, si elles sont rigoureusement parallèles, les images qui se forment soit par une réflexion sur la face antérieure, soit par une double réflexion, rendent les observations assez difficiles; c’est pourquoi il est bon de donner aux deux faces une légère inclinaison (15 à 50 minutes d’arc) afin de rejeter de côté les images secondaires. Sur les indications de M. du Bois, la maison Zeiss a construit des verres-étalons de diverses épaisseurs, propres à la mesure des champs magnétiques des machines. Une plaque de 1 millimètre convient à un champ de 1000 unités environ. Les étalons sont en partie argentés, de telle sorte qu’on peut, suivant les conditions de l’expérience, les observer par transmission ou par réflexion. Dans le second cas, la sensibilité est égale à celle que l’on obtient avec une glace d’épaisseur double.
- La force et la longueur relatives des membres chez l‘homme et ehez la femme. — Nous relevons, dans le dernier Rapport envoyé aux sommités médicales anglaises par le Laboratoire anthropométrique de Londres, une série de curieuses observations sur la force et la longueur relatives des membres, chez l’homme et chez la femme. Nous en extrayons seulement les deux passages suivants dont les conclusions nous semblent assez inattendues, et partant plus intéressantes. « Chez l’homme, dans 50,9 cas sur cent, c’est-à-dire à peine plus de la moitié, le bras droit est plus fort que le bras gauche. Dans 16, 4 cas sur cent, les deux bras sont d’égale force. Enfin, dans 52, 7 cas sur cent, le bras gauche est le plus fort. Ainsi, et c’est là un fait qui nous paraît peu connu, sur dix hommes, il y en a plus de trois (5, 27 sur 10, soit près du tiers) dont le bras droit n’est pas aussi fort que le bras gauche. La proportion est mieux répartie chez la femme. Sur cent, 46, 9 seulement ont plus de force dans le bras droit, et 24, 5 (soit à peu près le quart) ont plus de force dans le bras gauche. » Les essais dynamométriques ont également prouvé que chez la femme les membres supérieurs ont beaucoup plus souvent que chez l’homme la même force, puisque sur cent il y en a 28, 6 qui ont donné des deux bras les mêmes résultats. « En ce qui concerne la longueur respective des membres entre eux, nous voyons que, dans la plupart des cas, le bras droit et la jambe gauche sont les plus longs. En procédant à la mensuration de cinquante squelettes d’adultes, tant hommes que femmes, le Laboratoire a relevé les proportions qui suivent. Dans 25 cas, la jambe gauche et le bras droit étaient les plus longs, dans 6 cas, c’était au contraire la jambe droite et le bras gauche, et dans 4 cas seulement, les membres du côté droit étaient plus longs que ceux du côté gauche. Enfin, dans 17 cas, tous les membres étaient plus ou moins d’inégale longueur. )) Ne serait-il pas maintenant intéressant de savoir à quelles causes attribuer cette persistance dans l’irrégularité du développement des membres inférieurs et supérieurs, chez un même individu ? X. AV.
- Les grappes de raisin panachées. — M. Jean Dufour a récemment présenté à la Société vaudoise quelques échantillons de grappes de raisins panachées, entre autres : une grappe verte et blanche, envoyée à la station viticole par M. G. Palaz, de Biez; un exemplaire analogue, transmis par M. Jaccard, préparateur du Musée botanique et provenant de la vigne de M. Lugrin, à Bonvil-lars ; enfin quelques grappes panachées bleues et blanches, envoyées par M. Gossy, propriétaire à Gorsier.
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- M. J. Dufour montre que l’on peut faire diverses suppositions sur l’origine première de ces panachures : les unes proviennent de l’action directe du pollen de variétés blanches fécondant des grappes de rouge, ou inversement. Dans ce cas, la grappe se panache quelques semaines après la fécondation croisée. En second lieu, on peut invoquer l’hybridation proprement dite. D’un croisement entre rouge et blanc, on obtiendrait, quelquefois, des pépins produisant par semis des ceps à grappes panachées. On peut invoquer, en troisième lieu, le métissage opéré par voie végétative, c’est-à-dire par greffage de deux moitiés de bourgeons pris sur des ceps de couleurs différentes. O11 arrive parfois au même but en grc liant par approche et en tordant sur elles-mêmes deux boutures de plants blanc et rouge. Enfin, la panachurc des greffes peut être un accident dont la cause intime nous est inconnue. C’est alors l’expression de la variabilité de l'espèce, qui fait apparaître tantôt sur les feuilles, tantôt sur les fruits, des panacburcs ou des modifications dans la couleur normale. Les grappes vertes et blanches citées plus haut doivent sans doute leur origine à de semblables variations accidentelles. Une fois produite, la panachurc des grappes demeure souvent fixée et l’on peut alors reproduire par bouture des ceps donnant régulièrement des raisins bigarrés.
- ‘oiseau qui vole le plus longtemps. — Un
- ornithologiste américain fort distingué, M. J. Lancaster, qui vient de passer cinq années de sa vie sur la côte occidentale de la Floride à étudier les mœurs des oiseaux aquatiques dont il a fait sa spécialité, affirme qu’il a vu des frégates voler pendant sept jours consécutifs, nuit et jour, sans jamais se reposer. D'après ses observations, la fatigue de ces oiseaux n’est pas excessive, même pour ces très longs séjours dans les airs ; en effet la frégate peut facilement et presque sans agiter ses ailes, non seulement se maintenir, mais encore voler avec une vitesse de 100 kilomètres à l’heure. L’envergure de la frégate, les ailes déployées, varie, suivant M. Lancaster, entre 5m,50 et 4 mètres. Elle se nourrit, recueille çà et là des matériaux pour la construction de son nid et même dort en volant, ce qui prouve bien que chez cet animal le mouvement des ailes est en quelque sorte indépendant de la volonté. L’albatros, que M. Lancaster a aussi très observé, « le roi des hautes mers)), connue il l’appelle, est plus grand que la frégate : son envergure atteint jusqu’à 5 mètres. Mais, s’il suit longtemps les navires en mer, il est toujours obligé de se reposer sur un roc ou sur le navire lui-même au bout de quatre ou cinq jours environ. X. W.
- Le vîoloncclîc «le Stradivarius. — Un amateur de Londres vient d’acquérir, par l’intermédiaire du grand luthieranglais, Alfred Ilill, le fameux violoncelle de Stradivarius que possédait, depuis plus de cinquante ans, M. Alexandre Batta, de Versailles. Cette vente s’est faite pour le prix fantastique de 80 000 francs. Ce stradivarius, M. Batta l’avait, en 1856, acheté 7500 francs à un nommé Thiboust qui était allé le chercher en Espagne, où l’on prétendait qu’il avait appartenu au roi Charles VI. 11 s’en servit, pour la première fois en public, à un concert religieux organisé par la Malibran en l’église des Augustins de Bruxelles. L’impression produite fut extraordinaire; cette pièce merveilleuse, datée de 1714, possédait une sonorité qu’aucun instrument à cordes n’a pu égaler depuis et qui s’est entièrement conservée, même après les nombreux voyages que le maître lui a fait faire à travers l’Europe.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 avril 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- La maladie de la « toile ».— Dans une communication faite le 2 avril dernier, MM. Prillieux et Delacroix ont étudié une maladie qui sévissait très communément, l’été dernier, sur les végétaux dans les environs de Fontainebleau. Cette maladie, qui attaquait un grand nombre de plantes de culture maraîchère ainsi que diverses plantes d’ornement, était caractérisée par un fin réseau de filaments déliés entourant les racines d’une véritable toile. La plante ainsi envahie languissait; ses feuilles jaunissaient, se fanaient, puis noircissaient et finalement se putréfiaient complètement dans un temps assez court Elle se couvrait alors de fructifications de botrytis cine-rea, véritable parasite qui, à l’état stérile, forme la toile pénétrant dans le collet et les parties souterraines. Cultivés sur des tranches de pommes de terre imprégnées de jus de pruneau, les filaments de toile ont produit d’abord des fructifications de botrytis, puis une quantité de petites sclérotes. Sur des carottes, ils ont formé une ouate blanche qui a donné aussi en abondance des conidio-phores. et des sclérotes. En raison du nombre considérable de plantes attaquées par le botrytis cinerea, il faut classer ce parasite comme un ennemi redoutable pour l’horticulture. MM. Prillieux et Delacroix manifestaient l’espoir qu’on pourrait le combattre efficacement par les traitements cupriques. Ils conseillaient donc d’essayer l'emploi des sels de cuivre dans les jardins et les terres envahies et ils ajoutaient que quelques expériences tentées en serre avec la bouillie au saccharate de cuivre à 4 pour 100 avaient donné des résultats très appréciables. M. Mangin exprime le regret que MM. Prillieux et Delacroix aient omis de mentionner ses travaux sur le botrytis. 11 fait connaître que les sels de cuivre sont très efficaces à la dose de 5 à 4 dix-millièmes. Ils tuent les spores, mais comme le parasite vit en terre sur les racines, il y a lieu de craindre qu’ils ne soient nuisibles. Les sels de cuivre, en effet, sont sans action sur les végétaux ligneux, mais agissent au contraire sur les végétaux herbacés.
- Influence du climat sur l'état des végétaux. — Quelles sont les différences anatomiques résultant de l’inégalité des climats sur une même espèce? Telle est la question qui vient d’être abordée dans une Note que M. Duchartre s’est chargé de transmettre à l’Académie. Des cultures comparatives ont été pratiquées dans les environs de Paris et dans les environs de Toulon. Il a été reconnu que l’excès de chaleur produit un accroissement de développement des tissus qui contiennent la chlorophylle. Le même effet a été constaté sur les parties ligneuses de la tige qui sont en outre plus solides, et dans les feuilles, sur le tissu en palissade. Les feuilles sont souvent deux et trois fois plus épaisses sur les espèces cultivées aux environs de Toulon que sur celles cultivées aux environs de Paris.
- Les moyens de défense des insectes. — M. Blanchard rappelle que les insectes ont contre leurs ennemis différents moyens de défense. Les uns simulent la mort, d’autres projettent des liquides sécrétés par des glandes spéciales, liquides qui sont tout au moins nauséabonds pour leurs ennemis. Les sécrétions de cette nature ont été l’objet de recherches nombreuses. M. Cuénot révèle un moyen de défense plus singulier encore. Certains insectes auraient la propriété de pouvoir rejeter par des déchirures s’ouvrant dans les parties faibles des téguments, une
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- portion de leur sang qui opérerait sur leurs ennemis le même effet répulsif que les liquides nauséabonds dont il vient d’être question. Ces ouvertures se refermeraient ensuite par coagulation. M. Blanchard cite à l’appui de cette découverte le cas de lézards qui atteints par des projections de cette nature frottaient leur mâchoires dans le but manifeste de les nettoyer.
- L'appareil venimeux des hyménoptères. — M. Bordas a entrepris l’étude de l’appareil venimeux des hyménoptères. Il a examiné plus de 50 espèces différentes. Tandis que chez l'abeille cet appareil se compose de deux glandes, une glande acide bifide donnant de l’acide formique et une glande simple basique, chez presque tous les autres, il a constaté l’existence d’une troisième glande.
- Découverte de végétaux fossiles. — M. Gaudry annonce la découverte par M. Hiche, professeur à l’école forestière de Nancy, de fruits de palmier de genres inconnus, co-coopsis et astro-cariopsis.
- La tliéorie des cyclones. — On sait que M. Fave est l’inventeur d’une théorie des cyclones dans laquelle le mouvement giratoire est descendant, tandis que dans la théorie des météorologistes américains ce mouvement est ascendant et produirait l’effet d’une aspiration à la surface du sol.
- M. Faye a trop souvent exposé et défendu sa théorie devant l’Académie, pour qu’il ait jugé nécessaire de recommencer l’épreuve. Il se borne à signaler une évolution qui serait en train de se produire dans la littérature météorologique en faveur de ses idées. Cette évolution tirerait son origine de la discussion des observations météorologiques effectuées dans les observatoires de grande altitude nouvellement créés en Amérique, au sommet du Mont-Blanc et dans l’Inde anglaise.
- Élection. — M. Grimaux, professeur à l’Ecole polytechnique, est élu membre de la section de chimie par 45 voix contre G données à M. Léchatellier, 2 à M. Bitte, 1 à M. Jolly, 1 à M. Lemoine, 1 à M. Maumené.
- Varia. — M. Stanislas Meunier, poursuivant ses recherches de géologie expérimentale, expose un mode de striage des roches indépendant des phénomènes glaciaires.
- — M. Janet indique un procédé d’étude de la phase des courants alternatifs, susceptible d’applicationsindustrielles.
- — M. Kaufmann a effectué de nouvelles recherches expérimentales sur la fonction glycogénique du foie et du
- pancréas. — L’appareil présenté par M. Cornu dans la séance du 19 mars sous le nom de monochromatoseope n’est pas dù à ce savant ; notre compte rendu ayant pu provoquer une erreur d’attribution, nous nous empressons avec plaisir de signaler le nom du véritable inventeur : ,M. le I)r M. de Thierry, nom qu’il avait été impossible de saisir, lors de la présentation, et par suite de reproduire.
- Ch. de Yilledeuil.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- I* 11ÉNOM i N ES C API I. LAI RES
- On peut démontrer sans appareils les changements de niveau des liquides dans les espaces capillaires. Voici quelques-unes des expériences que M. Thomas Escriche, professeur à l’Institut de Barcelone, exécute en n'employant qu’un vase à précipiter cylindrique, un tube à essai, une lame de verre et un bout de tube capillaire.
- La figure 1 représente un vase à précipiter contenant de l’eau à sa partie inférieure; un tube à essai plongeant dans le liquide est appuyé contre la paroi du vase, l’eau s’élève à une hauteur considérable entre le vase et le tube. On remplace le tube d’essai par une laine de verre, on voit se former deux fortes élévations d’eau entre la lame et la paroi du vase (fig. 2.)
- Les trois expériences qui viennent ensuite, se font avec du mercure. Dans les figures 5 et 4 les phénomènes observés dans l’eau, se reproduisent en sens inverse.
- La figure 5 représente une dernière expérience. Un tube capillaire, appliqué contre la paroi du vase de verre, laisse voir une dépression importante dans son intérieur.
- On voit que ces expériences sont très faciles à réaliser; elles sont intéressantes et instructives.
- 1T Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Taris. — Imprimerie Laliure, rue de Flcurus, 9.
- Fig. 1 à 5. — Phénomènes capillaires. — Fig. 1 et 2. Expériences faites avec un tube de verre, une lame de verre et de l’eau. — Fig. 3 à 5. Expériences exécutées avec du mercure.
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- LE ROLE GÉOLOGIQUE DU YENT
- LES CHEVEUX 1)E I'ÉUÉ
- Quelques laboratoire de relie ont rappelé notre attention sur le rôle géologique du vent et sur l'importance si longtemps méconnue des sédimentations aériennes ou éoliennes. Ce sont des laves du volcan de Mauna Uoa, en Occanie,
- (pie le vent, en les fouettant avant leur consolidation, a duites en fils d’une finesse extraordinaire. On dirait des paquets d’étoupe, et la figure 1 donne une idée de leur aspect. Le mécanisme de formation de ces cheveux de Pélé, comme
- | on les appelle poétiquement dans le pays, est d’autant mieux connu qu’on le voit se produire fortuitement dans mainte usine.où la tuyère d’une soufflerie déverse un courant d’air sur un bain de laitiers fondus. On a même proposé d’employer le produit ainsi préparé comme matière textile, usage auquel il est
- d’ailleurs peu propre à cause des variations brusques et fréquentes de diamètre des fils vitreux. La figure 1 montre bien la particularité dont il s’agit : de petites larmes noires, mêlées de tous côtés à la filasse brunâtre, ne sont en réalité que des nœuds dont les filaments sont à chaque instant interrompus.
- Si l’on examine au microscope les cheveux de Pélé,
- on voit abonder encore plus les preuves de leur origine éolienne. Notre figure 2 reproduit ce que
- échantillons récemment parvenus au •éologic du Muséum d’histoire natu-
- re-
- Fig. 1. — Les cheveux de Pélé, laves volcaniques filées par le vent et ressemblant à de la filasse, du volcan de Mauna Loa, à Hawaï (îles Sandwich). — Grosseur naturelle.
- Fig. 2. — Les cheveux de Pélé vus au microscope avec un grossissement de 15 diamètres.
- donne un grossissement de 15 diamètres, et la figure 5 un grossissement de 100 diamètres.
- Dans la première de ces deux figures, on reconnaît d’abord que, malgré leur apparence grossière, les cheveux sont loin d’être homogènes dans toutes leurs parties. D’ordinaire la région axiale de chacun d’eux est marquée par une sorte de fil, continu ou discontinu, qui souvent donne l’idée d’une cavité cylindrique,
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- Fig. 3. — Les cheveux de Pélé vus au microscope avec un grossissement de 100 diamètres.
- mais qui, bien plus ordinairement, est à l’état de granulations pins ou moins écartées. Quant à la nature même de ces corps inclus, on peut souvent la déterminer avec précision et, pour citer le cas le plus net, il n’est pas rare de les voir agir énergiquement sur la lumière polarisée à la façon de vrais cristaux; en même temps ils présentent sur une plus ou moins grande partie de leurs contours des formes géomé-
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- Lr senipslre.
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- LA NAT U K K.
- triques et de proche en proche il est inévitable de les rattacher à des grains de pyroxène, assez rares sans doute, niais cjui sont cependant nettement caractérisées.
- Cependant dans un certain nombre de fils les inclusions axiales sont d'une tout autre nature; leur l'orme sensiblement, sphérique et leurs autres caractères les identifient parfaitement avec les bulles gazeuses si fréquentes dans une foule de roches. Gazeuse aussi est la matière qui remplit la cavité cylindrique qui dans nombre de cas est aussi longue que les cheveux eux-mêmes; et gazeuses également les bulles qu’on voit souvent par milliers dans des écailles vitreuses très abondantes représentées par une plaque anguleuse vers le bord de la figure 2.
- 11 faut mentionner un dernier point. C’est la façon dont les filaments se terminent quand on est bien sur qu’ils n’ont pas été brisés après leur consolidation. 11 est très rare alors de les voir s’atténuer en pointe fine sans inflexion. Ordinairement il y a une courbure plus ou moins brusque et souvent môme un vrai nœud ou une boucle dont la figure o indique quelques formes relativement fréquentes.
- En secouant légèrement les cheveux de Délé au-dessus d’une feuille de papier blanc, on fait tomber sur celle-ci une fine poussière où le microscope rencontre, entre les filaments les plus fins, des myriades de petites boules vitreuses brunâtres, translucides et parfois transparentes. Le plus souvent elles sont tout à fait homogènes, mais fréquemment aussi elles renferment des inclusions analogues à celles des cheveux. La perfection de leur forme sphérique n’est pas strictement en rapport avec leur diamètre, comme on aurait pu le croire: on en voit de grosses très régulières et de petites plus ou moins pinformes. De fines fissures perlitiqucs traversent beaucoup de ces bulles.
- An ec les boules, se montrent en abondance ces écailles vitreuses qu’il a fallu déjà mentionner tout à l'heure. Il en est de tout à fait lisses et uniformément transparentes; tandis «pie d’autres contiennent des bulles, des vacuoles et sont comme chagrinées à la surface. Souvent il s’est accumulé sur elles d’innombrables petites boules vitreuses pareilles à celles qui par leur réunion font de véritables grappes sur certains cheveux très fins.
- Je ne pense pas qu’on ait insisté sur le mélange des boules aux fils dans les laitiers filés accidentellement dans les usines au voisinage des buses de souflleries. Ces boules résultent d’une action spéciale du milieu gazeux, et il est très important de noter qu’on peut quelquefois reconnaître à leur présence l’origine éolienne des depots qui les renferment . A cet égard il convient de rappeler les importantes observations do M. Gaston Tissandier qui a retrouvé, dans les sédiments atmosphériques des localités les plus diverses, les globules dont il s'agit1. Les splié-rules en question doivent évidemment finir origine
- 1 Les poussières de l’air, par (îaslon Tissandier, Paris, (Jaulliier-Yillars, 1817.
- à l’action de l’air sur la matière lluide que la fusion développe à la surface des météorites pendant leur trajet atmosphérique. Elles doivent se constituer en nombre considérable à chaque chute et leur très faible volume les met en mesure de rester suspendues fort longtemps et, grâce aux vents, d’être, parfois tranporlées fort loin. C’est ce qui explique que le fond des océans en est pour ainsi dire recouvert. Tous les sédiments marins qui ont été examinés soigneusement ont fourni des globules du genre de ceux dont il s’agit et, comme il résulte de recherches qui nous sont communes à M. Tissandier et à moi, la même abondance concerne aussi bien les dépôts des anciennes mers géologiques que ceux des océans actuels. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple qui nous a beaucoup frappés, que le sable vert extrait du puits artésien de Passy, à 509 mètres au-dessous de la surface du sol, et qui date dè l’époque albienne, est, rempli de sphérules aussi belles que celles qu’on extrait des poussières accumulées dans les tours de la cathédrale de Paris.
- Le mécanisme de la production de ces globules est du reste rendu tout à fait évident par leur abondance dans certains résidus industriels, avant tout dans Voxyde des battitures, ainsi que dans le produit de la combustion du fer dans l’oxygène. Evidemment l’oxyde fondu étalé sous forme de lames par une projection mécanique subit la même action capillaire (pii donne leur forme aux bulles de savon. On peut même étudier toutes les particularités du phénomène avec une facilité plus grande en recourant à des substances bien plus faciles à fondre (pie. l’oxyde de fer. C'est ce (pie j’ai eu l’occasion de faire, au sujet de produits expérimentaux (pie M. Paubrée m’avait prié d’examiner et qui se rattachaient aux recherches de ce savant sur la perforation des roches par les explosions gazeuses et dont il est indispensable de dire un mot ici.
- Dans ces expériences on voit, par exemple, les canaux ouverts par les gaz de la nitroglycérine au travers du granit, offrir à leur surface vitrifiée toutes les étapes depuis l'étirement d’une mince pellicule de verre fondu jusqu’à la constitution d’une sphérule parfaite.
- On distingue au microscope, dans les poussières produites lors de la trituration des roches par le violent passage des explosions gazeuses, des grains de deux catégories différentes. Les uns ne sauraient être différenciés de ceux (pie donne la simple pulvérisation mécanique; mais outre ces matériaux, grains anguleux de quartz, de feldspath et de mica, on rencontre en abondance des sphères parfaites ou presque parfaites absolument opaques et noires, ou peu translucides et brunâtres, dont la surface est luisante et qui présentent parfois le petit goulot si caractéristique.
- Des éléments identiques se retrouvent dans la poussière dérivant de roches très diverses qui ont été soumises à l’expérience, mais avec des circonstances variables pour chacune d’elles.
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- Ainsi la poussière procurée par la lave du Vésuve présente au maximum le caractère globuliforme. Presque toute la matière est à l’état de globules noires de dimensions variables, mais toujours très faibles offrant parfois une tubulure. Cette abondance est manifestement en relation avec la fusibilité relativement facile de la roebe qui se traduit aussi par la constitution du vernis général dont sont recouvertes toutes les parties qui ont été en contact avec les gaz incandescents.
- On ne saurait d’ailleurs contester l’identité de ces globules avec, ceux qui existent en si grande abondance comme on vient de le rappeler, dans les poussières atmosphériques et dans les anciens sédiments marins. Jusqu’ici, ajoute M. Daubrée1, l’opinion générale, la seule d’ailleurs que l’on pût avoir, a été de rattacher l’origine de ces globules à l’arrivée dans l’atmosphère de masses cosmiques et l’on peut ajouter aujourd’hui, aux arguments déjà présentés à l’appui de cette thèse, les résultats fournis par la trituration gazeuse des roches météoritiques. La poussière qu’a donnée un cylindre de la pierre tombée du ciel en 1888, à Pultusk, montre en effet d’innombrables globules associés aux éclats de péridot et d’enstatite, ainsi qu’aux granules métalliques ayant conservé leur forme ramiliée et même souvent leur adhérence avec des minéraux lithoïdes. Cependant ce qui précède fait voir que les roches terrestres, de môme que les météorites, peuvent engendrer les globules qui nous occupent. De sorte que sans contester, bien au contraire, que l’arrivée des météorites dans l’atmosphère contribue puissamment à la production des globules brillants dont abondent les sédiments aériens et aqueux, il convient de bien établir que le phénomène terrestre de l’ouverture des diatrèmes2 intervient très activement pour sa part. Les sphérules concomitantes à l’érosion gazeuse des granits et des autres roches, lancées dans l’atmosphère, aux vertigineuses altitudes où parviennent les fines déjections volcaniques, peuvent être soutenues en l’air fort longtemps et retomber à des distances quelconques. À l’appui de cette opinion, il faut rappeler que dans le bassin des mers, les corpuscules dont il s’agit et que MM. Renard et Murray n'hésitent cependant pas à rattacher à une origine extra-terrestre sont, en général, associés à des produits nettement volcaniques qui semblent être là tout exprès pour trahir leur véritable origine.
- De mon côté, et pour élucider complètement l’origine des matériaux globuliformes, j’ai placé de la cire fondue dans une pipette à extrémité tout à fait capillaire et j’ai lancé le jet dans un réservoir d’eau froide. Le produit a eu tous les caractères des globules dont il s’agissait d’expliquer l’origine, les uns vides et pourvus de petits goulots comme les sphé-
- 1 Les régions invisibles du globe et des espaces célestes, p. 107, Paris, 1892.
- 2 Ce sont les ouvertures cyliiidi'o'ùles verticales qui traversent l’écorce terrestre et dont les pans diamantifères du Cap et les cheminées volcaniques procurent deux types très connus.
- rides météoritiques, les autres pleins et complètement lisses comme les sphérules associées aux cheveux de Pélé dans le cratère du Mauna Loa.
- A maintes reprises, l’importance de la sédimentation atmosphérique s’est signalée dans ces derniers temps comme d’une signification géologique considérable; les faits qui viennent de nous occuper, contribueront à en augmenter encore l'importance.
- Stanislas Meunier.
- LÀ NOUVELLE FRONTIÈRE
- FRANCO-ALLEMANDE AU SOUDAN
- Le Protocole du 24 décembre 1885 avait réglé provisoirement la situation respective de la France et de l’Allemagne dans l’Afrique occidentale; le parallèle de la rivière Campo (2° 40' lat. N.) et le méridien situé par 12° 40' long. E. de Paris étaient considérés comme délimitant les zones d’influence des deux pays. D’autre part, la Convention de 1886, entre l’Allemagne et la Compagnie royale du Niger, fixait la frontière occidentale du Cameroun ; une ligne droite partait des rives du Yieux-Calabar et atteignait la Bénoué, à une petite distance en amont de Yola.
- Il fallut attendre, jusque dans ces derniers temps, que les résultats des explorations eussent permis de délimiter avec plus de détails les parts des trois nations. Le 20 novembre 1895, un nouvel accord entre l’Allemagne et la Compagnie anglaise était publié, à Berlin; les points où la frontière atteignait la Rénoué et le lac Tsad, étaient déterminés mathématiquement et fixés, le premier à une quarantaine de kilomètres à l’est de Yola, le second à trente-cinq minutes à l’est du méridien de lxouka; ces points étaient réunis par une ligne droite. L’Allemagne était rejetée définitivement vers l’est; elle renonçait à la capitale de l’Adamaoua, Yola, et à la plus grande partie du Bornou; elle avait, selon le mot d’un écrivain allemand, « joué le rôle de parent timide et pauvre, (pie le riche et gras cousin anglais conduit par la main.... et surtout par le nez. » Entre la France et l’Allemagne, les nouvelles négociations, ouvertes à Berlin le 11 décembre 1895, aboutissaient à la Convention du 4 février 1894, dont on a publié le texte.
- Au sud du Cameroun, la lrontière, jusqu’à sa rencontre avec le 12° 40' long. E. de Paris, n’est modifiée sur nul point, tandis que, à l’est, ce méridien n’est conservé comme limite que sur une minime étendue. Ce méridien atteint la nouvelle frontière, descend droit au sud jusqu’à la rivière Ngoko, longe cette rivière jusqu’au deuxième parallèle N., suit ce parallèle jusqu’à la rivière Sangha, et remonte la Sangha sur une longueur de 50 kilomètres. De ce point, et jusqu’à la Bénoué, la frontière est déterminée uniquement par la position astronomique de quelques villes; il est donc impossible de dessiner,
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- dès aujourd'hui, le tracé réel de la ligue frontière. Nous avons suivi, dans notre esquisse, surtout la carte de l’expédition Mizon 1 et celle de l’Atlas colonial allemand de 1805; ces cartes, selon toute vraisemblance, seront grandement modifiées par les renseignements ultérieurs; déjà, M. Kayscr, directeur de la section coloniale de l’Empire allemand, a déclaré à la Commission du budget, le 9 lévrier, que, d’après des constatations récentes, Gaza et Koundé étaient situées, non [dus à l’ouest, mais à l’est du 12° 40' long. E. de Paris. 11 n’en reste pas moins que l’altitude générale, sur le terrain, de la ligne frontière, doit se rappro-cher sensiblement du tracé que nous donnons ci-contre.
- Celte ligne part du point indiqué plus haut sur la Sangha et passe, constituée par des sections rectilignes, à soixante-deux minutes à l’ouest de Bania, à quarante-trois minutes à l’ouest de Gaza, à 5 kilomètres à l’ouest de Koundé ; elle re-joint ensuite le 12° 40'long. E. de Paris et le suit jusqu’au 8° 50' lat. N.
- Puis, se dirigeant sur Lamé, elle laisse cette \ille à 5 kilomètres à l’est, atteint le Mayo-Kebbi en aval de Bifara, remonte jusqu’au 10° lat. N., suit ce parallèle jusqu’à la rencontre du Chari, et longe ce fleuve jusqu’aux rives du Tsad.
- Il faut ajouter que cette frontière n’est point définitive; si des observations ultérieures déplaçaient de plus de dix minutes de degré, dans la direction de l’ouest, les villes de Bania, Gaza, Koundé, dans celle de l’est l’intersection du dixième parallèle avec le Chari, des rectifications seraient effectuées, dans le premier cas, au profit de l’Allemagne, dans le second, au profit de la France. Ue plus, le dernier article, l’article 7, dit textuellement : « Les deux Gouvernements admettent qu’il y aura lieu, dans l’avenir, de substituer progressivement, aux lignes idéales qui ont servi à déterminer la frontière telle qu’elle est définie par le présent Protocole, un tracé
- 1 Comptes rendus de la Société de géographie de Paris. Aiiiut 180:2, j>. r>(>(> cl passim.
- déterminé par la configuration naturelle du terrain et jalonné par des points exactement reconnus, et ayant soin, dans les accords qui interviendront à cet effet, de ne pas avantager l’une des deux parties sans compensation équitable pour l’autre ».
- Cet article n’empêche point que l’expansion allemande au Soudan ne soit arrêtée dans sa marche vers l’est. L’arrière-pays du Cameroun, désormais, selon l’expression d’un journal allemand, « est pris entre les sphères d’intérêts français et anglais, comme entre deux pinces ».
- La faute en est moins aux diplomates qu'aux
- explorateurs allemands. Jusqu’à l’année dernière, ceux-ci n’avaient [joint dépassé la ligne Ba-linga Yoko-Banyo, itinéraire de Morgen. Cependant, dès le mois d’aoùt 1891, M. le lieutenant Mizon entrait dans Yola ; ouvrant la route Ngaoundéré, Koundé, Gaza, il atteignait la Sangha, le 7 avril 1892. Le 21 novembre de cette même année, M. Maistre, venant de l’est, était sur le Logone, à Lai, etle 29 janvier 1895, à Yola. Trois mois plus tard, le 11 avril, M. Pomel arrivait dans cette même ville, ayant refait en sens inverse le voyage de M. Mizon. Or, à cette époque, M. le lieutenant de Stetten quittait à peine la côte du Cameroun ; son itinéraire relia bien la Sangha à la Bénoué; mais il était trop lard : déjà nous avions des droits sur le pays, et les droits de la France sont imprescriptibles. Quant à l’exploration de M. le baron d’Uechtriz, l’on apprenait, ces jours derniers, que sa tentafive de gagner, par les sources de la Bénoué, le Baghirmi, avait échoué.
- L’accès du lac Tsad nous est donc garanti. Désormais notre action est libre dans tous les pays riches par l’ivoire et par les cultures, qui s’étendent, sur 10 degrés de latitude, du Tsad au Congo et à l’Oubangui. Du côté de l’est, vers le Nil, « la France équatoriale africaine » n’a point de frontières. Gaston Rouviku.
- + * + + Frontière d'Etat
- ...... Itinéraire Mizon
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- La nouvelle frontière franco-allemande au Soudan.
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- COMPTEUR KILOMETRIQUE POUR VELOCIPEDES
- Dans un précédent article (n° 1072, du 16 décembre 1893) La Nature a décrit des compteurs de tours actuellement dans le commerce; voici un nouvel appareil qui me paraît un progrès sur les appareils déjà mentionnés. Dans le choix d’un compteur il y a à considérer d’abord l’usage auquel il est destiné. Tandis que la plupart des systèmes de compteurs, alternatifs ou rotatifs, fonctionnent toujours bien lorsque la construction en est parfaite et qu’ils sont installés à poste fixe, il n’en est plus ainsi lorsque les memes appareils sont soumis à des chocs violents comme ceux auxquels ils sont exposés sur les véhicules. Tous les compteurs dit à sautoirs, ou commandés par des cliquets, peuvent décompter dans ces conditions. Aussi le problème du compteur kilométrique pour voitures ou vélocipèdes est-il beaucoup plus complexe qu’il ne paraît à priori.
- Après de longues et minutieuses expériences au moyen d’un compteur alternatif très bon quand il est à poste fixe, j’ai acquis la conviction qu’un bon compteur de bicyclette doit être commandé par la machine directement, au moyen d’un engrenage qui ne doit jamais laisser passer le numéro à faux, à moins de casser tout. Tous les dispositifs essayés en dehors de ce programme donnent lieu à des erreurs. Pendant des centaines de kilomètres
- sur bonne route ils vont bien, et il suffit d’un bout de mauvaise route pavée pour occasionner de grosses
- erreurs. Je me suis donc arrêté au compteur rotatif à engrenage dit à croix de disposition employée dans toutes les machines à calculer. Le principe de cet appareil est le suivant. Un tambour portant dix numéros de 0 à 9 fait sauter à chaque tour une croix de Malte qui entraîne à son tour unautre tambour identique placé sur le même axe, et le fait sauter d’un numéro. Celui-ci mène de la même façon le tambour suivant, et ainsi de suite. L’appareil produit donc mécaniquement les diverses opérations de la numération écrite à base décimale ordinaire, et si l’on a mis au départ les zéros des tambours en regard des lucarnes du compteur, on lit à travers celles-ci le nombre de tours effectués par le premier tambour. Pour éviter un choc trop brusque sur les croix de Malte, on commande généralement le premier tambour par l’intermédiaire d'un engrenage. Le plus connu de ces dispositifs est la commande dite Deschiens qui se fait par un engrenage intérieur à mouvement retardé. Dans notre compteur nous nous servons tout bonnement d’un engrenage ordinaire réduisant la vitesse dans le rapport de 1 à 2 et le premier tambour qui ne porte pas de numéros mène deux fois
- Malte,
- Fifç. 1. — Compteur do tours portatif à remise à zéro, système Chateau (en vraie grandeur). — N° i. Vue extérieure du compteur de tours. — N* 2. Coupe montrant le dispositif de la remise à zéro. — A. Charnière mobile portantla croix de Malte. — B. Verrou produisant le débrayage quand on ouvre la boîte.
- Fig. 2. — Compteur de bicyclette. — A. Compteur système Chateau modifié suivant le principe du numérateur à base multiple pour donner directement les décamètres cl les kilomètres. — B. Support intermédiaire de la transmission. —• C. Etoile à galets sphériques commandant le. compteur.
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- LA NATURE.
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- par tour le tambour des unités. Celte disposition est aussi simple que possible et fonctionne bien.
- La remise à zéro se fait de la façon suivante. Toutes les croix de Malte sont montées sur un même axe porté par une pièce à charnière A (fig. 1, n° 2). Cette pièce porte une espèce de verrou B en face d’une gâche pratiquée dans la paroi de la boîte. Si l’on tourne l’un des moletages de la boîte par rapport à l’autre, le verrou pénètre dans la gâche, et les croix de Malte s’écartant des tambours, ceux-ci se trouvent libres. Comme au même moment la boîte est ouverte, rien de plus facile que de pousser du doigt les tambours et d’amener les numéros en face des lucarnes. En faisant le mouvement inverse, la boîte se referme et le compteur se rembraye. Un dispositif dont le détail nous entraînerait trop loin empêche les croix de Malte de se rembrayer à faux. C’est ce petit appareil, très pratique comme compteur de poche, qui a été modifié en vue d'arriver au compteur kilométrique.
- Un tour de roue faisant plus d’un mètre, il est inutile d’enregistrer le nombre des tours de roues : mais on s’est proposé de trouver un appareil qui brusquement fasse sauter le premier numéro du compteur dès qu’il y a plus de dix mètres de parcourus. Cela a été obtenu au moyen du dispositif breveté sous le nom de compteur numérateur à base multiple, appareil singulier dont voici le principe. Dès qu’on voit plusieurs chiffres immédiatement juxtaposés, l’œil, par habitude, les lit d’après les principes de la numération écrite à base décimale. Dans le cas du compteur rotatif ordinaire décrit plus haut, l’appareil reproduisant les différentes opérations de la numération écrite ordinaire, on lit en effet sur le compteur le nombre de tours enregistrés par l’appareil. Mais supposons que l’appareil soit construit de manière à reproduire les opérations d’un autre système de numération. En réalité chaque chiffre du compteur représenterait des unités dont la valeur serait égale à la valeur de l’unité inférieure multipliée par la base du système. Par habitude l’œil les lira comme s’ils étaient écrits dans le système décimal, et le nombre lu aura avec le nombre réel une relation particulière dépendant de la base choisie. Un système de numération étant absolument conventionnel, on peut s’il est nécessaire modifier cette convention. Nous affecterons chaque chiffre d’une luise différente. Pratiquement cela reviendra à mettre aux tambours porte-numéros un certain nombre de dents de chaque côté. Si, par exemple, on affecte un des tambours de la base 10/5, on mettra 20 dents à la roue de commande du tambour et 5 doubles dents pour la commande des croix de Malte; les unités enregistrées par le tambour suivant seront chacune équivalentes à 10/3 d’unité de l’ordre précédent. Chaque chiffre étant ainsi affecté d’une base analogue, les chiffres qui résultent du fonctionnement du compteur sont liés au nombre réel par une formule en série facile à établir, formule qui donne en particulier la solu-
- tion du problème cherché. Pour le montrer prenons un cas très simple : le cas d’une bicyclette. Supposons une roue de bicyclette qui développe 10/5 de mètre, soit 5m,55. Nous affecterons le premier tambour de la base 10, le second de la hase 4/5, le troisième de la base 5/8, et ce troisième tambour sautera tous les décamètres. En effet il représente
- , 5 4 JA 120
- des unités égales chacune à jjXrXl0 = ^
- 10 , .
- de tours de roues, soit 5X”dc mètre ou dix
- o
- mètres. Donc chaque fois qu’il y aura 10 mètres de parcourus le troisième tambour sautera, et pas avant, .le n’ai qu’à construire le reste du compteur avec la base ordinaire 10 pour obtenir les hectomètres, etc. On conçoit que cet appareil puisse au moyen de hases convenablement choisies donner un mode de réduction quelconque d’une unité en une autre. Le compteur de bicyclette représenté par la figure 2 n’en est qu’un cas particulier. Une spirale irrégulière constituée par un arc de cercle raccordé au moyen d’une spirale d’Archimède est montée d’une façon fort simple sur la roue du véhicule, bicyclette ou voiture. La fourche porte, dans une petite boîte qui la préserve de la boue, une roue dite étoile à galets sphériques, qui tourne d’une dent à chaque tour de roue du véhicule. Ce mode de commande usité depuis longtemps dans certains outils d’horlogers, puis appliqué aux compteurs de voilures et plus récemment à un compteur de bicyclettes à aiguilles, a d’ordinaire le grave inconvénient de s’user très vite. Les petits graviers qui se mêlent au cambouis forment en effet une pâte usante des plus énergiques. Nous y avons pleinement remédié en employant des galets dits sphériques dont l’emploi pour les engrenages est breveté par notre maison. Us sont constitués par une bille d’acier percée suivant un axe. Le diamètre en est calculé pour se rapprocher autant que possible, dans sa partie utile, du profil théorique de l’engrenage, qui est dans ce cas une développante de cercle. A chaque tour de roue du véhicule, l’étoile tourne d’une dent, et, par une transmission à ressort, fait avancer d’un cran la première roue du compteur placé sur le guidon sous les yeux du coureur. Chaque fois que la roue a fait un nombre entier de décamètres, le nouveau décamètre parcouru est enregistré à la lin du tour de roue. Une pièce interchangeable permet, avec le même compteur d’obtenir les réductions en kilomètres des développements des roues de 65, 70, et 75 centimètres. Le compteur est d’ailleurs construit comme les compteurs rotatifs dont j’ai parlé plus haut. Il suffit de tourner de la main gauche le moletage pour ouvrir la boîte. Ce mouvement débraye tous les tambours porle-numéros qu’il est facile de remettre à zéro, même la bicyclette étant en marche.
- Le poids de tout l’appareil dont les parties massives sont en aluminium est de 520 grammes. 11 serait d’ailleurs facile de diminuer encore ce poids pour un appareil de course.
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- LA NAT IJ MK.
- La roue à galets qui commande le compleur peut à volonté s’écarter de la spirale d'Archimède, de telle façon qu’il n’est pas nécessaire de démonter le compteur pour l'empêcher de fonctionner. On peut le laisser après la machine et ne l'embrayer que si on le désire. G. Chateau.
- COMBUSTION SOLAIRE
- On sait qu’avec une lentille de verre on peut, en concentrant les rayons du soleil sur de l’amadou ou de la paille sèche, déterminer l’inflammation de la matière combustible. Les écoliers connaissent cette expérience, et quand ils ont une loupe en leur possession, ils la réalisent pendant les chaleurs de l’été. La loupe peut être remplacée par un ballon de verre ou une carafe sphérique de cristal remplis d’eau ; et parfois des incendies ont été ainsi allumés par les rayons du soleil. Le fait était connu des anciens. Un de nos lecteurs, mécanicien des plus distingués et grand fureteur de curiosités scientifiques, M. N.-J. Raf-fard, nous a confié un vieux livre du dix-septième siècle, qu’il a trouvé sur les quais, et dans lequel l’expérience de la combustion de la paille par un ballon de verre, rempli d’eau et formant lentille, est nettement figurée. Ce livre n’est pas un traité de physique, mais un recueil d’emblèmes; il a pour titre : Guilielmi Hesi An-tverpiensis eSocietale Jesu emblemata sacra de fide, sue, ciiaiutate. (1 vol. in-52. 1656.) — Nous reproduisons ci-dessous la gravure de l’emblème XXXY1I1. L’expérience représentée n’est pas expliquée, mais le dessin l’indique de lui-même : la figure est surmontée du litre suivant : Aquæ rnulte non potueront extinquere charilatem (Les eaux en abondance n’ont pas pu éteindre la charité).
- Fac-similé d’une gravure de 1636 représentant ta combustion de paille sous l’action des rayons solaires concentrés au nioven d’un ballon de verre rempli d'eau et formant lentille.
- Elle est munie d’une légende : Innat unda flarnmam (L’eau nage dans la flamme). A cette légende succèdent des vers latins que nous ne reproduisons pas car ils sont assez banaux ; l’auteur dans ces vers dit que le soleil, le père du feu, peut exciter la flamme de quelque amour terrestre. L’expérience n’est donc présentée que sous forme symbolique; mais il n’est pas moins certain qu’elle était connue des physiciens du commencement du dix-septième siècle. La curieuse gravure que nous reproduisons en. offre le témoignage. (i. T.
- UNE MINE D’ALUMINIUM
- EXPLOITATION' DE ERYOL1THE AU GROENLAND
- Tout est étrange dans l’existence de cette mine : sa découverte, son mode d’exploitation et la colonie de mineurs qui y séjourne. Au mois d’avril de chaque année, on voit apparaître dans le fiord d’Ar-suk, sur la côte sud-ouest du cap de la Désolation, au Groenland, une flottille de navires qui, eux non plus, n’ont pas leurs pareils au monde. Ces bâtiments à la membrure solide et à l’épaisse carène, portent à l’avant un double hordage renforcé de plaques de fer. Cette précaution est nécessaire : les navires ainsi armés entreprennent, en effet, un périlleux voyage au milieu des banquises de glaces où ils restent parfois plus d’un mois sans parvenir à se dégager et à trouver un passage libre. Lorsqu’ils ont vaincu cette difficulté, ils ont à affronter d’autres dangers. Le long des cotes du Groenland, seul endroit navigable, un violent courant les entraîne au milieu de ce dédale de glaces flottantes ; ils doivent lutter sans cesse contre les tempêtes du sud, si fréquentes et si meurtrières dans ces parages. Puis, leur chargement opéré, ils reprennent pour le retour la même route hérissée des mêmes difficultés. Cependant rien n’arrête ces hardis navigateurs qui, pour la plupart, viennent de Philadelphie chercher ce précieux fluorure double d’aluminium et de sodium si prisé par l’industrie. C’est du reste la seule mine de cryolithe connue dans l’univers entier.
- La singulière façon dont cette mine fut découverte en 1806, ainsi que les événements qui accompagnèrent cette découverte, restée si longtemps ignorée, méritent d’être rapportés. Au mois de janvier 1806, un explorateur allemand nommé Gie-secke, débarqua au cap Farewell, et vécut pendant quelques mois au milieu des Esquimaux. Dans ses pérégrinations en traîneau à travers ces contrées désolées, il parvint un jour jusqu’au fiord d’Arsuk. Là, il fit la connaissance d’un indigène habitant ces plaines glacées, qui lui apprit qu’à quelques kilomètres de l’endroit où il se trouvait, existait une pierre curieuse que ses compatriotes appelaient la glace qui ne fond pas, et dont ils se servaient pour nettoyer et préparer leurs pelleteries qui se trouvaient rendues imputrescibles par cette singulière substance. Poussé par une curiosité bien légitime chez un explorateur, Giesecke vint à l’endroit désigné et trouva sur le bord de la mer une masse rocheuse de couleur blanchâtre et de consistance assez molle, ayant beaucoup de ressemblance avec des blocs de glace mélangés de neige à moitié fondue. C’était une matière inconnue et nouvelle pour l’explorateur ; aussi en fit-il une très ample moisson qu’il emporta avec lui.
- A quelque temps de là, Giesecke, pour regagner l’Europe, s’embarqua sur un navire danois. Pendant la traversée, il avait remis au capitaine du bâti-
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- ment quelques petits échantillons de la substance mit atteindre Copenhague sans encombre, survint recueillie par lui. Au moment où l’explorateur ospé- un croiseur anglais qui captura le navire et toute sa
- Fig. 1. — Chargement do la cryolithe à bord d’un navire amériraiu.
- cargaison. Du coup, Giesecke perdit ses collections. Grâce à quelques fragments conservés par bonheur sur lui, il put après maintes péripéties atteindre le Danemark, et faire procéder à l’analyse de la matière inconnue qu’il avait découverte.
- Le monde savant apprit alors que, dans cette terre perdue du Groën-land, existait une véritable mine de fluorure d’aluminium et de sodium. On donna à cette substance le nom de cryolithe, et les rares échantillons qu’avait pu rapporter l’explorateur furent soigneusement conservés au milieu de collections minéralogiques recueillies p a r quelques savants chimistes, puis tout retomba dans le silence, et pendant une longue période d’années personne ne s’en occupa en aucune façon. Cela dura quarante-cinq années. En 1851, le célèbre professeur danois J. Thomsen reprit l’étude de cette cryolithe oubliée de tous, se livra à de nombreuses expériences et annonça que, grâce à elle, on pouvait
- obtenir de toutes pièces la soude et l'alumine chimiquement pures, ainsi que le bicarbonate de soude
- et quelques autres produits d’une importance réelle. Le Gouvernement danois s’en émut et, en 1860, il arma plusieurs navires qui devaient se rendre au Groenland à la recherche de la mine de cryolithe, et en prendre possession au nom du Danemark. Ainsi fut fait, mais pendant plusieurs années encore on ne procéda à aucune exploitation. En 1884, une Société américaine, la Pensylvania Sait Manufacluring Corn -pany, adressa des propositions fermes au Gouvernement danois, propriétaire de la mine, dans le but d’obtenir sa cession. Après de longs pourparlers, on convint que cette société américaine prendrait livraison des deux tiers de la production totale, cette cryolithe devant servir à la fabrication de l’aluminium, métal de plus en plus employé dans l’industrie.
- De cette époque date la création d’Ivrytut, le seul
- Fig. 2. — Femmes Esquimaux attachées à la mine (le cryolithe. • (D’après une photographie.)
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- LA NATUKE.
- établissement minier occupé par des Européens, sur les cotes du Groenland. On construisit, en toute hâte des maisons en hois pour y loger les ouvriers, et une autre plus confortable que devait habiter un directeur ou superintendant délégué par le Gouvernement danois. Gela fait, on se mit résolument à l’œuvre. La mine, située à proximité de ce village européen, sc
- trouve sur le rivage, adossée à une montagne et recouverte en grande partie par la masse rocheuse de granit. La poudre lit son œuvre, et l’on trouva un dépôt de cryolilbe pure de 180 mètres de longueur sur 60 de largeur. Cette sorte de poche s’enfonce sous la montagne en formant un angle de A3 degrés avec l’horizon. La mine s’exploite en carrière.
- Actuellement on a enlevé une masse de cryolithe de 155 mètres de longueur, 45 mètres de largeur et 50 mètres de profondeur. Les mineurs, qui travaillent à ciel ouvert, enlèvent facilement de gros blocs de fluorure que d’autres ouvriers découpent en plus petits cubes, les débarrassant des impuretés qui peuvent s’y trouver mélangées. Ces cubes sont jetés sur un plan incliné au bas duquel se trouvent les wagons qui se chargent ainsi, et sont ensuite
- dirigés jusqu’au magasin central ou dock. Des quais, contre lesquels viennent s’amarrer les navires en chargement, ont été construits à l’aide de tous les débris de rochers sortis de la mine. Des pompes d’épuisement à vapeur enlèvent les eaux provenant de la fonte des neiges ou des infiltrations.
- En été, le personnel ouvrier se compose de 150 hommes; en hiver, il ne reste à Ivigtut que 60 ouvriers; les autres sont rapatriés par le steamer
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- oit)
- Fox, renomme dans l'histoire des régions arctiques par ses recherches de l’expédition polaire dn J)r John Franklin, (le navire lait chaque été deux ou trois voyages de Copenhague à Ivigtut, portant à bord tous les approvisionnements nécessaires à l’existence des ouvriers du camp. Les 60 hommes qui restent pendant la saison d’Iiiver emploient leur temps à faire sauter les roches avoisinant les parois de la carrière, préparant en quelque sorte le travail pour le retour de la belle saison et avec elle, de leurs camarades ramenés par le Fox. Chose non moins bizarre que tout le reste, le Gouvernement danois n’autorise à la mine que la présence de trois femmes de race indigène, qui s'occupent des détails du ménage de toute la colonie. En permettant à un plus grand nombre de femmes d’habiter à Ivigtut, on craint d’amener entre ouvriers des jalousies funestes. Le directeur seul est autorisé à avoir avec lui sa femme, ses enfants et ses servantes. Un Esquimau remplissant les fonctions de chasseur habite également le camp et l’approvisionne de gibier de toute nature qui pullule dans ces lointains parages.
- Les gravures qui accompagnent notre article sont empruntées à un journal américain, Frank Leslie s Weekly. Elles montrent le mode de chargement de la cryolithe à bord d’un navire (Fig. 1), les trois femmes attachées à la mine (Fig. 2), et la vue d’un navire perdu dans les glaces (Fig. o) pendant les expéditions dangereuses dont nous parlions au commencement de notre Notice. Ch. Marsii.i.on.
- LES PARFUMS DES FLEURS
- Fleurissez-vous, mesdames. Depuis le mois de janvier, la Provence nous envoie par wagons ses fleurs les plus odorantes; sous les chauds rayons d’un soleil plus estival que printanier, les jardins des environs de Paris vous jeltent à profusion la violette, le lilas et les jolis bouquets de la saison. Ornez vos appartements, embaumez vos boudoirs. La fleur est à Paris, plus qu’ailleurs, un ornement nécessaire de nos maisons. On s’en aperçoit du reste au nombre croissant des magasins de fleuristes qui rivalisent d’étalages plus éblouissants les uns que les autres.
- 11 faut cependant se souvenir que les fleurs offrent quelques dangers. Sans remonter aux histoires lugubres des poisons des Médicis, où l’on foudroyait son ennemi en lui faisant respirer le poison subtil d’un bouquet, histoires qui sont quoique peu apocryphes, il faut savoir que bien des personnes sont incommodées, voire môme fort malades, du seul fait de l’exhalaison de parfums trop odorants. Quand on dit que les fleurs entêtent et qu’il faut les enlever le soir des chambres à coucher, on a raison. Le danger de séjourner et surtout de dormir dans une pièce encombrée de fleurs très odorantes a été signalé depuis longtemps, et nombre d’accidents produits de ce fait sont des plus authentiques. C’est une jeune bile qu’on trouve morte dans une chambre où l’on avait laissé, des bottes de lis; c’est un officier qui, à Milianah, s’endort dans une alcôve décorée de branches de laurier-rose et s’y endort de son dernier sommeil. Pareils faits ont été du reste observés avec des fruits à odeur pénétrante, les coings, les citrons.
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- Le plus souvent, les accidents se bornent à des migraines, des maux de tète, des malaises plus ou moins durables, et il est certain qu’il faut tenir compte, comme pour les accidents que je signale plus loin, d’une susceptibilité particulière, d’une sorte d’idiosyncrasie, pour employer le terme médical consacré. Je ne parle pas, bien entendu, des accidents qui surviennent avec les plantes toxiques telles que les crucifères, les solanées, qui peuvent amener de véritables empoisonnements.
- On a discuté, et la question n’est pas encore absolument tranchée, sur la cause de ces accidents. 11 s’agit vraisemblablement d’une action toxique produite par l'absorption lente et continue, par les voies respiratoires, des huiles essentielles odorantes. Ces huiles sont toutes des éthers composés, des hydro-carbures qui ont une action énergique sur les systèmes vasculaire et nerveux. Dans les fabriques de parfums, l’intensité des émanations est souvent pénible pour le visiteur, quelle que soit la finesse du produit distillé. Mais cette action des essences et des émanations odorantes n’est certainement pas seule en cause. La viciation de l’atmosphère est augmentée du fait des décompositions chimiques qui amènent une augmentation de l’acide carbonique dans l’air et partant des menaces sérieuses d'asphyxie. Certaines plantes n’exhalent leurs parfums que dans l’obscurité. Boussingault pensait même qu’il devait y avoir production d’une certaine dose d’oxyde de carbone, ce qui n’est pas, comme on l’a prouvé par des dosages plus précis de l’air ambiant.
- Le danger de ces émanations des fleurs est du reste suffisamment connu aujourd’hui pour qu’il soit utile d’insister davantage. Plus les fleurs ont des parfums pénétrants, plus les conditions de température sont élevées et plus faciles peuvent, être les cas d’intoxication de ce genre. Dans les forêts des régions tropicales, on est saisi par ces émanations intenses, auxquelles se joignent évidemment toutes les émanations des décompositions de l’homme et des végétaux tombés sur le sol.
- L’histoire du manccnillier qui a permis de donner à l’opéra de Meyerbeer un acte superbe et fort dramatique doit figurer dans les légendes. L’atmosphère ambiante n’est pas mortelle pour celui qui s’endort sous son feuillage et l’on n’y trouve pas, comme dans Y Africaine, « le sommeil ainsi que le trépas».
- Sans faire courir des dangers aussi sérieux, les parfums des fleurs ont pour certaines personnes des inconvénients fort désagréables, et je ne parle ici que des fleurs les plus simples, les plus connues et non pas des espèces usitées en pharmacie et dont les exhalaisons provoquent des démangeaisons, des éternuements intenses, de véritables éruptions. La violette, la rose, le lilas, sont mal supportés par bien des gens. Une jeune femme se trouvait mal chaque fois qu’on approchait d’elle de la fleur d’oranger. Un militaire tombait en syncope à l’odeur d’une pivoine. Une jeune personne ne pouvait sentir une rose sans épiouver un véritable accès de coryza aigu; une autre éprouve dans les mêmes conditions tous les signes d’une ophtalmie.
- L’influence des fleurs sur la voix a été signalée il y a longtemps par les artistes. Tout dernièrement une enquête intéressante a été faite auprès des chanteurs et cantatrices de nos divers théâtres et l’opinion presque unanime a été que les fleurs amènent des troubles très prononcés. Ne croyez pas qu’il s’agisse de fleurs bien particulières; les plus simples, les plus répandues sont, à ce point de vue, les plus dangereuses. La violette, le lis, la jacinthe, le mimosa sont parmi les fleurs défendues; la
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- rose ;i moins d’inconvénients. Dons son livre sur la voix et le chant, Faure recommande de ne pas laisser séjourner de Heurs dans l’appartement ou dans la loge au théâtre; il a vu, dit-il, des enrouements presque instantanés produits par le parfum des fleurs. Mrae Richard, de l’Opéra, proscrit les Heurs chez ses élèves ; Gabrielle Krauss redoute les fleurs et tout particulièrement la violette. Mme Isaac supporte la rose, mais a des troubles vocaux, si elle respire le mimosa, la violette, le lilas. Dans la réponse qu’elle adresse à M. Cabanes qui avait fait cette enquête, M’le Calvé dit qu’elle a éprouvé quelquefois des vertiges et de la congestion en ayant laissé près d’elle, aux heures de travail, des tubéreuses et du mimosa. « 11 m’est arrivé une fois, ajoute-t-elle, de prendre part à un concert où j'étais parfaitement en voix; à la fin d’un de mes morceaux, on m’a offert un bouquet de lilas blanc que j'ai longuement respiré tout en causant et qui a amené chez moi une aphonie complète qui a disparu une heure après au grand air. »
- D’autres artistes, par contre, ne croient pas à cette influence nocive et incriminent la chaleur, l’état nerveux, une mauvaise disposition, une fatigue de la voix antérieure au moment de l’enrouement. 11 n’en est pas moins vrai qu’un certain nombre de faits bien observés, et le témoignage de nos artistes lyriques doit être tenu pour tel, prouve qu’on peut avoir, sinon de l’aphonie absolue, mais des enrouements passagers, une diminution de la pureté et de l’étendue de la voix. Le Dr Joal a publié un grand nombre de faits de ce genre et si l’on étudie avec soin les causes ce ces phénomènes moins bizarres qu’on ne le pense, je ne crois pas qu’il s’agisse, comme plusieurs chanteurs ont tendance à l’accepter, d’une action directe de la matière odorante sur le larynx et les voies respiratoires. On sait que la perception des odeurs se fait dans la partie supérieure des fosses nasales, où s’étale sous la muqueuse la rangée des cellules terminales du nerf olfactif. Les molécules odorantes, apportées par l’air, viennent agir directement sur cette muqueuse par dissolution dans ces sécrétions et provoquent ainsi l’excitation qui se transmet au centre nerveux, l'eut-étre, car cette question de l’olfaction n’est pas résolue physiologiquement, s’agit-il d’ondes vibiatoires analogues à celles de la lumière et du son. Que ce soit par une excitation chimique ou physique, c’est toujours sur la muqueuse nasale que se produit l’action; il s’agirait donc, dans ces accidents \ocaux, d’une sorte de trouble réflexe analogue aux lésions pathologiques que l’on observe dans certaines névroses nasales. Le larynx ne serait atteint que secondairement. Peu importe du reste l’interprétation puisque le fait n’en est pas moins exact. A mon avis, il faut faire entrer en ligne de compte, et dans une large mesure, une certaine susceptibilité nerveuse. Les névropathes ou les personnes très impressionnables seront probablement plus disposés que les autres à res.-entir ces fâcheux effets. On connaît, à cet égard, l’histoire amusante de cette jeune femme qui était prise de coryza, d’éternuements et de véritables crises d’asthme à la vue d’une rose. Le fait est as^ez fréquent puisque en Amérique le coryza des foins porte le joli nom de coryza des roses. Toujours est-il que cette jeune femme vient consulter le Dr Roland Mackenzie de Baltimore pour la guérir dç cette fâcheuse infirmité. Le l)r veut s’assurer de ces accidents et la renvoie au lendemain. A peine entrée dans son cabinet, il lui présente une rose ; la malade est prise aussitôt de sa crise habituelle. Le Dr se mit à sourire et lui conseilla un traitement purement nerveux; la rose était artificielle.
- Il faut donc, dans l’interprétation de ces faits, tenir grand compte de ce facteur pathologique, aujourd’hui fort •répandu, et n’accepter qu’avec réserve les histoires un peu fantastiques du temps jadis. Songez que si nos artistes étaient toutes si fâcheusement impressionnées, on ne pourrait plus fêler leurs succès lyriques en leur jetant des bouquets et jonchant la scène de nos plus belles fleurs.
- D' A. Cautaz.
- LES CHEMINS DE FER DE MONTAGNES
- EN SUISSE1
- LlfiNE DE I,A AVENU El», NA 111 ALLANT DE LA ET Elilili ü \ N EN A UIU N DELAVA LD
- Nous avons signalé précédemment la ligne mixte de Lauterbriinnen à Mürren qui fournit, sur la section de Grulsch à Miirren, un exemple particulièrement intéressant de l’application de l’énergie électrique à la traction sur les chemins de montagnes.
- Dans la direction opposée, à partir de Lauterbrün-nen, on rencontre une autre ligne plus curieuse peut-être encore au point de vue pittoresque : c’est celle qui part également de celle ville pour atteindre celle de Grindchvald, au bas des glaciers de ce nom, et qui, dans son parcours accidenté, s’élève en passant par la Wengernalp jusqu’à Schcidegg où elle atteint l’altitude de 2004 mètres, l’une des plus élevées parmi les stations des lignes de montagnes.
- Cette ligne, dont le tracé est représenté figure 1, va rejoindre la valice de la Liitschine noire qui débouche, comme on sait, du glacier inférieur de Crindelwald ; elle fournit l’accès jusqu’aux points les plus élevés de l’Oberland Bernois comme le Scheidegg, le Mœnhehein, la Wengernalp, d’où les touristes peuvent entreprendre l’ascension de ces immenses géants neigeux et des glaciers qui dominent l’Ober-land, la Jungfrau, le Mœnch, le Mœneh, l’Eiger.
- L’altitude de 2004 mètres, atteinte au Scheide"»-n est dépassée que par la ligne du mont Pilate qui s’élève à 4 mètres plus haut, soit à 2008 mètres, et par celle du Rotthorn, qui arrive à 2252 mètres. Les autres lignes à crémaillère construites en Suisse n’atteignent pas 2000 mètres ; les deux lignes du Righi donnent 1750 mètres, le chemin de. fer de Glion et celui de Schinigeplatte 1790, la ligne du mont Generoso 1590; la ligne électrique de Mürren s'arrête à 1540 mètres.
- La figure 2 donne le profil de la ligne de la Wengernalp; on voit quelle forme une sorte de dos d’àne avec deux pentes continues se dirigeant d’un côté vers Lauterbriinnen à l’altitude de 799, et de l’autre vers Grindelvvald à celle de 1057. Elle franchit ainsi une hauteur totale de 1205 mètres dans la première direction avec une pente moyenne de 15,5 pour 100, et de 1027 mètres dans la seconde avec une pente moyenne de 14,7; la longueur totale est de 17km,912.
- La pente maxima atteint 25 pour 100; malgré
- 1 Suite. —Yoy. u° 1073, du ‘23 décembre18ÎI3, p. 59.
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- LA NATURE.
- cette forte inclinaison, la ligne est exploitée par une simple locomotive avec crémaillère à engrènement vertical sans câble moteur (tig. 5), et c’est du reste la solution adoptée pour le Rothorn ou la ligne de Witznau - Ilighi qui présentent des rampes analogues. Au mont Pilate où la pente dépasse en certains points 45 pour 100, on a bien aussi une simple locomotive avec crémaillère, mais celle-ci est d’un type spécial avec engrènement latéral sur les deux flancs, de manière à prévenir toute séparation de la locomotive, malgré l’influence de la pente excessive qu elle doit gravir ou descendre.
- La ligne de la Wen-gernalp dont la concession remonte à 1875, fut ouverte à l’exploitation seulement vingt ans après, le 20 juin 1895, ce retard étant résulté des remaniements complets que subirent à plusieurs reprises les projets dont^ elle fut
- l’objet. La première étude comportait d’abord une traction funiculaire; elle fut remplacée plus tard par une traction électrique, puis on revint finalement à la simple crémaillère Riggenbach avec traction par locomotive.
- On peut ajouter du reste que l’installation de la voie s’est faite dans des conditions particulièrement économiques, ce qui tient d’ailleurs en grande partie à ce qu’on a pu éviter les tunnels et les travaux d’art trop importants dans le tracé. La dépense totale n’atteint pas en effet 225000 fr. par kilomètre, et l’on appréciera combien ce chiffre est relativement faible en songeant que la plupart des lignes à crémaillère ont entraîné une dépense kilométrique d’environ 400000 francs, et la ligne du mont Pilate est même
- arrivée à 550000 francs. D’une manière générale l’installation de l’infrastructure a présenté cependant de grosses difficultés en raison de la nécessité d’entailler la roche pour y trouver l’emplacement de la voie.
- 5, qui
- La figure
- Fig. 1. — Tracé du chemin de fer de la Wengernalp, en Suisse.
- Fig. 2. — Profil du chemin de fer.
- Fig. 3. — Coupe transversale de la ligne, montrant l’installation de la voie sur le flanc du rocher.
- donne une coupe transversale de la voie, montre la disposition adoptée en bien des points : la ligne est accrochée littéralement aux flancs de la montagne, et elle déborde sur le profil; l’infrastructure repose
- donc sur des déblais rapportés, qui sont maintenus eux-mêmes par une épaisse muraille ancrée dans le
- roc pour prévenir un éboulement qui les jetterait dans l’abîme. Du côté de la montée, une seconde muraille retient les fragments qui pourraient se détacher dans le roc.
- Le tracé comporte des courbes très accentuées dont le rayon peut s’abaisser à 00 mètres, et celles-ci se succèdent souvent dans deux sens différents, sans présenter pour ainsi dire aucune partie rectiligne intermédiaire. La proportion des parties en courbe atteint 45 pour 100 sur la longueur totale.
- Comme travaux d’art, la ligne comporte un simple tunnel de 25 mètres de longueur, et 22 ponts de 20 à 40 mètres de portée ; ceux-ci avaient d’abord été projetés en fer, mais la catastrophe survenue il y a deux années au pont de Monehenstein détermina alors dans les esprits une défiance excessive à l’égard des ponts métalliques, et l’on décida d’exécuter ces ouvrages en maçonnerie, sauf deux pour lesquels on conserva le fer. La figure 4 donne une vue pittoresque de la ligne montrant trois viaducs successifs en maçonnerie. La largeur de la voie est de 80 centimètres comme sur les
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- diverses lignes à crémaillère autres que celles du Riglii; les rails en acier, du type Vignole, présentent une hauteur de 100 millimètres avec un poids par mètre de 20k*,6. Ces rails sont boulonnés sur des traverses trapézoïdales en acier écartées de 0m,50. La crémaillère, installée au milieu de la voie, est du type Rig-genbach en forme d’échelle dont les montants sont formés par des fers en U boulonnés aussi sur les traverses. La ligure 0 donne la vue en coupe de l’installation de la superstructure métallique de la voie. Pour prévenir l’entraînement inévitable sur ces pentes vertigineuses, chacun des rails et des éléments de crémaillère sont maintenus en bout par des blocs de butée en béton d’une disposition analogue à celle que nous avons décrite précédemment en parlant de la ligne de Lau-tcrbrünnen à Grutsch.
- Dans la traversée des voies, l’échelle qui constitue le type ordinaire de crémaillère est remplacée par des barres pleines en acier munies de dents d’engrène-ment. Celles-ci sont installées de part et d’autre de la ligne de rails à franchir, ainsi que l’indique la ligure 7 (nos 1 et 2). Une disposition particulièrement intéressante à signaler permet de poursuivre ainsi la lile de rails sans interruption et simplifie grandement, par suite, l’installation des traversées de voie. La solution de continuité inévitable affecte seulement la crémaillère qui se trouve ainsi interrompue sur une longueur de0m,90; mais, comme il est nécessaire que
- la locomotive puisse y trouver constamment le point d’appui dont elle a besoin, celle-ci est munie de deux roues dentées motrices qui sont rendues solidaires par un accouplement; l’écartement des axes de ces roues dépasse la longueur de la partie interrompue sur la crémaillère. Dans ces conditions , l’une des deux roues reste toujours en prise pendant que l’autre tourne à vide à la traversée de la solution. La plupart des wagons sont munis également d’une disposition analogue comportant deux roues dentées accouplées montées sur deux essieux suffisamment écartés.
- Les voitures de voyageurs ont généralemen i leurs parois longitudinales ouvertes à mi-hauteur pour faciliter la vue du paysage pendant la marche; elles sont en outre munies d’une plate-forme à l’une
- de leurs extrémités. Ces wagons comportent 2 compartiments de 2e classe renfermant 16 places, et 4 de 3e classe renfermant 52 places ; ils ont un poids total de 5150 kilogrammes.
- Le nombre des essieux est de 4 par voiture. Les roues ont 555 millimètres de diamètre comme celles des locomotives , elles sont folles sur les essieux. Les deux roues dentées engrenant avec les crémaillères ont 445 millimètres de diamètre et comportent 14 dents.
- Gomme la voie présente des courbes très accentuées, les tampons de choc des wagons reçoivent un tracé spécial fort épanoui qui leur permet de rester en contact tout en prenant une obliquité relative
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- très accentuée. La locomotive, du type Abt, est analogue à celle que nous avons déjà décrite en parlant de la ligne du mont Pilate; elle est représentée ci-contre, p. 549 (fig. 5). Elle a deux essieux moteurs distants de lni,55, qui entraînent les deux roues dentées; elle possède en outre un essieu-porteur disposé à l’arrière sous la boîte à feu. Les cylindres sont reportés, comme l’indique la figure, au-dessus du châssis; la crosse du piston est reliée à la bielle de l’essieu moteur par l’intermédiaire d’une transmission qui permet d’augmenter la vitesse de marche dans le rapport, de 1 à 1,4. La chaudière marche à la pression de 14 atmosphères, elle présente une surface
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- Fig. G. — Vue pii coupe de lu superstructure métallique de la ligne de la Wengerindp.
- de chauffe directe de 5m2,500 et une surface indirecte de 551”2. La surface totale de la grille est de 0m2,fit). La chaudière comporte 15G tubes de lm,929 de longueur, 52 millimètres de diamètre intérieur et 55 de diamètre extérieur. Elle renferme un volume d’eau de 1ni,5, et un volume de vapeur de 0mr,,GG correspondant à une hauteur d’eau de 150 millimètres sur le ciel du foyer. La production de vapeur
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- Fig. 7. — Disposition des traversées de voies. — S* 1. Coupe de la laine pleine en acier formant crémaillère. — N° 2. l’ian de la traversée.
- est de 50 kilogrammes par mètre carré de surface de chauffe et par heure.
- La locomotive pèse 16',5 en service, elle peut développer un effort de traction de 6800 kilogrammes et remorquer un poids de 2(0,5 sur une rampe de 25 pour 100 à la vitesse de 7 à 9 kilomètres par heure.
- Ajoutons, au point de vue de la sécurité, qu’elle est munie de trois types de freins, l’un agissant par l’air comprimé, l’autre par la vapeur, et de deux freins à main agissant directement sur les deux roues dentées motrices; ces freins sont placés l’un à la disposition du mécanicien, l’autre à celle du chauffeur. L. B.
- CHRONIQUE
- Le nom de Timboiietou. — Dans une Note d’un article sur Le Pays de Timbouctou 1 nous avions donné l’explication usuelle du nom de cette ville. Le mot Tin, disions-nous, signifiait Le Puits. Nous le pensions, sur la foi de M. Elisée Reclus (Afrique occidentale, p. 570), et de nombre d’auteurs, experts dans la science du Sahara ; ainsi, M. le Dr Rouirc (Revue Britannique. Mars 1894, p. 220, note). Or, celte opinion serait erreur, s’il faut en croire la lettre très intéressante et très savante, qu’a bien voulu nous écrire M. le capitaine Lacroix, d’Alger, Tin, affirme-t-il, signifie La Figue, le mot Tint, l'Esclave; jamais, en arabe, ils n’ont voulu dire Le Puits. Il faut reconnaître que les dictionnaires que nous avons consultés, traduisent Le Puits par Doubb, et par Bir, jamais par Tin. Notre correspondant semble donc tenir la vérité, et notre ville n’est plus « Le Puits de Roudou )). M. Lacroix propose une nouvelle signification. I)’ap:ès le regretté explorateur M. Duveyrier (Les Touareg du Nord, p. 51), le mot Tin ne serait que la forme féminine du mot In, et les deux formes voudraient dire : Celui de, l'endroit de. l)e meme que In-Salah, signifie: le pays de Salah, Timbouctou signifierait simplement « le pays de Roudou». M. Lacroix, dans une hypothèse encore plus ingénieuse, détermine le sens de ce dernier mot. Il croit voir dans la forme Bouctou une contraction de l’arabe Ncbka, qui signifie « petite dune » et, aussi, « espace couvert de petites dunes, sol de sable rassis, généralement peu mouvementé ». Notre ville serait donc: « La localité des petites dunes ». L’on peut admettre bien volontiers, jusqu’à hypothèse meilleure, l’hypothèse de M. Lacroix ; car le problème, qu’elle prétend résoudre, n’est point de ceux dont la solution s’impose nécessairement. Gaston Rocviek.
- La foudre globulaire. — Un ingénieur, M. J. Moreau, a mentionné une curieuse observation qui a été faite de foudre globulaire pendant un orage ayant eu lieu à Louvain en Belgique, le G mars 1894. Voici ce que M. .1. Moreau a écrit à ce sujet à notre confrère Ciel el Terre : « M. Dandois, professeur de chirurgie à l’Université de Louvain, s’était rendu à Linden (près de Louvain) par le chemin de fer vicinal, pour visiter un malade; en revenant, le ciel s’était fort obscurci; aussi, hàlait-il le pas pour arriver à une habitation, en ayant soin de s’écarter des poteaux télégraphiques plantés le long de la route. Tout à coup, une boule de feu l’enveloppa et le projeta dans les champs par-dessus le fossé de la route. Il tenait à deux mains un grand parapluie avec un gros manche en bois. Ce parapluie fut trouvé brûlé et les « baleines » en acier, tordues. Ce parapluie lui a probablement sauvé la vie. Si le manche eût été en fer au lieu d’ëtre en bois, il aurait certainement été atteint par le fluide électrique; néanmoins, il avait perdu connaissance et il a eu un bras et une jambe engourdis pendant au moins dix minutes. Est-ce l’effet du choc contre la terre ou est-ce l’action du fluide? Un quart d’heure après, M. Dandois a pu se remettre en marche pour rentrer à Louvain. La partie de la route où l’accident a eu lieu n’est pas bordée d’arbres. 11 est probable que la foudre serait tombée sur les arbres s’il y en avait eu. Cela prouve l’utilité de ces plantations. »
- L’acicr molybdène. — Le métal qui jouit de la plus grande faveur à l’heure aetuelle pour la fabrication
- 1 Yoy. n° 1088, du 1er avril 1894, p. 291.
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- d'aciers coulés très durs est le tungstène. Bien des tentatives ont été faites cependant pour trouver un alliage qui se prêtât mieux à la forge. On a essayé dans ce but l’uranium, le cérium, le titane; mais le prix élevé de ces métaux rend leur emploi peu pratique dans l’industrie. Des expériences faites avec le molybdène avaient donné des résultats extrêmement satisfaisants; mais, comme tous les autres, ce métal a l’inconvénient d’être très cher à l’état pur; quant aux composés naturels, tels que le ferro-molybdène, leur usage n’est pas possible à cause de leur teneur en soufre. Or, d’après Industries and Iron, on vient de découvrir un nouveau procédé de fabrication du molybdène pur qui permet d’obtenir le métal au prix de 5fr,50 le kilogramme auquel son emploi paraît possible. Le procédé consiste à réduire par le charbon le molybdate de chaux; on obtient le molybdène à 96 ou 98 pour 100 de pureté, les 2 ou -4 pour 100 de matières étrangères étant du charbon qui s’est combiné avec le métal. La proportion de molybdène qu’il faut ajouter à l’acier n’est guère que la moitié de celle du tungstène, et le produit obtenu offre .des qualités de dureté exceptionnelle. L’acier à 2 pour 100 de molybdène a une coloration argentée, et sa cassure est extrêmement fine et homogène.
- lTn broche* monstre.— Il a été souvent question de brochets monstres, et nous'ne serions pas revenus sur ce sujet si le poisson dont nous voulons parler ne présentait des particularités fort curieuses ; nous avons trouvé mention de sa capture dans notre confrère Le Conseiller du pécheur. La prise de cette pièce monstre a été faite récemment par un aubergiste de Dalhausen, en Allemagne. Cette bête pèse près de 20 kilogrammes et mesure lm,55 de longueur. Ce poisson portait à la queue, paraît-il, une petite lame de laiton lixée au moyen d’un lîl de cuivre et sur laquelle était gravée en allemand et en vers (dont voici la traduction approximative) une inscription originale.
- Petit poisson, petit poisson Où pourras-tu bien être l’an prochain 7 (tue celui qui te prendra M’en avise aussitôt gracieusement.
- J’habite Wcltcr-sur-la-Ruhr,
- J’ai nom Pierre-Guillaumc-Guslavc Scliuhr.
- ( 'NV c 11 c r-su r -1 a-R uh r, 1859. )
- La date est intéressante, et il est regrettable pour notre connaissance des déplacements chez les poissons d’eau douce, que les pécheurs ne se livrent pas plus souvent à l’expérience tentée par M. Pierre-Guillaume-Gustave Scliuhr de Wetter-sur-la-Ruhr. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 avril 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- L’origine de l’urée dans l'organisme. — M. Kaufmann a abordé le problème de l’origine de l’urée dans l’économie animale. Où se forme l’urée? D’après une opinion assez générale, dans le foie. L’auteur montre qu’en réalité l’urée se forme partout mais surtout dans le foie. 11 a entrepris de rechercher l’urée dans les tissus, c’est-à-dire là où elle s’élabore. Le foie, le cerveau, la rate, les muscles contiennent plus d’urée que le sang; mais c’est le foie qui serait par excellence l’organe générateur. M. Gautier annonce qu’il a un travail en préparation sur la même question. Dans les muscles, il se produit très peu d’urée, d’après ce savant, mais dans le foie elle apparaît en eflet
- avec abondance, quoiqu’elle n’y soit point un résultat d’oxydation. Ce sont, au contraire, des phénomènes de réduction qui interviennent, car il s’v dégage de l’hydrogène. D'après une expérience réalisée dans un des laboratoires de l’École de médecine, il a été constaté que le foie fraîchement extrait d’un animal et plongé dans un hydrocarbure continue à élaborer de l’urée, bien qu’il n’y ait plus d’oxydation possible et cette action dure cinq à six heures. Les cellules du foie sont réductrices, selon M. Gautier ; enfin, d’après une remarque due à M. Gré-hant, le sang contient toujours de l’hydrogène libre. Le phénomène se produirait autour du protoplasma. M. Chauveau formule des réserves sur le mécanisme de cette réduction. Il lui paraît que la formation de l’urée ne peut résulter que d’un phénomène d'oxydation, autrement il serait impossible d’expliquer l’absorption considérable d’oxygène par l’animal. Le rapport entre le volume de l’oxygène absorbé et celui de l’acide carbonique rendu décèlerait manifestement des actions oxydantes. M. Gautier précise alors ses affirmations : la partie protoplasma-tique serait toujours réductrice tandis que la partie externe serait le siège de phénomènes d’oxydation.
- Le climat de la période quaternaire en France. — M. Marié ayant découvert, à Montsaunès (Haute-Garonne), une mâchoire de singe voisin du magot, en avait conclu qu’une phase chaude avait existé, en France, à l’époque du quaternaire, contrastant avec la phase glaciaire. Cette opinion était corroborée par la découverte postéiieure, dans le même site, de débris de rhinocéros, d’éléphant, d’hyène, d’ours, et par l’absence de débris de renne. M. Milne Edwards avait observé que la présence du singe n’était pas un témoignage de grande valeur attendu qu'il existe encore actuellement dans les hautes vallées de l’Ili-malava une espèce de singes vivant sous un climat glacé. M. Gaudry a eu l’occasion d’examiner les débris en question et il a constaté que les animaux auxquels ils ont appartenu devaient s’éloigner des types connus do l'époque glaciaire pour se rapprocher au contraire des espèces des pays chauds. Cette constatation s’ajoutant à l’absence de débris de renne donne une très grande probabilité à l’hypothèse de M. Marié.
- La destruction des sauterelles. — M. Künkel d’IIercu-lais, qui fut récemment chargé d’une mission en Algérie à l’occasion des invasions de sauterelles, propose comme moyen de destruction des criquets, la multiplication d’un insecte diptère du genre anthrax parasite des hyménoptères qui est également parasite des acridiens. La ponte a lieu en août; les larves s’introduisent dans les nids, vident les coques des œufs et y passent l’hiver. Le nombre des coques ainsi vidées que l’on trouve dans la région du Tell peut s’élever à 80 pour 100 tandis que dans celle des hauts plateaux il ne dépasse pas 8 pour 100. Si l’on se représente que la région des hauts plateaux suhit les ravages des acridiens d’une façon infiniment plus grave que la région du Tell, il semble que la multiplication de l’insecte parasite exerce une action directe sur le phénomène.
- La théorie des courants océaniques. — Mgr Bou-gerie, évêque de Damiers, a entrepris de baser la théorie des courants marins sur la rotation de la terre. Dans ce but, il a imaginé un appareil susceptible de reproduire les grands traits des phénomènes naturels. Cet appareil, auquel l’auteur donne le nom de globe marin, se compose d’un globe de cristal, sous la paroi intérieure duquel sont dessinés les continents avec leur pénétration au-dessous du niveau des mers. Le fond des océans est
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- LA NATURE.
- constitué par une sphère intérieure concentrique également en cristal, mobile sur un axe vertical et pouvant tourner au moyen d’une manivelle à engrenage fixée au pied de l’appareil. Le creux des mers est rempli d’eau; des parcelles de bougie stéarine en suspension dans le liquide rendent visibles tous ses mouvements. L’appareil considéré extérieurement a donc l’aspect d’un globe géographique. La valeur du système dépend surtout de l’exacte reproduction de la ligure des cotes des continents. La représentation proportionnelle des profondeurs est elle-même peu importante et peut être négligée sans grave inconvénient, ainsi (pie l’expérience l’a démontré. Rien qu’il eût été désirable de faire tourner ensemble les deux sphères, on a dû renoncer à ce procédé parce qu’il empêchait la vision des mouvements des particules de stéarine. On a essayé alors de faire tourner l’observateur en même temps que les sphères, mais indépendamment des difficultés d’agencement de l’expérience, cette méthode provoquait un vertige insupportable pour l’observateur, au bout de quelques moments ; aussi a-t-elle dû être abandonnée, bien qu’elle eût fourni de bons résultats. Mer Rou-gerie a donc été réduit à se contenter de la disposition décrite ci-dessus, dans laquelle on lance de l’est les mers sur les continents, au lieu de lancer les continents sur les mers de l’ouest à l’est. Cet artifice, dit l’auteur, n’est qu’une simple intervention de relations entre deux corps en mouvement, et l’efl'et résultant est exactement le même. Dès que la sphère mobile tourne, les eaux s’avancent, par le fond des mers, depuis les régions extra-tropicales jusqu’à l’équateur. Les deux nappes se rencontrent et s’élèvent dans le plan de l’équateur. Arrivées à la surface, elles se déversent au nord et au sud de leur point d’émergence, et se portent aussitôt vers l’ouest, reproduisant le contre-courant équatorial des géographes. Ces deux derniers courants produisent à leur tour des courants secondaires en les modelant sur les contours des rivages. Les courants artificiels du globe marin rivalisent d’exactitude, dans les détails comme dans l’ensemble, avec ceux marqués sur les cartes du capitaine de vaisseau de Kerhallct, sur la carte des courants marins de lierghaus, publiée à Gotha par Justus l’erth, et sur celles de l’Amirauté anglaise. Cet accord est pour l’auteur la confirmation du principe qui a présidé à la construction : les éléments liquide et gazeux qui enveloppent le noyau solide du globe terrestre étant ébranlés par la rotation diurne reçoivent d’elle une impulsion qui, modifiée par les contours des continents et les saillies du globe, produit tout à la fois le plus grand nombre des courants marins et aériens. Msr Rougerie a éga-
- lement imaginé un appareil qui se rapporte à la théorie des vents, et auquel il a donné le nom d’anémogène.
- Varia. —M. Yuillemin, de Nancy, a examiné une sorte de tumeur ligneuse qui apparaît sur l’eucalyptus. — M. Ratai lion communique un travail intitulé Contribution à l'étude de la peste des eaux douces, maladie qui dépeuple les rivières lorsqu’elles en sont infectées. — M. Rryan indique un moyen de reconnaître la présence de l'abrastol dans le vin. Cu. de Yii.ledecil.
- PHYSIQUE 1MUS4NTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1
- ESCAMOTAGE b’uXE PIÈCE DE MONNAIE
- Voici une petite planchette que l’on tient avec les deux mains comme le montre le dessin figuré à la partie supérieure de notre gravure. Vous demandez à
- un spectateur de poser sur la planchette, entre vos deux pouces et sur un petit carré central, une pièce de 50 centimes. Cela fait, vous priez encore la personne devant laquelle vous opérez, de cacher vos deux mains sous un mouchoir qu’elle y étale. A peine cela est-il fait, vous retirez le mouchoir et la pièce de 50 centimes a disparu. La main représentée cà la partie inférieure de la ligure explique le truc qui permet de réaliser l’escamotage. La pièce de Lois servant de support est mécanisée. Le carré de Lois central découpé à l’avance est monté sur un axe; il tourne sous l’action du petit doigt agissant sous la planchette, et fait tomber la pièce dans une cavité dont la planchette est munie à côté du carré mobile. Au second plan de notre figure, la planchette est représentée à une plus grande échelle avec un arrachement qui donne l’explication du mécanisme.
- Ce petit objet, qu’un amateur habile peut façonner lui-mème, permet de produire une illusion d’escamotage très réussie. La planchette que nous avons fait fonctionner avec succès mesure 0m,09x 0m,09 et a 5 millimètres d’épaisseur. 1)' Z...
- 1 Voy. ii° 1076, du 13 janvier 1801, p. 112.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Dans. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Escamotage d’une pièce de 50 centimes.
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- N° 1 092.
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- — 5 MAI 1 89 4. LA NATURE.
- LE YÉLOGRAPHE
- APPAREIL «'ENREGISTREMENT Al'TOMATIQl E DES VITESSES YÉLOCIPÉMQI'ES
- La France, pays originaire de la vélocipédie, n’est certes pas depuis vingt ans féconde en améliorations cyclistes. Cette constatation est peut-être désagréable à notre amour-propre, mais elle n’en est pas moins vraie. Après avoir trouvé en 1790 le célérifère, en 1855 la pédale, en 1869 les roulements à billes, en 1875 les jantes creusas et le grand bicycle, les Français ont passé aux étrangers le sac aux inventions! Les Anglais en ont vite sorti en 1880 la bicy-
- clette et en 1889 les pneumatiques. De même notre sport actuel n’est-il que la copie du leur; nos courses sont les courses anglaises avec leurs règlements et leur classification de coureurs presque servilement démarqués.
- La Belgique, où cependant l’art de copier est, au dire des méchantes langues, une institution nationale, donne aujourd’hui à notre routine une bonne leçon de progrès. L’appareil dénommé le Vélographe, que vient de concevoir et de mettre en pratique le général belge Le Boulengé au vélodrome couvert du Grand loquet, à Gand, rendra bientôt d’assez réels services, et témoigne en tout cas d’une recherche assez sincère des résultats scientifiques dans les
- Le vélographe du général Le Boulengé. (D'après une photographie.)
- épreuves sportives pour que je regrette, avec un peu de chauvinisme, que l’invention et l’application n’en aient pas été faites plutôt au vélodrome Buffalo, à Paris !
- Jusqu’ici, pour mesurer la durée d’une course, on n’a employé qu’un système très peu scientifique et fatalement inexact, le chronomètre manœuvré par un spectateur spécialiste. Au coup de pistolet ou à l’abaissement de drapeau du starter, c’est-à-dire au moment précis du départ, le chronométreur appuie sur le houton de déclenchement de sa montre, et met ainsi en marche l’aiguille trotteuse, le compte-secondes. A l’arrivée de la course, au moment précis où le coureur de tête passe le poteau, le chronométreur appuie de nouveau sur le bouton, arrête ainsi le compte-secondes et lit, à 1/5 de seconde près, le
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- temps qu’a duré l’épreuve. Mais lit-il exactement le temps employé par tel cycliste à parcourir telle distance? Non, et il s’en faut de beaucoup! Le chronomètre certainement est aujourd’hui, lorsqu’on met à son achat le prix nécessaire, un instrument construit avec une perfection telle que, pour le temps toujours court d’une épreuve de vitesse, on peut le considérer comme infaillible (la grande fédération anglaise National Cyclist Union n’admet sur ses vélodromes que des chronomètres possédant le certificat A délivré par l’Observatoire de Kew). Le chronomètre est donc, admettons-le, parfait. Mais ce qui malheureusement ne l’est pas, c’est la machine humaine qui le manœuvre! Il est démontré sans conteste, et le capitaine Journée, instructeur à l’École normale du tir du camp de Châlons, dans
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- LA N AT CRL.
- son Mémoire sur le tir publié en 1801, l’a formellement établi, que le doigt n’exécute ce qui lui est commandé qu'avec un retard qui, même avec une grande habitude, ne saurait être moindre de 1/10 de seconde; que le plus souvent même, surtout chez le chronométreur qui a dépassé l'àge de quarante ans, et s’il est encore hahile, la valeur du temps perdu pour que le doigt obéisse au cerveau, est de 1/5 de seconde; que souvent enfin il dépasse 2/5 de seconde! L’erreur pour la mise en marche et l’arrêt de l’aiguille peut donc varier au total entre 1/10 et 1/5 de seconde! Et ce n’est point tout! L’erreur est toujours aggravée par ce l’ait, démontré par les appareils de physique, qu’une image passagère impressionne la rétine pendant un temps relativement long, si bien que le chronométreur voit encore sur le poteau l’image du cycliste en vitesse alors que celui-ci en est déjà loin ! Ce total d’erreurs est toujours considérable : c’est ainsi que, pour un coureur qui, par exemple, essayant d’approcher le record du kilomètre, marcherait aune allure de 50 kilomètres à l’heure, l’erreur inévitable (et minima pour toutes les raisons données plus haut) de 1/2 seconde, équivaudrait à Gm,95! On voit par là quelle foi il faut attacher à ces records de petite distance qui s’établissent par des cinquièmes de seconde! Le général Le Boulengé a conclu logiquement qu’on ne pouvait pas laisser plus longtemps la détermination exacte des vitesses à nos nerfs et à notre organisme imparfaits, et que pour le chronométrage scientifique des courses il était urgent de substituer à l’homme la mécanique.
- M. Le Boulengé eut d’abord une conception très simple ; il installa en travers de la piste de Gand un levier de bois léger de 0m,75 de longueur, dépassant à peine le niveau du sol, et mis en contact, à l’extrémité de sa petite branche, avec le bouton d’un chronomètre. Le cycliste, en passant sur la grande branche du levier, mettait au départ de la course l’aiguille en marche, et l’arrêtait lorsque, le lourde piste terminé, il repassait sur le levier. Il était d’ailleurs facile, si la course comportait plusieurs tours, d’empêcher l’action du levier sur le bouton du chronomètre avant le dernier passage au poteau. Le système, rudimentaire, facile à installer partout, peu onéreux, ne gênant aucunement le coureur, est donc parfait, et je ne vois pas pourquoi nos vélodromes ne l’adopteraient pas tous immédiatement. Plus de doigts retardataires, plus d’yeux mal impressionnés; le départ et l’arrivée sont enregistrés mathématiquement à l’instant précis où ils ont lieu.
- Puis M. Le Boulengé chercha à résoudre des difficultés autrement sérieuses : enregistrer à un cent-milli'eme de seconde près, sans chronomètre, la vitesse d’un coureur en emballage. C’est à cet effet qu’il construisit son Vélographc. L’appareil est purement mécanique. Il est établi sur le principe de la gravitation. Le temps se déduit de l’espace que parcourt un grave tombant librement pendant que le cycliste franchit une distance donnée. II est ainsi disposé : en traversée la piste se trouvent à lleur du
- sol, non plus un seul, mais deux leviers en bois, distants l’un de l’autre de \ mètres et qu’une bicyclette franchit sans même que le cavalier s’en aperçoive. Chaque levier est en communication par sa petite branche avec une sorte de petit kiosque très étroit de 2m,i0 de hauteur. Chaque kiosque est consolidé sur sa base par des tirants métalliques, et tous les deux sont mis en communication à leur partie supérieure sur des poulies par un fil métallique souple. Ce fil, horizontal entre les deux kiosques, pénètre, en reprenant la verticale, dans l'intérieur de chacun d’eux. Dans le premier, son extrémité porte un tombeur, c’est-à-dire un poids qui descendrait librement s’il n’était immobilisé par un verrou. Dans le second, l’autre extrémité supporte un cylindre de bois garni d’un tube de papier fort nommé le cartouche récepteur. On comprend déjà ce qui se passe : le cycliste en pesant sur la première pédale de bois tire le verrou; le poids descend dans le kiosque n° 1 et, par le fil souple, entraîne vers le haut le cartouche récepteur qui monte dans le kiosque nü 2. Mais presque aussitôt le cycliste passe sur la seconde pédale; il soulève brusquement à l'intérieur de ce même kiosque n° 2 un petit levier métallique dont une extrémité, munie d’une pointe de crayon dur, vient faire un trait sur le carton blanc. La hauteur de celte marque au-dessus de l’origine correspond au temps employé par le cycliste pour passer d’une pédale à l’autre. Ce temps se calcule sans erreur en appliquant la loi de la chute des corps dans le vide (la résistance de l’air est ici négligeable). On en déduit la vitesse en divisant l’espacjo parcouru, c’est-à-dire 4 mètres, par ce temps. D’ailleurs, afin d’éviter de laborieux calculs aux sportsmen qui utilisent son appareil, M. Le Boulengé a établi des tables sur cinq colonnes qui indiquent, pour une hauteur de chute en millimètres donnée, la durée correspondante en cent-millièmes de seconde, la vitesse en mètres à la seconde, la vitesse en kilomètres à l’heure et la vitesse en milles à l’heure.
- Le Vélographe est donc un appareil très simple, facile à installer, à régler, à transporter, qui ne gêne ni la circulation des coureurs ni la vue des spectateurs, dont le fonctionnement est infaillible puisqu’il ne comporte aucun ressort et que tout y travaille par la pesanteur. 11 serait à désirer que nos vélodromes français en fissent immédiatement l’essai. Le sport vélocipédique y gagnerait un cachet scientifique qui lui manque encore.
- J’ajouterai deux mots sur une application amusante tpie M. Le Boulengé a faite de son appareil, sur le jeu du Cyclamen. Une potence installée au kiosque n° 2 tient suspendue au-dessus de la piste, au bout d’un fil métallique, une fleur de cyclamen en or; la Heur des Alpes devant être, si nous en croyons Coquelin cadet, la fleur des cyclistes. Ce cyclamen est mis en contrepoids avec le tombeur du kiosque n° 1, si bien que, lorsque le cycliste passe sur la première pédale, la fleur entraînée par le poids grimpe rapidement vers la potence et qu’il faut une vitesse et en même
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- temps une adresse conside'rables pour la saisir avant qu’elle ne soit perche'e à 2m,40 !
- Aux lecteurs qu’étonnerait la précision avec laquelle sont ainsi enregistrées nos vitesses véloci-pédiques, je rappellerai que le général belge Le Bou-lengé inventa en 1865, alors qu’il n’était encore que lieutenant, un chronograpbe électro-balistique qui mesure le temps que met un projectile à franchir 50 mètres, et cela avec une précision extrême. Ce chronograpbe, qui fut présenté aux Tuileries à Napoléon 111, est aujourd’hui universellement employé. M. Le Boulengé est aussi l’auteur d’un manographe qui trace la courbe des pressions successives pendant que le projectile parcourt l’àme du canon; d’un télémètre, d’un dromoscope, etc. On conçoit qu’un homme, habitué à étudier au microscope la marche d’un boulet de canon, se soit fait un simple divertissement de mesurer au millimètre le pauvre emballage du meilleur de nos cyclistes !
- L. Baudry de Saunier.
- LE KOLATIER
- Le Kolatier produit un fruit très connu dont les propriétés réconfortantes ont souvent attiré l’attention. Ce fruit est apprécié là où il se cultive en Afrique. M. E.-M. Laumann, chargé d’une mission du Ministère de l’agriculture et du sous-secrétariat d’État des colonies a donné des renseignements sur les profils à tirer de l’exploitation du kolatier.
- Cet arbre, Sterculia acuminala, se rencontre sur la côte occidentale d’Afrique comprise entre 10 degrés de latitude Nord et 5 degrés de latitude Sud sur la partie comprise entre Sierra-Leone et le Congo; il ne s’avance guère que jusqu’à 800 kilomètres dans l’intérieur. Un seul arbre peut fournir jusqu’à 50 kilogrammes de fruits par année. La saveur des graines (au nombre de 2, 5 ou 16 dans un follicule, ou cosse) d’abord sucrée, ensuite amère, est très astringente et a la propriété particulière de faire trouver douce et fraîche l’eau la plus chaude et la plus saumâtre. La noix du kolatier est un mets aussi nécessaire au noir, de quelque nation qu’il soit, qu’à nous le pain. En Angleterre, la mode est tout entière au kola; la lashion anglaise se l’est approprié sous toutes ses formes : frais, confit, cuit, cru, etc., et c’est par centaines de livres sterling que Sierra-Leone en expédie à sa métropole.
- Tout le nord de l’Afrique en manque totalement et en fait une consommation extraordinaire ; tout le Sénégal en mange journellement et ce n’est que l’Angleterre qui le fournit. Les kolatiers de nos possessions françaises sont abandonnés soit au hasard, soit aux chefs des villages qui, pour le récolter, pillent et meurtrissent les arbres qu’on leur abandonne. A Konakry, on découvre des groupes nombreux de 15 à 20 kolatiers abandonnés, improductifs faute de culture, tandis que rien ne serait plus facile de les grouper, de les soigner et de commencer une plantation qui, tous les premiers frais payés, serait très rémunératrice. En Algérie, dans les environs d’Oran, où le terrain est riche en acide phospliorique, et où la chaleur est toujours égale, ce végétal viendrait bien. Le kola a pris un essor qui ne fera qu’augmenter au point de vue médical et comme aliment.
- LES NOUVEAUX PONTS
- DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE1
- I.ES PONTS DE PUTEAUX
- Comme nous le rappelions incidemment dans notre précédent article dans lequel nous avons décrit les fondations du pont Mirabeau, la banlieue de Paris prend, de jour en jour, une importance plus considérable. Enserrée dans ses remparts, la capitale déborde au dehors; sans les fortifications, qu’il est continuellement question de démolir, un étranger de passage à Paris ne pourrait saisir la transition entre les quartiers parisiens de la périphérie et les communes suburbaines de la banlieue. Un nombre de plus en plus grand de Parisiens habitent les environs de Paris, venant à leurs affaires dans le jour et retournant le soir dans la banlieue. Il suffit pour s’en convaincre de voir, matin et soir, l’encombrement des gares de chemin de fer, de l’Ouest, ce chemin de fer parisien par excellence, du Nord, de l’Est, de la Bastille, où le mouvement intensif des voyageurs rappelle celui des voies qui aboutissent vers la Cité à Londres.
- La population de Paris était de 2 500 000 habitants au recensement de 1891, celle de la banlieue du département de la Seine de 700 000 habitants; le mouvement d’expansion est surtout rendu sensible par le recensement de la population de la banlieue qui, en 1881 et 1886, n’était que de 550 000 et 610 000 habitants.
- Comme conséquence de ce développement de toutes les localités voisines de Paris, il a fallu songer à augmenter le nombre des traversées de la Seine et de la Marne dont les méandres sinueux couvrent le département de la Seine.
- C’est ainsi que le Conseil général du département s’est trouvé, en 1890, en présence de plusieurs demandes ayant pour objet, notamment, la construction d’un pont sur la Marne entre Saint-Maur et Bonneuil, d’une passerelle pour piétons sur la Marne entre Bry et le Perreux, et d’un pont sur la Seine, entre Puteaux et Neuilly.
- Ces trois ouvrages, dont les études et la construction ont été confiées, depuis le commencement de 1891, àM. Launay, Ingénieur des ponts et chaussées, sous la direction de M. Théodore Lévy, Agent voyer en chef du département, représentent une dépense totale d’environ 1500000 francs : le Conseil général du département, soucieux des intérêts de la banlieue, n’a pas hésité à engager cette dépense parce qu’elle répond à des aspirations légitimes, ainsi qu’à des besoins véritables.
- Beux de ces ouvrages sont aujourd’hui terminés ; le troisième est en cours d’exécution et les travaux commencés depuis le mois d’août 1895 sont activement poussés ; nous voulons parler des ponts de Puteaux. Les ouvrages projetés traversent la Seine
- 1 \:oy. n° 1088, <lu 7 avril 189i, p. 295. 1,0 passerelle <le Rrv-le-PeiTeux. sur la Marue.
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- en un point où le lleuve est divisé, comme le montre notre dessin (fig. 1), en deux bras séparés par Elle Rothschild, du nom de son propriétaire, presque en face de la mairie de Puteaux ; ils se composent donc de deux ponts distincts, réunis par une chaussée en remblai établie dans l’ile de Puteaux, dont la largeur en ce point est de 170 mètres; sur le grand bras, bras navigable, le pont se trouve dans le prolongement du boulevard du Chemin-de-fer ou chemin de grande communication n° 56, et à peu près dans une direction perpendiculaire à la route nationale n° 187 qui longe la Seine; sur le petit hras, du coté de Neuilly, le pont est établi dans le prolongement du boulevard Richard - Wallace, normalement au chemin de grande communication n° 59, à proximité de la porte du Rois de Boulogne.
- Les ponts de Puteaux se trouvent ainsi à 1500 mètres du pont de Suresnes et à 1500 mètres du pont de Neuilly.
- L’implantation des ouvrages, tant en plan qu’en profil, n’était pas sans présenter de sérieuses difficultés et l’on se trouvait avoir à concilier de nombreuses sujétions : nécessité de livrer un débouché assez large et assez élevé à la navigation; obligation de relever le moins possible, sur la rive gauche du grand bras, la route nationale n° 187 parcourue par un tramway et bordée de constructions parmi lesquelles la mairie; obligation absolue de ne pas tou-
- cher, sur la rive droite, à la porte du Bois de Boulogne, ni au chemin de grande communication n° 59 bordé de riches propriétés (Madrid et Saint-James) auxquelles on ne saurait porter aucune atteinte sans payer de grosses indemnités, voilà pour le profil en long. Puis difficulté de raccordement du chemin de grande communication n° 56 d’une part et du boulevard Richard-Wallace de l’autre, qui ont des directions différentes et toutes deux légèrement inclinées sur les rives de la Seine, lesquelles ne sont d’ailleurs pas parallèles, voilà pour le plan. Ces difficultés ont été résolues d’une manière
- aussi satisfaisante que possible. Ou a établi le pont du petit bras normalement à la direction générale du lleuve et celui du grand bras avec un biais presque insignifiant sur les berges ; le pont du grand bras, étant également incliné sur les deux rives, est sensiblement normal à la direction générale du lleuve. De celte façon, le pont se trouve à peu près dans le prolongement du chemin n° 56 d'une part et du boulevard Richard-Wallace de l’autre, le raccordement de ces deux directions se fait dans Pile au moyen d’une courbe de 150 mètres de rayon.
- Chacun des deux ponts comporte deux arches avec une seule pile en rivière; pour obtenir le moins de hauteur possible au-dessus de l’intrados | des arches, les ouvrages sont à arcs métalliques, en
- Fig. 1. — Emplacement des nouveaux ponts de Puteaux.
- IRetenue de Bétons (z3,?3.
- Fig. 2. — Vue en élévation des nouveaux ponts de Puteaux.
- tôle d’acier, reposant sur une pile et deux culées en maçonnerie; l’épaisseur à la clef entre l’intrados des arcs et la corniche des trottoirs n’est qüe de 0m,83.
- En vue de réduire au minimum le remblai de -la chaussée sur les deux rives de la Seine, tout en lui laissant sous les arcs la hauteur exigée par la navigation, on a adopté en élévation, comme le montre notre dessin (fig. 2), une disposition dissymétrique pour les deux ouvrages qui ont un dos d’àne dont le sommet est, non pas au milieu de la rivière, mais au milieu de la travée de rive ; chaque pont se compose ainsi de deux arches dont l’ouverture augmente avec la hauteur sous clef, l’arche la plus élevée et la plus large étant la plus rapprochée de l’ile Rothschild où
- n’existent pas les mêmes sujétions d’accès que sur les rives ; les arcs métalliques qui composent chaque travée ont aussi des surbaissements analogues.
- En résumé, le pont du grand bras se compose de deux travées : l’une de 42 mètres, et l’autre de 50 mètres ; le pont du petit bras a deux travées : l’une de 37 mètres, l’autre de 45 mètres. Les flèches des arcs paraboliques comptées sur la fibre neutre par rapport à l’horizontale des articulations des naissances sont respectivement de 5m,545 et 4m,945 sur le grand bras, de 5m,19 et 4m,55 sur le petit bras.
- Les arcs sont articulés aux naissances et reposent sur les piles et culées par l'intermédiaire de rotu-
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- les ou axes d’articulation en acier, dispositions dont les avantages principaux sont, comme nous l’avons déjà signalé, de déterminer avec précision les points
- de passage des courbes de pression dans les maçonneries, et de permettre de calculer, aussi exactement que possible, les efforts que le pont aura à supporter.
- Fig. 5. — Installation sur la rive d’un chantier de fondation des ponts de Puteaux.
- Ces dispositions donneront aux ponts de Puteaux I tuelle et devenue un peu banale des ponts métalli-un cachet tout spécial sortant de la formule habi- J ques à trois travées symétriques avec arcs encastrés
- Fig. 4. — Battage d’un pilotis surda tète duquel sera coulé le massif en béton constituant la fondation d’une pile.
- aux naissances. Les fondations des culées des ponts de Puteaux sont aujourd’hui terminées; elles se composent de massifs de béton reposant sur un pilotis battu dans l’argile plastique dont les sondages ont révélé la présence ; on procède en ce moment
- à la fondation des piles qui doivent également reposer sur pilotis au-dessus de la tête desquels sera coulé un massif de béton à l’intérieur d’un caisson sans fond en charpente. Nos dessins (fig. 5 et 4) montrent l’installation des chantiers de fondations.
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- Les ponts de Puteaux seront construits dans des conditions d’élégance dignes du Bois de Boulogne qu’ils avoisinent : la partie décorative en a été con-tiée à M. Formigé, l’architecte bien connu ; les avant et arrière-becs des piles, de forme ogivale, seront surmontés de motifs de sculpture du plus heureux effet. Notre figure 12, qui représente la vue en élévation de la nouvelle construction, donne une juste idée de sa légèreté et de son élégance.
- La dépense totale ne dépassera pas 950 000 francs pour les deux ouvrages; MM. de Rothschild, tout en abandonnant gratuitement le terrain nécessaire à la traversée de leur île, ont versé une subvention de 50 000 francs ; la commune de Puteaux, directement intéressée *, consacre de son côté une somme de 400 000 francs à l’entreprise, et le département de la Seine doit parfaire la différence de 500 000 francs. Telles sont les conditions financières de l’entreprise.
- Ces sacrifices importants font ressortir l’intérêt de l’œuvre qui présente au plus haut degré le caractère d’utilité générale. Les travaux de maçonnerie sont fort avancés ; le tablier métallique est en fabrication, et avant peu les Parisiens pourront utiliser un nouveau moyen de communication entre les deux rives de la Seine, aux portes de la capitale, et dans une des parties les plus belles et les plus fréquentées de la banlieue.
- Ce travail fait un réel honneur à nos ingénieurs, et en particulier à M. Launay, qui a apporté à son étude un soin auquel il est bien agréable de rendre hommage. Max df. Naxsolty.
- IA MATIÈRE ET L’ÉNERGIE
- Depuis que la notion de l’énergie est apparue dans la science, son importance est allée en grandissant; placée d’abord à l’arrière-plan, et considérée comme une résultante, elle est devenue peu à peu, dans l’esprit des physiciens, une entité, existant par elle-même, et, .si on la considère parfois comme réductible à la masse et à la vitesse, ou à la force et à l’espace, on tend plutôt à l’envisager aujourd’hui comme primordiale, et peut-être plus réelle que ses composantes, que l’on peut inversement en déduire.
- Un examen superficiel de la question semble montrer qu’en donnant à l’énergie une place équivalente à celle de la matière, on lâche la proie pour l’ombre; mais regardons-v de plus près.
- D’après une définition généralement reçue, la propriété essentielle de la matière est de tomber immédiatement sous le sens. Or, il s’agirait d’abord de définir le sens. Si nous passons en revue ce que l’on est convenu d’appeler nos cinq sens, la même définition s’impose avec évidence pour l’énergie.
- La vue nous révèle l’énergie vibratoire de l’éther; l’odorat, la présence de la matière; l’ouïe nous indique l’énergie vibratoire de l’air; le goût est, pour une grande partie, une forme de l’odorat; enfin, le toucher se décompose en deux sens distincts : le sens de la force, qui nous
- 1 La commune de Puteaux a beaucoup augmenté de population; clic compte aujourd’hui environ 17 000 habitants
- permet d’estimer l’élasticité et la dureté de la matière, le sens de la température, qui nous dévoile l’énergie qu’elle contient.
- Nous voyons donc que la matière et l’énergie se partagent presque également nos sens, et, qu’au point de vue immédiat de nos perceptions, la matière n’occupe nullement une place prépondérante.
- Si, maintenant, nous considérons ces deux entités en elles-mêmes, nous rencontrons un parallélisme frappant entre leurs propriétés essentielles : la matière se transforme, mais sa quantité demeure constante; l’énergie est douée d’une propriété identique ; et la découverte de leur conservation a ouvert la vraie voie aux deux sciences fondamentales de la nature, la chimie et la physique.
- En nous limitant à cette dernière, nous allons être conduit à donner à l’énergie la position prépondérante; en effet, tandis que la physique se divise en deux parties bien distinctes, s’occupant respectivement de l’étude de la matière et de celle de l’éther, on ne peut l’aborder en aucun point sans rencontrer l’énergie ; c’est elle qui établit la véritable continuité dans la physique, car, si l’on peut étudier les modifications que la matière fait subir à l’éther, il a été impossible jusqu’ici de réduire l’un à l’autre; certes, on a cherché à se représenter l’éther comme une substance douée de propriétés analogues à celles de certaines matières, mais il est encore tellement distinct de toute espèce de matière qu’on est obligé de lui assigner une place à part. La matière n’occupe qu’une partie de la physique; l’énergie la pénètre dans toute son étendue.
- En mécanique et en acoustique, dans le domaine de la chaleur, de l’optique, de l’électricité et du magnétisme, nous trouvons des grandeurs très diverses, qui sont toutes des facteurs de l’énergie. Il a été impossible jusqu’ici d’assimiler une quantité d’électricité à une matière quelconque; la matière est, il est vrai, douée de capacité calorifique, mais la matière n’est pas, dans son essence, une capacité calorifique.
- Dans les diverses branches de la physique, les facteurs de l’énergie sont les suivants : masse, carré de la vitesse; force, espace; capacité calorifique, température; quantité d’électricité, potentiel électrique ; quantité de magnétisme, potentiel magnétique. Le premier de ces produits a été, par analogie, étendu aux ondes lumineuses, d’où l’on a déduit une valeur probable de la densité de l’éther.
- Dans le domaine de la chaleur, de l’électricité et du magnétisme, la notion de matière est reléguée au second plan; si elle intervient encore dans l’établissement des dimensions des grandeurs, c’est seulement par une simplification réclamée par l’industrie plutôt que par la science; elle n’y figure que comme facteur de l’énergie. Limitons-nous donc à la mécanique, où Ja matière joue le rôle le plus important.
- Si nous envisageons l’énergie comme dérivée de la matière et du mouvement, son expression en dimensions sera :
- [AV] = [ML-T~2J ;
- si, au contraire, la matière est la capacité pour l’énergie, elle devient une quantité dérivée, et s’écrit :
- [M] = [WL~2Tâ] ;
- la complication ne fait que changer et se déplacer.
- Mais envisageons maintenant d’autres grandeurs de la
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- LA NAti; w r.
- mécanique ; nous pourrons établir la comparaison suivante :
- Système.
- MLT XV LT
- Force . Ml/M \VL
- Tension superficielle. . . MT 3 WL ’
- Pression . ML ‘M \YL :
- Puissance . ML-M avt-
- L’introduction de l’énergie dans ces expressions les rend plus intelligibles. La force devient l'énergie semée le long d’une ligne, la tension superficielle est l’énergie de la surface, la pression est l’énergie du volume, enfin, la puissance figure dans le tableau par sa définition même.
- H s’agit ici de haute science, de spéculations de l’esprit assez subtiles, et qui n’entraînent que peu à peu la conviction. C’est un des mérites de l’école de Leipzig, et, en particulier, de son chef éminent, le professeur W Ost-wald, d’avoir, en toute occasion, montré la grande importance que l’énergie, considérée comme entité, joue dans la science. Peu à peu, on se rallie à ces idées; mais, les habitudes prises ne cèdent que lentement le pas.
- Peut être arrivera-t-on plus vite à une conviction en regardant autour de soi. L’énergie fait déjà l’objet de grandes transactions commerciales; des procès s’engagent autour d’elle; elle paye des droits de douane et d’octroi ; en faut-il plus pour démontrer sa réalité?
- Assurément, la Compagnie du gaz ne vend pas du gaz, car ce corps, envisagé comme matière, ne nous causerait que des désagréments. C’est de l’énergie potentielle que l’on canalise et que l’on vend. Mais, dira t-on, les aéronautes achètent cependant du gaz. Pas davantage; ils achètent des kilogrammètres que l’on a gagnés avant de les leur vendre. C’est au cours de la distillation de la houille que l’on a emmagasiné cette énergie. Le gaz, en se dégageant, refoule un certain volume d’air, et élève toute l’atmosphère d’une petite quantité. Tandis que. le ballon monte, l’air revient à son état initial, et le cycle se trouve fermé.
- Très souvent, l’énergie que l’on achète et que l’on vend est déguisée sous le nom d’une certaine matière, et c’est sans doute toujours sous ce nom qu’on la désignera. Le charbonnier ouvrirait de grands yeux si on lui demandait de l’énergie potentielle.
- Lorsqu’il s’agit d’énergie cinétique, le cas est différent; il est évident que l’on n’achète pas l’eau d’une chute, et chacun possède la notion de la nature de sa valeur ; c’est pourquoi l’on voit déjà au voisinage de plus d’une pittoresque cascade un écriteau portant ces mots : Energie à vendre. C.-E. Guillaume.
- « EMBOUTEILLAGE » DES EAUX STÉRILISÉES
- Les appareils qui servent à obtenir l’eau stérilisée ont été décrits ici il y a deux ans1 et nous ne reviendrons pas sur le détail des dispositions employées ; nous rappellerons seulement que le principe de ces appareils construits par MM. Rouart, Geneste et llerscher, consiste à porter l’eau à une température de 120 degrés sous pression, température à laquelle
- 1 Voy. n° 990, du ‘21 mai 1*92, p. 581); Notice sur la Stérilisation des eaux ]>ar la chaleur.
- 5.V.)
- la destruction des micro-organismes qu'elle peut contenir est assurée.
- Les premiers modèles étaient surtout destinés à stériliser les eaux d’un endroit quelconque où une épidémie s’était déclarée; ils étaient à cet elfet montés sur roues et on les luisait fonctionner au point même où devait se faire la consommation des eaux suspectes. Les constructeurs ont, depuis, étendu l’application de leur système en établissant des appareils fixes pouvant produire une grande quantité d’eau stérilisée qui, mise ensuite en bouteilles, peut être livrée à la consommation n’importe où, comme une eau minérale quelconque.
- Mais, lorsqu’on est lancé dans la voie de l’anli-sepsie, il faut aller jusqu’au bout. Or il est bien certain, les expériences sont concluantes à ce sujet, que l’eau est absolument exempte de microbes au sortir do l’appareil; si l’on est bien sur qu’en la consommant à ce moment, elle sera inoffensive, rien ne prouve que la bouteille, dans laquelle on va la mettre en réserve, soit bien aseptique. Quels que soient les rinçages auxquels on l’aura soumise, il arrivera un moment où elle sera remplie d’air, de l’air de la pièce où se fait l’embouteillage; mais est-on bien sûr que cet air n’est pas contaminé? Et les ouvriers employés à ce travail ne peuvent-ils eux-mèmes porter le germe de maladies infectieuses?
- Voilà des questions qui ne laissent pas que d’ètre un peu embarrassantes; si dans bien des cas on peut répondre qu’il n’y a pas de danger, on ne saurait assurer qu’il en est toujours ainsi. Tout récemment, M. Moissan signalait à l’Académie de médecine le danger que peuvent présenter les eaux minérales dont l'embouteillage n’est pas surveillé. 11 citait certaines de ces eaux dans lesquelles on a trouvé jusqu’à 100000 microbes par centimètre cube, inoffensifs pour la plupart, il est vrai, mais pas tous cependant puisqu’on a reconnu celui de la fièvre typhoïde.
- Ce n’est guère qu’à la façon dont se fait la mise en bouteilles qu’on peut attribuer le développement de ces micro-organismes dans des eaux qui en sont reconnues exemptes au lieu même où on les recueille.
- Afin d’éviter de pareilles causes d’infection dans l’eau stérilisée, eau qui a précisément la curieuse propriété de favoriser le développement rapide des microbes, M. E. Galante, le constructeur d’instruments de chirurgie bien connu, a imaginé un appareil qui permet de faire l’embouteillage dans un endroit absolument clos et dont l’air a été préalablement stérilisé.
- Cet appareil se compose (voy. la figure) d’une caisse en bois hermétiquement close, sauf à la partie inférieure qui repose sur une cuve contenant de l’eau acidulée; toute communication avec l’air extérieur est donc interceptée et l’intérieur de la caisse une fois stérilisé, en le remplissant, par exemple, de gaz acide sulfureux, peut rester indéfiniment dans cul éait. C’est dans cul ta caisse que débouche la u.u-
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- r>()0
- (luit F amenant l’eau qui sort des stérilisateurs.
- Afin de permettre le maniement des bouteilles dans l’intérieur de cette sorte de cloche plongeante, on a fixé sur ses parois deux manches en caoutchouc terminées par des gants en même matière qui pénètrent à l’intérieur. Un ouvrier enfonce ses liras dans ces manches, et de larges vitres lui permettant de voir ce qui se passe à l’intérieur, il peut faire les différentes manipulations, que nous allons exposer plus loin, comme il le ferait à l’air libre.
- Pour permettre l’entrée et la sortie des bouteilles, le bac sur lequel repose la caisse présente à ses deux extrémités des réservoirs profonds A et P, dans lesquels peuvent s’enfoncer deux espèces de
- petits ascenseurs, composés de plateaux R et H, manœuvrés par des tiges M, N et des cordes, U, K, passant sur une poulie fixée au plafond.
- La disposition de ces plateaux est telle, qu’une moitié J se trouve à l’intérieur de la caisse, tandis que l’autre J' est en dehors; une demi-révolution, imprimée à la tige qui les supporte, permet d’amener au dehors, mais toujours sous l’eau, tantôt l’une, tantôt l’autre moitié.
- Le plateau étant remonté, un manœuvre prend une bouteille soigneusement rincée et encore pleine d’eau acidulée. Il la pose sur le plateau B, puis descend celui-ci à fond et lui fait accomplir une demi-révolution; la bouteille passe alors sous le rebord de
- Appareil pour mettre en bouteilles les eaux stérilisées.
- la caisse, dans l’intérieur de laquelle elle sortira dès qu’on remontera le plateau.
- L’ouvrier chargé du remplissage et du bouchage, ayant les bras et les mains engagés dans les manches en caoutchouc dont nous avons parlé, saisit la bouteille et vide dans un compartiment spécial 1), muni d’un siphon pour éviter toute rentrée d’air, l’eau acidulée qu’elle contenait; pour enlever les dernières traces de cette eau, il place la bouteille sur un jet d’eau stérilisée E, puis il la remplit et la bouche au moyen du bouchon en porcelaine à bague de caoutchouc qui se trouve fixé au goulot, comme dans certaines bouteilles à bière.
- Cela fait, il n'y a plus qu’à la mettre sur le plateau II du bac placé de l’autre côté de l’appareil et la sortie s'effectue de la même façon que l’entrée
- sans qu’il y ait communication avec l’air extérieur.
- Ce système est en fonction chez MM. Rouart et il remplit parfaitement le but qu’on s’était proposé : avant de livrer les bouteilles à la consommation, et quelques jours après leur fabrication, on en prend une au hasard; son eau est mélangée à un bouillon de culture, milieu éminemment favorable au développement des micro-organismes. Le liquide reste absolument limpide même au bout de quinze jours; si l’on ajoute seulement une goutte d’eau de Seine à l’eau qui sort de la bouteille, le liquide se trouble au bout du deuxième jour. L’expérience est concluante, et prouve que l’appareil de M. E. Galante présente les plus grandes garanties. Il serait à désirer que son emploi se généralisât. G. Mareschat..
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- LA NATURE.
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- MINE DE BORATE DE CHAUX DANS LA VALLÉE DE LA MORT EN CALIFORNIE
- Au centre de la Californie, dans un vallon appelé Ash Meadow, littéralement : le Pré aux cendres, habitait, il y a une dizaine d’années, un Américain
- nommé Aaron Winters. II avait installé sa cabane près d’un minuscule ruisseau. Cette plaine, située un peu à l’est du désert de Mojave, touche à la Vallée
- I nc mine dans la vallée de la Mort, en Californie. — 1. Descente de la mine. — 2. Mise en place d'un chevalement. — 3. Escarpement rapide. 4. Ancien mode de transport dn borax à dos de mulets. — 5. Transbordement actuel du borate de chaux par chemin de fer.
- de la Mort dont le niveau se trouve à 120 mètres au-dessous de celui de la mer, où l’air enflammé qu’on respire, totalement dépouillé de la moindre trace d’humidité, rend le séjour impossible aux êtres vivants par suite de l’intolérable chaleur et de la sécheresse qui y régnent. C’est une vaste contrée
- aride et sablonneuse adossée à des montagnes plus tristes et plus desséchées encore. La distance qui sépare cette vallée du village le plus proche dépasse 120 kilomètres. Winters vivait cependant heureux dans celte solitude, servant de guide aux rares touristes qui osaient affronter les périls et les dan-
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- LA N A TU KL.
- r»(U2
- gcrs d'an tel voyage à travers un pays aussi désole.
- Un jour, Winters reçut la visite d’un explorateur à demi mort de soif, qui venait de traverser la Vallée de la Mort auprès avoir quitté, disait-il, bien au delà des marais de la Nevada, une exploitation minière qui donnait des résultats merveilleux aux exploitants. Après le souper, l’étranger ramena la conversation sur cette mine et raconta à Winters qu’on extrayait une substance particulière ressemblant à du sable mélangé de sel. Il ajouta que cette matière portait le nom de borate de chaux et que pour en isoler le borax il suffisait de lui faire subir une préparation très simple qu’il énuméra tout au long. Winters écoutait silencieusement le récit du voyageur. Il se souvenait avoir vu, dans ses pérégrinations à travers la Vallée de la Mort, une quantité considérable de matière tout à fait semblable à celle dont lui parlait l’explorateur, et dont le gisement se trouvait à 8 ou 10 kilomètres de sa demeure, dans les environs d’un endroit appelé Furnace-Creek, situe à flanc de coteau du mont Funèbre.
- Le lendemain matin, le voyageur s’éloigna. Sans perdre un seul instant, Winters gagna en toute hâte l’emplacement remarqué par lui et fit une ample provision de la substance qu’il avait découverte et qui affleurait partout. 11 rentra chez lui et attendit impatiemment la nuit. Tremblant d’émotion, il se mit alors à l’œuvre, suivant scrupuleusement le procédé de fabrication très simple que lui avait indiqué son hôte. En quelques minutes, il vit, à sa grande joie, le borax fondre et couler dans le vase qu’il venait de placer sur le feu. A cette époque, deux industriels, MM. William Coleman et F. Smith accaparaient le commerce du borax. Muni de son échantillon, Winters vint les trouver et leur offrit de leur faire connaître l’endroit où se trouvait le gisement, moyennant une forte indemnité. Les deux négociants se concertèrent et se mirent d’accord pour lui verser la somme de 20 000 dollars, que notre homme s’empressa d’accepter. Il les conduisit alors à l’emplacement découvert par lui.
- Immédiatement les travaux d’installation commencèrent. Les deux industriels construisirent tout d’abord des maisons pour loger le futur personnel de la mine et installèrent tous les appareils nécessaires à l’exploitation. Comme en cet endroit l’eau manquait, ils captèrent une source qui s» perdait dans le sable à 3 kilomètres environ et à l’aide de conduites l’amenèrent jusque sur les lieux où le minerai devait se traiter. Les ouvriers affluèrent bientôt et cette partie du désert de Mojave se transforma en une véritable ruche pleine de mouvement. Au début il fallut employer le combustible que l’on trouvait sur place. Il n’abondait pas et se composait de buissons de sauge sauvage et de bouquets d’un arbrisseau nommé Mesquit que la plupart du temps les ouvriers se voyaient obligés de déterrer du sable dans lequel il était enfoui. Nécessairement cela entraînait à des pertes de temps et à des dépenses considérables et inutiles
- MM. Coleman et Smith se décidèrent à construire, à travers cette vallée sablonneuse,un tramway qui leur permît de s’approvisionner facilement en combustible en même temps qu’ils faisaient parvenir au camp tout le nécessaire afin de donner un peu de bien-être à leurs ouvriers au milieu de cette plaine désolée que les rayons du soleil transformaient en une véritable fournaise. On avait bien cherché à l’origine à faire les transports à dos de mulets, mais ces malheureux animaux, avec une charge très faible, ne pouvaient parvenir à franchir les 120 kilomètres qui les séparaient de la ville la plus voisine; ils tombaient en route exténués de fatigue, de chaleur et de soif. L’exploitation marcha ainsi tant bien que mal, au milieu de mille difficultés, tant que dura la construction de la voie ferrée et la mise en œuvre du matériel roulant. A ce moment, on se trouvait dans la saison d’hiver.
- Lorsque survint l’été, la mine devint inhabitable. La chaleur était si intense que l’air brûlant desséchait les poumons des ouvriers, rendant tout travail impossible, l’extrême sécheresse évaporant l’humidité du corps plus vite qu’elle se renouvelait : les travailleurs mouraient de soif-tout en buvant. On dut pendant quatre mois de l’année cesser toute exploitation pour la reprendre en hiver et au printemps.
- Les propriétaires de la mine luttèrent quand même contre cette nature inexorable. Ils irriguèrent 160 hectares de plaine sablonneuse qui, par enchantement verdit et se couvrit d’un épais gazon. Des arbres transplantés poussèrent avec vigueur, et en quelques années une magnifique oasis pleine de verdure et de fraîcheur remplaça pour toujours les steppes arides et brûlantes où l’homme ne pouvait vivre.
- Depuis ce moment, la prospérité de la mine a progressé d’une manière constante. Les travaux qui d’abord s’exécutaient dans la vallée et au pied du m®nt Funèbre, ont gagné cette montagne qui renferme des gisemenls considérables de borate de chaux. Pour conduire le minerai jusqu’aux appareils de lavage et de traitement, on a installé un railway aérien sur lequel les bennes pleines circulent constamment. O même railway sert aussi à la montée et à la descente des ouvriers à cause de la très forte déclivité que possède la montagne. Le journal américain Frank Leslie's Weekhj, auquel nous empruntons les curieux renseignements qui précèdent, affirme que de nouveaux et très importants gisements de borate de chaux viennent d’être découverts à 20 kilomètres environ de Furnace-Creek par MM. Coleman et Smith. Ils ont dès lors l’intention bien arrêtée d’abandonner leur exploitation actuelle pour ne s’occuper que de celle de la nouvelle mine. L’emplacement de cette dernière offre, paraît-il, de très grands avantages pour la facilité des approvisionnements, le bon marché des transports, en même temps que sa situation particulière la rend plus habitable spus tous les rapports. Ch. Marsii,loin.
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- I-A NATURE.
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- LE DALTONISME1
- Si extraordinaire que cela paraisse, il existe des personnes qui ne peuvent distinguer aucune couleur, c’est là un cas d’achromatisme visuel fort rare. Mais il en est d’autres qui ne distinguent pas l’une de l’autre deux couleurs complémentaires, le vert et le rouge, par exemple. On les nomme daltoniens, du nom du célèbre chimiste anglais Dalton, qui était atteint de cette singulière infirmité, et qui le premier, au début de ce siècle, en donna une description très complète. Cette incapacité de la rétine à être impressionnée par un ou plusieurs rayons du spectre solaire a reçu le nom de dyschromatopsie.
- Afin de rechercher la cause de cette infériorité visuelle, on s’est occupé de déterminer le nombre et la répartition des daltoniens, c’est-à-dire de tous ceux qui sont frappés d’une incapacité de travail absolue dans toutes les branches de l’activité humaine où la notion et le discernement des couleurs sont indispensables.
- D’après les dernières expériences du Dr George Wilson, d’Edimbourg, qui a choisi ses sujets dans toutes les classes de la société, sur 1154 personnes il a trouvé 65 daltoniens. Sur ce nombre, 21 confondaient le rouge avec le vert, 19 confondaient le brun avec le vert, et 25 prenaient le vert pour du bleu ou inversement.
- MM. Bkike et Franklin, de l’Université de Kansas, ont dernièrement étudié, chez les pures races indiennes de l’Amérique, les cas de dyschromatopsie qui sont, suivant eux, des plus rares. Leur examen a porté sur les tribus Pawnie, Cheyenne et Pottawattamie. La proportion des daltoniens n’atteint pas un pour cent.
- Mais la découverte la plus inattendue et aussi la plus récente est celle du Dr Macgowan. Il vient de passer plusieurs années dans le Céleste Empire, interrogeant, examinant tour à tour les artistes, les teinturiers, les marchands, sans pouvoir trouver trace de daltonisme. Bien plus, dans un hôpital, il a soumis à ses expériences plus de mille malades, sans avoir pu noter un seul cas ! Ce qui porte à croire que l’œil du Chinois est absolument réfractaire à l’infirmité dont nous parlons.
- Cette découverte remet en question la cause même du daltonisme que les recherches précédentes tendaient à attribuer à la civilisation, puisque toute une nation aussi civilisée que la Chine semble avoir échappé à un mal commun. Le problème subsiste donc tout entier.
- I)’une manière générale, les savants évaluent à 5 ou 4 pour 100 le nombre des daltoniens. Détail curieux, qui tend également à compliquer la question, pour les femmes la proportion est bien moindre et s'arrête à 1 sur 500. La Finlande et la Norvège possèdent le plus grand nombre de daltoniens, soit 5 pour 100; la Hollande est au contraire le pays d’Europe le plus favorisé, soit 1,43 pour 100. Le climat ne peut donc pas davantage nous donner la solution du problème. Le rouge est la couleur qui échappe le plus souvent à la perception des daltoniens, le vert vient ensuite. On cite quelques cas de personnes dont l’œil ne perçoit pas le bleu. X. West.
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- LA SCIENCE PRATIQUE
- CE QU ON peut faire avec une canne
- Nos lecteurs savent qu’une canne peut servir à d’autres usages qu’un bâton sur lequel on s’appuie;
- 1 Yov. n" 237, du 15 décembre 1877. p. 50.
- elle est susceptible de se transformer en objets utiles. Tout le monde connaît la canne à épée, précieuse pendant l’attaque des voleurs nocturnes (fig. 1) et la canne à pèche qui est le charme des âmes tranquilles
- (fig-2)-
- Nous avons décrit la canne lumineuse électrique qui renferme une lampe à incandescence, et une batterie de piles génératrices1. Nous supposions qu’il y avait là le dernier mot du progrès : erreur profonde. Un constructeur, M. Léon Schuster, vient de nous apporter une nouvelle canne de poche-para-pluie; nous la représentons ci-contre (fig. 3) et nous allons en faire comprendre les mérites.
- Dois-je prendre ma canne ou mon parapluie? se demande-t-on assez souvent en regardant le ciel au moment du départ pour une course de quelque durée, à la campagne ou dans la ville. La canne-parapluie tirera de cette légère inquiétude les personnes soigneuses et prudentes. Elle offre un autre avantage : elle peut, en effet, être emportée au théâtre, au concert, en soirée, tout en sacrifiant aux convenances qui permettent là le port de la canne et excluent celui du parapluie.
- Aussi les fabricants de cannes et de parapluies se sont-ils évertués à chercher une combinaison de ces deux instruments. On imagina un système qui obligeait en cas de pluie et, ensuite, aussi longtemps que la soie du parapluie était mouillée, à porter d’une main la canne formant fourreau et le parapluie de l’autre main. Puis, premier perfectionnement, on fait adapter le parapluie ouvert au bout du fourreau. Vu la longueur de la canne, l’instrument est incommode à porter, devient une espèce de palanquin. La canne de poc/ie-parapluie représentée sur la figure 5 supprime tous ces inconvénients. S’il pleut, on a un excellent parapluie, et la canne formée de trois tubes légers, non compris le manche, se met dans la poche. Ces tubes sont en celluloïd. La manœuvre est des plus faciles et s’effectue rapidement.
- Il suffit de prendre la canne à pleines mains en bas et en haut; la figure 3 montre dans le nu 1 que celte canne est formée de 4 tubes ; on les dévisse ; ils sont concentriques, ils se séparent et peuvent être placés les uns dans les autres, pour ne plus former qu’un petit cylindre (fig. 5, n° 4) qui tient dans une gaine de peau (n° 5) ; on place dans sa poche ce petit paquet qui a été une canne. Le parapluie (n° 2) très légèrement monté sur métal, était contenu dans la canne, et quand on l’ouvre, il offre l’aspect et les usages de tous les parapluies (n“ 5). Le montage du système, quand le parapluie est sec, est aussi aisé que le démontage. L’auteur de la canne-parapluie fait aussi une canne de poche-ombrelle.
- La description de la canne à lumière et de la canne-parapluie avait attiré notre attention sur les cannes et nous méditions les transformations auxquelles cet objet peut se prêier, quand nous avons
- 1 Yov. il" 1074. du 50 décembre 1895, p. 78.
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- LA NATURE.
- reçu un exemplaire déjà ancien du Scientific American, où nous avons reconnu, avec surprise, qu’un rédacteur de l’autre côté de l’Atlantique nous avait singulièrement devancé. Patient chercheur, ce rédacteur a recueilli tout ce qu’il a pu trouver d’original
- Fig. 1. — Canne à épée.
- américain qui a gardé l’anonyme, tout ce que l’on peut faire avec une canne. Nous allons, en suivant les numéros de cette planche 4, depuis 1 jusqu’à 22, donner une énumération de cette étonnante liste d’objets dont quelques-uns sont tout à fait surprenants et inattendus.
- N° 1.—Canne s’ouvrant pour se transformer en un trépied, muni à sa partie supérieure d’une monture à vis où peut s’adapter une chambre noire de photographie.
- N° 2. — Canne pique-nique. La canne est représentée à une plus petite échelle que les objets qu’elle contient et qui consistent en un couteau, une fourchette et un tire-bouchon. Précieux pour les déjeuners sur l’herbe.
- N° 3. — Canne du minéralogiste, contenant marteau pour casser les pierres, ciseaux à froid, tiges de fer.
- N° 4. — Curieux essais d’une canne photographique dont notre figure donne la coupe en long de la pomme et en large. L’objectif est placé à l’extrémité de la pomme, la chambre noire dans sa partie ronde; la glace sensible minuscule est au centre. Une série de glaces peuvent «e succéder les unes aux autres. Cette canne a été laite, elle a fonctionné, mais la difficulté de sa construction en a empêché la fabrication régulière.
- parmi les inventions relatives aux cannes mécanisées ; il en a publié une énumération complète qui est vraiment curieuse et amusante. Nous allons la résumer à l’usage de nos lecteurs.
- Notre figure 4 (p. 565) donne, d’après le rédacteur
- Fig. 2. — Canne à pêche.
- N° 5. — Canne-toilette, contenant des pains de savon cylindriques, de petites brosses à cheveux, à ongles, à dents, un peigne et un petit miroir.
- N° 6. — Canne de l’aquarelliste ; elle renferme des tablettes de peinture et des séries de pinceaux de divers formats.
- N° 7. — Canne de l’écrivain. La pomme dévissée et retournée est un encrier. Au-dessous une plume se retire en la dévissant pour l’usage.
- Nos 8 et 9. — Canne-tabouret à chaîne et canne-pliant, que les figures expliquent suffisamment.
- N° 10. — Canne-fusil. Modèle américain ressemblant à ceux que l’on trouve chez nos armuriers, et dans le détail duquel nous ne croyons pas utile d’entrer.
- N° 11. — Canne-bougie. La pomme se dévisse et protège une courte bougie que le porteur peut allumer pour rentrer le soir.
- N° 12. — Canne-revolver. L’arme à feu, dont nous donnons le détail en haut de nos figures, se retire de la partie supérieure de la canne.
- N° 15. — Canne d’un système bien connu; sa partie supérieure est munie d’une pomme plate qui se dévisse et qui renferme une série d’anneaux métalliques formant un gobelet pour boire.
- N° 14. —Canne lumineuse. La pomme se dévisse,
- Fig. 5. — Canne-parapluie. — 1. Canne montée. — 2 et 5. l’ara-pluie sorti de la canne, fermé et ouvert. — 4. Les tubes concentriques de la canne. — 5. Leur gaine.
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- elle contient, comme le montre notre figure, un treillis de toile métallique dans lequel brûle un charbon aggloméré spécial. Cet éclairage est assez brillant; il peut servir à un cocher qui n’a pas
- la lanterne réglementaire adaptée à sa voiture.
- N° 15. — Canne contenant un moule pour faire les cigarettes. Les détails sont donnés dans la figure. N° 16. — Canne du chirurgien, renfermant des
- f j,,. | _Utilisation de la canne.—1. Canne du photographe servant de pied de chambre noire. —2. Canne pique-nique.—3. Canne de îniuéra-
- l0„istc _ 4 Canne photographique. — 5. Canne-toilette. — 6. Canne de l’aquarelliste. — 7. Canne de l’écrivain. — 8. Canne-tahouret. — y °Canne-chaise — 10 Canne-fusil. — 11. Canne-bougie. — 12. Canne-revolver. — 13. Canne-verre à boire. — 14. Canne lumineuse de voyage — 15 Canne servant de moule à cigarettes. — 16. Canne de chirurgien. — 17. Canne-boîte à tabac. — 18. Canne-lanterne d’illumination 19 Canne-boîte d’allumettes. - 20. Canne-porte-cigares. — 21. Canne-lorgnette. — 22. Canne à piston pneumatique.
- outils, scalpels, bistouris, flacons d ammoniaque, d’acide phénique.
- N° 17. —- Canne-tabatière. La pomme est une boîte à tabac pour le fumeur.
- 18. — Singulière canne, pour les amateurs
- d’illuminations. Vous dévissez le haut d’une lanterne; vous sortez de la canne une lanterne de papier qui s’ouvre et que des ressorts enserraient dans la canne. Au centre est une petite bougie qu’on allume. Voilà une lanterne vénitienne.
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- N° 19. — Canne-boîte d’allumettes avec couvercle.
- N° 20. — Canne dont la pomme, en forme de bec, se dévisse et forme un bout porte-cigare.
- N° 21. — Canne-lunette.
- N° 22. — Canne à briquet pneumatique pour avoir du feu au grand air.
- Nous ne terminerons pas cette énumération sans ajouter que nous ne présentons en aucune façon comme nouvelles la plupart des cannes représentées; notre but a été simplement de passer en revue des objets dont quelques-uns sont assurément futiles, mais dont quelques autres ne manquent pas d'intérêt au point de vue de la science pratique.
- Gaston Tissandier.
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- UNE NOUVELLE UNITÉ DE LUMIÈRE
- La question de l’unité de lumière, qui paraissait tranchée depuis la Conférence des électriciens de 1884, est de nouveau débattue dans les cercles intéressés. Sans entrer dans le corps de la discussion, nous dirons que quelques phvsiciens reprochent, à tort ou à raison, à l’étalon Yiolle d’être d’un maniement difficile, et cherchent à le remplacer. La tentative faite par Siemens, de substituer la fusion d’une lame à la chauffe dans un creuset n’ayant conduit à aucun résultat pratique, c’est dans une autre direction que portent aujourd’hui les recherches.
- En Allemagne, on préconise, depuis quelques années, la lampe à acétate d’amvle, combinée par M. von Hefner-Àlteneck, et les délégués allemands au Congrès de Chicago avaient pour mission de chercher à la faire sanctionner comme étalon international. Mais les causes de variations auxquelles elle est soumise rendent son emploi très délicat, comme il ressort, du reste, des prescriptions minutieuses données par l’Institut physico-technique impérial pour sa construction.
- Tout en conservant provisoirement cet étalon, on cherche, à Charlottenbourg, à fonder une unité de lumière sur une définition nouvelle, permettant de la reproduire sans trop de peine avec une grande .exactitude. C’est aux recherches faites dans cette direction que MM. Luinmer et Kurlbaum viennent de consacrer un Mémoire, présenté à l'Académie de Berlin le 1er mars de cette année.
- Le principe sur lequel cette unité est fondée est le suivant : Un métal dont la surface possède une texture déterminée émet, à une température donnée, une radiation constante et déterminée pour chaque longueur d’onde. La température définit la composition de la radiation, et, inversement, cette composition définit la température. Si donc on réussit à ramener la radiation à une composition constante, on retrouvera toujours la même température qui peut, du reste, être inconnue, et l’on aura des radiations toujours les mêmes pour chaque température.
- Le problème pratique revient donc à trouver une méthode permettant d’examiner la composition de la radiation. Cette méthode qui se dégage immédiatement des principes exposés ici à plus d’une reprise 1 consiste à recevoir, sur un bolomètre à large surface, la radiation totale du corps que l’on examine, puis de recommencer l’expérience en absorbant les radiations de grande longueur d’onde au travers d’une cuve pleine d’eau.
- 1 Voy. n° 1006, du 10 septembre 1802, p. 234; et n° 1087, du 31 mars 1804, p. 278.
- Cela posé, la nouvelle unité aurait la définition suivante : La radiation totale est fournie par une surface de
- 1 centimètre carré de platine à une température telle que la radiation, après avoir traversé une couche d’eau de
- 2 centimètres, soit réduite au dixième de sa valeur. L’eau est contenue dans une cuve à parois de quartz de
- I millimètre d’épaisseur chacune. Il ne reste plus, pour que l’unité soit définie théoriquement, qu’à préciser la nature de la surface du platine et son degré de poli, la température de l’enceinte et son pouvoir réflecteur. Pratiquement, il est nécessaire de déterminer l’influence qu’exercent sur l’étalon de petits écarts de sa définition. C’est ce qu’ont fait MM. Lummer et Kurlbaum, en examinant avec grand soin tous les détails de l’appareil.
- La bande de platine, que l’on échauffe par un courant, a une longueur de 60 millimètres, une largeur de 25 millimètres et 15 microns d’épaisseur; le courant qui sert à l’amener à la température voulue est de 50 à 80 ampères. Malgré la constance de ce dernier, l’éclat de la bande est très variable si l’on n’a pas soin de couvrir l’appareil d’une cloche en métal, à température constante, qui règle les courants d’air. Grâce à cette précaution, l’éclat peut être maintenu d’une constance parfaite.
- II est naturellement très important de maintenir toujours la surface de platine dans le même état. Lorsque le métal est pur, cette condition se trouve remplie d’elle-mèmo, car la vaporisation se concentrant sur les rugosités, celles-ci s’échappent les premières et la lame se polit d’elle-mème.
- Le point le plus important à considérer est le pouvoir absorbant du bolomètre. La définition de l’instrument suppose que le récepteur absorbe la totalité de la radiation qu’il reçoit. Jusqu’ici le noir de fumée avait été employé presque exclusivement dans ce but; mais les auteurs ont trouvé des divergences considérables entre des surfaces qui, à la simple inspection, paraissaient identiques. On opère plus sûrement en déposant électrolytiquement de la mousse de platine sur le bolomètre ; l’absorption reste dépendante de l’épaisseur du dépôt, mais celui-ci peut être obtenu toujours identique ensuivant un procédé bien défini. Le rapport de la radiation totale à la radiation partielle augmente en même temps que l’épaisseur de la couche, et il faut s’en tenir, pour celle-ci, à des limites assez serrées. Les auteurs sont parvenus à assurer la constance du rapport à moins de 1 pour 100 près; mais il n’en résulte pas que l’étalon soit connu avec cette exactitude. On voit que le nouvel étalon de lumière, si bien défini qu’il paraisse en théorie, demande encore de minutieuses précautions pour être réalisé d’une façon suffisamment précise. Est-il plus ou moins facile à établir que l’étalon Yiolle ? C’est ce que peuvent apprendre des expériences comparatives. A première vue, il paraît certainement plus compliqué. . C. E. G.
- CHRONIQUE
- Le pétrole à Sumatra. — L’exploitation des gisements de pétrole découverts, il y a quelques années, dans file de Sumatra, a pris récemment un très grand développement; la production pendantles douze mois de l’année 1893 a été de quinze à vingt mille caisses par mois. Ces gisements sont situés dans la province de Lanhkat, dans la partie nord de file de Sumatra et le long des côtes du détroit de Malacca. Des concessions ont été octroyées par le Gouvernement des Indes néerlandaises à des capitalistes néerlandais et anglais; mais, jusqu’à présent, les Néerlan-
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- dais seuls ont commencé à en tirer parti; la production va en augmentant. L’étendue des terrains concédés n’est pas moindre de 828 kilomètres carrés et les experts ont déclaré que toute cette partie de l’ile était très riche en pétrole. Les puits se trouvant à peu de distance de la cote, les frais de transport et d’embarquement seront faibles et, comme la qualité de ce pétrole est tout à fait supérieure, il pourra en résulter d’ici peu une concurrence sérieuse pour les pétroles russes et américains. Si l’on considère encore que cette partie de la côte de Sumatra possède un port profond et bien abrité, on se rendra compte de l’importance exceptionnelle qu’est appelée à prendre l’exploitation des gisements à pétrole de l’île de Sumatra.
- L'éclairage électrique Un canal de la nter du 1%'ord. — L’éclairage du canal de la mer du Nord à la mer Baltique sera entièrement fait à la lumière électrique. D’après les projets qui ont été publiés par la Commission impériale, on doit installer sur le fond des deux rives, de 250 en 250 mètres sur des poteaux de 4 mètres de hauteur, des groupes de 25 lampes à incandescence. Le nombre des poteaux devant être d’environ 1000, on voit qu'il s’agit d’une installation comportant environ 25 000 lampes à incandescence. Chaque écluse sera en outre éclairée à l’aide de 12 lampes à arc et on emploiera aussi des lampes électriques pour les signaux. A la traversée des lacs, on a prévu l’installation de bouées munies de lampes à l’huile. Cette importante installation, que nous signale la Revue industrielle, doit être mise en service le l“r avril 1895. Les machines seront placées dans des bâtiments construits à lloltenau et à BrunsLüttcl, où elles prendront leur vapeur sur les chaudières qui alimentent des moteurs.
- Écrans magnétiques. — L’introduction des machines dvnamo dans les laboratoires ou dans les observatoires a rendu souvent les observations galvanomé-triques assez difficiles; aussi s’est-on préoccupé de divers côtés de protéger des instruments par des écrans magnétiques destinés à absorber les lignes de force. A Greenwich, où l’on fait d’importantes observations du magnétisme terrestre, l’installation d’une machine était subordonnée a la condition de ne pas produire, au inagné-lomèlrc, de perturbations supérieures à 1". La machine fut d'abord placée à 20 pieds (Gm,09) des instruments magnétiques; la déviation observée fut de 1G8'40"; à 40 pieds, elle était réduite à 25'40". En couvrant alors la dvnamo d’une triple enveloppe formée par des plaques de fer doux de 6 millimètres, on amena la déviation à 1/7 de sa valeur. En calculant l’eflèt par la loi du cube de la distance, assez bien vérifiée par les expériences préliminaires, on fixa la machine à un endroit tel qu’elle ne produise pas de déviations supérieures à 0",5.
- Influences perturbatrices des tramways électriques. — M. O.-E. Meyer, à Breslau, et M. Dorn, à Halle, ont remarqué que les tramways électriques créent des perturbations assez considérables dans les instruments de mesure magnétiques. Le retour du courant par les rails donne lieu à des dérivations qui atteignent l’intérieur des maisons en suivant les conduites d’eau et de gaz. En outre, le passage de chaque voiture donne lieu à des troubles passagers, mais gênants. Dorénavant, on devra effectuer les travaux délicats de nuit Avec la multiplication des lignes électriques, on sera également obligé de déplacer les observatoires magnétiques et de les établir en dehors des villes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 avril 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- Les glandes des fourmis. — M. Charles Janet étudie les glandes des insectes. 11 décrit particuliérement celles des fourmis. Ces glandes sont assez grosses; elles sont pourvues d’un noyau. Un premier système de glandes diverses se produit à la base des antennes ; un second système est en rapport avec les mandibules, un troisième avec les mâchoires. Enfin un dernier système aboutit à la lèvre inférieure.
- La composition des améthystes et des turquoises. — On sait que la constitution de certains minéraux présente souvent une certaine indétermination. M. Ad. Carnot, dont on se rappelle les recherches sur la présence du fluor dans les os fossilisés, s’est appliqué à l’étude de la composition chimique des améthystes et des turquoises. Il a été conduit à constater que toutes les améthystes renferment du fluor. Quant aux turquoises, il y a lieu de distinguer entre les turquoises orientales et les turquoises occidentales. Les premières sont de vrais minéraux et ne contiennent pas trace de fluor ; quant aux secondes elles renferment du fluor, dans les mêmes proportions que les os du tertiaire. Cette conclusion est la confirmation de l’hypothèse émise sur l’origine de ces turquoises. Celles-ci ne sont autre chose, en effet, que les produits de la fossilisation des dents d’animaux.
- Expériences sur la greffe. —M. Daniel a effectué des expériences de greffage d’où résultent des faits nouveaux qui sont en contradiction avec une opinion généralement admise comme un principe, d’après laquelle un végétal greffé sur un autre se développe comme s’il croissait en pleine terre. Après avoir vérifié que les plantes herbacées annuelles se greffent l’une sur l’autre, il a pu observer que des greffages pratiqués sur un chou donnaient une plante plus rameuse, plus verte, avec un tissu plus mou et une faible odeur de chou. M. Duchartre mentionne d’autres expériences dans lesquelles le greffon a pu modifier le sujet.
- La fermentation gastrique. — Les phénomènes de la digestion transforment les matières albuminoïdes et amylacées en peptones et en glucose, sous l’influence de ferments solubles. M. Dastre rappelle que les chimistes ont obtenu des peptones en chauffant des matières albuminoïdes, avec de l’acide sulfurique dilué. Mais ces conditions sont très différentes des conditions naturelles; il signale un fait nouveau très important au point de vue théorique': la fibrine et la. caséine fraîches peuvent être digérées en l’absence de tout ferment soluble; il suffit de les laisser en présence de certaines solutions salines (chlorure de sodium par exemple) pendant quelques jours, à la température ordinaire. Berzélius et d’autres chimistes avaient bien remarqué ce fait, mais ils avaient attribué la disparition delà fibrine à sa dissolution. En réalité, il n’y a pas dissolution, mais dédoublement en deux produits albumineux coagulables à 54 degrés et 75 degrés puis enfin transformation en peptone. Or la transformation sous l’effet du suc gastrique passe précisément par les mêmes phases; on voit donc qu’il y a identité complète dans la marche du phénomène.
- Varia. — M. Grandidier lit un Mémoire sur le sol et le climat de Madagascar, au point de vue de l’agriculture, — M. Tisserand annonce qu’il résulte des calculs entrepris par M. Schulof, que la comète découverte dernièrement par M. Dcnning possède une période de sept ans
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- environ et selon toute probabilité elle a déjà été observée. — M. le Dr I'anas présente un Traité sur les maladies des yeux et M. Manheim un ouvrage intitulé Traité de géométrie cinématique. — Le Smithsonian Institution porte à la connaissance des savants français, par l’intermédiaire de l’Académie, la création de deux prix, l’un de 10 000 dollars, l’autre de 2000, à décerner aux auteurs de travaux relatifs à l’air atmosphérique satisfaisant à un programme donné. Gu. de Yilledecii..
- UN PORTRAIT DE CHRISTOPHE C0L0MR
- Nos lecteurs n’ont probablement pas oublié les Notices que nous avons précédemment publiées sur les portraits du grand navigateur1; ces portraits ont vivement attiré l’attention lors de 1 ’ Exposition universelle du quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique, à Chicago. On a publié et peint l’an dernier, aux Etats-Unis, sur des tableaux, sur des réclames, sur des bannières, tant de portraits si entièrement différents sur Colomb, que l’on a fini par ne plus savoir quel pouvait être l’aspect du découvreur de l’Amérique. On sait que, d’après les différents tableaux connus, il y a plusieurs types de portraits de Christophe Colomb. Sans pouvoir donner de conclusion, nous publions ici un portrait du grand navigateur qui a paru dans le Scien-tific American du 9 mai 1891, et sur lequel M. Clement R. Markham, le géographe anglais, a récemment donné des détails importants.
- Dans un article des plus intéressants, rédigé avec grand soin sur Colomb, et qui a été inséré dans les Proceedings of the Royal geographical Society, M. Markham développe l’histoire delà vie de Colomb d’après des recherches faites en Italie et en Espagne. Le portrait que nous reproduisons ci-dessus a été trouvé dans une maison particulière de Côme, où il a toujours été conservé précieusement depuis
- qu’il avait été placé là par Paulus Jovius (Giovio)? un contemporain du grand amiral génois. M. Markham dit : « Nous pouvons nous faire une idée de l’aspect personnel de l’amiral d’après les descriptions de Las Casas et d’Oviedo. C’était un homme de taille moyenne, plein de courtoisie et d’un port noble. Sa figure était ovale, d’une expression agréable, le nez aquilin, les yeux bleus, le teint clair avec une tendance à la rougeur. Les cheveux étaient roux, bien qu’ils devinrent gris bientôt après trente ans. On connaît un grand nombre de portraits de Colomb, mais il en est bien peu qui soient authentiques. L’historien italien Paulus Jovius, qui était le contemporain du grand découvreur, avait formé une galerie de portraits des célébrités de son temps à sa villa du Lac de Côme. Parmi eux s'en trouvait un de l’amiral. C’est celui que nous reproduisons. Ce portrait n’a jamais quitté la famille, et, quand le dernier des Giovio mourut, il devint l’héritage de son petit-fils qui en est le propriétaire actuel. J'ai été assez heureux de le voir, quand j’étais à Côme, et d’en obtenir une photographie. Nous avons ici la tète d’un homme vénérable, avec les cheveux fins et gris, le front haut, les yeux pensifs et un peu mélancoliques. C’est ainsi, sans doute, qu’il devait paraître, à l’époque où il se trouvait en Espagne, après son retour, chargé de chaînes, et -pendant les dernières années de sa vie. »
- Nous ferons remarquer que les avis sont partagés à l’égard de l’authenticité de ce tableau.
- Nous laisserons à M. Markham l’assurance de ses affirmations; mais nous avons cru intéressant d’ajouter le document qu’il apporte à l’histoire, à ceux que nous avons antérieurement publiés. Nos lecteurs sauront apprécier son intérêt.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu.
- Christophe Colomb. — Reproduction d’un ancien tableau donnant sou portrait.
- Voy. n° 1034, du 25 mars 1895, p. 257.
- Taris. — Imprimerie Lahure. rue de Fleurns, M.
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- Fig. 1. — lia laboratoire de photographie d’amateur.
- Nous recevons très fréquemment des lettres de nos lecteurs qui nous écrivent qu’ils veulent faire de la photographie, et nous prient de leur dire quel est l’appareil qui convient à un débutant, et quelles sont les méthodes les plus simples, les plus sûres et les meilleures pour les expériences à faire. Nos correspondants ne se doutent assurément pas de la difficulté de répondre à de semblables questions. Quel est l’appareil photographique qui convient? Mais le nombre des appareils photographiques n’a pas de limites; il en est de tout format et de tout prix, depuis 40 francs jusqu’à plusieurs centaines de francs. Quelles sont les méthodes? Mais la description de ces méthodes est si étendue, Ï2* année. — 1" semestre
- qu’elle formerait des traités de plusieurs volumes. Cependant je tiens à renseigner les lecteurs de
- La Nature quand ils s’adressent au journal : praticien passionné depuis de longues années, je vais leur dire les appareils dont je me sers, je vais leur taire connaître l’installation de mon petit laboratoire, et les préparations que j’y pratique. En relation fréquente, à Paris, avec les opérateurs les plus habiles, j’ai eu recours à leur expérience, et c’est en suivant leurs conseils que je me suis organisé. Les débutants qui veulent apprendre en amateurs pourront, je le crois, m’imiter avec quelque profit; il va sans dire que je n’ai pas d’autre prétention que de guider les premiers pas decelui qui demande les premiers principes.
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- Fig. 2. — Accessoires pour le développement.
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- Quel est l’appareil dont nous allons nous servir?
- L’appareil photographique ne doit être ni trop grand ni trop petit; le format 15/18 convient parfaitement. Ayez un objectif de belle qualité, ne regardez pas trop au prix, les bons résultats sont obtenus avec les bons appareils. Complétez votre objectif avec un obturateur pour l’exécution des instantanés. Employez des plaques sensibles de première qualité. Les bons instruments, les bonnes marques, sont aujourd’hui très nombreux, il faut s’en servir.
- Pour la pose en promenade, je choisis la vue agréable à prendre, et la bonne exposition de la lumière; le soleil à peu près derrière soi. Si le soleil brille, je fais un instantané avec un diaphragme de 16 millimètres et pose rapide. Si le ciel est gris, pose de 1 à 5 secondes suivant l’étendue du paysage, 5 secondes environ pour le groupe de personnages fait à quelques mètres de distance.
- Après l’impression de la plaque, arrivons à son développement.
- Le mode de développement que j’ai adopté dès mes débuts est celui de l’acide pyrogallique. Il est excellent et permet de tirer parti de presque tous les clichés. Il est bien connu et a été décrit à plusieurs reprises par M. Albert Londe. Acide pyrogallique en poudre, une cuillerée à moutarde ; sulfite de soude en dissolution concentrée et eau, moitié par moitié ; carbonate de soude en dissolution concentrée, la valeur d’un dé à coudre ; bromure de potassium, quelques gouttes. Si le cliché manque d’intensité, on ajoute de l’acide pyrogallique ; s’il manque de détails, on augmente la dose de carbonate de soude; s’il vient trop vite et qu’on veuille modérer le développement, on ajoute du bromure de potassium. Il faut beaucoup de carbonate de soude pour les instantanés, fort peu pour les vues posées. Après développement, lavage au robinet, et lixage au bain d’hyposulfite de soude, bain à 30 pour 100. On peut y laisser le cliché sans inconvénient, même quand le fixage est terminé. Lavage à grande eau dans un bassin à circulation.
- L’appareil photographique 15 X 18 nécessite un pied, et le transport en est parfois gênant dans les promenades un peu longues. L’amateur fera bien d’avoir un autre appareil à mains, pour la photographie instantanée. Je me suis servi avec succès de plusieurs appareils dans un voyage en Suisse. Il est beaucoup de systèmes excellents, mais nous ne saurions les énumérer tous. Avec les appareils instantanés, le touriste fera bien de n’opérer qu’avec un ciel ensoleillé. Les résultats sont souvent défectueux quand le temps est couvert.
- Mon laboratoire est modeste par ses dimensions1, il est dans une petite chambre mansardée, mais il n’y manque rien comme outillage. L’obscurité se
- 1 Nos lecteurs qui voudraient organiser un atelier de luxe peuvent se reporter aux Notices intitulées La Photographie pratique, par M. Albert Londe. Organisation du laboratoire (n° 745, du 10 septembre 1887, p. ‘227) et organisation d’un atelier (u° 760, du 24 décembre 1887, p. 61).
- lait au moyen d’un store opaque qui détermine une fermeture hermétique. Il est muni d’une lanterne à verres rouge et jaune, qui contient une petite lampe à pétrole. Je me sers aussi de lampes électriques à verres rouges. L’eau arrive par un premier robinet au-dessus d’une pierrre d’évier en grès, munie d’une fermeture de sûreté à niveau constant. Un second robinet terminé par une pomme d’arrosoir, permet d’obtenir une pluie d’eau pour les lavages. La figure 1 donne l’aspect de ce petit atelier ; on voit à gauche la pierre d’évier avec ses deux robinets ; d’un côlé les bains de fixage et d’alun (il n’est pas mauvais d’immerger son cliché dans un bain d’alun avant de le plonger dans le bain d’hyposul-fite), de l'autre côté, la lanterne et les flacons de développement. Devant la fenêtre, est la cuvette pour les lavages. La partie du laboratoire que la gravure ne montre pas, comprend un fourneau de laboratoire avec sa hotte et ses appareils à gaz, une table avec des balances, dont une de précision. Les tables sont formées de lave de Yolvic émaillée, excellent produit fort précieux au point de vue de la propreté du laboratoire.
- Notre figure 2 montre les accessoires de développement. J’emploie des flacons à étiquettes vitrifiées pour mettre les solutions; un bocal de verre jaune contient l’acide pyrogallique. La cuvette dont je me sers est placée sur une planchette oscillante qui permet d’agiter le liquide de développement. A côté du bocal d’acide pyrogallique, est la cuiller en bois qui sert à faire les prélèvements ; près de la cuvette, on voit la pince à crochet qui sert à soulever les clichés immergés ; à côté, se trouve le vase gradué pour préparer le bain de développement.
- Je recommande aux amateurs, beaucoup de soin, et de propreté dans le laboratoire, pas de liquide renversé, pas de taches; avec de l’adresse, on peut développer à l’acide pyrogallique sans se noircir les doigts.
- Je répète en terminant, que je ne donne ici que les méthodes d’un praticien se bornant à l’installation d’un amateur modeste. Le lecteur qui veut s’adonner à la photographie y trouvera peut-être quelques renseignements utiles pour ses débuts.
- Gaston Tissandier,
- Président de la Société d’excursions des amateurs de photographie.
- GRANDE CARTE PHOTOGRAPHIQUE
- DE LA LUNE
- Dans le courant de 1890, M. Langley, directeur de l’Institution Smithsonienne, envoya aux divers observatoires une circulaire où il proposait de dresser une carte photographique de la Lune, en adoptant pour ses dimensions 1 millimètre par seconde d’arc; soit lra,90 pour le diamètre total. Or, le baron Albert Y. Rothschild, de Vienne, M. Nielsen, de Copenhague, MM. Weinek et Spi-taler, à Prague, ont obtenu d’excellents résultats dans les essais qu’ils ont faits, durant ces deux dernières années, pour agrandir les photographies de l’Observatoire Lick.
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- On peut donc considérer comme réalisable le projet du l)r Langley de prendre des agrandissements directs des photographies obtenues à Mont-Hamilton.
- Ces agrandissements présentent même des avantages considérables. Ils font 'ressortir mieux qu’aucun autre procédé beaucoup de détails de la topographie lunaire dont les dimensions sont trop restreintes, ou qui ne sont visibles que dans certaines conditions d’éclairement (telles sont les cavités des petits cratères, les rainures sombres, etc.). Il en est ainsi des derniers agrandissements obtenus par le professeur Weinek qui donneraient à la Lune un diamètre d’environ 10 pieds anglais (3 mètres) et cela s’applique non pas seulement à certaines régions choisies, mais encore à l’ensemble des parties suffisamment éclairées. Des exemplaires de ces reproductions ont été adressés à diverses sociétés, et l’on peut s’en procurer à la « Midwinter Fair » de San Francisco.
- II suffit d’examiner une de ces photographies pour saisir les avantages dont nous parlons : on s’en convaincra en regardant la reproduction d’un agrandissement de M. Weinek (le cratère Tycho), qui se trouvera dans le troisième volume des Publications de VObservatoire Lick, actuellement sous presse. Ces détails des paysages lunaires s’obtiennent en accentuant les faibles contrastes qui existent sur les épreuves négatives; mais ils ressortent moins bien sur la gravure que sur la reproduction photographique, ou sur le cliché. On peut donc dire, maintenant, que le problème proposé dans la circulaire de M. Langley est résolu, et que la carte est exécutable.
- Il reste à examiner quelles seront les dimensions les plus commodes à donner à ces cartes. On est d’avis qu’il faudrait d’abord construire un atlas sur la même échelle que celle que l’on a adoptée (Maedler et Lohrmann, 5 pieds de Paris). Cette carte servirait pour les usages ordinaires. En raison de ses dimensions relativement modérées (l’atlas se composerait probablement de 7 cartes), chaque feuille contiendrait une assez grande étendue de la surface lunaire tout en représentant fidèlement les plus faibles détails contenus dans les épreuves négatives. Chaque région, même, devrait être photographiée sous deux éclairements différents ; par exemple, au moment où le soleil se lève, et au moment où il se couche pour cette région.
- Il serait bon, aussi, de construire un second atlas sur la même échelle que la grande carte de Schmidt (6 pieds de diamètre) pour la comparer avec celle-ci. Mais on ne voit guère l’utilité que pourrait avoir une carte à l’échelle de 1 millimètre pour 1 seconde. Ce qu’il y aurait de beaucoup plus utile, serait d’avoir un atlas complet pour lequel on adopterait la plus grande échelle possible pratiquement: 10 pieds environ.
- Les reproductions du professeur Weinek dont nous avons parlé montrent avec une netteté parfaite' les accidents connus de la surface lunaire, et mettent en vue un grand nombre qui n’avaient été ni dessinés ni photographiés jusqu’à présent. Naturellement ces reproductions ne renferment rien qui ne soit dans les épreuves négatives, mais elles les font mieux ressortir.
- Espérons que les deux atlas, celui de 3 pieds et celui de 10 pieds, seront construits dans un avenir très prochain aussitôt que l’on pourra faire les dépenses exigées pour cela. En somme, le problème scientifique est résolu, il ne reste plus à traiter que la question financière '.
- J. Vixot.
- 1 D'après The Observalory.
- BOMBES ET MACHINES INFERNALES
- Le mot « bombe » ne doit pas être pris dans l’acception restreinte de projectile creux lancé par une bouche à feu dite « mortier ». C’est une onomatopée impliquant le sens général de récipient empli de substances dangereuses et pouvant éclater, avec plus ou moins de fracas, sous l’action d’un mouvement déterminé, intérieur ou extérieur. Lorsque à la charge on mêle des corps solides d’espèce et de grosseur diverses, faits pour agir à la façon des projectiles, la bombe prend le nom de « machine infernale ». Celle-ci n’est qu’une variante de la bombe proprement dite.
- De tout temps, même avant l’époque de l’invention de la poudre détonante, il a été fait usage d’appareils de ce genre. Pour enveloppes de leurs engins primitifs, les anciens prenaient ordinairement des poteries (vasa fictilia), des amphores (amphoras), des flacons (fictiles lagenas), des marmites (ollm), toute espèce de vases de terre ou de verre satisfaisant à l’unique condition d’être essentiellement fragiles. Nous dirons tout à l’heure comment et pourquoi cette condition s’imposait.
- La charge se composait, au temps des guerres puniques, de matières inflammables : poix et résine (amphoras pice et teda plenas) ou poix et charbons incandescents (ollas carbone piceque refertas). Ultérieurement, cette charge fut formée de feu grégeois.
- A l’instar de l’antiquité grecque et romaine, le moyen âge enfermait aussi dans des globes de terre cuite ou de verre toute espèce de choses, autres que des substances incandescentes, mais pouvant néanmoins donner la mort par voie de blessures, piqûres, asphyxie, suffocation, empoisonnement ou seulement exercer une action répulsive irrésistible. On y mettait des serpents venimeux, des sucs de plantes vénéneuses, des sels métalliques à vapeurs méphitiques, des matières animales en putréfaction et, comme dit Siemienowicz, une « infinité d’autres puanteurs et vilenies de pareille estoffe ». Les Grecs de Byzance y introduisaient des excréments humains (xÔ7rp&v àvÔpwTCtav), et les Liégeois du quinzième siècle faisaient encore comme les Grecs (stercoribus injectis). C’est de là que viennent certains mots de la langue verte militaire, expressions sui generis, qui ne peuvent guère s’écrire en français, ni même en latin.
- Quant au jeu de l’engin brûlant, délétère ou répugnant, il est bien facile à comprendre. On projetait la bombe soit à la main, soit à l’aide d’une machine névrobalistique. A l’instant de sa chute, l’enveloppe fragile — verre ou terre cuite — se bri-
- Fig. 1. — Fusée d’une grenade à main du milieu du dix-septième siècle. (D’après un dessin de Siemienowicz, 1651.)
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- sait et la charge se trouvait, liberté. Le fait de la découverte de la poudre à canon était bien de nature à faire tomber en désuétude l’emploi de ces moyens d’action médiocres, auxquels il faut cependant reconnaître le mérite d’avoir mis les ingénieurs pyrotechniciens sur la voie de la préparation des projectiles creux à charge intérieure explosible.
- La première bombe qui sort des ateliers de ces ingénieurs est le pot à feu qui fait son apparition dès les premières années du seizième siècle. Le « pot » de cette époque consiste en une bonbonne de terre cuite ou de verre, emplie de chaux vive et de poudre grenée. On en fait quelquefois une machine infernale en mêlant à la poudre quelques morceaux de fer.
- La mise du feu s’effectue par le moyen d’une mèche soufrée.
- La grenade, dont l’invention remonte aussi aux premières années du règne de François Ier, fut ainsi appelée à raison de sa ressemblance avec le fruit de ce nom (granatum), dit aussi « pomme punique » (malumpunicum). Elle lit officiellement son entrée en scène au siège de Rouen de 1562.
- Or voici que, vers la fin du seizième siècle, le crime fait déjà ses débuts dans l’art de l’imitation des procédés de l’art militaire. On voit, en 1587, un Normand expédier à un Parisien, qui l’a gravement offensé, une caisse contenant trois tubes ou
- par ainsi, mise en
- Fig. 2. — Machine infernale île Saint-Malo. (D’après une figure insérée dans les Mémoires d’artillerie de Saint-Rémi.) — A. Élévation et coupc de la bombe de Saint-Malo. — 11. Fond de cale rempli de sable. — G. Premier pont rempli de vingt milliers de poudre avec un pied de maçonnerie au-dessus. — D. Second pont garni de six cents bombes à feu et carnassières et de deux pieds de maçonnerie au-dessus. — E. Troisième pont garni de cinquante barils à cercles de fer remplis de toute sorte d’artifices,— F. Canal pour conduire le feu aux poudres et aux amorces.
- à partir au moment précis de l’ouverture de la
- caisse. La combinaison réussit, le Parisien est blessé ; et le Normand, condamné au supplice de la roue.
- Le dix-septième siècle voit se produire une foule d’inventions pyrotechniques au premier rang desquelles il convient de placer celles de Jean Appier, dit llanzelet, « maître des feux artificiels » de S. A. Charles IV, duc de Lorraine. Ce pyroteehni-cien émérite préconise l’emploi du tonneau à feu, « machine ignivome la plus furieuse en un assaut », des perdreaux et des lapins « gibier de mauvaise digestion à ceux qui en goustent » et de quantité d’appareils divers, « lesquels, estans pratiqués à propos, peuvent tailler de mal agréable besongne à l’ennemi ». Hanzelet vante aussi l’excellence de son coffre d'artifices, machine infernale montée sur roues et qui fait explosion dès qu’on y touche. La mise du feu s’effectue moyennant le jeu de deux « roiiets qui déclicquent » au moindre mouvement d’une main étrangère.
- Mais voici qu’un esprit mégalomane souffle furieusement sur l’Europe occidentale. Il s’agit de faire grand. On ne se contente plus des effets produits par quelque petite machine infernale ; ce qu’il faut, c’est un modèle de bombe-monstre, capable de ruiner d’un coup d’importants travaux de main d’homme.
- Federico Giannibelli essaye de rompre un pont jeté sur l’Escaut et
- Fig. 5. — Grenade borgne, d’après l’.lrs magna Ariilleriæ, de Casimir Siemienowicz, 1651. — A. Trou de charge de la grenade borgne.—BB’. Rugueux fixé à l’intérieur de la grenade. — C. Fusil double qui s’introduit dans le rugueux.— m, m'. Silex. • D,D, D, D. Brins de chiffons servant à projeter la grenade. —
- E. Tige du fusil entrant à frottement doux dans le rugueux. —
- F. Plateau-contrepoids. — b, b. Trous laissant passer les étincelles dues aux silex frottant contre le rugueux lors de la chute de la grenade sur son plateau-contrepoids F.
- canons de fusil chargés à crever, et disposés de façon | construit, à cet effet, quatre grands bateaux embar-
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- quant chacun 3500 kilogrammes de poudre, et dans cette charge il noyé des boulets, des crocs, des clous, des tas de ferraille.
- En 1605, le fourneau préparé par les conjurés de la Conspiration des poudres pour faire sauter Westminster se compose de 36 barils, 'vraisemblablement de 100 kilogrammes chacun. Suivant l’exemple donné par ces précédents, Louis XIV conçoit, en 1688, l’idée de ruiner le port et la ville d’Alger moyennant l’éclatement d’une énorme bombe, emplie de « sept à huit milliers de poudre ».
- Il était naturel que les Anglo-Hollandais, ennemis acharnés de la France, imitassent, à leur tour, le grand Roi. C’est ce qu’ils ont fait durant plus d’un siècle. La machine infernale qu’ils lancèrent, en 1693, contre le port de Saint-Malo, était une galiote de 300 tonneaux, mesurant 54 pieds de longueur,
- 18 de hauteur, et tirant 9 pieds d’eau (fig. 2).
- Le premier pont était empli de 20 milliers de poudre, enfermés sous une maçonnerie solide; le deuxième contenait 600 bombes et carcasses également maçonnées; le troisième,
- 50 barils d’artifices noyés dans une espèce de béton. Enfin, le tillac était couvert de 340 carcasses, ballons à grenades, boulets, chaînes, morceaux de métal, bouts de mousquets chargés à crever, mitraille, chausse-trapes, clous, etc. Les interstices étaient bourrés de matières combustibles ; des toiles goudronnées enveloppaient le tout.
- L’énorme bombe flottante fut amenée sous le vent de la ville.... Elle arrivait près des fronts de mer de
- l’enceinte quand une saute de brise l’en éloigna pour l’entraîner vers une roche sur laquelle on la vit s’échouer. L’ingénieur qui la pilotait, la voyant couler, s’empressa d’y mettre le feu.... et, bien entendu, de déguerpir.
- Quoique effectuée assez loin de son objectif, l’explosion produisit des effets considérables. Une partie de la ville fut détruite; toutes les maisons en furent ébranlées. Le cabestan de la galiote, du poids de 2000 livres, fut projeté par-dessus les remparts et creva la maison sur laquelle il tomba. Une partie du flotteur
- explosible ne sauta point et ce fragment permit d’en restituer la construction représentée figure 2.
- En dépit de l’excellence des machines infernales de divers modèles, la grenade devait continuer à être justement appréciée des gens de guerre. La valeur de cet explosible étant bien reconnue, Louis XIV institua les « grenadiers », d’abord au nombre de quatre par compagnie dans le régiment des « Fusiliers du ' Roi ». En 1672,ce régiment comprenait deux bataillons, chacun à douze compagnies de fusiliers et une compagnie de grenadiers. Les hommes de celle-ci portaient en sautoir une grenadière, c’est-à-dire une sacoche renfermant leurs projectiles à main.
- Une grenade de cette époque consiste en un petit
- Fig. 4. — Bombe fixe. (D'après une gravure Je l’Ars magna Artilleriæ de Casimir Siemienowicz, 1651). — A. Trou de charge. —MM'. Mèche. — F. Tube percé de trous.
- Fig. 5. — Globe pyrotechnique dit Heimlich ou leg feuer pour feux clandestins (sic). (D’après un dessin de VA rs magna Artilleriæ de Casimir Siemienowicz, 1651.) Figures montrant la mèche enroulée et le détail des rainures du bois.
- Fig. 6. — Pétard en bronze, d’après un dessin du P. Daniel. —
- A. Madrier à appliquer contre la porte qu’on veut rompre. —
- B. Pétard attaché à son madrier. — C. Lumière du pétard. — D. Crochet du madrier pour l’attacher à la porte. — E. Feutre. F, F, F. Attaches en fer feuillard reliant le pétard à son madrier.
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- globe de bronze ou de fer qu’on emplit de poudre « pyrique » (pulvere pyrio) ou poudre à canon, soit de quelque'autre composition pyrotechnique. On adapte à son orifice une c canule » (fistula) qu’on bourre d’un artifice à combustion lente, de peur que le globe n’éclate entre les mains de ceux qui ont à le projeter. Notre figure 1 (p. 571) représente la coupe d’une fusée de grenade à main du milieu du dix-septième siècle.
- Les pyrotechniciens du temps appellent grenades borgnes celles qui sont privées de l’œil livrant passage à une mèche de mise du feu et qu’on projette, par conséquent, sans allumer aucune mèche. « Aussi tost qu’elles touchent terre, dit Siemienowicz, ou qu’elles rencontrent quelque objet dur et arresté, elles conçoivent promptement le feu et font des etfects tout semblables aux autres grenades ». Ce sont, dirions-nous aujourd’hui, des appareils explosibles à lusée percutante.
- La figure 5 représente un des types de « borgnes » de cette époque. Outre son trou de charge, la grenade est percée de deux orifices diamétralement opposés. Celui du haut est taraudé de façon à recevoir le pas de vis d’ « une matricule faite d’une lame de fer en forme de cylindre », perforée de trous et « toute cyzelée par dedans, c’est-à-dire rude et aspre comme une lime ». L’auteur entend parler d’un rugueux dans lequel entre un système de deux petits fusils montés sur une tige qui s’introduit à frottement doux par l’orifice du bas. Cette tige elle-même se termine, à la partie inférieure, par un pied sur lequel, à raison de la prépondérance, la grenade lancée tombe toujours. Qu’arrive-t-il alors? L’auteur va nous le dire. « Aussi tost que la grenade sera tombée sur ce pied large et plat, les fuzils renfermés dans la matricule seront contraints, par la pesanteur de ladite grenade, de remonter vers le haut et, par conséquent, les pierres frottées rudement contre l’aspreté des entailles intérieures de la matricule ne manqueront jamais, par cette violente collision, à faire feu, lequel, s’insinuant aussi tost par les trous de la matricule, s’attachera à la poudre incluse dans la grenade. Et par ce moyen, il luy fera faire le même effet que si elle avoit esté préparée d’une autre façon. » ,
- Analysons rapidement quelques autres dispositifs des ingénieurs de ce temps, si fécond en inventions pyrotechniques.
- La bombe fixe, à poser mystérieusement en un lieu déterminé, consiste en une sphère métallique d’un diamètre ordinairement supérieur à celui d’une grenade à main (fig. 4). Outre son trou de charge, cette sphère comporte deux orifices diamétralement opposés, par lesquels passe un tube de bois ou de métal. Ouvragé de nombre de petits trous, ce tube est saupoudré, à l’intérieur, de poudre bien battue et livre passage à une mèche commune qu’on allume par un bout. « On peut, ajoute Siemieno-wicz, cacher cette bombe à l’entrée d’une avenue ou dans quelque autre destroit par où nous espé-
- rons que notre ennemy doit infailliblement passer ».
- Les ingénieurs allemands du dix-septième siècle nommaient heimlich ou leg feuer certains appareils pyrotechniques « clandestins », c’est-à-dire que l’on pouvait « cacher en quelque lieu secret pour leur faire produire leurs effets dans un certain temps déterminé ». Ces engins bien dissimulés se posaient « dans les maisons, cabinets, granges, greniers et semblables endroits; dans les magasins et arsenaux; enfin, dans des chariots, coffres, tonneaux et semblables bagages que l’on peut avoir à transporter dans les villes et forteresses des ennemis ».
- Voilà bien un prototype de l’appareil occulte employé de nos jours par le crime et que l’on nomme communément « bombe ».
- Siemienowicz nous a laissé la description de divers modèles de cet engin. En voici un (fig. 5) dont l’enveloppe ovoïde en bois est « canelée spiralement depuis le fond jusques au sommet, en telle sorte que l’on puisse ajuster et coller dans ce sillon spiral une mèche qui passe et tourne depuis un bout jusques à l’autre. Cette mèche en limaçon doit être de celles qui ne fument et ne puent point. Sa longueur est déterminée par l’espace de temps au bout duquel il faut que le globe fasse son effet. » Quant à la charge de cet explosible à temps, elle se compose de « matières violentes » telles que celle dont Brechtel a donné la formule suivante : « Prenez trois parties de poudre à canon, une partie de soufre; pulvérisez ces deux éléments en poudre bien subtile et les incorporez ensemble. Ajoutez-y par après un peu de colophane et quelques gouttes de térébenthine; puis pétrissez-moy bien tout cecy avec de l’huyle de lin et de l’eau-de-vie. Estant bien malaxée, remplissez votre globe de cette composition. »
- « Le pétard, dit le P. Daniel, en son Histoire de la milice française, le pétard est une espèce de petit mortier que l’on charge de poudre à canon et de la plus fine (fig. 6). On couvre d’un feutre cette poudre; et le feutre, d’un tranchoir de bois. Ün enfonce cette espèce de refouloir en donnant sept ou huit coups de maillet pour presser la poudre, sans toutefois l’égrener le moins qu’il est possible. On remplit le reste du pétard de cire jaune et de poix grecque et l’on couvre le tout d’une toile cirée. On enchâsse le pétard du côté de la bouche dans l’entaille d’un fort madrier. Ce madrier est appliqué et accroché à la porte que l’on veut rompre. Alors on met le feu à une petite mèche, laquelle passe par la lumière qui est à la culasse du pétard. La mèche ayant donné le feu à la poudre, le pétard fait son effet contre la porte de toute la largeur du madrier et la brise ». Cet appareil — dit aussi pyloclaste ou « briseur de portes » — fut en grande vogue dès la fin du seizième siècle, après que Henri de Navarre l’eut employé avec succès à Cahors (1579). Il a été ultérieurement remplacé par le pétard en bois du î service de l’Artillerie, lequel vient d’être, à son tour, détrôné par le pétard de dynamite.
- _ a suivre. — Ll-colonel Hennebert.
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- U TILLE DE TEMBOKTOU1
- ET SA JONCTION AVEC L’ALGERIE
- Depuis quelques années seulement on connaît la position précise de cette ville célèbre; M. Caron en a fixé les coordonnées géographiques : latitude nord 16049', longitude ouest de Paris 5°12, altitude 245 mètres, le soleil y passe au zénith le 7 avril et le 5 ou le 6 août. Son nom est un nom berbère, mais altéré par les nègres ; les Arabes et les Berbères l’écrivent Tenbekt; c’est dans la langue berbère (ou kabyle en Algérie) la forme féminine ou diininutive du mot arabe Nebka qui désigne une dune ou pour mieux dire une accumulation de sable formée par le vent le long du flanc d’un coteau.
- A Lagouât une des portes s’appelle Bab-en-Nebka, la porte de la dune et ce sont les indigènes qui m’ont donné sur place ces explications, il y a quarante et un ans. On a écrit le nom de cette capitale de plusieurs manières ; on aurait dû conserver l’orthographe de Caillé, le premier Européen qui en soit revenu, et qui écrit Temboktou.
- La position de Temboktou a été déterminée par le point le plus nord du Dhioliba, appelé si improprement Niger; c’est le rendez-vous obligé de tous les voyageurs de la Guinée se dirigeant vers le nord. Des considérations identiques ont déterminé la position d’Orléans au point le plus nord de la Loire. Le climat en est tropical et continental; nous connaissons assez la distribution de la température à la surface du globe pour prévoir que le mois le plus chaud y doit être juin; Caillié qui y était à cette époque et qui ne parle guère de la température que pour se plaindre du froid, dit qu’à cette époque de l’année la chaleur y est étouffante. La température de Tannée doit y être en moyenne environ 23 degrés ; mais les observations qu’on fait partout étant encore erronées, on trouvera peut-être davantage pour commencer, jusqu’à ce qu’une personne compétente y aille établir des abris convenables avec de bons instruments. Il peut faire 15 ou 16 degrés en hiver et 30 à 32 degrés en été. La pluie y est très faible et le ciel presque toujours clair.
- Temboktou ne peut manquer, d’ici à un certain nombre d’années, d’être relié à Alger par un chemin de fer; cette distance est, en ligne droite ou pour mieux dire par la ligne la plus courte qu’on puisse tracer sur l’ellipsoïde terrestre, de 2282 kilomètres ; celle d’Alger à Insalah est de 1052 kilomètres et celle d’Insalah à Temboktou 1295, dont la somme fait un peu plus que les 2282 kilomètres, parce que Insalah n’est pas tout à fait sur la ligne directe d’Alger à Temboktou. Cette route se composera de plusieurs parties distinctes : d’Alger à El Goléa le sol est fort accidenté, mais aujourd’hui bien connu; d’El Goléa jusqu’à Temboktou le sol est plat ; c’est un plateau qui commence à une altitude voisine de 400 à 450 mètres et finit à Temboktou à une altitude de 245 mètres, la direction d’Alger à Temboktou est de sud 16°20' ouest environ, le parcours total sera 2700 kilomètres.
- Je dois dire, en terminant, quelques mots sur la méthode dont j’ai fait usage pour calculer les distances que je viens de citer. Ayant eu besoin depuis fort longtemps des distances à la surface du globe je les ai d’abord calculées comme on Ta fait autrefois dans l’Annuaire du Bureau des longitudes, de 1815 à 1828, pour les distances de Paris à un certain nombre de villes; mais je me suis aperçu
- *. Voy. Le pays de Timbouctou, n° 1088, du 7 avril 1894, p. 291. Voy. d’autre part la Notice intitulée le nom de Timbouctou, n° 1091, du 28 avril 1894, p. 350.
- que ces distances, calculées dans l’hypothèse d’une terre sphérique, sont très erronées : ainsi la distance de Paris au cap de Bonne-Espérance est trop forte de 29 kilomètres. Les distances que j’ai données d’Alger à Insalah, d’Insa-lah à Temboktou et d’Alger à Temboktou ont été calculées dans l’hypothèse d’une sphère, mais avec les valeurs d’un degré moyen correspondant respectivement à chacune des trois distances calculées. E. Benou.
- HISTOIRE D’UN SEQUOIA
- Il y a quelques années déjà1, La Nature a signalé les arbres géants que possèdent certaines régions des Etats-Unis : il s’agit de ce que les Américains nomment les big-trees, dont le nom scientifique est Séquoia gigantea. Ces magnifiques big-trees sont localisés, sur le versant occidental de la Sierra Nevada, du comté Placer au comté Tulare au sud, entre 1219 et 1828 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que, le long de la côte, on trouve le Séquoia sempervirens ou redwood, qui est d’une taille un peu plus modeste, quoique fort honorable. Or, les visiteurs de l’Exposition de Chicago ont vu, dans le Palais du Gouvernement, un spécimen monumental d’un de ces arbres monstres. La Nature l’a décrit2. Pour transporter une pareille masse jusque sur l’emplacement de l’Exposition, il a fallu la couper en tronçons. ?4ais les Américains cherchant toujours' l’originalité, au lieu de présenter cette bille de hois telle quelle, ont évidé le tronc. A l’arrivée à Chicago, on a remonté les différents morceaux, qui étaient soigneusement numérotés, et l’on en a reconstitué le tronc qui formait une sorte de tour.
- Cet objet d’exposition, unique au monde, a de nouveau attiré l’attention sur les big-trees. C’est en 1841 qu’ils ont été véritablement découverts. Le général John Bidwell, qui était alors tout jeune et faisait partie d’une troupe de pionniers, aperçut un jour ces géants de la forêt, tandis qu’il était à la chasse, sur le versant ouest de la Sierra ; il n’avait fait que passer, mais il avait gardé le souvenir de cette apparition et la ferme intention de se rendre dans le comté de Calaveras pour explorer ces merveilles. Jusqu’en 1852, les Séquoias restèrent à peu près inconnus; un chasseur les aperçut, conta cette découverte à ses camarades, qui ne voulurent pas le croire, et qui ne consentirent à le suivre dans la région de ces arbres que parce qu’il leur affirmait avoir tué un ours monstre. Arrivé au pied d’un des big-trees, notre homme leur dit ; « Voilà mongrizzly (espèce d’ours américain), mes enfants ». Le nom en est resté à cet arbre, et La Nature a cité jadis le « Grizzly géant ». Le big-tree est certainement l’arbre le plus magnifique qu’on puisse voir : il y en a qui atteignent 12m,50 de diamètre, 122 mètres de hauteur. Il est vrai que la hauteur de 1’ « Eucalyptus » d’Australie est parfois de 143 mè-
- 1 Voy. n° 525, du 23 juin 1883, p. 54.
- 2 Voy. n° 1068, du 18 novembre 1893, p. 390.
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- diamètre n’est jamais 8m,22.
- pas
- Si
- proportionné l’on compte
- très, mais son et ne dépasse les cercles concentriques du tronc d’un de ces arbres monstrueux, on acquiert la certitude qu’ils ont plus de douze cents ans.
- Le « Séquoia » est un arbre toujours vert, qui ressemble quelque peu, pendant ses premières années, au cèdre, dont il est parent ; mais cette ressemblance disparaît rapidement, son feuillage est rare, ses feuilles sont en aiguilles; enfin son écorce, profondément ridée, est parfois épaisse de 90 centimètres, mais toujours légère et poreuse. On a planté des « séquoias » en France, en Angleterre, où ils ne dépassent pas 18 mètres, au Central Parle de New-York, où ils ne prospèrent point. C’est d’autant plus regrettable que, comme nous le . dirons tout à l’heure, cette race d’arbre disparaît rapidement sous la hache du bûcheron. On ne doit pas s’en étonner, car le bois en est excellent, et il se vend 30 dollars, ou 150 francs, les 28 mètres cubes, une fois scié et débité ; on estime que chaque arbre peut fournir pour une valeur de 16110 dollars ou d’à peu près 81 000 francs.
- Les Étas-Unisont du moins préservé deux territoires, le « Parc national de Yellowstone », et le « Parc de Yosemite », contre cette aveugle destruction; néanmoins le « Musée américain d’histoire naturelle » de New-York a voulu
- Fig. 1. — Opération d’abatage du grand Séquoia gigantea destiné au Muséum de New-York.
- avoir dans ses collections le tronc d’un de ces arbres géants. Or, le propriétaire de deux scieries mécaniques, à Sequoïa Mills, dans le comté de Tulare, offrit gracieusement au Musée celui des « Séquoias » qu’il voudrait choisir dans les territoires qu’il exploite. L’envoyé du Muséum choisit un arbre splendide, connu sous le nom du célèbre romancier américain Mark Twain, peut-être pas le plus énorme, mais le plus remarquable de tout le groupe. Supposez une colonne immense de 9m,14 de diamètre à la base, absolument lisse jusqu’à 45 mètres de terre, ne portant des branches qu’à partir de 91 mètres et représentant 11 326 mètres cubes de bois.
- L’histoire du Sequoïa du Muséum américain a récemment fait l’objet d’une Notice publiée aux États-Unis. Nous en reproduisons les principaux détails. Il fallait assurer la chute du géant dans les meilleures conditions, pour qu’il ne pût se détériorer, et pour cela on nettoya, on débarrassa le sol du côté où l’on voulait le faire tomber. Il fallait ensuite entamer le flanc du pauvre arbre, et, dans ce but, on établit à sa base un échafaudage de 3m,50; deux bûcherons y montèrent et attaquèrent le tronc à
- grands coups de cognées (fig. 1 ) ; ils creusaient obliquement une entaille, et descendaient leur échafaudage au fur et à mesure qu’avançait le travail. Puis quand
- Fig. 2. — Chute du grand Séquoia.
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- cette entaille, où les deux hommes pouvaient tenir debout, eut atteint le tiers du diamètre du tronc, ils allèrent en faire autant sur l’autre face. On donna ensuite un coup de scie à deux mains sur une troisième face, puis sur la quatrième, mais en laissant intacte une petite section comme pour faire charnière, lors de la chute. Il ne restait plus qu’à mettre et à forcer des coins dans l’ouverture de la scie, et le géant s’effondra lamentablement sur le lit qu’on lui avait préparé (fig. 2) ; les échos de la montagne répétèrent le tonnerre de sa chute : le géant était mort. Le travail d’abatage avait duré trois semaines. Nous donnons ci-dessous, d’après une photographie, une gravure (fig.3) représentant tout le personnel de la
- scierie, autrement dit cinquante-deux personnes, disposées en cercle sur le bord de l’énorme section de la hase; on voit ainsi quel était le diamètre de cet arbre monstrueux.
- Nous rappellerons à nos lecteurs que La Nature a publié jadis une scène fort curieuse du même genre; il s’agissait d’un bal donné sur le tronc coupé d’un Séquoia*-.
- Bien entendu, le Muséum ne voulait pas faire entrer le colosse tout entier dans ses collections, mais simplement une tranche. Pour l’obtenir, il a fallu souder bout à bout deux scies à deux mains, longues de 4 mètres chacune, et l’on découpa une section longue de lm,50, à l’endroit le plus large, au point où l’entaille
- Fig. 3. — La base du Séquoia (jiqantea destiné au Muséum de New-York, avec les 52 ouvriers qui ont travaillé à sa démolition.
- (D’après une photographie.)
- d’abatage avait été commencée : ce morceau a 6 mètres de diamètre et pèse 50 tonnes. En l’état, il était impossible à transporter, et l’on a dû le partager en morceaux plus petits, à l’aide de coins en fer; d’ailleurs, pour opérer le déplacement même de ces morceaux, on a été obligé d’attendre le printemps, vu l’état des chemins. D'ordinaire, les bois coupés et débités sont envoyés, de pied d’œuvre à la prochaine station de chemin de fer, au moyen de ce qu’on nomme le flume1 ; c’est, en somme, un petit torrent artificiel coulant dans un canal découvert en bois ; l’eau lui est fournie par des réservoirs ad hoc La scierie « Séquoia Mills » possède un flume long de 60 milles (plus de 90 kilomètres) ; les bois débités
- 1 Même radical que le mot latin flumen.
- sont entassés pour qu’ils sèchent partiellement, puis ils sont mis dans le flume, et, entraînés par le courant d’eau, ils arrivent en douze heures au bas de la montagne. Du reste, pendant la mauvaise saison, on ne peut utiliser ce mode de transport et l’on emploie les traîneaux, qui produisent d’excellents résultats.
- Il est temps que le Muséum de New-York enrichisse ses collections de tous les types d'arbres indigènes des États-Unis : pour les big-trees notamment, dans cinquante années on craint qu’il il’1 n reste plus guère. Tout contribue à ruiner le dom inc forestier de la Confédération : la hache du bùcheiou, les incendies,
- 1 Yoy. n° 155, du 20 mai 1876, p. 385. Voy. aussi n° 112, du 24 juillet 1875, p. 119, article sur les Séquoias où l’on rappelle que le premier transport d’un Séquoia a été fait à l’Exposition de Londres en 1855.
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- les déprédations des troupeaux. Sir Brandis vient d’attirer l’attention sur cette ruine menaçante : d’après lui, avant quinze ans, le bois commencera à manquer aux États-Unis. Et, cependant, il a été voté une loi enjoignant à tout colon de planter d’arbres un quart de la surface qui lui est concédée; mais personne n’en a tenu compte, et la loi a été abrogée, le Président de la République recevant en échange le droit de transformer en réserves certaines régions forestières. La création du parc de Yellowstone en a été une première conséquence ; de même, en octobre 1891, on a ménagé la réserve de la « White River », dans le Colorado, couvrant 1565 000 acres; on a déjà étendu cet avantage à certains environs du parc national de Yosemite. Mais l’on doit compter avec les marchands de bois, les chercheurs de mines, les éleveurs de moutons, qui ne voient que leur intérêt immédiat. Il est à craindre que toutes ces influences ne viennent annihiler les efforts de la société protectrice des arbres, qui s’est fondée sous le titre d'American Forestry Association ». Daniel Bellët.
- SUR QUELQUES CORRECTIONS
- DES THERMOMÈTRES
- Les écarts de température entre le réservoir d’un thermomètre et la tige sortant du bain produisent parfois des erreurs considérables, assez difficiles à corriger, parce qu’on connaît mal la répartition de la température à l’intérieur de la tige. Si l’on détermine, à l’aide d’un thermomètre à mercure, le point de fusion d’une substance dont on ne possède qu’une petite quantité, la tige entière est à une température voisine de celle de l’atmosphère, et la correction atteint son maximum.
- Supposons que la température cherchée soit de 450° C. (on construit couramment aujourd’hui des thermomètres à mercure permettant de dépasser cette température); la correction sera de 25 à 30 degrés, et le calcul la donnera à peine au dixième près.
- J’ai proposé, il y a quelques années, la croyant nouvelle, une méthode de correction qui permet d’arriver, sans aucun calcul, à un résultat exact. Le procédé consiste à placer, à côté du thermomètre en expérience, une tige semblable à la sienne, et contenant aussi du mercure. Cette tige, plongeant dans le bain, participe aux mêmes influences que le thermomètre, et nous indique la température moyenne de la portion de ce dernier sortant du bain ou de l’étuve ; elle donne donc, par une simple lecture, la correction de ce dernier.
- Si j’avais pu croire un instant que le procédé était nouveau, c’est que les efforts de nombreux physiciens ont été consacrés à la solution de ce problème, et aucun d’eux n’en faisait mention.
- M. Renou me fit observer qu’il employait une méthode analogue pour la correction des géothermomètres. Mais l’origine du procédé est beaucoup plus ancienne, comme je l’ai trouvé depuis lors. Guidé par une citation d’un vieil ouvrage allemand de Johann-Friederich Luz, chapelain à Gunzenhausen ‘, je recherchai, dans les Transactions de la Société royale de Londres pour 1777 un Rap-
- 1 Description complète, fondée sur l’expérience, de tous les baromètres construits jusqu'ici, Leipzig, 1784.
- port signé de Cavendish, Maskelyn, de Luc, et de quelques autres physiciens, et dont le but était d’indiquer les moyens pour la détermination des points fondamentaux des thermomètres. Le procédé entier s’y trouve minutieusement décrit.
- Je ne reviens aujourd’hui sur ce sujet que pour signaler un travail très précis de M. A. Mahlke, qui s’est proposé d’examiner l’exactitude de la méthode jusqu’à des températures voisines de 500 degrés. Le travail de M. Mahlke a consisté à comparer entre eux, dans un bain de salpêtre fondu, deux thermomètres dont on déterminait isolément les corrections au moyen du thermomètre sans réservoir. Jusqu’aux températures les plus élevées, la correction s’est trouvée exacte à un dixième de degré environ.
- Le procédé est donc parfait; mais comment se fait-il qu’il soit resté si longtemps ignoré ? Je ne puis y répondre qu’en donnant un autre exemple plus frappant encore de l’ignorance dans laquelle nous sommes souvent des anciennes choses. Jusqu’à ces dernières années, on lisait de temps en temps, dans les publications savantes, une Note dans laquelle se trouvait exposée la nécessité de tenir compte de la pression dans les lectures des thermomètres. Aujourd’hui, le fait est trop connu pour qu’on le découvre encore; mais, dans notre siècle, il a été retrouvé à chaque instant. J’indiquais, dans mon Traité de thermométrie, Egen comme étant le premier qui en ait fait mention, en 1827. Presque simultanément, Sabine retrouva le même fait, et en tint compte dans ses recherches sur le pendule, publiées en 1829. En réalité, la découverte est plus ancienne. M. Baudin, l’habile et savant constructeur de thermomètres, m’a communiqué dernièrement un passage du Dictionnaire raisonné de physique de Brisson (1790), que je crois intéressant de transcrire. En voici le texte exact :
- « 11 faut cependant convenir que le mercure a quelques propriétés qui nuisent un peu à la régularité de sa marche. Il est pesant, et son poids ne lui permet pas de monter au terme de la chaleur dont il est affecté.
- « Soit un thermomètre de mercure qui ait 25 ou 30 pouces de longueur, tenez ce thermomètre dans une situation à peu près horizontale, et marquez le point où la liqueur se sera arrêtée.
- « Relevez le thermomètre, et tenez-le dans une situation verticale, vous verrez que la liqueur descendra d’autant plus que la boule sera plus grosse, relativement au diamètre du tuyau et que la liqueur sera plus élevée au-dessus de la boule. Cet abaissement du mercure, qui peut aller à deux lignes, à trois lignes, etc., est certainement l’effet de la pesanteur.
- « Est-ce le poids du cylindre de mercure qui, comprimant le mercure contenu dans la boule, le réduit à un plus petit espace ? ou, ce qui est plus vraisemblable, est-ce le poids de ce cylindre qui, agissant sur les parois intérieures de la boule, en écarte les parois et en augmente la capacité 1 ? C’est ce qu’il importe peu de décider ici. On dira seulement que ce défaut n’est pas sensible dans un petit thermomètre et qu’on le corrigera dans un grand, en tenant le tube incliné. »
- Le procédé de correction proposé par Brisson est rudimentaire, mais le fait est nettement signalé. Est-ce la première fois qu’il était mentionné? Je n’oserais l’affirmer. Ch.-Ed. Guillaume.
- * Dans les thermomètres de construction récente, la compression du mercure intervient pour 1/7 environ dans le phénomène.
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- UN NOUVEL ÉBULLIOSCOPE DE YOYÀGE
- L’idée de déterminer la pression atmosphérique par la température d’ébullition de l’eau est loin d’être nouvelle; elle est due apparemment à Fahrenheit qui donna le dessin d’un thermomètre propre à exécuter cette expérience. Mais c’est Lemonnier qui la tenta pour la première fois en 1739. Depuis lors, cette méthode a été reprise .et abandonnée plus d’une fois suivant les progrès relatifs du thermomètre et du baromètre transportable. La création du baromètre anéroïde de précision en a diminué la vogue, en mettant aux mains du voyageur un instrument d’un transport très facile et d’une suffisante exactitude; on aurait tort cependant de croire que le baromètre anéroïde suffise dans tous les cas ; il varie sensiblement avec le temps, et il est nécessaire de déterminer de temps à autre un point de son échelle au cours d’un voyage de longue durée. Le thermomètre hypsométrique, comme on est convenu de nommer l’instrument dont nous parlons, reprend alors tous ses avantages et devient indispensable à l’explorateur. La thermométrie a fait depuis dix ou quinze ans des progrès tels qu’un bon thermomètre employé à la mesure de la température d’ébullition de l’eau peut atteindre la précision du meilleur baromètre de voyage.
- Le phénomène qui a fait douter pendant longtemps que le thermomètre pùt jamais devenir un instrument précis est, comme l’on sait, le déplacement de son échelle que l’on est convenu d’appeler la variation du zéro. Mais, si l’on n’est pas encore arrivé à supprimer ce déplacement, on est du moins parvenu à en libérer les observations par un mode opératoire rationnel, sur lequel nous espérons revenir à une autre occasion. Dans le cas qui nous occupe, il est essentiel que le zéro reprenne toujours la même position au moment de l’observation ; on est ainsi dispensé de le déterminer, ce qui rend l’appareil vraiment pratique en voyage. Le verre dur qui possède de nombreux avantages pour la construction des thermomètres est particulièrement indiqué dans le cas qui nous occupe. En effet, si l’on amène brusquement un thermomètre en cristal à une température fixe voisine de 100 degrés, on voit son indication s’abaisser d’abord rapidement, puis de plus en plus lentement et se fixer, au bout d’une heure environ, à une position qui est de près d’un demi-degré plus basse qu’au moment initial.
- Si l’on soumet un thermomètre en verre dur à la même opération, l’échelle s’abaisse si vite quelle atteint sa position définitive avant qu’on ait pu faire une lecture ; elle reste alors invariable, et la température peut en être déduite avec une parfaite sécurité si l’on a eu soin, dans des expériences préliminaires, de comparer le thermomètre à un baromètre de précision, c’est-à-dire si l’on a déterminé la lecture du thermomètre correspondant à la température d’ébullition sous une pression donnée.
- De longues séries d’expériences ont montré qu’en opérant avec soin, on ne commet pas dans la détermination d’une température d’ébullition d’errëurs atteignant un centième de degré; la moyenne des erreurs ne dépasse pas 4 millièmes de degré pour une seule lecture, quantité correspondant à 1/10 de millimètre de mercure dans la hauteur barométrique.
- Mais pour atteindre cette précision, il ne suffit pas de posséder un bon thermomètre; il faut encore que l’appareil à ébullition fonctionne d’une manière très régulière. L’appareil classique de Régnault à double enveloppe de vapeur donne pleine satisfaction à cet égard. Régnault avait construit lui-même un appareil de voyage auquel il n’avait pas cherché à donner les mêmes garanties de fonctionnement. Il était bien inutile, en effet, que l’appareil fût beaucoup plus précis que le thermomètre, et il l’était assez pour l’époque ; mais il ne l’est plus aujourd’hui, et il était devenu nécessaire d’en perfectionner la construction, ce que j’ai cherché dans l’appareil que je vais décrire1.
- Le prix très abordable de l’aluminium permettait de lui donner des dimensions suffisantes sans le rendre trop lourd. Dans son appareil transportable, Régnault avait sacrifié la double enveloppe de vapeur ; il m’a semblé bon de la conserver au moins dans le bas de l’appareil où se trouve le réservoir du thermomètre.
- Au-dessus de la chaudière (fig. 1, 2 et 5) est fixé un premier tube dans lequel s’engage la vapeur ; un autre tube plus large, vissé sur une portée, l’enveloppe dans toute sa longueur, un troisième tube glisse entre eux, en s’engageant à frottement dans le tube extérieur : il peut être rentré entièrement, et sa course en hauteur est limitée par un disque percé de trous, chaussé sur le tube intérieur. La vapeur, après avoir circulé dans ce dernier, remplit le tube supérieur, puis redescend par l’enveloppe, et s’échappe par des trous percés à la base du tube extérieur. L’appareil est surmonté d’un chapeau fermé par une feuille de caoutchouc que traverse le thermomètre, maintenu en place par une petite pince. La chaudière est supportée par un anneau s’engageant dans trois entailles d’un trépied.
- L’expérience terminée, on vide la chaudière dans laquelle on place la lampe ; on la descend au fond du trépied, et l’anneau qui la supportait tout à l’heure va maintenant la caler en s’engageant dans les mêmes entailles prolongées par un cran à baïonnette.
- L’appareil, complètement replié, a l’aspect représenté dans la figure 3.
- La comparaison des baromètres employés en physique ou en météorologie présente un assez grand intérêt pour que plusieurs savants aient entrepris à diverses reprises des voyages dans le but de relier
- 1 Les dimensions adoptées pour cet instrument sont à peu près celles d’un ébullioscope que construit depuis longtemps M. Baudin.
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- entre eux un certain nombre de baromètres de premier ordre.
- Le baromètre que l’on transporte est nécessairement inférieur en précision à ceux dont on veut connaître la différence relative. Il est certain d’autre part que la précision des résultats augmente lorsqu’on fait un plus grand nombre de comparaisons entre le thermomètre hypso-métrique et le baromètre. Sans pouvoir l’affirmer absolument, car les expériences sont encore trop peu nombreuses, je crois pouvoir dire qu’un groupe suffisant d’observations de ce genre remplacerait avantageusement, ou tout au moins avec une précision égale, les comparaisons avec un baromètre transportable; or un thermomètre peut être facilement envoyé par la poste, et si même les comparaisons faites par son moyen exigeaient deux ou trois fois plus d’observations que celles qu’il est nécessaire de faire avec un baromètre, on y trouverait une ample compensation aux fatigues et aux frais d’un voyage. Le temps n’est donc peut-être pas très éloigné où les thermomètres hypsométriques pourront servir à la comparaison des bons baromètres à mercurel.
- Quant à ces derniers, ils ont atteint une grande perfection, perfection telle que dans la plupart des cas ils sont trop précis pour la quantité que l’on mesure; il est rare en effet que la pression soit assez fixe pour que l’on puisse faire en toute sécurité le pointé du ménisque.
- 1 II ne faut pas oublier toutefois que la hauteur barométrique doit subir une correction relative à l’intensité de la pesanteur, tandis que le thermomètre hypsométrique donne directement la pression réduite. La comparaison des baromètres par son moyen est donc subordonnée à la connaissance de l’intensité de là pesanteur au lieu de l’observation ; mais, comme
- Chacun sait que la pression varie assez rapidement pendant les tempêtes. M. Vallot a observé au Mont-Blanc des variations de pression atteignant 4 ou 5 millimètres en quelques secondes. Les sauts du baromètre sont moins brusques dans la plaine; cependant ils sont encore assez étendus pour rendre souvent impossible l’observation du thermomètre hypsométrique; il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil sur les courbes de la figure 4. Ces courbes ont été tracées par un statoscope Richard installé dans une grande salle d’un bâtiment dont les portes et les fenêtres étaient closes ; chaque coup de vent marque son passage par une variation de pression de quelques dixièmes de millimètres de mercure. Dans les cas exceptionnels, par exemple, à l’arrivée d’une bourrasque, le baromètre marche parfois si rapidement qu’en une ou deux minutes il monte ou descend de 1 millimètre, non sans avoir fait de nombreuses oscillations.
- Nous ne voudrions pas insister sur ces phénomènes dont l’étude est du domaine de la météorologie; nous voulions seulement montrer que le thermomètre hypsométrique est déjà, dans bien des cas, plus précis que phénomène à la mesure duquel on l’emploie. Il est d’une exactitude plus que suffisante pour la mesure approximative des altitudes, à laquelle il est surtout destiné. Ch.-Ed. Guillaume.
- nous le montrerons dans un prochain article, la pesanteur est assez bien connue presque partout pour que la réduction n’augmente pas l’erreur. Avec un peu plus de précision encore, la comparaison des baromètres avec les thermomètres donnerait, dans bien des cas, une valeur assez approchée de g.
- Fig. 1, 2 et 3. — Ébullioscope de voyage. — 1. Coupe. — 2. Appareil monté pour l’observation.— 3. Appareil replié pour l’emballage.
- Fig.4.— Tracés en vraie grandeur obtenus, au moyen du statoscope, pendant les bourrasques des 1, 10 et 21 février 1893. La longueur reproduite ici correspond à 15 minutes; une division en hauteur représente 0““,2 de mercure.
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- CENTENAIRE DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE
- Le 11 mars 1894, le Comité du centenaire de l'Ecole polytechnique a présenté au Président de la République le premier volume de l’ouvrage qui est destiné à montrer l’influence qu’a eue l’École pen-
- dant le premier siècle de son existence sur « les progrès des sciences et des services publics ».
- Dix ans après sa création, lorsque l’Empereur institua à l’École polytechnique la chaire de littérature qui lut confiée à Andrieux, membre de l’Académie française, le premier sujet de composition que l’on donna aux élèves avait précisément pour titre :
- Fig. 1. •— Médaille commémorative du centenaire de l’École polytechnique.
- De l'influence de l'Ecole polytechnique sur le perfectionnement des services publics et de l'instruction publique en général.
- J’ai retrouvé dans les archives de l’École une de ces compositions dueàM. Iloguez, élève de la 2e division, qui, sorti deux mois plus tard, dans le service des ponts et chaussées, termina sa carrière comme chef de bureau au Ministère de l’intérieur. Il m’a semblé qu’on ne saurait donner un
- plus piquant résumé de l’ouvrage en cours de publication que de reproduire ici quelques extraits'de ces juvéniles espérances transformées en réalité par la force de l’Institution, malgré les tentatives malheureuses qui, maintes fois, en ont faussé les ressorts primitifs.
- L’auteur divise son sujet en deux parties. Dans la première, il examine l’influence de l’École polytechnique sur les services publics, et en second lieu celle quelle a exercée sur l’instruction.
- Fig. 2. — Médaille frappée en l’honneur de l’École polytechnique, en 1819.
- Voici quelques citations empruntées à ce Devoir ou Laius comme on a dit plus tard à l’Ecole en souvenir d’un autre sujet de composition célèbre :
- Il serait superflu de s’étendre sur l’importance des
- fonctions d’un officier des services publics. Construire des vaisseaux, élever des places fortes, former ces batteries à l’abri desquelles l’art et la prudence triomphent de la force et du nombre ; bâtir les édifices publics, creuser des ports, tracer ces routes, ces ponts, ces canaux, qui,
- malgré les distances et les obstacles, lient entre elles toutes les parties d’un vaste empire; tirer des entrailles de la terre et préparer pour le commerce et les arts des minéraux qu’elle semble nous cacher pour toujours, tels sont les emplois de cet officier. Aussi utiles dans la guerre que dans la paix, ils intéressent également l’État et les particuliers, mais les connaissances qu’ils exigent sont encore au-dessus de leur importance. Il faut que l’ingénieur soit instruit à la fois dans les théories les plus relevées des sciences et dans les pratiques les plus vulgaires des arts mécaniques. Placé entre le savant et
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- LA NATURE.
- l’ouvrier, il est auprès de l’un l’interprète de l’autre. Son instruction doit lui fournir les moyens de s’élever au-dessus de la routine; son expérience, ceux de n’appliquer qu’avec sagesse et mesure les meilleures innovations. Aussi dans tous les temps, le Gouvernement et les chefs des Écoles d’application cherchèrent-ils à donner aux élèves des services publics une instruction convenable à la nature de leurs fonctions, et en harmonie avec l’état général des sciences.
- Après avoir exposé le mode d’enseignement de l’École, l’auteur écrit les lignes suivantes :
- Tels sont tous les objets d’études qui composent les cours de l’École polytechnique ; mais à quoi servirait un plan aussi régulier et aussi complet, si le travail des élèves et la manière de juger ce travail n’en garantissaient le succès et n’en assuraient le résultat? Et à cet égard où trouver une école où l’on ait pris plus de soin pour produire cet effet ? Des examens fréquents sur toutes les parties de l’enseignement, et dont la forme et la publicité ôtent toute influence à la faveur; des concours par écrit, des examens définitifs, une réunion des avis et des jugements de chaque professeur, tout a contribué jusqu’ici à assurer la palme au mérite et à bannir ces injustices plus funestes encore aux études que la faiblesse de la discipline.
- A la deuxième partie du Mémoire, nous empruntons les passages qne l’on va lire :
- Mais si le but principal des fondateurs de l’École polytechnique a été de former, pour les services publics, des sujets instruits; et si, à cet égard, le succès a surpassé leurs espérances, cette École n’a pas exercé sur l’instruction une influence moins importante.
- L’enseignement des mathématiques avait disparu avec tous les établissements d’instruction; la création de l’École polytechnique le ranima, et bientôt cet édifice, dont on n’apercevait plus que les ruines, se releva plus régulier, plus vaste et plus brillant qu’il n’était à l’époque de sa destruction. Des savants illustres ne dédaignèrent point de se consacrer à l’instruction de jeunes gens à peine initiés dans les sciences, et appliquant des vues étendues et profondes aux notions les plus simples des éléments, firent faire un grand pas à l’art d’enseigner. Les méthodes devenues plus générales, les démonstrations rendues plus rigoureuses, les éléments augmentés de théories savantes jusqu’alors réservées pour quelques adeptes, telles sont les améliorations dont l’École polytechnique partage la gloire avec l’École normale.
- Par où pourrais-je mieux finir ce faible essai destiné à prouver les avantages de l’École polytechnique qu’en rappelant tout ce qu’ont fait pour cet établissement les hommes de génie qui l’ont fondé, qui l’ont toujours protégé avec une sollicitude et des soins paternels, et dont l’influence se perpétuant sur leur ouvrage est le meilleur garant de sa splendeur et de sa durée; les chefs éclairés qui n’ont cessé d’en perfectionner la discipline et l’organisation intérieure ; enfin un sage gouverneur, non moins distingué par son zèle pour les progrès des sciences que par ses talents militaires, administratifs et littéraires, et qui s’occupe sans relâche du soin d’ajouter au plan de l’enseignement un nouveau degré de perfection.
- Le Comité a présenté, en même temps que le volume relatif aux Services militaires, une médaille commémorative commandée par la Direction des beaux-arts à M. Maximilien Bourgeois, un des maî-
- tres de la glyptique moderne. Le dessin que nous en donnons (fig. 1) nous dispense de la décrire. Le lecteur pourra apprécier les progrès qu’a faits à notre époque cet art charmant en le comparant à une autre médaille frappée antérieurement pour l’École (fig. 2); une troisième médaille qui date seulement de quelques années, et qui était destinée aux membres de la Société amicale de secours des anciens élèves, est encore à citer; mais elle ne vaut pas mieux que la précédente. . A. de Rochas.
- CHRONIQUE
- Aurore boréale. — Une aurore boréale a été observée en différents points de la Belgique dans la nuit du 30 au 31 mars. Elle a été accompagnée d’une perturbation magnétique qui s’est manifestée dès 7 heures du soir et dont le maximum a eu lieu à minuit 34 minutes. L’aiguille de déclinaison a été déviée de près de 50' vers l’est. Voici les observations de cette aurore faites à Hechtel par M. Sak, instituteur en chef : « Avant l’aurore, dès 9 heures du soir, il se forme à l’horizon nord-nord-ouest une sorte de voile nébuleux qui se rembrunit à mesure qu’il monte. Au-dessus de ce voile une lumière éclatante se montre en forme d’arc. Le ciel est à ce moment si clair, que je distingue très facilement l’heure à ma montre. Cet arc lumineux monte également, et sur quelques points il est plus brillant que sur d’autres. A 10h 5m, les premiers rayons de l’aurore boréale se montrent au-dessous de la Petite-Ourse. A 7h10m, un rayon peu large et très vif s’élance jusqu’à la Polaire et peu après plusieurs rayons s’élèvent en plusieurs points. Les rayons se déplacent très lentement de l’est vers l’ouest; ils s’élancent rapidement dans le sens perpendiculaire à l'arc. A 10h 15m, les rayons passent du blanc au rouge purpurin. D’abord j’observe la couleur rouge à l’ouest-nord-ouest, puis à l’est-nord-est; à ce moment, vers 10h20“, le phénomène se montre dans toute sa splendeur. Vers 10h 30ra, la couleur rouge diminue peu à peu et les rayons redeviennent d’un blanc bleuâtre. A 10h35m, un peu à l’ouest de Jupiter, des rayons plus larges se montrent en se déplaçant rapidement vers l’ouest. Ceux-ci prennent aussi la couleur rouge et forment entre Pollux et la Chèvre une plaque rouge assez grande qui reste visible pendant cinq minutes. A 10h45m, on voyait vers le nord quelques jets faibles, et peu à peu le phénomène prit fin. » Le journal Ciel et Terre nous informe qu’à Louvain, M. Terby a constaté, les manifestations de l’aurore entre 10 heures et 10h50m, comme à Ilechtel. A Uccle, elles ont été aperçues vers minuit et demi, au moment du maximum de perturbation des barreaux aimantés. Des bandes blanches, lumineuses, se terminant en jets, se formaient rapidement dans le nord et se déplaçaient de droite à gauche. A minuit 45m, un voile rouge pâle se montra au nord-nord-est et se dirigea vers le nord-nord-ouest, en s’affaiblissant graduellement. On ne vit pas de jets colorés.
- L’étanchement d’un canal «l’irrigation. —
- L’étanchéité des canaux est parfois assez difficile à obtenir dans certains terrains; on a beau fouler soigneusement les parois de la cuvette, les infiltrations sont souvent assez considérables pour amener des déperditions d’eau coûteuses et nuisibles au bon emploi du canal. C’est ce qui se produisait récemment pour le grand canal d’irrigation de Page à Riverside, dans la Californie méridionale. C’est un
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- ouvrage long de 36 kilomètres, et qui est en service depuis un certain nombre d’années. On s’était aperçu que l’étanchéité laissait beaucoup à désirer, surtout depuis que les taupes s’étaient multipliées dans la région et avaient complètement bouleversé le sous-sol; il se perdait une quantité considérable d’eau, et l’on résolut de cimenter totalement le plafond et les parois mouillés du canal : un traité fut passé avec une compagnie moyennant le prix de 630 000 francs. On employa pour cela un enduit composé d’une partie de ciment pour 4 parties de sable fin, et on le disposait sur une, épaisseur de 291 millimètres. On s’élait mis à l’œuvre pendant la saison pluvieuse, à un moment où l’on ne réclamait pas d’eau pour les irrigations et plus de 300 hommes étaient au travail en même temps; en certains points où il y avait des excavations, il fallait établir une petite couche de maçonnerie. Aujourd’hui tout est terminé depuis déjà quelque temps, et le revêtement de ciment tient très bien. Depuis que tout le canal est ainsi étanché, la compagnie à qui il appartient trouve à sa disposition deux fois plus d’eau que jadis, tant étaient importantes les infiltrations, et les recettes sont augmentées d’autant. Ce travail nous a semblé intéressant à signaler, étant donnée l’étendue sur laquelle il a été fait. Il pourra être imité dans des circonstances analogues.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 mai 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- Les altérations du lait. — MM. Lezé et Hilsont indiquent un procédé pratique permettant de reconnaître la qualité du lait. Ils partent de cette remarque que, sous l’action de la présure, un lait de richesse moyenne, sain et frais, se coagule à la température de 35 degrés au bout d’un temps variant entre 5 minutes et demie et 4 minutes. 11 suffit pour obtenir ce résultat d’employer 1/1000 de présure titrée du commerce. Les auteurs posent les conclusions suivantes : 1° Tout lait qui se coagule par la présure en des temps différents de 4 minutes doit être examiné attentivement, car il existe un grand nombre de causes pouvant faire varier les temps de prise. 2° Les matières étrangères inertes, les matières grasses, abrègent le temps de coagulation, tandis que l’addition d’eau ou de carbonate de soude, le chauffage et surtout l’ébullition retardent la coagulation. 3° Tout lait qui se caille en moins de 2 minutes, est altéré et doit être rejeté de l’alimentation. La Nature publiera prochainement une description plus complète de l’intéressant appareil que nous signalons.
- Le spectre de l’oxygène. — M. Janssen communique les premiers résultats des recherches qu’il a entreprises sur le spectre de l’oxvgène, à l’occasion de ses travaux sur l’atmosphère solaire. Il s’agit, selon les vues du savant, de déterminer les altérations que peut éprouver ce spectre lorsque la température du gaz augmente. Enlre 0° et 300°, M. Janssen introduit l’oxygène sous pression dans un tube d’acier d’une longueur de 10 mètres. Ce tube est fermé à ses deux extrémités par une glace maintenue solidement par des boulons. Afin d’obtenir une étanchéité complète, M. Janssen place entre la glace et la tète des boulons un anneau plat de cuivre. De cette manière, la pression de la glace sur l’orifice du tube ne peut se relâcher, lorsque la température augmente, car le cuivre se dilatant plus que les boulons de fer, serre fortement la glace entre le tube et la tête des boulons. Ce tube est
- ensuite placé dans un bain de sable chauffé sur une rampe de gaz. En opérant sur une colonne d’oxygène soumise à la pression de 24 atmosphères sous la température de 15°, M. Janssen obtient des bandes très visibles D, a, F. Si l’on porte la température à 100°, puis à 200°, la pression devient successivement 32 atmosphères, 41 atmosphères et l’on n’observe aucun changement dans le spectre, mais la transparence du gaz augmente. De même, aucun changement à 275° et 300° sous des pressions de 48 et 50 atmosphères. Par l’effet du refroidissement on retrouve les mêmes pressions, ce qui prouve l’étanchéité du tube. Dans une deuxième série d’expériences effectuées en partant d’une pression de 16 atmosphères seulement et qui donnait des bandes à peine visibles, il n’a pas été possible de constater aucun changement dans les phénomènes d’absorption. Au delà de 300°, M. Janssen emploie le tube d’acier à spirale de platine incandescente dont il a donné la description dans une des dernières séances de l’Académie. Comme ce tube n’a qu’une longueur de 2 mètres, il est nécessaire de fouler le gaz davantage pour voir apparaître les bandes. La pression initiale est donc portée à 54 atmosphères. Avec les moyens dont dispose M. Janssen, il n’a pas été possible de dépasser la température de 800°, car l’on rencontre une très grande difficulté à faire rougir la spirale de platine par suite de l’accroissement de densité du milieu gazeux. Cette dernière série d’expériences a conduit l’auteur aux mêmes conclusions négatives; jusqu’à 800° la température n’exerce aucun effet sur les phénomènes d’absorption lumineuse, c’est-à-dire aucun changement sur le spectre.
- Les mouvements des articulations. — M. Marey a eu l’idée d’appliquer la photographie à l’étude des mouvements des articulations. Ilne s’agit plus ici d’une succession d’images instantanées prises à des intervalles égaux et très rapprochés, pour étudier les phases successives d’un mouvement, mais de photographies effectuées à des instants déterminés, pour mettre en évidence la situation relative nouvelle de deux organes dans une certaine position. Il a ainsi étudié le déplacement du maxillaire inférieur par rapport au temporal, celui de la tête sur la colonne vertébrale. Pour cette dernière étude, M. Marey recouvre la tête du sujet d’une calotte de velours noir enfoncée sur la nuque; un petit miroir est fixé à l’arrière de cette calotte. Le sujet tourne ensuite lentement la tète en suivant du regard une ligne horizontale placée à distance. En prenant différentes photographies au cours de ce mouvement, on constate que le point brillant au lieu de suivre une ligne horizontale, se déplace, sur une courbe qui tourne sa convexité vers le haut. C’est donc dans la station normale que la tète est le plus haut. D’ailleurs la flèche de cette courbe n’est que de 0m,002 pour un arc de 0ra,05. Mais M. Marey a constaté que le fait est bien général.
- Classification du Cryptoprocta. — M. Henry Filhol ayant eu à sa disposition deux de ces animaux, l’un mâle, l’autre femelle, en a profité pour fixer les caractères anatomiques de l'espèce, encore mal définis. Le Cryptoprocta est un mammifère carnassier qui habite Madagascar. Il est bas sur pattes et sa taille peut atteindre celle d’un gros chien. Il a été considéré par de Blainville et d’autres naturalistes confine une civette, mais en réalité c’est un felis. Toutefois, tandis que tous les felis sont digitigrades, il est plantigrade.
- La mesure de la pression atmosphérique. — M. Léon Jaubert, directeur de l’observatoire du Trocadéro, décrit une collection de baromètres installés à l’Institut popu-
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- laire du progrès (parc du Trocadéro). Ces baromètres sont subdivisés en trois séries et chaque série renferme plusieurs groupes. La première série comprend les baromètres de grande précision formant les baromètres-étalons proprement dits. Le premier groupe renferme les baromètres ayant 5, G, 8, 10, 12, 16, 20 et 25 millimètres de diamètre. Sur tous ces baromètres on ne constate aucun effet de capillarité. Le deuxième groupe comprend les baromètres de fort calibre, ayant 30, 40, 50, 60, 70, 80 millimètres de diamètre: ceux de 50 à 80 millimètres constituent les plus gros baromètres qui aient été construits. La deuxième série comprend les baromètres formés de liquides multiples; la troisième série, dite série à démonstration, contient les baromètres de grande dimension ayant 5, 4,5, 6, 8, 10, 12 et même 16 mètres de hauteur : baromètres à liquides plus denses que l’eau, baromètres à eau,à liquides de faible densité, baromètres à huile, à éther. La collection de baromètres
- de M. Léon Jaubert est sans nul doute la plus originale et la plus considérable qui existe. Elle intéressera tous les physiciens et les météorologistes.
- Varia. — M. Schlœsing fils a imaginé un procédé industriel de préparation des solutions de sulfate de nicotine. — M. Cotteau décrit quelques espèces nouvelles d’échinidies de l’éocène. — M. Tisserand annonce que la comète actuellement visible a pu être photographiée à l’Observatoire de Paris après 40 minutes de pose. Sur la photographie elle apparaît avec deux queues, tandis que la vision directe ne permet point d’en apercevoir. —M. Gri-maux exprime le vœu que l’Académie prenne l’initiative de démarches ayant pour objet l’érection d’une statue à Lavoisier, à l’occasion du centenaire de la mort de l’illustre savant. — M. Beauregard a étudié les glandes à parfum des vivéridés. Ch. de Yilledeuil.
- Le lilet de papier. — 1. Vue de l’objet. — 2 et 5. Manière de le fabriquer.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PAPIER DÉCOUPÉ FORMAIT US FILET
- Nous avons publié précédemment plusieurs récréations que l'on peut exécuter avec du papier; nous avons donné le moyen de faire un oiseau, ayant des ailes que l’on peut mettre en mouvement1. Cette invention est japonaise; les Japonais la faisaient connaître, avec beaucoup de succès, à l’Exposition de Paris en 1889.
- Nous avons indiqué comment il fallait s’y prendre pour construire une croix en deux coups de ciseaux2. Nous avons donné un autre secret, en disant comment on pouvait fabriquer une grenouille avec ses pattes3. Ces amusements étaient autrefois beaucoup
- 1 Voy. n° 021. du 25 avril 1885, p. 550.
- 2 Voy- n° 825, du 23 mars 1889, p. 272.
- 3 Voy. n° 852, du 28 septembre 1889, p. 288.
- plus pratiqués que de nos jours. Ils exercent l’adresse, ils sont ingénieux et méritent d’ètre recommandés. Un de nos lecteurs nous a envoyé le résultat d’une curieuse expérience de découpage; nous ne la présentons pas comme nouvelle, mais il est encore beaucoup de personnes qui ne la connaissent pas. Voici une feuille de papier découpée (n° 1 ci-dessus) qui offre l’aspect d’un lilet de pêche. Comment l’obtenir? Rien n’est plus simple : on plie une feuille de papier en quatre, comme le fait voir le n° 2 de la figure ; puis on fait des coupures alternativement à droite et à gauche de la feuille pliée (n°3). Quand on a fait le découpage jusqu’au bout, le travail est terminé. On voit qu’il n’est pas difficile à exécuter ; il est amusant à faire voir. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N# i 094. — 19 MAI 1894.
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- SDR LES SPECTRES DE L’OXYGÈNE AUX HAUTES TEMPÉRATURES
- J’ai entretenu l’Académie dans une des précé- I de l’électricité, et propre à porter à une très haute dentés séances d’une méthode, fondée sur l'emploi | température les gaz sous pression, sans échauffer
- Fig. 1. — Appareil spectroscopique île l’Observatoire d'astronomie physique de Mcudon.
- Fig. 2. — Expériences avec tube vertical et la spirale incandescente.
- sensiblement les récipients qui les contiennent.
- Avant de rendre compte des expériences réalisées sur l’oxygène au moyen de cette méthode, je parlerai d’abord de celles qui ont précédé celle-ci et dans lesquelles les températures ne dépassant pas 500 degrés environ ont pu être réalisées au moyen d’une rampe de gaz agissant directement sur le tube contenant le gaz oxygène.
- Le dispositif était celui-ci : un tube en acier long de 10 mètres et doublé intérieurement de cuivre rouge et fermé à ses extrémités par des glaces suivant nos modes ordinaires de fermeture, était placé dans îi' anarc. — 1 ' semestre.
- une cuve en tôle pouvant recevoir un bain de sable. Cette cuve était chauffée directement par une
- rampe de cent becs de gaz.
- La température du tube était prise au moyen de thermomètres réunis métalli-quementau tube.
- Après avoir introduit l’oxygène à la pression voulue et avant réchauffement du tube, on se procurait un bon spectre de la source lumineuse dont le faisceau traversait le tube de manière à pouvoir apprécier les modifications que l’élévation de la température pourrait amener dans la constitution du spectre d’absorption donné par le gaz.
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- On allume la rampe et on suit le spectre au fur et à mesure que la tempe'rature s’élève en même temps que la pression. Quand l’expérience est bien conduite, la pression du gaz à la fin, c’est-à-dire quand la rampe ayant été éteinte, la température est redevenue ce qu’elle était au début, la pression du gaz, disons-nous, revient au degré qu’elle avait au début.
- Pour obtenir ce résultat, il faut qu’il ne se produise aucune perte de gaz au cours de l’expérience.
- Une des principales causes de ces pertes provient de l’allongement des boulons qui réunissent les pièces d’acier qui maintiennent les verres aux extrémités du tube ; pour détruire l'effet de cet allongement, on a placé entre les têtes des boulons et les disques, des manchons de laiton dont la longueur a été calculée de manière à compenser par leur dilatation, celle des boulons. On obtient ainsi à toute température le même degré de serrage.
- Les expériences ont été faites avec des pressions variées du gaz oxygène. Elles ont montré que depuis la température ordinaire jusqu’à 500 degrés environ, les bandes et raies du spectre d’absorption du gaz oxygène ne subissent pas de modification appréciable.
- Mais un fait tout nouveau s’est produit. Nous voulons parler de l’augmentation très remarquable de transparence de la colonne gazeuse avec l’élévation de la température, transparence qui a été décelée par une augmentation considérable de la vivacité et des limites du spectre, surtout du côté du rouge et donne une perception beaucoup plus nette des raies spectrales. Nous aurons à revenir sur les conséquences théoriques de ce fait important.
- Pour monter davantage dans l’échelle des températures, nous avons alors abordé l’emploi du tube à spirale de platine rendue incandescente par le passage du courant.
- Je ne reviendrai pas sur les dispositions générales déjà décrites de l’expérience. L’incandescence de la spirale est d’autant plus difficile à obtenir que la pression du gaz est plus forte.
- Pour apprécier la température à laquelle la spirale se trouve portée, on peut employer divers moyens : 1° le couple thermo-électrique; 2° l’observation de l’augmentation de pression du gaz provoquée par le passage du courant ; 5° enfin la vivacité et l’étendue du spectre donné par la spirale incandescente, quand celle-ci fournit seule la lumière à l’appareil spectral.
- L’expérience se dispose donc ainsi :
- Le tube étant placé dans une position verticale * ainsi que nous l’avons dit, on règle la lampe qui doit fournir le faisceau à analyser après son passage dans le tube et ensuite l’appareil spectral analyseur. On donne ensuite la pression, et la constitution du spectre étant bien notée, on fait passer un courant de puissance appropriée à la température qu’on veut atteindre.
- La pression monte immédiatement et s’arrête
- quand l’équilibre est établi. Les phénomènes spectraux sont toujours suivis et comparés au début et quand l’équilibre est établi.
- Dans les expériences que nous avons faites avec le tube de 2ai,10 et des pressions gazeuses allant jusqu’à 100 atmosphères, nous n’avons pas constaté de modifications sensibles dans l’étendue du spectre qui a pu être observé. Les températures atteintes ont été estimées entre 800 et 900 degrés, d’après la constitution du spectre donné par la spirale.
- Pour atteindre des températures plus hautes, nous aurons besoin d’augmenter la puissance de nos générateurs électriques, et c’est ce que nous nous proposons de faire, mais il faut remarquer qu’au point de vue des phénomènes solaires, ce sont les parties extérieures et moyennes de l’atmosphère coronale qui ont le plus d’intérêt pour nous. Ce sont celles-là qui, si elles contenaient de l’oxygène, produiraient avant toutes les autres, de la vapeur d’eau, en raison de leurs températures moins élevées. Or, les températures de 800 à 900 degrés que nous avons déjà réalisées correspondent à des parties déjà profondes de l’atmosphère coronale, et pour celles-là ainsi que pour celles qui sont plus extérieures et par conséquent plus froides, on peut affirmer l’absence d’oxygène1. J. Janssen,
- île l’Institut.
- L’ANNEAU DE SATURNE
- Depuis le jour où Iluyghens annonça par un anagramme l’explication de la singulière apparence découverte autour de Saturne par Galilée, la question de l’anneau est restée l’un des problèmes les plus difficiles de la mécanique céleste. Laplace, le premier, trouva qu’un anneau cohérent devrait être beaucoup plus épais que ne le montre l’observation ; l’équilibre peut cependant exister, si l’on subsitue à un anneau unique, une série de cercles de dimensions restreintes; mais cet équilibre est instable, et ne durerait pas une minute si les anneaux se décentraient d’une très petite quantité. C’est à Maxwell et à Ilirn que l'on doit d’avoir été conduit à la véritable théorie de l’anneau, en montrant qu’il devait être constitué par un grand nombre de corps de faibles dimensions. Mais une difficulté subsiste; pourquoi l’anneau reste-t-il concentré à quelque 25 kilomètres à droite et à gauche de l’équateur, tandis que les satellites s’en éloignent beaucoup plus? C’est à cette question que s’efforce de répondre M. A. Schmidt dans une Note présentée à la Société des Sciences naturelles du Wurtemberg. Supposons, dit-il, qu’une force constante, quoique minime, cherche à ramener les satellites dans le plan de l’équateur; ils s’v maintiendront en dépit des attractions plus fortes mais agissant à intervalles éloignés, qu’exercent sur ces corpuscules les satellites de la planète.
- Un champ magnétique peut exercer une force de cette espèce, à la condition que l’anneau soit composé en
- 1 Nous accompagnons la Note que l'on vient de lire de trois ligures qui ont servi à l'auteur dans ses nouvelles expériences exécutées à l'Observatoire d’astronomie physique de Meudon : l'appareil spectroscopique (lig. 1), l'expérience avec la spirale incandescente (lig. 2) et l’appareil pour les expériences à hautes pressions (lig. o).
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- partie d'une substance diainagnétique, et que les pôles de la planète coïncident à très peu près avec ses pôles magné-niques.
- La validité de cette hypothèse ne peut être examinée à fond que si l’on possède une théorie satisfaisante du magnétisme des planètes. Or on paraît se rapprocher d’une pareille théorie. Bon nombre de physiciens pensent qu’on peut l’attribuer à l’action des charges électriques entraînées, charges qui agissent comme un solénoïde. La symétrie du système magnétique dépendra de la symétrie de l’entraînement ; elle doit se rencontrer dans une planète homogène.
- Quant à la théorie mathématique du champ magnétique, elle vient d’ètre fondée par M. J.-J. Thomson, professeur à Cambridge, sur des phénomènes particuliers qui ne sont pas sans analogie avec l’électrisation des gouttes d’eau découverte par M. Lenard. Le champ serait, d’après M. Thomson, proportionnel, toutes choses égales d’ailleurs, à la vitesse angulaire de la planète et au carré de son rayon. Or le diamètre de Saturne est de 9,5, celui de la Terre étant 1. Sa vitesse angulaire est 2,2 fois plus considérable que celle de la Terre ; il n’y aurait donc rien d’impossible a ce que son champ magnétique fut plus de 100 fois plus intense, et, dans ces conditions, la force magnétique serait loin d’ètre négligeable. Sans attribuer dès maintenant une trop grande importance à l’idée de M. Schmidt, il conviendrait, semble-t-il, de ne pas l’éliminer sans examen1. C.-E. G.
- UN DRAME SOUTERRAIN
- LE SAUVETAGE DU LUR-LOCH (STYRIE)
- A 18 kilomètres au nord de Graz (Styric), le ruisseau de Semriach se perd dans une caverne, nommée Lur-Loch (Luch-Loch, ou Lueg-Loch)2, dont l’ouverture n’a que 1 mètre de hauteur. A 5 kilomètres environ au sud-ouest de cette perte, l’eau reparaît par des sources près de Peggau. Le 15 avril 1894, deux grandes salles intérieures ont été découvertes au Lur-Loch : pour continuer les recherches, sept membres de l'Association pour l'exploration des cavernes (à Graz), MM. Fasching, Folzmann, Karl Zweyer, Oswald, J. Maier, Kurz, Rudolf Ilaidt (seize ans), pénétrèrent dans le Lur-Loch le samedi soir 28 avril dernier, un peu avant minuit, équipés pour une expédition qui devait durer environ 24 heures. Mais, le lendemain matin 29, une pluie violente fit monter subitement le niveau du ruisseau, déjà très élevé. Alors un passage très bas et très étroit (largeur 0m,6Û, hauteur 0m,40, longueur 6 mètres), en forme de siphon, distant de 70 mètres de l’orifice, se remplit entièrement d’eau : le siphon s’amorça, emprisonnant les sept visiteurs qui ne s’en aperçurent qu’à une heure
- 1 Sous croyons devoir renvoyer nos lecteurs que la question des Anneaux de Saturne intéresse, à d’excellents articles que nous avait autrefois donnés notre regretté physicien-astronome Amédée Guillcmin. Ces études très complètes ont été traitées sous le titre A'Anneaux de Saturne (n° 196 du 5 mars 1877, p. 211), Conditions d'équilibre et constitution physique (n°209, du2 juin 1877, p. 1; et n°210, du 9 juin 1877, p. 20.).
- 2 Les mots Loch et Lucg (dont Luc et Luch ne sont que des altérations locales), signifient tous les deux trou.
- de l’après-midi. Heureusement pour eux, dans la plus grande des deux salles découvertes le 15 avril (Folzmann-Ilohle), et communiquant avec la rivière par une cheminée oblique, longue de 7 mètres, ils se trouvaient protégés contre les atteintes directes de la crue; mais ils restaient exposés aux horribles conséquences du blocus, c’est-à-dire à mourir de faim, ou à perdre la raison sous l’étreinte hallucinante de la nuit souterraine, leurs provisions de bouche et d’éclairage ne pouvant, avec la plus stricte parcimonie, durer que jusqu’au mardi. La coupe verticale que nous reproduisons (p. 588) explique suffisamment la situation. Pendant huit jours et demi elle fut, au dehors, considérée comme désespérée, car c’est au bout de 206 heures seulement qu’on a pu rendre les prisonniers à leurs familles éplorées.
- Dès le dimanche soir, l’alarme avait été donnée, en présence de la crue qui avait fermé l’ouverture du Lur-Loch ; le lundi matin 30 avril on commença à mettre en œuvre tous les moyens connus de sauvetage : gens d’alentour, mineurs, ingénieurs, plongeurs, sapeurs-pompiers, s’épuisèrent en vains efforts, construisant des digues, creusant un tunnel dans la roche, détournant le ruisseau, cherchant à pénétrer en scaphandre, etc., sous la direction énergique de MM. Bruneller, Frohlieh, Korb, Reining-haus, le capitaine Steindl, etc. Mais la crue implacable ne cessait pas, des pluies abondantes continuant à tomber sur toute la région : quand on put arriver à la première petite grotte en amont du siphon (voir la coupe), on la trouva remplie d’argile, de pierres, de branches et de troncs d'arbres entraînés par le courant; il fallut extraire tous ces matériaux d’obstruction en travaillant dans l’eau rapide et très froide (température 8° C.).
- Le lundi soir à 6 heures et demie, on jeta à tout hasard dans le siphon une caisse de vivres et de bougies, comptant fort peu d’ailleurs qu’elle parviendrait à destination.
- Le vendredi 4 mai, après quatre jours de travail, le siphon n’étaitpas encore désamorcé, ni même suffisamment déblayé pour que les plongeurs pussent s’y engager. Ge jour-là, M. Putick, le distingué ingénieur, mon compagnon de recherches dans le Karst,.en 1895, auquel le gouvernement autrichien, a, depuis l’année 1886, confié les travaux de Planina et de la Piuka1 vint, sur l’ordre du ministère de l’agriculture, prendre la direction des opérations de sauve!âge. 11 activa le détournement du torrent, et fit avec succès renforcer les digues pendant les deux journées du samedi et du dimanche.
- Depuis 199 heures, la captivité se prolongeait, lorsque le lundi matin, 7 mai, à 10h30rn, le plongeur Rodolphe Fischer (ancien sous-oflicier du génie) profitant de la baisse momentanée des eaux, et délogeant un gros tronc d’arbre, parvint enfin à déboucher au delà du siphon, à la base de la chc-
- 1 Yoy. a0 1088, du 7 avril 189 i, p. 295.
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- minée, elle-même encombrée de matériaux d’obstruction : à travers les interstices de ce bouchon impraticable il aperçut la lueur d’une bougie dans la grotte supérieure et lança un appel vibrant; au lieu du silence, — silence de mort, — auquel il s’était attendu, un cri lui répondit : « Vivants! Tous les sept? — Oui! tous les sept! — Avez-vous encore des vivres et de la lumière? — I n morceau de fromage et une dernière bougie : la caisse nous est parvenue et nous a sauvés. — llourrah! nous arrivons! »
- Et sur-le-champ Fischer regagna l’entrée du Lur-Loch pour transmettre la miraculeuse nouvelle à la loule assemblée devant la grotte, que depuis longtemps tout le monde croyait transformée en tombeau. En racontant par le menu toutes les péripéties de ce drame émouvant, les journaux de Graz et de Vienne1 ont dépeint les longues angoisses, puis la joie des victimes, de leurs parents et de leurs amis. — Il nous suffira de dire ici qu’à midi, le drapeau blanc, signal convenu, était hissé sur le château de Graz où le téléphone avait annoncé le résultat. L’eau continuant à Laisser peu à peu, MM. Pu-tick, Setz, Korb et Frohlich prenaient la place du plongeur, terrassé par le froid et la lièvre, causaient avec les prisonniers et leur passaient des vivres. Ensuite il fallut pendant quatre heures faire sauter à la mine F embâcle de la cheminée pour livrer passage au corps d’un homme. A 5 heures du soir le premier délivré revoyait le jour, suivi peu après des six autres, aux acclamations de la foule. Leur dépression morale et physique était inégale, mais extrême pour le plus jeune, qui ne reconnut point son père et dont l’état avait inspiré au premier moment des inquiétudes; tous ont bien supporté la terrible épreuve.
- Leur salut est du au providentiel hasard qui a ait échouer à leurs pieds, dans la cheminée même, la caisse de provisions jetée dans la rivière le lundi. Ils la recueillirent le mercredi malin à llu50m, n’ayant plus depuis la veille un atome de nourriture. Sans épiloguer sur cette épouvantable aventure, que des hasards ont empêché de tourner en catastrophe, il importe de montrer quel enseignement s’en dégage : enseignement qu’ont toujours instinctivement suivi les personnes exercées aux explo-
- 1 Auxquels nous empruntons ces détails et qui nous ont été gracieusement adressés par M. le le l’ortugall (bourgmestre de Graz), F. K ru us (de Vienne) et J. Fuclis (du Wiener Tag-blatl).
- rations de cavernes, et qu’il est bon de fournir aux novices. C’est que les grottes à rivières souterraines inconnues ne doivent en principe, jamais être visitées pour la première fois en dehors des trois mois d’été, du 15 juin au 15 septembre : en automne, en hiver, au printemps, toute tentative de découverte de ce genre, comporte fatalement le grave danger de crues, telles qu’au Lur-Loeh. Et il est facile de s’en rendre compte : il est maintenant avéré que les pertes de rivières, les avens, puits naturels et autres crevasses des terrains fissurés, sont les points d’absorption des eaux météoriques, — que les sources constituent leurs points d’émergence ou de réapparition, — et que, entre ces deux extrêmes, les cavernes servent de réservoirs aux eaux infiltrées. Or, après les pluies des deux équinoxes, celles de l'hiver et la fonte des neiges, on comprend que tous ces réservoirs souterrains soient, véritables citernes, plus remplis qu’à la suite des sécheresses; les vides restreints qui peuvent subsister alors entre leurs
- plafonds et leur plan d’eau, sont aisément comblés par le moindre orage : voilà tout simplement ce qui s’est produit le 28 avril au Lur-Loch. Au contraire, à partir de la mi-juin (au plus tôt), dans nos climats du moins, la belle saison peut être déjà assez avancée pour que la vidange des citernes l’emporte sur leur remplissage, pour que les sources débitent plus d’eau que n’en apportent dès lors les pertes : la place disponible dans les réceptacles augmente de jour en jour pendant les mois secs, et, si un gros orage survient de temps à autre, ses flots infiltrés évoluent et s’écoulent mieux à leur aise sous terre, au lieu de s’accumuler et de s’élever jusqu'aux voûtes, en amont de siphons pas encore désamorcés.
- L’unique cause de la tragédie qui vient de se dénouer si heureusement en Styrie, est donc l’imprudence hâtive avec laquelle on a voulu, avant la saison propice, explorer une caverne à rétrécissements, située entre une perte et une source.
- Que cet utile avertissement soit bien médité par ceux qui seraient tentés de se livrer sans précautions suffisantes à l’exploration des rivières souterraines. Rappelons-leur que M. Putick et moi nous avons su, à la fin de septembre 1893, résister à la tentation d’achever notre exploration si heureuse de la Piuka souterraine, parce que les pluies d’équinoxe avaient gonflé la rivière, et qu’une telle imprudence aurait parfaitement pu nous emprisonner nous-mêmes ! E.-A. Martel.
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- LOCH ÉLECTRIQUE A DOUBLE MOULINET
- DE M. LE CONTRE-AMIRAL FLEERIAIS
- Le premier loch de M. Fleuriais ’, expérimenté en 1878, à bord de la Magicienne, ne comportait qu’un simple moulinet à quatre aubes hémisphériques, comme l’anémomètre de Robinson, dont il était l’extension. Un ferme-circuit, monté sur l’axe, envoyait le courant d’une pile d’abord à un téléphone remplacé plus tard par une sonnerie; les craquements de la membrane, les coups du timbre indiquaient le nombre des tours dans un temps donné et un tableau de conversion dressé à l’avance donnait la vitesse du navire.
- Mais dès que cette vitesse s’accentuait, à partir de 12 nœuds environ, les coups de timbre qui se produisaient à chaque révolution du moulinet, se précipitaient; on en comptait difficilement le nombre exact et de là des erreurs par trop grandes dans l’approximation .
- C’est pourquoi M. le contre-amiral Fleuriais a transformé son premier modèle, et le nouveau loch expérimenté à bord de Y Océan, du Du g u a y -Trouin, du Cé-cilleeten dernier lieu sur le Watli-gn ies,vient d’ètre adopté par la marine à la suite de ces essais. L’appareil mesure 0m,247 de diamètre et se compose de deux moulinets semblables, munis chacun de quatre cuillers AA' (fîg. 1) ; Les cuillers étant ainsi au nombre de huit, le couple de rotation a une énergie telle que les petites variations des résistances passives restent absolument sans influence. L’arbre porte en son milieu une vis profonde; cette vis engrène'dans les dents d’une roue dont la surface est recouverte d’un disque d’ivoire qui porte trois touches métalliques ; sur le disque vient frotter un ressort R fixé à l’extrémité du conducteur à sept fils finsC. Ce ressort est enduit de chatterton, sauf sa partie extrême qui, munie d’un bouton d’argent, reste dénudée afin de pouvoir établir un bon contact entre la roue et le conducteur électrique.
- Tout cet ensemble est enfermé dans une boîte de bronze avec un couvercle qui laisse bien entrer l’eau, mais qui s’oppose au passage des détritus : herbes, goémons, etc.
- » Yoy. n° 346, du 17 janvier 1880, p. 107.
- Les coussinets de l’arbre sont en bois de gaïae ainsi que les mâchoires qui saisissent le conducteur et le maintiennent immobilisé dans le tube dont il est muni.
- L’extrémité du loch se termine par deux ailettes courbes IIII qui assurent l’immersion du système par des appels constants vers le fond ; c’est, renversé, le’ même principe d’action que celui du cerf-volant japonais. Cette dernière disposition a été proposée par M. de Maupeou, directeur des constructions navales.
- Quant à la remorque, elle fut constituée d’abord par un câble à quatre torons dont l’un était enlevé et remplacé par le conducteur ; mais comme il y a toujours lieu de craindre une distorsion du filin, malgré des genoppes en fil à voile faites de mètre en mètre, M. Fleuriais préfère l’emploi d’une remorque métallique qui, en même temps, rend le frottement de de l’eau, et par conséquent la traction, aussi faible
- que possible. A bord on a toujours un commutateur à deux directions (fig. 2), dont l’une de repos R, une sonnerie T et deux éléments Leclan-ché ; le pôle positif communique à la carène C.
- Le loch est à la traîne, lesmou-linets tournent et la vis actionne la roue. Chaque fois que le ressort vient à passer sur l’une des touches métalliques, le circuit est fermé et le timbre de la sonnerie retentit; mais comme la roue porte 72 dents et 5 contacts, il en résulte que la sonnerie ne se fait entendre qu’une fois pour 24 tours des moulinets. Les intervalles entre deux signaux successifs, 11 secondes pour 8 nœuds, 8 secondes 8 pour 10 nœuds, 4 secondes 4 pour 20 nœuds, seront donc assez grands pour qu’il soit impossible de se tromper et permetteront de calculer la vitesse avec une extrême précision. Afin de compter secondes et fractions, M. Fleuriais a abandonné le sablier pour un compteur à balancier qui bat les 2/10 et que l’on déclenche au moment même d’une observation. En admettant que l’on se soit trompé dans le comptage d’une demi-seconde, si nous supposons une période d’observation de 50 secondes, l’erreur ne sera que de 0,1 de nœud dans la vitesse du navire. Mais on peut prolonger l’expérience, et dans ce cas la précision est pour ainsi dire illimitée.
- A l’encontre des autres systèmes, le ferme-circuit
- Fig. 1 et 2. — Loch électrique à double moulinet.
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- du loch Fleuriais n’cst pas renfermé dans une boîte étanche. Ici, dès qu’il est immergé, le commutateur étant fermé, la pile fonctionne puisque le courant passe par la mer le loch et le conducteur ; néanmoins la perte à la mer n'est pas considérable et le courant n’a pas alors l’énergie suffisante pour actionner la sonnerie qui n’entre en mouvement qu’au moment où le ressort vient toucher l’un dès contacts.
- Mais avec cette disposition, M. Fleuriais a dû apporter tous ses soins au parfait isolement de l’unique conducteur, précaution indispensable pour le fonctionnement de l’appareil, ce qui n’était pas aussi important dans le cas d’une boîte étanche et d’un circuit entièrement métallique comme dans le compteur Coftinières, dans les lochs Faymonville, Lopez de Ilaro, etc. En outre, comme les lochs enregistreurs sont destinés à rester souvent, pour ne pas dire toujours, à la traîne, il y a lieu de remarquer que l’étanchéité présente aussi l’avantage de préserver les rouages de toute détérioration, soit par l’eau, soit par l’introduction de corps étrangers si petits qu’ils soient. Les récentes expériences faites à Cherbourg par le Davoust ont enfin démontré qu’à partir de 18 nœuds le loch revient trop à la surface en dépit des ailettes! courbes. Quelquefois les cuillers émergent, par suite, la vitesse de rotation varie.
- Toutefois, tel qu’il est actuellement et en attendant la sanction d’un long et fréquent usage, qui pourra peut-être suggérer encore au savant amiral de nouveaux perfectionnements, le loch à double moulinet donne des approximations telles qu’il rendra inutile et remplacera avantageusement le parcours sur des bases mesurées, distances co nues qui servent à déterminer, en expériences, la vitesse des navires.
- Ce moyen, excellent aux îles d’tlyères, laisse à désirer, comme le fait remarquer M. le contre-amiral Fleuriais, au point de vue théorique et pratique dans les pays à marées. Georges Daky.
- CAUSES DE L’EXUBÉRANCE
- DE I.A POPULATION CHINOISE
- Au moment où la statistique officielle de France constate la décroissance de la population française, il n’est pas sans intérêt que je recherche les causes qui font augmenter toujours la population chinoise, dans la Chine propre, à l’inverse de ce qui se passe en France.
- Parmi les nombreuses causes, on peut, à mon avis, citer les suivantes : 1° la piété filiale, entendue au point de vue chinois, qui oblige à laisser des descendants; 2° le déshonneur de mourir sans postérité; 3° l’importance attachée au mariage; 4° l’adoption fréquente; 5° la déshéritation des tilles ; 6° le mariage des soldats ; 7° l’abondance des matières premières et leur prix peu élevé; 8“ la vie frugale du peuple; 9° la paix de l’empire ; 10° l’absence de préoccupations politiques.
- Examinons maintenant chacune de ces causes.
- 1° La piété filiale selon Confucius. Le philosophe dit : « La piété filiale est la hase de la vertu.... Il y a trois crimes contre cette vertu; parmi lesquels le plus grand est celui de manquer de postérité. » Par suite de ce conseil, puisque personne ne veut être regardé comme délinquant, chacun demande à avoir un garçon de préférence. Conséquemment, la polygamie est tolérée en Chine. La plupart des Chinois ont deux ou trois femmes. La jalousie n’existe guère entre elles. Car ce défaut est une des sept causes du divorce. D’ordinaire, en cas de stérilité, c’est la première femme qui demande d’elle-mème qu’on en ait une seconde, afin d’être d’abord servie par elle.
- 2° Le déshonneur de mourir sans postérité. En Chine, lorsqu’un fils est promu aux honneurs, l’Empereur peut en même temps décréter des honneurs posthumes à ses ancêtres trépassés, en considération pour ce fils. Par ce motif, tout le monde désire avoir un fils qui pourrait lui procurer des honneurs semblables après la mort. Ensuite le culte des morts et des ancêtres exige qu’un fils ait des soins de leur sépulture et fasse faire des services religieux pour leurs mânes. Ainsi, chaque année, au mois d’avril, on célèbre en Chine la commémoration des morts. Des familles entières, vêtues de leurs plus beaux habits, avec un maintien grave, vont hors de la ville visiter les tombeaux de famille qui sont nettoyés et mis en ordre à cette occasion. Le saule est, dans les idées chinoises, l’emblème de la vie et de la santé; aussi y a-t-il, à cette époque, prodigalité de branches, de feuilles et de bourgeons de saule. Hommes, femmes, petits enfants, jusqu’aux animaux domestiques, sont ornés de ce symbole significatif. On le met dans les cheveux, on le suspend au cou, on le place sur le chambranle des portes, au-dessus des lits et dans les coins de la maison. Mais le but principal de la fête est de rendre un hommage religieux aux morts. On offre du porc, du poisson et de la volaille aux ancêtres devant leurs tombes, avec des libations de vin et de bâtons d’encens.
- Les pères de famille sont heureux d’avoir des descendants parce qu’ils ont la conviction que ceux-ci rendront toujours hommage à leurs mânes. Les Chinois ont la conviction que les esprits des morts sont calmés par les cérémonies pratiquées devant leurs tombes.
- 5° L’importance attachée au mariage. Chacun veut se marier; il y a très peu de célibataires. Et on se marie de bonne heure. H y en a qui se marient à quinze ans dans les deux sexes. 11 est vrai que dans la Chine propre on est très précoce. Les secondes noces sont très fréquentes. Un célibataire et un veuf se croient malheureux et déshonorés. Il y a beaucoup de sexagénaires qui se remarient et prennent même plusieurs femmes à la fois. Les familles sont souvent très nombreuses.
- 4° L’adoption fréquente. Quand on n’a pas de garçon, vite on cherche à adopter, soit un de ses neveux, soit quelque garçon étranger. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’aller devant les autorités, sauf le cas où il y aurait une succession d’un titre de noblesse héréditaire. Alors il faudrait un décret impérial ratifiant cette adoption. D’ordinaire, on en dresse un acte, qui est signé par les parents des deux côtés et par plusieurs témoins. Celui qui adopte offre quelque cadeau, soit en objets, soit en argent, à celui qui donne son garçon; on fait un festin et tout est dit.
- 5° La déshéritation des filles. En Chine, toute jeune fille est considérée comme devant se marier. C’est son futur mari qui doit pourvoir à son entretien. Il faut ajouter que la fiancée reçoit parfois de sa famille des cadeaux
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- plus ou moins importants. En outre, à son mariage, les parents lui donnent un mobilier que l’on fait porter pompeusement le jour de la noce.
- 6° Le mariage des soldats. En Chine la loi de conscription n’existe pas. Tout soldat est enrôlé volontairement. En cas de guerre, on en a tant qu’on veut. Tous ces soldats sont généralement mariés. Ils sont, en grande partie, artisans et laboureurs, vivant au sein de leur famille, s’occupant tout à leur aise de la culture de leurs champs ou de leur petite industrie. Excepté les troupes impériales, tartares et mongoles et surtout quelques armées organisées à Veuropéenne, tous les autres soldats ne sont obligés que de porter leur casaque, de loin en loin, quand on les convoque pour quelque revue générale, ou pour aller faire une chasse aux bandes de brigands. A part ces rares circonstances, on les laisse chez eux parfaitement tranquilles. Cependant, comme ils sont censés soldats, et que l’Empereur a le droit de les convoquer en cas de guerre, ils reçoivent annuellement une modique paye, insuffisante assurément pour les faire vivre, s’ils n’y ajoutaient les produits de leur travail journalier.
- 7° L’abondance des matières premières et leur prix peu élevé. Le sol est en général très fertile. Dans la Chine centrale et méridionale, le riz se récolte par deux fois l’an. Pas un brin de terre ne reste inculte. Tout le monde est laborieux, sobre et économe. Les impositions ne sont guère lourdes, et tout ce qui sert à l’alimentation ne coûte pas grand’chose. Un ouvrier peut vivre facilement avec 20 centimes par jour. Nous devons faire remarquer que ces 20 centimes équivalent à -40 sapèques, dont la valeur relative est de o francs pour eux.
- 8° La vie frugale du peuple. On ne mange pas tant de viande qu’en Europe. Les gens aisés n’en mangent qu’une fois tous les quinze jours ou, tout au plus, tous les huit jours. Il y a des paysans qui n’en mangent que trois fois par an, c’est-à-dire le jour de l’an, vers le commencement de juin, et vers le 15 septembre, époques d’une sorte de fête nationale. En revanche, ils aiment à manger du poisson. C’est ce qui fait qu’on appelle les Chinois ichtyo-phages. D’après tous les médecins, cette frugalité contribue au développement de la population.
- 9° La paix de l’empire. Les Chinois n’aiment point la guerre, ni les guerriers. Dans le Gouvernement, les mandarins civils sont préférés aux officiers militaires. La guerre est regardée comme un désastre ; non pas comme en Europe, où, dans l’armée, on aspire toujours à une guerre. Le maréchal de Moltke a dit que la guerre est nécessaire lorsque la population est trop dense. Certes, la paix est un facteur très important dans la prospérité d’un pays et elle travaille à l’accroissement de la population dans une large mesure.
- 10° L'absence de préoccupations politiques. La population ne s’occupe pas du tout des questions politiques ; pourvu qu’on lui donne un bon préfet qui ne soit pas trop concussionnaire, le Chinois se déclare satisfait. La dynastie régnante est là depuis bientôt trois siècles. Tout le monde lui reste soumis, considérant l’Empereur comme mandataire de Dieu. On se rapporte à lui ; on le laisse gouverner selon les lois qui sont immuables. C’est ainsi qu’on dort sur ses deux oreilles, et on ne s’occupe que de sa famille, qui est la base de la société chinoise.
- Je crois avoir, en peu de mois esquissé les causes de l’exubérance de la population chinoise.
- Et nunc erudimini qui judicatis terram.
- Ly-ciiao-pee,
- Mandarin de S' niasse
- LA MODE1
- LOIS DE PERSISTANCE
- Les vieillards ont une grande fidélité aux anciennes coutumes et leur attachement n’est pas moindre, nous l’avons déjà vu, pour les vêtements de leur jeunesse. On peut observer sur eux les anciennes modes. De nos jours, on retrouve encore des vieillards avec des cols pointant en l’air et couverts d’une large cravate, des. vieilles femmes avec des tire-bouchons sur les tempes, modes usitées sous Louis-Philippe.
- De tout temps, il en a été ainsi. Les peintres s’en sont rendu compte et, dans leurs tableaux, ils habillent toujours les vieillards à l’ancienne mode. •
- Ainsi David Téniers jeune (1610-1690), dans un tableau d’intérieur de cabaret, qui se trouve au Louvre, peint avec des cols rabattus tous ses personnages, sauf une vieille femme qui a une fraise énorme. Les auteurs qui se sont occupés du costume, quand ils veulent marquer qu’une mode a bien disparu, disent que « les vieilles gens même ne la portaient plus ». Ainsi dit Viollet-le-Duc pour le Chaperon, abandonné même par les vieillards, sous Charles YIII.
- Habits de gala. — Dans les cérémonies officielles, lés fêtes et les grandes circonstances de la vie, on • revient à l’ancien costume qui est alors de rigueur. Ainsi l’habit est un reste de la mode au commencement du siècle. Il en est de même du décolletage des femmes, qui était courant pendant le dix-huitième siècle et au début du dix-neuvième siècle. De là l’usage de mettre, pour sortir, des châles, des lichus et des mantes.
- Habits des veuves. — L’habillement des veuves est également de forme ancienne. Les modes y subsistent plus longtemps encore que chez les vieillards. Ainsi, sous Charles VIII, le chaperon avait disparu parmi les vieilles gens, mais il resta longtemps de rigueur sur la tête des veuves. La guimpe, sorte de voile qui fut adopté par les veuves dès la fin du treizième siècle et dont le voile actuel est le dérivé, était mise au treizième et au quatorzième siècle par les femmes de bon renom pour aller à l’église (Viollet-le-Duc).
- Habits des classes inférieures. — Les petites gens, ouvriers, serviteurs, adoptent moins vite la mode que les bourgeois et les riches.
- Ce fait a existé de tout temps.
- Ainsi le vêtement était court au début du moyen âge. En 1400, il devint long, mais les ouvriers le gardèrent court. En 1430, le pourpoint remplaça la cotte, mais celle-ci fut conservée beaucoup plus tard par les ouvriers. Au reste, si on exagère la mode, c’est pour se distinguer du commun. Autrefois, les lois somptuaires consacraient cette distinction. Sous Philippe le Bel fut établi un édit par le-
- 1 Suite et lin. — Yoy. n° 1088, du 7 avril 1894, p. 289.
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- quel la pointe des souliers à poulaine était fixée, pour les paysans, à six pouces, [tour les bourgeois à douze, pour les seigneurs, à vingt-quatre.
- Or les souliers dont la pointe était la moins longue é ta ien t j us tein en t les plus anciens. Le hennin des suivantes était plus petit et plus modeste que celui de leurs maîtresses.
- Si aujourd’hui les lois somptuaires n’cxislent plus, on voit néanmoins les riches imposer l’ancien costume à leurs serviteurs. Les domestiques servent et reçoivent en habit et ont parfois la culotte courte.
- Au degré inférieur, la bonne à tout faire ne peut mettre de chapeau et souvent même, on l’oblige à garder le costume de son pays.
- Sous Louis XIV, il en était de même, et, dans les pièces de Molière, les domestiques ont des fraises godronnées au cou et le chapeau rond, mou et plat (que portent encore les marmitons), tandis que les maîtres paraissent avec le col rabattu et le chapeau à plumes.
- Vêtements professionnels. — Il est des professions qui conservent la mode ancienne.
- Ainsi, en harmonie avec le corbillard aux formes lourdes et au siège élevé rappelant le carrosse d’autrefois, les croque-morts ont gardé la coiffure ancienne, le bicorne. Dans certaines troupes d’élite, chez les polytechniciens, les gendarmes et les gardes de Paris, cette forme de coiffure a également persisté.
- Les avocats, dans l’exercice de leur profession, ont conservé le vêtement long d’autrefois, vêtement qu’ont quitté aujourd’hui les médecins et les professeurs. Ces derniers conservent cependant la robe pour les distri-
- butions de prix et les cérémonies officielles. La bande de fourrure portée sur l’épaule par les professeurs est le vestige de l’aumusse, sorte de capuchon très ancien qu’on portait vers le quatorzième siècle (Viollct-le-I)uc).
- Un vêtement peut donc s’atrophier comme un organe devenu inutile et ne laisser qu’un vestige, en apparence incompréhensible, si on ne remonte pas plus haut dans l’évolution de l’habit, comme le naturaliste remonte dans l’évolution d’un organe. (Pour comprendre la présence de l’appendice iléocœcal, par exemple, alors qu’il n’est actuellement d'aucune nécessité.)
- Nous citerons encore à l’appui, les hauts-de-chausse qui, à la fin du quinzième siècle, se portaient souvent avec des boutons le long des cuisses, de sorte qu’on pouvait les ouvrir latéralement. Au commencement du
- dix-septième siècle, les hauts-dc-chausse avaient conservé par tradition ces garnitures de boutons, devenues alors un ornement.
- Certaines classes inférieures n’ont pas totalement abandonné l’usage d’un costume spécial. Ainsi les cordonniers portent encore un tablier vert, les marmitons sont vêtus de blanc et ont un bonnet spécial, les nourrices adaptent à leur bonnet de longs rubans. Peut-être pourrait-on en trouver la raison dans les anciens costumes.
- C’est dans la profession religieuse que le vêtement se modifie le moins. La religion perpétuant des idées et des traditions anciennes, le costume de ceux qui la prêchent rappelle naturellement l’époque où elle s’imposa au monde. Le
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- costume des prêtres catholiques est romain, celui leurs idées. Ainsi la guimpe et la mentonnière, des religieux et religieuses est moyen âge, comme portées par tant de confréries religieuses, datent du
- Fig. 5. — Coiffes normandes, d’après les spécimens exposés au Musée ethnographique du Trocadéro, à Paris.
- quatorzième siècle. Néanmoins, bien que fidèle aux anciens us, le clergé lui-mème obéit, pour son habillement, aux lois d’exagération. La mitre des évêques jusqu’en 1230 était basse. Vers cette époque, elle commença à s’élever ; à la (in du treizième siècle, la hauteur en fut plus accusée encore ; deux cents ans plus tard, ses dimensions devinrent, dit Viollet - le - Duc , hors de proportion avec l’échelle humaine et, depuis, elles furent encore dépassées.
- Jusqu’à la fin du quatorzième siècle, la chasuble couvrait les bras ; à cette époque, les manches prennent un peu moins de longueur ; au quinzième
- Fig. i. — Sabot des Pyrénées et sabot de Mussat (Ariège).
- siècle, elles se raccourcissent encore ; au seizième, cette diminution s’exagère de nouveau et au dix-
- septième, on arrive à la chasuble moderne qui ne recouvre plus les bras. « I)’un très beau vêtement, on en vint ainsi à faire un ornement difforme qui donne à celui qui le porte l’apparence d’un énorme coléoptère. » (Viollet-le-Duc.) Le froc des religieux n’était, au début, qu’une aumusse. Peu à peu, il s’allongea et on dut y adjoindre de longues manches. Costumes des provinces. — Une loi dos plus importantes est la persistance des anciennes modes dans les provinces. Nous allons en parler ici.
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- On sait qu’une mode usitée dans la capitale n’apparaît qu’un ou deux ans après en province et que celle-ci est toujours en retard.
- Ce fait est bien plus accentué si on considère la mode dans le peuple.
- Bien des usages, regardés comme locaux, sont des restes d’une coutume autrefois générale. Par exemple, le fifre et le tambourin, qu’on joue en Provence, ne lui sont pas spéciaux, comme beaucoup le croient. Au siècle dernier, nos troupes marchaient de la sorte au combat, et en Angleterre, il y a encore des fifres dans les régiments. C’est ainsi encore que, dans nos patois, on retrouve certains mots de vieux français qui ont disparu dans la langue mère.
- La coiffure est la partie à laquelle tiennent le plus les gens et celle qui disparaît en dernier lieu.
- D’où la variété et la quantité de chapeaux et de bonnets qu’on retrouve dans nos provinces Les bonnets sont des variantes de la coiffe.
- Le bicorne de la Révolution se retrouve en Auvergne, en Franche-Comté et en Bourgogne. Dans quelques localités de ce dernier pays, persiste le costume entier de la Révolution, comme on peut le voir par le Bourguignon, qui a été dessiné dans notre figure 1 à droite d’un paysan breton, d’après les spécimens du Musée ethnographique du Trocadéro. La coiffe, coiffure de parade du seizième siècle, que portait Catherine de Médicis, existe en Savoie. On en verra la reproduction dans la présente Notice (fig. 2). Le bonnet de quelques villages vendéens ressemble à celui de la reine Isabelle et la coiffe cauchoise rappelle celle du temps de Charles-VIL La griotte, bonnet porté encore à Niort il y a soixante ans, est le dernier vestige du hennin des suivantes. Le hennin lui-même subsiste dans quelques costumes de fête de la Normandie (fig. 5). La coiffe du quatorzième siècle, à pans tombant sur les côtés, est représentée aujourd’hui encore en Ariège, dans le Yal-Mussat.
- Le rochet, vêtement court porté généralement par les hommes du peuple, est signalé dès les premières années du treizième siècle. Il paraît avoir cessé d’être porté par les hautes classes à dater du quatorzième siècle, et, au quinzième, il était certainement réservé aux paysans, vilains et bourgeois. La blouse en dérive évidemment.
- La limousine de nos paysans du centre de la France, portée par les bergers et les rouliers, est une dernière imitation de la gonelle, usitée chez les Gaulois, comme le prouvent des stèles funéraires des quatrième et cinquième siècles. C’est une sorte de cape sans manches, ayant d’ordinaire un capuchon.
- Enfin l’aumusse des onzième et treizième siècles serait encore représentée dans le Midi par le capu-let, sorte de manteau de femme. (Yiollet-le-Duc.)
- Les bas de chausses, au moyen âge, recouvraient les souliers à la façon de guêtres à plis verticaux et étaient serrés aux chevilles. Ces bas de chausses sont encore en usage dans la Bretagne et sur la côte de l’Océan jusqu’à Bayonne. ,A Mussat (Ariège), les femmes ont encore des sabots avec une longue
- pointe courbe à poulaine (fig. 4). Cette pointe existe, atténuée, chez beaucoup de Pyrénéens. Nous l’avons vue dans le costume du Palois, au musée de Pau.
- Du reste, la fraise du seizième siècle est encore mise, à Fribourg, dans le costume de fête féminin. Mais ce n’est plus qu’un ornement distinct détaché de la chemise.
- On retrouve dans le costume provincial des traces encore plus anciennes de la mode.
- Au treizième siècle, hors de France, où le costume était alors sévère, on portait des carcans s’ajustant au cou par-dessus la fronce de la chemisette. Us étaient en or et pierreries. Les femmes du peuple, en Flandre et en Hollande, portaient encore de ces carcans jusqu’à la fin du dix-septième siècle.
- Pour Quicherat, le sac de cuir que portent encore les femmes dans quelques parties du Languedoc est le même que celui des Gauloises.
- L’escarcelle est tombée en désuétude vers la fin du quatorzième siècle; mais l’usage de porter les sceaux du roi dans une escarcelle, lorsque le prince se rendait à quelque solennité, se conserva jusqu’à la fin du seizième siècle.
- La mode d’autrefois peut persister intacte dans un canton ou une province, surtout quand il s’agit de costumes d’apparat que la paysanne ne met que le dimanche ou dans les grandes cérémonies. Mais celte mode peut elle-même varier et se transformer, surtout si elle est mise journellement et principalement quand elle est portée dans les villes.
- Je citerai, comme exemple, le costume des Arlé-siennes. L’ancienne coiffure du dix-septième siècle était un bonnet dont les deux brides venaient s’attacher sous le menton. Au début du dix-neuvième siècle, nous trouvons le ruban d’étolfe qui s’enroule sur les cheveux. Aujourd’hui, le ruban s’est allongé et il s’enroule en arrière sur une faible portion de la tète, en laissant la majeure partie à découvert. Les vieilles Arlésiennes ont seules conservé le ruban qui cache une partie de la tête et la distinction se fait ainsi, tranchée entre l’ancienne et la nouvelle mode.
- Le même fait de rétrécissement de la coiffure s’observe chez les Gasconnes, qui s’enroulent un mouchoir de soie sur la tête. Les vieilles ont presque toutes les cheveux cachés par le mouchoir ; les jeunes n’en couvrent qu’un petit chignon planté en arrière, ce qui est bien plus coquet.
- En déclarant qu’un grand nombre de nos modes anciennes se retrouvent dans nos provinces, nous n’avons pas voulu affirmer une loi absolue, mais un fait d’une grande généralité. Rarement, en effet, une mode s’est créée dans une province, mais nos modes ont pu y dévier. Enfin les modes des provinces frontières peuvent emprunter beaucoup aux modes des pays voisins.
- Quand on aura bien fixé la manière dont se développe et disparaît une mode, on pourra ainsi grouper de nombreux faits qui semblaient autrefois disparates, sans liens et provoqués par le hasard. Il nous restera à savoir alors la cause première de
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- l’origine d’une mode et à la rechercher dans le milieu qu'habite une société, dans son degrc de civilisation et ses relations de voisinage. I)r Félix Régnault.
- Là MORTALITÉ DANS LES GRANDES AILLES
- À titre de document, nous publions l’extrait suivant du dernier Rapport que vient de publier le Service sanitaire impérial d’Allemagne. Parlant du degré de salubrité des grandes villes d’après les plus récentes statistiques de la mortalité dans chacune d’elles, le Rapport conclut que Berlin, qui ne compte que 16,5 morts pour 1000, est la ville d’Europe la plus saine d’habitation. Londres et Paris, avec une mortalité de 20,5 pour 1000, sont parmi les villes d’Europe les plus salubres et ne le cèdent sous ce point de vue qu’à Stockholm et à Christiania dont les proportions sont respectivement de 16,9 et de 19. Les villes de l’Europe méridionale, de l’Italie surtout, sont les moins bien partagées. À Rome, la mortalité s’élève à 27,6, tandis qu’à Venise elle atteint 50,1. D'après le même Rapport, Alexandrie d’Égypte serait la ville la plus malsaine du monde entier avec l’énorme proportion de 52,9 morts pour 1000. X. W.
- COURANTS DES GRANDS LACS AMÉRICAINS
- L’océanographie fait aujourd’hui de rapides progrès et l’étude des courants marins notamment est poursuivie très activement, surtout par le prince de Monaco1; mais ces recherches ne doivent pas être moins intéressantes pour les cinq grands lacs américains, qui constituent une vaste mer intérieure pour les États-Unis. Il a déjà été parlé ici-même du rôle économique si considérable que jouent ces lacs : nous pouvons l’indiquer plus clairement encore à l’aide de quelques chiffres. Pendant la saison de navigation de l’année 1889, les différents ports, depuis Chicago jusqu’à Osvvego, ont vu passer un tonnage de 51295000 tonneaux; quant à la flotte qui navigue sur cette immense superficie d’eau douce, elle comprenait, en 1890, 2055 navires, représentant un tonnage net total de 826 000 tonneaux, et évalués 295 millions de francs. C’est pour cela que, depuis deux années, le « Bureau of Weather », l'équivalent de notre Bureau météorologique, sous la direction de son chef si distingué M. Mark W.-Harrington, a poursuivi des expériences sur les courants des grands lacs.
- En 1891, le « Bureau » avait dressé une carte des épaves trouvées sur les lacs et, en constatant qu’elles étaient portées plutôt vers tel ou tel point, on avait été conduit à songer à l’influence de certains courants bien déterminés; on comprit combien il serait intéressant d'élucider cette question, notamment pour l’entraînement des eaux d’égouts des grandes villes.
- La méthode employée fut naturellement celle des flotteurs, qui furent simplement des bouteilles de verre contenant une feuille de papier. Sur cette feuille sont indiqués le lieu et la date de l’immer-
- 1 Voy. n° 055, du 5 décembre 1885, ]>. 15.
- sion; puis quand on repêche le flotteur, on porte sur la même feuille le moment et le lieu de la trouvaille : on a ainsi deux points du tracé du courant. On fit faire un grand nombre de bouteilles dans ce but : elles portent dans le verre même, le nom du « Weather Bureau » ; allongées et ayant un peu la forme des bouteilles d’encre, elles sont d’une couleur sombre, mais assez transparentes pour qu’on puisse voir immédiatement le papier qu’elles contiennent; leurs dimensions sont 17cm,5 de haut et 6cm,2 de diamètre. Le poids, tout compris, en oscille entre 400 et 450 grammes ; le déplacement total est de 460 centimètres cubes, et le volume qui reste au-dessus de l’eau est de 50 à 51 centimètres cubes. De toute façon il y a au dehors de l’eau une portion de bouteille suffisante pour que le vent ait quelque prise, mais cela n’a probablement que peu d’importance, car le vent qui a cette prise pousse l’eau de la surface dans la même direction ; le seul effet probable, mais bien faible, était de faire déplacer les bouteilles peut-être un peu plus vite que l’eau où elles étaient immergées.
- Dans l’intérieur de chaque récipient était une enveloppe affranchie portant l’adresse du « Weather Bureau » et contenant ce qu’on peut appeler la feuille de route. Celle-ci portait en substance : « Pour permettre d’étudier les courants des lacs, vous êtes prié de mettre à flot cette bouteille après avoir rempli la formule ; celui qui la trouvera remplira de son côté la seconde partie de la formule et enverra le papier au chef du « Bureau » ou à tels ou tels correspondants. » La première partie de la formule contenait : « jetée à l’eau par (nom, navire, date et position); la seconde « trouvée par (nom, adresse, date etc.). On confia un grand nombre de ces bouteilles à des capitaines de navires; en outre, pour leur faciliter l’indication du lieu d’immersion, on leur donnait un exemplaire d’une carte où les lacs étaient divisés eh un grand nombre de petites sections, et ils n’avaient qu’à mettre le numéro de la section où ils immergeaient le flotteur. On est -encore réellement dans une période de débuts; mais on a, dans ces deux premières années, déjà fait parvenir au « Weather Bureau » toute une série de feuilles extraites de bouteilles trouvées pour la plupart dans les eaux canadiennes et sur les rivages, souvent par des Indiens dans des parages inhabités.
- La carte ci-contre (p. 596), empruntée à l’Album du Bureau américain, condense les cartes détaillées; elle permet de reconnaître quatre sortes principales de courants dans les lacs. Au premier rang sont les « courants de masse », résultant du mouvement naturel de fuite de la masse d’eau vers le déversoir du lac, mouvement continu mais bien lent. En second lieu, notons le courant de surface dù aux vents dominants; on sait que les vents constants ont une grande influence à la surface des grandes étendues d’eau, et l’on a même voulu en faire la seule cause des courants dans les océans. Or, précisément sur les grands lacs, 30 pour 100 des
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- vents soufflent du sud-ouest, 22 pour 100 de l’ouest et 14 pour 100 du nord-ouest : c’est donc de la région ouest que viennent surtout les vents. Pour ceux des lacs dont l’axe s’allonge dans la direction ouest-est, le courant produit par les vents dominants coïncide avec le courant de masse. Quand l’axe est perpendiculaire à cette direction, un courant est déterminé perpendiculaire lui-même à l’axe du lac. Bien entendu les changements de vents entraînent des modifications partielles des courants. Les modifications barométriques ont aussi une action : si, par exemple, une forte pression se fait sentir sur le sud du Michigan, l’eau se trouve plus
- basse au sud qu’au nord et par suite s’écoule du nord vers le sud, créant un courant de peu de durée, il est vrai. Il faudrait tenir compte également d’une sorte de seiche, d’une vague de hauteur considérable qui traverse les lacs et pourrait entraîner un flotteur.
- En troisième lieu, il ne faut pas oublier les courants de retour : le courant principal suivant une des rives, tout naturellement il se produit un entraînement des eaux en sens inverse. En somme, par suite de ces actions diverses, il se manifeste un mouvement circulaire général dans l’ensemble du lac; parfois il faut y ajouter des tourbillons secon-
- Carle des grands lacs des États-Unis : lac Supérieur, lac Michigan, lac Iluron, lac Ontario, lac Érié, avec l’indication de leurs courants.
- daires dans les indentations des côtes ou autour des îles. En dernier lieu il faut tenir compte de ce que la route suivie par les flotteurs est modifiée par ce qu’on peut appeler le ressac : les vagues déferlant sur les rivages les entraînent hors de la direction normale des courants proprement dits.
- Tout naturellement, surtout après un nombre très restreint d’expériences, on peut plutôt relever la direction générale des courants que leur rapidité : on n’a pas en effet la durée exacte du flottage, car on peut ne trouver la bouteille que longtemps après son atterrissement. En se basant sur des appréciations très rationnelles, on est arrivé à cette conclusion que les courants des lacs doivent faire de6km,50 àl9kiu,20 par jour; on a pu noter des flotteurs qui ont accom-
- pli un parcours très réduit sur le pied de 48 à 64 kilomètres par jour, mais c’était parce qu’ils étaient pris par le ressac près des côtes.
- Le « Weather Bureau » a préféré la sobriété des renseignements à des inexactitudes et n’a porté sur ses cartes que des indications d’une sécurité absolue; mais en somme on a déjà pu utiliser les feuilles de 500 à 600 flotteurs, qui ont donné de précieuses indications. C’est un début remarquable qui méritait d’être signalé. Ces intéressantes recherches vont être poursuivies, et l’on pourra mettre en lumière les lois qui régissent le déplacement des eaux dans ces immenses bassins intérieurs qui constituent les grands lacs américains. Daniel Bellet.
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- LE JEU DE POLO
- Le cercle des joueurs de Polo, qui a été londe à Paris en décembre 1892, par quelques-uns de nos sportsmen les plus distingués, vient de rouvrir ses portes au printemps de celte année. Ce nous est une occasion de parler d’un jeu sportique peu connu et de décrire la belle installation construite sur la pelouse de Bagatelle au bois de Boulogne.
- Le polo consiste en un jeu de balle, où la partie se dispute à cheval avec un maillet ou slick tenu à la main; il faut être un cavalier de grande agilité pour y prendre part.
- Vestige de siècles disparus, le jeu de polo est peut-
- être un des plus anciens qui soit mentionné dans les annales du sport. Dans toute la littérature orientale il est question du jeu de tchogan en tout semblable à notre jeu de polo actuel. Le maillet s’appelait tcho-gan et la balle pulu. Des écrivains persans du neuvième siècle avant notre ère, parlent du tchogan pratiqué par leurs souverains. H existe au British Muséum, à Londres, un manuscrit persan du seizième siècle, dù à la plume du poète Ferdusi. Une miniature splendide est publiée dans cet ouvrage; elle représente un groupe de joueurs de polo ; les cavaliers couverts de superbes costumes, montés sur de magnifiques chevaux, semblent manier leurs tchogans avec une étonnante habileté. Dans le fond delà pein-
- La piste du jeu de Polo, au bois de Boulogne à Paris. (D'après une photographie instantanée de MM. Dcllon.)
- ture, l’artiste a figuré un orchestre de musiciens dont le concert accompagne la fête.
- On parle du polo ou du tchogan dans les Contes des Mille et une Nuits, et ce jeu a certainement joué un grand rôle chez les Orientaux. Un cavalier attachait une grande importance à son habileté à manier le stick. Ce sport s’étendit rapidement à tout l’Orient, à la Chine, au Thibet et à l’Inde.
- Le jeu de polo, longtemps tombé dans l’oubli, fut ressuscité tout à coup vers 1855 sous la direction du lieutenant J.-F. Sherer, attaché à « l’Armée du Bengale » Les premières parties exécutées eurent un succès considérable et furent continuées les années suivantes. En 1868, le général anglais Stewart, fondait à Calcul ta, en Cawnpore, à Deshawer, des clubs de polo. Ces clubs prirent un rapide développement
- et le polo ne tarda pas à franchir les mers. Le Hur-lingham Club fut fondé en Angleterre et en 1876 il gagna les concurrents américains qui étaient venus délier ses membres.
- Le cercle du polo organisé à Paris, a Bagatelle, est très élégant.
- Les petites constructions qui sont échelonnées à côté de la piste sont installées avec beaucoup de luxe. C’est là que le cercle lient ses réunions : il a pour président M. le vicomle de la Rochefoucauld.
- Pour pratiquer le polo, il faut monter des poneys de grande valeur, et très ardents. Le joueur doit être excellent cavalier ; il faut qu’il sache faire rebondir la balle, pour la jeter loin de là, comme un joueur de crochet, mais quelquefois par un coup de revers donné par un joueur voisin il est contraint
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- LA NATURE.
- de toucher terre sans quitter son poney; ces renversements exigent beaucoup de souplesse.
- Nous empruntons à un écrivain qui a consacré récemment une Notice historique au jeu qui nous occupe, M. Frontis, quelques détails sur ses règles et sur la manière dont il s’exécute.
- « Deux troupes à cheval, de quatre cavaliers chacune, combattent l’une contre l'autre et galopent après une halle jetée au milieu du terrain, que chaque camp s’efforce d’amener dans le camp adverse. Le polo se joue sur une pelouse unie de trois cents mètres environ de long sur deux cents de large. Aux deux extrémités du terrain sont placés les buts, figurés par deux poteaux, distants l’un de l’autre de dix à douze mètres; c’est entre ces poteaux qu’il faut faire passer la balle pour gagner un point. Chaque joueur, monté sur un poney, armé de son stick, a son rôle spécial. Le premier met la halle au jeu, l’enlève adroitement et la poursuit; le second, son associé, le suit pendant qu’il court après, et doit la reprendre s’il la manque; le troisième a le même rôle vis-à-vis du second ; le quatrième doit s’attacher au premier de l’autre équipe, pour paralyser son jeu, gêner ses mouvements et l’arrêter dans ses pointes. Au centre de la pelouse s’élancent et chargent les cavaliers après la balle que jette l’arbitre; touchée au premier, au second ou au troisième coup, elle bondit de l’herbe dans l’espace, suivie de tous. »
- La gravure que nous représentons ci-contre, montre avec la plus grande exactitude l’attitude des énergiques cavaliers qui jouent le polo. Elle est la reproduction d’une photographie que nous devons à l’obligeance de MM. Dclton; elle montre la piste du nouveau Club de Bagatelle. Les spectateurs s’aperçoivent au fond, devant les maisons d’habitation de l’établissement.
- Le jeu de pola exige de la vigueur, de la souplesse, de la hardiesse; je sont là des qualités que les jeunes gens ne sauraient trop s’efforcer d’acquérir.
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Une fabrique de paillons. — M. Simon a fait, récemment, à la Société d'encouragement, au nom du Comité des arts mécaniques, un Rapport sur la manufacture de paillons de M. J. Bar, à Rantigny (Oise). Cet industriel a présenté de nombreux échantillons de sa fabrication : ce sont de minces feuilles, tantôt de cuivre pur, tantôt de cuivre plaqué d’argent ou d’or, les unes brillantes du seul éclat métallique, les autres teintées en couleurs vives, lisses ou gaufrées, connues dans le commerce sous le nom général de paillons. Ces paillons servent à de multiples usages : encartage des boutons de nacre et de porcelaine, découpure de paillettes pour éventails, confection de fleurs artificielles, de bouquets d’église, sertissage de pierres précieuses ou fausses, perles dorées ou argentées, ornementation de costumes, etc. M. Simon a décrit les divers détails de cette fabrication, ainsi que les ateliers de l’important établissement de M. J. Bar, qui
- est parfaitement aménagé pour éviter les accidents et assurer toutes les conditions de l'hygiène. Cette usine consomme annuellement, en moyenne, 150 000 kilogrammes de cuivre rouge, 5000 kilogrammes d’argent, 100 kilogrammes de platine et 5 kilogrammes d’or fin pour fabriquer des articles dont le poids varie suivant épaisseur et formats, mais dont la majeure partie pèse seulement de 5 à 7 grammes la feuille. L’orateur a signalé l’aménagement de l’usine, le choix et l’entretien de l’outillage, l’éducation technique et la tenue du personnel, toutes choses qui démontrent chez M. J. Bar l’étude approfondie de tous les détails de la fabrication et expliquent comment ce manufacturier a pu généraliser dans son établissement l’utilisation particulièrement économique des petites mains.
- Les Laotiens et la pluie artificielle. — Nos
- lecteurs ont été tenus au courant de toutes les expériences, de toutes les tentatives faites à des époques assez récentes et dans des contrées fort diverses pour provoquer artificiellement la chute de la pluie : quels que soient les moyens employés, détonations du canon, décharges électriques, etc., ce qu’on veut toujours, c’est causer un ébranlement de l’air entraînant la condensation des vapeurs en suspension. Or, en lisantune communication faite par le capitaine Rivière, devant la Société de géographie commerciale, sur une province laotienne, le Kham-Muon, nous y avons trouvé une preuve que les populations si primitives de celte contrée connaissent ou croient connaître l'influence du déplacement des couches atmosphériques sur la production de la pluie. Si nous montons sur le haut plateau séparant le Laos del’Annam, nous nous trouvons en pleine forêt tropicale, où la fièvre règne en maîtresse : c’est que là vient se condenser la plus grande partie de l’humidité apportée par la mousson est-nord-est en des pluies presque continuelles, en des brouillards épais. Or une foule de dictons, un nombre considérable de croyances plus ou moins superstitieuses se rattachent à cet état de perpétuelle humidité du haut plateau : c’est ainsi que, par exemple, il est défendu d’allumer du feu, ou bien de parler haut, sous peine de faire sûrement pleuvoir. Il est évident que dictons et superstitions ont leur hase dans des faits d’observation : le feu détermine des courants ascendants et des appels d’air, le bruit ébranle les couches atmosphériques et sans doute en résulte-t-il des condensations que les naturels ont remarquées sans se les expliquer.
- Intelligence «le l’araignée. — M. Philipp signale à notre confrère Nature, de Londres, un fait curieux, observé à.Buenos-Avres : l’emploi d’une pierre, par une araignée, pour lester sa toile. Cette toile était tendue entre deux arbres distants d’environ 5 mètres; il en partait un fil à l’extrémité duquel était suspendue librement, à 0m,00 plus bas, à lra,20 du sol, une petite pierre de la grosseur d’un pois. Cette disposition avait évidemment été imaginée par l’insecte, soit pour tendre sa toile, soit pour lui donner un lest capable d’assurer sa stabilité contre le vent; par le fait, quand on soulevait légèrement la pierre en ne la laissant plus peser sur la toile, celle-ci se détendait et elle était entraînée par le moindre souffle d’air.
- La température aux grandes profondeurs souterraines. — M. William Hallock a fait dernièrement, à la section géologique de l'Association américaine pour l'avancement des sciences, une intéressante communication relative aux mesures de températures, faites aux puits de Whceling (Virginie occidentale). Ce puits a 1500 mètres de profondeur et présente, au point
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- de vue de la rigueur des mesures, de grands avantages sur ceux de Sperenberg (1590 m.) et de Schladebach (1910 ni.). En effet, il ne contient pas d’eau et l’on sait que, dans un puits qui en renferme, la mesure exacte des températures est rendue fort difficile par le mélange des couches liquides, toujours en mouvement, par suite même de leur inégal échauffement. Le puits de Wheeling n’est revèlu que jusqu’à 520 mètres. La température à 450 mètres est de 20,4° G, et monte jusqu’à 45°,4 à la profondeur de 1487 mètres ; dans la partie supérieure de la portion non recou-verle du puits, l’accroissement de température avec la profondeur est très lent, d’environ un demi-degré centigrade pour 27 à 50 mètres; plus bas, l’augmentation est plus rapide, d'un demi-degré par 20 mètres.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 mai 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- La destruction des sauterelles. — Dans une précédente communication, M. Künckel d’iferculais a fait connaître diverses particularités se rapportant à un insecte diptère qui s’attaque aux œufs des sauterelles et peut être considéré comme un auxiliaire d’une puissance prodigieuse dans la lutte que l’homme soutient contre les acridiens. Aujourd’hui M. Künckel d’Ilerculais décrit une mouche qui s’attaque à l’acridien. Cette mouche pond dans le corps des acridiens, ou plutôt y dépose des larves sarcophages. Ces mouches suivent en norflbre énorme les vols de sauterelles, et, parmi les insectes qui s’arrêtent, 75 pour 100 sont envahis par les larves. Ce parasitisme, par ses conséquences physiologiques, a une importance très considérable. En absorbant pour leur propre respiration l’oxygène dissous dans le plasma sanguin -de leurs hôtes, en dévorant le tissu adipeux dans lequel ces derniers doivent puiser les principes constitutifs des éléments organiques de nouvelle formation, les larves des sarcophages causent une insuffisance de nutrition dans les tissus; il en résulte une sorte de rachitisme qui fait que les muscles moteurs des élvtres et des ailes deviennent faibles, incapables d’une action continue et que les organes internes de la reproduction s’atrophient. Ainsi s’explique la proportion si forte des insectes envahis par les larves parasites, chez les insectes retardataires recueillis à terre, lors du passage des vols. Tout en notant les résultats pratiques issus des recherches de M. Künckel d’Ilerculais, il convient de relever la haute portée scientifique des travaux de ce savant, relativement à l’influence des parasites, quels qu’ils soient, sur le développement de leurs hôtes.
- Action du sulfure de carbone sur la végétation. — En 1886, M. Aimé Girard ayant constaté de graves dégâts exercés dans des cultures de betteraves par un nématode parasite, entreprit de détruire le parasite et les cultures infectées, au moyen d’injections, dans le sol, de sulfure de carbone. La quantité de liquide employée avait été de 350 grammes par mètre carré. L’année suivante, la surface traitée ayant été ensemencée de blé, celui-ci poussa avec une vigueur extraordinaire. Le grain donna une surproduction de 47 pour 100 et la paille 22 pour 100. Les années suivantes l’expérience fut répétée en différents endroits et sur d’autres végétaux. Les résultats de 1891 accusèrent une supériorité de rendement de 50 pour 100 sur le blé et l’avoine, 18 sur la betterave, 19 sur la pomme de terre, 60 pour 100 sur le trèfle séché. De plus l’action parut se prolonger au delà d’une année car en 1892, malgré la sécheresse, l’augmentation sur la betterave fut de 50 pour 100, celle sur le grain de 100 pour 100
- celle sur la paille de 80 pour 100, sur le trèfle séché de 119 pour 100. Quelle est la cause d’une action aussi énergique? Tel est le problème que l’autour a abordé. Tout d’abord, il pose en principe que le sulfure de carbone n’est pas un engrais fertilisant à proprement dire. C’est un poison qui tue les insectes et les organismes d’ordre inférieur qui vivent dans le sol, sans toutefois porter atteinte aux agents de la nitrification. On voit en effet des quantités d’insectes de toutes espèces qui viennent mourir à la surface du sol. Mais la pratique de la sulfuration par doses massives ne saurait entrer dans le domaine de l’agriculture, car elle nécessite une dépense de plus de 1000 francs à l’hectare. Peu de terrains pourraient supporter une telle dépense; M. Aimé Girard se propose de rechercher s’il ne serait pas possible d’obtenir les mêmes résultats avec des doses plus faibles et partant à meilleur compte.
- La mesure des bases géodésiques. — M. Ederine, professeur à Stockholm, a imaginé un appareil propre à la mesure rapide des bases géodésiques. Cet appareil se compose en principe d’une ficelle d’acier de longueur connue que l’on suspend entre des piquets enfoncés dans le sol. La ficelle d’acier est tendue* d’une manière uniforme par des poids constants; sa longueur est de 20 mètres, ce qui permet de procéder par portées longues. La ficelle d’acier ainsi tendue entre deux piquets n’est pas horizontale, mais elle prend une position d’équilibre dont la forme est exactement connue par le calcul. Des tables numériques ont donc été construites, au moyen desquelles on obtient la distance réelle des. deux piquets. En jalonnant de piquets espacés de 20 mètres, la ligne à mesurer, on voit que l’on peut progresser rapidement à la condition que chaque piquet conserve une position invariable entre deux positions consécutives de la ficelle d’acier. Cet appareil, qui ne paraît devoir être très précis, a été expérimenté aux environ de Saint-Pétersbourg, à Malaskoxvilz, sur un côté géodésique de longueur connue et a donné cependant un résultat des plus heureux. Le nombre obtenu concorde en effet, à un demi-centimètre près, avec la longueur connue du côté géodésique choisi.
- La distinction des espèces dans les champignons. — MM. Costantin et Matruchot ont effectué des recherches expérimentales dans le but de déterminer s’il existe réellement des espèces fixes dans les champignons de couches. La question était douteuse parce que les cliampi-gnonistesont l’habitude de multiplier les champignons par division du blanc. Ils font ainsi de véritables boutures et par suite doivent reproduire forcément le végétal initial. MM. Costantin et Matruchot ont au contraire semé des spores et élevé des champignons. Ils ont pu noter cinq espèces absolument fixes. 11 en existe sans doute un plus grand nombre, mais l’état de leurs travaux ne leur permet pas encore de les distinguer. Ces recherches revêtent un caractère pratique important, car toutes les espèces ne sont pas également recherchées.
- Élection. — M. Blondlot est élu membre correspondant de la section de physique. Cu. de Villedeuil.
- L’ACTION DU SPECTRE SOLAIRE
- SUR LES MICROBES
- Tous les hygiénistes s’accordent à reconnaître l’action bienfaisante du soleil pour purifier les appartements, par exemple, et même les objets qui ont été soumis à quelque infection. Poussant plus loin ses investigations, la science moderne a démontré que cette action provenait
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- LA NATURE.
- non des rayons caloriques, mais uniquement des rayons lumineux . L’analyse spectrale vient de conduire, dans le même ordre d’idées, un savant anglais à une nouvelle découverte qui permet de préciser encore davantage l’action de la lumière solaire sur la multiplication et le développement des micro-organismes.
- Au cours d’une toute récente conférence qui a eu lieu a l’Institut Royal de Londres, le professeur Marshall Ward, qui s’est spécialisé dans ce genre de recherches, a expliqué par quelle suite d’expériences il avait été amené à déterminer quels étaient les rayons favorables et quels étaient les rayons nuisibles au développement des bacilles.
- Pour nous en tenir a la substance même de son travail, voici les résultats des expériences faites par le professeur Marshall Ward.
- Ayant soumis une colonie de microbes, pendant plusieurs heures, successivement à l’influence des rayons rouge, orangé, jaune et vert, le savant a pu constater que l’action de ces rayons était absolument nulle. Brusquement, au contraire, les rayons bleus détruisaient les germes soumis à leur influence.
- Entin, l’indigo, le violet et même les rayons de la région ultra-violette, étaient, comme les premiers, sans action aucune. Sous ces différentes couleurs extrêmes décomposées, la colonie se comportait comme en pleine obscurité, c’est-à-dire se développait rapidement; seul les rayons bleus de la région médiane affectaient les bacilles sur lesquels ils se trouvaient dirigés.
- Le professeur Marshall Ward a fait de sa découverte une intéressante démonstration expérimentale. Après avoir montré l’influence d’un faisceau de lumière blanche sur une colonie microbienne, il a interposé une solution de bichromate de potasse, — qui absorbe, comme l’on sait, les rayons bleus du spectre solaire,
- — et l’action nuisible cessant
- aussitôt, on a pu voir les bacilles se propager et se développer, malgré la lumière, aussi rapidement qu’ils l’eussent fait dans l'obscurité la plus profonde.
- X. West.
- EX-LIBRIS
- La modeest aux ex-libris parmi les bibliophiles ; on en lait des modernes, on en recherche des anciens. Il y a des collectionneurs passionnés et parfois dangereux, ils sont capables de lacérer un beau livre, pour en retirer une vignette. Les Ex-libris ont offert le sujet de publications spéciales quelquefois très importantes ; nous citerons celle que publia Poulet-Malassis vers 1875 sous le titre : Les ex-libris français depuis leur origine jusqu'à nos jours. M. Octave Uzanne a donné récemment sur les
- Ex-libris contemporains, deux excellentes Notices dans son Livre Moderne (1891).
- Un, anglais érudit, M. Walter Hamilton, a mentionné dans le Book-Worm de mai 1892, le premier ex-libris représentant un intérieur de bibliothèque, c’est un anonyme remontant à 1718. Vient ensuite celui de 1722, gravé par Bernard Picart, pour Amédée Lullin bibliophile savoyard. Un autre bibliophile anglais, 31. W. J. Hardy, a publié un ouvrage très étudié sur les ex-libris; nous lui emprunterons quelques faits curieux.
- Le premier ex-libris français daté, que l’on connaisse, remonte à 1574.
- Ihomas, comte de Wcntworlh, posséda plusieurs ex-libris; le premier est de 1698 et contient au long tous ses titres. Chaque fois que ce bibliophile obtenait une nouvelle qualité, il changeait sa marque de bibliothèque et la remplaçait par une nouvelle, où venait se joindre l’énumération des récents honneurs qu’il avait obtenus.
- L’ex-libris de J. Wennitzcr porte le lieu et la date de naissance de son possesseur : Nuremberg, 14 mai 15G5, 5h 22m du soir. Celui dont usait John Femvick, attorney, mentionne l’histoire de son possesseur. On y lit que Fen-wick vit le jour à Uexham, le 14 avril 1787, qu’il se maria à Ainwiek, le 9 juin 1814, et qu’il résidait à Newcastle-sur-Tyne.
- Une femme, Isabelle de Mcnzcs, lit exécuter son ex-libris par Bartolozzi et, chose curieuse, y inscrivit son âge : « ætatis 71 anno 1798. » Citons quelques ex-libris à portraits : ceux de l’évèque J. Hacke (1670), Pirckeimer (1524), Frances Anne Acland, veuve de Richard* lloare (1756-1800), Sam. Pepys, Louis Bosch, François Perrault, prêtre (1764), Filippo Linarti, Thoms.
- Sur un ex-libris allemand, au-dessus duquel on lit : E Bibliotheca Woogiana, est représenté un squelette assis sur un tombeau, tenant une faux et une balance.
- Les hommes de science ont eu parfois des ex-libris très intéressants ; nous reproduisons ci-dessus celui que Lavoisier plaçait dans ses livres. Le fondateur de la chimie ne pratiquait pas seulement la Science, il aimait aussi les arts, et l’ex-libris qu’il avait adopté, donne le témoignage de son bon goût.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Ex-libris de la Bibliothèque de Lavoisier.
- l'aris. — Imprimerie Lahure. rue de Fleurns. O.
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- N° 1095. — 26 MAI 1894.
- LA NATURE.
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- CAMÉE SASSANIDE
- DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
- SAPOR ET VALÉltlEN
- Il y a peu de mois, le Cabinet des médailles a eu la bonne fortune de s’enrichir d’un camée antique que nous croyons devoir signaler particulièrement aux lecteurs de La Nature, car il est destiné à compter parmi les plus précieux joyaux de la Bibliothèque nationale, eu égard à la beauté de la gemme, à ses dimensions peu communes, à l’intérêt historique et artistique du sujet qui s’y trouve représenté.
- La pierre est une sardonyx à trois couches : le fond est brun foncé; la couche médiane, celle dans laquelle ont été sculptées les parties essentielles du bas-relief, est d’un blanc pâle, cendré, bleuâtre sur les bords ; la couche supérieure, quia servi à nuancer certains accessoires et les portions les plus saillantes des figures, est roussàtre. Ce sont là les trois couches principales que l’on retrouve, plus ou moins claires ou foncées, dans les plus belles des agates de nos musées. Celle-ci est taillée en forme d’ellipse ; ses deux diamètres sont 105 et 68 millimètres, et son épaisseur est de 9 millimètres (la figure ci-dessus est sensiblement réduite). Comme l’importance minéralogique d’un camée réside non seulement dans l’éclat et les nuances des couleurs, mais dans ses dimensions, nous ferons remarquer que le Cabinet des médailles et le Cabinet impérial de Vienne, les deux plus riches collections de camées antiques qui existent, n’ont ensemble qu’une douzaine de gemmes dont la grandeur dépasse celle-ci.
- Au premier coup d’œil on reconnaît les données générales du sujet : un roi de Perse, de la dynastie des Sassanides, à cheval, saisit par le poignet et fait prisonnier un empereur romain, aussi à cheval; qui
- 1 L’article qu'on va lire est formé de quelques extraits d’une Notice qui a été lue devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dans la séance du 2 juin 1893 ; elle vient d’ètiv publiée avec quelques développements et modifications' dans le Recueil de monuments archéologiques (fondation Eug. Piot) de la même Académie.
- cherche à se défendre en brandissant son glaive. La lutte est ardente, et les coursiers sont lancés à fond de train, l’un contre l’autre. Suivant une convention familière à l’art oriental dès l’antiquité la plus reculée, le Sassanide a des proportions athlétiques, comme il convient à un vainqueur vis-à-vis de l’ennemi vaincu : il est véritablement taillé en Hercule, si on le compare au Romain. Sa barbe, épaisse mais courte, est nouée au bout du menton, où elle forme une sorte de mouche qui se profile sur le cou. Cette petite touffe, d’un effet singulier, se constate aussi dans l’effigie monétaire de plusieurs rois sassanides, ainsi que dans les portraits royaux des bas-reliefs rupestres de la Perse, où certains auteurs l’ont prise pour un médaillon suspendu à la barbe. Le prince sassanide n’a pas, sur la nuque, ces cheveux postiches, longs et bouclés, dont les frisures étagées
- forment un des -- — ---------------------3 ornements essen-
- tiels de la figure royale sur les monnaies ou dans les tableaux où elle est repré-sentéeen costume d’apparat. Ici, le roi est à la guerre, débarrassé de tout ce qui pourrait gêner ses mouvements, nuire à l’attaque ou à la défense.
- Son casque est un bassin hémisphérique, sans autre ornement que l’énorme globe ou ballon qui le surmonte, et qui paraît être le symbole de l’orbe solaire. Ce globe est sillonné de cercles convergeant vers les deux pôles, comme les degrés de latitude d'une mappemonde. Des paragnathides protègent les joues du roi ; deux banderolles plissées — les fanons du diadème — voltigent derrière la tête, et deux autres plus longues — les bouts de la ceinture sacrée appelée le kosti — flottent au vent à la hauteur du dos. Aux lanières de cuir qui se croisent sur la poitrine sont suspendues les armes du prince; ses épaules sont surmontées de globes pareils à celui du casque, mais plus petits. Ces singulières épaulettes sont également données aux rois sassanides qui figurent sur les bas-reliefs de Nakschè-Roustem et de Firouzabad. Sous sa cuirasse, le Perse est vêtu d’un justaucorps dont les manches étroites vont jusqu’au poignet; des lanières de cuir imbriquées protègent les cuisses. Un pantalon collant s’ajuste au-dessus du genou, à de longues chausses qui épousent la forme de la jambe; les rubans qui fixent
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- Nouveau camée du Cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale. (Grandeur de l'original : 105 niillinjètres de longueur.)
- îî” année. — 1er semestre
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- la chaussure 'a la cheville flottent jusqu’à terre.
- Le harnachement du cheval a, pour particularités principales, auprès des oreilles et sur le poitrail, deux énormes glands de laine, de crin ou de soie, à demi enveloppés dans une gaine de cuir, qui se détachent en roux fauve sur le corps de l’animal. Deux autres glands analogues, mais plus volumineux, sont fixés à la selle, au moyen de chaînettes, et flottent à l’arrière, agités par la course effrénée du cheval. Ces houppettes servaient à la fois d’ornements et de chasse-mouches : on les rencontre souvent dans le harnachement des chevaux de l’époque sassanide, et actuellement encore, en Perse, l’usage n’en a pas tout à fait disparu.
- De la main gauche, le roi, qui conserve dans l’action une attitude calme et paisible, en contradiction avec le mouvement général de la scène, saisit la poignée de sa grande épée demeurée dans le fourreau, tandis que de la main droite portée en avant il étreint vigoureusement le poignet gauche de son antagoniste.
- L’empereur romain, imberbe, a la tète ceinte de la couronne de laurier, son attribut caractéristique. 11 a une cuirasse, et le paludamentum flotte sur son dos ; deux lanières de cuir, l’une en bandoulière, l’autre en ceinture, servent à suspendre les armes ; ses pieds sont chaussés de brodequins lacés sur le devant. De la main droite, l’empereur brandit le parazonium au-dessus de sa tète ; mais ce geste de menace n’effraye en rien le roi qui, semble-t-il, dédaigne de se servir de ses armes pour corriger le jeune téméraire.
- Telle est la description matérielle de cette scène, pour l’interprétation de laquelle on n’hésitera pas, je pense, à prononcer les noms de Sapor et deValérien.
- C’est en l’an 260 de notre ère, dans le voisinage d’Édesse ou de Nisibe, que l’empereur Yalérien père fut fait prisonnier dans une surprise par Sapor Ier, fils d’Artaxerxe. Cet événement historique, qui eut un prodigieux retentissement dans le monde oriental, plus encore peut-être que chez les Romains, a été raconté diversement par les auteurs qui nous en ont transmis le souvenir, et nous manquons de renseignements précis sur Es circonstances dans lesquelles il se produisit ; de sorte qu’il est difficile de rapprocher les textes de l’épisode dramatique gravé sur le camée.
- Le camée de Sapor et Yalérien n’est point isolé dans l’histoire de la glyptique orientale. Il doit être rapproché de pierres gravées, bien rares, il est vrai, qui appartiennent à la même technique et sont les œuvres de la même école. Quoi qu’il en soit de son origine, il a été gravé par l’ordre de Sapor pour commémorer le souvenir de son triomphe sur les Romains : il a dû faire partie du trésor des rois sassanides. 11 serait fort intéressant d’en reconnaître le signalement dans l’inventaire du trésor de quelque église de Constantinople ou du monde occidental au moyen âge. Ernest Babelon.
- DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES
- EX ÉGYPTE
- DANS LA NÉCROPOLE DE DAIICHOI’R
- Des découvertes étonnantes, que l’on citera parmi les plus curieuses qui aient jamais été faites en Egypte, viennent d’être réalisées depuis le mois de mars dernier par M. de Morgan. Le savant directeur des travaux archéologiques en Egypte a trouvé des caveaux funéraires de la douzième dynastie; ces tombeaux étaient installés aux Pyramides de Dah-chour, qui forment la limite méridionale de la grande nécropole de Memphis.
- Nous allons donner d’abord quelques détails sur la première des découvertes de M. de Morgan, d’après les renseignements de l’explorateur lui-même. Il s’agit des fouilles exécutées dans le voisinage des deux pyramides qui se trouvent l’une au nord près du village de Menchiyeh, l'autre au sud entre ce village et celui de Sakkarah. C’est près de la pyramide du nord qu’on a fait les premières fouilles. Les travaux ont fait découvrir l’entrée de quatre puits; le déblaiement de l’un d’eux a donné les résultats les plus fructueux.
- À trois mètres de profondeur, au milieu des remblais, M. de Morgan trouva une statuette en bois plaqué d’or portant deux cartouches royaux, Fou-ab-ra et Hor. Plus bas, des débris de vases, canopes couverts de textes funéraires dont les formules sont toutes nouvelles, vinrent fournir des cartouches identiques. Enfin, à six mètres, apparut une excavation défendue par de larges planches. Le déblaiement poussé rapidement, amena l’explorateur en présence d’une pierre brisée donnant accès dans une chambre à toit aigu parée de calcaire blanc de Tourah. Ce travail clandestin était l’œuvre de spoliateurs antiques. En suivant cette voie, on tomba dans une petite chambre où deux caisses de bois, ouvertes jadis, gisaient encore. La première, placée près de la porte, affectait cette forme de naos où étaient enfermées les statues du défunt, statues que venait, d’après la croyance antique, animer l’ombre du défunt lorsqu’il lui plaisait de visiter son tombeau. Des textes gravés sur de minces feuilles d’or ornaient ce monument. A la partie supérieure, Hondit, le dieu grand qui lance ses rayons, le maître du ciel, était figuré sous sa forme de disque ailé.
- Dans ce naos, couverte de poteries grossières, gisait une admirable statue royale en acacia, plaquée d’or par endroits. Elle mesurait lm,55 de hauteur. La caisse était jonchée de menues offrandes, ombres de présents destinés à l’ombre d’un mort. C’étaient de simples représentations de bois, suffisantes sans doute pour apaiser les besoins de la vie d’outre-tombe. Ça et là, se voyaient des bâtons de commandement, souvenirs de fondations de monuments ou de cérémonies royales, des débris de vases, canopes et vingt autres objets ayant fait partie d’un riche mobilier funéraire. On découvrit aussi deux textes gravés sur albâtre dont les formules funéraires rappellent celle des pyramides d’Ounas et de Pepi.
- Après avoir rapidement inventorié tous ces objets, M. de Morgan passa à l’examen de la seconde caisse placée sous une large dalle, jadis enlevée, dont les inscriptions d’or scintillaient sur le couvercle d’acacia. Là gisait une momie qui n’était autre que celle du roi :
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- Fou-ab-ra, fils du soleil Hor. La momie gisait encore presque intacte dans une épaisse couche de bitume. Un masque doré aux yeux cristallins enchâssés de bronze, couvrait sa tète; des pectoraux, des fibules plaquées d’or, toute une merveilleuse série d’ornements royaux paraient encore la dépouille mortelle de l’ancien Pharaon. Quelques réseaux de perles dorées, des cornalines et de nombreuses aiguilles en or massif furent aussi recueillies dans le sarcophage, non loin du maillet dont s’étaient servis les détrousseurs royaux.
- Cette première découverte a été faite le 16 avril. Le 19, M. de Morgan, à la suite de sondages heureux, a trouvé le tombeau de la princesse royale Noub-llotep. Voici les principaux passages de la Note que M. Morgan a adressée à ce sujet à l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
- Les sondages, en se continuant, amenèrent la découverte de onze puits alignés d’est en ouest. Quelques-uns sont écroulés et semblent n’avoir jamais été terminés, mais l’un d’entre eux, le plus rapproché du puits royal, a fourni des résultats fort importants. Le 19 avril, ce puits venant d’ètre vidé, je rencontrai une porte donnaht accès dans un couloir long de 14m,60 et couvert d’une voûte cylindrique habilement appareillée.
- La porte fut ouverte avec toutes les précautions qu’exigeait le mauvais état de la galerie et, dès les premières pierres enlevées, nous eûmes sous les yeux tous les objets placés dans une chambre exiguë à l’endroit où ils avaient été déposés par les prêtres de la douzième dynastie ou par la famille du mort. Là étaient des vases d’argile renfermant encore le limon des eaux du Nil, ici des pièces de viande embaumées, plus loin des plats aux mets desséchés. Dans un angle se trouvaient deux caisses : l’une renfermant des parfums contenus dans des vases d’albâtre soigneusement étiquetés en caractères hiératiques, l’autre ne contenant que des*sceptres, des cannes, un miroir de bois et des flèches dont les barbes sont d’une étonnante conservation. Jusque-là il était impossible de dire si cette tombe était celle d’un homme ou celle d’une femme; elle contenait des armes et des objets de toilette. Le seul indice que nous eussions trouvé était le cachet dont on avait scellé le coffret des parfums; il portait le nom du familier du roi Tesch-Senbet.
- Dès que tous les objets furent numérotés et qu’il eut été pris des croquis de leur position respective, on commença l’ouverture du sarcophage. La dalle soulevée, le cercueil apparut couvert de feuilles d’or, orné de deux chevets et terminé en dos d’âne. Une inscription d’or occupait toute la longueur du couvercle : elle nous donne le nom et le titre de la défunte : la princesse (ou fille royale) Noub-Hotep-ta-Khroudil. La caisse du cercueil, ornée elle aussi de feuilles d’or, était en bois naturel, seules les bandes d’or portant des inscriptions étaient encadrées d’un trait de peinture verte. La momie avait beaucoup souffert de l’humidité; il ne restait qu’un amas d’os, de bijoux et de poussières enfermé dans les restes d’une enveloppe de plâtre entièrement dorée. Les objets n’avaient pas été touchés. A gauche étaient les cannes, les sceptres, le flagellum, curieux instrument fréquent dans les bas-reliefs des temples, mais qu’on n’avait jamais retrouvé aussi complet. Sur la tète étaient posés un diadème d’argent incrusté de pierres, un uræu et une tête de vautour en or. Sur la poitrine, j’ai rencontré le collier orné d’une cinquantaine de pendentifs d’or, incrusté et terminé par deux tètes d’éperviers d’or de grandeur naturelle. Vers la
- ceinture était un poignard à lame d’or, et aux bras et aux pieds des bracelets en or ornés de perles de cornaline et d’émeraudes égyptiennes. La tête de la momie était, comme d’usage, située au nord du tombeau; à la gauche des pieds était la caisse à canopes lamée d’or comme le cercueil et couverte de textes.
- Parmi les titres de la princesse Noub-IJotep, il n’est jamais fait mention qu’elle eût été reine, et cependant, j’ai rencontré dans son tombeau tous les attributs de la royauté. Peut-être est-elle morte avant l’avènement de son mari au trône, alors que celui-ci n’était que prince héritier?
- M. Maspero a fait observer à l'Académie des inscriptions et belles-lettres que le véritable nom du Pharaon trouvé à Bahehour ne serait pas Fou-ab-rà, mais Aou-ab-rà dont le nom fait partie de la liste des rois de la XIIe dynastie.
- BOMBES ET MACHINES INFERNALES1
- La dernière année du dix-huitième siècle est témoin d’un attentat qui a aussitôt en Europe un retentissement prolongé. Nous entendons parler de l’explosion de la rue Saint-Nicaise, du 5 nivôse an IX (24 décembre 1800). La machine infernale dont il s’agit se composait d’un tonneau de porteur d’eau, rempli de poudre et de mitraille et placée sur une charrette attelée d’un petit cheval. L’allumeur consistait en une batterie de fusil commandée par une ficelle que l’un des conjurés s’était chargé de tirer.
- Au cours de ses expéditions d’Afrique, le maréchal Bugeaud usait parfois de procédés analogues. Quand, battant en retraite, il était serré de trop près par des Arabes en ordre dispersé, il faisait semer sur les derrières de sa colonne bon nombre de caisses à biscuit. Or ces caisses spéciales, nos indigènes en connaissent bien la forme et ils sont très friands du contenu, de la galletta roumia. Donc ils se précipitaient à qui mieux mieux sur le butin qui leur était offert... et faisaient déclencher le mécanisme de mise du feu. L’explosion provoquait aussitôt un concert de hurlements sauvages car — est-il besoin de le dire? — au lieu de biscuit les caisses contenaient une charge de poudre... et les Arabes trouvaient cette charge très mauvaise.
- L’emploi de petits fourneaux ainsi disposés à l’air libre ou enterrés à fleur de sol est, disons le, réglementaire dans les armées modernes où on les désigne sous la dénomination générique de fougasses.
- Pour organiser dans les règles une fougasse « ordinaire » on creuse un petit puits AB qu’on relie par une rigole BG au point où doit se tenir l’opérateur chargé de la mise du feu (fig. I, n° 3) .La boîte aux poudres A se place au fond et sur l’un des côtés du puits ; la rigole livre passage au conducteur ou au cordeau porte-feu. Les choses étant ainsi préparées, on comble puits et rigole, et la mise du feu s’effectue à volonté au moment qui paraît opportun.
- 1 Suite etliu. — Voyt n° 1093, du 12 mai 1894, p. 371.
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- LA NATURE.
- Mais une fougasse ordinaire — ou torpille sèche — enterrée à peu de profondeur, est de nature à comporter facilement une mise du feu automatique. En d’autres termes, l’explosion peut se produire soit par l’effet d’une amorce fulminante, soit par l'établissement d’un courant électrique, au moment précis où un homme met le pied à son aplomb.
- Dans le premier cas, la fougasse ou torpille est munie d’une étoupille fulminante, pouvant être actionnée par un plateau MN disposé presque à fleur de sol et recouvert seulement d’une épaisseur de terre de quelques centimètres (fig. 1, n°l). Quand le plateau bascule sous un poids d’hommes qui passent, le j
- rugueux de l’étoupille R est tiré par la corde C fixée à ce plateau et provoque la détonation du fulminate qui constitue l’amorce.
- Dans le second cas, une amorce électrique D est placée dans la charge C, et des deux conducteurs de l’amorce l’un est en communication constante avec la pile (fig. 1, n° 2). L’autre ne communique avec celle-ci que par l’intermédiaire du plateau qui, en temps ordinaire, est maintenu soulevé par le moyen d’un ressort. Le circuit est alors interrompu; mais, dès qu’un choc abaisse ledit plateau, et par suite le montant AB, le circuit se ferme et l’explosion se produit.
- Les défenseurs de Paris avaient, en 1870, disposé
- Fig. 1. — Fougasses, ou torpilles sèches. — 1. Fougasse ou torpille sèche automatique fulminante. — 2. Torpille automatique, électrique. — 3. Fougasse ou torpille sèch'e ordinaire. A. Boîte aux poudres enterrée; B. Petit puits comblé après l’introduction de la boîte,' ABC. Conducteur de mise du feu. — A. Fougasse ou torpille sèche à bombes. BC. Boîte à deux compartiments, bombes et «poudre; les l'usées des quatre bombes plongent dans la poudre ; U. Plan de la boite à compartiments.
- des bombes de ce genre à la queue des glacis de l’enceinte. Le 21 août 1877, les Russes en firent jouer, non sans succès, de pareilles dans la célèbre passe de Schipka.
- La fougasse ou torpille à bombes n’est autre chose qu’une copie du Ty-léï ou « tonnerre de terre » en usage en Chine dès avant lere chrétienne. Un appareil de ce genre se compose de quatre bombes de même calibre, enfermées dans une caisse en bois D qu’un plateau horizontal divise en deux étages B et C (fig. 1, n° 4). Dans le compartiment supérieur B se disposent les projectiles, l’œil en dessous, la fusée traversant le plateau de séparation. Dans le compartiment du dessous C se trouve la charge de poudre dans laquelle sont noyées les extrémités AA de l’ap-
- pareil de transmission du teu. Ainsi préparée, la caisse s’enterre à fleur de sol, ainsi que la boîte aux poudres d’une fougasse ordinaire.
- Au lieu de se servir de caisses, on peut faire jouer des bombes tout simplement enfouies à fleur de sol. Ces projectiles se groupent suivant des lignes déterminées par les circonstances locales. On appelle chapelet une série de bombes unies entre elles par un commun cordeau porte-feu ou un même conducteur électrique. Les défenseurs de Badajoz (1812) se sont 'avantageusement servis de ce moyen de résistance aux efforts d’un assiégeant résolu.
- Mais voici qu’il intervient une découverte féconde en résultats aussi violents qu’inattendus, et qui, tout d’un coup, produit dans les procédés de l’art pyro-
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- technique une révolution comparable à celle qu’amena jadis le fait de l’invention de la poudre. Nous entendons parler de la mise en service des explosifs brisants.
- II y a trente-six ans qu’il a été, pour la première fois, fait usage de matières brisantes, enfermées sous des enveloppes métalliques et agissant à la manière des obus lancés par des bouches à feu. L’événement remonte au jour de l’attentat d’Orsini,
- Pierri,di Rudio et Gomey (14 janvier 1858). Ce jour-là, de terribles bombes à main fauchèrent, on s’en souvient, l’escorte impériale au pied de l’escalier de l’ancien Opéra, situé rue Le Peletier.
- Les appareils lancés par Orsini et ses complices étaient de trois modèles différents. L’enveloppe du premier était formée d’un cylindre creux en fonte, de 0m,095 de hauteur sur 0m,072 de diamètre extérieur. Composé de deux parties réunies par un pas de vis, il était chargé de fulminate de mercure et garni à sa surface de vingt-deux cheminées porte-capsules, disposées de façon à assurer la mise du feu au moment de la chute de l’engin.
- Le deuxième modèle ne différait du premier qu’en ce que le cylindre était coiffé de calottes hémisphériques. Le troisième affectait tout à fait la forme d’une sphère.
- En 1870, le général de Rivière, ayant reçu mission de procéder à la mise en état de défense de la place de Lyon, chargea de matières brisantes des grenades en forme de cylindres terminés de même par des demi-sphères. Préparés par un artificier de Rive-de-Gier, dûment essayés à l’intérieur d’un puits ouvert en arrière du fort de Montessuy, ces projec-
- tiles à main étaient destinés à être lancés sur des colonnes d’assaut. On n’eut pas l’occasion de s’en servir à Lyon, mais ils furent employés à Paris lors de l’insurrection dite « de la Commune », notamment lors de l’attaque par les troupes régulières du « Parc
- des Oiseaux », sis entre le parc d’Issy et l’enceinte fortifiée. C’est en jetant des grenades brisantes par-dessus le chaperon d’un mur crénelé qui nous faisait grand mal qu’il nous fut possible de nettoyer à l’intérieur le pied de ce mur défensif. Après l’entrée de nos soldats dans Paris, la direction du service de jet de ces grenades-torpilles fut confiée aux soins d’un officier de mineurs. Ces projectiles à main produisaient des effets formidables ; le premier qu’on lança tomba dans un atelier de modiste dont le mo-' bilier élégant fut littéralement pulvérisé. Mais les insurgés de la Commune en avaient aussi, de ces grenades-torpilles; ils en avaient même de deux
- modèles. Le premier, en fonte de fer, affectait la forme d’une couronne creuse, ou tore, de 0m ,10 à 0m,12 de diamètre (fig. 2) et renfermait deux petits tubes courbes en verre très mince, verre qui ne pouvait manquer de se briser au premier choc, c’est-à-dire lors de la chute du projectile. Le liquide, mis en liberté, faisait alors détoner la charge explosible, et 1 enveloppe métallique cassante volait instantanément en éclats.
- Le second modèle — dit orsinienne — (fig. 5) consistait en une petite sphère de zinc cassant du poids de 500 à 515 grammes. Cette sphère était creuse; son diamètre extérieur ne mesurait guère que 5 centimètres et il n’avait été donné que 5 ou 6 milli-
- Fig.2. — La Couronne (demi-grandeur). Plan et coupe suivant MN. — Tube courbe en fonte très cassante contenant un explosif. — Tubes de verre très fragile emplis d’un liquide qui doit se répandre sur la charge et en provoquer l’explosion.
- Fig.3. — L'Orsinienne. — AA. Cheminées porte-capsules. — BB. Trous de charge. C. Oreille servant à projeter l’Orsinienne.
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- mètres d’épaisseur àeett enveloppede la charge explosible. Celle-ci s’introduisait par deux orifices diamétralement opposés, orifices qu’on fermait au moyen de petits bouclions après l’opération du chargement. L’appareil était, d’ailleurs, hérissé de dix cheminées porte-capsules, plntées aux sommets des pentagones réguliers inscrits dans deux parallèles pris de chaque côté de l’équateur à un centimètre de distance. En un point de ce grand cercle se trouvait un orcillon venu de fonte et percé d’un trou laissant passer la ficelle au moyen de laquelle l’orsinienne pouvait se projeter en avant. Le fait de la chute opérait la mise du feu.
- Donc, comme nous le disions tout à l’heure, l’avènement des explosifs a singulièrement révolutionné les méthodes de certaines branches de l’art militaire.
- Nous nous abstiendrons d’entrer en plus de détails touchant les principes nouveaux qui président à l’exécution des travaux torpédiques de campagne, et l’on comprendra la raison de cette abstention voulue. C’est que le crime est toujours là partout aux aguets, prêt à saisir et à s’approprier les moyens d’action dont disposent, à l’heure qu’il est, les services de l’Artillerie et du Génie. lA-colonel Hennebert.
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- ET LES SOURCES THERMO-MINÉRALES
- M. le Dr Labat a fait à l’une des dernières séances de la Société géologique une intéressante communication; nous en reproduisons quelques passages.
- Il faut revoir de temps en temps le Vésuve, dit le Dr Labat pour se faire une idée nette du cône et du cratère, car il s’y passe des changements continuels; tantôt le cône s’élève, tantôt il s’abaisse; tantôt le cratère se vide, tantôt il se remplit. Par exemple, en 1852, époque de ma première visite, le cône était assez régulier et le cratère à bords bien définis avait un pourtour d’environ 2 kilomètres. On en faisait aisément le tour; le cratère, profond d’une centaine de mètres, se laissait voir clairement; le fond se distinguait bien avec ses petites saillies coniques et ses jets de fumée. Aujourd’hui les parois du cône sont inégales, couvertes de blocs scoriacés. Le pourtour du cratère est déchiqueté, très réduit, difficile et dangereux à suivre.
- Les vapeurs ne s’élèvent point en panache et sont rabattues par le vent. Elles sont acides, sutfocantes : elles présentent les caractères de l’acide sulfureux et de l’hydrogène sulfuré. Elles recouvrent le pourtour du cratère d’un tapis jaune de soufre; au-dessous se trouve une poudre noirâtre. Sur les flancs de la partie haute du cône, fumerolles nombreuses de vapeur d’eau. Les bruits intérieurs sont incessants et semblables à des décharges d’artillerie; de temps en temps, pluies de lapillis et quelques pierres scoriacées projetées à peu de distance.
- La nuit, il y a des projections lumineuses. La route de voitures, en zigzag au milieu des coulées de lave, permet de les étudier, principalement celles de 58 et de 72, des deux côtés de la saillie qui supporte l’observatoire. Aspect scoriacé, fendillé, rognonné, sans végétation. Sur les coulées plus anciennes, des herbes, des arbrisseaux et quelques châtaigniers. Dans les assises inférieures, la lave est plus compacte, grise, tout en gardant le caractère
- poreux. On voit bien la lave compacte sur les sections opérées pour le chemin de fer à Torre del Greco et Torre dell' Annunziata. C’est la lave de 1851 qui est une pierre à bâtir. Tout le pourtour du golfe de Naples présente des bassins cratériformes. L’activité volcanique s’y manifeste par des émanations gazeuses et par des sources thermominérales d’une grande richesse. On connaît depuis longtemps les sources d’ischia, le célèbre Gurgitello; mais on parle peu des autres.
- J’ai vu dans la plaine du lac A'Agnano, aujourd’hui desséché, une quantité prodigieuse de sources entre 55 et 75 degrés : partout des jets de gaz dans les canaux d’irrigation. A Bagnoli on a trouvé tant de sources chaudes qu’il y a déjà une dizaine de maisons de bains.
- À Telese, près Bénévent, la nappe d’eau sulfureuse est si riche qu’on a pu installer d’immenses piscines à eau couiante, à l’air libre. Ces eaux sulfureuses fortes sont en même temps très imprégnées de gaz carbonique, ce qui avait frappé l’ingénieur François. Ce qui distingue les eaux du golfe, c’est non seulement leur abondance, leur haute température, c’est aussi leur minéralisation complexe : elles sont à la fois alcalines, chlorurées, sulfatées, sulfureuses, ferrugineuses, c’est-à-dire qu’elles renferment presque tous les éléments des diverses classes d’eau. ACastellamare, la même roche calcaire donne naissance à plusieurs sources de types divers, et cela à quelques mètres les unes des autres. Ce caractère d’eaux mixtes très complexes étant assez particulier aux émanations thermo-minérales du golfe de Naples et d’autres points de l’Italie où le volcanisme n’est pas de vieille date, nous nous demandons s’il n’y a point une corrélation entre ces sources et les terrains volcaniques.
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- LES ROUES EN PAPIER
- Toutes les voitures de lre classe pour chemins de fer, construites par la célèbre maison Pullman sont montées sur roues en papier comprimé. Les ateliers, situés dans le voisinage de Chicago, fournissent annuellement 12 000 de ces roues. D’après The Engineer, la roue est formée d’une bobine centrale en papier, serrée entre deux disques d’acier de 6 millimètres d’épaisseur, réunis par deux rangées, circulaires de boulons. Les boulons de la rangée la plus proche du centre traversent des trous pratiqués dans une bride venue de fonte avec le moyeu; ceux de la rangée extérieure des trous pratiqués dans une sorte de cornière venue de fonte avec le bandage. Le papier employé est du carton paille, sous forme de feuilles circulaires de faible épaisseur que l’on place les unes sur les autres après avoir enduit de colle-forte la face supérieure de chacune, et que l’on soumet, après dessiccation dans une chambre chauffée, à l’action d’une presse hydraulique qui réduit de plus de moitié l’épaisseur de la pile. Il faut environ 200 feuilles pour une roue. Une fois le disque bien sec, on le tourne comme une pièce mélallique et on le fait pénétrer de force — au moyen d’une presse hydraulique — dans le bandage. On alèse ensuite le centre pour le passage du moyeu qui a un diamètre un peu supérieur à celui du trou pratiqué dans le disque; l’ajustage se fait également par pression. Entre autres avantages, ces roues, qui peuvent parcourir 800 000 à 1 500 000 kilomètres avant d’être mises hors de service, suppriment les vibrations et diminuent par suite l’usure des fusées d’essieu1.
- 1 Voy. n° 500, du 30 décembre 1882, p. 75 et n° 680 du 12 juin 1880, p. 20.
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- LE CALCIMÈTRE
- À la suite de la destruction par le phylloxéra des vieilles souches françaises, la reconstitution des vignobles par cépages américains, rarement francs de pied, généralement greffés, s’est imposée comme une solution à peu près universelle, presque obligatoire. Ce n’est pas le lieu ici de discuter le principe de cette méthode, ni d’en exposer les avantages ou les inconvénients. Nous dirons simplement qu’à la suite de la démonstration par les botanistes de l’immunité des vignes exotiques, les agriculteurs s’empressèrent d’en planter partout où ils avaient intérêt à perpétuer, sans interruption, la culture du précieux arbuste.
- Mais un obstacle inattendu arrêta l’essor de la reconstitution. Nos vieilles souches européennes prospéraient dans toutes les natures de terrain, quelle que fût leur constitution chimique ou physique. Au contraire, les vignes américaines se rabougrissent et meurent en présence d’un excès de calcaire dans le sol, tout comme le châtaignier, le pin maritime, le chêne-liège. Quelques savants affirment même que les cépages les plus résistants à l’insecte, en présence d’un excès de calcaire, succombent, non seulement à un empoisonnement chi-rni^Me, mais aux morsures du puceron qui trouve sur la plante malade un aliment que ne lui offrirait pas le végétal sain.
- Toutes les variétés ou sous-variétés d’origine exotique ne redoutent pas également le calcaire. Sans parler de quelques cépages de résistance insuffisante, le Iliparia, indemne ou presque indemne, semble si calcifuge qu’on a dû, en -dépit de ses précieuses qualités intrinsèques, le proscrire absolument de certains terroirs. En dehors de quelques régions favorisées, le propriétaire qui reconstitue un vignoble se demande s’il peut se lancer dans la culture du Riparia ou s’il lui faut avoir recours à d’antres plants, tels que certaines variétés de Rupes-tris, ou tels que les hybrides « calciphiles » de MM. Couderc, Ganzin, Millardet, de Grasset, ces derniers cépages étant toujours assez coûteux et quelquefois difficiles à greffer.
- L’instrument qu’a réalisé M. Adrien Bernard, ancien professeur de chimie à l’ex-École de Cluny, actuellement directeur de la Station agronomique de Saône-et-Loire, est destiné à guider l’agronome dans ses tâtonnements en lui faisant connaître, presque instantanément, le « pourcentage » de carbonate calcaire d’un échantillon de sol arable.
- En vertu des lois bien connues de Berthollet, si l’on traite le carbonate calcique par un acide puissant, le gaz carbonique s’échappe en totalité, et de la mesure du volume gazeux mis en liberté on peut déduire le poids du carbonate attaqué. D’autre part, ni l’argile, ni la silice des terres à étudier ne sauraient dégager de gaz sous l’influence des mêmes réactifs. L’opérateur se sert d’acide chlorhydrique,
- produit vulgaire à très bon marché, plus commode à manier que l’acide nitrique, et présentant sur l’acide sulfurique l’avantage d’une attaque plus prompte et plus complète. II étend d’eau « l’esprit de sel » commercial pour faciliter k réaction sur le calcaire, mais ne le dilue point trop de peur que l’acide, affaibli, ne retienne du gaz carbonique. Il a soin, pour éviter le même inconvénient, de ne dépasser que de très peu la dose de réactif strictement nécessaire à l’opération.
- Quant à la terre, elle doit être grossièrement desséchée, puis tamisée à Iravers une toile métallique annexée à l’appareil calcimétrique. On exclut ainsi tous les gros fragments jugés incapables d’agir sur les racines. Inversement, un second triage, pratiqué au moyen d’un tamis à mailles serrées, fournit une line poussière qu’on éprouve quelquefois séparément pour savoir si le titre en calcaire décroît ou croît avec la ténuité. Dans ce dernier cas, le sol est beaucoup plus rebelle aux végétaux calcifuges.
- Le calcimètre (voy. la figure, p. 408), qui peut se démonter sans difficulté et se loger dans une boîte à compartiments très transportable, comprend, une fois ajusté, trois parties principales :
- 1° Une fiole à réaction tronconique en verre. On introduit dans cette fiole une faible quantité de terre tamisée sèche, qu’on pèse au moyen d’un petit tré-buchet, puis un court tube en verre nommé jauge contenant un volume suffisant, sans excès, d’acide chlorhydrique étendu. La jauge se manœuvre au moyen des brucelles qui servent aussi à manipuler les poids de la balance. Une fois déposée dans la fiole à réaction, la jauge s’appuie contre les parois inclinées du vase, sans basculer, parce qu’elle est lestée par l’acide. On bouche la fiole à réaction, on l’incline; l’acide, s’écoulant de la jauge, attaque la terre supposée calcaire,et en expulse legaz carbonique.
- 2° Un tube gradué vertical plein d'eau fixé à une planchette. Sa partie supérieure communique, par l’intermédiaire d’un tuyau de caoutchouc, avec un court tube de verre qui traverse le bouchon du vase à réaction. La pression du fluide qui s’échappe de la terre refoule le niveau de l’eau qui s’abaisse dans le tube gradué.
- o° Une poire en verre reliée par un caoutchouc à la base du tube mesureur. Cette poire, garnie d’une chaîne, peut s’accrocher à une potence fixée au support vertical de ce tube. Elle remplit d’abord l’office d’entonnoir lorsqu’on garnit d’eau, une fois pour toutes, le tube gradué. Avant que l’acide carbonique se dégage, et après s’être assuré que le bouchon de la fiole, en comprimant l’air, a fait affleurer l’eau au zéro de l’échelle, on la décroche et tandis que de la main droite on agite le vase à réaction, on abaisse la poire de façon que les niveaux liquides soient toujours les mêmes dans le tube gradué et dans la boule mobile qui s’emplit à mesure quelle descend.
- Il est clair d’ailleurs que les volumes gazeux dégagés par deux échantillons de sols ne se propor-
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- tionnent aux poids de calcaires correspondants que si les circonstances de température et de pression restent identiques. Or, pour peu qu’on évite d’échauffer la fiole à réaction par le contact de la paume de la main, la température à laquelle on opère n’est autre que celle du cabinet de l’agronome, et, par la disposition meme de l’appareil, la, pression de l’expérience ne diffère pas de la pression atmosphérique du jour.
- C’est déjà quelque chose que de pouvoir affirmer : tel échantillon de sol, est, par exemple, deux fois plus calcaire que tel autre, parce que, éprouvé dans la même séance, il dégage deux fois plus de gaz, à poids égal. Mais comment procéder à des mesures absolues ? On arrive à ce but par deux moyens distincts susceptibles de se contrôler mutuellement.
- L’instrument comporte un thermomètre pouvant s’ajuster au bouchon du vase à réaction; si l’expérimentateur connaît, en outre, approximativement, la pression du jour, il n’y a qu’à recourir à la table dressée par M. A. Bernard, ou au graphique qui la représente, ou à une règle à calcul spéciale.
- On voit ainsi, par exemple, qu’à 13 degrés et 760 millimètres le nombre de centimètres cubes que dégagent 45 centigrammes de terre exprime exactement le pourcentage de cette même terre en calcaire.
- Faute de renseignements barométriques, on peut aussi tarer au préalable le caleimètre au moyen de carbonate calcaire pur, de poudre de marbre blanc, par exemple. Le carbonate de sodium pur et fondu donne des résultats encore meilleurs, mais il faut tenir compte de l’inégalité des poids moléculaires des deux substances. Quoi qu’il en soit, on pèsera et l’on traitera une quantité de l’une ou l’autre matière telle qu’il s'en échappe un volume gazeux de 50 ou 75 centimètres cubes. L’expérience est malaisée dans le voisinage du point 100, vers la base inférieure de la graduation, et l’on se conformera, pour les pesées successives des échantillons de terre, aux résultats obtenus, soit exacts, soit convenablement corrigés.
- Si l’on compare les volumes dégagés par des quantités connues et exactement pesées de carbonates purs avec les chiffres théoriques extraits des tables de M. Bernard, on trouve, en opérant avec soin, que
- les valeurs calculées et observées coïncident sensiblement. 11 s’ensuit que tous les facteurs secondaires dont nous n’avons point tenu compte, tels que réchauffement produit par l’attaque de l’acide, la solubilité du gaz dans le liquide réagissant ou dans l’eau du tube mesureur, etc., se compensent à peu près.
- En somme le caleimètre constitue un appareil peu coûteux, très pratique et plus précis qu’on ne saurait croire, s’il est manié par un opérateur soigneux. Depuis longtemps, au reste, les chimistes emploient pour doser l’acide carbonique des appareils basés sur le même principe que le caleimètre Bernard. Ainsi VAgenda du chimiste mentionne les instruments de Scheibler et de Salleron, le gazhydromètre de Mau-menc. Dans le tome II du Traite' de chimie de M.
- Paul Schützenberger, on voit cité le carbomètre de Pruen et Jones dans lequel on cherche à protéger l’eau du tube mesureur contre toute absorption gazeuse au moyen d’une couche d’huile. Si l’on évite de cette manière une dissolution insignifiante, en revanche, on salit rapidement les parois du tube auquel adhèrent des gouttes d’huile retenues par leur viscosité. Circonstance précieuse, la justesse du caleimètre Bernard se manifeste surtout quand on étudie des terres médiocrement riches en calcaire, car on peut alors employer des échantillons pesant un ou plusieurs grammes, en divisant par un facteur convenable le volume observé. Pour peu que l’agronome soit secondé par un aide chargé des pesées et des lavages, il peut éprouver en peu d’heures un nombre fabuleux d’échantillons et suivre de très près les variations de la composition chimique du sol qu’il explore1. Antoine de Saporta.
- 1 A cc point que le premier venu, sans connaître ni chimie, ni géologie, arrive à trouver les différentes formations géologiques d’une commune, et par des courbes d'égal calcaire obtient, moins les noms qui importent peu, une carte agronomique plus utile et plus exacte même que celle des ingénieurs des Mines. Le caleimètre sert encore à régler la fabrication des chaux, en donnant l’indice d’hydraulicitê; il différencie les sols magnésiens, non défavorables à la vigne américaine, des sols simplement calcaires : l’allure du dégagement gazeux est toute différente. Il sert à prévoir la nocivité ou l’efficacité des sels de fer, et surtout à déterminer, suivant la composition du terrain, la forme la plus convenable à donner aux engrais chimiques.
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- Caleimèire de M. A. bernard.
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- UNE COURSE DE PIÉTONS, D’ÉCHASSIERS ET DE CHEVAUX
- Fig. 1. — Les piétons de la course de Bordeaux, du 3 mai 1894
- Fig. 2. — Les échassiers de la course de Bordeaux, du 3 mai 1894.
- Fig. 3. — Les chevaux attelés de la course de Bordeaux, du 3 niai 1894. (D’après des photographies de MM. Panajou frères.)
- Pendant les années 1892 et 1895, nous avons rendu compte dans La Nature1 des courses si originales 1 Yoy. n° 1044, du 5 juin 1803, p. 1
- d’échassiers qu’organisait le journal la Petite Gironde avec des journaux qui tiennent le premier rang en province. Ces courses ont lieu le jour de l’Ascension.
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- Cette année, on a voulu faire un essai comparatif entre les piétons, les échassiers et les chevaux attelés.
- On s’attendait, et c’est arrivé, à des engagements tellement nombreux que la surveillance d’une pareille épreuve eût été presque impossible, aussi les concurrents étaient prévenus qu’il serait fait une sélection et que trois commissions spéciales choisiraient trois coureurs dans chaque catégorie.
- Le départ a eu lieu le 5 mai à 9'140m du matin à la Bastide, un faubourg de Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne. La route à parcourir passait par les points suivants : Libourne, Bergerac, Mussi-dan, Périgueux, Angoulème, Cognac, Saintes, Blaye et Bordeaux. La longueur du parcours était exactement de 420 kilomètres.
- Dès le départ les chevaux prenaient une avance considérable, puis venaient les piétons et enfin les échassiers marchant avec une lenteur méthodique qui faisait bien augurer en leur faveur.
- I A Bergerac (91 kilomètres), les chevaux tenaient toujours la tête, mais le premier avait une heure et demie d’avance sur le dernier. Les échassiers avaient repris le deuxième rang, et les marcheurs suivaient de très loin; l’un d’eux était déjà hors de combat.
- A Périgueux (150 kilomètres), les chevaux sont encore en tête, tandis qu’un échassier a pris la troisième place, précédant de deux heures le cheval Charlatan. Un marcheur, Dufour, de Rouen, arrive à 101)52mdu matin, ayant accompli les 150 kilomètres dans un peu plus de 24 heures ; le premier cheval avait mis 14h27m.et le premier échassier 19h6m.
- A Mareuil-sur-Belle (198 kilomètres) le premier cheval arrive à 91' 45m, ayant donc parcouru près de 198 kilomètres en 24 heures. Ce résultat est magnifique. Il laisse bien loin derrière lui une récente performance de la jument Merveilleuse qui fit quelque bruit à Paris il y a quelque temps. Cette dernière n’avait parcouru que 136 kilomètres dans le même laps de temps.
- Un des trois chevaux s’est arrêté malade, mais celui qui marchait derrière le premier échassier l’a devancé à l’arrivée et repart après lui.
- A Angoulème (235 kilomètres), l’ordre n’a pas changé, seuls deux chevaux et trois échassiers mar-chent ; les autres concurrents n’existent plus.
- A Jarnac (264 kilomètres), les deux chevaux arrivent entre 8 et 9 heures du soir le vendredi et se reposent. Charlatan a brisé sa voiture et son conducteur le monte; les conditions de la course permettaient ce changement, mais à la condition que le cheval ne serait plus remis à une voiture.
- Le premier échassier arrivé dans la nuit repart aussitôt; aussi signe-t-il le premier au contrôle de Saintes (305 kilomètres), où il arrive après 44h 44m de marche, soit environ une vitesse moyenne de 7 kilomètres à l’heure.
- Le cheval monté suit de près, tandis que l’autre donne des signes certains de défaillance.
- A Pons (525 kilomètres), l’échassier et le cheval monté sont ensemble et il s’engage entre eux un
- corps à corps qui ne se terminera qu’à Bordeaux par la victoire du cheval battant son concurrent échassier de 28 minutes.
- Le parcours total a été effectué en 62h 27m, ce qui bat le record de Merveilleuse de près de 28 heures. La vitesse moyenne a atteint 6km 720 à l’heure pour le cheval gagnant Charlatan.
- Ces résultats inattendus ont passionné vivement la population bordelaise, et il convient de féliciter la Petite Gironde pour les expériences publiques sur la résistance des hommes et des bêtes qu’elle répète depuis deux ans.
- Disons en finissant que cavalier et échassier étaient en parfaitétat, ce qui semble extraordinaire apriori.
- Voici, du reste, les résultats de l’observation médicale: Florange, cavalier, 51 ans, 126 pulsations et 25 mouvements respiratoires à la minute ; Fauconneau, échassier, 52 ans, 108 pulsations et 18 mouvements respiratoires. Après un pareil effort, ces conditions de santé sont tout à fait satisfaisantes.
- Gaston Corme.
- EXPOSITION ÉLECTRIQUE DE BUDAPEST
- Les applications mécaniques de l’énergie électrique sont des plus variées ; les moteurs électriques peuvent en effet fournir la force motrice à toutes les machines utilisées dans l’industrie. Mais il arrive bien souvent que l’on ne connaît pas toutes les applications auxquelles peut ainsi se prêter l’énergie électrique. Le Musée du commerce de Budapest vient d’organiser une Exposition qui aura lieu du 27 mai au 30 septembre 1894, et qui comprendra les machines de travail qui peuvent être mises en mouvement à l’aide d’une transmission établie sur un moteur employé à d’autres usages, d’une puissance maxima de 5 chevaux, les machines qui peuvent être utilisées avec un moteur séparé, d’une puissance maxima de 2 chevaux, et toutes les machines, appareils et dispositions qui utiliseront l’énergie électrique, tels que appareils de chauffage, de cuisine, les instruments pour repasser et pour la ventilation d’une puissance de 1 cheval.
- Toutes ces machines devront fonctionner; elles seront actionnées par des moteurs à courants alternatifs de la Compagnie Ganz. La classification générale donnée plus haut renferme les machines pour la teinture des étoffes et les machines pour la fabrication des glaces et des miroirs, les machines a coudre, les machines pour cordonniers et tailleurs, les machines pour le travail du fer et des métaux, les machines pour le travail du bois, les machines à tisser, les machines à broder, les machines pour fabricants de brosses, les machines à relier, les machines typographiques, les machines pour le travail du cuir, les machines pour la passementerie, les machines à découper la viande, les machines pour boulangers, pour fabricants de chocolat, les machines à polir, les machines à laver, les machines pour chapeliers, les machines pour gantiers, les machines pour laitiers, les machines à glace, les machines pour la fabrication des boutons, les machines à tresser, les machines pour le travail de l’or et de l’argent. Cette exposition sera des plus intéressantes et permettra d’apprécier tous les avantages que l’on peut retirer des applications mécaniques de l’énergie électrique, surtout en ce qui concerne les faibles puissances.
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- LA MÔLE
- maladie du champignon de couche
- Il n’est guère d’être vivant, animal ou végétal, qui n’ait ses parasites, animaux ou végétaux. Le parasite dont nous allons parler est une moisissure, ou champignon inférieur, qui se développe sur le champignon de couche, et cause des pertes sérieuses aux environs de Paris.
- En effet dans 26 communes, sur les 75 que comprend le département de la Seine, on s’occupe plus ou moins de la culture du champignon de couche; il existe 296 champignonnières, et la production journalière est d’environ 25 000 kilogrammes.
- Une partie de la récolte est envoyée et vendue aux Halles à Paris, mais une portion importante est soumise à la dessiccation par les producteurs eux-mêmes et expédiée dans toute l’Europe et même en Amérique. C’est,paraît-il, un régal à New-York, que de manger de nos champignons conservés.
- Or le parasite que nous allons étudier déforme et empêche de vendre les individus qu’il attaque. Ce parasite existe dans toutes les carrières des environs de Paris et, fort souvent, la proportion des champignons malades représente le dixième de la récolte. Mais la perte peut être plus grande et s’élever au quart de* la quantité recueillie, parfois davantage. Dans quelques cas même, l’épidémie atteint des proportions beaucoup plus considérables, et la récolte est presque complètement détruite.
- Un champignonniste a ramassé en un seul jour 48 paniers de champignons malades ; comme un panier contient de 12 à 15 kilogrammes de champignons, le poids total était d'environ 600 kilogrammes. En prenant lfr,50 pour le prix moyen du kilogramme, voilà une perte de 900 francs pour cet industriel. Si nous voulons nous faire une idée de la perte annuelle totale, admettons une perte moyenne de 1/10, ce qui fait par jour 2500 kilogrammes, soit 5750 francs. En une année la perle totale dépasse un million. Pour une industrie modeste, très localisée, ce n’est pas une perte négligeable, et cette maladie mérite d’être étudiée et combattue.
- Les champignonnistes donnent le nom de môle tantôt à la maladie elle-même, tantôt à l’échantillon malade. Celui-ci est facile à reconnaître. On sait que dans un champignon sain, les lames sont planes (fig. 1). Dans les môles, au contraire, les lames sont très irrégulièrement ondulées et en outre, on voit à leur surface un lacis de filaments blancs (fig. 2). Le plus souvent, aussi le pied est gros et court, et présente au sommet des taches noirâtres. Parfois le chapeau croît irrégulièrement et se développe d’un seul côté.
- Examinons au microscope les filaments blanchâtres qui sont à la surface des feuillets. Nous constatons qu’ils sont formés d’une tige principale qui porte des rameaux disposés en verticilles (fig. 3). À l'extrémité de ces rameaux naissent des spores qui
- ont une membrane mince, incolore, et mesurent de 8 à 20 millièmes de millimètre en longueur sur 5 à 3,5 en largeur. Cette forme de la fructification doit être rangée dans le genre Verticillium.
- En faisant une mince coupe transversale d’un champignon attaqué, on voit les filaments du parasite ramper dans la partie centrale du feuillet, puis se recourber perpendiculairement pour former au dehors l’appareil fructifère (fig. 4).
- Quand la maladie est plus avancée, il apparaît une autre forme de fructification. Certains filaments portent des spores brunâtres, constituées par deux cellules à membrane hérissée de petites verrues (fig. 5 et 6). Cette forme fructifère appartient au genre de moisissures appelé Mycogone.
- Mais il ne faut pas croire que ces deux noms, Ver-ticillium et Mycogone, correspondent à deux espèces différentes de moisissures. Beaucoup d’espèces de champignons présentent ainsi plusieurs sortes de spores, et l’on ne sait pas toujours que deux formes que l’on rencontre isolément appartiennent à un même être vivant. Il est donc naturel de leur donner des noms différents pour qu’on puisse les reconnaître et en parler.
- Ici il n’est pas douteux que ces deux fructifications appartiennent à un même champignon, car on les rencontre sur des filaments qui sont en continuité l’un avec l’autre.
- Voilà une première forme sous laquelle se rencontre la maladie. 11 en existe une seconde.
- Souvent les champignons sont bien plus déformés que nous ne l’avons vu précédemment. On n’y voit presque plus de lames; le pied court et très épais est surmonté d’une masse beaucoup plus petite qui représente le chapeau (fig. 7). Parfois enfin il n’existe plus qu’une masse unique, irrégulièrement bosselée, dans laquelle il est impossible de reconnaître des traces de pied, de chapeau, de feuillets (fig. 8). Ces échantillons, d’un blanc sale au début, prennent bientôt, çà et là, une teinte gris-rosé. Dans toutes les régions de cette couleur, il existe un feutrage de filaments du parasite. ;
- En étudiant les filaments au microscope, ori voit une forme fructifère ressemblant beaucoup à la première décrite plus haut, c’est-à-dire qu’ici encore nous avons affaire à un Verticillium (fig. 9).
- Mais il y a des différences sensibles entre celui-ci et l’autre. Ce dernier a une tige principale très grêle et les spores sont beaucoup plus petites; elles n’ont que 4 à 8 millièmes de millimètre sur 2 à 2,5.
- C’est sous cette seconde forme que la maladie est plus redoutable, car les spores sont beaucoup plus nombreuses et propagent rapidement l’épidémie.
- Ce second Verticillium se rencontre le plus souvent isolé, mais le fait d’avoir pu constater quelquefois la coexistence du Mycogone et des deux Verticillium avec toutes les transitions, comme taille, de l’un à l’autre sur des filaments en continuité, met hors de doute qu’il ne s’agit là que d’une maladie unique produite par une seule espèce de moisissure
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- LÀ NATURE.
- qui peut présenter plusieurs sortes de fructifications.
- Mais c’est faire peu que de se borner à examiner une maladie et de nommer le champignon qui la cause. Le but à atteindre est de combattre le mal victorieusement. Pour pouvoir dire que l’on a trouvé le remède, il ne suffit pas de conseiller l’essai de certaines substances souvent employées, comme le sulfate de cuivre et le carbonate de soude. 11 est indispensable, si l’on veut obtenir nn résultat sérieux, d’essayer, par exemple, un grand nombre d’antiseptiques, de varier les doses auxquelles on les emploie, la manière dont on les applique, etc.
- Les diverses formes fructifères du champignon qui produit la môle sont faciles à obtenir en culture artificielle, à l’état pur, sur des fragments, stérilisés préalablement, de champignon découché, de carotte, de pomme de terre, etc.
- Quand on a de ces cultures, pour essayer un antiseptique on peut plonger une belle culture dans une solution, au titre essayé, de cet antiseptique, puis, prendre des spores sur cette culture quand elle aura séjourné 4, 8,
- 15 heures, etc., dans la solution essayée.
- Quand les spores ne germeront pas, c’est que la durée d’immersion aura été suffisante pour les tuer.
- On peut encore projeter en très .fines gouttelettes, au moyen d’un pulvérisateur, l’antiseptique sur une culture, et voir si les spores prises sur cette culture ont perdu leur propriété germinative. Si une seule pulvérisation est insuffisante, on fait le même essai après deux pulvérisations.
- Les divers antiseptiques essayés ont été le sulfate de cuivre, l’acide borique, l’eau de chaux, le bisulfite de chaux, l’hypochlorite de soude, le thymol, le naphtol, le lysol.
- C’est le thymol et le lysol qui ont fourni les meilleurs résultats. L’inconvénient du thymol, c’est qu’il est peu soluble dans l’eau qui n’en dissout que 5 grammes par litre, et encore faut-il chauffer pour obtenir une dissolution complète.
- Le lysol est une substance dont le crésol est J'agent actif, crésol rendu soluble par divers pro-
- cédés tenus secrets par la société qui fabrique ce produit. Dès lors on ne peut être sur d’avoir affaire à une substance de composition absolument constante.
- Néanmoins, en pratique, c’est au lysol qu’on donnera la préférence. Une immersion de 5 heures dans le lysol à 2 pour 100 tue les spores de Myco-gone et de Verticillium. Une pulvérisation au lysol à 2 ou 2,5 pour 100 d’une culture sèche produit le même résultat. Si la culture est humide, comme celles, par exemple, sur les pommes de terre plongeant en partie dans l’eau, il faut deux pulvérisations.
- Mais en pratique, car c’est toujours à cela qu’il faut en arriver, comment combat-on la maladie du champignon de couche ? On ne peut songer à im-
- merger une meule. Ce que l’on doit faire, c’est, avant de commencer une culture, purifier complètement la carrière. Sur les parois, sur le sol, partout où peuvent s’être logées des spores du parasite né sur une culture antérieure, on pulvérisera du lysol à 2, 5 pour 100. Si la carrière est fort humide, ou si la maladie était auparavant très répandue, on fera bien d’exécuter deux pulvérisations successives. Ce ne sont pas là des conseils dictés parles seules expériences de laboratoire. Les essais en grand ont été faits, et ont donné de bons résultats; la proportion de champignons malades rencontrés après ce traitement a été infime, et le lysol a nui non seulement au parasite lui-même, mais à une foule d’insectes (le Moucheron, Sciara ingenua) ou d’Acariens (Gamasus fungorum) qui font également du tort dans les champignonnières.
- On peut donc dire qu’en purifiant leurs carrières, les champignonnistes arrêteront le mal et verront leurs dépenses plus que couvertes par l’accroissement de leurs récoltes1. L. DuFoon.
- 1 L’étude détaillée de la maladie et des remèdes a été faite par MM. Costantin et Dufour au Laboratoire de l’École nor-. male supérieure et au Laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau.
- Fig. 1 à 9. La môle, maladie du champignon de couche. — 1. Champignon sain à lames planes. — 2. Champignon malade, à lames ondulées, déformées. — 3. Première forme fructifère du parasite : Verticillium, s spores du parasite. — 4. Coupe transversale d’une lame du champignon de couche, montrant les filaments p du parasite qui occupent le milieu, et émettent au dehors les fructifications fs. b baside du champignon de couche, s spore du parasite. — 5. Seconde forme fructifère du parasite : jeune spore de Mycogone. — 6. Spore adulte de Mycogone. — 7. Champignon déformé par la maladie. — 8. Champignon plus déformé encore et réduit à une masse irrégulière où l’on ne peut plus distinguer aucun organe des individus normaux. — 9. Troisième forme fructifère du parasite : Verticillium à petites spores, naissant en grand nombre à l’extrémité de chaque rameau du verticille. I spores encore groupées en tête à l'extrémité d’un rameau fructifère.
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- LES TORPILLEURS ANGLAIS
- A GRANDE VITESSE
- Tout récemment on a procédé aux essais du torpilleur Chevalier, sortant des ateliers du constructeur bien connu, M. Normand, et Ton a enregistré avec satisfaction le succès de ce petit navire, qui a pu fournir une vitesse de 27,22 nœuds par heure avec une puissance de 2700 chevaux et des trépidations presque insensibles, grâce à une combinaison des organes ordinaires. Il nous paraît nécessaire d’en rapprocher les essais de deux nouveaux torpilleurs anglais, notamment du Ilavock, sorti de la célèbre maison anglaise Yarrow, et muni dans ses machines de ces contrepoids, de ces bob-waghts
- dont nous avons parlé ici même1. L’Amirauté anglaise a commandé récemment 13 torpilleurs à différentes maisons, qui se sont engagées à fournir une vitesse de 26 à 27 nœuds par heure, et ceux dont nous voulons parler commencent la série.
- Le premier, le Ilavock, long de 54m,86, large de 5,c,65 au maître hau, a pu, pendant des essais de 3 heures, soutenir une moyenne par heure de plus de 26 nœuds, atteignant même pendant plusieurs périodes 27 nœuds, et cela avec une charge de plus de 35 tonnes. A l’avant, il comporte un pont en dos d’àne, assez élevé au-dessus de la ligne d’eau et couvrant un gaillard d’avant relativement spacieux dans lequel couche la plus grande partie de l’équipage. Nous trouvons ensuite, comme d’habitude, la tourelle de commandement, puis un compartiment où sont
- Le nouveau torpilleur anglais à grande vitesse Ilavock, le plus rapide vaisseau à flot.
- installés d’autres hommes de l’équipage, enfin une cuisine spéciale contenant des réservoirs d’eau fraîche et 2 couchettes. En continuant vers l’arrière, nous rencontrons les 2 compartiments des générateurs ayant chacun une chaudière locomotive, avec boîte à feu en cuivre, qui peut alimenter une puissance de 1800 chevaux en brûlant 1524 kilogrammes de charbon à l’heure. Quant aux machines, elles se composent de 2 appareils à triple expansion1, développant ensemble et normalement 5500 chevaux; chaque machine commande une hélice. Dans la chambre des machines sont 2 condenseurs de surface, 2 pompes centrifuges, un évaporateur, un appareil à distiller, des appareils d’aération, des compresseurs d’air, une dynamo pour le projecteur, l’appareil à gouverner, etc. A l’arrière sont les logements des mécaniciens et des officiers.
- 1 Les cylindres ont respectivement 0m,45, 0ro,66, 0m,9l de diamètre et 0m,45 de course.
- L’armement comprend 2 tubes lance-torpilles à l’avant, 2 autres pour le tir latéral ; on trouve enfin
- 1 canon à tir rapide sur la première moitié du bateau, commandant presque tout l’horizon, puis
- 2 autres latéralement et un 4e surélevé à l’arrière. Il faut noter un pont étanche qui s’étend sous les postes, un peu au-dessous de la ligne d’eau; il donne une sécurité particulière en cas de voie d’eau et l’on a ménagé inférieurement des magasins. Le Ilavock peut porter 60 tonnes de charbon, disposé le long des chaudières; son équipage est de 42 hommes.
- Le second torpilleur à citer est le Eornet. De mêmes dimensions que le précédent, il a 8 chaudières et 4 tuyaux; il déplace 223 tonnes à peu près, et tire au maximum 2m,28, sa puissance étant estimée à 6248 chevaux; son approvisionnement en
- 1 Voy. n° 1000, du 30 juillet 1892, p. 132.
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- charbon est le même que celui du Havock; il n’a que 3 canons et 3 tubes lance-torpilles; mais, et c’est là sur quoi nous voulions insister, d’après les essais dont nous avons eu connaissance, il a fourni en moyenne 28,02 nœuds par heure, et même il a pu atteindre 28,333 nœuds.
- Ce sont des résultats remarquables et il était utile de citer les nouvelles unités dont s’augmente la flotte britannique. X..., ingénieur.
- CHRONIQUE
- Générateurs et transformateurs polymorphiques d’énergie électrique. — Sous ce titre, M. E. Hospitalier a fait le 18 mai 1894, devant la Société française de physique et la Société internationale des électriciens réunies, une conférence des plus intéressantes. Nous ne pouvons ici l’analyser complètement, mais nous mentionnerons au moins quelques passages principaux. Après avoir examiné les diverses formes sous lesquelles se présente l’énergie électrique : continue, alternative, diphasée et triphasée, et indiqué les caractères distinctifs de chacune de ces formes, M. E. Hospitalier a parlé des principales applications déjà réalisées à l’aide des appareils dimorphiques, et il a montré en projections les machines Schuckert, "Westinghouseà courants alternatifs et diphasés, et les machines Testa de 750 kilowatts. Puis il a passé en revue les transformations successives des courants continus, alternatifs, diphasés et triphasés. Pour la transformation des courants continus en courants alternatifs, M. Solignac, en 1888, avait construit un appareil, qui a porté le nom d'onduleur, et qui n’a pas eu de suite. Un transformateur rotatif existe également en Amérique et est employé pour le soudage des rails de tramways1. Les courants continus peuvent être facilement transformés en courants diphasés et triphasés; de même les courants alternatifs peuvent se transformer en courants continus. A Gassel, un moteur synchrone à courants alternatifs, branché sur le circuit de distribution, actionne directement deux dynamos à courants continus servant à la charge des accumulateurs. On utilise ces derniers pour faire fonctionner comme moteurs les deux génératrices à courants continus et lancer le moteur à courants alternatifs au moment du démarrage. L’industrie réclame également parfois la transformation des courants diphasés en courants continus. C’est le cas pour la Société des chutes du Niagara et de la ville de Budapest qui effectuent à distance des transmissions d’énergie à l’aide de courants diphasés, actionnant des moteurs. Ces derniers à leur tour mettent en mouvement des dynamos à courants continus. En terminant, M. E. Hospitalier parle de la transformation des courants diphasés en courants triphasés à l’aide du transformateur Scott, puis de la transformation des courants triphasés en courants continus au moyen de l’appareil de MM. Hutin et Leblanc, et enfin de la transformation des courants triphasés en courants diphasés. Cette intéressante conférence offre un champ nouveau aux électriciens et met en évidence toutes les ressources que peuvent offrir lés, transformations successives de l’énergie électrique pour résoudre les divers problèmes industriels qui se présentent dans la transmission à distance et l’utilisation de l’énergie électrique. J. L.
- i Voy. n° 1071, du 9 décembre 1893, p. 22.
- Leibniz ei le baromètre anéroïde. — Un météorologiste allemand, M. Hellmann, a découvert, dans les lettres de Leibniz à Jean Bernouilli l’ancien et de Ber-nouilli à Leibniz que ce dernier avait dès 1702 conçu l’idée d’un baromètre anéroïde presque semblable à celui qui a été réalisé par Vidi. Bernouilli s’occupait de la construction d’un nouveau baromètre destiné à donner sur une plus grande échelle les variations de la pression et aussi de celle d’un baromètre de voyage, et avait écrit à ce sujet à Leibniz, Celui-ci lui répond le 3 février 1702 :
- « Peringeniosa est tua baromelri constructio nec inuti-lis; cogitavi aliqua7ido de barométro portabili quod in-çludi tlieculœ in horologii forma posset; sed mercurio caret, et ejus officio fungitur follis, quem pondus aeris comprima i conatur, elaslro aliquo chalibæo resistente ». C’est bien l’idée de l’anéroïde; mais Leibniz ne s’en tient pas là; il veut réaliser son idée et, dans une lettre du 20 avril 1702, il parle de prendre pour son « follis )) une vessie vide d’air, ou du cuir, ou la peau d’un animal marin ; mais il avoue que ces substances ne sont pas assez imperméables à l’air. Puis après que Bernouilli, à son tour, lui a fait observer que ces substances seraient trop hygrométriques, et lui fait une proposition assez compliquée, Leibniz répond le 24 juin : « Follem autem vel-lem adhiberi mctallicum, in quo plicæ a chalibæis lami-nis suppeditentur. Ita cessabunt quæ me tuis. )) Ces faits sont intéressants au point de vue de l’histoire du baromètre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mai 1894. — Présidence de M. Lœwv.
- La température du sol au Sahara. —-M. Georges Rolland, dont on connaît les féconds travaux sur l’utilisation des eaux artésiennes de la vallée del’Oued-Rir, a eu l’idée de rechercher la loi d’accroissement de la température de l’écorce terrestre suivant la profondeur, dans la région du Sahara algérien. Il a utilisé dans ce but une quantité considérable d’observations thermiques recueillies pendant le forage des nombreux puits dont la vallée de l’Oued-Rir est aujourd’hui semée, grâce à l’action bienfaisante de la domination française. La comparaison des températures du sol était assez délicate à opérer, parce que les cheminées d’appel de l’eau sont souvent très différentes les unes des autres. Quelque obscure que soit la question, M. Rolland donne des résultats qui empruntent à sa haute expérience un caractère de grande probabilité. Dans l’Oued-Rir, la nappe d’eau d’alimentation des puits, est à une profondeur d’environ 75 mètres; la température de celte nappi est de 25°,6. Vers le vingtième mètre de profondeur, on rencontre une couche dont la température reste comprise entre 22 et 23 degrés; par conséquent, la température augmente de 3 degrés, lorsque la profondeur augmente de 55 mètres. Pour un accroissement de 1 degré, la variation de profondeur est donc de 18 mètres. Dans la région de Ouargla, M. Rolland a obtenu un résultat identique. L’auteur remarque que ce nombre s’écarte beaucoup de celui que l’on trouve en Europe. En effet cette quantité qui paraît sujette à de fortes perturbations locales ne semble pas moindre de 30 mètres sur l’ancien continent.
- Une carte agronomique. — M. Aimé Girard présente au nom de la Société d’agriculture de Meaux une carte du canton de la Ferté-sous-Jouarre sur laquelle sont portées
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- des indications relatives à la teneur du sol en azote, acide phosphorique, potasse et chaux, en même temps que la définition de la nature du sol. Cette carte est basée sur la carte géologique dont elle reproduit le dessin avec teintes conventionnelles. Les indications relatives à la richesse du sol en azote, acide phosphorique, potasse et chaux ont été tirées de 560 analyses effectuées par M. Du-clos sur des échantillons pris dans les différentes communes en des endroits convenablement choisis. La nature du sol dans chaque localité est indiquée par une bande horizontale subdivisée elle-même en deux ou trois bandes coloriées conventionnellement, suivant la dénomination simple ou complexe du sol, par rapport à l’argile, au calcaire et au sable. Enfin, les résultats des dosages d’azote, acide phosphorique, potasse et chaux, sont traduits graphiquement dans un petit rectangle divisé en quatre bandes verticales également coloriées conventionnellement. M. Aimé Girard insiste sur l’intérêt et l’utilité de cette carte.
- La mort par l'électricité. — M. d’Arsonval a effectué, en 1887, un ensemble de recherches sur l’effet mortel de l’électricité. 11 a étudié à cette époque l’action de la décharge statique, celle de la machine de Gramme à courant continu, celle de la machine de Gramme à courants alternatifs. Il a trouvé que si la décharge statique n’a pas l’énergie voulue pour altérer mécaniquement le bulbe, circonstance qui détermine la mort, elle agit en l’excitant et produit ainsi des phénomènes d'inhibition des poumons et du cœur, d’emphysème pulmonaire, de paralysie, identiques à ceux que M. Brown-Sequard a obtenus en irritant directement la région bulbaire. La machine de Gramme à courant continu n’est dangereuse que par l’extra-courant de rupture; pour ce qui concerne les courants alternatifs, l’auteur affirmait que ceux-ci ne causaient la mort qu’à une différence de potentiel moyenne très élevée et que les courants'employés dans l’industrie ne tuaient le plus souvent que par arrêt respiratoire. La respiration artificielle empêchant l’asphyxie de se produire, permet à la respiration naturelle de se rétablir. M. d’Arsonval rapporte aujourd’hui un fait qui confirme l’exactitude de l’opinion qu’il émettait dès 1887 relativement à l’effet des courants alternatifs. L’excitation des centres nerveux produit effectivement, d’après l’auteur, des troubles respiratoires et la syncope reproduisant les apparences de la mort. 11 résulte de cette remarque qu’un individu foudroyé doit être traité comme un noyé. A l’appui de celte opinion il rapporte, un accident arrivé récemment à un ouvrier employé dans une usine de Saint-Denis où s’exécutait par l’électricité une transmission de force. Cet homme fut estimé foudroyé ; il fut néanmoins soumis à une série de respirations artificielles et au bout de trente-cinq minutes d'efforts, il commença à donner signe de vie. Depuis il ne paraît pas se ressentir de la terrible secousse.
- Météorologie de la cote du Sénégal. — Au cours d’un voyage au Sénégal effectué l’an dernier, à l’occasion d’une éclipse de soleil, M. Bigourdan a eu l’occasion de faire des observations météorologiques qui lui ont révélé une particularité singulière du climat de la côte de ce pays. Un peu après midi, la température s’élevait à 26 et 32 degrés, puis en moins de 10 minutes elle descendait de 10 degrés. Ce changement si brusque avait lieu sous l’action d’une saute de vent, la brise de terre cessant subitement pour laisser place à la brise de mer. Or les côtes du Sénégal sont à proximité du grand courant polaire nord; par conséquent la brise de mer doit être très fraîche. Ce brusque abaissement de température ne se fait sentir que
- sur une zone côtière de quelques lieues de largeur. Ce fait est intéressant pour les météorologistes.
- Élection. — M. le colonel Laussedat est élu académicien libre, par 63 voix contre 2 données à M. Adolphe Carnot et 1 à M. Lauth. — M. Henri Filhol a composé un ouvrage intitulé : Conseils aux voyageurs. — M. Charles Richet vient de combler une lacune de la physiologie par son livre sur la Défense de l'organisme, dans lequel il a étudié une quatrième fonction que M. Ycrneuil qualifie de fonction de protection : l'rotection contre les effets du milieu dans lequel nous vivons, contre le traumatisme, le parasitisme, l’action des poisons que nous élaborons ou que nous recevons de l’extérieur. — M. Brongnart lit un Mémoire sur l’organisation des insectes de l’époque carbonifère, d’après l’étude d’une collection magnifique de plus de 1 500 individus, recueillie dans les houillères dé Com-mentrv par M. Henri Fayol. Ch. de Yilledeuil.1 :
- LA SCIENCE PRATIQUE
- CE Qü'o\ PEUT FAIRE AVEC UNE CANNE 1 ’ ’
- Dans mon précédent article, j’ai signalé vingt-cinq cannes mécanisées; j’en ai oublié encore; (l’obligeants lecteurs m’ont donné la description d’autres types, et il va m’être permis de compléter la revue que j’ai entreprise.
- Continuons à examiner la série des cannes utiles. Voici la canne-filet à papillons, inventée par M. Martin et construite par M. Deyrolle. Cet appareil se compose essentiellement de deux parties ; une canne creuse et une monture portant le cercle et la poche ; lorsque le filet est fermé, la monture entre tout entière dans la canne (fig. 1).
- Notre collaborateur, M. Mégnin, nous a écrit pour nous dire que nous avions oublié la canne-toise, qui sert aux éleveurs ou aux écuyers à mesurer leurs chevaux. La canne s’étire, comme le montre la figure 2, elle s’allonge, d’une mesure intérieure contenant une tige qui s’ouvre en potence ; le cheval dont on veut avoir la hauteur est placé sous la potence qui se meut dans une cannelure. Elle sert aussi pour les chiens sous un autre modèle où la mesure est plus basse. La canne hippomètre ou canimètre est très en usage, nous écrit M. Mégnin, chez les amateurs de chevaux ou les juges d’exposition de chiens pour mesurer la taille de ces animaux, c’est-à-dire la hauteur du garrot au sol.
- Un autre de nos collaborateurs, M. le Dr Z... nous fait connaître une canne-parapluie qui diffère de celle dont nous avons donné la description dans notre précédent article. Notre correspondant nous adresse la Note suivante que nous reproduisons :
- « 11 est bien difficile de concilier, dans la construction de la canne-parapluie, l’élégance avec la solidité. C’est généralement cette dernière qualité qu’on sacrifie le plus volontiers. En revanche, nous allons décrire une nouvelle forme de cet instrument, dans laquelle on s’est
- 1 Suite. Voy. n° 1092, du 5 mai 1894, p. 303.
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- LÀ N A TITRE.
- peu préoccupé de la finesse des formes, landis que toute l’attention a été reportée sur sa qualité ; le constructeur s’est proposé de faire une bonne canne et un bon parapluie, qui puisse rendre de réels services aux voyageurs. Il a renoncé, dans ce but, à loger le parapluie entier dans la canne ; la monture seule y est introduite tandis que l’étoffe, enfermée dans un sachet de toile cirée, trouve facilement place dans la poche d’un veston ou d’un pardessus. La monture est d’une construction très ingénieuse ; chaque baleine est soutenue par deux arcs-boutants formés par des ressorts aboutissant deux à deux dans des pièces articulées sur la douille inférieure. Lorsque le parapluie est ouvert, ces ressorts forment une étoileà sept branches très rigid'\ Lorsque, au contraire, on
- pousse la douille inférieure sur la douille supérieure, les ressorts se rabattant en arrière et se redressant, ramènent le tout aux dimensions du trou foré dans la canne. Cette dernière porte deux arrêts, qui peuvent se rentrer entièrement, et que l’on relève en pressant sur une détente. L’un fixe la douille supérieure, l’autre la douille inférieure lorsque le parapluie est ouvert. Il suffit, pour fixer la monture, d’introduire la canne dans les douilles, et de rabattre les baleines lorsqu’on s’est assuré que l’arrêt supérieur est en place. L’étoffe se fixe au moyen de petits cylindres de métal terminés par des boules, et que l’on chausse à l’extrémité des baleines. Ce dispositif permet de la changer très facilement lorsqu’elle est hors d’usage. Le montage de l’instrument, qui paraît compliqué
- Figure 1 à 4. — Utilisation de la canne. — 1. Canne-filet à papillons. — 2. Canne à toiser les chevaux. 3. Canne-parapluie. — 4. Canne musicale. — S. Canne pipe.
- à première vue, arrive à se faire très rapidement; il faut compter cependant une bonne demi-minute pour toute la manœuvre, de telle sorte que, par des temps orageux, il rie faudrait pas attendre les prerriières gouttes de pluie pour s'y décider; mais, comme nous l’avons dit, c’est le parapluie des voyageurs, gens prévoyants. »
- . i •
- . La figure 5 montre le mode d’emploi de la canne-parapluie; à gauche de la figure on voit le détail de la carcasse retîréeRe la canne et montée; a droite, oa aperçoit le haut de la carcasse repliée et rentrant dans la canner Le tissu de l’étoffe efct figuré à côté J ; Nous continuerons notre énumération en repro* duisant la. lettre suivante que' nous fait parvenir qn de nos abonnés, M. À. Guibé : ....... .
- Je vous signale une canne-flûte traversière que j’ai vue et employée. Elle porte seulement deux clefs peintes
- comme la canne et qui ressemblent à des nœuds ordinaires. Une ouverture latérale, plus grande que les autres, permet à la colonne d’air de vibrer. Vous comprenez combien il est agréable d’interrompre un instant sa promenade pour jeter quelques notes joyeuses.
- Avec la curieuse canne musicale qui est représentée dans la figure 4, je rappellerai la canne-sirène de M. Trouvé, qui a été décrite dans La Nature; je ferai passer sous les yeux du lecteur un modèle de canne-pipe que la figure 5 explique suffisamment et je ne terminerai pas cette deuxième Notice, sans remercier mes correspondants de leurs excellents documents. Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Garant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE
- VINGT-DEUXIÈME ANNÉE — 1894
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Alirasfol dans les vins (L'), 80.
- Académie des Sciences (Séances hebdomadaires de U), 15, 51, 47, 05, 7!L 95, 111, 127, 145, 159, 174, 191. 200, 225, 259, 255, 271, 287, 505, 518, 555, 551, 507, 585, 599, 414.
- Accumulateurs électriques à liquide immobilisé, 280.
- Acier (Changements de structure du 1er et de P), 48.
- Acier au molybdène (L’), 94, 550.
- Acier par la trempe (Transformation allotropique de 1’), 207.
- Acridiens d’Algérie, 406.
- Aérostats (Combustion spontanée des), 509.
- Air liquide (!,’). Sa solidification et ses applications scientifiques, 150.
- Alambic des familles à distillation continue, 267.
- Alcool (Appareil disiillatoirc pour le dosage de 1’), 27.
- Alligators (Le paradis des), 47.
- Aluminium au Groenland (lînc mine d’), 545.
- Aluminium (Nouveaux emplois de T), 271.
- Aluminium (Recouvrement de T), 246.
- Améthystes et turquoises, 567.
- Auaglyphcs (Les), 219, 258.
- Ane qui galope (I/), 176.
- Antisepsie à la méthode hypodermique (Application de T), 257.
- Aptéryx du Jardin des Plaides (L’), 321.
- Araignée (Intelligence de T), 398.
- Arbres à lait, 58.
- Arbres (La température interne des), 11)7.
- Archéologiques en Egypte (Découvertes), 402.
- Architecture navale primitive dans l’Europe septentrionale (L’), 215.
- Aréomètre Baume (À propos de T), 242.
- Articulations (Les mouvements des), 585.
- Ascension aérostatique par vent violent, 95.
- Ascensions de M. AV. Conway dans le lvarakoroum (Les), 157.
- Asphyxiés (Les secours aux noyés et), 507.
- Astronomie, 26, 61.
- Atmosphère au-dessus du sol (Les propriétés de 1’), 79.
- Attelage et de détolage instantané (Système d'), 64.
- Aurore boréale, 382.
- Autruches (L'élevage des), 143.
- Avalanche du ATœrdal en Norvège ( L'j, 250.
- B
- Balance sans fléau, 11.
- Baleine échouée sur les côtes de la Bretagne '(Dépeçage d'une), 240.
- Ballon précipité dans la mer, 299.
- Baltique à la mer du Nord (Le canal de la), 2.
- Banquiers dans l’antiquité (Les), 235.
- Baromètre (La mesure des hauteurs par le), 31.
- Baromètre anéroïde et Leibniz (Le), 414.
- Bas-Vivarais (Les demeures et sépultures des premiers habitants du), 253.
- Bases géodésiques (La mesure des), 399.
- Bateau en aluminium. Le Jules Davoust, 195.
- Bateau-vélocipède, 1.
- Batraciens à l’habitat (L’adaptation des), 15.
- Berthelot dans son cabinet de travail (AL), 280.
- Bétail (Utilisation des produits ligneux pour l’alimentation du), 174.
- Beurres du commerce (Analyse des), 127.
- Bicyclettes par les chiens (La traction des), 191, 206.
- Bière (Origines de la), 267.
- Bille d’Acajou-Cedra du Jardin des Plantes (La), 129.
- Blessures (L’infection des), 47.
- Bolide remarquable (Un), 251.
- Bombes et machines infernales, 571,405.
- Borate de chaux (Aline de), 361.
- Brochet monstre (l!n), 551.
- Brown-Séquard, 302.
- c
- Calcimètrc (Le), 407.
- Calcium (Propriétés du carbure de), 223.
- Calcographic (La), 74.
- Camée sassanidc, 401.
- Campagnols (La destruction des), 48.
- Canal d’irrigation (Etanchcmcnt d’un), 382.
- Canal de la Baltique à la mer du Nord (Le), 2.
- Canne (Ce qu’on peut faire avec une), 363, 415.
- Canne lumineuse électrique, 78.
- Carbone (Le borurc de), 256.
- Carbone (Cristallisation artificielle du), 11)1.
- Carbonyle (Le), 143.
- Carte agronomique (Une), 414,
- Cavernes (La température des), 255.
- Centenaire de l’École polytechnique, 381.
- Cérium (Propriétés photographiques des sels de), 227.
- Chaldee (Objets en cuivre provenant de). 107.
- Champ magnétique (Étalons pour le), 534.
- Champignon de couche (Maladie du), 411.
- Champignons (La culture des), 10.
- Champignons (La distinction des espèces dans les), 399.
- Châtiments et les supplices chez les Persans (Les), 299.
- Chats sans queue (Les), 15.
- Chaudières à vapeur (Le chauffage au coke des), 126.
- Chaussure du soldat (La), 37.
- Chemin de fer de montagne en Californie, 221.
- Chemins de fer en Angleterre et aux États-Unis (Les accidents de), 190.
- Chemin de fer mixte de Lautcrbrünnen à Alürren, 59.
- Cheminées d’appartement, 197.
- Chemins de fer de montagnes en Suisse (Les), 59, 547.
- Chenille nuisible d'Afrique, 255.
- Cheveux de Pélé (Les), 537.
- Chiens de trait (Les), 6.
- Chimie dans l’espace (La), 209.
- Chlorophylle animale (La), 103.
- Christophe Colomb (Un portrait de), 368.
- Climat sur les végétaux (Influence du), 335.
- Coloriscope et la coloration des vins (Le), 152.
- Combustion solaire, 343.
- Combustion spontanée des aérostats, 309.
- Comètes (Les), 506.
- Compteur kilométrique pour vélocipèdes, 541.
- Compteurs et indicateurs de nombre de tours, 45.
- Conserves de légumes et de fruits, 236.
- Coq mécanique du la cathédrale de Strasbourg (Le), 80.
- Couleurs (La distinction des), 271.
- Couleurs (La photographie des), 127, 185.
- Couleuvre (Sang de), 111.
- Courants ascendants (Expériences sur les), 65.
- Courants océaniques (La théorie des), 35L
- 27
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-
-
-
- 418
- INDEX ALPHABETIQUE.
- Courbes de faibles rayons (Commission des), 18.
- Courroie à maillons, 227.
- Courroies de transmission en Amérique (L’industrie des), 15.
- Course de piétons, d'échassiers et de chevaux, 409.
- Crayons (L’industrie des), 54.
- Crvolithc au Groenland (Exploitation de), 543.
- (.’ryptoprocta (Classification du), 384. Cuirassés (Les défauts de navigabilité des grands), 222.
- Cuisine (La science dans la), 111. Cultures sahariennes (Un parasite des), 239.
- Cycle (Le salon du), 105.
- Cyclones (La théorie des), 550.
- I)
- Daltonisme (Le), 505.
- Décors ignifugés au théâtre (Les), 234. Dégras pur (Fabrication du), 94. Démontage instantané des pièces montées à chaud (Le), 303.
- Dessiccation naturelle des graines (La), 79.
- Diamant du monde (Le plus gros), 10. Diatomifèrcs de l'Auvergne (Dépôts), 223. Diélectrine, 190.
- Distillatoirc pour le dosage de l’alcool (Appareil), 27.
- Dragées (Les), 51.
- Drainage en hiver (Les eaux de), 79,
- 177.
- Drame souterrain (Un), 387.
- Droitiers et gauchers de la vue, 315. Dynamo à pédales, 44.
- E
- Eau de savon (Nouvel emploi de 1), 142. Eau pure partout (De F), 103.
- Eaux de drainage d'hiver (Composition des), 79, 177.
- Eaux du Doubs en 1895 (Les basses), 92. Eaux stérilisées (Embouteillage des), 559. Éboulcmcnt de la Rochc-Guyon (lé), 257. Ébullioscope de voyage, 379.
- Éclairage électrique du canal de la mer du Nord, 307.
- Éclairage (Les problèmes de F), 170, 205. Éclairage (Questions relatives à F), 278. Éclairage électrique en Angleterre et en Allemagne, 239.
- Éclairs en chapelet (Les), 523.
- École nationale d’Oswego (L’), 153.
- École polytechnique, 581.
- Écorcement des arbres (lé), 79, 258. Écrans magnétiques, 367.
- Égypte (Découvertes archéologiques en), 401.
- Égypte (L’irrigation de F), 259.
- Élections à l’Académie des sciences, 111, 127, 144, 191, 336, 399, 415. Électricité (L’art dans F), 87.
- Électricité dans les hôtels modernes (L’), 279.
- Électricité en voyage (Utilité de F), 258. Electricité pratique, 19, 331.
- Électrique (Voiture), 5.
- Électrique aux Etats-Unis (L’industrie), 46.
- Électro-physiologie du Dr d'Arsonval (Les expériences d'), 231.
- Éléphant de Iturfort (L'), 312.
- Emaux cristallisés et les couleurs de grand feu (Les), 274.
- Empoisonnement par la mélinitc, 110.
- Engrais potassiques (Emploi des), 256.
- Enseignement aux Etats-Unis (L'). Ecole nationale d’Oswego, 153.
- Epanchements boueux (Caractères géologiques des), 271.
- Épinette Pietfort (lé), 109.
- Equitation à l’Ecole de cavalerie de Sau-mur (L’hippiatrique et F), 167.
- Etoiles doubles (Les), 51.
- Ex-Libris, 400.
- Expédition antarctique (Projet d'), 170.
- Exploration souterraine dans le Jura, 141.
- Exposition d’art photographique, 126.
- Exposition de Chicago en 1893 et les Expositions antérieures (lé), 251.
- Exposition électrique de Budapest, 410.
- Exubérance de la population chinoise (Causes de F), 390.
- Y
- Favé (Le général), 286.
- Fécules (Jéozonisalion des), 127.
- Fer et de l’acier (Changements de structure du), 48.
- Fermentation gastrique, 567.
- Fêtes franco-russes à Paris (Souvenirs des), 88.
- Feu d’artifice (Histoire d'un), 71, 155.
- Feuilles géantes, 47.
- Fièvre typhoïde à Paris (La), 206.
- Filature actionnée par des souris (Une), 62.
- Fischer (Paul), 50.
- Fluorhvdrique (Ethérification de l’acide), 47. ‘
- Foins (L’inflammation spontanée des), 154.
- Foire aux huîtres en Angleterre (La), 175.
- Fonderie de fer dans l’Afrique centrale (Une), 143.
- Fontaine de Vaucluse (La), 506.
- Force motrice par l’eau sous pression à Londres, 107.
- Fossiles (Découverte de), 191, 319.
- Foudre globulaire (La), 550.
- Foudre sur les arbres (Causes de la chute de la), 158.
- Fouilles en Grèce (Les), 43.
- Fourmis blanches (Les ravages des), 94.
- Fourmis (Glandes des), 367.
- ‘France (La superficie de la), 159.
- Fremy (Edmond), 161.
- Froid en Amérique (La distribution du), 207.
- Fromages dans la Dobroudscha (Industrie des), 222.
- Frontière franco-allemande au Soudan (La nouvelle), 339.
- Fruits en Californie (La culture des), 249.
- Fusils à petit calibre (Les), 42.
- G
- Galerie des produits végétaux au Muséum d’histoire naturelle (La)> 81.
- Galet de Jan Mayeu (Sur un), 69.
- Générateurs polymorphiques d'énergie électrique, 414.
- Géologie expérimentale, 223.
- Géologique du vent (Le rôle). Les cheveux de I'élé, 537.
- Golfes du Lion (Le), 144.
- Graines (La dessiccation naturelle des), 79.
- Graines de la vigne (La germination des), 144, 223.
- Graines sauteuses (Les), 282.
- Graphite en Bohême (L’exploitation des mines de), 350.
- G relie (Expérience sur la), 367.
- H
- Hauteurs par le baromètre (La mesure <fes), 51.
- Herbier de Jean-Jacques Rousseau (Un), 287.
- Hertz (H.), 110.
- Ilippialrique et l'équitation à l’École de cavalerie de Saumur (lé), 167.
- Horticulture en Algérie en 1895 (L’), 226.
- Huile de pépins de raisin, 143.
- Huile sur l'eau (lé), 10.
- Huîtres en Angleterre (La foire aux), 175.
- Hyménoptères (Appareil venimeux des), 556.
- Hypnodie chez les eantharidiens, 206.
- I
- Ichtyologie de Bornéo, 143.
- Indicateurs de nombre de tours, 45.
- Indo-Chinc (Les nouvelles frontières en), 91.
- Ingénieur-électricien (Une), 15.
- Inhalation (Appareil d’), 272.
- Insectes (Les moyens de défense des), 335.
- Irrigation agricole en Chine (Les systèmes d’), 66.
- Irrigation de l’Asie centrale, 259.
- Irrigation de l’Égypte (lé), 239.
- J
- Jablochkoff (Paul), 518.
- Jaiiréguiberry (Le), 59.
- Jeu de Polo (Le), 397.
- Jouets (La mécanique des), 176.
- Jouets scientifiques. Le gouvernail propulseur, 319.
- Jours de la semaine (Les), 274.
- R
- Klumpke, docteur ès sciences mathématiques (Mlle), 62.
- Kolaticr (Le), 555.
- L
- Laboratoire de photographie (Mon), 369.
- Lac de Genève (Salure des eaux du), 95.
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-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Lacs américains (Courants des grands), 395.
- Lait (Altération du), 383.
- Lait (Arbres à), 58.
- Lait à l’état frais (Conservation du), 438.
- Lait par l’oxygène comprimé (Stérilisation du), 243.'^
- Laitière aux États-Unis (L’industrie), 482.
- Langage sifflé dans l’Afrique centrale (Le), 43.
- Laotiens et la pluie artificielle (Les), 398.
- Lecteurs en Angleterre (Statistique des),
- 34.
- Leibniz et le baromètre anéroïde, 414.
- Litière de tourbe (La), 218.
- Livres du monde (Les plus petits), 258.
- Loch électrique à douille moulinet de M. le contre-amiral Fleuriais, 389.
- Locomotive électrique de M. J.-J. Heil-mann (La), 462, 478.
- Lois de Képler et de Newton (La dépendance des), 95,
- Loupe de noisetier du Muséum d’histoire naturelle, 228.
- Lumière (Une nouvelle unité de), 360.
- Lune (Carte photographique de la), 570.
- Lunette astronomique, 254.
- M
- Machine à courir Valèrc (La), 49.
- Machine à décaper par le sable, 52.
- Machines à piocher, 276.
- Machines d'induction électrostatique sans secteurs, 305.
- Madagascar (Géographie de), 239.
- Magnésie (Densité de la), 239.
- Maïs (Préservation des cultures de), 255.
- Marégraphe plongeur de, M. L. Favé (Le),
- 501.
- Mars (Déformations du disque de), 32.
- Matière et l’énergie (La), 558.
- Méduse dans le Haut-Niger au Soudan français (Une), 55.
- Mcgaladapis (Le), 198.
- Mélinitc (Empoisonnement par la), 410.
- Membres chez l’homme et chez la femme (La force cl la longueur relatives des), 554.
- Mer du Nord (Le canal de la Baltique à la), 2.
- Métaux par distillation dans le vide (La purification des), 255.
- Météorologie de la côte du Sénégal, 415.
- Mica (L’exploitation du), 2.
- Microbes (l’action du spectre solaire sur les), 399.
- Microbes (La vitalité des), 127.
- Mine de borate de chaux, 361.
- Mines de platine de l’Oural (Les), 114.
- Mode (La), 289, 394.
- Môle (La) , 414.
- Moléculaire (L’association), 298.
- Mont-Blanc vu du sommet du l’uy-dc-Dômc (Le), 335.
- Mort par l’électricité (La), 415.
- Mortalité dans les grandes villes (La), 395.
- Morues (Repeuplement en), 95.
- Moteurs à gaz (Sur le rendement des), 238.
- Mouche tsé-tsé (La), 286.
- N
- Nandous (Les), 148.
- Nécrologie, 50, 410, 459, 255, 270, 286, 302, 318.
- Nécropole de Dahchour, 402.
- Neige (Les cristaux de), 225.
- Nitrates dans les plantes vivantes (Les),
- 411.
- Niveau à aiguilles (Double), 20.
- Niveau automatique à lunette verticale, 67.
- Noyés et asphyxiés (Les secours aux), 507.
- O
- Objets en cuivre de date très ancienne provenant de Chaldée, 107.
- Observatoire du Misti au Pérou (L’), 495.
- Observatoire du Sonneblick (L’), 156.
- Œillets (La maladie des), 222.
- Oiseau qui vole le plus longtemps (L’), 555.
- Oiseaux gigantesques de Madagascar (Les), 427.
- Olivier dans le centre de la Tunisie (La culture de 1’), 523.
- Orangs-outangs à Bruxelles (Deux), 46.
- Orangs-outangs du Jardin d’Acclimatation à Paris (Les), 445.
- Orbites des Biélidcs (Les), 26.
- Ordures par incinération sur place à Chicago (Destruction des), 487.
- Orlhagorisquc môle (L’), 489.
- Ouvirandra feneslralis (If), 243.
- Oxygène dans l’atmosphère solaire (La présence de P), 141, 519.
- Oxygène (Le spectre de F), 583.
- P
- l'aillons (Une fabrique de), 398 Pain sanglant (Le), 95.
- Paliers à billes, 193.
- Pancréas (La fonction du), 271. Papier-savon (Le), 14.
- Parfums des fleurs (Les), 346.
- Pas gymnastique (Du), 83,122.
- Pêche (Nouveaux engins de), 223. Pêcheurs d’Islande (Le départ des), 518. Pelotes marines (Les), 70.
- Pendule électrique, 245.’
- Période quaternaire en France (Le climat de la), 551.
- Personnages en cire (Les). Leur fabrication, 525.
- Pesanteur sur le continent nord américain (Anomalies de la), 459.
- Pétrole à Sumatra (Le), 566. Pfœfers-Ragatz, 97.
- Pharmacie (Exposition d’objets de), 450. Photographie des couleurs (La), 127. Photographie et l’histoire (La), 88. Photographie (Mon laboratoire de), 569. Photographies de dimensions exceptionnelles, 43.
- Photographies de nos contemporains chez eux, 280
- Photographies instantanées. Les forains. 460.
- Photographies spirites, 99.
- Photographique (Exposition d’art), 426.
- Photographiques des sels de cérium (Propriétés), 227.
- I'hotomicrographie (Appareil simplifié pour la), 277.
- Phylloxéra en Turquie (Le), 96.
- Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. Le mouvement perpétuel. L’oiseau frappeur. Escamotage d'une pièce de monnaie, 26, 442, 552.
- Physique sans appareils. Les anamorphoses. Phénomènes capillaires, 208, 356.
- Pinceau à air (Le), 53.
- Pins dans les Landes (Incendies des forêts de), 48.
- Planètes (Théorie du mouvement absolu des), 474.
- Plantes (Une maladie infectieuse des), 271.
- Pluviosité des différents vents au sommet du Puv-de-Dômc (Coefficients de), 451, 215.
- Poisson nouvellement découvert (Un), 46.
- Pôle terrestre (Les déplacements du), 51.
- Pommes de terre (Nouveau procédé de conservation des), 269.
- Pont-levis sur le Tibre, 47.
- Pont Mirabeau à Paris (La construction du), 145.
- Ponts du département de la Seine (Les nouveaux). La passerelle de Bry-le-Perrcux, 293. Les 'ponts de Puteaux, 555.
- Pouchet (Georges), 503.
- Poulpe parasite (Un), 519.
- Poupée parlante (La), 52.
- Pression atmosphérique (La mesure ée la), 384.
- Professions (Le partage des), 230.
- Publicité sur nuages (La), 304.
- R
- Radeaux flottants au Bengale, 206.
- Rails sur place (Sondage des), 22.
- Raisin panachées (Les grappes de), 334.
- Rayons crépusculaires colorés, 287.
- Récréations scientifiques, Le singe buveur. — Le jeu du diable. — Les tiges desséchées japonaises. — Les sympathies d'un haricot. — Les ombres chinoises. — Les harpes éoliennes. — Le ballon dirigeable du carnaval de Nice Papier découpé formant un filet, 48, 96, 128, 144, 224, 256, 288, 384.
- Requins d’eau douce, 440.
- Réservoir d’eau à Bordeaux (Nouveau), 241.
- Résistances (Les grandes), 49.
- Rivière souterraine de la l'iuka (Autriche). La grotte d’Adelsberg, 295.
- Roues en papier, 403.
- S
- Salle à manger originale (Une), 142. Salon du Cycle (Le), 463.
- Sapor et Valérien, 401.
- Saturne (L’anneau de), 386.
- Sauterelles (La destruction des), 354,399.
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-
-
- m
- INDEX ALPHABETIQUE.
- Sauvetage du Lur-Loeh (Styrie) (Le), 387,
- Seienee pratique (La), 20, 64, 67, 23(5, ‘272, 367, 415.
- Sels (La solubilité des), 287.
- Séquoia (Histoire d’un), 375.
- Signaux dans les tunnels, 287.
- Singe (Histoire d’un), 185.
- Singe buveur (Le), 48.
- Sol au Chili (Mouvements du), 11.
- Sol de la Scandinavie (Les mouvements du), 15.
- Soldat (La chaussure du), 37.
- Soleil (Les enveloppes du), 312.
- Solvay (Alfred), 270.
- Soudan (Frontière franco-allemande au), 539.
- Sources thermo-minérales et le Vésuve (Les), 406.
- Sparkstôtting (Le), 55.
- Spectre solaire sur les microbes (L'action du), 399.
- Spectres de l’oxygène aux hautes températures (Sur les), 385.
- Station météorologique du monde (La plus haute), au Pérou, 195.
- Statue gigantesque (Une), 270.
- Statues des rois de Dahomé au Musée ethnographique du Trocadéro, 262.
- Stéréochimie (La), 78, 209, 503, 318.
- Sublimé (La conservation des solutions antiseptiques de), 31.
- Sulfure de carbone sur la végétation (Action du), 399.
- Sulfurique par l’électricité (Concentration de l’acide), 46.
- Superficie de la France (La), 159.
- Système métrique (Le), 314.
- T
- Télégraphique (Dépêche), 175.
- Téléphone (Curieuse application du), 147.
- Téléphonique allemand (Le réseau), 59.
- Téléphoniques en Australie (Les clôtures), 238.
- Temboktou (La ville de), 375.
- Température animale (Oscillation diurne de la), 155.
- Température aux grandes profondeurs souterraines (La), 398.
- Température donnant des radiations visibles (La plus basse), 175.
- Température du sol au Sahara (La), 414.
- Température interne des arbres (La), 107.
- Tempête du 17 au 22 novembre 1893 (La), 14.
- Thérapeutique végétarienne, 270.
- Thermomètres (Quelques corrections des), 578.
- Timbouctou (Le nom de), 550.
- Timbouctou (Le pays de), 291.
- Toile (La maladie de la), 335.
- Tôle (Feuilles de), 58.
- Torpille de Fulton (La), 55.
- Torpilleurs anglais à grande vitesse (Les), 415.
- Toucher (Le sens du), 275.
- Tourbe à Pas-de-Jcu (Deux-Sèvres) (Exploitation de la), 17.
- Tourbe comme litière (Emploi de la), 90, 114, 218.
- Tours (Compteurs et indicateurs de nombre de), 45.
- Traîneau suédois (Un), 35.
- Tramways à vapeur à chaudière Serpol-let, 165.
- Tramways électriques (Influence pertu-balrice des), 567.
- Tramways en Amérique (L’utilisation des), 117. “
- Transformateurs polymorphiques d'énergie électrique, 414.
- Tremblements de terre (Ondes de), 123.
- Trombe marine (Une), 116.
- Trône de Béhanzin et les portes des palais d’Abomé au Musée ethnographique du Trocadéro, 526.
- Trousse-étuve (La), 183.
- Turbine à vapeur. Système de Laval, 211.
- Tyndall (John), 35.
- ü
- Uniformes de l’Ecole polytechnique (Les), 150.
- Unité de lumière (Une nouvelle), 366. Urée dans l’organisme (L’origine de F),
- 551.
- Y
- Yalérien et Sapor, 401.
- Valvules du cœur (Le mouvement des), 271.
- Vélocipèdes (Compteur kilométrique pour), 341.
- Yélocipédie, 21, 123.
- Vélocipédie sur rails (La), 273. Vélocipédiquc (Exposition), 163. Vélodromes (Les), 21.
- Vélographe (Le), 553.
- Ventilateurs électriques (Une utile application des), 176.
- Vents au Puy-de-Dôme et à Bruxelles (Coeflicients de pluviosité des), 151, 215.
- Vénus (Plus grand éclat de), 26.
- Vénus étoile du matin et du soir à la fois, 126.
- Verre (Un nouveau), 215.
- Verres optiques (Le travail des), 62. Vésuve et les sources thermo-minérales (Le), 406.
- Vigne (La germination des graines de la). 144.
- Vigne eu Russie (La), 190.
- Vignes phvlloxérées (La conservation des),
- 15.
- Vignoble anglais (Un), 167.
- Ville d’eaux suisse au moyeu âge et au dix-septième siècle (line), 97.
- Vins (Le coloriscopc et la coloration des), 152.
- Vins au Palais de l’Industrie (Exposition des), 159.
- Violoncelle de Stradivarius (Le), 535. Vipère (Le venin de), 191.
- Voiture électrique, 5.
- Voiture électrique de M. J. Carli, 229. Volants (La rupture des), 78.
- Volants (Les hommes). Les expériences de M. U. Lilienlhal, 147.
- Volcan Calbuco (Le), 173.
- w
- Wagons-citernes pour le transport des vins, 287.
- Wagons de luxe et les wagons ornés (Les), 29.
- Y
- Yon (Gabriel), 255.
- Van Bcncdcn (Pierre-Joseph), 159. Végétaux (La respiration des), 111. Végétaux fossiles (Découverte de), 536 Vent (Rôle géologique du), 337. Vélocipède (Bateau-), 1.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Alber. — Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. Le mouvement perpétuel, ‘21L — Récréations scientifiques. Les ombres chinoises, 224. — Les personnages en cire. Leur fabrication, 325.
- Au.\ et Acbix. — Appareil distillatoire pour le dosage de l'alcool, 27.
- Aubin. — Voyez Alla.
- Babelon (Ernest). — Camée Sassanide de la Bibliothèque nationale, 401.
- Bâclé (L.). — Le canal de la Baltique à la mer du Nord, 2.
- — Les chemins de fer dans les montagnes suisses. Ligne mixte de Lauterbrünnen à Mürren. Ligne de la Wengernalp allant de Lauterbrünnen à Grindehvald, 50, 347.
- Batault (Dr E.). — Les anaglyphes, 210.
- Baudry de Saunier (L.). — La machine à courir Yalère, 40.
- — Le salon du cycle. Exposition vélocipédique, 163. — La vélocipédie sur rails, 273. — Le vélographe, 353.
- Bei.let (Daniel). — Le langage sifflé dans l’Afrique centrale, 43.
- — L’enseignement aux Etats-Unis. L’Ecole nationale d’Oswcgo, 153. — Un vignoble anglais, 167. — Histoire d'un singe, 185. — L’architecture navale primitive dans l’Europe septentrionale, 215. — La culture des fruits en Californie, 240. — Histoire d’un Sequoïa, 375. — Courants des grands lacs américains, 505.
- Berthei.ot, de l’Institut. — Sur quelques objets en cuivre de date très ancienne provenant de Chaldéc, 107. — L’inflammation spontanée des foins, 154.
- üordage (Edmond) et Tertrin (Paul). — Les grainos sauteuses, 282.
- Boule (Marcellin). — L’éléphant de Durfort, 312.
- Brandicoukt (Y.). — Commission des courbes de faibles rayons,
- 18.
- Camarasa (Marquis de). — L’huile sur l’eau, son influence sur la pèche, 10. — Droitiers et gauchers de la vue, 315.
- Capus. — Les ascensions de M. W. Conway dans le Ivarako-roum, 157.
- Carrière (Gabriel). —Les demeures et les sépultures des premiers habitants du Bas-Yivarais, 253.
- Cartaz (Dr A.). — La chaussure du soldat, 37. — Les parfums des fleurs, 346.
- Chateau (C.). — Compteur kilométrique pour vélocipèdes, 541.
- Cornié (Gaston). — Vélocipédie. Les vélodromes ou pistes permanentes, 21. — Nouveaux genres de vélocipèdes, 123. — Nouveau réservoir d’eau à Bordeaux, 241. — Course de piétons, d’échassiers et de chevaux, 409.
- Coupin (Henri). — Les pelotes marines, 70. — Les animaux verts. La chlorophylle animale, 105. — Récréations scientifiques. Les sympathies d'un haricot, 144.
- Couturier (A.). — La science pratique. Niveau automatique à lunette verticale, 67.
- Grépeaux (C.). — L’épinette Pieffort, 109.
- Dary (Georges). — Loch électrique à double moulinet de M. le contre-amiral Elcuriais, 389.
- Deiièraix (P.-P.), de l’Institut. — Les eaux de drainage en hiver, 177.
- Delafosse (Maurice). — Statues des rois de Daliomé au Musée ethnographique du Trocadéro, 262. — Le trône de Béhanzin et les portes des palais t^’Abomé au Musée ethnographique du Trocadéro, 526. '
- v*.
- Dufour (I,.). — La môle, maladie du champignon de couche, 411. '
- Duquesnoy (Gaston). — La science pratique. Double niveau à aiguilles, 20.
- Espitallier (G.). — Combustion spontanée des aérostats et son origine électrique, 309.
- Ferrière (Sanglé). —L’abrastol dans les vins, 86.
- Fournier (A.). — Origines de la bière, 267.
- Fourtier (IL). — Photographies spirites, 99.
- Cadeau de Kerville (Henri). — L’orthagorisquc môle, 189.
- Gaüdiiy (Albert). — Paul Fischer, 51.
- Good (Arthur). — Mécanique des jouets. L ane qui galope, 176.
- Gouin (A.-J.). — La torpille de Fulton, 55.
- Gouzien (Dr Paul). — Une trombe marine, 116.
- Guerne (Jules de). —Une méduse dans le Haut-Niger au Soudan français, 35.
- Guillaume (Ch.-E.) — Expériences sur les courants ascendants, 65. — L’art dans l’électricité, 87. —Les expériences d’élec-tropliysiologie du Drd’Arsonval, 231. — A propos de l’aréomètre Baumé, 242. — Le sens du toucher, 275. — Questions relatives à l’éclairage, 278. — L’association moléculaire, 298. — Le marégraphe plongeur de M. L. Favé, 301.
- — Le système métrique, 314. — Jouets scientifiques. Le gouvernail propulseur, 319. — La matière et l’énergie, 358.
- — Une nouvelle unité de lumière, 367. — De quelques corrections des thermomètres, 378. — Un nouvel ébullioscope de voyage, 579. — L’anneau de Saturne, 386.
- IIennebert (Lieutenant-colonel). — La litière de tourbe, 248 — Bombes et machines infernales, 371, 403.
- Henry (Charles). — Oscillation diurne de la température animale, 155. — Les problèmes de l’éclairage, 170, 203.
- Hospitalier (E.). — Voiture électrique, 5. — Soudage des rails sur place, 22. — John Tyndall, 33. — Le pinceau à air, 53. — Distribution de la force motrice par l’eau sous pression à Londres, 107. — L’utilisation des tramways en Amérique, 117. — La locomotive électrique de M. J.-J. Heil-mann, 178. — La distribution du froid en Amérique, 207. — Turbine à vapeur, système de Laval, 211. — La voiture électrique de M. Joseph Carli, 229.
- Jaccard (A.). — Les basses eaux du Doubs en 1893, 92.
- Janssen (J.), de l’Institut. — Sur les spectres de l’oxygène aux hautes températures, 385.
- Joret (Henri). — « L'ouvirandra fenestralis », 243.
- Kari. (Carolus). — Les harpes éoliennes, 256.
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- LIST K DES AUTEURS PAU ORDRE ALPHABETIQUE.
- Laffargue (J.). — Les compteurs et indicateurs de nombre de tours, 45. — Machine à décaper par le sable, 52. — L’clec-tricité dans les hôtels modernes, 279. — Electricité pratique. Conseils aux abonnés à une distribution d’énergie électrique, 351.
- Launay (L. de). — IJne ville d’eaux suisse au moyen âge et au dix-septième siècle. Pfœfers-Ragatz, 97.
- Londe (Albert). — Appareil simplifié pour la photomicrographie, 277,
- Ia-chao-pf.e (François). — Les systèmes d’irrigation agricole en Chine, 66.
- Madeuf (Dr). — La traction des bicyclettes par les chiens, 191.
- Magus. — Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. L’oiseau frappeur, 112.
- Maresciial (IV). — La trousse-étuve, 183. — Les secours aux noyés et asphyxiés, 307.
- Maresciial (G.). — Bateau-vélocipède, 1. — Histoire d’un feu d’artifice, 71, 135. — Exposition d’art photographique, 126. — Les décors ignifugés au théâtre, 234. — Pendule électrique, 245. — Alambic des familles à distillation continue, 267. — « Embouteillage » des eaux stérilisées, 359.
- Marsillon (Ch.). — Arbres à lait, 58. — L’observatoire du Sonneblick, 156. — Chemin de fer de montagne en Californie, 221. — Une mine d’aluminium au Groenland, 343. — Mine de borate de chaux en Californie, 361.
- Martel (E.-A.). — Rivière souterraine de la Piuka (Autriche). La grotte d’Adelsberg, 295. — Un drame souterrain. Le sauvetage du Lur-Loch (Styrie), 387.
- Martin (Dr Ern.). — Les châtiments et les supplices chez les Persans, 299.
- Mégnin (P.). — Les chiens de trait, 6.
- Meunier (Stanislas). — Sur un galet de Jan Maycn, 69. — Le . rôle géologique du vent. Les cheveux de I'élé, 537.
- Nansouty (Max de). — La construction du pont Mirabeau, à Paris, 145. — Les nouveaux ponts du département de la Seine. La passerelle de Rry-le-I’erreux, 293. — Les ponts - de Puteaux, 555.
- Noguès (A.-F.). — Le volcan Calbuco. Son éruption en 1893, 173.
- Otto (Maries). — La stéréochimie, 78, 209. — Les émaux cristallisés et les couleurs de grand feu, 274.
- Oustalet (E.).— Les Nandous, 118. — L’aptéryx du Jardin des Plantes, 321.
- Pellissier (G.). — Les éclairs en chapelet, 523.
- Pi.umandon (J.-R.). — Coefficients de pluviosité des dific'rents vents au sommet du Puy-de-Dôme, 151. — Le Mont-Rlanc vu du sommet du Puy-de-Dôme, 333.
- Poisson (J.). — La bille d’acajou-cedra du Jardin des Plantes, 129. — La loupe de noisetier du Muséum d’histoire naturelle, 228. — Nouveau procédé de conservation des pommes de terre, 269.
- Rabot (Charles). — Projet d’expédition antarctique, 170.
- Régnault (Dr Félix). — Du pas gymnastique, 83, 122. — Empoisonnement par la mélinite, 110. — La mode, 289, 591.
- Renauld (Edmond). — Exploration souterraine dans le Jura, 141.
- Rexou (E.). La ville de Temboktou et sa jonction avec l’Algérie, 375.
- Richard (Jules). — Exploitation de la tourbe à Pas-de-Jcu (Deux-Sèvres), 17.
- Richou (G.). — Rateau en aluminium « Jules Ilavoust », 195. Robin (P.). — De l'eau pure partout, 103
- Rochas (Albert de). — Les uniformes de l’Ecole polytechnique, 130. — Centenaire de l'Ecole polytechnique, 381.
- Rouvier (Gaston). — Les nouvelles frontières en Indo-Chine, 91. — Le pays de Timbouctou, 291. — La nouvelle frontière franco-allemande au Soudan, 339.
- Saporta (Antoine de). — Ealancc sans fléau faite avec un aréomètre à poids constant, 11. — Le calcimètre, 407.
- Sennevoy (Robert de). — Canne lumineuse électrique, 78.
- Teiitrin (Paul). — Voyez Bordage (Ed.).
- Tissandier (Gaston). — La tempête du 17 au22 novembre 1895, 14. — La poupée parlante, 32. — Le coq mécanique de la cathédrale de Strasbourg, 80. — La photographie et l’histoire, 88. — Récréations scientifiques. Le jeu du diable. Les tiges desséchées japonaises, 96, 128. — Les orangs-outangs du Jardin d’Acclimatation à Paris, 113. — Les hommes volants. Les expériences de M. O. Lilienthal, 147. — Edmond Frcmy, 161. — L’hippiatriquc et l’équitation à l’Ecole île cavalerie de Saumur, 167. — La photographie des couleurs, 183. — Les cristaux de neige, 225. — La science pratique. Préparation des conserves de légumes et de fruits. Ce qu’on peut faire avec une canne, 256, 563, 415.— La plus grande bibliothèque des plus petits livres du monde. Collection de M. G. Salomon, 258. — Alfred Solvay, 270. — Machines à piocher, 276. — Photographies de nos contemporains chez eux, 280. — Ballon précipité dans la mer, 299. — Combustion solaire, 343. — Mon laboratoire de photographie, 369. — Le jeu de Polo, 397.
- Trouessart (Dr E.) — Le Mcgaladapis, 198.
- Villaln (F.). — Sur l’emploi de la tourbe comme litière, 90, 114.
- Yii.ledeuil (Ch. de). — Séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 51, 48, 63, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 174, 191, 206, 223, 239, 255, 271, 287, 303, 319, 335, 351, 567, 583,599, 414.
- Villon (A.-M.). — Le papier-savon, 14. — La calcographie, 74. — Conservation du lait à l’état frais, 138. — Le papier à cigarettes, 246.
- Vinot (J.).— Astronomie, 26, 51. —Ondes de tremblement de terre, 123. — Vénus étoile du matin et du soir à la fois, 126. — Lunette astronomique, 254. — Les jours de la semaine, 274. — Les comètes, 306. — Les enveloppes du soleil, 312. — Grande carte photographique de la lune, 371.
- Waton (Maurice). — Les fusils à petit calibre, 42.
- West (X.). — Le plus gros diamant du monde, 16. — Photographies de dimensions exceptionnelles, 43. — Feuilles de tôle, 58. — Le daltonisme, 363. — L’action du spectre solaire sur les microbes, 599.
- X..., ingénieur. — L’industrie des courroies de transmission en Amérique, 13. — Les wagons de luxe et les wagons ornés, 29. — Le « Jauréguibcrry », 39. — Tramways à vapeur à chaudière Serpollet, 165. — Destruction des ordures par incinération sur place, à Chicago, 187. — Paliers à billes, 193. — L’éboulement de la Roche-Guyon, 257. — Les torpilleurs anglais à grande vitesse, 413.
- Z... (Dr). — Dynamo à pédales, 44. — La galerie des produits végétaux au Muséum d’histoire naturelle, 81. — Le coloris-cope et la coloration des vins, 152. — Cheminées d’appartement, 197. — Application de l’antisepsie à l’emploi de la méthode hypodermique, 237. — L’Exposition de Chicago en 1893 et les Expositions antérieures, 251. — La science pratique. Appareil d’inhalation, 272. — Récréations scientifiques. Le ballon dirigeable du carnaval de Nice, 288. — Le papier découpé formant un filet, 584. — La publicité sur nuages, 304. — Physique sans appareils. Phénomènes capillaires, 336. — Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. Escamotage d’une pièce de monnaie, 352.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans cette table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Élceirlclté théorique et appliquée.
- Astronomie. Plus grand éclat de Yénus. Les orbites des Biélides. Les étoiles doubles. Les déplacements du pèle
- terrestre (J. Vinot).........................26, 51
- Lunette astronomique (J. Yinot)......................254
- Les jours de la semaine (J. Yinot)..................274
- Les comètes (J. Yinot)...............................506
- Les enveloppes du soleil (J. Yinot).................512
- Grande carte photographique de la lune (J. Yinot). . 570
- L’anneau de Saturne (G. E. G.)......................586
- Déformations du disque de Mars...................... 52
- Mlle Klumpke docteur ès sciences mathématiques. 62
- La dépendance des lois de liépler et de Newton. ... 95
- Vénus étoile du matin et du soir à la fois..........126
- Théorie du mouvement absolu des planètes. .... 174
- Le spectre de T oxygène............................. 585
- Physique générale.
- L’huile sur l’eau. Son irdluencc sur la pêche (Mis de Ca-
- marasa)............................................... 10
- Balance sans fléau faite avec un aréomètre à poids constant (Antoine de Saporta)............................... 11
- Double niveau à aiguilles (Gaston Duquesnoy)............. 20
- Expériences sur les courants ascendants (G. E. G.). . . 65
- L’air liquide. Sa solidification et scs applications scientifiques...................................................150
- Les problèmes de l’éclairage (Chaules Henry) . . . 170, 205
- La distribution du froid en Amérique (E. H.)............207
- A propos de l’aréomètre Baume (C. E. G.)..............242
- Questions relatives à l’éclairage (C. Ed. Guillaume) . . . 278
- L’association moléculaire (C. E. G.).....................298
- Combustion solaire (G. T.)...............................545
- Une nouvelle unité de lumière (C. E. G.).................567
- Sur quelques corrections des thermomètres (C. E. G.). 578
- Un nouvel ébullioscope de voyage (C. En. Guillaume). . 579
- Sur les spectres de l’oxygène aux hautes températures
- (J. Janssen, de l’Institut)...........................585
- La mesure des hauteurs par le baromètre................. 51
- Anomalies de la pesanteur sur le continent nord-
- américain..............................................159
- La plus basse température donnant des radiations
- visibles..............................................175
- Transformation allotropique de Vacier par la trempe. 207
- La densité de la magnésie................................259
- La distinction des couleurs...............................271
- Leibniz et le baromètre anéroïde..........................414
- Voiture électrique (E. Hospitalier).....................
- Électricité pratique. Les grandes résistances...........
- Le travail électrique des métaux en Amérique. Soudage
- des rails sur place (E. Hospitalier).................
- Le réseau téléphonique allemand.........................
- Dynamo à pédales (Dr Z.)................................
- Canne lumineuse électrique (Rorert de Sexnf.voy). . .
- L'art dans l’électricité (Ch. Ed. Guillaume)............
- Causes de la chute de la foudre sur les arbres..........
- Curieuse application du téléphone.......................
- La locomotive électrique de M. J.-J. Ilcilmann (E. Hospitalier)........................................162,
- La voiture électrique de M. Joseph Carli (E. IL). . . . Les expériences d’électro-physiologie du Dr d’Arsonval
- (Ch. Ed. Guillaume) .................................
- Pendule électrique (G. Mareschal).......................
- L’électricité dans les hôtels modernes (J. Laffargue) . . Machines d’induction électrostatique sans secteurs.... Electricité pratique. Conseils aux abonnés à une distribution électrique (J. Laffargue)..........................
- Loch électrique à double moulinet de M. le contre-amiral
- Flcuriais (Georges Dary).............................
- Exposition électrique de Budapest.......................
- Une ingénieur-électricien...............................
- L'industrie électrique aux Etats-Unis...................
- Concentration de l'acide sulfurique par l'électricité.
- La science dans la cuisine..............................
- Une dépêche télégraphique...............................
- Une utile application des ventilateurs électriques. .
- Diélectrine........................................ .
- Utilité de l'électricité en voyage......................
- Les clôtures téléphoniques en Australie.................
- Éclairage électrique en Angleterre et en Allemagne. Accumulateurs électriques à liquide immobilisé. . .
- Signaux dans les tunnels................................
- Étalons pour le champ magnétique........................
- L’éclairage électrique du canal de la mer du Nord. .
- Ecrans magnétiques......................................
- Influences perturbatrices des tramways électriques. Générateurs et transformateurs polymorphiques d'énergie électrique....................................
- 5
- 19
- 22
- 59
- 44
- 78
- 87
- 158
- 147
- 178
- 229
- 251
- 245
- 279
- 505
- 551
- 589
- 410
- 15
- 46
- 46
- 111
- 175
- 176 190 238 238 259 286 287 534 567 367 567
- 414
- Photographie.
- Photographies de dimensions exceptionnelles (X. West), 43 La photographie et l’histoire. Souvenirs des fêtes franco-russes à Paris (Gaston Tissandif.r)............ 88
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Photographies spirites j(II. [Fourtier).................. 99
- Exposition d’art photographique (G. M.)................. 120
- Photographies instantanées. Les^Forains..................100
- ha photographie des couleurs (Gaston Tissandier) . . . . 183
- Propriétés photographiques des sels de cérium............227
- Appareil simplifié pour la photomicrographie (A. Fonde). 277 Photographies de nos contemporains chez eux. M. lier!lie-
- lot (Gaston Tissandier)...............................280
- Mon laboratoire de photographie (Gaston Tissandier). . 509
- La photographie des couleurs............................ 127
- Chimie générale.
- Le papier-savon (A. M. Villon)...................... 14
- Appareil distillatoire pour le dosage de l’alcool (Airin et
- Au,a)................................................. 27
- Les dragées (J. 0.)...................................... hl
- ha calcographie (A. M. Vu,ton). . . •......... . . 73
- h’ahrastol dans les vins (Sandre Ferrière)........... 80
- De l’eau pure partout (P. Rorin)..................... 103
- he coloriscopc et la coloration des vins (Rr Z.). . • . 152
- h’inllammation spontanée des foins (Bertiielot. de l'Institut).................‘...............................loi
- La stéréochimie ou la chimie dans l’espace (Mahius Otto). 200
- Un nouveau verre.........................................215
- Les décors ignifugés au théâtre (G. Mareschai.)..........274
- Recouvrement de l’aluminium..............................240
- Le papier à cigarettes (À. M. Villon)............ 210
- Origines de la bière.....................................207
- Alambic des familles à distillation continue (G. Mareschai.). 207 Les émaux cristallisés et les couleurs de grand feu
- (Maries Otto).........................................274
- Le calcimètre (Antoine de Saforta).......................407
- La conservation des solutions antiseptiques de sublimé................................................... 31
- L'éthérification de l'acide fiuorhydnque................. 47
- Changements de structure du fer et de l'acier. ... 48
- La stéréochimie............................... 78, 305, 518
- Fabrication du dégras pur................................ 94
- L’acier au molybdène.................. .... 94, 350
- Un nouveau corps composé................................. 95
- Les mines de platine de l'Oural..........................111
- L’ozonisation des fécules................................127
- Analyse des beurres, du commerce.........................127
- La vitalité des microbes.................................127
- L'huile de pépins de raisin..............................145
- Le carbon g le...........................................143
- Cristallisation artificielle du carbone..................191
- Propriétés du carbure de calcium.........................225
- La purification des métaux par distillation dans le
- vide..................................................255
- Le borure de carbone.....................................250
- Nouveaux emplois de l’aluminium..........................271
- La solubilité des sels...................................287
- Météorologie. — Physique du globe.
- Géologie. — Minéralogie.
- L’exploitation du mica.................................... 2
- Mouvements du sol au Chili............................... 11
- La tempête du 17 au 22 novembre 1893 (G. Tissandier).. 41 Expériences sur les courants ascendants (G. E. G.). . . 05
- Sur un galet de Jan Mayen (Stanislas Meunier)............ 09
- Les basses eaux du Doubs en 1893 (A. Jaccard). . . . 92
- Une trombe marine (Dr Paul Gouzien)......................110
- Ondes de tremblement de terre (J. Yinot)................ 123
- Causes de la chute de la foudre sur les arbres.......158
- Coefficients de pluviosité des différents vents au sommet
- du Puy-de-Dôme (J. R. Ploiandon)......................151
- L’observatoire du Sonneblick (Ch. Marsillon).............150
- Le volcan Calbuco. Son éruption en 1895 (A. F. Noguès). 173 La plus haute station météorologique du monde. L’obser-servatoire du Misti au Pérou.............................195
- Coefficients de pluviosité îles vents au Puy-de-Dôme et à
- Bruxelles. Lettre de M. A. Lancaster................215
- Les cristaux de neige (Gaston Tissandier). ...... 225
- L’avalanche du Yœrdal en Norvège.......................230
- l’n bolide remarquable...........•.....................250
- L’éboulcment de la Rochc-Guyon (X... ingénieur). . . . 237
- Les éclairs en chapelet (G. Pei.i.issier)...............325
- Le Mont-Blanc vu du sommet du Puy-de-Dôme (.1. R. Pi.v-
- mandon)..............................................333
- Le rôle géologique du vent. Les cheveux de Pélé (Stanislas Meunier)........................................557
- Une mine d’aluminium. Exploitation de cryolilhe au
- Groenland (Ch. Marsillon)............................543
- Courants des grands lacs américains (Daniel Bei.let) . . 595
- Le Vésuve et les sources thermo-minérales...............400
- Les mouvements du sol de la Scandinavie................ 15
- Les propriétés de l’atmosphère au-dessus du sot. . . 79
- La sature des eaux du lac de Genève.................... 95
- La présence de l'oxygène dans l'atmosphère solaire.
- ................‘............................111, 518
- Géologie expérimentale................................. 223
- La température des cavernes............................ 255
- Caractères géologiques des épanchements boueux . . 271
- Hayons crépusculaires colorés...........................287
- Découverte de végétaux fossiles.........................530
- La théorie des cyclones.................................550
- La foudre globulaire. . ................................550
- La théorie des courants océaniques......................551
- Le pétrole à Sumatra....................................300
- La composition des améthystes et des turquoises. . 307
- Aurore boréale..........................................582
- La mesure de la pression atmosphérique..................584
- Les Laotiens et la pluie artificielle...................598
- La température aux grandes profondeurs souterraines.................................................598
- La température du sol au Sahara........................414
- Météorologie de la côte du Sénégal......................413
- Sciences naturelles. — Zoologie.
- Botanique. — Paléontologie.
- Les chiens de trait (P. Mkgnin)........................... 0
- Une méduse dans le Haut-Niger au Soudan Français
- (Jules de Guek.nr)..................................... 55
- Arbres à lait (Cu. Marsillon)...................... . 58
- Les pelotes marines (Hknmii Cocfin)....................... 70
- La galerie des produits végétaux au Muséum d'histoire
- naturelle (Dr Z.)...................................... 81
- Les animaux verts. La chlorophylle animale (11. Coupin). 105
- La température interne des arbres.........................107
- Les orangs-outangs du Jardin d'acclimatation à Paris (Gaston Tissandier)..........................................y] 5
- Les Nandous (E. Oustalet).................................118
- La bille d’Acajou-Ccdra du Jardin des Plantes (J. Poisson). 129
- Histoire d’un singe (Daniel Bellet).......................183
- L’orlhagorisque môle (Henri Gadeau de Kerville) .... 189
- Le megaladapis. Lémurien gigantesque récemment découvert à Madagascar (Dr E. Trouessart)......................198
- La maladie des œillets....................................222
- La loupe de noisetier du Muséum d’histoire naturelle
- (J. Poisson)...........................................228
- Dépeçage d’une baleine échouée sur les côtes de la Bretagne.....................................................240
- L’ « Ouvirandra Feneslralis » (Henri Joret)...............245
- Les graines sauteuses (Edmond Bordagf, et Paul Tertrin) . 282
- La mouche tsé-tsé.........................................280
- L’éléphant de Durfort (Marcellin Boule)...................312
- L’aptéryx du Jardin des Plantes (E. Oustalet).............521
- La culture de l’olivier dans le centre de la Tunisie. . . 525
- LeK«latie4r...............................................355
- Histoire d’uu Séquoia (1). Bellf.t).......................575
- Acridiens d’Algérie.......................................400
- La môle, maladie du champignon de couche (L. Dufour). 411
- p.424 - vue 428/536
-
-
-
- TAULE DES MÀT1ÈUES.
- 425
- Les chats sans queue.................................. 15
- L'adaptation des batraciens à l'habitat............ 15
- La culture des champignons......................... 15
- Un poisson nouvellement découvert..................... 15
- Deux orangs-outangs à Bruxelles...................... -15
- Feuilles géantes................................... 47
- Le paradis des Alligators.......................... 47
- La destruction des Campagnols........................ 48
- L’écorcement des arbres............... . . • 70
- La dessiccation naturelle des graines.............. 70
- Les ravages des fourmis blanches...................... 04
- Le pain sanglant...................................... 05
- Dépeuplement en morues................................ 05
- Béguins d'eau douce.................................. 110
- Les nitrates dans les plantes vivantes............. 111
- Le sang de couleuvre...............................111
- La respiration des végétaux........................111
- Les oiseaux gigantesques de Madagascar. ..... 127
- Découverte de fossiles................................101
- Hypnodie chez les eantharidiens.......................205
- Dépôts diatomifèves de l'Auvergne.....................223
- La germination des graines de vigne...................223
- Chenille nuisible d’Afrique. ........ 255
- Une maladie infectieuse des plantes................271
- La fonction du pancréas..............................271
- Un herbier de Jean-Jacques-Housseau...................287
- Un poulpe parasite....................................310
- Les grappes de raisin panachées......................334
- L'oiseau qui vole le plus longtemps................3o5
- La maladie de la toile................................335
- Influence du climat sur l’état des végétaux........335
- Les moyens de défense des insectes.................535
- L'appareil venimeux des hyménoptères...............335
- Le climat de la période quaternaire en France . . . 351
- La destruction des sauterelles............... 351, 300
- Les glandes des fourmis............................367
- Expériences sur la greffe..........................557
- Classification du cryptoprocba.....................384
- Intelligence de l'araignée.........................308
- Action du sulfure de carbone sur la végétation. . . 300
- La distinction des espèces dans les champignons . . 300
- Géographie.
- Voyages «l'exploration.
- Le canal de la Baltique à la mer du Nord (J.. B). . . 2
- Les nouvelles frontières en Indo-Chino (Gaston Bouvier). 01
- Les basses eaux du Doubs en 1805 (A. Jaccard)......... 02
- Exploration souterraine dans le Jura (E. Renauld). . . . 141
- Les ascensions de M. W. Conway dans le Karakoroum
- (Capüs)............................................157
- Projet d’expédition antarctique (Charles Rabot).......170
- Le pays de Timbouctou (Gaston Routier)................201
- Rivière souterraine de la Piuka (Autriche). La grotte
- d’Adelsberg (E. A. Martel).........................205
- La nouvelle frontière franco-allemande au Soudan (Gaston Rouvier).........................................330
- La ville de Tcmboktou et sa jonction avec l’Algérie
- (E. Rexou).............................................375
- Un drame souterrain. Le sauvetage du Lur-Locb (Styrie)
- (E. A. Martel).....................................387
- Le golfe du Lion..........................................144
- La superficie de la France...............................150
- Géographie de Madagascar.................................230
- Le nom de Timbouctou.................................350
- La mesure des bases géodésiques......................300
- Anthropologie. — Ethnographie. Sciences préhistoriques.
- Un traîneau suédois. Le Sparkstôtting (H. L.). Les fouilles en Grèce. ......................
- 35
- 43
- Le langage sifllé dans l’Afrique centrale (Daniel Bellet). 43 Sur quelques objets en cuivre de date très ancienne provenant de Chaldéc (M. Berthelot, de l'Institut). . . . 107
- Les demeures et les sépultures des premiers habitants
- du Bas-Yivarais (Gabriel Carrière)........................253
- Statue des rois de Dahomé au Musée ethnographique du
- Trocadéro (Maurice Delafosse).............................252
- La mode (Dr Félix Régnault)........................ 280, 501
- Les châtiments et les supplices chez les Persans (Dr Eux.
- Martin)................................................. 200
- Le trône de Béhanzin et les portes du palais d’Abomé au Musée ethnographique du Trocadéro (Maurice Delafosse) ..................................................525
- Causes de l'exubérance de la population chinoise (Ly-
- ciiAO-rEE................................................300
- Camée sassanide de la Bibliothèque nationale. Sapor et
- Yalérien (Ernest Iîabelon) . ......................... 401
- Découvertes archéologiques en Egypte dans la nécropole de Dahchour............................................. 402
- mécanique. — Art <le l’ingénieur. Travaux publics. — Arts industriels. A’élocipédie.
- Bateau-vélocipède (G. Mareschal)..................... 1
- L’exploitation du mica............................... 2
- Le canal de la Baltique à la mer du Nord (L. B.). . . 2
- L’industrie des courroies de transmission en Amérique
- (X... ingénieur)................................. 13
- Exploitation de la tourbe à Pas-de-Jeu (Deux-Sèvres)
- (Jules Richard).................................. 27
- Commission des courbes de faibles rayons (V. Braxdicourt). 18
- Yélocipédic. Les vélodromes ou [listes permanentes (Gaston Cornié)................................................ 21
- Les wagons de luxe et les wagons ornés (X..., ingénieur). 20 Les compteurs et indicateurs de nombre do tours
- (J. Laffargue)................................... 45
- La machine à courir Yalère (L. Baudry de Saunier). . . 40
- Feuilles de tôle [(X. West).......................... 58
- Les chemins de fer dans les montagnes suisses. Ligne mixte de Lautcrbrünnen à Mürren. Ligne de la Wen-gcrnalp allant de Lauterbriinncn à Grindclwald
- (L. B.)......................................... 50, 347
- Distribution de la force motrice par l'eau sous pression
- à Londres (E. IL)............................... 107
- L’utilisation des tramways en Amérique (E. Hospitalier). 117
- Yélocipédie. Nouveaux genres de vélocipèdes (G. Cornié). 123
- La construction du pont Mirabeau à Paris (Max de Nan-
- soutï)................................................145
- Tramways à vapeur à chaudière Serpollct (X..., ingénieur).....................................................165
- Destruction des ordures par incinération sur place, à
- Chicago (X..., ingénieur).............................187
- Paliers à billes (X..., ingénieur)........................103
- Cheminées d’appartement. Appareils pour améliorer leur
- rendement calorifique (Dr Z.).........................107
- Turbine à vapeur système de Laval (E. Hospitalier). . 211
- Chemin de fer de montagne en Californie (Ch. Marsillon). 221 Mécanique industrielle. Un nouveau type de courroie à
- maillons..............................................227
- Nouveau réservoir d’eau à Bordeaux (Gaston Cornié). . 241
- Influence de l’écorcement sur les propriétés mécaniques
- des bois.............................................258
- La vélocipédie sur rails (L. Baudry de Saunier). . . . 273
- Les nouveaux ponts du département de la Seine. La passerelle de Bry-le-Perreux. Les ponts de Puteaux
- (Max de Nansouty)................................ 293, 355
- La fontaine de Vaucluse. Moyen d'en régulariser le débit. 306 L’exploitation des mines de graphite en Bohème (P. G.). . 330
- Compteur kilométrique pour vélocipèdes (C. Ciiateau). . 341
- Le vélographe. Appareil d’enregistrement automatique des vitesses véloeipédiques (L. Baudry de Saunier). . . 353
- La matière et l’énergie (C. E. Guillaume). ...... 358
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Mine de borate de chaux dans la Vallée de la Mort en
- Californie (G. Marsillon).........................
- Les roues en papier..................................
- Pont-levis sur le Tibre..............................
- Une filature actionnée par des souris................
- Le travail des verres optiques.......................
- La rupture des volants...............................
- Le chauffage au coke des chaudières à vapeur . . .
- Une fonderie de fer dans l'Afrique centrale..........
- Les accidents de chemins de fer en Angleterre et aux
- Etats-Unis........................................
- Sur le rendement des moteurs à gaz...................
- Wagons-citernes pour le transport des vins. ....
- Signaux dans les tunnels.............................
- Le démontage instantané des pièces montées à chaud.
- L’étanchemcnt d'un canal d'irrigation................
- Une fabrique de paillons.............................
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- La chaussure du soldat (Dr A. Caktaz)................
- Du pas gymnastique (Dr F.. Régnault)............83,
- Empoisonnement parla mélinitc (I)r Félix IIegxaui.t). . Conservation du lait à l'état frais (A. M. Villon). . . .
- Exposition d'objets de pharmacie.....................
- Oscillation diurne de la température animale (Chaules
- Henry)............................................
- La trousse-étuve (Dr Maresciial).....................
- Les anaglvphes (Dr E. Batault)..................219,
- Les expériences d’électro-physiologie du I)r d’Arsonval
- (Ch. Ed. Guillaume)...............................
- Application de l’antisepsie à l’emploi de la méthode
- hypodermique (Dr Z.)..............................
- Le sens du toucher (C. E. G.)........................
- Les secours aux noyés et asphyxiés (Dp Maresciial). . . Droitiers et gauchers de la vue (M‘8 de Camarasa). . .
- Les parfums des fleurs (Dr A. Cartaz)................
- Embouteillage des eaux stérilisées (G. Maresciial). . . L’action du spectre solaire sur les microbes (X. West).
- Stérilisation du lait par l’oxygène comprimé.........
- L'infection des blessures............................
- La vitalité des microbes.............................
- Le venin de vipère...................................
- La fièvre typhoïde à Paris...........................
- Thérapeutique végétarienne...........................
- Le mouvement des valvules du cœur....................
- La force et la longueur relatives des membres chez
- l'homme et chez la femme..........................
- L’origine de l’urée dans l'organisme.................
- La fermentation gastrique............................
- Les mouvements des articulations.....................
- La mort par T électricité............................
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture.
- Les systèmes d’irrigation agricole en Chine (F. Ly-chao-pee) Sur l’emploi de la tourbe comme litière (F. Yillain), 90,
- Le phylloxéra en Turquie.............................
- Un vignoble anglais..................................
- Les eaux de drainage en hiver (P. Deiiérain), de l’Institut ..............................................
- L’industrie laitière aux Etats-Unis..................
- La litière de tourbe (Lieutenant-colonel IIennebert). , .
- L’horticulture en Algérie en 1893....................
- La culture des fruits en Californie (Daniel Bellet). . . Nouveau procédé de conservation des pommes de terre
- (J. Poisson)..................................
- Machines à piocher (Gaston Tissandieh)...............
- La mouche tsé-tsé....................................
- La culture de l'olivier dans le centre de la Tunisie. . .
- Le calcimètrc (Antoine de Saporta)......................407
- La conservation des vignes phylloxérées............... 15
- Composition des eaux de drainage d'hiver.............. 79
- Les nitrates dans les plantes vivantes................111
- Ichtyologie de Bornéo.................................143
- L’élevage des autruches...............................143
- Utilisation des produits ligneux pour T alimentation
- du bétail...........................................174
- La vigne en Russie....................................190
- L'industrie des fromages dans la Dobroudscha. . . 222
- La germination des graines de vigne...................223
- L’irrigation de l’Egypte..............................239
- Un parasite des cultures sahariennes..................239
- Irrigation de l’Asie centrale.........................239
- Préservation des cultures du mais.....................255
- Emploi des engrais potassiques....................... 256
- Un brochet monstre....................................351
- Les altérations du lait...............................383
- Une carte agronomique.................................414
- Art militaire. — Marine.
- Bateau-vélocipède (G. Maresciial). . . ............ 1
- La chaussure du soldat (Dr A. Caktaz).................. 57
- Le « Jauréguiberry » (X..., ingénieur)................. 59
- Les fusils à petit calibre (Maurice Waton)............. 42
- La torpille de Fulton (A.-J. Gouin)........................ 55
- Les uniformes de l’École Polytechnique (A. de Rochas). 150 L’hippiatriquc et l’équitation à l’école de cavalerie de
- Saumur (Gaston Tissandier). . ..........................167
- Bateau en aluminium Le « Jules Davoust » (G. Richou). 195 L’architecture navale primitive dans l’Europe septentrionale (Daniel Bellet)..................................215
- Le marégraphe plongeur de M. L. Favé (Ch. Ed. Guillaume) .................................................301
- Bombes et machines infernales (Lieutenant-colonel IIenne-
- bert).......................................... 371, 405
- Loch électrique à double moulinet de M. le contre-amiral
- Flcuriais (Georges Dary)................................589
- Les torpilleurs anglais à grande vitesse (X..., ingénieur). 415
- Nouvel emploi de l'eau de savon............................142
- Radeaux flottants au Bengale...............................206
- Les défauts de navigabilité des grands cuirassés. . 222
- Aéronautique.
- Les hommes volants. Les expériences de M. 0. Lilien-
- tlial (Gaston Tissandieh).............*...............147
- Ballon précipité dans la mer (G. T.).....................299
- Combustion spontanée des aérostats et son origine électrique (G. Espitallier)...................................509
- Ascension aérostatique par vent violent.................. 95
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Paul Fischer (Albert Gaudry).............................. 50
- John Tyndall (E. Hospitalier)............................. 55
- H. Hertz..................................................110
- Pierre-Joseph Van Bencden.................................159
- Edmond Fremy (Gaston Tissandier)......................... 161
- Gabriel Yon...............................................255
- Alfred Solvay (G. T.)......................................270
- Photographies de nos contemporains chez eux. M. Ber-
- tlielot (G. Tissandier).................................280
- Le général Favé...........................................286
- Brown-Séquard.............................................302
- Georges Pouchet...........................................503
- Paul Jablochkoff......................................... 318
- 561
- 406
- 47
- 62
- 62
- 78
- 126
- 143
- 190
- 258
- 287
- 287
- 303
- 382
- 598
- 37
- 122
- 110
- 138
- 150
- 155
- 183
- 258
- 231
- 237
- 275
- 307
- 315
- 346
- 359
- 599
- 243
- 47
- 127
- 191
- 206
- 270
- 271
- 554
- 351
- 567
- 383
- 415
- 66
- 114
- 96
- 167
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-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- Un portrait de Christophe Colomb..................568
- Centenaire de l’École polytechnique (A. de Rochas). . . 581
- Un herbier de J.-J.-Rousseau......................287
- Leibnitz et le baromètre anéroïde.................414
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1*), par Ch. de Yilledeuil, 15, 51, 47, 65, 79, 95, 111, 127,
- 145, 159, 174, 191, 206, 225, 259, 255, 271, 287,
- 505, 518, 555, 551, 567, 585, 599 .................. 414
- Le Salon du Cycle. Exposition vélocipédiquc (b. Baudry
- de Saunier)............................................166
- Elections à VAcadémie des sciences, 52, 111,127, 191,
- 556, 599.............................................. 415
- Science pratique et récréative.
- Bateau-vélocipède (G. Maresciial).................... 1
- La science pratique. Double niveau à aiguilles. Système d’attelage et de dételage instantané. Niveau automatique à lunette verticale. Préparation des conserves de légumes et de fruits. Appareil d’inhalation. Ce qu’on peut faire avec une canne, 20, 61, 67,256, 272, 565, 415 Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. — Le mouvement perpétuel. L’oiseau frappeur. Escamotage
- d’une pièce de monnaie . . ............... 26,55, 112
- La poupée parlante (G. T.)........................... 52
- Récréations scientifiques. Le singe buveur. Les tiges desséchées japonaises. Les sympathies d’un haricot. Les ombres chinoises. Les harpes éoliennes. Le ballon dirigeable du carnaval de Nice 48, 96, 128, 144, 224, 256, 288
- Machine à décaper par le sable (J. L.)................... 52
- Le pinceau à air (E. Hospitalier).......................... 55
- Le coq mécanique de la cathédrale de Strasbourg (G .T.). 80
- La mécanique des jouets. L’âne qui galope (Arthur
- Good).................................................... 176
- Physique sans appareils. Les anamorphoses. Phénomènes
- capillaires...................................... 208, 556
- Alambic des familles .à distillation continue (G. Mares-chai.) .................................................. 267
- La publicité sur nuages (Dr Z.).............................304
- Jouets scientifiques. Le gouvernail propulseur .... 519
- Les personnages en cire. Leur fabrication (Alber) . . . . 525
- Le jeu de Polo (G. Tissandier)..............................597
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Le plus gros diamant du monde (X. West).............. 16
- Statistique des lecteurs en Angleterre...................... 54
- L’industrie des crayons..................................... 54
- Histoire d’un feu d'artifice (G. Maresciial) . ... 71, 155
- Une ville d’eaux suisse au moyen âge et au dix-septième
- siècle. I'fœfers Ragatz (L. de Launay)................... 97
- L’épinettc Pielfort (C. Crépeaux)........................109
- L’enseignement aux Etats-Unis. L’Ecole nationale d’Us-
- Yvcgo (Daniel Bellet).................................155
- L’hippiatriquc et l’équitation à l’Ecole de cavalerie de
- Saumur (Gaston Tissandier)...............................167
- La traction des bicyclettes par les chiens (l)r Madeuf) . . 191
- Le partage des professions..................................250
- L’exposition de Chicago en 1895 et les expositions antérieures (Dr Z.).........................................251
- La plus grande bibliothèque des plus petits livres du monde. Collection de M. Georges Salomon (G. Tissandier. . . •.............................................258
- Le système métrique (C. E. G.) .......... 514
- La mortalité dans les grandes villes ................395
- Ex-lihris............................................400
- Course de piétons, d’échassiers et de chevaux (Gaston
- Cornié)...........................................409
- Incendies des forêts de pins dans les Landes. ... 48
- iJ/lle Klumplïe docteur ès sciences mathématiques . . 62
- La science dans la cuisine...........................111
- U ne salle à manger originale........................142
- Exposition des vins au Palais de l'Industrie .... 159
- La foire aux huîtres en Angleterre...................175
- La traction des bicyclettes par les chiens...........206
- La fièvre typhoïde à Paris...........................206
- Nouveaux engins de pêche.............................223
- Les banquiers dans l'antiquité.......................235
- Une statue gigantesque......................... . . 270
- Les départs des pécheurs d'Islande...................318
- Le violoncelle de Stradivarius..............................535
- Oiseaux foudroyés pendant le vol................... 414
- FIN DES TABLES '
- p.427 - vue 431/536
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-
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- KHH ATA
- l’age 206, cul. 1, ligne 5. Au lieu de: bougies-mètre.
- Il faut : bougies.
- Page ‘258, au bas, cil note
- A k lieu de : 9 avril 189 Il faut : 9 avril 189‘2.
- Paris. — Imprimerie I.ahuhi;, rue de Fleuras, 9.
- # V.
- p.428 - vue 432/536
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées*
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- LA. SEMAINE
- Le Pont sur la manche. —Depuis quelques semaines, les hommes d’initiative et de progrès parlent beaucoup, en Angleterre, de ce grand et magnifique projet qui serait vite réalisé, au grand profit de tous, sans l’hostilité et les résistances inqualifiables du gouvernement de nos voisins. Un magnifique projet a été proposé par M. Schneider, directeur du Greusot, et Hersent, le célèbre entrepreneur de Suez. Ce projeta été approuvé en Angleterre par les grands ingénieurs, MM. Fowler et Benjamin Becker, les auteurs du pont sur le Forth. Voici comment a été apprécié par Sir Becker le projet de MM. Schneider et Hersent : « Quelque gigantesque qu’il paraisse au premier abord, le projet du pont sur la Manche doit être envisagé avec le plus grand respect par tous les ingénieurs, lorsqu’il est présenté par des hommes d’une telle valeur et d’une telle notoriété, et, pour ma part, j’ai été heureux de me rendre à l’invitation que m’ont faite MM. Schneider et Hersent, de les aider pour tout ce qui concerne la partie technique et l’estimation des dépenses. Nous nous sommes rencontrés à Londres et à Paris, et, après des calculs préliminaires, nous nous sommes mis d’accord sur un projet qui semble réunir les meilleures conditions. Il n’y a aucun doute, au point de vue technique, sur la possibilité d’exécuter le projet, et on peut d’autre part affirmer que les difficultés concernant la navigation et la question financière peuvent être surmontées. » Le capital nécessaire à cette grande entreprise est assuré. Tout est prêt. Mais, tout est sans cesse ajourné, comme il arrive généralement aux grandes entreprises, par la routine et les préjugés.
- INFORMATIONS
- —i\i— M. le vice-amiral baron Roussin a fait don à la Société de sauvetage des naufragés de la somme de 20 000 francs pour la construction d’un canot qui, en souvenir de son père, devra être appelé Amiral Roussin et placé dans le deuxième arrondissement maritime. Les administrateurs delà Société de sauvetage ont adressé leurs plus vifs remerciements à M. le vice-amiral baron Roussin et ce ne sera pas sans un légitime sentiment d’orgueil que les sauveteurs verront figurer dans la flotte de la Société centrale, le nom du glorieux marin qui, avec une escadre de navires à voiles, a su forcer l’entrée du Tage. Le canot Amiral Roussin sera construit par M. Normand, du Havre ; il ira, au printemps, remplacer le canot actuel de l’île Molène.
- —%— Le quinzième Mémoire allemand sur la question du phylloxéra vient de paraître. Il ne s’occupe que des faits .relatifs à l’année 1892, pendant laquelle les Gouvernements confédérés ont consacré une somme de 685 634 francs à combattre le fléau, ce qui porte à un total de 4 965 900 francs le chiffre des dépenses effectuées dans ce but depuis quinze ans par les diverses administrations, sans compter une somme de 66144 francs dépensée par l’Empire depuis 1879, à l’occasion de la législation internationale concernant le phylloxéra.
- —$]i— On considère dans les sphères militaires comme prochaine l’exécution du projet consistant à compléter la ceinture de forts de
- Metz par une ligne d’ouvrages qui s’étendrait jusqu’à Sarrebourg. Les forts de Thionville et de Metz n’offrent pas aux yeux de l’état-major allemand un appui suffisant pour s’opposer à la marche d’une armée française qui mettrait à profit le plateau lorrain pour se diriger par la vallée de la Sarre et de la Nied vers la plaine du Rhin et principalement la plaine de Mayence. C’est pourquoi les principales voies conduisant à ces régions d’un accès facile seraient coupées par des forts qui serviraient en même temps à soutenir éventuellement une offensive des armées allemandes sur les lignes de la Meurthe et de la Moselle.
- —%— Une falsification, non pas nouvelle, mais de nouveau signalée à l’attention des cultivateurs : celle des graines par du sable. Tout récemment, on a saisi à Gien, à Moulins et dans a’autres localités des graines de trèfle des prés falsifiées. La fraude découverte consiste dans l’addition de sable à des graines naturelles. Voici l’analyse d’un de ces échantillons : pour 100 : trèfle des prés, 75,78 ; plantin et graines mutilées de trèfle, 1,27 ; sable quartzeux coloré artificiellement, 9,69; sable ocreux, 13,26. Total, 100. Soit en tout 22,95 pour 100 de sable ajouté frauduleusement. Le justice a pu établir que 11 000 kilogrammes de sable quartzeux expédiés d'ïtalie ont été vendus pour de la graine de trèfle. Il importe de signaler des faits semblables aux cultivateurs, car ces falsifications sont de nature à compromettre gravement les ensemencements. En outre, une grande partie des semences de luzerne et de trèfle livrées par le commerce sont souillées de cuscute. Les nombreux insuccès dans la création des prairies à base de légumineuses et de graminées ont presque toujours pour cause la mauvaise qualité des semences.
- —On peut enregistrer les vibrations d’un bâtiment ou d’un pont à l’aide d’une perle brillante qui réfléchit un rayon de lumière sur une bande de tissu sensible, mû par un système d’horlogerie. On a trouvé dernièrement, par des expériences de cette nature, que les vibrations d’un pont en maçonnerie, sur lequel passa un convoi de chemin de fer allant à 8 lieues l’heure, sont beaucoup plus étendues que l’on n’avait pensé, et un savant Hongrois, le Dr Steiner, de Prague, a mis en évidence, de cette manière, une source de dangers imminents.
- —-51$— I)’un rapport publié par la Gazette officielle de l’Inde sur les mesures adoptées pour l’extermination des animaux malfaisants et des serpents venimeux et sur le nombre des victimes qu’ils ont faites pendant l’année 1892, il résulte que : 1° Les animaux malfaisants ont occasionné la mort de 2963 personnes; 2° les serpents venimeux en ont fait périr 19 025 ; 5° Animaux malfaisants et serpents venimeux ont détruit 81 668 têtes de bétail ; 4° la destruction des animaux malfaisants est évaluée à 15988 et a coûté 107 974 roupies. 84 789 serpents ont été tués et 9741 roupies ont été payées pour leur destruction.
- —De tous les poissons d’eau douce, il en est peu qui soient plus voraces que ne l’est l’anguille. Aussi, est-il dangereux de peupler d’anguilles un étang où l’on désire conserver d’autres espèces de poissons. Les anguilles de forte taille s’attaquent fort bien, en effet, aux gros poissons tels que les saumons ou les truites; très friande d’écrevisses* l’anguille détruit encore en grand nombre ces crustacés, au moment de la mue. L’anguille, pour être cultivée avec avantage, doit donc être isolée des autres poissons de valeur.
- Au moment où nous mettons sous presse la présente livraison, a lieu au Muséum d’histoire naturelle de Paris (mercredi 29, à 10 heures du matin), la translation et l’inhumation des restes de Guy de la Brosse et de Victor Jaequemont. Nous reviendrons sur cette touchante cérémonie.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits.— La boîte à thé de l’escamoteur servant à l’expérience de prestidigitation décrite dans le n° 1069, du 25 novembre 1893, p. 416, se trouve chez M. de Vere, 39, rue de Trévise, à Paris. — Les bateaux-vélocipèdes sont construits par M. Vallet, 78, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- Communications. — MM. Arthaud et la Selve, à Lyon, nous informent qu’ils ont eu dernièrement l’occasion d’observer, dans leurs ateliers, de curieux phénomènes d’incandescence. Des oxydules de plomb ont été pilés et tamisés au tamis n° 100 ; ces poudres très fines ont ensuite été mises dans des récipients fermés, où elles sont devenues incandescentes en se transformant en oxydes de plomb rougeâtres. Ce fait confirme une fois de plus l’absorption par les poudres métalliques fines de l’oxygène de l’air.
- M. Robin, directeur de l’Orphelinat Prévost, à Cempuis (Oise), nous adresse une brochure qui a pour titre Quelle est la meilleure sténographie? et qui constitue une étude comparative des divers systèmes sténographiques par M. J.-P.-A. Martin, sténographe français de l’agence Reuter, à Londres. Notre correspondant fait un grand éloge du procédé de M. Aimé Paris. Cette brochure se trouve au siège de la Société Aimé Paris, 9, rue de Vaugirard, à Paris.
- M. H. Issanchou, à Paris, nous fait parvenir La clé du pantographe scriptolégique, ou la lecture apprise en dix heures sous forme de loto. Il s'agit là d’un nouveau jeu qui, sous une forme amusante, permet de donner des leçons de lecture, d’orthographe et même d’arithmétique. Le dépôt principal est : 9, rue Guy-de-la-Brosse, à Paris.
- M. Maurice Dolez, à Mons (Belgique), nous envoie une brochure sur M. Henri Maus, l’illustre ingénieur que la Belgique a perdu, il y a quelques mois. Cette brochure renferme le discours prononcé par M. le général Brialmont, membre de l’Académie royale de Belgique, aux funérailles, le 14 juillet 1893. Henri Maus était un mathématicien distingué, un ingénieur accompli qui avait des connaissances étendues en géologie, en minéralogie et en hydrologie. En 1845, le Gouvernement pié-montais, voulant construire ses premiers chemins de fer, demanda à la Belgique des ingénieurs expérimentés. Henri Maus, désigné par le Gouvernement, partit pour l’Italie en 1846. On le chargea de la construction du chemin de fer de Turin à Gènes, avec traversée des Apennins. Il resta en Italie jusqu’en 1855. Pendant ce séjour, iJ conçut l’idée de la traversée des Alpes par le mont Cenis, et pour mettre à exécution son projet, nécessitant la construction, dans le roc, d’un 'tunnel de 12 kilomètres de longueur, il inventa une machine perforatrice, dont l’essai fut fait en 1846 avec un plein succès à l’usine du Val d’Or, près, de Turin. C’est le tracé proposé par lui qui fut admis et exécuté, dans la suite, par les ingénieurs italiens.
- Renseignements. — M. G. de Puis, à Bagnères-de-Bigorre. — On trouve employé dans un grand nombre de magasins à Paris, l’extincteur de M. Ch. Blon, 17, rue des Messageries, à Paris. Nous en avons aussi mentionné dernièrement un petit modèle particulier dans les Nouvelles scientifiques, du n" 1054, du 12 août 1893. Cet appareil s’appelle L'instantané; il a été décrit dans nos Petites Inventions. Il se trouve chez M. Renaut, 86, faubourg Saint-Denis, à Paris.
- M. N. Evrard, à Marcinelle. — Vous trouverez des stéréoscopes chez M. A. Block, 91, boulevard Sébastopol, et chez M. J. Lévy, 28, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. E. T., à Bordeaux. — 11 serait nécessaire de consulter un médecin dans le cas que vous nous soumettez.
- M. P.D., à Turin. — Nous avons déjà donné les adresses de fabricants de cai'tes en aluminium : M. G. Charpentier-Page, lamineur à Valdoie (territoire de Belfort), et MM. Picard et Bazin-Levallois, à Sourdeval (Manche).
- M. E. Hôrmannd, à Paris. — L’adresse a été indiquée en
- tête de la Boîte aux lettres du n° 1066, du 4 novembre 1893; l’appareil est fabriqué par M. Faller, constructeur, 6, rue du Temple.
- M. F. Moreau, à Bordeaux. — 1° Ce traitement peut également s’appliquer aux vins nouveaux. — 2° Ces renseignements ont été publiés en tête de notre dernière Boîte aux Lettres.
- M. X., à Nîmes; M. E. Barbot, à Saint-Servan; M. le comte L. Cigala, à Ispas; M. Durand, à Angoulême. — Même réponse que ci-dessus en ce qui concerne le deuxième paragraphe.
- M. Guilhermin, à Paris. — Nous allons prendre des renseignements au sujet de votre première question. Pour la seconde, nous vous renverrons à la recette que nous avons publiée sur le vernis à ballons, dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, à la librairie G. Masson.
- M. Renard, à Ponte-Delgada. — Le cours d’électricité et de magnétisme professé par M. Vaschy à l’Ecole supérieure de télégraphie de Paris a été publié en deux volumes à la librairie Bauary, à Paris,
- M. G. Emeri, à Blaye. — Nous avons parlé de cette nouvelle application dans le n° 1034, du 25 mars 1893, p. 270.
- Cercle musical d'Orange. — Vous trouverez différents appareils de ce genre chez M. Radiguet, constructeur électricien, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. C. Eybert, à Livron. — Nous avons indiqué un ouvrage pratique relatif à la construction des machines dynamos dans la Bibliographie du n° 1067, du 11 novembre 1893.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Le fait nous paraît extraordinaire ; il faut vérifier si la ligne est en bon état.
- Un abonné, à X. — Cette indication des prix offrirait de grands inconvénients ; nous avons déjà examiné plusieurs fois la question.
- M. G. P. R., à Rennes. — Vous aurez à la librairie G. Masson plusieurs traités élémentaires de chimie qui vous conviendront, notamment les ouvrages de M. Troost et de M. Wurtz.
- M. Clément, à Paris. — Il faudrait vous adresser directement à l'Office de publicité, 9, rue de Fleurus.
- M. V. Fayod, à Paris. — Ce moteur semble présenter quelques dispositions intéressantes; mais il serait nécessaire de le soumettre à des expériences sérieuses pour connaître sa valeur propre. Nous ne pouvons entreprendre de tels essais.
- M. L. Fourneau, à Biarritz. — 1° II faudrait établir un projet pour pouvoir vous répondre. — 2° Renseignez-vous auprès de lll. Otis, 25, rue de la Paix ou de MM. Roux et Combaluzier. 24, rue Matignon, à Paris. — 3“ Vous aurez des livres de ce genre aux librairies Baudry et Bernard Tignol, à Paris.
- M. P. Ginoulhac, à Béziers. — Nous ne connaissons pas le graveur ; mais, en outre, ces médailles ne se trouvent pas dans le commerce.
- M. V. Bourgeois, à Coulours. — Le métal qui convient à la fabrication des caractères d’imprimerie est un alliage de plomb et d’antimoine, dans lequel il entre environ 15 pour 100 d’antimoine. On obtient encore une plus grande résistance du métal en ajoutant 6 à 8 pour 100 d’étain et 1 pour 100 de cuivre.
- M. A. B. C., à D. — Vous trouverez probablement des pièces toutes prêtes chez les grands constructeurs de locomobiles et de locomotives : M. Albaret, àLiancourt-Rantigny (Oise); M. J. Boulet, 31, rue Boinod, à Paris.
- M. H. de Coninck, à Maromme. — Renseignez-vous auprès de M. Cabasson, 29, rue Joubert, et M. Fortin, 59, rue des Petits-Champs, à Paris.
- Un abonné du Poitou. — Nous avons publié, dans les Nouvelles scientifiques du n°952, du 29 août 1891, et du n° 966, du 5 décembre 1891, des recettes qui pourraient vous convenir.
- Accusés de réception.— Avis divers : M. le Dr H. Krafft, à Strasbourg; M Thierry, à Boulogne-sur-Mer; M. Schlogcl, à Paris. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés ; nous allons prendre des informations. — M. E. Massonié, à Paris. Nous examinerons avec intérêt votre machine quand elle sera faite. — M. A. Langer, à Serricres. Nous avons décrit l’appareil, mais nous ne l’avons pas présenté comme une invention nouvelle. — M. V Histon, à Malzéville. Votre lettre a été envoyée à destination. — Un Toulois, à X. Il faudrait consulter un agronome ; nous ne saurions vous répondre. — M. J. Plassard, à Paris. Il faudrait faire l’analyse chimique de cette eau. — M. le DrJ. Reibel, à Nancy. Vous pourriez essayer le procédé que nous avons indiqué pour nettoyer les statuettes en plâtre dans le petit livre des Recettes et procédés utiles (2° série) (G. Masson, éditeur.) — M. P. Wittoc/i, à Saint-Nicolas; M. Ch. Masselot. à Donc; M. IC. Sim-sonk Paris. egrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Botte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui,sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes tes communient ions. —Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Appareil & confectionner la mayonnaise. — Larousse nous apprend, dans son Dictionnaire, que la mayonnaise tire son nom de Mahon, villè prise par Richelieu. Quoi qu’il en soit de la réalité de cette origine, la mayonnaise est une excellente sauce froide que l’on fait avec de l'huile, du vinaigre, du jaune d’œuf, du sel et du poivre, le tout battu jusqu'à consistance pâteuse, mais qu’il faut agiter fort longtemps avec une cuillère ou une fourchette dont le maniement est peu commode. Voici une machine à faire la mayonnaise. C’est un entonnoir qui permet de verser goutte à goutte le mélange d’huile et de
- Appareil à confectionner la mayonnaise.
- 1. Mode d’emploi. — 2. Détail de l’appareil.
- vinaigre sur le jaune d’œuf, le sel et le poivre. Cet entonnoir est monté sur une tige dont le pied se place dans le vase où se fait la fabrication. Ce pied est muni d’une spirale métallique, que l’on met en action au moyen d’une poignée montée sur une roue de transmission. En tournant, on actionne la spirale qui s’élève et s’abaisse dans la sauce, et la mélange avec énergie. — L’appareil à mayonnaise se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Un perforatenr des chèques. — Le changement de chiffres dans les chèques, a toujours été dans tous les pays du monde, l’opération classique des faussaires. Avec de l’eau de Javelle, le voleur peut enlever l’encre sur le chèque et faire les modifications voulues. Il n’y a qu’un seul et vrai moyen de se défendre contre le faussaire, c’est de perforer le chèque pour y faire les chiffres. Depuis l’invention des appareils destinés à cette opération, on a diminué le nombre de faux d’une façon remarquable, et si tous les banquiers et les gens d’affaires adoptaient la petite machine que nous allons faire connaître, il
- Oie T R IGM
- Perforateur de chèques.
- n’y aurait plus de faux billets. L’appareil que nous représentons ci-dessus permet de perforer des chiffres dans du papier. On place le chèque à perforer sous le poinçon perforeur, on tourne la poignée supérieure de manière à amener devant un index le chiffre voulu et, en appuyant sur la poignée mobile, on produit la perforation en pointillés. Le nombre de notre figure, 1893, représente le résultat obtenu, les points de nos chiffres donnant l’aspect des perforations. — Ce perforateur, désigné sous le nom de perforateur de chèques Chicago, se trouve chez MM. Werner frères, 85, rue de Richelieu, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientikaues est étrangère aux annonces.
- Cadenas à compteur. — L’ingénieux cadenas représenté dans notre gravure se compose d’une boîte logeant tout le mécanisme, d’une plaque dans laquelle se trouve l’entrée de la clef, d’une gâche donnant fermeture en s’engageant dans l’encoche de l’anse, de trois ressorts et de deux molettes. Voici le jeu du mécanisme et son fonctionnement. Lors de sa construction, chaque cadenas reçoit son secret d’ouverture et de fermeture : ce secret est le fait d’une encoche d’arrêt établie arbitrairement sur le pourtour de chacune des deux roues en cuivre. A cette encoche d’arrêt correspond un chiffre extérieur que l’on trouve en comptant les frappés des dents de chaque roue. Si la roue ou molette de gauche a été montée sur la combinaison 3, pour ouvrir, il faut, à partir du point d’arrêt, compter un, deux, trois ; supposons la deuxième molette montée
- Le cadenas-compteur. — 1. Vue extérieure. — 2. Détail du mécanisme),
- avec la combinaison 8 ; du point d’arrêt on compte huit frappé^ : les deux molettes sont dès lors en position d’ouverture, il ijte reste qu’à engager la clef et à retirer la gâche intérieure qüi, dès lors, manœuvre sans difficulté, puisque ses butées ou saillies trouvent libre passage. L’anse saute aussitôt, sous l’action d’un ressort intérieur. Nous avons parlé de trois ressorts : le second rappelle sans cesse la gâche en position de fermeture, le troisième presse sur les deux molettes et sert à compter les frappés. Ce cadenas a, sur beaucoup de modèles, l’avantage de pouvoir être ouvert sans lumière, il suffit d’écouter les frappés des molettes. Les combinaisons sont indiquées sur les clefs ; chaque cadenas possède une combinaison différente. Si on désire conserver absolument le secret, on pourra, avec une lime, effacer les chiffres inscrits sur cette clef. — Le cadenas-compteur se trouve chez M. A. Wolter, 9 bis, passage Kuszner, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Autour du Tonkin, par Henri Pii. d’Orléans. Illustrations et cartes d’après les photographies et documents de l’auteur. 1 vol. in-8°. — Paris, Calmann-Lévy, 1894.
- Nos lecteurs connaissent déjà les voyages du prince Henri d’Orléans : nous leur en avons parlé dans notre livraison du 26 novembre 1892. L’auteur, depuis cette époque, a recueilli ses souvenirs, colligé ses collections, et il vient de publier un très intéressant ouvrage sous le titre Autour du Tonkin. Le récit est simple, rempli de sincérité ; le style est aimable, les choses vues, sont intéressantes : des dessins et des cartes complètent les descriptions.
- Le Timbre-Poste. Album complet pour collection, rédigé par un groupe de collectionneurs. 1 grand album in-folio. — E. Bernard et Cie, imprimeurs-éditeurs, à Paris.
- Le Timbre-Poste, grand album qui ne mesure pas moins de 50 centimètres de longueur, vient d’être terminé avec sa 160e planche. 11 contient, tel qu'il est, environ 10 000 timbres et près de 1200 clichés. Les éditeurs se sont attachés à faire en sorte que l’album puisse servir non seulement au petit collectionneur, mais même au collectionneur déjà avancé. Dans ce but on a donné les variétés les plus intéressantes de nuances, de perçage et de filigranes, sans se laisser entraîner cependant trop loin dans cet ordre d’idées. Outre les timbres-poste, tous les timbres-taxe et timbres-télégraphe y ont trouvé place. Le classement est assuré d’une façon complète et immédiate, sans le secours d’aucun catalogue, par un système de clichés représentatifs donnant non pas ^timbre, mais“sculement ses traits principaux, et un ensemble de numérotage et d’abréviations très faciles à saisir.
- La Machinerie théâtrale. Trucs et décors. Explication raisonnée de tous les moyens employés pour produire les illusions théâtrales, par Georges Movnet, architecte. Ouvrage illustré de 30 gravures tirées à part et de 120 vignettes intercalées dans le texte, d’après les dessins de l’auteur. 1 vol. grand in-8. — Paris, à la Librairie illustrée.
- Ce livre est fort amusant et très instructif : nous y trouvons
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- lés secrets des choses merveilleuses que nous admirons dans les théâtres, trucs de clowns, magie des féeries, illusions lumineuses, apparitions et disparitions. L’intérieur des théâtres nous est complètement ouvert, le mécanisme des décors, des changements à vue, les dessous, les cintres, les coulisses, nous sont expliqués. Le's grands théâtres, et spécialement celui de l’Opéra de Paris, nous sont décrits avec toutes leurs machinations, l’éclairage, la force hydraulique et les appareils accessoires. L’ouvrage de SI. Georges Moynet est. en outre, illustré d’une quantité de dessins et de planches en couleurs qui lui donnent un grand attrait.
- Pour amuser les petits ou les joujoux que l’on peut faire soi-même. Texte et dessins en couleur, par Tom Tit. 1 album in-folio. — E. Plon, Nourrit et Cia, imprimeurs-éditeurs, à Paris.
- Nos lecteurs connaissent et ont apprécié les récréations scientifiques amusantes, et les jeux et jouets que nous avons publiés
- dans La Nature depuis de bien longues années. Nos jeux et jouets ont obtenu jadis le plus grand succès. Tom Titt a continué notre œuvre, et l’a complétée dans ses livres de Science amusante. Le petit album qu’il publie aujourd’hui est charmant : il donne aux enfants les moyens de construire joujoux, appareils et poupées, avec des vieux bouchons, des roseaux, des allumettes, des pailles et des coquilles de noix. Les dessins en couleur sont très réussis ; le livre plein d’attrait, pour les enfants, est fait avec beaucoup d’ingéniosité et d’esprit.
- Almanach Hachette. Petite Encyclopédie populaire de la vie pratique. 1894. 1 vol. m-8°. —Hachette et Ci0, 1894.
- Procurez-vous, cher lecteur, ce petit almanach, il n’est pas coûteux et vous rendra les plus grands services. C’est une œuvre étonnante. Ce petit livre est une véritable encyclopédie ; vous y trouverez, cartes, histoire, médecine, science et arts, documents de toute espèce, renseignements de toute nature. Il est toujours utile de l’avoir sous la main sur le bureau.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49m,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS -A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 20 novembre.. 4”,4 N. 5. Couvert. 9,6 Couvert jusqu’à 15 11.; éclaircies ensuite ; pluie cesse à 11 h. 1/2.
- Mardi 21 2”,8 N. 3. Couvert. 3,3 Couvert jusqu’à 21 h.; nuag., puis beau ; pluie de 5 à 6 h.
- Mercredi 22. ... . . — 3” ,6 Ç; S. E. 1. Beau. Beau le matin, puis riiiag.; couvert après 14 h.; trace de grésil à 16 h.; gouttes dans la soiree;- tr. bruni, le m.
- Jeudi 23. ....... —1“,5 N. N. W. 1. Beau. 0,0 Beau de 4 à 7.; presque couvert le reste du temps; averse de grésil à 11 h. 1/4.
- Vendredi 24. .... . -1”,2 S. 0. Beau. 0,0 Beau de 7 à 10 li.; nuag. avant et après jusq. 16 h., puis couv.; pet. brouil. à 10 li.; goût, à 21 h. et à 23 h. 40.
- Samedi 25. ..... . 3”,7 S. W. 2. Couvert. 0,5 Couvert; petite pluie à 6 h.; gouttes dans la soirée.
- Dimanche 26 8” ,3 S. W. 3. Couvert. 2,3 Eclaircies à 15 et 24 h.; couvert du reste ; pluie line à plusieurs reprises.
- NOVEMBRE 1893. - SEMAINE DU LUNDI 20 AU DIMANCHE 26 NOVEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au milieu de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- l
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Température extraordinaire. — Au cours d’un voyage en Perse et dans le Kurdistan, effectué de 1889 à 1891 par M. J. de Morgan, ingénieur civil des mines, envoyé en mission dans ces pays par le Ministère de l’instruction publique de France, des températures extraordinairement élevées ont été observées par ce voyageur, et il nous en a fait le récit dans le Bulletin de la Société de géographie (Paris, 1" trimestre 1893). 11 venait de quitter la région où campent les Lours Dirckvends, peuples nomades, pour entrer dans les ghermasir, c’est-à-dire dans les pâturages, chauds et déserts à cette époque de l’année, vers la fin de juillet 1891. « Nous voyagions dans un désert, dit M. de Morgan; mais quelle épouvantable chaleur dans ces gorges étroites, au 33” degré de latitude, à 400 mètres seulement d’altitude. Je croyais avoir jadis supporté, en Arabie et aux Indes, les plus fortes températures; je m'étais grandement trompé, car elles n’étaient rien à côté des 56 degrés « l’ombre que nous avions tous les jours. Nous n’avions plus la force de nous mouvoir et quand, dans les passages difficiles, nous devions faire à pied quelques
- kilomètres, c’était uii vrai martyre. » Nous donnons ce chiffre à titre de renseignement; car, pour être réellement certain de son exactitude, il faudrait connaître dans quelles conditions d’exposition cette température exceptionnelle a été prise, et à l’aide de quel instrument.
- Tremblement de terre en JPerae. — A la date du 21 novembre 1893, un tremblement de terre a détruit aux deux tiers la ville de Kachan, en Perse; plusieurs centaines de personnes ont été tuées ou blessées, et la moitié de ses habitants, qu’on évalue en totalité à 70000, a dû abandonner ses foyers pour aller camper en plein air. Kachan, la ville de la sultane Zobéide, lemme de Haroun-al-Raschild, est situé au centre de l’Irak, à mi-chemin entre Ispahan et Téhéran ; elle passe pour une des villes les mieux bâties et les mieux tenues des Etats du chah; elle a un minaret haut d’une cinquantaine de mètres, et elle est fort importante par son industrie ; les soieries légères qu'on y fabrique sont d'un bon marché extrême et ses vases de cuivre, gravés de figures ou de fleurs, sont aussi appréciés dans la Perse,occidentale que ceux d’Ispahan.
- PHASES DE LA LUNE : P. L., le 23, à 6 h. 18 m. du soir,
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
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- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- L'inhumation de Guy de la Brosse et de Victor Jacquemont. — Le 29 novembre dernier, plus de 400 personnes assistaient, au Muséum d’histoire naturelle, à la cérémonie du transfert des cendres de Guy de la Brosse et de Victor Jacquemont. Parmi les invités, que recevait dans la grande galerie M. Milne - Edwards, directeur du Muséum, citons MM. Liard, directeur de l’enseignement supérieur, représentant le ministre, Saint-Arroman, Dybowski, Lavisse, Levasseur, Moissan, Ilamy, Ville, Van Thieghem, Daubrée, un grand nombre d’autres membres de l’Institut et tous les professeurs et assistants du Muséum, ainsi que les descendants de Guy de la Brosse et de Jacquemont. A dix heures et demie, le cortège, en tète duquel marchaient MM. Milne-Edwards et Liard, s’est rendu dans la grande galerie devant le catafalque contenant le cercueil de Guy de la Brosse. Des gardes militaires étaient debout à chaque angle de la bière. Le directeur du Muséum, placé sur une estrade y faisant face, a donné lecture de son discours, dans lequel il a évoqué le souvenir de Guy de la Brosse, médecin ordinaire du roi Louis XIII, qui fut le véritable fondateur du Jardin des Plantes. Après avoir transporté le cercueil de Guy de la Brosse au caveau du grand vestibule de droite du Musée, les assistants se rendent une seconde fois dans la grande galerie où le même cérémonial a été suivi pour le cercueil de Victor Jacquemont. Après un discours deM. Milne-Edwards, qui a résumé avec éloquence l’existenceet les travaux du naturaliste-voyageur, le corps de Victor Jacquemont est transporté de la même façon que précédemment celui de Guy de la Brosse, dans le caveau du grand vestibule de gauche.
- INFORMATIONS
- —— Au moment de mettre sous presse, nous (apprenons la mort du grand savant anglais Tyndall, mort à l'âge de soixante-treize ans, dans sa résidence de llinclliead-house (Comté de Surrey). Nous consacrerons à l’illustre physicien une notice biographique dans notre prochaine livraison.
- —Une nouvelle maladie du monde végétal a fait son apparition : ce sont les pins qui eu sont atteints, et ce n’est pas une observation à négliger. C’est en Alsace qu’on l’a laite, et l’on nous écrit à ce propos, de Strasbourg, que la foret communale de Grendelbruch, village situé au pied du fameux château de Guirbaden, est presque entièrement dévastée. Les propriétaires des forêts sont très inquiets, car on ne connaît encore aucun moyen pour combattre cette maladie qui menace de détruire tous les pins. On avait proposé de couper ics branches malades, mais ce moyen est inefficace, parce que la maladie ne se montre que quand la branche commence à dépérir. Les forêts qui contiennent des pins malades ont déjà été visitées plusieurs fois par les fonctionnaires de l’administration forestière. On a aussi envoyé des branches malades à M. le professeur Schwarz, à Ebcrs-wald. Dans la forêt communale de Grendelbruch, c’est un instituteur qui a constaté l’apparition de la maladie.
- —La Société serinophile La Parisienne a récemment organisé, au Palais-Royal, son concours annuel de serins hollandais, frisés, jabotés, hauts sur pattes. Beaucoup de visiteurs, mais peu de concurrents : une vingtaine de cages qui contenaient quarante oiseaux primés. Le Chasseur illustré, auquel nous empruntons ces renseignements, regrette que cette industrie d’élevage ne réunisse pas plus de compétiteurs; sous le règne de Louis XV, dit le Bien-Aimé, l’élevage des serins était un commerce très lucratif qui, depuis, s'est exilé au détriment du marché de Paris. L’Allemagne exporte, à l’heure actuelle, pour plus de 400 000 francs de serins de toutes races. C’est à peine si nos oiseleurs parisiens en vendent pour 20000 francs, même en faisant payer la paire 95 francs, prix <Li jour.
- M. Florimond Desprez a voulu savoir quelle pouvait être l’influence de la grosseur des graines employées comme semences sur la récolle produite. A cet effet, il a, durant deux années consécutives, en 1892 et 1893, poursuivi des expériences très délicates sur les rendements de diverses espèces de blé. Les expériences ont été des plus concluantes et tout en faveur des gros grains. L’emploi de ceux-ci, en effet, a donné un excédent de produits qui a dépassé plusieurs fois de plus de 2000 kilogrammes par hectare la récolte provenant des petits grains. Il résulte donc très nettement de ces expériences qu’il est de grande importance de bien choisir la semence parmi lès grains les plus beaux et les plus gros, prélevés eux-mêmes sur les épis les mieux constitués.
- —Depuis quelques années, il se passe en Russie ce phénomène excessivement curieux que le Chameau se substitue, comme animal de trait, au bœuf et au cheval dans un certain nombre de régions où, autrefois, on n’en voyait que dans les ménageries. Aujourd’hui on en trouve par dizaines et centaines aussi bien dans les grandes propriétés que chez les petits paysans. Le Chameau exécute tous les travaux des champs, fait mai cher le manège, porte les marchandises. Le mouvement est parti des provinces limitrophes des mers Caspienne et d’Azov et s’est particulièrement accéléré depuis une réforme intervenue dans l’attelage : un collier souple, en courroies, substitué au joug, exclusivement employé autrefois. Actuellement on peut voir des Chameaux employés dans l’agriculture, jusque dans les gouvernements de Kiew, de Rollava, de Pensa, etc.... Le grand marché d’approvisionnement est à Orcn-bourg. Un Chameau revient à (10-70 roubles, rendu à Kiew.
- —?£— Les journaux anglais racontent qu'une femme demeurant dans Park-street, à Hartford, s’étant trouvée indisposée, a fait appeler un médecin qui lui a administré un émétique. Or, quelques instants après, la malade rendait une souris de taille moyenne, à la stupéfaction du médecin et de toutes les personnes de la famille. « Quoique partiellement digérée, dit notre correspondant, la souris était encore entière et il était facile de distinguer la tête, la queue et les pattes. Rien plus, il restait encore quelques poils sur le corps. On se perdait d’abord en conjectures sur la manière dont la souris avait pu pénétrer dans l’estomac de la femme. Mais on a appris depuis que la femme avait, le sommeil très dur et avait la funeste habitude de dormir la bouche toute grande ouverte- Le médecin de Hartford en conclut que la souris avait pris la bouche de sa cliente pour son trou. » Nous reproduisons ce fait, sans en garantir l’exactitude.
- —A la suite de la mission dont le Dr Chantemesse avait été chargé par le Sultan, la création à Constantinople d’un Institut bactériologique a été décrétée. C’est, le Dr Nicole, ancien interne des hôpitaux de Pari-, préparateur à l’Institut Pasteur, qui va en prendre la direction. Nous félicitons chaudement le l)r Nicole de cette distinction, et nous sommes certain qu’il tiendra haut et ferme en Orient le drapeau de la science française.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le savon en feuilles que nous avons décrit dans notre précédente livraison est fabriqué à Vienne ; on le trouve en dépôt au magasin du Touriste, 36 bis, avenue de l’Opéra, à Paris. — Pour tout ce qui concerne la Tourbe pour litière, s’adresser au directeur de la Tourbière, à Pas-de-Jeu, par Oyron (Deux-Sèvres). — Niveau vertical, M. Gaston Duquenoy, 42, Grande-Place, à Saint-Omer (Pas-de-Calais).— Appareil distillatoire, chez M. Dujardin, successeur de Salleron, 24, rue Pavée-au-Marais, à Paris. — La poupée parlante : M. Jumeau, 8, rue Pastourelle, à Paris. — L’appareil à mayonnaise décrit dans nos Nouvelles scientifiques du précédent numéro se trouve chez M. Mathieu, 2, Faubourg-Poissonnière et non chez M. Kratz-Boussac, comme cela a été imprimé par erreur.
- Communications. — M. E. Délayé, à Grenoble, nous écrit, à la date du 23 novembre 1893, pour nous signaler un fait qui, de mémoire d’homme, ne s’est vu à Grenoble. Les lilas des terrains militaires du fort de la Bastille, plantés à une hauteur de 400 mètres, étaient en tleurs à cette date. Le garde du fort, qui a soixante-huit ans, ne se souvient pas d’avoir vu pareil fait se produire.
- M. G. Isaac, à Lyon. — Nous avons transmis votre lettre à M. Menet, à Montigny-Lencoup, et voici ce que nous répond notre correspondant : (( Lorsque je vous ai adressé la communication relative à ma sténographie, j’ignorais absolument les noms de MM. Holze et Gabelsberger, ainsi que l’existence de leurs méthodes. Je suis très heureux et très flatté de me trouver cîi communauté d’idées avec ces auteurs. J’aimerais savoir où l’on peut se procurer leur méthode. )>
- M. le De Tautain, à Taiohaé (Ile Noukahiva). — Les détails que vous nous adressez sur une petite méduse d’eau douce sont très intéressants; nous les faisons parvenir à notre collaborai eur M. de Guerne.
- M. A. Gérard, à Paris, à propos de la Note relative à un moteur à poussière de charbon publiée dans les Informations du n° 1069, du 23 novembre 1893, nous écrit que cette idée n’est pas nouvelle. En 1796, J. Nicéphore Niepce, avec l’aide de son frère, avait construit un moteur à air chaud, nommé Pyréolophore, qui fonctionnait au moyen de poudre de lyco-pode; toute autre poussière combustible aurait pu être employée. La machine fut présentée à l’Institut par Carnot, qui en lit un rapport des plus flatteurs.
- M. le Dr il. Kœhler, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Lyon, nous envoie quelques dessins, dont il se sert à ses cours, et qui ont été reproduits au polygraphe ; ces reproductions sont distribuées aux élèves, qui n’ont plus dès lors à les recopier pendant les leçons. Notre correspondant nous écrit qu’il a eu l’idée de prendre des encres de différentes couleurs pour donner les teintes conventionnelles, et qu’il a été très satisfait des résultats obtenus. Les épreuves, que nous avons entre les mains, accusent en effet des différences de traits bien marquées, en même temps qu’une grande netteté.
- M. Y. Delahodde à Lille nous écrit : « Permettez-moi de faire une réflexion au sujet des expériences de MM. Nicholls et Browne sur la Subtilité de l’odorat chez les deux sexes (n° 1068, du 18 novembre 1893, p. 398). Ne faut-il pas attribuer l’infériorité de la femme à l’usage plus grand qu’elle fait des parfums, de même que le palais s’émousse chez les gens qui abusent des condiments? Car, en principe, la femme étant plus sensible, plus nerveuse que l’homme devrait avoir les sens plus subtils ».
- Renseignements. — M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — L’appareil est fabriqué par MM. Siemens et Ilalske, 94, Markgra-lenstrasse, à Berlin.
- Un abonné, à Neuilly-sur-Seine. — 1° Consultez nos bibliographies des n°s 1027 et 1043, du 4 février et 10 juin 1895. — 2° Le journal Electrical Review, 22, Paternoster-Row, à Lon-
- dres, a publié une petite brochure sur les courants polyphasés, due à la plume autorisée de notre collaborateur, M. E. Hospitalier.
- M. P. Bérenguier, à Nîmes. — L’indicateur de niveau d’eau à réflexion a été décrit dans le n° 698, du 16 octobre 1886, p. 320 ; nous ne connaissons pas le dépositaire actuel de cet appareil.
- M. J. Goffart, à Tanger. — 1° Le chlorure de calcium. — 2° On peut facilement préparer un enduit lumineux à l’aide de poudres phosphorescentes. — 3° Le crustacé n’a pu être déterminé exactement.
- M. R. Morat, à Saint-Fulgent. — Filtre Chamberland, système Pasteur, 58, rue Notre-Dame-de-Lorette. •
- M. G. H., a Strasbourg. — Machines électrostatiques Breguet, 19, rue Didot, et machines L. Bonetti, 69, avenue d’Orléans, à Paris.
- Un abonné, à Montpellier. — Il s’agit probablement du ciment blanc dont le mode de préparation a été donné dans les Recettes utiles du n° 1003, du 20 août 1892.
- Cercle de la Jeunesse, à Alais. — Fabriqués de carton-pâte : MM. Ozouf et Leprince, 29, rue Dussoubs, à Paris, et MM. Ma-ricot et Lourdelet, 163, rue du Vivier, à Aubervilliers (Seine),
- M. R. de F., à X. — H y a des traités très complets sur M fabrication du sucre; vous y trouverez les renseignements les plus détaillés.
- M. A. Rieffel, à X. — Les adresses des fabricants de cartes en aluminium ont encore été données dans la Boîte aux lettres du n° 1070, du 2 décembre 1895.
- M. E. Peraux, à Nancy. — Il est très facile de séparer la feuille des Nouvelles scientifiques, en coupant le fil de la livraison.
- M. L. C., à Montpellier. — L’adresse de M. Villon a été indiquée dans la Boîte aux lettres du n° 1067 du Tl novembre 1895. Veuillez vous y reporter.
- M. Lebel, à X. — Nous vous conseillons d’installer de préfé-, rence une petite dynamo et moteur avec accumulateurs.
- il/. E. Hermet, à Paris. — Nous avons publié un article sur la gravure par les jets de sable dans le n° 752, du 29 octobre 1887, p. 337; mais nous décrirons prochainement l’injec-teur à sable de M. Sloan, 14, rue de la Voûte, à Paris.
- Un central, à Paris. — L’adresse de M. E. Hardy, l’inventeur du formènephone, décrit dans le n° 1069, du 25 novembre 1893, est la suivante : 26, rue Saint-Jean, à Dreux.
- M. E. Mory, à Saint-Omer. — H nous semble vraisemblable que l’eau froide se congèlera la première.
- M. M.F.W., à II.— M.Filtz.235, rue de Vaugirard, à Paris.
- M. G. B., à Clermont-Ferrand. — Ce mode de chauffage est fort employé en Amérique pour les chaudières; mais en France,: nous ne connaissons pas d’application.
- M. Ch. Guérin, à Evreux. —Il faudrait vous renseigner au secrétariat de l’Académie des sciences.
- M. A.M., à Hyères. — L’appareil en question ne nous parait guère pratique pour un éclairage d’une certaine importance.
- M. Vanvincq Reniez, à Audruicq. — M. A. Brémond, fabricant de boîtes à musique, à Genève (Suisse); MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, à Paris.
- M. Alanley Bendatl, à Bordeaux. — Journal Ciel et Terre : M. P. AVeissembruch, éditeur, 45, rue du Poinçon, à Bruxelles.
- M. J. Nogdena, à Juilly. — L’obturateur Londe-Dessoudeix pourra vous convenir.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. G. Petitpont, à Choisy-le-Roi; M. E. Braun, à Gand; AJ. Z. Zoertig, au Havre; M. Monieltier, au Laürium; M. P. de 7’., à Paris. I/adresse du constructeur a été donnée en tête de la Boite aux lettres du numéro qui contient la description de l’objet. — M. de Morsier, à Paris.
- Il faut faire soi-même cette peinture qui ne se trouve pas dans le commerce.— lin lecteur, à, Gray; Un abonné, à Bruxelles. Nous ne croyons pas que ces appareils soient en vente. — M. le Dr Ru y Pachiiuha, à Matlosinhos. Le fabricant a été indiqué en tête de la Boite aux lettres du n° 1069. — M. J. Boissaye, à Paris. Voyez aux librairies Dunod ou E. Bernard. — M. L. P., à Courbevoie. Nous n'avons pas entendu parler de ce produit. — M. L. Petit, à Saint-Quentin. 1° Pas de maison spéciale; 2° adressez-vous k Y Office, de publicité, 9, rue de Fleurus. — M. II. Dubois, à Laval. Tous nos remerciements pour l’erreur que vous nous signalez et qui sera-rectifiée. — MM. Bouillon, à Paris. Il y aurait des recherches de laboratoire à faire; il faudrait consulter un chimiste. — M E. Leblanc, à Paris. Un grand nombre de traités électriques ont déjà él" publiés; voyez chez les principaux libraires. — M. L. B., à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. Bob, à Paris; M. A. Bouvier, à Paris; M. Bouhj, à Pont-dc-Yejle. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « lioite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui Luisant signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui (ni sont demandes, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer Imites les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison
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- PETITES INTENTIONS1
- Encrier & bordure de papier. — Les bandes de papier en rouleaux qui sont si usitées en télégraphie, ont déjà été employées à un usage pour lequel elles n’étaient pas faites : celui de servir de jouets dans les fêtes carnavalesques, où elles sont
- Encrier à garniture de papier.
- déroulées par leur projection dans l’air, sous le nom de serpentins. Ces rouleaux de papier télégraphiques viennent d’étre utilisés pour confectionner un encrier de bureau, que nous représentons ci-dessus. Les rouleaux de papier que nous figurons en 1 forment le pourtour d’un encrier dont le détail est donné dans le n° 2. Un récipient pour l’encre est placé dans un godet circulaire; entre le récipient et le godet on interpose le rouleau de papier, dans lequel la plume peut être piquée; l’encre est absorbée par le papier. Le n° 5 montre le système complet. Quant au rouleau de papier, on le renouvelle à peu de frais. — Cet encrier se trouve chez M Voiler, Dbîs, passage Kuszner, à Paris. . . • -
- Outil-multiple d’amateurs. — Ce petit objet est formé d’un manche que représente le n° 1 de la ligure. Ce manche
- Manche à outils.
- se dévisse et autour d’un axe central se trouvent les quinze objets qui sont dessinés à côté du manche (n° 2). Voici l’énumération de ces objets qui forment quinze outils se vissant à la partie inférieure du manche : une pointe à pierre, une gouge, une alêne, un bec-d’àne, des ciseaux, une scie, des poinçons, une vrille, des tourne-vis. Pour se servir de ces outils qui tiennent tous dans le petit manche que l’on peut mettre dans sa poche, il faut dévisser la calotte du manche, prendre un outil, appuyer sur la tige-vis intérieure pour faire sortir la grille de serrage dans laquelle on introduit l’outil, puis revisser la calotte fortement. Tout l’outillage pèse 140 grammes. La longueur du manche-outils est de 10 centimètres. — Se trouve chez M. E. Mathieu, 2, Faubourg-Poissonnière, Paris.
- Protège-pantalon. — Le système que nous représentons ci-contre, consiste en un ruban de métal noirci, qui se termine par trois boules ou tourillons en même matière
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- (n° 1). Le ruban métallique percé de trous, se coud intérieurement au bas d’un pantalon ; les trois tourillons dépassant le drap (n° 2). Quand on porte le pantalon ainsi préparé, par un temps de boue, les trois boules qui posent à terre (n° 3) ne permettent pas au tissu d’étre en contact avec le sol. En temps ordinaire, ces petits appareils empêchent le pantalon de toucher
- Protège-pantalon.
- à terre en amassant la poussière, et ils évitent l’usure des pantalons contre le talon. Les trois tourillons doivent dépasser le pantalon seulement de leur longueur. — Se trouve à la même adresse que Y outil-multiple d'amateurs.
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- Réflecteur pour abat-jour de lampe. — Notre gravure explique d’elle-même la disposition de ce réflecteur que l’on place au milieu de l’abat-jour ordinaire d’une lampe. C’est un disque en métal poli percé d’un trou qui permet de laisser i passer le verre de lampe. Le n° 1 montre le disque dans la j position qu’il doit avoir quand il fonctionne. Il est retenu par' une tige à crémaillère, qui est ipaintenue par un crochet au bord supérieur du verre de lampe. Le n° 2 donne, à une plus grande échelle* le détail de l’appareil. Quand le réflecteur est en place au-dessus de la flamme, on s’aperçoit que la lumière;
- Réflecteur pour lampe à huile ou à pétrole.
- répandue au-dessous de l’abat-jour a beaucoup augmenté d’jn-tensité. — Ce système se trouve chez M. Kratz-Boussae, 3, rue-Saint-Laurent, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Jubilé de M. Pasteur, 1822-1892. 27 décembre. 1 vol. in-4°. — Paris, Gauthier-Villars et fils 1893. Prix : 10 francs.
- On se souvient de la manifestation faite par les représentants de tous les peuples le 27 décembre 1892, en l’honneur de M. Pasteur, pour le jour de ses soixante-dix ans. Le volume qui contient le récit de cette fête dans le grand amphithéâtre de la Sorhonne vient de paraître. 11 renferme le texte de tous les discours, de toutes les adresses, de tous les télégrammes. Luxueusement édité avec titre en deux couleurs et 5 planches en héliogravure, ce très beau livre est un monument élevé à la gloire d’un de nos plus grands savants français; il se vend au profit de la Société de secours des amis des sciences.
- Consultations médicales sur quelques maladies fréquentes. Deuxième édition, revue, augmentée et suivie de quelques principes de déontologie médicale. Devoirs des médecins
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- entre eux, par le Dr J. Grasset. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, 1894.
- Choix et usage des objectifs photographiques, par M. E. Wallon, professeur de physique au lycée Janson-de-Sailly. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Yillars et fds et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- Elevage des animaux de basse-cour, par M. Ernest Lemoine, éleveur. 1 vol. in-8°. 3e édition, entièrement refondue. — Paris. G. Masson, éditeur, 1893. Prix : 2 fr. 50.
- Le stéréoscope et la photographie stéréoscopique, parF. Drouin. 1 vol. in—16. — Paris, Charles Mendel, éditeur, 1894. Prix : 3 fr. 50.
- La photographie au charbon et ses applications à la déco-
- ration du verre, de la porcelaine, du métal, du bois, de l’ivoire, des tissus, par A. Fisch. 1 vol. in-16.—Paris, Charles Mendel, éditeur. Prix : 5 fr. 50.
- Les projections scientifiques. Etude des appareils, accessoires et manipulations diverses pour l’enseignement scientifique par les projections, par MM. H. Foürtier et A. Molteni. 1 vol. in-10 de la Bibliothèque scientifique, cartonné. — Paris, A. Molteni et Gauthier-Villars et fils, 1894.
- Précis de chimie industrielle. Notation atomique, par M. P. Guichard, professeur à la Société industrielle d’Amiens. 1 vol. in-16, cartonné, avec 68 figures intercalées dans le texte. — Paris, Librairie J.-B. Baillière et fils, 1894.
- Traité scientifique et industriel des Plantes textiles, par Félicien Michotte, ingénieur. La Ramie. Second volume. Dégommage et travail industriel. 1 vol. in-8°. — Librairie centrale des sciences, Paris, 1893. Prix : 8 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49™,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES I>U MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE UE 0 A 9 ÉTAT Dü CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 27 novembre. 1°,4 N. 2. Beau. 0,4 Très peu nuageux à 4 h. et de 13 à 17 b.; beau le reste du temps. Gelée blanche.
- Mardi 28 1%4 S. 2. Couvert. 0,0 Beau à 1 lu, couvert ensuite ; pluie fine de 18 à 19 b.
- Mercredi 29 5°,7 S. S. W. 1. Couvert. 0.3 Couvert; bruine à diverses reprises, très brumeux.
- Jeudi 30 3%2 S. 1. Couvert. 0,1 Couvert; brouillard dans la soirée.
- Vendredi 1" décemb. 0*,4 S. 1. Peu nuageux. 0,0 Nuageux de 5 à 8 lu, et après 22 lu, couvert le reste du temps; pluie à 10-11 h. et de 17 à 18 b.
- Samedi 2 -1“,7 S. 1. Beau. 1,2 Peu nuageux jusqu’à 5 li.; beau ensuite.
- Dimanche 3 — 2”,7 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- NOVEMBRE-DECEMBRE 1893. - SEMAINE DU LUNDI 27 NOVEMBRE AU DIMANCHE 3 DÉCEMBRE
- Lundi ! Mardi | Mercredi | Jeudi I Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre «u Canada. — La plus forte secousse de tremblement de terre qui ait été ressentie au Canada depuis quelques années s’est produite le 19 novembre à Montréal, à midi. Les habitants, pris de panique, se sont précipités dans la rue. Personne n’a péri, mais plusieurs individus ont été blessés et plusieurs constructions ont été gravement endommagées. Beaucoup de fabriques et d’usines dans les environs ont souffert.
- f.a crue du Tibre. — On nous a écrit de Rome, à la date du 23 novembre, que la pluie est tombée en abondance pendant quelques jours. A la suite de ces pluies continuelles, le Tibre a subi une crue et a débordé en plusieurs endroits. De nombreux points de la campagne en amont de Rome ont été inondés.
- La neige en France. — Dans les derniers jours du mois de novembre, la neige a fait son apparition dans la région du sud-ouest de la France. Le 25 novembre notamment, après un abaissement subit de la température dans toute la contrée, elle est tombée en grande quantité aux environs de Castres, a couvert les sommets de la Montagne Noire et intercepté les courriers en voiture. Sur certaines routes, elle a atteint jusqu’à 1 mètre d’épaisseur.
- I.« variation des latitudes. — La Conférence annuelle de l’Association géodéskjue internationale s’est réuuie récemment à Genève et a nommé une Commission composée de MM. Tisserand, Foersfer et Schia-parelli, directeurs des Observatoires de Paris, de Berlin et de Milan, en la chargeant d’élaborer un programme d'observations permanentes à installer en divers points du globe, pour l'étude de la petite oscillation périodique constatée depuis quelques années dans la position des pôles de l’axe terrestre.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 30, à 9 h. 17 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- li'Insomnie. — Docteur, donnez-moi quelque chose pour nie faire dormir. Que de gens privés de sommeil nous adressent cette question. Hélas! la réponse ne peut être uniforme. Il ne s’agit pas de vous faire avaler un narcotique, un calmant pour que l’insomnie disparaisse. Avant de chercher à faire dormir quelqu’un qui se plaint de ne pas dormir régulièrement, il faut savoir quelle est la cause de cette insomnie, et la cause est très variable. Chez l’un elle tient à une cause purement morale ou psychique : un chagrin, des tourments, des préoccupations d’affaires le souci de spéculations, etc.... Chez l’autre, c’est encore une insomnie du même genre, une fatigue cérébrale par suite d’excès de travail intellectuel. Chez celui-ci, le sommeil ne viendra pas parce que l’estomac est fatigué, que la digestion se fait mal; que ce jour-là ou d’une façon trop fréquenle, il y a eu abus de boissons spiritueuses, surcharge alimentaire. Celui-là ne dort pas parce qu’il fume avec excès alors que le tabac ne lui convient pas. Dans l’ordre des maladies, le sommeil est perdu par la douleur du mal, par l’intensité de la fièvre. Certaines affections provoquent des céphalées qui s’accusent tout particulièrement la nuit, céphalées nocturnes, et qui cèdent comme par enchantement à quelques doses d’iodure de potassium. Dans le même genre, les lésions rénales déterminent parfois de la céphalalgie tenace, de l’agitation, de l’insomnie qu’un purgatif énergique et le régime lacté font disparaître, au moins pour quelque temps. S’agit-il d’enfants? nous trouverons la même variété de causes qu’il n’est pas toujours facile d’élucider du premier coup. L’enfant dormira mal parce qu’il a un rhume de cerveau, parce qu’il a, comme on dit, le nez bouché; obligé de respirer exclusivement la bouche ouverte, il ronfle, sèche sa gorge et a un sommeil agité avec de fréquents réveils. Il dormira encore mal parce qu’on l’aura trop surexcité dans la soirée, en le faisant jouer outre mesure, en lui racontant des histoires effrayantes, en lui faisant quelquefois absorber des boissons, liqueurs, café, punch, qui ne sont pas faites pour lui. Il pourra avoir de l’insomnie pour une cause de vraie maladie et le nombre en est rand. 11 est donc impossible de formuler un traitement unique e l’insomnie. En ne tenant pas compte des cas spéciaux où l’absence de sommeil est liée à un état de maladie, on peut dire que l’hygiène peut faire beaucoup, sans adjonction de médicaments. Un repas léger le soir, une bonne promenade après le repas ; pas de boissons (bière ou autre) dans la soirée, peu de tabac ; se coucher dans une chambre bien aérée, non chauffée, se tenir en un mot dans de bonnes conditions générales pour la respiration, la digestion. Comme médicaments, un peu de bromure chez les nerveux, ce qui ne les dispensera pas de faire de l’hydrothérapie au réveil; chez les anémiques, une etite dose de sirop opiacé, sirop de codéine ou sirop de pavots lancs. Parmi les hypnotiques nouveaux, il en est un certain nombre qui amènent le sommeil sans troubles d’aucun genre, tels le chloral, le somnal qu’on prendra à la dose de 1 à 2 grammes, dans du sirop de framboises; le chloralose, le sulfonal à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme ou 2 dans
- le même sirop ou dans un peu d’eau de menthe. Mais, je le répète, avant de donner un soporifique quelconque, cherchez la cause de l’insomnie et traitez en conséquence. Dr X...
- INFORMATIONS
- —Le territoire des États-Unis possède un grand nombre de sources minérales naturelles. A Stockton, en Californie, en forant un puits pour rechercher le gaz naturel, on a découvert une source d’eau à 30° C. à laquelle on a reconnu de précieuses qualités curatives. Les propriétaires du puits ont fait creuser un lac en miniature, de 120 mètres de longueur sur 24 mètres de largeur, alimenté par ces eaux chaudes. C’est une magnifique piscine entourée de cabines de baigneurs. A la sortie du puits, l’eau et le gaz pénètrent sous une cloche où s’opère leur séparation : la première s’écoule dans le lac, et le second est dirigé sur un gazomètre d’où il est distribué pour l’éclairage et le chauffage. Lorsque la température ambiante est trop froide pour le bain en plein air, le traitement est continué dans de petites piscines couvertes et fermées, où la chaleur est entretenue au moyen d’une torchère de gaz naturel brûlant à l’air libre.
- —%— Le journal autrichien Sport Zeitung nous apprend que des essais d’introduction des Rennes de Sibérie (Cervus tarandus) dans nos montagnes de l’Europe centrale ont été faits depuis quelques années et n’ont guère réussi jusqu’ici. On s’est heurté non pas au climat, mais à la nature du pays, qui diffère souvent de celle de leur patrie. Cependant, l’on trouve dans certaines hautes régions, des conditions qui devraient leur convenir : vastes étendues sans arbres et sans buissons où croissent seulement de maigres^ herbages. C’est là qu’il y aura le plus de chances de succès. Dans nos jardins zoologiques où l’on conserve cet animal avec quelques soins, on le voit souvent dégénérer. Il se reproduit en captivité. Encore est-il sujet à plusieurs maladies.
- Les mines de plomb argentifère et de blende de Sadou (Caucase) sont particulièrement riches, et, d’après le Rapport de l’ingénieur du Gouvernement russe, ces gisements seraient pour ainsi dire inépuisables. D’après les analyses qui en ont été faites, chaque mètre cube de minerai brut contient : 167 kilogrammes de plomb argentifère donnant 60 pour 100 de plomb et 2 kilogrammes d’argent; 500 kilogrammes de blende contenant 0,013 pour 100 d’argent et 53 à 58 pour 100 de zinc; 500 kilogrammes de pyrite de cuivre, de fer magnétique, de calamine, de quartzites, de calcaires cipolins, etc. Dans la partie supérieure des gisements, on trouve aussi des oxydes et des carbonates de cuivre et de plomb; mais lorsqu’on atteint une profondeur de 100 mètres, on constate généralement une grande richesse en blende ; à partir de cette profondeur, les filons de blende ont une largeur de 25 mètres.
- —— Pour remédier à l’inconvénient résultant de la combustion du filament dans une lampe électrique à incandescence, la Société Eleklricitàts-Gesellschaft, de Hambourg, construit des lampes à deux filaments ou lampes bifilaires. Ces lampes se font de deux types : ou bien l’on peut ne faire fonctionner qu’un seul filament, ou bien le courant passe à la fois dans les deux filaments. Dans le premier cas, il suffit, lorsque l’un des filaments vient à se rompre ou à être consumé, de tourner la clé du commutateur pour mettre l'autre en service. On arrive ainsi à doubler la durée de la lampe. Dans le second cas, les deux filaments, fonctionnant ensemble, la durée de la lampe n’est pas augmentée, mais on a l’avantage d’obtenir, sous le meme volume de lampe, un éclairage d’une intensité double, toutefois avec une dépense double.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne la dynamo à pédales, s’adresser à The Hanson et Van Winkle C°, à New-York. — Les compteurs et indicateurs de vitesse se trouvent : C° de l’indicateur K. Hedges, 25, Queen Anne’s Gâte, London, S. W.; Compteur May : M. Pitot, 39, rue de Châteaudun, à Paris; compteur Château, MM. Château, 118, rue Montmartre; compteur Deschiens, 123, boulevard Saint-Michel; compteur Redier, 139,boulevard Sébastopol.
- Communications. — M116 A., à A., nous adresse la Note suivante : « La machine à sculpter automatique décrite dans le n° 1067, du 11 novembre 1895, est due à M. Allemand, sculpteur à Paris. C’est lui qui a conçu et fait fonctionner cette machine depuis très longtemps dans ses propres ateliers. Il a également construit la machine de l’atelier de M. Delin et en a cédé le brevet, tout en se réservant le droit d’exploiter ces appareils. »
- M. L. Muller, capitaine au long cours, à Paris, nous écrit que, contrairement à ce que nous avons dit dans nos Informations, le Dtllon n’est pas le plus grand navire du monde. C’est la France, navire français, comme nous l’avons dit nous-mêmes dans l’article publié sur ce voilier (n° 980, du 12 mars 1892, p. 235). Quant au navire Saccamore, son vrai nom est Sagamore.
- Renseignements. — M. Giraud, à Aix. — Société française de nickel et d’aluminium, 36, rue Lafayette, à Paris.
- M. G. R., à Rive-de-Gier. — Vous trouverez, dans le Dictionnaire des arts et manufactures de M. Ch. Laboulaye, à la librairie G. Masson, une Note très complète sur les vins mousseux.
- M. G. Douzillé, a Agen. — Nous avons publié un article sur la transmission électrique des images à distance dans le n° 975, du 6 février 4892, p. 158.
- M. H. Pinezon, à Rennes. — Il faudrait demander un projet à un constructeur de moulins, par exemple à MM. Brault, Teisset et Gillet, 14, rue du Ranelagh, à Paris.
- M. E. D. B., à R. —Les recettes pour teintures de cheveux que nous connaissons sont données dans les petits livres des Recettes et Procédés utiles. Quant aux produits dont vous parlez la composition en est tenue secrète : nous conseillons, d’ailleurs, de préférence, de ne jamais se teindre les cheveux.
- M. Heeren, à Biarritz. — Tout dépend de la perméabilité du sapin que vous emploierez. Il serait nécessaire de faire des essais pendant quelques mois.
- M. Inan Otero, à Buenos-Aires. — Cet appareil est fabriqué spécialement par la maison Ménier et ne se trouve dans le commerce que chez les marchands de détail.
- M. J. Pausier, à Oviedo. — II faut employer la vaseline blanche.
- M. L. Jansen, à Schiedam. — Il faudrait connaître exactement la composition de votre graisse; renseignez-vous auprès d’un chimiste.
- M. A. Grodzki, à Varsovie. — Veuillez vous adresser à MM. Baltet frères, horticulteurs à Troyes, ainsi que nous l’avons dit en tête de la Boîte aux lettres du n° 1051, du 22 juillet 1893.
- M. J. Caria, à Guimaraès. — MM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, à Paris.
- M. A. P., à Avignon. -- 1° L’adresse a été donnée dans la Boîte aux lettres du n° 1067, du 11 novembre 1893. — 2° Votre lettre a été envoyée.
- M. Baverey, à Irigny. — Ces listes ne se trouvent que dans les bureaux des services des mines.
- M. J. Vagelsang, à Mulhouse, — Cet enduit n’empêche pas la chaleur de se répandre au dehors ; il faut employer des calorifuges Guy, 117, boulevard Montparnasse, ou Jauffret, 22, avenue Ilerbillon, à Saint-Mandé, Paris.
- M. le Dr M. C., à Montréal-du-Gers. — l°Les résultats-n’ont pas été publiés. — 2° Vous trouverez tous ces renseignements dans un petit livre spécial Les ballons dirigeables. Application de l'électricité h la navigation aérienne, par Gaston Tissandier, à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. Duchesme, à Ludon. — Nous avons publié, dans la Boîte aux lettres du n° 1003, du 20 août 1892, une petite Note sur la stérilisation du lait qui pourrait vous être utile.
- M. P. M.,k Lyon. — Consultez l’article relatif à l’extraction de l’huile des graines oléagineuses dans le Dictionnaire des arts et manufactures, que nous avons déjà mentionné plus haut.
- M. A. B. Z., à Paris. — Nous avons indiqué, dans les Nouvelles scientifiques du n° 952, du 29 août 1891, un moyen de noircir le laiton à froid.
- M. A. C., à Paris. — 1° Des articles très complets sur les torpilles ont paru dans les n°“ 968, 974 et 978, ainsi que plusieurs autres articles dont l’indication se trouve dans la table des matières, 2e série. — 2° La Nature a publié la coupe lon-itudinale du paquebot la Normandie dans le n° 529, du 1 juillet 1883, p. 114.
- M. J. B., à Paris. — La maison Jeuffroy et fils, représentée à Paris par M. E. Cerf, 98, boulevard Sébastopol, construit des scies circulaires pour la fabrication des peignes.
- M. E. Ptazanet, à Bordeaux. — Adressez-vous directement à l’auteur, 97, Grande-Rue de la Guillotière, à Lyon.
- M. F. C., h Orléans. — MM. Warrick frères, 62, rue Tique-tonne, et M. Ch. Vimard, 9, rue Mazagran, à Paris.
- M. Hochonlle, à Asnières. — Nous n’avons pas dit que l’invention était nouvelle, mais peu connue.
- M. E. Kester, à Charenton. — 1° M. Pitot, 39, rue de Châteaudun, est dépositaire d’un papier pôle qui vous conviendrait. — 2° II s’agit d'une pâte formée avec de la gélatine.
- M. le Dt Polo, à Nantes. — 1° Il serait préférable d’avoir un transformateur à courants continus qui, branché sur la distribution, vous donnerait 8 à 10 volts, avec système de réglage. — 2° Aux deux usages. — 3° Accumulateurs Tudor, 19, rue de Rocroy, à Paris.
- M. A. Devaux, à Loudun. — Cette adresse a été donnée dans la Boîte aux lettres du n° 1069, du 25 novembre 1893.
- M. P. R., à Nantes. — 1° Même réponse que ci-dessus. — 2° M. Marx, 48, boulevard Sébastopol, à Paris.
- M. le Dr P., à Niort. — 1° Il y a des traités chez les divers libraires, mais pas de livre élémentaire. — 2° L'Instantané, extincteur décrit dans les Petites Inventions du n° 1054, du 12 août 1893.
- M. J. E. B., à Paris. — Voyez dans la Bibliothèque des merveilles (Hachette et Cie) La Photographie, par Gaston Tissandier.
- M. Duprada, à Arcachon. — Il serait nécessaire de consulter un architecte; toutefois vous pourriez vous adresser à la maison Geneste et Herscher, 42, rue du Chemin-Vert, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Pihan, à Paris. Votre Note sera insérée. — M. de Pirey, à Hué ; M. le DT Be-duanski, à Tripoli. L’adresse du fabricant est donnée en tête de la Boite aux lettres du numéro même qui contient la description de l’appareil. — M. J. Casalis, à Paris. Cet instrument n’a pas été décrit dans La Nature : nous ne saurions vous répondre. —M. A. Manisoff, à Lyon. Voyez à la maison Breguet, 19, rue Didot, à Paris. — Un abonné du Petit-Club, à Toulouse. Ces nouveaux appareils n’ont pas donné tous les résultats attendus. — M. Lcscor-nez, à Armentières. Consultez nos diverses bibliographies; nous avons signalé plusieurs ouvrages de ce genre. — M. B. Pavoy, à Cordoba. La carte que vous avez l’obligeance de nous envoyer n’est accompagnée d’aucune explication; nous ne la comprenons en aucune façon. — M. P. B., h Villejuif. Voyez la Note publiée en tête de notre Boite aux lettres du n° 1060, du 23 septembre 1893. — M. A. La Coulanche, à Laval. Il faut réunir les lames de verre avec un mastic dont vous trouverez la composition dans le livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. B. de M., à Lyon. Consultez le même petit livre. — L'abonné 5656, à Smyrne; M. J. L., à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle
- Cours de botanique. — Organographie et physiologie végétale. — M. Pu. Van Tieuiiem, professeur, membre de l’Institut, a commencé ce cours le samedi 2 décembre 1893, à 8 heures et demie du matin, dans l’amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le continuera les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine, à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Régie automatique. — L’appareil que nous représentons ci-dessous (n° 1) est formé d’une règle de bois ordinaire de 30 centimètres de longueur divisée en millimètres, qui sert à l’usage ordinaire ; à la base de la règle est monté un cylindre tournant qui permet de faire glisser la règle sur le papier. Des crans d’arrêt sont creusés à la surface du cylindre, une lame métallique peut retenir le cran d’arrêt, comme le fait voir le (n° 2) de notre figure. En faisant passer la lame métallique
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- Règle pour tracer les lignes parallèles équidistantes.
- d’un cran à l’autre, on descend successivement la règle sur le papier, de longueurs toujours égales entre elles, et on peut y tracer des lignes parallèles équidistantes. Une série de crans d’arrêt dont les intervalles sont différents peuvent être employés, de sorte qu’on peut tracer, soit à l’encre, soit au crayon, des lignes parallèles à 1, 2, 3... 12 millimètres de distance les unes des autres. La nouvelle règle automatique, s’adresse aux ingénieurs, architectes, dessinateurs, musiciens, écoliers, instituteurs, employés de bureaux, etc. Elle remplit en outre l’usage d’un double décimètre. — Cet appareil se trouve chez M. E. Mathieu, 2, rue du faubourg Poissonnière, Paris.
- Chaufferette japonaise pour les mains — Voici l’hiver et la gelée, les mains sont froides et la poche ne suffit pas pour les réchauffer. Nous allons présenter à nos lecteurs une chaufferette japonaise, formée d’une boîte en métal mince, recouverte d’étoffe (n° 1) qui renferme un petit cylindre d’une matière charbonneuse combustible (n° 2). Cette sub-
- stance très légère, brûle lentement, à la façon de l’amadou, et elle produit une chaleur très agréable. On peut, quand on est chez soi, tenir la petite chaufferette dans les deux mains (n° 3); on peut aussi, quand on est dehors, la mettre dans la poche de son paletot, la tenant aussi à la main. Comme l’objet est bon marché, on peut avoir une chaufferette japonaise dans chaque poche. — Se trouve chez les marchands d’articles japonais, notamment au magasin du Daï-Nippon, 3, boulevard de6 Capucines, Paris.
- Appareil avertisseur contre l'effraction. — Avec cet appareil, qui n’offre nul danger, aucun cambrioleur ne saurait pénétrer par effraction dans un appartement ou autre lieu sans donner l’alarme produite par deux détonations enten-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- dues à 200 mètres à la ronde. L’appareil est sans secret, il s’adapte à toutes les gâches sans changer les serrures ou verrous, pourvu qu’ils soient de sûreté, il se fixe aux persiennes et à tous genres de fermetures, sans aucune dégradation. On peut entrer et sortir de chez soi sans que l’appareil fonctionne; il ne sert qu’en cas d’effraction, car une serrure de sûreté ne peut être crochetée, mais fracturée seulement. Pour poser l’appareil, il suffit de l’adapter comme l’indique la figure de droite ci-dessous, au-dessus de la gâche. On doit cintrer le levier jusqu’à ce qu’il touche celle-ci ; il faut le charger en plaçant les
- Avertisseur à détonation contre l’effraction.
- cartouches dans le canon. La moindre pesée sur la gâche, soulève le levier et produit la détonation. Notre figure de gauche qui montre l’appareil débarrassé de sa chemise d’enveloppe, nous servira à en donner la description. Voici Je détail des organes figurés par les lettres : A, monture se composant de 2 supports pour le passage des percuteurs ; B, étui à cartouches surmonté d’un support; C, détenteur pour maintenir les 2 percuteurs armés qui, sous l’impulsion de la pesée, déclenche et fait détoner; D, ressorts à houdin pour donner l’impulsion aux percuteurs ; E, ressort en lame pour maintenir le détenteur dans les gorges des percuteurs ; F, percuteurs possédant à leur bout une gorge dont l’une est plus profonde, ce qui fait détoner les 2 coups simultanément. Au milieu de notre gravure est le détail du détonateur. — Se trouve chez MM. Girout et Jacquemart, 6, rue de Châteaudun, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Anthropologie, étude des organes, fonctions, maladies de l'homme et de la femme, comprenant l'anatomie, la physiologie, l’hygiène, la pathologie, la thérapeutique, la doctrine microbienne et des notions de médecine légale, par Antonin Bossu, médecin en chef honoraire de l’infirmerie Marie-Thérèse, etc. 3 vol. in-8° avec 1 atlas d’anatomie de 20 planches, 12e édition. — Paris, Bloud et Barrai, 1890.
- Le grand succès de cet ouvrage (douze éditions) s’explique par l’intérêt exceptionnel qui s’attache à son objet et par son utilité pratique. Quoi de plus curieux, en effet, que l’organisation, que le mécanisme du corps humain ; quoi de plus utile à connaître que les dérangements qui surviennent dans son fonctionnement? La science du médecin a pour base l’anatomie, la physiologie, l’hygiène, la pathologie et la thérapeutique ; or, ces cinq parties fondamentales de la science de l’homme sont exposées dans leur ordre de filiation naturelle et méthodique. Tous les organes, toutes les fonctions, tous les modificateurs, toutes les maladies, tous les médicaments sont passés en revue et décrits par M. le docteur Bossu avec un soin scrupuleux.
- La science amusante (troisième série), par Tom Titt. 100 nouvelles expériences. 1 vol. in-8° avec de nombreuses gravures. — Paris, librairie Larousse, 1893.
- Conférences publiques sur la photographie, organisées en 1891-1892 au Conservatoire national des arts et métiers, par le Directeur de l’Etablissement. 1 vol. in-8\ — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1893. Prix : 7 fr. 50.
- Les contretypes ou les copies de clichés, par Georges Bala-gny. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque photographique. — — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1893.
- La géométrie des masses, par Bâton de la Goupillièue, de l’Académie des sciences, directeur de l’Ecole des mines, etc., 1 brochure in-8°. — Paris, Georges Carré, 1893.
- Le chat. Zoologie. Origine. Historigue. Mœurs. Habitudes.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Races. Anatomie. Maladies. Jurisprudence, par Alexandre Landrin. 1 vol. in-8°. — Paris, Georges Carré, éditeur, 1894.
- Agenda viticole et agricole pour 1894, par Vermorel. 1 petit carnet de poche. Librairie du Progrès agricole et viticole, à Yillefranehe (Rhône). — Paris, G. Masson, éditeur, 1894. Prix : 2 fr. 75 franco.
- Agenda vinicole et du commerce des vins et spiritueux pour 1894, par Vermorel. 1 petit carnet de poche. Librairie du Progrès agricole et viticole, à Villefranche (Rhône), — Paris, Michelet, éditeur, 1894. Prix : 5 francs franco.
- Almanach des viticulteurs de France, 1894. 1 petit volume broché in-18. — Villefranche, Librairie du Progrès agricole et viticole. Prix : 50 centimes.
- Histoire de la sténographie Aimé Paris et de ses imitations, par M. L. P. Güénin, sténographe-reviseur au Sénat. 1 vol. in-18. — Paris, au siège de la Société de sténographie Aimé Paris, 1893. Prix : broché, 1 fr. 50; cartonné, 1 fr. 80.
- Eighth annual Report of the Bureau of Ethnology to the Secretary of the Smithsonian Institution 1886-1887, by J.-W. Powel, director. 1 vol. grand in-8°. — Washington, government Printing Office, 1891.
- Bïhliography of the Chinookan languages (including the Chinook Jargon), by James Constantine Pilling. Smithsonian Institution. Bureau of Ethnology : J.-W. Powell, director. 1 brochure in-8°. — Washington, government Printing Office, 1893.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 4 décembre. . — 3" ,2 W. S. W. 0. Couvert. 0,0 Beau jusqu’à 5 li.; couvert ensuite; un peu de pluie dans la soirée ; brouillard dans la soirée.
- Mardi 5 2*,7 N. 3. Couvert. 0,9 Nuageux de 4 à 5 h., couvert avant et après, un peu de pluie à 7 et 9 h.
- Mercredi-6 0",9 N. W. 2. Couvert. 0.0 Couvert jusqu’à 22 h.; nuageux ensuite.
- Jeudi 7. . 1%2 S. 3. Couvert. 0,0 Nuag. à 1 li., couv. ensuite; quelquef. de la pluie fine.
- Vendredi 8 2”,2 S. 2. Couvert. 0,3 Couvert; pluie fine à 7 h.
- Samedi 9 6% 4 S. 5. Couvert. 0,4 Couvert jusqu’à 10 h., puis nuageux; beau après 15 h.; un peu de pluie à 7 et 9 h.
- Dimanche 10. . . . 0",5 S. E. 2. Couvert. 0,9 Beau jusqu’à 4 h., puis couvert; éclaircies après 20 h.; hrouil. de 5<X) mètres à 7 h.: petite pluie à 16 et 19 h.
- DÉCEMBRE 1893. - SEMAINE DU LUNDI 4 AU DIMANCHE 10 DÉCEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les (lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent :
- né à 0, au niveatede la mer)i courbe plus mince, thermomètre à l’abri à
- courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au pare Saint-Maur en novembre 1893
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 757“”,23; minimum, le 18, à 5 heures du soir, 755““,15; maximum, le 28, à 10 heures du soir, 771*“,25.
- Moyennes thermométriques : des minima, 1#,97; des maxima, 7°,75; du mois, 4°,86; moyenne vraie des 24 heures, 4°,69. Minimum, le 12, vers 7 heures du matin, — 4°,5. Maximum, le 17, vers 2 heures du soir, 15° 6. 11 y a eu un seul jour de gelée blanche et 14 jours de gelée à glace, ce qui est rare, quoiqu’il y ait souvent des mois de novembre plus froids.
- Tension de la vapeur, 7““,15 ; la moindre, le 9, à 2 heures et 3 heures du soir, 2““8 ; la plus grande, le 17, à 2 heures du soir, 11””,8. Humidité relative, 85; la moindre, le 10, à 1 heure du soir, 49; la plus grande, 100, en 13 jours. , .
- Pluie, 35””,4 en 53 heures trois quarts, reparties en 14 jours.
- Il a voltigé un peu de neige le 21 et il y a eu une averse de grésil le 22. *
- Nébulosité, 65.5 jours de brouillard dont 1 seul notable, le 1"' novembre.
- Température de la Marne : le matin, 6°,55; le soir, 6°,70; en moyenne, 6°,62 ; elle a varié Yde 4°,92 le 28 à 10°,35 le 3 ; la rivière a été basse ; sa transparence qui était de 4” le 2, est descendue à 0”,49 le 25.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de novembre 1893 pré-
- sente les résultats suivants : Baromètre, plus haut de 0“”,39. Thermomètre, plus bas de 1°,12. Tension de la vapeur, moindre de 0”“,80. Humidité relative, moindre de 2. Pluie, moindre de 14““,6. Nébulosité, moindre de 5.
- L’automne de 1893 présente les résultats suivants :
- Saison. Excès.
- Baromètre. 757,18 — 0,03 *
- Thermomètre. 10,13 —0,28
- Tension de la vapeur. 8,30 -+- 0,13
- Humidité. 82 — 4
- Nébulosité. 62 -t-1
- Pluie totale. 173,0 -+- 23,4
- Les moyennes de l’année météorologique se résument ainsi :
- Saison. Excès.
- Baromètre. 758,50 + 0,86
- Thermomètre. 10,69 -+- 0,69
- Tension de la vapeur. 7,45 — 0,20
- Humidité. 74 — 6
- Pluie. 524,0 — 28,3
- Nébulosité. 51 —11
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 8, à 7 h. 50 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement du lumbago. — Vous vous baissez pour ramasser une épingle, vous voulez vous redresser, une douleur vive vous arrête et vous force à rester le corps plié en deux. C’est là le tour de reins vulgaire, le lumbago. On admet qu’il s’agit en général d’une déchirure, d’une rupture d’une ou plusieurs fibres musculaires de la masse dorso ou sacro-lombaire suivant le point douloureux. Cet accident, purement traumatique et qui n’a rien de bien grave, en dehors de la gêne et de la douleur, se déclare plus facilement chez les sujets rhumatisants. Il semble survenir plus aisément chez les personnes qui l’ont éprouvé déjà antérieurement. Quelquefois tenace et rebelle, il affecte l’allure d’une véritable névralgie musculaire. Le premier remède et à la portée de tous, est le suivant : Prenez un fer à repasser bien chaud, couvrez la région lombaire d’un morceau de flanelle ou simplement de la chemise et repassez les lombes de bas en haut, sur le côté de la colonne vertébrale qui est sensible et douloureux. Employez le fer aussi chaud que le malade peut le supporter, pendant une dizaine de minutes. Ceignez alors les reins d’une large ceinture de flanelle, la ceinture militaire, faisant deux ou trois fois le tour du corps ; mettez, si vous voulez, au-dessous, une bonne couche d’ouate. Recommencez cette opération trois fois dans la journée, il est rare qu'il n’y ait pas dès le lendemain une modification sensible. Un bain très chaud, suivi d’une friction avec un liniment un peu rubéfiant, convient encore très bien. Voici une bonne formule de liniment pour ces frictions :
- Chloroforme....................10 grammes.
- Laudanum de Sydenham. ... 10 —
- Essence de térébenthine. ... 30 —
- Huile de camomille camphrée. .60 —
- Le massage donne de très bons résultats ; il faut l’employer méthodiquement et sans réaction violente. Autrefois, on employait, et le succès était souvent des plus rapides, l’application ae cinq à six ventouses scarifiées. Le mal était parfois enlevé, comme on dit, avec la main. En tout cas, la douleur était toujours notablement atténuée. Actuellement la douleur est facilement supprimée avec une petite injection de morphine.
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- INFORMATIONS
- —%— La Société française de photographie vient d’élire un nouveau président. D’après les statuts de cette Société, le Président ne peut être nommé que pour trois ans et il n’est pas immédiatement rééligible. C’est par suite de cette clause formelle que M. Janssen, arrivé au terme de sa présidence, n’a pu être réélu. La Société a nommé, pour lui succéder, notre éminent collaborateur M. Marey, de l’Institut, dont on connaît les beaux travaux sur la photochrono-graphie. Nous applaudissons à cet heureux choix.
- —&— On fait en ce moment une expérience intéressante aux escadrons de spahis soudanais. Ceux-ci ont reçu des selles dont .. l’arçon est en aluminium ainsi que les étriers. Cette selle est du même
- modèle que la selle d’ordonnance, elle coûte le même prix et pèse environ 3 kilogrammes de moins. Etant donné que notre cavalerie coloniale ne possède que des chevaux de petite taille et qu’une grande mobilité doit être sa qualité principale, on comprend quels avantages considérables il y aurait à la doter d’un harnachement léger offrant toutes les garanties de solidité du harnachement réglementaire. Si cette expérience réussit au Soudan, le Journal des Inventeurs, auquel nous empruntons les détails que l’on vient de lire, croit qu’il serait très pratique d’en faire l’application en France ; car, en diminuant de 3 kilogrammes le poids de la selle dans notre cavalerie, on pourrait augmenter d’un poids équivalent les vivres et les munitions du cavalier.
- —L’inventaire des collections de la Bibliothèque nationale, commencé en 1875, vient d’être terminé ; il en ressort que l’établissement de la rue de Richelieu renferme 2 150 000 volumes, sans arler des journaux de province, non encore reliés. Le coût du àtiment à élever, pour l’achèvement de la Bibliothèque, est évalué à 7 millions; les travaux dureraient six ans.
- —Le Ministère de l’agriculture encourageant, partout où cela est possible, la production des chênes, nous signalons un passage du dernier rapport de M. Laithiez, inspecteur des forêts dans les Basses-Alpes, susceptible d'intéresser tous les agriculteurs de la région. Dans la série domaniale de Saint-Genis (Basses-Alpes), sous les cépées de chênes, âgées de vingt à trente ans, on trouve quelques truffes; il est donc permis de supposer, les versants se trouvant dans des conditions favorables au point de vue du sol, de l’exposition et de l’altitude, qu’on pourrait arriver à produire des truffes de bonne qualité et en quantité suffisante, au moyen de plantations de chênes-truffiers, dans les parties non encore reboisées et exposées au midi.
- —Les coyotes sont des loups d’Amérique. La prime de 25 francs instituée par le gouvernement californien et attribuée par tête de coyote détruit, a inspiré à plusieurs individus du pays l’idée d’élever cés fauves en vue de bénéficier de cette prime. Ils ont calculé qu’un coyote pouvait être amené jusqu’à l’âge adulte pour une somme bien inférieure à la prime allouée, la différence constituant un bénéfice appréciable pour l’éleveur. La nouvelle industrie compte déjà un grand nombre de protagonistes.
- —Il y a quelque temps déjà, un lieutenant de cavalerie, en résidence à Taraseon, pariait de se rendre sur son cheval d’armes, la nuit, de cette ville à Avignon en 45 minutes ; la distance est de 23 kilomètres. Il gagna de 6 minutes, ne mettant que 39 minutes à accomplir le parcours. Une des clauses du pari exigeait que le cheval fût en parfait état à l’arrivée, ce qui eût lieu. D’ailleurs, le cheval revint la nuit même à Taraseon en lh15m, et il parut honorablement au travail d’escadron à six heures du matin.
- —7^— La semaine dernière, un phoque a été tué à coups de fusil, en Seine, à Orival, par deux chasseurs. Ce phoque, dont le pelage est gris foncé veiné de lignes blanchâtres, pèse de 150 à 180 kilogrammes.
- —A la suite de la dernière crue du Rhône, un grand nombre de brochets affamés se sont fait capturer. Un heureux pêcheur, M. Forrat, douanier à Culoz, a pris à la ligne, dans l’espace de vingt minutes, trois superbes brochets pesant 16 livres chacun.
- —îfc— Un des plus intrépides chasseurs vendéens, M. le comte Raoul de Rochebrune, à lui seul, en trois jours (du 7 au 9 novembre), a abattu, sur les côtes de Longcville et de Jard, 74 bécasses, dont 52 le même jour. Nous devons ajouter que ces beaux résultats sont pour beaucoup dus aux rabatteurs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. —Pour tout ce qui concerne la machine à courir, s’adresser à M. Valère, 72, avenue de la Grande-Armée, à Paris. — La machine à décaper par le sable est fabriquée par MM. Sloan et C°, 14, rue de la Voûte, à Paris. — Le pinceau à air se trouve à l’adresse suivante : Air Brush Mfg G0, Rockford, Illinois (Etats-Unis d’Amérique). — Système d'attelage et dedételage instantané : magasins de la Ménagère, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris.
- Communications. — M. A. Pointe, à Nully, nous communique le passage du Dictionnaire de l'industrie, 3e édition, relatif à la roue d’Aristote.' Notre correspondant nous écrit qu’il lui a toujours semblé que c’était là l’énonciation du principe du vélocipède faite plus de deux mille ans avant la construction de cet instrument.
- M. A. Eduardo Santos, à Rio-de-Janeiro, à propos de nos derniers articles sur les roches à ligures animées, nous envoie la photographie d’une roche située près de la mer à Nictherohy. Elle montre à la partie supérieure une tète, qu’on appelle la tête indienne, et dans le bas à gauche, le profil d’une femme.
- M. E. Guillaume, à Nantua, nous adresse deux photographies de roches à figures animées, qui se trouvent en face du tunnel des Grands-Rochers, sur la ligne de Bourg à Bellegarde, à une hauteur de 50 à 80 mètres au-dessus de la route. L’une représente un Lion, et l’autre Mariamatre, une madone; ces deux roches sont bien connues dans la contrée.
- M. Bizet, à Paris, nous adresse des photographies de roches curieuses affectant diverses formes, roches qu’il a observées en Bretagne, au bord de la mer, près de Douarnenez.
- M. L. du Bouchet, à Paris, au sujet de notre récent article sur les chiens de trait dans le n° 1070, du 2 décembre (p. 6), nous écrit que dans le département de la Loire-Inférieure et dans la Vendée les marchandes de poissons, qui vont dans l’intérieur du pays vendre leurs marchandises, ne se servent pas d’autre moyen de transport. On les rencontre sur les routes, le chien attelé à une voiture semblable à celles des laitières de Bruxelles. Les chiens très bien dressés, obéissent à la parole et sont très fidèles; ils font chaque jour 15 ou 18 kilomètres. Iis sont souvent attelés à deux en tandem suivant le poids qu’ils traînent. Leur nourriture se compose uniquement de poissons, à part quelques morceaux de viande de boucherie pris à droite et à gauche.
- Un abonné, à Bruxelles, nous écrit à propos de ce même article concernant les chiens de traits. Notre correspondant nous fait remarquer que les attelages de chiens doivent être bien com-ris, afin que l’animal n’ait rien à porter, mais tout à tirer, es Esquimaux laissent à leurs chiens toute liberté d’allure.
- M. Moulin,'à Poitiers, nous envoie le Journal météorologique de cette station qui contient les résumés mensuels et les diagrammes donnant jour par jour les éléments météorologiques pour l’année 1895.
- M. P. Gage, nous écrit : « Dans le numéro de La Nature du 16 décembre 1893, (p. 48), le paragraphe intitulé Incendies des forêts de pins dans les Landes passe sous silence une autre cause que celle de la sécheresse et dont je puis vous affirmer l’existence : la malveillance. Ayant assisté moi-inème à l’un de ces incendies pour le combattre, pendant les vacances dernières, j’ai appris que plusieurs d’entre eux sont des moyens de vengeance qu’emploient certains résiniers, mécontents de la part qui leur est attribuée dans la répartition des lots de pins constituant la forêt. Cette année même on en a pris un sur le fait. Il est bien évident toutefois que la sécheresse a produit un merveilleux élément de combustion. »
- Renseignements. — M. L. L., à Nersac. — 1° Voyez l’adresse donnée en tète de la Boîte aux lettres du n° 1069, du 25 novembre 1893. — 2° L’abrastol est un produit assez recommandé pour la conservation des vins ; consultez les numé-
- ros des 15 et 30 juillet 1893 du Bulletin général de thérapeutique. — 3° Un vin abrastolé sera déclaré mauvais, au même titre qu’un vin renfermant d’autres agents de conservation.
- M. Thomas, à Gondecourt. Le traité des Feux d’artifice, par A. Denisse (en vente chez l’auteur, à Bry-sur-Marne, Seine) vous donnera ces renseignements.
- M. Reymond, à Lyon. — The Carborundum C°. à Monon-gahela (Pensylvanie, Etats-Unis).
- M. L. Touchebeuf, à Lyon. — Ce mode de développement ne nous paraît pas vraisemblable; mais nous allons l’expéri-rimenter.
- M. G. Isaac, à Lyon, nous informe que la méthode sténogra-
- aue de M. Stolze se trouve à la librairie Ernst Siegfried er und Sohn, Kochstrasse 70, à Berlin.
- M. Lessertisseux, à Paris. — Nous avons décrit un appareil dû à M. Edison dans le n° 226, du 29 septembre 1877, p. 274.
- M. A. Marlière, à La Rochelle. — L’adresse a été indiquée en tète de la Boîte aux lettres du numéro suivant.
- Un abonné, à Tours. — 1° Même réponse que ci-dessus. — 2° Remerciements pour votre communication.
- M. R. Raie, à Bar-sur-Aube. —Le fait que vous avez observé des caractères d’un journal reproduits sur une épreuve photographique est très connu. L’impression est produite par l’em-magasinement de la lumière sur la partie blanche du papier imprimé.
- M. A. Bonfils, à Montpellier. — La question est actuellement à l’étude chez plusieurs fabricants ; mais il n’y a pas encore eu d’appareil construit.
- M. R. Mowat, à Arcachon. — L’auteur que vous nommez est cité dans l’article.
- M. S. Monlun, à Paris. — 1° Veuillez vous renseigner directement au siège de l’administration (service du matériel), 103, rue de Grenelle. — 2° Il faudrait faire des essais pour vous répondre. — 3° Il n’existe pas de commission chargée de ces visites.
- M. C. S., à Epernay. — Nous avons mentionné, dans notre bibliographie du n° 1072, du 16 décembre 1893, un petit livre qui pourrait vous convenir.
- M. F. F. M., h Compiègne. — Veuillez vous renseigner à la librairie Gauthier-Villars, quai des Grands-Augustins, à Paris; vous trouverez un ouvrage de ce genre.
- M. H. Chanée, à Paris. — Ce phénomène peut, en effet, se présenter.
- M. Jean Platania, à Aciréale (Sicile). — Nous croyons que ce journal ne paraît plus.
- M. P. Pavlu, à Bucarest. — Il a été publié, à la librairie Masson, sur l’Aviation, un livre qui vous renseignera.
- M. C. P., à Paris. — Ce brodequin est fabriqué spécialement pour l’armée et ne se trouve pas dans le commerce.
- M. H. Lambinet, à Saint-Brieuc. — Nous ne croyons pas qu’on puisse faire rien de bon avec un cliché ainsi retouché.
- Un abonné, à Porto-Alegre. — Nous ne pouvons vous indiquer tel ou tel appareil sans savoir le prix que vous voulez y mettre.
- M. E. M., à X. — Nous n’avons pas la quantité exacte; procédez par tâtonnements, vous trouverez ainsi le dosage.
- M. J. Péchenard, à La Seyne. — 1° Pas de dépôt en France. — 2° L’adresse est donnée en tète de la Boîte aux lettres du même n° 1066.
- Un abonné, à Giny. — Cette pile n’est plus fabriquée.
- M. J. Naturel, à Paris. — Les résultats que vous nous faites connaître sont très surprenants; car, en communication avec l’air, le cidre s’altère rapidement.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. G. M., à Marseille. Renseignez-vous auprès des divers constructeurs. — M. Soudant, à Cambrai. Consultez les traités de chimie appliquée. — M. E. G-, à Paris. Pas d’ouvrage à vous signaler en particulier. — M. L. R-, à Lyon. Il faudrait faire l’analyse chimique pour pouvoir vous répondre. — M. Petit, à Epernay. Nous n’avons pas à ce sujet d’autres renseignements que ceux précédemment donnés. — M. Ri-von, à Lille. Cet appareil ne se trouve pas dans le commerce: il faut le fabriquer soi-mème. — M. Germain, à Nancy. Ces calculs n’ont pas été faits pour des moteurs d’aussi faible puissance. — M. E. Tar-let, à Etretat; M. R. Lepage, à Joinville. Voyez les Recettes et procédés utiles (lre et 2° série). — Un abonné, à Paris; M. A. de K-, à Toulon; M. Bonne fis, à Valence-d’Agen ; M. H. Grasset, au Pouzin. Consultez le premier des deux petits livres indiqués ci-dessus. — M. L. F., à Nantes; M. G. M., à Bordeaux; M. Sur-lean, à Beaulieu. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — .U. R. N., à Nice; M. D. B., à Paris. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS '
- Un essuie-lorgnon. — Parmi les mille et un objets d’économie domestique qui servent à exécuter les petites opérations de chacun, en voici un d’une construction facile, d’un prix modique, et qui rendra service aux trop nombreuses personnes qui font usage de monocle, de binocles ou de lunettes. Cet objet a pour but d’essuyer facilement, commodément et rapidement les verres de ces indispensables auxiliaires des vues irrégulières : il se compose d’une lame de celluloïde imitant l’écaille, découpée suivant deux cercles de 25 millimètres de diamètre, réunis par une bande, repliés l’un sur l’autre et
- Essuie-lorgnon.
- recouverts, sur les deux faces amenées en regard, de deux disques en fine peau de chamois collés sur les deux cercles. Un léger ressort monté sur la bande maintient les deux peaux de chamois bien hermétiquement appliquées l’une sur l’autre et empêche la poussière de pénétrer. 11 suffit d’écarter légèrement la pince ainsi formée, d’intercaler le verre à nettoyer et de frotter doucement pendant quelques secondes pour obtenir une surface irréprochable, résultat qu’un mouchoir de poche ne donne souvent que bien imparfaitement. Afin que le système ne glisse pas des mains pendant que l’on frotte sur le verre, chaque disque en celluloïde est percé d’un petit trou dentelé de 1 centimètre de diamètre environ. Les petites dents s’accrochent au pouce et à l’index et assurent une adhérence suffisante. Nous avons cueilli ce petit bibelot à New-York, dans un bazar quelconque : il ne paraît pas breveté et pourrait être construit simplement et élégamment par nombre de bimbelotiers parisiens.
- Cadenas & combinaison secréte. — Ce cadenas ressemble, comme apparence, au cadenas à compteur que nos lecteurs connaissent; mais il en diffère sensiblement par la construction : pour l’ouvrir, il faut placer, à l’aide de la clef,
- Cadenas à combinaison secrète.
- l’encoche de chaque molette vis-à-vis le chiffre que le constructeur a décidé devoir correspondre avec d’autres encoches intérieures permettant, par leur alignement, le glissement de la gâche maintenant l’anse du cadenas; cette disposition est analogue à celle, bien connue, du cadenas à lettres. Lorsque, ayant refermé le cadenas, on brouille les combinaisons, la clef n’a plus d’action sur la gâche, qui est complètement immobilisée. En somme, nous avons trouvé ce modèle ingénieux et amusant par ses airs de coffre-fort inexpugnable, ce qui lui vaut les honneurs d’une présentation à nos lecteurs. — Ce cadenas se trouve chez M. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- machine ù. percer les métaux et autres matériaux. — Cette nouvelle machine américaine diffère complètement des nombreuses perceuses imaginées jusqu’à ce jour.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- A la fois légère et puissante, cette petite foreuse peut percer dans le fer, à la mam et sans aucune fatigue, jusqu’à des trous de 13 millimètres de profondeur. On n’était pas encore arrivé à ce résultat.La Jacoty'sDrill, c’est le nom de l’appareil, se recommande à l’amateur et à tous les corps de métiers. Elle se compose de quatre parties principales : le bâti B, l’arbre porte-mèche A, la crémaillère fixe et le levier mobile L. Le bâti est extensible de façon à permettre le perçage de pièces d’épaisseurs variables, il se compose de deux pièces b et b'; la pièce b a la forme d’une équerre, sur sa grande branche peut coulisser la pièce b' ui supporte l’arbre porte-foret et la crémaillère fixe ; une vis e pression P la maintient en place. La petite branche de l’équerre se termine par une partie plane sur laquelle on fixe
- Machine à percer les métaux.
- les objets à forer au moyen d’une presse, comme l’indique le dessin. L’arbre, qui est commandé directement par une manivelle, porte vers son milieu un collet c contre lequel vient s’ap-uyer une bague folle en bronze o. C’est contre le talon de cette ague que s’exerce l’action du levier d’avancement L qui prend son point d’appui dans un des crans de la crémaillère fixe disposée parallèlement à l’arbre. La machine peut être fixée soit à une table, soit à un établi ou encore être serrée dans un étau. Après avoir mis la bague folle o en contact avec le collet c, on engage l’extrémité du levier L dans un des crans de la crémaillère et on exerce une pression vers la gauche tout en faisant tourner la manivelle. Le débourrage s’obtient instantanément en tirant sur la manivelle. — Cette machine se trouve chez M. Charles Taverdon, 30, avenue des Gobelins, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- La fin du monde, par Camille Flammarion, f vol. in-8° avec de nombreuses illustrations. — Paris, Ernest Flammarion, libraire-éditeur, 1894.
- L’auteur de la Pluralité des mondes habités, de VAstronomie populaire et de tant de livres qui ouvrent aux lecteurs les merveilles de l’immensité, nous donne cette année un roman scientifique : La fin du monde. C’est une comète qui menace la Terre, qui doit l’atteindre et la détruire. La fin du monde est annoncée par une dépêche envoyée de la planète Mars. Yous voyez d’ici les séances des Académies, les discours des philosophes, les prévisions des savants et la terreur de tous. Après la fin de notre monde l’auteur entrevoit les étapes de l’avenir; il fait apparaître les mondes qui se succèdent après l’anéantissement du nôtre ; il montre la vie qui succède à la vie. Le livre plaira à tous ceux qui aiment à planer dans l’espace sur les ailes de l’imagination; mais il n’en renferme pas moins, sous sa forme allégorique, un grand fond d’excellentes notions scientifiques et il est illustré avec beaucoup de luxe par plusieurs artistes dont le talent est hautement apprécié du public.
- Exposition de Chicago. Rapport de M. Ernest Lourdelet, membre délégué de la Chambre de commerce de Paris. 1 vol. in-8°. Chambre de commerce de Paris. 1893.
- Nos alliés, nos ennemis, par un amateur. Traité théorique et pratique des animaux utiles et nuisibles, avec des considérations mathématiques sur les dégâts qu’ils causent ou les services qu’ils rendent. 1 vol. in-8° avec figures. — Paris, Emile Deyrolle, éditeur, 46, rue du Bac. 1894, Prix : 5 fr. 50.
- Sténographie numérale, arbitraires, par M. Jean P.-à. Martin, membre de l’Association professionnelle des sténographes français. 1 brochure in-8°, 1893. Bureau de sténographie, Lyon. Prix : 60 centimes.
- Les dates historiques, par le marquis de Nadaillac, correspondant de l’Institut (Extrait du Correspondant). 1 brochure in-8°. — Paris, de Soye et fils, 1893.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Protection des conduites d'eau contre la gelée. — Pour empêcher la congélation de l’eau qui circule dans les tuyaux placés en tranchées peu profondes, il est recommandé de recouvrir les tuyaux d’une couche de sciure de bois, puis d’une litière, de la tannée par exemple, sur laquelle on place des morceaux de chaux vive d’un volume variant entre celui d’un œuf de poule et celui d’une grosse orange. On dispose sur le tout une nouvelle couche de litière et l’on recouvre ou remblaie. De l’hydratation lente de la chaux résulte un dégagement continu de calorique dont l’action est suffisanté pour protéger la conduite pendant toute la durée d’un hiver. Pour dégeler les tuyaux, on emploiera un procédé dérivé du précé-
- dent. Après avoir recouvert de litière le tuyau à traiter, on y dépose de la chaux vive en morceaux et on l’arrose d’eau. L’interposition du matelas n’a d’autre but que de soustraire la surface métallique à l’action corrosive de la chaux vive.
- Destruction des limaces et des limaçons. — Le Bulletin de la Société d'horticulture de l'arrondissement de Meaux, a donné un procédé simple et facile pour détruire les limaces et les colimaçons. Il consiste à placer de distance en distance, auprès des semis, de petits tas de son dont ces animaux sont très friands. Chaque matin on y trouvera réuni un grand nombre de limaces et de colimaçons que l’on enlève à la pelle pour les détruire. Il résulte des expériences faites par M. Bar-thet que les jeunes pousses sont ainsi préservées et que l’on peut faire venir ces mollusques à l’endroit que l’on désire.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 décembre . 6°,8 S. 3. Couvert. 0,3 Très nuageux à 1 h., puis couvert; beau après 21 h.; pluie de 9 à 19 h. et demie. Beau à 1 h., et nuageux de 11 à 13 h., couvert du reste.
- Mardi 12 3%1 S. S. W. 3. Couvert. 16,4
- Mercredi 13 .... . 9",8 S. S. W. 4. Couvert. 6,1 Couvert, pluie la moitié du temps.
- Jeudi 14 10", 3 S. S. W. 4. Couvert. 6,9 Très nuageux ; pluie à diverses reprises.
- Vendredi 15 — 0*,1 Calme. Beau. 3,3 Peu nuageux de 11 à 13 h.; beau avant et après; brouillard le matin.
- Samedi 16 -1%5 S. S. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 9 h.; couvert ensuite; brouillard de 10 à 17 h.
- Dimanche 17 — 0°,6 S. E. 1. Couvert. 0,0 Couvert; brouillard.
- DECEMBRE 1893. - SEMAINE DU LUNDI 11 AU DIMANCHE 17 DECEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 a 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche, courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La neige dans le département dn Calvados. — Nous avons déjà mentionné la tempête qui a sévi, du 17 au 22 novembre dernier, sur les côtes de Bretagne (n° 1070, du 2 décembre 1893, p. 14); nous pouvons aujourd’hui ajouter à ce sujet quelques renseignements d’après le Bulletin mensuel de la Commission météorologique du Calvados.
- Excepté sur le littoral, la neige a accompagné cette tempête et est tombée en abondance sur le reste du département du Calvados, mais elle fondait à mesure, jusqu’à une certaine distance de la mer : Bayeux, Caen, Lisieux. Il n’en était pas de même plus au Sud, sur les parties élevées où la neige recouvrait le sol d’une couche inégale.
- A Caen, un phénomène bizarre a pu être observé : tandis que sur terre la neige disparaissait, elle persistait sur la partie supérieure des flèches de l’église Saint-Etienne. Au niveau du sol, fusion de la neige; à 75 mètres d'altitude, froid assez vif ne permettant plus le dégel. Ce spectacle singulier rappelait ces pays de montagnes dont la neige recouvre les sommets, tandis que la pluie tombe sur la plaine.
- Ce fait étrange vient à l’appui de la théorie qui a été depuis longtemps émise, et qui ne voit, dans toute pluie ou d'hiver ou d’été, quë de la neige fondue. En hiver, les neiges tombent jusqu’au niveau de la mer; en été, cette limite s’élève proportionnellement à la température jusqu’aux régions des neiges éternelles, mais toujours, en toute saison, la pluie prend naissance dans des nuages de glace ou de givre dout les particules cristallines deviennent en tombant vers le sol, lorsque la température le permet, des gouttes d’eau et des averses de pluie.
- Un ouragan & Londres. — Un violent ouragan s’est abattu, le 12 décembre 1893, sur la ville de Londres et sur les environs; la tempête a surtout éprouvé les côtes orientales et méridionales d’Angleterre. Le bateau de Boulogne, avec 40 passagers à bord, n’a pu atteindre ni Folkes-tone ni Douvres et a dû chercher un refuge dans la rade de Margate.
- Le trois mâts Bonis, allant de Granville a Guernesey, a naufragé dans la baie de Saint-Ouen ; mais l’équipage a été sauvé.
- Les communications téléphoniques avec le continent ont été interrompues, mais des dépêches ont apporté la nouvelle de nombreux dégâts. Le vent a démoli la toiture de la gare de Portsmouth; un homme a été écrasé sous les débris et un autre grièvement blessé.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 16, â 10 h. 31 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- lies vers intestinaux chez les enfants. — On peut rencontrer chez les enfants la plupart des helminthes qui s’observent à l’âge adulte; mais il en est qui se rencontrent surtout à cet âge et qui sont de beaucoup les plus fréquemment observés. Ce sont les ascarides et les oxyures. Le ténia est déjà plus rare ; les autres variétés d’helminthes ne s’observent que par hasard. L’ascaride lombricoïde, plus vulgairement lombric, est un annélide de l’ordre des Nématoïdes et de la famille des ascaridiens. Le corps, long de 15 à 20 centimètres, est cylindrique, effilé à ses deux extrémités et ressemble, avec une couleur plus blanche, absolument à un ver de terre. C’est en général dans la seconde enfance, à partir de trois ans, qu’on en constate la présence ; à cet âge, l’enfant a déjà pris une nourriture mixte et a pu ingérer les embryons de l’helminthe. On en a pourtant vu chez de tout jeunes enfants. Le lombric siège habituellement dans l’intestin grêle; mais il peut émigrer, passer dans l’estomac d’où il est rejeté par un vomissement. C’est par ce mécanisme de migration que certains ont pu sortir par les narines et pénétrer quelquefois dans les voies respiratoires. Quel vermifuge faut-il donner? Disons d’abord que l’usage d’aliments bien cuits, d’eau pure, bien filtrée, voire même bouillie, constitue un excellent moyen prophylactique; il est certain que l’helminthiase infantile est moins fréquente actuellement qu’autrefois. Le semen-contra est le vermifuge par excellence (pour les lombrics), mais l’infusion en est bien amère; enrobé dans du sucre sous forme de petites dragées, il s’avale encore à contre-cœur. Un moyen plus sur, plus efficace et plus agréable, est de prendre l'alcaloïde du semen contra, la santonine; mêlée à du chocolat, elle n’a presque aucun goût et l’enfant le plus difficile se laissera, en général, tenter par une pastille de chocolat. Chaque pastille contiendra 2 centigrammes et demi de santonine, et l’on donnera de une à trois pastilles suivant l’âge. Il est inutile d’administrer un laxatif, à moins que l’enfant ne soit habituellement constipé. —Les oxyures sont de petits vers qui ressemblent exactement à ceux que l’on trouve dans les fromages un peu avancés; ils appartiennent à la même famille zoologique que les précédents. Leur longueur ne dépasse pas 2 à 5 millimètres, mais on les trouve, en général, en nombre considérable. Ces parasites se cantonnent dahs l’extrémité inférieure de l’intestin, à la région marginale de l’anus et dans les replis de la muqueuse formés par le sphincter. Ils sont là très difficiles à déloger et, dès qu’il en reste quelques-uns, la reproduction se fait rapidement. Us provoquent, par leur présence, des démangeaisons fort vives et amènent à ce niveau et dans les parties voisines des inflammations fort pénibles. A chaque garde-robe, il y a comme un léger soulagement, par l’expulsion spontanée d’un certain nombre de ces vers. Pour en débarrasser l’enfant, administrer, deux ou trois jours <le suite, un lavement d’eau tiède (200 grammes) additionnée d’un peu de sel de cuisine ou mieux encore de sucre (50 grammes). Faire garder le lavement quatre à cinq minutes. Enduire ensuite l’orifice de l’intestin, en pénétrant clans les replis de la
- muqueuse, d’un peu de pommade au calomel, \ gramme pour 30 de vaseline. L’administration d’un vermifuge, comme pour les lombrics, n’a pas grandes chances de succès, si l’on n’y ajoute pas ces moyens locaux. Si les lavements salés ou sucrés n’ont pas d’effet, administrer des lavements avec la décoction d’ail ou d’assa-fœtida. Se bien rappeler qu’il faut user de ces moyens plusieurs jours de suite pour être sur d’avoir débarrassé l’intestin de tout parasite. La macération de copeaux de quas-sia amara, à la dose de 3 gr. pour 120 gr. d’eau, est encore très efficace. Dr X...
- INFORMATIONS
- —Malgré toutes les théories proposées, on n’est pas encore parvenu à expliquer d’une façon satisfaisante la production de l’aurore boréale. Mais il est incontestable que les influences électromagnétiques y jouent un rôle. Une constatation faite à Londres, par Remington, pourrait peut-être mettre sur la voie de la véritable explication du phénomène. Le naturaliste anglais, dit le Cosmos auquel nous empruntons ce document, a constaté que l’intérieur d’un récipient vide d’air commence à devenir lumineux quand on le place entre les extrémités des conducteurs d’un courant électrique sans les amener en contact. D’autre part, on obtient le même résultat en approchant simplement du récipient vide d’air, animé d’un mouvement de rotation, une tige de caoutchouc ou de cire à cacheter, légèrement électrisée par le frottement. Ces expériences, simples et très curieuses, pourraient donner la clé de nombre de phénomènes météorologiques encore inexpliqués.
- La ville de Barcelonnette a été mise en émoi par une catastrophe survenue dans les glaciers du col de Parpaillon. Voici le récit qui a été fait de cet évènement : Mardi 12 décembre, à 9 heures du matin, le sergent Givert, du 4° génie, âgé de vingt et un ans, partit avec trois hommes, de la baraque située au-dessous du tunnel, en construction au col du Parpaillon, à 2700 mètres d’altitude. Arrivés au troisième tournant, ils traversèrent le couloir rempli de neige fraîche sur de la vieille dure; la neige fraîche glissa sous eux et forma avalanche. Entraînés par la neige sur les pentes, trois hommes se dégagèrent avec peine, mais le sergent resta recouvert pendant deux heures, la colonne vertébrale brisée. Le commandant Dutheil, du 57e, et deux hommes, partis de Conda-mine, à 6 heures du soir, ont rapporté le cadavre et ramené les blessés.
- —$5î— Les lignes électriques qui relient les départements à Paris, en particulier celles de Bordeaux, de Lyon, des régions de l’Ouest et du Centre ont été très endommagées par le verglas et le givre dans la journée du 18 décembre. Sur un grand nombre de points, les fils se sont rompus sous la surcharge produite par une enveloppe de givre qui a atteint 2 et 3 centimètres. Les réparations étaient impossibles, de nouvelles ruptures se produisant lorsque les ouvriers maniaient les fils. Grâce aux lignes souterraines, les télégrammes privés n’ont pas éprouvé trop de retards, excepté dans la direction de l’Ouest, où ces lignes font défaut.
- —Le Ministre de l’agriculture vient de doter le département de la Nièvre d!une école pratique d’agriculture. Cette nouvelle institution est installée sur le domaine de la Patouille, appartenant à MM. Gucnot (commune de Corbigny). Comme on le voit, le nombre de ces foyers d’instruction, si utiles au développement de notre agriculture, progresse d’une façon méthodique et continue.
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- nuu ruïüjûo ouUimxriyutiO.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La canne électrique se trouve chez M. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- Communications. — M.Esteban Cot, à Badalona (Espagne), nous signale un fait qui nous paraît intéressant. Il possède une chienne de chasse de race croisée âgée' de trois ans, qui a eu,. à l’âgé de trois mois, la queue coupée à une longueur de 10 centimètres environ, ainsi qu’on le fait dans le pays à tous les chiens d’arrêt. Cette chienne vient de mettre bas huit petits chiens ; trois sont nés avec la queue écourtée exactement dans les mêmes proportions que celle de la mèrer et les cinq autres avec une queue de longueur normale.
- M. J. Boubert, à Maisons-Alfort, nous écrit qu’un de ses amis vient d’attraper un moineau blanc, et nous demande si nous n’avons rien publié à ce sujet dans La Nature. Il a paru, dans le n° 913, du 29 novembre 1890, p. 407, un article de notre collaborateur, M. E. Oustalet sur les modifications de couleur chez les animaux; il y est question du merle blanc et de la panthère noire.
- M. de Sanderval, à Paris, nous écrit au sujet des articles que nous avons publiés sur la Photographie des couleurs : « Je cherchais, comme tout le monde, à fixer les couleurs par la photographie, lorsque les belles expériences de M, Lippmann ont mis en évidence la formation des lames minces par les interférences dans l’épaisseur du collodion; cependant les résultats que j’avais obtenus pourraient peut-être encore guider les recherches de quelque expérimentateur; je le laisse à votre
- appréciation plus compétente qu’aucune autre.....Je pensais
- que, pour produire et retenir une couleur dans le milieu sensible, il fallait, tout au moins pour faciliter une première recherche, n’introduire dans ce milieu qu’une seule vibration, la vibration correspondante à la couleur à obtenir. Les verres colorés et les écrans ne m’avaient donné aucun résultat; je disposai alors mon expérience dans une étroite prairie formant tapis vert, entourée de hauts pins verts. Dans ce milieu lumineux, riche en vibrations du vert, je photographiais des plantes vertes et des planches peintes en vert. Le cliché, vu par réflexion lorsqu’on le place sur la feuille de papier sensible qui doit donner l’épreuve positive, montre la couleur verte de l’objet. L’observation du cliché me laissait même espérer que, dans ce milieu d’une seule couleur, les couleurs apparaîtraient plus facilement que dans le milieu trop complexe de la lumière ldanche; j’ai saisi des nuances de, chair et des blancs de fleurs. Maintenant tout est expliqué quant aux reflets dans les lames minces; il est probable que dans la chambre noire la glace sur le fond noir du châssis formait miroir réflecteur. J’ai opéré avec des plaques au gélatino-bromure de Lumière, anciennes déjà, j’ai fait poser seulement de trois à cinq secondes. »
- M. Lartigue, à Paris, nous écrit au sujet du renseignement que nous avons donné dans notre précédente Boîte auot lettres sur Yabrastol. Notre correspondant affirme que ce produit n’est pas nuisible dans les vins; cependant on sait que les antiseptiques, tels que l’acide salicylique, sont bannis. L’abrastol est d’ailleurs un produit intéressant au sujet duquel nous renseignerons nos lecteurs dans la prochaine livraison.
- Renseignements. — M. H. Rahier, à Paris. — Nous ne connaissons pas le concessionnaire actuel de ce système de transport ; mais vous pourriez vous adresser à un constructeur de chemins de fer portatifs, M. J. Brunot, 15, rue de la Cbaus-sée-d’Antin, ou M. Ed. Augé, 35, avenue Laumière, à Paris.
- M. J. R. de Souza, à Gatthorpe. — Il n’existe pas de traités spéciaux sur ce sujet.
- M. J. A. P., a Arcachon. — 1° Pour tirer une conclusion de vos idées sur l’odorat, il serait nécessaire de faire des expériences sur un très grand nombre de personnes. — 2° Il faut
- avoir recours à la trempe. — 3° Vous pourriez employer le phosphate d’ammoniaque ou un mélange de sulfate et de carbonate d’ammoniaque en solution étendue.
- M. E. Le Blanc, à Paris, — 1° Il s’agit d’une application nouvelle; aucun autre renseignement n’a été publié. — 2° Il vous a été répondu précédemment en ce qui concerne les ouvrages d’électricité.
- M. A. Menu, a Périgueux. — Voici ce que l’auteur du niveau à double aiguille répond à vos observations que nous lui avons transmises : « Il est important, dans le niveau à bulle, de donner au tube une courbe de grand rayon parce que, pour être visible, le déplacement de la bulle doit être grand ; tandis que le moindre déplacement des aiguilles du niveau décrit dans La Nature devient sensible. Notre correspondant reconnaît lux-même que la lecture doit être dix fois plus précise dans le niveau à aiguilles que dans le niveau à bulle. Il suffira donc d’amincir l’aiguille et de réduire à un léger trait le point de repère du demi-cercle gradué, pour obtenir, en se servant d’une loupe, un degré de précision supérieur- à celui des niveaui à bulle les mieux construits. »
- . M. Ferrer, à Barcelone. — On a essayé de faire des élévateurs à blé en France* dans les ports de mer; mais l’entreprise; n’a pas réussi.
- M. L. Pontallié, à Paris. — Toutes les descriptions publiées sur cette machine, sont incomplètes; il faudrait pouvoir examiner un modèle en détail.
- M. J. Rolez, à Londres. — Nous avons déjà publié un article sut le canal maritime de Manchester dans le n° 772, du 17 mars 1888. Tous nos remerciements.
- M. E. Bisson, à Padoue. — Vous pouvez vous adresser pour ces sortes de clichés à la maison Petit, 8, boulevard de Vau-girard, à Paris.
- M. A. H. B. — Il faudrait faire des calculs assez nombreux pour vous répondre. Ce serait toute une consultation d’ingénieur. Gela sort des renseignements que nous pouvons donner.
- M. E. Trahard, à Orléans. — Voy. le Traité de galvanoplastie que nous indiquons plus bas, à Mi J. Rossignol.
- M. E. Duvali à Saint-Jouin. — 1° Quand il y a obstruction de l’oreille, on peut se servir d’un cornet acoustique; mais il n’y a pas de tympan artificiel efficace ; 2° Pour la charge véri- . tablement industrielle et pratique des accumulateurs, il est : nécessaire d’employer une machine dynamo. ,
- M. H. Leroy, à Lisieux. — Pour déterminer la pression, il, faut compter la différence de niveau dans les deux tubes du manomètre. C’est, du reste, ainsi que l’on procède au service municipal de la ville de Paris.
- M. E. Jobit, à Vincennes. — Votre lettre a été envoyée à destination.
- M. J. Rossignol, à Corbeil. — Consultez le Guide pratique du doreur, de l’argenteur et du galvanoplaste, par A. Rose-leur, 7e édition, chez MM. Delval et Pascalis, 5, rue Chapon, à Paris. Prix : 15 francs.
- M. D. Bouchard, à Montreux. —Nous avons décrit la pile de M. de Lalande dans le n° 945 du 11 juillet 1891, p. 83. A cette époque, la pile était construite par M. de Branville, 25, rue de la Montagne Sainte-Geneviève ; adressez-vous au successeur de cette maison.
- M. G. Barbey, à Flixecourt. — Nous avons donné la description du baroscope Sturm-Glass ou Pronostic (n° 182 du 25 novembre 1876, p. 409), avec la composition du liquide.
- M. Galmiche, à Francheville. — Cette question est exposée longuement dans les traités de chimie industrielle.
- M. H. Ragot, à Paris. — 1° Il faut une pile pouvant débiter 32 watts à 10 volts environ. — 2° La puissance utile devra être de 8 watts, 4 pour chaque lampe. — 5° Des piles au bichromate pourront vous donner satisfaction.
- M. R. B., a Paris. —L’acide nitrique pur doit être employé.
- Accusés deréception. — Avis divers : M. M. L., à Bruxelles. Adressez-vous à une agence de brevets; il en existe un très grand. nombre. — M. Il- B., à Lyon. Ce procédé n’a pas été décrit dans, les journaux; on fait en ce moment des expériences complémentaires. — M. Cottin, à Arras. Nous utiliserons vos renseignements à la première occasion. Remerciements. — M. Gau, à Bordeaux. Nous ne connaissons pas d’autres indications que celles données précédemment. — M. Girard, à Brest. Il serait nécessaire de faire des essais de laboratoire pour pouvoir vous répondre. — M. G. S., à Paris; M. J. B., à Nancy; M. Lion, à Meaux. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. Geoffroy, à Marseille; M. N. L., à Çahors. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — ilf. Piaux, à Paris ; M. Laporte, à Cambrai. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres repues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé A l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
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- JANVIER-FÉVRIER-MARS 1894. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- IV
- iFév. 21 en à minuit.
- • Cocher
- 1 Mars : Passag
- Persée
- Mouche^
- Gérru'
- Bélier
- NEPTII
- JUPITER
- Poissons
- PetitChien
- Orion'
- Baleine
- Lièvre
- Grand /Chien
- XX ITT
- xvnr
- ° i Avril au méridien à minuit.
- Herculs
- Pégase
- Dauphin
- Poissons
- ffarsf .____
- ihiucus
- VENUS
- SATURNE
- Aigle et Aitirioüs
- J Jars VfTrse
- S erpent.
- F. J-
- URANUS
- Corgeaul
- Capricorne
- orpion
- Sagittaire
- Poisson Austral
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES 'ASTRONOMIQUES 1
- Occultations des Etoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1844 Nom de "l'astre. Grandeur. Immersions. émersions.
- Janvier 2 5286 B.A.C. 6 *16 h. 58 m, 8 18 h. 8 m, 4
- 12 24 Poissons. 6 7 h. 19 m, 8 8 h. 1 m, 9
- — 16 Ç Bélier. 4.5 9 h. 22 m, 5 10 h. 4 m, 8
- 16 •c* Bélier. 5 12 h. 10 m, 1 13 h. 4 m, 3
- 19 49 Cocher. 5 11 h. 16 m, 1 12 h. 5 m, 7
- —- 20 c Gémeaux. 6 11 h. 25 m, 9 12 h. 27 m, 7
- 26 « Vierge. 1.2 22 h. 0 m, 8 A 'pulse 5 0'8 du bord.
- — 29 42 Balance. 5.6 ’ ’14 h. 49 m, 6 15 h. 58 m, 6
- 29 5197 B.A.C. 6 19 h. 8 m, 4 19 h. 56 m, 5
- Février 9 44 Poissons. 6 6 h. 42 m, 4 7 h. 32 m, 7
- 16 36 Taureau. 6 12 h. 55 m. 1 13 h. 25 m, 2
- 17 1 Ecrevisse. 6 11 h. 19 m, 1 12 h. 28 m, 9
- 19 37 Lion. 5.6 10 h. 13 m, 4 11 h. 12 m, 1
- 28 Y* Sagittaire. var. 17 h. 24 m, 7 18 h. 26 m. 9
- Mars 14 136 Taureau. 5.6 12 h. 38 m, 7 Appulsc 1 4'7 du bord. ,
- . * 20 ? Viergç. 5.4 17 h. 34 m, 0 Appulse b i'S do bord. »*
- __ 22 a. Vierge. 1.2 16 h. 19 m, 8 17 h. 28 m, 1
- 26 4700 B.A.C. 5.6 14 h. 0 m, 3 15 h. 16 m, 2
- — 25 A* Scorpion. 5 14 ix. 45 m, 2. 16 h. 6 m, 2
- * L’étoile est sous l’horizon..
- Satellites de Jupiter,
- ÉCLIPSES. _______ OCCULTATIONS.
- 1894. Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Emersions.
- Janvier 2 I 5h. 59m. 5 s.
- 6 II 12 h. 47 m.
- M 6 III 12 h. 58 m.
- 7 I 13 h. 25 m. 54 s. 10 h. 9 m.
- _ 9 I 7 h. 24 m. 53 s. 4 h. 37 m.
- 10 II 6h. 32 m. 18 s.
- 14 I 12h. Oui.
- 16 I 9h. 50 m. 46 s. 6 h. 28 m.
- . 17 II 6 h. 53m. 3 s. 9 h. 8 m. 9 s.- 6 h. 47 m.
- 23 I 11 h. 46 m. 40s. 8 h. 20 m.
- 21 11 9 h. 28 m. 48 s. 11 h. 44 m. 7 s. 6 h. 54 m. 9 h. 17 m.
- ' « 25 I 6h. 15m. 36s.
- , —- 28 III 5 h. 31 m. 20 s. 7 h. 12m. 50s.
- — 30 I 10 h. 13 m.
- ___ 51 II 12h. 4m. 38 s. 9 h. 25 m. llh. 48 m.
- Février 1 I ’ 8h. 11 m.31 s.
- 4 III 9h. 32m. 39 s. llh. 15m. 14s. 6h. 2 m.
- ' 6 I 12 h. 8 m.
- 7 II 11 h. 58 m.
- , 8 I lOh. 7m. 25s. 6 h. 37 m.
- — ii II 6 h. 14 m. 25s.
- __ 11 in 8 h. l m/lO.h. 4 m.'
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-
- Satellites de Jupiter.
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1894. Satellites. Commencement Fin. Immersions. Emersions.
- Février 15 I 12h. 3m. 18s. 8 h. 32 m.
- — 17 I 6h. 32m. 19s.
- — 18 II 6h. 34m. 36 s. 8 h. 50 m. 44 s. 6 h. 17 m.
- — 18 III 12 h. 4 m.
- — 22 I 10 h. 29 m.
- — 24 I 8h. 28m. 9s.
- — 25 II 9 h. 10 m. 45 s. 11 h. 27m. 9 s. 6 h. 31 m. 8h. 56 m.
- Mars 3 I 10h. 23m. 56 s. 6 h. 57 m.
- — 4 II 9 h. 12 m.
- — 10 I 8 h. 55 m.
- — 12 I 6h. 48 m. 31 s.
- — 12 III 7 h. 27 m. 13 s.
- — 19 III 9h. 39m. 47 s. 7 h. 3 m.
- . — 19 I 8h. 44m. 8s.
- — 22 II 81). 35m. 22s.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1894. Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Emersions.
- Mars 26 I 7 h. 25 m.
- — 26 III 9 h. 11 m.
- — 29 11 6 h. 47 m.
- Eclipse partielle de Lune, le 21 mars 1894, invisible à Paris.
- Entrée de la Lune dans la pénombre, 21 mars à,
- Entrée dans l’ombre, 21 mars à....................
- Milieu de l’éclipse, 21 mars à....................
- Sortie de l’ombre, 21 mars à......................
- Sortie de la pénombre, 21 mars à. ...... .
- Temps moyen de Paris . . Oh. 8 m, 4 . . 1 h. 55 m, 1 . . 2 h. 29 m, 9 . . 3 h. 24 m, 6 . . 4 h. 51 m, 4
- Grandeur de l’éclipse =0,244, le diamètre de la Lune étant un.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES l)ü MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 décembre. —0*,1 S. E. 1. Couvert. 0,0 Couvert; brouillard ; un peu de bruine à 20 h.
- Mardi 19 —1%6 S. S. E. 2. Beau. 0,0 Beau de 6 à 14 h. ; couvert avant et après; pluie de 20 à 22 h.
- Mercredi 20 5”,9 S. 4. Couvert. 1,2 Peu nuageux avant 5 h. et de 16 h. à 21 h. ; couv. le reste du temps ; pluie de 9 à 15 h.
- Jeudi 21 3*,2 S. S. W. 2. Couvert. 9,3 Couvert jusqu’à 10 h., puis peu nuageux; beau après 17 h.; pluie de 9 à 10 h.
- Vendredi 22 -1%5 S. 2. Beau. 0,7 Beau le matin ; couvert le soir ; petite pluie de 17 à 19 h. 1/2, puis après 23 h. 1/2.
- Samedi 23 3° ,3 S. 1. Peu nuageux. 2,3 Peu nuageux de 6 h. à 7 h. et de 12 à 15 h.; couv. le reste du temps ; brouillard épais toute ia journée.
- Dimanche 24 5°,0 S. 2 Couvert. 0,3 Eclaircies à 12-13 h. ; couv. le reste du temps; petite pluie de 1 à 2 h.; Brouillard à 4 h.
- DECEMBRE 1893. - SEMAINE DU LUNDI 18 AU DIMANCHE 24 DÉCEMBRE
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Une tempête au Japon. — Nous avons reçu du Japon à la date du 20 décembre, une lettre nous annonçant qu’une épouvantable tempête a sévi, le 14 novembre, sur une partie de l’empire mikadonal, et notamment aux environs de Nagasaki. 2500 maisons ont été renversées; il y a eu 26 morts et autant de blessés.
- lies inondations en Italie. — Dans les premiers jours du mois de décembre, un ouragan a causé des inondations considérables dans plusieurs communes de la Sardaigne. Une partie de la ligne du tramway de Gampidano a été emportée. De nombreux éboulements se sont produits sur les chemins de fer secondaires. Le pont de Barrali s’est écroulé. Aucun train n’a pu partir de Cagliari. On a signalé quatre victimes.
- Orages et tempêtes. — Un orage terrible s’est abattu au commencement de décembre sur le littoral belge. Trois villas en construction se sont écroulées à Middelkerke, par suite de la violence du vent. 11 n’y a pas eu d’accident de personne. A Ostende, il y a eu un coup de vent très violent. A Nieuport, l'entrée du port a été excessivement dangereuse.
- Peu de jours après, le vent a soufflé avec impétuosité dans le port de Brest. La mer a été démontée au large. La rade a été consignée pendant une partie de la journée. Plusieurs embarcations ont cassé leurs amarres et ont été jetées à la côte. Les rues ont été jonchées de tuiles et d’ardoises, des arbres énormes ont été brisés sur les promenades avoisinant la rade.
- Dans l’un des bassins du port de commerce, le garde de nuit d’un ponton a été jeté à l’eau par une rafale. A ses appels, des marins de \'Austerlitz sont accourus dans un canot du bord et sont parvenus à le sauver.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 23, à 4 h. 46 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Corps étrangers de l-oreille. — C’est une manie bien fréquente chez les enfants, de s’introduire, dans le nez, dans les oreilles, les menus objets qui leur tombent sous la main, bille, haricots, morceaux de bois, perles de verre, etc.... Certains corps étrangers s’introduisent d’eux-mêmes dans ces cavités, mais le cas est rare et cela peut arriver aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Je veux parler des insectes, mouches, pucerons, qui pénètrent dans ces conduits généralement pendant le sommeil. On a cité des faits de pénétration de punaises, de grosses mouches ; un insecte a même un surnom, perce-oreille, qui tient autant à la disposition de sa tète qu’à sa rencontre dans l’oreille. Des accidents graves peuvent être parfois le résultat de celte pénétration de mouches, non dans l’oreille, mais dans le nez ; les larves peuvent se développer dans ces cavités et donner lieu, par l’inflammation qu’elles provoquent, à des accidents redoutables. Ne parlons pour le moment que des corps étrangers les plus ordinaires et de ceux de l’oreille, perles, haricots, objets de tout genre, de petit volume. Règle générale et qui ne souffre que bien peu d’exceptions : à moins que le corps étranger ne soit tout à fait à l’entrée du conduit et très facile à prendre avec une pince, un crochet (mais j’insiste sur ce très facile), à moins de cette circonstance, ne cherchez jamais à enlever cet objet. Neuf fois sur dix, soit à cause de son poli, soit à cause de sa rondeur, de son volume, vous ne pourrez pas le saisir et vous l’enfoncerez davantage ; insistez-vous un peu, vous ne tardez pas à blesser le conduit dont les tissus sont déjà gonflés, irrités par la présence du corps étranger qui peut remonter à quèlques jours. Essayez du moyen suivant, mais s’il ne réussit pas, consultez, sans tarder, un médecin. Des accidents graves dont le moindre peut être une perforation du tympan et une otite suppurée moyenne, sont la suite fréquente de ces corps étrangers. Faites bien fixer la tête de l’enfant par une personne; prenez une seringue de moyen calibre ou simplement un irrigateur. Garnissez, pour plus de sûreté, la canule, d’un petit tube de caoutchouc ; vous ne risquerez pas de heurter désagréablement et douloureusement l’oreille. Injectez alors avec cet instrument, sans trop de force, de l’eau tiède simple ou additionnée d’un peu d’acide borique. En lançant l’eau modérément, elle pénètre en arrière de l’obstacle, forme un remous dont le courant ramène au dehors le corps étranger, s’il n’est pas fixé et enkysté par un trop long séjour. Si vous ne réussissez pas, ne cherchez pas autre chose et voyez un médecin. Un des corps étrangers les plus fréquents provient de l’oreille elle-même; c'est l’accumulation du cérumen, cette matière jaune, cireuse excrétée, par les glandes du conduit, en plus ou moins grande abondance suivant les sujets. En cherchant à le retirer avec le cure-oreilles, on l’enfonce quelquefois ; ce petit amas gros comme un petit pois se renforce de la sécrétion journalière. Comme il est profond, le curage de l’oreille ne peut se faire, car il est douloureux. Peu à peu le paquet de cérumen grossit et forme un véritable bouchon qui, à la longue,
- devient dur, sec, presque pierreux. Le lavage de l’oreille est un bon moyen de s’en débarrasser, quand il n’est pas très ancien. Comme prophylaxie, il est donc indiqué de se laver l’intérieur de l’oreille de temps à autre. Un peu d’eau savonneuse qu’on y fait pénétrer chaque matin en procédant à sa toilette, suffit en général pour prévenir la formation de ces bouchons. Dr X...
- INFORMATIONS
- —Un Comité formé des hautes notabilités scientifiques, artistiques et littéraires, vient de se constituer sous la présidence d’honneur de M. Pasteur pour élever, par souscription, un monument à la mémoire de J.-M. Charcot. Les souscriptions sont, dès à présent, reçues 120, boulevard Saint-Germain, par M. G. Masson, trésorier.
- —La Société philomathique de Bordeaux met au concours le projet des bâtiments à édifier pour l’Exposition générale qu’elle organise à Bordeaux pour le mois de mai 1895. On sait que cette jmportante Exposition ouverte à toutes les branches de l’activité humaine, sera internationale en ce qui concerne la généralité des produits pour la France et ses colonies, l’Angleterre, la Belgique, l’Italie, la Suisse, l’Espagne et le Portugal et universelle, ouverte à tous les pays, pour les vins et spiritueux, l’électricité et lés sciences sociales. Le budget des dépenses a été fixé pour l’ensemble à 1 million 600000 francs; sur cette somme, les bâtiments que la Société a le désir de prendre autant que possible en location, figurent pour une grosse part. Elle fait appel à ce sujet aux architectes, ingénieurs, industriels, entrepreneurs susceptibles de lui présenter des projets et des propositions. La remise des projets doit être faite le 15 mars 1894. Des prix et mentions seront attribués aux meilleurs projets classés et un cahier des charges pour l’exécution de gré à gré des travaux seront étudiés avec les intéressés qui proposeraient de se charger de l’entreprise. Demander les conditions du concours au secrétariat de la Société, 2, Cours du XXX Juillet, à Bordeaux.
- —îjj— Une mesure vient d’être prise par l’administration impériale allemande, en vue d’apprécier avec exactitude les effets produits par la disette de fourrages. Une enquête exceptionnelle a été prescrite à partir du 1er décembre 1893, afin qu’il soit procédé, dans tout l’empire d’Allemagne, au recensement des existences bovines et porcines, conformément aux prescriptions ci-dessous : I. L’enquête portera sur le nombre d’existences au 1er décembre 1893. Tandis que pour les suidés le recensement se bornera à faire connaître en bloc le nombre d’animaux existants, au contraire, pour les bovidés, il convient de créer deux catégories : A. Jeunes : Elèves ayant moins de deux ans. B. Adultes : Bovidés de deux ans et au-dessus. En vue de prévoir l’avenir de l’élevage, cette deuxième catégorie sera elle-même divisée en deux classes : B. Adultes : 1° Vaches; 2° taureaux et bœufs. II. Chaque propriétaire, exploitant ou commerçant, indiquera le chiffre fictif de son cheptel, c’est-à-dire qu’il fera figurer dans son effectif les animaux absents de sa maison ou de son exploitation, à la date du l*r décembre, tandis que dans les endroits où les animaux seront seulement de passage, (par exemple dans une auberge) ils ne seront pas comptés. III. L’enquête aura lieu sous la direction des autorités locales par les soins d’hommes de bonne volonté. Les résultats du recensement dans chaque localité devront être nettement séparés des autres,
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Henry Courtois, à Muges par Damazan (Lot-et-Garonne), nous envoie la note suivante : « Les lecteurs de La Nature habitant le Lot-et-Garonne sont invités à venir observer chez moi, à Muges, à 3 kilomètres de la gare d’Aiguillon, Vénus et Jupiter à l’entrée de la nuit; ils me trouveront toujours chez moi, à partir de six heures du soir. Je leur recommande de choisir le premier jour de beau temps; les trains arrivent à Aiguillon à 5 heures moins un quart du soir de Marmande et Tonneins, à 5 heures et quart de Port-Sainte-Marie et Agen. »
- M. Bruguière, à Marseille, nous adresse les observations que l’on va lire sur la visibilité de la planète Vénus en plein jour : « Depuis longtemps j’observe la planète Vénus à l’œil nu en plein soleil, ayant voulu vérifier les chiffres fixés par Arago. Mes observations prouvent surabondamment que la belle Vénus est presque toujours visible à l’œil nu en plein soleil. J’ai, lors du 20e Congrès tenu à Marseille par l'Association française pour l'avancement des sciences, en septembre 1801, fait une communication sur ce sujet, parue dans le volume de cette société et reproduite en partie dans la Revue d'astronomie du mois d’aoùt 1802. Je tiens à vous dire que j’ai toujours, chaque fois (jue j’en ai eu l’occasion, montré la planète à de nombreuses personnes, hommes et femmes, à toutes les heures de la journée, et surtout de préférence au moment du passage au méridien. La Revue d'astronomie de décembre 1803, p. 467, porte une Note de moi sur la visibilité en 1805; j’ajoute que, au moment où j’écris ces lignes, Vénus est parfaitement visible à l’œil nu, à 5 heures du soir, malgré sa déclinaison et les brumes de l’atmosphère. Ces quelques lignes fixeront, je pense, vos nombreux lecteurs sur ce point, ce qui les encouragera peut-être à tenter l'observation qui est très facile et très agréable. Voir un astre en plein jour, c’est rare. »
- M. jE. Gosse, à Montdidier, nous donne la description d’un nouvel appareil avertisseur-contrôleur électrique, qu’il vient de construire, et qui est destiné à prévenir les chefs d’usine si les ouvriers sont à leur service. Cne sonnerie fonctionne, si, avant l’heure fixée, l’ouvrier n’a pas relevé lui-mème un volet spécial.
- M. Nicolas Yslas y Bustamante, à Mexico, nous envoie un travail très intéressant donnant la mortalité causée dans cette ville par la fièvre typhoïde pendant l’année qui s’est écoulée du 1er octobre 1892 au 50 septembre 1895. Cette notice contient un tableau graphique indiquant jour par jour le nombre de décès pour 100 causés par la terrible maladie. Des tableaux résumés donnent par cçimparaison le nombre des décès dans les différentes villes de l’Etat.
- M. Vivez, professeur de physique à Novon (Oise), nous écrit la lettre suivante : « Le n° 1074, de La Nature, du 50 décembre 1893, relate le fait curieux d’une chienne ayant mis bas des petits ayant la queue écourtée comme elle. En voici un autre qui me paraît encore plus surprenant, ce me semble. Je possède une petite chienne dont la mère a eu la queue coupée de bonne heure. Ma chienne a sa queue entière; mais, dans sa dernière portée de huit petits, trois avaient la queue comme tranchée très nettement et de même longueur que celle de leur « grand-mère ». Ce fait nous a paru très curieux et votre article de la dernière Boite aux lettres m’a porté à vous le communiquer. L’un des jeunes chiens que mes parents ont élevé conserve toujours son avorton de queue absolument comme si on la lui avait coupée. »
- Renseignements. — M. E. Forga, à Freiberg (Saxe). — Ces procédés ne sont pas considérés comme sérieux par les hommes de science.
- Un abonné, à Constantinople. — Nous ne saurions vous renseigner. La rédaction de La Nature est étrangère aux Annonces.
- M. X., à La Rochelle. — Le kaolin constitue la terre à por-
- celaine; la terre de pipe est une terre siliceuse qui s’en distingue.
- M. Laverne, à Paris. — Vous trouverez des renseignements sur les traitements électrolytiques des métaux dans l’ouvrage Electrolyse de M. H. Fontaine, à la librairie Baudry, à Paris.
- M. A. Van Béver, à Anvers. — Cette question toute militaire, n’est pas de notre compétence; nous ne pouvons vous renseigner. Tous nos regrets.
- Un abonné, à Constantinople. — L’inclinaison du style d’un cadran solaire vertical est déterminée par la latitude connue du lieu où celui-ci est établi.
- M. A. P., à Romans. — Il existe un grand nombre de papiers destinés à combattre l’humidité des murs. Nous vous signalerons entre autres le papier métallique de MM. Lambert, et fils, 33, rue Volta, le papier doublé d’étain de M. E. Lecomte 220, rue Saint-Martin, et le papier carton deM. Revest, 42, rue des Petites-Écuries, à Paris.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Nous n’avons pas expérimenté nous-mêmes cet appareil; mais, d’après la description donnée dans les journaux, il nous paraît très rationnel.
- M. L. Dtyrion, à Avignon. — 1° Ce rapport n’est pas dans le commerce. — 2° M. E. Hospitalier a fait une conférence, mais n’a pas publié de notice. — 5° Plusieurs ouvrages ont paru sur ces questions à la librairie G. Masson et à la librairie Baudry. — 4° Remerciements pour votre envoi.
- M., P. Declerq, à Grammont. — 1° Nous avons fait connaître des procédés pour coller sur toile des cartes militaires ou autres dans les Boîtes aux lettres des nos 902 et 904 des 15 et 27 septembre 1890. — 2° Un autre volume des Recettes et procédés utiles est en préparation.
- M. E. Fiori, à Padoue. — Gaz oxygène pur : MM. Brin frères, 7, rue Gavarni, à Paris.
- M. L. Régnier, à Paris. — Nous pouvons vous indiquer les journaux suivants, en outre du Yacht : Revue maritime et coloniale, à la librairie militaire de L. Baudoin, 50, rue Dauphine, le Marin, 4, rue du Faubourg Poissonnière et le Droit Maritime, 257, rue Saint-Honoré.
- M. Dieudonné, à Reims. — H faut essayer expérimenta-talement quelle est la différence de potentiel nécessaire pour obtenir des étincelles suffisantes.
- M. Joao Jordad, à Porto. — Cette question demande une étude particulière ; il faudrait la soumettre à un spécialiste. Renseignez-vous au Syndicat des Agriculteurs de France, 19, rue Louis-le-Grand, à Paris.
- M. E. P., à X... (Basses-Pyrénées). Nous n’avons pas retrouvé l’indication de l’ouvrage dont vous parlez; mais vous pourrez vous procurer un traité de ce genre à la librairie Gau-thier-Villars, à Paris.
- M. D. L. Giacomo Aniano, à Montemale. — 1° Il faudrait faire l’analyse chimique pour connaître la composition exacte de ces matières — 2° Vous pourriez employer un mélange réfrigérant formé d’une partie d’azotate d’ammoniaque et d’une partie d’eau. Ce sel peut servir plusieurs fois après cristallisation.
- M. G. Rester, à Charenton. — 4° Avec une canalisation d’une certaine étendue, il sera nécessaire de mettre des purges. — 2° Si la résistance d’isolement atteint des valeurs très basses, l’ampèremètre indiquera certainement les pertes. — 5° La maison Carpentier, 20, rue Delambre, a construit un appareil très pratique. — 4° Les résistances d’isolement à exiger sont très variables suivant la nature et les dispositions de l’installation. On petit toutefois compter un isolement kilométrique minimum de 300 000 ohms.
- M. B. F., a Vernon. — M. Pasteur recommande de se servir pour la toilette d’une eau additionnée de 3 pour 100 d’acide borique.
- M. Garde-Roux, à Vaucluse. — Turbines hydrauliques pour tous débits et chutes : MM. Laurent frères et Collot, constructeurs à Dijon, et M. A. Leprince, 41, boulevard Barbés, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. R. B., à Bordeaux. Ce sujet ne touche en rien à la science; nous ne pouvons vous répondre. — M. Lecomte, à Paris. Le fait que vous signalez ne présente rien d’extraordinaire. — M. Reynaud, à Lille. Renseignez-vous à une agence de brevets. — M. N. D., à Paris. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — JW. Chaumet, au Havre. Ces formules sont données dans les traités de photographie, — M. Girard, a Marseille; Un abonné, h Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. Bernard, à Arras. Consultez le même ouvrage, 2° série, à la même librairie. — M. Manley Ben-dall, à Bordeaux. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M- Lyon, à Brest; M. Lavau, à Toulon. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandes, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- INDU VELLES SUEiVimuUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Contrôleur de caisse. — L’appareil que nous représentons ci-dessous est un merveilleux contrôleur de caisse qui est •précieux pour les commerçants puisqu’il permet d’enregistrer par l’impression sur un papier, les sommes encaissées. Cet appareil, imaginé par M. E. Wiberg, ingénieur à Stockholm, donne les résultats suivants: l’acheteur exécute le contrôle en lisant le montant sur un ticket, qui lui est x'emis par le commis ; le montant et la date seront imprimés sur ce ticket ; l’appareil
- Contrôleur de caisse.
- additionne automatiquement. Voici comment on fait fonctionner le système : si le montant de la somme à recevoir, qui est versée dans le récipient, est de 54 francs, le receveur met une cheville indicatrice sur le 5 de la plaque qui est située le plus à gauche et ensuite sur le 4 de la plaque la plus proche à droite etc. Puis il saisit la poignée, baisse les bras de l’appareil avec la boite réceptrice jusqu’à ce que celle-là touche le ticket inférieur ; celui-ci s’imprime en donnant à l’acheteur le prix inscrit. Le mécanisme de cet appareil es t trop compliqué et trop délicat pour qu’il soit possible de le décrire en quelques lignes, mais nous avons constaté qu’il fonctionnait régulièrement, et il nous a été permis de l’apprécier. — Pour tous renseignements, s’adresser au constructeur du Contrôleur de caisse, rue de la Victoire, 89, à Paris.
- Brosse à enlever les taches sur les parquets. —
- Avez-vous quelquefois renversé votre lampe pleine d’huile à brûler sur votre parquet ? Voilà une catastrophe qui fait le
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- Brosse à parquet.
- désespoir des maîtresses de maison. L’huile s’imprègne dans le bois et résiste à tout nettoyage. Pour enlever la tache, il faut gratter le parquet et l’user. Cela n’est pas très facile à réaliser. Voici une brosse dont les crins sont remplacés par des tiges en fils de de fer. Cette brosse vous facilitera l’opération; elle use le bois par le frottement. Elle se présente sous l’aspect de deux modèles différents. Une brosse à main (n° 1) est employée quand la tache est petite. Une brosse plus robuste (n° 2), fonctionne au moyen du pied. Il faut se tenir sur les genoux pour
- 1 l.a description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- frotter le premier modèle contre le plancher, comme le montre notre gravure de droite (n° 3). Notre dessinateur a figuré une jeune bonne, mais pour la besogne à exécuter, il convient mieux d’utiliser un gaillard vigoureux. — Se trouve chez M. Renault, au Comptoir des spécialités brevetées, 86, rue du faubourg Saint-Denis, à Paris.
- Salière hygiénique. — Le sel et le poivre qui servent à table, sont mis en poudre dans les deux récipients de la salière, mais cette salière, après les repas, est placée sur le buffet ou dans l’office, et la poussière se dépose constamment dans le sel et dans le poivre que vous mettrez dans vos aliments au repas suivant. La quantité de sel et de poivre se charge ainsi de plus en plus de poussières et de microbes. Cela n’ouvre pas l’appé-
- Salière à couvercles.
- tit quand on y pense. Rien de semblable ne se produit avec la salière que nous représentons ci dessus. Quand on la prend par la tige de suspension, deux couvercles qui sont posés sur le sel et sur le poivre se relèvent sous l’action de tiges articulées. Vous prenez sel et poivre. En remettant la salière à sa place, le mouvement inverse se produit et les deux couvercles se referment. —Se trouve chez M. Mathieu, 2, Faubourg Poisson-' nière, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire de l’art dans l’antiquité. Phénicie. Égypte. Assyrie-Judée. Asie Mineure. Perse. Grèce, par Georges Perrot, membre de l’Institut, directeur de l’Ecole normale supérieure et Chaules Chipiez, architecte du Gouvernement, inspecteur de l’enseignement du dessin. Tome VI. La Grèce primitive. L’art Mycénien 1 vol. in-4°, avec 555 gravures. — Paris, librairie Hachette et Cie, 1894.
- Cet ouvrage est assurément l’un des monuments les plus considérables que l’on ait élevé à notre époque, à l’histoire de l’antiquité. Le sixième volume, qui vient de paraître, retrace les caractères de la civilisation grecque, il résume successivement Iage de la pierre; décrit les principaux centres de la civilisation mycénienne, et les caractères généraux de son architecture. Dans les chapitres suivants l’auteur passe en revue les monuments mycéniens et les origines de l’architecture dorique, puis il étudie avec méthode la peinture, la sculpture et les arts industriels. Le style de ce bel ouvrage est élégant et correct, le texte est accompagné de gravures et de planches d’une exécution parfaite, qui en font un des beaux livres, où abondent les documents et l’érudition.
- Les Emules de Darwin, par A. de Quatrefages, membre de' l’Institut, avec Notiee et Préface, par MM. E. Perrier et IIamy, membres de l’Institut, professeurs au Muséum d’histoire naturelle. 2 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1894. Prix : 6 francs le volume.
- L’ouvrage de M. de Quatrefages, les Emules de Darwin, qui fait partie de la Bibliothèque scientifique internationale, dirigée par M. Em. Alglave, est le couronnement de la carrière d’un des plus grands naturalistes de notre époque, et le sujet qu’il traite, le mouvement darwinien, est le plus important des sciences naturelles. M. de Quatrefages qui, depuis longtemps, s’élait fait l’historien de cette grande école à laquelle u n’appartenait pas lui-même, était peut-être ainsi mieux placé pour marquer le rôle de chacun, depuis Huxley et Wallace, jusqu’à Haeckel et Naudin, dans cette grande rénovation des sciences naturelles qui caractérise la fin du dix-neuvième siècle et dont Darwin a été le centre. Rappelons que M. de Quatrefages avait déjà publié, dans la même collection, deux autres ouvrages qui forment comme la préface de celui-ci : [l’un est consacré aux Précurseurs de Darivm; l’autre, intitulé l'Espèce humaine, est un résumé de toutes les théories
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- A'-t
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- de l'anthropologie contemporaine. On lira avec le plus grand intérêt les magistrales préfaces dont le livre est précédé, et qui sont dues à deux maîtres : MM. E. Perrier et Hamy, de l’Institut.
- Moulin Fliquette. Le tonneau de maître Antignol. Une belle partie de chasse, par A. Robida. 1 vol. in-18 jésus, avec illustrations par A. Robida. — Paris, Armand Colin et C'% éditeurs, 1894.
- Charmants petits contes fort amusants pour la jeunesse, et fort bien illustrés des délicieux croquis de Robida.
- Chez nos Indiens. Quatre années dans la Guyane française (1887-1891), par Henri Coudreau. 1 magnifique volume in-8° jésus, contenant 98 gravures et 1 carte. — Paris, librairie Hachette et Ci0, 1893. Prix : broché, 20 francs, relié, 25 francs.
- A travers l'Arménie russe, par Mme B. Chantre. 1 magnifique volume in-8° jésus, contenant 151 gravures et 2 cartes. — Paris, librairie Hachette et Cie. 1893. Prix : broché, 20 fr., relié, 25 francs.
- Mécanisme de la Fontaine de Vaucluse et moyen d'en régulariser le débit. Applications, par Léon Dyrion, ingénieur en chef des ponts et chaussées, président de la Commission météorologique de Vaucluse. 1 vol. in-8°. — Avignon, imprimerie administrative et commerciale E. Millo et Cie, 1895.
- Les falsifications des denrées alimentaires. Moyens simples et faciles pour les mettre soi-même en évidence, par Albert Larbalétrier. 1 vol. in-16. — Paris, Ch. Mendel, éditeur. Prix: 1 fr. 25.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES 1)Ü MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 25 décembre. 4*,1 S. S. W. 2. Couvert. 1,3 Couvert jusqu’à 7 h.; puis nuageux; beau après 16 li.; pluie fine jusqu’à 6 h.
- Mardi 26 5”,5 W. 2. Couvert. 0,0 Couvert ; brouillard matin et soir; très brum. dans la journée; bruine à 9 h. et petite pluie à 19 h.
- Mercredi 27 3%9 N. W. 0. Couvert. 0,0 Couvert ; brouillard matin et soir.
- Jeudi 28 — 2“,2 E. 1. Couvert. 0.0 Couvert; brouillard jusqu’à 16 h.
- Vendredi 29 — 1*,8 N. N. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 8 h.; puis nuageux; beau après 18 h.
- Samedi 30 — 6%1 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- Dimanche 31 — 7", 7 N. N. E. 2. Quelques nuages. 0,0 Très peu nuageux de 6 à 12 h.; beau avant et après.
- DÉCEMBRE 1893. - SEMAINE DU LUNDI 23 AU DIMANCHE 31 DÉCEMBRE
- La courbe supérieure indique ta nébulosité de 0 a 10; les flèches inférieures, ta direction du veut. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Effets du vent. — M. Merrill a publié, dans YEngineer Magazine, un arlicle sur le vent considéré comme facteur géologique. Après avoir cité quelques faits relatifs à la formation des dunes en Europe, il s’occupe de phénomènes du même genre observés aux Etats-Unis. En mai 1889, il se produisit dans le Dakota une trombe de poussière qui bouleversa le sol jusqu’à une profondeur de 1 mètre à 1“,50 et éparpilla la terre dans toutes les directions; en même temps, il se forma des amas de sable qui ressemblaient, pour la forme, aux paquets de neige accumulés par les « blizzards ». Dans certaines parties des plaines de. l’ouest, le sable fin et léger fut emporté, laissant à découvert fes cailloux et les blocs de pierre. Les matières légères emportées se réunissent souvent en forme de dunes et parcourent ainsi la contrée, leurs contours se modiliant à chaque instant. A quelques milles au nord du lac Winnemucca, dans le Nevada occidental, existe une ceinture de ces collines de sable que le géologue Russell a décrites; il lui donne 23 mètres de hauteur, environ 65 kilomètres de longueur, et 13 kilomètres de largeur. Une autre rangée de dunes, d’au moins 30 kilomètres de longueur sur 90 mètres de hauteur, se trouve à l’extrémité orientale du lac Alkali, dans la même province. Des dunes d’une
- hauteur égale se sont encore formées sur la côte Est du lac Michigan, à Grand Haven et à Sleeping Bear, elles ont recouvert des forêts de façon à ne laisser visible que le sommet des arbres. Ces sables mouvants ont un effet érosif très puissant pour détruire lés rochers sur lesquels ils s’abattent. Emportés par la violence des vents, ils minent les roches, barrent les passages des montagnes, et donnent des formes fantastiques parfois très curieuses aux pierres qu’ils recouvrent.
- Ouragan en Espagne. — Un terrible ouragan a éclaté sur les côtes de Biscaye en Espagne, à la date du 23 décembre 1893. Plusieurs navires de Bilbao ont brise leurs amarres. A Bermeo, une barque de pêche a fait naufrage. Neuf hommes ont été noyés.
- Tremblement de terre en France. — Un tremblement de terre s’est produit le 27 décembre 1895 à Aniche, dans le département du Nord, dans le quartier de la verrerie, appartenant à M. Hayez, député. La secousse a duré quelques secondes et a été accompagnée de bruits sourds; elle a fait trembler les bâtiments et a causé une certaine panique chez les habitants.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q., le 29, à 11 b. 27 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- VOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Chronique vélocipédique. — Les routes sont fermées par l’hiver et les bicyclettes dorment dans leurs remises; mais le mouvement vélocipédique ne se ralentit néanmoins pas. C’est l’époque du travail acharné pour les usines. En novembre et décembre dernier se sont tenues les deux grandes expositions internationales d’Angleterre, les célèbres foires vélocipédiques annuelles le Stanley Show et le National Show1, où tous les agents en cycles viennent s’approvisionner, où paraissent les nouveautés, et que le monde entier des velocemen suit avec curiosité. Mercredi 3 janvier d’ailleurs, s’ouvrait à Paris la première exposition vélocipédique sérieuse que nous ayons en France, le Salon du cycle. Nous savons donc déjà quelle figure aura cette année notre métallique compagne de route.
- Que sera la bicyclette modèle 1894? La plupart des fabricants semblent être tombés d’accord sur trois modifications à faire subir au modèle 1895 : 1° le cadre sera plus haut et plus ramassé, si bien que la machine sera un peu plus courte en réalité et paraîtra à la vue un peu plus haute ; 2° le pédalier sera plus étroit, afin d’éviter au cavalier l’écartement exagéré des pieds qui n’est pas naturel ; 5° les tubes dont est formé le bâti de la machine, et c’est là surtout le plus important changement, seront beaucoup plus gros que les années précédentes. J’entends par là que leur diamètre sera souvent double de celui qu’on admettait jadis; mais l’épaisseur du métal sera au contraire moindre. C’est donc encore à l’œil seulement que le gros tube semblera plus pesant que le petit; on gagnera au contraire à l’adopter légèreté et rigidité. Les calculs mathématiques et l’expérience sont en ce cas d’accord.
- Les jantes continueront à être faites d’acier. Nos lecteurs se demanderont peut-être de quelle matière elles pourraient bien être fabriquées, sinon d’acier. Je répondrai que la jante en bois est depuis six mois adoptée par les meilleurs coureurs américains et que les constructeurs français commencent timidement à l’essayer. Peu, toutefois, osent encore donner leur avis sur cette innovation qui, il y a trois mois, a procuré au champion des États-Unis, Sanger, une chute terrible et cinq semaines d’hôpital.
- En résumé, l’étiquette que portera dans l’histoire de la construction vélocipédique la machine de 1894, menlionnera : gros tubes, grand cadre, pédalier étroit et jantes en bois('!); ce dernier détail, toutefois, devra être suivi d’un fort point d’interrogation. Sur des machines aussi savantes, reprendrons-nous en France tous les records de vitesse et de fond qui ont, en 1895, échappé à nos pédales? Il faut l’espérer, sans, hélas, trop y compter, car, pour des raisons multiples, nous manquons d'hommes à opposer aux coureurs anglais et surtout américains. Toutefois, le jour de Noël dernier, pour nous rendre confiance
- 1 Le Stanley s’est tenu du 17 au 25 novembre dernier à YAgri-cultural Hall de Londres; le National, du 1er au 9 décembre, au Cristal Palace. Le Salon du cycle est ouvert du 10 au 25 janvier, à Paris, salle Wagram.
- probablement, le Nivernais Williams a battu, sur la piste des Arts libéraux de Paris, par 689km,66fi, le record de 24 heures établi à 685km,968 par l’anglais Shorland à Herne-Ilill. Toutefois aussi, comme la performance de W illiams a été accomplie sur une piste couverte, son record ne sera pas homologué par les Unions, quoique tous les sportsmen s’accordent à juger fort mauvaise la piste des Arts libéraux et fort bonne celle de Herne-Ilill, et par conséquent plus méritoire Williams que Shorland. Mais il ne faut pas demander trop de logique aux règlements sportifs, et le record de 24 heures reste encore à l’Angleterre.
- Dès ce mois de janvier d’ailleurs, les coureurs français ont commencé à faire reparler d’eux : samedi et dimanche dernier, pour rééditer le match Terront-Corre de février 1893, Corre et Stéphane se sont mesurés sur 1000 kilomètres. La victoire est restée à Stéphane qui a couvert celte prodigieuse distance en 59h28m8’, battant son adversaire de 172 kilomètres! Épreuve par conséquent dénuée d’intérét.
- Dimanche prochain, notre célèbre coureur Jules Dubois, recordman du monde pour 100 kilomètres, livrera bataille sur 100 miles (environ 100 kilomètres), au vélodrome d’hiver, à l’anglais Linton, recordman de cette distance. Enfin les étrangers Barden, W'heeler, Harris, Lumsden, Radimaker, etc., sont récemment arrivés en France pour nous porter défi. La saison 1894 sera donc chaude pour le sport vélocipédique. Pour le simple tourisme, le côté utilitaire de la vélocipédie, son côté le plus solide par conséquent, il n’est pas douteux que 1894 ne nous apporte de pratiques et originales inventions. Les meilleures intelligences s’occupent aujourd’hui, après l’avoir longtemps dédaigné, de l’admirable moyen de locomotion qu’est la vélocipédie, et l’amènent peu à peu à sa perfection.
- L. Baudrï de Saunier.
- INFORMATIONS
- —$/i— M. J. Dewar, le physicien bien connu, considère la température de l’espace interstellaire comme étant à — 274° centigrades, qu’il Regarde comme le zéro absolu, c’est-à-dire la température où tout caractère chimique disparaît et où les caractères physiques sont très modifiés.
- —¥&— La guerre douanière entre la Russie et l’Allemagne a mis un obstacle au développement des exportations d’œufs russes à destination de l’Allemagne, où ils sont frappés d’un droit de 5fr,62, tandis que le tarif général allemand est de 3(r,75 le quintal, et le conventionnel de 2,r,50 le quintal. Malgré tout, dans les neuf premiers mois de l’année courante, la Russie (soumise jusqu’au 50 juin au tarif général) a réussi à envoyer en Allemagne 182 519 quintaux métriques d’œufs, dont 20 409 subirent le tarif de 5fl',62.
- L’utilisation de la puissance des chutes d’eau se multiplie et favorise la diffusion des notions mécaniques. Le sentiment de l’énergie s’impose de plus en plus. Un de nos amis, lit-on dans Y Industrie électr ique, racontait avoir vu en Suisse, auprès d’une cascade éloignée de toute habitation, un écriteau qu’il prit de loin pour un poteau indicateur. S'étant approché, il lut avec étonnement : Energie a vendre.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. —Séparateur de l’eau de pluie de M. (I. Roberts, chez M. Ed. Fortin, 4, rue Saint-Pierre, Beauvais. — Nouveau système d’épinette : M. Piefl'ort, 10, rue Calmels, à Paris.
- Communications. — M. Paul Huet, au Mans, à propos de notre récent article Les systèmes d'irrigation agricole en Chine, paru dans le n° 1074, du 30 décembre 1893, p. 66, nous signale un autre procédé très primitif et fort répandu chez les petits cultivateurs. Deux hommes entrent dans la mare voisine de la rizière à irriguer ; ils portent une sorte de hotte en bambou tressé très serré. Cette hotte est munie de quatre attaches assez longues également en bambou. Pour projeter l’eau de la mare dans la rizière, les deux opérateurs prennent chacun en main deux des attaches et se penchent l’un vers l’autre en pliant les reins, pour faire plonger la hotte dans l’eau. Puis, d’un mouvement brusque, les hommes se relèvent, raidissent les bras, et attirent ainsi les cordes fixées à la hotte. Celle-ci prend alors un mouvement de bas en haut, et emportée par l’impulsion donnée, dépasse la berge de la mare et s’en va reposer sur le talus de la rizière où elle se déverse.
- M. Couturier, à Lagny, nous écrit au sujet de notre récent article sur un double niveau à aiguilles publié dans le n°1071, du 9 décembre 1893, p. 20. Tout en reconnaissant le mérite de cet appareil, notre correspondant ne croit pas qu’il soit possible d’arriver avec ce niveau à une précision plus grande qu’avec le niveau à bulle d’air.
- M. R. Denys, à Epinal, à propos de la Notice sur Le pain sanglant, insérée dans le n° 1075, du 6 janvier 1894, p. 95, nous informe qu’il a eu l’occasion d’observer le même phénomène vers le mois de juillet 1893 sur de la colle d’amidon dont il se servait pour coller des photographies.
- M. L. Chauré, à Paris, nous adresse une petite brochure contenant un Rapport sur un alambic à distillation continue, dit alambic de famille, construit par M. F. Besnard, 28, rue Geoffroy-Lasnier, à Paris. Ce travail est extrait du Journal de la Société nationale d'horticulture de France (octobre 1893).
- Mlle C. Duportal, à Auteuil, nous signale les formes particulières des feuilles du lierre algérien, qui ont très exactement la forme d’un cœur. Elle nous cite, à titre de curiosité, les dimensions d’une de ces feuilles tout à fait remarquables : la tige mesure 12 centimètres; la longueur, de la naissance de la tige à la pointe opposée, est de 21 centimètres ; sa plus grande largeur est de 24 centimètres.
- Renseignements. — M. P. Caminada, à La Haye. — Pour ce qui concerne la règle topographique décrite dans le n° 1059, du 16 septembre 1893, s’adresser à M. le capitaine Delcroix, 54, rue de l’Université, à Paris.
- M. A. V., à Marvcjols. — Les deux appareils que vous citez sont bons.
- M. C.D., à Carcassonne.— 1° La préparation de ces allumettes exige des renseignements que nous ne pouvons donner ici; consultez le Dictionnaire des arts et manufactures de M. Ch. Laboulaye, à la librairie G. Masson. — 2° On trouve dans le commerce un grand nombre de frottoirs de cette nature.
- M. Chapitel, à Chaponval-Auvers. — Le sulfate de fer est très employé dans ce cas comme désinfectant.
- M. A. D., à Rouen. — M. Abdank-Abakanowickz a imaginé un appareil de ce genre qui a été construit, croyons-nous, par la maison Carpentier, 20, rue Delambre, à Paris.
- M. C. S., à Épernay. — 11 n’y a pas de fabricant spécial.
- M. Thomas, à M. N.; M. Masson, à Épernay. — M. Van’t Hoff a écrit lui-méme un livre sur la Stéréochimie; l’éditeur est M. G. Carré, 3, rue Racine, à Paris. Ce livre est d’une lecture assez difficile; nous publierons prochainement un article.
- M. F. Ehrhardt, à Steenbecque. —Les feuilles de papier-
- savon sont en effet inventées depuis déjà assez longtemps ; nous avons fait une petite erreur en disant qu’elles étaient récentes.
- M. R. Voortman, à Gand. — Vous trouverez des albums de tous genres pour collections de timbres-poste chez M. A. Maurv, 6, boulevard Montmartre, à Paris.
- M. S. M. C., à Auxon. — C’est Le Petit Journal qui a ouvert le concours dont vous parlez et qui aura lieu dans quelques mois.
- Un abonné, à Mexico. — Dans les piles Leclanché, il est nécessaire de remplacer la charge de peroxyde de manganèse après un temps de service plus ou moins long, qui peut varier suivant le débit des piles.
- Un abonné, à B. — La Nature a publié un article sur,l’amélioration des vins au moyen de l’eau ozonée dans le n° 1068, du 18 novembre 1893, p. 586. Ce produit est en vente chez M. E. Genin, 50, rue de la République, à Lyon, comme nous l’avons déjà indiqué en tète de la Boîte aux lettres dun° 1069, du 25 novembre 1893.
- M. L. Serot, à Metz. — 1° Manuel du-Tourneur, par M. de Vaucoükt, 1 vol. in-16 de l’Encyclopédie Roret, à la librairie Roret, à Paris. — 2° Il faut demander ce renseignement aux fabricants de tours, MM. Barriquand et Marre, 127, rue Ober-kampf et M. Duré, 218, rue Lafayette, à Paris.
- M. P. de Martenne, à Paris. — Vous trouverez des ouvrages et formulaires relatifs aux moteurs hydrauliques, à gaz et à pétrole à la librairie E. Bernard, 53 ter, quai des Grands-Au-gustins, et à la librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères.
- M. G. Robert, à Paris. — Remerciements pour votre intéressant calendrier perpétuel ; mais nous avons déjà donné la description d’un grand nombre de systèmes analogues, notamment dans le n° 646, du 17 octobre 1885, p. 320.
- Un abonné, à Pau. — Le Manuel de Ribliographie universelle mentionne plusieurs livres sur Madère, et entre autres un ouvrage anglais ayant pour titre Traité du climat et de la météorologie de Madère, par G. Peacock, et qui a été édité à Londres en 1850. Ce livre est difficile à trouver. Nous n’en connaissons pas d’autres.
- M. M. L., à Tunis. — Nous avons donné, dans les Recettes et procédés utiles, du n° 1029, du 18 février 189® un mode de reproduction des dessins par la lumière, qui pérmet d’obtenir des lignes noires sur fond blanc.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Lion, à Marseille. Il serait difficile de vous indiquer la meilleure fabrication pour ces divers appareils; il y aurait à faire une étude comparative que nous ne pouvons entreprendre. — M. A. B-, à Nancy- Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. J. Richir, à Wanfercée Baulet (Belgique). Nous ne saurions vous répondre sans faire quelques recherches : consultez un chimiste. — M- A Pierre, à Orléans; M. A. Denizol, à Fains. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. M. N-, à Lyon; M. D. G., à Brest. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Girard, à Paris ; M. Lefèvre, à Bordeaux. Remerciements pour vos communications.
- COURS iET CONFERENCES
- Conférence et leçons d’astronomie. — M. Joseph Vinot, directeur du Journal du Ciel, traitera, dimanche 14 janvier, rue du Fouarre, 14, à 10 heures et demie du matin, la question : Apparences de la planète Vénus. Une heure avant ce cours populaire, leçons pratiques d’astronomie, gratuites aussi.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Préservation des murs contre l'humidité. — On enduit les murs avec la composition suivante ;
- Eau............................... I litre
- Gélaline.......................... 500 gr.
- Bichromate de potasse............. 50 —
- En somme, c’est un badigeonnage à la colle forte, dans laquelle on a dissous 5 pour 100 de bichromate de potasse. Ce procédé est basé sur ce fait que la gélatine qui contient du bichromate de potasse, devient insoluble dans l’eau quand elle a été exposée à la lumière ; on ne peut l’appliquer utilement que dans les lieux éclairés par la lumière du jour ; dans une cave, il serait absolument inefficace.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Le fumeur oriental. — Très gravement assis à côté de son narguilé dont le tuyau se déroule sur le tapis, voyez notre fumeur. 11 approche le chibouque de ses lèvres et aspire la fumée qu’il savoure avec tout le sérieux des orientaux, puis il dépose le chibouque et laisse échapper dans l’air les nuages bleus de la fumée qu’il vient d’aspirer tout à l’heure; l’opération va se continuant ainsi avec une solennité et gravité orientales aussi longtemps que fonctionnera le mécanisme que nous
- Petit automate. I.c fumeur oriental.
- allons décrire. A l’intérieur du jouet se trouve un mouvement d’horlogerie actionné par un ressort. La pièce principale, le vrai fumeur, est un soufflet maintenu en position de fermeture par un ressort à boudin. Ce soufflet en peau, aspire et emmagasine la fumée du narghilé que nous supposons allumé, toutes les fois que les cames d’une roue l’obligent à s’ouvrir, c’est-à-dire à se développer. La fumée étant aspirée et emmagasinée dans le soufflet au moyen d’un tuyau établi sur le fond du narguilé, une soupape ferme le tube d’amenée et, par sa fermeture automatique, oblige la fumée à s’engager, pour s’échapper, dans un second tuyau qui vient aboutir dans la tête de notre fumeur. Les accessoires indispensables de tout mécanisme similaire complètent le mouvement de ce jouet : des excentriques, des leviers de commande, divers engrenages produisant l'approche ou l’éloignement de la main et du chibouque. On pourrait également utiliser ce jouet automate comme diffuseur de parfums. — Se trouve chez M. Bertrand, 19, rue d’Haute-ville, à Paris.
- Nouvelle bouilloire tubulaire. — Chacun sait quel rôle important jouent les tubes, dans la construction des générateurs de vapeur; un grand nombre d’entre eux sont même
- Bouilloire tubulaire de ménage.
- essentiellement tubulaires. C’est qu’en effet cette grande division de l’eau assure une bonne utilisation de la chaleur du foyer, permet une mise en pression rapide et donne ensuite une production abondante de vapeur. J’ai pensé a utiliser ces avantages en construisant des appareils simples et pratiques, rentrant dans la catégorie des ustensiles de ménage et qui, d’après mes expériences personnelles, sont appelés à rendre de grands services. La bouilloire dont je fais usage depuis quelque temps se compose d’un récipient cylindrique de 18 centimètres sur,‘2-4 fermé par un fonds percé d’une ouverture carrée de 12 centimètres de côté. Cette ouverture est surmontée d’une
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- cheminée intérieure de 10 centimètres de hauteur se continuant par une partie cylindrique. La chambre de chauffe inférieure est traversée par un faisceau de 40 tubes sertis dans les deux parois opposées. Le liquide se trouve donc dans les tubes et dans l’espace compris autour de la cheminée centrale. Cette bouilloire, qui peut contenir T'^oOO, donne une surface de chauffe de 16 décimètres carrés. Si on la place sur un fourneau incandescent, les gaz s’échappent uniquement par la cheminée centrale qui active la combustion, et ils sont tellement refroidis, par leur passage au travers du faisceau-tubulaire, qu’ils sortent à environ 30 degrés. Dans ces conditions, l’ébullition de l’eau se produit en onze minutes, avec une surface de grille de 13 centimètres sur 15. Sur un fourneau à gaz, les choses se passent de môme, et l’eau bout en cinq minutes. J’utilise également une bouilloire d'un modèle plus petit, qui donne 1 litre d’eau à 70 degrés par la simple combustion d’un journal. Ces appareils me rendent les plus grands services, et je crois qu# leur emploi est tout indiqué dans beaucoup de ménages. Aujourd’hui que le gaz est dans toutes les cuisines, ils permettent d’avoir très rapidement de l’eau chaude, ét, de plus, ils réalisent une économie de 50 pour 100 sur la consommation; ce dernier avantage a bien aussi sa valeur. — S’adresser pour ce qui concerne cet appareil à M. Émile Chibout, 36, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris. D. C.
- Le perroquet silencieux. — Le jouet que nous représentons ci-dessous a été l’un des succès des boutiques du jour de l’an sur les boulevards de Paris. Le perroquet dont il s’agit est muet, silencieux, il ne crie pas et ne fatigue pas par son bavardage. En revanche, il fait delà mimique,de la pantomime; \ fièrement campé sur son perchoir, il se balance et salue le plus ! gracieusement qu’il lui est possible. Ce perroquet est un de ces jouets mécaniques dont le mouvement est provoqué par la
- remise en place d’un câble ou assemblage de fils de caoutchouc tordus au moyen d’une petite manivelle. Le mouvement transmis déplace le centre de gravité du perroquet et lui donne le mouvement de balancement. — Se trouve chez M. A. WoJter, 9 bis, passage Kuszner, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire des sciences. La chimie au Moyen âge, ouvrage publié sous les auspices du Ministère de l’instruction publique, par M. Berthelot, sénateur, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. 3 vol. in-4° avec gravures. — Paris, Imprimerie nationale, 1893.
- >1. Berthelot a terminé et mené à bonne fin un travail immense, qu’il a entrepris depuis de longues années; c’est l’histoire de la chimie au Moyen âge. Nous avons lu les trois volumes qui constituent cette œuvre monumentale; iis révèlent une multitude de faits nouveaux, et sont le résultat de recherches les plus nombreuses, les plus minutieuses, qui ont nécessité une somme de travail inconcevable. Le tome premier est un Essai sur la transmission de la science antique au moyen âge. L’auteur étudie les doctrines et pratiques chimiques, passe en revue les traditions techniques et donne des traductions de textes arabico-latins, avec la publication nouvelle du Liber ignium, de Marcus Grœcus et l’impression originale du Liber sacerdotum. Le tome II est l’histoire de Y Alchimie syriaque comprenant une introduction et plusieurs traités d’alchimie syriaques et arabes, d’après les manuscrits du British Muséum et de Cambridge. Le texte et la traduction sont accompagnés de notes, de commentaires et de la reproduction des signes et des figures d’appareils. Le tome III comprend Y Alchimie arabe- M. Berthelot y donne une savante introduction historique, qui précède les traités de Cratés, d’El-flabib, d’Oslanés et de Djaber, tirés des manuscrits de Paris et de Leyde. Les traductions des textes syriaques et arabes ont été faites par MM. Hu-bens Duval et O. Boudas. Cet ouvrage restera comme un des plus beaux monuments élevés à la chimie, et M. Berthelot, qui a si puis-
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- samment contribué au progrès de cette science par ses travaux et ses découvertes, vient d’y ajouter par ses recherches et scs écrits, les documents les plus complets sur son histoire.
- Histoire de la géographie de Madagascar, par Alfred Grandidier. 1 vol. in-4°, avec 67 planches. — Paris, Imprimerie nationale, 1885. Deuxième tirage revu et augmenté en 1892.
- On sait combien les sciences naturelles sont redevables à M. Alfred Grandidier de travaux importants sur Madagascar. L’histoire physique naturelle et politique de Madagascar qu’a entrepris le savant explorateur, ne comprendra pas moins de quarante volumes in-4°. Ont déjà paru de cette œuvre magnifique, Y Histoire de la géographie, dont nous annonçons aujourd’hui la réédition, Y Histoire des mammifères, YHistoire des oiseaux, Y Histoire des poissons, YHistoire des lépidoptères diurnes, YHistoire des coléoptères, YHistoire des formicides, YHistoire des hyménoptères, YHistoire des mollusques et YHistoire des plantes. L’Histoire de la géographie se divise en trois parties distinctes : les temps anciens, le moyen âge, les temps modernes. Cet ouvrage admirablement étudié comprend de nombreux tableaux des posi-
- tions géographiques des principaux lieux de Madagascar. Il complète la grande œuvre que M. Alfred Grandidier poursuit avec tant de talent et de persévérance.
- Eau sous pression. Appareils producteurs d'eau sous pression, par Frédéric Blocii, ingénieur des manufactures de l’Etat. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aule-mémoire, publiée sous la direction de M. Lé.auté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 5 francs.
- Annuaire pour Vannée 1894, publié par le Bureau des longitudes, avec des notices scientifiques. 1 vol. in-52. — Paris, Gauthier-Villars et fils. Prix : 1 fr. 50.
- Cryptographie nouvelle assurant l'inviolabilité absolue des correspondances chiffrées, par F. Delastelle, 1 broch. in-8°. — Paris, P. Dubreuil, imprimeur, 18 bis, rue des Martyrs, 1893. Prix : 3 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL TLUIE EX MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" janvier . . — 4”,9 S. 1. Couvert. 0,0 Beau à 1 h. et de 20 à 22 h.; couv. le reste du temps ; un peu de neige; brou il. de 9 à 16 h.
- Mardi 2 —0”,9 N. 2. Couvert. 0,1 Irrégulièrement nuageux.
- Mercredi 5 — 7°,2 N. E. 4. Beau. 0,0 Beau jusq. 21 li.; très peu nuageux ensuite.
- Jeudi 4 —11",1 N. E. 4. Beau. 0,0 Peu nuageux de 9 à 16 h.; beau av. et apr. ; la Marne charrie.
- Vendredi 5 —13%8 E. S. E. 2. Beau. 0,0 Beau de 6 à 14 h.; nuageux av. et apr. jusq. 16 h.; puis couv.; petite neige dans la soirée.
- Samedi 6 — 3%1 E. S. E.2. Couvert. 0,7 Couvert; petite neige jusq. 7 h.; 20 miilim. sur le sol.
- Dimanche 7 —1”,1 N. 2. Couvert. 0,0 Couvert le m.; qq. éclaire, le s.; un peu de neige à 21 h.
- JANVIER 1894. -- SEMAINE DU LUNDI 1er AU DIMANCHE 7 JANVIER
- | Lundi | Mardi I Mercredi | Jeudi I Vendredi | Samedi ! Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes Un milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc Saint-Maur en décembre 1803
- par M. E. Renoo.
- Moyenne barométrique à midi. 761"“,06. Minimum, le 20, à 5 heures du soir, 756"“, 15, avec un vent souvent violent du sud au sud-ouest. Maximum, le 16, à 10 heures du matin, 775"",81 ; le temps, clair le matin, se couvre à ce moment d’uu brouillard épais.
- Moyennes thermométriques : des minima, 0°,42; des maxima, 5°,56; du mois, 5°,59; moyenne vraie des 24 heures, 2!),56. Minimum, le 31, vers 7 heures et demie du matin, — 8°,0. Maximum, le 13, vers 1 heure et demie du soir, 13°,2. 11 y a eu la jours de gelée dont 3 sans dégel à la fin du mois et pas de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 5"",Ü0. La moindre, 2m“7, le 5, à 3 heures du soir. La plus grande, 10”",3, le 15, à 3 heures du soir.
- Humidité relative moyenne, 88 à 89. La moindre, le 3, à 3 heures du soir, 54. La plus grande, 100, en 17 jours.
- Pluie, 51”“,9 en 48 heures et demie, réparties en 17 jours. Le 11 a fourni 16”",4 d’eau et le 15, 12"",9. Pas trace de neige. Nébulosité moyenne, 68. Il y a eu 10 jours de brouillard, la plupart assez épais; le 25. le brouillard'cachait les objets à 50 mètres et le 27 à 150 mètres.
- Température moyenne de la Marne : 4°,77 ; plie a var ié de 2°,58 le 51 à 6°,30 le 15. Presque toujours assez trouble; elle a été assez basse pour la saison.
- Vents très dominants de la région du sud.
- Relativement aux moyennes normales (de 20 ans au Parc Saint-Maur), le mois de décembre 1893 présente les résultats suivants :
- Baromètre, plus haut de 2““,56. Thermomètre, plus haut de 0°,37. Tension de la vapeur, moindre de 0“",14. Humidité relative, moindre de 2. Pluie, plus forte de 6“",5. Nébulosité, moindre de 4.
- PHASES DE LA LUNE : N. !.. le 7, à 5 h. 17 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50; rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- L'agriculture à Diego-Saarez (Madagascar). —
- La colonie française de Diego-Suarez jouit d’une merveilleuse fertilité de sol. L’analyse des terres végétales a donné une quantité surprenante d’acide phosphorique ; beaucoup de potasse due aux incendies annuels de pâturages et en plus de cela une quantité considérable de calcaire due à la désagrégation des monts du Français, du Windsor, du Dover Castle, etc. On trouve à l’état sauvage dans la montagne d’Ambre : le café, six espèces différentes, dont l’une semble toute pareille au café du Harrar ou du Moka. Le ricin, aussi, vient partout dans les bois. Le coton sauvage couvre les plaines que les incendies annuels ont épargnées ; ce coton donne une soie longue et fine et ses capsules éclatent au mois de mai avant la saison des grandes brises qui s’opposeraient à la récolte. Le palmier raplica forme des forêts entières le long de plusieurs ruisseaux sur le revers ouest de la montagne d’Ambre. Ces régions n’ont encore jamais été exploitées. Le citronnier et l’oranger sauvage abondent dans les forêts d’Ambre. Les cultures qui sont habituelles aux indigènes sont celles de la canne à sucre, cultivée seulement pour en extraire le jus qu’on laisse fermenter et qu’on boit sous le nom de betsabesa; le riz de marais et le riz de montagne, deux espèces différentes, dont la seconde demande plus de travail. Le manioc vient partout et donne des racines succulentes. Quant aux cultures importées par les colons, presque toutes ont réussi d’emblée ou promettent d’excellents résultats. Le maïs, le sorgho, donnent des tiges assez hautes pour masquer un cavalier et les récoltes de la vallée d’Anemakiâ ont rendu jusqu’à dix tonneaux à l’hectare. L’aloès, le bananier de Manille donnent partout. Le cacao parait prospérer dans les vallées de l’ouest à l’abri du large. Divers directeurs de cultpre de l'île Maurice qui sont venus étudier à Diego-Suarez la possibilité de créer des plantations de thé ont déclaré que le terrain convenait parfaitement à cette culture et que Madagascar leur semblait devoir rivaliser avec Ceylan pour faire concurrence au thé chinois. La vanille plantée par plusieurs créoles de la Réunion, prospère à Diego comme à Àossi-Bé. Enfin sur tous les plateaux qui descendent en pente douce de la montagne, les arachides donnent des récoltes d’une abondance extraordinaire. 11 suffit d’écorcher la terre avec une charme primitive un mois avant les premières pluies, et de semer; on récolte cinq mois après. A signaler encore le cocotier auquel conviendraient admirablement les longues plages de sable de la colonie; mais une maladie qui mine toutes les cocoteries dans la mer des Indes rendrait sans doute précaires des plantations à essayer. Enfin, une liane qui abonde dans toute la région, faux caoutchouc, sorte de stçophantus d’où le docteur Jaillet a trouvé moyen d’extraire un caoutchouc excellent, demanderait à être cultivé à la façon des houblon-nières. Ce Strophantus vient de bouture, résiste à toutes les sécheresses, s’accommode du sol le plus aride et donne toujours un lait abondant. A la montagne, à l’altitude de 800 à 900 mètres, le blé dur d’Algérie et l’orge ainsi que le tabac ont donné
- d’excellents résultats. Des échantillons de tabac ont été soumis à la Régie. Les haricots, les fèves, les embrevades, les pois du Cap, le haricot Soja poussent presque sans culture. L’Administration concède gratuitement 5 hectares de terre le long des ruisseaux et vend des terres au prix de 20 francs l’hectare pour le surplus.
- INFORMATIONS
- —— M. Marcellin Boule a présenté à l’anc des dernières séances de la Société géologique de France, au nom de M. Glan-geaud et au sien, un Mémoire imprimé sur un nouveau reptile du Permien d’Autun, le Callibrachion Gaudryi. L’auteur a donné les principaux caractères de ce fossile, qui diffère des animaux trouvés jusqu'à ce jour dans le Permien d’Autun pour se rapprocher de certains Sauriens actuels. Les pattes du Callibrachion, notamment, ne diffèrent par aucun caractère important de celles du Varan. Il est curieux de voir qu’il y avait, dès l’époque permienne, à côté d’animaux réalisant des types tout à l'ait particuliers et propres aux époques géologiques anciennes, d’autres êtres auxquels il suffirait de faire subir quelques modifications pour les faire rentrer dans des groupes de Reptiles vivant actuellement.
- —La Société entomologique de France, fondée en 1852, reconnue d’utilité publique, qui compte actuellement 450 membres et qui a son siège social à l’Ilôtel des Sociétés savantes, rue Serpente 28, à la séance du mercredi 27 décembre 1895, a constitué son bureau pour 1891 ainsi qu’il suit : président, F. de Yuillefroy-Cassini; vice-président, E.-L. Ragonol; secrétaire-général, J. Gazà-gnaire; secrétaires, G.-A. Baer et J. cle Gaulle; trésorier, le JDr A. Fumouze: bibliothécaire, A. Léveillé; bibliothécaire-adjoint, C. Le-prevost.
- —Nous recevons, depuis le commencement de l’année, une nouvelle Revue hebdomadaire sur laquelle nous croyons devoir appeler l’attention de nos lecteurs. Il s’agit de la Revue de vilicul-ture, publiée sous la direction de MM. P. Viala et L. Ravaz : elle est l’organe do l’agriculture et de l’horticulture des régions viticoles. Nous venons de recevoir la quatrième livraison de cette nouvelle publication, elle contient d’excellentes Notices sur les Vignes américaines en Amérique, sur l'hybridation de la Vigne, sur la submersion, et expose de nombreux sujets d’actualité.
- —Un singulier accident est arrivé récemment sur le chemin de fer d’Orléans, entre Montbazon et Tours. Un poteau télégraphique ayant été renversé par la tempête qui régnait alors, les fils télégraphiques se sont enroulés autour des roues de la machine d’un train de marchandises, et à mesure qu’elle avançait, elle couchait les poteaux sur la voie. On est parvenu enfin à l’arrêter, mais le sil'llet, le fourgon et certaines pièces de la machine ont été fortement endommagés.
- —Depuis 1880, les chasseurs ont détruit 2 500 000 alligators dans la Floride. Cette chasse acharnée a produit ses résultats ; les alligators commencent à disparaître du pays. Leur croissance est très lentç. A un an, ils n’ont que 12 pouces de longueur; à quinze ans, ils sont longs de 2 pieds : ils n'atteignent leur entier développement que vers l’âge de cinquante ans. On ne connaît pas exactement la durée de la vie de l’alligator; mais il est à peu près certain qu'elle est supérieure à celle de la vie humaine.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- M. E. D., à Paris, nous adresse,
- Communications.
- à propos des divers documents photographiques intéressant l’histoire que nous «avons déjà publiés, une photographie représentant l’aspect de la place de la Concorde le jour des obsèques du maréchal de Mac-Mahon. On aperçoit un grand nombre de spectateurs montés sur des voitures ; la photographie a été prise de la terrasse gauche des Tuileries au moment où le char funèbre entrait dans l’avenue des Champs-Elysées.
- M. E. Bertrand, à Paris, nous signale des oranges triples qu’il a observées ; il a constaté la présence de pépins dans chacune des oranges concentriques. Le phénomène est bien connu, et nous l’avons mentionné à plusieurs reprises. Notre correspondant ajoute que l’année dernière il a obtenu aux environs de Paris des fruits de Kakis du Japon (Diospyros Costata) qui ont bien mûri en plein air; mais aucun n’avait de graines.
- M. le comte d'Esterno, au château de la Vesvres, par Autun, nous écrit pour compléter les renseignements nombreux que nous avons publiés sur les glaces de fond. Notre correspondant nous dit que dans la rivière La Couche, qui traverse le parc du château et qui a une largeur de 4 mètres environ, le fond a gelé dernièrement sur toute la longueur, en constituant un lit de glace dé 0m,10 à 0m, 15 d’épaisseur. La surface a gelé à son tour ; l’eau de la rivière coulait ainsi entre les deux couéhes de glace. La température s’est abaissée à — 12 degrés et — 15 degrés et pendant deux nuits, à —16 degrés.
- M. L. Brut, à Nevers, nous signale un fait d’électrisation d’une courroie en cuir, qu’il a observé dans une installation où un moteur à gaz commande une machine dynamo. La courroie a une longueur totale de 18 mètres; la poulie motrice a lm,80 de diamètre et marche à la vitesse angulaire de 160 tours par minute, la poulie réceptrice a 0m,15 de diamètre. Par des temps secs on a pu obtenir des aigrettes lumineuses de 6 à 8 centimètres; cette action d’électrisation s’est fait sentir jusqu’à une distance de 0m,40. Nous avons déjà mentionné plusieurs observations de ce genre, notamment dans le n° 592, du 4 octobre 1884, p. 286.
- M. H. Saladin. à Paris, au sujet de la Note sur les pelotes marines, que nous avons publiée dans le n“ 1074, du 50 décembre 1895, p. 70, nous informe qu’il a eu l’occasion, en 1882, de rencontrer un grand nombre de pelotes semblables sur les côtes de Tunisie, depuis Ilammamet jusqu’à Mehdia. Ces plantes ont été tellement lavées par les flots de la mer que ce qu’il en reste est de la cèllulose presque pure. Un négociant de Sousse, M. Péllerin, a fait faire avec ces pelotes de la pâte à papier qui présente une grande analogie avec les papiers japonais fabriqués avec l’écorce de certains arbres; notre correspondant joint à sa lettre un échantillon de ce papier.
- Renseignements. — M. F. Caillou, à Ivry. — Nous pouvons vous donner la composition d’un enduit hvdrofuge applicable sur le plâtre et la pierre et qui peut atteindre une grande dureté. On mélange avec de l’huile de lin, de manière à former une pâte assez consistante, 10 parties d’argile jaune cuite, 10 parties de débris de porcelaine très finement pulvérisés, 1 partie de sable lin de quartz et 1 partie de litharge.
- M. E. F., à Narbonne. — Renseignez-vous à la librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris. Cette maison a publié plusieurs traités de ce genre, et entre autres un cours complet de comptabilité agricole, par M. Saintoin-Leroy.
- Un lecteur, à Nantua. — Appareils divers de nickelage et galvanoplastie : MM. Grauer et Ci0, 74, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- M. D. Cellarius, à Sainte-Marie-aux-Mines. — 1° Vous pouvez employer une dissolution saturée. — 2° L’épreuve doit être humide.
- M. A. P., a Grenoble. — Nous avons publié plusieurs articles
- sur la crémation, il y a quelques années; vous en trouverez l’énumération dans la table des matières de La Nature, première série 1872-1882.
- M. A. Lamiel, à Montluçon. — Nous avons consulté les constructeurs les plus compétents qui n’ont pu nous donner de réponse.
- M. G. Ragon, à Paris. — Il n’y a que des fabricants spéciaux; mais la machine n’existe pas dans le commerce.
- M. Ch. Z., à Besançon. — Nous avons fait paraître- un article sur la fabrication de l’acide carbonique liquide et'ses applications industrielles dans le n'0 957, du 16 mai 1891, p. 575. A cette époque l’usine de la compagnie la Carbonique française était à Grenelle, à Paris.
- M. L. Saint-Amand, à Paris; M. E. David, à Saint-Étienne ; M. X., à Paris; M. A. Granoux, à Toulouse; Vabonné n° 222, à Nice. — Les adresses que vous réclamez ont toutes été données en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil. Nous indiquons toujours à cette place les adresses des constructeurs sous le titre Adresses relatives aux appareils décrits.
- Un lecteur, à Montauban. — Voyez la Chimie atomique, par Wurtz, à la librairie Masson.
- M. R. Damseaux, à Liège. — Il faudrait nous envoyer la description de votre appareil, et nous vous dirons ce que nous en pensons.
- M. L. Tailfer, à Saint-Martin près Lisieux. — Nous n’avons plus entendu parler de cette Société; nous ne savons si elle existe encore.
- M. A. Vauthier, à Hautmont. — Nous croyons que vous faites erreur; cet article n’a pas été publié dans La Nature, et nous n’avons pas de renseignement.
- M. S. Novihoff, à Naples. — 1° Nous nous servons avec succès des plaques Lumière, marque bleue extra-rapides. —-2° Le produit que vous citez donne de bons résultats.
- M. E. P., à Mouzon. — Nous avons décrit le rucher du Luxembourg dans le n° 1041, du 15 mai 1895, p. 581, et nous avons fait connaître en même temps La Société centrale d'apiculture et d'insectologie, 76, rue de Rennes, à Paris. Vous pourriez avoir de bons renseignements en vous adressant à cette Société.
- M. G. M., à A. — Nous avons donné la description, accompagnée d’un dessin, du fusil à gaz liquéfié de M. P. Giflàrd, dans le n° 894, du 19 juillet 1890, p. 110.
- M. F. Foerster, au Havre. — 1° Nous ne connaissons pas de constructeurs particuliers. — 2° Cette turbine se trouve chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Il existe un grand nombre de fabricants d’appareils de ce genre, notamment M. Ditmar, 52, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Lajarrige, à Marseille. Cette question est bien spéciale et exige des études sérieuses; nous regrettons de ne pouvoir vous fournir le renseignement que vous nous demandez. — M. P. Guibert, à Millau. Nous ne connaissons pas de journal de ce genre. — M. V. Fon-Bohlt, à Moscou. Il faudrait vous adresser directement à l’auteur; nous n’avons pas d’autres détails que ceux déjà publiés. — M. N. R., à Dunkerque; M. Roger, à Marseille; M. V, B., à Arras. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. G. Lefebvre, à Paris; M. Lyon, à Nantes. Consultez les Recettes et procédés utiles, 2° série, à la même librairie que ci-dessus. — M. Girard, à Melun; M. Houzeau, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Ohlumenceron, à Vienne. Remerciements pour votre communication.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Cataplasme buccal. — La figue, ramollie dans l’eau bouillante ou pour les sybarites dans du lait, est un remède vulgaire contre le mal de dents, les abcès des gencives. On en trouverait la mention dans des livres bien anciens. Le moyen est en effet excellent. La figue ainsi cuite forme line sorte de pâte mucilagineuse, qui peut être avalée sans danger, et qui garde assez longtemps la chaleur pour atténuer la douleur et favoriser l’évolution et l’ouverture des abcès gingivaux, suite de périostite ou de carie dentaire. Pour rendre ce vieux remède plus ou mois antiseptique, leDr Ilugenschmidt propose de faire cuire la figde dans l’eau boriquée, de la couper en deux, de la saupoudrer sur chaque surface de section d’acide borique en poudre. Dr X...
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui luisant signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS’
- Éteignoir automatique pour bougies. — Cet appareil permet d’éteindre automatiquement une bougie après un espace de temps approximativement calculé à l’avance. 11 se compose d’un cylindre qui s’introduit dans une bougie comme le montre le n° 1 de notre gravure. Le cylindre est muni de deux palettes qui tendent à se rapprocher sous l’influence de deux ressorts;
- Éloignoir iuHonuUûjuc pour bougies.
- quand l’appareil est placé dans la bougie, les palettes ne peuvent se fermer, la bougie les tenant écartées. Mais quand la bougie a brûlé, et que les palettes se trouvent à la partie supérieure, près de la mèche, elles ne trouvent plus de résistance et se ferment comme on le voit dans le n° 2 de la gravure. La flamme s’éteint aussitôt. — Se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Tasseaux métalliques. — Le tasseau métallique est un objet fort bien inventé ; nous donnons l’aspect qu’il présente, dans les n°” 1 et 2 de notre gravure. 11 est très avantageux pour poser soi-mème une planche contre un mur. Comme le montre le dessin, il est formé de doux parties, l’une d’elles, n° 1, sert de support à la planche, et le n° 2 se fixe dans le mur
- Tasseaux métalliques pour poser les planches.
- au moyen de trois vis. Le support n° 1 s’introduit dans le tasseau proprement dit, n° 2, au moyen d’une rainure. Deux de ces systèmes étant appliqués au mur à même hauteur, on peut y placer une planche comme le montre le n" 5. Les supports horizontaux sont munis d’œillères qui permettent d’y fixer la planche au moyen de deux clous. — Se trouve au Comptoir des spécialités brevetées : M. Renaud, 86, rue du faubourg Saint-Denis, Paris.
- Outil d’amateur. — Il a été déjà souvent construit des manches pouvant servir à recevoir plusieurs outils, mais l’emmanchure était défectueuse. L’objet que nous décrivons offre une grande solidité par sa construction ; l’outil à double usage comprend une tige transversale au milieu, et qui,, d’un côté vient s’enclaver dans l’échancrure de la douille du manche et
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
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- de l’autre côté, dans un trou pratiqué dans un ressort fixé sur la douille du manche, de sorte que l’outil se trouve maintenu dans tous les sens. La tige emmanchée forme d’un côté un poin-
- OIETRICH
- Outil (Pamalcm*. — Pointe carrée et poinçon.
- çon et de l’autre une pointe carrée. — Se trouve chez M. E. Mathieu, 2, rue du faubourg Poissonnière, à Paris.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Association française pour l’avancement des
- sciences. — Conférences de 1894. — Les Conférences auront lieu au siège de l’Association, 28, rue Serpente et 14,, rue des Poitevins (Hôtel des Sociétés savantes), les samedis, à 8 heures et demie très précises du soir. — Samedi, 20 janvier.' M. LimiANN, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne. La photographie des couleurs (avec projections). — Samedi, 27 janvier. M. Chaules Baltet, lauréat de la Société nationale d’horticulture et de la Société nationale d’agriculture de France, à Troyes. Les progrès de Vhorticulture moderne (avec projections). — Samedi, 5 février. M. J. Pillet, professeur à l’Ecole nationale des ponts et chaussées et à l’Ecole nationale des beaux arts. Un voyage d'ingénieurs aux Etats-Unis : l'Exposition de Chicago (avec projections). — Samedi, 10 février. M. le Dr Marc Dufour, professeur à l’Université de Lausanne. Etude sur les aveugles. — Samedi, 17 février. M. Nocahd, membre de l’Académie de médecine, professeur à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort. La rage et les moyens de la supprimer. — Samedi, 24 février. M. Léon Vidal, professeur à l’Ecole nationale des arts décoratifs. De Vorganisation en France d'un service national d'archives photographiques documentaires (avec projections). — Samedi, 3 mars. M. E. Grimaux, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Institut national agronomique. Les théories chimiques et les progrès de l’industrie (avec expériences). — Samedi, 10 mars. M. Edmond Perrier, membre de l’Institut, professeur au Muséum d’histoire naturelle. L'hérédité et les théories de Weissmann (avec projections). — Samedi, 17 mars. M. Marcel Monnieu, membre de la mission Binger. Souvenirs d'Amérique (Far-West et Nord-Ouest) (avec projections). Les projections seront faites par M. Molteni.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Reliure. Etudes d’un praticien sur l’histoire et la technologie de l’art du relieur-doreur, par En. Bosquet, avec une lettre-préface de M. Léon Gruel. 1 vol. grand in-8°, orné de 24 planches hors texte. —Paris, A. Lahure, imprimeur-éditeur. Prix : 10 francs.
- Un peu d'électricité a la portée de tout le monde. Installation des sonneries éledriqties, par M. J.-M. de Toledo. Edition française. Traduction de l’auteur. 1 vol. in-16.—Librairie centrale des sciences 0. Mavolez et J. Audiarte, à Bruxelles, 1894.
- Annuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux arts de Belgique. 1894. Soixantième année. 1 vol. petit in-8°. — Bruxelles, F. Rayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.
- Essai de chimie synthétique, par F. Cu. Barlet. 1 brochure in-16. — Paris, Chaumel, éditeur, 29, rue de Trévise, 1894.
- Pyromètre aetmométrique, par C. Latarciie. 1 brochure in-8°. — Paris, librairie polytechnique Baudry et Cie, éditeurs, 1894.
- Les dates préhistoriques, par M. le marquis de Nadaillac, correspondant de l’Institut. 1 brochure in-8°. Extrait du Correspondant. — Paris, de Soyêet fils, imprimeurs, 1895,
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Recherches géologiques sur les environs de Vichy (Allier), par M. Gustave F. Dollfus. 1 brochure grand in-8° avec 5 planches. — Paris, Comptoir géologique de Paris, 1894. Prix : 3 fr. 50.
- Effets thermiques dus à la compression. Thèse présentée à la Faculté des sciences de l’Université de Genève, par Paul Galopin. 1 brochure grand in-8°. — Genève, imprimerie F. Taponnier, 1893.
- Manuel pratique pour la fabrication rapide et économique des liqueurs et des spiritueux sans distillation, par M. Feu-reyrol, pharmacien-chimiste. 1 vol. in-16. — Paris, Ch. Mendel, éditeur. Prix : 1 fr. 25.
- La nueva doctrina. Idéales y observaciones de moral y filo-sôfîa, par Justo S. Lopez de Gomara. 1 vol. in-'16. — Buenos-Aires, Librairie française Joseph Escary, editor. 1895.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Photographie sur coquille d'œuf. — Aux États-Unis, la mode est aux photographies positives sur coquille d’œuf. On commence par passer sur l’œuf une solution à 5 pour 100 de sel de cuisine, on laisse sécher, et avec un blaireau on sensibilise avec une solution de nitrate d’argent à 10 pour 100. Les petites images dégradées, soit des vues, soit des portraits, sont celles qui font le meilleur effet. Le cliché doit être sur pellicule très mince; pour le faire tenir en place, on emploie un morceau de calico^ noir, percé d’une ouverture convenable et noué du côté opposé. On retire un peu les bords de l’ouverture pour obtenir le dégradé, et l’on expose à la lumière comme toujours. On lave ensuite l’œuf, on vire à l’acétate, l’on fixe et l'on procède aux lavages habituels.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49m,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 8 janvier . . . — 5”,7 E. S. E.2. Beau. 0,0 Peu nuageux de 4 à 6 h., et apr. 22 11.; beau le reste du temps.
- Mardi 9 —2”,6 S. E. 2. Couvert. 0.0 Nuageux jusq 9 h.; couv. ensuite; un peu de pluie.à 19 et 21 h.
- Mercredi 10 1°,5 S. S. W. 2. Couvert. 0,3 Couvert jusq. 18 h.; nuag. ensuite; petit brouil. à 10 h.
- Jeudi 11 2»,4 S. E. 2. Très nuageux. 0,0 Nuageux jusqu’à 17 h.; beau ensuite; puis couvert à 24 h.; stelée blanche.
- Vendredi 12. .... 5°,3 S. S. W. 2. Couvert. 2,3 Presq. couvert jusqu’à 11 h ; puis p. nuageux; beauap. 14 h.; pluie de 3 h. 1/2 à 6 h. 1/2.
- Samedi 15 2°,4 S. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert de 4 à 11 h. et apr. 20 h.; peu nuageux le reste du temps ; un peu de pluie à 22 h.
- Dimanche 14 3% 7 S. E. 3. Couvert. 0,4 Très nuag. jusq. 4 h.; couv. eus.; pl. de temps en temps.
- JANVIER 1894. -- SEMAINE DU LUNDI 8 AU DIMANCHE 14 JANVIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Le froid en Fronce au moi* de janvier -JS04. — Les premiers jours de l’année 1894 ont été marqués par un abaissement considérable de la température et un froid exceptionnel dans toutes les régions de France. A Paris, pendant plusieurs jours de suite, du 2 au 5 janvier, la Seine a charrié de nombreux glaçons et la navigation a dû presque partout être interrompue. On a constaté des températures de — 14°, le matin à 7 heures. Sur la plupart des places de Paris, lés fontaines gelées étaient couvertes d’énormes paquets de glace et disparaissaient sous les stalactites.
- Dans les départements, le froid n’a pas été moins rigoureux. A Bordeaux, dans la nuit du 3 au 4 janvier, la température s’est abaissée à —12°. C’est la plus basse température qui ait été observée depuis quinze ans.
- Dans la même nuit, le thermomètre a marqué — 15° à Tours, —12° à Angoulême, — 14° à Nancy, •—19° au Puy-de-Dôme, —8U à Tarascon, et — 24° au Pic du Midi. A Epinal, la Moselle a été complètement gelée. Le 4 janvier, à Marseille, la neige est tombée abondamment toute la matinée ; la ville et la campagne ont été entièrement recouvertes d’une épaisse nappe blanche. La circulation des tramways et des voitures a été arrêtée. Le même jour, une violente tempête, accompagnée de fortes rafales de neige et d’un froid vif a sévi sur les côtes de Cherbourg.
- Le froid a persisté encore pendant toute la journée du 5 janvier, et dans la matinée on a relevé les températures suivantes : —13° à Grenoble, —12° à Lyon, —18° à Orléans, —9° à Pau, —15° à Châlons-sur-Marne, et —17° à Chalon-sur-Saônè. A Moscou, la température a atteint — 33°. r
- PHASES DE LA LUNE : Néant.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE 6. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Les sciences et les arts appliqués à. l’exposition universelle de Chicago. — Conférences publiques 1894.
- — M. le colonel Laussedat, l’éminent directeur du Conservatoire des arts et métiers, a eu l’heureuse idée d’organiser ces conférences en les demandant à quelques-uns de nos hommes de science qui ont visité l’Exposition de Chicago. Le public intelligent ne manquera pas de profiter de cet enseignement qui aura une saveur toute particulière et offrira un intérêt de premier ordre. Voici la liste des conférences que nous imprimons à dessein à la place d’honneur de nos Nouvelles scientifiques. — 21 janvier. Coup d'œil sur l'ensemble de l’Exposition, par M. Emile Levasseur,membre del'lnstitut, professeur au Collège de France et au Conservatoire des arts et métiers. — 28 janvier. Le Mouvement scientifique aux Etats-Unis, par M. Jules Yiolle, professeur au Conservatoire des.arts et métiers, maître de conférences à l’Ecole normale supérieure. — 11 février. L’mdustrie électrique aux Etats-Unis,p&r Edouard Hospitalier, ingénieur des arts et manufactures, professeur à l’Ecole de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. — 18 février. La Mécanique générale h l’Exposition de Chicago, par M. Gustave Richard, ingénieur civil des mines, membre du Conseil de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale et du Comité de la Société des ingénieurs civils. — 25 février. Les Industries cl'art et les Ecoles professionnelles aux Etats-Unis, par M. Victor Champier, directeur de la Revue des arts décoratifs. — 4 mars. L'Agriculture en Amérique; procédés et machines, par M. Maximilien Ringelmann, professeur;! l’Ecole nationale d’agriculture de Grignon, directeur de la Station d’essais de machines agricoles. — 11 mars. Les Grandes Constructions métalliques aux Etats-Unis, par M. Jules Pillet, professeur à l’Ecole nationale des beaux-arts, professeur suppléant au Conservatoire des arts et métiers. — 18 mars. L'Industrie manufacturière aux Etats-Unis et l’Exportation française en a mérique, par M. Ernest Lourdelet, membre de la Chambre de commerce de Paris. — Les conférences ont lieu les dimanches à deux heures et demie très précises dans le grand amphithéâtre du Conservatoire national des arts et métiers, 292, rue Saint-Martin, à Paris.
- INFORMATIONS
- —— Le lundi, 15 janvier dernier, à la séance de la section des sciences physiques et naturelles de l'Institut de Carthage, le président, M. le Dr Loir, a annoncé que le Résident général avait autorisé un Comité d’initiative, pris parmi les membres de l’Institut de Carthage et ceux de l'Association française pour l’avancement des sciences, présents en Tunisie, à inviter cette- dernière Société à venir tenir une de ses prochaines assises scientifiques à Tunis. Il s’agit de prier l’Association française de tenir, en 1896, au moment des vacances de Pâques, son Congrès annuel à Tunis. Depuis vingt-cinq ans, cette Association, bien connue de nos lecteurs, se réunit chaque année dans une ville de France ou d’Algérie. Cette
- visite est un honneur que les différentes municipalités se disputent. En 1881, le Congrès tenu à Alger comptait 1150 membres arrivés de tous les coins de la France. A Tunis, il faut tabler sur un minimum d’au moins 1100 visiteurs.
- —— Un concours est ouvert par la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève pour la meilleure monographie inédite d’un genre ou d’une famille de plantes. Les manuscrits peuvent être rédigés en latin, français, allemand (écrit en lettres latines), anglais ou italien. Ils doivent être adressés, franco, avant le 15 janvier 1895, à M. le président de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève, à l’Athénée, Genève (Suisse). Les membres de la Société ne sont pas admis à concourir. Le prix est de 500 francs.
- —$55— La 25e session annuelle de la Société des agriculteurs de France a été ouverte le mercredi 24 janvier, à 2 heures. Cette solennité, qui réunit plusieurs milliers d’agriculteurs ou de cultivateurs. a eu lieu à l’Hôtel de la Société des agriculteurs de France, 8, rue d’Athènes, à Paris. Le banquet des agriculteurs se fera pendant la Session, le mardi 30 janvier. Les représentants des principaux journaux de Paris et des départements sont invités au banquet.
- —MM- Lamikin, Oulrieh et Suhorki, de Smolensk, viennent d’obtenir une nouvelle variété de froment à laquelle ils ont donné le nom de Amitié franco-russe. Ils ont envoyé un échantillon de ce froment à M- le ministre de l’agriculture, qui va faire expérimenter cette nouvelle variété dans nos écoles d’agriculture. D’après le dire des expéditeurs, cette céréale résisterait aux rigueurs du climat russe et pousserait dans des sols ingrats, tout en donnant une récolte abondante.
- —Grâce à la douceur de la température au moment de l’éduca’tion dès vers à soie et à l’absence des orages habituels de printemps, la récolte des cocons a été très satisfaisante dans la région du Caucase et supérieure, notamment, de 20 à 22 pour 100 à celle de 1892. Les sériciculteurs ont été amenés, à partir de 1878-1879. à élever une petite quantité de graines françaises, du Var particulièrement, et un Français, M. Letrévicey, contribua plus que personne à un mouvement qui n’a fait que grandir jusqu’à l’heure actuelle. On avait beaucoup parlé, à une époque, de la ruine de la sériciculture au Caucase et de la disparition imminente de cette industrie dans cette contrée; il n’en est rien; au contraire, on est forcé de constater le progrès lent mais incessant qui s’opère chaque jour dans cette branche de la production, l'influence de plus en plus salutaire qu’exerce en ce sens la station séricicole du Caucase, et les efforts multiples du Gouvernement russe pour encourager cette évolution.
- —Les derniers états relatifs aux superficies cultivées en lin et en chanvre sont parvenus au Ministère de l’agriculture. Le nombre d’hectares ayant droit à la prime, aux termes de la loi du 43 janvier 1892. étant en nombre rond 28 000 hectares, la.prime a été en conséquence fixée par le Ministre de l’agriculture à 88 francs par hectare. Les sommes attribuées à chaque département vont être immédiatement ordonnancées au nom des préfets chargés d’en opérer sans retard la distribution aux ayants droit.
- —Le survivant des deux grands orangs-outangs du Jardin d’acclimatation, Max, est mort, le 19 janvier dernier à onze heures, presque subitement. Depuis quelques jours, ainsi que nous l’avions dit, son état semblait déjà fort grave. Comme Maurice, son infortuné camarade, il souffrait d'une violente affection de la poitrine.
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- i\uu vMjLHjS siiitiivririuiitts.
- Communications. — M. H. Michel, à Besançon, à propos de notre récente chronique sur les ravages des fourmis blanches (n° 1075, du 6 janvier 1894, p. 94) nous transmet des renseignements intéressants qu’il a recueillis lui-même dans l’Amérique espagnole pendant près de huit années. Les fourmis dont nous parlions cherchent en effet à se loger dans les bois les plus tendres et à les ronger jusqu’à complète destruction; mais elles épargnent en général les bois durs, ainsi que les bois amers ou aromatiques. Aussi choisit-on pour les meubles dans ces pavs les bois indigènes. On construit également en grande partie le mobilier en fer et en cuivre. Notre correspondant nous cite un grand nombre de bois justement renommés pour leur dureté, leur coloration remarquable et leur incorruptibilité, et qui pourraient fort bien être utilisés dans l’ébénisterie.
- M. Arthur Batut, à Enlaure, par Labrugnière, qui a décrit dans La Nature ses remarquables expériences de photographie en cerf-volant, nous envoie la Note suivante : « Le n° 1075 de La Nature, à l’article Chronique, contient, sur une ascension exécutée l’an passé par deux officiers belges, quelques renseignements qui m’ont vivement intéressé. Les voyageurs partis au milieu d’une tempête, éprouvèrent de violentes secousses, virent leur ballon tituber, reçurent de véritables coups de vent dans la nacelle et ne retrouvèrent le calme qu’à une hauteur de 1000 mètres. Ils ont attribué ces phénomènes anormaux à des remous produits dans la couche inférieure de l’atmosphère par les reliefs du sol agissant sur des masses d'air animées d’un mouvement rapide de translation. Au cours de mes expériences de photographie aérienne par cerf-volant, j’ai pu fort souvent constater un fait qui semble confirmer l’opinion des deux aéro-nautes belges. Lorsque je lance mon cerf-volant, par vent du nord, même violent, les secousses qu’éprouve mon appareil sont à peu près nulles et il n’est pas rare qu’il donne l’illusion d’ètre rigoureusement immobile. Le vent du nord vient du côté de Montauban, c’est-à-dire d’un pays de plaine, et court, par conséquent, sur un sol aux faibles ondulations. Si j’utilise, au contraire, le vent d’autan ou vent du sud-est, sauf les cas fort rares où sa vitesse est très faible, mon cerf-volant éprouve de violents soubresauts, bondit tantôt à droite, tantôt à gauche de la direction normale du vent et souvent même se porte au nord tandis que la corde qui le retient semble entraînée au sud, ce qui dénote, au sein de la couche en mouvement, de puissants remous. Ces remous, d’après l’opinion des aéronautes belges, s’expliqueraient au seul aspect du terrain parcouru par le vent d’autan avant d’atteindre Labrugnière. Frappé de Fana-logie des faits relatés dans l’article de La Nature et de ceux observés bien souvent par moi-même, je n’ai cru pouvoir mieux faire que de vous apporter le résultat de mes observations. ))
- Renseignements. — M. L. Rousseaux, à Paris. — Nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée dans notre article ; mais nous pensons qu’elle suffit pour qu’une lettre parvienne à sa destination.
- M. S. Novikoff, à Naples. — La plaque Lumière est une des plus rapides.
- M. A. B., à Beauvais. — L’appareil ne se trouve pas dans le commerce ; mais vous pouvez vous adresser à M. A. Couturier, géomètre, 5, rue des Etuves, à Lagnv (Seine-et-Marne).
- M. 0. Libaudière, à Nantes. — 1° Il n’existe pas de journal semblable en Angleterre. — 2° Remerciements.
- M. P. X., à Rome. — 1° Voyez l’article que nous avons publié sur les arbres à lait dans le n" 1973, du 23 décembre 1893, p. 58; il vous renseignera. — 2° La différence de potentiel est environ de 1 volt par élément et l’intensité de 0,3 ampère.
- M. Dornecq-Cazaux, à Boulogne-sur-mer. — 1° Nous avons rectifié précédemment cette petite erreur. — 2° Vous pourriez j
- écrire à l'Echo Forestier, 27, rue du Faubourg-Montmartre, à Paris, au sujet de ce nouveau produit.
- M. P. Herman, à Paris. — La librairie encyclopédique de Roret a publié sur le travail des métaux plusieurs manuels qui pourraient vous convenir.
- M. Ch. Fournier, à Paris. — 1° Il faudrait faire des expériences comparatives. — 2° Pour tout ce qui concerne le Polygonum Sakhalinense, qui a été décrit dans le n° 1051 du 22 juillet 1893, il faut, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, s’adresser à MM. Baltet frères, horticulteurs, à Troyes.
- M. Aubelle, à Dijon. —Brevets d’invention : M. Armengaud aîné, 21, boulevard Poissonnière, à Paris.
- M. S. C. Arozena, à Santa Cruz de la Palma. — Demandez le catalogue photographique de la librairie Gauthier-Villars, à Paris; vous y trouverez l’indication d’un grand nombre de traités.
- M. L., b Paris. — Nous insérerons votre question. Le Dictionnaire des arts et manufactures de M. Ch. Laboulaye, à la librairie G. Masson, a publié dans son supplément la description de l’éprouvette de Mac-Naught qui est très employée en Angleterre pour apprécier les qualités lubrifiantes des huiles. .11 cite également à ce sujet les recherches de M. G. Dollfus et de M. Hirn.
- M. M. Santo, a Lean. — Cette roue est de construction récente, et sa description ne se trouve pas encore dans les traités de mécanique; les renseignements que nous avons donnés suffisent d’ailleurs.
- Un lecteur, à Lyon. — Nous ne pensons pas que ces conditions aient encore été publiées ; mais vous pourriez vous adresser directement au Ministère des travaux publics, 244, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. J. A. P., à Arcachon. — Nous avons décrit la marmite antiseptique de M. Schribaux dans le n° 673, du 24 avril 1886, p. 336 et dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, 3e série, à la librairie G. Masson. Nous avons aussi parlé des expériences de conservation des substances alimentaires avec la solphinedans la Boîte aux lettres du n° 1045, du 10 juin 1893.
- M. L. Bontemp, à Lannoy. — Cette adresse a été indiquée en tète de la Boîte aux lettres du n° 1076, du 13 janvier 1894.
- M. P. Aubert, à Genève. — Vous pouvez nous envoyer les documents dont vous parlez.
- M. Boulzdguet, à Verdun. — Consultez le Traité élémentaire de l'énergie électrique, deM. E. Hospitalier, à la librairie G. Masson.
- M. H. C., à Bapaume. — 1° La fabrication de ces accumulateurs a été essayée pendant quelque temps, mais elle n’a pas été poursuivie. — 2° Nous croyons qu’il serait possible de construire une voilure de ce genre; il faudrait vous adresser aux diverses maisons d’accumulateurs.
- M. P. Bavoine, à Beauvais. — Reportez-vous aux adresses données en tête de la Boite aux lettres du n° 1071 du 9 décembre 1893; l’adresse que vous demandez y est inscrite.
- M. R. Damblemont, à Paris. — Nous allons prendre des renseignements.
- M. E. Théry, à Cambrai. — Nous regrettons de ne pouvoir vous indiquer d’ouvrage spécial à ce sujet; les chimistes compétents n’en connaissent pas.
- M. S. S., à M. — Non, ces ombres chinoises sont faites par les artistes eux-mêmes.
- Questions. — N° 1350. — L'abonné L. C. T., b Paris, demande où il pourrait se procurer des renseignements sur le dynamomètre de Crossley et sur la balance de frottement de Waltjen ; ces deux appareils sont destinés à l’essai mécanique des huiles de graissage.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Nippa, à Romny (Russie). Il y aurait une série d’expériences à entreprendre pour arriver à construire un appareil de ce genre. — Un lecteur, à Mon-tiviHiers. Il faudrait demander ce renseignement au siège de la Société que vous indiquez; cette question ne présente aucun caractère scientifique. — M. Cotin, à Bordeaux. Ce procédé a déjà été mentionné dans le journal; remerciements. — M. L. A., à Dijon. Ces formules, sont données dans les manuels de photographie. — M. R- ü., à Épinal. Un vernis de cette couleur conviendra parfaitement; il y aurait lieu de l’essayer. — M. de Jonage, à Chaîna-gnière. Nous ne pouvons vous faire connaître de fabricant spécial de ce produit ; mais nous avons indiqué le moyen d’obtenir une soudure analogue dans le livre des Recettes et Procédés utiles (G. Masson, éditeur). — M. V. L., à Lyon; M. Lenoir, à Dunkerque; M. Durand, à Versailles. Consultez le même petit livre que ci-dessus. — M. J. J. Laviada, à Gizon; M. I). B., à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux tes ren-
- seignements qui lui sont demandes, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- Petite boite magique. — JL a petite boîte, qui constitue la récréation, contient six cartons, sur chacun desquels sont inscrits trente-deux noms d’enfants. Les cartons sont une transformation des cartes dites mystérieuses, dont nous allons expliquer la construction. Je prends six petits cartons blancs, que je désigne par les nombres 1, 2, 4, 8, 16, 32, placés en haut de ces cartons. En additionnant ces nombres de toutes les manières possibles, on obtient tous les autres nombres entiers jusqu’à 64. Ainsi, 3 = 1 + 2, 5 — 1+4, 6 = 2 + 4, 7 = 1 + 2 + 4, ....63 = 1 + 2 + 4 + 8 + 16 + 32. Ayant la liste des 63 nombres entiers qui précèdent 64, j’écris sous le nombre qui désigne chaque carton tous ceux dans la formation desquels il est entré. Par exemple, le nombre 23 sera inscrit sur les cartons 1, 2, 4, 16, puisque 25= 1 + 2 +4+ 16. Lorsque cette opération est finie, j’ai six cartons qui contiennent chacun 52 nombres ; le premier présentant les 32 nombres impairs qui précèdent 64. Voici maintenant comment s’exécute le tour. Pour que je devine le nombre que vous avez choisi, vous me remettez les cartons qui le contiennent et vous gardez les autres. Par exemple, si vous me remettez les cartons 1,2, 4, 16. je fais la somme de ces nombres et je dis que vous avez choisi le nombre 23. Les nombres inscrits sur les cartons peuvent aussi désigner des noms quelconques, que l’on écrit à leur droite. C’est ainsi que l’on obtient les cartes dites mystérieuses, au moyen desquelles on devine le nom choisi ou pensé, ce qui se fait en calculant le nombre correspondant. Le jeu des cartes mystérieuses étant depuis longtemps trop vulgairement connu, je l’ai transformé en un tour nouveau vraiment surprenant, même pour le mathématicien. D’abord j’ai supprimé tous les nombres, en sorte que les cartons ne contiennent que des noms d’enfants. On comprend alors qu’un calcul soit moins difficile sur des nombres^ connus que sur des nombres disparus. En second lieu, vous ne me remettez que les cartons qui ne contiennent pas le nom à deviner. On comprend encore qu’il devienne plus difficile de trouver ce nom sur les cartons qui ne le contiennent pas. Comme je l’ai dit tout à l’heure, le tour est étonnant quand on le voit exécuter. Mais le mystère disparaît quand on lit l’instruction qui accompagne le jeu. En effet, on y voit,d’une part, que les nombres qui désignaient les cartes mystérieuses se trouvent remplacés sur mes cartons par un système très simple de points adroitement dissimulés dans l’encadrement. Par exemple, le nombre 32 y est remplacé par un petit groupe de six poinls. D’autre part, on voit comment une liste générale collée au fond de la boîte, reste invisible pour les spectateurs pendant l’exécution du tour. Si l’instruction qui accompagne le jeu en dévoile le mystère, elle ne lève pourtant pas toute difficulté théorique; car elle ne dit fias par quel secret on peut trouver le nombre pensé au moyen des cartes qui ne le contiennent pas. Mais il est bien simple, car il suffit de savoir que le nombre donné par celles-ci est le complément du nombre donné par les autres pour faire 65. Par exemple, si le nombre choisi est 23, il se trouve sur les cartes 1, 2, 4 , 16, et les cartes qui ne le contiennent pas sont désignées par 8 et 52, dont la somme est 40, complément de 23. Ur, l’opération même qui consiste à soustraire 40 de 63 pour avoir 25, est supprimée par l’emploi des cartons de la boîte magique. 11 m’a suffi pour cela de permuter les noms désignés par 23 et 40. J’ajouterai ici (pie le secret des jeux que j’ai inventés1, repose sur des propriétés numériques
- 1 Ces jeux, encore peu répandus, se trouvent au Paradis des enfants, 1, rue du Louvre, à Paris. Ce sont : les Petites cartes hypnotique<, la Petite boite magique, le Caméléon, le Moulin, la Rose mystique, le Trifolium diabolique, le Paradoxal tricolore, le casse-tête France et Russie, YHyperlaquin.
- fort simples, mais généralement inconnues, parce qu’elles ne sont pas expliquées dans les traités classiques. Henry Fleury,
- ancien chef d’institution.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Les tisanes. — Littré définit la tisane : boisson qui ne tient en dissolution qu’une petite quantité de substances médicamenteuses et que l’on administre dans les maladies pour aider l’action des médicaments plus actifs. Fort en honneur dans la médecine ancienne, elles sont aujourd’hui un peu délaissées. Il n’v a pas quarante ans, une maladie quelconque n’eùt pas été traitée convenablement si le malade n’avait ingurgité, bon gré mal gré, un nombre respectable de tasses d’une infusion pectorale, lénitive, apéritive, édulcorante quelconque. La liste en était aussi variée que la flore pharmaceutique. On est moins porté actuellement à prescrire ces breuvages, souvent inutiles et en général peu agréables. On ne gorge plus un malheureux fiévreux de boissons bouillantes qui le mettent dans un bain de süeur, sans profit pour la maladie. Le choix de ces moyens est plus judicieux et le lait, le bouillon, les grogs légers, les orangeades, citronnades ont remplacé dans bien des cas et avec avantage, les insipides tisanes de jadis. Est-ce à dire qu’il faille les proscrire d’une façon systématique et absolue? ce serait une erreur. Il est nombre de ces boissons qui, d’après la définition que je citais plus haut, contiennent en effet urig petite quantité
- de principes médicamenteux et qui sont acceptées par les malades avec plus d’empressement que tout autre breuvage.-Les unes sont composées de plantes mucilagineuses ou contenant quelques principes calmants (lichen, tussilage, feuilles d’oranger, fleurs de violettes, fleurs de mauves...); d’autres sont vraiment rafraîchissantes en aidant l’action de l’intestin, en favorisant la diurèse et l’élimination, par la sécrétion plus active du rein, de principes nocifs. Telles sont les tisanes de fleurs de pécher, d’orge, chiendent, queues de cerises, etc. Pour porter un nom commun, les tisanes ne doivent pas être préparées d’une façon uniforme. Les unes ne demandent qu’une simple infusion de la plante; les autres une véritable décoction. 11 n’est pas besoin d’insister sur ces opérations : l’infusion se prépare en jetant simplement l’eau bouillante sur la plante qu’on laisse baigner, suivant la variété, cinq, dix, quinze minutes. C’est la préparation classique du thé. La décoction consiste à faire bouillir quelques minutes à un quart d’heure la feuille, racine ou fleur désignée. Une fois infusée ou bouillie, la tisane demande à être passée sur un tamis ou un linge fin et sucrée au goût du malade. Les tisanes sont donc un adjuvant utile de la thérapeutique, mais elles pourront, je le répète, être, dans la très grande majorité des cas, remplacées par des boissons plus simples et plus agréables. Un malade est grelottant, vous désirez le remonter, calmer ce frisson et provoquer de la sudation légère. La bourrache classique sera avantageusement suppléée par une tasse de thé léger additionnée d’une ou deux cuillerées de rhum ou d’eau-de-vie. Voulez-vous au contraire calmer la soif d’un malade épuisé par la fièvre et qui est condamné à la diète; administrez une gorgée d’orangeade ou d’un grog ordinaire à la température de la chambre, un peu de sirop de fruits, framboises, groseilles, étendu d’eau. S’agit-il de remonter les forces d’un sujet épuisé par une longue maladie, une grave opération, les grogs légers, la limonade vineuse, un peu de champagne coupé d’eau constituent les meilleures des boissons.
- Contre les douleurs rhumatismales. — Le salicylate de soude, pris à la dose de 4 à 6 grammes, et plus quelquefois, est un médicament merveilleux pour juguler les crises de rhumatisme aigu. En peu de temps, la fièvre tombe, les douleurs sont calmées et les gonflements articulaires ont disparu. Dans les formes de rhumatisme simple, localisé, dans les névralgies
- Anne
- Berthe
- Bruno
- Cécile
- César
- CJotilde
- Emile
- Emilie
- Eulalie
- Félicie
- Félix
- Fia vie
- Hélène
- Horace
- Jacques
- Jeanne
- Léon
- Louis
- Louise
- Marie
- Michel
- Narcisse
- Nicolas
- Rachel
- Robert
- Sophie
- Suzanne
- Thomas
- Victoire-
- Vincent
- Virginie
- Zoé
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- et douleurs liées à cette cause, le salicylate de soude réussit encore bien, mais comme le médicament demande à être ingéré pendant un certain temps, bien des estomacs se montrent rebelles. Malgré la précaution de boire un verre d’eau pour diluer le sel, celui-ci occasionne parfois des troubles dyspeptiques assez sérieux. Pour obvier à ces inconvénients on peut recourir au moyen préconisé il y a déjà plusieurs années par M. Quinquaud et recommandé depuis par divers médecins. C’est d’appliquer directement le médicament comme calmant local et de prendre l’acide salicylique au lieu de salicylate de soude. On imbibe des compresses dans une solution d’acide salicylique : 20 grammes pour alcool 50 grammes, et eau 200 grammes; ces compresses sont appliquées sur la jointure douloureuse et en quelques heures la douleur cède et la tuméfaction diminue. La pommade salicylique convient également
- bien; on la prépare en incorporant bien intimement 10 grammes d’acide dans 100 grammes de vaseline. Une onction-deux fois par jour amène un soulagement rapide et très marqué. 11 faut cependant être sur ses gat’des : chez les sujets dont la peau est très susceptible, qui sont sujets à l’eczéma, aux érythèmes (et les rhumatisants sont, on le sait, fréquemment atteints de dermatoses), chez ces sujets, l’acide salicylique provoque parfois une très vive irritation et peut donner lieu à une véritable éruption. Il faudra donc en surveiller l’emploi, et en cesser immédiatement l’application si elle donnait naissance à du malaise ou à de trop vives démangeaisons. Plusieurs formules ont été données où l’on joint de fortes doses d’alcool, d’essence de térébenthine, voire même de chloroforme qui ajoutent leur action rubéliante mais qui peuvent provoquer aussi de l’inflammation locale. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES 1)U MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 15 janvier. . . 4°,7 S. W. 2. Peu nuageux. 5,0 Très nuageux.
- Mardi 16 4",9 S. S. W. 3. Couvert. 4,3 Couvert; pluie à diverses reprises.
- Mercredi 17 8*,1 S. 3. Couvert. 1.8 Couvert ; pluie à diverses reprises.
- Jeudi 18 10*,9 S. S. W. 5. Couvert. 5,1 Couvert jusq. 19 h.; nuageux ensuite; pluie ensuite.
- Vendredi 19 3*,8 S. 2. Couvert. 7,6 Très nuageux.
- Samedi 20 7*,4 S. S. W. 5. Couvert. 0,0 Éclaircies à 20-21 et 24 h.; couv. du reste ; pi. à div. repr.
- Dimanche 21 4°,9 W. S. W. 3 Couvert. 3,2 Peu nuageux jusq. 15 h.; couv. ensuite.
- JANVIER 1894. -- SEMAINE DU LUNDI 15 AU DIMANCHE 21 JANVIER
- Lundi I Mardi | Mercredi | Jeudi ) Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 « 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)\ courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre. — Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 15 janvier 1894 dans la commune de la Crau, près de Toulon, entre onze heures et midi ; elles ont duré environ vingt secondes et n’ont causé aucun dégât sérieux.
- Tempêtes dans la nier A'oire. — Dans les premiers jours de l’année 1894, de violentes tempêtes accompagnées de bourrasques de vent ont eu lieu dans la mer Noire. Elles ont occasionné la perte de dix navires à voiles, dont deux ont disparu corps et biens.
- l a température minlma au sommet du mont Ararat. —
- Notre confrère Ciel et Terre donne quelques renseignements très intéressants sur la température minima qui a été observée jusqu'à ce jour au sommet du mont Ararat, à l’altitude de 5 157 mètres. Lors de l’ascension qu'il lit en 1888 de ce mont, M. E. Markow laissa au sommet, le 13 août, un thermomètre qui avait été mis à sa disposition par la Société impériale
- russe de géographie. Il voulait ainsi permettre aux explorateurs qui lui succéderaient de noter les indications de l’instrument. Le 25 juillet de l’année 1889, quelques officiers et soldats d’un régiment de cosaques campé au pied de l’Ararat, entreprirent l’ascension de cette montagne et atteignirent heureusement le sommet. Le thermomètre fut trouvé à l’endroit où il avait été laissé l’année précédente : il marquait 50 degrés au-dessous de zéro. Ce chiffre nous donne une idée approximative de la température minima au sommet de la montagne. Quant à la température maxima au' même endroit, M. Markow pense qu’elle ne doit pas dépasser 4 degrés au-dessus de zéro, à l’ombre. Cette expérience d’un thermomètre, qui est resté ainsi intact pendant une année et qui a résisté aux avalanches et aux coups de vent, est fort curieuse. Notre confrère ajoute que si tous les ascensionnistes, ou du moins quelques-uns d’entre eux, fixaient un thermomètre minimum aux faîtes des montagnes qu’ils visitent, cela ne leur coûterait pas beaucoup de peine, mais ils rendraient un bien grand service à la science.
- PHASES DE LA LUNE: P. Q. le 15 à 0 h. 19 m.
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- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Mal de mer. — Innombrables sont les médicaments conseillés contre les angoisses et les douleurs du mal de mer et combien peu efficaces. Sans chercher à préconiser telle ou telle substance à l’opposé de telle autre, je me bornerai à faire connaître quelques moyens récemment proposés. La kola serait, au dire de Hamilton, un bon préservatif. On mâche les graines de kola à la dose de 2 à 4 grammes ; en moins d’une demi-heure les-accidents cesseraient.
- Les médecins de la ligne transatlantique Cunard emploient depuis quelques mois, et, paraît-il, avec des résultats très satisfaisants, le chlorobrome qui est un mélange de chlora-lamide et de bromure de potassium. On peut administrer cette préparation de la façon suivante :
- Cliloralamide.......................... .
- Bromure de potassium ...................
- Eau chloroformée. ..................... .
- Teinture de zestes d’oranges et de citrons. Eau distillée ..........................
- 2 grammes 2 ' —'
- 10 —
- 15 —
- 180 —
- à donner par cuillerées de demi-heure en demi-heure, en suçant aussitôt après un petit morceau de glace et de temps à autre une pastille de cocaïne. Le Dr Chasteris, professeur de thérapeutique à l’Université de Glasgow, a essayé avec succès cette préparation. Mais il faut être un peu sceptique à l’égard de tel ou tel remède; ce qui réussit à l’un, ne réussit pas toujours à l’autre, et je connais bon nombre d’infortunés (navigateurs d’occasion) qui n’ont jamais pu mettre le pied siir un bateau sans payer un douloureux tribut, et ils ont épuisé la liste des préservatifs de tout genre. Ils se contentent aujourd’hui de se maintenir le ventre plus ou moins immobile au moyen d’une ceinture de flanelle,, de se coucher aussitôt à bord et... ils sont encore malades. Cette pression égale du ventre a été recommandée à nouveau par le I)r Boucher, puis par le I)r Brunon. C’est un vieux moyen et il est parmi les bons; en tout cas il n’est pas compliqué et se trouve à la portée de tous. Il consiste à bien enrouler autour du ventre une large ceinture de flanelle faisant deux ou trois fois le tour du ventre. Pour mieux assurer la compression, on peut mettre en dessous une forte couche d’ouate. Si quelque lecteur a quelque moyen inconnu et efficace à me communiquer, je m’empresserai de le faire connaître. Dr X...
- INFORMATIONS
- de Bade, plus 40 000 marks fournis par la ville de Strasbourg et 100000 par la Compagnie des tramways strasbourgeois. Le pont doit avoir 16 mètres de largeur: il comporterait une route ordinaire et une voie pour les tramways, Ce pont a, comme le fait remarquer la Tâgliche Rundschau, de l’importance an point de vue stratégique, à cause des lignes de tramways de Biihl-Kehl et d’Offenbourg-Kehl, auxquelles il donnera un débouché sur Strasbourg.
- —%— M. Henry, ingénieur français, vient de terminer les études de la première route projetée au centre de la région des Yungas, en Bolivie. De ces études très complètes, nous avons extrait les renseignements ci-dessous qui présentent un très grand intérêt au point de vue agricole et‘ commercial. La principale culture est celle de la Coca, dont la consommation est assurée par les Indiens des Hauts-Plateaux. La récolte s’opère en moyenne quatre fois par an. La durée des plantations est variable selon la qualité du terrain ; dans les moins bons, la plante produit pendant dix ans. De nombreux cocales datent de cinquante ans et on en cite qui auraient résisté durant un siècle. Le cacao est d’une qualité absolument supérieure d’après les analyses faites à Paris par M. Miallie. Les quantités produites sont si variables qu’on ne saurait établir pour le cacao des évaluations semblables aux précédentes. Dans certaines régions, la cueillette ne se fait utilement que tous les quatre ans. La couleur violette du fruit, à laquelle le consommateur européen n’est pas habitué, en rend la vente difficile. Le tabac, dont on commence à s’occuper sérieusement, est de qualité supérieure. La première récolte a lieu au bout de cinq mois. Les deux suivantes donnent des feuilles moins bonnes. Cette culture entraînera probablement d’importants résultats pour l’exportation.
- —La fièvre aphteuse, aphte épizootique., sévit dans plusieurs pays de l’Italie sous le nom de taglionc. Les ravages causés étant considérables, levêque adresse aux curés de son diocèse (Vigevano) une lettre épiscopale où nous remarquons le passage suivant : « Il existe un remède très simple et très sûr pour guérir les bœufs de la maladie du taglione; il consiste dans le lavage des, parties malades des animaux avec l’infusion du thym-serpolet, qui croî.t presque partout en abondance. Ce remède est approuvé par le ministre de l’agriculture italien; en outre, de nombreuses attestations délivrées par des maires, vétérinaires, fermiers et propriétaires, des diplômes conférés par plusieurs députations provinciales prouvent son efficacité ».
- —Un exemple de la fidélité du pigeon-voyageur; M. Thal-mann, éleveur colombophile à Arensch, village situé dans la région de Cuxhaven, possédait deux pigeons. Il en céda un, en janvier, à un ami habitant Berlin. La femelle qu’il conserva, parut inconsolable. Grand fut son étonnement lorsque, neuf mois après, il vit arriver le pigeon mâle échappé de Berlin.
- —Dans les deux lots de ehasse de la forêt d’Eu, doués par M. le comte Vergé du Taillis, il a été tué, tant par lui que par ses compagnons de chasse, depuis le mois de septembre, douze sangliers, dont quatre laies, trois fortes bêtes de compagnie et cinq marcassins de 40 livres.
- —5^— Il est de plus en plus question de la construction d’un nouveau pont fixe sur le Rhin, entre Strasbourg et Kehl. Les plans en ont été déjà fournis par M. Lauter, ingénieur en chef de Franc-fort-sur-le-Mein. La dépense monterait à 1 260 000 marks, répartis par moitié entre les budgets de l’Alsace-Lorraine et du grand-duché
- —ÿfc— Au Puy-Saint-Martin, dans la Drôme, en faisant creuser des galeries souterraines, pour l’adduction des eaux dans sa propriété, M. Valentin a mis à jour des ossements humains, parmi lesquels se trouvait un squelette ayant aux bras deux bracelets en or. Un a également trouvé deux amphores de l’époque gallo-romaine.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne l’appareil pour la conservation du lait, décrit dans notre précédente livraison, s’adresser à M. Villon, 97, rue de la Guillotière, à Lyon. — Le carbonyle se trouve à la Société française du Carbonyle, 188, faubourg Saint-Denis, Paris. — Coloriscope : M. Dujardin, 24, rue Pavée-au-Marais, Paris.
- M. S. M. C., à Auxon; M. Flaunet, à Courbevoie. — L’adresse donnée ci-dessus vous renseignera.
- Communications. — M. R. E., à C., [nous envoie deux photographies stéréoscopiques qui ont quelque analogie avec les photographies spirites, dont il a été récemment question dans La Nature (Voy. n° 1076, du 13 janvier 1894, p. 99). Elles ont été obtenues sans exposition préalable du spectre sur fond noir, en supprimant simplement le spectre pendant une partie de la pose, line des photographies de notre correspondant représente un jeune homme ayant sur l’épaule la statue de Diane de Poitiers. La statue a été descendue par une cordelette. Deux cordelettes empêchaient les oscillations. Une première pose est faite sans la statue, une deuxième avec la statue descendue par sa corde.
- M. Édouard Belin, à Dijon, nous communique la description d’un petit appareil de photographie instantané cju’il a construit et qui permet de prendre une vue derrière l’operateur. Ce dernier peut ainsi prendre dans la rue, le portrait de ceux qui marchent derrière lui, sans que l’opération puisse être soupçonnée par les promeneurs.
- M. Carcanagues, à Paris, nous adresse la description d’une trombe marine qu’il a observée en revenant de Nice le 24 janvier 1894 par le train rapide n° 10. II était 2h. 45“ du soir, le train se trouvait vers la station de Trayas près le cap Roux ; la trombe se formait près du rivage. Elle était nettement caractérisée. Elle descendait d’un nuage elliptique, jusqu’à la mer, sa forme était celle d’un cylindre oblique, le pied plus rapproché de la côte que le sommet. Un bouillonnement intense se formait dans l’eau.
- Renseignements. — M. Ch. Blanc, à Paris. — Nous regrettons de ne pouvoir vous donner de renseignements complémentaires. Le rédacteur qui nous a donné cette Note, n’est plus à Paris ; il l’avait empruntée à un journal étranger.
- M. Paul Berth, à Paris. — Il n’y a pas de procédé pratique pour absorber comme vous le désirez l’oxyde de carbone. Le mieux est de ne se servir de ces poêles qu’avec beaucoup de précautions.
- M. Faitot, à Paris. — Le filtre Chamberland, système Pasteur, 58, rue N.-D.-de-Lorette, vous donnera toute satisfaction.
- M. J. Bosse, à Tlemcen. — Il s’agit du siphon élévateur de M. Lemichel, dont la description a été donnée dans le n° 989 du 14 mai 1892, p. 569. Il faut s’adresser à l’inventeur, 56, rue de Lourmel, à Paris.
- M. J. Richir, à Wanfercée-Baulet (Belgique). — 1° L’Eoli-pyle Pâquelin se trouvait autrefois chez M. Gillet, ingénieur, 52, boulevard Henri IV, à Paris. — 2° Le bougeoir dont vous parlez ne se fabrique plus.
- M. B. L., à Nice. — L’adresse de M. de Mély a été donnée en tête de notre Boîte aux lettres du n° 1059, du 16 septembre 1893.
- M. F. Otrilla, à Palma de Mallorca. — Reportez-vous à l’article que nous avons publié sur cette machine dans le n° 1067 du 11 novembre 1893, p. 379 ; les motifs sont exposés.
- M. C. Moreaux, à Paris. — Nous ne croyons pas qu’il y ait à Paris des modèles de cet appareil.
- M. A. Gayn, à Paris. — Le fabricant de ces jouets est la maison Rossignol, 110, avenue de la République.
- M. C. P., à Autun ; un lecteur à Paris. — La librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris, a publié plusieurs ouvrages sur les industries agricoles, entre autres L’art de faire le beurre et les meilleurs fromages, par MM.
- Anderson et Chaptal, et La laiterie, par M. Pouriau. Vous trouverez dans ces traités les renseignements que vous demandez.
- M. J. S., a Nancy. — Appareils à pulvériser et à tamiser le liège : M. Dalbouze, ingénieur-constructeur, 208, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. H. Chevard, à Rochefort. — Non, il n’existe pas de bons procédés qui puissent donner un tel résultat.
- M. F. F. U., à Paris. — Cette opération présente plusieurs difficultés ; il serait préférable de s’adresser à un constructeur d’appareils semblables, àM. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, ou à la maison Breguet, 19, rue Didot.
- M. D. G., à Langon. —Vous trouverez plusieurs traités tels que vous les désirez à la Librairie agricole de la maison rustique, dont il a été question plus haut. Nous vous mentionnons en particulier La conduite du rucher, par M. Bertrand, et Le livre des abeilles, par M. l’abbé Boissy.
- M. H. Declercq, à Dijon. — Nous avons parlé de ce mécanisme en décrivant quelques systèmes de tramways ; mais si vous voulez des renseignements détaillés, nous vous conseillons de vous adresser à la compagnie Thomson-Houston, 27, rue de Londres, à Paris.
- M. E. Garnier, à Paris. — Vous pourrez vous procurer des cannes de poche chez M. E. Dubettier, fabricant, 9, rue Bichat.
- M. F. A., a la ville Savary. — L’Illustration ou Le Monde illustré vous conviendraient parfaitement.
- M. F. Goffaux, à Bruxelles. — S’il y a de nouveaux appareils intéressants, nous les décrirons; nous en avons du reste fait connaître déjà un grand nombre.
- M. V. A., à Belfort. —Pour ce qui concerne la sténographie, prenez la méthode de M. Ch.Menet, à Montigny-Lencoup (Seine-et-Marne), dont il a été parlé dans la Boîte aux lettres du n° 1068, du 18 novembre 1893, ou la méthode Duployé, 36, rue de Rivoli, à Paris.
- M. J. Cernera, à Valencia. — Aluminium en planches : MM. Bernard frères, 15, rue Vezelay ou M. Desclers, 75, rue Turbigo, à Paris.
- M. Cotillon, à Paris. — Vous pouvez employer la poudre de pyrèthre, des décoctions de tabac ou l’acide sulfureux. Vous trouverez'aussi l’indication de procédés plus radicaux, mais plus compliqués dans le Dictionnaire universel de la vie pratique à la ville et à la campagne, par G. Belèze, à la librairie Hachette.
- M. X. h V. — Les renseignements réellement pratiques pouvant servir à la construction d’appareils de ce genre sont tenus secrets par les fabricants. On trouve quelques indications dans des ouvrages anglais, mais elles ne sont pas très précises.
- M. E. G. de Angulo, à Madrid. — Le dépositaire de ce produit est mentionné en tête de la Boîte aux lettres du n° 1066, du 4 novembre 1893.
- M. Alvarès d’Azendo, à Rio de Janeiro. — Les bateaux-vélocipèdes sont construits par M. Vallet, 78, boulevard Richard-Lenoir, à Paris ; cette adresse a déjà été donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro même qui contient la description de l’appareil.
- M. G. G., à Houilles. — 11 y a un livre à ce sujet à la librairie Hachette.
- M. F. A., à Paris. —La librairie Masson a publié plusieurs traités d’anatomie entre lesquels vous pourrez faire un choix.
- M. Motte, à Paris. — Vous pourriez essayer les liquides que nous avons indiqués pour éviter l’humidité des murs crépis au plâtre dans les Boîtes aux lettres des n0' 908, 1012 et 1076 du 25 octobre 1890, du 22 octobre 1892 et du 13 janvier 1894.
- Question n° 1331. — M. de L., à Paris, désire savoir quel procédé emploient les officiers de cavalerie pour blanchir leurs épauleltes d’argent lorsqu’elles sont oxydées.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Borello, à Pré-vésa. Cette opération ne donne pas les résultats attendus. — M. Girard, à Marseille. Il serait nécessaire de construire un appareil et de l’expérimenter. — M. P. F., à Tours. Les renseignements techniques relatifs à cette nouvelle application n’ont pas encore été publiés. — Un abonné, à Paris. Chacune de ces dynamos a ses avantages et ses inconvénients; c’est à vous de les comparer avant de faire un choix.— M. Lovera G. Aniano, à Montemale. 1° Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, éditeur.) 2° Il n’existe pas de revue de ce genre. — M. Derval, à Tours. Voyez le même petit livre mentionné ci-dessus. — M. A. M., à Paris; M. D. L., h Lyon. Consultez les Recettes et procédés utiles, 2e série, à la même librairie. — M. L. Fournier, à Toulon. Remerciements pour votre communication. — M. G. F., "à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Machine à écrire économique. — En donnant dans La Nature la description de quelques machines à écrire, nous émettions le regret de constater que ces appareils n’étaient pas accessibles à tout le monde en raison de leur prix élevé, qui atteint environ 500 francs. Yoici une petite machine à bon marché; elle ne coûte que 100 francs. Assurément elle n’a pas toutes les qualités des appareils beaucoup plus chers, mais elle fonctionne bien, et nous avons cru qu’il serait intéressant de la signaler à nos lecteurs. Cette machine est due à M. Odell; comme on le voit sur le dessin, elle a une forme originale. Une ligne hori-
- Maèhine à écrire à bon marché.
- zontale comportant toutes les lettres de l’alphabet et les signes de ponctuation, glisse sur un rail, de droite à gauche. En engageant le levier dans une des dents correspondant à la lettre voulue, on fait basculer le composteur, et l’impression se produit. Avec de l’habitude et de l’exercice, on peut arriver à une assez grande vitesse. L’impression est très nette, d’un aspect fort agréable et se copie facilement à la presse. Cet appareil est ingénieux et pourra rendre des services à tous ceux qui ne peuvent se procurer un appareil plus complet. — La machine à écrire Odell se trouve chez MM. Werner frères, 85, rue Richelieu, Paris.
- Étui calculateur. — La figure 2 ci-dessous représente un étui au moyen duquel on peut faire sans calcul une addition, une soustraction ou une multiplication. Le n° o montre le cylindre des chiffres que l’étui contient. Pour avoir une réponse de l’étui il faut d’abord, par un mouvement tournant des
- L’étui calculateur et son porto-plume.
- deux tubes l’un dans l’autre, faire apparaître à l’ouverture longitudinale du couvercle le chiffre rouge du tube intérieur qui exprime l’un des termes de l’opération. En regardant ensuite le second terme qui est aussi en chiffres rouges, mais sur le couvercle, on trouve immédiatement au-dessous, en chiffres noirs, la réponse demandée. Exemple : pour faire l’addition de 9 et 7, il suffit d’amener le chiffre 9 rouge de la première colonne verticale du tube intérieur à l’ouverture, et l’on trouve la réponse 16 sous le chiffre rouge 7 du couvercle. On fait de même pour la soustraction et la multiplication. L’étui calculateur renferme intérieurement un porte-plume que représente à-une plus grande échelle le n° 1 de notre gravure. Ce porte-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- plume comprend : au centre un cylindre à calcul permettant d’obtenir la multiplication, à ses extrémités une plume métallique et un crayon. — Cet appareil se trouve chez M. Trenta, constructeur d’instruments de précision, 6, quai Claude-Bernard, à Lyon.
- Bougie pour lanternes de voitures. — Toutes les personnes qui ont des voitures, savent par expérience que l’emploi de la bougie comme éclairage, outre qu’il est très coûteux, offre de grands inconvénients occasionnés par l’écoulement de la stéarine qui encrasse les ressorts poussoirs et empêche le fonctionnement de la montée progressive de la bougie en ame-
- III II I
- Bougie à pétrole pour lanterne de voiture. — I. Vue d’ensemble de la bougie. — II et III. Détails de la construction. — i. Mèche amiante. — 2. Chapeau porcelaine. — 3. Partie mobile en maillechort pour monter ou descendre la mèche. — 4. Corps en maillechort. — 5. Pas de vis. — 6. Tube conducteur de la mèche. — 7. Mèche. — 8. Tube récipient. — 9-9. Ressorts de maintien aux parois de la lanterne.
- nant parfois l’extinction au moment où on ne s’y attend pas. La bougie que nous présentons a été étudiée avec soin par le constructeur. Cette bougie, en brûlant, conserve toujours l’aspect d’une bougie neuve n’ayant pas encore servi. Elle comprend une mèche en amiante et fonctionne à l’essence de pétrole. Le petit chapeau en porcelaine n° 2 qui cache le tube porte-mèche imite à s’y méprendre la bougie sortant du tube ; le reste de la lampe est en maillechort blanc. La partie n° 3 est mobile, de sorte qu’en la tournant à droite ou à gauche on fait monter ou descendre la mèche à extrémité d’amiante qui ne se consum,e jamais. Cette bougie brûle dix heures consécutives; la partie en maillechort n° 4 vient reposer sur la base de la lanterne et enfin le tube n° 8 est agrémenté de deux ressorts n0* 9-9, ce qui permet à cette lampe-bougie de s’adapter à toutes les lanternes de n’importe quelle grosseur. — L’appareil se trouve chez M. E. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Trempe de Valuminium. — L’aluminium durcit par la trempe que produit un long travail de laminage, de forgeage, d’estampage ou d’étirage. Mais l’effet de la trempe est plus sensible lorsqu’on chauffe le métal au rouge et qu’on le refroidit brusquement dans l’eau. L’aluminium allié au titane peut subir la double trempe. Cette opération consiste à chauffer le métal à une température donnée et à le refroidir brusquement dans l’eau glacée ; on le chauffe ensuite à une température inférieure à la première et on le trempe de nouveau dans l’eau glacée. L’eau de trempe doit être additionnée de glycérine.
- Miroirs en celluloïd. — Depuis quelque temps, on fabrique aux États-Unis des miroirs en celluloïd. M. Ch.-II. Koyl se sert, à cet effet, de plaques transparentes en celluloïd qui sont revêtues d’un côté par de l’argent ou par un autre métal sur lequel on pose une nouvelle couche de celluloïd non transparent. Ces miroirs ont l’avantage sur ceux en verre de ne pas casser aussi facilement et sur ceux en métal de conserver toujours une ^irface polie non oxydée. On pourrait faire usage de ces miroirs pour des réflecteurs.
- Colle pour courroies. — D’après le Dinglers polytechnische Journal, on obtient une bonne colle pour joindre les courroies en cuir en faisant fondre ensemble dans l’eau 40 grammes de colle-forte et 29 grammes de colle de poisson. On chauffe le mélange en y ajoutant un peu d’eau; après refroidissement, on chauffe à nouveau en ajoutant de l’alcool et 10 grammes de gomme arabique pulvérisée.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Graveur en creux et en relief, par M. À.-M. Villon, ingénieur-chimiste. 2 vol. in-18 de YÈnctjclopédie Roret. — Paris, Librairie encyclopédique de Roret. Prix : 6 fr.
- Le cuivre, origine, gisements, propriétés, métallurgie, applications, alliages, par M. Paul Weiss, ingénieur au corps des mines. 1 vol. in-16 del’Encyclopédie de chimie industrielle, avec 96 figures. — Librairie J. B. Baillière et fils, Paris, 4894.
- Une manufacture nationale en 1888. Étude critique sur la manufacture de porcelaines de Sèvres, par E. S. Auscher,
- ingénieur des arts et manufactures, attaché comme chef de fabrication à la manufacture de Sèvres (4879-1889). 4'brochure in-8°. — Paris, Librairie centrale des sciences, J. Michelet, 4894.
- Projet de station centrale d'énergie mécanique pour la ville et la banlieue de Mulhouse, par E. Desroziers, ingénieur. 1 brochure in-8°. — Strasbourg, imprimerie Alsacienne Fischbach, 1895.
- Considérations sur le transport et la distribution de la force. Concours de Mulhouse, par E. Desroziers. 1 brochure in-8°. Extrait du Bulletin de la Société internationale des électriciens, 1893.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN millimètres OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 22 janvier. . . 6°,1 S. S. VV. 3. Couvert. 0,0 Nuag. jusq. 5 h.; couv. ens. ; plus, averses l’ap.-midi.
- Mardi 23 3», 9 N. W. 2. Couvert. 6,6 Couv. jusq. 10 h., puis nuag.; beau ap. 19 h.; pluie jusq. 7 îi.; grêle à 17 h. 1/4.
- Mercredi 24 — 2",7 N. N. W. 1. Beau. 0,8 Quelq. nuag. cà et là, beau du reste; petit brouillard dans la matinée.
- Jeudi 25 —1°,5 S. 3. Beau. 0,0 Beau jusq. 7 h.; puis nuag. ; coût. ap. 17 h.
- Vendredi 26 — 0%2 S. S. W. 3. Couvert. 0,0 Couv. jusq. 15 h. ; puis nuag. ; beau ap. 15 li. ; neige de 5 h. 1/2 à 8 11.1,2
- Samedi 27 2\0 S. W. 5 Couvert. 2,5 Couv. sauf qq. éclaire, çà et là ; quelquef. des gouttes.
- Dimanche 28. ..... 6%8 S. W. 4. Couvert. 0,5 Couv. jusq. 8 h., puis peu nuag.; beau ap. 16 h.; gouttes ou petite pluie de 5 à 8 h.
- JANVIER 1894. -- SEMAINE DU LUNDI 22 AU DIMANCHE 28 JANVIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre. — Une secousse de tremblement de terre a eu lieu le 21 janvier 1894 à 7b 35” du matin dans le département des Pyrénées-Orientales. C’est surtout à Bourg-Madame que le phénomène a été particulièrement ressenti. Le mouvement d’oscillation venait du nord-est et a duré quatre secondes. 11 n’y a pas eu de dégâts importants.
- I,e<* tourbillons dans l'atmosphère. — Le Bulletin de la Société de météorologie rapporte quelques observations intéressantes sur des tourbillons de poussière. Le 22 mai 1891, vers 10 heures du matin, deséleves de l’École d’agriculture de Berlin, eu excursion à l’ouest de Charlotlcubourg, remarquèrent parmi temps calme, chaud, et un ciel assez clair, un tourbillon de poussière qui, situé à un demi-kilomètre environ, s’avançait avec une grande vitesse de Ouest-Nord-Ouest à Est-Sud-Est, sur la chaussée de Spandau. Ce tourbillon affectait la forme d’un double enton-
- noir renversé. Au point le plus resserré,le diamètre pouvait être évalué de 1 à 3 mètres et se trouvait de 40 à 50 mètres au-dessus du sol. L’une des nappesde cet entonnoir atteignait le sol, tandis que l’autre s’élevait jusqu’à 80 ou 100 mètres de hauteur, présentant à ce point un diamètre au moins double de celui de la partie resserrée. A l’intérieur, le sable s’élevait rapidement en mouvement spiral. Deux ou trois minutes après l’apparition du phénomène, on vit du bord supérieur, très élargi, s’échapper le sable violemment projeté au dehors, de telle sorte que le tourbillon se répandit en un nuage de poussière. Pendant la demi-heure suivante, plusieurs nouveaux tourbillons se formèrent, mais sans atteindre les dimensions du premier. On notait à cette heure, à l’École d’agriculture de Berlin, 20° C-par vent Ouest-Sud-Ouest. Quelques heures après, de 5‘ 45” à 8* 15” du soir, éclatait un orage qui se signala par l’abondance de la pluie et par la longue durée du vent tempétueux Sud-Sud-Est à Nord-Nord-Ouest qu’il détermina. On recueillit 0”,03ü d’eau tombée pendant l’orage, dont 0“,011 de 6h 26” à 6“ 41”. ____________
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 28 à 5 h. du soir.
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- H |à Supplément à « LA NATURE » du 10 février 1894 (n°/080)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- La sciatique. — Le nerf sciatique est un des plus gros troncs nerveux du corps ; formé par les dernières racines de la moelle, il sort du bassin dans la région fessière, descend, comme l’indique le pointillé de notre dessin, le long de la face postérieure de la cuisse et se divise, au niveau du genou, en deux branches principales destinées à l’innervation de la face antérieure et de la face postérieure de la jambe et du pied. Sa grosseur à
- son origine atteint presque celle du petit doigt. On comprend
- Î[ue l’inflammation de ce nerf névrite) ou sa simple irritation névralgie) provoque des douleurs des plus vives et qui s’étendent dans tout le membre inférieur. On a donné le nom de sciatique aux manifestations douloureuses dépendant des lésions de ce nerf. Leur origine est très variée : le rhumatisme, le froid, comme dans la station assise sur l’herbe, sur une pierre mouillée, la compression du nerf à son origine par des tumeurs de tout genre, le diabète et bien d’autres causes ont été reconnues. Aussi la médication de ces douleurs doit-elle, avant tout, s’adresser à la cause première; c’est là oeuvre purement médicale. Je me contenterai d’indiquer, pour cette maladie fort répandue,quelques moyens thérapeutiques qui peuvent s’appliquer sans crainte à tous les cas, en attendant du moins l’avis de la Faculté. La chaleur soulage souvent : cataplasmes très chauds, sachets de sable chauffé, boules d’eau bouillante, mais ce soulagement n’est, en général, pas de longue durée. Les embrocations et massages avec le hniment suivant peuvent être utilement essayées :
- Chloroforme..................
- Essence de térébenthine . . . Laudanum de Sydenham . . . Huile camphrée. ......
- 20 grammes. 40 —
- 20 —
- 80 —
- Je ne parle que pour mémoire des vésicatoires, révulsifs, qui pour être efficaces demandent à être appliqués sur des points
- Krécis, foyers de douleurs, les points névralgiques de Yalleix.
- e même l’application des pointes de feu demandent au préalable l’avis d’un médecin. Un moyen fort vanté et qui donne, en effet, parfois de bons résultats est le suivant : faites coucher le malade sur le ventre, taillez une bande de toile de 4 à 5 cen-
- timètres de large sur 1 mètre de long, saupoudrez-la de fleur de soufre et appliquez-la sur le trajet au nerf (voir le pointillé). Serrez autour du membre avec une bande de toile et un peu d’ouate et laissez 24 à 48 heures en place. Un autre moyen, qui pourra être employé chez les sujets non obèses et de tempérament non sanguin, est le bain de vapeur sèche. Placez le malade nu sur un tabouret de bois, enveloppez-le dans une couverture de laine ; sous ce tabouret, mettez une lampe à alcool, enveloppée d’un grillage pour prévenir tout accident et faites chauffer. Il va sans dire que la flamme ne doit pas être assez forte pour provoquer la sensation de chaleur intolérable sur le siège. Au bout de cinq à dix minutes, le malade sera en transpiration ; la sueur deviendra profuse. On éteint alors la lampe et on porte le malade dans son lit. C’est une sorte de bain de vapeur à domicile et facile à réaliser. Quant aux injections calmantes, aux pulvérisations de chlorure.de méthyle, etc., tous moyens efficaces, ils ne rentrent pas dans la classe des méthodes thérapeutiques à l’usage du premier venu. Dr X...
- INFORMATIONS
- —Un magnifique atelier de l’époque de la pierre taillée a été découvert près de Digoin (Saône-et-Loire). Près de 400 lames en silex rouge-translucide, jaune, noir, ont été recueillies sur un petit espace fouillé; mais la pièce capitale, unique, pourrions-nous dire, est une lame de silex de 33 centimètres de longueur, 10 de largeur et 3 d’épaisseur, concave et convexe sur les deux bords qui sont entièrement retouchés sur de larges enlevages. Arme terrible, tranchante ou contondante, elle devait être l’insigne d’un chef de tribu.
- —Le musée d’ethnographie du Trocadéro vient de s’enrichir de quelques pièces des plus curieuses. Elles ont été envoyées du Dahomey par le général Dodds et proviennent d’Abomey ou de la ville sainte de Kana. Ces pièces sont au nombre de huit seulement : quatre portes du palais de Behanzin, le trône de ce roi et de ses ancêtres, enfin trois statues, qui représentent les trois derniers rois : Ghézo, Glé-Glé et Behanzin; seul Ghézo a une figure humaine : Glé-Glé est représenté avec une tête dé lion et Behanzin avec une tète de requin.
- —— M. le professeur Radlkofer, de Munich, a constaté la présence de cellules renfermant du caoutchouc dans des plantes appartenant à des familles chez lesquelles on n’en avait pas encore observé et il les démontre sur des échantillons. On en reconnaît facilement la présence dans la tige et jusque dans les feuilles de plusieurs espèces de Wimmeria (Célastrinée), de Salacia (Bippo-cratéacée), de Plagiopteron (Tiliacée-Proekiée.) On n’en trouve, au contraire, pas chez le Tripterygium (genre voisin de Wimmeria), ni chez les Prockia, Hasseltia (voisin de Plagiopteron). M. Oliver a déjà fait au sujet de 1 ’Eucommià ulmoides, genre d’affinité douteuse, originaire de Chine (Book. le. 1950), des observations analogues qui pourraient peut-être aider à trouver sa véritable place naturelle. (Radlkofer in Bot. Gaz. XVIII, n° 6, juin 1893, p. 199.)
- —ÿ£— M. le professeur Emile Blanchard fera le lundi 19 février, à 1 heure, dans les Galeries de zoologie du Muséum d’histoire naturelle, une visite publique aux collections de papillons.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Objets lumineux, chez M. Menitz, passage Jouffroy, 37, à Paris. — Les accessoires de bicyclettes que nous décrivons se trouvent : chaîne Bardet : MM. Bardet et Denis, 54, avenue de la République, à Paris; valve Torrilhon et jante de bois : MM. Tor-rilhon et G1*, 23, rue d’Enghien, à Paris; pédale Echard : M. Echard, 31, rue Voltaire, à Levallois-Perret (Seine) ; fourche Huzelstein, MM. Lotz et Huzelstein, 54, rue du Louvre, à Paris. — L’âne qui galope est en vente chez M. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- Communications. — M. Lenormand, à Paris, nous fait parvenir deux intéressantes photographies ; l’une représente un feu d’artifice, l’autre la trace de feu d’une chute de foudre. Les épreuves sont très nettes et très vigoureuses.
- M. W. Hôlzlin, à Paris, nous écrit au sujet de notre article Les ravages des fourmis blanches, paru dans le n° 1075 du 6 janvier 1894, p. 94; notre correspondant nous informe qu’il existe depuis dix-neuf ans un produit connu sous le nom de Carbolineum-Avenarius, qui remplit le but proposé et qui empêche l’invasion des fourmis. Ce produit est un liquide inoffensif dans son application, et ne contenant aucun élément toxique, dont il suffit d’imprégner les objets que l’on veut protéger. Le prix de revient est de 8 à 10 centimes par mètre carré de surface de bois imprégné à simple couche. Ce produit se trouve chez M. W. Hôlzlin, 38, boulevard Magenta, à Paris.
- Renseignements.— M. Lefebvre, à Bourges. — Nous ne connaissons pas d’autres procédés que ceux qui ont été publiés. Tous nos regrets de ne pouvoir vous donner de nouveaux documents.
- M. L amon, à Brive. — Presses pour imprimer soi-même : M. Paul Abat, 8, rue Joquelet, et MM. Bonnet et Cie, 7, rue Paul-Lelong, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — La cocaïne est un anesthésique local qui peut donner de bons résultats.
- M. C. 5., à S. — La substance gris-blanchâtre que vous constatez provient d’une sulfatation ; le seul moyen de la faire disparaître est de charger les plaques à saturation pendant quelques jours.
- M. Woirin, à Charleville. — Nous vous faisons envoyer le numéro de La Nature contenant les modes de préparation des poudres phosphorescentes qui, étendues avec un vernis, constituent une peinture lumineuse.
- M. H. Jacques, à Paris. — Nous avons décrit la voiture à vapeur Serpollet dans le n° 918, du 3 janvier 1891, p. 65 et la voiture à pétrole de MM. Peugeot, dans le n° 960, du 24 octobre 1891, p. 321. La première est fabriquée par M. Serpollet, 27, rue des Clovs, à Paris, et la seconde par MM. Peugeot frères, à Yalentigney (Doubs), ou 32, avenue de la Grande-Armée, à Paris.
- M. C. Boivin, à Firminy. — Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés ; vous pourriez peut-être vous adresser à M. Lodge, professeur à Liverpool, qui vous indiquerait les applications déjà réalisées.
- M. G. Néret, à Charenton. — Essayez d’agiter le liquide avec du noir animal en poudre, et de filtrer.
- M. le comte Armand, à Paris. — Il faudrait vous renseigner directement auprès de l’auteur, dont nous avons donné l’adresse en tète de notre dernière Boîte aux lettres.
- M. E. Reeb, à Strasbourg. — Nous avons sur le chauffage un article en préparation que nous publierons prochainement.
- M. A. Leplay, à Calais. — Pour vous donner une réponse certaine, il serait nécessaire de faire des projets comparatifs ; nous pensons toutefois que vous auriez avantage à installer une transmission de force motrice électrique.
- M. G. L., au Havre. — La Notice que nous avons publiée dans le n° 496, du 2 décembre 1882, p. 14, vous renseignera; nous vous faisons envoyer ce numéro.
- L’abonné 5418, à Paris. — Nous avons pris des informations au sujet de la Société sténographique Aimé Paris, que nous avons indiquée dans notre Boîte aux lettres du n° 1070, du 2 décembre, comme dépositaire d’une brochure de M. J.-P. Marin. Le siège de la Société est bien 9, rue de Vaugirard; mais pour ce qui concerne l’administration, il faut s’adresser à M. Li-mouzain, 40, rue Coquillère, à Paris, et, pour la vente des brochures, à l’orphelinat Prévost, à Cempuis (Oise).
- M. Sonnet, à Livarot. — Veuillez vous adresser directement à l’inventeur, dont nous donnons l’adresse en tête de notre dernière Boîte aux lettres.
- M. S. C. Arozena, à Santa Cruz de la Palma. — Nous avons publié dans La Nature un grand nombre d’articles sur les nouvelles installations d’éclairage électrique par courants alternatifs; divers traités ont été également édités par les grands libraires de Paris.
- M. Foray, à Roanne. — 1° Nous n’avons pas d’autres adresses; tous nos regrets. — 2° Ce fabricant a été désigné dans notre précédente Boîte aux lettres.
- M. Dolmans, à Carcinelle. — Nous avons fait paraître, dans notre Boîte aux lettres, du n° 1055, du 19 août 1893, une
- etite Note sur cette Compagnie dont l’adresse exacte est 20,
- oulevard Barbés, à Paris.
- M. Melar, à Castelnaudary. — 1° Bulletin du Photo-Club de Paris, au secrétariat du Photo-Club, 40, rue des Mathurins, à Paris. — 2° Si un Rapport de ce genre paraît, nous le mentionnerons.
- M. Uraga, à Paris. — L’adresse que vous demandez se trouve en tête de la Boîte aux lettres du numéro contenant la description de l’appareil, 8, rue de Rocroy, à Paris.
- M. E. Boigeol, à Giromagny. — Pour détruire les grillons, il suffit de jeter près du foyer un peu de farine mêlée d’acide arsénieux en poudre.
- M. C. Champion, à Paris. — Vous trouverez plusieurs: traités d’optique à la librairie Gauthier-Yillars.
- M. A. Van Lerberghe, à Courtrai. — Il est facile d’adopter une disposition qui vous donnera toute satisfaction ; adressez-vous à la maison Mildé, 26, rue Laugier, à Paris.
- Un teinturier, à Calais. — Ces indications doivent être données dans les traités d’impressions sur étoffes.
- M. H. Petit, à Valence. — Les fleuristes font des plantes artificielles; nous ne comprenons pas votre question.
- M. Dégoutin, à Yillalba-del-Alcor. — Il faut mettre l’appareil dans l’eau chaude pour élever la température.
- M. Louis, à Cosnes. — Les piles électriques ne pourront vous donner aucun résultat satisfaisant dans le cas que vous mentionnez ; nous vous conseillons d’employer plutôt un moteur à pétrole ou toute autre force motrice de faible puissance actionnant une dynamo.
- M. Lemaistre, à Lillebonne. — Consultez les adresses relatives aux appareils décrits en tête de la Boîte aux lettres, du n“ 1079, du 3 février 1894.
- M. L. B., à Angoulème. — Il existe une quantité de journaux photographiques ; c’est à vous de faire un choix. Nous vous citerons entre autres : Paris-photographe, M. P. Nadar, directeur, à l’Office général de photographie, 53, rue des Mathurins, à Paris; Photo-Gazette, G. Mareschal, directeur, à la librairie G. Carré, 3, rue Racine ; Le Moniteur de la photographie, M. Léon Vidal, directeur, à la librairie Gauthier-Vil-îars et fils, 55, quai des Grands-Augustins ; Le Bulletin de la Société française de photographie, à la même librairie, le Bulletin du Photo-Club, etc.
- M. F. Chabrier, à Alais. — M. Camille Flammarion a publié, à la librairie Gauthier-Villars, une très bonne carte du ciel.
- M. E. Maurin, à Jolibert. — Vous pourrez vous procurer des anneaux en caoutchouc à la Compagnie India Rubber, 97, boulevard Sébastopol, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : MM. Ch. Margot, à l’Université de Genève, G. Ramond, à Paris. Nous avons reçu vos intéressantes communications qui seront publiées prochainement. — M. Ch. Terrassait, au Puy. Cette adresse a déjà été indiquée en tête de la Boite aux lettres du même numéro. — M. E. de R., à Paris. Nous allons prendre des renseignements. — M. C. V., à Neuchamp. Ces formules ont été données dans le n° 758, du 10 décembre 1887, p. 30. — M. C. Castelli, à Paris. Le filament est en charbon. — M. E. D. B., à R II faudrait consulter un médecin. — M. H. D., à Schaffhouse. Pour les offres et demandes, il faut s’adresser à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris. — M. J. Ph-, à Paris; M. G. M., à R. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. G. Gillet, à Mon-targis. Consultez le même petit livre, 3° série. — M. L. P., à Chalo. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la «Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- TRIBULATIONS PHOTOGRAPHIQUES. — Dessins ine'dits de A. Robida
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- PHOTOGRAPHIE EQUESTRE Faites donc tenir cet âne un peu tranquille
- AU BORD DE LA MER Allons bon, la marée !
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Boisson rafraîchissante pour les chauffeurs. — Dans la marine des Etats-Unis, on a reconnu que l’eau de gruau d’avoine est la boisson qui convient le mieux aux personnes que leurs devoirs professionnels obligent à rester exposées à la chaleur, et qui, par suite, absorbent beaucoup de liquide pour compenser les pertes dues à la transpiration continuelle. 11 est bien difficile de dire pourquoi la farine d’avoine est préférable dans la préparation de la boisson à celles de maïs, de sarrasin, de seigle, de blé, de millet, etc. ; mais il est certain que ceux qui emploient ce breuvage sont beaucoup mieux rafraîchis et désaltérés que quand ils prennent de l’eau pure. Selon le Cosmos, on prépare cette boisson avec 100 grammes du plus fin gruau d’avoine, mélangés à 10 litres d'eau.
- Conservation des poids en cuivre. — On constate souvent que les petits poids en cuivre servant pour les pesées de précision s’oxydent et par suite perdent leur justesse, même lorsqu’ils sont enfermés soigneusement dans les boîtes en bois qui servent à les loger. Le Bingler's Polytechnisches Journal note qu’il est facile d’éviter cet inconvénient en donnant au fond des logements des poids cylindriques une forme bombée de façon que le contact entre le cuivre et le bois soit aussi réduit que ossible, et en garnissant les côtés de trois demi-disques en ois ou en cuir disposés dans des entailles pratiquées dans la paroi du logement et qui n’ont chacun avec le poids qu’un point de contact. Pour les poids sous-multiples du gramme qui sont des disques en cuivre, il convient, pour les conserver, de tapisser leur logement de soie écrue ou de velours de soie non teinte.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- «
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30), — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN thermomètre VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 29 janvier. . . — 0%8 S. S. W. 1. Couvert. 0,7 Nuag. de 6 à 18 h.; beau avant et après ; couv. à 24 h.; grains de neige empâtée à 7 h. 3/4.
- Mardi 30. ..... . 3”,2 S. S. W. 5. Couvert. 1,1 Couvert le m.; presq. couv. le s.; pluie à div, reprises.
- Mercredi 31 9% 9 S. S. W. 6. Couvert. 3.1 Couv. jusq. 19 h., puis nuag.; beau après 20 h. ; pluie à diverses reprises.
- Jeudi l”r février.. . 3*,2 W. 2. Couvert. 4,0 Peu nuag. de 10 à 15 h.; presq. couv. av. et ap.; petite pluie ap. 22 h.
- Vendredi 2 8*,0 S. W. 2. Couvert. 0,1 Couv.; quelq. f. de la bruine.
- Samedi 3 8*,4 S. S. W. 3. Couvert. 0,1 Couv. jusq. 13 h., puis nuag. ; beau après 17 li.; petite pluie de 11 h. 1/2 à 14 h.
- Dimanche 4 0“,5 S. 3 Beau. 0,6 Couv. de 9 à 12 h. et ap. 20 h.; b. ou p. nuag. le reste du temps; br. de 8 à 12 h., de 300 m. à 9 n.; gel. bl.
- JANVIER-FEVRIER 1894. -- SEMAINE Dü LUNDI 29 JANVIER AU DIMANCHE 4 FEVRIER
- WTASELSSSESai 2Efj.aw *.mw , «Sa iS5aS7*.SSai aSaSS'AaSriSS'j.SSr^SE'^EB'iSarxag'j !
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à t. boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à L’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au pare Saint-Maur en janvier 1§9I
- par M. E. Renod.
- r Moyenne barométrique à midi, 757““,65. Minimum, le 31, à midi, 743““,34. Maximum, le 24, à 1T heures du matin, 765““,61.
- Moyennes thermométriques : des minima, 0°,20; des maxima, 5°,49; du mois, 2°,85; moyenne vraie des 24 heures, 2°,54. Minimum, le 5, à 7 heures du matin, — 13°.8. Maximum, 11°,6 dans la nuit du 17 au 18. 11 y a eu 14 jours de.gelée dont 3 sans dégel du 3 au 5 et 5 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 4”",91. La moindre, le 4, à 5 heures du soir, 0""8." La plus grande, le 18, à 1 heure du matin, 9““,4. Humidité relative 83,5.' Là moindre, le 4, à midi, 42. La plus grande, 100, en 6 jours.
- Pluie, 47”“,9 en 88 heures, réparties en 16 jours. Plusieurs chutes de neige insignifiantes, sauf celle du 6 janvier, 0“,02 et du 26 au matin qui a donné une couche de 0m,04 sur le sol et qui aj disparu progressivement
- le jour suivant. 1 jour de grêle, 4 jours de brouillard et 2 jours de brouillard partiel.
- Température moyenne de la Marne : 2°,69. Elle a été à zéro du 4 au 6 et a atteint un maximum de 6°,28 le 22. Elle a été arrêtée et eu grande partie glacée d’un bord à l’autre le 5; elle a débâclé du 13 au 14; à cette dernière date il ne restait plus que quelques glaçons adhérents aux bords.
- Les vents ont été du sud au nord par l’est les 9 premiers jours et presque toujours du sud au sud-ouest le reste du mois ; l’intensité moyenne du vent a été beaucoup plus grande que d’habitude ; il a été très fort le 3, le 18 et surtout le 31.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de janvier 1894 présente les résultats suivants : Baromètre, plus bas de 3““,29. Thermomètre, plus haut de 0°,74. Tension de la vapeur, plus grande de 0*“,14. Humidité relative, moindre de 5. Pluie, plus forte de 13““,8. Nébulosité, moindre de 5.
- Beaucoup-de plantes donnent des signes de végétations à la fin de janvier: le Chimouanthus.frangrans couvert de fleurs très odorantes pendant tout le mois.
- PHASES DE LA LUNE : Néant.
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- Supplément à « LA NATURE » du n fécrier 1894 (rr/081)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Mal de mer. — Plusieurs aimables lecteurs ont bien voulu répondre à mon appel et me communiquer leurs idées et même leur expérience personnelle. Malheureusement, les moyens qu’ils indiquent sont un peu comme les autres et ne réussissent que dans quelques cas particuliers. Nous les signalons volontiers, mais nous sommes loin d’un traitement prophylactique donnant, sinon toujours, au moins dans la grande majorité des cas, un résultat certain. Je crois à cet égard, comme Panurge, que ce moyen consiste à pratiquer la doctrine des bons philosophes qui disent « soi promener près la mer et naviguer près la terre estre la chose la plus seure et délectable ».
- ' Un de nos lecteurs M. P. Gay, à Paris, propose d’établir à des chaises, fauteuils ou aux couchettes des cabines une suspension Cardan qui assure un équilibre stable dans les mouvements d’oscillation du navire, comme à la boussole, comme aux lampes. On a fait mieux, on a essayé jadis un bateau dont la partie centrale tout entière, destinée aux passagers, était suspendue de cette façon. L’essai ne fut pas brillant et je ne crois pas que le susdit bateau ait fait de bien nombreuses traversées. J’ai vu pour ma part, en revenant d’Algérie, une jeune femme étendue sur le pont dans un lit de . repos dont la suspension était parfaite et d'après le système Cardan. Nous n’étions pas à dix minutes du port que la malheureuse avait les nausées les plus effrayantes. La mer était, il est vrai, très houleuse.
- Un autre lecteur nous dit qu'il a toujours évité le mal de mer, même sur de petits bateaux de pèche, en cherchant à immobiliser la partie supérieure du corps dans la position droite, tandis que le bas du corps évitait tous les mouvements du navire. C’est une gymnastique, paraît-il, assez facile à suivre et qui lui a toujours réussi. La combinaison des mouvements est plus aisée quand on est assis sur un pliant ou dans un fauteuil.
- Quant aux remèdes vendus à titre de spécifique, leur composition n’étant pas connue, je n’ai rien à en dire. Beaucoup sont aujourd’hui à base de cocaïne, d’antipyrine, quelques-uns contiennent de la morphine. J)r X...
- INFORMATIONS
- —îfc— M. 0. Ehlers qui séjourne actuellement au pied du mont Gaurisankar, dans l’Himalaya,. adresse au journal allemand Hamburger Nachrichteu de curieux détails sur les Eléphants. Les observations suivantes sont fort intéressantes. Le voyageur rencontra pour la première fois dans ces lieux sauvages des Eléphants en grand nombre, et il eut l’occasion de les voir au travail. Dirigés par les (( Mahonts » (sortes de cornacs en même temps chasseurs), ils faisaient tout ce qu’on exigeait d’eux. Ils arrachaient des arbres, rompaient des branches, transportaient les troncs dans leur gueule, ou à l’aide de leurs défenses, en des endroits désignés. Au bain, ils obéissaient de même et plongeaient trois fois au commandement. Leur dressage est merveilleux. On emploie dans la contrée deux
- cents Eléphants pour la chasse. Les visiteurs du Jardin zoologique d’Acclimatation ont pu voir en 1885 et en 1886 les Eléphants amenés par les Cynghalais qui travaillaient avec une rare soumission sous les ordres de leurs Mahonts.
- —®— A Coulandon, non loin de Moulins-sur-Allier, six sarcophages en pierre du pays, munis de leurs couvercles, ont été découverts dans le jardin du presbytère. Deux d’entre eux présentent le côté de la tête incliné à 40 degrés environ, ce qui peut faire supposer que les corps ont été ensevelis assis. Le fond de chaque cercueil était formé d’une couche de sable fin. Pas la moindre trace de mobilier funéraire; les ossements étaient presque tous réduits en poussière. Aucun signe ni ornement n’était gravé ou sculpté sur ces cercueils qui sont attribués au neuvième ou au dixième siècle. Seuls, quelques débris de poteries ont soutenu cette attribution.
- —^4— Le bureau des poids et mesures de Washington a décidé, récemment, de considérer désormais les prototypes internationaux, le mètre et le kilogramme, comme des étalons fondamentaux, et de traiter, à partir du 5 avril 1894, les unités en usage aux Etats-Unis, à savoir le yard et le pound, comme les dérivés de ces étalons. Cette décision équivaut donc à une adoption formelle du système métrique des poids et mesures par le gouvernement des Etats-Unis.
- —Lorsqu’on étudie la constitution des oiseaux, on est frappé de leur grande uniformité, qui contraste avec la grande variété du plumage et de l’aspect. De nombreuses analogies ont été déjà signalées dans l’appareil de vol des oiseaux abi pennes. Parmi ces règles, il en est une nouvelle que présente M. Ch. Labrousse dans un travail sur l’étude des lois de l’aviation (Uaérophile, décembre 1893, janvier 1894) : si, à partir de l’origine de l’aile, on mesure sa longueur et la distance à laquelle se trouve son centre de surface, le rapport entre ces dimensions est constant, quelle que soit la forme de l’aile (obtuse ou aiguë). Il est égal à 0,46. Cette règle s’accuserait avec une grande fixité sur les quelques sujets examinés; mais il conviendrait, ajoute son auteur, de la contrôler par des exemples plus nombreux.
- —— Le Dr Max Wolf, d’IIeidelberg, a communiqué récemment les résultats d’expériences qui doivent intéresser les astronomes photographes. Il a trouvé que les plaques sèches gagnent en sensibilité après un emmagasinage de cinq à sept mois; après cette période, la sensibilité décroît. Il a trouvé que les plaques Lumière étaient devenues trois fois plus sensibles après cinq mois. « Les astronomes, dit-il, devront donc se garder d’admettre une même sensibilité pour des plaques d’une même émulsion employées à différentes époques. De même il leur sera très difficile de déterminer, a priori, la durée d’exposition pour obtenir des étoiles d’une certaine grandeur. L âge des plaques doit ici entrer en ligne de compte. »
- —fé— La Société des ingénieurs civils chargée de déterminer le sujet du concours pour le prix Giffard à décerner en 1896, s’est arrêtée à la question suivante : « Transmission de la puissance motrice à l’aide de l’électricité, soit aux machines-outils d’un atelier, soit aux machines d’une ligne de chemin de fer ou d’une ligne de tramways, soit aux appareils divers d’un pont, d’un navire, d’un dock, d’un chantier de travaux publics, etc. » Le candidat devra, en tête de son Mémoire, faire une revue sommaire de l’état de la question qu’il aura choisie, puis donner la description d’un travail exécuté ou d’un avant-projet susceptible d’exécution. Comme les prix précédents n’ont pas été intégralement décernés, les sommes cumulées avec le prix de 1896 atteignent le chiffre de 6000 francs.
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- Communications. — M. S. Hepites, à Bucarest, nous adresse plusieurs Notices, extraites des Annales de l'Institut météorologique de Roumanie, ayant pour titres : Revue climatologique annuelle de 1891, La prévision du temps, Le climat de Sulina d'après les observations météorologiques de 1870 à 1890, Notice historique sur l’Institut météorologique de Roumanie, La pluie en Roumanie en 1891, Le verglas du 11 et du 12 novembre 1893.
- Une abonnée, à Paris, à propos de la description de la machine à écrire Odell, que nous avons donnée dans Les Petites Inventions du n° 1079, du 3 février 1894, nous rappelle que nous avons signalé autrefois la machine à écrire Boston; le prix de cette dernière machine est aussi de 100 francs, et elle se trouve chez M. Shapiro, .11, rue Baudin.
- if. A. Rergeron, à Bordeaux, nous cite le fait de phosphorescence produite par des huîtres qu'on venait d’ouvrir; il est probable qu’il s’agit de noctiluques qui se trouvaient dans l’eau de mer que contenaient les coquilles.
- M. X., à Bischwiller, nous adresse une communication relative à notre récent article sur les causes de la chute de la foudre sur les arbres (n° 1078, du 27 janvier 1894, p. 138). Notre correspondant nous écrit que les faits signalés par nous viennent encore prouver la justesse de la théorie qu’il a émise, il y a environ dix ans, sur les propriétés et le jeu des éléments atmosphériques dans tous les phénomènes que nous pouvons observer. Notre correspondant donne des ; explications sur les éclairs, les aurores boréales et les lueurs qui se produisent au haut des Alpes.
- M. G. Ramond, à Paris, nous écrit au sujet des travaux qui viennent d’être entrepris et qui ont pour objet l’élargissement du pont de Neuilly. « Je crains fort, nous dit-il, que ces travaux ne détruisent l’effet architectural de ce pont historique. Construit par Perronet en 1787, il est le premier spécimen des ponts à poussées horizontales. L’illustre académicien, dont l’œuvre fut l’objet de critiques si vives, avait cherché à employer à la construction de ce pont des pierres de la plus grande dimension possible ; il y en a de plus de 7 mètres de longueur. Elles proviennent, en grande partie, des carrières de calcaire grossier lutétien de Taillancourt, près de Meulan. Ne pourrait-on les utiliser pour servir de soubassement à un monument élevé à Perronnét, soit à Suresnes, sa ville natale, soit près du pont de Neuilly même? Il serait au moins à désirer que les travaux en cours fussent complétés par l’érection d’une plaque commémorative résumant l’historique de ce pont justement célèbre. »
- M. H. Duhamel, à Gières, à propos de notre dernier article sur la Torpille de Fulton, paru dans le n° 1075, du 23 décembre 1893, p. 55, nous informe qu’il possède une lettre autographe de Fulton, datée du 28 mai 1811, dans laquelle celui-ci proposait à l’ambassadeur de France aux Etats-Unis ses torpilles et, en particulier, le système de chaloupe représenté page 56 de La Nature. « La vaste intelligence de l’empereur, écrivait Fulton, doit avoir fréquemment envisagé le bonheur dont le peuple jouirait si le libre usage des mers et la liberté du commerce venaient, par n’importe quel moyen, à être obtenus, et c’est mon opinion que s’il trouvait le temps d’examiner mes plans et s’il voulait bien faire lever un corps de 500 hommes avec quelque ingénieur capable pour s’occuper des machines, entreprendre d’une manière suivie les expériences et arriver à s’en servir avec adresse, il acquerrait la conviction de la facilité de détruire les vaisseaux de guerre par les moyens que j’ai proposés. »
- M. Jod, àRéthel,nous communique une Note Sur un procédé employé pour bloquer en ciment l’espace vide compris entre une pierre de fondation èt le dessous d’un bâti de pompe Boulet.
- M. X. Grimai, mécanicien, à Paris, nous adresse le Mémoire descriptif d’un brevet relatif à un modèle de wagons .pour routes. Le système proposé a pour but de diminuer les résistances au roulement, en faisant glisser les rails sur les roues, et non les roues sur les rails, comme cela a lieu dans les systèmes actuellement en usage.
- M. A. Dolmans, à Marcinelle, nous écrit que le 7 février 1894,. k 10h 45m du matin, il a entendu le chant d’une alouette, dans les campagnes de Montigny-le-Tilleul, dans la banlieue de Char-leroi. Il s’agit là d’un fait très rare à cette époque.
- MM. A. Vessier et E. Souri, à Auteuil, nous expédient trois vues photographiques, relatives à l’explosion d’une chaudière qui a eu lieu dernièrement à Boulogne-sur-Seine.
- Renseignements. — M. L. W., à Versailles, — Le coefficient d’élasticité en kilogrammes par millimètre carré est de 40 pour le fer et de 20 pour l’aluminium. La résistance spécifique électrique à 0 degré est de 9,636 michroms-centi-mètres pour le fer recuit et de 2,889 pour l’aluminium recuit.
- M. A. Cordebart, à Angoulême. — Il n’existe pas de publication spéciale sur ce sujet; il y a eu quelques articles dans les journaux, mais ils ne sont pas très complets.
- M. H. Declerq, à Dijon. — 1° Nous avons répondu à cette première question dans la Boite aux lettres du n° 1079, du 3 février 1894. — 2° La librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris, a édité plusieurs ouvrages sur ces questions. — 3° Cet appareil n’existe pas.
- M. A. Gocagne, à Neufchâtel-en-Bray. — Aucun journal de ce genre n’a été publié jusqu’ici.
- M. P. Coutin, à Paris. — MM. Lumière, à Lyon, fabriquent des pellicules à rouleaux.
- Un abonné, à Rome. — Le diviseur instantané décrit dans le nu 1020, du 17 décembre 1892, p. 44, se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- M. Vanderberg, à Courtrai. — Toiles métalliques pour blutoirs : M. Touaillon fils, 72, boulevard Sébastopol, à Paris.
- M. L. Scandroglio, à Legnano. — Adressez-vous ii la Compagnie française du Celluloïd, 11, rue Bailly, Paris.
- M. L., à Rouen. — Consultez le Tanneur, Corroyeur et Hongroyeur, par M. Maigne, Manuels Roret, à la librairie encyclopédique de Roret, 12, rue Hautefeuille, à Paris. 1
- M. A. C.,h Paris. — Adressez-vous à la maison P. Rousseau, 17, rue Soufflot.
- Un Vendéen, à la Roche-sur-Yon. — Confetti en gros : M. Th. Lévy, 17, rue Sedaine, à Paris.
- M. X., à Grenoble. — Journal anglais Nature : MM. Macmillan and C°, 29, Bedford Street, London, W. C.
- Plusieurs lecteurs nous demandent le prix de VAlbum d’hip-piatrique, dont il a été question dans notre numéro du 10 février. Cet album coûte 50 francs.
- Questions. — N° 1332. — M. Zürcher, à Toulon, désire connaître un liquide qui soit dissolvant commun du caoutchouc et de la gomme laque.
- N° 1353. — JT. E. D., demande s’il existe un procédé pour donner aux tuiles neuves, dont le ton est d’un rouge vif, l’aspect de vieilles tuiles.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Talobre, à Issoire. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. Doâzah, à Saint-Omer. Nous avons reçu votre communication que nous utiliserons prochainement. — M. E. Dansaert, à Bruxelles. L’adresse ue vous demandez a été donnée en tête de la Boîte aux lettres u numéro même qui contient la description de l’appareil. — M, Ch. de Blumencron, à Vienne. Les résultats de ces expériences ne sont pas eneore publiés. — M. E. Dupont, à Genève. — Il serait nécessaire d’avoir une description détaillée de cette pile pour porter un' jugement ; nous n’avons aucun renseignement à cet égard. — M. M. Laille, à Tunis. Nous avons déjà cité un grand nombre de faits analogues. Remerciements pour votre intéressante communication. — M. A. L., à Paris. Il faudrait faire des essais de laboratoire pour, vous répondre. — Un abonne’, à Paris. Vous trouverez les renseignements demandés dans le présent numéro. — M. Ch. Terrasson,-au Puy. Il vous a été répondu dans notre dernière Boîte aux lettres. — M. P. Gay, à Paris; M. le vicomte des G., à Paris; M. le comte de R., à Paris. Tous nos remerciements pour vos communications qui ont été adressées au Dr X. — M. Wautier, h Bruxelles. Regrets de ne pouvoir vous, renseigner. — M. R. F., à Cognac. Toutes les substances qui tueront les souris tueront aussi les oiseaux.
- Il n’y a pas de remède à vous indiquer. — M. L. Dupuy, à Tou-, louse. Renseignez-vous à l’adresse que nous avons indiquée en Note au bas de la page. — M. L. Marissiaux, à Avesnes. Voyez les Recettes et procédés utiles, 2° série, à la librairie G. Masson. — M. Saràh, à Fresnes. Consultez les Recettes et jjrocédés utiles, lre série, à la même librairie que ci-dessus.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications'. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Bouche-serrure. — Nous allons faire connaître à nos lecteurs un objet très ingénieux qui ne permet plus aux voleurs de crocheter les serrures. Cet objet a la grandeur d’un porte-crayon; nous le représentons dans le n° 1 de la figure ci-dessous. En poussant le bouche-serrure dans la serrure que
- Protège-serrure de sûreté,
- l’on veut protéger, l’extrémité mobile, qui est à ressort, s’adapte dans la tige et il suffit de tourner à gauche pour dévisser là partie supérieure du tube que l’on tient à la main. Le n°2 montre l’introduction du tube dans la serrure. Quand on a dévissé la partie supérieure du tube, il reste dans la serrure un tube que personne ne peut enlever et qui empêche l’introduction d’une clef. Un voleur est donc impuissant à se servir d’une fausse clef, et notre dessinateur a représenté le dépit du voleur dans le n° 3 de la gravure. Quand vous rentrez, la partie supérieure du tube cylindrique que vous avez gardée dans votre poche, est vissée à la partie inférieure restée dans la serrure; il suffit de tourner à droite pour retirer la partie inférieure du tube, et votre serrure a repris sa liberté. — Cet objet se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, Paris.
- Canif-grattoir & lime. — Ce petit canif est représenté par les deux figures de gauche de notre gravure. C’est un canif à deux biseaux; l’un d’eux sert de lime comme le montre
- Canif-grattoir et grattoir triangulaire.
- notre dessin du milieu. Le canif est courbe et remplace le grattoir. A droite de notre gravure est représenté un grattoir triangulaire à trois tranchants ; ce grattoir se recommande par la qualité extra de l’acier, et la force de la trempe qui permet de gratter avec cet instrument la pierre lithographiquè et les feuilles d’acier (on peut essayer cette trempe en traçant un trait sur une vitre, comme avec un diamant). En outre, la présence de trois tranchants, en un seul grattoir, en fait un instrument de durée et d’économie très réelle. Ces objets se trouvent : le canif grattoir chez M. G. Bufaumène, 94, boule-
- 1 La description des.appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- vard Sébastopol, à Paris, et le grattoir triangulaire chez M. Fortin, papetier, 59, rue des Petits-Champs, à Paris.
- Lampe de poche. — Cette petite lampe de poche qui comprend simplement une bougie poussée par un ressort, est très ingénieuse. Fermée, elle ne mesure que 9 centimètres de hauteur, c’est-à-dire qu’elle se met facilement dans la poche-Ouverte, son enveloppe vient former réflecteur et protège la flamme des mouvements de l’air; elle est munie de deux petits-
- Petite lampe de poche et de voyage, articulée avec réflecteur. I
- crochets permettant de l’accrocher à son paletot pour lire en' chemin de fer. Les figures ci-dessus font comprendre le dispo-i sitif de l’appareil. Le n° 4 montre la lampe fermée ; le n° 2 la fait voir lorsqu’elle est ouverte et prête à être accrochée à l’habit. La figure de droite indique le mode d’emploi. — Se’ trouve chez M. E. Mathieu, 2, Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Le diviseur d’eaux pluviales. —J’ai lu dans un récent numéro de La Nature l’article De l’eau pure partout (Vov. n" 1076, du 13 janvier 1894, p. 103). Permettez-moi, à ce sujet, de vous décrire un appareil de ce genre que j’emploie depuis quinze ans ; s’il n’est pas aussi élégant et aussi précis que celui de M. Roberts, en revanche il n’est pas compliqué et est à la portée de tout de monde. J’en ai trouvé la description sous le titre : « diviseur d’eaux pluviales » dans le Cosmos, je crois (dirigé alors par l’abbé Moigno), et ai noté de suite le cro-
- Fig. 1, 2 et o.— Diviseurs d’eaux pluviales. — 1. Vue de face.— 2. Coupe à hauteur du fond B. — 5. Modification apportée par l’auteur au modèle.
- quis sur mon carnet (fig.l et 2). Un simple baril de dimension' plus ou moins grande, suivant le toit dont on doit recueillir les eaux (on verra tout à l’heure pourquoi), défoncé par en haut et pourvu aux deux tiers de sa hauteur d’un autre fond B muni dans son milieu d’une ouverture 0; un plateau rond en bois C, libre, et enfin une ouverture D assez large et fermée par une bonde, voilà tout l’appareil. Maintenant supposons-lé vide, et qu’une pluie survienne. L’eau arrive du toit par le tuyau A et tombe au fond du baril ; au fur et à mesure qu’elle arrive, elle monte nécessairement, et le plateau flottant G monte à sa surface; il
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- s£ présente un moment où l’eau remplissant tout le bas du baril, le flotteur C vient s’appliquer contre le fond B et bouche hermétiquement le trou 0. L’eau continuant à arriver reste au-dessus du fond B et finit par s’écouler dans la citerne par le conduit E. Cette eau est propre, puisque la première eau tombée qui a lavé le toit est emprisonnée dans le bas du baril. J’ai dit tout à l’heure qu’il fallait un baril de dimension variable suivant la surface du toit. En effet, plus cette surface sera grande, plus le baril devra être grand pour avoir dans le bas une capacité suffisante pour capter l’eau qui aura servi à le laver. La pluie finie, on ôte la bonde D pour laisser écouler l’eau sale ou l’employer suivant les cas (le trou doit être assez grand pour qu’à
- l’automne les feuilles mortes puissent facilement partir). On remet la bonde, et l’appareil est de nouveau prêt à servir. Pour mon usage personnel je n’emploie pas de barils, car l’été, "au soleil, s’il n’y a pas d’eau dedans, ils se disjoignent. J’ai simplement fait faire par mon ferblantier autant de récipients cylindriques en zinc que j’ai de toits (fig. 3) et de capacité en rapport avec ces toits. Le flotteur C est seul en bois et la bonde I) est remplacée par un gros bouchon à vis en cuivre. Voilà quinze ans que mes appareils servent et j’en ai toute satisfaction; aussi les ai-je recommandés à tous mes amis qui s’en trouvent bien aussi. C" de Landreville,
- Au château de Monsures, à Conty (Somme).
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE ' VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 5 février . . . 5%1 S. S. W. 1. Couvert. 0,6 Couvert; pluie de 2 à 3 h.
- Mardi 6 6°,5 S. W. 1. Couvert. 0,0 Beau à 4 h.; couvert le reste du temps; pluie fine de 8 h. 30 à 9 h. 30.
- Mercredi 7 8”,1 S. W. 2. Couvert. 0,3 Couvert-; quelques traces de bruine.
- Jeudi S 9*,1 S. W. 2. Couvert. 0,0 Couv. le matin, presq. couvert le s.; pluie fine de 8 à 10 h. 1/2.
- Vendredi 9 5*,0 S. S. W. 2. Nuageux. 0,4 Très nuageux ; gelée blanche.
- Samedi 10 8%9 S. W. 3 Presque couvert. Presq. couv. le m., très nuag. le s ; plusieurs averses entre 1 h. et 4 h.
- Dimanche 11 9V-1 S. W. 4. Couvert. 1 Presq. couv.; quelques gouttes dans la soirée.
- FEVRIER (894. -- SEMAINE DU LUNDI 5 AU DIMANCHE 11 FEVRIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- f
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La répartition des orages sur le globe. — Les orages sont répartis d’une façon fort peu uniforme sur la surface du globe terrestre. Le Cosmos mentionne à ce sujet que l’endroit du globe où le tonnerre gronde le plus souvent semble être Java, où l’on compte 97 jours plus ou moins orageux par année. Après Java vient Sumatra, avec 86 jours; puis l’Hindoustan, avec 56; Bornéo, avec 54; la Côte-d’Or, avec 52; et Rio-de-Janeiro, avec 51.
- En Europe, le nombre des jours orageux par année est de 28 en Italie, 25 en Autriche, 22 'dans le Grand-duché de Bade, le Wurtemberg et la Hongrie; 21 dans la Silésie, la Bavière et la Belgique; 17 ou 18 dans la Hollande, la Saxe et le Brandebourg; 16 dans la France et le sud de la Russie, 7 dans la Grande-Bretagne et la Suisse; 4 dans la Norvège, 3 au
- Caire. Dans le Turkestan oriental et dans les régions polaires, les phénomènes orageux sont extrêmement rares. Il y a même des pays où les phénomènes atmosphériques électriques ne se manifestent jamais.
- La limite septentrionale de la ligne où l’on entend le tonnerre passé parle cap Ogle, l’Islande, Novaja-Semlya (Nouvelle-Zemble), et la côte de la mer de Sibérie. Au delà, jamais l’éclair ne sillonne les nues.
- I.a pluie en Saxe. — Notre confrère Meteorologische Zeitschrift du mois de décembre 1893 dit que la plus grande pluie qui est tombée en Saxe depuis nombre d’années a été la pluie du 10 juillet 1886 qui a atteint k l’una 15ôm“,l. On a observé comme maximum à Dresde, de 1866 à 1890, une quantité de 102“”,3 en un jour au mois de juillet ; à Reitzenhain, à 772 mètres au-dessus du niveau de la mer, le 5 octobre 1889, on a recueilli 60 millimètres d’eau. Le professeur Paul Schreiber èstime que le maximum en Saxe doit être évalué à 60 millimètres de pluie par heure.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le o, à 9 h. 55 m. du soir.
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- J» Supplément à « LA NATURE » du 24 féorier 1894 (tr 1082)
- Publié sous la direction de M. GASTON T1SSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres i> doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Stérilisation du lait. — La Nature a déjà indiqué un certain nombre de moyens et d’appareils pour amener la stérilisation du lait par pasteurisation (chauffage à 75 degrés et refroidissement immédiat) ou par ébullition à l’abri de l’air. Le meilleur procédé est évidemment la division du lait en petits flacons de 100 à 150 grammes que l’on fait chauffer au bain-marie et que l’on bouche par le procédé de Gentile. (Voy. La Nature, du 11 février 1895.) Mais le système, si simple qu’il soit, peut encore paraître compliqué à bien des gens. Pour essaver de forcer en quelque sorte les nourrices ou mamans à
- ne se servir que de lait stérilisé, M.Le-gay a imaginé un appareil très ingénieux, simple et peu coûteux. 11 est parti de ce principe que si l’on introduit du lait dans un récipient, construit à la façon d’un thermomètre, il sera facile de faire servir la dilatation du liquide à l’indication de sa température, l’air comprimé empêchera, d’autre part, toute déperdition de vapeur. Son appareil se compose d’une sorte de casserole fermée métallique A à poignée, d’une contenance d’un demi-litre ; sur la
- fiartie supérieure, une étroite ouverture, comme dans une ampe, sur laquelle se visse un tube B en verre épais, marqué de deux graduations, 85 degrés, 106 degrés. Une monture en baïonnette G assure, en comprimant une rondelle de caoutchouc, la fermeture hermétique. Le lait est introduit dans l’appareil, le tube vissé, et l’on porte le tout dans un bain-marie. Quand le lait chauffé vient affleurer le trait marquant 85, il est pasteurisé; voulez-vous être assuré d’une stérilisation parfaite, il faut qu’il atteigne le trait supérieur, 106. Mais dans ce cas, il faut que le hain-inarie contienne une solution saline, le simple sel de cuisine, par exemple. On fait refroidir rapidement le récipient dans de l’eau fraîche et on ne dévisse le tube qu’au moment où l’on veut remplir le flacon destiné à servir de biberon. Inutile de dire que ce flacon doit être passé à Feau bouillante à chaque fois. Le lait stérilisé se digère bien ; sa teneur chimique n’est pas sensiblement modifiée. On peut
- faire à ce petit appareil un reproche ; c’est de laisser le lait en vidange et, partant, exposé à une altération rapide, si l’on n’a pris le soin de bien fermer l’orifice, une fois la dose voulue retirée. Mais il est simple, peu compliqué et peut être employé dans les petits ménages. Dr X...
- INFORMATIONS
- —^— Le nouveau croiseur de la marine américaine, le Columbia, a réalisé, aux essais pratiqués au large de Boston, une vitesse moyenne de 22,81 nœuds par heure sur un parcours de 81 kilomètres. La vitesse moyenne a été de 25,3 nœuds sur un parcours de près de 8 kilomètres; cette vitesse est exceptionnelle pour les grands navires et n’a été dépassée que très rarement par les torpilleurs. Le Columbia mesure 125. mètres et demi de longueur sur 18 mètres de largeur maxima ; il a un tirant d’eau de 7‘",32. Son appareil de propulsion se compose de trois hélices en bronze de 4m,72 (hélice centrale) et 4m,57 (hélices latérales) de diamètre. Les trois machines sont du type compound ; leur vitesse maxima a été de 188 tours par minute. A ce taux, la puissance totale fournie était de 21 500 chevaux. Le Columbia porte 4 canons de 100 tonnes et 24 canons de calibre inférieur.
- —$£— Le Bulletin de la Société française de photographie qui vient de paraître, publie le procès-verbal d’une bien intéressante séance de la Société. M. Janssen, qui terminait sa troisième année de présidence, a cédé le fauteuil à M. Marey qui vient d'être élu président; l’éminent astronome a félicité son confrère de l’Institut de ses magnifiques travaux qui ont enregistré les mouvements des animaux et de l'homme. Après des remerciements adressés à la Société par M. Marey, M. Davanne a prononcé quelques paroles éloquentes.et il a fait remarquer avec raison que « si le grand but de la Science est la recherche du vrai, la Photographie en est la constatation. »
- —Une découverte archéologique très importante vient d’être faite à Locmariaquer par les soins de la Société polymathique du Morbihan. Un cirque romain, le seul trouvé en Bretagne jusqu’à présent, vient d’être mis à jour. Le cimetière de Locmariaquer occupe à peu près le centre de ce cirque : des vases en terre, une médaille, des cornes d’élan et de nombreux ossements d'animaux ont été recueillis dans les fouilles qui continuent; tous ces objets présentent un grand intérêt. Des démarches sont faites pour que l’Etat devienne acquéreur de la découverte.
- —Nous venons de recevoir les premières livraisons d’un journal bi-mensuel qui nous paraît très pratique pour les amis de l’intérieur et du chez soi. Ce journal se nomme Le Pot au feu. Il publie d’excellentes recettes de bons plats, il traite des questions qui intéressent la famille, telles que la revaccination, le danger de la respiration des Heurs ; il donne des exemples de bons menus, et recommande tout ce qui peut faciliter la bonne direction du ménage. Le directeur est M. Fernand Honoré.
- Dans la biographie que nous avons publiée de M. Fremy, nous avons parlé des résultats qu’il avait obtenus en collaboration avec M. Verneuil pour la production artificielle du rubis. Des travaux antérieurs avaient été exécutés par M. Fremy avec la collaboration de Charles Feil, que la mort a prématurément enlevé à la science. Nos lecteurs pourront se reporler à nos Notices précédentes résumant les premières et remarquables expériences de MM. Fremy et Feil (année 1877).
- Appareil pour stériliser Je lait.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. —Pour ce qui concerne la Trousse-Etuve décrite dans la précédente livraison, s’adresser à M. le Dr Quintard, 5, rue Hanneloup, à Angers. — Le Tropique se trouve à l'Agence anglo-française, 24, rue du Quatre-Septembre, à Paris; Y aérateur Corclier, chez M. Cordier, 350, rue Saint-Honoré, à Paris. — La construction du photomètre Charles-Henry se fait à la Société centrale de produits chimiques, 42, rue des Ecoles, à Paris; le constructeur du photomètre Mascart est M. Pellin, 21, rue de l’Odéon, à Paris.
- Communications. — MM. F. Colliex et Oddos, ingénieurs à Lyon, nous font parvenir une brochure contenant un Rap-ort technique sur l’utilisation des chutes de la Valserine au-essusde Châtillon-de-Michaille (Ain), pour production de force motrice. Cette Notice a été éditée par M. J. Gallet, 2, rue de la Poulaillerie, à Lyon.
- M. Cousin, à Domfront, à propos de notre dernière communication sur le pont de Neuilly (Boîte aux lettres du n° 1081, du 17 février 1894), nous écrit qu’il existe des pierres de parapets de pont encore plus longues. H a eu l’occasion de mesurer deux pierres qui forment la partie la plus élevée au sommet du parapet d’un pont entre Dax et le faubourg du Sablar; elles ont toutes deux plus de 9m,50 de longueur.
- M. E. Brochon, à Paris, nous envoie une brochure qui a pour titre Paris-Port de Cabotage et qui contient, dans les premières pages, des lettres de l’amiral Reveillère et de M. A. Humbert. L’auteur préconise une solution qui consiste à créer à Paris un port de cabotage. Cette solution, d’après lui, présente le grand avantage de pouvoir être réalisée en quelques mois et sans fortes dépenses. Cette Notice est en vente aux bureaux de la Marine de France, 15, rue Marsollier, à Paris.
- M. le Dc Magitot, à Paris, nous transmet la première livraison de la Revue mensuelle de stomatologie. Ce bulletin paraît périodiquement à la librairie G. Steinheil, 2, rue Casimir-Dela-vigne, à Paris.
- Renseignements. — M. K. de Bony de Lavergne, à X. — 1° Pour composer la matière active des accumulateurs électriques, on forme une pâte avec le minium et la litharge et de l’eau légèrement acidulée sulfurique; il est ensuite nécessaire de comprimer la matière dans les quadrillages. — 2° Vases pour accumulateurs : MM. Doulton et C°, 6, rue de Paradis, à Paris, MM. Legras et Cio, aux verreries de Saint-Denis (Seine). — 3° Les éditeurs de cet ouvrage sont MM. Gauthier-Villars et fils. — 4° Remerciements pour votre communication.
- M. E. V., a Chalon-sur-Saône. — 1° Il y a lieu de vérifier l’état d’isolement de la ligne. — 2° La pile Leclanché est ordinairement employée dans les installations de ce genre.
- M. J. F., h Paris. — Vous trouverez de semblables appareils au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch.
- M. C. GrechBey, à Ney-Hammadi. — Bascules enregistreurs Chameroy, 147, rue d’Allemagne, à Paris.
- M. Cailliot, à Montdidier. — Adressez-vous directement à M. Heilmann, 30, rue de Grammont, à Paris ; il pourra vous envoyer une brochure descriptive qu’il a publiée.
- M. V. Basilewsky, à Nice. — M. Crookes a publié des Mémoires originaux dans le Bulletin de la Société royale d'Angleterre. La Nature a donné aussi plusieurs articles sur le radiomètre et les travaux de M. Crookes dans le n° 125, du 23 octobre 1875, p. 323 et dans le n° 160, du 24 juin 1876, p. 60. Des communications nombreuses ont également été faites sur cet appareil à l’Académie des sciences dans le deuxième semestre de l’année 1876; les comptes rendus renferment à ce sujet des Notes très intéressantes. Vous pourriez enfin consulter le traité de physique de MM. Jamin et Bouty, à la librairie Gauthier-Villars.
- M. A. de Mendonça, à Angra do Heroismo. — Consultez le
- tome II du précis de Chimie industrielle de Payen, à la librairie Hachette, à Paris.
- Un abonné, à Constantinople. — 1° Pour mesurer la déclinaison en un point donné, il faut faire usage d’une boussole de déclinaison. Des cartes contenant les valeurs absolues des éléments magnétiques ont été dressées pour la France par le Bureau central météorologique de France; mais nous ne croyons pas que des publications semblables aient été faites dans vos contrées. — 2° Vous trouverez des renseignements dans les traités de marine, à la librairie Berger-Levrault, 5, rue des Beaux-Arts, à Paris.
- M. Louis, à Cosnes. — II faudrait demander des devis à la Société YEclairage électrique, 250, rue Lecourbe, ou à la maison Sautter Harlé et C‘% 26, avenue de Sufïren, à Paris.
- M. le comte G. de Voisins, à Marseille. — Pour assurer la conservation de ces graines, vous pourriez essayer le procédé employé ordinairement pour le blé lorsque la moisissure apparaît. Il consiste à laver les grains de temps à autre dans une eau bouillante rendue légèrement alcaline par une faible dose de soude ou de potasse ; on les laisse tremper une demi-heure en les remuant, on les lave ensuite à l’eau froide et on les sèche à l’air libre.
- M. A. Weber, à Paris. — L’autorisation n’est plus nécessaire ; la plaque indicatrice est utile.
- M. P. Dubut, à Anvers. — Nous ne pensons pas que vos objections soient fondées ; toutefois vous pourriez les soumettre au constructeur.
- M. Ed. Fournier, à Sérignan. — La Nature a donné une description très complète de l’injecteur Giffard dans le n° 474, du 1er juillet 1882, p. 65.
- M. Berthelemy, à Paris. — Nous vous recommandons les plaques Lumière, marque bleue extra-rapide.
- M. P. Ancher, à Reims. — 1° Vous trouverez des lampes Gérard à la Société anonyme d’électricité, 39, avenue Marceau, à Courbevoie. — 2° Ces appareils donnent de bons résultats.
- M. Gerster, à Berne. — Votre communication est fort amusante, mais nous l’avons déjà donnée dans La Nature. Elle a été reproduite également dans notre petit livre des Recettes et procédés utiles, 2e série.
- M. H. Boux, à Ancenis. — Veuillez consulter les catalogues de la librairie G. Masson.
- M. E. Ivoy, à Courbevoie. — Adressez-vous directement au Dr Madeuf, 46, rue de l’Arbre-Sec, à Paris.
- M. F. Tanchon, à Paris. — Les vitesses que vous indiquez sont beaucoup trop élevées; les trains les plus rapides ne font pas plus de 90 kilomètres à l’heure.
- Réponses. — N° 1333. Enduit pour tuiles. — Un procédé qui donne parfaitement aux tuiles neuves l’aspect des vieilles tuiles et qui a l’avantage d’être très économique, consiste à badigeonner les tuiles, bien sèches, au moyen d’un gros pinceau de maçon avec du noir de fumée délayé dans de l’eau. Les tuiles absorbent le liquide avec avidité, et la teinte obtenue résiste à toutes les intempéries. Un essai sommaire indique la proportion de noir de fumée à employer. Pour éviter l’uniformité et mieux imiter la teinte de vieilles tuiles, on pourra peindre une certaine quantité de tuiles deux fois, d’autres trois fois. (Communiqué par M. Ed. Frauger, ingénieur civil, à Guebwiller).
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Ch. Belot, à Bruxelles. Votre question est une question de droit plus que de science: nous ne saurions vous répondre. — M. A. G., à Bordeaux. Il est très difficile de débarrasser les peaux de leur odeur; nous ne connaissons pas de procédé. — Un abonné, à Paris. Il faudrait essayer si un vernis à la gomme laque pourrait convenir. — M. Fournier, à Marseille. Il n’y a pas de constructeur; il faut fabriquer soi-même ce petit appareil. — M. Girard, à Bordeaux. Il est nécessaire de faire l’analyse chimique de la substance pour connaître sa composition. — M. A. R., à L. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie G. Masson. — M. A. Lima, à Seixal. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de physique appliquée aux sciences naturelles. — M. H. Becquerel, professeur, membre de l’Institut, ouvrira ce cours le vendredi 23 février 1894, à 1 heure de l’après-midi, dans le grand amphithéâtre, et le continuera les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine.
- Dans la « Boîte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Pots & colle. — Les pots à colle sont nombreux, mais ils offrent parfois des inconvénients dans leur emploi. En voici deux qui sont, chacun dans leur genre, très pratiques. Le n° 1 représente la colle en flacon-éponge, le flacon est muni d’un couvercle métallique que l’on dévisse, et qui recouvre
- Pots à colle. — i. Flacon-éponge. — 2. Essuie-pinceau.
- une éponge. On revisse le système et on renverse le flacon sens dessus dessous pendant un quart d’heure environ, la colle étant arrivée dans l’éponge, elle s’y maintient jusqu’à épuisement. Pour se servir de l’appareil, on frotte l’éponge sur le papier à coller comme le montre le n° 1. Le pot à colle représenté n°2 a cela de particulier qu’un fil métallique traverse le goulot ; ce fil tendu sert à frotter le pinceau quand on le retire de la colle ; par ce frottement on fait tomber l’excès de liquide et le pinceau n’est pas trop imbibé. — Ces deux pots à colle se trouvent au Comptoir des spécialités brevetées, chez M. Renaud, 86, rue du faubourg Saint-Denis, à Paris.
- Brosse à moustaches. — Nous offrons la description de l’appareil ci-dessous à ceux de nos lecteurs qui ont des moustaches les gênant parfois parce qu’elles tombent sur les lèvres. Ce système consiste en une petite boîte métallique que représente le n° 1 de notre figure. Quand on presse cette boîte
- Brosse à moustaches. — 1. La brosse fermée. — 2. La brosse ouverte.
- aux deux extrémités entre les doigts, un ressort ouvre le couvercle et fait sortir une brosse, qui peut servir à aligner les moustaches, ou même à brosser les cheveux. La brosse se renferme dans sa boîte, qui n’est pas plus grande qu’une boîte d’allumettes. Cet objet est très commode pour le touriste en voyage, pour les officiers en campagne. Il se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- I manoscritti di Leonardo da Vinci. Codice sul volo degli uccelli e varie altre materie (Les Manuscrits de Léonard de Vinci. Traité sur le vol des oiseaux), publié avec préface par Théodore Sabachnikoff. Transcription et notes de G. Piu-mati. Traduction en langue française de C. Ravaisson-Mol-lien. Un volume petit in-folio. Ed. Rouveyre, éditeur, Paris.
- L’illustre peintre Léonard de Vinci, qui était poète, musicien, sculpteur, avait encore toutes les qualités de l’intelligence d’un
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- homme de science. Anotomiste, physicien, chimiste, botaniste, géologue, géographe, ingénieur, mathématicien, on peut le considérer comme un des précurseurs de Galilée et de Bacon. Les manuscrits du Maître n’ont été connus pendant longtemps que par quelques érudits. Des ouvrages ont été entrepris dans ces dernières années par MM. Ch. Ravaisson-Mollien et M. Luca Beltrami. La publication des nombreux manuscrits restés inédits, préparée et entreprise par M. Th. Sabachnikoff, paraît actuellement. Ces manuscrits qui vont être présentés au monde savant, aux amateurs érudits et aux artistes, contiennent des trésors de science et d’art et révèlent des aspects, non pas absolument ignorés, mais plutôt devinés que connus <t de ce génie le plus universel et le plus complet de la Renaissance italienne ». Leur reproduction, grandeur nature, d’après les documents originaux, sera accompagnée d’une double transcription, de Notes critiques et explicatives et d’une traduction française. Le premier de ces documents inédits, dont l’impression vient d’être achevée, est le manuscrit connu sous le nom de : Traité sur le vol des Oiseaux. Ce traité de Léonard, dont nous reproduisons ci-dessous quelques croquis originaux, n’est pas uniquement consacré au Vol des Oiseaux, étude dans laquelle on pressent que cette intelligence prodigieuse avait conçu la possibilité de faire voler l’homme dans les airs. D’autres matières y sont étudiées et on y trouve des recherches scientifiques et des Notes techniques, accompagnées de nombreux dessins ou figures démonstratifs. Chaque exemplaire de ce beau livre, édité avec les plus grands soins, imprimé sur papier vergé de Hollande et relié en parche-
- Croquis de Léonard de Vinci sur le vol des oiseaux.
- min renferme un véritable fac-similé du manuscrit original de Léonard de Vinci. Ce fac-similé a été reproduit avec une telle perfection qu’il est presque impossible de le distinguer de l’original. Nous félicitons M. Th. Sabachnikoff, le publicateur des Manuscrits restés inédits de Léonard, de la belle et scientifique publication qu’il a résolu de mener à bien. Elle contiendra, outre le volume dont nous venons de nous occuper, ceux qui seront formés des incomparables et merveilleux manuscrits conservés en Angleterre, les uns au British et au South Kensington Muséum, les autres dans la bibliothèque particulière de Sa Majesté la Reine, en son château royal de Windsor. Voilà un bel ouvrage que tous les amateurs et les savants voudront avoir dans leur bibliothèque.
- Construction du navire, par À. Croneau, ingénieur des constructions navales. 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Statistique de la production des gîtes métallifères, par L. de Launay, ingénieur au corps des mines, professeur à l’Ecole supérieure des mines. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- L’électricité et la défense des côtes, par Georges Dary. 1 vol. in-18 de Y Encyclopédie électrique, avec une préface de M. le contre-amiral Reveillère. — Paris, A. Grelot, éditeur, 1894. Prix : 5 francs.
- La photographie dans les appartements, par Albert Reynei:.
- 1 vol. in-16 avec 2 phototypies hors texte et 25 figures dans le texte. — Paris, Bernard Tignol, éditeur.
- Vade-mecum du photographe amateur. 1 vol. in-18. E. Flamant, éditeur, 15, rue de la Pépinière. — Paris.
- Annuaire de l'Observatoire royal de Belgique, par F. Folie, directeur de l'Observatoire, 1894, 61* année. — Bruxelles, F. Rayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.
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- Conférences publiques sur la photographie au Conservatoire national des arts et métiers, organisées en 1891-1892 par le Directeur de l’établissement. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1893.
- Traité de photographie à l'usage de l’amateur débutant, contenant un choix des meilleures formules toutes essayées par l'auteur, par H. Dibon. 1 vol. in-16. — Avignon, Seguin frères1, imprimeurs-éditeurs, 1893. Prix : 2 francs.
- Almanach du poiré et du cidre pour 1893, par Eugène Vimont, directeur du Cidre. 1 vol. in-16. 2° année. — Paris, imprimerie du journal Le Cidre, 33, x’ue Jean-Jacques Rousseau. Prix : 1 franc.
- Des excursions et ascensions d'hiver dans la montagne, par
- G.-C. Paris, 1 vol. in-16 avec gravures de la Bibliothèque alpine militaire. — Grenoble, Xavier Drevet, éditeur. Prix : 1 franc.
- Petit Mémorial-agenda des électriciens. Renseignements techniques extraits du Formulaire de VElectricien, de l'Agenda Oppermann et de l'Annuaire des Longitudes. 1 vol. in-18, 1894. — Paris, L. Boudreaux.
- Détermination des vitesses vêlocipédiques. Vélographe, par le général le Boulengé. 1 petit vol. in-18. Edité par Le Cycliste belge illustré, 30, rue du Pélican. — BruxeUes, 1894. Prix : 3 francs.
- Théorie des projecteurs électriques, par A. Blondel, ingénieur des ponts et chaussées. 1 brochure in-8°. — Paris, A. Lahure, imprimeur-éditeur, 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49m,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 12 février. . . 8\i W. S. W. 4. Presque couvert. 0,7 Très nuageux; gouttes, puis pluie de 5 à 7 b. 1/2 et à 8 h. 45.
- Mardi 13 4*,1 \V. 3. Couvert. 4,5 Nuageux jusqu’à 20 b., beau ensuite ; pluie de 2 à 4 h. et à 7 b. 1/2-8 b. av. quelques grains de neige. Nuageux de 7 à 21 b. ; beau avant et après.
- Mercredi 14 —1*,8 S. 2. Presque couvert. 1,0
- Jeudi 15 ~o*,i S. S. E. 0. Très nuageux. 0,0 Très nuageux ; halo.
- Vendredi 16 0%5 S. 2. Peu nuageux. 0,0 Très nuageux; gelée blanche; halo.
- Samedi 17 0‘,8 N. E. 0. Couvert. 0,0 Couvert ; gouttes l’après-midi ; petite pluie à partir de 20 h. ; gelée blanche.
- Dimanche 18 0\5 E. N. E. 1. Couvert. 1,9 Couv, jusqu'à 7 h., puis peu nuageux; beau apr.-midi; gelée blanche ; petite pluie jusqu’à 5 h.
- FÉVRIER 1894. -- SEMAINE DU LUNDI 12 AU DIMANCHE 13 FÉVRIER
- | Lundi | Mardi | Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi | Dimanche
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempêtes dans les Pays-Bas et en Allemagne. — Une
- furieuse tempête de sud-ouest s’est déchaînée sur les Pays-Bas pendant les journées du 11 et du 12 février dernier; dans la nuit surtout le vent a été très violent. De tous côtés on a signalé des accidents, vitres brisées, toitures emportées, arbres déracinés, etc. On a malheureusement eu à déplorer la mort de plusieurs personnes. En quelques endroits des digues ont été renversées par les eaux et des contrées entières ont été submergées, ainsi que des tourbières et des prairies. A Wœrden, l’une des flèches de la tour de la nouvelle église catholique, achevée depuis deux ans seulement, a été enlevée. A Bois-le-Duc, une grande partie de Ja toiture de la cathédrale Saint-Jean a été renversée. Au nord du phare de l’ile de Marken, une barque a sombré; cargaison et équipage ont disparu. Le service des bateaux entre Stavorenet Enkhuizcn a dû être interrompu.
- La même tempête a été observée à la même date du 12 février, en Allemagne, à Künigsberg et à Berlin. Le vent a soufflé avec violence dans la
- première de ces villes. La pluie est tombée en très grande abondance et a fait grossir Ja Pregel, qui a inondé les rues basses ae la ville et menacé le pont Gruene Bruecke, où la circulation a dû être interdite pendant plusieurs heures. La rupture d’une digue a amené l’inondation du Neffen Garten. A Neu-Brandenburg, le nouveau clocher de l’église Saint-Jean a été détruit par l’ouragan. Toute la partie située au-dessus du toit de l’église a été renversée. Elle est tombée sur le mur du pignon oriental nouvellement construit, et en a enlevé deux morceaux, dont les fragments ont été jetés de différents côtés. Le toit de l’église a été sérieusement endommagé. Personne n’a été blessé. A Adatnsdorf, près de Penzlin, une grange derrière laquelle de jeunes écoliers avaient cherché un abri a été abattue par l’orage, et les enfants ont été ensevelis sous les décombres.
- A Berlin, l’ouragan a arraché l’inunense toiture de la gare de Stettin. Cet accident s’est produit à 1 heure du matin, après l’arrivée du dernier train. Un employé a été grièvement blessé. La petite gare de Rummels-burg, sur le chemin de fer métropolitain, a été complètement démolie. En ville, des cheminées et des toitures ont été arrachées et de nombreux arbres déracinés.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 13, à 10 h. 52 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la a Boite aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TO0TES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement des verrues. — Parmi les moyens faciles à employer et sans danger, citons les attouchements quotidiens avec un petit tampon d’ouate imprégné de teinture de thuya. Pour les verrues des mains, on se sert quelquefois d’acide nitrique fumant ; mais il faut, si l’on veut éviter des brûlures étendues, toucher la verrue très légèrement à l’aide d’un bois d’allumette imbibé de l’acide. C'est un traitement fort délicat et dont je conseille de réserver l’emploi à un médecin. On peut remplacer l’acide nitrique par l’acide acétique, moins dangereux et presque aussi efficace. Ces cautérisations ne conviennent pas pour les verrues multiples de la face ; il faut dans ce cas des moyens plus doux, tels que la teinture de thuya, un petit emplâtre de résorcine. Kaposi conseille une pâte dont voici la formule :
- Fleur de soufre..................20 grammes.
- Acide acétique pur...............10
- Glycérine........................50 —
- La pâte semi-fluide est appliquée, au moyen d’un pinceau, sur
- chaque verrue, pendant cinq à six jours consécutifs : au bout de ce temps, la verrue se flétrit et se détache spontanément.
- Le même médecin a encore utilisé, contre ces verrues de la face, le savon noir. On coupe des petites rondelles de flanelle ou de drap, qu’on enduit de savon noir. On les applique sur chaque verrue et on les laisse 24 à 48 heures en place, jusqu’à ce que la verrue devienne rouge et se ratatine. On enlève alors l’emplâtre, sans laver ni essuyer, et la verrue tombe au bout de quelques jours. Certains auteurs ont préconisé l’emploi, à l’intérieur, de la magnésie calcinée, à la dose de 1 à 2 grammes par jour. Ce procédé thérapeutique a réussi quelquefois sans aucune application locale. On a vanté dans le même genre l’ingestion d’une dose de poudre de rhubarbe, de médicaments à base arsenicale. Les résultats sont très variables et le traitement local est encore le plus efficace. l)r X...
- INFORMATIONS
- —La Chambre de commerce de Reims a publié une intéressante statistique sur la production du vin de Champagne : en 1844-1845, le commerce des vins de Champagne atteint 6 655 000 francs; l’année suivante, il dépasse 7 millions,; en 1868-1869, il atteint presque 16 millions, pour retomber à 9 millions en 1870-1871 et se relever à 20 millions en 1871-1872. L’année suivante, la vente s’élève à 22 millions, pour osciller ensuite entre 22 et 17 millions jusqu’en 1889-1890, où elle atteint 23 millions. En 1890-1891, le chiffre est de 25 776 000 francs. Enfin l’année dernière (1891-1892), il est de 24 245 996 francs. On le voit, en un demi-siècle, la production a quadruplé. En ce qui concerne le nombre de bouteilles, il a, dans la même période, doublé en France (de 2 225 000 bouteilles en 1844-1845, à 4558 000 bouteilles en 1891 ) et presque quadruplé à l’étran-er (de 4580000 bouteilles en 1844-1845, à 16 685900 en 1891-892). L’année où le plus grand nombre de bouteilles a été expédié à l’étranger est l’année 1890-1891 (près de 22 millions de bouteilles).
- —Il est question de construire, pour les établissements Arbel, de Douai, une cheminée en laitier aggloméré, dans le genre de celles déjà construites aux Compagnies de Courrières et d’Ostri-court. Cette cheminée aurait 50 mètres de hauteur et se composerait de pierres de 23 centimètres d’épaisseur sur toute la hauteur de la cheminée et d’une largeur égale à l’épaisseur de celle-ci, c’est-à-dire qu’il n’y aurait qu’un seul rang de pierres par assise. Le tout étant relié par un puissant mortier au ciment, forme une masse indivisible ne nécessitant ni chaîne, ni cercle de fer. La base, selon les plans, est renforcée fortement tant pour assurer une meilleure liaison avec la maçonnerie que pour compenser les détériorations survenant de la proximité du sol et de son humidité. Le poids approximatif de cette cheminée serait de 585 tonnes, moitié moins que celui d’une cheminée en briques ordinaires. 11 y a donc un réel avantage à employer le laitier aggloméré de la Société de Denain.
- —-^4— Depuis environ deux ans, les établissements sidérurgiques de Nvkroppa. en Suède, utilisent avec succès un procédé d’épuration des lingots d’acier, basé sur l’êmploi de la force centrifuge. Autour d’un arbre vertical est disposée une armature portant quatre bras, sur chacun desquels est articulée une plate-forme portant quatre lingotières ; le tout est disposé de telle sorte que les lingotières restent dans la position verticale quand l’appareil est au repos, puis viennent s’incliner jusqu’à occuper des positions horizontales quand l’arbre est mis en mouvement de plus en plus rapide. La force cen- • trifuge exerce une pression trente fois plus forte que celle due à la colonne de métal en fusion contenue dans la lingotière; sous l’action de cette pression, les gaz s’échappent et l’on obtient des lingots parfaitement sains.
- D’après une publication récente, le nombre des volumes imprimés en France pendant l’année 1893 est sensiblement le même que celui de l’année dernière : 20 000 volumes en chiffres ronds. Sur ce nombre, Paris compte, pour sa part, 6200 volumes, c’est-à-dire une centaine de plus que l’an dernier. Parmi les départements nous offrant le plus fort contingent d’ouvrages, citons : Indre-et-Loire, 850 volumes; Seine-et-Oise, 600; Seine-et-Marne, 550; Eure. 370; Haute-Vienne, 450; Rhône, 580; Gironde, 460; Nord, 650; Meurthe-et-Moselle, 420; Bouches-du-Rhône, 250; Cher, 240; Doubs, 400; Maine-et-Loire, 400; Somme, 210, etc.
- —Voici un remarquable exemple de la multiplication de Malthus. Le Journal de Lausanne raconte que le « dîner annuel des Smith vient d’avoir lieu à New-York et comptait cette année 5647 individus, tous descendants d’un nommé Pierre Smith qui, en 1662, partit de Rotterdam et émigra dans l’Amérique du Nord. Il y en a de riches, de pauvres ; au jour dit, ils arrivent de toutes les parties des Etats-Unis. Le président de cette année avait soixante-seize ans. » Ce chiffre n’a rien d’excessif. Il suffit d’admettre que tous les membres de cette famille se sont mariés à vingt-neuf ans et ont eu trois enfants en moyenne.
- —On a utilisé, l’année dernière, dans File de Fehmarn (Schleswig-Holstein), une sorte de cuvette de terrain en contre-bas, d’une superficie d’environ 120 hectares, et on l’a transformée en vivier à poissons. Au printemps, on y a jeté 900 carpes de trois quarts de livre. En octobre, on y a pêché 870 poissons pesant ensemble 2000 livres. En huit mois, le poids des carpes avait donc quadruplé.
- —Sjj— C’est en Hongrie que paraissent se trouver les plus vastes fermes agricoles de l’Europe. En effet, les princes Esterhazy possèdent une exploitation agricole de 243 316 hectares et un autre grand seigneur terrien, le comte de Shœnborn, en possède une autre de 171325 hectares.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne la turbine Laval, s’adresser à la maison Bre-guet, quai de l’Horloge, à Paris. — Anagl^phes : M. E. Demole, docteur ès sciences, 40, rue du Marché, à Genève.— On peut se procurer le thermophore, 95, boulevard Saint-Germain, à Paris, à l’adresse de M. J. Pillet. — Journal Le Pot au feu, 257, rue Saint-Honoré, à Paris.
- Communications. — M. Dufour, à Lyon, nous informe qu’il est l’inventeur du petit étui calculateur signalé dans Les Petites Inventions du n° 1079, du 5 février 1894.
- M. le Dr B. N. Popov, professeur agrégé de physiologie à l’Université de Moscou, nous adresse une Notice qu’il a écrite sur le Laboratoire de physiologie de V Université impériale de Moscou. L’auteur rappelle les commencements de ce laboratoire depuis la fondation en 1862 par M. Einbrodt; il examine ensuite les changements successifs intervenus et nous donne la description des derniers bâtiments inaugurés en 1895, description accompagnée d’un plan. En terminant, il cite une énumération des travaux exécutés par les personnes qui ont travaillé à l’Institut de physiologie. Cette brochure a été éditée par l’Imprimerie de la Société N. Kouchnerev et C% à Moscou.
- M. le professeur Léon Morokhovelz, à Moscou, nous envoie un opuscule sur les appareils et instruments à l’usage des physiologistes, construits d’après ses dessins. Cet ouvrage renferme la description d’un grand nombre d’appareils intéressants, ainsi que des renseignements pratiques sur les précautions à prendre dans leur emploi pour diverses expériences. Nous citerons parmi ces appareils le filtre analyseur, le siphon à support à réglage, le nouvel appareil photographique, le banc pour moteur électrique, le pantoscope, les tables opératoires, etc. Cette brochure se trouve à la même adresse que la Notice précédente.
- M. M. P. S., h Fontainebleau; M. M. E. B., à Héricourt; M. le Dr Compin fils, à Charolles; MM. Meurez, à Reims; de Larquelan, à Paris; E. T., au Grand-Priel, Le Cercle de l’Union, à Bordeaux. L’adresse que vous demandez est donnée en tête de la présente Boîte aux lettres.
- Renseignements. — M. J. d’Assy, à La Ravinière, par Bracieux. — Aluminium : Société du nickel et de l’aluminium, 36, rue Lafayette, et M. Dreyfus, 41, rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris.
- M. G. Loiselle, à Paris. — Vous voulez sans doute parler des pellicules sensibles; elles sont très employées.
- M. Serga Jultoff, à Bruxelles. — Vous trouverez le livre que vous désirez sur la Photographie instantanée à la librairie Gauthier-Villars.
- M. G. Benoist, h Rouen. — Instruments d’optique et jumelles : maison de l’ingénieur Chevallier, 15, place du Pont-Neuf; maison Baille-Lemaire, 22, rue Oberkampf, à Paris, etc.
- M. F. Duret, à Grenoble. — Adressez-vous à MM. Ch. Baltet frères, horticulteurs, à Troves.
- M. J. Montons, à Anvers. — Consultez les ouvrages de pisciculture, et entre autres le Traité de pisciculture pratique, par Koltz, à la librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. Durand, à Nantes. — Formulaire pratique de l’électricien, de M. E. Hospitalier, à la librairie G. Masson.
- M. P. Waidmann, à Neuillv. — Ecrémeuses à beurre : M. Fouché, 38, rue des Ecluses-Saint-Martin, et M. J. Ilignette, 162, boulevard Voltaire, à Paris.
- M. J. D., à Paris. — 1° Il suffit de laisser sécher la peinture, et de passer dessus un vernis à l’alcool ou à la gomme laque. — 2° Compte-tours Deschiens,. 123, boulevard Saint-Michel, à Paris.
- M. G. Kester, à Charenton. — 1° Pompes pour acides : M. Petit, 12, rue Pierre-Levée; M. Peltier-Senet, 10, rue Fon-
- taine-au-R>pi. — 2° On arrive à de bons résultats par les procédés de M. Vidal; voyez l’article sur la photographie orthochromatique dans le n° 1024, du 14 janvier 1893, p. 98. — 3° Il n’y a pas de secousses, même sur la locomotive.
- M. E. de R., h Paris. — Traité pratique de graphologie, par J. Crépieux-Jamin, Système de graphologie et Méthode pratique de graphologie, par J.-II. Michon, à la librairie Marpon et Flammarion.
- Un lecteur, à Paris. — 1° Cette pile n’a pas donné les résultats attendus. — 2° Prenez des piles au bichromate de M. Ra-diguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, ou la pile de M. O’Keenan, chez M. Mors, 8, avenue de l’Opéra.
- M. Utudjian, à Constantinople. — Vous trouverez les traités que vous désirez à la librairie Bernard Tignol, 53 bis, quai des Grands-Augustins, à Paris; demandez le catalogue.
- M. II. L., à Vire. — Nous avons déjà publié, un certain nombre d’articles sur l’horlogerie électrique ; voyez le mot horloge dans la Table des matières, 2° série, 1883-1892. Nous compléterons ces articles.
- M. J. Baessler, à Genève. — Machines à fabriquer les filets de pêche : M. Ch. Zang, constructeur des machines Joannin, 51, rue de la Santé, à Paris.
- M. C. M., à Lyon. — Le photosphère peut vous convenir.
- M. E. Gaymy, à Moulins-sur-Allier. — 1° Plusieurs livres ont été publiés à la librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères, à Paris, sur la construction des machines dynamos. — 2° Le fait se présente assez fréquemment.
- M. Carlos de Ilults, à Barcelone. — 1" L’intensité lumineuse est de 16 à 18 bougies avec des becs ronds ; on peut obtenir 50 à 60 bougies avec d’autres becs. — 2° Ce renseignement, comme les autres que vous demandez, se trouve dans les Instructions pratiques sur l'emploi des appareils de projection, par M. Molteni, 4a édition, p. 19.
- M. X., à Rochefort. — Consultez l’ouvrage sur Y Aluminium, par A. Minet, à la librairie Bernard Tignol, à Paris.
- M. E. de Rosmini, à Udine. — Machines à agglomérer : MM. Dupuy et fils, 22, rue des Petits-Hôtels, et M. Ed. Augé, 35, avenue Laumière, à Paris.
- M. J. R., à Milan. — Ces carburateurs sont des lampes gazéifères Azur fabriquées par la maison Clémançon, 23, rue Lamartine, à Paris.
- M. le Dr Pécaut, à Ségalas. — Votre lettre a été transmise à l’auteur.
- M. L. L:, à X. — Le pulvérisateur cyclone a été décrit dans le n° 883, du 3 mai 1890, p. 341.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. Sonnet, au Fournay. Nous nous sommes rendus au siège social de la Compagnie que vous mentionnez, et l’on n’a pu nous fournir aucun renseignement sur ce moteur. — M. A. E., à Murcie. Il n’y a pas de lampe de ce genre dans le commerce. — M. A. Février, à Echirolles. Nous transmettons votre lettre aux auteurs. — M. X., à Montigny. Il nous est impossible de vous donner satisfaction. — M. Th. Cor-dier, à Moscou. Nous ne connaissons pas d’adresse spéciale. — M. F. R., à Lyon. 1°U n’existe pas de traité de ce genre. 2° Vous trouverez cette substance chez les grands opticiens. — M. C. Jacques, à Paris. Nous ne croyons pas que cet appareil se trouve encore dans le commerce. — Un lecteur, à Niort. 1° Voyez le traité indiqué plus haut sur le même sujet. 2° Nous ne pouvons vous renseigner. — M. L. S., h Paris. Le nombre des machines à vapeur actuellement existantes est considérable ; nous ne saurions répondre à votre question. — M. L. Hentgen, à Boulogne-sur-Seine. Nous avons indiqué le moyen de construire une petite dynamo dans les Recettes et procédés utiles, 2e série. (G. Masson, éditeur.) — M. Ycrman-court, à Constantine. Plusieurs formules de pâtes autographiques sont indiquées dans le même ouvrage, lro série. — M. L. Neu, à Lille. Remerciements pour vos communications. — M. L. Bernay, à X. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- IMuséum d'histoire naturelle
- Cours de culture. — M. Maxime Cornu, professeur, commencera ce cours le vendredi 2 mars 1894, à 9 heures du matin, dans l’amphithéâtre de la galerie de Minéralogie, et le continuera, à la même heure, les lundis, mercredis et vendredis suivants.
- Cours de paléontologie. — M. Albert Gaudry, professeur, membre de l’Institut, commencera ce cours le mercredi 7 mars 1894, à 5 heures et demie, et le continuera le vendredi et le mercredi de chaque semaine, à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandes, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la. date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS’
- Crochet de suspension pour fenêtre. — Il est très avantageux d’avoir un miroir pendu à sa fenêtre et placé à contre-jour, mais il est difficile de le fixer à la cremone. Voici un petit appareil qui s’y attache facilement. C’est un crochet (n05 1 et 2) muni d’une pince à vis, qui s’adapte à la crémone
- Crochet de suspension pour fenêtre.
- 1. Vue de l’appareil. — 2. Vue en plan. — 3. Miroir fixé par le crochet.
- de la fenêtre et ne l’empêche pas de fonctionner. Un miroir, grâce à cet ingénieux petit système, peut être fixé à la hauteur voulue (n° 5). Le crochet de suspension pour fenêtre se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Brûleur û bougie. — La flamme d’une bougie doit son éclat à des particules de carbone qui ne pouvant brûler assez vite faute d’oxygène, sont portées à l’incandescence; c’est précisément ce carbone qui se dépose en couche épaisse de noir de fumée sur les objets qu’on veut chauffer. Mais si l’on donne à la flamme une quantité d’air suffisante pour assurer la combustion complète de ses éléments, aussitôt elle cesse d’être brillante, tandis que sa température se trouve notablement accrue. Elle gagne pour ainsi dire en chaleur ce qu’elle perd en clarté,
- Le brûleur à bougie. —1.Détail de l’appareil. — 2. Mode de fonctionnement.
- et dès lors, tout le carbone étant brûlé, le dépôt de noir de fumée ne pourra plus se produire. Partant de ce principe qui déjà, du reste, a reçu de nombreuses applications pour d’autres flammes, M. le Dr Ener vient d’inventer un petit appareil qui permet d’utiliser pratiquement la chaleur de la flamme d une simple bougie. Le brûleur Ener se compose essentiellement de deux plaques maintenues à une distance convenable 1 une de l’autre, de façon que la flamme resserrée entre elles produise un appel d’air. Les éléments combustibles se trouvant intimement mélangés avec un excès d’oxygène, la flamme se transforme et vient s’étaler en un panache bleu au-dessus de cette sorte de cheminée. Un système de tiges à coulisse permettant un réglage facile, soutient les plaques et les relie à une pince qui sert à fixer le brûleur sur n’importe quelle bougie. Le l)r Ener, en créant cet appareil a eu surtout en vue ses applications médicales qui sont en effet fort nombreuses. Il peut servir à flamber tous les petits instruments dont on désire assurer l’asepsie, tels que : lancettes à vaccin, aiguilles de seringue,-stylet, pince à pansement; il permet d’allumer le thermocautère et de chauffer dans un tube à essai un liquide à analy-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- ser. Les usages domestiques, pour n’avoir point été visés par l’auteur, n’en seront pas moins variés et le chauffage des fers à friser, pour ne citer qu’un exemple, nous semble tout indiqué. — Le brûleur à bougie du Dr Ener se trouve chez M. Paul Bertrand, 19, rue d’Ilauteville, à Paris. Dr R. M.
- Le viseur idéal. — Le petit appareil que nous allons faire connaître rendra de grands services à tous les praticiens et les amaleurs qui font de la photographie instantanée. Comme principe, il suffit de se figurer un petit miroir noir bombé, connu communément sous le nom de miroir du paysagiste. Ce miroir tient sur la chambre noire l’épaisseur de 5 millimètres. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour que ce miroir se mette automatiquement à l’inclinaison de 45 degrés, à laquelle l’œil de l’opérateur, placé au-dessus, voit l’image du paysage placé en face. Cette image est d’une netteté remarquable, ce qui est sa grande supériorité sur tous les viseurs dont l’image devient peu facile à voir dès que le soleil frappe dessus. C’est au contraire quand le soleil brille que le viseur idéal acquiert son maximum de netteté. Ajoutons de plus qu’il n’intervertit pas les images. Le sujet venant, par exemple, à la droite de l’opérateur, se présente aussi à la droite du viseur, tandis que dans les autres systèmes il se présente à la gauche, ce qui est une cause d’erreurs dans la mise en plaques. Enfin le viseur idéal donne une image rigoureusement identique à celle de la pla-
- Viseur photographique.
- 1. Mode d’emploi. — 2 et 5. Deux modèles de l’appareil.
- que. On peut employer l’appareil à volonté appuyé contre le corps (fig. 1), ou placé à la hauteur de l’œil. Nos figures 2 et 3 donnent le détail de deux modèles de viseurs. Le viseur idéal est dû à M. Lausiaux; il se trouve chez MM. Bardin et Cie, 47, rue de Rennes, à Paris.
- Timbre en pâte élastique Indéformable. — On a
- essayé bien souvent déjà d’utiliser la matière qui sert actuellement à faire les rouleaux encreurs des presses d’imprimerie, pour confectionner des marques ou des timbres destinés à estampiller à la main des caisses, des tonneaux ou des colis quelconques, mais jusqu’à présent l’emploi de cette matière n avait pas été appliqué à la reproduction des gravures ou des petits caractères. Les pâtes dont on s’était servi présentaient de nombreux défauts; elles se durcissaient, se déformaient et offraient une surface rugueuse, donnant une impression inégale et défectueuse. Un conducteur d’imprimerie a trouvé le moyen de faire d’excellents timbres à main avec la pâte des rouleaux. Le produit qui sert à leur fabrication est fait par la maison Lorilleux sous la dénomination de pâte blonde ; c’est celle des rouleaux qui servent à l’impression de La Nature. On emploie, pour le tirage de ce journal, une encre très noire et très siccative, les feuilles devant être pliées au fur et à mesure de leur sortie de la presse ; mais l’encre ne sèche pas sur les rouleaux, à cause de la glycérine qu’ils contiennent. Le même effet se produit sur les timbres à main. Au point de vue de la durée, si l’on veut bien considérer qu’un rouleau encreur sert pendant plusieurs mois, en exécutant sur lui-même plus de dix tours par feuille sortant de la presse, on verra que ces timbres ont une durée presque illimitée. Ils permettent de se servir de toutes les encres grasses noires et de couleurs employées en typographie, et des encres vitrifiables pour marquer avec une très grande rapidité la faïence et la porcelaine; on obtient avec eux une très grande finesse d’impression laissant supposer à celui qui n’est pas prévenu qu’il a sous les yeux une épreuve gravée ou lithographiée. Ces timbres, analogues à ceux en caoutchouc, sont indéformables, quelle que soit la pression à laquelle ils peuvent être soumis. — Pour les timbres élastiques, s adresser à M. Ernest Marpon, 5, rue Gassendi, à Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Insensibilisation des plaques photographiques après développement. — Lorsqu’un amateur, se trouvant en voyage, veut développer un cliché pour s’assurer de son degré de réussite, il est généralement arrêté par la difficulté d’avoir à exécuter ensuite, dans une chambre d’hôtel, le fixage de la plaque et les lavages minutieux et prolongés qui en sont la conséquence. Voici un procédé très simple qui supprime cet embarras. Il suffit, une fois le développement terminé, d’immerger la glace, pendant 5 minutes, dans la solution suivante, qui sert jusqu’à épuisement : alcool, 150 grammes; Bromure de cadmium, 10 grammes. A partir de ce moment le cliché, devenu insensible
- à la lumière naturelle ou artificielle, subit impunément et sans aucun risque de voile, l'action dit jour et même du 'soleil, et dans cet état il peut attendre indéfinime?it l’opération du fixage, qui a lieu au retour, par la méthode ordinaire. A. I).
- Vernissage des négatifs avec du vernis mat. — On sait combien il est difficile d’obtenir une bonne épreuve d’un négatif, qui laisse passer trop rapidement la lumière. On a souvent recours, dans ce cas, au vernis mat, pour enduire le dos des négatifs. M. Valentin Blanchard conseille de vernir le côté de la gélatine avec ce vernis, et il affirme que, grâce à cette précaution, on obtient l’augmentation des détails et de la douceur dans les ombres. Bans les cas très difficiles, on pourra vernir de même le dos du cliché pour obtenir une insolation plus lente encore et partant une meilleure épreuve.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49m,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 19 février. . . -4”,9 N. E. 2. Beau.
- Mardi 20 — 6”>1 N. E. 1. Beau.
- Mercredi 21 — 5%6 N. E. 0. Beau.
- Jeudi 22 — 6%9 N. N. E. 0. Beau.
- Vendredi 23 — 6%3 Calme. Beau.
- Samedi 21 1”,9 S. W. 3. Couvert.
- Dimanche 25 —1%0 S. S. W. 1. Beau.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,0 ' Beau.
- 0,0 Beau.
- 0,0 Beau.
- 0,0 Quelques nuages à 14 li., beau du reste; brouillard dans la soirée.
- 0,0 Beau jusqu’à 22 b., puis couvert. Un éclair à l’ouest, à 22 h.
- 1,5 Couv. jusqu’à 14 h., puis beau. Neige de 2 à 4 h.; pluie de 6 h. 1/2 à 11 h. 1/2.
- 7,2 Beau jusqu’à 9 h., puis nuageux ; couvert après 14 h. ; pluie de 16 à 19 b.
- FÉVRIER (894. — SEMAINE DU LUNDI 19 AU DIMANCHE 25 FEVRIER
- I Lundi | Mardi I Mercredi ( Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche I
- La courba supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes au milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempêtes de neiste et de grêle à Perpignan et il Avignon. — Dans la nuit du 18 au 19 février, à 3 heures et demie du matin, une forte tempête de pluie et de grêle s’est abattue sur Perpignan. Sur certains points, on a constaté une épaisseur de 20 centimètres de grêle. Depuis 5 heures du matin jusque dans l’après-midi, une pluie mêlée de neige est tombée en grande abondance. La même chute de neige a eu lieu dans le reste du département et notamment à Prades, où la hauteur dans les rues a atteint 10 centimètres.
- A la même date, une violente rafale de neige et de grêle s’est également abattue sur Avignon, à l’étonnement général, .apres une série de vingt jours de température printanière.
- La plus grande quantité de pluie en heures. — Le
- Cosmos cite, d’après le Buletino mensuale, quelques chiffres très intéressants sur les plus grandes quantités de pluie tombée en 24 heures. M. Clément Wragge, météorologiste anglais, à Brisbaue, assure que la plus grande quantité d'eau tombée en 2f heures, dont on ait souvenir dans le monde, a eu lieu, le 3 février 1893, dans le Queensland ; elle s’élevait à 906”",8. Mais, d’après M. E. Douglas Archibald, autre météorologiste anglais, tous les météorologistes des Indes savent que le maximum de pluie tombée eu 24 heures a été recueilli, le 14 juin 1876, à Chirapunji, dans les montagues de la Kasia, où l’on a mesuré 1036 millimètres. Le 12 du même mois, il était déjà tombé 762 millimètres, et pour le total, du 12 au 15 inclusivement, on avait eu 2391 millimètres de pluie. L’auteur a fort bien le souvenir de ces faits, car, le 12 et le 15 juin, il était Chirapunji et, le 14, dans le voisinage. La localité de Chirapunji a eu ainsi en 4 jours un arrosage de 2591 litres par mètre carré de superficie.
- PHASES DE LA LUNE : I'. L. le 20 à 2 h 26 ni. du matin.
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- ----—~=*=- ' Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la' rédaction de la a Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ ‘
- Mal de mer. — Un de nos lecteurs, M. J.-J., de Bruxelles, nous communique les résultats intéressants d’une longue expérience personnelle :
- « D’assez nombreuses traversées m’ont fait, dit-il, faire connaissance avec le mal de mer. Voici comment je suis arrivé à l’atténuer d’abord, à l’éviter ensuite presque toujours. Régler la respiration à l’unisson avec les mouvements du navire. Roulis et tangage se ramènent toujours comme résultante à des oscillations verticales; on se sent alternativement monter et descendre. Ceci observé, régler la respiration de manière à expirer quand vous vous sentez monter, à aspirer quand vous vous sentez descendre. Certaines personnes le font, je pense, instinctivement ; ce sont les privilégiés qui ne ressentent jamais le mal de mer. D’autres, et je crois que c’est le plus grand nombre, font le contraire. En se sentant monter on est tenté d’aspirer à pleins poumons ; pour dilater ainsi la cavité thoracique, on abaisse le diaphragme : de là, compression de l’estomac qui s’élevait avec tout le corps suivant l’oscillation montante du navire, et, fatalement, la nausée. Faites l’inverse, videz les poumons en expirant, pendant cette période; aspirez pendant l’oscillation descendante ; les mouvements du diaphragme sont à l’unisson de ceux de tout le corps, et par conséquent de l’estomac qu’il ne vient plus comprimer mal à propos. 11 m’est arrivé souvent de sentir venir le malaise et de l’arrêter en quelques minutes en réglant ainsi la respiration. Cela ne demande qu’un peu d’attention au début, pour que le rythme de la respiration se règle machinalement. ))
- Notre collaborateur Magus a réussi le plus souvent à arrêter les malaises précurseurs du mal de mer en ingurgitant une petite cuillerée à café de rhum, de cinq en cinq minutes à trois ou quatre reprises, suçant dans l’intervalle un peu de citron et buvant quelques gorgées d’eau de seltz. C’est là un moyen courant, mais qui réussit moins bien à la plupart des passagers qu’à notre aimable collègue. Le champagne frappé est également très efficace, mais pour certains cas seulement.
- Le moyen indiqué plus haut de régler le temps de la respiration d’après les mouvements du bateau a paru à notre collègue très bon, du moins, ajoute-t-il, pour ceux qui savent l’employer. Il nous indique enfin un procédé original qu’il a vu employer avec succès par un malheureux passager en proie aux affres du mal de mer et que lui-même a appliqué avec le même bon résultat. C’est un procédé détourné de la ceinture ouatée comprimant et immobilisant l’abdomen : il consiste à appliquer sur l’estomac une bonne valise, bien bourrée, aussi pesante qu’on la peut supporter.
- L’antipyrine a été, au moment de l’apparition de ce remède, vivement conseillée, et on l’avait prônée comme un remède souverain. Je me souviens même que, sur la foi de ces indications, son 'emploi préventif avait été indiqué aux membres de l’Association française qui se rendaient au Congrès d’Oran. L’effet fut déplorable ; les plus malades furent ceux qui avaient absorbé l’antipyrine, et ils le furent à peu près tous sans exception. Dr X... "
- INFORMATIONS
- —— Dans une des dernières séances de la Chambre des communes, à Londres, M. Mundella, président du Board of Trade (Ministère du commerce), avait fait savoir qu’il étudiait les moyens de reconnaître la belle conduite de l’équipage du bateau-pêcneur français l’Avenir, du port de Boulogne, qui, dans une tempête épouvantable qui sévit sur les côtes d’Angleterre, a sauvé, après onze heures d’efforts, quatre pêcheurs anglais d’Eastboume. Les sauveteurs montant le bateau l'Avenir, au large de Beachy-Head, arrivèrent à sauver les naufragés et à les débarquer à Newhaven. Cet acte de bravoure avait été signalé au Gouvernement anglais par lo maire d’Eastboume. La Chambre des communes avait accueilli par d’unanimes applaudissements la déclaration de M. Mundella, rendant ainsi un éloquent témoignage d’admiration à nos marins. Le Board of Trade a tenu sa promesse. Il a ' décerné une médaille d’or aü patron de Y Avenir et une médaille d’argent, accompagnée d’une somme de 50 francs, à chacun des hommes de l’équipage, en récompense de leur belle conduite dans le sauvetage.
- —^— Le Livre va avoir son exposition cette année au Palais de l’Industrie. Cette exposition comprendra le Livre et l’industrie du papier. Une place très importante sera réservée à la photographie. Nous espérons que les organisateurs sauront augmenter l’intérêt de leur exhibition, en organisant une exposition rétrospective à laquelle nos grands bibliophiles pourraient être appelés à contribuer. On pourrait également faire appel aux bibliothèques gouvernementales, municipales et religieuses, et faim renaître ainsi les grands souvenirs de l’Exposition rétrospective du Trocadéro. L’Exposition du Livre sera dirigée par M. Sénéchal, et sera administrée par M. Layus, en qualité de commissaire général. Elle sera subdivisée en quatorze groupes formant 37 classes. S’adresser, pour ce qui concerne celte exposition, au siège provisoire, 28, rue Caumartin, à Paris.
- —Une Société vient de se fonder à Londres pour l’application d’un système de pavage en liège. Les pavés sont obtenus en mélangeant des morceaux de liège à du bitume et en comprimant ce mélange à chaud, de manière à lui donner la forme des pavés ordinaires. Ces pavés sont posés avec joints en ciment. D’après les renseignements qui nous sont communiqués, des essais préliminaires ont donné de bons résultats.
- —— Le coroner de Douvres vient de faire une enquête à propos d’une mort bien extraordinaire. Le 24 septembre dernier, un relieur de soixante-douze ans, nommé John Joseph Till. faisait la chasse à un rat qu’il poursuivait armé d'un tisonnier. Till manqua la bête et celle-ci se retournant vers lui, lui égratigna de ses dents l’articulation de la main droite. La blessure guérit au bout de deux jours, mais onze jours après, des symptômes d’hydrophobie se manifestaient chez le relieur et présentaient un caractère tétanique qui ne permettait pas de douter de l’extrême gravité de l’attaque. J.-J. Till a suecombé en effet après une agonie pendant laquelle il a effroyablement souffert.
- —%— Le nombre des chevaux dans les Etats-Unis de l’Amérique du Nord s’élève actuellement à 14 056 750. Le premier cheval fut importé dans le continent américain en l’an 1518.
- —Les chiens qui paient la taxe sont au'nombre de 1128 000 eiî Angleterre, de 368 000 en Irlande, de 1 864 000 en France, de 1 432 000 en Allemagne. Il y a, en outre, dans le royaume uni d’Angleterre, 2000000 de chiens de berger affranchis de la taxe.
- M K
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- NOUVELLES SUIElNTIEiQUEh.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La courroie
- à maillons en cuir et en acier est fabriquée par MM. Walt on, de Glasgow. — Pour ce qui concerne Ja voiture électrique italienne, s’adresser à M. Carli, à Castelnuovo, Garfagnana (Italie). — Les vases à fermeture hermétique pour la préparation des conserves alimentaires se trouvent chez M. Kratz-Boussac,3, rue Saint-Laurent, à Paris. —La seringue à stérilisation immédiate de MM. Duflocq et Berlioz est construite par la maison Wiesnegg, fabricant d’appareils de laboratoire, rue Claude-Bernard, à Paris. — Nous avons donné précédemment au sujet de la turbine Laval l’adresse de la maison Breguet, 39, quai de l’Horloge; c’est 19, rue Didot, qu’est la maison actuelle; la Société de Laval se trouve 48, rue de la Victoire, à Paris.
- Communications. — M. Ch. Henry, à Paris, nous prie de faire une petite rectification dans son article sur Les problèmes de Véclairage (n° 1082, du 24 février 1894); à la page 206, col. 1, ligne 5, au lieu de : des intensités de 23 millions de bougies-mètre, il faut ; des intensités de 23 millions de bougies.
- M. A. Borel, à Pontarlier, nous adresse un œuf dans lequel s’en trouve un second plus petit, avec sa coquille bien formée. Nous avons souvent mentionné des phénomènes de ce genre.
- M. E. Lhoste, à Reims, à propos de notre récent article sur le 'traitement des verrues, que nous avons signalé dans Hygiène et santé des Nouvelles scientifiques du n° 1083, du 5 mars 1894, nous écrit qu’il a employé avec succès l’acide formique pour combattre deux verrues naissantes ; en touchant légèrement avec une allumette, au bout de quelques jours, elles avaient disparu.
- M. P. Redon, à Paris, nous adresse une brochure sur de Nouvelles recherches sur le jeu du taquin. Ce petit opuscule, qui renferme une récréation arithmétique amusante, est en vente au prix de 1 franc à la librairie scientifique A. Hermann, 8, rue de la Sorbonne, à Paris.
- Renseignements. — M. J. B., à Paris. — Une excellente méthode d’enseignement de la langue anglaise est employée par Mme Vignal, la veuve d’un savant bien connu mort récemment victime de son dévouement à la science, et qui a contracté la phtisie dans les laboratoires du Collège de France en étudiant la tuberculose. Cette méthode, inspirée par les kinder-garten deFrœbel, consiste en véritables leçons de choses d’où les élèves retirent en même temps que la connaissance de la langue, des notions précises sur les sciences usuelles. Mme Vignal demeure 90, rue d’Assas, à Paris.
- }1. Trebig, à Paris. — Adressez-Vous directement à la Société que nous avons mentionnée dans notre article, à Coventry (Angleterre).
- Un abonné, à Argelès. — Consultez la collection des Mémoires de la Société française de physique, 44, rue de Rennes, ainsi que Y Annuaire de la Société météorologique de France, 7, rue des Grands-Augustins, à Paris.
- M. L. M. M., à Paris. — Le papier parchemin a déjà été essayé, mais il présente des inconvénients ; employez plutôt une disposition semblable à celle de la pile O’Keenan^ qui a été décrite dans le n° 743, du 27 août 1887, p. 205.
- M. J. A. P., a Arcachon. — Les agents sensibles de la photographie sont impressionnés par la plus petite quantité de lumière.
- M. G. d'Evry, a Pau. — Lunettes astronomiques : M. Bardou, 55, rue de Chabrol, et M. II. Morin, 3, rue Boursault, à Paris.
- M. Le Rossignol, a Bourges. — Nous croyons que la ligne du tunnel est encore en partie exploitée par la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée.
- M. L. B., a Paris. — 1° Consultez les catalogues de la librairie Gauthier-Villars. — 2° La rapidité dépend de l’obturateur.
- L’obturateur Londe et Dessoudeix pourra vous convenir; vous le trouverez chez M. Bazin, 47, rue du Rocher.
- M. H. Taillefer, à Châteauneuf. — Fabriques de robinets pour distributions d’eau : MM. Müller et Roger, 108, avenue Philippe-Auguste, et MM. Marnach et Dubois, 27, rue Saint-Sébastien, à Paris.
- M. G. D., à Tours. — A l’époque où cet appareil a été décrit, l’inventeur habitait 26, place Vendôme, à Paris.
- M. M. R., à P. L. M. — Vous trouverez la composition de divers laitons et bronzes dans Y Aide-mémoire du chimiste, par M. Raoul Jagnaux, à la librairie Baudrv, à Paris.
- M. Onorio Falier, à Venise. — Nous avons beaucoup de journaux de bicyclettes, mais peu de publications de sport en général. En Angleterre, nous vous citerons le Field, à Windsor House, Bream’s Building, London, E. C.
- M. D. Fournier, au Havre. — Vous trouverez des tubes à hydrogène comprimé chez MM. L. et A. Boulade frères, 8-, place des Jacobins, à Lyon.
- M. G. S.; à Paris. — 1° Vous pourrez vous procurer des appareils téléphoniques chez M. Postel-Vinay, 38, rue Vaneau ou à la maison 0. Roulez, 9, rue Le Peletier. — 2° Cette transmission a déjà été réalisée dans plusieurs expériences; voyez le n° 613, du 28 février 1885, p. 193.
- M. C. W. Callow, à Lyon. — Nous publierons sur ce système quelques renseignements quand l’appareil fonctionnera.
- M. P. L., à X. (Landes). — 1° Nous avons donné un article sur le laminage des métaux à l’état fluide dans le n° 961, dû 31 octobre 1891, p. 341. — 2° Tôles de fer : Société des fers de Champagne, M. Màrchèse, 11, rue Meynadier; Dépôt des forges du Creusot, M. Marchand fils, 100, quai de la Râpée, à Paris.
- M. J. J., à Bruxelles. — Il a paru dans La Nature des articles assez complets sur différents cadrans solaires ; voyez la Table des matières des dix dernières années (1883-1892; 2° série, Librairie G. Masson).
- Questions. — N° 1334. — M. F. P., à Turin, demandé s’il existe des traités sur la propagation et la culture en grand des escargots.
- Réponses. — N° 1332. Dissolvant commun du caoutohouc et de la gomme laque. — L’huile lourde de goudron de houille est le meilleur dissolvant commun du caoutchouc et de la gomme laque à chaud, si l’odeur n’est pas un obstacle. (Communiqué par M. Ch. Zundel, à Mulhouse).
- N0 1333. Enduit pour tuiles. — Le carbonyle, dont il a été question dans le n° 1078, du 27 janvier 1894, p. 145 et en tète de la Boîte aux lettres du n° 1079, du 3 février 1894, peut donner aux tuiles neuves le ton brun foncé des tuiles vieilles après exposition à la lumière. II a encore l’avantage de les rendre imperméables à l’eau. Il suffit de les enduire au pinceau ou de les tremper dans le liquide. (Communiqué par M. Ch. Zundel, à Mulhouse).
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. H. Cadiot, à Paris. Nous n’avons pas d’adresse plus complète. — M. P. Thomas, à Paris. Vous nous dites que le caoutchouc est soluble dans l’alcool; c’est une erreur. — M. P. Marozeau, à Mulhouse. L’explication que vous nous donnez nous paraît juste; remerciements pour votre communication. — M. Dubois, à Cannes. Il serait nécessaire de faire un grand nombre d’expériences pour vérifier le fait. — M. D. Moreau, à Saint-Saulve. Cette adresse a été donnée en tête de notre Boite aux lettres. — M. Koch, à Paris. Nous ne connaissons pas ce produit. — M. F. Leroy, à Cuesmes. Il s’agit d’une fabrication spéciale; la'feuille ne se trouve pas dans le commerce.— M. A. Valet, à Mareuil-sur-Ay. Pour vous répondre, il faudrait faire des recherches qu’un chimiste seul peut entreprendre. — M. G. de Rocquigny-Adanson, à Moulins. Remerciements pour votre corm-mumeation que nous publierons prochainement. — M. E Pinson, à Paris. Veuillez consulter les catalogues des grands libraires. — M. P. Lamay, à Eloyes; M. F. B., à Saint-F. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de botanique. Classifications et familles naturelles. — M. Edouard Bureau, professeur, a commencé ce cours le mercredi 7 mars 1894, à 1 heure, dans l’amphithéâtre de la Galerie de géologie, et le continuera les mercredis suivants à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se l'attachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon A répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Navigation mystérieuse. — On sait que le camphre a la propriété de se mouvoir quand on le jette en petits fragments à la surface de l’eau. Nous avons étudié ce curieux phénomène à plusieurs reprises (Yoy. La Nature, année 1883,1er semestre, p. 379 et 396, et année 1888, 1er semestre, p. 331). Un constructeur de jouets scientifiques a utilisé cette propriété
- Bateau marchant sans moteur.
- du camphre pour confectionner l’appareil que représente la figure ci-dessus. C’est un bassin rempli d’eau, sur lequel on fait flotter un petit bateau qui marche de lui-même. A l’arrière du bateau il a suffi de placer un morceau de camphre convenablement préparé et qui se trouve contenu dans un flacon livré avec le jouet. Quand le bateau est en marche, on peut-l’arrêter en jetant une goutte d’huile à la surface de l’eau. — Se trouve chez M. A. Clavel, 36, rue de Dunkerque, Paris.
- Chambre de mise au point. — Nous avons à plusieurs reprises donné le moyen de remplacer le voile noir servant à la mise au point dans les opérations photographiques. Voici un système très ingénieux que nous présentons à nos lecteurs. C’est un sac conique en cuir mince bien opaque qui s’adapte faci-
- Appareil remplaçant le voile noir des photographes..
- lement à toutes les chambres noires. On le fixe au moyen d’un cadre sur lequel il est monté. Une loupe, au fond du sac, permet de faire la mise au point comine le fait voir notre gravure. Cette loupe L peut se retirer et s’introduire à volonté dans un cylindre fixé au sac. — Le sac de mise au point se trouve chez M. Charles Legrand, au Comptoir central de produits chimiques, 10, rue Commines, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de thérapeutique infantile médico-chirurgicale, par P. Le Gendre, médecin des hôpitaux de Paris, et A. Broca, chirurgien des hôpitaux de Paris. — Paris, G. Steinheil,
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- 1894. 4 volume de 650 pages, cartonné toile lisse. Prix : 14 francs.
- Ce livre est intéressant en ce qu'il est fait, contrairement à ses analogues, à la fois par un médecin et un chirurgien, tous deux d’une compétence reconnue en pathologie infantile. 11 est très élémentaire, en sorte qu’il peut rendre de réels services aux mères de famille, soit pour le choix d’une nourrice, l’allaitement, le sevrage, l’alimentation, les pesées, soit pour les premiers soins à donner dans quelques maladies urgentes, avant 1 arrivée du médecin (convulsions, faux croup, etc.).
- Le Choléra, par A. Lesage, chef de Laboratoire à la Faculté, chef du Laboratoire de bactériologie des hôpitaux. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut.
- — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr, 50; cartonné, 3 francs.
- La production du Lait, par Ch. Cornevin, professeur à l’Ecole nationale vétérinaire de Lyon. 1 vol. petit in-8° de YEncy-clopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gau-thier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs.
- Les organes de relation chez les vertébrés, par Joannes Chatin, professeur adjoint à la Faculté des sciences de Paris. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut.
- — Paris, Gauthier-Yillars et fils et G. Masson, éditeurs.
- Cours élémentaire d'électricité à l'usage des classes de l'enseignement secondaire, par M. J. Joubert, inspecteur général de l’instruction publique. 1 vol. in-16 avec 144 figures, cartonné toile. — Paris, G. Masson, éditeur, 1894. Prix : 2 francs.
- Le matériel de l'amateur photographe. Choix, essai, entre-lien, par M. Gaston-Henri Niewenglowski, président de la Société des amateurs photographes. 1 vol. in-18 jésus de la Bibliothèque photographique. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1894. Prix : 1 fr. 75.
- Annuaire de VObservatoire municipal de Montsouris pour l'année 1894. Analyses et travaux de 1892. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Villars et fils.
- L'éther et l'atome ou l’origine de l’univers et de la vie, par De Campet de Sauzon. 1 vol. in-8°. Imprimeries Florentin-Blanchard, Marennes et Royan, 1893.
- Luthier. Construction des instruments à cordes et à ai'chet, par MM. Maugin et Maigne. 1 vol. in-18 de la collection des manuels Roret. — Paris, Librairie encyclopédique de Roret, Prix : 3 fr. 50.
- Guide pratique et formulaire facile des actes sous seing privé les plus usuels, par Un vieux praticien. 1 vol. in-18. — Paris, A. Coccoz, 1894. Prix : 1 fr 50.
- Guide pour les manipulations chimiques, à l’usage de la classe de mathématiques spéciales, par C. Knoll, préparateur au lycée Louis-le-Grand. 1 vol. in-12, avec figures. — Paris, G. Masson, éditeur, 1894. Prix : ! franc.
- Notions élémentaires de photographie à l'usage des amateurs, par M. Gaston Henri Niewenglowski, président de la Société des amateurs photographes. 1 vol. in-16. — Paris, Librairie centrale des sciences J. Michelet. Prix : 1 franc.
- Le climat de la Belgique en 1893, par A. Lancaster, météorologiste-inspecteur à l’Observatoire royal de Belgique. 1 vol. in-16. — Bruxelles, F. Ilayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1894.
- Création ou éternité. Etude de cosmologie rationnelle, par C. Bon, ingénieur. 1 brochure in-8°. J. Berthoud, imprimeur-éditeur.— Dijon, 1894. Prix : 2 fr. 50.
- Ninth annual report of the bureau of ethnology to the secre-tary of the Smithsonian Institution 1887-1888, by J.-W( Powell, director. 1 vol. in-4°. — Washington, Government Printing Office, 1892.
- The inventions researches and writings of Nikola Tesla, with spécial référencé to his work in polyphasé currents and high potential lighting, by Thomas Commerford Martin. 1 vol. m-8% 1894. The eleçtrical Engineer, New-York. ,
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- RECETTES ET PROCÉDÉS DTILES
- Moyen de conserver à l'état frais les raisins et les fruits. — M. Rossignol père, président de la Société horticole et botanique de Melun, vient d’informer le Ministre de l’agriculture, qu’il a terminé une expérience pratique démontrant qu’il est facile de conserver à l’état frais, pendant un certain temps, les raisins et les fruits. Au moment de la dernière vendange (septembre 1893), des raisins de chasselas récoltés sur des souches et non cultivés en espalier ont été déposés dans une caisse sur une couche de tourbe pulvérulente, puis recouverts d’une autre couche de tourbe; cinq couches de raisins et de poussier de tourbe ont été ainsi successivement dis-
- posées. Cette tourbe provenait de balles de tourbe litière, émiettée et passée à travers un tamis. La caisse est restée dans une pièce inhabitée, exposée aux froids qui ont sévi t<5ut particulièrement du 1" au 6 janvier. A l’ouverture de la caisse, le raisin était en parfait état de conservation, les grains ayant le volume double de ceux conservés sur des rayons, la pellicule nette et sans aucune ride. Les membres de la Société horticole et botanique de Melun ont pu constater par eux-mêmes que le raisin avait conservé un goût excellent. En outre de cette expérience personnelle à M. Rossignol, la société dont il est le président, la renouvellera au mois de septembre de cette année, en la faisant porter non seulement sur le raisin, mais sur un plus grand nombre de fruits.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 26 février. . . 9%1 S. W, 3. Couvert.
- Mardi 27 8%7 * S. W. 3. Couvert.
- Mercredi 28 . . . . . 7*,9 S. 1. Couvert.
- Jeudi l"mars. . . . ©M S. 1. Beau.
- Vendredi 2 6°,3 S. S. W. 2. Couvert.
- Samedi 3 4»,2 N. N. E. 0. Couvert.
- Dimanche 4 7°,0 S. S. W. 2. Couvert.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 2,3 Couvert.
- 0,0 Couvert ; petite pluie de 21 à 22 h. s.
- 0,5 Couvert jusqu’à 15 h., puis peu nuageux; beau ap. 19 h.; pet. pi. de 13 h. 1/2 à 14 h. 1/2, av. qq. gr. de neige.
- 0,4 Peu nuageux de 9 à 17 h.; beau av. et ap.; lialo.
- 0,9 Presquecouv.; pluie de 4 à 9 h. 1/2 et à 10h.l/4; gel.bl.
- 1,9 Presque couvert; gouttes à 11 h.
- 0,4 Couv.le mat., puis nuag.; beau ap. 17 h.; pluie de là4h.; gouttes à 7 b. 1/2; pluie de 9 h. 1/2 à 10 h. 1/4.
- FÉVRIER-MARS 1894. -- SEMAINE DO LUNDI 26 FÉVRIER AO DIMANCHE 4 MARS
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au pare Saint-Maur en février 1904
- par M. E. Renod.
- Moyenne barométrique à midi, 762“”,63. Minimum, le 12, à 5 heures du matin, 750"“,02. Maximum, le 4, à 11 heures du matin, 773““,17.
- Moyennes thermométriques : des minima, 2°,08; des maxima, 8°,70; du mois, 5°,39; moyenne vraie des 24 heures, 4°,95. Minimum, le 22, à 7 h. 20 m., — 7°,1. Maximum, le 10, à 2 heures et demie et à 3 heures et demie, 12°,8. H y a eu 9 jours de gelée dont 7 consécutifs, du 19 au 25. 11 y a eu 6 jours de gelée blanche.
- Tension de la vapeur, moyenne, 5““,57. La moindre, le 18, à 5 heures du soir, 1““9. La plus grande, le 9, à 7 heures du soir, 8““,3.
- Humidité relative, moyenne, 79. La moindre, le 18, à 1 heure et
- 3 heures du soir, 37. La plus grande, 100, en 4 jours.
- Pluie, 22““,7 en 42 heures trois quarts, réparties en 15 jours; plus 2 jours de çouttes et 2 jours où il est tombé quelques grains de neige. Nébulosité, moyenne, 61. H y a eu 5 jours entièrement couverts et
- 4 jours beaux dont 3 sans trace de nuage.
- 4 jours de brouillard, le plus fort, de 300 mètres, le 4 février. Température moyenne de la Marne : 5°,47. Elle a varié de 2°27 le 24 à 8°,04 le 12. Transparence moyenne, 0”,29. Hauteur moyenne, 3”,59; la hauteur a varié de 3“,18 le 25 à 4“,10 le 1".
- Les vents ont été du sud au sud-sud-ouest les 11 premiers jours, puis de la région nord-est et enfin du aud-sud-ouest au sud-ouest à partir du 23. Il a soufflé dix fois du sud-sud-ouest (à midi). L’intensité moyenne du mois est modérée.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de février 1894 présente les résultats suivants : Baromètre, plus haut de 3““,03. Thermomètre plus haut de 1°,19. Tension de la vapeur, plus forte de 0”“,2t. Humidité relative, plus faible de 5. Pluie, plus faible de 12““,7. Nébulosité, plus faible de 7.
- Il a passé des Oies sauvages le 11.
- La végétation est très avancée pour la saison dès le 12, mais elle se trouve arrêtée par le changement de température qui se produit brusquement à cette date.
- L’hiver de 1894 présente les résultats suivants :
- Saison. Excès.
- Baromètre à midi. 760””,45 — 0,84
- Thermomètre. 3°,35 -f 0.77
- Tension de la vapeur. 5““,0i + 0À0 .
- Humidité relative. 83,7 -3,4
- Nébulosité. 6i — 6
- Pluie totale. 122,5 + 1,6
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 27, à midi 38.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boite aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.)
- DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS. *
- LÀ SEMAINE
- La vitesse des trains de chemin de fer. — M. G.
- du Bousquet, le nouveau Président de la Société des Ingénieurs civils, a fait une communication des plus intéressantes aux membres de cette Société, sur la vitesse des trains de chemins de fer. Nous empruntons quelques passages à ce travail. M. du Bousquet commence par rappeler qu’en 1705, le carrosse Paris-Bordeaux mettait environ quatorze jours pour faire son trajet. On nous y conduit aujourd’hui en huit heures 42 minutes. Il est évident que pour faire ressortir les progrès accomplis par la locomotive, ce sont les vitesses moyennes de marche, aux différentes époques, qu’il convient de comparer entre elles. La plus grande vitesse entre stations relevée en Angleterre sur les itinéraires était par heure :
- De 71km,6.............................en 1875
- De 86 kilomètres......................en 1895
- En France les vitesses ont varié comme suit :
- De 62 kilomètres......................en 1875
- De 82 — en 1895
- L’Amérique, en ce moment, détient le record de la vitesse
- moyenne avec...........................89 kilomètres.
- Puis vient l’Angleterre avec.........86 —
- — l’Allemagne avec...........85 —
- — la France avec.............82 —
- Nous ne parlons jusqu’ici que de la vitesse moyenne. Cette
- vitesse augmente considérablement dans les pentes. Sur les grandes lignes, où les pentes ne sont pas considérables, la vitesse permise par les règlements de certains réseaux est de IfO kilomètres à l’heure. Elle a été réglée par un arrêté ministériel déjà très ancien; il remonte à 1852. En fait, les vitesses de MO et même 120 kilomètres à l’heure sont atteintes tous les jours, pendant de longs trajets, sur certaines pentes et cela depuis un très grand nombre d’années. Mais il n’est pas possible de marcher partout à une semblable vitesse. « La locomotive, dit M. du Bousquet, n’a pas actuellement la puissance nécessaire pour remorquer à cette vitesse, ailleurs que dans les pentes, les trains qu’on lui donne à traîner. Il ne s’agit donc pas d’une question de sécurité venant d’un manque de stabilité de la locomotive, mais bien d’une question de puissance. »
- « H faut donc nous tenir satisfaits, comme nous le lisons dans un récefit article de M. Delahaye, publié dans la Revue Industrielle, des vitesses moyennes de 71kra,2 sur le Nord, de 67km,2 sur l’Orléans, de 65km,1 sur l’Ouest, de 64kra,8 sur l’Est, de 62km,2 sur le P.-L.-M., et de 62km,8 sur le Midi pour les trains qualifiés de rapides. Ces chiffres donnés par M. A. Moreau sont probablement inscrits sur les horaires, mais les circonstances les modifient parfois. Les retards de 15 à 50 minutes, et même davantage, ne sont pas rares sur des parcours de six à sept heures; la vitesse moyenne s’en ressent et l’exactitude est plutôt l’exception que la règle des trains1 ».
- 1. Yoy. La vitesse des trains de chemin de fer, n° 395, du 25 décembre 1880, p. 63.
- INFORMATIONS
- —— M. Renou a récemment présenté à la Société météorologique de France des chenilles vivantes qui, d’après une lettre de M. Coste, auteur de l’envoi, sont tombées du 1er au 2 février à Salins, mêlées à une chute de neige. Malheureusement, la lettre trop sobre de renseignements ne dit pas dans quelles conditions l’observation a été faite. M. Renou se propose de demander à M. Coste de nouveaux renseignements. En attendant, il fait observer que le seul fait d’avoir ramassé des chenilles vivantes et bien développées, dès le 1er ou le 2 février, est déjà chose remarquable. M. Vallot a rapporté à propos de cette chute de chenilles une observation qu’il a faite dans son enfance. A Lodève, après un orage, sur un espace d’environ 50 mètres de rayon, on pouvait observer de nombreuses grenouilles qui venaient de quitter la forme têtard; quelquesunes même avaient encore leur appendice caudal. Chose remarquable, nombre de ces grenouilles étaient tombées dans de grands vases en poteries destinées à contenir des orangers ; ces animaux n’ayant pu sortir de ces vases, dont les rebords étaient trop hauts, périrent au bout de deux ou trois jours.
- —Le Muséum d’histoire naturelle a reçu, il y a six mois, un don important du baron Walter de Rothschild. C’était un oiseau précieux : 1'Apterix. Le rarissime animal, dont la valeur est grande par suite de la presque impossibilité où l’on est de l’amener vivant en Europe, était l’objet, au Muséum, de minutieuses attentions. Une chaleur douce était soigneusement entretenue dans sa cage ; sa nourriture, toute de viande, était spécialement, choisie et préparée. Tout à coup l’apterix disparut : impossible de le retrouver dans tout le Jardin des plantes. Or, sait-on où et comment il a vécu depuis le mois d’octobre? Dans les caves des bâtiments nouveaux en construction rue Buffon, exposé au froid et à l’humidité et ne pouvant se nourrir que de vagues détritus. Le piquant de l’histoire est que l’animal semble ne s’être jamais mieux porté. C’est le chien d’un veilleur de nuit — chien et apterix sont ennemis mortels — qui, tombant en arrêt devant un soupirail du bâtiment, a récemment donné l’éveil. L’apterix, réintégré dans sa cage, y a été enfermé sous triple cadenas.
- —L’administration municipale de Tourcoing organise, avec le concours des horticulteurs de la région, une exposition horticole internationale qui aura lieu les 19, 20, 21 et 22 mai 1894; elle comprendra des sections de plantes, fleurs, fruits, légumes, arbres fruitiers en pots, industrie agricole, enseignement horticole, beaux-arts. Le programme complet se trouve chez M. Julien Tack, secrétaire général de l’Exposition, à l’hôtel de ville de Tourcoing.
- —L’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, vient de publier la liste des prix proposés pour les années 1894-1896. Parmi ces prix, nous relevons le suivant qui intéresse les physiciens. Prix Douclot. L’Académie décernera un prix de 500 fr. a l’auteur du meilleur travail sur le sujet suivant : Trouver un moyen nouveau pour mesurer, avec précision, les hautes températures ou perfectionner, au point de vue de la précision, l’une des méthodes déjà connues.
- —-Racola, à 68 milles du cap Buffalo, possède une source naturelle de savon. Il sort de terre sous forme d’écume bouillante et dessèche à l’air. Ce savon ressemble à de l’argile tendre, et on peut le recueillir avec une pelle. On suppose que c’est un mélange d’alcali, de soude et de pétrole, ce dernier se trouvant dans plusieurs endroits des environs.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — La pendule électrique que nous décrivons, p. 245, se trouve chez M. Cauderay, 1, rue Laumière, à Paris.
- Communications. — M. Golendorf, à Maisons-Laffitte, nous adresse un extrait d’un journal allemand dans lequel il est question des ordonnances qui vont être prises, sur les instances du comte Douglas, au Reichstag, en ce qui concerne les récipients destinés à contenir les médicaments pour l’usage interne ou externe. Les premiers ne seraient renfermés que dans des bouteilles rondes, et les seconds dans des bouteilles à angles. Ce serait là une excellente précaution qui permettrait d’éviter des accidents semblables à celui qui a causé, il y a quelque temps, la mort du célèbre physicien Tyndall.
- M. H. Serrin, à Paris, à propos de notre dernier article sur la litière de tourbe (n° 1085, du 3 mars 1894, p. 218), nous fait remarquer qu’il y aurait peut-être lieu de remplacer la tourbe par la sciure de bois qui absorbe près de sept fois son poids de liquide, et qui est moins poussiéreuse. Son prix de revient ne dépasse pas 3 à 4 francs les 100 kilogrammes à Paris.
- M. Ch. Cambon, à Sumène (Gard), nous adresse des copies de brevets qu’il vient de prendre sur un nouveau système de débrayage à arrêt instantané, sur un allumeur-extincteur à distance applicable aux gaz et à tous systèmes de lampes en général, et sur un nouveau système d’appareil destiné à prévenir, éviter ou atténuer tout au moins les accidents dans les usines à force motrice, dit : arrêt protecteur ou appareil de sauvegarde ouvrière.
- Renseignements. — M. le DT Brenac, au Havre. — Nous avons parlé, à plusieurs reprises, des applications de la poudre de mica ; voyez la Table des matières des dix dernières années (1883-1892), à la librairie G. Masson.
- M. Ferin, à Lisbonne. — Le siège de la Société philanthropique des habitations économiques est 65, boulevard de Grenelle, à Paris.
- M. L. L., à Gand. — Les phénomènes de dissociation ont été étudiés par MM. Henri Sainte-Claire Deville et Debray, et sont décrits dans tous les traités de physique et de chimie.
- M. L. Cazi, à Arles. — Charbons pour piles : Société anonyme Le Carbone, 12, rue Lorraine, à Levallois-Perret (Seine), et M. Houlle, passage Charles Bertaut, 38, avenue de Choisv, à Paris.
- M. Chevassus, à Cerro Gordo. — Toutes ces questions ont déjà été soulevées à plusieurs reprises et sont toujours à l’étude.
- M. R. Lefort, à Paris. — Nous avons donné toutes ces adresses en tête des Boîtes aux lettres des numéros qui contiennent les descriptions des divers appareils.
- M. F. T., à Paris. — En vous donnant la vitesse des trains de chemin de fer, nous entendions parler de la vitesse moyenne. Cette vitesse moyenne ne dépasse pas 70, 80 et 90 kilomètres par heure, en France et à l’étranger. Assurément les trains peuvent aller beaucoup plus vite : dans les pentes notamment et dans certaines autres circonstances expérimentales. Si vous voulez vous reporter à l’article que La Nature a publié il y a deux ans environ (n° 981, du 19 mars 1892, p. 243)1 sous le titre Expériences de grande vitesse aux Etats-Unis, vous verrez que l’on cite des vitesses de 100 à 110 kilomètres à l’heure, mais cela est tout à fait exceptionnel. Les vitesses des trains dans les pentes peuvent atteindre, comme vous le dites, 120 kilomètres et nous utilisons en tète de nos Nouvelles scientifiques les documents que vous nous envoyez à ce sujet.
- M. Bardel, à Paris. — La Nature a publié plusieurs articles originaux sur les trucs de théâtre employés dans la féerie
- Les Pilules du Diable; voyez le tome II de l’année 1890.
- M. G. J\, à Chatou. — Les procédés de fabrication du vinaigre sont indiqués dans tous les traités de chimie industrielle.
- Un abonné, à Braunschweig. — Vous pourriez vous adresser à l’administration des postes et télégraphes, 105, rue de Grenelle, à Paris.
- M. S. Novikoff, à Naples. -— Il se présente de grandes difficultés dans la préparation des plaques pour la photographie en couleurs ; ces plaques ne se trouvent pas encore dans le commerce.
- L’abonné 1001, à Auffay. — Veuillez consulter les librairies des ouvrages relatifs à la marine : MM. Berger-Levraulf, 5, rue des Beaux-Arts, L. Baudoin, 30, passage Dauphine, et librairie Dunod, 49, quai des Augustins, à Paris.
- M. Condamin, à Montélimar. — Vous trouverez des cadrans solaires chez MM. Chateau père et fils, 118, rue Montmartre, à Paris; M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, se chargerait également d’en établir. Des instructions assez étendues ont été données sur ces appareils dans les articles publiés par La Nature; voyez la Table des matières des dix dernières années (1883-1892), à la librairie G. Masson.
- Un lecteur, à Abonné. — Vous demandez s’il est possible de cintrer une feuille de mica sans la casser. On trouve dans le commerce des feuiUes qui n’ont que quelques dixièmes de millimètre d’épaisseur, et que l’on peut facilement replier à volonté en les cintrant.
- M. Onorio Falier, à Venise. — Nous complétons notre réponse donnée la semaine dernière, en vous signalant L’Echo des sports de Paris, journal hebdomadaire, 1, rue Auber, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — 1° Il serait nécessaire d’établir un projet pour vous donner une réponse certaine; vous pouvez toutefois compter sur un rendement brut de 65 pour 100. et recueillir une puissance utile de 26 chevaux sur l’arbre de la réceptrice. — 2° Plusieurs ouvrages ont été publiés par les librairies E. Bernard et Baudry, à Paris.
- M. P. Basilewski, à Nice. — Consultez le Dictionnaire des mathématiques appliquées de Sonnet, à l’article Gyroscope, Hachette, éditeur.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Paul Woog, à Mâcon. Il faudrait faire des expériences pour apprécier le procédé.
- — M. A. Macedonsky, à Bucarest. Remerciements pour votre proposition; le sujet nous paraît trop spécial à votre localité. — M. P. Péquoi, à Chambéry. Veuillez vous adresser directement au dépositaire de l'objet, dont l’adresse est donnée dans l’article. — Un abonne, à Pans. Cette composition ne nous est pas connue ; il serait nécessaire de faire l’analyse du produit. Cercle littéraire, à Bourges. Cette adresse a été donnée précédemment en tête de la Boite aux lettres du n° 1084, du 10 mars 1894. — M. A. G., à Paris. Nous allons rechercher cette adresse et nous vous répondrons. — Un artilleur, à Grenoble. Il n’existe pas d’ouvrage de ce genre.
- — M. A. F. Barros, à Lisbonne. Votre lettre a été envoyée à destination. —M. J. Nanot, à Versailles. Nous ne connaissons pas le procédé que vous nous demandez ; tous nos regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. R. Bamseaux, à Liège; M. F. Richard, à Saint-Mandé. Remerciements pour vos communications que nous utiliserons. — M. A. M., à Lille. La composition de ce produit ne nous est uas connue. — M. Darvier, à Annonay. Nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée précédemment. — M. le comte A. du B. d'A., à Vieux-Dieu. Pour répondre à votre demande, il serait nécessaire de comparer des observations effectuées en ces divers pays. — M. F. Trigo, à Trubia. Le sujet serait un peu spécial pour notre journal. Remerciements. — M. E. Janning, à Paris; M. K. 0 , à Gand. Consultez les Recettes et procédés utiles. lro série. (G. Masson, éditeur.) — M. A. B., à Lyon; M. L. J., à Marseille. Voyez le même ouvrage, 2e série, à la même librairie. — M. D. il/., à Caen; M. F. R-, h Lille; M. A. Abd-el-Nour, à Paris. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de zoologie. Mammifères et oiseaux. — M. Milne-Edwards, professeur, membre de l’Institut, commencera ce cours le lundi 2 avril 1894, à 2 heures, dans l’amphithéâtre de la Galerie de zoologie, et le continuera les lundis, mercredis1 et vendredis, à la même heure. — A partir du 7 mai, la leçon du lundi aura lieu à 10 heures du matin, dans les Galeries de zoologie, dans le Laboratoire ou dans la Ménagerie.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux Lettres reçues avant le lundi qui prècèdet la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS*
- Les haltères de l’arehet. — M. J. Dumas vient d’imaginer un procédé très ingénieux pour les violonistes qui veulent se faire une main légère; il consiste à charger l’archet de trois haltères pesant 5 grammes et qui, comme le montre le n° 3 de notre figure, sont formés d’une boule métallique se fixant au bois de l’archet au moyen d’une pince comme le
- Les haltères (le l’arehet.
- représente len°2. L’archet se trouve alourdi ; lorsque le joueur (n° l)a appris à jouer facilement avec cette surcharge, il a la main d’une légèreté extrême quand il enlève les haltères, et il se trouve avoir beaucoup de puissance et de douceur. On doit placer deux haltères aux extrémités de l’archet et le troisième exactement au milieu de la baguette. Cette gymnastique des haltères détruit l’irritabilité nerveuse des violonistes. — Les haltères de l’archet se trouvent chez M. J. Dumas, 23, rue Turgot, à Paris.
- Chaîne de surelé pour grilles. — Voici un système de cadenas très bien conçu. Le cadenas est rivé après la chaîne que représente notre figure de gauche; il ne peut donc s’égarer. Pour le fermer, il faut introduire un des anneaux dans le cadenap en appuyant sur la targette. Pour l’ouvrir, on se sert
- Cadenas à chaîne de sûreté.
- de la clé. Ce système est très précieux pour la fermeture d’une grille. La chaîne entoure les montants de la grille comme le fait voir notre figure de droite et la longueur de chaîne peut être augmentée ou diminuée suivant l’épaisseur des barreaux. — Le cadenas à chaîne de sûreté se trouve chez M. Mathieu, 2, Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Le graphocycle Duhois. — L’instrument que nous décrivons permet de tracer immédiatement et entièrement une courbe dont on connaît trois points, quel qu’en soit le rayon, aussi facilement qu’une ligne droite avec une règle, ou une circonférence avec le compas ordinaire. On sait que, pour faire passer par trois points connus un arc de cercle ou une circonférence dont on ne peut atteindre le centre, on est obligé de déterminer, par le calcul ou par un procédé graphique, un certain nombre de points par lesquels l’on fait passer un trait continu à main levée. Le graphocycle peut donc rendre de nom-
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- breux services dans les bureaux d’étude, des architectes et des ingénieurs, et sera très apprécié par les dessinateurs des industries d’art, qui ont fréquemment des tracés ou des épures à faire. L’appareil se compose de deux tiges a et b articulées en D et laissant en ce point une ouverture par laquelle on peut faire passer un crayon. Ces deux tiges sont reliées entre elles par deux autres tiges transversales c et d qui viennent se réunir sous une vis en F, comme le représente le dessin n° 1 de la figure. Soit, par exemple, à faire passer un arc de cercle par les trois points A,B,C; voici les opérations à exécuter : placer la pointe inférieure E des punaises spéciales que montrent en plan et en coupe nos dessins n°’ 2 et 3, aux points A et C ; placer les côtés extérieurs de l’instrument tangents aux deux tiges qui surmontent les pointes E ; desserrer la vis F, ouvrir ou fermer l’instrument, afin de faire correspondre le centre de la charnière D avec le point B ; bien serrer la vis F ; ramener
- 1. Vue d’ensemble de l’appareil.
- 2 et 3. Coupe et plan des punaises employées.
- le centre D le plus près possible de A ; introduire une pointe a tracer quelconque, crayon, plume, tire-ligne, etc., dans l’ouverture D; diriger cette pointe de A vers C en passant par.B, et en maintenant toujours les côtés de l’instrument tangents aux deux tiges placées au-de6sus de A et C, dans son parcours la pointe placée en D aura décrit un arc parfait. L’appareil permet de tracer des arcs de cercle aussi grands que l’on voudra par plusieurs opérations successives. Il peut être utilisé égaler ment pour tracer les méridiens des cartes géographiques. ^ Le graphocycle se trouve chez l’inventeur, M. A. Dubois, professeur technique à l’Ecole Diderot, 33, rue de Loos, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- L’année scientifique et industrielle, par Louis Figuier. 37e année, 1893, contenant une revue de l’Exposition universelle de Chicago. 1 vol. in-16. — Paris, librairie Hachette et ]CiB, 1894. Prix : 5 fr. 50.
- Cours théorique et pratique de photographie, par A. Soret, président de la Société havraise de photographie. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque générale de photographie, avec 74 figures. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1894. Prix : 5 francs.
- La photographie en voyage et en excursion, par M. G.-H. Aie-wenglowski, président de la Société des amateurs photographes. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque générale de photographie. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1894.
- Causeries sur la photographie, par L. Tisseramd, 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de la science pratique. — Paris, L. Boulanger, éditeur. Prix : 1 fr. 50,
- Guide du botaniste dans le Dauphiné. Excursions bryologiques et lichénologiques, par l’abbé Ravaud, 12° excursion comprenant les montagnes de l’Oisans. 1 vol. in-8°. — Grenoble, Xavier Drevet, éditeur.
- Annuaire-agenda des électriciens et de l’électricité, à l’usage des ingénieurs, architectes, constructeurs, commissionnaires en marchandises, négociants et contre-maîtres électriciens. 2“ année, 1894. 1 vol. in-18. — Paris, librairie centrale des sciences J. Michelet.
- Man the primerai savage. His haunts and relies froin the hill-tops of bedfordshire to blackwall, by Wortiiington G. Smith. 1 vol. in-8°. — London, Edward Stanford, éditeur, 1894.
- Annals of the astronomical 'observatory of Harvard College, Edivard C. Pichering, director. Vol. XXXI, Part. IL Investigations of the new England meteorological Society for the year 1891. 1 vol. in-4°. — Cambridge, Mass. William IL Wheeler, printer, 1893.
- Annals of the astronomical observatory of Harvard College, Edward C. Pichering, director. Vol. XL, Part. IL Observations made at the blue hill meteorological observatory, Massachusetts, U. S. A, in the year 1892. 1 vol. in-4°. — Cambridge, John Wilson and son University Press. 1893.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Méthode simple pour stériliser l'eau destinée aux usages domestiques, par M. Francis Watt. — Ayant cherché un procédé destiné à clarifier les liquides opalescents tenant en suspension les particules très fines qui passent à travers les filtres de papier et analogues, l’auteur a obtenu un bon résultat en ajoutant un sel d’aluminium qui se forme, englobe toutes les particules en suspension. Se proposant alors d’enlever aussi les micro-organismes, il a préféré substituer la formation d’oxyde de fer à celle de l’alumine, à cause de la propriété bien connue que possède ce premier oxyde de brûler les matières organiques. Des expériences poursuivies pendant plus de deux ans ont
- démontré que tous les microbes sont ainsi enlevés de l’eau ; en elFet, celle-ci, après filtration sur un filtre en papier stérilisé, était ensemencée dans des liquides nutritifs; ces liquides iont restés parfaitement limpides au bout de huit jours, tandis que l’eau non traitée par le sesquioxyde de fer, donnait des cultures très abondantes. Voici dès lors le procédé recommandé : ajouter duperchlorure de fera l’eau, et ensuite un peu d’eau de chaux ou d’une solution de carbonate de soude pour donner naissance à l’oxyde de fer, agiter vivement pour provoquer la granulation du précipité; laisser déposer, décanter, ou mieux passer à travers un filtre quelconque. Ce procédé aurait été mis en pratique dans des établissements publics et dans des maisons particulières.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49»,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES 1)U MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EX MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 0 mars .... 3»,7 N. W. 2. Nuageux. 0,1 Beau de 15 à 21 h.; nuageux le reste du temps; gelée blanche.
- Mardi 6 5%1 S. W. 4. Couvert. 0,9 Couvert jusqu’à 16 h., nuag. ensuite; pluie à peu près continue de 4 à 15 h..
- Mercredi 7 5*,8 W. 2. Presque couvert. 0,8 Très nuageux.
- Jeudi 8 4-,6 S. 3. Couvert. 0,0 Presque couvert; halo.
- Vendredi 9 6",9 S. S. W. 1. Couvert. 0,0 Très nuag. de 13 à 17 li., couvert avant et après; quelq. gouttes à midi.
- Samedi 10 9*,0 S. W. 4. Couvert. 0,0 Couvert jusq. 15 h.; puis très nuag.; beau après 20 h.; pluie de 11 à 12 h.; halo.
- Dimanche 11 7*,1 S. S. W. 3. Presque couvert. 2,1 Couvert de 7 à 14 h. et ap. 17 h.; nuageux le reste; pluie à partir de 19 h. »
- MARS 1894. --- SEMAINE Dü LUNDI 5 AU DIMANCHE il MARS
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi | Samedi
- Dimanche
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- La courbe supérieure indique La nébulosité de 0 à 10; les fléchés inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à Vabri à boule sèche, courbe en pointillé, thermomètre à Vabri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Aurore boréale. — Nous avons reçu de M. G. de Rocquigny-Adanson, à Moulins, l’intéressante communication suivante : « Le mercredi 28 février 1891, nous écrit notre correspondant, entre 8h 15" et 8b 30“ du soir (heure de Paris), par une nuit étoilée et sans Lune, l’horizon nord de Moulins était visiblement éclairé par une lueur blanche, fixe, légèrement nuancée de jaunâtre. L’illumination affectait, en perspective, la foi me d’un segment circulaire s’appuyant par sa base sur l’horizon. L’arc d’horizon illuminé, que j’ai pu mesurer approximativement, avait une valeur de 70 à 75 degrés, et le vertical passant par l’étoile polaire paraissait partager cfct arc en deux parties, l’une orientale, l’autre occidentale, respectivement dans le rapport de 1 à 2. De telle sorte que la position de l’axe ou flèche du segment lumineux pouvait être à peu près N. 12J à 13° W. Le point le plus élevé de l'arc du segment, donné par la hauteur de la flèche, atteignait presque la moitié de la distance qui séparait 3 de Cassiopée de l’horizon. On distinguait encore dans cette direction Wéga dont les feux éclatants étaient comme noyés dans la lueur diffuse du segment lumineux. Par lettre en date du 3 mars, M. Mascart, directeur du Bureau central météorologique, m’a informé que l’aurore boréale observée le 28 février
- à Moulins, a été observée également aux environs de Paris et à Herno-sand. »
- En dehors de la Note précédente, nous avons encore quelques autres renseignements sur cette aurore boréale, qui a été remarquable et qui a été vue de différents points de la France. L’observatoire de Juvisv l’a signalée comme ayant commencé vers 7 heures du soir et s’étant terminée à 9k 15" ; le maximum d’éclat a eu lieu à 8b 35". Le phénomène consistait principalement en un arc lumineux au-dessus de l’horizon nord, avec plaques lumineuses d’abord à l’est, ensuite à l’ouest. Celte aurore magnétique a coïncidé avec la disparition au bord occidental du soleil de la tache gigantesque qui avait été signalée dernièrement par les astronomes.
- Tremblement «le terre dans le Thibet. — Un tremblement de (erre d’une grande violence s'est produit récemment dans la région thibétaine de Kada, sur une étendue de 9000 milles carrés : 74 Lamas, 137 Chinois et Thibétaius ont péri ; il y a eu un grand nombre de blessés. Le grand monastère du Dalaï Lama, à Huelzuan, qui date du dix-septième siècle, a été entièrement démoli par les secousses ; on a retiré de ses ruines les neuf bouddhas d’or pur, présents de l’empereur Yung-Ching, et une ceulaine d’images en bronze.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 7, à 2 h. 28 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SYNTË
- Mal de mer. — Un de nos lecteurs, M. de Courten, de Florence, ne croit pas, d’après son expérience personnelle, que les conditions d’équilibre du corps par rapport aux mouvements <lu navire, roulis et tangage, puissent grand’chose contre le mal de mer. 11 n’a, pour son compte, recours qu’à un seul moyen, l’alimentation forcée. « Je me rappelle, dit-il, que dans une traversée sur le lac de Constance, j’éprouvai des nausées très significatives. Je me précipitai à la salle à manger où j’avalai, bon gré, mal gré, une côtelette arrosée d’excellent Bordeaux. J’avoue que les premières bouchées eurent une certaine difficulté à prendre la route de l’estomac, mais, avec force rasades, je finis par en avoir raison. Je remontai sur le pont et, à ma grande satisfaction, je constatai que les mouvements du bateau restaient sans effet nuisible sur moi. Donc, pas d’estomac vide.... ». L’ingestion des rasades de Bordeaux me semble, dans le cas de notre correspondant, avoir eu autant et plus que l’alimentation d’action sur l’estomac. Mais c’est, en etfet, un moyen que de se bourrer d’aliments avant le départ. D’au- • très, au contraire, et notre collaborateur Magus l’affirme, avec preuves à l’appui, se trouvent mieux d’un vomitif.
- M. Lesault nous vante les bons effets de la pélagine, spécialité pharmaceutique à base d’exalgine, de cocaïne, de théine dans une solution éthéro-alcoolique.
- M. Frédéric Saller, capitaine au long cours, nous écrit : « le moyen le plus efficace pour atténuer le mal de mer, c’est l’énergie, ensuite le champagne frappé pris à jeun; il fait oublier la crainte d’étre indisposé. S'il survient des vomissements, sucer des morceaux de glace, et surtout, éviter de rester enfermé, soit dans les salons, soit dans les cabines. Ayant commandé longtemps les paquebots des Messageries impériales sur la ligne du Brésil et de La Plata, je me permets de vous envoyer le résultat de mon expérience. ))
- M. le Dr S., médecin de la marine, nous adresse les observations suivantes :
- « La cause du vomissement du mal de mer réside dans les centres nerveux et les impressions sont transmises aux nerfs moteurs du diaphragme et des muscles de la paroi abdominale. Le mal de mer a été attribué aux mouvements du liquide céphalo-rachidien qui entoure le cerveau et la moelle. Ces mouvements de montée et de descente sont analogues à ceux qui se produisent à bord dans le baromètre à mercure. Le liquide céphalo-rachidien arrive brusquement sur le plancher du quatrième ventricule qui détermine le vomissement par son action sur le centre réflexe. Le remède le plus simple est encore le meilleur : la position horizontale, non pas dans une couchette. mais dans un cadre suspendu. Se placer autant que possible au centre du navire où les oscillations sont le moins accusées et ne rien prendre des nombreux agents conseillés comme prophylactiques ou cyratifs. »
- le tiens à remercier nos aimables correspondants : parmi tant d’indications, les voyageurs trouveront bien un moyen de se soulager. * Dr X...
- INFORMATIONS
- —— Voici des renseignements donnés par la Revue du Cercle militaire qui prouvent que les équipages qui monteront les bateaux sous-marins seront, quoi qu’on pense, exposés à de fâcheuses aventures. On étudie en ce moment, dans la marine des Etats-Unis, l’effet produit sur un bateau sous-marin et sur son équipage, par l’explosion plus ou moins rapprochée de torpilles, de charges de dynamite, etc. Des expériences faites en décembre 1893 à Newport, sous la direction du commodore G. Couverse, chef de la station des torpilles, il résulte qu’un bateau-torpille Lay, immergé à 3m,65 de profondeur, et à 122 mètres d’une charge ae 100 livres de coton-poudre, a pu résister à cette explosion sans dommage apparent. Il a été cependant coulé, l’eau s’y étant introduite rapidement par l’effet de boulons disjoints ou desserrés par l’explosion. On peut hardiment supposer que les hommes soumis à une pareille secousse ne s’en seraient pas tirés absolument saufs.
- —On nous annonce qu’il aurait été décidé qu’une Exposition internationale d’électricité aurait lieu en 1895. Cette Exposition s’ouvrirait le 1er juillet pour clôturer le 31 octobre. Elle comprendrait le Palais des Machines au Champ de Mars et le Palais de l’Industrie aux Champs-Elysées. Au Champ de Mars seraient installées toutes les machines à vapeur et les dynamos génératrices pour la transmission de l’énergie. Aux Champs-Elysées on concentrerait la réception de la force motrice et toutes les applications de l’électricité. Les deux palais seraient réunis par une voie ferrée sur laquelle circuleraient des voitures de tramway ou de chemin de fer actionnées par l’électricité. Les divers systèmes, câble souterrain, trolley, système Heilmann, accumulateurs, etc., seraient mis en concurrence. On parle de bateaux électriques circulant sur la Seine et d’un transport d’énergie avec point de départ de l’usine de MM. Menier à Noi-siel, pour aboutir au Palais de l’Industrie.
- —La Ménagerie du Muséum d’histoire naturelle a reçu de M. Pavie, consul général de France à Bangkok, un lot important d’animaux exotiques divers. Parmi eux : deux nycticèbes ou singes de nuit des plus curieux, deux ours des cocotiers, un macaque, un fcélupa, espèce de grand-duc assez rare provenant de Java, enfin plusieurs carnassiers de petite taille, dont quatre mangouste s, trois gcnettes, cinq paradoxures.
- —Sfc— Dans un rapport publié récemment par l’office colonial de Sainte-Hélène, le gouverneur rend compte de la culture du Coton et de l’élevage du Ver à soie dans l’ile. On pense que la sériciculture s’y établira pour peu qu’elle reste entre les mains des femmes et des enfants. Jusqu’ici, on est content. Mais l’on doit encore attendre que les quelques milliers de Mûriers plantés aient atteint leur croissance pour juger du succès de l’entreprise.
- —Si M. de Bismarck reste attaché à ses vieilles idées féodales, il n’est pourtant pas rebelle aux nouvelles applications industrielles. La succursale, à Hambourg, de la maison Schuckert et Cie a, en effet, été chargée d’établir l’éclairage électrique dans la demeure de l’ancien chancelier de l’empire d’Allemagne. La force motrice est prise dans une scierie située dans une forêt appartenant au prince et éloignée de quelques minutes de l’habitation. Emploi des courants continus.
- _La statistique de l’Institut Pasteur attaché à l’hôpital Alexandre III, de Moscou, donne les chiffres suivants : 907 personnes ont été traitées en 1892 (613 hommes et 294 femmes), sur lesquelles il y a eu 6 morts : soit une mortalité de 0,66 pour 100.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le nouveau verre d’Iéna, dont nous avons parlé précédemment, se trouve chez M. P. Rousseau, 17, rue Soufflot, à Paris. — Le stérilisateur Legay, décrit dans les Nouvelles scientifiques du n° 1082, du 24 février 1894, se trouve à la maison milame et Gi0, rue Martre, 88, à Clichy-la-Garenne (Seine). — Alambic des familles : M. Besnard, 28, rue Geoffroy-Lasnier, à Paris. — Horloge électrique, décrite dans la précédente livraison : M. J. Gauderay, 1, avenue Laumière, à Paris.
- Communications. — M. J. Quélin, directeur de l’Observatoire d’Angers, nous informe que le bolide, qui a été signalé par notre collaborateur M. Ch.-Ed. Guillaume dans le n° 1085, du 17 mars 1894, p. 251, a été également vu à Angers le 8 mars, à peu près à la même heure.
- if. A. Thumann, à Guebwiller, nous écrit, à propos de la communication de M. Gotendorf, mentionnée dans notre Boîte aux lettres, du n° 1085, du 17 mars 1894, qu’il ne s’agit plus en Allemagne de prendre des ordonnances en ce qui concerne les récipients à médicaments destinés au public. Ces ordonnances sont en vigueur depuis le 1er janvier 1892. Des accidents récents, ajoute notre correspondant, prouvent que la forme spéciale des fioles ne force pas l’attention et n’empêche pas les erreurs.
- Renseignements. — M. R. Fouilliand, à Lyon. — Revue de viticulture, 4, rue de Mirbel, à Paris.
- M. Loiselle, à Paris. — Soudure pour celluloïd : MM. Coblenz frères, 58, rue du Château-d’Eau, et M. Gaucher, 226, rue Saint-Denis.
- M. F. Klein, à Paris. — Nous avons publié un grand article sur la fabrication des câbles électriques dans le n° 195, du 24 février 1877, p. 195. Il s’agissait là de machines anglaises; vous trouverez des câbleuses et toronneuses chez M. Mongin, 218, rue Lafayette, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — Consultez l’ouvrage de M. Picou sur les machines dynamos, à la librairie Baudry.
- M. L. D., à Epinal. — Les Kindergarten ne donnent rien sur l’enseignement de l’anglais. L’enseignement de l’anglais, dont nous avons parlé, est pratiqué par une méthode analogue. Vous trouverez les livres de Froebel traduits en français à la librairie Hachette.
- M. E. Marrel, à Rolle. — Adressez-vous à la librairie du journal Le Yacht, 55, rue de Châteaudun, à Paris.
- M. L. Lesage, à Nogent-le-Rotrou. — 1° Pour tout ce qui concerne la pile de Meritens, renseignez-vous, 44, rue Bour-sault, à Paris. — 2° Remerciements pour la réponse que vous nous faites parvenir et que nous publions.
- Un abonné, à Nice. — 1° Le prix de l’ouvrage est de 2 fr. 25 broché et 3 francs cartonné, à la librairie G. Masson. — 2° La pression supérieure sera toujours plus forte; le disque ne pourra tenir.
- M. Brugnot, à Paris. — Nous avons décrit dans le n° 965, du 28 novembre 1891, p. 407, pour la production de l’ozone, un petit appareil qui pourrait vous convenir.
- M. Warteher du Pares, à Fretin. — Dans les serres, pour amortir la vivacité des rayons solaires, on badigeonne les vitrages à l’intérieur avec un lait de chaux, auquel on donne un ton légèrement bleuâtre en mélangeant une faible quantité de bleu de blanchisseuse.
- M. A. C., à Paris. — Le phénomène de variation que présente la résistance électrique du sélénium à la lumière est connu depuis longtemps ; on a déjà essayé à plusieurs reprises d’utiliser cette propriété, même pour effectuer des mesures très sensibles.
- M. A. A. Raposo, à Ponta Delgada. — 1° Appareils pour la fabrication du beurre et du fromage : M. Hermann, 162, rue de Charenton, et M. F. Fouché, 38, rue des Ecluses-Saint-Mar-
- tin, à Paris. — 2° Renseignez-vous à la librairie Berger-Le-vrault, 5, rue des Beaux-Arts.
- M. Le Sénéchal, au Merlerault. — Nous allons décrire prochainement un appareil de photomicrographie qui vous donnera toute satisfaction.
- M. Allemandi, à Paris. — L’appareil que vous signalez ne saurait remplacer le conjoncteur-disjoncteur que nous avons décrit précédemment; de plus, en pratique, il offrirait plusieurs inconvénients.
- M. de Tewalle, à Paris. — 1° Il faut ajouter des quantités suffisantes de produits pour provoquer la formation d’un précipité au sein du liquide. — 2° Vous pourriez essayer ce filtre.
- Mm° S. L. C., à Paris. — 1° La peau est très délicate; on risquerait de la détériorer en voulant faire disparaître la tache. — 2° Voyez l’adresse que nous avons donnée en tête de la Boîte aux lettres du n° 1080, du 10 février 1894.
- M. A, Faure, à Uued-Amizour. — 1° Vous trouverez un traité de ce genre à la librairie Bernard Tignol, à Paris. — 2° 11 peut se faire que la pression atmosphérique ait une influence; quand le temps est clair et sec, le baromètre est élevé.
- M. V. Papon, à Saint-Junien. — Nous avons donné la description de la nouvelle machine à cigarettes de la régie française dans le n° 857, du 2 novembre 1889, p. 364. Nous vous mentionnerons également la machine Lemaire, 150, rue de Rivoli, à Paris.
- M. A. L., à Abbeville. — 1° Le terrain marneux dont vous parlez est bien peu favorable aux plantations. — 2° On ne saurait opérer que par des procédés galvanoplastiques. — 3° Essayez le produit que l’on trouve chez les marchands de couleurs, sous le nom de vernis noir du Japon.
- Réponses. —N° 1331. Nettoyage des épaulettes d'argent oxydées. — Je puis vous donner le moyen que j’emploie pour nettoyer les soutaches de képis et les galons de chapeaux de gendarme ; le même procédé pourra sans doute convenir aux épaulettes d’argent. Je me sers simplement d’une Drosse à ongles un peu dure, dans laquelle je fais pénétrer à sec du carbonate de magnésie par tamponnemenj, dans une boîte, et je brosse les galons, passementeries ou broderies d’argent, jusqu’à ce qu’ils soient redevenus bien blancs. Il suffit ensuite de brosser le drap et de lui donner quelques coups de baguette pour qu’il ne reste aucune trace de la poudre employée. (Communiqué par M. Léon Lesage, à Nogent-le-Rotrou).
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. G. Itamond, à X. Remerciements pour votre lettre : il vous est donné satisfaction dans la présente livraison. — Ab Ch. Andrieu, à Clermont-Ferrand. Cette adresse a été donnée en tête de la Boîte aux lettres du même n° 1014. — M- A. Biegel, à Paris. Aucun article n’a été publié sur ce sujet. — M. F. Neuville, à Moscou. Nous n’avons pas l’adresse que vous réclamez. — M. Cousin, à Domfront. Remerciements pour votre communication que nous utiliserons. — M. Ch. Farine, à Verdun. Le renseignement que vous demandez ne se trouve dans aucun livre d’histoire naturelle; nous ne saurions vous le donner. — M. Pointe, à Nully. Nous avons fait quelques recherches, et nous n’avons pu trouver la Note dont vous parlez. — M. le Dr Fassina, à Alger. Le constructeur est désigné en tète de la présente Boite aux lettres. — AL E. Amaury, à Vernon. Il faudrait vous donner une liste très longue d’ouvrages pour vous indiquer tout ce qui a été publié sur les temps préhistoriques; adressez-vous aux principaux éditeurs. — AL Arifon, à Uzès. Il serait nécessaire de faire de longues recherches pour vous renseigner. — AL Oleg, à Versailles. Voyez les Recettes et Procédés utiles, 5° série, (G. Masson, éditeur). — M. X., à Bischwiller; AL Lacroix, à Alger. Remerciements pour vos communications. — Ab P. Bahuto, à Lisbonne; Ab F. B., à Milan. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d'histoire naturelle.
- Cours de minéralogie. — M. A. Lacroix, professeur, a commencé ce cours le mercredi 14 mars 1894, à 4 heures trois quarts, dans l’amphithéâtre de la Galerie de minéralogie, et le continuera les vendredis et mercredis suivants à la même heure.
- Cours de physique végétale. — M. Georges Ville, professeur. Le cours ouvrira le mardi 3 avril 1894, à 3 heures un quart, dans le grand amphithéâtre, et sera continué les marais et vendredis suivants, à la même heure.
- Bans la « Moite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Écrans en mosaïque transparente. — Un de nos
- lecteurs, M. Emile Finet, nous envoie un échantillon qu’il a fait faire pour La Nature de sa mosaïque transparente ; nous en reproduisons l’aspect : c’est une trame transparente qui produit un charmant effet. Cet article a figuré à la dernière Exposition du Progrès au Palais de l’Industrie. Au début, les modèles étaient de deux sortes, soit sur canevas de fil, soit sur canevas de fil métallique. M. E. Finet a supprimé ce dernier parce
- Écran en mosaïqué transparente.
- que la dilatation de la trame métallique sous l’action de la chaleur de la lampe ou de la bougie ne correspondait pas à la dilatation de l’enduit transparent qui par suite se fendillait. L’inventeur emploie comme enduit transparent de la gélatine pure dissoute dans de l’eau chaude préalablement colorée afin que la coloration se trouve dans la masse même de l’enduit qui y gagne une grande transparence et une grande intensité de couleur. Les écrans sont faits sur canevas de fil. Ils peuvent être pendus à l’abat-jour d’une lampe ou devant une bougie. Ces objets se trouvent chez M. Emile Finet, 8, boulevard Port-Royal, à Paris.
- Loqueteau pour barrière. — Ce petit loqueteau dit de barrière est fait pour les fermetures de portes, barrières à claire-voie, portes de jardins, de remises, d’écuries etc. Notre figure de gauche représente l’objet dans la position qu’il occupe
- Loqueteau pour portes et barrières.
- lorsqu’il est fermé : au-dessous e-t la tige qui détermine la fermeture et qui est fixée sur le bord de la porte, cômme le montre notre dessin de droite. Ce petit objet est très pratique et très utile à la campagne. Il se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du faubourg Poissonnière, Paris.
- Chambre claire simplifiée. — Un grand nombre de personnes ont désiré faire l’acquisition d’une chambre claire pour le dessin, mais beaucoup ont été arrêtées par la somme relativement élevée qu’il fallait dépenser pour cela. Or voici le moyen de construire soi-même cet instrument presque sans frais. — Construction du prisme. On se procure chez un miroitier un fragment de glace étamée ayant 40 millimètres de longueur sur 20 de largeur, ainsi qu’une lame de verre ayant même longueur et 29 millimètres de largeur. Cette dépense n’excédera pas 50 centimes. Fabriquer ensuite avec du carton mince mais résistant une sorte de boîte ayant la forme d’un prisme triangulaire et dont le développement en vraie grandeur est ci-contre (fig. 1). Son exécution ne présente aucune diffi-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- culté, si l’on a soin de plier le carton suivant les lignes en pointillé, après avoir passé le tranchant du canif sur ces lignes pour avoir des arêtes bien nettes. On mettra de la colle aux endroits indiqués par des hachures. Avant de clore la boîte, assujettir la glace sur la paroi intérieure P. Quant au verre, il sera glissé dans les rebords formant rainures, dont les extrémités seront réunies R à R' et r à f au moyen de deux bandelettes de carton collées, de façon à pouvoir retirer facilemeat ce verre pour le nettoyage. Le milieu de la face AB portera
- une petite ouverture ronde (0) pour servir d’oculaire. Il ne restera plus qu’à coller la face extérieure P sur une lamelle de bois (E, fig. 2) dépassant légèrement le côté opposé à l’oculaire, afin de pouvoir adopter le prisme au pied dont il va être parlé. — Pieu. Enfin l’appareil ainsi formé devra être monté sur un pied. En voici un très simple (fig. 2), entièrement établi en bois avec de simples morceaux de règles et une planchette MN. Ce pied sera immobilisé sur une planche à dessin, avec la main libre placée sur le socle. Ou mieux, si l’on remplace la planche à dessin par un carton fort, on pourra y fixer le pied, au moyen d’une simple pince à linge. L’assemblage, qui est à frottement aux points ABCD et fixe au point F, sera fait au moyen de petits clous, mais aux endroits A et B, il serait préférable de disposer deux petites vis à oreilles, pour permettre de maintenir la chambre claire dans toutes les positions qu’on lui fera prendre. Il est recommandé de pratiquer les trous, d’abord avec une vrille, pour ne pas faire éclater le bois. Les dimensions ne sont indiquées que pour faciliter la construction et sont susceptibles d’être modifiées. Pkudhomme.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Efficacité comparative de divers calorifuges. — D’après M. Hepwarth, voici l’efficacité de diverses matières employées pour empêcher la déperdition de la chaleur des générateurs et conduites de vapeur, appareils à vapeur, etc.
- Perte Efficacité
- pour 100 absolue relative
- Duvet 6,2 93,8 100
- Coton cardé. . . 8,1 91,9 98
- Poils 11,4 88,6 94,4
- Toile 11,7 88,3 94,1
- Jute 13,2 86,8 92,5
- Poudre de liège. 15,6 86,4 92,1
- Sciure de bois. 14,2 85,8 91,5
- Magnésie calcinée. 14,7 85,3 90,9
- Plâtre 36,2 63,8 68
- Amiante .... 47,9 52,1 55,5
- Sable fin. . . . 66,3 33,6 55,8
- Il est regrettable que ces déterminations n’aient pas embrassé une série plus complète de matériaux, et que l’on soit obligé de constater l’absence, par exemple, du papier, de la laine, de là laine minérale, etc., voire même de F argile, usités, eux aussi, dans de nombreuses applications.
- Nettoyage et polissage de l'aluminium. — Pour débarrasser les pièces d’aluminium de toute saleté et toute matière grasse, on le plonge d’abord dans la benzine. Si l’on veut que le métal soit doué d’un bel aspect bien blanc, on recommande de l’immerger en premier lieu dans une solution concentrée de potasse caustique. Le métal ainsi nettoyé est placé dans un mélange d’eau et d’acide azotique (deux tiers d’acide azotique pur et un
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- tiers d’eau) ensuite dans une solution non diluée d’acide azotique, enfin dans un mélange de vinaigre et d’eau, en parties égales. Après quoi la pièce est soigneusement lavée à l’eau pure et définitivement séchée dans la sciure de bois chaude. Pour rendre le métal brillant, on le polit avec une composition rouge dite «trifolia » très fine, en se servant d’une peau de mouton garnie de sa laine ou d’une peau de chamois. Si l’aluminium doit être rendu très éclatant pour des objets soignés, on constitue un mélange de parties égales en poids d’huile d’olive et de rhum, que l’on agite fortement dans une bouteille pour en obtenir une émulsion ; la pièce à polir est plongée dans le liquide, et le métal devient blanc et resplendissant sans exiger une forte
- friction. Pour pouvoir travailler l’aluminium aussi facilement que le cuivre pur, il faut traiter sa surface au moyen d’un vernis composé de trois parties d’huile de térébenthine et une partie d’acide stéarique, ou bien d’un mélange d’huile d’olive et de rhum. Pour le polir, on se sert de sanguine ou d’un brunissoir. Si on fait le polissage à la main, on emploie soit le pétrole, soit une mixture composée de deux cuillerées à bouche de borax ordinaire dissous dans un litre d’eau chaude à laquelle on ajoute quelques gouttes d’ammoniaque. Dans l’opération de polissage au tour, l’ouvrier s’enveloppe les doigts de la main gauche d’une flanelle de coton humectée de pétrole et maintenue constamment en contact avec le métal.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT Dü CIEL PLUIE EK MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 12 mars. . . . 3*,7 S. 1. Peu nuageux. 5,5 Beau ou peu nuageux le matin ; presque couvert le soir; pluie jusqu’à 1 h.; gelée blanche.
- Mardi 13 9*,1 S. S. W. 6. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 16 h.; très nuageux ensuite; pluie de 10 h. à 13 h.; grêle à 10 h. et 18 h.
- Mercredi 14 2“,9 S. W. 2. Nuageux. 3,0 Nuageux; averse de pluie et grêle à 15 h. 3/4; gelée bl.
- Jeudi 15 2*,1 S. 1. Couvert. 5,9 Presque couvert; neige avant 4 h.; grêle à 13 h. 1/2; pluie à diverses reprises.
- Vendredi 16 5*,2 N. W. 2. Beau. 3,2 Peu nuageux ; gouttes à 13 h. 50.
- Samedi 17 3”, 7 N. 5. Couvert. 0,0 Couvert le matin, puis nuageux ; beau après 18 h.
- Dimanche 18 0*,1 N. 1. Quelques nuages. 0,0 Presq. couv. de 9 à 16 h.; peu nuageux avant et après; un peu de grésil à midi.
- MARS 1894. -- SEMAINE Dü LUNDI 12 AU DIMANCHE 18 MARS
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- La pluie en Roumanie. — Des observations très intéressantes ont été faites depuis 1881.sur la quantité de pluie tombée en Roumanie, dans un très grand nombre de stations pluviométriques. Nous extrairons à ce sujet quelques chiffres des Annales de VInstitut météorologique de Roumanie, publiées dernièrement par M. Stefan C. Hepites. Des pluviomètres ont été installés en de nombreuses localités en Roumanie, et le réservoir des appareils a été placé à 1“,5 au-dessus du sol. Les quantités d'eau comprennent l’eau de pluie et l'eau de neige; les chiffres suivants donnent des moyennes annuelles établies après un plus ou moins grand nombre d’années d’observations. A Bucarest, après 25 ans. la moyenne annuelle est de 585”“,7 ; à Bechet, après 10 ans, elle est de 540"",3; à Calafat, après 10 ans, elle est de 512"“, 1; à Adjud, après 4 ans, elle atteint 575”",1. La répartition de la pluie par saisons est assez variable; on constatecependant, en énéral, que la quantité de pluie maxima est tombée en été et la quantité e pluie mini ma en hiver. A Adjud, la pluie est de 68““,5 en hiver, 183"“,6 au printemps, 211““,7 en été et 89”“,2 à l’automne; à Bucarest, elle est de 102““,6 en hiver, 150"",4 au printemps, 200"",8 en été et 132”“ à l’automne. La répartition mensuelle de pluie est différente suivant les contrées; mais, en général, le maximum de pluie a lieu en juin, juillet ou août et le minimum en février. A Bucarest, on a observé une moyenne de 28"“,1 en janvier, 26””,9 en février, 37"“,9 en mars, 48“",9 en avril, 63“",6 en mai,
- 75““,5 en juin, 76"",2 en juillet, 49"",1 en août, 43”“ en septembre, 4l**“ en octobre, 48"“ en novembre et 47"“,4 en décembre. Dans la même ville, de 1884 à 1892, la plus grande pluie qui a été observée est celle du 4 juin 1892, où il est tombé 9““.5 d’eau en 5 minutes, soit 1“",9 par , minute, et la plus faible pluie est celle du 30 octobre 1885, où il est tombé 17"“ d'eau en 25 minutes, soit 0"“,68 par minute.
- Etude des coups de foudre. — Dans le Meteorologîsche Zeitschrift, M. Iliomadko décrit un certain nombre de coups de foudre qu’il a eu l’occasion d’observer. L’auteur rapporte, entre autres, un cas de foudre montrant que celle-ci ne frappe pas toujours les objets les plus élevés. Le 15 août 1891, un orage éclatait vers 11 heures du matin, dans la vallée de la Luschnitz, sur la ville de Tabor. L’orage se propageait du sud vers le nord, en passant sur le versant de la vallée couronné de maisons et d’arbres, et s’élevant à une hauteur de 50 mètres, sans donner de coups de foudre, jusqu’à ce qu’il arrivât près de la ville, à un lieu nommé Horlca, où il frappa deux vieux poiriers à large couronne situés dans un jardin sur le bord de la rivière. Le premier fut seulement effleuré, la couronne du second fut renversée. La foudre le frappa sur le côté au-dessous de la couronne ; l’arbre était creux, la foudre pénétrant par un trou dans la cavité le lit éclater et la couronne tomba à terre sans avoir autrement souffert. On ne constata aucune brûlure. Les deux arbres étaient éloignés l’un de l’autre de 200 mètres.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 14, à 6 h. 37 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Communication acoustique sons-marine. — L’idée de Daniel Colladon, d’utiliser la transmission du son dans l’eau pour établir une communication entre les navires et les côtes a été reprise récemment par le capitaine Neale, qui vient de faire d’intéressantes expériences sur la Tamise. Le principe consiste toujours dans l’emploi d’une cloche frappée par un marteau pour produire le son, et d’un diaphragme métallique pour le recevoir, les deux étant immergés assez profondément pour être à l’abri de l’agitation superficielle. Le point intéressant de la question est l’emploi du principe harmonique. D’après l’inventeur, un corps disposé pour vibrer sous un ton ne vibrera que sous ce ton et pas sous un autre. Si donc on choisit une note qui ne se produise que très rarement, le récepteur ne recevra que cette note, et on n’aura pas à craindre de voir leS communications dérangées par des bruits étrangers. Les signaux sont produits d’après le code de Morse, c’est-à-dire qu’on règle les intervalles des sons, de manière à donner l’équivalent des traits et des points. Si on relie le récepteur à un appareil téléphonique, on pourra écrire le message comme on le fait en télégraphie. Pour établir ces appareils à bord des navires, il faut, mettre un transmetteur et un récepteur sur chaque bord. Cette installation permettrait en cas de brume de reconnaître l’approche d’un autre navire et la direction qu’il suit, de lui signaler la présence d’un autre navire et sa position; on pourrait ainsi prévenir les abordages. La communication avec la terre ou avec les feux flottants pourrait aussi rendre de grands services. Il y a là un vaste champ d’application à exploiter, mais il faudrait que les premières expériences faites sur la Tamise fussent confirmées par d’autres réalisées sur une plus grande échelle et sur une plus grande distance, bien que les constatations faites par Colladon montrent que l’on peut transmettre des signaux à 80 kilomètres, ce qui est déjà un parcours considérable.
- INFORMATIONS
- —Les importations de céréales à Anvers, en 1893, ont été supérieures de,3 millions et demi à celles de l’année précédente. Cette augmentation, dont les blés ont profité dans une certaine mesure, a principalement porté sur les avoines et les orges. Les principaux fournisseurs de la place d’Anvers ont été, comme par le passé, les Etats-Unis, les Indes, la République Argentine, les Provinces danubiennes, la Russie. Les seules variations qui méritent d’être mentionnées dans les expéditions des pays d’origine sont une importante augmentation de 3 342 000 hectolitres dans les envois de la République Argentine et une diminution de 1058 000 hectolitres dans les arrivages de blés des Etats-Unis. Les prix des froments se sont maintenus toute l’année à un taux très bas : de 14 à 17 francs en janvier, ils sont tombés, en été, jusqu’à 12'r,50 et 14fr,50 pour se relever un peu en hiver. Il est probable que cette situation, si favorable pour des achats éventuels, se prolongera encore pendant l’exercice en cours. L’abondance de la récolte dans les pays producteurs fait, en effet, prévoir pour cette année des arrivages considérables; d’autre part, les quantités énormes de céréales jetées sur
- le marché, le prix réduit des frets, le chiffre élevé des stocks existant un peu partout ne manqueront pas de peser lourdement sur les cours.
- —MM. Rourtawich, inspecteur, et Papawich, directeur des haras serbes, autorisés par M. Viger, ministre de l’agriculture, ont visité les dépôts français d’étalons du Pin et de Saint-LÔ. Ils ont beaucoup admiré les reproducteurs de pur sang et de demi-sang, réunis dans ces établissements. Le Gouvernement serbe se préoccupe vivement de l’amélioration de la race chevaline et il organise un service des haras. MM. Rourtawich et Papawich avaient pour mission d’acheter quelques poulinières et quelques étalons de race anglo-normande. Ils ont fait l’acquisition de trois juments de belle origine, pleines des meilleurs étalons. Us n’ont pas reculé devant les prix élevés de 5000, 6000 et 7000 francs ; ils ont acheté aussi deux jeunes étalons de trois ans, et les ont payés, l’un 5600 francs, l’autre 6600 francs. Ces messieurs vont poursuivre leurs études hippiques en allant visiter le haras de Pompadour et le dépôt d’étalons de Tarbes; tout fait espérer qu’ils reviendront faire des acquisitions plus nombreuses. .
- —Avec les méthodes actuelles de chauffage des locomotives, il ne faut guère moins de trois heures pour mettre une machine sous pression. C’est là évidemment une grande perte de temps qu’il y aurait souvent intérêt à réduire au minimum. C’est le but de l’appareil Smith qui se compose essentiellement d’un pulvérisateur-brûleur à pétrole que l’on dispose dans le foyer de la locomotive. Le pétrole est fourni par un réservoir surélevé, l’air comprimé par un compresseur placé dans la remise de locomotives. Deux séries de tuyaux amènent le pétrole et l’air comprimé dans les diverses parties de la remise. Il suffit donc de raccorder le pulvérisateur à cette double canalisation, de placer à l’extrémité du brûleur un chiffon allumé et d’ouvrir les robinets de l’air et du pétrole. On peut, par ce procédé, obtenir1 en trente-cinq ou quarante minutes une pression suffisante pour la mise en marche de la machine.
- —îjè— Ayant constaté l’efficacité de la vaccination comme traitement préventif de plusieurs maladies contagieuses, la section vétérinaire de l’Académie de médecine du Wurtemberg a décidé la création d’un laboratoire pour la préparation de la lymphe d’après les procédés Pasteur. Le laboratoire portera le nom de l’illustre savant.
- —Il a été trouvé récemment en Bretagne, dans la presqu’île d’Arzon, une cachette de dix-neuf haches votives en jadéite et autres pierres dures ; quinze d’entre elles pourront très prochainement être exposées en originaux au Musée de Saint-Germain. Une des curiosités de la découverte, est la présence de trois haches de talc.
- —%— On vient de découvrir dans une propriété, à Créteil, connue sous le nom de villa Charrié, rue Henri, un silo romain renfermant une grande quantité d’objets d’art et de valeur, datant de l’époque romaine.
- —Le Congrès annuel de l’Institut Britannique d’hygiène publique se tiendra cette année à Londres, du 26 au 31 juillet sous la présidence de M. W. R. Smith. Il comprendra cinq sections : médecine préventive, chimie et climatologie, génie sanitaire, pouvoirs publies, hygiène navale et militaire.
- —— Il est question, en Amérique, de relier par un chemin de fer électrique New-York à Philadelphie; on ne doute pas qu’une ligne ne soit très prochainement mise en construction et que le service puisse commencer pour l’hive£ prochain. _
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne les émaux cristallisés et les couleurs de grand feu, s’adresser à M. A. Bigot, 9 bis, rue d’Assas, à Paris. — Machine à piocher : MM. Galland Granjon et C1”, 32, cours Yitton, à Lyon.
- Communications. — M. Ch. Meerens, à Bruxelles, nous adresse une Notice sur L’avenir de la science musicale renfermant les articles qu’il a publiés à ce sujet dans La Fédération artistique. Cette brochure se trouve à Paris chez M. E. Gallet, 6, rue Vivienne, au prix de 1 franc.
- M. Augusto Fama, à Porto, nous écrit au sujet de la chambre de mise au point que nous avons fait connaître dans les Petites Inventions du n° 1084, du 10 mars 1894. Il nous signale un dispositif analogue qu'il emploie depuis un an et qui consiste en un sac en velours noir flexible muni d’un cadre en bois s’accrochant à la monture du verre dépoli. Ce sac se termine ar un petit rectangle en bois portant deux oculaires sans verre, es quatre coins du rectangle sont reliés avec les quatre coins intérieurs du cadre par des rubans élastiques. On peut ainsi éloigner plus ou moins les oculaires et les déplacer en tous sens pour laisser voir l’image en tous points.
- Renseignements. — M. R. P. B., a Paris. — Vous trouverez tous les renseignements que vous demandez sur les piles au bichromate dans le Formulaire de l’électricien de M. E. Hospitalier, à la librairie G. Masson.
- M. A. Grillot, à Autun. — Ce moteur nous semble difficilement réalisable en pratique; nous doutons fort qu’il donne des résultats satisfaisants.
- M. Jossand, à Saintes. — 1° La photo-jumelle de M. Carpentier est un appareil très portatif qui vous conviendra parfaitement; adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris. — 2° Consultez le catalogue des ouvrages photographiques de la librairie Gauthier-Villars.
- M. Y. G., à Neuchâtel. — De nombreux renseignements sur ces diverses questions ont été publiés dans l’ouvrage de MM. Yivarez et Lazare Weiller sur les lignes électriques. (G. Masson, éditeur).
- M. H. J., à Paris. — 1° Cette adresse a été donnée en tête de la Boîte aux lettres, du n° 1079, du 3 février 1894. — 2° Pour filtrer un liquide épais et visqueux contenant en suspension des matières insolubles, vous pourriez essayer les procédés en usage pour la filtration des liqueurs et des sirops: une chausse en tissu de laine ou de coton croisé convenablement choisi ou un entonnoir de verre ou de métal que l’on remplit à moitié de coton cardé ou de pâte à papier très blanche.
- M. J. Goffart, à X. — Nous avons signalé un appareil distillateur de l’eau de mer, employé dans la marine anglaise, dans le n®968, du 19 décembre 1891, p. 47. Nous avons également décrit un petit appareil distillatoire domestique qui pourrait vous convenir ; voyez le n° 1033, du 18 mars 1893, p. 247.
- M. Ch. Plisson, à Poissy. — Nous avons déjà donné toutes ces adresses à plusieurs reprises; consultez la Boîte aux lettres du n° 1080, du 10 février 1894.
- M. Martin Bernard, à Paris. — Employez l’acide oxalique, le résultat sera très satisfaisant.
- M. Paul L., à Lyon. — Nous publierons prochainement un article qui vous renseignera.
- M. le lieutenant Dupuis, à Beauvais. — Le moyen d’empêcher les oiseaux de voler sans leur couper les ailes a été donné dans la Boîte aux lettres du n° 941, du 13 juin 1891. Il consiste à réunir ensemble par un fil trois ou quatre rémiges voisines d’une aile; le vol devient alors impossible.
- M. R. Chasteauneuf, à Saint-Bonnet. — Nous avons mentionné les dispositions adoptées pour les fillres à bougie Cham-berland à nettoyeur mécanique dans le n° 931, du 4 avril 1891,
- p. 285 ; les opérations nécessaires pour le nettoyage sont aussr indiquées dans cet article.
- M. L. Bi zouarne, à Paris. — Nous ne vous avons pas répondu de suite espérant avoir le renseignement que vous demandez. Nous ne l’avons pas trouvé. La Note a été empruntée à un journal allemand qui n’en dit pas plus long.
- Af* Rigaut, à Paris. — Aucune autorisation n’est nécessaire.,
- M. T. P., à B. — Nous ne comprenons pas votre insuccès; les formules que nous avons indiquées ont donné d’excellents résultats à d’autres opérateurs.
- M. Frank Grey, à Paris. — 11 y a dû y avoir erreur commise par un des deux observateurs.
- M. J. Plassard, à Savonnières. — 1° Ces quantités sont variables ; on doit observer la formation d’un précipité au sein du liquide. — 2" Ce mélange pourrait convenir; il serait nécessaire de le mouiller une fois étendu sur le sol.
- M. J. Garaux, à Paris. — Pour obtenir des lampes, une flamme claire et brillante, il faut avoir soin de tremper les mèches dans du vinaigre fort et de les bien sécher avant de s’en servir. Nous avons déjà publié cette recette dans la Boîte aux lettres du n° 964, du 21 novembre 4891.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. P., à Paris. Nous ne pouvons vous indiquer d’adresse particulière; il faut connaître des ouvriers et leur donner tous les plans et explications nécessaires. — M. L. D., à Lyon. Il y aurait lieu de faire des recherches de laboratoire pour vous fournir cette réponse; nous ne saurions les entreprendre. — Un lecteur, à Nantes. Nous ne connaissons pas de procédé spécial. — Un abonné, à Paris. Renseignez-vous auprès des principaux éditeurs de Paris. — M. Girard, à Lyon. La composition ae ce produit est tenue secrète. — M. Dubois, à Tours. Nous n’avons pas, à ce sujet, d’autres renseignements que ceux déjà donnés. — M. D. F., à Nantes. Il faut fabriquer soi-même ce petit appareil; il n’y a pas de constructeur. — M. Du-
- Îwnt, à Nancy. Cette adresse a été précédemment indiquée ; voyez a Boîte aux lettres du numéro qui contient cette description. — M. L. D., à Vilvorde; M. G. M., à Paris; M. Librag, à Saint-Brieuc. Voyez les Recettes et procédés utiles, 4re série, (G. Masson, éditeur.) — M. D. M., à Marseille; M. V. L., h Arras. Remerciements pour vos communications. — Un abonné, à Lisbonne. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de géologie. — M. Stanislas Meunier, professeur, commencera ce cours le mardi 3 avril 1894, à 5 heures, dans l’amphithéâtre de la Galerie de géologie, et le continuera les samedis et mardis suivants, à la même heure.
- Cours de zoologie : annélides, mollusques et zoophytes. — M. Edmond Perner, professeur, membre de l’Institut, commencera ce cours le jeudi 5 avril 1894, à 1 heure et demie, dans la salle des cours des Galeries de zoologie (deuxième étage), et le continuera, à la même heure, le mardi, le jeudi et le samedi de chaque semaine.
- Cours d’anthropologie. — M. E.-T. Hamv, professeur, membre de l’Institut, commencera ce cours le mardi 3 avril 1894, à 5 heures, dans l’amphithéâtre d’anatomie comparée, et le continuera les samedis et mardis suivants, à la même heure.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Gaze iodoformée. — La gaze iodoformée est un objet de pansement devenu très usuel et qui forme, en effet, un agent protecteur très antiseptique. Voici, en cas de besoin (car on la trouve aujourd’hui chez tous les pharmaciens), un moyen de la préparer soi-même : Prendre un mètre de gaze fine dite tarlatane, non apprêtée; l’apprêt, du reste, n’a pas grande importance, car il disparaît dans le lavage. Plongez cette gaze dans l’eau bouillante pendant un quart d’heure, exprimez et trem-pez-la dans le mélange suivant :
- Ether sulfurique................70 grammes.
- Glycérine..................... 10 —
- Iodoforme....................... 5 —
- Imbibez bien toutes les parties, exprimez et faites sécher la gaze en l’étendant dans une pièce obscure et bien chaude. Une fois séchée, enfermez-la dans une boîte. Dr X....
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé À l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- AVRIL-MAI-JUIN 1894. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- • Cocher
- Persée
- Bélier
- OLZIL
- JUPITER
- Poissons
- PetitChien
- Baleine
- MARS
- Éridan
- Lièvre
- Grand/Chien
- in ‘M . .11 iage «lu* méridi:
- I Courorfne
- Hercule
- Pégase
- Dauphin
- Poissons
- ihiucuii
- Verse
- Serpent
- 1 Avr.
- MERCURE
- URÀNUS
- Corbeau]
- Capricorne
- ''corpio
- Poisson Austral
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Occultations des Etoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1894. Nom de l’étoile. Grandeur, Immersions. Émersions.
- Avril 9 X* Taureau. 5.6 7 h. 17 m, 1 8 h. 17 m, 8
- — 11 49 Cocher. 5 8 h. 53 m, 8 9 h. 51 m, 4
- -, 12 c Gémeaux. 6 11 h. 6 m, 6 12 h. 2 m, 2
- 16 a Lion. 4 8 h. 53 m, 8 9 h. 45 m, 8
- 28 x Capricorne. 5 15 h. 8 m, 9 16 h. 22 m, 6
- Mai 12 37 Lion. 5.6 8 h. 9 m, 2 9 h. 7 m, 3
- 18 5023 B.A.C. 6 14 h. 31 m, 1 15 h. 11 m, 8
- 19 5314 B.A.C. 5.6 11 h. 10 m, 9 12 h. 27 m, 3
- 19 5347 B.A.C. 6 14 h. 38 m, 4 15 h. 9 m, 3
- 30 Ç* Poissons. 5 14 h. 1 m, 1 14 h. 44 m, 1
- Juin 13 4700 B.A.C. 5.6 12 h. 52 m, 6 ippolse i 17 dn bord.
- 15 5197 B.A.C. 6 9 h. 15 m, 5 10 h. 37 m, 7
- — 19 6628 B.A.C. 6 10 h. 56 m, 7 12 h. 20 m, 5
- Éclipse annulaire totale de soleil, le 5 avril 1894, invisible b Paris.
- Commencement de l’éclipse générale, le 5 avril, à 13 h. 23 m. 1, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =69° 17' E. de Paris, latitude = 6° 37'A.
- Commencement de l’éclipse annulaire, 5 avril, à 14 h. 32 m. 9, temps
- moyen de Paris, dans le lieu, longitude =50*51' E. de Pari», latitude = 6° 33’B.
- Commencement de l’éclipse centrale, 5 avril, A 14 h. 33 m. 4, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 50® 58'E. de Paris, latitude = 6*44' B.
- Eclipse centrale à midi vrai, 5 avril, à 16 h. 37 m. 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 111*22' E. de Paris, latitude = 47*22’ B.
- Fin de l’éclipse centrale, 5 avril, à 17 h. 32 m. 6, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 158*41' 0. de Paris, latitude = 62*39' B.
- Fin de l'éclipse annulaire, 5 avril, à 17 h. 35 m. 1, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 158® 19' 0. de Paris, latitude = 62° 27' B.
- Fin de l'éclipse générale, 5 avril, à 18 h. 41 m, 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 179*17' E. de Paris, latitude =49*31’B.
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES.
- 1894. Satellites. Commencement. Fin. Immersions.
- Avril 2 I 9 h. 25 m.
- — 5 11 9 h. 34 m.
- — 11 I 8h. 59m. 20s.
- — 18 I 7 h. 57 m.
- — 23 II 8h. 22m. 12s.
- — 24 III 7 h 39 m. 26 s.
- OCCULTATIONS.
- Emersions.
- Il n’y aura aucune éclipse ou occultation visible pendant les mois de mai et juin.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Construction et résistance des machines à vapeur, par âlhei-ug, ingénieur de la marine, 1 vol. petit in-8“ de l’Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Yillars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Machines frigorifiques à air, par R. E. de Marchena, ingénieur des arts et manufactures. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de
- M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs.
- Hygiène de la voix parlée et chantée, par le Dr A. Castex, ancien prosecteur et chef de clinique à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Yillars et fils et G. Masson, éditeurs.
- Recherches sur les blés, les farines et le pain, par A. Balland, pharmacien principal de l'armée,. 1 vol. in-8“, 2* édition. — Paris, Henri-Charles Lavauzelle, éditeur militaire, 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 19 mars. . . . — 0*,7 N. N. E. 1. Beau. o, Très peu nuageux de 13 h. à 19 h.; beau avant et après.
- Mardi 20 0*,9 N. 1. Couvert. 0,0 Presq. couv. de 7 à 18 h. ; peu nuageux avant et ajirès ; gouttes à 13 h. ; halo.
- Mercredi 21 1*,6 N. E. 2. Beau. 0,0 Peu nuageux de 10à 15 h. ; beau avant et après; gelée blanche; halo.
- Jeudi 22 2*,0 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau ; brouillard bas sur les vallées ; gelée blanche.
- Vendredi 23 5*,8 N. E. 1. Beau. 0,0 Peu nuageux de 12 à 15 h.; beau av. et ap. ; gelée bl.
- Samedi 2i 4%1 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau; gelée blanche.
- Dimanche 25 4*,2 N. E. 1. Beau. 0, Beau ; gelée blanche.
- MARS 1894. --- SEMAINE DU LUNDI 19 AU DIMANCHE 25 MARS
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; Courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Inondations dans le département des Hautes-Pyrénées.
- —r Par suite des récents orages et des pluies continuelles, des inondations sont survenues vers le 15 mars 1891 en plusieurs points du département des Hautes-Pyrénées, et surtout dans la vallée de l’Ébre. Pendant quelques jours, jusqu’au 19 mars, l’Adour a subi une crue assez élevée.
- Cliutes de neige et avalanches. — De grandes quantités de neige sont tombées récemment à Prades (Pyrénées-Orientales), vers le milieu du mois; à la date du 15 mars, on signalait qu’un mètre de neige était tombé depuis la veille danS le haut arrondissement. Les communications avaient dû être interrompues. Quelques jours plus tard, le 20 mars, deux avalanches de neige se sont produites dans la commune d'Auzat, canton de Yic-Dessos, (Ariège). La première, au lieu dit Moulinas, a emporté quatre métairies sans accident de personnes; la deuxième, au lieu dit Jeandy, a emporté un homme qui n’a été retrouvé, à moitié mort, qu’après six heures d'efforts. A la date du 21 mars, on écrivait que d’autres avalanches étaient à craindre, en raison de la quantité de neige accumulée sur les montagnes. »
- CIn cyclone h Diego-Suarec (Madagascar). — Un violent cyclone s’est abattu sur Üiego-Suarez et le nord de Madagascar dans la nuit du -1 au 5 février dernier, renversant tout sur son passage, dispersant
- les bestiaux, ruinant les plantations et écrasant les villages sur une étendue d’environ 1300 kilomètres carrés. Tous les bâtiments du cap Diego et une quantité considérable de maisons, les deux tiers d’Antsirane, ont été renversés et les débris dispersés au loin sur un rayon de plusieurs milliers de mètres. L’estimation des pertes, seulement en ce qui concerne la ville, s’est élevée, en première évaluation, à 500 000 francs. Rien cependant ne faisait prévoir cette catastrophe. La veille au soir, le temps était beau et le baromètre élevé, n’annonçant rien de fâcheux. A minuit, il tomba tout à coup de près de 30 millimètres. Cette énorme dépression présageait l’approche du météore. Il commença par une légère pluie. Tout à coup, à 2 heures du matin, un vent terrible s’éleva, entraînant tout dans ses tourbillons, et renversant des arbres énormes.A 5 heures, une accalmie se fît soudain. A 6 heures, le vent reprit avec plus d’intensité, venant du nord et achevant de renverser ce que la première bourrasque avait épargné. Les grondements du vent et de la mer étaient assez forts pour qu# le fracas des maisons s’abîmant sur le sol ne fût même pas distingué. Tout était terminé à 10 heures.
- Bibliographie météorologique. — Nous recevons le premier numéro, portant la date du mois de décembre 1893. d’un nouveau journal météorologique, qui a pour titre Boletin mensual del observatorio meteo-rologico del Colegio Pio de Villa Colon. Le rédacteur en chef est M. P. Luis Morandi, à Montevideo.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 21, à 2 b. 21 m. du soir.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIdE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- L’Exposition annuelle de la Société française de physique. — L’Exposition annuelle de la Société française de physique a eu lieu cette année les 27 et 28 mars dernier, au siège de la Société d’Encouragement à Paris. Comme les années précédentes, elle a été intéressante et a attiré un grand nombre de visiteurs. L’éclairage électrique des différentes salles était obtenu par 12 lampes Cance de 8 ampères montées sur une différence de potentiel de 70 volts. L’énergie électrique était fournie par une machine Gramme Sautter Harlé, actionnée par un moteur à air comprimé. Les lampes à arc du vestibule d’entrée étaient munies de globes diffuseurs Blondel et Psarou-daki dont il a été déjà question l’an dernier. Au rez-de-chaussée se trouvaient une turbine de Laval, dont nos lecteurs ont pu lire dernièrement la description1 2, un moteur à pétrole système Daimler construit par MM. Panhard et Levassor, appareil que nous avons également décrit®. M. Violle avait disposé dans une cour latérale un appareil à vapeur à explosions intermittentes, pour démontrer le .jeu des geysers. Dans une salle contiguë, M. Ph. Pellin a fait une série de projections et a exposé quelques nouveaux appareils d’optique ; nous avons remarqué entre autres le micropbotomètre de M. Cornu, un appareil à franges semi-circulaires de M. Meslin, le réfractomètre de M. Ch. Féry, et l’appareil de M. Berget pour la persistance des impressions lumineuses. M. Broca a présenté un photomètre binoculaire d’une grande sensibilité.
- Au premier étage, M. Pellat faisait fonctionner son appareil inscripteur de la marche des trains ainsi que tout le système de signaux destinés à éviter les collisions. 11 avait disposé une voie ferrée de quelques mètres de longueur avec les mécanismes nécessaires pour faire l’inscription sur un tambour enregistreur. Un petit chemin de fer se déplaçait sur cette voie et inscrivait différentes marques3.
- Mentionnons à présent l’exposition de la Société française de photographie comprenant les appareils de M. le commandant Moëssard et de M. le capitaine Houdaille pour l’essai des objectifs photographiques, les appareils de M. le général Sebert pour l’essai des obturateurs et pour l’essai de la sensibilité des préparations photographiques, etc. La maison Carpentier a présenté, comme toujours, des appareils électriques construits avec la dernière précision et une très grande perfection; nous avons observé particulièrement un watimètre portatif, un ohmmètre pour la vérification des isolements, et un wattmètre à miroir.
- Une série d’expositions très intéressantes se trouvaient aussi Bans la grande salle des séances ; nous ne pouvons que les mentionner. Nous citerons le cinégraphe de M. P. Clémentitch pour tracer des courbes d’un mouvement continu, le nouveau modèle d’étuves portatives de M. Lequeux pour la stérilisation des instruments de chirurgie, plusieurs appareils construits par
- 1 Vov. n° 1083, du 3 mars 1894, p. 211.
- 2 Voÿ. n° 801, du 6 octobre 1888, p. 291.
- 5 Yoy. n" 1051, du 22 juillet 1893, p. 117.
- MM. Ducretet et Lejeune, et entre autres le compteur d’intensité électrique de M. Grassot, un transformateur électrique avec inducteur mobile pour les courants à haute tension et à grande fréquence, différents modèles de dynamos pour expériences de cours. Nous avons aussi remarqué la nouvelle machine électrostatique de M. Bonetti, dont nous donnerons prochainement la description, un petit chemin de fer électrique de démonstration de M. Limb, plusieurs appareils enregistreurs, météorographe, dynamomètre, voltmètre de poche de la maison Jules Richard, des ustensiles de laboratoire en verre d’Iéna construits par la maison P. Rousseau, les compteurs électriques de M. Déjardin, et de MM. Meylan et Rechniewski, plusieurs modèles de voltmètres et ampèremètres apériodiques de Lord Kelvin installés par M. Aylmer, des appareils en diélectrine de M. Hurmuzescu, des thermomètres à toluène pour basses températures jusqu’à — 100 degrés construits par M. Chabaud. M. Werlein a exposé un arc étalon à crayons horizontaux de M. Blondel, un spec-troscope à deux prismes et différentes meules en corindon durci. La maison Gaiffe fabrique des mesureurs portatifs de résistance à miroir, qui nous ont semblé très ingénieux et d’un emploi très pratique. N’oublions pas de signaler les projections effectuées par M. Molteni dans une salle spéciale à l’étage supérieur, de différentes photographies en couleurs de M. Lippmann.
- J. Laffargue.
- INFORMATIONS
- —%— Le Congrès des Sociétés savantes s’est ouvert le 27 mars dans le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne sous la présidence de M. Levasseur, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, assisté de MM. Léopold Delisle, Gaston Paris, de Barthélemy, Alexandre Bertrand, Mascart, Milne-Edwards, Charmes, membres de l’Institut, et de M. Raoul de Saint-Arroman, membre du Comité de la Société des gens de lettres, chef du bureau des travaux historiques et des missions scientifiques au Ministère de l’instruction publique. M. E. Levasseur a prononcé une allocution très applaudie. Après avoir souhaité la bienvenue aux délégués de Paris et de la province, au nom du Comité des travaux historiques et scientifiques, ce savant a caractérisé en quelques mots l’esprit du congrès et fait ressortir l’importance des résultats acquis. Après la lecture de l’arrêté ministériel constituant les bureaux directeurs des travaux du Congrès, le président a levé la séance en invitant les différentes sections à se rendre dans leurs bureaux respectifs. Suivant l’ordre de leurs travaux, les délégués ont été répartis en diverses sections dont les bureaux ont été constitués ainsi qu’il suit : Section d’histoire et de philologie, Président, M. Léopold Delisle ; présidents des séances, MM- H. de Barthélemy, G. Servois, de Boislisle, Gaston Paris. — Section d’archéologie. Président, M. Ed. Le Blant; présidents des séances, MM. Chabouillet, Alexandre Bertrand, Héron de Yillefosse, A. de Barthélemy. —Section des sciences économiques et sociales. Président, M. E. Levasseur; présidents des séances : MM. de Foville, Ch. Tranchant, des Cilleuls, Frédéric Passy, Aulard. — Section des sciences. Président, M. Mascart; présidents des séances, MM. Dar-boux, Appelle, Friedel, Le Roy de Méricourl, Fouqué, Duchartre, Milne-Edwards. — Section de géographie historique et descriptive. Président, M. Ch. Scheffèr; présidents des séances, MM. Bouquet de la Grye, Himly, le général Derrécagaix et Ch. Scheffer. La séance de clôture a eu lieu le 31 mars.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Appareil simplifié pour la photomicrographie, décrit dans notre précédente livraison : M. Lemardeley, optique de précision, 10, rue Monsieur-le-Prince, à Paris. — Le marégraphe plongeur est construit par M. Demichel, 24, rue Pavée-au-Marais, à Paris.
- Communications. — M. Prudhomme, à Paris, nous écrit au sujet de la Notice sur une chambre claire simplifiée qui a été publiée dans les Petites Inventions, du n° 1086, du
- 24 mars 1894. Il est dit, dans cette Notice, que le développement duprisme est donné en vraie grandeur, alors que le dessin est réduit. Les dimensions véritables du prisme sont les suivantes : longueur des arêtes du prisme, 41 millimètres; largeur de la paroi P, 21 millimètres; largeur de la paroi AB,
- 25 millimètres. Le verre doit former avec la glace un angle de 45 degrés. Notre correspondant ajoute que l’on obtient une image plus accentuée sur le papier en interposant parallèlement au papier et rapproché autant que possible du dessous du prisme un verre rouge ou fumé.
- Renseignements. — M. Dhamelincourt, à Louviers. — l°Nous pensons que cette disposition a pour but de faciliter le tirage. — 2° A 100 degrés, le volume d’un kilogramme de vapeur d’eau saturée est de 1689 litres. — 5° L’autorisation n’est plus nécessaire.
- M. A. V., à Bruxelles. — Nous avons publié dans les Recettes et procédés utiles, du n° 1029, du 18 février 1893, un mode de reproduction des dessins par la lumière, qui permet d’avoir des traits noirs sur fond blanc.
- M. J. Poussin, à Paris. — Reportez-vous à l’article que nous avons donné sur les expériences de M. d’Almeida (n° 917, du 27 décembre 1890, p. 49). Le relief obtenu est parfait.
- M. C. Jubié, à Cany. — Le procédé de conservation du lait à l’état frais à l’aide d’oxvgène comprimé a été décrit dans le n° 1078, du 27 janvier 1894, p. 138; l’adresse de l’inventeur a été mentionnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro suivant.
- Un abonné, à Saint-Etienne. — 1° Voyez la Table des matières des dix dernières années 1883-1892, 2e série, à la librairie G. Masson. — 2° Renseignez-vous directement au siège de la Société, 7, rue Gavarni, à Paris.
- M. E. M., à D. — Tuyaux acoustiques : M. Berguerand, 72, rue des Archives; M. Jardin, 93, rue Oberkampf, à Paris.
- M. A. Cavin, à Couvet. — Votre observation est juste; mais l’auteur n’a pas voulu comparer les systèmes.
- M. Biol, à Paris. — Consultez les guides Joanne, de la librairie Hachette; vous trouverez de bonnes descriptions des environs de Paris.
- Un lecteur, à Mauléon. — Le bicarbonate de soude convient très bien; il est facile de se procurer cette substance chez un marchand de produits chimiques. Voyez également notre récent article sur la Conservation du lait à l'état frais dont il est question plus haut.
- M. E. Bouts, à Toulouse. — 1° L’adresse exacte est : 132, rue de Turenne; il y a eu une erreur typographique qui a été rectifiée dans la Boîte aux lettres du n° 879, du 5 avril 1890. — 2° Votre lettre a été envoyée à destination ; mais nous ne savons si la maison existe encore.
- M. Cathérineau, à Sidi-Aïch — M. Victor Jacquot est mort, et sa méthode de dessin, si ingénieuse et si intéressante, a cessé d’être exploitée.
- M. E. D. B., & R. — 1° Adressez-vous directement à M. Bleunard, 13, rue Dailleré, à Angers. — 2* Il faudrait vous renseigner auprès de l’auteur, dont vous aurez l’adresse au secrétariat de l’Académie des sciences, à Paris.
- M. Gotendorf, à MaÂsons-Laffitte. — La récréation que vous nous envoyez, est assez curieuse ; mais nous avons déjà publié un
- problème analogue dans Les Nouvelles scientifiques du n° 1016, du 19 novembre 1892. Remerciements.
- M. P. Basilewsky, à Nice. — Veuillez écrire directement à notre collaborateur M. G. Sire, docteur ès sciences, 15, rue des Chambrettes, à Besançon; M. Sire a fait des études toutes particulières sur les gyroscopes.
- M. A. Giroud, à Saint-Etienne. — 1° Plusieurs traités ont été publiés par la librairie Gauthier-Villars, à Paris. — 2° Le monocorde a été décrit dans le n° 822, du 2 mars 1889, p. 221 ; écrivez à M. Poussot, à Pierre, par Toul (Meurthe-et-Moselle).
- M. P. J. Freni, à Rotterdam. — Bougies Chamberland, système Pasteur, 58, rue Nolre-Dame-de-Lorette, à Paris.
- M. L. du Bouchet, à Paris. — Notre collaborateur, M. Ch.-Ed. Guillaume, en donnant la description de quelques cadrans solaires, a parlé du rôle de la boussole et de son utilité dans ces appareils; voyez le n° 931, du 4 avril 1891, p. 275.
- M. Thebaud, à New-York. — Pour ce qui concerne le tec-torium', s’adresser à M. Lambert, ingénieur à Bar-sur-Aube.
- M. A. B. H., à Haubourdin. — Pour faire disparaître ces incrustations, il suffit de laver les récipients avec de l’eau légèrement acidulée.
- M. A. Duflos, à Vitry. — Au moment où l’appareil a été décrit en 1884,1e constructeur habitait 46, boulevard Magenta, à Paris.
- M. E. A., h Nancy. — Si vous avez vu cet avis aux Annonces, il faudrait vous adresser à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : Un abonné, h Paris. Il est facile d’apprécier soi-même le prix de revient en comptant les matériaux utilisés. — AL P. Dauzat, à Billom. Le rail à joints obliques est connu depuis longtemps; remerciements. — M. A. Deschamps, à Argenteuil. Adressez-vous à l'Office de publicité, désignée plus haut. — AL, Pagès, à Saurat. Ces appareils ne sauraient être appréciés et discutés que d’après des résultats d’expériences et non sur des plans et des projets. — M. E. Benaouda, à Toulon; AL P. Gailla, à Charleville. Pas de livre-sur ce sujet. — AL Laugrand, à Cambrai. Voyez les adresses en tête de la Boîte aux lettres du même numéro. — Un abonné, à Ni ce. Nous ne comprenons pas votre question. — AL A. Monod, à Neuilly. Cette adresse est donnée en tète de notre présente Boîte aux lettres. — M. O. B., h Cugand. Remerciements pour votre communication. — M. P. L. Lasserre, à Bayonne. Nous avons fait quel-
- Îues recherches et nous n’avons trouvé aucune adresse spéciale, ous nos regrets. — M. L. T., à Lyon. Vous pourriez essayer quel-ues-uns des vernis que nous avons indiqués pour le fer et l’acier ans les Becettes et procédés utiles, lre sérié. (G. Masson, éditeur). — L'abonné 4093, à Oriol. Voyez le petit ouvrage désigné ci-dessus. — AL A. Morin, à Paris. Consultez les Recettes et procédés utiles, 2“ série. — M. J. Lefebure, à Bapaume. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de chimie appliquée aux corps organiques. — M. Arnaud, professeur, commencera ce cours le lundi 9 avril 1894, dans l’amphithéâtre de chimie du Muséum d’histoire naturelle, rue de Buffon, n° 63, à 4 heures et demie, et le continuera les jeudis et lundis suivants, à la même heure.
- Cours de physiologie végétale appliquée à l'agriculture.— M. P.-P. Dehérain, membre de l’Institut, professeur, a commencé ce cours le mardi 3 avril 1894, à 2 heures, dans l’amphithéâtre de la Galerie de Minéralogie, et le continuera les samedis et mardis suivants, à la même heure.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Destruction du ver blanc. — M. Puille, professeur d’agriculture dans la Drôme, annonce qu’il combat avec succès le ver blanc, en cultivant des crucifères ; moutarde blanche, ravenelles, etc., puis en les enfouissant en vert avec 1000 kilogrammes de plâtre par hectare. Cet engrais, en se décomposant dans le sol, dégage une certaine quantité d’acide sulfhvdrique qui asphyxie la majeure partie des vers blancs, au moins ceux de deuxième et troisième année, qui sont à deux ou trois centimètres de profondeur seulement. Quant à ceux d’un an, qui sont à une plus grande profondeur, ils peuvent encore échapper au gaz acide; mais le renouvellement de l’opération l’année suivante achève leur destruction.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Lampe à poudre-éclair. — Voici un appareil bien compris pour la production de l’éclair magnésique à l’usage des photographes. La disposition de la lampe dont il s’agit est telle
- 3ue pour un demi-gramme de magnésium on fait facilement es clichés sur une plaque 0m,18 X 0m,24. Notre figure repré-
- Lampe à poudre-éclair pour la photographie nocturne.
- sente la disposition du système. La poudre de magnésium est placée dans le réservoir de cuivre central que ferme un couvercle à vis. La lampe proprement dite est formée d’un manchon cvlindrique contenant une mèche; on remplit ce manchon d’alcooï et on allume. Le magnésium est insufflé dans la partie centrale, au milieu de la mèche. L’insufflation se produit au moyen d’une double poire en caoutchouc. — Cette lampe se trouve chez M. Bardin, constructeur d’appareils photographiques, 47, rue de Rennes, à Paris.
- Verseur de sûreté pour les huiles minérales. —
- Le petit appareil que nous présentons à nos lecteurs supprime
- Verseur de sûreté. — 1. Aspect de l’appareil. — 2. Mode d'emploi.
- les dangers d’incendie dans l’emploi de l’éclairage au pétrole ou à l’essence minérale. C’est un bouchon-verseur qui s’adapte avec facilité aux bidons comme aux litres et bouteilles servant de récipients. Il verse les liquides automatiquement et jusqu’au niveau déterminé, rendant impossible tout débordement. Un tube traverse le système et laisse pénétrer l’air qui remplace le liquide du récipient. Aussitôt que le niveau dans la lampe atteint l’embouchure de ce tube, celui-ci se trouve obstrué et le liquide cesse de couler, de sorte que l’on peut garnir les lampes même dans l’obscurité et sans prêter la moindre attention. De plus, le bec du verseur coulisse sur une douille et est poussé vers le bout par un ressort. Ce bout, muni d’une rondelle en cuir recouverte de métal, ferme le verseur hermétiquement. Cette disposition supprime bouchon et bouchage et, par suite, le désagrément de se salir les doigts avec le pétrole et de perdre les bouchons. Le verseur de sûreté se fermant tout seul aussitôt que l’on cesse de verser, présente l’avantage d’exclure tout danger, car, généralement, les accidents arrivent par le renversement d’un récipient resté ouvert. — Cet appareil se trouve chez M. Kratz-Boussac, o, rue Saint-Laurent, à Paris.
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. »
- Grattoir à balais métallique. — Le nouvel appareil a, comme on le voit sur la gravure, la forme d’un pinceau à colle de bureau, la soie est remplacée par des petits fils d’acier très fins, bien trempés et très serrés. Pour enlever une tache d’encre, de l’écriture ou de l’impression, il suffit de prendre le petit balai métallique entre le pouce et l’index et de frotter par petits mouvements. Ce système remplace les grattoirs à lames et supprime le repassage. C’est une application intéressante qui
- Grattoir de bureau à balais métallique.
- 1. Aspect de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- devait être signalée à nos lecteurs. —Le grattoir à balais métallique se trouve chez M. Mathieu, 2, Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Pinces de table. Casse-sucre et coupe-glace. — La
- gravure ci-dessous représente une pince très avantageuse pour casser les morceaux de sucre avec la plus grande netteté ; au lieu de séparer un morceau de sucre en fragments difformes, la pince coupante opère une division rectangulaire parfaite. Une pince analogue terminée en pointes sert à casser la glace très
- Pince de table pour couper le sucre.
- facilement. Cette pince, dont les extrémités sontpointues, permet de prendre dans les bacs un morceau de glace et de le séparer en deux morceaux. — Même adresse que le grattoir à balais.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Pour arrêter un rhume. — Le Dr Roux a employé avec succès le moyen suivant pour enrayer un coryza, un rhume commençant ou une de ces petites grippes légères. Le moyen consiste à aspirer par le nez et par la bouche, huit à dix fois dans la journée, de l’eau de Cologne versée sur un mouchoir. L’eau de Cologne dont il s’est servi est formée de :
- Essence de bergamotte. ... 100 grammes.
- — de portugal.............100 —
- — de citron............... 20 —
- — de romarin.............. 20 —
- — de petit grain. ... 20 —
- Alcool à 90°................... 975 —
- On pourra réussir avec les aspirations d’alcool pur, et j’ai connu un malade qui portait toujours dans sa poche, depuis son séjour à la Martinique, un flacon de ratafia pour lui permettre de respirer par le nez, obstrué par du coryza chronique. Les essences ont certainement une part d’action très importante. Les aspirations de menthol pur, sans aucun adjuvant, dans un étui comme un porte-cigarettes, en sont la preuve.
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- Pour masquer le goût de l'huile de ricin. — L’huile de ricin •est un purgatif des plus répandus ; mais les enfants ne la prennent pas toujours sans répugnance. On l’administre d’ordinaire dans une tasse de café noir, plus ou moins fort ; mais l’huile surnage un peu et la saveur n’est pas absolument masquée. Chaque maman a son petit moyen de faire ingurgiter le remède; Une pastille de menthe, un quartier d’orange, une goutte de malaga enlèvent le mauvais goût, en les prenant aussitôt après l’huile. Yoici deux petites variantes de ces procédés de déguisement du remède. Prenez une orange, coupez la en deux; exprimez une moitié dans un verre, ajoutez-y un peu d’eau. C’est une simple orangeade destinée à balayer. L’autre moitié est exprimée dans un autre verre contenant l’huile ; vous battez vivement avec une cuillère de façon à former une émulsion aussi parfaite que possible. Le goût est absolument masqué et le breuvage ne sent que l’orange. L’enfant avale d’un trait cette
- émulsion et boit une gorgée ou deux de l’autre verre contenant l’orangeade sans se douter qu’il a pris un purgatif. On peut obtenir un résultat analogue en mélangeant l’huile avec du lait chaud et battant vivement pour bien mélanger les deux liquides et en former une émulsion, le breuvage n’a plus le goût ni l’odeur de l’huile de ricin.
- Topique pour verrues. — Un de nos abonnés, à Domfront, nous communique la formule suivante d’un topique pour combattre les verrues.
- Ether et alcool par parties égales. . 50 grammes.
- Coton azotique..................... 1 —
- Acide salicylique.................. 4 —
- Cette préparation donne de bons résultats, et peut également être employée pour les cors. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 26 mars. . . . E. N. E. 1. Beau. 0,0 Pas trace de nuages ; gelée blanche.
- Mardi 27 2*,8 N. E. 1. Beau. 0,0 Pas trace de nuages ; gelée blanche.
- Mercredi 28 3*,8 N. N. E. 0. Beau. 0,0 Pas trace de nuages ; gelée blanche.
- Jeudi 29 4-,9 N. E. 1. Beau. 0,0 Quelques nuages entre 13 et 14 h.;beau du reste; gelée blanche.
- Vendredi 30 7*,5 E. S. E. 2. Nuageux. 0,0 Peu nuageux jusqu’à 21 h.; très nuageux ensuite; gouttes à 7 h. ; gelée blanche.
- Samedi 31 7*,0 N. 0. Couvert. 0,0 Nuageux; gelée blanche.
- Dimanche 1" avril. . 8*,0 N. N. E. 0. Presque couvert. 0,0 Nuageux; quelques gouttes à 17 h. et demie.
- MARS-AVRIL 1894. -- SEMAINE DD LUNDI 26 MARS AU DIMANCHE 1er AVRIL
- Lundi
- Mercredi
- Vendred
- Dimanche
- Samedi
- 6 Midi 6 MiN 5 midi 6 min 6 MIDI 6 min 6 midi 6 Min 6 midi 6 min 6 midi 6 min 6 midi 6
- SSSS!
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Evaporation à la surface de l’eau et dans une terre humide. — Le journal allemand Meteorologische Zeitschrift analyse les résultats des recherches que M. Angelo Battelli, à Riva, près Chieri, en Italie, a entreprises sur l’évaporation a la surface de l’eau sous l’action du soleil et à l’ombre, et dans une terre complètement humide. M. Battelli se servait de trois larges baquets de bois dont deux avaient un diamètre de 3",7 et une profondeur de 2”,1, et le troisième un diamètre de 3“,1 et une profondeur de 1“,6. Les deux premiers récipients, éloignés l’un de l’autre de 4 mètres étaient appuyés au côté nord d’un mur; le second était exposé à l’air libre, à 14 mètres de là et enterré. Le premier et le troisième se trouvaient ainsi ombragés toute la journée, et le deuxième recevait les rayons solaires depuis le lever de l’astre jusqu’à 3 heures et demie ou 6 heures du soir. Deux des réservoirs étaient remplis d’eau, et l’autre de terre constamment mouillée. Les expériences furent faites du 11 août au 12 octobre 1887 ; un évaporomètre de Piche était placé dans le voisinage des baquets ; un psychromètre et un anémomètre étaient aussi installés au lieu d’observations. Pour les autres éléments on empruntait
- les observations de Chieri. Les résultats obtenus ont été les suivants : la quantité d'eau qu’évapore la terre humide est en général plus considérable que celle qui s’évapore de la surface de l’eau stagnante, quand la température de l’air est en hausse; elle est plus faible, au contraire, par température en baisse. Une augmentation de la vitesse du vent accroît l’évaporation plus rapidement pour la surface de l’eau que pour la terre humide. Plus l’air est humide, plus paraît être grand, toutes choses égales d’ailleurs, le rapport de la quantité d'eau évaporée par la terre à celle qui s’évapore à la surface stagnante. L’évaporation à la surface de l’eau exposée au soleil est plus considérable que pour l’eau ombragée et cela non seulement pendant le jour, mais aussi pendant la nuit suivante ; par température en hausse, ce rapport croit un peu plus rapidement; par vitesse croissante du vent, il diminue.
- Une tempête à TIemcen. — A la date du 29 mars 1894, on nous signalait de TIemcen. en Algérie, que depuis deux jours, une grande tempête sévissait sur la ville. Une maison arabe s’était écroulée à Sidi-Bou-Médine. Deux femmes avaient été tuées.
- PHASES DE LA LUNE : B. Q. le 29 à 8 h. 37 m. du matin.
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- Supplément à « LA NATURE » du 14 aoril 1894 (n° 1089)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSAND1ER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- IA SEMAINE
- Enseignement spécial pour les voyageurs. —
- Mardi dernier a eu lieu au Muséum d’histoire naturelle la leçon d’ouverture faite par M. Milne-Edwards, de l’Institut, de VEnseignement spécial pour les voyageurs dont la création est due au savant directeur du Muséum. Aujourd’hui où tant de jeunes explorateurs ont la noble ambition de parcourir les régions ou les pays peu connus, un enseignement de cette nature s’imposait en quelque sorte comme une nécessité de notre époque. Les professeurs et les assistants les plus compétents ont commencé leurs cours le 10 avril au Muséum dans l’amphithéâtre de la galerie de zoologie. Voici le programme des cours pour l’année 1894 :
- 10 avril. Leçon d’ouverture. ...... . M. Milne-Edwards.
- 12 — Anthropologie . M. Hamy.
- 14 — Ethnographie .. M. Verneau.
- 17 — Mammifères . M. Oustalet.
- 19 — Oiseaux . M. Odstalet.
- 21 — Reptiles et poissons . M. Vaillant.
- 24 — Mollusques . M. Perrier.
- 26 — Vers et Zoophytes . M. Bernard.
- 28 — Insectes, Myriapodes, Arachnides et Crustacés M. Ch. Brongniard.
- ^er mai. Anatomie comparée 9
- 5 — Plantes vivantes . M. Cornu.
- 8 — Botanique (Phanérogames) . . . M. E. Bureau.
- 10 — Botanique (Bois, Cryptogames). . M. Van Tieghem.
- 12 — Paléontologie . M. M. Boule.
- 17 — Géologie M. Stanislas Meunier.
- 19 — Minéralogie . M. Lacroix.
- 22 — Météorologie . M. H. Becquerel.
- 24 26 29 — Hygiène des voyageurs. .. 1 Utilisation de la photographie ( > dans la construction des î 1 Cartes et Plans f . M. Gréiiant. M. le Colonel Laussedat, Directeur du Conservatoire des Arts et Métiers.
- 31 — Détermination du point en f M. le Commandant Def-
- voyage . . - . ..........
- 2 juin. Notions de Géodésie et de topographie expédiées . . .
- fouges, du Service géographique de l’Armée.
- la Rille et qui mettait, jadis, Laigle en communication avec la campagne du coté du levant. C’est tout Sprès de là, d’après des documents authentiques, qu’eut lieu, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1353, l’assassinat d’un connétable de France, Charles de La-cerda, prince de Castille, cousin de Marie d’Espagne, alors baronne de Laigle. Lacerda fut assassiné par les gens de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Plusieurs archéologues de l’Orne en concluent que cette chapelle funéraire a été élevée par la baronne de Laigle à la mémoire de son parent. Ce qui est certain, c’est que-les ogives de la voûte et la matière employée, le grison, indiquent bien cette époque.
- —%— La Conférence sanitaire internationale a procédé, au commencement de ce mois, à la signature de la Convention de Paris. Les délibérations ont été tenues secrètes et il n’a été donné aucune communication à la presse. Il ne nous est pas possible de renseigner nos lecteurs à ce sujet.
- —^— MM. Auguste et Lucien Lumière, continuant la série de leurs remarquables travaux sur les substances sensibles à la lumière, viennent de faire connaître le résultat de leurs études sur les sels de vanadium. Pour le moment, les sels vanadiques ne leur semblent pas présenter d’importance pratique, bien que certains d’entre eux soient des réducteurs très énergiques. Le prix très élevé des vanadates est d’ailleurs un obstacle à leur emploi quant à présent. Nous renvoyons, pour plus ample information, ceux de nos lecteurs que ces sels intéresseraient, à la Note publiée par M. Auguste-Louis Lumière dans le Bulletin de la Société française de photographie.
- —En Angleterre et en Allemagne, on a fait des tentatives en pleine voie de fonctionnement pour centraliser, classer et conserver d’une façon durable les documents dus à la photographie. Il serait à désirer, que pareille opération fût faite en France et qu’on y créât un musée des photographies documentaires. C’est le but que se propose en ce moment un Comité nommé par les délégués de plus de trente sociétés artistiques et scientifiques et charge d'étudier les voies et moyens à l’aide desquels cette création pourra s’accomplir. Cette Commission, qui s’est constituée, est sur le point d’aboutir à l’obtention d’un local dans un milieu convenable. M. Vidal, délégué de l’Union nationale des Sociétés photographiques de France, a profité de la récente réunion du Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne pour faire un appel à l’appui de toutes les associations scientifiques et artistiques de Paris et des départements.
- Ces leçons, depuis le mardi 10 avril, se continuent les jeudis, samedis et mardis; elles se font à 10 heures du matin dans l’amphithéâtre de la galerie de zoologie. — Dans des conférences pratiques faites dans les laboratoires ou sur le terrain, les auditeurs seront initiés à la récolte et à la préparation des collections, aux relevés photographiques et à la détermination du point en voyage. (Les jours et heures de ces conférences seront indiquées à la suite des leçons.)
- —Le célèbre marronnier du 20 mars du jardin des Tuileries, à Paris, ne tient plus le record de l’apparition des feuilles, M. l’abbé Maze a récemment dit à la Société météorologique de France que, depuis plusieurs années, il observe le premier marronnier de l’avenue Montaigne, place de l’Alma, lequel est, à sa connaissance, le plus précoce de Paris. Cette année, cet arbre, le 1er mars, avait ses boutons assez ouverts pour laisser voir les nervures des feuilles; huit jours après, les premières feuilles étaient toutes complètement ouvertes. Les observations faites ainsi avec un arbre déterminé sont évidemment comparables d’une année à l’autre.
- INFORMATIONS
- —Une découverte archéologique a été faite récèmment dans l’Orne. Un jardinier de Laigle faisait des fouilles dans une portion de jardin qu’il vient d’acquérir pour joindre au sien lorsqu’il mit à découvert une chapelle souterraine en forme de croix latine. Elle se trouve tout près d’un ancien pont construit sur 4’un des bras de
- —.Le journal anglais Observatory annonce que sir Henry Thompson vient de donner 125 000 francs pour la construction d’un télescope à l’Observatoire de Greenwich. Cet instrument serait expressément réservé pour les photographies célestes et aurait une ouverture de 0m,66. Il serait placé au sommet de l'octogone central du nouvel observatoire de physique en cours de construction à l’Observatoire. ----- —
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Machines d’induction électrostatique sans secteurs : M. Bonetti, 69, avenue d’Orléans, à Paris. — Les fusils pour les gauchers de la vue sont fabriqués par M. A. Guinard, 8, avenue de l’Opéra, à Paris. — Pour ce qui concerne les étalons pour le champ magnétique, s’adresser à la maison Zeiss, à Iéna (Saxe). — Le gouvernail propulseur était vendu dans les baraques des boulevards du jour de l’an ; nous ne connaissons pas l’adresse du fabricant.
- Communications. — M. E. Moreau, à Paris, à propos de notre récent article Les jours de la semaine dans le n° 1087, du 31 mars 1894, p. 274, nous écrit que les anciens considéraient que la Terre était placée au centre du monde, les sept planètes avaient, autour d’elle, leurs maisons particulières dans le ciel, placées dans l’ordre : Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter et Saturne. A travers la maison de la Terre, ces planètes avaient des relations, correspondaient entre elles, jetant au passage leur influence sur la Terre; de là l’ordre : Soleil, Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne, Soleil. De là l’étoile aux sept rayons de la Kabbale, le chandelier mystique aux sept branches des religions symbolistes, la puissance mystérieuse de ce chiffre 7 chez tous lès peuples de l’antiquité.
- M. A. Klossovsky, à Odessa, nous adresse une brochure sur Le climat d’Odessa d’après les observations de l’Observatoire météorologique de l’université impériale d’Odessa. La période d’observation s’étend de 1866 à 1892, et même pour quelques phénomènes, remonte à 1841. Cette brochure se trouve à l’imprimerie P. Franzow, 20, rue de Pouchkine, à Odessa.
- M. E. Kleinmann, à Hyères, nous envoie un très curieux échantillon d’une agglomération de radicelles trouvée dans une conduite d’eau de déversoir d’un bassin à Hyères. Les radicelles sont agglomérées et forment un véritable feutre de 2 centimètres environ d’épaisseur.
- M. Albert Londe, notre collaborateur, nous adresse la Note suivante, à propos de l’appareil photomicrographique décrit récemment (n° 1087 du 31 mars 1894, p. 277) : M. Londe nous fait observer que la disposition adoptée par M. Lemardeley et qui consiste à placer la préparation sous la platine, a déjà été employée antérieurement et en particulier par M. Nachet, l’habile opticien. Néanmoins cette disposition ne se rencontre pas habituellement, et son application à l’appareil photomicro-sraphique de M. Lemardeley, montre tout le parti que l’on peut tirer de cette disposition pour réaliser une mise au point automatique.
- Renseignements. — M. H. G., à S. — Il existe plusieurs fabriques de masques protecteurs pour ouvriers ; adressez-vous à M. Guillochon, 42, rue Turbigo, ou à M. Moncharmont, 114, rue du Temple, à Paris.
- M. Picoche, à Avallon. — 1° Pile O’Reenan à écoulement au sulfate de cuivre : M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris. — 2° Les noyaux peuvent être en fonte ou en fer doux. — 3° L’enroulement des inducteurs est fait dans un sens déterminé et reste le même pour une dynamo génératrice ou moteur.
- M. Brugnot, à Paris. — 1° Nous ne pensons pas que le tube intérieur soit fermé. — 2° Vous pourriez certainement employer une machine Bonetti et l’actionner avec un moteur de faible puissance, soit à pédales, hydraulique ou à pétrole. — 3° Nous vous signalons également 1 ’Ozonateur, appareil disposé pour faire évaporer d'une manière continue un liquide spécial et produire une certaine quantité d’ozone, 9, rue de la Chaussée-d’Antin.
- M. F. Baraud, à Orléans. — Nous avons indiqué les principaux journaux photographiques dans la Boîte aux lettres du n° 1080, du 10 février 1894.
- M. P. Robinot, à Saint-Servan. — M. P. Mégnin, directeur du journal l'Eleveur, 6, avenue Aubert, à Vincennes (Seine),
- a fait des études très complètes sur le Tœnia ; vous pouvez vous adresser à lui.
- M. M. S. T., à Tagolsheim. — L’adresse demandée est ; 30, rue de Grammont, à Paris.
- M. Courtois, à Serquigny. — M. Radiguet : 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. le Dr Th. Gaillon, à Paris. — Le constructeur de cet appareil est M. C. Legrand, 38, rue de la Folie-Méricourt.
- Mme A. M., à Jolibert. — Les aquarelles dont nous avons donné les dessins peuvent être vues au musée du Trocadéro. Le mieux serait de vous reporter aux originaux.
- M. G. Duchesne, à Ludon. — 1° Nous publierons prochainement une recette qui vous renseignera. — 2° Consultez Y Aride greffer, par Ch. Baltet, à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. R. H., h Nantes. — Il existe des corps non magnétiques sur lesquels les actions de l’aimant ne peuvent s'exercer; voyez le Formulaire pratique de l'électricien (G. Masson, éditeur.)
- M. A. B., à Meaux. — Vous pouvez vous adresser à la’ maison Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- L’abonné F. A. 8, à Paris. — Vous trouverez la recette d’un excellent procédé pour détruire radicalement les punaiser dans le Dictionnaire universel de la, yie pratique à la ville et à la campagne de G. Belèze, à la librairie Hachette.
- ün abonné, à Bordeaux. — 1° Nous posons une question à ce sujet. — 2° Nous avons décrit le mélographe et le mélo-trope de M. J. Carpentier dans le n° 734, du 25 juin 1887, p. 49, et les pianos de M. M. Stransky frères dans les Nouvelle# scientifiques du n° 973, du 23 janvier 1892. Remerciements.
- M. G. Mayer, à Paris. — Nous vous citerons parmi les publications aéronautiques : l’Aéronaule, dirigé par le Dr Abel Hureau de Villeneuve, 91, rue d’Amsterdam, et l’Aérophiler directeur : Georges Besançon, 113, boulevard Sébastopol.
- M. X. P. à Montmartre. — Vous pourrez vous procurer une excellente carte d’Afrique à la librairie Hachette.
- MM. A. Fonseca et Cardoso, à Porto. — La librairie Berger-Levrault nous a transmis votre demande ; renseignez-vous aux adresses que nous avons données dans notre Boîte aux Lettre# du n° 1086, du 24 mars 1894.
- M. E. Poirier, à Fort-de-France. Nous avons publié un long article sur la manière de conserver aux fleurs sèches leurs couleurs; voyez la table des matières des dix dernières années, 2e série 1883-1892.
- Questions. — N° 1335. — Il existe de nombreux rochers sur lesquels on remarque des figures naturelles en forme de
- {lied ou mieux de semelle ; presque toutes ces roches ont donné ieu à des légendes. M. L'Esprit, 30, avenue d’Orléans, à Paris, serait reconnaissant aux lecteurs de La Nature qui connaîtraient quelques-unes de ces intailles de vouloir bien les lui signaler.
- N° 1336. — Un abonné, à Bordeaux, désire connaître une bonne recette pour faire disparaître sur les livres les piqûres dues à la moisissure, ou tout au moins pour en atténuer la couleur rougeâtre.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. R. Le Sénéchal, au Merlerault; M. F. Zehnder, à Bienne. Cette adresse a été donnée en tête de notre dernière Botte aux lettres. — M. A. P., à Caslello-Branco. Le procédé mentionné a donné de bons résultats. — M. P. Marozeau, à Mulhouse. Nous ne comprenons pas plus que vous le phénomène que vous nous avez décrit. — M. F. Salle, à Saint-Louans. C’est à vous de choisir dans les moyens indiqués; nous regrettons de ne pouvoir spécifier. — M. Lihoreau, à Fenen. Nous ne connaissons pas de produit de ce genre. — M. J. Barcala, à X. (Espagne). Il n’y a pas écrit en français de livre analogue. — M. L. D-, à Genève. Nous ne croyons pas que la fabrication de cet appareil ait été poursuivie. — M. J. de La Ville, à Bordeaux. L’adresse a été donnée en tête de la Boite aux lettres du même numéro qui en contient la description. — M. Beaumont, aii Pré-Saint-Gervais ; M. Manchin Berge, à Troves. Voyez les Recettes et procédés utiles, lrs série, (G. Masson, éditeur.) — M. J. Pausier, a Oviedo ; M. Golendorf, à Maisons-Laffitte. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de pathologie comparée. — M. Chauveau, membre de l’Institut, professeur, ouvrira ce cours le mardi 17 avril 1894, à 2 heures un quart, au laboratoire de pathologie comparée, et le continuera les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison
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- PETITES INVENTIONS’
- Fausset hygiénique. — A la suite de la publication dans les Petites Inventions de notre n° 1005, d’un fausset de M. A. Marc, plusieurs de nos lecteurs qui avaient fait l’acquisition de l’appareil ont regretté que l’on ne puisse pas l’utiliser sur la bière, le cidre et le vin en fermentation, faute d’une soupape de sortie des gaz. Le constructeur vient de modifier son appareil de telle façon qu’il peut trouver son
- Fausset hygiénique pour les boissons gazeuzes, bière, vin, cidre, etc. 1. Détail de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- application à tous les cas de la conservation des liquides. Le nouvel appareil est portatif, et d’une construction robuste. N’ayant ni soudures, ni scellements, il se nettoie et se pose en une minute. Le gaz acide carbonique sort par la soupape à bille d’aluminium sans projeter le liquide préservateur à base soufrée. Le nouveau fausset hygiénique se compose de cinq pièces facilement démontables : 1° un culot à ailettes avec base conique filetée placé à la base de l’appareil; 2° un verre perforé en son centre D ; 3° un conduit central métallique F maintenant le verre ; 4° un couvercle à joint de liège B ayant à son centre une soupape de sûreté qui serre le tout et assure l’obturation complète ; 5° un tube d’entrée d’air impur avec entonnoir E rempli de coton antiseptique. Avec cet appareil on conserve indéfiniment le vin, le cidre, la bière, etc., sans altérations ni fermentations acides. —Le fausset hygiénique A. Marc se trouve chez l’inventeur, 6, rue des Fossés-Saint-Bernard, à Paris.
- Encrier pneumatique. — Le goulot du nouvel encrier que nous allons faire connaître est entouré par un collier en caoutchouc au travers duquel se visse en haut ou en bas le bouchon-godet en forme de tube qui comprime l’air et force l’encre à monter peu à peu dans le godet (n° 2 de la figure).
- Encrier pneumatique. — 1. Vue extérieure. — 2. Coupe.
- Voici comment on se sert de l’appareil : dévisser le bouchon-godet et remplir l’encrier jusqu’au bas du col du goulot ; insérer l’extrémité du bouchon et visser soigneusement jusqu’à ce que l’encre monte dans le godet supérieur. Si,la fraîcheur de la nuit, en condensant l’air intérieur, fait disparaître l’encre du godet, un tour ou deux de la vis en fera remonter assez pour la journée. Pour nettoyer le godet ou ôter la poussière on n’a qu’à l’essuyer avant de faire monter l’encre. Cet encrier offre les avantages suivants : le godet peut être facilement essuyé, et le peu d’encre qu’il contient, lorsque l’on s’en sert, est tout
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- ce qui peut être répandu s’il est renversé. La plume ne peut pas toucher le fond, ce qui évite d’en abîmer la pointe. La construction est simple et chacune des trois parties qui constitue-l’ensemble peut être remplacée séparément en cas d’accident. — Cet encrier se trouve chez M. A. Wolter, 9 bis, passage* Kuszner, à Paris (Belleville).
- Cailler & pot. — Cette cuiller permet de puiser le bouillon sans prendre la graisse superficielle. Nos figures 1 et 2 montrent le système. On voit que la cuiller est munie d’un tube inférieur permettant de puiser le liquide à une certaine pro-
- Fig. 1, 2 et 3. Cuiller à pot. — 1 et 2. Détail du nouveau système.. 3. Mode d’emploi.
- fondeur ; il pénètrejpar le tube et se déverse dans la cuiller, l’orifice de celle-ci étant maintenue au-dessus de la surface graisseuse. Le n° 3 montre le mode d’emploi de cet ingénieux système. — Se trouve chez M. E. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Machines frigorifiques à gaz liquéfiable, par R. E. de Mar-‘ chena, ingénieur des arts et manufactures. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée ! sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. —
- — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50, cartonné, 3 francs.
- La perspective en photographie, par R. Colson, capitaine du génie, répétiteur de physique à l’Ecole polytechnique. 1 vol. in-18 jésus de la Bibliothèque photographique. — Paris, Gauthier-YiUars et fils, imprimeurs-libraires, 1894.
- L'irrigation en Asie centrale. Etude géographique et économique, par Henri Moser. 1 vol. in-8°. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1894. Prix : 6 francs.
- Utilisation des vieux négatifs et des plaques voilées, par ! M. Gaston-Henri Niewenglowski, président de la Société des; amateurs photographes. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque générale de photographie. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1894.
- L'indicateur des fêtes, foires, marchés et marchés francs de: la grande banlieue de Paris (Seine, Seine-et-Oise, Seine-ei-Marne, Oise, Eure-et-Loir, etc.) 1894. 1 brochure ia-8°.
- — A. Lahure, éditeur. Paris. ;
- Guide des postes, télégraphes et téléphones, par M. Paul Artigues, ancien receveur des Postes et Télégraphes, 1 vol. in-18. Seizième année. 18“ édition, 1894, 15, rue du Louvre, à Paris. Prix : 1 franc.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Encres au campêche. — Ces encres s’obtiennent par addition de bichromate de potasse ou d’un mélange de chromate alcalin et d’un sel de chrome à de l’extrait de campêche. On y ajoute quelquefois d’autres mordants, sels ou acides usités dans la teinture des noirs au campêche. Plus une pareille encre est acide et peu chargée en sel de chrome, plus elle écrit en rouge clair et plus elle est coulante. Inversement, une forte proportion de composé chromé avec une faible acidité fournissent une encre plus foncée en écrivant et moins fluide. Toutes ces encres, exceplé bien entendu les encres pour écoliers, sont éminemment communicatives. Les écritures tracées avec elles donnent encore de bonnes copies après plusieurs semaines,
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- souvent même après plusieurs mois. Elles offrent sur les encres communicatives galliques l’avantage de pouvoir, d’un seul coup de presse, traverser quatre feuilles de papier de soie mouillé et fournir ainsi quatre copies lisibles, alors que les encres galliques n’en donnent jamais plus de deux, à la condition encore que l’écriture soit toute récente. Par contre, on peut leur reprocher d’être assez peu solides, au point qu’on peut les faire disparaître par le lavage. Rappelons ici qu’il suffit que les manuscrits écrits avec une encre communicative quelconque soient exposés pendant un court instant aux vapeurs ammoniacales pour devenir aussitôt impropres à fournir des copies. Dans ce cas, comme aussi avec des écritures anciennes, on réussit néanmoins à prendre copie en employant, pour mouiller le
- papier de soie, une solution au millième de bichromate de potasse. Comme base pour la fabrication des encres au campê-che, on se procurera un extrait sec de bonne qualité que f’on étendra de 5 à 10 parties d’eau suivant sa concentration. Après huit jours, on décante à clair.
- Colle photographique. —La colle dont on sc sert aux Etats-Unis pour les timbres-poste et qui peut très bien servir en photographie, est une colle à la dextrine, assez peu coûteuse et fort utile. Elle est composée de deux parties de dextrine, une partie d’acide acétique, cinq parties d’eau et une partie d’alcool. On mêle l’acide et l’eau, on dissout la dextrine dans le mélange, on ajoute enfin l’alcool et on remue bien le tout.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 2 avril 7%7 N. 1. Très nuageux. 0,0 Très peu nuageux le matin, beau le soir, gelée blanche.
- Mardi 3 5°, 7 N. E. 1. Beau. 0,0 Quelques nuages ch et là; gelée blanche.
- Mercredi 4. 9*,6 Calme. Très nuageux. 0,1 Très nuageux; gouttes de 4 à 6 h.
- Jeudi 5 10*,1 N. N. E. 1. Très nuageux. 0,0 Très nuageux; gouttes à 4 h. et à 16 h. 50; halo.
- Vendredi 6. . . . •. . 11*,1 S. E. 1. Très nuageux. 0,0 Nuageux; beau après 20 h. ; halo.
- Samedi 7. ..... . 10”, 1 N. E. 0. Beau. 0,0 Quelques nuages eà et là ; halo.
- Dimanche 8 . .... . » 12*,1 S. S. E. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 10 h. ; peu nuageux ensuite.
- AVRIL 1894. -- SEMAINE DU LUNDI 2 AU DIMANCHE 8 AVRIL
- | Lundi I Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au pare Saint-Maur en mars 1994
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 758“”,45. Minimum, le 15, à 6 heures du matin, 713““,32. Maximum, le 5, à 10 heures du matin, 768"”, 16.
- Moyennes thermométriques : des minima, 3°,01 ; des maxima, 13°,45 ; du mois, 8°,21 ; moyenne vraie des 24 heures, 7°,69. Minimum, le 19, à 6 h. et demie du matin, — 2°,0. Maximum, le 29, vers 2 heures du soir, 19°,7 ; tous les maxima presque aussi élevés les cinq derniers jours du mois. 11 y a eu 4 jours de gelée et 17 jours de gelée blanche.
- Il n’y a eu qu’un brouillard partiel de 2 mètres de hauteur sur la vallée de la Marne, le 22, à 7 heures du matin.
- Tension moyenne de la vapeur, 5”",23; la moindre, le 28, à 6 heures du soir, 2“"8. La plus grande, le 10, à 10 heures du matin, 7““,9.
- Humidité relative, moyenne, 69. La moindre, le 28, à 3 heures du soir, 18. La plus grande, 98, les 1, 2, 15 et 18 au matin.
- Pluie, 24“”,7 en 35 heures un quart, réparties en 9 jours. Il n'a pas plu après le 15. Nébulosité, 43. Ciel presque entièrement clair les 11 derniers jours; pas trace de nuage pendant les 4 jours du 25 au 28; les 24 et 29 on n'a vu que des lambeaux insignifiants. Aucun jour entièrement couvert. Les vents ont été forts du sud-sud-ouest le 12 et du nord-nord-est le 22. Ils ont été de la région sud-ouest du 6 au 15 et ensuite de la région opposée.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 7°,82, le soir, 8°32, du mois, 8°,07. Assez trouble pendant presque tout le mois, elle s’est éclaircie à la fin. Son niveau s’est abaissé au-dessous de la moyenne annuelle à la même époque.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de mars 1894 présente les résultats suivants :
- Baromètre, plus haut de 0““,82. Thermomètre plus haut de 1®,73. Tension de la vapeur, plus forte de 0”",03. Humidité relative, plus basse de 6. Pluie moindre de 13““,8. Nébulosité, moindre de 14.
- Floraison : 1", Saule marceau. 9, Mahonia à fçuilles de Houx. 10, Abricotier. 22, Prunier épineux. Iberis sempervirens. 23, Groseiller commun. 25, Coucou. 26, Dielytra spectabilis, Cerisier, Poirier de duchesse en espalier. 27, Prunier de reine-claude, Glechoma. 28, Groseiller à maquereaux. 31, Sureau à bouquets, Poirier en quenouille.
- On a vu le Coliade citron le 21 et le 22 le Papillon du Navet; le 24, le Bourdon bleu. Ce même jour, deux hirondelles passent au-dessus de l’Observatoire, on ne connaît de date si précoce de l’arrivée des hirondelles aux environs de Paris.
- Erratum de février. Baromètre pour la saison d’hiver, au lieu de : excès—0““,84, lisez -t-0““,84.
- PHASES DE LA LUNE ; N. L. le 6, à 4 h. 09 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la n Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Ghâteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Nouveau voyage an Congo. — M. Dybowski est revenu la semaine dernière d’un nouveau voyage au Congo. On se souvient de sa précédente exploration, dans laquelle, parti pour étudier les régions neuves qui s’étendent entre l’Oubangui et le Tchad, mais apprenant le meurtre de Crampel et de ses compagnons, il dut poursuivre et châtier sévèrement ses assassins. 11 n’en revint pas moins avec une moisson abondante de documents scientifiques qui aurait été plus considérable encore, si la maladie ne l’avait contraint à revenir en France. C’est le cours de ses études qu’il est allé reprendre à l’automne de l’année dernière. Débarqué à Mayomba, dans le bassin du Niari, il a visité toute la région comprise entre ce point et Libreville — vierge encore de toute exploration — s'enfonçant jusqu’à une centaine de kilomètres de la côte;puis alternativement, et par cinq fois, venant prendre contact avec l’Océan, il a étudié le pays avec détail et en rapporte des observations et des collections précieuses. L’ethnographie, la botanique et la zoologie s’enrichiront de documents intéressants qui seront étudiés et publiés. M. Dybowski a vu là une race de nains à la peau cuivrée, aux cheveux laineux et roussâtres, qui étaient complètement ignorés. La région parcourue, malsaine entre toutes, est abondamment habitée par les singes anthropomorphes, gorilles et chimpanzés dont il a possédé vivants plusieurs spécimens.
- Enfin l’explorateur a pu rapporter vivants vingt-quatre animaux dont douze singes; plusieurs d’entre eux sont vus pour la première fois vivants chez nous.
- M. Dybowski était accompagné dans son voyage de MM. G. de Fontenilliat et Lehougre.
- INFORMATIONS
- —MM. Aimé Girard (de l’Instilut) et Cornevin, professeur à l’Ecole vétérinaire de Lyon, ont entrepris, cet hiver, des recherches développées et méthodiques sur l’application de la pomme de terre à l’alimentation du bétail. Ces recherches ont porté sur l’entretien et l’engraissement des bœufs et des moutons, sur la production et la composition du lait chez les vaches laitières, etc. Elles ont donné des résultats importants que MM. Aimé Girard et Cornevin porteront prochainement à la connaissance du public agricole. Mais, dès à présent, il est permis d’indiquer, comme conclusion générale de ces recherches, que la pomme de terre doit être considérée non seulement comme une ressource précieuse, en cas de disette fourragère, mais encore comme un fourrage normal supérieur à la betterave et applicable économiquement, en circonstance ordinaire, à l’alimentation du bétail.
- —Un pigeon domestique mâle vient d’être vendu à un aviculteur de Dewsburg, pour la somme de 65 livres (1625 fr.). Il faut dire que ce pigeon, outre la coupe du championnat qu’il a remporté à Birmingham, a été primé aux expositions de Bolton, Churchtown, Cleator, Moer, Chorley et Crewe.
- —A l’embouchure de certaines rivières d’Espagne, on harponne les soles couchées sur les sables jaunes des hauts-fonds. Afin
- d’obvier à l’effet des rides à la surface de l’eau, qui empêchent d’en distinguer le fond, chaque pêcheur porte une petite bouteille d’huile dont il répand quelques gouttes. Immédiatement la surface devient unie et l’eau transparente.
- —%— Nous apprenons la formation d’une Société lorraine de photographie à Nancy. Le président est M. Victor Riston, docteur en droit. La Société lorraine de photographie a pour but l’étude de la photographie et de ses applications artistiques. Elle procure à ses membres les relations et les renseignements qui peuvent leur être utiles.
- —On signale, en Russie, un grand nombre de loups enragés et, par suite, d’accidents sur les personnes. Dans un village, cinq paysans ont été mordus; trente personnes l’ont été également dans l’espace de deux jours. Les blessés ont été envoyés en traitement à l’institut anti-rabique de Moscou.
- —M. William Hallock a fait dernièrement, à la section géologique de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, une intéressante communication relative aux mesures de températures, faites aux puits de W'heeling (Virginie occidentale). Ce puits a 1500 mètres de profondeur et présente, au point de vue de la rigueur des mesures, de grands avantages sur ceux de Sperenberg (1390 mètres) et de Schladebach (1910 mètres). En effet, il ne contient pas d’eau, et l’on sait que, dans un puits qui en renferme, la mesure exacte des températures est rendue fort difficile par le mélange des couches liquides, toujours en mouvement, par suite même de leur inégal échauffement. Le puits de Wheeling n’est revêtu que jusqu’à 520 mètres. La température à 430 mètres est de 20°4 C. et monte jusqu’à 43° 4 à la profondeur de 1487 mètres : dans 1» partie supérieure de la portion non recouverte du puits, l’accroissement de température avec la profondeur est très lent, d environ un demi-degre centigrade pour 27 à 30 mètres, plus bas, 1 augmentation est plus rapide, d’un demi-degré par 20 mètres.
- New-York possède maintenant 2660 kilomètres de canalisation électrique souterraine, qui contiennent 52 400 kilomètres de fils télégraphiques et téléphoniques et 2090 kilomètres de conducteurs pour l’éclairage électrique, produit par 0790 lampes à arc et 268 000 lampes à incandescence.
- _La Société astronomique de France a tenu la semaine dernière sa séance générale annuelle. Au bureau ont pris place MM. Tisserand, président, Trouvelot. vice-président, Camille Flammarion, secrétaire général, Ch. Gérigny et Gaston Armelin, secre-taires. Le président a proclamé les résultats du vote, ouvert pour^ le renouvellement du bureau qui se trouve reconstitué de la manière suivante : président, M. Tisserand ; vice-présidents, MM. Cornu, général Parmentier, Janssen et Bouquet de la Grye; secrétaire général, M. Camille Flammarion ; secrétaires, MM. Gerigny, Armelin et Bertaux. '
- -âte-
- —La Société d'excursions des amateurs de photographie donné le 10 avril, dans le local de la Société française de pho-oqraphie une séance extraordinaire offerte aux dames. La soiree a té consacrée à des séries de projections du plus haut interet. En oici le programme ; Les voyages présidentiels et les Musses a poulon, par M. Gers. - Egypte et Palestine, par M. Lemoyne remplacé par M. le comte des Fossés). — Caricatures de A. Gui, ,ar M. Monod. — Une visite à Vorphelinat de Cempuis, par 1 A. Londe. — La mi-carême en 1894, par M. M. Bucquet.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’adresse de M. Dsrnac, éditeur des photographies de Nos contemporains chez eux, dont il a été question dans le n° 1087, du 31 mars 1894, p. 280, est la suivante : 34, rue Gassendi, à Paris. — Etalons pour le champ magnétique : M. Zeiss, à Iéna (Saxe).
- Communications. — M. D. K., à Liège, à propos de notre récent article sur un Nouveau procédé de conservation des pommes de terre, paru dans le n° 1086, du 24 mars 1894, p. 269, nous informe qu’il a eu l’occasion d’observer, il y a quelques années, des bourgeonnements analogues sur des pommes de terre conservées en cave sans aucune précaution particulière. La variété de pommes de terre était celle appelée dans le pays bleue plate, à tubercules allongés, légèrement aplatis, à épiderme foncé, bleuâtre ou violacé.
- , Renseignements. — M. J. Salomon, à Agen. — Consultez l’article de La Nature sur la conservation des raisins, dans le n° 119, du 11 septembre 1875, p. 225.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Appareils pour sondages et recherches de sources : M. H. Becot, 25, rue La Quintinie, et MM. Bontain et Cie, 42, rue Bargue, à Paris.
- Un cycliste, à Rouen. — Il faudrait essayer plusieurs vernis; voyez le Fabricant de vernis, par A. Romain, dans la collection des manuels Roret.
- M. U. D., à M. — Renseignez-vous auprès de fabricants de machines-outils pour bois : M. L. Dumont, 23, rue Saint-Quentin, MM. Corcellet, Bernard, Huot et Basset, 47, rue des Tournelles, à Paris.
- M. G. Benaouda, à Toulon. — Pour toutes ces questions d’aréométrie, adressez-vous à la maison Collardeau-Vacher, 52, rue du Faubourg-Saint-Martin, à Paris.
- M. Ducharne, à Paris. — 1° Voyez nos derniers articles sur la tourbe (n° 1071, du 9 décembre 1893, p. 17, et numéros suivants). — 2° Nous pensons que l’encaustique ordinaire des parquets peut convenir.
- Un lecteur, à Paris. — Les brûlots sont une vieille machine ue les torpilles modernes ont bien fait délaisser. L’article ont vous parlez remonte à plus de cinquante ans.
- M. L. Vialet-Chabraud, à La Ciotat. — Vous trouverez un livre sur le filage de l’huile à la librairie Gauthier-Villars.
- Un abonné, à X... — Adressez-vous à M. A. Goubeaux, opticien, 216, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. L. Renard, à Blois. — Nous n’avons pas l’adresse de ce fabricant; mais vous pourriez vous renseigner auprès de M. Jumeau, 8, rue Pastourelle, à Paris.
- M. Villemey, à Paris. — Le laboratoire central de la Société internationale des électriciens, 12, rue de Staël, vous fera cet étalonnage.
- M. G. B., à Rupt. — 1° Jeu de Lawn-Tennis, 28, avenue de l'Opéra, à Paris. — 2° Roulette de salon : M. Jost, 120, rue Oberkampf.
- M. A. Lépernoy, à X. — Pour les lessives, on emploie généralement des cendres d’arbres résineux, de pin et sapin, et surtout de chêne. Afin de remplacer les cendres, on prend 0sr,500 de potasse pour 2 ou 3 hectolitres de linge, et on ajoute un tiers de plus de cristaux de soude, quand l’eau de la lessive est déjà tiède.
- M. A. A., à Aiguebelle. — Consultez les Récréations mathématiques de M. Lucas, à la librairie Gauthier-Villars.
- M. S. Ordoner, à X... (Espagne). — Nous n’avons pas l’adresse du premier constructeur dont vous parlez, mais voici des adresses de deux autres fabricants de cadrans solaires :
- M. Bertaux, 25, rue Serpente, à Paris, et MM. Negretti et Zam-bra, 38, Holbor.n viaduct, à Londres.
- M. T. P, à B. — La formule du baroscope a été donnée dans le n° 182 du 25 novembre 1876, p. 409.
- M. Giovanni Maresca, à Livorno. — Vous trouverez des ballons de ce genre chez M. Victor Chabaud, successeur de la
- maison Alvergniat frères, 10-12 rue de la Sorbonne, à Paris.
- M. A. G, à Paris. — La lampe électrique, décrite dans le n* 1075 du 6 janvier 1894, p. 88, a été construite par M. Plan-chon, 66, galerie Montpensier, au Palais-Royal.
- M. le D' Boussey, à Dijon. — Adressez-vous à la Société anonyme des produits chimiques agricoles, 191, rue du faubourg Saint-Denis, à Paris.
- M. Cathelineau, à Sidi-Aich. — Il faut annuler la réponse que nous vous avons donnée dans le n° 1088, du 7 avril 1894. Nous donnerons prochainement une adresse.
- Un étudiant, à Montpellier. — Vous pourriez vous renseigner auprès de M. J. Digeon, 15, rue du Terrage, et auprès de M. Grange, 17, rue Marqfoy, à Paris.
- M. A. Meyer, à Lille. — Nous avons annoncé cet ouvrage dans les Communications de la Boîte aux lettres du n° 1084, du 10 mars 1894.
- M. J. Sonnet, au Fournay. — Consultez les articles publiés dans la collection de La Nature.
- M. J. Courbery, à Tlemcen. — 1° Il s’agit là d’une industrie spéciale dont les procédés ne sont pas très connus. — 2° Le constructeur a été indiqué en tète de la Boîte aux lettres du n° 1088, du 7 avril 1894. —3° Il n’y a pas d’erreur; le jour est compté de midi à midi dans nos Bulletins astronomiques.
- M. G. Loiselle, à Paris. — 1° L’oxyde de zinc est soluble dans les acides, mais non l’oxyde de plomb. — 2° Essayez les diverses colles mentionnées dans nos petits livres des Recettes et procédés utiles. — 3° Vous pourriez mettre le photomètre à la place de la loupe et l’appuyer contre le verre dépoli.
- M. A. E., à Madrid. — Le mieux est de vous adresser aux autorités de votre localité.
- M. B. R., à Bordeaux. — Vous trouverez des ouvrages sur ces diverses questions à la librairie Baudry, et à la librairie Bernard Tignol, à Paris.
- M. L. Januoy, aux Planches (Jura). — L’enseignement de l’agriculture en France est donné à l’Institut agronomique, 16, rue Claude-Bernard, à Paris, et dans les écoles nationales d’agriculture. dont les principales sont : à Grignon (Seine-et-Oise), à Grand-Jouan (Loire-Inférieure), à Montpellier (Hérault) et au Lezardeau (Finistère). II y a également des écoles départementales.
- M. F. Michel, à Nice. -- Quand vous aurez quelque photographie intéressante, vous pourrez nous la communiquer au Bureau de Rédaction, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- M. R. Biston, à Paris. — Le mode de changement de couleur des lampes de Y Olympia a été décrit dans le n° 1045, du 10 juin 1893, p. 32.
- M, R. Richefeu, à Paris. — Nous avons annoncé une étude comparative des diverses méthodes de sténographie dans la Bcite aux lettres du n° 1070, du 2 décembre 1893; nous avons ajouté une rectification dans la Boîte aux lettres du n° 1080, du 10 février 1894.
- MM. Bergez, à Nice, — Avec une longueur de cylindre de 1 mètre, et un déplacement de 1 mètre par seconde, le poids supérieur devrait être de 75 kilogrammes.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. P. Bezon, à Paris. Les trois appareils sont bons ; nous ne saurions vous indiquer le meilleur. — M- A. Gréhan, à Paris. Nous ne connaissons pas de machine de ce genre. — M. G. Le Blanc, à Paris. Nous n'avons pas d’autres renseignements; tous nos regrets. — Un abonné, à Paris. Nous allons prendre des informations et nous vous ferons connaître notre avis. —M. J. T., à Bruxelles. Il faudrait faire faire l’analyse du produit par un chimiste. — M. E. Chaix, à Paris. Il y aurait des essais à faire sur ce brûleur pour pouvoir vous répondre.
- — M. Petrounkévitch, à Twer (Russie). Cette adresse est donnée en tête de la Boîte aux lettres du même numéro. — M. Joseph Deschamps, à Avallon. Remerciements pour vos formules que nous utiliserons prochainement. — M. Prudhomme, à Paris. Nous avons reçu votre nouvelle Note que nous publierons. — M. A. T., à Dijon. On ne peut faire disparaître ce goût. — M. H. Magunna, à Saintes. Nous ne pouvons insister davantage sur ce sujet: reportez-vous au Journal de physique. — Un lecteur, à Romans. Il faudrait faire quelques essais de peintures sombres et de vernis divers.
- — M. A. Winter, à Mulhouse. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, éditeur.). — M. A- Revoul, à Valréas. Vous pourriez essayer les émulsions de pétrole dont il est question dans les Recettes et Procédés utiles, 3° série, à la même librairie. —
- M. E. A. C., à X. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Erratum. — Dans le précédent article Hygiène et santé (Nouvelles scientifiques du 7 avril 1894) on a fait une erreur de chiffres ; à la recette d’eau de Cologne, il faut lire 10 grammes au lieu de 100 grammes pour la proportion des essences de bergamote et de portugal.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communie liions. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Siphon aspirateur. — L’appareil que nous représentons ci-dessous dans le n° 1 de notre figure, permet de transvaser les liquides de toute nature, même les acides, sans le moindre inconvénient. Le principe du système n’est pas nouveau, mais les appareils dont on se sert souvent ont un grand défaut; il faut les amorcer avec la bouche, ce qui est dangereux, lorsqu’il s’agit de transvaser des acides. L’amorceur que nous représentons permet l’amorçage à la main, au moyen d’un aspirateur à pompe. Il suffit, en effet, le siphon étant en place, de boucher avec le doigt le bec coudé de l’aspirateur et de tirer comme l’on ferait pour aspirer un liquide quelconque, avec
- Siphon aspirateur. — 1. Détail de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- une seringue ordinaire, et le siphon est amorcé; le liquide vient s’écouler par le bec coudé que l’on accroche dans le vase à remplir (n° 2). Ceci fait, on repousse doucement le piston. Pour arrêter la marche du siphon, il suffit d’élever l’amorçeur à la hauteur du liquide supérieur (pas plus haut), l’écoulement cesse, mais le siphon reste amorcé et il suffit de baisser la pompe à nouveau, pour que le liquide recommence à couler. L’emploi de cet appareil se recommande pour tous les soutirages possibles de vases et récipients qui ne sont pas munis de robinets : bonbonnes d’acides, tonneaux ou tonnelets, cuves ou chaudières de buanderie (à froid), baignoires, etc. — Il se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Tire-bouchon américain. — La Nature a décrit déjà plusieurs modèles de tire-bouchons qui, certainement, ne manquaient pas d’intérêt ; s’il fallait donner à nos lecteurs la description de tous ceux qui existent, nous pourrions, pendant
- Tire-bouchon américain le Magic. — 1. Vue d’ensemble du tire-bouchon.
- 2 et 3. Mode d’emploi.
- longtemps, en publier un par semaine. Nous nous bornerons donc à décrire les types les plus ingénieux : nous allons faire connaître aujourd’hui un système inventé en Amérique. C’est un tire-bouchon parfait; il débouche sans effort les bouteilles bouchées même à la mécanique, il a le grand avantage économique de retirer les bouchons sans les trouer de sorte que ces bouchons peuvent resservir plusieurs fois. La manière de s’en servir est des plus simples, il suffit d’introduire les deux lames
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
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- entre le liège et la bouteille, en leur donnant un mouvement d’oscillation dans leur propre plan, et de tourner en hélice en remontant, sans remuer la bouteille; sans effort, le bouchon sort aussi net qu’à son entrée. Nos figures sont suffisamment explicatives. — S’adresser à M. Mathieu, 2, Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Couteau & huîtres américain. — Ce coupe-huîtres est constitué par une cisaille d’un emploi très pratique. L’appareil a pour but de pratiquer une légère incision à la partie la plus mince, qui est la moins dure et opposée à la charnière, comme l’indique la figure A. On introduit la lame du couteau en la poussant dans la direction du nerf qui se trouve toujours
- Couteau à huître.
- placé comme l’indique la figure B. On donne à l’instrument un léger mouvement de va-et-vient, ce qui a pour résultat de couper le nerf. Alors la coquille supérieure de l’huître s’enlève d’elle-même sans difficulté. Le travail se fait sans effort ni secousse, et les débris de coquilles et la chute de l’eau contenue dans l’huître sont évités. Avec ce nouveau système tout le monde peut facilement ouvrir les huîtres les plus dures. — Cet appareil se trouve à la même adresse que le tire-bouchon américain.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Capuchon pour la gelée. — M. Auguste de Monlgolfier, administrateur délégué de la Société anonyme des papeteries de Montbard (Côte d’Or), nous adresse une Note que nous reproduisons : « Nous vous envoyons ci-contre un croquis de capuchons en carton goudronné, que nous fabriquons pour combattre les gelées, pour la vigne principalement, et pour les légumes. Si vous pensez que cette invention puisse intéresser vos lecteurs, voulez-vous en dire un mot dans votre journal. Les personnes qui ont fait l’essai de ces capuchons l’année dernière ont obtenu de très bons résultats. » Nous nous faisons un plaisir de présenter l’ingénieux appareil à nos lecteurs.
- Trempe des petits objets d'acier. — On communique une excellente trempe aux objets d’acier en les plongeant dans un mélange de :
- 1° Huile de baleine.................... . 2 parties.
- Suif..................................2 —
- Cire..................................1 —
- Ou 2° Eau.............................. 1000 parties.
- Gomme arabique................. 30 —
- Si les outils sont en acier fondu, ne pas les chauffer au delà du rouge cerise. Plonger obliquement en donnant une légère torsion. On peut recommander le pétrole pour la trempe de petites pièces d’acier ; elle se fait par les procédés habituels* Les objets restent blancs et ne se faussent pas. Il faut être prudent et ne pas trop approcher le feu de l’huile. L’eau de Seltz donne une bonne trempe pour de petits forets, etc. (M. Jacob Descombes, àBienne.)
- Capuchon goudronné pour préserver la vigne des gelées.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Théâtre de salon, par Mme Stanislas Meunier. 1 vol. in-18 jésus — Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1894. Prix : 3 fr. 50.
- L'ami du Pêcheur. Traité pratique de la pêche à toutes lignes, ouvrage comprenant la jurisprudence en matière de pêche, par M. B. Poitevin. 1 vol. in-12. 6a édition, avec 98 gravures et 4 planches hors texte. — Paris, G. Masson, éditeur. Prix : 3 fr. 50.
- Éléments de psychologie physiologique et rationnelle, par le
- Dr Georges Surbled. 1 vol. in-12. — Paris, G. Masson, éditeur, 1894. Prix : 5 francs.
- Eau, force, lumière à bon marché par l'adduction des eaux de l'Ain à Lyon. Nouveau projet de la Société lyonnaise des eaux industrielles, avec une introduction par P. Aristide Bergès, ingénieur civil. 1 brochure in-8. A Lyon, en vente chez tous les libraires. Prix : 1 franc.
- Carte vélocipédique de Belgique, dressée par P. Gilbert, ingénieur, 1894. En vente à Paris, à la librairie Neal, 248, rue de Rivoli. Prix : 75 centimes.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN
- VENT
- THERMOMÈTRE
- DIRECTION ET FORCE
- DE 0 A 9
- ÉTAT Dü CIEL
- PLUIE EK MILLIMÈTRES
- OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 9 avril
- 10°,0
- N. 0.
- Nuageux.
- 0,0
- Très nuageux; gouttes à 19-20 h. ; halo.
- Hardi 10. . . Mercredi 11.. Jeudi 12.. . . Vendredi 13. Samedi 14. . Dimanche 15
- 10", 2 11*,0 11",2 8",4 9",0 10* ,4
- N. 0. Quelques nuages
- E. 0. Couvert.
- N. N. W. 2. Couvert.
- W. N. W. 2. Couvert.
- S. E. 2. Presque couvert
- S. 2. Couvert.
- 0,0
- 0,0
- 0,0
- 0,2
- 0,0
- 0,7
- Très peu nuageux jusqu’à 19 h.; beau ensuite; halo, grand halo et parhélie de gauche.
- Très nuageux; deux coups de tonnerre à 15 h. 20 et 16 h. 28 ; gouttes à 6 h. 1/2.
- Très peu nuageux jusqu’à 5 h.; couv. ensuite; quel-fois gouttes de 12 a 18 h.
- Couvert jusqu'à 16 h.; peu nuageux ensuite; un peu de pluie avant 4 h.
- Très nuageux; gelée blanche; halo, grand halo et parhélie de gauche ; quelq. averses le soir.
- Couvert; pluie de 6 à 13 h. et à 22 h. 45.
- AVRIL 1894. -- SEMAINE Dü LUNDI 9 Aü DIMANCHE 15 AVRIL
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boulé sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Halos, parhélies, cercle parhélique & Moulins. — La
- journée du 31 mars 1894 a été marquée, à Moulins, par l’apparition de nombreux phénomènes d’optique atmosphérique. C’est en suivant le chemin qui conduit du château du Parc à la route de Bourgogne que je constatai le début des phénomènes.
- A 9h 45“ du matin (heure de Paris), par un temps chaud, splendide, on distinguait, sur un ciel parsemé de cirro-stratus, l’arc supérieur du halo de 22°, partiellement coloré, mais très vigoureux et très net.
- Plus diffuse était une large bande, également nuancée des couleurs du spectre et visible au sud-ouest du Soleil. Orientée d’ailleurs à peu près du sud-est au nord-ouest, cette bande semblait appartenir, par sa position, au grand halo de 46°.
- On pouvait soupçonner déjà l’existence, plus tard mieux accusée, des deux parhélies que l’on rencontre à l’intersection du cercle parhélique et du halo ordinaire ou un peu en dehors.
- A 10‘ 30“, le cercle parhélique. d’un blanc mat, commença à se dessiner en partie sur la droite et il s’étendit bientôt à plus de 90® à l’ouest du Soleil.
- Ces apparences lumineuses persistèrent jusqu’aux premières heures de l’après-midi, avec des alternatives très variables, et, de tous ces phénomènes, halos, parhélies, cercle parhélique, c’est l’arc supérieur du halo de 22° qui se maintint touiours le plus vif et le mieux défini.
- A 2h lô“ du soir, te cercle parhélique se dessina aussi sur la gauche, et il s’avança à 80° à l’est du Seleil.
- Enfin, à 2h 30“, il encercla toute une moitié (orientale) de l’horizon, depuis le Soleil jusqu’à l’anthélie.
- Puis l’apparition se dissipa peu à peu et, à 3 heures, tout était évanoui.
- G. de Rocquigny-Adanson.
- I>es nuages. — Le mode de suspension des nuages dans l'atmosphère a donné déjà lieu à de nombreuses études et à un grand nombre d’hypothèses diverses. L'Annuaire de la Société météorologique rend compte des derniers travaux effectués à ce sujet par M. Van Franck. Jusqu’ici Dines, en Angleterre, avait trouvé, par des mesures microscopiques, pour diamètres des gouttelettes d’eau d’un épais brouillard, des valeurs variant de 0,016 millimètre à 0,127 millimètre; Assmann, sur le Brocken, a trouvé 0,006 millimètre à 0.035 millimètre. M. Van Franck, plongé dans uu nuage, a constaté qu’il voyait encore les gouttelettes d’eau à 20 centimètres de distance ; il a évalué à trente secondes l’angle visuel, et en a déduit pour le diamètre 0,028 millimètre et pour le poids des gouttelettes 0,0000000149 gramme. Pour expliquer la suspension de ces gouttelettes, il a admis qu’il existe une enveloppe de vapeur d’eau plus légère qui rend possible cette suspension. Il a d’ailleurs basé son hypothèse sur une série de preuves et de faits qu’il développe tout au long dans son intéressant Mémoire.
- La pluie aux Iles Britanniques. — M. G.-J. Symons a fait dernièrement à la Société des arts de Londres une communication sur les relevés pluviométriques aux lies Britanniques depuis plus de cent cinquante ans. L’auteur signale entre autres une pluie absolument torrentielle, qui, le 23 juin 1878, donna 82 millimètres en une heure et demie. Il montre aussi qu’à partir de 1812, chacune des années dont le millésime se termine par un 4 donne une pluie totale inférieure à la moyenne. Nous pourrions en déduire, si la loi est exacte, que l’année 1894 sera encore une année sèche.
- PHASES DE LA LUNE ; P. Q. le 13, à 0 h. 4* m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Archives photographiques. — Les (( Informations >> de La Nature (n° 1089 du 14 avril 1894) signalent le projet de M. L. Vidal au sujet de la création d’Archives photographiques. Je viens remercier M. L. Vidal et lui souhaiter le succès. Il y a <léjà au moins deux grands dépôts de ce genre, celui de la Société de géographie, celui du Muséum (anthropologie). J’avais proposé, il y a quelques années, à la Société de géographie 4e centraliser non pas seulement des épreuves, mais aussi des clichés, comme fait le Muséum. Il arrive trop souvent que personne ne prend soin des clichés à la mort de leurs auteurs, et je connais de très importantes séries ainsi perdues. D’autre part nous avons presque tous des clichés sans étiquette détaillée, nous nous fions à notre mémoire, mais ensuite... sans nous ils n’ont plus de valeur. Dans mon projet tous les voyageurs de cet avis feraient un simple dépôt de leurs clichés qui, n’étant plus réclamés, au bout d’un certain temps resteraient acquis à l’œuvre. Au moyen d’arrangements avec un photographe de profession chacun pourrait obtenir à bas prix des épreuves. Un catalogue serait donc dressé et tenu au courant. C’est ce qui existe pour les monuments historiques, pour les moulages du Louvre, les sceaux des Archives. Je souhaite que les Archives photographiques de M. Vidal soient établies dans ces conditions et rattachées à l’une de nos grandes institutions publiques afin que l’avenir soit absolument garanti. Je serai des premiers à envoyer mes documents.
- Émile Cartailhac.
- Prés, de la Soc. de photogr. de Toulouse Chargé de missions par le Ministère.
- INFORMATIONS
- —La galerie zoologique du Musée royal d’histoire naturelle -de Berlin a reçu, au commencement de mars, le premier envoi de l’explorateur Baumann, stationné à Misahoche dans le Togoland. Entre autres, il s’y trouve quelques mammifères fort intéressants, parmi lesquels on signale un curieux exemplaire de Colobus qui marque très nettement le passage de la jeunesse à l’âge adulte. Le pelage, blanc de neige chez les jeunes, devient noir à cetle époque. Il est à remarquer que, parmi les mammifères qui vivent dans les environs de Misahoche, un certain nombre présentent les caractères de ceux de la région des steppes du nord-ouest, tandis que la plupart appartiennent à la faune des forêts de l’Afrique occidentale.
- —^5— M. Nocard, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alfort, a récemment attiré l’attention de l’Académie de médecine sur un important Mémoire de M. le professeur Hutvra, de Budapest, constituant un Rapport général sur les épizooties qui ont régné en Hongrie pendant l’année 1892. Dans ce travail, M. Nocard vise surtout un chapitre, celui qui a trait aux vaccinations préventives du charbon et du rouget du porc; pendant cette seule année 1892, on a vacciné, en Hongrie, 3838 chevaux, 54 633 bœufs ou vaches, 268 310 moutons et 462 310 porcs. Dans les exploitations où l’on a mis en pratique les-vaccinations pastoriennes, les pertes- annueUes étaient évaluées
- jadis à 5-6 pour 100 pour les chevaux et les bœufs, MAI 2 pour 100 pour les moutons, à 25 pour 100 pour les porcs. Cettelnanée, elles se sont abaissées à 0,12 pour 100 pour les chevaux, O'^m'pour 100 pour les bœufs, 0,61 pour 100 pour les moutons et 0,45t. pour 100 pour les porcs. Ces simples chiffres ne paraissent-ils pas la plus éclatante démonstration des services qu’a rendus à l’agriculture de tous les pays la découverte toute française de l’atténuation des virus par des inoculations préventives?
- —%— Parmi les dangers que présentent certaines excursions en montagne, il en est un assez sérieux surgissant fréquemment même dans les régions inférieures couvertes de forêts et particulièrement fréquentées par de nombreux promeneurs : nous voulons parler des chutes de la foudre. Les alpinistes savent que lorsqu’ils sont surpris par un violent orage sur les hautes cimes, leur premier soin doit être de déposer loin d’eux leurs piolets et les autres objets en fer dont ils peuvent être pourvus. En se blottissant ensuite, autant que faire se peut, contre le flanc des escarpements sur un versant non exposé directement au vent et en s’éloignant, si cela est possible, des roches ferrugineuses ainsi que des lignes des principaux écoulements des eaux, le voyageur écartera considérablement les risques d’être frappé par la décharge électrique.
- —— Nous recommandons aux personnes qui se livrent à tout exercice physique violent, de ne faire auparavant qu’un repas léger : de boire le moins possible, pendant la durée de cet exercice, et surtout d’éviter de boire de l’eau-de-vie. On a dit, avec juste raison, que, « pour les touristes, l’eau-de-vie est l’eau de mort des jambes ». Ceci s’applique à tous ceux qui se livrent à un sport quelconque. Si on ne peut résister à la soif, on ne boira donc que de l’eau coupée avec fort peu de vin, ou, ce qui vaut mieux encore, du café. Immédiatement après chaque exercice, on devra changer de vêtements. On s’épongera le corps avec soin, puis on prendra une douche froide ou à peine tiède, mais de très courte durée. Cela fait, on se frictionnera vivement, soit avec des gants à friction, soit simplement avec un linge un peu rude, de façon à provoquer une réaction rapide.
- —Sfc— Nos lecteurs n’ont probablement pas oublié le fromage monstre de l’Exposition de Chicago dont nous avons donné la description (n° 1061, du 30 septembre 1893, p..287). Ce fromage de
- 10 tonnes a été envoyé à Londres où l’on a procédé à son découpage solennel. Sir Charles Tuppes, agent général du Canada, assistait à la cérémonie. Nous rappellerons que le fromage en question a été fabriqué en septembre 1892 à Pesth (Ontario), avec 207 250 livres de lait fourni par 12 000 vaches. C’est un fromage cuit analogue au Chester. Les assistants l’ont goûté et ont déclaré qu’il était excellent.
- —^— D’après le rapport sanitaire général du royaume de Bavière, il y a eu, dans cette contrée, de 1880 à 1890, quarante-trois personnes atteintes de trichinose dont deux sont mortes. A Fren-denthal, en Autriche, plus de cinquante personnes viennent d’être très dangereusement infestées par l’ingestion de saucissons trichinés.
- 11 n’existe pas en Autriche de service d’inspection spécial comme on en trouve dans la plupart des villes d’Allemagne.
- —^— La direction centrale du Club Alpin a voté 8 000 francs pour la création de deux refuges dans le Briançonnais. L’un sera établi au-dessus de l’ancien abri de La Lauze, près de la Grave ; l’autre dans le glacier de Tabuchet, non loin de la Meije.
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- ôt)
- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Compteur kilométrique pour vélocipèdes : M. C. Château successeur de Colin, 118, rue Montmartre, Paris.
- Communications. —M. R, de Bony de Lavergne nous adresse la Note suivante que nous reproduisons : « Je me fais un plaisir de vous envoyer une petite expérience que j’ai réalisée tout à fait par hasard et qui me semble assez curieuse. On trace deux raies à l’encre sur une feuille de papier ordinaire avec une plume bien chargée de façon que les raies ne
- sèchent pas trop vite. " -—' -n On laisse entre les deux
- / traits A et B une distance ~j~K de quelques millimètres a e J / variable suivant la bo-
- ~ ______________/ bine. On met alors les
- deux extrémités des traits en relation avec les deux extrémités du circuit induit d’une bobine de RuhmkorfF. L’étincelle éclate entre les deux traits et on constate que l’encre est poussée de part et d’autre de façon que les deux traits finissent par n’en former plus qu’un. A ce moment toute étincelle cesse, le conducteur liquide ne présentant plus de discontinuité. Il y a là, ce me semble, un transport analogue à celui qui se produit entre les deux charbons de l’arc voltaïque. Il est, dans tous les cas, plus facile à réaliser. »
- M. D. Bénézet, à Dol-de-Bretagne, nous envoie une Notice descriptive de deux appareils pour remontage électrique des mécanismes dont un poids moteur entretient le mouvement.
- M. G. Pélissier, à Paris, à propos de notre article sur les droitiers et gauchers de la vue paru dans le n° 1089, du 14 avril 1894, p. ol5, nous communique les résultats de ses expériences personnelles sur le sujet. Dans les observations astronomiques faites à la lunette ou au télescope, notre correspondant observe toujours les deux yeux ouverts, et regarde la région du ciel explorée à la fois de l’œil gauche, à l’œil nu, et de l’œil droit, à fa lunette. Dans certains cas, comme pour une éclipse de lune, il peut, sans effort, donner une intensité différente à chaque image. Ce procédé lui permet aussi d’estimer grosso modo le grossissement d’une petite lunette ou d’une jumelle. Cette faculté d’utiliser ainsi les deux yeux serait commune à la plupart des astronomes.
- M. Ivon, à Paris, nous écrit qu’il a rapporté l’an dernier quelques vers luisants qui ont passé l’hiver dans son jardin, à Paris, et le soir, dans les premiers jours du mois d’avril, il en a vu luire quelques-uns; la lueur était moins vive qu’au mois d’aoùt, mais encore brillante.
- M. L. M. Fermé, à Colombes, à propos de notre récent article sur la stéréochimie paru dans le n° 1083, du 3 mars 1894, p. 209, nous écrit qu’il a trouvé dans la Physique de Péclet (4e édition, 1847, tome 1er, n° 95, p. 65) un passage où il est dit que « M. Ampère considère les particules des corps simples comme résultant du groupement d’atomes disposés dans des plans différents de manière à être placés aux sommets d’un polyèdre, et les particules des corps composés comme formées d un certain nombre de particules des éléments ayant leurs centres de gravité en un même point. »
- M. A. Ricco, à Rome, nous envoie plusieurs Notices scientifiques ayant pour titres : La lava incandescente nel cratere centrale dell’Etna e fenomeni geodinamici concornitanti. — Osservazioni termometriche eseguite nel R. osservatario Etneo. —- Sulla relazione fra le perturbazioni magnetiche e le macchie solari. — Velocità di propagazione delle princi-pali scosse del terremoto di Zante a Catania. — Sulla percezione più rapida delle stelle più luminose. — Sui movi-menti microsismici. Ces différentes Notes ont été présentées aux diverses Sociétés savantes italiennes.
- M. Durand, à Angers, au sujet du gouvernail propulseur, dont nous avons parle dans le n° 1089 du 14 avril 1894, p. 349, nous fait savoir qu’à l’exposition de 1889, dans la section de navigation, figurait un poisson mécanique dont le mouvement était obtenu au moyen d’un mécanisme semblable à celui que nous avons décrit.
- M. Girma, à Caussade, à propos de notre récente chronique Les grappes de raisin panachées (n° 1090, du 21 avril 1894, p. 334), nous écrit que sa famille possède à Cahors depuis une dizaine d’années plusieurs treilles de raisins qui sont toujours panachées partie blanche, partie noire. La couleur dominante alterne d’une année à l’autre. La panachure présente également certaines irrégularités.
- Renseignements. — M. A. R. N., à Fécamp.— Le citron est acide et a légèrement dissous le marbre; il n’y a pas d’autre remède que de gratter et de repolir.
- M. le baron L. de Lamberts, à Namur. — La diélectrine, substance isolante particulière, dont on se sert dans les appareils électriques, est fabriquée par M. Y, Chabaud, 10, rue de la Sorbonne, à Paris.
- Un lieutenant, à Êvreux. — Nous avons décrit dans les Petites Inventions du n° 1041, du 13 mai 1893, un appareil frigorifique qui pourrait vous donner toute satisfaction.
- Un lecteur, à Gôteborg. — 1° Adressez-vous à M. Menitz,-fabricant d’objets lumineux, 37, passage Jouffroy, à Paris. — 2° Nous ne croyons pas que la fabrication ait été poursuivie.
- M. C. F., à Paris.—Nous avons dans nos cartons une Note sur la disposition des miroirs dont vous nous parlez. Nous allons la publier; c’est un professeur de Lisbonne qui nous l'a envoyée avant vous.
- M. Ratelade Dumoulin, à Eygurande d’Ussel. — Nous avons parlé de la destruction des vers blancs par le champignon Botrytis Tenella dans le n° 952, du 29 août 1891. A cette époque, les cultures se trouvaient chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Écoles, à Paris.
- Réponses. — N° 1336. — Piqûres de livres, — Pour faire disparaître sur les livres les piqûres dues à la moisissure, il faut : 1° Laver lés feuillets tachés avec une solution à'hypo-chlorite de potasse aussi exempte de carbonates que possible, et plus ou moins concentrée selon l’ancienneté et la virulence de la moisissure. — 2° Enlever l’excès de réactif par des lavages réitérés à l’eau distillée. — 3° Il sera bon, en vue de la conservation future, de pratiquer un collage du papier à l’aide d’une solution très faible d’ichtyocolle additionnée d’environ 1 pour 100 de chlorure de zinc. (Communiqué par M. Ch. Franche, chimiste à Paris.)
- Accusés de réception. — Avis divers : M. H. B. V., k
- Grenoble. Regrets de ne pouvoir nous occuper de votre projet. — M. W. Feixeira, à Lisbonne; M. Winckel, à Bourbach-le-Bas. Il n'existe pas d’ouvrage de ce genre. — M. A. B., à Châtillon. Il serait nécessaire d’effectuer sur votre système des expériences que nous ne saunons entreprendre. — M. L. Baillet, à Paris. Cette adresse a été indiquée en tète de la Boite aux lettres du n° 1069, du 25 novembre 1893. — AL F. A. 8, à Paris. Vous pourriez consulter cet ouvrage dans une bibliothèque publique; nous ne saurions donner les détails de ces diverses opérations. — M. B. Jacot,-k Bienne. Cette question n’est pas de notre compétence; regrets de ne pouvoir vous renseigner. — AL H. Guillon, au Mans. Il faudrait avoir assisté à vos expériences pour vous répondre. — M. Ed. Beyne, à Liège. Nous n’avons pas de catalogue de photographie. — Un lecteur, à Paris. Il serait nécessaire de faire 1 analyse du produit pour en connaître la composition. — AL Giovanni Maresca, à Livorno. Nous vous avons donné le renseignement demandé, dans notre précédente Boîte aux lettres. — AL A. Riefjfel, à Paris. Nous allons prendre des informations et nous vous répondrons. — Un abonné, à Sens. Consultez les Recettes et procédés utiles, lre série (G. Masson, éditeur). — M- Giraud, à Saint-Dié. Voyez le même petit livre que ci-dessus, ainsi que le volume de la 2e série.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de botanique. Classifications et familles naturelles. — M. Edouard Bureau, professeur, commencera les leçons sur les familles naturelles le lundi 30 avril 1894, à 1 heure, dans la salle de cours, rue de Buffon, n° 63, et les continuera les mercredis, vendredis et lundis suivants, à la même heure. Le professeur traitera des monocotylédones. Des herborisations seront annoncées par des affiches particulières.
- Dans la & Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- înouvelles suijumnuuus.
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- PETITES INTENTIONS1
- Pèse-lettres pliant. — On a souvent construit des pèse-lettres sur le principe de celui que nous représentons, mais l’appareil que nous allons faire connaître est digne d’être décrit
- Balance pèse-lettres.
- 1. Vue de l’appareil plié dans sa boîte. — 2. Vue de l’appareil monté.
- parce qu'il se signale par quelques perfectionnements. Les pieds sont articulés, le plateau est mobile, et ces dispositions permettent de le plier et de le mettre à plat dans une boîte, comme le montre le numéro 1 de la figure tandis que le numéro 2 fait voir le système monté prêt à servir. Ce pèse-leb très porte gravé sur la face inférieure du plateau, le tarif d’affranchissement qu’on se trouve avoir ainsi sous la main. Il se recommande aux amateurs de photographie qui ont à peser journellement quelques grammes de produits. La balance pèse-lettres comprend plusieurs modèles qui permettent de peser des poids de 50, 100,150, 250 et 500 grammes. A l’extremité des pieds de l’appareil est une vis de réglage pour la mise d’aplomb. — Se trouve chez M. Mathieu, 2, Faubourg Poissonnière,Paris.
- Encrier & tube pneumatique. — Encore un système analogue à ceux que nous avons déjà présentés à nos lecteurs.
- Le numéro 1 montre l’appareil prêt à fonctionner, le numéro 2 en donne la coupe. L’encrier est en cristal, il renferme de l’encre au fond de laquelle plonge un tube de verre terminé à sa partie supérieure par un entonnoir. La fermeture de l’encrier est obtenue au moyen d’une calotte de caoutchouc flexible ; quand on enfonce la plume légèrement dans l’entonnoir comme le montre le numéro 2 de la figure, on abaisse la membrane de caoutchouc, on comprime ainsi l’air intérieur de l’encrier; cette compression fait monter l’encre dans le tube et la plume y trouve juste la quantité nécessaire. — Deux modèles de cet encrier nous ont été envoyés; l’un par M. Corrado Schiersaris à Conselve (Italie), l’autre par M. A. W’olter, 9 bis, passage Kuszner à Paris.
- Cadran solaire de poche. — L’appareil que nous allons faire connaître est une montre solaire de poche très pratique en voyage. Placez cette montre en plein soleil, horizontalement, aplat,
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- orientez-là de façon à amener l’aiguille bleue de la boussole sur la direction Nord, et relevez le style formant aiguille indicatrice jusqu’à son arrêt : l’ombre que projette le style donnera l’heure exacte. Cet ingénieux appareil a les dimensions d’une pièce de cinq francs. Sur un cadran se trouvent tracées les heures. Une petite boussole destinée à permettre d’orienter convenablement l’instrument, est disposée sur le cadran même, en
- Cadran solaire de poche.
- 1. Vue de l’appareil. — 2. Détail du cadran. — 3. Mode d’emploi.
- arrière de l’aiguille dont l’axe est dirigé naturellement suivant la ligne N. S. de la boussole. L’aiguille est mobile autour de son axe, dé façon à pouvoir le rentrer dans l’épaisseur même de la montre, ce qui permet de porter l’instrument dans la poche. — Se trouve chez M. Bertrand, 19, rue Hauteville à Paris.
- Le facteur de chemin de fer,----------Voici un charmant
- jouet en fer-blanc, muni d’un mécanisme ingénieux. Il représente une des brouettes dont se servent les facteurs des chemins de fer; sous la brouette est disposée le mécanisme moteur formé d’un ressort que l’on tend par la torsion au moyen d’une clef visible sur notre figure. Le ressort monté actionne la paire de roues dentées. Le bonhomme qui pousse la voiture a des jambes fixées sur un axe et qui sont reliées l’une à l’autre
- par un autre axe coudé qui oblige une jambe à reculer lorsque l’autre jambe avance. Quand l’appareil est entraîné par le mou-
- Petit livreur automatique.
- vement moteur, le facteur semble pousser la voiture, et ses mouvements imitent étonnamment la nature. — Ce jouet est construit par M. Fernand Martin, 88, boulevard Ménilmontant, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Insomnie. — Le Dr Huxley préconise comme soporifique le moyen original suivant :
- Au lieu du chloral et des autres hypnotiques, dit-il, essayez ce remède que vous offre la nature, la diminution de l’apport d’oxygène au sang. Déterminez une légère asphyxie en limitant la quantité d’air dans les poumons ; le cœur et la circulation deviendront plus calmes, le cerveau perdra son stimulant et le sommeil s’ensuivra, Quand vous pressentez une nuit sans sommeil, couvrez-vous la tête de vos couvertures et respirez seulement l’air ainsi confiné. Vous réduirez la dose d’oxygène excitant et vous vous endormirez bientôt. 11 n’y a à cela aucun danger ; aussitôt endormi, vous pouvez être certain que vous
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- rejetterez vos couvertures et que vous aurez autant d’air frais qu’il vous en faut. Du reste, une fois l’assoupissement produit, il est aisé de s’endormir même à l’air libre. Que font les chats et les chiens quand ils se préparent à dormir ? Ils tournent sur eux-mêmes, d’ordinaire trois fois et finissent par se coucher le nez dans leurs poils. Ils n’en éprouvent aucun inconvénient bien qu’il semble qu’ils seraient plus à l’aise dans une autre position.
- La stérilisation de Veau destinée aux bains. — En temps d’épidémie, quelques personnes bien avisées, et qui prennent toutes précautions pour ne boire que de l’eau non suspecte, se refusent à alimenter leurs baignoires avec l’eau de canalisation ordinaire. C’est ainsi qu’à Hambourg, pendant la dernière épidémie, on n’osait plus prendre de bains dans les établissements publics. Pour rassurer les habitants, MM. Forster et JNij-
- land recherchèrent un moyen simple de tuer les bacilles du choléra dans l’eau. Au cours de leurs recherches, ces auteurs firent les observations suivantes. Une solution de savon de toilette ordinaire à 2,4 pour 100 tue les bacilles du choléra en
- 10 à 15 minutes, le temps minimum de la durée d’un bain. Les savons salicylés, phéniqués, etc., ne réussissent d’ailleurs pas mieux. Pour un bain de 150 litres, il faudrait 360 grammes de savon, ce qui est une quantité un peu trop considérable pour la pratique. Mais avec un savon de sublimé à 1 pour 100, les bacilles sont tués en une minute, à la dose de 12 centigrammes de savon pour un litre d’eau. Pour stériliser en 10 minutes,
- 11 suffit de 6 centigrammes et même 3 de savon pour un litre d’eau. Enfin le sublimé seul agit encore mieux. Pour un bain ordinaire, 5 milligrammes de sublimé donneraient donc toute la sécurité possible. Les pharmaciens pourraient préparer des pastilles renfermant chacune cette dose de désinfectant. DrX...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DD MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 16 avril.... 10° ,8 S. W. 3. Beau. 13,2 Nuageux; pluie à diverses reprises; halo.
- Mardi 17 8%9 S. W. 3. Couvert. 1,4 Nuageux; quelques coups de tonnerre vers 15 h.; halo, pluie à 17 h.
- Mercredi 18.. . . . . 9*,4 S. S. E. 3. Nuageux. 0,3 Très nuageux; pluie à diverses reprises l'après-midi.4
- Jeudi 19 9*,6 N. E. 1. Nuageux. 1,5 Très nuageux ; deux orages l’après-midi avec un peu de pluie ; halo.
- Vendredi 20 9*,1 N. N. E. 2. Couvert. 3,2 Presque couvert; pluie de 4 à 8 h.; grand halo, parliélies et arc circonscrit.
- Samedi 21 7%5 N. N. E. 3. Couvert. 0,0 Presque couvert.
- Dimanche 22 7* ,2 S N. 2. Couvert. 0,0 Très nuageux jusqu’à 17 h.; nuageux ensuite.
- AVRIL 1894. — SEMAINE DU LUNDI 16 AU DIMANCHE 22 AVRIL
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- La courbe supérieure indique la nebuPifùe d%\Ku 10; flèches inférieures, la.dwaçfion^u vent. Les courbes du milieu indiquent:
- courbe épaisse, les pressions- barométrique* t baromètre ramené à'0, du niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointilléthermomètre- à l'abri à bôule mouillée.
- CHRONIQÔS MÉTÉOROLOGIQUE-' '
- Orages et tempêtes. — Une tempête a sévi le Si mars 1894 sur les côtes méditerranéennes d’Espagne. Le vent a soufflé avec une grande violence, en brisant tout sur son passage. A Barcelone, les courriers maritimes ont dû être suspendus. A Gibraltar, un navire anglais a fait naufrage; à Algésiras, un bâtiment italien s’est perdu.
- A la date du 11 avril 1894, on écrivait d’Amérique que des tempêtes de luie et de neige s’étaient abattues sur le littoral de l’Atlantique aux tats-Unis. Dans certaines localités, il y a eu jusqu’à 50 centimètres de neige. Les fils télégraphiques ont été coupés pour la plupart, La circulation des chemins de fer a été retardée. Les navires du cabotage ont beaucoup souffert. Deux de ces derniers ont été jetés à la côte de New-Jersey et détruits. Vingt hommes d’équipage se sont noyés. On a trouvé beaucoup d’épaves sur les côtes.
- . Inondations en Algérie. — Une pluie torrentielle n’a cessé de tomber le 10 avril dernier et toute la nuit suivante, à Saint-Denis-du-Sig,
- ^thms la provjnçe d’Oran, sp Algérie. A la suite de ces pluies, le barrage 'du Sig s est rompu, à 10 heures du soir, et le village nègre a été totalement inondé. Les habitants ont été-consternés. Les dégâts se sont élevés à .des «chiffres importants.-Un nfcgre et une négresse ont été ensevelis sous leur gourbi.
- La pluie en France. — La pluie est tombée à Paris plusieurs jours de suite à partir du 15 avril. Cette pluie était attendue avec impatience, non seulement pour Jes arbres des boulevards et des promenades qui commençaient à souffrir de la sécheresse persistante, mais surtout dans les campagnes et aux environs de Paris, ou l’on éprouvait déjà des craintes sérieuses au sujet des légumes, des céréales, dos arbres fruitiers et des fourrages.
- Après deux mois de sécheresse, il a plu le 16 avril à Marseille et sur la région. Dans les campagnes du Var et des Bouches-du-lthône toutes les primeurs ont été perdues, les sainfoins et les luzernes littéralement brûlés.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 20, à 3 h. Il m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissansier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.'
- IA SEMAINE
- lies femmes dans la science. — Une intéressante conférence a été récemment faite à ce sujet au cercle Saint-Simon par un mathématicien distingué, M. A. Rebière1. L’orateur a parlé dans son étude de six mathématiciennes et astronomes célèbres,dont nos lecteurs se rappelleront les noms et les travaux. La plus ancienne est Hypathie d’Alexandrie. Elle était la fille de Théon qui enseignait à l’Ecole d’Alexandrie. Elle naquit vers l’an 575 avant J.-C. Hypathie professa publiquement les mathématiques et la philosophie proprement dite. Elle écrivit des traités de mathématiques ; elle était d’une beauté admirable et ^aucune femme n’a réuni autant de gloire et de sagesse. On vantait son éloquence; sa voix était qualifiée divine. On accourait de toutes les parties du monde à ses leçons. Elle mourut d’une façon terrible pendant une révolution religieuse ; elle fut tuée à coups de pierres par une foule furieuse. M. Rebière passe de l’antiquité au dix-huitième siècle, où il signale une savante moins vertueuse qu’Hypathie, la marquise du Châtelet. M"1' du Châtelet était mathématicienne, astronome et physicienne. Dans son mémoire sur le feu, imprimé dans les collections de l’Académie des sciences, la marquise soutient que la chaleur et la lumière ont la même cause. Les autres mathématiciennes citées par M. Rebière sont Marie Agnesi,née à Milan en 1718; Sophie Germain qui, à la fin du siècle dernier, devint le correspondant du mathématicien Montucha ; Mary Somerville, née près d’Edimbourg, en 1780, qui fut l’amie de Laplace et s’occupa toute sa vie d’astronomie et de sciences physiques.; Sophie Kowaleski, née à Moscou, en 1850, et dont les travaux sur les Anneaux de Saturne ont été complétés par ceux de MUe Klumpke, de l’Observatoire de Paris, qui a été reçue récemment docteur ès sciences. M. Rebière voudrait faire un livre sur toutes les femmes qui ont été des savantes professionnelles, sur les savantes curieuses, sur celles qui ont‘été les collaboratrices des hommes de science, et sur celles qui ont été les protectrices de la science. Cet ouvrage serait du plus.haut inté-.rèt. M. Rebière demande à recueillir des documents; ceux de nos lecteurs qui auraient à lui en communiquer, peuvent s’adresser à lui au cercle Saint-Simon, 28, rue Serpente, à Paris. ‘ G. T.
- INFORMATIONS ......
- —^— Le travail de chacun des Observatoires qui se sont chargés de photographier le ciel avec des instruments de tous points semblables, donnant des photographies de grandeurs identiques, est un travail double. Il se compose, pour chacun d’eux, d’une série de clichés destinés à former une carte du ciel entier en rassemblant des épreuves de tous les clichés obtenus, et d’une autre série de clichés destinés à l’établissement d’un grand catalogue au moyen de mesures effectuées sur les images. Ce grand travail est commencé et 'en bonne voie. La France, comme c était naturel, puisque c’est
- 1 Les femmes dans la science. Conférence faite au cercle Saint-Simon. le 24 février 1804, par A. Rebière. 1 broch. in-8. Paris, librairie Aonv et Cie, 17, rue des Ecoles, 1894.
- dans ce pays que l’idée a été conçue et a germé d’abord, tient la tête; mais les autres ne sont pas inactifs. Voici, du reste, les résultats obtenus à ce jour : Paris, 597 clichés du catalogue et 137 clichés de la carte; Alger, 570 des premiers et 64 des seconds; Toulouse, 140 du catalogue et 173 de la carte; Bordeaux, 164 et 21; Rome, 40 et 20; Sydney, 300 du catalogue; Helsingfors, 120 du catalogue; à Catane, on est prêt, et on a même déjà commencé le travail; à Santiago du Chili, la mort de M. Maturana a suspendu le travail; à Rio de Janeiro et à la Plata, on se trouve dans de bien mauvaises conditions, la guerre civile déchirant ces malheureux pays.
- —Le Jardin d’Acclimatation a vu récemment ses volières s’enrichir d’un calao récemment arrivé des forêts vierges de l’Afrique sauvage. Sa grosseur est celle d’un dindon, sa robe noire avec un toquet de velours sur sa tête prolongée d’un long bec, friand de reptiles et de souris. Allure gracieuse et vive, démarche élégante et légère. Mœurs singulières : au moment de la ponte, le mâle enferme sa compagne dans le nid que son bec et ses pattes ont creusé dans le tronc d’un grand arbre. Après le calao nous aurons à mentionner le nouvel arrivage çjes casoars à casques. Le casoar à casque est un oiseau des plus curieux; son plumage forme un poil singulier, ses ailes impuissantes sont des tuyaux de plume sans barbe, sa huppe un cimier osseux, incliné sur l’oreille. C’est un solitaire sombre et défiant qui se cache dans les forêts profondes des Moluques et de Java. Il diffère du casoar ordinaire qui est australien.
- —— Si nous en croyons, un de nos confrères de la presse géographique, on pratiquerait, dans une certaine partie de la Chine, une façon fort particulière d’exploiter les gisements diamantifères. Dans le district de Shantonng, il paraîtrait que les diamants abondent, mais qu’ils sont en général fort petits, les plus gros atteignant à jiefne le volume’d’un.pori.Æmt l’outillage-pour les recueillir consiste en énormes chaussures de paille. Le chercheur de diamants va et.vient parmi les sable^ diamantifères préalablement remués; les pierres précieuses sur lesquelles il marche pénètrent par leurs angles dàhs la paille de ses semelles, et l’on n’a plus qu’à brûler ces chaussures pour recueillir les diamants dans les cendres. D. B.
- ’ . —%— En hydrographie, on appelle Etablissement du port d’une station maritime-, ,la -différence d’heure entre le passage de la lune au méridien et la pleine mer. La même expression est appliquée par M. Ch. Labrousse affx stations météorologiques de montagne, pour -le moment où âewamfeste le maximum barométrique du matin, en raison de la variation diurne de l’instrument. La différence entre' deux 'stations paraît être .-approximativement de 800 mètres par heure, soit 13 mètres par imriute ou 22 centimètres par seconde. Ce ne sera jamais là qu’une règle empirique très grossière; mais elfe aura son utilité. Le deuxième volume des Annales du Mont-Blanc (Observatoire Vallot), dont la publication est prochaine, permettra sans doute aux météorologistes de vérifier cette assertion, tirée de relevés trihoraires, trop peu nombreux encore. C’est à titre de dépôt, tendant à assurer la priorité d’une idée nouvelle, que l’auteur nous fait cette communication.
- —Sous les noms de lessive, sels à laver, poudre à laver, on trouve des produits qui ne diffèrent que par les noms, le mode d’emballage et les étiquettes. Ce sont des mélanges de savon, do carbonate de soude, d'eau, et, quelquefois de silicate de soude. Voici leur composition moyenne : acides gras, 30 à 55 pour 100 ; carbonate de soude, 50 à 35 ; eau, 30 à 40.
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- n VU 1 JJUUAJV M VlAJbU » A *.*.
- Adresses relatives aux appareils décrits. - - Pour tout ce qui concerne l’appareil pour mettre en bouteilles les eaux stérilisées, s’adresser à M. Galante, fabricant d’instruments de chirurgie, 2, rue de l’Ecole-de-Médecine, à Paris. — La canne de poche-parapluie se trouve chez M. Léon Schuster, 110, boulevard de Sébastopol, à Paris. »**
- Communications. — M. A. Saulières, à Valence, nous adresse une notice descriptive d’un petit appareil à l’usage des dessinateurs, le Polymètre, qui réunit dans un seul instrument le double décimètre, une collection d’échelles spéciales, un rapporteur d’angles et un compas de réduction. Le polymètre se trouve chez l’inventeur, 7, rue Ancienne-Brasserie, à Valence (Drôme).
- M. H. Chavoix, à Excideuil, nous signale une grande abondance de petits champignons microscopiques qui sont survenus l’été dernier, à la suite des chaleurs intenses, sur tous les buissons composant une haie. Notre lecteur nous envoie une photographie qui représente en effet plusieurs branches recouvertes de ces cryptogames, à tel point qu’elle est entourée d’une gaine épaisse.
- Un lecteur, à Bréhal, nous écrit au sujet du petit crustacé bien connu sur les côtes de la Manche sous le nom de bouguet ou crevette, et qui forme un délicieux aliment. Depuis un mois, il a fait son apparition sur le marché ; il faut remarquer qu’il n’a pas encore déposé ses œufs, et qu’il traverse la période du frai. Il y aurait tout intérêt, comme le dit fort justement notre correspondant, à ne pas le détruire encore à cette époque de l’année.
- M. E. Magnin, à Draguignan, nous adresse une Notice descriptive d’un nouvel appareil télégraphique imprimeur qu’il vient d’imaginer et de faire construire.
- Mne Winter, à Privas, à propos de notre article sur les droitiers et gauchers de la vue (n° 1089, du 14 avril 1894, p. 315), nous fait part des réflexions suivantes : « Il s’exerce, en effet, comme le dit l’auteur de l’article, une influence réciproque de l’œil sur la main. Mais l’éducation de l’œil est beaucoup moins soumise que celle de la main à une direction, à une réglementation extérieures. On porte un enfant sur le bras droit, ce qui immobilise en partie son bras gauche. On lui dit : donne ta main droite, prends ta cuiller de ta main droite, mais on ne lui dit pas : regarde de ton œil droit. Et l’enfant a déjà les yeux bien exercés avant que sa main soit capable de , saisir un objet. Il peut se faire que l’œil dont l’éducation se fait naturellement avant celle de la main en arrive ensuite à obéir à la main. A la suite d’observations multipliées sur ce fait, on arriverait peut-être à la découverte de moyens pratiques de redressement du sens de la vue. »
- M. George E. Haie nous envoie une Notice qui a pour titre : Speclroscopic notes front the Kenwood observatory (Univer-sity of Chicago). Dans cet opuscule, l’auteur parle des proéminences et des taches solaires du 16 avril 1893.
- Renseignements. — M. Ch. Rippert, à Saint-Germain-en-Laye. — Nous avons fait paraître dans La Nature de nombreux articles sur les illusions d’optique, et, entre autres, sur le décapité parlant; voyez la Table des matières des dix dernières années, 2° série, 1883-1892, à la librairie G. Masson.
- M. A. Riejfel, à Paris. — D’après un Rapport officiel du mois de juin 1892, le nombre d’abonnés au téléphone en France était de 18191 au 31 décembre 1891. Paris et ses annexes comprenaient 9965 abonnés.
- M. Pablo Diez, à Paris. — Plusieurs ouvrages ont été édités sur les moteurs à pétrole, entre autres Moteurs à gaz et à pétrole, par M. Vermand, dans la collection de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, aux librairies Masson et Gauthier-Villars.
- M. P. Rochy, à Bordeaux. — Vous trouverez des pièces de ce genre chez M. Maltète, 19, rue Debellevme, à Paris."
- M. Grenier, à Caen. — 1° Nous vous faisons envoyer le numéro que vous demandez. — 2° Nous avons indiqué les adresses auxquelles on peut se procurer le phonographe Edison entête de la Boîte aux lettres, du n° 1060, du 25 septembre 1893.
- M. L. des Essarls, à Moulins. — 1° Presque tous les ouvrages d’électricité théorique contiennent des chapitres relatifs à l’électro-dynamique. — 2° Vous pouvez calculer approximativement l’attraction, en appliquant les formules indiquées dans le Formulaire pratique de l’électricien de M. E. Hospitalier.
- M. le Dr F. Teissier, à Bernay. — M. Marey a publié sur le Vol des oiseaux un volume que vous trouverez à la librairie Masson.
- Mme La Quesnerie Lematte, à Toislay. — 1° Un densi-mètre pour liquides plus légers que l’eau vous permettra de vérifier la densité. — 2° Pétroles : MM. Deutsch frères, 50, rue de Châteaudun, ou MM. Desmarais, 29, rue de Londres, à Paris.
- M. E. Lejeune Vincent, à Dison. — Cette substance est un plâtre très fin; on le remplace aujourd’hui par l’ardoise ou par l’os.
- M. A. Levasseur, à Amiens. — L’humidité de l’air ne sera pas suffisante pour obtenir ce résultat ; le mieux serait d’imaginer un dispositif qui laisserait tomber de temps à autre quelques gouttes d’eau sur la feuille.
- M. Paul Genevet, à Valence. — Consultez les Notes que nous avons publiées au sujet de la meilleure méthode de sténographie dans les Boîtes aux Lettres du n° 1070 du 2 décembre 1893 et du n° 1080 du 10 février 1894.
- M. H. Berryei, au château de Portes. — Cet appareil a eu de très nombreuses applications; adressez-vous directement au constructeur, 52, rue de Lourmel, à Paris.
- M. G. Pfeiffer, à Vevey. — Vous trouverez à la librairie Gauthier-Villars à Paris, "divers traités de zinco-gravure, et entre autres un Traité pratique de photogravure sur zinc et sur cuivre, et un Traité pratique de gravure et impression sur zinc par les procédés héliographiques de M. Geymet.
- M. Delmotte à Paris. — Nous ne pensons pas que vous pourrez vous procurer ces pièces toutes découpées ; renseignez-vous cependant à la Société l'Éclairage électrique, 250, rue Lecourbe.
- M. C. L., à Vitry-le-François. — Les petits livres Fabricant de Couleurs, par MM. Riffault, Vergnaud, Toussaint et Male-peyre, et Fabricant de Vernis par M. A. Romain, de la collection des manuels Roret, pourront vous convenir.
- M. L. M., à Musseau. — 1° Le moteur prend 550 watts au démarrage, et 250 watts en service normal. 2° L’énergie fournie par chaque accumulateur est de 200 watfs-heure, soit pour la batterie 2 kilowatts-heure.
- M. E. B., à la Rochelle. — Il n’y a pas d’école spéciale pour devenir chimiste des douanes ; il faut adresser une demande à l’administration.
- M. F. A., a Nantes. — On a obtenu quelques résultats avec cette méthode, mais les effets en sont souvent insignifiants.
- M. F. D., au Mans. — Postes téléphoniques : M Mildé, 26, rue Laugier, M. Postel-Vinay, 38, rue Vaneau, à Paris.
- M. J. Breton, à Paris. — 1° II faudrait soumettre ces données à un constructeur spécialiste. 2° Vous trouverez dans le Dictionnaire de Bottin un grand nombre d’adresses de fondeurs en fer.
- M. N. Arion, à Paris. — Compteurs de distances : M. Bernard, 10, rue d’Hauteville, M. Klein, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. le DT E. Pécaut, à Ségalas. Nous avons déjà signalé l’appareil Fondet ; nous ne pouvons revenir sur ce sujet. Remerciements pour vos renseignements.
- — M. A. C., à Saint-Chamond. Il faudrait avoir assisté à vos essais pour pouvoir vous répondre. — M. A. Viget, à Saint-Quentin. Nous avons donné une adresse en tête de la Boite aux lettres du n° 1080, du 10 février 1894- — M. E. G., à Yincennes. Il serait nécessaire d’effectuer des essais de laboratoire pour vous renseigner.
- — M. B. F., à Béziers. Ces questions sont trop spéciales: nous ne saurions vous indiquer de procédés. — M. D. R., a Arras. L’analyse chimique vous donnera la composition du produit; consultez un chimiste. — Une ménagère, à Paris; M. J. B. Moinard, à Saint-Nazaire. Voyez les Recettes et procédés utiles, 1™ série (G. Masson, éditeur). — M. D. F, à Marseille; M. G M., à Reims. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- BIBLIOGRAPHIE
- U Année en images, 1893 (lr° année), par John Grand-Carteret. Politique. Littérature. Théâtre. Peinture. Mœurs. Actualités diverses. Mode. Reproduction de 162 caricatures françaises et étrangères. Couverture par Girrane. Frontispice par Moloch. — Paris, ancienne maison Quantin. Librairies-imprimeries réunies, 1894.
- Apiculture moderne, par A. L. Clément. Ouvrage illustré de 115 gravures par l’auteur. 1 vol. in-8°. —
- Paris, Librairie Larousse. Prix : 1 fr. 25.
- Les abeilles peuvent fournir aux habitants des campagnes des ressour -ces dont malheureusement la grande majorité ne songe même pas à tirer profit. M. Clément, secrétaire à la Société centrale d’apiculture, a tenté de mettre ces^ précieuses ressources à la portée de tous. Il a réuni en un volume de 126 pages qu’il a illustré lui-même de 115 gravures originales, tout ce qu’il y a d’essentiel à connaître dans l’apiculture moderne. Nous ne pouvons analyser ici ce volume. Disons cependant que certains chapitres sont du plus haut intérêt, même pour ceux qui n’ont pas à leur disposition quelques mètres carrés de terrain pour y installer des ruches. La vie, les mœurs, les métamorphoses des abeilles,
- le rôle important qu’elles jouent dans la fécondation des fleurs et,
- Ear suite, dans la prospérité agricole et horticole des pays qu’elles abitent, voilà des questions fort intéressantes et on ne peut plus opportunes ; les maladies et les ennemis des abeilles, l’utilisation du miel et de la cire, les types de ruches les plus usités, les progrès les plus récents du mobilisme, en un mot, toute la science de l’apiculteur moderne se trouve réduite et simplifiée de telle sorte que chacun peut lire avec plaisir et profit le livre de M. Clément. Noué empruntons à l’ouvrage que nous signalons deux gravures intéressantes. L’une d’elles (fig. 1) montre comment on peut recueillir un essaim pour en garnir une ruche.
- On tient la caisse ouverte au-dessous d’un essaim et d’un coup sec on l’y fait tomber ; on referme vivement le couvercle et retournant la caisse, on la porte près de la ruche vidée préparée d’avance.
- La figure 2 donne l’aspect d’un rucher type-
- Fig. 1. — Récolte d’un essaim.
- de l’Académie de médecine. 1 vol. in-8e de 538 pages de la Bibliothèque de l'Eleveur, avec 134 gravures. 2® édition. Aux bureaux de l'Eleveur, 6, avenue Aubert, à Vincennes, 1894. Prix : 8 francs.
- Cet ouvrage est la deuxième édition, revue et considérablement augmentée, d’un premier livre paru sous le même titre il y a quelques années et promptement épuisé. Un chapitre de près de 300 pages est consacré aux différentes races de poules, qui sont complètement décrites et chaque description accompagnée d’un portrait d’un type de race, de manière que l’ouvrage est un véritable guide pour les expositions avicoles : c’est ainsi que sont passées en revue les espèces sauvages d’où descendent nos races domestiques, les poules de ferme françaises, nos belles poules à la fois de ferme et de parquets, les poules exclusivement de parquets, comme les Padoues, enfin toutes les races étrangères, belges, hollandaises, anglaises, anglo-américaines, espagnoles, asiatiques, naines, etc. L’ouvrage se termine par trois chapitres consacrés à la Pintade, aux Dindons et aux Paons. Comme on le voit, c’est un véritable vade mecum de l’amateur et de l’éleveur de volailles.
- Propos d'épée. 1882-1894, par Hébrard de Villeneuve. 1 vol. in-18. — Paris, A. La-hure, imprimeur-éditeur, 1894. Prix : 3 fr.
- A travers le Maroc.
- Notes et croquis d'un
- artiste, par G. Montbard. 1 vol. grand in-8° illustré. — Paris, à la Librairie illustrée. Prix : 12 francs.
- Un des artistes les mieux doués de notre temps, M. G. Montbard, que les Anglais nous ont enlevé et qui a conquis chez eux une situation prépondérante, vient de publier sur le Maroc, dont on parle tant depuis des mois, et qu’il a visité dans tous les sens, ne reculant devant aucune fatigue, un livre d’un grand intérêt que nous nous empressons de signaler à nos lecteurs. Ecrit dans une langue pittoresque et colorée qui sied bien à un peintre, ce bel ouvrage : A travers le Maroc, justifie, par ses belles et très nombreuses illustrations, son sous-titre : Notes et croquis d'un artiste.
- Elevage et engraissement des volailles, avec la description et les portraits-types de toutes les espèces et races de gallinacés domestiques, par P. Mégnin, médecin-vétérinaire, membre
- Fig. 2. — Rucher-type composé de Layens et de ruches Dadant-Bertrand. (Gravures extraites de VApiculture moderne, par M. A.-L. Clément.)
- La viande malade. Moyetis pratiques de la reconnaître, par Louis Vil-lain, chef du service de l’Inspection des viandes de Paris et des communes suburbaines. 1 vol. in-8°. — Paris, Georges Carré, éditeur, 1894. Prix : 3 francs.
- Les microbes et leur râle dans la laiterie. Précis succinct de bactériologie à l’usage des élèves des écoles de laiterie, des fromagers et des agriculteurs, par Ed. de FREubENREicH, directeur du laboratoire bactériologique de l’Ecole de laiterie de la Rütti, à Berne. 1 vol. in-8°, avec 2 figures dans le texte. — Paris, Georges Carré, éditeur, 1894.
- Ondes atmosphériques lunaires, par M. Bouquet de la Grye, membre de l’Institut. 1 brochure in-8°. — Paris, imprimerie de la Bourse du Commerce, 1894.
- Application de la météorologie à l'art militaireT par J.-R. Plumandon, météorologiste à l’observatoire du Puy-de-Dôme. Extrait de l’Astronomie. 1 brochure in-8°. — Clermont-Ferrand, typographie et lithographie. G. Mont-Louis, 1894.
- Le temps décimal. Avantages et procédés pratiques avec un projet d’unification des heures des colonies françaises, par J. de Rey-Pailhade, ingénieur civil des mines. 1 brochure in-8°. — Paris, Gauthier-Villars et fils, 1894.
- Le quadrille des centres. Un épisode nouveau dans l’histoire de la fécondation, par Hermann Fol. Extrait des Archives des sciences physiques et naturelles. 1 brochure in-8°. — Genève, imprimerie Aubert-Schuchardt, 1891.
- Hermann Fol. Sa vie et ses travaux, par Maurice Bedot. 1 brochure in-8°. — Genève, imprimerie Aubert-Schuchardt, 1894.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Mélange destiné à protéger les vis contre la rouille. — Les vis en fer, surtout lorsqu’elles sont placées en des lieux humides, se couvrent très rapidement de rouille. Lorsqu’elles sont vissées dans des pièces métalliques, elles s’y fixent d’une façon telle qu’on ne peut plus les retirer qu’à grand’peine et que souvent on les casse. On se contente généralement, pour parer, dans une certaine mesure, à ces inconvénients, de graisser les vis à l’huile avant de les mettre en place ; mais cela ne suffit pas. Par contre, un mélange d’huile et de graphite empêche entièrement les vis de se fixer aux parties qu’elles réunissent en les protégeant contre la rouille pendant des
- années. En même temps ce mélange facilite le serrage, il est un excellent lubrifiant et rend les frottements du pas de visirès minimes.
- Moyen d'empêcher l'huile de rancir. — L’huile rancit au contact de l’air par l’absorption de l’oxvgène ; il suffit donc, pour la préserver, de verser sur l’huile environ 25 centimètres cubes de bonne eau-de-vie par bouteille, de manière que cette dernière soit bien remplie, de la boucher avec soin et de la mettre debout. L’huile, par ce moyen se conserve fort longtemps sans aucune altération sensible. Ce procédé est basé sur la propriété que possède l’eau-de-vie de se maintenir au-dessus de l’huile en raison de son poids spécifique et d’intercepter ainsi toute communication avec l’air extérieur.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DD MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 23 avril.... 8%4 E. S. E. 1. Beau.
- Mardi 24 9°,9 S. S. \Y. 3. Très peu nuageux
- Mercredi 25 12* ,3 S. 3. Peu nuageux.
- Jeudi 26 11*,2 S. S. W. 2. Nuageux.
- Vendredi 27 9*>1 S. S. W. 3. Très nuageux.
- Samedi 28 8”,2 S. S. E. 2. Couvert.
- Dimanche 29. . . -. . 8%4 N. 4. Couvert.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,0 Beau le matin, puis nuageux; couvert ap. 16 h.; gelée blanche ; gouttes dans soirée.
- 0,1 Couv. jusq. 6 li.; peu nuageux ensuite.
- 0,0 Peu nuageux le matin, très nuageux le soir; tonnerre et pluie dans la soirée.
- 10,0 Très nuageux; tonnerre une partie de l’après-midi; pluie à diverses reprises avec grêle.
- 5,7 Très nuageux; tonnerre de temps en temps ; de 13 h. 37 à 17 h. pluie et grêle.
- 2,4 Très nuageux jusqu’à 20 11.; beau ensuite; tonnerre de 16 à 17 h. 40 avec averses de pluie et grêle.
- 0,1 Couvert jusqu’à 15 h.; nuageux ensuite.
- AVRIL 1894. -- SEMAINE DU LUNDI 23 AU DIMANCHE 29 AVRIL
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblements de terre en Grèce. — Un tremblement de terre d’une grande violence a été ressenti le 20 avril 1894 à Athènes et dans toute la Grèce. A Thèbes, à Chalcis et sur d’autres points de l’Eubée, quelques habitations ont été endommagées. Livadia et Aatlanti ont été très éprouvées. A Athènes même, il y a eu quelques maisons lézardées.
- Quelques jours plus tard, le 23 avril, de nouvelles secousses de tremblement de terre se sont répétées à de fréquents intervalles et avec une grande violence. En province, on a signalé de nombreuses catastrophes. Le nombre des victimes, dans la province de Thèbes, a atteint un chiffre considérable. L’émotion a été très vive dans toute la Grèce.
- Le 24 avril, on télégraphiait de Grèce que les secousses étaient devenues' moins fréquentes et très faibles.
- A la suite de ces accidents, le Gouvernement grec a fait publier la statistique suivante : le nombre total des victimes des tremblements de terre a été, dans la province de Locride, de 2I0 morts et de 180 blessés grièvement. Le nombre des victimes des autres provinces s’ést élevé à 50 morts et à 100 blessés environ. Les détails sur la situation des populations éprouvées par le fléau sont navrants.
- Les maisons étaient devenues presque tontes inhabitables, 20 000 personnes sont restées sans abri. Les secours ont été insuffisants.
- « Pluie de soufre » en Alsérie. — Un de nos lecteurs, M. Cour-bery, nous écrit de Tlemcen (département d’Oran). « Je m’empresse de vous signaler un fait intéressant qui vient de se produire à l’instant à Tlemcen. A la suite d’intempéries démesurément prolongées, de pluies torrentielles qui ont éboulé ces jours derniers une partie de la voie ferrée à l’endroit appelé cascades de Tlemcen, il vient de tomber en pleine ville une apparente pluie de soufre. L’aspect, la couleur, la forme conchoï-dale à la loupe, rappellent bien le soufre sublimé. Il n’en est rien cependant, comme vous pourrez vous en assurer par l’échantillon que j’enferme dans une enveloppe, lequel est, malheureusement, un peu imprégné de terre. » L’échantillon que nous avons examiné ne contient pas de soufre. en effet, il est formé de sable siliceux et calcaire; à la surface des grains on aperçoit une matière qui ressemble à du soufre et qui est formée d’une matière organique. Ce phénomène, souvent signalé dans l’histoire et désigné sous le nom de pluie de soufre, est dû au soulèvement des poussières terrestres par les trombes. La matière organique est un amas de grains de pollen de fleurs.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 28 avril, à 3 h. 30 du matin.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS <§UI CONCERNENT LE SERVKIB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement du coryza. — M. J. Deschamps nous indique que son père, le Dr Deschamps d’Avallon, employait avec succès le moyen suivant :
- Extrait d’opium................10 centigrammes
- Eau distillée................... 20 grammes
- « On verse le liquide dans une œillère, on aspire d’une narine, tandis que l’autre est fermée par le doigt et l’on aspire jusqu’à ce que le liquide soit suT le point de couler dans l’arrière-gorge. On retire alors le doigt qui presse la narine et on laisse le liquide s’écouler naturellement de la narine. On procède après de la même manière de l’autre côté. Employée dès le début du rhume, cette solution le supprime à l’instant même; si elle est employée tardivement, la sécrétion est toujours diminuée. » Cette solution ne doit pas, à mon avis, être conseillée comme procédé usuel en raison des dangers d’intoxication. Autant vaudrait user d’un moyen encore plus efficace, mais tout aussi et peut-être plus dangereux, la teinture de belladone. Ce ne sont pas des moyens à mettre aux mains du premier venu. D’autre part je ne suis pas d’avis d'aspirer par le nez n’importe quel liquide ; il monte dans les parties supérieures des fosses nasales, au niveau des sinus et provoque (même l’eau pure) des douleurs pénibles, des céphalalgies aiguës et peut amener des accidents d’inflammation assez sérieux.
- DrX...
- INFORMATIONS
- —Depuis quinze jours, soixante-douze petits crocodiles, capturés sur les bords du Mississipi, se trouvent installés dans la grande salle aux reptiles du Jardin d’Acclimatation, qui déjà, donne asile à ses boas et ses pythons. Ils ont environ 25 centimètres de longueur, c’est-à-dire la taille de gros lézards. '
- —M. Sigson, photographe professionnel à Rybinsk, a fait une série d’excellentes photographies de flocons de neige, par les moyens suivants : un microscope de Zeiss, muni de son aplanat et d’une chambre noire à long tirage, a été disposé dans le grenier d’une maison, non loin d’une fenêtre, dans une position fortement inclinée. Pour recueillir les flocons séparés, on disposait du gros drap dans une partie du grenier où il ne tombait que de rares parcelles de neige. Après avoir choisi un flocon à l’aide de la loupe, on le faisait tomber sur un réseau formé de, fils de coton, collés à travers un trou pratiqué dans une carte, et l’on plaçait cette carte sur le porte-objectif du microscope. L’éclairage doit être latéral et réglé d’avance, de manière qu’une moitié du champ de vision soit éclairée uniformément et l'autre en dégradé. Pour un grossissement de quinze fois, l’exposition durait de deux à cinq secondes avec des plaques de M. Lumière. Pour que l’haleine du photographe ne fasse
- fas fondre le flocon, il doit respirer pendant toute l’opération de ajustement à l’aide d’un tube recourbé.
- —Des essais effectués à Reims auraient prouvé que l’emploi du gaz de gazoline présente sur Temploi du gaz de houille des avantages pour le grillage des tissus. Avec le gaz de houille, la , partie bleue de la flamme est contre la rampe, et le tissu, atteint
- par la partie jaune seule, est exposé à une chaleur peu élevée, de sorte qu’il doit recevoir des passes d’autant plus nombreuses que sa finesse est plus grande. Avez le gaz de gazoline, on amène la partie bleue de la flamme, c’est-à-dire son maximum de chaleur, à la surface des pièces : cette chaleur étant mieux utilisée, on réduit ainsi le nombre des passes de la moitié ou du tiers, selon les genres. En outre, l’appareil étant chez l’industriel et dans sa dépendance absolue, il règle à son gré la pression; dès lors, plus d’ennuis l’hiver et plus d’excès de dépenses, plus de grillage insuffisant quand la pression est trop faible dans les canalisations.
- — M. L. Briand a récemment fait connaître à l’Académie des sciences un procédé sur la recherche de l’abraStol dans les vins. A 50 centimètres cubes de vin placés dans une fiole d’un quart de litre, on ajoute 1 centimètre cube d’acide sulfurique pur, on agite, et l’on introduit dans le mélange 25 grammes de bioxyde de plomb pur. Après cinq minutes d’agitation énergique, on jette sur un filtre mouillé d’eau. On recueille 40 centimètres cubes du liquide qui filtre, et l’on y ajoute 1 centimètre cube de chloroforme on agite pendant une minute environ et, si le vin renferme de l’abrastol, le chloroforme se charge d’une matière colorante jaune ; le dissolvant demeure parfaitement incolore avec tous les vins naturels. Par évaporation.du chloroforme, on obtient avec les vins abrastolés un résidu jaune cristallisé qui, traité par quelques gouttes d’acide sulfurique, donne une magnifique coloration verte. La teinte jaune de la solution chloroformique est très nette dans un vin renfermant (br,01 d’abrastol par litre. Quant à la coloration verte obtenue par action de l’acide sulfurique sur le résidu, elle n’est bien manifeste que si le vin a été additionné de 0’r,02 d’abrastol par litre, dose bien inférieure à celle qu’il peut y avoir intérêt à employer.
- —— Les lecteurs de La Nature savent que les EtatsrUnis commencent à devenir un pays vinicole et que la Californie, particulièrement, cultive la vigne sur une grande échelle. Ceux qui ont visité l’Exposition de Chicago ont pu voir de nombreux représentants des entreprises vinicoles d’au delà de l’Atlantique; nous-citerons comme particulièrement intéressante la « Compagnie vinicole d’ürbana », installée à Urbana, dans l’Etat de New-York. Les vins qu’elle traite et quelle transforme en. champagne, proviennent de ses vignobles des bords du lac Keuka, ou lac Crooped, dans le comté de Stenben. Du reste, elle ne se contente pas de la production de ses vignes; elle achète aussi les récoltes de la contrée environnant ses établissements. C’est qu’en effet le sol de cette région est très propice à la vigne, étant formé de gravier et de roc calcaire; le terrain est assez ondulé, mais avec une inclinaison générale vers le lac, c’est-à-dire au sud. La Compagnie d’ürbana s’est fait construire d’immenses caves voûtées en briques où elle emmagasine ses vins mousseux, créant une certaine concurrence aux vins de France.
- —Le journal américain, L’Albamj-Argus, rapporte des détails intéressants sur l’extraction de l’huile d’œufs de volailles et sur ses propriétés thérapeutiques. Les œufs sont d’abord cuits durs ; les jaunes sont isolés, écrasés, puis placés au-dessus du feu, oii on les remue avec soin jusqu’à cé qu’ils soient sur le point de brûler, à ce moment, l’huile se sépare et l’on retire les œufs. Un seul jaune produit environ deux cuillerées à thé de cette huile, qui est très usitée, dit-on, chez les habitants du Sud, pour guérir les blessures et les contusions.
- —îfc— Depuis que le Gouvernement belge a institué une prime de 10 francs par tete de loutre détruite, le nombre de ces carnassiers tués chaque année est considérable. Il a été de 386 en 1890, de 369 en 1891, de 346 en 1892 et de 289 en 1893.
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- Adresse relative aux appareils décrits. — L’ébullios-eope de voyage est construit par M. Ilultz, à Sèvres (Seine-et-Oise).
- Communications. — M. E. Chibout, à Paris, nous adresse le plan d’un chauffe-bain multitubuiaire à gaz, fondé sur le même principe de construction que la bouilloire tubulaire que nous avons décrite dans les Petites Inventions du n° 1076, du 15 janvier 1894. L’appareil est constitué par une chambre carrée de 0m,20 de côté sur 0“,15 de hauteur, surmontée d’une cheminée et enfermant un faisceau de 105 tubes sertis dans deux parois opposées. Un brûleur à gaz, sans mélange d’air, est placé sous les tubes et enfermé dans un espace étanche, communiquant avec l’atmosphère par une cheminée rectangulaire dans laquelle descendent le tuyau d’arrivée du gaz et l’air appelé par le foyer. Pour tout ce qui concerne ce chauffe-bain, s'adresser à M. E. Chibout, 56, rue Notre-Dame-des-Champs, à Paris.
- Un abonné, à Paris, nous adresse une Notice sur le tramway tubulaire électrique qui doit être établi à Paris du Bois de Vin-cennes au Bois de Boulogne. Cette brochure se trouve au siège de la Société, 55, rue Boissy-d’Anglas.
- M. Albert Londe, nous écrit qu’il a vu, le 25 avril dernier, à 4fc 45m du soir, devant la manufacture du quai de Billy, à Paris, huit mouettes blanches et grises, petite espèce.
- Renseignements. — M. Jeannotat, professeur à l’Institut Stanislas, à Cannes. — Le petit insecte que vous nous avez envoyé est YAltica ampelophaga ou YAltica obracea. Ces deux espèces sont très difficiles à distinguer l’une de l’autre, et vivent toutes les deux sur la vigne ; elles ont même taille et même couleur. L’insecte femelle pond sur le revers des feuilles, les larves se nourrissent du parenchyme seulement. Arrivées à toute leur grosseur, elles s’enfoncent dans la terre pour se chry-salider, et l’adblte éclot au bout d’une quinzaine de jours. Il y a plusieurs générations dans l’année. On a conseillé comme moyen de deriruction de répandre au pied des ceps de vigne de la sciure de bois imprégnée de goudron, et de labourer fréquemment le sol pour déranger les nymphes, ce qui les. fait mourir. Cet insecte est parfois très nuisible dans le Midi.
- Il est probable que dans la petite culture on le détruirait facilement avec le jus de tabac. Il existe une punaise bleue (Stire-thrus cæruleus) qui se nourrit d’Altise, et qu’il est, par conséquent, utile de ne pas détruire quand on la rencontre sur la vigne.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Il faut vérifier si une bonne communication est établie entre la terre et la tige du paratonnerre, et si cette dernière est isolée de la maison à protéger. Un petit indicateur de courant et quelques éléments de piles suffisent.
- M. Chaffard, à Marseille. — Nous avons indiqué le moyen de désaimanter les montres dans le n° 659, du 16 janvier 1886,
- p. 111.
- M. Chapon, à Dijon. — Lisez notre article sur les forts de la Halle (n° 1054, du 25 mars 1895, p. 272); vous trouverez le poids des sacs que les forts doivent porter.
- M. E. C., à Paris. — Il y a probablement une communication directe avec la machine par les tuyaux.
- M. G. Blanchon, à Brest. — Il n’a pas été publié de livre spécial sur les aéroplanes, mais vous trouverez de nombreux articles dans la collection de YAéronaute, qui ne comprend as moins de 25 volumes; bureaux : 91, rue d’Amsterdam, à aris.
- Un abonné, à Terrasson. — Arithmographe : M. Troncet,
- 4, impasse du Maine, à Paris. Consultez aussi la Table des matières des dix dernières années, 2“ série 1885-1892, à la librairie G. Masson. 1
- M, H. Chevard, à Rochefort. — Voyez l’article que nous |
- avons publié sur l’aplomb dans les bicycles dans le n° 1014,. du 5 novembre 1892, p. 555.
- M. /. Plassard, à Paris. — 1° Le choix du moteur dépend des conditions d’exploitation et de l’emplacement. — 2° Nous avons donné la description du moteur à vapeur domestique au pétrole Acmé dans le n° 1054, du 12 août 1895, p. 175.
- M. G. Bemelmans, à Louvain. — L’obturateur que vous, mentionnez est excellent.
- M. G. D. V., à Versailles. — Votre eau est très calcaire; il faut la purifier avec de l’eau de chaux qui déterminera la précipitation du carbonate de chaux.
- M. J. A. Varies, à Madiran. — Carton-pierre : M. A. Baillif, 66, rue Truffault, et M. L. Dupuy, 120, boulevard Magenta, à Paris.
- M. A. H. B., à Paris. — Demandez les catalogues et les, Notices de la maison Laurent frères et Collot, constructeurs à Dijon, et de la maison représentant la turbine Hercule, 5, rue du Louvre, à Paris.
- M. A. Patin, à Saint-Julien-les-Metz. — En cas d’orage, seul, sur une route sans abri, il serait prudent, croyons-nous, pour un bicycliste de s’arrêter.
- Un lecteur, à Bruxelles. — 1° Les moyens préventifs à adopter dépendent en grande partie des tempéraments, comme nous l’avons-déjà dit. — 2° Adressez-vous directement à l’éditeur.
- M. C. C. K., à Paris. — Voici un ouvrage qui vous conviendra : Boxe, canne et chausson, à la librairie Delarue, 5, rue des Grands-Augustins.
- — M. L. Mouette, à Bolbec. — Compteurs de tours : maison .Château, 118, rue Montmartre; M. Deschiens, 123, boulevard Saint-Michel; M. A. Sainte, 93, rue Oberkampf, à Paris.
- M. Léon B., à Grenoble. — Vous nous demandez ce que veut dire le signe {Cf.) .que l’on trouve parfois dans les catalogues de librairie, avant une désignation. C’est l’abréviation du mot conférer, qui veut dire, comparer, collationner. On dit en typographie conférer des textes.
- M. M. K., à Vincennes. — Le compas pour découper des poulies dans du papier-carte est décrit dans notre numéro 718 du 5 mars 1887, p. 225. Ce compas a été construit à titre de curiosité mécanique par M. B. Dentan, horloger. 7, rue du Rocher, à Paris.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de dessin appliqué à l'étude des plantes. — M. A. Fa-guet a commencé ce cours le samedi 5 mai 1894, à 5 heures, et le continuera les mardis, jeudis et samedis suivants, à la même heure, dans la salle des cours de dessin (porte d’Austerlitz).
- Cours de dessin appliqué à l’étude des animaux. — M. Fre-miet, membre de l’Institut, a commencé ses leçons le vendredi 4 mai 1894, à 4 heures, et les continuera les lundis, mercredis et vendredis suivants, à la même heure, dans la salle des cours de dessin (porte d’Austerlitz). Des leçons auront lieu dans la Ménagerie quand le temps le permettra.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Reliure de « La Nature ». — M. H. Chavoix nous communique le mode de reliure qu’il emploie pour la collection de La Nature et qui lui donne des résultats très satisfaisants. Il fait une demi-reliure en chagrin rouge pour le dos et les coins, et pour les plats, il se sert de la couverture imprimée qui est envoyée à la fin de chaque semestre. Les Boîtes aux Lettres et les Bulletins météorologiques sont reliés séparément. Ce procédé de reliure est très original.
- Rouille sur l’acier. — Pour enlever la rouille prenez :
- Carbonate de chaux. . . ..........55 grammes.
- Cyanure de potassium..............25 —
- Savon blanc .....................20 —
- Prenez assez d’eau pour en faire une pâte avec laquelle vous pouvez frotter les objets en acier attaqués par la rouille, sans crainte d’enlever le poli du métal.
- (Revue chronométrique.)
- Hans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le .lundi qui précède la date.de la livraison.
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- iWU JUC/llliriyUM.
- PETITES INVENTIONS*
- Pochette de lorgnon. — Tous ceux qui se servent de lorgnons savent combien il est utile de les maintenir à l’état de propreté parfaite et d’en bien essuyer les verres. Lanouvelle pochette que nous allons taire connaître donne toute satisfaction à cet égard. C’est une pochette en peau. Il en existe deux modèles,
- Pochette essuie-pince-nez. — 1. Modèle de pince-nez fermé. 2. Mode d’emploi.'— 3. Modèle de pince-nez ouvert.
- l’un pour pince-nez fermé (n° 1), l’autre pour pince-nez ouvert (n° 3). Cette pochette offre l’avantage d’être non seulement un étui, mats aussi un essuie-verre, grâce à la peau spéciale qui la double, peau très douce, qui ne peut pas rayer le verre, comme certaines peaux de chamois de qualité défectueuse. (Se trouve chez M. Jules Roth, 55, rue Meslay, Paris).
- Bougeoir de poche. — On sait comme il est* difficile de monter un escalier sans y voir clair. L’allumette que l’on brûle pour éviter cet inconvénient s’éteint ou est insuffisante. Voici un minuscule bougeoir de poche très pratique. Il est
- 1
- Bougeoir de poche.
- S
- formé d’une petite guérite (n° 1 ) contenant un bout de bougie ; la guérite s’ouvre comme le montre à une plus petite échelle le n°2, On allume la bougie et on s’en sert comme d’un bougeoir. Quand on n’a plus besoin de lumière, on souffle la bougie, et on ferme la boîte qui se met dans la poche, sans tenir plus de place qu’un bouchon. — Cet appareil se trouve chez M. Mathieu, 2, faubourg Poissonnière, Paris.
- Microphone sensible. —- M. R. Damseaux vient d’imaginer un nouveau microphone dans lequel il s’est efforcé de réduire le plus possible la surface du contact du système microphonique avec la plaque vibrante, afin de laisser à celle-ci toute son élasticité et ainsi de ne point enrayer les mouvements vibratoires sous l’action des ondes sonores. Ce microphone, représenté par les dessins ci-joints, se compose essentiellement d’une tige d’acier très mince A dont une extrémité est effilée tandis que l’autre, s’appuyant contre la plaque, est légèrement renflée. Ele est soudée en son milieu à un ressort plat très flexible B, ayant pour but de la maintenir dans une position normale au centre de la plaque. La tige A est munie en C d’une goupille servant d’arrêt à un charbon cylindrique Q placé horizontalement qu’elle traverse par une ouverture légèrement conique. Ce charbon est terminé par deux culasses MN munies d’un pivot P. Deux minces tiges d’ébonite E reçoivent chacun de ces pivots tandis qu’elles sont supportées par
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- deux autres pivots situés aux extrémités de deux équerres RR'. Celles-ci portent horizontalement deux tiges de cuivre. A, chacune d’elles sont suspendus deux charbons K qui s’appuient sur le charbon horizontal Q. On peut déplacer les charbons K en les faisant tourner autour de leur support. Les pôles de la pile aboutissent l’un à la série de deux charbons de droite, l’aii-tre à la série de gauche. Le courant arrivant par l’un traverse-
- Microphone sensible.* Coupe et vue de face.
- les deux charbons K correspondants, le charbon horizontal Q et remonte par l’autre série de charbons K. La plaque vibrante II est taillée dans une feuille d’ébonite de 1 millimètre et demi d’épaisseur avec un diamètre de 7 centimètres. Les vibrations que les ondes sonores lui impriment, sont transmises aux organes du microphone par l’intermédiaire de la tige A. La. sensibilité de cet appareil est remarquable. Toutefois elle varie avec l’inclinaison des charbons K. La position la plus favorable est celle où l’axe des charbons K fait un angle de 18 degrés et T’axe des tiges d’ébonite E, un angle de 9 degrés avec la verticale. Les essais faits dans ces conditions ont donné de bons résultats. La parole, le chant ont été transmis avec une grande netteté. Le son émis à 12 ou 15 mètres de l’embouchure est perçu distinctement. Toutes ces expériences ont été faites sur une ligne de 80 kilomètres avec un appareil installé sur un poste téléphp-nique ordinaire et le courant fourni par un élément Leclanche à grande surface. — Pour tout ce qui concerne le nouveau microphone, s’adresser à M. Raymond Damseaux, 34*, rue Tinave-d’Ile, à Liège.
- Timbre & souche. — Nous allons faire connaître un nouveau timbre qui pourra pendre des services aux négociants. Il assure le contrôle infaillible de toutes les recettes faites par le chef de la maison ou par ses employés. L’invention de la souche ajoutée au timbre rend obligatoire l’inscription préalable sur cette souche de l’acquit de tout mémoire ou facture : cette inscription constitue une trace matérielle revenant sous les yeux du chef de maison receveur — trace matérielle équivalente à celle laissée par l’acquitlant entre les mains du
- Nouveaux timbres à souche.
- payeur — avec une différence en plus — que la trace matérielle du receveur est constituée sur souches numérotées. Les > timbres étant imprimés nominativement (avant toute livraison au public) à un nombre absolument déterminé pour chaque maison, n’étant délivrés qu’aux chefs de maison eux-mêmes . par envoi recommandé, il sera impossible de s’en procurer frauduleusement. On s’en sert avec un carnet de comptabilité. ’ (Pour tout ce qui concerne les timbres à souche et leur carnet * de comptabilité, s’adresser à M. Héliot, 14, rue du Roi-de- > Sicile, Paris,) '
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- BIBLIOGRAPHIE
- La rectification de l'alcool, par Ernest Sorel, ancien ingénieur des manufactures de l’Etat. 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gau-thier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 5 fr.
- Hérodote. Extraits, avec Notice, index et Notes par M. Corréard, professeur au Lycée Charlemagne. 1 vol. in-16 cartonné toile verte de la Collection Lanloine, livres de lecture et d’analyse pour l’Enseignement secondaire moderne, l’Enseignement des Jeunes Filles. —Paris, G. Masson, éditeur.
- Homère, Odyssée. Extraits avec une introduction, un index et des Notes, par F. Allègre, professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 1 vol. in-16 cartonné toile verte de la collection Lantoine, livres de lecture et d’analyse pour l’Enseignement secondaire moderne, l’Enseignement des Jeunes Filles. — Paris, G. Masson, éditeur.
- Virgile, Extraits avec une introduction, un index et des Notes, par H. Lantoine, secrétaire de la Faculté des lettres de Paris, docteur ès lettres. 1 vol. in-16 cartonné toile verte de la collection Lantoine, livres de lecture et d’analyse pour l’Enseignement secondaire moderne, l’Enseignement des Jeunes Filles. — Paris, G. Masson, éditeur.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS K 7 HEURES DU MATIN THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 30 avril.... « 6%8 N. 1. Beau. 0,0 Beau, très nuageux après 22 h.; gelée blanche.
- Mardi 1" mai .... 9*,2 N. 4. Couvert. 0,0 Couvert le matin; très nuageux le soir; beau ap. 22 h.
- Mercredi 2 7*,9 . N. N. E. 2. Quelques nuages. 0,0 Très nuageux; gelée blanche.
- Jeudi 3 6%7 S. S. W. 1. . Couvert. 0,0 Nuageux jusqu’à 6 li.; couvert ensuite; souvent de la petite pluie à partir de 8 h.; gelée blanche.
- Vendredi 4 9*,8 W, N. W. 2. Presque couvert. 1,8 Très nuageux; peu nuageux de 20 à 23 h.; halo.
- Samedi 5 7-,6 W. S. W. 0. Peu nuageux. 0,0 Très nuageux jusqu'à 10 h.; puis peu nuageux; beau après 18 h.; gelée blanche.
- Dimanche 6 9* ,2 Calme. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 10 h. et après 21 heures; nuageux le reste du temps; gelée blanche; halo.
- AVRIL-MAI 1894 — SEMAINE DD LDNDI 30 AVRIL AD DIMANCHE 6 MAI
- Là courba supérieure indique ta nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- nénimé de» observation» météorologiques faites au pare Saint-Maur en avril «894
- par M. E. Renoü.
- Moyenne barométrique à midi, 754““,91. Minimum, le 23, à 2 heures du soir, 747"",06. Maximum, le 29, à 9 heures du matin, 760““,20; ces deux extrêmes ne différant que de 13"”,14.
- Moyennes thermométriques : des minima, 7°, 14 ; des maxima, 18°,47 ; du mois, 12°,81 ; moyenne vraie des 24 heures, 12“,23. Minimum, le 30, un peu avant 4 h. du matin, 2°,1. Maximum, les 10 et 11, vers 2 heures du soir, 25°,0. 11 y a eu 6 jours de petite gelée blanche, les 2, 3, 14, 22, 23 et 50. -
- Tension moyenne de la vapeur, 6“",7l. La moindre, le 2. à 2 heures du soir, 2““3. La plus grande, le 26, à 7 heures du soir, 10““,4. Humidité relative, moyenne, 66. La moindre, le 2, à 2 h. 10 m. du soir, 11. La.plus grande, 100. en 4 jours.
- Pluie, 38““,4 en 32 heures un quart, réparties en 14 jours; presque toutê cette pluie est tombée du 15 au 19, puis du 25 au 27. Trois journées ont donné un peu de grêle.
- Nébulosité moyenne, 56; aucun jour.sans nuage ni aucun jour entièrement couvert. Les vents ont soufflé presque en proportions égales du sud-Sud-est au sud-sud-ouest, puis du hord-nord-ouest au nord-est.
- Il y a eu 7 jours d’orage; c’est le nombre le plus grand que j’aie jamais observé en avril. En 1877. il y en avait eu 6.
- Le 11 quelques coups de tonnerre, de 3 h. 30 à 4 b. 30 du soir. Le 17 quelques coups dans l’Est vers 3‘heures du soir. Le 19 quelques coups de midi et demi’ à 8 heures du soir ; les cumulus de l’Est avec vent variable. Le 25, orage assez fort à 11 du soir. Le 26, fort orage de 5 h. 30
- à 9 h. 30 du soir, avec un peu de grêle à 4 h. 15. Le 27, fort orage de 1 heure à 3 heures du soir avec un peu de grêle à 2 heures du soir. Le 28, orage de 4 à 6 heures du soir avec un peu de grêle au milieu.
- température moyenne de la Marne, le matin, 13°,67, le soir, 14°18, du mois, 13°,97. La température de la rivière a varié de 11°,20 le 1** à 15°,40 le 11. L’eau a été claire et son niveau peu variable assez bas pour la saison.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’avril 1894 présente les résultats suivants : Baromètre, plus bas de 0““,01. Thermomètre plus haut de 2°,62 (l'année dernière la température était 13°,86 avec un excès de 4°.25). Tension de là vapeur, plus grande de 0””,64. Humidité relative, moindre de 2. Pluie plus faible de 3“”,0. Nébulosité, plus grande de 1.
- Floraison : 1". Cassis. 5, Asperges hors de terre. 6, Allicaire. 8, Lilas, Lamium album, Pommier. 9, Marronnier. 11, Coignassier. 14, Epine vinette, Aubénine, Chèvrefeuille des jardins. 16, Marronnier à fleurs rouges, Pivoine en arbre. 17, Pittosporum de la Chine, Ancholie. 18, Rhubarbe, Paulownia eu pleine fleur. 20, Iris germanique. 21, Belle d’onze heures. 22, Bugle. 25. Néflier. 26, Thym. 29, Polémome. 30, Julienne simple.
- Depuis le 24 mars, on n’a revu que quelques hirondelles isolées ; le 28 seulement on en a vu quelques petits groupes de 6 ou 8. Le 8, chant du Rossignol. 17, chant du Coucou, entendu dans les environs depuis une semaine. 27, Martinet. 28, chant du Loriot, entendu depuis une semaine dans d’autres endroits. On a aperçu dans le mois quelques Hannetons; on a rarement vu une pareille rareté.
- Erratum au mois de décembre 1893. Température moyenne des minima et maxima,au lieu de : 3°,39, lisèz 2°,89. Au lieu de 10 jours de brouillard, lisez 11 jours.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 5, à 2 h, 51 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Les femmes dans la science. — Nous avons reçu d’un <le nos correspondants, M. A. Kemna, à Anvers, une lettre au sujet de la Notice que nous avons publiée ici-même sous ce titre dans notre numéro 1092, du 5 mai dernier. M. Kemna nous signale une erreur typographique au sujet de la date de la vie d’Hvpathie qui a vécu après Jésus-Christ et non avant comme on ï’a imprimé. Il regrette en outre que dans la brochure que nous avons signalée, l’auteur n’ait parlé que de quatre ou cinq femmes. Voici ce que nous répondrons à ce sujet : Dans sa brochure (qui n’est, comme nous l’avons dit, que la préface d’un livre à publier), M. Rebière raconte la vie et les œuvres des six savantes les plus célèbres, mais il en cite plusieurs autres. On pourrait du reste facilement le compléter. Sans remonter aux temps légendaires, à Aglanice, à Cléopâtre la savante, à Marie la juive, à Sainte Catherine, à Lilivati, etc., voici, pris un peu au hasard, les noms de quelques femmes de sciences : l’abbesse Herrade a écrit au douzième siècle une cosmologie, YHortus deliciarum, brûlé à Strasbourg, en 1870 ; Sainte Hildegarde (même siècle) a résumé, dans son De Phy-sicâ, les sciences de son temps. Au treizième siècle, Nontès-Sabucco a dit le rôle du suc blanc et du cerveau ; au quatorzième, Thiephaine Raguenel, femme de Duguesclin « du sens d’astronomie était bien escolée ». Ensuite : Eimart-Muller, femme de Regiomonanus, l’a aidé dans ses observations ; Crous a réclamé partout le système décimal ; Dumée a défendu le système de Copernic; Cunitz a calculé des tables astronomiques dites Vrania propitia; Ardingheli a publié des ouvrages de mathématiques et de sciences naturelles; Bassi a enseigné pendant trente ans la physique à l’Université de Bologne ; Lemire a étudié la quadrature du cercle; Mérian est allée en Guyane et a publié un livre important sur les insectes du Surinam ; Maria Mitchell et Mme Yvon Villarceau étaient des astronomes connues. Contemporaines : Bignon, Bortnicker, Huggins, Clerke, Lagerdorf, Franklin, Leblois, Renooz, Borner, Clémence Boyer, Prime, etc. — Notre correspondant n’admet pas que l’esprit des femmes soit porté à l’étude des sciences. Il dit que Sophie Kowalevski, femme du zoologiste, n’a jamais prêté <ju’une attention distraite aux brillantes études de son mari. M. Rebière répond à ce sujet que si Mme Kowalevski n’a pas suivi les travaux de zoologie de son mari, c’est que, mathématicienne de premier ordre, elle se réservait à ses travaux personnels.
- INFORMATIONS
- —— Un comité s’est formé à Boulogne-sur-Mer, sous le patronage de M. le Ministre de l’Intérieur, et de la Municipalité de cette ville, pour l'organisation d’une Exposition internationale d’hygiène urbaine et maritime et d’hydrothérapie, qui aura lieu du 15 juillet au 15 septembre 1894. Le Comité d’honneur comprend de hautes notabilités scientifiques, administratives, etc. Boulogne étant, à la fois, une ville industrielle, commerciale et de plaisance, cette
- Exposition y prend une grande importance ; les questions d’hygiène, du reste, tiennent de nos jours une place considérable dans les préoccupations de tous; on ne saurait trop s’appliquer à leur étude et à leurs applications.
- —Le docteur allemand Dœrpfeld, qui a entrepris des fouilles à Athènes, auprès du Pnyx et de l’Aréopage, a fait une intéressante trouvaille : il a mis au jour l’emplacement du temple de Dionysos ainsi que de nombreuses sculptures et inscriptions. Un large autel quadrangulaire porte sur une ae ses faces un bas-relief représentant une scène de sacrifice ; le prêtre s’apprête à immoler un bouc, tandis que. derrière lui, est un bœuf attaché par les cornes. Sur la seconde face, un satyre traîne un bélier que le sacrificateur va tuer d’un coup de massue ; tout auprès se tient une Ménade. Une autre face montre Dionysos et Pan. La plupart des inscriptions parlent des rites et du culte du dieu : beaucoup ont trait aux cérémonies de réception dans la confrérie sacrée des « Iobacehoï ». La plupart des objets découverts par le docteur Dœrpfeld datent du deuxième ou du troisième siècle de notre ère ; seules, quelques statues appartiennent à des temps plus reculés.
- —Un nouveau procédé pour la conservation du bois vient d’être signalé par le Dr Zironi, de Milan. Ce procédé consiste à chauffer le bois, à l’aide d’un serpentin, par exemple, dans un vase clos où l’on a fait le vide. On chauffe dans le vide, afin d’extraire la sève qui remplit les pores du bois, et l’on fait arriver, dans le récipient, une dissolution de résine dans un hydrocarbure. L’imprégnation s’opère en deux heures, en moyenne. Une fois le bois saturé, on laisse couler le liquide et on introduit un jet de vapeur, qui entraîne le dissolvant, tandis que la résine reste dans les pores du bois. Celui-ci éprouve, par ce procédé, une augmentation de poids très considérable.
- Les expériences de Worthing, dit un rédacteur de Industries and Iron, ne paraissent pas avoir été complètement favorables au procédé Hermite, dans lequel on fait usage d'eau de mer élec-trolysée, comme désinfectant; elles n’ont pas été aussi concluantes qu’on aurait pu le supposer, d’après les essais antérieurs faits au Havre, à Lorient et à Nice. Le Dr C. Kelly a fait un Rapport sur les expériences de Worthing, qui contient les résultats des analyses chimiques et bactériologiques faites, respectivement, par le Dr Du-pré, de Westminster, et le Dr Kein. Le Dr Kelly, sans examiner la question de prix de revient du liquide, fait remarquer que la distribution de ce liquide exigerait l’établissement d’une canalisation extrêmement coûteuse.
- —%— j[. a. Groth va exploiter son procédé de tannage électrique à Orbe, près de Lausanne. La nouvelle usine commencera par traiter 500 peaux par semaine, mais pourra en traiter 1000 quand toutes les dispositions seront prises. On emprunte la force à une chute située à 3 kilomètres. Deux turbines de 300 chevaux chacune ont été placées. L’énergie électrique transmise sert au tannage, à l’éclairage, à actionner les machines de l’usine et enfin au tramway électrique d’Orbe à Chavarnay.
- —%r— M. E. Hospitalier, notre collaborateur et ami, fait le vendredi, 18 mai, à 8 heures 1/2 du soir, devant la Société française de Physique, une communication sur les générateurs et transformateurs polymorphiques d'énergie électrique et leurs applications industrielles, avec expériences et projections. Malgré le titre un peu bizarre de cette communication, il s’agit d’appareils et d’installations en plein fonctionnement, mais dont la plupart sont 1 encore fort récents et peu connus du publie spécialiste.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Il y a plusieurs années, nous avons publié dans le n° 871, du 8 février 1890, p. 155, un article intitulé : L'Art de dessiner simplement. Nous faisions connaître la méthode originale et ingénieuse d’un artiste de beaucoup de talent, M. Victor Jacquot. Les albums publiés par l’auteur de la nouvelle méthode obtenaient un grand succès quand il fut subitement frappé de mort (n° 882 du 26 avril 1890, p. 334). Interrompues pendant longtemps les publications de Victor Jacquot reprennent aujourd’hui. — Pour tout ce qui concerne le charmant album intitulé : Interprétations pour dessiner simplement, par Victor Jacquot, on peut s’adresser à M. PaulRavoux,6 rue Maldoyenne, à Remiremont (Vosges).
- Communications. — M. M. T. et R., b Montélimar, nous adressent la description de magnifiques halos solaires qu’ils ont observés le 24 avril 1894 pendant le cours de manœuvres qui avaient lieu sur le plateau du Coisen, à l’est du Teil (Ardèche), à une altitude variant entre 400 et 700 mètres. Le temps était orageux, et l’atmosphère imprégnée d’humidité. — Le premier halo a été observé à 2h 40, et le second à 4 heures. Le soleil était entouré de deux grands cercles de diamètres inégaux et tangents en un point. Un troisième cercle de dimension beaucoup plus grande apparaissait à côté des précédents.
- Un observateur du 22e d'infanterie, à Montélimar, nous décrit le même phénomène qu’il a observé de son côté le même jour. Ces halos solaires sont assez fréquents : nous en avons signalé un grand nombre dans La Nature.
- M. E. Vasseur, à La Garenne-Colombes, à propos de la description de la locomotive électrique fleilmann que nous avons donnée dans le n° 1081 du 17 février 1894, nous cite un article de la collection du Mercure de France du 15 octobre 1843, dans lequel il est question des essais que M. Davidson a réalisés sous le patronage des directeurs de la Compagnie associée pour les chemins de 1er d’Edimbourg et de Glasgow, afin d’appliquer l’électro-magnétisme à la marche des locomotives sur les chemins de fer.
- M. E. Chabeault, à Marseille, nous envoie une brochure qui renferme la description d’un système de traction électrique par canalisation souterraine à isolement absolu pour tramways. — Le système comprend des prises de courant souterraines à soulèvement automatique et à protection pneumatique contre les eaux, une coulisse conductrice et des électro-aimants. — Les prises de courant sont placées dans le sol, au niveau du pavé et dans l’axe de la voie, espacées entre elles de la longueur du véhicule, et sont en communication par dérivation avec la machine génératrice. La coulisse conductrice est établie sous toute la longueur de la voiture et dans son axe. Les électroaimants, fixés à chaque extrémité de coulisse, sont destinés à soulever les prises de courant. Un second dispositif comprend ces mêmes appareils, auxquels viennent se combiner des accumulateurs à poste fixe et de poids très léger.
- M. J. Casalis, à Paris, et un lecteur, à X, nous écrivent au sujet de la dernière récréation scientifique relative au découpage du papier publiée dans len° 1095 du 12 mai 1894 p. 384 ; ils nous rappellent que si l’on plie le papier comme pour faire un filtre, et que l’on fasse des entailles alternées à coups de ciseaux, on obtient une petite cage ou corbeille. Nos correspondants nous font parvenir un modèle des objets qu’ils ont obtenus; nous les remercions de leurs envois.
- Renseignements. — M. J. B., à M. — On emploie généralement les feux de paille pour gonfler les montgolfières en papier.
- M. le Baron de Fonscolombe, à Cogolin. Liège comprimé pour briques : M. Th. Garnot, 24, rue Dauphine, et la Société La Subérine, 8, boulevard de Vaugirard, à Paris.
- L'abonné n® 4404, à Paris. — 1° Oui. — 2° Le danger est diminué par l’interposition d’un épais carreau de verre. 3° La structure intérieure établit une communication directe à la terre.
- M. Schill, à Montauban. — Vous trouverez la traduction en français, avec figures, du Mémoire sur le pleinement de l’air de M. Lilienthal dans l'Aéronaute n® 1 de janvier 1894. — Le Bureau de ce journal est 91, rue d’Amsterdam, à Paris.
- M. J. Plassard, à Paris. — L’application doit être faite au pinceau.
- M. G. R., à Paris. — Nous croyons que les différentes affections dont vous parlez peuvent être des cas de réformes; il faudrait consulter un major de l’armée.
- Un abonné, à Lyon. — Quand elle a été décrite, cette turbine se trouvait chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- Une lectrice, à Troyes. —1° De graves inconvénients peuvent résulter de cet emploi. — 2® Non. — 3° Les lotions à base d’alcool sont excellentes.
- M. A. C., à Luxeuil. — 1° Il faut répondre du tan ou verser du goudron de houille. — 2° Vous pouvez donner aux carpes les débris de végétaux et de graines de toute espèce. — La température de la pièce d’eau doit être de 12 à 20 degrés.
- M. A. Manier, à Montreuil-sur-Mer; M. .4. Vergara, à Sanlucar. — La machine à piocher a été décrite dans le n® 1087 du 31 mars 1894, p. 276; les constructeurs sont MM. Galland, Granjon et G1®, 32, Cours Vitton, à Lyon.
- M. Durand Gréville, à Bois-Brion (Maine-et-Loire), nous adresse un exemplaire du tirage à part, d’un Mémoire qu’il a publié dans les Annales du Bureau central météorologique et ui est intitulé : Les grains et les orages. Ce Mémoire contient es appréciations et des études très intéressantes sur les orages et les phénomènes météorologiques qui les accompagnent.
- G. Lr Paris. — La préparation de l’ozone exige l’emploi de courants à très haute tension ; ces courants s’obtiennent au moyen de bobines d’induction actionnées par des accumulateurs ou une dynamo à basse tension. Industriellement on munit les bobines d’un interrupteur spécial (Interrupteur-distributeur Otto) que nous décrirons prochainement et qui permet de réaliser une grande économie d’énergie électrique. L'eau ozonée qui peut renfermer, paraît-il, jusqu’à 8 volumes d’oxygène actif s’obtient en soumettant à l’action de fortes décharges électriques de l’eau chargée d’acide carbonique et d’oxygène.
- M. E. Boigeol, à Giromagny. — Pour recoller un marbre cassé et remplacer les parties qui manquent à la cassure, vous pouvez employer le ciment suivant : 2 parties cire, 1 partie résine,
- 2 parties du marbre à recoller pulvérisées avant emploi, le ciment doit être légèrement amolli par la chaleur.
- M. J. D.,k Paris. — Vous pourriez vous renseigner directement auprès de M. A. Catala, 59, avenue Parmentier, ou de MM. Denainur et Heslouin, 82 quai Jemmapes, à Paris.
- il/1'® Cl. Lacan, à Salies. — Nous vous conseillons de faire un choix dans la longue liste des traités anciens de numismatique mentionnés dans le Nouveau Manuel de Bibliographie universelle Roret.
- Questions. — N® 1337. — Un abonné, à Paris, demande comment on peut faire disparaître sur les livres anciens les marques et timbres à l’encre noire, rouge ou bleue des cabinets de lecture et des Bibliothèques.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. Reverchon, à Yallorbes. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. A. Haussas, à Buenos-Aires. Nous ne croyons pas qu’il existe des recueils de ce genre. — 31. A. T-, à Saint-Brie. Vous aurez prochainement satisfaction. — M. E. Magnieti, à Bruxelles. Il existe de nombreux ouvrages de médecine sur toutes ces questions. — M. E. G., à X. Ce procédé ne donne jamais de bons résultats. —H. J. C-, h Cannes. Les calculs nous paraissent exacts. — M. Maurice, à Seillan. Il n’existe pas de traité spécial sur ce procédé de fabrication; mais celui-ci est décrit avec plusieurs autres dans les ouvrages sur l’aluminium. — M. L. O-, h Versailles. 1° Il serait nécessaire de faire l’expérience. 2° Nous ne croyons pas que vous trouverez des cartes portant ces indications. — M. Maisonneuve, à Challans. Il faudrait essayer quelques peintures et vernis. — 31. Chasteauneuf, à Saint-Bonnet. Les compositions ainsi que les modes de fabrication de ces graisses sont tenus secrets. — 3t. Ch. Dielz, à Munster; 31. E. B., à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, éditeur.) — 31. C. Vautier, à Lyon. Nous avons publié, dans le même petit livre que ci-dessus, un article sur les taenes photographiques. — 31. 3Iotte, à Paris; Un abonné, à Charleville; 31. C. Lemd, à Manaoza. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — 31. E. Bagués, à Paris. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Botte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la. date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Allumoir électrique pour les fumeurs. — Cet allu-meir fonctionne sous l’action de l’énergie électrique distribuée dans les immeubles pour les applications de l’éclairage. Il consiste essentiellement en deux petits charbons A et B (n° 1) de faible diamètre, montés sur un disque en porcelaine. Quand cet appareil est accroché sur le pupitre de support, le circuit
- Allumoir électrique. — 1. Vue de l’appareil au repos. 2 et 3. Mode d’emploi.
- est interrompu, et le courant ne traverse pas l’appareil. Si au contraire on le décroche (n° 2), en ayant soin de rapprocher les charbons l’un de l’autre, il jaillit un arc entre ces derniers. On a ainsi un allumoir électrique très simple et très précieux pour les fumeurs (n° 3). — L’allumoir électrique se trouve chez M. F. Henrion, 78, quai Claude le Lorrain, à Nancy.
- Le jeu de dés électrique. — Ce jeu désigné par son inventeur sous le nom de « Zanzibar [électrique » [est très intéressant : il réalise de la manière la plus simple, la démons-
- Le jeu de dés électrique.
- tration des phénomènes de l’électricité statique. L’objet est présenté sous la forme d’une petite boîte plate de 10 centimètres sur 15 et de 3 centimètres de hauteur; dans l’intérieur de cette boîte se trouvent les trois dés légendaires du jeu de Zanzibar; le plafond est fait d’une pellicule, transparente comme du verre, d’un quart de millimètre d’épaisseur. Cette pellicule bien connue des adeptes de la photographie n’est autre que la pellicule Eastman ou Balagny formée d’un collodion spécial dont les qualités électrostatiques ont été maintes fois constatées. Lorsqu’on frotte la surface extérieure du plafond avec la paume de la main, ou avec un gant de peau, l’électricité produite par ce frottement attire les trois dés vers le plafond et les fait sauter. Ces trois dés sont en sure«u, très légers, ils ressemblent à des dés ordinaires et leurs sauts paraissent fort singuliers. La pellicule étant fine, le phénomène se produit instantanément, à la plus légère caresse de la main. Ce nouveau jeu de dés est des plus amusants. On peut se le procurer chez M. -Lehmann, 54, rue de Bondy, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Brûleur û gax slleneieux. — Depuis quelques années le nombre des brûleurs ou becs à gaz a atteint une proportion considérable, et il faudrait écrire un volume pour les faire connaître tous. On nous a présenté celui que nous figurons ci-dessous. Il nous a paru offrir certains avantages. Il s’appelle le muet parce qu’il est absolument silencieux. Le sifflement si désagréable du gaz en pression est évité par un moyen d’une grande simplicité. Une chambre cylindrique ménagée à la base du bec à gaz, contient du coton pressé; cet obstacle modère l’impétuosité du gaz et l’oblige à brûler lentement et silencieu-
- Brûleur '.“à gaz silencieux.
- sement. Le brûleur en porcelaine est construit avec deux couronnes de trous se contrariant ; il donne la blancheur éclatante et la fixité de la flamme. Ce brûleur peut fonctionner aux plus basses pressions. — S’adresser à M. Edmond Kirmair, à Asnières (Seine).
- Fermoir géométrique. — Le fermoir que nous allons décrire est assez ingénieux, il peut être monté sur une bourse qu’on ouvre à la façon ordinaire, et il offre alors l’aspect du n° I, ci-dessous. En relevant ces deux côtés, on fait agir une articulation et il forme un hexagone comme le montre le n° 2. Le sac forme ainsi une petite corbeille. Pour le fermer on rabat les deux côtés, et on reforme la bourse primitive (n° 3).
- Fermoir géométrique. — 1. Ouverture ordinaire.
- 2. Ouverture hexagonale. — 3. Fermé.
- Ce fermoir a été imaginé par M. Santos Xavier; il peut être utilisé pour bourses, blagues, ridicules, etc. — S’adresser au dépositaire M. G. Malon, 98, rue Amelot, à Paris
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Verrues. — M. Joseph Deschamps nous adresse la Note suivante ; « Les verrues, pour lesquelles La Nature a déjà publié plusieurs moyens de destruction, sont faciles à guérir. Je me suis souvent étonné de ce qu’on n’employait point pour s’en débarrasser, la pierre infernale, posée sur la verrue préalablement mouillée. Ce procédé m’a réussi deux fois, les deux seules fois que je l’aie essayé. 11 est vrai qne les verrues étaient très petites. L’une, située sur mon propre front, avait la grosseur d’une tète d’épingle anglaise; elle a disparu après une seule cautérisation assez énergique. L’autre, sur un doigt de bonne volonté, était de la grosseur d’un grain de millet dont on aurait coupé une moitié ; elle a disparu après 3 ou 4 applications de la pierre, faites plus légèrement et en plusieurs jours. ))
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Les constructions métalliques, par Guy Le Bris, ingénieur civil des Mines. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque des sciences et de l'industrie. —Paris, ancienne maison Quantin,- librairies-imprimeries réunies.
- La poste et les moyens de communication des peuples à travers les siècles. Messageries, chemins de fer, télégraphes et téléphones, par Eugène Gallois. 1 vol. jn-16 avec 163 figures. — Paris, Librairie J. B. Baillière et fils, 1894. Prix : 5 francs.
- Rapport annuel de l'année 1893 sur les services municipaux de l'approvisionnement de Paris, publié par la Direction des Affaires municipales (Bureau de l’approvisionnement), à la
- Préfecture du département de la Seine. 1 brochure in-4. — Paris, Imprimerie municipale, 1894.
- Exkursionsbuch zum Studium der Vogelstimmen. Praktische Anleitung zum bestimmen der Vogel nach ihrem gesange, ar le DrAL\vis Vqigt. 1. vol. in-16. — Berlin, 1894. Robert ppenheim. Prix : 3 francs. t
- Manuel de l'horloger et du mécanicien amateur. Guide pratique, par H. de Graffigny. 1 vol. in-18, de la Bibliothèque des professions industrielles, commerciales et agricoles, avec 225 figures. — Paris, J. Hetzel et C‘e éditeurs.
- L'eau du lac de Genève à Paris. Demanle de concession. Mémoire de la Société d’Études pour l’adduction des eaux françaises du lac Léman à Paris et dans la Eanlieue. — 1 brochure in-4. Paris, imprimerie E. Capiomont etCie, 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 7 mai 10*,1 N. W. 0. Presque couvert. 0,0 Presque couvert ; halo.
- Mardi 8 9°,8 S. W. 1. Beau. 0,0 Beau, puis nuageux le matin ; couvert le soir.
- Mercredi 9 12*,2 S. 2. Couvert. 0,0 Peu nuageux de 8 à 15 h. et après 22 h.; couvert le reste du temps; pluie dans la soirée; halo.
- Jeudi 10 8*,9 S. W. 1. Couvert. 0,7 Presque couvert; pluie insignifiante à 22 h.; halo.
- Vendredi 11 10*,0 W. 1. Couvert. 0,5 Presque couvert; pluie de 2 h. 1/2à 4 h. et à peu près continue après 14 h.
- Samedi 12 10",5 W. S. W. 2. Couvert. 13,2 Couvert; éclaircies après 21 h.; pluie de 3 à 4 h. et insignifiante vers 12 h. 1/2. Nuageux ; beau après 22 h.
- Dimanche 13 9*,8 N. N. W. 2. Beau. 0,4
- MAI 1894 -- SEMAINE DU LUNDI 7 AU DIMANCHE 13 MAI
- I Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche'; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée..
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Un cyclone dans la Loire-Inférieure. — Nous reproduisons une Note du Journal de l’arrondissement de Ghâteaubriant : <t Une espèce de cyclone a passé sur notre arrondissement dans la nuit de dimanche 22 avril 1894 à lundi 23. Ce tourbillon qui venait de l’Océan a suivi à peu près la direction de la voie ferrée de Saint-Nazaire à Château-briant et à Vitré. Il était d’une violence extrême. Sur toute la longueur de son parcours des arbres ont été arrachés, des chênes vigoureux brisés, quelques toits de maisonnettes ou de chaumières fortement endommagés et enlevés, au moins en partie. Les champs étaient jonchés de branches emportées jusqu’au milieu des guérets. 11 n’y a pas eu d’accident de personnes ; mais la terreur a saisi plusieurs ménages qui ne comprenaient rien à la nature insolite de cette tempête nocturne. »
- Les lueurs rrépusculaires. — Dans l’une des dernières séances delà. Société météorologique de France, M. d’Abbadie a demandé si on a fourni une explication plausible des colorations remarquables que l'on observe parfois au coucher du soleil. M. ltenou a répondu qu’il ne connaissait pas la cause de ces lueurs que quelques-uns ont expliquées par la présence de poussières cosmiques dans les hautes régions de l’atmosphère ;
- les lueurs étranges qui suivirent l’éruption du Krakatoa reçurent, entre autres, cette explication. M. d’Abbadie a dit qu’il se refusait à penser ainsi, il a donné à l'appui de son opinion des observations faites au Brésil, par M. Rykevorsel ; ce savant a décrit ces lueurs crépusculaires si remarquables un mois avant l’éruption du Krakatoa. M. Teisserenc de Bort a cité à ce sujet une enquête très consciencieuse faite par les météorologistes anglais qui ont donné des cartes montrant la propagation du phénomène; la vitesse de progression des lueurs crépusculaires a pu servir à mesurer la vitesse du contre-alizé supérieur.
- Le elimat du Dahomey. — M. Renou a fait à la Société météorologique les remarques suivantes à propos des observations météorologiques effectuées au nord du Dahomey, dans la colonie allemande de Bismarkburg, publiées dans le Meteorologische Zeitschrift. Le baromètre est peu variable, la nébulosité de 53. La moyenne annuelle thermométrique est de 23°,4; le minimum absolu de 15°,8; le maximum, de 37°. La hauteur de la pluie est de 1500“", nombre très faible pour une région équatoriale, aussi la végétation doit-elle être fort peu luxuriante. M. Renou insiste particulièrement sur la direction du vent régnant, qui est de l’ouest ; le cas est singulier pour le lieu dont il s’agit, le vent dominant devrait être le sud-ouest.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 12, à 6 h. 30 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Ghâteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA. SEMAINE
- Le Centenaire de l'École Polytechnique. —Les fêtes ui ont eu lieu la semaine dernière à Paris pour célébrer le entenaire de la fondation de l’École Polytechnique ont répondu aux espérances des organisateurs qui n’avaient rien négligé pour les rendre imposantes et attrayantes. Ces fêtes ont commencé le jeudi 17. A dix heures et demie, les élèves et leurs anciens ont été rendre visite, au cimetière du Père-Lachaise, à la tombe de Monge, le principal fondateur de l’Ecole, où il enseigna longtemps la géométrie descriptive. Là, deux discours ont été prononcés, l’un par M. Mercadier, directeur des études, l’autre par M. Bachellerv, major de la promotion des conscrits. Dans l’après-midi, à deux heures et demie, le président de la République, un ancien comme on sait, accompagné de sa maison militaire et du ministre de la guerre, a visité l’Ecole. M. Carnot a passé la revue des élèves et a présidé à la pose d’une grande plaque en marbre blanc qui a été encastrée dans la façade du monument à la mémoire des anciens élèves morts au champ d’honneur. Nous n’avons pas à revenir ici sur tous les détails de la cérémonie, qui ont été donnés par les journaux uotidiens. Nos lecteurs les connaissent assurément. Le ven-redi a été réservé aux élèves de l’Ecole, et une grande séance d’ombres chinoises a été donné dans l’amphithéâtre. Samedi soir a eu lieu la grande fête organisée au Trocadéro. L’immense salle du Trocadéro était étincelante d’électricité et décorée à profusion de fleurs et de trophées d’armes. M. et Mme Carnot assistaient à la représentation qui a été organisée. La Cantate du Centenaire a été chantée par un formidable orchestre de chœurs, et Y Epopée, série de projections lumineuses qui représentaient les épisodes de Yhistoire de l'Ecole Polytechnique, a succédé aux chants. Un magnifique bal a terminé la séance. Les fêtes du Centenaire de l’Ecole Polytechnique ont été des mieux réussies; elles ne seront pas oubliées par tous ceux qui y ont assistés.
- INFORMATIONS
- —Un renseignement, qui parvient de source sérieuse, nous informe qu’une certaine quantité de moissonneuses, parmi lesquelles deux lieuses, deux faucheuses, etc., sont arrivées le 24 avril dernier à Bourgas en Bulgarie, expédiées de New-York par une des premières maisons américaines. Le montant du fret est de 975 francs, assurance comprise, pour 10500 kilogrammes. Le bateau passant par Liverpool n’a guère mis, pour venir à Bourgas, plus de temps que les marchandises expédiées de Paris. Comme on le voit, les maisons américaines, qui déjà ont envahi la Roumanie, cherchent, si les Français n’y prennent garde, à s’implanter en Bulgarie, où notre supériorité ne se maintient plus incontestée que pour les batteuses et les charrues.
- —&— M. Thooris, secrétaire communal de la ville de Bruges, a observé le 8 avril, vers 7 heures du soir, un phénomène intéressant d’optique atmosphérique. « Je revenais d’une promenade avec un ami, écrit-il dans une lettre adressée au journal Ciel et Terre, nous
- étions dans la rue, une rue qui se dirige sensiblement du sud au nord ; c’est dans ce sens que nous marchions, et nous avions la Lune à notre gauche. Les pointes du croissant lunaire étaient très effilées. Tout à coup, l’astre se dédoubla : une seconde image, exactement semblable à la première, vint se poser devant celle-ci, à une distance à peine égale à la largeur du croissant. L’observation fut faite à la fois par mon compagnon et par moi. L’apparition avait eu lieu brusquement : la Lune avait un peu pâli et les cornes s’étaient émoussées comme lorsqu’un très* léger nuage vient à passer. Le phénomène ne dura que sept à huit minutes. Plus tard, je remarquai la même chose pour quelques étoiles : une image placée un peu au-dessous de chacune d’elles. Ici également le dédoublement ne dura que sept à huit minutes. »
- —L’économie des transports par eau ne se discute plus, mais elle atteint parfois de telles proportions qu’il est intéressant d’en prendre note. Le Yacht cite le curieux exemple suivant : Le plus grand convoi que l’on ait vu jusqu’à ce jour sur l’Ohio et le. Missis-sipi est arrivé le 31 mars dernier à la Nouvelle-Orléans, à la remorque du puissant vapeur Joseph B Williams. Ce convoi se composait de 45 bateaux ou chalands chargés de charbon et dont le volume représentait 58250 tonneaux. Il aurait fallu 1920 wagons de 20 tonnes pour transporter cette quantité-de charbon. Le convoi couvrait une étendue d’environ 2 hectares sur le Mississipi, car il avait une longueur de 267 mètres et une largeur de 72 mètres.
- —%— Un tramway électrique de Bruxelles, la voiture n° 479, a pris feu spontanément pendant un trajet. Des flammes blanchâtres s’échappaient de la caisse qui est placée en-dessous de la voiture, tandis qu’une fumée interfse se dégageait des interstices. En un instant, le compartiment qui était rempli de voyageurs, fut évacué. Tout autour du véhicule on sentait une forte odeur sulfureuse. La combustion a-t-elle été provoquée par le courant électrique ou par le frottement excessif des sabots de frein qui étaient fortement serrés pour modérer la vitesse sur la voie en déclivité en cet endroit, ou bien l’incendie est-il dû à ces deux causes coopérantes? On l’ignore. L’opération d’extinction du feu a interrompu la circulation sur la ligne pendant quelque temps.
- —^— On sait que la médaille Arago a été décernée cette année, par l’Académie des sciences de Paris, au professeur Asaph Hall, qui a découvert les satellites de Mars, et au professeur Bernard, qui a trouvé un cinquième satellite dans le système de Jupiter. A cette occasion, l’Académie a appelé l'attention sur la loi empirique de Gaussin (1880), suivant laquelle les distances des planètes au Soleil et celles des satellites à leurs primaires, sont unies par une formule dans laquelle certains facteurs varient dans chaque système, mais deviennent constants une fois détermines. Il n est pas impossible qu’avec les moyens d’investigation toujours croissants, de nouveaux satellites ne puissent être découverts. D’après la loi de Gaussin, un sixième satellite se trouverait à l’intérieur de l’orbite du satellite a du système de Jupiter.
- —M. B. Schoch, de l’abbaye de Maredsous, en Belgique, a signalé une intéressante observation d’un phénomène, qu’il a eu l’occasion de faire le 10 mars. C’était le matin de très bonne heure, vers 5 heures. Quoique le temps fût assez nuageux, la lumière était fort belle. Elle ne resta visible que pendant l’espace d’une dizaine de minutes, puis elle s’affaiblit à l’approche du soleil. On sait que la lumière zodiacale peut surtout s’apercevoir, dans les climats du Nord, aux époques où l’atmosphère est très sèche, c’est-à-dire vers les équinoxes : en février et mars pour le printemps, en octobre pour l’automne.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — -Pour tout ce qui concerne Je calcimètre, s’adresser à M. A. Bernard, directeur de la Station agronomique de Saône-et-Loire. — La canne-filet à papillons, se trouve chez M. Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, à Paris, — La canne-toise est en dépôt chez un grand nombre de marchands de cannes. — Pour la canne-parapluie, décrite dans la présente livraison, s’adresser à M. J. Ribaux, à Châlons-sur-Marne.
- Communications. — M. V. Brandicourt, à Amiens, nous envoie une brochure contenant la conférence qu’il a faite dans cette ville, à la Société d'horticulture de Picardie, le 18 mars 1894, sur la dissémination des plantes.
- M. G. Pierson, à Paris, nous écrit au sujet d’une Note que nous avons publiée sur le gaz de gazoline (Informations, n° 1093, du 12 mai 1894): notre correspondant nous dit que le gaz Dowson donne d’excellents résultats pour cet usage.
- M. l’Intendant militaire Greil, à Biarritz, nous adresse un projet de machine à vapeur qu’il a conçu. Ce projet repose sur la suppression du piston, sur la nécessité du passage successif de chaque cylindrée de vapeur dans dix moteurs cylindriques consécutifs, afin d’obtenir 50 pour 100 de rendement en énergie mécanique, et sur la revivification de la vapeur épuisée, mais encore à l’état gazeux, afin de réaliser de grandes économies de combustible. 11 faudrait pour apprécier qu’il y eût plus qu’un projet, mais une machine construite.
- M. Eugène Devillers, à Belfort, nous envoie une série d’épreuves photographiques, résultats d’un procédé nouveau, intitulé : Photo-émail. Ce procédé permet d’obtenir de bonnes épreuves photographiques sur des plaques de bois, de métal, d’aluminium, de nacre, d’ivoire, de marbre, ou des morceaux de satin. Les spécimens que nous avons reçus sont excellents.
- Renseignements. — M. M. Gondran, à Paris. — L’adresse de notre collaborateur M. A. Bleunard, qui nous a donné l’article sur les parfums artificiels, paru dans le n° 1020, du 17 décembre 1892, p. 42, était, à cette époque : 13, rue Daillère, à Angers. C’est à lui qu’il faut s’adresser.
- M. Ch. Infroit, à Andrésy. — Pour nettoyer les toisons des moutons, elles sont battues légèrement avec des baguettes afin de faire tomber la terre et la poussière. Puis les mèches sont écartées à la main, et elles sont ensuite placées dans des paniers d’osier qu’on plonge dans l’eau, et on a soin d’agiter la laine avec des bâtons.
- M. F. Utudjian, à Constantinople. — 1° Moulins-broyeurs : MM. Rose frères, à Poissy (Seine-et-Oise). — 2° Société anonyme des matières colorantes de Saint-Denis, 105, rue Lafayette, à Paris.
- M. L. Adam, à Vineuil; M. F. V., à Mèze. — Le concours des voitures mécaniques, organisé par le Petit Journal, est remis au 19 juillet. Nos lecteurs seront renseignés à ce sujet.
- M. le Dr Birob, à Lyon. — Il vous est donné satisfaction dans la présente livraison en ce qui concerne les fouilles en Égvpte.
- M. le Dc H. Taillefer, à Chàteauneuf. — Vous pouvez vous adresser à la maison suivante : M. Boucart, opticien, 35, quai de l’Horloge, à Paris.
- M. Tonis, à Moisville. — Machines Westinghouse, 1, rue Saint-Georges, à Paris.
- M. Rivasseau, à Poitiers. — Prenez un moteur Trouvé et des piles au bichromate; 14, rue Vivienne, à Paris.
- M. L. P., à Chalo-Saint-Mad. Nous pensons que l’emploi du pétrole sera plus économique.
- Un lecteur, à Crest. — Consultez l’ouvrage : Graveur, par M. Villon, 1 volume de l’Encyclopédie Roret.
- M. B. Carre, à Marseille. — 1° Pantographes : M. J. Conte, 23, boulevard Saint-Martin, et M. Dumoulin-Froment, 85, rue Notre-Dame-des-Champs, à Paris. — 2° Nous avons déjà donné plusieurs recettes à ce sujet.
- M. le Dr Krychetofowitche, à Batoum. — Nous pouvons vous donner l’adresse de la Société des études coloniales et maritimes, 18, rue Daunou, à Paris.
- M. L. ü. E., à Moulins. Vous pourrez vous procurer le liquide de M. Brown-Sequard au laboratoire de médecine, à l’annexe du Collège de France, 12, rue Claude-Bernard, à Paris.
- M. A. Martel, «à Saint-Brevin. —• M. Lemichel, 52, rue de Lourmel, à Paris.
- M. E. Henry, à la Paz (Bolivie). — Remerciements pour votre aimable lettre. L’Hippomètre du commandant Buisson se trouve chez M. Bertrand, 12, rue Jacob, à Paris.
- M. T. A. M., a Pans. — Adressez-vous à la Librairie G. Masson, 120, boulevard Saint-Germain, et à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. A. Bérenger, à Chamaret. — Vous pourriez écrire directement à l’auteur, au Ministère de l’Agriculture.
- M. Jouffret, à Bourges. — Le capuchon-cuisine, que nous avons décrit dans le n° 576, du 14 juin 1884, se trouvait à cette époque, 12, rue des Filles-du-Calvaire, à Paris, ou chez l’inventeur, M. Lecornu-du-Taillis, 5, rue du Havre, à Caen.
- M. C. S., à Épernay. — Le siège de la Société de la Turbine de Laval est : 48, rue de la Victoire, à Paris.
- Un ancien abonné, au Grand-Lemps. — 1° Vous trouverez dans tous les Traités de chimie analytique toutes les méthodes que vous désirez connaître. — 2° Nous avons publié dans le n° 1053, du 3 août 1893, p. 154, un article qui pourrait vous convenir sur la graduation et le réglage des baromètres, au point de vue de la prévision du temps.
- M. V. B., à Coulours. — Le caoutchouc pur se dissout dans la benzine ou le sulfure de carbone.
- Un abonné, au Mexique. — 1° Le Siphon élévateur Lemichel a été décrit dans le n° 989, du 14 mai 1892, p. 569; l’adresse du constructeur est donnée plus haut. — 2° Pour la Machine à courir Valère, voyez le n° 1073, du 25 décembre 1893, p. 49.
- M. A. M., au Puits. — Vous pourrez vous procurer des ouvrages sur ces questions à la Librairie agricole de la maison Rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M F. Marchand, à Péris. — Presque tous les journaux industriels publient périodiquement les textes des brevets ; enti’e autres, la Revue industrielle.
- M. E. Penéau, à Paris. — Plusieurs appareils de ce genre sont en construction ; mais nous n’en connaissons pas encore de modèles.
- Un abonné, à Constantinople. —Nous répondons à vos questions. 1° Non; les deux instruments se complètent. — 2° 11 faut orienter l’héliographe vers le soleil. — 5° Les météorologistes donnent vingt-quatre heures à la journée.
- M. Ch. B. — Rien n’est préférable aux bons objectifs.
- M. Francisco Affonso Chavcs, directeur de l’Observatoire météorologique de Ponte Delgada à San Miguel (Açores). — Voici comment nous faisons les courbes météorologiques de notre supplément. Les clichés de cuivre sont faits à l’avance sur un bois où notre tracé quadrillé est gravé en creux pour paraître en blanc dans l’impression. Les courbes sont gravées en creux sur les clichés la veille du tirage.
- M. R. C., à Verviers. — La machine à fabriquer les bouquets a été décrite dans le h° 723, du 9 avril 1887, p. 500.
- M. F. AI. V., à Passy. — Nous avons déjà mentionné plusieurs dispositions d’ozonateurs : vous trouverez aussi un modèle particulier d’appareil chez M. Ch. Chardin, 5, rue deChà-teaudun.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. L. Parisot, à Paris, Remerciements pour votre, communication ; mais nous ne comprenons pas bien votre méthode. — M. A. Mourgues, à Paris. Cette adresse a été donnée en tête de la Boite aux lettres du n° 4092, du 5 mai 1894. — M. J. G., à Nice. Voyez les traités de chimie industrielle. — M. B. Vangraeschèpe, à Hazebrouck. Adressez-vous à l'Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris. — M. H. B., à Bruxelles; M. Cottier, à Lyon. Remerciements pour vhs communications que nous utiliserons. — M. J. Boiteau, à Bordeaux. Il serait nécessaire d’expérimenter un appareil en fonctionnement; nous ne saurions vous donner de conseils pour cette construction. — M. Collier, à Lyon. Nous avons déjà publié l’amusante expérience que vous nous signalez. Remerciements. —M. Manuel Iglesias, hVe ra-Cruz. Voyez les Recettes et procédés utiles, 2a série, (G. Masson, éditeur).
- —Un lecteur, à Gôteberg. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS'
- Baratte et batteuse de ménage. — Lenuméro 1 de notre figure représente la batteuse de ménage; elle est formée d’un tonnelet en verre très solide, hermétiquement fermé par un couvercle en métal, qui vient se fixer par un système à baïonnette. Ce couvercle est traversé par une double tige de fer tournée en forme de vis d’Archimède, à laquelle se trouvent adaptées des ailettes métalliques perforées, auxquelles on communique un mouvement de va et vient. 11 suffit, pour obtenir la rotation, de glisser le long de la tige un manipulateur en buis, que
- Baratte et batteuse de ménage. — 1. Premier modèle. 2. Deuxième modèle.
- l’on voit au-dessus du couvercle. Avec cet appareil on peut faire du betirre soi-même ; mais on ne pe .t en obtenir que très peu à la fois; la vase est d’environ 1 litre. Ce modèle de baratte est très avantageux pour faire des crèmes, sauces mayonnaises, des œufsà la neige, etc. Lenuméro 2 de notrefigure peut être emplové dans les mêmes cas. mais il offre l’avantage d’être beaucoup plus solidement établi ; sa forme est carrée, en verre très épais, le couvercle est en bois massif; la manivelle est fixée sur ce couvercle; elle fait manœuvrer les ailettes intérieures. Cette baratte se construit en toutes grandeurs, 2, 5, 8, 10 à 50 litres. — Les objets que nous venons de décrire se trouvent chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg Poissonnière, Paris.
- E.e jeu du Kangourou. — Notre gravure représente ce jeu la boîte ouverte; c’est un jeu de boules que l’on place sur un plan incliné formé par le couvercle de la boîte. Un petit kangourou, qui peut faire trois sauts, pousse les boules ; il les fait tomber jusqu’à la boîte inférieure où elles peuvent tomber dans des cases, pourvues de numéros plus ou moins élevés; l’addition des numéros sur lesquels sont tombées les boules, forme les points de chaque joueur, et celui-là est gagnant qui a
- Le jeu du kangourou.
- obtenu les points les plus élevés. Chaque boule compte pour le casier où elle est tombée, et si par exemple plusieurs boules sont tombées dans le même casier, on compte autant de fois le nombre qu’il indique. Afin d’obtenir un fonctionnement précis du kangourou, il faut que le trajet que l’animal doit parcourir ait l’inclinaison nécessaire. 11 est facile de remédier à des dérangements éventuels en pliant le support en laiton ou en le resserrant, suivant que le point de départ du kangourou doit être placé plus haut ou plus bas. — Ce jouet se trouve chez M.' A. Wolter, 9 bis, passage Kuszner, Paris-Belleville.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles •scientifiques est étrangère aux annonces. ‘
- Ferme-porte automatique & sonnerie. — A l’aide de deux vis et d’un piton le système de ferme-porte représenté ci-dessous est facilement monté sans le concours d’ouvrier ; cet appareil oblige la porte à se fermer d’elle-même, et par sa sonnerie il avertit quand on veut entrer; il ne fonctionne que lorsque la porte est en mouvement, c’est-à-dire que, contrairement aux sonneries électriques qui sonnent continuellement, si on laisse la porte entr’ouverte, soit pour donner de l’air à la chambre, soit en parlant au visiteur en le reconduisant, le timbre ne fonctionne pas et ne gêne pas la convep-
- Ferme-porte à sonnerie. — Figure de gauche, ensemble de l’appareil.
- Figure de droite, vue du timbre et du ruban ressort.
- s?tion. Voici en quoi consiste le système. Un ruban d acier formant ressort est enfermé sous le timbre (voyez détail du timbre, à droite de la figure). L’extrémité de ce ressort (1) est enroulée sur l’axe qui supporte le timbre (2). Une plaque de cuivre intérieure qui protège le ressort dë là poussière, est munie de petites pointes qui viennent, quand la porte est en mouvement, heurter le marteau (3). Celui-ci, par son tremblement sur le timbre, produit une sonnerie. L’appareil a d’autant plus de force de tirage, et la sonnerie d’autant plus d’intensité, qu’il est posé loin des gonds ou charnières de la porte. La figure de gauche montre l’ensemble de la position quand il s’agit d’une porte lourde. L’appareil doit être posé dans ce cas près de l’ouverture. 1, ressort d’acier ; 2, timbre; 3, marteau; A, support fixé à la porte. — Ce ferme-porte se trouve à la même adresse que la baratte de ménage.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Botanique amusante. Récréations scientifiques en plein air et dans l’appartement, par F. Faideau, professeur à l’Ecole municipale J.-B. Say. — 1 vol. in-8, orné de 59 gravures.
- — Paris, à la Librairie illustrée. — Prix : 3 fr. 50.
- La photographie pour tous, par Georges Brunel. Traité complet, théorique et pratique de la photographie et de ses applications aux arts, aux sciences et à l’industrie, à l’usage des amateurs et des praticiens. 1 vol. in-8, avec 332 figures.
- — Paris, H. Gefîroy, éditeur. — Prix : 12 francs.
- Ce qu'il faut savoir pour réussir en photographie, par A. Courrèges, praticien.—1 vol. petit in-8, de la Bibliothèque photographique. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-éditeurs, 1894. — Prix : 2 fr. 50.
- Les grandes pêches maritimes modernes de la France, par Georges Roché, inspecteur principal des Pêches maritimes.
- — 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. — Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 fr.
- Le traitement physiologique de la mort. Les tractions rythmées de la langue. Moyen rationnel et puissant de ranimer la fonction respiratoire et la vie, par J.-V. Laborüde, directeur des travaux physiologiques à la Faculté, membre de l’Académie de médecine. — 1 vol. in-18, illustré. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1894. — Prix : 3 fr. 50.
- Annuaire général et international de la photographie. Directeur : M. Marc Le Roux. — 36 année, 1894. — 1 vol. in-8, orné d’un grand nombre d’illustrations, dont 26 gravures hors texte.Paris, librairie Plon, Nourrit et Cie, éditeurs. — Prix à Paris : 3 fr. 50.
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- Formulaire de l'électricien, par E. Hospitalier, ingénieur des arts et manufactures. 12e année, 1894, 1 vol. in-16. — Paris, G. Masson, éditeur. Prix : 5 francs.
- Petit dictionnaire pratique de mécanique et d'électricité, par Charles Barbat, mécanicien diplômé. — 1 vol. in-18 de plus de 1200 pages. — E. Bernard et Cie, imprimeurs-éditeurs, 1894. — Prix, cartonné : 8 fr.
- Note sur l'alimentation d'eau de Paris et de la banlieue et sur l'assainissement de la Seine, par Ed. Badois, ingénieur. — Extrait des mémoires de la Société des ingénieurs civils de France (Avril 1895). — 1 brochure in-8. — Paris, 10, cité Rougemont, 1895.
- Les phototirages aux encres d'imprimerie. Phototirages directs au châssis-presse aux persels de fer et aux bichromates", par A. Fisch, chimiste-photographe. — Paris. Librairie générale scientifique et industrielle, 1894. — Prix, 1 fr. 50.
- Annual report of the Board of regents of the Smithsonian Institution, showing the operations, expenditures, and condition of the Institution for the year Ending June 30, 1891. Report of the U. S. National Muséum. — 1 vol. in-8. — Washington, Government Printing Office, 1892.
- United States Commission of fish and fisheries. Part XVII. Report of the Commissioner for 1889 to 1891. — 1 vol. in-8. — Washington, Government Printing Office, 1893.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 mai .... 11*,0 S. E. 2. Beau. 0 0,0 Peu nuageux de 10 à 17 h.; beau avant et après.
- Mardi 15 13‘,8 E. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 8 h.; très peu nuageux ensuite; halo.
- Mercredi 16 14* ,8 S. S. E. 1. Très nuageux. 0,0 Nuageux; halo.
- Jeudi 17 ;i7*,2 N. E. 2. Beau. 0,1 Très peu nuageux ; petite pluie de 4 h. 10 à 4 h. 40.
- Vendredi 18 18*,0 N. 1. Beau. 0,0 Beau le matin, puis nuageux; couvert après 17 h.
- Samedi 19 10%1 N. E. 4. Couvert. 0,0 Couvert e matin ; nuageux le soir.
- Dimanche 20 6%4 N. N. E. 3. Couvert. 0,0 Très nuageux, surtout le matin.
- MAI 1894 --- SEMAINE DO LUNDI 14 AO DIMANCHE 20 MAI
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- BIBLIOGRAPHIE
- Tremblements de terre en Grèce. — Les tremblements de terre en Grèce, de la tin d’avril, que nous avons signalés dans notre Chronique météorologique du n“ 1092, du 5 mai 1894, et sur lesquels nous reviendrons d’une façon plus complète, ont continué le mois suivant; des secousses ont été ressenties le 7 mai, en Locride et à Athènes. Plusieurs personnes se sont décidées à coucher dehors. D’autres se sont retirées à la campagne. Au Pirée des bateaux ont été mobilisés. A Athènes et au Pirée on a cité des habitants qui avaient loué des voitures, des wagons et des bateaux pour passer la nuit. Plusieurs familles ont campé en plein air. Le 9 mai, une grande crevasse de forme circulaire a été découverte autour du village de Charma, près des Thermopyles. Le sol a subi en plusieurs points un affaissement considérable. Nous donnerons dans la prochaine livraison, une Notice sur la description de ces phénomènes.
- Tremblements de terre en Angleterre, en Sicile et au Venezuela. — On télégraphiait de Pont-y-Pridd, en Angleterre, le 3 mai, qu’une secousse de tremblement de terre avait été ressentie la veille sur plusieurs points du sud du pays de Galles. Les mineurs d’une houillère avaient été pris de panique. Trois cents d’entre eux se sont fait remonter
- à la surface. La vaisselle s’est brisée dans de nombreuses maisons. On a ressenti la secousse également à Cardiff. — Le 13 mai, à 3 heures du soir, on a aussi ressenti une secousse de tremblement de terre à Syracuse. — A peu près à la même époque, un autre tremblement de terre a eu lieu au Venezuela ; un grand nombre de villages ont été endommagés.
- Tempête A Tïossi-Bé. — One dépêche de Nossi-Bé, à la date du 28 avril dernier, a annoncé qu’une tempête avait détruit les plantations et démoli une moitié du môle de Nossi-Bé. Les dégâts ont été considérables à Ambanourou. Les pertes sont évaluées à 100 000 francs.
- L’orage du AS mai 1 SSA. — Des orages très violents ont éclaté le 18 mai, aq. centre de la France et dans un grand nombre de localités. A Tours et dans l’Indre-et-Loire les désastres ont été très importants. Partout les récoltes ont été hachées par des grêlons énormes. Les vignes, les seigles, les blés, les fruits, qui donnaient des espérances magnifiques, sont complètement détruits. A Tours, l’eau est tombée pendant deux heures avec une telle violence que deux quartiers ont été complètement inondés. La foudre est tombée plusieurs fois, abattant les arbres dans la Loire et sur les boulevards.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 19, à 4 h. 52 m. du soir.
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