La Nature
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- LA NATURE
- HEVUE DES SCIENCES
- ET IlE I.IÏIKS AIM'UCATIONS A IA ARTS ET A l.’INDUSTRIE
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- Paris. Un an..................... 20 fr. » I Départements. Un an..
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- AVEC, LES TABLES DES DIX PREMIÈRES ANNÉES ET DE LA 2e SÉRIE DES DIX ANNÉES SUIVANTES
- Paris.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- VINGT-TROISIÈME ANNÉE
- 1895
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITE DR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, UOUI.EVARD SAINT-GERMAIN, 120
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- 25° ANNÉE. — N° I m.
- 1er DÉCEMBRE 1894
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE JEUNE ÉLÉPHANT
- DU JARDIN DES PLANTES
- Après avoir déjà rendu à la science, il y a quelques années, de grands services en recueillant, comme membre de la Mission française du cap
- llorn, de nombreux documents sur la faune de la Terre de Feu, M. le l)r Habn, actuellement Résident à Kampot (Cambodge), vient encore de faire au Muséum un don précieux, en lui envoyant un jeune Eléphant vivant, appartenant naturellement à l’espèce asiatique. Cette espèce, nous l’avons peut-être déjà
- Le jeune Éléphant récemment arrivé au Jardin des Plantes de Paris. (D'après une photographie.)
- dit, mais il n'est pas inutile de le rappeler, diffère de l’espèce africaine par les proportions de son corps et de ses membres, par la forme de son front, par les dimensions de ses oreilles et par l’aspect de ses dents molaires. L’Éléphant d’Asie (Elephas indicus) est, en effet, moins haut sur pattes que l’Éléphant d’Afrique (Elephas africanus)\ son front présente deux bosses latérales et une dépression médiane qu’on
- 23e année. — 1er semestre.
- n’observe pas chez ce dernier et, par suite, sa tète paraît plus large en dessus et moins haute; ses oreilles, dont le bord supérieur est un peu enroulé, sont beaucoup moins grandes que celles de l’Éléphant d’Afrique; ses défenses sont moins fortes et ses dents molaires offrent sur leur surface triturante des replis d’émail disposés non en losanges, mais en forme d’ellipses.
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- Depuis que le Jardin des Liantes avait perdu successivement, en 1882 et en 1888, les deux Éléphants, mâle et femelle, rapportés de Siam par M. Kocourt1, le groupe des Proboscidiens n’était plus représenté dans la Kotonde de la Ménagerie que par un seul et unique spécimen, par un Éléphant d’Afrique, amené tout jeune à Paris, il y a une huitaine d’années. A côté de cet individu qui n’a cependant pas encore atteint toute sa taille, puisque les Éléphants ne parviennent qu’au bout de vingt-cinq ans à leur développement complet, le nouveau venu a l'air d’un bah y. L’est à peine s’il mesure I mètre de hauteur au garrot et son eorps est encore parsemé de nombreux poils follets. Il commence à connaître son gardien, à le suivre comme un chien, et il est vraiment adorable de gaucherie quand il s’en va trottinant, le dos un peu arrondi, agitant doucement les oreilles et la trompe et regardant à droite et à gauche de ses petits yeux étonnés. Lonservera-t-il longtemps cette douceur de caractère? Nous n’oserions le garantir, car son voisin, l’Eléphant d’Afrique, a déjà singulièrement changé d’humeur. Gai et confiant durant les premières années, il est déjà devenu maussade et rien ne dit que dans ses vieux jours il ne se montrera pas aussi irascible qu’un de ses prédécesseurs qui, un jour, prit son gardien par le milieu du corps, l’enleva avec sa trompe à une grande hauteur et l’eut infailliblement assommé si on ne fût parvenu à lui faire lâcher prise.
- Tous les Eléphants que le Muséum a possédés ne se sont pas, il est vrai, comportés de la môme façon, et quelques-uns sont restés dociles jusqu’à laJin. Il y a parmi les Éléphants, comme parmi les hommes, des tempéraments bien différents et Ten-nent a même cru remarquer que dans l’Inde c’était précisément les animaux qui, au début, manifestaient les dispositions les plus farouches qui, par la suite, devenaient les plus obéissants. En général, les femelles sont beaucoup plus douces que les mâles et les Eléphants d’Asie plus faciles à dresser que ceux'd’Afrique. Néanmoins, ceux-ci sont loin d’être indomptables, et de nos jours on a pu voir de temps en. temps dans les ménageries et dans les cirques quelques-uns de ces animaux fort bien dressés. Tel était, entre autres, l’Eléphant dont parle Krehm et qui, dans la ménagerie du fameux Kreuzberg, désignait, sur un signe de son maître, une personne de /’ honorable société, en secouant la tête et en remuant les oreilles. Capturé tout jeune, en Afrique, dans le pays de Barkala, cet animal s’était apprivoisé si rapidement qu’au bout d’un mois il suivait son premier maître, le voyageur Casanova, pas à pas, comme un Chien fidèle, et effectuait, complètement libre, un voyage de vingt-cinq jours. Ne savons-nous pas d’ailleurs que c’était à l'espèce africaine qu’appartenaient les Eléphants de guerre d’Annibal, ceux de Jugurtha et ceux (pie Juba amena à Métcllus
- 1 Yoy. il* 812, du 22 décembre 1888, p. 51.
- Scipiou, le beau-père de Pompée? Ces derniers, pris par César à la-‘ suite de la victoire de Thapsus, ornèrent le triomphe du vainqueur et firent l’ofliee de porte-flambeaux. C’est également du continent africain que provenaient quelques-uns des nombreux Eléphants qui figurèrent à Rome dans les jeux du cirque, sous les premiers empereurs, et qui n’eurent pas toujours pour rôle, comme on le croit généralement, des luttes contre des Lions ou des Tigres.
- « Parmi les spectacles dans lesquels parurent des Eléphants, dit le colonel Armandi, dans son Histoire militaire des Éléphants, les plus étonnants furent ceux que donna Germanicus. Ces animaux y exécutèrent des tours presque incroyables. Non seulement on les vit faire des armes et danser la pyrrhique, mais ils donnèrent des représentations burlesques et jouèrent de véritables pantomimes. Douze Eléphants parurent dans l’arène, accoutrés d’une manière bizarre, et avec des costumes d’acteurs dramatiques, se divisant et se réunissant comme des chœurs de danse. D’autres furent dressés à marcher par groupes de quatre, dont chacun portait, dans une litière, un cinquième Éléphant qui contrefaisait une nouvelle accouchée. Ils allèrent ensuite s’asseoir autour des tables qu’on leur avait dressées, en passant au milieu des convives, à travers les lits, sans les déranger, et ils prirent leur repas dans des plats d’or et d’argent, avec une aisance grotesque qui excita au plus haut degré l’hilarité des spectateurs.
- « Mais l’épreuve la plus extraordinaire pour d’aussi lourds quadrupèdes, c’était de grimper sur un, ou peut-être sur deux câbles, tendus depuis le fond de l’arène jusqu’au sommet de l’enceinte, et, ce qui est encore plus surprenant, de revenir par ce périlleux chemin. On refuserait de croire à de semblables faits, s’ils n’étaient attestés par des témoignages contemporains. Non seulement les Eléphants exécutèrent ce tour étonnant aux jeux de Germanicus, ils le répétèrent encore en d’autres occasions ; Néron, Galba, donnèrent au peu [île de semblables spectacles. Mais une chose peut-être plus incroyable encore c’est qu’il y ait eu des hommes assez hardis pour se tenir sur ces animaux pendant qu’ils allaient et revenaient de cette manière : un chevalier romain donna, suivant Suétone, une semblable preuve d’intrépidité aux jeux célébrés par Néron. »
- Quelques empereurs romains, entre autre Ilélio-gabale, parurent en public sur des chars de parade traînés par des Éléphants. Ceux-ci, comme les Éléphants qui descendaient dans l’arène, étaient sans doute dressés dans ces écoles spéciales dont parle Élien. Toutefois la plupart des élèves des mansue-tarii (c’est le nom que l’on donnait aux dompteurs) devaient être des Eléphants d’Asie, plus dociles, nous l’avons dit, que leurs congénères africains. On sait que Pyrrhus, roi d’Epirc, amena en Italie une soixantaine d’Éléphants dont quelques-uns avaient, dit-on, été ramenés autrefois de l’Inde par Alexandre et avaient appartenu plus tard à Ptolémée Céraunus. 11e ces bêtes gigantesques qui jetèrent la terreur dans
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- l’année romaine à la bataille d’Héraclée, huit lurent ensuite abandonnées par PyVrhus lors de sa défaite à Bénévent, mais cpiatrc moururent de leurs blessures et les quatre autres, après avoir été promenés en triomphe dans plusieurs villes de la République, lurent abandonnésàla populace. Les Éléphants qu’Antioehus le Grand dut livrer après sa défaite aux Thermopyles lurent donnés par les vainqueurs à Eumène, roi de Pergame, son allié, et comme les Romains agirent de mêïne dans plusieurs circonstances, on peut admettre que les Éléphants d’Asie qu’ils possédaient ne provenaient pas tous de leurs victoires. Quelques-uns leur avaient été amenés par des ambassades venues delà Perse ou de l’Inde. Telle était sans doute l’origine de cet Eléphant blanc qu’IIorace se plaignait de voir captiver l’attention du public au détriment de spectacles plus nobles. En outre les Eléphants entraient pour une large part dans ces caravanes de bêtes curieuses que les empereurs romains faisaient venir à grands frais de l’Asie méridionale ou de l’Afrique orientale. Les empereurs d’Orient suivirent ces traditions et, d’après M. Berger de Xivrey, il y avait encore à Bysance, au onzième siècle, des Éléphants quel’empe-reur Constantin Monomaque faisait paraître dans les spectacles qu’il donnait au peuple. Quant aux rois de Perse et aux princes indiens, ils entretenaient des Éléphants depuis les temps les plus reculés. Porus, outre une cpntaine d’Éléphants de guerre, avait un Éléphant favori qui lui servait de monture et qu’Alexandre le Grand consacra au Soleil après sa victoire; Bjihan Ghir ou Ichangueir, quatrième empereur de la dynastie mongole, possédait, d’après ses Mémoires, 12 000 Éléphants de guerre, sans compter 1000 Éléphants de plus petite taille destinés au transport des bagages, et à latin du siècle dernier, d’après Armandi, Tippo-Sahib entretenait encore 700 de ces animaux. Enfin les rois de Siam gardent depuis longtemps dans leurs palais des Eléphants blancs qui sont l’objet d’une vénération particulière quoiqu’ils doivent être considérés tout simplement comme des individus albinos de l’espèce asiatique.
- Après la chute de l’Empire romain, pendant longtemps on n’amena plus guère en Europe que des Éléphants de l’Inde et encore à de rares intervalles. En 801 le calife Ilaroun-al-Raschid en envoya un à Charlemagne qui le reçut seulement l’année suivante à Aix-la-Chapelle. L’animal, débarqué à Pise à l’entrée de l’hiver, avait dû être transporté par mer à Port-Vendres et y attendre le printemps pour continuer son voyage. En dépit des soins dont il fut entouré, cet Éléphant, nommé Aboul-Abbas, ne vécut-que huit ans en Allemagne. Un autre individu de même espèce fut ramené en Italie, en 1229, par Frédéric 11, revenant de la Terre Sainte. Quelques années plus tard, saint Louis imita l'exemple de Frédéric 11 et ramena également un Eléphant dont il fit don au roi d’Angleterre Henri 111. Un Eléphant de quatre ans, capturé dans l’Inde, figura également au nombre des riches présents qu’Emmanuel, roi de
- Portugal, envoya au pape Léon X. Ce bel animal, auquel on avait donné le nom de Hannon, arriva à Rome au mois de mars 1515, il fit trois génuflexions en passant devant le pape, ce qui excita l’enthousiasme des Romains et donna lieu à une foule de compositions poétiques en latin et en italien. Le colonel Armandi, qui cite ce fait d’après Osorio, Paul Jove et Roseoe, ne paraît pas avoir eu connaissance de l’arrivée en France, en 1591, d’un Éléphant de l’Inde que le roi Henri IV lit entretenir à Dieppe, aux frais du Trésor, et donna, en 1004, à la reine d’Angleterre, ainsi que cela résulte de deux lettres très curieuses découvertes par M. le professeur Hamy et publiées par lui dans son très intéressant Mémoire sur les anciennes Ménageries royales.
- Citons encore l’Éléphant exhibé à Francfort et à Nuremberg en 1629, l’Eléphant blanc ramené par les Hollandais en 1653, l’Eléphant de couleur normale, mais de taille extraordinaire (il mesurait quatorze pieds) que le roi de Perse donna à Pierre le Grand, celui dont le Grand-Turc fit présent au roi de Naples vers 1743 et qui le cédait à peine au précédent sous le rapport de la taille, puis les deux Éléphants qui furent ramenés de Hollande par les Français en l’an VI. Ces deux derniers individus avaient été envoyés de Ceylan au Stathouder en 1786. Ils n’avaient alors que deux ans et demi et ne mesuraient que 5 pieds 6 pouces. Quand ils furent décrits par Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, ils avaient environ dix-huit ans et atteignaient 8 pieds 4 pouces de hauteur. En trois ans ils avaient grandi de 1 pied 4 pouces. Ce n’est certes pas beaucoup, étant donné l’appétit formidable de ces animaux qui consommaient chacun plusieurs hottes de foin, 18 livres de pain, quelques bottes de carottes et quelques mesures de pommes de terre par jour, sans compter ce que le public leur distribuait. La croissance des Éléphants est, en effet, assez lente ; ils ne peuvent être considérés comme adultes qu’à vingt-cinq ans, et à soixante-dix ans ils n’offrent pas encore de signes de décrépitude. Aussi doivent-ils atteindre, en liberté et dans des conditions normales, un âge très avancé. Un a prétendu qu’ils vivaient deux cents ans. C’est sans doute exagéré, et en mettant cent vingt ou cent cinquante ans on serait plus près de la vérité. En captivité, au contraire, ils ne dépassent guère trente ou quarante ans, car ils souffrent du confinement, des changements brusques de température et du manque d’exercice. Souhaitons au jeune Éléphant du Cambodge de vivre aussi longtemps que Bangkok et sa compagne, l’amie de l’Hippopotame, ou que Chevrette qui, pendant une vingtaine d’années, charma par sa gentillesse les visiteurs du Muséum Chaque matin, en faisant dans les allées du Jardin des Plantes sa promenade hygiénique, Chevrette allait frapper de la trompe à la fenêtre d’une maison et réclamer les friandises que lui réservait la femme d’un Professeur. E. Oustalf.t.
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- LES LOCOMOTIVES ROUTIÈRES
- EN CALIFORNIE
- La photographie que nous reproduisons ci-dessous nous offre l’aspect d’une locomotive très employée en Californie pour le transport des troncs d’arbres abattus dans les forêts. Cette machine est construite par une manufacture importante de San Léandro, et elle est d’une grande utilité non seulement pour les exploitations forestières, mais pour les besoins de l'agriculture.
- La machine dont nous parlons a une puissance de cinquante chevaux, elle est montée sur des roues
- d’acier de 2m,45 de diamètre, dont les jantes ont environ 0ra,6û de largeur. La roue forme un véritable cylindre roulant; sa surface comprend des saillies diagonales, qui lui donnent beaucoup d’adhérence à la surface du sol. Cette adhérence est nécessaire car la locomotive doit traîner des chariots très grossiers et chargés d’un grand poids.
- On voit dans notre gravure qu’un treuil est monté à l’avant de la machine; cet appareil est employé à aller prendre, à l’aide d’un câble d’acier, les troncs abattus à distance. 11 peut servir encore à recueillir ceux qui sont tombés dans les ravins. Le câble d’acier ramène facilement ces débris auprès de la machine et ils sont chargés sur les chariots de transport.
- Une locomotive routière employée «loi Calilornie pour l’exploitation des lorèts. (D’après une photographie.)
- La locomotive routière californienne est économique ; son foyer est alimenté des déchets de bois sans valeur de l’exploitation, et un seul mécanicien, ayant tous les organes de direction sous la main, suffit pour la mettre en action et la conduire.
- En agriculture les services rendus par cette machine ne sont pas moins importants; elle sert à tirer les charrues, les herses, les semoirs, soit directement, soit à distance, au moyen du treuil et de son cable. Elle est encore employée à traîner les puissantes moissonneuses américaines qui coupent l’épi du blé, le nettoient, et l’ensachent tout prêt à être livré.
- Le Scientific American, auquel nous empruntons les renseignements que nous publions, affirme que le prix auquel reviennent les travaux ainsi conduits,
- est très modéré. La mise en culture des terres et leur ensemencement ne dépasseraient pas une dépense de soixante centimes par acre, ce qui équivaut à peu près à trois francs par are; la récolte complète serait obtenue à moitié de ce prix.
- Dans nos pays, nous employons très peu les locomotives routières, mais cela tient à l’abondance de nos moyens de communication; en outre notre administration ne tolérerait pas l’emploi de ces pesantes machines qui ne manqueraient pas de dégrader les routes et les chaussées. Il n’en est pas de même aux États-Unis, où, malgré l’extension des voies ferrées, de grands espaces restent encore sans aucun moyen de communication. Dans ces circonstances, la locomotive routière est précieuse.
- X..., Ingénieur.
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- LES ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- SOUS PRESSION1
- PAR MM. L. CAILLETET ET E. COLVRDEAU
- On sait que dans l’électrolyse de l’eau par des électrodes de platine, les gaz hydrogène et oxygène séparés par l’action du courant n’apparaissent pas immédiatement après l’établissement de ce courant. De plus, après la rupture du circuit, une différence de potentiel persiste entre les deux électrodes, de sorte que, en fermant sur lui-même le voltamètre par un fd conducteur, il se produit un courant inverse de celui qui traversait d’abord le liquide.
- On explique ces effets par la recombinaison des gaz hydrogène et oxygène condensés jlar le platine.
- La durée du courant ainsi obtenu est très faible.
- Nous avons pensé qu’en prenant comme électrodes des substances capables d’emmagasiner beaucoup de gaz, nous aurions chances d’obtenir de meilleurs effets au point de vue de la durée et de l’intensité du courant de décharge, sans rencontrer les inconvénients inhérents à la pile à gaz de Grove, qui ne donne qu’un débit extrêmement faible à cause de sa grande résistance intérieure et de la lenteur de la recombinaison des gaz libres par le platine métallique.
- Nous avons essayé d’abord la mousse de platine.
- Nous avons enfermé une certaine quantité de cette matière (6 grammes environ) dans deux petits sacs d’étoffe de soie dans chacun desquels pénétrait un fil de platine destiné à amener le courant (voy. la fig. 1 ci-dessus). Ces sacs, placés dans de l’eau acidulée par l’acide sulfurique au 1/10 et reliés aux deuxpôles d’une pile, ont été saturés de gaz par le passage du courant et ont fourni une décharge beaucoup plus intense et plus prolongée que celle que l’on aurait obtenue avec le même poids de pla-
- 1 Note présentée à l’Académie des Sciences dans sa séance du 12 novembre 1894 par MM. Cailletet, de l’Institut, et E. Colardcau, sous le titre : Recherches sur la condensation des gaz de l’électrolyse par les corps poreux et en particulier par les métaux de la famille du platine.
- fine à l'état métallique ordinaire et non spongieux.
- L’appareil fonctionnant, dans ces conditions, comme une véritable pile à gaz condensés, nous avons pensé qu’une forte pression augmenterait le pouvoir absorbant du platine en mousse. Pour le vérifier, nous avons enfermé l’appareil dans un réservoir en acier, et nous avons exercé sur lui, à l’aide d’une pompe hydraulique, des pressions que nous avons poussées jusqu’à 600 atmosphères (fig. 1 ). Ainsi que nous l’avions pensé, la durée du courant de décharge a augmenté beaucoup avec la pression.
- L’appareil est devenu un accumulateur d’énergie électrique pouvant se prêter à des mesures de capacité, de force électro-motrice et de débit.
- Les courbes ci-jointes représentent les résultats obtenus avec un appareil contenant 6 grammes de platine et intercalé sur un circuit de décharge d’une résistance de 2 ohms. Sur l’axe vertical sont portées les intensités du courant de décharge et, sur l’axe horizontal, les temps. On voit que, sous la pression atmosphérique, la durée de la décharge n’est que de dix secondes environ. La force électromotrice initiale, égale à.lvolt,8, Laisse sans discontinuité jusqu’à zéro.
- Si l’on opère sous des pressions plus élevées, l’allure de la décharge se modifie peu à peu et comprend trois périodes :
- 1° Une période de chute très rapide suivie d’une légère augmentation de l’intensité du courant; 2° une période d’intensité constante. Cette intensité augmente un peu avec la pression. Pendant cette période, la force éîectromo-triccde l’appareil est voisine de 1 volt. 5° Enfin une nouvelle période de chute moins rapide que la première.
- Si l’on calcule la capacité de l’accumulateur ainsi formé, en la rapportant à un kilogramme de mousse de platine, on trouve qu’elle est de 56 ampères-heure, pour une pression de 580 atmosphères. (On sait que la capacité pratique des accumulateurs industriels au plomb varie de 10 à 20 ampères-heure par kilogramme1.)
- 1 II est bien entendu, ainsi que l’a fait remarquer M. Mas-cart à la suite de notre Communication à l’Académie, que le
- Fig. 1. — Appareil de MM. L. Cailletet et E. Colardcau. — N° 1. Coupe. — A. Tube amenant la pression de la pompe hydraulique. — BB. Cylindre d’aeier résistant à 1000 atmosphères. — SS. Sacs en soie contenant les métaux à l’état de mousse. Ces sacs, baignés dans de l’eau acidulée par l’acide sulfurique au dixième, sont en contact avec un fil de platine amenant le courant. — N° 2. Un sac S représenté grandeur d’exécution.
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- Quant à l’intensité dii courant de décharge, elle peut atteindre facilement 100 ampères par kilogramme. Dès le début de nos expériences, nous avons remarqué qu’en employant, pour les deux pôles, des quantités égales de mousse de platine, le dégagement des bulles d’hydrogène se produisait bien avant celui des bulles d’oxvgène. Nous en avons conclu que, pour obtenir d’un poids donné de matière le meilleur rendement, il fallait le répartir en quantités inégales aux deux pôles. Nous avons trouvé que le rapport à adopter était de trois parties pour le pôle négatif contre une pour le pôle positif. Enfin, nous avons cherché à nous rendre compte du rendement de l'appareil, c’est-,à-dire du rapport de la quantité d’électricité restituée par la décharge, à celle fournie pendant la charge. Nous avons trouvé que ce rendement atteint des valeurs élevées (95 à 98 pour 100), quand on ne pousse pas la charge à ses dernières limites et que la décharge*lui succède immédiatement. Quand ces conditions ne sont pas
- — Courbes explicatives des expériences. N* 1. Platine. — N* 2. Or.
- remplies, l’accumulateur dissipe peu à peu sa charge en circuit ouvert, et le rendement diminue.
- Nousavonssoumisauxmêmcsexpériences plusieurs autres métaux de la famille du platine. M. Joly, directeur du Laboratoire de chimie de l’École normale supérieure, où nous avons fait ces recherches, a bien voulu en préparer pour nous les quantités nécessaires, et dans un grand état de pureté.
- L’iridium nous a donné des résultats tout à fait analogues à ceux du platine. Le ruthénium est légèrement attaqué au pôle positif par la liqueur acide, qui se colore en brun foncé. Malgré cela, il condense aussi les gaz de l’électrolyse et fournit un accumulateur dont la capacité augmente avec la pression. Mais sa force électromotrice ne se fixe pas à une valeur constante. Elle décroît d'une manière continue de lvu,t,G à zéro, sans manifester de tendance à rester stationnaire à aucun moment de la décharge,
- nombre que nous citons pour les accumulateurs industriels au plomb s applique à leur capacité pratique rapportée au poids total de 1 appareil et non au seul poids do matière active. On sait depuis longtemps qu’il est possible de construire des accumulateurs au plomb présentant une capacité plus élevée; mais cet avantage est contre-balancé par la mise hors de service très rapide de ces appareils.
- et cela aussi bien à la pression de 100 atmosphères qu’à la pression ordinaire.
- Ile tous les métaux voisins du platine, le palladium est celui qui nous a donné les résultats les plus intéressants. Les propriétés condensantes pour l’hydrogène sont bien connues depuis les expériences de Graham. Ce physicien n’avait trouvé aucune trace d’oxygène condensé dans les expériences faites à ce sujet sur des lames ou des fils de ce métal. Nous avons vérifié, en effet, qu’un accumulateur formé de deux lames de palladium ne possède, même sous forte pression, qu’une capacité excessivement laihlo, à cause de la saturation presque immédiate de la lame positive qui laisse dégager l’oxygène libre aussitôt le courant de charge coupé. En employant le métal à l’état de mousse (obtenue par la calcination du cyanure), les résultats ont été entièrement différents, et nous avons obtenu des effets bien supérieurs à ceux donnés par les autres métaux du minerai de platine. Même à la pression ordinaire, l’accumulateur, après avoir donné, à la décharge, une période de chute rapide, puis une légère surélévation de l’intensité du courant, fournit un débit constant. (On a vu que la mousse de platine ne commence à donner ce résultat qu’à partir de 20 à 50 atmosphères.) À mesure (piela pression augmente, on observe les mêmes effets généraux qu’avec le platine ; mais, à pression égale et à poids égal de matière active, la capacité de l’accumulateur est de trois à quatre fois plus grande.
- Ainsi, sous la pression de 000 atmosphères, cette capacité peut atteindre 176 ampères-heure par kilogramme de mousse de palladium. L’or précipité du chlorure par le gaz sulfureux a été reconnu apte à former aussi un accumulateur de capacité variable avec la pression. Cette capacité est, d’ailleurs, plus faible (pie celle obtenue avec le palladium ou le platine. L’allure de la décharge est également un peu différente de celle que donnent les autres métaux. (Fig. 2, courbes n° 2.)
- Enfin, avec l’argent, l’étain, le nickel, le cobalt, qui ont été essayés dans les mêmes conditions, il y a altération chimique du métal au pôle positif. 11 en est de même avec le charbon sous ses divers états. On a bien encore une certaine accumulation d’énergie électrique dans ces corps, mais une forte pression ne donne aucune augmentation dans les résultats. Les effets observés sont probablement dns à une altération d'ordre chimique, comme celle à laquelle les accumulateurs au plomb doivent leurs propriétés. Pour le charbon, en particulier, le gaz qui se dégage au pôle positif après la saturation n’est pas de l’oxygène pur, mais un mélange de ce gaz avec une très forte proportion d’acide carbonique. Ce résultat avait déjà été constaté1.
- En résumé, parmi les diverses substances essayées, les métaux nobles non susceptibles de s’altérer chimiquement au contact de l’électrolyte ou des
- 1 Yoy. Comptes rendus de l'Académie des sciences. Note de MM. Debray et Péebard. Tonie lt,p. 27, 1887.
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- produits de sa décomposition semblent seuls aptes à former des accumulateurs à gaz condensés dont la capacité augmente avec la pression. Pour quelques-uns de ces métaux, la capacité peut atteindre des valeurs élevées et notablement supérieures à celles que donnent, dans la pratique courante, les accumulateurs industriels au plomb.
- LES PALIMPSESTES
- LEUR RECONSTITUTION PHOTOGRAPHIQUE
- On nomme palimpseste un « manuscrit sur parchemin d’auteurs anciens, que les copistes du moyen âge ont effacé, puis recouvert d’une seconde écriture, sous laquelle l’art des modernes est parvenu à faire reparaître en partie les premiers caractères )) (Littré). Un sait comment la photographie a permis, dans bien des cas, de rendre visible, sous une écriture très apparente, une autre écriture invisible à l’œil, mais qui avait conservé une intensité suffisante pour diminuer, dans une forte proportion, le pouvoir actiuique du papier ou du parchemin; l’ancienne écriture se dessine alors à côté de la nouvelle, faiblement, mais cependant avec assez d’intensité pour devenir lisible. On va plus loin aujourd’hui, et MM. Pringsheim et Gradenwitz, de Berlin, sont parvenus à éliminer complètement les caractères récents, pour faire apparaître seulement ceux que l’on avait voulu effacer; le procédé est compliqué, mais les difficultés n’en .sont pas insurmontables, et il pourra rendre sans doute de grands services aux érudits.
- Pour reconstituer l’ancienne écriture, on commence par faire deux négatifs du manuscrit; ces deux négatifs, que nous appellerons A et B, doivent être absolument semblables comme dimensions, mais leur intensité est très différente ; le premier est vigoureux, et ne montre que des traces de l’ancienne écriture ; le second est, au contraire, aussi uniforme que possible, et fait apparaître les deux écritures avec la même intensité. On fait alors un diapositif B' du cliché B, et on l’applique sur A, de manière à faire concorder absolument les points correspondants. Si l’on a réussi à donner aux clichés l’intensité voulue, on voit apparaître, par transparence, l’ancienne écriture seule; en effet, le fond du parchemin étant sombre sur le négatif A et clair sur B', prend une teinte moyenne. Il en est de même de récriture récente, pour la raison inverse; quant à l’écriture ancienne, elle est sombre sur le premier négatif, ainsi que sur le positif; les intensités s’additionnant, elle paraîtra seule en noir sur le fond gris de l’ensemble. On peut alors tirer un négatif, qui ne donnera plus que la première écriture.
- La difficulté dans l’exécution du procédé, ne réside pas tant dans l’obtention des teintes exactes que dans la parfaite égalité géométrique qu’il faut donner à tous les clichés; le repérage nécessite les soins les plus minutieux.
- Les auteurs ont obtenu les teintes voulues, en :e servant, pour le premier négatif, de plaques à l’éosine, exposées pendant un temps prolongé sous un verre jaune, tandis que le négatif B était produit sur une glace au gélatino-bromure, développée avec un excès de bromure, de manière à obtenir une vigueur suffisante. Il s’agit seulement ici d’arriver à une intensité très différente, sans qu’il soit, du reste, nécessaire de la régler exactement. On arrive, par tâtonnement, à donner l’intensité voulue au positif B'. L’Ingénieux procédé que nous venons de
- décrire n’est évidemment pas limité aux manuscrits, mais s’applique à tous les cas dans lesquels on voudra obtenir, avec une grande intensité, un détail donné d’une image, fût-il le plus insignifiant et le moins vigoureux. C. E. G.
- LE SIPHON DE CLICHY-ASNIÈRES
- Le dimanche 1 1 novembre 1894 a été inauguré le siphon de Clichy-Asuières construit sous la Seine par M. J. Berlier. Ce siphon, qui n’a pas moins de 465 mètres de longueur, est le premier tronçon du grand aqueduc, nommé aqueduc d’Àchères, déclaré d’utilité publique par une loi du 4 avril 1889 ; il fait partie de la réalisation matérielle du vaste programme, si ardemment discuté, du Tout à l'égout.
- Les eaux d’égout de Paris, actuellement déversées: dans la Seine par le collecteur d’Asnières, seront,, lorsque l’aqueduc sera terminé, précipitées dans le siphon dont nous parlons, par un puits vertical creusé à Clichy : elles passeront sous la Seine, comme le montre notre dessin (fig. 1), et iront reparaître sur la rive gauche, à Asnières, dans l’aqueduc libre qui lui fait suite et qui pourra débiter jusqu’à 9m3,75 par seconde. Le siphon se trouve exécuté à 15rn,80 au-dessous du niveau de la Seine. Notre figure 2 montre le travail que les ouvriers y ont exécuté.
- On axait déjà quelques exemples de travaux analogues à l’étranger. Deux tunnels de ce genre passent sous la Tamise, à Londres, et un autre sous la Mersey. Aux Etats-Unis, on connaît les tunnels de l’Hudson et de la rivière Saint Clair.
- Mais, en France, on n’avait encore rien tenté de semblable. M. J. Berlier, ingénieur civil, s’est cependant porté garant du succès et a entrepris le siphon de Clichy-Asnières à ses risques et périls.
- Ce travail était très difficile, car le fond de la Seine, en cet endroit, est fort tourmenté. La rivière, en creusant son lit aux époques reculées de l’histoire géologique, a profondément bouleversé le sol : il s’est produit des crevasses qui ont été comblées dans la suite par l’apport de toutes sortes de matériaux. Aussi, les sondages faits au début de l’entreprise n’a\aient-ils fourni à nos ingénieurs que des renseignements vagues. D’un mètre à l’autre de l’avancement, le terrain changeait : les alluvions vaseuses se mêlaient aux alluvions sableuses ; aux marnes du calcaire grossier supérieur, succédaient les sables verts et jaunes, les conglomérats, le grès siliceux, l’argile. Il a fallu traverser, en les faisant sauter avec des explosifs, des bancs calcaires, et des pou-dingues, sortes de bétons très durs, formés de silex agglomérés par un véritable ciment naturel.
- Ajoutons que les sables rencontrés étaient souvent des sables bouillants, fluides comme de l’eau, mais impossibles à pomper et à étancher : il fallait les enlever à la main pour ne pas produire des éboule-ments interminables au front de taille. Sur ^beaucoup de points aussi, la marne, bien qu’assez compacte pour tenir l’eau, était fissurée et laissait passer de véritables flots d’eau.
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- M. Berlier, pour vaincre ces innombrables difficultés naturelles, a opéré constamment dans l’air comprimé dont la pression a atteint juscpi’à trois atmosphères. Le percement a été effectué par la méthode dite du bouclier qui avait donné de bons résultats dans divers cas analogues à l'étranger, notamment pour les tunnels sous la Tamise et pour celui de la rivière Saint-Clair. La Nature' en a
- parlé en leur temps et nous ne ferons ici qu’en rappeler le principe, simplifié, d’ailleurs, et en quelque sorte francisé par M. J. Berlier.
- Le bouclier fut employé pour la première fois sous la Tamise par Brunei, ingénieur français, en 1825. Mais son bouclier était en bois et rectangulaire, de 12m,10 de largeur sur 7 mètres de hauteur. Des leviers à genoux le faisaient avancer
- Fig. 1. — Le siphon de Cliehy-Àsnières, pour l’aqueduc d’Achères, destiné à l’exécution du Totit à l’égout. Vue générale de la conduite sous la Seine.
- contre le terrain que l’on affouillait devant lui : en arrière, au furet à mesure de l’avancement, on construisait le revêtement en maçonnerie de la galerie.
- Le bouclier actuel est métallique et de section circulaire. Son diamètre, au siphon de Cliehy-Asnières, est de 2m,56, légèrement plus grand que le diamètre
- de la galerie à ouvrir (fig. 4). 11 est muni, en avant, d’une garniture tranchante en acier, ou couteau, qui découpe le sol. Par des portes ouvrant dans le diaphragme qui constitue le bouclier, on effondre le sol et l’on fait rentrer les déblais dans la galerie.
- Long de lm,20, le bouclier est muni en arrière
- d’un prolongement cylindrique ayant comme diamètre intérieur 2m,54, de façon à envelopper la conduite à la manière des tubes de télescope. La longueur de ee prolongement est de O111,60, soit un peu plus de une fois la longueur d’un des anneaux en fonte dont se compose la conduite. 11 réalise donc, en arrière du bouclier, une sorte de blindage dans lequel on peut aisément procéder au montage du siphon.
- L’avancement du bouclier est obtenu au moyen
- 1 Yny. n°9, du 2 août 1873, p. 152, et n° 915, du 29 novembre 1890, p. 401.
- de cinq presses hydrauliques fixées à sa périphérie, et dont la tête du piston, munie d’un gros sabot en fonte, prend son point d’appui sur la partie du siphon déjà construite. Lorsque le bouclier a avancé d’environ cinquante centimètres, on a établi une excavation rigoureusement circulaire : on ramène alors les pistons des presses hydrauliques dans leurs cylindres, et l’on fait le montage des anneaux en fonte à collerettes qui formeront lè revêtement définitif. Les anneaux, de 0m,50 de longueur et de 25 millimètres d’épaisseur, sont lisses à l’extérieur et présentent des nervures d’assemblage à l’intérieur.
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- Chacun d’eux est composé de cinq plaques iden- En s'avançant, la partie télescopique du bouclier tiques et d’une sixième, plus petite, formant clef. laisse, autour de la conduite, un vide annulaire
- Fig. 3. — Orifice du puits conduisant à la galerie sous-fluviale, avec la benne de descente.
- irrégulier de trois centimètres environ. Ce vide est rempli de mortier, d’une manière ingénieuse, de façon à obtenir une véritable chape extérieure. A cet elfet, un réservoir en tôle, muni d’un malaxeur, est rempli de mortier : de sa partie inférieure se détache un tuyau flexible, en cuir, terminé par une lance qui vient s’adapter dans des trous réservés au cen tre de chaque plaque et filetés. On admet l’air comprimé dans le réservoir, et le mortier, violemment chassé au dehors, vient se répandre dans le vide annulaire qu’il remplit et dans lequel il se moule. On commence l’opération par les trous des plaques inférieures : lorsque le mortier apparaît aux trous supérieurs, on y adapte la lance, en même temps que l’on bouche avec des tampons en bois les trous des plaques déjà garnies. De plus, de distance en distance, extérieurement au siphon,
- on établit une petite murette en forme de couronne circulaire qui empêche, pendant l’injection, le mortier de fuir vers la partie en avancement.
- Intérieurement les anneaux sont également revêtus de ciment lissé. Il convient de signaler que l’on a fait usage, en cette occasion, du ciment de laitier préparé avec les laitiers de hauts fourneaux et qui paraît donner de très bons résultats.
- Les visiteurs, lors de l’inauguration, ont pu s’assurer qu’il n’y avait aucune infiltration d’eau dans le siphon : on constatait seulement, sur la paroi, les condensations de vapeur d’eau inévitables dans un souterrain quelconque. On faisait descendre les visiteurs par la benne que représente notre figure 3 donnant l’entrée du puits.
- Nous ne dirons que quelques mots de ce puits vertical d’accès au siphon ; il a 24 mètres de profondeur
- Fig. 4. — Bouclier avec deux hommes aux leviers des pompes hydrauliques.
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- et 3m,50 de diamètre. Son revêtement consiste également en anneaux de fonte de 1 mètre de hauteur et de 50 millimètres d’épaisseur fondus d’une seule pièce et terminés par des collerettes qui reçoivent les boulons d’assemblage.
- En plan, le tracé de l’ouvrage comporte deux grands alignements droits raccordés par une courbe de i 00 mètres de rayon : il présente deux rampes successives, la première de 7 millimètres par mètre sous la rivière et la seconde de 80 millimètres par mètre sous la rive gauche.
- On peut donner, cela va sans dire, un bien plus grand diamètre au bouclier que celui adopté pour le siphon de Clichy-Àsnières : les diamètres de 6 mètres et môme au delà sont réalisables. Pour le tunnel américain de Saint-Clair, le diamètre du bouclier était de 6m,475. M. J. Berlier propose d’employer le même système pour la construction de la voie ferrée métropolitaine décidée, en principe, à Paris, entre le bois de Boulogne et Yincennes, et aussi pour le tunnel sous la Seine, depuis longtemps réclamé entre le Havre et Pont-Audemer pour le passage du trafic de la Compagnie de l’Ouest. Les excellentes conditions d’exécution du siphon de Clichy-Àsnières donnent à penser que ces deux importants travaux pourraient être aussi effectués sans difficultés exceptionnelles par nos ingénieurs.
- Les travaux du siphon ont été exécutés sous la direction de M. Bechmann, ingénieur en chef, et Launay, ingénieur de l’assainissement de Paris, par M. J. Berlier lui-même, ayant sous ses ordres M. Àmiot comme ingénieur chef de service. Le courage et'la persistance déployés par ces ingénieurs et par les ouvriers ne se sont pas démentis un seul instant malgré les difficultés de toutes sortes qu’ils ont rencontrées. Aussi la construction de cet ouvrage restera-1—elle comme un épisode intéressant et honorable dans l’historique de l’art des Travaux publics en France. Max de Nansouty.
- LES CHEMINS DE FER A VOIE ÉTROITE
- Dans quelques États d’Allemagne, la voie étroite est très en faveur; il y existe un grand réseau d’État à 0m,75 dont le premier établissement date de 1880, et dont les résultats satisfaisants provoquent de plus en plus l’adoption sur d’autres points.
- En Prusse, la voie étroite rencontrait beaucoup d’opposition et d’indifférence jusqu’à ce quele gouvernement, il y a deux à trois ans environ, prit la question en mains. — A la suite d’un décret paru en 1892, les voies de 1 mètre, 0m,75 et 0m,60 furent recommandées. Les autorités paraissent vouloir actuellement pousser vivement en faveur de ce système.
- En mars 1892, il y avait, dans toute l’Allemagne, environ 1150 kilomètres de voies à 1 mètre et à 0m,75, celle de 0m,()0 n’ayant été officiellement adoptée que récemment.
- Le gouvernement autrichien est resté de longues années défavorable à la voie étroite, jusqu’à ce que l’expérience des chemins de fer de Bosnie en ait démontré les avantages et attiré son attention. Stevermark a beaucoup
- fait pour l’avancement delà voie étroite, et c’est surtout en Bosnie et en Herzégovine que le système a été propagé. fa ligne militaire de Bosnie, qui a un développement de 200 kilomètres, a été, au cours des trois dernières années, transformée en voie de 0m,70 pour le trafic général, et le développement total actuel des lignes à voie étroite en Bosnie et Herzégovine est de 610 kilomètres.
- En France, un essai timide avait été fait en 1851, mais ce fut seulement, il y a vingt ans, lorsque le gouvernement se mit à la tète du mouvement, que la voie étroite fut adoptée dans une certaine étendue. Un grand nombre de lignes locales furent alors construites avec la subvention de l’Etat ou des départements; et l’on peut dire que, dans ces dernières années, la voie normale a été virtuellement abandonnée pour les lignes d’intérêt local. Nous devons ajouter que, tandis que, récemment encore, la voie de 1 mètre et celle de 0m,75 étaient en faveur, c’est maintenant celle de 0“,60 qui est le plus adoptée. Le coût de cette dernière, y compris le matériel roulant, se tient généralement entre 25 000 et 53 000 francs par kilomètre en France.
- A la fin de 1891, il y avait dans ce dernier pays un ensemble de 3000 kilomètres de voie élroile.
- En Belgique, cette question fut résolue par dos actes de 1884 et 1885; une compagnie fut formée pour la construction des lignes locales, et, à latin de 1892, il y avait, soit terminés, soit en construction, 1100 kilomètres de voie à 1 mètre et à 0ra,67. En Hollande, cette voie n’est adoptée jusqu’ici que pour les tramways. En Italie, ce ne fut qu’en 1869 qu’un bill autorisa les constructions, et, dès la fin de celte même année, 800 kilomètres de voie étroite furent livrés au trafic. En Suisse, le mouvement commencé il y a vingt ans subit un long arrêt; mais il est repris depuis quelques années pour les chemins de fer de touristes. En Norvège, il existait environ 960 kilomètres en 1891, et en Suède, 1740 kilomètres, variant entre 0“,60 et lro,2l7. Dans diverses autres contrées d’Europe, la voie étroite a rencontré des partisans.
- Dans les États-Unis d’Amérique, la voie étroite entraînant une réduction de dépenses de moitié a été recommandée il y a vingt ans déjà par un comité spécial ; en 1889, il en existait déjà 16 000 kilomètres.
- Au Mexique, c’est la voie de 0m,75 qui a été adoptée comme la normale. La ligne de Port-Saïd-Ismaïlia, de 0ra,75, fut construite en 1860, et bien d’autres lignes à voie réduite ont été édifiées dans les possessions françaises. A Tunis, c’est la voie de 1 mètre qui a été adoptée pour les lignes d’Etat. Celle du Congo a 0, 7G ; et, en Australie, celle de lm,067 est fréquemment employée1
- LES INSTALLATIONS ÉLECTRIQUES
- DES GRANDS MOULINS DE CORlîEIL
- Les installations électriques actuelles nous offrent, ceci de remarquable qu’elles ne servent plus uniquement à assurer l’éclairage, mais quelles sont également utilisées pour la transmission à distance de l’énergie. Les grands moulins de Corbeil nous en offrent un nouvel exemple. Ces moulins, dont l’origine remonte au douzième siècle, furent en 1892 la proie d’un violent incendie qui dévasta en totalité les grands magasins. Ces derniers ont été reconstruits en apportant à leur construction les plus récents perfectionnements.
- 1 D’après Engineering et Bulletin technologique des Écoles nationales des arts et métiers.
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- L’éclairage de ces nouveaux bâtiments est assuré par 400 lampes à incandescence de 10 et de 10 bougies. L’énergie électrique est fournie par une dynamo Coin-pound ftechnicwski, construite par la Société l'Éclairage électrique, d’une puissance de *27,5 kilowatts à la vitesse angulaire de 900 tours par minute. Les lampes ont été réparties en deux circuits, qui permettent d’allumer ou d’éteindre de l’usine à la fois toutes les lampes utilisées pour le service de jour ou pour le service de nuit. Dans un bâtiment voisin, où se trouvent installés les appareils de nettoyage, les transmissions étaient effectuées autrefois par des câbles télédynamiques. Ces câbles, en outre de leur faible rendement industriel, exigeaient, un entretien assez coûteux. Ils ont été remplacés par une transmission électrique. On a installé, dans la salle des machines, une autre dynamo génératrice de 00 kilowatts, à la vitesse angulaire de 500 tours par minute, et à la différence de potentiel de 150 volts. Cette machine est destinée à la transmission de la force motrice à distance. De la salle part un circuit en câbles isolés à l’intérieur des bâtiments et en câbles nus sur isolateurs en porcelaine à l’extérieur.
- Cette ligne dessert un moteur de même construction de 45 kilowatts, à la vitesse angulaire de 000 tours par minute. Un rhéostat placé dans l’excitation permet de faire varier à volonté le régime de marche du moteur; un autre rhéostat monté en circuit sert au démarrage et à l’arrêt progressif. Le rendement industriel de cette installation, ou rapport de la puissance utile recueillie sur la poulie du moteur à la puissance fournie sur la poulie de la machine génératrice, dépasse 77 pour 100. Il faut remarquer aussi que ces appareils fonctionnent nuit et jour, le plus souvent sans aucune surveillance. Cette première transmission sera augmentée prochainement : la dynamo génératrice actuelle servira de moteur pour commander les transmissions de la féculerie. Une nouvelle génératrice de 132 kilowatts sera installée pour desservir les deux moteurs dont il vient d’elre question, ainsi que deux cabestans, un monte-charges pour charbons et divers moteurs de faible puissance. Les nouvelles dispositions adoptées par les moulins de Corbeil pour la transmission électrique de l’énergie procurent une économie notable sur les anciens procédés par câbles télédynamiques. J. L.
- LA PROFONDEUR DES MINES
- AUX UT AT S-l'NIS
- La mine de cuivre de Tamarack à Red-Jacket, Michigan, est la plus profonde des Etats-Unis. Elle exploite les gisements de Calumet, en dessous de la mine Calumet et Hecla. Les puits sont verticaux et ont les profondeurs suivantes : n° 1, 1972 mètres, n0" 2, 1000 mètres, n° 5, 1275 mètres et n1 4, 1200 mètres. Les deux derniers ont été creusés dans le but de développer l’extraction dans la partie nord de la propriété; il y a peu de mois encore, le minerai était extrait à 1250 mètres dans le puits n° 5. La profondeur définitive de ces puits atteindra environ 1800 mètres. Les machines d’épuisement sont du type Corliss, cylindres à enveloppes, de 80 centimètres de diamètre, et 2m,10 de course. Le tambour d’enroulement est un double tronc de cône de 12 mètres de diamètre au centre, et 4 mètres aux extrémités, longueur totale 8m,50. De part et d’autre du centre peuvent s’enrouler 2000 mètres de corde de 31 millimètres. La quantité de minerai extraite est de 3 tonnes par minute.
- CURIOSITÉS I)E L’HORLOGERIE
- l'heure i.a nuit
- Dès que l’on eut construit des instruments horaires on chercha à les utiliser la nuit comme le jour. Les gnomons ou les cadrans solaires ne pouvaient être employés à cet usage, surtout à l’intérieur des habitations. Si, la nuit, au moyen d'un fil-à-plomb, tendu verticalement en lace de l’étoile polaire, on obtenait l’heure, cela n’élait possible que par les temps clairs et dans la campagne.
- Les clepsydres, ou horloges à eau, pouvaient seules alors réaliser ce problème, aussi eut-on l’idée de les éclairer la nuit. C’est donc des horloges lumineuses dans l’obscurité que nous allons parler, de celles dont la tradition s’est maintenue jusqu’à nos jours, malgré le moyen plus pratique de la sonnerie. Nous ne nous occuperons ici que de l’horloge ou de la pendule d’appartement, car le cadran lumineux des horloges publiques est de toute utilité encore actuellement.
- En étudiant lTiistoirc des clepsydres on constate que certaines de ces pièces, déjà fort compliquées, possédaient un système de lampe qui permettait de voir l’heure malgré l’obscurité. Telle fut la clepsydre construite en Chine et dont il est fait mention dans le Tehan-li, livre qui date de l’an 202 avant notre ère. Il en est de même de la clepsydre arabe qui était à Damas dans la mosquée, en 1184. Il y en eut beaucoup d’autres dans ce genre. L’idée de la veilleuse, différemment appliquée, se retrouve dans les horloges à ressorts, depuis l’époque de la Renais-
- sance jusqu’à nos jours.
- Nous allons parler de quelques types curieux afin de donner une notion des multiples moyens employés par les horlogers pour donner l’heure la nuit.
- Le seizième siècle a été particulièrement fécond en choses d’horlogerie, soit comme inventions, soit comme décoration, et on peut, sans crainte, affirmer qu’on n’a rien fait de nouveau depuis, comme ingénieuses fantaisies. Voici, par exemple, la description d’une horloge à réveille-matin inventée par Caravagius pour André Alciat1.
- « Au moment où le timbre sonnait les heures, une étincelle tirée d’un silex au moyen d’une batterie de pistolet placée à l’endroit voulu, tombait sur du soulfre (sic) qui s’enllammait et allumait la mèche d’une chandelle. » Ce genre de pièce n’était pas unique et, bien que rare, on en retrouve encore d’anciennes de nos jours; elles sont en cuivre doré, finement ciselé.
- Ile la même époque, nous reproduisons une horloge Renaissance en forme d’ostensoir (fig. 1). Au-dessous du cadran, qui est monté sur une tète d’homme formant gaine, se trouve un bec de lampe juive dans lequel se place une mèche trempant dans l'huile renfermée dans le corps de l’homme et dans le pied
- 1 Histoire de VAcadémie des inscriptions et belles-lettres.
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- LÀ NATURE.
- sur lequel il repose. C’est cette lampe qui, la nuit, éclairait le cadran. Cette pièce est en bronze doré : la gaine est fort bien ciselée et toute la surface est couverte de gravure.
- Nous possédons une curieuse horloge faite à Sajtz-bourg au commencement du dix-septième siècle (fig. 2) ; elle se compose d’une plaque, ornée de motifs en cuivre repoussé, accompagnant deux cadrans superposés. Le cadran inférieur servant à indiquer l’heure le jour n’a rien de particulier ; il a un disque en cuivre sur lequel sont gravées les heures qui sont indiquées par une unique aiguille d’acier, fort élégante du reste. Le cadran supérieur est tout différent
- et sa composition a des prétentions au mystérieux. Les heures sont peintes en noir sur un disque de verre qui est fixé dans la plaque formant le corps du cadran; il est donc immobile. Derrière ce disque et s’appliquant presque immédiatement dessus, est une autre plaque de verre sur laquelle est peint eu noir un petit personnage, tenant à la main une baguette, qui sert à marquer les heures.
- Cette seconde plaque de verre est circulaire et à sa circonférence se trouve dissimulée, derrière un ornement, une roue dentée qui lui est scellée. Cette roue engrène dans une cadrature qui correspond à celle du cadran inférieur, de telle sorte que le mou-
- Fig. 1 à 4. — Horloges anciennes. — Fig. 1. Horloge hollandaise. (Collcelion Spitïer.) — Fig. 2. Horloge mystérieuse. (Collection de l’auteur.) — Fig. 3. Lampe horloge. (Collection de l’auteur.) — Fig. 4. Veilleuse hollandaise. (Collection de l’auteur.)
- vement en marchant actionne en même temps le cadran de jour et celui de nuit, lequel est éclairé par une veilleuse placée derrière. Les deux plaques de verre étant transparentes, il faut chercher pour comprendre le système, car les deux plaques de verre ne semblent en faire qu’une et ne former qu’un seul et même cadran.
- Dans notre collection, nous possédons encore une veilleuse de nuit servant à indiquer l’heure (fig. 3). Elle constitue une véritable clepsydre à écoulement. Ce genre fut relativement assez commun au dix-septième siècle. C’étaient surtout des horloges de cabinet de travail.
- Ces pièces se composent d’un bec de lampe juive placé au bas d’un récipient de verre monté à vis verticalement sur un pied en étain auquel il est fixé
- par deux lames de même métal. Sur l’une de ces lames, celle qui se présente juste en face du bec de la lampe, on lit les heures de la nuit fondues en relief. Elles commencent par 4 heures du soir, qui est l’heure à laquelle l’hiver on doit allumer, et elles finissent à 7 heures du matin. On démontait le récipient de verre en le dévissant de son pied, et on le remplissait d’huile. Remis en place et la lampe allumée, c’était le niveau de l’huile qui marquait l’heure en descendant au fur et à mesure de la combustion.
- Beaucoup plus tard, en 1819, un horloger nommé Gabrv, de Liancourt, utilisa le même principe pour construire un système de veilleuse dont nous possédons un exemplaire (fig. 8). C’est une réminiscence de l’antique clepsydre indienne (ou hindoue?). Elle se
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- compose de deux récipients en porcelaine juxtaposés, et qui communiquent par un conduit pratiqué au bas de la cloison qui les sépare. Au-dessus de cette cloison s’élève une plaque de tôle avec un cadran peint sur l’une de scs faces. On emplit d’huile les deux vases, et dans celui qui est devant le cadran on place une veilleuse pour l’éclairer.
- Dans l’autre est un flotteur suspendu par un fil qui s’enroule autour d’une poulie, montée sur un axe horizontal , aboutissant au centre du cadran. Ce flotteur, baissant au fur et à mesure de la combustion de l’huile, entraîne avec lui l’aiguille fixée sur l’axe par devant le cadran et marque ainsi les heures.
- La précision de ces horloges devait être certainement des plus médiocres, quel que soit le soin que l’on ait pris de diriger la flamme de la mèche.
- Une veilleuse hollandaise du dix-huitième siècle nous indique une nouvelle combinaison (fig. -4). Les heures sont découpées à jour sur le disque en métal formant cadran, lequel tourne et vient successivement présenter toutes les heures sous une colombe découpée, également à jour, dans le fronton et servant d’index. Une lumière qui est placée sur la caisse renfermant le mouvement rend ainsi lumineuses, au milieu de l’obscurité , et l’heure et la colombe. Cette pièce, d'un véritable intérêt, est tout en cuivre poli. Le cadran seul est argenté.
- Dans Y Architecture de Schubler on voit les gravures de deux horloges d’appartement datées de 1724. L’une a un cadran lumineux projetant l’heure direc-
- tement sur le sol avec un agrandissement considérable obtenu par le cadran lui-même, composé d’une lentille. L’autre est une véritable lanterne magique
- avec objectif projetant l’heure sur la muraille. Ces deux horloges, de grande dimension, sont d’une très riche ornementation et d’un bel effet décoratif, quoique d’un goût un peu indécis.
- L’idée de ce système de pendule lanterne magique a été reprise dans d’autres proportions, et sous diverses formes. Nous possédons une pendule de cheminée datant du premier Empire (fig. 5 et 6), composée d’un caisson en cuivre ayant sur sa face un objectif de lanterne magique, derrière lequel se trouve un cadran de verre ayant les heures peintes.
- Ce cadran transparent est actionné par une transmission presque invisible, mue par le mouvement de la pendule placé sur la partie supérieure du caisson.
- Ce mouvement a son cadran au-dessus de l’objectif et donne ainsi l’heure pendant* le jour. Derrière le cadran, qui se trouve dans le caisson, est une lampe que l’on allume le soir, de manière à obtenir une projection lumineuse du cadran d’un très grand diamètre, soit sur un mur, soit sur un écran.
- En 4828, un sieur Reliait prit un brevet pour une lanterne magique servant à amplifier le cadran d’une montre (Musée des Arts et Métiers). Sous l’Empire, on fit beaucoup de pendules veilleuses ; les plus communes étaient composées d’un cercle de métal, sertissant un cadran de verre dépoli avec les
- Fig. 5 et 6. — Pendule lanterne. — Fig. 5. Vue extérieure. Fig. 6. — Détail du mécanisme intérieur.
- Fig. 7 et 8. — Veilleuses. — Fig. 7. Veilleuse Empire. (Collection de l’auteur.) — Fig. 8. Veilleuse de Gabry. (Collection de l’auteur.)
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- heures peintes en noir (fig. 7). Au centre de ce cadran était une rosace en cuivre ciselé derrière laquelle était dissimulé un mouvement de montre. Une veilleuse placée derrière éclairait les aiguilles et les heures se détachaient en noir sur le disque blanc.
- Ce cadran était monté sur un pied de bronze ciselé dont le motif décoratif variait à l'infini ; cependant fréquemment, comme dans le spécimen que nous reproduisons, il était formé par un personnage.
- Ces différentes horloges sont, on le voit, un peu naïves et certaines sont loin d’offrir des garanties de marche bien sérieuses.
- De nos jours on a construit des pendules de nuit, de systèmes les plus divers.
- Mais tout cela ne répond qu’imparfaitement au but proposé et l’on peut conclure que l’heure la nuit est bien plutôt connue par les sonneries de pendules que par les lumières qui les éclairent.
- C’est surtout à partir du dix-septième siècle (1670). qu’avec les pièces à tirage, c’est-à-dire donnant l’heure à volonté, le problème a été résolu. On a ainsi, selon ses besoins, l’heure, la demie, les quarts et même quelquefois la minute.
- Actuellement la pendule de voyage, avec grande sonnerie, a dit le dernier mot de l’heure la nuit et remplace avantageusement toutes les pendules et horloges à veilleuses, inventées depuis des siècles.
- Plaxcuox.
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- CHRONIQUE
- L'œil et la langue. — En Bretagne, il existe une coutume bizarre. Quand une personne a le malheur d’avoir des corps étrangers dans l’œil, elle prie une de ses connaissances de les extraire avec sa langue. Bien que cette pratique ne soit peut-être pas d’une propreté excessive, elle est, paraît-il, très efficace : le toucher doux de la langue n’excite pas douloureusement le globe de l’œil et ses mucosités agglutinent les poussières qui se promènent sur la conjonctive. Un fait curieux que vient de nous faire connaître le Dr La Marc’ lladour, c’est que cette méthode est systématiquement employée dans la médecine annamite : on se sert de la langue pour porter sur la conjonctive les topiques usités. C’est ainsi que, pour la conjonctivite purulente, la langue porte dans l’œil une poudre composée ainsi : fleurs de sureau, de menthe, de camomille, sulfate de cuivre, camphre, un coléoptère (Sac-Vi), une racine aromatique (Duong-coui), le tout réduit en poudre. Voilà une coïncidence curieuse. II. C.
- La visibilité nocturne des torpillcnrs. — La
- visibilité des torpilleurs pendant la nuit et aussi la possibilité de les entendre quand ils s’approchent, ont été récemment l’objet d’expériences curieuses exécutées à Newport en Angleterre avec le torpilleur Cushing. Le bâtiment avait été peint d’une couleur peu visible et commença par s’éloigner de terre pendant qu’on dirigeait sur lui la lumière d’un projecteur puissant. Arrivé à une distance de 1)00 mètres, il n’était plus visible de la côte; quoique, sur le bâtiment lui-même, on pût encore lire à fa clarté que le projecteur produisait. Une autre expérience fut destinée à permettre de déterminer la distance à laquelle on commençait à entendre le bruit de la machine et du propulseur. La nuit était extrêmement favo-
- rable, saut qu’il faisait clair de lune. Ce qu’on remarqua d’abord, furent les étincelles qui sortaient de la cheminée et bientôt après le bruit de l’eau bouillonnante. Buis le projecteur fut mis en jeu; mais il fallut encore quelques secondes avant que le bateau devînt visible. A ce moment son éloignement était d’environ 750 mètres. D’après ces indications, ce serait encore une question de savoir si les projecteurs peuvent assurer une protection efficace contre les attaques des torpilleurs. Les projecteurs ont été également employés pendant les manœuvres navales allemandes de cette année, et principalement dans l’attaque de nuit des torpilleurs contre les cuirassés d’escadre sur la côte de Hügen. Mais les résultats obtenus, comme d’ailleurs tous les détails de l’opération, sont tenus secrets.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 novembre 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- Influence de l'acide arsénique sur la végétalion des algues. — M. Dehérain analyse une note de M. Raoul Bouilhac relative à l’influence de l’acide arsénique sur la végétation des algues. La ressemblance des phosphates, avec les arséniates pouvait donner lieu de penser que les arséniates sont susceptibles de remplacer les phosphates dans la végétation. Des recherches antérieures ont montré que les phanérogames mouraient empoisonnés par l’acide arsénique, mais qu’un certain nombre d’algues prospéraient dans des dissolutions nutritives contenant de l’arsé-niate neutre de potasse. M. Bouilhac en cite plusieurs espèces. L’expérience lui a prouvé que cet arséniate ajouté à une dissolution nutritive contenant de l’acide phospho-rique non seulement augmente la récolte, mais qu’en outre les algues se développent très bien dans une dissolution privée de phosphate et renfermant des arséniates. Bour ces espèces végétales, les arséniates remplacent les phosphates.
- La toxicité du venin de vipère. — MM. Bhisalix et Bertrand viennent d’opérer de nouvelles recherches sur la toxicité du sang de vipère, ayant pour objet la cause même de cette toxicité. Le problème qu’ils ont résolu est celui-ci : les glandes à venin tirent-elles la substance toxique du sang de l’animal ou la fournissent-elles au sang par absorption? Ils entreprennent de démontrer que cette seconde hypothèse est celle qui doit être admise. Bour en fournir la preuve, ils ont enlevé les glandes à venin et ont essayé l’action du sang de ces animaux comparée à celle du sang d’animaux n’ayant pas subi l’ablation. Leurs expériences ont porté sur plus de 45 sujets. On sait que les vipères en captivité meurent invariablement d’inanition, au bout de quelque temps; les vipères opérées peuvent survivre aussi longtemps que les premières. MM. Bhisalix et Bertrand ont constaté que un demi-centimètre cube de sang de vipère normale tue toujours les cobayes; au contraire un demi-centimètre cube de sang de vipère opérée, ne les tue jamais. On note seulement quelques accidents. Mais en injectant un centimètre cube, les risques sont beaucoup plus graves. La toxicité du sang est donc considérablement diminuée par l’ablation des glandes venimeuses, les auteurs en infèrent que le sang des vipères tire son principe toxique des glandes venimeuses. En exposant les expériences de MM. Bhisalix et Bertrand, M. Chauveau en rapproche les résultats d’une expérience due à M. Brown-Sequard, dans laquelle ce savant a constaté que des serpents à sonnette privés de leurs glandes, peuvent, au bout de quelque temps, périr sous
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- LA NAT LUE.
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- l’action de leur propre venin. 11 ajoute que le sang de vipère est toxique a toute époque de la vie de l’animal, c’est-à-dire même pendant la période d’inactivité qui correspond à l’hiver.
- Races humaines préhistoriques du midi de la France. — Dans la séance du lti juillet dernier, 51M. Diette et de Laporterie donnaient la description de figurines humaines en ivoire recueillies dans une station quaternaire sise à Brassempouy (Landes) et indiquaient l’existence à cette époque, dans ce même lieu, de deux types humains sinon de deux races dissemblables. La forme générale du corps, accentuée d’une manière très caractéristique pour certaines parties, rapprochait l’une des deux races de celle des Boschismanes ; l’autre race semblait procéder du type mongotique. Enfin dans le même gisement on avait trouvé une petite figurine de femme, véritable joujou d’enfant, taillée dans l’ivoire en quelques coups de silex. M. Piette décrit aujourd’hui quatre figurines de cette espèce nouvellement découvertes au même lieu. Ces figurines ont le caractère des œuvres égyptiennes. L’auteur conclut que deux races différentes se sont succédé dans le même lieu. La plus ancienne aurait été celle analogue aux Boschismanes; elle aurait disparu par l’effet de la conquête. 11 ajoute que l’enfouissement au-dessous d’un foyer, parmi des débris carbonisés d’ossements de mammouth, ne peut laisser aucun doute sur la date préhistorique de ces objets dont la ressemblance avec les poupées que l’on rencontre en Egypte dans les sépultures d’enfant, est frappante.
- Photographies binaires. — M. Lœvvv communique le .résultat de comparaisons effectuées entre des agrandissements de photographies de la surface lunaire provenant de l’observatoire Lick et des agrandissements de photographies des mêmes régions du disque lunaire qu’il a exécutées, en collaboration avec 31. Puiseux, au moyen du grand équatorial coudé de l’observatoire de Paris. Bien que la puissance optique do l’instrument de Paris soit moindre que celle de l’instrument de Lick, les photographies obtenues par M. Lœwy ont donné de meilleures images. Le modelé des accidents de la surface lunaire est plus accentué et les détails plus finement reproduits. M. Lœwy a retrouvé le cratère de Linné dans la mer de la Sérénité, qui avait été visible jusqu’en 1800 mais qu’on n’avait plus aperçu depuis cette époque. Le diamètre de ce cratère ne serait plus que de 1 kilomètre.
- Varia. — M. Joannès Chatin a étudié le développement de la cellule du tissu conjonctif chez les mollusques gastéropodes. — M. Sauvage a décrit les reptiles de la partie supérieure du jurassique Boulonnais.
- Cil. DE VlLLEDEWL.
- MESURE PRATIQUE DE LA VITESSE DU VENT
- Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, l’éminent M. Janssen, en parlant des intéressants travaux exécutés à l’Observatoire de la Tour Eiffel, mettait en évidence le parti que l’on peut tirer de cette station, placée dans des conditions exceptionnelles, pour l’étude et la vérification d’un grand nombre de lois physiques encore mal élucidées.
- La tempête, d’une violence exceptionnelle, qui a sévi sur la France, et sur Paris en particulier, dans la première quinzaine de novembre, en a donné une preuve nouvelle en ce qui concerne la question
- importante de la mesure des vitesses et de la pression du vent.
- Rappelons que ces deux éléments, vitesse et force du vent, interviennent d’une façon prépondérante dans les calculs des ouvrages édifiés par nos ingénieurs, et, principalement, des ouvrages métalliques. Leurs coefficients influent profondément, suivant la valeur qu’on leur attribue, sur les dimensions des pièces constructives mises en œuvre, et selon qu’on leur attribue lelle ou telle valeur, on fait « plus ou moins lourd » ou « plus ou moins léger ».
- Or, s’il y a des traditions, en quelque sorte, à ce sujet, et si les traités de Résistance des matériaux et les aide-mémoire fournissent des chiffres généralement admis, il faut reconnaître, par contre, que les expériences et les observations proprement dites sont peu nombreuses. Leur rectification, faite avec 1 exactitude que l’on aime à mettre de nos jours aux observations scientifiques, est susceptible de conduire, peut-ctre, à une meilleure utilisation des matériaux mis en œuvre par l’art du constructeur.
- C’est dans ce but que M. Mascart a disposé, tout d’abord, sur le sommet delà Tour Eiffel, une série d’appareils enregistreurs pour la vitesse et la force du vent, dont un anémomètre qui fonctionne en relation avec le Bureau central météorologique de France, lequel note ses indications.
- Les types d’anémomètres usités sont nombreux et bien étudiés : ils mesurent convenablement la vitesse des courants atmosphériques; mais ils ne donnent pas d’une Aœon simple et directe la valeur de la pression que le vent exerce sur les surfaces qu’il trappe. Il faut déduire ensuite cette pression, par le calcul, de la formule :
- P =0,12248 Se9
- dans laquelle P désigne la pression en kilogrammes par mètre carré, S la surface frappée par le vent eu mètres carrés, et v la vitesse du vent en mètres par seconde.
- Avec cette formule on trouve, par exemple, que pour une vitesse de vent de 53 mètres par seconde, la pression est de 155 kilogrammes par mètre carré : pour une vitesse de 45 mètres par seconde, la pression calculée est de 247 kilogrammes par mètre carré.
- Ces chiffres sont-ils exacts et réels? Nos constructeurs de grandes charpentes métalliques, ponts, combles et viaducs, les prennent pour base jusqu’à nouvel ordre ; mais ils savent très bien que les grands vents doublent sensiblement les efforts auxquels sont soumises un certain nombre de pièces de leurs constructions : ils y remédient en ajoutant des barres et des treillis qui doivent mettre la résistance de la construction en rapport avec le calcul; ils obéissent, en un mot, à la formule, par prudence.
- Or, il semble résulter des expériences directes, récemment faites à la Tour Eiffel, par M. Kœchlin, l’ingénieur qui a été l’un de ses initiateurs, que la'
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- LA N AT U R K.
- lt>
- formule en question donne des résultats fort exagérés.
- Voici comment M. Kœchlin a procédé dans cette investigation. Il a fait installer sur la Tour des appareils très élémentaires mais d’une réalité d’indication indiscutable, imaginés par lui. Ces appareils, au nombre de six, comme le montre notre dessin, sont disposés de façon à se présenter normalement au vent, pour huit directions différentes, c’est-à-dire qu’un appareil fait, avec le suivant, un angle de 45 degrés.
- Chacun de ces appareils se compose de paralléli-pipèdes en fonte, dont les dimensions ont éLé calculées de façon qu’ils soient renversés par un vent d’une intensité déterminée; on a fait, à ce sujet, des recherches précises, dans le laboratoire, à l’aide de l’air comprimé.
- Les parallélipipèdes sont au nombre de cinq et placés l’un à côté de l’autre (voy. iig.) : ils se renversent sous des pressions, de 50, 400,
- 150, 200 et 250 kilogrammes par mètrecarré de surface. On les a surélevés sur un châssis en bois, très léger, n’offrant, en raison de ses surfaces fuyantes, aucune prise au vent.
- Avec ces appareils élémentaires, on est certain, de 50en 50 kilogrammes, de la valeur de l’effort de renversement exercé par le vent sur un mètre carré de surface. En effet, leur moment de stabilité est mathématiquement établi : il ne peut être détruit par aucune circonstance extérieure autre que la puissance du courant atmosphérique.
- Or, si nous considérons la grande tempête du 12 novembre dernier, tandis que les anémomètres indiquaient jusqu’à 45 mètres par seconde de vitesse du vent, les parallélipipèdes de 100 kilogrammes de pression indiquée ont été renversés, alors que ceux de 150 kilogrammes et les suivants restaient en place. D’après la formule usuelle que nous avons citée plus haut, les parallélipipèdes de 200 kilogrammes auraient dù être renversés dans ces conditions, puisque, à la vitesse : a = 45 mètres par seconde, correspond une pression calculée de 247 kilogrammes par mètre carré. Le vent a donc pu se rapprocher seulement d’une pression maxima de 150 kilogrammes, mais sans la dépasser : la différence est, en chiffres ronds, d’au moins 40 pour 100 entre le résultat de la formule et la réalité.
- Certes, cette différence est de nature à donner toute tranquillité sur la résistance au vent des constructions métalliques existantes : mais elle correspond évidemment à une exagération dans l’emploi des matériaux. On conçoit aussi, en partant de cette constatation, comment certaines grandes constructions, par exemple des cheminées d’usine, considérées comme étant d’une audace extraordinaire, n’ont jamais été renversées en dépit des formules qui les rendaient inquiétantes ; elles étaient simplement logiques. Les praticiens sauront faire leur profit de l’excellente leçon de choses, entièrement inédite, que vient de leur donner le savant M. Kœchlin.
- Ajoutons encore un dernier detail technique rentrant dans le même ordre d’idées. Lors de la construction de la Tour de 500 mètres, l’amplitude des oscillations possibles de ce grand pylône isolé, sous l’effort futur de la tempête, a été l’objet de nombreuses hypothèses. Les plus modérés les évaluaient à 10 ou 15 centimètres, pour une tempête comme celle qui vient de se déchaîner : le calcul indiquait environ 45 centimètres. Dans la réalité, l’amplitude a été de 4 à 6 centimètres. On est formellement renseigné à ce sujet par line lunette, installée dans un des pieds de la Tour et qui vise un disque gradué établi au sommet. Cet appareil donne la mesure très exacte des oscillations qui s’amortissent d’une façon remarquable dans cette grande construction élastique.
- Lorsque des ponts en lançage, par exemple, ont été jetés au ravin, ou lorsque des cheminées d’usine ont été renversées par l’ouragan, ce n’est donc pas à la grande amplitude instantanée de leurs oscillations qu’il convient d’atlribuer le sinistre : c’est à l’accumulation successive des oscillations, seule susceptible de déplacer la masse par un travail d’une certaine durée, et de produire finalement le déversement. Les recherches pratiques que nous venons de résumer sont loin, disons-Je en terminant, de rendre le calcul inutile : elles lui donnent, au contraire, sur des points de détail essentiels, une base certaine qui lui manquait. Max de Nansoütï.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmkii l'uns. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
- Disposition des appareils sur les poutres en croix de la 3? plate-forme.
- Vue latérale.
- Vue de face.
- Seine
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- Disposition des appareils destinés à mesurer les efforts exercés par le vent sur la Tour Eiffel. Vue latérale et vue de face.
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- N° i I 25. — 8 DÉCEMBRE 189 4. LA NATURE.
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- NOUVELLE MACHINE A COURIR « YÂLÈRE »
- Nous avons donné il y a près d'un an1 la description de la bicyclette et du tricycle qui, sous le nom de machines à courir, ont tenu longtemps en éveil le monde vélocipédique. Des remaniements importants de leurs divers organes ont depuis gardé un peu dans l’ombre ces instruments. Mais les voici de nouveau en lumière, complètement transformés, et bien partis cette lois, nous l’espérons, vers leur avenir légitime.
- La nouvelle machine à courir a perdu la compli-
- cation qu’avait l’ancien modèle et qui en faisait un instrument délicat impossible à confier à toutes les mains (fig. 1). Elle ne diffère plus d’une bicyclette ordinaire que par l’adjonction de deux bielles qui permettent aux bras de faire effort sur le pédalier et d’ajouter leur travail à celui des jambes. De cette simplification découle cet avantage considérable, que toute bicyclette ordinaire peut être transformée aisément en machine à courir ; il suffit d’en changer le pédalier et le guidon. Le travail des pieds s’effectue comme dans une bicyclette ordinaire de chaque côté delà machine, par une pédale M (fig. 2) qui agit sur le centre du roulement U par une manivelle- On remar-
- quera que la manivelle ici n’est pas droite comme elle l’est dans les autres machines. Elle fait en I) un angle obtus pour les nécessités de la construction. Mais cet angle est constant, 1) étant inarticulé, et la longueur de la manivelle de la machine à courir est donc en définitive égale à la ligne droite qui rejoindrait M et G, c’est-à-dire à 18 centimètres; détail qu’il est bon de signaler pour la parfaite compréhension du système. Le travail des bras s’ajoute à celui des jambes par le moyen de deux leviers qu’ils font mouvoir de bas en haut et réciproquement. Le guidon, que la figure 5 montre vu d’en haut, a une forme presque analogue à celle dont nous avons l’habitude. En son milieu, il est rompu ; il se com-
- 1 Voy. n° 1073, du 23 décembre 1893, p. 49.
- 23° auuée. — Ier semestre.
- pose ainsi de deux parties semblables juxtaposées dont les extrémités centrales oscillent l’une contre l’autre dans des boites à billes mises dos à dos R et R'. Les deux leviers ÀR, A'R', sont identiques, placés l’un à gauche, l’autre à droite; identiques aussi sont les deux côtés du reste du système. Il nous suffira donc de décrire l’un. Le cavalier saisit par la poignée le levier AR dont la grande branche A a 30 centimètres de longueur, double de la petite B. Ce levier, qui oscille en R, est ajustable à la longueur des bras au moyen du dispositif dé serrage b. L’effort qu’il produit est transmis au pédalier au point D (fig. 2) par la longue bielle C dont la tête c est montée sur billes dans une genouillère et dont le parallélisme avec le cadre de la machine est maintenu par le glissement à frottement doux de la
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- LA NATURE.
- partie évidée d sur une petite branche d’écartement E brasée en F sur la douille de la bicyclette.
- Ainsi qu’on l’a compris, les mouvements du cavalier sur ce nouvel appareil diffèrent de ceux qu’il effectuait sur l’ancienne machine à courir. 11 marche toujours à l'amble, travaillant à la fois de la main et du pied du même côté, mais alors que l’an dernier, au moment de la pesée du pied droit sur la pédale, il jetait en avant de sa poitrine son bras
- Fig. 2. — Détail du mécanisme.
- droit — et faisait de même à gauche, —cette année, il amène sa jambe droite en sa position la plus élevée et son bras droit en la position la plus basse en sorte que la main touche presque le genou, et il les écarte ensuite l’un de l’autre, la jambe s’abaissant
- c r ‘
- ;ui(lon.
- et le bras s’élevant. Ce nouveau mouvement est naturel, comme l’était l’autre. 11 offre sur le précédent des avantages très précieux : il simplifie considérablement la construction de l’appareil, par suite réduit son prix sensiblement et son poids de près de cinq kilogrammes ; enfin il n’exige plus d’apprentissage. Un cycliste un peu rompu à la bicyclette monte instantanément et avec sécurité la nouvelle machine à courir, la direction étant identique. Ses mains saisissent les poignées du guidon s’il veut s’aider des bras; elles se reposent sur le milieu du guidon s’il ne veut travailler (pie des jambes. Les
- bras sont devenus dans le nouveau dispositif des coadjuteurs qu’on n’appelle qu’à son gré, pour une côte à franchir, pour un temps de grande vitesse à fournir, pour un repos passager adonner aux jambes.
- On remarquera que le système Yalère lait l’application sur la roue dentée du pédalier non pas de deux forces à la fois, celle d’un bras et celle d’une jambe d’un même côté, mais bien de trois*. En effet, au travail spécial de chaque bras et de chaque jambe d’un côté, vient s’ajouter le travail du bras de l’autre côté qui, faisant un mouvement de haut en bas alors que son correspondant en fait un de bas en haut, attire en avant la partie supérieure de la roue dentée que son correspondant refoule en arrière de sa partie inférieure. Les expériences précises qui ont été faites avec cette machine à courir démontrent que la vitesse est d’environ 25 pour 100 supérieure à celle qu’on obtient avec une bicyclette simple.
- La supériorité de vitesse et aussi la supériorité d’hygiène que possède la machine à courir Yalère, mettant ainsi en action presque tous les muscles du mécanisme humain, justifient le rare succès qui l’a accueillie et encouragée dès la première heure.
- L. Baudry de Sauxier.
- APPLICATIONS DE L’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- EX SUISSE
- La Suisse est une des régions où se sont développées le plus rapidement les applications de l’énergie électrique. Ce pays accidenté est pourvu d’un grand nombre de chutes d’eau, dont l’utilisation a été faite sans de grandes difficultés. Mais les installations industrielles avec machines à vapeur occupent également une place notable. Pour nous en convaincre, il suffit de consulter l’état statistique dressé pour l’année 1895 par M. le Dr A. Dernier, professeur à l’Institut polytechnique de Zurich. Les installations par moteurs hydrauliques étaient à cette époque de 51,6 pour 100, par moteurs à vapeur de 30,2 pour 100, par moteurs à gaz de 8,7 pour 100, par moteurs à pétrole de
- 1.4 pour 100, et par moteurs électriques de 2,1 pour 100. A la tin de 1893, la Suisse comptait 60 stations centrales électriques d’une puissance de 6774 kilowatts, et 617 installations privées d’une puissance de 7180 kilowatts, soit pour l’ensemble 677 installations d’une puissance totale de 13 954 kilowatts. Le nombre total de lampes à incandescence était de 145 949, et le nombre de lampes à arc de 2126. Le plus grand nombre des installations privées sont réparties dans les usines, ateliers, fabriques et industries diverses. On ne compte que 3,5 pour 100 du nombre total d’installations pour les habitations et villas.
- Les transports électriques de force motrice à distance sont assez nombreux ; ils atteignent le chiffre de 77. A la fin de l’année 1892, le nombre de ces mêmes transports n’était que de 53. L’augmentation pendant l’année 1893 a donc été de 24, soit 45,3 pour 100.
- Le nombre des moteurs électriques en service s’est élevé dans de grandes proportions. A la fin de 1893, ce nombre était de 558 moteurs d’une puissance totale de 800 kilowatts. L’accroissement pendant l’année 1895, a été de 99 installations de moteurs d’une puissance totale de
- 478.4 kilowatts, dont 51 installations à moteurs continus, 25 installations à moteurs à courants alternatifs simples,
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- LA NATURE
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- 4 à moteurs à courants alternatifs diphasés et 41 à moteurs à courants alternatifs triphasés. Une autre industrie électrique semble également prendre une grande extension; il s’agit de l’industrie électrochimique qui a pour but d'étudier les applications de l’énergie électrique à la préparation ou à la fabrication des produits chimiques. Pendant l’année 1893, 13 nouvelles installations de ce genre ont été établies avec une puissance totale de 2206 kilowatts.
- On voit que la Suisse est un pays qui fait un important usage des applications de la science électrique. J. L.
- LES CYCLONES DE LA MARTINIQUE
- DU 20 SEPTEMBRE ET DES 12-13 OCTOBRE 189i
- Le cyclone du 20 septembre que j’ai pu observer, a passé au large, à l’est de la Martinique.
- La figure 1 reproduit la photographie de la courhc d’un harographc Richard en fonction pendant le phénomène ; elle donne fort bien la physionomie du passage, sur nous, du bord extrême, du côté maniable. Je donne en outre les observations recueillies par le bureau météorologique de la Pointe-à-Pitre et publiées par la voie de la presse de cette colonie.
- De l'étude des dépêches reçues de la Guadeloupe et des îles plus au nord, et de la comparaison des observations qui y ont été faites avec les miennes, il y a lieu de dire que le centre du cyclone est passé sur le nord de la Dominique, ravageant par son côté dangereux; il a atteint Marie-Galante, la Guadeloupe, Monserrat, Antigue^ Saint-Christophe et Sainte-Croix, pour continuer sur Porto-Rico, Saint-Domingue, Cuba et la Floride (fig. 2).
- Le 20, la ligne perpendiculaire à celle de propagation du centre, passait à la Martinique (Saint-Pierre) à midi et demi 754mm,2, et le même jour à la Guadeloupe (Pointe-à-Pitre) à 2 heures 756mm,2 ; le 21 elle passe Porto-Rico et atteint Saint-Domingue dans la nuit du 21 au 22, où le cyclone sévit avec fureur de 11 heures du soir à 5 heures du matin (la pression y est tombée à 738 millimètres); il arrive le 24 à Cuba, où toutes les lignes téléphoniques ont été détruites en grande partie; et enfin il gagne la Floride où les dégâts sont aussi considérables.
- En un mot, si nous pointons sur une carte marine les communications du câble, en tenant compte de la nature de ces phénomènes, la ligne de propagation du centre passe sur la partie nord de l’île de la Dominique; de là au sud de Porto-Rico, traverse la moitié inférieure de Saint-Domingue, à la hauteur de Port-an-Prince, aborde Cuba entre Santiago et le cap Cruz, la traverse obliquement en remontant vers le nord, et atteint la Floride par le Key-West et lé cap Sable. D’autre part, le rayon du côté dangereux de ce cyclone serait plus allongé que celui du côté maniable et atteindrait un champ d’action d’environ 30' sur son côté maniable et 4(V sur son côté dangereux; soit une surface couverte d’un diamètre d’environ 70 milles, progressant avec une vitesse de translation remarquablement rapide pour nos cli-
- mats : de 19 milles 1/2 à l’heure, S.-E.-N.-0., dans son premier parcours, et S. 1/4, S.-E.-N. 1/4 N.-W. dans le deuxième, à partir du vingtième parallèle.
- Une des caractéristiques de ce cyclone est bien celle de l’absence de toute manifestation électrique, visible et bruyante sous forme d’éclairs, de tonnerre, de foudre globulaire. A part le singulier petit orage, éclatant subitement, dans la nuit du 19 au 20 septembre, rien n’en eut fait soupçonner l’existence. Mais il est plus que probable que si les choses s’étaient passées la nuit, comme pour le cyclone qui nous a visités le 18 août 1891, l’on eût aperçu ces manifestations sous la forme silencieuse des effiuves lumineux, des aigrettes ou des feux Saint-EIme, voire de la foudre globulaire, qui semble procéder des deux côtés.
- Voici les tableaux des observations :
- CYCLONE DU 20 SEPTEMBRE 1894. SAIN T-PIERRE (Martinique)
- OBSERVATIONS.
- Temps couv., lourd, brise var. Temps couv., brumes à l'horizon, mer agitée.
- Temps couv., brumes à l'horizon, mer agitée.
- Brumes et grains blancs légers. Grains blancs par fortes rafales.
- Grains blancs, pluies constantes.
- Pluies et rafales moins violentes. Pluies et rafales faibles ; le temps se calme.
- Pluies et rafales faibles ; le temps se calme.
- Temps couv., lourd, pluies. Temps couv., brumes à l’horizon.
- PLUVIOMÈTRE.
- Du 17 au 19, 6 heures matin, 00"”\00.
- Du 19 au 20, — -- 28”",90.
- Du 20 au 21, — — 36““ ,50.
- Du 21 au 22, — — G™" ,20.
- N.-B. — Le 19, de 11 h. 1/1 du soir au 20 à minuit 1/2, fortes pluies, orage et 1 violents coups de tonnerre.
- Le 20 à 9 heures 1/1 du seir, quelques éclairs vers le nord; pendant toute la tempête aucune autre manifestation électrique, ni éclairs, ni tonnerre.
- OBSERVATIONS FAITES A POINTE-A-PITRE (Guadeloupe).
- 10 b. 762.5 Vent var. N. E. à E. S. E. en grains modérés, pluies.
- 1 1/1 758 E. N. E. par rafales et grosses gouttes de pluie.
- 1 3/4 757 Forts grains d’E.
- 2 756.2 E. à rafales.
- 2 25 756.2 — , moins fréquentes.
- 2 55 756.2 — —
- 3 1/1 753.3 — —
- A la Martinique nous n’avons eu à regretter que la perte de plusieurs goélettes mises à la côte, de quelques toitures dépouillées de leur couverture, et de la majeure partie des bananiers de l’île ; il n’en est plus de même pour celles des îles qui se sont trouvées sur le passage du côté dangereux ou au voisinage immédiat du centre; il en est ainsi de la Dominique, Marie-Galante, la Guadeloupe, Antigue, Monserrat, etc., etc., où toutes les plantations ont eu beaucoup à souffrir, où la plupart des maisons
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- 7 755 26.5 1 N. W.
- 9 751.8 26 1 W. N. W.
- 12 751.3 26.3 6 W. S. W.
- 121/2 751.2 26.2 6 S. W.
- 1 751.3 25.2 8 S. S. W.
- 11/2 '/ai. 5 25.2 9 S.
- 2 751.6 25.2 9 s.
- 21/2 751.6 25 9 s.
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- ont perdu leur toiture, et où les réseaux téléphoniques ont été anéantis. Porto-Rico semble avoir relativement peu souffert; mais sa voisine Saint-Domingue a vu s’épuiser sur elle toute l’énergie du phénomène : cinq cents maisons détruites, dont deux églises, un fort écroulé,toutes les toitures des maisons, palais et édifices publies enlevées, les récoltes couchées et saccagées ; voilà ce que nous accuse le câble. Cuba, traversé dans le sens de sa largeur, a dù pâtir peut-être autant que Saint-Domingue; mais jusqu’à ce jour, il a été impossible d’avoir des nouvelles de l’intérieur de l’île par suite de la disparition de son réseau électrique. En ce qui touche la Floride, aucune nouvelle jusqu’à présent; elle aussi a eu ses communications électriques fortement éprouvées.
- Les observations à partir de 2h25et2h55sem-blentpeu exactes; non seulement la pression a du varier en hausse de quelques dixièmes de millimètre, mais encore les vents ont dù passer successivement E plein à FSE etESEpour 757mm,ou bien il faudrait admettre que le cyclone ait décrit un segment de courbes autour du lieu d’observations, en prenant ce lieu comme centre et en se rapprochant de son lieu d’origine, ce qui est peu probable, étant donné que les courants aériens dans lesquels se meuvent ces phénomènes portent franchement, en septembre : en fréquence et intensité de 2 N E2 à 1 E * plein.
- Voici d’autres renseignements sur un second cyclone passé au sud-ouest de la Martinique dans la nuit du 12 au 13 octobre. Cette fois-ci encore, de • même que pour la tempête précédente, notre île a eu la grande chance de se trouver sur les contins du diamètre du phénomène, avec cette différence cepen-
- dant que nous avons été frôlés par le côté dangereux, sans pourtant que pour cela il nous soit arrivé plus de mal. Les pertes matérielles sont relativement insignifiantes, les champs de cannes un peu froissés, quelques arbres et toitures brisés ou bouleversés, et
- cependant les lignes téléphoniques qui avaient pu résister à la précédente tempête n’ont pu le faire cette fois-ci, et de nombreux poteaux jetés bas entravent jusqu’à présent les correspondances électriques avec l’intérieur de l’île.
- A la Barbade, qui se trouvait sur le passage de l’ouragan, lèvent acommencé à souffler de l’est pour finir par le sud-est. L’île entière et la ville de Bridgetown ont eu considérablement à souffrir; les dernières dépêches accusent -4(JO maisons détruites ; fi navires en cours de déchargement ont brisé leurs chaînes et sont disparus; d’un relevé sommaire, il manquerait une quarantaine de pêcheurs emportés au large avec leurs embarcations.
- Pendant la tempête, au dire d’un témoin oculaire, le capitaine du Saint-Lucien, il y avait de 2 à 3 pieds d’eau dans lesrues deBridgetown. Quant à la récolte, elle est regardée comme fortement endommagée. L’île de Sainte - Lucie, qui s’est trouvée sur le passage du centre, a eu aussi considérablement à souffrir; la récolte est très compromise, et complètement ravagée dans certaines parties de l’île. Le bourg de la Souf-frière, situé au sud de l’île, a été à moitié détruit, autant par le vent que par les eaux débordantes, emportant les riverains. Quelques sinistres maritimes sont signalés. Ce cyclone serait ensuite passé, d’après le câble, au sud de l’île de Saint-Thomas sans y causer de dégâts sérieux. Léon Sully.
- Saint-Pierre (Martinique), 1" octobre 1894.
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- Fig. 1.
- Courbe d’un barographe Richard pendant le cyclone de la Martinique du 20 septembre 1894. Très réduite.
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- Fig. 2. — Marche suivie par le cyclone de la Martinique du 20 septembre 1894.
- Fig. 3. — Graphique du cyclone de la Martinique du 20 septembre 1894.
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- Fig. 1, 2, 3 et 4. — Statuettes antiques du Musée du Louvre. — 1. Vieillard revenant du niarehé.
- 2. Autre homme revenant du marché. Acrocéphalc. — 3. Microcéphale. — 4. Scaphocéphale (tête en barque).
- On se représente généralement l’art grec comme noble et grave, parce qu’on n'envisage que la grande sculpture. Mais, depuis quelques années, les terres cuites si nombreuses trouvées .à Tanagra, à Myrina en Asie Mineure, et sur plusieurs autres points, ont fait naître de nouvelles idées sur l’art antique et son étonnante variété.
- Ici, la caricature est largement représentée. Ce sont des acteurs comiques dans leurs poses les plus amusantes, des types barbares, surtout des nègres et des Asiatiques, des hommes et des femmes du peuple, pris au milieu de leurs travaux de chaque jour : bateleurs, esclaves, paysans, marchands, soldats....
- Ces statuettes ont occupé bien des lettrés et des archéologues. Champ-fleury, Chassang, Wright, Parton Flogel, Perrot les
- | ont étudiées et tous les ont regardées comme des
- représentations exagérées de types pris comme modèles. Souvent néanmoins, cette exagération n’est pas aussi grande qu’on le pense. Certaines déformations, certains aspects grotesques qui paraissent a u premier abord le produit de l’imagination de l’artiste, sont en réalité des copies fidèles de la nature.
- Charcot et Richer, dans leur beau livre sur les difformes et les malades dans l’art, avaient déjà noté dans l’art grec la représentation exacte de l’obésité, du rachitisme, des déviations de la colonne vertébrale, du nanisme et même des contractures hystériques. Mais ils n’ont pas insisté sur les déformations crâniennes et nous nous proposons de développer dans cette étude ce fait particulier. On l’observe
- Fig. 5. — Statuette d’un idiot qui s'étrangle en mangeant.
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- surtout d;ms les terres cuites d’Asie Mineure. Le musée du Louvre en possède de nombreux exemplaires, provenant de Smyrne ou rapportés de Myrina par MM. Potti-er et Reinach. Nous en citerons quelques exemples.
- Le grotesque inscrit sous le numéro 529 du catalogue (fig. 1), représente un vieillard revenant du marché avec son panier. Sa tète a une conformation qui nous paraît véritablement extraordinaire. Le crâne, quand on le voit de profd, est fortement allongé dans le sens antéro-postérieur. Le front n’existe pas, ou du moins il fuit immédiatement au-dessus des sourcils. Or, nous retrouvons de nos jours des crânes analogues dans la Haute-Garonne. Ils sont dus à l’usage constant, dès le bas âge, d’un bonnet qui comprime circulairement la tête à la hauteur du front et des tempes. Le crâne ne peut plus se développer que dans le sens postérieur. Nul doute que le crâne du vieillard n’ait été déformé par un procédé analogue. D’autres déformations ducrâne sont l’œuvre de la maladie qui, venant à oblitérer prématurément certaines sutures osseuses, empêche le crâne de se développer dans un certain sens et lui donne une forme anormale. Elles sont largement représentées dans l’art grec.
- Une terre cuite d’Asie Mineure (fig. 4) montre un sujet dont la déformation crânienne est aujourd’hui scientifiquement décrite sous le nom de scaphocéphale (çxxcpri, harque, xeipaA-q, tète). Son crâne ressemble effectivement à une barque dont la quille serait renversée en l’air et le grand axe posé suivant le diamètre antéro-postérieur. C’est dire que le crâne est fortement allongé en arrière et se termine supérieurement par une arête semblable à celle d’un toit de maison. L’oblitération prématurée des sutures interpariétales a empêché le crâne de se développer suivant le diamètre transversal.
- Une pareille déformation est reproduite sur une terre cuite de Tanagra, non encore cataloguée. D’autres nous offrent la difformité appelée vulgairement la tète en poire ou scientifiquement l’acrocépha-lie. Ainsi d’un grotesque de Tanagra, représentant un homme tenant un panier. Son front est très élevé et étroit, de sorte que les yeux sont situés presque au milieu de la hauteur de la face. Le crâne s’est ici développé exclusivement en hauteur (fig. 2).
- Une terre cuite d’Asie Mineure possède une tête dont le front se termine en pointe antérieurement; au lieu d’une surface, le iront présente un angle. Cette déformation n’est pas non plus imaginaire. Elle est bien connue des pathologistes, qui lui imposent le nom de trigonocéphalie : elle est due à un arrêt de développement du front. Quand l’arrêt de développement est congénital et porte sur tout le crâne, on a affaire à la microcéphalie (p.txpo:, petit, xeoaXrj, tète). Le microcéphale a un aspect singulier (fig. 3) : le crâne est réduit au minimum comme celui d’un chien : par suite, le front n’existe pas et la face est limitée supérieurement par la saillie des sourcils. La face est très développée, le nez proéminent et le
- menton fuyant. Tels étaient les deux microcéphales qu’on exhibait, il y a une vingtaine d’années, sous la rubrique des derniers Aztèques. Ils firent courir tout le monde et devinrent l’origine de la fortune de Barnum. Ils n’avaient en réalité rien d’aztèque et n’étaient que de pauvres idiots. Il y a parmi les terres cuites grecques de nombreux exemples d’une telle conformation. C’est un des sujets favoris des coroplastes et ils le reproduisent avec une extrême fidélité. Faute de renseignements scientifiques suffisants, les critiques ne les regardent néanmoins que comme de grotesques caricatures.
- Il n’est pas jusqu’à l’hydrocéphale avec son énorme tête qui n’ait tenté l’ébauchoir de l’artiste. Il est sculpté avec le front énorme, les tempes saillantes, le crâne dilaté, les yeux petits et renfoncés (terres cuites de Smyrne, Louvre). Quant au grotesque numéro 707 du catalogue (terre cuite de Smyrne), représentant un idiot qui s’étrangle (fig. 5), il est merveilleux de vérité. C’est un dégénéré à demi microcéphale, le crâne petit, le front fuyant. Il a avalé gloutonnement et porte les mains à la gorge sous l’impression de l’étouffement. Or c’est là un accident fréquent dans les asiles d’aliénés, et la statuette du coroplaste grec reste toujours la vérité d’aujourd’hui.
- Comme on le voit, les Grecs étaient avant tout de merveilleux observateurs et ne se livraient pas autant qu’on le croit à leur imagination. Ils ne dédaignaient rien du comique que leur offrait la vie quotidienne. Ne se contentant pas de reproduire le beau sous toutes ses formes, ils cherchaient des sujets risibles, et, loin de les forger de toutes pièces, ils les trouvaient parmi le peuple, chez les passants, dans le perpétuel va-et-vient de la rue.
- I)r F. Régnault.
- • LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- 1° EN SICILE ET DANS LE SUD DE I.’lTALIE
- Le 16 novembre 1894, à sept heures du soir, une très forte secousse de tremblement de terre a été ressentie en Sicile à Messine et dans toute la province de Catane. La secousse a duré 12 secondes. La partie supérieure du phare de Messine s’est écroulée. De nombreuses maisons ont été lézardées. Dans le sud de l’Italie, toute la province de Calabre a été également ébranlée, et de nombreux dégâts ont eu lieu ; vers les régions maritimes les secousses ont été très violentes. A Reggio et dans tous les environs de Messine, les ébranlements ont continué pendant la nuit du 16 au 17, portant cà et là la ruine et la désolation. La plupart des maisons des villages de Palmi, de Senunaro, de Santé Ufemie, de San Procopio ont été très endommagées. La population, affolée, a passé la nuit en plein air. A partir de huit heures du matin, le 18, les secousses ont cessé et les habitants ont pu rentrer dans leurs demeures. On a trouvé plusieurs morts et de nombreux blessés ensevelis sous les décombres des maisons effondrées". La prison de Reggio a beaucoup souffert. Il a fallu doubler les postes pour prévenir une révolte des détenus qui voulaient s’évader. A Ragnara, les dégâts*ont été également très graves. Il y a eu six morts et plusieurs blessés. La population campait au dehors, beaucoup de
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- maisons menaçaient ruine. A Stromboli, les secousses ont fait des crevasses dans plusieurs maisons. L’église et le clocher ont été lézardés.
- Le directeur de l’observatoire italien a déclaré que le tremblement de terre avait été signalé par les sysmo-graphes de Rome et d’ischia. Les provinces de Messine et de Catane ont été le centre du phénomène.
- Le 19 novembre, on a ressenti dans quelques localités de légères secousses de tremblement de terre. Il n’y a pas eu de dégâts. Des nouvelles très graves sont arrivées des désastres précédents de Seminaraet dePalmi. A Semi-nara il y a eu treize morts et plus de cinquante blessés. La commune a été presque entièrement détruite. A Palmi, toutes les maisons ont été inhabitables. Le nombre des morts a été de sept et celui des blessés de cinquante. Les dégâts causés par le tremblement de terre sont énormes dans la province. Samprocopio (arrondissement de Palmi) est détruit. Soixante personnes ont péri, quarante-sept individus sont ensevelis sous les ruines de l’église. A Santa-Eufemia on a compté huit morts et un gi and nombre de blessés.
- C’est San Procopio qui a le plus souffert. On a annoncé que des cadavres ont été retirés des décombres de l’église et des maisons abattues. A Seminara, huit personnes ont péri. Le 21 novembre une nouvelle secousse de tremblement de terre a été ressentie en Calabre et dans l’ile Lipari. Elle s’est éteinte faiblement à Catane, à Minoc.
- 2° DANS LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
- Au moment de mettre sous presse, nous recevons de deux de nos correspondants de Buenos-Ayres des renseignements sur des tremblements de terre qui ont eu lieu le 27 septembre dans la République Argentine. Les villes de la Rioja et de Saint-Jean ont été successivement détruites. Voici ce qui concerne la première ville :
- « Le sol commença à trembler vers 4 h. 50 de l’après-midi : les ondulations couraient avec une vitesse énorme, à peu près nord-sud : leur intensité alla croissante jusqu’à ce que, au milieu du fracas souterrain qui accompagne toujours les convulsions de la terre, les chocs violents et désordonnés succédèrent aux ondulations; les maisons, les édifices publics et les temples s’écroulèrent tout d’un coup. Ce fut un spectacle d’horreur inoubliable, celui de cette population affolée enveloppée dans les tourbillons de poussière de ses demeures effondrées ; on entendait les cris d’effroi, les sanglots, les appels désespérés, au milieu des sourds grondements de la terre. »
- A Saint-Jean, de même qu’à la Rioja, le tremblement de terre a commencé par des ondulations nord-sud, bientôt suivies de mouvements violents est-ouest, qui ont porté la panique à son comble et détruit une partie de la ville. La maison du gouvernement, édifice à étage, qui date de quatorze ans à peine, menace ruine; tout l’entablement s’est écroulé ; le nouveau théâtre est à moitié démoli ; la Cathédrale, située à l’angle nord-ouest de la place, a été en partie effondrée.
- Les dégâts sont énormes, surtout dans la région des Andes. Des milliers de personnes, notamment dans le district de Rioja, se sont trouvées sans abri. Il y a eu deux secousses, une du nord au sud, et l’autre de l’est à l’ouest. L’ondulation a mis quinze minutes pour parcourir la distance entre Rosario et Buenos-Ayres, où elle a été d’assez longue durée à Pergamina, à Szaratz, à Olavaria.
- Des nombreuses fissures du sol ouvertes dans la campagne, s’échappent de l’eau et du sable. La secousse a duré 27 secondes à Rioja. G. T.
- LES GRANDS TRANSPORTS PAR CÂBLES
- AUX ÉTATS-UNIS
- Les transports par câbles aériens, aux Etats-Unis, jouent un rôle considérable dans la construction ainsi que dans l’exploitation des produits du sol, provenant des mines et des carrières.
- Dans la construction, les matériaux sont transportés au-dessus de tous les obstacles, et cela, sans interrompre la circulation : c’est une sorte de conquête de l’air qui présente, comme nous le verrons par quelques exemples typiques, de curieux épisodes.
- Dans les carrières, par exemple, il n’est pas rare de voir des blocs de 120 mètres cubes, abattus d’un seul coup par l’emploi des perforatrices et des explosifs, être enlevés à 30 mètres de hauteur et transportés à plus de 100 mètres dans les berlines des transporteurs aériens.
- La houille, les minerais, la fonte, les remblais et les déblais, circulent de même, dans l’espace, avec une rapidité et une économie de main-d’œuvre étonnantes.
- Certes, l’installation de ces appareils est coûteuse: mais ils font tant de bonne et rapide besogne mécanique, que le résultat final est profitable.
- Nous en donnerons quelques exemples d’après l'intéressante communication faite par M. Spencer Miller à Y American Society of civil Engineers.
- Disons tout d’abord que l’origine de ces appareils, ou plutôt, celle de leur emploi aux Etats-Unis, remonte vers 1860. Ch. Schuman les employa, au début, pour l’exploitation des carrières de Pensyl-vanie et de Vermont.
- Us consistent en un grand câble aérien sur lequel circule un petit chariot portant la charge au moyen d’un palan. Cette charge peut être, ou bien simplement suspendue au palan du chariot, ou bien, placée dans une berline que l’on fera basculer à l’endroit voulu pour former un remblai, en tirant sur une cordelette de rappel. C’est ce que montre notre premier dessin (fig. 1). Une série d’appareils de ce genre, installés parallèlement les uns aux autres, sont capables de combler une carrière, de la vider,ou de barrer une vallée avec une merveilleuse rapidité.
- À Point-Pleasant, il s’agissait de construire une écluse sans interrompre la circulation fluviale et sans encombrer les rives (fig. 2). Les ingénieurs américains ont établi, dans ce but, en travers de la rivière, un gigantesque transporteur de 459 mètres de longueur entre ses supports. Le câble, de 65 millimètres de diamètre, est porté, sur chaque rive, par des tours de 50 mètres de hauteur ; il peut supporter des charges de matériaux de quatre mille kilogrammes. Un détail typique et bien américain est à noter. Comme une partie des ouvriers employés aux travaux de l’écluse habitent sur la rive opposée à celle contre laquelle se trouve l’écluse, la Compagnie chargée de l’entreprise les transporte, matin et soir, dans ses berlines, au-dessus de la ri\ière, et cela
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- sans aucun accident. Il est fortement question, après la terminaison des travaux, qui dureront environ cinq ans, de conserver le transporteur en place comme une sorte de bac aérien, en attendant que l’affluence de la population sur les deux rives motive la construction d’un pont. Peut-être y verra-t-on naître quelqu’une de ces « villes champignons » dont les Etats-Unis ont la spécialité : elles se fondent, s’épanouissent, se construisent en bois et brûlent généralement une ou deux fois de fond en comble, puis renaissent de leurs cendres, se relèvent, en briques ou en pierre, et disparaissent parfois si l’activité et le « strug-gle for lile » ont emporté plus loin leurs fondateurs.
- Chicago n’a pas d’autre histoire : ce sera peut-être aussi la destinée de Point-Pleasant, et elle ne tient, en vérité, qu’à un fil : mais ce fil a six centimètres de diamètre et il est tendu aux Etats-Unis.
- Lorsqu’il ne s’agit pas de remblayer, ce sont alors les matériaux de construction que le transporteur apporte docilement « sur le tas ». Tel est le cas du barrage établi sur le ruisseau Basin pour le service d’alimentation d’eau
- de la ville de Butte, dans le Montana (fig 5).
- Ce barrage, en maçonnerie, a 36m,50 de hauteur sur 91 mètres de longueur. Afin d’éviter la descente très pénible des matériaux dans le fond de la vallée, l’ingénieur C. B. Davis établit, en travers, dans le plan vertical du barrage, un transporteur aérien de 272 mètres de développement. Le cable porteur était suspendu entre deux pylônes en charpente, l’un de 25 mètres, et l'autre de 4m,50 de hauteur. Les pierres du barrage étaient prises toutes taillées à la carrière et mises en place, sans transbordement, sur la crête de la maçonnerie. En 16 jours, 1100 mètres cubes de maçonnerie purent être ainsi édifiés.
- La gare de Baltimore nous offre un autre exemple intéressant (fig. 4). Il s’agissait de construire une grande arche en pierre pour supporter un pont destiné à assurer la circulation au-dessus de deux lignes de chemin de fer très actives. MM. Ryan et Mac Donald, chargés du travail, installèrent un câble transporteur d’une longueur de 244 mètres, le long duquel coururent et descendirent, mathématiquement à leur place, les
- Fig. 1. — Établissement d’un remblai à l’aide d’un transporteur aérien. Détail du chariot.
- Fig. 2. — Le transporteur aérien construisant l’écluse de Point-Pleasant.
- pierres des assises et les voussoirs. Pendant toute la durée du travail, les trains de chemin de fer continuèrent à rouler sur leurs voies sans aucune préoccupation : cependant les grosses pierres voltigeaient dans l’espace au-dessus des toitures des wagons. On n’a pas eu à signaler le moindre accident.
- Il est bien certain que l’emploi de ces transporteurs, intelligemment compris, est de nature à simplifier singulièrement l’installation des chantiers et à faciliter des manœuvres fort pénibles, notamment le soulèvement des fardeaux; les Américains en tirent un remarquable parti. 11 est utile d’attirer sur ce
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- Fig. 4. — Construction d’un arc en pierre par transport aérien au-dessus de deux voies ferrées à Baltimore.
- point l'attention de nos ingénieurs ainsi que celle de leurs entrepreneurs, souvent enclins à se cantonner dans la routine des anciennes méthodes devenues
- trop lentes à notre époque et souvent insuffisantes.
- Pour la construction des piles de pont, en rivière, le transporteur rend les échafaudages inutiles et l’on
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- peut penser combien cela est avantageux, en ce qui concerne la navigation, pendant l’exécution des travaux.
- L’Exposition universelle de 1900, à Paris, dont les travaux vont commencer sous la savante direction de M. Alfred Picard, coïncidera, sans doute, avec la mise à exécution du premier réseau métropolitain destiné à lui donner une activité sans égale. Pendant la préparation de cette grande et double entreprise, nos constructeurs vont trouver des occasions sans pareilles de montrer l’état de progrès de leurs moyens d’exécution et d’innover certaines méthodes précises et rapides qui le caractérisent. Dans ces préparatifs du succès final ils sauront s'inspirer, sans doute, de ce qu’ont fait leurs émules au delà de l’Atlantique et ce ne sera pas le moindre élément d’intérêt de la grande œuvre qui se prépare. Nous leur signalons, à ce titre, l’usage des transporteurs aériens, encore mal connus en Europe, bien qu’ils fassent déjà partie d’une façon indiscutable de l’outillage des chantiers de travaux publics aux Etats-Unis.
- Max de Nansouty.
- LE MOUFLON DE CHYPRE
- Il y a, dans tous les pays, des animaux dont la race, l’espèce ou la variété tend à disparaître pour l’une ou l’autre cause, dont la principale est la chasse. Le castor, la loutre, l’éléphant, la baleine, par exemple, sont dans ce cas. Dans l’île de Chypre, les forêts, aux quatorzième et quinzième siècles, étaient encore peuplées d’animaux sauvages, en assez grand nombre pour que des seigneurs français aient possédé des chenils importants de plusieurs centaines de chiens. La chasse était alors en grand honneur dans la noblesse de l’île. Aujourd’hui, moins de quatre siècles après, les versants boisés de l’Olympe, les rampes rapides des monts de Kvrinia et les broussailles de la presqu’île du Karpas, sont absolument dépeuplés de gibier de poil, si on en excepte le renard. Celui de plume, seul, y est toujours très abondant. 11 faut, cependant, faire une exception en faveur d’un animal, le Mouflon de Chypre, que l’on trouve encore par quelques bandes sur les sommets les plus abrupts de l’Olympe, séjour mythologique des dieux, mais qui disparaîtra avant qu’il soit longtemps.
- Sa chasse est extrêmement difficile. Le Mouflon de Chypre, — 1 ’Agrina, ainsique le nomment les indigènes, — est, en effet, doué d’une rare acuité de sens, sentant l’ennemi à deux milles de distance, si le vent est favorable, et d’urie rapidité, d’une agilité, d’une audace à défier les meilleurs chiens coureurs. Les indigènes ont une façon originale de qualifier ses qualités. Ils disent qu’il faut le prendre le jour même qu’il naît : le lendemain il est déjà trop tard et il ne devient plus possible de l’attraper. Ce qui est vrai c’est que, comme tous les Mouflons, les petits viennent au monde les yeux ouverts et peuvent marcher dès le moment de leur naissance.
- Il y avait, au célèbre monastère de Kykkos, bâti sur la ligne même des crêtes de l’Olympe, deux Agrinas, mâle et femelle : le premier est mort ; le second est placé sous la direction d’un petit berger grec qui le mène tous les ours, de grand matin, en compagnie de deux ou trois chèvres favorites du couvent, courir la montagne et brouter. Je ne sais pourquoi elle me parut triste, la pauvre
- et solitaire bête, captive au milieu même de la nature sauvage qui a vu ses premiers jours d’existence. On a offert plusieurs fois de belles sommes au Supérieur du couvent pour l’acheter, mais celui-ci s’y est toujours refusé : il espère pouvoir, un jour, donner une compagne à son ami.
- On connaît peu les mœurs des Mouflons à Chypre même, car ils sont devenus rares, malgré la sévérité des lois anglaises sur la chasse. Il faut, en effet, un permis spécial du Gouverneur pour chasser le Mouflon, comme pour l’éléphant à Ceylan, une autorisation coûtant 8 fr. 75, valable pour une seule tète. Et les infractions à cette loi sont punies de 125 francs d’amende et d’un mois d’emprisonnement.
- Les Agrinas vivent, sur leurs sommets inaccessibles, par bandes de cinq ou six. Les milles se livrent souvent à des luttes, à la fin de l’automne, et ce sont des combats acharnés entre ces bêtes. C’est le moment qu’attendent les chasseurs; le bruit qu’elles font attire, dans ces solitudes silencieuses, leur attention ; l’ardeur qu’elles déploient pour vaincre, les fait se départir de leur prudence habituelle, leur flair est mis en défaut et il est possible de les approcher d’assez près pour les tirer.
- Ce sont les mœurs de tous les Mouflons qui, divisés par bandes, se livrent combat lorsque le hasard les met les unes en face des autres. La cause du combat est la possession d’une femelle qui passe, après la lutte, au camp du vainqueur.
- Les Mouflons de la région montagneuse de l’Olympe, — on ne les trouve nulle part ailleurs dans l’île, — atteindraient un nombre de 200 ou 500 tètes. C’est, à mon avis, pousser un peu loin la statistique officielle. Ce qui est plus certain c’est que celte espèce est en décroissance continuelle et qu’elle aura bientôt disparu.
- Emile Deschamps.
- SOUDURE DE L’ALUMINIUM
- La question de la soudure de l’aluminium préoccupe un grand nombre d’industriels; nous allons compléter aujourd’hui ce que nous avons déjà dit à ce sujet.
- Nous avons parlé récemment d’un intéressant procédé dû à un industriel distingué, M. A. Delécluse *; ce procédé permet de souder facilement l’aluminium à d’autres métaux. Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé de donner des renseignements plus complets. Nous nous sommes adressés directement à M. A. Delécluse, qui a son usine près d’Anzin. Il a bien voulu nous envoyer la Note suivante que nous reproduisons :
- « Je suis heureux de vous donner ci-dessous les renseignements complémentaires concernant mon procédé.
- Propriétés de ma composition. — L’alliage que je prépare et que je livre au commerce, permet de souder par le fer ordinaire, le four à braser et les autres procédés de soudage, les métaux suivants : aluminium sur aluminium (laminé ou fondu), ainsi qu’aluminium sur fer, cuivre, zinc ou argent et alliages.
- Mode d'emploi. — 1° Pour les pièces légères on opère comme suit : pour souder aluminium sur aluminium, il suffit de décaper soigneusement, à la lime, les parties des pièces que l’on veut réunir. On peut pour cette opération se servir du fer ordinaire en cuivre rouge des ferblantiers, en ayant soin de le tenir bien propre et de le chauffer à la température de 400 degrés environ.
- 1 Yoy. n° 1120, du 17 novembre 1894, p. 599.
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- ] j A N A T LS RE.
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- Ma composition maniée par un ouvrier habile, se conduit sur les pièces à peu près aussi facilement que l’étain anglais dont se servent les ferblantiers.
- Ce mode d’emploi exige des ouvriers compétents en la matière, car la plus sérieuse difficulté à vaincre, c’est la grande conductibilité calorique de l’aluminium et de ce fait il arrive souvent que quand on veut souder un côté on désoude l’autre.
- 2° Pour les pièces de résistance, qui doivent être brasées, il est nécessaire de procéder comme suit : les parties à réunir doivent être décapées soigneusement à la lime et étamées avec la composition au moyen du fer à souder ordinaire. Après cette opération, l’on superpose les pièces et on les fait chauffer (jusqu’à fusion de la soudure) par n’importe quel procédé (fer ordinaire, étaux chauds, fours à braser, nouveaux procédés électriques, etc.), en ayant soin de faire pression sur les parties à braser pendant tout le temps que dure le chauffage et le refroidissement des pièces.
- Il est à remarquer que plus il y a pression sur les pièces pendant l’opération, plus de résistance l’on obtient, et par conséquent moins d’apparence de soudure.
- 3° Pour souder ou braser l’aluminium sur un autre métal, l’on décape comme précédemment l’aluminium et le métal employé, à la manière ordinaire, c’est-à-dire à l’acide chlorhydrique ou à l’eau régale, en ayant soin d’essuyer ce dernier avant l’opération, et l’on opère conformément aux méthodes n° 1 ou n° 2, suivant la résistance à obtenir.
- Voici quelques résultats obtenus d’après mon procédé : Des plaques d’aluminium soudées par recouvrement de 25 millimètres carrés de section (25 millimètres de largeur sur 1 millimètre d’épaisseur) ont résisté à la charge de 50Ü kilogrammes, soit 20 kilogrammes par millimètre carré de section.
- L’aluminium a cédé à la naissance de la brasure, tandis que cette dernière est restée intacte.
- ESSAIS DE TRACTION FAITS LE 6 NOVEMBRE 1894 A LA (( SOCIÉTÉ D’ESCAUT ET ‘MEUSE )) A VALENCIENNES SUR DES PLAQUES SOUDÉES PAR BISEAUTAGE EN SIFFLET
- DÉSIGNATION DES BARRETTES D’ESSAI DIM DES CS P Ut P Z O P ENSI iARRE ai ut zs DNS TXES as p U3 Kfi c- ‘W SENS DE LA BARRETTE M 5 ut >5 © K U CHARGE DE RUPTURE N U H «2 M 4 % "a c U ut H i U © » S 2 * ** a T < in 'Ut CÛ
- Aluminium sur aluminium. "*/»( ‘"/m mlm *>g
- Biseau de 1 cjm . 100 26,0 2 Ion» 52,0 580 400 11,1
- Biseau (le 3 cjm • . 100 28,0 2 long 56,0 800 440 14,3
- Iiiseau de 2 c/m . . 100 30,6 2,9 long 86,7 1060 750 11,97
- S
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- 2.75 6 »
- 4.75
- D’après ces résultats l’on peut juger de la valeur de mon procédé. Je n’ai certes pas la prétention d’être arrivé à la perfection, et je donne ci-dessus les résultats obtenus après une bonne année employée aux recherches. »
- A. Delécluse.
- LE TÉLÉGRAPHE IMPRIMEUR
- DISTRIBUTION DES DÉPÊCHES PAR LA MACHINE A ÉCRIRE
- L’information rapide est devenue un des besoins les plus impérieux de notre siècle; le public désire être renseigné à tout instant, et dans un délai très court, sur les événements les plus récents et
- de toute nature. Pour n’en citer que quelques exemples, nous mentionnerons comme passionnant particulièrement l'opinion publique les courses, les sports divers, les opérations de bourse, les événements politiques, etc. Les moyens actuels d’information dont nous disposons à Paris étaient réellement insuffisants, le téléphone lui-même 11e pouvait y remédier. Il devenait nécessaire d’adopter d’autres dispositions pour répondre aux besoins de l’heure présente.
- Depuis dix ans l’agence Ilavas, à Paris, s’était préoccupée de trouver une solution à ce problème difficile. Elle axait jeté les yeux sur un télégraphe imprimeur, inventé par un Américain, M. Wright. Ce télégraphe permet de reproduire à distance l’écriture imprimée par une machine à écrire. Notre gravure (voy. figure p. 28) représente la machine à écrire, au premier plan. Un manuscrit qu’il faut transmettre, est imprimé à distance à l’aide d’une machine à écrire placée dans une station centrale de transmission. En même temps l’écriture ainsi tracée se reproduit sur des appareils enregistreurs installés aux stations de réception chez les divers abonnés. Nous représentons la machine réceptrice derrière la machine de transmission.
- Après bien des hésitations et bien des difficultés, on a pu installer un service qui fonctionne dans les bureaux de l’agence Havas, place de la Bourse. M. Nigron, chef de ce service, a bien voulu très aimablement nous faire l’explication du système et nous en montrer le mécanisme. Nous nous contenterons dans ce qui va suivre d’indiquer uniquement le principe général; un numéro entier du Journal suffirait à peine à donner une description détaillée des divers appareils. Dans une des salles de l’agence Havas est installée une station centrale qui constitue le poste transmetteur. Une machine à écrire à touches, commande un commutateur spécial qui permet d’envoyer des courants dans une ligne sur laquelle sont disposés divers récepteurs ou machines à écrire. Ces dernières sont de véritables petits chefs-d’œuvre de mécanique, sans mouvement d’horlogerie. Une roue des types sur laquelle sont gravées en relief les diverses lettres de l’alphabet, obéit aux courants que l’on envoie du poste transmetteur, et vient imprimer sur un rouleau de papier les caractères transmis. Il ne s’agit plus ici, comme dans les anciennes machines américaines, d’une bande de papier de 2 centimètres de largeur, mais bien d’un rouleau de 14 centimètres de largeur. On peut donc recueillir un papier pouvant constituer un véritable document. Sans insister longuement sur les détails intérieurs, nous dirons que le commutateur dont il a été question plus haut, est mis en mouvement à l’aide d’un petit moteur électrique, qui reçoit l'énergie électrique nécessaire à son fonctionnement d’une batterie de CO accumulateurs Tudor. La charge de ces éléments est effectuée à l’aide d’une dérivation prise sur le secteur Edison. La transmission dans le circuit extérieur des appareils, se fait à une diffé-
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- LA N ATI] HE.
- rence de potentiel de 100 volts et avec une intensité de 0,38 ampère. L’agence Havas fait actuellement deux services, celui des courses, et le service financier ; elle dessert environ 45 abonnes répartis au nombre de 15 par circuit. Le nombre d’abonnés par ligne n’est pas limité, mais on peut restreindre les dérangements du service en cas d’accident, en diminuant ce nombre sur chacune des lignes. Les câbles nécessaires à ces transmissions sont posés en égout par les soins de l’Etat. On peut voir ces appareils dans le grand hall du Comptoir d’escompte à Paris, où ils fonctionnnent d’une manière régulière; on voit à chaque instant le rouleau avancer et se
- couvrir peu à peu de nombreuses inscriptions.
- Les renseignements ainsi transmis sont des plus précieux. Pour le service financier, dès le matin toutes les cotes de la veille à l’étranger sont fournies aux abonnés ; les distributions continuent ainsi toute la journée d’instant en instant, et surtout aux moments d’activité de la Bourse. Toutes les dépêches que reçoit de toute part l’agence Havas, à peine déposées dans le bureau, sont aussitôt envoyées. Les informations relatives au service des courses sont aussi très curieuses; elles se rapportent d’abord à presque toutes les courses. S’il s’agit d’une affaire importante, les renseignements
- Machine à écrire transmettant à distance un message qu’on y imprime.
- Au premier plan, machine de transmission ; en arrière, machine réceptrice servant de contrôle.
- téléphonés du champ de course à l’agence sont transmis au moment du départ, au tiers de la course, à la moitié, à la fin, etc. Une course n’est pas terminée, qu’un abonné peut déjà en prévoir les résultats. On voit tout l’intérêt que peut présenter un service de ce genre; le prix d’abonnement n’est cependant pas élevé, il est de 1500 francs par an pour le service financier et de 000 francs pour le service des courses.
- L’agence Havas ne s’arrêtera pas aux deux services dont nous venons de parler; elle travaille en ce moment à installer un troisième service pour les informations politiques. La machine utilisée sera plus puissante et plus rapide que la précédente. Toutes les machinés nécessaires ne sont pas encore
- prêtes : mais nous avons pu déjà en voir quelques modèles, et nous en donnons la vue générale dans notre figure. Au premier plan est le transmetteur ou machine à écrire, servant à établir les contacts nécessaires pour la transmission électrique ; au deuxième plan est l'appareil de contrôle, ou appareil récepteur, semblable à ceux qui sont installés chez les divers abonnés. On aperçoit à la partie supérieure la bande de papier qui se déroule en regard de la roue des types servant à l’impression.
- Ces dispositions actuelles, importées en France pour les services d’informations rapides, nous prouvent que le proverbe lime is money ne i^ste pas anglais, mais devient universel. J. Laffaugue.
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- LA NATURE.
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- UN VE K COMMENSAL
- DU BERNARD L’ERMITE
- L’une des parties de la science qui se prête le mieux à l’étude pour les personnes n’ayant pas fait des travaux spéciaux d’histoire naturelle, est certainement la biologie, qui pour ainsi dire ne demande que des efforts d’observation. Nombreux sont les problèmes à résoudre en biologie : l’un de ceux sur lesquels nous voudrions appeler l’attention est celui du commensalisme.
- « Le commensal, dit Van Beneden, est celui qui est reçu à la table de son voisin pour partager le produit de la pêche...; le commensal ne vit pas aux dépens de son bote : tout ce qu’il désire, c’est un gîte ou son superflu ; le parasite s’installe temporairement ou définitivement chez son voisin ; de gré ou de force, il exige de lui le vivre et très souvent le logement. » Cette définition est malheureusement un peu vague et demanderait à être précisée. Quand on rencontre deux animaux vivant ensemble, le plus souvent l’un sur l’autre, on est très embarrassé. A-t-on affaire à un commensal ou à un parasite? Cette question se pose pour une multitude d’êtres vivants et constitue pour chacun autant de problèmes à résoudre par une observation soutenue et consciencieuse. Je ne veux pas énumérer ici tous les cas à examiner ; ils le sont tous pour ainsi dire et l'on en trouvera une nomenclature assez longue dans le livre de Van Beneden qui traite de ces intéressantes questions.
- Nous ne nous occuperons aujourd’hui que d’un ver, une Annélide, facile à observer au bord de la mer. Ce ver, le Nereilepas fucata, vit dans les coquilles de Buccin habitées par des Bernards l’Ermite. 11 se loge dans les premiers tours de spire, c’est-à-dire dans une chambre presque complètement close, oblitérée qu’elle est en avant par la partie postérieure de ce crustacé du groupe des Pagures, que tout le monde connaît sous le nom de Bernard l’Ermite. Par son habitat, le Nereilepas est
- admirablement protégé contre les ennemis et les injures extérieurs : quand on le retire de son logement, on est étonné de sa longueur (il atteint souvent plus d’un décimètre de long) et de sa fraîcheur.
- Quels sont les rapports du ver et du crustacé? Est-ce un parasite ? un commensal? Tous deux se rendent-ils des services mutuels ou sont-ils, autrement dit, des mutualistes? Pour le savoir, appliquons au ver cet aphorisme, paraphrase d’un proverbe connu :
- « Dis-moi qui tu manyes et je te dirai qui tu es. » Examinons un Pagure ayant un Nereilepas comme colocataire. Comment se nourrit ce dernier? Le Pagure se nourrit de deux manières principales. En temps ordinaire, il se contente de manger les particules que les mouvements rapides de ses appendices amènent au contact de sa bouche : ces matières, une fois digérées, sont rejetées en dehors ; on les voit en grande abondance dans le cris-talloir où on les élève. Cette simple observation montre déjà combien est fausse l’hypothèse que Je ver dévore ces déjections et sert ainsi au Pagure en l’en débarrassant. Ce qui faisait croire qu’il en était ainsi, c’est que pendant tout le temps que dure cette alimentation, P Annélide ne se montre pas au dehors et ne donne pas signe de vie : elle attend le moment favorable. Les choses ne se passent pas en effet de même lorsqu’on donne au Bernard un gros morceau, comme par exemple un lambeau de ces mollusques comestibles appelés Cardium ou coques. Satisfait de cette bonne aubaine, on le voit de suite mastiquer avec animation; ils sort même une partie de son corps au dehors et mange avec avidité. Mais presque aussitôt, on voit, entre la base des pattes droites et le corps du crustacé, s’avancer lentement la partie antérieure du ver. Celui-ci, sans hésiter, va directement explorer la bouche de son camarade; là, rencontrant le morceau, il le pince fortement avec ses deux puissantes mandibules et, dès lors, ne le lâche plus. Se rétractant en arrière, il attire à lui le butin : c’est cette scène que représente notre gravure. Alors de deux choses l’une : ou bien le Pagure se cramponne, lui
- Ver dans line coquille de Bernard l'Ermite.
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- LA NATURE.
- aussi, à la proie, sans se rendre compte d’ailleurs des causes qui tendent à la lui enlever, et l’Annélide redouble d’efforts, si bien que le morceau finit par se déchirer en deux parties : le ver entraîne sa part au fond de la coquille, pour la dévorer tout à son aise. Ou bien le Pagure lâche sa proie, comme le corbeau de la fable, et l’Annélide l’emporte tout entière; je lui ai vu ainsi enlever un Cardium presque complet (sans sa coquille), si bien même qu’elle ne pouvait plus le faire passer par l’orifice étroit laissé entre le Crustacé et la coquille. En tirant très fort, elle y arrivait cependant presque toujours.
- Il ne faudrait pas croire que l’Annélide perçoit par l’olfaction la présence voisine d’une proie, car, ainsi qu’on peut le constater en la retirant de la coquille, ses organes des sens sont très émoussés. Il est curieux de constater que c’est le Pagure lui-même qui, inconsciemment bien entendu, avertit son camarade de la présence d’une proie volumineuse : les mouvements désordonnés auxquels il se livre indiquent à l’Anné-lide qu’il est temps de se montrer ; on ne la voit jamais sortir à un autre moment. C’est aussi un lait intéressant à noter que l’indifférence du crustacé à l’égard du voleur avec lequel il habite et qui vient, suivant l’expression populaire, lui « retirer le pain de la bouche ». J’ai vu souvent l’Annélide, après que le Pagure avait laissé tomber sa proie par mégarde, introduire sa tête et les premiers anneaux de son corps entre les pattes-mâchoires et jusque dans la houche du crustacé. Rien n’aurait été plus facile à celui-ci, semble-t-il, d’ingérer le ver et de s’en débarrasser une fois pour toutes; or, il le laissait absolument tranquille : le Nereilepas en profite pour manger les débris de nourriture qui restent encore dans la bouche du Bernard et de les emporter dans son repaire.
- Ces observations et d’autres analogues, qu’il serait trop long de rapporter ici, montrent que l’Annélide se nourrit exclusivement des grosses proies que le Pagure se propose de manger. Elle fait donc à ce dernier un tort notable, puisqu’elle lui soustrait une bonne partie de sa nourriture : c’est un véritable parasite, au sens où l’on entend ce mot dans le langage courant, mais un parasite en somme assez bénin. Henri Couj-in.
- CHRONIQUE
- Résultats obtenus par la culture de la (( vesce relue ». — On a fait dernièrement en Italie l’expérience de la culture de la « vesce velue »; les résultats ont été, paraît-il, merveilleux. Désormais cette plante doit être considérée comme un fourrage de premier ordre appelé à produire une véritable révolution agricole. Le sénateur di Gropello a déjà constaté dans ses propriétés de Yalenza une vigoureuse végétation n’ayant nullement souffert des gelées hivernales. D’après M. Motti, qui s’est livré aux mêmes expériences dans ses propriétés de Reggio Emilia, les résultats ont été tels qu’il n’hésite pas, lui aussi, à classer cette belle plante fourragère parmi une des pre-
- mières. L’ingénieur de Tolfoli de Soligo constate que la « vesce velue » résiste aux plus grands froids, qu’elle prospère dans des terres stériles et qu’elle donne un rendement élevé malgré la plus grande sécheresse ; il prétend avoir fauché, à deux reprises, dans un terrain calcaire argileux, 850 quintaux d'excellent fourrage. A Portici, M. Montanari, en une seule fauchaison, obtint 250 quintaux. Le député Octavie, à Casalmonferrato, fit faucher, au mois d’avril, la vesce qui atteignait déjà une hauteur de 90 centimètres et il en obtint 300 quintaux à l’hectare. On fait les semences aux mois d’octobre et de novembre à raison de six kilogrammes de graine par mille mètres carrés; l’expérience conseille de l’associer à une céréale, de préférence le seigle, parce que la vesce, étant une plante grimpante, s’appuie à la céréale. On la fauche en avril et on peut ensuite labourer les terres et y semer du blé de Turquie, des pommes de terre, des haricots ou autres. Quant au prix de la semence, on calcule qu’il revient à dix francs chaque mille mètres carrés. La revue à laquelle sont empruntés ces renseignements estime que les agriculteurs auront tout avantage à essayer cette culture, attendu que, quanta la production, on peut calculer le double de celle du trèfle roux et un tiers de plus de celle de la « vesce indigène » et de la cicerole.
- Épidémie charbonneuse en Sicile. — L’infection charbonneuse est endémique dans diverses régions de la Sicile et de la Sardaigne. Dans la province de Pa-lerme, la maladie se manifeste chaque année, spécialement dans la saison chaude, et on constate tous les ans de nombreux cas de pustule maligne parmi les individus qui ont été en contact soit avec les animaux atteints, soit avec les viandes et les restes de l’animal abattu (tels que bergers, paysans, bouchers, corroveurs, porteurs de viandes abattues, etc.). Dans toute la province, qui compte 698622 habitants, on a constaté, en 1892, 67 cas de pustule; en 1895, 72 cas; en 1894 à fin septembre, 66, soit une augmentation sensible pour l’année courante. Les cas de charbon relevés jusqu’à fin septembre 1894 semblent avoir suivi la même progression. La direction de la santé publique d’Italie s’en est préoccupée ; en vue de faciliter l’emploi du vaccin anti-charbonneux, qui a de si bons résultats en France et dans la haute Italie où il est assez répandu, elle a chargé l’État de la préparation du vaccin nécessaire pour pouvoir le vendre à un prix très modéré, et comme garantie de l’exacte application de ce moyen prophylactique, elle a décidé de ne confier le vaccin qu’aux vétérinaires ayant l’expérience de ces sortes d’opérations et qui sont prêts à accepter le tarif réduit établi par le Ministère. Les vaccinations anticharbonneuses se feront par conséquent cette année en Sardaigne sur une grande échelle, sous la direction et le contrôle du gouvernement. Il est à espérer qu’il en sera de même en Sicile, dans les régions où le charbon est devenu endémique.
- Les fruits dans Falimentation du bétail. —
- Dans une étude parue récemment dans les Annales agronomiques, M. Cornevin signale l’utilisation de fruits quelque peu avariés pour l’alimentation du bétail. 11 traite tout particulièrement des châtaignes, et il fait remarquer que souvent il est des circonstances où les agriculteurs peuvent se procurer ces fruits à bon marché, quand, par exemple, les marchands de marrons au détail quittent leurs échoppes sans avoir pu vendre tout leur stock et qu’ils cherchent à s’en débarrasser à tout prix. Parfois aussi la châtaigne mise en tas étant un fruit de conser-
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- LA NATURE:
- TA
- vation difficile, les grands marchands de fruits qui en ont accumulé des provisions, ne peuvent (dus les vendre pour la consommation ordinaire, parce qu’elles sont échauffées, comme on dit. Intactes ou aigries, elles peuvent entrer dans l’alimentation du bétail ; on les donne crues, mais passées soit au coupe-racines soit au brise-tourteau, ce qui vaut mieux. Pour les moutons, M. Cornevin indique la dose de 3 litres de châtaignes égrugées pour lkg,5 de foin; pour les porcs on pourrait mettre 2 kilogrammes pour 5 litres d’eaux grasses et 0kg,800 de débris de triperie. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 décembre 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- Diagrammes thermométriques et hygrométriques. — MM. Ilermite et Besançon ont effectué une ascension en ballon dans le but de recueillir, au moyen d’un appareil enregistreur spécial, des diagrammes thermométriques et hygrométriques se rapportant à l’atmosphère et au gaz de l’aérostat. L’un des appareils avait été suspendu au centre du ballon, tandis que l’autre pendait à une distance de 5 mètres au-dessous de la nacelle, mais ils étaient disposés de telle façon que les thermomètres, les hygromètres et les baromètres enregistraient leurs diagrammes respectifs sur le même cylindre, circonstance qui rendait les diagrammes indépendants des irrégularités possibles du mouvement d’horlogerie. L’appareil inférieur était, en outre, protégé contre les rayons du soleil. La comparaison des diagrammes thermométriques a permis de constater ce fait digne d’être remarqué, que les diagrammes thermométriques ont indiqué constamment une température plus élevée à l’intérieur du ballon qu’à l’extérieur. A partir de 11 heures du matin, heure du départ de l’usine à gaz de la Yillette, jusqu’à 2 heures de l’après-midi, instant de l’atterrissage près de Melun, à l’altitude maxima de 1500 mètres, au-dessus des nuages, et sous l’action des rayons solaires, le thermomètre intérieur s’est maintenu entre 46 et 47°, alors que le thermomètre extérieur indiquait des températures comprises entre +13 et + 19°. L’hygromètre intérieur a accusé une légère variation qui tient à ce que le gaz était absolument saturé de vapeur d’eau au moment du départ. L’hygromètre extérieur, après avoir marqué 52° dans les nuages, était aussi à 52° à 1500 mètres d’altitude. Quant aux diagrammes barométriques, ils étaient sensiblement identiques. Des observations de ce genre avaient déjà été faites par M. GastonTissandier et d’autres explorateurs, mais sans appareils enregistreurs. Les résultats obtenus ainsi ont une grande importance, non seulement au point de vue météorologique, mais encore à celui de la navigation aérienne, car ils montrent que l’ascension irrégulière des ballons pendant le jour est duc en partie aux variations de la température du gaz, lorsque des nuages viennent entraver l’action des rayons solaires.
- Action de la pression sur les microbes. — M. Roger a institué de nombreuses séries d’expériences dans le but de rechercher si les fortes pressions pouvaient détruire les microbes. Dans ce but il a soumis des liquides contenant diverses espèces de microbes aux plus fortes pressions que l’on puisse atteindre actuellement, c’est-à-dire 2000 à 3000 kilogrammes par centimètre carré. Ces liquides étaient contenus dans des enveloppes entourées d’une couche de caoutchouc et plongées dans l’huile, de telle sorte qu’il n’y avait pas d’atmosphère au-dessus. Les résultats obtenus sont donc indépendants de l’elfet
- qu’aurait pu produire l’oxygène introduit dans le liquide par suite de l’augmentation du coefficient de solubilité de ce gaz, due à l’accroissement dépréssion. Il n’v avait pas d’autres gaz que ceux existant normalement dans le liquide à la pression atmosphérique. Ils sont également indépendants de l’élévation de la température, car selon les évaluations de l’auteur, la température des liquides comprimés n’a pas varié de plus de 5 degrés. Plusieurs microbes, notamment celui du furoncle et le bacille du côlon, hôte habituel de l’intestin de l’homme, ont parfaitement supporté ces pressions colossales. Au contraire le microbe de l’érysipèle et celui du charbon ont perdu une partie de leur activité et de leur virulence : inoculés à des animaux, ils n’ont produit qu’une maladie légère et curable. M. Roger tire de ses expériences un nouvel exemple de la résistance extraordinaire que les microbes opposent aux agents de destruction. MM. Berthelot et Cailletet s’accordent pour souhaiter que ces expériences soient répétées en opérant lentement la décompression, afin*de prouver que la brusque détente n’est pas l’agent de l’altération des microbes lorsque celle-ci se manifeste.
- Le foudroiement par les courants alternatifs et les courants continus. — M.d’Arsonval rappelle qu’en 1887, il avait fait connaître que dans le foudroiement par les courants alternatifs, la mort n’était le plus souvent qu’apparente. Les animaux frappés étaient seulement pris de syncope avec arrêt des mouvements du cœur et des poumons; Des respirations artificielles pouvaient donc les ramener à la vie. En mai 1894, une démonstration expérimentale des affirmations de M. d’Arsonval était réalisée sur l’homme. Un ouvrier électricien tombait foudroyé par un courant alternatif de 4500 volts et 1 ampère et subissait pendant sept minutes le passage de l’électricité à travers son corps. Une heure seulement après l’accident, on faisait l’essai des respirations artificielles et le prétendu mort revenait bientôt à la vie. Sa santé n’a d’ailleurs éprouvé aucune atteinte: il se porte aujourd’hui très bien. M. d’Arsonval annonce qu’une nouvelle confirmation de sa méthode lui est arrivée d’Amérique, parle ISeiv York Herald. Un électricien ayant pris en même temps deux conducteurs amenant un courant alternatif de 4600 volts, a reçu la totalité du courant. Il tomba foudroyé; mais l’excitation artificielle de la respiration par des mouvements des bz-as et des pressions thoraciques suffit pour ramener bientôt la respiration naturelle au bout de quelques minutes. La victime se souvient très bien avoir ressenti à l’instant de l’accident, l’impression d’un éclair. 11 a vu un champ lumineux à espaces obscurs. Puis la perte de connaissance survint, et le patient n’eut plus aucunement conscience de ce qui s’est passé pendant sa syncope. Au moment du retour à la vie, la même sensation visuelle se reproduisit, mais accompagnée d’une sensation très vive dans les bras et les jambes, analogue à celle qui résulterait d’une traction violente. M. d’Arsonval conclut donc que dans le cas d’accident par les courants alternatifs il ne faut pas désespérer, même s’il s’est écoulé un certain temps. 11 ajoute qu’il faut provoquer la respiration artificielle et rappelle que la traction de la langue est un excellent moyen. Les courants continus de 7 à 800 volts ne permettraient pas les mânes rappels à la vie. En effet, ceux-ci sont accompagnés de phénomènes électrolytiques dans tout leur parcours à travers le corps humain, carie corps n’est pas un conducteur homogène. Aussi, tandis que les premiers courants ne déterminent qu’un choc nerveux, les seconds déterminent des lésions matérielles. M. d’Arsonval pense donc (pie dans la mort par l’éleclroculion,
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- LA NATUHE
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- on pourrait rendre la vie au condamné une heure après le foudroiement. M. Marcel Deprez citelecas d’un homme foudroyé par un courant continu qui a supporté pendant dix minutes le passage de l’électricité et a pu être rappelé à la vie. Selon M. Marcel Deprez, jusqu’à 500 volts le courant continu pourrait être toléré.
- Le rayonnement animal aux basses températures. — M. Pictet a étudié le rayonnement de la chaleur du corps humain aux très basses températures. Dans ce but, après s’ètre couvert le corps de fourrures, il s’est placé dans un tube maintenu extérieurement à une température pouvant descendre jusqu’à — 130°. La tête de l’opérateur doit dépasser l’orifice, car la respiration de l’air refroidi à cette température pourrait sans doute causer des accidents graves. Jusqu’à — 50° les fourrures arrêtent le rayonnement, ce qui explique la résistance des animaux des régions polaires. A partir de — 70° les vibrations calorifiques du corps traversent les fourrures sans que la peau éprouve la sensation du refroidissement. Comme moyen de défense, la nature provoque des phénomènes internes de combustion et de digestion intenses. En effet, au bout de quatre minutes, la sensation de la faim commence à se produire. M. Pictet raconte qu’il s’est, par ce moyen, guéri d’une dyspepsie dont il souffrait depuis plusieurs années. Il lui a suffi de huit séances dans un tube réfrigérant à — 110°. Il semble donc que l’a u teur ai t pourvu la médecine d’un puissant moyen thérapeutique.
- La maladie des Kangourous en Europe. — Les Kangourous s’acclimatent très bien en Europe ; ils se reproduisent même en captivité. Mais ils meurent généralement d’une carie du maxillaire inférieur. Ils contractent une tumeur, bientôt suivie de suppuration, les dents se détachent et l’animal meurt d’inanition. Si on le laisse au milieu de ses compagnons de captivité, ceux-ci contractent aussitôt la même maladie. MM. LannelongueetÀchard ont pratiqué l’autopsie d’un Kangourou mort dans ces conditions. Ils ont constaté que la maladie était due à un microbe pyogène, qu’ils ont isolé et étudié. En l’injectant à des lapins et à des cobayes, les résultats sont différents suivant la manière dont on opère. L’injection sous la peau ne donne pas d’abcès, mais l’animal meurt d’arthrite ; l’injection sous le péritoine provoque la mort en douze à quinze heures par péritonite suppurée.
- Varia. — M. Bureau a consacré un volume à la description de la collection de botanique fossile du Muséum. — M. Moissan a réduit l’alumine par le charbon, à l’aide des hautes températures du four électrique.
- Cil. DE VlLLEDEUlL.
- NOUVELLE BROUETTE « LA GAZIÈRE »
- Cette brouette est, comme son nom l’indique, destinée au service des usines à gaz, et spécialement au transport du coke, lors du délutage des cornues; elle a été combinée pour ce travail, de manière à simplifier l’opération du déchargement.
- Il arrive souvent, en effet, dans les l’ours à sept cornues notamment, que deux d’entre elles soient à une trop faible distance du sol pour qu’il soit possible d’amener directement le coke dans la caisse qui doit le recevoir pour le transport; on en est alors réduit à vider la cornue sur le sol, et à reprendre ensuite à la pelle le charbon incandescent ;
- c’est à cet inconvénient qu’a voulu parer l’inventeur de la brouette que nous présentons à nos lecteurs, et il nous paraît qu’il s'en est tiré de la façon la plus heureuse.
- Les brancards de la brouette ne sont pas fixes, comme c’est généralement le cas; ils peuvent tourner autour de l’axe des roues, et se relever entièrement, tandis que le caisson qu’ils supportent s’abaisse parallèlement, et se pose sur le sol. Le bord du caisson vient ainsi se placer immédiatement au-dessous de la cornue que l’on se propose de vider, et l’opération se fait sans la plus légère difficulté, comme le montrent nos petites figures 1 et 2. Les brancards étant alors rabattus, le caisson reprend sa place, et il suffit, pour prévenir tout basculement inopportun, de fermer le verrou Y placé sur le support, en agissant sur la manette M (voy. la grande ligure de la gravure ci-dessus). La caisse est suspendue sur un axe placé au-dessus de son centre de gravité, de telle sorte qu’elle n’a aucune tendance à se vider spontanément; mais cette opération se fait avec facilité au moment opportun. En agissant sur la chaîne C, fixée à sa partie inférieure, la caisse se retourne alors complètement, et se vide entre les roues ; elle retombe d’elle-mème, et reprend sa position normale dès qu’on lui rend sa liberté. C.-E. G.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Brouette à coke. — N° 1. La brouette vue de côté.
- N* 2. La même retournée. — Mode d’emploi dans l’usine à gaz.
- O-
- Paris.
- Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N’# '1124. — 15 DÉCEMBRE 1894.
- LA NATURE.
- 0)
- FERDINAND DE LESSEPS
- Aucun homme à notre époque n’a joui d’une si grande popularité et d’une si étonnante renommée que le créateur du canal de Suez; on a pu l’appeler le Grand Français. Suez et Panama, ces deux entreprises dont l’une fut si belle, et l’autre si funeste, n’ont occupé que la seconde moitié de la vie de Ferdinand de Lesseps.
- Né à Versailles le 17 novembre 1805, il fit ses études au collège Henri IV à Paris, et il débuta, alors qu’il avait à peine vingt ans, dans la carrière diplomatique. Dès 1825, il fut attaché au consulat général de Lisbonne, et deux ans après, en 1827, on l’employa sous la direction du comte de la Ferronnays dans les bureaux de la Section commerciale au ministère des affaires étrangères.
- Nommé vice-consul au Caire en 1835, M. de Lesseps fut chargé à deux reprises de la gestion du consulat général d’Alexandrie, notamment pendant la peste de 1834-1835, qui enleva le tiers de la population; sa conduite, pleine d’héroïsme et de dévouement, lui valut en 1856 la croix de chevalier de la Légion d’honneur.
- Revenu en congé à Paris le 17 juillet 1838, il occupa successivement le poste de consul de France à Rotterdam, à Malaga, puis à Rarcelone. Pendant le bombardement de cette dernière ville, en 1842, M. de Lesseps contribua puissamment à la protection des Français et des étrangers de toute nationalité, qui se trouvaient à Barcelone; il fut, en récompense, promu au grade d’officier de la Légion d’honneur et les gouvernements étrangers le comblèrent de félicitations et de décorations. Nommé consul général 23e année. — ter semestre.
- Ferdinand de Lesseps, né à Versailles le 19 novembre 1803, mort le 7 décembre 1891 an château de La Chesnaye, dans l’Indre.
- (D’après une photographie de M. Van Bosch, faite en 1884.)
- en 1847, il fut rappelé à Paris au moment de la révolution de 1848; il en repartit bientôt pour Madrid en qualité de ministre de France.
- Plus tard, envoyé en mission à Rome auprès du général Oudinot, au mois de mai 1849, il se montra très opposé à l’occupation violente de la ville par les Français ; désavoué par l’Assemblée législative, il réclama sa mise en disponibilité et se justifia des accusations dont il avait été l’objet par un mémoire
- au Conseil d’État.
- Placé sur le cadre des agents diplomatiques comme ministre plénipotentiaire sans traitement, M. de Lesseps, rejeté dans la vie privée, se rendit en Égypte en 1854. Nous empruntons à une biographie publiée sur lui, quelques années après cette époque, l’histoire de ses relations avec le vice-roi Mohammed - Said -Pacha; c’est à la suite de ses entretiens avec ce souverain que M. de Lesseps fut conduit à entreprendre le percement de l’isthme de Suez. « M. de Lesseps se mit aussitôt à l’œuvre, dit l’écrivain anonyme auquel nous empruntons ces documents, et depuis cette époque jusqu’en 1869, il se voua complètement, avec une ardeur, une énergie et une ténacité que rien ne put jamais rebuter, à l’accomplissement de cette gigantesque entreprise. Dès 1865, commencèrent les études préparatoires dont les résultats furent publiés sous le titre de : Percement de l'isthme de Suez; exposé et documents officiels (1866). Mais aussitôt que M. de Lesseps voulut réaliser son projet, il se vit en butte à des difficultés et à des obstacles de tout genre. Le gouvernement turc, à l’excitation du gouvernement anglais, refusa longtemps d’accorder l’autorisation nécessaire pour ouvrir le canal; des ingénieurs autorisés, des
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- LA NATURE.
- hommes d'Etat, condamnèrent hautement l’entreprise comme étant purement chimérique et irréalisable; enfin il fallait obtenir des capitaux énormes. Sans se laisser rebuter, M. de Lesseps parvint, dans de nombreux voyages, par des conférences publiques où il se montrait très éloquent, par des appels à la publicité, non seulement à réaliser par des souscriptions un capital de deux cents millions, mais encore à exciter en laveur de son entreprise un concours de vœux et de sympathies tellement puissant, que toutes les diplomaties durent céder. En 1859, les travaux commencèrent. En 1868, M. de Lesseps dut faire un nouvel appel de fonds et fut autorisé à émettre des titres d’obligations remboursables avec lots par voie de tirage au sort. Le 14 août 1869 le canal avait reçu presque partout la largeur fixée, les eaux de la Méditerranée et de la mer Rouge venaient se réunir dans les Lacs Amers. Le 20 novembre de la même année, M. de Lesseps put montrer au monde sa grande œuvre achevée. »
- L’inauguration du canal de Suez avait produit en Europe un effet immense. L’auteur de celte œuvre magnitique fut comblé de récompenses offertes par toutes les puissances étrangères. Le gouvernement français lui remit la grand’eroix de la Légion d’honneur, la Société de géographie lui décerna son grand prix de 10 000 francs, la cité de Londres lui offrit le droit de bourgeoisie dans la capitale britannique et l'Académie des sciences lui donna le titre de membre académicien libre 1.
- Ces succès ne contribuèrent qu’à ouvrir à l’esprit de Ferdinand de Lesseps les grands projets; il résolut d’entreprendre un chemin de fer qui relierait la Russie avec toutes les régions de l’Asie centrale, lfaprès ses plans, dont il lit une exposition publique, la nouvelle voie ferrée devait partir d’Oren-bourg, sur la ligne de séparation de l’Europe et de l’Asie, pour aboutir sur les confins de l’Afghanistan. Des circonstances politiques que nous ne saurions énumérer, ne permirent point que ce projet se réalisât. Parmi les entreprises que M. de Lesseps encouragea encore de son influence, nous citerons celle de la mer intérieure d’Algérie, qui resta aussi sans aucune réalisation.
- C’est en 1879 que celui que l’on continuait à appeler le Grand Français, commença à consacrer tous ses efforts à l’étude d’un autre projet immense, Celui du percement de l’isthme de Panama. Le public avait une confiance extrême en l’énergie de M. de Lesseps ; il semblait que tout ce que cet homme voulait résoudre, était réalisable; lui-mème partageait en quelque sorte les sentiments de la foule; il se croyait invincible, et capable, par son influence, par son habileté, par ses sentiments de ténacité et de persévérance, de mener à bien les plus difficiles et les plus importantes entreprises. Ferdinand de Lesseps alla en Amérique pour se rendre compte par lui-même de la nature des travaux à exécuter,
- 1 l’ius tard M. de Lesseps fut reçu à l’Académie française.
- et de la grandeur des difficultés à vaincre. A partir de 1879, il commença à faire, en faveur du percement de Panama, la plus vigoureuse et la plus ardente campagne. Dans les banquets, dans les conférences, il exposait les plans de sa nouvelle œuvre, et il affirmait audacieusement que les travaux s’accompliraient et qu’ils pouvaient être terminés dans un avenir très prochain.
- Beaucoup d’esprits clairvoyants s’efforcaient de faire comprendre la différence qu’il y avait entre les travaux de Suez et ceux de Panama. Mais la masse du public se rappelait l’opposition que le Grand Français avait trouvée pour son premier travail, et elle donna encore sa confiance et son argent pour l’exécution du second.
- Nous ne voulons rien dire des désastres d’une épouvantable débâcle. M. de Lesseps en eut conscience alors que le grand âge avait commencé à troubler son intelligence. 11 en conçut un chagrin extrême, et son esprit s’affaiblit à tel point de jour en jour, qu’il fut possible de lui laisser ignorer jusqu’à sa mort l’histoire d’un procès qui a soulevé tant de scandales.
- Ferdinand de Lesseps ne croyait pas au mal; il n’a jamais trempé dans les fautes commises, et il a réalisé une œuvre immense. Soyons indulgents pour les heures de faiblesse du vieillard, et saluons en lui l’initiateur des grandes entreprises.
- Gastox Tissa muer.
- UNE BAGUE TAILLÉE DANS UN DIAMANT
- Tout le monde sait l’extrême difficulté qu’éprouve le plus habile lapidaire pour tailler un diamant, non seulement à cause de la dureté de la pierre, mais aussi à cause du clivage et des veines qu’il faut bien connaître avant d’entreprendre le travail de la taille. M. Antoine, un des premiers joailliers d’Anvers, a pu, après bien des essais infructueux et trois années de patience et d’habileté, tailler une bague dans un bloc de diamant. La bague, qui est parfaitement ronde, a un diamètre de 18mm,9. Elle a été quelque temps exposée dans la section de bijouterie, à l’Exposition d’Anvers, où le public et les connaisseurs l’ont fort admirée. En fait de bague taillée dans une seule pierre précieuse, il n’existe, nous assure-t-on, en dehors de celle dont nous venons de parler, que la bague de la collection Marlborough, en Angleterre, taillée dans un cube de saphir d’une très grande beauté. X. W.
- LA MARCHE DES ORAGES
- Les orages électriques, même ceux qui naissent, éclatent et s’éteignent sous nos yeux dans l’espace de quelques instants, ne sont pas des phénomènes purement locaux comme on l’a cru pendant longtemps et comme bien des personnes le croient encore. Dans cet ordre d’idées, on admet aussi que la marche des orages est fort complexe, très irrégulière, et qu’elle est tout entière subordonnée à une foule de causes perturbatrices. Montagnes, forêts, rivières, vallées, etc., ont la réputation d'attirer ou de repousser les orages, de les faire dévier de leur route, et même de les obliger à rebrousser chemin.
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- LA NATURE.
- La vérité, c’est, que les orages sont la conséquence d’un état général de l’atmosphère, et que la marche de tel petit orage qui n’atteint qu’une ou deux communes dépend ordinairement de la situation atmosphérique d’une région plus vaste que la France.
- Les conditions locales interviennent certainement dans la formation, dans l’éclosion et même dans la propagation des orages, mais c’est au moyen d’une préparation convenable de l’atmosphère plutôt que par l’action directe des accidents du sol.
- 11 est souvent facile de déterminer avec exactitude la direction suivie par un orage. Aussi les nombreuses observations effectuées depuis quelques années à ce sujet sufliront pour montrer combien il faut réduire l’influence des reliefs terrestres et pour donner une idée de la grandeur et de la généralité des forces qui commandent aux orages.
- Quand les orages qui atteignent une localité ne se forment pas dans cette localité même, ils apparaissent presque toujours à l’horizon entre le sud et l’ouest, et disparaissent ensuite entre le nord et l’est. C’est un fait bien établi par de nombreuses statistiques, que chacun peut aisément constater, et que nous formulerons ainsi :
- La trajectoire ordinaire des orages qui passent au zénith d’une localité est diiigée du sud-ouest au nord-est, avec un écart qui peut aller d’un côté jusqu’à la ligne ouest-est, et de l’autre jusqu’à la ligne sud-nord. Les exceptions ne sont pas très nombreuses, mai elles sont si variées et tellement caractérisées, que l’on peut voir des orages venir d’un point quelconque del’borizon, même de l’est et du nord-est, aussi bien que du nord-ouest et du nord.
- Les trajectoires des orages ne sont cependant pas dues au hasard, et les observations effectuées avec un soin tout particulier dans une centaine de localités du département du Puy-de-Dôme nous ont permis d’établir quelques-unes des lois qui les déterminent. D’une manière générale, nous pouvons déjà dire que la marche suivie par un orage quelconque est intimement liée à la situation barométrique du moment et à ses variations.
- Dès 1878, nous avons montré que l’uniformité de la pression atmosphérique à une même altitude est la condition la plus favorable à l’éclosion des orages : en été, c’est alors qu’ils atteignent leur plus grand développement et leur plus grande intensité; et, en n’importe quelle saison, le ciel prend un aspect plus ou moins orageux quand les hauteurs barométriques sont à peu près égales dans une étendue suffisamment vaste de pays. 11 n’y a pas d’orages lorsque la pression atmosphérique est très forte; on n’eu voit guère lorsqu’elle dépasse 765 millimètres. Il y en a peu encore lorsqu’elle est très faible. C’est quand le baromètre se tient près de sa hauteur moyenne (760 millimètres au niveau de la mer), et surtout entre 755 et 760 millimètres, que les orages sont nombreux et violents. La pression de l’atmosphère exerçant une action si grande sur la formation des orages, il n’est pas étonnant qu’elle
- puisse également influer beaucoup sur leur marche.
- Pour bien faire comprendre la façon dont s’exerce cette influence, nous allons examiner comment on apprécie, de quelle manière on mesure l’uniformité ou l’inégalité de la pression atmosphérique à la surface de la terre. Supposons que les observations barométriques effectuées dans une certaine région, en France par exemple, soient ramenées à un même niveau, à une même altitude, et admettons encore, comme on le fait habituellement, que l’altitude choisie soit le niveau de la mer. On inscrit sur une carte, près de chaque lieu d’observation, la pression qui y aura ainsi été déterminée ; puis on réunit par une ligne qui est toujours courbe et plus ou moins circulaire les points qui ont la même pression. On trace d’abord, si l’on veut, la ligne qui passe par les endroits où la pression est de 760 millimètres, et cette ligne constitue l’isobare 760 millimètres. On mène ensuite les isobares 761 millimètres, 762 millimètres, 765 millimètres, etc.; puis les isobares 759 millimètres, 758 millimètres, 757 millimètres, etc., et l’on obtient ainsi des cartes isobarométriques analogues à celles que nous avons reproduites ci-contre (p. 56).
- Considérons la carte IV qui représente la situation barométrique, en France, le 16 juin 1895. Elle montre qu’un minimum de pression (759 millimètres) existait ce jour-là au sud des Alpes, dans la haute vallée du Pô; qu’autour de cette région la pression augmentait progressivement; qu’elle dépassait bientôt sa valeur moyenne 760 millimètres; qu’elle se maintenait à 761 millimètres sur une ligne passant par Berne, Lyon et Nîmes; 762 millimètres sur la ligne Belfort, Besançon, Mâcon et Béziers, etc., et qu’elle atteignait 767 millimètres à Brest. Une dépression barométrique s’étendait donc ce jour-là sur l’Europe occidentale. Sa partie nord-ouest couvrait la France, et il y avait une différence de pression de 8 millimètres entre Brest et Moncalieri, séparés par une distance de 850 kilomètres. En allant de la première de ces villes vers la seconde, la pression de l’atmosphère diminuait ainsi, en moyenne, de 0mm,94 par 100 kilomètres, ou de 0mm,0094 par kilomètre. Ce nombre 0,nm,0094 est ce qu’on appelle le gradient barométrique correspondant à la situation considérée, entre Brest et Moncalieri. Entre Moncalieri et Clermont le gradient était un peu plus élevé et atteignait 0mm,015.
- On voit que les pressions sont d’autant plus inégales que le gradient barométrique est plus fort, et que le gradient tend vers zéro à mesure que les pressions se rapprochent de l’égalité. D’après ce que nous avons dit plus haut relativement à l’action favorable que l’uniformité de la pression exerce sur la production des orages, on peut conclure qu’un trop fort gradient empêchera l’éclosion des orages et que ceux-ci seront d’autant plus nombreux que le gradient sera plus faible. C’est ce qui arrive en effet et ce que montrent nos cartes.
- On sait que dans toute dépression, ou plus géné-
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- LA NATUHE.
- râlement dans toute région atmosphérique où il existe un gradient, l'air circule à peu près perpendiculairement à ce gradient, en se rapprochant lentement du lieu où se trouve le minimum de pression. Le sens de la circulation est, dans notre hémisphère, l’Inverse de celui du mouvement des aiguilles d’une montre, et la vitesse de l’air (c’est-à-dire la force du vent) est d’autant plus grande que le gradient est plus fort, ou, ce qui revient au même, que la dépression est plus accentuée.
- Nous avons tracé, sur chacune des cartes de la première planche, une ligne pointillée qui donne la direction des divers gradients barométriques intéressant la région du Puy-de-Dôme, et l’on voit que cette ligne correspond, en somme, à la direction suivant laquelle la pression varie le plus rapidement de chaque côté de la région : elle est perpendiculaire aux isobares, ou plutôt elle les rencontre normalement, c’est-à-dire en faisant avec chacune d’elles deux angles égaux. Nous avons encore dessiné, sur chaque carte, à l’endroit où se trouve le département du Puy-de-Dôme, une rose constituée par un cercle et par des flèches ou pointes noires. Ces pointes représentent : 1° par leur direction, la marche qu’ont suivie les orages observés dans les diverses localités du département; 2? par leur longueur, le nombre des localités dans lesquelles l’orage a eu la direction correspondante.
- Sur les cartes II, III et IV, où les gradients, bien que peu accentués, atteignent cependant les valeurs 0,007, 0,010, 0,015, on constate que les orages ont une marche sensiblement conforme à la loi de rotation de l’air dans les dépressions atmosphériques : les orages du 18 juin viennent du sud-est et disparaissent par le nord-ouest, parce que le minimum de pression se trouve en Gascogne, dans
- la direction du sud-ouest; ceux du 0 septembre marchent de l’ouest à l’est ou du sud-ouest au nord-est, parce que les basses pressions sont dans le nord avec un minimum secondaire vers Paris; enfin les orages du 16 juin chassent du nord-est ou du nord parce que le centre de dépression est au sud des Alpes, dans la direction du sud-est.
- La carte I, dans laquelle le gradient n’atteint que 0,004, montre ce qui se passe lorsque les hauteurs barométriques sont peu inégales : les orages chassent de tous les points de l’horizon, même du nord-est,
- du nord et du nord-ouest, mais surtout de la région sud, soit du sud-est, du sud ou du sud-ouest.
- Dans la carte V, qui se rapporte au 10 juillet 1895, le gradient est encore plus faible et ne vaut que 0,005. Aussi elle met davantage en lumière la prédominance de la marche dirigée du sud-ouest vers le nord-est : c’est la direction que suivent presque tous les orages lorsque la pression de l’atmo-devient suffisamment uniforme.
- La carte VI concerne aussi le 10 juillet, mais à partir de 5 heures du soir seulement pour les orages, et à 6 heures pour la situation barométrique. Elle fait voir, par comparaison avec la carte V, qu’une modification importante s’est produite ce jour-là dans la marche des orages. La direction du sud-ouest au nord-est cesse de l’emporter sur les autres, et les orages qui chassent du nord-ouest et du nord deviennent les plus nombreux ; il y en a même qui viennent du nord-est : c’est qu’un changement considérable s’est produit dans la situation barométrique, et qu’un minimum de pression (759 millimètres) s’est formé dans le sud-est de la France.
- — A suivre. — PlüMANDON,
- Météorologiste à l’Observatoire du Puy de Dôme.
- La marche des orages.
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- LÀ NATURE.
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- CÉPHALOPODES SINGULIERS
- HîSTIOTEUTHIS LUMINEUX. - CÉPHALOPODES CHASSEURS. - I.’eSTOMAC d'üN DAUrHIX
- Fig. i. — A. Histioteulhis Donnelliana. (D’après une figure de Férussac et d’Orbigny.) B. Ctenopteryx cyprinold.es, céphalopode trouvé dans l’estomac d’un dauphin.
- Dans un précédent article
- naître un Céplia-. _________
- lopode lumineux dont les organes photogènes réalisent, par leur constitution, un appareil dioptri-que des plus curieux. M.Joubin, qui depuis plusieurs années s’est attaché à l’étude des Céphalopodes, nous en présente aujourd’hui un autre très voisin, mais non moins singulier : c’est V Histioteuthis Bonnelliana(ûg. i, A). Ce mollusque, dont la couleur générale est d’un rose vif et les membranes qui relient les bras, d’un rouge intense, est, par
- nous avons fait con-
- Fig. 2. — llislioteulhîs lionnelliana : 1, un des organes lumineux isolé et débarrassé complètement des tissus conjonctifs et cutanés circonvoisins (grossissement, environ 12 diamètres). — 5. Coupe sagittale antéro-postérieure d’un organe lumineux passant par le plan médian des deux lentilles (grossie environ 15 fois). — Chiroteuthis Veranyi. — 2. Extrémité terminale d’un des bras ventraux, grandeur naturelle.
- — 5. Coupe transversale légèrement schématisée d’une vésicule brillante, grossie 80 fois. — 4. Coupe transversale, grossie 40 fois, d’une cupule des bras tentaculaires.
- — 6. Coupe dans le bord de cette cupule, grossie environ 250 fois. — 7. Extrémité de la palette tentaculaire, grossie vingt fois.— 8. Une ventouse de la palette tentaculaire, grossie 45 fois.
- beaux Céphalopodes décrits jusqu’à présent. A la
- surface du corps, on peut voir des taches de différentes grosseurs et de couleur jauneetbleueavec un point brillant au milieu. Ces points, d’après Verany, brillent pendant la vie, mais perdent leur éclat après la mort de l’animal.
- Chacun de ces points est formé (fig. 2,n° 1) d’une cupule noire, ouverte largement en haut pour permettre l’insertion d’une grande lentille convexe qui lui forme comme un couvercle. En avant, une autre ouverture ronde sert de cadre à une deuxième
- SsMotttzo.Sc
- ses couleurs et l’élégance de sa forme, un des plus | lentille. En faisant une Coupe longitudinale de l’or-
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- LA NATURE.
- gane, on voit (fig. 2, n° 5) un miroir parabolique et les deux lentilles disposées perpendiculairement l’une sur l’autre : c’est une véritable lanterne cylindrique peinte en noir, i'crmée en liant par une grosse lentille projetant la lumière verticalement, et en avant par une autre lentille projetant la lumière horizontalement. Cet appareil est, on le voit, plus compliqué et plus parlait que celui que nous avons décrit il y a quelque temps.
- Dans la Méditerranée, pendant le calme des belles saisons, se rencontre à lleur d’eau, au milieu des méduses et des autres animaux pélagiques, un animal fort singulier, tellement transparent qu’il est à peine visible : sa teinte bleu pâle ou violacée se confond presque absolument avec la couleur de la mer. Cet animal, que l’on prend au premier abord pour une méduse, est en réalité un Céphalopode du genre Chiroteuthis. 11 est, pour ainsi dire, tout en tète et en bras ; aussi nage-t-il assez maladroitement et ne pourrait-il trouver facilement sa nourriture s’il n’était pourvu d’organes spéciaux, véritables pièges toujours tendus, qui non seulement attirent, mais capturent les petits animaux. 11 est curieux de constater la variété de ces organes de chasse : ils sont surtout au nombre de trois.
- Sur les bras ventraux, on aperçoit (fig. 2, n° 2) une série de vésicules d’un noir intense séparées par de petites ventouses transparentes, garnies d’un cercle de dents fort aiguës. Sur une coupe (fig. 2, n”5) on voit que les vésicules sont formées à l’extérieur de lamelles concentriques et à l’intérieur d’une vésicule transparente, à contenu très réfringent. Lorsque le Céphalopode est vivant, la lumière est décomposée par les lamelles concentriques, ce (pii donne aux organes un aspect irisé et un éclat métallique argenté. Les petits animaux sont attirés par ces appareils, comme avec un miroir aux alouettes, et de suite saisies par les ventouses voisines qui montent la garde à côté.
- Sur les grands bras tentaculaires, les choses ne se passent pas de la même façon. Ici l’organe est pourvu de ventouses incapables, à cause de leur structure, de saisir directement une proie. Leur disposition supplée, il est vrai, singulièrement bien, l’absence du piston central, du cercle corné et du système musculaire (pie l’on trouve généralement sur ces sortes d’organes. Ici, comme dans les vésicules que nous avons décrites dans le paragraphe précédent, on trouve réunis un appât et un piège. L’appât, ce sont des vésicules très colorées, des chromatophores ; le piège, c’est un réseau inextricable de lamelles ondulées, anastomosées, qui sort de la cupule et se répand tout autour comme un filet (fig. 2, nos A et 6). L’animal nage lentement en agitant ses tentacules tout autour de lui, les allongeant, les repliant, promenant ainsi dans l’eau qui l’environne d’innombrables petits filets qui doivent accrocher au passage une foule de petits êtres, et les saisir comme entre les brins d’un faubert. On pourrait encore assez exactement, comme le fait remarquer M. Joubin,
- les comparer aux paquets d’étoupes et de vieux filets qui constituent l’engin des corailleurs.
- Les troisièmes et derniers organes de chasse que nous ayons à signaler chez le Chiroteuthis sont des ventouses spéciales (pii garnissent l’extrémité du bras tentaculaire (fig. 2, n° 7), et chacune (fig. 2, n° 8) comprend un organe très noir, formant appât, et, à l’extrémité, une ventouse bien développée.
- Comme on le voit par ces quelques exemples, les Céphalopodes sont des animaux fort intéressants à étudier. Us sont malheureusement fort rares dans les collections et les laboratoires maritimes. Cette rareté provient de ce que, généralement, ils nagent entre deux eaux et qu’ils échappent ainsi aux deux pêches auxquelles on se livre habituellement, à savoir les pêches au filet fin et à la drague. Un moyen de les étudier, et auquel on ne pense généralement pas, consiste à ouvrir l’estomac des Dauphins et autres forbans des mers. Ces mammifères marins se nourrissent en effet presque exclusivement de Céphalopodes et leur estomac constitue souvent un véritable musée teuthologique. C’est ainsi que M. Joubin a pu, dans un Dauphin recueilli par M. le prince de Monaco, trouver sept espèces bien caractérisées et dont l’une même est une espèce nouvelle (Cte-nopteryx cyprinoïdes). Nous la reproduisons dans la figure 1. En B, on peut voir que la forme de ce céphalopode est des plus bizarres en raison surtout d’une nageoire circulaire maintenue horizontale par de véritables baguettes cartilagineuses, analogues, comme fonctions tout au moins, aux arêtes des poissons1. Henri Coupin.
- LE NOUVEAU SYSTÈME TÉLÉPHONIQUE
- DE LA VILLE I)E PARIS
- Malgré sa nouveauté, puisque l'établissement des premiers réseaux téléphoniques ne remonte guère à plus d’une quinzaine d’années, il est peu d’industries dont on ait eu à enregistrer des transformations aussi nombreuses et aussi radicales que celle des communications téléphoniques.
- Ces modifications incessantes, et dont il est difficile de prévoir l’arrêt, ou même le ralentissement, tiennent en partie aux exigences spéciales des villes et des États, en partie à l’accroissement inattendu du nombre des abonnés2 et de celui des communi-
- 1 Yoy. n° 1050, du 15 juillet 1895, p. 99.
- 2 Pour donner une idée du développement de l'industrie téléphonique, nous emprunterons quelques chiffres aux statistiques américaines.
- Il y avait aux États-Unis, au 1er janvier 1895, 1351 bureaux téléphoniques occupant 9970 employés desservant 232140 abonnés ayant obtenu dans l’année 600 millions de communications.
- Les brevets de téléphonie constituent, pour VA merican Bell téléphoné G0 qui les exploite, un véritable monopole, équivalant à celui de l’État en France, ce qui a permis d’uniformiser les systèmes et les méthodes d’exploitation.
- La moyenne des communications d’une grande ville comme Boston est de 12 par jour et par habitant, mais dans les villes très alfairées, telles que Chicago par exemple, plusieurs cen-
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- cations, en partie aux services accessoires qui, chaque jour, viennent se greffer sur le service principal et en compliquent singulièrement l’organisme.
- Restreint tout d’abord à quelques abonnés peu nombreux et peu éloignés du centre d’une ville, le réseau s’est étendu. Il a fallu le subdiviser en partageant la ville en un certain nombre de quartiers reliés à un nombre égal de bureaux, ces bureaux étant eux-mèmes reliés les uns aux autres par des lignes auxiliaires banales disposées en polygone étoilé, c’est-à-dire permettant de relier deux abonnés quelconques en passant par deux bureaux auxiliaires au maximum.
- Après le service urbain, les progrès de la téléphonie ont permis de rendre les communications interurbaines, puis, dans une certaine mesure, internationales. Citons encore les cabines téléphoniques publiques, les abonnés multiples sur une ligne commune, le théatrophone, etc..., qui ont, chacun, des exigences spéciales.
- Toutes ces complications de service, conséquences obligatoires du succès môme de la téléphonie, ont soulevé des problèmes ardus dont les solutions n’ont pas toujours suivi d’assez près les nouveaux besoins : dans bien des cas môme, telle solution rationnelle devenait rapidement caduque, et, jusqu’à nouvel ordre, il semble qu’un service téléphonique parfait, de nature à donner pleine et rapide satisfaction au public, constitue un idéal aussi irréalisable que la pierre philosophale et le mouvement perpétuel.
- Ces difficultés, sur lesquelles nous ne saurions trop insister, car le public ignore généralement leur existence ou n’en apprécie pas suffisamment l’importance, sont, à Paris surtout, particulièrement nombreuses. Le public et l’administration ont pris des habitudes auxquelles ils renonceront difficilement et qui rendent naturellement le service plus compliqué, et partant moins rapide.
- Dans la plupart des grandes villes européennes et américaines, l’appel de l’abonné se fait par le numéro de son appareil. En France, nous en sommes encore, et pour longtemps malheureusement, à l’appel par nom propre, avec une population téléphonique de 13000 à 14000 abonnés, comportant près de 100 mutations par semaine, des répertoires volumineux et difficilement tenus à jour, un personnel assez flottant, etc. On conçoit que les recherches au répertoire amènent des pertes de temps ou des erreurs, surtout lorsqu’on demande M. Durand ou M. Lévy, sans bien préciser la qualité de l’abonné à nom propre trop commun dont il s’agit. Les appels
- taines d’abonnés très occupés obtiennent plus de cent communications par jour. Mais le record téléphonique appartient sans conteste à la ligne n° 929 (south) de Chicago reliée à la Wan-hesha Hygeia Minerai Spring C° qui, dans une seule journée, a eu 449 communications dont 18 provoquées par elle et 431 par ses clients. En une heure, elle a été appelée jusqu a 51 fois! Ces chiffres indiquent une activité téléphonique à laquelle nous ne sommes point habitués en France, mais les conditions d’exploitation sont essentiellement différentes dans ces deux pays.
- du bureau par l’abonné et de l’abonné par le bureau, se font à la pile, tandis qu'on emploie généralement à l’étranger des appels magnétiques, conduisant à des dispositifs plus simples.
- A un autre point de vue, l’emploi des lignes téléphoniques exclusivement souterraines, posées généralement en égout, augmente dans une certaine mesure les frais d’installation et complique la surveillance et les recherches des défauts. Nous ne parlons de la double ligne que pour mémoire, car, tôt ou tard, le développement de l’industrie électrique obligera tous les réseaux urbains à adopter le système connu sous le nom de système à double fil, et à ce point de vue tout au moins, la Société générale des téléphones a donné, dès le début, le bon exemple en établissant toutes ses lignes d’après ce système.
- Après ces considérations générales, revenons au réseau téléphonique de la ville de Paris dont le simple et rapide exposé de ses avatars successifs présente un certain intérêt.
- De juillet à septembre 1879, trois ans à peine après la découverte du téléphone, trois Compagnies demandèrent et obtinrent des concessions pour l’organisation de réseaux téléphoniques exploités d’après trois systèmes rudimentaires, mais assez différents pour rendre impossibles les mises en communication des trois réseaux. Une fusion se produisit bientôt d’où naquit, le 10 décembre 1880, la Société générale des téléphones qui, dès le commencement de 1881, comptait environ 300 abonnés.
- Quelques chiffres permettront de se faire une idée du développement véritablement extraordinaire pris par le réseau téléphonique depuis cette époque, et surtout depuis la reprise — un peu brutale — du service par l’État, en septembre 1889.
- A la fin de 1880, la Société générale des téléphones n’avait que 500 abonnés ; leur nombre s’élevait à 1602 à la fin de 1881, 2692 à la fin de 1882, 5700 à la fin de 1884, 4054 à la fin de 1885, et à la fin de 1889, peu de temps après la reprise par l’État, il y avait à Paris 6255 abonnés. La baisse des tarifs a provoqué un accroissement rapide, car, à la fin de 1890, Paris comptait 8506 abonnés, 9653 à la fin de 1891, et le chiffre qu’il faudra inscrire pour le commencement de 1895 sera voisin de 14000, s’il ne dépasse pas ce chiffre.
- A la reprise des réseaux par l’État, la taxe fut réduite de 600 à 400 francs, et cette réduction amena un accroissement si rapide du nombre des abonnés, qu’il fallut modifier entièrement les procédés et les appareils de mise en communication pour répondre à des besoins qui, il faut bien le reconnaître, dépassaient les ressources de Part et ne s’étaient encore manifestés aussi rapidement dans aucune autre ville du monde, même en Amérique, où la téléphonie a cependant pris naissance, mais où des tarifs plus élevés restreignent — avec raison — le nombre des abonnés. Nous disons avec raison, contrairement à l’opinion publique générale, car si, dans les grandes
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- villes, les prix étaient assez bas pour permettre à 450 000 ou 200 000 personnes de s’abonner au téléphone, celui-ci ne rendrait plus aucun service, par suite de l’excès du nombre et de la lenteur des communications. Les frais d’établissement, d’entretien et
- de personnel ne seraient même plus couverts par les recettes, car toutes les dépenses augmentent sensiblement comme le. carré du nombre des abonnés, tandis que les recettes basées sur une taxe fixe n’augmentent que proportionnellement. Tôt ou tard,
- Fig. 1. — Arrivée des câbles à 104 conducteurs dans les caves de l’IIôtel des téléphones de la rue Gutenberg. Vue des tètes de câble et des départs au répartiteur.
- Fig. 2. — Tableau de distribution ou répartiteur des câbles téléphoniques.
- Ce dessin fait suite à la figure 1. Les deux gravures représentent l’ensemble de la galerie souterraine.
- et par la force même des choses, le prix de 400 francs deviendra insuffisant et il faudra, soit l’augmenter, soit faire supporter le déficit par le budget : les abonnés au téléphone deviendront ainsi de nouveaux privilégiés de l’Etat.
- En 1889, lors de la cession forcée de son réseau,
- la Société générale des téléphones, qui comptait environ 6000 abonnés .à Paris, exploitait ce réseau à l’aide de douze bureaux de quartier reliés par des lignes auxiliaires. Nous avons décrit en son temps ce système i, dont le principal avantage était de 1 Voy. n°454, du 11 février 1882, p. 163.
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- réduire dans une grande mesure la longueur moyenne des lignes d’abonnés, mais qui offrait le grave défaut de donner le plus grand nombre des communica-
- tions en passant par deux bureaux de quartier, les mises en communication directe étant d’autant plus rares que les bureaux sont plus nombreux, et que
- Fig. 3. — Presse à plomb pour recouvrir les câbles téléphoniques isolés au papier.
- Fig. 4. — A. Section transversale d’un tube téléphonique isolé au papier à 104 conducteurs (grandeur naturelle). — 1!. Tète de câble recevant les 104* conducteurs. Vue d’avant et départ des deux conducteurs à 52 câbles. — C. Vue d’arrière et coupe d'une tête de câble montrant l’arrivée des 104 conducteurs du câble des rues.
- chacun de ces bureaux dessert un moins grand nombre d’abonnés.
- Le nombre des abonnés et la longueur des lignes
- empêchent, d’autre part, de relier tous les abonnés d’une grande ville à un bureau central unique.
- On a donc choisi une combinaison mixte et
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- réduit, dans le plan d’ensemble du nouveau réseau, les bureaux de quartier à quatre seulement : 1° un bureau rue Gutenberg, près des Halles, pour les 6000 abonnés du centre : c’est celui que nous décrirons plus spécialement; 2° un bureau avenue de Wagram, pour 3000 abonnés, en service depuis plus d’un an, desservant Auteuil, Passy et les Bati-gnolles; 3° un bureau rue de Belleville, pour 6000 abonnés, pour Ménilmontant, la Villette, Belleville, etc.; 4° un bureau unique pour toute la rive gauche, encore en projet.
- Ces quatre bureaux pourront desservir environ 20 000 abonnés, plus les lignes auxiliaires, interurbaines, internationales et accessoires qui viennent s’y greffer. On compte aujourd’hui plus de 13 000 abonnés. Ce chiffre fatidique de 20 000 sera probablement atteint avant-même que les quatre bureaux construits ou projetés ne soient complètement terminés. Il faudra alors — triste perspective— remanier à nouveau le réseau, modifier encore une fois le système qui, déjà, ne répond plus exactement à son but et n’est plus à hauteur des nouveaux progrès de la technique téléphonique. Le réseau parisien est la toile de Pénélope de nos ingénieurs téléphonistes : les difficultés sans cesse renouvelées de la tache qu’ils ont entreprise doivent nous rendre particulièrement indulgents pour un service incontestablement imparfait, mais qui, par sa nature, ne saurait même atteindre la médiocrité dans l’imperfection.
- On pourra se faire une idée de la complication du système, des précautions à prendre et des difficultés à vaincre, par la simple énumération des connexions nécessaires pour amener un poste d’abonné au tableau, et des dispositions prises pour faire qu’un accident—et les causes d’accidents sont nombreuses sur des lignes exclusivement souterraines — puisse être rapidement localisé et réparé sans apporter aucun trouble dans le service des autres abonnés.
- Pour simplifier l’explication, nous ne considérerons que les connexions relatives à un abonné ordinaire, placé dans le rayon du bureau central qui le dessert. La ligne double en fils sous plomb isolés à la gutta-percha, partant de l’appareil d’un abonné, arrive à l’égout où elle rencontre d’autres lignes doubles et suit parallèlement ces autres lignes, jusqu’à un manchon de jonction, qui sert à relier 7 abonnés à un câble sous plomb à 14 fils isolés au papier. Le premier groupement se fait donc par sept. Sept câbles semblables correspondant à 49 abonnés aboutissent à une chambre de coupure d’où part un câble à 104 conducteurs (52 lignes). Cette chambre de coupure permet de faire des liaisons entre les 49 abonnés et les 49 lignes doubles ; les trois dernières lignes doubles forment une réserve précieuse en cas d’accident, à un fil du câble à 104 conducteurs.
- Ces câbles à 104 conducteurs arrivent directement dans le bureau central.
- La longueur des câbles à deux fils reliant chaque
- abonné à un manchon de jonction est assez faible, la longueur moyenne des câbles de 7 abonnés (14 fils) est à Paris de 2 kilomètres, mais elle atteint jusqu’à 6 kilomètres pour les abonnés les plus éloignés. La longueur moyenne des câbles de 49 abonnés (104 fils) est de 1600 mètres avec un maximum de 4 kilomètres.
- L’isolement linéaire exigé pour les câbles à 104 conducteurs, entre chaque fil et l’enveloppe, est d’au moins 100 mégohms au kilomètre, mais il atteint en pratique une valeur bien supérieure, de 10 à 50 fois plus grande. Grâce à la construction du câble, on peut d’ailleurs insuffler dans ce câble de Pair desséché sur du chlorure de calcium, ce qui améliore l’isolement.
- On voit en A, sur la figure 4, la coupe transversale d’un câble à 104 conducteurs recouvert de son tube de plomb de 3 millimètres d’épaisseur.
- Il est intéressant, avant d’aller plus loin, d’indiquer les raisons qui ont fait substituer les nouveaux câbles isolés au papier aux anciens câbles sous plomb du réseau de la Société générale des téléphones.
- Les anciens câbles isolés à la gutta-percha étaient formés de quatorze fils enfermés dans une gaine de plomb dont le diamètre extérieur était de 21 millimètres, le poids linéaire de 1,07 kilogramme par kilomètre, la résistance linéaire de chaque fil de 31,22 ohms par kilomètre, l’isolement linéaire de 200 à 2500 mégohms par kilomètre et la capacité linéaire de 0,25 microfarad par kilomètre.
- Ces câbles présentaient plusieurs inconvénients : prix élevé, grande résistance linéaire et, surtout, grande capacité électrostatique; de plus, ils occultaient dans les égouts une place telle qu’ils ne tardèrent pas à devenir encombrants au voisinage des bureaux centraux, surtout lorsque la réduction du nombre de ces bureaux conduisit à amener dans chacun d’eux un nombre de câbles plus considérable.
- Les câbles principaux actuels sont du système Patterson, isolés au papier, sans paraffine. Chaque conducteur est formé d’un fil de cuivre de 1 millimètre de diamètre entouré de deux bandes de papier ; la première est roulée avec un pas très long pour faciliter le paâsage de l’air ; la seconde à pas plus court pour maintenir la première qui forme autour du fil une gaine dans laquelle l’air circule facilement. Deux conducteurs sont torsadés au pas de 20 centimètres, puis cordés en couches régulières enroulées en sens inverse de manière à former un cylindre bien régulier. Les 104 fils (52 paires) sont ensuite recouverts d’un tube de plomb dont l’épaisseur est d’environ 5,5 millimètres, et dont le diamètre extérieur n’est que de 48 millimètres.
- Un câble semblable n’a plus que 21 ohms par kilomètre de résistance linéaire, 0,06 microfarad par kilomètre de capacité linéaire (par fil), tandis que son isolement linéaire atteint 5000 mégohms par kilomètre et peut s’élever à 6000 et même 8000 par le passage d’un courant d’air sec.
- La mise sous plomb de ces câbles mérite une
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- mention spéciale. Le toron des 52 paires une lois terminé est mis dans une étuve où il se dessèche, avant d’arriver aux presses à plomb. Ces presses à plomb, représentées figure 5, sont constituées par une presse hydraulique dont le piston exerce sa pression sur un piston se mouvant dans un cylindre que l’on remplit périodiquement de plomb fondu produit dans un four de fusion représenté sur la ligure o entre les deux presses qu’il dessert. Le plomb fondu introduit dans le cylindre de la presse est maintenu à une température convenable par une rangée de becs de gaz qui entourent ce cylindre. Le câble est introduit par l’arrière de la presse dans un ajutage de forme appropriée et sort par l’avant de la presse. Par le seul jeu de la pression, le plomb s’introduit dans l’ajutage, se moule autour du câble et le refoule d’arrière en avant. La température du plomb est telle que le papier n’est nullement carbonisé et qu’à la sortie de la presse, l’enveloppe en plomb se trouve solidifiée.
- Revenons maintenant au réseau des câbles et fils du bureau central. Un bureau central pour 6000 abonnés reçoit ainsi, sans compter les lignes auxiliaires destinées à relier entre eux les divers bureaux centraux, 12 000 fils utilisés et 120 à 130 câbles. L’arrivée de ces câbles au bureau dans de grandes caisses en tôle destinées à les supporter et surtout à les protéger de la morsure des rats, se voit sur la gauche de la figure 1. Chaque câble aboutit à une boîte de jonction, sorte de caisse en fonte dont on voit les détails en B et en C, figure 4. Le câble à 104 fils s’introduit par une des extrémités de la boîte, et les fils séparés les uns des autres s’attachent, ne varie-tur, à 101 bornes montées sur la paroi antérieure en substance isolante (fig. 4, C). Les bornes traversent la cloison isolante et font saillie sur la partie antérieure (fig. 4, B).
- Sur ces bornes se rattachent 104 fils formant deux câbles à 52 fils chacun, pouvant ainsi desservir 25 abonnés, le vingt-sixième conducteur double formant réserve. Ces fils quittent les boîtes de jonction, comme on le voit, pour une partie du réseau, figure 1, et arrivent au répartiteur représenté figure 2. Le répartiteur est un immense châssis de jonction dont le but est de permettre, en principe, la mise en communication directe, sans toucher à aucun autre fil, d’un quelconque des 6000 conducteurs doubles avec l’un quelconque des 6000 numéros du bureau.
- Le but de ce dispositif est facile à comprendre. L’abonné conserve indéfiniment son numéro matricule, même lorsqu’il change d’adresse, à la condition que son nouveau domicile soit dans le périmètre desservi par le même bureau central. Ce numéro correspond à celui du tableau, et n’est changé dans ce tableau que dans le cas d’un accident au tableau lui-même. Mais nous avons vu qu’entre l’abonné et le bureau sont intercalées des jonctions multiples qui permettent de remplacer une quelconque des sections d’une ligne devenue mauvaise, et, en parti-
- culier, d’utiliser les lignes de réserve du câble à 104 conducteurs. Le répartiteur a pour but de permettre ces changements de câbles sans changement de numéro matricule ni de communication avec le numéro correspondant du tableau central.
- Dans ce but, tous les câbles à 52 conducteurs partant des têtes de câble, arrivent à la partie supérieure et à l’arrière du répartiteur (fig, 4), et aboutissent à des bornes montées sur de grandes réglettes verticales disposées sur la lace postérieure de ce répartiteur. Les fils doubles venant du tableau de communication forment des câbles de 42 fils, dont 40 servent à 20 abonnés, le vingt et unième formant conducteur de réserve. Ces fils se relient à l’avant du tableau à des bornes disposées sur des réglettes horizontales, méthodiquement numérotées par^groupes et par unités.
- La connexion entre un câble quelconque et un fil quelconque venant du bureau s'effectue très simplement en reliant entre elles, par un fil double, les deux paires dé bornes d’une réglette verticale (ligne) et d’une réglette horizontale (bureau). Le fouillis inextricable que produiraient ces mises en communication et les mutations fréquentes qu’elles nécessitent est évité, grâce à des châssis horizontaux ou claies sur lesquels les fils reposent pour aller de la face avant à la face arrière du tableau, avant de remonter, de‘redescendre, d’obliquer à droite ou à gauche pour relier le conducteur de tableau au conducteur de ligne correspondant. Lorsqu’une communication est supprimée, le fil double de liaison est également supprimé, ce qui rend libre à la fois le numéro du tableau et le câble correspondant. j
- Voici, en résumé, l’ensemble des connexions intei>-calées entre le poste de l’abonné et le tableau central : manchon (de 1 à 7); boîte de jonction-(de 7 à 50); tête de câble (de 50 à 25); répartiteur (de 25 à 20). Les 20 conducteurs doubles arrivent enfin aux tableaux téléphoniques ou multiples. Nous essaierons de les suivre dans un prochain article.
- — A suivre. — E. HOSPITALIER.
- LE PÔLE MAGNÉTIQUE NORD
- Le gouvernement des États-Unis prépare une expédition avec laquelle le professeur Langley se propose de rechercher à nouveau la position du pôle magnétique Nord de la terre. Cette position ne fut déterminée qu’une seule fois par le capitaine Ross, en 1851, qui lui assigna comme latitude nord 70° 5' et comme longitude ouest 96° 46' à l’ouest de la presqu’île Boothia Félix (Canada). En compulsant de nombreux documents relatifs aux observations de la déclinaison, le professeur Weber trouve que de 1680 à 1800, le pôle Nord s’est déplacé de 60 degrés vers l’ouest et de 5 degrés vers le sud, et qu’à cette dernière époque le déplacement a change de sens et a fait revenir le pôle de 50 degrés. Ces calculs placent le pôle Nord magnétique un peu au nord et à l’oue?t du point déterminé par Ross, dans les environs de Nelson Head, cap sud de l’île Bank Lands en face de la côte du Canada.
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- LA N ATI! IU<.
- LE CIMETIÈRE MÉROVINGIEN
- DE CHÉRISY
- Dans le courant de l’année 1881, une occasion fortuite permit à M. le docteur H. Coulon de découvrir un champ funéraire de l'époque franque, à douze cents mètres de Chérisy, village du Pas-de-Calais, situé entre Arras et Cambrai. M. Coulon passait le long d’un chemin, lorsque son attention fut attirée par des fragments d’os humains et par des tessons de vases en terre noirâtre jetés çà et là sur un tas de cailloux. Dans un champ, tout à côté, deux
- ouvriers étaient justement occupés à extraire des silex; il s’informa auprès d’eux, et fut bientôt convaincu de l’existence d’une vaste sépulture, qu’à l’examen du style caractéristique des armures et des poteries, on pouvait faire remonter à la prise des possessions de la contrée par les Francs-Mérovingiens.
- Retenu par les exigences de sa profession, M. Coulon ne put faire que quelques fouilles, et deux archéologues de ses amis, à qui il avait fait part de sa découverte, ne se soucièrent pas de les continuer. C'est alors que des marchands antiquaires et différents amateurs intervinrent pour partager de nombreux
- Objets recueillis dans le cimetière mérovingien de Chérisy (Pas-de-Calais). — 1 et 2. Fibules ou agrafes. — 3 et 4. Applique de fourreau et boucle de ceinture. — 5. Bracelet. — 6. Deux petits objets de toilette. — 7 et 8. Boucles d’oreilles. — 9. Épingle. •—10. Petite cuiller à parfum.— 11. Collier de perles en verre (ces perles ne sont peut-être pas mérovingiennes, elles pourraient provenir des fabriques d’Orient. — 12. Chaînette en bronze avec oiseaux en or, les yeux en grenats. —13. Éperon en bronze. — 14 et 15. Trois vases en terre, vernis noir. — 16. Pointe de flèche. — 17. Couteau. — 18. Grande épée. —19 et 20. Haches on francisques. — 21 et 22. Lances ou tramées. — 23. Scramasaxe, grand couteau.
- objets abandonnés à la merci du plus offrant. 11 eût été intéressant pour l’archéologie que l’exploration de plus de six cents tombes ait pu être dirigée par des personnes compétentes. Toutefois, à l’aide des spécimens en sa possession et des renseignements recueillis de divers côtés, M. Coulon parvint à réunir de curieux documents et à dresser un inventaire qui certainement mérite d’être consulté*. On y trouve treize épées, cinquante scramasaxes, cinquante-trois haches ou francisques de diverses formes, quatre-vingt-deux lances ou framées, quatre-vingts couteaux
- 1 Le cimetière mérovingien de Chérisy (Pas-de-Calais). Notice avec planches par le docteur H. Codlon, 2 broch. in-8°. Paris, Ernest Leroux, 1894
- de différentes grandeurs, six umbos de boucliers, quatre-vingt-cinq plaques de ceinturons, deux cent dix boucles ; de riches bijoux en or, en argent ou en bronze, parmi lesquels on doit citer des bracelets, des bagues, des boucles d’oreilles; des colliers de perles, de grains d’ambre; des fibules cloisonnées avec grenats ; plus de quatre cents vases en terre ou en verre, etc. Comme l’a dit l’auteur de cet inventaire, il importait de ne pas laisser passer inaperçue cette découverte du plus haut intérêt, et on doit lui savoir gré d’avoir le premier signalé le cimetière mérovingien de Chérisy aux amateurs d’antiquités. DrZ...
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- LA NATURE.
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- LE BOUDARD GEÀR
- MULTIPLICATEUR POUR BICYCLETTES
- Dupuis quelques mois on essaye d’acclimater en France un nouvel appareil de multiplication pour bicyclettes fabriqué en Angleterre et qu’on appelle le « Boudard », du nom de son inventeur, d’ailleurs notre compatriote.
- Le Boudard a attiré l’attention du monde cycliste par quelques prouesses de début : sur une bicyclette munie d’un tel appareil, le célèbre coureur anglais Mills (le gagnant de la première épreuve Bordeaux-Paris de 1891 ) a cette année battu de plus de huit heures son record de Land's End à John O'Groals (toutela traversée de l’ile britannique); sur une bicyclette analogue, le français Guerry, coureur de demi-fond cependant, a néanmoins, le premier en France, couvert le mile (1 609 m.) en moins de deux minutes^ m59s4/5).
- Le Boudard est une complication savante du pédalier actuel de la bicyclette. Le pédalier est en réalité doublé.
- Au lieu de la roue dentée extérieurement que voient à leur pédalier tous les cyclistes èt sur laquelle passe la chaîne, le Boudard place sur l’axe des manivelles une roue A assez finement dentée intérieurement et qui entraîne dans sa rotation un pignon B, de dentelure correspondante. Ce pignon est lui-même monté sur le même axe qu’une petite roue dentée C qui, par le moyen de la chaîne, en commande une autre plus grande D (fig. 2).
- Les avantages de cette combinaison sont de deux sortes. Les lecteurs cyclistes auront en effet été frappés, en parcourant les lignes ci-dessus, de se trouver en présence d’une bicyclette qui paraît démultipliée puisque C est plus petit que D; aussi bien est-ce là un des mérites de l’appareil, de reporter la multiplication de la machine dans son pédalier et de soulager d’autant la chaîne. Le second avantage du Boudard consiste en ce que l’effort fait
- sur les pédales par le cavalier n’est plus, comme dans nos machines ordinaires, transmis par un seul côté de la bicyclette, disposition qui produit forcément une flexion du cadre, si insensible soit-elle, et par conséquent une perte d’énergie appréciable; l’effort est ici bien réparti : à gauche de la machine par le travail de A sur B, et à droite par celui de C sur D.
- Aussi la multiplication des bicyclettes munies d’un Boudard a-t-elle pu être portée sans inconvénient à lm,80 pour les routiers et jusqu’à 2n,,20 pour les machines de piste. Le roulement est très doux lorsqu’on y est habitué et l’ascension des côtes se fait facilement.
- L’appareil a cependant des défauts importants. En
- premier lieu, une bicyclette « bou-dardisée » ne démarre qu’avec difficulté et devient une machine non plus de course (l’homme qui la monterait étant exposé à ne pas pouvoir répondre immédiatement à une pointe vive de son adversaire), j mais de, record, de fond, dans les épreuves où l’homme s’emploie tout le temps d’une façon régulière, sans à-coups. Une fois lancée, la machine a ’ un train véritablement supérieur à celui des autres bicyclettes, un train égal à celui d’un tandem ; mais il faut la lancer !
- Au point de vue général, il est certain que le Boudard ne peut être mis dans toutes les mains. C’est une complication très réelle, que ces quatre roues dentées dont la moindre poussière peut empêcher le fonctionnement, à tel point que tous les « Boudard » sont enfermés dans une boîte remplie d’huile que nous avons supprimée ici pour la nécessité de la description; c’est une grosse objection aussi que ce double pédalier avec ses quatre boîtes à billes dont deux au moins, B et C, ne peuvent être réglées sans que l’axe des manivelles soit retiré!
- Enfin on peut affirmer que le Boudard ne fonctionnera bien que lorsqu’il sera fabriqué par une maison de premier ordre et que toutes les dents de ses organes seront intactes. Mais quels coincements lorsque l’appareil aura pris du jeu !
- Fig. 1 et 2.— Le Boudard Gear, pour bicyclettes. — Fig. 1. L’appareil vu de la droite de la bicyclette. — Fig. 2. L’appareil vu de la gauche. Détails du pédalier. — A. Roue dentée, à dentelure intérieure. — B. Pignon commandé par la roue A et de dentelure correspondante. — C. Petit pignon, D, grand pignon ordinaires.
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- LA NATURE.
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- Ces observations impartiales démontreront les incontestables avantages du Boudard Gear, mais aussi les sérieuses restrictions qu’il y a lieu de formuler encore, tant que des perfectionnements inévitables n’auront pas fait d’un appareil ingénieux un appareil réellement pratique, si cela est possible.
- * 1 . L. Baudry de Saunier.
- .. . CHRONIQUE
- Falsifications (lu café. — Une enquête à laquelle se sont livrés MM. Ch. Girard et Ilupré, au laboratoire municipal de Paris, a montré que les falsifications du café sont pour ainsi dire innombrables. Le plus fréquemment les fraudeurs s’adressent surtout au café moulu : rien n’est plus facile en effet que d’y ajouter des poudres étrangères. Celles-ci sont principalement des racines, des rhizomes, des grains de fruits torréüés. La chicorée, la betterave, la carotte, le navet, le panais, la dent-de-lion, la scorsonère, le souchet comestible, le chervis, le chiendent, les pistaches, les amandes, les noix, les noisettes, les figues, les glands de terre, les différentes farines, les glands doux, les marrons d’Inde, les dattes, les pommes, les poires, les pruneaux, les cerises, les caroubes y sont très fréquents. On y ajoute souvent aussi des détritus de toutes sortes, et notamment des balayures de parquets. Le café torréfié n’échappe pas aux fraudeurs; ils lui font absorber de l’eau pour en augmenter le poids ou mettent dans le brûloir des matières grasses, des œufs, des mélasses qui enrobent chaque grain et le font paraître plus brillant. L’audace des fraudeurs va même jusqu’à fabriquer des grains de café avec du marc et de la farine grillée. Certains imitent le café vert en moulant de la terre glaise. Quant au maquillage des graines avariées, il est pratiqué sur une grande échelle, de même que le mélange de grains avariés à une autre sorte de graines triées. H. C.
- L’éclairage électrique des trains en Amérique. — 11 y a longtemps déjà que l’on cherche à assurer d’une façon réellement pratique l’éclairage électrique des trains. Un grand nombre de procédés ont été adoptés dans diverses compagnies de chemins de fer ou sont encore en essais. Nous signalerons le système mis récemment en usage par la Biddle Railway Car Electric Lighting C° de New-York. 11 consiste à employer une dynamo portée sur le truck du wagon et actionnée directement par las roues de celui-ci. La dynamo est eoin-pound, à enroulement différentiel, pour compenser les variations de vitesse angulaire. L’énergie électrique est amenée, à l’aide de câbles, de la machine génératrice à une armoire dans laquelle sont placés tous les appareils de réglage. De là, elle est distribuée aux lampes établies au plafond delà voiture. Une batterie d’accumulateurs est .utilisée pendant les arrêts. Un wagon ordinaire est éclairé par 18 lampes de 16 bougies à 24 volts; les accumulateurs ont une capacité suffisante pour assurer l’éclairage pendant quatre‘heures. D’après the Eleclrical Engineer, auquel nous empruntons ces renseignements, ce nouveau système a donné des résultats très satisfaisants, et l’on prévoit déjà le jour où il remplacera complètement le gaz 'et l’huile. J. L.
- Les bibliothèques aux Ltats-LTnls. — Tandis que nos bibliothèques sont très mal rétribuées, il paraît, d’après M. Le Soudier, que les bibliothèques américaines
- sont très riches, il en est même dont le revenu dépasse 2 millions par an. A ces fonds dus à l’État, viennent s’ajouter dans une large mesure les dons faits par ces mécènes intelligents dont l’Amérique pullule et qui, chez nous, sont des rara avis : pour ne citer qu’un exemple, M. Slandford vient de léguer à une seule université plus de 100 millions de francs! On compte actuellement aux États-Unis environ 4000 bibliothèques contenant en tout plus de 51 millions de livres : cela fait une moyenne de 1 volume par 50 habitants. Cet état de choses n’est pas du goût de tout le monde et notamment de celui des libraires; le public en effet va, paraît-il, plus souvent à la bibliothèque que chez eux : en France, et notamment à Paris, il n’en va pas de même, car lorsqu’on désire un ouvrage, on peut être sûr d’avance de ne pas le trouver. Aux États-Unis, les hommes lisent peu de livres; les périodiques volumineux qui s’y publient leur suffisent amplement, sans parler de leurs occupations qui les absorbent tout entiers. Par contre, les femmes vont très souvent dans les bibliothèques; aussi leur niveau intellectuel est-il notablement supérieur à celui de leurs maris. A noter, que dans les bibliothèques américaines, les ouvrages allemands prédominent dans les livres étrangère : ce fait est certainement dû à l’importance de l’immigration allemande. H. C.
- Les Sangliers. — Le samedi 24 novembre, vers 8h50ra du matin, les cultivateurs d’Hervillers (Belgique) ne furent pas peu surpris de voir arriver, du côté du Midi, une bande de dix sangliers se dirigeant vers Nil-Saint-Vincent, en traversant le pont en fer de la ligne Bruxelles-Namur. Aussitôt la chasse commença. Des cavaliers, des chasseurs se mirent à la poursuite des visiteurs inusités et les dispersèrent. Un des sangliers fut tué à Nil-Saint-Martin, un autre à Blanmont, à coups de fourche. Trois autres qui s’étaient dirigés du côté de Wavre furent surpris dans une traque organisée par M. Paul Everaerts, de ttilande, et abattus à la grande joie des chasseurs. On suppose que ces sangliers auront été chassés des forêts de Ghimay et qu’ils auront franchi la nuit la distance qui sépare Uervillers de cette localité. Pareil fait s’est passé, il y a trois semaines, dit le Chasseur Illustré, dans la Somme, à Saint-Aubin-Monleney.
- Un eonp de mine monstre. — Les carrières de ïAmerican Cernent Company, autrement dit Compagnie américaine des ciments, à Egypte, près d’Allentown, en Pensvlvanie, ont été récemment le théâtre du tirage d’un coup dè mine véritablement monstre. On avait réparti 22 charges de dynamite dans autant de trous forés jusqu’à 6m,10 de profondeur, et l’on avait employé ainsi près d’une tonne de dynamite. Au moyen de l’électricité, naturellement, on mit le feu aux 22 cartouches simultanément. Un bruit formidable se fit entendre, la terre trembla, mais on obtint un résultat prodigieux sans aucun accident : un seul coup de mine disloqua une vraie montagne de 11 000 à 12 000 tonnes de pierre à ciment, qu’il n’y eut plus qu’à emporter aux fours. D. B.
- Nouvel élément dons le groupe du Soufre. —
- Depuis l’apparition de la table de Mendéléef, plusieurs chimistes ont été amenés à supposer que le tellure représente non un corps simple, mais un mélange de deux corps de poids atomiques voisins. La loi de périodicité assigne au tellure ordinaire des chimistes le poids atomique de 125, ce poids étant calculé d’après ceux de la série de l’oxygène où l’on admet 122 et 127 comme poids atomiques de l’anlimoine et de l’iode. Or, dès 1888,
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- M. B. Brauner, de Prague, avait observé que le poids atomique du tellure détermine expérimentalement variait suivant que ce métalloïde était extrait de son di ou de son tétrabromure. Ce fait l’avait conduit à penser qu’il renferme deux éléments, dont l’un échappe à la recherche quand on prend le tétrabromure comme point de départ. L’année suivante, en 1889, le Professeur Mendéléef annonça l’existence d’un élément ayant 212 comme poids atomique, qu’il appela Dvi (Di) tellure, et dont les caractères devaient être les suivants : Cet élément sera capable de former un oxyde RO3, dont l'hydrate, s'il existe, sera encore plus instable que l'hydrate correspondant de l'oxyde tellurique; ses composés seront facilement réduits; il formera des alliages définis avec les métaux et il aura un poids spécifique d'environ 9,3. Depuis cette époque, le Professeur Preyer est entré dans de nouveaux détails au sujet de cet élément; il représente son poids atomique comme égal à 113; son poids spécifique, à 8,6; son volume atomique, à 24,7; sa chaleur spécifique, à 0,03; il l’indique comme électronégatif, bivalent et diamagnétique. Enfin, Grumvald semble avoir vu le spectre de cet élément en observant les spectres du tellure, du cuivre et de l’antimoine. Certains chimistes ont admis qu’un élément récemment découvert, le norvégium, était l’élément prévu par Mendéléef, mais le Professeur Preyer a démontré que les raisons qui pourraient faire considérer le norvégium comme un élément sont jusqu’à présent insuffisantes1.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 décembre 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- La fermentation pectique. — M. Dehérain présente une Note de MM. Bertrand et Mallèvre sur la fermentation pectique et la pectase. Cette dernière substance est un ferment soluble très répandu chez les végétaux, où elle accompagne la pectine; elle existe notamment dans les cai'oltes et les fruits acides. En présence d’un sel de chaux elle détermine la transformation de la peptine en une gelée; mais sans l’addition du sel de chaux, la modification ne se produit pas. La réaction apparaît encore avec un sel de haryte ou de stronliane. D’après une remarque de MM. Bertrand et Mallèvre, cette propriété est le premier exemple, en chimie végétale, d’un ferment soluble exigeant d’aussi curieuses conditions d’activité.
- La théorie du poinçonnage. — Le poinçonnage a été étudié par M. Charles Frémont, au double point de vue de la théorie du phénomène et des applications pratiques que l’on peut en déduire. Par l’expression de poinçonnage, il faut entendre la déformation locale que suhit une harre métallique, lorsqu’on la frappe à l’aide d’une tige rigide, à la manière d’un emporte-pièce. M. Frémont a frappé de distance en distance, sur une barre de métal, des coups de poinçon d’intensité croissante ; puis, ayant pratiqué une coupe longitudinale de cette barre, il a fait agir les acides sur cette surface et photographié les figures résultant de l’action chimique. Ces figures, autour de chaque enfoncement, ont un aspect caractéristique d’où l’auteur conclut que l’on se trouve en présence d’un phénomène de traction et non de glissement moléculaire, selon l’opinion acceptée. Dans les expériences de M. Frémont, un appareil enregistreur donne les diagrammes du travail absorbé dans ces opérations. Enfin, particularité
- 1 D’après la Revue générale des scieiices.
- très remarquable, tandis que les figures données par des coups de poinçon d’égale intensité sur une barre de métal homogène donnent des figures constamment identiques, les mêmes coups de poinçon produisent des figures différentes des premières avec des métaux présentant une autre composition. 11 y a donc là, pour l’industrie, un moyen d’investigation commode sur les propriétés physiques des métaux.
- Le rayonnement aux basses températures. — L’expérience de M. Pictet relative à l’influence du rayonnement aux basses températures sur les phénomènes de la digestion, dont il a été rendu compte dans le dernier numéro de La Nature, n’ayant pas été décrite dans le compterendu officiel de la séance du 3 décembre, est de nouveau mentionnée parmi les communications reçues. La genèse de cette expérience réside dans cette conception qu’il existe un spectre calorifique analogue au spectre lumineux, correspondant à des radiations propres aux degrés de l’échelle des températures commençant au zéro absolu. Comme conséquence de cette hypothèse, les diverses radiations passeraient inégalement au travers des sub- j stances. Comme les radiations lumineuses, celles des très basses températures seraient seules capables de traverser les fourrures; les radiations voisines de la température normale du corps seraient au contraire arrêtées. L’insensibilité de la peau, en présence du rayonnement si intense qui se produit dans le puits réfrigérant, est ainsi expliquée.
- Election. — L’Académie désigne en première ligne M. d’Arsonval pour la chaire de médecine du Collège de France, et en seconde ligne M. Charrin.
- Décès. — L’Académie reçoit la nouvelle de la mort de M. Tchebichef, associé étranger, et lève la séance à l’occasion de la mort de M. de Lesseps, membre libre de l’Académie. Cu. de Villedeuil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA. SCULPTURE AU SUCRE
- Peu de personnes connaissent le procédé employé pour garnir certains articles de confiserie de personnages, d’oiseaux, ou de différents décors en relief, généralement fort bien faits. En présence du prix relativement modique de ces articles et de l’exécution soignée du décor, nous pensions qu’on employait sans doute un procédé mécanique tel qu’un moulage, mais après examen il nous a paru que ces décorations, surtout les oiseaux, n’étaient pas de dépouille et, ne pouvant sortir d’un moule simple, auraient exigé un moulage compliqué et coûteux ; nous avons eu l’occasion de visiter en détail les ateliers d’une très importante maison de confiserie, et, grâce à l’obligeance du fabricant, M. Fortmeier, il nous a été donné de pénétrer le secret de cette fabrication spéciale. L’opération nous a paru tellement extraordinaire que nous pensons intéresser les lecteurs de La Nature en la leur faisant connaître.
- Entrons dans l’atelier du décorateur :
- L’artiste, car c’est un véritable artiste qui opère, n’a pour tout matériel et pour outils que des feuilles de papier bulle mince coupées en petits triangles et la matière plastique; c’est avec ces feuilles de
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- papier qu’il façonnera cette matière, sorte de pâte épaisse formée de sucre glace (c’est-à-dire écrasé en poudre absolument impalpable) et de blanc d’oeuf. Il prend un morceau de papier, en forme un cornet, le remplit de pâte, ferme l’ouverture, et avec des ciseaux coupe la pointe de ce cornet. 11 est alors en possession de l’outil qui lui servira à la fois de crayon et d’ébauchoir. Plaçant l’objet à décorer devant lui (un œuf de Pâques par exemple), et serrant légèrement le cornet, il fait sortir par la pointe un peu de matière qu’il promène sur la surface de l'œuf. Suivant qu’il presse plus ou moins, la pâte sort en plus ou moins grande quantité, formant ainsi le modelé de l’objet à représenter. 11
- est curieux de voir la pâte jaillir du cornet, s’allonger en fils déliés, se contourner, s’amasser, former des saillies, des surfaces planes, et cela sans hésitation, sans erreur, de la part de l’opérateur, sur une simple pression donnée au cornet qui dessine et modèle tout à la fois. Quand l’objet est à peu près en place, l’ai’liste, au moyen d’un autre cornet à ouverture plus petite, met la dernière main à son œuvre en ajoutant les parties ténues, comme le bec de l’oiseau, les petits détails de costume, etc.
- Cette description ne peut donner qu’une faible idée de l’adresse et de l'habileté avec laquelle opèrent les décorateurs, et nous surprendrons nos lecteurs en leur apprenant que tous les sujets dont nous donnons
- Sculptures de pâtisserie laites eu pâte lormée de sucre en poudre et de blanc d’œut.
- la reproduction dans la gravure ci-dessus ont été faits sous nos yeux par un des plus habiles artistes de M, Fortmeier, en moins d’une demi-heure.
- Le même cornet, adroitement employé, donne tous les résultats désirés : les fleurs se font, pétale par pétale, avec un cornet dont l’ouverture a été aplatie et qui laisse sortir la pâte en plaques minces. Pour faire les feuillages, le cornet est coupé de deux coups de ciseaux se joignant à angle droit. On obtient ainsi une nervure au milieu de la feuille et si on fait sortir la pâte par petites secousses les petites nervures de côté se trouvent indiquées.
- Tous ces modelages en pâte de sucre imitent à s’y méprendre la porcelaine dite biscuit et possèdent un caractère véritablement artistique qu’ils perdent un peu, à notre avis, lorsqu’ils sont ensuite coloriés
- au pinceau. Cette dernière opération du coloriage est, parait-il, absolument indispensable, pour répondre au goût de la majorité des acheteurs.
- Nous pensons que ce procédé de modelage rapide serait agréable à employer comme distraction et qu’il donnerait, entre des mains adroites, des résultats satisfaisants; l’opération est facile à essayer, ne demandant ni installation spéciale, ni outillage dispendieux. Il y a là quelque chose à faire pour bien des personnes toujours en quête de petites industries intéressantes, et nous sommes certain qu’on arriverait à produire des sujets tout à fait artistiques avec un peu d’études et d'attention. Alber.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- l’aris. — Imprimerie Lahvre, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1 125. — 22 DÉCEMBRE 1894.
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- CONSTRUCTIONS N ANALES EN ALUMINIUM
- La Rature a signalé à plusieurs reprises les nouveaux usages pour lesquels on commence à employer l’aluminium, notamment pour la construction
- de bateaux démontables : voici que ce métal entre dans la pratique courante des bâtiments maritimes. Depuis les premiers jours de l’année 1894,
- le comte Jean de Chabannes La Palicc, enseigne de I vaisseau, s’est fait construire, sur les chantiers de | la Loire, à Saint-Denis, un yacht de course de 10 tonneaux, le Vendenesse, entièrement en aluminium ; il a un peu plus de 12 mètres à la flottaison (lig. 2). Ce yacht, établi sur les plans de M. Y. Guil-loux, ingénieur de la marine, a coûté plus de 50000 francs, mais il ne pèse que 2600 kilogrammes, tandis que le poids en aurait été d’au moins 4500 kilogrammes s’il avait été construit en acier. Le Vendenesse a d’ailleurs lait ses preuves immédiatement après sa mise à l’eau : on l’a soumis à des expériences de "redressement, et pour cela on l’a maintenu à une inclinaison de 40 degrés pendant une heure et demie avec 11 tonnes de plomb placées à l’intérieur. Il ne s’est produit aucune déformation de la coque, pas plus qu’aucun jeu dans les rivets.
- Ce n’était là qu’un début, mais il a été si lieu-23e année. — Ier semestre.
- reux qu’on peut prévoir dès maintenant l’adoption générale de ce métal en matière maritime. Nous
- n’avons pas à insister sur les qualités multiples de l’aluminium ou plutôt de ses alliages, on les a mises souvent en lumière ; on a grandement diminué la proportion des impuretés, on fabrique des tôles d’aluminium presque équivalentes à des tôles de fer. Le prix de revient diminue constamment, et il coûte, d’après M. Guilloux, au moins 30 pour 100 de moins qu’à la fin de l’année dernière ; ce métal se travaille plus facilement et plus économiquement que le fer et l’acier. Mais ce qui est particulièrement précieux, c’est son inoxydabilité : on a fait de nombreuses expériences qui l’ont bien prouvée; c’est ainsi que l’on a enlevé 2 feuilles de cuivre du doublage d’un voilier et qu’on les a remplacées par 2 feuilles d’aluminium, puis le navire a lait le tour du monde et l’on n'a pour ainsi dire pas trouvé trace de corrosion. Les seuls ennemis de cette
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- Fig. 2. — Yacht de course Vendenesse, entièrement eu aluminium.
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- matière sont les alcalis et la chaleur, car elle fond à une température relativement basse, et sous l’in-lluence de la chaleur elle perd une bonne partie de sa résistance.
- On comprend quel avantage cela constitue que d’avoir des carènes qu’on n’est pas obligé de faire repasser à chaque instant au bassin pour les nettoyer et les repeindre, et de pouvoir se dispenser de protéger les parties métalliques internes par des enduits de toute sorte.
- La légèreté de l'aluminium a conduit le Ministère de la marine française à en faire fabriquer des torpilleurs pour un service spécial : notre flotte compte certains transports, comme la Foudre, dont le rôle est de charger des petits torpilleurs à leur bord et de les mettre à l’eau au moment du combat. On a pittoresquement appelé ces transports des mères Gigognes, et l’on comprend que, pour la facilité des manœuvres, on doit chercher à réduire le plus possible le poids des torpilleurs qu’ils ont à embarquer ou à débarquer; on diminue ainsi d’autant la charge qu’ils portent dans leurs hauts et on augmente leur stabilité. A la suite d’un concours où l’on demandait solidité à la mer, légèreté et vitesse, l’on accepta les propositions de la grande maison Yarrow dePoplar, et celle-ci a construit le torpilleur en aluminium que représente notre gravure (fig. 1) et qui a été livré récemment à Cherbourg.
- Nous devons dire immédiatement que tout l'aluminium employé est de provenance française : fabriqué à Fçoges par la Société électro-métallurgique, il a été transformé en cornières par la maison Charpentier-Page de Yaldoie. L’alliage a été fait suivant la proportion de 6 de cuivre pour 9-4 d’aluminium ; la résistance à la rupture en est de 28 kilogrammes environ par millimètre carré, l’allongement à la rupture étant de 6 à 7 pour 100. Les couples ont été faits plus solidement que s’ils avaient été en acier, ils sont même plus rapprochés ; les tôles ont 2mm,75 pour la quille et pour le bordé de luim,75 à 2“im,50. Néanmoins la coque pèse à peu près la moitié de ce qu’elle pèserait en acier, environ 2 tonnes au lieu de 4 pour un torpilleur de 2e classe. Le nouveau petit torpilleur a
- 19 mètres de long sur 2m,80 de large, avec un déplacement de 14 tonneaux et un tirant d’eau de lm,45.
- Les essais en ont été heureusement faits sur la Tamise en présence d’une commission française présidée par le commandant Le Clerc, notre attaché naval. La machinerie comprend un moteur à triple expansion commandant une hélice en bronze d’aluminium qui fait de 580 à 600 révolutions par minute ; la machine est munie des contrepoids Yarrow que nous avons signalés ici même i.
- Le succès a été complet et caractéristique à deux points de vue. Pendant deux heures les essais se sont poursuivis et la vitesse moyenne a été de
- 20 nœuds 55, tandis que pour les torpilleurs de
- 1 Voy. ii° 1000, du 50 juillet 1802, p. 152.
- cette classe elle est d’environ 17 nœuds, et cela malgréun chargement de 5 tonnes : premier résultat de la légèreté de l’aluminium. D’autre part, les qualités nautiques du petit bateau sont très grandes parce que cette légèreté se fait sentir aux extrémités ; il a une facilité extraordinaire à flotter, il saute de vague eu vague. Enfin, et ce n’est point là un des moindres avantages, malgré une marche à toute vitesse, on a pu constater l’absence totale de vibrations, si bien même qu’on a pu s’installer à l’arrière du bateau durant les essais, y prendre des notes et les recopier à la machine à écrire aussi facilement qu’à terre. Ceux qui ont navigué à bord des torpilleurs ordinaires comprennent quel intérêt présente cette particularité : on l’avait déjà remarquée dans le yacht Vendenesse. MM. Yarrow l’attribuent principalement au traitement spécial que subit l’alliage d’aluminium et qui fait disparaître l’élasticité très grande que présente d’ordinaire ce métal. Cette absence de vibrations a un autre avantage très caractéristique et précieux: elle entraîne une absence à peu près complète de résonances. Par suite, on comprend que le bruit des machines est à peu près annihilé : dans une coque en acier mince chaque son est amplifié; ici c’est le contraire, il est pour ainsi dire amorti complètement, l’aluminium se comportant à la façon du bois. Or, on sait que c’est le bruit des machines qui trahit l’approche des torpilleurs et signale leur présence à l’ennemi ; des indications ont été données ici même à ce sujet1 : le torpilleur en aluminium pourra parvenir tout près des cuirassés à attaquer sans qu’on l’entende.
- Tout ce que nous avons dit montre bien les nombreux avantages que possède l’aluminium pour les constructions maritimes, et avant peu sans doute il y sera d’un usage courant. Daxiel Belllt.
- LE KENDIR
- Au Congrès de VAssociation française pour l’avancement des sciences, à Caen, en août 1894, M. Édouard Blanc, l’explorateur bien connu, avait fait à la Section de botanique une communication d’un réel intérêt pratique3. M. Blanc avait rapporté de son voyage en Asie centrale en 1890-1891 de nombreuses variétés de plantes qu’il avait remises au Muséum pour qu’on en essayât la culture. Parmi cet envoi se trouvaient des graines d’un coton du Turkestan pouvant être cultivé à une basse température et ayant des qualités spéciales. Puis, des pieds d’une plante vivace fournissant des fibres d’une ténacité et d’une souplesse remarquables. Cette dernière, qui nous occupe en ce moment, se nomme le Kendir. C’est une Apocynée du genre Apocynum, l’A. sibiricum. Certains botanistes ont cru devoir rattacher cette espèce à P A. ve-nelum, mais elle s’en distingue par son port, ses feuilles et le diamètre de ses fibres.
- Cette plante occupe des espaces immenses qui s’étendent delà mer Caspienne pour traverser toute l’Asie centrale. Elle croît de préférence le long des cours d’eau, sur
- 1 Voy. n°1122, du 1er décembre 1894, p. 14.
- 8 Depuis M. Blanc a publié une Notice spéciale sur le Kendir dans les Mémoires de la Sociétéd’Agriculture de France.
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- le bord des lacs, même quand ils sont un peu salés, et sa taille peut atteindre 2 mètres. Cependant elle se maintient dans les lieux secs, mais alors avec une hauteur moindre. Sa qualité de plante vivace la rend inexpugnable du sol qu’elle occupe. Néanmoins elle préfère les terrains argilo-siliceux aux terrains calcaires, de même que les terres profondes et ameublies en augmentent le rendement.
- Il est étonnant que ce végétal employé par les peuplades de ces régions soumises depuis longtemps à la Russie ait été méconnu jusqu’alors. Les Kirghiz, par exemple, emploient couramment le Kendir pour faire des liens, des cordes et autres objets nécessitant un textile. M. Blanc dit que les premiers renseignements sur le Kendir qui parvinrent en Russie d’Europe, furent envoyés par M. Bak-trianoff en 1868. Quelque temps après, des échantillons étaient envoyés à la Société technique de Russie, qui essaya ce textile, et le classa parmi les filaments de première qualité. Un des avantages de ce produit, c’est que son blanchiment est des plus faciles.
- Aux environs de la mer d’Aral, et à l’embouchure des fleuves qui s’y déversent, le Kendir abonde. Dans cette région on le nomme Kourtaou Tourka. 11 est très apprécié des pécheurs, qui en font des filets réputés imputrescibles, et la résistance de la fibre est bien supérieure à ceUe du chanvre. « Aujourd’hui la filasse du Kendir est recueillie dans le delta de l’Oxus, aux environs de Khiva et Pedro Alexandrovsk, puis de là expédiée à Boukhara, où elle est travaillée et employée en mélange avec la soie pour la confection des tissus qui servent à l'habillement des indigènes. Elle est recherchée pour, cet ouvrage à cause de sa grande solidité et de l’éclat qu’elle prend par le blanchiment, éclat qui le cède à peine à celui de la soie. » Enfin des cordes sont faites maintenant en Kendir et servent à lier les halles du coton qui est cultivé au Turkestan, et expédié par le chemin de fer transcaspien en Russie.
- C’est à M. Brodovsky, conseiller d’État,- chargé du service de l’Agriculture du gouvernement du Turkestanf que M. Blanc est redevable des renseignements qu’il a eus sur le Kendir.
- L’Algérie et la Tunisie, qui sont bien connues de M. Blanc, où il a occupé pendant plusieurs années les fonctions d’inspecteur des forêts, lui ont fait penser que le Kendir serait avantageusement introduit dans nos colonies du Nord Afrique. Cette plante, selon lui, rencontrerait là des conditions excellentes de développement, en choisissant les terrains favorables et sur lesquels des cultures plus rémunératrices n’auraient pas accès. Même dans les terres médiocres, celle-ci pourrait donner un produit qui aurait toujours un écoulement facile. Il serait facile d’objecter que le manque de cours d’eau constituerait un obstacle au rouissage de cette plante textile, mais rien ne s’opposerait à ce qu’on s’assurât, avant l’entreprise, de la présence d’un oued ou de mares, dans le voisinage des cultures. Toutefois, il ne faudrait pas perdre de vue que le rouissage d’une Apocynée dans un cours d’eau, pourrait peut-être nuire aux qualités potables de cette eau pendant l’opération.
- Les procédés d’extraction des fibres dans la région asiatique sont indiqués par M. Blanc, et ils ne diffèrent guère des moyens mis en pratique pour nos plantes filamenteuses d’Europe. Une observation digne d’intérêt est l’époque qui paraît la plus favorable pour la récolte du Kendir. L’époque où la plante est en fleur ou au moins celle qui précède la formation des fruits, serait le moment qu’il faudrait choisir pour la coupe des tiges. M. Brodovsky a remarqué que la fibre est plus souple, plus tenace et aussi plus
- blanche à cette période que lorsqu’on attend la maturité complète du Kendir. J. Boisson.
- CAS SINGULIER DE RUPTURE
- d’une lampe a incandescence
- On installait ces jours derniers, à Angers, la lumière électrique dans un des cafés de la ville, quand il se produisit un fait très singulier : un ouvrier, tenant entre les mains, placées dçrrière le dos, une lampe à incandescence, causait avec des camarades, quand la lampe se brisa subitement avec explosion. L’ouvrier, effrayé par le bruit, se sauva précipitamment.
- Cette aventure burlesque ayant été connue d’un des professeurs de physique du lycée, M. Préaubert, celui-ci voulut répéter l’expérience pour en déterminer la cause. Après de nombreux essais, voici la conclusion à laquelle il est arrivé. L’ouvrier avait derrière lui la courroie de transmission de la machine à gaz qui actionnait la dynamo ; or, on sait que cette courroie, en frottant contre les arbres de rotation, s’électrise parfois très fortement, au point de produire des étincelles et d’être même une menace d’incendie dans les ateliers où il flotte des poussières dans l’air. On remédie à cet inconvénient en faisant circuler la courroie entre une double haie de pointes en communication avec le sol.
- La lampe, tenue derrière le dos de l’ouvrier, était donc dans le voisinage immédiat d’une source électrique à haut potentiel. Faisant alors l’office d’une vérilable bouteille de Levde, elle prit des charges statiques très élevées et l’étincelle venant à se produire à travers le verre, celui-ci se brisa avec explosion, explosion causée par la rentrée subité de l’air dans l’enveloppe à gaz raréfié.
- Voici comment on peut reproduire très facilement cette expérience. On tient à la main, par la pointe, une lampe à incandescence de grandeur moyenne, de 15 volts environ, et on approche les fils de platine d’une machine électrique quelconque, de Holtz, par exemple. On voit la lampe s’illuminer soudain de lueurs étranges et le verre devenir fluorescent, comme dans les tubes de Crookes. Puis, quand la charge électrique est suffisante, la lampe éclate brusquement1. A. Bleunaud.
- LES PROJECTIONS
- PAR LE CHALUMEAU OXïÉTHÉRIQUE
- Si l’on a besoin d’un éclairage intense pour les projections ou les agrandissements photographiques, il faut avoir recours à la lumière électrique ou à la lumière oxhydrique ; mais les distributions d’énergie électrique n’existent pas encore partout, et le gaz d’éclairage fait lui-même défaut dans bien des cas.
- 11 est vrai que le gaz peut être remplacé par la flamme d’une lampe à alcool; on emploie alors un chalumeau oxycalcique spécialement construit à cet effet, mais la lumière donnée par l’alcool et l’oxygène est moins intense que celle obtenue avec le chalumeau oxhydrique. Différents essais ont été faits pour alimenter le chalumeau avec de l’air atmo-
- 1 Voy. Expériences d'électrostatique avec des lampes à incandescence, dans le n° 784, du 9 juin 1888, p. 51 ; nous avons donné dans cet article quelques explications sur les propriétés remarquables de la lampe à incandescence comme condensateur ou bouteille de Leydc.
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- sphérique rendu combustible par son passage au travers ou sur un liquide carburant, mais les appareils étaient plus ou moins compliqués et les résultats laissaient à désirer.
- On a alors songé à carburer l’oxygène lui-même à l’aide de l'éther ou des essences légères de pétrole. A l’origine, la lumière oxyéthérique était obtenue en faisant passer l’oxygène dans un carburateur contenant de l’éther à l’état liquide; les premiers essais faits avec des appareils de ce genre n’étaient pas sans présenter quelques dangers.
- Vers 1882, un premier perfectionnement fut apporté aux saturateurs, ils furent garnis intérieurement de matières spongieuses de sorte que l'éther n’était plus à l’état libre, et ces appareils fonctionnaient comme les lampes à essence si communément employées aujourd’hui ; mais l’évaporation assez active amenait rapidement un abaissement de la température et l’oxygène n’étant plus suffisamment carburé, l’appareil était dans de mauvaises conditions ; aussi fut-on amené, surtout dans la saison froide, à chercher les moyens de chauffer l’appareil. Après divers essais on en vint à placer le saturateur dans la lanterne, et plusieurs appareils ont été depuis deux ou trois ans construits sur ce principe.
- Parmi ces appareils, celui que M. Molteni a adopté et qu’il s’est chargé de construire paraît être dans les conditions voulues de bon fonctionnement.
- Le chalumeau oxyéthérique représenté ci-dessus (fîg. 1), qui se compose d’un corps cylindrique, divisé en deux ou plusieurs compartiments renfermant les matières absorbantes destinées à emmagasiner le liquide volatil, constitue le saturateur proprement dit, après lequel se trouvent fixés léchaiumeau et ses acces-
- soires. L’ensemble, formant un tout compact, fonctionne de la manière suivante. Après avoir rempli l’appareil avec de l’éther ou de la gazoline, on le retourne pour drainer l’excédent du liquide, puis on le redresse et, après avoir remis en place le bouchon à vis qui ferme le réservoir, on met en communication, à l’aide d'un tuyau de caoutchouc, la tubulure que
- l’on voit à droite et dans le bas de la figure 'avec le réservoir d’oxygène.La tubulure est soudée sur un tube en forme de T dans lequel l’oxygène se divise en deux portions : l’une passe parle saturateur, se carbure et arrive à la sortie du chalumeau où on l’allume comme le gaz d’éclairage ; l’autre portion d’oxygène se rend directement an chalumeau et agit exactement comme l’oxygène pur dans les chalumeaux ordinaires pour former le dard qui porte la chaux à l’incandescence. On règle le débit des deux courants d’oxygène à l’aide
- des robinets ou valves à vis placés sur chaque branche du tube en T.
- Les avantages de ce mode d’éclairage sont les suivants : possibilité d’avoir une lumière intense dans les endroits privés de gaz d’éclairage; facilité de transport; manœuvre très simple; intensité plus grande que celle de la lumière oxhydrique; petite dimension du point lumineux, et par suite augmentation de netteté de l’image.
- La figure 2 donne la vue d’ensemble de la lampe oxyéthérique disposée dans l'appareil de projection. Le chalumeau est représenté en G avec le crayon de chaux incandescent. 11 est placé au milieu de la lanterne de projection B, dont l’objectif est figuré en 0. Tout l’appareil est installé sur la table A, au-dessous de laquelle est placé le tube à oxygène E. Ce nouveau système, que nous avons expérimenté, nous paraît très recommandable. X..., Ingénieur.
- Fig. 1. — Chalumeau à lampe oxyéthérique pour les projeetions.
- Fig. 2. — Disposition du chalumeau oxyéthérique C dans la lanterne de projection B. — 0. Objectif. — A. Table de support. — E. Tube à oxygène.
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- LA NATURE.
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- LE RETOUR DU ROSSIGNOL
- DANS LE CENTRE DE LA FRANCE
- Un demi-siècle d’observations laites au Parc de Baleine1 (Allier), de 1841 à 1894, nous a permis de fixer au 31 mars la date moyenne du retour des premières hirondelles (Hirundo ruslica. L.) dans cette partie du Centre de la France.
- Nous ferons remarquer du reste que ces résultats s’accordent entièrement avec ceux obtenus par le Comte de Touchimbert, à Poitiers, station dont la latitude est, à quelques minutes près, la même (pie celle de Baleine. Seize années d’observations s’étendant de 1868 à 1883, ont en effet donné également le 31 mars comme date moyenne de l’arrivée des hirondelles à Poitiers.
- Aujourd’hui, nous nous occuperons du Rossignol, ce roi incontesté2 des oiseaux chanteurs, et nous présenterons le résultat de quarante années d’observations ayant pour objet le retour annuel, au Parc de Baleine, de ce barde, toujours écouté, de nos jardins et de nos forêts.
- « Le Rossignol, écrit Adanson5, est un oiseau de passage qui quitte l’Europe dès le mois de septembre, pour se retirer pendant l’hiver en Égypte, en Syrie, dans le nord de l’Afrique4, mais qui ne va pas jusqu’au Sénégal, car je ne l’y ai jamais rencontré pendant six ans de voyages et de chasses continuels qui m’ont procuré à peu près tous les oiseaux de ce pays. 11 revient au printemps en Europe, dans le mois d’avril ; il s’accouple en mai, et occupe les buissons épineux, surtout les groseilliers à maquereau, les aubépines, les ronces et les rosiers sauvages qui se trouvent au pied des plus grands bois, plantés au nord, sur le penchant des collines ou dans le voisinage des rivières. »
- 1 Le Parc de Baleine est situé à 16 kilomètres, à vol d’oiseau, au N. 28° W. de Moulins. Ses coordonnées géographiques sont : Longitude, 0°54'34"E. — Latitude. 4P>°4P 48"N. — Altitude, 228m,30.
- a C’est en vain qu’Audubon a essayé de revendiquer le premier rang pour le Moqueur (Mimu-s polygloitus Boie), -de l’Amérique du Nord.
- 3 Cours d’histoire naturelle fait en 1772 par Michel Adanson, de l’Institut.
- * Brehm en a rencontré des individus isolés dans le sud de la Nubie et le Soudan oriental.
- C’est dans ces lieux, couverts d’une ombre légère, qu’il place son nid, presque exclusivement composé de feuilles sèches, simplement rapprochées et sans autre liaison que quelques crins ou de minces racines. On le trouve à terre ou tout près de terre, construit avec si peu de soin et un art si rudimentaire que « tout s’écroule dès qu’on y touche », suivant l’expression même d’Adanson. La femelle y pond de quatre à six oeufs d’un vert olive brillant.
- Le Rossignol chante depuis son arrivée jusqu’à la fin de mai, et, lorsqu’il fait par hasard une deuxième ponte, jusqu’à la fin de juillet, c’est-à-dire depuis le commencement de scs amours jusqu’à leur fin, qui termine l’éducation de ses petits. Cette faculté est réservée au mâle seul, car la femelle est muette.
- Pendant tout ce temps, i! se fait reconnaître pour le chanteur de la nature, et pour le maître des bois qu’il occupe.
- « Qui n’a jamais entendu le chant du Rossignol ne peut s’en faire une idée, même en le comparant à celui des autres oiseaux chanteurs de notre pays. Entre les airs simples et peu variés que font entendre le merle ou la fauvette, et l’exquise cavatine du Rossignol, il y a toute la différence qui sépare la chanson d’une grisette des savantes variations d’une prima donna d’opéra. C’est dans le silence d’une belle nuit d’été éclairée par la lune, au milieu des ombrages mystérieux d’un parc, qu’il faut entendre ce musicien de la nature, et l’on a peine à croire que cet exécutant sans définit, dont la voix remplit le bocage, ne soit qu’un petit oiseau de la taille de notre moineau domestique, à peine visible à la cime d’un arbre. Formé de deux reprises de roulades terminées par un trille expressif et séparées par un long soupir, le chant du Rossignol a été noté par les compositeurs et Beethoven l’a fidèlement reproduit dans sa Symphonie pastorale L »
- Adanson, lui aussi, nous parle de cette voix mélodieuse ou éclatante, en termes ravis et enthousiastes.
- Dans un jardin d’un arpent, entièrement consacré à des expériences, qu’il possédait près de la barrière du Jardin des Plantes, il se laissait souvent aller, dans les nuits tièdes et silencieuses, à une douce et délicieuse rêverie, souvent interrompue par le chant
- 1 Tronossart. Les oiseaux utiles.
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- de « l’oiseau divin » qui captivait alors toutes ses pensées et le tenait victorieusement sous le charme. Il faut lire dans son Cours d’histoire naturelle pour 1772 les lignes émues, dignes d’un vrai naturaliste, qu’il a écrites à l’éloge du petit oiseau qui, par son plumage somhre mêlé de gris et de roux, ne semble pas, au premier coup d’œil, mériter notre attention.
- C’est communément en avril, ainsi qu’il a été dit plus haut, que les Rossignols arrivent dans notre pays, à l’époque même où les feuilles de l’aubépine commencent à paraître. Le tableau suivant, où sont consignées les dates de tous les retours qui ont été constatés, va nous permettre de nous exprimer bientôt avec une plus grande précision.
- OBSERVATIONS DU PARC DE BALEINE (Allier).
- RETOUR DU ROSSIGNOL (Philnmela luscinia. L.).
- ANNÉES. DATES DU RETOUR. ANNÉES. DATES DU RETOUR.
- 1846 30 mars. 1875 12 avril.
- 1817 ’ 3 avril. 1876 5 avril.
- 1837 5 avril. 1877 4 avril.
- 1858 10 avril. 1878 4 avril.
- 1859 6 avril. 1879 6 avril.
- 1860 6 avril. 1880 11 avril.
- 1861 8 avril. 1881 50 mars.
- 1862 9 avril. 1882 14 avril.
- 1863 8 avril. 1883 2 avril.
- 1864 11 avril. 1884 3 avril.
- 1865 10 avril. 1885 14 avril.
- 1866 9 avril. 1886 2 avril.
- 1867 8 avril. 1887 12 avril.
- 1868 8 avril. 1888 15 avril.
- 1869 10 avril. 1889 15 avril.
- 1870 8 avril. 1890 12 avril.
- 1871 8 avril. 1891 6 avril.
- 1872 31 mars. 1892 4 avril.
- 1873- 12 avril. 1893 2 avril.
- 1874 6 avril. 1894 4 avril.
- Comme on le voit, les observations, qui débutent en 1846 et 1847, offrent une lacune de neuf années, dé 1848 à 1856, puis elles se poursuivent de 1857 à 1894, sans interruption.
- Pendant cette longue période, les dates extrêmes du retour du Rossignol au Parc de Raleine sont le 50 mars en 1846 et 1881, et le 15 avril en 1888 et 1889, comprenant ainsi un intervalle de 17 jours. Pour l'hirondelle de cheminée, l’intervalle analogue s’élève à 25 jours (18 mars — 11 avril).
- Il est bien difficile, à notre avis, de surprendre, dans les chiffres du tableau précédent, une relation quelconque entre l’arrivée plus ou moins hâtive du Rossignol et l’état général de la température. Nous risquerons cependant cette observation que les dates des retours les plus précoces suivent, à une année de distance, des hivers exceptionnellement rigoureux. Ainsi, par exemple, nous trouvons le retour du 50 mars 1846 après le grand hiver de 1844-1845 ; le retour du 51 mars 1872 suit le grand hiver de 1870-1871 ; enfin celui du 50 mars 1881 est consécutif au grand hiver de 1879-1880.
- Dans un second tableau nous donnons le nombre des retours observés à une date déterminée.
- DATES. NOMBRE DE RETOURS oiise rivés AUX DATES CI-CO.NTRÈ. REMARQUES.
- Mars 50 2 En 1846 et 1881.
- — 31 1 En 1872.
- Avril 1 0
- — 2 3
- - 3 2
- — 4 4
- — 5 2
- - 6 5
- — 7 0
- — 8 6 Maximum au 8 avril.
- — 9 ' 2
- — 10 3
- — 11 2
- — 12 4
- — 13 0
- — 14 2
- — 13 2 En 1888 et 1889.
- 40 *
- C’est le 8 avril qui présente le maximum., ce jour étant coté 6.
- Sur 40 retours observés, on en compte 19 du 50 mars au 6 avril, et 21 du 7 au 15 avril. En outre, plus de la moitié des retours, soit 22, s’est effectuée entre le 4 et le 10 avril.
- Nous pouvons donc conclure et prendre le 7 avril comme date moyenne du retour du Rossignol au Parc de Raleine.
- A la fin d’un très intéressant article sur l’arrivée des hirondelles, publié, il y a dix ans, dans La Nature*, M. Renou écrivait ce qui suit : « Il est bien regrettable qu’on n’ait pas de documents sur l’arrivée des autres oiseaux, sur celle du Rossignol, si facile à constater à cause de son chant, sur celle du Coucou et de tant d’autres.... »
- Nous espérons que la présente note pourra donner peut-être satisfaction, dans une certaine mesure, au savant directeur de l’Observatoire météorologique du Parc de Saint-Maur.
- G. de Rocqüigny-Adanson.
- Moulins, décembre 1891.
- EXCURSION
- DANS LA PROVINCE DE L’ALASKA
- ÉTATS-UNIS
- Depuis le jour où le gouvernement russe céda aux États-Unis, en 1867, le territoire de l’Alaska pour la somme de trente-huit millions de francs, ce territoire, grand à peu près comme trois fois la France, a bien changé au point de vue de l’activité commerciale. L’Alaska possède des forêts immenses, des mines abondantes et des pêcheries ; c’est aussi le pays des fourrures précieuses.
- 1 Voy. n’ 566, du 5 avril 1884, p. 206.
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- LA NATURE.
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- Les Américains, avec leur esprit pratique, commencent actuellement à s’apercevoir que malgré le sacrifice qu’il a fallu faire pour cette acquisition, ils sont loin d’avoir accepté une mauvaise affaire. Depuis plusieurs années déjà, un service régulier de bateaux à vapeur qui partent de San Francisco est organisé pendant les trois mois de belle saison, pour exécuter des tournées pittoresques dans ces intéressantes régions.
- Il m’a été possible de profiter, en juin 1895, des avantages offerts par la Compagnie des navires pour l’Alaska en retenant longtemps à l’avance une cabine sur le navire ïhe Queen. Cette précaution est indispensable, vu l’empressement que mettent les touristes à faire partie des voyages. Deux cent cinquante passagers de lre classe trouvent à se loger à l’aise et ont à bord tout le confort désirable. Ce steamer est d’ailleurs leur seul refuge pendant l’excursion; les hôtels ne sont pas fort pratiques ou n’existent même pas en ces lointains parages.
- The Queen jauge 5000 tonnes. Sa longueur de 104 mètres est plus que triplée par les deux étages de terrasses élégantes qui desservent toutes les cabines placées sur le pont. Pendant les longues heures où ils restent sur mer, les touristes jouissent, presque sur tout le parcours, de la vue rapprochée des rivages. Les forêts épaisses, les établissements de pêcheries des Indiens, les grands aspects des montagnes neigeuses se déroulent devant leurs yeux. The Queen fait de fréquents détours féconds en surprises, et poursuit sa navigation sur une mer calme dont les eaux paraissent être d’émeraude.
- Les étapes de ce voyage sont toutes curieuses. La première est Wrangel, située à deux journées de Victoria, la capitale de l’île de Vancouver, mon point de départ (voy. la carte fig. 1, p. 56).
- Wrangel, avec scs maisons de bois construites à l’extrémité de l’île du même nom, } rès de l’embouchure de la Stikine, est d’un joli aspect, mais son port est, paraît-il, moins important qu’autrefois. Il possède aujourd’hui environ 400 habitants, Indiens de la race des Koloschians, quelques-uns de la race des Ilaidas, et une centaine de colons américains.
- Les Russes avaient constaté, à l’époque où ils étaient maîtres de l’Alaska, que les onze tribus formées par les Koloschians, ou Tlingits comme on dit aujourd’hui, se composaient d’environ 25000 à 50 000 membres. Ils habitaient les côtes et les îles du sud-est de la province. Depuis ce temps, les épidémies nombreuses et d’autres misères, ont décimé sensiblement cette malheureuse race. D’après le dernier recensement fait en 1890, il n’y aurait plus actuellement dans la province que 4457 Indiens Tlingits. Au contact des blancs, ces pauvres gens perdent de jour en jour de leur caractère, ils se civilisent, mais ils gardent encore cependant quelques-unes des idées superstitieuses et des coutumes de leurs ancêtres.
- L’usage le plus caractéristique des Tlingits est celui des Totems, qui jouaient autrefois un grand
- rôle dans les familles indiennes de l’Alaska. Ce sont des poteaux sculptés que l’on dressait devant les maisons comme le montre un de nos dessins (fig. 5).
- Il y en avait jadis un grand nombre dans tous les villages qui bordent la Stikine et dans Wrangel. Aujourd’hui quelques spécimens seuls subsistent; beaucoup, heureusement, sont conservés dans les musées de Washington ou dans ceux des provinces des États-Unis. Ces totems étaient considérés comme des signes héraldiques et chacun se faisait gloire d’en posséder devant sa maison. Pour les Tlingits, ces poteaux sculptés avaient l’importance des écussons que les anciennes familles d’Europe mettaient au-dessus de la porte de leur demeure. Les totems étaient gagnés par les hommes, généralement à l’époque de leur majorité, au moment où ils cherchaient à accomplir des hauts faits, pendant les cérémonies religieuses qui marquaient cette date importante de leur existence. Le Tlingit ne doit pas épouser une femme de sa tribu ; il faut qu’il la choisisse dans un clan voisin et celle-ci apporte aussi le totem de sa famille, qu’elle plantera devant sa nouvelle demeure, à côté de celui de son époux. Les sculptures taillées grossièrement dans ces poteaux de sapin représentent d’une façon conventionnelle des emblèmes connus. Le corbeau et la corneille appartiennent à la femme, ils expriment la génération. Le loup indique l’esprit malfaisant, l’ours et la baleine se voient aussi fréquemment dans ces signes héraldiques. Les deux totems de la figure 5 sont ceux d’un ancien chef et de sa femme. Celui du chef est surmonté de sa propre image coiffée d’un chapeau, insigne de haute noblesse. Le grand corbeau qu’on voit plus bas rappelle le totem de sa mère. Celui de la femme est surmonté de l’aigle, écusson du clan dont elle faisait partie. On remarque ensuite les figures d’un castor et d’un crapaud. Ce dernier emblème prouve qu’un membre de la famille a été un médecin distingué, célèbre par ses cures merveilleuses. La maison du chef représentée sur la gravure est moderne, construite à l’américaine.
- Les demeures de bois des anciens Tlingits existent encore, mais en petit nombre. Elles se composent d’une grande salle carrée dont les parois sont garnies de larges bancs. Le centre est occupé par le foyer qui doit chauffer toute la salle et servir aux besoins du ménage. La fumée s’échappe par le haut de la toiture soutenue par de grands poteaux de sapin. Une grande idole orne quelquefois le fond de cette salle primitive où tous les objets de ménage sont accrochés aux poutres apparentes du haut plancher. Les filets et ustensiles de la pêche, les peaux de bête, couvertures, etc., forment les principaux ornements de la hutte. Les Tlingits, qui ont quelques rapports avec les sauvages Aïnos du Japon, adorent des Dieux divers, mais ils ont surtout la crainte des Esprits et croient à la métempsycose. Leur superstition est excessive et pour combattre les divinités malfaisantes ils ont des amulettes de toutes sortes. Parmi celles qui sont représentées (fig. 2),
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- LA NATURE.
- les numéros 1, 2 et 4 sont des charmes pour guérir les maladies. Le Tlingit les obtient de son médecin, qui passe toujours à ses yeux pour être surtout un sorcier. Les charmes ont d’autant plus de prix que plus d’invocations ont été faites à leur intention. Ces petits masques sont en bois sculpté et sont rehaussés de peintures rouges et noires. Le numéro
- 1 de la figure 2 est orné de plumes d’oiseaux ; le numéro 2 est agrémenté d’une parure en cheveux et ses dents sont faites de petites perles de verre. Ces deux masques ont de 5 à 8 centimètres de hauteur, et proviennent de la collection de M. J. M. Clean. C’est à l’Exposition de Chicago que j’ai pu les dessiner. Le charme numéro 4, de 9 centimètres
- A ,/N
- U
- Has de la Reine Charlo4e
- Fig. 1. — Carte du voyage en Alaska (Etats-Unis).
- de haut, ainsi que l’amulette en os sculpté de 11 centimètres qui préserve des Esprits mauvais (n° 3), m’ont été vendus au glacier de Muir par des Indiens. Lorsque les Tlingits vont à la pêche dans leur canot, auprès des grands glaciers, ils ne manquent pas de porter sur eux des charmes pro-tecteurs. Les bruits solennels produits par les murailles de glace s’écroulant dans la mer, les mille grottes d’azur formées au milieu des séracs et les icebergs qui flottent sur les eaux, produisent sur leur âme craintive des émotions mystérieuses.
- Nous quittons Wrangel pour gagner Juneau, situé près de l’ile Douglas, où nous pouvons visiter la mine d’or considérable de Treadwell. Cette mine, exploitée seulement depuis l’année 1881, a déjà fourni, dit-on, plus d’or que ce qui a été payé pour l’achat de toute la province. On exploite le minerai par voie d’amalgame comme on le fait le plus souvent en Californie. La petite ville de Juneau contient quinze cents âmes; elle a de l'importance par suite des nombreuses mines qui sont exploitées aux environs. Sa situation, au pied des montagnes couvertes de forêts,
- est remarquable, et sa rue principale très pittoresque, avec ses magasins primitifs où l’on vend une foule d’objets fabriqués par les Indiens. Je vis là quelques femmes dont la figure toute noircie les rendait effroyables. Elles obéissaient à un viel usage. Cette teinture les garantit de la piqûre des insectes et de la réverbération produite par le soleil d’été. J’allai visiter, près de Juneau, le village de Auk, curieux par son cimetière placé sur une petite éminence couverte d’arbrisseaux verdoyants. Les Tlingits ont conservé la coutume de brûler leurs morts. Les cendres sont enfermées dans un coffret et déposées avec les malles remplies des vêtements du défunt, dans une petite cabane de planches construite sans porte et qui sert de tombeau. Un châssis vitré disposé d’un seul côté permet de voir à l’intérieur. Les parois de la cabane sont souvent tendues avec l’étoffe de la tente, ancien abri de l’Indien. Outre le coffret des cendres et les malles, on voit encore quelques objets déposés pieusement par les parents. C’est une pendule de pacotille, la propriété du défunt, dont l’heure a été arrêtée au
- Fig. 2. — Amulettes et charmes contre les maladies des Indiens Tlingits (Alaska).
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- Fig 5. —Poteaux en bois sculpté (Totems) d’un chef Tlingit et de sa femme, à Wrangel (Alaska). (Dessin d’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- Fig. 4. — Vue d’ensemble du glacier de Taku (Alaska). (D’après nature, par M. Albert Tissandier.)
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- moment de sa mort, ou des jouets avec lesquels s’amusait un pauvre enfant décédé!
- Notre navire sonne l’heure du départ ; il va nous conduire au glacier de Talui, nommé par les Indiens le Sitth Klunü Gutta ou demeure des Esprits (fig. 4). La largeur du glacier est de 1852 mètres. Les séracs de front qui s’élèvent au-dessus du niveau de la mer varient comme hauteur entre 50 et 60 mètres et remplissent entièrement la gorge formée par les roches environnantes. Contrairement à ce que l’on remarque le plus souvent dans les glaciers, comme dans celui qui est tout auprès et qu’on nomme le Norris, le Taku n’est pas accompagné de moraines.
- Ses séracs, d’une pureté remarquable, secoués par le mouvement des marées, forment à tous moments des icebergs s’en allant à la dérive autour de notre steamer. Le commandant donne l’ordre d’arrêter et nous jouissons de la belle vue du glacier, tandis que les matelots vont dans de petites barques procéder au renouvellement de notre provision de glace. Il nous en fallait environ cinquante tonnes. L’opération dure au moins deux heures. Les marins harponnent les icebergs choisis et les amènent contre la paroi du navire. Un large panneau du navire est ouvert et, à l’aide de la grue, on descend un fdet aux larges mailles de fer, que les hommes passent sous le morceau de glace. Celui-ci est bientôt attaché et hissé jusque dans la cale. Les matelots prenaient des blocs d’une limpidité incomparable, dont le poids arrivait souvent à près de quatre tonnes. Leur couleur de saphir ou d’émeraude avait des teintes foncées presque invraisemblables.
- C’est à Sitka, la capitale du territoire d’Alaska, que nous faisons l'étape suivante. Cette ville se compose de 1200 habitants environ, dont 859 Indiens et 31 Chinois. Le paysage est ici charmant, avec le mont Verstovoï, de près de mille mètres de hauteur, qu’on voit au loin, et les nombreux petits îlots couverts de beaux arbres qui forment dans la mer un archipel idéal. L’ancienne église russe de St-Michel, toute construite en bois, et le quartier habité par les Indiens, sont les points les plus intéressants. Avant de gagner le glacier de Muir, notre commandant nous ménageait une surprise, il s’agissait d’une grande pêche dans les parages de Killisnoo, l’un des endroits les plus poissonneux de l’ile de l’Amirauté. Nous prenons bientôt tous place dans des barques qui sont remorquées par le petit vapeur de service de la localité, au meilleur endroit, le plus pittoresque qu’on puisse voir. La pèche commence ; il est huit heures du soir, mais dans ces régions, le jour se prolonge longtemps. On nous donne à chacun de longues cordes munies de deux harpons de fer et d’un plomb. Il faut descendre la corde à grande profondeur, trente mètres environ. Les poissons mordent aussitôt et nous hissons péniblement d’énormes turbots, quelquefois deux ensemble. En moins de deux heures nous avions pris plus de cent cinquante de ces
- poissons de grande taille. Le plus gros d’entre tous pesait environ 20 kilogrammes, mais la plupart variaient entre 10 et 14 kilogrammes. L’excitation et la joie étaient grandes dans nos barques. Les dames surtout, ravies de faire une pêche aussi miraculeuse, poussaient des exclamations d’enthousiasme et appelaient à leur aide pour pouvoir ramener les monstres capturés.
- Le lendemain matin nous partions pour le Muir et déjà l’étroit canal que la mer forme au travers des forêts était sillonné d’icebergs. Nous ne tardons pas à être saisis d’admiration à la vue de l’immense glacier dont le front se développe dans la mer sur une largeur de plus de 2800 mètres, avec des séracs de 50 à 76 mètres de hauteur. The Qtieen met l’ancre non loin de^la muraille de glace toute formée de pinacles, de crêtes fantastiques et de pyramides d’azur. Bientôt, avec les barques du navire, nous abordons au pied des moraines. L’exploration du dessus du glacier est facile ; nous pouvons continuer notre excursion pendant près de quatre kilomètres sur les cimes poussiéreuses des moraines et nous risquer sur les séracs. Ils forment un amas merveilleux jusqu’à perte de vue. Ce glacier colossal, encadré de monts couverts de neige jusqu’à 2000 mètres de hauteur, d’où descendent d’autres glaciers tributaires, forme un tableau d’une si majestueuse beauté, qu’il laisse dans l’esprit une impression ineffaçable.
- Je ne puis ici parler de toutes les merveilles de Muir, La Nature ayant publié déjà une intéressante étude sur ce sujet1. Cette excursion était la plus curieuse de toutes nos étapes. The Queen s’arrête encore dans de pittoresques paysages et des pêcheries nombreuses installées dans les étroits passages formés par la mer. Nous revenions enfin charmés à Victoria après onze journées d’excursion.
- Albert Tissandier.
- LES CUIRASSES INVULNÉRABLES
- Dans une de nos livraisons précédentes, nous avons parlé sous ce titre de la cuirasse de M. Loris2 et nous avons dit ce que nous avions vu, à savoir que le plastron Loris résistait à l’action des balles de fusils ordinaires et des fusils militaires très pénétrants comme le Lee Metford.
- M. Daudeteau, armurier à Vannes, a “expérimenté récemment un fusil qu’il a construit et il a -pu percer la cuirasse invulnérable. Plusieurs de nos lecteurs nous demandent des renseignements sur la séance, qui a eu quelque retentissement, pendant laquelle a été faite cette expérience. L’impartialité nous commande de faire droit à leur demande. Voici quelques extraits du procès-verbal qui nous a été remis par M. Daudeteau.
- Sur la demande d’un rédacteur au Journal, rendez-vous avait été pris pour le mardi matin 6 novembre 1894,
- 1 Voy. n° 1015, du 29 octobre 1892, p. 540.
- 2 Voy. n° 1118, du 5 novembre 1894, p. 555.
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- LA NATURE.
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- à Saint-Denis, afin d’y exécuter, à l’usine de la spécialité d’armes portatives, un tir sur la cuirasse Loris. A 10h30 le mardi, toutes les personnes convoquées étaient présentes, parmi lesquelles plusieurs généraux de division, dont M. le général de Cointet. M. Loris dispose lui-même sa cuirasse devant la plaque d’acier en l’y appuyant de telle façon que la cuirasse est dans une position inclinée vers l’arrière. A remarquer que pour un coup tiré horizontalement l’épaisseur à traverser se trouve plus grande que celle de la cuirasse elle-même. M. Loris garde très soigneusement le secret de la composition de sa cuirasse. ün ne peut donc juger que de l'extérieur, qui a l’aspect d’un coussin de voiture, non capitonné et recouvert de drap bleu. Cette cuirasse ne paraît pas contenir de plaques métalliques, on la plie sur le genou. Elle a une forme légèrement bombée au centre avec une épaisseur moyenne de 8 à 10 centimètres ; elle pèse environ deux kilogrammes.
- D’après la déclaration de M. Loris, on a déjà tiré sur la cuirasse soumise à l’expérience environ trois cents coups de fusil, pas une balle n’a traversé, toutes sont dans la cuirasse et forment un bloc limité formé au centre. On voit du reste un certain nombce de culots de balles plus ou moins enfoncées dans la cuirasse et cette masse de plomb produit un renflement appréciable.
- M.Loris tenant à tirer lui-même le coup de fusil, M. Dau-deteau fait l’observation suivante qui est approuvée par les personnes présentes :
- (( Si on veut que l’expérience soit concluante, il est de toute nécessité que la balle frappe sur un endroit neuf et sain de la cuirasse. Si en effet la balle atteint le bloc central, quel que soit d’ailleurs le nombre de balles qui s’y trouve, ce n’est pas la cuirasse qui résistera ou ne résistera pas à la pénétration du fusil essayé, mais ledit bloc central. »
- M. Loris en convient, et ne fait aucune difficulté de tirer dans l’endroit qu’on lui désignera. M. Daudeteau lui indique alors la région droite inférieure. Pour s’habituer à l'arme M. Loris se place à 20 mètres, distance choisie par lui, et tire deux coups dans les planches de sapin : la pénétration a été trouvée de lm,70 et lm,73. Il tire le troisième coup sur la cuirasse. La balle touche à un point voisin du bord, et traverse la cuirasse. On l’entend frapper la plaque de métal sur laquelle la plaque est appuyée. M. Loris, de même que toutes les personnes présentes, fait alors les constatations suivantes :
- La cuirasse est perforée, une déchirure à l’arrière indique la sortie. La balle, à la sortie de la cuirasse, a rencontré une traverse du chevalet de 7 centimètres d’épaisseur, elle y a laissé un sillon parfaitement net, ce qui prouve que la balle n’a pas été détériorée par son passage dans la cuirasse. En sortant de cette traverse, elle a frappé la tôle avec une énergie suffisante pour y faire une empreinte de 6 millimètres de profondeur, c’est-à-dire égale à celle obtenue à 50 mètres avec le fusil de 8 millimètres sur la même plaque.
- Nous ajouterons, après avoir publié la Note précédente, que le cas de percement de la cuirasse qui est mentionné est unique. Cette expérience ne contredit en aucune façon celles qui ont été exécutées précédemment; elle a en outre donné lieu à quelques contestations sur la manière dont elle a été faite. Les armuriers experts dont nous avons parlé dans notre précédente notice, qui ont constaté les effets des expériences antérieures, font observer que
- M. Daudeteau ne parle pas de la charge de poudre qu’il a employée et qui, paraît-il, était très considérable. Nous n’avons aucun parti pris dans ce débat, et nous laissons au lecteur le soin de son appréciation. G. T.
- LE CASTOR . :
- M. Galien Mengaud a récemment publié un travail intéressant sur les races de mammifères en voie d’extension dans quelques départements du midi de la Francek. Nous reproduisons ici les documents qu’il donne sur le Castpr.
- Le Castor n’est pas seulement localisé dans le bas Rhône, il se trouve également dans la rivière le Gardon, ainsi que le prouvent'les captures ci-après : En 1890, au mois de mai, un Castor adulte fut tué en amont du Pont-du-Gard. En 1891, au mois de mai, un jeune Castor fut pris dans un filet, près du moulin du Pont-du-Gard. En 1892, au mois de mai, un Castor adulte fut tué sur le territoire de la commune de Fournès. En 1893, au mois de juin, un Castor adulte fut tué aux environs de Remoulins.
- M. le professeur Valéry Mavet, qui a publié une intéressante étude sur le Castor du Rhône (Congrès international de Zoologie de Paris, 1889), a donné la statistique des Castors détruits pendant les années 1885-86-87-88 et jusqu’au 39 juin 1889. Dans celte péridde de quatre ans et six mois, 33 Caslors ont été déclarés par les chasseurs qui ont demandé et touché la prime. Cette statistique a été dressée sur les notes de M. Mortz, conducteur des Ponts et Chaussées à Tarascon. •
- M. V. Mayet estimait, au moment où il écrivait son travail, qu’en moyenne de 25 à 30 Castors étaient tués annuellement dans le Rhône, entre Arles et Port-Saint-Louis, et entre Beaucaire et la mer par le petit Rhône.
- Je dois à l’obligeance de M. Mortz de savoir que, du 1er juillet au 31 décembre 1889, il a été détruit 9 Castors, entre Fourques et Sylvéréal. Pendant l’année 1890, 8 Castors ont été abattus dans le même parcours.
- A partir de 1891, la prime pour la destruction des Castors ayant été supprimée par le Syndicat des digues du Rhône de Beaucaire à la mer, sur la demande faite par MM. Mayetet Mortz, ce dernier estimeque depuis 1891 jusqu’à ce jour, entre Beaucaire et la mer par le grand et le petit Rhône, il a pu être tué annuellement de 6 à 8 de ces mammifères. Crespon, dans sa Faune méridionale publiée en 1844, dit que les Castors étaient très nombreux, à cette époque, depuis le Pont-Saint-Esprit jusqu’à l’embouchure du Rhône.
- Ce rongeur ne commet pas des dégâts aussi importants que ceux dont les propriétaires riverains, instigateurs de la prime, avaient bien voulu l’accuser. Aussi sommes-nous de l’avis de M. Valéry Mayet et de quelques éminents zoologistes qui conseillent au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour arrêter la destruction d'une espèce si intéressante et si peu nuisible. La suppression de la prime a donc été une excellente mesure.
- Notre pays n’est déjà pas si riche en mammifères comme celui qui nous occupe, pour le voir détruire sans utilité Le castor n’habitant qu’un espace limité et selon certaines conditions de milieu favorables à son existence, il n’y a donc plus lieu de le pourchasser. Dans d’autres contrées, non seulement on protège ceux qui s’y trouvent, mais encore on y introduit "des couples pour en assurer la multiplication. 1
- 1 Extrait du Bulletin de la Société des Sciences naturelles de Nimes, à Nîmes, imprimerie Ve Laporte, 1894.
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- LA NATURE.
- RÉCRÉATIONS NAUTIQUES
- Les jeux du cirque réclamaient une nouvelle formule, etM. 011er avait été bien inspiré, il y a quelques années, en créant le Nouveau Cirque où l’élément liquide venait, au moment opportun, offrir des exercices alors inédits aux spectateurs.
- Mais un bassin grand comme une piste de cirque ne suffit déjà plus à nos acrobates nautiques, et c’est ainsi qu’on a pu voir cette année, à Londres et à Anvers, de magnifiques installations montées pour donner un spectacle exclusivement nautique sur des bassins ayant plus de 100 mètres de diamètre.
- Nous n’avons pas l’intention de passer en revue tous les numéros du programme que font défiler
- sous nos yeux les managers de ces exhibitions aquatiques; nous nous contenterons d’en décrire quelques-uns choisis parmi les plus intéressants et encore inédits en France : les montagnes russes nautiques, les bateaux-cylindres et la marche sur l’eau.
- Nous avons décrit, il y a quelques années1, les montagnes russes balnéaires construites à Bridgeport (Connecticut), constituées par un plan incliné de 10 mètres de hauteur et de 55 mètres de longueur sur lequel glissait un petit traîneau qu’occupait un seul voyageur. Mais en 1888, le système fort rudimentaire ne décrivait sa trajectoire qu'en plongeant profondément dans l’eau, ce qui imposait le costume de baigneur à tous ceux qui voulaient goûter les joies toutes mécaniques d’une glissade avec ricochets.
- Depuis cette époque, les progrès ont été rapides,
- Fig. 1. — Les montagnes russes nautiques du capitaine Boyton.
- et cette année, à Londres et à Anvers, les amateurs de ce sport spécial ont pu s’v livrer à leur aise dans le waiershow construit à leur intention par le capitaine Boyton, le swimmer bien connu.
- Le petit traîneau de 1886 a été remplacé par une barque à fond plat dans laquelle huit voyageurs peuvent prendre place à la fois ; la pente a près de 150 mètres de développement et la plate-forme supérieure est presque au niveau d’un cinquième étage.
- La figure 1 montre dans le cartouche à droite la forme de la barque, arrondie convenablement à son extrémité d’avant pour ne pas plonger trop profon-démentau moment où elle arrive au niveau de l’eau. Le dessin principal représente la barque au moment où, après avoir effectué son premier ricochet, elle est presque entièrement hors de l’eau : à cet instant l’émotion des voyageurs est à son comble, mais elle est de courte durée, car, après deux ou trois autres ricochets plus petits, la barque, dont le mouvement
- a été considérablement amorti par ces ricochets successifs, vient aborder doucement sur le bord du bassin opposé à son point de départ, après avoir parcouru une centaine de mètres.
- Il y a dans cette descente rapide et la navigation ondulatoire qui la termine, une série d’émotions variées que les amateurs apprécient tout spécialement, et il n’est pas rare de voir les mêmes personnes faire le tour du grand bassin et remonter le calvaire qui les conduit au sommet de la pente, pour goûter une seconde fois les joies d’une descente mouvementée.
- Pour les simples spectateurs, cet exercice n’aurait qu’un attrait médiocre, aussi varie-t-on le programme en utilisant les montagnes russes et le bassin pour d’autres exercices plus corsés et plus émouvants. C’est ainsi qu’un nageur monte à bicyclette, se précipite dans les flots du haut de la pente et dis-
- 1 Voy. n° 800, du 29 septembre 1888, p. 293.
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- LA NATURE.
- (il
- paraît avec elle pendant quelques instants pour reparaître bientôt après, à la grande joie du public.
- L’hilarité des enfants est particulièrement excitée par deux exercices que représentent les figures ci-dessous. La figure 2 montre des nageurs se tenant en équilibre sur un simple cylindre de 4 à 5 mètres de longueur et de 50 à 35 centimètres de diamètre. Pour en montrer la forme et les dimensions, le dessinateur a exagéré à dessein le rapport de la partie émergeante à la partie immergée.
- On devine combien l’équilibre est instable dans le sens transversal, surtout lorsque le nageur se tient debout, élevant ainsi très haut son centre de gravité. 11 n’a, pour rétablir cet équilibre, qu’un balancier en bois et l’inclinaison de son corps, aussi les con-
- Fig. 2. — L’exercice du cylindre.
- sabot en forme d’ellipsoïde à fond plat, formé par une carcasse légère qui leur permet de flotter et de marcher sur l’eau, grâce à un artifice aussi simple qu’ingénieux, en faisant identiquement les mêmes mouvements que dans la marche ordinaire sur la terre ferme. A cet effet, sous chaque sabot est fixée transversalement une feuille de fer-blanc ou d’aluminium de forme rectangulaire et articulée à la partie supérieure. L’articulation est disposée de telle façon que, dans le mouvement d’arrière en avant, la feuille métallique, que nous assimilerons à une véritable nageoire, prenne une position horizontale et n’offre ainsi aucune surface à la résistance de l’eau et, par suite, aucune résistance au mouvement. Dans le mouvement d’avant en arrière, au contraire, la nageoire se place verticalement et offre ainsi une grande surface et une grande résistance.
- 11 résulte de cette combinaison que, par le jeù
- torsions qui précèdent la chute sont-elles d’un comique irrésistible. La position d’équilibre la plus stable est obtenue en se couchant sur le dos et en maintenant lortement le balancier contre le cylindre à l’aide des jarrets, comme le fait l’homme assis représenté au premier plan de la figure 2. Si le cylindre tend à rouler d’un côté ou de l’autre, le balancier horizontal plonge aussitôt plus ou moins profondément dans l’eau Tune ou l’autre de ses extrémités, et la poussée verticale ainsi exercée produit un couple de rotation autour de Taxe du cylindre qui tend toujours à le ramener à sa position d’équilibre.
- La marche sur l’eau (fig. 5) est un exercice qui obtient aussi un certain succès d’hilarité. Nageurs et nageuses sont munis, à chaque pied, d’un énorme
- alternatif des jambes, comme dans la marche ordinaire, le mouvement d’arrière en avant d’une jambe se fait en prenant appui sur l’autre jambe qui, tendant à se déplacer d’avant en arrière, rencontre une résistance plus grande et, par suite, n’éprouve qu’un déplacement plus petit. L'avancement représente la différence des deux mouvements. Malgré sa lenteur relative, il est cependant appréciable. Le bâton que les nageurs tiennent à la main est destiné, non pas à maintenir leur équilibre, suffisamment assuré par les sabots à large base dont ils sont chaussés, mais à faire des joutes d’un nouveau genre qui se terminent généralement par la chute des deux champions^ à la grande joie de la galerie, joie qui atteint son paroxysme lorsque les nageurs désarçonnés (?) font des efforts d’un haut comique pour remonter... sur leurs sabots. D‘ Z...
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- LA NATURE.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- CONCOURS DE LANNEE 1894
- Séance annuelle publique du fl? déc. fl894
- Présidence de M. Lowy.
- M. le Président ouvre la séance par un discours dans lequel il émet d’abord cette opinion que l’année 1894 doit être considérée comme une période de préparation. « Il y a, dit-il, des années en apparence vides, elles restent inaperçues dans l’histoire des sciences; mais ce sont les années où la terre se repose, où les germes se développent, se préparent à lever, les années de méditation, où les découvertes s’élaborent dans le silence et le recueillement. Et l’époque où une invention est publiée, acclamée, couronnée, n’en marque pas toujours la vraie date. Qui sait si cette année 1894, qui ne se distingue pas à première vue par d’écîatanles éclosions, ne nous a pas valu quelque belle conquête encore insoupçonnée, mais déjà prête à venir au jour? Puis il ajoute un peu plus loin : Sachons plutôt mettre à profit cette trêve pour nous orienter, pour consolider nos acquisitions récentes, pour en faire jaillir toutes les conséquences, pour les étendre. En vain l’on voudrait se soustraire à l’obligation de ce travail d’analyse patiente et de maturation intellectuelle. Aucune des grandes découvertes n’a échappé à cette loi. Toutes ont passé par une phase plus ou moins longue de préparation obscure, toutes sont apparues à la lumière comme l’expression en quelque sorte nécessaire du mouvement intellectuel qui les a précédées, soient qu’elles aient rencontré dès leur début des contradictions ardentes et tenaces, soit que, venues avant l’heure, elles aient dû attendre des circonstances plus favorables à leur avènement. Mais le temps marche et travaille toujours en définitive pour la vérité, en faisant graduellement éclore les fruits de cette longue et laborieuse germination. »
- M. Lœwv cite, comme exemple, le triomphe des idées de M. Pasteur, objet de tant de résistance lors de leur apparition dans la science, qui sont devenues la source de méthodes fécondes et profitables à l’humanité. Il cite encore les vues de M. Fizeau sur le mode de propagation des ondes lumineuses émises par les astres animés d’un mouvement. « Ces aperçus si pleins de conséquences sont demeui'és bien des années ignorés et stériles, en-attendant que des procédés d’investigation plus perfectionnés missent en évidence leur véritable efficacité. »
- Le savant astronome fait ensuite ressortir les applications que les astronomes et les physiciens ont tirées des travaux de M. Fizeau. Mais le passage le plus saisissant de son discours se rapporte aux découvertes de Maxwell vérifiées plus tard par les expériences de Hertz.
- « Un exemple également frappant de ces conceptions profondes qui ont passé par une longue période d’incubation et qui tout récemment nous ont fait entrevoir les vastes conséquences qu’elles renferment, est fourni par la théorie de Maxwell, un des plus grands penseurs de ce siècle. Ses travaux nous conduisent à envisager sous un aspect aussi remarquable qu’inattendu les phénomènes électriques. S’appuyant sur quelques idées conjecturales de Faraday, Maxwell avait entrepris de leur donner un corps et une expression mathématiques. Guidé par une sorte d’intuition divinatrice, il a créé de toutes pièces une doctrine d’une portée incalculable, mais qui, sous sa forme obscure et énigmatique, n’a pu porter la conviction dans les esprits et ne semblait même pas accessible au contrôle de l’expérience. Un physicien d’une haute origi-
- nalité, prématurément enlevé à la science, Henri Hertz, a su, par des procédés d’une ingéniosité merveilleuse, saisir les forces de la nature dans leurs manifestations les plus délicates et les contraindre pour ainsi dire à venir elles-mêmes témoigner en faveur des doctrines de Maxwell.
- « On a vu entre ses mains des courants éleeti iques interrompus de 100 à 1000 millions de fois par seconde donner lieu, dans cet intervalle de temps si court, à desphér nomènes d’induction et d’interférence ; la répercussion de ces courants est ainsi devenue observable, aussi bien dans les corps isolants que dans les substances conductrices, et l’on a pu constater qu’il fallait un temps appréciable à ces actions voltaïques pour franchir même l’étroite enceinte d’un laboratoire.
- « Hertz est parvenu de celle manière à une vérification remarquable de l’hypothèse de Maxwell qui veut que les ondes électriques se propagent dans l’espace avec la vitesse de la lumière, c’est-à-dire de 300 000 kilomètres par seconde, et empiuntent, elles aussi, l’éther pour véhicule. Ainsi s’est évanouie sans retour la croyance longtemps entretenue d’après laquelle la transmission des effets électriques serait instantanée, de même que celle de l’attraction universelle.
- « Ce sera un honneur pour notre siècle d’avoir vu la raison humaine prendre ainsi possession d’un domaine nouveau et fécond, grâce à ce prodigieux travail de la pensée. Nous sommes dès maintenant en droit d’affirmer qu’entre la lumière et l’électricité, malgré leurs manifestations en apparence si dissemblables, il n’existe d’autre différence que l’étendue plus ou moins grande des ondulations éthériennes qui les propagent et constituent leur seul mode d’action. Chacune des deux branches de la science est désormais assurée de mettre à profit tous les progrès qui seront effectués dans l’autre. En voyant les innombrables métamorphoses de la matière organique et vivante, dues à ces deux agents physiques, s’accomplir uniquement par l’agitation d’un fluide impondérable, pouvons-nous ne pas admirer la sagesse profonde du plan dont la nature offre la réalisation ?
- « Ces premières expériences de Hertz, qui ont eu un grand retentissement dans tout le monde civilisé, ont trouvé dans les savants calculs de notre confrère M. Poincaré et dans les expériences aussi ingénieuses qu’exactes de MM. Blondlot, Sarasin et de La Rive, une confirmation qui ouvre aux théories nouvelles un champ d’investigation illimité. Si l’on réfléchit que la longueur moyenne des ondes lumineuses est à peine égale à trois dix-millièmes de millimètre et que la longueur des ondes électriques s’élève au chiffre relativement énorme de trente centimètres, comment ne pas être frappé d’une différence aussi radicale entre la grandeur des vibrations qui donnent naissance aux effets électriques ou lumineux ! Ne semble-t-il pas que cette lacune immense doit être comblée par des ondulations d’une grandeur intermédiaire produites par des phénomènes encore inconnus, dont la nature et le mode d’action se révéleront aux physiciens de l’avenir? Oserait-on qualifier cette espérance de trop hardie, quand on considère les brillantes acquisitions réalisées depuis un siècle par la philosophie naturelle? ))
- M.Lœwy relate les pertes subies par l’Académie au cours de cette année 1894 et rend un juste hommage à chacun des membres décédés : MM. Fremy, général Favé, Brown-Sequard, Mallard, Duchartre, de Lesseps, enfin l’illustre associé étranger Hermann von llehnholtz. Enfin M. Lcewy termine en constatant la haute valeur attachée, dans tous les pays, aux récompenses décernées par l’Académie.
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- LA NAT LUE.
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- La liste des prix est lue ensuite, dans l’ordre suivant :
- Géométrie. — Grand prix des sciences mathématiques : Le prix est décerné à M. Julius Weingarten; une mention très honorable est attribuée à M. Guichard. Prix Bordin : décerné à M. Paul Painl. — Prix Francœur : M. Collet. — Prix Poncelet : M. Laurent.
- Mécanique. — Prix extraordinaire de 6000 francs : un prix de 2000 francs est décerné à M. Leblond, un autre prix de 2000 francs à M. le commandant Gossot, un prix de 1500 francs à M. le commandant Jacob, un prix de 500 francs à M. Souillagouet. — Prix Montyon à M. Bertrand de Fontvioland. — Prix Plumet : MM. Le Cha-telier et Auscher. — Prix Dalmont : un prix est décerné à M. Autonne, un prix supplémentaire à M. Maurice d’Ocagne, des mentions honorables à M. Pochet, et à M. Willotte.
- Astronomie. — Prix Lalande : M. Javelle. — Prix Damoiseau : M. Brendel. — Prix Valz : M. Coniel. — PrixJanssen : M. Georges Halle.
- Statistique. — Prix Montyon décerné à M. Bouten, prix supplémentaire à M. le Dr Faidherbe, mentions honorables à MM. les Drs Cartier et Tastière.
- Chimie. — Prix Jecker : un prix est décerné à MM. Barbier, Adam, Chabué, Meslans.
- Botanique. — Prix Desmazières : un encouragement est accordé à M. Sappin-Troufl'y. — Prix Montagne : M. llusnot; un second prix est accordé au frère Héri-baud.
- Anatomie et zoologie. — Prix Thore : M. Guénot. — Prix Savigny : M. Maver-Eymar. — Prix da Gama Ma-chado : un encouragement est accordé à M. Phisalix.
- Médecine et chirurgie. — Prix Montyon : trois prix sont décernés à MM. les Drs Felizet, Laborde, Panas. Trois mentions sont accordées à MM. les D” Legendre et Broca, Vaquez, Yaudreiner. Cinq citations sont accordées à MM. les D" Marcel Baudoin, Ferreira, Ernest Martin, Pietra-Santa, Voisin et Petit. — Prix Barbier : M. Jlenri Leloir. Deux mentions honorables sont accordées à MM. les D1'* Artault et Tscherning. — Prix Bréant : M. Arloing. — Prix Godard : MM. Melville-Wassermann et Noël Dallé.
- — Prix Parkin : MM. Bélial et Choay. — Prix Bellion : le prix est partagé entre M. le Dr Lardier et MM. Beni-Barde et Materne. Une mention honorable est accordée à M. le Dr Renon. — Prix Mège : M. Faure. — Prix Lallemand : M. Gley. Deux mentions honorables sont accordées à MM. de Nabi ts et P. Janet.
- Physiologie. — Prix Montyon (physiologie expérimentale) : MM. Phisalix, Bertrand et Raphaël Dubois. Une mention honorable est accordée à M. Morot. Une mention à MM. Blanc et Philippon. — Prix Pourat : M. Kaufmann. Une mention est attribuée àM. Thiroloix.
- Géographie physique. — Prix Gay : M. Martel.
- Prix généraux. — Prix Montyon (arts insalubres) : le prix est partagé entre MM. Balland et Layet. Une mention est attribuée à la Société française des munitions de chasse, de tir et de guerre. — Prix Cuvier : M. John Murray. — Prix Trémont : M. Emile Rivière. — Prix Gegner : M. Paul Serret. — Prix Delalande-Guérineau : M. le marquis de Folin. — Prix Jérôme-Ponti : M. le commandant Defforges. — Prix Tchihatchef : M. Pavie.
- — Prix Houllevigue : M. Bigourdan. — Prix Cahours : un prix est attribué à M. Varet, un autre prix à M. Freundler.
- — Prix Saintour : MM. Deburaux- et Dibos. — Prix La-place : M. Classer (Edouard). — Prix Félix Rivot : le prix Rivot,, décerné pour la première fois, est attribué à MM. Glasser et Leprince-Ringuet, entrés les deux pre-
- miers à l’École des mines, et à MM. Parent et LeGavrian, entrés les deux premiers à l’École des ponts et chaussées,
- M. Bertrand clôt la séance par la lecture d’une biographie très circonstanciée et très intéressante sur Pierre-Louis-Antoine Cordier, membre de la section de minéralogie de l’Académie des sciences, né en 1777, mort en 1861, qui fut un des savants attachés à l’expédition d’Égypte. Ch. de Villedeuil.
- LE 2e SALON DU CYCLE
- EXPOSITION FRANÇAISE INTERNATIONALE I)E VÉI.OCIPÉDIE
- En janvier dernier s’ouvrait à Paris, salleWagram, le premier Salon du Cycle1. C’était en quelque sorte un essai d’exposition vélocipédique en France, analogue aux grandes exhibitions anglaises le National Show et le Stanley Shovj surtout, lequel tient régulièrement ses assises depuis quinze années. Le succès de cette tentative fut si décisif que les exposants se donnèrent rendez-vous pour la lin de l’année, mais cette fois au Palais de l'Industrie! Ils étaient 110 en janvier ; en décembre, 470. Ces deux chiffres, pris à dix mois de distance, donnent une juste idée des progrès que fait de jour en jour le cyclisme dans le public et dans l’industrie.
- Le 7 décembre dernier, à une heure, M. Lourties, ministre du commerce, présidait à l’inauguration de ce concours hippique nouveau genre. Le Salon du Cycle occupe tout le rez-de-chaussée du Palais ; une section, dite de la locomotion automobile, est reléguée dans les froides et sombres régions qui avoisinent le restaurant. Tous les stands sont décorés avec goût, quelques-uns même avec un luxe un peu excessif; les visiteurs s’accordent à juger d’un effet curieux et joli le mariage des couleurs sombres des tapisseries avec l’éclat de l’émail et le scintillement du nickel. Cette exposition française est incontestablement plus harmonieuse, plus gaie, plus avenante que toutes celles qu’a encore vues l’Angleterre.
- Mais quelles nouveautés y trouve-t-on? demandera-t-on. Si l’on a vu la bicyclette automatique à gazo-line et la machine à courir de M. Valère, il n’y a pas d'autre invention qui se révèle comme pouvant révolutionner la mécanique cycliste actuelle. On sort du Salon du Cycle avec la certitude que la bicyclette 1895 sera exactement la bicyclette 1894, un peu plus étudiée, un peu plus finie. Beaucoup d’améliorations de détails, point de changements fondamentaux.
- L’exposition est parfois amusante. Dès le premier tour qu’on y fait, les yeux s’arrêtent sur deux extraordinaires mécaniques qui seraient dignes de figurer dans ce qu’on appellerait la tératologie cycliste ! La première, que représente la figure 1, est la bicyclette Tour Eiffel de la maison anglaise Humber. Cette monstruosité est venue au monde de la façon suivante : chaque année, à Coventry, a lieu une parade cycliste
- 1 Yov. n° 1080 du 10 février 1894, ji. 165.
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- Ci
- LA NATURE.
- où les plus invraisemblables folies ont le meilleur | Le deuxième monstre est également un appareil de publicité, le tricycle-imprimeur (fig. 2). Les roues d’arrière de la machine sont munies déjantés de forme spéciale qui constituent d’immenses composteurs circulaires dans lesquels, au moyen d’énormes lettres de caoutchouc ad hoc, on compose un mot ou deux, ou une petite phrase. Un réservoir d’encre de couleur envoie du liquide dans de gros tampons qu’une manette met à volonté en contact avec la partie supérieure de la roue. Enfin, devant chaque roue, presque à ras du sol, un souffleur alimenté par un ventilateur que le tricycle actionne en marchant, chasse la poussière et prépare aux lettres une surface d’empreinte bien propre. On comprend dès lors l’emploi de l’appareil. L’homme pédale, et tandis qu’il se promène lentement dans les rues, les roues de son tricycle im-
- pour la plus grande joie des passants certainement. | priment sur le pavé de bois, sur l’asphalte, etc.,
- £
- Fig. 2. — Tricycle imprimeur inscrivant une annonce sur le sol. — En cartouche : détail des roues d’arrière.
- destin .Cette année, le cerveau inventif deM. Phi-lipps imagina d’installer sur une bicyclette de 5 mètres de hauteur un homme de bonne volonté coiffé d’un chapeau haute forme proportionné!
- Cette machine fut la reine de la parade; on l’appliqua ensuite à la publicité et, sur elle, un homme-sandwich a circulé dans les rues de Londres. Le poids de cette bicyclette est de 29 kilogrammes. Quatre marchepieds conduisent au faîte et permettent à un cycliste adroit d’y grimper et d’en redescendre seul. Qnatre plaques parallèles consolident la tête de fourche d’avant. La roue motrice est de lm,10 et la directrice de 0n,,80, la multiplication de lm,70. On affirme que plusieurs modèles de cette curiosité sont déjà achetés
- . . • Fig. 1. — La bicyclette Tour Eillel de 3 mètres de hauteur,
- par certaines maisons (D’après une photographie.)
- de publicité de Paris,
- les lettres ou même les dessins dont il a rempli ses jantes. L’appareil est curieux, mais il serait téméraire d’espérer le voir fonctionner un jour sur les boulevards. — Dans un prochain article, nous relaterons les quelques inventions ou améliorations
- qui offrent réellement aux cyclistes un intérêt pratique. — (A suivre) — L. Baudry de Saunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmer
- Tari». — Imprimerie Laiilke, rue de F leu ru-, 9.
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- N° 1126.
- 29 DÉCEMBRE 1894.
- LA NATURE.
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- LES
- MENHIRS PERCÉS DE L’ILE DE CHYPRE
- Tout le monde connaît ces curieux monuments de l’époque préhistorique, les dolmens et les menhirs.
- Les premiers sont disposés en tables de pierre, les seconds ne sont autres que des monolithes simplement enfoncés en terre, isolément, en allées ou en cercles, de dimensions parfois colossales, déroutant nos conceptions sur les moyens mécaniques dont
- Anciens monuments de l’îlc de Chypre.— 1. Ruines près Kolossi et menhir percé. — 2. Autels dansl e roc sur l’emplacement de Curium. 3. Les menhirs percés à Kouklia. — 4. Enceinte mégalithique à Akrotiri, dans la Vallia. (D’après des croquis de l’auteur.)
- disposaient les peuples de ces époques reculées. On en a trouvé un peu partout, en Europe, mais principalement dans l’Armorique et en Angleterre. Les uns les ont attribués aux druides, aux Celtes, ou à un peuple contemporain; les autres, à un peuple bien antérieur, et c’est cette dernière hypothèse qui
- 23° année. — 1er semestre.
- prévaudra jusqu’à ce qu’une découverte nouvelle fournisse des documents à la question.
- En creusant le sol à leur pied, et à des profondeurs diverses, on a trouvé des sépultures sous forme de chambres établies avec quelques pierres garantissant la surface immédiate des corps, des
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- a r?
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- LA NATURE.
- monnaies gauloises pour ceux explorés en France, des ornements, beaucoup de cendres mêlées à du phosphate de chaux, des débris de charbon, des terres étrangères aux terrains ambiants, des poteries, des vases cinéraires, des meules, des pierres à concasser le blé, des grattoirs et autres ustensiles en silex éclaté, — toutes sortes d’objets dont se servaient nos pères et qui les suivaient dans leurs tombes. C’étaient donc, en un mot, des monuments funéraires.
- Il y a, dans l’île de Chypre, des monolithes, généralement de grandes dimensions, qui présentent avec les menhirs la seule différence apparente d’être percés de part en part, troués, et qui, malgré une autre théorie dont nous dirons deux mots, peuvent se rapporter à la classe des menhirs, appartenir à une époque moins reculée que ceux-ci. Tous cependant ne sont pas perforés ; certains d’entre eux, comme on le voit dans la figure 4, présentent une cavité plus ou moins profonde qui peut être considérée comme un travail inachevé.
- Nous décrirons d’abord ceux que nous avons nous-mème rencontrés en chemin. Sur la route qui va de Larnaca, le port principal de l’île, atterrissement des bateaux de la Compagnie des Messageries Maritimes, à Limassol, entrepôt des vins de l’île, et continue, non loin de la mer, jusqu’à l’emplacement de Paphoî, la vieille cité gréco-romaine, on trouve, un peu avant d’arriver à l’ancien centre administratif de la grande commanderie des Chevaliers de Rhodes, Kolossi, un de ces menhirs percés. Il est situé à côté d’un monument en ruines, une église de la période française dans l’île, aujourd’hui en partie tombée.
- Le monolithe, fortement enfoncé en terre, calé au moyen de grandes pierres qui ont pu être jetées là récemment pour boucher un trou d’exploration, est rectangulaire, et présente 2m,10 de hauteur sur 0"',70 de largeur. Il est traversé, à la base actuelle, par une ouverture rectangulaire assez irrégulière (fig. 1). Sur la face supérieure se trouve une cavité carrée peu profonde qui a peut-être servi à maintenir une pièce supplémentaire : c’est là une opinion absolument personnelle.
- Au milieu des ruines qui jonchent le sol, à quelques pas, se trouve encore un long monolithe de plus de 2 mètres, dont la partie supérieure a été entaillée et qui se trouvait sans doute, primitivement, dans une position verticale.
- Continuant cette route jusqu’à K oublia, où s’élevaient Paphos la phénicienne et le très fameux temple d’Aphrodite paphienne, — dont il reste des débris imposants et de nombreuses inscriptions votives, — et après avoir dépassé, sur l’emplacement de l’ancienne Curium, une sorte d’autel en plein cintre creusé dans le roc, travail très ancien mais postérieur aux menhirs (fig. 2), nous arrivons, en descendant la colline, jusque dans les champs qui précèdent la plage, en face de deux autres de ces monuments, plus imposants de dimensions, mieux conservés que le premier, en un mot plus typiques (fig. 3).
- Le plus grand a, comme dimensions, 3m,68 de
- hauteur au-dessus du sol (ce qui donne à la pierre une longueur totale d’au moins 5 mètres), lm,23 de largeur et 0m,65 d’épaisseur. L’autre est aussi haut et aussi épais, mais il a à peine, au sommet, la largeur de la moitié de la base du premier. Ici les ouvertures sont plus régulières et de différentes largeurs, la plus large trouant le monument de plus faibles dimensions. Ils ne sont pas établis sur le même plan vertical, mais les ouvertures sont à peu près parallèles. Le premier a été fouillé, au pied, à une assez grande profondeur, et, comme pour celui de Kolossi, l’ouverture a été comblée par des pierres. L’endroit est légèrement élevé au-dessus des terrains environnants et couvert de ruines, de grandes pierres équarries et brisées, troncs de colonnes cannelées, socles, chapiteaux, etc., qui ont appartenu à une construction importante, probablement un temple grec.
- On a assez discuté autour de ces mystérieux restes, mais la plupart des auteurs les ont rangés à côté des menhirs. D’autres, — deux voyageurs anglais,—ont voulu y voir des supports de presses à olives, théorie qui, à notre avis, doit être mise hors de discussion comme ne présentant aucun argument sérieux. Il est fort regrettable que leur pied n’ait pas été exploré sérieusement, ainsi que les menhirs de France, par exemple, sous lesquels les preuves de leur première destination de monuments funéraires se sont montrées évidentes, irréfutables.
- Les voyageurs ont trouvé jusqu’ici 50 de ces monuments dans l’île de Chypre, répartis irrégulièrement, mais à une distance de la mer variant de 800 mètres à 22 kilomètres. Sur ces 50, 34, c’est-à-dire plus des deux tiers, rayonnent autour du temple fameux d’Aphrodite Paphia, de Palœo-Paphos, et le reste, —sauf 2 seulement, dont l’un à 21 kilomètres et l’autre à 32, — est situé près de la base de la longue presqu’île du Karpas, à l’extrémité de laquelle se trouvait le non moins fameux temple d’Aphrodite Akraia. Il faut peut-être voir une corrélation entre le culte d’Aphrodite et la signification de ces menhirs. De toutes façons, une idée religieuse seule, par la mise en mouvement de toute une population, a pu venir à bout d’exécuter ces travaux avec des moyens si imparfaits, de tailler, de transporter, de dresser et de perforer ces monuments gigantesques que l’on a nommés mégalithiques, parmi lesquels il faut classer les menhirs.
- Émile Deschamps.
- L’ART MILITAIRE
- DES DAHOMÉENS
- M. le chef de bataillon du génie Roques, qui a fait toute la campagne du Dahomey en 1892, a récemment publié dans la Revue du génie militaire de très curieux articles sur les moyens de défense des Dahoméens, qui ont des notions militaires beaucoup plus étendues qu’on ne le croit communément. Nous empruntons quelques passages au remarquable travail de cet officier.
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- LA NATURE.
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- Voici les détails donnés sur les lignes dahoméennes de Tohoué. « La colonne française bivouaquait à Poguessa, à 1500 mètres du champ de bataille, sur l'emplacement d’un camp que les Dahoméens venaient d’évacuer.
- « On put alors constater les dispositions prises par l’armée dahoméenne pour défendre le passage de l’Ouémé, au gué de Tohoué. Disons tout d’abord qu’à ce moment il y avait sur ce gué 3 mètres de hauteur d’eau. Sur plusieurs kilomètres en aval et en amont de ce point, la rive droite du fleuve était criblée de plusieurs rangs de trous pour tirailleurs. En arrière, une autre ligne d’eau, formée par lé Zou et un affluent, avait été organisée de la même manière. En troisième ligne venait le camp de Poguessa, à ehewil sur la route d’Âbomey, où était concentrée la plus grande partie des forces dahoméennes et d’où des renforts pouvaient être dirigés sur les points menacés. A cet effet, plusieurs ponts, dont celui qui fut enlevé le 6 octobre, avaient été construits sur la deuxième ligne d’eau. Les défenses de la première ligne furent tournées et la deuxième tomba entre nos mains, à la suite du combat du 6 octobre. Ce combat fut des plus acharnés. Blottis dans leurs trous, les Dahoméens essuyèrent, sans broncher, de nombreux feux de salve et ne ripostèrent que lorsque les assaillants arrivèrent environ à 100 mètres de leur
- Fig. 1 et 2. — Trous creusés dans le sol par les Dahoméens pour leurs tirailleurs. — 1. Coupe. — 2. Plan de la ligne.
- position. La résistance qu’ils opposèrent alors permet de mesurer l’étendue des efforts qu’aurait exigés l’enlèvement de la deuxième ligne, si les Dahoméens n’avaient pas commis la faute de laisser subsister le pont qu’ils avaient construit sur l’affluent du Zou. »
- M. le commandant Roques donne la description des trous en terre creusés dans le sol pour leurs tirailleurs : « Ces trous, dont la coupe est donnée dans la figure 1, étaient généralement disposés en quinconce sur deux rangs, quelquefois sur trois (fig. 2). Leur profondeur était d’environ 1“,40. Les terres des déblais avaient été dispersées ou tassées de façon à faire peu de saillie au-dessus du sol. Accroupis dans ces trous, les Dahoméens ne se dressaient que pour lâcher leur coup de fusil et replonger aussitôt. A la base de la paroi antérieure, était le plus souvent pratiquée une excavation permettant au Dahoméen de loger ses provisions, et peut-être aussi ses jambes pendant l’attente du combat. Dans un grand nombre de ces trous, ceux qui étaient probablement réservés aux amazones ou aux chefs, on a même trouvé des petits sièges circulaires de 0m,15 de hauteur reposant sur trois piedsT et taillés dans un seul morceau de bois. »
- Dans le combat d’Oumbouémédi, le commandant Roques rapporte que « les Dahoméens s’étaient encore livrés à l’exécution de travaux de campagne. La position d’où nous venions de les chasser était couverte, non plus de simples trous, mais de tranchées, soit qu’ils eussent
- voulu nous imiter, soit qu’ils se fussent rendu compte de la difficulté de commander une troupe dont chaque soldat est isolé dans un trou. ))
- On voit, par ces détails, que nos soldats, qui ont bravement triomphé, ont eu au Dahomey, beaucoup plus qu’on ne le croit, affaire à forte partie.
- TRANSPORTEUR MÉC ANIQUE
- DES BOUTEILLES AU FOURNEAU A RECUIRE DANS LES VERRERIES
- On sait combien est rigoureux, dans certaines de ses parties, le travail des ouvriers verriers, soumis aux températures élevées que soufflent les grands fours de fusion. Aussi s’efforce-t-on de remplacer par des moyens mécaniques bien étudiés la main-d’œuvre proprement dite, dans tous les cas où la chose est réalisable.
- C’est ainsi qu’un maître de verrerie du Nord, qui est en même temps un philanthrope distingué, M. Houtart, vient d’apporter à l’outillage des fourneaux à recuire les bouteilles un intéressant perfectionnement dont les détails nous ont été communiqués par M. J. Sagnier, ancien élève de l’École centrale. Voici en quoi consiste le procédé mis en œuvre.
- Les bouteilles, lorsqu’elles sortent des mains du souffleur, doivent être portées dans le four à recuire où elles se refroidissent lentement, sans quoi elles se briseraient. A cet effet, on les dépose tout d’abord, de temps immémorial, dans un manchon en tôle, appelé sabot, emmanché sur une tige de fer. Ce sont des enfants qui font cet office de porteurs de bouteilles. Or, d’une part, les nouvelles lois sur le travail rendent le recrutement de ces enfants difficile; d’autre part, au point de vue humanitaire, ils accomplissent une besogne qui a justement préoccupé M. Houtart. En effet, pendant que le souffleur prépare une nouvelle bouteille dans le sabot, l’enfant doit enlever la canne qui a servi à l’opération précédente, apporter une nouvelle canne rafraîchie, introduire dans le moule à bouteilles un copeau de bois qui doit s’opposer à l’adhérence du verre sur le moule, huiler enfin la fourche sur laquelle le souffleur fait le façonnage de la bouteille.
- Dans la chaude atmosphère de l’atelier, l’enfant qui pourvoit à toutes ces petites, opérations va et vient, toujours courant, chaussé de gros et lourds sabots pour éviter les blessures des éclats de verre. Lorsqu’un bon souffleur a soufflé ses six cents bouteilles dans une journée, le petit porteur a fait 1200 allées et venues entre le souffleur et le four ; il a 1200 fois aussi emporté et rapporté la canne, à quelques mètres, il est vrai; mais, au total, il a parcouru souvent, dans ce travail ardent, près de vingt kilomètres. Les hommes faits, eux-mêmes, y résistent mal : chose étonnante, ils y résistent moins bien que les enfants !
- Un appareil mécanique pouvait seul mettre un terme à ce dur labeur. M. Houtart l’a combiné, mais ce n’est pas sans peine qu’il l’a fait adopter.
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- Il fallait lutter, non seulement contre les difficultés techniques, mais encore contre une routine invétérée, la pire des difficultés.
- Il a fallu, tout d’abord, rendre utilisable pratiquement le four à recuire continu. Car, dans les anciens errements, un four à recuire spécial recevait et recuisait toutes les bouteilles soufflées par tous les souffleurs pendant une journée de travail. Mais chaque souffleur a sa place immuable dont on ne peut l’écarter. Si la position du four à recuire eût varié au jour le jour, il eût fallu avoir un transporteur mécanique, de service, en quelque sorte, chaque jour; on peut penser à quelles dépenses et à quelle complication cela eut conduit.
- Le four à cuisson continue a fait disparaître, comme nous l’avons dit, cette première difficulté. Il permet de faire usage d’un seul four et d’un seul
- transporteur mécanique. En voici la brève description que notre gravure fera parfaitement comprendre.
- Devant chaque souffleur, se trouvent en aa des augets en tôle garnis de lames en bois durci : le souffleur y dépose la bouteille qu’il vient de finir. Sous ces augets circulent des récepteurs BB également en tôle garnie de bois que met en mouvement la courroie M guidée par la poulie Q. La poulie II transmet le mouvement par les engrenages S à une autre poulie en Q' derrière le bâti du transporteur.
- Les récepteurs, armés d’une tige pendante N, basculent autour d’un pivot perpendiculaire à leur grand axe : les tiges soutenant les supports et les reliant à la courroie M sont guidées par un croisillon en acier qui s’appuie sur deux flasques B entre lesquels circule la courroie.
- Voici donc la bouteille déposée en a* par le souf-
- Transporteur de bouteilles au fourneau à recuire dans les verreries.
- fleur : la paroi B de l’auget, mobile autour d’une charnière dontZT est l’axe, est ramenée par un contrepoids à sa position normale. Le récepteur B, passant au-dessous de l’auget, soulève le contrepoids : la paroi T s’ouvre et la bouteille tombe sur le lit de planchettes du récepteur : ces planchettes s’inclinent légèrement en arrière, et dès lors, le récepteur pourra passer sous les autres augets a sans les ouvrir; il continue sa route vers le point A situé en face de la porte du fourneau. Arrivé là, il bascule, entraîné par la tige N, la bouteille glisse sur un plan incliné et pénètre dans le fourneau où elle subira le recuit.
- Ajoutons qu’un coup de pédale ingénieux du souffleur graisse la fourche au moyen d’un tampon huilé, comme le faisait auparavant le gamin, et place automatiquement dans le moule à bouteille le petit copeau de bois destiné à empêcher l'adhérence entre la fonte el le verre en fusion.
- Tels sont les résultats réalisés par cette ingénieuse installation mécanique : ils sont tout à l’éloge du maître de verrerie qui les a préparés par une étude approfondie de tous les détails. Ils constituent un petit chapitre de la protection de l’enfance dans la pénible vie de l’usine, et contribueront à conserver à l’industrie des sujets sains et vigoureux, au lieu de les épuiser, dans la période où l’organisme humain se développe, et où il a surtout besoin de ménagements. C’est un exemple utile et remarquable de l’application du machinisme, contesté trop souvent avec une ignorance absolue des services qu’il doit forcément rendre, dès qu’une industrie quelconque est parvenue à un certain degré de progrès et à une limite au delà de laquelle les moyens primitifs n’assurent plus ni l’intensité de travail nécessaire, ni les justes besoins de l’hygiène la plus élémentaire. Max de Nansouty.
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- LE COUP DE CHALEUR
- Il ne se passe guère d’années où au cours des températures torrides de 1 été, on ne voie survenir, pendant les grandes revues ou dans les marches militaires, des accidents plus ou moins graves dus au coup de chaleur. Sanglés dans l’uniforme, chargés d’un paquetage assez lourd, fatigués tantôt par une station immobile prolongée sous les rayons d’un soleil brûlant, tantôt par une étape dure et pénible, les hommes tombent dans le rang, inertes, sans force, défaillants. L’accident est souvent conjuré, mais il a parfois une issue rapidement mortelle. Rien de plus typique, à cet égard, que le rapport du médecin-major Roques, pour les accidents survenus à la suite d’une revue à Longchamps en 1877.Aumoment où la légion de la gendarmerie mobile, quittant le terrain de la revue,s’engageait à l’ombre dans le parc de Saint-Cloud, on vit successivement un certain nombre de soldats, et des plus vigoureux, s’égrener sur les rebords des fossés. Un brigadier était livide, froid, sans pouls ; il bégayait, avait l’œil hagard : quelques soins, des frictions, de l’eau froide le ranimèrent un instant; mais il retombait quelques minutes plus tard sans connaissance et mourait dans la voiture qui le transportait à l’hôpital. Un maréchal des logis succombait également en peu d’instants et plusieurs hommes étaient frappés des mêmes accidents, mais recouvraient la santé au bout de quelques heures ou de quelques jours. Les autres troupes n’avaient pas offert, à beaucoup près, pareille série morbide, et l’on put expliquer ce douloureux événement par l’uniforme du corps, qui avait encore le col-cravate serré autour du cou. Dans la foule des spectateurs, au nombre de plus de cent mille, mais habillés à la légère, on n’avait observé aucun accident sérieux.
- Les troupes employées jadis pour les expéditions dans les régions chaudes avaient fréquemment à souffrir du coup de chaleur, jusqu’au jour où on comprit la nécessité de les habiller et de les équiper
- d’une façon qui fut en harmonie avec la rigueur du climat. Le casque, le vêtement de molleton flottant, sont aujourd’hui d’un usage courant; mais il n’en était pas de même à l’époque de nos premières expéditions en Afrique. Pour juger de la fréquence de ces accidents, on peut se reporter au mémoire de Hiller qui constatait qu’en sept années le coup de chaleur avait frappé dans l’armée allemande 775 hommes, dont 116 avaient succombé.
- Le coup de chaleur n’est pas, comme on pourrait le croire, un accident dù uniquement à l’influence du rayonnement solaire. C’est, il est vrai, le plus ordinairement une forme grave d’insolation, le résultat de la chaleur estivale, mais on peut l’observer, et dans des conditions absolument identiques, chez les personnes exposées à d’intenses chaleurs
- artificielles. Les chauffeurs de paquebots, enfermés dans les bas-fonds du navire, avec des températures énormes, sont facilement sujets à cette lésion, et l’on sait que tous les navires qui traversent la mer Rouge pendant la saison chaude, sontobli-gés d’avoir recours, pour l’entretien des feux et des machines, à des hommes de couleur, nègres ou Arabes, habitués à mieux supporter ces températures qui vont parfois, dans les chambres de chauffe, jusqu’à 70 degrés. De temps à autre, le chauffeur monte, demi-nu, sur le pont, aspirer quelques bouffées d’air moins embrasé pour se ranimer et empêcher la suffocation. Pareils accidents ont aussi été observés dans les usines à gaz, près des fours à coke, où la chaleur est extrêmement intense.
- < Les symptômes du coup de chaleur ne varient guère d’un malade à l’autre; quelquefois la chute est soudaine, comme dans une syncope ; d’autres fois il y a pendant de courts instants une sorte de vertige, de lourdeur de tête, d'anéantissement. A cette période, le secours peut encore être efficace. Quand le malade tombe brutalement, la face livide, la peau sèche, les yeux hagards, il n’est pas rare de ne pouvoir conjurer la marche des accidents; les convulsions, le coma, surviennent, et si l’on observe la I température interne du corps, on la voit atteindre
- Appareil de MM. Laveran et P. Regnard pour les expériences sur l’étude du coup de chaleur.
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- 59, 40 et même dans quelques cas jusqu’à 45 degrés.
- La pathogénie de cette lésion est encore fort discutée. Claude Bernard pensait qu’il s’agissait là d’une action directe de la chaleur sur le système musculaire, amenant la coagulation des fihres musculaires et en particulier'du cœur. D’autres ont voulu voir une sorte d’auto-intoxication par les produits de combustion qui s’accumuleraient dans le sang, n’étant éliminés ni par les reins ni par la peau. Enfin on a pensé qu’il y avait une action directe sur le système nerveux, amenant une sorte de surexcitation, puis d’épuisement rapide.
- Pour élucider cette question intéressante, MM. La-veran et P. Regnard ont fait une série d’expériences fort curieuses dont ils ont communiqué tout récemment les résultats à 'Académie de médecine. Persuadés que la chaleur solaire ou artificielle quelconque n’était que la cause déterminante et qu’il se surajoutait un état de fatigue général, ils ont imaginé de mettre dans une caisse chauffée à une température progressive, deux chiens; l’un est maintenu immobile contre les parois de la caisse vitrée, l’autre est enfermé dans une roue, sorte de cage d’écureuil, mue à la main ou par un mouvement mécanique. C’est l’analogue, dans un certain sens, dé l’appareil imaginé par M. Regnard1 pour l’étude du mal de montagne. Pendant que la chaleur monte successivement dans l’appareil à 55, 58, 40 degrés et plus, un chien reste sans bouger; l’autre, celui de la roue, est forcé de suivre le mouvement plus ou moins accéléré de cette roue et de faire un travail moteur plus ou moins pénible. Or, voici ce que l’on constate dans ces expériences : tandis que le chien immobile supporte sans malaise une température qui s’élève de 56 à 46 degrés, celui de la roue est très malade au bout de trente minutes; sa température rectale est de 42 degrés, il respire 260 fois par minute, les battements du cœur sont si rapides qu’il est impossible de les compter.
- Si on le retire de la roue après une demi-heure, il se remet peu à peu ; si au contraire on poursuit l’expérience, ou si on monte la température jusqu’à 55 degrés, au bout du même temps, les accidents sont encore plus accusés et le chien meurt quelques minutes après être sorti de la roue. L’autre, celui qui est resté immobile, n’a encore pas souffert. A 60 degrés, les deux chiens succombent, mais le chien qui n’a pas bougé résiste plusieurs heures.
- Il résulte bien de ces expériences que l’exercice, la fatigue, facilitent à un haut degré la production des accidents du coup de chaleur. Mais cela ne suffisait pas : il fallait savoir si ce surmenage favorisait les accidents en augmentant la température interne de l’animal, en empêchant l’élimination des produits de combustion, en les concentrant, pour ainsi dire, dans l’économie et amenant une auto-intoxication. Or les recherches détaillées de MM. Laveran et Regnard prouvent bien que l’exercice amène, dans
- 1 Voy. n° 1098, du 16 juin 1894, p. 39.
- ces conditions, une élévation plus rapide de la température interne; mais en examinant l’état des muscles du cœur, on voit qu’il ne s’agit pas là d’une coagulation de la fibre musculaire, d’une influence directe de la température sur le sang ou sur le muscle. L’analyse des gaz et des produits du sang montre également qu’il n’y a pas désoxygénation ni accumulation de toxines assez nombreuses ou assez actives pour donner naissance à ces graves accidents. Il y a au contraire excès d’acide carbonique, d’où un certain degré d’asphyxie.
- D’après MM. Laveran et Regnard, l’hypothèse la plus admissible est que la mort est la conséquence des troubles de l’innervation qui se produisent quand la température du milieu intérieur dépasse 42, 45 et va jusqu’à 45 degrés, comme on l’a constaté chez quelques-uns des malades frappés de coup de chaleur. Il y a d’abord action excitante, puis rapidement paralysante.
- La conclusion qui se dégage de cette étude intéressante de physiologie pathologique, c’est qu’il faut s’abstenir de réunir — au moins dans les conditions ordinaires — les soldats au milieu du jour pendant les mois de fortes chaleurs; ne commander les marches qu’aux heures les plus matinales ou les plus tardives de la journée, espacer largement les rangs, enfin assurer aux hommes pendant l’été, et surtout dans les régions tropicales, un équipement en rapport avec la température. Ces prescriptions sont depuis longtemps en vigueur dans nos corps d’armée, il suffira donc aux médecins de troupes d’en assurer la bonne observation et de veiller aux règles d’hygiène, les meilleurs préservatifs de ces accidents. Dr A. Cartaz.
- TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE
- DANS LES PAYS-BAS
- Suivant le Journal télégraphique, on a installé l’année dernière aux Pays-Bas 70km,9 de nouvelles lignes télégraphiques et 410km,9 de nouveaux conducteurs, de sorte qu’au 1er janvier .1894 le réseau de l’État néerlandais comprenait 5538km,6 de lignes et 1987km,S de conducteurs. La longueur des câbles souterrains s’est accrue de 8km,9, celle des câbles sous-marins de lkm,3. En tout, il y avait en service 345km,7 de câbles. Le nombre des bu-bureaux télégraphiques était de 815, dont 20 nouveaux; on comptait 236 bureaux ordinaires, 38 bureaux auxiliaires, 241 desservis par le téléphone et 7 stations séma-phoriques; en outre 331 bureaux particuliers. Le service était assuré par 535 appareils Morse, 70 Hughes, 4 Hughes-Duplex et 382 téléphones, en tout 991 appareils. Il faut y ajouter 4 relais d’Arlincourt-Willot intercalés dans les lignes reliant Londres à Berlin et Hambourg. Pour les communications internationales il existe 19 lignes allant en Allemagne, 8 lignes vers Londres et 12 lignes vers les bureaux belges et français. Le bureau le plus important est celui d’Amsterdam; on y a constaté l’année dernière un trafic de 5 087 896 dépiiches. Vient ensuite le bureau de Rotterdam avec 2 358 151 dépêches.
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- L’ÉLEVAGE DE L’AUTRUCHE
- Les premières Autruches furent domestiquées au Cap, au sud de l’Afrique, en 18651. Le recensement officiel de cette première année accuse l’existence de 80 Autruches; dix ans après, en 1875, on en comptait 32 000. En 1888 le recensement constatait l’existence de 152 000 Autruches. Il est probable qu’aujourd’hui le nombre des Autruches de l’Afrique australe doit s’élever à plus de 300 000. L’élevage des Autruches a fait la fortune de ceux qui l’ont exploité. Ce qu’on fait au sud de l’Afrique, on pourrait le faire dans l’Algérie et dans le Soudan français.
- Dans la séance de l’Académie des sciences du 22 janvier 1894, après communication par M. Milne-Edwards d’un mémoire sur l’Autruche en Afrique admettant la nécessité de reconstituer l’Autruche en Algérie, la parole autorisée d’un de ses membres les plus distingués, le savant entomologiste M. Blanchard, a confirmé l’exactitude de mes affirmations.
- La réacclimatation de l’Autruche en territoire français ne pourrait se réaliser qu’à l’aide de l’appui du Gouvernement. C’est grâce à l’emploi judicieux d’immenses étendues de terrains favorables que la réussite dans l’Afrique australe est si surprenante. A l’exemple des colons anglais et hollandais, nous voyons aujourd’hui les Hottentots et les Cafres indépendants interdire l’entrée de leurs territoires aux chasseurs blancs et protéger les survivants de l’espèce sauvage encore en liberté; d’ailleurs, depuis 1878, ils pratiquent l’élevage en domesticité, dont les produits, grâce au procédé de demi-liberté surveillée, sont bien supérieurs à ceux fournis par les colons blancs du Cap. L'élevage des Autruches, celui de la Chèvre angora sur les Hauts-Plateaux algériens, pourraient être une importante source de revenus français. Serons-nous toujours tributaires de l’étranger pour les plumes d’Autruche et le poil mohair?
- La plume d’Autruche a été jadis l’objet d’une industrie très prospère ; ne pourrait-elle pas redevenir aujourd’hui ce qu’elle était autrefois, grâce à la reconstitution de la plume de Barbarie, qui, uniquement, produit la plume classique, la plume simple, sans doublure, d'une pièce, qui au siècle dernier se payait souvent plus de mille francs pièce?
- En dehors des emplois pour garnitures des chapeaux, des robes ou des vêtements féminins toujours fort élégants, les plumes des ailes servent de bordure aux chapeaux des généraux français, réminiscence de la Convention et du Directoire, et du grand siècle de la monarchie sous Louis X1Y. Les grandes plumes blanches simples, d’une pièce, servent au pavoise-
- 1 Des auteurs anglais (Silvcrs, Handbook to South Africa, London 1887) admettent que le promoteur de ce genre d’élevage dans la colonie du Cap, M. M’Kinnear, s’était inspiré des publications de la Société nationale d’acclimatation de France et des succès obtenus vers 1865 par M. Hardy au Jardin d’essai d’Alger.
- ment du dais qui couvre la Sedia gestatoria papale. Les plumes caudales, de dimensions moindres que les plumes alaires, suivent la même coloration; à dimensions égales, elles les remplacent à un prix inférieur.
- Autrefois les destriers de la chevalerie au moyen âge étaient panachés à l’égal de leurs maîtres : jusqu’au xixe siècle la noblesse militaire et les femmes de l’aristocratie avaient le privilège des plumes d’Au-truches simples. Les plumes inférieures étaient utilisées dans la coiffure des rangs inférieurs de l’armée et aussi dans l’ornementation des logements aristocratiques ou même de gens riches; on les plaçait sur les dais et baldaquins de lits, d’une dimension peu en rapport avec nos appartements modernes.
- Nous reproduisons une curieuse gravure du temps de Louis XVI (fig. 1). Elle est faite d’après le Plumassier-Panachier, sans texte, de la Grande Encyclopédie de Diderot et d’Alcmbert, fort bel ouvrage édité avec grand luxe. C’est une vignette, dit la Notice qui l’accompagne, représentant un atelier de plumassier. Au fond une ouvrière c ajuste les plumes qui ornent le chanfrein des attelages de gala de Louis XVI1. L’ouvrière a qui est assise à gauche du comptoir est occupée à ajuster des plumes pour la toque d’un récipiendaire duc et pair. La figure d représente une ouvrière occupée à monter des agréments en plumes d’Autruche pour orner une robe de femme.
- L’importance de la plume d’Autruche dans les coiffures du xvie siècle est encore attestée par des peintures de cette époque. Notre figure 2 reproduit les chapeaux de gentilshommes à cheval, d’après un tableau de Van der Meulen que l’on peut voir au Musée du Louvre. La figure 3 représente, d’après Rubens, le portrait de Marie de Médicis qui se trouve dans son tableau du Voyage de Marie de Médicis aux Ponts-de-Cé. Cette femme majestueuse, qui est peut-être Minerve, est coiffée d'un casque orné de magnifiques plumes d’Autruche. Le tableau dont nous parlons ici se trouve, comme le précédent, au Musée du Louvre, à Paris.
- Autrefois, les plumes du corps, celles de l’ôiseau mâle noires, celles des jeunes et des femelles grises d’Autruche de qualité inférieure, étaient employées dans la fabrication des draps fins de Sedan, comme lisière des pièces de drap; on s’en servait aussi dans la fabrication des chapeaux de feutre ; aujourd’hui elles sont utilisées comme panaches de bas prix, boas et autres garnitures de vêtements et aussi pour les plumeaux.
- Durant la période de temps comprise entre 1879 et 1888, la Colonie du Cap n’a pas exporté moins de un million de kilogrammes de plumes. C’est une quantité énorme. Les poids des quantités exportées depuis cette époque suivent l’échelle ascendante
- 1 Au dix-neuvième siècle l’unique répétition en France s’est produite au sacre de Charles X. (Voir le tableau du musée de Versailles.)
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- proportionnelle au nombre d’oiseaux vivants. L’Autruche aime la solitude et les grands espaces ;
- pourvue de membres très puissants, elle franchit en très peu de temps des espaces considérables comme
- Fig. 1. — Intérieur d’un atelier de plurnassier au dix-huitième siècle. (D’après une gravure du temps.)
- Fig. 2. — Coiffures garnies de plumes d’Autruclie. (D’après le tableau de Van der Meulen : Chasse de Louis XIV A Fontainebleau.)
- le montre un beau dessin exécuté d’après nature au sud de l’Afrique. Nous le reproduisons ici (fîg. 4).
- Fig. 3. — Portrait de Marie de Médicis représentée sous une forme allégorique avec un casque à plumes d’Autruclie. (D'après un tableau de Rubens.)
- Pour en faire l’élevage, l’homme a besoin de grandes étendues de terrain : c’est ce qu’ont bien compris
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- les Anglais au Cap; c’est grâce à cette clairvoyance qu’ils ont obtenu de si brillants résultats. « Des fermes de 1000, 2000 arpents, sont les plus com-
- munes ; la plupart ont 5000, même 5000 arpents ; quelques-unes disposent d’emplacements représentant des surfaces immenses. » C’est dans ceci que
- Fig. 4. — Les Autruches en liberté dans l’Afrique australe. (Reproduction d’un dessin fait d’après nature, par H. Lichtenstein, en 180i.)
- Fig. 5. — Un parc d’Autruches à Heatherton-Towers, dans l'Afrique australe. (D’après une photographie en 1894.)
- Holub a trouvé l’explication de la réussite surprenante de l’élevage des Autruches dans l’Afrique australe. Nous donnons l’aspect de l’évacuation d’un parc, d’une de ces grandes et remarquables
- fermes d’élevage de l’Afrique du Sud (fig. 5).
- La France, qui dispose de milliers d’hectares incultes dans le sud de l’Algérie, dans des régions impropres à la création de centres de population
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- européenne, pourrait et devrait aider à la création d’une industrie si importante dont la réussite dépend uniquement de la possibilité d’utiliser de grands parcours. Il y a bientôt quarante ans déjà, en 1856, le général Daumas recommandait au Dr Gosse les emplacements favorables des environs de Biskra ; il signalait aussi les beaux oasis des Zibans.
- Les essais d’acclimatation qui ont été faits pour la culture des Autruches africaines ont souvent été prospères dans des pays lointains du sud de l’Afrique. Un essai des plus intéressants de ce genre a été commencé dans la Californie orientale, il y a une dizaine d’années; on y importa, à grands frais, 52 Autruches du Natal. L’augmentation progressive de ce troupeau n'a pas dû répondre aux espérances des promoteurs de cette industrie aux États-Unis ; le nombre total aujourd’hui atteint environ 500 oiseaux, 'alors que dans l’Afrique australe, dans une période d’environ dix ans (1865-1875), M. Arthur Douglass vit s’élever à 900 le nombre des Autruches produites par 11 Autruches représentant son troupeau initial. Le résultat américain, néanmoins, doit être considéré comme un succès, étant donné les différences climatériques qu’ont du supporter des oiseaux de l’Afrique australe dans leur nouvelle patrie, la Californie. Les espérances présomptueuses de produire en territoire américain les plumes d’Autruche destinées à l’industrie indigène, ne seront pas encore de longtemps réalisées, au grand avantage des éleveurs du Cap et des fabricants plumassiers européens. Un petit troupeau d’Autruches africaines a été importé à grands frais dans la République Argentine. Nous ne croyons pas à l’avenir de cette entreprise, en raison du climat particulier de cette partie de l’Amérique, fort humide, sur le littoral et près des grands fleuves, comme l’on sait. Les produits exposés en 1889 indiquaient déjà une modification de l’oiseau; en effet, les tiges des plumes, très fines sur l’oiseau d’un pays sec, deviennent très grosses sur celui des pays humides.
- L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont été enrichies de quelques élevages d’Autruches assez prospères; les plumes sont de qualité égale à celles expédiées du Cap de Bonne-Espérance.
- Dans le but de vulgariser et de faire connaître l’importance de l’industrie de l’élevage des Autruches, j’ai publié déjà un grand nombre de Notices et d’Études, et je suis heureux de plaider encore une fois dans La Nature la cause pour laquelle je lutte depuis si longtemps. J. Forest.
- DE LA QUALITÉ DU PAPIER
- M. Depassio, préoccupé de la difficulté de se procurer maintenant du papier blanc qui ne change pas de teinte et donne aux livres un caractère de durabilité, indique dans Y Intermédiaire des imprimeurs les essais que chaque imprimeur peut faire au sujet de la constitution des papiers offerts par les représentants des fabricants de papier.
- Un papier contenant du bois mécanique est fort reconnaissable à simple vue, il suffit de le regarder par
- réflexion : on aperçoit des fibres plus brillantes que les autres et non feutrées ; elles ont une longueur variant de 5 à 5 millimètres, suivant leur finesse : c’est du bois râpé de tremble. Le sapin est moins brillant et plus difficile à distinguer, et les réactifs sont souvent indispensables pour en déceler la présence. Le réactif le plus simple est une dissolution de 10 grammes de sulfate d’aniline dans 250 grammes d’eau distillée. Une goutte de ce liquide sur la feuille de papier produit une coloration jaune orange d’autant plus prononcée qu’elle contient plus de bois mécanique ou râpé, tremble ou sapin.
- Les papiers contenant du bisulfite ou bois chimique sont à longues fibres qu’il est facile de distinguer à la déchirure lente; ce succédané est solide, mais devient cassant lorsqu’il n’a pas été blanchi ou bien débarrassé de l’acide sulfureux provenant de son traitement. 11 est cependant bien inférieur au chiffon et manque de souplesse.
- Enfin, comme essai de résistance, on peut faire la petite expérience pratique suivante : mettre dans sa poche de côté différents types de papier à essayer, les laisser quelques jours exposés au frottement de l’habit. Alors examinez-les aux plis. Les bons papiers de chiffon seront intacts, tandis que les autres à succédanés seront en lambeaux. On saura alors de quel côté porter son choix. Quant à la transparence, c’est une grande erreur de croire que c’est une qualité. Ce fondu ou épais n’est obtenu qu’au
- détriment de la solidité.
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- LE T SALON DU CYCLE
- EXPOSITION FRANÇAISE INTERNATIONALE DE VÉLOCIPÉDIE1
- Nous avons écrit la semaine dernière qu’aucune révélation, par suite aucune révolution, ne s’était produite au Salon du Cycle actuel dans la construction des instruments vélocipédiques. Depuis l’apparition des pneumatiques en 1890 et l’adoption générale depuis 1892 de la forme de corps dite cadre Humber, aucun changement notable ne s’est affirmé. Les constructeurs ont porté tous leurs efforts sur les détails de la machine. Nous marchons ainsi pas à pas depuis cinq ans vers la bicyclette perfectionnée qui bientôt désespérera les chercheurs de petites améliorations, jusqu’au jour où une machine cycliste nouvelle, que tout le monde espère et que personne ne devine, rejettera notre instrument présent, à chaîne si bizarrement installée sur un seul côté de l’appareil, au rang des vélocipèdes de bois et des grands bicycles à caoutchoucs pleins.
- Le cadre pour 1895 ne subit aucun changement appréciable : la douille de tête est un peu moins longue, le tube supérieur qui relie la tête à la selle un peu plus horizontal, les tubes eux-mêmes sont d’un diamètre un peu plus grand, et c’est tout. M. Lamy, cependant, essaye d’innover : il supprime le brasage des tubes les uns aux autres par des raccords vissés, procédé analogue à celui tenté déjà il y a quelques années par un fabricant de Rouen, et dont voici un exemple : soit (fig. 1) les tubes A et B à réunir, tous deux de même diamètre. La partie extrême de A est, en O, légèrement amincie de façon
- 1 Voy. n° 1125, du 22 décembre 1804, p. 65. -
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- qu’elle puisse entrer dans la partie 0' de B, les deux ergots M et M venant s’insérer dans les encoches correspondantes M' et N'. Un manchon R, à frottement dur sur B, et dont l’intérieur est fdeté en C ', vient alors recouvrir le tout ; une clé spéciale, s’appuyant sur les plats ménagés en S sur ce manchon, le visse solidement sur le filetage correspondant G. La jonction des deux tubes présente alors l’aspect de la figure 2. Ce dispositif a évidemment l’avantage de préserver les tubes du passage au feu et de tous les dangers que peut leur faire courir le brasage; de plus, il permet le changement, presque aussi facile que celui d’un rayon, d’un tube faussé. Mais il semble présenter l’inconvénient d’alourdir la machine et surtout de l’exposer à des disjonctions par le fait de la trépidation terrible qu’éprouvent les machines cyclistes, trépidation qui vient à bout des écrous les mieux serrés et contre laquelle la présence de deux petits ergots tels que M et N ne peut être qu’un palliatif insuffisant. La conception de cet assemblable est néanmoins assez curieuse pour mériter d’être signalée.
- La partie principale du cadre, le pédalier, l’organe qu’on pourrait appeler justement le cœur de la bicyclette, a été l’objet, dans les machines Rochet, d’une modification qui semble peu considérable à première vue, mais dont l’application a certainement une haute importance sur la bonification du roulement. La figure 3 représente le schéma d’un pédalier 1894; la 4, celui d’un pédalier 1895. Les seules parties de ces figures à considérer sont les droites AB par rapport à NO et À'B' par rapport à N'O'; toute la modification est là. En eflêt, dans l’ancien pédalier, où la roue dentée est représentée par U, et le plan de traction de la chaîne par la droite A' B', on voit que l’effort fait sur la roue dentée par la jambe du cycliste s’appliquait tellement en dehors du plan de roulement N'O', que l’axe M ' avait toujours tendance, si bien réglés que fussent les roulements P'Q', à prendre une position oblique R'S', évidemment exagérée ici pour la clarté de l’explication. En d’autres termes, la partie du pédalier munie de la roue dentée faisait levier sur l’autre. Dans le nouveau pédalier (fig. 4), on I représente la roue dentée, on voit que la droite AB représentant le plan de traction de la chaîne, passe en dedans du plan de roulement NO. Dès lors l’axe M travaille à peu près comme si la machine était pourvue de dem chaînes, l’une sur NO et l’autre sur PQ, et garde sa position normale RS. Les roulements ne coincent plus et gagnent par conséquent d’autant plus de douceur. Remarquons encore que, par une bonne disposition de la forme de la manivelle, sa tête s’élargit circu-lairement pour former sur le roulement une boîte cache-poussière dont T Y indique la coupe. Tout ceci est de l’excellente mécanique.
- Puisque nous parlons de pédaliers, signalons le frein très ingénieux qu’a placé dans l’un d’eux son inventeur, M. Gardner. Ce frein, presque invisible, justifie son nom d’automatique, car il ne fonctionne
- qu’au moment où le cycliste retient sa machine, c’est-à-dire s’oppose par les pieds au mouvement en avant des roues, et il fonctionne d’autant plus énergiquement que le cycliste tente plus vigoureusement de faire machine en arrière. La figure 5 donne clairement l’explication de ce dispositif très simple : la roue dentée D du pédalier est réunie à l’axe A qu’actionnent les manivelles, par cinq branches MNOPQ. Ces cinq branches ne sont pas comme d’ordinaire brasées sur la couronne dentée ou venues de fonte avec elle : elles peuvent se déplacer de quelques centimètres en avant ou en arrière à l’intérieur de cette couronne. Lorsque le cycliste pédale en avant, chacune de ces branches vient s’appuyer sur un épaulement respectif M'N'O'P'Q' qui fait corps avec la roue dentée, et tout l’appareil tourne dans le sens qu’indique la flèche a. La roue dentée porte d’autre part, brasée sur elle, une partie métallique qui permet l’insertion en K de l’extrémité d’une bande de cuir à ressort R dont l’autre extrémité est fixée en I sur l’une des cinq branches P. Un tambour C est fixé à demeure au-dessus du moyeu B. Si donc le cavalier retient ses manivelles et tend à donner à la roue dentée la direction de la flèche a', aussitôt les cinq branches quittent leur contact avec leurs épaule-ments et I se rapproche de K, c’est-à-dire que la bande de cuir fait friction sur le tambour et arrête l’élan de la machine. On conçoit que, plus le cavalier pédale à contre-sens, plus les deux extrémités de la bande se rapprochent et plus la friction s’accentue, au point de provoquer même l’arrêt complet. S’il faut trouver une“critique à ce dispositif, on peut lui reprocher de ne provoquer en définitive l’arrêt de la machine que par l’intermédiaire de la chaîne, car en arrêtant le pédalier, c’est la roue motrice qu’on cherche à arrêter. Or, les chaînes cassent quelquefois, et dès lors le frein devient illusoire. Cette restriction faite, il est certain que les constructeurs auront intérêt à étudier ce frein original et à l’appliquer aux machines de route, encore simplifié s’il est possible.
- Ne quittons pas les pédaliers sans noter au passage une curiosité de chaîne (fig. 6), la chaîne toujours lubrifiée! Graisser la chaîne assez pour qu’elle ne frotte pas durement sur les dents, et cependant assez peu pour que la poussière ne se mêle pas au corps gras et ne forme pas avec lui un cambouis et un émeri dangereux pour la machine, est un des problèmes insolubles du cyclisme actuel ! Les fabricants américains de la Columbia ont témoigné de leur ingéniosité : toutes leurs machines portent une chaîne dont les maillons pleins N,P par exemple alternent avec des maillons M,0 formés par deux fiasques. Au centre des maillons pleins, ils ont pratiqué une logette A qui contient du coton et que les têtes rs des flasques voisins maintiennent en place. Il suffit avant le départ d’une goutte d’huile dans chaque logette à coton pour que la chaîne n’ait, plus besoin désormais d’aucun graissage.
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- Les roues n’ont guère été modifiées cette année. Les pneumatiques s’améliorent lentement, mais suffisamment pour que la généralité des machines en soit pourvue. Remarquons cependant Passez singulier moyeu pneumatique qu’expose la maison anglaise Thomas (fig. 7). Le moyeu I, de forme spéciale en trèfle pour le maintien de la rigidité de la roue, est entouré d’un pneumatique P se gonflant par la valve Q, dont la couronne métallique 0 supporte les rayons. La circonférence extérieure de la roue, la jante, est simplement garnie d’un caoutchouc creux, deux pneumatiques sur une même roue pouvant passer avee raison pour le comble du sybari-
- tisme. .. et de l’imprudence ! Les objections à foire à ce moyeu pneumatique sont : 1° qu’il est pneumatique, c’est-à-dire sujet aux dérangements les plus imprévus ; 2° qu’il retire nécessairement à la roue sa rigidité indispensable, les cahots devant fatalement foire battre dans la fourche la jante d’une roue dont le centre est flottant. L’invention mérite cependant des encouragements, ne fùt-ce que pour son originalité.
- Pour gonfler un pneumatique, M. Darras nous expose une pompe en aluminium à double effet, ou plus justement un compresseur d’air Duplex (fig. 8 et 9). L’instrument est établi sur le principe des compresseurs d’air à grand volume et à hautes pres-
- Fig. 1 à 7. — Accessoires de bicyclettes et nouveaux systèmes. — Fig. 1 et 2. Tubes avec raccords de M. Lamy : les tubes avant jonctions et les tubes joints. — Fig. 3. Pédalier 1894. — Fig. 4. Pédalier 1895. — Fig. 5. Frein Gardner. — Fig. 6. Chaîne lubrifiée. — Fig. 7. Le moyeu pneumatique Thomas. ,
- sions qui se construisent actuellement, notamment pour la propulsion de certaines torpilles. Le corps de pompe est double, c’est-à-dire qu’il se compose de deux tubes concentriques A et R. Entre la paroi intérieure du grand tube et la paroi extérieure du petit, se meut un piston P dont la tige centrale est consolidée par trois autres petites tiges latérales dont la ligure schématique 8 représente l’une t. Ce piston à double lèvre P et P' aspire, lorsqu’il monte, l’air à la pression atmosphérique par les orifices 00'; il refoule en même temps devant lui l’air qui se trouve en M et qui passe par les lumières l et l' dans le petit cylindre, et de là, à travers le clapet Y, dans le tube central C qui le conduit au pneumatique. On comprend en effet que le volume d’air que contenait le grand cylindre A n’a pu être contenu dans le petit
- cylindre B qu’à la condition d’être comprimé. Mais tout l’air contenu en B n’a pas passé en C, car aussitôt qu’une partie s’est échappée dans le pneumatique, l’autre partie a repris sa pression normale et n’a pas eu la force de soulever le clapet V. Lorsque le piston redescend, l’air qu’il a aspiré derrière lui passe devant, car les orifices 0 et 0' sont bouchés par une rondelle de cuir. A ce moment, l’air resté en B est expulsé en C par la partie P'P' du piston qui le refoule et qui en même temps produit ainsi dans la pompe un vide relatif permettant une nouvelle admission d’air. Donc, ascendant ou descendant, le piston chasse, dans les deux sens de sa marche, de l’air sous pression à l’intérieur du pneumatique. C’est là une pompe puissante sous un petit volume.
- La selle a été l’objet d’une petite modification de
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- la part d’un Anglais, qui a imaginé (fig. 10) un chariot M circulant «à volonté sur la tige horizontale du support au moyen d’un écrou P qui le fait avancer ou reculer sur un pas de vis N. Ce dispositif, qu’explique bien le schéma que nous en donnons ici, est ingénieux et simple; il semblerait cependant avoir plus d'utilité dans un autre sens, placé dans le tube R. Il permettrait, en effet, des déplacements de la. selle verticaux, déplacements au moins aussi utiles que les horizontaux.
- Arrêtons-nous un peu devant l’appareil de massage pneumatique (fig. 11) qu’expose le Dr Breuillard. Pneumatique, et recommandé aux cyclistes, double mérite! Après une longue étape ou une séance d’entraînement, un bon massage est de rigueur ; mais peu de personnes savent bien masser ! La ventouse cursive joue le rôle du masseur le plus expérimenté. Elle se compose d’un bloc en caoutchouc creux C qu’on applique sur la peau et dans lequel on fait plus ou moins le vide, tout en le promenant sur les membres comme une éponge. Le vide s’obtient très facilement, soit à l’aide d’une petite pompe, — laquelle d’ailleurs fait pression si on tourne la manivelle à contre-sens, et par là peut servir au gonflement des pneumatiques, — soit, plus simplement, à l’aide d’une trompe à eau V construite spécialement pour produire un débit suffisant et qu’on fixe sur le robinet d’une conduite d’eau
- dont la pression égale au moins une atmosphère.
- Nos notes sur les recherches d’améliorations réelles dans la construction cycliste qu’a mises en lumière le deuxième Salon du Cycle, s’arrêtent ici. Ne quittons pas l’Exposition sans saluer au passage les espérances de révolution que peut donner à M. Gauthier, de Saint-Malo, l’exhibition de son monocycle (fig. 12), d’un diamètre de 2 mètres ! Le centre de gravité de l’appareil, chargé de son cavalier, étant placé au-dessous du centre de la roue unique, il est évident que le cavalier n’a pas à redouter les déplacements d’avant en arrière et d’arrière en avant qui sont, pour le cavalier du monocycle simple, extérieur à la roue qu’il enfourche, un accroissement de la difficulté d’équilibre latéral qu’il a déjà à surmonter. Ce mode de monocycle , à cavalier intérieur, n’est d’ailleurs pas nouveau : avant 1870, les rares cyclistes de l’époque ont pu assister aux essais analogues de l’Anglais Jackson; La Nature a décrit en son temps ceux de Langmark et Strief1. Le monocycle Gauthier est beaucoup amélioré, il a bénéficié des progrès accomplis par la construction cycliste; mais il n’en demeure pas moins impraticable — pour le commun des mortels — que n’est pas d’ailleurs M. Gauthier, équilibriste cycliste applaudi jadis, sous le nom de Waller, dans
- 1 Voy. n° 457, du 15 octobre 1881, p. 505.
- Fig. 8 à 11.— Accessoires de bicyclettes. — Fig. 8 et 9. Compresseur d’air Duplex de M. Darras; vue intérieure et vue extérieure. — Fig. 10. Selle anglaise. — Fig. 11. Appareil de massage pneumatique du D' Brouillard.
- Fig. 12. — Monocycle de 2 mètres de diamètre de M. Gauthier.
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- nos cafés chantants! On ne voit pas bien dans quel soleil de poussière et de boue circulerait le vélocipé-diste assez adroit et assez téméraire pour tenter son tour de Bois en monocycle !
- Notre article était terminé quand nous avons vu paraître, au Salon du Cycle, une nouvelle bicyclette à pétrole; elle est due à un Français, M. Félix Millet. Cette machine mérite plus qu’une mention, et nous là décrirons prochainement. Nous parlerons aussi de la section de locomotion automobile et de quelques autres curiosités.
- En résumé, l’Exposition que nous avons rapidement passée en revue a révélé de bonnes, parfois d’excellentes modifications, mais aussi trop souvent plus d’esprit que de génie pratique. Le cyclisme reste plus que jamais ouvert aux grands chercheurs.
- L. Baudry de Saunier.
- CHRONIQUE
- Nouveaux chemins de fer au Japon. — Le
- gouvernement japonais a décrété la construction d’une ligne de chemin de fer entre Hiroshima et Shimonoseki et de deux tronçons de ligne : 1° entre Kumamoto et Mésumi ; 2° entre Sasebo et Tsukazaki. La ligne principale entre les deux points prémentionnés sera une dépendance du « Sango Railway » ; elle aura une longueur de 110 milles anglais et le coût prévu est de 3 millions de dollars. Le Japon, disent les Annales industrielles, est, comme on le sait, un pays à étalon d’argent, les prix y sont libellés en dollars-argent ou yens. Les machines en usage sur toutes les lignes japonaises sont des machines mixtes, avec boggy à l’avant, d’un poids de 25 à 45 tonnes en ordre de marche, à vitesse moyenne. Les adjudications se font par le système des soumissions publiques ; il faut faire des offres au Japon même. Les industriels désireux de concourir à l’adjudication en question doivent donc, faute d’agent à eux, s’adresser à des maisons étrangères établies au Japon et qui aient l’habitude de traiter avec le gouvernement. Il est indispensable de munir ses représentants de catalogues et tarifs aussi complets que possible.
- Le Transsibérien. — Sur l’ordre de l’Empereur Nicolas II, qui a conservé les fonctions de président effectif du Comité du Transsibérien qu’il remplissait en qualité d’héritier du trône, les travaux de construction de la ligne principale et des embranchements sont repris avec une activité nouvelle. On télégraphie de Khabarovsk que les rails sur la ligne de Vladivostok sont déjà posés jusqu’à la station Mouravieff-Amoursky, sur une distance de 377 verstes, et qu’ils le sont également sur toute la longueur de la ligne de TOussouri méridional.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 décembre 1894. — Présidence de M. Lœwï.
- Géogtraphie botanique de la France. — L’agriculture n’a pas encore été pourvue d’une connaissance exacte et raisonnée de la distribution des végétaux spontanés, quelque utile que puisse être cette connaissance. Cette répartition est en effet rigoureusement soumise aux conditions de climat et de sol; elle fournit de précieuses
- indications sur les limites au delà desquelles il est inutile de tenter certaines cultures, et prépare la voie aux cartes agronomiques dont on se préoccupe avec raison depuis longtemps. M. Flahaut, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, a pensé qu’une carte botanique forestière et agricole rendrait des services égaux à ceux que l’on tire des cartes géologiques. Pour aboutir à un résultat pratique, il fallait procéder avec méthode, dresser le tableau des espèces importantes à connaître en écartant celles qui n’ont pas d’intérêt relativement au but poursuivi. Les plantes, comme les animaux fossiles, sont, en effet, distribuées de telle sorte que la présence d’une seule ou de quelques espèces implique la présence d’un certain nombre d’autres espèces qui en constituent le cortège ordinaire. Cette considération facilite l’établissement d’une carte non seulement claire, mais encore instructive, car les associations de plantes spontanées fournissent la meilleure base d’appréciation pour les exigences climatériques de diverses cultures et permettent d’éviter bien des erreurs et des tâtonnements coûteux. M. Flahaut a dressé 8 feuilles d’une telle carte au 1/100 000, pour la France. L’œuvre entière en comprendra 82. M. Dehérain, qui présente cet important travail, fait ressortir les difficultés pratiques d’exécution. Il montre également des réductions au 1/500 000 et au 1/200000 destinées aux personnes n’ayant pas besoin de la connaissance de tous les détails.
- Le pollen des dolerophyllum. — Le pollen des dolero-phyllum, cycadées inférieures établissant un passage entre les cryptogames et les gymnospermes, offre des particularités intéressantes à noter. D’abord la taille en est considérable; ils mesurent en effet 460 microns, suivant leur longueur, et sont marqués de deux sillons déterminant une sorte d’opercule qui, en s’ouvrant, permet à la substance d’ètre portée sur le micropyle des graines et de pénétrer dans l’intérieur de la chambre pollénique : c’est le premier exemple d’un grain de pollen se débarrassant de son enveloppe extérieure avant d’opérer la fécondation.
- La billardziose. — MM. Lartet et Vialleton décrivent sous ce nom, dans une brochure très circonstanciée, une maladie humaine due à la présence d’un nématode dans les veines du bassin. Ce nématode a été découvert par Billardzi ; de là le nom de billardziose donné à la maladie qui fort heureusement n’est pas propre à nos climats. Elle se rencontre quelquefois en Tunisie, mais son pays d’élection est l’Égypte. La présence de .ee nématode est caractérisée par des hémorragies et des troubles du côté de la vessie. La conclusion de la maladie est la mort. MM. Lartet et Vialleton ont étudié toutes les phases du développement du nématode depuis l’éclosion des œufs jusqu’à la ponte. Ils relèvent cette particularité singulière que les mâles et les femelles sont inégalement localisés dans les veines du bassin. Les auteurs ont pensé que l’eau devait être le véhicule des œufs des nématodes. Mais les eaux du Nil examinées, à ce point de vue, ont donné des résultats absolument négatifs; il paraît donc probable que l’homme reçoit les germes par l’intermédiaire d’un animal servant à l’alimentation. «
- Les propriétés des graphitoïdes. — M. Moissan a essayé l’action des métalloïdes sur le carbure de fer. Il a considéré la fonte liquide à très haute tempéra ture comme un liquide dans le sein duquel il doit être possible d’opérer des déplacements moléculaires, comme dans le cas des solutions d’un sel. Il a d’abord essayé l’action du bore sur la fonte blanche placée dans une nacelle à très haute tem-
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- pérature. Le bore chasse tout le carbone et l’on a, en même temps qu’une fonte borée, des cristaux de graphite au-dessus du culot. Le silicium a été essayé. Dans ce but, M. Moissan sature, dans le four électrique, du fer chimiquement pur avec du charbon de sucre, puis sur le liquide il introduit des fragments de silicium. Le silicium déplace le carbone presque complètement, et l’on obtient encore du graphite, c’est-à-dire un charbon qui, traité par le chlorate de potassium et l’acide azotique, donne l’acide graphitique. Les propriétés des graphites obtenus avec le fer varient en général avec la température; ils sont d’autant plus stables que la température de préparation a été plus élevée. M. Moissan remarque, en effet, que tous ces corps contiennent de l’oxygène dans la proportion de 0,08 à 0,25 pour 100. Ces composés hydrogénés se rapprochent d’ailleurs de ceux qui ont été obtenus par M. Schutzen-berger en partant de la fonte grise. Ce sont de véritables corps organiques. La présence de l’hydrogène dans les graphites est due à deux causes : 1° à la solubilité de l’hydrogène dans le fer en fusion ; 2“ aux réactions chimiques réalisées pour séparer le graphite.
- Traitement des eaux d’égout. — M. Dussau, ingénieur-chimiste, soumet à l’appréciation de l’Académie un procédé de traitement des eaux d’égout permettant :
- 10 l’asepsie du liquide par la destruction des microbes ; 2° destruction de l’azote, de l’acide phosphorique, de la potasse, de la magnésie et éventuellement de corps gras ; 3° l’utilisation de tous les résidus de fabrication sans déchets encombrants. Les opérations consistent : 1° dans la séparation de la partie insoluble des eaux, par précipitation spontanée dans des bassins spéciaux de décantation ; 2° l’asepsie du liquide décanté par un gaz fluoré composé de gaz acide fluorhydrique et de gaz fluorure de silicium ; 3° la désagrégation de la partie insoluble et la séparation de corps gras, la précipitation par la chaux; 4° la précipitation de l’acide hydrofluosilicique formé au moment de l’entrée du fluorure de silicium dans l’eau par la potasse, et la précipitation de l’excès de cet acide et de la totalité de l’acide fluorhydrique par la chaux; 5° la production d’un phosphate ammonico-magnésienpar une fermentation ammoniacale artificielle. L’auteur donne le détail des plans et la description des appareils nécessaires à la mise en œuvre de son système*
- Varia. — M. A. Carnot a réuni dans une brochure les analyses d’eaux minérales françaises exécutées au bureau d’essais de l’École des mines. —M. Guillaume communique les résultats d’observations des taches solaires faites à l’Observatoire de Lyon. Ch. nE Villedeuil.
- L’ACCIDENT DU STEAMER « CORSICA »
- DANS LE PORT DU HAVRE
- Le steamer Corsica, de la Compagnie française des « Chargeurs-Réunis », sortait du port du Havre le 14 novembre dernier, à la marée de 9 heures du matin, pour se rendre à Lisbonne, où il devait faire escale pour y compléter son chargement, et repartir pour le Rrésil.
- Le paquebot était à la remorque du Tourville, et il allait franchir l’écluse des « Transatlantiques » pour pénétrer dans l’avant-port, lorsqu’une terrible rafale de sud-ouest, accompagnée d’un violent courant sous-marin, le saisit par « bâbord » et projeta
- violemment son « épaule de tribord » contre l’angle du quai de l’écluse.
- On entendit alors un craquement terrible et prolongé, comparable à une décharge d’artillerie, et, sous l’action de ce formidable choc, plusieurs tôles furent arrachées, déchirées et tordues, à environ deux mètres au-dessous de la ligne de flottaison. Plusieurs des tôles arrachées tombèrent avec fracas au fond de « la passe », tandis que d’autres tôles furent « aspirées » dans l’intérieur du paquebot.
- Le mur de quai, qui est cependant solidement construit, fut en partie démoli, sous la violence du choc, et d’énormes masses de granit, pesant plus de trois tonnes, vinrent s’encastrer dans la coque, puis tombèrent dans la cale elle-même, au milieu des marchandises, où elles furent plus tard retrouvées. L’eau s’engouffrant avec violence par cette ouverture béante, le steamer coula en quelques minutes, pendant lesquelles il eut cependant encore le temps de s’avancer sur une longueur d’une centaine de mètres, avant d’aller toucher le fond du port.
- Ce fut un moment d’angoisse terrible pour tous les spectateurs de ce drame maritime ; et sans la présence d’esprit et le sang-froid du capitaine Yallois, commandant à bord, qui vit l’imminence du danger et commanda aussitôt « à toute vitesse », on aurait eu à déplorer des sinistres incalculables. En effet, si le steamer avait coulé « à pic » au milieu de l’écluse, sa présence y aurait rendu impossible la fermeture des « portes », et les bassins « Bellot », des « Docks » et « Vauban » se seraient entièrement vidés pendant la basse mer. Or on présume que cet accident eût pu avoir comme conséquence désastreuse d’entraîner à la fois la perte de plusieurs des navires qui se trouvaient dans ces bassins, et la chute d’une grande partie des murs de quai.
- Le Corsica submergé a conservé sa position verticale, grâce au lit de plusieurs pieds que sa quille s’était fait dans la vase.'
- R n’y eut, du reste, à déplorer aucun accident pendant le sauvetage de l’équipage et des passagers, mais, en revanche, toute la cargaison, composée de marchandises de toute sorte, fut entièrement submergée, et plusieurs d’entre elles, telles que des instruments de musique, pianos, cuirs, imprimerie, conserves, etc., furent dès lors sérieusement compromises par leur séjour dans l’eau de mer.
- Le Corsica est un paquebot de construction récente, qui mesure 97m,70 de longueur sur 14 mètres de largeur ; son tirant d’eau était de 5m,50 au moment du naufrage. Cette énorme masse, qui obstruait presque complètement la passe de l’écluse, s’opposait au passage des steamers d’un fort tonnage, et entravait le mouvement du port; il s’agissait donc de procéder le plus rapidement possible au renflouement du Corsica. Malgré la nuit qui était venue, et le mauvais état de la mer, le scaphandrier Pestel voulut bien aller examiner la coque submergée. Il découvrit alors, sous les eaux, une immense crevasse, située à 2 mètres environ au-
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- LA NATURE.
- dessous de la ligue de llottaison, à « l’épaule tribord », et qui mesurait 4 mètres de hauteur sur 15 mètres de longueur.
- Les tôles, sous l’effet du terrible choc, avaient été en partie repliées sur elles-mêmes en formant un immense bourrelet à l’intérieur de l’entrepont, tandis qu’une autre partie de ces tôles faisait saillie à l’extérieur de la coque.
- Afin d’aveugler cette immense voie d’eau, le scaphandrier Pestel disposa contrel’ou-verture des madriers et des poutrelles, qui furent réunis à d’autres poutrelles et à des « arc-boutants » placés à l’intérieur de l'entrepont. On fixa alors sur ce bâtis improvisé au fond de l’eau six « bâches » goudronnées superposées , dont l'ensemble devait former un joint hermétique.
- La Compagnie des « Chàrgeurs-Kéunis » avait, de son côté, construit un cadre tout en bois, qui était destiné à remplacer le premier, en cas d accident de celui-ci, et qu’il ne fut, du reste, pas nécessaire d’employer. Aussitôt que l’appareil en toile fut terminé, on procéda à l’épuisement de l’eau contenue dans le steamer, à l’aide de puissantes pompes disposées sur le quai et sur des chalands.
- L’ensemble des travaux dura cinq jours, et le 20 novembre, à la marée de 10 heures du soir, on eut la satisfaction de voir le Corsica flotter librement dans l’avant-port. On le remorqua aussitôt contre le quai Brostrom, où il fut laissé en observation pendant vingt-quatre heures, avant de le faire entrer en cale sèche.
- Ces cinqjours d’attente furent désastreux pour le commerce du Havre, car la circulation du port y fut presque complètement paralysée; le steamer français la Bretagne et le transatlantique espagnol
- Alfonso XII lurent bloqués dans les bassins,
- tandis que la Bourgogne dut rester en rade sur
- ses ancres.
- La gravure ci-dessous, faite d’après un cliché instantané, représente le Corsica en cale sèche, où l’on procède aux réparations du paquebot et en particulier à la fermeture de la crevasse de « l’épaule tribord », qui mesure près de 60 mètres carrés de superficie. Ce fut dans cette « forme sèche »
- qu’on procéda aussitôt au déchargement des marchan-
- dises, qui furent trouvées fortement avariées, autant par les alluvions
- dont elles étaient souillées, que par leur séjour de plusieurs jours dans l’eau de mer. L’aménagement intérieur du paquebot avait de son côté subi de telles détériorations , qu’il sera urgent de procéder presque entièrement à sa réfection. Les machines et leurs chaudières paraissaient cependant n’avoir pas subi de fortes avaries. L’ensemble de ces réparations importantes ne demandera du reste pas moins de plusieurs mois de travail, avant de pouvoir permettre au Corsica de reprendre son voyage vers le Brésil, si brusquement interrompu par la malencontreuse et désastreuse rafale du 14 novembre.
- Nous devons ajouter qu’il est à souhaiter, pour la sécurité à venir de notre grand port de la Manche, si cruellement éprouvé dans cette circonstance, que le retour de pareille catastrophe soit désormais évité, par l’adjonction d’une seconde écluse à l’écluse unique qui commande l’entrée des bassins du Havre. Albert Nodon.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaniueu
- Le steamer Corsica en réparation dans la cale sèche n° 5 du Havre, après l’accident du 1 1 novembre 1891. — (D’après une photographie de M. Lefrançois, vice-président de la Société havraise de photographie, et de l’auteur.)
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- N* J 12 7.
- 5 JANVIER 1895.
- LA NATURE.
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- Fig. i. — Falaises de coquillages du fleuve Saint-Jone’s, dans la Floride (États-Unis). (D’après une photographie.)
- Sur les rives du Saint-Jone’s, Yllliaka des Indiens, le Fleuve de Mai des huguenots français réfugiés dans ces parages, le voyageur remarque, non sans surprise, de hautes falaises formées de coquillages.
- Pendant longtemps, les géologues se demandèrent d'où pouvaient provenir ces débris dont l’amoncellement atteint à certains endroits jusqu’à quinze mètres de hauteur. Ils forment de véritables digues entre lesquelles le Saint-Jone’s coule ses eaux tranquilles du nord au sud.
- Ces falaises s’étendent à l’intérieur des terres et recouvrent un espace de plusieurs centaines de mètres de largeur; puis, de distance en distance, des collines surgissent au milieu de la plaine sans bornes. Comme les falaises, elles se
- 23° année. — 1er semestre.
- composent des memes coquilles d’eau douce. Une végétation luxuriante pousse sur ce sol factice. D’énormes chênes aux troncs puissants, à l’épaisse
- frondaison, couvrent de leur ombre de grandes étendues de terrain. Us poussent tout aussi abondamment dans les îles qui parsèment le fleuve. Comme les autres, le sol de ces îles est formé exclusivement de coquillages amoncelés depuis des siècles. D’autres arbres aux essences diverses gar-nissent également les rives escarpées du Saint-Jone’s. Jusquedansces derniers temps, les savants américains assignaient à ces immenses dépôts une origine toute naturelle. Ils pensaient que le fleuve seul les avait produits à la suite d’inondations successives et de
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- Fig. 2. — Coupe à boire des aborigènes de la Floride faite avec une conque marine : le Strombus.
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- modifications survenues dans son cours. Aucun d’eux n’aurait osé affirmer que ces amas de coquillages étaient tout simplement dus à l'insatiable appétit des aborigènes de la Floride qui, au temps de Christophe Colomb, habitaient ces régions et campaient sur les bords du fleuve.
- Il a fallu qu’un naturaliste américain, M. Clarens II. Moore, poussé par une curiosité bien légitime, ait entrepris des fouilles dans ces îles, ces collines et ces falaises, pour mettre à néant les théories spécieuses des divers géologues qui, avant lui, avaient visité la contrée. Ces fouilles, poussées avec activité, ont permis à M. Moore de mettre à jour des richesses ethnographiques d’une valeur inestimable. Elles nous dévoilent en effet les mœurs et les coutumes des aborigènes qui, jusqu’à présent, étaient restées entourées de profondes ténèbres.
- Les amas de coquillages (fig. 1) commencent à environ 160 kilomètres de l’embouchure du Saint-Jone’s, suivent ce cours d’eau dans toute son étendue, et ne prennent fin qu’aux sources du fleuve, dans les marais situés en aval du lac Sawgrass.
- D’après les anciennes chroniques espagnoles, les premiers Européens qui visitèrent ce pays rencontrèrent des populations assez avancées en civilisation; ces explorateurs ne font aucune mention spéciale concernant la manière de vivre des naturels habitant les bords du Saint-Jone’s. Elles parlent cependant de ces singulières collines de mollusques d’eau douce; elles restent muettes sur les causes de leur formation.
- Les recherches de M. Moore démontrent victorieusement que les aborigènes de la Floride étaient de grands mangeurs de coquillages, qu’ils péchaient dans les eaux des rivières. Choisissant de préférence les rives d’un cours d’eau sinueux, formant de nombreuses lagunes où les herbes aquatiques très touffues servaient de nourriture à ces mollusques, les anciens habitants de cette contrée se fixaient bien vite en cet endroit.
- Les buttes à peine construites, ils se livraient à leur pêche favorite et recueillaient ainsi d’énormes quantités de moules et d’une espèce d’escargot d’eau douce, qu’ils dévoraient au fur et à mesure de leur capture. Ils mangeaient également des alligators et quelques animaux sauvages que la soif, sans doute, attirait auprès du fleuve. Ils ne devaient pas dédaigner non plus la chair humaine, ainsi que le prouvent les ossements d’hommes, de femmes et d’enfants, soigneusement rongés, que M. Moore a trouvés au milieu des détritus de toute espèce qui jonchaient le sol des anciens campements et gisaient pêle-mêle, à demi carbonisés, avec les restes des autres animaux. La faible quantité de ces os, de diverses provenances, démontre que la nourriture favorite des aborigènes se composait surtout de mollusques d’eau douce.
- Un large foyer occupait le centre de l’emplacement choisi par les naturels. Us rejetaient tout autour les coquilles vides. Ce mets peu substantiel les obligeait à en absorber des quantités inouïes. Leurs débris
- ne tardaient pas à envahir complètement le camp. Au lieu de s’éloigner, les habitants primitifs installaient de nouvelles huttes et un nouveau foyer sur ce sol exhaussé. Ils continuaient ainsi à vivre au même endroit jusqu’au moment où leurs magasins naturels d’aliments se trouvaient complètement épuisés. Ils s’éloignaient un peu alors, pour revenir ensuite, dès que moules et escargots pullulaient de nouveau.
- M. Moore, dans ses intéressantes recherches, a pu suivre pour ainsi dire pas à pas toutes les péripéties de l’existence de ces nations nomades. 11 a déterminé d’une manière précise les emplacements successifs des anciens campements et de ces foyers superposés les uns aux autres. Une couche de 50 à 40 centimètres de coquillages les sépare en hauteur. On reconnaît très aisément en effet les divers endroits où se trouvaient ces foyers. On y remarque encore des morceaux de charbon de bois ainsi que des écailles et des ossements calcinés. De minutieuses investigations ont permis au naturaliste américain de découvrir les ustensiles de ménage et autres objets dont se servaient ces naturels. Presque tous se composent d’une pierre tendre grossièrement creusée, de couteaux fabriqués à l’aide des écailles affûtées de certaines moules et d’outils faits en majeure partie avec des os de daim et autres animaux analogues, ou de fragments de quartz.
- De plus, l’explorateur a découvert des harpons et des flèches à pointes de pierre provenant d’éclats de silex. Or, nulle part dans la contrée ne se trouvent de rochers. Là où n’existent pas les amoncellements de coquilles, la terre meuble et l’argile atteignent une très grande profondeur. Les aborigènes ne pouvaient donc £e procurer ces pierres, si nécessaires pour eux, que par voie d’échange avec des tribus éloignées. Leurs relations commerciales devaient s’étendre très loin, puisque certainés des armes découvertes consistent en fragments barbelés de coquillages qu’on ne rencontre que dans la mer.
- Les premiers habitants de la Floride assignaient certainement à ce silex et à ces coquilles spéciales une grande valeur. M. Moore a en effet trouvé de véritables cachettes renfermant ces trésors peu abondants, mais soigneusement rangés. Souvent aussi, se trouvaient joints à ces précieuses réserves de longs poignards pointus et aiguisés, fabriqués avec des os de daim durcis au feu. A côté se voyaient des fragments de grès tendre portant encore la trace des entailles que l'affûtage de ces armes primitives y avait laissées.
- M. Moore a également découvert une sorte de conque marine du genre Strombus, dont les bords soigneusement taillés et usés semblent indiquer que ces coquillages servaient de coupes à boire. Il les a constamment trouvés par groupes de cinq à six, autour de chaque foyer. Une grande partie de l’écaille se trouve enlevée afin de faciliter aux buveurs l’absorption du liquide que contenait la conque. La figure 2 montre la forme donnée à ces sortes de tasses grossières.
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- Poussant plus loin ses fouilles, l’infatigable chercheur a aussi découvert l’emplacement d’un ancien cimetière datant de cette époque reculée et peu connue. Ce lieu de sépulture occupe le sommet d’une petite colline à peu de distance du Saint-Jone’s, et non loin de Fort-Caroline. Un village du nom de Thorn-Hill s éleve depuis nombre d’années à flanc de coteau de cette eminence dont le sol, comme celui des autres collines analogues, se compose de débris de mollusques d eau douce. En cet endroit aussi bien que dans les falaises et les îles du Saint-Jonc s, les deux espèces de coquilles qui prédominent sont celles de petits escargots de rivière, le Palladium Geovgeiana et VAmpullaria depressa, ainsi qu’une moule, YUnio.
- Le cimetière, d’une superficie de près d’un hectare, se trouve situé dans une clairière entourée par un épais taillis d’une puissance de végétation admirable. En peu de temps M. Moore mit au jour un certain nombre d’urnes funéraires en argile séchée au soleil. Ces vases épousent deux formes distinctes, l’une oblongue, l’autre presque sphérique; ils contenaient encore les squelettes accroupis d’hommes, de femmes ou d enfants. Ces débris humains avaient tous la même posture; le menton reposait sur les genoux fléchis et les mains se rejoignaient sous les pieds. A en juger par la dimension des squelettes, les aborigènes n’étaient pas de haute stature, mais la grosseur des os semble indiquer que cette race trapue devait posséder une grande force musculaire.
- A quelle époque remonte l’origine de ces amoncellements de coquilles, dans quels siècles vivaient ces races d’hommes disparues depuis longtemps? Il est bien difficile de répondre à ces interrogations d’une manière exacte. Tout prouve cependant que la plus haute antiquité, probablement l’àge de pierre, a vu naître et prospérer ces tribus dont nous ignorions l’existence avant les précieuses découvertes de
- M. Moore. Ch. Marsillon.
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- LA DESTRUCTION DE LA FUMÉE
- DES USINES
- Signalons parmi les récentes innovations à l’étranger, les efforts faits par les villes manufacturière de l’ouest des États-Unis pour satisfaire à ce grand desideratum de l’industrie : la suppression de la fumée. Cette question dont on s’est, à maintes reprises, occupé en France, a été souvent débattue en Angleterre. Les municipalités des grandes cités industrielles, telles que Birmingham, Liverpool, Manchester, Leeds, Sheffield, etc., depuis longtemps se sont émues des dangers que font courir à la santé publique les fumées répandues à profusion par les usines. Elles ont suscité de sérieuses tentatives en vue d’empêcher les fabriques de polluer l’atmosphère des villes. Cependant, jusqu’à présent, cette suppression de la fumée n’avait pu se faire sans grande dépense, partant sans porter atteinte à la prospérité des manufactures. C’est qu’au lieu d’empêcher la fumée de se former, on s’appliquait a la détruire : il y avait donc à supporter pour cette destruction une dépense qui ne correspondait à aucun travail industriel utile.
- M. J. C. Mac Mvnn vient défaire l’essai d’un système qui applique d’une façon nouvelle l’ancien procédé de la combustion de la fumée par l’oxygène introduit en suffisante quantité et à la température convenable.
- Le four Hawlev qu’il décrit à ce sujet, consiste en deux grilles situées l’une au-dessus de l’autre. Celle d’en dessus est, en réalité, une petite chaudière tubulaire à eau, placée au-dessous du foyer. Les deux extrémités de ses tubes aboutissent à deux serpentins qui vont distribuer la chaleur vers le bas du système. Le tirage s’opère en bas, à travers la grille inférieure. Tout le combustible qui n’est pas consommé en partie, tombe entre les barreaux de cette grille assez espacés pour permettre le passage libre de l’air. Les gaz qui descendent en passant à travers le feu placé au-dessus de la grille supérieure rencontrent l’air chauffé qui monte à travers la grille inférieure, de sorte que la combustion s’y achève complètement. Il en résulte un gaz sans fumée, qui est très chaud.
- Parmi les avantages de ce four, l’auteur relève la petite quantité de cendres produites. D’excellents résultats ont été obtenus au moyen d’un four Hawlev et d’une chaudière horizontale. Le fait que toute espèce de combustible peut être brûlée sur les grilles est d’une grande importance, surtout à notre époque de grèves de mineurs où un ingénieur se voit forcé d’employer comme combustible ce que l’union des grévistes lui permet de brûler. Suivant M. Mynn, l’emploi du four Hawley, à tirage par en bas, réalise une économie considérable.
- A la station d’épuisement de Brilliant à Pittsburg, lit-on dans les Annales industrielles, une évaporation de 9,98 livres d’eau à 212 degrés Fahrenheit et même au-dessus, a été obtenue avec des criblages de houille valant 75 centimes (3 fr. 75) la tonne. Dans ce cas le four avait été placé au-dessous d’une chaudière tubulaire horizontale. La dépense pour l’évaporation de 1000 livres d’eau (453 kilos) fut de 5 8/10 de cents (20 centimes), prix le plus bas qui ait été enregistré jusqu’à ce jour.
- CLEPSYDRE MYSTÉRIEUSE
- Les vieux mouvements d’horlogerie ont pour destinée, lorsqu’ils sont curieux, de figurer dans les musées. Leurs ressorts rouilles, leurs roues édentées, leurs axes décentrés ne leur permettent plus que d’être les témoignages d’un art disparu. C’est une loi inéluctable. Aussi ne saurait-on nier qu’une pièce marchant en dépit de cette loi trois cent cinquante ans après avoir été construite, sans avoir subi la moindre réparation, ne soit un objet remarquable. C’est le cas d’une pendule fonctionnant chez M. Pottin, à Ivry-Port, et dont l'âge a été diagnostiqué par Marié Pavy, le regretté directeur de l’observatoire de Montsouris. Disons tout de suite que si elle a échappé au triste sort des mécanismes vieillis, c’est qu’elle n’en a pas. C’est en effet une sorte de clepsydre représentée par la figure 1.
- Extérieurement on ne voit qu’un cylindre de 15 centimètres de diamètre environ, suspendu par deux fils enroulés#aux extrémités d’une petite tige ronde passée à travers son axe. Lorsqu’en faisant tourner ce cylindre de bas en haut on a terminé l’enroulement des fils, on abandonne l’appareil, qui,
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- LA NATURE.
- après avoir oscillé deux secondes pour trouver son aplomb, commence à descendre lentement, mettant dix-huit heures à parcourir avec précision les échelles de droite et de gauche dont les divisions sont en cuivre incrusté dans le noyer du meuble1.
- Voici comment est obtenu ce curieux résultat. La ligure 2 en donne schématiquement l’explication.
- Le cylindre est partagé en huit compartiments parfaitement égaux et symétriques par rapport à Taxe compartiments G, G7... G7 communiquent entre eux par de très petites ouvertures 1,
- I,... I7. Des canaux centraux It les mettent en outre en relation deux à deux.
- Ainsi G7 communique avec G3 sur la figure, et de même G avec G4, G, avec G3 et G, avec G6. Le cylindre renferme du liquide2 jusqu’au niveau MN. Supposons-le suspendu par le fil F enroulé autour de O, à droite de la verticale qui passe par le centre de gravité du système Cl); évidemment la pesanteur fera tourner l’appareil dans le sens de la flèche V. Mais dans ce momement, il se produit une dénivellation du liquide à gauche et à droite de Cl), dans le système de vases communicants formé par les compartiments G et les petites ouvertures 1. Le liquide -monte à droite et descend à gauche jusqu’à ce que le centre de gravité passe par la verticale contenant F.
- La chute du cylindre cesse alors, puis reprend à mesure que les deux niveaux tendent à s’égaliser par la communication lente à travers les orifices I. Cette égalisation ne pouvant s’obtenir tant que le
- 1 Lëehclle, divisée en dix-huit heures, a une longueur de 75 centimètres environ. Il est évidenlqu’on pourrait donner au cylindre une chute beaucoup plus grande. Ainsi, dans un appartement ordinaire, on pourrait facilement obtenir une marche de deux jours sans remontage.
- 2 C'est à dessein que nous disons liquide cl non eau. Il n’est en effet pas possible de reconnaître la nature du contenu. Le cylindre est en étain et soudé dans toutes ses parties, et l’on ne saurait détruire l’appareil.
- cylindre est suspendu, le mouvement lent de descente se continue indéfiniment.
- 11 a lieu d’une façon parfaitement régulière parce que toutes les parties du cylindre sont symétriques par rapport à l’axe central. En examinant le schéma de la figure 2 on reconnaît facilement que les compartiments pendant la descente ne peuvent communiquer que par les petits orifices 1. On voit aussi que le remontage de l’appareil est extrêmement simple. II suffit de tourner le cylindre dans le sens de la flèche V'. Le fil s’enroule autour de l’axe central, et, à mesure que l’appareil remonte, les compartiments se déversent par les canaux centraux R dans leurs symétriques, d’où il résulte que, à n’importe quelle hauteur, le système abandonné à lui-même retrouvera au bout de deux ou trois oscillations son parfait équilibre.
- Nous avons dit plus haut que M. Marié Davy attribuait la construction de cette clepsydre à un artiste du temps d’Henri IL 11 est probable que des ouvriers moins habiles en ont tenté des imitations, car dans la région de la Bric où M. Pottin a pu se la procurer on en a retrouvé une vingtaine, mais toutes incapables de fonctionner. En 1889, l’exposition des Arts rétrospectifs renfermait un cylindre en cuivre ayant beaucoup d’analogie avec celui que nous venons de décrire et portant la mention : Clepsydre du temps de Charlemagne1. N’a-t-on pas donné quelques siècles de trop à ce produit de l’art ancien? Nous ne saurions le dire. Nous avons seulement voulu faire connaître un instrument très simple et très précis que certainement bien peu d’horlogers mêmes connaissent. 11 méritait à ce titre une mention particulière. L. Reverchon.
- 1 I)om Charles W’ailly, bénédictin, construisit en 1690 une pendule analogue, décrite par le l'èrc Alexandre, dans son Traité général des horloges.
- Fig. 1. — Clepsydre mystérieuse.
- Fig. 2. — Schéma explicatif
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- LA NATURE.
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- OUTIL PNEUMATIQUE PORTATIF
- POUR LE TRAVAIL DES PIERRES
- On sait toute l’importance qu’ont prise et que prennent chaque jour dans l’industrie les machines-outils, même pour les applications les plus restreintes. Notre confrère Scientific American mentionne une machine-outil, fonctionnant par l’air comprimé, d’une construction très simple, qui peut être facilement transportée dans un atelier pour le travail des pierres. Nous avons signalé autrefois1 un outil pneumatique de ce genre qui a rendu les plus grands services et dont l’exploitation a pris une grande extension. Notre dessin donne une vue d’ensemble de l’ap pareil et en même
- temps son mode d’emploi. Cet appareil consiste essentiellement en un cylindre A contenant un piston mobile à l’intérieur. Celui-ci porte à son extrémité B un outil tranchant à plusieurs branches pouvant s’enfoncer à la surface extérieure d’une pierre P et la découper sur une épaisseur déterminée. Ce piston est mis en action par de l’air comprimé qui est amené à la partie supérieure à l’aide d’une conduite
- appropriée C. Quand le piston est arrivé h l’extrémité de sa course, une communication est établie avec l’air extérieur, l’air comprimé s’échappe et le piston est ramené en arrière. L’air comprimé est de nouveau introduit pour pousser encore le piston, et ainsi de suite. Il en résulte un mouvement de va-et-vient continuel; le nombre de coups donnés par l’outil peut atteindre environ 100 par minute. L’air comprimé, pendant le mouvement en arrière du piston,,ne s’échappe pas directement au dehors, mais traverse un tuyau D, et vient en E chasser les débris de pierre au fur et à mesure qu’ils sont détachés par l’outil. Un robinet F permet de régler à volonté l’échappement au dehors.
- L’outil pneumatique est fixé à l’extrémité d’une traverse horizontale que l’opérateur peut facilement
- 1 Voy. n° 858, (tu 9 novembre 1889, p. 574.
- Outil pneumatique pour le travail îles pierres.
- déplacer suivant l’avancement du travail. Notre figure représente la machine en action et un ouvrier agissant avec sa main droite sur cette tige transversale. Cette dernière est maintenue par un système particulier de contrepoids, que l’on peut élever ou descendre à l’aide d’un treuil. L’ensemble de l’appareil est monté sur une colonne portée elle-même sur un chariot à roues, que l’on peut très aisément transporter d’un point à un autre dans un atelier.
- Le nouvel outil pneumatique portatif ne présente pas évidemment une construction bien soignée et bien mécanique; mais nous ne pouvons nous empêcher d’examiner avec attention ce mécanisme simple, établi sans aucune complication et avec les éléments les plus ordinaires. Cette machine-outil,
- d’une simplicité extrême, rend tous les jours de grands services pour le dressage des pierres dures et tendres et même du granit. 11 suffit d’une durée de six à dix minutes pour dresser une surface de 10 décimètres carrés. On estime qu’une machine de ce genre peut effectuer par jour un travail d’une valeur de90 francs, soit par an un travail d’une valeur totale de 25000 francs.
- C’est là l’argument le plu s frappant qui a déterminé les Américains à utiliser l’outil. Il s’agit d’un appareil élémentaire, dont la construction laisse à désirer, mais qui fonctionne et peut rapporter par année une somme assez ronde; l’appareil est aussitôt adopté. Un de nos constructeurs parisiens refuserait certainement de laisser sortir de ses ateliers un outil dans de telles conditions.
- La vapeur et l’électricité ont été essayées pour actionner cet outil; mais elles n’ont pas présenté les mêmes avantages que l’air comprimé, qui permet de chasser aussitôt les débris de pierres détachés par l’outil ; et dans celte industrie c’est un point important d’obtenir l’avancement rapide du ciseau sans aucune perte de temps. 11 aurait cependant été facile de combiner un moteur électrique pour actionner le ciseau et en même temps un petit ventilateur pour chasser les débris de pierre. On aurait ainsi évité les dépenses de tuyaux pour le passage de l’air coin-
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- LA NATURE.
- primé, tuyaux qui nécessitent certaines dispositions spéciales, surtout s'il s’agit d'une longueur un peu grande. Les câbles électriques au contraire auraient pu être d’une section assez faible; il aurait été aussi très facile de les brancher directement sur les distributions d’énergie électrique pour l’éclairage, qui existent presque toujours dans les grandes usines américaines. Cette solution du problème n’a peut-être pas été envisagée, et l’air comprimé a été employé dès le début. J. Laffargue.
- LE NOUVEAU SYSTÈME TÉLÉPHONIQUE
- DE LA VILLE DE PARIS1
- Dans notre premier article, nous avons vu comment les fils partant du domicile particulier de chaque abonné arrivaient jusqu’au bureau central correspondant et montaient jusqu’aux tableaux multiples. Il nous reste à indiquer commentées tableaux multiples donnent la faculté de mettre les abonnés en communication à leur volonté: 1° dans le cas où ils appartiennent au même bureari, 2° lorsqu’ils sont reliés à deux bureaux différents.
- Nous n’avons pas la prétention de décrire par le menu toutes les combinaisons de circuits, clefs, commutateurs, jack-knives, annonciateurs, etc., qui permettent de résoudre les problèmes posés par la mise en communication de deux abonnés quelconques, dans tous les cas qui se rencontrent dans la pratique. Notre seule prétention est de faire comprendre les difficultés, la question et les principes des dispositions actuellement adoptées — jusqu’à nouvel ordre — pour en donner une solution approchée.
- La combinaison du tableau multiple est telle qu’une téléphoniste quelconque peut se mettre directement en communication avec l’un quelconque des 6000 abonnés du réseau aboutissant au bureau sans passer par aucun intermédiaire.
- A cet effet, tous les abonnés du réseau, que nous désignerons chacun à l’avenir par le numéro immuable de son appareil, sont divisés en groupes de 240 abonnés qui se répètent identiquement quant à leurs dispositions. La figure 1 donne l’aspect extérieur d’un de ces groupes, la figure 2 montre l’ensemble des groupes disposés dans une salle de la rue Gutenberg.
- Considérons, par exemple, le groupe 1 qui comprend les abonnés de 1 à 240. Ce groupe est desservi par trois téléphonistes qui ont chacune devant elle 80 annonciateurs et 80 cordons souples correspondant avec 80 abonnés; ces cordons sont terminés par 80 fiches qui peuvent s’implanter dans l’un des 6000 trous disposés devant chaque groupe de trois téléphonistes et rangés en 6 bandes de 1000 trous chacun. En réalité, chaque téléphoniste n’a que 2000 numéros directement sous la main, mais les
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 1124, du 15 décembre 1894, p. 38.
- longueurs des cordons souples et les dimensions de chaque groupe sont calculées pour qu’en étendant le bras à droite ou à gauche, et en se levant pour les premières centaines, elle puisse atteindre-les trous correspondant aux lignes téléphoniques des 6000 abonnés.
- Il résulte des explications données que chaque téléphoniste est appelée par 80 abonnés toujours les mêmes, et qu’elle a la possibilité de mettre chacun d’eux en communication avec les 5999 autres abonnés du même bureau. Si elle est au milieu du tableau, elle prend la communication à droite ou à gauche avec son propre groupe ; si elle est à droite du groupe, elle prend les numéros compris entre 2000 et 6000 sur son propre groupe, et les numéros compris entre 1 et 2000 sur le groupe suivant, ce qui, par le principe même du multiple, ne présente aucun inconvénient. On a seulement dù reproduire une fois de plus les jacks généraux de 4000 à 6000 sur la gauche de la première téléphoniste du tableau, et les jacks généraux de 1 à 2000 sur la droite de la dernière téléphoniste pour conserver l’uniformité du service, et donner la possibilité aux deux téléphonistes extrêmes du tableau d’appeler les 6000 abonnés sans se déranger.
- Chaque panneau de 240 abonnés, desservi par trois téléphonistes et pouvant se mettre en communication avec les 6000 abonnés du réseau, occupe 2 mètres de largeur sur lm,6 de hauteur; il se répèle un grand nombre de fois, 23 dans le cas particulier du bureau de la rue Gutenberg, et forme ainsi 23 sections distinctes.
- La ligne double d’un abonné quelconque traverse ainsi les 23 sections et vient se terminer à l’annonciateur correspondant à sa section. Par l’introduction d’une clef, d’un jack, dans l’une des sections, on ouvre la ligne de l’abonné et on y intercale tel circuit que l’on veut : circuit de la téléphoniste pour l’appel, circuit d’un autre abonné, etc. Il en résulte que la continuité de la ligne peut être interrompue en 23 points différents et qu’à la position de repos ou d’attente de l’abonné, il y a 25 contacts intercalés sur le circuit en tension Un seul mauvais contact suffit pour immobiliser toute la ligne, et c’est là la principale objection faite au tableau multiple dont nous essayons de faire comprendre l’économie générale sans entrer dans les détails des communications, détails qui nous entraîneraient trop loin.
- D’après ce que nous venons de dire, chaque abonné appelle toujours la même téléphoniste, celle qui dessert sa section, et peut être mis par elle en communication directe avec les 6000 abonnés du même réseau. Cette communication se fait à l’aide d’un cordon souple dont une extrémité communique avec l’abonné appelant sur le tableau, et dont l’autre extrémité se termine par une fiche qui s’introduit dans le trou du jack correspondant à l’abonné appelé sur la section de l’appelant. Mais une fois la communication établie, il faut qu’elle puisse être interrompue lorsque la conversation a pris fin.
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- Dans le tableau multiple, c’est la téléphoniste de l’appelant qui, seule, est informée de la tin de conversation, grâce à un annonciateur spécial intercalé dans le circuit du cordon souple qu’elle a utilisé pour mettre les deux abonnés en communication. Lorsque les deux abonnés raccrochent leur téléphone et envoient le courant delà pile dans la ligne, l’annonciateur de fin de conversation tombe :1a téléphoniste retire alors les fiches du cordon souple relié à cet annonciateur, rend ainsi les deux lignes libres et les replace dans la position d’attente.
- La mise en communication de deux abonnés quelconques ne met donc en mouvement que la téléphoniste de l’appelant, jamais celle de l’appelé, dont la ligne peut être occupée sans qu’elle en soit instruite.
- Il faut cependant donner à chaque téléphoniste le moyen de savoir à chaque instant si la ligne d’un des 6000 abonnés n’est pas en communication avec un autre abonné, c’est-à-dire si cette ligne est disponible ou occupée, car on s’exposerait, suivant le dispositif du système, soit à couper une communication déjà établie, soit à mettre en communication trois abonnés dont les rapports... téléphoniques sont quelquefois tendus.
- L’information indispensable de l’occupation ou de la non-occupation d’une ligne s’obtient très simplement à l’aide de la clef d'essai. En voici le principe : lorsqu’une ligne est inoccupée, elle est électriquement isolée du sol, et forme un circuit métallique complet, sans contact d’aucune sorte avec la terre ou une source de force électromotrice quelconque.
- Dans ces conditions, si l’on vient à toucher un point quelconque de cette ligne avec une clef reliée à la terre avec interposition d’un téléphone magnétique, ce téléphone restera silencieux puisque ce contact avec la ligne isolée n’y fera passer aucun courant. La ligne est libre, et le téléphone en donne l’indication par son silence.
- Mais si la ligne est occupée par l’intercalation d’une fiche, cette fiche est combinée de façon à mettre le point de la ligne où se trouve la fiche en communication avec la terre, mais en intercalant entre la ligne et la terre une pile de quelques éléments. Toute la ligne isolée se trouve ainsi portée au potentiel de la pile. Si maintenant on vient établir un circuit entre un point quelconque de cette ligne et la terre en intercalant la clef d’essai et le téléphone, ce téléphone fera entendre un clic caractéristique indiquant que la ligne est occupée.
- La téléphoniste de l’abonné appelant obtient le renseignement ainsi demandé d’occupation ou de non-occupation de la ligne sans déranger la téléphoniste de l’abonné appelé et à son insu.
- On devine que c’est le même téléphone qui sert à la téléphoniste pour entendre l’abonné et pour vérifier l’état d’occupation ou de non-occupation de la ligne de l’abonné que l’on veut appeler. Dans ce but, les noyaux du téléphone portent deux enroulements :
- l’un sert à indiquer l’occupation de la ligne par le clic caractéristique, l’autre sert à la conversation ordinaire avec l’abonné appelant ou appelé.
- Appareils téléphoniques du bureau. — Pour la manipulation facile et rapide des clefs et des jacks, la téléphoniste doit avoir les mains libres tout en écoutant les abonnés, en les appelant et en leur répondant. Dans ce but, le transmetteur microphonique est suspendu à deux cordons souples passant sur des poulies fixées à des potences montées sur la corniche supérieure du tableau (fig. 1 ) ; ces microphones sont équilibrés par des contrepoids et restent à la hauteur où on les a placés en les soulevant ou en les tirant à la main, de sorte que la téléphoniste puisse faire son service assise ou debout à sa volonté, et approprier la position de l’embouchure à sa taille. Le microphone lui-même, du système Hunnings, ne difïère pas, en principe, des appareils à grenailles de charbon dont l’un des premiers types fut imaginé et réalisé par M. d’Argy. Sa sensibilité est telle que les téléphonistes parlent à voix basse, et rien n’est plus curieux pour celui qui a visité les postes de l’ancien système, de comparer le véritable silence qui règne dans un bureau moderne, aux heures de grande activité téléphonique, au bavardage insupportable qui caractérisait les anciens bureaux. Le téléphone récepteur, qui ne présente rien de spécial, est •maintenu contre l’oreille — droite ou gauche, à son choix — de la téléphoniste, par un serre-tête formé d’un léger ressort plat en acier. Le poids de tout l’appareil ne dépasse pas 150 grammes.
- Quant aux postes d’abonnés, ils n’ont subi aucune modification : ils comprennent toujours un transmetteur microphonique avec bobine d’induction, une pile dé microphone, une pile d’appel, un bouton d’appel et le crochet commutateur établissant automatiquement la communication avec la sonnerie ou les téléphones, suivant que le téléphone est suspendu à son crochet dans la position d’attente, ou tenu b la main, pour la conversation.
- Cabines téléphoniques. — Les cabines téléphoniques mises à la disposition du public dans l’Hôtel des téléphones sont au nombre de six : leurs dispositions n’ont rien de spécial : quant à leur mise en communication avec le reste du réseau, elles sont absolument assimilables et assimilées à des abonnés ordinaires reliés aux jacks généraux et aux annonciateurs de section comme les autres abonnés.
- Mise en communication d'abonnés n'appartenant pas au meme bureau. — En décrivant le bureau de la rue Gutenberg comme établi pour 6000 abonnés, nous avons dit que le grand tableau ne comportait que 23 sections, ce qui ne représente, à raison de 240 abonnés par section, que 5520 abonnés, alors qu’il y a 6000 trous dans le tableau complet. Les 480 autres trous servent aux lignes auxiliaires reliant les divers bureaux entre eux et à des services secondaires sur lesquels nons ne pouvons insister ici.
- Lorsqu’un abonné demande la communication
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- avec un autre abonné n’appartenant pas au même bureau, cette communication s’établit en ayant recours à des lignes auxiliaires. On a établi dans ce but des lignes auxiliaires de départ et des lignes auxiliaires d'arrivée. Les lignes de départ servent à chaque téléphoniste pour appeler les autres bureaux ; les lignes d’arrivée servent, au contraire, aux autres bureaux pour appeler celui de la rue Gutenberg.
- Les lignes de départ d’un bureau sont donc, en réalité, les lignes d’arrivée de l’autre bureau auquel elles aboutissent, et réciproquement.
- L’affectation d’une direction d’appel unique pour chaque ligne auxiliaire produit dans le service et dans les appareils d’importantes simplifications.
- Communication? suburbaines et interurbaines. — Les communications interurbaines forment un réseau moins étendu , quant au nombre des abonnés , elles sont établies dans un bureau spécial à l’entresol de l’Hôtel des téléphones et occupent un tableau moins important que le grand multiple du premier étage réservé aux communications urbaines. Les communications entre les abonnés du réseau et les lignes suburbaines ou interurbaines s’établissent à l’aide d’un tableau spécial qui précède les tableaux dé section du service urbain, et qui a pour effet d'aiguiller directement la ligne d’un abonné du bureau sur les lignes interurbaines sans passer par toutes les sections du tableau, afin de ne pas introduire dans le réseau à grande distance la capacité nuisible de tous les fils du tableau‘multiple. Un abonné ainsi
- aiguillé sur le réseau interurbain se trouve isolé du réseau urbain, mais la clef servant à réaliser cet aiguillage met en communication tous les jacks avec la terre et une pile, afin que la téléphoniste soit prévenue de la non-disponibilité de la ligne volontairement aiguillée sur le réseau interurbain lorsque l’abonné est appelé, et que la téléphoniste
- appelante fait l’essai de ligne pour s’assurer de son état d’occupation ou de disponibilité.
- On devine, d’après ce que nous venons de dire, quel énorme écheveau de fils comporte un tableau multiple pour 6000 abonnés et le nombre de soudures auquel il donne lieu. 11 y en a plus d’une centaine par abonné, rien que dans le multiple, et en tenant compte des lignes auxiliaires, suburbaines et interurbaines, on arrive à plus d’un million. Il suffit d’une seule soudure mauvaise pourimmobiliser une ligne d’abonné : un mauvais contact, une rupture, un mauvais isolement des fils de ligne produisent le même résultat. Un abonné dont la pile est épuisée ou brisée, ne peut plus appeler le poste central; s’il a oublié de raccrocher son téléphone, le poste central ne peut plus l’appeler. Nous en passons... et des pires.
- On s’explique maintenant, en tenant compte de la complication considérable apportée à l’exploitation par l’absence d’appel au numéro, le seul système logique et rapide, que les communications téléphoniques subissent des retards ou des interruptions dont on rend trop souvent responsable la téléphoniste ou l’administration, qui n’y peuvent rien dans l’espèce.
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- Fig. 2. — Vue d’ensemble du grand bureau téléphonique de la rue Gutenberg, organisé pour desservir 6000 abonnés
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- Nous ne saurions trop le re'péter, les difficultés sont considérables et l’évolution incessante de l’outillage téléphonique ne se produit pas encore assez vite pour répondre aux exigences sans cesse grandissantes d’un service parfait. Chacun doit y mettre du sien et reconnaître que l’Administration — une fois n’est pas coutume — fait tous ses efforts pour satisfaire à des besoins supérieurs aux moyens techniques les plus perfectionnés dont elle dispose. En supposant même que l’on parvienne à créer un système plus commode, plus pratique, plus rapide et plus économique que le système actuel, la transformation ne se ferait pas sans nouveaux ennuis et sans nouveaux retards dont on rendrait encore, à tort, l’Administration responsable. Lorsque la transformation actuelle sera complète, et que l’on aura rendu l’appel au numéro obligatoire, le service se fera beaucoup plus vite, plus sûrement, et nous n’assisterons plus aux luttes quotidiennes entre abonnés et téléphonistes cherchant à lasser mutuellement leur patience. C’est ce que nous souhaitons à tous....
- Nous n’avons encore rien dit de l’Hôtel des Téléphones où se trouve installé tout le service dont nous venons d’indiquer les grandes lignes. Ce bâtiment, construit derrière l’Hôtel des Postes, entre les rues Jean-Jacques-Rousseau et du Louvre, en façade rue Gutenberg, occupe une surface de 1400 mètres carrés. Il constitue un vrai type de construction moderne, léger, élégant, et formant une immense verrière dans laquelle pénètrent à flots l’air et la lumière.
- Les caves servent à l’arrivée des lignes et à leur répartition, comme nous l’avons indiqué dans notre premier article; le rez-de-chaussée est réservé aux voitures du service des postes. Le premier est réservé aux communications interurbaines ; le tableau multiple que nous avons décrit occupe le deuxième étage; le troisième et le quatrième étage sont réservés à des extensions futures.
- Il nous reste à remercier, en terminant, M. Godefroy, directeur du bureau de la rue Gutenberg, qui nous a guidé dans notre visite, M. Aboilard, qui a construit le matériel téléphonique, et son ingénieur, M. André, dont l’inépuisable obligeance nous a initié à tous les détails d’un système dont la complexité n’a pas échappé à nos lecteurs..., s’ils ont eu la patience de nous suivre jusqu’au bout.
- E. Hospitalier.
- LES POUSSIÈRES DE L’AIR
- M. Angus Rawkin a publié dans le journal anglais Nature un article renfermant des détails intéressants sur les mesures faites au sommet du Ben-Nevis pendant deux ans sur le nombre des particules de poussières contenues dans l’air. L’un des faits les plus remarquables est l’énorme diversité des résultats obtenus, non seulement dans le cours d’une même année, mais dans l’espace de quelques heures. Au niveau de la mer, le nombre des particules dépend et de la localité et du vent, selon qu’il souffle ou non de régions riches en poussières. Aitken a trouvé à Kingerbeh, dans l’ouest de l’Ecosse, 1600 particules par
- centimètre cube, à Londres 100 000, à Paris plus encore. Au Ben-Nevis, la moyenne est de 696, le maximum de 14 400, le minimum descend parfois à zéro. Si l’on compare les différentes époques de l’année, on trouve que c’est au printemps que l’air est le plus chargé de particules; il en est de même au niveau de la mer, et cela paraît tenir à un plus grand mouvement de l’atmosphère vers l’ouest à cette époque (vents dominants de l’est). Le maximum 14 400 a été observé le 11 avril 1891, à une heure du soir. Il est curieux de voir quelles ont été les variations dans cette journée : à 8 heures du matin, on ne comptait que 500 particules par centimètre cube, et à minuit il n’y en avait plus que 600. La marche diurne du phénomène a été étudiée de mars à mai 1893 à l’aide d’observations faites toutes les trois heures. On a trouvé un minimum à 4 heures du matin et un second à 4 heures du soir. Toutes les mesures faites dans la matinée sont inférieures à la moyenne, toutes celles de l'après-midi lui sont supérieures. Le sommet du Ben-Nevis paraît donc, pendant la matinée, rester au-dessus de ces nuages bas et des. couches de poussière qui, dans l’après-midi, s’élèvent jusqu’à son niveau pour redescendre pendant la nuit. On peut en conclure que le sommet est plus rarement couvert par les nuages le matin que l’après-midi. L’observation montre un maximum de temps clair à midi, un minimum pendant la nuit. Cela prouve que quand la couche de poussière s’abaisse pendant la nuit, aussitôt le rayonnement du sol détermine la production autour du sommet d’un chapeau de brouillard ; puis aussitôt que dans l’après-midi la couche de poussière s’échauffe par le rayonnement solaire, elle empêche la condensation, ou même vaporise les gouttelettes déjà formées. Midi est donc, contrairement à l’idée reçue, plus que le matin, l’heure propice pour avoir du sommet une vue étendue. Les observations sur les poussières peuvent offrir aussi un grand intérêt pour l’étude de la nature et du mouvement des nuages. Quand le sommet est environné d’un brouillard, le nombre des particules peut varier beaucoup pour la même densité des nuages; cependant, généralement, un brouillard sec correspond à une plus grande abondance de particules dans l’air. Quand une forte pluie survient sur le sommet, c’est alors que l’on observe les plus basses valeurs, et alors aussi se montrent des conditions très différentes sur le sommet et dans la plaine. Sur la montagne, le vent fait souvent un angle de 90 degrés avec la direction du vent inférieur, et parfois il souffle directement d’un centre peu marqué de basses pressions; la poussière que ce courant ascendant amène avec lui dans les hautes couches se dépose complètemerlt avant d’arriver à une hauteur de 4400 pieds. Cela concorde avec cet énoncé donné par Aitken : « Beaucoup de vent, peu de poussière; beaucoup de poussière, peu de vent ».
- La poussière s’entasse dans les régions les plus calmes et c’est de là que paraît résulter la position des couches de stratus à diverses hauteurs. On en peut conclure que le mouvement des nuages est bien plus faible que celui des courants d’air ordinaires; de même que, quand des nuages tendent à se former entre des courants et prennent comme direction de leur mouvement la direction de la résultante de ces courants, la vitesse et le mouvement des nuages sont alors tout à fait insuffisants pour évaluer le mouvement et la vitesse des courants supérieurs.
- Aussi souvent que ce fut possible, on fit des observations sur la densité des nuages et son rapport à la quantité de particules qui s’y trouvent contenues; on a toujours trouvé la confirmation de cette loi énoncée par Aitken, que, à
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- égale humidité, le brouillard croît ou décroît avec le nombre des particules; il dépend du degré d’humidité, du moins tant que l’air n’est pas éloigné de plus de 10 à 15 pour 100 de la saturation. A mesure que l’humidité augmente, le brouillard devient plus dense parce que la condensation à la surface des particules commence avant que le point de saturation soit atteint. Enfin l’étude des particules de poussière peut servir à caractériser certains types du temps pour lesquels le nombre de ces particules est tout à fait anormal.
- LES YIGNOBLES TUNISIENS
- M. Bonnaric, chef-expert, vient d’adresser au président du Syndicat de défense contre le phylloxéra en Tunisie, son Rapport sur la situation du vignoble tunisien.
- L’ensemble du vignoble comprend 7788 hectares. De ce document, il résulte tout d’abord la constatation consolante que le vignoble a été, jusqu’ici, indemne du phylloxéra. Les visites générales des agents du Syndicat terminées à la date du 15 septembre, ont porté sur : 1° vignes appartenant à des Européens, 6021 habitants; 2° vignes appartenant à des indigènes, 1767 habitants. Le Rapport de l’expert constate la prospérité du vignoble, mais, pour assurer l’avenir, il engage les viticulteurs à suivre les essais de vinification qui se font tous les ans en Algérie et en Tunisie, susceptibles de diminuer, par des procédés nouveaux et perfectionnés, les difficultés de la fermentation dans les pays chauds.
- M. Bonnaric termine par les observations suivantes : « L’intérêt général des viticulteurs exigerait que l’inspection du vignoble fût terminée dans la première quinzaine d’août. Malheureusement, si le phylloxéra était constaté à ce moment-là, c’est-à-dire trop tardivement, il serait à craindre que l’essaimage eût porté des foyers d’infection dans toute une région, comme on l’a vu récemment en Champagne, alors qu’il serait très facile, en prenant des mesures énergiques, d’enraver le mal au foyer initial. » En résumé, la situation du vignoble tunisien est excellente, la mévente des vins qui s’est produite l’an dernier ne s’est pas renouvelée cette année. Aux différentes expositions les produits tunisiens ont été primés ; à Bercy et sur le marché local ils trouvent preneurs dans d’excellentes conditions. L’avenir s’annonce donc rassurant pour les anciens colons qui ont planté de la vigne en Tunisie1.
- LA MARCHE DES ORAGES2
- Les résultats qui précèdent ne s’appliquent pas à la seule région du Puy-de-Dôme, mais ils sont absolument généraux, et nous allons montrer que les mêmes faits se produisent dans toute la France. Examinons les cartes de la planche 2 qui concernent, non plus seulement le département du Puy-de-Dôme, mais la France entière, et qui sont dressées d’après les documents les plus récents publiés par le Bureau centrai météorologique.
- Dans ces cartes, les gros traits noirs sont des courbes isobrontes, c’est-à-dire qu’ils figurent les régions où les orages ont passé à la même heure, et
- 1 D’après la Petite llcvue agricole.
- 2 Suite et fin. — Yoy. n° 1124, du 15 décembre 1894, p. 34.
- les grandes flèches représentent la direction générale qu’ont suivie ces orages. Les quatre premières cartes delà planche comprennent trois jours d’orages consécutifs, les 26, 27 et 28 juin 1889, et peuvent servir à prouver que nous n’avons pas choisi, pour chaque carte, une situation exceptionnelle.
- La carte VIII montre (pie le 27 juin 1889, les orages sévissent dans le sud-est et dans l’est de la France en formant deux groupes bien distincts : l’un occupe le bassin du Rhône, et les orages, qui commencent à -4 heures du matin, dans la région d’Avignon, ont gagné la Savoie vers 7 heures après avoir passé par-dessus les Alpes du Dauphiné; — le second groupe débute dans la région du Plateau Central à 6 heures du matin; il s’éteint vers midi en Bourgogne et en Champagne, franchissant ainsi les vallées de l'Ailier, de la Loire et de la Seine. La marche générale de ces orages est dirigée du sud-ouest au nord-est pour le premier groupe, du sud-sud-ouest au nord-nord-est pour le second. Elle est ainsi en parfaite harmonie avec la circulation atmosphérique, puisqu’un minimum de pression existait dans la France centrale ainsi que l’établissent les courbes isobarométriques de la carte qui ont été tracées d’après des observations effectuées à 7 heures du matin.
- La carte X, qui se rapporte au 28 juin 1889, représente une série d’orages dont les premiers éclatent vers 1 heure du soir dans le bassin de la Meuse et qui marchent du nord au sud sous l’influence d’un minimum de pression (758 millimètres) qui existait à ce moment au sud des Alpes. A 2 heures ils franchissent la Seine, pénètrent un peu après 3 heures dans le bassin de la Loire et dans celui du Rhône, et s’évanouissent après 5 heures avant d’atteindre le Plateau Central.
- La carte IX du 27 juin 1889 (soir) offre un intérêt tout particulier. La situation barométrique comporte un minimum principal qui s’étend, à la courbe 759 millimètres, sur la moitié orientale de la France, de Reims à Gap et de Clermont à Besançon. Un minimum secondaire existe aussi dans les départements de l’ouest, entre la Loire et la Gironde. Simultanément de midi à 4 heures, trois groupes d'orages existent et marchent dans trois directions différentes, telles que les commande la répartition des pressions : les orages du premier groupe, qui se trouvent dans le bassin du Rhône, vont du sud-ouest au nord-est, parce qu’ils se produisent au sud-est du minimum barométrique; ceux du second groupe vont de l’est-sud-est à l’est-nord-ouest en Alsace, en Lorraine et en Champagne, parce qu'ils ont lieu au nord-nord-est du minimum de pression; les orages du troisième groupe, un peu déviés par le minimum secondaire de l’ouest, partent de la Touraine et marchent vers l’ouest-sud-ouest jusqu’à Angers, en s’étendant au nord vers les côtes de la Manche et au sud jusqu’au bassin de la Charente. »
- La carte VIII, qui a traitaux orages du 26 juin 1889, reproduit à peu près le même phénomène que la carte
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- précédente, surtout si l’on considère la petite dépression (760 millimètres) qui se trouve entre Orléans et Limoges. On voit, au sud-est du minimum de pression, des orages qui marchent du sud-ouest au nord-est, alors qu’au même moment, dans un autre groupe qui occupe l’Orléanais, la Touraine et l’Anjou, les orages progressent de l’ouest à l’est, parce qu’ils sont dans le nord de la dépression. Enfin, encore au même moment, dans un troisième groupe qui couvre la Lorraine, les orages marchent du sud-est au nord-ouest, parce qu’ils ont éclaté au nord-est du centre secondaire de dépression.
- Pour mieux établir encore l’authenticité des faits que nous signalons, nous reproduisons en outre deux autres cartes relatives à la journée du 9 juillet 1889. La première donne la situation baro-métrique en France à 7 heures du matin, avec les orages qui ont éclaté avant midi ; la seconde figure la situation barométrique à 6 heures du soir avec les orages qui ont éclaté dans la soirée.
- Les localités dans lesquelles on a observé les orages sont indiquées par des points et les isobrontespar de gros traits.
- Pans la carte XI, on remarque surtout une petite série d’orages qui ont débuté à l’embouchure de la Loire, vers 3 heures du matin, et qui s’évanouissent, avant 11 heures, au delà de Saumur et de Laval, après avoir marché du sud-ouest au nord-est. Ils subissaient ainsi l’influence des basses pressions (758 millimètres) qui s’étendaient à ce moment sur le Finistère et sur la partie occidentale de la Manche.
- Dans la carte XII on voit que la moitié septentrionale de la France est traversée par de très nombreux orages qui commencent encore à l’embouchure de la Loire, à peu près vers midi, et dont la propagation cesse, avant minuit, non loin des frontières de la Belgique. L’ensemble de ces orages a marché
- de l’ouest sud-ouest vers l’est-nord-est, sous l’influence du minimum principal de pression (756 millimètres) qui se trouvait à 6 heures du soir sur la Manche, entre la presqu’île du Cotentin et le Pas de Calais. Leur propagation générale n’a nullement été influencée par les montagnes, les vallées, etc., et les manifestations orageuses ont successivement passé du bassin de la Loire dans celui de la Seine et enfin dans celui de la Meuse.
- Nous pourrions multiplier indéfiniment les exemples, car les faits que nous mettons en évidence sont
- corroborés par un très grand nombre de cartes comprenant une période de quinze années ; mais on trouvera sans doute suffisants ceux que nous venons de donner, et nous terminerons cette étude en formulant les lois suivantes : 1° la
- marche des orages dépend de la situation de l’atmosphère au point de vue ba-rom étriqué; 2° si la pression atmosphérique est uniforme, les orages suivent des directions très variées, selon les localités où on les observe, mais la direction du sud-ouest au nord-est prédomine d’autant plus que l’uniformité est plus grande ; o° si les hauteurs barométriques sont suffisamment inégales (sans l’être trop, car alors les orages ne pourraient pas se produire), les orages suivent la même marche que le milieu atmosphérique dans lequel ils se manifestent : ils vont du sud au nord, s’il y a un minimum de pression dans l’ouest; — du sud-ouest au nord-est, s’il y en a un dans le nord-ouest; — du nord au sud, si le minimum se trouve dans l’est, etc.
- Dans une autre étude, nous parlerons des rares orages qui font ou qui paraissent faire exception à ces lois. Plumandon,
- Météorologiste à l’Observatoire du Puy de Dôme.
- La marche des orages.
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- UNE CHENILLE UTILE
- Il y a peu d’animaux sur la terre qui aient une aussi mauvaise renommée que les chenilles. 11 ne faudrait pas eroire cependant (jue tous les représentants de cette corporation soient nuisibles : il en est de très utiles, comme celles qui fabriquent la soie; il en est
- qui, si l'on sait s’y prendre, pourront nous rendre des services. De ce nombre sont les chenilles de VEras-tria scitula, sur les curieuses mœurs desquelles nous allons donner quelques détails, d’après une récente étude de M. Rouzaud.
- Dans le midi de la France, et particulièrement dans les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes, les oliviers, sources de revenus pour le pays, sont attaqués par un insecte, une sorte de cochenille, le Lecanium olex. Celle-ci s’installe de préférence à la face inférieure des feuilles, le long des nervures ; les femelles fécondées se Fixent et grossissent en prenant l’aspect d’une petite tortue dépourvue de pattes; elles sont absolument informes. Non contentes d’aspirer la sève de la plante, elles sécrètent un liquide sucré qui se répand à la surface des feuilles et dont les fourmis sont très friandes.
- Cette matière favorise le développement d’un champignon à organisation très simple, le Fumaxjo : les feuilles jaunissent et disparaissent en se recouvrant d’une matière pulvérulente noire, tout à fait analogue à de la suie.
- Les oliviers épuisés par les cochenilles et les champignons ne tardent pas à périr ou tout au moins
- à ne pas donner de fruits. M. Rouzaud eut l’idée de mettre quelques chenilles de YErastria scitula sur
- des lauriers infestés de cochenilles. 11 vit alors les chcnillesk faire une énorme consommation des parasites et ce fait l’engagea à étudier leurs mœurs de très près.
- Les Erastria scitula se reproduisent avec exubérance ; on peut constater en effet par an jusqu’à cinq générations successives d’adultes ; une, peu importante, vers le milieu de mai ; une moyenne, vers la troisième semaine de juin; une très abondante, vers le milieu de juillet; une autre, également importante, fin
- août; une dernière, faible, vers la fin de septembre ou les premiers jours d’octobre.
- Les papillons sont assez difficiles à apercevoir quand ils sont au repos, car, à ce moment, ils simulent une fiente de petits passereaux : c’est un cas de mimétisme. Le mâle ressemble beaucoup à la femelle.
- Un fait curieux à noter, mais relativement assez commun chez les lépidoptères, c’est que tous les papillons issus de cocons conservés quelque temps sous cloche, c’est-à-dire soumis à des conditions spéciales d’éclairage et d’humidité, se montrent toujours bien moins colorés que ceux capturés en liberté. L’éclosion des papillons a lieu de préférence à la fin du jour. Les mâles ne vivent qu’un jour ou deux. Les femelles vivent beaucoup plus longtemps; elles pondent pendant plusieurs jours une centaine d’œufs chacune : les œufs sont déposés isolément et séparés les uns des autres par de vastes intervalles.
- Fig. 2. — Gravures de détails. — ÎS“ 1. L’œuf après la ponte, grossi au microscope. — N° 2. Larve, au-dessous : vue de protil et vue par la lace dorsale. — N" 3. Coque. — N” i. Le cocon. — N* 5. Trois aspects de la chrysalide. — Les figuVes 11*“ 2 à b sont grossies à la loupe.
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- La mère les dissémine de préférence sur les feuilles ou sur les jeunes pousses, c’est-à-dire dans les endroits où les futures larves trouveront facilement des proies; souvent même ces œufs sont pondus directement sur le dos des cochenilles. L’œuf, transparent, est garni au centre d’une rosace en relief et recouvert d’un roseau très élégant à mailles rectangulaires. Les jeunes larves, dès leur sortie de l’œuf, changent de peau et pénètrent dans le corps des grosses cochenilles en rongeant un point quelconque de leur bouclier dorsal. Quand la proie est complètement vidée, la petite chenille l’abandonne et se met en quête d’une nouvelle cochenille; quand elle l’a trouvée, elle se hâte d’attaquer sa nouvelle victime et de s’introduire dans sa carapace ; cette opération ne demande que quelques minutes; elle se trouve donc tout de suite à l’abri.
- La larve de YErastria mène cette existence pendant une dizaine de jours. « Passé cette période, dit M. Rouzaud, et probablement après avoir subi quelques mues, ladite chenille va se dissimuler d’une manière permanente et ne peut plus se permettre, ne serait-ce que momentanément, de se montrer au dehors toute nue. On ne la trouvera plus, en effet, que complètement recouverte d’une dépouille de grosse cochenille, tapissée de soie à l’intérieur et convenablement agrandie dans son pourtour par une membrane de la même substance. A cette membrane restent toujours attachés extérieurement des excréments, des amas de fumagine ou des déhris de cochenilles, destinés à colorer convenablement cette portion soyeuse de la coque et à donner à l’ensemble un aspect extérieur uniforme. Cette bordure latérale, destinée à augmenter la capacité de l’enveloppe protectrice et à la maintenir toujours en rapport avec la taille de la larve protégée, est Idée brin à brin par cette dernière; elle s’accroît donc par additions successives. »
- La larve, courte et ventrue, ne quitte jamais cette coque et l’emporte avec elle quand elle se déplace pour aller dévorer plusieurs cochenilles par jour ; c’est un mode de protection très curieux et très efficace. Adultes et larves étant protégés, l’espèce ne peut que prospérer, semble-t-il.
- Dès que la chenille est arrivée à son maximum de taille, elle cherche un endroit favorable, généralement à l’aisselle de deux rameaux ou dans le creux des branches, plus souvent encore au collet de l’arbre; là, elle commence par nettoyer très vigoureusement une surface exactement égale à celle de l’ouverture de sa coque, puis elle tapisse celle-ci de soie et la fixe au substratum. Les détritus produits par le nettoyage de l’emplacement ont été utilisés au dehors et collés aux alentours ou sur les bords antérieurs de la coque au moyen de quelques brins de soie, de telle sorte que la dissimulation du cocon est aussi parfaite que sa fixation; il faut une grande habitude pour l’apercevoir.
- Point également très curieux, la chenille a soin de préparer en un point de sa coque un orifice par
- où pourra sortir le papillon. Dès qu’elle a terminé son cocon, elle refoule au dehors à coups de mandibules la portion de l’ancienne coque qui se trouve placée immédiatement au-devant de sa tête. La paroi refoulée cède peu à peu, s’amincit en se détendant, et l’on voit apparaître à l’extérieur du cocon une sorte de hernie que la chenille incise en y pratiquant quatre ou cinq fentes rayonnantes et qu’elle referme sommairement avec quelques brins desoie. C’est en écartant ces fentes d’un léger coup de tête que le papillon pourra sortir.
- Les cocons, avec les nymphes qu’ils contiennent, se transportent très facilement; c’est sans doute par eux et par des élevages en grand que l’on répandra les Erastria et qu’on pourra les faire servir à la destruc-tisn des cochenilles de l’olivier. Henri Coupin.
- COLORATION NATURELLE
- DE CERTAINS COMPOSÉS ORGANIQUES
- M. André Bidet a étudié les conditions nécessaires pour la formation de coloration de certains composés organiques sous l’influence de l’air et de la lumière. A la Société de Physique, il a rappelé ce fait d’observation courante, qu’un grand nombre de substances, naturelles ou artificielles, liquides ou solides, principalement de la série aromatique, prennent peu à peu des colorations brunes marquées sous l’action des rayons lumineux. Ayant eu l’occasion d’obtenir quelques corps dans un état particulier de pureté, il a remarqué que ces corps ainsi purifiés ne se coloraient plus dans les conditions ordinaires. Afin de vérifier si ces cas isolés pouvaient offrir un caractère de plus grande généralité, plusieurs produits commerciaux ou de laboratoire, de fonctions différentes, furent soumis à des purifications très variées et poussées aussi loin que possible. M. André Bidet a pu ainsi former à l’appui de ses recherches trois séries d’échantillons préparés depuis quatre ou cinq ans et qu’il présente aujourd’hui à la Société. La première série se compose des produits commerciaux les plus purs conservés dans l’obscurité et demeurés incolores ; dans la deuxième, ces mêmes produits, exposés à la lumière, ont tous pris une coloration caractéristique ; enfin la troisième renferme les échantillons purifiés, exposés à la lumière et restés incolores. Il en résulte que ces divers composés aromatiques ne peuvent se colorer que si quatre facteurs se trouvent en présence : une substance organique oxydable, un agent oxydant tel que l’air dans ces recherches, l’action des rayons lumineux et enfin l’intervention de matières étrangères qui sont éliminées par les purifications successives.
- M. Curie pense que ce phénomène peut être rapproché de cet autre fait connu : les corps diélectriques ne conduisent l’électricité que s’ils contiennent des corps étrangers en solution ; la benzine, par exemple, peut être soumise à une purification électrique, qui la rend parfaitement isolante, lorsque les matières étrangères ont été décomposées par le courant. Or, d’après la théorie de Maxwell, les corps conducteurs absorbent les radiations ; on peut en conclure qu’il en est de même des impuretés auxquelles sont dues les colorations des corps organiques ; on entrevoit ainsi l’existence d’un lien intime entre deux phénomènes qui paraissent, au premier ahord, absolument étrangers l’un à l’autre.
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- CHRONIQUE
- UNE MACHINE A TAIULER LES LIMES
- I.’oiiïe d’un crabe. — Sur le bord de la mer existe un petit crabe rouge très commun, le Pilumnus hirtellus. 11 se tient toujours à une certaine profondeur et élit domicile dans les petits trous des roches sous-marines. D’après les intéressantes observations de M. E. Racovitza, ce crabe poilu est remarquablement doué sous le rapport de l’ouïe. Ayant mis l’un deux avec un fragment de rocher dans un aquarium, il le vit tout à coup rester immobile, semblant vouloir se rendre compte d’un bruit. « Après quelques instants d’immobilité, dit l’éminent observateur, il sort lentement du trou, mettant avec précaution une patte devant l’autre, et arrive ainsi au bord de l’entrée de sa demeure. Il va tâter les environs avec ses pattes; il semble vouloir chercher par le tact un objet qui l’intéresse. Et, en effet, je vois avec étonnement qu’à l’aide d’une patte ambulatoire, il retire d’un trou un petit bivalve. L’ongle qui termine la patte lui rend un très bon service, car la coquille est profondément enfoncée dans le trou. Il s’empresse aussitôt de la saisir avec une de ses pattes ravisseuses. Rentré dans son domicile, il casse d’un petit coup sec de ses pinces la petite coquille et se délecte avec volupté du contenu. » Cette observation fut répétée nombre de fois. Les petits mollusques, sans doute des tellines, qui vivent dans ces rochers, peuvent se déplacer un peu à l’aide de leur pied; en s’agitant ainsi, elles frottent légèrement leur coquille sur les parois du trou : c’est la vibration ainsi produite qui va impressionner le crabe et l’avertir qu’il y a non loin de lui une proie à dévorer. « Une petite expérience vérifia complètement cette manière de voir. Avec un fil métallique, je grattai légèrement la pierre. Immédiatement, le crabe sortit et tâta avec une patte juste à l’endroit gratté; quand je laissais le fil sur la pierre, le crabe le saisissait avec la patte et le tirait à soi. » Ce qu’il y a ici de remarquable, ce n’est pas seulement la délicatesse de l’ouïe, mais aussi la nature de la direction : le bruit à peine perçu, le crabe se dirige directement vers le point d’où il s’est propagé. II. C.
- Fabrication de l’acide carbonique. — Deux chimistes de Munich ont imaginé de recueillir l’acide carbonique qui se produit pendant la fermentation du vin ou de la bière. Leur procédé ne manque pas d’une certaine ingéniosité. Le vin ou la bière sont placés dans une cuve fermée par un couvercle dans lequel est pratiquée une large ouverture et possédant à sa partie supérieure un robinet ouvrant sur un tube qui sert à recueillir l’acide carbonique. La large ouverture est ouverte jusqu’à ce que la fermentation commence, puis elle est fermée et le robinet permet l’arrivée de l’acide carbonique dans le tube adducteur. La température est maintenue égale au moyen d’un flotteur contenant de la glace : on ferme le robinet et on laisse la fermentation s’achever en ouvrant à nouveau l’ouverture du couvercle.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 décembre 1894.
- Nous remettons le compte rendu de cette séance à la semaine prochaine, en raison des congés du lep jour de l’an, l’Imprimerie générale ayant été fermée pendant les trois premiers jours de la semaine.
- DE LÉONARD DE VINCI
- Il existe dans les cartons du peintre de la Cène, qui sont parvenus jusqu’à nous, le croquis d’une machine à tailler les limes qui mérite d’ètre signalé ; car bien certainement c’est un des plus anciens types d’appareils projetés ou construits pour remplacer mécaniquement le travail de la main de l’homme.
- Dans ce croquis, la lime est placée sur un bâti et maintenue par deux barres de fer transversales attachées par des vis. Ce bâti repose sur un bloc plus large et avance au moyen d’une vis en bois le traversant de part en part et adaptée à un rouet muni d’alluchons qui vient s’engrener sur une lanterne fixée à un arbre ayant d’un côté
- Machine à tailler les limes, d’après un dessin inédit de Léonard de Vinci.
- une manivelle qui fait mouvoir l’appareil, et de l’autre une route dentée soulevant un marteau dont la panne en forme de ciseau frappe directement sur la lime pour la tailler. Un poids est attaché à une corde passant dans une poulie fixée au plafond de l’atelier, et l’autre bout vient s’enrouler sur l’arbre de la manivelle pour donner une plus grande régularité aux mouvements de l’appareil.
- Cette machine, bien que fort simple, ne doit pas avoir été créée de toutes pièces par Léonard de Vinci, malgré toute l’ingéniosité de ce merveilleux artiste; elle semble être plutôt un perfectionnement apporté à un essai antérieur ; elle n’aurait pu produire un travail régulier, bien qu’elle n’eùt à tailler que des limes en fer. Il ne faut donc la considérer que comme la suite ou le point de départ de tentatives qui se sont succédé depuis sans interruption jusqu’à nos jours en passant par celles de Jousse, du Verger, Fardouël, etc., etc.
- La France a été pendant longtemps tributaire de
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- l’étranger pour ses limes; au commencement de ce siècle on croyait que des machines étaient employées en Angleterre, et l’Allemagne avait, disait-on, de grossières mécaniques pour tailler les grosses limes et les râpes. Cette supposition était erronée. Mollard, qui visitait en 1819 l’usine de Mariott, un des plus grands fabricants de limes de Sheffield, lui demanda à voir ses machines. Il l’introduisit dans ses ateliers de tailleurs où il ne vit que des hommes, des enfants et quelques femmes qui taillaient des limes avec une vitesse incroyable. « Voilà, dit-il, mes machines à tailler, les seules en activité en ce moment à [Sheffield. J’ai voulu, il y a quelque temps, faire usage des machines matérielles, mais elles sont à présent dans mon grenier couvertes de poussière. Je vous les vends si vous voulez. »
- 11 est certain que depuis cette époque, la taille à la
- Le jet d’eau de Genève, le plus haut
- d’eau qui existe à la surface du globe, car il n’a pas moins de 90 mètres de hauteur! On le voit de fort loin, par un beau temps, se détachant comme une grande voile blanche qui oscille au souffle du vent.
- La ville de Genève possède une distribution d’eau sous pression des plus complètes; la force motrice est empruntée à une chute artificielle créée sur le Rhône, à la pointe du lac. Pour les usages domestiques et la mise en marche de certains moteurs, l’eau est élevée à une hauteur de 05 mètres au-dessus du niveau du lac; pour la distribution de force motrice, elle est élevée à une hauteur de 140 mètres. Le réservoir est à l’air libre; il est situé sur la hauteur de lîessinges, à 5 kilomètres du bâtiment des turbines; un régulateur très ingénieux inventé par M. Turrettini assure l’uni-
- machine s’est perfectionnée, elle est employée pour les limes fines; les essais faits il y a quelques années à Sheffield n’ont pas été concluants pour les grosses tailles.
- 11 a semblé intéressant d’indiquer, à titre de curiosité, une machine datant de quatre siècles, qui, croyons-nous, n’avait pas encore été décrite, et créée par le génie inventif d’un des plus grands artistes de l’époque de la Renaissance. Alfred I'ekxv.
- LE JET D’EAU DE GENÈVE
- Notre gravure représente le jet d’eau que la municipalité de Genève a fait établir dernièrement à l’entrée du port de celte ville, à l’extrémité de la jetée sud. C’est bien certainement le plus grand jet
- monde. (D’après une photographie.)
- formité de la pression dans les canalisations.
- La longueur du premier réseau est d’environ 80 kilomètres; celle du second de 100 kilomètres. C’est sur ce dernier qu’est branchée la conduite du jet d’eau. Celui-ci n’est mis en marche que le dimanche. On le fait aussi fonctionner quelquefois, en semaine, le soir. Au lieu d’un seul jet à grande hauteur, on en utilise alors plusieurs qui s’élèvent moins haut. I)e puissants projecteurs de lumière électrique placés dans une cabine, à peu de distance, les éclairent vivement de feux de couleurs variées qui les transforment en une fontaine lumineuse du plus bel aspect. G. V.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdieu
- l’aris. — Imprimerie Laiiuue, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1128
- 12 JANVIER 1895
- LA NATURE
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- LES TRAMWAYS A CABLES AÉRIENS
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- f'.-'p,
- Fig. 1. — Tramway à câble_aéricu près de Knoxvillc, dans l’État de Tennessee (États-Unis).
- Les tramways suspendus ont été employés depuis longtemps dans l’industrie pour le transport de légers fardeaux.
- 11 en a été lait, dans ces derniers temps, quelques applications intéressantes au transport des voyageurs qui méritent d'ètre signalées.
- On sait en quoi consistent ces curieux véhicules : un ou deux câbles sont tendus à travers l’espace entre des points donnés ; ils servent de rails à des petits wagons dont les roues sont placées à leur partie supérieure. Ces wagons descendent par leur propre poids si les câbles sont assez inclinés;
- ils peuvent être remontés au moyen d’une force motrice quelconque ; la plus économique est évidemment, dans la plupart des cas, la traction funiculaire. La Na-fiureadécrit, ilya déjà”quelques années1, une importante installation de ce genre utilisée aux mines de ciment de la Porte de France; et tout dernièrement encore le savant et sympathique ingénieur et écrivain, M. Max de Nan-souty, signalait à nos lecteurs l’emploi des transporteurs aériens dans les travaux de construction. M. Fleeming Jenkin 1 Voy. n° 657, du 2 janvier 1886, p. 71.
- 23° aimée.
- I semestre.
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- a employé avec succès la puissance électrique dans son telphérage1.
- Dans certains cas, ce système peut rendre de réels services pour le transport des voyageurs. C’est ainsi qu’à Gibraltar on a récemment installé un curieux tramway de ce genre pour relier la tour des signaux, située au sommet de la colline du centre, à une altitude d’environ 580 mètres, avec l’extrémité sud de la ville, au bas de la colline. Cette station ne pouvait être atteinte auparavant qu’après une ascension longue et pénible; pourtant on ne pouvait songer à établir une voie ferrée ordinaire qui eût été trop coûteuse, eu égard au faible trafic. Les tramways suspendus à câble ont apporté une solution pratique et économique. Comme le représente une de nos gravures (tig. 2), la voiture, qui n’est qu’une sorte de caisse ou benne, ne peut contenir qu’une seule personne; elle roule sur un seul cable et est entraînée par un autre câble placé en dessous du premier, ainsi qu’on peut le voir sur le dessin placé en cartouche dans la gravure. La portée est’ d’environ 300 mètres depuis la station inférieure jusqu’au flanc de la colline. Pendant la montée, le câble est soutenu par des tréteaux qui sont représentés à une plus grande échelle au bas et à droite de la figure. Cette ligne est employée à la fois au transport des personnes et à celui des marchandises. 11 arrive parfois que ces moyens de locomotion sont à peu près les seuls possibles.
- Un correspondant de la Revue américaine des tramways signalait dernièrement une ligne de ce genre qui fonctionne au Mexique. Elle passe au-dessus de gorges profondes de plusieurs centaines de mètres. L’établissement de ponts eût présenté des difficultés d’ordre technique et d’ordre financier qui y firent renoncer. Le tramway aérien, peu coûteux et d’un établissement facile, a donné pleine satisfaction. Les voyageurs sont au nombre de deux. La voiture est une simple plate-forme et les personnes sujettes au vertige font bien de ne pas trop regarder à leurs pieds. Toutefois, cette ligne est, paraît-il, très fréquentée. Lorsqu’on s’est une fois habitué à ce mode de locomotion, il produit une sensation enivrante et laisse une impression inoubliable. Beaucoup font le voyage par simple plaisir. C’est en grand le jeu qu’on a pu voir ces temps derniers dans nos fêtes publiques.
- Ces lignes ne diffèrent pas sensiblement de ce qu’on connaît déjà. Le poids des véhicules n’est pas très élevé; la portée des câbles est relativement faible, car ils peuvent être soutenus sur des chevalets sur le chemin. U n’en est pas de même de celle qu’il nous reste à décrire et qui témoigne une fois de plus de l’audace étonnante des Américains.
- Non loin de Knoxville, dans l’État de Tennessee, s’élevant presque à pic au bord de la rivière de Tennessee, se trouve une colline haute de 150 mètres environ, qui a reçu le nom de Longstreet Heighfs
- 1 Voy. n° 1125, du 8 décembre 1894, p. 25.
- en souvenir du général américain qui y avait établi son quartier général. C’est un but de pèlerinage pour tous les chercheurs de souvenirs de la dernière guerre américaine. Le site par lui-même est très remarquable; de nombreuses grottes accidentent le sol; à 15 mètres du sommet, se trouve une des curiosités naturelles du pays : une grotte soufliant continuellement de l’air froid. Le coup d’œil sur les environs y est magnifique.
- Une Compagnie a fait l’acquisition d’une grande partie de ce terrain ; 54 hectares ont été embellis et forment le parc Unaka. Pour en faciliter l’accès, celte Compagnie a fait établir, d’après les plans de la Gagnier-Griffm suspended Railway Bridge C°, le tramway à câble aérien que représente notre première gravure (fig. 1). C’est une œuvre d’une grande hardiesse.
- Les touristes prennent, dans le centre de Knoxville, un tramway électrique qui les conduit à l’embarcadère du tramway aérien. A partir de cet endroit, s’élèvent deux câbles en acier dont le diamètre est de 5 centimètres et qui vont aboutir, sans aucun support intermédiaire, sur le flanc de la colline, sur l’autre rive, à une hauteur de 107 mètres. La distance, en ligne droite, est de 525 mètres. La pente est donc de 55 pour 100.
- Ces câbles sont solidement ancrés à leur partie inférieure, du côté de Knoxville, à des raquettes enfouies dans le sol. Les traverses en chêne sont au nombre de trois; elles sont reliées entre elles par des tiges de fer; elles ont une section de 50x50 centimètres et une longueur de 4m,25. Elles sont placées derrière des planches hautes de 2 mètres environ, sur lesquelles se répartit la pression. Les tiges de fer qui servent à relier les traverses entre elles ont 5nl,65 de longueur et 5 centimètres un quart de diamètre. L’ancrage, à la partie supérieure, se fait au moyen de plaques de fer scellées dans la roche. Les câbles de soutien peuvent résister à une tension de 60 tonnes chacun. Le câble moteur a un diamètre de 1 centimètre un quart; il est fixé à demeure sur la voiture. 11 est mis en mouvement par une machine à vapeur de 20 chevaux placée dans l’usine située à la partie inférieure du « pont », comme les inventeurs appellent cette ligne. Un second moteur de même puissance sert de réserve pour assurer le service.
- La montée dure trois minutes et demie; la descente, qui se fait sous la seule action de la pesanteur, ne dure qu’une demi-minute, c’est-à-dire que la vitesse moyenne, à ce moment, est d’environ 40 kilomètres à l’heure. Le frottement du câble et la résistance de l’air sont seuls utilisés pour modérer la vitesse de descente.
- La longueur intérieure du coffre de la voiture est de 4"‘,25, sa largeur de lm,80 et sa hauteur de 2 mètres; une plate-forme de 90 centimètres se trouve à l’avant et une autre à l’arrière. Ce véhicule peut contenir seize voyageurs assis; vingt et plus ont été transportés parfois, ce qui est une grave
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- LA A AT LUE.
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- imprudence. La voilure, à vide, lie pèse que 550 kilogrammes; mais avec seize voyageurs el les hommes de service, le poids total est de près de 2 tonnes. Les câbles sont tendus au-dessus du fleuve et, en cas de rupture, peu de voyageurs auraient chance d’échapper à la mort. On ne saurait donc s’entourer de trop de précautions, surtout dans les premiers essais. 11 n’est pas dans les habitudes américaines d’agir ainsi.
- Ln jour, le câble moteur, devenu trop faible par suite de l’usure, s’est brisé; comme il n’existait aucun appareil de sûreté pour modérer la descente, un accident assez grave s’est produit, qui a interrompu le service.
- -s il n’en était pas moins intéressant d’enregistrer cette curieuse installation quia fonctionné sans accident depuis le printemps de 1891 jusque dans ces derniers temps, et qui doit reprendre son service d’ici peu, lorsque, les perfectionnements nécessaires auront été introduits. Il n’est pas douteux qu’elle rencontrera alors auprès du public la même faveur que dans les premiers temps. Comme nous le disions plus haut, en effet, le voyage aérien produit une sensation très agréable; lorsqu’on y est habitué, il constitue une vraie partie de plaisir.
- L’inventeur, M. B.-J. Gagnier, de Détroit, propose l’emploi de ces tramways pour la traversée des torrents, des ravins, ou simplement pour remplacer lés ponts ordinaires sur les rivières lorsque ceux-ci seraient trop difficiles ou trop coûteux à établir. Il propose d’en construire un pour la traversée des chutes du Niagara. Les câbles seraient tendus juste au-dessus des chutes et l’on pourrait ainsi jouir, dlune façon incomparable, de ce merveilleux spectacle.
- Sans aller aussi loin, il est certain que ce mode de transport pourrait recevoir de nombreuses applications plus modestes dans les pays de montagnes, où il rendrait des services en même temps qu’il constituerait une attraction. G. Pellissier.
- LE PAIN DE GUERRE
- Ou est arrivé à fabriquer un pain avec levain, comprimé, mais se conservant tendre et pouvant se mettre dans la soupe; ce nouveau produit possède les qualités de conservation du biscuit sans en présenter les inconvénients : dureté extrême, manque de saveur, dégoût chez la plupart des hommes et, par suite, troubles digestifs.
- Une note ministérielle fait savoir qu’à l’avenir l’expression « pain de guerre » devra être substituée à celle de « biscuit )), dans toutes les pièces administratives. Voilà encore une de nos vieilles traditions militaires qui disparaît ; les hommes ne s’en plaindront pas, mais les chevaux des troupes montées y perdront certainement; en temps de paix, ce sont eux qui bénéficiaient du biscuit pour la grande part.
- L’usage du biscuit remonte à la plus haute antiquité, le mot biscuit vient de biscoctum (serait-ce parce que le biscuit n’est cuit qu’une fois'?). Vers le temps des Ântonins, les armées romaines en faisaient usage comme approvisionnement de campagne; les-soldats portaient cette nourri-
- ture dans des sacs de peau. Au seizième siècle, dans les troupes françaises, on l’appelait le « pain do pierre des Tu rcs » ; il fut utilisé également sous Louis XIV et Louis XV.
- Nous trouvons les lignes suivantes dans le Dictionnaire militaire portatif, de 1750, à l’article Biscuit :
- « Les généraux d’armée commandent, au commencement de la campagne, que l’on fabrique du biscuit, parce que s’ils trouvent occasion de brusquer une entreprise dans le pays ennemi, ils ne sont point obligés de laisser pénétrer leurs desseins, ni d’attendre les longueurs de la façon et distribution du pain pour quatre ou six jours, sans compter que trois rations de pain pèsent autant que quatre de biscuit. Si cette précaution est inutile, on distribue le biscuit aux soldats, dans la proportion d’une ration sur trois, four la fabrication du biscuit, on choisit les boulangers les plus habiles et les plus robustes, car le travail en est très pénible. »
- Le règlement du 5 avril 1792, l’arrêté de l’an 9, le règlement de l’an 15, prévoyaient les distributions de biscuit aux troupes en campagne. Napoléon Pr s’est même occupé de le faire fabriquer parle soldat lui-même, comme le prouve un décret de 1811.
- Le biscuit était le pain ordinaire d’une partie de la Suède (Knockbrod) ; il peut se comparer au Soukari des Russes et des Polonais et au To(jacht des Turcs. La moindre durée du biscuit était d’un an, mais Pline le Jeune parle d’un pain de mer qui se conservait pendant des siècles.
- ^ Le pain de guerre qui va remplacer le biscuit a été l’objet de nombreuses et longues expériences qui l’ont fait adopter; il ne reste plus qu’à voir comment il se comportera à l’usage et comment il sera apprécié par les soldats1.
- LES PROPRIÉTÉS CIIRIIQUES
- *
- 1)E LA FOXTE LIQUIDE
- Grâce aux températures élevées que l’arc électrique permet de produire, de régler et de maintenir avec une si grande facilité, la chimie métallurgique 'l'ait des progrès rapides dont l’industrie ne tardera pas à faire son profit. C’est en utilisant ces hautes températures que M. Henri Moissan, dont nous avons déjà signalé à plusieurs reprises les beaux travaux, est parvenu à démontrer que la fonte en fusion est un liquide dans lequel les réactions sont parfois aussi nettes que dans les solutions aqueuses maniées dans nos laboratoires à la température ordinaire. La complexité des réactions provient surtout de ce que les fontes peuvent renfermer un grand nombre de composés comme impuretés. Par des expériences dont le détail ne saurait trouver place ici, M. Moissan est parvenu à déplacer le carbone dans une fonte ou dans un carbure de fer en fusion par le bore et le silicium. Tous ces corps, fer, carbone, bore et silicium, se conduisent exactement comme les solutions aqueuses de certains composés dans lesquelles on précipite ou on déplace tel ou tel corps en solution ou en combinaison. Si le déplacement du carbone n’est pas complet, cela tient à ce qu’il se forme un équilibre entre le siliciure et le carbure de fer, équilibre dont les conditions varient avec la température et les impuretés du bain. Les fontes blanches ou grises sont généralement dans ce cas.
- Tous les faits que nous venons de citer ont beaucoup d’importance au point de vue physique et chimique.
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- 1 D'après* la Revue du Cercle militaire.
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- LA NATURE.
- IAMPE INTENSIVE AU PÉTROLE
- « l’éclatante ))
- Depuis quelques années nous assistons à une transformation continuelle des systèmes d’éclairage public et privé. La lutte entre l’électricité, le gaz et le pétrole, pour ne parler que des principaux champions, est des plus intéressantes à suivre; elle suscite chez les inventeurs une émulation féconde dont tout le monde profite. Mais, quoi qu’il arrive, il y aura toujours des cas particuliers assez nombreux où tel ou tel système prévaudra sans conteste.
- C’est ainsi que nous voyons de très petites bourgades pourvues d’une distribution électrique, parce qu’il se trouve à proximité une chute d’eau utilisable.
- Dans bien d’autres endroits les installations de gaz ou d’électricité seraient trop onéreuses, et c’est alors que le pétrole peut devenir avantageux, surtout depuis que les droits d’entrée ont été diminués.
- Le nombre des brûleurs à pétrole est déjà considérable, mais on semble jusqu’à présent s’être surtout attaché à perfectionner la lampe d’appartement. Celle que nous signalons aujourd’hui à nos lecteurs et que le fabricant a nommée l'éclatante s’applique plutôt à l’éclairage de vastes espaces, tels que les ateliers, usines, magasins, etc...; elle
- rappelle par sa forme extérieure le bec récupérateur à gaz de Wenham. Ainsi qu’on le voit sur la coupe (fig. 1), le pétrole est renfermé dans un réservoir supérieur R, et brûle sans mèche à la partie inférieure ; à vrai dire ce n’est pas le pétrole, mais du gaz de pétrole qui produit la flamme éclairante. Pour arriver à ce résultat, après avoir rempli le réservoir R, on verse, au moyen d’une mesure pendue après la lampe même, une petite quantité d’alcool dans l’entonnoir E; il s’écoule par un tube coudé qui traverse tout l’appareil et vient tomber dans une cupule, garnie de mèches d’amiante, qu’on voit au milieu du globe de verre placé à la partie inférieure. On allume cet alcool et on ouvre, au moyen d’une chaînette, le robinet A. Le pétrole peut alors,
- Fig. 1 et 2. — Nouveau Fig. 1. Coupe de l’appareil. — Fig.
- après avoir traversé un filtre F, s’écouler à raison de 90 gouttes environ par minute; il arrive dans une petite chambre D où il est volatilisé et transformé en gaz. Celui-ci s’échappe par une série de tubes T disposés en couronne et dont les orifices débouchent au-dessus de la flamme d’alcool ; il s’enflamme et la lampe se trouve allumée. La chaleur dégagée par sa flamme suffit pour entretenir la volatilisation dans la chambre D, et l’alcool, du reste épuisé à ce moment, devient dès lors inutile.
- Pour assurer une combustion complète, un système d’enveloppes R assure l’arrivée de l’air au niveau des
- brûleurs et les produits de la combustion s’échappent par la cheminée centrale C.
- Par suite de la disposition renversée de la flamme, la lampe est destinée à être suspendue au plafond ; un abat-jour placé au-dessus du globe (fig. 2) renvoie la lumière vers le sol, et deux chaînettes reliées au robinet permettent de régler facilement l’arrivée du pétrole et, par suite, l’intensité lumineuse. Nous avons pu constater que la lumière est très belle et qu’il ne se dégage pas d’odeur désagréable. Le liquide employé étant du pétrole rectifié, et non de l’essence, il n’y a pas de danger d’explosion. Quant au point de vue économique, nous n’avons pu le vérifier par nous-même et sommes obligé de nous en rapporter au dire du fabricant; il assure que la consommation horaire est très réduite et qu un litre suffit pour produire une intensité lumineuse de 140 bougies pendant six heures; le réservoir est de dimension suffisante pour assurer cet éclairage pendant vingt-quatre heures environ ; ce serait donc une lampe véritablement économique, mais c est à l’usage seulement et par l’expérience qu’on pourra s’en convaincre avec exactitude.
- Quoi qu’il en soit, la lampe que nous venons de faire connaître constitue un système intensif dont le prix d’achat est assez modeste et qui est très commode en ce sens qu’il peut se placer instantanément n’importe où ; „cela seul suffirait à le rendre intéressant. G- Mareschal.
- brûleur à pétrole.
- 2. Vue d’ensemble extérieure.
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- L’INDICATEUR DES ALPES
- L’indicateur des Alpes que représente notre gravure se trouve en Suisse, sur une colline prèsd’Aa-rau. Cet appareil est bien connu des baigneurs qui ont passé une saison à Schinznach-les-Bains, car c’est un but classique d’excursion. L’utilité de cet indicateur est de donner au touriste le nom des montagnes qu’il voit au loin et dont la chaîne ininterrompue sur près de la moitié de l’horizon forme un spectacle grandiose. Le système se compose d’une table demi-circulaire dont la partie arrondie est tournée vers le panorama, et, sur cette table, pivotant autour d'un axe placé au milieu du côté rectiligne, se trouve une règle formant comme le rayon delà circonférence dans laquelle est prise la table. Sur cette règle, au-dessus du pivot, est placé un viseur, et à l’autre bout, vers la circonférence, un point de mire.
- Sur la table et dans leurs directions respectives sont inscrits les principaux noms des montagnes qui se voient dans le lointain.
- Le spectateur qui veut consulter l’indicateur doit se placer du côté rectiligne de la table, et faire face au panorama. Avec la règle pivotant autour de Taxe il visera le sommet dont il désire connaître le nom, comme il ferait avec un fusil, en se servant du guidon et du point de mire; cela fait, il trouvera sur la table, à côté du point de mire, un nom : c’est celui de la montagne visée.
- Le lecteur comprend facilement comment il a été possible au constructeur d'établir cet indicateur. Il a orienté la table au moyen d’une boussole, et posant dessus une carte des environs, dans la même
- orientation, l’endroit où se trouve l’indicateur sur la carte coïncidant avec le viseur sur la table, l’opérateur a pu, faisant des visées sur les montagnes de l’horizon, les retrouver sur la carte, et réciproquement, visant d’après la carte, trouver la montagne à l’horizon. Opérations dont il a noté les résultats sur la table. Afin de trouver les objets plus rapprochés que l’horizon, on a reporté sur la table la carte des
- environs. L’horizon se trouvant dans le cas actuel à 40 kilomètres, on a divisé l’espace entre le viseur et la circonférence de la table, par des demi-cercles concentriques également espacés, ayant pour centres le viseur et dont l’écart représente une distance de 5 kilomètres à vol d’oiseau.
- On vise l’objet : clocher ou château, et on le retrouve sur la carte en le cherchant à sa distance ap-proximative le long de la règle.
- J’ai vu en Suisse plusieurs de ces tables : à Lucerne, à Zurich, mais elles n'avaient point de viseurs. On avait simplement dessiné les contours des montagnes et placé les noms au-dessous à des points correspondants. C’est beaucoup moins pratique.
- Sur la tour de la Cathédrale de Lausanne, j’ai vu installé le système à viseur, comme à Aarau. 11 avait été établi pour permettre au veilleur de nuit de reconnaître dans l’obscurité le village ou la ferme dans lequel venait d’éclater un incendie, afin d’y faire envoyer du secours Depuis que le téléphone a relié les villages à la ville principale, l’indicateur ne sert plus.
- Je n’ai jamais vu de ces indicateurs en France. Peut-être y en a-t-il, mais certainement il y a beaucoup d’endroits où on pourrait en mettre.
- Indicateur des Alpes près d’Aarau, en Argovie (Suisse) ; appareil destiné à indiquer au touriste le nom des montagnes vues d’un lieu élevé. (Dessin d‘après nature, par l’auteur.)
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- Aux environs de Paris, entre autres, une de ces tables ne serait déplacée ni sur la terrasse de Saint-Germain ni sur celle de Bellevue. On ne verrait certes pas les Alpes, mais il n’y a pas que les Alpes qui soient dignes d’intérêt. Je crois qu’il serait intéressant pour quelqu'un qui aurait l’avantage d’avoir chez soi une échappée sur un grand horizon, d’établir une de ces tables.
- Une boussole, une carte de l’état-major ou deux, une règle plate, une feuille de bristol, une planche, sont tout le matériel nécessaire. René Lâcher.
- LES FARDS
- FARDS LUMINEUX ET FARDS d’aLUSIIXIUM
- Comble chacun le sait, l’usage des fards est très ancien. Jérémie et Ezéchiel reprochent aux filles de Judée de se farder d’antimoine pour plaire aux étrangers.
- Les riches Égyptiennes de l’antiquité étaient très minutieuses pour leur toilette. Avec une baguette d’ivoire et du collyre, elles se formaient un cercle noir autour des yeux pour ajouter à leur éclat ; la boîte de fard était mise ensuite en réquisition, et le rouge succédait au blanc sur le visage de la belle; les veines étaient indiquées artificiellement par des traits bleus dessinés à la pointe d’ivoire. Le professeur Raeyer, de Munich, a recherché à quels ingrédients la princesse Ast, fdle des Pharaons, recourait pour aviver le noir de ses yeux ou rehausser l’incarnat de son teint. Ayant eu à sa disposition quelques momies de grandes dames égyptiennes, habitantes de tombeaux récemment découverts à Achmin, il imagina de gratter avec un scalpel la mince couche d’onguent inconnu dont on les avait maquillées post mortem, et d’en faire l’analyse. Pour se blanchir le teint, les mondaines de Thèbes et de Memphis employaient volontiers des onguents au blanc de céruse, à la craie, à la farine.
- L’empereur Héliogabale, quand il entra pour la première fois dans Rome, avait les sourcils peints en noir et les joues enluminées de rouge et de blanc1.
- Depuis ces époques lointaines, rien n’a été changé, les mêmes substances servent à nos mondaines modernes. Il est vrai que la céruse a laissé place à la poudre de riz, mais le sublimé, le chlorure de mercure, est toujours le roi des cosmétiques pour embellir la peau. Rien de nouveau n’a été mis à la disposition des personnes qui veulent trancher avec le commun.
- Aujourd’hui, j’ai à signaler une innovation réelle, l’usage des fards lumineux. Aura-t-elle les honneurs de la popularité? Je ne puis l’affirmer. Quoi qu’il en soit, je vais en donner la préparation. La chose est à la portée de tout le monde et chacun pourra faire le fard qui lui conviendra, à sa fantaisie et comme bon lui semblera.
- Les fards lumineux sont tout simplement des fards ordinaires, poudre de riz, pierre ponce en poudre, craie, blanc de zinc, etc., additionnés de poudres phosphorescentes, composées de sulfures de calcium, de zinc, de baryum ou de strontium. La céruse et le fard de bismuth doivent être soigneusement écartés de ces préparations, car celles-ci deviendraient noires par suite de la formation d’un sulfure. Le fard hlanc le plus beau est formé par le sulfure de zinc préparé suivant le procédé indiqué par Charles Henry. Ce corps a une belle luminosité vert blan-
- 1 Gibbon. — Décadence et chute de l’Empire romain.
- châtre dans la nuit et un éclat tout à fait énigmatique dans le demi-jour ou le clair-obscur des lumières artificielles. Il donne à la peau un éclat particulier, un velouté spécial, qui augmente sa beauté et sa finesse. Malheureusement, la couleur vert blanchâtre du retlét est mauvaise ; elle rend livide comme la lumière du bec Auer. On à obvié a cét inconvénient, en masquant la lumière verte par un reflet rouge donné par un peu de lithine et de l’alkanna ou du carmin. Voici, à titre d’exemple, la composition d’un fard lumineux :
- Pierre ponce en poudre fine, 100 parties; sulfure de zinc phosphorescent, 200 parties; carbonate de lithine, 25 parties; carmin, 2 parties.
- Arrivons à présent à parler du nouveau fard d’aluminium. L’aluminium en poudre fine est aujourd’hui dans le commerce, où il trouve de nombreuses applications dans l’impression, la reliure, la peinture, etc. INous avons eu l’occasion de voir dernièrement, dans un théâtre, les Hommes d'argent, exécutant des travaux athlétiques, dont le corps était enduit de poudre d’aluminium, qui adhère très bien à la surface de la peau. Sous l’influence de lumières blanches et colorées, ces hommes prenaient des nuances métalliques très belles, et représentant tous les tons auxquels nous avons été habitués par la danse serpentine. Voilà une nouvelle application de ce métal, dont les emplois passionnent tant de cerveaux et tant d’intelligences. A..-VI. Villon.
- LA COLORATION DES ALPES
- AU COUCHER DU ! SOLEIL . ,
- M. le Dr J. Amsler a fait, sur ce sujet,,une communication à la dernière réunion dé la Société helvétique des sciences naturelles. ; ”J> !
- Par un temps clair, les sommets-des hautes Alpes prennent, au coucher du Soleil, june belle teinte rose, laquelle, après extinction, peut, quand l’atmosphère est calme, reparaître une seconde fois, souvent même une troisième. C’est là le phénomène désigné en allemand par l’expression «. Alpengliihen ». ., )
- La coloration rougeâtre a reçu déjà mainte explication'; il n’en a pas été de même de la répétition du phénomène, M. Amsler en donne l’interprétation en se basant sur les phases diverses par lesquelles passent, au moment du coucher du Soleil, la température de l’air et son état hygrométrique, partant de la réfrangibihté des différentes couches de l’atmosphère que traversent Jes, derniers rayons solaires. ».,/ . „
- Par un temps calme et un ciel serein,Ja température, aussi bien que l’humidité de l’air, décroît avec la hauteur au-dessus du sol, ce qui entraîne pour des couches d’air superposées une croissance de leur indice de réfraction de bas en haut. D’après lès lois connues, les rayons-du Soleil, peu avant le coucher, ne suivront donc pas une ligne droite, mais une courbe dont la concavité est tournée vers le haut. Par suite de cette incurvation, lés rayons émanant du Soleil n’arriveront plus à atteindre les hauts sommets, à un moment cependant où pour ceux-ci cet astre est encore en réalité au-dessus dp l’horizon, C’est lè ce qui met fin à la première coloration. Mais les couches inférieures de l’atmosphère qui ne sont plus traversées par les rayons solaires sè refroidissent. Ce refroidissement, gagnant de proche en proche et:dé bas en haut, atteint les régions traversées par les rayons solaires et v ramène une réfrangibilité â peu près constante ou
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- même do. sens inverse à ce qu’elle était tout à l’heure. Du même, coup, les trajectoires des rayons solaires changent et redeviennent rectilignes ou même incurvées vers le bas. Il se produit alors à la base des hautes cimes un retour de coloration qui s’étend rapidement vers le haut, pour disparaître ensuite avec une position plus basse du Soleil (seconde coloration). Enfin, l’air des couches voisines du sol resté plus chaud, partant plus léger, malgré un refroidissement partiel, pourra arriver dans des régions plus élevées de l’atmosphère, et y produire un abaissement de l’indice de réfraction tel que les rayons solaires soient fortement incurvés vers le bas et arrivent de nouveau à atteindre les sommets neigeux (troisième coloration).
- Souvent ces deux dernières phases se confondent en une seule et l’on n’observe qu’une double coloration. M. Amsler trouve la confirmation de son interprétation, dans des observations sur la coloration des Alpes faites par M. le professeur Rodolphe Wolf depuis Berne, par M. le pasteur Dumermuth depuis le Beatenberg et par lui-même de diverses stations. L’étude attentive du phénomène depuis un point suffisamment rapproché permet en effet de suivre très nettement le développement des trois phases qui viennent d’être décrites.
- LES APPLICATIONS DE L’OZONE
- EN THÉRAPEUTIQUE
- ÉTABLISSEMENT DE SAINT-RArHAËI.
- ' On a inauguré en 1891, à Saint-Raphaël, un Établissement médical où l’on traite l’anémie, la chloro-anémie et la tuberculose à l’état naissant, suivant la méthode préconisée par les I)rs Labbé, Oudin et Desnos ; cette méthode est basée sur les propriétés oxydantes et antiseptiques de l’ozone.
- \ïÉtablissement médical de Saint-Raphaël, le premier de ce genre qui ait été créé, offre ceci de particulier, qu’on y fait industriellement de l’ozone Chimiquement pur. L’Établissement se compose d’un vaste corps de bâtiment d’une architecture gracieuse (fig. 1), flanqué de deux halls vitrés. Les salons du Casino occupent le premier étage; le rez-de-chaussée est réservé à l’hydrothérapie et à l’ozonothérapie. Deux grandes salles sont particulièrement affectées à cette dernière ; la salle d’inhalation (fig. 2) et la salle de humage (fig. 5).
- Après bien des essais, voici le dispositif général qui a été adopté. L’ozone se prépare en soumettant à l’effluve électrique de l’oxygène pur et sec ; au moment de l’inhaler, on le mélange à une quantité déterminée d’air pur. L’oxydation de l’azote contenu dans cet air n’a pas le temps de se faire et on a ainsi de l’air ozonisé chimiquement pur, sans trace de composés nitrés.
- Les appareils comprennent ; 1° des générateurs électriques; 2° un gazomètre; 3° un tableau de distribution pour l’oxygène et l’électricité; 4° des transformateurs ; 5° des ozoniseurs ; 6° une soufflerie ; 7° des bouches d’inhalation.
- L’électricité est produite par une dynamo Reeh-niewski actionnée par un moteur à gaz de dix che-
- vaux. Le courant fourni par cette dynamo sert à charger une batterie d’accumulateurs qui est utilisée pour l’éclairage de l’Établissement médical et pour la production de l’ozone. Cinq accumulateurs seulement suffisent pour actionner, en même temps, tous les ozoniseurs.
- Le gazomètre se compose d’un réservoir cylindrique d’une capacité de huit cents litres. On le remplissait au début au moyen de tubes contenant de l’oxygène comprimé; mais ce gaz est souillé par beaucoup d’impuretés, par de l’azote en particulier. On préfère aujourd’hui préparer directement l’oxygène au moyen du chlorate de potassium et du bioxyde de manganèse. Le gazomètre est complété par un appareil spécial dans lequel l’oxygène se dessèche et se purifie.
- Les appareils situés dans la salle de humage et dans la salle d’inhalation sont divisés en troW'séries indépendantes que le tableau de distribution permet de mettre séparément en marche.
- Il y a deux modèles d’ozoniseurs : un modèle à grand débit et un modèle à petit débit. Le fonctionnement de ces deux appareils est basé sur le même principe : la polymérisation de l’oxygène sous l’influence de l’effluve électrique.
- L’ozoniseur à grand débit, dont l’emploi est plus particulièrement réservé à la salle d’inhalation, se compose essentiellement d’une série de feuilles d’étain maintenues respectivement entre deux lames de verre; une feuille d’étain et deux lames de verre constituent un élément d’ozoniseur.
- Les éléments sont percés à une de leurs extrémités de deux trous pour laisser passer le courant gazeux ; à l’extrémité opposée, la feuille d’étain qui est emprisonnée dans les lames de verre est munie d’un petit appendice ou queue. Une mince feuille d’amiante paraffinée encadre les éléments et les sépare les uns des autres. Toutes les queues paires sont réunies du même côté, les queues impaires sont réunies du côté opposé. On dispose les éléments dans une boîte couverte d’un enduit spécial qui la protège contre l’action destructive de l’ozone; deux bornes amènent le courant aux feuilles d’étain paires et impaires ; le courant d’oxygène arrive par un orifice disposé sur un côté de la boîte, il traverse en zigzags l’espace compris entre les divers éléments où il est soumis à l’effluve et il sort par un orifice ménagé dans le côté opposé, fortement ozonisé.
- Ces ozoniseurs, d’une construction robuste, présentent sous un volume restreint une surface d’ef-. fluve dix à vingt fois plus considérable que celle des ozoniseurs ordinaires. Dans le modèle courant qui est à 10 éléments, les plaques de verre ont 20 cen-! timètres sur 10, les feuilles d’étain 15 centimètres sur 6. La surface active d’effluve est de 1020 centimètres carrés.
- Le modèle à petit débit, plus spécialement affecté à la salle de humage, se compose de deux tubeS : concentriques en verre mince. Le tube intérieur, fermé à une extrémité, est bourré de papier
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- d’étain; à l’autre extrémité est fixée une borne qui amène le courant. Le tube extérieur est recouvert d’une feuille d’étain ; une bague munie d’une borne amène le courant. L’oxygène arrive par une tubulure latérale, parcourt l’espace annulaire compris entre les deux tubes où il est soumis à l’effluve, et sort par l’extrémité opposée.
- Un ventilateur puissant, cpie met en marche un moteur électrique, puise de l’air dans les hautes régions de l’atmosphère; cet air, débarrassé des germes et des poussières par une filtration minutieuse sur de la ouate, est mélangé, dans les bouches d’inhalation, à l’oxygène ozonisé pur.
- Les bouches d’inhalation sont au nombre de
- trente-quatre : dix dans la salle d’inhalation, vingt-quatre dans la salle de humage. Chacune d’elles est constituée par deux tubes concentriques. Le plus petit, terminé en pointe effilée, amène l’oxygène ozonisé. Le plus grand amène l’air ; il se termine par un pavillon de cuivre nickelé. Tous les pavillons de la salle de humage sont mobiles ; chaque malade a le sien. Dans cette salle trois bouches de humage sont alimentées par un seul et même ozoniseur. Un robinet monté sur le tube adducteur d’ozone et dont la manette se meut devant un secteur gradué, permet de régler l’arrivée du gaz. Dans la salle d’inhalation deux bouches sont alimentées par un seul appareil. On ne met ordinairement en marche
- Fig. 1. — Établissement médical de Saint-Raphaël. (D’après une photographie.)
- que deux ozoniseurs grand modèle. Au bout de quelques minutes l’atmosphère de la salle est fortement ozonisée. L’odeur répandue par l’ozone très pur est douce et ne provoque aucune irritation.
- L’arrangement des bouches d’inhalation est des plus gracieux. Dans la salle d’inhalation (fig. 2) les malades ne sont pas astreints à garder une immobilité fatigante ; les uns vont et viennent en causant, les autres sont assis et lisent un journal. Tous, presque sans y songer, respirent à pleins poumons l’ozone bienfaisant et réparateur.
- Accoudés autour d’une grande table, les patients absorbent, dans la salle de humage (fig. 3), des doses de gaz un peu plus fortes, que l’on peut facilement graduer à volonté.
- Dans les deux pièces, des fleurs fraîches et riantes
- sont répandues à profusion; l’éclat de leurs corolles parfumées jette une note gaie sur tous les assistants.
- Les résultats obtenus dans le traitement des diverses affections varient naturellement avec l’âge du malade et la nature des maladies. Plus le sujet est jeune, plus il a de chance d’être reconstitué. Le traitement par l’ozone ne s’adresse pas aux lésions produites par les maladies, mais à la diathèse ayant produit ces lésions. C’est en modifiant l’état constitutionnel du malade qu’on arrive à un résultat certain et durable.
- Pour l’anémie et la chloro-anémie, l’ozone peut être considéré comme un spécifique certain. Je regrette que le défaut d’espace m’empêche de citer quelques-unes des observations relevées par les docteurs Lagrange et Bontems, attachés à l’Établis-
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- Fig. 2. — Établissement de Saint-Raphaël, pour les applications de l’ozone en thérapeutique. Vue d’ensemble de la salle d’inhalation de l’air ozonisé. (D’après un dessin de M. Riou.)
- Fig. 3. — Établissement de Saint-Raphaël pour les applications de l’ozone en thérapeutique. Vue d’ensemble de la salle de'humage de l’ozone. (D’après un dessin de M. Riou.)
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- sement medical; toutes sont des plus probantes.
- A l’Établissement est joint un laboratoire d’analyse chimique et bactériologique. On yemploie pour le dosage de l’ozone des appareils volumétriques nouveaux. On y étudie en ce moment un appareil d’inhalation portatif, qui pourra rendre de grands services à ceux que leurs occupations empêchent de se rendre à Saint-Raphaël, pour y suivre sur place le traitement ozonothérapique. Maries Otto.
- NÉCROLOGIE
- H. Launctle. — Le nom de Launelte, créateur de la Librairie artistique, d’où sont sortis tant de beaux livres, est connu de tous les bibliophiles et d'un grand nombre d’artistes ou d’écrivains qui se sont associés à son œuvre. Launelte, que la mort vient d’enlever dans sa quarante-neuvième année, après plus de trois ans de souffrances qu’il eut à supporter à la suite d’une attaque subite d’une paralysie inguérissable, était un enfant de ses œuvres. Par sa seule volonté, il s’engagea comme novice à l’âge de dix-sept ans dans la Marine de l’Etat; il fit de grands voyages, et prit part, après ses premières explorations, à la campftgne du Tonkin, où il était matelot sur un navire canonnier naviguant sur les fleuves. Avec son ardeur de la vie d’aventures, et son amour de la Patrie, Launette ne se déplaisait pas à ce rude métier du marin. Il le quitta cependant, ayant fait un assez long service, cl, toujours livré à lui-même, il partit pour l’Amérique du Sud, où il voulait faire fortune. Après avoir résidé à Rio-de-Janeiro, où il avait essayé sans succès de professions diverses, il vint à Paris, où il fut successivement employé aux Messageries de la Presse et à la librairie de M. Baschet. Lau-
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- nette avait instinctivement l’intuition des arts, le goût des livres, il se plaisait à voir des gravures, des estampes, à admirer les belles compositions de nos artistes; il se résolut, après quelque temps de pratique, à se faire éditeur, et il fonda la Librairie artistique, rue de Vaugirard. Sa première œuvre fut un coup de maître, il l’entreprit de compte à demi avec la maison Goupil : il s’agissait de publier quatre grands volumes in-folio, intitulés les Grands Peintres et Les Aquarellistes; ces livres donnaient la biographie des Meissonier, des Bonnat, des Puvis de Ghavannes, des Isabey, des Alphonse de Neuville, des Edouard Retaille, des Eugène Lambert, des Maurice Leloir, de tous les grands peintres, avec la reproduction en héliogravure de quelques-uns des plus beaux spécimens de leurs œuvres. Les premières livraisons parues eurent un succès considérable ; tous les peintres célèbres que Launette allait voir et solliciter, lui donnaient à reproduire les richesses de leurs cartons. Les quatre volumes parurent successivement et commencèrent à faire la fortune du jeune éditeur. Launette, en possession d’un capital important, se lança dans l’entreprise d’autres publications ; il publia, avec la collaboration de M. Gillot, Les quatre fils Aymond; c’était M. Grasset, le peintre de grand talent, que l’éditeur avait choisi pour illustrer chaque page, en planches admirables de composition, et qui sont tirées en couleur. Cet ouvrage, que les bibliophiles ont beaucoup apprécié, est assurément l’un des plus curieux et des plus beaux de notre époque. Au milieu de ses succès, Launette continua ses publications, et fit paraître successivement, en éditions absolument réussies, le Voyage sentimental de Sterne, avec les adorables compo-
- sitions de Maurice Leloir. On ne tarda pas à voir se produire à la Librairie artistique, Manon Lescaut illustré parla reproduction d’une série d’aquarelles d’une exécution magistrale due encore au pinceau de Maurice Leloir. Launette augmenta sa maison en s’associant à M. Boudet, et il continua à faire paraître de beaux et riches ouvrages, Les Oiseaux, grand in-folio avec les aquarelles de Giaco-melli reproduites en couleur; Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, illustrées par Maurice Leloir; l'Histoire des Ballons en deux volumes in-8% richement illustrés, pai Gaston Tissandier; Les Affiches illustrées, par Màib-oron ; La Vie rustique, par Lhermitte, etc., etc. Après tant de succès, des revers frappèrent l’éditeur, et la maladie le terrassa; dans son lit de douleur, il continuait encore la fabrication des beaux livres, et c’est lui qui dirigeait pour la maison Calmann-Lévy, à laquelle il avait été attaché, la publication des Trois Mousquetaires, d’Alexandre Dumas, ouvrage qui a encore donné à M. Maurice Leloir l’occasion de faire des chefs-d’œuvre d’illustration. Tout à fait à la fin de sa vie, il voulut s’occuper encore, et M. Conquet fit de Launette son collaborateur pour un ouvrage de luxe, inachevé, et qui va paraître prochainement. Launette n’est plus, mais les livres qu’il a édités, seront toujours cités parmi les plus remarquables de ceux qui font honneur à l’art français. G. T.
- MONTAGNES CHANTANTES
- La Nature a parlé de la montagne mouvante située sur le bord de Columbia River, en Amérique.
- Nos lecteurs se doutent-ils qu’il existe également, là-bas, des montagnes chantantes ? Si nous en croyons le grand Darwin qui, un des premiers, décrivit scientifiquement le phénomène, il se trouve au Chili, près de la ville de Copiapo, — province de Coquimbo, — une montagne d’assez faible altitude, appelée dans le pays El Brama do-r, à cause du cri ou plutôt du mugissement sourd mais prolongé qui semble sortir de ses flancs.
- D’après le célèbre naturaliste anglais qui, lui-même, pendant un voyage au Chili, étudia sur place le Bramador, le mugissement serait produit par le frottement des grains de sable dont est couverte la montagne et qui sans cesse, — sous les pas des hommes ou des animaux, peut-être aussi par suite de la trépidation du sol, — dévalent en poussière fine le long des côtés jusque sur la plaine, Au milieu de Pvramid Lake, non loin de Truekee River, dans le Nevada, il y a encore une autre montagne chantante, moins célèbre sans doute mais plus curieuse assurément que la première, car si le son qu’elle émet n’est pas continu, du moins il est bien plus harmonieux. Suivant la force du vent et certaines circonstances atmosphériques, on entend d’abord comme le tintement de milliers de clochettes à la voix argentine; graduellement le bruit s’enfle en véritable symphonie, pareil aux basses de l’orgue à pédale; puis le silence se fait subitement.
- De l’avis des savants, notamment de Seetzen et de Ehrenberg, qui ont repris et développé la théorie de Darwin, ces phénomènes ont pour cause unique le moUr vement du sable sur les flancs de la montagne.
- D’ailleurs, les grandes étendues sablonneuses possèdent sans aucun doute certaines propriétés musicales bien déterminées. Qui n’a entendu parler « des voix » qui paraissent monter du désert? Le désert de Lob-nor, en Chine, est, nous assurent les chroniqueurs, rempli d’har-
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- manies extraordinaires. L’Afghanistan, l’Arahif*, ont aussi (les collines de sable mouvant qui rendent des sons harmonieux. A Manchester-de-la-Mer, dans le Massachusetts, il y a ce qu’on appelle the singing beach, la plage chantante, et les sables de Ëigg, aux îles Hébrides, comme ceux de Bornholm, au Danemark, semblent doués de la même sonorité. X. West.
- UN YOLCAN EN ACTIVITÉ
- DAXS l’aFISIOI'K ÉQCATOlUAr.E
- Une intéressante découverte géographique vient d’être faite en Afrique. Un officier allemand, le comte von Goetzen, a découvert récemment, au sud de l’Albert-Edouard, un volcan en activité, qu’il nomme le Kirunga.
- A vrai dire, cette nouvelle ne doit pas surprendre outre mesure les personnes qui suivent avec attention les progrès des explorations africaines. Les renseignements recueillis par Emin-Pacha et par son lieutenant le naturaliste Stuhlmann, au cours de leur dernier voyage, la laissaient présager. On sait (pie ces deux savants accomplirent, pendant les années 1890-1892, une exploration des plus importantes depuis l'océan Indien jusqu’au cours supérieur de l’Arouhimi, affluent de droite du Congo Pendant leur trajet du lac Victoria au lac Albert-Edouard, ils entendirent à plusieurs reprises parler de l’existence d’un volcan.
- D’abord des indigènes habitant la rive sud-ouest du lac Victoria leur dirent qu’il y avait dans le Rouanda une montagne « dont il sortait souvent de la fumée ». Puis, à mesure que les deux explorateurs avancent dans l’ouest, les renseignements se précisent. Un chef déclare que de temps à autre, généralement a des intervalles de neuf à douze mois, du feu sort de cette montagne, et coïncide avec un bruit effroyable. Les guides ne sont pas moins affirmatifs. La nuit, disent-ils, on voit souvent du feu et on entend un bruit comparable à des mugissements de bœufs ou à des détonations de coups de fusil. On attribue ces faits surnaturels à un Esprit irrité. Enfin, pendant qu’ils longeaient la rive méridionale du lac Albert-Edouard, Emin et Stuhlmann aperçurent dans le lointain, vers le sud, plusieurs montagnes parmi lesquelles le volcan, qu’on disait être en activité.
- Stuhlmann a transcrit le nom qu’il entendait prononcer sous la forme Virunyo-vyagonyo. Des témoignages divers des indigènes et de ses impressions personnelles, il a dégagé les observations suivantes.
- A l’extrémité méridionale du lac Albert-Edouard s’étend une plaine, au milieu de laquelle s’élèvent six cônes. Ils avaient déjà été aperçus en 1861 par le voyageur Speke. Accompagné du capitaine Grant, il se dirigeait vers l’Ouganda, après avoir quitté le marché arabe de Tabora. Il vit un soir ces cimes coniques « qui étincelaient sous les feux du soleil
- 1 Yoy. notre étude intitulée : le Dernier Voyage d’Emin radia, dans la Revue générale des sciences pures et appliquées, n° du ôO mai 18iH, p. 7)82-7)88.
- couchant, ». Ces montagnes sont rangées sur une ligne orientée de l’est-nord-est à l’ouest-sud-ouest. D’après les calculs de Stuhlmann, elles sont situées entre 1° 20' et 1° 50' de latitude australe, et entre 29° 50' et 30° 0' de longitude est (Greenwich). Leur nature volcanique se manifeste dès le premier coup d’œil. La première (Stuhlmann les avait numérotées de l’est à l’ouest) est appelée par les indigènes Mfum-biro. Elle est large, haute, à pentes abruptes, avec une légère dépression à son sommet. La deuxième est plus petite. La troisième (Nahanga) est large et pas très haute. La cinquième (Kissigali) est la plus élevée. Stuhlmann a estimé son altitude à TOGO mètres, au moins. Ses pentes sont très abruptes. La partie orientale tombe presque à pic. Enfin, la dernière est précisément le Virungo. La forme de son cratère est parfaitement régulière.
- Les renseignements rapportés par Stuhlmann prouvaient donc l’existence d’une série de cônes volcaniques au sud du lac Albert-Edouard. Mais toute leur activité n'était-elle pas éteinte? l’un d’eux entrait-il encore parfois en éruption? voilà ce qui restait incertain.
- Emin et Stuhlmann étaient passés à quatre jours de marche au nord des volcans. Ils n’avaient personnellement observé ni feu ni fumée. Toutes les suppositions s’appuyaient sur les témoignages des indigènes, et il faut toujours les accueillir avec une extrême circonspection. Stuhlmann désirait vivement explorer lui-même ces volcans. Mais Emin était résolu à poursuivre sa marche vers le nord d’abord, vers l’ouest ensuite. Stuhlmann risqua respectueusement quelques observations, mais il ne réussit pas à ébranler la volonté de son chef. Il se résigna donc et laissa à un successeur, non d’ailleurs sans le regretter, la gloire d’une découverte qu’il pressentait. > ' , ,'î
- Ce successeur fut le comte von Goetzen. Cet offi^ cier a quitté le port de Rangani, sur la côte de J’océan Indien, à la tête d une caravane, forte de 600 hommes. 11 a traversé ce fameux plateau des Massai, où les explorateurs redoutaient tant, récemment encore, de s’aventurer, et qu’ils parcourent maintenant avec confiance. Après avoir coupé la route que suivent les caravanes du Tabora au lac Victoria, il à atteint et exploré la vallée de la Kagéra. Ce fleuve est un important tributaire du lac Victoria, et vraisemblablement le plus éloigné de la Méditerranée de tous les cours d’eau qui forment le grand Nil.
- Les’cônes volcaniques ne se sont pas présentés au comte von Goetzen sous le même aspect qu’à Emin et à Stuhlmann. C’est par le sud, en effet, qu’il les a abordés, alors que ses prédécesseurs les avaient aperçus du nord. Du plus loin qu’il les vit, toutes ses prévisions furent confirmées. De la montagne située à l’ouest, s’élevait une colonne de feu. Von Goetzen se trouvait donc en présence d’un volcan en activité (juin 1894). L’ascension fut pénible. La vie végétale se développe sur les flancs de la montagne
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- LA NATURE.
- avec cette exubérance propre aux re'gions tropicales. Yon Goetzen mit trois jours à se frayer un passage à travers la forêt. Enfin il arriva au sommet. « Ce cratère, écrit-il, est réellement ce qu’on peut voir de plus curieux et de plus imposant. Lorsqu’on se trouve au sommet de la montagne, on aperçoit un gouffre ayant environ 1 kilomètre et demi de diamètre et 30 mètres de profondeur. Ses parois ont une inclinaison d’environ 50 degrés. Le fond, qui présente une surface unie, est marbré d’un brun jaunâtre et présente deux puits aussi réguliers que s’ils avaient été maçonnés. Ou puits septentrional, qui peut avoir un diamètre de 100 à 150 mètres, sort, avec un grondement semblable à celui du tonnerre, une fumée rougeâtre. Je crois que nous nous trouvons en présence d’un lac de lave. A en juger par le feu qui s’échappe du cratère, il semble qu’il doit exister un second centre d’éruption du côté de l’ouest; je n’ai pu m’en assurer, ayant été arrêté dans ma marche par l’épaisseur de la forêt1. »
- Stuhlmann avait estimé l’altitude du volcan à 3500 mètres. Le chiffre déduit par von Goetzen de ses observations et de ses calculs provisoires, confirme presque exactement cette évaluation ; il a trouvé 3420 mètres. Néanmoins, sur certains points, son récit diffère quelque peu de celui de Stuhlmann. Le massif se composerait de cinq pics et non de six. Le nom exact du plus oriental de la série serait Ufumbiro et non Mfumbiro; celui du plus occidental Kirunga tsha gongo et non Virungo-vyagungo. Mais ce sont là des divergences peu importantes. Un fait subsiste : l’existence au sud du lac Albert-Edouard d’un volcan en activité.
- La découverte du comte von Goetzen ne présente pas un simple intérêt de curiosité. A la considérer uniquement par son côté pittoresque, on 1 amoindrirait. Elle porte et atteint plus loin. Elle vient à l’appui de cette théorie que les volcans jalonnent les lignes de dislocation de l’écorce terrestre.
- 1 Lettre du comte von Goetzen, citée par le Mouvement géographique de Bruxelles, n° du 9 décembre 1894, p. 160.
- Plusieurs de ces dislocations se sont produites au travers de l’immense plateau cristallin qui constitue la partie orientale de l’Afrique. Sur la plus orientale de ces failles se sont alignés les lacs Manyara, de Natron, Naivasha, Rodolphe, Stéphanie ; sur la plus occidentale les lacs Nyassa, Léopold, Tanganika, Albert-Edouard, Albert. Or, les volcans éteints ou en activité qu’on avait déjà découverts dans l’Afrique orientale, Igruivi, DoenjeNgaï, Kilima Ndjaro, Renia, sont rangés le long de la dépression orientale. La théorie de la distribution des volcans avait donc été déjà confirmée par cette répartition. Elle l’est de nouveau par la découverte récente. Le massif volcanique
- aperçu par Emin et Stuhlmann, exploré avec plus de précision par von Goetzen, est précisément situé sur le bord de la dépression occidentale. La découverte de von Goetzen forme donc une contribution à la physique générale du globe.
- Une autre remarque s’impose. L’idée que de hautes montagnes, les monts de la Lune, s’élèvent dans la région des sourcesdu Nil, s’était introduite dans la géographie depuis Ptolémée. Cette hypothèse a été tour à tour admise et abandonnée.
- Or voilà qu’en 1889, Stanley découvre le Runssoro, ce géant dont les cimes neigeuses culminent à 5800 mètres. Voilà qu’en 1891 Emin et Stuhlmann, en 1894 von Goetzen, annoncent l’existence de montagnes dont l’une s’élève à près de 3500 mètres et l’autre à plus de 4000.
- Les vues de Ptolémée étaient donc justes, et un débat ouvert depuis seize siècles est fermé par les explorations que nous venons de résumer1.
- Henri Dehérain.
- 1 Cet article était composé, quand on a appris en Europe la nouvelle de l’arrivée du comte von Goetzen à Matadi, à l’embouchure du Congo. Le comte von Goetzen a traversé l’Afrique de part en part. Outre le volcan du Kirunga, il a découvert un nouveau grand lac, le Kivou, et un nouvel affluent de droite du Congo, la Lowa. Les résultats de ce voyage paraissent donc être considérables, et placer son auteur au premier rang des explorateurs contemporains de l’Afrique.
- Région volcanique de l’Afrique équatoriale.
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- LA NAT U 11 E.
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- LE SCORPION
- UE LA MÉNAGERIE DU MUSÉUM
- Parmi les nouveaux pensionnaires dont la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle s’est enrichie dans ces derniers temps, il en est un qui attire peu l’attention et qui cependant présente un assez grand intérêt. C’est un Scorpion d’assez forte taille que M. Sauvinet a eu la bonne fortune de capturer lui-même à Mecheria.
- Le sympathique directeur de la Ménagerie s’étant rendu en Algérie pour y prendre livraison d’un lot de moulions et d’antilopes, se souvint que depuis
- longtemps le Muséum ne possédait plus de Scorpions vivants, et se trouvant au cours de son voyage pouvoir disposer de quelques heures, il résolut de les consacrer à leur recherche.
- 11 n’y pouvait employer que bien peu de temps, mais les Scorpions sont abondants en Algérie, et, en soulevant les pierres au milieu des touffes d’alfa, M. Sauvinet fut bientôt en possession d’une série d’individus, au nombre desquels s’en trouvait un d’assez forte taille réputé comme très dangereux par les indigènes, qui considèrent sa piqûre comme infailliblement mortelle.
- C’est lui que nous représentons. (Voy. la tigure.)
- M. H. Lucas, assistant d’entomologie, qui s’est
- Le Scorpion actuellement vivant à la Ménagerie des reptiles
- spécialement occupé de ces Arachnides et qui l’a examiné, le considère comme appartenant à l’espèce connue des naturalistes sous le nom de Buthus (Scorpio) funeslus. Les autres Scorpions rapportés par M. Sauvinet se rapportent à une espèce plus commune, Buthus occilanus, que l’on trouve fréquemment dans le midi de l’Europe.
- Le gros Scorpion qui nous occupe en ce moment a été placé dans un petit aquarium à la ménagerie des reptiles, en compagnie de blattes et de vers de farine destinés à sa nourriture.
- Il se tient ordinairement pelotonné dans un coin dans la pose où nous l’avons figuré à droite de notre dessin. Mais vient-on à l'exciter en le touchant avec le crayon ou avec une baguette quelconque, il se dresse vivement sur ses pattes, les pinces tendues en
- au Muséum d’histoire naturelle de Paris. (D’après nature.)
- avant, la queue relevée au-dessus du corps, prête à frapper de son aiguillon, et il parcourt ainsi rapidement sa cage en tous sens.
- Nous n’avons pas à traiter ici de l’histoire naturelle du Scorpion. La Nature a publié jadis un intéressant article de M. Lhéritier, résumant les remarquables recherches du docteur Jousset de Bel-leyme, sur les Scorpions et leur venin 1 ; nous renvoyons le lecteur à cette Notice.
- Mais nous avons cru intéressant d’appeler l’attention du public sur le Scorpion du Muséum, convaincu que nombre de personnes ne connaissent ces animaux que par leur mauvaise réputation, et nous pourrions citer bien des naturalistes qui ne les ont
- 1 Voy. n° 02, du 8 août 1874, p. 151.
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- LA NATLUE
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- jamais observes que dans l’alcool, ou piques dans une boite à insectes, les pattes symétriquement repliées, la queue soigneusement allongée, dans une attitude que certainement ils ne prennent jamais
- dans la nature. l)r Z...
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- ItAUCE TAILLÉE DANS UN DIAMANT1
- M. Charles Bordinckx, à Paris, nous adresse la lettre suivante que nous publions ici ;
- « Sous le titré: Une bague taillée dans un diamant, votre numéro du 15 décembre attribue à M. Antoine, joaillier à Anvers, l'honneur d’avoir été le premier, le seul même,-à tailler une bague dans un bloc de diamant. Permettez moi de revendiquer cet honneur pour mon père, décédé en 1892 et qui, dès l’année 1890, c’est-à-dire quatre ans avant M. Antoine, avait exécuté le même travail avec le même succès. La bague taillée par mon pèie se trouve actuellement dans la vitrine de M. Boucheron, le joaillier de la place Vendôme, qui, si vous désirez la voir, se fera certainement un plaisir de vous la montrer.
- « M. C. Bordinckx, mon père, était loin d’étre un inconnu pour les connaisseurs en l’art de tailler le diamant. C’est de lui qu’à la page 521 de leur bel ouvrage intitulé : Le Diamant et publié en 1885 à la librairie G. Masson, MM. 11. Jacob et N. Chatrian disent ce qui suit : « Un des a maîtres de la taille, M. Bordinckx, d’Anvers, a trouvé « le secret de donner au diamant les formes concave ou « convexe qu’on désespérait d'obtenir et qui sont néccs-<( saires pour l’application du plus réfringent des cristaux « aux appareils d’optique. )>
- « Mon père était en effet originaire d’Anvers, mais établi depuis fort longtemps à Paris; c’est donc Paris, et non Anvers, qui, le premier, a possédé et qui, pendant quatre ans, a été seul à posséder une bague taillée dans un bloc de diamant. »
- Les Oranges de Tahiti. — L’Oranger fut introduit du Brésil dans les îles de la Société par le navigateur Cook ; plus tard, les premiers missionnaires l’y apportèrent des colonies australiennes. Les deux variétés, d’origines distinctes, différaient peu ; aujourd’hui elles ne constituent qu’une forme unique. M. Ilaxves, consul anglais à Tahiti, nous décrit l’Orange comme ayant une forme variable, tantôt ovale, tantôt allongée, ou même aplatie aux extrémités. De dimension moyenne, elle est pesante1, juteuse, douce et parfumée. Son écorce, d’un jaürïe citron pâle, est fine. Les arbustes des régions basses produisent des fruits inférieurs à ceux des hauteurs. Mais d’un accès plus facile', ils fournissent les premiers fruits à l’exportation. L’Oranger croît maintenant à l’état sauvage sur l’île. Les principaux agents qui aident à sa propagation sont les Rongeurs. Grâce au climat doux et humide, les graines germent facilement. L’Oranger croît à Tahiti généralement parmi les buissons recouverts de mousse, au milieu de l’herbe et des plantes grimpantes où il se fràle un passage. Souvent il s’affaiblit; en outre, il est attaqué par les insectes. S’il se développe dans des lieux découverts, il prospère mieux. On n’est pas certain de l’avenir des Oranges à Tahiti. Les habitants, qui tirent un grand profit de la récolte des fruits, ne font rien pour améliorer les arbres. Il faudrait arracher les jungles qui
- 1 Voy, n° 1124, du 15 décembre 1894; p. 54.
- les embarrassent et exterminer les parasites. Les Tahitiens devraient s’assurer le marché des Oranges à la Nouvelle-Zélande et tenter d’acquérir celui de la Californie1.
- Les plantations de thé à Java. — Sur le plateau de Tjikadjang et sur les penchants déboisés de Tjikorai, à une altitude de 1200 mètres, s’étend à perte de vue un immense tapis vert auquel on accède à travers des buissons fleuris de roses et de sombres sapinières. Ce sont les plantations de thé. Les arbustes, hauts de 15 centimètres, sont plantés en lignes et espacés à un mètre environ les uns des autres, de façon à recevoir la lumière de tous côtés et à produire le plus de feuilles possible. On peut faire une récolte tous les quarante jours. Les feuilles, étalées sur des claies, sont placées sous des hangars où elles se fanent. Lorsque, en les pressant fortement, elles ne font plus entendre de craquement, on les roule pendant vingt à trente minutes au moyen de machines spéciales, puis elles sont étalées de nouveau sur des claies pour y fermenter. Il ne se produit pas une vraie fermentation puisqu’on ne les laisse en cet état que deux heures durant; et ce n’est, à proprement parler, qu’une oxydation des éléments de la feuille, qui se colore en rouge brun. Après avoir été roulées une seconde fois, les feuilles sont séchées au four à une température de 77 à 87 degrés C. Sorties de là, elles sont passées au tamis, triées et emballées aussitôt dans des caisses garnies de feuilles d’étain. On cultive le thé à Java depuis 1827, époque à laquelle le Jardin botanique de Buitenzorg consacrait un vaste espace à cette plantation. Depuis, la culture de cet arbuste a pris de jour en jour une plus grande extension. C’est à l’ouest de l’île, à une altitude de 450 à 000 mètres, que l’on obtient les meilleurs résultats : la production à Tjikadjang est satisfaisante.
- Microbe de la peste. — Le microbe de celte terrible maladie que l’on appelle la peste a été découvert récemment parM. le Dr Yersin, médecin des colonies. Ce savant avait été envoyé en mission à Ilong-Kong; un fait intéressant, mis en lumière par lui, c’est que le sang des [icstiférés ne contient pas de microbes. Par contre le bubon caractéristique qui apparait dans la région inguinale, dès le premier jour de la maladie, en renferme un, très petit, court, à bouts arrondis; il se cultive facilement sur gélose, en donnant une couche blanchâtre uniforme. Tout semble montrer que l’on a bien affaire ici au microbe de la peste : inoculé à des cobayes, il les fait mourir rapidement : à l’autopsie on trouve les ganglions gonflés, comme dans la peste humaine. Un rat qui avait mangé un bubon est aussi mort de la peste ; le microbe peut donc s’introduire dans l’organisme par la voie digestive. 1I.-C.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 décembre 1894. — Présidence de M. Lœwy.
- L'étal sanitaire du 1er corps d'armés. — M. Renard, directeur du service de santé du 1er corps d’armée, analyse l’état sanitaire des troupes de ce corps au point de vue de la fièvre typhoïde, du typhus exanthématique et du choléra, pendant les épidémies qui ont sévi dans le nord de la France. Il constate que la fièvre a presque disparu en temps normal dans les corps de troupes, par suite des dispositions qui ont été prises parle service de santé, de concert avec le service du génie, pour fournir les casernes d’une eau de bonne qualité. Les cas relevés
- 1 D'après Journal of the Society of Arts.
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- LA N AT U UK.
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- ont été notés surtout parmi les ordonnances et les ofiieiers qui vivent dans des conditions spéciales. Pendant les manœuvres, au contraire, des fièvres typhoïdes ont été observées. 11 faut les attribuer à ce que les hommes ont bu des eaux de puits ou île mares infectées. Le typhus exanthématique n’a pas causé de victimes dans l’armée. Les agents de la transmission de l’épidémie ont été les cheminots. C’est parmi eux et parmi les personnes en contact avec eux par devoir professionnel, gendarmes, gardiens de prison, juges d’instruction, sœurs de charité et médecins, que l’on compte les victimes.
- Préparation de sels de nicotine cristallisés. — MM; Parent y et Crasset présentent des échantillons de sels de nicotine cristallisés, notamment l’oxalate. Des expériences physiologiques ont été réalisées avec cet oxalale. Ce sel injecté sous la peau tue les animaux, mais la dose nécessaire est huit fois plus considérable que celle de nicotine. De plus, par accoutumance, la dose mortelle peut rapidement être accrue dans la proportion de 1 à 14.
- Élection. —M. von Hichtolén, de Berlin, est élu membre correspondant de la section de minéralogie par 55 voix contre 2 à M. Rutimeyer, de Bâle, et 2 à M. Tschermai, de Vienne.
- Varia. — M. Perrin, professeur au lycée Lakanal, signale les analogies de là musculature del'Haltcria punctata avec un saurien analogue de la période secondaire. — M .Le Dantec, maître de conférences à la Faculté des sciences de Lyon, a étudié les procédés de digestion de deux rhyzopodes, la Gromia fluviatilis et YAmœba princeps.
- Séance du 7 janvier 1805. — Présidence de M. M.yuey.
- Océanographie. — S. A. le prince de Monaco l’ésumc les travaux qui ont été entrepris pendant l’année 1894, à bord.du nouveau bâtiment monégasque Princesse-Alice. On a mis à profit, pour l’aménagement de ce navire, l’expérience acquise pendant les neuf années de recherches effectuées à bord de VHirondelle. C’est ainsi que l’on a substitué au fil d’acier servant à descendre les sondes un câble de 5am,5. Enfin on a appliqué d’une manière courante la méthode de capture au moyen de nasses, qui avait toujours été considérée comme d’une pratique très difficile. L’expérience a d’ailleurs démontré que cette méthode donnait des résultats tout autres que la méthode des dragages par les chaluts ou autres appareils. Dans la Méditerranée, des dragages ont révélé l’absence d’animaux fixes ou à marche lente que l’on rencontre aux grandes profondeurs; mais, d’autre part, quatorze descentes de nasses ont ramené des animaux nageurs qui paraissent souvent y exister en grande abondance. Ainsi une seule nasse a ramené d’une profondeur de 2250 mètres, entre Monaco et la Corse, 89 squales noirs (Gentrophonus squamatus) et une autre 55 crevettes rouges (Acantephyra pulchra). La campagne océanienne a embrassé un espace s’étendant des îles Açores jusqu’à la Manche. Les dragages comme les nasses ont donné, cette fois, des récoltes abondantes, mais les espèces ramenées par l’unè et l’autre méthode ont été différentes. Des dragages opérés dans le golfe de Gascogne, à une profondeur de 1670 mètres, ont fourni des Macroures, des Pvcrogonides. des Crinoïdes, des Astéries, des Oursins, alors qu’une nasse placée au centre de la zone balayée rapportait des1 Synienchelis et des Sinaphobranchus. Une seule masse en capturait 251 ; c’est la première fois que l’on signale la présence, dans les mers d’Europe, des Synienchelis et des Sinaphobranchus. Une autre nasse a
- ramené de 2620 mètres, dans le golfe de Gascogne, un squale de 80 centimètres de longueur que des myriades de petits crustacés avaient dévoré pendant la durée de sa réclusion, qui ne peut avoir dépassé vingt heures, en ne laissant que la peau. Des nasses ont été descendues à 5010 et 5789 mètres, au large du Maroc et du Portugal. Elles ont donné un poisson voisin des Paraliparis. Une fois môme la profondeur de 4898 mètres a été atteinte. Enfin M. J. Richard a pratiqué à bord l’analyse des gaz contenus dans la vessie natatoire des poissons venus d’une profondeur de 1674 mètres; il y a trouvé une forte proportion d’oxygène. M. le professeur Buchanan a fait également, à bord, l’analyse de nombreux échantillons d’eau recueillis à des profondeurs s’étendant jusqu’à 5295 mètres. Ses recherches ont plus particulièrement porté sur la nature et la direction des eaux dans le détroit de Gibraltar. Enfin on a entrepris une série d’expériences en vue de constater le phénomène d’attraction exercé sur les animaux marins par la lumière. Dans ce but une lampe électrique étanche a été immergée à une profondeur de 5 mètres environ. Au bout de dix minutes elle était entourée d’un nuage de crustacés; puis venaient des poissons qui tantôt traversaient le champ lumineux, tantôt se tenaient immobiles (Scopélidés, Aiguilles, Poissons volants), et des Céphalopodes.
- Les propriétés des divers graphites. — M. Moissan remarque que certains graphites jouissent de la propriété de foisonner en présence de l’acide azotique. Ceux qui sont obtenus à une température très élevée sous la seule action de la chaleur, n’offrent pas trace de foisonnement (diamant, noir de fumée). Au contraire tous les graphites préparés à haute température par solubilité du carbone dans un métal quelconque (aluminium, chrome) sont foisonnants. M. Moissan conclut que les graphites naturels ont été produits à une température assez élevée, sans grande pression, au sein de niasses de fer qui ont disparu ensuite sous l’action de gaz acides.
- Élections. — M. Cornu est élu vice-président de l’Académie pour l’année 1895. — M. Matheron est élu correspondant de la section de minéralogie.
- Varia. — M. J. Vinot offre à l’Académie la collection du journal le Ciel pour l’année 1894. A cette occasion, M. le secrétaire perpétuel fait l’éloge de cette intéressante publication. — M. Gaillot a introduit dans les tables de Saturne dues à Leverricr une petite modification qui pennet d’amener une concordance presque parfaite entre les positions observées et les positions calculées.
- Cil. DE VlLLEDEUIL.
- RECREATIONS SCIENTIFIQUES
- FLEURS EN PAINS A CACHETER
- Avec la saison d’hiver on a les longues soirées dont on cherche sans cesse à varier les occupations. Voici une nouvelle distraction artistique et utile que je propose aux jeunes lecteurs et aux aimables lectrices de La Nature.
- Il est toujours agréable d’avoir des fleurs et des bouquets qui reposent la vue par leur aspect varié et par leurs vives couleurs. Mais en hiver les parterres sont déserts et il est difficile ou coûteux, en dehors des grands centres, d’égayer les appartements. Comment se passer de fleurs?
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- LA NATURE.
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- \oici, consolez-vous, et devenez fleuristes; ce n’est pas difficile. Un très petit nombre d’objets composeront le fonds de notre atelier. Il nous suffira de déposer sur une table : un canif, des pinces de fleuriste, des ciseaux, du fil de fer à fleurs plutôt gros que mince, une boîte de pains à cacheter de toutes les couleurs et un paquet de cartes de visite ; celles, par exemple, reçues à l’occasion du nouvel an. A cela vous pouvez ajouter une petite éponge fine imbibée d’eau. Si nos bouquets craignent la rosée et l’humidité, encore faut-il un peu d’eau pour les confectionner. La langue à la rigueur peut remplacer l’éponge. Tous ces objets étant prêts, je commence. Sur une carte de visite je pose une pièce de monnaie de 1 franc ou de 50 centimes et je m’en sers pour découper le carton. J’obtiens ainsi une rondelle que je perce, avec une épingle, de deux trous assez écartés et symétriques par rapport au centre. J’y introduis du fil de fer qui, repassant en arrière, s’enroule sur lui-même et augmente ainsi de rigidité (fig. 1). Tenant alors de la main gauche le disque de carton par le fil de fer, je saisis avec les pinces un pain à cacheter jaune clair ; je le passe sur la langue ou sur l’éponge humide et je le colle au centre du cercle. Je continue ainsi à coller autour du premier, cinq pains à cacheter rouges, de façon qu’ils soient tangents entre eux, tandis qu’ils empiètent un peu sur le cœur jaune (fig. 2).
- Prenant alors trois pains à cacheter blancs, je les partage exactement en deux segments égaux au moyen de la lame du canif que j’applique fortement et verticalement sur chacun d’eux. A l’aide des pinces je saisis un de ces demi-cercles par le bord arrondi, j’en passe la tranche sur l’éponge et je le colle verticalement sur le disque rouge en l’orientant vers le centre du jaune. Je fais ainsi tout autour (fig, 2). Puis, par le
- même procédé, je prépare dix demi-cercles roses, que je colle chacun dans l’angle formé par le rouge et le blanc, suivant une inclinaison de 45 degrés (fig. 3). J’ai ainsi une sorte de marguerite ou de fleur étoilée à cinq pétales doubles. On peut varier les teintes, mais, en principe, il ne faut pas de contrastes heurtés et criards. On peut obtenir des combinaisons très nombreuses, d’un aspect très agréable. Suivant la dimension des pains à cacheter on a des fleurs plus ou moins larges. Les petites sont souvent plus jolies, aussi faut-il qu’elles soient plus nombreuses. Ce travail terminé, on peut lui donner un certain fini en collant sous le disque de carton (qui varie de grandeur avec le diamètre de la fleur) un calice artificiel de fraise que l’on trouve chez certains pâtissiers ou chez les fleuristes. On y adapte aussi une feuille artificielle finement découpée comme une fougère ou dentelée comme pour une marguerite. Enfin, pour monter un bouquet, on y joint des graminées très délicates (fig. 4). On peut encore jeter ces fleurs au milieu des tiges d’asperges dont on garnit quelquefois des corbeilles en osier. En parfumant les feuilles ou les graminées au moyen d’un vaporisateur, on aurait une odeur artificielle qui aiderait à tromper l’œil. Dans tous les cas, quelques-unes de ces fleurs en pains à cacheter, plantées çà et là dans des bouquets verts de plantes d’appartements, donnent un aspect riant ou bizarre qui pique la curiosité des personnes non initiées à ce genre d’horticulture. Le mode de fabrication des fleurs en pains à cacheter est très facile à réaliser, et tout le monde, avec ce procédé, peut devenir fleuriste. André de Lustrac.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaadiek
- Fig. 1, 2 et 3. — Mode de eontection des fleurs en pains à cacheter.
- Fig. F. — Le bouquet de fleurs en pains à cacheter.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- TOLBIAC
- Nous avons un pont à jeter pour franchir un vide. L’emploi des voûtes nous est interdit par hypothèse, et l’espace est trop grand pour être franchi d’un seul jet.
- Nous établissons une série de piles et de l’une à l’autre jetons un tablier rigide, sans qu’aucune liaison soit établie entre les tabliers successifs. C’est le pont à travées indépendantes (n° 1). Sous l’effet d’une charge, par exemple d’une charge uniformément répartie sur la longueur du pont, les tabliers prennent la forme indiquée n° 2, où les dénivellations sont fort exagérées. S’il se produit un léger changement de niveau des points d’appui, certaines travées
- s’inclineront légèrement mais sans se déformer et sans que les tensions ou pressions aux divers points
- soient sensiblement modifiées.
- Pour augmenter la résistance on a eu l’idée du ponts à travées solidaires, un tablier unique tout d’une pièce portant sur tous ses points d’appui (n°3). Nous indiquons (n° 4) comment se déforme un semblable tablier. La figure suppose que nous sommes au milieu d’un pont comportant un très grand nombre de travées égales, que la charge est uniformément répartie sur la longueur, et égale à celle qui a provoqué la déformation indiquée au n° 2, les poutres ayant dans les deux cas
- . T
- Fig. 1 à 12. — Schémas de la construction d’un pont.
- Fig. 15. — Le pont de la rue de Tolbiac, à Paris.
- même section constante. Un semblable pont est plus rigide, et, toutes choses égales d’ailleurs, peut être établi plus léger qu’un pont à travées indépendantes. Mais supposons (n° 5) que pour une cause quelconque
- 23» année. — 1er semestre.
- un point d’appui ne se trouve pas au niveau prévu. La déformation du tablier ne sera plus celle sur laquelle ou comptait et de graves mécomptes pourraient en résulter. Dans les cas usuels il suffirait
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- LA N A TL II E.
- d’un changement de niveau de quelques centimètres et souvent moins. Entre les travées solidaires et les travées indépendantes, les avis restent partagés.
- Remarquons (n° 4) que dans nos travées solidaires déformées, il existe une série de points où la courbure change de sens. Coupons notre poutre en ces points (n° 6), et supposons les divers tronçons réunis par de simples articulations. Sous l’influence de la même charge uniformément répartie, nous obtenons une déformation (n° 7) identique à celles indiquées n°4. Un semblable ouvrage serait évidemment des plus instables. Pour le rendre stable diminuons le nombre des coupures (n° 8). Sous l’effet de la même charge uniformément répartie nous aurions (n° 9) la même déformation déjà représentée n° 4 et 7. Mais une légère dénivellation des points d’appui n’aura pour effet que d’incliner légèrement chaque poutre, sans la déformer et sans changer les conditions de travail de ses diverses parties. C’est en somme le pont à travées indépendantes, sans la sujétion de faire correspondre les points d’appuis avec les extrémités des poutres. On s’est tout d’abord imposé cette sujétion parce qu’elle correspondait à une construction plus simple. Mais elle n’est nullement obligatoire. En s’en affran-
- chissant on obtient qui a la
- Fig. li.
- un
- vjuj. „ iu souplesse du pont à travées indépendantes et la résistance du pont à travées solidaires. En pratique, sous l’effet des charges irrégulièrement distribuées, et avec des poutres de section variable, les choses ne se passent plus aussi simplement, et les avantages sont moins marqués que ne l’indique cette théorie sommaire.
- Dans le cas où les dimensions de certaines parties s’exagèrent aux dépens des autres, nous obtenons (n° 10) la disposition schématique du pont du Forth. Mais ici on a été guidé par d’autres considérations ; notamment on a cherché à réduire les échafaudages et à pouvoir construire en porte-à-faux la plus grande partie de l’ouvrage.
- Le n° 11 donne le schéma d’une application plus complète des principes que nous venons d’indiquer. C’est le pont qui est actuellement achevé à Paris et au moyen duquel la rue de Tolbiac doit franchir les voies de la gare d’Orléans. Les figures 12 et 15 donnent un schéma* et une vue d’ensemble de cet ouvrage terminé. La forme assez bizarre et insolite met bien en évidence les idées qui ont guidé l’auteur du projet. Une poutre centrale déborde par delà les deux piles. Deux poutres extrêmes reposent par des articulations, d’une part sur les culées, d’autre part sur les abouts de la poutre centrale. Ces poutres extrêmes sont un peu plus hautes qu’il n’eût convenu au seul point de vue de la résistance aux charges et aussi au point de vue
- de l’aspect harmonieux de l’ouvrage. Mais pour résister au vent il a fallu contreventer dans le haut des deux poutres voisines, et laisser sous le contre-ventement une hauteur suffisante pour le passage des voitures. De là, pour les poutres latérales, une légère augmentation de hauteur. La travée centrale et l’une des travées latérales qui étaient en place au moment de Tcmragan du 17 novembre dernier ont victorieusement supporté l’assaut.
- Les pièces de pont ou traverses qui supportent la chaussée et reposent sur les poutres principales sont ici de dimensions exceptionnelles, 17 mètres de long, nécessitées par la largeur donnée à la rue de Tolbiac et l’impossibilité de les faire reposer sur plus de deux poutres principales. Le plus souvent ces pièces de pont sont assemblées d’une façon rigide aux poutres principales. Sous l'effet d’une charge, la pièce de pont fléchit et tend à tordre la poutre principale (fig. 14, côté droit). De là des réactions assez mal connues. Au pont de la rue de Tolbiac, la pièce de pont repose sur la poutre principale par l’intermédiaire d’une articulation. Sous l'effet d’une charge (fig. 14, côté gauche), elle se déformera davantage à section égale, mais n’exercera sur la poutre principale aucune torsion. Vu les dimensions inusitées des pièces de pont, l’auteur du projet a préféré, même au prix d’une légère augmentation de poids, se mettre à l’abri des réactions dont il est pratiquement bien difficile de calculer les effets. P. Lauriol,
- Ingénieur des Ponts et Chaussées.
- TILLAGE LACUSTRE
- A GLASTONBURV, EX ANGLETERRE
- Antiquaires et archéologues anglais, depuis nombre d’années, découvrent à qui mieux mieux, dans le Somerset, des trésors préhistoriques d’une valeur inestimable. I)e toutes parts, les collines se couronnent d’anciens camps retranchés, d’antiques tombeaux et de vieilles demeures, dont l’origine se perd dans la nuit des temps.
- La plus importante et la plus récente de ces précieuses trouvailles est, sans contredit, celle d’un village lacustre de merveilleuse conservation, sur le territoire du hameau de Godney, à proximité de Glastonburv. Il ne s’agit pas ici d’une simple agglomération de quelques huttes, mais bien d’un ensemble considérable de constructions lacustres restées ignorées des savants pendant des siècles. Un heureux hasard a dévoilé leur existence.
- En sortant de Glastonburv et en se dirigeant vers le nord, à moins de 2 kilomètres de la ville, on aperçoit de toutes parts des terrains marécageux s’étendant à perte de vue de chaque côté de la route. Le paysage, avec ses innombrables canaux de drainage, rappelle la campagne si plate de la Hollande. Or, un jour, M. Arthur Bulleld, archéologue distingué et membre de la Société des antiquaires de Glastonbury, faisait sa promenade dans la région des marais. Les eaux avaient beaucoup baissé par suite des chaleurs de l’été; elles laissaient à découvert une assez grande étendue de prairies la plupart du temps inondées. Dans l’une d’elles, il remarqua, non sans surprise, toute une succession de petits monticules, symétriquement rangés comme de grandes taupinières. 11
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- LA NATLRK.
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- les compta ; il y en avait quatre-vingts. Leur uniformité absolue le frappa.
- J1 s’approcha et vit, en mesurant au pas, que les dimensions de ces monticules étaient à peu de choses près les mêmes. Leur diamètre variait entre 4 et 5 mètres; leur hauteur au-dessus du niveau de la prairie paraissait la même. Dès lors, il leur soupçonna une origine artificielle et résolut de s’en rendre exactement compte. Sans parler à personne des observations auxquelles il venait de se livrer, M. Bulleld rentra chez lui, prit une pelle et une pioche et se hâta de retourner bien vite jusqu’à cette prairie. Ceci se passait vers la fin de juillet 1895.
- Bravement, l’archéologue se mit à l’œuvre et attaqua une des taupinières. Ses premiers soupçons se justifièrent très rapidement; quelques coups de pioche venaient en elïet de mettre à découvert l’extrémité d’une poutre de chêne. Un simple coup d’œil lui démontra que ce hois équarri avait été travaillé par une main humaine. Quelques instants après, M. Bulleld mettait à jour des fragments de poterie. Dès lors, il n’eut plus d’hésitation et, de retour à Glastonbury, il s’empressa de faire part de sa découverte à la Société des antiquaires. On vota immédiatement les fonds nécessaires pour procéder à des fouilles régulières, et quelques jours après, plusieurs chantiers d’ouvriers bouleversaient le sol, autour de chacun des monticules.
- 11 fallait se hâter, car on ne pouvait songer à continuer les travaux pendant la mauvaise saison, le sol devenant impraticable par suite de l’abondance des eaux. En 1893, les travaux durèrent deux mois à peine, vu l’époque très avancée de l’année. On les reprit en juillet 1894 avec un redoublement d’activité. Au mois de septembre dernier, les travailleurs avaient complètement dégagé vingt de ces monticules qui forment les habitations bien distinctes et séparées d’un village lacustre important. Des fouilles pratiquées en tranchées, ainsi que des sondages, ont permis d’examiner de très près le fond de ce lac, au milieu duquel les hommes de cette époque préhistorique avaient construit leurs demeures bâties sur pilotis.
- Ne pouvant compter sur la solidité et la résistance de ce terrain essentiellement marécageux, les créateurs du village lacustre avaient établi, de toutes pièces, un lit artificiel au lac. Ils avaient accumulé une couche d’argile de lm,50 d’épaisseur dans laquelle les pieux en chêne, soutenant les habitations, se trouvaient enchâssés. En procédant de celte manière les habitants avaient obtenu un sol factice suffisamment insistant. Les pieux, enfoncés circuiairement et d’une manière régulière étaient reliés entre eux par des entre-toises solidement fixées à l’aide de ligatures, et soutenaient chacune des habitations.
- Les fouilles opérées ont démontré qu’au droit de chacun des monticules, ces pieux, placés en assez grand nombre et surmontés de poutres horizontales, jouant le rôle de solives, supportent une plate-forme de branches entrelacées sur une épaisseur uniforme de plus d’un pied. Les plates-formes sont elles-mêmes recouvertes de terre soigneusement damée. Au milieu de ces huttes en forme d’hémisphères, de larges pierres plates encastrées dans l’aire de l’habitation, ont dù évidemment servir à la confection de foyers. Les murailles et le toit se composent de légères poutrelles cintrées, distantes de 50 centimètres environ les unes des autres et se réunissant à la partie centrale et supérieure de la toiture. Des branchages enchevêtrés avec soin garnissent les intervalles compris entre les diverses poutrelles. Une dernière couche de terre gazonnée garnit extérieurement le tout.
- Des crues successives ont dù se produire dans ce lac, obligeant les habitants du village à surélever à plusieurs reprises le sol de leurs maisons, car on a trouvé trois foyers superposés et séparés les uns des autres par une couche de terre de 50 à 40 centimètres d'épaisseur. Les pierres des foyers inférieurs sont encore remplies de débris de bois à demi consumés et de morceaux de charbons; on trouve également dans ces couches de terre de nombreux débris de poteries et quelques ustensiles de ménage en excellent état de conservation.
- Des jetées en terre, maintenues par des pieux inclinés jouant le rôle de murs de soutènement, partent de différents points de la terre ferme et convergent vers l’ile artificielle occupant le centre du lac et formant l’agglomération du village. Ces jetées servaient bien certainement à amarrer les bateaux gagnant la terre ferme. M. Bulleld a, du reste, eu la chance de découvrir un de ces esquifs primitifs creusés dans des troncs d’arbres. 11 orne actuellement le musée de Glastonbury créé par la Société archéologique de cette ville.
- Ce musée renferme les objets curieux trouvés depuis le commencement des fouilles. C’est une collection extrêmement remarquable et intéressante ; elle s’enrichit de plus en plus chaque jour, car, à chaque coup de pioche, apparaît, pour ainsi dire, un exemplaire nouveau de l’industrie de ces peuplades depuis si longtemps disparues de la surface du globe. Parmi les principaux spécimens, outre de nombreuses poteries d’un travail grossier, des ustensiles domestiques en os, en corne ou en bois, figurent des ornements en bronze et en fer, broches, colliers et bracelets, massifs et ciselés. Ces divers objets se fabriquaient sur place; tout du moins semble l’indiquer.
- En effet, les ouvriers ont déblayé deux huttes dans lesquelles on a trouvé des ateliers complets de forgerons, renfermant les outils nécessaires au travail du fer et du bronze, ainsi que des bijoux à demi forgés. Dans une autre demeure, existait encore un tour à bois et à métaux assez bien conservé et déposé au musée de Glastonbury. Enfin, des fragments de métiers à filer et à tisser, montrent que les habitants de ce village lacustre possédaient une industrie assez développée pour l’époque durant laquelle ils fïorissaient.
- C’étaient aussi des cultivateurs et des éleveurs de bestiaux. Ils semaient et récoltaient le blé, moulu ensuite dans de grossiers moulins à bras, retrouvés également. Ils possédaient une race particulière bovine, de petite taille, dont l’espèce a disparu de nos jours. Ils avaient aussi des chevaux, des porcs et des chiens. On en retrouve partout les traces les plus indéniables. Malgré les investigations minutieuses opérées, il n’a pas été possible de reconstituer, même approximativement, le costume porté par ces hommes, ni la nature de leurs vêtements; il ne reste aucun vestige.
- Les savants anglais, Boyd, Dawkins et Munro, pensent que ce village lacustre date de plus de 2000 ans et est contemporain de l’àge de fer. Sa création est certainement antérieure à la venue des Romains et à leurs conquêtes en Grande-Bretagne. Ch. Marsiuon.
- UNE SELLE RATIONNELLE
- POUR VKLOCIPéniSTES
- La selle vélocipédique est encore à l’enfance parmi les organes vclocipédiques. Dans cet ensemble de mécanique, si soigné aujourd’hui, de la bicyclette,
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- LÀ NATURE.
- la selle est demeurée rudimentaire; c’est un cuir tendu sur des ressorts, presque au hasard.
- L’écrire, c’est exprimer l’opinion de la généralité des cyclistes qui tous, plus ou moins, ont eu à souffrir de sa mauvaise construction. Dans les rares indispositions que peut occasionner la bicyclette, trois fois sur quatre la selle est coupable, et les accidents des organes périnéaux sont devenus, chez l’homme autant que chez la femme cyclistes, presque les seules mésaventures encore à redouter. Il n’y a là rien qui atteigne la haute valeur hygiénique de la vélocipédie reconnue et prônée par les sommités médicales. 11 y a là simplement une indication de l’importance extrême qu’a dans ce sport une étude et une construction raisonnées de la selle.
- On peut à ce propos aflirmer que les plus mauvaises selles sont les selles les plus suspendues, les plus molles.
- Le cavalier y est comme encastré, reposant presque exclusivement sur les organes périnéaux.
- Nous ne parlerons ici que du point de vue hygiénique, car au point de vue mécanique on comprend qu’un tel siège soit cause d’une grande déperdition de force aux dépens de la propulsion de la machine : les ressorts étant affaissés sous le poids du cavalier, le premier travail que produit la jambe en pesant sur la pédale consiste à soulager ces ressorts en élevant le corps, et non à actionner la maclwne.
- Sur piste, où il est indispensable que le coureur ne gaspille pas sa force, les selles n’ont aucun ressort. Mais il est évident que la forme de la selle a encore beaucoup plus d’importance que n’en a sa suspension.
- Un cycliste de longue expérience, M. Pansard, aidé des conseils judicieux de M. le I)r Uammonic, vient d’établir une selle dont la marque de fabrique est un paon et le nom selle « Sàr », et qui offre, mieux qu’un jeu de mots, l’avantage incontestable de former enfin un siège cycliste rationnel.
- Tout cavalier cycliste repose sur la selle (fig. 1 ) par les deux parties inférieures des os iliaques M, nommés les ischions I. Son corps prend, tandis que son fémur F travaille à actionner la machine, la position penchée rs. Dans la constitution delà selle ordinaire que représente cette figure, le bec a et le fond b
- sont dans un même plan horizontal; il en résulte que les ischions se déplacent sur la surface unie du cuir, que rs forme avec tv un angle aigu rst, et que le cavalier se rapproche insensiblement du bec de la selle, sur laquelle il arrive à n’être plus assis, mais littéralement à cheval comme une pincettc. Il ne porte plus dès lors sur ses points d’assiette naturels, mais sur le bas du ventre. Il essaye bien de se repousser en arrière en appuyant sur le guidon ; mais il se fatigue des poignets et retombe sur l’avant au moindre cabot. De plus la partie c n’est que légèrement cintrée en dedans, et chaque mouvement en arrière que fait la cuisse, a pour effet d’aider cet incorrigible glissement du corps sur le bec.
- La selle « Sàr » (fig. 2 et 5) remédie heureusement à tous ces inconvénients. Son fond B a une inclinaison telle que la ligne du corps r s forme avec tv un angle droit. Les ischions prennent donc forcément sur lui un point d’appui fixe que facilitent beaucoup le moulage spécial du cuir en conformité des muscles fessiers, et surtout les deux logettes m et n qui y sont ménagées pour les ischions. L’assiette du cavalier est pour ainsi dire emboîtée dans cette selle et ne dévie ni en avant ni en arrière au cahot le plus violent. De plus le bec À est évidé en À’ dans toute sa longueur, en sorte qu’à aucun moment les organes périnéaux ne peuvent porter sur une partie dure, et les joues de la selle sont creusées presque à angle droit en C pour permettre son libre jeu à la cuisse.
- Le résultat de ces heureuses modifications, facile à prévoir, est incontestablement une augmentation de vitesse pour le cycliste.-
- Un grand nombre d’expériences exécutées à plusieurs reprises, ont montré que la force qu’il perdait sur une selle ordinaire en glissements et en rétablissements souvent même inconscients, il l’emploie sur la selle Sàr en travail sur le pédalier.
- N’eût-il pas eu cet appréciable avantage, ce siège rationnel n’en aurait pas moins mérité l’éloge des cyclistes pour la suppression qu’il mettra aux méfaits de ce petit et si considérable organe de la bicyclette, la selle! L. Baudiiy de Saimeu.
- —=*0^—
- Fig'. 1, 2, 3. — La selle Sàr. — 1. Figure schématique montrant la position des os du bassin sur une selle ordinaire (M, os iliaque;
- I, ischion; F, rémur). — 2. Figure schématique montrant la position sur une selle Sàr. — 3. La selle Sàr (A, le hcc de la selle;
- II, le fond de la selle; C, partie rentrée pour le libre passage de la cuisse ; rn et n, logettes pour les ischions).
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- LA NATURE.
- LES LAMPES À INCANDESCENCE
- La consommation de lampes à incandescence a augmenté depuis quelques années dans de grandes proportions; et par suite le prix de ces appareils, qui atteignait 5 francs il y a peu de temps, est descendu rapidement. On trouve aujourd’hui des lampes à incandescence dont le prix de vente commercial ne dépasse pas 1 fr. 25. Nous n’insisterons pas ici sur les qualités que doivent posséder ces lampes pour utiliser dans les meilleures conditions l’énergie électrique qui leur est fournie; nous avons déjà traité cette question dans un article précédent1. Pour faire de la lampe à incandescence un appareil d’utilisation économique, il est nécessaire de prendre des lampes de faillie consommation spécifique, de les pousser, c’est-à-dire de les faire fonctionner sur une différence de potentiel légèrement supérieure à la différence de potentiel normale, et de les remplacer dès que l’intensité lumineuse commence à diminuer sensiblement.
- Pour faciliter cette pratique, la lampe à incandescence doit être d’un prix d’achat très faible. Aussi cherche-t-on aujourd’hui de tous côtés à en perfectionner la fabrication et à introduire toutes les améliorations possibles. Dans cet ordre d’idées, nous signalerons les nouvelles dispositions qui ont été décrites par M. 'Bolton, à la première réunion annuelle de la Société électrochimique allemande à Berlin. Cette société, de création récente, compte déjà 271 membres, et son but est d’étudier uniquement toutes les applications électrochimiques de l’énergie électrique.
- Dans les lampes actuelles, dont la figure 1 représente le modèle avec douille à baïonnette, deux fils de platine B sont réunis au filament de charbon I aux points A, A, puis sont incorporés dans une plaque de verre C, traversent une couche F de plâtre fin et aboutissent à deux contacts extérieurs en cuivre D et E. Tout autour se trouve une enveloppe extérieure G, G avec des prolongements métalliques H sur les côtés, pour fixer la lampe dans son support. Cette
- 1 Voy. n° 1097, du 9 juin 1894, p. 18.
- enveloppe peut être en vitrite, en cuivre ou en toute autre matière. Dans quelques modèles le plâtre a été remplacé par un petit cylindre en os avec conduits ménagés pour le passage des fils. On voit, par ces quelques détails, que beaucoup de dispositions peuvent être employées et que dès lors les modèles doivent être très nombreux. Mais dans toutes les lampes, on a dù utiliser jusqu'ici le platine, qui permet d’établir les jonctions nécessaires avec le filament de charbon et qui peut être placé facilement dans une masse de verre et relié aux contacts extérieurs de la lampe. Le platine a le grand inconvénient d’être un métal d’un prix très élevé; le kilogramme vaut en effet environ 5000 francs aujourd’hui, et on prévoit encore de nouvelles augmentations de prix. Le nombredeslampes à incandescence fabriquées par an en Europe s’élève à 10 millions, et chaque lampe exige près de 5 centigrammes de platine. Il s’agit donc d’une consommation totale annuelle de 500 kilogrammes de platine.
- M. Bol Ion a essayé de remplacer le platine par l’aluminium, dont le prix est de beaucoup inférieur, et il est arrivé à de bons résultats en prenant certaines précautions. 11
- choisit un filament d’aluminium qu’il place dans un tube de verre, puis il chauffe le tout à la lampe en étirant le tube. L’aluminium fond et se trouve entouré bientôt d’une gaine de verre. Ges tubes ainsi préparés F,F (fig. 2) sont posés dans un morceau de verre épais H et chauffés de nouveau à la lampe. Cette simple opération permet d’incorporer l’aluminium dans la masse du verre. Ces fils d’aluminium sont ensuite soudés en B, B (fig. 5) à un filament de charbon. Puis une ampoule en verre A est réunie en M sur le morceau de verre II, en laissant une ouverture D à la partie supérieure. La fabrication de la lampe est continuée comme à l’ordinaire en effectuant le vide dans l’ampoule par cette dernière ouverture D. Mais l’aluminium présentant un coefficient de dilatation différent de celui du verre, ne s’est pas soudé intimement à ce dernier et a laissé un petit espace libre par lequel l’air s’introduit au fur et à mesure que la pompe fait le vide. On peut remédier à ce défaut en mettant à profit la propriété que possède l’alu-
- Fig. 1,2, 3 et 4. — Emploi de l’aluminium pour la fabrication des'lampes à incandescence. — 1. Modèle actuel de lampe avec lils de platine. — 2. Fils d’aluminium incorporés dans le verre. — 3. Montage d’une lampe avec fils d'aluminium. — 4. Oxyde d’aluminium formé autour des (ils.
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- minium de s’oxyder rapidement à l’air dans certaines conditions. On dépose en M, à la partie extérieure de la lampe, quelques gouttes d’une solution concentrée de chlorure de mercure. Cette solution est aspirée et vient s’étendre entre le verre et l’aluminium ; ce dernier s'amalgame et bientôt, au contact de l’air, il se forme un oxyde d’aluminium qui se dépose et vient remplir l’espace laissé vide. La figure 4 nous montre en coupe les deux fils d’aluminium F,F, le verre environnant H, et l’oxyde d’aluminium 0,0. Au fur et à mesure que le dépôt se forme, il est comprimé par la pression extérieure, et il en résulte bientôt une fermeture hermétique de la lampe.
- Le nouveau procédé de M. Bolton nous semble des plus ingénieux et des plus intéressants ; dans un avenir très rapproché, il peut être appelé à abaisser encore notablement le prix de revient des lampes à incandescence, surtout aujourd’hui que l’aluminium peut être fourni par l’industrie à des prix très peu élevés1. J. Laffargue.
- LES OISEAUX DU CONGO
- Les nombreuses personnes qui, à la fin de l’année 1892, ont visité au Muséum l’exposition des admirables collections rapportées par M. J. l)y-bowski de son expédition à travers le Congo et la région de rOubangui, ont pu se faire une idée de la richesse de la faune ornithologique de ces contrées. Cette faune comprend, en effet, plusieurs centaines d’espèces, qui, pour la plupart, se trouvent maintenant bien représentées dans les galeries du Muséum, grâce au voyageur dont je viens de citer le nom et à ceux qui, comme MM. de Brazza, Schwebisch, Thol-lon, Uobéguin, Cuirai, Petit et d’autres, avaient précédemment exploré soit les parties de notre colonie voisines de la côte, soit les bords du Congo et de l’Alima. Une telle variété, une telle abondance d’oiseaux s’explique par la diversité d’aspect et par la richesse de végétation que présente le Congo français. Ainsi, en partant de Loango, sur la côte, pour gagner le fleuve Congo qu’il a remonté sur une certaine longueur, ainsi que son affluent l’Oubangui, afin de pénétrer dans l’intérieur du pays et d'essayer de gagner le lac Tchad, M. Dybowski a traversé d’abord des vallées dont les flancs étaient tantôt dénudés et taillés à pic, tantôt couverts d’herbes épaisses et dont le fond était occupé par de magnifiques forêts, en partie formées de Palmiers à huile; ensuite il est entré dans l’imposante forêt du Mayombé, au sol accidenté creusé de ravins, aux arbres touffus et chargés de lianes, et au sortir de ces fourrés il a cheminé longtemps dans des plaines herbeuses et sur de hauts plateaux. Après avoir quitté le grand fleuve qui, près de Brazzaville, forme le lac de Stanley Pool, au pied d’un plateau dénudé, il a navigué longtemps sur l’Oubangui, dont les eaux, avant de s’étendre largement entre des rives basses
- 1 Voy. n° 976, du 13 février 1892, p. 170.
- et fréquemment inondées, forment une série de rapides entre des escarpements rocheux et couverts de bois touffus qui, du côté des possessions belges, se rattachent à la grande forêt équatoriale. Enfin, le long de la Kémo jusqu’au poste qu’il a fondé et autour duquel il a fait d’intéressantes récoltes, comme dans la pointe aventureuse qu’il a poussée vers le nord, jusqu’au Chari, l’intrépide voyageur a vu se succéder des plaines marécageuses, des terrains cultivés, des bois, des plateaux herbeux et de véritables forêts de bambous dont les tiges ont de 15 à 18 mètres de hauteur l.
- Passer ici en revue, sans le secours de très nombreuses figures, tous les types de cette population ornithologique du Congo, serait une tâche presque impossible et nos lecteurs trouveraient singulièrement fastidieuse l’énumération des noms latins que les ornithologistes ont dù imposer à une foule d’oiseaux africains, absolument différents des oiseaux de nos pays. Nous nous bornerons donc à signaler les espèces les plus remarquables par leurs formes ou leurs couleurs, les plus intéressantes au point de vue de la distribution géographique, ou les plus importantes au point de vue du profit que l’homme peut en tirer. Laissant de côté, parmi les Oiseaux de proie diurnes, les Vautours, les Aigles huppés, Spizaètes et Lophoaètes, les Aigles-Pêcheurs ou Py-gargues, les Faucons, les Buses, les Autours, les Eperviers ainsi que les Polyboroides et les Melicrax ou Faucons chanteurs qui se rapprochent, à certains égards, de nos Busards, nous dirons quelques mots du Gypohierax angolensis. Ce Rapace, notablement plus petit qu’un Aigle, rappelle un peu les Vautours et notamment les Perenoptères d’Égypte par certains traits de sa physionomie. 11 a en effet le tour des yeux et les côtés du bec dénudés et colorés en rose blafard, de même que les pattes, et son plumage, après avoir été brun, passe au blanc pur varié de noir sur les ailes et la queue; mais son bec robuste dénote des affinités avec les Aigles qui ne sont démenties ni par les attitudes, m par le régime de l’oiseau. Les Gypohierax, dont plusieurs individus ont vécu au Jardin zoologique de Londres, ont le port fier et se nourrissent presque exclusivement de chair fraîche. Us se rencontrent non seulement dans le pays d’Angola, comme leur nom semblerait l’indiquer, mais au Congo, au Gabon, à la Côte d’Or, dans la Guinée portugaise et en Sénégambie, où ils deviennent déjà fort rares. Au sud ils ne dépassent pas le pays de Mossamedes et sur la côte orientale d’Afrique ils n’ont été observés qu’une seule fois et sur un seul point, à Pile Pemba, au nord de Zanzibar. Ce sont donc des oiseaux essentiellement caractéristiques de l’Ouest africain. J’en dirai autant des Scotopélies, parmi les Rapaces nocturnes. Les Scotopélies appartiennent à la même famille que nos Grands-Ducs et peuvent leur être comparées sous le rapport des dimensions; mais elles en diffèrent
- 1 Voy. le livre de M. Dybowski intitulé La route du Tchad, Paris, 1893, F. Didot, éditeur.
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- nettement par l’absence d’aigrettes sur la tète et par l’aspect de leurs pattes dont les tarses sont dénudés et dont les doigts sont garnis en dessous de papilles épineuses, disposition qu’on n’observe que chez les Balbuzards et chez les Grands-Ducs asiatiques du genre Ketupa. Un en connaît trois espèces, peut-être quatre, qui sont répandues depuis la Sénégambie jusqu’au Quanza, et dont une seule, celle-là même qui vit au Congo, la Scotopélie de Del, a été rencontrée du côté de l’est ou plutôt du sud-est, dans la région du Zambèze. Elles sont accompagnées dans l’ouest de vrais Grands-Ducs, de Petits-Ducs, de Chats-Huants, de Chouettes et d’Effraies.
- Au Congo les Perroquets sont peu variés. Outre le Perroquet gris ou Jacko qu’on observe avec ses variétés tapirées, il n’y a guère qu’une espèce de Perroquet vert, à front et à épaulettes rouges (Pæo-cephalus aubryanus), qui est rare partout, une autre espèce à front jaune ( Ræocephalus Gulielmi), et la petite Perruche inséparable (Psittacula pullaria), qui est répandue sur toute l’Afrique équatoriale. Quant à la Perruche à collier (Palæornis docilis), si commune en Sénégambie, elle ne descend point jusque dans le bassin du Congo.
- Les autres oiseaux que Cuvier rangeait dans l’ordre des Grimpeurs paraissent être, dans cette région, encore plus communs que les Perroquets, si l’on en juge par le nombre des exemplaires appartenant aux groupes des Barbus, des Pics et des Coucous qui figuraient dans les collections reçues du Gabon et du Congo par le Muséum d’histoire naturelle. Les Barbus, qui doivent leur nom vulgaire aux poils rudes qui garnissent la base de leur bec, comprimé latéralement et généralement dentelé su» les bords de la mandibule supérieure, les Barbus, disons-nous, appartiennent à une dizaine d’espèces, de petite taille, et portant des livrées d’un brun foncé, d’un noir intense avec des ceintures et des plastrons d’un rouge sang ou d’un vert jaunâtre.
- Les Pics ne se font remarquer ni par leurs fortes dimensions, ni par l’éclat de leurs couleurs. Ils sont généralement petits et portent un costume vert, relevé seulement par des taches rougeâtres, par des stries ou par de nombreux points blancs sur les parties inférieures du corps; mais, aux yeux du naturaliste, ils offrent un grand intérêt parce qu’ils se rapportent soit à des espèces récemment décrites et encore rares dans les collections, soit à des espèces dont on croyait l’aire d’habitat beaucoup moins étendue. Il en est de même des Torcols, de ces oiseaux bizarres qui ont la singulière habitude, quand ils sont effrayés, de tourner la tête dans tous les sens, en hérissant leurs plumes. On savait déjà que notre Torcol vulgaire (Jynx torquilla), qui ne séjourne dans nos contrées que pendant la belle saison, émigrait vers le sud avant la fin de l’été; on l’avait retrouvé au Maroc, en Algérie, en Abys-synie, dans le Kordofan et même au Sénégal, mais on ignorait qu’il descendît jusqu’au Congo. M. Dy-bowski l’a découvert dans cette région, où il se ren-
- contre avec un de ses proches parents, le Jynx pec-toralis de l’Afrique australe, qui s’avance, en sens inverse, du côté de l’équateur.
- Les Coucous se présentent au Congo sous des formes variées. Les uns se rattachent à la catégorie des Coucous dorés et cuivrés qui sont si recherchés comme oiseaux de parure et parmi lesquels le Foio-tocole (Chrysococcyx smaragdineus) brille au premier rang; d’autres à la catégorie des Coucals (Cen-tropus), renfermant des espèces de forte taille, au plumage sec et rude, varié de brun, de noir et de fauve; d’autres appartiennent à des espèces européennes, comme le Coucou vulgaire (Cucidus ca-norus) qui vient rejoindre dans l’Afrique tropicale une espèce caractéristique de la faune éthiopienne, le Ceuthmochares œneus ou Coucou gris bronzé de Levaillant. Enfin quelques Coucous, et ce ne sont pas les moins intéressants, se rapportent au genre Indicateur et précisément à l’espèce (Indi-cator Sparrmanni) qui a été observée, il y a plus d’un siècle, dans l’Afrique australe, par André Sparr-mann, le compagnon du capitaine Cook1, et dont les mœurs si curieuses ont été décrites, plus anciennement encore, par le Père Lobo, voyageur en Abys-synie2. Comme l’ont raconté le Père Lobo et Sparr-mann, dont les assertions ont été contrôlées par M. Dybowski et par d’autres voyageurs modernes, le Coucou indicateur ou Honing wyzer (Guide au miel) des colons hollandais, a l’instinct (il serait plus juste de dire l’intelligence) d’appeler par ses cris l’attention du chasseur, et, en voletant devant lui, de le conduire jusqu’à un nid d’Àbeilles sauvages, dans l’espoir d’avoir part au butin. Les Indicateurs sont, en effet, particulièrement friands d’œufs, de larves et d’Àbeilles adultes, et, quand l’homme n’est pas là pour leur prêter assistance, ils s’adressent, dit-on, au Batel (Ratelus capensis), carnivore voisin des Blaireaux qui fait lui-même une chasse active aux Insectes hyménoptères.
- Aux environs de Franceville on rencontre dans les bois des Couroucous ( Trogon narina) au manteau d’un vert doré, au ventre d'un rouge vif, semblables à ceux qui vivent en Angola, et la grande forêt du Mayombé, qui semble inhabitée, tant le silence y est profond pendant la plus grande partie du jour, retentit vers le soir des cris des Calaos. Nous n’avons pas à tracer ici le portrait de ces Oiseaux bizarres, à la physionomie carnavalesque, dont le bec énorme couvre toute la face et se trouve encore souvent exagéré en hauteur par un casque corné ; nos lecteurs ont pu, en effet, en voir de temps en temps quelques représentants vivants dans nos jardins zoologiques et toute une série d’exemplaires empaillés dans les galeries du Muséum. Qu’il me suffise de dire que ces Calaos sont les uns de très grande taille, avec le bec noir et le plumage de couleurs sombres, noir verdâtre chez le mâle, mar-
- 1 Voyage au cap de Bonne-Espérance, édition française, 1787, t. III, p. 69.
- 2 Voyage en Abyssinie. publié par Le Grand, 1728.
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- ron chez la femelle (Ceratoyyrnna), d’autres de taille plus faible, avec le bec jaunâtre, le plumage noir et blanc (Bycanistes), d’autres pourvus d’une longue queue et coiffés d’une touffe de plumes blanches (Ortholophus), d’autres enfin de petite taille, à plumage varié de noir, de brun et de blanc (Lophoceros).
- Étant donnée la nature du pays, qu’arrosent deux fleuves, l'Ogoôué et le Congo, de larges rivières comme l’Oubangui, la Sangha, l’Alima et une foule de cours d’eau de moindre importance, on pouvait prédire que les régions parcourues par M. Rybowski seraient infiniment plus riches que notre pays en oiseaux du groupe des Martins-Pêcheurs. Tel est le cas, en effet, et j’ai compté au moins une douzaine d’espèces vivant entre l’équateur et le sixième degrc de latitude sud. Plusieurs de ces espèces, il est vrai, ne sont pas aussi strictement attachées que les autres au voisinage des eaux et se nourrissent plutôt d'insectes et de petits Reptiles que de Poissons. Ce sont les llalcyons, facilement reconnaissables à leur gros bec rouge et noir, à leur manteau d’un bleu d’azur ou d’aigue-marine, rehaussé de noir de velours. Au contraire les Ceryle, qui sont bien plus grands que notre Martin-Pêcheur d’Europe et qui portent une livrée pie, font une très grande consommation de Poissons. Ils paraissent de véritables géants à côté des Çorythornis et des Ispi-dina, à peine plus gros que des Roitelets.
- Les Guêpiers, qui déposent généralement leurs œufs dans des galeries creusées dans les berges sablonneuses des cours d’eau et qui pourchassent dans les airs les Abeilles, les Guêpes et d’autres Insectes, sont presque aussi nombreux que les Martins-Pêcheurs dans le bassin du Congo, où l’on trouve, à côté du Guêpier de Nubie (Merops nu-bicus) et du Guêpier d’Angola (Merops angolensis), le Guêpier bicolore (Merops bicolor) à ventre rose et d’autres espèces encore plus brillamment colorées, comme le Melittophaga gularis dont le costume noir est rehaussé de bleu lapis et de rouge feu.
- Parmi les Passereaux brillamment colorés nous citerons encore des Rolliers bleus, roux et lilas, des Touracos et des Musophages, oiseaux frugivores et granivores, de la taille d’un Geai, qui associent fréquemment sur leur plumage du violet sombre, du vert clair, du blanc d’argent et du rouge carmin; des Soui-Mangas, qui jouent ici, comme dans toute l’Afrique tropicale, le rôle des Oiseaux-Mouches, auxquels ils semblent avoir emprunté leurs manteaux éclatants, leurs plastrons et leurs gorge-rins métalliques ; puis dés Pies-Grièches à ventre jaune ou rouge, des Gobe-Mouches bleus, des Merles bronzés, oiseaux qui n’ont, en réalité, rien de commun avec les Merles, mais qui sont de véritables Étourneaux, plus somptueusement vêtus que les nôtres et, par suite, beaucoup plus recherchés par le commerce de la plumasserie. N’ouhlions pas non plus les Tisserins, qui accrochent, par centaines, leurs nids en forme de poches, artistement tressées,
- aux branches des gigantesques Figuiers-Sycomores croissant sur les hauts plateaux. Tous ces charmants Passereaux qui font l’ornement de nos volières, les Astrilds, les Bengalis, les Veuves, les Ignicolores pullulent d’ailleurs dans cette région dont les herbes touffues leur fournissent une abondante nourriture1.
- A côté de cette élite brillante, dans les prairies et les bois, s’agite une foule de Passereaux à la livrée plus modeste. Bruants, Moineaux, Alouettes, Pies-Grièches noires, grises et rousses, Corbeaux, Timé-liidés, Zosterops, Fauvettes, Traquets, Merles, Gobes-Mouches gris ou bruns, Choucaris, Huppes, Co-lious, etc. Pendant les belles journées, des Brongos, des Hirondelles et des Martinets évoluent dans les airs et font la chasse aux Insectes que, la nuit venue, quelques Engoulevents poursuivent d’un vol silencieux.
- L’Afrique équatoriale est beaucoup moins riche en Pigeons que certaines îles de l’Océanie. On voit cependant au Congo des Colombes au plumage vert, à la face en partie dénudée (Tveron calvus), des Tourterelles à demi-collier (Turtur semitorquatus), de jolies Colombes aux ailes marquées de taches métalliques (Chalcopelia afra et Brehmeri) et des Colombes masque, de fer (Æna capensis). Nos Perdrix sont remplacées par des Francolins qui se plaisent au milieu des broussailles sur les plateaux et dans les endroits marécageux où croissent des joncs et des roseaux, et, à défaut de Faisans, il y a de belles Pintades, les unes portant un casque comme la Pintade vulgaire, d’autres ayant la tête ornée d’un plumet ou d’une touffe de plumes retombantes. Ces dernières (Numida plurnifera et N. cristata) se substituent, au delà de Bangui, aux Pintades à casque (JS. Marchei), qui, d’après M. Dybowski, ne dépassent pas au nord les limites de la grande forêt équatoriale. Tout porte à croire que ces Pintades, qui sont très abondantes sur les bords du Congo et de l’Oubangui, pourraient être domestiquées, de même que les Francolins, et deviendraient des oiseaux de basse-cour bien supérieurs aux Poules étiques des indigènes.
- De grandes Outardes (Otis cafra) errent sur les plateaux entre l’Oubangui et le Chari, dont les bords sont fréquentés par des Œdicnèmes, par des Hérons gris et pourprés, semblables à ceux de nos pays, par des Hérons de taille encore plus forte (Ardea goliath), par de petits Butors, des Râles et des Jacanas. Des Anhingas (Plotus Levaillanti), vulgairement nommés Oiseaux-Serpents à cause de leur long cou flexible, nichent en nombreuses colonies sur les plus hautes branches des Fromagers qui croissent sur les rives de l’Oubangui, tandis que çà et là, sur les bancs de sable, s’ébattent des Canards de diverses espèces, des Oies d’Égypte, des Pluviers, des Vanneaux armés, des Glaréoles, des Pluvians au manteau gris-perle, des Ibis sacrés, des Marabouts et des Pélicans. Quelques oiseaux de mer, des Becs-
- 1 Dybowski, La route du Tchad, p. 45.
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- Oiseaux du Congo, d’après les spécimens rapportés par J. Dybowski. (Calao, Pintades, Râles et Glaréoles,
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- en-Ciseaux, ainsi appelés à cause de la conformation de leurs mandibules, remontent même le Congo jusqu’au Stanley Pool.
- On voit que, comme nous le disions au commencement de cet article, la faune du Congo est aussi riche que variée. En étudiant les éléments dont elle se compose, on y reconnaît d’abord quelques formes spéciales et qui n’ont été observées jusqu’ici dans aucune autre partie de l’Afrique; puis un grand nombre d’espèces qui descendent le long de la côte occidentale, de la Sénégambie jusqu’au Congo et même jusqu’aux possessions portugaises et d’autres qui remontent, au contraire, du Cap au Congo, à travers le Benguela et l’Angola. Une autre catégorie est formée d’espèces qu’on peut qualifier d'équatoriales parce qu’elles se trouvent entre les tropiques, depuis les rivages de la mer des Indes jusqu’à ceux de l’océan Atlantique; ensuite viennent quelques oiseaux qui, comme l’Oie d’Egypte et l’Ibis sacré, semblent être venus du nord-est, en passant du bassin du Nil à celui du Congo, puis un groupe important d’espèces largement répandues à travers tout le continent africain, ail sud du Sahara, et un autre groupe d’espèces cosmopolites; enfin, noyés dans la masse, quelques Oiseaux européens qu’on est surpris de rencontrer si loin de leur patrie. Parmi ceux-ci nous avons déjà signalé le Coucou gris, le Torcol, le Héron gris et le Héron pourpré, mentionnons encore le Petit-Duc, le Milan noir, l’Hirondelle de cheminées, le Rossignol, la Fauvette turdoïde, la Fauvette ictérine, la Bergeronnette champêtre, le Pipit des prés, < le Traquet pâtre, la Pie-Grièche rousse, etc. Ces oiseaux sont des émigrants qui viennent prendre leurs quartiers d’hiver dans l’Afrique centrale, les uns en franchissant le Sahara, les autres en remontant le Nil jusqu’à sa source, peu éloignée de celle de l’Oubangui, et en suivant ce fleuve jusqu’au Congo. Cette dernière voie, plus longue mais plus facile, est peut-être la plus suivie, puisque le célèbre Emin-Pacha a trouvé, au nord des grands lacs, les mêmes espèces européennes, accompagnées de beaucoup d’autres qui 11e poussent sans doute pas aussi loin leurs migrations et s’arrêtent dans le Soudan oriental. E. Oustalet.
- LES CHUTES DE NEIGE
- DU 2 AU 12 JANVIER 1895.
- Le 5 janvier 1895, une zone de basses pressions couvrait la plus grande partie de la France, ainsi que le centre et le sud du Continent. Les pluies et les neiges, qui avaient commencé à tomber dès le 2, augmentèrent considérablement d’intensité. La baisse barométrique continua le 6 ; la pression sur presque toute l’Europe était inférieure à 760 millimètres. Une nouvelle dépression s’avançait par le nord de l’Atlantique ; celle qui couvrait le centre et le sud (Nice 747 millimètres) persistait. Des neiges abondantes tombaient dans le nord, le centre et l’ouest de l’Europe. En France, on a recueilli 6 millimètres de neige à Lyon, 5 à Perpignan, 3 à Gris-Nez, 1 à Clermont. La température était le 6 au
- matin de — 11° à Moscou, — 7° à Lyon, — 5° à Paris, 8° à Alger, 10° à Lésina. — On notait — 16° auVentoux,
- — 13° au Puy de Dôme. — Le lendemain 7, la température était en baisse : un maximum de froid se trouvait dans le sud-ouest de la France. Il y avait — 14° à Toulouse, tandis qu’on avait seulement — 15° à Moscou,
- — 5° à Stockholm. On a observé —12° au mont Yen-toux, —10° au Puy de Dôme. Le 8 janvier le vent était fort du N.-E. sur la Manche et soufflait presque en Provence. En France les neiges ont été abondantes sur le littoral de la Manche et dans le sud ; dans certaines régions, notamment à Perpignan et à Foix, la chute s’est prolongée pendant plusieurs jours. Le mercredi 9, la température s’abaissait encore, le thermomètre s’abaissait à
- — 24° à Haparanda (Suède).
- Les chutes de neige dont nous parlons ont produit dans un grand nombre de localités de véritables catastrophes. On écrivait de Foix à la date du 5 janvier : « Le village d’Orlu, dans le canton d’Ax, situé à 26 kilomètres de Tarascon, au pied d’une montagne, a été détruit dans la journée de jeudi 3 janvier par une avalanche de neige. On signale quinze morts et huit blessés. Des catastrophes ont eu lieu dans tout l’Ariège. A Seix, un jeune homme de vingt-six ans a été emporté par une avalanche. A Aulus, neuf granges ont été écrasées, à Ercé trois habitants conduisant des bestiaux ont été engloutis par l’avalanche.
- Un véritable tourbillon de neige s’est abattu dans les Pyrénées-Orientales, et surtout sur divers points, notamment dans l’arrondissement de Prades. Les communications ont été interrompues. La ville de Perpignan a été très éprouvée. On a donné de cette ville les renseignements suivants à la date du 8 janvier : (( Par suite des rigueurs de la température, le chômage est général. De nombreux pauvres, sans pain et sans feu, ont envahi hier les couloirs de la mairie. La municipalité leur a distribué des bons de pain. Le matin, les trains ont dû être supprimés sur la ligne de Prades par suite de l’accumulation des neiges sur la voie ferrée. Un train parti de Perpignan ce matin, à cinq heures, est en détresse. »
- A Avignon, pendant toute la nuit du 7 au 8 janvier, la neige a tombé ; il y avait, après la ebute, 25 centimètres d’épaisseur de neige sur le sol. Le Rhône a été presque complètement pris par les glaçons. Tout travail a cessé. Le thermomètre était descendu à 7 degrés au-dessous de zéro. Un voyageur, M. Auguste Saga, âgé de cinquante ans, a été trouvé mort hier dans un wagon, à Avignon, des suites d’une congestion occasionnée par le froid.
- Toulouse a été également éprouvé depuis le dimanche 6. Les trains ne marchaient plus entre Luchon et Mari-gnac. Les tourmentes de neige se succédaient, faisant écrouler des écuries et des maisons. A Sodé, six hommes surpris par une avalanche ont pu heureusement être dégagés.
- Dans les Pyrénées, la neige est tombée avec une abondance rare; après la chute son épaisseur sur le sol était de 1 mètre à Luchon; elle dépassait 3 mètres dans la vallée du Lys.
- A Lyon, à Marseille, les chutes de neige ont été très abondantes. Le phénomène s’est étendu dans toute l’Algérie. Jamais ce pays ne vit hiver aussi rigoureux. Une couche de neige de 60 centimètres couvrait les hauts plateaux; les communications télégraphiques ont été interrompues et le train d’Alger à Constantine est resté bloqué, deux jours durant, entre le Meslong et Sétif.
- A la date du 4 janvier 1895, on écrivait de Tunis que l’hiver était exceptionnellement rigoureux. La neige cou-
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- vrait tous les points élevés de la Régence. A Tunis même, elle était tombée à gros flocons. Le thermomètre avait atteint zéro degré, phénomène très rare pour la région.
- En Algérie les chutes de neige abondantes ont été précédées le 4 janvier par un orage violent qui s’est abattu sur Alger. La foudre est tombée sur le paquebot Général-Chanzy ; le paratonnerre du paquebot s’est fondu; trois hommes de l’équipage ont été projetés à dix mètres sur le pont.
- A Paris, il n’est tombé que peu de neige ; la température s’est abaissée jusqu’au 12 janvier où elle a atteint dans la matinée — 11 degrés. Un fort verglas a eu lieu le 15 à deux heures du matin, puis, la gelée a pris fin, et la température s’est bientôt élevée à quelques degrés au-dessus de zéro. Gaston Tissammku.
- LA FAUNE DES CAYERNES
- Il semble que l’étude de la paléontologie et de la préhistoire, l’exhumation de la vie passée dans le sol des cavernes, ait fait depuis vingt ans un peu tort, en France, à la recherche de la vie présente : la Faune et la Flore actuelles des antres noirs et de leurs ondes opaques s’y manifestent cependant avec une énergie et une abondance non moins grandes que dans le sous-sol de l’Autriche et de l’Amérique. Mais les naturalistes de ces deux pays ont poussé plus loin que les nôtres leurs investigations dans ce domaine, bien que les Pyrénées, le midi et l’est de la France aient déjà livré de nombreuses espèces cavernicoles nouvelles à nos compatriotes1.
- L’étude zoologique des eaux souterraines est, en première ligne, utile aux hygiénistes, auquels elle révélera certains organismes nuisibles, capables de s’y développer dans les eaux d’alimentation des villes pour passer ensuite dans l’économie humaine.
- Cela a été bien établi, en 1889, par M. R. Moniez, professeur à la Faculté de médecine de Lille, dans un fort important Mémoire, avec bibliographie, sur la « Faune des eaux souterraines du département du Nord et en particulier de la ville de Lille ». (Revue biologique du Nord de la France, t. I, 1888-89, 68 p.) Cet auteur reconnaît que « les faits sont trop peu nombreux jusqu’ici pour qu’on soit autorisé à en tirer une conclusion générale quelconque ». (Eu Autriche, M. Valle, directeur-adjoint du Musée d’histoire naturelle de Trieste, a entrepris depuis longtemps un grand travail d’ensemble sur la faune des cavernes.)
- Néanmoins on a trouvé déjà et on trouvera encore des animaux de toutes les classes dans les cavernes. Les uns, n’y passant pas la totalité de leur existence, mais s’y abritant avec prédilection, ont été nommés Iroglophiles (qui aiment les cavernes), par l’Autrichien Schiner, qui appelait les autres, n’en quittant jamais les obscurs réceptacles, des troglobiens (qui vivent dans les cavernes).
- Je ne saurais présenter ici, même un simple tableau de la faune souterraine actuellement connue. A peine pourrai-je esquisser les grandes lignes du sujet, et en rappeler l’importance.
- Les vertébrés supérieurs (mammifères, oiseaux et reptiles) que l’on rencontre dans les cavernes semblent être surtout des troglophiles. Mais il y a de véritables troglo-
- 1 On trouvera des indications bibliographiques sur ce sujet dans le cliap. xxxv de mon récent ouvrage Les Abtmes (Paris, Pelagrave, in-4°, 580 p., 500 fig. et 20 pl. hors texte, 1894), auquel est empruntée une partie du présent article.
- biens parmi les vertébrés inférieurs (batraciens et poissons). Les articulés surtout, et spécialement les arthropodes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés) ont révélé le plus d’espèces inconnues. Nous figurons (p. 124) le Dolichopoda palpata, insecte orthoptère des plus remarquables des cavernes. 11 a été découvert dans les grottes de Belvès et d’Espezel, dans l’Aude, en 1879, par M. E. Simon. Les vers, mollusques, etc., ne manquent pas non plus.
- Pour ne citer qu’un exemple, la liste totale de la faune de Mammoth-Cave (États-Unis) ne comprend pas moins d’une centaine d’espèces, après exclusion de celles qui viennent accidentellement du dehors. Les araignées aveugles tendent leurs fils pour des mouches sans yeux; les poissons mangent les écrevisses, qui se nourrissent elles-mêmes de petits crustacés pris avec leurs pinces sous les pierres plates; les crustacés font leur proie de petits mollusques sans défense, et ceux-ci s’alimentent de champignons microscopiques !
- La très importante question de l’origine des faunes souterraines est encore environnée d’un certain mystère ; on crut d’abord (Agassiz, etc.) qu’elles avaient été spécialement créées pour le milieu où elles vivent. Depuis, on a reconnu qu’elles dérivent tout simplement d’espèces extérieures modifiées. L’étude raisonnée et comparative des modifications subies et de leurs phases serait nécessaire pour éclaircir bien des points douteux. C’est toute la doctrine de l’évolution des espèces qui se trouve intéressée à ces sortes de recherches.
- L’introduction sous terre des ancêtres de ces faunes peut s’être opérée et s’opère encore de deux manières : sous forme d’individus parfaits emportés par des eaux ruisselantes, dans des goules ou des gouffres à large ouverture d’où il leur est impossible de regagner le jour ; — ou bien sous forme d’œufs ou de larves, entraînés en d’étroites fissures avec les eaux de simple infiltration. — Les êtres éclos de ces germes et qui n’auront jamais vécu à la surface du sol seront-ils affectés, eux et leur descendance, d’altérations plus rapides ou non que ceux qui seront devenus souterrains par accident et non pas avant leur naissance? Les deux principales de ces altérations sont en général l’albinisme ou décoloration plus ou moins complète, et l’atrophie des yeux : sous terre en effet les organes de la vision deviennent inutilisables. En revanche, on a établi que les animaux cavernicoles aveugles ont les autres sens excessivement développés ; ils se dirigent par le [tact au moyen de longs poils (cirrhes) ou de longues antennes, très sensibles; ils se défendent par l’ouïe qui leur révèle le plus lointain péril ; et ils se nourrissent par l’odorat qui leur dénonce les proies invisibles.
- L’albinisme s’explique par le défaut d’absorption de rayons lumineux. De même on s’accorde généralement à penser que c’est par adaptation au milieu que ces espèces cavernicoles aveugles ont perdu l’organe visuel dont leurs ancêtres avaient la jouissance.
- Schiôdte (de Copenhague) et le Dr Gustave Joseph (de Breslau) ont fait de curieuses études sur les transitions qui existent dans l’atrophie graduelle de la vision, entre les animaux aériens et leurs congénères franchement cavernicoles. M. Joseph croit que lorsque l’éclairage diminue dans l’habitat de l’animal, il v a dislocation des yeux, et il pense que des espèces intermédiaires sont particulièrement cantonnées dans les cavernes crépusculaires, où il tombe parfois quelques rayons de jour, à midi ou en été par exemple. Tandis que le Protée et l’Ambliopsis de Mammoth-Cave n’ont que des yeux recouverts par une
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- membrane, certains mollusques paraissent n’avoir plus même la place du globe oculaire le plus rudimentaire.
- U est permis de se demander si ces degrés dans la cécité ne proviennent pas dans une certaine mesure de la différence entre les délais écoulés depuis l’enfouissement des espèces. D’une part, en effet, on a trouvé des animaux particuliers aux cavernes qui avaient nettement conservé leurs yeux. D’autre part, beaucoup d’eaux artésiennes ont rejeté à la surface, et certaines nappes souterraines ont laissé recueillir des êtres vivants absolument superficiels et nullement modifiés; avec raison, on en a conclu qu’ils avaient été entraînés par des absorptions d’eau alimentant ces nappes, et produites en des points inconnus plus ou moins éloignés, et que, de plus, leur
- séjour souterrain n’avait pas ét'* suffisamment long pour les aveugler.
- 11 importera également de mettre en parallèle l’alropbie de la vision chez les animaux cavernicoles ou des eaux souterraines, et chez ces êtres surprenants, spécialement adaptés aux énormes profondeurs des mers et d’où les ont extraits, contre toute attente, les admirables expéditions sous-marines du Challenger, du Talisman, de VHirondelle, etc., etc.
- Enfin « il ne faudrait pas accorder trop d’importance à cette particularité que beaucoup d’espèces souterraines sont aveugles : on en connaît un bon nombre qui vivent dans les eaux de surface et qui sont cependant dépourvues de vision ». (R. Moniez, Faune des eaux souterraines.)
- — M. Joseph croit au contraire que « la présence ou l’absence d’organes visuels correspond toujours aux conditions d’existence des animaux ». En ce qui touche l’hérédité des atrophies, Hovey rapporte (Cclebrated American caverns) que le Dr lfaven a pu assister à la naissance de huit petits amblgopsis aveugles.
- Tout ceci n’est qu’une très sommaire indication de quelques-unes des questions que soulève la zoologie souterraine. Pour s’en tenir aux simples recherches et déterminations d’espèces ignorées, il est certain que les nouvelles cavités des Causses procureront une ample moisson de choses inédites : tel est l’avis de M. Ch. Brongniart. Il a été pratiquement sanctionné par M. Moniez qui, en août 1895, a découvert trois espèces inédites de Thysanoures à Dargilan et qui recommande en ces termes une exploration zoologique minutieuse de ces cavernes :
- « L’exploration des autres grottes des Causses... devrait bien tenter quelque savant du voisinage qui ferait pour notre pays ce qui a été fait par exemple pour les grottes
- de Carniole et pour celles de l’Amérique du Nord. Peu do sujets d’études sont aussi intéressants que celui-là. »
- La chasse aux animaux cavernicoles comporte, comme instruments, des pinces d’entomologiste, un petit filet fin et résistant à mailles serrées (pour les pèches), un pinceau qu’on trempe dans l’alcool pour saisir et immobiliser les petits insectes, et des fioles ou petites bouteilles de tailles et formes variées pour renfermer les prises, soit à sec, soit dans l’alcool.
- Il est fort désirable que l’on reprenne et continue avec activité en France les recherches sur la faune souterraine, si bien commencées de 1857 à 1875 par Delarouzée, Linder, Abeille de Perrin, de Bonvouloir, Lucas, F. de Soulay, de la Brûlerie, Simon, Bedel, Marquet, Lucanie, Mestre, etc., etc., et que l’on se livre à des expériences pratiques sur les modifications physiques que pourraient subir des animaux extérieurs enfermés pendant longtemps au plus profond des cavernes. E.-A. Martel.
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- UNE MACHINE A YAPEUR
- de .newcomen
- Le grand nom de Newcomen se lie étroitement à l’histoire et à la création de la machine à vapeur moderne : avant lui on avait pour ainsi dire, comme l’explique Thurston, inventé séparément les éléments de ce puissant moteur; mais ce lut Thomas Newcomen, quincaillier et forgeron à Dartmouth, qui parvint à combiner ces éléments et à donner réellement la vie à l’appareil.
- Dans ces conditions on comprend tout l’intérêt qui s’attache aux créations du grand inventeur. D’une façon générale, du reste, rien n'est plus instructif que de suivre l’histoire de la machine à vapeur, de voir les types successifs qui en ont été imaginés.
- D’excellents livres ont été publiés à ce sujet, notamment ï Histoire de la machine à vapeur de Thurston, ces liv res contenant des dessins des anciens modèles.
- Les musées, les expositions réunissent aussi un certain nombre de reproductions ou d’originaux.
- Mais combien est-il [dus intéressant de retrouver quelqu’une de ces anciennes machines, sinon fonctionnant encore, du moins toujours en place, dans l’état où l’ont laissée les inventeurs du siècle passé!
- Tel est le cas pour une machine à vapeur construite par Newcomen en 1705, et dont notre excellent confrère Engineering a eu la bonne fortune de pouvoir donner une photographie, que nous reproduisons ci-dessus.
- Ce curieux et respectable appareil se trouve encore debout, dans la vallée de Fairbottom, à mi-chemin entre Ashton-under-Lyne et Oldham ; il se ronge de rouille sans que personne songe à le protéger. Pendant des années on le considérait comme une des premières productions de James Watt; mais de nouvelles recherches ont démontré qu’il s’agit bien là d’une pompe à simple eflet due à Newcomen. Malheureusement on ne connaît pas de détails sur son histoire : tuut ce que se rappellent les habitants les
- plus âgés du voisinage, c’est que, il y a soixante à soixante-dix ans (vers 1834), on l’employait, non point régulièrement, mais simplement à l’occasion, pour l’épuisement d’une mine. C’est vers cette époque qu’on a commencé à la laisser tomber en ruine.
- La date d’érection remonte très probablement à la fin du siècle dernier ; elle est demeurée au même endroit depuis lors, mais, comme on le voit dans notre gravure, le toit qui la protégeait sans doute s’est effondré, et il ne reste plus que des piliers de briques. L’appareil comprend un pilier massif en maçonnerie de 4m,41 de hauteur et de 2m,20 de largeur à la base; il supporte le balancier, qui est formé de deux poutres de chêne de 50 X 55 centimètres d’équarrissage; elles sont réunies par des montures
- de fer, et portent à chaque extrémité, comme l’indique la figure, un segment de cercle où s’attachent, d’une part le contrepoids, de l’autre le piston. Ce balancier a 6m,09 de longueur.
- Pour bien comprendre ce dispositif, il faut se rappeler comment était essentiellement composée la pompe à vapeur de Newcomen. 11 s’agit, bien entendu, d’une machine atmosphérique,où, par conséquent, la vapeur a simplement pour but de laisser agir un contrepoids, en annihilant, pendant un certain temps, la pression atmosphérique. La vapeur sortant de la chaudière se rend immédiatement dans le cylindre, équilibre la pression atmosphérique sous le piston : cela permet la chute de la tige de pompe suspendue au bras de gauche du balancier, et celle-ci, en s’abaissant, soulève au haut de sa course le piston qui est rattaché par une chaîne au bras droit du balancier. On condense par injection la vapeur qui est dans le piston : la pression atmosphérique peut alors faire redescendre celui-ci et remonter la tige de la pompe.
- Cette disposition est très apparente sur notre gravure : le balancier repose sur deux tourillons au sommet du pylône de maçonnerie. Quant au cylindre, il est en fonte; son diamètre est d’environ 69 centimètres, la course du piston étant de 1 m,82 ; il a été fondu en une seule pièce, longue de 2m,65,
- Machine à vapeur construite par Newcomen, près d’Oldam, Lancashire (Grande-Bretagne).
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- avec des parois de 51 millimètres d’épaisseur. On ne sait pas, du reste, s’il y avait des cercles autour de ce cylindre. Quant à la chaudière, qu’on aperçoit dans le fond de la gravure, elle est en fer forgé du type locomotive, et l’on suppose que, malgré son piteux état, elle est bien postérieure à la machine même; la largeur de cette chaudière varie de lm,90 à lm,69; la hauteur, de 2m,lo. Les tôles sont complètement rongées en certains points.
- Il est bien probable que cette machine est un des appareils les plus vieux qui soient demeurés en place; malheureusement, les légataires du feu comte de Stamford et Warrington, à qui elle appartient, ne s’en occupent nullement. Déjà, depuis que la photographie en a été prise, le balancier est tombé à terre, et il est regrettable qu’on ne fasse rien pour préserver ce souvenir si curieux.
- Daniel Bellet.
- LES TABLES D’ORIENTATION EN FRANCE
- Dans notre précédente livraison M. René Lacker, en décrivant l'Indicateur des Alpes1, amis en doute l’existence d’appareils de ce genre en France. Un de nos lecteurs nous adresse à ce sujet la Note suivante : (( A ma connaissance, il existe dans notre pays au moins deux indicateurs, placés en 1892 et 1893, le premier au sommet du ballon d’Alsace, le deuxième sur le Drumont, au nord de Bussang.. Ces appareils, désignés sous le nom de tables d'orientation, consistent en une table de fonte très robuste posée sur piédestal en granit à l’effet de résister au choc des animaux qui pâturent sur les hautes chaumes des Vosges françaises. Elles ont été posées l’une et l’autre par les soins et aux frais de la section des Hautes Vosges du Club Alpin Français. Des nervures venues de fonte indiquent les directions des points importants du tour d’horizon (clochers, villages, sommets de monts importants). »
- M. M. P., lieutenant de réserve d’artillerie, nous écrit d’autre part : « Au cours des dernières manœuvres de Beauce, j’ai vu des tables d’orientation, en haut du clocher de l’église d’Illiers, auprès de Chartres. Les traits de visée sont gravés sur des plaques de plomb et la visée se fait également au moyen d’une sorte d’alidade, qui, je crois, portait à une extrémité un semblant de fenêtre de visée. 11 y a trois ou quatre de ces tables indicatrices correspondant aux fenêtres du clocher présentant un certain horizon de vues. D’après les caractères gravés sur ces tables, qui semblent avoir été complétées dans la suite, il m’a paru que leur établissement devait remonter assez loin dans le passé. )>
- M. H. Anot, à Châlons-sur-Saône, nous envoie une lettre que nous reproduisons : « Les indicateurs de montagnes, si fréquents en Suisse, ne sont pas inconnus dans notre pays. Parmi les appareils de ce genre que j’ai rencontrés en France, plusieurs présentent même un réel perfectionnement sur l’appareil que vous avez décrit. Ces tables d'orientation sont constituées par des tablettes annulaires de 50 centimètres environ de largeur et d’un diamètre de plusieurs mètres, à l’intérieur desquelles un certain nombre d’observateurs trouvent place. Elles présentent ainsi le triple avantage : 1° de pouvoir comprendre tout l’horizon ; 2° d’être accessibles simultanément à
- 1 Voy. n° 1128, du 12 janvier 1805, p. 101.
- plusieurs personnes ; 5° de se prêter enfin, par l’étendue de leur surface, non seulement à l’indication nominatrice des monuments, villes ou cimes de montagnes, mais encore à leur représentation par le dessin. Une table de ce genre exisle au sommet du Revard, près Aix-en-Savoie, mais la plus belle à ma connaissance est celle de l’observatoire de Fourrières, à Lyon1. Installée sur la terrasse supérieure de l’une des tours de la nouvelle basilique, elle est constituée par une vaste couronne formée de plaques en lave émaillée qui recouvre tout le parapet de la terrasse. Tout près de l'observateur sont figurés les édifices principaux et les divers quartiers de la ville dont le panorama se déroule à ses pieds, puis viennent les hauteurs voisines, les villages des environs, tandis qu’à la circonférence s’estompent les chaînes de montagnes qui bordent l’horizon. Ici la règle radiale doit être remplacée par un ou plusieurs petits chariots roulant circulaiz’ement sur la table et pouvant recevoir les longues-vues des observateurs. »
- ——
- CHRONIQUE
- La culture des ruses dans le Grand-Duché de Luxembourg;. — La culture des roses dans le voisinage de la ville de Luxembourg est une industrie importante, le sol et le climat du Grand-Duché étant très favorables au développement et à la croissance des plus belles variétés de cette fleur. Trois grands établissements et une douzaine de petits s’y consacrent, employant 100 personnes pendant toute l’année, et 300 pendant trois ou quatre mois de l’été et de l’automne. La superficie totale plantée en rosiers est d’environ 80 hectares ; le sol argileux est préféré. L’engrais employé est le fumier de cheval. Les plantes sont cultivées en plein champ ou dans des serres ; les premières sont, pendant l’hiver, mises à l’abri dans des caves ou courbées sur le sol, et entièrement couvertes de terre. Les plantes basses sont obtenues par des semis de jeunes plantes : les plantes hautes par le greffage des rosiers sauvages. On obtient de nouvelles variétés artificiellement. On cultive les roses h\brides et les roses thé, mais on donne la préférence aux premières dans le Nord, aux autres dans le Sud.
- Une pile minuscule. — La Nassau Electric Company, de New-York, semble avoir atteint les plus petites dimensions et le plus faible poids pour une pile de poche qu’elle construit. Cette pile, suivant The Electrician, est composée d’éléments au chlorure d’argent hermétiquement fermés. Ces éléments, d’une force électromotrice de 1,1 volt, fournissent un débit maximum de 2 ampères, ont moins de 18 millimètres de diamètre et moins de 70 millimètres de longueur, et pèsent à peine quelques grammes. On a déjà signalé quelquefois des piles analogues, mais de dimensions plus élevées. Il serait intéressant de connaître exactement les conditions de fonctionnement de cette nouvelle pile.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 janvier 1895. — Présidence de M. Marey.
- La déperdition des nitrates dans le sol. — M. Dehé-rain a déjà eu l’occasion de montrer les pertes considé-
- 1 M. Dubarry, professeur au lycée de Dijon, nous adresse une communication analogue sur le meme indicateur.
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- râbles de nitrates que subissent les sols dénudés, sous l’action des pluies automnales. On évite ces pertes en semant immédiatement après la moisson une plante à végétation rapide, de la vesce par exemple, qu’on enfouit ensuite sur place, au moment des grands labours de novembre. Les semis empêchent la déperdition, car, d’une part, les plantes rejettent par transpiration la plus grande partie de l’eau tombée, et, de l’autre, retiennent par leurs racines les nitrates contenus dans les eaux qui traversent le sol. On est en droit, cependant, de se demander si l’on n’atteindrait pas le but visé en laissant tout simplement la terre se recouvrir spontanément, après la moisson, de plantes advenlives. M. Deliérain reconnaît qu’en effet les graminées auxquelles appartiennent le plus grand nombre de ces plantes adventives retiennent très bien les nitrates, mais qu’en revanche ces graminées enfouies ne fonctionnent que très mal, comme engrais vert. Quand on compare la composition des eaux de drainage des terres nues enrichies d’une fumure verte de légumineuses ou de graminées, on trouve que les premières fournissent beaucoup plus de nitrates que les secondes. 11 faut donc, immédiatement après la moisson, imiter ce que font, depuis un temps immémorial, les cultivateurs de la Lomagne, semer de la vesce à enfouir en novembre. Quand l’automne est sec, la récolte n’est que médiocre et la fumure ne représente guère par hectare que la valeur de 8 à 10 tonnes de fumier de ferme. Mais quand l’année est humide la vesce pousse vigoureusement et, au moment de l’enfouissage, elle représente la valeur de 15 à 18 tonnes de fumier. Nous cultivons, en France, le blé sur 7 millions d’hectares; si, sur chacun d’eux, on s’astreignait à semer de la vesce, et que la récolte représentât 10 à 15 tonnes de fumier, on aurait un supplément de 70 à 105 millions de tonnes de fumier, quantité à peu près égale à la production annuelle. Donc, si la pratique des cultures dérobées d’automne se généralisait, elle doublerait la quantité de matières fertilisantes distribuée chaque année dans notre pays.
- La fermentation pectiqne. — M. Deliérain expose encore les résultats obtenus par MM. Bertrand et Mallèvre, dans l’étude difficile de la pectase et de la fermentation pectique. Pour qu’un jus de fruit ou de racines puisse fournir le précipité gélatineux de pectate de chaux nommé à tort acide pectique, les conditions nécessaires sont, non seulement la présence de la pectine, c’est-à-dire du ferment soluble de la pectase, et celle d’un sel de calcium, mais de plus la neutralité de la liqueur. La fermentation pectique apparaît aisément dans les jus de fruits mûrs, parce qu’ils sont pauvres en acides libres, tandis qu’elle n’apparaît pas, au contraire, dans le jus très acide de fruits incomplètement mûrs, tant que les acides n’ont pas été neutralisés. La connaissance de ces faits permet de démontrer que la pectase insoluble n’existe pas.
- Les nitrites d'alcool. — M. Albert Colson, examinateur à l’École polytechnique, a étudié les nitriles d’alcool. Les cyanures, dont la découverte est due à MM. Gautier et Simpson, sont instables. M. Colson décrit leurs éthers, dont il signale la stabilité. Toutefois, il constate que ces éthers, à l’inverse des vrais nitriles et des éthers cyanés, qu’il a antérieurement décrits, perdent facilement les éléments de l’acide prussique. En outre, sous l’action de l’eau à + 1 i0°, ces éthers régénèrent leurs trois composants, de la même façon que les éthers composés régénèrent l’alcool et l’acide générateurs. L’argenture du verre s’obtient immédiatement avec ces composés additionnés de sels d’argent.
- Les gisements de phosphates du Gard. — M. Depéret, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, signale la mise en exploitation dans le département du Gard de gisements de phosphates analogues à ceux du centre de la France (Lot, Tarn, Tarn-et-Garonne, etc.). M. Nicolas, d’Avignon, a recherché dans ces phosphates les débris d’ossements qui peuvent y être enfermés. 11 a soumis le fruit de ses recherches aux investigations de M. Depéret, et ce savant a constaté qu’il s’agissait de débris d’animaux quaternaires. En somme, les remplissages qui constituent les gisements du Gard sont peu anciens, tandis que ceux du centre de la France sont au contraire très anciens. On voit par cet exemple quel secours la paléontologie peut prêter à la géologie pour la détermination de l’âge de certaines roches.
- Préparation du silicium amorphe. — M. Moissan remarque que le procédé employé jusqu’à ce jour pour préparer le silicium amorphe n’a pas permis de l’obtenir dans un état de pureté suffisant pour que l’on put déterminer d’une façon certaine les propriétés de ce corps. Le procédé usuel consiste à chauffer, dans un appareil en fer, un mélange de sodium et de fluosilicate de sodium. Dans ces conditions, il se produit un mélange de siliciure de fer, de siliciure de sodium et de silice amorphe. On a également essayé de faire réagir le magnésium sur la silice, mais sans obtenir un résultat satisfaisant. M. Vigourouxa imaginé de traiter la silice en poudre très fine par le magnésium. Il se manifeste un grand dégagement de chaleur; le mélange prend un éclat tel que l’œil ne peut le supporter. La réaction est plus modérée avec la magnésie, mais réussit très bien. 11 a préparé ainsi du silicium amorphe par quantité de plus de 500 grammes, titrant environ 99 pour 100. M. Vigoureux ajoute que ses observations lui permettent d’affirmer qu’il n’existe pas plusieurs variétés allotropiques de cette substance, mais que son degré variable de pureté, suivant le procédé employé pour la préparer, modifie considérablement ses propriétés.
- Élection. — M. llautefeuille est élu membre de l’Académie, dans la section de minéralogie, en remplacement de M. Mallard. M. llautefeuille a réuni 53 suffrages, M. Barrois 1, M. Marcel Bertrand 9, M. de Lapparent 5, M. Michel Lévy 4.
- Varia. — M. Briscart présente un appareil réalisant la transformation du mouvement circulaire en un mouvement alternatif, au moyen d’un pentagone articulé. — M. Janssen décrit un anémomètre construit par M. Richard. — M. de Mély expose les résultats obtenus sur des vignes phylloxérées par l’application sur chaque cep de mousse de tourbe imprégnée d’huile de schiste.
- Ch. de Villedeuil.
- LES MANGEURS DE FEU
- On sait qu’il y a dans les foires des saltimbanques qui mangent des étoupes enflammées; les mangeurs de feu dont nous allons parler aujourd’hui et qui ont été exhibés en public, dans la salle de l’Olympia à Paris, dépassent dans le genre tout ce qu’on avait vu jusqu’ici; non seulement ils avalent des flammes, mais ils manient le feu et le font jaillir de leurs doigts.
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- LA NATURE.
- Les mangeurs de feu sont deux jeunes Américains qui ont beaucoup travaillé la physique et l’électricité. Quand ils font leurs expériences, ils sont revêtus d’un costume collant, de couleur rouge, qui représente les diables des féeries. Ils paraissent sur la scène qui, pendant tout le temps de leur présence, reste peu éclairée et dans la pénombre. Au fond de la scène est un meuble qui ressemble à un bureau de travail vu de dos; mais on ne distingue aucun détail de cet objet. Les diables vont derrière ce meuble; ils semblent y faire quelques préparatifs avec leurs mains, puis ils viennent sur le devant de la scène, et des flammes très légères, mais fort brillantes, jaillissent de leurs doigts. Ils approchent ces
- flammes de leur bouche; ils paraissent les avaler, et elles s’éteignent entre leurs dents.
- Quand les deux diables se touchent les mains entre eux, on entend un crépitement et de longues llammes jaillissent pendant quelques secondes du bout de leurs doigts qu’ils agitent sans cesse.
- Dans une expérience suivante, sans rien mettre dans leur bouche, ils soufflent avec énergie et une flamme brillante sort d’entre leurs lèvres. Us lancent un jet de flamme pendant un espace de temps très durable, qui se prolonge assurément plus d’une demi-minute.
- Pendant que ces phénomènes singuliers s’accomplissent les spectateurs ne sentent absolument au-
- Expériences des mangeurs de feu sur la scène de l’Olympia, à Paris.
- cune odeur. Il est probable que la combustion est due à des essences très volatiles, mais nous ne saurions cependant en préciser la nature, ni donner l’explication exacte des expériences réalisées. Les diables rouges gardent leur secret, et quand on les interroge, ils restent muets.
- Nos lecteurs pourront toutefois se renseigner sur bien des points de ces curieux phénomènes en lisant deux Notices intitulées : Les hommes incombustibles, que M. Guyot Daubés a publiées dans La Nature en 1886 L L’auteur parle des forains qui lèchent des tiges de fer chauffées au rouge, des mangeurs d’étoupes allumées, et il décrit les expériences faites en 1881 par un nommé M. Kortig, qui avait pré-
- 1 Voy. n° 655, du 19 décembre 1885, p. 41, et n° 659, du 16 janvier 4886, p. 403.
- paré une essence si volatile qu’il en versait dans sa main et l’y allumait sans se brûler. M. Kortig a offert une séance dans une soirée donnée au Conservatoire des arts et métiers, par M. Hervé Mangon, alors directeur. Nous étions invité à cette soirée et nous avons vu l’opérateur enflammer le liquide qu’il avait versé dans le rebord de son chapeau de feutre ou dans les plis d’un mouchoir de dame sans que les objets servant de support au liquide aient été en aucune façon endommagés.
- Il y aurait là, pour un chimiste, d’intéressantes expériences à reprendre et à étudier.
- Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissax.'jier
- l’un». — Imprimerie Laiiuke, rue de Fleurus, 9.
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- N* 1 150. — 26 JANVIER 1805.
- LA NATURE.
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- VOITURE ÉLECTRIQUE
- DE M. JEANTAtD
- Dans l’intéressant concours de voitures automobiles organisé par le Petit Journal au mois de juillet i894‘,tout le monde a remarqué avec grand étonnement et a regretté vivement l’absence de voitures électriques. Une seule avait été inscrite, et elle a été retenue en douane par diverses formalités.
- Nous avons déjà en de nombreuses circonstances2, décrit quelques modèles de voitures électriques établies par divers amateurs ; mais nous devons reconnaître que jusqu’ici la voiture électrique avait laissé beaucoup à désirer dans son fonctionnement et n’avait pas donné des résultats très satisfaisants. Faut-il en accuser la source d’énergie électrique, les transmissions complexes du moteur aux roues du véhicule? Les reproches pouvaient s’adresser également à tous ces organes.
- M. Jeantaud, constructeur de voitures à Paris, vient de faire faire un grand pas à la voiture électrique. Depuis bientôt quinze ans, nous a-t-il dit, il étudie cette question ; il a eu la sagesse de la mûrir profondément sans s’arrêter aux premiers résul-
- 1 Voyez n° 1 104, du ‘28 juillet 1894, p. 120, et n° 1108, du ‘25 août 1891, p. 198.
- 4 Voyez table des matières des dix dernières années 1885-1892 et les nos 1070 et 1084 du 2 décembre 1895 cl du 10 mars 1894.
- tats d’une invention quelquefois incomplète, et en cherchant toujours une solution réellement pratique et susceptible d’applications industrielles. 11 est enfin parvenu à construire une voiture qui a été autorisée, après essais par l’ingénieur en chef des mines, M. Michel Lévy, à circuler librement dans
- Paris.
- Notre ligure 1 donne une vue d’ensemble de la voiture. C’est un phaéton à quatre roues, à deux places et à accumulateurs. Un coffret est établi par derrière pour renfermer ces derniers. À l’avant se trouve l’essieu directeur, actuellement employé dans toutes les voitures automo-biles et que M. Jeantaud a appliqué le prt-mier, avec tige haute disposée sous la main du conducteur. Sous la voiture est suspendu un moteur électrique qui transmet le mouvement aux roues d’arrière. Un commutateur est placé sur le devant ; sous le pied du conducteur se trouve une pédale commandant un coupe-circuit interrupteur en même temps que le frein. Le poids du véhicule et des transmissions atteint 490 kilogrammes, le poids des accumulateurs est de 420 kilogrammes, dont 280 kilogrammes pour les plaques et 140 kilogrammes pour le liquide et les boîtes. Le moteur pèse 110 kilogrammes ; en admettant un poids moyen de 150 kilogrammes pour deux voyageurs, on arrive au poids total de 1170 kilogrammes.
- La source d’énergie électrique est constituée par une batterie d’accumulateurs du type Fulmen, de 21 éléments répartis dans 7 boîtes de 5 éléments
- 9
- Fig. 1. — Nouvelle voiture électrique à accumulateurs.
- ÎS5 année.
- 1semestre.
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- LA NATURE.
- chacune. Ces accumulateurs renferment chacun un poids de plaques de 15ks,5 et peuvent fournir en marche normale une capacité de 500 ampères-heure au régime de 50 ampères, de 240 ampères-heure à 40 ampères, et de 210 ampères-heure à 70 ampères. On remarquera qu’il s’agit là de débits élevés atteignant jusqu'à 5 ampères par kilogramme de plaques. Dans quelques cas particuliers, et certainement exagérés, M. Jeantaud a pu obtenir des débits variables de 80 à 180 ampères, mais pendant une heure et demie seulement. La capacité a été de 22,5 ampères-heure par kilogramme de plaque dans le premier cas cité plus haut, et de 15,7 ampères-heure par kilogramme dans le dernier cas. Les accumulateurs son ^Montés en tension et gardent constamment ce collage. Par ces quelques chiffres on peut remarqué!’ que les nouveaux accumulateurs se distinguenMbar une grande capacité et par le débit élevé qu'm peuvent fournir, en résistant aux trépidation^et aux chocs. Ils doivent ces propriétés à leur constitution même; les plaques, que nous avons pu examiner en détail au siège de la Société, sont formées d’une monture intérieure avec quadrillages. Ces derniers sont remplis de matière active, et le tout est emprisonné dans deux plaques extérieures en celluloïd perforées de trous de faible diamètre. Ces enveloppes de celluloïd sont à leur tour réunies et collées à leur partie supérieure et inférieujjje. Une série de plaques semblables sont groupées «ntre elles et montées comme dans les accumulateurs ordinaires. Ces éléments peuvent ainsi être soamis à des chocs, à des trépidations et à des régimes très variables ; la matière active reste dans les^ gaines et l’accumulateur ne subit aucune détérioration. Ce sont là les observations que M. Jeantaud a pu faire avec les accumulateurs qu’il a employés* dans sa voiture et qu’il a soumis bien souvent à des expériences difficiles.
- Le moteur est un moteur série, construit par la Compagnie de Fives-Lillep il produit 2,G chevaux à la vitesse angulaire de 1200 tours par minute et a un rendement industriel de 74 pour 100, avec les bobines des inducteurs montées en tension. En couplant ces dernières en quantité, la puissance peut atteindre 4,4 chevaux à la vitesse angulaire de 1500 tours par minute; le rendement industriel est alors de 70 pour 100. Le moteur est suspendu à la caisse de la voiture par des ressorts à lames, qui amortissent les chocs au moment des démarrages. Des dispositions ont été prises, comme nous allons le voir plus loin, pour permettre au moteur de suivre les inflexions de la caisse de la voiture, sans que les dents d’engrenage de transmission cessent d’être normalement en prise.
- * Notre figure 2 (n° 1) donne une vue intérieure du mécanisme de transmission, et les dessins placés en cartouche représentent les dispositions adoptées pour le système différentiel. La transmission du moteur est réalisée sans chaînes et appartient au modèle Gaillardet; elle se fait par l’intermédiaire
- d’un arbre tournant dans deux paliers fixés à l’essieu et portant à ses deux extrémités deux pignons à denture droite I et II venant engrener avec deux tambours dentés intérieurement J et K. Ces deux derniers tambours sont fixés sur les moyeux des roues de la voiture. L’arbre dont nous avons parlé plus haut, porte un engrenage à chevrons C qui se trouve monté sur un joint à la Cardan, formant couronne sur le système différentiel. Cet engrenage C est commandé directement par le pignon B du moteur A. Nous ne saurions insister longuement sur ces dispositions intérieures; mais on peut voir dans notre figure 2 en cartouche (n0* 2 et 5) le détail des diverses pièces C, 1) du joint à la Cardan, et des pièces E,F et G du système différentiel.
- La manœuvre de la voiture est des plus simples. Le démarrage n’offre aucune difficulté, se produit très franchement, et l’arrêt peut être obtenu presque instantanément à l’aide d’un frein à enroulement sur le moyeu des roues. Ce frein commande des sabots en bois qui viennent porter sur les bandages des roues de derrière; la manœuvre du frein est faite très aisément par la pression sur une pédale. Au même instant un coupe-circuit placé sur celle-ci interrompt toute communication avec la source d’énergie électrique.
- Les résultats obtenus jusqu’ici par M. Jeantaud sont les suivants : La voiture, du poids total de 1170 kilogrammes et avec une charge complète des accumulateurs, peut accomplir un voyage de 50 kilomètres, à la vitesse maxima de 20 kilomètres par heure sur bonne route en palier; cette vitesse peut être réduite à volonté. Ces résultats ont été obtenus en 111 50 sur une route macadamisée sèche, présentant deux rampes de 5 et 4 centimètres par mètre chacune sur une longueur de 800 mètres. M. Jeantaud construit en ce moment une autre voiture pouvant effectuer un trajet total de G0 kilomètres.
- En résumé, la nouvelle voiture électrique ne permet pas encore d’entreprendre de longues courses et de longs voyages. Mais elle se distingue par une bonne construction, par une grande solidité et par des dispositions très simples et réellement pratiques qui permettent de l’opposer sans crainte aux voitures à pétrole dont on a tant parlé en ces derniers temps. Nous pouvons donc affirmer maintenant que nous ne sommes pas loin de connaître enfin le fiacre électrique que notre collaborateur M. E. Hospitalier a appelé si souvent de ses vœux les plus ardents. J. Laffargue.
- LA. PROFONDEUR DES PUITS DE MINES
- Dans notre livraison du 1er décembre 1894 l, un de nos collaborateurs nous a donné, d’après un journal américain, une note sur la profondeur de certains puits d’une mine de cuivre du Michigan. L’article indiquait comme profondeur d’un de ces puits le chiffre de 1972 mètres. Ce chiffre nous a valu de nombreuses observations, notain-
- 1 Vov. n° 1122, du 1er décembre 1804, p. 11.
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- ment de M. Raton de la Goupillière, membre de l’Institut, l’honorable directeur de l’Ecole des mines, qui nous a dit que la plus grande profondeur des puits de mines ne dépassait pas, à sa connaissance, plus de 1200 mètres.
- Nous avons écrit aux États-Unis pour avoir des chiffres exacts des puits de mines les plus profonds; sans nous fixer exactement, notre correspondant américain nous a dit qu’il y avait en Pensvlvanie des trous de forage s’enfonçant à une grande distance dans le sol, mais il ne ilous a pas été donné de renseignements précis. Nous ajouterons que la profondeur que nous avons publiée précédemment (1972 m.) est probablement erronée, car aucun puits de mine ne descend, à beaucoup près, à une telle distance de la surface du sol.
- Un ingénieur distingué, directeur de houillères, nous a adressé, au sujet de la profondeur des mines, une Note très intéressante que nous reproduisons :
- « M’occupant, dans la mine que je dirige depuis longtemps, de travaux exécutés à de très grandes profondeurs, j’ai recueilli, dans divers voyages, quelques renseignements se rapportant à ce genre de travaux et je me fais un plaisir de vous les communiquer. Je ne parlerai pas des simples sondages, c’est-à-dire des puits d’un diamètre très faible ne permettant pas à l’homme l’accès du fond, ce qui vous intéresse surtout, probablement, étant la plus grande profondeur à laquelle l'homme ait pu descendre dans les entrailles de la terre.
- « A ma connaissance, voici, je crois, le puits qui tient le record de la profondeur, c’est le puits Sainte-Henriette; il appartient à la Compagnie des charbonnages des Produits, à Flénu, prèsMons (Belgique). Sa profondeur est de douze cents mètres ; il va très prochainement servir à l’ex-r traction de la houille.
- « Comme grandes profondeurs, il y a à citer, à Pribram (Bohème), le puits Marie, qui a 1130 mètres; le puits Adalbert, 1150 mètres; puits Franz-Josef, 1000 mètres. Ces puits servent à l’extraction de minerai argentifère.
- (( Pour ces grandes profondeurs, la plus sérieuse difficulté à vaincre est moins la question de dimensions de ma bines, que l’on arrive aujourd’hui à faire aussi puissantes qu’on peut le désirer pour, ce genre de travail, que la question du câble destiné à permettre d’atteindre la base du puits et d’en retirer une charge qui peut aller jusqu’à 6000 et 7000 kilogrammes. On sait, en effet, que pour chaque substance constituant un câble, il existe une longueur maximu au delà de laquelle le câble simplement suspendu se rompt sous sa propre charge. On augmente cette longueur et on la rend théoriquement, mais non pratiquement, indéfinie par l'emploi de câbles, dits diminués, c’est-à-dire de câbles dont la section est décroissante depuis le sommet du puits jusqu’à la base.
- « La section du câble aux différents points de sa longueur, est proportionnée à la charge qu’il doit supporter. Le câble étant déroulé verticalement et chargé d’un poids à son extrémité inférieure, on voit que cette extrémité n’a à supporter que la charge elle-même, tandis que l’extrémité supérieure a de plus à porter le poids tout entier du câble. Il faudra donc, pour que les deux parties du câble travaillent dans les mêmes conditions, qu’elles soient de sections différentes, la plus petite section étant en contact avec la charge et la plus grosse à la partie supérieure. La section du câble sera d’autant plus grande que la matière employée à sa confection sera moins résistante. A l’heure actuelle, les câbles de mine se construisent en chanvre de Manille improprement appelé aloès, en fer et en acier. Les câbles en aloès, comme certains câbles en
- fer, sont formés d’aussières placées côte à côte, et cousues ensemble; ils constituent donc une sorte de longue bande d’épaisseur et de largeur variables. Les câbles en acier sont généralement ronds et, grâce à la grande résistance de ce métal, permettent d’avoir des dimensions très réduites et un poids moindre, ce qui permet de reculer, par leur emploi, la limite de la profondeur inaxima que l’on pourra un jour atteindre.
- « A titre de curiosité, je donnerai ici les dimensions du câble du puits Sainte-Henriette, qui soulève une charge de 6000 kilogrammes de la profondeur de 1200 mètres. Largeur au gros bout, 0m,395; épaisseur, 50“m,5; largeur au petit bout, 0m,225; épaisseur, 29 millimètres; longueur du câble, y compris la partie passant sur le chevalet qui recouvre l’orifice du puits et celle qui va jusqu’à la machine, 1550 mètres. Le poids total du câble est de 14 510 kilogrammes. 11 paraît difficile d’atteindre pratiquement de plus grandes profondeurs avec des câbles en aloès.
- « Yoici, par contre, les dimensions du câble du puils Adalbert, à Pribam (Bohême). Ce câble est en acier fondu. La résistance à la rupture est de 180 kilogrammes par millimètre carré de section. Le câble est rond, à section décroissante ; au gros bout, le diamètre est de 27 millimètres, au petit bout, de 22. 11 est vrai que la charge à soulever n’est au total que de 4100 kilogrammes. La longueur totale du câble est de 1250 mètres et son poids de 2439 kilogrammes.
- « La question du câble n’est pas, il s’en faut de beaucoup, la seule difficulté à vaincre pour l’exploitation à de grandes profondeurs. Il v a aussi une autre question ; nous voulons parler de celle qui concerne la température.
- « On sait qu’au fur et à mesure que l’on pénètre dans le sol, la température augmente (1° par 50 à 35 mètres environ). 11 arrivera donc un moment où celle-ci sera tellement élevée que la vie y deviendra impossible. Dans les grandes profondeurs atteintes aôftt Produits, dans l’exploitation dont nous avons parlé plus haut, la température de la roche était de 45°, je crois ; grâce à un bon aérage, la température de l’atmosphère n’est plus que de 20° dans les galeries construites depuis quelque temps. Ou voit donc que de ce coté on n’a pas encore atteint la limite à laquelle on peut descendre. Ici, dans certains travaux à 900 mètres de profondeur, nous avons constaté que la roche avait une température de 45°,4.
- « Des machines puissantes d’aérage nous permettent aussi non seulement d’extraire le grisou qui se dégage, mais encore de rafraîchir les parois et d’avoir une atmosphère de température supportable, n’atteignant pas 50°. »
- L. Poussigue,
- Ingénieur directeur des houillères de lîonchamp (Haute-Saône)
- INSTALLATION DE LW01HS PUBLICS
- A REMPLISSAGE ET A VIDANGE AUTOMATIQUES
- a brescia (italie)
- La question des distributions automatiques est de plus en plus à l’ordre du jour : on peut voir dans toutes les gares et sur les voies publiques des balances et des distributeurs de confiserie ou de parfums ; de même les colonnes à eau cbaude, que La Nature a décrites1, agissant par un déclenchement qui met en liberté un contrepoids d’eau. C’est à un système de ce genre qu’est dù le fonctionnement des lavoirs.
- 1 Voy. u° 1018, du 5 décembre 1892. p. 4.
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- LA N AT U UE.
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- à remplissage \t à vidange automatiques, et à fourniture d’eau chaude, installés à Brescia par l’ingénieur de la municipalité, M. Canovetti, ancien élève de l’École centrale (Je Paris.
- Ces lavoirs ont été établis à la place de quelques-unes des très nombreuses fontaines publiques qui desservent la ville1, et datent du temps des rois lombards. Un usage immémorial s'était répandu, surtout dans les quartiers populeux, d’utiliser ces fontaines comme lavoirs, ce qui présentait de multiples inconvénients. D’abord, les vasques des fontaines étaient salies par les cendres employées pour le lessivage; puis, la distribution dépendant d’une source à débit assez variable, les ménagères
- consommaient pour le lavage du linge la presque totalité de l’eau, et l’alimentation pour les usages domestiques en soutirait. M. Canovetti s’est proposé de séparer nettement ces deux services, et, de plus, d’assurer la facilité et la propreté du lavage en opérant le remplissage et le nettoyage des vasques à l’aide de procédés absolument automatiques.
- Comme l’indiquent les figures 1 et 5, la tuyauterie qui fournit l’eau potable est distincte et aboutit à un robinet de prise placé contre une des colonnes qui soutiennent la toiture. Un petit terrasson placé au-dessous de ce robinet assure l’écoulement des eaux perdues.
- Le lavoir proprement dit comprend deux vasques
- Fig. 1. — Lavoir à remplissage et à vidange automatiques installé à Brescia. (D’après une photographie.)
- A et B, dont l'une sert à donner au linge le premier savonnage ou le traitement par les cendres de bois, et l’autre, un second traitement complétant le lavage. Une cuve spéciale E (fig. 5 et 4), munie d’appareils qui seront décrits plus loin, est affectée au rinçage.
- Un réservoirS (fig. 2), d’une capacité de 3 mètres cubes, et dans lequel s’accumule l’eau de la distribution, alimente les vasques par une canalisation; mais la vasque B reçoit une plus grande quantité d’eau que l’autre, afin que l’eau s’y maintienne à un degré de propreté plus grand. Les deux vasques ont une vidange commune i ( fig. 5), qui aboutit à un puits C. Ce puits communique lui-même par une canalisation g" avec l’égout Q, qui reçoit également le trop-plein g de la vasque A, le trop-plein g' du réservoir, et la vidange g'n de l’installation de rinçage E (fig. 5).
- Les opérations de vidange et de remplissage des vasques doivent satisfaire aux conditions suivantes : 1° Au bout d’un temps déterminé, toutes les heures, par exemple, la vidange doit s’exécuter par la levée d’une bonde de fond h placée dans le puits (fig. 2 et 4) ; 2° en même temps que cette vidange fonctionne, il est nécessaire d’obtenir un rinçage des vasques ; 5° enfin le remplissage en eau propre doit suivre ces deux opérations préliminaires.
- Le réservoir S étant alimenté d’une manière continue, M. Canovetti en a fait l’organe régulateur des appareils de commande de la vidange et du remplissage des vasques. Ces appareils consistent l’un et l’autre en des récipients à eau a et fl, respectivement desservis par des tuyaux n et m branchés sur le réservoir S.
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- Le tuyau n étant placé à un niveau inférieur à celui du tuyau m, est atteint le premier, quand le réservoir se remplit, et verse l’eau dans le récipient
- a (fig. 4). Celui-ci est suspendu à l’extrémité d’un bras de levier, dont l’autre bout reçoit la tige de la valve h de vidange du puits C, et un contrepoids b.
- Fig. 2. Fig. 3.
- 1. Coupe du réservoir et de la vasque B, montrant le système d’alimentation et de vidange automatiques. 2. Disposition intérieure de la caisse d. — 3. Coupe de la vasque de rinçage.
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- Le récipient a s’abaisse sous l’action du poids de l’eau qu’il reçoit, la valve de vidange s’ouvre et les vasques commencent à se vider par le tuyau i et le puits C.
- L’opération se continue ainsi, jusqu’à ce que le niveau de l’eau dans le réservoir atteigne le tuyau m. Ce dernier alimente le récipient d (fig. 4) qui s’abaisse comme le précédent sous l’action du poids de l’eau. 11 est suspendu au bout d’un bras de levier dont l’autre extrémité commande la soupape f d’amorçage d’un siphon e placé dans le réservoir. La levée de la soupape f détermine l’amorçage du siphon e qui communique avec le tuyau q d’alimentation des vasques. Le tuyau m et son récipient d étant placés à un niveau supérieur à celui du tuyau n et du récipient a, le rinçage dure jusqu’à ce que le niveau de l’eau dans le réservoir se soit abaissé au-dessous du tuyau n.
- Il faut maintenant obtenir la fermeture de la valve h de vidange : à cet effet le récipient a contient un siphon p dont la soupape d’amorçage k (fig. 2) est reliée à un point fixe. Lorsque le récipient descend, la soupape k demeure à sa place primitive, et le siphon p s’amorce. Il suffit de régler la longueur de la chaînette qui soutient la soupape k, de manière qu’elle ne découvre que quand le rinçage des vasques sera suffisant. Le récipient a se vidant, remonte sous l’action du contrepoids b et la valve h se ferme.
- Le récipient ri porte un siphon intérieur analogue à celui du récipient a, de manière que la soupape d’amorçage f du siphon e vienne reprendre bien régulièrement sa place.
- La valve h étant fermée, le siphon e continue à alimenter les vasques : puis il se désamorce, et le réservoir peut se remplir à nouveau pour recom-
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- Fig. 4. — Schéma des dispositions assurant l’automaticité du remplissage et de la vidange des vasques.
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- LA NATURE
- m
- raencer une période de chivrge et de vidange,
- Il est évidemment nécessaire de régler la différence; de niveau entre les tuyaux ni et n suivant la vitesse de remplissage du réservoir. À cet effet l'un d’eux est muni d’un petit tube recourbé sur lui-même, et dont on fait varier la hauteur de manière à obtenir ' un intervalle normal entre le fonctionnement des , récipients <1 et a. La différence de niveau se corrige.' naturellement en sens inverse de la vitesse do,< remplissage. *
- L’installation des lavoirs est complétée par un bacL, de rinçage où le linge peut être débarrassé de£. dernières traces de savon. Ce bac (fîg. 5), est pourvu^*
- = = = = = Tuyaucc de vidange , = la canalisation' dç l'eau potable
- -Alimentations directes par ,v=.*=vsc Alimentations des vasques
- Fig. 5. — Plan général de l’installation d’un lavoir.
- d’une grille de fer articulée en trois parties, et chacune d’elles venant à être déplacée de la position d’équilibre, provoque l’ouverture d’un robinet à douches.
- Le linge retiré, le poids propre de la grille suffit pour actionner un levier de manœuvre qui referme le robinet. La fourniture d’eau chaude s’exécute au moyen du chauffage au gaz d’un serpentin plein d’eau, disposition analogue à celle des fontaines à eau chaude de Paris.
- D’après les renseignements qui nous sont parvenus, l’ensemble des appareils que nous venons de décrire fonctionne depuis deux ans environ avec une grande précision, et ils n’ont subi d’arrêt que pour des causes indépendantes de leur mode d’action. Cela démontre que dans tous les cas où on peut obtenir une alimentation d’eau à lm,50 au-dessus du plan de lavage, il est facile de réaliser le remplissage et la vidange automatiques des vasques. Cette installation, qui fait honneur à l’habileté de M. l’ingénieur Canovetti, n’a coûté que 3500 francs par lavoir. G. Richou,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- Ce titre étonnera certainement nos lecteurs, que nous surprendrons bien davantage en leur disant que cette bougie gazogène est un produit nouveau obtenu par l’élec-itricité. Et pour n’ètrc pas accusé de nous moquer de ceux qui nous lisent, bâtons-nous de leur donner une explication complète de ce préambule amphigourique. -
- M. le professeur Henry Morton, du Stevens hisiüule, est parvenu, à l’aide du fqur électrique, auquel nous devons déjà un si grand nombre de substances nouvelles qui vont révolutionner l’industrie métallurgique, M. Morton est parvenu .à fabriquer, de toutes pièces du carbure dei 'enlcvum en portant à une haute température un mélange^ de chaux vive et de charbon en poudre. Ce produit élee-tromètaUnrgique jouît de la très curieuse propriété do* se1 décomposer;’ au contact de l’eau, en fournissant de la . chaux et de l’acétylène. C’est cette propriété que M. le* ’ professeur V. U. Lewes propose d’utiliser à l’enrichissement du gaz ordinaire, d'une part, et à la fabrication de véritables bougies à gaz, d’autre part. En effet, le pouvoir éclaï-, rant de.l’acétylène est énorme si on le compare à celui des autres gaz, comme l’indique le tableau suivant qui; donne la lumière produite par une consommation de ditfé-’ rents gaz égale à 5 pieds cubes par heure (142 litres par heure), le gaz ordinaire de ville donnant 16 bougies pour la même consommation.
- Intensité lumineuse. en bougies.
- Méthane............ 5,2
- Ethane.. . T'. . .....................55,7
- Propanë . . . é\.......................56,7
- Ethylène.................................70,0
- Buthylèpe. ........................ 123,0
- Acétylène. ............................ 240,0
- M, Lewes estime que le prix du carbure de calcium serait de 100 francs la tonne, pouvant fournir environ 500 mètres cubes d’acétylène. Comparé au gaz d’huile employé actuellement pour l’enrichissement du gaz ordinaire, le prix de revient serait inférieur, tout en réduisant dans une grande mesure les dimensions et le prix de l’installation requis pour procéder à cet enrichissement. L’acétylène présente cependant l’inconvénient d’attaquer le cuivre et même le laiton, en produisant un composé explosif. Les canalisations en fer ou en plomb n’auront donc pas à être modifiées, mais il faudra étamer intérieurement les appareils et les tubes en laiton.
- Le carbure de calcium fondu en baguettes ou en bougies, formera un procédé convenable pour la production d’un illuminant gazeux. Il suffira de l’humecter méthodiquement par un dispositif convenable pour en faire un générateur d’acétylène. Le gaz dégagé à raison de 14 litres par heure, produira une lumière de 24 bougies, et le nouvel illuminant a déjà sa place tout indiquée pour l’éclairage des trains de chemins de fer où il remplacera le gaz d’huile comprimé.
- Dans l’avenir, d’après M. Lewes, ce produit permettra de distribuer du gaz' pauvre, dont la production est si économique, et de l’enrichir à domicile par l’acétylène.
- Nous entrevoyons encore une autre application bien plus originale. On sait que les usines centrales électriques cherchent à utiliser leur matériel de production pendant le jour, lorsque la vente f d’énergie électrique est faible. Peut-être pourront-elles, un jour, monter, comme industrie complémentaire, des fabriques de carbure dp calcium, et se faire elles-mêmes, — bien curieux retour des choses d’ici-bas, — marchandes de bougies gazogènes obtenues par l’électricité !
- L’imagination aidant, il n’est pas impossible de concevoir des moteurs à gaz acétylène obtenu en mouillant des bougies de carbure de calcium, et actionnant des voitures automobiles utilisant l’énergie emmagasinée dans cette carieuse série de transformations où l’électricité a joué son rôle pour la .production du produit gazogène : le carbure de calcium, r.
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- Dans les expériences auxquelles va, certainement donner lieu le nouveau champ de recherches découvert par M. le professeur Henry Morton, il ne faudra pas perdre de vue que l’acétylène est un gaz dangereux, vénéneux au même titre que l’oxyde de carbone ; mais tandis que ce dernier gaz n’a aucune odeur, l’acétylène présente au contraire, et très heureusement, une odeur -forte et caractéristique ; il prévient ainsi de sa présence dans l’atmosphère, bien avant qu’il ne s’y trouve en proportions dangereuses pour les expérimentateurs. E. II.
- LE BOMBYX DU PIN
- Les plantations résineuses de la Champagne crayeuse ont été envahies depuis plusieurs années par les chenilles d’un Bombycide (Lasiocampa pini) qui ont causé de sérieux dégâts. Les ravages en 1894 ont atteint de grandes proportions : des étendues de plusieurs centaines d’hectares ont été dévastées et les propriétaires voient avec consternation le fléau prendre de plus en plus d’importance. Ces chenilles sont en effet d’une voracité extraordinaire. Dès leur éclosion, elles commencent leur œuvre de destruction, se contentant tout d’abord de racler les aiguilles des pins; puis bientôt les digérant tout entières. De sérieux et attentifs observateurs ont constaté qu’une chenille à la moitié de son développement dévore une aiguille en moins de cinq minutes et que cette même chenille, avant d’arriver à se chrysalider, en absorbe plus d’un millier. On voit par là l’importance et l’étendue des dégâts que ces chenilles occasionnent lorsqu’elles se trouvent en grand nombre.
- Les sapins, les pins sylvestres et les pins maritimes sont attaqués par le Lasiocampa pini ; aussi ce bombycide est-il commun en Allemagne, en Auvergne, dans les Landes et dans les Vosges.
- Le Bombyx du pin à l’état adulte ne présente rien de bien remarquable (fig. 1). Les ailes antérieures, d’une coloration grisâtre, sont plus petites et plus foncées chez le mâle que chez la femelle ; elles sont traversées d’une large bande d’un rouge brun et portent une petite tache blanche en forme de lune, tache qui permet de distinguer aisément l’espèce ; les ailes postérieures sont plus claires. La variation de coloration entre les individus est très grande et cette même variation se retrouve chez les chenilles.
- Le mâle a les antennes beaucoup plus pectinées que la femelle. Cette dernière est d’une nature très paresseuse; elle a l’habitude de rester immobile sur le tronc des arbres.
- La femelle du Lasiocampa pini dépose sur les aiguilles, sur les branches ou même sur les troncs des pins, jusqu’à une centaine d’œufs formant des groupes plus ou moins importants. Ces œufs, tout d’abord d’un vert poracé, deviennent gris peu de temps avant l’éclosion.
- Au mois d’août, les chenilles éclosent et commencent leurs ravages; pendant l’hiver, alors qu’elles sont cà moitié de leur croissance, elles se réfugient sous la mousse. Si le froid est rigoureux, elles
- deviennent rigides; mais, dès (pie la température s'élève, la souplesse revient et, vers le mois d’avril* les recluses se redressent, grimpent sur les arbres et n’en reviennent ordinairement que pour chercher un lieu propice pour filer leur cocon, qu’elles fixent aussi bien parmi les rameaux dénudés qu’entre les écailles corticales du tronc. Trois semaines suffisent à la nymphose, et vers le milieu de juillet, le papillon s’échappe de sa prison pour donner naissance à une nouvelle génération qui continuera l’œuvre de destruction et étendra l’aire des ravages.
- Comme nous le disions plus haut, la chenille varie beaucoup de coloration : le brun et le blanc grisâtre alternent avec les nuances les plus diverses ; de nombreux poils à reflets nacrés couvrent tout le corps. Si on l’irrite en la remuant, elle relève toute la partie antérieure, frappant l’air de droite à gauche, et dans cette position on aperçoit sur deux des anneaux une tache veloutée d’un bleu acier, tache désignée sous le nom de miroir.
- De tous temps on a eu à se plaindre des dégâts causés par les Lasiocampes. Brehms mentionne des rapports datés de 1776 et donne un extrait d’une communication faite en 1869, par un employé des forêts, communication montrant bien en quelle quantité énorme, en quelle masse extraordinaire, ces insectes se trouvent parfois réunis : « Dans la région de Môllbitz, près de Wurgen, on recueillit un quintal et quarante-neuf livres d’œufs, soixante-quatre boisseaux saxons de papillons femelles et cent vingt-quatre boisseaux de chenilles, sans venir à bout du fléau. »
- On conçoit que devant de pareils ennemis on se soit efforcé de trouver des moyens de destruction ; malheureusement ces moyens n’ont pas donné de résultats bien appréciables. Dans un laboratoire, il est relativement facile d’arriver à une bonne solution en opérant sur de petites quantités et dans des conditions spéciales; mais il n’en est plus dé même lorsqu’il s’agit de détruire des insectes en liberté. Leur nombre considérable et leur petite dimension sont des causes qui paralysent trop souvent les efforts tentés dans, ce but.-
- Pour la destruction du Lasiocampa pini, on a préconisé l’emploi du pétrole pur, du pétrole mélangé d’eau, mais avec ces procédés le prix de revient est trop élevé, et il est difficile d’atteindre les cimes des arbres. La recherche des cocons et des papillons a également été recommandée. La récolte des chenilles pendant l’hiver, lorsqu’elles sont engourdies par le froid, et plus tard au printemps, au moment où elles abandonnent leurs retraites, donnerait encore de bons résultats. Un autre moyen qui pourrait être emr ployé a cette même époque consisterait à entourer les arbres d’une ceinture de goudron ou de glu ; les chenilles ne franchiraient pas cet obstacle ; mais la dépense serait peut-être encore trop élevée. r
- Enfin, la nature vient au secours de l’homme pour empêcher la multiplication excessive des, Lasiocampes. .
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- D'autres insectes, de taille plus petite, s’attaquent ! à eux et finissent par en détruire des quantités assez importantes. Les œufs et les chenilles sont dévorés par de nombreux parasites.
- La femelle d’un petit hyménoptère, le Teleas ïœviusculus, pond ses œufs dans ceux du Bombyx du pin. Le nombre des œufs ainsi pondus peut être élevé; il y en a parfois jusqu’à treize. Stollwerk raconte qu’il a vu sortir de 60 œufs de Bombyx, 700 Teleas. Lorsque les œufs du Bombycide abondent, plusieurs générations du parasite peuvent se succéder dans la même année.
- Le Mici ogaster nemorum, qui appartient à un
- Fig. 1. — Bombyx du Pin.
- en masse énorme le long des troncs des arbres.
- Les chenilles du Bombyx du pin sont également dévorées par plusieurs ichneumons, dont l’un d’eux, l’A»oma/ott«m)n/7e.rttm, a des transformations bien curieuses. Au moyen de sa tarière, la femelle fait pénétrer ses œufs dans la chenille du Lasiocampa pini. La larve qui en éclôt vit à l’état libre dans la chenille, rongeant petit à petit tous ses organes. Au début, cette larve n’a guère que l’épaisseur d’un crin de cheval et une longueur de 2l,,m,25; puis elle s’élargit, diminue de longueur; bientôt, l’apparition des premières ramifications de l’appareil respiratoire montre les progrès de son évolution ; l’appareil buccal se complète; la larve finit par posséder l’organisation des autres parasites, et se dispose à se choisir
- genre très riche en espèces communes, vivant presque toutes aux dépens des autres insectes, s’attaque aux chenilles. Les larves de cette espèce se trouvent au nombre de plusieurs centaines dans le corps de ces dernières. Après avoir rongé le tégument de leur victime pour en sortir, ces petits hyménoptères commencent, dès que leur corps est à moitié libre, à tisser leur petite coque blanche. Vingt heures suffisent pour mener à bien ce travail et la belle chenille présente alors un aspect des plus misérables.
- La quantité de chenilles détruites de cette manière est tout à fait considérable, et il est facile de voir, çà et là, leurs dépouilles ainsi lardées, agglutinées
- Fig. 2. — Chenille et cocon.
- une place commode pour se métamorphoser. Son hôte, pendant ce temps, a continué à croître, à muer et a subi enfin la nymphose. La larve de Y Ano-malon circonflexum se transforme également en imnphe, achève son évolution en mai ou en juin et sort, à l’état d’insecte parfait, en rongeant la cage qui l’a abritée.
- Les parasites dont nous venons de parler sont de bons destructeurs des Lasiocampes ; cependant il ne faut pas se fier complètement à ces auxiliaires et perdre de vue les autres moyens de destruction pour arrêter la marche d’une invasion qui a déjà causé de nombreux dégâts. Paul Tertrin,
- Préparateur au Muséum (l’histoire naturelle.
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- L A N A TL III'
- ir>7
- CONSTRUCTION D’UNE MAISON A TEMPERATURE CONSTANTE,
- A CHAMONIX
- La construction d’uae maison à température constante, sensiblement indifférente aux variations
- thermiques, est le rêve des hygiénistes, rêve difficile à réaliser comme tous les rêves. On a souvent
- Fig. 1. — Mode de construction de la maison tubulaire de M. Caron à Chamoni.v (Haute-Savoie). (D’après une photographie.)
- fait, à ce sujet, les plus ingénieuses combinaisons.
- En principe, la masse des murs d’une habitation joue le rôle d’accumulateur de calories ou de fri-gories : elle emmagasine le froid ou le chaud, comme le « volant » d’une machine à vapeur emmagasine l’excès de force vive soustrait au travail utile. C’est en vain que l’on s’efforcera de chauffer violemment en hiver l’atmosphère d’une habitation depuis quelque temps inhabitée : le peu de rayonnement calorifique que l’on répandra dans son atmosphère sera neutralisé, et bien au delà, par le rayonnement frigorifique intense et sans cesse renou-
- velé des parois; on pourra « geler », au sens hygiénique du terme, dans une atmosphère exagérément
- chauffée. C’est sur le « volant de température », c’est-à-dire sur la masse même de l’habitation, qu’il faut agir.
- Dans ce but, les hygiénistes qui passent de la théorie à la pratique, s’efforcent de chauffer ou de rafraichir, — suivant la latitude, — les murs mêmes.
- M. Somasco, entre autres, a préconisé les murs en briques à double paroi, dans l’intervalle desquels on fait circuler, à volonté, l’air chaud ou l’air frais. M. l’amiral Serre a également indiqué comment on pourrait faire d’une
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- LA NATURE.
- façon assez, pratique l’application de ce principe.
- Récemment, M. Yan der Ileyden, médecin hollandais, fixé au Japon, construisait, à Yokohama, un spécimen d’hahitation à température constante. Elle se composait, quant à son enveloppe extérieure, de doubles plaques de verre, enchâssées dans des cadres en fer. Ses parois, formées aussi de caissons transparents et étanches, étaient remplies d’une composition chimique, probablement un chlorure, laissant prasser les rayons lumineux et arrêtant au passage l’évasion ou l’irruption des rayons calorifiques. C’est surtout l’extrême chaleur que voulait combattre M. Yan der Ileyden, et son cas s’applique insuffisamment à l’Europe.
- ' M. Caron, ancien élève de l’École centrale, habitant à Chamonix (Haute-Savoie), vient de serrer de plus près la question de la maison à température constante, au point de vue du chauffage. Sa conception, qui a le mérite d’être actuellement exécutée (fig. 2), consiste en une charpente tubulaire, à circulation d’eau, formant calorifère à grande surface pendant l’hiver, frigorifère pendant l’été, et en même temps conduite d’eau. Veut-on avoir de l’eau chaude dans la mauvaise saison, de l’eau fraîche, dans la saison chaude? Il n’y a qu’un robinet à tourner dans cet étonnant appareillage qui rappelle l’appareil dit d de grand secours » destiné à combattre l’incendie dans les frises de nos théâtres.
- Certes l’idée est originale; nous eussions hésité peut-être à en parler, si M. Caron, passant résolument de la théorie à la pratique, n’avait pas érigé son habitation tubulaire, comme un défi porté aux grands hivers, au pied des grands monts de Chamonix sur lesquels s’étend le blanc linceul des neiges éternelles.
- La construction se compose, comme le montre notre dessin (fig. 1), qui reproduit une photographie, d’une charpente métallique tubulaire formant double enveloppe. Tous les planchers, tous les plafonds et tous les murs communiquent entre eux : les murs sont en bois, formés de planches clouées sur des madriers qui sont réunis aux tubes par des colliers en fer.
- L’eau circule librement dans tout cet entrecroisement de tuyaux, d’abord dans le réseau intérieur! des plafonds et des planchers, puis dans l’enceinte extérieure.
- En été, c’est l’eau de source qui circule sous pression, fraîche comme sait l’être l’eau de source des montagnes : elle rafraîchit les murs intérieurs, s’échauffe peu à peu, puis passe dans la cloison extérieure où elle s’échauffe plus encore, emportant dans sa réfrigération les calories importunes.
- En hiver l’eau passe tout d’abord dans un serpentin de calorifère où elle se chauffe : puis, suivant le trajet que nous venons d’indiquer, elle abandonne ses calories désirées, au dehors et au dedans.
- La vitesse de circulation est réglée de façon que l’eau sorte de la maison avec une température égale ou inférieure à celle d’entrée; le rendement de trans-
- mission doit donc être égal à 1 si l’on exécute bien la manœuvre du robinet alimentaire. La seule chaleur perdue dans le chauffage, ou plutôt inutilisée, est celle nécessaire au tirage.
- M. Caron a réalisé, en somme, un grand calorifère à basse température, mais à grande surface de 300 mètres carrés de chauffe. Lorsque cet appareil fonctionne; l’eau entre dans le calorifère à 5°,5, s’échauffe à 65 ou 70° et sort à 4°; son constructeur et propriétaire se déclare parfaitement chauffé, ce qui est vraisemblable. 11 affirme aussi avoir trouvé dans cette construction curieuse les avantages suivants, en dehors de ceux qui consistent à avoir frais en été et chaud en hiver. En premier lieu la rapidité de construction est remarquable. Commencée le 7 juillet, la maison tubulaire était habitable le 15 septembre suivant. En second lieu le montage de cette charpente creuse, sorte de squelette en fer, s’est fait sans le secours d’aucun ouvrier spécial, en raison de la flexibilité des pièces. Enfin, la maison ne forme qu’un tout, insensible aux tempêtes, aux coups de vent, aux tassements, et inébranlable : c’est une cage calorifique parfaitement combinée et d’une élasticité remarquable. On pourrait en recommander le système aux pays sujets à des tremblements de terre, par exemple à cette malheureuse Sicile dont les secousses volcaniques .renouvellent sans cesse des désastres lugubrement historiques.
- L’ensemble de l’habitation a un volume de 5000 mètres cubes et pèse 120 tonnes, soit environ 24 kilogrammes par mètre cube enclos. M. Caron pourra éviter ainsi le danger d’incendie, et nous voulons bien le croire ; nous redouterions plutôt, dans cette construction originale, le danger de quelque inondation partielle intempestive. Mais notre ingénieur n’en a cure; il se contenterait, dans ce fâcheux cas, de tourner le robinet et il pense qu’il vaut encore mieux être quelque peu mouillé que brûlé de fond en comble; c’est une opinion défendable.
- Quelle que soit la destinée — à long terme espé-rons-le — de la maison tubulaire de Chamonix, son auteur aura eu le rare mérite, comme ingénieur et comme hygiéniste, d’avoir eu une idée nouvelle, de l’avoir creusée à fond et de l’avoir résolument mise à exécution. Nous lui souhaitons volontiers toutes les frigories et toutes les calories qu’il désire, et, s’il a donné le principe d’un mode constructif nouveau et pratique, nous lui souhaitons aussi la sanction par excellence de toute tentative de ce genre, c’est-à-dire des émules et des imitateurs.
- Max de Nas sou ty.
- LE CHEMIN DE FER CANADIEN
- Le chemin de fer transcontinental Canadien, ouvert depuis quelques années à la circulation, est une des plus importantes et des plus curieuses parmi les lignes qui traversent l’Amérique du Nord
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- depuis l’océan Atlantique jusqu'au Paeitique (fig. I); elle est la plus septentrionale et en même temps la plus courte; on peut même observer qu'elle est située sur un trajet bien direct allant de l'Europe occidentale jusqu’à l’extrême Orient, et elle est appelée sans doute à prendre quelque jour une importance nouvelle à ce point de vue. Nous avons donc pensé que nos lecteurs liraient; avec intérêt quelques renseignements sur la construction de cette ligne, renseignements que nous extrayons du mémoire si remarquable présenté à la Société des ingénieurs civils par MM. L. Périsse et À.-Y. Roy.
- Lca travaux de cette voie de 4500 kilomètres de longueur, lancée presque au hasard dans des pays encore inconnus, furent commencés en 1880 et devaient être terminés seulement en 1891 d’après les prévisions ; mais cette gigantesque entreprise fut poursuivie avec tant d’énergie que le lac Supérieur put être relié à l’océan Pacifique dès novembre 1885, soit plus de cinq ans avant le terme fixé, et en 1887 la voie ferrée traversait le continent de part en part, de Montréal à Vancouver. Ainsi qu’on le verra à l’examen de la carte, représentée figure 1,1a ligne transcontinentale partant de Québec va d’abord jusqu’à Ottawa en suivant le cours du fleuve £aint-Laurent, puis elle se dirige vers l’ouest en plein coeur du pays, en passant par Sudbury, d’où elle rejoint Fort William sur la rive occidentale du lac Supérieur.
- « A partir de Fort William, disent MM. Périssé et Roy, la ligne traverse pendant 700 kilomètres une région inculte et sauvage à peine explorée, vaste chaos de rochers granitiques, de lacs ou de maigres forêts où les Indiens seuls savent trouver leur existence » ; on,y rencontre cependant quelques installations industrielles, comme les scieries, de Rat Portage sur le lac des Rois, le moulin de Kewatin.,
- Cent cinquante milles plus loin, la ligne atteint Winipeg, la reine des prairies, d’où se détachent de nombreux embranchements, les, uns dirigés vers le sud, se reliant aux lignes américaines, d’autres vers le nord seront prolongés ultérieurement pour atteindre la baie d’Hudson. Aü delà de Winipeg, le terrain change d’aspect, le sol est plat et présente une grande fertilité, comme en témoignent les nom- . breux élévateurs de blé qu’on rencontre dans les stations de quelque -importance. La ligne s’élève ensuite peu à peu pour* atteindre graduellement le bas des montagnes Rocheuses, et elle arrive ainsi à la station de Calgary, déjà située à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur ce parcours, elle reçoit les lignes affluentes amenant les productions des régions voisines. A Médecine Hat le charbon des importantes mines de Lethbridge est apporté par une ligne à voie étroite de. cent milles de longueur. A Calgary, on rencontre deux autres bifurcations dirigées parallèlement aux montagnes Rocheuses : l’une, allant dans le nord, vers Edmonton dessert également des gisements de charbon ; l’autre, vers le sud, jusqu’à Fort Mac Lcod, est affectée prin-
- cipalement au transport des bestiaux de la prairie. Au delà de Calgary commence l’ascension des montagnes Rocheuses, puis à la station de Ranff la ligne arrive au lias de Castle Mountain, dans le Parc National, qui est le point culminant des montagnes Rocheuses au Canada ; -un peu {dus loin, à la station de Mont Stephen, à 1765 mètres au-dessus du niveau de .la mer, la ligne traverse la ligne de partage des eaux des bassins des deux océans, elle descend ensuite sur le versant du Pacifique après avoir traversé les monts Selkirks; elle passe à Mission Junction où viennent aboutir les lignes américaines de l’état de Washington, et elle arrive enfin à Vancouver, qui forme son terminus actuel.
- Cette dernière ville est située au fond d’une grande baie qui forme un port naturel splendide situé en face de l’île du même nom, elle est le port d’attache des navires allant dans l’extrême Orient. Vancouver, qui n’a pas dix ans d’existence, compte aujourd’hui 20 000 habitants. L’île voisine renferme la ville de Victoria, capitale de la Colombie anglaise; on y rencontre également le port en eau profonde d’Esqui-mault qui forme la station navale de la marine anglaise sur le Pacifique.
- La figure 4 (schéma du haut) représente le profil général de la ligne,, et permet d’apprécier les altitudes atteintes..
- Le trafic de la ligne transcontinentale du Canada grandit chaque année dans une proportion énorme, les recettes effectuées ont passé en effet de 60, à 107 millions de francs de, 1887 à 1891.* On voit immédiatement par ces chiffres quelle contribution le chemin de fer a apportée, au développement des régions traversées qui restaient auparavant incultes et ignorées. , < ; ,
- Malgré les difficultés rencontrées en certains points, notamment à la traversée des montagnes Rocheuses, la ligne a été construite dans les conditions de rapidité et d’économie qui sont habituelles en Amérique; cependant l’exécution a été entourée de grands soins, et MM. Périssé et ,Roy la considèrentcomme étant l’une des plus parfaites parmi les lignes américaines.
- Nous ne suivrons pas les auteurs du savant Mémoire dans les explications si détaillées qu’ils donnent au sujet des méthodes de construction dont nous avons déjà parlé précédemment, à propos de lignes analogues; nous: signalerons seulement les caractères les plus curieux qu’elles peuvent présenter. Le procédé employé dans rétablissement des remblais est un de ceux qui doivent être mentionnés à ce point de vue. Comme on cherche avant tout à éviter les travaux d’art et qu’on s’attache1- à suivre le profil du terrain, en supprimant les; tranchées et lès tunnels, on n’a pas de déblais disponir blés dans la construction, et on se trouve amené à traverser les dépressions de terrain a laide d’instaL-lations spéciales ; on emploie à cet effet des chevalets •en bois désignés sous le nom de trestles (fig. 2). On dispose donc d’un certain nombre de ces chevalets-types dénommés standards, de hauteurs variables
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- suivant le besoin, allant même jusqu’à 70 pieds, on en constitue des ponts provisoires qui sont à proprement parler de véritables viaducs en bois dirigés môme souvent en courbe. On conserve ces ouvrages en service jusqu’à ce qu’ils donnent des signes de vétusté, et c’est alors seulement qu’on décide de les remplacer par de véritables remblais ; mais cette opération s’effectue aussi dans des conditions particulièrement remarquables. On constitue à cet effet des trains de ballast formés par la réunion de wagons plates-formes rattachés par des ponts mobiles. On dispose en outre un fort madrier régnant d’un bout à l’autre du train suivant l’axe des wagons, et on installe sur le wagon extrême une charrue à double soc reliée à la machine par un câble. Lorsqu’on est arrivé au-dessus du chevalet à remplacer, on amarre les wagons, on détache la locomotive qui s’écarte en entraînant la charrue, et celle-ci déverse de part et d’autre les déblais qui tombent sur le sol. Au bout de quelques semaines de ces opérations, les pièces de bois du chevalet sont complètement recouvertes dans le remblai où elles pourrissent, mais la substitution s’est trouvée exécutée, comme on voit, dans des conditions de rapidité et d’économie particulièrement remarquables.
- T^a ligne transcontinentale est encore actuellement à voie unique, mais on compte ajouter une seconde voie, lorsque le trafic sera suffisamment développé, et on établira même plus tard une nouvelle double voie installée dans des conditions tout à fait soignées, laquelle sera réservée au service des voyageurs, les trains de marchandises conservant seuls la voie actuelle.
- Parmi les difficultés spéciales que rencontre l’exploitation de la ligne, il faut mentionner surtout celles qui tiennent à l’entretien de la voie, en raison des variations si considérables qu’éprouve la température au Canada : celles-ci atteignent en effet 80° (allant de — 45 à -+- 55°). On est obligé en hiver de rapporter dans certains joints de véritables bouts de rails pour les compléter, et il faut en outre soutenir et caler le rail sur le côté lorsque le sol est gelé en attendant que le dégel permette de déplacer les traverses.
- A un autre point de vue, il est intéressant de
- mentionner les dispositions prises pour défendre la voie contre la pénétration des bestiaux, et contre l’envahissement de la neige en hiver. Les dispositions adoptées pour les bestiaux, connues sous le nom de cattle guards, consistent à ménager dans le sol, soit des excavations de 11U,50 de profondeur
- qui retiennent les bestiaux, soit à installer des lames de fer ou des pointes sur lesquelles les animaux refusent de s’engager.
- En ce qui concerne la neige, on emploie d’une part, comme on sait, des charrues et des grattoirs fixés à l’avant des machines, mais, d’autre part, la voie elle-même est protégée en hiver dans les points dangereux par de longues lignes de clôtures légères faisant face aux vents régnants et qui ont pour but de prévenir l’amoncellement des neiges.
- Nous avons du reste déjà décrit dans La Nature des dispositions analogues en parlant des paraneiges usités en Suède. Ces clôtures, établies de façon très rustique, sont formées de planches assemblées à claire-voie sur des pieux dont la hauteur varie de \ à 3 mètres. Pour les empêcher de s’enflammer dans les incendies des prairies, on remplace à la partie inférieure les planches par des fils de fer ; les clôtures sont du reste généralement enlevées au printemps.
- Dans la traversée des montagnes Rocheuses on établit en outre des snow-sheds qui constituent de véritables tunnels à neige protégeant la voie contre les avalanches.
- Dans certains cas le tunnel est installé sur le flanc de la montagne, et on ménage une voie extérieure en dehors de l’abri pour le service d’été. On
- ne rencontre pas moins de 52 tunnels analogues sur la ligne, et quelques-uns s’étendent même sur plusieurs kilomètres.
- Les ponts sont construits suivant le type américain, au moyen de barres en fer simplement articulées et non de pièces rivées comme chez nous. L’emploi de ces articulations a l’avantage de faciliter grandement le calcul des pièces, la mise en place et le montage, mais c’est aux dépens de la sécurité, car il suffit d’une négligence à la forge dans la préparation des barres à œil qui en forment l’élément essentiel pour déterminer plus tard une rupture capable d’entraîner ensuite la ruine du pont. Aussi certaines compagnies
- Fis. 1. — Plan du chemin de fer transcontinental canadien.
- Cheval et en bois.
- Fig. 2. — Chevalet employé pour la traversée des vallées.
- PONT DE SAUMON RIVER
- Fig. 3. — Vue d’un pont en arc.
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- américaines arrivent-elles actuellement à employer les ponts rivés suivant les méthodes européennes.
- Comme spécimen des ponts de la ligne canadienne, nous parlerons de trois types principaux. Le pont de Salmon River est un type de pont en forme d’arc de parabole de 82n\30 d’ouverture. 11 se prolonge de chaque côté par deux travées de 52 mètres à àme pleine (tig. 5). Le pont de Lachine, de 1098 mètres de longueur (tig. 4), est en forme de poutre continue avec deux autres de 124 mètres de portée érigées sur la partie profonde du fleuve Saint-Laurent servant de chenal aux bateaux. Le pont
- du Sault-Sainte-Marie (fig. 4), qui fait communiquer la rive américaine à la rive canadienne du Saint-Laurent au-dessus du rapide Sainte-Marie, déversoir du lac Supérieur dans le lac Huron, comporte un pont tournant de 119m,80 de portée et 10 travées de 73“,70.
- Nous signalerons encore, au point de vue de l’exécution des travaux de construction métallique, le mode particulier de traçage adopté dans les ateliers américains, en vue de simplifier l’exécution des ouvrages types ou standards qui doivent être répétés un grand nombre de fois. On prépare à cet elfet des
- COLOMBIE ANGLAISE
- PROFIL GENERAL DELA LIGNE.
- ASSINIBOÏA MANITOBA
- ONTARIO QUEBEC
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- Section Section Section Section Section i Section
- 2900 2800 2700 2600 2500 2W0 2300
- Pacific Division
- 2200 2ÎC0 2000 1309 1500 1700 5500 1500 IM)0 1300 1200 1100
- ]/est e nn Division
- AaJ
- 1___J.
- 600 500 MW 300 200
- Eastern
- PONT DE LACHINE ___________ Aspect généra! du tablier.
- 100 oo 100 mais Division
- cauohkawagha
- Pont Leurrant^.
- PONT DU SAULT-STE-MARIE _ Aspect général dutablier
- Echelle verticale doublée.
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- A aSSSSSSS-
- Fig. 4. — Proiil général de la ligne. — Schémas du pont de Lachine et du pont du Sault-Sainte-Marie.
- gabarits en bois d’après les dessins, et on n’a plus qu’à les appliquer sur les pièces métalliques pour fixer l’emplacement des trous et des entailles diverses à percer. Le travail du métal peut être exécuté ainsi par de simples manœuvres, tandis qu’il suffit d’un petit nombre d’ouvriers spéciaux pour préparer les
- gabarits en bois, et on ne risque plus de salir les dessins. Cette méthode présente toutefois un inconvénient tenant aux déformations inévitables des gabarits en bois.
- En dehors de ce qui touche à la voie proprement dite, il est intéressant de mentionner, en raison de
- Fig. 5. — Vue d’une locomotive et deux wagons de la ligne transcontinentale canadienne.
- l’originalité de leur construction, les élévateurs à grain qui en forment l’accessoire à peu près indispensable dans les ports d'embarquement, et la Compagnie du Canadian Pacific Raihvay en possède un nombre assez important. MM. Périsse et Roy décrivent en particulier les élévateurs de Montréal sur le Saint-Laurent, énormes constructions de 70 mètres de long sur 26 mètres de large et 65 mètres de haut. La fondation seule comporte une partie en maçonnerie combinée avec l’emploi de grosses pièces en bois équarri, mais la superstructure est exécutée entièrement en bois plein, sans aucune fenêtre. On emploie à cet effet des planches de 5 centimètres d’épaisseur, sur 12 à 20 centimètres de largeur, on les pose à plat sur tout le pourtour de l’éléva-
- teur, et on en fait des lits superposés qui sont cloués les uns sur les autres en alternant les joints; on constitue ainsi une tour entièrement pleine à l’extérieur dont les parois sont formées par de véritables murailles en bois massif dont l’épaisseur atteint 20 centimètres en bas, et se ramène graduellement à 12 centimètres en haut. Ces murailles sont recouvertes à l’extérieur par des tôles ondulées peintes en rouge, formant ainsi, comme on voit, d’admirables panneaux pour recevoir les inscriptions gigantesques et les savantes réclames habituelles en Amérique.
- Ce type de construction protège efficacement le blé contre la gelée, et présente en outre l’avantage d’être économique, malgré l’énorme consommation
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- de bois qu’il exige, ce qui tient évidemment à la faible valeur du bois dans le pays.
- Le déchargement des wagons pleins de blé s’effectue d’une manière automatique et ne prend pas plus de 15 miaules pour un wagon de 220 hectolitres; ce qui permet ainsi d’atteindre facilement 10000 hectolitres par jour. Le blé déchargé est repris par des courroies à godet qui l’élèvent au sommet de la tour, il est dirigé de là sur des appareils de nettoyage, tarares et secoueurs, puis sur des balances enregistrant automatiquement les poids observés, et il arrive enfin dans les cases d’emmagasinage, d’où il est embarqué sur les bateaux, soit qu’il vienne y tomber par chute directe, ou qu’il y soit conduit par transporteurs à courroies.
- En dehors de ce qui a trait à l’installation de la voie, le remarquable Mémoire de MM. hérissé et Roy contient encore de nombreux détails sur l’organisation du service d’exploitation et celle du matériel roulant, mais nous n’y insisterons pas, car ils diffèrent peu des méthodes habituelles sur les lignes américaines; nous représentons seulement dans la ligure 5 la vue extérieure d’un train comprenant une locomotive et deux wagons, fourgon et wagon-lit; ce sontT comme on voit, des voitures à boggies de six roues, dont la longueur dépasse souvent 20 mètres. Elles sont reliées entre elles par des soufflets, complétant un couloir central permettant de circuler sur toute la longueur du train. L. B.
- CHRONIQUE
- La galvanisation des tôles. — On parle actuellement, dans le monde industriel, du procédé Laguesse pour la fabrication des tôles, dont la Société des ateliers de construction, forges et fonderies d’Ilautmont (Nord) s’est réservé la concession exclusive. Voici quelques détails sur cette invention donnés par le journal l'Ancre. Elle consiste dans l’emploi d’un appareil formé de deux cadres à crochets suspendus à des bielles mises en mouvement à l’aide d’un embrayage, l’un de ces cadres servant à plonger les tôles dans un bain de mêlai fondu destiné à la galvanisation en les faisant passer à travers un bain utilisé comme mordant; l’autre cadre servant à retirer ces tôles en les faisant passer à travers du sable ; ces deux opérations se font avec très peu de main-d’œuvre, par le simple mouvement d’un manchon d’embrayage qui peut être manœuvré à distance sans exposer les ouvriers à l’action délétère des bains de galvanisation. Un bassin à coupe trapézoïdale contient le zinc maintenu en fusion d’une manière quelconque jusqu’à un niveau constant. Au-dessus de ce niveau, un autre petit bassin, de même forme, contient le mordant qui repose sur le zinc fondu. À «ôté de ce second bassin, on place du sable qui repose également sur le zinc. Les cadres dont nous venons de parler ont pour fonctions de plonger les feuilles de tôle à galvaniser dans le bassin de zinc en passant par le mordant, ensuite de les retirer en les faisant passer à travers le sable. La description de l’ingénieux mécanisme qui actionne les cadres nous entraînerait trop loin, et, d’ailleurs, il n’est pas facile de le faire comprendre sans figures.
- Il nous suffira de dire qu’il remplit parfaitement son but. La tôle se gai vanise en sortant de l’eau. Le retrempage dans l’acide et le séchoir sont supprimés. De ce fait, la tôle, fer ou acier, conserve toutes ses qualités de matières et le zinc est plus uniformément réparti sur la tôle. Ce système, étant automatique, supprime également une grande partie de la main-d’œuvre et, de plus, comme nous l’avons déjà fait observer, l’ouvrier n’est plus, en aucune façon, exposé aux vapeurs délétères qui se dégagent du chlorhydrate de zinc.
- L’éleotrolyse du verre. — M. Stansfield a fait une expérience fort curieuse sur l’action des courants traversant le verre. Dans un ballon, il place un amalgame de potassium, de sodium ou de lithium, et il immerge ce ballon dans un bain de mercure maintenu à une température de 200 degrés. L’anode d’une forte batterie électrique est introduite dans le ballon, et la cathode plonge dans le mercure extérieur. Au bout de quelques heures on retire le ballon, et l’on observe alors les phénomènes suivants : Avec l’amalgame de lithium, le verre est devenu très fragile et a perdu un peu de sa transparence ; le bain de mercure renferme du sodium. Avec le sodium, même phénomène, mais le verre n’a pas subi d’altération. Avec le potassium, aucun transport de métal. M. ltohert Austen attribue ces résultats singuliers à la grosseur des atomes; d’après ha, le potassium ayant une molécule trop grosse, ne peut se substituer au sodium dans le verre, faute de place; le lithium, ayant une molécule trop petite, remplace le sodium, mais écarte les molécules constituantes et diminue ainsi la cohésion ; quant au sodium transporté par le courant, il se substitue dans le verre à la base du silicate, sans autre modification qu’un transport continu. Les Annales industrielles, journal auquel’nous empruntons ces renseignements, ajoutent qü’en raison de leur intérêt même, ces phénomènes paraissent mériter une sérieuse vérification.
- Utilisation «le l’énergie électrique pour actionner une pompe. — Les stations centrales de distribution d’énergie électrique tendent trop souvent à rester étroitement des stations d’éclairage électrique. Une récente application de l’énergie électrique à distance semble démontrer toute la faveur que pourrait cependant obtenir auprès du public l’emploi de cette force motrice si docile et si moderne. Dans la région de Fécamp, les ingénieurs chargés de la construction de la nouvelle voie ferrée du Havre à Dieppe viennent de pratiquer sur plusieurs points des sondages profonds dans un champ demi-vaseux coupé de ruisseaux où l’eau venait en abondance. Inutile dans ces conditions de songer, pour l’épuisement des fouilles, à transporter sur place un moteur quelconque dans un terrain aussi peu consistant. Le problème a cependant été résolu de la façon la plus heureuse par la station d’électricité de Fécamp, au moyen d’une dynamo et d’un conducteur en cuivre de 50 millimètres carrés de section convenablement isolé sur quelques poteaux. A l’aide de cette dynamo directement accouplée avec une pompe centrifuge de 150 millimètres de diamètre à l’orifice, on parvint aisément à épuiser à une grande profondeur la quantité d’eau relativement considérable de 2 mètres cubes par minute. La génératrice et la réceptrice sont du type Edison de 80 ampères et la longueur du circuit est d’environ 500 mètres. La première de ces machines est montée en dérivation, la seconde (la réceptrice) est enroulée en série. Ou voit par ce qui précède quelle facilité peut donner à l’exécution de certains travaux la distribution rationnelle de l’énergie élèfctrique,
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- cotte (orce motrice si merveilleuse et si souple et dont nous ignorons encore toutes les applications possibles.
- Restauration «les forêts «les lltnts-l’nis. —
- On a jeté bas tant de grandes forêts dans l’Amérique du Nord, pensant que leur richesse était sans bornes, qu’il faut à présent se préoccuper de les reliure. Nous n’avons pas seulement en Europe le privilège de la destruction des forets. Mais l’initiative privée veille aux Etats-Unis. Au lieu d’attendre les secours du Gouvernement, les propriétaires s’attellent à cette noble tâche de la restauration des forêts. M. G. \V. Yanderbill a acheté 4000 ares dans les Alleghanies, Caroline du Nord, et il a chargé M. Pin-chot de reconstituer et d’aménager le sol forestier comme on le fait en Europe. C’est une belle et bonne action, et qui constituera une source de gros revenus pour les descendants du milliardaire américain. On nous répondra qu’ils n’en auront pas besoin.- Qui sait? La roue de la fortune tourne bien vite au temps où nous vivons. 11 est curieux, dit la Revue horticole, de voir combien ces forêts diffèrent des nôtres. On y trouve 62 espèces d’arbres différents (au lieu d’une douzaine chez nous, au plus) et parmi ceux-ci on compte 7 espèces de Chênes, 5 d’Érables, 5 de Pins, 4 de Noyers (Carya), sans compter de magnifiques Tulipiers ( Liriodendron tulipifera), Noyers noirs (Jugions nigra), etc. Cette région s’appelle « liiltnore Forest ». M. Yanderbilt, pour que la démonstration soit complète, doit y introduire les espèces forestières d’Europe atin d’essayer leurs propriétés d’adaptation à cette partie du sol des Etats-Unis.
- L’électricité dans l'industrie eliiiiii<|u«‘. —
- L’électricité est de plus en plus employée dans l’industrie chimique par voie humide pour la production de la potasse, de la soude, du chlorure de calcium, du chlorate de potasse, de l’ozone, des chromâtes et permanganates, de la céruse, de l’hydrogène et de l’oxygène, etc. C’est ainsi que la fabrique de Grieslieim, près de Francfort, Iraite K Cl pour produire de la potasse et Ca Cl. Le secret réside surtout dans la nature des diaphragmes qui séparent les cathodes des anodes et qui permettent d’effectuer l’électrolvse sans augmenter les résistances et par suite la tension. Les électrodes sont ordinairement en platine, charbon de cornue, peroxyde de plomb, sulfure de fer, phosphure ou silieiure, et l’on combat la polarisation par des moyens chimiques et mécaniques. Des cathodes de mercure permettent l’électrolvsation de solutions de Kael sans diaphragmes ; l’amalgame traité par l’eau chaude donne de la potasse caustique et du mercure. Les Usines réunies de Léopoldshall emploient comme diaphragme le papier-parchemin. A la liqueur des anodes on additionne 2 pour 100 de Ca Cl ou MgCl, ce qui produit au contact de la liqueur alcaline des cathodes un dépôt préservatif de chlorures basiques sur le parchemin1.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 janvier 1895. — Présidence de M. Mauey.
- L’acier au bore. — MM. Moissan et Charpy ont entrepris une série d’expériences ayant pour objet de préparer des fontes borées et d’étudier leurs propriétés. Des essais ont déjà été tentés dans ce sens, mais les résultats ont été quelque peu contradictoires par suite de l’impureté du métal, d’ou résultait une altération des propriétés véri-
- 1 D’après Berg und Hütlenmannische Zeilung.
- tables de l’alliage. MM. Moissan et Charpy préparent des fontes borées qui titrent 8 à 0 pour 100 de bore en mettant le bore en présence du fer à une température comprise entre 1000 et 1200 degrés. Cette fonte peut prendre une trempe spéciale. Elle se laisse travailler à la lime, tandis que l’acier au carbone résiste. En revanche la charge' disruptive est accrue.
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- L'étoile variable Algol. — Cette étoile, qui appartient à la constellation de Persée, jouit de la propriété singulière de passer de la 2° à la 4e grandeur en l’espace de quatre heures, puis de conserver un éclat constant pendant soixante heures. On a pensé qu’un satellite obscur la cachait et l’on a même entrepris de déterminer l’orbite de ce satellite. Toutefois, M. Chandler a montré que cette hypothèse ne permettait pas d’expliquer certaines irrégularités. M. Tisserand montre que l’accord se rétablit, si l’on admet que l’étoile principale est aplatie et l’orbite elliptique. Un aplatissement voisin de l’aplatissement terrestre suffit.
- Influence du rhylhme des successions d’éclat sur la sensibilité lumineuse. — M. Ch. Uenry a imaginé un moyen d’augmenter la portée des signaux lumineux en adoptant pour les éclats une loi déterminée dans laquelle entre non seulement la durée des signaux, mais encore leur mode d’alternance. M. C!.arles Henry a trouvé un système qui, à égalité de nombre, d’intensité et de vitesse, excite plus que tout autre la sensibilité lumineuse. Ces expériences, qui peuvent être l’objet d’applications pratiques, ont été exécutées au Dépôt des phares avec un nouveau photoptomètre imaginé par l’auteur et fondé sur la loi de déperdition lumineuse du sulfure de zinc phosphorescent.
- Préparation de corps nouveaux. — M. Ilanriot a obtenu deux nouveaux corps cristallins distillables en faisant agir le chloral sur l’arabinose, sorte de sucre que l’on tire de la gomme arabique, et sur le sucre de bois.
- Découverte de bactéries fossiles. — M. Renault, qui avait déjà révélé l’existence du bacillus butyricus, l’agent de la fermentation butyrique, à l’époque houillère, signale aujourd’hui l’existence de bactéries à l’époque du culm. Ainsi dans les temps les plus reculés les débris de plantes ont été soumis aux mêmes agents destructeurs que de nos jours. M. Renault trouve dans les silex d’Esnost et de Regnv, qui datent de l’époque du culm, de nombreux bacilles longs de 12 à 15 microns et larges de 2, divisés en articles. Chaque article contient une spore mesurant 1 micron. M. Renault donne à ces bacilles le nom de bacillus varax ; c’est le plus ancien des bacilles que l’on a découverts.
- Election. — M. llergott, de Nancy, est élu membre correspondant de la section de Médecine et Chirurgie par 52 suffrages contre 6 donnés à M. Laveran.
- Ch. de Villedeuxl.
- LA PURETÉ DES CORPS LIQUIDES
- ET LES VARIATIONS DE LEUR TEMPÉRATURE CRITIQUE
- M. Raoul Pictet a présenté à l’Académie des sciences un procédé très simple pour déterminer rapidement l’état de pureté des liquides par l’observation directe de leur point critique, dont la variation est de dix à soixante fois plus grande que celle du point d’ébullition dans les mêmes conditions de pureté. !
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- L’observation se fait dans des petits tubes en verre de 5 millimètres de diamètre extérieur, o millimètres de diamètre intérieur et 45 à 50 millimètres de longueur. En vaporisant une partie du liquide et en fermant au chalumeau, on obtient des tubes dont le tiers du volume est occupé par le liquide et le reste par des vapeurs saturées. Ce tube en observation est enfermé dans trois enceintes qui ont pour but d’égaliser la température et de s’opposer au rayonnement : un thermomètre dont le réservoir est côte à côte avec le tube en observation dépasse par sa tige le couvercle des trois enceintes et donne avec netteté le dixième de degré.
- Dans ses expériences faites en collaboration avec le Dr Àltschul,
- M. Pictet a trouvé que la température critique du chloroforme pur, qui est 2 5 8°, 8 C. descend à 255° lorsqu’il est mélangé à quelques gouttes d’alcool, soit une différence de 5°,8, tandis que la température d’ébuliltion ne s’abaisse que de G°,l à 0°,2. Dans les mêmes conditions, le chlorétbyle pur a une température critique de 181° C. qui s’élève à 187° par son mélange avec quelque gouttes d’alcool, soit 6° de différence, tandis que le point d’ébullition ne s’élève que de 0°,6. Avec l’éther, l’alcool ou les mélanges de corps solides en dissolution, les écarts sont bien plus considérables encore. Il est à souhaiter que M. Pictet, dont les facili tés matérielles de recherches ne sont dépassées que par son habileté comme physicien, poursuive ses travaux, et publie un tableau aussi com-pletquepossibledes altérations delà température critique produites par les impuretés des corps. Il rendra ainsi service à ceux qui apprécient sa méthode originale d’analyse et voudraient en faire l’application industrielle ou pharmaceutique. E. II.
- BATEAU DÉMONTABLE EN BOIS
- Voici un modèle de yole qui permet aux amateurs de canotage de déplacer aussi facilement que les cyclistes leurs centres d’excursion. Elle se com-
- pose de trois parties réunies entre elles au moyen d’écrous à oreilles ; une couche de suif assure l’étanchéité; la portion centrale sur laquelle prennent place les deux rameurs et le barreur n’a que 2m,75 de long ; les deux autres ont environ une longueur moitié moindre; le tout est donc transportable comme bagage dans les trains express ; un chariot à T démontable permet de transformer l’embarcation
- en brouette pour les transports sur route comme le
- montre la figure 1 ci-jointe. Un homme seul roule sans fatigue ladite brouette dont le poids n’excède pas 100 kilogrammes. — Ces diverses combinaisons permettent donc d’arriver avec la plus
- grande facilité au
- Fig. 1. — Yole démontable. Pièces séparées.
- Fig. 2. — Yole démontable montée.
- cours d’eau que l’on veut explorer; les frais de transport en chemin de fer sont insignifiants quand on est trois.
- La yole montée a 5m,50 de long, et un mètre de largeur environ à sa partie supérieure (fîg. 2); son fond est presque plat ; grâce à sa grande longueur et à sa
- largeur, elle ré-fj siste très bien aux
- |l forts remous et
- |! aux vagues ; elle
- ne cale que | 20 centimètres
- f d’eau avec trois
- personnes ; elle peut donc naviguer dans les plus petits cours d’eau ; sa maniabilité permet de franchir aisément les chaussées; la vitesse moyenne obtenue sans effort avec deux rameurs en pointe est de 6500 mètres par heure, en eau calme; elle a déjà franchi 1500 kilomètres dans les conditions les plus variées.
- Le tout a coûté 250 francs, la moitié du prix d’une bonne bicyclette, et malgré les dures épreuves subies dans certains torrents, aucune avarie sérieuse n’est encore survenue. A. de Kerdrel,
- Lieutenant d’ariillerie.
- Le Proprictaire-Gcranl : G. Tiss.vvm;::; Paris. — Imprimerie Laiilhe, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1151. — 2 FÉVRIER 1895.
- LA NATURE.
- LES CRUSTACÉS VOLANTS
- L’homme est poussé par un désir irrésistible de dominer l’espace; à peine s’est-il assuré le mouvement à vitesse voulue sur terre et sur l’eau, qu’il songe à conquérir l’atmosphère qui l’entoure et construit des appareils plus ou moins ingénieux pour s’élever au-dessus de la planète que foulent ses pieds. Ne serait-ce pas le même instinct qui l’aurait poussé de tout temps à s’intéresser particulièrement aux animaux qui volent et surtout à ceux d’entre eux qui, par leur organisation primordiale, sont des êtres essentiellement terrestres et aquatiques ?
- Toujours est-il que chaque fait nouveau dans cët ordre d'idées soulève chez nous tout naturellement un grand mouvement de curiosité.
- On connaissait jusqu’à présent, en dehors des oiseaux et des insectes, plusieurs animaux qui, grâce à une disposition spéciale de telle ou telle partie du corps, pouvaient voler ou du moins se maintenir plus ou moins longtemps en l’air. Tels sont les chauves-souris et l’écureuil volant (genre Pteromys Fr. Cuvier) parmi les mammifères, le dragon (genre Draco L.) parmi les reptiles, les exocètes (Exocoetus evo-lans L. et autres espèces) parmi les poissons. Tous ces êtres appartiennent à l'embranchement des vertébrés.
- Mais voilà que l’on vient de constater tout récemment des faits analogues parmi les invertébrés. Les insectes ne sont plus les seuls arthropodes ayant la propriété de fendre l’espace et de se transporter par la voie 23* année. — 1" semestre.
- Clément
- Fig. 2.
- aérienne; on a observé la même faculté chez un
- crustacé, oh ! un tout petit crustacé, qui ne rappelle point, ni comme taille ni comme forme, les crustacés connus de tout le monde, par exemple le homard ou l’écrevisse.
- Voici d’ailleurs les faits dans toute leur simplicité. Un sqvant russe très distingué, le I)r Ostrooumolf, directeur de la station biologique de Sébastopol, faisait, cet çté, une excursion en bateau le long des côtes de la Crimée. Un matin, par une mer tout à fait calme et un ciel d’azur comme on n’en voit que dans les pays du Midi, il aperçut des nuées de petits êtres, volant comme des moucherons au-dessus de la nappe tranquille des eaux. En s’approchant un peu, le naturaliste russe, ainsi que son fils et le garçon de la station qui l’accompagnaient, ont pu observer à leur aise le phénomène et voici ce qu’ils ont constaté : chacun de ces animalcules prenait d’abord une position convenable à la surface de l’eau, comme cherchant à ramasser des forces, puis faisait un saut et décrivait en l’air une longue et douce courbe pour retomber de nouveau dans l’élément liquide. Cueillir un certain nombre de ces êtres et les examiner à la loupe fut l’affaire d’un instant; et quel ne fut pas l’étonnement du savant russe quand il reconnut que les êtres volants captivés étaient des crustacés assez communs dans la mer Noire, appartenant à l’espèce Pontellina mediterranea Claus (ordre des Copépodes).
- 10
- A.AHlit-E
- CopUia vitrea tlæckol ; ? grossie 20 fois.
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- LA NATURE
- 4)
- Si l’on examine au microscope certains petits crustacés, on est bien surpris de leur bizarre aspect. Nous allons citer quelques exemples. Le Calocalanus pavo, assez commun dans la Méditerranée, se présente avec un corps transparent et porte à l’extrémité de l’abdomen huit plumes d’un jaune d’or disposées symétriquement (fig. 1).
- Un autre crustacé de l’ordre des Copépodes, a des appendices analogues, mais bien plus développés, c’est la Copilia vitrea Haeckel (fîg. 2), petit être bizarre, dont le corps transparent est pourvu à chaque patte d’un riche éventail de plumes microscopiques d’un rouge brique.
- Enfin une espece à peine distincte de celle qu’avait observée M. Ostrooumolî, est la Pontellina
- Fig. 3. — Pontellina jiïumala Dana, grossie 30 fois.
- plumata Dana (fig. o). Examinée à un grossissement de 40 à 50 diamètres, elle présente une multitude de soies ou poils qui ornent ses pattes ainsi que l’extrémité de son abdomen, que l’on appelle vulgairement la queue chez les crustacés. Ces poils, disposés souvent en pennes, tranchent par leur couleur d’un orangé vif sur le corps bleu de l’animal et sur ses membres transparents. Nul doute que ces nombreux poils ne facilitent singulièrement à la Pontelline ses excursions aériennes et la soutiennent une fois qu’elle s’est élevée dans l’air par un saut. Nous pourrions multiplier les descriptions des espèces ; mais il nous semble que ce que nous avons dit suffit pour convaincre nos lecteurs. Ajoutons que les figures sont faites d’après les planches de l’excellente monographie des Copépodes du golfe de Naples publiée en 181)2 par M. Giesbrecht1.
- 1 Yoy. vol. XIX de l’ouvrage : Faima and Flora des Golfes von Ncapel, in-4°.
- Si la Pontelline, avec ses soies relativement petites, peut se soutenir pendant quelques instants en l’air, à plus forte raison les deux autres crustacés que nous avons décrits peuvent en faire autant avec leurs larges appendices penniformes.
- D’après M. OstrooumolF, dont l’intéressante communication a été reproduite dans un des derniers numéros du Zoologischer Anzeiger, de Leipzig (n° du 22 octobre 1894), le vol des Ponte!fines aurait probablement quelques rapports avec le phénomène de la mue; il faciliterait notamment le début de cet acte, toujours très pénible pour les animaux. Du moins sait-on que d’autres crustacés du groupe des Entomostracés, comme certains Poly-phémides (Evadne, Pleopis, etc.), se maintiennent à l’époque de la mue à la surface de l’eau, ou même un peu au-dessus, grâce au flotteur que constitue leur ancienne enveloppe cuticulaire, rejetée et remplie d’air.
- Quoi qu’il en soit, la constatation de cette faculté du vol chez les crustacés est encore une nouvelle preuve que la nature varie à l’infini scs procédés pour arriver au même but. Chez les mammifères et les reptiles nous voyons la locomotion aérienne assurée à l’aide des membranes interdigitales ou à l’aide d’une portion de la peau tendue entre les membres ; chez les poissons et les insectes elle est rendue possible par suite de la transformation des membres (nageoires ou appendices dorso-latéraux du thorax) en ailes membraneuses ; enfin chez les oiseaux et chez les crustacés cette locomotion se fait à l’aide d’appareils formés de plumes (ailes et appendices pennés). Le dernier mot de l’observation scientifique n’est pas encore dit, et il se pourrait que l’on découvre encore chez les animaux quelque autre moyen de locomotion aérienne en dehors de ceux que nous venons de citer.
- Qui sait si, en imitant les procédés de la nature, l’homme ne parviendra pas un jour à franchir certains obstacles (cours d’eau, fossés, murailles), en s’élevant dans l’air et en s’y maintenant quelque temps, comme l’a d’ailleurs essayé tout récemment M. Lilienthal. Les applications pratiques de l’idée de locomotion aérienne à courte distance pourraient rendre des services appréciables dans l’art militaire et seraient aussi d’un grand secours pour les explorateurs et les pionniers dans les pays privés de routes. J. Deniker.
- IA PROFONDEUR DES LUES
- I)E IA GRANDE-BRETAGNE
- Les Iles Britanniques contiennent un très grand nombre de lacs dont quelques-uns sont remarquables à la fois par leur profondeur et leur superficie. Le plus grand est Lough Neagh, en Irlande, dont l’étendue ne mesure pas moins de 510 kilomètres carrés, bien que sa profondeur maxima ne dépasse pas 51 mètres. Les lacs les plus profonds se trouvent en Ecosse. Le loch Earn, dans le comté de Perth, a 180 mètres de profondeur. Les habitants du pays affirment, non sans une
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- LA N AT U HE.
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- ])oin(e d’orgueil, qu’il n’a jamais gelé. Le loch Tay a 170 mètres de profondeur et le loch Katrine en a 145. Mais c’est le fameux loch Lomond où la sonde a donne le plus de hauteur : 050 pieds, soit 192 mètres environ. Les lochs Awe et Ericht sont presque aussi profonds. En Angleterre, le lac le plus profond est le Wastwater, d’une longueur de4kil,827. Sa profondeur maxima est de 77 m, 40. Voici, du reste, la profondeur des principaux lacs anglais :
- Lllswater...................... 7Gm,50
- Windermere. . 05m,70
- Coniston........................55m,20
- Ennerdale.......................44m,40
- Crummock...................... 43m,20
- Ilaweswater............ . . 50m,90
- Buttermere.....................28m,‘2ü
- Ceux dont les eaux sont le moins profondes sont le lac Derwentwater (22 mètres), et le lac Bassenthwaite qui, bien qu’il soit un des plus grands lacs anglais, n’a pas plus de 5'”,40 de profondeur moyenne. X. W.
- LES MICROCÉPHALES
- M. le docteur Laborde a récemment présenté à l’Académie de médecine trois microcéphales qui nous offrent l’occasion d’aborder l’un des plus intéressants problèmes de l’anthropologie.
- Qu’est-ee d’abord que la microcéphalie? Un microcéphale est un individu dont le développement du cerveau et consécutivement du crâne, s’arrête à un état rudimentaire, alors que le développement des autres organes continue.
- Les trois enfants présentés par M. Laborde sont atteints de cet arrêt de développement. Ils sont nés dans l’une des Cyclades, de parents sains qui ont eu, après eux, deux autres enfants bien constitués. Une fille est l’aînée de ces enfants : elle est âgée de douze ans; puis viennent deux garçons, l’un de dix ans et l’autre de huit ans. Ces enfants sont de véritables idiots, la microcéphalie étant, en effet, l’un des plus importants facteurs do l’idiotie. Ils ne comprennent rien, ne parlent même pas et poussent seulement des cris inarticulés. S’il est des degrés "dans l’idiotie, la fille occupe le premier rang; le dernier garçon serait alors le moins inintelligent et voici à quoi se réduit cette lueur : tandis qu’il est impossible de fixer l’attention de son frère et de sa sœur, insensibles à tous les agents qui peuvent frapper leurs sens et au bruit notamment, le dernier enfant semble, au contraire, sortir de la vie végétative lorsqu'on impressionne vivement le rudiment de son cerveau. Si l’on agite devant lui une sonnette, si avec une baguette on frappe sur un verre, il cherche à s’emparer de ces objets; il les examine et paraît éprouver le désir de reproduire les sons qui ont frappé son oreille. Mais il le fait à la façon d’un singe, et cette ressemblance, que nous retrouverons dans certains des caractères physiques de ces enfants, semanifestœsurtout dans leurs actes : lorsqu’on voit le plus jeune de ces microcéphales agiter sa sonnette, il est impossible de ni' pas penser
- à un acte inconscient d’imitation, n’ayant qu’un bien lointain rapport avec un acte réfléchi, conséquence d’un travail intellectuel. L'attitude deccs enfants est aussi celle des singes; elle est liée à une disposition particulière du squelette, à la direction ' du trou occipital et à la façon dont le crâne s’articule avec la colonne vertébrale chez les microcéphales. Ils marchent courbés, les jambes écartées, et souvent aussi à quatre pattes, mais alors les poings fermés, contrairement à ce que l’on voit chez le singe. Ils sont constamment en mouvement et leur tête remue sans cesse. On conçoit combien il a été difficile de les photographier : une photographie des trois enfants a été faite à un vingtième de seconde, et, dans ce court espace de temps, il n’a même pas été possible de les fixer tous les trois ; seul un d’entre eux a été obtenu et nous reproduisons sa photographie ci-contre. Ces enfants ont les yeux vifs et mobiles, le front fuyant, la face portée en avant ou prognathe; leur tête petite, leurs avant-bras plus longs que les bras, les mains fléchies sur ces avant-bras, leur taille inférieure à celle d’enfants de leur âge, tout contribue à leur donner ce caractère simiesquequi a frappé tous ceux qui se sont occupés de la microcéphalie : « Hommes par le corps, disait C. Vogt, ce sont des singes par le cerveau. » Ces enfants sont enfin gloutons et gâteux; leur sommeil est agité et ils se réveillent à chaque instant. Ils n’ont même pas cet avantage dévolu aux animaux, de pouvoir reconnaître celui qui les nourrit.
- La circonférence du crâne de la fillette est de 35 centimètres; elle est de 38 et 39 centimètres chez les garçons : le crâne est pointu, en pain de sucre et couvert de cheveux normaux. Ce faible volume du crâne, conséquence de l’arrêt de développement du cerveau, est, ainsi que nous l’indiquions, la note dominante de ces êtres microcéphales. Alors que la capacité crânienne des races réputées les plus inférieures est encore de 1150 centimètres cubes, elle tombe à 600 et même à 300 centimètres cubes dans la microcéphalie. Le poids du cerveau, de 1550 grammes eu moyenne, tombe à 500, à 400 et même à 250 grammes. Ce sont surtout les lobes antérieurs du cerveau qui sont atrophiés. La circonférence du crâne à sa base ne dépasse guère 57 centimètres. On comprend que l’intelligence soit alors réduite au minimum : l’idiotie présente néanmoins des degrés suivant que le cerveau est plus ou moins atrophié, et c’est ainsi que Ton peut s’expliquer comment certains de ces microcéphales (et le dernier des enfants que nous présentons serait peut-être du nombre) sont jusqu’à un certain point susceptibles d’éducation. Comme aucun des organes nécessaires à la vie n’est atteint, les microcéphales peuvent se développer et vivre fort longtemps. Des microcéphales qui, sous le nom d’Aztèqucs, furent exhibés à Paris, il y a quelques années, avaient dépassé trente ans. On eu a cité qui ont vécu jusqu'à cinquante et soixante ans. En général, d’autres arrêts de développement, d'autres malformai ions accompagnent ceux
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- LA N AT U K K.
- du cerveau, et les microcéphales actuels n’échappent pas à cette loi : il existe donc chez ces individus autre chose qu’une déviation crànio-céréhrale. L’arrêt de développement du crâne porte surtout sur la région frontale, et comme la face continue à s’accroître normalement, la difformité est rendue plus choquante. Le cerveau se fait remarquer non seulement par son faible volume, mais par des dispositions qui le rapprochent de celui des grands singes anthropoïdes : les lobes cérébraux sont lisses, les circonvolutions à peine marquées, les sillons peu profonds. Du côté du crâne, on a surtout noté une ossification prématurée des sutures, mais cette règle n’est pas absolue. C’est cette constatation qui, dans ces dernières années, avait conduit M. le docteur 'Lanne-longue à traiter ces microcéphales par la craniectomie, c’est-à-dire par la section des os du crâne, de façon, pensait-il, à donner un nouvel essor au cerveau. Mais les résultats ne paraissent pas avoir été encourageants, et il semble plutôt que ce soit dans le traitement médico-pédagogique, tel qu’il a été institué à Bicêtre par exemple, par M. le docteur Bourneville, qu’il faille compter pour améliorer ces malheureux. Les microcéphales ne sont pas, en effet, fort rares dans l’espèce humaine, et il n’est guère d’année où l’on n’en présente quelque type dans les sociétés savantes.
- Après avoir examiné les principaux caractères anthropologiques et biologiques de ces singuliers êtres, nous pouvons nous demander quelle place ils occupent dans la série animale. Nous avons mis en relief les caractères simiens qu’ils présentent. Existerait-il entre les microcéphales et les singes plus qu’une vague similitude? La question qu’on peut se poser est la suivante : les microcéphales sont-ils des individus atteints d’un simple arrêt de développement? Sont-ils au contraire le fait d’une évolution régressive ; rappellent-ils un type ancestral? C est, on le voit, cette intéressante question de l’atavisme qui est ici soulevée.
- Darwin et Yogt ont cru pouvoir la résoudre par l’affirmative : il y aurait, chez les microcéphales, rappel de caractères ancestraux qui avaient disparu chez leurs ascendants depuis de longues séries de siècles. Signalons à ceux que la question intéresserait, une thèse de M. le docteur Ducatte où
- ils trouveront, sur cette reproduction de caractères anatomiques disparus, des arguments intéressants. Mais, quoi que certains savants peuvent penser de cette hypothèse, elle n’est pas inattaquable. Nous avons résumé ce qu’on a dit sur les apparences simiennes que peuvent présenter ces microcéphales, mais l’analogie est, il faut le reconnaître, plus apparente que réelle. Et d’abord, celle que l’on trouve dans les besoins bestiaux, les attitudes, la vie végétative de ces êtres, n’a pas grande valeur. De ce qu’une attitude du microcéphale rappelle celle du singe, il ne s’ensuit pas qu’il y ait identité entre ces deux individus. Le savant berlinois Hartmann, qui s’est particulièrement occupé de cette question, prétend même
- que rien dans les actions des microcéphales ne rappelle la manière de faire et de vivre des singes. L’analogie tirée de l’étude du cerveau est-elle plus réelle? Nullement, et, ainsi que l’a montré Virchow, il n’existe aucune espèce simienne qui présente exactement la configuration particulière du cerveau des microcéphales. Quant aux autres malformations, elles témoignent bien plutôt d’une maladie de l’embryon, que d’un retour aux phases primitives qu’a traversées l’espèce humaine dans son évolution. Somme toute, et en reconnaissant que la discussion reste ouverte, les microcéphales ne nous paraissent que des êtres défectueux, arrêtés dans leur développement. Une suffit pas, pour que l’on admette l’action régressive de l’atavisme, que leur cerveau présente des caractères anatomiques se rencontrant dans des espèces inférieures, car ces caractères peuvent être simplement originaires et communs dès lors à l’embryon humain et à ces espèces inférieures. Il faut que l’on retrouve chez eux des particularités anatomiques qui n’existent plus dans l’espèce humaine. À l’opinion de Vogt, nous opposons donc celle plus consolante d’Àeby : la microcéphalie n’est pas une manifestation probable de l’atavisme, mais la conséquence d’une dégénérescence pathologique. « Les microcéphales, dit-il, ne nous reportent donc pas à la pierre milliaire devant laquelle l’homme a passé à une époque très reculée. L’abîme entre l’homme et l’animal ne saurait être comblé, ni même sa largeur diminuée par eux. » Dr Paul Raymond.
- Un des microcéphales récemment présentés à l’Académie de médecine. (D’après une photographie de M. Fourdrignier.
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- LA NATURE.
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- UNE ASCENSION AU FUJI YVIIA (JAPON)
- Le Fuji Yama, au Japon, passe pour être la mon- le sanctuaire bouddhiste qui est sur ses bords,
- tagne sacrée par excellence. Son cratère, avec est visité annuellement par plusieurs milliers de
- Fig. 1. — Vue du cratère du Fuji Yama, côté est. (D'après nature par M. Albert Tissandier.)
- pieux pèlerins qui viennent en même temps jouir du panorama grandiose qu’on y peut admirer.
- Les éruptions du Fuji ont été décrites par des écrivains japonais dès le neuvième siècle de notre ère. Des nuages de vapeurs immenses, qui sortaient de son cratère, se sont élevés dans le ciel jusque vers la fin du quatorzième siècle. Depuis cette époque, le volcan s’est éteint, ne laissant échapper que très rarement, dans les parties orientées vers l’est, quelques fumées peu abondantes, légères, à peine visibles. Le volcan forme, depuis sa base, une immense pyramide partout isolée qui s’élève jusqu'à la
- hauteur de 5778 mètres au-dessus du'niveau de la mer. Sa silhouette est d’une majestueuse beauté.
- Nous en avons donné une gravure dans un article précédent1. Selon les heures du jour, sa cime couverte de neige pendant près de dix mois dans l’année, ses pentes verdoyantes ou dénudées, formées de débris de scories, s’éclairent de lueurs merveilleuses. Le Fuji, que chacun vient visiter, même de provinces assez lointaines, prend alors des aspects fantastiques qui exaltent l’imagination des poètes. Ils chantent chaque jour encore ses beautés. C’est, au 1 Voy. n° 975, du G février 1892, p. 149.
- Fig. 2. — Fac-similé d’un dessin japonais.
- Le tour du cratère exécuté par les pèlerins.
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- LA NATULK.
- Japon, la monlagne populaire partout représentée et dont la vue ne lasse jamais. Elle est figurée sur les laques et les porcelaines précieuses, aussi bien que sur les moindres éventails ou sur les images que les artistes japonais savent si bien peindre.
- Les pèlerins qui gravissent les pentes de la montagne sacrée, ont la coutume de mettre un habillement spécial tout en toile blanche. Ils se couvrent la tête d’un chapeau ayant la forme d’un vaste champignon pour se garantir des ardents rayons du soleil. Souvent, parmi les pèlerins, on en remarque qui sont revêtus de costumes poussiéreux et usés. Ce sont ceux-là les plus respectés. Le Japonais fervent ne nettoie jamais son costume d’ascension. Pour monter au Fuji, il mettra les vêtements qui ont servi déjà quelquefois à son père ou gardera les siens précieusement pour cette expédition. Les habits défraîchis sont les plus honorables, ils prouvent que leur porteur a fait plusieurs fois le pèlerinage, ou que ses ancêtres allaient souvent comme lui honorer Bouddha dans son sanctuaire aérien.
- Malgré sa hauteur, le Fuji Yama est facile à gravir et n’offre nulle part au touriste de difficultés. Il y a six chemins différents, par lesquels les pèlerins peuvent commencer l’ascension. Mon guide me fit prendre celui qui part de Gotemba, où se trouve la station du chemin de fer qui relie cette petite ville à Yokohama.
- A cette époque de l’année (août 1895) les hôtels de Gotemba, enguirlandés d’oriflammes de toutes couleurs, regorgeaient de monde. La rue principale, toute remplie de pèlerins, vêtus de blanc, offrait un coup d’œil des plus pittoresques. Tous étaient fort préoccupés de l’ascension qu’ils allaient exécuter et questionnaient, en buvant du thé sous des bosquets de feuillage, ceux qui venaient de la terminer.
- On part dès le lever du jour, avec des porteurs de provisions et un guide pour faire une première étape en djinrikisha. Mon jeune conducteur, aux jambes nerveuses, me traîne en courant toujours, au travers de la campagne luxuriante et des bois qui recouvrent les cendres et les scories lancées autrefois par le Fuji. Nous arrivons bientôt à Tarobo, endroit renommé par son sanctuaire consacré à un lutin de la montagne.
- Dès lors, l’ascension doit se faire à pied. Les Japonais, de même que nos touristes alpins, font l’acquisition d’un bâton sur lequel le nom de Fuji Yama est gravé.
- Les pentes du volcan, tout d’abord assez douces, augmentent graduellement. Sur tout le parcours, jusqu’au bord du cratère, dix stations établies de distance en distance, sont gardées durant la belle saison par un homme. Ce sont des cabanes primitives dans la plupart desquelles des nattes sont disposées, pour ceux qui veulent passer la nuit. Les gardiens vous vendent le thé et quelques provisions nécessaires pour réparer vos forces.
- Nous montons sur un sol formé de cendres et de menus débris de scories. Le paysage est d’une sévé-
- rité presque lugubre; partout devant soi, ce ne sont que des pentes immenses aux couleurs sombres, sans autre végétation que quelques rares plantes ayant l’aspect d’un chardon. On suit un sentier, tracé en lacets par les pèlerins qu’on voit au loin marcher péniblement par groupes, en s’aidant de leur bâton. La route se reconnaîtrait d’ailleurs aisément par les nombreux débris d’espadrilles en paille de riz abandonnés parles voyageurs. Ces chaussures primitives sont rapidement usées au contact des lines scories, aussi les pèlerins en ont-ils une provision de rechange dans leur sac. Le spectacle ne tarde pas à changer dès qu’on est parvenu à une certaine hauteur. Les grandes roches volcaniques de Hôeizan apparaissent, se découpant magnifiquement sur le ciel. On distingue aussi par moments, au travers des nuages légers, les cimes du cratère du Fuji. Nous montons toujours, en gravissant maintenant des rochers ; les vues lointaines commencent à s’élever au-dessus des premiers plans sombres et dénudés qui forment avec elles un contraste saisissant.
- L’heure du coucher du soleil arrive. Nous voici parvenus à la huitième station. Le panorama est tellement magnifique en ces lieux que je me décide à y passer la nuit pour attendre le lever du jour. C’est l’endroit le plus beau, me disent six jeunes pèlerins, pour jouir de ce spectacle. Nous passons la nuit ensemble, couchés sur des nattes. Notre gardien fait pour nous du feu, mais la fumée nous asphyxie, on ouvre la porte, c’est le froid qui nous saisit, line faut pas s’étonner si dans ces conditions le sommeil ne vient guère; on s’en console en buvant du thé. Enfin le jourapparaît; il est4h. 45 du matin. Le soleil resplendit bientôt sur des nuages d’un rose argenté, merveilleux d’éclat. Nous apercevons l’immense horizon de la mer qui domine tout dans ce paysage grandiose rempli de forêts, de riches campagnes au milieu desquelles se détachent les rizières fertiles et les villages pittoresques. Entre la neuvième et la dixième station, l’ascension devient plus dure, les roches volcaniques sont plus hautes et plus fatigantes pour le touriste. Les rares touffes de plantes qu’on voyait le long du chemin, disparaissent bientôt tout à fait pour être remplacées par quelques grandes plaques de neige. Nous atteignons enfin la cime après avoir traversé un superbe chaos de grands rochers volcaniques et nous sommes heureux de trouver sur les bords du cratère une source fraîche et cristalline. Les bonzes qui la gardent me présentent une coupe pleine de cette eau sainte, Veau d'argent.
- Le cratère du Fuji forme un cercle très irrégulier d’environ 600 mètres de diamètre. Il est entouré de monticules dont les assises de roches volcaniques sont tourmentées de la façon la plus étrange. Le plus haut point du volcan est situé à l’ouest, on le nomme le Ken-ga-mine. De ce côté, ce ne sont que des rochers à pic. Vers l’est d’immenses éboulis, partant du pied des assises les plus élevées, vont se
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- LA NATURE.
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- perdre jusqu’au fond du cratère. Ils semblent soutenus en certains endroits par de hautes colonnes basaltiques dont les teintes noires contrastent singulièrement avec celles des terrains formés de poussières rougeâtres ou violacées (fig. 1). Du fond du cratère (environ 170 mètres), où la neige réside encore, semblent surgir, dans un désordre incomparable, de grands rochers calcinés de couleur rose ou soufre.
- Le trajet est long pour faire le tour des cimes du cratère, mais il est fécond en points de vue fantastiques donnés par tous les précipices ou les pentes rapides qui sont à vos pieds. Le fac-similé d’un dessin japonais que nous reproduisons plus haut, peut en donner une impression (fig. 2).
- Non loin de la source, les bonzes nous conduisent au sanctuaire bouddhique installé sur une plateforme taillée dans la roche volcanique. C’est une construction de bois insignifiante près de laquelle est installée une grosse cloche, que chaque pèlerin fait sonner à son arrivée. Le sanctuaire est accompagné de plusieurs haltes de refuge et de petits restaurants à l’usage du voyageur. Les images et objets de piété sont aussi en grand nombre près du temple. Les bonzes remettent généralement au voyageur un certificat d’ascension avec quelques prières à l’intention du pèlerin ascensionniste.
- La descente du Fuji est rapide, surtout dans sa seconde partie, où l’on glisse, entraîné dans la cendre et les légères scories. Nous étions revenus à Gotemba le soir de notre deuxième journée d’excursion.
- Albert Tissandier.
- LES TRAMWAYS ÉLECTRIQUES EN FRANCE
- LE RÉSEAU BU HAVRE
- Après bien des hésitations, la traction électrique des tramways commence à prendre enfin, en France, la place qu’elle devrait occuper depuis longtemps si les premières expériences faites, en 1881, à Paris sur la ligne d’expériences reliant le Palais de l’Industrie à la place de la Concorde, n’étaient pas arrivées trop tôt, dans un milieu mal préparé à en comprendre toute l’importance et tout l’avenir.
- Parmi les installations récentes, celle du Havre présente un intérêt tout particulier en ce sens qu’elle constitue le premier exemple, en France du moins, d’une substitution totale et complète de la traction électrique à la traction par chevaux sur trois grandes lignes représentant un développement total de 24 kilomètres de voie simple.
- Cette substitution a permis à la Compagnie générale française de tramways qui exploite le réseau du Havre, d’obtenir le prolongement jusqu’en 1945 d’une concession qui devait expirer en 1903, tout en donnant satisfaction aux besoins de locomotion dans la ville, besoins très variables et dont la traction animale s’accommodait fort mal, à cause de son manque d’élasticité,'élasticité qui caractérise
- la traction électrique et constitue l’une de ses plus brillantes qualités.
- C’est le système de traction par usine centrale, fil aérien, trolley, et retour par les rails, auquel la Compagnie générale de tramways a donné la préférence, et elle en a confié l’exécution à la Compagnie française pour Texploitation desprocédés Thomson-IIouston. Sans insister ici sur les avantages et les inconvénients, aujourd’hui bien connus, des divers systèmes de traction mécanique des tramways, nous nous contenterons de donner une description générale de l’installation la plus importante établie jusqu’ici en France.
- Usine centrale. — L’usine centrale de production d’énergie électrique est installée dans les batiments de la Société T Energie électrique qui distribue déjà le courant dans toute la ville du Havre. En réalité, cette Société produit et vend l’énergie électrique à la Compagnie des tramways, qui est un abonné achetant cette énergie au compteur. Cette combinaison est avantageuse à la fois pour la Société d’éclairage, qui augmente l’utilisation de son matériel, de ses chaudières et de son personnel, sans accroître ses frais généraux, et à la Compagnie de tramways qui paye l’énergie électrique à un prix moins élevé quelle ne lui reviendrait si elle devait fabriquer cette énergie elle-même dans une usine spéciale.
- L’installation comprend trois unités distinctes fonctionnant ensemble ou individuellement, suivant les exigences du service. Chaque unité se compose d’une dynamo à courant continu (fig. 1) compound d’une puissance utile de 200 kilowatts, donnant 550 volts à pleine charge pour compenser une perte de 10 pour 100 dans les artères ou feeders, et maintenir à toutes charges une différence de potentiel utile de 500 volts sur tout le réseau. Cette dynamo, à quatre pôles, fait 425 tours par minute et ne pèse que 10 tonnes sans sa poulie. Elle reçoit son mouvement d’un moteur Farcot, type Coslin, à condensation, par un volant de 7 mètres de diamètre sur lequel est disposée la transmission par câbles.
- La vapeur est fournie aux trois moteurs à la pression de 8 kilogrammes par centimètre carré, ainsi qu’aux moteurs actionnant les alternateurs de la distribution d’énergie électrique pour l’éclairage par une série de chaudières Cail munies de foyer à chargement automatique. C’est là un dispositif qui entre en faveur pour l’exploitation des grandes usines, à cause des économies de tous genres qui en sont la conséquence.
- Ces dynamos ont profité dans leur construction de tous les perfectionnements apportés à chaque détail par une longue pratique : induit à dents fines, balais en charbon, paliers à bagues montés sur joint sphérique, bâti inducteur en deux pièces pour faciliter le montage et le transport, etc.
- Le type de 200 kilowatts est loin de représenter le type de dynamo le plus puissant actuellement employé dans la traction des tramways : c’est celui qui convenait le mieux dans le cas particulier, mais on
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- LA N AT U LL.
- emploie souvent celui de 500 ou de 500 kilowatts, et dans les grandes installations de Brooklyn et de Philadelphie, c’est le type de 1500 kilowatts qui con-stitue l’unité actuellement adoptée, en attendant que les besoins de locomotion sans cesse grandissants ne rendent cette unité tout à fait insuffisante.
- Voie et ligne.
- — Le courant arrive aux moteurs installés sur les voitures par un réseau de fils aériens à l’aide d’un trolley ou petite roulette et revient à la station par les rails, qui forment conducteurs de retour.
- La voie, à l’écartement normal de lm,44, est en rails Humbert d’un poids linéaire de 27 kilogrammes par mètre; portée sur traverses métalli- |
- ques, son poids linéaire atteint 81 kilogrammes par mètre. La continuité électrique du circuit formé par
- les rails est assurée en les reliant entre eux par des fils de cuivre de 8 millimètres de diamètre serrés à force dans des trous percés vers les extrémités. Tous les 150 mètres environ, un fil de cuivre transversal de même diamètre réunit électriquement les deux rangées de rails qui se trouvent ainsi électriquement solidarisés.
- La ligne aérienne est constituée par un fil de trolley en cuivre dur ou en bronze silicieux de 8mm,25 de diamètre, placé à 6U,,5 environ au-dessus de la voie et dans son axe. Ce fil, dont nos figures 4 et 5 rendre visible, est
- 1. — Dynamo à courant continu de 200 kilowatts.
- exagèrent les dimensions pour le
- Fig. 2. — Moteur type G. E. 800 fermé. Vu en avant.
- Fig. ô. — Le même moteur vu en arrière et ouvert.
- supporté tous les 40 mètres environ, tantôt par des consoles à double bras placées sur le milieu de la
- chaussée, entre les deux voies, tantôt à cheval sur des fils transversaux en acier de 6 millimètres de
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- Fig. 4. — Tramway électrique du Havre. — Rue de Paris. Montage de supports du trolley sur poteaux latéraux.
- (D’après une photographie.)
- Fig. 5. — Tramway électrique du Havre. Boulevard de Strasbourg. Montage des deux fils de trolley sur poteau commun.
- (D’après unefphotographie.)
- UKL.
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- LA NATURE.
- diamètre. Ces fils sont fixe's sur des poteaux plantés sur le bord des trottoirs, ou, plus simplement, sur des rosaces scellées dans les façades des maisons.
- Les poteaux qui supportent les consoles ou les fils de suspension ont été utilisés pour servir de supports aux lampes à arc qui éclairent les principales artères traversées par les lignes de tramways.
- Malgré leur section de plus de 50 millimètres carrés, les fils de trolley seraient trop faibles pour maintenir un potentiel suffisamment uniforme sur tout le réseau, aussi a-t-on alimenté ce réseau par trois feeders souterrains dont les points d’attache ont été convenablement déterminés par le calcul.
- L’aspect général de ces lignes aériennes n’est pas aussi disgracieux, et leur présence ne dépare pas autant les rues et les boulevards que le prétendent les ennemis de la traction électrique ou ceux qui n’ont vu, en image ou en réalité, que certaines lignes américaines datant de 1890 ou 1891, c’est-à-dire du début de cette importante industrie. Les énormes poteaux en bois qui, à Boston, par exemple, supportent à la fois les fils de suspension et les feeders aériens, donnent aux rues favorisées de la traction électrique, un aspect peu engageant. Ici, rien de pareil. Les ieeders sont souterrains, et les légers poteaux en tubes d’acier qui supportent la ligne, soit par des fils transversaux, soit par des consoles, ne déparent en rien les voies où ils sont placés. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil sur les figures 4 et 5 qui reproduisent, d’après des photographies, l’aspect de la rue de Paris et celui du boulevard de Strasbourg. Le fil lui-même est beaucoup moins visible que ne le laissent supposer les gravures ; il l’est même si peu que l’on n’a pas hésité, à Milan, à le laisser traverser la place du Dôme, un des points les plus décoratifs de l’ancienne capitale de la Lombardie.
- Voitures. — Bien que les voitures n’aient pas d’impériale, elles offrent 50 places disponibles, dont 20 à l’intérieur et 15 sur chaque plate-forme. Leur longueur entre tampons est de 8 mètres. Elles sont divisées en deux classes d’égale dimension par une cloison et une porte à coulisse. Cette division en deux classes répond peut-être à des besoins spéciaux, mais elle doit compliquer le service, ainsi que les plateformes chargées à raison de cinq personnes par mètre carré (2 mètres de large sur lm,5 de long), mais aux heures d’affluence, les dispositions prises assurent un grand débit avec des voitures légères et offrent des facilités pour la montée et la descente des voyageurs ; la rapidité du voyage rend tolérable la compression à laquelle sont soumis les voyageurs pendant les périodes de complet.
- Ces voitures à 50 places reposent sur des trucks à double suspension qui reposent eux-mêmes sur quatre roues de 82 centimètres de diamètre et ne pèsent, en tout, moteurs électriques non compris, que 5550 kilogrammes. L’empattement de la voiture, ou distance des axes, n’est que de 2 mètres, ce qui permet de franchir aisément,
- même en pleine vitesse, les courbes de petit rayon.
- L’équipement électrique des voitures comprend le trolley ou petite roulette en bronze qui amène le courant à la voiture en roulant contre la partie inférieure du fil aérien, la perche du trolley avec sa base et ses ressorts qui permettent à la roulette de rester en contact permanent avec le fil malgré les cabots et les mouvements de la voiture ou la flèche du fil, les moteurs électriques avec leurs engrenages et leurs boîtes de recouvrement, les contrôleurs de marche et leurs résistances, les interrupteurs et freins, les lampes électriques qui, au nombre de cinq, éclairent l’intérieur et les plates-formes, les parafoudres et les coupe-circuits.
- Moteurs. — Les moteurs électriques sont du type dit G. E. 800, c’est-à-dire capables de produire un effort de traction de800 livres (565kilogrammes). Ces moteurs, à quatre pôles, ont une puissance de 25 chevaux chacun et commandent l’axe des roues par une paire d’engrenages baignant dans l’huile. Us sont complètement enfermés dans une enveloppe qui les met à l’abri de la poussière, de l’humidité, de la neige (fig.2 et 5). Le courant est amené à l’induit par des balais en charbon, et c’est, pour le dire en passant, grâce aux balais en charbon que la traction électrique a pu prendre le développement industriel considérable que nous lui voyons acquérir aujourd’hui.
- Sur les 40 voitures faisant actuellement le service au Havre, 24 n’ont qu’un seul moteur; les 16 autres en emploient deux. La puissance de chaque moteur étant de 25 chevaux, il n’en faut pas conclure que la traction d’une voiture exige une puissance de 50 chevaux, cela veut dire simplement que ces moteurs ont été établis pour supporter, au moment du démarrage, un courant correspondant à cette puissance, bien loin d’être atteinte même lorsque la voiture gravit à pleine vitesse les rampes de Sainte-Adresse qui dépassent 4 pour 100, avec des courbes dont le rayon est de 18 mètres seulement.
- Le contrôleur est un appareil placé sous la main du cocher-électricien; on l’appelle quelquefois wattrnan, parce que c’est lui qui règle la puissance, les watls qui actionnent le ou les moteurs. Ce contrôleur permet de mettre en marche, d’arrêter et de faire varier la vitesse de la voiture en couplant convenablement entre elles les différentes parties d’unmême moteur ou des deux moteurs. Le contrôle s’obtenait autrefois en intercalant dans le circuit des résistances que l’on variait à volonté suivant la vitesse et les accidents de la voie : c’était un procédé grossier conduisant à un gaspillage d’énergie électrique important, que le contrôle par le couplage des moteurs a fait disparaître presque complètement. Sans décrire complètement ce contrôleur, indiquons tout au moins le principe de son action. Pour le démarrage, les deux moteurs sont montés en série, ainsi que les inducteurs : c’est le couplage qui correspond toujours à la plus faible puissance fournie à la voiture. Cette puissance est augmentée successivement en supprimant l’un des moteurs qui tourne
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- alors à circuit ouvert, puis eu montant le moteur supprimé du circuit en dérivation avec le premier entre le fil du trolley et les rails. Des puissances intermédiaires sont encore réalisées, en intercalant ou en n’intercalant pas des résistances sur chacun des circuits, mais, dans ce cas, ce s résistances sont faibles et n’occasionnent que des pertes d’énergie insignifiantes, pendant le temps, très court d’ailleurs, où elles sont en circuit. Elles servent surtout à ménager la transition d’un couplage à un autre.
- Nous aurions encore à décrire, si nous ne craignions d’allonger démesurément cette description, les dispositifs de couplage des dynamos à l’usine, ainsi que les procédés de protection, soit contre la foudre, soit contre un court-circuit accidentel, les appareils enregistreurs qui permettent de suivre à chaque instant la vitesse des dynamos génératrices, le potentiel à l’usine et le courant total fourni aux voitures, le dépôt des voitures, qui couvre une surface de 5000 mètres carrés, avec 22 voies de garage et fosses de visite, d’entretien et de réparation.
- Dans son ensemble, le système adopté au Havre réunit les derniers progrès réalisés par la traction électrique à fil aérien en l’année 1894. Malgré l’abaissement du prix des places, les recettes du réseau se sont notablement accrues, tandis que les frais d’exploitation suivaient une progression inverse. Il sera intéressant de rapprocher les conditions économiques de fonctionnement de la traction par chevaux et de la traction électrique qui lui est substituée depuis le mois de juillet dernier. C’est ce que nous ferons quelque jour en utilisant les statistiques publiées périodiquement par le Journal officiel. Nul doute que ces chiffres ne constituent, dans leur sécheresse, le plus éloquent plaidoyer que l’on puisse luire en faveur de la traction électrique dont — mieux vaut tard que jamais — la vieille Europe commence à entrevoir les énormes avantages.
- E. Hospitalier.
- LE NECTAR DES FLEURS ET LE SOL
- La production du nectar par les tleurs, qui a une si grande importance pour les apiculteurs, varie beaucoup avec la longitude et avec la latitude du lieu où croissent les plantes. Mais ces deux influences ne sont pas les seules qui agissent sur elle. M. Gaston Bonnier a, sous ce rapport, étudié l’influence de la nature du sol en semant des plantes mellifères dans des terrains de différentes compositions et en mesurant la quantité de nectar produite. Il a constaté ainsi que la nature des terrains influe d’une manière très différente sur la production du nectar suivant les différentes espèces. C’est ainsi que la Moutarde blanche (Sinapis alba) a donné plus de nectar sur les terrains calcaréo-sableux et calcaires que sur les terrains argileux. Le Sarrasin (Polygonum Fagopyrum) donne, au contraire, plus de nectar sur les terrains argilo-siliceux que sur le calcaire. Le Phacelia (Phacelia tana-cetifolia) préfère un sol argileux ou argilo-sableux. Le Pastel (Isatis tinctoria) donne plus de nectar sur le calcaire ainsi que la Luzerne (Medicago sativa). Le Sainfoin (Onobrycliis sativa) a donné des résultats peu différents
- sur les divers sols ; cependant, il donne moins de nectar sur les terrains absolument calcaires. Ces variations expliquent en partie les divergences d’opinion des apiculteurs sur la valeur mellifère de telle ou telle espèce. La Luzerne, le Phacelia et même les Bruyères, par exemple, peuvent être très mellifères ou ne pas l’être du tout, suivant la nature du terrain dans lequel elles croissent. Pour les personnes qui voudraient se livrer à des recherches analogues,, voici trois procédés différents, indiqués par M. G. Bonnier, pour comparer la richesse nectarifère d’une même espèce, placée dans différentes conditions : 1° en recouvrant les plantes avec des cubes de toile ne laissant pas passer les insectes, on mesure, au moyen d’une pipette graduée, le volume du nectar des fleurs de même âge; 2° en recouvrant les plantes dé la même manière, on prend un certain nombre de fleurs de même âge et on les laisse pendant ce même temps dans une quantité d’eau déterminée, puis on dose la quantité de glucose obtenue après interversion; 5° en laissant les plantes à découvert, on compte le nombre d’abeilles visitant les fleurs, en ne tenant compte que des plantes ayant des inflorescences au même état de développement. IL C.
- LA DÉFORMATION DES MÉTAUX
- Depuis que la science se livre à l’étude des infiniment petits, chaque découverte apporte avec elle non seulement la confirmation de l’unité des méthodes de la nature, mais aussi la constatation du sentiment artistique, en apparence bien inutile, qui a présidé aux créations même les moins visibles. Nous le remarquions récemment en reproduisant les cristallisations de l’encre, où nous retrouvions l’invention, le goût, la variété qui font de chaque goutte de liquide, de chaque cristal, une petite merveille pour les yeux et parfois un sérieux enseignement pour l’esprit.
- En prenant part aux expériences exécutées à la section technique de son arme, M. le chef d’escadron d’artillerie L. Hartmann signale à son tour les ornementations qu’offrent les métaux soumis à des efforts. On sait que l’élasticité des corps solides a été, depuis le début de l’étude de la résistance des matériaux, l’objet de nombreuses recherches expérimentales. La plupart ont eu pour but de déterminer la forme et les dimensions des déformations des corps soumis à des actions extérieures, pour chacune des valeurs des forces appliquées sur leur surface. C’est ainsi, par exemple, que, dans le cas de la traction, on s’est préoccupé surtout d’étudier, dans les conditions les plus diverses, la loi reliant les efforts aux allongements longitudinaux et aux contractions latérales, en s’attachant d’ailleurs d’une façon particulière à la limite d’élasticité et à la charge de rupture.
- Quelques expérimentateurs, de leur côté, attribuant une grande importance à la forme ainsi qu’à l’aspect des cassures, ont porté plus spécialement leur attention sur les déformations des métaux, au moment de leur rupture ; d’autres se sont proposé de trouver les lois suivant lesquelles les corps se
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- LA NAT UNE.
- déforment, pour résister aux efforts mécaniques qui s’exercent à leur surface. Mais les uns, comme Tresca, ont borné leurs recherches à des corps mous, tels que le plomb, etc. D’autres, comme Fresnel, et, après lui, M. Léger, se sont occupés exclusivement du verre. Le problème de la distribution des déformations dans les corps solides, et dans les métaux principalement, était donc loin d’être résolu quand les expériences auxquelles a collaboré M. Hartmann ont fait reconnaître la possibilité d’obtenir sur les surfaces libres de ces corps les traces de leurs déformations intérieures. Elles ont porté sur tous les genres d’efforts : traction, compression, flexion, mandrinage, emboutissage, etc.
- Cet officier supérieur en a commencé le récit dans la Revtie d'artillerie, et ce sera évidemment une publication considérable.
- De ce premier travail il est déjà permis de constater l’acquisition de certains faits. Il résulterait de toutes les recherches effectuées que, dans la traction et la compression des corps homogènes et iso-
- tropes, les traces des déformations sur le contour extérieur consistent, avant comme après la limite d’élasticité, en lignes enroulées, les unes de droite à gauche, les autres de gauche à droite, se développant toutes sur un plan quelconque passant par
- l’une des génératrices de l’éprouvette, suivant des droites telles que A B et CI) inclinées d’un même angle sur la direction de l’effort (fig. 1). Dans le cas d’un cylindre creux soumis à une pression soit intérieure, soit extérieure, les déformations coupent les tranches planes suivant les spirales logarithmiques conjuguées telles que ab et ac, ayant leur pôle sur l’axe du cylindre, et les surfaces cylindriques suivant les portions d’hélices hh et II (fig. 2).
- Les plaques, appuyées sur leur pourtour et soumises à l’action d’un poinçon en leur centre, ont donné également des spirales logarithmiques efct ef’ (fig. 5) ayant pour pôle le centre du poinçon. Dans ces différents cas les déformations se sont manifestées, à mesure que l’effort augmentait, en
- Direction de /'effort
- Fig. 1, 2 et 3. — Figures relatives aux traces de déformations des métaux.
- Fig. 4 à 9. — Déformations obtenues sur les métaux. — 4. Compression. — 5. Emboutissage. — 6 et 7. Mandrinage.
- 8. Traction. — 9. Flexion.
- creux dans les régions soumises à l'extension, et, au contraire, en relief dans celles qui travaillaient à la compression. Elles offrent un caractère remarquable de netteté et de régularité, comme on le voit par les figures 4 à 9 qui reproduisent l’aspect présenté un peu au delà de la limite élastique par : une éprouvette cylindrique, une sphère de com-
- pression, une rondelle de mandrinage intérieur, un disque d’emboutissage, un barreau de flexion; ils nous ont paru constituer le côté curieux de ces expériences qui ont donné des résultats plus élevés, cela va sans dire, et qui feront honneur aux laborieux officiers qui les ont obtenus. L. Renaud.
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- LA NATURE.
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- LE VËLOUOMÈTRE
- COMPTEUR-EXTRAÎKEUR POUR VÉHICULE
- 11 vient de paraître un petit instrument assez semblable, extérieurement, à une grosse montre (fig. 1) et qui rendra service à tout propriétaire d’une bicyclette, d’une voiture automobile ou d’un véhicule quelconque. Il indique simultanément le chemin parcouru et la vitesse.
- La figure 2 présente la façon dont on peut monter ce compteur-entraîneur, sur une bicyclette par exemple. L’appareil désigné en A, est fixé, au moyen d’un bras métallique coudé l) et d’un collier de serrage G, sur le fourreau gauche de la fourche d’avant. Le cintrage du bras métallique permet à l’appareil de se trouver exactement en face de la tète de la machine, dans le plan de la roue et, par conséquent, sous les yeux du cavalier.
- Une couronne dentée B, d’un diamètre inversement proportionnel à celui de la roue sur laquelle elle est fixée au centre, communique le mouvement à l’appareil par l’intermédiaire d’une petite chaîne Yaucanson E passant sur la roue dentée IL On conçoit qu’en modifiant suivant les cas ce montage, on appliquerait facilement l’appareil à tout véhicule, quel qu’il fût.
- Le cadran, protégé par un couvercle de celluloïd, porte deux divisions circulaires concentriques. L’une, la plus rapprochée de la circonférence du cadran, est celle de la distance ; l’autre, celle de la vitesse. Deux grandes aiguilles qui se meuvent autour de la première division, indiquent le nombre de kilomètres et de décamètres parcourus; une plus petite, plus large pour que l’œil la distingue bien, indique à quel nombre de kilomètres à l’heure, à quelle vitesse, par conséquent, est mû le véhicule.
- Sur la face opposée au cadran, sous l’appareil, on voit (fig. 5) que la roue dentée B (sur laquelle jiasse la chaîne) est montée sur un arbre roulant presque sans frottements dans deux petits coussinets bb à billes minuscules. Au milieu de cet arbre, un pas de vis sans fin Y commande par un engre-
- nage la roue dentée S dont le centre a est le centre même de la circonférence de l’appareil. Ce sont là les seuls organes extérieurs du compteur-entraîneur.
- La figure schématique 4 en explique le mécanisme intérieur. Gomment l’appareil indique-t-il la distance parcourue? L’arbre a, par une série de pignons B1,P2,I,.,B4 et de roues dentées DJ^l)*, communique le mouvement aux deux grandes aiguilles At et A2 dont Lune, celle qui marque les décamètres, se comporte vis-à-vis de l’autre, celle des kilomètres, un peu comme la grande aiguille d’une montre vis-à-vis de la petite : elle fait un tour complet du cadran pendant que la petite n’avance que d’une division. C’est donc par un mouvement d’horlogerie que l’appareil fait l’indication de la
- distance. Il enregistre des mètres au lieu de secondes, des décamètres au lieu de minutes et des kilomètres au lieu d’heures, toutes proportions gardées nécessairement.
- Comment maintenant l’appareil indique-t-il instantanément la vitesse à laquelle est mû le véhicule? L’arbre a porte, fixée sur lui, une roue dentée dlf et un pignon P4 fou sur cet arbre mais fixé sur le flasque J2 d’une cage J1J2J5J4 tournant librement sur l’arbre a. La roue dentée d{ transmet le mouvement au volant à ailettes r par l’intermédiaire des pignons pvp%,p7t et des roues dî et t/5. Cet ensemble de cage, de pignons et de roues constitue un train épicycloïdal ; Pair opposant aux ailettes du volant une résistance variable avec la vitesse, cette résistance devient telle à une certaine vitesse que la cage oscille autour de a, entraînant dans sa rotation le pignon 1\ qui lui est solidaire. Or P4 engrène avec un secteur denté E, qui tend à rappeler un ressort antagoniste F dont la tension peut être rendue variable au moyen d’une vis montée sur un support placé vers la partie inférieure, mais qui n’est pas indiqué sur la figure. L’inclinaison de la cage augmente avec la vitesse ; mais, avec l’inclinaison de la cage, augmente aussi la tension de ce ressort, augmentation de tension qui, précisément, contrebalance l’accélération que prendrait la cage, même si le véhicule marchait à
- W3
- Fig. 1, 2, 3 et 4. — Le vélodomètre pour bicyclette.
- 1. Vue cl’enscmblc. — 2. Montage. — 5 et i. Mécanisme intérieur.
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- LA NATURE.
- une vitesse uniforme. Si donc le ressort est couve" nablement réglé pour chaque vitesse du véhicule, on obtient une position d’équilibre de la cage indiquée par une division correspondante du cadran. Car, par un bras recourbé I, soudé par une extrémité à la cage et par l’autre à la petite et large aiguille m, toutes les variations d’oscillations de la cage sont exactement indiquées sur le cadran.
- La lecture des indications de vitesse se fait facilement parce que, la différence des vitesses de la cage et du volant à ailettes étant extrêmement grande, les oscillations de cette cage, et, par suite, celles de l’aiguille, sont assez lentes pour que l’œil les suive sans peine. La trépidation, d’ailleurs, n’a presque pas d’effet sur les organes de cet instrument parce que d’abord les axes de tous ces organes sont dans la position verticale pendant leur travail, et parce que surtout la masse de ces organes est relativement. faible. En effet, l’expression qui représente la puissance vive d’un corps de masse ni et de 1
- vitesse V est ^mV2, expression proportionnelle à m.
- Or V est constant pour toutes les bicyclettes, toutes choses égales d’ailleurs; c’est, à un instant donné, la résultante de la vitesse de marche et de la vitesse due à un choc; et à ce moment, cavalier, appareil, bicyclette sont soumis à cette vitesse Y et possèdent cette pois-1
- sance vive de ^ mV2. Quant à m, il est dans l’espèce Z
- très faible; la trépidation n’a donc pratiquement aucun effet sur l’aiguille indicatrice. La lecture serait, au contraire, impossible et l’appareil très éprouvé, sur le pavé notamment, si le facteur m avait une réelle importance.
- Enfin l’usure des axes de tous ces organes tournant rapidement, est moindre qu’on le pense à première réflexion. En effet, le volant entre autres, la pièce au mouvement le plus rapide, fait 720 tours tandis que l’axe central n’en fait qu’un, soit donc 19 500 tours à la minute pour une vitesse de 40 kilomètres à l’heure! Mais le pivot de ce volant n’a que 5/10 de millimètre environ. Pour 20 000 tours à la minute, la vitesse à la circonférence de ce pivot, dont dépend le frottement, sera égale à celle d’un arbre qu’on supposait d’un diamètre 500 fois plus grand et faisant un nombre de tours 500 fois moindre, un arbre de 15 centimètres faisant 40 tours; or ces conditions sont beaucoup plus bénignes que celles qu’on rencontre dans l’industrie.
- Le compteur-entraîneur a de multiples applications. Il est léger, peu délicat et donne, sous un petit volume, de précieuses indications. J’ajouterai qu’au point de vue psychologique, il me semble posséder une rare qualité, celle de flatter cette vanité que nous possédons tous, hommes de bicyclette, de nous comparer, bien que de loin, à Zim-merman et à Terront, — la vitesse et la distance!
- L. Baudry de Saunier.
- NÉCROLOGIE
- Le marquis (àaston de Saporta. — Au commencement de cette semaine, nous avons reçu une lettre que M. Albert Gaudry, membre de l’Institut, et professeur de Paléontologie au Muséum, nous a fait l’honneur de nous adresser pour nous apprendre la triste nouvelle de la mort du marquis Gaston de Saporta. Notre éminent paléontologiste s’exprime en termes si éloquents sur les œuvres et sur le caractère du savant qui vient d’être enlevé à ses travaux, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que de les publier ici. Voici ce que nous a écrit M. Albert Gaudry à la date du 28 janvier :
- M. Marion, le correspondant de l’Institut à Marseille, m’envoie une nouvelle qui certainement vous attristera : Le marquis de Saporta vient de mourir subitement, alors que son esprit était encore dans toute sa puissance, ainsi que le montre le magnifique ouvrage sur les flores fossiles du Portugal que je présentais dernièrement de sa part à l’Académie. Personne n’a jeté d’aussi vives lumières sur l’histoire de la formation et des développements successifs du monde végétal. Ses publications sont immenses ; grâce à lui nous savons quelque chose des flores jurassiques, auxquelles il a consacré six volumes. Le gisement de Sézanne, avec ses anciennes fontaines incrustantes, ses amples feuillages, sa riche végétation, nous découvre un tableau magnifique du pays parisien dans les temps éocènes. La flore d’Aix est sans doute celle du monde fossile que l’on connaît le mieux aujourd’hui; Saporta a décrit les feuilles, les fleurs et les fruits, et nous fait apparaître des scènes du commencement de l’oligocène presque aussi clairement que s’il s’agissait du monde actuel. Nous rappellerons encore son ouvrage sur l'Origine paléon-tologique des arbres utilisés par l'homme, et ses trois volumes sur Y Évolution du règne végétal, publiés avec Marion, qui ont jeté beaucoup d’idées dans le monde des naturalistes et des penseurs. Le nom de Gaston Saporta restera comme celui d’un des plus grands savants de notre époque. Ce naturaliste illustre était d’une simplicité et d’une bonté incomparables qui le faisaient universellement aimer. Aussi je pense qu’à l’étranger ainsi qu’en France, nos regrets seront partagés par tous les amis de la science. Albert Gaudry,
- de l'Institut.
- Nous ajouterons à ces éloges si sincères, et si bien résumés, quelques renseignements biographiques sur M. de Saporta.
- Ce grand naturaliste, Louis-Charles-Joseph-Gaston de Saporta, est né à Saint-Zacharie (Var), en 1825. Il fut nommé correspondant de l’Institut de France, le 26 juin 1876. On lui doit de très nombreux mémoires scientifiques, depuis son Aperça sur la flore de l'époque quaternaire (1867), jusqu’à Origin? paiéontologique des arbres cultivés (1888).
- Entre ces deux mémoires de dates extrêmes, on pourrait en citer une vingtaine d’autres, révélant toujours des faits importants et des découvertes nouvelles, sans compter les derniers travaux que M. Albert Gaudry vient de citer ici. M. de Saporta a collaboré à plusieurs journaux sc-ien-
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- LA NATURE.
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- tifiques, il a bien voulu nous donner de nombreux articles dans La Nature. 11 a résumé pour notre publication, dans une série de notices qui ont été très appréciées, l’histoire des Périodes végétales de l'époque tertiaire. Plus de vingt articles ont été publiés par lui sur ce grand et beau sujet dans les quatre volumes de La Nature imprimés en 1877 et 1878.
- La précieuse collaboration de M. le marquis de Saporta s’est continuée pendant de longues années. Il avait beaucoup d’estime pour La Nature ; nous avions une haute admiration pour ses importants travaux, et une grande affection pour lui. Gaston Tissandier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 janvier 1895. — Présidence de M. Maisey.
- Reproduction artificielle des accidents caractéristiques de la surface lunaire. — En poursuivant ses recherches de géologie expérimentale, M. Stanislas Meunier a été amené à réaliser des expériences nouvelles dont le point de départ est une expérience décrite à peu près en ces termes par Poulett Srrope, dans son ouvrage sur .les volcans paru en 1825 : « Si, dit-il, on verse dans une poêle à frire ordinaire une couche de plâtre gâché avec de l’eau, d’un pouce ou deux d’épaisseur, et qu’on place cette poêle sur le feu de manière à déterminer une violente ébullition de l’eau, les bulles qui viennent crever à la surface, en se succédant rapidement aux mêmes points de cette surface, finissent, lorsque toute l’eau est évaporée, par laisser de nombreuses cavités circulaires entourées d’un petit rebord de matière. Ces cavités ressemblent tellement à celles de la surface lunaire, qu’il est difficile de ne pas être convaincu que notre satellite a dû subir une opération analogue. )) M. Stanislas Meunier, qui s’est depuis longtemps adonné à des études de géologie expérimentale, s’est appliqué à reproduire cette expérience sous des formes diverses. Tout d’abord il a trouvé qu’un changement dans la composition de la pâte déterminait des accidents spéciaux qui d’ailleurs ne peuvent être étudiés qu’au moyen des fourneaux à gaz modernes. En effet, c’est en fermant subitement le robinet, au moment opportun, qu’on peut arrêter brusquement l’expérience dans des conditions favorables, en laissant à la matière plastique une immobilité complète, jusqu’à ce que la prise lui communique la solidité assurant la conservation des détails. Par cette méthode M. Stanislas .Meunier a pu reproduire les détails essentiellement caractéristiques des volcans lunaires que Poulett Scrope ne paraît pas avoir imités : telle est, par exemple, la formation d’un petit mamelon isolé au centre du cirque, au moment même de la formation du cirque. De plus, il a constaté que les cratères se forment en de certains points et suivant certains alignements réglés par la distribution de la chaleur. Ils peuvent se grouper par deux, trois, ou davantage. Il arrive alors quelquefois qu’un cirque unique vienne en envelopper plusieurs, selon une disposition fréquente sur le disque lunaire; et, dans ce cas, il est ordinaire que l’altitude de la surface délimitée par le cirque soit différente de celle de la région environnante, ainsi qu’il arrive également sur la lune. Enfin des espaces relativement considérables peuvent rester entièrement plats. De là, des contrastes analogues à ceux qu’on observe sur notre satellite sous le nom de mers et continents. La différence entre ces deux catégories de régions s’accentue, si on recouvre la pâte, au moment de l’ébul-
- lition, d’une mince couche de sable légèrement grisâtre. Les éruptions apportent la matière blanche du fond pardessus celle de la pellicule colorée. Les gouttelettes lancées verticalement retombent sur le sable et simulent les blocs épars signalés dans les mers. Enfin le dégagement de la plus grande partie de l’eau provoque des fissures qui traversent tous les accidents et sont analogues aux rainures des sélénoclases. Une couche épaisse de sable représentant le revêtement des terrains cristallins et stratifiés qui constituent l’épiderme de notre globe fournit des accidents qui se rapprochent du type terrestre. Les soulèvements sont plus localisés et il se produit des fissures sur lesquelles s’ouvrent des cratères laissant exsuder de vraies coulées de lave.
- Action électrolytique des courants faibles. — M. J. Garnier a étudié l’action électrolytique des courants de faible voltage sur les corps fondus ou en vapeur, maintenus à l’abri du contact de l’air. Il a reconnu qu’un bain fondu de sulfure multiple de cuivre, nickel et fer, placé entre deux électrodes de carbone, subissait de profondes modifications dans sa composition et la répartition de ses éléments. Après refroidissement de l’appareil, l’électrode positive était seule profondément corrodée, indice du transport du carbone de l’électrode + à l’électrode —. Les éléments du sulfure étaient dissociés ; plus delà moitié du soufre était concentrée avec le cuivre près de l’anode, pendant que le fer et le nickel à peine sulfurés se trouvaient en contact avec la cathode. Les analyses exécutées par M, J. Garnier permettent de conclure qu’un sulfure multiple métallique fondu, maintenu à l’abri de l’air, traversé par un courant de faible voltage, perd rapidement la plus grande partie de son soufre. La conductibilité électrolytique du mélange fondu reste régulière et constante d’après le voltamètre, sauf une légère diminution de résistance, due au départ d’une partie du soufre.
- Micrococcus du terrain houiller supérieur. — M. B. Renault décrit deux nouvelles espèces de micrococcus du terrain houiller supérieur qui se distinguent par la nature des tissus qu’ils attaquent. Le micrococcus Guignardi de Grand’Croix avait la propriété de dissoudre la cellulose plus ou moins incrustée des espèces végétales; le micrococcus hyménophagus s’attaquait plus volontiers à la cloison moyenne. De leur action successive ou simultanée résulte l’aspect varié que présente la destruction des tissus végétaux houillers. La dissociation des cellules était due à l’activité du micrococcus hyménophagus, celle de la paroi cellulosique au travail du micrococcus Guignardi. Leur association donnait la liberté au protoplasma plus ou moins antiseptisé par les produits ulmiques et tanniques. Le premier n’a été rencontré qu’à Grand’Croix; le second dans le même terrain et dans le Culm d’Esnost et du Roannais : il a donc vécu en même temps que le bacillus vorax.
- La noix de Coula. — MM. Lecomte et Hébert ont étudié la noix de Coula. Celte noix, de forme oblongue, qui a de l’analogie avec la noix du noyer, renferme une graine nourrissante, d’un goût agréable, ne contenant pas moins de 16 pour 100 de matière azotée soluble. Au moyen de la benzine, on en extrait une huile dont les auteurs ont recherché avec soin les propriétés. Cette huile est uniquement constituée par de l’oléine. C’est la première fois, remarque M. Gautier, que l’on a constaté l’existence d’une matière grasse naturelle qui ne soit pas un composé de plusieurs éléments.
- Varia. — M. le général Vénukoff résume, dans une note, les résultats obtenus en Russie, dans les opérations
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- de nivellement de précision. — M. Joannès Chatin développe des considérations sur les adaptations fonctionnelles de la cellule épidermique. — M. de Saporta fils indique un procédé de dosage du calcium dans les terres arables. — M. Ledantec a étudié le mode de fixation des amibes.
- Ch. de Villedeuil.
- UN FRUIT EXPLOSIF
- Les lecteurs de La Nature ont sans doute gardé le souvenir d’une annonce faite de graines dansantes, qui furent importées en France, venant du Mexique, et dont beaucoup de spécimens se répandirent à Paris notamment. Ces graines défrayèrent pendant plusieurs mois les milieux intelligents et curieux de choses nouvelles. Ce qu’il a été dit et imprimé sur ces graines dans maints endroits et diverses publications est extraordinaire.
- Après un ou deux entrefilets publiés par La Nature, sur le sujet, ce journal inséra un article complet sur la question et signé des noms de deux naturalistes compétents1.
- Les fruits explosibles que nous allons présenter et faire connaître aux lecteurs de La Nature, n’ont pas le même intérêt, sans doute, mais ils seront certainement une nouveauté pour eux. i
- Un correspondant de M. Gaston Tissandier lui envoyait récemment, de Batavia, une petite provision de fruits secs, ayant la forme et la couleur de minuscules cigares de 3 centimètres de long environ. Ces petits fruits ont la propriété singulière de faire explosion avec bruit lorsqu’on les met dans un vase contenant de l’eau. Un verre à boire peut suffire. En effet, si l’on abandonne un de ces fruits dans ces conditions, on le voit rester à la surface liquide pendant deux, trois, cinq minutes au plus, puis il éclate violemment en projetant une de ses deux valves, ainsi que la plupart des graines qui y étaient contenues (fig. ci-dessus). Il n’est pas besoin de dire que c’est par un phénomène d’élasticité que ces fruits se rompent. Ainsi le fruit s’ouvre par le contact de l’eau comme le montre le dessin en cartouche de notre gravure.
- Les Acanthacées, famille à laquelle ils appartiennent, ont des fruits composés de deux carpelles,
- dont l’ouverture, à l'état de maturité, se fait de haut en bas, figurant alors deux cornes divergentes et partant d’un même point.
- Quand les fruits mûrissent sur la plante, l’ouverture se fait avec un petit bruit et une partie des graines est projetée, mais beaucoup moins violemment que par le procédé de l’eau.
- Le liquide, dans ce dernier cas, est absorbé facilement par le tissu desséché, mais perméable, de la surface du fruit, surtout dans les sillons qui correspondent aux lignes de séparation des deux valves. Or, comme le tissu interne est dur et ligneux, et qu’il n’est pas en équilibre avec le tissu externe qui vient d’être brusquement ramolli, la tension exercée par le premier provoque l’ouverture violente à laquelle on assiste dans le verre d’eau.
- Les graines elles-mêmes ne sont pas non plus sans intérêt. Aussitôt qu’elles sont au contact de l’eau, des cellules épidermiques formant des sortes de crêtes se montrent immédiatement autour de chacune d’elles. Ces cellules reprennent la forme qu’elles avaient à l’état frais; elles sont mucila-gineuses et font adhérer les graines aussitôt qu’elles touchent un corps quelconque.
- On trouve dans le règne végétal un certain nombre de fruits explosibles par des procédés variés et appartenant à des familles diverses. Leur rupture a pour but la dissémination des graines. Elle est remarquable chez les Balsamines, nommées, à cause de ce fait, par les botanistes, Impatiens. Beaucoup de Légumineuses sont dans le même cas et aussi certaines Cucurbitacées (Momondica, Ecbalium). Enfin le Sablier (Hura crepitans), de la famille des Euphorbiacées, ouvre son fruit avec fracas et met en pièces les objets fragiles qui sont à la portée de ses carpelles, brusquement lancés dans toutes les directions. Les fruits dont il est parlé ici doivent être rapportés au genre Justicia et probablement à l’espèce nommée J. gran-diflora Lamk., autant qu’il est possible d’en juger avec ces seuls éléments de comparaison. Ce phénomène d’ailleurs peut être obtenu avec d’autres fruits d’Acanthacées, mais moins bien qu’avec l’espèce citée dans cet article. J. Poisson.
- fie Propriétaire-Gerant : G. Tissaxdiek
- Fruits secs explosifs du genre Justicia.
- 1 Voy. n° 1087, du 51 mars 1804, p. ‘282.
- i’uris. — Imprimerie Laiilke, rue de Flcurus, 9.
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- L’ONCE OU PANTHÈRE DES NEIGES
- Depuis la lin de l’année dernière la Ménagerie du Muséum d'histoire naturelle possède, pour la première fois, une magnifique Panthère, originaire de
- l'Asie centrale et bien différente des Panthères ordinaires de l’Inde et de l'Afrique. Cette Panthère, dont les journaux avaient annoncé prématurément
- L’Once ou Panthère des neiges, vivant actuellement au Jardin des Plantes, à Paris. (D’après nature.)
- l’arrivée en la désignant sous le nom de Panthère blanche, appartient à l’espèce appelée Once ou Felis irbis par les naturalistes. Le Muséum la doit à la générosité du prince A. Gagarine, secrétaire d’ambassade à la légation de Russie, à Boukhara, et à l’aimable intervention de M. Ed. Blanc, l’explorateur bien connu de l’Asie centrale, qui a mis la
- plus grande obligeance à user de ses relations pour doter le Jardin des Plantes d’un animal qu’on n’avait vu qu’une fois vivant dans les jardins zoologiques de l’Europe occidentale. Sur la demande du prince Gagarine, dont M. Milne-Edwards avait fait la connaissance au Congrès zoologique de Moscou, en 1891, et qu’il avait eu l’occasion de revoir à
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- 23e anuée. — ior ssmestre.
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- Paris, le général baron Wrewsky, gouverneur général du Turkestan, Ht capturer une Panthère irbis dans les montagnes du Pamir et la fit transporter à Tachkent, où le prince Gagarine en prit possession. De Tachkent l’animal fut amené en voiture à Boukhara par le prince Gagarine lui-même qui écrivit aussitôt à M. Blanc pour lui annoncer l’arrivée du précieux spécimen. En même temps que la Panthère, le prince Gagarine avait essayé de faire venir une cinquantaine à’Ullarp ou Tétraogalles qu’il avait pris vivants dans l’Alaï. Ces grands et beaux Gallinacés étaient semblables à ceux qui ont été amenés, il y a une dizaine d’années, au Jardin zoologique d’Acclima-tation du Bois de Boulogne et dont nous avons publié, dans La Nature, une description accompagnée d’une figureL Originaires des régions hauts sommets de l’Asie centrale et habitués à un climat rigoureux, ils auraient certainement supporté sans inconvénients les hivers de nos pays. Malheureusement un seul d’entre eux parvint à Boukhara, et encore dans un si piteux état, qu’il ne tarda pas à avoir le sort de ses compagnons. Ceux-ci étaient morts successivement dans le trajet de Tachkent à Boukhara, probablement par la faute du Cosaque qui accompagnait le convoi. Cet homme, craignant d’être accusé d’avoir détourné à son profit quelque pièce d’un gibier justement renommé, n’avait, en effet, pas osé jeter le long de la route les cadavres des premiers oiseaux qui avaient succombé. 11 les avait soigneusement laissés dans les cages, où les émanations de leurs chairs putréfiées n’avaient pas tardé à asphyxier le reste de la bande.
- Pour en revenir à la Panthère, c’est dans les derniers jours du mois d’août de 1894 que le prince Gagarine annonça à M. Blanc l’arrivée de l’animal, qui était alors âgé de dix-huit mois. Prévenu aussitôt par M. Blanc, le Directeur du Muséum d’histoire naturelle télégraphia aussitôt au prince Gagarine pour le remercier et écrivit aux consuls de France à Tiflis et à Bakou pour réclamer leurs bons offices afin de faire parvenir en France l’hôte si impatiemment attendu par la Ménagerie du Jardin des Plantes. Malheureusement les choses n’allèrent pas aussi vite qu’on le désirait; des difficultés furent soulevées par la Compagnie des chemins de fer russes de l’Asie centrale, et, le 10 octobre, la Panthère n’avait pu encore quitter Boukhara. Le prince Gagarine se décida alors à la faire accompagner jusqu’à Bakou, et entièrement à ses frais, par un homme de confiance qui la remit entre les mains du consul de France. Le consul, M. Dubail, dont on ne saurait trop louer le zèle et l’obligeance, accompagna à son tour la bête de Bakou, sur la mer Caspienne, à Ratoum, sur la mer Noire, et l’embarqua sur un navire des Messageries maritimes, le La Bourdonnais, qui l’amena à Marseille. Là, M. Weil, directeur du Jardin zoologique, reçut la Panthère et la garda pendant quelques jours pour la réconforter et la
- 1 Voy. a0 590, ilu 1er novembre 1884, [>. 542 (Le Télraogallc de lHimalaya).
- remettre des fatigues de la traversée, puis l’expédia par chemin de fer à Paris où elle arriva en parfaite santé, il y a six semaines.
- Telle est, d’après les renseignements que M. le Directeur du Muséum a bien voulu nous communiquer, l’histoire de la Panthère blanche du Jardin des Plantes dont nous avons maintenant à indiquer les caractères zoologiques. Disons immédiatement qu’elle ne mérite point le nom sous lequel plusieurs journaux ont cru devoir la désigner. Elle diffère, en effet, des vraies Panthères par un crâne élevé et fortement bombé dans sa partie antérieure, par son Iront brusquement relevé, sa face courte et large, ses arcades sourcilières proéminentes, ses canines médiocrement développées à la mâchoire supérieure, ses oreilles petites et obtuses et ses yeux à pupille arrondie. Sa queue, beaucoup plus touffue que celle d’une Panthère ordinaire, est régulièrement cylindrique et atteint presque la longueur du corps. Chez les individus adultes, tels que celui qui vient d’arriver au Muséum, la queue mesure environ 90 centimètres, la longueur totale de la bête étant de lm,20. La fourrure, très épaisse comme il convient à un animal des pays froids, n’est pas d’un blanc pur, sauf sur le ventre. Partout ailleurs, sa teinte fondamentale est un blanc jaunâtre ou grisâtre, offrant çà et là des reflets bleuâtres, d’une extrême délicatesse. Sur cette teinte de fond sont jetées des marques noires, de formes diverses, les unes très nettes, les autres comme fondues. Ainsi la queue est recoupée par de nombreux anneaux brisés; sur le train de derrière et aussi quelque peu sur le train de devant s’enlèvent vigoureusement des taches transversales, tandis que sur le dos et les flancs s’étalent de larges rosettes irrégulièrement tracées, plus ou moins estompées sur les bords et entourant de petits espaces ombrés. Une raie sombre suit l’échine ; enfin sur le front et sur les joues sont disposés, en séries régulières, quelques traits et points noirs qui remplacent les lignes parallèles des autres Félins.
- On constate, du reste, dans les nuances et le dessin de la fourrure de l’Once, d’assez grandes variations. Ainsi, M. D.-G. Elliot a mentionné, d’après le voyageur Siebold, un exemplaire de cette espèce venant de Corée et chez'lequel la robe était d’une belle teinte fauve, largement et vigoureusement tachetée de noir, c’est-à-dire beaucoup plus brillamment colorée que la robe de l’Once actuellement vivant au Jardin des Plantes. Au contraire, les teintes pâles de ce dernier avaient déjà été constatées autrefois sur une dépouille reçue par le Muséum d’histoire naturelle des frontières de la Perse et plus récemment sur quelques peaux rapportées par le prince Henri d’Orléans de son voyage au Tibet. Toutes ces dépouilles étaient ce qu’on appelle dans le commerce des peaux plates, c’est-à-dire privées de tête osseuse et parfois même mutilées à l’extrémité des membres. Même dans cet état les peaux d’Once sont très recherchées des fourreurs, à cause
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- de la douceur de leurs teintes et de l’abondance de leur poil, et peuvent servir à faire de magnifiques tapis d’appartement ou de riches couvertures pour traîneaux et voitures. Aussi atteignent-elles chez nous un prix fort élevé. Au Tibet, au contraire, on peut les obtenir dans des conditions plus raisonnables et le prince Henri d’Orléans en a vu vendre à raison de 2 à 4 roupies la pièce. Ces fourrures venaient de Tseka, localité située a quelques journées au sud de Yer-ka-lo, dans la région du Haut-Mékong.
- 11 n’est pas étonnant que les anciens naturalistes, n’ayant sous les yeux que des peaux incomplètes, obtenues par la voie du commerce et, par conséquent, sans indication très précise de provenance, n’aient pu se faire une idée nette des caractères zoologiques et de la distribution géographique de l’Once. Ainsi, comme j’ai déjà eu l’occasion de le montrer ailleurs1, Ruffon, tout en donnant une description assez'satisfaisante de la fourrure de l’Once, a certainement confondu cette espèce avec le Guépard, puisqu’il prétend que l’Once ne se rencontre jamais dans les pays du Nord ni môme dans les régions tempérées, mais est très commun en Rarbarie, en Arabie et dans l’Asie méridionale, où il est dressé pour la chasse. C’est le Guépard, en effet, et non pas l’Once, qui est employé comme auxiliaire dans la chasse aux Gazelles ; c’est lui qui se trouve à la fois dans le sud-ouest de l’Asie et sur une grande partie du continent africain. L’Once, au contraire, est un Carnassier exclusivement asiatique; loin de rechercher les climats chauds, il se plaît sur les plateaux glacés du Turkestan et du Tihet et, dans la chaîne de l’Himalaya, remonte parfois jusqu’à 6000 mètres d’altitude, franchissant ainsi la limite des neiges éternelles. Par son genre de vie il justifie donc pleinement le nom de Panthère des neiges que lui donnent parfois les naturalistes anglais.
- Du côté de l’ouest l’Once se trouve aussi dans le nord de la Perse et en Asie Mineure, et du côté de l’est dans les provinces occidentales de la Chine, dans le bassin du fleuve Amour, en Corée et dans l’ile de Sakhalien. En résumé, l’aire d’habitat de l’espèce s’étend sur une longue bande au nord de l’Himalaya, depuis la mer du Japon et la jner d’Okhotsk jusqu’à la Méditerranée. Sur certains points de cette vaste région les Onces doivent être assez nombreux, et cependant on les dit partout très rares. Cela tient à ce qu’ils évitent le voisinage de l’homme, qu’ils n’attaquent jamais. Aussi le voyageur anglais Wilson déclare-t-il qu’en vingt ans de chasse dans l’Himalaya il n’a pu voir qu’une douzaine de Panthères des neiges, quoiqu’il eût certainement passé à portée d’une centaine de ces carnassiers qui devaient l’observer, tapis dans les broussailles. C’est à peine si les Goldes, qui habitent près de l’embouchure du fleuve Amour, connaissent de vueleFelis irbis dont, pour ce motif même, ils se
- 1 Article Panthère dans le Dictionnaire des sciences médicales de Decliambre.
- fout une idée terrible. Ils le désignent sous le nom de Jerga et le redoutent plus encore que le Tigre, et leurs voisins, les Giliaks, de la province maritime de Sibérie et de l’ile de Sakhalien, ne distinguent point l’un de l’autre ces deux animaux. Cette erreur s’explique jusqu’à un certain point par ce fait que le Tigre de Mongolie et de Sibérie est revêtu, comme l’Once, d’une épaisse fourrure et diffère des Tigres du Rengale par les teintes beaucoup plus pâles et les raies moins nettes de sa robe.
- Si farouche qu’il soit en temps ordinaire, l’Once devient singulièrement hardi quand son appétit est excité. Ainsi Wilson a entendu raconter qu’une Panthère des neiges, rôdant autour d’un troupeau de Moutons, s’était laissé harceler à coups de pierres durant toute une nuit avant de quitter la place. M. D.-G. Elliot, qui rapporte ce fait dans sa belle Monographie des Félidés, raconte encore un autre trait d’audace de deux animaux de la même espèce. Un jour, dit-il, M. Danford, chassant dans les montagnes voisines de Smyrne, tua une Chèvre sauvage qui vint tomber sur un rocher. Pour l’aller chercher il dut faire un détour qui lui prit une dizaine de minutes, et quand il arriva au point où gisait la bête quelques instants auparavant, il ne trouva plus qu’une poignée de poils et une flaque de sang. La Chèvre avait disparu, mais sur la neige les traces toutes fraîches des pattes de deux Onces indiquaient nettement quels étaient les ravisseurs,
- Des Chèvres sauvages de diverses espèces, plusieurs sortes de Moutons sauvages et notamment ceux qu’on appelle dans l’Himalaya Bharals ou Barrais (Ovis nahnra); à défaut de Chèvres et de Moutons domestiques, de jeunes Poulains, probablement quelques Gazelles ou même de simples Marmottes, tels sont les animaux dont se nourrissent, à l’état sauvage, les Panthères des neiges. Envoyant l’individu qui est aujourd’hui au Jardin des Plantes on ne dirait guère que l’espèce à laquelle il appartient a des instincts aussi sanguinaires. Cet individu paraît, en effet, très doux, et quand on lui a donné pour la première fois un Lapin vivant, il est resté pendant assez longtemps sans le toucher. Il faut dire qu’il a été, pendant plusieurs semaines, tenu en laisse par son premier maître, le prince Gagarine, qui l’avait un peu apprivoisé. A Boukhara l’Once était nourri avec de la viande de boucherie et avec du lait qu’il buvait avidement, montrant au contraire pour l’eau une certaine répulsion. A son arrivée au Muséum, on voulut le traiter comme les autres Félins et on commença à le rentrer pour la nuit; mais comme il paraissait souffrir de la chaleur et du confinement, on se décida à le laisser coucher dans une cage ouverte, sans autre abri qu’une niche à chien, même par les plus grands froids. Ce nouveau régime lui convient parfaitement et, plus heureux que maint pensionnaire de notre Ménagerie, il n’a rien à redouter des rigueurs de l’hiver que nous traversons. E. Uustalet.
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- habituelles d’activité, d’inprovisation féconde et d’entraînement artistique.
- Finalement, dix-huit lauréats ont été récompensés, remportant trois premiers prix, quatre seconds prix, cinq troisièmes prix et six mentions. D’après les termes du programme, leurs projets restent acquis à l’Administration, qui peut en disposer pour y puiser les éléments généraux du projet final qu'elle a à établir : cette tâche est confiée à M. Houvard, architecte de mérite, auquel sa participation aux travaux de nos précédentes Expositions universelles donne une compétence toute spéciale.
- Ce concours est, à lui seul, une première indication utile et intéressante. Après avoir examiné ce
- Fig. 1. — Concours de projets pour l’Exposition de 1ÜÛ0. Projet de M. Girault.
- suivants : établir une jonction entre les deux rives de ht Seine, modifier, ou aménager, les monuments restants des Expositions précédentes, conserver autant que possible les belles plantations de la Ville de Paris sur l’emplacement consacré à l’Exposition de 1900, assurer également, autant que possible, une classification exacte, méthodique et rationnelle.
- Nous ne saurions, à notre regret, entrer ici dans la description détaillée des projets primés, encore moins mettre en lumière, dans un grand nombre de ceux qui sont venus après, une foule de détails originaux, de conceptions nouvelles, d’idées ingénieuses ou grandioses, qui ont fait honneur à leurs auteurs.
- Nous nous contenterons, suivant en cela la sélection magistrale du jury du concours, de décrire sommairement les trois projets primés en première
- qu’il a fourni, on ne peut douter que l’Exposition universelle de 1900, bien qu’elle ait à surpasser encore la belle Exposition de 1889, n’obtienne un succès aussi considérable qu’éclatant. Elle marquera dignement, pour l'honneur artistique et industriel de la France, le début du vingtième siècle.
- Rappelons ici que les lauréats du concours de projets pour l’Exposition de 1900 ont été les suivants :
- lres primes : MM. Girault, Fiug. Hénard et Paulin; 2CS primes : MM. Cassien-Bernard, Gautier, Larché et Nachon, Raulin; 3es primes : MM.Blavette, Esquié, Rey et Tronchct, Sortais, Toudoire et Pradelle; 4CS primes.: Bonnier, Hermant, Louvet et Vareollier, Masson-Üétourbet, Mewès, Thomas et de Tavernier.
- Tous ces projets procédaient des grands principes
- L’EXPOSITION DE 1900
- LE CONCOURS DE PROJETS.-CE QUE SERA, l’EXPOSITION ?
- La période préparatoire de l’Exposition universelle de 1900 a été consacrée par M. Alfred Picard, son distingué Commissaire-général, à une exposition publique des projets. C’était surtout, comme l’a fort bien exprimé M. Guadet, dans un savant Rapport relatif aux opérations du jury, lesquelles se sont terminées le28décembre 1891, un « Concours d’idées », que l’on avait institué : le résultat en a été tout à fait satisfaisant. Les architectes français ont su répondre à l’appel qui leur était adressé avec leurs qualités
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- ligne et qui paraissent avoir le mieux répondu à l’idée mère de la grande entreprise qui se prépare. Leur « moyenne artistique », s’il est permis de s’exprimer ainsi, donne bien l’image de la future Exposition, et nos lecteurs, en regardant nos dessins, pourront s’en faire une idée préalable exacte. Ces projets sont, comme nous l’avons dit, ceux de MM. Girault, Eugène Hénard et Paulin : nous les prenons par ordre alphabétique.
- Projet de M. Girault. — M. Girault, usant de la faculté qui lui était laissée par le programme général du Concours, a supprimé toutes les constructions subsistant sur le Champ-de-Mars, à l’exception de la Galerie des Machines de 1889 et de la Tour Eiffel (fig. 1). Ces deux puissantes constructions symboliseront bien encore, en 1900, l’art avec lequel l’Ingénieur et l’Architecte ont su s’approprier le métal dans le siècle du fer et de l’acier qui vient de s’écouler. Rien ne sera plus aisé, d’ailleurs, si on le désire, que d’aménager l’intérieur de la vaste nef de la Galerie des Machines et « d’habiller » la Tour Eiflel pour donner à sa base un aspect architectural. La Tour de 500 mètres, qui eut été coûteuse à démolir, fait toujours la joie et l’admiration des visiteurs venus des cinq parties du Monde. On pourra, de son sommet, non seulement contempler l’Exposition de 1 900 terminée, mais encore la voir se construire et s’élever comme un immense décor de féerie. Ne fût-ce qu’à ce titre, il était juste et rationnel de la conserver. Au centre de la Tour Eiffel, M. Girault a disposé une grande et belle coupole et de chaque côté, deux grandes serres monumentales pour l’horticulture. C’est « l’habillage » de la Tour : il est certainement bien conçu. M. Girault conserve aussi le Palais de l’Industrie, en modifiant ses abords et en lui donnant un porche monumental. Ce porche servirait d’entrée secondaire à l’Exposition, dont l’entrée principale se trouverait à la place de la Concorde. Dans son projet, cet habile architecte a prévu, avec un soin tout spécial, une classification générale des classes d’un même groupe dans des palais spéciaux au milieu de chacun desquels se trouverait l’exposition centennale rétrospective. Il fournirait ainsi à ses visiteurs des éléments d’instruction comme on n’en a pas encore vu se grouper dans aucune Exposition, et c’est là, assurément, une idée très heureuse.
- Projet de M. Eugène Hénard. — M. Eug. Hénard a conservé dans son projet la Galerie des Machines de l’Exposition de 1900 et les deux palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, édifiés sur le Champ-de-Mars (fig. 2). Ce qui caractérise son projet, fort beau et fort imposant, c’est que la Galerie des Machines deviendrait la Salle des fêtes de l’Exposition. Le « clou », suivant l’expression traditionnelle, serait un dôme colossal de 100 mètres de diamètre et de 200 mètres de hauteur. Les Champs-Elysées seraient reliés à l’Esplanade des Invalides par un pont à trois arches de 100 mètres de largeur.
- Projet de M. Paulin. — Dans le projet de
- M. Paulin, projet très sage et très modéré dans ses conceptions, c’est la Seine qui sert de motif principal (fig. 5). Ses rives, transformées en jardins, offriraient aux visiteurs des distractions variées, des spécimens de constructions de tous les pays, des jardins suspendus. Le fleuve servant non seulement d’axe, mais, en quelque sorte, d’entrée à l’Exposition, un pont monumental serait édifié à la hauteur du Palais de l’Industrie et ses têtes de pont comporteraient de grands arcs de triomphe.
- M. Paulin propose la conservation de la Tour Eiffel, de la Galerie des Machines et du Palais de l’Industrie : mais il adjoint à ce dernier une galerie parallèle à la Seine et une vaste rotonde centrale ayant son accès vers la place de la Concorde avec un grand vestibule et des escaliers monumentaux.
- Telles sont les grandes lignes des trois projets qui ont obtenu du jury de Concours les plus hautes récompenses.
- Ce que sera l'Exposition de 1900. — Que sera l’Exposition de 1900? Chacun se pose déjà cette question avec curiosité.
- Il faudrait à la vérité être plus avancé que M. Bouvard lui-même et que l’éminent M. Alfred Picard pour y répondre; car il est certain que Je plan général et définitif, en élaboration, empruntera aux divers projets primés tout ce qu’ils ont de particulièrement séduisant et que ces différents éléments seront fondus ensemble afin de faire un « tout » majestueux et homogène.
- Comme impression générale, on trouvera sans doute une certaine ressemblance entre la nouvelle Exposition et l’Exposition de 1889, car la conservation, motivée à tous points de vue, de la Tour Eiffel et de la Galerie des Machines, matérialise les grands souvenirs de 1889, et cela d’une façon grandiose et indélébile.
- Mais l’extension de l’Exposition sur les deux rives de la Seine lui donnera un caractère d’innovation évident. Il suffit de regarder un instant les dessins des trois projets primés en première ligne pour voir combien ce grand axe fluvial, décoré sur les deux rives, habilement garni, mouvementé de toutes façons, donnera de cachet et d’imprévu aux fêtes qui se préparent.
- La grande perspective ouverte aussi, dans l’enceinte de l’Exposition, depuis le Palais de l’Industrie jusqu’à l’Esplanade des Invalides, présentera aux visiteurs un spectacle inattendu. Elle motive la construction d'un pont nouveau sur la Seine, et subsistera en conséquence après l’Exposition, en prenant place parmi les belles choses que l’on peut admirer à Paris.
- Enfin, la surface relativement grande accordée à l’Exposition permettra à ses organisateurs d’établir la classification des produits avec une netteté et une méthode qui ont manqué à nos Expositions universelles depuis la remarquable Exposition de 1807 qui fut, grâce aux travaux du savant Le Play, un modèle du genre. Le visiteur pourra donc plus aisé-
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- ment, non seulement se distraire et se divertir, mais encore s’instruire, et c’est une qualité que doit posséder essentiellement cette grande entreprise chargée, en quelque sorte, de résumer le progrès industriel, artistique et scientifique de tout un siècle.
- Max de Nansoüty.
- HUITRES ET FIÈVRE TYPHOÏDE
- Vers la fin d’octobre une épidémie de fièvre typhoïde éclatait parmi les élèves de la Weslcgan University, à Middletown, dans le Connecticut. Le mal, d’abord aigu, sembla sans importance ; mais au bout d’une semaine il fut évident que l’on avait affaire à la véritable fièvre typhoïde. Au 1er novembre, les cas étaient au nombre de vingt-trois, et entre le 1er et le 9, il se produisit quatre cas nouveaux, après quoi la série fut close. A la vérité pour quatre patients le diagnostic fut douteux; mais pour les vingt-trois autres, il ne laissait point d’équivoque, et treize d’entre eux ont été gravement atteints. Il y a eu quatre morts, et un ou deux malades sont encore en danger.
- Voilà donc, du 20 octobre au 9 novembre, vingt-six cas. Quelle en est l’origine? M. \V. Conn, professeur à la Wcs-legan University, s’est posé la question, il l’a discutée avec beaucoup de sagacité, et résolue de façon pleinement satisfaisante.
- Après avoir étudié tout ce qui avait servi d’aliments aux malades, les eaux et les mets qui avaient été ingurgités, le I)1' Conn fut conduit à reconnaître l’innocuité de tous ceux-ci et il arriva à la certitude que la cause du mal ne pouvait être que dans des huîtres que les élèves avaient mangées dans un grand souper.
- Mais comment les huîtres auraient-elles pu servir de véhicule au bacille typhique? On n’a jamais encore vu des huîtres atteinte de fièvre typhoïde, et, si les rivières peuvent déverser dans la mer des milliards de microbes, on sait que la plupart de ceux-ci périssent en eaux salées, et les microbes de la mer, récemment encore étudiés par Russell, ne sont point pathogènes. Comment les huîtres ont-elles pu se contaminer? La chose est très simple. Il faut savoir d’abord que le goût des Américains, en matière d’huîtres, est très différent du nôtre. Ils aiment les huîtres fades, et trouvent aux nôtres une saveur trop salée, trop prononcée. Ils sont habitués aux huîtres sans saveur, en raison de l’abondance des bancs situés à l’embouchure des rivières, où, en réalité, les mollusques se trouvent en eaux saumâtres. Exception faite pour les Blue Points qui sont généralement excellentes, — à condition de n’avoir point été subrepticement parquées en eau douce au préalable, — je n’ai rencontré aux États-Unis que des huîtres très fades et très médiocres. Et celles qui ne seraient point naturellement fades sont rendues telles artificiellement. Tandis que notre marchand de marée charge ses huîtres de pavés pour leur faire garder leur eau, le marchand américain, avant d’écouler sa provision, s’empresse de la mettre « engraisser » à l’eau douce. C’est une pratique constante. L’huître, mise à l’eau douce, se gonfle, par imbibition d’eau, et pâlit : elle paraît plus grosse, elle pert encore de sa saveur, et c’est ainsi qu’elle est parée pour le sacrifice. Et quand il arrive que les huîtres sont placées dans une rivière à 100 mètres en aval d’un égout desservant une maison où il y a deux cas de fièvre typhoïde, il faut bien avouer que les chances sont sérieuses, pour la contamination des huîtres, et de
- ceux qui les mangent ensuite1. C’est ce qui est arrivé dans le cas présent. Les huîtres, pêchées dans le détroit de Long Island, furent mises à l’eau douce pour un jour ou deux, pour « engraisser ». A 100 mètres en amont, un égout de maison isolée apportait à la rivière les eaux ménagères et tous les résidus d’une maison où deux femmes étaient tombées malades, vers les premiers jours d’octobre, leur médecin étant appelé le 11 de ce mois pour la première fois. Ces deux femmes — dont l’une mourut — contaminèrent donc les eaux depuis le 5 ou le G octobre; les huîtres arrivèrent le 10, et le 12, après deux jours d’exposition au passage des eaux contaminées, furent servies aux étudiants. Du reste, des huîtres fraîches, entre les valves desquelles l’on versa des cultures de bacilles typhiques, conservèrent ceux-ci vivants pendant un temps au moins égal à celui qui a dù s’écouler entre le moment de la contamination et celui de la consommation. Évidemment, si l’on avait pu, le 10 ou le 11 octobre, prendre quelques huîtres et en faire des cultures appropriées au bacille typhique, la démonstration serait irréfutable : mais qui donc aurait pensé à cela? 11 a fallu l’enquête de M. Conn, pour révéler les faits qui précèdent, et, en tout état de cause, elle nous paraît concluante ; son hypothèse explique tout.
- La moralité de ce récit est qu’il n’y a point lieu d’imiter les Américains. Leur façon de traiter les huîtres rend celles-ci désagréables au goût, et peut les rendre dangereuses pour la santé. Jls feront bien d’y renoncer, ou, au moins, de veiller à la qualité de l’eau douce employée pour « engraisset » les huitres. En Europe, où toutes et s pratiques sont heureusement inconnues, il n’y a rien à craindre des huîtres au point de vue de la fièvre tyhoïde, sauf peut-être dans les ports où les parcs à huîtres sont à trop grande proximité des égouts. Ce voisinage est redoutable. Maintenant que l’attention publique est attirée sur le danger de mettre les huîtres à l’eau douce, il se pourrait fort bien que l’on s’aperçût, en Amérique, que d’assez nombreux cas de fièvre typhoïde sont dus à la cause si bien mise en lumière par M. Conn. Henry de Yarigny.
- LES ILES KERGUELEN
- Un accroissement des possessions françaises qui a passé presque inaperçu, il y a deux ans, est résulté de l’occupation des îles Kerguelen. Le transport de l’État l'Eure a été chargé officiellement d’y arborer le drapeau français en janvier 1893.
- Les îles de Kerguelen, comme perdues au milieu de l’océan Indien par 49°54' de latitude sud et 67°62' de longitude (fig. 1), furent découvertes par le chevalier Kerguelen-Trémarec, chargé en 1771 d’aller à la recherche des terres australes. Ce navigateur breton, comme son nom l’indique, s’institua le parrain de cet archipel2.
- 1 Si les cas de fièvre typhoïle par consommation d’huîtres ne sont pas plus souvent signalés, aux États-Unis, cela tient sans doute — en dehors du fait que jusqu’ici on n’avait point songe à la possibilité de ce mode de propagation — à ce que l’huître se mange bien plus souvent cuite que crue. Je n’exagérerai pas en disant qu’il y a quarante ou cinquante façons d’apprêter l’huître cuite, d’après ma modeste expérience gas tronomique.
- ~ Les îles Kerguelen représentent 1800 milles géographiques carrés. Leur étendue est trois fois plus grande que file de la Réunion. (Voy. la carte, fig. 1 de la page 168.)
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- L’apparence de stérilité de ces îles frappa Cook, qui, ne voyant pas de végétation arborescente à l’horizon lorsqu’il y aborda en 1776, donna à cette terre le nom d’ile de la Désolation. Cette épitbcte était peut-être exagérée. Si le climat est rude à Kerguelen, à cause des vents persistants de l’ouest principalement, et des pluies fréquentes, le thermomètre y descend rarement au-dessous de zéro, mais il ne dépasse guère 14 à 15 degrés dans la bonne saison. M. Bossière, qui a publié une Notice intéressante sur Kerguelen, rapporte d’après un voyageur anglais, et pour prouver que ces îles ne sont pas sans ressources, qu’un marin naufragé nommé Nünn y a échoué, et est resté seul pendant près de trois ans, vivant de 1 chasse et de pèche; après quoi il a été retrouvé en hon état de santé. Il en a été de mèmé d’un pêcheur américain qui a passé une année sur cette tenre après le naufrage de son bateau.
- La végétation de Kerguelen est particulière et ressemble beaucoup à celle des îles Malouines ou Falkland ; elles sont placées à peu près dans les mêmes conditions et cependant comme latitude sembleraient être moins favorisées.
- Nonobstant, ces îles sont très productives par l’élevage considérable du bétail et des chevaux qui s’y fait depuis longtemps1.
- Un autre navigateur, Ross, y passa il y a cinquante ans, mais depuis on ne s’occupa plus de Kerguelen, si ce n’est qu’elle était fréquentée par les pêcheurs de haleines et de loups marins qui y abondaient.
- La côte ouest, balayée par le vent, offre peu d’intérêt, tandis que la côte orientale est déchiquetée en baies et fiords nombreux, qui servent de refuges aux animaux marins et qui constituent de très bons mouillages pour les navires.
- Ce n’est qu’à la suite de la recherche de points favorables pour rohsét*vation du passage de Vénus sur le Soleil, que Kerguelen fut remise en honneur. Pendant que la France s’établissait aux îles Saint-
- 1 On estime à 600 000 le nombre des moutons existant aux falkland.
- Paul et Campbell, l’Angleterre et l’Allemagne s’organisaient à Kerguelen pour faire leurs observations astronomiques. Un an avant l’installation de la mission anglaise, le navire le Challenger, qui faisait un voyage de circumnavigation, s’arrêta en ce point, autant pour préparer le succès de la mission, que pour recueillir les matériaux intéressants que possèdent ces îles, et, finalement, y établir des comparaisons avec l’archipel des Malouines et le détroit de Magellan que le Challenger devait visiter. Les résultats de ce voyage furent publiés en 1874.
- Une poussée d’explorateurs vinrent à Kerguelen vers ce temps. Le D1' Kidder, de l’expédition américaine, puis leDr Noumanet le P. Eaton, des expéditions allemande et anglaise, firent ample moisson de sa flore et de sa I faune. Indépen-! dammentduchou î de Kerguelen, i plusieurs plantes sont propres à ces îles. Mais la ressemblance pour le reste est très grande avec Saint-Paul et Amsterdam et Tristan d’Acunha, qui elles-mêmes ont de l’analogie avec les Malouines. La faune de Kerguelen a plusieurs espèces spéciales également. D’après le I)r Studer, la somme des êtres vivants dans l’île est de 4 mammifères, 22 oiseaux, 15 insectes, 6 arachnides et 7 crustacés.
- C’est autour de ces îles que l’on rencontre les plus grandes algues connues. L'Urvillea vtilis à thalle épais et comestible est d’une grande dimension ; mais le Macrocystispyrifera, dont les crampons sont solidement fixés à plusieurs brasses de profondeur au roc, atteint souvent plusieurs centaines de mètres et balance ses immenses frondes découpées au gré des Ilots.
- Depuis l’expédition astronomique, aucune puissance ne songea à s’implanter à Kerguelen, à cause sans doute de son éloignement des continents (bien qu’elle soit sur le chemin qui va du Cap à l’Australie) et du peu de ressources que cette terre présentait. Cependant on fit remarquer à l’administration supérieure que les avantages que les Anglais retiraient des Malouines pourraient être égalés par la
- Madagascar
- 1 J / .tK
- J J.de [alîéunicjiiy AUGTRAMF. OCEAN INDIEN \-
- L smurtc/dam
- IfCroxet
- JlucJknux Ut
- OCEAN GLACIAL DU$UO
- I .Howe
- C. Cotte*' JUvctwaeJuiide- i
- atrbon.
- Fig. 1. — Carte des îles Kerguelen ou de la Désolation.
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- LA N A Tl'MK.
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- nouvelle possession; c’est alors que le gouverne- française. Six mois après, le Bulletin officiel de ment français se décida à déclarer Kerguelen terre l’administration des Colonies enregistrait un décret
- Fig. 2. — Paysage des îles Kerguelen, avec YAzorella Selago, au premier plan. (D’après une photographie.)
- [i’ig. 3. — Le chou de Kerguelen (Pnnglea antiscorbutica). (D’après une photographie.)
- du 51 juillet 1895 qui faisait « concession à M. Bos-sière, aux clauses et conditions et sous réserves indiquées au cahier des charges y annexé, du droit d’exploiter pendant une durée de cinquante années
- le territoire des îles Kerguelen. M. Bossière est autorisé à créer des établissements de pêcherie et de commerce, et, d’une manière générale, à exploiter les produits et richesses naturelles du sol. La pèche
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- LA NA TU UK.
- maritime restera libre pour nos nationaux, sauf en ce qui concerne les loups marins et les éléphants de mer, dont la chasse est réservée à M. Bossière. »
- Une des industries sur lesquelles on compte le plus est l’élevage du mouton et peut-être des chevaux, comme aux îles Falkland. Les herbages naturels, à cause de l’humidité de l’atmosphère, paraissent inépuisables, bien qu’une graminée dominante, le Festuca Cookii, semble former le tapis gazonné en grande majorité et ne soit pas peut-être l’idéal comme plante fourragère. Cependant il est permis d’augurer que bon nombre de plantes de prairies de la région européenne pourraient s’y implanter avec avantage, comme la chose s’est faite dans la République Argentine. Beaucoup d’estanciasont inauguré ce procédé, et nos meilleures graminées ont pris peu à peu la place des espèces de qualité inférieure dans cette partie de l’Amérique.
- On a vu déjà que la ilore de Kerguelen, comme celle de plusieurs archipels de cette région australe, est très restreinte et toute spéciale. La végétation arbustive y est représentée par des plantes ligneuses surbaissées et à croissance continue, mais lente, et d’un aspect réellement particulier. Une étrange om-bellifère qu’il faut voir en fleur ou en fruit pour deviner la famille à laquelle elle appartient, le Bolax glebaria, forme des mamelons compacts atteignant parfois la hauteur d’un homme. Une autre, moins élevée, mais de la même famille, YAzorella Selago (fig. 2), produit l’effet d’énormes rognons brunâtres et d’une compacité telle qu’on dirait de gigantesques carapaces de tortues, sur lesquelles poussent, ainsi que dans les intervalles, quelques plantes herbacées auxquelles elles semblent servir de substratum.
- Un végétal unique au monde se trouve cantonné sur cette terre australe; comme il a rendu des services aux pêcheurs et aux navigateurs qui y ont abordé, il a quelque célébrité. On le nomme le chou de Kerguelen, nom que Cook lui a donné le premier (fig. 5). C’est en effet une crucifère, mais éloignée du genre chou ; on le mange, et, comme la plupart des plantes de cette famille, il a des propriétés antiseorbuliques appréciées des marins. Son nom scientifique est B/inglea antiscorbutica.
- La pauvreté de la végétation de Kerguelen, puisqu’elle ne possède guère qu’une vingtaine de plantes vasculaires, est attribuée à son éloignement des grandes terres, qui n’ont pu favoriser l’introduction d’espèces continentales, puis au peu de fertilité de son sol basaltique et à l’uniformité de son climat. Mais rien ne prouve qu’on ne puisse augmenter le contingent de la flore par des essais d’introduction, et parmi les espèces semées, bien certainement que plusieurs resteront acquises.
- Le sol, quoique d’une fertilité relative, n’étant ni cultivé, ni aménagé pour un rapport déterminé, est cependant d’un intérêt réel dans certains points. Sir James Ross, en 1840, avait constaté la présence de quelques traces de terrains sédimentaires remarquables par les lignites et les bois fossiles qu'ils con-
- tiennent, et qui, selon toute apparence, rattachent ces terrains à une époque géologique assez récente. Le lignite est de structure schisteuse, de couleur noire brunâtre et à cassure semblable à celle du charbon de bois. Ce charbon a été trouvé dans la haie Christmas, dans la haie Breakwater et celle de Cumberland. Là ce lignite forme une couche de plus de quatre pieds d’épaisseur et s’étend sur une longueur de plusieurs milles. « Les bois fossiles, souvent fortement silicifiés, ont des dimensions considérables, ce qui contraste singulièrement avec l’absence complète de végétation arborescente dans cette île, phénomène déjà signalé dans les Açores, qui, comme à Kerguelen, ont du jadis posséder des forêts dont il ne reste plus aucune trace, et qui auraient été détruites par des causes physiques1. »
- Depuis longtemps ce charbon est connu des pêcheurs américains qui viennent s’approvisionner d’eau douce et de combustible à Kerguelen.
- Cet archipel, qui n’est distant des îles Saint-Paul et d’Amstçrdam que de 575 lieues, forme, comme on le voit, avec ces dernières, un groupe d’îles françaises qui n’est pas dépourvu d’intérêt si, par un travail intelligent et un esprit de suite, on sait en tirer un parti utile. J. Poisson.
- LES TABLES D’ORIENTATION EN FRANCE2
- La section des Hautes-Vosges du Club Alpin français a établi, dans la portion des Vosges restée à la France, cinq tables d’orientation; une sixième sera placée au printemps prochain. Voici les noms des sommets où se trouvent ces tables selon leur ancienneté : Ballon d’Alsace (1256 mètres), Iloheneck (1566 mètres), Petit-Drumont (1208 mètres), Orinont (070 mètres) et Tète des Cuveaux (765 mètres); la sixième sera installée au-dessus d’Epinal, route de Bains.
- Ce n’était pas chose aisée que de trouver une solution pratique pour ces sortes de tables : en Suisse, où le touriste vient en foule, aux points connus surtout, on peut faire de ces installations, comme celle décrite par M. R. hacker; on peut y mettre un gardien pour la garder et faire payer une redevance. Le plus souvent le touriste les trouve au voisinage d’un hôtel, dans des villes, comme à Lucerne, Zurich, Neuchâtel, etc. Dans les Vdsges, il fallait une table que l’on puisse abandonner et assez solide pour résister au climat, aux pluies, à la neige, au froid, au bétail et aussi — malheureusement — à l’homme !
- Il ne pouvait donc être question d’y établir de ces appareils délicats. 11 fallait faire solide, massif, indestructible pour ainsi dire et gratuit pour le passant.
- Ces tables ont la forme de deux demi-cercles, séparés par un passage et laissant au milieu un vide où se place le touriste; de la sorte, ce dernier peut voir dans tous les sens et se trouve au centre de la table d’orientation. Le diamètre extérieur varie de 1 mètre à lm,50, selon le nombre des lieux indiqués ; l’épaisseur de la fonte est de 6 centimètres, le tout reposant sur un massif en maçonnerie circulaire, d’une hauteur de 90 centimètres.
- Sur ces tables sont tracés trois cercles concentriques : le plus rapproché du centre, indiquant les premiers plans;
- 1 Grisebach. La végétation du globe, t. II, p. 815-874.
- a Voy. n° 1129, du I!) janvier i895, p. 120.
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- LA NATMUK
- le troisième, les plus éloignés; entre les deux, les points intermédiaires. Des flèclies — véritables rayons — donnent la direction du sommet ou du lieu désigné ; le long de ces flèches, on a rnis le nom, l’altitude, la distance — à vol d’oiseau — entre la table et le point visé.
- En dehors des lieux visibles, on a donné la direction de quelques grandes villes, comme Paris, Strasbourg, Nancy, Bâle, etc. Enfin, le long des flèches, on a établi des petits trous dans lesquels on peut placer des allumettes ou des l>outs de bois, afin de pouvoir mieux viser.
- Tout cela, dira-t-on. est bien rudimentaire; mais il ne faut pas oublier que ces tables sont pour ainsi dire abandonnées, livrées à tous, et que précisément à cause de leur solidité, de leur poids, elles doivent rëslcr en place, sur de hauts sommets, hiver comme été, et ne peuvent être mises à l’abri, l’été fini, comme celles de Suisse.
- Quoi qu’il en soit, telles qu’elles sont, ces tables d’orientation sont très appréciées des touristes.
- Trois de ces tables (Ballon d’Alsace, Hoheneck et Petit-Drumont) sont établies sur maçonnerie haute de 90 centimètres. Une autre, celle d’Ormont (nord de Saint—Dié), couronne une roche, bien connue dans le pays, sous le nom de Rocher du Sapin-Sec ou Chaire du Diable^ En cet endroit, la maçonnerie et la table forment un véritable garde-corps à cette haute roche, à laquelle on accède par un escalier. Enfin, la table de la Tète des Cuveaux se trouve placée au sommet d’un belvédère en bois haut de 10 mètres. Cette dernière table est plus petite que les autres, en bronze avec lettres en creux, tandis que les' autres ont leurs lettres en relief et sont en fonte.
- L’installation de ces tables coûte fort cher, il n’est pas facile de transporter à 1200 ou 1300 mètres d’altitude des masses de fonte de 4 et 500 kilogrammes. De plus, il fallait apporter l’eau, le sable, la chaux, le ciment; les ouvriers, enfin, étaient obligés de faire tous les malins l’ascension de la montagne pour arriver à leur travail.
- La première de ces tables d’orientation a été établie en 1888, au sommet du Ballon d’Alsace; on a pu, à l’Exposition de 1889, en voir une grande photographie.
- A. Fournier.
- Président de la Section des Hautes-Vosges du Club Alpin Iran rais.
- UN BOLIDE OBSERVÉ A ARCACH0N
- Le 21 janvier dernier, à la descente du train de Bordeaux, vers 8h30 du soir, je regagnais ma villa, lorsque mon attention fut attirée par un phénomène céleste que je crois digne d’intéresser les lecteurs de La hature. Un bolide parti du nord, se dirigeant vers l’est avec une vitesse très grande, décrivait sur ma droite une courbe dans la direction de Lamothe du Teich. Cependant l’augmentation d’intensité et le développement de la flamme étaient si rapides, les changements si distincts, que l’aérolithe devait certainement se rapprocher d’Arcachon dans un plan oblique. Aussitôt arrivé dans mon cabinet de travail, je m’empressai de tracer le croquis ci-après qui retrace assez exactement le phénomène observé. De a en c, c’est simplement l’aspect d’une étoile filante ordinaire pour sa durée comme pour son intensité. En a, la lueur est très faible, plus nette en b, plus intense en c. De c en <1, il semble qu’il y ait eu un redressement de la courbe; comme si se heurtant à des couches plus denses de l’atmosphère, le corps cosmique eût fait un léger ricochet. Ce qui rend plausible cette explication, c’est qu’en même temps la lumière devint très vive ; la
- masse prit feu. Le frottement dut élever considérablement la température, car il se produisit instantanément une grande flamme éclatante dont la couleur légèrement verte rappelait exactement l’éclairage au gaz fait à l’aide du nouveau bec Auer. De d en e, la flamme grandit, devint plus éclairante, c’est-à-dire qu’elle se rapprochait. En f, subitement se produisit une explosion ; la flamme blanchit légèrement, comme s’il y avait eu une poussière en suspension tout autour. Quatre ou cinq corps globuleux, d’un rouge vif, étaient en même temps projetés en avant, comme le bouquet formé par l’explosion d’une chandelle romaine de feu d’artifice. Du centre émerge un corps allongé d’aspect plus ou moins cylindrique, aux extrémités
- arrondies, d’une couleur rouge cerise, et dont la vitesse va en g dépasser celle de la flamme. Les corpuscules s’éteignent après avoir décrit vers le bas des courbes rapides ;. ils disparaissent. La flamme elle-même s’évanouit en h. Seul désormais, clair et brillant, tombe rapidement le corps du bolide, semblable à du métal incandescent. Mais il disparaît derrière les arbres et les villas qui couvrent la dune. Ce phénomène, qui dura pendant dix à douze secondes, se produisit dans un ciel pur, très propice à l’observation. La trajectoire de l’aérolithe, qui semblait partir du centre de la Grande Ourse, s’en écarta d’une longueur sensiblement égale à près de quatre fois la distance de la Polaire à la Grande Ourse. Pendant les jours précédents et suivants, de nombreuses étoiles filantes ont sillonné le ciel dans tous les sens.
- Andué de Lustrac.
- LA STÉRILISATION DU PAIN
- On a cru si longtemps que la cuisson, comme l’ébullition, détruisait les micro-organismes contenus dans les aliments, que les récentes observations du Dr Waldo, des hôpitaux de Londres, qui s’est occupé spécialement de la bactériologie du pain, ne manqueront pas de piquer vivement la curiosité du public et d’attirer son attention sur une question d’hygiène d’un intérêt capital. Le Dr Waldo a d’abord déterminé exactement la température atteinte à l’intérieur d’un pain ordinaire de quatre livres, pendant la cuisson. Pour les pains les plus épais, la température maxima varie entre 72°,7 centigrades et 86°,1 ; pour les pains minces, elle varie entre 86°,9 et 95 degrés. Cette dernière température est rarement dépassée. Ce degré de chaleur n’est pas suffisant pour détruire les ferments organisés qui se trouvent dans la pâte. Afin de s’en assurer expérimentalement, le savant bactériologiste a soumis à l’analyse microscopique de la mie prise dans la partie centrale d’un pain bien cuit. La plupart des microbes observés avant la mise au four étaient tués, à la vérité, mais plusieurs espèces différentes de bacilles avaient survécu à la cuisson. Pour que le pain soit complètement stérilisé, il conviendrait de le cuire aune température d’au moins 100 degrés centigrades. X. W.
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- LA NATURE.
- CHAMBRE PHOTOGRAPHIQUE A MAGASIN AUTOMATIQUE
- Dans les chambres photographiques dites à magasin, il faut que toute plaque exposée puisse être rapidement remplacée par une autre pour que l’appareil soit réellement pratique, et les inventeurs se sont toujours ingéniés à rendre cette substitution aussi simple que possible. Nous ne croyons pas que jusqu’à présent on ait construit un appareil dans lequel elle soit faite automatiquement; celui de M. Guitton de Giraudy est le premier que nous voyons présentant cette particularité intéressante.
- Comme dans beaucoup d’appareils du même ordre, les plaques sont mises au préalable dans des châssis métalliques, puis placées les unes derrière les autres à l’arrière de la chambre en P (fig. 1 ) ; le couvercle du magasin étant refermé, un ressort R les maintient en place tout en les
- poussant vers l’avant, où elles sont arrêtées en bas par un petit rebord, et en haut par l’un des bras d’un échappement. En faisant manœuvrer cet échappement on dégage la première plaque seule et elle tombe aussitôt en P' dans le fond de la boîte, la suivante étant alors prête à recevoir l’impression.
- M. Guitton de Giraudy a eu l’idée d’opérer automatiquement la manœuvre de l’échappement, aussitôt l’impression terminée, et pour cela il l’a rendu solidaire de l’obturateur. Ce dernier (iîg. 5) consiste en une plaque circulaire, en aluminium, tournant derrière l’objectif sur un axe sollicité par-un ressort renfermé dans un barillet R (n° 1) ; il ya deux ouvertures percées dans ce disque, et lorsqu’on appuie sur le bouton de déclenchement, l’une d’elles seulement vient passer derrière l’objectif, et un doigt que porte le disque vient buter sur un taquet. C’est cet arrêt qui est utilisé pour déclencher un second mouvement d’horlo-
- Fig. 1,(2 et 3. — Chambre photographique à de Giraudy. — 1. La chambre figurée extérieure. — 3. Obturateur.
- Fig. 4. — Mode d’emploi de la chambre à magasin automatique.
- gerie R' qui actionne l’échappement. Les ressorts sont calculés de telle sorte qu’une fois remontés
- à fond, ils fonctionnent jusqu’à épuisement complet de la provision de plaques.
- La chambre* étant chargée (fig. 2) et les deux ressorts R et IV remontés, on n’a plus à s’occuper de rien. On met en plaque au moyen des viseurs A ou A', suivant le sens dans lequel on veut l’image, et on appuie sur le bouton H; deux secondes après on peut faire une autre plaque; cela permettrait presque de faire des images chronophotogra-phiques. Un compteur J indique toujours à quel numéro de plaque on en est ; un frein C permet de régler la vitesse de l’obturateur. Lorsqu’on veut faire la pose, on pousse un verrou DE et l’obturateur est alors arrêté aussi longtemps qu’on le désire dans la position d’ouverture, il suffit de laisser le doigt sur le bouton H ; dès qu’on l’abandonne, le disque achève sa course et fait changer la plaque.
- , L’appareil, que nous avons eu
- entre les mains, fonctionne parfaitement; il est construit pour la dimension 15x18, et des châssis intermédiaires en aluminium permettent de faire des dimensions plus petites ; il est
- E
- muni d’un objectif Zeiss -> à dia-
- phragme iris, et monté de telle sorte qu’en agissant sur un bouton F on peut faire varier la mise au point depuis 2 mètres jusqu’à l’infini, une graduation indiquant toujours pour quelle distance les images sont nettes. Un avantage certain d’un appareil faisant ainsi le changement des plaques automatiquement après chaque pose, c’est d’éviter d’une façon certaine deux poses successives sur la même plaque, accident qui arrive assez souvent avec les magasins ordinaires. G. Mareschal.
- magasin do M. Guitton on coupe. — 2. Vue
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- LA N Aï U HE.
- 173
- SOUTIRE USE ROTATIVE
- A GRAND RENDEMENT
- L’appareil que représente la gravure ci-dessous, et qui a été construit par M. Horel, de la maison Pernod à Pontarlier (Doubs), permet de soutirer d’un tonneau un liquide, pour le mettre en bouteilles, avec la plus remarquable rapidité, en n’employant qu’un personnel très peu nombreux.
- C’est dans la transformation et le perfectionnement de l'outillage, que l’inventeur a cherché et trouvé une solution satisfaisante, en créant un appareil mobile sur un axe ou pivot vertical, comme s’il s’agis-
- sait d’un dévidoir, dont les bras seraient remplacés par des siphons émergeant en ravons d’un réservoir central, pour recevoir les bouteilles à remplir; un léger appui de la main suffit pour provoquer la rotation de l’appareil dont les siphons se présentent successivement à l’ouvrière commodément assise. La hauteur de remplissage est réglée par la position du llotteur actionnant automatiquement l’obturateur ajusté sur le couvercle du récipient, sans toutefois participer à son mouvement de rotation, puisqu’il sert à relier l’appareil au foudre ou réservoir à transvaser.
- La sensibilité des organes assure un niveau constant du liquide, dans le récipient placé d’a-
- Fig. 1. — Soulireuse rotative à grand rendement.
- plomb ; comme conséquence de la théorie des vases communicants, l’écoulement cesse dans les bouteilles remplies à ce niveau, sans le dépasser jamais, quelle que soit d’ailleurs leur contenance, suspendues quelles sont au cercle à crans, par la bague du col.
- L’enlèvement d’une bouteille pleine suffit pour mettre le siphon au repos sur son siège obturateur; le remplacement par une vide le remet en activité et ainsi de suite, sans discontinuité ; le remplissage des bouteilles s’effectuant en moins d’un tour, l’échange peut se faire à raison de 15 à 20 par minute. Les bouteilles pleines entreposées sur le plateau inférieur arrivent d’elles-mêmes aux deux boueheuses, qui les enlèvent au passage.
- Pour expliquer le fonctionnement de l’appareil nous aurons recours à la figure 2 donnant une
- coupe verticale passant par son axe, et une vue en plan. Le plus grand diamètre de l’appareil est de 90 centimètres, sa hauteur totale de 80 centimètres.
- 11 se compose : 1° d’un pied en fonte avec pivot en acier A; 2° d’un plateau récepteur 15 des bouteilles remplies, avec grille, le tout en cuivre étamé; 5° d’un récipient en cuivre G étamé intérieurement, pourvu sur son pourtour d’un cercle en bronze 1), avec douze crans disposés pour recevoir autant de bouteilles par le col; 4° de 12 siphons articulés E disposés en rayons, reposant sur autant de sièges obturateurs F à l’intérieur du récipient, par le jeu des contrepoids en forme de boules G; 5° d’un couvercle du récipient, avec siège en bronze II pour le robinet d’admission à obturation automatique, commandée par un flotteur cylindrique réglable à volonté. La mise en train consiste à relier
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- LA N A TU HH.
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- l'appareil au lbudre ou récipient de soutirage, au moyen d'un caoutchouc I, puis à régler la hauteur du llotteur K approximativement ; on peut déterminer cette hauteur après avoir amorcé successivement les 12 siphons. Il suffit de présenter les bouteilles vides aux siphons en imprimant pour chacune d’elles un léger mouvement de rotation au récipient; quand la douzième est placée, les premières sont remplies, et prêtes par conséquent à être échangées contre de nouvelles, amenées dans des caisses à claire-voie à proximité de l’appareil. D’autre part, les bouteilles remplies entreposées sur le plateau B participent au mouvement de rotation
- Fig. 2. — Soutireuse à grand rendement. — Coupe et plan.
- et vont, comme nous l’avons dit, se présenter d’elles-mêmes aux bourbeuses qui les enlèvent au passage.
- Le débit normal d’un appareil est de 1000 à 1200 bouteilles par heure. Le premier appareil, construit en 1885, a jusqu’à ce jour servi au remplissage de plus de 50 millions de bouteilles, sans nécessiter d’autre réparation que le remplacement d’un jeu de siphons; son installation a permis de quintupler la production dans un local restreint et devenu insuffisant. La figure 1 donne une vue de l’agencement de l’appareil en fonctionnement. L’installation est complétée par le bouchage mécanique, au moteur, d’où les bouteilles passent sur une table spéciale pour la pose des étiquettes et de la feuille d’étain. Deux petits chariots à roues caoutchoutées reçoivent les bouteilles terminées à l’extrémité de cette table, d’où une ouvrière les aligne [tour leur donner le temps de sécher avant l’emballage.
- N..., ingénieur.
- NÉCROLOGIE
- Arthur Cayley. — L’Angleterre vient de perdre son mathématicien le [dus célèbre dans la personne d’Arthur Cavley, mort à Cambridge le 26 janvier 1895 dans sa soixante-quatorzième année. Né à Richmond (Surrev) le 26 août 1821, Cayley manifesta dès sa plus tendre enfance un goût très prononcé pour les mathématiques. Après de fortes études à King's College School, il entra au Trinily College de Cambridge, où il obtint, dès 1842, les plus hautes distinctions. Toutes les branches des ma-théroatiques pures lui sont redevables de progrès de la plus grande valeur, et les problèmes dont il a donné la solution sont si nombreux et si variés qu’ils placent Arthur Cayley au rang des premiers mathématiciens du monde. La plupart des mémoires de Cayley (leur nombre dépasse 800) ont été publiés par la Société Royale, dont il était membre depuis 1852. Il lit même partie du barreau de Cambridge depuis 1849 jusqu’à 1863, mais il l’abandonna pour se consacrer entièrement à sa science de prédilection. Nous n’entreprendrons pas la lâche ardue de donner à nos lecteurs une idée de l’œuvre colossale du savant professeur; ses travaux ne sont d’ailleurs accessibles qu’à un très petit nombre d’adeptes. Cayley était un maître, devant lequel s’inclinaient ses collègues les plus éminents du mondé entier. Membre correspondant de l’Académie des sciences dans la section d’astronomie, officier de la Légion d’honneur, membre honoraire d’un grand nombre de sociétés savantes, Cayley ne se laissait pas éblouir par toutes les gloires humaines et poursuivait tranquillement ses études. Ses mémoires seront conservés à la postérité, grâce aux syndics de la Cambridge University Press qui ont entrepris, depuis 1889, la publication des œuvres complètes du savant. Les travaux de Cayley formeront probablement une douzaine de volumes in-4°, dont sept sont déjà publiés.
- Chauffage électrique d'un théâtre. — Tlie elec-trical Engineer, de Londres, nous apprend que le Vaudeville Théâtre sera désormais chaullé à l’électricité. Les directeurs ont pris cette décision à la suite d’essais qui ont été faits le mardi 15 janvier dernier. MM. Crompton et Cia reçurent à 11 bernes du matin l’ordre de fournir les appareils le plus promptement possible; le soir même, à 6 heures, la salle était chauffée électriquement. C’est un résultat que l’électricité seule permet d’obtenir. Les radiateurs, quoique d’assez grandes dimensions, étaient facilement transportables, en sorte qu’ils avaient pu être placés au milieu de l’orchestre pendant que la salle était vide; au moment de l’ouverture, la température était suffisamment douce ; les radiateurs furent alors reportés sur les côtés. L’installation définitive ne coûtera pas plus cher que celle d’un calorifère ordinaire ou d’une canalisation d’eau chaude ou de vapeur. Les frais d’exploitation seront aussi sensiblement égaux. 11 y a donc tout avantage, pour un théâtre, à adopter le chauffage électrique, qui se recommande par sa facilité d’installation, de mise en train et de réglage, et surtout par l’absence des dangers d’incendie. G. P.
- L'eau et l’éclat de la soie. — On observe souvent des différences très grandes dans l’éclat de la soie des
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- LA NATURE.
- cocons, cependant de même origine. Ces variations sont particulièrement nettes dans la région séricicole du midi du Caucase. M. Gouchimbarof, cherchant à reconnaître à quoi étaient dues ces différences, n’a pas tardé à se rendre compte qu’il fallait les attribuer à l’eau dans laquelle on fait bouillir les cocons. Quand cette eau est calcaire, il se forme à la surface du til une croûte qui en altère l'éclat. Il ne faut donc employer que de l’eau très pure; pour cela, il suffit de la faire bouillir au préalable et la laisser reposer pendant quelque temps : le carbonate de chaux se précipite. H. C.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 février 4895. — Présidence de M. Makey.
- Un nouveau gaz de l'atmosphère. — M. M. Berthelot fait connaître à l’Académie le contenu d’un Mémoire de MM. Rayleigh et Ramsay dans lequel ces savants donnent diverses preuves concluantes de l’existence d’un nouvel élément de l’atmosphère. Ce gaz n’a d’ailleurs rien de commun avec l’azote ; c’est un corps simple qui n’a pas été décrit jusqu’à ce jour et qui a reçu le nom d’argon, sans doute emprunté à l’une de ses propriétés caractéristiques : l’inertie. L’atmosphère n’en contient pas moins de 1 pour 100. MM. Rayleigh et Ramsay ayant cru reconnaître que l’azote tiré de l’atmosphère et l’azote obtenu par les différents procédés chimiques, présentaient une . différence de densité constante, entreprirent d’abord de mettre cette particularité bien en évidence. Dans ce but, ils préparèrent de l’azote au moyen du bioxyde d’azote, du protoxyde d’azote, de l’urée, de l’azotate d’ammoniaque et déterminèrent le poids du litre de ce gaz. Ils trouvèrent ainsi très sensiblement le même nombre pour les quatre azotes, 4,2505. Au contraire, l’azote extrait de l’atmosphère, par absorption de l’oxygène, soit qu’on le prépare à haute température en faisant passer un courant d’air sur un métal chauffé au rouge, soit qu’on le prépare en utilisant une réaction s’opérant à la température ordinaire, présente un poids de 2,2572. Mais si l’on engage l’azote atmosphérique dans une combinaison et qu’on l’en tire ensuite, ou retombe sur le nombre 4,2505.
- Il semblait donc déjà bien prouvé que le résidu obtenu en absorbant l’oxygène de l’air n’est pas exclusivement constitué par de l’azote. Ils ont alors repris une expérience de Cavendish qui consiste à faire passer l’effluve électrique dans l’air et à absorber le produit par la potasse. Ce procédé excellent a l’inconvénient d’être très long. On ne peut guère, eu effet, absorber plus de 1 centimètre cube par heure. MM. Rayleigh et Ramsay l’ont perfectionné et sont arrivés à absorber 50 centimètres cubes par heure. Cavendish avait un résidu gazeux de 4/124; les expérimentateurs modernes ont trouvé un résultat du même ordre, et se sont dès lors reconnus en possession d’une preuve certaine. Ils ont déterminé le poids du litre de ce gaz, et, considérant désormais l’air comme un mélange de quatre gaz, ils ont examiné la densité du mélange d’azote et d’argon dissous : la densité de ce mélange est plus forte que celle de l’azote normal, résultat qui s’explique par cette circonstance que l’argon est deux fois plus soluble que l’azote. 1 litre d’eau peut en dissoudre 40 centimètres cubes. Le spectre de l’argon a été étudié par M. Crookes. Ce gaz présente, suivant la tension du courant électrique qui a servi à le préparer, deux spectres différents, l’un rouge, l’autre bleu, ayant 26 raies communes. Ces spectres ne sauraient être confondus avec celui
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- de l’azote. La chaleur spécifique de l’argon a été également étudiée ; enfin on a réussi à le liquéfier à la température de —187° sous la pression atmosphérique; ce liquide se solidifie à —189°.
- La croissance des arbres. — M. Mer a constaté que les conditions météorologiques exercent sur la production ligneuse une action réelle qui, si elle est moins apparente que sur le rendement des plantes cultivées, n’en est pas moins certaine. Au moyen de mesures délicates, il a reconnu que la sécheresse de l’été de 1895 a produit sur les sapins des Vosges un ralentissement considérable de la croissancce en hauteur et en diamètre. L’accroissement de ces arbres a d’ailleurs subi un temps d’arrêt très appréciable pendant l’été de 1888 pour des causes opposées : pluies continues coïncidant avec un abaissement de température prononcé. M. Mer a reconnu que le ralentissement apparaît, à un moindre degré cependant, chaque fois qu’une situation météorologique défavorable persiste un certain temps (un à deux mois). Mais l’effet est différent suivant la saison pendant laquelle survient cet accident. Ainsi quand une période de sécheresse n’apparaît qu’au printemps, comme en 1892, c’est l'allongement qui est surtout ralenti. Quand elle se présente à la fin de l’été, ainsi que cela est arrivé vers 1887, c’est plutôt la croissance diamétrale qui se trouve compromise. On doit distinguer, ajoute M. Mer, pour la végétation des arbres, comme pour celle des plantes, des années bonnes, des années médiocres et des années mauvaises; ce facteur doit désormais entrer en ligne de compte, dans l’interprétation des résultats fournis par les diverses expériences et opérations forestières.
- Un nouveau système de propulseur à l'usage des bateaux. — M. Guyou décrit un nouveau système de propulseur constitué par une palette fixée à un axe perpendiculaire à la quille du navire. La machine imprime à cet axe un mouvement tel que pour une valeur déterminée du rapport de la vitesse du navire à la vitesse angulaire de l’arbre, que la palette glisse tangentielleinent dans le liquide, à la manière d’une vis dans un écrou. Pour toute autre valeur du rapport, elle glisse rapidement sur une trajectoire sinueuse à laquelle elle se présente obliquement de manière à exercer une pression accélératrice ou retardataire. Le principe de la disposition de ces appareils est le suivant : une manivelle calée sur l’arbre moteur, conduit, par l’intermédiaire d’un mécanisme auxiliaire, un point sur une courbe fermée dont le plan est parallèle à la quille. Une seconde manivelle, faisant avec la précédente un petit angle, imprime à un second point un mou-y ement identique sur une courbe placée un peu en arrière de la précédente. Par suite de l’angle des deux manivelles, ce second point est en retard sur le premier d’un intervalle constant, et il est clair que lorsque le rapport de la vitesse du navire à celle de l’arbre de la machine, sera tel que l’espace parcouru dans cet intervalle soit celui qui sépare les deux courbes, le second point Récrira la même trajectoire que le premier dans le liquide. Par suite une lame droite et mince entraînée par le premier point et guidée de manière que son plan passe toujours par le second point, glissera tangcntiellement à la trajectoire commune. Le mode d’action de ces propulseurs présente avec celui de l’hélice une grande analogie. Il est bien difficile de dire a priori, observe M. Guyou, si leur application réaliserait un progrès. Les deux systèmes offrent en effet des avantages et des inconvénients, entre lesquels l’expérience seule peut prononcer. 11 n’est pas inutile de remarquer que, suivant l’auteur, le modèle
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- LA NATURE.
- réduit présenté à l’Académie pourrait peut-être fournir la solution du problème, non résolu jusqu’ici, du gouvernail mécanique, car il suffirait que cet appareil fût inséré dans le plan longitudinal du navire, où il n’offrirait à la vitesse de propulsion qu’une résistance insignifiante. Mais en le faisant tourner on développerait une force susceptible d’accélérer les évolutions.
- Varia. — M. Bureau lit un Mémoire sur l’état général des connaissances relatives à la flore des colonies françaises. . Cn. de Villedeuil.
- EXPÉRIENCE DE DÉMONSTRATION
- DES COURANTS THERMO-ÉLECTRIQUES
- L’expérience classique, au moyen de laquelle on met en évidence les courants qui traversent un circuit formé de deux métaux, lorsque les soudures sont à des températures diverses, devient plus frappante lorsque, au lieu de monter une aiguille aimantée sur un pivot placé dans un circuit fixe, on rend, au contraire, le circuit mobile, le champ magnétique étant en revanche dans une position invariable. L’idée de ce retournement de l’expérience est loin d’ètre nouvelle, puisque c’est sur ce principe que repose le radiomètre imaginé par le R' d’Arsonval, et singulièrement perfectionné dans sa construction par M. C.-Y. Boys. Ce radiomètre est un instrument de mesure très délicat, qui exige, pour sa construction, des soins minutieux et une grande habileté manuelle; mais l’appareil que nous allons décrire fonctionne parfaitement comme appareil de démonstration, sans qu’il soit nécessaire de le soigner beaucoup.
- Cet instrument est constitué par une simple roue posée en équilibre sur une aiguille, et que les courants thermo-électriques mettent en mouvement, sous l’action d’un champ magnétique. On construit cette roue avec la plus grande facilité, en recourbant en cercle un fil fin d’un alliage de nickel et de cuivre, que l’on trouve dans le commerce sous le nom de bronze blanc, ou de maillechort supérieur. Cet alliage a la propriété de donner, soudé au cuivre, des forces électromotrices thermo-électriques considérables; elles sont beaucoup moindres, sans doute, que celles du bismuth ou de l’antimoine, mais l’al-
- liage dont nous parlons joint, à l’avantage de posséder un point de fusion élevé, celui de pouvoir être étiré en fils fins, condition essentielle pour le bon fonctionnement de l’appareil, dont les soudures doivent se chauffer ou se refroidir instantanément.
- La jante de la roue ayant été fermée par une soudure, on fixe sur elle un certain nombre de diamètres de fil de cuivre très fin, isolés les uns des autres, et que l’on soude apres les avoir enroulés à leur extrémité autour du fil de maillechort. L’un de ces diamètres recevra, en son centre, une petite plaque de métal dans laquelle on a pratiqué une légère dépression. La roue étant posée, par l’intermédiaire de cette plaque, sur une aiguille, sera réglée, à l’aide des petits drapeaux suspendus à quelques-uns des rayons (voir notre figure), et qui, tout en abaissant son centre de gravité, permettent de le déplacer à volonté, et de rendre la
- roue horizontale.
- Supposons, maintenant, que nous chauffions l’une des soudures à l’aide d’une bougie; une différence de potentiel va s’établir entre les soudures opposées, et un courant électrique, traversant le diamètre qui aboutit à la soudure, reviendra en se bifurquant par la jante. Si l’on place un aimant en fer à cheval, de telle manière qu’il embrasse une portion du diamètre, dans la moitié opposée à la soudure chaude, le champ magnétique agira sur le rayon, perpendiculairement à sa direction. Comme, d’ailleurs, l’action sur la jante s’exerce dans le sens du rayon, elle serait nulle même si la bifurcation était inégale, et la roue se mettra à tourner sous l’action du couple produit.
- La rotation, lente lorsqu’on emploie du fil un peu fort, devient, au contraire, très rapide avec du fil fin, que l’on devra, par conséquent, choisir de préférence, pour rendre l’expérience aussi frappante que possible. Le fil de un à deux dixièmes de millimètre convient parfaitement pour une roue de 8 à 10 centimètres de diamètre. Cette transformation de l’énergie calorifique en énergie électrique et en énergie mécanique est, il me semïile, la plus simple que l’on puisse imaginer. Cn.-En. Guillaume.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmku Paris. —
- Imprimerie Laïiure, rue de Fleurus, 0.
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- N 1153. — IC FÉVRIER 1805.
- LA NATURE.
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- LES PYTH0N0M0RPHES DE FRANCE
- Fig. i. — Museau vu de profil de Liodon mosasauroïdes, Gaudry. Ou a placé eu dessus cl au bas de cette figure des schémas de sections transversales des dents supérieures et inférieures, supposées faites à peu de distance de la pointe des couronnes.
- ' (1/5 environ de la grandeur naturelle.)
- M. Albert Gaudry, l’illustre professeur du Muséum d’histoire naturelle, vient de faire paraître un très curieux Mémoire dans lequel il décrit magistralement les spécimens de Reptiles Fossiles trouvés en France : les Pythonomor -phes.
- C’est la première fois que, dans notre pays, parait un travail important sur ce sujet. Deux superbes planches en phototypies accompagnent l’ouvrage. Nous donnons ci-contre leur reproduction; nos figures représentent les museaux de ces animaux qui ont vécu dans les mers secondaires, à la fin du Crétacé.
- La figure 1 est le museau vu de profil d’un Liodon mosasauroïdes (Gaudry). 11 a été trouvé dans la craie danienne, de Cardessc, près d’Oléron (Basses-Pyrénées). La ligure 2 est relative au Liodon
- 23° année. — lor semestre.
- compressidens (Gaudry) ; le gisement de cet échantillon est la craie blanche à Belemnitella quadrata,
- de Michery, près de Sens (Yonne). Ces deux magnifiques pièces font partie de la collection de Paléontologie du Muséum.
- Les Pythono-morplies étaient des Reptiles marins remarquables par les dimensions extraordinaires de leur corps, qui n’avait pas moins de 5 mètres et dépassait parfois 20 mètres de longueur. Comme ils ressemblaient extérieurement à des serpents, M. Copeleur a donné le nom de Pytho-nomorphes, mais le savant paléontologiste américain n’a pas voulu dire par l'a que c’étaient de vrais serpents. La présence de membres sous forme de palettes natatoires et d’assez nombreux caractères les éloignent de ces derniers. Néanmoins leur
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- Fig. 2. — Museau vu de profil de Liodon compressidens, Gaudry. — Les schémas des dents sont disposés comme dans la ligure 1. (1/4 de la grandeur naturelle.)
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- LA NATUKE.
- aspect général est Lien celui d’un Uphidien.
- Ce sont surtout les paléontologistes américains qui ont fait connaître l’organisation de ces animaux, grâce à l’abondance des matériaux qu’ils ont trouvés dans leur pays. M. Marsh a réuni dans les collections du Yale College, à Nevv-llaven, les restes de 1400 individus; dans une vallée creusée au milieu de dépôts crétacés, il a vu, rassemblés en un même point, les squelettes de sept de ces monstres.
- Les Pythonomorphes, grands lézards nageurs, devaient donc vivre par troupes dans le voisinage des terres émergées en se livrant à des ébats et à des luttes qu’il est difficile de se figurer.
- Leur tète, souvent très effilée, était pourvue de deux longues narines comme celle des Varans; leurs yeux étaient protégés par une couronne de plaques osseuses. Un curieux caractère possédé par ces animaux consistait en ce que leurs mandibules, réunies par un ligament au lieu d’être soudées entre elles, avaient ainsi la faculté de s’écarter l’une de l’autre, ce qui augmentait considérablement les dimensions de la cavité buccale. Les dispositions et la mobilité particulières de l’os carré achevaient de donner à ces animaux la faculté d’engloutir, comme les serpents, des proies énormes sans les avoir réduites en morceaux. Les mâchoires étaient garnies de dents nombreuses, coniques, quelquefois à arêtes vives et de taille considérable : cette armature buccale indique des instincts carnassiers, aussi ces animaux devaient-ils être des plus redoutables. Le mode d’articulation des vertèbres, semblable à celui qu’on observe chez les Serpents, leur permettait, en outre, d’avoir des mouvements souples et rapides.
- Les membres des Pythonomorphes étaient disposés pour la locomotion aquatique et construits sur le type des palettes de Cétacés. On avait voulu y voir un rapprochement avec ces derniers animaux, mais c’est là seulement un caractère d’adaptation à la vie aquatique que l’on constate dans plusieurs groupes de Vertébrés. Les Pythonomorphes nageaient, en effet, en pleine mer comme les Plésiosaures secondaires, les Tortues marines et les Cétacés dans les océans actuels. Nul ne songerait cependant à rapprocher ces animaux les uns des autres.
- Les restes de Pythonomorphes décrits par M. Albert Gaudry ont été trouvés pendant ces dernières années dans la craie de Meudon, dans le crétacé supérieur des Basses-Pyrénées, de l’Yonne et de la Charente-Inférieure. Le savant paléontologiste les rapporte à deux genres déjà connus : le genre Mosasaurm, qui avait les dents en forme de cône aplati sur la face externe et le genre Liodon, à dents tranchantes et plus ou moins comprimées. *
- L’auteur décrit trois espèces de Liodon, dont deux nouvelles : le Liodon compressidens et le Liodon mo-sasauroides. Le museau de ce dernier, que représente la figure 2, avait 58 centimètres de long ^sur 18 centimètres de large. Cela suppose une tête effilée qui n’avait pas loin d’un mètre de long. Si
- les rapports de la longueur du museau et de la longueur totale du corps sont les mêmes que dans la restauration des genres américains donnés par Cope, il faudrait admettre pour ce Pylhonomorphe de France 10 mètres de long. Après avoir comparé les différentes espèces qu’il décrit avec celles des autres pays, M. Albert Gaudry donne les caractères distinctifs des dents des Pythonomorphes de France.
- Le Muséum d’histoire naturelle de Paris possède d’autres pièces de Pythonomorphes que celles que nous venons de citer. L’une d’elles orne la galerie de géologie; elle a une histoire célèbre. C’est le crâne du grand animal de Maestricht, le Mosasaurus giganteus. C’est à la fin du siècle dernier, en 1780, qu’un chirurgien de la garnison de Maestricht put l’extraire avec beaucoup de difficultés, de la craie-tuffeau de la célèbre montagne de Saint-Pierre. L’heureux chercheur se vit bientôt dépossédé de sa trouvaille par un jugement qui attribuait le crâne du Mosasaure au propriétaire du terrain sous lequel avaient été creusées les carrières. Survint le siège de Maestricht par les Français. Des savants, qui suivaient les opérations militaires et qui connaissaient la valeur scientifique de cette pièce paléontologique, purent l’obtenir en échange de 600 bouteilles de vin. Elle fut ensuite transportée à Paris, où Cuvier en donna une description magistrale. Une autre pièce, qui se trouve également au Muséum, consiste en une colonne vertébrale de Mosasaure présentant une ostéopériostite suppurée sur 6 vertèbres. Cet ancien cas de pathologie paléontologique est digne d’être noté.
- Le Mémoire de M. Gaudry se termine par des aperçus très originaux sur l’évolution et le genre de vie des Pythonomorphes.
- « Quand je regarde, dit l’auteur, la longue gueule du Liodon mosasauroides avec ses dents courbées, tranchantes, à carènes finement crénelées, alternant sans laisser d’intervalle et sans user leurs pointes, je pense que ce devait être un instrument irrésistible pour retenir la proie une fois saisie. Les habitants des mers secondaires ont donc présenté les instruments les plus perfectionnés pour s’assurer leur nourriture. D’autre part c’étaient des bêtes gigantesques d’une agilité extrême. Ils n’ont pas succombé dans une lutte pour la vie engagée avec les Mammifères marins, car le règne des Cétacés n’a eu lieu que lorsque les Pythonomorphes avaient disparu depuis longtemps. Ces créatures, reines toutes-puissantes des mers, ont eu une royauté éphémère. Quoique venues tardivement, après les Ichthyosau-riens, les Plésosauriens, les Dinosauriens, les Ptérosauriens, elles ont disparu en même temps qu’eux de notre hémisphère. Dans les eaux, aussi bien que sur la terre ferme, les gigantesques Vertébrés à sang froid des temps secondaires ont cédé en même temps la place aux Vertébrés à sang chaud. Leur supériorité ne leur a servi de rien. Une incompréhensible loi semble avoir soumis les êtres à la mutation ou à la destruction. » Pu. Glangeaud.
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- LA NATURE.
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- CATASTROPHE DE LA HOUILLÈRE
- DE MONTCEAU-LES-MINES. (SAONE-ET-LOIRE.)
- Le 3 février 1893, à midi, un commencement d'incendie s’est déclaré dans une galerie du puits Sainte-Eugénie, dans la houillère de Montceau-les-Mines, faisant partie de la grande exploitation de Blanzy. Le feu prit naissance au voisinage d’anciens travaux. On s’occupa aussitôt de faire dans les mines les barrages nécessaires pour empêcher l’arrivée de l’air frais sur le foyer d’incendie, on travailla avec la plus grande ardeur, aussi activement que possible. On espérait être arrivé à circonscrire le foyer, quand le lendemain, à 5 heures, une terrible explosion se produisit derrière les barrages, les démolissant et produisant des éboulements qui écrasèrent les ouvriers y travaillant.
- Les mineurs voisins de celte terrible catastrophe firent des prodiges de courage pour sauver leurs compagnons ; ils ne trouvèrent guère plus que des cadavres.
- Le nombre des victimes de l’explosion a été de vingt-huit; vingt et un cadavres ont été retirés du fond des galeries, les corps de sept malheureux mineurs sont restés au fond de la mine.
- Il y a eu huit blessés dont trois très grièvement atteints.
- Les obsèques des victimes de cette terrible catastrophe ont eu lieu à Montceau-les-Mines le 6 février à midi. Le Ministre des travaux publics, M. Dupuy-Dutemps, qui présidait la cérémonie, assista avec les autorités à la levée des corps des victimes qu’on avait recueillis à l’hôpital; cette cérémonie fut des plus émouvantes. Les cercueils, sortis un à un, ont été portés au dehors sur les corbillards. Chaque fois que l’un des corps passait au milieu de la foule, c’étaient des pleurs, des cris, des gémissements, des appels éperdus. La cérémonie était lamentable. Vingt et une fois le même spectacle s’est reproduit. Enfin, le dernier cercueil a quitté la chapelle funéraire et le cortège s’est mis en route au milieu de la neige et du vent.
- Les corbillards ont été rangés devant l’église et le Ministre des travaux publics a prononcé d’émouvantes paroles dont nous reproduirons quelques passages :
- « Dans la lutte incessante des mineurs contre les éléments, ceux que vous pleurez ont succombé en faisant leur devoir. Ils ont droit aux mêmes hommages que les soldats tombés au champ d’honneur. Les représentants du gouvernement de la République s’inclinent respectueusement devant leur cercueil. Mais il nous reste un autre devoir à remplir. S’il nous est impossible de sécher les larmes, si nous ne pouvons consoler ni calmer les douleurs des veuves et des orphelins, du moins nous sera-t-il permis d’empêcher qu’il ne se mêle à leur cruelle affliction la poignante préoccupation de l’existence quotidienne. »
- M. de Gournay, directeur des mines, a parlé aussi en termes éloquents et émus.
- « Aujourd’hui, a dit l’honorable ingénieur, Blanzy pleure plus de vingt de ses enfants morts, comme les braves, au champ d’honneur : et c’est le cœur brisé par la douleur que je viens dire un dernier et suprême adieu à ces chers ouvriers, à ces collaborateurs si fidèles et si dévoués.
- « Des précautions minutieuses nous ont permis d’éviter le grisou depuis plus de vingt-trois ans, quand, par une fatalité inexplicable, un incendie nous amène un accident aussi grave qu’un coup de grisou et que rien ne pouvait faire prévoir; et alors que l’on citait les travaux de la Compagnie de Blanzy comme ceux où l’on avait accumulé
- le plus de précautions et de mesures de sécurité, la mort impitoyable est venue faucher brutalement ceux qui fournissent à l’industrie la houille, son pain quotidien, et travaillent ainsi à la prospérité, à la grandeur industrielle de la France. Tous ceux qui se trouvaient dans le voisinage des chantiers atteints, sont accourus malgré le danger, pour porter secours à leurs malheureux camarades et n’ont relevé, hélas ! que des cadavres. Ils sont bien grands ces modestes qui savent ainsi sans faiblir accomplir leur devoir jusqu’au bout. Honneur à leurs courageux camarades qui ont essayé de les sauver. Dans notre deuil, c’est une consolation de voir combien, dans le pays, tous les cœurs battent à l’unisson, de voir combien chacun prend part à la douleur de notre grande famille ouvrière. »
- Nous dirons en terminant quelques mots de la ville de Montceau, qui vient d’être le théâtre de la triste catastrophe. Cette cité est née de l’exploitation houillère. C’est aujourd’hui la ville des mineurs. Il n’y avait rien jadis ; actuellement on y voit une agglomération ouvrière de 30 000 habitants. G. T.
- PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
- CHASSIS A MERCURE
- La méthode indiquée par M. le professeur Lippmann, pour obtenir la reproduction des couleurs par la photographie, n’est pas encore entrée dans le domaine de la pratique, parce qu’il n’est pas possible, jusqu’à présent, de se procurer dans le commerce des plaques qui remplissent les conditions indispensables pour que le phénomène des interférences produise l’effet cherché; il faut les préparer soi-mème, et ceci nous reporte un peu au temps du daguerréotype sur plaque de cuivre ; il y avait alors beaucoup moins d’amateurs qu’aujourd’hui. Bien que le procédé ne soit pas à la portée de tout le monde, on peut cependant admettre que parmi les amateurs photographes instruits il s’en trouve qui sont disposés à faire au moins des essais ; il faut espérer aussi que sous peu nos fabricants de plaques arriveront à nous livrer des émulsions prêtes à être employées ; aussi plusieurs constructeurs ont-ils déjà étudié des châssis spéciaux très pratiques qui permettent de ' placer facilement la couche sensible dans les conditions requises, c’est-à-dire en contact direct avec du mercure. Nous avons surtout remarqué deux modèles qui sous des formes différentes répondent parfaitement aux conditions voulues.
- Celui que M. Richard a construit sur les indications de M. Contamine se compose (fig. 1), comme tous les châssis photographiques, d’un cadre H en bois portant des rainures qui permettent de le mettre en place à l’arrière de la chambre et d’un volet ou rideau destiné à masquer la plaque jusqu’au moment de son exposition à la lumière. Le fond du châssis est constitué par un réservoir A, dans lequel on verse du mercure par le bouchon à vis B ; il est divisé en deux parties, dans le sens de la hauteur, par une plaque de fer F qui est encastrée de deux côtés seulement dans le cadre, les deux autres côtés,
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- LA NATURE.
- le haut et le bas, ne touchant pas tout à fait le bois. Dans ces conditions, quand le châssis repose à plat sur son fond O, le mercure reste dans le réservoir et on peut mettre la glace sensible en place. Celle-ci, G, se place sur un épaulement ménagé dans le cadre et garni de peau de chamois ; une seconde bande ou plutôt un cadre de môme peau P, se place également par-dessus la glace et le tout est maintenu par un cadre en fer A que fixent solidement ensuite quatre crochets D, dont deux seulement sont visibles sur notre dessin en coupe. Dans ces conditions, si on redresse verticalement le châssis, le mercure passe sous la platjue de fer F et s’élève pour prendre son niveau dans l’espace compris entre F et G. La quantité de mercure est assez grande pour que la glace soit entièrement couverte. Lorsque l'exposition est terminée on remet le châssis à plat pour changer la glace ou la remplacer par un morceau de verre quelconque; le mercure reste toujours dans l’appareil et la fermeture obtenue par les peaux de chamois et le cadre de fer est assez hermétique pour qu’on puisse sans inconvénient le transporter dans toutes les positions et sans précautions spéciales.
- Voici maintenant (lig. 2) un autre modèle construit par M. Mac-kenstein et qui rappelle, tout au
- moins par le mode d’introduction du mercure, celui dont MM. Lumière frères se sont servis pour obtenir les portraits et les paysages dont nous avons parlé ici. On utilise un châssis double du modèle dit anglais, c’est-à-dire s’ouvrant par le milieu; la séparation qui existe dans ces châssis est supprimée
- Fig. 1. — Châssis à mercure de M. Richard.
- Fig. 2. — Châssis à mercure de M. Mackenstein.
- et sur l’un des côtés on lixe à demeure une plaque de verre blanc F, on colle par-dessus un cadre D en peau de chamois et sur l’un des angles on fixe un
- tube à robinet R. La plaque sensible G se place par-dessus et on terme le châssis ; un cadre à ressort A, situé dans la contre-partie qui porte aussi le volet V, vient presser la plaque G contre la peau de chamois et ferme hermétiquement l’espace compris entre G et F ; c’est là qu’on introduit le mercure lorsque le châssis est en place sur la chambre noire. Pour cela il suffit de fixer en R l’extrémité d’un tube en caoutchouc dont l’autre bout communique à une poire en peau de chamois contenant du mercure ; en élevant cette poire au-dessus du châssis, le mercure vient remplir l'espace compris entre les deux glaces, l’air s’échappe par les pores de la peau. La mise au point peut être faite comme d’habitude sur le verre dépoli de la chambre, mais cela
- n’est pas néces-saire et il est préférable même de la faire sur le châssis même. Le fond F de celui-ci étant transparent, il suffit en effet de mettre provisoirement un verre dépoli en G et de lever le volet V pour que l’image soit visible quand le châssis est en place sur la chambre. En remplaçant ensuite le verre dépoli par la plaque sensible, on est assuré d’une coïncidence rigoureuse.
- Espérons que la création de ce matériel nouveau contribuera à engager les amateurs à étüdier un peu plus la question si intéressante de la reproduction des couleurs. G. Mareschal.
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- CONSERVATION DU BEURRE
- Le beurre, exposé pendant quelque temps à l’air libre, devient rance. Le beurre rance est
- acide et possède une odeur désagréable, la saponification des glvcérides et acides
- due ii volatils.
- Fig. 1. — Microbes du beurre.
- Fig. 2. — Cryptogames du beurre.
- La rancidité du beurre est due à plusieurs causes : 1° action de l’oxygène de l’air, en présence de la
- lumière, qui saponifie la matière grasse et la dédouble en ses éléments* qui sont atteints, à leur tour,
- Fig. 3. — Cylindre contenant les blocs de beurre.
- N° 1. Coupe. — N" 2. Vue extérieure de l’appareil.
- et transformés en produits oxydés divers ; 2° action des organismes microscopiques (microbes, cryptogames), tels que les Penicillum, Y Oïdium lactis, YOleorum microclodus, etc., qui saponifient le
- Fig. 4. — Malaxeur broyeur (n° 4) et bidon d’expédition (n° 3).
- beurre à la manière de l’oxygène et de la lumière. Sous l’influence des ferments, le beurre peut subir la fermentation lactique ou butyrique, surtout lorsqu’il renferme beaucoup de caséum de lait.
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- Les figures t et 2 montrent les microbes et les végétaux microscopiques qui déterminent les altérations diverses du beurre.
- On a proposé différents moyens pour conserver le beurre. Le plus courant consiste à saler le beurre avec 4 à 8 pour 100 de son poids de sel blanc, sec et finement pulvérisé, et à le tasser dans des vases en faïence ou en métal de manière à ne laisser aucun vide; on le recouvre d’une rondelle de toile à tissu clair, sur laquelle on place une couche de sel et l’on ferme le vase avec une feuille de parchemin.
- En Ecosse et en Angleterre, on fait usage, pour le salage, d’un mélange de 2 parties de sel, 1 partie de salpêtre et 1 partie de sucre. Ce mélange, qui avait été indiqué, en 1705, par Anderson, s’emploie dans la proportion de 6 pour 100 du poids du beurre. Il donne à celui-ci une saveur plus douce.
- Brion enferme le beurre dans des boîtes en fer-blanc, avec de l’eau légèrement acidulée avec 5 grammes d’acide tartrique et 6 grammes de bicarbonate de soude par litre. La boîte est soudée. 11 est facile de comprendre que, dans ce procédé, l’agent conservateur est l’acide carbonique, se produisant peu à peu et imprégnant d’une manière uniforme le beurre. Ce procédé a été le point de départ d’autres fondés sur le même principe. On ajoute au beurre l’un des mélanges suivants : 1° bicarbonate d’ammoniaque et acide tartrique; 2" bicarbonate d’ammoniaque et phosphate acide d’ammoniaque; 5° bicarbonate de soude et acide phosphorique; 4° bicarbonate d’ammoniaque et acide phosphorique ; 5° bicarbonate de soude ou d’ammoniaque et lactate acide de chaux, ou sulfate acide de potasse.
- On assure la conservation du beurre avec des antiseptiques tels que : l’acide salicylique, l’acide borique, l’acide boroglycérique, l’acide formique, l’aldéhyde formique, l’aseptol. Malheureusement, toutes ces drogues communiquent au beurre un goût sui generis qui décèle de suite leur présence. Dans d’autres procédés, on cherche à éviter l’action de l’air et des micro-organismes par l’emploi du vide, de l’acide carbonique sous pression, de l’enrobage dans un tissu imperméable et antiseptique ou l’enrobage électrique (dépôt galvanoplastique d’un métal sur la surface des pains de beurre). Un des meilleurs procédés consiste à maintenir le beurre à une température voisine de 2 degrés au-dessous de zéro, dans une atmosphère d’acide carbonique, si possible. Tels sont les procédés actuellement mis à la disposition de l’industrie beurrière pour assurer la conservation de ses produits.
- Nous avons repris la question il y a près de cinq ans. Après bien des recherches, nous avions cru trouver le résultat tant demandé par l’emploi de l’acide carbonique sous pression, que nous avions fait breveter en 481)0. Malheureusement, l’exploitation n’était pas pratique : les bidons étaient trop lourds, les manipulations trop compliquées et le matériel trop considérable. I)e plus, — il faut bien avouer
- ses insuccès, — le beurre prenait dans le gaz carbonique un goût acide difficile à lui enlever par les lavages. Nous avions abandonné cette étude qui nous avait demandé beaucoup de temps, sans arriver à aucun résultat sérieux, quand nous l’avons reprise au commencement de l’année 1894, à la suite de notre succès pour la conservation du lait par l’oxygène comprimé.
- L’oxygène ne conserve pas le beurre ; nous avons expérimenté toute la série des antiseptiques inoffensifs, sans odeur, sans saveur et pouvant s’enlever du beurre une fois l’action conservatrice produite. Nous avons obtenu d’excellents résultats avec le produit dénommé dans le commerce : crysoléine. D’après les renseignements recueillis sur ce produit pour notre Dictionnaire (le chimie industrielle, ce serait un mélange d’éthers composés (campho-liques et citriques). La crysoléine est un liquide incolore, soluble en petite quantité dans l’eau.
- Le beurre est broyé avec une solution de chrysoléine à 0,5 pour 100 dans le malaxeur broyeur représenté figure 4 (n° 4) ; les blocs qui sortent de cet appareil sont placés dans un grand cylindre A, fermé par un couvercle B (fig. 3, n° 2). Lorsque ce cylindre est plein, on met le couvercle, et on maintient celui-ci en position avec le levier C que Ton abaisse; la fermeture hermétique est assurée par un joint en amiante, pressé par les rebords du couvercle et la vis D. Ceci fait, on verse, par le tube F, la solution de chrysoléine, après avoir ouvert le robinet d’air F. Lorsque le tonneau est plein, on ferme les robinets E et F et Ton place celui-ci dans un endroit frais, une cave par exemple. Le beurre ainsi traité peut se conserver des mois sans aucune altération. Au moment de le livrer à la clientèle, on l’enlève du tonneau, on le broie à l’eau fraîche et on le moule en molettes. Pour les expéditions au loin, on se sert de bidons semblables à celui que Ton voit dans le n° 5 de la figure 4.
- On peut conserver le beurre pendant Tété de la même façon. 11 est facile, alors, de Tacheter au moment où il est bon marché et de le conserver dans des tonneaux, jusqu’au moment où il est cher. C’est, du reste, le problème qui nous avait été posé par un grand industriel de la Normandie.
- À.-M. Violon.
- —>4^-
- LE SÉRUM EN CHIRURGIE
- Après les très belles découvertes de Behring et de Roux, il fallait s’attendre à voir mettre la sérumthérapie un peu « à toutes les sauces » ; mais ce à quoi Ton n’aurait pas songé, c’est d’employer le sérum en chirurgie. Telle est cependant l’idée de M. Schleich, idée dont les résultats pratiques ne sont pas encore très nets, mais qui, dans son essence même, est très originale. On sait que lorsqu’une plaie se cicatrise, il y a en ce point appel de globules blancs, de leucocytes, et que plus ceux-ci sont abondants, plus rapide est la guérison. On sait, d’autre part, que certaines substances, dites pour cette raison
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- chimiotaxiques, ont la propriété d’exercer sur les leucocytes une attraction à laquelle ceux-ci ne peuvent résister : on les voit accourir de toutes parts pour s’en rapprocher. Réunissant ces deux faits, M. Schleiclia imaginé de badigeonner la plaie avec une substance de ce genre, pour en stimuler la nutrition et cicatriser plus rapidement. Ce savant, cherchant quelles étaient les meilleures matières à employer, croit les avoir trouvées dans les albuminoïdes du sang. Il recouvre la plaie avec une pâte de peptone stérilisée et d’iodoforme, ce qui la stérilise, et vingt-quatre heures après, avec une couche de sérum de sang de bœuf desséché. Sous cette croûte, la cicatrisation se fait rapidement. La seule difficulté consiste à se procurer du sérum aseptique et à le dessécher rapidement, mais si cette opération est bien conduite, on peut le conserver longtemps dans un flacon bouché; bien entendu, on peut y incorporer tous les médicaments que l’on croit devoir être utiles. Le procédé de M. Schleich est très curieux et mérite l’examen. IL C.
- LA PRODUCTION DU MIEL EN EUROPE
- Nos lecteurs savent-ils la quantité de cire et de miel produite annuellement par les abeilles en Europe? On estime, d’après les statistiques les plus récentes, que la production annuelle de la cire est de 15 000 tonnes, représentant une valeur de 53 750 000 francs, et que celle du miel atteint 80 000 tonnes, soit une valeur de 55 millions de francs.
- Au surplus, voici quelques chiffres intéressants sur le rendement annuel des ruchers, dans les pays d’Europe où l’élevage des abeilles est le plus en honneur : L’Allemagne, avec 1 910 000 ruches, donne 20 000 tonnes de miel.
- L’Espagne, — 1690000 — 19000
- L’Autriche, — 1550000 — 18 000
- La France, — 950000' — 10000
- La Hollande, — 210000 — 2 500
- La Belgique, — 200 000 — 2 000
- La Grèce, — 50 DIX) — 1100
- La Russie, — 110 000 — 900
- Le Danemark, — 90000 — 900
- 11 v a aussi de très beaux ruchers en Angleterre, notamment dans le comté de Durham. De l’autre côté de l’Atlantique, le pays où le rendement est le plus élevé est, croyons-nous, les Etats-Unis, où l’on ne compte pas moins de 2 800 000 ruches, produisant chaque année une moyenne de 50 000 tonnes. Mais c’est au Canada, près (l’une petite ville appelée Becton, que se trouve le plus grand rucher qui existe au monde. Il s’étend sur une superficie de vingt mille mètres carrés environ et contient une armée de dix-neuf millions d’abeilles donnant annuellement de 55 à AO 000 kilogrammes de miel. X. W.
- FORTIFICATIONS EN NEIGE
- Les nouveaux fusils, à calibre réduit, aussi bien en France que dans les armées étrangères, produisent des effets terribles, en raison de la vitesse imprimée au projectile. En général, la vitesse initiale de ces projectiles dépasse 650 mètres par seconde, et cette vitesse, à 2000 mètres, est encore de plus de 150 mètres par seconde. Aussi la pénétration dans les divers milieux est-elle incroyable : jadis, on était à l’abri derrière un mur en briques, derrière un arbre gros comme la cuisse, derrière un épaulement de terre de cinquante centimètres d’épaisseur. Il n’en est plus de même aujourd’hui. La halle traverse à l’aise 2 mètres de terre rapportée, perce
- l’arbre comme le ferait un emporte-pièce, et atteint, derrière son briquetage, le tireur imprudent qui se croyait à l’abri. Autrefois, le peureux se dissimulait derrière un camarade : aujourd’hui, la précaution, tout aussi blâmable que jadis, est, par surcroît, inutile. La balle traverse les deux hommes, et peut encore blesser grièvement ceux qui se trouvent par derrière. Nous voilà loin de la bonne balle ronde, qui s’arrêtait sur un portefeuille, qui, frappant au front, faisait parfois le tour de la tête, et ne laissait, pour trace de son passage, qu’un désagréable séton. On nous a cité le fait d’un soldat ainsi frappé au front, lors de la conquête de l’Algérie, qui, portant la main à son képi, sentit la balle derrière la tête. 11 se crut la cervelle traversée, et tomba, de frayeur, pour se relever bientôt, heureusement surpris.
- Actuellement, il n’y a, pour ainsi dire, plus de «balles mortes ». Meurtrière à toutes les distances, la balle traverse encore, à 3000 mètres, les masses musculaires et brise un membre. Où est le bon temps où, à 150 mètres, on était presque hors d’atteinte? Les artilleries adverses se mettaient en batterie à 500 mètres l’une de l’autre, sans craindre le feu des tirailleurs. Que l’ombre de Sénarmont se lève pour protester, si nous disons une hérésie !
- Ces réflexions sont venues sous notre plume à propos d’une note récente, qui relate une expérience curieuse, au sujet de la pénétration des balles dans la neige. On a constaté, non sans surprise, que la neige, bien tassée, était, contre la balle de notre Lebel, un abri plus sur que la terre, ou même que les corps les plus solides. Des tas de neige, d’uné épaisseur variant de 1 à 2 mètres, ont arrêté des projectiles tirés à 50 mètres, et, chose qui semble, à première vue, invraisemblable, on les retrouvait à une profondeur de lm,75, immobilisés, annihilés, alors qu’à la même distance, ils auraient traversé, comme du beurre, un tronc d’arbre de 1 mètre de diamètre. On a cherché à expliquer le fait, en* disant que le mouvement de rotation de la balle attirait des parcelles de givre ou de glace, les transformait en boule, et diminuait ainsi la force de pénétration.
- La chose est possible, car il faut s'attendre à tout avec les nouvelles balles, qui nous ont réservé, déjà, pas mal de surprises. Ainsi, en tirant à 50 mètres des balles sur une cible en papier, on troue le papier, mais tout le pourtour du trou est recouvert d’une large auréole noire, comme si l’on avait barbouillé le papier de plombagine. On s’est avisé de mettre, devant le papier, une petite planche de sapin, et alors, autour du trou, on a découvert, à l’examen, une auréole de petits fragments de plomb fondu dans l’épaisseur du bois : la balle s’était volatilisée, si bien volatilisée, qu’il n’en restait plus trace. On a confirmé le fait, en plaçant, derrière les cibles, des guérites en métal; la plaque du fond portait bien l’empreinte de la balle; mais de la balle, aucun vestige. Elle était désagrégée, volatilisée, fondue; un nuage noir, un rien, voilà tout ce qu’il en restait. Nous ne conseillons, d’ailleurs, à personne, de recevoir dans le corps ce souffle mortel.
- Les balles de petit calibre font, de près, le même effet sur les cuirasses. Au lieu de les trouer, elles s’y éclaboussent et se transforment en pluie malfaisante, en impalpables débris, qui, d’ailleurs, pulvérisent les bras ou la tète du chevalier bardé de fer. C’est ainsi que les métaphores deviennent des réalités, et que l’on peut parler, non plus au figuré, mais dans une réalité sinistre, de la pluie des balles sur les champs de bataille.
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- Les effets produits sur les membres sont également peu rassurants. Non seulement les os sont percés comme à l’emporte-pièce, mais ils sont fendus ; c’est l’action de la vitesse restante, que l’on avait observée déjà avec les éclats d’obus. Dans les parties molles, dans les grandes cavernes du corps, la balle, en entrant, ne fait qu’un petit trou : mais, par suite de sa vitesse de rotation, elle produit un entonnoir, dont l’orifice béant apparaît au point de sortie. Quant aux organes internes, ils sont mis en bouillie, et le phénomène de la balle contournant la tète, que nous relations tout à l’heure, ne se reproduira plus. Que faut-il conclure de tout cela? C’est que, moins que jamais, on ne devra se croire à l’abri derrière un obstacle quelconque, mur ou planche, arbre ou épau-lement. Et le fait n’est pas pour nous déplaire ; il va bien avec le tempérament du Gaulois, qui combattait la poitrine nue, et ne craignait que la chute du ciel. « En avant, en avant toujours! »
- Quant aux blessures, si horribles qu’elles soient, elles donneront peut-être, un « pour cent » plus grand de cas mortels, mais quel sera le nombre total des victimes?Les batailles les plus sanglantes sont les batailles à l’arme blanche, depuis les champs catalauniques où trois cent mille hommes trouvaient la mort le même jour, jusqu’aux plaines de Leipsik, qui se couvraient, en trois jours, de cent mille morts ou blessés.
- La balle ne connaît rien ; elle frappe comme la destinée. Qu’importe la forme de la balle ou la forme de la mort, quand on a fait son devoir et que l’on tombe glorieusement pour son pays!
- Nous ne retiendrons, pour aujourd’hui, que la complaisance de la neige à former en hiver de bons retranchements. Elle est facile à travailler. Sa couleur d’hermine est séduisante ; on la façonne, on la pétrit à volonté.
- Max de Nansouty.
- Petos des Chibchas, peuple aborigène de la Colombie. — Ornements pectoraux en or trouvés à Maclicla (Colombie) et ollerts an pape par le gouvernement colombien. (D’après une photographie exécutée à l’intention de la Société de Géographie de Paris par M. G. de Brettes, chargé de Mission. — Figure réduite.)
- UNE DÉCOUVERTE ARCHÉOLOGIQUE
- EX COLOMBIE
- M. J. de Brettes, qui explore en ce moment la république de Colombie, vient de faire parvenir tà la Société de Géographie (de Paris) des épreuves photographiques, dont nous reproduisons l’une d’elles ci-dessus ; elle représente deux des plaques pectorales découvertes récemment dans une grotte de la Sierra Nevada, près Macheta (Colombie). Les originaux, en or massil, ont été offerts au pape Léon XIII par le gouvernement colombien.
- L’intérêt principal de ces ornements, qui sont travaillés avec beaucoup d’art, et sous un aspect quelque peu naïf tout à la fois, réside dans leur ressemblance avec les insignes portés autrefois par les grands prêtres juifs et assyriens. Divers aüributs dont ils sont entourés font supposer
- qu’ils appartenaient aux guerriers caciques. L’une de ces plaques, la plus grande, ne mesure pas moins de 24 centimètres sur 21 et pèse 590 grammes. Les trois autres plaques sont de dimension un peu moindres.
- Comme on peut le voir sur notre figure, ces petos sont ornés de figurines en relief. Ils portent en outre, à leurs extrémités, des anneaux destinés probablement à recevoir différents objets : chaînes, billes, fétiches. Les auteurs de ces petits chefs-d’œuvre d’art paraissent être les Chibchas, peuple aborigène du territoire actuel de la Colombie, considérée comme la nation jadis la plus civilisée du continent sud-américain, et qui connaissaient le secret de la fonte des métaux.
- On voit que l’ère des découvertes archéologiques précolombiennes est parfois très fertile. I)r Z...
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- LES CHAUDIÈRES DU « HORNET
- CONTRE-TORPILLEUR ANGLAIS
- En faisant connaître aux lecteurs de La Nature1 Havock, nous disions qu’il était le plus rapide des na-
- l’un des contre-torpilleurs de la flotte anglaise, le vires du monde. D’après les journaux d’outre-Manche,
- Fig. 1. — Contre-torpilleur anglais Hornet. Vitesse de 28 nœuds par heure.
- cette assertion se trouverait infirmée par les essais de quelques-uns des torpilleurs lancés pendant le second semestre de 1894. S’il faut les en croire, le Daring aurait atteint 28",90 par heure,le l'erret 28 nœuds, le Rocket 28n,25,
- VArdent 28“,18 et le Hornet 28",55.
- Mais il est sage de se souvenir qu’il entre toujours beaucoup de patriotisme dans l'appréciation que font les écrivains anglais des ouvrages de leurs compatriotes ou de leurs instruments de combat. La vérité est que le Havock, qui a obtenu, il est vrai, 27",50 par heure, n’est plus officiellement coté qu’à 26", 78, ce qui est encore très appréciable. Son frère cadet le Hornet l’a dépassé : il a plusieurs fois atteint 28 nœuds par heure, soit 28", 16, 28“,59 et 28",48. Sa cote officielle est de 2^",51.
- 1 Voy. n° 1095, du 26 mai 1894, p. 413.
- Nous avons donné les caractéristiques du Havock. Celles du Hornet sont les memes (fig. 1). lis appartiennent tous deux à une série de vingt contre-torpilleurs bâtis sur les mêmes plans, et auxquels le marché intervenu avec les constructeurs ne demandait que 19 nœuds. Presque tous ont obtenu cette vitesse; nous avons dit que plusieurs même l’avaient dépassée. D’où vient l’avantage du Hornetsur tous? De ses chaudières.
- Assurément le type locomotive est excellent, et on peut en juger par la vitesse qu’un engin de ce genre donne au Havock. Mais son constructeur, l’habile et savant M. Yarrow, que rendent jaloux les lauriers de notre éminent constructeur havrais, M. Normand, a pensé qu’on pouvait trouver mieux, et il a imaginé la chaudière dont nous donnons le croquis (fig. 2). Il en place huit par paires sur le Hornet, de là
- Fig. 2. — Nouvelle chaudière Yarrow employée dans le Hornet.
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- ses quatre cheminées, soit deux de plus que le Havock, et par suite une plus grande surface de grille : 15 mètres carrés sur le IJomet et 745 mètres de surface de chauffe, tandis que le Havock ne possède que 9 mètres de l’une et 450 mètres de l’autre. Cette subdivision de l’appareil moteur présente en outre plusieurs avantages. Elle permet d’abord de remplacer facilement et rapidement (40 minutes) ces chaudières par suite d’usure, et ensuite de conserver une certaine puissance et une certaine vitesse au bâtiment au cas où l’une des chaudières serait mise hors de service. Elles pèsent 45 tonnes, et pour éviter les brûlures, leurs tubes, qui sont en cuivre et n’ont que 25 millimètres de diamètre, sont remplis d’eau. Elles actionnent des machines à triple expansion d’environ 4300 chevaux indiqués. Enfin, comme M. Normand, le constructeur des deux contre-torpilleurs anglais a pris des dispositions pour réduire les vibrations qu’impriment les hélices à la coque des torpilleurs en marche, et qui en rendent le séjour souvent si pénible. D’après la commission d’essai, ces vibrations seraient nulles.
- Le Hornet est le second bâtiment sur lequel M. Yarrow a fait l’expérience de son nouveau type de chaudières. Il l’avait précédemment essayé sur l’un des petits torpilleurs qu’il a construits pour la République Argentine. 11 avait réalisé 18n,ll par heure avec 250 chevaux indiqués. Ces résultats ont engagé l’amirauté anglaise à ne plus employer que des chaudières de ce genre pour les torpilleurs de lre classe. Les chantiers qui les construisent en ont donc commandé à M. Yarrow, qui a pris un brevet. Celui-ci vient de passer un marché avec le gouvernement russe pour la fourniture d’uu torpilleur de 29 nœuds. Il y a lieu de supposer que, d’ici à la livraison de ce bâtiment, M. Yarrow aura apporté quelques perfectionnements à son invention, et elles sont essentielles. Dans les grandes manœuvres de 1894, les aînés du Hornet n’ont pas échappé à l’épidémie qui sévit sur les navires extra-rapides ; ils ont eu des avaries assez sérieuses. Enfin, — et c’est là un vice plus que rédhibitoire, — les contre-torpilleurs de la classe du Hornet, etc. (220 tonneaux) promènent avec eux, pendant la nuit, une aigrette de flammes assez compromettante; elle décèle leur présence à l’ennemi ; elle les expose en outre à l’incendie, si bien que leurs équipages sont contraints d’inonder sans cesse tout ce qui, sur le pont, pourrait prendre feu. L. Renard.
- CULTURE DE LA VANILLE AU MEXIQUE’
- La région du Mexique dans laquelle on trouve la vanille est le district de Papantla, au sud-ouest de Tuxpan, à trente milles euviron du golfe du Mexique, entre les rivières Nautla et Tuxpan. Elle pousse facilement et sa culture ne présente pas de grandes difficultés. Elle croît à l’état sauvage dans les forêts et sur les collines peu élevées
- 1 Vov. Le Vanillier, m 308, du 26 avril 1879, p. 325.
- avec une telle abondance que l’odeur qu’elle répand incommode parfois. A l'état sauvage elle est considérée comme la propriété de tous et cueillie par les indigènes sans aucun frais, si ce n’est ceux de la cueillette elle-même. Une colonie française, établie sur les bords de la Nautla, s’adonne à la culture de la vanille dans une large mesure et semble l’avoir améliorée.
- La vanille se plaît sur un sol glaiseux, riche, sablonneux, ou sur la terre végétale qui n’est pas trop sèche et qui est ombragée à l’état sauvage par les arbres des forêts, à l’état cultivé par de petits arbres plantés à cet effet. La température à laquelle elle vient est d’environ 85 degrés Fahrenheit en moyenne pendant l’année, sans grand froid et sans grande chaleur, et l’altitude est d’environ mille pieds au-dessus du niveau de la mer.
- Le vanillier est semblable au houblon, mais il atteint une hauteur plus grande ; quant à son développement, des boutures de la plante sont plantées par trois, au pied de petits arbres, dans le sol préparé par la bêche ou retourné auprès de l’arbre. Ces arbres sont à huit ou dix pieds l’un de l’autre, la tige du vanillier les entoure et grimpe jusqu'au sommet, d’où elle est conduite par des perches d’un arbre à l’autre, comme dans une houblon-nière. La terre entre les arbres n’est pas remuée, excepté auprès des racines où on la retourne deux fois par an. La plante ne produit pas la première année et ne donne que fort peu la seconde, mais la troisième amène une récolte complète qui est d’environ 10 à 12 onces pour les gousses de premier choix, et de 10 à 16 pour celles de second choix. La plante dure dix ans.
- La récolte a lieu du 1er octobre au 1er janvier. En ramassant les gousses il faut avoir soin de ne pas les froisser et de ne pas les entasser en grande quantité, parce que l’excès de chaleur les gâte.
- Les gousses sont placées dans des fours à cuire, chauffés à 120 degrés Fahrenheit, pendant vingt-quatre heures; ensuite on les enveloppe dans des couvertures de laine et on les expose au soleil, ou bien, suivant un autre procédé, on les sèche à l’ombre.
- Les gousses sont alors réunies en petites bottes de 50 et enveloppées d’une feuille d’étain. Les meilleures sont généralement mises dans des cylindres d’étain fermés aux deux extrémités, par 50 également, d’une livre chacun, et alors elles sont prêtes à être vendues. Ce sont, les Indiens de la contrée qui cueillent la vanille moyennant un salaire d’environ 2fr,50 par jour (valeur mexicaine) sans être ni nourris ni logés; toutefois ce prix varie.
- La vanille vaut environ 19 francs la livre (valeur mexicaine) ; la meilleure coûte beaucoup plus et la moins bonne beaucoup moins. La culture de la vanille est considérée comme très rémunératrice et comme très facile.
- LES PIERRES MEULIÈRES.
- COMMENT ELLES SE SONT FAITES
- Si nulle roche n’est plus universellement connue -que la pierre meulière, il n’en est guère aussi dont l’origine soit entourée de plus d’incertitudes. On ferait un gros livre rien qu’en analysant les hypothèses imaginées pour rendre compte des conditions de formation de ce vulgaire élément du macadam, des muraillements de nos égouts, de nos réservoirs et de nos fortifications, employé exceptionnellement maintenant à la confection des meules de moulins.
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- On sait qu’au point do vue chimique la meulière n’est guère formée que de silice à peu près pure, et c’est une raison qu’on a fait valoir pour y voir un produit déposé par des sources analogues aux geysers de l’Islande et des États-Unis. Mais c’est en même temps une roche parfois pétrie de fossiles, pleine de char as et de lyninées, de nénuphars et de pla-norbes, et rien dans son allure n’indique pour elle un régime originaire bien différent de celui qui a présidé au dépôt des calcaires lacustres. Cependant ce n’est pas un simple produit de précipitation mécanique, puisque les coquilles et les plantes y sont ' aussi siliceuses que la masse générale qui les empâte. Aussi a-t-on cru sortir d’embarras en supposant que, au moment du dépôt, des sources siliceuses sourdaient au fond des laes dans lesquels vivaient les différents organismes dont les vestiges se sont conservés jusqu’à nous.
- C’est en particulier l’opinion qui a été développée à l’égard de cette si intéressante meulière du terrain houiller qui forme en partie la butte de Saint-Priest, auprès de Saint-Etienne, et qui renferme des graines de Cycadées dont l’étude a été incomparablement fructueuse pour M. Bernard Renault et pour ses émules. Et il faut remarquer cette tendance universelle qu’on a eue, au début des études géologiques, de donner, à tous les éléments qui composent une couche du sol, l’âge de cette couche elle-même, ce qui est tout à fait inexact. En réalité la substance, dont une couche un peu ancienne était constituée au début, a été remplacée par des matières nouvelles qui en ont pris la place en totalité ou en partie, à la faveur des phénomènes dont les entrailles de la terre sont le théâtre et qui, par leur activité jamais lassée, font du milieu géologique une localité aussi vivante que les profondeurs de l’organisme animal ou végétal.
- Cependant les géologues admettent la transformation des matières composant beaucoup de couches, et le métamorphisme est maintenant au nombre des vérités les mieux établies. Seulement on a d’abord voulu le faire agir, lui aussi, à une époque déterminée. Ainsi, pour les meulières on admettait qu’un sédiment lacustre s’était déposé avec une constitution complexe où s’entrelacaient des parties calcaires et des parties siliceuses. A un certain moment, après la consolidation de la roche, des sources acides s’étaient déversées sur le terrain et avaient dissous le calcaire pour laisser les squelettes siliceux parfois caverneux qui sont les meulières. On prétendait ainsi expliquer beaucoup de faits, comme la superposition assez fréquente des meulières à un travertin calcaire analogue par l’allure et par les fossiles, ainsi qu’on le voit par exemple à la Côte-Saint-Martin-d’Elampes. Mais, outre que l’explication manquait pour la production première des parties siliceuses qui sont seulement isolées par le dissolvant, les difficultés se sont accumulées de façon que personne ne croit plus à cette origine.
- 11 y a cependant une foule de laits d’observation bien ancienne et chaque jour renouvelée qui rendent
- la question des meulières beaucoup plus simple qu’on n’avait d’abord cru, — si simple même qu’on éprouve quelque résistance à lui voir si peu de complexité. Et c’est à l’appui de cette manière de voir que je crois intéressant de mettre sous les yeux de nos lecteurs la figure ci-jointe (p. 188), dessinée d’après un échantillon que j’ai eu la bonne fortune de recueillir très récemment aux environs immédiats de Paris et qui me parait très éloquent.
- Les faits auxquels nous faisons allusion concernent la silicification de corps organisés variés enfouis sous des couches du sol qui peuvent n’être elles-mêmes aucunement siliceuses. Ainsi, aux environs de Pontoise, à Pierrelaye, de même qu’à Puteaux et ailleurs, on trouve des bancs de calcaire grossier, friable, parfaitement soluble dans les acides, et qui' contiennent des quantités de coquilles entièrement transformées en silice pure. Celles-ci sont parfois translucides, rappelant l’agate; et, comme elles résistent aux acides, on peut les isoler d’une façon très parfaite de la roche qui les contient.
- C’est bien plus fréquemment encore qu’on rencontre des bois complètement transformés en silice dans des terrains de composition quelconque. Plusieurs niveaux géologiques des environs de Paris sont connus pour renfermer des troncs d’arbres dicotylédons ou gymnospermes, et spécialement des conifères qui sont dans ce cas et dont les cavités sont même fréquemment tapissées de cristaux de quartz parfaitement caractérisés. C’est de la même origine que dérivent les célèbres forêts silicifiées du Caire et de l’Arizona, ainsi que ces échantillons de bois fossiles disséminés dans la terre végétale des environs d’Autun et dont l’étude microscopique a enrichi, d’une façon si inespérée, la botanique de l’époque carbonifère.
- Dans bien des cas la silicification des corps organisés fossiles ne s’arrête pas à leur limite exacte et intéresse aussi une région plus ou moins épaisse du terrain encaissant. Ainsi à Pierrelaye, déjà cité, à côté des coquilles bien isolées que je mentionnais seules tout à l’heure, on en voit qui sont solidement fixées à des plaquettes quartzeuses avec lesquelles elles font corps et qui sont plus ou moins étendues. Cette remarque a une grande importance, en montrant que la silicification des coquilles, et par conséquent des bois, résulte du même phénomène que la concrétion des plaquettes. Celles-ci peuvent avoir toutes sortes de formes, et fréquemment sont tuberculeuses, capricieuses, identiques par leurs accidents avec les rognons de silex de la craie blanche. Dans tous les cas, ce qui domine, ce sont des phénomènes de concrétion lente réalisée par des réactifs dont l’énergie chimique est certainement très modeste.
- A cet égard on remarque en effet que les roches calcaires, au voisinage des concrétions siliceuses, ne manifestent aucune trace de corrosion ou d’attaque du genre de celles que les véhicules ordinaires employés par les chimistes pour précipiter de la silice auraient nécessairement provoquées. Bien plus, on
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- rencontre à chaque instant dans des rognons de silex de la craie, même pourvus en leur centre de géodes quartzeuses, des test de mollusques et d’oursins restés parfaitement calcaires. C’est la contrepartie des coquilles siliceuses dans le calcaire de Pierrelaye et c’est un nouveau témoignage de la lenteur et de la douceur de la réaction.
- Or, ce témoignage peut s’étendre de l’histoire des fossiles silicifiés et de celles des rognons de silex à l’histoire même des meulières, et c’est à ce propos ï[ue l’échantillon dessiné à l’appui du présent article semble avoir une portée très nette. C’est un hloc de meulière qui, vu par la face opposée à celle qu’on a représentée, ne diffère en rien des meulières les plus communes; mais du coté que nos lecteurs ont sous les yeux, il a l’aspect d’un tuf. C’est un enchevêtrement de déhris végétaux extraordinairement délicats dans lequel sont couchées des coquilles lacustres et avant tout une belle lymnée et plusieurs planorbes, sans compter des bithynies, etc. On croirait à une de ces pétrifications si élégantes et si rapides qui se fa-briquent par exemple à l’usage des touristes dans le bassin des sources de Clermont-Ferrand, de Carlsbad et de Tivoli. Seulement la substance en est, non pas du calcaire, mais de la silice à peu près anhydre et tout à fait inattaquable aux acides.
- L'échantillon provient d’une petite carrière ouverte au-dessus de Champigny, sur la rive droite de la Marne, au bord de la route qui va à Chennevières. Dans l’excavation, on voit, sous la terre végétale, une hauteur de 2m,30 de meulières associées à des argiles jaunâtres d’ailleurs peu abondantes; au-dessous se présentent les marnes supérieures au gypse, visibles sur plus de lm,5Û et remarquables par la présence au milieu de la glaise verte d’un cordon de rognons calcaires jaunes à cassure très spathique dont la présence semble spéciale à la localité. C’est tout à fait à la partie supérieure du terrain de meulière que se trouvent les silicifications de plantes et de coquilles lacustres.
- La vue des échantillons, rapprochée de l'étude du gisement, conduit à cette conclusion que la meulière résulte évidemment d’une silicification très lente de toute la couche du sol où on l’exploite et qui, à l’origine, était vraisemblablement calcaire, comme le
- calcaire de Rrie proprement dit. On avait les coquilles silicifiées, les arbres silicifiés; il faut admettre les assises silicifiées, et par le même procédé lent et tranquille qui conserve, dans la silice conerétée les cellules constitutives des tissus organiques et toutes les particularités de structure des couches minérales. Sans doute les herbes et les test de coquilles étaient déjà fossilisés en calcaire, quand la silice a pris peu à peu la place du carbonate de chaux et peut-être des siècles ont-ils été employés à cette substitution.
- 11 y a des localités où l’on voit, pour ainsi dire, le phénomène à l’œuvre : à Villejuif par exemple, un côté de la route de Paris est encore en calcaire de Rrie, pendant que l’autre côté est déjà en grande partie transformé.
- Reste à voir d’où provient la silice si mobile qui circule dans les couches jusqu’à ce qu’une raison déterminante la fasse précipiter en certains points. Il
- semble tout à fait probable qu’elle dérive de réactions où les forces biologiques interviennent comme des collaboratrices très actives. Certains infusoires, certaines ]liantes inférieures, comme les diatomées, jouissent de la propriété de fixer dans leurs tissus la silice dissoute en dose infinitésimale dans les eaux marines et dans les eaux douces. Leurs carapaces accumulées font dans certains points une portion notable de l’épaisseur des sédiments. La silice ainsi isolée est loin d’être insoluble comme le cristal de roche dans les eaux carbo-niquées ou même pures qui circulent dans les roches; elles alimentent en divers points des suintements siliceux qui peuvent abandonner leur silice en divers points, et surtout là où déjà, pour une raison ou pour une autre, la précipitation a commencé. La matière organique, si tenace dans les fossiles calcaires, doit ici jouer un rôle déterminant et provoquer fréquemment la précipitation dont il s’agit.
- En tout cas, les observations qui précèdent signaleront à nos lecteurs un chapitre de plus où il est logique de substituer l’intervention de phénomènes lents et tranquilles du genre des actions actuelles, à des réactions compliquées ou intenses qu’on s’était plu tout d’abord à imaginer pour expliquer l’origine des meulières et des masses pierreuses analogues. Stanislas Meunier .
- Meulière mousseuse et coquillèrc de Chennevière, éclairant par sa structure le mode de formation des meulières (1/2 de la grandeur naturelle). — Échantillon du Muséum d’histoire naturelle.
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- LE SEIGLE ET SV CULTURE
- Le seigle tend de plus en plus à disparaître de nos exploitations agricoles, pour faire place au froment, dont la farine, beaucoup plus fine, donne un pain de qualité bien supérieure. Néanmoins sa culture subsiste encore, et acquiert meme une assez grande importance, dans quelques départements pauvres et déshérités au point de vue de la nature géologique de leur sol ; tels sont la Creuse, le Morbihan, la Marne, le Cantal, la Lozère.
- L’absence absolue de calcaire ne porte nullement préjudice à la végétation du seigle; tandis que dans les terrains qui en sont dépourvus, le froment ne pourrait venir, ou tout au moins donnerait des produits dérisoires.-Sa grande rusticité le fait souvent employer dans les régions froides etélevées.
- Dans certaines contrées montagneuses, on le voit parfois arriver jusqu’à 2000 mètres d’altitude.
- Je n’ai certainement pas l’intention de passer en revue, dans ce court exposé, les différentes régions françaises, qui produisent chaque année une plus ou moins grande quantité de seigle ; je prendrai simplement comme type le département de la Lozère, en insistant sur sa situation géologique et sur les améliorations possibles à apporter dans ses cultures.
- Le département de la Lozère peut être divisé, sous le rapport des terrains, en quatre régions bien distinctes : les régions calcaire, schisteuse, basaltique et granitique.
- La première est entièrement comprise dans le jurassique inférieur, moyen et supérieur, et, en dehors des terres de vallées, forme ces immenses murailles calcaires ou dolomitiques des Causses de Sauveterrc et de Méjean, à travers lesquelles le Tarn s’est frayé un lit en traçant ces merveilleuses gorges si admirées aujourd’hui de tous les touristes.
- La deuxième englobe une partie des Cévennes dans l’arrondissement de Florac et fournit un schiste grossier, quelquefois employé par les entrepreneurs, pour les couvertures de maisons. Enfin, les deux dernières, formées de roches éruptives, se rencontrent soit dans l’arrondissement de Marvejols, soit
- dans celui de Mende, en un mot, dans toute la partie nord du département.
- La partie basaltique est généralement confinée sur les limites de l’Aveyron, du Cantal et de la Haute-Loire. Elle se rattache, soit directement, soit indirectement, aux anciens volcans d’Auvergne.
- La région granitique, de beaucoup la plus importante, comprend toute la Margeride et ses ramifications. Elle est formée de granités, microgranulites, et porphyrites micacés. C’est là que, en dehors de l’élevage, les cultures de seigle deviennent très importantes et qu’elles seraient susceptibles encore de beaucoup d’améliorations.
- La désagrégation de la roche sous-jacente ne produit que des sols très friables où ne peuvent croître et se développer que des plantes d’une rusticité à toute épreuve. Dans ces terrains, les tiges maigres et
- chétives des céréales ne supportent généralement qu’un épi rabougri, renfermant un nombre très limité de grains. Les cultures de seigle du pays sont généralement peu productives. La nouvelle variété, dite de Schlanstedl, est appelée à rendre d’immenses services aux propriétaires placés dans des conditions aussi désavantageuses. Le seigle de Schlan-stedt est d’origine danoise. Il fut importé chez nous dans ces dernières années, par M. Schribaux, l’éminent professeur de l’Institut national agronomique. Des cultures comparatives furent faites à l’École du Grand-Reslro, dans le Morbihan, en même temps qu’au champ d’expériences de Joinville-le-Pont. Les résultats furent des plus concluants dans les deux endroits, et les rendements dépassèrent de beaucoup ceux qui avaient été obtenus jusqu’alors avec toutes les autres variétés indigènes.
- Dans le but d’être utile à la population rurale de la montagne, j’en fis venir moi-même une certaine quantité, pour tenter sa culture dans mon champ d’expériences de Marvejols. Les conclusions furent des plus satisfaisantes, et depuis deux ans, mes cultures de Schlanstedt font l’admiration des agriculteurs de la région. Plusieurs sont déjà venus me demander des semences pour les emporter dans leurs domaines. J’ai pu suivre en partiqHeurs cultures, et les récoltes obtenues par eux ont été à peu près
- Tiges de seigle de Schlanstedt de 2 mètres à 2”,25 de hauteur. Expériences de Marvejols (Lozère) en 1894. (D’après une photographie.)
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- identiques aux miennes. Tandis qu'avec le seigle de pays, je n’obtins guère que 15 quintaux métriques de grains par hectare, je pus arriver avec le Sehlanstedt à 20 et même 21, chiffres inconnus jusqu’alors dans la contrée. La hauteur de la tige était de 2 mètres à 2m,25 et celle de l’épi 0m,18 couramment, 0'“,20 et même quelquefois 22 centimètres. Il est facile de s’en rendre compte par la photographie annexée à ce travail. Nous en donnons à la page précédente une reproduction. On voit en effet qu’un homme de taille ordinaire est obligé de courber sensiblement les épis pour pouvoir les examiner à son aise. La végétation de la plante avait été accélérée par un léger apport de nitrate de soude, 180 kilogrammes environ par hectare, répandus au printemps en couverture et en plusieurs semis partiels.
- On a fait contre le seigle de Sehlanstedt, soit sous le rapport de sa rusticité, soit sous le rapport de sa production, diverses objections qui ne sont échafaudées sur aucune base sérieuse. Sa rusticité est incomparable, on l’a vu résister aux hivers les plus rigoureux sans être nullement incommodé. C’est ainsi qu’il a pu supporter assez facilement l’hiver de 1890-1801. Il est néanmoins un peu plus tardif que nos variétés françaises; mais cette particularité, loin d’être à critiquer, ne peut au contraire qu’être avantageuse. N’ayant pas à supporter les gelées de printemps, il est moins sujet à la coulure. De plus, à cause de sa maturité tardive se produisant à peu près à la même époque que celle du froment avec lequel on est susceptible de le mélanger, il est certainement beaucoup plus précieux [tour les producteurs de méteil1.
- Si le sol est fertile, le seigle de Sehlanstedt, au lieu de renfermer deux grains dans chaque épillet, en porte trois et même quelquefois quatre. La ramification de l’épi ferait presque croire à une nouvelle variété, quoiqu’en réalité ce soit une forme amplifiée de la première. En somme, c’est une excellente variété à propager, capable de rendre d’immenses services à notre Lozère comme à tous les pays à seigle. Albert Vilcoq,
- Professeur (l’agriculture
- de l'arrondissement de Marvejols (Lozère).
- CHRONIQUE
- Les origines de la pomme de terre. — Beaucoup de personnes s’imaginent à tort que l’acclimatalion de la pomme de terre en Europe ne date que de Parmentier. Des documents, communiqués par MM. de Vilmorin et Ileuzé à la Société d’agriculture, il résulte que l’origine de ce précieux tubercule est très ancienne. La pomme de terre, on le sait, croît spontanément au Pérou, au Chili, dans les Cordillères méridionales et les îles voisines; il paraît qu’elle était déjà cultivée sur le littoral
- 1 Mélange de seigle et de froment, utilisé dans les terres de qualité secondaire, ne permettant pas la culture du froment seul.
- de l'océan Pacifique bien avant la conquête de l’Amérique. D’Amérique, elle avait passé, à la lin du seizième siècle, en Espagne et en Italie, où elle était connue sous le nom de taralouffli (truffe de terre). L’amiral Drake, qui l’avait d’abord introduite dans les colonies anglaises de l’Amérique septentrionale, paraît l’avoir aussi apportée de Virginie à Londres; elle y fut apportée de nouveau en 1623 par Walter Raleigh. D’après Humboldt, la culture en grand s’en fait dans le Lancashire depuis 1654, en Saxe depuis 1717, en Ecosse depuis 1728, en Prusse depuis 1758. Après 1771, elle se généralisa dans toute l’Allemagne. En France, la pomme de terre fut préconisée par Gaspard Bauhins, et, dès ce moment, se propagea dans la Franche-Comté, les Vosges et la bourgogne (1592); mais elle fut bientôt abandonnée parce qu’elle passait pour être une substance pernicieuse pouvant donner la lèpre! En 1761, Duhamel en recommande la culture, et Turgot se fait délivrer par la Fac : é de médecine un certificat constatant que la1 pomme ce terre constitue un aliment substantiel et sain. Dès ce moment, on la cultive dans l’Anjou et le Limousin, mais ce n’est que depuis Parmentier, ce grand bienfaiteur de l'humanité (1778), qu’elle prend l’extension qi c l’on sait. II. C.
- Champ de glace de patinage à Strasbourg. —
- On a beaucoup patiné cet hiver à Strasbourg, mais les habitants, quand il gèle, n’attendent pas la prise des lacs ou des rivières; au premier jour de gelée, ils préparent un champ de glace. Voici comment procèdent les ouvriers chargés de ce travail. Le terrain, aussi bien nivelé que possible, est entouré d’une sorte de trottoir formant banquette, de 0m,50 de hauteur environ, puis dès qu’il gèle on arrose le sol durci pour obtenir une première couche de glace, ensuite on y fait couler de l’eau au moyen de longs tuyaux adaptés à une ou deux prises de la Ville, de façon à y répandre chaque fois une couche d’eau de un centimètre d’épaisseur environ qu’on laisse geler; quand on a obtenu ainsi quatre à cinq centimètres d’épaisseur, le champ est prêt : c’est l’affaire de deux jours. Le terrain affecté au patinage à Strasbourg est un rectangle de 1 10 mètres sur 70 mètres pour la piste, plus les trottoirs, quelques dépendances, buvette, chauff'oir, etc. ; il suffit pour les évolutions de 1000 patineurs et il y en a le double parfois. Une équipe de dix à douze hommes est occupée à balayer la piste tous les jours, et l’on y fait couler chaque nuit uue nouvelle couche d’eau pour compenser l’usure produite par les patins ; il y a quatre mats électriques pour le soir. Il suffit de deux à trois jours pour former un pareil champ de glace, alors qu’il faut beaucoup plus de temps pour patiner avec sécurité sur un lac.
- Peaux de singe. — Parmi les produits qui constituent la richesse de la Côte d’Or, la Revue des sciences naturelles appliquées mentionne les peaux de singe. Ces peaux, très recherchées par les tailleurs, se vendent couramment 5, 8 et 9 shillings pièce. Le quadrumane qui fournit ces peaux est connu des naturalistes sous le nom de Colobus vellerosus ; il est de la taille d’un grand chien ; son pelage est noir, long et soyeux; il a le museau blanc et une longue queue blanche. Les statistiques de la colonie de la Côte d’Or font mention de quantités considérables de ces peaux qui sont exportées de Cap Coast, de Salpond et d’Accra. Celte exportation s’est élevée en 1891 à 187 000 peaux, évaluées à la Côte à plus de 50000 liv. st. Enfin, pendant les huit dernières années, elle a atteint le chiffre de 1075000 peaux. Les conditions de la faune de notre colonie de la Côte d’ivoire et de THinterland (le
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- pays de Kong) étant sans doute les mêmes, le tratic des peaux de singe ne peut manquer d’attirer l’attention de nos négociants établis dans ces contrées.
- Hivers modes de pavage. — La question du pavage des rues est très délicate. Le charretier réclame du gros pavé, le cycliste de l’asphalte et le piéton du pavé en bois. M. Levis H. Isaac a eu la bonne idée de résumer dans le tableau suivant les bons et les mauvais côtés des différents systèmes de pavage.
- AU TOINT DE VUE 1" RANG. 2* RANG. 3” RANG.
- De l’hygiène................. Asphalte. Granit. Bois.
- Du moindre bruit............. Bois. Asphalte. Granit.
- De la sécurité pour les chevaux.. Bois. Asphalte. Granit.
- De la propreté............... Asphalte. Granit. Bois.
- De la durée.................. Granit. Asphalte. Bois.
- De l’économie................ Granit. Asphalte. Bois.
- Des facilités de réparation.. Asphalte. Bois. Granit.
- Des facilités pour la pose des rails. Granit. Bois. Asphalte.
- Ce tableau est évidemment artificiel; il est cependant intéressant. Nous sommes convaincu toutefois que le pavage en bois, surtout celui en bois dejarrah, dont nous avons parlé précédemment, est le meilleur. H.-C
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 février 1895. — Présidence de M. Marey.
- La préparation et les propriétés du titane. — M. Moissan s’est préoccupé de déterminer exactement les propriétés du titane, propriétés peu connues parce que le titane obtenu sous forme de matière pulvérulente est loin d’avoir la pureté requise pour une étude chimique. Ces poudres résultent de l’action des métaux alcalins sur les fluotitanates; elles renferment de l’azoture de titane, car le métal possède une grande affinité pour l’azote. On y rencontre aussi du potassium ou du sodium, de l’oxygène et du silicium. La réduction, dans le four électrique, de l’acide vanadique et de la silice donnèrent lieu de penser à M. Moissan que l’acide titanique pourrait être décomposé par la môme voie. Le résultat de la tentative a été différent suivant la nature de l’arc employé. Avec un arc électrique produit par une machine d’une puissance de quelques chevaux, on obtient une poudre bleue cristallisée de protoxyde de titane. Avec une machine de 45 chevaux on obtient une matière jaune à cassure de bronze constituée par de l’azoture de titane. M. Moissan a également préparé un carbure défini et cristallisé. Enfin, en soumettant un mélange d’acide titanique et de charbon à l’action d’un arc produit par une machine de 100 à 500 chevaux, il a pu préparer le litane fondu. Ce métal est le corps le plus réfractaire que M. Moissan ait obtenu jusqu’ici à l’aide du four électrique. Il est plus difficilement fusible, en effet, que le chrome pur, le tungstène, le molybdène, l’uranium et le zirconium. C’est un corps extrêmement dur qui taille le diamant. M. Moissan relate l’expérience suivante : si dans le creuset du four électrique on place le mélange d’acide titanique et de charbon, puis que l’on fasse agir un arc actionné par une machine de 500 chevaux, la partie supérieure sur une épaisseur de 1 à 2 centimètres donne du titane fondu; puis le culot présente une couche d’azoture et en dessous de celle-ci du protoxyde bleu. M. Moissan a réussi à préparer une fonte qui ne contient que 2 pour 100 de carbone. Ce titane a pour l’azote une affinité moins grande que la poudre résultant de l’action d’un métal alcalin sur les fluotitanates. Toutefois ce titane pulvérisé
- brûle dans l’azote à la température de 800°; il se combine de même au moment de l’incandescence avec l’oxygène, à la température du rouge. Il ne décompose la vapeur d’eau qu’à une température supérieure à 700°. Le titane s’unit facilement à l’iode pour donner un iodure ; il est soluble dans le plomb, le cuivre et le fer. M. Moissan ajoute que par l’ensemble de ses propriétés, le titane se rapproche des métalloïdes et particulièrement du silicium.
- La composition des chlorophylles. — Un grand intérêt s’attache à la connaissance de la matière verte des feuilles, déjà étudiée par de nombreux savants, car celle-ci joue un rôle prépondérant dans la vie des végétaux. M. Étard a opéré des recherches sur cette question, et, dans une intéressante Note, il conclut qu’il n’existe pas une chlorophylle unique, mais un grand nombre de chlorophylles spéciales à chaque espèce végétale. Chaque plante même peut en renfermer plusieurs variétés suivant la nature des fonctions biologiques de la matière verte. M. Étard a particulièrement étudié l’une des chlorophylles de la luzerne. Il montre que sa formule C42H63Az04 s’écarte nettement de la formule de la première chlorophylle qu’il avait extraite de la même plante C28 II43 Az O4, formule dont il avait établi d’une façon incontestable le poids moléculaire. Cette seconde chlorophylle de la luzerne, la médicagophylle p, est la plus abondante parmi celles qui donnent lieu aux transformations vitales des végétaux. Elle paraît spécialement affectée à la formation des sucres, des extraits ou des gommes.
- Emploi du phosphate d'alumine comme substance fertilisante. — M. Andouard, directeur de la station agro-nomiquede Nantes, s’est appliqué à rechercher si le phosphate d’alumine pouvait être substitué au phosphate de chaux pour les usages agricoles Dans ce but, il a cultivé dans un sol de sable et d’argile faiblement pourvu d’éléments fertilisants, la balsamine, le lin d’été, la moutarde blanche et le sarrasin, en leur donnant comme aliment phosphoré, soit du phosphate d’alumine dit du grand-connétable, soit l’un des phosphates de chaux les plus employés. Les quatre plantes cultivées au phosphate d’alumine se sont développées plus rapidement que les autres et les ont dépassées en hauteur. La floraison s’y est montrée plus précoce et la fructification plus riche. Leur poids à l’état sec était de deux à dix fois plus fort que celui des mêmes plantes cultivées au phosphate de chaux. Ce sont celles qui contenaient le plus d’azote et d’acide phosphorique. M. Andouard s’occupe en ce moment de rechercher si ces résultats seront confirmés en grande culture. Dans ce cas, le phosphate du grand-connétable mériterait d’être classé parmi les phosphates les plus actifs. M. Dehérain ajoute que la raison de cette assimilation plus grande paraît résider dans la solubilité de ce phosphate dans les sels ammoniacaux. M. Gautier fait remarquer qu’il a déjà signalé des résultats semblables obtenus à l'aide des phosphates d’alumine de la Minerve.
- La recherche du grisou dans les mines. — M. Cornu lit un rapport sur l’appareil imaginé par M. Hardy pour déceler la présence du grisou dans les mines. On se rappelle que cet appareil, dont La Nature a donné la description, repose sur les variations de densité qu’éprouve l’air par suite de l’introduction d’une certaine quantité de grisou. Les variations de densité sont mises en évidence à l’aide de deux tuyaux sonores dont l’un entre en vibration par l’effet d’un courant d’air pur et dont l’autre reçoit le mélange d’air et de formène. Toute variation de densité occasionne des battements, lorsque les
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- LA NATURE.
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- deux tuyaux vibrent simultanément, et le nombre des battements, pendant l’unité de temps, permet de déterminer la densité du mélange et, par suite, sa composition. Des expériences ont été pratiquées au Conservatoire des Arts et Métiers en présence d’une commission nommée par l’Académie. On a eu soin dans ces expériences de dépouiller les gaz de toute trace d’humidité et d’acide carbonique, et de maintenir l’air ainsi que le mélange à la même température. Les épreuves ont permis de contrôler l’exactitude des résultats annonces parM. Hardy. Des proportions de 0,5, et même 0,25 et 0,20 pour 100 ont pu être décelées. La commission reconnaît donc l’excellence de l’appareil dans le cas où le formène entre seul en mélange avec l’air; mais elle émet le vœu que l’appareil reçoive un dispositif transmettant les battements à distance pour en faciliter la perception. Elle désirerait également que chaque battement puisse actionner un enregistreur, de manière à présenter un diagramme aux yeux de l’ingénieur chargé de la surveillance de la mine.
- Election. — M.
- L. Guignard est élu membre de la section de botanique, en remplacement de M. Duchartre, par 29 voix contre 11 données à M.
- Bâillon, 8 à Sl.Pril-lieux, 4 à M. Bureau, 3 à M. Maxime Cornu, 1 à M. Renault, 1 àM.Zeiller.
- Varia. — M.
- Faye présente le tome V des Annales de l'Observatoire de Nice. —
- M. Pottier adresse une Note sur la mesure des intensités lumineuses.
- Cil. DE VlLLEDEL’ll..
- LES BONSHOMMES UE NEIGE
- Les chutes de neige, qui ont été abondantes cette année, ont donné une grande extension à cet art, ancien comme le monde, de la confection des bonshommes de neige. Un de nos collaborateurs qui a son château dans le département des Basses-Pyrénées, nous a envoyé la photographie du bonhomme de neige que nous reproduisons ci-dessus et qui est l’œuvre de la jeunesse de sa famille. C’est un ours au regard terrible, auquel on apporte son repas, une bouteille de vin d’Espagne.
- La glace, où elle se forme, et la neige, dans les pays où elle tombe, servent souvent aux amusements de leurs habitants. 11 s’agit bien ici de récréations scientifiques. Nous avons décrit les maisons de glace que construisent les Russes : elles prennent parfois la proportion d’une villa de campagne1. On a souvent
- 1 Vov. Une maison de glace à Moscou. N° 792, du 4 août 1888,
- p. 160.
- fait en Belgique et dans d'autres pays des concours de statues de neige où les sculpteurs prenaient part. Michel-Ange jadis s’amusait à faire des statues de neige1. Ce n’est pas toujours un futile plaisir, et il y en a eu parfois de faites par des artistes, qui ont captivé l’admiration du public.
- La confection de la statue de neige permet d’observer le curieux phénomène de la regélation de la neige. Quand on pétrit la neige entre les mains, les flocons se soudent ensemble, et forment une masse homogène compacte ; si la pression était très forte, la neige comprimée se transformerait en glace. Ce phénomène a été très étudié par les géologues; il explique la formation des ponts de neige, et celle des glaciers eux-mèmes. Tyndall a donné dans ses nombreuses études sur les glaciers des observations nouvelles sur ces remarquables propriétés
- de la neige.
- La neige olfre encore un autre sujet d’observations intéressantes que l’on néglige trop souvent; nous voulons parler des cristaux de la neige, qui tombent souvent parmi les flocons informes. Ces admirables fleurs de glace, formant des étoiles hexagonales cristallisées, ont souvent captivé les observateurs , depuis Descartes, qui les dessina le premier, jusqu’à M. le professeur Ilellmann, qui en a publié de lort belles reproductions par la photographie2. Le 8 janvier dernier, à 10h50 du matin, il est tombé sur Paris des flocons de neige épais, entre lesquels il y avait des étoiles de neige de formes multiples, à six branches, du système cristallin hexagonal, et qui offraient des dentelures d’une grande variété et d’une admirable finesse. J’en ai vu tomber sur le zinc de mon balcon, qui n’avaient pas moins de 5 millimètres de diamètre. Il est beaucoup d’amis de la science qui, lorsqu’il neige, ne songent pas à chercher les étoiles cristallisées de la neige. C’est une recherche attrayante qui donne en petit un exemple des spectacles de la nature. G. T.
- 1 Voy. n° 920, du 17 janvier 1891, p. 111.
- 2 Voy. n° 1084, du 18 mars 1894, p. 225.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanüü;a l’uris. — Imprimerie Lahuiœ, rue de I'ieurus, 9.
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- N* 1154. 25 FÉVKIEfi 1895.
- LA N AT U UE.
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- L’A.YEN DE UONZE EN ARDÈCHE
- Fig. 1. — Oriticc de l'Aven de lionze (Ardèche). Enlrée de l'abri, (lt’après une photographie de l’auteur.)
- Les peuples qui, à l’àge de la pierre, vivaient sur le sol de la France, ayant à lutter contre les éléments et à se détendre des animaux, cherchaient un refuge dans les abris naturels qu’ils rencontraient dans leurs courses. Ils occupèrent ainsi les cavernes et les abris sous roches en surplomb, dont Bruniquel dans le Tarn-et-Garonne, Lauge-ric-Basse dans la Dordogne, les grottes de li^\e-zère ou de 1 Ardèche, nous offrent des exemples. Lorsque le terrain ne s’y prêtait pas, nos ancêtres de la préhistoire s’ingéniaient à reproduire les dispositions naturelles qu’ils avaient observées : ainsi furent creusées les grottes artificielles dont les grottes sépulcrales de la Cham-
- pagne sont un type. Plus tard, ceux d’entre eux qui habitaient au voisinage des lacs construisirent les
- huttes sur pilotis
- ----------------------------__—| des villages lacustres , tandis que les autres s’abritaient en des cabanes ; de terre et de branchages, dont on retrouve encore parfois les vestiges dans quelques-unes des nombreuses sta-| tions qui cou-
- vrent notre sol.
- Telles étaient les primitives demeures à ces lointaines époques de la pierre. Mais, peut-être, tous les genres d’habitation ne sont-ils pas encore connus. J’en ai récemment; rencontré un qu’on serait loin de soupçonner, l’habitation dans un aven.
- Les avens sont, on le sait, ces puits naturels, ces
- 13
- Fig. 2. — Avon de Rome. — 1 el 2. Poinçons en os. — 3. Pointe de lléclic. 4. Pointe losungique solutréenne. — 5. Fusaïole en terre cuite.
- 23” année. — i°r semestre.
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- L A iN AT U ILE.
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- abîmes qui s’enfoncent au sein des causses à une profondeur souvent considérable. Celui que je viens signaler se trouve sur les causses du lias-Languedoc et plus exactement dans cette enclave du département de l’Ardèche comprise dans le Gard, sur le causse qui' s’étend entre la commune de liarjac et le village d’Ürgnac : c’est l’aven de Douze, qu’il ne faut pas confondre avec la dépression indiquée sur la carte de l’état-major sous le nom de puits de Konze. Sans que rien en puisse indiquer la présence, au milieu des arbres rabougris du plateau, s’ouvre l'aven, dont la forme est celle d’un vaste entonnoir de 90 mètres de profondeur. 11 se compose de deux parties, de deux étages, l’un supérieur, vaste cuvette de 50 mètres de diamètre et de 10 mètres de profondeur; l’autre inférieur, longue galerie inclinée à 45 degrés. C’est le premier étage qui va nous intéresser, au point de vue de la paléo-Uhnologie.
- Son orifice est parfaitement circulaire (lig. 5), mais
- ^Plateau de Ronze
- iwtAbrisWsroche
- Salles latérales
- Echelle •• 25™
- Fig. ô. — Coupc île l’Aven do Ilonze.
- tandis que l’hémicycle sud tombe à pic vers le fond de la cuvette occupé par un cône détritique qui se prolonge jusqu’au fond de l’aven, l’hémicycle nord, au contraire, présente une disposition particulière dont rend compte la coupe ci-dessus (fîg. 5).
- La paroi de l’aven descend d’abord verticalement sur une étendue de 10 mètres, puis elle rencontre une faille horizontale qui la sépare du fond de la cuvette. C’est cette faille qui, en s’enfonçant sous le causse, parallèlement à sa surface, constitue cet abri, ou plus exactement cette grotte qu’une tribu avait choisie comme demeure et comme atelier (fig. l).
- La salle est superbe, il faut en convenir : bien exposée au midi, chaude et ensoleillée, elle a 25 mètres de long, autant de large, et 8 mètres de haut. Nul animal n’aurait tenté un saut de 10 mètres pour venir déranger les hommes qui vivaient et travaillaient en paix dans l’aven. Le sol, quelque peu irrégulier, composé de terre meuble, et de blocs détachés de la voûte ou des parois de l’aven, nous a donné la coupe suivante : terre végétale, 5 à 4 centimètres; couche de cendres, 10 centimètres; couche industrielle 55 centimètres. C’est
- celte dernière couche qui est la plus intéressante, et voici ce que nous y avons trouvé au milieu d’un dépôt de cendres, de charbons et de terre argilo-ealcaire fortement tassée. Tout d’abord, une quantité considérable d’éclats de silex, puis un certain nombre de pièces industrielles formant toute une série, depuis l’ébauche à peine dégrossie et abandonnée parce qu’elle ne venait pas bien, jusqu’à l’instrument à peu près terminé," mais rejeté parce qu'un dernier effort malheureux l’a brisé. Les instruments complètement achevés sont plus rares et cela se comprend, puisque les bonnes pièces ont été livrées au commerce. Celles qui sont restées montrent à quel degré d’habileté et de perfection ces hommes étaient arrivés dans la taille de leurs instruments (fig. 2).
- Ces instruments, quels étaient-ils? Des pointes de flèches, des dards, des lances, des javelots, dont la nécessité s’imposait à ces peuples essentiellement chasseurs, et obligés de se défendre souvent contre leurs semblables et contre les animaux toujours. Nous avons aussi trouvé des couteaux (fui ont été utilisés pour la vie quotidienne des habitants de l’aven : n’étant pas destinés à l’échange, ils sont grossièrement taillés et comme à la hâte; après avoir servi, ils ont été abandonnés et ils se trouvent encore dans la couche de cendres qu’on rejetait du foyer. Les dimensions de ces différentes pièces varient de quelques millimètres à 6 centimètres, longueur habituelle. Une pointe de lance, brisée au milieu, aurait mesuré 22 centimètres de longueur sur 7 de largeur maxima. Mais ce que l’on trouve surtout, ce sont ces fines pointes votives, destinées aux sépultures, aux dolmens.
- Les dolmens étaient fort nombreux dans la région et j’en ai relevé 55 sur un parcours de 12 kilomètres. Or, dans toutes ces sépultures, on a toujours trouvé des lames, des pointes du même type, d’une délicatesse extraordinaire (pointe n° 1 de la fig. 2) et d’une étonnante sûreté de retouche. Ce sont précisément ces pointes que l’on trouve dans l’aven de Ilonze et ce n’csl pas là le moindre intérêt de cette découverte. On ne connaissait pas, en effet, jusqu’à présent, l’atelier où ces pièces de luxe avaient été taillées. Les habitants de l’aven de Ilonze étaient de véritables artistes dont les produits étaient recherchés dans toute cette partie du midi de la France et étaient offerts aux défunts, déposés dans les lombes, comme le type le plus parfait de l’industrie contemporaine. Outre que ces peuplades n’auraient pas employé comme pointes de flèches des instruments aussi délicats, s’exposant, par conséquent, à perdre des objets d’une réelle valeur, on n’a jamais trouvé que dans les dolmens les pointes de ce tvpe, ce qui prouve à la fois leur spécialisation comme offrande et leur lieu d’origine.
- Toutes ces pièces présentent enfin une particularité morphologique qu’il importe de mettre en relief. Elles sont losangiques ou allongées, également retaillées sur les deux faces et avec le même soin.
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- LA iNATI IîL.
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- Itien qu’appartenant à l’époque de la pierre polie ou I néolithique, elles sont identiques à ces instruments datant de la pierre taillée ou paléolithique, bien antérieurs par conséquent, qui ont été trouvés à So-lutré et qui ont servi à établir dans la classification l’époque dite solutréenne. Les outils de l’aveu de Douze sont du type solutréen, mais il ne s’ensuit pas qu’ils datent de Page de la pierre taillée. 11 faut tenir compte de la survivance des types et c’est elle précisément qui explique comment ces hommes des bois de Uonze ont taillé ces pointes comme on les taillait bien des siècles avant eux. Ce n’est donc pas sur l’aspect seul de ces pièces que l’on doit se fonder pour dater le gisement; c’est sur l’ensemble de l’industrie qui s’y trouve.
- Outre les pièces dont nous venons de parler, nous avons recueilli dans l’aven de Uonze une quantité considérable de débris de poteries aux dessins variés et curieux, hachures, lignes parallèles ou se coupant à angle aigu, etc. On retrouve en outre sur ces tessons toute la série des moyens de suspension employés pour les vases de cette époque, trous de suspension, mamelons simples ou doubles, et l’on y suit l’évolution de l’anse, depuis le mamelon perforé jusqu’à l'anse la mieux caractérisée. Cette poterie nous permet de rapporter à l’époque de la pierre polie l’occupation de l’aven de Uonze, car on sait~qïïe ce n’est qu’à l’époque dite robenhausienne que la poterie a fait son apparition. ~
- Parmi les autres objets recueillis, nous citerons une pointe en cristal déroché, une fusaïoleen terre cuite, des lissoirs et une série de poinçons en os de cerf, de cheval, de rongeurs ou de ruminants. Ces poinçons bien affûtés servaient à perforer les peaux employées comme vêtements. Les objets de parure sont représentés par une coquille de moule et une plaque en os perforée. Dans le foyer se trouvaient enfin des ossements d’animaux qui sont ceux de l’époque actuelle, cheval, chien, cerf, carnassiers indéterminés, et dont ces hommes faisaient leur principale nourriture. Les fouilles pratiquées sur les autres points de l'aven, au fond de l’entonnoir par exemple, sont restées infructueuses, mais elles sont encore incomplètes.
- On me demandera, maintenant, comment ces hommes descendaient dans leur aven. Comme j’y suis descendu moi-même; en s’agrippant aux rochers : il ne s’agit que d’être leste et de ne pas glisser.
- Cette découverte présente, en résumé, un triple intérêt : 1° c’est la première fois que l’on rencontre dans un aven des vestiges témoignant d’un séjour prolongé de l’homme. Ces recherches seront donc pour la spéléologie un nouvel objectif; 2° l’aven de lionze est, jusqu à présent, le seul atelier où l’on ait signalé la taille à peu près exclusive des fines pointes votives des dolmens ; 5° son industrie est remarquable par la survivance d’un type morphologique éteint à cette époque et que l’on ne trouve pas dans les stations contemporaines. A tous ces points de vue, il était intéressant de faire connaître le « trou
- de Uonze ». C’est ce que nous avons essayé de faire dans les quelques lignes précédentes C
- Dr Paul Haïmoxd.
- EXPÉRIENCES DE NAVIGATION •
- AVEC MOTEUR A GAZ I)E MLLE COMPRIMÉ
- Le rendement des moteurs à gaz étant bien supérieur à celui des moteurs à vapeur, il vaut mieux utiliser la chaleur du combustible dans le cylindre d'un moteur à gaz que sous la chaudière à vapeur, il n’est donc pas étonnant que l’on se préoccupe de réaliser pour la navigation des moteurs plus économiques que le classique moteur à vapeur.
- Déjà les combustibles liquides ont permis la substitution complète des moteurs à combustion interne au moteur à vapeur, pour les embarcations de plaisance et les bateaux dont la propulsion n’exige qu’une faible force motrice.
- Mais la puissance des moteurs à gaz croissant sans limite, il est tout naturel que les spécialistes aient cherché à utiliser les progrès réalisés dans cette voie, et nous allons présenter à nos lecteurs une installation nouvelle dans laquelle un moteur à gaz de 40 chevaux a, pour la première fois, actionné un chaland de proportions respectables.
- Le gaz employé dans cette nouvelle machine est du gaz de ville ordinaire emmagasiné dans une série de tubes en acier à une pression d’environ 100 kilogrammes par centimètre carré. L’idée de se servir du gaz comprimé à haute pression pour l’alimentation des moteurs à gaz n’est pas nouvelle, puisque MM. Delamare-Deboutteville et Malandin eux-mêmes avaient, dès 1885-1884, construit un tricycle fonctionnant avec du gaz, comprimé à 10 kilogrammes par centimètre carré dans deux cylindres en cuivre, mais l’application nouvelle est d’un haut intérêt en ce sens qu’elle étend la question vers un champ plus vaste et permettant d’aborder des puissances beaucoup plus grandes.
- Un industriel havrais, M. Capelle, a, par son initiative, permis de réaliser cette nouvelle expérience en fondant dans cette ville une Société, La Seine Maritime, destinée à faire un service de transports entre le Havre-Rouen-Paris. Celte combinaison avait pour but de créer un certain nombre de chalands possédant chacun son moteur propre et pouvant effectuer le voyage en un temps sensiblement plus court que celui actuellement nécessaire avec des remorqueurs à vapeur.
- Le gaz, emmagasiné dans des tubes en acier disposés en batterie sur le pont, se rend au moteur après s’être détendu à la pression convenable dans un appareil spécial très sensible et très sûr. Une usine à gaz située à mi-distance entre le Havre et Paris, doit assurer le ravitaillement des chalands. A cet effet, un moteur actionnant une série decom-
- 1 \’oy. Polices préhistoriques. Tables des matières des deux séries décennales de La Nature.
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- LA AA TU UE.
- presseurs permettra de porter le gaz à une pression de 100 kilogrammes par centimètre carré dans des réservoirs spéciaux. Un simple branchement réunira ces réservoirs aux chalands lors de leur passage pour renouveler leur provision de gaz.
- • Le peu d’encombrement de la force motrice à bord, réduit à la machine même après suppression des chaudières et soutes à charbon, permet en plus de gagner un espace très grand qui se trouve consacré aux marchandises seules.
- Chaland. — Le premier bateau porteur qui a servi aux expériences préliminaires, a été construit à Rouen aux Chantiers Mallard. 11 est tout en fer, sa longueur est de 50 mètres, sa largeur est de 5111,50,
- son creux de 2in,25. Ses formes sont celles d’un chaland ponté avec étrave droite et voûte à l’arrière; l’étambot est en fer forgé (fig. 1). Trois cloisons étanches divisent le bateau. A l’avant se trouvent le poste de l’équipage, ainsi que le logement du capitaine. Puis une cale suivie d’une autre de même dimension (ces deux cales occupent les quatre cinquièmes du bateau). Enfin la chambre de la machine. Le jaugeage brut de ce bateau est de 500 tonneaux. En raison du peu de place occupé par la machine et le poste de l’équipage, ainsi que le logement du capitaine, on peut évaluer que la jauge nette du bateau pourra atteindre en charge 250 tonneaux.
- Un gouvernail à large safran, à barre renversée,
- Fig. 1. — L’Idée, chaland à moteur à gaz de ville comprimé, bateau porteur entre le Havre et Paris.
- est commandé au moyen de chaînes par une roue de grand diamètre qu’actionne le timonier. En système anglais de calage à hloc y a été adapté, (iràce à ce calage, la position de la barre est maintenue d’un bord sans que le timonier soit obligé de faire effort sur les rayons de la roue.
- Tubes en acier. — Les tubes contenant la provision de gaz sont forgés d’une seule pièce, ils ont 250 millimètres de diamètre extérieur, 8 millimètres d’épaisseur et une longueur de 5 mètres.
- Le poids de chacun de ces tubes est de 5'25 kilogrammes et leur contenance 22 mètres cubes à la pression de 100 kilogrammes par centimètre carré. Ils ont été éprouvés à 160 kilogrammes par centimètre carré, comme le demandent les règlements. Ils sont placés en batterie sur le pont dm
- chaland, d’abord pour tenir moins de place, puis pour éviter les accidents en cas de fuite d’un des tubes. De cette façon, une fuite se produirait-elle que le gaz s’échapperait à l’air libre sans autre dommage que la perte d’une partie de gaz. Ces tubes, au nombre de 80, sont reliés entre eux par des joints flexibles semblables à ceux employés par les Compagnies qui exploitent la vente de l’oxygène comprimé tant en Angleterre qu’en Amérique.
- Moteur. — La machine construite d’après le type Simplex de MM. Édouard Relamare-Deboutteville et Léon Malandin, a été entièrement remaniée par ces inventeurs en vue de l’application nouvelle qui était à réaliser. C’est la maison Matter et Cie de Rouen, Simplex, qui a construit cette nouvelle machine ainsi que l’hélice à pas réversible du sys-
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- LA N A T U H K.
- tèmc Mac (ilasson dont, nous avons précédemment donné une description succinte lors de son apparition1.
- Le moteur est du genre vertical à deux cylindres (lig. 2), il actionne directement l’arbre de couche de l’hélice au moyen de deux vilebrequins calés à 90 degrés. Ce dispositif permet d’équilibrer parfaitement la machine sans avoir recours à des contrepoids auxiliaires. Sur l’une des extrémités de cet arbre se trouve un volant servant à la mise en route, et sur l’autre un joint d’embrayage flexible qui permet de rendre l’hélice indépendante du moteur.
- Cet arbre de couche actionne un arbre secondaire qui lui est parallèle et porte les cames de l’échappement ainsi que la commande de la distribution, munie de deux régulateurs particuliers qui permettent la régulation quelles que soient les oscillations du bateau.
- Une pompe d’alimentation et du service d’épuisement de la cale assure la circulation de l’eau.
- Le gaz arrive directement du détenteur et vient se brasser avec l’air dans une boîte spéciale de mélange. L’inflammation d u mélange tonnant est faite au moyen d’une étincelle électrique, comme dans les types ordinaires du Simplex.
- Le moteur a une puissance effective de 40 chevaux. Il actionne une bélice à deux branches à pas réversible et est installé à l’arrière du bateau.
- 1 Voy. nJ 958, du 10 octobre 1891, p. 295.
- Hélice à pat réversible. — L’hélice, du système Mac Glasson, est à pas réversible, ce qui permet d’obtenir toutes vitesses, depuis la plus faible jusqu’à celle maximum, sans avoir besoin pour cela de faire varier la vitesse de la machine motrice. Ces
- vitesses sont obtenues aussi facilement en avant qu’en arrière, aussi bien que l’arrêt complet du système. Le dispositif intérieur du moyeu de l’hélice permet de varier l’inclinaison des ailes, grâce à un système de bras de levier fort simple et à l’abri de tout dérangement. La commande de cette hélice se fait soit de la chambre des machines, soit du pont lui-même, au moyen d’une simple manette, comme on le voit figure 3. Le pilote, de son banc de quart, tient sous la main et la direction du navire et sa propulsion, pouvant les faire varier instantanément et selon toute la
- gamme des vitesses avant et arrière, sans pour cela avoir besoin du secours d’un mécanicien. Ce dernier voit son rôle se borner à une simple surveillance. Que d’accidents sont survenus en mer et sur les rivières du fait que le capitaine ou le pilote n’ont pas eu en main la force motrice au moment précis ou une modification dans la marche était devenue urgente!
- La suppression des chaudières entraîne avec elle bien des chances d’accidents, soit par explosions, soit par incendies, et réduit le personnel des machines à un seul homme.
- Essais. — Voici les principaux résultats obtenus dans quelques-uns des essais qui ont été efi'ectués :
- Fig. 2. — Moteur à gaz comprimé du chaland l’Idée.
- vitréi
- gaz brûlés
- Tuf au d'échappement des
- — Machine marine du chaland l’Idée avec hélice à pas réversible. Coupe.
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- LA NA TU HE.
- Le samedi 2 juin 1894 on met en marche, sur place, le moteur pendant une heure avec pression de gaz de 40 atmosphères dans les tuhes. Cette pression est descendue à 12 atmosphères. On n’a employé que huit tuhes renfermant le gaz comprimé depuis quatre jours. Pas d’échauffement dans la machine. Le dimanche 5 juin 1894, mise en marche sur place du moteur de 9 heures à 11 heures du matin et de 5 heures à 4**50 après-midi. Pression dans les tuhes, 18 atmosphères. Le soir il reste 7 atmosphères de pression dans les tuhes. On a employé dix-huit tubes. Pas d'incidents.
- Le lundi 4 juin 1894, remplissage des tuhes à l’atelier du bassin Bellot, et à une pression de 40 kilogrammes, à bord 28 kilogrammes de pression par transvasement. Mise en marche, sur place, à 5**15. Purée 1**20, reprise à 5 heures du soir et marche de 15 minutes. Pression restant dans les tubes, 12 atmosphères. Mouvement de variation de l'hélice : avant, arrière, stop, parfait. Le changement de marche est rapide. Aucun emballement de machine. Aucune fuite dans les joints des tubes.
- Hélice : 1 70 à 200 tours par minute, selon introduction facultative. La mise en route se fait en une minute. Dix à quinze reprises de marche ont été opérées après arrêt complet, sans aucune faute et toujours en une minute.
- Le dimanche 10 juin 1894, de nouveaux essais en cours de route furent exécutés sur le canal de Tancarville en partant du Havre. Malgré les cinq ou six ponts du canal, le bateau a marché à raison de 10 kilomètres à l’heure, exactement 1 kilomètre en 0 minutes; il y avait à bord 80 tonnes de lest représentant une quantité égale de marchandises. Le vent était debout. Les bielles motrices actionnant l’arbre de l’hélice tournant à 200 tours à la minute, sont restées froides. L’hélice réversible fait avant,arrière, stop, à la demande et sans arrêter la machine. Le détendeur fonctionne bien. On aurait pu augmenter la vitesse du bateau si la route eût été libre.
- Quelques semaines après un voyage fut fait à Tancarville, le voyage aller et retour était de 72 kilomètres, le lest avait été porté à bord à 145 tonneaux, la vitesse moyenne obtenue fut de llkra.,5 a l’heure. Plus tard encore, dans un voyage à Trouville par une mer assez forte, une distance de 15 kilomètres fut parcourue en 1**10.
- Ces premiers résultats sont satisfaisants et permettent d’envisager favorablement les succès futurs.
- Les applications que feront naître ces études peuvent être fort nombreuses, car elles pourront s’adapter également bien, soit à un service de transport lluvial ou par canaux, comme l’a prévu ce cas particulier, soit aux multiples services des ports de guerre ou de commerce, soit à la navigation de plaisance sur les grands lacs, soit enfin aux barques de pêche, dont elles simplifieront considérablement la conduite et le ravitaillement.
- Le gaZj selon les localités et les services à réaliser, pourra être de composition fort variable et se voir
- employer sous forme de gaz de ville, de gaz pauvre ou de naphte. Les formes et dimensions des machines varieront selon la richesse des gaz et les résultats à obtenir, mais les premiers faits sont acquis et l’on juge clairement ce que l’on en peut tirer, les modifications et perfectionnements suivront tout naturellement, et avant quelques années l’on pourra voir de nombreux services publics fonctionnant par ce système, à moins que la réduction des dfoits sur le pétrole ne fasse de ce combustible liquide un concurrent sérieux au gaz comprimé.
- Quoi qu’il en soit, les recherches systématiquement et méthodiquement poursuivies depuis plusieurs années en vue de substituer les moteurs à gaz pauvre ou à gaz de ville au moteur à vapeur, permettent de dire de lui ce que disait du gaz le regretté Servier en voyant naître les premières applications de l’éclairage électrique : Il (le gaz) en a dans l'aile. Notre avis est qu’il en est de même pour le moteur à vapeur. Il n’est pas douteux que l’avenir, dans un espace de temps [dus ou moins grand, réserve des surprises à nos successeurs.
- X..., ingénieur.
- L’ÉVALUATION DU POIDS DES CORPS
- Quelque précis que soit notre sens de la force, lorsqu’il s’agit seulement de soulever un corps, ou de le jeter à une distance déterminée, l’évaluation de ce poids par le simple effort musculaire est singulièrement affectée par les sensations visuelles. L’éclat métallique, par exemple, est si souvent associé à une densité élevée, qu’il nous paraît en être inséparable. Les exceptions n’en sont que plus apparentes, et le contraste les accentue; c’est ainsi que nous sommes tentés d’attribuer à l'aluminium la densité d’un bois ordinaire, bien qu’elle soit trois fois plus considérable. Le volume des objets n’est pas moins trompeur; à poids égal, les plus volumineux semblent presque toujours les plus légers.
- Le professeur Flournov, de Genève, vient de soumettre ce genre d’illusions à l’expérience, et il est arrivé au curieux résultat que voici. Dix corps de divers volumes, et de même poids, furent soumis à l’appréciation d’un grand nombre de personnes. Le plus volumineux était une boîte vide de 2 décimètres cubes, le plus petit, un cylindre de métal de 10 centimètres cubes. Dans une première série d’expériences, où les corps pouvaient être saisis à la volonté de l’expérimentateur, une seule personne sur cinquante devina l’égalité de poids, à la suite de comparaisons compliquées ; la boîte fut jugée quarante-deux lois la plus légère, et fut mise sept fois au second rang. L’étui métallique, au contraire, fut déclaré le plus lourd par quarante-cinq personnes, et le deuxième en poids par quatre autres. L’ordre des autres objets était, à quelques écarts près, celui des volumes. Pour éliminer l’action possible du contact cutané et de la pression locale, les corps furent munis d’anneaux par lesquels ils furent saisis dans une deuxième série d’expériences faites avec trente et une personnes n’ayant pas participé aux premiers essais. Le résultat fut tout à fait analogue à celui de la première série.
- Enfin, pour évaluer l’intensité de l’illusion, on surchargea la boîte de quantités variables, jusqu’à ce qu’elle fût jugée égale en poids nu petit cylindre, Ln surcharge
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- moyenne fut trouvée sensiblement égale an poids du corps lui-mème, 111 grammes environ. L’illusion était donc telle que les corps les plus gros semblaient perdre la moitié de leur poids.
- Cette illusion s’explique du reste aisément par le contraste. L’êflort étant beaucoup plus faible que celui auquel on s’était préparé, on l’estime encore bien au-dessous de la réalité. C.-E. G.
- L’ARGON
- NOUVEAU CONSTITUANT bE l'â T M O S P H È I! E, DÉCOUVERT PAR MM. RAYLEIGH ET RAMSAY1
- M. Berthelot a communiqué à l’Académie des sciences les résultats obtenus par lord Rayleigh et M. William Rainsay, et la découverte de Y Argon (’Apyôv, inactif?), nouveau gaz constitutif de l’atmosphère; résultats que les auteurs lui ont envoyés, après les avoir fait connaître à la Société Royale. Nous reproduisons la Note de M. Berthelot :
- Le point de départ de eette découverte résulte de la comparaison de la densité de l'azote, préparé par divers procédés, avec l’azote extrait de l’atmosphère. I/azote préparé au moyen du bioxyde d’azote, ou du protoxyde d’azote, ou de l’urée, ou du nitrite d’ammoniaque, toujours avec le concours d’un métal à la température rouge, possède constamment la même densité; et celle-ci est aussi la même avec l’azote préparé à basse température au moyen du nitrite d’ammoniaque. D’autre part, l’azote extrait de l’air, soit au rouge au moyen d’un métal, soit à froid au moyen de l’hydrate ferreux, possède aussi une même densité, laquelle surpasse la précédente de un demi-centième environ; le poids normal du litre d’azote chimique étant : 1,2505, et celui du gaz tiré de l’atmosphère : 1,2572.
- Les auteurs ont contrôlé ces résultats en absorbant l’azote atmosphérique au moyen du magnésium, changeant l’azoture de magnésium en ammoniaque et décomposant celle-ci par le chlorure de chaux. L’azote ainsi régénéré avait la même densité que l’azote préparé par d’autres procédés chimiques. D’où résulte que l’azote atmosphérique, après purification, n’olfre pas de différence isomérique fondamentale, capable de subsister, lorsqu’il a traversé une combinaison. Ils ont cherché ensuite si cette différence pouvait être attribuée à quelque transformation partielle de l’azote en un gaz isomère, analogue à l’ozone. Mais l’action de l’effluve électrique (décharge silencieuse) n’a modifié la densité ni de l’azote chimique, ni de l’azote atmosphérique. Le temps n’exerce non plus aucune influence, tandis qu’il détruit entièrement l’ozone.
- Restait donc l’hypothèse d’un nouveau gaz inconnu, élément constitutif de l’atmosphère. Les expériences des auteurs, exécutées par la méthode physique de la diffusion (atinolyse), ont démontré qu’il en était
- 1 Le nouveau gaz de l’atmosphère a été signalé pour la première fois dans La Nature dans le n° 1109, du 1er septembre 1894, p. 222. Nous renvoyons aussi nos lecteurs à la Note du n° 1132, du 9 février 1895, p. 175.
- ainsi, mais sans arriver, par celle voie, à une séparation complète. Ils ont alors eu recours aux méthodes chimiques, et d’abord à celle par laquelle Cavendish a découvert la composition véritable de l’acide azotique, et en a effectué la synthèse. Elle consiste à faire passer une série d’étincelles électriques à travers un mélange d’azote et d’oxygène, et à absorber, à mesure, la vapeur nitreuse par la potasse : l’absorption s’élevait à 1 centimètre cube par heure, et elle a laissé finalement, d’après Cavendish, un résidu inabsorbable de 1/120; observation peut-être accidentelle, mais remarquable par son accord avec la découverte de l’argon.
- MM. Rayleigh et Ramsay ont répété l’expérience de Cavendish, avec les procédés plus puissants que nous possédons aujourd’hui, et sont parvenus à absorber 50 centimètres cubes par heure.
- Ils ont eu également recours aux procédés chimiques proprement dits. On sait, en effet, que l’azote se combine directement avec les métaux alcalino-ter-reux et divers autres. Sous l’influence de l’électricité (étincelle ou effluve), on peut l’unir soit à l’hydrogène, en présence d’un acide (sel ammoniacal), soit à l’oxygène, en présence d’un alcali (a otate) ; on peut encore le combiner, d’après mes expériences, au carbone et à l'hydrogène simultanément, c’est-à-dire à l’acétylène, pour former l’acide cyanhydrique. Entre ces différents procédés, ils ont choisi l’emploi du magnésium, en complétant la purification du résidu au moyen de l’oxygène, avec le concours des étincelles électriques, continuées pendant quelques heures. C’est ainsi qu’ils ont obtenu un rèmlu t final de 1 centième environ. C’est le nouveau gaz qu’ils appellent argon, gaz unique, ou mélange de . plusieurs gaz, caractérisé par sa densité et par les raies de son spectre. Ils ont vérifié, d’autre part, que l’azote chimique, traité de même par l’oxygène et les étincelles électriques, s’absorbe en totalité, ou plus exactement à un demi-millième près1 sans four-nird’argon. L’argon ne dérive donc pas de quelque transformation de l’azote, dans ces conditions. Ils ont ensuite déterminé les propriétés du nouveau gaz.
- J^e rapport entre sa densité et celle de l’oxygène est représenté par 20/16. Son spectre est tout à fait caractéristique : il a fait l’objet d’une étude approfondie de M. Crookes, qui a déterminé les longueurs d’onde des raies de ce gaz et en donne le tableau. L’argon fournit deux spectres de lignes distinctes, l’un rouge (fig. 1) (80 lignes), l’autre bleu (fig. 2) (119 lignes), selon l’intensité du courant et l’interposition d’une bouteille de Leyde à grande surface : ces deux spectres ont d’ailleurs un certain nombre (26) de raies communes. Ces raies sont différentes de celles de l'azote et des autres éléments connus.
- La préparation de l’argon doué de semblables caractères, par deux procédés aussi différents que faction de l’étincelle en présence de l’oxygène et
- 1 Provenant (le traces d’air, dont il est difficile de prévenir absolument l’introduction.
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- LA NA TU H K.
- celle du magnésium, sans oxygène, paraît en établir la préexistence dans l’air.
- La solubilité de l’argon dans l’eau s’élève à 40 centimètres cubes par litre, vers 12° à 14°; à peu près au même chiffre que pour l’oxygène, l’azote étant deux fois et demie moins soluble. Aussi l’azote brut, préparé avec les gaz extraits de l’eau de pluie, possède-t-il une densité sensiblement supérieure à celle de l’azote extrait de l’air, d’après les auteurs, c’est-à-dire qu’il est plus riche en argon. La liquéfaction de l’argon n’a pas lieu à — 90n, même sous une pression de 100 atmosphères. Ma;s elle a été réalisée par M. Olzewski sur un échantillon remis par les auteurs, avec le concours du froid produit par l’évaporation de l’éthylène. Son point critique est à — 121°, sous une pression de 50atm,6. Son point d’ébullition est à — 187°, sous une pression de 0m,740. La densité du liquide ainsi obtenu est voisine de 1,5, très supérieure à celle de l’oxygène dans les mêmes conditions (1,12). Il cristallise par un froid plus grand et son point de fusion est à — 189°,6. Des propriétés aussi bien définies semblent exclure l’idée d’un mélange de deux corps différents.
- Le rapport des deux chaleurs spécifiques du gaz, à pression constante et à volume constant, a été déterminé d’après la vitesse du son, ou plus exactement, d’après la longueur de l’onde sonore dans des tubes. Ce rapport a été trouve de 1,65 et 1,91, dans deux tubes d’un diamètre respectivement égal à 2 et à 8 millimètres : rapport très différent du nombre 1,41 qui a été trouvé sensiblement identique pour l’air, l’oxygène, l’azote et l’hydrogène. Ce rapport anormal a déjà été observé pour la vapeur de mercure; il conduirait, d’après la théorie cinétique des gaz, à cette hypothèse que le gaz serait formé d’atomes isolés, dont la force vive serait représentée entièrement par la force vive de translation. Observons que cette hypothèse, aussi bien que les calculs dont on déduit le rapport des deux chaleurs spécifiques, et même la valeur du poids moléculaire, 20, attribué à l’argon, n’est admissible que pour les gaz qui possèdent la même loi de compressibilité (loi de Mariotte ou de Boyle) et la même loi de dilatation (loi de Gay-Lussac). 11 serait à désirer que ces deux lois fussent vérifiées pour l’argon1. On doit se deman-
- * Et pour la vapeur de mercure, à Lasse température, vapeur qui a donné aussi un rapport anormal pour les rapporls
- der aussi ce (pie devient la loi de Dulong, relative aux chaleurs spécifiques des éléments pour l’argon. On voit par là combien de problèmes soulève la nouvelle découverte. MM. Rayleigh et Ramsay combleront sans doute ces lacunes.
- Quoi qu’il en soit, telles sont les propriétés physiques observées dans cette étude intéressante.
- Il restait à obtenir les combinaisons chimiques de l’argon. Mais les auteurs déclarent que tous leurs essais dans cette voie ont été infructueux. L’argon ne se combine pas à l'oxygène, même en présence des alcalis et de l’étincelle électrique. Il ne s’unit pas à l’hydrogène sous la même influence, en présence des acides ou des alcalis. 11 n’est attaqué ni par le chlore, le phosphore, ou le soufre, à froid ou, à chaud; ni par l’hydrate de soude, ou la chaux
- sodée, ou les poly-sulfurcs alcalins,1 ou l’azotate de potasse fondu, ou le peroxy de de sodium. Il n’altère pas l’éclat métallique du sodium ou du potassium, même par distillation. Le noir et la mousse de platine ne l’absorbent pas. L’eau régale, le brome, les hypobromites, le permanganate de potasse acidifié sont sans action, etc. I)e même, d’après le mode de préparation, les métaux et le magnésium.
- Cette inactivité, plus grande encore que celle de l’azote, porterait à supposer que la présence de T argon dans l’atmosphère n’exerce aucune influence
- sur les animaux supérieurs.Quant aux bactéries, les faits que j’ai découverts relativement à leur propriété d’absorber l’azote montrent qu’il est opportun de se tenir sur la réserve : il conviendrait à cet égard de vérifier si l’azote, obtenu par la destruction totale d une plante, ou d’un animal, ne renfermerait pas d’argon.
- Cette découverte inattendue est d’une grande importance pour la philosophie naturelle. Peut-être l’argon et les conditions spéciales de son action ne tarderont-ils pas à être reconnus dans quelque composé minéral, ou organique. En tout cas, la méthode qui a conduit à la démonstration de sa découverte fournit une nouvelle preuve de ressources de l’analyse spectrale, et elle donne une haute idée de la patience et de la précision des expérimentateurs qui ont obtenu de semblables résultats. M. Bfrthelot,
- de l’Institut.
- des deux chaleurs spécifiques, calculé d’après la longueur de l’onde sonore.
- Azote
- Fig. 1. — Lignes du spectre de l’argon et de l’azote.
- Argon rouge
- Cadmium
- Argon blëu
- Fig.'2. — Lignes du spectre de l’argon rouge, du cadmium et de l’argon bleu.
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- LE PERCEMENT DES TUNNELS DANS LES TERRAINS EBOLLEUX
- Le percement des tunnels dans les terrains ébouleux présente des difficultés évidentes sur lesquelles
- Fig. 1. — Exécution d’un tunnel en terrain ébouleux. — Amorçage des galeries d’attaques, et consolidation du terrain extérieur à la naissance des galeries par un plan incliné servant aussi à l’évacuation des déblais.
- nous n’avons pas besoin d’insister : on réussit à en triompher, comme on sait, en consolidant les galc-
- Kig. 2. — Exécution d'un tunnel en terrain ébouleux. —N* 1. Calorie de faîte. — N' 2. Galerie de base dans l'axe de la section. — iS° 3. Vue de la section totale déblayée, construction de la voûte en maçonnerie sur les pieds-droits.
- ries d’avancement par des échafaudages en bois plaçant ensuite ces échafaudages par un revêtement capables de résister à la poussée des terrains et rem- en maçonnerie dont les pieds-droits sont maintenus
- Fig. 5. — Exécution d’un tunnel en terrain ébouleux.
- Vue longitudinale montrant les galeries de base et de faîte avec les divers chantiers échelonnés.
- généralement par un radier en béton formant le sol du tunnel.
- Le front de taille, de son côté, est également soutenu par des boisages appropriés, et on emploie même à cet effet des boucliers en métal dans les terrains
- coulants ou aquifères. En dehors de ces moyens de protection qui se retrouvent en principe dans toutes les méthodes de percement, l’installation même des galeries d’attaque, l’abattage au large pour obtenir le.vide total de la section qu’on a en vue, l’ensemble
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- LA NATURE.
- des travaux de déblaiement peuvent être dirigés suivant des méthodes très variées, en outre celles-ci peuvent inlluer grandement sur les prix de revient, et surtout sur les délais d’exécution, lesquels prennent souvent une importance prédominante dans l’étude préparatoire des grands travaux d’art.
- C’est là une question qui va présenter un intérêt particulier à Paris par exemple, où le sol, déjà remué par tant de générations antérieures, forme nécessairement un terrain ébouleux, si nous devons avoir prochainement le chemin de fer métropolitain souterrain; car la ligne sera exécutée probablement en tunnel pour éviter dans les rues les tranchées qui apporteraient tant de gêne à la circulation.
- Nous avons donc cru devoir reproduire quelques détails à ce sujet dans cette note, afin de donner une idée précise des travaux que comporte l’exécution des tunnels en terrains ébouleux. Nous y résumons dans leurs traits essentiels les diverses méthodes employées jusqu’à présent, et nous décrivons plus spécialement la nouvelle méthode intermédiaire due à M. Sokolowski qui réunit en elle les principaux avantages de celles-ci, et permet surtout d’augmenter la rapidité d’avancement. Nous empruntons d’ailleurs ces divers renseignements à une savante étude communiquée par M. 11. Couriot à la Société des Ingénieurs civils.
- Les anciennes méthodes appliquées jusqu’ici à la traversée des terrains ébouleux procédaient uniquement par petites galeries d’attaque dirigées soit au faîte, soit à la hase de la section; on distingue donc la méthode descendante, agissant par le haut, dite française, et la méthode montante, agissant par le bas de la galerie, dite méthode allemande.
- Dans la première méthode, on élargit de chaque coté la galerie d'attaque installée au faîte de la section de manière à constituer d’abord la partie cintrée de la voûte, et on la garnit immédiatement de son revêtement en maçonnerie en faisant reposer les cintres d'appui sur le sol de la galerie. On creuse alors les deux cunettes latérales dans lesquelles on élève les pieds-droits en maçonnerie qui viennent rejoindre et soutenir la voûte déjà laite. On dépile enfin le stross central qui occupe encore le milieu de la section, et on construit le radier maçonné qui doit réunir les pieds-droits.
- La méthode allemande commence au contraire par deux galeries de hase occupant l’emplacement des deux pieds-droits qu’on peut dès lors construire immédiatement. On mène ensuite en arrière une galerie de faîte sur les côtés de laquelle on bat au large pour obtenir le vide cintré de la section, on maçonne le haut de la voûte, puis on enlève le stross central et on achève en construisant le radier.
- Ces deux méthodes ont l’avantage commun de procéder par des sections réduites, faciles à soutenir p;fr de simples boisages; mais elles ont par contre l’inconvénient d’une grande lenteur d’exécution résultant de la difficulté de multiplier les fronts de taille» car les galeries de circulation sont très rapi-
- dement obstruées. D’autre part, le stross du milieu, plus ou moins fluent, doit recevoir une largeur considérable pour pouvoir supporter sans déformation les pressions transmises par les boisages.
- 11 faut considérer enfin que l’exécution d’un tunnel pour ligne à douille voie par exemple entraîne des mouvements considérables de déblais et de matériaux. On doit excaver en effet, dit M. Couriot, 05 mètres cubes de roches par mètre d’avancement, donnant, avec le foisonnement, 100 mètres cubes de déblais à charger et conduire au dehors, et il faut apporter par contre 12 à 15 mètres cubes de matériaux divers pour le soutènement provisoire et le revêtement définitif. Ce mouvement intense dans les galeries, l’encombrement qui en résulte, et la gêne qu’il entraîne pour les maçons occupés au muraille-ment, ont donc fait abandonner ces méthodes anciennes, depuis vingt années déjà.
- On a renoncé d’abord aux petites galeries et on a attaqué la section pleine sur toute son étendue par un front de taille unique en opérant suivant la méthode anglaise ou le procédé Rziha, qui s’est particulièrement répandu.
- Ces méthodes, plus audacieuses, ont certainement l’avantage de faciliter l'évacuation des déblais, mais par contre elles ont l’inconvénient de réunir tous les ouvriers, mineurs et maçons, dans un chantier unique ; enfin elles obligent à recourir à l’emploi d’un boisage de grande importance, ou même d'un blindage, qu’il faut installer et déplacer continuellement, suivant l’état d’avancement des travaux, et il en résulte des perles de temps notables.
- On a donc été conduit à adopter des méthodes intermédiaires dans lesquelles on s’est attaché à concilier dans la mesure du possible les avantages des méthodes par petites galeries et de celles par section pleine. C’est le cas par exemple pour la méthode dite autrichienne et aussi pour la méthode Sokolowski, à laquelle nous allons nous attacher plus spécialement.
- Dans cette dernière, on continue à procéder par sections divisées pour diminuer les frais de boisage, en n’ayant à soutenir que des tranchées partielles; d’autre part, les boisages sont rapidement remplacés par le muraillement, et le radier est toujours construit avant les pieds-droits, de manière à mieux maintenir ceux-ci et à leur permettre de résister aux poussées latérales du terrain. On s’attache en outre à assurer l’organisation rationnelle et indépendante des chantiers pour diminuer l’encombrement tout en facilitant l’enlèvement des déblais et l’arrivage des matériaux nécessaires. Le déblaiement complet et l’exécution du revêtement en maçonnerie, dirigés d’après la méthode Sokolowski, comportent deux périodes principales avec les étapes suivantes qu’on retrouvera facilement sur les vues représentées dans les fig. 1, 2 et 5.
- Dans la première période : 1° ouverture d’une galerie inférieure tracée à la base du profil; 2° construction de la partie centrale du radier; 5°élargisse-
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- LA NATURE.
- ment en cunette de la galerie inferieure; 4° terminaison du radier et érection des pieds-droits, jusqu’à la naissance des voûtes.
- Dans la deuxième période : 5" percement d’une galerie de faîte comprenant le haut de la voûte, et en retrait sur la galerie inférieure ; 0° approfondissement de cette galerie jusqu’au plafond de la galerie inférieure ; 7n abatages latéraux de part et d’autre de la galerie supérieure approfondie, procurant l’excavation de la calotte; 8° construction de la voûte.
- La figure 2 montre dans le cartouche n° 1 l'abatage de la galerie supérieure ; dans le numéro 2 l’élargissement de la galerie de hase, et dans le numéro 5 la vue de la section totale déblayée au moment où, sur la droite, on commence à exhausser le pied-droit déjà construit pour former la voûte.
- La figure 3 donne une vue longitudinale, raccourcie pour les nécessités du dessin, qui montre la succession des divers chantiers depuis les deux fronts de taille des galeries d’attaque jusqu’au front du revêtement en maçonnerie déjà exécuté.
- La figure 1 complète les figures 2 et 3 en montrant le mode d’amorçage des deux galeries d’attaque et les dispositions adoptées à la naissance des galeries à fleur de sol pour consolider le terrain et prévenir les éboulements dans la région qui sépare les deux galeries. Celle-ci est soutenue, au dehors, par des appuis spéciaux, et le talus extérieur est revêtu en même temps d’une série de madriers formant plan incliné pour l’écoulement des déblais venant de la galerie supérieure. On a eu soin en outre au préalable de détourner les eaux venant passer à l’orifice du tunnel, car elles pourraient aussi provoquer des éboulements.
- La galerie de base est creusée au poussage en chassant des palplanchcs divergentes autour d’un cadre d’un mètre de côté constitué par des bois de 22 centimètres d’épaisseur; le front de taille est soutenu par un bouclier démontable dont les parties indépendantes sont maintenues chacune à l’aide de vérins ou de poussards. Cette disposition se retrouve d’ailleurs dans tous les chantiers, même dans ceux qui sont dirigés perpendiculairement à l’axe du sou-teruftin. Lorsque la galerie de base est approfondie au niveau de l’extrados du radier, on construit d’abord la cunette de celui-ci, puis le radier lui-même avec les pieds-droits en maçonnerie lorsqu’on a pu obtenir l’élargissement nécessaire. La galerie de faite est percée au poussage comme la galerie de base, elle est soutenue également par des poteaux verticaux distants d’un mètre d’axe en axe et disposés de manière à venir à l’aplomb de ceux des chevalements inférieurs. On approfondit ensuite en soutenant par de grands poteaux et des chevalements rejoignant le plafond de la galerie inférieure. Celui-ci est alors constitué par un plancher reposant sur les pieds-droits en maçonnerie déjà construits et on fait tomber les remblais dans un wagonnet circulant sur la voie du radier. L’élargissement latéral se poursuit alors avec
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- grande facilité : on commence par le haut en disposant toujours un garnissage approprié de pal-planches soutenues par des longrines reportant la pression sur les chevalements successifs. Dès que le profil de la voûte est dégagé, on construit les naissances en élevant les matériaux au niveau du plancher intermédiaire au moyen d’un monte-charge disposé à l’origine du chantier, après quoi on enlève les boisages et on installe les cintres d’appuis de la maçonnerie dont l’exécution ne présente alors aucune difficulté. L. D.
- UNE COLLECTION
- D’ORNEMENTS ANCIENS ISLANDAIS
- Le Musée des Peaux-Arts de Boston vient de s’enrichir, — sinon à titre définitif, du moins pour quelque temps, — d’une très curieuse collection d’ornements anciens islandais en argent et en argent doré. Tous ces ornements, d’une délicatesse charmante, dénotent chez les artistes qui les ont exécutés un goût très sur en même temps qu’une habileté auxquels on est loin de s’attendre. On remarque dans cette collection, provisoirement prêtée au Cabinet des médailles du Musée par M'“° Sigrid Magnus-son, vingt-sept ceintures de femme très ai tistement décorées d’ornements en argent repoussé, martelé, ou en filigrane, représentant des étoiles, des fleurs, des brillants, des dessins géométriques d’une richesse extraordinaire, ressortant mieux encore sur le fond de velours formant la ceinture dont les bords sont en outre brodés d’une frange d’argent. À coté des ceintures, la plupart munies de boucles et d’agrafes d’un art plus tourmenté mais toujours intéressant, se trouvent des colliers, des bracelets, de petites couronnes, des cuillers aussi portant les dates de 1042, 1071 et 1072, des chaînettes, des médailles et des étoffes brodées. Mme Magnusson a joint à sa collection une superbe couronne d’or d’un très joli travail, qu’elle a îapportée elle-même d’Islande, — des bagues et plusieurs boutons trouvés dans un tombeau àSta-darbakka, dans la partie septentrionale de Pile, — une petite chaîne ayant appartenu au dernier évêque catholique islandais, Jan Arason, qui fut décapité en 1550, — enfin une médaille d’argent doré du treizième siècle. Cette collection a si vivement séduit les amateurs de Boston, qu’il serait question de l’acheter par souscription à Mme Magnusson pour en faire don définitivement au Musée des Beaux-Arts de la ville, où elle n’est exposée que pour quelques mois, dans un but charitable. X. West.
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- LES LITRES MINUSCULES
- LE PLUS PETIT LIVRE CONNU
- Nous allons continuer l’exposé que nous avons déjà présenté dans La Nature sur les livres minuscules1, non seulement pour montrer des objets charmants très peu connus, et de plus en plus rares, mais pour mieux faire connaître un comparliment spécial et très intéressant du livre, qui manque à peu près complètement dans toutes les bibliothèques
- 1 Voy. n° 981, du 9 avril 1892, p. 295; n° 1080, du 24 mars 1894, p. 258.
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- LA NATliUE.
- publiques et privées. Dans sa Réserve, la Bibliothèque Nationale ne possède que quelques minuscules et encore ne sont-ils pas à citer parmi les meilleurs de ceux qui ont été publiés. Les bibliophiles ne connaissent généralement pas ces petits livres qui ont eu jadis beaucoup de succès, et qui, malgré la ténuité de leur format, n’en sont pas moins très remarquables au point de vue de l’art. Pour imprimer, graver, brocher et relier un minuscule, il a été bien souvent nécessaire de déployer plus de talent que pour un in-tolio.
- Avant de faire connaître une rareté que nous voulons signaler, nous donnerons quelques descriptions complémentaires de petits livres qui se trouvent dans notre bibliothèque et dans celle de M. Georges Salomon, le maître des bibliophiles amis des oeuvres Lilliputiennes.
- Nous allons commencera parler à nos lecteurs des reliures des minuscules. Elles ne le cèdent en rien à celles des ouvrages des formats ordinaires.
- Nous avons fait grouper dans notre figure 1, six livres minuscules dont on distingue lescharmantes reliures. Voici l’énumération des titres de ces ouvrages ; nous les numérotons par la pensée de 1 à 6.
- 1. Les Petits Montagnards, année 1822, avec 6 gravures et almanach; reliure en maroquin rouge. — 2. Le Tableau de la vie, année 1821, avec 8 gravures et almanach ; reliure en parchemin doré. Un amour au milieu de la reliure. — 5. Valeur et Constance, année 1825, avec 8 gravures et alma-
- nach; Paris, chez E. Jourdan; reliure grenat avec fleurs dorées. — 4. Etrennes nationales à l'usage des Darnes patriotes, pour 4705, 6 gravures avec almanach ; reliure rouge clair avec fleur et ornements dorés. — 5. Le Petit Fabuliste; Paris, Eir-
- min-l)idot, 6 gravures ; reliure verte avec un renard et un cadre doré. — fl. Les Ris, les Jeux, les Plaisirs. Étrennes charmantes, année 1815; à Paris, chez Mar-cilly ; 8 gravures avec almanach ; reliure rouge avec une lyre et un cadre dorés.
- Si les reliures des minuscules sont parfois très bien réussies, les gravures que contiennent ces petits livres ne sont pas moins jolies. Voici quelques spécimens des vignettes gravées dans un choix de six livres minuscules (tig. 2).
- 1. Étrennes mignonnes pour l'année 1818. Nous reproduisons le frontispice du Couplet à Rose. 8 gravures; Paris, chez le Fuel. — 2. Le Conseiller des grâces, dédié aux Dames, année 1817; à Paris, chez Mareilly, almanach, 8 gravures. Nous reproduisons la gravure d’une dame jouant le la harpe ; cette gravure est placée en tète d’une pièce de vers intitulée les Talents. — 5. Étrennes aux Grâces ou les Proverbes de Cythère, 1819, 8 gravures avec almanach. Nous reproduisons la gravure d’une chanson : les Oreilles ; il s’agit d’une dame qui écoute à sa fenêtre les accents d’un guitariste. — 4. Gravure extraite d’un livre minuscule dont le titre nous manque, et qui représente un duel. —- 5. Nous
- Fig. i. — N* 1 à 6 en suivant l'ordre des reliures de gauche à droite. Spécimens de reliures de livres minuscules représentés en grandeur d’exécution.
- Fig. 2. — Spécimens de six gravures reproduites en grandeur d’exécution de six livres minuscules. N"1 1 à 6 en suivant l’ordre des gravures.
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- LA NATURE.
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- donnons dans la cinquième image de la figure 2 l’exemple d’une illustration d’un livre minuscule de piété. (Test le frontispice du Petit Paroissien de l'enfance; Paris, Firmin-l)idot.— 0. Poète de l'enfance. La gravure donne la composition qui
- Fig. 3. — Almanach minuscule allemand de 1818, el sa gaine. — Au bas de la figure, almanach français de 1802, et une gravure d'un autre petit livre de 1819.
- représente un almanach minuscule de 1818, il s’intitule Almanach auf das Jahr, et ses pages n’ont pas plus de 16 millimètres de hauteur. Ce merveilleux petit livre ne comprend pas moins de 12 gravures, il s’enferme dans une gaine que nous reproduisons au milieu de notre dessin (lig. 3).
- Au-dessous de cette gaine, nous donnons le fac-similé de la page d’un autre almanach intitulée :
- Le Joujou amusant, aima tach nouveau pour l'année
- chez Marcilly. La page que nous reproduisons et qui se rapporte à une chanson intitulée la Riche Moisson, est imprimée en tacede la gravure qui l’accompagne. A droite de ce charmant petit almanach (fig. 5), on peut voir une ravissante image d’une dame peintre. Cette image se trouve dans Le Petit Volage pour 1819.
- Les livres minuscules ont quelquefois été faits par de grands artistes. La figure 4 donne la reproduc-
- la précède : une pièce de vers intitulée la Bonne Mère.
- La ligure 3 ci-dessous continue la reproduction de quelques gravures extraites de petits almanachs, nous les figurons telles qu’elles se trouvent en face de leur texte. Le petit livre du haut de la figure 3
- Fig. i. — Almanach allemand Gu 1827 avec des lithographies de Senefelder. — Au bas de la ligure, album des vues d'Irlande.
- lion de deux pièces d'un haut intérêt. En haut de la figure, on voit ouvert un almanach allemand de
- 1824; il renferme des lithographies minuscules faites par C. Senefelder, l’inventeur de la lithographie. Nous reproduisons le fac-similé de l’inscription gravée en tète du livre, avec une page et deux lithographies qui l’accompagnent.
- Au-dessous de l’almanach de Senefelder, nous montrons un charmant album anglais qui est intitulé : Bijou Picture of Ireland et qui comprend 30 gravures, sur les paysages et les monuments d’Irlande. Deux spécimens des gravures fort remarquables de cet album sont fidèlement reproduits à la partie inférieure de notre figure 4.
- Les livres minuscules ne traitent pas uniquement les sujets amusants et futiles ; on peut y compter des bibles (notamment Kern des Bghels de 1701) et des paroissiens; on trouve, parmi eux, les Testaments
- 1802; à Paris,
- Fig. 5. —Le plus petit livre connu ; son aspect grandeur d’exécution. — Le même posé sur un timbre-poste. — Le même représenté ouvert. (Collection de M. Georges Salomon.)
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- LA N AT U UE.
- de Louis XVI et de Marie-Antoinette, l'Exercice du Chrétien, le Bonheur de la Pair, édité en 1765, le Petit Fabuliste, La belle Humanité, ouvrage allemand (1764) contenant les portraits et les biographies des grands hommes.
- Certains minuscules semblent sortir de la main des fées. En signalant ceux qui se trouvent dans la collection unique de M. Georges Salomon et dans la nôtre, nous avions donné comme les plus petits livres connus, un Chemin de la Croix et un Livre de prières, œuvres françaises dont la justification, c’est-à-dire la hauteur et la largeur de la page d'impression, mesure respectivement 15 millimètres sur 6 millimètres. Or, le croirait-on, il en a été publié, en Hollande, un plus petit encore. Comme les précédents, il est venu se ranger récemment dans la bibliothèque de M. Salomon. Ses dimensions sont si réduites qu’on ne s’étonne pas qu’il ait échappé, malgré son ancienneté, ,à toutes les investigations (lig. 5).
- La page d’impression mesure seulement 10 millimètres sur 6 et la page entière, impression et marges, 17 millimètres sur 8. Il contient 49 pages. En tète, le titre : Blœm Hofje (La eour des Heurs) door C. van L. (C. van Lange) Gedruckt by B. Schmidt; en dernière page, la date 1674. Il est élégamment relié de veau antique avec dos et plats ornés, tranche dorée, et est muni d’un fermoir en filigrane d’or d’une finesse exquise et d’une parfaite solidité. En un mot, ce nain des nains offre tout à fait l’aspect et les conditions d’un gros volume bien conditionné. Et il en faudrait quatre comme lui pour couvrir un de nos timbres-poste de lettres (flg. 5). La Hollande détient donc, selon l’expression consacrée aujourd’hui, le record du format minimum. Tel est l’objet rare, dont nous avions parlé à nos lecteurs à l’une des pages précédentes. Gaston Tissa.mhi;i;.
- L’ACCIDENT DU STEAMER « LE CORSICA »
- La Future a parlé, dans son numéro du 29 décembre 1894 (p. 79), du naufrage du navire le Corsica qui a sombré à sa sortie du port du Havre le 14 novembre dernier, avec les 2000 colis renfermés dans sa cale et pour la plupart destinés au Brésil.
- On a vendu récemment aux enchères publiques, dans les docks du quai llenaut, au Havre, toutes les marchandises contenues dans les caisses, et on ne peut se faire une idée, sans l’avoir vu, de la variété de leur nature et de l’état dans lequel elles se trouvaient après avoir séjourné cinq jours entiers dans l’eau de mer et être restées ensuite quinze jours dans les caisses, sans être déballées.
- On avait vendu immédiatement après le déchargement du navire les produits non avariés, c’est-à-dire les boîtes de conserves, les vins de Champagne, le beurre d’Isigny en boites de fer-blanc, et les Havrais ont pu se régaler de bon beurre à bon marché !
- Toutes les autres caisses, réunies dans les immenses docks des magasins des Chargeurs-Réunis, silués en face de la cale sèche dans laquelle se trouve encore le Corsica réparé extérieurement, ont été déballées et leur contenu placé au-dessus des emballages vides. Dans un coin, nous
- voyons 4-4 caisses de confettis! Valeur de facture, 4840 fr., dit le catalogue ! A côté, une caisse de pastilles de-gomme en boîtes de carton ! Plus loin, mille pièces de dentelle de Valenciennes, des chapeaux de paille et de feutre, des articles de chasse et des fusils, des pipes et des cartes à jouer, des soufflets de cuisine et des parapluies. Là' une jambe artificielle à côté d’un éventail en nacre, des irriga-teurs et des tableaux encadrés. A côté, une caisse d’appareils photographiques décollés, formant un tas vie bois, des biberons remplis d’eau de mer ; des poupées énormes, de la grandeur d’un enfant de 5 ans, sont couchées tout habillées sur des caisses, les vêtements souillés, décolorés, semblables à de petits cadavres exposés là pour les reconnaître. Des produits et des spécialités pharmaceutiques, des tissus en quantités innombrables, des échantillonnages en tous genres pour l’exportation, des statuettes religieuses et des objets de piété, des pendules eu bronze rouillées, verdies, oxydées, des ouvrages scientifiques, de la tabletterie et un brûloir à café, des boas en plume dont on devine l’état ! un tas de plantes d’herboristerie dont les sacs sont délayés et qui ressemble à un mont de fumier, des pantoufles et des souliers, une caisse de pipets en paille ! Des boîtes de compas dans lesquelles le bois, le velours et les compas ne forment qu'une masse compacte, des jouets d’enfants en carton pâte, des boîtes de cirage, une caisse de siccatif en poudre et des rouleaux de papier peint, un spectroscope, des instruments de précision, et enfin, pour terminer cette bizarre énumération qui n’en
- finirait plus.., à côté d’une caisse de couronnes
- funéraires et de queues de billard, un magnifique piano de Pleyel et son tabouret !
- La caisse en fer-blanc soudée qui devait le proléger contre l’humidité, a été éventrée, le placage en palissandre s’est enroulé sur lui-même, les touches d’ivoire sont décollées et se sont réunies dans un coin comme des fiches de jeu de nain jaune; les cordes, les tampons, le bois tout est trempé, tordu, et présente le plus étrange aspect. 11 se dégageait de tout cela une odeur indéfinissable de marée, de parfumerie, de linge mouillé qui prenait à la gorge et pénétrait les vêtements.
- Toutes ces épaves ont pourtant été bien vendues, paraît-il, par le séquestre judiciaire, et les nombreux acheteurs venus des environs et même de Paris se les disputaient avec acharnement. J. D.
- CHRONIQUE
- Analogie acoustique de la photographie des conteurs. — On éprouve quelque difficulté à exposer la théorie de la photographie des couleurs, d’après la belle méthode de M. Lippmann. Sans avoir recours à des notions déjà assez élevées d’optique physique, voici une analogie qui peut aider à en comprendre le principe. Lorsqu’on produit un bruit sec au voisinage d’une balustrade ou au pied d’un grand escalier, soit en frappant dans ses mains, soit en choquant deux pierres l’une contre l’autre, le bruit se prolonge en un son souvent élevé, et légèrement cinglant. La raison du phénomène est évidente ; l’onde, composée d'une somme de vibrations quelconques, rencontre successivement les barreaux de la palissade, et s’y réfléchit partiellement; l’oreille reçoit donc une série de chocs, espacés du double de l’intervalle de temps nécessaire pour que le son parcoure l’intervalle de deux barreaux. Ces chocs étant approximativement équidistants, prennent le caractère d’un son déterminé, tout comme un faisceau de lumière blanche partielle-
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- ment réfléchi sur les miroirs translucides de la pellicule se transforme en un faisceau de lumière homogène. On pousserait l’analogie plus loin encore, en provoquant la réflexion du son sur des filets à larges mailles, suspendus verticalement à des distances égales. C.-E. G.
- Vaselone. — Il s’agit sous ce nom d’un nouveau produit lancé dans le commerce comme concurrent de la vaseline. Il est employé en pharmacie et en parfumerie. Sa composition a été tenue secrète. On a soumis à un chimiste un échantillon de cette matière avec prière de l’analyser. L’opérateur a reconnu que c’était une dissolution de stéarone et de margarone dans de l’Imile minérale neutre. La stéarone se prépare en distillant la stéarine commerciale avec de la chaux, 75 parties d’acide stéarique et 25 parties de chaux sèche en poudre. On distille dans une cornue cylindrique au-dessus de 400°C. La stéarone fond à 8fi°G. La margarone est préparée en distillant la graisse de hœuf avec de la chaux, comme pour la stéarone. On fait dissoudre, dans 100 parties d’huile minérale bien purifiée et sans odeur, 15 parties de margarone et 5 parties de stéarone. Le produit graisseux, obtenu après refroidissement, ressemble à la vaseline, mais n’est pas aussi transparent. Il est blanc sans odeur, neutre, inattaquable par les acides et les réactifs chimiques. Il possède toutes les propriétés de la vaseline.
- Chevaux et traction mécanique. — Si l’on en croit les journaux américains spéciaux, l’industrie chevaline est dans le marasme et le prix des chevaux a baissé de plus de 60 pour 100 depuis quelques années. Cet état de choses, funeste pour l’agriculture, est attribué en partie aux progrès de la traction mécanique, et surtout de la traction électrique des tramways, partie au développement du cheval d’acier, ou bicyclette, un cheval toujours prêt et qui ne mange pas d’avoine. 11 s’est vendu, en 1894, plus de 200000 bicyclettes rien qu’aux Etats-Unis, et la vente de 1895 dépassera peut-être le chiffre de 500 000. Il doit en être de même en France, sinon à cause des tramways à traction mécanique, du moins à cause des bicyclettes, et la baisse s’accentuera davantage lorsque le progrès des voitures à pétrole, à la gazoline, et ceux des voitures électriques, auront enfin remisé le fiacre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 février 1895. — Présidence de M. Maiieï.
- Classification des corps simples. — M. Lecoq de Bois-baudran a imaginé un système de classification des corps simples analogue à celui qu’a proposé le chimiste russe Mendeléeff, mais qui a l’avantage, sur celui du savant russe, de se prêter au calcul des poids atomiques. De plus, la classification de M. Lecoq de Boisbaudran indique l’existence probable d’une famille de quatre corps non susceptibles d’entrer en combinaison avec aucun autre corps, c’est-à-dire possédant précisément la curieuse propriété négative signalée dans l’argon. L’un de ces corps se place entre le fluor et le sodium; il est plus volatil que l’oxygène. Un autre prend rang entre le chlore et le potassium; il est plus volatil que le soufre. Un autre se classe à coté du rubidium; il est plus volatil que le silicium. Enfin le dernier serait voisin du cæsium.
- La diversité des chlorophylles. — M. Gautier rappelle ses travaux multip'es sur la composition de la chlorophylle. Pour la première fois, en 1877, la chlorophylle
- cristallisée fut obtenue par ses soins. 11 notait dès lors la d iflé rence de composition des chlorophylles provenant des végétaux monocotylédonés et dieotvlédonés. En 1886, M. Gautier, revenant sur ce sujet, a signalé la diversité de composition de la chlorophylle provenant des différents végétaux.
- Une (/raine oléagineuse du Congo. — MM. Leconte et Hébert font connaître une graine très abondante au Congo français, dans les environs de Brazzaville, qui peut fournir 50 pour 100 de son poids de matière grasse. Cette graine est le fruit d’un arbre qui atteint d’énormes dimensions. On la recueille sur le sol; elle est comestible. La matière grasse que l’on peut en extraire est composée pour moitié d’oléine et pour l’autre moitié de margarine, de stéarine, palmitine, etc. 11 résulte de la richesse de ces graines en principes gras qu’elles sont susceptibles d’être employées très avantageusement dans l’industrie.
- Le silicium amorphe. — M. Vigouroux décrit les propriétés du silicium amorphe. Ce corps brûle dans le fluor, décompose l’eau à la température du rouge et n’est pas attaqué par l’acide azotique fumant ou l’acide fluo-rhydrique bouillant, mais il est attaqué par le chlore à basse température. On avait regardé jusqu’ici le silicium cristallisé comme incombustible dans l’oxygène. En réalité il s’entoure immédiatement d’une pellicule de silice qui l’empêche de brûler. M. Vigouroux démontre qu’il peut brûler pourvu que l’on ait soin d’élever brusquement la température, de manière à éviter la formation d’une couche de silice.
- Le phénomène de la congélation de l'eau. — Des expériences nombreuses et variées mettent en évidence l’augmentation de volume de l’eau, au moment de sa transformation en glace. M. Prompt s’est appliqué à préciser la cause de ce phénomène. Dans ce but il a examiné la marche de la transformation, lorsque l’on refroidit de l’eau dans une enveloppe transparente. D’après l’auteur, il se forme d’abord une couche transparente, puis une couche traversée de stries aux pointes desquelles apparaissent des bulles gazeuses. Ge sont ces bulles gazeuses qui, comprimées de plus en plus, déterminent l’éclatement des enveloppes. Il a réussi à n’obtenir aucune dilatation en employant de l’eau distillée privée de gaz et protégée par une couche d’huile. MM. Amagat ef Becquerel se refusent à admettre cette explication. M. Becquerel oppose la congélation dans le marteau d’eau et M. Cornu le calorimètre de Bunsen basé sur des expériences volumétriques rigoureuses. Une commission est nommée pour vérifier l’exactitude de l’expérience de M. Prompt.
- Varia. — M. Fouqué annonce qu’une secousse de tremblement de terre a été ressentie à Grenoble, le 5 février, à 6 heures du matin, et notée sur l’appareil enregistreur de la Faculté des sciences de cette ville. — SI. Aimé Girard indique un procédé de dosage des composés tanniques. — SI. Janet décrit les particularités delà nidification, de la ponte et du développement des frelons. — SL Lafont fait connaître que l’examen comparatif du sang des malades qui ont accompli une cure à la Bour-boule montre que, par suite du traitement, le nombre des globules rouges du sang est doublé, tandis que celui des globules blancs est réduit dans la même proportion. — SI. Reyt, de la Faculté de Bordeaux, conclut, de l’étude de la région de Chalossc dans les Landes, que le soulèvement pyrénéen s’est conliuué pendant la période du tertiaire moyen. Cu. de Yilledeuil.
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- LA NATüHE.
- LE RABOT A GLACE
- I, E G I, A C 11> L A N
- Lorsque les grands froids arrivent subitement par un temps calme, les lacs et les étangs se gèlent rapidement, et la surface, aussi unie que celle d’un miroir, fait la joie des amateurs de patinage; mais il advient que le vent se met quelquefois de la partie pendant la période de froid nécessaire à la formation de la glace, et alors les mouvements imprimés à la nappe liquide produisent une surface irrégulièrement congelée, présentant des dénivcllemcnts de plusieurs centimètres, fort gênants pour le patineur. Sur les
- rivières où la prise complète delà masse liquide ne se fait guère qu’après un charriage de quelques jours, les irrégularités sont encore plus grandes.
- On a imaginé un appareil, sorte de grand rabot, destiné à enlever ces irrégularités et à aplanir la glace, pour la rendre propre aux exercices du patinage, quelles que soient les conditions du reste dans lesquelles la congélation se soit produite. Nous avons vu employer cet appareil nommé glaciplan au cercle du patinage du bois de Boulogne à Paris lors des récents jours de gelée, et nous avons pensé qu’il pourrait rendre des services ailleurs, s’il était plus connu.
- Ainsi que le représente le dessin ci-dessous, on voit que le système consiste à pousser une lame d’acier
- Machine à raboter la glace pour aplanir sa surl'ace, employée sur les lacs gelés du Bois de Boulogne, à Paris. (D’après une photographie.
- convenablement inclinée de manière à couper tout ce qui dépasse lé niveau voulu.
- 'Cette lame est montée à l’avant d’un bâti en bois muni de traverses permettant à six hommes de le pousser tout en appuyant' légèrement. L’inclinaison de la lame est réglée au moyen des vis de serrage qui servent à son montage, et ensuite en faisant varier la position générale du bâti par rapport au plan de la glace. A cet effet,-l'arrière ne repose sur la surface congelée que par un seul point, sorte de sabot en bois, qui, au moyen d’un.petit treuil, peut être levé plus ou moins; un homme placé à l’arrière s’occupe spécialement de ce travail, tandis qu’un aulre, au moyen d’une sorte de barre, donne la direction. Pour pouvoir exercer une poussée efficace, les hommes qui sont chargés de la manoeuvré de ce
- gigantesque rabot, sont munis de crampons spéciaux qui se fixent sous le soulier au moyen de courroies. Ces crampons se composent d’une semelle en fer sur laquelle repose le pied et dont la partie inférieure est munie de lames coupantes vers le talon et vers l’extrémité du pied. Des articulations appropriées permettent de laisser au pied une certaine souplesse et de marcher sans fatigue.
- Avec une équipe d’hommes vigoureux et bien exercés, on peut en quelques heures donner à une très mauvaise glace la planité nécessaire pour que les exercices des patineurs puissent se faire facilement et sans danger. Dr Z....
- Le- Propriétaire-Gérant- : il. Tissaxdier' Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Eleurus, 9.
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- N° 1155.
- 2 MA 11 S 1895.
- U N AT U HE.
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- LES MONUMENTS PRIMITIFS
- DE PAXTELLARIA
- La petite île italienne de Pantellaria, située à quarante milles à l’est du cap Bon (Tunisie), renferme de singuliers monuments, à peine signalés jusqu’à ce jour et que les habitants désignent sous le nom de Sesi (les Pierres).
- Une mission officielle m’a donné les moyens d’étudier attentivement ces vestiges primitifs présentant une évidente parenté avec les Talayots des Baléares et les Nur-Aghe de la Sardaigne dont la Nature
- s’occupait récemment *, mais qui conservent néanmoins une originalité bien caractéristique.
- Les Sesi sont construits en lave (on chercherait vainement dans toute la région une seule pierre calcaire). Ayant pu éviter ainsi les atteintes du four à chaux et des agents atmosphériques, ils présentent un état de conservation qui m’a permis d’élucider certains faits restés encore vagues et même de préciser leur destination, ce qu’on n’a pu établir pour les Nur-Aghe et les Talayots.
- J’ai relevé, groupés près de la mer, trente-sept de ces monuments : leur nombre devait être jadis très supérieur. Ils ont tous été établis sur un modèle
- Vue d’un monuinenl préhistorique de l'ile l’untelluria. (D’après une photographie.)
- unique. Brands ou petits, ce sont des édifices massifs présentant une faible hauteur par rapport au diamètre de la base. Cette base est toujours circulaire, je ne l’ai jamais rencontrée carrée ou triangulaire comme celle des Nur-Aghe. Les Sesi ne rappellent en rien une tour : loin d’affecter la forme conique, ils présentent un aspect nettement parabolique (voy. la figure ci-dessus). Leur sommet se termine par un dôme surmonté d’une manière de petite guérite qui semble présenter des traces de récents remaniements.
- Le plus considérable, le modèle type, mesure 19m,8Ô de diamètre à la base; sa hauteur est de 7m,15. Il frappe d’abord par son apparence stable et la robustesse de ses lignes.
- Le monument se compose en réalité de six coupoles emboîtées l’une dans l’autre. Allant du centre
- 23- année. — Icr semestre.
- à la périphérie nous trouverons : 1° une simple agglomération de laves légères et de petit volume réunies de façon à obtenir une masse résistante d’une épaisseur considérable (point de pilier) ; 2° un revêtement de laves lourdes et de grandes dimensions emboîtant exaclement la première assise mais sur une faible épaisseur; o° un remplissage de petites laves légères ; 4° un revêtement de laves lourdes ; 5° un remplissage; 6° le revêtement extérieur, formé de blocs atteignant parfois un demi-mètre cube.
- Ce n’est point tout ; afin d’exagérer encore la solidité de l’oeuvre, les constructeurs ont flanqué la base de deux revêtements extérieurs séparés par deux parois de remplissage. Ces quatre couches sont d’inégales hauteurs et forment deux gradins très
- 1 Voy. n° 10(>3, du 1! ectobre 1893, p. 3H).
- U
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- LA NATURE.
- nets. Les matériaux sont toujours employés à sec et selon le deuxième système des murs à appareil polygonal.
- Si nous faisons le tour des Sesi, nous remarquerons une série d’entrées basses et d’accès difficile. Derrière elles s’ouvre un corridor, véritable boyau, dans lequel on rampe péniblement et dont la hauteur va en diminuant à mesure que l’on avance. Tout à coup, la voûte s’exhausse; le couloir débouche sur une petite chambre très exiguë ne permettant pas à un homme de se tenir debout.
- Par leur orientation, corridors et chambres constituent le rayon, ou plus exactement le demi-rayon du cercle énorme qu’est le Sesi. Ils sont au nombre de onze dans le grand monument, répartis d’une façon très asymétrique, car l’hémisphère Est du Sesi compte à lui seul sept cellules. Nulle part je n’ai rencontré d’étages superposés. Invariablement un niveau unique de cellules. Pas davantage de cavité intérieure ou de cavités multiples communiquant. Aucune trace de fermeture. Aucun escalier, soit intérieur, soit extérieur. Aucune lucarne.
- Si les Sesi sont parents des Nur-Aghe et des Talayots, ils s’en différencient par des particularités importantes : 1° la forme; 2° le mode de construction; 5° la disposition des chambres; 4° les dimensions des chambres et des couloirs. Ces dissemblances s’augmentent d’une cinquième : la destination de l’édifice.
- En ce qui concerne les Nur-Aghe, l’hypothèse généralement acceptée et à laquelle je me range après long examen, c’est que ces monuments auraient été des tours de défense, de véritables « burgs ». Dans son très savant ouvrage sur les Antiquités primitives des Baléares, M. de Cartailhac n’ose se prononcer et assigner aux Talayots une destination précise.
- Je serai plus affirmatif à l’égard des Sesi. Il faut voir en eux de véritables tombeaux. La déconcertante exiguïté des cellules, leur isolement, leur forme de terrier privé d’air et de lumière, me faisait repousser a priori toute idée de fortification ou d’habitation. La découverte de squelettes ensevelis sous la terre argileuse de corridors inviolés m’a fourni la preuve matérielle que je cherchais : les Sesi étaient bien les tumuli du peuple constructeur. Diverses particularités me permettent meme de croire à un mode très intéressant d’inhumation : les ossements n’ont dû recevoir la sépulture qu’après décharnement, décharnement précédé peut-être d’une exposition des corps sur les marches des monuments ou sur leur sommet. Les fouilles m’ont livré de minuscules vases en terre semblables à des jouets d’enfants ; ils étaient mélangés aux ossements ; cette poterie mal cuite, à peine rougie par un feu clair, sans ornementation, impropre aux usages domestiques, ne saurait recevoir que le titre de céramique funéraire.
- Tous ces éléments réunis constituent un ensemble positif : une dernière remarque le fortifie. Tandis que dans le voisinage des Nur-Aghe s’élèvent le Sepolture dei Giganti ; tandis qu’aux pieds des
- Talayots apparaissent les Navetas, sépultures avérées et distinctes, aucun monument spécial n’entoure les Sesi! Le Sesi, c’est le Talayot et la Naus réunis.
- Quel peuple a élevé les Sesi ? D’oîi venait ce peuple? Un accident ne m’a point permis de tirer des squelettes les indications précieuses qu’ils me devaient fournir : je crois cependant que le crâne des Sesi doit appartenir à une race dolichocéphale.
- L’étude anthropologique ne pourra donc pas nous éclairer beaucoup en l’espèce, mais la forme des Sesi, leur architecture, leur destination, les débris qu’ils contiennent, permettent une réponse.
- Ces monuments constituent manifestement la transition entre les mégalithes de l’Afrique du Nord et les édifices de la Sardaigne et des Baléares. Des informations prises en Tunisie et en Tripolitaine m’ont signalé, outre les mégalithes déjà connus, des monuments qui présenteraient une analogie singulière avec les Sesi : on en trouverait aux portes mêmes de Ghadamès.
- II est au moins curieux que des Arabes ne connaissant, même pas de nom, l’ile de Pantellaria, décrivent des constructions aussi semblables aux siennes. Dans tous les cas, la position de l’ile, que quarante milles séparent à peine du continent, nous autorise à la considérer comme une véritable dépendance de l’Afrique, d’où serait venu le peuple envahisseur.
- Ce peuple aurait-il une origine asiatique? La voûte en encorbellement, signe distinctif de l’architecture pélasgique et carienne, l’étude des ossements recueillis, encore qu'imparfaite, tendraient à nous faire croire que les premiers constructeurs appartenaient aux débris de ces peuples de la mer qui, refoulés d’Egypte par Menephtah et Ramsès II, se répandirent à travers la Libye jusqu’aux rivages do la Méditerranée occidentale, vers le treizième ou le quatorzième siècle avant notre cre. Lorsqu’ils songèrent à prendre leur élan et à gagner les grandes îles, Pantellaria dut être fatalement leur étape initiale. Placée en vedette sur le canal entre la Sicile et le cap Bon, elle les attira sans doute même avant la migration définitive. Plus tard, ils abordèrent la Sardaigne et les Baléares. Ainsi s’expliquerait le lien qui relie Sesi, Nur-Aghe et Talayots.
- Mais les Sesi, construits à une époque plus reculée, offriraient le type fondamental de la série, celui dont les émigrants s’inspirèrent, dont ils conservèrent le souvenir après leur séparation, et qu’ils reproduisirent en en modifiant plus ou moins la destination primitive selon les exigences locales.
- Georges Vavssié.
- LES RENARDS
- Un Renard ayant élu domicile à l’extrémité de mon coteau, vient presque chaque nuit depuis plusieurs mois excursionner dans mon jardin et jusque dans ma cour. Bien entendu, je ne veux ni qu’on le tue ni qu’on l’éloigne. C’est un charmant animal, puis je suis pour l’expansion naturelle et je trouve là un sujet très commode d’obser-
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- LA NAT LUE.
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- valion. Les traces qu’il laisse de son passage m’ont prouvé que, si les Renards aiment les raisins, ils consomment aussi une grande quantité de Rats, de Souris et petits rongeurs, ainsi que des insectes coléoptères, tels que llousiers, par exemple, et autres. De petits trous creusés de tous côtés indiquent qu’ils recherchent également avec activité les Grillons et les Vers blancs.
- D’après cela, les Renards ne seraient point aussi nuisibles que leur réputation pourrait le faire croire, et s’ils commettent quelques méfaits, ils les rachètent par bien des services rendus. Je ne veux pas dire qu’ils ne font pas la guerre aux Poules, qu’ils ne se régalent pas de quelques Lièvres et de quelques Lapins. Je constate toutefois que nulle part dans la région il n’y a autant de Lièvres qu’aux environs de ma propriété. Il est vrai que les Écureuils, les Pies, les Geais, les Pies-Grièches même, tous ces animaux regardés comme destructeurs par excellence, qui font leurs nids et s’ébattent en liberté sur mes gros noyers, ne m’empêchent pas d’avoir beaucoup de petits oiseaux de toutes sortes. Presque tous les buissons abritent des nids de chanteurs dont on remarque la rareté ailleurs.
- C’est que dans mon modeste domaine on ne tire jamais un coup de fusil. Tout le secret est là. Les oiseaux n’y sont détruits, ni effarouchés, ni dérangés, et les enfants, bien plus destructeurs que les Écureuils, ces charmants petits animaux essentiellement frugivores, n’y prennent pas un nid. Laisser la nature poursuivre son œuvre sans l’entraver, sans la contrarier, sans la troubler, c’est ce que l’homme a de mieux à faire. Libre à lui de l’observer, de l’étudier pour tâcher de la comprendre et de pénétrer quelques-uns de ses secrets. Plus il la regardera attentivement, plus il l’admirera, et c’est encore dans cette admiration qu’il trouvera ses plus douces satisfactions1.
- De Confeviion.
- LA PHOTOGRAPHIE PRATIQUE
- NOUVEL OBTURATEUR PHOTOGRAPHIQUE
- Tous ceux de nos lecteurs qui s’intéressent à la photographie instantanée savent que, en principe, on devrait toujours monter les obturateurs à l’endroit où se place le diaphragme; c’est là que le faisceau lumineux est le plus étroit et on peut, par suite, l’intercepter avec des surfaces plus petites et plus rapidement ; de plus, si on utilise un obturateur s’ouvrant par le centre, tel que la double guillotine, par exemple, on est certain que l’ensemble de la plaque a une pose uniforme aussi bien au commencement qu’à la fin du fonctionnement de l'appareil, l’ouverture, si petite soit-elle, agissant comme un diaphragme ; l’image est plus ou moins intense mais elle occupe toujours toute la surface de la plaque sensible.
- Pour monter un obturateur dans ces conditions sur un objectif double, il faut s’adresser à un ouvrier très habile, qui comprenne que les lentilles doivent être parfaitement centrées après cette opération comme elles l’étaient sur leur monture initiale. Dans les nouveaux anastigmats surtout, une erreur de centrage d’un dixième de millimètre peut mettre hors de service le meilleur objectif. Mais à cet incon-
- 1 D’après la Revue des sciences naturelles appliquées.
- vénient s’en ajoute un autre, c’est qu’il faut un obturateur pour chaque objectif, et un amateur bien monté en possède toujours au moins deux ou trois, de foyers différents. Le remède tout indiqué est d’avoir un obturateur faisant corps avec la chambre et devant lequel on montera à volonté tel ou tel objectif.
- L’obturateur de plaque1 est dans ce cas ; mais il travaille dans des conditions toutes spéciales qui ont leurs avantages et leurs inconvénients. Nous ne reviendrons pas là-dessus.
- Quant aux autres systèmes, on leur a reproché, lorsqu’ils sont montés derrière l’objectif, de ne pas donner à la plaque une pose uniforme; cela est exact; cependant s’il s’agit de ceux qui, comme la simple guillotine, démasquent la lentille par le côté, cela n’a pas d’inconvénient en pratique; mais ce genre d’appareil ne permet pas les grandes vitesses comme ceux basés sur le principe de la double guillotine et qui s’ouvrent par le centre. D’un autre côté, quand ces derniers sont placés derrière l’objectif, le centre de la plaque pose notablement plus que les bords, puisqu’il est le premier et le dernier à recevoir l’impression, et, à notre avis, on ne devra jamais le mettre qu’entre les lentilles.
- C’est pour remédier à ces divers inconvénients que M. Krauss, l’opticien bien connu qui exploite en France les brevets Zeiss, vient de construire une nouvelle forme d’obturateur permettant d’obtenir une très grande rapidité, tout en assurant une pose à peu près uniforme de la plaque; nous disons à peu près, car, en réalité, ainsi qu’on pourra s’en rendre compte tout à l’heure, l’inconvénient que nous signalons plus haut pour les obturateurs du genre de la simple guillotine subsiste, mais, nous le répétons, en pratique, cela n’est pas bien grave et on ne s’en aperçoit .pas sur les clichés.
- L’appareil se compose (fig. 1, n° 1) d’une série de bandes étroites S en métal très mince, se recouvrant légèrement l’une l’autre et placées derrière l’objectif 0. Chaque extrémité se termine par de petits pignons R (n° 3) qui viennent engrener dans deux crémaillères situées de chaque côté et réunies par une traverse T (n° l)./fous les pignons sont logés et tournent à frottement doux dans des trous percés dans deux bandes de métal fixes placées à côté et un peu au-dessus des crémaillères (et non représentées sur nos dessins). On comprend que, dans ces conditions, si on imprime aux crémaillères, au moyen de la traverse T, un mouvement de translation vers le haut de la figure, par exemple, toutes les lames accompliront une demi-révolution et viendront se recouvrir à nouveau les unes les autres après avoir démasqué complètement la surface de l’objectif pendant le moment très court où elles seront perpendiculaires au plan des lentilles. On arrive à ce résultat mécaniquement en pressant sur
- un bouton II avec le doigt ou au moyen d’une poire
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- 1 Yoy. n° 1015, du 12 novembre 1892, p. 570.
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- LA N A TU U K.
- en caoutchouc; on déclenche ainsi un ressort enfermé dans un barillet A, remonté au préalable, qui agit par engrenage sur une roue B portant l’excentrique E; un échappement permet seulement une demi-révolution de cet excentrique qui est relié à la traverse T, et, par suite, [aux crémaillères, par la tige F. Il résulte de ces dispositions que, une fois le barillet À remonté au moyen d’un bouton moleté qui dépasse sur l’appareil, on aura, à chaque pression sur le bouton H, le déplacement des crémaillères, soit vers le haut, soit vers le bas de l’appareil, produisant chaque fois une demi-révolution des lames S, pendant laquelle l’objectif est totalement ouvert puis refermé. Pour pouvoir faire varier la vitesse de ce mouvement et permettre ainsi de faire des instantanés plus ou moins rapides, il fallait immobiliser pendant un certain temps les lames au moment où elles sont perpendiculaires au plan des lentilles. Les constructeurs y sont parvenus au moyen d’un dispositif représenté à part (n° 4), mais qui, en réalité, est superposé aux pièces A, B et E (n° 1). 11 consiste en un échappement à ancre DP fonctionnant sous l’action d’un ressort à barillet U qu’on remonte au moyen d’un bouton moleté, placé sur l’appareil et portant une aiguille indicatrice parcourant un cadran divisé en dix parties; suivant qu’on a remonté plus ou moins le ressort, en arrêtant l’aiguille sur une des divisions, l’échappement DP fonctionne plus ou moins longtemps et, pendant tout le temps de son fonctionnement, un levier L qu’il commande immobilise l’excentrique E, au moment où les lames S démasquent complètement l’objectif, pour ne lui permettre d’achever sa course qu’au moment qui a été d’avance prévu. Les divisions du cadran, dont nous avons parlé, représentent 1/10 de seconde, mais si on remonte le ressort de moins d’une division, on peut arriver à 1/50 de seconde; si on ne le remonte pas [du tout, l’appareil marche avec sa vitesse maxima et donne 1 /400 de seconde.
- La pièce K qui dépasse un peu du cadre de l’appareil permet de faire la pose aussi longue qu’on le désire; en la poussant d’un certain côté indiqué par la lettre P on ouvre complètement les lames en pressant le bouton de déclenchement et elles ne se referment qu’à une seconde pression.
- On remarquera sans doute qu’au moment où les lames sont arrêtées dans la position de la pose, les rayons obliques au delà de 45 degrés, situés dans des plans parallèles aux plans des lames, ne peuvent pas passer; mais il est facile de remédier à cet inconvénient en disposant l’obturateur de façon que le grand côté de la plaque soit dans le même sens (pie cet axe de rotation ; les objectifs rapides ayant en général un angle peu supérieur à 90 degrés, on pourra toujours impressionner la plaque complètement en prenant cette précaution.
- On fera encore une autre remarque, c’est que, dans les meilleures conditions, l’objectif n’est jamais découvert complètement, puisqu’il y a toujours l’épaisseur des lames qui arrêtera une partie des rayons lumineux ; il est certain qu’il y a là une perte de lumière, mais elle est faible car les lames sont très minces et nous avons calculé qu’elles masquent
- au plus 1 /50 environ de la surface des lentilles, ce qui est, du reste, racheté par le temps relativement long pendant lequel la surface presque totale de l’objectif est découverte.
- Ce genre d’obturateur à lames multiples permet des mouvements d’ouverture et de fermeture d’une très grande rapidité, parce que les déplacements sont très petits; il est facile de s’en rendre compte en comparant, par exemple, la course que devrait parcourir une simple guillotine placée derrière une lentille de 4 centimètres de diamètre à celle que parcourent les crémaillères; et on voit en même temps que cette course est constante pour toutes les surfaces, ce qui fait que l’obturateur donne la même rapidité, quelle que soit la dimension de l’objectif.
- Le principe de cet appareil n’est pas absolument nouveau et nous nous rappelons en avoir entendu parler il y a quelques années, mais nous ne pensons pas qu’il ait jamais été construit industriellement. Cependant, au moment où nous terminons cet article, nous apprenons qu’un fabricant de Lille, M. Mairesse, en construit un semblable (au moins comme principe) et qu’il lui a donné le nom d'obturateur persienne; c’est, bien là le véritable nom qui convient à cette nouvelle classe des obturateurs photographiques. G. Mareschal.
- Fig 1, 2, 3 et 4. — Obturateur à lames multiples (le M. Ivrauss.
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- LA DURÉE DES ÉCLAIRS
- Fis
- 1 et 2. — Photographies d’éclairs obtenues par M. L. Weber, à l’aide d’un appareil animé d’un mouvement conique.
- Fig. 1. Éclair simple. — Fig. 2. Éclair multiple.
- On a, depuis longtemps, cherché à déterminer la durée d’une étincelle électrique, et l’on y a réussi, dans certains cas, par divers procédés ; ce problème présente plus qu’un simple intérêt de curiosité; il n’est encore aucune théorie qui permette de prévoir exactement, sinon la durée de l’étincelle, du moins celle du phénomène lumineux complexe que Ton observe lors de la décharge dis-ruptive de l’électricité. Il est donc évident que les mesures préalables* aideront à démêler les diverses causes qui agissent sur la durée du phénomène.
- L'étincelle elle-même devient, dans certains cas, un instrument de travail ; toutes les lois que l’on a besoin d’un éclairement de très courte durée, on ne saurait mieux faire que de recourir à ce phénomène, d’une soudaineté sans égale, et que l’on peut, du reste, gouverner dans de larges limites. La photographie des objets animés d'un mouvement très rapide ne pourrait pas être abordée si l’on ne savait approprier l’étincelle à chaque cas. Lorsque, par exemple, une balle de fusil, cheminant avec une vitesse de 800 mètres par seconde, doit être saisie au vol et fixée sur la plaque sensible, la durée totale de l’exposition ne saurait dépasser beaucoup un dix-millionième de seconde, et un obturateur mécanique assez rapide pour réduire le temps de pose à cette limite, à supposer qu’on puisse le construire, deviendrait le plus dangereux de tous les projectiles; nous ne nous hasardons que médiocrement en affirmant qu’aucune matière ne permettra jamais de songer à la construction d’un tel obturateur.
- Le procédé du miroir tournant a servi plus d’une
- Fig. 3. — Photographie d’éclair obtenue par M. Trouvelot, au moyen d’un appareil animé d’un mouvement parallèle saccadé.
- fois à l’étude de l’étincelle; lorsqu’il est complété par la photographie, on peut le soumettre sans peine
- à des mesures précises, et étudier le phénomène dans ses détails ; on reconnaît, ainsi qu’une étincelle naît brusquemen t, reste brillante pendant un instant très court, puis s’éteint graduellement. Sa durée totale est très variable avec les circonstances de sa production ; lorsqu’on ne prend aucune précaution particulière, sa période très lumineuse s’étend sur plusieurs cent-millièmes de seconde ; mais on peut réduire, comme Hertz l'a fait, la durée totale du phénomène à un temps si court qu’on ne l’a pas déterminé, et dont on peut seulement affirmer qu’il est notablement plus faible qu’un cent-millionième de seconde.
- Les éclairs sont plus difficiles à étudier, car on ne les produit pas à volonté dans le champ d’un appareil de mesure, et la plupart des photographies très nombreuses que l’on possède ne sont pas propres à nous fixer sur ce point.
- Lorsqu’on observe attentivement un violent orage, on a souvent l’impression que les éclairs intenses se maintiennent pendant un temps appréciable ; il me souvient d’avoir été surpris, pendant des orages observés sur la montagne, de la durée de la période très lumineuse du phénomène, et il m’a paru, plus d’une fois, difficile d’admettre qu’il y eut là une simple persistance de l’excitation ; mais on est si facilement trompé par les impressions visuelles, que je n’avais jamais osé considérer cette dernière comme à l’abri de la critique. La photographie faite dans les circonstances ordinaires ne nous renseigne pas davantage sur la succession des éclairs
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- sur le même parcours. Le phénomène est -vraisemblable a priori, car l’air échauffé par une première décharge devient bon conducteur, et particulièrement propre à livrer passage à une seconde étincelle. J’ai eu l’occasion d’observer, dans le voisinage des Alpes, pendant un orage d’une grande violence, un éclair intense, éclatant entre le nuage et la montagne, et suivi, à un intervalle qui me parut être d’une demi-seconde environ, d’un autre éclair beaucoup moins intense, parcourant exactement le même chemin. Le phénomène me parut parfaitement démontré, jusqu’au jour où j’eus connaissance des expériences déjà anciennes de Young, et des observations récentes de M. Shelford Bidwell, ainsi que celles de M. Charpentier sur le retour de l’impression lumineuse. La sensation est parfois oscillatoire, et il semble que le ffux nerveux se réfléchisse dans le centre de perception, revienne à la périphérie, pour retourner au cerveau, en s’amortissant sur son parcours. Quoi qu’il en soit de l’explication de ce singulier phénomène, il est bien démonti'é qu’une impression lumineuse de courte durée est suivie de la sensation d’une grande obscurité, puis de la sensation de lumière, puis d’une obscurité définitive, ou plus souvent suivie encore d’un ou deux retours de la clarté; nous espérons revenir sur ce sujet à une prochaine occasion ; nous voulions seulement, pour le moment, en conclure que la simple observation n’est pas suffisante pour mettre hors de doute la succession des éclairs dans le même trajet.
- La chronophotographie pourra nous être d’un grand secours pour la solution de ce problème; depuis que M. Demcny a mis à la disposition des amateurs un appareil extrêmement pratique pour ce genre d’opérations, confinées jusqu’ici dans quelques laboratoires privilégiés, ces observations pourront se multiplier; les occasions où elles peuvent être faites ne sont pas très fréquentes, et il est à désirer que de nombreux amateurs s’y intéressent. 11 serait naturellement désirable d’obtenir le plus grand nombre possible d’épreuves du même éclair ; cependant, pour le moment, des images se succédant à un dixième de seconde d’intervalle nous donneraient des documents nouveaux.
- Nous voudrions, pour terminer, relater deux intéressantes observations, l’une de M. L. Weber, de Breslau, l’autre de M. Trouvelot, de l’Observatoire de Meudon, obtenues avec des moyens tout à fait rudimentaires. Pendant un violent orage nocturne, M. Weber eut l’idée de viser la région du maximum des éclairs avec une petite chambre noire à laquelle il donnait, à la main, un mouvement de rotation tel que l’objectif décrivît un cône de peu d’étendue. 11 obtint ainsi des épreuves d’un aspect inattendu, dont nous donnons une reproduction figures 1 et 2. On voit, sur la figure 1, que les points les plus lumineux de l’éclair ont donné, dans l’image, de petites ellipses, toutes les ellipses ainsi obtenues étant limitées à deux lignes brillantes, le long des-
- quelles l’action des images séparées s’additionne. En examinant attentivement la photographie, on voit que plusieurs des points lumineux ont engendré une ellipse complète, d’où l’on conclut que l’éclair a duré au moins autant qu’une rotation entière de l’appareil, sans avoir dépassé beaucoup cette durée, puisque les images ne s’enchevêtrent pas. Quelques points, cependant, se sont affaiblis assez rapidement pour ne fournir que de courtes traînées, et non point des courbes fermées. En répétant l’expérience, M. Weber est arrivé à la conclusion que l’éclair représenté dans notre figure avait duré près d’une demi-seconde. Les points brillants seraient, suivant son opinion, ceux où l’éclair est vu en raccourci.
- La figure 2 représente un autre éclair photographié au cours du même orage; il est multiple, ou, plus probablement, l’ensemble du phénomène s’est composé de plusieurs maxima se suivant à peu près sur la même ligne.
- La figure 3 représente l’éclair photographié par M. Trouvelot, à l’aide d’un appareil auquel on donnait des mouvements saccadés, dans un plan horizontal ; l’image se compose de plusieurs traînées parallèles, d’intensités différentes, réunies, comme on le voit nettement sur l’original, par des plages faiblement lumineuses. L’interprétation de cette image peut laisser subsister quelque doute; en effet, si les déplacements ont été rapides et les arrêts brusques, l’image obtenue pouvait être celle d’un éclair ininterrompu, d’une assez longue durée; mais on peut aussi admettre qu’il s’est composé de plusieurs décharges successives suivant exactement la même route.
- Les très intéressantes observations de M. L. Weber, et de M. Trouvelot, loin d epuiser la question, montrent, au contraire, tout l’intérêt qui s’attache à la chronophotographie des éclairs. Il ne s’agit point ici d’expériences de laboratoire, conduisant graduellement, par un labeur assidu, à la découverte des lois qui régissent un phénomène; il est nécessaire, au contraire, de saisir au vol les occasions qui se présentent plus ou moins à chacun, dans le grand observatoire qui est à la disposition de tous.
- C.-E. Guillaume.
- LES TRAMWAYS ÉLECTRIQUES EN FRANCE
- LE RÉSEAU DE LYON 1
- Un des besoins actuels les plus impérieux consiste certainement en des moyens de locomotion faciles et rapides, surtout à l’intérieur des villes. Notre collaborateur M. G. Pellissier a étudié dans quelques articles récents2 la traction électrique en Amérique, et il nous a montré comment les tramways électriques répondent aux besoins des populations américaines. La traction électrique commence également
- 1 Yoy. n° 1131, du 2 février 1895, p. 131.
- 2 Yoy. n° 1121, du 24 novembre 1894, p. 411.
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- à s’implanter en France. Nous avons décrit dernièrement la magnifique installation du Havre; nous croyons utile de parler aussi d’autres essais efi'ec-tués. En 1894, la ville de Lyon a réuni pendant quelques mois, à l’occasion de l’exposition qui a eu lieu dans ses murs, des systèmes de tramways à accumulateurs et de tramways par canalisations souterraines; ces deux derniers systèmes n’ont fonctionné que pendant la durée de l’exposition; mais la ville possédait déjà un réseau de tramways électriques à canalisation aérienne.
- Le 17 avril 1894, en effet, avait été inaugurée officiellement la ligne de tramways électriques de Lyon à Oullins. Le système employé est le système Thomson-Houston à trolley aérien; l’installation a été faite par la Compagnie française pour l’exploitation des procédés Thomson-Houston. Quelques mois après la première installation, le 7 octobre 1894, avait lieu l’inauguration d’un prolongement de ce réseau jusqu’à Saint-Genis, qui avait été établi en raison des résultats satisfaisants obtenus avec la première installation. De Lyon à Oullins, la ligne, d’une longueur totale de 6 kilomètres, rencontre, après avoir traversé la Saône, des rampes sensiblement continues de 25 millimètres par mètre sur 1 kilomètre, ensuite des pentes comprises entre 18 et 55 millimètres par mètre sur une longueur de 600 mètres, et enfin, pour arriver au point terminus, des rampes moyennes de 25 millimètres par mètre sur 1 kilomètre, avec un maximum de 45 millimètres par mètre sur un parcours de 200 mètres. Les courbes ont des rayons supérieurs à 50 mètres; la vitesse moyenne est environ de 15 kilomètres par heure. De Oullins à Saint-Genis, la longueur de la ligne est de 2100 mètres et les rampes maxima atteignent 6,5 pour 100 sur une longueur de 300 mètres. La station centrale, établie dans l’ancien dépôt des tramways à chevaux d’Oullins, comprend 2 chaudières semi-tubulaires d’une surface de chauffe de 140 mètres carrés, timbrées à 8 kilogrammes par centimètre carré, 2 machines à vapeur à 1 cylindre et à condensation, d’une puissance pouvant varier de 97 à 255 chevaux en faisant varier l’admission, et de 2 dynamos à 4 pôles de 100 kilowatts à la vitesse angulaire de 650 tours par minute.
- Dans l’intérieur de l’Exposition de Lyon, avait été installé un tramway électrique à accumulateurs. Ce tramway, construit par M. Averly, faisait autour du lac un trajet d’une longueur totale de 5876 mètres. La ligne avait un écartement de 60 centimètres. Ce tramway a rendu de grands services aux nombreux visiteurs qui désiraient se rendre dans les diverses parties du parc et aller à l’Exposition des colonies. La voiture présentait les mêmes dispositions que celles adoptées dans les tramways de Paris Saint-Denis-Opéra et de la Madeleine à Saint-Denis, que nous avons décrits précédemment1. Les accu-
- mulateurs étaient du modèle de la Société pour le travail électrique des métaux-, ils étaient au nombre de 54 par voiture, répartis en 6 caisses de 9 éléments chacune. Un commutateur spécial sous la main du conducteur permettait de faire varier le couplage en tension et en quantité suivant les besoins. La charge des accumulateurs était effectuée par la station centrale Averly, (pii comprenait une chaudière Belleville donnant 2000 kilogrammes de vapeur par heure à la pression de 16 kilogrammes par centimètre carré, un moteur horizontal Averly compound de 70 chevaux, un moteur vertical Averly de 30 chevaux, une dynamo Averly type Manchester de 48 kilowatts à 160 volts et une dynamo Des-roziers à 4 pôles de 22,5 kilowatts à 150 volts. Cette station centrale assurait également l’éclairage de divers établissements dans le voisinage.
- Un autre tramway électrique avait été aussi établi par M. Claret, de l’Exposition au pont Lafayette, à Lyon. Ce tramway, système Claret-Vuilleumicr, présente un nouveau mode de distribution de l’énergie électrique de la station centrale génératrice aux diverses voitures en service ; cette distribution est obtenue à l’aide de contacts posés à fleur du sol, et qui ne sont mis en communication avec la ligne principale que pendant le passage des voitures.
- L’usine génératrice, située dans l’intérieur de l’Exposition, comprenait un moteur à gaz pauvre du type Simplex, d’une puissance de 120 chevaux. Ce moteur, inventé par MM. E. Delamare-Deboutteville et Malandin, a été construit par MM. Matter et Cic à Rouen. 11 fonctionnait à l’aide d’un gaz spécial fabriqué sur place dans un gazogène Buire-Lencau-chez, du même constructeur. On connaît tous les services que peuvent rendre aujourd’hui ces moteurs, dont la puissance peut dépasser 500 chevaux, et dont l’emploi est des plus économiques. Dans le cas du tramway de Lyon, on a particulièrement observé la régularité de marche et la faible consommation de charbon, qui n’a pas dépassé 500 kilogrammes par cheval-heure. Nous avons déjà indiqué précédemment1 les résultats d’exploitation; mais nous avons cru devoir insister sur les dispositions de ce tramway pour répondre aux désirs de nos lecteurs. Le moteur à gaz pauvre commandait par courroie une dynamo Thurv à 6 pôles, d’une puissance de 175 kilowatts à 500 volts, et à la vitesse angulaire de 300 tours par minute. En service normal, avec 12 voitures chargées, l’intensité n’a pas dépassé 120 ampères. Notre figure 3 donne une vue d’ensemble de l’intérieur de la station centrale ; à gauche dans le fond se trouve le moteur à gaz pauvre, et à droite on aperçoit la dynamo Thury.
- La voie avait une largeur de 1 mètre; elle était formée de rails et contre-rails de 10 mètres de longueur assemblés au moyen d’éclisses et d’entretoises. Au milieu de la voie étaient disposés, à fleur du sol, des tronçons de rails à patins renversés de
- 1 Voy. n° 1015, du 12 novembre 1892. p. 569.
- 1 Voy. n° 1116, du 25 octobre 1894, p. 526.
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- 2m,80 de longueur et séparés entre eux d’une longueur d’environ 5 mètres. Dans la figure 1 (n° 1), on peut apercevoir en A le rail à natin renversé, en B le rail de gauche de la voie monté sur une traverse en bois G située à une certaine profondeur dans le sol. Entre le rail B et le rail A se trouvent interposés dts pavés de bois assemblés. Au-dessous du rail A est une couche de bitume, formant un ruban isolateur. Si nous prenons la coupe de la voie à une distance de 5 mè-trcs plus loin (fig. 1, n° 2), nous trouvons les rails sur lesquels roule la voiture, mais au centre il n’y a plus de rail à patins renversés ; à la place est installée une traverse en bois.
- Sur ces traverses est un canal 1) en bois imprégné d'huile, qui renferme un circuit de distribution reliant le rail A à un distributeur particulier E dont nous allons parler. Un câble principal F venant de la station génératrice dessert tous les distributeurs. Le n° 2 de la figure 1 montre en coupe le cable posé en terre, et le n° 1 de la même figure nous montre l’arrivée de ce même câble à un distributeur. L’autre pôle de la dynamo de la station génératrice est en connexion directe avec les rails. Les distributeurs E sont répartis de distance en distance dans des puits ménagés à cet effet. Chacun d’eux alimente un certain nombre de tronçons de rails à l’aide de câbles de distribution. La figure 2 représente le schéma complet de l’installation ; en S est la dynamo génératrice, en C un câble principal relié aux distributeurs A,B...; en D est le deuxième câble relié aux rails. On aperçoit les lignes L,L se rendant des distributeurs aux tronçons de rails; en V se trouve une voiture en service. Sans insister sur la description complète de ces distributeurs, nous dirons qu’ils se composent de bras mobiles F venant se fixer sur des plots a,b,c,d situés sur une circonférence. Ces plots sont reliés aux différents tronçons de rails dont nous avons parlé à l’aide des câbles L, et les bras sont en communication directe avec le câble prin-
- cipal. Le déplacement des bras et leur fixation sur les divers plots est obtenu au moyen d’un électro-aimant E branché en dérivation et qui devient actif au moment de l’arrivée d’une voiture. Il débraye alors un mouvement moteur (mouvement d’horlogerie ou électromoteur) qui fait déplacer les contacts. Au départ, à une extrémité de la ligne, le câble principal est en relation directe avec le moteur de la voiture, par le premier tronçon de rail. Dès
- que le curseur d’avant de la voiture vient atteindre le second tronçon, une dérivation du courant envoyé par le premier tronçon passe par l’électro-aimant; celui-ci devient actif et établit, comme nous venons de le dire, une communication entre le câble principal et le second tronçon de rail, et ainsi de suite pour tous les tronçons de rails successifs. On voit que cette ingénieuse disposition établit, des contacts entre chacune des parties de la voie et le câble principal au moment même où la voiture y passe. Toute communication est ensuite supprimée. On évite ainsi tout accident qui pourrait survenir par suite d’un contact accidentel. Le système présente
- sans doute une certaine complication; mais, d’après les résultats obtenus à Lyon, malgré un service chargé, il n’y aurait eu aucun raté, et le tramway aurait fonctionné dans de bonnes conditions.
- Nous n’avons que peu de choses à dire des voilures en elles-mêmes. Elles avaient une longueur de 7m,6 et une largeur de 2m,10; leur poids, une fois chargées, était de 8800 kilogrammes; chacune d’elles renfermait un moteur Thury de 14,7 kilowatts. La vitesse de déplacement maxima pouvait atteindre 50 kilomètres par heure. Chaque voiture comportait un interrupteur, une manette de réglage, deux freins, et un inverseur pour le changement de marche. La figure 4 représente la vue d’ensemble de plusieurs voitures au moment de leur sortie du dépôt.
- A la séance de la Société internationale des élec-
- Fig. 1. — Coupes de la \oie. — IV i. Vue des tronçons de rails conducteurs avec communication au distributeur. — iV 2. Coupe de la voie entre deux tronçons de rails conducteurs successifs.
- U J U,
- Station centrale .a DynamoJ
- Câble principal
- Fig. 2. — Schéma général de l’installation du tramway électrique Claret-Vuillemier.
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- triciens qui a eu lieu le 5 décembre 1894, M. Vuil-leumier a donné quelques renseignements intéressants sur ce système de canalisation souterraine.
- Une installation de ce genre coûterait à Pam 21 francs par mètre courant. Le prix d'exploitation serait de 20 centimes par voiture-kilomètre, en eal-
- Fig. o. — \uc intérieure tic lu station centrale d’énergie électrique pour le tramway électrique de l'Exposition de Lyon.
- Fig. 4. — Vue d’ensemble des voitures du tramway électrique de Lyon. (D’après une photographie.)
- culant sur 10 voitures effectuant un trajet de 100 kilomètres par jour. Actuellement, la traction par chevaux revient à Paris à 50 centimes par voiture-kilomètre. A Lyon, le prix d’établissement de la
- voie avait été de 18fr,30 par mètre, en comprenant les postes de distribution établis tous les 100 mètres, les contacts, le pavage, les caniveaux en bois, les câbles principaux, secondaires, et le goudronnage.
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- Le système de tramway Claret-Yuilleumier paraît avoir donné à Lyon de. bons résultats ; mais nous devons reconnaître que jusqu’ici lés divers systèmes de canalisations souterraines pour traction électrique ont présenté de nombreux inconvénients. U faut aussi ajouter que par les temps de neige que nous avons traversés dernièrement, le fonctionnement aurait été difiicile. Le tramway à trolley aérien serait-il possible dans les grandes villes? On peut répondre affirmativement pour quelques quartiers. Quelques ingénieurs même soutiennent que ce système pourrait facilement être exploité dans les quartiers les plus fréquentés. 11 est certain que la voiture automobile serait à tous égards préférable ; mais le prix de revient de la traction par ce précédé est très élevé.
- Les systèmes de traction électrique, on le voit, sont nombreux, mais ils n’ont pas encore été tous essayés à Paris, où cependant le besoin s’en fait sentir chaque jour davantage. L’avenir nous apprendra le système qui est réservé à notre vieille capitale; mais cet avenir ne saurait maintenant être très éloigné. J. Laffargüe.
- LA. CHASSE AUX ANIMAUX CAVERNICOLES
- L’article sur la faune des cavernes 1 nous ayant valu plusieurs demandes de renseignements sur les meilleurs procédés de capture des animaux cavernicoles, nous pensons ne pas abuser de nos lecteurs en donnant à ce sujet les indications supplémentaires que voici.
- Cette chasse doit être entreprise en l’entourant de précautions multiples, en petite compagnie, avec le moins d’éclairage et le plus de silence possible, la moindre odeur ou résonance pouvant faire fuir les animaux cavernicoles dans des fentes et retraites inviolables.
- Nous avons dit en effet, qu’à défaut des yeux qui leur manquent la plupart du temps, leurs autres sens, notamment l’ouïe, paraissent développés avec une acuité qui leur sert de défense efficace contre leurs ennemis.
- M. Hovey (Celebrated American caverns) raconte qu’il suffit de la chute d’un grain de sable dans l’eau pour mettre en fuite les poissons aveugles (Amblyopsis) de la rivière Styx, à Mammoth Cave.
- Lorsque les guides aux grottes d’Adelsberg veulent se procurer des protées pour les vendre aux touristes, ils ont grand soin, non seulement de les chercher dans les parties reculées de la caverne où le public n’accède pas d’ordinaire, mais encore d’éteindre ou de laisser en arrière leurs lumières, en approchant des bassins d’eau où les protées gîtent, et où il faut disposer les appâts.
- Voici, d’après les chasseurs les plus compétents, les manipulations à recommander :
- A. Pour les animaux aquatiques. — Opérer dans des bassins peu profonds, à rives très basses et d’accès commode; placer sous l’-eau un récipient largement évasé, en forme de petite cuvette et contenant de petits morceaux de viande et d’os; — laisser l’appât 24 heures; — en revenant, le prendre sans bruit ni brusquerie, le couvrir très rapidement, sous l’eau même, avec une cloche en treillis de métal ou de préférence en verre (comme celles qui servent à préserver la viande ou le fromage).
- Pour les animaux de taille relativement grande, tels que
- 1 Voy. n° 1129, du 19 janvier 1895, p. 125.
- les protées, les amblyopsis, les gammarus, etc., les récipients pourront être remplacés par de véritables petites nasses à mailles plus ou moins serrées, mais résistantes et maintenues sous l’eau par des pierres attachées en guise de lest.
- B. Pour les animaux terrestres. — Dépouiller un colimaçon de sa carapace, le cacher sous des pierres plates avec mêmes délais et précautions que ci-dessus ; soulever les pierres tout doucement, et saisir promptement à l’aide du pinceau mouillé d’alcool tout ce qui sera venu à l’appât. — Ou encore, faire un trou dans l’argile, y enfouir etmastiquer (en ménageant tout autour et au niveau du sol un petit talus de descente) un large godet ou un petit pot à confitures ; amorcer le piège avec de la viande ou du fromage ; couvrir le tout d’une pierre plate en ne laissant qu’une étroite ouverture impraticable aux scolopendres et insectes de forte taille, qui pourraient venir accidentellement du dehors.
- On trouvera d’autres utiles indications pratiques dans deux Notices de M. Fruwirth, Hôhlenforschung, Peterni’s Mittheilungcn, 1884, p. 298 et Mitth.,club alpin ail. autr., 15 juin 1886.
- L’auteur de ce travail conseille, dans la recherche des insectes, de mettre la bougie le plus près possible des parois et de la tenir élevée, car certains animaux se confondent tellement, par leur couleur, avec la roche ou la stalagmite, qu’ils ne se révèlent que par l’ombre portée par leur corps.
- L’une des principales difficultés est la préservation de la récolte pendant son transport au dehors. On conçoit de quelle fragilité sont les antennes de la dolichopoda par exemple que nous avons figurée dans notre précédent article (p. 424). Mis dans des boîtes en carton ou en bois, certains insectes y brisent leurs plus curieux organes et cependant ils ne peuvent être immergés dans l’alcool sous peine d’altérations profondes et diverses. Plus encore que pour les prises entomologiques aériennes, il est malaisé de les tuer ou de les préparer sur-le-champ.
- Mais avant tout il importera de ne pas enfermer plusieurs individus, même d’espèce semblable, dans un réceptacle unique; on risquerait de n’en retrouver que les débris : la lutte pour la vie est intense aussi sous la terre, et les insectes cavernicoles notamment ont montré maintes fois que leur férocité naturelle peut les pousser jusqu’à s’entre-dévorer1. E.-A. Martel.
- LES NOMS DES JOURS DE LA SEMAINE
- M. J. Vinot a mentionné précédemment2 le fait bien connu de la correspondance entre les noms des jours de la semaine et ceux des corps célestes, Soleil, Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne, et en même temps il pose la question : d’où vient cet ordre bizarre ? Pour les anciens, avec le système dePtolémée, — remarque M. Vinot, — un ordre régulier devait donner : Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter et Saturne, des distances supposées des corps célestes à la Terre.
- L’explication de M. Vinot ainsi que celles données depuis parM. J. de Pury3 et M. A. Perraud4, ne sont que des hypothèses, et du reste elles n’indiquent pas la véritable origine.
- En effet, l’usage dont il s’agit, date de l’époque qui nous
- 1 V. Schiner, dans l’ouvrage de Schmidt sur Adelsberg, p. 263.
- 2 Voy. n° 1087, du 31 mars 1894, p. 274.
- 3 Voy. n° 1118, du 5 novembre 1894, p. 363.
- 4 Voy. n° 1123, du 8 décembre 1894, Botte aux lettres.
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- a légué des expressions telles que « bonne » ou « mauvaise étoile », « désastre », etc. C’est dans l’antique' Chaldée qu’il faut chercher l’origine tant de la semaine elle-même, que de la dénomination de scs'jours. Les Hébreux, qui adoptèrent jusqu’aux noms assyriens des mois ( A’isan, Tischri, etc.), empruntèrent aussi aux Babyloniens , la division de la journée en vingt-quatre heures et la suite de sept jours appelée semaine. Nous rencontrons cet emprunt déjà dans la première page de la Bible. Le troisième commandement de la loi mosaïque n’est qu’une confirmation d’une institution déjà existante. Des Juifs, elle passa aux chrétiens. Cependant les noms des jours ne nous ont pas été transmis par le judaïsme, ni par le christianisme. Ils ont évidemment fait un autre chemin.
- Des Babyloniens, bien des idées passèrent aux tribus araméennes de l’Asie occidentale, et c’est par ce chemin que les Grecs, et après eux les Romains, apprirent la dénomination des planètes. Seulement aux divinités sémitiques on substitua les dieux indigènes qui offraient le plus de ressemblance avec celles-là. Ainsi du belliqueux Nir-gal on fit ”Apr); et Mars, et le jour de Nirgal devint Martis (lies (martedi des Italiens, mardi des Français). Nebo (« l’annonçant »), qui comme un héraut annonce l'arrivée du Soleil, est bientôt devenu le messager des dieux ou Mercure, d’où le nom de mer-
- credi pour le jour de Nebo. Mérodac était le patron de Babylone ; voilà pourquoi les Grecs lui substituèrent le dieu suprême Zeu;, et les Romains Jupiter; le jour de Mérodac est ainsi devenu Jovis dies, giovedi, jeudi. La déesse Istar (Aslarle) passa aux peuples occidentaux comme ’AçpoSrir) et Vénus, et son jour eut le nom Venons dies, venerdi, vendredi. Quant à Adar, le cruel Mo-loch, auquel on immolait des enfants, les Grecs lui donnèrent pour pendant Kpôvo;, qui avalait ses propres enfants; chez les Romains, Adar devint par conséquent Saturne et c’est pour celte raison que les Anglais donnent encore aujourd’hui le nom de Saturday au jour d’Adar, le samedi. Le jour du Soleil garde encore ce nom dans plusieurs langues, par exemple dans l’anglais (Sunday) et l’allemand (Sonntag). Pour le jour de la Lune, ce nom est d’un usage encore plus général (français lundi, italien lunedi, anglais Monday, allemand Montag).
- Et l’ordre des jours ? Rien de plus simple.
- 11 faut se rappeler que les lumières ambulantes du ciel étaient pour les Babyloniens des vrais dieux. Bien que toujours occupés des destinées des mortels, les dieux s’en chargeaient plus spécialement à tour de rôle, une heure à la fois. Rangeant les astres mobiles par ordre de vitesse croissante, — ce que faisaient toujours les Chaldéens, — à la rangée bien naturelle Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune, on voit que si la première heure du premier jour est donnée à Saturne, la première heure du jour suivant échoit au Soleil; pour les jours ultérieurs les commencements sont attachés à la Lune, à Mars, à Mercure, à Jupiter et à Vénus pour revenir de nouveau à Saturne, au Soleil et ainsi de suite. Voilà précisément l’ordre des noms des jours de la semaine ! L’énigme est donc résolue. On comprend que les Babyloniens attribuaient à chaque jour le nom du dieu auquel était vouée sa première heure.
- Faut-il dire que l’explication que nous venons de relater n’a rien d’hypothétique? Elle est établie incontestablement par les inscriptions cunéiformes que l’on a trouvées à Ninive et à Babylone, et qui sont aujourd’hui parfaitement lisibles.
- Il est étonnant de considérer le grand espace de temps
- qui dans l’histoire humaine comprend et réunit les noms des jours. Une chaîne non interrompue de maitres et de disciples relie les prêtres de la Chaldée par les Ara-inéens, les Grecs et les Romains, avec les peuples d’aujourd’hui. Paganisme, judaïsme (sabbato, samedi) et christianisme (domenica, dimanche) sont d’accord dans le mot de la semaine. Quand les cloches du dimanche annoncent l’office divin, et que cela se répète tous les sept jours, — comme elles sont peu nombreuses, les personnes qui savent que le tout a ses racines dans l'astro-lâtrie des Chaldéens ! Erik Lundberg,
- Professeur du Lycée à Stockholm.
- LA PEINTURE AU PAPIER
- Le papier, qui n’est autre que de la cellulose presque pure, est assez inaltérable dans les conditions atmosphériques ordinaires, pour que l’on ait songé à l’utiliser pour protéger les surfaces métalliques contre les détériorations dont elles sont trop souvent l’objet. Jusqu’à présent, la peinture au minium de plomb ou de fer, la galvanisation, le goudronnage, le laquage, sont les seuls procédés qui ont été essayés et qui ont rendu les plus grands services. Encore sont-ils imparfaits, souvent impraticables et, le plus généralement, trop coûteux.
- La solution du problème, pour être parfaite, exige l’efficacité de la méthode, la facilité de son exécution et son bon marché. La peinture au papier paraît répondre à ces desiderata. Voici en quoi elle consiste :
- On sait que la cellulose possède la propriété de se dissoudre dans différents réactifs, comme, par exemple, la solution ammoniacale d’oxvde de cuivre. Cette solution a été essayée comme peinture, mais, d’une part, son prix est assez élevé et, de l’autre, son emploi n’est pas pratique, à cause des vapeurs ammoniacales qu’elle dégage et de la quantité relativement grande de dissolvant nécessaire pour dissoudre la cellulose.
- Depuis peu, on possède un procédé très pratique et peu coûteux pour dissoudre la cellulose. 11 consiste à traiter la pâte à papier par une solution de soude caustique à 15 pour 100. Le produit obtenu est exposé, en vase clos, pendant deux ou trois heures, à l’action du sulfure de carbone. 11 se forme une masse jaunâtre, visqueuse, qui n’est autre qu’une solution très concentrée de cellulose dans un état chimique particulier. Ce procédé est dû à MM. Cross et Bevan. ,
- On fait une solution à 10 pour 100 du produit obtenu et on s’en sert comme d’une peinture à l’eau ordinaire. On peut y mêler, si on le désire, des matières colorantes inertes, ou siliceuses, comme les ocres, l’outremer, le rouge d’Angleterre, le noir de fumée. Au moment d’employer la peinture, on y ajoute un siccatif particulier, comme un sel acide de plomb ou de manganèse. A la longue, la peinture devient insoluble et absolument inaltérable. Elle est très adhésive, et ne s’écaille pas, comme les peintures à l’huile, les vernis ou les laques. La peinture peut être rendue immédiatement insoluble et résistante, en passant, à sa surface, une solution des siccatifs indiqués plus haut.
- Cette peinture convient spécialement à la protection des navires en acier. En effet, le papier n’est pas attaqué par le sel et sa modification, sous forme soluble, est rendue d’autant plus insoluble qu’on l’additionne de sel ou de chlorure de magnésium. Des plaques d’acier, enduites de cellulose, ne sont pas altérées par leur expo-
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- sition, à chaud, dans une solution de sel marin et dans une solution de chlorure de magnésium.
- La cellulose est bon marché, la pâte à papier chimique valant à peine 40 francs les 100 kilogrammes. La peinture au papier, c’est-à-dire à la cellulose, est donc très pratique. Tout le monde peut l’essayer. A.-M. Yuxon.
- LES FOYERS FUMORES
- SYSTÈME JOSEPH H INST IN
- L’étude de la fumivorité a déjà provoqué de nombreux travaux et fait l’objet d’intéressante expériences dont nous avons entretenu nos lecteurs à diverses reprises. Une solution nouvelle d’une grande simplicité et dont la pratique et les expériences ont démontré l’efficacité, au point de vue de la fumivorité et de l’économie du charbon, a été fournie par M. Joseph Uinstin, ingénieur des arts et manufactures, qui a
- bien voulu nous donner lui-mème l’explication de son intéressant procédé.
- Ce nouveau système, reposant sur un principe général, peut s’adapter à toutes espèces de foyers, et se prête aux applications les plus diverses. 11 réalise la fumivorité d’une façon si simple, qu’il cause, à première vue, une certaine surprise; on s’attend, en elfet, a ce qu’un grand résultat obtenu soit produit par une complication d’appareils, ajoutés aux organes habituels des foyers. Dans l’espèce, l’auteur se contente de disposer différemment les organes des foyers pour les forcer à opérer, d’eux-mêmes, la combustion rationnelle et complète du charbon et, ainsi, à brûler leur oxyde de carbone et leur fumée. De la sorte, non seulement l’atmosphère n’est, plus obscurci par les fumées noires sortant des cheminées, mais encore elle est dégagée des gaz délétères résultant de la combustion incomplète des houilles, cokes et charbons de toute nature.
- Fig. 1. — Fourneau de cuisine, système fumivore, vu en élévation et coupe.
- En principe, le système consiste à charger le charbon dans l’avant-foyer où l’air pénètre en quantité suffisante pour se mélanger au gaz de houille; les gaz se mélangent intimement, en se renversant sous l’action du tirage, autour de la voûte d’avant-foyer, et passent ensuite au-dessus d’une masse incandescente, maintenue au milieu de la grille, et qui enflamme le mélange. Le charbon, dépouillé de ses gaz, c’est-à-dire le coke, est entretenu en combustion vive sur l’arrière-foyer, grâce à la forme de la grille et à la quantité limitée d’air qui y pénètre. Enfin, deux courants d’air, échauffés dans leurs parcours par les murs et voûtes du foyer, et venant en sens contraire, emprisdnnent et brûlent les gaz qui auraient pu échapper à la première combustion faite sur l’avant-foyer et sur l’arrière-foyer.
- M. Joseph Uinstin a communiqué à la Société des ingénieurs civils les résultats de ses études et les observations d’expériences qui ont fourni des preuves manifestes que la fumivorité était facilement obtenue, en réalisant des économies de charbon qui ont été au delà de 54 pour 100, dans la pra-
- tique de la marche courante d’un four céramique
- Nous ne suivrons pas l’auteur dans les nombreuses variantes qu’il a présentées des dispositions que peut comporter son système. Nous nous bornerons à montrer deux applications modestes, mais d’une utilité immédiate, à un fourneau de cuisine (fig. 1) et à un poêle-calorifère d’appartement (fig. 2).
- Le fonctionnement se déduit du principe du système, de l’examen de la figure 2 et de sa légende. Dans le poêle représenté, le charbon introduit par la rondelle de la plaque supérieure du foyer brûle dans l’avant-foyer comme dans tout autre foyer ordinaire, pendant que les fumées et gaz combustibles, en s'enflammant dans l’arrière-lbyer, produisent au-dessus du four une véritable torche de flammes ; on obtient ainsi, sous la seconde rondelle, une température égale à celle de la première, et le four se trouve chauffé régulièrement par la longue flamme qui l’enveloppe.
- Les fourneaux de ce système, utilisés dans les cuisines, ont donné d’excellents résultats, tant au
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- LA NATURE.
- point de vue de la bonne cuisson que de l’économie du charbon (fig. 1) On a pu observer, par le tuyau d’échappement des gaz, que les fourneaux étaient fumivores.
- Il n’est pas indifférent d’être débarrassé, chez soi, à l’aide de la fumivorité, des désagréments de l’odeur du charbon et des malaises causés par le gaz qu’il dégage, dont l’action est souvent des plus nuisibles à la santé. Cette dernière observation est de nature à toucher davantage les particuliers, lorsqu’il s’agit d’appareils de chauffage destinés à l’appartement. Parmi ces types, il nous semble surtout intéressant de mentionner le poêle à combustion lente et continue, ce gazogène producteur du gaz d’oxyde de carbone,qui présente un véritable danger auquel personne n’est certain d’échapper, tant que le gaz délétère n’est pas brûlé dans le foyer même.
- Ce dernier résultat a été.obtenu par M. Joseph Hinstin dans la disposition fumi-vore représentée dans la figure 1 (coupe du fourneau de cuisine).
- On voit que l'air, entrant pur la porte du cendrier, pénètre dans toute la hauteur de la colonne de combustible et l’enveloppe complètement ; le nouvel appareil ne constitue donc plus, comme ses devanciers, un gazogène, et la couche d’air enveloppante protège, d’une façon constante et efficace, la pièce à chauffer, aussi bien d’ailleurs que la cheminée elle-même, contre les dégagements d’oxyde de carbone du combustible. La disposition est telle que les gaz combustibles se dégagent dans la cheminée au-dessus du coke incandescent, en un point très chaud, où l’air enveloppant les enserre et les brûle, comme dans un bec Bunsen. L’inflammation se fait sur une pièce réfractaire qui a l’apparence d’une bûche de bois enflammée que l’on aperçoit par la porte de mica.
- Cet appareil fonctionne dans le laboratoire de 'inventeur, avec une fermeture supérieure formée
- d’une simple rondelle brute de fonte, c’est-à-dire une fermeture volontairement insuffisante. Des oiseaux. en cage, ont servi à protéger, en cas de besoin, les opérateurs, et vivent à l’aise dans le laboratoire. La recherche de l’oxyde de carbone, faite dans l’atmosphère de la pièce par l’éminent professeur G reliant, après une marche continue de 48 heures de l’appareil, a donné la proportion insignifiante, eu égard aux conditions de l'expérience, de 1/5800.
- Dans tout système de chauffage, il v a lieu de se préoccuper du tirage, et d’en assurer le bon fonctionnement en toutes saisons, par tous les vents. A cet effet M. Joseph Hinstin a imaginé un auto-régulateur du tirage dans lequel les produits de la combustion passent dans le milieu d’une sorte de coude à sup-port. — Une double enveloppe forme une manche à vent chauffée, dans laquelle il s’élève un courant d’air de force toujours supérieure à tout refoulement et qui, par conséquent, protège et entraîne inévitablement le tirage qui s’exerce au centre, quoi qu’il advienne.
- Cette petite disposition, commode et très peu coûteuse, devra faire disparaître, il faut l’espérer, l’usage des plaques oscillantes placées dans les tabliers des cheminées. Nous répéterons, en effet, après l’illustre chimiste Moissan, et avec M. Hinstin, que ces plaques oscillantes ne préservent nullement du danger des refoulements; elles n’ont que l’apparence trompeuse de la fonction, et nuisent, au contraire, au tirage, en introduisant constamment, dans la cheminée, une quantité d’air froid inutile. Lorsqu’un refoulement vient à se produire, la plaque oscillante se ferme, il est vrai; mais le refoulement pousse directement l'oxyde de carbone, à travers l’appareil lui-même, dans l'appartement. L’emploi du système fumivore de M. Joseph Hinstin est économique et digne d’être signalé. X..., ingénieur.
- Fig. 2. — Poêle-calorifère à eu continu et à combustion lente. — A. Porte servant à surveiller le feu. — B. Levier <lc manœuvre de la grille mobile, servant à secouer les cendres et à faire tomber le charbon dans le cendrier lorsque la manipulation est terminée. — G. Grille fixe de l'avant-foyer de forme spéciale. — D. Grille de l’ar-rière-foyer mobile autour d'un axe et actionnée par la manette I>. — E. Entrée d’em mince courant d’air. — F. Traverse métallique qui force le charbon à prendre la forme indiquée par le dessin. — G. Pièce réfractaire placée contre la plaque supérieure du fourneau à renverser les gaz. —H. Plaques de coup de feu. — K. Registres servant à renverser les gaz.
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- REVUE DES PROCÉDÉS NOUVEAUX
- Argenture des miroirs. — Ce nouveau procédé, dû à MM. Lumière, de Lyon, consiste à réduire un bain ammoniacal d’argent à l’aide de la formaldéhyde ou formol. Une dissolution de 10 grammes de nitrate d’argent dans 200 grammes d’eau est exactement saturée avec de l’ammoniaque, c’est-à-dire jusqü’à ce que le précipité, qui se forme d’abord, soit exactement redissous. La solution de formol doit être diluée à 1 pour 100. Comme le formol commercial est à 40 pour 100, on fera dissoudre 26',5 de formol dans 100 grammes d’eau, pour avoir la solution au titre voulu. Au moment d’argenter le miroir, on mélange les deux solutions et on verse le tout sur la glace. La seule précaution à observer, c’est qu’il faut que le liquide recouvre d’un seul coup la surface à argenter. Le dépôt argentique se fait dans l’espace de cinq à six minutes. On lave ensuite à grande eau.
- Procédé pour durcir la gélatine. — Pour durcir la gélatine, on se sert d’alun, d’alun de chrome, de sulfate de soude, de bichromate de potasse. On a trouvé que la formaline, qui n’est autre que la formaldéhyde ou formol, est un puissant agent de durcissement de la gélatine. Des plaques de gélatine, traitées par une solution de formol à 1 pour 100, deviennent tellement dures que l’eau bouillante n’a plus d’action sur elles. Ceci peut rendre de grands services aux photographes.
- Procédé pour recouvrir le zinc d'un alliage
- de platine et d’aluminium. — On se sert d’un bain électrolytique composé de cyanure double de potassium et de platine et d’aluminate de soude. On fait une solution d’alutninate pur, de manière qu’elle renferme 130 grammes d’aluminium métal pour 4 litres, soit 500 grammes d’aluminate du commerce. A celte solution on ajoute la solution platinique, préparée en faisant dissoudre 6 grammes de platine dans l’eau régale et diluant à 200 grammes avec de l’eau. Plus simplement, on peut faire dissoudre 12 grammes de chlorure de platine du commerce dans la même quantité d’eau distillée. On ajoute, à la solution de platine, une solution de cyanure de potassium jusqu’à ce que le précipité qui se forme d’abord se redissolve. La solution d’aluminate de soude est additionnée de 60 grammes de cyanure de potassium, chauffée à 70 degrés centigrades et mêlée avec la solution platinique. Comme anode on se sert de charbon ou de platine, tandis que la cathode est occupée par l’objet en zinc à recouvrir. L’alliage aluminium-platine se dépose sous forme d’une belle couleur d’or. Il renferme 5 pour 100 de platine environ.
- Procédé pour déposer électriquement un
- alliage de cadmium-argent. — Le cadmiage galvanique, c’est-à-dire le dépôt électrolytique du cadmium sur un métal quelconque, l’acier, par exemple, est peu important. Le dépôt ressentie à l’étamage. Il n’en est pas de même du procédé permettant de déposer un alliage cadmium-argent, dû à M. Cowper-Coles. Ce bain est composé d’une solution de cyanure double de cadmium et de potassium. Comme anode, on se sert d’un alliage cadmium-argent au titre voulu. Ainsi, pour préserver les pièces d’acier contre l’oxydation, les pièces de bicycles par exemple, on fait usage d’un alliage contenant 7,5 pour 100 de cadmium. Pour préserver les barils, à la place du plombage, on se sert d’un dépôt semblable; il en est de même pour les articles de ménage. Le cadmium durcit les dépôts d’argent, comme on le verra dans le
- tableau ci-après, donnant la dureté respective des dépôts électriques le plus généralement employés :
- Dureté
- Dépôt de nickel......................10,0
- — d’antimoine....................9,0
- — de palladium...................8,0
- — de platine.....................6,0
- — de cadmium-argent..............5,0
- — de cadmium.....................4,5
- — d’argent..................... 4,0
- Dans le bain, on varie les proportions de cadmium et d’argent selon la nature du dépôt à obtenir. Le bain doit renfermer environ 125 grammes de métal par 4 litres et demi de bain.
- Papiers amadou. — Les papiers amadou prennent facilement feu aux étincelles d’un briquet, au contact d’un corps en ignition, d’un cigare, d’une cigarette, etc. Voici quelques recettes pour obtenir ces papiers que l’on baptise de plusieurs noms, permettant de les vendre très cher : papier-feu, papier-Vulcain, papier-étincelle, papier comburant, papier russe, etc.
- Des bandes de papier non collé sont trempées, pendant une heure environ, dans un des bains suivants, maintenus très chauds :
- 1° Un litré d’eau, 400 grammes d’acétate de plomb, 50 grammes de salpêtre ;
- 2° Un litre d’ea'u, 400 grammes de nitrate de plomb, 50 grammes de chlorate de potasse ;
- 5° Un litre d’eau, 250 grammes de chlorate de stron-tiane, 200 grammes d’azotate de plomb ;
- 4° Un litre d’eau, 250 grammes de chlorate de potasse, 100 grammes de salpêtre.
- Le papier, retiré d’un de ces bains, est séché sur des cordes tendues et conservé dans un lieu sec.
- Papier-magnésium. — Bandes de papier destinées à produire l’éclair magnésique, ou mieux, pour donner une flamme très éclairante en brûlant dans l’obscurité. Le papier-magnésium est sans danger et peut être préparé longtemps à l’avance, ce qui ne peut être obtenu avec les poudres actuellement en usage.
- Voici comment est préparé ce papier. Entre deux feuilles de papier mince et imperméable, on place la dose de magnésium en poudre; ces deux papiers sont collés avec de la colle d’amidon et séchés. Ce papier est placé lui-même entre deux feuilles de papier sur la surface desquelles on met une dose suffisante de chlorate de potasse. Ces papiers sont réunis à la colle d’amidon. Le papier-magnésium, ainsi constitué, est donc formé d’une mince couche de magnésium emprisonnée entre deux feuilles de papier, lesquelles sont entre deux couches de chlorate de potasse; le tout, entre deux feuilles de papier, forme une feuille de papier un peu épaisse, que l’on peut couper avec des ciseaux, en bandes ou en morceaux de la grandeur voulue. Il suffit de tenir une de ces feuilles entre les deux branches d’une pince, et d’y mettre le feu, pour avoir, instantanément, une vive lumière blanche. A.-M. Villon.
- CHRONIQUE
- La qualité du linoléum. — On ne peut guère juger de la valeur du linoléum que lorsqu’il n’est plus temps, c’est-à-dire lorsqu’il est usé. 11 est bien préférable, ainsi que nous l’apprend le Chemiker Zeitung, de prélever un échantillon du linoléum que l’on se propose
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- LA NATURE.
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- d’employer, et d'en faire l’analyse chimique : plus il y a d’huile de lin, plus le produit est bon. Pour faire l’analyse, on enlève d’abord cette toile qui tapisse l’envers du linoléum et qui est recouverte avec un vernis renfermant de l’oxyde de fer. Ceci fait, on épuise le restant par un appareil Soxhlet et on le calcine dans un creuset de porcelaine. L’analyse des cendres se fait par la méthode ordinaire; on déduit le poids du liège par différence. Voici trois exemples d’analyses ainsi faites.
- Proportions pour Editait. Ediuut. Eeliant.
- 100 parties. n° 1. h* 2. n" 3.
- Humidité 3,39 5,01 5,41
- Huile de lin . 11,45 10,00 19,58
- Liège . 77,24 75,65 54,16
- 1 Silice 2,94 3,99 4,31
- g 1 Alumine 1,91 4,94 0,61
- -3 < Oxyde de fer. . . . 1,78 1,79 8,86
- £ 1 Chaux J 1,51 2,04 j 6,17
- \ Alcalis 2,90
- Total . 100 » 100 » 100 »
- C’est évidemment le dernier échantillon qui est le meilleur. H. C.
- L’incendie de la maison à température constante. — Nous avons décrit récemment* la maison dite « à température constante » que M. Caron, ancien élève de l’Ecole centrale, avait construite à Chamonix. Formée d’une sorte de squelette de tuyaux destinés à laisser circuler de l’eau froide en été et de l’eau chaude en hiver, cette'maison réalisait théoriquement l’équilibre thermique rêvé par les hygiénistes. Une doüble enveloppe en hois renfermait les tuyaux et constituait les parois des murs. Nous apprenons, par M. Caron lui-même, que celte curieuse habitation a été, dans les derniers jours de 1894, dévorée par un incendie. Le calorifère, par accident, mit le feu aux murs en hois et, l’eau s’étant congelée dans les tuyaux en raison de la rigueur extrême et exceptionnelle de la température, rien ne put conjurer le fléau. Il ne reste, à l’heure actuelle, de cette intéressante conception, qu’un lamentable squelette de tuyaux tordus par le feu. Mais, il convient de le dire, ce sinistre, en raison des circonstances exceptionnelles dans lesquelles il s’est produit, n’infirme pas la théorie scientifique que M. Caron avait matérialisée, à ses frais, avec foi, et il lui reste, en tout état de cause, l’honneur de l’avoir entreprise. M.deN.
- Une explosion de chaudières monstre. — Les
- Américains se vantent de faire tout en grand, et, comme le faisait remarquer un de nos confrères de la presse anglaise, ils pourront maintenant se vanter de tenir la tète en matière d’explosions de chaudières. Tout dernièrement, aux houillères de Henry Clav, à Shamokin, en Pensvlvanie, 27 corps de chaudières faisaient explosion à la fois; bien entendu, le bâtiment des machines était complètement détruit. Heureusement l’on ne comptait que 5 morts et 0 blessés grièvement. L’explosion se produisait à sept heures et demie du matin, juste au moment où l’on prenait le service de jour. Il n’y eut pas que le bâtiment des machines de détruit, mais tien aussi plusieurs constructions avoisinantes qui furent complètement jetées à terre. Brusquement, sans aucun signe avertisseur, la chaudière située à l’extrémité ouest de la rangée volait en l’air, puis elle était rapidement suivie par les autres ; il resta neuf autres corps qui n’éclatèrent pas, mais ils ont
- 1 Voy. n° 1130, du ‘26 janvier 1895, p. 157.
- été mis en si mauvais état qu’ils sont complètement hors d’usage. Des pièces métalliques furent emportées à des centaines de mètres, et il y eut même toute une moitié de chaudière qu’on a retrouvée à 400 mètres, au sommet d’un coteau. Une des causes qu’on attribue à l’explosion est l’affaiblissement des tôles : il résulte de ce que, pendant la longue sécheresse de l’été, on avait employé pour l’alimentation l’eau d’épuisement de la mine ; elle ronge le métal, par suite des acides qu’elle contient, et en dépit de la chaux qu’on emploie pour neutraliser ces acides. 1). B.
- Transport d’énergie électrique. — Les Sno-qualmie Falls, dans l’État de Washington, représentent une puissance de plus de 5000 chevaux, avec une hauteur de 70 mètres, 30 mètres de plus que les célèbres chutes de Niagara, et vont être utilisées, comme celles-ci, par la Snoqualmie Falls Electric Potver Company, à la distribution de l’énergie électrique dans la ville de Seattle, située à 23 milles (37 kilomètres) de distance. On ne transportera que 5000 chevaux pour commencer. Le fait en soi est banal, et nous ne l’aurions certainement pas signalé si la société en formation n’avait rencontré un client aussi inattendu et non moins original que celui que nous allons citer. Le territoire traversé par la ligne de transport, entre la chute et la ville ue Seattle, possède un certain nombre de mines de charbon qui font des épuisements, des extractions et de l’éclairage en brûlant leur propre charbon et en produisant, pour ces diverses applications, une puissance de 1000 chevaux. Le directeur de l’une de ces mines a proposé à la Snoqualmie Falls C° de lui prendre la puissance mécanique nécessaire sous forme électrique, à raison de 30 dollars (150 francs) par cheval-an. Dans son esprit, la combinaison ne serait pas plus coûteuse et l’on ferait disparaître par ce moyen les dangers inhérents à l’emploi direct du feu et de la vapeur. E. H
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ‘25 février 1895. — Présidence de M. Marey.
- La rotation de Jupiter. — M. Deslandres a appliqué la célèbre méthode Doppler-Fizeau à la détermination de la durée de la rotation de Jupiter. Cette méthode .ne fournit que la vitesse de translalion de l’astre dans le sens du rayon visuel, mais il est aisé de se représenter que la vitesse avec laquelle un point de la surface de l’astre se rapproche de l’observateur dépend de la durée de rotation de la planète ; de telle sorte qu’inversemenf, si la vitesse est connue, on peut calculer la durée de rofation. Or, en considérant deux points situés sur les bords de Jupiter, aux extrémités d’un même diamètre, l’un s’approche de l’observateur de 12 kilomètres par seconde, tandis que l’autre fuit ave» une égale vitesse : c’est donc une différence de vitesse de 24 kilomètres. Il résulte de cette circonstance une altération de la longueur d’onde des rayons simples qui se traduit par un déplacement des raies spectroscopiques correspondant au changement de la longueur d’ondulation. La vérification de la méthode Doppler-Fizeau avait déjà été obtenue par M. Vogel sur la planète Vénus. M. Deslandres a réussi à tirer de cette méthode la durée de la rotation de Jupiter. Le nombre auquel il est arrivé, dans plusieurs séries d’expériences, est toujours voisin de la durée théorique, c’est-à-dire voisin de dix heures.
- La mesure du temps par la photographie. — M. Lipp-
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- LA NATURE.*
- mann a entrepris d’appliquer la photographie à la mesure du temps en astronomie afin d’éliminer l'effet de l’erreur physiologique connue sous le nom d’équation personnelle. Quelque bien connue que soit cette erreur par les travaux de plusieurs savants et les méthodes employées pour la déterminer, les observations conservent toujours la trace d’un résidu de ±0",1 correspondant à un arc d’équateur de ± 1",5. Pour faire disparaître ce résidu, il faudrait, comme le remarque M. Lippmann, supprimer l’observateur. La photographie répond à ce desideratum, à la condition de lui faire reproduire sur les clichés, non seulement les étoiles, mais encore les méridiens célestes. 11 suffirait alors, pour avoir la position de l’astre dans l’espace, de rapporter son image à celle de l’un des deux méridiens entre lesquels elle tombe. On a déjà songé à appliquer la photographie instantanée, mais le champ d’action ainsi ouvert est forcément limité aux étoiles très brillantes qui seules laissent leur image sur les plaques. SI. Lippmann dispose une fente lumineuse au foyer d’une lentille de manière à renvoyer l’image à l’infini. Il reçoit cette image sur une glace transparente placée devant l’objectif d’une lunette montée parallacti-quement, c’est-à-dire entraînée par un mouvement d’horlogerie comme si elle faisait corps avec l’axe terrestre.
- La fente est éclairée par une lampe disposée devant une pendule sidérale de manière à n’étre lumineuse que par éclairs. Les images successives de la fente se formeront aumêmepointdela glace, mais la plaque photographique étant entraînée par la lunette, recevra une série d’images distinctes espacées et parallèles. Sur ce réseau de méridien ainsi tracé les étoiles se photographieront à leur tour après une exposition d’une durée suffisante. Pour obtenir l’ascension droite de l’une quelconque d’entre elles, il suffira de rapporter son image aux deux traits entre lesquels elle est placée, à l’aide d’un micromètre approprié.
- Élection. — M. Weierstrass, de Berlin, est élu associé étranger par 43 voix contre 1 donnée à M. Frankland, 1 à M. Huxley, de Londres.
- Varia. — M. Victor Thomas a étudié les combinaisons du bioxyde d’azote avec les sels ferriques. — M. Paul Charpentier a imaginé un appareil qu’il appelle presso-mètre, destiné à la mesure de la pression des fluides. — M. Prompt communique une photographie se rapportant à ses expériences sur la congélation de l’eau, expériences dont il a été parlé à l’occasion de la dernière séance. — M. Milne-Edwards présente la première livraison d’une nouvelle publication mensuelle due à la collaboration des professeurs du Muséum, dont le titre sera : Bulletin du Muséum. Ch. de Villkdeul.
- JUMELLE PORTATIVE
- Depuis quelques années les recherches des opticiens se sont dirigées vers la construction de jumelles portatives; l’Amérique, si fertile en combinaisons originales de toutes sortes, a fourni de son côté un certain contingent de dispositifs spéciaux dans le même but. Mais voici qu’il nous vient un modèle de jumelle de poche dû à un fabricant parisien, M.Léon Bloch, et qui nous paraît être le dernier mot de l’exiguïté. Cet instrument, construit avec habileté et dont le mécanisme simple rend le fonctionnement d’une grande facilicité, ne mesure pas plus de 8 millimètres d’épaisseur lorsqu’il est fermé, pouvant ainsi tenir aisément dans un porte-caries ordinaire.
- Comme l'indique notre gravure (figure de gauche), les objectifs et les oculaires se rabattent dans le même plan ainsi que la queue mobile dont on se sert ad libitum pour tenir la jumelle.
- Pour ouvrir la jumelle on la tient de la main gauche par le coulant, côté du bouton en dessus, eide la main droite on fait, en les soulevant vers soi, tourner les objectifs et les oculaires sur l’axe de la tige qui leur sert de monture. Un ergot, fixé sur chaque tige, en limite la rotation pour l’ouverture comme pour la fermeture, et un ressort en lame les maintient dans chacune de ces deux positions extrêmes. La mise au point se fait d’une seule main en faisant monter ou descendre le petit bouton à pointe centrale qui se trouve sous le coulant à portée du pouce.
- Outre l’originalité et la commodité incontestables de cette jumelle, elle présente ce fait curieux qu’elle n’est pas pourvue de chambre noire et que cependant cela ne nuit pas à sa clarté. L’ouverture du diaphragme, le foyer, et par conséquent la distance entre les objectifs et les oculaires, sont calculés de telle sorte que toute enveloppe serait superflue. Notre figure de droite montre la manière de se servir de cet ingénieux appareil. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu
- Jumelle portative (le poche. A gauche jumelle fermée pouvant tenir dans un porte-cartes. — A droite la jumelle ouverte, en fonction.
- Taris. — Imprimerie L.viilre, rue do Flou rus, 0.
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- N° 1150.
- 9 MAKS 1895.
- LA NATURE.
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- TREMBLEMENT DE TERRE CHILO-ARGENTIN
- DU 27 OCTOBRE 1894
- Le tremblement de terre du 27 octobre 1894, qui a secoué la partie occidentale de la République Argentine et s’est fait également sentir dans la région nord du Chili, est remarquable a la fois par
- les caractères qu’il a présentés, son intensité, surtout par sa longue durée et l’amplitude de ses oscillations.
- La région épicentrale comprend la Rioja, San Juan
- Fig. 1. Coupe de la Cordillère à San Juan. — N° 1. Cordillère des Andes. — N° 2. Vallée de Calaginta. — N° 3. Vallée de Zonda. N° 4. Grès calcaires. — N° 5. Trachites (Andésites). — N° 6. Grès. — N* 7. Rivière San Juan. — N" 8. San Juan dominant la pampa.
- et Mendoza. San Juan est bâti sur l’alluvion déposée par la rivière du même nom. A l’ouest, en direction de la Cordillère, apparaissent des grès et des calcaires anciens traversés par des éruptions de truchy-andé-sites, à l’est la sierra Huer ta et puis la plaine ou la pampa; la coupe ci-jointe (fig. 1) indique le relief des environs de San Juan.
- L’alluvion de la rivière est puissante; c’est donc sur un sol peu solide qu’est bâtie la capitale de la province.
- La partie ouest de la province de Rioja est formée par les versants orientaux de la Cordillère des Andes; au nord se développe la Sierra de Velasco; mais au sud la province perd son caractère montagneux et alors commence la pampa. Les roches de ces montagnes sont aussi des sédiments anciens associés également à des roches éruptives. L’orographie de la province de Mendoza est constituée par des éléments analogues, grès, schistes anciens percés par des roches éruptives, porphyres, granités, andésites, etc., et, en plus, les alluvions de la rivière Mendoza. Ces trois provinces sont limitées à l’ouest par les Andes, qui les séparent du Chili.
- Voilà le cadre où s’est manifesté, dans son maximum d’intensité, le tremblement de terre du 27 octobre dernier qui a ruiné San Juan et la Rioja (fig. 2). L’épicentre du sisme a été San Juan-la Rioja; la
- zone d’intensité maxima, que nous appellerons zone épicentrale, forme une courbe elliptique dont le grand axe dirigé à peu près nord-sud passe par la Rioja, San Juan, Mendoza; le petit axe, à l’ouest, atteint le pied de la Cordillère des Andes.
- A San Juan, le tremblement de terre du 27 octobre 1894 a fait des dégâts considérables : la maison du Gouvernement, le théâtre municipal, les hôpitaux, l’intendance, la caserne de police, le marché, la maison de correction des femmes, quatre églises, les écoles normales, etc., ont été ruinés ou ont éprouvé de fortes avaries. A la suite de la secousse et en quelques secondes la ville a été un amas de décombres ; aujourd’hui elle est presque ruinée, les maisons encore debout sont crevassées, les murs fendillés, des blocs énormes de pierre se sont détachés des cerros voisins; un nombre considé^ rable de personnes ont perdu la vie ou ont été blessées.
- Dans les départements de la même province de San Juan, de Maipo, San Martin, Santa Rosa, la Paz, la secousse a fait tomber les corniches des édifices et a renversé quelques vieilles maisons. Dans les environs de San Juan, le sol s’est crevassé; les eaux sourdent par ces larges crevasses; les lits de quelques canaux se sont effondrés et le débit de la
- Kilomètres.
- 65 jSjJtïoJ^sir Se.
- Fig. 2. — Carte du tremblement de terre cliilo-argentin du 27 octobre 1894.
- 23' aimée. — 1er semestre.
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- LA NAT U R E.
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- rivière San Juan a diminue. La secousse violente, le choc qui a fait tous les dégâts, a eu lieu à 4h 10m du soir et a duré cinquante-cinq secondes; plusieurs autres mouvements moins intenses se sont succédé; dans la même soirée les commotions se sont répétées à plusieurs reprises. A Ilioja (nord-est de San Juan) le tremblement de terre a été aussi très intense; la ville est également en ruines.
- Le même jour et presque au même moment, 4h 10m du soir, le même tremblement de terre se lit sentir à Mendoza, presque avec la même intensité qu’à la Rioja; les édiiices ont été plus ou moins endommagés. Les secousses sismiques se produisirent dans toute la province, violentes à Uspallata, Salto, Puente de Yaca où de gros blocs de roches se détachent de la montagne. Les mouvements sismiques se produisirent aussi dans la même soirée à 411 20m, 5h25m, 10 heures et 1 heure du matin, mais de faible intensité.
- En dehors de cette région épicentrale, le sisme se propagea sur l’Argentine orientale ; une grande partie de la République a été ébranlée par la secousse du 27 octobre; en tenant compte des intensités observées en diverses localités, sur les deux versants des Andes, nous pourrons tracer trois zones d’intensités différentes.
- 1° Zone d’intensité maxima. Zone désastreuse, épicentrale, dans laquelle se trouvent San Juan, la Rioja, Mendoza, Uspallata, Albardon, Tucuman, etc.
- ' 2° Zone d’intensité moyenne. Zone dangereuse, exépicentrale, embrassant San Luis, Cordoba, etc., et, au delà des Andes, au Chili, Illopel, Ovalle, Santiago, etc.
- 5° Zone d’intensité minima, de sécurité indéterminée, passant à l’est par Buenos-Ayres, le nord de cette même province et à l’ouest se perdant dans le Pacifique (voy. la carte fig. 2).
- La direction des secousses observée en divers points de la République Argentine varie. A Rosario, le mouvement a été dirigé est-ouest ; on y a constaté deux oscillations, une est-ouest et l’autre nord-sud; à Tucuman, violente secousse de durée considérable orientée est-ouest; à Santa Fé, la direction est nord-sud; à la Rioja, forte secousse dirigée nord-sud-est; à Villa-Mercedez, les oscillations vont du sud au nord; à Nogoya, le mouvement sismique a une direction nord-sud; à Cualeguaichu, fort ébranlement en direction nord-ouest-sud-est; à Zarate, à 5h12m, léger mouvement est-ouest.
- La direction générale du tremblement de terre a été, dans la République Argentine, nord-ouest-sud-est, en direction du grand axe de l’aire épicentrale; mais selon les résistances des couches ébranlées, la structure intérieure de l’écorce, les fractures internes et l’orographie locale, il s’est produit des variations dans le mouvement qui ont modifié la direction de l'ébranlement, puis les trépidations locales qui rendent difficile, en certains sismes, l’observation de la direction. De là résultent les divergences dans les directions observées ; les observations sur divers
- points du territoire argentin ont donné trois directions différentes : nord à sud, est à ouest, nord-ouest à sud-est.
- A Buenos-Ayres le mouvement sismique s’est fait sentir à 5h2m du soir (temps de Buenos-Ayres), donc après San Juan et la Rioja; c’était un mouvement de balancement dirigé nord-sud, analogue à celui qu’on éprouve sur un navire par le roulis; il a d’ailleurs produit sur certaines personnes l’effet du mal de mer. D’ailleurs le tremblement de terre du 27 octobre, senti avec intensité à Tucuman, moins violent à Buenos-Ayres, a parcouru la République Argentine dans la direction nord-ouest-sud-est en traversant les provinces de Mendoza, San Luis, San Juan, la Rioja, Cordoba, Santa Fé et la partie nord de la province de Buenos-Ayres; il a régné aussi dans une partie de la province de Entre-Rios.
- Le tremblement de terre du 27 octobre, désastreux à San Juan, la Rioja, exerça son action dans tout le nord du Chili avec une certaine intensité presque dangereuse, depuis le sud de Santiago (vallée du Maipo et de Cacbapool) jusqu'à Copiapo, Illopel, Vallenar, Ovalle, etc.
- A Santiago, la première secousse se manifesta à 4117m 45s qu sojr (}ura une minute quarante secondes (lm 40s), sans aucun bruit souterrain, double phénomène important à noter : longue durée de l'oscillation, absence de bruit souterrain; l’un de ces phénomènes est-il en relation avec l’autre? L’Observatoire astronomique de Santiago a communiqué à la presse la Note suivante : heure du tremblement de terre 4l‘10m (heure de Santiago), mouvement oscillatoire en toutes les directions, amplitude du mouvement 2,5 centimètres, durée lm 40s.
- - Le sismographe de l’Observatoire astronomique, gracieusement donné à cet établissement par M. Ma-ten Clark, promoteur et entrepreneur du chemin de fer transandin, a enregistré le mouvement du sol; dans la courbe obtenue que nous reproduisons (fig. 3), le tracé obtenu est amplifié cinq fois et la planche où elle a été marquée ne peut le contenir entièrement.
- Si nous relevons les faits observés en diverses localités nous voyons que l’intensité des secousses varie beaucoup en s’éloignant du centre d’ébranlement ; ainsi, à Cordoba, fortes secousses, les pendules s’arrêtent, les cloches sonnent seules et les édifices éprouvent quelques dommages; à San Luis, violente secousse, quelques chutes sans importance ; à Tucuman, violente secousse, durée considérable; à Santa Fé, violente commotion; à Rallia Blanca, oscillation de longue durée, les balanciers des horloges s’arrêtent; à Santiago del Estero, Terclama, San Francisco, Chamical, Palquia, Catamarca, forts ébranlements; au contraire, à San Nicolas, Carca-rana, Santo Domingo, Cruz del Eje, Yigo, Baradero, Campana, San Fernando, légères secousses de longue durée.
- Au nord du Chili, à Putaendo, San Felipe, Val-
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- lenar, Elai-Slai, Eerena, Uopiapo, lllopel, Melepilla, Valparaiso, Ligara, Santiago, forte secousse de longue durée; à lllopel les tuiles des toits tombent, les murs se crevassent. On voit, par cette énumération des localités frappées ou qui ont ressenti les secousses sismiques du ‘27 octobre 1894, que le phénomène a eu son centre d’action dans les provinces argentines de San Juan et Rioja et que l’ébranlement s’est étendu sur une grande surface embrassant une partie de la République Argentine et du Chili.
- L’opinion accréditée et déjà vieille que les tremblements de terre trouvent en la Cordillère des Andes une barrière infranchissable n’est pas soutenable, les secousses qui ont leur siège en l’un ou l’autre des deux versants se transmettent à travers la chaîne des Andes en éprouvant toutefois des variations dans l’intensité et la direction. Les failles transversales de la Cordillère jouent certainement un rôle dans la propagation des secousses sismiques; en général, au Chili,les deux directions les plus communes des tremblements de terre sont nord-sud et est-ouest, c’est-à-dire dirigées selon les traits orographiques les plus caractéristiques de la contrée.
- Le tremblement de terre du 27 octobre est remarquable à plusieurs points de vue et surtout par les deux caractères cités déjà : absence des bruits souterrains, longue durée des oscillations.
- Le phénomène sismique ne fut en effet précédé d’aucun de ces bruits souterrains sourds, prolongés, qui l’accompagnent généralement, môme quand les secousses sont faibles; il se traduisit par un mouvement oscillatoire du sol comparable à un mouvement de bascule; les lampes, les lustres, les pendules oscillent avec force même à Santiago; les oscillations sont surtout bien prononcées dans les étages supérieurs des maisons ; les murs semblent s’incliner ; dans les bassins et les vasques des jardins se forment des ondes à cause du mouvement oscillatoire du sol, les horloges à balancier s’arrêtent. La longue durée de ce mouvement ou l’amplitude de l’oscillation donne du malaise, il semble que le sol s’en va et que les objets verticaux perdent leur équilibre.
- Le tremblement de terre du 27 octobre a permis d’observer quelques phénomènes météorologiques intéressants à la fois pour le sismologue et le physicien. Une baisse barométrique a précédé le tremblement de terre; la dépression s’est continuée durant la manifestation du phénomène; mais après
- 10 heures du soir le vent du sud souffla avec violence et dès lors le baromètre monta à la pression normale.
- Des esprits très distingués, géologues bien connus, comme Stoppani, Rossi, Fernandez del Castro, partisans des théories géodynamiques, sont portés à admettre des relations entre les phénomènes atmosphériques et les phénomènes intra-telluriques ou qui se passent dans l’intérieur de l’écorce terrestre;
- 11 y aurait dans ces profondeurs des orages électro-techniques analogues à nos perturbations atmosphé-
- riques. Certains sismologues font jouer un rôle important à la dépression dans la formation des sismes : ceux-ci assurent que les tremblements de terre correspondent à de très basses pressions et surtout à des abaissements brusques. Quelle que soit la valeur de cette opinion, toujours est-il que le tremblement de terre du 27 octobre a été suivi de perturbations atmosphériques qui ont duré près d'un mois.
- Un autre phénomène digne aussi d’être noté, c’est le changement brusque qui s’est produit dans la température et dans le régime atmosphérique de la région ébranlée. Partout la température a baissé considérablement ; des vents violents ont soufflé et la pluie est tombée en beaucoup de localités; sur plusieurs points les vents violents ont soufflé en ouragans. Les perturbations atmosphériques qui ont suivi le tremblement de terre, les vents violents qui l’ont accompagné et suivi, tous ces phénomènes météorologiques ne seraient-ils pas en relations avec la baisse barométrique? L’abaissement de température qui a suivi le tremblement de terre du 27 octobre provient-il des vents du sud qui ont régné après le sisme, ou bien a-t-il pour origine une cause technique?
- Un problème important à résoudre est celui des relations de l’atmosphère avec la météorologie endogène. Le tremblement de terre du 27 octobre, par son intensité et l’étendue de son aire, a dû fournir aux observateurs les données nécessaires au calcul de l’épicentre, du centre d’ébranlement au foyer sismique, et la vitesse de propagation des secousses à travers le sol. Le directeur de l’Observatoire astronomique de Santiago, avec une seule observation d’heures, a trouvé pour la vitesse de transmission entre San Juan-Rioja-Mendoza et Buenos-Ayres, 5000 mètres par seconde. L’épicentre se trouve à 500 kilomètres environ de Santiago et à 1000 kilomètres environ de Buenos-Ayres. L’heure d’arrivée de la secousse à Santiago est 4h7m40s, à Buenos-Ayres 5ll5m (heure de Santiago 4h16m à 4h10m5s) ; la différence de longitude entre les deux villes est de 49m 5S. Mais cette vitesse ne peut être prise comme mesure exacte, entre les deux points considérés seulement, parce que la vitesse de propagation varie selon la nature de la roche qui constitue le sol et aussi avec d’autres facteurs; aussi pour avoir une vitesse de propagation moyenne, il est indispensable d’avoir un nombre considérable d’observations ; et même en tenant compte d’un certain nombre d’observations dans une même aire d’ébranlement, on obtient souvent des nombres disparates ; aussi a-t-il fallu avoir recours à l’expérience pour déterminer d’une façon sûre la vitesse de translation des secousses dans des sols de nature diverse. Les sismes andins obéissent-ils à des lois de limitation comme les sismes andalous? Sont-ils aussi en relation avec les failles de la contrée ébranlée?
- Dans la région chilo-argentine de volcans et de sismes on a encore peu d’études stratigraphiques sur les failles des deux républiques voisines et peu
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- de données sur les relations des sismes entre eux, et la constitution de la région où ils se produisent.
- Le phénomène sismique du 27 octobre 1894 a eu assez d’intensité et de durée pour que des observations locales aient été laites sur divers points où l'heure est donnée avec exactitude, comme Buenos-Ayres,Cordoba, San Juan ; la détermination du centre d’ébranlement (profondeur du foyer sismique), faite avec l’exactitude que permet l’état actuel de la science, serait certainement un progrès considérable, pour la connaissance des phénomènes sismiques et des mystérieux agents qui les produisent. La connaissance de l’épicentre et du centre de chaque tremblement de terre nous permettrait d’arriver à savoir si la cause interne se déplace ou si elle agit suivant certaines directions ou fractures déterminées. Pourquoi, lors du tremblement de terre du 27 octobre dont l’amplitude d’oscillation a été si considérable, les bruits sou terrains ne se sont-ils pas produits ? Y a-t-il quelque relation entre la nature et la grandeur des oscillations et les bruits?
- Les bruits souterrains sont-ils dus aux vibrations longitudinales et les secousses aux vibrations transversales ?
- Ce que nous observons aujourd'hui dans l’Amérique méridionale confirme de plus en plus nos observations sur les sismes dont les résultats peuvent être formulés ainsi :
- 1° Là où se manifeste un tremblement de terre, le sol est brisé ou fracturé : le sisme suppose la fracture; cependant la réciproque n’est pas vraie, là où il y a des fractures il n’y a pas nécessairement tremblement de terre;
- 2° Une fracture ou faille est en relation avec un sisme quand par sa profondeur elle atteint à la partie de l’écorce terrestre où se trouve le siège de la cause du sisme ;
- 5° Les causes des sismes résidant dans l’intérieur de l’écorce terrestre, et les fractures mettant en communication le foyer sismique avec l’intérieur, les tremblements de terre d’une région sont en relation avec les failles ou fractures ;
- 4° Quand les fractures n’ont pas la même profondeur, elles ne communiquent pas avec la même portion de la croûte interne dans laquelle réside la cause du sisme, et sont par conséquent indépendantes des fractures de profondeur différente;
- 5° Les fractures d’égale profondeur appartenant
- à un même système de fractures, doivent être sou-terrainement en communication, et en conséquence la cause qui produit les sismes peut agir simultanément sur les fractures d’égale profondeur.
- Après avoir donné tous les renseignements que nous avons pu nous procurer sur le tremblement de terre ehilo-argentin du 27 octobre 1894, nous croyons intéressant de rappeler les principaux sinistres analogues, qui ont dans notre siècle dévasté à plusieurs reprises les mêmes régions. En 1837, un des tremblements les plus violents qui aient altéré d’une manière permanente la position d’une certaine étendue de terre ferme, est celui que l’on ressentit au Chili et dans la République Argentine le 7 novembre 1857. Ce jour-là, plusieurs villes furent détruites, et un navire, commandé parle capitaine Coste, éprouva en mer une? vive secousse; il fut démâté par 45° 58' de latitude sud, en vue de terre.
- Dans les mêmes contrées, le 20 février 1855, un tremblement s’était fait sentir depuis Copiapo jusqu’au sud de notre carte (fig. 2) et depuis Mendoza jusqu’aux régions de l’est. Toute la chaîne volcanique des Andes, du Chili, fût dans un état d’activité inaccoutumée au moment des secousses et pendant quelque temps avant et après la convulsion ; on vit aussi des laves s’échapper du cratère d’Osorno. L’île de Juan-Fernandez ressentit au même moment un choc violent et fut ravagée par une vague énorme; un volcan sous-marin fit éruption à ce point à 2 kilomètres environ du rivage; la lueur en éclaira toute File pendant la nuit. A la Conception, la terre s’ouvrit et se referma subitement en plusieurs endroits. La terre fut agitée pendant trois jours après la grande secousse, et l’on compta plus de 300 chocs entre le 20 février et le 4 mars.
- En novembre de la même année 1855, un fort tremblement de terre eut lieu à la Conception et le même jour le volcan d’Osorno reprit son activité1.
- On voit que le récent tremblement de terre ehilo-argentin n’est pas le premier de notre siècle. Souhaitons qu’un long espace de temps le sépare des désastres futurs. A.-F. Noguès,
- Ingénieur civil des mines, en mission temporaire au Chili.
- 1 D’après les récits du capitaine Fitz-Roy. Principes de géologie de Ch. Lycll. Tome III, 1840.
- Fig. 3. — Tremblement de terre à Santiago le 27 octobre 18‘Ji, à 4b7‘"40* du soir. — Fac-similé de la courbe de l’appareil enregistreur de l’Observatoire de Santiago qui amplifie cinq lois le mouvement.
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- LE DUOGRAPHE
- Les aveugles ont toujours excité la compassion. Depuis vingt ans plusieurs inventeurs sont arrivés à construire des machines à écrire destinées spécialement à ces déshérités. Nous pensons intéresser les lecteurs en leur présentant le dessin et la description d’un nouvel appareil, utile non seulement aux aveugles, mais à toutes les personnes qui leur sont dévouées et désirent entretenir avec eux, par lettres, des relations d’alîaires ou d’amitié.
- Le duographe (ou dyographe), cadran mobile, à double alphabet, a pour but de permettre aux aveugles d’écrire aux clairvoyants, et réciproquement, sans intermédiaire et sans rendre nécessaire, ni pour les aveugles ni pour les clairvoyants, l’étude d’un autre alphabet que celui qui est pro-pre à chacun d’eux.
- Le duographe emploie les points en relief de Louis Braille et les caractères en usage chez les clairvoyants.
- Cet appareil ingénieux a été imaginé par l’abbé J. Stiltz, aumônier des sœurs aveugles de Saint-Paul.
- Les deux caractères, séparés sur le cadran, sont réunis à la partie inférieure de chaque type.
- L’appareil est d’un maniement très simple et très facile. Il imprime les deux caractères en même temps et permet de se relire.
- Pour faire fonctionner le duographe, il suffît d’appuyer le doigt sur l’une des touches rectangulaires sur lesquelles se trouvent les points en relief et de faire tourner le cadran. Chaque double lettre, en passant au-dessus d’une petite fenêtre, découpée dans la partie supérieure de la plaque qui supporte le disque, s’enfonce sous la pression du doigt et s’imprime en relief et en couleur.
- À chaque tour du cadran un ressort agit sur une crémaillère et fait avancer régulièrement et de la distance nécessaire pour chaque lettre, une planchette sur laquelle est fixée la feuille de papier qui
- doit recevoir l’impression. La ligne terminée, il suffit de ramener la planchette à son point de départ et de la faire monter d’un cran pour commencer une autre ligne, ce qu’on obtient facilement au moyen d’une crémaillère et d’un ressort placés sous la planchette. Le double caractère employé n’exige pas plus de place que le seul caractère Braille ; la lettre en couleur est en effet placée dans l’interligne.
- La gravure ci-dessous indique la disposition du mécanisme. La figure 1 donne la vue d’ensemble de l’appareil; la figure 2 représente la planchette à double mouvement, planchette striée sur laquelle est placé le papier destiné à recevoir les caractères
- du double alphabet, en relief (points du système Braille), et en couleur (caractères typographiques) , pour les clairvoyants. La partie blanche pointillée repré-senle la feuille qui doit recevoir la double impression, et la partie noire, le papier chimique ou papier teinté. La figure 3 est le double caractère mobile portant à la partie supérieure les points en relief et, à la partie inférieure, et les points en relief et les caractères typographiques.
- Le principe du duographe est applicable dans tous les pays. Tel qu’il est, cet appareil peut être employé partout où l’on se sert du caractère romain et de l’écriture en points de Louis Braille.
- D’un poids relativement léger, de la dimension d’un carton moyen d’écolier et n’ayant pas plus de 4 centimètres d’épaisseur, le duographe est très facilement transportable et peut devenir un objet classique et usuel. L’inventeur s’est appliqué à créer un système pratique et les témoignages sérieux de juges compétents permettent d’espérer que ce travail ne sera pas, pour l’avenir, sans une réelle utilité.
- Le nouvel appareil est déjà en fonction et les aveugles comme les voyants qui s’en servent pour communiquer entre eux, se trouvent fort bien de son emploi. G. T.
- Fig. 1, 2 et 5. — Le duographe ; appareil permettant aux aveugles de correspondre directement avec les clairvoyants et réciproquement.
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- LA NATURE.
- Là PÊCHE DE Là NàCRE DàNS L’INDE
- Il se fait dans l’Inde anglaise un commerce énorme de coquilles de nacre. Ces coquilles sont généralement de l’espèce Turbinella, et on les trouve principalement dans les différentes parties du golfe de Manaar, du côté opposé à Jaffnapatam, à Travaneore, à Tuticorin, à Kilakarci, mais la pêche s’en fait surtout en ces deux derniers points, qui se trouvent l’un près de Ramade et l’autre dans le détroit de Tinnevelly. On les recueille par 2 brasses d’eau ou environ 3m,20, en commençant en octobre pour finir en mars ; du reste, dans ces mêmes régions, on rencontre des quantités de bancs de ces coquilles à l’état fossile. Disons tout de suite que les seules coquilles qui se vendent bien sont celles qui sont prises quand le mollusque est encore vivant : au cas contraire, la nacre a perdu son brillant, son vernis, elle est plus ou moins attaquée, et alors elle ne vaut pas seulement le prix du fret. De plus, même parmi les mollusques pêchés vivants, il en est dont le test est piqué par les vers, comme cela se produit pour les huîtres, et la proportion de ces coquilles mauvaises est d’environ un dixième.
- Nous avons dit que la nacre est très demandée dans l’Inde et donne lieu à un commerce considérable, les grands centres de vente étant Calcutta et Madras. A l’époque où la dynastie des Chalukya régnait sur le Ka-lian, le mollusque à nacre, la conque, était un des insignes de la royauté ; même à présent les riches Indiens sont enterrés avec une certaine quantité de bijoux qu’on fait en nacre : ces bijoux, ce sont des bracelets, des colliers, des bagues; on fabrique aussi des boîtes avec la même matière.
- C’est le gouvernement anglais qui fait exécuter cette pèche à son profit. Pendant les campagnes successives 1877 à 1892-95, en dix-sept ans par conséquent, il en a retiré 2 lacks 5674 roupies 11 annas, ce qui correspond à peu près à 490 000 francs. Pendant la campagne de 1892-93, il a été pêché 316 354 conques en bon état et 30 132 piquées par les vers; le prix de vente total en a été de 39 280 francs, et comme les dépenses se sont élevées a 19 700 francs, cette exploitation a laissé un bénéfice net de 19 580 francs au gouvernement.. Mais il ne faut pas croire que le prix de vente de ces coquilles soit régulier : c’est ainsi que pendant la dernière campagne elles se vendaient 45 à 51 roupies les 1000 (autrement dit à peu près 108 à 122 francs; mais en 1890-91 le cours était de 78 roupies, et il atteignait 125 roupies en 1887-88. Déplus le prix unitaire d’une coquille oscille entre des limites extraordinairement éloignées, suivant certaines qualités exceptionnelles qu’elle peut présenter : la valeur dépend surtout du volume, mais il faut noter que celles qui sont ouvertes à droite, étant rares, se vendent fort cher; on en a payé quelques-unes 400, 500 roupies, même 2000 roupies, ce qui fait bien près de 2 400 francs. On en cite une dont le prix aurait atteint 20 000 roupies, plus de 47 000 francs. ,
- La pêche en est d’ailleurs fort originale : les hommes qui y sont employés sont montés sur des radeaux composés de quatre troncs d’arbres amarrés ensemble avec des cordages de coco. Us plongent avec un sac pendant au cou, sac auquel est attachée une pioche qui leur sert à détacher les coquillages ; parfois ils descendent ainsi jusqu’à 9 mètres de profondeur, mais on comprend que ce mode de procéder est peu pratique et pénible. On ne parait point cependant disposé à le modifier. D. B.
- LES BIJOUX ÉGYPTIENS DU LOUVRE
- Les journaux ont parlé si longuement du trésor déterré à Dahshour l’an dernier par M. de Morgan, que chacun en Europe connaît le nombre, la forme et la richesse des objets qui le composent; mais parmi tous ceux qui les ont décrits et qui les vantent justement, combien y a-t-il, je ne dis pas d’Anglais ou d’Allemands, mais seulement de Français, qui sachent que notre Musée du Louvre possède les plus beaux des bijoux que l’antiquité égyptienne nous ait légués? Mariette a eu par deux fois dans sa vie l’heurense fortune de trouver sur des momies princières un ensemble de parures d’un éclat et d’une valeur artistique incomparables, au Sérapéum dans le tombeau des Apis enterrés sous le règne de Ramsès II, par les soins de l’un des fils du conquérant, Khàmoîsît, grand prêtre de Phtah et régent du royaume pour son père, à Thèbes dans le cercueil d’une reine de la dix-huitième dynastie, Ahhotpou îre, qui fut de son vivant fdle, sœur, épouse et mère de pharaon. Mariette, en artiste qu’il était, fit ressortir très habilement l’intérêt de sa découverte et l’idée avantageuse qu’elle donnait de l’habileté des orlè-vres au quatorzième et au dix-septième siècle avant notre ère, puis il passa outre : il avait mis au jour tant de monuments importants pour la connaissance de l’iiisLoire politique et pour l’étude de la civilisation, qu’il n’eut jamais le temps d’insister beaucoup sur ce résultat secondaire de ses travaux. Les bijoux d’Ahhotpou sont conservés à Boulaq où des milliers de touristes vont les admirer chaque hiver : ceux du Sérapéum sont déposés au Louvre, et n’obtiennent en général qu’un coup d’œil distrait des rares visiteurs qui traversent les solitudes de notre Musée Charles X.
- Ils remplissent plusieurs compartiments de la vitrine qui occupe le milieu de la Salle historique. On y distingue tout d’abord un grand masque d’or malheureusement abîmé, et, groupés dans le voisinage, des chaînes d’or tressées à cinq et à huit brins d’une souplesse et d’une perfection remarquables, des amulettes de formes variées en feldspath, en jaspe rouge et vert, en cornaline, scarabées, boucle, olive, colonnette, au nom de Khàmoîsît. Un peu plus loin une seconde série de même provenance comprend des morceaux sinon plus finis en eux-mêmes, du moins plus curieux et plus attrayants pour l’œil d’un moderne : le seigneur Psarou, qui assistait avec le prince aux funérailles d’un Apis, en avait fait hommage à la momie du taureau divin. J’imagine que la plupart de nos contemporains ont des notions assez vagues sur la façon dont les Egyptiens portaient leurs bijoux. Hommes ou femmes, le costume était assez sommaire à l’origine : les hommes se protégeaient les reins d’un pagne qui leur atteignait à peine le genou et leur laissait le buste entièrement nu ; les femmes s’insinuaient dans un sarreau collant qui leur arrivait à la cheville, remontait au
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- creux de l’estomac, leur dévoilait la poitrine et tenait en place au moyen de deux bretelles passant sur les épaules. Les bijoux servaient à masquer en partie ce que les étoffes ne couvraient pas, au moins chez les femmes. Un collier à plusieurs rangs encerclait le cou et tombait à la naissance de la gorge; des bracelets fort larges s’étalaient autour des poignets, serraient le haut du bras, le bas delà jambe; les cheveux, ou plutôt la perruque, habillaient le dos et une moitié de l’épaule; un bijou carré suspendu par un fil de perles ou par une lanière en cuir, descendait par-dessus le collier dans l’espace compris entre les deux seins. C’est ce dernier que nous appelons le pectoral. Il a souvent l’apparence d’une façade de temple, encadrée d’un tore, surmontée d’une corniche recourbée : des images de dieux ou des emblèmes sacrés remplissent le champ, et des inscriptions répandues un peu partout nous apprennent le nom du propriétaire, que des formules pieuses accompagnent d’ordinaire.
- La boucle de Psarou (fig. 4, n° 2) a pu servir d’attache à la ceinture de toile qui assujettissait le pagne ou à la bandelette qui ceignait la tête et retenait la coiffure. Son pectoral est l’un des plus riches qui soient parvenus jusqu’à nous. 11 est taillé dans une plaque de basalte verte polie, et sculpté avec une précision qui étonne, lorsqu’on se rappelle combien étaient imparfaits les outils dont les artistes égyptiens disposaient. Le scarabée central s’enlève en très haut relief sur le fond plat, et c’est merveille de voir la fidélité du modelé : tout le menu détail de la tête et du corselet est rendu avec une vérité presque scientifique. Les deux femmes qui semblent l’adorer, à droite et à gauche, sont Isis et Nephthys, les deux sœurs d’Osiris. Les contours de leur corps sont taillés dans la feuille d’or qui encadre le scarabée. Un autre pectoral que j’ai fait reproduire (fig. 1) est moins fin de travail, mais la technique en présente des particularités intéressantes. Il se découpe à jour, et le dessin des parties est obtenu par des cloisons d’un or très souple dans lesquelles sont sertis et le scarabée et les pâtes de verre coloré qui rehaussent les montants et la corniche du naos. Le scarabée est en lapis-lazuli ; la robe des déesses est d’un or brillant, guilloché pour simuler les rayures de l’étoffe. Le sens mystique de ce décor n’échappait à aucun Égyptien instruit. Le scarabée représente la vie et le cœur de l’homme, où la vie réside; il est l’amulette dont la possession assure à chaque vivant et à chaque mort la propriété de son cœur. C’est pour cela qu’on le donnait aux momies riches sinon à toutes les momies : tantôt on le collait avec du bitume sur la peau même du cadavre, vers la naissance du cou, tantôt on l’enchâssait, au milieu d’un pectoral qu’on perdait dans l’épaisseur du maillot, à la hauteur de la poitrine. Comme tout Égyptien, une fois quittée notre terre, s’assimilait à Osiris et devenait Osiris lui-même, le coêur et le scarabée passaient pour être le cœur et le scarabée d’Osiris, sur lequel Isis et Nephthys veil-
- laient comme elles avaient veillé sur Osiris : de là, ces images des deux déesses qu’on rencontre souvent dans les pectoraux. Elles réchauffaient le cœur de leurs mains, elles récitaient les formules qui l’em^ pêchent de périr, elles écartaient les mauvais esprits et les magiciens qui auraient pu s’emparer de lui pour leurs œuvres ténébreuses. La religion fournissait aux artistes un motif de décoration délicat : tout en ne s’écartant jamais de la donnée première, ils surent en varier très habilement le détail et l’expression. Les deux femmes sont parfois debout, parfois assises ou agenouillées; elles tendent les bras en avant, ou les portent à leur front comme les pleureuses, ou les laissent retomber en signe de douleur; le scarabée repose sur une barque, ou sur une fleur de lotus, ou sur un autel, au lieu de flotter dans les airs comme c’est le cas dans le bijou du Sé-rapéum. Une étude comparée de toutes cés scènes prouverait une fois de plus quelle était la fécondité de l’imagination chez les Égyptiens et l’adresse à renouveler les sujets les plus rebattus.
- Le grand pectoral du centre (fig. 2) avait appartenu à Ramsès II lui-même, ou du moins avait été exécuté par son ordre et comme don personnel, en l’honneur de l’Apis qu’on ensevelissait : son cartouche prénom Ousirmâri est placé juste au-dessous de la frise, et sert pour ainsi dire de centre à la composition qui remplit l’intérieur du cadre. C’est d’abord un épervier à tête de bélier, dont les ailes déployées se replient pour encadrer le cartouche : il tient dans ses serres le sceau emblème d’éternité. Plus bas, une grosse uræus et un vautour allongent leurs ailes et enveloppent d’une protection commune l’épervier et le cartouche : deux Tats symbolisent la durée et comblent aux deux angles inférieurs les vides de la décoration. L’épervier à tête de bélier représente l’âme du Soleil, l’uræus et le vautour sont les divinités patronnes du Midi et du Nord : tous réunis défendent dans l’univers entier le roi dont le cartouche est placé entre leurs ailes, et, par l’intermédiaire du roi, le mort dont la momie porte le bijou. Ici encore, les figures sont dessinées en cloisons d’or incrustées de pâtes colorées ou de petits morceaux de pierres taillées. L’ensemble est riche, élégant, harmonieux. Les trois motifs principaux s’accroissent à mesure qu ils descendent vers le bas du tableau, selon une progression des mieux calculée. Le cartouche, avec ses ors mats, occupe le centre,' l’épervier forme sous lui une première bande de tons chatoyants, dont les lignes légèrement recourbées corrigent ce que les côtés longs du cartouche offrent de raideur ; l’uræus et le vautour, comme mariés dans une même paire d’ailes, enveloppent l’épervier et le cartouche d’un demi-cercle d’émaux', dont les nuances passent du rouge et du vert au bleu sombre, avec une franchise et une entente de la couleur, qui > font grand honneur au goût de l’ouvrier. Si l’aspect général donne l’impression de la lourdeur, ce n’est point la faute de l’artiste, mais la forme que la tra-1 dition religieuse imposait au bijou est si rigide par
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- elle-même, que nulle combinaison ne saurait en corriger l’effet au delà d’un certain point. Le cadre rectangulaire ou carré, la corniche qui le surmonte, les deux bélières qui s’adaptent par-dessus la corniche, composaient un ensemble trapu et massif : à meuble r convenablement l’intérieur, on en arrivait forcément à l’appesantir encore ; à y ménager des vides, on lui donnait une apparence étriquée et grêle, comme c’est le cas pour l’un au moins des pectoraux de Dahshour. Aussi bien le type des bijoux procède du même fond d’idées et de notions d’où sont sorties et l’ar-chitecture et la sculpture égyptiennes : il est monumental, et semble avoir été conçu le plus souvent à l’usage d’êtres gigantesques. Les dimensions du pectoral ordinaire sont trop puissantes pour la parure d’un homme ou d’une femme vulgaires. Elles ne prennent toute leur valeur qu’à la poitrine des colosses thébains : l’immensité des corps de pierre sur lesquels on a sculpté leur image les allège et semble les ramener à leurs exactes proportions. Aussi les Égyptiens se sont-ils débarrassés parfois de cette forme carrée que leurs ancêtres leur avaient léguée.
- L’oiseau divin a quitté sa cage quand il l’a pu. Mariette a découvert au Sérapéum deux de ces pectoraux simplifiés, qui tous les deux représentent un épervier : le premier (fig. 4, n° i) a sa tête ordinaire et recourbe ses ailes, le second (fig. 3) a pris la tête de bélier et tient ses ailes droites. C’est la même richesse et la
- même élégance de lignes que dans les autres objets de provenance semblable, mais le motif, débarrassé du cadre émaillé où il étouffait, a pris quelque chose de plus gracieux et de mieux approprié à l’humanité. L’exécution en est merveilleuse, et la tête du hélier particulièrement dépasse par la souplesse du travail tout ce que l’on connaît jusqu’à ce jour. Elle s’enlève dans un petit lingot d’or fin, mais la matière n’est pas ce qu’elle a de plus précieux : le vieux ciseleur a su la modeler aussi largement et lui a prêté une expression aussi fidèle que s’il l’avait taillée de grandeur naturelle dans un bloc de granit ou de calcaire. Ce n’est plus, comme partout ailleurs, de l’art industriel,: c’est de l’art sans épithète. Mariette, et il s’y connaissait,
- estimait n’avoir jamais rien rencontré qui s’approchât de ce morceau, dans tout ce qu’il avait vu de bijoux égyptiens. La bague en or (fig. 4, n° 3) vient également de Ramsès II. Les deux petits chevaux qui piaffent sur le chaton étaient célèbres dans l’histoire des guerres syriennes. Ils s’appelaient Nourît et Anaîtis-satisfaite, et ils avaient été attelés au char royal le jour de la bataille de Qodshou, lorsque Ramsès II dut charger en personne les Khitas qui l’avaient surpris. Le Pharaon leur garda bon souvenir du service qu’ils lui avaient rendu en cette occasion mémorable. La ciselure, sans être aussi bonne que celle de l’épervier à tête de bélier, est d’un fort beau style : elle rend très franchement l’allure particulière aux chevaux égyptiens,
- Fig. 1. — Pectoral en or incrusté de pâtes de verre.
- Fig. 2. — Pectoral de Ramsès II. Bijoux égyptiens au Musée du Louvre.
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- leur encolure exagérée, leur corps un peu maigre, leurs extrémités légèrement engorgées. Les bagues ne portent pas d’habitude des sujets d’un relief aussi fort : le chaton se compose à l'ordinaire ou d’un
- scarabée ou d’un cartouche en métal, tournant sur pivot, et parfois gravé au nom du personnage qui possédait le bijou, plus souvent n’ayant comme inscription qu’une formule pieuse ou une série de
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- Fig. 5. — L’épervier à tête de bélier. Bijou égyptien en or ail Musée du Louvre.
- symboles de sens obscur. La plupart des anneaux que nous voyons dans les musées proviennent des momies et sont des amulettes qui assuraient au mort telle ou telle puissance sur les habitants de l’autre monde : un petit nombre seulement ont été employés du vivant de leur propriétaire. Ce sont alors des cachets ayant la valeur de nos griffes, et qu’on apposait sur les actes comme nous faisons notre signature. Il y en a en toute matière, en or, enélectrum, en argent, en bronze, en cuivre, en terre émaillée, même en bois, selon la richesse des individus : les uns sont de véritables chefs-d’œuvre de gravure, mais beaucoup n’ont pas plus de valeur artistique que les cachets en cuivre commun qu’on trouve tout préparés chez nos papetiers.
- Le plus grand nombre de ces bijoux ont passé par
- tant de mains avant d’arriver au Louvre, qu’ils ont souffert sensiblement : les cloisons se sont faussées
- ou même rompues, les pâtes de verre ou les plaquettes d’incrustation se sont détachées çà et là. Les bijoux de Dahshour, pris directement sur la momie, ont conservé un air de neuf qui n’a pas peu contribué à augmenter l’admiration du public : ils semblent sortir à peine des mains de l’orfèvre qui les a fabriqués, et l’étonnement qu’on éprouve à les trouver si frais encore après plus de quatre mille ans, rend indulgent pour les imperfections que l’examen y fait bientôt découvrir. Leur extrême antiquité compte pour beaucoup dans l’appréciation qu’on en donne et c’est à bon droit : il est curieux en effet de constater que, dès le trentième siècle au moins avant notre ère, les Égyptiens avaient poussé la technique des métaux
- Fig. 4. — 1. Petit épcrvier en or émaillé.— 2. La boucle émaillée ilu prince Psarou. 3. La bague de Ramsès IL Bijoux égyptiens au Musée du Louvre.
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- précieux et l’art de composer les bijoux à un très haut degré de perfection. On le savait déjà de reste, car il n’est pas rare de découvrir des bagues, des débris de colliers, des pectoraux isolés, dont les uns remontent peut-être à l’Ancien Empire, tandis que les autres descendent jusqu’à l’époque romaine ou trahissent l’influence byzantine ; nos musées en possèdent à la dizaine, et il n’y a guère de collection particulière qui n’en renferme une certaine quantité. Mais ces objets isolés n’attirent pas l’attention du public ; il faut, pour piquer sa curiosité, qu’un hasard heureux ramène à la lumière quelque trésor considérable, où l’on rencontre réunis des spécimens de tous les types de bijoux que l’on ne recueille d’ordinaire que pièce à pièce. Par bonheur ces trouvailles ne sont pas aussi rares qu’on pourrait le croire : si Gizèh peut se vanter d’avoir les fonds de Dahshour et de la reine Ahholpou, le Musée de Berlin a les parures admirables que Ferlini tira de l’une des pyramides éthiopiennes, le Musée de Leyde et celui de Londres se sont partagé les dépouilles d’un des rois Antouf de la onzième dynastie, et notre Louvre garde précieusement les bijoux du Sérapéum, les plus beaux de tous. G. Maspero,
- de l'Institut.
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- YOYAGE DU PAQUEBOT « LA GASCOGNE »
- DU HAVRE A NEW-YORK. -----26 JANVIER AU 11 FÉVRIER 189a
- On se souvient encore des poignantes émotions qui traversèrent tous les cœurs, il y a un mois environ, quand on apprit que le paquebot la Gascogne, de la Compagnie générale transatlantique, faisant le voyage du Havre à New-York, parti du Havre le 20 janvier 1895, n’était pas encore arrivé à New-York dans la fin de la première semaine du mois de février. Tout le monde s’intéressa aussitôt au sort de cette immense cité flottante qui avait dû traverser en mer des temps très mauvais et lutter contre les éléments déchaînés. Enfin, le 4i février, à 11 heures du soir, le navire arrivait à Sandy-Hook, à l’entrée de la baie de New-York, après 402 heures de traversée, soit un peu plus du double de la durée accoutumée du voyage en cette saison, qui est de 190 heures. Le retard avait été causé par des accidents de machine et par une lutte acharnée contre des temps fort mauvais.
- II nous a semblé intéressant de présenter à nos lecteurs quelques détails circonstanciés sur les avaries survenues, et de leur montrer comment le vaillant capitaine IJaudelon, commandant de la Gascogne, a su vaincre les difficultés assemblées de tous côtés. Nous nous sommes adressés à la Compagnie transatlantique, et le service technique nous a fourni très aimablement tous les renseignements que nous demandions.
- Nous ne reviendrons pas ici sur les dispositions générales des paquebots de ce genre ; nous avons déjà donné leur description à plusieurs reprises, et nos lecteurs voudront bien se reporter à nos articles précédents1.
- La machine motrice de la Gascogne, dans sa première disposition, appartenait au système compound à pilon à condensation par surface. La vapeur était fournie par les
- 1 La Gascogne a été décrite, dans îe n° 721, du 26 mars 1887, p. 264 '
- chaudières à la pression de 6 kilogrammes par centimètre carré. Cette machine comprenait 6 cylindres disposés deux à deux en tandem, comme le représente la figure 1. Les cylindres d’admission ou de première détente A, II, C étaient placés au-dessus des cylindres de deuxième détente D, E, F ; on avait ainsi trois groupes de cylindres moteurs identiques. Chaque groupe actionnait un des trois coudes de l’arbre moteur. La vapeur anivait en même temps aux trois cylindres supérieurs, passait de là dans les cylindres inférieurs et s’évacuait ensuite dans trois condenseurs semblables.
- Les chaudières primitives furent bientôt remplacées, pour cause d’usure, par d’autres fournissant la vapeur à la pression de 11 kilogrammes par centimètre carré. On dut alors transformer la machine à quadruple expansion, sans rien changer aux dispositions générales et en se contentant de modifier les tuyauteries de vapeur. Les nouvelles dispositions sont représentées par notre figure 2. La vapeur arrive d’abord au cylindre A, qui est le seul cylindre d’admission ou de première détente. Elle passe ensuite dans les cylindres de deuxième détente B et C, de là dans le cylindre E pour la troisième détente, et enfin dans les cylindres D et F pour une quatrième détente.
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- Fig. 1 et 2. — Deux dispositions des cylindres de la machine motrice de la Gascogne. — Fig. 1. Disposition première des cylindres en tandem formant trois groupes distincts. — Fig. 2. Disposition actuelle à quadruple expansion.
- De là la vapeur est envoyée dans les condenseurs. Au lieu de la machine motrice à trois groupes identiques que nous avions précédemment, nous avons donc, après les modifications, un appareil à six cylindres conjugués. Par cette transformation il a été possible d’augmenter la puissance de la machine motrice, d’améliorer le rendement de la machine et d’accroître la vitesse du navire. A la suite de ces travaux, toutes les pièces soumises à des efforts plus considérables avaient été renforcées ; et la machine avait été soumise à des essais très sérieux.
- La Gascogne avait déjà effectué un voyage aller et retour du Havre à New-York dans d’excellentes conditions. Elle repartait du Havre le 26 janvier 4895, à 40 heures du matin. Les trois premiers jours de la traversée se passèrent sans incident, la machine fonctionnait parfaitement à la vitesse angulaire régulière de 62 tours par minute, et à la puissance de 7000 chevaux, imprimant au paquebot une vitesse moyenne de 17,6 nœuds marins par heure, soit 52km,5 par heure. Le quatrième jour, dans la matinée, un choc violent se produisit dans la machine, et celle-ci fut immédiatement arrêtée. On ouvrit le cylindre de troisième détente E, et l’on trouva son piston fendu suivant son diamètre. Rien ne put faire soupçonner la cause de cet accident.
- Popr repartir, il fallut supprimer le groupe- correspondant et marcher avec les deux autres. La bielle motricé de ce groupe, au coude du milieu, fut démontée ; on-màsqua
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- les arrivées et sorties de vapeur du cylindre supérieur B, ainsi que le tuyau d’évacuation du condenseur du milieu, et on enleva le tiroir du cylindre E. On avait ainsi transformé la machine, qui ne fonctionnait {dus que comme une machine compound; le cylindre G était le cylindre d’admission, les cylindres D et F servaient de cylindres de détente. Le cylindre A était utilisé pour le transvasement de la vapeur, et le cylindre E comme réservoir. Tout ce travail considérable, et rendu plus difficile encore sur mer, fut exécuté en 17 heures et demie. Après cette transformation, la machine fonctionnait à 45 tours par minute et à une puissance de 2200 chevaux seulement. La vitesse de déplacement du paquebot n’était plus que de 11 nœuds, soit 20km,5 par heure.
- Bans ces conditions la puissance était inégalement répartie entre les deux groupes moteurs avant et arrière, et l’allure de la machine était peu régulière. De nouveaux arrêts furent nécessaires le 50 janvier, les 5 et 4 février, pour revoir les articulations des bielles motrices. Bientôt un des coussinets de la bielle arrière était mis hors de service, et on dut le changer. Cette opération de démontage exigea 40 heures; cet incident, bien moins grave en lui-même que la rupture du piston, causa les plus grands ennuis, surtout en raison du mauvais temps et du roulis.
- La machine fut remise en route à la vitesse angulaire de 30 tours par minute et à la puissance de 900 chevaux seulement; le navire se déplaçait à la vitesse de 8 nœuds, soit 14km,8 par heure. Le 7 février un nouveau stoppage était nécessaire pour refaire un serrage; mais cet arrêt fut de courte durée. Enfin le 11 février à 11 heures du soir, la Gascogne entrait dans la haie de New-York.
- La traversée avait duré 402 heures, dont il faut compter 71 de stoppage. Pendant hs périodes d’arrêt, le navire dérivait sous voiles à la vitesse moyenne de 3 nœuds, soit 5km,5 par heure.
- Pendant le séjour de la Gascogne à New-York, le piston cassé a été enlevé et remplacé par le piston de rechange ; ce travail n’avait pu être exécuté en mer. Le paquebot est reparti de New-York le 20 février et il est arrivé au Havre le 1er mars, après une excellente traversée.
- Nous ne ferons que rappeler ici les réceptions enthousiastes qui ont été faites à la Gascogne, à son intrépide capitaine et à son vaillant équipage, tant à New-York qu’au Havre. Et nous terminerons en admirant les procédés actuels de la mécanique qui permettent de lutter avec autant d’énergie contre les éléments les plus furieux. J. Laffaugue.
- RÉSISTANCE AU VENT
- DES TRAINS DE CHEMINS DE FER
- Nous avons décrit antérieurement1 les expériences faites par diverses Compagnies de chemins de fer en vue de diminuer la résistance opposée par le vent à la marche des trains. Elles ont conduit la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée à établir une série de locomotives, dites « locomotives de la série C », munies de becs, ou coupe-vent, de 600 chevaux de puissance, qui ont donné de bons résultats tant au point de vue de l’augmentation de la vitesse qu’à celui de l’économie de combustible.
- Ce perfectionnement du matériel est loin d’être négli-
- 1 Vov. n° 1117, du 27 octobre 1804. p. 357.
- gcable. 11 suffit, pour s’en rendre compte, d’enregistrer quelques chiffres à ce sujet. Â 40 kilomètres à l’heure, vitesse modeste, la résistance de l’air est d’environ 10 kilogrammes par mètre carré de la surface en mouvement; à 60 kilomètres, elle est de 55 kilogrammes; à 80 kilomètres, de 60 kilogrammes; à 100 kilomètres, elle dépasse 100 kilogrammes et atteint 125 kilogrammes à 108 kilomètres.
- C’est bien la loi de l’augmentation de la résistance de l’air proportionnellement au carré de la vitesse.
- Comme la surface en mouvement d’un train ordinaire est de 6 mètres carrés environ, il s’ensuit qu’à la vitesse de 100 kilomètres par heure, la locomotive éprouve une résistance de 600 kilogrammes.
- Or, 1000 kilogrammes de charge exigent, en plaine ou en palier, sur une voie en bon état, un effort de traction de 5 kilogrammes. Il en résulte qu’à la vitesse de 100 kilomètres la résistance de l’air équivaut à une charge de 200 000 kilogrammes, plus forte que le poids usuel d’un express ordinaire. 11 faut alors déployer plus de puissance pour vaincre la résistance de l’air que pour traîner le train.
- Cela explique pourquoi la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée, entrant dans un ordre d’idées rationnel et progressiste, a construit les « locomotives à bec » dont nous avons rendu compte.
- Mais elle ne s’en est pas tenue là. 11 restait logiquement à faire l’application du même principe au train tout entier en empêchant la résistance de l’air de s’exercer sur les faces des wagons séparés les uns des autres. Des tourbillons d’air s'engouffrent entre leurs intervalles et forment des sortes de « cloisons de résistance » atmosphérique dont l’effet s’additionne, au grand détriment de la vitesse et avec une augmentation considérable de l’effort de traction.
- Cet effet est surtout sensible avec l’ancien matériel, composé de petits wagons courts séparés les uns des autres et qui va faire place, à bref délai, espérons-le, à un matériel de longs wagons, plus modernes, tels que celui qui circule partout hors de nos frontières. *
- Cependant, même lorsqu’il s’agit de wagons longs, il est bon de les munir de soufflets extérieurs qui empêchent l’air de traverser le train : il ne doit former qu’un seul wagon, en quelque sorte, pour supporter convenablement les très grandes vitesses que peut déjà nous donner la vapeur, soit 100 et 110 kilomètres par lieure, en attendant les résultats bien supérieurs que l’on espère de la traction électrique.
- La Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée vient de faire aussi des expériences à ce sujet. Des trains spéciaux ont circulé pendant plusieurs jours, entre Arles et Rognac, à des vitesses variant de 74 à 77 kilomètres. Ils étaient composés de deux parties, l’une munie de soufflets entre les wagons, l’autre laissant les intervalles libres. Des dynamomètres permettaient de mesurer les résistances dans ces deux cas. Le résultat a été satisfaisant : nous le chiffrerons ultérieurement. La Compagnie se propose de faire des essais lorsque soufflera le mistral, redouté par les mécaniciens au passage de la Crau ; le train est alors comme un navire au milieu de la tempête; on a vu des trains renversés, d’autres arretés net. L’écran entre lés wagons s’ajoutant à l’efficacité du « coupe-vent » de la locomotive mettra-t-il nos trains à l’abri des violences du mistral? On peut l’espérer, et ce serait une constatation technique bien intéressante : le même système n’aurait rien à craindre des petits coups de vent ordinaires sur notre réseau. ,M. de Naxsouty...
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- LA N ATI) HE.
- SCIENCE PRATIQUE
- GRAISSEUR A PENDULE
- Une des préoccupations les plus sérieuses d’un mécanicien est d’assurer un graissage convenable des parties frottantes de la machine qu’il conduit. Ce graissage doit être continu, toujours uniforme, sauf les cas d’accident, sans être à un moment donné plus abondant qu’à un autre, et sans jamais tomber au-dessous d’une certaine limite. On sait avec quel soin les mécaniciens s’efforcent de remplir constamment ces conditions pour maintenir un bon fonctionnement et conserver la machine en bon état. Mais dans bien des cas la surveillance du graissage est peu aisée et difficile. Pour atteindre le but proposé, nos constructeurs ont imaginé une quantité innombrable de modèles divers de graisseurs automatiques ou non, qui ont donné en général d’assez bons résultats. Parmi les parties à graisser, les unes sont fixes et par suite facilement accessibles ; d’autres au contraire, et parmi celles-là nous citerons en particulier les têtes de bielles, sont toujours en mouvement et le mécanicien ne peut pour ainsi dire les saisir qu’à la volée, soit pour verser l’huile avec une burette, soit encore pour faire arriver un peu de graisse dans le coussinet en donnant un tour de vis ou une poussée au piston du graisseur, et l’on comprend combien cette opération présente de dangers.
- Frappé d’une part de ces inconvénients, et persuadé que s’il existait des graisseurs pour distribuer plus ou moins régulièrement l’huile ou la graisse aux divers organes des machines, personne ne paraissait s’être préoccupé d’établir une relation quelconque entre le graissage de ces organes et la charge qu’ils supportent, M. le capitaine Leneveu a voulu obtenir un graissage rationnel et économique en employant la graisse et par une distribution proportionnée à la charge. Il a imaginé dans ce but un graisseur automatique pour tête de bielle qui est combiné et organisé de telle façon que par un simple déplacement, la bielle, sur laquelle est monté un de ces graisseurs, met en mouvement un pendule.
- Celui-ci, par l’intermédiaire d’un mécanisme approprié, pousse et comprime dans le coussinet, à chaque tour de la machine, une quantité de graisse déterminée et en proportion de la charge que supporte ce coussinet. Le capitaine Leneveu a bien voulu nous expliquer le fonctionnement de l’un de ses modèles de graisseur que nous représentons dans la figure ci-dessous. L’appareil est formé par un vase cylindrique (n° 2) rempli de graisse H, avec une ouverture à la partie inférieure. Dans ce vase plonge un piston H muni d’une vis F. Ce piston est commandé par une roue dentée E à douille-écrou. Au-dessus de cette roue dentée se trouve une rondelle moletée d’embrayage et de débrayage de la tige du piston, permettant de faire monter ou descendre le piston à la main avec une grande vitesse. Sur le côté est dis-posé un pendule A dont l’extrémité inférieure se déplace entre deux arcs de cercle métalliques. L’extrémité supérieure du pendule est reliée à un rochet et à un pignon de commande intermédiaire C montés sur l’axe d’oscillation du pendule, puis, par l’intermédiaire du pignon C, à un deuxième pignon et à une vis sans fin D montés tous deux sur*un axe commun. La vis sans fin engrène avec la roue écrou E. Chaque mouvement de la tête de bielle entraîne la vis centrale F dans le sens de la descente. Il résulte de ce mouvement qu’une quantité de graisse déterminée est poussée et comprimée dans le coussinet à chaque tour de la machine. Le dessin n° 1 montre l’application de ce graisseur à une tête de bielle.
- Le graisseur à pendule de M. le capitaine Leneveu est en résumé un appareil qui assure un graissage rationnel, continu, et qui est de plus très économique. Ainsi, par exemple, dans une usine, il a permis d’obtenir, avec la même quantité de graisse, le fonctionnement de la machine à vapeur pendant quinze jours au lieu de trois jours comme précédemment avec le.graissage à main. Il s’agit, comme on le voit, d’une économie importante et qui n’est pas à négliger. Plusieurs modèles d’appareils, tous basés sur le même principe, ont été établis suivant les diverses applications réalisées. X..., ingénieur.
- Graisseur à pendule de M. le capitaine Leneveu.— 1. Application à une tète de bielle. 2. Vue intérieure du graisseur.
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- LA NATURE.
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- UNE PETITE MONTRE DE TABLE
- DATÉE loOt
- MM. Gaston Tissandier et Planchon ont publié dans La Nature deux articles fort intéressants sur les Curiosités de l'horlogerie G Qu’on nous permette d’apporter ici, à l’histoire de la mesure du temps, notre contribution : c’est une montre ancienne présentant quelques particularités remarquables; elle serait un jalon posé dans cette histoire si nous avions pu fixer d’une façon absolue la date précise où elle fut exécutée. Cette montre est représentée dans sa forme extérieure ligure 1, et son mécanisme, retourné de bas en haut, est vu ligure 2.
- Elle n’a qu'une aiguille ajustée sur le canon (tube eu laiton) d’une roue dentée en fer, qui tourne librement sur une tige fixée dans la platine.
- Fig. 1. — Ancienne montre de table datée 1504.
- ton en bouton en comptant 1, 2, 5, 4, etc., jusqu’à ce qu’il sentit la pointe de l'aiguille, et sans quitter celle-ci, penchant un peu son doigt à droite et à gauche, il pouvait apprécier sa position entre deux boutons et connaître à cinq minutes près, au maximum, l’heure qu’il était. C’était de la précision pour l’époque, c’est-à-dire l’an 1504.
- En A (fig. 4) est une sorte de petite fenêtre pourvue d’un volet, qui, étant ouvert, permet à l’œil de pénétrer à l’intérieur de la hoîte et de s’assurer que le mécanisme est remonté. L’ouverture a été pratiquée en face de la fusée, sur laquelle s’enroule une corde à boyau.
- Sur le volet, fermé, on lit, assez mal gravée au burin, la date 1504 et au-dessous, également très mal gravée, une espèce d’S traversé dans le sens de sa hauteur d’un trait. Est-ce un chiffre réunissant deux initiales ? Est-ce une sorte de marque de fabri-
- 1 Voy. n° 1106, du 11 août 1894, p. 171 et n° 1122, du lop décembre 1894, p. 11. . '
- Cette roue est actionnée par une sorte de pignon à lanterne, formé par trois chevilles implantées dans le très gros pivot inférieur de la fusée. Si l’engrenage est faible on penche vers l’extérieur ces chevilles en fer non trempé; s’il est trop fort on fait le contraire. C’est donc l’axe de la fusée qui fait marcher l’aiguille.
- On remarquera la série-de boutons arrondis et en relief au-dessous des heures. Celui dont le relief est le plus élevé est placé sous le chiffre XII.
- Tout simplement nous avons ici la montre de nuit ou la montre d’aveugle, dont plusieurs horlogers, plus ou moins modernes, se sont disputé l’invention.
- L’aveugle, ou le voyant, celui-ci dans la nuit, n’avait qu’à suivre en tâtonnant le cercle des boutons et à s’arrêter sur le proéminent. Puis de là, en tournant vers la droite, suivre délicatement de bou-
- Fig. 2. — Détails du mécanisme intérieur.
- que? Nous ne pouvons rien décider. Sous toute réserve nous supposons que la date 1504 et l’S barré ont été gravés par l’horloger qui a fait subir quelques modifications au travail primitif, dont il connaissait l’auteur (Noël) et la date d’exécution; à moins que cette date de 1504 soit l’époque où les modifications ont été faites et que l’S barré soit le chiffre de l’horloger qui en fut l’auteur.
- Dans ce dernier cas notre montre appartiendrait non plus au seizième siècle, mais au quinzième, et son âge augmenterait de quelques lustres.
- Si l’on renverse la montre le fond en l’air, sur ce fond on lit, dans un enfoncement circulaire qui paraît avoir été produit par un fort coup de poinçon, le nom de Noël. La surlace du nom étant en relief sur la surface du fond, celui-ci a conservé sa dorure, disparue presque totalement des autres surfaces de la boîte.
- Quel était ce Noël? Nous avons fait des recherches pour découvrir l’époque où ce Noël existait. Jusqu’à
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- LA NATURE.
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- présent elles ont été infructueuses. Si elles étaient renouvelées par une ou plusieurs des Sociétés scientifiques de la Normandie, peut-être aboutiraient-elles.
- Ce qui nous autorise à le croire c’est que cette province était parmi les plus avancées et les plus llorissantes et que Montaigne a pu écrire, après avoir vu l’Espagne, alors à son apogée (nous citons de mémoire, n’ayant pas le texte sous les yeux) : « La Normandie et le Languedoc sont en France les seules provinces dignes d’être espagnoles ».
- Passons maintenant au mécanisme de notre montre (fig. 2) qui présente, en outre de celles que nous avons déjà citées, des particularités fort curieuses. Sauf deux roues en laiton, qui, nous le croyons, ont remplacé celles en fer de l’origine, toutes les autres roues sont en fer, ainsi que les deux platines et les piliers qui les réunissent. L’échappement est à roue de rencontre et, comme il a été dit, c’est par l’intermédiaire d’une corde à boyau que l’action du ressort s’exerce sur la fusée. Le balancier ba (fig. 3) ne doit pas être le balancier originel, qui
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- devait consister en une simple barrette rectiligne. Au-dessous de la partie du balancier qui se termine en pointe C (fig. 2) a été adaptée à l’axe de ce balancier une petite lame de laiton (vue au pointillé en a fig. 5). A chaque double vibration, l’extrémité libre de la petite lame va s’infléchir successivement contre la cheville d (fig. 3) et au retour contre une autre cheville g implantée à l’extrémité mobile de la petite barre g f ayant son centre de mouvement en /'.
- Le petit ressort droit serait-il l’enfance du res-sort-réglant moderne (spiral)? ou une modification dans l’emploi des deux soies de sanglier de quelques vieilles montres d’Allemagne ?
- La petite barre f g, qui tourne à frottement ferme, serait l’ancêtre rudimentaire de Y avance-relard de nos montres modernes ; en effet, si on pousse l’extrémité g à gauche (fig. 3) on diminue l’étendue de la vibration et on accélère le mouvement du balancier, de là avance ; en ramenant g en arrière la vibration a plus d’étendue et la vitesse diminue, de là retard. Le n° 2 de la figure 3 représente l’encliquetage de la fusée : il y a encore à signaler ce fait très curieux, qu’on ne rencontre pas dans toute cette petite machine une seule vis; les modes de fixation
- des pièces sont de deux sortes, la rivure pour ce qui ne doit pas être démonté, et dans le cas contraire on chausse sur un pilier carré h la pièce qu’on y fixera en faisant traverser les deux par June cheville qu’il suffira de retirer pour les désunir, comme la chose est indiquée, en h, dans la figure 3.
- Un collectionneur a dernièrement signalé ce dernier mode de fixation d’une pièce à une autre et l’absence de vis dans une montre. II y a trente-cinq ans que nous avons donné dans la planche XIV de la Revue chronométrique le dessin de notre montre et des pièces montées sur pilier carré, mais nous avons, pour des raisons particulières, renvoyé le texte explicatif à plus tard. Claudius Saunier.
- Notre Salon du Cycle a son pendant en Amérique sous le nom de The National Bicycle Exhibition et se tient chaque année dansMadison square, au cœur de New-York. Si l’on en croit notre confrère, Scientific American, la récente exhibition renfermait des merveilles sur lesquelles il ne fournit malheureusement pas assez de détails pour nous édifier, mais que nous croyons- cependant
- devoir signalei jus- Nouvelle selle de bicyclette,
- qu’à plus ample informé. Tout d’abord une vaste réclame intérieure représentant une énorme bicyclette dont les lignes étaient formées par des lampes à incandescence : les roues de 2m,4 de diamètre étaient mises en rotation, formant ainsi deux soleils tournants. La bicyclette et les lampes de" l’annonce employaient ensemble 2200 lampes à incandescence.
- Les visiteurs remarquaient beaucoup une bicyclette mue par un moteur à pétrole à deux cylindres qui, d’après notre confrère, pesait moins de fi (six) kilogrammes et pouvait produire une puissance de 2 chevaux. (Nous laissons à notre confrère la responsabilité de ses chiffres.) Le moteur était placé derrière la roue d’arrière, et le réservoir à pétrole entre les jambes du cavalier, ainsi que la pile électrique servant à l’inflammation du mélange explosif. La Hitchcock Mfg C° de Cortland, Etat de New-York, présentait cette curiosité qui laisserait bien loin derrière elle toutes les bicyclettes à pétrole européennes.
- Une autre curiosité est la bicyclette de course sur piste présentée par la Black Mfg C°, d’Erié (Pa), dont la légèreté est invraisemblable, car son poids serait de huit livres quatorze onces, sok 4020 grammes, quatre kilogrammes !
- Notre confrère ajoute que c’est là un véritable tour de force, les bicyclettes de course américaines normales pesant quinze livres (6800 grammes). Ce dernier chiffre nous paraît peut-être au-dessous du poids réel.
- Parmi les accessoires, signalons une selle très curieuse et qui sera appréciée des bicyclistes pendant la saison chaude. Un fil d’acier présentant le contour de la selle sert d’appui à une surface réglée élastique dont les dilférentes directrices sont formées, comme le montre la figure ci-dessus, de ressorts en spirale qui lui donnent
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- la souplesse nécessaire, sans présenter les inconvénients du cuir. C’est la Climax Mfg C", de East Ilampton (Conn.), qui fabrique cette selle très intéressante, qui donne à la machine un aspect tout spécial.
- On voit,! Par ccs quelques exemples, que les curiosités ne faisaient pas défaut à Madison square ; souhaitons que nous ayons bientôt à apprécier leurs mérites.
- CHRONIQUE
- volcan duMontct. — On nous communique une note intéressante que vient de publier un journal de l’Aveyron, sur le phénomène qui se produit dans deux localités de ce département. Elle est due à un correspondant qui écrit de Cransac (Aveyron) : « Un des spectacles qui attirent le plus l’attention de l’étranger qui visite nos parages, c’est celui que présentent les montagnes brûlantes qui nous environnent. Celle du Montet qui, d’après des écrits de l’historien aveyronnais Monteils, brûlerait depuis plus d’un siècle, a l’aspect d’un véritable volcan. C’est un vaste cratère d’où s’élève, dans le jour, une intense fumée et d’où émergent, pendant la nuit, une multitude de flammes multicolores faisant l’effet d’un embrasement de la montagne. Activé par la bise âpre qui a soufflé pendant plusieurs jours, le feu, qui gagne peu à peu toute la montagne du Montet, a pris des proportions que tout le monde a remarquées. La lueur produite sous l’horizon, au milieu de l’obscurité profonde de la nuit, est celle d’un grand incendie. Car moments, la flamme s’élève à plusieurs mètres, faisant l'effet des éclairs pendant l’orage. 11 n’y a pas lieu, toutefois, de s’inquiéter de cela. Chaque fois qu’il a fait une période de froid très vif, on a vu le feu du Montet redoubler d’intensité. Détail à noter, c’est en vain qu’on a essayé d’enraver les progrès de cet incendie. Tout ce qu’on a fait pour étouffer le feu n’a servi qu’à activer le foyer en combustion. Ses progrès ^ont incessants ; ils vont toujours grandissant, et jamais on n’avait vu le feu aussi ardent qu’aujourd’hui. » Nous ajouterons que l’origine du feu provient de l’incendie déterminé depuis de longues années dans les mines de houille souterraines de Fontaines et de Montet. Le dictionnaire de France de Joannc en parle en quelques lignes au mot Cransac.
- Le nouveau filtre de Wilmington. — La municipalité de Wilmington, Delaware, aux États-Unis, vient de faire construire un filtre immense destiné à l’épuration des eaux de la Brandvwine qui alimentent la ville. L’usine de filtrage, qui couvre une surface d’environ dix ares, est divisée en cinq bâtiments en voûtes de pierre où sont rangées des auges en ciment de 4m,85 de large sur 37m,60 de long. Après avoir passé dans une série de cages métalliques contenant de la limaille de fer, l’eau traverse un lit de sable fin et de gravier, puis se rend dans un vaste puits parfaitement étanche d'où elle est pompée, après un repos suffisant, dans les réservoirs d’alimentation de la ville. Le nouveau filtre de Wilming-ton, dont la population industrielle de près de 80 000 âmes avait demandé depuis longtemps l’établissement, peut filtrer par jour jusqu’à 45 500000 litres, mais la consommation moyenne quotidienne ne dépasse pas 27 500 000 litres*. L’accroissement si rapide de la population permet de supposer que d’ici à quelques années l’usine de filtrage aura atteint son rendement maximum. Les impuretés accumulées dans la niasse sablonneuse sont enlevées par la force du courant même qu’on fait circuler en sens
- inverse, au moyen d’un simple changement dans le jeu des robinets d’admission. L’opération de purification se renouvelle deux fois par jour. X. W.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 mars 1895. — Présidence de M. Mareï.
- Une épidémie des langoustes. — Durant l’été dernier une épidémie a sévi sur les langoustes prisonnières dans les viviers de la côte de Bretagne. En raison des pertes considérables que cette maladie causait aux populations côtières, M. Félix Faure, alors ministre de la marine, prescrivit une enquête qui fut confiée à M. Bouvier et à M. Georges lloclier, inspecteur général des pêcheries. Ce sont les résultats de cette enquête qui sont aujourd’hui portés devant l’Académie. Les auteurs décrivent le processus de la maladie. Celle-ci débutait extérieurement sur les pattes par des crevasses œdémateuses qui envahissaient bientôt le ventre et la nageoire caudale. Une hémorragie survenait et l’animal mourait. Les auteurs ont non seulement étudié les symptômes de la maladie, mais ils ont relevé son caractère microbien. Elle serait due à des colonies de bactéries dont ils ont réussi à cultiver le bacille. Ils ont constaté que les langoustes des viviers étaient seules atteintes par la maladie. Le fait peut s’expliquer soit par l’entassement, soit par le manque de nourriture. Les langoustes adultes vivent sur des fonds rocheux de 25 à 80 mètres de profondeur où les pêcheurs les prennent dans des nasses ; ce sont des animaux sédentaires dont les larves, au contraire, sont pélagiques. Cette maladie, d’après les auteurs, aurait été sans répercussion sur l’hvgiène publique et serait étrangère aux accidents qui ont émotionné la population parisienne.
- Les substances fertilisantes de la vigne. — M. Delié-rain présente une étude d’ensemble de M. Müntz sur les exigences de la vigne dans les diverses régions de la France, c’est-à-dire sur les besoins de cette culture qui offre une si grande variété au point de vue des matières fertilisantes. Il ressort des nombreuses recherches de M. Müntz que les vignes du Midi, qui produisent souvent 200 à 500 hectolitres de vin par hectare, ne sont pas beaucoup plus exigeantes que celles des grands crus du Médoc ou de la Champagne, dont les rendements sont dix fois moindres. Pour produire un hectolitredc vin fm, la vigne exige en effet quatre à cinq fois plus d’azote, d’acide phosphorique et de potasse, que pour produire un hectolitre de vin commun du Midi. On voit aussi par les résultats de M. Müntz que l’azote est absorbé en grande quantité par la vigne, et que par suite, contrairement à des idées très répandues, les fumures azotées sont nécessaires. Ce qui est digne de remarque, c’est que dans les régions méridionales, c’est l’azote qui est l’élément principal de fertilisation, tandis que dans les régions plus septentrionales, c’est la potasse.
- Les températures de février. — La température moyenne du mois de février dernier, déduite des observations de l’observatoire météorologique du Parc Sainl-Maur, ne s’est élevée qu’à —4°, 21. Ce nombre est fort au-dessous de la température moyenne normale de février. M. Renou a dépouillé les archives du Bureau central météorologique dans le but de rechercher dans le passé des exemples d’une pareille chute thermométrique. Il n’en a trouvé qu’un seul, et encore lui a-t-il fallu remonter jusqu’à l’année 1740, pour laquelle les observations de Réaumur, rue Saint-Thomas-du-Louvre, donnent — 5?,
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- LA NATURE.
- température qui correspond très sensiblement à —4° sur l’emplacement du Parc Saint-Maur. La continuité du froid cette année a été particulièrement remarquable à Chàteaudun et à Vendôme. Les variations ont été du même ordre, avec un retard de trois jours entre le minimum de Vendôme et celui de Chàteaudun, retard dù à la différence d’altitude de ces deux villes, dont la première est à la cote 85 mètres et la seconde à la cote 145 mètres.
- Photographies panoramiques alpestres. — M. Vallot a appliqué la photo-jumelle construite par M. Carpentier à l’exécution de photographies panoramiques du massif du mont Blanc. Dans ce but la photo-jumelle a été montée sur un pied à trois branches, dont la tète était terminée par un disque de métal muni de crans équidistants qui recevaient les dents d’un autre disque fixé à l’appareil. Grâce à cette disposition, l’orientation méthodique de l’appareil était assurée et la représentation du tour d'horizon a pu être réalisée de façon que les épreuves successives formassent unelaande ininterrompue. La photo-jumelle utilise des plaques de 4 centimètres sur 6, mais les épreuves ont été agrandies considérablement. Elles présentent une netteté de détails des plus remarquables . Les plaques employées sont des plaques orlhochromatiq ues qui donnent la verdure et les glaciers; la durée de la pose a été de dix secondes. M. Mascart fait remarquer que les appareils et les plaques actuellement en usage, permettent d’atteindre un degré de finesse dans la reproduction des détails, qui dépasse de beaucoup la pénétration de l’œil ; d’où il résulte que l’agrandissement peut fort bien suppléer 'a l’emploi des grands appareils.
- La congélation de l'eau. — Le débat oral qui s’est élevé à l’Académie, lors de la présentation, parM. Bouquet de la Grye, du travail de M. Prompt, sur le phénomène de la congélation de l’eau, n’ayant pas fait ressortir exactement les vues de l’auteur, il convient de revenir sur ce sujet. M. Prompt n’aurait pas affirmé dans sa Note qu’on ne constate aucune dilatation, lors de la congélation de l’eau distillée privée d’air et recouverte d’une couche d’huile, lia seulement observé que dans ces conditions la dilatation est très faible, surtout si la congélation est lente. Elle le serait bien plus encore si l’eau était mathématiquement privée d'air ; mais cela n’est guère possible, et, dans toutes les expériences qu’on a faites, il est toujours resté de l’air dans l’eau employée. Celte difficulté d’expulser l’air ex-
- plique les grandes dilatations qu’on a observées et qu’on a attribuées à l’expansion de l’eau.
- Varia. — M. Angot présente un volume dans lequel il a étudié l’ensemble des données connues du phénomène des aurores polaires. — M. Guyou donne lecture d’une Notice dans laquelle il retrace la carrière et les travaux de l’amiral Paris. Ch. de Villedeuil.
- HALO LUNAIRE
- DU 9 FÉVRIER 1193
- M. le docteur Mauuoury, de Chartres, a bien voulu nous envoyer le curieux dessin d’un halo lunaire, exécuté à Chartres, par M. E. Vaillant, architecte
- du département d’Eure-et-Loir.
- Ce dessin, qui est fait avec beaucoup d’exactitude, nous donne l’aspect d’un phénomène bien connu des météorologistes, mais qu’il est toujours utile d’enregistrer.
- « Un peu avant 9 heures du soir, nous écrit M. Vaillant, la Lune, qui était dans son plein, brillait au centre d’un disque lumineux délimité par un premier cercle orange, entouré de cercles rouge foncé, bleu très foncé, vert, jaune, orange, rouge et violet. Vers la gauche un quinconce des mieux tracés, de petits nuages d’un blanc brillant; sur la droite une série de nuages sous formes de bandes blanches bien droites et très parallèles. A 9 heures, le quinconce de nuages blancs se rapprochait du disque lunaire et le couvrait, tandis que l’arc-en-ciel s’agrandissait en perdant petit à petit de son éclat pour se fondre ensuite avec le ciel. A 9MO on ne voyait plus que la Lune au centre d’un cercle de lumière. »
- Cette intéressante observation complétera les nombreuses notices qui ont été publiées dans La Nature et auxquelles les lecteurs pourront se reporter. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.ndilu
- Halo lunaire observé à Chartres le 9 février 1893. (Dessiné d’après nature par M. Vaillant.)
- Paris. — Imprimerie La ut ut, rue de Fleurus, 9.
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- 16 MARS 1895.
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- LE SOUDAGE DES RAILS PAR COULAGE
- Appareil pour le soudage des rails par roulage. — 1. Vue d'ensemble de la fonderie sur roue et du ventilateur. 2. Détails de la coulée. — 5. Vue du joint après coulage.
- qualités spéciales de solidité, de continuité et de conductibilité électrique que ce procédé donne aux voies ainsi établies.
- Mais le soudage électrique des rails est une opération délicate, qui met en jeu un matériel impor-
- 1 Yoy. n° 1071, du 9 décembre 1895, p. 22. î}« année. — 1" semestre.
- tant et suppose l’installation du trolley complètement terminée, au préalable, ainsi que l’usine électrique pour pouvoir fournir aux appareils la puissance électrique nécessaire à l’opération.
- La Falk Manufacturing Company, de Mihvankee, a cherché à rendre le soudage des rails plus simple, plus direct et plus économique, et a créé dans ce
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- LA NATURE.
- but les procédés et, le matériel actuellement expérimentés sur une ligne de Saint-Louis, et que nous allons décrire d’après le Street Railway Gazette, un important organe mensuel américain spécialement consacré aux questions de tramways. Le procédé appliqué par cette compagnie consiste à couler autour des joints de deux rails mis bout à bout, dans un moule fortement chauffé, une masse de fer fondu dont la plus grande partie vient se loger sous la semelle des rails et produit, au dire des inventeurs, un joint excellent entre le fer coulé et les rails en acier que cette masse entoure.
- Le fer fondu est versé dans les moules à l’aide d’une poche, comme dans les moulages ordinaires, et l’union obtenue est si intime que des cassures faites dans les joints montrent des jonctions aussi parfaites que celles obtenues par les meilleures soudures électriques.
- Examinons successivement les différentes phases de cette industrie.
- La première opération préliminaire consiste à dégager les rails dans la partie à souder pendant que les moules, en fonte ordinaire, sont chauffés de façon à n’ètre mis en place qu'une fois amenés à la température du rouge sombre.
- Ces moules sont enduits intérieurement d’une composition, formée de graphite et d’un liant approprié, appliquée simplement au pinceau. Cette opération, qui doit se faire une fois environ par vingt joints coulés, dure à peine une demi-minute. Avant de mettre les moules en place, les rails, préalablement dégagés, sont soigneusement nettoyés à leurs extrémités, et s’ils ne sont pas parfaitement jointifs, on a soin de glisser dans le vide une fourrure de même profil que les rails eux-mêmes et d’une épaisseur égale au vide ménagé pendant la pose. Les moules sont alors mis en place et le métal -coulé autour des rails. La fonte spéciale est obtenue à l’aide d’une véritable fonderie montée sur un chariot, et le premier type construit, qui pèse 5 tonnes, peut produire 70 joints par jour ; mais des types plus puissants sont actuellement en construction. Le cubilot est monté sur des balanciers qui le maintiennent vertical, malgré les accidents de la route, et l’air y est soufflé à l’aide d’un petit moteur à vapeur actionnant un ventilateur. Par sa construction même, le moteur règle automatiquement son alimentation d’eau et de combustible, qui est du pétrole, dont l’arrivée aux brûleurs est commandée par la pression de la vapeur.
- L’air souillé par le ventilateur arrive au cubilot par un tuyau llexible, afin de lui permettre de se mouvoir sur ses pivots. Le réservoir d’eau alimentant la chaudière du moteur à vapeur est placé sous la chaudière elle-même.
- Les moules portent des trous dans lesquels passent des boulons qui permettent de les fixer solidement aux rails à souder. Le serrage des deux parties du moule est encore assuré à Laide de serre-joints qui appuient fortement les parties supérieures
- des coquilles contre les rails. Les formes de ces moules sont étudiées pour qu’après serrage les deux rails soient maintenus bien en place et dans le prolongement exact l’un de l’autre. Les vides entre les rails et le moule sont bouchés à l’aide de sable et d’argile. Une plaque de fer est appliquée sur la table de roulement des rails, au moment où l’on coule le joint : le but de cette plaque est de refroidir la fonte qui pourrait déborder au moment de la coulée, et de l’empêcher de se coller contre ou sur cette table de roulement qui doit toujours rester lisse et unie. La mise en place des moules prend à peine deux minutes, mais on les laisse en place un temps assez long avant la coulée pour que les extrémités des rails à souder se chauffent suffisamment par conductibilité.
- Les joints sont soudés non pas les uns après les autres, mais dans un ordre méthodique étudié pour éviter autant que possible les efforts de traction et de compression occasionnés par la dilatation auxquels les rails sont soumis, eu égard aux températures élevées que prennent leurs extrémités pendant l’opération et à la propagation de la chaleur par conductibilité sur une grande partie de leur longueur. Chaque joint du rail emploie, à Saint-Louis, 55 kilogrammes de métal et son prix de revient est d’environ 15 francs.
- Le joint se fait surtout à la base du rail, près de la semelle, et n’intéresse que les deux tiers environ de la hauteur du rail, de telle sorte qu’un point défectueux laisse la table de roulement absolument intacte. L’intimité de la soudure dépend de la conduite de l’opération, et l’on peut même, en chauffant insuffisamment les rails et le métal coulé, ne faire qu’un simple joint d'expansion au lieu d’une véritable soudure.
- Bien que ce procédé n’ait pas été employé sur une assez grande échelle ni pendant un temps assez long pour que l’on puisse se faire une idée exacte de sa valeur industrielle, il est actuellement examiné avec le plus grand intérêt par les constructeurs de lignes de tramways d’une importance insuflisante pour que l’on puisse y appliquer le procédé de soudage électrique, dont le prix d’établissement et celui d’entretien seraient beaucoup plus élevés.
- Nous imiterons la réserve de notre confrère américain en ce qui concerne la valeur pratique du système que nous venonfe de décrire. Nous n’en voulons retenir qu'un point, c’est que le soudage des rails, tant critiqué il y a deux ans à peine, n’est même plus mis eu question et ne fait plus doute pour personne. Le tout est de saxoir de quelle manière les rails seront soudés, mais c’est là une question trop difficile à apprécier, pour pouvoir se prononcer avant d’entendre la voix infaillible de l’expérience.
- Pour compléter notre description, nous publions une gravure (voy. page précédente) qui comprend trois dessins dont la légende donne l’explication. E. 11.
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- UE LIQUÉFACTION ET DE SOLIDIFICATION
- Nos lecteurs ont suivi, avec intérêt, sans doute, les magnifiques recherches du professeur Dewar sur les gaz liquéfiés. L’ensemble des travaux de l’éminent physicien lui ayant valu une haute récompense de la Société royale de Londres, le professeur Olzewski, de Cracovie, pensa devoir réclamer en faveur de ses propres recherches, qui, dans son opinion, auraient dû lui attirer la distinction accordée au professeur Dewar. Nous ne voulons qu’enregistrer ici un heureux résultat du litige; le professeur Olzewski vient de publier, dans le Philosophical magazine, de Londres, un résumé complet de ses très beaux travaux, dont les résultats se trouvaient éparpillés dans diverses revues, et particulièrement dans un recueil peu accessible, le Bulletin international de l’Académie des sciences de Cracovie.
- i SUBSTANCES TEMPÉRATURE CRITIQUE PRESSION CRITIQUE (atmosphères) TEMPÉRATURE d’eiiullitiox TEMPÉRATURE DE SOLIDIFICATION
- Hydrogène <—220° 20 » »
- \ziii'. — 146° o'i — 194°, 4 — 214°
- Oxygène - 118°.8 50,8 —181°,4 »
- Argon — 121° 50, Ô — 187° — 189°, 6
- Ozone » » —100° î)
- Air — MO" 59 —191°,4 »
- Oxyde de carbone . . . — 159°, 5 55,5 —190° — 207°
- Peroxyde d’azote. . . . — 95°,5 71,2 -155°, 6 — 107°
- Méthane — 81°,8 54,9 — 16i° — 185°,8
- Éthuiic + 5t° 50,2 - 95° »
- Propane 4- 97° 44 — 45° «
- Éthylène •H- 10° 51,7 -102°,5 —109°
- Chlore )) )> )) —102°
- Acide chlorhydrique . . )) )) » — 116°
- Acide fluorhydrique . , » )) )> — 92°,5
- Hydrogène phosphore. . » )) — 85° —135°
- Tétrafluorure de silicium )) » )) -102°
- Sulfure de carbone. . . » » » — 110°
- Alcool éthylique .... )) )) )) — 130°
- Tableau de quelques Icmpérnlurrs de liquéfaction et de solidification.
- Les premières recherches de M. Olzewski ont été entreprises sous la direction du regretté Wroblewski, qui fut emporté'plus tard par un vulgaire accident de laboratoire, en pleine activité scientifique. Une partie des résultats que rappelle JL Olzew ski appartiennent donc aussi à Wroblewski.
- Ap rès que les deux savants polonais se furent séparés, pour travailler chacun de leur côté dans le même domaine, ils employèrent des procédés de mesure un peu différents; leurs résultats présentèrent ainsi quelques divergences, surtout dans les températures les plus basses. Wroblewski suspectait, en effet, le thermomèlre à hydrogène, et Lavait remplacé par d’autres instruments, dont il n’avait pas suffisamment contrôlé les indications. M. Olzewski s’est, au contraire, tenu au thermomètre à hydrogène, après avoir démontré que ses indications sont probablement exactes encore au-dessous de — 200°. Des considérations d’un autre ordre ont confirmé les vues de M. Olzewski, de telle sorte que l’on peut adopter ses températures comme ne contenant probablement aucune erreur systématique. Bien entendu, dans les points les plus bas de l’échelle, le dixième de degré n’est donné que comme indication.
- Nous extrayons, du résumé de M. Olzewski, et de quelques-uns de ses anciens travaux, le tableau ci-contre des températures les plus importantes qu’il ait déterminées, seul ou avec M. Wroblewski. L’indication de la pression critique de l’hydrogène pourrait faire croire que ce corps a été observé à l’état liquide; tel n’est pas le cas. C’est par un ingénieux procédé indirect que M. Olzewski est parvenu à déterminer cette pression, en pratiquant, à l’exemple de M. Cailletct, la détente du gaz, d’abord fortement comprimé, et amené à la température de — 220°. Bien qu’aucun ménisque ne fût visible, JL Olzewski pensa pouvoir conclure, de certains phénomènes, qu’à cette pression de 20 atmosphères, et à une température inconnue, l’hydrogène était en ébullition.
- A — 151°, l’éthane et le propane sont encore liquides.
- Les densités suivantes des gaz liquéfiés ont été déterminées par l’auteur :
- Azote............................0,885
- Oxygène..........................1,124
- Méthane..........................0,415
- L’oxygène liquéfié est bleuâtre; l’ozone est d’un bleu foncé, comme l’ont déjà montré MM. Chappuis et Haute-feuille. Le chlore est d’un jaune orangé; tous les autres liquides mentionnés sont incolores.
- C.-E. G.
- --O-"y” O——
- LA PYRAMIDE DE NEIGE
- CONSTRUITE A- TARIS TENDANT l’iüVER DE 1784.
- L’hiver qui vient de sévir sur l’Europe entière et sur les Etats-Unis d’Amérique comptera parmi les plus rigoureux et désormais l’année 1895 aura sa place à la suite de celles qui désolèrent la France depuis deux cents ans.
- Nous rappellerons les dates des hivers du siècle dernier. En 1709, l’hiver fut terrible ; la Manche et la Méditerranée sont gelées. -25° à Paris. Les cloches cassent au moindre choc. — 1784. Soixante-neuf jours de froid à Paris avec - 19°. La Seine est prise pendant deux mois. — 1788. -22°5 à Paris. -10° à Marseille. Sur la Manche flottent des glaçons. — 1795. La plus basse température observée à Paris depuis l’apparition du thermomètre -25°5. Quarante-deux jours de gelée continue. Capture de la flotte hollandaise par les hussards de la République.
- Le souvenir de l’hiver de 1784 a été perpétué dans un petit volume excessivement rare1 intitulé: « La Pyramide de neige, almanach nouveau pour l'année MDCCLXXW1, enrichi de figures en taille-douce, contenant la description du monument élevé pendant l’hiver de 1784, en l’honneur de Louis XVI, avec toutes les pièces tant latines que françaises attachées à celte pyramide; précédées d’un extrait du discours de M. le recteur de l’Université de Paris, prononcé le 19 mars de la même année à l’occasion de cette pyramide et suivies d’un recueil de chansons pastorales :
- Factus homo Princeps,
- « Se trouve à Paris, chez Maillet, imprimeur en taille-douce ordinaire de la Ville, rue Saint-Jacques, n° 45. IIep.ou2, doreur, même rue n° 21. »
- A la page 2, on peut lire l’avertissement suivant : « Nous
- 1 II n’en est connu juspt’à présent que deux exemplaires celui du baron Pichon, daté de 1785, et celui décrit dans cette notice, daté de 1780. (Collection de l’auteur.)
- 2 Le narti véritable est Héros. -
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- LA NATURE.
- avons trouvé intéressant de mettre en mémoire un monument fort singulier et qui a le mérite de l’à-propos. Des particuliers habitants de la rue du Coq S. Honoré, à Paris, se sont occupés à élever une Pyramide de neige, en mémoire des rigueurs de cet hiver, qui ont fait con-noître à la Nation la bonté du cœur de ses souverains.
- « Cette Pyramide était supportée par une base quarrée de cinq à six pieds de haut, sur environ douze pieds de face; elle s’élevoit à douze ou quinze pieds et étoit terminée par un globe. Quatre bornes sur chacun des angles de la base accompagnoient fort bien cet Obélisque et lui don-noient un aspect qui ne manquait pas d’élégance.
- « Mais ce qui paraîtra le plus intéressant, c’est que cet Obélisque était chargé de différentes inscriptions en prose latine et en vers français, qui expriment parfaitement les sentiments du peuple, et dont les défauts memes doivent certainement piquer davantage les lecteurs que la touche légère d’un académicien. Aussi, dans la ferme opinion où nous sommes que c’eût été les gâter que de les purger de leurs fautes, nous nous faisons un plaisir de les présenter au public dans leur propre nature, c’est-à-dire conformes aux originaux que nous avons entre les
- Pyramide vue de laitue St Honoré
- Fi
- 1 et 2. — Fac-similé de deux gravur
- almanach de 1786.
- A Louis XVI versant ses bienfaits sur les malheureux soulfranl des rigueurs de l’hiver.
- Ce trop passager monument Est l'autel du sentiment,
- Bientôt il doit disparaître;
- Mais les vertus qui l’ont fait naître, Mériteront toujours l’encens De tous les cœurs, de fous les lems.
- mains. »
- Nous reproduisons ci-contre deux de ces inscriptions.
- L’almanach, comme l’afmonce le titre, est enrichi de douze figures en taille-douce, dont cinq présentent un grand intérêt. Ce sont celles qui sont relatives à la Pyramide et au premier voyage aérien de M. Pilâtre de Rozier.
- Nous publions en fac-similé au-dessus des inscriptions, deux de ces gravures relatives à la Pyramide de neige.
- La première estampe (fig. 1) représente la Pyramide de neige vue de la rue Saint-Honoré au Louvre. Plusieurs gén ies, qui, à l’envil’un de l’autre, posent des inscriptions, représentent l’enthousiasme universel occasionné par la bienfaisance du roi envers son peuple. Le vieillard qui se chauffe au bas de la Pyramide et qu’un génie découvre,
- 1 Traduction : Pour la P ni a mut de Neige, Monument fragile d’éternelle mémoire, en attendant qu’il dégèle. L’ouvrage périra, mais la cause subsistera toujours.
- représente l’hiver. La seconde estampe (fig. 2) montre la même Pyramide vue du Louvre à la rue Saint-Honoré. Les passants qui l’entourent désignent le peuple contemplant les bontés du roi et de la reine.
- La troisième, que nous ne reproduisons pas, est une allégorie aux malheurs occasionnés par les rigueurs de cet hiver. On voit une femme expirante, ayant deux enfants dans ses bras ; le père est prêt à succomber de froid et de faim. La Mort, que l’on voit s’éloigner avec le regret de n’avoir pu trancher les jours de ces malheureux, court après d’autres victimes prêtes à essuyer le même sort,
- lorsque le roi et la reine, représentés par le génie de la France tenant une corne d’abondance, symbole du monarque bienfaisant, s’opposent à ses rigueurs. Dans le lointain, on voit un pont qui s’écroule et des villages emportés par les débordements des rivières, arrivés dans les mois de février et de mars 1784.
- La quatrième estampe représente M. le Noir distribuant des secours aux malheureux.
- Avec la légende : L’iNTuÉriDK Messa-g et , la dernière gravure nous montre le premier voyage aérien deM. Pilatre de Rozier, en présence de Mgr le Dauphin et de plusieurs seigneurs, et sa descente à la Butte-aux-Cailles à deux toises de la remise entre le Moulin Sans-Pareil et celui de Bellevue, près l’ancien chemin d’Orléans, derrière la Tombisoire, le 19 octobre 1785.
- Pyramide vue cluLouvrc.
- es publiées dans La Pyramide de neige,
- A LA NATION
- Chez le Français l’exemple de son Roi Est un devoir, une suprême loi ;
- Tout citoyen sensible accueille l’infortune Le malheur n’a plus rien dont l’aspect importune ; Chacun, comme à l’envi, dans ce tems de revers, Offre à l’adversité des asyles ouverts.
- L’un souscrit, l’autre donne, on oblige en silence, Le pauvre est dispensé de la reconnaissance.
- Et près de l’orphelin le faible octogénaire Va dans des jours de paix terminer sa carrière. Ad Niveam Pïramibem,
- Æternæ mémorisé fragile monumentum, dum regelatur.
- Effectus perçât, sua nusquam causa peribit1.
- Quelle fête et quel hommage Faits à ce mortel heureux,
- Au retour de son voyage Si noble et victorieux !
- On l’admire, on le contemple Comme une divinité,
- Sitôt l’on prépare un temple A son intrépidité.
- Ce fut sur la Butte-aux-Cailles Qu'il eut ces premiershonneurs ; Mais à la cour de Versailles En eut-il de moins flatteurs? Là, ce mortel intrépide,
- De nouveau plus glorieux, S’élève et parcourt le vuide Jusqu’à l’empire des dieux.
- Cette figure finement gravée par Maillet, bien que rappelant un événement antérieur à l’hiver de 1784, étranger, par conséquent, au sujet de cette notice, a cependant assez d’intérêt pour que nous ayions cru devoir en parler à nos lecteurs. V‘* de Savigny de Moncorps.
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- MÉTALLISATION DE L’ALUMINIUM
- Bien des procédés ont été donnés pour cuivrer, argenter, dorer et même étamer l’aluminium. Tous présentent des difficultés et ne réussissent pas toujours; de plus le résultat obtenu est assez imparfait. La Nature en a parlé à plusieurs reprises; nous prions le lecteur de s’y reporter.
- Aujourd’hui, nous allons signaler à nos lecteurs des modes d’opérations très simples, à la portée de tous les industriels et des amateurs.
- On nous permettra, avant de décrire ces procédés, de poser quelques principes.
- Un morceau d’aluminium étant plongé dans une solution aqueuse ou alcoolique d’un sel métallique ne réagissant pas sur ce métal, si l’on vient à le frotter avec un métal formant, avec l’aluminium et le sel métallique, un couple voltaïque, il y a dépôt du métal du sel métallique sur l’aluminium. Le dépôtest d’autant plus abondant que le métal employé comme intermédiaire rendra l’aluminium plus électro-négatif.
- Ce principe est très facile à comprendre. Prenons un exemple. Désire-t-on déposer une mince couche de cuivre sur un objet en aluminium bien décapé? On plongera cet objet dans une solution de sulfate de cuivre et on le frottera avec une feuille d’étain. Préfère-t-on une couche d’étain? L’opération n’est pas plus difficile. On plonge l’objet dans une solution d’un sel stannique et on le frotte avec du laiton.
- Le dépôt du métal désiré une fois obtenu, on peut l’augmenter en plongeant la pièce dans une solution d’un sel de ce métal. On peut même aller plus loin. En plongeant l’objet ainsi recouvert d’un premier métal dans une solution d’un sel métallique d’un autre métal, et en frottant avec un métal électropositif par rapport à celui déposé en premier lieu, on obtient le dépôt adhérent du métal du sel.
- On peut facilement se rendre compte des nombreuses applications qui peuvent résulter de ces faits.
- La première application importante est le cuivrage de l’aluminium. Pour cela, la pièce est plongée dans une solution de sulfate de, cuivre ammoniacal, et frottée avec une brosse métallique en fils d’étain,
- ou mieux en fils de fer ou de laiton fortement éta-més. On peut, plus simplement, et comme le représente la figure ci-dessous, mettre la solution cuivrique dans un baquet et la faire couler, au fur et à mesure des besoins, sur la brosse métallique circulaire, en lils étamés, avec laquelle on frotte les pièces à cuivrer. Le dépôt se fait bien régulièrement et en une couche légère et assez homogène.
- A défaut de brosse métallique, on peut opérer autrement, mais le résultat n’est pas aussi bon. 11 suffit de faire couler une solution de sulfate de cuivre sur une brosse quelconque, sur laquelle on projette de la craie en poudre très fine. En présentant l’objet à cuivrer à l’action de cette brosse, le cuivre se dépose à sa surface.
- L’aluminium cuivré peut être recouvert d’un métal quelconque, tel que nickel, argent, or, fer, par la méthode électrolytique bien connue.
- Pour étamer l’aluminium, on opère exactement de la même façon; la solution cuivrique est remplacée par une solution moyennement concentrée de chlorostannate d’ammoniaque et la brosse étamée par une simple brosse en fils de laiton. La brosse doit être en laiton et non en cuivre, car, avec ce dernier métal, l’étain se déposerait sur les fils de la brosse et non sur l’objet à recouvrir. Ajoutons qu’en brossant un objet d’aluminium ordinaire avec une brosse non métallique, arrosée de solution d’étain et de craie en poudre, il ne se dépose pas d’étain sur l’objet, contrairement à ce qui se passe avec les solutions cuivriques, comme nous l’avons mentionné plus haut.
- On sait que l’iridium est un des métaux les plus durs et des moins oxydables. On l’emploie pour rendre les pointes des plumes d’acier inoxydables, en recouvrant leur extrémité d’une mince couche de ce métal. Le seul défaut de l’aluminium dans ses nombreuses applications est son altérabilité dans certains milieux. On a immédiatement proposé de. le protéger par un mince voile d’iridium. Toutes les tentatives faites dans ce sens ont été vaines. Yoici le procédé que nous recommandons et qui nous a donné de très bons résultats. L’aluminium est recouvert de cuivre par le procédé indiqué plus haut. On le plonge ensuite dans un bain électrolytique composé d’une solution de sulfate double d’ammoniaque
- Métallisation de l’aluminium.
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- et d’iridium, ou mieux de chloro-iridate d’ammoniaque. On se sert comme anode d’une plaque de charbon sur laquelle on met un petit récipient percé, dans lequel on introduit de l’hydrate d’oxyde d’iridium pour saturer au fur et à mesure le bain.
- Voici encore deux procédés pour argenter ou dorer l’aluminium. Ils pourront être mis à profit dans quelques circonstances.
- L’objet est recouvert d’une couche du liquide suivant : 1 litre d’eau, 50 grammes de glycérine, 25 grammes de cyanure de zinc, 25 grammes d’io-dure de zinc. Après une heure de contact, l’objet est fortement chauffé au rouge (400°). On le laisse refroidir, on le lave à l’eau avec une brosse dure, on le porte ensuite au bain d’argenture ou de dorure galvanique.
- L’autre procédé est identique, mais la composition du liquide est la suivante : 100 grammes d’alcool, 100 grammes d’essence de lavande, 10 grammes de cyanure de mercure, 19 grammes de cyanure d’argent. A.-M. Villon.
- LES INSECTES FOSSILES
- de l’époque carbonifère
- Il y a soixante-deux ans, on se figurait encore que les insectes n’avaient apparu sur la terre qu’à une date géologique relativement récente; on n’en avait trouvé des empreintes que dans les couches des terrains tertiaires et secondaires, et ces découvertes faites en Europe permettaient de considérer ces insectes comme analogues à ceux de la nature actuelle. On constatait seulement qu’ils ne ressemblaient pas à ceux qui existent eh Europe de nos jours et qu’ils se rapproebaientidavantage des espèces vivant dans les régidns chaudes du globe, venant ainsi confirmer les données fournies par l’étude des végétaux fossiles.
- En 1855 une découverte vint modifier les idées admises; l’empreinte d’une ailé d’insecte fut trouvée dans un nodule de minerai de fer du terrain houiller de Côalbrook Dale, et Victor Audouin la montra à l’Association des naturalistes allemands qui tenait alors session à Bonn. Cet insecte, considéré d’abord comme un névroptère du genre Corydalis, fut placé plus tard parmi les orthoptères sous le nom de Gryl-lacris Brongniarti. Un savant naturaliste américain, Mr. S. H. Scu Ider, créa dans la suite pour cette empreinte le genre IJthosialis, mais depuis nous croyons avoir pu montrer qu’il fallait le faire rentrer dans le genre Lithomantis créé déjà par M. le JDr IL Woodward, et le regarder comme un insecte voisin de nos Éphémères.
- En 1859, Brullé publia une thèse intéressante « Sur les secours que l’étude des insectes fossiles pouvait fournir à la géologie ». Il considérait les insectes fossiles comme presque identiques à ceux de notre époque.
- En 1842, c’esî-à-dire neuf années après la décou-
- verte faite en Angleterre, Germar décrivit quatre Orthoptères delà famille des Blattes provenant du carbonifère. Onze ans plus tard Goldenberg fit connaître quelques empreintes trouvées dans le houiller de Sarrebriick. Vinrent ensuite des travaux de Osvvald Heer en 1864, de Dohrn en 1865, de Cœmans et van Beneden en 1867. Comme on le voit les découvertes étaient rares, mais cependant elles prouvaient avec certitude que les insectes existaient dès l’époque carbonifère et appartenaient à des groupes assez variés. A partir de 1868, les travaux sur ce sujet intéressant se multiplièrent et d’importants mémoires furent publiés par Scudder, Goldenberg, Preudhomme de Borre, Geinitz et Woodward.
- Jusque-là aucune empreinte n’avait été trouvée dans les bassins houillers de la France.
- Cependant, en 1878, M. Fayol, alors ingénieur des mines de Commentry (Allier), depuis Directeur général de la Société anonyme Commentry-Four-chambault, m’envoya une magnifique empreinte que je décrivis sous le nom de Protophasma Dumasii, rapprochant cet insecte des Phasmes de notre époque.
- Cette découverte en provoqua d’autres qui permirent de connaître avec plus de détails et de précision la fauhé entomologique deces anciens temps,, et en 1885 Scudder en Amérique, et moi en France, nous publiâmes deux mémoires sur l’ensemble de nos connaissances. Tandis que Scudder résumait les découvertes faites jusqu’à cette époque et décrivait de nouvelles formes trouvées en Amérique, je faisais paraître un prodrome de mes études sur Commentry, indiquant d’une façon sommaire les types nouveaux et établissant une classification provisoire.
- Scudder, dans son travail, décrit nombre d’espèces représentées seulement par des empreintes souvent mal conservées. On doit être très reconnaissant à cet infatigable et savant naturaliste de nous avoir fait connaître les matériaux dont il disposait et d’en avoir tiré un si bon parti.
- Au contraire, les échantillons de Commentry, généralement dans un état de conservation remarquable, me permirent de mieux juger des affinités de ces insectes. Leur étude a été longue et difficile, mais j’ai pu la mener à bonne fin et la publier l’année dernière sous le titre de : Recherches pour servir à l'Histoire des insectes fossiles des temps primaires, précédées d'une Étude sur la nervation des ailes des insectes. La Société de l’Industrie minérale de Saint-Étienne fit les frais de cette publication, qui se compose d’un volume de texte orné de figures et d’un atlas de 57 planches in-folio représentant la nervation des insectes vivants et les insectes fossiles de Commentry dessinés par moi-même.
- Nous résumerons donc ici ce travail en donnant la représentation de quelques insectes fossiles. J’ai examiné et comparé près de mille cinq cents échantillons à l’aide desquels il m’est maintenant possible d’établir les caractères des insectes contemporains des végétaux qui ont formé la bouille. Nous avons la preuve que, dès la période cnrbo-
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- nifère, les insectes étaient nombreux en espèces et appartenaient au moins à quatre ordres : les Névro-ptères, les Orthoptères, les Thysanoures et les llomo-ptères. Scuddcr avait voulu établir des ordres parallèles aux ordres créés pour les insectes vivants, mais nous estimons que cela n’est pas nécessaire et serait même de nature à rendre plus obscure la classification. Cependant les insectes de la période carbonifère ne peuvent rentrer dans aucune famille actuelle, bien que présentant souvent des rapports étroits avec plusieurs d’entre elles.
- On a décrit à diverses reprises des Goléoptères; mais toujours on a reconnu que les prétendus Coléoptères étaient ou bien des Arachnides, ou bien des empreintes de graines fossiles.
- Nous examinerons d’abord les Névroptères. Que sont les Névroptères qui vivent de nos jours? Sous ce rapport les auteurs ne sont pas tous du même avis. Les uns considèrent comme tels des insectes à métamorphoses complètes, c’est-à-dire dont la larve ne ressemble pas à l’adulte et passe par un état de nymphe inactive avant d’arriver à l’état adulte; les Siales, les Rhaphidies, les Fourmilions, les Panorpes, les Phryganes sont dans ce cas. Chacun connaît les Fourmilions pour avoir vu les entonnoirs que disposent leurs larves dans le sable fin. Ces larves sont globuleuses et ont une tête armée de puissantes mandibules. Au fond de l’entonnoir qu’elles ont construit elles attendent patiemment, les mandibules prêtes à saisir, la proie qui se laissera choir. A un moment donné elles construisent, dans l’endroit où elles ont vécu, une sorte de cocon sphérique, puis quittent leur peau pour revêtir une forme de nymphe, de chrysalide inactive, d’où sortira un insecte à ailes délicates, à fine réticulation et qui ressemble vaguement à une Libellule.
- Considérons la Phrygane, autre Névroptère. Celle-ci a une larve aquatique, sorte de gros cylindre blanc, mou, qui, pour échapper à la dent des insectes ou des poissons, construit autour d’elle un étui formé de brindilles de bois, de morceaux de feuilles, de petits cailloux ou même de délicates petites coquilles. L’insecte parfait ressemble à certains Lépidoptères ; les ailes sont recouvertes de poils ou d’écailles; les pattes et surtout les pièces buccales ont d’intimes ressemblances avec celles des Teignes en particulier.
- D’autres insectes sont éloignés des premiers par ces mêmes auteurs, qui les désignent sous le nom de Pseudo-Névroptères. Ceux-là ont des métamorphoses incomplètes, c'est-à-dire que la larve, au sortir de l’œuf, ressemble plus ou moins à ses parents et parvient à l’état adulte après une série de mues sans passer par l’état de nymphe inactive. Les Termites, les Perfides, les Éphémères, les Libellules rentrent dans ce cas. Pour ces mêmes auteurs, les Pseudo-Névroptères sont plus voisins des Orthoptères que des Névroptères vrais, ou, en d’autres termes, les Libellules, les Éphémères, les Perles,
- les Termites, ressemblent plus aux Sauterelles, aux Criquets, aux Rlattcs, aux Mantes, aux Phasmes, qu’aux Siales, aux Fourmilions, aux Phryganes, etc.
- Nous ne partageons pas cet avis en tous points et nous voulons voir, dans les Névroptères vrais, des insectes dérivés des Pseudo-Névroptères, que nous appellerons de préférence des Névroptères pseudo-orthoptères. Les Névroptères vrais n’existaient pas à l’époque houillère et seuls .les Névroptères pseudo-orthoptères étaient représentés par des formes très nombreuses et souvent de taille gigantesque, puisque plusieurs ne mesuraient pas moins de 70 centimètres d’envergure!
- J’ai reconnu plusieurs familles qui se rapprochent des Éphémérides, des Odonates ou Libellules, et des Perfides, sans toutefois qu’il soit possible de les identifier avec ces dernières; tous les genres qui rentrent dans ces familles sont complètement éteints et n’ont été rencontrés jusqu’ici ni dans les terrains secondaires, ni dans les terrains tertiaires. J’ai donc été obligé de former de toutes pièces une classification complète et la chose était d’autant plus difficile que les empreintes ne présentaient pas toutes les parties caractéristiques des insectes.
- Il a fallu, pour établir toutes ces classifications, se livrer à une étude approfondie de la nervation des insectes vivants; car, la plupart du temps, seules les ailes étaient conservées à l'état d’empreintes et l’on sait que les classifications des insectes actuels sont basées en partie sur la disposition des ailes et de leur nervation. Il a fallu aussi créer des noms de familles, de genres, et ces noms tirés de mots grecs représentent souvent les caractères des insectes.
- Nous verrons d’abord le groupe d’insectes qui se rapprochent le plus des Éphémères actuelles.
- Qui ne connaît les Éphémères? ces charmants et délicats insectes aux ailes transparentes, aux longs filets abdominaux, que l’on voit, en été, voltiger au-dessus de l’eau, en masses souvent considérables. Ils ont généralement deux paires d’ailes, dont l’une, antérieure, est bien développée et dont la seconde est très réduite, ou même peut manquer. Ces insectes sont de petite taille et ne dépassent guère 5 centimètres d’envergure. Leurs larves sont aquatiques et ont une existence beaucoup plus longue que celle des adultes, qui ne vivent qu’un jour, dit-on.
- Les insectes de l’époque houillère qui se rapprochent un peu de ce type des Éphémères sont infiniment plus grands. Ce n’est pas 5 centimètres d’envergure qu’ils peuvent atteindre, mais bien 6, JO, 15, 20, 50, 50 centimètres d’envergure! Nous verrons plus tard que ce ne sont pas encore les plus grands insectes de cette époque.
- J’ai réuni sous le nom de Mégase'copte'rides (ce qui veut dire ailes à grandes cellules), des insectes d’assez grande taille, à corps allongé, ayant les trois segments thoraciques distincts, offrant, sur les côtés du prothorax, des lames terminées en pointes et présentant une nervure longitudinale. La tête est assez
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- grosse, pourvue d’yeux saillants, arrondis ou allongés. L’abdomen est cylindrique et généralement terminé par deux longs fdets velus et multiarticulés analogues à ceux des Éphémères, et possède quel-quetois, sur les côtés des anneaux, des lames où se
- distribuent des trachées et qui peuvent être regardées comme des branchies trachéennes. Les pattes sont de longueur moyenne.
- Je viens de parler de branchies trachéennes ; il est assurément nécessaire d’expliquer cette expression?
- Fig. 1. — Misckoptern nigra de grandeur naturelle. (D’après une photographie de l’échantillon.)
- Les insectes respirent au moyen de trachées, tubes particuliers qui se distribuent dans tout le corps et qui débouchent au dehors par des ouvertures nommées stigmates. Les insectes aquatiques tels que les larves d’Éphémères, par exemple, n’ont pas de stigmates, mais des lames ou des houppes sur les côtés de l’abdomen, dans lesquelles se ramifient des trachées, et c’est l’air tenu en dissolution dans l’eau qui pénètre dans les trachées en passant à travers la membrane des lames ou des houppes.
- Reprenons la description de nos Mégasécoptérides.
- Leurs quatre ailes sont semblables, allongées, rétrécies à la hase, comme celles des Panorpides, élargies vers le milieu, atténuées et se recourbant en arrière à l’extrémité, un peu «à la façon des ailes de Corydales ; les nervures sont peu divisées, assez
- écartées les unes des autres et réunies par de rares nervules, généralement ondulées, disposées en lignes assez régulières. Les ailes étaient membraneuses, transparentes ou enfumées, et dans ce dernier cas
- présentaient presque toujours des espaces arrondis, transparents, entre les nervures. Ces insectes avaient de 6 à 46 centimètres d’envergure. La ligure 1 représente l’empreinte de l’un des insectes de cette famille, le Mischo-ptera nigra, de grandeur naturelle. Nous avons reconnu parmi ces Mégasécoptérides huit genres représentés par quatorze espèces. Nous ne pouvons les énumérer tous, mais nous citerons cependant le Corydaloides Scudderi, qui est remarquable par les lames trachéo-branchiales qu’il porte sur les côtés de l’abdomen; c'est là un fait de la plus haute importance. En effet,
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- Fig. 2. — Homnloneurn Bonnieri. Grandeur naturelle. (D’après un dessin de l’auteur.)
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- comme je le disais précédemment, à part nne exception (Pteronarcys), seules certaines larves qui vivent dans l’eau, possèdent ces branchies trachéennes. Notre insecte lossile est adulte, il a des ailes bien développées, et possède néanmoins ces
- lames respiratoires. Nous en avons déjà donné une figure dans La Nature'.
- Nous avons réuni dans une seconde famille, sous le nom de Protéphémérides, des insectes voisins des précédents, mais de taille plus petite, car les plus
- Fig. 5. — Homoioptera Woodwardi, réduit d'un huitième. (Figuré d’après un dessin de M. Brongniarl.)
- grands ne mesuraient guère plus de 9 centimètres et les plus petits 5 centimètres environ d’envergure.
- Les ailes sont à peu près égales en longueur, mais ne sont pas rétrécies à la base comme celles des Mégasécoptérides. En outre les nervures sont beaucoup plus divisées et les nervules plus nombreuses. La tête est petite, arrondie ; les yeux sont globuleux et saillants. Le mésothorax et le méta-thorax sont arrondis et larges, mais le prothorax, qui est plus court et plus étroit, offre chez plusieurs espèces des expansions qui peuvent être regardées comme des rudiments d’ailes (voir fig. 2). C’est là un fait très intéressant, sur lequel nous appelons l’attention et que nous reverrons chez un grand nombre d’autres espèces de différentes familles. Ces rudiments d’ailes prothoraciques viennent prouver qu’à une époque antérieure à la période carbonifère, les insectes avaient trois paires d’ailes. Déjà, dès les temps secondaires, les insectes n’avaient plus d’ailes ni même de rudiments d’ailes
- au prothorax. Est-il besoin de rappeler que nos insectes actuels ne portent des ailes que sur le
- mésothorax et le méta-thorax, et que le prothorax en est toujours dépourvu ?
- L’abdomen est assez gros, formé de neuf anneaux apparents qui présentaient souvent, sur les côtés, des expansions la-melleuses terminées en pointes, comparables aux branchies trachéennes de certaines larves d’éphémères et à celles de nos Corydaloïdes, fait digne d’intérêt, car ce sont des caractères larvaires qui ont persisté. Par la présence de moignons d’ailes au prothorax, par leurs quatre ailes bien développées, ces insectes diffèrent de nos Éphémères actuelles, car celles-ci n’ont que la paire d’ailes antérieures normalement développées et les postérieures sont rudimentaires ou absentes même. Dans le terrain dévonien du Nouveau-Brunswick, des espèces analogues ont été retrou-
- 1 Voy. n° 636, du 8 août 1885, p. 156.
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- vées et décrites par mon savant ami M. Seudder.
- Il est intéressant de constater que ce sont les types éphémères qui, malgré des différences assez notables, peuvent compter parmi les plus anciens insectes et se sont transmis jusqu’à nous après avoir subi quelques modifications. Nous donnons ici la ligure de l’un de ces Protéphémérides que nous avons dédié à M. Ronnier, professeur à la Sorbonne, sous le nom de Ilomaloneura Bonnieri (fig. 2).
- Dans cette famille je place cinq genres, dont deux dévoniens et un carbonifère décrits par Seudder, et deux carbonifères décrits par moi, représentés par onze espèces.
- Mais ce n’est pas encore tout. D’autres insectes non moins curieux que les précédents doivent être rapprochés des Ephémères; ce sont ceux que nous avons désignés sous les noms de Platyptérides (ailes larges), et de Stënodictyoptérides (ailes à fin réseau).
- Les Platyptérides peuvent compter parmi les plus curieux de la période houillère. Ce sont en général des Névroptères de grande taille, dont les plus petits ne mesuraient pas moins de 9 centimètres d’envergure, mais dont plusieurs atteignaient 56 et 60 centimètres d’envergure!
- Les Platyptérides ne comptent plus aucun représentant dans la nature actuelle et cependant on peut les comparer aux Éphémérides, dont ils diffèrent par certains caractè-res de la nervation et par la présence de la seconde paire d’ailes bien développée. Je dis seconde paire d’ailes, je devrais dire troisième paire, car chez ces insectes comme chez les précédents, il existait une paire de moignons d’ailes au prothorax.
- Malheureusement, les échantillons trouvésjusqu’ici ne présentent en général que les ailes, et jamais le corps n’a été conservé complètement. Lorsqu’il existe, nous constatons qu’il est trapu, avec une tête grosse, des pattes courtes et anguleuses, et un abdomen terminé par deux longs filets velus.
- Ces insectes possédaient au prothorax des appendices alaires parcourus par des nervures reliées par de fines réticulations.
- Quant aux ailes méso et métathoraciqucs, elles sont longues et larges, atténuées en arrière, et elles devaient être brillamment colorées, car presque toutes offrent encore des dessins fort jolis et des plus variés, qui indiquent non pas des couleurs, mais des rapports de.tons. Les ailes étaient généralement foncées avec des taches ou des bandes plus claires.
- Nous avons dû établir dans cette famille plusieurs sous-familles, basées sur les caractères tirés de la nervation qui présente évidemment des caractères communs, mais dont la réticulation est très variable, les nervules étant très abondantes ou rares, régulièrement ou irrégulièrement disposées.
- Il nous est impossible, dans un cadre aussi restreint, d’entrer dans des détails, et nous nous contenterons de dire que les Platyptérides sont divisés en trois sous-familles : les Spilaptérides, les Lamproptilides,
- et les Dictyoptérides, que vingt genres composent ces familles et qu’elles sont représentées par trente-neuf espèces.
- Nous figurons deux de ces espèces Homoioptera Woodwardi (fig. o) et Lamproptilia Grand" Euryi (fig. A), un peu réduites.
- Une quatrième famille est réservée aux Sténodic-tyoptérides, ce qui signifie ailes à réticulation fine., et nous y plaçons des insectes qui n’ont plus de représentants dans la nature actuelle, mais qui se rapprochent encore cependant des Éphémères. Leur corps est épais; leur tête est petite; le mésothorax et le métathorax sont plus larges que le prothorax et celui-ci porte des rudiments d’ailes plus grands que ceux que nous avons signalés chez les Protéphémérides et les Platyptérides. Les ailes méso et métathoraciques sont semblables par la forme et la disposition des nervures. Celles-ci sont peu divisées, très espacées, et réunies par un réseau d’une extrême finesse et d’une grande régularité. Les pattes sont courtes et trapues. L’abdomen est très large et assez long, portant sur les côtés de chacun des anneaux des lames que nous regardons comme les trachéo-branchies. Le dernier segment de l’abdomen porte une paire de crochets recourbés l’un vers l’autre.
- On connaissait, avant les découvertes de Com-mentry, des insectes de cette curieuse famille; Goldenherg avait décrit des débris d’ailes sous différents noms, et Seudder avait fait connaître une espèce américaine, mais ces auteurs n’ayant eu à leur disposition que des morceaux d’ailes, se sont mépris sur la position zoologique de ces insectes.
- Cette famille comprend six genres représentés par vingt-cinq espèces. Charles Rroxgniart,
- Docteur ès sciences,
- — A suivre. — Assistant au Muséum d’histoire naturelle.
- PERLES DE GLACE
- Le 8 février 1895, à 5b55m de l’après-midi, par un ciel gris et entièrement couvert, un vent de sud-sud-est et une,température de —5°,0, il est tombé à Moulins (Allier, France) une petite averse de grêle, mêlée de pluie, d’un caractère assez singulier. Les gréions étaient constitués par des sphérules de glace isolées, luisantes, diaphanes, qu’on aurait pu facilement prendre, à la réfringence près, pour de brillantes perles de cristal. Le diamètre de ces perles s’élevait en moyenne à 5mm,5. Elles étaient creuses et leur diamètre intérieur atteignait parfois 2ram,5, en sorte que l’épaisseur de la paroi sphérique était de 0mm,5 environ. Ce qui contribuait encore à l’étrangeté du phénomène, c’est que toutes ou * presque toutes les sphérules cristallines étaient munies d’un petit appendice linéaire en glace diaphane de 2 millimètres de longueur, et cet appendice rappelait vraiment, en miniature, la partie correspondante d’une larme batavique.
- La chute de ces gréions bizarres s’effectua pendant une dizaine de minutes, de f>h 55m à 4h5m ; puis, la pluie seule persista jusque vers 5 heures, formant verglas. Le lendemain matin 9 février, le verglas était général, mais sa surface glissante était rendue légèrement raboteuse par £
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- une très mince couche de cristaux de neige qui étaient tombés pendant la nuit*. G. de Rocqcigny-Adanson.
- Moulins, 9 iévrior 1895.
- LA TEMPÉRATURE EN EUROPE
- DU 26 JANVIER AU 20 FÉVRIER 1895
- L’hiver 1894-1895 s’est fait remarquer par sa rigueur. Deux faits surtout contribuent à le rendre mémorable : la prolongation des grands froids jusqu’au 20 février, et l’extension des fortes gelées à toute la France, à la majeure partie des Iles Britanniques, de l’Italie, et à la moitié septentrionale de l’Espagne.
- La cause première de ce froid tardif n’est pas connue, mais elle s’est traduite par un phénomène plus général que l’abaissement de la température de l’air. Ce phénomène, qu’on peut considérer comme une cause secondaire et immédiate, a été constitué par la persistance d’une aire de basses pressions dans tout le bassin de la Méditerranée et par celle d’une zone de fortes pressions dans le reste de l’Europe (carte I).
- D’une façon générale, une aire de basses pressions produit une élévation de température dans sa partie orientale où les vents du sud apportent l’air chaud des pays plus méridionaux. Au contraire, elle détermine un abaissement de température dans sa moitié occidentale où les vents du nord amènent l’air froid des hautes régions et des contrées [dus septentrionales. Pendant la période que nous considérons, l’allongement excessif de l’aire des basses pressions méditerranéennes de l’ouest à l’est, a restreint le réchaufi'ement à la Turquie et à la Russie méridionale. Au contraire, le refroidissement s’est étendu à la plus grande partie du continent.
- D’autre part, les fortes pressions occasionnent en hiver une température qui peut être relativement douce si le soleil brille, mais qui est ordinairement très basse, surtout la nuit, à cause du rayonnement terrestre : c’est ce qui est arrivé pour le nord de l’Europe.
- La répartition des pressions était donc exceptionnellement favorable à la production d’un froid intense et général. Afin de mettre en évidence les particularités importantes de la période principale qui s’est développée du 26 janvier jusqu’au 20 février, nous avons utilisé, d’après le Bulletin international, les observations effectuées dans 90 stations européennes.
- La carte'Il donne les minima absolus de température observés au cours de cetfe. période, dans les diverses stations, et fournit ainsi les moyens d’apprécier l’intensité atteinte par le froid dans les différents pays. Elle montre, en particulier, que les gelées de —10° se sont étendues à presque toute la France; que celles de —5° ont gagné le centre de l’Espagne et même le sud de l’Italie; enfin que la glace n’a laissé indemnes qu’une partie de la Sardaigne et de la Sicile, la Grèce, et l’extrême sud de la péninsule hispanique.
- Le plus grand froid constaté en France a été de — 23° dans la région de Nancy. En Laponie, il y a eu — 33°. Il faut bien remarquer que ces températures ont été obtenues à l’aide de thermomètres installés sous les abris réglementaires qu’on emploie dans les Observatoires pour protéger les instruments contre la pluie, la neige et le soleil. Des thermomètres placés à découvert auraient donné des températures plus basses d’environ 3 à 4 degrés. C’est ainsi que peuvent s’expliquer les températures de —27° et —30° signalées par certains journaux du
- 1 D’après une lettre adressée au journal CÀel et Terre.
- nord-est de la France. Sur la carte II les inflexions de quelques courbes isothermes font voir clairement l’influence refroidissante des continents et l’action réchauffante des mers.
- La carte III peut servir à donner une idée de la durée qu’ont eue les grands froids dans les diverses contrées de l’Europe, puisque les courbes qu’elle présente sont tracées d’après les moyennes des minima de température dans chaque station.
- Pour terminer, nous avons dressé trois autres cartes
- .CARTE I T70Z
- 1835; Pressions JL/-
- ^moyennes.
- CARTE IV
- ÎÔâV. Pressions -moyennes.
- ECARTE n 1885. Maxima . fMÜfnçàil. s
- ’CAftTE V
- S-, Klaxîma
- vdê fréid.- '
- Fig. 1 à 6. — Cartes météorologiques relatives à la température
- 20 lévrier 1894.
- (IV, V et VI) qui correspondent, pour 1894, à la même période et aux mêmes éléments que les cartes I, Il et 111 pour 1895. La comparaison attentive de ces six cartes établira, mieux qu’un long texte, la nature et l’importance des froids que nous venons de subir. Nous nous contenterons d’appeler l’attention : 1° sur le contraste qui existe dans la répartition des pressions et sur celui qui en découle dans la distribution des températures; 2° sur l’intensité exceptionnelle que le froid a acquise en 1894 dans le centre de l’Espagne et dans la basse vallée du Danube. Puimandon,
- Météorologiste à l’Observaloire du Puy de Dôme.
- PONT-LEVIS DE CÂSSEUIL
- Les ponts-levis étaient d’un emploi courant au moyen âge, le moindre petit castel avait le sien. L’usage semblait s’en être perdu, mais, depuis quelque temps, les exigences des communications actuelles ont amené les ingénieurs à les remettre
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- LA N ATI! HE.
- en vigueur. Pour rendre la manœuvre facile on a cherché à équilibrer le tablier dans toutes ses positions. Dans les ponts du moyen âge, que nous venons de citer, cette condition était rarement remplie et pour mieux dire elle ne l’était jamais d’une façon absolue.
- Poncelet, le célèbre constructeur de ponts, s’était occupé de cette question. En 1810 un autre chercheur,
- Derche, avait imaginé un contrepoids s’enroulant sur une roue à gorge en forme de spirale.
- On cite encore un système dû à Beli-dor. Tous ces ponts étaient en bois.
- Depuis que le fer est entré en maître dans la construction des ponts le système a pris du développement; en 1856 un pont-levis à fléau compensé était établi sur le canal de la Haute-Marne pour donner passage à une voie de chemin de fer.
- Cet ouvrage est connu sous le nom de pont-levis de Marneval. Plus récemment des ponts-levis analogues ont été construits sûr le canal de Charleroi à Bruxelles. Le pont-levis dont nous allons présenter la description est établi sur le bras inférieur du Drop, tributaire de la Garonne, près de Caudrot,
- (Gironde). Le Drop, par sa division en deux bras, forme une île très fertile dont les diverses parcelles appartiennent à des propriétaires ou colons qui ne l’habitent pas à cause de sa position peu élevée qui la rend très facilement submersible. Le bras supérieur du Drop, le seul navigable en temps ordinaire, afflue à la Garonne au moyen d’une écluse qui ne fonctionne plus lorsque les eaux atteignent 4m,50 au-dessus de l’étiage; les bateaux prennent alors le bras inférieur,
- où ils ne naviguent par conséquent que très accidentellement et en hautes eaux. Dans ces conditions le pont à construire eût dû être très élevé et
- eût exigé des rampes d’accès dont le prix de revient aurait grevé le budget disponible au delà de toute proportion.
- M. Clavel, ingénieur des ponts et chaussées, qui est à la tête du service vicinal de la Gironde depuis quelques années et qui a doté, pendant sa gestion, le département de plusieurs ouvrages très remarquables, pensa que la solution économique et pratique du problème résidait dans l’emploi d’un pont-levis. Un projet fut dressé en ce sens ; il réunit toutes les approbations. Aujourd’hui l’ouvrage est construit et fonctionne à la satisfaction complète des intéressés.
- Après cet exposé, et la reproduction de deux photographies qui montrent le pont ouvert et fermé (fîg. 4 et 2), une description technique ne nous paraît pas nécessaire. Ajoutons seulement que le pont a trois travées et que c’est celle de la rive droite qui est mobile.
- Les bateliers font eux-mêmes la manœuvre lorsqu’ils doivent donner passage à leur bateau; cette manœuvre est du reste des plus faciles ; un seul homme soulève le tablier en agissant sur une chaîne attachée à l’extrémité libre du fléau.
- On a ainsi économisé les frais de gardiennage, et, nous le répétons, dans beaucoup de cas, les ponts similaires trouveront une application pratique et économique. Gaston Cornié.
- Fig. 1. — Le pont-levis <lu Drop, affluent de la Garonne (Gironde). Vue du pont abaissé pour le passage des piétons.
- Fig. 2. — Le même pont relevé pour le passage des bateaux dans la rivière. (D’après des photographies.)
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- UNE EXCURSION A SAINT-MIHIEL
- La partie orientale de la France est remarquable non seulement par l’activité industrielle que Ton y
- observe, mais aussi par les beautés naturelles et par les monuments artistiques qui font le but des nombreuses excursions des touristes.
- La plupart de ces endroits sont bien connus; la région vosgienne est assez riche sous ce rapport ;
- l*ig. 1. — Les rochers Capucins de Saint-Mihiel (Meuse). (D’après une photographie.)
- mais, en remontant un peu plus au nord, on trouve quelques localités dont la renommée est peu répandue et qui présentent pourtant un certain intérêt par les curiosités qu’on y rencontre. La petite ville de Saint-Mihiel, située sur la Meuse, est de ce nombre.
- Cette cité, une des plus importantes du département, compte 12 000 habitants; sur ce nombre, la moitié environ est constituée par des effectifs militaires; aussi les casernes, dont quelques-unes viennent d’être nouvellement construites d’une façon monumentale, occupent-elles une surface importante. Mais là n’est pas le principal attrait de la ville. Si, de l’intérieur de Saint-Mihiel, on veut gagner les collines environnantes qui contiennent le cours de la Meuse, on arrive par une montée assez dure sur une promenade bien ombragée qu’on appelle
- « les Capucins » et sur laquelle la jeunesse du pays organise un bal tous les jours de fête. En poussant plus loin l’excursion, on se trouve sur les hauteurs
- dont nous venons de parler et l’on observe alors, à quelque distance de là, sept roches calcaires de près de 30 mètres de hauteur, adossées aux collines qui bordent la route de l’autre côté de laquelle coule la Meuse.
- Ces roches, qui se dressent à quelques centaines de mètres les unes des autres, présentent des phénomènes assez curieux ; on remarque, dans chacune d’elles, des sillons horizontaux profondément et régulièrement creusés du côté de la rivière ; ils ont été assurément produits par l’usure due aux eaux ayant stagné successivement à ces divers niveaux. La vallée de la Meuse est en effet le résultat de grandes fractures géologiques et les eaux ont dù y avoir un volume
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- LA NATURE.
- et une force peu ordinaires, expliquant bien le phénomène en question.
- L’usure de ces falaises est parfois excessive; la meilleure preuve en est dans l’avant-dernière; le courant des eaux a tellement attaqué la masse et l’a creusée si profondément, qu’il ne reste plus pour soutenir la partie supérieure qu’un pied relativement faible, e-:i sorte que cette roche affecte la forme d’un champignon. Dans le pays, elle porte un nom qui reflète bien les sentiments superstitieux qui régnaient anciennement dans les campagnes ; on l’appelle la Table du Diable. La septième falaise est actuellement située dans une propriété particulière et sert de fondation à une petite maisonnette ; on ne peut l’examiner que de loin. Nous donnons une vue des sept roches de Saint-Mihiel, prise du côté de la rivière (fig. 1). La Table du Diable est représentée dans la figure 2.
- Il est assez dangereux de se hasarder au sommet de quelques-uns de ces rochers et notamment sur le champignon qui forme la Table du Diable, car, ainsi que nous l’avons dit, ces blocs sont à pic du côté de la Meuse, une route passant à leur pied; une imprudence ou un faux pas peuvent provoquer une chute mortelle. Les gamins du pays s’y risquent néanmoins avec l’insouciance de leur âge.
- Du côté de la terre ferme, il existe un terrain en pente douce permettant d’aborder assez facilement ces rochers au moins jusqu’à une certaine hauteur. On a même disposé sur le premier d’entre eux un calvaire entouré de grilles et formant une terrasse qui permet de jouir du paysage magnifique que présente à cet endroit la vallée de la Meuse. La vue s’étend sur un très grand espace limité par des hauteurs garnies de fors; à quelque distance du pied des roches, passe, comme nous l’avons indiqué, la rivière de la Meuse que l’on voit s'éloigner dans la vallée et se perdre au loin entre les collines.
- On a taillé dans cette première roche un escalier permettant de descendre à sa partie inférieure où se trouve une excavation renfermant « le Tombeau ». C’est une sculpture représentant le Christ étendu sur sa tombe; cette œuvre d’art est taillée dans une pierre calcaire qui existe abondamment aux environs de Commercy et de Saint-Mihiel.
- Enfin, quand, étant revenu de cette excursion, on visite la ville en détail, les habitants ne manquent jamais de vous faire voir, le Saint-Sépulcre, groupe composé de treize personnages de grandeur naturelle et qui se trouve dans l’église du Bourg ou de Saint-Etienne. Cette œuvre est due au ciseau de Ligier Richier. A. IIebekt.
- LA RÉCOLTE DU CAOUTCHOUC
- M. Martin, secrétaire de la légation de France au Pérou, vient d’adresser à la Société de géographie d’intéressants renseignements sur la récolte du caoutchouc dans la région de la rivière Yavory ou Javory, qui se jette dans l’Amazone et forme la limite entre le Pérou et le Brésil.
- Tout ce bassin est riche en arbres à caoutchouc, dont il y a deux espèces, qui sont chacune l’objet d’une opération différente : le caucho et le jebe. Quand on opère avec la première méthode, on abat l’arbre ; dans la seconde, on se contente de pratiquer une incision.
- L’arbre abattu (c’est le premier cas), on recueille dans un trou toute la substance laiteuse fournie par l’arbre et par ses racines. La coagulation se fait à l’aide de la sève d’une liane qu’on mélange avec une dissolution de savon ordinaire. La saignée no. réussirait pas avec le caucho, car l’arbre ainsi traité reste malade à la suite de l’incision et ne produit plus de gomme. D’ailleurs, les arbres séculaires abattus font de la place pour les rejetons plus petits qui végétaient à leur ombre et qui prennent alors un grand développement dans le large espace qui leur est ouvert. Un cauchal (endroit où se trouvent des arbres à caoutchouc) peut être travaillé de nouveau, huit ans après avoir été exploité.
- Avec 1 e jebe (c’est le second cas), on pratique des incisions au tronc de l’arbre, ce qui donne pour chaque incision une certaine quantité de sève qu’on recueille dans des vases dits tichelinas. La matière laiteuse obtenue est solidifiée au moyen de la fumée dans un appareil très simple. Et non seulement l’arbre ne devient point malade à la suite de cette saignée, mais il donne, au contraire, l’année suivante, une plus grande quantité de sève.
- Un shirinjal est une fortune pour celui qui en possède un ou plusieurs, car l’heureux propriétaire n’a d’autre travail à faire qu’à saigner les arbres pendant les mois de juin à décembre. Heureuse culture1 !
- CHRONIQUE
- Détermination de la position du pôle. — Le
- dernier numéro du bulletin delà Société astronomique de France contient la description d’un ingénieux procédé employé par M. Camille Flammarion pour déterminer rapidement et avec une assez grande exactitude la position du pôle céleste. 11 suffit, pour cela, de braquer une lunette photographique dans une direction telle que le [tôle forme son image sur un endroit quelconque de la plaque. L’appareil étant immobile, les éloiles circumpolaires marquent, sur la plaque sensible, ^Jes traces en forme d’arcs de cercle dont le centre commun est le pèle. La position des astres se déplaçant continuellement sur 1,1 plaque, on ne doit pas s’attendre à une sensibilité aussi grande que dans la photographie, comme elle «est ordinairement pratiquée pour la carte du ciel, à l’aide d’appareils qui suivent tous les mouvements des astres,..et,maintiennent leur image sur un point fixe de la. plaque. Toutefois, les très "petites étoiles qui se trouvent dans le voisinage immédiat du pôle se meuvent assez lentement pour que la trace en soit conservée; c’est ainsi qu’un astre minuscule, delà dixième grandeur, se marque encore nettement à 7 4" du pôle. La polaire proprement dite, dont la grandeur est un peu inférieure à la deuxième, se révèle, dans l’épreuve, par un arc brillant, dont la dis^ tance au pôle est, comme on sait, de 1° 15'. C.-E. G.
- La couleur du poil des chevaux. — D’une courte monographie publiée tout dernièrement à Vienne par le professeur autrichien, M. Wïlckcns, sur la couleur des chevaux, nous extrayons les observations suivantes Deux chevaux pur sang anglais de même poil transmettent la couleur de leur robe à leur descendance dans 58(3 cas
- 1 D’après la Chronique industrielle.
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- LA NATIIIIE.
- sur 1000. Quand les parents ont un poil différent, c’est presque toujours la couleur de la jument qui passe au poulain. En Angleterre les chevaux hais sont les plus répandus et les chevaux noirs sont au contraire fort rares. Le cheval arabe est en général blanc. Dans 729 cas sur 1000, la couleur blanche de la jument est transmise au poulain; dans 271 cas, la robe du poulain arabe a la couleur de celle de l’étalon ou bien elle est de teinte mélangée. Enfin deux chevaux de même poil transmettent la couleur de leur robe à leur descendance dans 857 cas sur 1000. C’est ce qui explique pourquoi le pelage des chevaux arabes non croisés est beaucoup moins varié que celui des pur sang anglais. X. \V.
- Le houblon en Bavière. — La Bavière fournit un cinquième environ, du houblon récolté en une année sur toute la surface du globe, un quart du houblon de l’Europe et la moitié du houblon de l’Allemagne. Les quantités récoltées varieqt beaucoup d’une année à l’autre, ainsi, du reste, que la qualité du houblon. L’été chaud et sec de 1893 a donné une récolte peu abondante, mais un excellent houblon. L’été chaud et humide de 1894, au contraire, a donné une récolte abondante, mais du houblon de qualité médiocre. La moyenne de la récolte du houblon en Bavière, ces dix dernières années, a été de 212 550 quintaux. Les houblons bavarois sont très recherchés aussi bien à l’étranger qu’en Allemagne, et cette branche de l’agriculture est tellement importante qu’il paraît à Nuremberg trois et quatre fois par semaine une Gazelle générale du houblon, organe de l’Union des brasseurs allemands, de l’Union des brasseurs badois et de l’Association des cultivateurs allemands.
- Fabrication des vitres par laminage. — On
- signale dans le domaine de la fabrication des verres à vitres une observation très intéressante qui pourrait avoir beaucoup d’importance dans cette branche de l’industrie. Alors que, jusqu’ici, on ne pouvait obtenir de verre à vitres qu’à la suite de diverses opérations : soufflage, découpage et polissage, M. Simon, propriétaire de verreries, est parvenu à produire des plaques de verre d’une grande largeur et d'une longueur ad libitum, au moyen de cylindres, ainsi que cela se pratique pour la tôle. Au point de vue de l’homogénéité, de la solidité et de la transparence, le verre obtenu de cette manière serait de beaucoup supérieur au verre ordinaire; en outre, il posséderait un brillant qui ne le céderait guère à celui des glaces polies. Le côté essentiel de l’invention de M. Simon consiste, d’après Y Organe des industriels du Nord, dans l’emploi de cylindres métalliques spéciaux et creux, chauffés intérieurement au moyen de vapeur ou de gaz. Ces cylindres saisissent directement la masse pâteuse qui leur est amenée, sans l’aide d’aucun appareil intermédiaire, du fond d’un creuset. Afin d’éviter l’adhérence de la masse de verre encore mou aux cylindres, ceux-ci sont enduits d’une couche très mince de poussier de charbon, d’huile et de cire. Etant données les demandes de plus en plus nombreuses de vitres de grandes dimensions, que les procédés actuels de fabrication ne permettent pas de produire sans nuire à la santé des souffleurs de verre, la nouvelle méthode pourrait bien devenir d’une application générale, d’autant plus qu’elle réduit considérablement le prix de revient.
- Fn steamer sur l’Amou-Dnrya. — Le Ministère de la guerre de Russie vient de faire exécuter, Sur les chantiers de MM. William Dobsou et Cie, de Newcastle-on-Tyne, un steamer à aubes portant le nom de Cesarewilch
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- et qui est destiné à naviguer sur l’Amou-Darya. 11 présente une particularité : c’est qu’il a dù être pirtagé en sections pour le transport. Il a été embarqué et arrivera en morceaux à Batoum ; de là il gagnera Bakou par chemin de fer et sera chargé de nouveau sur un vapeur pour traverser la mer Caspienne et atteindre Ouzoun-Ada, d’où le chemin de fer le transportera à Tchardjoni, sur l’Amou-Darya. 11 y sera monté et mis à l’eau. Comme le fleuve n’a que peu de profondeur, on a donné à ce steamer un tirant d’eau de 0m,60 seulement, à pleine charge. Ce bateau a 45m,71 de long, 7 mètres de large et 1m,t>7 de profondeur sur quille; les machines sont disposées pour être chauffées au pétrole. On a procédé à des essais avant réception, et l’on a constaté une vitesse de 12 nœuds; puis on a démonté la coque et embarqué les sections. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 mars 1895. — Présidence de M. Mabey.
- La constitution des coquilles d'huîtres. — MM. Chatin et Müntz ont porté leurs recherches sur la composition chimique des coquilles d’huîtres, sujet déjà abordé en 1812 par Fourcrov et Vauquelin. Au fer et au soufre dont la présence avait été signalée dans le carbonate de chaux des coquilles d’huîtres, ils ajoutent le carbonate de magnésie, le manganèse, le fluor, le brome et l’iode. Des faits constatés se déduit une sorte de justification d’anciennes pratiques agricoles ou médicales. Le phosphore, dont la proportion est notable surtout dans l’huître portugaise, objet d’une consommation si considérable, explique la recherche de ces coquilles par les petits cultivateurs des environs de Paris. C’est encore le phosphore joint au brome et à l’iode qui justifie l’emploi, depuis Ambroise Paré jusqu’à Gendrin, des écailles d’huîtres calcinées contre le rachitisme, les mauvais ulcères et le goitre. 11 convient également de remarquer que les coquilles d’huîtres, qui entrent dans tous les remèdes des empiriques contrôla rage, renferment, outre le fluor, dont les propriétés physiologiques sont incertaines, le brome, substance antinévralgique, et l’iode, substance antisepticémique. ;
- Le glycogène dans le sang. — La présence du glycogène dans le sang a été longtemps contestée parce qu’on ne savait pas la déceler. La preuve a été donnée aujourd’hui, mais l’expérience exige une grande habileté de la part de l’opérateur. M. Kautl'mann montre qu’il y a du glycogène dans le sang des animaux, dans tous les états physiologiques possibles. La dose varie de 10 à 25 milligrammes par litre. Cette proportion, que l’on peut appeler normale, est singulièrement augmentée chez les animaux diabétiques; elle peut atteindre un demi-gramme, c’est-à-dire environ 25 fois sa valeur habituelle. IL y a donc à la fois chez ces animaux formation exagérée de glycoseet de glycogène.
- L’analyse des échantillons de silicium. — M. Vigoureux, qui a réussi dernièrement à obtenir le silicium amorphe, a dû imaginer un procédé d’analyse permettant d’apprécier la teneur en silicium des échantillons qu’il a préparés. Sa méthode se divise en trois opérations : 1° dosage de la silice par le chlore, qui entraîne le silicium et les matières étrangères, sauf la silice, qui est pesée ; 2° dosage du silicium libre en traitant le corps par une dissolution de carbonate de potassium qui dissout le silicium et la silice; le silicium libre est ensuite dosé par diflér
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- rence ; 3° dosage des matières métalliques en attaquant le corps par un mélange d’acide azotique et d’acide fluor-hydrique et en ajoutant quelques gouttes d’acide sulfurique. Le silicium libre ou combiné se dégage, les matières métalliques restent à l’état de sulfates qu’on dose. M. Vigouroux a analysé ainsi le silicium qu’il a préparé en réduisant la silice par le magnésium et il a trouvé que ce silicium titrait 99,60 pour 100, tandis que celui obtenu par la méthode de Berzélius a une teneur inférieure à 60 pour 100.
- L'éclipse de lune du 11 mars. — M. Janssen fait connaître que les préparatifs entrepris à l’Observatoire de Meudon pour l’observation de l’éclipse de lune de la nuit du 10 au 11 mars courant sont restés inutilisés par suite de l’état du ciel. La lune cependant est apparue par instants ; sa couleur était moins rouge qu’on ne s’attendait à la trouver. Les observations que M. Janssen comptait effectuer avaient un intérêt tout particulier, en raison de leur but déterminé; le savant astronome en signale l’objet aux observateurs. Cet objet, c’est l’absorption élective de l’atmosphère terrestre sur la lumière solaire. Dans le cône d’ombre géométrique projeté derrière la terre, la réfraction atmosphérique fait pénétrer une certaine quantité de lumière solair e qui se réfléchit sur la lune et revient à la terre. Cette lumière a donc traversé deux fois l’atmosphère terrestre et l’efl'et est le même que si la lumière avait traversé une atmosphère d’épaisseur double.
- Dans ces conditions l’analyse spectrale peut fournir des indications sur l’intensité de l’absorption par l’atmosphère terrestre. 11 est donc possible que l’on pourra voir certaines bandes dans le bleu, que l’expérience directe permet d’obtenir fort difficilement en étudiant la lumière ayant traversé une épaisseur considérable d’oxvgène.
- La respiration musculaire. — Selon une opinion assez accréditée, le dégagement d’acide carbonique par un muscle séparé de l’animal serait une mesure de son activité physiologique. M. Tissot montre que cette opinion est contestable et que dans certains cas le dégagement serait un phénomène purement physique. Dans ce but, il dispose une cloche graduée exactement et remplie d’air sous le mercure, puis il y introduit des pattes de grenouille et examine les volumes d’acide carbonique dégagés en un temps donné invariable, lorsque la température varie de 15 à 100°. Il a constaté que ce volume croît rapidement d’une manière continue jusqu’à devenir quadruple, bien qu’à 40° il n’y ait plus d’activité physiologique et que la température de cuisson soit atteinte à 70°. Au contraire, la quantité d’oxygène absorbée est une fonction de l’activité physiologique, elle croît jusqu’à 50°, puis décroît assez lentement jusqu’à 37° pour devenir bientôt nulle.
- Varia. — M. Gaustier a étudié le développement de l’embryon des œufs d’un crabe des grandes profondeurs, le dicranodromia. —M. Schlœsing développe des considérations sur la quantité d’azote entraîné dans les rivières par les eaux souterraines. Ch. de Villedeuil.
- CERF-VOLANT DÉCORÉ
- Un de nos lecteurs de Reims nous a envoyé une photographie représentant un cerf-volant d’assez belle taille ; on peut en juger en observant dans notre ligure la petitesse de l’enfant debout qui tient l’appareil dans la position verticale. Ce cerf-volant, qui a passé entre les mains d’un peintre, s’est transformé,
- sous l’action d’un habile pinceau, en une dame aérienne vraiment fantastique d’aspect. Notre correspondant nous écrit :
- « Par la poste je vous adresse la photographie d’un cerf-volant qui a 2m,25 de hauteur, peint par un de mes amis qui, comme moi, désire garder l’anonymat. Peut-être jugerez-vous à propos d’en soumettre la reproduction à vos lecteurs. » Voilà qui est fait. Nous trouvons que la composition du cerf-volant décoré est très originale, et nous félicitons celui qui en est l’auteur.
- Le cerf-volant est un appareil très amusant et intéressant à construire, très curieux à expérimenter et à étudier ; les amateurs qui en font usage auront trouvé ici une idée de décoration qui peut prêter à des effets divers.
- Cet appareil peut servir à étudier les courants aériens, à élever des appareils photographiques qui prennent automatiquement des clichés ; des expérimentateurs hardis se sont élevés à quelques mètres du sol avec de grands cerfs-volants.
- Nous rappellerons que dans plusieurs volumes de La Nature nous avons parlé de tous ces sujets ; on pourra lire des articles sur les cerfs-volants en France et à l’étranger, jusque chez les Chinois et les Japonais, très habiles dans la construction de ces appareils d’aviation captive. G. T.
- 1 Yoy. Tables décennales, 2e série. 1 vol, in-4°. G. Masson, éditeur.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tiss.ixuier
- Un cerf-volant décoré
- Paris. — Imprimerie Lauche, rue de Fleuras, 9.
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- K* 1158. — 25 MARS 1895.
- LA NATURE.
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- LE GÉNÉRAL DE NANSOUTY
- Le nom que nous venons d’inscrire ici est aussi illustre dans le monde militaire que dans le monde scientifique. Charles-M.-E. Champion Dubois deNan-souty, général et météorologiste, que la mort vient d’enlever à la France et à ses amis, est né à Dijon, le 20 février 1815. En 1857 il entra au service militaire comme. volontaire, il servit dans la cavalerie. Mince,élégant, vigoureux, c’était un remarquable cavalier. Sa carrière militaire fut brillante dès ses débuts; il suffit pour le démontrer d’enregistrer les dates de ses avancements en grades. Sous-lieutenant en 1841, lieutenant trois ans après, en 1845, capitaine en 1847, chef d’escadron en 1855, il fut promu au grade de lieutenant-colonel en 1857 et de colonel en 1861. Ce vaillant officier avait pris une grande part aux campagnes d’Algérie. Le colonel de Nansouty, qui commanda le 8e régiment de lanciers, puis le 4e de chasseurs d’Afrique, fut bientôt remarqué et on ne tarda pas à le compter parmi les meilleurs chefs de notre armée. Mais sa prestance n’était pas sa qualité prépondérante, il avait au plus haut point le sentiment du devoir à accomplir, et de l’énergie a dépenser pour la gloire et la défense de son pays. Promu général de brigade le 24 février 1869, il fit partie des premières armées de la guerre franco-prussienne de 1870 à 1871 ; il eut au commencement de la campagne le commandement de la 2e brigade de cavalerie dans le corps d’armée du maréchal de Mac-Mahon, il prit part aux terribles batailles qui précédèrent la capitulation 23* année. — 1“ semestre.
- de Sedan, à jamais navrante, et fit preuve de la plus grande valeur au combat de Reicbsboffen. 11 fit ensuite vaillamment son devoir à l'armée de la Loire.
- La paix signée, le général de Nansouty revint à Paris, et, après des incidents dont nous n’avons pas à parler ici, il demanda sa retraite le 24 mai 1877
- Depuis la guerre, le général de Nansouty, qui avait toujours cultivé et aimé la science, s’adonna à l’étude de la météorologie. 11 fit partie de la Société
- Ramond de Ra-gnères dans le sein de laquelle on discuta bientôt le projet de la création d’une station "météorologique au sommet du Pic du Midi. Le général de Nansouty, l’un des plus passionnés promoteurs de cette entreprise, se mit à la disposition de ses collègues; il commença en août 1875 à s’installer dans une auberge au col de Sencours, faisant fonctionner ses instruments d’observation dans le voisinage, et, depuis cette époque, il se voua avec le plus grand dévouement et la plus étonnante ardeur aux études météorologistes dans les régions élevées.
- Les faibles ressources de la Société Ramond ne permirent pas de prolonger la première campagne; elle dura cependant plus de deux mois. Bientôt des souscriptions furent organisées, et les libéralités de M. Bischoffsheim venant en aide, permirent au général de Nansouty de séjourner toute une année à l’observatoire provisoire du Pic du Midi, avec un aide, M. Baylac. Depuis, ces intrépides pionniers de la science, l’installation s’agrandissant, restèrent successivement cinq hivers en haut de la montagne, bravant
- 1 Le général de Nansouty était commandeur de la Légion d’honneur.
- Le général de Nansouty en tenue de montagne ; né à Dijon le 20 février 1813, mort à Dax le 14 mars 1893.
- (D’après une photographie faite à Bagnères-de-Bigorre en 1879.)
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- LA NATURE.
- les rigueurs et les périls de la saison, parfois engloutis sous les neiges. A part les résultats des observations faites, les météorologistes des régions élevées rendirent de grands services aux populations delà plaine voisine du Pic du Midi, par les avertissements qu’ils pouvaient leur donner; ils ont préservé tous les habitants des vallées en leur annonçant, en juin 1875, des désastres que devait produire une inondation subite à laquelle allait donner lieu la fonte des neiges, dont ils étaient les témoins dans les hauteurs.
- De si grands efforts, de si beaux résultats, valurent le succès à la digne entreprise. Après l’installation primitive que La Nature a décrite en 4 8791, après la maison de bois, l’édification d’un observatoire plus solide fut décidée et finit par être résolue grâce à d’importantes souscriptions publiques et à la collaboration financière du Ministre de l’instruction publique (1878), du Ministre des travaux publics (1879)2 et du Gouvernement.
- La Nature a donné toute l’histoire de l’observatoire du Pic du Midi, où le général de Nansouty joua un si grand rôle, qu’on doit considérer ce persévérant pionnier comme l’un des principaux fondateurs des stations météorologiques de montagne3.
- Je ne puis revenir ici sur tout ce qui a été publié dans les livraisons précédentes, déjà anciennes pour la plupart, mais je demanderai à donner quelques lignes des paroles que j’ai prononcées au banquet de la Scientia où mes collègues m’avaient fait l’honneur de me confier la tâche d’adresser le toast de bienvenue à celui auquel le banquet était offert, — c’était le général de Nansouty, —le 18 juin 18854. Voici comment se terminait mon allocution :
- « J’ai essayé, mon général, de résumer votre œuvre, toute d’initiative, de volonté, de persévérance, mots magiques sans lesquels rien de durable ne se fait et ne se construit. Je voudrais à présent parler de vous-même, mais je crains de blesser votre modestie. Vous me permettrez cependant de rappeler que je dois saluer en vous l’un des plus brillants officiers d’Afrique et l’un des héros de la journée de Reichshoffcn. J’ajouterai que quand on connaît votre bonté, qui est la compagne du vrai courage, quand on a eu le plaisir d’apprécier dans l’intimité, l’esprit, la bonne humeur et l’inépuisable gaieté qui vous animent, dons précieux que vous tenez assurément des Gaulois nos premiers ancêtres, on ne peut s’empêcher de vous aimer, après vous avoir admiré. »
- Voilà ce que j’ai pu dire à celui qui, ayant si vaillamment combattu pour la Patrie, et lutté pour la Science, était, malgré sa longue carrière, encore plein de vigueur et de santé. C’est aujourd’hui, hélas! devant une tombe (pie je dois rappeler ces paroles! Gaston Tjssandier.
- 1 Voy. n° 206, du 1er février 1879, p. 154.
- 2 Voy. n° 207, du 8 lévrier 1870, p. 151.
- 3 Nous devons citer le nom de 51. Vaussciiat, ingénieur des mines, qui fut l’associé du général et devint son successeur.
- 4 Voy. n° 650, du 27 juin 1885, p. 54.
- UN MOULIN Â VENT GIGANTESQUE
- M.l'.ll. Butler, de Saint-James, Long-Island, aux Etats-Unis, possède dans ses propriétés un moulin à vent gigantesque. On dit communément que c’est le plus grand qui ait jamais été construit ; en tous cas c’est à coup sur un des plus puissants dont nous ayons entendu parler. Le moulin à vent de M. Butler a quarante-cinq mètres dix centimètres de hauteur. Les ailes, qui sont maintenues par un cadre circulaire, ont un diamètre de G”1,80. Posé sur huit piliers massifs occupant une surface de fondation de 46 pieds carrés, le moulin est bâti en sapin, comme la charpente, qui consiste en pièces de bois d’une largeur de 52 centimètres, supportées au moyen de châssis diagonaux. Le moulin est divisé verticalement en une dizaine d’étages ayant chacun 4 ou 5 mètres de haut et communiquant par un escalier très doux qui permet d’atteindre la plate-forme supérieure. De celte plate-forme, entouréed’un haut garde-fou, et ayant près de deux mètres carrés de superficie, l’observateur peut jouir d’une superbe vue panoramique sur la campagne environnante. Le moulin de M. Butler actionne une pompe foulante et élé-vatoire qui envoie de l’eau dans un vaste réservoir construit sur une petite colline située à 1800 mètres de là. Ce réservoir, d’une contenance de 500000 litres environ, a souvent été rempli en quarante-huit heures à peine, bien qu’il se trouve placé à 67 mètres au-dessus de la pompe actionnée par le moulin à vent. X. W.
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- RUPTURES DE POCHES D’EAU DES GLACIERS
- Le 41 juillet 1894, à 1 heure, de l’après-midi, en franchissant le glacier de Jostedal (Norvège), entre Skej (Nordfjord) et Fjærland (Sognefjord), j’ai observé une avalanche glaciaire, présentant la plus grande analogie avec la rupture du glacier de Tête-Rousse qui a, dans la nuit du 12 juillet 1892, provoqué en France la catastrophe de Saint-Gervais1.
- Au fond du Kjôsnâs-Fjord, le cirque rocheux de Lunde, large de 1 à 2 kilomètres, à l’aspect pyrénéen, supporte, au sommet de ses murailles abruptes, ce qu’on pourrait appeler le front de taille de l’immense glacier de Jostedal, glacier de sommet, étendu comme un couvercle bombé, sur 70 kilomètres de longueur et 4 à 20 kilomètres de largeur. Ce front de taille est, par places, à l’aplomb des murs du cirque, et aucune pente ne permet à cette portion du glacier de s’allonger normalement en langue terminale. C'est par une sorte de créneau de la paroi nord (exposée naturellement en plein soleil), que nous vîmes l’avalanche abattre dans la vallée, de 5 ou 600 mètres de hauteur, une notable fraction du glacier2. Mais l’arrachement ainsi opéré avait laissé un trou béant dans la tran-
- 1 Voy. Forci, Delebecque, Yallot, Comptes rendus Académie des sciences, 18 juillet, 25 juillet, 8 août 1802, et 14 août 1805; La Nature, 2® semestre 1802, p. 126. 144, 182, 227, etc,
- 2 ,Fêlais accompagné de ma femme et de deux guides (Andréas Luudc et Nicolas Sunde) qui ont, comme moi, parfaitement constaté les deux phases du phénomène. Le temps était beau et le thermomètre masquait 12 degrés à l’ombre.
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- L A NAT LRE.
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- che de glace et, par ce trou, s’échappa pendant plus d’un quart d'heure une véritable chute d’eau, une jolie cascade, qui suivit et prolongea celle de la glace.
- Avec des proportions bien plus considérables, la même chose a dù se produire en 1892 à Tête-Rousse. Ici, en effet, la partie supérieure du glacier n’est pas fort inclinée1, et à son angle nord-ouest une brèche s’ouvre, au-dessus d’un couloir neigeux, dans la crête rocheuse qui forme sa rive occidentale : c’est par cette brèche que la poche d’eau de Tête-Rousse a crevé, et que son contenu a pu balayer si désastreusement les immenses éboulis et moraines de Pierre-Ronde, du mont de Lar, de Rionnassay, etc., qui en ont fait une Iavique coulée de boue. À Lunde, la poche d’eau était plus petite, mais elle s’est rompue dans la même saison et sous l’influence des mêmes causes physiques et topographiques.
- En effet, il est indéniable que l’eau de fusion des glaciers se réfugie dans la partie inférieure de leurs crevasses, par l’effet de la pesanteur : sous un glacier suffisamment incliné, cette eau, de crevasse en crevasse, s’écoule vers le point le plus bas, vers l’extrémité de la langue terminale, souvent par un collecteur unique, par une seule arche (Gletscher-. thor des Allemands) qui rappelle les'grandes sources des terrains calcaires. Au contraire, si le lit du glacier (ou une portion de ce lit) est horizontal ou à peu près, ou même en fond de bateau, l’eau de fusion peut ne pas trouver d’écoulement, ou ne le rencontrer que très lent ; elle restera donc plus ou moins stagnante, et s’accumulera entre les parois compactes des crevasses qui l’emprisonnent. Or, à la différence des fissures des terrains calcaires, qui servent aussi de réservoirs aux eaux d'infiltration, les crevasses, sous diverses influences bien connues, se déplacent constamment dans les glaciers; dès lors, si fune de ces crevasses, formant poche d’eau, arrive, en sa progression lente, à proximité d’un escarpement ou d’une brèche qui, comme à Lunde ou à Tête-Rousse, permet au front de taille ou au flanc du glacier de s’y précipiter, fragment par fragment, un point de moindre résistance finit fatalement par se créer dans la poche aux abords du précipice : la pression de l’eau, à un moment donné, triomphe de la résistance ainsi diminuée, la poche crève, et, au lieu d’une simple avalanche de blocs de glace culbutés, il se produit, selon le. cube du réservoir vidé et la disposition des lieux, soit l’inoffensive cascade de Lunde, soit le cataclysme de Saint-Gervais.
- Il est probable que les accidents de ce genre sont très fréquents dans les glaciers, mais ont échappé jusqu’à présent à l’observation directe : il serait opportun, sinon pour les prévenir, du moins pour
- 1 Entre les cotes 5159 et 5255 tic la carte au 40 000e du mont Blanc par Mieui.et. — J’ai vu cette localité en 1887, en gravissant l’aiguille du Goûter et le mont Blanc (Y. Annuaire du Club alpin français pour 1887).
- en être prévenu, d’étudier soigneusement la topographie de ceux des glaciers dont les parties planes ne sont pas entourées de barrières rocheuses continues ou imperméables, et de reconnaître les points qui présentent ainsi des risques de projections d’eau subites, latérales ou périphériques.
- Le fameux glacier de Gétroz a occasionné d’une façon toute différente les inondations terribles de 1595 et de 1818, dans la vallée de la IJranse de Bagnes, au sud-est de Martigny (Valais, Suisse) ; il se termine, sur le flanc droit (oriental) de la vallée, abruptement au-dessus d’un à pic de 700 mètres d’élévation; les avalanches sont donc constantes au front de ce glacier; lors des deux sinistres, elles furent si considérables quelles barrèrent la vallée, firent refluer la Dranse en amont et la transformèrent en un lac ; quand la digue constituée par l’avalanche céda sous la pression croissante de l’eau du lac, toute la vallée fut dévastée en aval par la débâcle. — Ce n'est nullement à ce phénomène de digue temporaire qu’il faut attribuer les ruptures de poches d’eau dont nous nous occupons ici et dont les faits suivants sont sans doute d’autres exemples. Le 9 juillet 1891, à 5 heures de l’après-midi, par un beau soleil, que n’avait précédé aucune grosse pluie, le torrent qui sort du glacier de Schwems (Scliwem-ser-Ferncr, au fond de la vallée de Schnals, versant sud du massif de l’Œtzthal, Tyrol) monta subitement de lm,50; à 7 heures ou 7 heures et demie, il reprit un cours normal sans avoir exercé de grands ravages. Des guides du pays constatèrent ensuite qu’une éruption d’eau s’était produite dans la portion occidentale du glacier.
- L’étude minutieuse de la localité, faite depuis lors par les soins du club alpin allemand-autrichien, paraît avoir établi qu’une masse d’eau s’était accumulée au printemps à l’intérieur même du glacier, dans des crevasses dont l’issue s’était obstruée ou fermée en hiver, puis rouverte en été1. La progression du glacier a certainement joué un rôle dans cette réouverture.
- Le 18 juin 1894, la vallée de la Dranse a été de nouveau inondée, par l’évacuation soudaine d’une masse d’eau échappée du confluent des glaciers de Crête-Sèche et d’Olemma2.11 ne semble pas, comme on l’a cru tout d’abord, que l’origine du fléau ait été ici une digue d’avalanche comme celle de Gétroz.
- La littérature alpine renferme certainement dans ses archives d’autres récits de ruptures de ce genre, qu’il importerait de cataloguer avec soin.
- Il est curieux de relever le passage suivant dans une brochure publiée par M. S. A. Sexe en 1864 sur le grand névé de Folgefond (au sud de Bergen, Norvège r\
- 1 Millkeilungen des deulschen und æslerreichischen Alpen-Vcreins, 15 décembre 1894 (n°25, p. 286), et Globus, I. 1.XY1, 1894, n° 15.
- - Echo des Alpes, 1894, n° 4, p. 560 (Genève).
- 3 S. A. Sexe : Oui Snelbræen Volgefon, Christiania 1864, in-4“, 56 p. et earte au 200000e; p. 6 du résumé en français.
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- « On se rappelle encore parfaitement comment pendant l’été, il y a trente et quelques années *, l'eau disparut subitement dans la grande rivière qui vient du glacier de Kjæringbotnen, et comment elle reparut aussi subitement, avec une abondance telle qu’elle inondait tous les bords en les couvrant de sable, de gravier, de pierres et de blocs de glace. 11 n’y a qu’une manière d’expliquer ce phénomène, c’est-à-dire que le courant de la rivière s’est trouvé arrêté sous le glacier et que l’eau s’est augmentée, au point qu’elle s’est frayé un passage avec une force irrésistible, en entraînant une grande partie du glacier. »
- Enfin M. Thoroddsen, qui depuis quinze ans
- explore les régions inconnues de l’Islande, donne les ruptures de poebes d’eau de ses vastes glaciers comme l’une des causes de la formation subite des fréquents jôkulhlhaupt, torrents glaciaires aussi terribles qu’éphémères1.
- Au Jostedal même, l’un des glaciers qui servent de trop-plein, de déversoir à l’immense étendue du haut névé (900 kilomètres carrés), qui s’extravasent par les créneaux du socle du massif, présente une disposition fort instructive : c’est le Suphelle-Rrae, près de Fjærland. 11 est, sur toute sa largeur, complètement coupé en deux par une muraille verticale haute de 200 mètres, qui impose à la coulée de glace une solution de continuité totale : les séracs
- Arche terminale du glacier régénéré du Suphelle-Brae (Jostedal, .Norvège). (D'après une photographie.)
- ne recouvrent pas la barrière, ils sautent par-dessus, s’accumulent en bas, et reforment une langue terminale, un glacier régénéré, devenu classique pour les spécialistes2, et long d’un kilomètre, avec une magnifique arcade de glace à son extrémité. Un front de taille très élevé et crevassé surmonte le sommet de la barre rocheuse, et toutes ses fentes débitent des cascatelles : là aussi des débâcles peuvent se manifester, quand l’avancement du glacier supérieur amène, au droit du mur, des crevasses-réservoirs restées fermées jusqu’alors; d’autant plus que la région où la glace et les crevasses com-
- 1 Par conséquent vers 1830 environ.
- a V. C. de Seue, le Névé de Jusledal et ses glaciers, Christiania 1870, in-4°. — A. Heim, Annuaire du Club alpin suisse, t. IX. 1873-7 i, p. 519-520 et planche.
- mencent à se former est horizontale ou peu inclinée ; seulement, il ne se produit point de cataclysme, parce que l’espace est large, et que les avalanches s’étalent à l’aise dans le cirque où renaît le glacier inférieur.
- Ne serait-il pas à la fois intéressant et utile de rechercher les conséquences éventuelles de la progression des crevasses, au point de vue de l'hydrologie sous-glaciaire ? Il nous semble que le sinistre de Saint-Gervais n’a pas suffisamment fixé l’attention sur cette question, qui offre véritablement une importance que personne ne pourrait contester. E.-A. Martel.
- 1 Voy. Comptes rendus Société géographie de Paris 15 lévrier 1895, p. 07.
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- FABRICATION DES AMORCES
- Sous ce nom, nous comprenons toutes les compositions chimiques qui permettent d’obtenir des effets
- d’agrément. En premier lieu, nous placerons les amorces, dites capsules d'artifice, amorces inof-
- Fig. 1 ;i î>. — Fabrication des amorces.
- 1. Préparation de la mixture explosive. — 2. Mise de la composition sur les pointes des planches. — ü. Mise de la composition sur la feuille de papier. — 4. Séchage des feuilles portant la composition. — o. Découpage des feuilles.
- fensives, employées pour les pistolets d’enfants.
- Elles sont formées avec une pâte composée de phosphore rouge, de chlorate de potasse et de gomme, que l’on dépose, en petite quantité, au centre d’un petit carré de papier rouge, de 8 millimètres de coté, et que l’on recouvre d’un papier d’égale dimension.
- Tout le monde connaît, du reste, pour les avoir vues, la forme de ces amorces.
- En Angleterre, la composition autorisée est également un mélange de chlorate de potasse et de phosphore rouge, avec ou sans addition de nitrate de potasse, de sulfure d’antimoine ou de soufre pulvérisé.
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- Voici la composition de quelques mélanges, tels qu’ils nous ont été communiqués :
- I. Chlorate de potasse, 85 parties; phosphore rouge, 15. — II. Chlorate de potasse, 80 parties; phosphore rouge, 12 ; nitratede potasse, 8. — III. Chlorate de potasse, 80 parties; phosphore rouge, 12; sulfure d'antimoine, 6; nitrate de potasse, 2.
- Nous ne recommandons pas le soufre dans ces compositions, car lorsqu’elles sont en présence de ce corps, elles deviennent dangereuses.
- Ces matières sont pulvérisées à part, puis mélangées, avec précaution, avec de l’eau gommée, de manière à former une pâte claire. L’eau de gomme que l’on emploie doit renfermer 80 grammes de gomme arabique ou 100 grammes de dextrine par litre (lig. 1).
- La quantité d’explosif à employer est de 5 grammes pour 1000 amorces, soit 5 milligrammes par amorce. En Angleterre, la quantité est limitée à 0,07 grain (4mer,55) pour chaque capsule; celle du phosphore amorphe à 0,01 grain (0msr,65).
- A cette dose, ces artifices sont inoffensifs; mais, si les proportions données ci-dessus sont dépassées, ils peuvent présenter quelques dangers, surtout s’ils sont en grande masse. On a eu à regretter plusieurs
- A B
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- b
- Fig. 6. — Détail de l’amorce pour papillotte.
- accidents survenus par le fait d’explosion de capsules trop fortement chargées d’explosifs. Les plus importants furent les suivants : à Yanves, près de Paris, un enfant voulant découper uné amorce avec des ciseaux, causa l’explosion de deux _ paquets qui contenaient 600 capsules analogues et qui se trouvaient sur la table. L’enfant fut tué. Le 14 mai 1878, une terrible explosion eut lieu à Paris, rue Béranger, résultant de la détonation de 6400000 amorces chargées à raison de 10 grammes par 1000 pièces; 14 personnes furent tuées et 16 autres blessées. Un accident analogue est arrivé à Wandsworth, le 8 août 1888, dans une fabrique d’amorces; 4 ouvrières occupées à découper les amorces avec des ciseaux sentirent les effets de l’explosion : 5 furent tuées, l’autre fut grièvement blessée.
- Donc, il est à présent bien démontré que la dose d’explosif, par amorce, ne doit pas dépasser 5 milligrammes.
- Les feuilles de papier mince, non collé, coloré en rouge, sont étendues sur une table en bois, en marbre ou en fonte. Sur elles, on applique une planche hérissée de pointes en bois, légèrement coniques et cannelées, ayant 5 centimètres de longueur. Ces planches, analogues à celles qui servent à imprimer le papier peint, ont 55 centimètres de longueur sur 45 centimètres de largeur ; elles portent
- deux poignées pour pouvoir facilement les saisir. Elles portent 60 rangs de 75 pointes, soit, en tout, 4500 pointes.
- Un ouvrier saisit la planche (fig. 2), la place dans une cuvette plate, contenant la composition explosive en pâte, sous une épaisseur de 25 millimètres. Toutes les pointes se chargent d’une certaine quantité d’explosif, évaluée à 20 milligrammes environ. 11 pose la planche sur la feuille de papier et la laisse quel (pies instants sur la feuille (fig. o). La composition est appelée par capillarité et chaque pointe dépose une goutte sur le papier, représentant environ 10 milligrammes. Ceci fait, une ouvrière pose la feuille garnie de gouttes sur une feuille de zinc de mêmes dimensions et la porte au séchoir. Pendant ce temps, l’ouvrier garnit une seconde feuille et ainsi de suite pendant toute la durée de la fabrication.
- Dans d’autres usines, on emploie un autre moyen pour déposer la composition fulminante sur le papier en quantitée dosée et bien régulière. L’appareil consiste en un plateau creux, ayant plusieurs rangées de tubes légèrement coniques et espacés de centimètre en centimètre. Ce plateau peut être fermé hermétiquement et est en communication, par un tube ilexible, avec une poire en caoutchouc munie d’une soupape. La composition étant mise dans cet appareil, on présente la feuille de papier sous les tubes et on en chasse une certaine quantité de matière en appuyant sur la poire en caoutchouc, soit avec la main, soit avec le pied. On avance la feuille, pour y déposer de nouvelles gouttes jusqu’à ce que la feuille soit complètement remplie.
- Deux ouvriers et deux aides peuvent remplir une rame de 500 feuilles en une journée de travail. Ces 500 feuilles renferment 2500000 amorces, contenant 15 kilogrammes de matière explosive sèche.
- Les feuilles sont séchées pendant une journée à l’air, sans aucune élévation de température, pour éviter tout accident. L’opération suivante consiste à couvrir chaque feuille avec une feuille de papier de même nature enduite de colle à la dextrine. L’application des deux feuilles, l’une contre l’autre, se fait avec une brosse, en ayant soin de ne pas appuyer et d’éviter tout choc.
- Chaque feuille est mise sur une plaque de zinc et recouverte délicatement d’une toile métallique fixée à un cadre, pour éviter le gondolage. Le séchage dure vingt-quatre heures, dans un séchoir maintenu à la température ordinaire et bien ventilé (fig. 4).
- Les feuilles sèches sont découpées les unes après les autres, au fur et à mesure qu’on les enlève du plateau de séchage. On ne doit pas les accumuler les unes sur les autres pour éviter les accidents, les dangers de frottement et les explosions en grande masse. Le découpage est confié à des ouvrières qui font ce travail avec des ciseaux, en prenant bien garde de ne pas entamer la composition, qui fait légèrement saillie sur le papier (fig. 5).
- Les amorces sont comptées et mises dans des boîtes en carton ou en fer-blanc pouvant en con-
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- tenir 50, 100, 200, 500. On fait également des amorces au fulminate de mercure. Elles se préparent de même et ce composé fulminant est mis en pâte, avec de l’eau gommée, soit seul, soit avec un peu de salpêtre. Dans tous les cas, la quantité de fulminate à employer, par amorce, ne doit pas dépasser 1 milligramme.
- Pour éviter l’emploi du mercure, qui peut présenter certains inconvénients pour les enfants, quelques hygiénistes ont insisté pour que l’on remplaçât le fulminate de mercure par le fulminate d’argent, et nous ne pouvons que les approuver.
- Les petites amorces que- l’on met dans les papillotes et qui partent lorsque l’on tire à chaque extrémité, sont fabriquées de la manière suivante : Deux morceaux de bois de sapin, de 8 centimètres de longueur, 4 à 5 millimètres de largeur et 1/4 de millimètre d’épaisseur, sont recouverts, l'un d’une goutte de fulminate d’argent en pâte (À, fig. 6), l’autre de pâte d’émeri (B). Le fulminate se met au moyen d’une pointe, de façon à n’en pas mettre plus de 1 milligramme; le composé détonant est mis en pâte avec de l’eau gommée et quelquefois mélangé avec du nitrate de potasse. Les morceaux qui doivent être recouverts d’émeri sont simplement plongés dans la bouillie d’émeri et de colle, tenue un peu épaisse. Toutes ces bandelettes sont placées, séparément, sur des plateaux de zinc recouverts d’une toile métallique et portés au séchage. Ici, le rôle de la toile métallique est d’éviter que les courants d’air ne fassent envoler les morceaux garnis les uns sur les autres ; ceci aurait pour inconvénient le collage des morceaux entre eux et il pourrait y avoir explosion lorsqu’on chercherait à les détacher.
- Une fois sèches, ces petites bandes sont appliquées les unes sur les autres comme suit : Les deux extrémités garnies A et B sont appliquées l’une sur l’autre, en G (fig. 6), sur une longueur de 2 centimètres environ et enveloppées d’une mince feuille de papier rouge enduit de colle à la dextrine. Après séchage sur les plateaux, comme il a été dit, les pétards sont prêts à être livrés aux confiseurs. On comprend très bien qu’en tirant inversement les deux bandelettes A et B, l’émeri frottant le fulminate en détermine l’explosion.
- Lorsque ces deux bandelettes sont en bois ou en carton, il arrive très souvent qu’elles se cassent, par suite de la résistance offerte par la bande de papier collée sur les parties A et B. Comme ce petit malheur fait le désespoir des intéressés, on a cherché mieux. On a proposé de substituer aux bandelettes de bois ou de carton, des petites bandes de coton ou de toile imprégnées de silicate de soude pour les rendre rigides. Enfin, on a eu recours à l’aluminium, métal très léger et bien à sa place dans cette application.
- Nous avons fait connaître une fabrication peu connue, que nous avons eu l’occasion d’étudier, et nous espérons que nos lecteurs y auront trouvé quelques renseignements intéressants. A.-M. Vir.t.ox.
- RUINES KIIMÈRES DU CAMBODGE SIAMOIS
- A.NGKOK-THOM ET IiAXH-YOXG
- Les monuments élevés par les anciens Khmers occupent au Cambodge et dans le Cambodge siartiois un immense territoire envahi aujourd’hui par les forêts. Les ruines s’étendent, cachées sous une épaisse végétation. La composition des plans de toutes ces œuvres extraordinaires, l’originalité des sculptures et des ornements éblouissants d’aspect, taillés dans la pierre, excitent au plus haut degré la curiosité des voyageurs. On voudrait connaître les dates d’origine de ces monuments qui témoignent d’une civilisation raffinée, malheureusement on n’a rien trouvé jusqu’ici qui puisse préciser d’une façon certaine l’époque de la construction de ces merveilleux édifices. Il existe cependant un document important déposé dans le trésor du roi du Cambodge, Norodom. C’est la chronique royale ou Pon-tfsa-Voda, composée de deux parties. La première donne un aperçu entièrement formé de récits fabuleux énumérant les événements qui se sont passés depuis la naissance du Cambodge jusqu’en l’an 1340 de notre ère. La seconde, commençant en 1340, va jusqu’à la période moderne. Les annales chinoises et annamites, d’antiques manuscrits conservés par quelques chefs des Bonzes, peuvent encore fournir des documents incertains sur le premier âge du pays des Khmers.
- MM. J. Moura et Aymonier ont obtenu du roi Norodom l’autorisation de faire traduire le Pongsa-Voda; en consultant leurs ouvrages, j’ai recueilli les principaux faits pouvant servir à assigner _dcs dates approximatives aux monuments remarquables qui ornaient l’antique capitale des Cambodgiens.
- L’histoire du Cambodge a eu trois époques principales. Les habitants d’origine étaient composés de peuplades sauvages qu’on suppose avoir été les Samrès; ils avaient foi dans le mystérieux culte du serpent. Ces Samrès furent subjugués par une invasion du peuple kham, venu du royaume de Khomerat, situé sur les frontières de la Chine, en l’an 500 (av. J.-C.). Les Khams, mélangés aux Samrès, avaient su créer un Etat prospère qu’on nommait le Kutch-Tbloc, mais ils restaient primitifs. La dynastie de leurs rois eut une durée de cent ans.
- En 443 (av. J.-C.), Préa-Thong, prince hindou, fils du roi de lndraprastha (Delhi), en révolte ouverte contre son père, chassé par lui de son pays, fut forcé d’émigrer avec un grand nombre de ses concitoyens dans le sud de l’Indo-Chine. Il se fixa dans le Kutch-Thloc, à Coukhan, apportant avec lui les idées de progrès et les connaissances artistiques de son pays d’origine. Préa-Thong et ses compagnons, étaient brahmanes, comme le peuple kham l’était, dit-on, également. Des dissensions ne tardèrent pas à s’élever entre ces peuplades différentes. Les Khams, vaincus, se retirèrent dans les provinces du Laos inférieur. Préa-Thong, résolu à vivre pour toujours dans le
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- pays, épousa la fille d’un des principaux chefs du Kutch-Thloc. Il se fit proclamer roi sous le nom de Préa-bat-Tivong-as-char et appela son royaume Crung-Kampuchéa (Cambodge). Ces mots, dérivés du pâli, veulent dire : Royaume sorti des eaux.
- La légende précise le fait d’une façon fabuleuse. Elle présente la fiancée du prince, la princesse Suwan-Néakéa, sous la forme de la fille du roi des Dragons, qui avait le pouvoir de commander aux eaux de la mer, de les faire reculer au loin et de faire surgir de terre un palais et une forteresse pour loger les nouveaux époux.
- Si nous écartons le côté merveilleux de ces récits, il reste des faits qui peuvent passer pour être historiques.
- Le roi de Crung-Kampuchéa, aidé de ses nombreux compagnons d’émigration,forma des ouvriers indigènes. Les fondations de sa forteresse, de ses palais et de ses temples purent être commencés sur les terres fertiles que la mer laissait de jour en jour à découvert en se retirant dans cette partie du territoire, comme cela est démoniré aujourd’hui. Les Cambodgiens s’accordent à dire que les ruines considérables connues sous le nom de Angkor-Thom sont précisément celles des antiques constructions entreprises par le roi Préa-Thong et ses successeurs, ou, suivant la légende, celles que le roi des Dragons fît surgir de terre.
- La fin de la dynastie de Préa-Thong fut marquée par des événements funestes. En l’an 125 (av. J.-C.), le peuple khmer eut à subir une invasion des Chinois, et, en l’an 43, une autre du roi des Ivhams. Il est permis de présumer que la citadelle d’Angkor-Thom et ses principaux monuments, construits pendant la longue période de paix qui eut lieu dans les premiers
- temps de la dynastie de Préa-Thong, étaient terminés avant ces époques troublées.
- La ville forte, ou la Pon-Teay de Angkor-Thom, mesure près de 12 kilomètres de périmètre. Ses murailles de 6 mètres de hauteur sont entourées d’un fossé de 120 mètres de largeur sur 4 mètres de profondeur. Nous donnons l’aspect de la porte d’entrée qui conduit dans l’antique forteresse du côté sud (fig. 1). On distingue, malgré l’état de ruine où il
- se trouve, le dôme qui la surmontait. II représente la tête de Brahma, dont les quatre faces sont orientées aux quatre points cardinaux. Ces têtes étaient coiffées d’une tiare figurant des tours. Onremarqueplus bas une sorte de frise, composée des personnages divins dans l'attitude de la prière. Représentés seulement jusqu’à mi-corps, ils semblent sortir du centre d’une fleur de lotus. Parmi les parties ruinées, on voit encore les restes , des motifs qui accompagnaient d’une façon si originale les bas-côtés de cette entrée majestueuse. C’est un énorme éléphant tricéphale, Airawaddi, l’éléphant favori de Si va, dont on devine les têtes, sur lesquelles on remarque les restes brisés des trois divinités qui semblaient le conduire.
- Un officier chinois, qui voyageait au Cambodge au treizième siècle, écrivit une relation ayant pour titre : Tchin-la-foung-Thou-Ki (Description du Cambodge), traduite par M. Abel Remusat, on lit avec curiosité la description de l’entrée de la citadelle de Angkor-Thom, qui était encore intacte à cette époque. En voici un extrait :
- « La capitale a 20 lis de tour, elle a cinq portes Au delà des portes, est un grand fossé et au delà du fossé des boulevards de communications avec des
- Fig. 1. — Porto d'entrée, côté sud, do la forteresse de Angkor-Thom (Cambodge siamois). (Dessin d’après nature de M. Albert Tissaiidier.) . .
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- Fjir. 3, _ Dômes aux quatre faces (le Brahma, vus de la terrasse supérieure de Banh-Yong. (Cambodge siamois.)
- , (Dessins d’après nature de M. Albert Tissandier.)
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- grands ponts. De chaque côté sont 54 statues représentant des divinités. Les arches sont figurées en forme de serpents; chaque serpent a neuf têtes et on défend aux passants d’en approcher. Les 54 statues tiennent toutes un serpent à la main. Des deux côtés de la porte sont des figures d’éléphants taillées dans la pierre. »
- Actuellement, les ruines de quelques statues brisées qui ornaient les ponts, les murailles et les figures d’éléphants, sont les preuves de la sincérité du récit de l’officier chinois.
- De l’antique ville de Angkor-Thom, dont les maisons étaient construites en bois avec toitures de chaume, il ne reste plus aucune trace. L’emplacement du palais des rois est encore visible sous la végétation. On découvre les vestiges des anciennes terrasses, des chaussées de pierre et de décombres considérables. Avec les murailles d’enceinte et leurs portes triomphales, quelques monuments importants subsistent encore, quoique bien ruinés. Ces monuments peuvent s’énumérer ainsi : Les édifices de Piméanacas (lieu élevé) et de Bapuon, formés tous deux de terrasses superposées, ne paraissent pas avoir de caractère religieux. Les hautes murailles couvertes de bas-reliefs sur lesquelles on voit la statue célèbre du roi lépreux, quelques restes de palais et les terrasses dites des Dam-reys (éléphants). La figure 2 montre une partie de leurs sculptures remarquables. Ce sont les bas-reliefs de la face sud. Des éléphants plus petits que nature, sculptés en haut relief, formaient les angles de cette terrasse qui était terminée par un perron de pierre. Elle conduisait à Bapuon. Banh-Yong enfin, le plus intéressant monument de toute la contrée, qui dépasse en originalité tout ce que le peuple khmer a pu créer, termine la nomenclature des ruines les plus curieuses enfermées dans Angkor-Thom.
- L’édifice de Banh-Yong (belle vue) n’était pas uniquement religieux, les Khmers le considéraient aussi comme lieu de promenade et d’agrément. L’œuvre entière était vouée cependant à Brahma, comme tout l’indique dans les moindres parties des constructions. Les ruines occupent une surface considérable.
- Les façades de sa deuxième enceinte ont un développement de plus de 150 mètres sur 140 de côté. Celles de la base du sanctuaire ont 76 mètres sur 85. Elles offrent aux yeux des perspectives splendides. Les mûrs intérieurs de ces portiques sont occupés par une série de bas-reliefs. Les décombres des voûtes écroulées en cachent malheureusement une grande partie. C’est dans ces lieux que les habitants d’Angkor-Thom venaient rêver et occuper leurs loisirs. Ils avaient l’agréable vue des jardins et, tournant leurs regards vers les murailles, ils pouvaient contempler les sculptures représentant les scènes fariiilières de leur existence : la chasse, la pêche, les luttes ou la danse, puis les hauts faits merveilleux des héros et des dieux, décrits dans le poème hindou, le Maha-bharata. Malgré la forêt qui le ruine depuis bien des siècles, Banh-Yong possède encore presque tous ses
- dômes, ses terrasses et ses cours intérieures bordées de galeries. Les voûtes et les colonnades écroulées n’empêchent pas le voyageur de pénétrer dans la majeure partie de l’édifice;-il lui est possible d’eu saisir tout l’ensemble.
- Un mur bas servait de première enceinte. 11 enfermait deux vastes étangs placés dans un parc où se trouvaient sans doute les habitations des gardiens du sanctuaire. Une deuxième enceinte rectangulaire, avec de grands vestibules d’entrée reliés par des portiques, venait ensuite. Placée sur une terrasse élevée, ornée de balustrades et d’escaliers monumentaux, elle formait le premier étage de Banh-Yong. Intérieurement, ce deuxième mur d'enceinte, dont les parois dépourvues de tous ornements contrastent singulièrement avec la richesse des constructions centrales, contenait un magnifique jardin. Seize dômes, composés des quatre têtes de Brahma, reliés par d’élégants portiques, élevés sur un haut soubassement, constituent, avec quatre petites cours accompagnées de galeries et de sanctuaires, les premières bases du grand Préa-sat placé sur la terrasse supérieure. Dans ce groupe de constructions, les quatre dômes d’angles sont seuls sur un même niveau. Les autres s’élèvent graduellement en même temps que leurs portiques et les soubassements pour former un demi-étage condui-, sant à la troisième terrasse. Ces dômes et leurs galeries, ainsi que les cours intérieures, étant à des niveaux différents, communiquent entre eux par des escaliers ou par quelques marches seulement. Cet arrangement étrange, original, rend tout d’abord la compréhension du plan difficile et justifie le surnom de temple du jeu de cache-cache que les indigènes ont quelquefois donné à Banh-Yong.
- La terrasse supérieure est remplie par le sanctuaire dédié au Dieu suprême. Ce Préa-sat est accompagné de vestibules magnifiques qui indiquent sa principale entrée orientée vers l’est. Sur les autres côtés, de légers portiques le relient à des sanctuaires secondaires qui conduisent aux escaliers descendant aux galeries inférieures. Sous le grand Préa-sat était la salle mystérieuse où le jour ne peut pénétrer. Les lois brahmaniques en défendaient l’accès aux fidèles, elle renfermait l’image du Dieu. Le couronnement du Préa-sat est formé par un dôme s’élevant à plus de 40 mètres au-dessus du sol de la terrasse. 11 se compose des quatre figures colossales de Brahma, dont le front est ceint d’une tiare à quatre étages chargée de bijoux, surmontée elle-même d’une fleur de lotus. Elles dominent, à cette hauteur, les autres figures des 50 dômes groupés autour d’elles et s’étageant à leur pied. Pour le voyageur, le spectacle est unique au monde, lorsqu’il contemple toutes ces têtes divines à l’expression sereine et pleine de dignité. Leurs yeux, largement ouverts, semblent vous suivre dans votre marche sur cette plate-forme étrange, digne séjour du Dieu suprême des Hindous. Nous donnons (fig. 3) l’aspect d’une partie de ces dômes aux faces surnaturelles.
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- En dehors de l’enceinte de la forteresse d’Angkor-Thom, il existe sur le territoire du Cambodge siamois de nombreuses ruines qui occupent une surface considérable. Ce sont celles de Préa-Khan, de Ta-prôm (cité de Brahma), du monastère de Kdey, etc. ; Angkor-Vat enfin, la merveille restée presque intacte encore actuellement. Le royaume du Cambodge possède les magnifiques restes de Beng-Mealéa,de Préakane (Kompong-Soai), etc. Toutes ces ruines admirables sont moins anciennes que celles dont nous venons de parler. D’après les annales khmères et les autres antiques documents conservés, elles dateraient des premiers siècles après Jésus-Christ. Albert Tissaxdier.
- LES FRUITS DU CAROUBIER
- Les Caroubiers, qui font l’objet d’un important commerce dans le midi de la France, peuvent être employés à différents usages. Les Egyptiens utilisent la pulpe des Caroubes pour faire confire des tamarins et divers fruits de conserve. Les Orientaux se servent de la farine de ce fruit en la mélangeant au froment et à l’orge pour faire du pain qu’ils mangent dans les années de disette. On se sert aussi avec succès des Caroubes, dans le Midi, pour engraisser les animaux domestiques. Leurs gousses sucrées constituent l’avoine des chevaux dans le sud de l’Italie et souvent sur notre littoral méditerranéen.
- L’industrie emploie également ces fruits dans les contrées où l’arbre croît abondamment; on en extrait de l’eau-de-vie et l’on obtient, par une préparation particulière de la pulpe, un succédané du Café auquel on adonné le nom de Karouba. Cette substance est saine et économique.
- En médecine, la Caroube peut rendre des services à cause des propriétés laxatives renfermées dans la pulpe. On en prépare des sirops, des pâtes pectorales, des boissons mucilagineuses, des caramels, etc.
- On peut retirer, de l’écorce et des feuilles du Caroubier, du tannin pour la préparation des cuirs; du tronc, de la gomme qui peut servir à divers emplois, notamment dans la chapellerie; des semences, que l’on pulvérise dans l’eau, de la colle pouvant servir à coller le papier et le carton ; de la graine, une couleur jaune éclatante que l’on peut employer dans la teinture des riches étoffes. Enfin les Orientaux prétendent qu’avant sa maturité le fruit du Caroubier contient un suc pouvant guérir les verrues et faire disparaître les taches de rousseur1.
- HAUTEURS BAROMÉTRIQUES
- Pour le calcul des hauteurs barométriques, on fait généralement usage des tables de Mathieu, Plantamour, Radau, etc., calculées à l’aide des formules établies par Laplace et Bessel. Plusieurs formules simplifiées ont été proposées, entre autres par Babinet, le colonel Laussedat, applicables seulement à des altitudes ne dépassant pas 1000 et 1600 mètres.
- Ayant eu à déterminer les altitudes d’un grand nombre de points, pendant deux explorations faites en 1892 et 1894, sur le plateau central du Brésil, j’ai cherché à simplifier les méthodes usuelles de calcul, surtout dans l’hypothèse d’une seule observation (à la station supérieure),
- 1 D’après la Revue des sciences naturelles appliquées.
- et je suis arrivé à établir les deux formules que je donne ci-dessous et dont l’application est des plus simples. Désignant par :
- h la pression atmosphérique, réduite à la température centigrade t de l’air libre ; x la différence (760 —h),
- et supposant d’ailleurs la pression au niveau de la mer égale à 760 millimètres, nous aurons :
- (1) a = 10*+ 0,011.-c4
- (2) A = a + 0,001 a (0,01 a + 4 t),
- qui donnent, la formule ( 1 ) une altitude approchée a, en fonction de x, la formule (2) l’altitude correcte, en fonction de a et de la température t.
- Comme on le voit, ces formules sont d’une grande simplicité ; les résultats qu'elles fournissent ne s’écartent néanmoins que d’une quinzaine de mètres de ceux que l’on obtient à l’aide des formules exactes.
- Si l’on veut plus de précision, on peut ajouter à la valeur de a le petit terme de correction
- 12“ sm jÿ-
- En outre, si la pression atmosphérique 11 au niveau de la mer était différente de 760 millimètres, on appliquerait à a une deuxième correction, représentée par l’expression
- 10",5 (H — 760).
- Nous donnons ci-dessous une application numérique de ces formules à la détermination de l’altitude du sommet des Pyrénées (Brésil), faite le 18 septembre 1894. Données : h — 651,6 d’où x= 760,0 — 651,6= 108,4 t = 50°,6
- 10 x = 1084“,0 0,01 a = 12",2
- 0,011 af* = 129“,2 41 — 122", 4
- a = 1213".2 Somme = 134",6
- .0 • a 12 sm t-- = 10 + 10",3 0,001 a = 1“,225
- a (plus exacte) = 1223", 5 164", 6 Produit = 164",6
- A = 1588”,!
- Les tables de l’Annuaire nous avaient fourni, par une observation antérieure, faite le 8 août 1892, l’altitude A = 1585 mètres, soit un écart de 5 mètres, avec la valeur obtenue par nos formules.
- L’altitude du Corcorado a été trouvée ;
- par les formules ci-dessus A = 699ra,5 — — exactes 695m,4
- Différence 4“,1
- En résumé, nous croyons que ces formules, d’un emploi fort simple, pourront être appliquées, avec quelque avantage, surtout dans les cas de déterminations d’altitudes faites pendant les voyages d’exploration.
- L. Crues,
- Directeur de l’Observatoire de Rio de Janeiro.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- JOUETS EX MIE DE PAIX Dl’RClE ET COLORIÉE
- 1° Pétrissage. — Tous les objets doivent être de petite dimension, à cause du retrait qui se produit au séchage et qui les ferait fendre. Les légères crevasses sont sans importance; elles disparaissent lors du coloriage.
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- LA NATURE.
- La mie de pain (pain de ménage ordinaire, un peu frais) doit être Lien malaxée, par petites fractions, de façon à fournir une pâte plastique homogène. Cette pâte, roulée en boulettes parfaitement pétries, est facilement transformée en objets les plus divers, d’après les indications suivantes :
- Pomme. La boulette, un tiers plus grosse que celle figurée ci-dessous (fig. 1), est aplatie légèrement entre le pouce et l’index, comme la terre l’est aux deux pôles (fig. 2). On fait, à ces deux pôles aplatis, deux trous avec la pointe d’un crayon (fig. 3). Dans l’un de ces trous, on enfonce là queue de la pomme (morceau d’allumette ou brindille d’arbre), et l’on obtient le fruit représenté au n° 4.
- Poire. La boulette, posée sur la table, est pressée entre le pouce et l’index de chaque main pour former une pyramide quadrangu-laire (fig. 5). En arrondissant les angles avec le bout des doigts, on obtient la poire, que l’on perce avec le crayon et que l’on munit d’une queue, comme pour la pomme (fig. 6).
- 'Autres fruits : Les pêches, abricots, prunes, citrons, oranges, s’obtiennent d’une façon aussi simple.
- Saucisson, pain, etc. Une grosse boulette roulée avec la main sur la table s’allonge en prenant la forme d’un cylindre (fig. 7). On fait rouler ce cylindre en appuyant sur lui de place en place un coupe-papier non tranchant, ce qui donne les nervures du saucisson. On coupe ce saucisson en biais (fig. 8). Au lieu dé ces nervures, on peut faire des marques en biais, ce qui donne le pain long. Si l’on fait rouler le cylindre (fig. 7) en appuyant le doigt au milieu, il s’allonge en s’amincissant vers le centre (fig. 9), et finit par se couper en deux morceaux, donnant chacun une bouteille. On enfonce dans le fond la pointe du crayon, afin d’y faire un trou conique, et l’on pétrit l’extrémité du goulot avec un renflement imitant celui des bouteilles de vin de Champagne (fig. 10).
- Assiette. Aplatissez sur la table une boulette de
- mie de pain à l’aide du crayon fonctionnant comme un rouleau à pâtisserie. Quand votre pâte aura une épaisseur homogène d’environ un millimètre, posez dessus une pièce de dix centimes et découpez la pâte avec la pointe d’un couteau tout autour de cette pièce que vous enlèverez ensuite : vous obtenez ainsi un disque rond et plat qu’il faut maintenant transformer en une assiette creuse. Il suffit pour cela de placer, bien au milieu du disque, une pièce de 50 centimes, sur laquelle vous mettez le bout non taillé du crayon (fig. 11). Appuyez bien verticalement le crayon sur la petite pièce,
- et vous verrez les bords de l’assiette se relever d’eux-mêmes. Décollez la pièce avec la pointe du canif; l’assiette est terminée.
- Bougeoir. Aplatissez légèrement sur la table deux petites boulettes, de façon à obtenir deux pastilles un peu bombées; mettez dos à dos les parties arrondies, posez-les au milieu de l’assiette et traversez les deux pastilles et le centre de l’assiette par une grosse allumette-bougie. Vous aurez ainsi un bougeoir (fig. 12); l’anse, collée sur le bord de l’assiette, sera faite avec un boudin de pâte, très étroit, arrondi autour du crayon.
- Flambeau. Les deux pastilles qui ont servi pour le bougeoir peuvent seules, avec l’allumette, nous fournir un flambeau. L’allumette traverse complètement l’une des pastilles, fixée en son milieu, et le bout sera piqué dans l’autre, servant de socle.
- Tasse. Une carte de visite, servant de règle et d’équerre, vous permettra de couper dans la pâte, préparée comme celle de l’assiette, un rectangle que vous arrondirez en cylindre autour du crayon, en soudant les deux bords l’un sur l’autre (fig. 14). Roulez le cylindre sur la table pour rendre la soudure invisible, puis placez le cylindre debout sur la table, mettez-y une boulette de mie de pain (fig. 15) et pilonnez-la avec le bout non taillé du crayon; elle formera le fond de la tasse, qui s’y collera exactement. Un petit boudin de pâte,
- Fig. 1 à 22. — Détails de la fabrication des jouets en mie de pain. (2/5 de grandeur naturelle.)
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- collé avant de retirer le crayon, servira d’anse (fig. 16).
- Animaux. Quadrùpèdes et bipèdes sont aussi simples à faire que les objets ci-dessus. Pour un chat, par exemple, un gros boudin de pâte (fîg. 18) fournira le corps; une boulette sera la tète; on la pince à droite et à gauche pour obtenir les oreilles et on pétrit un peu le museau pour le faire avancer en pointe (fig. 17). Les yeux, le nez et la bouche sont marqués en creux avec la pointe du crayon; des bouts de crin simulent les moustaches. Les pattes et la queue sont faits avec des bouts d’allumettes, ainsi que le cou reliant la tête au corps; on entoure le cou d’un collier fait au moyen d’un ruban
- ou d’un brin de laine. On obtient alors le chat en entier (fig. 19).
- Pour fabriquer le poussin (ou tout autre oiseau) (fig. 221, enfoncez dans une boulette évasée en forme de pastille, et figurant le socle, deux bouts d’allumettes qui seront les jambes, au bout desquelles vous piquerez la bouIette(fig. 20), figurant le corps, et dont vous aurez pincé le bout pour l’aplatir en forme de queue. La tète est une boulette (fig. 21) reliée au corps par un morceau d’allumette; avec la pointe du crayon, vous y marquerez les deux yeux, qu’on peut aussi figurer à l’aide de deux perles noires; un bout d’allumette pointu sera le bec. Les pattes
- Fig. 23. — Joujoux eu mie de pain (méthode Tom Tit). (D’après une photographie.)
- se dessinent, sur le socle avec de l’encre ou de la couleur.
- Décoration. C’est ici qu’intervient le goût personnel de l’amateur, chacun pouvant colorier les objets au gré de sa fantaisie. Il faut attendre, pour cela, que la mie de pain soit bien durcie à l’air, ce qui a lieu au bout de trois jours. Couleurs à l’aquarelle, couleurs à l’huile, or ou argent en poudre, ou plus simplement les poudres de bronze et d’aluminium que l’on trouve aujourd’hui partout, contribueront à donner à ces petits objets un aspect des plus séduisants. Les bouteilles de champagne seront coiffées d’un morceau de papier d’étain; le même papier pourra être collé autour des saucissons, les transformant en produits de qualité supérieure.
- Conclusion. La fabrication des objets en mie de
- pain est pour les enfants une occupation très amusante, car elle leur fournit des joujoux fabriqués par eux-mêmes : elle ne salit pas et ne coûte rien. De plus, elle peut donner aux jeunes amateurs le goût du modelage, en les invitant à créer des formes vraiment artistiques. Ace titre, elle mérite d’être recommandée aux jeunes lecteurs et lectrices de La Nature.
- Elle a été indiquée en détail par notre collaborateur, M. Arthur Good (Tom Tit) dans son album : « Pour amuser les Petits ».
- Notre dessin d’ensemble (fig. 23) représente, d’après une photographie, un certain nombre d’objets en mie de pain confectionnés d’après les principes ci-dessus.
- Les fruits, pains, gâteaux, les bouteilles, tasses, assiettes, bougeoirs, ainsi que la charcuterie (jam-
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- bons, saucissons, saucisses et boudins), peuvent être fabriqués par des enfants de six à huit ans ; les animaux (poule, poulet, poisson, chats, pigeons, souris, etc.), ainsi que les légumes (carottes, navets, radis, asperges, melons), exerceront les petites mains de huit à douze ans; enfin les pièces plus compliquées : casseroles, cafetière, bouillotte, moulin à café, etc., ne sont pas indignes de tenter les grandes personnes, amies des petits travaux manuels.
- l)r Z...
- L’ÉCLIPSE TOTALE DE LUNE
- DU 11 MAUS 1895 OBSERVÉE A ANGERS1
- lh5. (Heure de Paris). Couronne lunaire — petit halo — légèrement'colorée. — 1h 18. On ne voit pas encore paraître la pénombre. La couronne se dédouble, l’anneau intérieur seul coloré. — lh55. La pénombre paraît. Elle ne cache pas, avant d’étre sur le disque, Panneau coloré ni l’extérieur du halo. — 2 heures. La pénombre avance sans contour net, assez noire. —2h 12. Entrée dans l’ombre. La ligne de séparation bien nette. Le halo a disparu. — 2h20. L’éclipse grandit vivement. On distingue bien le bord éclipsé de la Lune. — 2h50. La moitié environ de la Lune éclipsée. L’ombre devient rougeâtre ; la ligne de séparation un peu verdâtre. On voit toujours le bord éclipsé; le ciel est clair. — 2h 40. Dans ma lunette (grossissement 150 diamètres), la ligne de séparation arrive près de la Mer des Crises. On ne distingue aucun détail de la surface lunaire sous l’ombre intense. Cependant le bord éclipsé se voit encore en partie. Tout près une petite étoile du Lion, sortant du disque lunaire, côté éclipsé.— 5 heures. Eclipse à peu près complète. L’ombre est très rouge et le peu de blancheur qui reste paraît verdâtre. Toutes les étoiles du ciel reparaissent. — 5h5. Bien que totalement éclipsée, théoriquement, la Lune ne disparaît pas complètement. La lunette montre encore l’espace entre la Mer des Crises et le bord lunaire blanc jaunâtre. Tout le reste du disque très rouge brique. — A ce moment passe une bande de gros oiseaux, probablement des grues. On ne les voit pas, mais ils crient fort et la direction de leurs voix indique qu’ils viennent de l’est ou du sud-est, et que pendant quelques minutes ils sont arrêtés. Je ne puis dire si la bande recula ou continua sa route, les cris ayant cessé subitement pendant l’arrêt. Une brume basse monte et s’épaissit vite. — oh20. La Lune ne se voit presque plus à l’œil nu. La brume va bientôt arriver devant. —5h55. La Lune ne se voit plus à l’œil nu; légère tâche blanc-jaunâtre dans la jumelle. La brume l’a envahie et tout l’ouest.
- Remarques. — 1° La Lune n’a paru s’obscurcir que 25 minutes après l’entrée théorique dans la pénombre ; 2° je n’avais pas encore vu la couleur rouge brique si intense, ni les nuances diverses dont se teintait la ligne de contact, s’estompant et prenant, par moments, un ton
- 1 À Paris, les astronomes s étaient préparés; à l’Observatoire tout était prêt, mais le ciel resta brumeux la nuit entière. Il en fut de même à l’Observatoire d’astronomie physique de Mcudon, où M. Janssen espérait recueillir des documents intéressants et s'était préparé pour des observations photographiques et spectroscopiques. Pendant la totalité de l’éclipse 31. Janssen n'a pu apercevoir la Lune qu’à de rares intervalles et seulement pendant quelques instants. Les observations ne purent se réaliser. La ville d’Angers fut. plus favorisée que Paris, la notice ci-dcssus va le montrer.
- livide, assez largement répandu; 5" la double couronne de halo, avec coloration spectrale pour l’anneau intérieur; 4° le passage, les cris et surtout l’arrêt de la bande de grues. Cet arrêt peut être dû à l'aspect effrayant de la Lune au moment de ce passage. En somme c’est la plus intéressante éclipse de Lune que j’aie vue jusqu’ici.
- J. Quélin,
- Directeur de l'Observatoire municipal d’Angers.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 mars 1895. — Présidence de M. 3Iarey.
- La consommation de matières fertilisantes far la vigne. — M. Dehérain fait connaître de nouvelles recherches de M. Muntz sur les exigences de la culture de la vigne relativement aux matières fertilisantes. Celles-ci ne sont pas en rapport direct avec la récolte. Ainsi, pour un rendement faible en 1892 et fort en 1894 de la même vigne, les quantités d’azote consommées sont semblables; seules les quantités de potasse diffèrent. Ce sont les feuilles et les sarments qui concentrent les principes fertilisants dans leurs tissus. Le vin n’en renferme que de très minimes proportions, et, à ne considérer que ce qu’il en retire de l’exploitation, on serait tenté de croire que la vigne est une des cultures les moins exigeantes. Les viticulteurs savent cependant qu'il n’en est pas ainsi et donnent aux vignes d’abondantes fumures. La théorie d’une restitulion en rapport avec les produits de l’exploitation est donc ici en complète contradiction avec la pratique. Enfin les vins de la Bourgogne et du Môdoc se distinguent très nettement des vins communs du Midi par leur richesse en matières azolées et phosphatées, et celte corréla lion donne lieu de penser que l’augmentation de ces substances contribue à l’amélioration de la qualité des vins.
- Une combinaison de l'argon. — M. Berthelot, ayant eu à sa disposition une petite quantité d’argon, a essayé d’opérer la combinaison de ce gaz avec un autre corps. L’expérience était d’autant plus délicate que M. Berthelot ne disposait que d’un volume de 37 centimètres cubes dont la moitié a été sacrifiée à des expériences préliminaires. M. Berthelot a choisi pour ses essais la benzine, qui entre très aisément en combinaison avec l’azote sous l’influence de l’effluve électrique, c’est-à-dire sous l’influence de l’agent de combinaison le plus énergique, selon la remarque de l’auteur. L’effluve électrique permet en effet d’opérer à la température ordinaire, et par suite d’obtenir des composés instables qu’une température plus élevée détruit. Dans une petite éprouvette placée sur le mercure, M. Berthelot introduit l’argon et la vapeur de benzine. Le mélange est traversé par l’effluve électrique ; au bout de dix heures, 11 pour 100 du volume d’argon sont absorbés. La tension a été alors augmentée et une nouvelle fraction du volume d’argon s’élevant à 25 pour 100 est entrée en combinaison. Des essais successifs portant sur les résidus ont finalement conduit 31. Berthelot à combiner 85 pour 100 du volume primitif, d’argon. Le résidu soumis à l’analyse,eudiométrique contenait loT0l,5 d’hvdrogène, lï0,,5 de vapeur de benzine et 17 d’argon. Le produit de la combinaison est une matière brune analogue à celle que donnent l’azote et la benzine, elle est insoluble et dégage quand on la chauffe des vapeurs alcalines.
- Application thérapeutique des courants de haute fréquence. —_ 31. d’Arsonval rappelle les expériences
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- LA NA TU HE.
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- réalismes à l’aide des courants de haute fréquence. L’expérimentateur étant placé au centre d’un solénoïde parcouru par des courants de haute fréquence et d’intensité très forte, des courants induits se manifestent sur lui sans qu’il en éprouve aucun inconvénient. Ces courants peuvent être mis en évidence en formant un circuit avec les bras, circuit que l’expérimentateur ferme'en tenant avec les mains une lampe à incandescence : on voit alors celle-ci s’allumer. De plus il a démontré que la quantité d’oxygène absorbé par la respiration croit dans ces conditions, ainsi que la quantité, d’acide carbonique dégagé. La quantité de chaleur émise est également augmentée. MM. Apostoli et Berlioz viennent d’entreprendre une série très nombreuse d’expériences confirmatives de ces faits physiologiques. De plus, dans 246 cas, les urines ont été analysées et la règle générale qui ressort des analyses, c’est que la quantité d’urée est augmentée, tandis que celle d’acide urique est diminuée. Dans des cas où le rappoit des poids d’urée et d’acide urique était respectivement de 1/18, 1/20 et 1/25, sous l’influence des courants induits, ces rapports ont été ramenés à 1/40 au bout de 25 séances d’un quart d’heure chacune.
- Action des solutions salines faibles sur la digestion des matières albuminoïdes. — M. Dastre a déjà étudié l’action des solutions salines concentrées sur la digestion des matières albuminoïdes et en particulier de la fibrine. Les résultats obtenus étaient peu applicables à l’être vi-vivant, car les liquides de l’organisme ne sont que des solutions salines faibles. 11 a donc recommencé toute une série d’expériences qui l’ont conduit au même résultat, c’est-à-dire à constater la formation de peptones. La difficulté était d’écarter les agents perturbateurs, microbes et ferments solubles, dans des expériences prolongées à la température de 40°. Non seulement il a imaginé, dans ce but, des dispositions spéciales, mais il a vérifié chaque expérience par des cultures et il n’a admis que celles qui avaient donné des preuves négatives.
- La décomposition du temps par les pianistes. — M. Marcy signale une Note relatant une ingénieuse application de la méthode graphique à l’étude des phénomènes moteurs. 11 s’agit cette fois de l’aptitude des musiciens à diviser volontairement la durée. Un pianiste exercé s’est prêté à l’expérience. L’artiste a été installé devant un piano dont les touches en s’abaissant venaient buter sur un tube de caoutchouc rempli d’air qui, par un mécanisme approprié, venait tracer une ligne sur un tambour inscrip-leur. 11 a été ainsi constaté que l’artiste pouvait régler à volonté la durée de notes successives avec une approximation de ± O9,01.
- Élection. — M. Adolphe Carnot est élu académicien libre, en remplacement de M. de Lesseps, par 50 voix contre 9 données à M. Lauth et 7 à M. Rouché.
- Varia. — M. Gonessiat se prononce en faveur de l’hypothèse de la variabilité des Latitudes terrestres et en fixe l’amplitude à 0,175. — M. Andrade, professeur adjoint à la Faculté de Rennes, présente une Note sur la loi de variation du potentiel d’une surface électrisée.
- Cil. DE VlLLEDEUlL.
- CHRONIQUE
- Grandeur des étoiles de neige. — Le 7 janvier 1895, à Moulins, les cristaux de neige tombèrent avec persistance pendant plus d’une heure, de 2 heures à i 5
- de l’après-midi. Le ciel était couvert, gris uniforme, l’air presque en repos et la température comprise entre — 4° et — 5° pendant toute la durée des observations. Ce jour-là, vers 2h50, nous avons pu mesurei deux étoiles hexagonales de neige, isolées, entières, peu ajourées, de figure régulière et parfaite, dont le diamètre s’élevait pour l’une à 0m,01() (un centimètre) et pour l’autre à 0m,011 (onze millimètres). Ce sont les plus grandes dimensions qu’il nous ait été donné de relever jusqu’à présent. Au cours du grand hiver de 1890-189 !, nous avions trouvé comme maximum 0”,008 (huit millimètres) *, et 0"1,009 (neuf millimètres)2 pendant l’hiver de 1891-1892.
- G. de Rocquiony-Adansox,
- à Moulins (Allier).
- Situation des vignobles de l*ile de Chypre. —
- Les vignes ont été visitées en 1895 par M. Mouillefert, professeur à l’École nationale d’agriculture de Grignon, envoyé en mission à Chypre, sur la demande du Gouvernement anglais. Il a reconnu l’existence de plusieurs maladies, notamment de l’oïdium, mais jusqu’à présent File n’a pas été touchée par le phylloxéra. Les mesures actuellement en vigueur pour préserver l’ile de ce fléau remontent à 1890. Files prohibent l’importation dans le pays des graines, des arbres, des fleurs coupées et en pots, du foin, des fruits, des herbes de toute espèce, des légumes frais, de la paille, des boutures d’arbres, des produits horticoles et maraîchers, provenant de l’Asie Mineure, de l’Autriche, de l’Espagne, de la France, de la Grèce, de l’Italie, du Portugal, de la Roumanie, de la Russie, de la Syrie et de la Turquie d’Europe. La superficie totale des terrains plantés en vignes est environ de 584 hectares et la production officiellement constatée, en 1890-1891, a été la suivante : Vin de consommation, 3186 hectolitres; autres vins (environ), 158 000; eaux-de-vie (environ), 720 500 litres. Le tout représentant une valeur de 1 502 000 francs environ.
- Le carbure de calcium et l?acétyléne. — Comme conséquence des études poursuivies récemment en Amérique sur la fabrication au four électrique du carbone de calcium et sa décomposition en chaux et gaz acétylène au contact de l’eau3, on annonce la formation d’une compagnie organisée sous le nom caractéristique d'Electro-Gaz Compamj. Cette compagnie prétend fabriquer le carbure de calcium à raison de 12 dollars (60 francs) par tonne, en utilisant des chutes hydrauliques qui lui livreraient l’énergie électrique au prix — très bas à notre avis — de 5 dollars (25 francs) le cheval-an électrique.
- Dn volant en fil d'acier. — Tous ceux qui se sont plus ou moins occupés de mécanique connaissent les avantages mais aussi les dangers que présente, dans certaines industries, l’usage des volants d’un poids un peu considérable. L’intensité de la force centrifuge développée devient parfois, lorsque la machine atteint une haute vitesse, supérieure à la résistance de la fonte même dont est fait le volant, qui, dans ce cas, se brise en causant des accidents terribles. Un a tout dernièrement essavé aux ateliers de Mannesinann, en Allemagne, un nouveau système de volant en fil d’acier. Soumis à une série d’épreuves concluantes, il a montré des qualités de résistance pour ainsi dire illimitées. Le volant se compose d’un
- 1 Cristaux île neige et étoiles de glace, dans Ciel et Terre, du 16 avril 1891.
- 2 Cristaux de neige et étoiles de grésil, dans Ciel et Terre, du lor mars 1892.
- 3 Yoy. n° 1150, du 26 janvier 1895, p. 134.
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- LA NATUHE.
- moyeu en fonte sur lequel sont boulonnés deux disques en plaques d’acier de six mètres de diamètre. L’espace libre entre les deux plaques est rempli par du fil d’acier (n°5) enroulé très serré autour du moyeu. La quantité de til métallique ainsi enroulé s’élève à 70 tonnes et représente une longueur de 400 kilomètres. Cet énorme volant est animé d’une vitesse angulaire moyenne de 240 tours par minute. Sa vitesse à la périphérie atteint 195 kilomètres à l’heure. X. W.
- Un procédé de pèche original — 11 existe à Maurice et à l’île de la Réunion un petit crustacé, qui est aussi connu aux Antilles, et que l’on nomme camaron. Cet animal ressemble en petit au homard, mais à un homard d’eau douce, car il se rencontre dans les torrents et les rivières ; il est trois fois plus gros qu’une écrevisse de taille moyenne, et possède deux pinces de 25 à 50 centimètres. C’est un mets très apprécié, qui se vend aussi cher qu’une langouste ; mais ce n’est pas là ce qui nous intéresse : ce que nous voudrions signaler, c’est la façon originale dont on le pêche, d’après notre confrère le Conseiller du pêcheur. On commence par chercher un endroit d’une rivière coupée de petites cascades et où l’eau est plus profonde, plus calme et limpide; si l’on aperçoit les camarons se promener gravement sur le fond, on peut se mettre à la pêche.
- Les instruments sont bien simples : on coupe une baguette flexible de bonne longueur, puis on attache à un des bouts une sorte de liane mince, ayant la consistance d’une queue de cerise, et l’on y fait un nœud coulant. C’est la pèche au lasso. L’appât est constitué par du mais grillé et pilé; on en laisse tomber un peu sur une roche qui se trouve à quelque 50 centimètres du bord et l’on attend. Presque immédiatement les camarons, voyant ou sentant le maïs, s’approchent et se mettent à le manger. Il faut alors jeter le lasso dans l’eau et entamer une opération délicate : il s’agit de passer le nœud coulant autour de la queue du camaron, puis de le glisser de manière à l’amener vers le milieu du corps ; mais n’allez pas toucher la bête avec la baguette ou la liane, car d’un coup de queue subit elle serait bientôt hors du lien qui la menace. Quand on a réussi à amener le nœud coulant près de la jonction de la queue avec la carapace, on soulève vivement la baguette, le nœud se serre et le camaron est pris. Il paraît qu’on peut ainsi rapidement prendre ses deux douzaines de camarons. D. B.
- ——
- SCIENCE PRATIQUE
- PALMER A PRESSION CONSTANTE
- Tout le monde connaît ce petit instrument si pratique que l’on nomme un palmer et qui permet, à
- Palmer à pression constante de M. le capitaine Lcneveu.
- 1. Coupe intérieure montrant le mécanisme. — 2. Aspect extérieur.
- l’aide d’une vis micrométrique, de mesurer les diamètres et les épaisseurs avec une certaine précision; mais on ne peut obtenir une réelle précision que si la pression de la vis sur la butée reste constante. Dans la plupart des cas, cette pression ne varie presque pas, et les écarts sont négligeables. Mais il n’en est plus ainsi s’il s’agit de mesures de très haute précision, portant sur des centièmes de millimètre. Le capitaine Leneveu, que nos lecteurs connaissent par ses ingénieux appareils déjà décrits dans ce journal, a fait construire un palmer muni d’une disposition qui permet de maintenir toujours constante la pression dont nous avons parlé plus haut. La ligure ci-jointe nous représente une vue extérieure (n° 2) et une vue intérieure de l’appareil (n° 1). Ce palmer, comme tous les appareils de ce genre, est formé d’une vis micrométrique A avec tambour gradué et vernier. L’écrou C de la vis de butée B est pourvu d’un indicateur de pression, mobile autour d’un axe, avec transmissions par leviers D et E. Un ressort R, placé sur le côté, appuie légèrement sur la tige E et la maintient en place. Le prolongement de cette tige vient se déplacer en F sur une graduation disposée à cet effet. Les leviers sont logés dans l’intérieur du palmer et la graduation seule est apparente, comme le montre le n° 2 de notre figure. Au commencement d’une mesure, on règle la vis
- de butée à l’aide du bouton B jusqu’à ce que l’aiguille F se maintienne au zéro. Pendant la mesure, cette aiguille ne doit pas varier déposition; sinon elle indique une différence de pression. En prenant ces précautions, on arrive à des mesures de très haute précision, et dont les résultats sont comparables quand il s’agit de mesures faites par divers observateurs.
- Cet appareil est très sensible; il suffit de le tenir dans la main pendant quelques instants pour remarquer une déviation de l’aiguille; ce déplacement est causé par la différence de pression que produit la courbure du palmer sous l’influence de la dilatation. Les elfets ne sont certainement pas très considérables; mais ils sont indiqués très nettement pour une différence de température aussi faible. Voilà, certes, un petit appareil fort simple et bien utile pour des mesures précises. J. L.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanuieu Paris. — Imprimerie Laiiure, me de Fleurus, 9.
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- N" 1139. — 30 MARS 1895.
- LA NAT U H K.
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- GRAVURE SUR DIAMANT
- On croyait autrefois qu’il n’était pas possible d’opérer le perçage du diamant, et que cette pierre,
- qui est le plus dur de tous les corps connus, ne pouvait être gravée. On a bien trouvé aux Indes quelques diamants gravés grossièrement et on a vu aussi à l’Exposition de 1878 un diamant sur lequel était gravé le portrait du roi de Hollande, mais ce
- Spécimens des nouveaux bijoux en diamant, taillés, gravés ou polis. (D’après une photographie.)
- travail était très imparfait, et le diamant était plutôt dépoli que gravé.
- 11 n’en est plus de même aujourd'hui, et nous allons faire connaître des procédés nouveaux qui permettent à nos joailliers d’obtenir des résultats tout à fait merveilleux de perçage et de gravure. Nous avons été conduit à étudier cette intéressante question
- à la suite des Notices qui ont été publiées dans La Nature sur une bague en diamant1 qui avait été à tort attribuée à un joaillier d’Anvers et qui était l’œuvre de M. C. Bordinekx. Grâce à l’obligeance de M. F. Boucheron, un de nos joailliers les plus dis-
- 1 Yoy. n° 1128, du 12 janvier 1895, p. 110.
- 23» année. — t'r semestre.
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- LA NATURE.
- tingués, nous pouvons donner quelques-uns des délicieux et précieux objets que l’on arrive à confectionner. Notre gravure qui les représente a été faite d’après une photographie, nous allons en donner la description.
- N° 1, épingle de cravate représentant un yatagan dont la lame est un diamant mince ; la poignée est un rubis; n° 2, grande rondelle en diamant sur laquelle est gravée une pensée avec son feuillage; n° 3, épingle couteau formé de deux diamants; n° 4, épingle représentant une bicyclette, dont les deux roues sont deux rondelles en diamant, les rayons des roues sont figurés par des traits gravés sur le diamant, le petit disque est percé d’un trou; n° 5, épingle composée d’un diamant en forme de poisson, taillé et gravé ; n° G, broche composée d’un scarabée en diamant gravé (l’entourage est formé de saphirs et de brillants) ; nos 7 et 10, broches représentant des mouches dont les ailes sont des diamants plats taillés et gravés; nos 8 et 9, diamants plats gravés, les gravures se détachent en mat sur un fond poli ; les armes de la Russie gravées sur le n° 8 sont de la plus grande finesse ; ces armoiries sont compliquées et la gravure doit en être considérée comme un chef-d’œuvre; nos il et 15, boutons de manches de chemise en rondelles de diamants percées au centre; n° 16, bouton; n° 14, bague formée.d’un diamant plat sur lequel est gravée une couronne de comte; n’ 15, broche, deux raquettes formées de deux diamants plats; la résille est figurée par des traits gravés; n° 12, un anneau de diamant semblable à celui dont nous avons parlé, il est fait dans une rondelle perforée et dont l'intérieur est poli. Cette pièce est tout à fait remarquable. Il n’existe qu’un autre anneau en diamant qui a été fait après celui-ci et qui n’est pas poli à l’intérieur.
- Les diamantaires, avant notre époque, n’ont jamais obtenu le poli que sur des parties plates qui pouvaient s’appliquer sur une meule; mais, seul, M. Bordinckx père a pu obtenir le poli sur des parties concaves telles que dans le corps et la queue du poiôson, ainsi que dans l’anneau.
- Les gravures de ce praticien sont non seulement des lignes (roues, raquettes, ailes de mouche) ou des silhouettes (croix), mais encore elles présentent un certain modelé comme dans la pensée ou les armes de Russie et surtout dans le scarabée.
- Les procédés employés par lui sont spéciaux par la perfection des outils qu’il a construits; il a transmis à son fils ces procédés qui consistent dans un outillage fin, très soigné et très puissant.
- Les premiers diamants taillés en rondelles et percés au centre ont été taillés par la maison Boucheron en 1889 et employés dans des colliers de perles en plaçant les diamants entre les perles ; la taille et le perçage coûtaient alors fort cher; mais cet emploi a eu un si grand succès qu’aujourd’lmi les rondelles se taillent et se percent en grande quantité en Hollande, en Belgique, en France dans le Jura, et à des conditions de prix toutes différentes;
- le perçage seul a baissé environ de 80 pour 100.
- Toutes les pièces figurées sur la gravure ci-contre sont assez récentes ; elles datent de quatre ou cinq ans; mais elles doivent être considérées comme étant le résultat de recherches et d’essais faits pem dant vingt-cinq ans, par M. Bordinckx père.
- Gaston Tissandier.
- CODES ET VOCiBULURES
- TÉLÉGRAPHIQUES
- On peut remarquer dans la plupart des en-têtes de lettres des maisons de commerce anglaises une toute petite mention ainsi conçue : « Gode ABC », ou la désignation d’un autre code par quelques lettres déterminées ; et bien des gens se demandent ce que cela signifie. C’est très simple et en voici l’explication.
- Le télégraphe est une admirable invention, mais comme il a le tort de faire payer le mot à un prix fort élevé dans les relations internationales, les maisons de commerce ont de tout temps cherché à tourner la difficulté et ont entre elles des conventions, tout un système de communications en langage convenu ; on n’a pas pour but de rendre les télégrammes secrets, mais seulement d’en réduire la rédaction et le prix. Les maisons correspondantes ont chacune par devers elles un dictionnaire spécial, où un seul mot est indiqué comme l’équivalent d’une phrase entière; de sorte qu’un télégramme qui, en langage ordinaire, comprendrait quatre phrases de plusieurs mots, ne comprend en tout que quatre mots. Comme nous l’avons dit, les correspondants s’entendent d’abord en groupant et codifiant toutes les phrases qui peuvent se présenter dans leurs communications. Chaque Code doit exister en deux formes : 1° arrangement alphabétique d’après le mot essentiel de la phrase; 2° ariangement alphabétique d’après les mots du Code.
- D’après le Journal télégraphique, c’est entre 1805 et 1870 que ce curieux mode de correspondance a commencé de s’introduire dans les relations entre les Indes et l’Angleterre. Quelque temps après, on essaya d’imprimer et de répandre des Codes plus ou moins généraux, tels que ceux qu’on trouve indiqués dans l’en-téte des lettres de maisons de commerce. lien a surgi une multitude, principalement en Angleterre et aux États-Unis, tantôt traitant une spécialité, tantôt englobant toutes les parties du commerce, et allant de quelques centaines de phrases jusqu’à cent mille.
- Les administrations télégraphiques reçurent d’abord ces sortes de télégrammes comme chiffrés ou écrits en lettres secrètes ; on considérait que c’était du langage convenu, et dans le monde des commerçants on s’efforçait de développer ce système de sténographie télégraphique. Le nombre des mots employés augmentait continuellement, les mots étaient choisis dans toutes les langues, souvent même on employait des groupes de lettres sans signification en aucun pays, mais jouant le simulacre d’un mot. Il en résultait des formes bien souvent difficiles dans les transmissions télégraphiques. Enfin les commerçants ont adopté aussi des mots ne cori’espondant point à une phrase, mais servant à indiquer les différentes qualités ou quantités des marchandises, leurs prix de vente, etc.
- En présence de ce phénomène, les administrations télégraphiques ont d’abord restreint à huit le nombre des langues auxquelles on peut faire des emprunts pour le
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- LA NAT LUE.
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- langage convenu; puis, après de nombreuses hésitations, on a décidé, en 1890, que le Bureau international élaborerait un vocabulaire officiel contenant tous les mots admissibles dans le langage convenu. On croyait d’abord que le nombre de 100 000 mots suffirait, puis on l’a porté à 200 000, et aujourd’hui on croit qu’il sera nécessaire d’admettre 500000 mots.
- Le Bureau international s’est mis à l’œuvre et il a engagé un personnel supplémentaire d’agents allemands, anglais, espagnols, français, hollandais et italiens pour extraire des meilleurs dictionnaires les mots ayant au moins 5 et au plus 10 lettres et former les dérivés (déclinaison, conjugaison, comparatif, etc.). En deux ans ce personnel a extrait ainsi un peu plus de 500 000 mois. Dans chaque langue on éliminait les mots ayant trop de ressemblance typographique; on a réuni ces huit langues alphabétiquement et l’on a procédé à une élimination générale analogue. L'impression a commencé en mai 1894, et pendant ce travail on a encore supprimé 100000 mots. À la fin de septembre on a pu expédier le vocabulaire, vo'ume grand in-4°, de 856 pages, contenant 256 740 mots. Il est d’autant plus intéressant qu’il constitue le premier essai de ce genre. C’est un grand travail accompli.
- 11 contient encore quelques erreurs et des mots similaires à supprimer; mais il ne devient obligatoire qu’en janvier 1898 et l’on pourra d’ici là le modifier en tenant compte de l’expérience acquise. Il présente certainement des inconvénients résultant de la diversité des langues qui entrent dans sa composition, beaucoup de mots paraissant étranges à ceux qui ne connaissent pas la langue d’où ils proviennent; mais cela est inévitable si l’on vent atteindre un grand nombre de mots. Daniel Bellet.
- LINGE BRULÉ
- Nous reproduisons d’après la Revue de chimie industrielle la note suivante qui est due à notre célèbre chimiste M. A. Schlumbergcr.
- Ayant été consulté récemment par une personne qui avait à se plaindre de ce qu’on lui rendait souvent, soit d’un atelier de confection, soit de chez une blanchisseuse, du linge abîmé et troué, il m’a fallu rechercher les causes de ces accidents, qui avaient deux origines différentes. Dans un cas, j’ai naturellement recherché l’action de l’eau de Javel, et, pour démontrer que mon soupçon était fondé, j’ai, devant ma cliente, trempé les tissus dans une solution légère de bleu méthylène. En effet, partout aux alentours des parties brûlées, le bleu s’était fixé d’une façon plus intense qu’aux endroits sains. C’était là, pour moi, la preuve de la formation, à ces places, d’oxycellu-loses produites par la présence de l’eau de Javel. Pour le second cas, je fus tout d’abord intrigué; car, je n’ai pu trouver traces d’oxycelluloses, et, du reste, ma cliente me disait que ce linge n’avait pas encore été au blanchissage. Il y avait des traces cependant, et puisque le chlore n’y était pour rien, le coupable devait être un acide. La phénolphtaléine ne me disant rien, j’eus recours à une solution très faible de brésiléine pure ; en projetant au hasard des gouttes de cette solution rose sur le tissu, il a été facile de voir que la teinte rose se maintenait très vive aux endroits qui n’étaient pas brûlés, alors que le rose virait instantanément au jaune, là où il tombait sur des parties acides. J’ai conclu de cette réaction qu’on avait dû faire disparaître des taches, de rouille probablement, en employant de l’acide oxalique.
- LE PROLONGEMENT DE LA LIGNE
- DU CHEMIN DE FER DE SCEAUX
- jusqu’à la place médicis a PAIÎ1S
- Tous les Parisiens, et leurs hôtes, connaissaient la petite ligne de Paris à Sceaux, établie par l’ingénieur Àrnoux, en 1846. D’une largeur de voie de lm,75, munie d’un matériel spécial qui pouvait tourner dans les courbes de très faible rayon, cette ligne desservait la charmante banlieue dans laquelle s’égrènent Bourg-la-Reine, Sceaux, Fontenay-aux-Roses, Limours et Orsay.
- Le trafic de la petite ligne étant devenu relativement considérable, et le matériel étant très fatigué, la Compagnie d’Orléans, à laquelle ce petit chemin de fer appartient, décida un nouveau tracé supprimant les courbes de très faible rayon et ramenant les voies à la largeur normale.
- Puis, comme la tête de ligne était fort éloignée, à la place Denfert-Rochereau, on résolut de prolonger la ligne jusqu’à la place Médicis, au sommet du boulevard Saint-Michel. Ce projet fut l’objet d’un décret d’utilité publique à la date du 14 décembre 1889.
- Le travail est aujourd’hui terminé. Il a été exécuté sans jamais interrompre complètement la circulation sur les voies au-dessous desquelles s’étendait la nouvelle voie ferrée. Il fait un réel honneur aux ingénieurs qui l’ont étudié et mené à bien, notamment à M. de la Brosse, Ingénieur des Ponts et Chaussées, qui l’a dirigé avec une sûreté remarquable en sachant surmonter de nombreuses difficultés.
- Nous allons en passer en revue les différentes phases de la construction.
- Le tracé. — Comme le montre notre tracé (fig. 5), la nouvelle ligne part de l’ancienne gare de Sceaux, nommée gare Denfert-Rochereau. D’abord à ciel ouvert, elle s’engage bientôt dans une tranchée, puis dans un tunnel qui, avec de rares échappées, va nous conduire, sous la rue Denfert-Rochereau, l’avenue de l’Observatoire et le boulevard Saint-Michel, jusqu’à la place Médicis. La longueur totale est de 1700 mètres environ.
- La ligne s’enfonce systématiquement dans le sol, de façon à se trouver à 11 mètres au-dessous de la chaussée à la place Médicis. Cet enfoncement a été prévu afin de permettre le raccordement ultérieur de la ligne avec le prolongement d’autres lignes urbaines déjà commencées, dont l’ensemble constituera le début du chemin de fer métropolitain si ardemment souhaité pour Paris, et toujours ajourné.
- Les gares. — La nouvelle ligne comprend en tout trois gares: l’une à l’ancienne gare de Sceaux, c’est la gare Denfert ; l’autre, intermédiaire, à ciel ouvert, dite station de Port-Royal; enfin, la station du Luxembourg, station terminus, à la place Médicis. L’architecture de ces trois gares est légère et gracieuse : le fer y a été employé concurremment avec le bois, de façon à éviter tout aspect massif
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- de lourdeur. Ce sont bien là les stations d’une voie métropolitaine, avec de larges et faciles accès, permettant au public de monter ou de descendre sans presque s’en apercevoir.
- Il convient de signaler, à la station du Luxembourg, le revêtement des murs effectué avec des briques et des carreaux de porcelaine d’une éclatante blancheur. Sans dépense extraordinaire ni exagérée, ce revêtement offre de nombreux avantages; d’abord au point de vue de l’hygiène, car ces surfaces polies offrent de grandes facilités de nettoyage, ensuite au point de vue de l’éclairement.
- Le souterrain sera, cela va sans dire, éclairé à la lumière électrique, et la réflexion de la lumière sur ces blanches parois contribuera beaucoup, d’après les expériences faites, à illuminer les voies et les quais.
- Les travaux. —
- La construction de cette petite ligne, fort instructive par l’expérience que l’on y a acquise des travaux souterrains dans Paris, avait l'avantage de s’exécuter dans une partie élevée de la ville, en terrain sec, par conséquent, sauf quelques sous-infil-trations adventives.
- Mais elle avait l’inconvénient de se faire sous des voies très mouvementées, à passages nombreux de voitures et de tramways, et au-dessus des catacombes de Paris, qui ont creusé ce quartier, comme une énorme caverne, en tous sens.
- Le « ciel » des anciennes carrières ou catacombes se trouve au-dessous du rail, à une profondeur qui varie de 42 à 22 mètres. Dans les parties où ce « ciel », sorte de toiture, a été trouvé résistant et reposant sur des remblais sérieux, on s’est contenté de construire un mur, dans toute la hauteur de la
- carrière, en prolongement du piédroit de la voûte. Dans les parties douteuses, on a creusé des puits blindés, revêtus de maçonnerie et descendant, comme de véritables piliers ou pilotis, jusqu’au sol de la carrière.
- En ce qui concerne la voûte, ainsi que le montrent nos dessins, on a employé une méthode sûre et
- rapide, permettant, d’une part, la construction sans interrompre la circulation, d’autre part, la mise à profit du terrain lui-même pour servir de cintres à la maçonnerie.
- Voici comment on procède pour cette construction fractionnée.
- On creuse d’abord un fossé latéral dans lequel on établit le piédroit en maçonnerie de la voûte (fig. 1, n° 1), puis on ouvre la chaussée sur une moitié de sa largeur, en déviant sur l’autre moitié la circulation des voitures, tramways et piétons (fig. 4, n°2); sur le terrain, taillé en forme de voûte et garni d’une légère couche de ciment lissé, on édifie une moitié de la voûte que l’on relie au piédroit (fig. 4, n° 3). Quand cette maçonnerie a fait prise, on la recouvre et l’on dévie sur elle la cir-culation pendant que, de l’autre côté, on effectue le même travail de piédroit et de voûte (fig. 1, n° 4). Finalement, on obtient un tunnel rempli de terre : il n’y a plus qu’à le déblayer, à établir au fond son radier : il est terminé.
- Ce travail correspond à des terrassements considérables dont il n’apparaît, à la surface, que l'enlèvement des matériaux. Du 15 juin 1892 au 50 avril 1894, date à laquelle il se termina, le prolongement de la ligne de Sceaux a nécessité 209 564 journées de terrassiers, absorbé 70 000 mètres cubes de
- Fig. 1. — Détails du modo de construction du prolongement en voie souterraine du chemin de fer de Sceaux. La gravure ci-dessus montre dans les n°' 1, 2, 3 et 4 les dispositions successives qui ont permis pendant les travaux la circulation à droite, à gauche et au milieu de la chaussée.
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- LA N A TL 11 K.
- n
- meulière., 4000 mètres superficiels de moellons pi- sionné une dépense totale de terrassements et de qués, 250 mètres cubes de pierre de taille, et occa- maçonnerie de 4 700 000 francs. 11 convient d’ajouier
- Chemin de fer de Sceaux à la place Médieis, à Paris. Vue de la station souterraine de Médicis.
- (juc de fortes quantités de sable, de chaux et d’asphalte ont éternises en œuvre et que 950 tonnes de fonte environ, sous diverses formes, ainsi que 150 tonnes de fer environ, sont entrées dans la construction. On peut en conclure, en passant, combien des travaux
- s.jiaKxtvo. p|an général
- PLDenfert Âv®de
- damentale. Elle a été d’ailleurs étudiée à fond dans des exemples analogues à Londres et aux États-
- Unis; nos ingénieurs , suivant le terme consacré, n’ont pas eu « grand’chose «à chercher ». Sur le développement du prolongement de la ligne de Sceaux, sontédi-
- « * n.Uentert Av.de X* ' ClZ 1 *
- de ce genre, gc- __^robserv'^________boujj?___s^ _Mjchei________$______ lies Zo Kios(|ues
- néralisés dans Paris, donneraient de saine et
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- Gare du
- rectangulaires
- utile besogne à nos ouvriers ainsi i ' ! ; j ; : ; ——_i__ .-Trottoir.
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- matières pre- • iSi SS si 9S Si ^ SwJ «î 5
- Profil en long
- Tracé du chemin de fer de Sceaux au boulevard Saint-Michel.
- teriaux. Fif;
- Aération du
- tunnel. — L’aération d’un tunnel du genre de celui que nous venons d’indiquer, est une opération fon-
- destinés à servir de cheminées d’appel. De plus, la ventilation de la gare du Luxembourg , qui se trouve au sommet de cette grande cheminée, * sera assurée au moyen d’un puissant
- ventilateur installé dans la cave du bâtiment. Ajoutons que des locomotives spéciales « à gros
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- poumons », donnant à volonté peu ou pas de fumée, sont étudiées, en vue de ce service, par les ingénieurs de la Compagnie d’Orléans.
- Nos électriciens espèrent, à juste titre, que, dans un avenir prochain, sans exclure la libre circulation des locomotives à vapeur, la traction électrique par trolley viendra supprimer la fumée et la vapeur. La locomotive électrique, telle qu’on l’étudie et qu'on la projette, est assurément la locomotive métropolitaine par excellence.
- Conclusion. —Il est impossible de ne pas reconnaître, après avoir visité la voie ferrée souterraine dont nous venons de décrire les éléments principaux, avec quelle précision et quelle facilité peuvent s’exécuter dans une grande ville les travaux de ce genre. Certes, il est préférable, lorsqu’on le peut sans nuire à aucun intérêt ni matériel ni artistique, de déployer au grand jour les arcades d’un métropolitain aérien. Mais, quand on voit ce beau souterrain, large, aéré, imposant, on se rend un compte exact de l’inanité des arguments de ceux qui, opposés au principe fondamental d’une œuvre de ce genre, le comparent, dans leur imagination, à un vaste égout, à un labyrinthe, à un lieu rempli d'horribles ténèbres, d’humidité et de mauvaises odeurs. Le public, en apprenant rapidement à s’en servir, en sera bon juge; il en demandera bientôt le développement par cette grande voix qui s’appelle « l’opinion publique ».
- Le prolongement de la ligne de Sceaux est tout prêt à venir se raccorder, près de Cluny, avec l’amorce métropolitaine du chemin de fer des Moulineaux en construction et parvenue, elle aussi, à l’Esplanade des Invalides : il s’y raccordera, soit sur les quais de la Seine, soit sur le boulevard Saint-Germain. Puis, franchissant la Seine avec une pente très acceptable de 25 millimètres par mètre, ou par un beau viaduc, il ira se rejoindre avec les voies de la gare de l’Est et se raccorder sur la droite, s’il y a lieu, avec'celles d’Orléans. Prolonger, comme le projet en est fait, la ligne du Nord jusqu’à l’Opéra et jusqu’aux Halles, amener le prolongement des voies de Paris-Lyon-Méditerranée jusqu’au boulevard de Strasbourg, et celles de l’Ouest aussi jusqu’à la place de l’Opéra, ne sera pas bien difficile. Le métropolitain de Paris sera dès lors fait, et bien fait, sans qu’on s’en doute en quelque sorte. Quelques courbes de raccordement « en huit » lui donneront toute la puissance de circulation et d’expansion utiles.
- II est bien à souhaiter, et la chose est possible, que la plus grande partie de tout cela soit exécutée pour notre belle Exposition de 1900. Nos ouvriers y trouveront des travaux qui manquent à leurs bras courageux trop longtemps inoccupés; la partie la plus intéressante de la population de la grande ville, après le dur labeur quotidien, y trouvera les moyens de fuir les fléaux de l’alcoolisme et du vice; enfin Paris, qui doit rester la capitale du Monde, y trouvera une renaissance certaine et un merveilleux essor.
- Max de Nansouty.
- L’ALUMINIUM
- DANS LA CONSTRUCTION DES TORPILLEURS
- Un torpilleur de deuxième classe a été récemment construit pour le gouvernement français par MM. Yarrow et Cie; sa carène est presque totalement en aluminium, ainsi que de nombreux accessoires. Il est à peine nécessaire d’ajouter que ce n’est pas le métal pur qui a été employé, mais bien des alliages divers, et surtout l’aluminium à 6 pour 100 de cuivre, qui offre plus de résistance et de malléabilité. Les dimensions de ce petit navire sont 18 mètres de long, et 2m,80 de large.
- L’étrave et l’étambot sont en acier, ainsi que la cheminée jusqu’à hauteur du pont, la partie extérieure étant en aluminium. La partie du pont au-dessus des chaudières est en feuilles d’acier. La machine est du type Compound à triple expansion, et la chaudière du système Yarrow à tubes d’eau. Les membrures ont dans la plupart de leurs dimensions été augmentées d’environ 25 pour 100, et, malgré cet excès de métal, la faible densité de l’aluminium donne à la carène entière un poids qui n’est que la moitié de ce qu’elle eût pesé en acier. Le poids total du bateau en armement est de 9',5 sur lequel la chaudière, avec 45 mètres carrés de surface de chauffe, pèse 5 tonnes. L’alliage employé a une résistance à la rupture de 22 kilogrammes par millimètre carré. Les feuilles, cornières, etc., etc., ont été travaillées à froid sans difficulté ; ce même alliage est entré aussi en partie dans les détails du moteur.
- Il a été employé pour la construction de ce torpilleur pour environ 25 000 francs d’aluminium venu entièrement de France, au prix de 8 à 12 francs à l’état ouvré. M. Yarrow estime qu’à dimensions égales le coût d’un pareil navire dépasse le double de ce qu’il eût été en acier; mais en retour il y a des avantages tels qu’une augmentation de vitesse estimée de 5 nœuds 1/2, et surtout la remarquable absence de vibration en marche qui distingue ce bateau. Cet effet a surtout été constaté dans une expérience de vitesse à 16/17 nœuds, et il est attribué par M. Yarrow à l’excès d’épaisseur des membrures et à une élasticité moindre de l’alliage d’aluminium par rapport à celle de l’acier.
- Les essais officiels ont eu lieu devant une commission d’officiers de la marine française. On a obtenu dans ces essais une vitesse moyenne de 20 nœuds 1 /2, avec une charge de 5 tonnes à bord. L’on nous assure que des torpilleurs de même classe et de mêmes dimensions, faisant leurs essais dans des conditions identiques, n’ont pas dépassé 17 nœuds. Dans ces essais, qui ont eu lieu pendant six courses effectuées dans l’estuaire de la Tamise, la pression aux chaudières a été de 13 kilogrammes par centimètre carré au maximum et de 12ke,6 au minimum. Les vitesses maxima et minima observées ont été respectivement de 22”,22 et 18",94. L’essai consistait en une course non interrompue de deux heures de durée, mer calme, 17 personnes à bord, et un chargement de 5 tonnes. Durant l’essai de deux heures, les machines développèrent en moyenne 500 chevaux indiqués; elles firent 70 948 révolutions, correspondant à 591 tours par minute, donnant une vitesse moyenne de 20°,55. La chaudière fournissait simplement la vapeur sans projections d’eau ; la machine fonctionnait sans aucun échauffement, et la vibration n’était pas appréciable *.
- 1 D’après Engineering, de Londres, et le Bulletin technologique des écoles nationales d’arts et métiers.
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- DISTRIBUTION DE FORCE MOTRICE
- et d’éclairage par l'électricité
- L’énergie électrique se prête non seulement à la distribution de l’éclairage, mais convient également avec grand avantage aux distributions de force motrice dans les ateliers. 11 suffit en elfet d’établir une station centrale avec machines à vapeur de puissance élevée, et par suite à consommation économique. Ces machines à vapeur actionnent des machines dynamos qui transmettent par des canalisations appropriées l’énergie électrique aux machines réceptrices commandant les machines-outils ou engins divers répartis dans l’usine. Cette transmission électrique de l’énergie permet de supprimer plusieurs machines à vapeur de faible puissance/de les remplacer par une seule machine de puissance élevée, et de réaliser ainsi de grandes économies sur la consommation de vapeur et par suite sur la dépense de combustible. Il faut compter aussi avec les économies que l’on peut réaliser sur le personnel de surveillance et d'entretien. Les transmissions onéreuses par poulies et courroies peuvent être supprimées; en dehors des avantages qui en résultent pour le dégagement des ateliers, il faut remarquer que les»transmissions électriques donnent sur les transmissions ordinaires des économies variant de 15 à 55 pour 100 suivant la nature des installations et les durées d’utilisation.
- Les exemples de transmissions électriques de force motrice sont nombreux aujourd’hui ; en France, nous pourrions en citer dans les ateliers électriques de la Compagnie des chemins de fer du Nord, à Saint-Ouen-les-Docks, dans les ateliers militaires de Puteaux. Ces installations sont surtout répandues en Allemagne et en Suisse ; nous en avons déjà parlé précédemment1.
- Les grands établissements Weyher et Richemond, dont on connaît les belles usines de Pantin, ont fait, il y a peu de temps, dans leurs divers ateliers, une distribution d’éclairage et de force motrice, sur laquelle nous voulons attirer l’attention de nos lecteurs.
- Les ateliers Weyher et Richemond occupent à Pantin une surface totale d’environ 25 000 mètres carrés, et sont formés par plusieurs corps de bâtiments séparés. La force motrice était fournie autrefois dans ces divers bâtiments par 5 machines à vapeur avec transmissions par poulies et courroies : une machine à vapeur fixe monocylindrique de 80 chevaux, une machine fixe compound de 120 chevaux, et une machine mi-fixe compound de 50 chevaux. Les transmissions d’un bâtiment à l’autre étaient souterraines en plusieurs endroits.
- Ces diverses transmissions intermédiaires ont été supprimées, et on a conservé seulement les transmissions secondaires dans chaque atelier en commandant les divers groupes par des moteurs élec-
- 1 Voyez n° 1050. du 15 juillet 1895. p. 108.
- triques. Il en est résulté de meilleures conditions économiques d’exploitation.
- La distribution simultanée d’éclairage et de force motrice a été effectuée à l’aide des courants alternatifs diphasés. Avant de donner la description de cette installation, nous voulons résumer les principales raisons qui ont déterminé les établissements Weyher et Richemond à préférer les courants alternatifs diphasés aux courants alternatifs simples ou aux courants continus. Nous remarquerons que la maison Weyher et Richemond est constructeur également des appareils à courants continus ou alternatifs de la Compagnie électro- mécanique. Les principales raisons qui ont fixé le choix ont été énumérées par M. Boucherot, chef du laboratoire électrique de la Société, dans une conférence qu’il a faite sur le sujet à la Société internationale des Électriciens. Le prix d’achat est enyiron de 10 à 15 pour 100 moins élevé pour les alternateurs à courants diphasés que pour les dynamos à courants continus pour une même puissance; le rendement industriel est sensiblement le même, mais les dépenses d’entretien sont bien plus faibles avec les alternateurs à courants diphasés, puisqu’il n’y a pas de collecteur. D’autre part les génératrices et moteurs à courants polyphasés ont une puissance spécifique plus grande et un rendement plus élevé que les génératrices et moteurs à courants alternatifs simples. Les moteurs à courants polyphasés ont également un démarrage plus facile. Enfin les courants diphasés ont été choisis de préférence aux courants triphasés, parce qu’ils se prêtent plus aisément à des distributions simultanées de force motrice et d’éclairage, et parce que leur construction est également plus simple. Nous avons insisté un peu longuement sur les raisons qui ont conduit à préférer un système à un autre, parce que ces raisons nous montrent nettement, et avec preuves expérimentales à l’appui, les avantages et inconvénients respectifs des courants continus, alternatifs simples ou polyphasés.
- L’installation actuelle comprend une machine à vapeur unique, horizontale, monocylindrique à 4 distributeurs, d’une puissance totale de 400 chevaux à la vitesse angulaire de 60 tours par minute, mais d’une puissance de 200 chevaux seulement à la marche la plus économique. Cette machine à vapeur attaque une transmission intermédiaire qui commande à son tour par poulies et courroies une dynamo excitatrice à courants continus de 11 kilowatts, à 110 volts, 1 alternateur à courants triphasés pour essais, et 5 alternateurs à courants diphasés de 88 kilowatts, à 110 volts, à la vitesse angulaire de 400 tours par minute. Ces alternateurs sont à 12 pôles inducteurs et fonctionnent à la fréquence de 40 périodes par seconde. La figure 5 donne une vue d’ensemble de l’usine; à droite se trouve la machine à vapeur et dans^le fond sont installées les transmissions et les machines génératrices. A gauche est monté le tableau de distribution, sur marbre
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- blanc. D’un côté de ce tableau sont placés les interrupteurs des alternateurs, et de l’autre les interrupteurs des lignes; au centre sont disposés les voltmètres, ampèremètres et appareils de synchronisation servant au couplage en parallèle des alternateurs.
- L’éclairage des ateliers est assuré le soir par 00 lampes à arc de diverses intensités lumineuses et par 000 lampes à incandescence.
- La force motrice est répartie dans les divers ateliers par 17 moteurs, dont
- 4 de 50 chevaux pour les essais, i de 45 chevaux pour la grande chaudronnerie, 1 de 15 chevaux pour la petite chaudronnerie, 5 de 1,5 cheval pour le bobinage, 1 de 1,5 cheval pour la forge, 1 de
- 5 chevaux et 1 de 5 chevaux pour le montage,
- 1 de 8 chevaux et 2 de 1,4 cheval pour le pont roulant, 1 de 45 chevaux pour l’ancien ajustage,
- 1 de 20 chevaux pour les modèles, 1 de 50 chevaux pour l’outillage, et 1 de 50 chevaux et 1 de 20 chevaux pour la précision. La . puissance motrice totale installée est de 258 chevaux. Le moteur de puissance la plus faible, de 1,4 cheval, a un rendement industriel de 74 pour 100, et le moteur de 45 chevaux un rendement de 92 pour 100.
- Le rendement industriel de l’installation, ou rapport de la puissance utile sur la poulie des moteurs à la puissance totale sur la poulie des génératrices, est environ, à pleine charge, de 78,5 pour 100.
- Sans insister longuement sur les moteurs en eux-mêmes, nous dirons que pour éviter au démarrage une intensité trop élevée, on a soin de placer en
- dérivation sur chaque circuit une bobine de self-induction; à l’aide d’un dispositif convenable, on utilise à la fois les propriétés de la self-induction et
- de l’induction mutuelle.
- La fi g u r e 1 nous montre l’in— stallation d’un moteur de 50 chevaux dans l’atelier des machines de précision. On aperçoit le moteur fixé sur un socle en pierre et actionnant par courroie un arbre de transmission placé dans le fond. Sur le devant se trouve un tableau de distribution avec interrupteurs et appareils de démarrage.
- La figure 2 se rapporte au moteur de 5 chevaux qui commande un des mouvements de l’alésoir. Le
- moteur est placé sous un escabeau ; au premier plan à gauche sont les appareils de manœuvre.
- Dans les ateliers se trouve également un pont-roulant électrique de 15 tonnes, dont la figure 4 nous donne une vue d’ensemble, et en cartouche on distingue le détail du chariot-treuil. Les déplacements du treuil sont obtenus par deux moteurs de 1,4 cheval chacun, et le mouvement de levage est fait par un moteur de 8 chevaux.
- L’installation de MM. Weyher et Itichemond, que nous venons de décrire un peu longuement, est remarquable à tous les .points de vue, non seulement parce qu’elle constitue un des premiers exeriiples si intéressants- 'de l’utilisation des courants diphasés pour les transmissions de force motrice dans les ateliers, mais aussi parce qu’elle représente le modèle d’une installation établie dans de bonnes conditions et en vue d’un lonc-
- Fig. 1.—Vue de l'installation d’un moteur à courants diphasés de.50 chevaux pour les machines de précision. — Sur le devant, interrupteurs et appareils de démarrage.
- Fig. 2. — Installation d’un moteur à courants diphasés de 3 chevaux pour la commande de l’alésoir.
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- Fig. 3. — Vue (l'ensemble de la station centrale génératrice.
- A gauche, tableau de distribution; à droite, machine à vapeur; au centre, transmissions et alternateurs.
- • Fig. 4. — Pont roulant électrique à courants diphasés. En cartouche, détail du chariot-treuil.
- Distribution de force motrice et d’éclairage dans les ateliers de la Société des Établissements Weyher et Richemond à Pantin (Seine). '
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- tionnement économique. Elle permet d’utiliser également pendant la journée l’énergie électrique comme source de force motrice et d’en effectuer la distribution dans toutes les parties d’une grande usine de la façon la plus commode, la plus pratique et la plus avantageuse. L’énergie électrique en effet se prête aux applications les plus diverses et les plus variées, et ne se renferme pas seulement dans les applications à l’éclairage. Entre toutes, la distribution de force motrice aux machines-outils dans les ateliers est une de celles qui prendront rapidement la plus grande extension, malgré les difficultés de toutes sortes qui se présenteront et notamment les dépenses souvent élevées qui résulteront d’une nouvelle installation. J. Laffargue.
- LE DEPOT DES ORDURES
- DE I,A CITÉ DE LONDRES
- Les progrès incessants de l’hygiène donnent un intérêt chaque jour plus intense à toutes les questions relatives à la propreté des voies publiques et notamment à l’enlèvement des ordures dans les grandes villes. Divers systèmes sont employés : la destruction sur place des détritus et l’évacuation par voie ferrée ou par eau sur certaines zones définies semblent être les deux procédés les plus généralement préconisés en France et à l’étranger.
- Bien que Londres ne soit pas, au point de vue de sa voirie ou de son hygiène, une ville modèle, il nous a paru intéressant de donner à nos lecteurs quelques détails sur la manière dont la métropole anglaise, — la plus grande capitale du monde, — se débarrasse des immondices de toutes sortes qui s’amassent nuit et jour le long de ses 13 400 kilomètres de rues.
- Tout à côté de Waterloo Bridge, dans un quartier d’assez misérable apparence, se trouve le « dépôt », dont les quais bordent la Tamise sur une étendue considérable, et où sont apportées toutes les ordures ménagères et autres de la Cité proprement dite. Ce dépôt, qui occupe une superficie de près de deux hectares et demi et qui comprend un personnel de 700 agents de tous grades, dépend du service des égouts, quoiqu’il soit en réalité une véritable administration distincte. A l’entrée de cet immense local en grande partie couvert, ou a élevé des écuries pour les 96 chevaux et des remises pour les fourgons (sortes de charrettes fermées) destinés à l’enlèvement sur place des ordures déposées dans les rues de la Cité. Il y a encore une maréchalerie, une sellerie, des ateliers de peinture et de réparations pour le matériel.
- Afin d’expédier le service avec plus de méthode et plus de rapidité, la Cité est divisée en quatre secteurs à la tête desquels sont préposés deux contremaîtres, ayant sous leurs ordres un nombre déterminé de fourgons et de balayeurs par quartier. On se fera tout de suite une idée de l’importance du service, quand nous aurons dit à nos lecteurs qu’il entre au dépôt de Waterloo Bridge entre quinze et vingt voitures chargées par heure, jour et nuit, toute l’année.
- , Les détritus et rebuts amenés par les fourgons sont répartis en deux catégories différentes : les ordures végétales ou organiques et les ordures sèches appelées communément poussière. Au fur et à mesure de l’arrivée des charrettes, le cocher crie à voix haute la provenance et la catégorie de son chargement au contremaître de service
- à la porte, qui lui-même examine rapidement d’un coup d’œil le contenu du fourgon et le dirige vers l’une des trois équipes dont nous parlerons tout à l’heure.
- Notons ici que non seulement chaque quartier mais chaque rue un peu importante produit toujours à peu près la même catégorie d’immondices. Ainsi Wood Street donne une grande quantité de carton et de ficelle, floundsditch au contraire fournit une forte proportion de paille et de verre cassé, etc. De même, pendant la saison d’hiver, les balayeurs récoltent beaucoup de morceaux de charbon et il n’est pas rare que les trieurs en mettent de côté jusqu’à 4 hectolitres par jour.
- Suivons maintenant une voiture quelconque après qu’elle a franchi la grille du dépôt. Selon l’ordre du contremaître de service, elle se dirige soit vers les quais pour être déchargée dans un chaland, soit au magasin de triage, soit aux appareils d’incinération appelés « destructors ».
- La majeure partie des ordures végétales, après un tri sommaire, est directement déchargée, en même temps que les balayures des rues, dans un des chalands amarrés le long du quai. Il y en a 852 qui sont destinés à transporter ces ordures jusqu’ à certains villages situés aux bords de la Tamise, où des fermiers les achètent, comme engrais sans doute, au prix de 250 francs environ le chargement.
- Les voitures désignées pour se rendre aux appareils d’incinération viennent se ranger sous une puissante grue à vapeur, une équipe d’hommes dételle les chevaux, et les fourgons sont montés à l’étage supérieur d’un grand bâtiment, dans la hauteur duquel a été construit un four gigantesque, où les voitures, d’un mouvement de bascule, vident rapidement leur contenu et sont ensuite redescendues dans la cour. Ce four ne compte pas moins de dix foyers distincts. On recueille avec soin les cendres, que les briquetiers des environs achètent au prix courant de 2fr,15 les 13 hectolitres. On fait aussi une sorte de mortier avec ces cendres mélangées à de la chaux. Beaucoup d’entrepreneurs préfèrent ce mélange au mortier ordinaire.
- Détail curieux : malgré la haute température du four, les pièces de monnaie qui se rencontrent parfois dans les ordures incinérées sont toujours épargnées par le « des-tructor » ; les trieurs découvrent tous les jours dans les cendres des pièces de bronze, d’argent et même des souverains d’or absoluments intacts.
- Enfin, la troisième catégorie et non la moins intéressante est celle des poussières sèches, des déchets de toute nature, qui sont envoyés aux magasins de triage, vaste hangar couvert, d’une vingtaine de mètres de longueur, où s’agite une armée de vieillards, d’enfants, de femmes surtout. C’est une fascination étrange que celle que semble exercer sur l'esprit de ces malheureuses le pénible métier de trier les ordures de la Cité, dans l’espoir sans doute d’y faire quelque brillante trouvaille. 11 y a dans ce triste travail comme l’appât d’un jeu de hasard, la recherche de l’inconnu, la découverte possible d’une fortune, — qui sait?
- Et de fait, les trieurs font quelquefois des trouvailles bien inattendues, témoin ce paquet d’actions de chemins de fer américains, — titres au porteur représentant une valeur de 9000 francs, — qui fut découvert l’an dernier par une trieuse de Waterloo Bridge, sous un amas d’ordures sèches. Quant aux bagues, porte-monnaie, montres, boîtes de conserves non encore ouvertes, on en trouve à la douzaine. Nous arrêtons là une nomenclature qui comprendrait, si nous en croyons la statistique tenue par le dépôt, une variété presque infinie d’objets, depuis le carnet de chèques jusqu’à la paire de gants neufs.
- Il ne faut pas oublier qu’en outre de sa population fixe,
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- la Cité de Londres a une population flottante de près de 1 200 000 âmes. Un recensement, fait il y a quelques mois à peine, nous apprend que 301584 personnes des faubourgs de la métropole viennent quotidiennement à leurs affaires dans la Cité, et que toutes les vingt-quatre heures il s’y produit un mouvement de 92 372 voitures. Aussi ne s’étonnera-t-on guère de savoir que le balayage, l’enlèvement, l’évacuation et la destruction des immondices coûtent par an un peu plus d’un million de francs à la ville. A ce prix il convient d’ajouter les recettes diverses du dépôt dont nous allons parler et qui viennent en déduction des dépenses totales du service de voirie. En outre de ce que rapporte la vente annuelle des ordures distribuées par les chalands aux riverains de la Tamise, en outre des objets de valeur et des pièces de monnaie trouvés journellement dans les cendres ou le résidu des fours et vendus en fin d’année, l’administration du dépôt récupère une soixantaine de mille francs par an sous les différentes rubriques dont la liste suit : Vieux papiers, cartons, prix moyen : 14 800 francs; chiffons, 1200; bouteilles, 2700; ficelle, 4500; bouchons et cire, 1400; ferraille, 1600; verre, 2400; brosses et crins, 100; os, 900; livres, brochures, 700; cuivre, 500; plomb, 600; étain, zinc et scories métalliques, 400; bois, 400 ; couteaux, chaussures, boîtes de fer-blanc, 800; vieux outils, caoutchouc, 100; cendres, 27 500 francs.
- Le papier que l’on trouve, comme on voit, en assez grande quantité, est réuni en paquets de 254 kilogrammes et envoyé en Allemagne ou en Hollande où les fabriques le payent au taux de 12 à 15 francs la tonne. Les bons bouchons sont retaillés, les mauvais sont réduits en poudre et servent à la fabrication des paillassons et du linoléum. Les bouteilles d’eaux minérales non cassées sont en général rachetées par des maisons de gros moyennant 2f,',50 les douze douzaines. Les bouteilles d’encre sont vendues un bon prix, 10 centimes pièce. Un entrepreneur paye 25 francs par mois pour avoir le droit d’emporter toutes les boîtes de fer-blanc recueillies au dépôt. La ferraille se verni au taux de 9fr,35 la tonne, les chiffons, 15fl',60 les mille kilogrammes, et la ficelle se paye jusqu’à 125 francs.
- Ces chiffres suffisent, croyons-nous, à démontrer non seulement que toute chose en ce monde a son prix, mais que l’administration de Waterloo Bridge est comme une sorte d’immense bazar du vieux, où l’on sait tirer profit du plus humble objet avec une intelligente industrie, dont, nous l’avons vu tout à l’heure, le budget de la Cité et l’hygiène publique sont les premiers à bénéficier.
- X. West.
- LES APPAREILS DE DISTILLATION
- DANS LES LABORATOIRES
- Dans un grand nombre de préparations chimiques, on se trouve amené, pour effectuer des séparations ou des purifications convenables de certains corps volatils, à procéder à des distillations fractionnées. Quoique cette méthode ne suffise pas toujours pour opérer une séparation parfaite des divers éléments volatils mélangés, on est obligé néanmoins d’y avoir souvent recours, à défaut d’autre procédé. Les chimistes ont donc cherché à donner aux appareils de distillation le meilleur dispositif en vue dü fractionnement. C’est la description des derniers perfection-
- nements relatifs à ce sujet que nous voudrions présenter actuellement à nos lecteurs.
- Le problème de la distillation fractionnée est excessivement complexe. La séparation plus ou moins complète des divers éléments dépend d’une foule de facteurs : solubilité ou insolubilité des liquides les uns dans les autres, tension de leurs vapeurs, entraînement possible d’une vapeur par une autre plus volatile, etc. Toutes ces considérations et toutes ces difficultés expliquent suffisamment pourquoi l’on n’a pu jusqu’à présent, malgré toutes les tentatives, résoudre la question du fractionnement d’une façon parfaite.
- L’inventeur Édouard Adam, mort en 1807, avait déjà posé les principes à suivre pour obtenir la meilleure solution de ce problème si important. La séparation des parties les moins volatiles doit être obtenue : 1° par une condensation partielle des vapeurs ; 2° par des lavages méthodiques des vapeurs dans les liquides de condensations. C’est cet objectif qu’on s’est attaché à réaliser aussi bien que possible dans les appareils imaginés depuis.
- 11 y a une vingtaine d’années on se servait, pour la distillation fractionnée, du tube de Wurtz. La vapeur qui s’élevait du mélange bouillant à fractionner n’était pas condensée et recueillie directement, mais elle était « analysée » par le refroidissement, de façon à faire retomber dans le générateur la portion la moins volatile et à ne faire arriver dans le réfrigérant que la vapeur ayant résisté à la condensation. A cet effet le tube de Wurtz (fig. 1) était composé d'un tube assez gros sur lequel on avait soufflé deux ou trois boules et qu’on avait muni d’une tige latérale se rendant au réfrigérant. Ce tube était disposé par l’intermédiaire d’un bouchon percé d’un trou sur le ballon où se trouvait le mélange à fractionner. La partie la moins volatile de la vapeur produite se condensait dans les boules et retombait dans le ballon, tandis que la portion la plus volatile traversait les boules et se rendait par la tubulure latérale dans le réfrigérant à l’extrémité duquel on la recueillait après sa condensation. A l’extrémité supérieure du tube de Wurtz, on adaptait un thermomètre qui indiquait la température de la vapeur passant dans le réfrigérant.
- Cet appareil ne réalisait pas la seconde condition nécessaire pour obtenir un bon fractionnement : lavage des vapeurs dans les liquides de condensation. C’est cet inconvénient qu’on a cherché à éviter dans les dispositifs imaginés ensuite; on a imité le mieux possible sur une petite échelle les grands appareils distillatoires industriels à plateaux L'cronn et Cail, Dubrunfault, Savalle, etc.
- A cet effet, MM. Le Bel et Henninger ont imaginé un tube à boules spécial qui porte leur nom. C’est un tube constitué par une série de boules séparées par des étranglements où l’on dispose une petite corbeille de toile de platine ou un fil de platine roulé en spirale et muni d’une queue (fig. 2). Les étranglements successifs de haut en bas sont de plus en
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- plus petits, de façon à pouvoir introduire ces sortes de plateaux de platine par la partie supérieure. De plus, de la partie inférieure de chaque houle part un tube recourbé en siphon qui se rend à la houle immédiatement inférieure, enfin à la partie supérieure du tube est adaptée une tubulure se rendant au réfrigérant. Cet appareil étant adapté sur un ballon contenant le liquide à distiller, voici comment il fonctionne :
- Les vapeurs qui se dégagent se condensent partiellement dans les boules et les liquides s’accumulent sur les toiles de platine ; quand la quantité condensée dépasse une certaine limite, le tube
- siphon placé sur le côté s’amorce de lui-même et fait descendre l’excès de liquide sur le plateau inférieur. Chaque boule fonctionnant de cette manière, on comprend qu’en marche normale, les liquides condensés ne peuvent s’accumuler sur aucun plateau et que l’excès en retombe constamment dans le ballon. On obtient donc avec cet appareil, d’une part la condensation partielle des vapeurs, d’autre part le barbotage des vapeurs passant à travers les plateaux dans les liquides de condensation qui s’accumulent dans chaque boule.
- On rencontre dans le commerce des tubes Le Bel et Henninger à 1, 2, 5 ou 5 boules. C’est ce dernier
- Fig. 1 à 5. — Les appareils (le distillation dans les laboraloires. — 1. Tube de Wurtz. — 2. bétails du tube de MM. Le Iiel et Henninger. — 3. Tube de M. Otto. — 4. Appareil de distillation fractionnée exécuté avec les tubes de MM. Le, Bel et Henninger. — Fig. 5. Colonne à distillation de M. Yarenne (petit modèle).
- modèle qui est le plus courant. Si on veut opérer une distillation avec un nombre de boules plus considérable, on superpose les appareils les uns aux autres, soit au moyen de rodages, soit avec un joint de caoutchouc si cette substance n’est pas attaquable par le liquide à distiller. On a intérêt à opérer avec le plus grand nombre possible de boules, car MM. Le Bel et Henninger ont montré que le résultat obtenu par ces appareils est une fonction exponentielle du nombre de plateaux.
- Il y a environ un an, M. Otto a imaginé un appareil basé sur les mêmes principes et représenté figure 3. 11 se compose d’une série de boules dont les grands axes sont verticaux, étagées régulièrement suivant des droites faisant avec l’horizontale un angle d’environ 20 degrés. Les parties inférieures de deux boules
- consécutives sont réunies par des tubes siphons destinés h empêcher une trop grande accumulation de liquide ; les parties supérieures sont réunies par un tube recourbé qui pénètre jusqu’au fond de la seconde boule, tube destiné à amener les vapeurs et à les faire barboter dans les liquides de condensation. Le fonctionnement de l’appareil Otto est analogue à celui du tube Le Bel et Henninger.
- Les modèles courants du tube Otto sont à 5, 6 ou 7 boules; on peut réunir par des rodages plusieurs de ces tubes, si l’on désire avoir un nombre de boules plus considérable ; dans ce cas, l’appareil est muni d’un support spécial qui en rend le maniement plus commode.
- La figure 4 montre une application du tube Le Bel et Henninger à une distillation fractionnée.
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- M. Barillot a réuni les deux tubes que nous venons d'étudier dans un appareil de rectification qui se compose en somme d’un tube Le Bel surmonté d’un tube Otto. Pour les liquides neutres, on peut se servir d’un tube métallique de meme modèle, ce qui évite la fragilité inhérente à l’emploi du verre.
- L’année dernière,
- M. Eugène Varenne a présenté une colonne à distillations fractionnées (fig. 5), formée d’éléments tout à fait séparés les uns des autres et communiquant entre eux par deux tubes, l’un amenant la vapeur et la faisant barboter dans le liquide condensé dans la boule, l’autre écoulant l’excès de ce liquide condensé dans l’élément immédiatement inférieur.
- La fabrication de cet appareil en verre est assez délicate, mais M. Varenne a fait exécuter une colonne métallique industrielle plus grande, tout à fait semblable au modèle eu verre et dont nous donnerons la description à la fin de cet article. Les appareils de fractionnement ([lie nous avons examinés jusqu’ici n’étaient applicables qu’au cas où l’on n’a que de faibles quantités de liquide à distiller; ils cessent d’être pratiques si on a à fractionner un assez grand volume de liquide, une centaine de litres, par exemple, comme il peut arriver dans l’étude des produits de certaines fermentations , alcooliques ou autres, dans la recherche et la séparation des carbures des pétroles, etc.
- On a intérêt dans ces cas à employer un appareil semi-industriel pour éviter des pertes de temps.
- Une colonne de ce genre a été fabriquée sur les plans de MM. Ed. Glaudon et Ch. Morin. L’appareil est en cuivre rouge, brasé avec joints entièrement métalliques (fig. fi). 11 se compose essentiellement
- d’un fourneau en tôle, à gaz, à deux rampes, d’une chaudière B, de la colonne C, d’un émousseur analyseur I), du réfrigérant E et de divers appareils
- accessoires. La chaudière B peut contenir de 25 à 50 litres de liquide; elle est munie d’un robinet de vidange M. d’un niveau L, d’une ouverture de remplissage N sur laquelle s’adapte un entonnoir de euivrcO,enfin d’un presse-étoupe K pour le manomètre. La colonne C se compose d’une enveloppe extérieure renfermant dix plateaux. On voit en II le plan d’un de ces plateaux ; le barbotage se fait suides toiles métalliques ou sur des lames de cuivre minces percées de trous et qu’il est facile de changer. Au centre de la colonne est un tube à circulation d’eau qui permet de faire varier la condensation suivant le liquide que l’on doit fractionner. A la partie supérieure de la colonne est un thermomètre indiquant la température de la vapeur passant à cet endroit L’émousseur-analyseur I) retient les mousses qui se produisent souvent au début des distillations de moûts fermentés ; il permet le retour à la colonne de ces mousses et perfectionne le fractionnement ; enfin il porte un thermomètre qui, étant à l’abri de la surchauffe, donne des indications plus exactes que celui de la colonne. Le réfrigérant E est un simple serpentin autour duquel circule un courant d’eau froide.
- Les appareils accessoires comprennent une éprouvette-jauge et divers avertisseurs, qu’on peut relier à une sonnerie électrique pour être prévenu de l’instant où la présence de l’opérateur est nécessaire. La figure 7 donne le détail de ces appareils.
- Dans le manomètre avertisseur placé en K dans la figure fi, et représenté dans la figure 7, la pièce
- Fig. 6. — Appareil distillatoire à fractionnement, de MM. Ed. Claudon et Ch. Morin.
- Fig. 7 et 8. — Accessoires des appareils de M. E. Claudon et Ch. Morin (fig. 7) et de M. Varenne (grand modèle) (fig. 8).
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- de cuivre b est traversée par une tige c se terminant par un fil de platine ; au moyen de la vis de serrage d, on la fixe à une distance convenable du mercure; la borne e communique avec la pièce b, tandis (pie la borne f est isolée et est reliée par un fil g à un fil de platine a traversant le verre et communiquant avec le mercure de l’appareil. On voit de suite que quand la pression augmente dans de trop grandes proportions, le niveau du mercure s’élevant établit la communication entre les deux fils de platine et met ainsi la sonnerie en action.
- L’éprouvette-jauge F de la figure 6 permet d’observer constamment la densité du liquide condensé et de prendre des échantillons par son robinet inférieur. L’avertisseur de « flacon plein » placé en G sur la figure G d’ensemble est formé, comme le montre la figure 7, d'un tube de verre a, percé d’une ouverture latérale et d’une ouverture à sa partie inférieure. Le liquide distillé passe .de l’éprouvette-jauge dans le flacon par l’entonnoir b. Ce tube renferme un flotteur c en verre milice ; une pièce isolante d en bois ou ébonite serrée par des. boulons e porte une tige de cuivre p sur laquelle on peut fixer une seconde pièce par une vis de pression h. Quand le flacon est plein, l’extrémité du flotteur vient déterminer le contact entre deux lames de platine r et m que les bornes i et k mettent en communication avec la sonnerie.
- L’appareil industriel de M. Varenne se compose, en principe, des mêmes éléments (pie celui de MM. Claudon et Morin. La colonne seule en diffère par sa construction spéciale qui est identique à celle du tube à boules en verre que nous avons signalé. Nous en donnons le schéma dans la figure 8.
- La colonne de M. Varenne présente l’avantage suivant : si, pendant la distillation, l’im des éléments vient à se trouver hors d’usage pour une raison quelconque, on peut le retirer du service sans arrêter l'appareil; il suffit, à cet effet, de manœuvrer dans le sens convenable les robinets , à trois voies qui surmontent chaque élément. Par suite le nettoyage et la conduite de l’appareil se trouvent facilités.
- Tel est l’état actuel de la question des distillations fractionnées dans les laboratoires. 11 nous reste a nous excuser auprès de nos lecteurs du caractère spécial et un peu technique de cet article qui cependant, pensons-nous, les aura intéressés en raison de l’importance du sujet traité et de ses rapports avec la distillation industrielle. A. Hébert.
- LA MORT PAR UNE PIQÛRE 1VAREILLE
- Au commencement du mois de mars 1895, un ouvrier doreur, Fritz Moser, habitant du Jura, père de cinq enfants en bas âge, se promenant aux abords d’un rucher, au faubourg du Jura, à Bienne, a été piqué au-dessous de l’œil droit par une abeille et a succombé au bout de dix à quinze minutes, avec les symptômes de la paralysie du cœur. Moser, qui s’occupait lui-même d’apiculture, avàit
- déjà été piqué l’année dernière près de son propre rucher et en était tombé dans un dangereux évanouissement.
- On se trouve évidemment ici en présence d’un cas d’idiosvncrasie tout particulier vis-à-vis du venin de l'abeille. Des médecins de Bienne, qui ont eu l’occasion de constater l’effet de morsures de la vipère du Jura, ont fait des observations analogues aux symptômes qui ont caractérisé la mort de Moser, soit : faiblesse du cœur, pouls indécis et irrégulier, sentiment de grande faiblesse générale et finalement défaillance. Plusieurs heures s’écoulaient alors avant que le sujet ait pu être ramené à connaissance.
- On ne cite que très peu de cas de mort par piqûres d’abeilles ou de guêpes à la suite d’idiosyncrasie, car les organismes qui ne supportent pas le venin des hyménoptères sont, heureusement, excessivement rares.
- M. E. Bertrand, de Nyon, l’éminent directeur de la Revue internationale d'apiculture, dit à ce sujet, à l’occasion d’un accident identique qui s’est produit il y a deux ans en Belgique (la victime, un apiculteur, avait aussi été piquée près de l’œil et avait également reçu l’année précédente un avertissement très sérieux duquel elle n’avait pas ténu compte) :
- « Depuis dix-huit ans que nous lisons ou faisons lire par des collaborateurs à peu près tout ce qui se publie sur les abeilles en Europe et en Amérique, nous avons le souvenir d’avoir eu connaissance de cinq ou six cas de mort causée par une simple piqûre d’abeille ou de guêpe ; la proportion des sujets affectés de l’idiosyncrasie en question est donc infiniment petite et il n’y a pas lieu pour les personnes qui ont déjà été piquées de redouter le sort de notre malheureux collègue dont il est parlé plus liant. C’est la « première » piqûre qui tue ou qui donne le solennel avertissement, aussi lorsqu’on nous demande d’ouvrir une ruche en présence d’enfants ou de jeunes gens, ne manquons-nous jamais de poser la question : « Avez-vous déjà été piqués? » et si l’un des assistants répond « non », nous exigeons qu’il mette un voile et cache ses mains, ne nous souciant pas d’étre la cause d’un accident. Nous laissons aux gens de l’art le soin d’expliquer comment la mort se produit. Dans le cas ci-dessus la perte de connaissance a eu lieu deux minutes après la piqûre; le corps n’a pas enflé et est resté chaud pendant douze heures au moins. Une petite tache rougeâtre indiquait la place de la piqûre. D’après ce que nous écrit notre correspondant, M. 11. Stassart, d’Ahin, le défunt, M. Fiacre, de la Sarte-Jluy, « était hardi jusqu’à l’imprudence avec ses abeilles; il ne faut donc rien mettre sur le compte de l’émotion produite ».
- CHRONIQUE
- Restes d'Hyéncs rayées quaternaires de Ba-gnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées). — Dans une communication du 9 avril 1894, j’ai signalé à l’Académie des sciences la découverte de restes d’Hyènes rayées dans la grotte de Montsaunès (Haute-Garonne) ; quelques jours après, M. Albert Gaudry me fit l’honneur, dans une Note, de revêtir ma détermination de sa haute sanction. On ne connaissait précédemment, dans le midi de la France, d’autre gisement à Hyènes rayées que la grotte de Lunel-Yiel (Hérault), explorée jadis par Marcel de Serres. Je viens de découvrir un troisième gisement à Hyènes rayées. En examinant, dans le Musée de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), des morceaux de brèche extraits d’une fissure de la montagne d’Es-Taliens, située aux environs
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- de cçtte ville, j’ai remarqué trois mâchoires d’Hyènes. J’ai reconnu qu’elles appartiennent, comme les restes de Montsaunès, à de grandes Hyènes rayées. Dans les autres morceaux de brèche d’Es-Tatiens, j’ai reconnu des restes d’un grand Bovidé, de Cerf élaphe et d’un petit ruminant. Le gisement d’Es-Taliens est situé à l’altitude de 800 mètres. Je ne connais, dans le midi de la France, qu’un seul gisement quaternaire plus élevé : c’est la grotte de Lestélas (Ariège), située à l’altitude de 900 mètres, où M. Miquel et moi avons recueilli surtout des restes d’Ours et de Marmottes. Édouard Harlé.
- IiU raine la plus septentrionale du monde. —
- Si nous en croyons nos confrères de la presse américaine, la mine la plus septentrionale du monde serait la mine Omaîik, située sur la rivière Fish, à l’extrémité nord-ouest de l’Alaska, près de la haie Golovin; ce point se trouve à environ 1000 kilomètres au nord-ouest de Sitka, par 65° de latitude nord et 104 de longitude ouest de Greemvich. Le minerai qu’on y trouve est de la galène contenant 75 pour 100 de plomb et portant 51 grammes d'argent à la tonne. Bien entendu, on ne peut songer à exploiter cette mine pendant la saison d’hiver; le travail est fait par une mission spéciale d’ouvriers experts qui viennent chaque printemps sur un bateau affrété dans ce but spécial, et qui s’en retournent dès le début de l’automne. Comme on se trouve en dehors de tout milieu civilisé, il faut apporter tous les outils nécessaires. Les Esquimaux sont quelque peu employés eux-mêmes. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 mars 1895. — Présidence de M. Marey.
- La végétation dans les terrains chlorurés. — MM. Ber-thault et Crochetelle font connaître les résultats fournis par la culture du blé dans un terrain situé en Algérie qui contenait 0eP,14ü de chlore par kilogramme. Le blé se maintient très bien pendant la première période de végétation, mais à la suite d’une de ces évaporations brusques et excessives, fréquentes en Algérie, le chlorure de potassium absorbé par le végétal contribue beaucoup à produire l’échaudage des épis. Le blé récolté dans ces conditions présentait un grain allongé et ridé, et, sur les nœuds situés au milieu de la lige, on voyait des cristallisations abondantes de chlorure de potassium. C’est là une preuve évidente, de la sélection faite par les racines entre les divers éléments qui leur sont présentés. Comme dans une expérience bien connue de M. Deliérain, sur les haricots, le végétal n’a pris que le chlorure de potassium en laissant le sel marin. Dans le blé, il y avait 1,25 pour 100 du poids de la matière sèche en chlorure de potassium. La récolte a produit, au battage, 12 quintaux de grains à l’hectare, tandis que les lots de terrains non chlorurés donnaient 18 quintaux. Le chlorure de potassium, même à dose élevée, diminue le rendement, sans cependant s’opposer à une belle végétation.
- Une combinaison minérale de Vargon. — M. Berthelot annonce à l’Académie qu’il vient de recevoir une dépêche de M. Ramsav faisant connaître que ce savant a obtenu 1res vile Vargon au moyen d’un composé minéral décrit sous le nom de clévite par Nordenskiold. Ce composé, à hase d’oxyde d’urane, fournit un gaz qui contient de l’hélium, le métal hypothétique de l’atmosphère solaire, dont l’analyse spectrale a décelé l’existence par la présence
- d’une raie obscure qui n’a pu être rapportée à aucun métal connu. La même raie caractérise également la lumière de l’aurore boréale. M. Berthelot observe que l’hélium pourrait n’ètre qu’une forme de l’argon ou une combinaison de ce gaz. Il tire cette induction de ses propres expériences sur l’argon. Dans ses essais sur ce gaz, les tubes remplis d’argon se sont éclairés d’une fluorescence très intense dont le spectre reproduisait la raie caractéristique de l’aurore boréale, de telle façon qu’il serait possible que l’hélium fût un état isomérique ou une combinaison de l’argon. M. Cornu objecte que la raie caractéristique de l’aurore boréale est très éloignée de la raie de l’hélium et ne peut être confondue avec elle. M. Berthelot répond que l’aurore boréale donne vingt raies, dont une très importante concorde avec celle de l’hélium.
- La détermination des pouls atomiques. — M. Schutzen-berger s’est préoccupé des différences que l’on note chez différents auteurs pour les valeurs des poids atomiques de certains métaux. De telles différences ne peuvent s’expliquer que par l’imperfection des méthodes employées ou par l’impureté des corps étudiés. 11 a cherché ces causes depuis plus de trois ans et donne aujourd’hui ses premiers résultats qui portent sur le cérium. Les poids atomiques donnés pour ce métal varient entre 157 et 142. M. Schut-zenberger s’est appliqué à préparer le cérium chimiquement pur en partant du procédé de M. Debray qui donne le bioxyde de cérium. Celui-ci est traité par l’acide sulfurique et des cristallisations successives donnent le sulfate de cérium qui est ensuite calciné. Les poids atomiques correspondant aux cristaux successifs décroissent de 159,5 à 155. D’autre part il a étudié le bioxyde donné par la combuslion dans l’air de l’oxalate de cérium. Celui-ci brûle comme de l’amadou en donnant le bioxyde qui est ensuite chauffé avec de l’acide sulfurique. De l’augmentation de poids on déduit le poids atomique 145. Mais si on le calcine, on trouve suivant la température 140 ou 158. M. Schutzenberger s’est également appliqué à décomposer le sulfate de cérium par voie de substitution ; il trouve le poids atomique 159,5. C’est le nombre auquel s’arrête l’auteur en exprimant l’avis que cette valeur est plutôt trop forte que trop faible.
- Varia. — M. Grandidier présente un exemplaire gravé d’une carte au 1/200000 de la région centrale de Madagascar au milieu de laquelle se trouve Tananarive. Cette carte a été dressée par MM. Grandidier, Roblet et Colin. Enlin une seconde feuille au 1 /100 000 donne la partie de cette même région comprise entre 18°40' et 19°10'. — M. Kunckel d’Herculais indique l’existence chez les mouches de deux sortes de poils pourvus de filets nerveux, de forme différente, placés à l’orifice de la cavité buccale, dont les premiers sont des organes tactiles, tandis que les seconds, en rapport avec les glandes salivaires, sont les organes de la gustation. Cir. de Villedeuir.
- UNE DÉCOUVERTE D’OSSEMENTS
- A PARIS
- Dans un des coins les plus ignorés de Paris, derrière le Lion de Belfort, rue du Champ-d’Asile, des terrassiers ont récemment mis au» jour un grand nombre de squelettes humains ; dans un espace de terrain assez restreint, ils en trouvèrent des
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- LA iNATUHE.
- quantités incroyables; on en fit des monceaux s’élevant à hauteur d’homme, et de plusieurs mètres d’étendue, qu’on vida à pleins paniers dans les catacombes, dont l’entrée n’est pas éloignée.
- Fait remarquable, ces squelettes, loin d’être rangés avec ordre et symétrie comme ceux qu’on exhume des anciens cimetières, étaient entassés pêle-mêle les uns sur les autres. 11 semble donc que le terrain où l’on a l'ait cette découverte a dù servir de lieu de sépulture à une époque de grande mortalité, soit pendant une guerre, soit pendant une épidémie. L’état de conservation de ces squelettes montre qu’ils sont d’une époque assez récente. A en croire les gens du quartier, ils dateraient seulement de la Com-
- mune : on aurait, en 1871, enseveli dans les terrains vagues de Montrouge les morts, qu’on comptait alors par centaines, et nous n’aurions là que des restes de fédérés.
- Mais, outre qu'on n’a trouvé dons les fouilles aucune arme, ni aucune trace de vêtement, on sait que c’est au Père-Lachaise que les fédérés furent presque tous enterrés. 11 est donc bien plus probable ([lie ces squelettes sont ceux de cholériques de l’année 1852. Sur sept cent mille habitants qui composaient en effet à cette époque la population parisienne, le choléra fit cent mille victimes. La mortalité était telle, qu’on était réduit à empiler les cadavres demi-nus dans des voitures, et à les conduire dans
- les terrains vagues entourant Paris, où on les vidait dans d’immenses fosses; or, le terrain où l’on vient de mettre à jour ces quantités de squelettes se trouvait précisément, en 1832, à la limite de Paris, qui n’a été reculée jusqu’à son emplacement actuel qu’en l’année 1860. Les bâtiments de l’ancien octroi subsistent encore et sont à quelques minutes de ce terrain.
- La découverte de ces ossements aurait mérité, je crois, d’attirer quelque peu l’attention publique, ou, tout au moins, d'être signalée par les journaux. Il est vrai que, faite dans un autre quartier, elle eût eu un grand retentissement, et qu’une foule nombreuse n’aurait, pas manqué de stationner tout le jour devant les travaux. Mais, rue du Champ-d’Asile, à peine les rares passants s’arrêtent-ils un
- instant pour jeter sur ces tas d’ossements un coup d’œil qu'ils accompagnent de plaisanteries. « Que d’os! que d’os! » Telle est la meilleure que j’aie pu recueillir.
- Avant que les travaux ne fussent terminés, j’ai voulu prendre une photographie du massif d’ossements et j’ai opéré sur-le-champ même des fouilles1. L’épreuve que j’ai obtenue est reproduite ci-dessus. Je ne doute pas qu’elle intéresse les lecteurs.
- Alexandre Jouis.
- 1 Sur la gravure, la rue du Ctiamp-d’Asile est à gauche, et la muraille de droite est. une clôture du cimetière Montparnasse.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- 6 AVRIL 1895.
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- HORLOGES JAPONAISES
- Les Japonais sont les seuls qui, en dehors de l’Europe occidentale, aient construit des horloges ayant un caractère particulier, et leur fabrication
- date de la fin du seizième siècle, ou tout au moins du commencement du dix-septième.
- Leurs premiers essais furent tentés après qu’ils
- eurent vu les types européens qui leur étaient apportés, ainsi que nous le démontrerons dans un travail plus étendu sur l’histoire de l’horlogerie japonaise; mais, bien vite, ils créèrent des systèmes de cadrans et de mouvements plus en rapport avec leur méthode de compter les heures.
- Parmi les divers systèmes qui leur sont propres, nous choisirons une de leurs horloges (fig. 1) que nous allons décrire. Cette pièce, qui date du commencement de ce siècle, se compose d’une caisse en bois fort bien faite et renfermant l'horloge, laquelle est en cuivre doré. Le mouvement en est
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- 23“ auuee. — Ier semestre.
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- LA NATURE.
- d’une exécution de main-d’œuvre parfaite et la platine de derrière soigneusement décorée de fines gravures. L’habileté des Japonais pour les choses de l’horlogerie est incontestable et la décoration de leurs horloges est souvent des plus charmantes. Nous allons expliquer ce que marque le cadran de cette pièce et la façon dont les heures sont comptées au Japon, puis les jours, les quantièmes et les lunes.
- Au Japon, le jour civil se compose de douze heures seulement au lieu de vingt-quatre. 11 y en a six de jour et six de unit. Les six heures diurnes se comptent du lever au coucher du soleil et les six nocturnes de son coucher à son lever. De sorte que deux ibis par an seulement, c’est-à-dire aux équinoxes, les jours et les nuits ont des heures égales tandis qu’aux solstices la disproportion est considérable. Cette division des deux périodes, diurne et nocturne, ordinairement d’inégale longueur, exige (|ue les six divisions qui les composent soient elles-mêmes inégales; de là des heures plus ou moins longues. Dans les grands jours, par exemple, les six heures de la nuit sont plus courtes que celles du jour. Tantôt donc ce sont les heures du jour qui allongent au détriment des heures de nuit. Tantôt c’est le contraire, selon l’époque de l’année.
- Cette façon de diviser la journée n’est pas exclusivement japonaise; elle a été employée universellement dans l’antiquité. C’est ce qu’on appelle le jour naturel, tandis que notre journée, qui est divisée en parties égales, sans égard au lever et au coucher du soleil, se nomme le jour artificiel.
- Mais, au Japon, la chose se complique étrangement lorsqu’il faut compter les heure;. Il semblerait que rien n’est plus simple que de compter de J à 12 les douze parties du jour. Cette simplicité a été dédaignée au Japon et voilà comment on procède. Neuf étant regardé comme le nombre parlait, minuit et midi s’appellent 9 heures. Ainsi midi sera 9 heures du jour et minuit 9 heures de la nuit, tandis que le lever et le coucher du soleil sont ou fi heures du jour, ou 6 heures de la nuit. Si l’on demande comment neuf peut se trouver deux fois dans douze, nous répondrons que l’impossibilité arithmétique est vaincue ou éludée si on commence à compter par 4, et on finira alors par le nombre parfait 9.
- Les nombres intermédiaires se développent ainsi : deux fois 9 font 18; supprimez la figure décimale et il reste 8 ; c’est pourquoi l’heure qui suit midi ou minuit, c’est-à-dire la deuxième heure, est 8 heures du jour ou de la nuit. Trois fois 9 font 27, supprimez comme précédemment la décimale et il reste 7 qui fait la troisième heure, et ainsi de suite.
- Pour marquer ces heures et obtenir l’équation des jours, les Japonais ont employé divers systèmes. Tantôt par le moyen du balancier, comme dans l'horloge (fig. 2) ; tantôt par le cadran, comme dans celui de la figure 1.
- Dans le premier de ces systèmes, le balancier se compose d’une tige verticale sur laquelle est montée horizontalement une lame de métal dont la tranche
- supérieure est dentée et sur laquelle se suspendent deux petites masses de métal que l’on peut éloigner ou rapprocher à volonté de l’axe afin d'en activer ou d’en ralentir la marche. Dans les jours longs, par exemple, on place les deux masses ou régules à l’heure du lever du soleil à l’extrémité de celte espèce de volant et les heures se marquent lentement; quand l’heure du coucher du soleil arrive, on les met près du centre de l’axe et les heures de la nuit passent beaucoup plus rapidement. On obtient ainsi, par un réglage raisonné, les heures longues pour les grands jours et courtes pour la nuit.
- Dans le système de réglage par le cadran à disque circulaire, ce dernier se compose de douze cartouches mobiles sur lesquels les heures sont gravées. Ces petits cartouches sont montés à glissière dans le disque de telle sorte que l’on peut à la main les éloigner ou les rapprocher facilement les uns des autres. Dans les jours longs, par exemple, on éloigne les six cartouches qui servent à marquer les heures diurnes et on rapproche proportionnellement les six autres qui servent à marquer les heures de nuit. C’est donc à la main que l’on opérait l’équation des jours par l’éloignement proportionné des cartouches. 11 faut ajouter que dans ce système le cadran complet tourne entraîné par le mouvement, et les heures alors viennent successivement se présenter devant l’aiguille qui est fixe. Les six heures du jour et les six heures de nuit constituant la journée complète ont un nom en môme temps qu’un chiffre. Mais la journée complète, au lieu d’ètre composée de deux périodes de six, comprend douze noms correspondant aux signes de leur Zodiaque. Ces signes sont :
- Le Rat pour minuit ou 9 heures.
- Le Bœuf pour 8 heures.
- Le Tigre pour 7 heures.
- Le Lapin pour 6 heures. (Lever du soleil.)
- Le Dragon pour 5 heures.
- Le Serpent pour 4 heures.
- Le Cheval pour midi ou 9 heures
- La Chèvre pour 8 heures.
- Le Singe pour 7 heures.
- Le Coq pour 6 heures. (Coucher du soleil.)
- Le Chien pour 5 heures.
- Le Sanglier pour 4 heures.
- Nous donnons un fac-similé (fig. 5) de ces douze sujets; mais sur les cadrans d’horloges qui les représentent, ils ne sont figurés que par des caractères répondant à leurs noms. Le cadran que nous reproduisons appartient à un autre système d’horloge que celui dont nous parlons.
- Chacune des douze heures se divise en dix parties.
- L’usage des douze branches pour désigner les heures est emprunté aux Chinois; mais l’autre combinaison pour compter les six heures, comme il est dit, est particulière aux Japonais.
- Après avoir parlé des heures nous allons expliquer comment .sont indiqués les jours, les quantièmes et les lunes. Dans deux petites ouvertures placées
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- LA NATURE.
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- au-dessous du cadran (iig. 4), apparaissent des caractères japonais; dans l’un, celui de gauche, sont les signes du Zodiaque; ils représentent les jours au nombre de douze, qui sont les mêmes que ceux des heures, ce qui fait qu’au Japon on peut être, par exemple, toüt à la fois l’heure du Coq, le jour du Coq, le mois du Coq et même l’année du Coq.
- A droite est le quantième représenté par un des dix éléments. Pour obtenir le jour de la lune auquel on se trouve, car l'année est lunaire et non pas solaire comme chez nous, on combine les douze signes du Zodiaque avec les cinq éléments qui sont le Rois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau. On les double en les envisageant chacun dans deux états différents, savoir : d’abord dans leur état naturel, puis comme adaptés à l’usage de l’homme. Ainsi le Rois, dans son état naturel, comme arbre, est le premier élément, qui devient le deuxième élément quand il est abattu et changé en bois de charpente-Le Feu, troisième élément dans son état originaire comme la lumière solaire, les éclairs, etc., devient le quatrième élément allumé par l’homme avec du bois, de l’huile, etc, La Terre, cinquième élément dans son état inculte sur le sommet des montagnes, au fond de la mer, constitue le sixième élément lorsqu’elle est travaillée par la main de l’homme et changée en porcelaine, en poterie, etc. Le Métal, qui est le septième, considéré comme minerai, devient le huitième, fondu, travaillé et transformé en outils. L’Eau forme le neuvième élément telle qu’elle tombe des sources et qu’elle coule dans les rivières. Elle est le dixième, stagnante dans les étangs ou s’échappant d’un réservoir.
- Pour connaître le jour dans lequel on se trouve on consulte l’une des deux ouvertures, celle de gauche que, quotidiennement, une roue actionnée par le mouvement fait sauter d’une dent qui force le cadran, sur lequel les signes sont gravés, à en présenter un nouveau. Le nombre des dents est de douze, correspondant aux douze signes. Le quantième est indiqué dans l’ouverture de droite de la même façon par un caractère qui est celui d’un des dix éléments comme nous les avons énumérés plus haut. La roue qui les fait fonctionner a dix dents qui engrènent dans celle des douze jours. Le rapport de ces deux roues dans leur révolution fait que tous les soixante jours seulement les mêmes signes reviennent en concordance comme à leur point de départ, ce qui correspond à deux lunes.
- C’est en combinant le rapport des deux signes en présence, que l’on a le quantième. Prenons, par exemple, le caractère du Rat, visible dans l’une des ouvertures, et le Rois, premier état; dans l’autre, nous aurons le premier jour de la lune. Le lendemain nous aurons le Roeuf en présence du Rois, deuxième état, qui nous donne le deuxième jour de la lune, et ainsi de suite jusqu’au onzième jour où nous trouvons le Chien en présence du Rois, premier état, et le lendemain, douzième jour, le Sanglier avec le Rois, deuxième état; le treizième jour, le
- Rat revient se présenter avec le Feu, premier état, et ainsi jusqu’à soixante.
- Dans l’ouverture du haut se trouve indiquée la quinzaine ou demi-lune marquée par vingt-quatre signes qui viennent se présenter successivement. Le rouage du mouvement entraîne la roue qui les porte, cette roue fait sa révolution dans une année de trois cent soixante jours. On fait une distinction entre la première et la seconde quinzaine de la lune.
- Ces trois indications, dont nous venons de parler, permettaient, lorsqu’elles étaient réunies, de connaître quels étaient exactement le jour, le quantième et la quinzaine de l’année. C’est, en somme, ce que d’une autre façon marquaient et marquent encore certaines de nos horloges européennes. Nous devons ajouter que depuis 1872, les Japonais emploient notre façon de compter et de marquer les heures.
- Plaxchox.
- IA TREMPE DE L’ACIER
- La trempe de l’acier est une des questions qui ont été le plus étudiées jusqu’à ce jour et celle qui a fourni les travaux les plus remarquables. Nous rappellerons les nombreuses expériences faites pour déterminer la constitution moléculaire de l’acier, et les meilleures conditions pour obtenir des résultats satisfaisants. Nous avons déjà parlé de ces divers procédés à plusieurs reprises.
- M. Charpy a fait récemment à la Société (Vencouragement pour l’industrie nationale une communication très intéressante sur cette question de la trempe de l’acier. Ses expériences ont porté sur 16 métaux comprenant :
- 1° Quatre aciers Martin contenant respectivement 0,11, 0,35, 0,45 et 0,75 pour 100 de carbone.
- 2° Douze aciers préparés spécialement pour ces recherches à l’usine Saint-Jacques à Montluçon avec des matériaux très purs et formant trois groupes.
- (a) . Aciers au carbone contenant respectivement 0,09, 0,06, 0,57 et 0,65 pour 100 de carbone.
- (b) . Aciers extra-doux contenant environ 0,12 pour 100 de carbone et respectivement 1 pour 100 environ de chrome, de manganèse, de nickel et de tungstène.
- (c) . Aciers à 0,45 pour 100 de carbone, contenant respectivement 1 pour 100 de chrome, de manganèse, de nickel, de tungstène. La mesure des températures a été faite en employant un pyromètre Le Chatelier Les barreaux d’essai pris dans les différents métaux ont été trempés soit à l’huile, soit à l’eau. Les températures ont varié de 600 à 1000°.
- De ses expériences, M. Charpy a tiré les conclusions suivantes :
- Pour tous les aciers étudiés, la trempe produit des modifications analogues : augmentation de la charge de rupture, diminution de rallongement, augmentation de la résistance à la flexion et au choc. La grandeur de ces moditications varie notablement avec la composition chimique du métal et avec la nature du bain de trempe ; mais, dans tous les cas, elles se produisent presque complètement dans un étroit intervalle de température autour de 700°. D’une manière générale, on peut dire que, si le métal est chauffé au-dessous de 700°, on risque de ne pas le tremper et que, en le chauffant au-dessus de 750° ou 800° on n’a plus grand’chose à gagner.
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- L A N AT U ML.
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- LES MINES ET L\ GUERRE DE SIÈGE
- Nous voulons des méthodes expéditives aujourd'hui, même à la guerre, et Ton ne parle, pour emporter les places fortes, que d’attaques brusquées où quarante-huit heures ne s’écouleront pas entre l'apparition des troupes d'attaque et l’assaut.
- L’artillerie, que des progrès incontestables ont rendue peut-être un peu présomptueuse, n’en demande pas davantage pour éteindre le feu de la place, écraser ses casemates, faire sauter ses magasins à poudre; et les défenseurs, tout tremblants sous cet ouragan de fer, en seront réduits, parait-il, tà se terrer dans des taupinières, ce qui marquera
- iiililllMIjMjl!
- Fig. 1. — Dans la parallèle. Un puits de mine. (D’après une photographie.)
- d’opposer tactique nouvelle ; dans la défense comme dans l’attaque, on se donnera le bénéfice de la mobilité et de la dispersion des batteries sur des emplacements bien dérobés aux vues, et l’équilibre, soyez-en sûrs, se rétablira.
- Les sièges, néanmoins, seront loin de ressembler à ceux du temps jadis, alors qu’une armée prenait ses quartiers autour d'une place et la resserrait dans ses travaux d’approche, méthodiquement et à loisir.
- C’était dès lors une interminable guerre de chicanes sur les glacis mêmes de la fortification, avec des sapes savamment délilées, des mines bouleversant les travaux d’approche, jusqu’à ce qu’enfin l’assaillant, ayant couronné le chemin couvert de ses gabionnades, y établît ses batteries de brèche pour crever la courtine ou le bastion à courte dis-
- le moment psychologique où les colonnes assaillantes n’auront plus qu’à s’élancer pour s’emparer de l’inerte fortification.
- La méthode est bien simple. César l'avait résumée dans cette formule laconique : « veni, vidi, vici ».
- Timidement cependant, les ingénieurs font quelques objections à cette foudroyante méthode qui pourrait bien n’aller pas sans quelques accrocs, dans la pratique. Que si, disent-ils, les canons parlent si bien pour l'attaque, ils ne sont pas irrémédiablement muets pour la défense. Ils n’y seraient en plus mauvaise posture que si l’on prétendait les entasser encore sur un seul point facile à repérer, comme on le faisait autrefois; mais, à armes nouvelles il convient
- Fig. 2. — L'explosion d’un fourneau de mine. (D’après une photographie.)
- tance, préparât la descente de fossé en construisant une galerie blindée, et se résolût à donner l’assaut.
- Avec les armes nouvelles, le cadre s’élargit. Les canons ont assez de puissance pour ouvrir la lutte à grande distance, assez de précision pour faire brèche sans s’approcher % davantage. Aussitôt que son artillerie semble prendre le dessus, l’assaillant s’avance; mais, il faut bien le dire, il perd de plus en plus de ses avantages; le feu de l’infanterie, mobile, insaisissable, l’oblige, s’il veut continuer sa marche, à se terrer lui aussi, à ne progresser que par bonds en se couvrant aussitôt d’une tranchée.
- Il est bien difficile de dire ce que sera la dernière phase d'un siège à la moderne. Tout au plus peut-on présumer que l’assaillant, dès qu’il se sera établi
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- LA NATURE.
- assez près du fossé, s’efforcera de brusquer le dénouement par une action de vive force. Mais un défenseur énergique et résolu pourrait bien l’en faire repentir, car le combat se livre alors sur un terrain aménagé à l’avantage de celui-ci, couvert d'obstacles et de défenses accessoires, semé de torpilles sèches et de longues traînées bourrées d’explosifs.
- (les fourneaux superficiels, auxquels des fils électriques permettent de mettre le feu à distance et au moment propice, ont pris une importance (pie n’avaient pas jadis les modestes fougasses de nos anciens combattants ; nos soldats n’avaient en elles qu’une médiocre confiance et leur préféraient les
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- bons et gros fourneaux de mine qu'on allait souter-rainement faire éclater à distance de bonne rupture sous les travaux de l’adversaire. Quand celui-ci, en s’approchant de la place, s’apercevait que le sol était, sous lui, tout criblé de galeries, écouta et rameaux au bout desquels des fourneaux étaient préparés, il ne s’avançait plus qu’avec une hésitation bien compréhensible, et se décidait enfin à contre-battre la mine par la mine.
- Et le défenseur se frottait les mains, car son rôle est de gagner du temps et l'on peut dire qu'une guerre de mine n'est pas pour accélérer un siège.
- Aussitôt, l'assiégeant, dans une de ses parallèles,
- construisait un abri en fascinages pour couvrir ses travailleurs qui s’approfondissaient brusquement pour cheminer sous terre comme des taupes (fig. 1). lin gros fourneau au bout delà galerie, en éclatant, brise les mines de la défense dans un rayon assez vaste pour donner quelque sécurité et quelque répit à l'assiégeant (fig. 2). Mais celui-ci ne perd pas de temps : tandis que le défenseur s’efforce, en forant un nouveau rameau, de regagner le temps perdu, son adversaire s’est précipité dans l’entonnoir que vient de creuser sou propre fourneau, comme un cratère (fig. 5). Quelques gabions dressés à la bâte et remplis de terre le couvrent du côté de l’ennemi, et le mineur déjà s’enfonce dans une nouvelle galerie au bout de laquelle un nouveau fourneau détruira les contre-mines..., à moins (pie le défenseur, plus
- alerte ou mieux préparé, l’attende à bonne portée et le fasse sauter à son tour.
- Le siège de Sébastopol a été particulièrement intéressant au point de vue de la guerre souterraine. Les Russes avaient creusé autour de certains ouvrages des réseaux serrés de galeries, et les Français durent en faire autant pour les contrebattre. Les mineurs ennemis travaillaient parfois si près les uns des autres qu’on entendait distinctement ce qui se passait derrière la mince muraille de terre. Puis tout à coup, d’un dernier coup de pioche,le masque tombait et c’étaient alors des luttes terribles dans ces étroits et sombres souterrains, drames étranges où tombaient des héros ignorés.
- Reverrons-nous ces savantes poursuites souterraines oîi le mineur avait à déployer tant de mer-
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- LA NATURE.
- veilleuses qualités de ruse et de hardiesse? Qui doue oserait affirmer que les obus-torpilles et autres engins modernes les ont définitivement reléguées parmi les vieilles légendes? G. Béthuys.
- LE BULLETIN DU
- MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE
- Les relations du Muséum avec La Nature sont trop étroites pour qu’elle puisse passer sous silence une innovation importante que le Muséum vient d’introduire dans le mode de publication de ses travaux. Jusqu’à présent, ceux-ci n’avaient d’autre organe officiel que les Archives, qui, tous les ans, dans un beau volume orné de planches exécutées avec soin, renferme quelques Mémoires étendus des membres du corps enseignant. Cette publication ne peut donner qu’une idée très incomplète du labeur exécuté au Muséum; la plupart de nos recherches sont disséminées dans les recueils spéciaux : Annales des sciences naturelles, de physique et de chimie, Bulletin des Sociétés de botanique, de géologie, de zoologie, d'entomologie, d'anthropologie, de physiologie, de chimie, Annales agronomiques, etc. I/œuvre accomplie s’éparpille et la dissémination des travaux empêche de saisir leur ensemble.
- Pour les grouper, le directeur du Muséum, M. A. Milne-Edvvards, a eu l’idée de créer le Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle : le premier fascicule a paru en février, le second vient d'être publié; son mode de rédaction est très particulier ; le Directeur a prié tous les naturalistes attachés au Muséum de se réunir une fois par mois dans un des amphithéâtres et de communiquer à l’Assemblée les résultats constatés dans leurs divers services. — On ne demande pas de Mémoires, encore moins de conférences; on raconte rapidement ce qu’on a vu, on montre les objets, on projette les photographies, on remet une note pour le Bulletin, puis on rentre dans le rang; on peut ainsi écouter dans l’espace d’une séance une vingtaine de communications.
- La deuxième réunion a eu lieu le 26 février, quatrième mardi du mois, et bien que ce fût le mardi gras, l’assemblée était très nombreuse; comme pour célébrer ce jour de fête bruyante, le IL P. Buléon a ouvert la séance par une plaisante histoire : un beau jour, il a vu arriver à sa mission du Fernand Yaz, dans l’Afrique occidentale, un Américain se disant naturaliste et qui voyageait pour étudier le langage des singes; bien que ce fantaisiste n’eût avec lui aucun appareil phonographique et que pendant un séjour assez prolongé à la mission, il n’ait vu et encore moins entendu aucun anthropomorphe, quand il partit, il avait terminé son ouvrage sur le sujet annoncé, et comptait bien en tirer bon profit dans son pays.
- Le R. P. Buléon s’est embarqué ces jours-ci, pour la côte occidentale d’Afrique, après avoir complété dans les laboratoires son instruction professionnelle de
- préparateur de collections.... Il espère recueillir, dans les régions qu’il va parcourir, une ample moisson.
- A la première réunion des naturalistes, un voyageur, M. Diguet, chargé d’une mission du Muséum, avait vivement intéressé l’auditoire en racontant les péripéties du séjour de dix-huit mois qu’il a fait dans la presqu’île de Californie. Il l’a explorée et a rapporté de nombreuses collections qui, aussitôt arrivées au Muséum, ont été distribuées dans les divers services. Elles y ont été soumises à des études dont l’exposé a occupé la majeure partie de la séance de février.
- M. Van Tieghem a reçu plusieurs plantes intéressantes dont quelques-unes nouvelles, il en donne une description et indique comment il a été conduit à classer ces végétaux dans un genre nouveau nommé Dypophylle; dans ce genre figure une espèce qui n’avait pas encore été décrite et qui très justement est dédiée à M. Diguet.
- Ce voyageur a rapporté des ossements humains recueillis dans des îles voisines de la côte Est, à l’extrémité méridionale de la presqu’île de Californie; ces ossements proviennent pour la plupart de grottes naturelles dont M. Diguet a pris des photographies; elles sont projetées devant l’Assemblée. M. Deniker, bibliothécaire du Muséum, déduit de l’étude des os qu’il a examinés, que la population qui habitait ces grottes était de petite taille, mais bien qu’elle montre quelque ressemblance avec des races palœaméricaines qui vivaient autrefois au Brésil, on ne saurait encore affirmer que les êtres humains qui ont laissé des débris en Californie appartenaient à ces races dont l’habitat était beaucoup plus méridional.
- Les mollusques recueillis par M. Diguet ont été déterminés par MM. Bochebrune et Mabille ; il s’y trouve plusieurs espèces nouvelles et d’autres déjà connues, mais qui manquaient dans nos collections.
- M. Ch. Brongniart a examiné des nids de guêpes suspendus aux parois de grottes peu profondes ou fixés à des arbustes, M. Diguet en a pris des photographies qui sont projetées ; à l’aide des larves et des nymphes contenues dans les nids on a établi qu’ils avaient été construits par des Polistes, probablement d’espèce nouvelle, mais d’une taille analogue aux guêpes d’Europe. M. Bertrand, du laboratoire de chimie, a pu extraire de petites quantités de miel de ces nids californiens ; au lieu d’être formé comme le miel ordinaire de sucre interverti exerçant la rotation à gauche, celui de Californie est à déviation droite, c’est un mélange de saccharose et de dextrose qui diffère essentiellement du miel des abeilles.
- Aux minéraux rapportés de la Basse-Californie se sont ajoutés dans les collections du Muséum des échantillons provenant de la même contrée, donnés par M. Cumenge; leur étude a été faite par M. Lacroix, professeur de minéralogie, celle des roches par M. Bitter, du même service.
- On en avait fini avec l'Amérique, M. le profes-
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- seur llaray nous transporte en Afrique; il a dressé une carte de la partie du Sahara récemment parcourue par M. Foureau. Cet intrépide voyageur a rapporté des haches de pierre dans lesquelles on retrouve les caractères de celles d’Europe. L’étude des fragments de poterie mêlés à ces haches, à des pointes de flèches de silex, conduit M. Hamy à supposer que les populations qui habitaient les vallées, autrefois arrosées, aujourd’hui sèches et arides, où ces objets ont été trouvés, avaient d’étroites relations avec les Ethiopiens, frères des Çomalis, et que ces peuplades se seraient avancées de la mer Rouge vers l’ouest de l’Afrique.
- M. Boulart, de l’Anatomie comparée, a profité de la mort de deux phoques de la Ménagerie pour étudier leur organisation.
- M. Oustalet, bien connu des lecteurs de La Nature, décrit d’admirables oiseaux de Paradis, provenant de la Nouvelle-Guinée, récemment acquis pour la galerie de Zoologie.
- Le Bulletin de février renferme encore des communications de M. Félix Bernard, de M. Bordas, de M. Kunckel d’Herculais, de M. Poujade, de M. le professeur Bureau, de M. Franchet, de MM. Phisa-lix et Bertrand, de M. Contejean, de M. Bouvier.
- Avant cette séance j’avais bien le sentiment vague que le labeur accompli dans les laboratoires et les galeries du Muséum était considérable, mais je n’avais pas eu la démonstration saisissante de la puissance d’investigation que nous possédons. Il a fallu assister à ce dépouillement des collections de M. Biguet et voir successivement : botaniste, anthropologiste, géologue, entomologiste et chimiste apporter leurs observations et chacun à son tour exposer ce que ces collections renfermaient d’intéressant, ce qu’elles fournissaient d’objets non encore décrits, ce qu’elles soulevaient d’idées neuves, pour concevoir combien l’organisajtion de nos services s’adapte bien à la mission qu’ils ont à remplir.
- Cette mission, c’est d’abord de continuer l'inventaire des productions naturelles du globe; depuis l’antiquité, les hommes se sont préoccupés de connaître les roches, les minéraux qui forment la croûte terrestre, les végétaux et les animaux qui vivent à sa surface; ils ont décrit, classé, collectionné tout ce qui se trouvait autour d’eux, puis les investigations se sont étendues au loin et jusqu’aux profondeurs de la mer. Le Muséum ne se borne pas à recueillir ce que lui envoient les marins, les explorateurs, les missionnaires, il participe lui-même aux recherches : on se rappelle les voyages du Travailleur et du Talisman qu’ont dirigé MM. les professeurs Milne-Edwards, Ed. Perrier et L. Vaillant; M. le professeur Filhol accompagnait la mission qui a été dans l’extrême Sud observer le passage de Vénus; en outre le Muséum provoque, subventionne, instruit les voyageurs naturalistes; tous les ans, et cette fondation est encore due à l’initiative du directeur actuel, M. Milne-Edwards, une vingtaine de leçons, faites par les professeurs,
- sont destinées à l’instruction de ces voyageurs, qui vont ensuite apprendre dans les laboratoires la technique de la préparation des collections.
- Le voyageur montre l’étendue de scs connaissances, son zèle, sa sagacité par le choix des objets qu’il rapporte; là s’arrête sa mission, car il ne peut avoir une connaissance approfondie de toutes les sciences; pour que son butin ne soit pas perdu, il faut que ses collections soient distribuées entre les divers services du Muséum; là elles sont l’objet des études approfondies des hommes spéciaux ; et c’est seulement quand ces collections ont été ainsi fécondées par le travail qu’elles donnent tous les fruits qu’elles renferment.
- Pour arriver à classer méthodiquement les objets, ce qui est essentiellement la mission des chaires à collection, un examen superficiel ne suffit pas, il faut étendre les observations à leur structure intérieure, de là l’entrée en jeu des services auxquels ne se rattache aucune galerie : des chaires d’anatomie, de chimie; il faut suivre le développement des différents organes dans les êtres vivants, savoir comment les forces naturelles agissent sur eux, et c’est le rôle des physiologistes et des physiciens ; tous ces travaux s’accomplissent dans les laboratoires et leurs travaux démontrent que notre établissement est non seulement un admirable Musée, mais que c’est, en outre, une des grandes usines dans lesquelles s’élaborent les sciences naturelles.
- Les réunions si heureusement inaugurées par M. Milne-Edwards présentent encore un avantage et des plus grands; jusqu’à présent chacun de nous poursuivait son œuvre isolément, s’acharnait sur sa besogne et finissait par ignorer celle de ses voisins ; notre particularisme inconscient se fondra dans nos réunions; on se connaîtra mieux : de l’estime que provoquera l’audition des communications, la lecture du bulletin, naîtront des relations amicales entre les naturalistes des divers services, et bien vite leur apparaîtront les ressources que leur fournira une union plus étroite.
- Le spectacle, constamment renouvelé, du labeur accompli dans les laboratoires est fait enfin pour stimuler les courages et exciter chacun de nous à apporter sans cesse de nouveaux aliments à ce grand foyer de lumière qui, depuis près de trois siècles, rayonne du Muséum d’histoire naturelle.
- P.-P. DeHÉRAIN, de l'Institut, professeur au Muséum. ——
- PHOTOGRAPHIES LUNAIRES
- RÉCEMMENT OBTENUES A L’OBSERVATOIRE DE PARIS
- En donnant dans ce journal, en avril 1891, la description du grand équatorial coudé de l’Observatoire de Paris, nous indiquions que ce magnifique instrument était pourvu de deux objectifs de 0m,60 de diamètre dont l’un avait été spécialement construit pour servir aux observations astronomiques visuelles, et l’autre, achromatisé pour les rayons
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- chimiques, devait être employé à des travaux de photographie céleste.
- Nous avons fait connaître à cette époque que les observations d’essai avaient démontré l’excellence optique et mécanique de cette colossale lunette de 18 mètres de distance focale. L’emploi de l’objectif astronomique avait permis en effet d’obtenir des images de la plus grande netteté. Depuis lors, les travaux d’observation ont été poursuivis dans les conditions les plus variées et ont donné des résultats très satisfaisants.
- Après cette première et importante série de travaux, il restait à essayer l’instrument au point de vue photographique, en substituant à l’objectif astronomique l’autre objectif spécialement achro-matisé pour les rayons chimiques. C’est ce qui a été fait dans le courant de l’été de 1895. L’examen optique des images fournies par ce second objectif a démontré ses qualités spéciales; et on s’est occupé ensuite d’adapter le grand équatorial coudé aux recherches photographiques. Un conçoit d’ailleurs qu’en raison de la grande distance focale de l’instrument, il soit possible d'obtenir directement un grossissement considérable, avantage précieux dans l’examen des objets qui exigent un grand pouvoir séparateur.
- Il a fallu d’abord obtenir la possibilité de contrôler, pendant la pose, la marche du mouvement d’horlogerie qui entraîne l’instrument en sens inverse de la marche des astres dans le ciel, afin d’arriver à immobiliser pour ainsi dire les astres à photographier pendant la durée d’exposition de la plaque sensible. Pour cela, au moyen d’un oculaire spécial placé latéralement dans la partie supérieure de la lunette, on recueille, au moyen de deux prismes à réflexion totale, une partie du faisceau lumineux transmis par l’objectif. Puis, au moyen d’un double mouvement de translation et de rotation, on choisit dans le champ une étoile-guide convenable qu’on maintiendra sous la croisée de fils de l’oeu-laire-pointeur pendant le temps d’exposition du cliché, pour ce qui concerne la photographie des étoiles. Dans le cas delà Lune, cette disposition mécanique a été modifiée, enadaptant à la pièce doublement coudée portant les deux prismes une glace sans tain qui ne réfléchit dans l’oculaire qu’une minime portion de la surface de l’astre et laisse se former l’image photographique complète, tout en donnant des points de repère suffisamment visibles.
- Il a été indispensable également d’obtenir une délicatesse plus grande dans la manœuvre des organes du mouvement en déclinaison de l’instrument. Dans ce but, une manette mobile a été mise à la portée constante de l’observateur. On arrive ainsi à maintenir la position d’un astre sur le même point de la plaque avec l’approximation la plus parfaite, à 0aim,02 peut-être de déplacement linéaire. C’est un résultat mécanique très remarquable si l’on se souvient que les masses à mouvoir ont de grandes dimensions et que leur poids dépasse 10 tonnes.
- MM. Lœwy et Puiseux, assistés de M. Le Morvan, ont déjà obtenu, au point de vue photographique, des résultats dignes d’intérêt.
- La Lune a été surtout l’objet des travaux récemment entrepris à l’aide de ce magnifique instrument. Plusieurs des clichés obtenus présentent la plus grande netteté et montrent une grande abondance de détails. Les images directement produites au foyer de l’objectif mesurent 0m,18 de diamètre environ.
- C’est la plus grande image focale directe de la Lune obtenue jusqu'à ce jour; elle a permis de réaliser ensuite des agrandissements considérables.
- L’importance de la photographie appliquée à l’étude systématique de notre satellite n’échappera à personne. Quel que soit en effet le soin qu’aient mis les anciens observateurs à reproduire par des dessins longs et difficiles l’aspect si complexe de la Lune, il va sans dire qu’on sera toujours dans le plus grand embarras lorsqu’on voudra décider entre deux images présentant des détails contradictoires. La tâche du dessinateur est évidemment au-dessus de ses forces, en raison surtout des modifications incessantes que la lumière du Soleil amène à la surface de notre satellite. Il est trop difficile, par un procédé manuel, d’arriver à donner à chaque objet sa véritable valeur. Rappelons d’ailleurs ici que, pour obtenir la carte la plus détaillée de la Lune, d’un diamètre de 2 mètres, J. Schmidt, directeur de l’Observatoire d’Athènes, a consacré à ce travail la plus grande partie de sa vie d’astronome, de 1840 à 1874.
- La méthode photographique seule permettra d’obtenir des images authentiques et d’une valeur incontestable. Aucun détail ne lui échappera et les épreuves obtenues seront toujours rigoureusement comparables entre elles. 11 faudra évidemment que les clichés lunaires soient multipliés à de courts intervalles, pour tenir compte des incidences différentes d’illumination ; c’est précisément d’ailleurs un des grands mérites du procédé en question.
- Si nos lecteurs veulent bien se reporter à nos précédents articles sur le sujet qui nous occupe, ils verront que l’idée de l’application de la photographie à l’étude de la Lune date de l’époque même de l’invention de la photographie ; et que, depuis les premiers essais, absolument infructueux, des tentatives successives de plus en plus heureuses nous ont amenés, dans ces dernières années, aux belles épreuves obtenues à l’Observatoire Liek1 et aux photographies si nettes et si détaillées de MM. Henry2.
- Avec ces dernières photographies et celles de MM. Lœwy et Puiseux, nous arrivons à des agrandissements photographiques dont l’échelle est équivalente à celle des plus grandes cartes de la Lune ; tandis qu’auparavant les photographies lunaires les plus connues, celles de Warren de La Rue et de Rutherfurd, n’avaient donné, à l’amplification, que des épreuves présentant une infériorité considérable par rapport à la vision directe.
- * Voy. n° 879 du 5 avril 1890, p. 281.
- - Voy. n° 894 du 19 juillet 1890, p.. HH.
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- Fac-similé d’une portion d’agrandissement photographique lunaire obtenu par MM. I.rewy et Puiscux à l'Observatoire de Paris.
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- A l’aide des épreuves nouvelles, au contraire, on a pu rectifier les dessins les plus détaillés, apercevoir de nombreux petits cratères omis jusqu’à ce jour sur les cartes des plus habiles sélénographes ; et, dans bien des cas, arriver à définir avec certitude l’aspect et l’existence d’objets contestés à la surface de notre satellite.
- Nous ne pouvons mieux faire, pour donner idée des importants résultats dont nous parlons, que de reproduire une portion d’un des agrandissements de photographies lunaires, récemment obtenus à l’Observatoire de Paris. En raison de notre format, l’agrandissement choisi n’a été que de cinq fois et demie, c’est-à-dire qu’à celle échelle, l’image de la Lune entière aurait un mètre de diamètre. Cette dimension a permis de faire tenir dans notre justification un plus grand nombre d’objets remarquables. 11 s’agit en effet d’une partie de la région qui contient du centre au sud toute une grande série de cratères disposée suivant le premier méridien lunaire. On trouvera, dans le bas de notre gravure, le grand cirque de Plolémée, dont le diamètre est de 185 kilomètres et les remparts s’élèvent par place jusqu’à 5900 mètres; au-dessus et tout contre, Alphonsus, large de 150 kilomètres avec un pic central de 1200 mètres d’altitude. A gauche, on voit Alba-tecpiius, d’un diamètre déplus de 100 kilomètres, qui possède dans le nord-est un point culminant de 4500 mètres Un petit cratère, Alpetragius, au sud-est d’Alphonsus, est d’une profondeur considérable; sur son côté ouest, elle atteint 5650 mètres. En remontant, nous trouvons : Arzachel, d’un diamètre de 104 kilomètres; Thebit, large de 50 kilomètres, avec un sol intérieur à 5000 mètres au-dessous de son rempart circulaire; Purbach, profond de 2500 mètres, et bien d’autres qu’il serait trop long d’énumérer.
- Disons en terminant qu’un grand nombre de clichés ont été déjà obtenus et que les agrandissement réalisés pourront être utilisés en vue de la formation d’un atlas lunaire qui mettra à la disposition des astronomes et des géologues des documents précieux pour arriver à la solution des problèmes que soulève l’étude de la constitution de notre satellite. A. Fraissixet.
- LA CRÉATION
- DE L’OBSERYATOIRE DU PIC DU MIDI
- M. J. Janssen, de l’Institut, nous adresse les documents suivants que nous nous empressons de publier avec le sentiment de l’équité et de la justice :
- Lettre de Mmo Vaussenat
- adressée à M. J. Janssen, de VInstitut, le 21 mars 1895.
- Bagnères-d e-Bigorre.
- Monsieur,
- Quelque précieux que soient vos moments, j’ose encore une fois recourir à votre obligeance. Le souci que je porte à tout ce qui touche à la mémoire de mon regretté mari, sera ma seule excuse.
- Depuis quelques jours, et au sujet de la mort du général de Nansoutv, les articles nécrologiques se succèdent dans les journaux, et presque tous attribuent à M. de Nansoutv, seul, la fondation de l’Observatoire du Pic du Midi1. Que le grand mérite du général soit reconnu, ce n’est que toute justice; mais qu’il ne le soit pas au détriment de son fidèle collaborateur, c’est tout ce que je demande.
- Or, vous savez, monsieur, comme moi, la part que mon mari a prise à cette fondation, et vous savez aussi que la collaboration de ces deux messieurs a été constante de 1875 à 1882, date de la possession de l’Observatoire par l’Etat. Celte égalité de travail et de mérite a été consacrée par une inscription placée dans les fondations et sur la porte de l’Observatoire, ainsi que par les signatures des deux fondateurs: Nansoutv-Vaussenat,apposée au bas de toutes les pièces officielles de la remise à l’État. Je désire vivement ne pas laisser s’établir une erreur si funeste à la mémoire de mon mari, et s’il m’est impossible de faire rétracter des articles déjà parus, je voudrais que cette erreur ne se continuât pas, surtout dans les publications sérieuses.
- Je me permets donc, monsieur, de venir vous rappeler ces détails, et s’il vous était possible de me venir en aide pour rétablir la vérité de ces faits, je vous en serais éternellement reconnaissante. Vous êtes trop juste pour ne pas comprendre ce que je souffre à ce sujet, et si je vous importune, vous ne m’en voudrez pas trop, et vous ferez, j’espère, la part du vif désir que j’ai de conserver à mon mari la place qu’il a si chèrement acquise.
- Veuillez recevoir, avec mes remerciements, l’expression de mes sentiments les plus distingués. À. Vaussenat.
- sur l’histoire de
- LA FONDATION DE L’OBSERVATOIRE DU PIC DU MIDI
- La mort du général de Nansouty a appelé l’attention sur la création de l’Observatoire du Pic du Midi à laquelle il a pris une part si prépondérante, que, dans l’opinion générale, il en reste la personnification et le seul créateur.
- Tout en rendant pleine justice à l’initiative généreuse, au dévouement, au courage vraiment admirable avec lequel le général s’est donné à cette création, il serait injuste de méconnaître l’aide considérable qu’il a trouvée dans son collaborateur, M. Vaussenat. On vient de lire la lettre que, dans un sentiment de piété à la mémoire de son mari, et tout à sa louange, Mme Vaussenat m’adresse, en me priant de faire rendre à M. Vaussenat, dans cette occasion, la part de mérite qui lui est due.
- Tous ceux qui ont suivi la création de l’Observatoire trouveront, je pense, qu’il est très légitime d’associer le nom de M. Vaussenat à celui du général, dans la reconnaissance publique. Quant à moi, j’ai été témoin de l’activité et du dévouement déployés par M. Vaussenat, tant pour provoquer les souscriptions, que pour l’édification de l’Observatoire du sommet.
- Aussi, consulté par Paul Bert et plusieurs autres députés sur l’utilité de l’Observatoire, ai-je pu rendre un témoignage qui n’a pas été étranger à l’ap-
- 1 La Nature a cité M. Vaussenat, n° 1158, du 25 mars 1895, p. 258.
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- pui que le Gouvernement donna alors à celte intéressante création.
- En résumé, on peut dire que le général de Nan-souty, en apportant son nom et son généreux concours à cette œuvre, et surtout en s’v dévouant avec le courage qu’il a montre, rendit cette œuvre sympathique et populaire, et gagna la cause de l’Observatoire devant l'opinion et les pouvoirs publics ; mais que, sans le concours actif, dévoué, compétent à tant d’égards, de son collaborateur M. Yaussenat, l’œuvre n’eùt pu être menée à bonne fin.
- Disons encore que si le général de Nansouty a été admirable par son eourag#et son endurance pendant les hivers qu’il passa à la station de Plantade, M. Yaussenat s’est acquis les mômes droits à notre reconnaissance, par ses longs séjours d’hiver au sommet, séjours qui ont compromis sa santé et abrégé ses jours. J. Jaxsskx,
- LE NIVELLEMENT LUMINEUX DE PARIS
- Les bienfaits d’un progrès au milieu duquel on vit, ne donnent, au bout de peu de temps, quelle que soit leur sphère d’action, (pie des impressions, en quelque sorte, émoussées. S’il est un sujet pratique sur lequel puisse porter cette méditation, c’est bien celui de l’éclairage de notre grande ville de Paris.
- M. Henri Maréchal, ingénieur des Ponts et Chaussées et du service municipal, en a récemment exposé tous les détails dans une remarquable étude intitulée YEclairaye à Paris.
- Les Egyptiens, les Grecs, les Romains et les admirables artistes du moyen âge et de la Renaissance ont construit des temples et des palais imposants : ils n’ont jamais su, ni pu, les éclairer, ni même les illuminer, pendant des siècles, au cours de leur existence réglée sur les variations de l’éclairage solaire.
- Sans remonter si loin, la vieille cité parisienne, à une époque relativement proche de nous, faisait d’impuissants efforts pour lutter contre les ténèbres qui, dès le soir, livraient les rues aux exploits des mauvais garçons. En 1518, Philippe Y fut un novateur bienfaisant en ordonnant qu’une chandelle demeurerait allumée, chaque nuit, à la porte du Châtelet. Puis, nous voyons, en 1558, le Parlement prescrire que des falots ou pots de poix seront placés aux extrémités des rues, et, « où lesdites rues seront' si longues que lesdits falots ne.puissent éclairer d’un bout à l’autre, il en sera mis un, au milieu desdites rues ou places, selon la longueur d’ycelles ».
- Louis XIV, qui prit à cœur de mettre un peu d’ordre dans sa bonne ville de Paris, toute remplie d’insécurité à la nuit tombante, créa les porte-flambeaux, qui, moyennant 5 sols par quart d’heure, éclairaient et guidaient le passant attardé. Un édit de 1607, bientôt copié par toutes les capitales de l’Europe, organisa le premier éclairage rationnel et efficace des rues.
- A ce moment, si proche de nous, on ne connaissait guère, pour produire économiquement de la lumière, (pie l’antique lampe romaine, sorte de prosaïque saucière, dans laquelle une mèche s’imbibait d’huile par capillarité, et à laquelle la chandelle de suif faisait concurrence. Louis XIV, assisté de son lieutenant de police La Reynie, eut recours, pour éclairer Paris, à des chandelles de 4 à la livre, abritées dans des lanternes. L’effet obtenu fut très satisfaisant et l’on compta bientôt plus de 5000 lanternes en service. Près d’un siècle s’écoula dès lors à la lueur tremblotante des chandelles. Mais, un autre lieutenant de police, M. de Sartine, eut l’idée de stimuler le zèle des inventeurs par un concours. Il faut croire que les concours ont quelquefois du bon, car un nommé bourgeois de Chateaublanc présenta à celui-là, en 1765, son « réverbère à huile » ; il obtint le prix de 2000 livres. L’appareil avait des qualités réellement remarquables pour son temps : « La lumière qu’il donne, écrivait au roi M. de Sartine, ne permet pas de supposer que l’on puisse jamais rien trouver de mieux. » Et pourtant, quelques années plus tard, Philippe Lebon, ingénieur des Ponts et Chaussées, faisait connaître sa fameuse découverte du gaz d’éclairage! Nous ne rappellerons pas ses débuts bien connus. Mais il faut constater que le gaz lui-même, malgré ses beaux étals de service, a dù baisser pavillon, au point de vue lumineux, devant la lumière électrique. 11 lutte, à la vérité, avec une intelligente persistance, victorieux encore, dans la plupart des cas, au point de vue du prix de revient, grâce à son énorme outillage et à l’utilisation des sous-produits de la bouille dans l’industrie chimique. En ce qui concerne la puissance lumineuse, les becs de gaz intensifs, à récupération et à incandescence, multiplient leurs ingénieuses combinaisons. Cependant, malgré tout, les stations centrales d’éclairage électrique étendent leur domaine : le gaz se fait parfois même concurrence à lui-même en produisant de la lumière électrique par l’intervention d’excellents systèmes de moteurs à gaz.
- Il en résulte, en somme, dans Paris, une inondation de lumière sans cesse croissante. Des statistiques récentes indiquent, dans les habitations, deux millions de becs divers, 280 000 lampes à incandescence et 9000 lampes à arc ; et sur lavoiepublique, 55000 lanternes à gaz et 500 arcs. Nous sommes en vérité loin des prévisions de Philippe Y.
- Pour ce qui concerne la voie publique, l’éclairage, réparti d’une façon forcément inégale, très brillant sur certains points, espacé sur d’autres, nul parfois, produit des alternances d’éclat et de ténèbres que l’on évalue difficilement. Il semble qu’à côté de véritables fontaines de lumière on se trouve exposé à plonger dans des puits de ténèbres. M. Henri Maréchal s’est proposé de soustraire d’une façon mathématique le degré d’éclairement produit à des appréciations plus ou moins fantaisistes : il a entrepris, en un mot, le nivellement lumineux de la capitale
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- LA N AT l! HE.
- par une méthode simple et originale qui permettra sans doute de régulariser le débit et la consommation de la lumière d’une façon absolument logique dans les nouvelles installations. Nos lecteurs nous permettront, pour expliquer cette méthode de « nivellement lumineux », quelques considérations mathématiques, d’ailleurs élémentaires.
- Pour niveler lumineusement Paris, M. Maréchal fait intervenir, en chaque point du sol, non pas l'intensité moyenne des foyers lumineux, ni, comme on l’a fait presque toujours jusqu’ici, l'intensité, horizontale, mais bien l'intensité propre suivant le rayon considéré. 11 a donc déterminé, pour chaque bec, comme le fait un opérateur sur un terrain mouvementé, la courbe des intensités lumineuses ou courbe photométrique : de là, il déduit l’éclairement en un point, par une construction géométrique des plus simples. La voici :
- Soit L (fig. 1) un foyer lumineux monté sur un candélabre LA de hauteur h. En un point P quelconque du sol, l’éclairement, d’après les lois de la physique, est donné par la formule :
- LC , LC cos5 9
- e = —-, cos 0 =-----j-—
- L P
- Menons par C la verticale CD et, par le point I),
- SM??
- Fig.1. — Détermination géométrique de l’éclairement produit, en un point, par un loyer lumineux.
- une parallèle à LC. Cette parallèle rencontre en U la perpendiculaire à LC menée par C. 11 est facile de voir que la verticale K U est égale à LC cos50. En effet :
- K R = R R cos 0
- Mais :
- RR = RC cos 9 et RC = LC cos 0 On a donc bien :
- K R = LC coss 9.
- En sorte que l’éclairement est égal à K R mesuré sur la figure, divisé par h*, carré de la hauteur du candéktbre. Si même on a soin de représenter l’unité d’intensité lumineuse par une droite de longueur égale à h*, l’éclairement est exactement égal à KR.
- On conçoit que l’on peut, de cette façon, calculer rigoureusement les éclairements produits en chaque point du sol autour d’un candélabre et tracer des courbes à'égal éclairement analogues aux courbes de niveau de nos cartes topographiques : on fait ressortir à l’œil les montagnes de lumière et les vallées de ténèbres, et il n’y a plus à discuter pour savoir si l’on est bien ou mal éclairé, si les sources . lumineuses sont trop rapprochées ou trop écartées les unes des autres : la topographie lumineuse
- Fig. 2. — Grands boulevards à Paris. — Eclairement, en bougies à 1 mètre, par des lampes à are de dix ampères, placées à S™,95
- au-dessus du sol et munies de globes en opaline.
- répond à toutes les objections. Notre figure 2 donne un exemple d’un nivellement lumineux de ce genre effectué sur un de nos grands boulevards. Ces courbes d’égal éclairement ont un autre avantage. Elles permettent, par un procédé analogue à celui qui consiste à déterminer la hauteur moyenne d’une surface topographique, d’obtenir Y éclairement moyen d’une voie publique quelconque et le prix de revient réel de cet éclairement.
- M. Henri Maréchal, dès le début de l’application de sa méthode, est arrivé, sur ce sujet, à certaines conclusions rectitiant des idées admises. Ainsi, en considérant une surface égale à un décamètre carré, il a trouvé que l’éclairement de cette surface
- pendant une heure, à raison de une bougie, placée à un mètre pour chaque point,* revenait au prix suivant, selon la nature de la source lumineuse employée : Gcent,81 pour le gaz, bec papillon; 5cont,65 pour le gaz, bec à récupération; lcent,58pour l’électricité, lampe à arc de 10 ampères.
- L’éclairage électrique par arc voltaïque, quoi qu’en pensent ses adversaires, est donc beaucoup plus économique que l’éclairage au gaz, et le perfectionnement, bien que remarquable, des becs à récupération, aura vraisemblablement quelque peine à compenser une aussi importante « dénivellation » pécuniaire. Max df. Nansocty.
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- VOIES FERRÉES ET VOIES D’EAU
- Il n’est pas un congrès de navigation intérieure, de chemins de 1er, où ne soit posée la question de la concurrence des chemins de fer et des canaux, ou plus généralement des voies ferrées et des voies d’eau. En fait, les unes et les autres ont chacune deux rôles : c’est ce dont on n’est pas assez convaincu en France; c’est ce que l’on comprend bien en Allemagne, où l’on tire les conséquences pratiques de cette vérité. 11 n’est pas, dans ce pays, un port de navigation intérieure où ne soient installées des voies permettant aux wagons de venir en contact immédiat avec les chalands, et tout le monde s’en trouve pour le mieux, autant les entreprises de chemins de fer que les compagnies de navigation, et les industriels et consommateurs. En somme on fait concourir les deux types de moyens de communication à l’amélioration des transports.
- Mais il y a une façon spéciale d’entendre ce concours, une façon plus intime et particulièrement originale qui fait des canaux, des lacs, le prolongement des voies ferrées, et inversement, en assurant le transit des marchandises sans rupture de charge : cette manière de faire est pratiquée surtout aux États-Unis, au moyen des bateaux porte-trains.
- On sait que ces bateaux ont reçu le nom de fernj-boats : on a souvent parlé de ceux qui jouent le rôle des bacs ordinaires sur de plus grandes dimensions et remplacent les ponts là où ceux-ci seraient impossibles; nous n’y reviendrons pas. Mais aujourd’hui l’usage de ces bateaux est courant pour servir de prolongement à une ligne ferrée au travers d’une vaste surface d’eau, et lui permettre de se relier ainsi artificiellement à une autre voie de fer aboutissant à la rive opposée de cette surface d’eau. Les exemples en sont nombreux : nous en rappellerons seulement quelques-uns. Le New York Philadelphia and Norfolk Railroad a eu pendant dix ans un service de ferry-boat entre le cap Charles et Norfolk (en Virginie), sur une distance de 46 kilomètres. Le Toledo Ann Harbour and
- Northern Michigan Railroad possède un service analogue entre Kewannee (Wisconsin) et Franklort (Michigan) ; les wagons sont solidement arrimés sur le pont des bateaux de manière à ne pouvoir prendre aucun mouvement d’oscillation sur leurs suspensions. Il s’agit là d’un vrai voyage de 109 kilomètres, qui s'effectue en cinq heures, quand il n’y a pas de glace, et qui n’offre pas de dangers même par les mauvais temps.
- La Compagnie Pennsylvania Railroad a de son côté trouvé un système fort original, ou plutôt deux systèmes successifs pour assurer le transport sans transbordement des marchandises embarquées sur des chalands. Notre première gravure (lig. 1) fait aisément saisir l’économie de ce procédé, employé dès l’année 1845 : à cette époque il se faisait un
- mouvement de marchandises considérable entre Philadelphie d’une partet,d’autrepart, Johnstown et Pitts-burg; mais entre ces points s’élève une chaîne de partage des eaux assez importante et les voies navigables de chaque versant venaient s’y heurter. Évidemment en pareil cas on a toujours la ressource d’établir un bief de partage, au moins quand on a de l’eau pour l’alimentation; mais on avait tout simplement eu recours à un portage, comme disaient nos Canadiens français, à une voie de communication par terre où passaient les marchandises. Dans le vrai portage, terme qui s’est conservé encore aujourd’hui même dans la langue anglaise, il y a déchargement effectif; mais la Compagnie du Pennsylvania Railroad, qui exploitait les lignes de navigation de la région, avait installé un Portage railroad, un « chemin de fer de portage » formant comme un double plan incliné. Toutefois, et c’est là le côté bizarre, on ne chargeait pas chaque chaland en un seul morceau sur un chariot. Ces chalands se partageaient en trois sections : celles-ci, quand le bateau était à l’eau, étaient réunies par des ferrures spéciales; chacune d'elles se terminait d'ailleurs par des cloisons étanches. Il y avait trois de ces sections qui étaient montées respectivement sur un petit truck en charpente portant sur une paire de boggies à quatre roues. Notre figure n° 1 représente précisément un chaland ainsi décomposé,
- Matériel flottant et roulant (le la Pensylvania Railroad Company. —!N° 1. Chaland décomposé sur trucks. — N° 2. Chaland recomposé. — N* 3. Chaland pour émigrants. — N" 4. Wagons sur chaland.
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- chargé sur trois trucks et prêt à franchir la chaîne de partage des eaux, tandis que la figure 2 montre les segments réunis. Nous ajouterons que la même Compagnie possédait également des chalands pour émigrants, dont nous donnons un spécimen (fig. 5).
- Aujourd’hui ces bateaux ne servent plus, croyons-nous; mais c’est un système (pii peut rendre des services en pareille occurrence. Cependant la Compagnie du Pennsylvania Railroad nous fournit un autre exemple curieux d’appareil qui permet aux véhicules d’une voie de fer d’emprunter une voie d’eau : en eflet cette Compagnie possède sur l’IIud-sou toute une flotte de chalands tels que celui que représente notre figure 4 : ils transportent les plus grands wagons à marchandises du terminus du chemin de 1er, à Jersey-City, jusqu’au dépôt situé à New-York même.
- Toutes ces questions sont fort intéressantes, surtout au moment où, en Sibérie notamment, l’on prépare une grande voie de communication dont les sections ferrées alterneront avec des sections empruntant des voies d’eau.
- Avant de finir, nous rappellerons qu’on emploie assez souvent, dans les districts forestiers du nord de l’Ontario, des bateaux amphibies qu’on nomme s team warping tugs ou toueurs remorqueurs à vapeur : on s’en sert pour l’exploitation des bois dans des contrées où de petits lacs sont reliés par des cours d’eau d’une navigation difficile. La coque en bois, de 12 mètres sur 5 mètres, a son fond recouvert de tôle d’acier et portant des patins, également d’acier, pour la marche à terre. Sur l’eau le bateau est mù par deux roues à aubes; sur terre il se toue sur un câble d’acier attaché à un point fixe. On peut remonter ainsi des pentes de 1 sur 5, la chaudière restant toujours horizontale; et il parait •lue ces bateaux rendent de réels services.
- Ram kl Iîellet.
- CHRONIQUE
- I.'industrie de l'aluminium. — Voici un tableau qui montrera, mieux que tous les raisonnements du monde, lesprogrès réalisés dans l’industrie de l’aluminium.
- DATES. POIDS EN KILOGRAMMES. VALEUR TOTALE EN FRANCS. PRIX EN FRANCS PAR KILOGR.
- 1884 .... 68 6 952 102,6
- 1885 .... 128 13 132 102,6
- 1886 .... 1 560 139 050 102,6
- 1887 . . . 8 154 505 850 57,5
- 1888 .... 8 607 334 750 59,0
- 1889 .... 22 215 101 575 23,2
- 1890 .... 27 760 515 597 17,0
- 1891 . . . . 67 950 515 000 7|5
- 1892 .... 117 269 880 095 7,5
- 1893 .... 155 952 1 574 550 8,5
- Il donne pour chaque année, et pour le monde entier, la production en kilogrammes, la valeur totale de la production en francs et le prix spécifique du métal en francs par kilogramme. 11 serait superflu d’ajouter- le
- moindre commentaire à ces chiffres suffisamment éloquents par eux-mêmes.
- Les ascenseurs électriques en Amérique. —
- On ne saurait faire aucune comparaison entre les ascenseurs américains établis dans de grands édifices de 12 à 18 étages, au nombre de 4 à 12, chacun d’eux étant manœuvré par un conducteur spécial, sous la direction d’un chef des ascenseurs qui règle les départs aux heures affairées, et les ascenseurs les plus importants de capitales européennes. Les ascenseurs américains font jusqu’à 5 mètres par seconde, les nôtres atteignent à peine le dixième de cette vitesse. On abandonne de plus en plus les procédés hydrauliques pour la mise en mouvement de ces grands ascenseurs, et une seule compagnie, VEdison illuminating L’°de New-York, dessert actuellement 250 ascenseurs d’une puissance totale de 5000 chevaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- béance du 1er avril 1895. — Présidence de M. A. Cornu.
- Considérations sur la découverte de l’argon. — M. William Ramsay, qui assiste à la séance, fait connaître 1 ensemble de déductions qui l’a conduit à rechercher 1 argon dans la clévite. Partant de cette considération qu’il y aurait un grand intérêt à découvrir une combinaison métallique de l’argon, M. William lîamsay a pensé à étudier la clévite, qui contient 2,5 pour 100 d’un gaz que l’on croyait être de l’azote. On pouvait espérer que ce gaz fût un mélange (l’azote et d’argon. L’expérience a réalisé cet espoir. Le gaz extrait de la clévite contenait de 1 azote et un résidu. Le spectre de ce résidu reproduisait celui de l’argon, mais avec une magnifique raie jaune en plus. La comparaison avec le spectre fourni par un tube contenant de l’hydrogène et de l’argon a permis de déterminer la longueur d’onde de cette raie qui concorde avec celle de l’hélium du spectre solaire. M. William Ramsay a acheté tous les échantillons de clévite qu’il a pu trouver à Londres. Il en a extrait environ 2 litres d’argon dont il reste a séparer l’hélium. En outre, la comparaison du spectre de cet argon avec celui de l’argon atmosphérique indique trois raies violettes inconnues. Il résulte de cette constatation que le premier de ces gaz pourrait contenir encore un élément nouveau.
- L’entraînement de l’azote.nitrique par les eaux de drainage. — M. Dehérain expose à l’Académie des recherches récentes qu’il vient d’opérer sur les eaux de drainage. En comparant les résultats obtenus en 1895, année de mauvaises récoltes, à ceux de 1894, année de récoltes excellentes, on constate qu’en 1895 les eaux de drainage ont été beaucoup plus abondantes et plus riches qu’en 1894. 11 faut attribuer cette pauvreté des eaux de 1894 à la vigueur des végétaux qui, par leurs nombreuses racines, ont complètement assimilé les nitrates ; quant a la faiblesse du drainage en 1894, elle est due, en partie, au puissant développement des feuilles qui, par transpiration, ont rejeté dans l’atmosphère l’eau tombée, et en partie à l’époque des pluies. Les précipitations d’hiver donnent seules, en effet, un drainage abondant ; quand les pluies surviennent en été, comme il est arrivé en 1894, les drainages n’emportent que peu d’azote. Il résulte très clairement d’un graphique sur lequel M. Dehérain a figuré les faits qu’il expose, que les terres nues perdent infiniment plus d’azote par infiltration des eaux dans le sous-sol que les terres emblavées. La nécessité de soustraire les terres à ces déperditions s’impose donc. Par suite, il
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- convient de faire succéder aux récoltes estivales des cultures dérobées pour couvrir le sol pendant tout l’automne.
- Observations thermométriques anciennes. — M. Maze a découvert dans les registres manuscrits de l’Observatoire une série régulière d’observations thermométriques qui est la plus ancienne que l’on connaisse. Elle a été effectuée pendant les années 1658 et 1659, par Ismaèl Ilonillaud, à Paris, dans l’hôtel de Thou. D’après ces observations, le mois d’avril de l’année 1659 aurait été caractérisé par une chaleur exceptionnelle : la température se serait en effet élevée à 55°. Enfin, d’après M. Maze, c’est à tort que l’invention du thermomètre à mercure est rapportée à Fahrenheit. Dès cette époque Bouillaud avait construit un thermomètre à mercure dont chaque division représentait 10° centigrades.
- Les gaz de la vessie natatoire des poissons. — M. Jules Richard s’est appliqué à l’étude de la composition chimique du gaz de la vessie natatoire des poissons. Biot croyait <[ue la quantité d’oxygène contenue dans ce gaz augmentait avec la profondeur des eaux habitées par l’animal; Moreau pensait que cette quantité était d’autant [dus forte que la vessie contenait moins de gaz. Les recherches de M. Jules Richard ne paraissent pas confirmer ces vues. Pendant le dernier voyage du yacht du prince de Monaco, il a analysé les gaz provenant de la vessie natatoire de poissons péchés respectivement à 60, 175 et 1671 mètres. La quantité d’oxygène est toujours restée voisine de 80 pour 100.
- Varia. — M. d'Ocagne, secrétaire de la Commission du nivellement général de la France, étudie l’influence, sur le résultat d’un nivellement de haute précision, des erreurs ayant un signe constant. — MM. Abraham et Lemoine ont construit un électromètre très sensible permettant de mesurer avec une approximation de 0,001 des différences de potentiel les plus grandes. — M. Charles Fery donne des formules pour l’emploi le plus avantageux des réseaux quadrillés que l’on dispose en avant des plaques, dans la préparation des clichés servant à la photogravure.
- Cii. de Yilledeuil.
- • UN SPECTRE ARTIFICIEL
- La composition des différentes couleurs pour reconstituer la lumière blanche est connue depuis longtemps, classique depuis le disque de Newton et l’expérience des deux prismes ; mais celle qui permet d’obtenir toutes les couleurs du spectre sans faire usage d’autre appareil optique que l’oeil lui-mème et ses facultés d’accommodation, est plus récente, beaucoup moins connue, et mérite d’être signalée.
- L’est, d’après notre excellent confrère Engineering à qui nous empruntons les éléments de cette Note, M. Charles E. Benham, de Colchester, qui a réalisé pour la première fois, en novembre dernier, le spectre artificiel dont, depuis cinq mois, un certain nombre de physiciens ont cherché avec plus ou moins de succès une explication satisfaisante, qui semble avoir enfin été fournie tout récemment par un physicien anglais, M. Macfarlane Gray. .
- Le spectre artificiel est réalisé à l’aide d’un dispositif des plus simples, un simple toton, une toupie, ou tout autre dispositif capable d’imprimer un mouvement de rotation autour d’un axe perpendiculaire
- à son plan à un disque de carton blanc de 3 à 4 centimètres de diamètre sur lequel on a tracé en noir des fractions de circonférences concentriques, l’une des moitiés de ce disque étant complètement noire, suivant le tracé représenté figure 1.
- On peut aussi, comme nous le montrons dans la ligure 2, monter oe disque sur l’appareil classique de Newton et réaliser l’expérience d’une manière continue.
- En imprimant au disque un mouvement de rotation dont la vitesse angulaire dépend de l’àge, de l’acuitévisuelle, et surtout, comme on le comprendra dans un instant, de la faculté d’accommodation de l'observateur, ce disque apparaît couvert de circonférences ou fractions de circonférences concentriques prenant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, très atténuées, mais qui apparaissent quelquefois avec des richesses de ton qui dépendent à la fois de l’éclairement du disque et de la richesse spectrale de la lumière qui l’éclaire.
- Le résultat expérimental étant hors de contestation, — nous l'avons vérifié nous-même, et rien n’est plus facile à répéter, — voici comment M. Macfarlane Gray explique le phénomène en faisant intervenir les facultés d’accommodation de l’œil.
- Soit L (lîg. 1, tracé géométrique) la lentille formée par l’œil, les lignes droites représentant à une échelle exagérée, pour faciliter l’explication, des rayons de réfrangibilités différentes. Supposons que les rayons violets aient leur foyer en Y et les rayons rouges en R, et plaçons l’écran E sur lequel se fait l'image à une distance constante de la lentille. Pour obtenir une image nette d’un objet de couleur violette sur un fond noir, il faut diminuer la convexité de la lentille, l'aplatir en quelque sorte, pour ramener en E l'intersection des rayons violets qui se fait en V. Inversement, pour les rayons rouges, la convexité de la lentille doit être augmentée, elle doit être bombée, pour ramener en E les rayons rouges qui se croisent en R.
- La lumière blanche peut se diviser en deux groupes de rayons occupant les extrémités du spectre visible, le rouge et le violet, et en supposant, pour simplifier, leur réfrangibilité uniforme, ils se coupent respectivement aux foyers It et Y. Le rouge et le violet seuls ne donnent pas le blanc, mais la combinaison de leurs groupes respectifs en donne, ce qui suffit pour la validité du raisonnement subséquent.
- Si le lecteur veut bien imaginer que ces rayons soient des écrans transparents rouge et violet, produisant du blanc par leur superposition, il verra qu’en B, au centre du losange formé par les rayons, l’écran paraîtra blanc. Il verra ainsi que la lumière blanche n’a pas un foyer défini comme l’ont le rouge et le violet. L’image d’un objet blanc sur un fond noir s’étendra toujours au delà de son image géométrique réelle d’une quantité égale à la moitié de la hauteur du losange en IL Un point blanc sur un fond noir occupera donc sur l’écran une surface plus grande
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- i[ue celle qu’occuperait un point noir sur un fond blanc. C’est le phénomène bien connu de l’irradiation. Lorsque le violet est mis au point sur l’écran, les objets violets sont nettement délimités, sans extension marginale, mais si on lui substitue à cet instant un point blanc, il paraîtra violet au centre et comme entouré d’une auréole rouge. Dans la ligure 1, les surfaces marquées r sont les raies marginales rouges, celles marquées v les raies marginales violettes; le losange central coupé par les deux groupes est marqué b : là, la lumière est blanche, et purement blanche au centre de la section. Le réseau de lignes peut être assimilé au jouet classique des soldais de bois 1 montés sur des languettes articulées que font manœuvrer les enfants, mais ici la manœuvre est effectuée par une action physiologique particulière que les Anglais appellent le démon de l’œil (ei/e-demon ) et que nous désignons en France par l’expression très claire de faculté d'accommodation. C’est cette faculté d’accommodation qui altère la convexité de la lentille pour produire sur l’écran une image aussi parfaite que le permet la lentille imparfaite dont elle dispose.
- Ceci exposé, revenons à notre toupie et appelons respectivement les deux moitiés du disque : la moitié noire et la moitié claire.
- Lorsque la toupie tourne, l’accommodation se fait successivement pour le clair et le noir. Lorsque le noir a été pendant quelque temps devant l’œil, et ce quelque temps est une durée d’environ un dixième de seconde, eu égard à la rapidité d action de 1 accommodation, le joint du réseau est en E, foyer du noir. Le disque tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, les arcs circulaires blancs les plus phériphériques viennent faire leur image avec des marges rouges portant sur les lignes noires et les faisant paraître rouges. L’accommodation agit, mais avec tant de rapidité et d’énergie qu’elle dépasse le but. Après une rotation de 45 degrés, de nouvelles lignes blanches apparaissent avec des marges jaunes recouvrant les lignes noires et les faisant paraître jaunes. Après une nouvelle rotation de 45 degrés,
- les marges sont verdâtres et les lignes noires paraissent vertes. Après une rotation de 45 degrés, les marges sont bleues ou violettes et les lignes noires bleues. Les colorations diverses apparaissant sur le disque sont dues, en dernière analyse, au relard ou au lancé de l’accommodation cherchant à mettre à chaque instant l’œil au point; c’est un phénomène semi-objectif. Lorsque la vitesse de rotation du disque est convenable pour un œil donné et synchrone avec la vitesse d’accommodation, les couleurs sont nettes, mais elles deviennent confuses si la toupie tourne trop vite, la mise au point ne se faisant plus assez vite. Les couleurs qui disparaissent pour un œil fatigué sont encore magnifiques pour
- un œil plus jeune et dont l’accommodation est meilleure. L’appareil pourrait donc, dans une certaine mesure, faisons-le remarquer en passant, jouer le rôle à'accommodomètre en montant le disque sur un tachymètre approprié, la faculté d’accommodation étant liée à l’apparition des couleurs et, par suite, à la vitesse angulaire du disque.
- C’est pour simplifier le raisonnement que le diagramme a été tracé pour deux séries de raies seulement. Les couleurs intermédiaires produisent de la même manière des marges de couleurs intermédiaires qui donnent le jaune et le vert sur les bandes intermédiaires.
- La répartition descouleurs change évidemment avec le sens de rotation du disque, et les bords extérieurs des lignes frangés comme l’étaient les bords intérieurs pour le sens de rotation inverse. Entre les masses noires et les lignes blanches, les marges des lignes blanches sont rouges. Entre les masses blanches et les lignes blanches, les marges des lignes blanches sont violettes.
- Telle est la théorie du phénomène donnée par M. Macfarlane Gray. Elle ne présente peut-être pas le degré de netteté et de précision auquel on est accoutumé dans l’étude de l’optique. Le champ reste ouvert aux chercheurs pour varier les expériences et compléter ce premier exposé. E. H.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier
- Fig. 1 cl 2. — Spectre artificiel. — Fig. 1. Disque pour l’oldention du spectre artificiel, et tracé géométrique explicatif.— Fig. 2. Exécution de l’expérience avec le disque en rotation.
- Ou jeu de grenouillette.
- Paris. — Imprimerie Laitl'iie, rue de Fleuras, 9.
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- N° 1J14 1. — 15 AVRIL 1895.
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- IA RÉCOLTE DE Là GLACE
- AUX ÉlATS-LMS
- Au cœur de l’hiver, dans toute la contrée nord-ouest des Etats-Unis d’Amérique, et notamment dans le Minnesota, des milliers d'hommes sont constamment employés à une industrie toute spéciale. 11 s’agit de la récolte et de l’enlèvement des glaces qui recouvrent d’immenses lacs d’eau douce, dans le voisinage de Minneapolis et de Saint-Uaul. Il y a peu d’années encore, ce produit naturel s’employait presque exclusivement dans les Etats du Nord. A peine quelques petits navires suivant le cours de la
- rivière d’Iowa en transportaient-ils jusque dans les Etats du Sud. La quantité expédiée ainsi ne dépassait pas quelques centaines de tonnes.
- A l’heure actuelle, tout cela a bien changé. Journellement des trains complets charrient cette glace jusque dans l’Amérique centrale, lui faisant ainsi parcourir des milliers de kilomètres. De véritables tlottes viennent constamment s’approvisionner de ce produit si hautement apprécié par les populations du Sud, au moment des chaleurs estivales. La rivière d’Iowa jouit d’un précieux privilège : même au cœur de l’hiver le plus rigoureux, son cours ne se trouve jamais obstrué par la présence de bancs de glace. Dès lors il ne se produit aucune interruption dans la
- lîécolte de lu glace dans le Minnesota, aux Eluts-l’uis, à la surface d’un lac. (D’après une photographie.)
- navigation sur ce cours d’eau, et les petits navires qui font les transports circulent en toutes saisons.
- D’importantes sociétés exploitant les glaces dans le Minnesota, ont construit auprès des lacs, source de leurs riches revenus, d’immenses glacières leur permettant d’emmagasiner un stock énorme de glace, afin de parer à toutes les éventualités. Chacune d’elles en renferme en tous temps plus de cent mille tonnes. Du reste, avant de terminer cette Notice, nous dirons quelques mots touchant l’installation de ces gigantesques glacières, installation qui diffère essentiellement de celle des réserves similaires que nous employons chez nous. Tout d’abord, occupons-nous du mode d’exploitation en usage au Minnesota.
- Autrefois, les premiers exploitants se bornaient à débiter cette glace en cubes plus ou moins réguliers,
- 23" année. — 1er semestre.
- soit en la coupant à coups de hache, soit en la sciant après avoir pratiqué une ouverture permettant d’introduire la scie. Suivant l’épaisseur du banc, on employait l’un ou l’autre de ces procédés. Mais, outre que cela nécessitait beaucoup de temps, la glace, brisée en fragments irréguliers de dimensions diverses, fondait bien plus facilement et l’irrégularité même des blocs devenait un obstacle et une difficulté pour leur emmagasinement. La consommation augmentant de jour en jour obligea à un autre mode d’exploitation.
- Actuellement le procédé en usage, fort ingénieux et fort simple, consiste à se servir de charrues spéciales attelées d’une couple de vigoureux chevaux. Après avoir creusé dans la glace une tranchée aussi rectiligne que possible, une première charrue, dont
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- LA NAT LUE.
- le soc très tranchant pénètre de quelques centimètres dans la glace, préalablement déblayée de toute la neige qui la recouvrait, la partage en bandes régulières longitudinales et transversales. On peut apercevoir sur notre ligure, à la page précédente, les charrues et les raies longitudinales qu’elles ont tracées à la surface de la glace. Le soc de cette charrue a une forme rectangulaire très allongée, et l’appareil est muni de larges dents à la partie inférieure. Une sorte de parallélogramme rigide en fer porte un tenon métallique vertical qui s’encastre dans la rainure précédente et empêche la charrue de dévier.
- Le banc de glace en exploitation prend à sa surface l’aspect d’un vaste damier partagé en compartiments rigoureusement égaux. C’est alors qu'intervient une seconde charrue au soc plus long et plus puissant que celui de la première. La rainure qui 11‘at.teignaitque quelques centimètres de profondeur, se creuse rapidement sous son action et le sillon tracé dépasse vite les deux tiers de l’épaisseur de la glace. Il suffit de deux forts chevaux pour mener promptement à bonne lin cette seconde opération. 11 ne reste plus qu’à séparer ces blocs et à les conduire jusqu’au point où de petits wagonnets les chargent et les mènent aux glacières.
- Tout cela s’opère d’une façon méthodique et sans perte aucune de temps. Deux hommes munis de longs pieds-de-biche, introduisent l’extrémité de la pince dans l’entaille pratiquée jusqu’au cœur de la glace; ils unissent leurs efforts et en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire séparent successivement tous ces cubes. D’autres ouvriers, armés de gaffes acérées, accrochent les blocs et, tout en les faisant flotter, les dirigent vers un point désigné d’avance, Là de petits plans inclinés permettent de les hisser sans grands ell'orts sur les wagonnets vides. Chaque bloc de glace a environ un mètre cube. Un cheval attelé à douze de ces trucks chargés chacun d’un quartier les amène au train.
- Rien de mieux ordonné que cette succession ininterrompue des diverses opérations constituant ce genre d’exploitation. Inutile d’ajouter que la glace destinée à l’emmagasinement dans les glacières s’extrait et se transporte d’une manière tout à fait identique à la précédente. Durant le long et rigoureux hiver que nous venons de subir cette année, la récolte de la glace a dépassé comme production le triple de celle de l’an dernier. Presque partout, sur les lacs qui avoisinent Minneapolis et Saint-Paul, son épaisseur moyenne a atteint plus d’un mètre. Aussi les glacières regorgent-elles de cette matière mise en réserve.
- Ces glacières, que les Américains désignent sous le nom d'Ice houses, ne se composent pas, comme celles que nous construisons en Europe, de puits dans lesquels on entasse la glace. Chacune de ces « ice houses » constitue un ensemble d’immenses galeries voûtées creusées dans le sol et auxquelles on accède à l’aide de plans inclinés. Une glacière comprend en moyenne de cinquante à soixante galeries rayon-
- nant en tous sens et venant toutes déboucher à une sorte de carrefour unique, situé près de l’entrée. Toutes sont entièrement maçonnées et possèdent un radier en ciment, que suivent sur toute la longueur deux caniveaux servant à l’écoulement des eaux provenant de la fonte.
- Ces caniveaux déversent leur contenu dans un certain nombre de puisards, aux parois maçonnées, mais dont le fond rejoint les couches inférieures de sable, afin de faciliter l’absorption de ces eaux qui au niveau qu’occupent les galeries ne tarderaient pas à devenir encombrantes et nuisibles à la conservation de la glace. Chacune de ces galeries a environ 200 mètres de longueur, 16 mètres de largeur et 20 mètres de hauteur sous clef de voûte. Une voie ferrée, encastrée dans le ciment des divers radiers, permet, à l’aide de plaques tournantes, aux wagonnets chargés de conduire leur contenu jusqu’à l'emplacement désigné pour son déchargement. La glace s’empile de chaque coté de la voie centrale.
- On peut juger par ce qui précède du coût considérable de ces glacières uniques au monde. 11 a nécessairement fallu une exploitation aussi importante que celle qui se produit actuellement pour permettre aux sociétés industrielles qui la dirigent de consacrer d’énormes capitaux à de semblables constructions. Malgré cela ces diverses compagnies ont atteint un degré de prospérité qui va toujours croissant, tant est grande sur tout le territoire américain la consommation de la glace sous de multiples formes. La thérapeutique elle-même l’emploie de plus en plus. Ajoutons en terminant que des installations de lumière électrique à l’intérieur de ces galeries facilitent beaucoup le travail.
- Gif. Marsjllon.
- INSECTES ROUGES
- DE LA NEIGE
- Une intéressante communication a été faite à la Société vaudoise des sciences naturelles en Suisse, par 31. le professeur E. Bugnion, au nom de 31. le I)r Vogler de SchafF-house. La note présentée avait pour titre Description des trois nouvelles espèces de Podurelles, capturées au col de Fenêtre. Elle a été putdiée dans les Archives des Sciences naturelles de Genève auxquelles nous en empruntons des extraits :
- Voici dans quelles circonstances ces Collcmboles ont été observées. La Société vaudoise des officiers fit en août 1895 une excursion dans le massif du Grand-Saint-Bernard. Arrivés à 500 mètres environ du col de Fenêtre (val Fcrret, versant suisse), à une altitude de 2600 mètres, les excursionnistes remarquèrent dans une petite combe, à gauche du sentier, une tache rose, bien délimitée, qui couvrait la neige sur une étendue de 20 à 25 mètres carrés. A quoi attribuer la présence de cette tache? Les avis étaient partagés. L’un des voyageurs, 31. Théodore Hottingcr, de la Tour de Peilz, s’étant intéressé particulièrement à cette trouvaille, constata avec la loupe que la coloration rouge était due à de petits insectes sauteurs, répandus par milliers à la surface de la neige fondante. Ces animaux étaient amoncelés en nombre si prodigieux
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- LA N AT LKL.
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- ;hi fond de la combe, qu’ils formaient malgré leur petite taille une masse compacte atteignant çà et là 4 centimètres d’épaisseur, semblable à une couclie de sciure colorée en rouge-orange. M. llottinger recueillit un grand nombre de ces insectes dans un flacon d’alcool et les envoya au laboratoire de zoologie de l’Université de Lausanne, d’où ils furent adressés à M. Vogler par l’entremise de MM. les professeurs II. Blanc et E. Bugnion.
- La Podurelle du col de Fenêtre appartient au genre Lipura Burmeister (Anurophorus INicolet) qui se distingue par l’absence d’un appendice caudal destiné à sauter et par la présence de pièces buccales triturantes, mais appartient vraisemblablement à une espèce inédite. Cette forme n’a en effet été décrite ni par Nicolet1 ni par Lub-bock (Monograph, 1824) et diffère certainement de l’Ana-rophorus Koltari, espèce observée dans les Alpes d’Autriche, où elle avait, d’après Kolenati, occasionné également une apparition de neige rouge.
- Le professeur II. Blanc rappelle à ce propos que la coloration de la neige rouge et de la neige noire est attribuée d’ordinaire à une algue inférieure (Protococcus nivalis) qui a la propriété de passer du rouge au noir au cours de son développement.
- M. J. Brun, ex-directeur du jardin botanique de Genève, qui a publié un intéressant article sur cette question dans l’Echo des Alpes’1, dit avoir rencontré quelquefois la Podurelle de Benedict de Saussure (Desoria glacialis) en quantité innombrable dans le voisinage de la neige noire. Cet auteur suppose que l’existence des Podurellcs est liée à celle du Protococcus et que ces insectes doivent leur couleur aux spores noires dont ils se nourrissent.
- Cette hypothèse paraît assez vraisemblable. Il y aurait, d’après les observations qui précèdent, diverses espèces de Podurelles de couleur foncée (Desoria glacialis, Isoloma Holtingeri et violacea) se nourrissant surtout des algues de la neige noire, à côté d’autres espèces d’un rouge orangé (Anurophorus Kollari, Lipura albo-rufescens) (jui devraient leur pigment caractéristique au protococcus de la neige rouge.
- On peut donc admettre que la coloration delà neige est due principalement à la présence des végétaux inférieurs, mais que l’existence des Podurelles étant liée à celle du Protococcus, ces insectes peuvent dans certaines circonstances contribuer par leur nombre à former des taches colorées.
- M. le professeur de Molin, de Lausanne, qui faisait partie de l’excursion au col de Fenêtre, affirme, conformément à notre hypothèse, qu’il y avait au-dessous des Podurelles une couche de véritable neige rouge occasionnée comme d’ordinaire par le Protococcus nivalis.
- DANGERS DES OBSERVATIONS SOLAIRES
- A l’(EIL NU
- Le l)r George Mackay, du Rogal Infmnari/ d’Édimbouig, a publié récemment un travail sur F aveuglement de la rétine par la lumière du Soleil. C’est une étude de prognose qui se base principalement sur des accidents arrivés pendant l’observation d’éclipses de Soleil partielles. Les novices dans l’observation du Soleil, et aussi plusieurs astronomes imprudents, ont éprouvé des accidents de la vue plus ou moins fâcheux, pour avoir regardé le Soleil
- 1 Mém. Soc. helv. sc. nat. 1842 et An. Soc. ent. de France, 1847.
- 2 1875, h» 4, p. 181.
- sans l’interposition d’un verre noirci ou de quelque autre écran d’épaisseur suffisante. Les amateurs observent souvent les éclipses sans prendre de précautions et les résultats de ces satisfactions de curiosité font l’objet de la partie clinique du travail de M. Mackay. Ce travail, qui a paru d’abord dans l'Ophtalmie Review, débute par un coup d’œil sur les cas historiques de maladies des yeux causées par l’exposition à la lumière du Soleil. On rapporte que Galilée s’abîma l’œil droit en observant le Soleil, mais M. Mackay doute de l’authenticité du fait ; on sait, à la vérité, que Galilée devint aveugle dans sa vieillesse, mais il paraît que sa cécité provenait d’une affection de la cornée et non de la rétine. La première description précise des ravages causés sur la rétine par la concentration des rayons solaires appartient à Iteid, professeur de philosophie morale à Glasgow. Lorsqu’il observa le passage de Vénus en mai 1761, il ne prit aucune précaution pour diminuer l’éclat de la lumière, et comme conséquence il fut atteint de métamorphosisine, c’est-à-dire que tous les objets lui paraissaient déformés. On ne signale que peu de cas de ce genre de maladie ; toutefois l’éclipse partielle du Soleil en juin 1890, et celle de juin 1891, toutes deux visibles à Edimbourg, en ont fourni sept exemples. M. Mackay les a examinés tous avec le plus grand soin. Les malades se plaignaient de ne plus voir qu’indistiucte-ment et de ce que leur champ visuel était parsemé de taches noires. Parfois ces taches étaient fixes, parfois elles oscillaient rapidement. Les meilleurs traitements ne procurèrent jamais une guérison complète, même dans des cas légers. La question est de se préserver. Les verres faiblement colorés ou fumés dont se sert le public sont insuffisants. L’expérience, ajoute le journal Ciel et Terre qui nous donne les renseignements ci-dessus, démontre que pour regarder le Soleil, même en janvier, il est indispensable d’employer des verres tellement sombres qu’ils ne laissent passer l’image d’aucun objet éclairé par la lumière du jour.
- LA BICYCLETTE
- et l’hygiène
- Le temps est passé où l’on vous posait cette question invariable : Docteur, que pensez-vous de la bicyclette? N’est-ce pas nuisible à la sauté? Et de fiait certains prophètes de malheur n’étaient pas loin d’accuser le nouveau sport de tous les méfaits, maladies de tous genres, accidents les plus épouvantables qui peuvent frapper notre pauvre humanité. Aujourd’hui la cause est gagnée. La bicyclette a eu les honneurs de dicussions approfondies dans les grandes Académies, à Paris, à la Société royale de Londres, à l’Académie de New-York. Au dernier Congrès de l’Association française à Caen, le I)r Just Championnière, un de nos plus distingués chirurgiens et un bicycliste émérite, a, dans une conférence remplie de verve et d’entrain, montré les avantages de cet exercice; une séance plénière a été tenue par les sections réunies de médecine, d’enseignement et d’hygiène, pour discuter le rapport du Dr Legendre sur les dangers de ce sport pour les enfants, et les conclusions adoptées ont été celles que l’on pouvait prévoir. Ce sport est recommandable à la condition de n’en pas abuser et
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- LA NATIIHE.
- de le restreindre aux sujets qui ne présentent pas de tare organique. U est clair qu'un infirme, qu’un cardiaque, en un mot qu’un malade courra des risques d’aggraver son état maladif, tout comme s’il se livrait avec ardeur et sans retenue, à l’exercice de la boxe, de l’escrime ou du cheval. On a cité des cas de mort subite, à la suite de courses de bicycliste chez des malades atteints de maladies de cœur avérées. Mais les malheureux auraient pu mourir, aussi subitement, en courant après un omnibus, en montant leur escalier. De ce qu’un cavalier s’est fracturé le crâne en tombant de cheval, il ne s’ensuivra pas que l’équitation doive être interdite à tout homme valide. On peut se casser la clavicule ou la jambe en tombant de bicyclette, on
- rr--" ; i: H ; : ; ; : ; ; m :TÜÏÏ
- Fig. 1. — Coureur penché, attitude des coureurs.
- le fait par des hommes au courant de toutes les questions d’hygiène, ont fait taire les critiques injustes et exagérées de la première heure. Entre les détracteurs à outrance, qui, il faut le dire, n’ont jamais essayé d’enfourcher la machine, et les enthousiastes effrénés, il faut prendre un parti moyen, la juste mesure est entre ces extrêmes. Pour tous les hygiénistes, la bicyclette constitue un exercice parfait au point de vue de son action sur l’ensemble des fonctions organiques, et les amateurs qui les premiers se sont passionnés pour la roue (the wheel) comme disent les Anglais, faisaient de l’hygiène, et de la meilleure, comme M. Jourdain faisait de la prose. Le premier point, commun du reste à tous les exercices, sans aucune restriction, c’est d’éviter le surmenage, de ne pas dépasser la limite des forces, de se tenir même en deçà; en un mot, l’usage est parfait, l’abus est dangereux. J’en conviens, l’écueil se
- se la cassera aussi en glissant sur le trottoir, en faisant un faux pas. Conclure de ces accidents, en somme peu fréquents si l’on considère le nombre des bicyclistes de tous pays, à la suppression de cet exercice serait par trop enfantin. Ce serait du reste un vœu bien platonique, car chaque année, le nombre des adeptes s’accroît; les médecins donnent eux-mêmes l’exemple et certains d’entre eux comptent parmi les amateurs les plus renommés. Aucun que je sache ne rêve d’égaler les professionnels qui forment, si l'on peut dire, une caste à part parmi les adeptes de ce sport. Encore beaucoup pourraient-ils y arriver, en se soumettant au même entraînement, progressif et continu.
- Ces discussions scientifiques, la propagande par
- Fig. 2. — Coureur droit, attitude des amateurs.
- trouve dans la limite à assigner; pour un adulte, s’il n’est pas assez raisonnable pour se maîtriser, éviter les courses folles et vouloir suivre des coureurs mieux entraînés, gravir des côtes trop raides, il n’y a rien à faire. Il est maître de ses actions; s’il n’écoute pas les conseils, s’il veut aller quand même, il sera le premier puni.
- Pour les enfants, cette tendance à vouloir faire comme les grands est bien naturelle. C’est aux parents à modérer cette ardeur. A cet âge l’exercice de la bicyclette doit être surveillé, comme tout acte d’éducation physique et même intellectuelle dont la mauvaise direction peut entraîner de graves dangers L’usage, et cet usage est proportionnel à l’àge, à la vigueur, est excellent ; l’abus peut être la source de sérieuses affections.
- Ceci entendu, voyons rapidement, car je n’ai pas c l’intention de développer beaucoup des faits déjà
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- maintes fois établis et bien connus, voyons comment la bicyclette détermine une action favorable sur les grandes fonctions de l’économie. Laissons de côté le débutant qui peine, s’essouffle, transpire à profusion, se lasse, fait dans une courte leçon mille fois plus d’efforts qu’il n’est nécessaire. C’est affaire d'apprentissage, et cet apprentissage n’est en général pas bien long. Prenons le bicycliste qui sait monter, prenons-le raisonnable et se soumettant à un entraînement graduel, progressif, ne faisant pas de la haute fantaisie, ne cherchant pas à gagner de vitesse ses voisins, à établir le record de quoi que ce soit. Dès les premières courses il sentira la respiration se faire plus active, plus profonde, et comme il respire l’air pur des champs et des forets, l’hématose se
- fait plus complète, les combustions respiratoires sont plus intenses. Les battements du coeur s’accélèrent un peu, la circulation est plus rapide. Tous ces phénomènes sont égaux dans les exercices quelconques modérés; mais ici combien plus faciles, moins pénibles. À une allure vive, la marche donne déjà un peu d’essoufllement, la course encore plus ; à une allure très modérée sur la bicyclette, qui dépasse la course la pins rapide, vos appareils de la circulation et de la respiration fonctionnent mieux et sans fatigue. Voyez avec quelle rapidité l’essoufflement qu’on observe chez les commençants, parce qu’ils peinent et se raidissent, disparaît vite.
- Le système musculaire est mis enjeu dans tous ses détails; vous entendez bien, dans tous. On a pré-
- Fig. 3. — Coi'tume de dames. Fi}?, i. — Costume de dames.
- Dame bicycliste avec culotte de zouave. Dame bicycliste avec robe.
- tendu que les membres inférieurs seuls étaient en jeu par le mouvement de la pédale et profitaient seuls de cet accroissement de mouvements. C’est une erreur que dément la physiologie, et, sans être ni médecin, ni physiologiste, il nous est facile d’en avoir la démonstration. Pour se tenir en équilibre sur une machine aussi instable, il faut un accord parfait du jeu des muscles du tronc, du cou et des membres. Les bras tendus sur le guidon, se raidissant aux montées, mettent bien en jeu les muscles des membres supérieurs, aidés de tous les muscles de la cage thoracique; les muscles du dos, les muscles des lombes sont en action constante pour maintenir l’équilibre de la tète et du tronc. N’avez-vous pas senti, à vos débuts de cycliste, ou après une longue course, une sensation légère de courbature, dans la région dorso-lombaire? Elle vous prouve
- à l’évidence que vos muscles ne sont pas restés inertes et ont été en action constante, pendant toute votre promenade, et d’une façon synergique avec les muscles des bras et des jambes.
- Et l’attitude, et le corps courbé ramassé sur la machine, comme le jockey sur l’encolure de son cheval de course(fig. 1 ) ? Que n’a-t-on pas dit là-dessus? Elle devait être la cause de toutes les déformations possibles du rachis, et les générations actuelles et futures, le nombre des bicyclistes allant toujours en progressant, devaient être des générations de tordus et de bossus. Rassurez-vous, cette attitude, que je condamne du reste, n’a jamais amené la moindre lésion. Que pour donner le maximum de force et de vitesse, un coureur l'adopte systématiquement, c’est affaire à lui. Mais on peut et l’on doit se tenir droit en selle (lig. 2), sans se
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- LÀ NATURE.
- courber et se pelotonner ; quand il y a un léger effort à faire, une côte à gravir, d’instinct et avec raison on prendra cette posture, mais ce n’est que momentané.
- Tous nos appareils fonctionnent donc à merveille dans cet exercice et sans aucune crainte de les surmener, si nous sommes raisonnables. Il se fait dans ces conditions une véritable épuration du sang, élimination d’acide urique chez les arthritiques, mouvements répétés des articulations, sorte de massage admirable, chez les rhumatisants, j’entends
- ceux qui ne sont ni perclus ni ankylosés. Cela est si vrai que dans bien des cas, la bicyclette a pu être conseillée avec profit comme moyen thérapeutique au même titre que les autres genres de sport et sans occasionner de fatigue aussi grande. Voulez-vous une preuve des modifications que cet exercice, amène chez des sujets bien portants? Je l’emprunte à des documents publiés par le l)r Hammond, professeur pour les maladies nerveuses à la Faculté de New-York. Il a examiné comparativement un certain nombre
- BICYCLISTES AMATEURS
- NUMEROS.
- 1
- 2
- 3
- 4
- 5
- 6
- 7
- 8 0
- 10
- 11
- 12
- 13
- 14
- AGE.
- 37
- 23
- 36
- 42
- 46
- 2!
- 23 34 30 29 26
- 24 59 24
- CYCLISTES
- DEPUIS ANNÉES.
- 10
- 5 12 15 15 10
- 7
- 8 7 7
- 6 3 5
- NOMBRE
- DIÎ MILLES r\ur.ouRDS.
- 22 0001 27 000
- 8 000
- 24 000
- 25 000 14 000 20 000 18 000
- 9 000 8 000 17 000 7 (MK) 6 000 5 000
- EXPANSION
- IIE LA POITRINE .
- 1 3/4 2 1 1/4
- 1 1/2 1 »
- 1 7/8 1 3/4 1 6/8 1 3/8
- 1 7/8
- 2 »
- 1 1/4 1 1/8 1 1/2
- CŒliR.
- Léger* hypertrophié.
- Léger* hypertrophié. Normal.
- Un peu hypertrophié. Idem.
- Idem.
- Normal.
- Un peu hypertrophié. Idem. Normal.
- Idem.
- Un peu hypertrophié.
- SYSTÈME MUSCULAIRE.
- Rien développé.
- Jambes bien développées ; bras et tronc bien.
- Bien au-dessus de la normale.
- Bien développé.
- Ordinaire.
- Bien développé.
- Idem.
- Idem.
- Idem.
- Idem.
- Très muselé.
- Normal.
- Idem.
- Bien développé.
- 1 Le mille vaut 1609 mètres. — 2 1 3/4 de pouce anglais : 4““,5.
- PROFESSIONNELS
- NOMS. AGE. NATIONALITÉ. EXPANSION NORMALE. CŒUR. SYSTÈME MUSCULAIRE.
- Zimmermann. . . . 24 Américain. 1 1/4 Hypertrophié. Bien développé. Développement extraordinaire des muscles des éuisses et de l’abdomen.
- Wheeler 25 Idem. 1 7/8 Idem. Idem.
- Edwards 23 Anglais. 1 7/8 Idem. Idem.
- Verhcyn 20 Allemand. 1 1/2 Un peu hypertrophié. Idem. Idem.
- Colombo 23 Italien. 2 Pas de développement spécial.
- Lesna 31 Français. 2 Idem. Idem.
- Martin 25 Américain. 2 Hypertrophié. Muscles de la cuisse très développés.
- Albert 28 Idem. 1 1,2 Idem. Trop mince pour sa taille. Pas de muscles exagérés saut ceux de l’abdomen.
- Berlo 28 Idem. 7/8 Idem. Poitrine un peu creuse, muscles des cuisses et de l’abdomen bien développés.
- Knowles 40 Idem. 3/4 Idem. Très musclé.
- Foster 40 Allemand. 5/4 Idem. Normal.
- Gross 28 Américain. 1 Idem. Bien développé.
- Murphy 25 Idem. 7/8 Léger* hypertrophié. Peu musclé, cuisses et abdomen exceptés.
- Macdonald 18 Idem. 1 5/4 Normal. Petit, mais bien développé.
- d’amateurs et de professionnels; chez tous il a constaté un développement musculaire parfait, une résistance physique extraordinaire, une amplitude de la cage thoracique, une augmentation du volume du cœur, tous signes d’un accroissement bien pondéré de toutes les parties vitales du corps. Dans les tableaux que je publie ci-dessus, le terme hypertrophie (pour le cœur) ne doit pas être pris dans le sens de la pathologie médicale, où l’hypertrophie ne porte que sur certaines parties et devient ainsi la cause de maladie sérieuse et définitive. Pour nous ce terme s’entend de l’augmentation de l’organe en entier, comme le développement des muscles des bras et du
- mollet. Ces tableaux nous indiquent les résultats que donne l’entraînement intensif des coureurs ; sans viser à ces prouesses, sans forcer son talent, sans dépasser sa résistance normale, chacun pourra, par un exercice modéré, bien conduit, développer ses muscles, accroître sa résistance physique, combattre les déchéances organiques qu’amènent fatalement l’âge, les fatigues de la lutte pour la vie.
- Deux mots, pour terminer, de la bicyclette pour la femme. On a protesté longtemps et un certain nombre de médecins protestent encore, contre ce sport pour la femme. Un plus grand nombre est d’un avis opposé. Le l)r Jacobs, un gynécologue belge
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- LA NAT LUE.
- ni I
- des plus éminents, a fait auprès de ses collègues une sorte de consultation par referendum et le résultat de cette consultation est que les femmes ou jeunes fdles peuvent se livrer sans danger à cet exercice, à la condition de n’avoir aucune affection abdominale, et de ne pas dépasser, tout comme les hommes, et à des doses moindres, certaines limites de vitesse ou de longueur de courses. La môme opinion a été admise à la Société française de médecine publique, et les vélodames (qu’on me permette ce néologisme plus français et plus euphonique que cyclewomen) peuvent nous accompagner sans danger dans nos promenades à travers la campagne.
- Faut-il parler du costume? C’est là une question de goût personnel et un peu de mode. La veste et la culotte à la zouave (fig. 5) sont peut-être plus commodes, mais la jupe est infiniment plus gracieuse (fig. -4). En ne la laissant pas trop longue, en la ramenant en-dessous au moment de monter à selle, on ne craint pas un flottement qui pourrait exposer à des dangers par la prise dans les roues. Le costume doit comporter des dessous légers en flanelle légère, un corselet court, élastique, sans buses ni arêtes trop rigides. Le reste est affaire de goût; on peut s’en rapporter pour cela à la coquetterie et au bon goût des charmantes touristes. Dr A. Caiitaz.
- SUR L’IDENTITÉ DES COMÈTES
- DE SWIFT ET DE DE VICO
- La comète périodique de De Vico, dont le temps de révolution était d’environ 5%5, n’avait pas été revue depuis 1844. Les astronomes ont été agréablement surpris d’apprendre que la nouvelle comète, découverte le 20 novembre par M. E. Swift, n’était autre que cette comète que l’on croyait déjà perdue. Les éléments calculés par M. Schulhof s’accordent, en effet, admirablement avec ceux de la comète de De Vico tels que Le Verrier les a établis pour une série d’époques, depuis 1755 jusqu’à 1844, en tenant compte des perturbations. On constate que la longitude du périhélie augmente toujours, tandis que celle du nœud diminue, et la comète de Swift remplit précisément ces deux conditions. D’autres circonstances, sur lesquelles il serait trop long d’insister ici, confirment l’identité des deux astres ; mais la durée de révolution est maintenant de 5%8, un peu plus forte qu’en 1844.
- « La découverte inattendue de la comète de De Vico, perdue de vue depuis cinquante années et retrouvée à son neuvième retour, dit M. Schulhof, est un fait d’une grande importance. Elle jette une vive lumière sur les conditions mystérieuses dans lesquelles tant de comètes périodiques se sont, en apparence pour toujours, soustraites aux yeux des astronomes, soit après une première apparition, soit, comme tout récemment encore la comète de Brorsen, après plusieurs retours. La comète de De Vico était, en effet, en 1844 très brillante, et restait même quelques jours visible à l’œil nu. Les éléments étaient assez bien connus, et néanmoins elle ne put être retrouvée dans ses retours postérieurs, bien qu’elle fût à plusieurs reprises assidûment cherchée, notamment en 1855, et dans des conditions de visibilité favorables. Son éclat en 1844 a dû être exceptionnel, tout comme celui de la comète de Holmes en 1892.... On peut parfaitement
- admettre qu’assez souvent des comètes très faibles deviennent observables pendant quelques jours, pour s’affaiblir ensuite de nouveau....
- 11 serait à désirer que la comète fût suivie, aussi longtemps que possible, avec les instruments les plus puissants, en vue d’obtenir des éléments assez exacts pour le calcul des grandes perturbations qu’elle éprouvera en 1897 et pour la prédiction du prochain retour1.
- ASCENSION AÉROSTATIQUE
- Une ascension aérostatique a été accomplie dans un but scientifique, il y a quelques mois, à Vienne, par le lieutenant Edm. Muller, accompagné de M. Chocolousck, assistant à l’Institut météorologique, et de deux physiciens, MM. Anton Lampa et IV Trabert. Ce dernier a publié récemment dans Eine Ballonfahrt zu meleorologwchen Zweckcn, un résumé du voyage aérien ; nous le reproduisons ici. Le ballon, parti par un vent modéré de S.-S.-E., à 5h50, de l’Institut aéronautique situé au Prater, prit d’abord une direction W.-N.-W., puis ensuite une direction vers N., et passa sur les stations deMistelbach, deLaa, deGrussbach, et alla atterrir enfin à Skalitz, en Moravie. Le ballon fut signalé par la station de Grussbach à Gh 50 ; il avait donc parcouru en une heure une distance de 75 kilomètres, ce qui montre qu’il régnait en fiaut un vent bien plus fort qu’en bas. La hauteur maxima atteinte fut 1227 mètres. Le Dr Trabert put faire pendant cette ascension desobser valions de température à l’aide d’un thermomètre-fronde qui était fixé à la paroi de la nacelle et mis en mouvement à l’aide d’une manivelle. Ce thermomètre fut maintenu en mouvement pendant une heure entière; de minute en minute, on arrêtait le mouvement pour lire les indications du thermomètre sec et du thermomètre mouillé. La tension de vapeur diminuait très régulièrement, tandis que l’humidité relative croissait. Pendant toute la durée de l’ascension les nuages se tenaient assez élevés au-dessus du ballon.
- LES GROTTES DE JENOLAN
- DAX S I.ES MOXTAGXES BLEUES EN AUSTRALIE
- Les montagnes Bleues, situées aux environs de Sydney, sur lesquelles on parvient en quatre heures de chemin de fer environ, passent pour être une des plus grandes curiosités de la province australienne de New-South-Wales. On les considère dans le pays à l’égal d’une nouvelle Suisse, ou des Pyrénées. Elles ne sauraient être comparées à ces superbes montagnes d’Europe, mais elles possèdent de véritables merveilles géologiques qui peuvent compter parmi les plus célèbres du monde entier. Ce sont les Jenolan caves, grottes toutes remplies de stalactites découvertes en 1844 lors des recherches que lit M. James Whalan avec ses policiers à cheval, pour surprendre Ewan, le célèbre brigand (bushranger) qui désolait le pays. Ces grottes restèrent presque ignorées du public jusqu’en 1868, époque où le gouvernement de New-South-Wales constitua les montagnes Bleues en domaine public. On chargea
- 1 D’après Astronomy and Astro-Physico et le Bulletin astronomique publié sous les auspices de VObservatoire, par M. F. Tisserand, membre de l’Institut.
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- LA NATURE.
- Mr. Jcremiah Wilson, géologue déjà connu par ses travaux remarquables, de l’arrangement des grottes, et il en fut nommé le conservateur.
- Les roches calcaires qui composent les montagnes de cette région sont riches en coquilles fossiles. Elles contiennent aussi de l’or, de l’argent et du plomb.
- Les grottes et les Blues mountaim excitèrent bientôt la curiosité générale; leur réputation grandit chaque jour. Actuellement tous les points pittoresques, auprès desquels on trouve des hôtels confortables, sont parcourus pendant la saison d’été par les touristes australiens. Ils viennent herboriser et récolter les magnifiques fougères qui abondent dans le fond des gorges étroites. Les familles passent des journées entières en ces lieux, dignes séjours des fées, et se réunissent pour former de joyeux pique-niques . — Elles trouvent môme, pour réaliser leurs désirs, dans les endroits les plus beaux près de jolies cascades, des bancs et des tables, meme une rôtissoire primitive installée au bon endroit dans les rochers, par les soins du gouvernement.
- Le poulet ou le morceau de viande sont bientôt cuits parles soins desjeunes gens qui vont glaner des branches mortes dans la forêt, en faisant sauter devant eux des kangourous peu farouches. — Ces gracieux animaux sont respectés dans cette région, où des lois sévères les protègent. Les cimes les plus liantes des montagnes Bleues sont à environ 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer; elles forment une sorte de plateau d’aspect monotone. Sillonnées de tous côtés par des précipices et de hautes murailles, elles semblent surgir du fond des vallées étroites ou des gorges profondes dont les aperçus sont très pittoresques. Les roches des cimes, souvent formées de bancs de grès, sont couvertes
- d’eucalyptus peu développés, au feuillage désolé, tandis que le fond des ravins est caché sous la végétation luxuriante des grandes fougères arborescentes, et de beaux arbres dont les racines, baignées par de frais ruisseaux, vont se perdre sous les mousses.
- Les grottes de Jenolan se trouvent non loin de la petite ville nouvelle de Katoomba, située à 1018 mètres d’altitude, à 66 milles de Sydney. — Les parties jusqu’à présent explorées sous la montagne varient entre 182 et 365 mètres environ dans le sens
- presque horizontal. En profondeur on est allé jusqu’à près de 280 mètres. — Dans les grottes souterraines, la température ne varie guère malgré les saisons de l’année; elle ne descend pas au-dessous de 10 degrés centésimaux et ne s’élève pas au delà de 18 degrés. Les grottes de Lucas seules, découvertes en 1860, sont un peu plus chaudes par suite de l’absence de courants d’air et peut-être aussi à cause de l’influence du petit ruisseau souterrain qui s’y trouve. Elles possèdent d’ailleurs une stalagmite intéressante de plus de 9 mètres de circonférence. Une de leurs salles, la Cathédrale, a près de 50 mètres de hauteur. Les plus curieuses d’entre toutes ces grottes sont surtout celles que l’on peut contempler à la lumière du jour. II y en a deux, qui sont vraiment d’une beauté remarquable. La première, la Grande Arche, dont le sol est à 7T5 mètres au-dessus du niveau de la mer, est une sorte d’immense tunnel au travers duquel s’écoule un joli ruisseau nommé Camp creek. Autrefois, avant l’installation des hôtels, les voyageurs s’arrêtaient dans cette grotte pour passer les nuits. Ils y trouvaient un abri.
- La longueur de la caverne est de 136 mètres. Sa hauteur varie entre 12 et 15 mètres, sa largeur est de 10 mètres environ pour les arcades naturelles
- Fig. 1. — La Remise du Diable (the Devil’s Coach House), grottes de Jenolan (Australie). — (D’après nature, par^MAAlbert Tissandier.)
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- d’entrée et de sortie; elle atteint 54 mètres entre les parois intérieures. Cette grotte sert de vestibule à Y Impérial Cave à laquelle on parvient par des escaliers de bois qui s’élèvent à la hauteur de 13 mètres environ au-dessus du niveau du sol. La Caverne Impériale se divise en deux branches; celle de droite a été découverte en 1879, celle de gauche en 1880 et 1884.
- Presque toutes les grottes que le visiteur parcourt sont éclairées à la lumière électrique.
- Le travail a été difficile et long, mais le résultat en est merveilleux. Les stalactites d'albâtre conservées dans toute leur éblouissante pureté et d’une délicatesse incomparable, apparaissent aux yeux d’une
- façon véritablement féerique. C’est ainsi qu’il est permis d’explorer les grottes nommées la Sacristie (the Vestri), l’Atelier de l’Architecte (lhe Architect Studio), comprenant trois salles variant de 5 à 4 mètres de largeur sur 6 à 9 mètres de longueur ; la grotte de Lucinda, dont le sol est couvert de dépôts calcaires formant des bassins en terrasses tout brillants de cristaux; celle de Lady Carrington, au milieu de laquelle se trouve la curieuse stalagmite surnommée la Madone, etc.
- Une autre grotte, la Remise du Diable (the Devil's Coac-h Home) est la merveille de Jenolan. On y pénètre d’abord par le côté sud, en traversant une grotte basse située non loin de la Grande Arche. Les
- Fig. 2. — Ne!Ile Cave et les colonnes corinthiennes, grottes de Jenolan (Australie). — (D’après nature, par M. Albert Tissaudier.)
- roches calcaires s’élèvent ensuite tout à coup, portant une voûte dont les parties les plus hautes atteignent 60 mètres. l)e longues stalactites, qui ofit quelquefois près de 7 mètres, descendent de la paroi de la voûte et produisent à la lumière du jour des effets merveilleux. Une arcade colossale, montant à toute hauteur, sert de sortie à la Remise du Diable, dont la grande largeur atteint plus de 50 mètres. La voûte de cette grotte est percée de dçux ouvertures où se découpent, sur le ciel bleu, les fougues, les eucalyptus et les belles plantes de la moptagne. Intérieurement, du côté sud, cette caverne extraordinaire a deux étages qu’on peut di^inguer à travers les rochers, sur la gravure (fig. 1). Le premier possède des grottes éclairées mystérieusement par de faibles rayons du soleil. La plus remarquable de
- ces grottes est la Nettle Cave, découverte én 1845, ou Grotte des Orties, ainsi nommée par suite de la présence de ces plantes qui poussent à proximité pendant la saison d’été. Située à près de 25 mètres de hauteur, on y monte du dehors par une ‘*série de marches de pierre.
- La grotte des Colonnes corinthiennes (fig. 2), possède de superbes stalactites jointes à leurs stalagmites de base, et prend vue sur la Remise du Diable, dont les rochers ont souvent des teintes colorées produites par des dépôts de fer passant au travesties fissures calcaires de la montagne.
- Nous ne*pouvons énumérer ici toutes les grottes de la région de Jenolan ; on en cite encore un certain nombre qui, situées assez loin aux environs, sont plus rarement visitées. La Grotte du Français,
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- the French Mans Cave, découverte en 1878 par un de nos compatriotes, la Grotte Gigantesque, ou the Mammoth Cave, située à 2 milles et demi au nord de la Remise du Diable, etc., montrent déjà l’étendue de ces formations souterraines. Elles se perdent, dit-on, à plus de 180 milles sous la montagne, formant des couloirs et des souterrains qui, peut-être, ont des ramifications entre eux. Des recherches ne tarderont pas à le démontrer. Chaque jour des explorations nouvelles sont exécutées dans les profondeurs calcaires par les guides assermentés du gouvernement et font connaître aux touristes de nouvelles merveilles. Albert Tissandier.
- PLACERS ET MINES D’OR
- 1>E LA GUYANE ANGLAISE
- On a beaucoup écrit depuis quelques années sur la découverte relativement récente de placers d’or dans la Guyane, et notamment dans cette vaste contrée, connue sous le nom de « Pays contesté », devenue à la suite de l’arbitrage du tzar Alexandre 111 propriété de la Hollande. On raconte à ce sujet qu’un malheureux nègre du nom de Sambô, en quête d’aventures, pénétra le premier au cœur des forêts vierges qui couvrent l’intérieur du pays. Peu de temps après, il revenait à la côte porteur de pépites d’or qu’il chercha à vendre. Les autorités locales s’émurent, et tirent incarcérer Sambô en l’accusant d’avoir volé cet or. Elles le maintinrent en prison pendant près d’une année, et le relâchèrent faute de preuves du larcin dont elles l’accusaient.
- Sans se laisser décourager par sa mésaventure, l’aventurier, après avoir réalisé l’or qu’on lui avait rendu, reprit le chemin des forêts, suivi par quelques compagnons fidèles. En moins de trois années ses camarades et lui, riches à profusion, abandonnèrent leurs excursions, mais sans dévoiler l’endroit où gisait le placer découvert et exploité par cette singulière association. Les premiers occupants de la Guyane, les Hollandais, rencontrant le long des côtes marécageuses de cette contrée des terres extrêmement riches pour la culture de la canne à sucre, se bornèrent à cette exploitation, qui du reste était une source d’incalculable richesse. Les autres puissances européennes qui peu à peu occupèrent ces immenses territoires, imitèrent l’exemple donné par leurs prédécesseurs.
- Ce ne fut qu’en t$84, dans la Guyane anglaise principalement, que les colons, ne pouvant plus lutter avec la concurrence rencontrée dans le sucre de betterave, sur le marché européen, abandonnèrent la culture de la canne et songèrent à assurer leur existence à l’aide d’une autre industrie. Un certain nombre se lancèrent à la découverte dans l’intérieur des terres et se livrèrent à, l’exploitation des essences précieuses de bois qui abondent dans les forêts. D’autres, plus audacieux, gagnèrent le cœur même de la contrée. Ils la trouvèrent habitée par une race hybride d’anciens esclaves marrons et d’indiens peaux-rouges, ayant fait souche commune. Ces peuplades, à deini-sauvages, vivaient toutes dans une paix profonde, entourées de la plus luxuriante végétation au milieu de laquelle ils trouvaient à suffire amplement à leurs besoins, grâce aux fruits et aux animaux de toute espèce pullulant de toutes parts.
- Ce qui frappa surtout d’étonnement et d’admiration ces premiers pionniers anglais, ce furent les énormes
- pépites d’or qu’hommes et femmes portaient suspendues au cou, aux poignets et aux chevilles en guise d’ornements. Cela éveilla singulièrement leur curiosité. Vivant en bonne intelligence avec les naturels du pays, ils ne tardèrent pas à apprendre d’eux que partout se trouvaient d’immenses gisements du métal précieux dont nègres marrons et Indiens n’appréciaient la valeur qu’à cause de son éclat inaltérable. Les colons commencèrent immédiatement leurs recherches, et bien qu’on se trouvât à la saison des pluies, c’est-à-dire à la tin de l’année, ils ne tardèrent pas à trouver de riches placers d’or.
- Peu nombreux , mal outillés pour séparer l’or natif de sa gangue de quartz, commençant leurs opérations dans des conditions tout à fait défectueuses, ces explorateurs n’en recueillirent pas moins, en un mois à peine, 250 onces d’or, représentant une valeur de 481)4 dollars, soit environ 25 000 francs. Cela se passait à la fin de 1884. L’année suivante, la récolte augmenta singulièrement et atteignit 950 onces, valant 15 596 dollars ou 77 980 francs. En 1880, ces mêmes hommes qui avaient formé une association entre eux, virent leurs efforts couronnés par la mise à jour de 6518 onces d’or, représentant 112 042 dollars, soit en francs la somme de 550210. En 1887, ce produit se trouva doublé et ces heureux chercheurs s’empressèrent alors de changer leurs pépites contre de bons écus trébuchants. D’aussi magnifiques résultats donnèrent dès lors l’éveil à l’administration.
- Le gouvernement anglais prit l’affaire en mains et accorda des concessions régulières à un certain nombre de sociétés d’exploitation qui n’avaient pas tardé à se fonder. Toutes étaient libres de procéder au traitement des quartz aurifères en employant celles des méthodes qui leur convenaient le mieux, mais toutes aussi durent accepter une clause formelle imposée rigoureusement. Seul le marché anglais devait bénéficier de l’or recueilli. Ces sociétés se mirent à l’œuvre dès 1889, et récoltèrent, pendant le cours de cette année, 28 282 onces d’or d’une valeur de 524 525 dollars, soit 2 621 615 francs! Depuis cette époque la production a constamment progressé; à la fin de 1895, pendant une période de douze mois, elle atteignait 142 788 onces, soit 12 714 975 francs !
- Actuellement, trois sociétés concessionnaires exploitent cinq placers, et, au dire des naturels, on les compte par centaines, disséminés un peu partout. Cela n’a rien de surprenant du reste. En effet, de vieilles légendes indiennes désignaient clairement la Guyane comme un véritable eldorado, d’où provenait l’or que possédaient les anciens caciques mexicains et péruviens au moment de la conquête espagnole. Les mémoires de ces premiers navigateurs en font mention, et si ces richesses sont ratées si longtemps ignorées, cela tient uniquement à l’apathie naturelle des Hollandais.
- Quoi qu’il en soit, l’Angleterre possède dans sa colonie de la Guyane une source de richesses incommensurables. Bien que le rapport officiel du gouverneur n’ait pas encore été publié, il est permis de dire que les résultats de l’année 1894 se chiffreront par une production presque double de celle de 1895. Et cette exploitation ne se trouve qu’à son début. La teneur des quartz aurifères dépasse de beaucoup celle de ces roches provenant de la colonie du Cap.
- Or, les statistiques officielles disent que des minerais aurifères cohteflant 5lg,110 à la tonne rémunèrent largement des frais, lorsqu’on emploie pour leur traitement la force hydraulique seule, et que ces mêmes quartz desquels on recueille à la tonne 4kg,665 d’or, représentent
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- un bénéfice suffisant si l’on fait usage d’engins à vapeur. Que dire dès lors de ces roches qui donnent près de 100 kilogrammes d’or natif! MM. Johnson Mattheys et Cie, les essayeurs attitrés de la Banque britannique, affirment dans leur rapport qu’ils ont eu entre les mains des échantillons de quartz provenant de la Guyane anglaise qui contenaient plus de 200 kilogrammes d’or à la tonne. Leur examen a porté sur les spécimens les plus pauvres.
- Ainsi que nous l’avons indiqué ci-dessus, trois sociétés exploitent cinq placées, merveilleusement situés pour le traitement des roches et dessables. Ces gisements longent le cours de deux rivières, la Dcmerara et l’Esscquibo. Seule la dernière a son lit obstrué, en partie du moins, par des rapides que remontent cependant les pirogues des indigènes.
- Située à quatorze jours de traversée de sa métropole, la colonie anglaise de la Guyane voit dès maintenant lui sourire le plus merveilleux et le plus riche avenir. Cette contrée, que les colons désignent déjà sous le nom de Magnifique Province, va progresser rapidement et devenir le pays producteur par excellence du métal précieux dont la valeur ne subit et ne subira de longtemps aucune atteinte. C. M.
- LES H ABIT ATION S A BON M ARCHÉ
- l’œüVUE BORDELAISE
- Dans l’époque difficile que traverse, en tous les pays civilisés, l’organisation sociale, un des meilleurs moyens d’apaisement et de moralisation qui se soient présentés à l’esprit des hommes de cœur et d’intelligence, c’est la création des habitations à bon marché. Donner au travailleur, de toute catégorie, la réalisation de son juste et touchant rêve : « Une famille, un foyer ! » n’est-ce pas un but louable et méritoire? 11 est certes difficile à atteindre, mais non pas impossible, comme le prouvent déjà d’excellents exemples : nous en trouvons un, dont il nous semble intéressant de dire quelques mots, dans ce qu’a lait récemment, à bordeaux, entre autres, une petite œuvre intelligente fondée sur l’initiative privée et le désintéressement.
- Rappelons, tout d’abord, que nos législateurs ont élaboré, à ce sujet, une loi dont l’application peut et doit être féconde, et qui a été promulguée tout dernièrement, le 30 novembre 1894. Nous ne saurions l’analyser ici : disons seulement qu’elle réglemente sagement la matière, et qu’elle facilite et assure le fonctionnement des associations de construction et de crédit qui se proposent de résoudre, en France et en Algérie, cette question si importante. Leurs efforts régularisés et groupés, pour peu que le public s’y intéresse, — et il en a le devoir, — conduiront certainement, dans l’avenir, à de très heureux résultats. Il faut y apporter de la générosité, de la conviction, et surtout de la persévérance.
- Rien ne peut assurément contribuer davantage à éloigner les ouvriers du cabaret, ce lléau social, et les inciter mieux à l’épargne, cette veitu, que de les retenir dans leur famille, en leur donnant à tous, autant que possible, si modeste que soit leur salaire, un logement agréable, sain et économique.
- C’est de ce principe que sont partis les fondateurs de l’œuvre bordelaise, M. Cazalet, M. Hausser, M. Gérard, l’éminent ingénieur en chef de la ville de bordeaux, et quelques autres.
- Ilsont constitué un modeste capital de 70 000 francs, par actions, dont ils ont limité l’intérêt maximum à 4 pour 100. Si nous donnons ces chiffres, c’est précisément afin de prouver qu’il ne s’agit pas là d’une opération financière qui écarterait des œuvres de ce genre fous les concours des philanthropes désintéressés. L’argent demande simplement « son loyer », car ce n’est pas « la charité » que l’on pourrait se permettre de vouloir faire à la catégorie courageuse et fière des travailleurs que l’on se propose de loger et d’encourager.
- Comme programme, il s’agissait de construire deux sortes d’habitations. D’une part des petites maisons isolées, avec jardin, à l’usage d’une seule famille : elles sont louées au taux de 5,64 pour 100, ou bien vendues à terme à leur locataire, à leur prix de revient, avec payement par mensualités calculées au taux de 4 pour 100. D’autre part, des maisons collectives, composées de petits appartements de diverses grandeurs, isolés les uns des autres et loués à la semaine, à des p-rix très modérés, représentant à peu près le salaire d’une journée de travail du chef de la famille.
- Un premier groupe de ces habitations, comprenant 13 maisons, vient de s’élever, à bordeaux, à la bastide. Toutes ont été louées, avec promesse de vente, dès le lendemain de leur achèvement. 11 convient de signaler, avec plaisir, que le terrain, fort cher en cet endroit, a été cédé, par scs propriétaires, à un prix très modéré : c’est de la philanthropie méritoire, mais c’est en même temps une reconnaissance intelligente, anticipée et tacite, des services que l’on attend, dans le voisinage, de ces petites colonies qui seront peuplées de braves et honnêtes gens.
- Nos croquis montrent comment ces maisons ont été construites. Certes, ce ne sont pas des palais : ce ne sont pas, comme le chantait le poète, « les grandes demeures au riche décor où sonnent les heures sur des timbres d’or ». Mais que de richesses de tranquillité, d’amour de la famille et d’espérance dans l’avenir pourront contenir ces petites maisons modestes, lorsqu’elles seront peuplées de leurs intéressants habitants!
- Les maisons du type que montre le croquis inférieur de notre gravure occupent une superficie de 120 mètres carrés et une surface bâtie de 55 mètres carrés, avec un jardin de 05 mètres carrés, s’il vous plaît ! Parva domns, magna (fuies! a dit le poète. Combien d’agioteurs, que le remords inquiète, accepteraient d’y vivre en paix dans le calme d’une bonne conscience ! Ces maisonnettes sont sans étage, avec un sous-sol d’assainissement, deux chambres, dont une à deux lits, une cuisine, une terrasse, un water-closet et un petit corridor latéral. Elles ont coûté, terrain compris, 5400 francs, se louent 25fr,40 par mois et rendent leurs locataires propriétaires en vingt années
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- moyennant un versement mensuel de 57tr,20.
- Le type de maison qui est représenté en élévation, coupe et plan, en haut delà gravure ci-dessous, a 35m2,20 de surface bâtie et un jardin de 38 mètres carrés seulement; mais il a un étage et un escalier ; c’est davantage la « maison », le « pignon sur rue » : aussi est-il fort recherché. Au rez-de-chaussée, on trouve une chambre et la cuisine ; au premier étage, une chambre à deux lits et une petite chambre à un lit. La hauteur des pièces est de 5 mètres au rez-de-chaussée, de 5m, 10 à l’étage : le water-closet est dans le jardin. Ces maisons ont coûté 5600 francs et peuvent être acquises moyennant le payement pendant vingt années d’une mensualité de 58rr,60.
- On voit, d’une façon générale, que les employés d’administration, les contremaîtres et les ouvriers d’élite, gagnant 6 à 7 francs par jour, peuvent, sans
- trop d’efforts, assurer ainsi, en quelques années, à leur famille, la propriété d’une habitation agréable et saine. A défaut de payement des sommes dues par le locataire, le bail peut être résilié deux mois après l’échéance qui serait restée en souffrance ; en cas de maladie ou de force majeure, bien entendu, des délais seraient accordés. On ne verra plus, dans ces habitations modestes dans lesquelles on espère loger la paix et le honhenr, les évictions si douloureuses du locataire à bout de ressources par l’action judiciaire du petit propriétaire que pressent lui-même les échéances personnelles et les besoins.
- Tout cela est rempli de bonnes intentions et de promesses. Il va sans dire qu’îl faut beaucoup de sagesse de la part des habitants des maisons à bon marché. Dans des tentatives analogues, faites ailleurs, on les a vus, aux dépens d’un entassement insalubre, ne pas résister à louer une partie de leur local,
- Chambre
- Chambre,
- j Cuisine Mj Cuisine
- Cuisine
- Cuisine
- Coupe.
- ! Jardin
- Jardin
- Jardin
- Jardin
- Plan.
- Élévation
- Coupe transversale
- Élévation
- Los habitations à bon marché de l'Œuvre bordelaise. — Indications générales des habitations de deux types distincts.
- avant même d’en être devenus propriétaires ; c’est une fort mauvaise chose, et des règlements stricts doivent l’empêcher. On a vu aussi le water-closet, considéré comme une superfétation, servir de local de débarras et de dépôt pour toutes sortes d’outils et d’objets hors de service : les hygiénistes doivent intervenir également, dans ce dernier cas, d’une façon impérieuse.
- Enfin, il faut bien rappeler aux philanthropes éclairés que tenteront des organisations analogues que l’habitation à bon marché, l’habitation ouvrière ou « employère », ne doit s’élever que sur un sol choisi avec sagacité, et tout d’abord aménagé avec soin, au point de vue des égouts, de la distribution d’eau, de l’éclairage et des diverses nécessités de voirie. La préparation préalable du sol sur lequel on se propose de faire pousser d’un coup de baguette ces petites cités laborieuses, analogues aux fameuses « villes-champignons » qui croissent et se multiplient anx États-Unis, est une opération délicate et indispensable. On ne voit rien apparaître, à la surface,
- de cette préparation souterraine, mais si on la néglige, on ne peut obtenir qu’un résultat inefficace et temporaire. Bâtir à bon compte la petite maison, c’est encore chose aisée; mais il faut que l’existence, ou, plutôt, la salubrité de ses futurs habitants, y soit assurée par une sage prévoyance de l’enlèvement des matières usées par l’existence, sous toutes leurs formes. Sans quoi, alors que l’on se figure avoir construit des groupes de maisons, on n’a installé, en somme, qu’un campement plus ou moins durable, mais certainement condamné d’avance à la disparition. Ce serait aller, alors, contre les projets de « home » transmis de père en fils, le « sweet home » qui invite à l’épargne et perpétue les efforts. Ajoutons que dans les habitations de l’œuvre de Bordeaux ces questions nous semblent avoir été étudiées et résolues avec une rare compétence par MM. les ingénieurs en chef Hausser et Gérard et par M. le I)r Lande, hygiéniste prévoyant et distingué.
- Max de Nansouty.
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- CINEGRAPHE
- .NOUVEL APPAREIL POUR DÉMONTRER LA COMPOSITION DES
- MOUVEMENTS ET POUR TRACER DES COURBES d’un
- MOUVEMENT CONTINU.
- Quoiqu’il existât déjà un certain nombre d’appareils destinés à démontrer la loi du parallélogramme des vitesses, il n’en est pas un qui donne pleine satisfaction au point de vue de l’enseignement. Comme on le sait ils contiennent une boule de bois ou d’ivoire placée sur une sorte de petit billard, ou bien suspendue à la manière d’un pendule. Cette boule reçoit deux chocs simultanés dont les directions font entre elles un certain angle et qui sont transmis à l’aide de deux ressorts ou de deux corps tombant d’une certaine hauteur.
- Tous ces appareils ont le défaut commun d’introduire dans le phénomène du mouvement celui du choc, lequel vient beaucoup plus tard dans l’enseignement de la mécanique. De plus, ces appareils démontrent simplement que si l’on donne à un même corps deux impulsions de directions différentes, ce corps se meut dans une direction intermédiaire. Mais la direction du mouvement résultant restant indéterminée, la loi du parallélogramme n’est pas démontrée par ces appareils et cette loi doit être acceptée par les élèves comme une croyance.
- Le cinégraphe inventé par l’ingénieur russe M. P. démentitch de Engelmeyer, présente de sérieux avantages comme nous allons le montrer.
- Un tableau vertical ardoisé A porte un rail sur lequel roule un équipage G monté sur deux roues B et B'. La roue B' est folle, tandis que la roue B est fixée à son axe. Cet axe porte sur l’une de ses extrémités une pouliel) tournant lorsque l’on déplace l’équipage le long du rail. Sur la poulie 1) s’enroule un fil G, passant au-dessus de l’axe de la roue B' et supportant une boule massive E. Cette boule glisse le long de la tige F, qui peut être fixée sous divers angles. La boule représente le corps affecté simultanément de deux mouvements qu’il s’agit de composer. Un morceau de craie cylindrique porté par la boule, trace sur le tableau son mouvement résultant.
- En remplaçant la poulie D par une autre de dia-
- mètre différent, on change à son gré la relation qui existe entre les deux mouvements transmis à la boule. Supposons l’équipage mis en mouvement dans la direction de la flèche. La poulie I) tournant, la boule E monte le long de la tige F. C’est le mouvement appelé en mécanique le mouvement relatif. L’autre mouvement composant est celui de la translation de la tige elle-même. C’est le mouvement de /’ entrainement.
- Le mouvement résultant, ou absolu, est représenté par la droite ab que la boule trace sur le tableau.
- En communiquant à la boule les mêmes mouvements l’un après l’autre, on trace les deux côtés du parallélogramme, ac et ch, ou ail et db, selon l’ordre dans lequel on prend ces deux mouvements.
- Or on voit que le cinégraphe présente pour l’enseignement de la mécanique les avantages suivants :
- 1° Le phénomène est purement cinétique, c’est-à-
- dire que la démonstration de la loi du parallélogramme de vitesses s’effectue sans anticipation sur d’autres chapitres de la mécanique. 2° Cette loi est démontrée dans toute sa rigueur, parce que l’élève voit le parallélogramme apparaître automatiquement, et il voit que la résultante en forme en effet la diagonale, tandis que les composantes en constituent les côtés. 5° Cette loi est aussi prouvée dans toute sa généralité, parce que la grandeur des composantes et l’angle qu’elles font entre elles peuvent être pris au gré de l’expérimentateur, et que toutes ces relations sont évidentes et directement mesurables. 4° Les deux vitessfk composantes peuvent être transmises non seulement simultanément, mais aussi alternativement, et l’élève voit que le résultat est le même, ce qui démontre l’indépendance des deux vitesses composantes l’une de l’autre; et cette indépendance est bien la base de tout théorème concernant la composition des mouvements. 5° Enfin le cinégraphe peut être employé pour tracer des dessins géométriques1.
- Cette dernière particularité du cinégraphe est digne d’être examinée spécialement. Nous avons vu déjà qu’il trace les parallélogrammes.
- Si nous remplaçons la poulie U par une autre de
- 1 Cette tâche constitue un très intéressant problème mathématique dont la résolution se trouve dans le Journal de physique, juin 189f.
- Le cinégraphe de M. Cléincntitch de Engelmeyer.
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- profil excentrique, la vitesse de la boule le long de la tige F ne sera plus en rapport constant avec la vitesse de la tige elle-même. La boule trace alors une courbe dont la genèse cinétique est démontrée avec une évidence parfaite. On entrevoit déjà la possibilité de tracer en mouvement continu des courbes telles que : ellipses, paraboles, hyperboles, cycloïdes, etc.
- En même temps que la courbe apparaît sur le tableau, on voit sans difficulté la manière dont elle est produite comme résultat de la composition de deux mouvements simultanés. Ainsi, par exemple, si l’on fixe la partie I) excentriquement à son axe et si Ton attache le fil G non pas à la poulie mais à une plaque métallique légère actionnée par la poulie d’un mouvement de va-et-vient, la boule trace une sinusoïde. On sait que cette courbe joue un grand rôle dans la physique pure et appliquée, représentant la loi des vibrations sonores, lumineuses, électriques, etc. Cette courbe présente surtout maintenant un intérêt spécial dans l’étude des appareils à courants alternatifs et polyphasés.
- 11 est facile de donner au profil de la poulie I) une forme de spirale telle que la boule tracera une parabole. L’examen mathématique prouve en outre qu’une seule poulie donne naissance à des paraboles dont les données caractéristiques sont très variées suivant l'inclinaison de la tige F. Or la parabole joue un rôle bien connu dans la mécanique, en exprimant la loi du mouvement d’un corps lancé sous un angle à l'horizon, ou, en terme plus général, la parabole est la trajectoire que suit chaque corps sollicité par deux mouvements dont l’un est uniforme, l’autre uniformément accéléré. Le premier mouvement, c’est celui de l’équipage du cinégraphe, l’autre, c’est celui de la boule le long de la lige.
- En traçant chaque courbe, on a l’avantage de pouvoir arrêter l’appareil à chaque instant pour examiner les relations qui existent entre les deux mouvements et leur résultante.
- D’après ce qui vient d’être dit, il est facile de prédire au cinégraphe un emploi important dans les lycées et autres écoles qui enseignent les éléments de la mécaniqi^p et de la physique.
- Quant à la Russie, cet appareil y est déjà dans les écoles. Ainsi, par exemple, il y a près de cinquante écoles techniques primaires de chemin de fer, où des gnrçons de douze à quatorze ans ont à apprendre la physique et la mécanique. Or, la statistique montre (pie 75 pour 100 des jeunes gens qui y ont fait leurs études trouvent aussitôt des emplois très avantageux sur les chemins de fer russes.
- Ces excellents résultats sont obtenus par la méthode de l’enseignement qui consiste dans le plus large usage d’appareils démonstratifs dans le genre du cinégraphe, qui permettent de relier la démonstration pratique du phénomène à sa théorie.
- Cette voie, d’ailleurs, est la plus rationnelle partout où Ton veut obtenir que les élèves, non seule-
- ment comprennent vraiment ce qu’on leur enseigne, mais sachent résoudre les questions extraites du manuel. X..., ingénieur.
- Eugène Plon. — Nous avons appris avec grand regret la mort, à l’àge de 58 ans, de M. Eugène Plon, l’éditeur bien connu. Il avait Succédé à son père, qui avait fondé une maison importante, et il s’était associé avec son beau-frère, M. Nourrit, qui est mort il y a quelques années. Parmi les ouvrages les plus remarquables sortis de l’imprimerie et de la librairie Plon, on peut citer les Archives nationales, Y Inventaire des richesses d'art de la France, une collection des Classiques français, une Bibliothèque de voyages, une autre consacrée aux romans. Bien que la maison Plon ait, dans ces dernières années, étendu considérablement la publication de romans, de livres littéraires et d’albums par nos dessinateurs fantaisistes les plus célèbres, son fonds reste constitué surtout par des ouvrages historiques d’une haute importance dont plusieurs auteurs sont devenus membres de l’Institut. M. Eugène Plon était un homme très distingué, plein d’érudition. Son goût pour les arts s’est traduit dans les livres qu’il a écrits sur Thonvaldsen, Benvenuto Cellini, Leone et Pompeo Leoni, éludes des plus consciencieuses où perce à chaque ligne la préoccupation du beau et du vrai. Officier de la Légion d’honneur, il avait l’estime de tous ceux qui le connaissaient, et l’affection sincère de tous ses amis. G. T.
- CHRONIQUE
- La théorie du spectre artificiel. — Déjà la théorie de M. Macfarlane Gray que nous avons exposée dans le n° 1140, du 0 avril 1895, ne satisfait pas l’inventeur du spectre artificiel lui-même, M. Charles E. Benham, car elle se trouverait en défaut dans certains cas. Voici en effet * ce que l’inventeur publie dans Engineering du 29 mars :
- « Puis-je faire remarquer que l'idée d’attribuer la production des couleurs à une aberration chromatique et aux propriétés dispersives delà lentille de l’œil (cristallin) n’est pas soutenable devant le fait qu’une flamme brillante de radium, bien que pratiquement monochromatique, montre très distinctement les couleurs, prouvant ainsi que ces couleurs ne sont dues, à aucun degré, à des ondulations d’une longueur d’onde donnée, mais plutôt à une excitation de la rétine telle qu’elle suggère l’effet d’une couleur? Je préfère désigner le phénomène sous le nom de sensation de couleur artificielle au lieu de sensation de couleur subjective, cette dernière expression me paraissant s’appliquer moins bien aux faits d’expérience que la première. »
- La discussion reste ouverte. E. IL
- L'Observatoire Janssen au mont Blanc. —
- M. Janssen a parlé, dans une des dernières séances de la Société météorologique de France, dont il est le président, des observations faites à son observatoire du sommet du mont Blanc. L’ascension a été plusieurs fois pratiquée par belle journée, en hiver, malgré la faible consistance des neiges superficielles, mais il n’a pas encore été visité cette année. M. Janssen annonce qu’il a fait placer, en divers points et au sommet'du pic, des postes d’observation pour les maxima et minima de température, à des profondeurs graduées sous la neige. Les thermomètres
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- sont enchâssés et ir a in tenus chacun dans un évidement pratiqué, à une hauteur déterminée, dans une planche longue et épaisse, avec une bande de papier collée contre la tranche du bois. Deux feuilles de tôle, assujetties par des vis, ferment les logettes et protègent les instruments. Après avoir creusé dans la neige, on a enfoui chaque planche verticalement et on a remblayé. Pour lire les résultats acquis, on se propose de déblayer progressivement la neige en avant des planches, d’enlever chaque feuille de tôle mise à découvert, de marquer de suite la hauteur de l’index sur la bande de papier; et, après la mise à découvert de toutes les logettes, d’inscrire le degré correspondant à chaque marque tracée sur le papier. Après avoir réamorcé les instruments et remis en place les feuilles de tôle, on remblayera de nouveau, en vue d’une nouvelle période d’observation. M. Janssen a fait placer, en outre, des instruments dans une douzaine d’armoires à double paroi, avec une longue cheminée verticale déterminant une lente circulation d’air.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 avril 1895. — Présidence de M. Marey.
- Hémaspcctroscope comparateur. — M. Maurice de Thierry a imaginé un appareil spécialement applicable à rechercher des quantités infinitésimales du sang dans un liquide quelconque et à en déceler la présence dans les taches sur le linge, les étoffes, le bois, les métaux. L’appareil présenté par M. de Thierry a été construit par M. l’ingénieur Pellin; il est de dimensions très restreintes qui en permettent le transport avec la plus grande facilité. L’inventeur réalise, au moyen de cet appareil, la comparaison du spectre fourni parla lumière d’une source quelconque qui a traversé le liquide étudié, avec le spectre fourni par la lumière de la même source traversant un liquide fthmt la teneur en sang est connue. Le liquide à étudier est contenu dans une auge tubulaire longue d’environ un demi-mètre et recevant directement la lumière de la source; le liquide de comparaison, au contraire, est renfermé dans une petite auge de quelques centimètres d’épaisseur recevant par réflexion, au moyen d’un miroir, la lumière de la source. Cette deuxième auge est disposée latéralement, à l’extrémité de l’auge tubulaire et la lumière qui la traverse vient tomber sur un prisme à réflexion totale disposé en avant de l'extrémité de l’auge tubulaire et devant la fente ménagée dans la paroi de cette dernière. Un spectroscope est placé devant cette fente et permet de voir les deux spectres étalés l’un au-dessous de l’autre. 11 est bien évident que l’hémaspec-troscope peut être employé dans tous les cas où il y a lieu d’appliquer le procédé de la spectroscopie par absorption, comme dans la recherche des chlorophylles, dans celle de très petites quantités de seigle ergoté contenues dans la farine de froment, au moyen du spectre d’absorption particulier que présente la matière colorante de l’ergot du seigle, et enfin à la détermination des matières colorantes artificielles et à leur recherche dans les vins, liqueurs, sirops et autres substances falsifiées. Grâce à l’épaisse couche de liquides traversée par la lumière, les bandes apparaissent avec des solutions qui ne renferment que des traces de substance active. Ainsi, M. de Thierry a pu déceler l’existence de l’oxyhémoglobine dans une solution d’ailleurs absolument incolore qui n’en contenait que 1/850 000. Dans certains cas, l’épaisseur du liquide étudié peut être réduite à 0™, 10. Eu résumé, cet ingé-
- nieux appareil, d’une extrême sensibilité, offre toutes les garanties d’exactitude et peut rendre des services à la médecine légale, à la chimie biologique et analytique par l’étude comparée des spectres d’absorption des liquides examinés sous une certaine épaisseur.
- Le transfèrement de la capitale du Brésil. — M. Cruls, directeur de l’observatoire de Rio-Janeiro, fait connaître le résultat des travaux entrepris par la Commission chargée de rechercher le lieu d’un emplacement convenable pour le transfèrement de la capitale du Brésil. A côté des motifs purement politiques tels que le désir de soustraire la capitale aux dangers d’une attaque maritime, de faire pénétrer la civilisation au cœur du continent en y créant un centre d’affaires, il faut encore citer comme raison de ce transfèrement l’insalubrité de la ville de Rio, où sévit fréquemment la fièvre jaune. La Commission a arrêté son choix sur un plateau compris entre les parallèles de 15° 40' et 1(5° 8', les méridiens de 49° 50' et 51°. L’altitude de ce plateau est voisine de 1400 mètres, la température y ressemble à celle du midi de la France, enfin la fièvre jaune n’y règne jamais. De nombreux cours d’eau en descendent et sont un élément assuré pour le développement des richesses agricoles. La distance de ce plateau à la ‘côte de l’Océan nécessiterait environ dix-huit heures lorsqu’il serait relié par une voie ferrée.
- Un nouveau mode de préparation de l'argon. — M. Gumtz, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, a imaginé un nouveau procédé pour la préparation de l’argon. C’est dans l’atmosphère que M. Gumtz va puiser l’argon, en utilbant la propriété du lithium d’absorber l’azote à la température inférieure au rouge. Le lithium, dit M. Berthelot, n’est pas très commun, mais on pourrait aisément en préparer de grandes quantités par l’électrolyse et par suite obtenir des volumes considérables d’argon.
- Influence de la lune sur le temps. — M. Poincaré, ingénieur des Ponts et Chaussées, a utilisé les cartes simultanées du Signal Office pour la recherche de l’influence de la lune sur les phénomènes atmosphériques. D’après l’auteur, il existerait une relation entre la ligne des maxima barométriques et les déclinaisons lunaires. La lune exercerait une influence, mais cette influence serait minime.
- Varia. — M. Macé de Lépinay adresse une Note sur la détermination de la masse du décimètre cube d’eau distillée à 4°. — M. Delebecque, en étudiant la solubilité du carbonate de chaux dans l’eau des lacs, a trouvé que cette solubilité varie avec la profondeur.
- Cu. de Villedeuil.
- LES LITRES MINUSCULES MODERNES
- Nos articles précédents publiés sous le même titre que la présente Notice ont fait connaître pour la première fois ces petits livres étonnants, qui sous un format des plus réduits renferment des vignettes charmantes, des chansons ou des anecdotes, accompagnées d’almanach1. Nous avons décrit la magnifique collection de M. Georges Salomon; elle comprend plus de 000 de ces volumes lilliputiens, et la nôtre, plus modeste, en compte plus de 100. Les renseignements que nous avons donnés sur un sujet
- 4 Yoy. u0 1154, du 25 février 1895, p. 205.
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- fort peu connu, ont couru le monde ; les journaux des deux Ame'riques, les publications anglaises, allemandes, italiennes ont reproduit ou signalé les merveilleux petits livres. Cette publicité, et celle que les minuscules ont eu par Y Exposition du Livre à Paris, ont décidé deux éditeurs, l’un de Glas-cow, l’autre de Paris, à publier à notre époque de nouveaux petits ouvrages, que nous allons présenter à nos lecteurs, et qui succéderont dignement à ceux de nos ancêtres.
- Notre ligure 1 représente en grandeur d’exécution The smallest French-En-glish dictionary in the world by F. E.
- A. Gasc (of Paris).
- (Le plus petit dictionnaire français-anglais du monde, par F. E.
- A. Gasc, de Paris).
- Ce dictionnaire lilliputien est édité à Glascow par MM. David Bryce et fds, et se trouve à Londres chez MM. George Bell et fils.
- Imprimé sur fin papier et relié en peau rouge, ce petit volume a comme dimensions : hauteur 28 millimètres, largeur 20 millimètres, épaisseur 9 millimètres ; il compte plus de 600 pages, chacune de 3 colonnes comprenant 48 lignes ; on compte dans les lignes pleines 17 à 20 lettres. La justification de la ligne est de 4 millimètres. Les caractères ont environ 1/5 de millimètre dehauteur.
- Cette impression étonnante, dont les pages ouvertes à la partie inférieure de la figure 1 donnent l’aspect, a été obtenue par l’héliogravure en réduisant par la photographie des textes en lettres typographiques. C’est ce qui a été fait pendant le siège de Paris pour la correspondance minuscule transportée par les pigeons voyageurs.
- Le livre que nous décrivons, et que l’on peut
- appeler, celui-là, un dictionnaire de poche, est enfermé dans une boîte de métal à coins arrondis de 28 X 34 millimètres, qui peut être suspendue par un anneau aplati, en guise de breloque. Le tout, en effet, boîte et dictionnaire, ne pèse que 14 grammes;
- le petit volume à lui seul pèse exactement 3«r,8. Pour faciliter la lecture du texte, le couvercle de la boîte métallique porte, sertie en son centre, une petite loupe de 15 millimètres de diamètre, qui est la bienvenue quand on veut consulter le dictionnaire. Ce petit chef-d’œuvre sort des presses de Robert Macle-hose à Glascow.
- Une première édition de ce dictionnaire avait été publiée en pages sans colonnes ; le volume était beaucoup moins épais, il ne comptait que 580 pages J.
- Arrivons à présent à ce qu’a fait un de nos éditeurs parisiens, M. Pairault, à Paris. Cet éditeur a entrepris de publier une série de petits livres semblables à celui qui est représenté ouvert dans la figure 2. Le Petit Poucet, dont nous donnons la gravure frontispice et le titre, comprend 4 gravures; il a 64 pages, avec des caractères typographiques. Il est suivi d’un second volume, Les Rondes de l'Enfance, et d’un troisième, Jeanne d'Arc, qui est tout à fait charmant, comme les précédents. Bonne chance aux volumes minuscules de la fin du siècle. Gaston Tissandier.
- 1 Ce premier volume nous a été adressé par M. le Dr de la Harpe, de Lausanne.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandilu
- Fig. 1. — Dictionnaire minuscule anglais-français en grandeur d'exécution. La boîte métallique et sa loupe ; le livre et sa couverture ; aspect du livre ouvert montrant deux pages à trois colonnes.
- Fig. 2. — Un livre minuscule français. Ch. Perrault. Le Petit Poucet. Edité par Pairault et Cie, à Paris. (Grandeur d’exécution.)
- Paris. — Imprimerie Lauure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1142. — 20 AVRIL 1805. LAv NATURE. 321
- Fi^. 2. — Toukou-rokou-iljiou. Fig. i> — Lao-tseu. Fin* Pian kicu-luo-dziii.
- L’art sino-japonais, justement apprécié, est un de ceux qui s’éloignent le plus de la copie exacte de la nature. Non que les Chinois et les Japonais ne sachent dessiner avec une merveilleuse vérité,mais, en bien des œuvres, l’imaarination vient dévier le
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- pinceau çt créer l’irréel.
- Examinons, par exemple, les l'ormcs données aux crânes de certains de leurs dieux ou de leurs saints. L’imagination s’est donné libre cours, tantôt le crâne est surélevé comme une tour au-dessus de la tête; d’autres fois le front est fuyant, de sorte que la face part au sourcil, ou bien le crâne offre des bosselures, montagnes et vallons, etc., etc.
- Nous présentons à nos lecteurs un philosophe et deux dieux chinois, visibles au musée Guimet, tous trois possesseurs de crânes bizarres.
- Le philosophe est Lao-tseu, qui vivait au sixième siècle avant Jésus-Chrisl et était contemporain de Confucius. Il se plaisait dans la méditation. Parvenu à un grand âge, il vit un jour, dit la légende, un buffle arrêté devant sa porte qui semblait l’inviter à monter sur son dos. À 2is année. — 1er semestre.
- peine y fut-il, que le buftlc se remit en marche dans la direction de l’Occident, et depuis nul ne revit Lao-tseu. Aussi l’artiste aime-’ t-il à le représenter assis sur cette monture (lig. 1). Mais, de plus, il lui donne un front énorme, conséquence possible de ses profondes réflexions.
- Toukou-rokou-djiou est le nom du dieu chinois de la santé, de la prospérité et de la longévité. Onze siècles avant Jésus-Christ, rapporte YE-hon l;oji il an, recueil de contes de là-bas, vivait un vieillard dans la capitale de la Chine. Il était nain, n’ayant que trois pieds de haut, et encore sa tète formait-elle la moitié de sa hauteur. 11 se proclamait un sage pouvant donner le poison de longue vie. Présenté à l’empereur, il lui raconta l’histoire des temps passés, puis s’évanouit brusquement. Le lendemain matin on apprit que la lumière de l’étoile du Sud, qui préside à la vie humaine, avait touché le château impérial, le vieillard en était la personnification. La figure 2 le montre reposant à la chinoise, une jambe fléchie sous lui, l’autre repliée le genou
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- Fig. 4. — Kou-ya-iljonin.
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- en haut. Le crâne est énorme, en accord avec la, légende; il a plus d’une lois et demie la hauteur de la face.
- Nan-kieu-lao-dzin est le dieu de l’étoile du Sud, probablement une autre personnification du même dieu de longévité. La figure 5 le représente tenant une pèche de la main gauche et un bâton de la main droite. Ses moustaches tombantes et sa longue barbe allongent heureusement sa figure, disproportionnée avec la hauteur du front.
- Ces trois statuettes sont l’œuvre d’artistes chinois, mais les Japonais représentent de même le dieu de la longévité, vieillard au front énorme. I)jiou-ro-dzin, génie de la longévité, qui n’est peut-être qu’une autre conception du même personnage, est aussi représenté sous la même forme. Et le Chinois Soni-kouan, directeur de l’eau, possède également le même crâne en cylindre.
- Pourquoi les artistes jaunes ont-ils ainsi rendu ces dieux? Tcheng-ki-tong, qui a réponse à tout, pensait que la haute sagesse du dieu avait amené cette hypertrophie du crâne. Mais pourquoi l’hypertrophie existe-t-elle en hauteur ? Je pense que si l’art exagère, il n’en prend pas moins son inspiration dans le réel. Cette forme de crâne, ci-dessous décrite, est connue des anthropologistes sous le nom d’acro-céphalie. L’exagération évidente dans la reproduction de la déformation est ici bien indiquée par la gradation de ces trois figurines. Lao-tseu n’a qu’une hypertrophie moyenne. Elle s’exagère chez le dieu de l’étoile du Sud, et devient extraordinaire chez celui de la longévité.
- L’artiste a ici obéi à la même inspiration que celle qui poussait nos ancêtres à allonger leurs souliers à poulaine ou leurs coiffures.
- Mais si, dans l’art grec, on reconnaît très nettement la déformation crânienne qui est, en général, fidèlement interprétée, ici l’imagination l'a absolument transformée. Et ce n’est pas seulement pour les dieux qui précèdent. Rappelez-vous ces génies du mal qui grimacent : le front a chez eux disparu, le crâne fuit au-dessus des sourcils d’une façon plus brusque que chez un microcéphale. Li-tié-koué, philosophe chinois, et Lan-tsaé-ho, le dieu des mendiants, ont aussi perdu leur front. La fantaisie de l’artiste n’est ici soumise à aucune règle.
- La meilleure preuve en est donnée par ces albums de dessins qui vulgarisent, en Chine et au Japon, les portraits des disciples de Bouddha, les cinq cents Lohans ou les seize rakaies. Trente pour cent de ces saints ont le crâne déformé. Et ces déformations sont très bizarres et très variées. La plus fréquente est la tête en forme de cône, le sommet étant marqué par une saillie plus ou moins pointue, et les deux parties latérales très inclinées. Tantôt le sommet du cône est en haut de la tête, tantôt à l’occiput, tantôt tout à fait en arrière. Les moines chinois, rapporte Gosse, dans son excellent Traité des déformations crâniennes, auraient souvent offert une déformation allongée en cône. Il en reproduit même un
- dessin qu’il tire d’un auteur du dernier siècle, Lafi-tan. Les dessinateurs des 300 Lohans n’auraient-ils pas pris modèle sur ces saints du dernier siècle au crâne déformé? Si grande que soit leur imagination, encore doit-elle avoir un point de départ réel. Comment se seraient-ils permis de défigurer à ce point des personnages vénérés, s’ils n’avaient été accoutumés à les voir de la sorte ?
- En tous cas ont-ils singulièrement exagéré. La tète de plusieurs a des bosselures et des creux extrêmement accentués qui font songer aux têtes trilobées de l’ancien Mexique.
- Il est bien difficile de comprendre autrement à quel mobile ont obéi les artistes quand ils ont aussi grossièrement caricaturé la figure humaine.
- D’ailleurs, il ne faudrait pas s’imaginer que toujours l’art sino-japonais ait ainsi pris à tâche d’exagérer son modèle. Les portraits de personnages connus et qui sortent de la légende sont au contraire rendus avec une exactitude minutieuse. Nous donnons ici le dessin d’une statue japonaise ancienne, en bois, de Kou-ya-djonin, prêtre fondateur d’une secte bouddhiste, mort en 974. Cette statue (fig. 4), très travaillée et très belle, montre une tète en carène avec un front saillant à la partie médiane. Cette déformation est représentée avec une fidélité et une minutie extraordinaires.
- Comme les Grecs, les artistes sino-japonais n’ont pas inventé : ils se sont inspirés des modèles qui s’offraient à leur vue, et ont créé un art à la fois réaliste et exagératif. Dr F. Régnault.
- LE CUIVRE NATIF
- Le monde métallurgique a de nouveau fixé son attention sur le cuivre natif, dont on a découvert d’importants gisements. Le cuivre natif a, plus aujourd’hui qu’autrefois, une grande importance à cause de sa pureté, de sa malléabilité et de sa ductilité, cuivre qui ne peut être obtenu qu’avec de grandes difficultés au moyen des minerais de cuivre ordinaires, même par la voie électrolytique.
- Qualités du cuivre natif. — Le cuivre électrolytique est de première qualité. Tous les minéralogistes et les métallurgistes qui l’ont examiné sont d’accord sur ce point.
- Albert de Selle dit : « Dureté : 2,5 à 5,0. Densité : 8,85. Rougeâtre, éclat métallique, très ductile, très malléable, très bon conducteur de la chaleur et de l’électricité. » Raoul Jagnaux s’exprime ainsi : « Le cuivre natif est rouge, sonore, très ductile, malléable, tenace; sa densité est de 8,584.
- On sait que la qualité primordiale du cuivre pur est, au point de vue physique, sa haute conductibilité électrique; et, au point de vue mécanique, sa grande ductilité. Deux cuivres peuvent rivaliser ensemble pour cela, ce sont le cuivre électrolytique et le cuivre natif. Le cuivre électrolytique, obtenu avec toutes les conditions nécessaires, est du cuivre pur très tenace, très ductile, très malléable et très conducteur. Malheureusement, tous les cuivres électrolytiques ne sont pas du cuivre pur et ils ont souvent à pâtir de la mauvaise conduite de l’opération, M. Ilippolyte Fontaine, très autorisé dans la matière, nous l’apprend dans son ouvrage sur l’électrolyse.
- (( Ce qui précède, dit-il, ne se rapporte qu’aux cuivres
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- dignes d’ètre appelés chimiquement purs et non à tous les cuivres électrolytiques, car il existe de ceux-ci qui ne valent pas les cuivres affinés par les procédés ordinaires. Pour que l’affinage par l’électrolyse donne de bons résultats, il faut qu’il soit ba;é sur l’application des lois scientifiques et surles prescriptions indiquées par les bons praticiens. Il y a là, connue dans presque toutes les fabrications, de bonnes marques et des marques inférieures. »
- Avec le cuivre natif, rien de cela à redouter; on obtient, par simple fusion, dans les conduites convenables, d’une manière sûre, du cuivre de bonne qualité. Nous nous en sommes rendu compte bien simplement. Du cuivre du Progresso (Mexique), fondu matériellement au charbon, a donné un lingot qui a pu être étiré à la filière à raison de 80 000 mètres au kilogramme. Cela prouve suffisamment la pureté de ce cuivre ; avec un léger affinage à l’aluminium, on peut obtenir du edivre donnant 100 000 mètres au kilogramme.
- Applications du cuivre natif. — Le cuivre natif a ses applications toutes les fois que l’on exige du cuivre pur, c’est-à-dire pour la fabrication des fils et des câbles destinés à conduire le courant électrique, pour la construction des dynamos, pour l’obtention des bronzes et des laitons bien homogènes, pour la fabrication des coupoles de foyers de locomotives, des bassines, des tubes, des fils de passementerie, etc. Le cuivre natif donne un métal de choix, donnant moins de déchets, plus facile à travailler, supprimant le recuit, etc. C’est pourquoi nous appelons l’attention des intéressés sur le cuivre natif que les mines peuvent fournir en abondance l. A. Y.
- TOURBILLONS DE TENT
- La publication Windhosc bei Novska, de Slavonie, publie une intéressante observation que M. Mohorovicic a faite d’un phénomène météorologique très intéressant : « Le 51 mai 1891, vers ih 17”, dit l’observateur, le train de Novska (Esclavonie), vers Novska-Gradiska, venait de partir. Lorsqu’il eut commencé à se mouvoir, il se fit tout à coup une obscurité aussi profonde qu’à minuit; de la gare on ne voyait rien et on entendit comme un craquement causé par l’explosion d’une masse de canons. Quand l’obscurité fut dissipée, on vit tous les wagons du train renversés dans un champ. Pour donner une idée de la force du vent, il suffit de mentionner que les trois derniers wagons avaient été transportés à 30 mètres de distance, probablement par-dessus les fils télégraphiques. Le train avait été, comme je pus m’en convaincre, saisi par deux tourbillons et lancé comme par une fronde. Sur la ligne du chemin de fer, les deux tourbillons s’étaient réunis pour former une tornade d’une régularité et d’une force rares. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu la description d’une tornade aussi régulière. Le pays, accidenté près Novska, au nord-est du chemin de fer, est couvert par une forêt très ancienne. Plus de 150 000 chênes et hêtres d’un mètre de diamètre en moyenne gisaient couchés sur le sol en disposition absolument cyclonale, semblables aux flèches qui, sur une carte synoptique, entourent un minimum barométrique. Le diamètre de la tornade était de 2,5 à 5 kilomètres. Je ne veux pas oublier de mentionner, comme chose curieuse, qu’une jeune fille de dix-sept ans fut saisie par un des tourbillons, transportée à 100 mètres plus loin et déposée sur la voie sans qu’il lui fût rien arrivé. La jeune fille elle-même et des témoins oculaires me l’ont raconté devant les autorités du district. »
- 1 D’après la Revue de chimie industrielle.
- LES SUPERSTRUCTURES
- DES NAVIRES DE COMBAT
- Un bon navire de guerre, — un officier de marine vous le dira,— est un bâtiment bien de'fendu et fortement armé, docile au gouvernail, agile, et capable de fournir une longue marche sans renouveler sa provision de combustible. Le navire est malheureusement un bâtiment idéal. Veut-on le rendre impénétrable, on doit le cuirasser des pieds à la tête et de la poupe à la proue; mais alors il s’enfonce et s’alourdit. Si on le désire rapide et vif, capable d’évoluer facilement et de parcourir en peu de temps beaucoup d’espace, il lui faut des machines puissantes, grosses mangeuses de charbon, aux soutes énormes et toujours pleines. Comment faire?... Cependant les constructeurs pourraient encore s’en tirer ; ils rogneraient un peu ici et ajouteraient un peu là, sacrifiant les besoins secondaires aux besoins essentiels, en un mot en établissant une moyenne. Le progrès incessant des sciences leur interdit cette ressource; car chaque jour apporte avec des découvertes imprévues des obligations nouvelles qui renversent les plans les mieux mûris et contraignent à tout remettre sur le chantier.
- On sait qu’autrefois, et pendant des siècles, l’usage était d’élever sur le pont des navires de splendides constructions, quelquefois ornées avec magnificence, qui portaient le nom de châteaux. L’image de l’un de ces navires (fig. 5, p. 325), que nous avons choisie parmi cent autres, atteste cette tendance des ingénieurs de la Renaissance en particulier, à entasser sur leurs constructions les ornements que la mode exigeait bien plus de leur goût 'artistique ([uc de leurs talents militaires. Ces jolies superfluités flattaient les yeux, et donnaient de la majesté au vaisseau. Leur défaut était de manquer d’utilité, d’ètre dispendieuses et même encombrantes. Le bon sens, aidé du canon, en a fait peu à peu justice. Qui eût dit qu’on y reviendrait? Cette ibis il est vrai ce ne sont plus de somptueux logements, mais des casemates dans lesquelles on a abrité l’artillerie, cette artillerie barbette que depuis l’emploi des obus on a jugée trop exposée à ciel ouvert, sur le pont. Les monitors et les garde-côtes inaugurent ce retour au passé, ainsi que nous le montre le garde-côtes anglais Dreadnoughl, cuirassé de 10 820 tonneaux, lancé il y a juste vingt ans (fig. 1). On ne devait pas s’en tenir là. Des garde-côtes nous voyons tout doucement le nouveau système s’appliquer aux cuirassés d’escadre. 11 s’agit ici de garantir ces énormes pièces dont les affûts, chefs-d’œuvre de mécanisme, permettent de tourner ces pièces en divers sens et de tirer dans plusieurs directions, ce qui est impossible aux canons de batteries. De là ces réduits, ces blockhaus, ces tourelles qui font des ponts des cuirassés modernes de véritables petites villes aériennes, avec leurs places, leurs rues, leurs boulevards et leurs impasses, comme le démontrent les gravures
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- LA NATUUL.
- que La Nature a données du Valmy, du Furieux, du Marceau, du Jauréguiberry, de la Sardegna et du Trafalgar1.
- Ce n’est pas tout. Depuis une dizaine d’années d’autres nécessités ont obligé les constructeurs à augmenter les poids que supportaient déjà les ponts. Et ce sont les torpilleurs les auteurs du mal. Pour déjouer leurs engins on s’est d’abord précautionné de lilets Bullivant; mais ces filets, contre lesquels on vient d’ailleurs d'imaginer, en Danemark, un torpilleur porte-ciseaux, sont gênants, et leur efficacité n’est pas certaine; on semble y renoncer.
- Se défendre de ces dangereux « microbes » en les attaquant eux-mêmes, telle est la méthode aujourd’hui adoptée. Et c’est mitrailleuse qui est chargée de ce soin.
- Ces mitrailleuses, on les a d’abord installées sur le pont, puis comme ce sont des instruments légers, dans les hunes, où se tenaient jadis les fusiliers marins.
- Ce sont des armes bien propres au service qui leur est confié sans doute ; cependant quand apparurent les canons à tir rapide, on vit que ceux-ci étaient presque aussi efficaces, et qu’ils présentaient cette supériorité de porter beaucoup plus loin. Il fallut leur faire une place. On s’aperçut alors que cette place manquait. On délogea quelques mitrailleuses, et bien que plus lourds, on installa les tirs rapides également dans les hunes qui par ainsi se trouvèrent bientôt surchargées. On les a donc renforcées et blindées, en augmentant du même coup le diamètre des mâts militaires qui soutiennent ces hunes. Enfin, quand le système du tir rapide a été appliqué à presque tous les calibres, on
- 1 1800. 2e sem., p. 73 et 7>85; 1801, 1er et 2e sem., p. 541 et 100; 1802, 2° sem., p. 315; 1801, 1er sein., p. 50.
- a voulu que ces armes nouvelles soient sur le pont, avec les très grosses pièces. Comme celles-ci on ne pouvait songer à les enfermer dans les tourelles. On tourna la difficulté en leur donnant des masques en tôle, blindages légers, sans grande valeur du reste, et dangereux en ce qu’ils se transforment en mitraille quand un projectile les atteint.
- Les esprits sages n’avaient pas attendu cette dernière addition pour manifester les craintes que leur causait cette surcharge des « hauts ». Us se demandaient si une inclinaison un peu forte, en décrivant un cercle étroit par exemple, ne pourrait pas pencher le bâtiment de telle sorte qu’il perde l’équilibre, ainsi que cela faillit arriver à la Resolution anglaisé dont nous avons raconté précédemment l’émouvant vojage dans le golfe de Gascogne, par suite de la lourdeur de son accastillage *. Les expériences faites sur le Magenta (fig. 2) ont justifié ces craintes; et l’on sait qu’elles sont partagées par tout le monde aujourd’hui. On a reconnu que le Magenta était trop chargé et on a décidé qu’il serait allégé. Le Bren-^ nus, le Friant, le Iloclie, etc., atteints du même mal, subissent en ce moment le même remède. « Déjà, nous écrit-on de Brest, on a enlevé au Iloche G canons de 14 centimètres sur 14. Le mât militaire arrière est supprimé. Les parties légères dites « parapluies », à l’avant, et qui s’étendaient au-dessus des deux tourelles de 34 centimètres, disparaissent. Les citadelles existant au-dessus des pièces de 27 centimètres de côté ont été en partie coupées. Mêmes travaux sur le Brennus et le Friant, dont les mâts militaires arrière ont disparu,
- 1 Voy. n° du 3 mars 1894, p. 222.
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- Fig/2. — Le Magenta, cuirassé d’escadre français de 10581 tonneaux.
- ainsi que les canons de 47 milimètres à tir rapide placés dans les hunes de ces mats, etc., etc. »
- Faut-il conclure de cette décision qu’il soit impossible d’assurer aux navires futurs la stabilité qui leur est indispensable? Non.
- On peut y arriver tout en leur laissant la majeure partie de leurs superstructures.
- Mais autre chose nous semble condamner ces dernières, et c’est l’enseignement que fournit le combat de Ya-Lu.
- Quoique les Japonais n’aient pas canonné les Chinois à moins de
- 2 kilomètres, et
- aient généralement tiré sur leurs adversaires à
- 3 kilomètres, dès le début de l'engagement leur ar-
- Fig. 3. — Navire du seizième siècle, d’après un tableau d’IIolbein.
- tillerie a mis le feu à tout ce qu’elle a rencontré
- sur les ponts.
- « Les constructions et aménagements en bois ilambaient, dit le capitaine von Hanneken, officier allemand au service de la Chine, tandis que les superstructures , les cloisons légères en tôle, exposées aux projectiles, étaient très rapidement détruites ; les cheminées perforées de part en part, les hunes militaires transformées en écumoires, leurs servants tués, et les monte-charges
- des canons de tourelles mis hors de service, etc. » Du côté des Japonais un obus chinois démonta sur le Matsousima, l’un de scs deux canons de 12 centi-
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- LA NA TU RE.
- mètres, celui de l’avant, qui, lancé avec violence sur le pont, y joua le rôle d’un bélier, brisant tout. Sur le Hiyei, les aménagements prirent feu, etc.
- Pour la seconde fois le canon a démontré que rien de ce qu’on laisse à portée de ses projectiles ne saurait échapper à son action destructive. Nous pensons qu’on se le tiendra pour dit. Au combat de W cï-IIaï-Weï, la torpille a montré à son tour le peu que valent devant elle les coques des plus puissants cuirassés. En présence de ces leçons n’est-il pas permis de se demander — puisque de temps en temps on se plaît à emprunter au passé des règles de conduite pour le temps présent — si l’on ne reprendra pas enfin les glorieux errements des marins d'autrefois, cœurs de fer dans des navires de bois?
- L. Re.nard.
- LES INSECTES FOSSILES
- DES TEMPS PRIMAIRES 1
- Nous avons fait connaître, dans le précédent article, des espèces fort curieuses appartenant aux Pseudo-Orthoptères qui avaient des rapports avec les Éphémères. Il nous reste à parler d’insectes des plus curieux que j’ai rapprochés de deux familles existantes et que je nomme les Protodonates et les Protoperlides.
- Les Protodonates comprennent des espèces qui peuvent être considérées comme les ancêtres de nos Libellules et, à plus forte raison, de celles qui étaient nombreuses à l’époque jurassique et dont on a retrouvé de belles empreintes à Solenhofen, en Bavière. Ces ancêtres étaient souvent gigantesques et il en est une espèce (Meganeura Monyi) qui ne mesurait pas moins de 70 centimètres d’envergure. Nous en donnons ici, dans notre grande gravure (fig. 5), une restauration, très réduite naturellement. D’autres, de taille plus modeste, n’avaient pas moins de 20 ou 50 centimètres d’envergure, d’autres enfin 15 centimètres environ. Comme on le voit, tous ces types étaient des géants comparés à nos Libellules actuelles.
- Nous avons reconnu plusieurs genres dans cette famille et nous indiquerons les principaux caractères de l’un d’eux, le plus grand de tous, le genre Meganeura. La tête est grosse, pourvue de mandibules énormes, armées du côté interne de dents pointues; les yeux sont gros et arrondis; le prolhorax est très court comme chez les Libellules; le mésothorax et le métathorax sont égaux entre eux et bien séparés l’un de l’autre, ce qui n’a pas lieu chez les Odo-nates; les pattes sont robustes, allongées, sillonnées et garnies de lignes de poils raides. Sur une même patte, la cuisse et la jambe sont d’égale longueur. Les pattes de la troisième paire sont plus longues que les autres. Les deux premières paires de pattes sont insérées très près l’une de l’autre par suite de
- 1 Suite. — Vov. n° 1137, du 16 mars 1895, p. 246.
- la brièveté du prothorax et sont dirigées en avant, comme on le voit chez les Libellules. Les ailes sont très allongées, cinq ou six fois plus longues que larges, et présentent une nervation offrant de grands rapports avec celle de nos Libellules.
- Deux espèces rentrent dans ce genre : le Meganeura Monyi, le plus grand de tous les insectes connus, dont les ailes et le thorax seuls ont été conservés, et une espèce plus petite, le Meganeura Selysii, qui nous montre le corps presque complet.
- Cela m’a permis de rapprocher du Meganeura Monyi un insecte dont je n’avais que le corps sans les ailes et que j’avais décrit en 1882 sous le nom de Tüanophasma Fayoli. Il y a tout lieu de croire que le Tüanophasma est le corps d’un insecte du genre Meganeura. Ce corps ne mesure pas moins de 28 centimètres de longueur et est à peu près en rapport avec les ailes du Meganeura Monyi. On se figure difficilement ces insectes de la taille d’un grand oiseau et volant au-dessus des lacs à la poursuite d’espèces plus petites!
- Dans celte même famille prennent place le Prota-grion Audouini et le Campyloptera Eatoni qui proviennent de Commentry, puis le Brodia prisco-tincta, décrit par mon savant ami Scudder, et une autre espèce que Geïnitz a fait connaître sous le nom de Ephémérités Ruckerti.
- La dernière famille de Pseudo-Orthoptères est celle des Protoperlides, qui n’est malheureusement représentée que par quelques échantillons consistant en des empreintes d’ailes. Ce ne sont pas des insectes de grande taille comme la plupart de ceux que nous avons examinés jusqu’ici. Les uns ont 15 centimètres d’envergure, mais d’autres n’en ont que 5. Comme chez les Perfides actuelles, l’aile est plutôt étroite à la base et s’élargit vers l’extrémité. Quatre espèces proviennent de Commentry et une cinquième avait été décrite par Kliver. Tels sont les Névroptères Pseudo-Orthoptères de l’époque carbonifère.
- Nous avons indiqué quarante et un genres dont trente nouveaux représentés par quatre-vingts espèces dont soixante-deux nouvelles. Ces insectes se rapprochent des Éphémères, des Libellules et des Perfides, qui tous ont des métamorphoses incomplètes et dont les larves vivent dans l’eau.
- Le second ordre d’insectes qui existait à l’époque houillère est celui des Orthoptères, représentés de nos jours d’abord par les Blattes ou Cancrelats, si désagréables à bord des navires, dans les maisons même, insectes généralement jaunâtres ou d’un brun foncé qui laissent une odeur infecte partout où ils passent, puis par les Phasmes ou Spectres qui ressemblent plus ou moins à des bâtonnets, par les Mantes, appelées dans le Midi de la France des Prega-Diou, par les Forficules ou Perce-oreille, enfin par les Sauterelles, les Criquets, les Grillons. Plusieurs de ces types peuplaient les forêts de l’époque êarbo-nifère; il y avait des Blattes en grand nombre, des Phasmides, des sortes de Sauterelles, et des espèces analogues à nos Criquets. De plus, il existait une
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- petite famille qui ne compte plus de nos jours aucun représentant. Ces Blattes, ces Phasmes, ces Sauterelles, ces Criquets, bien qu’offrant de grandes analogies avec les types actuels, en diffèrent d’une façon assez notable pour qu’il ait été nécessaire de créer des familles nouvelles. La première dont nous parlerons est celle des Paléoblattides.
- Comme je le disais plus haut, on a trouvé dans les terrains carbonifères un nombre considérable d’empreintes de Blattides. Gcrmar, Goldenberg, Gei-nitz, Giebel, Kusta, Kliver, Oswald Heer et d’autres auteurs on ont décrit un certain nombre. Mais c’est surtout à M. Samuel Hubbard Scudder que nous sommes redevables d’une étude complète de ces insectes; ce savant américain a publié, en 1879, une monographie des Blattes paléozoïques. Mais il ne s’est appuyé, pour classer ces insectes, que sur les caractères des ailes, le corps n’ayant jamais été conservé. Il n’en a pas été de même à Commentry et cette riche localité m’a fourni des échantillons sur lesquels on distinguait toutes les parties du corps; ce qui m’a permis de reconnaître certaines particularités intéressantes. Ainsi le dernier arceau dorsal de l’abdomen des fossiles est élargi, arrondi et divisé en trois parties par des sillons longitudinaux. Chez les mâles, le dernier arceau ventral ne présente rien d’extraordinaire, il est tronqué; les femelles, au contraire, au lieu de présenter, comme les Blattes actuelles, un dernier arceau ventral en forme de carène, fendu longitudinalement, comme cela a lieu chez les Periplaneta, par exemple, ou arrondi, comme on le voit en particulier chez les Blabera, les Panchlora, les femelles des fossiles, dis-je, ont cet arceau terminé par une sorte de tarière étroite et aussi longue que l'abdomen, élargie et en forme de carène à la base, droite et pointue à l’extrémité. Cet appareil présente plutôt l’apparence de l’ovis-capte des Eurycanthes parmi les Phasmes que de celui de nos Sauterelles. La présence de cette tarière nous autorise à penser que les Blattes de l’époque houillère, au lieu d’abandonner leurs œufs sur le sol, réunis dans une capsule, les pondaient isolément comme le font de nos jours les Phasmides, et, "race à cette tarière, les introduisaient soit dans le sol, soit dans les fissures des arbres.
- Nous avons un nombre considérable d’espèces trouvées à Commentry, il y a près de mille échantillons, mais nous nous bornons, pour le moment, à en indiquer les caractères généraux, cette famille d’Orthoptères ayant été l’objet d’une étude approfondie de M. Scudder, qui a formé quinze genres différents représentés par un grand nombre d’espèces .
- La famille des Protophasmides comprend trois genres, dont deux proviennent de Commentry. Ses représentants ont évidemment des rapports intimes avec les Phasmes de l’époque actuelle, mais ils en diffèrent cependant par des caractères importants.
- A l’exception des Phyllies, ces curieux insectes qui ressemblent aux feuilles dont ils se nourrissent,
- aussi bien par la forme de leur corps aplati que par leur couleur verte, insectes dont les femelles ont les élytres développés et les ailes de la seconde paire atrophiées, les Phasmides ont toujours les ailes antérieures très réduites. Il y a même beaucoup d’espèces chez lesquelles les deux paires d’ailes sont atrophiées.
- Chez les Protophasmides, il n’y a pas de rudiments d’ailes au prothorax, mais les ailes du mésothorax et du métathorax sont larges et longues, celles de la seconde paire même un peu plus larges à la base. La nervation est assez particulière, mais a les plus grands rapports avec celle de certains Phasmes actuels. Les ailes sont maculées de grandes bandes foncées transversales, formant dans leurs intervalles des taches claires arrondies. Dans le genre Proto-pliasma, les pattes sont assez longues et épineuses, dans le genre Stenoneura elles sont lisses et courtes. Nous n’avons pu voir l’abdomen des Protophasmes, tandis que chez les Stenoneura on remarque qu’il est terminé par un oviscapte analogue à celui des Eurycanthes. Les Stenoneura ont les ailes à peu près semblables entre elles, allongées et de la même largeur dans toute leur longueur.
- Trois espèces rentrent dans lé genre Protophasma que j’ai créé en 1878. L’une d’elles, que nous figurons ici (fig. 1), est dédiée à mon oncle J.-B. Dumas, le célèbre chimiste, la seconde à M. Gaudry et la troisième à M. le Dr Henry Woodward, du British Muséum. Le genre Stenoneura comprend également trois espèces. Enfin le genre Lithophasma est réservé pour une espèce décrite par Goldenberg.
- J’ai réuni sous le nom de Hadrobrachypodes (ce qui signifie : pattes courtes et robustes), des types dont l’un a été trouvé en Amérique et les autres à Commentry. Le premier est le Miamia bronsoni de Scudder; les autres, découverts à Commentry, sont mieux conservés, présentent des caractères bien tranchés qui permettent de placer ces insectes entre les Protophasmides et les Paléacridides ; peut-être ont-ils avec les Mantides quelques traits de ressemblance. La tête est petite, plus étroite en avant qu’en arrière, armée de puissantes mandibules allongées et denticulées; les yeux sont saillants et globuleux, les antennes de longueur moyenne. Les trois segments thoraciques sont arrondis sur les côtés et le prothorax est plus petit que les autres. L’abdomen est gros, plus large au milieu qu’à la base et terminé en pointe chez les femelles par une sorte d’ovis-capte court; chez les mâles l’abdomen est arrondi à l’extrémité. Les pattes sont courtes, égales entre elles, trapues, robustes, présentant des lignes saillantes souvent armées de fines denticulations et terminées par des tarses de cinq articles avec une paire de crochets. Outre le genre Miamia de Scudder, cette famille comprend le genre hchnoneura que j’ai formé pour plusieurs espèces découvertes à Commentry.
- Les Orthoptères qui forment les deux dernières familles peuvent être considérés comme les ancêtres
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- de nos Sauterelles et de nos Criquets; ils s’en rapprochent non seulement par la forme des ailes et la nervation, mais aussi par les caractères du corps.
- Chez les Protolocus-lides, la tète est ovale, armée de fortes mandibules, pourvue de palpes assez longs et de longues antennes. Les trois segments thoraciques sont presque égaux et plus nettement séparés que chez nos Locustides. Les pattes sont longues et grêles, avec des lignes saillantes couvertes de lines épines, et celles de la troisième paire sont plus allongées, avec les cuisses renflées, ce qui est le propre des insectes sauteurs.
- Quant aux ailes, elles varient de forme, et la nervation varie également dans certaines limites» rappelant de très près celle de nos Sauterelles vivantes. Cependant les ailes de la seconde paire qui, chez ces dernières, sont llahcllées, nel’étaient pas chez les fossiles et
- différaient à peine de celles de la première paire.
- Trois genres rentrent dans cetle intéressante famille : les (Æ<lischia (ce qui veut dire cuisse renflée (tig. 2), comprenant quatre espèces de Commcntry et une espèce américaine, le genre Paolia (P. velmta) de Scud-der, et le Litlienlomum lunltii trouvé dans les terrains dévoniens du Nouveau-Brunswick et que M. Scudder a fait connaître.
- Les Paléacridides; c’est-à-dire les types qui peuvent être assimilés à nos Criquets, comprenaient deux genres trouvés dans les schistes houillers de Commentry : les Coloneura (belle nervure) et les Slhenarocera (antenne robuste). Le corps de ces insectes est plus robuste que celui des Protolocostides ; la tête est arrondie, armée de fortes mandibules et pourvue de longues antennes assez fortes. Les ailes sont longues et étroites, semblables entre elles; les nervures sont peu divisées, parallèles et situées à
- Fig. 1. — Protophasrna Dumasii (réduit d’un tiers).
- Fig. 2. — Œdischia Willinmsoni (de grandeur naturelle). Reproduction de l’échantillon.
- égale distance les unes des autres, unies par des nervules simples, non divisées, tandis que chez les Protolocustides et chez nos Criquets actuels elles
- sont irrégulières et souvent anastomosées, formant un véritable réseau. Les nervures des Calo-neura Dawsoni sont remarquables par les bandes foncées qui bordent les nervures.
- Avant de parler des llomoplèrcs il est nécessaire de dire deux mots d’un petit groupe d’insectes très curieux trouvés à Commentry et que je considère comme des Thysanoures. Il en existe beaucoup dans la nature actuelle et il est peu de personnes qui n’aient vu, courant avec rapidité, même dans les appartements, de petits insectes à corps allongé, brillant comme de l’argent ; on les nomme même à cause de cela des petits poissons d'argent. II y en a qui vivent dans les feuilles mortes, d’autres choisissent le bord des mares ou des étangs.
- Les Thysanoures de l’époque houillère, que j’ai nommés Dasyleplus Lucasi, avaient un corps cylindrique, long de 15 à 22 millimètres, effilé, en arrière et terminé par un filet multiarticulé. Les antennes et les pattes étaient courtes et trapues. Le corps de nos fossiles était recouvert de poils très nombreux et très courts.
- Il ne nous reste plus maintenant qu’à dire quelques mots d’un autre groupe d’insectes qui peuvent être considérés comme analogues à certains de nos Homoptères. Ceux-ci sontabondants de nos jours, surtout dans les pays chauds : les uns, comme les Cigales, les autres, comme les Cercopides, les Tettigonides, les Membracides, les Fulgo-rides. Les Homoptères de l’époque carbonilère sont représentés par deux familles, l’une qui se rapproche de nos Fulgorides, l’autre qui ne compte plus aucun représentant dans la nature actuelle.
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- Fig. 3. — Restauration de Megnneuva Monyi (la Figure ci-dessus est très réduite : rhisecte a, d’après son empreinte, soixante-dix centimètres d’envergure).
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- Les Protofulgorides, qui constituent la première famille, ont un corps ramassé, une grosse tête avec de gros yeux arrondis, saillants, comme cela a lieu chez nos Cigales; les antennes sont insérées en avant des yeux et different de celles des Homoptères vivants. Ces derniers ont de courtes antennes, tandis que les Protofulgorides en ont de très longues ; sur l’un des échantillons elles mesurent 55 millimètres de longueur. Les organes buccaux sont courts et non disposés en suçoir. En revanche, la nervation a les plus grands rapports avec celle des Phenax actuels. J’ai reconnu quatre genres : les Fulgorina, dont deux espèces décrites par Goldenberg proviennent de Sar-rebrück, et dont quatre autres ont été trouvées à Commentry; les Rhipidioptera et les Dictyocicada de Commentry, enfin je range dans la même famille le Phthanocoris occidentalis que Scudder a fait connaître.
- seconde famille, que je nomme Mecostomata, comprend deux genres représentés chacun par un seul échantillon. L’un a été décrit par Dohrn sous le nom de Eugereon bœckingii, l’autre provient de Commentry, c’est le MecostomaDohrni. Ces insectes ont une nervation assez compliquée qui diffère de celle des Fulgorides et qui se rapprocherait plutôt de celle de certains Névroptères de la famille des Platyptérides. Mais, fait des plus intéressants, les pièces de la bouche sont allongées et forment un long suçoir.
- Telle est, à grands traits, la faune entomologique de ces anciens temps. Ch. Brongniart.
- LE PLATINE DE L’OURAL
- Le platine que l’on emploie pour la confection de certains ustensiles de laboratoire, peut être durci par l’addition d’une petite quantité d’iridium. On obtient ainsi un alliage non seulement plus dur, mais encore résistant beaucoup mieux à l’action des réactifs chimiques. Un alliage de platine et de 10 pour 100 d’iridium, est difficilement attaqué par l’eau régale, qui dissout l’or très aisément. Ce phénomène est dù à la formation d’une mince pellicule d’iridium à la surface de l’objet, ce qui le rend indifférent à l’action chimique. Le platine est inoxydable à l’air, même à haute température ; mais il est facilement attaqué par l’arsenic et le phosphore. Enfin, le contact direct avec le charbon incandescent le rend cassant. Les gisements de platine de l’Oural sont réputés pour être uniques au monde. Partout ailleurs, on ne trouve le platine qu’à l’état très disséminé dans certaines roches, et son exploitation est pratiquement impossible. Les gisements principaux se trouvent dans le gouvernement de Perm. On le rencontre tantôt dans des domaines privés, et tantôt dans des terrains qui sont la propriété du gouvernement russe. Dans le district de Goroblagodat, il n’existe pas moins de 70 petits gisements. A l’heure actuelle, tout le platine extrait de l’Oural est dirigé sur Saint-Pétersbourg à l’état brut. Bien qu’il existe dans cette ville deux laboratoires pour l’affinage du platine, on peut dire que presque tout le minerai est exporté à l’état brut. Les plus grandes exploitations sont actuellement celle de Nizhni-Tagilsk, appartenant au prince De-
- midorff San Donato, et celle de Krestovosdvigensk, appartenant au comte Schouvaloff. En 1890, le nombre des ouvriers travaillant aux mines de platine s’élevait à 6000. Il existe dans le monde entier six tonnes de platine seulement. La néces'ité où l’on se trouve d’employer ce métal dans la fabrication des lampes à incandescence, a fait élever son prix depuis quelques années, et cette hausse n'a probablement pas atteint encore son maximum *.
- PROJETS DE TRANSMISSION D’ÉNERGIE
- EN ITALIE
- M. Azari Mario, ingénieur civil à Milan, est concessionnaire de trois transmissions d’énergie des Alpes italiennes, en Lombardie et au Piémont. La puissance doit être fournie par des chutes d’eau de glaciers. 1° Du ravin de Toce (Domodossola) àMilan, Gallarate, Busto,Castellanza, Legnano et Monza. Ces villes emploient actuellement30000chevaux. La force motrice disponible du Toce pourrait, paraît-il, être de 47 000 chevaux, et la puissance probable des moteurs électriques à installer est évaluée à 18 000 chevaux. Ces chiffres sont tout à fait considérables. 2° De la vallée de la Cenischia (Susa) vers Turin et les centres industriels environnants du Piémont. Puissance hydraulique disponible 20 000 chevaux ; puissance des moteurs 9000 chevaux. 3“ Du val Gressoney à Bielle et environs. Puissance hydraulique disponible 7000 chevaux ; puissance des moteurs 3000 chevaux. D’après le concessionnaire, le prix de revient de la force motrice pour les industriels serait inférieur de moitié aux frais avec des machines à vapeur.
- MARCHE ET TRAJECTOIRE DES ORAGES
- Nous avons montré dernièrement2 que les orages suivent des directions qui dépendent de la situation barométrique générale et qui sont déterminées par la loi de Buys-Ballot. C’est une règle qui ne souiïre pas d’exception lorsque les orages se produisent au sein d’une forte dépression, ou, dans une acception plus large, lorsqu’ils surviennent par un gradient suffisamment accentué. Nous avons fait voir également qu’il n’en est pas de même lorsque les hauteurs barométriques sont «à peu près uniformes dans la région où se manifestent les orages, et que ceux-ci marchent alors dans les directions les plus variées. Dans ce dernier cas, on pourrait admettre que les orages se déplacent par le moyen d’une force motrice qui leur est propre, ou bien qu’ils suivent dans l’atmosphère les régions qui leur offrent les meilleures conditions de propagation et de développement. Lorsque les orages se produisent sous des pressions barométriques assez inégales, cette force motrice serait annihilée, en totalité ou en partie, par le mouvement de l’atmosphère ambiante.
- La variété des directions suivies par les orages, au même moment, lorsque la pression atmosphérique est à peu près uniforme, se voit très nettement
- 1 D’après Mining and Scientific Press.
- - Vov. n° 1124, du 15 décembre 1894, p. 34.
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- pour la France sur quelques cartes du Bureau central météorologique. Alors il est quelquefois possible de reconnaître que cette variété de marche est due à l’existence simultanée de plusieurs petites dépressions barométriques ayant à peine quelques centaines de kilomètres de diamètre.
- C’est ce que nous avons exposé, avec cartes à l’appui1. Chacune de ces petites dépressions, fort difficile à découvrir à cause de son peu d’étendue, commande la direction des orages qui se produisent dans son rayon d’influence. Lorsque la pression atmosphérique paraît uniforme, on pourrait donc également admettre que la marche des orages, quoique variée, est encore déterminée par de petites dépressions locales, mais que l’imperfection de notre système d’observations barométriques ne permet- pas de reconnaître l’existence de ces dépressions qui sont cependant décelées dans bien des cas par la rotation du vent. Cette existence échappe à l’observation du baromètre parce que les dimensions d’un orage sont souvent très minimes, et parce qu’ordinairement l’on ne peut étudier, faute d’un nombre suffisant de stations, qu’une réunion, qu’un groupe d’orages qui paraissent n’en faire qu’un seul, mais qui sont, en réalité, bien distincts les uns des autres.
- Nous avons donné la carte d’un orage2 qui n’était constitué que par un seul cumulus existant dans un ciel pur. Cet orage couvrait, à la surface de la terre, une zone sensiblement elliptique qui n’avait que 20 kilomètres de longueur sur 10 kilomètres de largeur. Il y en a de moins étendus encore.
- Or, pendant les journées orageuses, la différence des pressions barométriques observées dans deux localités distantes d’une centaine de kilomètres n’atteint guère que 1 millimètre et descend souvent à 0,5 millimètre. Il est donc impossible qu’avec une ou deux bonnes stations barométriques par département, et en utilisant des baromètres dont l’exactitude est loin d’ètre garantie à 1 millimètre près, on puisse affirmer ou nier l’existence des petites dépressions dont nous avons parlé plus haut. On ne pourrait le faire qu’avec un réseau très serré de stations, et encore faudrait-il que ces stations fussent munies d’excellents baromètres très fréquemment contrôlés. En attendant que les conjectures fondées sur la rotation du vent soient confirmées par des preuves directes, il est fort intéressant d’observer et d’étudier les cas remarquables que la marche des orages présente quelquefois.
- Le département du Puy-de-Dôme, par sa topographie, et aussi grâce aux nombreuses stations d’observation que nous avons pu organiser sous les auspices de la Commission météorologique, se prête tout particulièrement à ce genre de recherches. Nous allons exposer à ce sujet quelques faits que nous avons constatés depuis longtemps et dont la reproduction est assez fréquente. Nous choisirons ceux qui ont été fournis par les orages du 5 juin 1886
- 1 Yoy. n° 1127, du 5 janvier 1895, p. 91.
- 2 Voy. n° 1014, du 5 novembre 1892, p. 564.
- qui o£t duré longtemps, de midi 45 minutes à 7 heures du soir, en atteignant 20 de nos stations départementales.
- Sur les cartes journalières des annales du Bureau central météorologique, ces orages sont indiqués comme ayant traversé notre département vers 4 heures du soir, et sont rattachés à d’autres qui se sont produits, au même moment, dans les départements voisins du nord et du sud. En réalité ils ont constilué un groupe distinct, restreint à la partie centrale du département du Puy-de-Dôme, comme on peut s’en convaincre en consultant la planche ci-contre. Les cartes 1,2 et 5 (fig. 2) montrent respectivement : 1° le réseau de nos stations (90) en 1886; 2U la région atteinte le 5 juin par les orages ; 5° les directions suivies par les orages dans chacune des 20 stations comprises dans cette région. Sur chacune des 9 cartes horaires qui suivent, on a indiqué, à l’aide de hachures, la zone atteinte par l’orage à l’heure inscrite sur la carte correspondante. La ligne formée de traits qui est répétée sur chaque carte horaire figure les positions successives des centres des différentes zones orageuses. Cette ligne serait donc une sorte de trajectoire du centre de l’orage en admett; n' que l'orage ait été simple et non pas composé de plusieurs orages plus ou moins confondus. A considérer la carte 5 (fig. 2) et les diverses directions constatées par les observateurs, on seraitd'abord porté à admettre l’existence de deux orages : l’un qui aurait débuté à midi 45, qui, tout en se développant, aurait marché à peu près de l’ouest à l’est, et se serait éteint avant 5 heures ; l’autre qui aurait commencé à 3 heures, presque au même endroit que le premier, et qui se serait dirigé du sud-est vers le nord-ouest. Alors la trajectoire unique dont nous venons de parler se décomposerait en deux autres, plus ou moins rectilignes : la première est figurée en a sur la carte 4, et la seconde par une flèche sur la carte 8. Les deux orages s’étant succédé sans aucun intervalle de temps, il faudrait alors attribuer la divergence de leurs marches à une puissance motrice particulière, existant dans chaque orage, ou sinon à une force directrice placée en dehors de l’orage, et dont l’influence se serait exercée soit directement par une action mécanique de l’atmosphère ambiante, soit indirectement par l’existence, dans cette atmosphère, de régions plus favorables que d’autresà la propagation de l’orage. Si l’on examine les cartes 1 et 2 (fig. 1 ) qui représentent la situation barométrique en France le 3 juin 1886 à 7 heures du matin et à 6 heures du soir, on constate d’ailleurs que, dans la soirée, la pression atmosphérique était très uniforme dans la France centrale et que les mouvements généraux de l’atmosphère ne pouvaient guère gêner les manifestations de ces forces locales. Le fait est encore mis en évidence par les changements de direction qu’éprouve le vent de 1 heure à 7 heures du soir : 1° au Puy de Dôme, où il souflle successivement du sud, du nord-est, du nord, puis du nord-est et enfin de l’est; 2° à Clermont, où il vient d’abord du nord,
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- puis du sud, de l’est, du nord-est et finalement de l’est.
- D’un autre côte' on voit sur la carte 5 (fig. 2) que pour deux stations situées près de l’Ailier dans la partie nord de la zone atteinte, l’orage, au lieu de continuer à marcher vers l’est ou le nord-est, s’est dirigé franchement vers le sud-est. Là, la trajectoire primordiale de l’orage a donc subi une déviation constatée oculaircment par les observations et tout à fait en harmonie avec la courbure de notre trajectoire unique dans cette région. Il n’est pas impossible que cette déviation ait continué plus loin; seulement, dans le centre de la zone orageuse elle aurait pu rester inaperçue à cause des nuages inférieurs produits au début des orages, et ne serait redevenue visible que pour les stations de l’ouest.
- 11 en résulte qu’il faut aussi envisager la possibilité de l’existence d’un seul centre orageux qui se serait déplacé suivant la ligne formée de traits en déterminant autour de lui des manifestations orageuses plus ou moins accentuées. Cette dernière hypothèse est encore appuyée par ce fait important que c’est tout le
- pour la pluie. Sur les cartes horaires, on remarque que le veut, dont la direction et l’intensité sont indiquées par des flèches, a une tendance fréquente
- à souffler contre l’orage et à tourner avec lui, dans les deux stations de Clermont et du Puy de Dôme.
- Pour résumer, dans l’hypothèse d’un orage unique, comme dans celle de deux ou de plusieurs orages, il est nécessaire d’admettre, afin d’expliquer les divergences de marche constatées dans les ditïérentes stations : ou l’existence d’une force motrice inhérente à l’orage, ou celle d’une force directrice variable placée dans l’atmosphère ambiante, en
- 1 Réseau des Stations 2 -J Zon.UtUeattemte 3 .T' \ MaPchède l'O rag«
- 5 '^ua*JOn ® ^ fleura & Situations fh*3o
- ’ ° , tau
- 11 ^-4 \ Situation à6 heures / M ilX 4^ JJ.-'' 12 ,^^^__,^ituation à 7heurea ,,V*
- 13 /' Trottoir. 1 JE, Jfàiuzu Sc'."—* 14. Trajectoire 15 Trajectoires -'JaVo?»'-' de quelques orages e l fJX’W ' en 1866 JM^
- Fig. 2.—Marche et trajectoire des orages dans le réseau des stations départementales.
- long de cette espèce de trajectoire que les phénomènes secondaires de l’orage, pluie, vent, tonnerre, éclairs, etc., ont atteint le plus d’intensité : la carte 15 (fig. 2) le montre pour le tonnerre, et la carte 14
- et déterminer jeetoires.
- dehors de forage.
- En opérant sur les autres orages de l’année 1886 comme sur celui du 5 juin, nous avons pu déterminer les trajectoires, ou, plus généralement, les lieux successifs des centres de quatorze d’entre eux : c’est ce que représente la carte 15 (fig. 2). Lorsque les événements nous auront fourni l’occasion d’observer un orage convenable dont la masse nuageuse sera restée isolée dans le ciel et dont la course aura été assez longue, nous espérons pouvoir faire cesser toute ambiguité la véritable nature de ces tra-Plumandon,
- Météorologiste à l’Observatoire du Puy de Dôme.
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- LA NATUHE
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- LE MICROPHOTOSCOPE
- Depuis longtemps que nous nous occupons de projections, nous avons vu tout l’intérêt que présentent pour les études scientifiques ou même pour la simple curiosité des spectateurs les vues photomicrographiques.
- Nous regrettions de ne pas avoir un appareil unique permettant, après avoir fait une étude microscopique, de conserver cette étude au moyen d’une photographie qu’il nous serait ensuite possible de passer dans un appareil de projection, — en un mot nous aurions désiré, comme tous ceux qui s’occupent à la fois de microscopie et de projection, éviter les complications inévitables pour faire des études microscopiques, ou pholomi-crographiques.
- Aujourd’hui notre désir se trouve réalisé, et nous nous empressons de faire connaître aux lecteurs de La Nature l'appareil qui remplit tous les desiderata ci-dessus, à la seule condition de posséder une chambre noire d’un tirage suffisant.
- La ligure 1 nous indique, en tant que monture, un bon microscope ordinaire comprenant : un pied G, permettant l’inclinaison du corps jusqu’à 90°, une crémai Hère rapide à double pignon A, une platine mobile à mouvement dans tous les sens B, une vis micrométrique à gaine prismatique C, un porte-diaphragmes à excentrique 1), un miroir plan sur une face, concave sur l’autre E, et un condensateur de lumière F; ces deux derniers accessoires montés chacun à genouillère.
- Nous ne parlerons pas du système optique, puisque
- le pas de vis 11 est universel et qu’on peut y placer n’importe quel objectif. Tel est l’appareil servant comme microscope.
- Lorsqu’on veut l’employer pour la photomicrogra*-phie, on incline le microscope dans une ligne horizontale (lîg 2), on enlève le miroir, puis on visse une petite rallonge 1 sur la tige qui primitivement portait ce miroir. Ceci fait, au moyen d’une lige préparée « ad hoc », on remplace le miroir concave E qui sert alors à diriger le rayon lumineux, à travers la lentille condensatricc, sur la préparation.
- Le rayon lumineux peut provenir de la lumière diffuse ou d’une source de lumière artificielle.
- Dans cette situation, la préparation microscopique ne serait pas éclairée régulièrement, les condensateurs de microscopes étant généralement des lentilles plan-convexe (concentriques par conséquent). Ce défaut est corrigé au moyen d’une combinaison optique que l’on met à la place du
- diaphragme même et qui,d’après les courbes, reprend les rayons à leur point central de convergence pour les répartir sur la préparation avec une égalité aussi parfaite que possible.
- L’appareil est prêt à faire de la ' photomicrographie. Il suffit de disposer à l’oculaire une chambre noire suffisante comme tirage, de faire la mise en plaque, facilitée par la platine mobile B, la mise au point au moyen de la vis micrométrique C et de remplacer la glace dépolie par une plaque photographique.
- Le système d’ajustage sur la chambre noire est très simple et par cela même très pratique. Il consiste
- Fig. 1. — Microscope moulé sur pied.
- Fig. 2. — Le même dans sa position d’appareil photographique.
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- LA NATURE.
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- simplement en une feuille de caoutchouc fixée sur la planchette de chambre au moyen d’une rondelle en cuivre. Cette feuille est découpée à l’emporte-pièce d’une ouverture un peu plus petite que la grosseur du porte-oculaire. De cette façon, la fermeture est parfaite en forçant simplement le porte-oculaire dans l'ouverture. Tel est l’appareil, pratique par excellence, que nous cherchions1. Ai.ber.
- Là DISTRIBUTION DES ÉTOILES
- DANS L’ESPACE
- Les étoiles sont séparées entre elles par des distances relativement considérables, et, en supposant leurs masses disséminées d’une manière uniforme, on trouverait une densité infime. Ainsi les 6000 étoiles que l’on compte jusqu’à la 6e grandeur, en leur attribuant une parallaxe de 0"02 et une masse moyenne 10 fois plus grande que celle du Soleil, ne donneraient qu’un milieu dont la densité serait 7,6.10_2t. En cherchant, d’après les principes du calcul des probabilités, la moindre distance où l’on peut s’attendre à rencontrer une étoile, un savant astronome, M. Seeliger, trouve, par deux formules différentes, environ 1/20 de la distance qui correspond à la 6e grandeur, soit une parallaxe de 0"4I. Si l’on tient compte des nébuleuses et des poussières cosmiques, la densité résultante sera plus forte que le chiffre trouvé plus haut (elle approchera de la limite inférieure que W. Thomson assigne à la densité de l’éther lumineux). 11 n’en est pas moins vrai que la matière stellaire est extrêmement rare par rapport à l’étendue de l’espace. Mais il existe évidemment des condensations locales. 11 n’y a aucune raison pour supposer, entre les astres qui composent les amas, des distances excessives. Beaucoup de ces amas forment des systèmes globulaires, où les corps décrivent des ellipses autour d’un centre commun, avec des temps de révolution égaux. M. Seeliger développe dans son mémoire quelques-unes des relations qui ont lieu dans ces systèmes; elles pourraient en expliqu'r l’apparente stabilité.
- CHRONIQUE
- Sur une matière colorante extraite des feuilles de vigne. — La partie verte des plantes contient en général, outre la chlorophylle, une matière colorante jaune connue sous le nom de carotine, chrysophylle ou érythrophylle, qui est insoluble dans l’eau. On a trouvé cependant que certaines espèces de feuilles donnent des extraits aqueux présentant une couleur jaune plus ou moins pure. Cette observation s’explique par le fait que, dans la plupart des cas, on avait employé des feuilles mûres. Les feuilles jeunes fournissent un extrait presque incolore. Les feuilles jaunes d’automne contiennent au contraire des quantités considérables de matières colorantes solubles : tel est le cas des feuilles mortes de hêtre et de châtaignier. On est parvenu également à isoler une matière colorante jaune des feuilles de vigne. Comme la plupart des matières colorantes végétales, celte substance est un glucoside. On peut la préparer en traitant par l’acétate de plomb une
- 1 Voy. n° 1087, «tu 51 mars 1804, p. 277. Appareil de M. Lemardelay.
- décoction de feuilles de vigne finement pulvérisées. Le précipité pfoinbiqifc est traité par l’hydrogène sulfuré, puis épuisé par l’alcool bouillant. Le résidu obtenu par évaporation de l’alcool est débarrassé du soufre par le sulfure de carbone. Le glucoside reste sous forme d’une poudre cristalline d’un jaune brun. Par ébullition avec l’acide sulfurique dilué, il est décomposé en glucose et en une substance brune peu soluble. Cette matière colorante, après lavage à l’eau, peut être purifiée en ajoutant à sa solution alcoolique une dissolution alcoolique d’acétate de plomb. Le précipité vert bleuâtre que Ton obtient est lavé avec de l’éther contenant de l’acide chlorhydrique qui dissout les impuretés. La matière colorante qui reste est alors dissoute dans l’alcool et reprécipitée dans sa solution par l’eau, file se présente sous forme d’une poudra d’un brun rougeâtre, soluble en brun dans les alcalis. Sa solution aqueuse teint en brun les tissus de laine mordancés au chrome, et en jaune les tissus mordancés à l’étain. Cette matière colorante semble pouvoir être d’un emploi assez pratique. L’analyse des feuilles de vigne a montré qu’elles contenaient également jusqu’à 2 pour 100 de bitartrate de potasse1.
- Sélénologie moderne. — M. Ph. Fauth publie, dans
- I ' Astronomische nachrichlen, des articles intéressants qu’il appelle Nouvelles contributions à la fondation d'une sélénologie moderne. M. Fauth, qui depuis quelques années se livre à l’étude assidue de la surface lunaire avec un rcfi acteur de 6 pouces, établi à Kaiscrs-lautern, a tenté de discuter les matériaux déjà recueillis pour en tirer quelques données générales, touchant la conformation du relief de notre satellite. Il a cherché, en premier lieu, à déterminer la pente moyenne des parois intérieures des cirques, par l’observation des ombres des circonvallations. D’après une remarque un peu vague de J. Schmidt, la pente des talus intérieurs serait comprise entre 25° et 50°, tandis que les talus extérieurs ne seraient, en moyenne, inclinés que de 3° à 8° par rapport à l’horizon. M. II. Ebert, dans ses intéressantes recherches sur la formation des cirques lunaires, publiées en 1890 2, s’appuie essentiellement sur les travaux de Schmidt. Les nombreux matériaux discutés par M. Fauth donnent, pour la pente intérieure, le chiffre moyen de 23°. Mais la pente est beaucoup plus raide pour les cirques de petites dimensions; elle s’adoucit à mesure que le diamètre augmente, comme le montrent les chiffres suivants :
- Diamètre des cirques. <30kn> 30km-50km 50km-100kra > IOÜkm Tente moyenne. . . . 33°,5 22°,7 14°,8 11°,6.
- Le nombre des cirques de petite dimension est relativement considérable; M. Fauth en a trouvé 700 au-dessous de 5 kilomètres, et 650 entre 5 et 10 kilomètres, tandis qu’il n’y en a que 3 dont le diamètre excède 200 kilomètres. Ces résultats ne sont pas dénués d’intérêt.
- La température des hautes régions de l'atmosphère. — On a repris, en Allemagne, l’expérience exécutée en France à l’aide d’un ballon libre transportant des enregistreurs de pression et de température. Le journal Ciel et Terre nous donne d’intéressants renseignements à ce sujet. L’aérostat, du nom de Cirrhus, fut lancé de Berlin par le professeur Assmann, le lendemain du départ du Phénix. Le Cirrhus s’éleva dans les airs, tourna d'abord vers le N.-W., puis se dirigea subitement vers leS.-E.
- II atterrissait, une dizaine d’heures plus lard, en Bosnie,
- 1 D'après le Scientific American.
- - Voy. Bull., t. VIII, p. 222.
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- LA AA Tl HE.
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- ayant accompli dans l’intervalle une course de plus de 1000 kilomètres. Pour remédier à l’action du soleil, qui avait influencé les résultats d’une expérience antérieure, le thermomètre fut muni d’un aspirateur Assmann. L’enregistrement se faisait par la photographie, à l'aide de la lumière du jour. Les instruments furent ramenés à Berlin en bon état et le développement des courbes montra que le ballon, qui était parti à une hauteur barométrique de 764 millimètres et une température de + 17° C., avait atteint bientôt une hauteur de 16 325 mètres, indiquée parla chute du baromètre à 85 millimètres; à cette latitude, la température était de 52° au-dessous zéro. Là, du moins, s’arrêtaient les courbes des enregistreurs, dont les cylindres étaient trop courts pour marquer l’altitude maximum atteinte. Dans une seconde ascension, exécutée en septembre, et dont les résultats définitifs ne sont pas encore connus, on avait obvié à cet inconvénient. La pression est descendue à 53millimètres et la température à 62° sous zéro,correspondant à unealtitude de 18 500mètres.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 avril 1895. — Présidence de SI. Marey.
- Variabilité et transformisme des bacilles. — SL Phy-salix s’est appliqué à l’étude de la variabilité et du transformisme des microbes pathogènes. 11 a créé une nouvelle race, qu’il appelle bacillus anlhracis claviformi, au moyen du bacille charbonneux. Le micrographiste le plus expert ne reconnaîtrait pas d’affinité entre le bacillus claviformi et le bacille charbonneux. En effet, au lieu des filaments longs qui constituent le dernier organisme, on voit de petits bâtonnets plus grêles qui, au terme de leur évolution, prennent à l’une de leurs extrémités une spore plus volumineuse que le reste du corps. Cette forme se rapproche de celle du bacille du tétanos. Celte transformation peut être obtenue par plusieurs procédés; M. Phy-salix se borne aujourd’hui à décrire l’un d’eux. C’est en partant du bacille charbonneux atténué par des cultures, dans l’oxygène sous pression, dont M. Chauveau a enseigné depuis longtemps la préparation, que l’auteur a réalisé celte métamorphose au moins apparente. On sait que ce dernier bacille est inoffensif, qu’il communique une immunité absolue contre le charbon aux animaux inoculés. Ce bacille atténué a été semé à son tour dans l’économie animale, par voie d’inoculation, puis on a excisé les ganglions les plus voisins du point inoculé qui sont des lieux d’accumulation pour les bacilles. Ce sont ces bacilles qui ont été examinés et qui semblent sortis de l’espèce par leurs caractères morphologiques. Dans le but de préciser dans quelle mesure ils procédaient du bacille originel, M. Physalix a inoculé avec ces derniers bacilles des animaux auxquels on a plus tard communiqué le charbon par voie d’inoculation. Deux lots de moulons ont été soumis à l’expérience. Le premier lot a reçu le virus ainsi préparé et le deuxième lot un virus provenant d’une inoculation du virus précédent, pratiquée dans les mêmes conditions, de telle sorte que ce dernier virus a traversé deux fois l’économie animale. Le premier lot a présenté au charbon une résistance considérable; sur quatre moutons, un seul est mort le premier jour, les trois autres ont survécu pendant un temps variable qui s’est élevé à neuf jours. Le deuxième lot a fourni un décès au bout de quelques heures et trois décès dans un temps voisin de trente-six heures. On voit donc, ajoute
- M. Chauveau, que si l'on n’est pas en face d’un cas de transformisme, on en est au moins très près, puisque non seulement la forme, mais les propriétés du bacille originel sont changées. D’ailleurs l’opinion du savant physiologiste paraît fixée en faveur d’une transformation.
- Spectre de fluorescence de l'argon. — M. Berthelot a examiné le spectre de fluorescence d’un mélange d’argon et de vapeur de benzine. Malgré l’absence de fixité dans le point lumineux, il a pu déterminer les positions des raies. En opérant avec une tension susceptible de donner des étincelles de 10 à 12 millimètres, la fluorescence se développe toujours, quelquefois au bout de très peu de temps, quelquefois au bout de cinq à six heures. Le violet apparaît et passe au vert. Avec une intensité plus forte la couleur devient bleue. Le spectre donne un certain nombre- de raies définies, circonstance exceptionnelle dans les spectres de fluorescence. M. Berthelot les a repérées par rapport aux raies de l'hydrogène et du sodium ; il a ensuite calculé les longueurs d’onde correspondantes. A un groupe de bandes mal définies dans le rouge, succède dans le jaune une raie dont la longueur d’onde est 579 millionièmes de millimètre, dans le vert une raie dont la longueur d’onde est 547, enfin dans le bleu une raie dédoublable correspondant à 438 et 436. Lesraies jaunes et vertes sont probablement dédoublables. Ces raies ne coïncident avec celles d’aucun corps connu; la raie D du sodium qui a pour longueur d’onde 589,6 tombe plus à gauche, vers le rouge. De même la raie de l’hélium 587,5 et celle de l’aurore boréale 557, ne sont pas identifiable^. Ce spectre appartient, dit M. Berthelot, à une combinaison hydrocarbonée d’argon.
- La siccativité des matières grasses. — Lorsque les matières grasses sont exposées à l’air, elles se modifient sous l’action de l’oxygène, mais, tandis que la plupart éprouvent seulement le rancissement, les huiles dites siccatives (lin, noix, œillette, etc.) se transforment en une matière solide et élastique parfaitement sèche que l’on a désignée sous le nom de linoxine.M. Livache a pensé que cette modification devait être attribuée à des causes plus générales que celles adoptées jusqu’à présent, et il a appliqué aux huiles non siccatives d’olive, de colza, etc., les procédés employés pour augmenter la siccativité des huiles siccatives, c’est-à-dire le chauffage ou le traitement par des oxydes ou des sels de plomb et de manganèse. Il a constaté que les huiles ainsi traitées ne séchaient pas si on les exposait à l’air à la température ordinaire, mais qu’elles séchaient complètement si cette exposition à l’air était accompagnée d’une élévation de température ; on obtient alors une substance élastique et transparente analogue à celle fournie par l’oxydation des huiles siccatives. Si, dans les huiles végétales formées essentiellement d’oléine liquide et de margarine solide, la masse entière de l’huile exposée à l’air se modifie par oxydation, c’est que l’élément solide considéré isolément a une siccativité propre, et M. Livaehe a été conduit à appliquer le même traitement aux matières grasses d’origine animale dans lesquelles dominent des corps solides tels que la margarine et la stéarine. Dans ces conditions, ces matières se transforment également en produits analogues à la linoxine. Selon M. Livaehe, toutes les matières grasses sans exception peuvent donc donner naissance, dans des conditions déterminées de température, et après un laps de temps qui peut être notablement abrégé par un traitement préalable, à des produits élastiques ana-j logues à celui fourni par l'oxydation de l’huile de lin.
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- LA NATURE.
- Les températures minima des sommets des Alpes. — M. Janssen fait connaître que le météorographe construit pour le sommet du mont Blanc n’a pu être installé l’été dernier, mais que des thermomètres à minima ont été placés en différents points du massif. A Chamonix le minimum de l’hiver a été de —18°, au Brévant —20°, au Buet (3500 mètres) — 55°, au sommet du mont Blanc—43°.
- Varia. — M. Lechatellicr a étudié les combinaisons définies des alliages métalliques. —M. Balland a comparé la constitution en matières azotées et cellulosiques des avoines provenant des récoltes de 1805 et 1894. Celles de 1894 contiennent une quantité de matière azotée inférieure de un quart en poids à la quantité contenue dans les avoines de 1893. — M. Gréhant a déterminé la
- composition des gaz dégagés par les lampes à arc voltaïque. — M. Daniel Berthelot a imaginé une méthode optique pour la détermination des températures.
- Cil. DE VlLLEDEÜIL.
- DOLMENS DU MAS D AZIL
- (ariège)
- Le Mas-d’Azil, chef-lieu de canton du département de l’Ariège, n’est pas connu des savants et des touristes seulement par sa célèbre grotte, peut-être unique au monde; mais il possède aussi sur son territoire plusieurs dolmens, dont le plus beau, le mieux conservé et le plus grandiose, porte le nom de
- Dolmens du Maz-d’Azil (Ariège). (D’après uuc photographie.)
- dolmen du Cop del-Pouech. Nous croyons devoir rappeler ce beau monument préhistorique.
- Ce dolmen, situé sur un plateau sauvage en forme de cirque, à quelques centaines de mètres de la ville qu’il domine, est formé d’une immense dalle ovale de 12 mètres de circonférence et de 5 mètres de diamètre, qui repose horizontalement, comme sur deux pointes d’aiguille, sur deux autres dalles verticales, à lm,50 environ au-dessus du sol. Une troisième dalle, fermant l’entrée à l’aspect du couchant, ne supporte absolument rien, semble étayer simplement les deux autres. C’est merveilleux d’équilibre !
- L’aspect de ce dolmen, si étonnamment intact, saisit, émeut comme la vue d’une vivante page d'histoire ancienne, ou plutôt comme l’apparition soudaine d’un témoin d’événements à jamais ignorés,
- perdus dans la nuit des temps, et qui ont marqué pourlant les jours heureux ou malheureux de la vie de nos premiers pères.
- La gravure ci-dessus, exécutée d’après une photographie, en donne un tableau très exact.
- Tous ces dolmens, autels druidiques, d’après certains savants, auraient été, d’après d’autres, élevés par la race appelée prcceltique, la première qui habita le pays, et utilisés [dus tard par la race celtique, qui les adopta pour les sépultures1.
- * Note et photographie communiquées par M. II. Pargent, à Meudon (S.-ct-O.).
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanoieh
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N* M 45. — 27 AVRIL 1895.
- LA NATURE.
- 00/
- REPRODUCTION DES PHOTOGRAPHIES A DISTANCE
- l’éi.ectuo-artographe de m. amstutz
- Le système que nous allons décrire aujourd’hui, d’après les premiers renseignements que nous four-
- nit le Scientific American, résout pour la première fois un problème dont l’énoncé eut paru bien auda-
- Fig. 1. — Transmetteur.
- Fig. 2. — Récepteur.
- deux il y a seulement une vingtaine d’années, car il ne réalise rien moins, comme l’indique le titre de cet article, que la transmission et la reproduction des images photographiques à distance, par une combinaison heureuse et ingénieuse des propriétés de la gélatine bichromatée, des lois de la propagation du courant électrique, des systèmes de synchronisation à distance de deux axes tournants et des principes fondamentaux du téléphone et du phonographe.
- L'éleclro- artographe de M. N. S. Amstutz, un ingénieur mécanicien et électricien de Cleveland (Ohio) bien connu en Amérique, permet, par des moyens d’une extrême simplicité, d’obtenir à l’extrémité d’une ligne électrique une planche gravée, prête pour l’impression, reproduisant exactement une photographie mise dans l’appareil transmetteur placé à l’autre extrémité de la ligne. Yoici la succession des opérations qui permettent d’obtenir ce résultat :
- La première opération consiste à prendre un négatif photographique du sujet ou de l’objet dont on veut transmettre l’image : c’est de la photographie
- ordinaire. Ce négatif sert à impressionner une couche de gélatine sensibilisée au bichromate de potasse: les parties claires du cliché rendent, après exposition à la lumière, la gélatine insoluble dans l’eau, en proportion de la durée d’exposition et en raison inverse de l'opacité des noirs du cliché. Après dissolution des parties solubles, on obtient une image dont tous les clairs sont en relief et tous les noirs en creux, les demi-teintes étant représentées par des épaisseurs variables. La ligure 5 montre, à une échelle exagérée, la coupe transversale d’une partie de la couche de gélatine ainsi préparée pour la transmission (fig. 5, A). _
- Cette feuille de gélatine est fixée sur le cylindre du transmetteur (fig. 1) et animée d’un mouvement de rotation uniforme. Si le lecteur veut bien se reporter à la figure 4 ci-contre, il y trouvera le principe de ce mécanisme. Une pointe mousse R (fig. 4) fixée sur un levier C appuie sur la feuille et imprime à son extrémité de droite les mouvements amplifiés des ondulations de la surface gélati-
- 22
- 23“ auuée. — 1er semestre
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- LA nature.
- ncuse durcie montée sur le cylindre À. Dans ses mouvements, l’extrémité du levier G soulève et abaisse alternativement une série de petits leviers F articulés en D. Lorsque ces leviers sont abaissés, ils sont en contact électrique avec des broches E placées en regard de leurs extrémités; lorsque ces leviers sont soulevés, au contraire, ils rompent le contact. Le nombre de leviers en contact à chaque instant dépend de l’épaisseur de la feuille de gélatine placée en regard de la pointe mousse R au même instant. Les contacts E ont pour effet d'introduire dans un circuit électrique formé par la
- Fig. 4. — Diagrammes et principes du transmetteur et du récepteur.
- terre G, une pile N, la ligne de transmission et le récepteur, des résistances électriques convenablement proportionnées et montées en dérivation entre la .terre et le départ de la ligne. Lorsque tous les leviers F touchent les contacts E, ce qui correspond à un creux de la feuille gélatinée, toutes les résistances sont intercalées en dérivation dans le circuit,
- Fig. 5. — A. Coupc à grande échelle de la surface gélatineuse impressionnée servant à la transmission. — li. Coupe transversale à grande échelle de la surface réceptrice montrant les profondeurs différentes des sillons successifs.
- la résistance de ce circuit est minima et le courant maximum. Lorsque la pointe B passe sur un relief, toutes les résistances sont enlevées, moins une, la résistance du circuit est maxima et le courant minimum. Pour les épaisseurs de gélatine intermédiaires, on obtient des intensités de courant intermédiaires. Il en résulte que les clairs du négatif qui représentent les noirs du positif correspondent à l’émission d’un courant intense, et que. les noirs du négatif qui représentent les clairs du positif correspondent à l’émission d’un courant faible.
- Au récepteur, à l’arrivée, ces courants traversent un solénoïde I qui exerce une traction proportionnelle à l’intensité du courant sur un levier J articulé en K. Ce levier porte une pointe L qui fait sa trace sur un cylindre de cire monté sur un cylindre tournant synchroniquement avec le système
- transmetteur, par un mécanisme spécial que nous n’avons pas besoin de décrire, car il ne présente rien de particulier. La pointe L en forme de Y trace donc sur le cylindre de cire un sillon de profondeur variable avec l'intensité du courant qui traverse le solénoïde I. Ce sillon est d’autant plus profond que le courant est plus intense, c’est-à-dire que le positif est [dus noir, et présente des profondeurs variables avec les teintes du cliché transmetteur (lig. 5, B).
- 11 va sans dire que la pointe du transmetteur et celle du récepteur (fig. <i) sont.chacune montées sur un chariot animé, [tendant la rotation des cylindres, d’un mouvement lent et régulier de translation suivant l’axe des cylindres. Les pointes décrivent donc toute la surface des cylindres en y traçant une spirale à pas très serré. Le cylindre de cire développé et recouvert de cuivre par la galvanoplastie donne finalement une planche formée de lignes parallèles dont les parties les plus en saillie correspondent aux parties les [dus noires du positif, et les parties creuses, ainsi que les intervalles, aux blancs de l’image. La planche ainsi obtenue est prête pour l’impression typographique, en prenant les précautions ordinaires de mise en train et de tirage fanai-lières aux imprimeurs.
- L’imageque nous reproduisons d’après IcScieniiftc American (fig. 5), prouve que les reproductions ainsi transmises présentent un certain caractère artistique et un modelé du aux demi-teintes obtenues grâce à l’impression photographique initiale, demi-teintes qui n’existaient pas dans les transmissions de dessins faites par les télégraphes autographiques de Caselli, Lcnoir, Edison, etc.
- La délicatesse du modelé et des demi-teintes dépend de la graduation du courant d’intensité variable, qui commande le récepteur, et exigerait en théorie un grand nombre de leviers F (quatre seulement sont représentés sur la figure 4). En pratique, M. Amstutz a reconnu que dix leviers suffisaient pour obtenir la plus grande finesse compatible avec les procédés de typographie actuels, et que pour la transmission de photographies destinées aux journaux périodiques, un moins grand nom lire serait suffisant.
- M. Amstutz, qui travaille à perfectionner son œuvre, ne se contente pas de ces résultats : il veut supprimer l’empreinte en cire et l’opération galva-noplastiquc en gravant directement à l’arrivée sur la feuille métallique destinée au tirage et pense même employer l’appareil en local, comme procédé de transformation rapide d’une épreuve photographique en cliché typographique.
- Telles sont les grandes lignes des appareils imaginés par M. Amstutz pour reproduire à distance des clichés photographiques bons pour l’impression. Nous n’entreprendrons pas d’énumérer toutes les applications que ces appareils convenablement modifiés pourront recevoir un jour ou l’autre. Il nous suffit d’en avoir indiqué le principe et montré les premiers résultats, fort encourageants. M. Amstutz se tient à la disposition de ceux que la question
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- LA NATURE
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- intéresse plus particulièrement pour leur fournir tous les renseignements complémentaires.
- E. Hospitalier.
- LA CRÉATION
- DE L’OBSERVATOIRE DU PIC DU MIDI
- Nous avons lu dans une précédente livraison de La Nature, un article intitulé La création de l'Observatoire du Pic du Midi1 et au sujet duquel nous avons quelques observations à présenter.
- Nous comprenons et nous respectons les sentiments manifestés par Mme Vaussenat, qui désire que la mémoire de son mari reste entière, mais nous, les amis du général, qui l’avons suivi dans son œuvre, nous désirons que la sienne ne soit pas amoindrie.
- L’idée première de l’Observatoire au Pic du Midi est de Plantade, elle fut reprise par Costallat. et préconisée par Ilerscbel et Babinet; mais elle restait flottante dans le domaine des desiderata, et peut-être en créant son hôtellerie de Sencours, Costallat rêvait-il de sa réalisation future. En 1873 on lit, à cette hôtellerie, des observations météorologiques estivales; au printemps de 1874 le général s’y installa à demeure, pour faire, pendant toute l’année, des observations de même nature. Une violente tourmente de neige le contraignit à une descente périlleuse; il remonta le printemps suivant et continua ses observations jusqu’en 1881. Le général même, jusqu’à l’année suivante, subvint aux dépenses de toute nature et greva, dans ce but, son budget d’au moins lflO 000 francs.
- Dès 1874, M. de Nansouty était décide à créer l’Observatoire du sommet. Il fit appel aux administiations publiques, comme aux particuliers, et Vaussenat, qui fut son collaborateur, allait, de son côté, demander des secours aux sociétés scientifiques pendant que lui-même et d’autres ingénieurs faisaient des plans et dressaient des devis.
- La grande notoriété du général lui conquit, avec les sympathies des hommes de science, des concours pécuniaires dévoués qui permirent à Vaussenat de continuer l’année suivante l’édification de l’Observatoire du sommet, lequel, inauguré en 1882, fut l’année même cédé gratuitement à l’Etat par le général et Vaussenat, et ce dernier, dès lors, fut nommé directeur titulaire du nouvel établissement en remplacement de M. de Nansouty nommé directeur honoraire.
- Ces faits sont indéniables. Dès lors il est facile de tirer une conclusion que nous trouvons dans l’éloge du général de Nansouty prononcé le 2 avril par le président de la Société Ramond à l'une des séances de cette Société : « Si le général ne se fût pas mis à la tête de celte entreprise, non seulement elle n’eût pas été réalisée, mais elle n’eût pas même été tentée. »
- Il fallait plus que l’amour de la science pour s’installer à Sencours ; il fallait subvenir à des dépenses quotidiennes, payer les observateurs et les aides, et ces dépenses on peut les évaluer, sans exagération, à 8 ou 10 000 francs par an. Quel autre que le général de Nansouty se fût aussi libéralement décidé à faire de pareils sacrifices ? Et sans les observations faites pendant quatre ans à Sencours, qui eut jamais osé demander une subvention quelconque pour une œuvre dont on pouvait apprécier le but mais dont on ne connaissait pas les bases?
- Nous dirons ici que nous pouvons conclure avec une vérité absolue que le général fut le promoteur de cette
- 1 Voy n° 1140, du G avril 1803, p. 208.
- œuvre, que l’honneur lui en revient, et que partie de cet honneur doit être attribuée à Vaussenat, dont la collaboration lui fut aussi assurée que fidèle.
- Cette vérité a été dite tout entière par M. J.-J. Dumorel, à la séance de la Société Ramond du 2 avril dernier, lorsqu’il a lu, en sa qualité de président, une Notice nécrologique sur le général et dont la Société a ordonné l’impression au Bulletin.
- F. BoSVIEL, Dr CoLLONGUES,
- Membre de la Société Ramond. Membre de la Société Ramond
- L’HUMIDITÉ DU SOL
- ET LA FÉCONDITÉ DES PLANTES
- Au cours d’un travail dans lequel il étudie le rôle physiologique de l’eau dans la végétation, M. Edmond Gain a abordé une question encore mal connue : l’influence de l’eau sur la propagation et l’avenir de l’espèce. Nous croyons utile d’en dire ici quelques mots.
- Tout d’abord, M. Gain, par des expériences précises, montre que la sécheresse du sol diminue dans de très grandes proportions le nombre de graines, en agissant sur le nombre des inflorescences, sur celui des fleurs de chaque inflorescence et sur la fécondité de chaque fleur. C’est ainsi que, si on représente par l’unité le poids de graines récoltées sur sol sec, on trouve à peu près pour le rendement en sol humide :
- Pavot............................. 5
- Sarrasin.......................... 2
- Lupin blanc....................... 4
- Fève.............................. 3
- Pois............................. 10
- Avoine............................ 0
- Mais il ne faudrait pas croire que les graines obtenues en sol sec et en sol humide soient identiques. Dans le premier cas, en effet, elles sont plus pesantes que dans le second. En voici quelques exemples :
- Poids moyen de 100 graines bien conformées.
- En sol sec. En sol humide.
- Lupin..................25sr,l)80 2igr,9fiü
- Haricot................43sr,0 54gr,9
- Lin.................... 0sr,405 0sr,5G4
- Avoine................. 2gr,250 1er, 925
- Radis. . . .... 0sr,518 0sr,580
- Fève...................52er,900 19",800
- L’a\'cnir de ces différentes graines n’est d'ailleurs pas le même : les graines provenant de sol humide donnent des plantes dégénérées si on les compare à celles provenant de graines de sol sec.
- M. Gain termine son travail par quelques remarques intéressantes. L’humidité du sol agissant sur l’individu favorise son accroissement en tant qu’individu et favorise aussi le nombre de ses descendants. Mais, par un balancement biologique intéressant, on voit ces descendants frappés d’une dégénérescence si rapide que la première génération l’accuse fortement. Au point de vue pratique on peut formuler la loi suivante : l’humidité du sol favorise et augmente dans des proportions considérables le rendement en fruits et en graines. L’irrigation est donc recommandable quand on a en vue un rendement industriel. Au contraire, l’irrigation doit être évitée avec soin quand on a en vue la récolte de la graine pour semis. Irriguer les porte-graines serait s’exposer à obtenir des graines dégénérées et plus petites. La sécheresse, au contraire, paraît très favorable pour maintenir les qualités de l’espèce. 11. Coipin
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- LA NATURE.
- GLOBES DIFFUSEURS ET PROJECTEURS
- POUR FOYERS U'MIXECX
- La Nature a signalé l’intérêt de l’application des globes cannelés aux foyers lumineux d’une certaine intensité, et elle a donné la description des types imaginés à cet effet par la Société française d’éclairage holopbane1. Nous croyons utile de compléter ces renseignements en parlant aujourd’hui des appareils analogues imaginés par M. Frédureau et construits par la Société anonyme des globes diffuseurs.
- Ainsi qu’on le voit, d’après les coupes représentées sur la figure, ces globes sont établis sur le même principe que ceux que nous avons signalés précédemment et ils sont applicables comme eux à des lampes de toute nature, au pétrole, à gaz ou électriques; seulement le tracé des cannelures est différent ; car on s’est attaché plus spécialement à concentrer le faisceau lumineux dans une direction déterminée. La face supérieure de chacune de ces cannelures est formée en effet d’un segment de paraboloïde de révolution, tandis que la face inférieure est plane. Les divers paraboloïdes constitués par la réunion des cannelures ont pour axe commun celui du globe diffuseur et le centre de celui-ci pour foyer. Il résulte immédiatement de cette disposition que les rayons lumineux émanés du foyer, arrivant sur la face supérieure de chaque anneau, y sont réfléchis parallèlement à l’axe du paraboloïde, confondu avec celui du globe, et sortent sans déviation par la face inférieure. La plus grande partie de ces rayons viennent donc éclairer la région de l'espace située dans le prolongement de l’axe du foyer, généralement au-dessous de celui-ci, le reste est réfléchi par l’anneau inférieur suivant et se diffuse; une petite fraction seulement est réfractée à l’intérieur du globe. Celle-ci comprend du reste les rayons les plus réfrangibles, violets, bleus, qui sont, comme on sait, les plus fatigants pour les yeux. La section intérieure du globe est lisse, et ne provoque ainsi par elle-même aucune réfraction spéciale.
- 1 Yoy. u° 11 *2 !, du 24 nuvembre 189 4, 405.
- On comprend dès lors par cet exposé comment le tracé des cannelures peut assurer la concentration du faisceau lumineux; aussi observe-t-on en pratique que l’interposition de ce globe sur une lampe nue a pour effet de quadrupler aussitôt la valeur de l’éclairage dans la direction de l’axe de l’appareil. Le globe hémisphérique donne ainsi des résultats frappants comme appareil projecteur, et cette expérience est une des plus saisissantes qu’on puisse faire.
- Pour l’éclairage public, et pour celui des appariements, on emploie des globes diffuseurs de forme sphérique ou plutôt nlindro-sphérique, ou même des tulipes, appareils dont les types sont analogues à ceux qui sont représentés sur la figure. Ces tracés ont pour effet de concentrer le faisceau lumineux dans la région située au-dessous du globe, en réduisant principalement la quantité de lumière
- qui se répand dans les directions latérales, sans intercepter tout à fait celle qui est réfléchie vers le haut. Il est évident du reste que les types à employer doivent être déterminés en tenant compte des circonstances locales.
- Par suite de cette distribution rationnelle de la lumière, les globes diffuseurs ont pour effet de ménager les yeux en dissimulant la vue des foyers; ils présentent ainsi, pour l’éclairage public, l’avantage de faciliter l’application des foyers puissants, lesquels sont, comme on sait, relativement plus économiques que les lampes de faible intensité dont on est obligé de se contenter autrement. Les lampes à arc par exemple donnent alors une lumière bien supportable à la vue et dépouillée de son ton blafard par la réfraction des rayons bleus. Ajoutons que la lumière est diffusée, projetée de tous côtés et semble partout bien mieux utilisée. Nous pourrons du reste juger prochainement de l’effet produit dans l’éclairage des voies publiques, car les globes diffuseurs doivent être mis en application sur quelques-unes de nos grandes rues; ils l’ont été déjà d’ailleurs d’une façon momentanée sur la place de l’Opéra lors des fêtes franco-russes, le 20 et le 24 octobre 1895, et ils ont ainsi contribué pour leur part à l’éclat de ces belles soirées. L. 13.
- Globes diffuseurs et projecteurs pour oyers lumineux. Application au bec Aucr.
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- LA NATURE.
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- COMPOSITION DES EAUX DE DRAINAGE
- J’ai déjà décrit et figuré1 les cases de végétation de Grignon qui ont servi aux études que je veux résumer aujourd’hui, et je me borne à rappeler que ce sont de grandes boîtes carrées en ciment, de 2 mètres de côté et de 1 mètre de profondeur, elles présentent donc une capacité de 4 mètres cubes et une surface de 4 mètres carrés; les cases sont parfaitement étanches, toutes les eaux qui traversent le sol gagnent le fond creusé en rigole et légèrement incliné, et
- sont conduites par un orifice muni d’un bouchon et d’un tube dans de grandes bonbonnes logées dans une niche placée au-dessous des cases.
- La surface de chacune d’elles étant de 4 mètres carrés, on passe des quantités observées sur les cases, à l'hectare, en multipliant par 2500.
- J’ai figuré, dans le dessin ci-dessous, les quantités d’azote contenues dans le nitrate de chaux dissous par les eaux de drainage. Sur les côtés se trouvent deux échelles, l'une représente en grammes les quantités d’azote réellement entraînées de chacune des cases, l’autre, en kilogrammes, ce qu’on obtien-
- Avoine Viqne
- ; et 3
- MARS 1894
- MARS 1895
- Jachère Trèfle Vigne Betteraves puis
- Labour blé.
- Jachère Prairie Betteraves
- sanstravail.
- Betteraves porte graines.
- Azote nitrique contenu dans les eaux de drainage des cases de végétation de Grignon.
- drait d’un hectare. Ce qui frappe tout d'abord à l’aspect de ce dessin, c’est la hauteur des bandes qui représentent les pertes d’azote nitrique que supportent les terres en jachère ; pendant les trois années ces pertes ont été considérables, mais elles l’ont été bien plus pendant la première saison que pendant les deux autres. A cela deux raisons : l’hiver de 1892-93 a été très pluvieux, or, ce sont les pluies d’hiver qui traversent le sol pour arriver jusqu’aux drains; pendant l’été, presque toute l’eau tombant sur des terres chaudes et sèches s’évapore. En outre la nitrification a été très active pendant cette première année ; il faut en
- 1 Voy. n° 1023, du 7 janvier 1803, p. 83.
- chercher la cause dans l’aération et la trituration du sol au moment où la terre a été extraite de sa place pour la construction des cases, et est ensuite restée amoncelée pendant plusieurs mois. On sait que la nitrification est une oxydation des matières organiques azotées du sol, par des microrganismes, récemment isolés parM. Winogradsky, et on conçoit que cette oxydation soit d’autant plus active que le sol est mieux aéré.
- On provoque une nitrification très énergique dans la terre en l’exposant pendant quelques semaines à l’action de l’air; au mois de novembre 1892, j’ai fait étaler dans le bâtiment de la station agronomique de Grignon, des lots de terre de 50 kilo-
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- LA NATURE.
- 54 2
- grammes, en laissant des lots tout semblables en place dans les pots où ils étaient placés depuis plusieurs années pour fournir des eaux de drainage; après cette exposition les terres furent remises dans les vases d’où elles avaient été extraites et soumises à la pluie, et on recueillit les eaux qui s écoulèrent; or, tandis que l’eau provenant de la terre de Grignon restée en repos donnait 25 milligrammes d’azote nitrique au litre, la même terre exposée à l’air en fournissait 2980 milligrammes; pour une terre de la Limagne d’Auvergne, on trouva 27 milligrammes pour la terre en place et 1240 pour la terre aérée et remuée.
- On voit que les ferments qui déterminent la transformation des matières organiques azotées en nitrates s’exaltent quand ils sont bien aérés, et on conçoit dès lors que la nitrification ait été très puissante pendant cette première année et que toutes les cases, môme celles qui ont porté de bonnes récoltes, aient perdu des nitrates en quantités notables.
- Pendant l’année mars 1895 à mars 1894, les pertes des cases cultivées sont encore sensibles, et cette fois, il en faut chercher la raison d’abord dans l’abondance des pluies d’automne et d’hiver, mais en outre dans la faiblesse des récoltes ; les pertes d’azote par les eaux de drainage sont en raison inverse des quantités utilisées parles végétaux. Une des cases, qui a porté des betteraves qui avaient pesé à l’hectare 19 000 kilogrammes seulement, a laissé couler 52kM d’azote nitrique; les deux autres cases, qui ont fourni la valeur de 26 250 kilogrammes de racines à l’hectare, n’ont laissé échapper quel9k«,9 et 17ks,2 d’azote nitrique. Les terres en jachère n’avaient pas reçu d’engrais, mais on a essayé d’y activer la nitrification par des hersages et des labours, et on voit, en effet., que la hande du milieu qui n’a pas été travaillé n’a donné que 90 kilogrammes d’azote nitrique contre 110ks,8 fournis par la terre hersée et 127k°,5 par la terre labourée. Si on laisse de coté en 1895 les terres en jachère et en vignes pour ne s’occuper que des cases qui ont porté des plantes annuelles, on trouve qu’un hectare a perdu en moyenne 59k°',25. 11 en est tout autrement en 1894; on voit qu’à l’exception des terres en jachère, les pertes par drainage ont été presque nulles, les bandes qui devraient représenter ces pertes sont à peine visibles, et il n’est pas difficile d’en pénétrer la raison : les pluies sont arrivées surtout pendant l’été et par suite ont été presque entièrement évaporées, les drains n’ont pas coulé; il faut bien se rappeler en outre que 1894 a été une année d’abondance, nous avons obtenu, en France, une récolte de blé qui est sans doute la plus forte qu’on ait jamais vue, de telle sorte que les végétaux vigoureux que portait le sol ont d’une part très bien absorbé les nitrates par leurs racines, de l’autre très bien évaporé l’eau par leurs feuilles, et par suite les pertes par drainage ont été à peu près nulles.
- /Ainsi les eaux de drainage varient en quantité et
- en richesse d’une année à l’autre, elles sont rares et pauvres après les bonnes récoltes, riches et abondantes après les mauvaises, et il est très important de le savoir pour avoir quelque idée exacte de ce qu’on désigne souvent sous le nom d'engrais en terre. Un cultivateur distribue du fumier à sa terre, il obtient une récolte; il sait bien ce que le fumier a apporté d’azote et il sait encore ce que la récolte enlève. Il commettrait cependant une erreur s’il pensait que la terre s’est enrichie de la différence entre l’apport de l’engrais et le prélèvement de la récolte, car habituellement une part de l’azote introduit est enlevée par.l’eau de drainage.
- En 1894, la récolte de blé obtenue sun les cases de végétation de Grignon renfermait pour un hectare 91 kilogrammes d’azote, et comme les entraînements par les eaux de drainage ne se sont pas produits, la perte d’azote du sol est représentée seulement par les prélèvements de la récolte; en 1895, la récolte de blé renfermait 44^,2 seulement et il semblerait au premier abord que le sol fut plus riche après la mauvaise récolte de 1895, qu’après la bonne de 1894; il n’en est pas ainsi, car aux prélèvements des récoltes sont venues se joindre les pertes du drainage; elles ont été en moyenne, après blé, de 49k«,7, de telle sorte que la terre a perdu en 1895 : 95ke,9 d’azote, tandis que la bonne récolte de 1894 n’en a exigé que 91 kilogrammes, les pertes par drainage ayant été nulles.
- D’une façon générale, on peut dire que la perte d’azote par drainage est d’autant plus forte que les récoltes sont plus mauvaises, et à la limite, quand la récolte est nulle comme dans la jachère, les pertes sont maxima. G’est ce que montre très bien le diagramme de la page précédente dans lequel sont figurées les pertes d’azote nitrique pendant ces trois dernières années; c’est pour éviter les pertes considérables (pie supportent après la moisson du blé les terres nues, (pie je ne cesse de préconiser les cultures dérobées d’automne. P.-P. DiaiKiiAix,
- de l’Institut, professeur au Muséum.
- VIEUX ET NOUVEAUX INSTRUMENTS
- Le développement de la science dans notre siècle nous fait trop souvent oublier ce que nous devons aux hommes de la première heure, qui ont établi les principes des sciences modernes, et qui ont inventé les instruments de mesure et d’étude dont notre époque n’a vu que le perfectionnement.
- Parmi les premiers appareils que le physicien eut à sa disposition, nous trouvons le baromètre, le thermomètre et l’hygromètre; ce sont encore les trois instruments essentiels de la Météorologie.
- O
- Existant à peu près seuls au dix-septième siècle, ils furent naturellement l’objet de nombreux perfectionnements, auxquels s’exercait la fertile imagination des hommes de science et des artistes: aussi n’avons-nous plus grand’ehose à chercher aujourd’hui dans
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- LA NATURE.
- r* /. rr
- o4.»
- la (orme de ces appareils, et devons-nous tendre surtout à en assurer la constance et l’exactitude. Lorsque d’autres instruments surgirent, les premiers furent un peu délaissés pour être repris de temps à autre; mais les ouvrages traitant de la question tombèrent plus ou moins dans l’oubli, de telle sorte que maint détail fut réinventé périodiquement, pendant tout le dix-huitième siècle, et jusqu’à notre époque.
- ^ J/hygromètre, par exemple, fut l’objet de la sollicitude de nombreux inventeurs du dix-septième siècle, si l’on en juge par les formes très diverses de cet instrument que décrit Ralencé dans un ouvrage célèbre publié à Amsterdam en 1G881. Un grand nombre de substances, plus ou moins employées aujourd’hui, sont mentionnées dans cet ouvrage, comme étant propres à indiquer l’état d’humidité de l’air, et d’ingénieux dispositifs sont déjà appliqués pour amplifier les mouvements de la substance hygrométrique. Nous voudrions rappeler une forme particulière d’hygromètre décrite par Ralencé; non point qu’elle nous paraisse préférable à la plupart des instruments employés maintenant, mais simplement parce qu’un instrument identique en principe a été construit par le regretté Hertz, au cours d’un travail remarquable sur la tension des vapeurs. Les figures 1 et 2 (p. 5-44), fac-similés des gravures sur cuivre de l’ouvrage de Ralencé, montrent deux formes de cet instrument, accompagné de ce luxe d’accessoires que les amateurs du pittoresque peuvent regretter d’avoir vu disparaître des ouvrages de science.
- « Ayant remarqué, dit l’auteur, que le coton qui n’est point pressé, mais qui est fort dilaté, s'humecte facilement et devient plus pesant, dans les temps humides, et, au contraire, se dessèche et devient plus léger dans les temps secs, on a songé à en faire un Notiomètre (hygromètre) en forme de balance. On doit suspendre ensuite cette balance dans un endroit à couvert de la poussière et du vent, et où, néanmoins, l’air puisse frapper le coton de tous côtés ».... Notre figure 1 se rapporte à une variété où l’appareil est ainsi décrit : « après avoir un peu trempé une éponge dans de l’eau commune, et l’en avoir es primée, on la doit laire tremper dans de nouvelle eau, dans laquelle on aura dissous du sel armoniae (sic); cette éponge, ayant un peu été séchée à l’omhre, sera alors susceptible aux moindres changements d’humidité et de sécheresse, et même beaucoup plus que le coton, la soie, etc. »
- L’hygromètre de Hertz était construit de la même façon, à cela près que l’éponge trempée dans du sel « armoniae » y est remplacée par du papier de soie imbibé d’une solution de chlorure de calcium ; ce dernier instrument est, naturellement, plus rapide, puisque toute la surface absorbante est à l’air libre. Il est regrettable que cet hygromètre ne soit pas plus souvent employé. Il ne présente guère qu’un inconvénient, et qui peut être évité facilement,
- 1 Tractatus de barometris, ihermomelris el noliomclris, vel Itifjroniclrîs.
- c’est que les poussières faussent ses indications, en changeant le poids du papier.
- Le thermomètre, comme l’horloge, nous montre un exemple frappant, pour peu qu'on y réfléchisse, des difficultés que les premiers observateurs durent rencontrer lorsqu’ils cherchèrent une échelle bien définie à laquelle ils pussent rapporter leurs mesures. La notion du temps que nous donnent nos sens est extrêmement vague et incertaine, et la seule observation est absolument insuffisante pour nous renseigner sur la régularité d'un phénomène. Or, en adoptant, comme hase de toute mesure, un phénomène déterminé, on admet implicitement que ce phénomène est d’une parfaite régularité. La notion du temps, par exemple, ne peut se préciser de plus en plus que par une série de comparaisons entre de nombreuses observations, montrant que tel phénomène est plus régulier que tel autre, et conduisant, de proche en proche, l’observateur à éliminer les moins certains d’entre eux, et à se borner à la comparaison des plus dignes de foi. C’est un raisonnement de ce genre que durent faire les générations entières de chercheurs qui perfectionnèrent progressivement la mesure du temps, et c’est après avoir suivi ce raisonnement dans toutes ses conséquences que l’on comprend combien admirable fut la découverte de Galilée de l’isochronisme des oscillations pendulaires, que rien ne pouvait faire soupçonner. Aujourd’hui, les lois de la mécanique, considérées presque comme des axiomes, nous guident pour la construction d’un nombre infini d’appareils propres à mesurer le temps; mais, au début, ces lois devaient précisément s’échafauder sur cette mesure que l’on ne savait point encore faire avec précision.
- Il en est de même du thermomètre ; le seul indice de la température que l’on eût d’abord, était la sensation cutanée; puis on observa que les gaz changeaient de volume par la chaleur; on construisit sur ce principe les premiers thermomètres à gaz, et l’une des premières observations que l’on fit par leur moyen, c’est que les sources sont plus chaudes en été qu’en hiver, bien que la simple sensation nous montre le contraire. Rès le début, les notions les plus usuelles étaient ainsi renversées, et l’on était conduit à douter des indications fournies par les organes des sens. Les premiers thermomètres étaient à gaz, et ce fut un singulier bonheur pour le développement de la Thermométrie, car on arriva du premier coup à des notions assez exactes de la marche de la température. La seule raison de ce choix avait été, du reste, l’imperfection des méthodes de mesure, qui obligeait à se servir d’un corps possédant une dilatabilité considérable. Mais, si l’on s’était arrêté à l’emploi de l’eau, qui présente un minimum de volume, on aurait sans doute tâtonné pendant de longues années.
- Nous possédons aujourd’hui des points fixes de graduation, mais il fallait, au début, démontrer qu’ils le fussent, en se servant pour cela d’un instrument auquel on ne pouvait guère se fier; à
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- LA NATURE.
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- l’origine de la Thermométrie, comme de toute science de mesure, on dut ainsi tourner dans un cercle vicieux, en procédant par étapes successives.
- La cpiestion du point de départ de la graduation a été longtemps discutée; on prit, suivant les époques, comme points fondamentaux, les températures les plus élevées de l’été et les plus basses de l’hiver, ou, comme point supérieur, la température du corps humain à l’état de santé.
- On attribue généralement à Halley l’idée de se servir de la température d’ébullition de l’eau comme point supérieur de la graduation (1695) *. Mais elle se trouve déjà nettement exprimée dans une lettre de Huyghens publiée récemment, parmi un grand nombre de pièces importantes de sa correspondance.
- Il écrivait en effet, le 2 janvier 1665, à Robert Moray, le premier président de la Société royale de Londres, la phrase suivante :
- « Je vous remercie du thermomètre que je croy fort juste; et, toutefois, les petits de 6 ou 7 pouces ne sont pas à mépriser1, parce qu’ils sont plus propres à faire des essais où les grands ne pourraient pas servir, comme à mettre sous une poule, pour savoir le degré de chaleur qu’il faut pour esclorre les œufs, et en des choses semblables où la grandeur incommoderoit. 11 seroit bon de confier à une mesure universelle et déterminée du chaud et du froid ; en faisant premièrement que la boule eût une certaine proportion à celle du tuyau, et puis prenant pour commencement le degré de froid par lequel
- Fig. 1. —llygromètre-balance à éponge imbibée.
- (D’après une gravure du dix-septième siècle.)
- l’eau commence à geler, ou bien le degré de chaud de l’eau bouillante, afin que, sansenvoier de thermomètres, l’on pût se communiquer les degrés du chaud et du froid, qu’on aurait trouvé dans les expériences et les consigner pour la postérité. »
- A cette époque déjà, on avait eu l’idée d’employer le mercure comme corps thermométrique; et, chose singulière, on en trouve la trace dans les papiers d’Huyghens, à propos des statuts de l’Académie des Sciences de Paris, qui était alors en projet; ces statuts de l’année 1665 étaient accompagnés du programme des travaux à exécuter, parmi lesquels on trouve le suivant : « observer les autres phénomènes du ciel et de la terre par le moyen des thermomètres du vif-argent, des pendules, et de
- 1 Renou, Histoire du thermomètre, Paris 1870.
- Fig. 2. — Autre hygromètre-balance à déchets de coton.
- (D’après une gravure du dix-septième siècle.)
- tous les autres instruments nécessaires »2.
- L’année suivante, Huyghens écrivait à Moray : « Je recevray de môme les autres règles que vous dites qu’on observe en comparant ledit thermomètre avec le tube plein de mercure, si l’on pouvait tirer quelque pronostique pour les changements de
- 1 Les récepteurs thermométriques les plus petits que l’on emploie de nos jours sont les lames du bolomètre, qui, dans certains instruments, ne pèsent que quelques centièmes de milligramme.
- 2 Nous empruntons cette remarque à une note de M. Gerland, publiée récemment in Zeitschrift fur Insirumenlenhunde. 11 faut observer toutefois que, à une virgule près, cette dernière phrase pourrait aussi bien faire croire que l’on se proposait d’exécuter des observations au moyen du baromètre, désigné ici en abrégé par Vif-Argent ; ce serait la partie pour le tout. D’après des documents découverts tout récemment par M. l’abbé Maze, le premier thermomètre à mercure aurait été construit à Paris, en 1659, par Ismacl Boulliau.
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- LA NATURK.
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- l’air et des vents, seroit line chose d'importance. »
- Après l'unification des points fixes, qui était en germe dans les propositions d’iluyghens, mais ne lut réalisée que plus tard, deux autres progrès s'imposaientjl’un est dû à Gay-Lussae, qui revint au thermomètre à air pour subdiviser l’intervalle des points fondamentaux; l’autre, qui était la sanction pratique de cette idée, a consisté à montrer ([uc tous les thermomètres à mercure, du même verre, dont l’étude individuelle a été laite avec soin, concordent entre eux dans les limites de quelques millièmes de degré. C’est de là que date la véritable unification pratique de l’échelle thermométrique.
- D’autres échelles, tout aussi bien définies, ont été établies depuis lors, comme celle qui est donnée par la variation de la résistance électrique du platine, de laquelle MM. Cal-lendar et Griffiths ont montré quelle remplit les mêmes conditions, avec l’avantage de permettre d’atteindre des températures plus élevées ou plus basses qu’avec le thermomètre à mercure.
- Le contrôle fourni par le thermomètre permit bientôt aux hommes de science de se défaire des illusions des sens sur la température. Un morceau de métal, ayant la température ordinaire d’un appartement, nous paraît plus froid qu’un morceau de laine placé dans les mêmes conditions. Ce fait n’étonne plus personne aujourd’hui, et la moindre teinture de science suffit pour donner la clef de cette illu-
- sion. Mais il n’en était pas de même au milieu du siècle passé, et nous voyons le grand physicien Bou-guer rapporter, comme une chose sur laquelle il est
- encore nécessaire d’insister, que, malgré les apparences, un thermomètre exposé à l’air, en même temps qu’un bain de mercure,, n’éprouvera aucune variation si on le plonge dans le métal liquide, ou, dit-il, s’il varie, ce sera pour monter, en raison de la pression que le mercure exerce sur son réservoir. Nous avions, dans un précédent article1, montré que l’existence du coefficient de pression des thermomètres avait déjà été signalée par Brisson en 1790; le mémoire de Bouguer dont nous parlons est de l’année 1745; cette idée est donc vieille de 150 ans au moins.
- C’est aussi à Bouguer que l’on doit l’indication du procédé amplificateur pour déterminer la dilatation des métaux, que Lavoisier et Laplace employèrent dans la méthode beaucoup
- plus parfaite qu’ils imaginèrent plus tard. Bouguer fixa, à l’intérieur du dôme des Invalides, une chaîne de fer de 187,5 pieds de longueur (60m,9). Une lunette, suspendue à cette chaîne, et reposant sur un support par un point, visait une échelle éloignée de 550 toises (1084 mètres). La variation de longueur de la chaîne se traduisait par un déplacement de l’image de l’échelle de 5 pieds pour 1 degré Réaumur. Cette expérience de
- 1 Voy. n° 1093, du 12 mai 1894, p. 379.
- Fig. 3. — Expérience de Bouguer au dôme des Invalides pour démontrer la dilatation des corps par la chaleur (1743).
- Fig. 4. — Diagramme de l’expérience de Bouguer.
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- LA NATURE.
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- Bouguer, trop oubliée aujourd’hui, est reconstituée dans notre figure 5. Le diagramme en est donné dans la figure 4. Elle ne pouvait, bien entendu, fournir aucun résultat précis, puisque la dilatation du batiment est inconnue et la température déterminée avec une exactitude médiocre; mais elle est fort démonstrative, et, si l’on tient compte des progrès réalisés par la science pendant un siècle, peut être mise en parallèle avec la célèbre expérience du pendule, exécutée par Foucault, sous le dôme du Panthéon.
- A l’époque où la sensibilité d’un instrument était confondue avec sa véritable précision, on se servait volontiers de procédés amplificateurs dans le but d’augmenter les déplacements dus au phénomène que l’on voulait observer; c’est dans cet ordre d’idées que l’on construisit, au dix-septième et dix-huitième siècles, des modifications sans nombre
- du baromètre, dont on trouve encore aujourd’hui la trace, lluyghens ramenait l’une des branches du baromètre à une direction voisine de l’horizontale, de manière que de grands déplacements correspondissent à une faible variation de la pression; déjà au dix-septième siècle, la branche ouverte fut remplie d’alcool, afin de diminuer encore la variation de la pression pour un mouvement donné du ménisque G Maisce procédé entraînait des erreursappréciahles, en raison de la grande dilatabilité de l’alcool, môme à une époque où les besoins de la mesure permettaient de considérer le volume du mercure comme suffisamment constant. Or, dès l’année 1757, nous voyons appliquer à cette erreur une correction automatique, par un procédé identique à celui que la commission de 1777 de la Société royale de Londres proposa en la généralisant, et que nous avons reprise il y a quelques années. Voici comment s’exprime à ce sujet l’auteur, M. Danyzy, membre de la Société royale des sciences de Montpellier*.
- « Il est clair que, lorsque la liqueur colorée sera parvenue en G (fig. 5) ou tout autre part comme en A, les lignes GI, AL, BE, qui représentent sa hauteur perpendiculaire au-dessus du mercure, étant égales, celte liqueur pressera toujours également le mercure, et qu’ainsi il ne pourra y avoir d’autre variation que celle qui sera causée par le
- 1 Un instrument de ce genre a été présenté récemment à l'Académie des sciences par M. P. Charpentier.
- a Histoire de la Société royale des sciences de Montpellier, tome second, p. 185, Montpellier, 1778.
- froid ou par le chaud1, qui, en condensant ou en raréfiant l’esprit-de-vin, en peut diminuer ou augmenter le volume dans le tujau. Pour remédier à cet inconvénient, il faut placer à côté du baromètre un thermomètre ouvert, OP, dont le tuyau soit d’un même calibre que la branche AB, et qui contienne précisément la même quantité d’esprit-de-vin. Par ce moyen, la condensation ou la dilatation do cette liqueur étant connue, on aura égard à la correction qu’il conviendra de faire pour donner à cet instrument la dernière précision. »
- Nous serions fort embarrassé de dire dans quelle mesure ce procédé de correction est entré dans la pratique,- nous croyons, en revanche, pouvoir affirmer que, dans notre siècle, il est entièrement tombé dans l’oubli, à mesure surtout que se faisaient plus rares les baromètres à deux liquides. 11 n’est peut-être pas inutile de dire ici qu’on en a fait à trois liquides ; l'artifice consistait à ajouter, au baromètre de lluyghens, un manomètre du genre de celui qui fut réinventé plus tard par Xavier Kretz et que l’auteur du mémoire que nous citons attribue à M. de la Uire.
- Les essais dont nous venons de parler ont été repris par un constructeur de Paris, M. A. Hémot, qui les a appliqués aux baromètres ordinaires. Les corrections de température du baromètre atteignent fréquemment 2 millimètres ; or, comme les observations météorologiques sont actuellement enregistrées au dixième de millimètre, les lectures brutes de l’instrument doivent être corrigées si l’on veut qu’elles aient toutes une signification équivalente; l’application de la correction nécessite un petit calcul, peu considérable sans doute, mais qui, lorsqu’on a de longues séries à réduire, peut occasionner une perte de temps appréciable. M. tlémot a eu l’heureuse idée de venir en aide aux observateurs, en disposant, à côté du baromètre, un petit thermomètre, gradué d’une part en degrés ordinaires, d’autre part directement en corrections calculées pour la hauteur moyenne du baromètre. En laissant mobile cette deuxième échelle, on pourrait l’adapter au lieu de l’observation, de façon à tenir compte aussi de la réduction relative à l’intensité de la pesanteur, qui, pour nos régions, est de deux à trois dixièmes de millimètre, tandis qu’elle est de —2mm,4 à Quito, et de 1,11,n,8 au Spitzherg.
- Nous avons cherché à montrer, dans cet article, combien souvent de vieilles idées peuvent redevenir neuves, lorsqu’elles sont adaptées aux conditions de travail de l'époque actuelle.
- C’est ainsi que, de siècle en siècle, les mêmes appareils, perfectionnés et mieux construits, redeviennent de véritables inventions.
- Ch.-Ed. Guillaume.
- 1 On voit, par cette description, que l'auteur avait réalisé, entre les sections relatives du baromètre et du tube, et l’inclinaison de celui-ci, un certain rapport qui annulait les variations de pression de l’alcool.
- 26_ A
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- Fig. 5. — Diagramme du baromètre de lluyghens et du procédé de correction de M. Danyzy (d'après le mémoire original).
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- LA N AT UIIE.
- MESURE J)E LA VITESSE
- LS XOUVEL OBTURATEUR
- Nous avons décrit, il y a quelques années, une méthode originale que nous employions pour mesurer la vitesse des obturateurs photographiques : depuis l’on a reconnu la nécessité de ce contrôle, qui est intéressant non seulement pour le constructeur sérieux, mais également pour l’opérateur, celui-ci ayant intérêt, d’une part, à contrôler les chiffres, la plupart du temps de fantaisie, qui sont indiqués, et de l’autre, à savoir ce qu’il peut réellement obtenir avec un instrument donné et ses divers types de réglage.
- Pour ces diverses raisons la question de la mesure de la vitesse des obturateurs a été étudiée tout spécialement par les divers Congres photographiques et un appareil spécial, construit sur les données de M. le général Sebert, est actuellement en service dans le laboratoire d’essais de la Société française de photographie.
- Nous allons décrire cet appareil et montrer les résultats qu’il permet d’obtenir. Nous rappellerons tout d’abord que la question de la vitesse des obturateurs est très complexe, la vitesse mécanique et la durée réelle d’action de la lumière sur la plaque sensible n’étant pas les mêmes. Celle-ci dépend, en effet, de la clarté de l’objectif, de l’intensité de la lumière réfléchie par le modèle, de la sensibilité de la plaque, de l’énergie du développement. Pour un même fonctionnement mécanique la durée réelle d’action de la lumière sera donc variable suivant les conditions de l’expérience.
- Le Congrès a, par suite, décidé d’étudier seulement le mode d’action des obturateurs en eux-mêmes sans tenir compte des circonstances extérieures qui peuvent intervenir concurremment pour modi-lier les conditions de production des images. Cette méthode ainsi limitée ne permettra évidemment pas à l’opérateur de savoir exactement le temps d’exposition absolu qu’il aura réalisé dans tel ou tel cas; mais les renseignements qu’elle donne sur le mode d’ouverture des lamelles, leur vitesse de fonctionnement, la durée totale de pénétration de la lumière dans l’appareil, sont néanmoins de la plus haute importance.
- Le mode d’action de l’obturateur sera défini par deux caractéristiques principales, la durée d’action totale et le rendement.
- Par durée d’action totale on entend le temps pendant lequel les volets laissent passer la lumière depuis le début de l’ouverture de l’obturateur jusqu’à sa fermeture ; par rendement, le rapport de la quantité de lumière qu’il laisse passer à celle que laisserait passer, dans le même temps d’action, un obturateur idéal dans lequel les mouvements d’ouverture et de fermeture se produiraient instantanément. Ce rendement est mesuré par le quotient que
- T> Al
- l'on obtient en divisant par le temps d’action totale de l’obturateur considéré le temps d’action réduit qu’il faudrait supposer à l’obturateur idéal pour qu’il permette d'obtenir la même impression lumineuse, c’est-à-dire qu’il laisse passer la même somme de lumière. Par suite, le rendement sera d’autant plus parfait qu’il se rapprochera de l’unité.
- L’appareil qui permettra de relever ces caractéristiques est ainsi construit : Une boîte montée sur un bâtis vertical renferme un cadre coulissant entraîné par de forts ressorts. Ce cadre est destiné à recevoir une plaque sensible qui pourra ainsi passer rapidement derrière l'obturateur. La paroi antérieure de cette boîte porte une platine métallique percée d’une fente étroite. Devant cette platine se place l’obturateur, fixé sur une planchette mobile. L’obturateur doit être placé de telle sorte que la lente soit au‘niveau du plus grand diamètre de son ouverture et perpendiculaire au sens du mouvement des lamelles obturatrices. Au moment de l’ouverture de l’obturateur, la fente sera démasquée progressivement jusqu’au moment de la pleine ouverture, puis recouverte également progressivement. Si, pendant le fonctionnement de l’obturateur, la plaque sensible passe rapidement devant la fente, l’impression produira une trace de forme variable suivant le mode d’ouverture des lamelles, trace dont la longueur permettra de mesurer la durée d’action totale si I’op sait la loi du mouvement de la plaque sensible. Pour connaître celte loi, il suffit de faire vibrer un diapason qui inscrira sa sinusoïde à côté de la trace laissée pendant le fonctionnement de l’obturateur. Ce diapason est placé sur la paroi antérieure et il porte un petit volet percé d’une petite ouverture qui se meut devant une fente étroite également percée dans la paroi. Il s’ensuit qu’un rayon de lumière, traversant cette ouverture, ira tracer directement la sinusoïde sur la plaque. La vitesse imprimée à la plaque devant être assez considérable, le fonctionnement de l’obturateur étant rapide et le mouvement du diapason ne pouvant durer que quelques instants, il était urgent de trouver un dispositif permettant de déclencher la plaque, l’obturateur et le diapason, ces diverses fonctions devant se faire dans un temps très court et dans un ordre déterminé; en effet l’obturateur ne doit être démasqué que lorsque la plaque sensible est en pleine marche et que le diapason lui-même vibre. M. le général Sebert a résolu ce problème au moyen d’un piston pneumatique très ingénieux, se mouvant dans un cylindre de petites dimensions percé d’une ouverture latérale sur laquelle on monte un tube de caoutchouc conduisant au déclenchement de l’obturateur. Le piston est muni d’une tige qui dépasse le fond du cylindre et produit directement, au moyen d’un levier spécial, le départ de la plaque et la mise en marche du diapason. Aussitôt après, le piston dépassant l’ouverture latérale, l’air comprimé par la poire du piston s’échappe par cette ouverture et produit
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- le déclenchement de l’obturateur. Par ce dispositif, on arrive très sûrement au résultat cherché qui est de ne déclencher l’obturateur que lorsque la plaque est lancée et le diapason en marche. Un réglage spécial de la vitesse de la plaque, obtenu au moyen d’un frein à air, permet d’ailleurs de faire les modifications nécessitées par la dureté plus ou moins grande des déclenchements d’obturateurs différents. Un petit volet de sûreté placé derrière l’ouverture portée par le diapason empêche la lumière de pénétrer avant le début de l’expérience; il disparaît automatiquement lors de la mise en marche du diapason ( fig. 1 ).
- En résumé, une fois l’obturateur monté sur l’appareil, on le réunit par un tube de caoutchouc à l’ouverture latérale du piston, on place une plaque sensible dans le cadre que l'on remonte à bout de course, après avoir fermé la paroi antérieure; on arme ensuite le diapason en écartant ses branches pour recevoir le levier de commande, puis finalement l’obturateur. Ces diverses opérations se font dans le laboratoire à une lumière inactinique.
- On allume alors en face de l’appareil un fil de magnésium et lorsque la flamme est à hauteur on agit sur la poire qui actionne le piston. Une fois l’expérience faite, on développe. La plaque porte d’une part la trace et de l’autre la sinusoïde; en inscrivant sur celle-ci des lignes parallèles qui passeront par les divers points de la trace et couperont la sinusoïde, il sera facile de connaître exactement la durée totale d’action, puis celle des périodes d’ouverture, de fermeture et de pleine pose, d’après le nombre de vibrations données par le diapason et de celles inscrites entre chaque trait.
- La forme de la trace sera variable d’après le mode d’ouverture des volets ; la longueur sera plus ou moins considérable d’après la vitesse de fonctionnement de l’obturateur : enfin la largeur dépendra du diamètre de l’ouverture de l’appareil étudié. Quelle que soit la forme générale de la trace et pour un diamètre donné, les résultats seront d’autant meilleurs au point de vue de la vitesse, que le nombre de vibrations comprises entre les parallèles menées
- par les extrémités de la trace sera plus faible, et, au point de vue du rendement, que le temps de pose à pleine ouverture sera plus considérable par rapport aux temps d’ouverture et de fermeture, l’obturateur idéal étant représenté par un rectangle qui aurait même hauteur et même largeur que la trace.
- Le schéma de la page 349 (fig. 2) montre les formes de traces données par les principaux types d’obturateurs : n° I, obturateur à un seul volet allant et venant; n° II, obturateur latéral; n° 111, obturateur central à deux volets. Les traces IV, V et VI sont obtenues avec des appareils semblables, mais qui
- ont un certain rendement. La trace VII est celle que donnerait l’obturateur idéal dans lequel les périodes d’ouverture et de fermeture seraient nulles. Théoriquement et pratiquement, on devra chercher à se rapprocher de cette trace idéale, car il est évident qu’il y a intérêt a priori, en photographie instantanée, à admettre pendant le fonctionnement de l’obturateur la plus grande quantité possible de rayons lumineux. Mais, d’autre part, il convient de signaler l’influence, Sur la durée réelle d’action de la lumière, du rendement qui, en pratique, a une importance capitale sur le degré de netteté de l’image de l’objet en mouvement. Pour un même fonctionnement mécanique de l’obturateur, la netteté sera d’autant plus faible que le rendement sera plus élevé. Nous renvoyons, du reste, pour l’explication théorique de cette loi, aux articles que nous avons publiés antérieurement sur cette question b
- Les conséquences pratiques de cette loi sont que, dans un obturateur quelconque, le rendement ne sera obtenu qu’au détriment de la vitesse. Avec la plupart des modèles actuels qui sont construits pour les appareils portatifs et qui ne peuvent dépasser un certain poids et un certain volume, sous peine d’être trop encombrants, on n'a pu aller au delà de certaines vitesses de fonctionnement qui sont encore, dans bien des cas, insuffisantes. Augmenter le ren-
- 1 Voy. nu" 728 et 730, des li et 28 mai 1887, p. 378 et 404.
- Fig. 1. — Appareil du général Sebcrt pour l’étude du fonctionnement des obturateurs photographiques. — A. Plaque sensible. — B. Paroi antérieure. — B B’ Planchettes mobiles. — C. Clef du diapason. — D. Diapason. — E. Ouverture latérale du piston. — F. Fente fixe. —L. Levier de commande. — M. Extrémité du levier de commande maintenant écartées les branches du diapason. — N. Extrémité du levier maintenant la plaque avant l’opération. — 0. Obturateur en expérience. — P. Piston. — R. Ressort antagoniste du levier. — R’ Ressort antagoniste du piston. — S. Poire pneumatique commandant le piston. — T. Tube de déclenchement de l’obturateur. — X. Réglage du frein modérant la vitesse de la plaque.
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- dement dans ces types d’obturateurs ne sera pas réellement un progrès, car si l’on obtient une image plus posée par suite de l’augmentation de la somme de rayons admis, on perdra en netteté, et l’on peut
- se demander, en photographie instantanée, s’il y a avantage à avoir une image mieux venue mais moins nette. Nous ne le croyons pas, l’obtention de la plus grande netteté possible étant primordiale en l’espèce.
- Fig. 2. — Schéma montrant les traces obtenues avec les principales catégories d’obturateurs.
- o
- nous gretté
- C’est pour cette raison que dans le Concours institué, il y a quelque temps, par la Société d'encouragement à l'industrie nationale pour la création d’un obturateur à rand rendement, avons re~ que l’on n’ait exigé que la vitesse de 1/50 de seconde. Cette vitesse est absolument insuffisante dans la plupart des hypothèses de la pratique, la généralité des obturateurs, à si mauvais rendement qu’on les imagine, donnant facilement d’excellentes épreuves dans ces conditions.
- Ce qui était intéressant c’était d’obtenir un obturateur à vitesse et à grand rendement, cet obturateur ayant une ouverture d’un grand diamètre. On n’ignore pas, en effet, que la rapidité de fonctionnement d’un obturateur est d’autant plus difficile à obtenir que ce diamètre est plus grand.
- C’est ce qu’ont parfaitement compris MM. Bazin et L. Leroy, les habiles successeurs de M. Dessoudeix, et c’est à ce titre que nous croyons devoir parler de l’obturateur qu’ils viennent de créer et qui constitue à la fois une nouveauté comme mécanisme et un progrès au point de vue de la vitesse et du rendement. « Le Saturne » est ainsi dénommé parce que l’organe principal est un anneau métallique commandé par de forts ressorts et qui permet, au moyen de tiges eonvenable-
- Fig. 3. — Obturateur (le Saturne), de MM. Ch. Bazin et L. Leroy. — A. Anneau moteur. — B. Came. — €. Tige à ressort. — J). Doigt d’arrêt de la came. — E. Ancre. — F. Diverses tiges d'enclenchement. — G. Manette commandant l’anneau moteur.
- grande
- Fig. i. — Reproduction d'un enregistrement obtenu avec l’appareil du général Seberl. — Obturateur (le Saturne) grande vitesse, ressort supplémentaire (nombre de vibrations du diapason, 870 vibrations simples par seconde).
- ment placées sur sa circonférence, de produire la marche des deux volets soit aux divers degrés de
- l’instantanéité, soit à la pose à volonté. Les deux volets sont rendus solidaires par un bras métallique; l’appareil appartient donc à la classe des obturateurs centraux. L’un des volets est muni d’une came pivotante de forme particulière B (fig. 5) qui, entraînée lors du départ de l’anneau moteur par une tige à ressort G, produit l’ouverture des deux volets. À ce moment la tige continue sa marche contre une partie
- pleine de la came qui reste toujours en place : c’est le moment de la pleine ouverture. À fin de course elle dépasse la came et celle-ci est remise rapidement en place par une deuxième tige qui agit sur la pièce 1). On règle la vitesse en armant plus ou moins l’anneau moteur qui peut s’enclencher au moyen de l’ancre dans une des quatre goupilles représentées en F. Les vitesses différentes sont obtenues par la tension différente des ressorts, avec cette particularité que plus elles sont élevées plus l’anneau peut prendre de lancée avant d’atteindre la came. Le déclenchement de l’anneau est réalisé par le soulèvement de l’ancre E qui est commandée par un dispositif pneumatique comme cela se pratique dans tous les obturateurs.
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- La pose peut se faire de deux façons, ou par deux coups de poire ou par un seul, au moyen de tiges spéciales de hauteurs variables. La réalisation de l’une ou l’autre de ces fonctions s’obtient par le déplacement de l’ancre qui est mobile en hauteur sur son axe. Dans la ligure 5 (n° 2), où l’obturateur est représenté ouvert (position de la mise au [joint ou de la pose en deux coups de poire), l’ancre est dans sa position la plus basse, et la tige la moins élevée est enclenchée. Dans la ligure 5 (n° 1), l’obturateur étant armé pour l’instantanéité à la quatrième vitesse, l’ancre est complètement soulevée et les tiges spéciales destinées à donner la pose, se trouvant en contre-bas, ne peuvent arrêter l'anneau dans sa course comme précédemment. Dans la position intermédiaire qui correspond à la pose en un seul coup de poire, l’ancre, aussitôt la tige des vitesses abandonnée, vient arrêter la tige moyenne et la laisse échapper dès que la pression cesse sur la poire.
- Cet appareil, construit pour une ouverture de 51 millimètres, a un diamètre extérieur de 75 millimètres. Il est donc peu volumineux et très convenable pour les appareils à magasins, car, grâce à la forme particulière de la came et à la fonction très curieuse de la tige à ressort, il s’arme sans démasquer l’ouver-verture. Cet obturateur est réglé pour donner à ce quatrième degré de réglage une vitesse mécanique de 1/100 de seconde; avec un ressort supplémentaire que l’on emploie dans les cas exceptionnels, on atteint 1/175 de seconde. Nous donnons d’ailleurs le tracé obtenu avec l’appareil du général Sebert et qui ne laisse aucun doute sur les chiffres annoncés (fig.4). Ce résultat est d’autant plus remarquable, à notre avis, que l’ouverture est de 51 millimètres. Avec le même modèle ayant seulement 2 centimètres, on obtient 1 /250 de seconde.
- Pour être complet nous aurions voulu traiter la méthode employée pour calculer le rendement d’un obturateur. Mais cette étude assez délicate, qui nécessite l’exécution de douze clichés donnant exactement la forme de l’ouverture démasquée à divers instants, nous aurait entraîné trop loin et nous sommes obligé de nous arrêter dans notre description. L’application de la méthode de mesure des obturateurs est du reste pratiquée d’une manière courante au laboratoire d’essais de la Société française de photographie, où le lecteur pourra se procurer tous les renseignements complémentaires et faire contrôler ses appareils.
- ài.reut Loxde.
- NÉCROLOGIE
- E.-E. Trouvclot. — La science et la patrie française ont perdu un serviteur dévoué, en la personne de Étienne-Léopold Trouvelot, décédé le 22 avril 1895 à l’Observatoire de Meudon. Né à Guycncourt, en 1827, il quitta la France après le coup d’État, et se réfugia à Cambridge, près Boston, où il demeura jusqu’en 1882. Ses premières publications parurent à Boston, en 1860 ; il s’occupait, à cette époque, d’histoire naturelle, et fit d’intéressantes observations sur les insectes; plus tard, étant astronome
- à Harvard College, il s’occupa de l’observation du soleil et des planètes, et, depuis lors, tous ses instants furent consacrés à l’étude du système solaire, l'eu après la fondation de l'Observatoire de Meudon, il rentra en France, et fut attaché à cet Observatoire, comme, astronome délégué ; il y continua ses observations dans des circonstances souvent difficiles, et publia, en 1892, un important travail sur la planète Vénus. 11 laisse un Mémoire inachevé sur la planète Mars, et de nombreux dessins d’une grande valeur sur divers phénomènes du ciel. La plupart de ces dessins, qui n’ont jamais été publiés, constituent de précieux documents astronomiques.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 avril 1895. — Présidence de M. Maiiev.
- Forage de puits dans des roches cristallines. — Le manque d’eau douce est un inconvénient fréquent sur les côtes granitiques de Suède, particulièrement dans nombre d’ilots portant des phares. 11 en résulte que dans ces îlots rocheux l’eau des pluies, ou même l’eau douce de provenance continentale, est conservée dans des citernes creusées dans le roc. Cette eau devient aisément malsaine. M. Nordenskiold, préoccupé de trouver un remède à cette situation, a conseillé au Directeur du pilotage de creuser des puits de 40 à 50 mètres de profondeur en plein granit. 11 était conduit à formuler cet avis par deux raisons : 1° les variations de température diurne et séculaire doivent causer des glissements de la partie supérieure de la roche sur la couche inférieure où une telle variation n’existe pas, et ces glissements doivent produire des fentes horizontales à une profondeur à peu près constante; 2° l’eau recueillie dans les mines de fer n’est jama's salée, même lorsqu’elles s’avancent au-dessous de la mer. Un premier essai a réussi complètement. A 55 mètres de profondeur on a rcnconlfé une fente donnant 20 mètres cubes d’eau douce par jour. Plus tard l’essai a été recommencé en six localités, toujours à travers des roches cristallines, et chaque fois la sonde a rencontré une nappe d’eau douce à une profondeur variant entre 55 et 55 mètres. Les puits de 0m,065 de diamètre étaient crcu-és à l’aide d’un perçoir à pointe de diamant. De la le nom de puits de diamant donné dans le pays à ces puits.
- Photographie des couleurs. — Ducos de Flairon avait entrevu la possibilité de reproduire les couleurs par la photographie à l’aille de trois épreuves superposées dont l’une devait donner le rouge, la seconde le bleu et la troisième le jaune. La difficulté de repérer exactement les trois épreuves a fait abandonner à peu près ce procédé. MM. Lumière reprennent cette idée grâce à leurs plaques spécialement préparées pour l’obtention séparée des trois couleurs fondamentales, bleu, rouge et jaune. Ils recourent ensuite à une plaque constituée par de la gélatine préparée ad hoc qui, après exposition du cliché négatif donnant le bleu, est plongée dans une dissolution de teinture d’aniline bleue qui vient se fixer sur les parties correspondant aux parties du cliché négatif impressionnées par les rayons bleus. Puis cette même plaque est exposée de nouveau sous le cliché correspondant aux rayons rouges et soumise ensuite à l’action de la teinture d’aniline rouge. Enfin une troisième exposition sous le cliché du rayon jaune donne, après un traitement identique, l’épreuve définitive qui peut rester sur verre ou être transportée sur papier. Il est à noter que les manipulations se font à
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- LA NATULE
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- froùl, circonstance qui assure l’invariabilité de la couche de gélatine. Quant au repérage, il se fait très aisément et très exactement par la superposition des images. MM. Lumière présentent à l’Académie sept spécimens de photographies de divers objets obtenues par ce procédé. Ces photographies peuvent être regardées par transparence ou posées sur un fond blanc. Les couleurs y apparaissent très vives et certainement reproduites avec une vérité de ton très grande. Enfin les contours des objets colorés se détachent très nettement les uns sur les autres.
- Imperméabilité de la vessie. — M. Guyon expose le résultat de recherches de MM. Pousson et Sega las, agrégés de la Faculté de Bordeaux, sur cet objet. On sait que selon l’opinion du savant professeur, la vessie est une membrane réfractaire à toute absorption. Mais cette opinion n’est pas universellement adoptée. 11 importe en effet d’opérer sur l’homme, et c’est pour cette raison que les essais tentés sur des animaux avec diverses substances telles que la strychnine ne sont pas concluants. Les animaux ne peuvent faire connaître l’instant où commence pour la vessie le besoin d’expulser le liquide qui la remplit, besoin qui modifie les surfaces d’absorption. Pour obvier à cet inconvénient, MM. Pousson et Ségalas ont opéré sur l’homme. Ils ont injecté dans la vessie d’un sujet sain 100 centimètres cubes d’une solution d’un sel de lithine. Après un intervalle de temps d’une heure et demie, pendant lequel le besoin d’uriner ne s’était pas fait sentir, c’est-à-dire pendant lequel le liquide avait agi sur la vessie seulement, ils ont examiné au spectroscope le sang et la salive du sujet. La raie caractéristique du lithium, si facile à reconnaître, n’est pas apparue ; donc pas d’absorption. Dans une autre expérience, ils ont injecté de même une pareille quantité de la même solution et l’ont laissée séjourner pendant deux heures. Au bout d’une heure et demie le besoin d’uriner s’est manifesté, étendant au delà de la vessie les surfaces d’absorption. L’examen spectroscopique du sang et de la salive a montré cette fois la raie du lithium. Donc celle fois absorption, non point par la vessie, mais bien par l’urèthre. Enfin une troisième expérience a été pratiquée sur un sujet atteint de cystite, c’est-à-dire dont l’épithélium vésical était entamé. Après une heure seulement le spectroscope révélait déjà l’absorption. Les expériences de MM. Pausson et Ségalas confirment donc l’enseignement de M. Guyon.
- Varia. — M. Yiolle a déterminé la chaleur spécifique du carbone à l’aide du graphite chauffé dans le four électrique. La température du graphite était évaluée d’après l’intensité du rayonnement émis. 11 a trouvé ainsi que la chaleur spécifique peut être représentée par une fonction linéaire composée d’un terme constant et d’un terme dépendant de la température. — M. Joannès Cliatin a étudié la cause du brunissement de certaines huîtres très estimées aux Sables-d’Olonne. — M. Faye expose l’identité des causes des cyclones, des trombes et des tornados.
- Cii. de Yilledeuil.
- Le Congrès «les Sociétés savantes. — Comme tous les ans pendant la semaine de Pâques, les Sociétés savantes de France, Paris et Départements, se sont réunies à la Sorbonne, à Paris, pour organiser des séances de communications de leurs membres respectifs. La séance solennelle de clôture a eu lieu samedi, 20 avril 1895, à la Sorbonne, sous la présidence de M. Poincaré, ministre de l’instruction publique, et en présence d’une assistance
- très nombreuse, comprenant l’élite des notabilités littéraires, artistiques et scientifiques du pays. Le ministre était assisté de M. Raoul de Saint-Arroinan, son délégué au Congrès. La séance ouverte, M. Poincaré a donné la parole à M. Moissan, membre de l’Académie des sciences pour la section de chimie. L’orateur a retracé les immenses progrès réalisés ces temps derniers dans le domaine de la chimie au profit de l’industrie nationale. 11 a parlé de ses découvertes personnelles qui y ont joué un si grand rôle. M. Moissan a traité tour à tour les procédés de fabrication du fer, de l’acier, de l’aluminium, etc., de la reproduction du diamant, de la cristallisation des oxydes métalliques, de la réduction d’oxydes regardés jusqu’ici irréductibles avant l’emploi du four électrique, et exposé ces étapes de la science qui font le plus grand honneur à la chimie française. La conférence de M. Moissan a été fort applaudie par ses auditeurs. M. Poincaré, après avoir affirmé l’intérêt qu’il porte au Congrès qu’il est appelé à présider pour la deuxième fois, a fait, dans une allocution très applaudie, l’exposé des travaux de MM. le vicomte d’Avenel, (Ehlert et Ilcrluison, membres du Congrès, que, sur sa proposition, le président de la République a élevés au grade de chevaliers de la Légion d’honneur. Après avoir distribué ensuite des croix d’officiers d’Académie, la séance a été levée.
- Séances de projections de la Société d’Excur-sion des amateurs de photographie. — Cette séance annuelle, qui est très intéressante, a eu lieu le 17 avril 1895 dans la grande salle de la Société française de Photographie, rue des Petits-Champs, à Paris. La salle était pleine, et il y avait un grand nombre de dames. Après une allocution de M. Gaston Tissandier, président d’honneur, les projections de photographies suivantes ont été faites à la lumière oxhydrique : 1° Croquis d'hiver, par MM. Ambroselli et Bonnard; 2"Six mois en Algérie, par M. Beau; 5° Souvenirs des excursions organisées par la Société; 4° Projections polychromes, par M. Léon Vidal; &0Unpeu partout, par les membres de la Société; G° L'hippodrome de Paris, par M. A. Londe; 8° Projections, parM. A. Lumière, à'Épreuves en couleurs obtenues par le procédé de M. Lippmann. Ces dernières projections ont eu le plus grand succès, et ont excité l’admiration générale. La séance, commencée à 9 heures du soir, a duré jusqu’à minuit.
- La téléphonie en Amérique. — Depuis l’extinction du brevet Bell, de nombreuses sociétés téléphoniques se fondent en Amérique. La plupart ne cherchent qu’à installer de petits réseaux, mais il y en a quelques-unes qui font une sérieuse concurrence à l’American Bell Téléphoné Company. L’une de celles-ci est la Chicago înterior Téléphoné Company, qui recherche l’autorisation d’établir des lignes à Chicago. Elle est propriétaire d’un brevet important, qu’elle a cédé pour l’État de Missouri à une société qui vient de s’établir à Saint-Louis, avec un capital de 5 millions de francs, pour introduire dans cette ville un service téléphonique meilleur marché. L'Eclairage électrique, auquel nous empruntons ce renseignement, ajoute que les taxes seront fixées à 10 francs par mois, plus 25 centimes par conversation.
- Les tourbières du Royaume-L7ni. —Les principales tourbières de l’Angleterre, de l’Ecosse et de l’Irlande occupent une superficie de 2 400 000 hectares. Leur profondeur moyenne est de om,60 et le rendement moyen est de 9250 tonnes de tourbe sèche à l’hectare. C’est l’Irlande qui possède les plus grandes et les plus riches tourbières. C’est elle aussi qui en possède le plus grand
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- nombre, près de la moitié, soit 1 152 000 hectares, qui représentent presque le septième de la surface totale du territoire irlandais. On a calculé que la production seule de l’Irlande, — la tourbe n’ayant à poids égal que le sixième de la valeur du charbon, — était équivalente à 470 millions de tonnes de bouille. X. W.
- Les vitesses de transport des marchandises.
- — Avec la multiplicité des moyens de transport, la lutte de vitesse du transport des marchandises entre les différentes nations a pris une importance de plus en plus considérable, et il faut absolument renoncer aux anciens errements. Nous spécifions qu’il s’agit des marchandises, car le voyageur, payant généralement cher, on peut le transporter rapidement à son gré. Pour les matières inertes, c’est autre chose. M. Ilovius, président de la Chambre de commerce de Charleroi, dans un rapport récent que la Chronique industrielle analyse, a donné des chiffres fort intéressants à ce sujet et réclamé, à juste titre, de grandes modifications dans l’exploitation de nos voies de transport par eau, notamment. Ainsi, les transports entre New-York et le Havre s’effectuent à raison de
- 10 kilomètres, soit 16 000 mètres à l’heure : pendant ce temps, les marchandises circulent sur nos canaux à raison de 900 mètres à l’heure. Les chemins de fer font,
- 11 est vrai, moins encore, ce qui paraît étrange; la vitesse y descend à 500 mètres et même 250 mètres à l’heure.
- Si l’on ne tenait compte de certaines conditions spéciales, on pourrait se demander si les locomotives des trains de marchandises ne sont pas, dans certains cas, remplacées par des attelages de tortues. Ces chiffres sont désolants à une époque où, plus que jamais, le temps est devenu de l’argent.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- IMAGES OBSCURES
- Voilà bientôt une trentaine d’années que j’exécute une expérience curieuse dont je ne crois pas qu’il ait été fait mention hors d’Espagne.
- Qui n’a pas remarqué ces vagues images renversées des objets extérieurs, des personnes ou des voitures en mouvement, que dessinent sur le plafond d’un appartement obscur les quelques rayons qui se croisent à travers une ouverture de forme quelconque restée entre les persiennes ou les volets d’une fenêtre
- mal fermée? Ceux qui ont reçu quelques notions de physique ont peut-être fait la simple expérience de projeter, la nuit, sur un mur blanc, l’image renversée d’une flamme (fig. 1, n° 1) au moyen d’une carte de visite munie d’un petit trou, qu’on interpose entre la bougie et le mur. C’est, au fond, le principe de l’appareil nommé chambre noire, sauf la lentille nécessaire quand on veut avoir des images nettes. C’est sur l’expérience inverse que je veux appeler l’attention des lecteurs de La Nature. Au lieu d’un fond opaque muni d’un trou qui laisse passer quelques faisceaux lumineux, prenez un fond transparent muni d’un petit espace opaque qui arrête ces quelques faisceaux (par exemple, un morceau de verre au centre duquel vous aurez déposé une tache d’encre de Chine de 1 à 2 millimètres de diamètre) .Alors les faisceaux lumineux arrêtés par cette tache laisseront voir sur le mur éclairé une image obscure renversée de la ilainme (fig. 1, n° 2). L’expérience réussit assez bien en interposant tout simplement entre la flamme et le mur une line épingle à tête sphérique de 1 à 2 millimètres de diamètre.
- On peut présenter simultanément les deux phénomènes inverses d’une façon bien nette et saisissante en divisant une plaque de verre rectangulaire en deux parties égales, dont l’une doit être recouverte d’une couche de peinture noire bien opaque. On n’a ensuite qu’à ménager sur cette couche quelques trous transparents en enlevant avec une pointe la peinture et à déposer sur la moitié transparente du verre une série pareille de taches noires. Si l’on place cette glace de verre devant une lampe électrique à incandescence, on aura sur un écran blanc deux séries d’images renversées du filament lumineux, les unes blanches sur fond noir, les autres noires sur fond blanc (fig. 2, nos 1 et 2).
- J’ai fait construire un petit appareil permettant de réussir ces expériences. Thomas Escriche,
- Professeur ù l’Institut de Barcelone.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier • • Pans. — Imprimerie Laiiüre, rue Uc Fleurus, 9.
- Fig. 2. — Filaments incandescents renversés. JS'* 1 et 2.
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- N° 1144. — 4 MAI 1895.
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- LE BICYCLE AUTOMOBILE MILLET
- Lors de notre compte rendu du dernier Salon du Cycle, nous avions promis aux lecteurs de La Nature
- la description prochaine d’une des curiosités qui avaient le plus attiré les visiteurs de l’exposition : le
- Fig. 1. — Le bicycle automobile Millet. — Vue d'ensemble du système.
- A. Transformateur électrique. — B, B'. Bidons à pétrole et à huile de graissage. — C. Levier du parachute inférieur g, g’. I). Réservoir de guzoline. — E. Boîte aux piles. — 0. Tiges d’arrêt pouvant s’abaisser sous la roue motrice.
- véhicule automobile à deux roues de M. Millet. La prise de brevets à l’étranger que désirait faire l’inventeur nous a contraints à retarder jusqu’à présent cette publication.
- M. Millet donne à son instrument le qualificatif de bicycle. Il se conforme ainsi à l’étymologie; mais ce terme désigne en , cy clisme la machine, aujourd’hui abandonnée pour son danger, où la roue d’avant, très élevée, est à la fois motrice et directrice, tandis que la roue d’arrière, très basse, sert seulement de support. Le mot bicyclette, en passe de devenir classique, s’appliquerait donc plus justement à l’invention de M. Millet, ainsi que le démontre la
- 2‘59 année. — lor semestre.
- figure d’ensemble ci-dessus (fig. 1Sa forme générale rappelle en effet celle d’une bicyclette haute de dame
- (les roues ont un diamètre de 0“*,85). Elle est un peu plus allongée, afin de laisser place entre ces roues à divers organes indispensables. Contrairement à ce qui se passe dans une bicyclette ordinaire où le pédalier et la roue motrice sont solidaires, où le mouvement imprimé à l’un est au même instant communiqué à l’autre, ici la rotation des manivelles ne se fait qu’au gré du cavalier, grâce à un montage spécial de l’axe. Donc, quelle que soit la vitesse du moteur, les pédales restent immobiles ; le cavalier ne les actionne que s’il
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- lui plaît de travailler, voire même s’il a besoin de se réchauffer, ou encore si une rampe trop forte, un terrain trop mauvais nécessite un coup de collier supplémentaire, en l'espèce un coup de jarrets.
- Le gouvernail est droit et porte les diverses pièces de commande ou de réglage qu’il est indispensable d’avoir sous la main pour la bonne conduite du moteur. Il n’est pas monté, comme d’ordinaire, à l’extrémité supérieure de la fourche de la roue directrice, mais un peu en arrière, et il fait varier les positions du plan de la roue au moyen de deux tigelles parallèles. Ce dispositif rappellera aux vieux amateurs de cyclisme un curieux et cher souvenir : le mode de direction analogue du petit bicycle (le sûreté de 1880, du rover de 1885, les deux premières bicyclettes venues en France !
- On remarquera aussi que la fourche de la roue directrice est horizontale et non oblique, position qu’on retrouverait déjà dans les tricycles Royal Crescent de 1886, qui constitue un bon amortisseur des vibrations de l’avant, mais qui exige une construction parfaite pour que le cisaillement ne rompe pas l’un des tubes de la fourche.
- Enfin nous noterons encore qu’au moyen d’un levier C (fig. 1) qui se trouve sous la selle et commande deux cordelettes passant sur des poulies cachées, le cavalier peut instantanément ouvrir le parachute rotatif g g' dont on voit sous la gravure les deux branches repliées. Ce pied permet à la machine de se tenir debout en immobilité; il est d’un emploi commode au moment de la mise en marche ou de l’arrêt du véhicule. De plus, à l’arrière, une servante O, que l’on voit ici relevée, peut être abaissée sous la roue motrice, et comme le parachute précédemment cité soulève légèrement la roue directrice, en même temps qu’il consolide tout l’appareil, il en résulte qu’au repos la bicyclette peut être préservée du contact permanent d’un même point de scs caoutchoucs avec le sol. On comprend en effet la déformation des bandages qui pourrait se produire sous la pression localisée des 70 kilogrammes que pèse l’instrument.
- Ces détails ont leur grande valeur en ce qu’ils prouvent les études scrupuleuses qu’a faites M. Millet des moindres parties du véhicule. Mais ce qui constitue une curiosité de premier ordre, c’est incontestablement son nouveau et original moteur ; la roue d’arrière qui se donne à elle-même le mouvement par les cinq énormes rayons que forment ses cinq cylindres. M. Millet est arrivé à cette conception en làisant, sur les conditions dans lesquelles travaillerait le plus utilement un moteur de véhicule léger, des réflexions que je crois fort intéressantes.
- Le dispositif le plus simple en effet, celui qu’on imagine immédiatement lorsqu’on entreprend un véhicule automoteur, consiste en un cylindre chassant un piston à mouvement alternatif relié à la roue par une bielle. Mais cet agencement, qui paraîtrait devoir être le meilleur puisqu’il est le moins compliqué, s’il présente des avantages dans
- les locomotives par exemple, dont la masse est considérable, offre des inconvénients graves dans les véhicules légers qui procèdent de la vélocipédie. En premier lieu, le point mort y est difficilement franchissable : j’ai montré que, dans la bicyclette à pétrole de Wolfmüller1, l’adjonction d’un ressort de rappel de la bielle avait été rendue indispensable. De plus la chasse brusque du pi.-ton dans le cylindre donne à tout l’appareil des chocs qui constituent pour le cavalier une gêne et pour le moteur une dépense d’énergie sans profit pour la marche en avant. Il est donc de toute utilité, théoriquement et pratiquement, que le moteur, dans les véhicules légers, agisse d'une façon continue.
- Or un moteur rotatif seul peut donner cette continuité d’action. M. Millet a donc construit un moteur rotatif, et à gazoline, cette substance étant facile à trouver un peu dans toutes les villes. Il a placé ses cylindres à l’intérieur même de la roue qu’ils actionnent et par là, il a échappé au premier inconvénient des à-coups.
- La seconde difficulté, celle du point mort à éviter, l’inventeur l’a résolue en portant au chiffre de cinq le nombre de ses cylindres. On sait en effet que, dans la plupart des moteurs à gaz, le cylindre passe par quatre phases différentes qui constituent ce qu’on appelle le cycle à quatre temps de Beau de Rochas : au premier temps, le piston, chassant la bielle, aspire pour ainsi dire du mélange explosif qui vient emplir le cylindre; au second, le piston, ramenant la bielle, comprime ce mélange dans le cylindre dont nécessairement la soupape d’admission vient de se fermer; au troisième, le feu étant mis subitement au mélange ainsi comprimé (dans le système de moteur qui nous occupe, l’inflammation est produite par une étincelle électrique), le piston est chassé au bout du cylindre ; enfin, au quatrième temps, le piston, x’egagnant le fond du cylindre, refoule les gaz brûlés et les expulse dans l’atmosphère.
- On le voit, le seul temps où le travail produit dans ces moteurs à pétrole soit vraiment utile, est le troisième. Si l’on adoptait dans un moteur rotatif à pétrole quatre cylindres seulement, il en résulterait que, chacun d’eux ne faisant tourner la roue que pendant un quart du temps de son fonctionnement et chaque piston ne commençant à agir que lorsque le précédent vient de cesser son action, il se produirait des interruptions de travail. Avec cinq cylindres au contraire, on obtiendra la suppression rigoureuse du point mort, puisque chaque cylindre commencera à travailler alors que le précédent sera au bout, de son effort. Et en fait la bicyclette de M. Millet, que nous avons vue fonctionner, roule rapidement sans trépidation ou secousse provenant de son moteur.
- L’énergie est produite, dans ce système, par l’explosion d’un mélange d’air et d’éthers de pétrole, ainsi que dans les moteurs analogues. Mais le fonctionnement de l’appareil s’y fait à l’inverse de celui
- 1 Yoy. n° 1120, du 17 novembre 1894, p. 585.
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- dont les constructeurs ont l’habitude. D’ordinaire, en effet, le cylindre est lixe; il chasse son piston et fait mouvoir un axe. Ici, au contraire, l’axe est immobile, et le déplacement du piston fait mouvoir le cylindre, cylindre qui devient par conséquent automoteur.
- La figure 2 montre la roue arrière avec ses cinq cylindres. La boîte-moyeu a été démontée afin qu’on put apercevoir les extrémités des bielles plus ou moins sorties des cylindres selon la période de travail où se trouve chaque piston.
- La figure 5 donne les détails simplifiés de l’une des chambres d’explosion M avec son piston P et sa bielle B. Un tube M' qui lui est accolé et avec lequel elle communique en m renferme une tige de distribution R qui ouvre ou ferme aux moments voulus la soupape S. Par là pénètre le mélange carburé qui emplit la chambre où une étincelle, qui jaillit entre deux pôles renfermés dans la tubulure O, le fait détoner.
- Le courant électrique est produit par un générateur du genre Bunsen (acide azotique, eau et acide sulfurique) que l’on aperçoit sur la figure 1, en E, à la partie inférieure du bâti, reposant sur deux tourillons qui permettent de le faire basculer suivant que l’on veut le mettre en activité ou qu’on désire en arrêter le fonctionnement. Un transformateur électrique A (fig. 1) permet de produire, avec le courant de la pile, les étincelles d’intlammation ; il se compose d’une bobine d’induction enfermée dans une enveloppe en ébonite avec condensateur en couronne, et interrupteur placé au-dessous de la bobine.
- Le réservoir de gazoline, l) (fig. 1), alîecte la forme d’un garde-crotte ordinaire très épais. Il est pourvu de chaque côté de trois passants à courroies qui permettent au voyageur d’y fixer un paquetage. Enfin en B se trouve un bidon à pétrole lampant qui peut se rendre dans les cylindres, et en B' un bidon à huile de graissage, laquelle tombe goutte à goutte dans le tuyau amenant le mélange explosif au centre de la roue motrice. Ce mélange entraîne donc l’huile dans tous les organes.
- Les aspirations de l’air utile pour la composition du mélange explosif se font sous la machine. L’air passe par un réchaufi’eur, puis par un filtre à poussières et arrive au carburateur où il se charge des vapeurs de pétrole qui en font un explosif.
- Comment, maintenant, le cavalier se met-il en marche? La bicyclette étant maintenue en équilibre par le parachute à rotation, il s’installe en selle, appuie sur les pédales et lance ainsi la machine. Ce départ par les pédales a pour but de faire l’amorçage du moteur, opération préliminaire indispensable dans tous les systèmes à pétrole. Le cavalier replie le parachute, embraie le moteur en appuyant du pied droit sur un secteur spécial, et il est parti. Pour accélérer, il tourne les poignées du guidon autour de leur axe dans un sens; et dans le sens contraire pour ralentir. Il agit ainsi sur
- l’appareil doseur et règle à volonté les explosions.
- Que faut-il penser de ce véhicule nouveau? Beaucoup de bien. Le moteur de M. Millet est, comme on l’a vu, des plus ingénieux et conçu savamment d’après un principe très juste. L’inventeur a baptisé la disposition de ses cinq cylindres dispersés en rayons du nom de « roue-soleil ». On ne peut même s’empêcher, en l’examinant, d’être frappé de la physionomie de dynamo que possède ce moteur', dynamo à pétrole, si anormale que semble être l’expression !
- L’absence d’à-coups dans la marche, le peu de susceptibilité à la poussière que possèdent ses organes, sont de précieuses qualités pour un moteur routier. Nous remarquerons aussi que les cylindres n’ont pas besoin pour leur refroidissement d’une installation de courants d’eau, d’ailettes, etc., ainsi qu’il est nécessaire dans les autres moteurs. Les cinq cylindres se refroidissent d’eux-mêmes en tournant rapidement dans l’air.
- Le poids isolé du moteur n’est que de 10 kilog., bien qu’en régime normal il développe, à 180 tours par minute, une puissance de 50 kilogrammètres par seconde, soit deux tiers de cheval-vapeur. La vitesse qu’il fournit peut être plus considérable puisque, au dire de M. Millet, un essai sur route en palier a donné 1 kilomètre en soixante-cinq secondes, soit plus de 55 kilomètres à l’heure avec 525 tours par minute, le moteur donnant 86 kilogrammètres par seconde. La consommation est d’environ 1 litre de gazoline pour 40 kilomètres, la provision emportée par la bicyclette pouvant suffire à douze heures de marche.
- Les seules critiques que l’on puisse adresser à M. Millet, si plein d’encouragement soit-on pour son initiative hardie, sont peut-être celles qui proviennent de la complication encore trop grande de son véhicule. Cinq cylindres sont nécessaires ; mais n’est-ce pas là, bien qu’en définitive le moteur puisse fonctionner encore avec trois, cinq chances d’arrêt?
- L’allumage par l’électricité est élégant, pratique je n’en doute pas ; mais ce générateur qui pèse 8 kilogrammes, qu’il faut recharger toutes les douze heures, et cette bobine d’induction qui en pèse 4, et ces fils qui sillonnent le cadre et la roue arrière de la machine, ne sont-ils pas de vrais impedimenta?
- La simplification, voilà aujourd’hui la seule recherche qu’il reste à faire à M. Millet pour que son heureuse conception devienne tout à fait pratique, pour qu’elle soit confiée sans inconvénients aux mains des amateurs et du public.
- L. Baudry de Saunier.
- L’ORIGINE DU YER À SOIE
- C’est une chose curieuse à constater que l’ignorance dans laquelle nous sommes généralement au sujet de l’origine des plantes et des animaux domestiques. Le cas se présente notamment pour le ver à soie, le Bombyx mori, qui, chez nous, surtout dans la région lyonnaise, a une si grande impor-
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- tance. Tout ce que l’on savait jusqu’à ce jour, c’est qu’il avait été importé de la Chine, mais on ignorait s’il y existe encore et par quelle espèce il est représenté. Ces problèmes paraissent avoir été résolus par un de nos amis, M. Albert A. Fauvel1, qui a étudié la question pendant dix ans en Chine.
- M. Fauvel a découvert, ou plutôt retrouvé, sur les mûriers sauvages delà Chine,une chenille, celle du Theophita mandarina, qui paraît être l’origine de notre ver à soie. Chenille et papillon ne sont pas identiques à ceux du Bombyx mori, mais les modi-eations observées sont sans doute dues à la domestication. Les cocons de ver à soie sauvage étaient connus depuis fort longtemps et même exploités par certaines peuplades.
- Quand on éleva des vers à l’état de domesticité, on avait pris l’habitude de détruire les vers sauvages qui dévoraient les mûriers. Au moment de la révolution des Taï-pings, l’exode de la population, causé par la guerre civile, eut pour conséquence de laisser pulluler les vers sauvages : c’est de là qu’est venue l’erreur de M. E.
- Hocher qui attribue l’origine des vers sauvages à l’abandon des vers domestiques pendant l’invasion des rebelles.
- M. Fauvel pense que la province de Chan-toung doit être considérée comme le pays d’origine du ver à soie sauvage. « Ce fut, dit-il, un préfet du département de Ilou-tchéou-fou, nommé Tchéou-ming, qui favorisa le premier l’établissement de l’industrie séricigène en un endroit situé à 14 kilomètres au sud-est de cette ville et encore appelé aujourd’hui Sang-su ou champ des mûriers. C’est également Ifopinion de M. N. Rondat, qui fait remarquer à ce sujet que, d’après le capitaine Ilutton, la chenille du Bombyx mori, avant d’être domestiquée, était de couleur gris noirâtre ou foncé, comme celle du Theophila mandarina. Les vers ne seraient devenus blancs que par l’affaiblissement de l’espèce dû à la domestication (on a même eu en France, avant la maladie, une espèce de ver à soie dont la robe était noire et qui fdait un cocon blanc). »
- Le Theophila a deux générations par an, mais la
- 1 A. Fauvel. — Les séricigcnes sauvages de la Chine - Paris, 1805. Ernest Leroux, éditeur.
- seconde avorte très souvent. 11 paraît que dans l’antiquité, en Chine, le ver domestique agissait de même; ce serait donc à la domestication que serait due l’unique génération de notre ver.
- Ceci dil, voici, d’après M. Fauvel, la diagnose du papillon, du cocon et de la soie.
- Le papillon du Theophila mandarina est de couleur grise. Aile antérieure avec une bande brune, transversale, courbe, antéme'diane, bien définie, et une ligne brune transverse, post-médiane, diffuse; au delà se trouve une ligne sous-marginale étroite, recourbée, bordée de bleu, en dehors de laquelle se trouve, au-dessous de l’apex, une étendue brune diffuse ; marque discocellulaire indistincte; aile postérieure brune avec une ligne sou s-m a r g i n a 1 e blanche et deux taches blanches sous la marge abdominale; thorax brun, bande de ceinture grise, antennes fuligineuses à tige grise. Envergure : 44mm,40. Le mâle ressemble à la femelle, mais est plus petit. Plus vigoureux que le B. mori, ce papillon vole quelquefois assez loin, aussi le trouve-t-on sur d’autres arbres que le mûrier. La femelle est moins agile et dépose ses œufs en grand nombre sur une branche.
- Le cocon, filé dans la feuille du mûrier, est plus petit que celui du Bombyx mori. 11 est toujours en forme d’olive allongée présentant plus exactement le profil d’une amande, étant rond par un bout et légèrement pointu à l’autre. Il mesure en moyenne 22 à 27millimètres de longueur sur 9 à 11 millimètres de largeur. Il est complètement entouré, comme d’un sac, par une bourre légère imprégnée de grès et terminée par une lanière longue et plate, l’attachant à une branche ou au pétiole d’une feuille. Le cocon tire un peu sur le jaune ou le gris. 11 est mince, sec au toucher et son poids varie de 25 à 32 centigrammes.
- La soie du cocon montre, à très peu de choses près, les qualités de celle du ver à soie domestique. Chaque fil est formé de deux brins ronds et lisses accolés comme ceux du B. mori. Les cocons se dépouillent bien, mais la dureté de la substance qui réunit les fils rend le tirage difficile; aussi faut-il les tirer dans l’eau de savon. H. Couhn
- Theophila mandarina.—1. Papillon mâle.— 2. Papillon femelle.
- — 5. Chrysalide. — i. Chenille an quatrième âge. — 5. Cocon avec ses attaches. — 6. Cocon sans bourre. -— 7. Soie du Theophila, grossie 180 fois. — 8. Soie du Bombyx mori, même grossissement.
- — 9. Soie de YAutherea Pernyi, même grossissement.
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- DRAGAGES PROFONDS A L’AIDE D’EMBARCATIONS DE FAIBLE TONNAGE
- Un de mes collègues me priait, ces jours derniers, de lui indiquer les appareils que j’ai fait installer sur la barque de pèche de la Station zoo-logique d’Alger.
- Cela m’a rappelé le désir que j’avais eu autrefois d’envoyer à La Nature une courte Note, qui intéressera peut-être quelques-uns de ses lecteurs.
- Notre bateau Z’isis (fig.l) est en effet le plus petit qui ait jamais été aménagé pour des dragages profonds ; et ses appareils sont maintenant éprouvés.
- Comme j’ai dû les faire établir entièrement su mes indications ou mes dessins, cela m’a coûté, nsi qu’il arrive toujours en pareil cas, trop d’argent et surtout trop de temps. Je serais heureux si les renseigne-
- Fig. 1. — Vlsis, barque de pèche de la Station zoologique d’Alger.
- ments suivants pouvaient être utiles aux naturalistes n’ayant à leur disposition que des embarcations modestes; car la plupart de nos laboratoires ne sont pas riches, et les mécènes ne sont pas nombreux.
- Tous ceux qui s’intéressent aux pèches marines ont pu lire les descriptions des machines si parfaites employées sur les grands navires pendant ces dernières années.
- Mais tout cela sert bien peu lorsqu’on n’a qu’une barque à sa disposition.
- Sur les grands bateaux, en effet, les engins de pèche sont généralement envoyés à la mer par le travers du navire, leur câble passant sur une poulie placée au bout d’un mât de charge, dont la tête est retenue par des appareils élastiques de types plus
- complètement relevé, et l’on a est question dans le texte.
- ou moins variés. Les dragues peuvent être ainsi relevées jusqu’au bout de ce mât de charge, que l’on
- n’a plus qu’à faire tourner pour les amener sur le pont. Cette disposition si commode serait toujours dangereuse, ordinairement même impossible, sur une embarcation de faible tonnage. Il faut absolument ici que le câble de drague soit mis en liberté le plus près possible de la surface de la mer, et exactement sur la ligne de foi du bateau. Tous les efforts qui viendront à s’exercer sur le câble ne feront plus alors qu’asseoir davantage l’embarcation, sans aucun risque de la chavirer. L’Jsis étant gréée en cotre, je me suis servi, pour porter l’appareillage, du gui, ou vergue inférieure de la voile, qu’il est très facile de rendre absolument libre, én carguant la voile, comme le montrent nos figures ci-jointes. Pendant que les engins sont à la mer, ce gui, abaissé le plus possible, repose sur un X, auquel il est solidement amarré, et porte à son extrémité la dernière poulie sur laquelle passe le câble de drague. Cette disposition permet de travailler même par une boule assez accentuée. Mais il est évident que, pour amener les engins à bord, il faut deux opérations distinctes : 1° les remonter
- jusqu’au bout du gui ; 2° se servir de celui-ci comme d’une grue pour les amener sur le pont.
- La première opération est effectuée directement
- partie supérieure du dynamomètre. — P, poulie de renvoi, sur laquelle passe le câble du dynamomètre. — P’,poulie tenue par ce câble, et glissant sur un rail. — T, treuil. Le câble qui en part va passer sur la poulie P", puis sur la poulie I” avant d’aller s’attacher à la drague. — GG, cordage mondé sur la tête du gui et le mât. Il va passer sur une poulie de renvoi à l’avant du bateau pour revenir au treuil. Sur cette ligure, le gui n’est point
- omis de porter les bras dont il
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- par le treuil ; car je n’ai pu songer à installer une poulie distincte pour relever le câble; et, du reste, avec un câble métallique bien guidé, cela suffit parfaitement. Pour la seconde manœuvre, on immobilise la bobine du treuil, de manière à n’avoir plus en mouvement qu’une poulie latérale, sur laquelle on enroule un cordage spécial G, G (fig. 2) mouflé sur la tête du gui et sur deux poulies entaillées dans le mât. Par une mer un peu houleuse, cette opération est la plus délicate. 11 faut venir debout à la lame, et saisir le bout du gui à l’aide de deux bras, (jui le maintiennent dans le plan médian du bateau tout le temps qu’il monte, ainsi que lorsqu’il est arrivé à sa position supérieuxœ. La drague elle-même est alors assez facile à arrêter.
- Si le câble, en quittant le treuil, allait directement à la mer, le système manquerait de l’élasticité que donne sur les grands bateaux l’amarrage élastique du mât de charge, et qui est du reste indispensable si l’on ne veut s’exposer à rompre le câble et à perdre ses engins.
- Voici la disposition que j’ai adoptée pour parer à cet inconvénient. En avant du mât se trouve ce que nous appelons le dynamomètre. C’est une série de ressorts puissants, compris entre quatre tiges d’acier boulonnées en bas à une forte platine fixée dans la quille et, en haut, à une autre platine serrée sur le mât par un fort collier, qui porte également le gui.
- Ces ressorts sont au nombre de huit, dont quatre, de plus faible diamètre, emboîtés dans les autres. Chacune des paires ainsi constituée est séparée de ses voisines par des plaques d’acier coulissant sur les tiges; et au sommet de la pile se trouve un chariot portant une grande poulie à gorge. Un câble métallique de 5 tonnes de résistance est pris à un crochet de la platine inférieure. II vient passer sur la grande poulie à gorge, et redescend 'a une poulie de renvoi, placée en dessous du pont. Il remonte ensuite sur une autre poulie P (fig. 2) accrochée au mât; et, renvoyé ainsi dans la direction du gui, il se termine par une dernière poulie P' glissant sur un rail en bronze placé à demeure, sous le gui.
- En quittant le treuil T, le câble de drague, ainsi qu’on le voit sur la figure, va se réfléchir sur une poulie P" placée assez loin sous le gui, revient passer sur celle qui est tenue par le câble du dynamomètre, puis est guidé jusqu’à la dernière poulie placée à l’extrémité du gui, d’où il descend à la mer.
- Lorsque l’on drague, la bobine du treuil est immobilisée par un frein, lesté par une forte masse de plomb. Tout effort exercé sur le câble de drague tend donc à faire coulisser sur le rail la poulie P', et le mou donné sur le câble est quadruple de la flexion totale de la pile des ressorts. Le rail est gradué expérimentalement, l’intervalle entre deux divisions correspondant à un effort de 50 kilog. sur le câble de drague; et l’on peut ainsi voir immédiatement si l’engin traîne sur le fond, et quel est l’effort que supporte le câble. En outre, par un système de chaînettes, dont on règle la longueur suivant la nature
- du fond exploré, la poulie P' soulève le plomb du frein dès que l’on atteint la limite qu’on s’est fixée; et le câble se déroule librement.
- Quelque brusque que puisse être l’effort, la sécurité est complète; et tout cet appareillage est placé exactement au milieu du bateau, aussi bas que possible, et ne nuit en rien à la stabilité.
- Notre treuil a été fait pour recevoir 1200 mètres d’un câble métallique de0m,0045 de diamètre et d’une tonne de résistance, fabriqué par les forges de Châ-tillon et Commentry. C’est le poids des engins qui déroule le câble, et l’on règle, à l’aide du frein, la vitesse de descente. Un compteur indique le nombre des tours de la bobine ; et, par une petite table affichée dans le bateau, on sait combien l’on a de mètres dehors.
- Le guidage du câble, lorsqu’on remonte la drague, est entièrement automatique. C’est une modification de celui qui m’a été fort gracieusement indiqué par la Direction des Forges de Châtillon et Commentry. Il est absolument indispensable que le levage soit fort régulier, surtout lorsque c’est la bobine du treuil qui opère elle-même le relèvement.
- Telles sont les dispositions qui me permettent de travailler en mer relativement profonde, à bord d’une barque de moins de 5 tonneaux, et seulement aidé de deux matelots. Il n’y a guère intérêt, dans la Méditerranée surtout, où les très grands fonds sont loin des cotes, et du reste relativement pauvres, à augmenter la longueur du câble, sur une embarcation d’aussi faible tonnage; mais je ne doute pas que le système adopté se comporte aussi bien par des profondeurs beaucoup plus considérables.
- ]j’Isis possédant, outre sa voilure, un moteur à pétrole qui lui donne une vitesse de G nœuds, j’ai fait établir une transmission pour actionner le treuil. Mais il serait très facile de commander à bras un appareillage semblable, que l’on désirerait installer à bord d’une barque uniquement munie de voiles ; et la sécurité donnée par le dynamomètre permettrait d’opérer sans danger. Il faudrait seulement, pour pouvoir se servir de la voile lorsque les appareils sont à la mer, ajouter un deuxième gui au-dessus du premier qui ne servirait plus que de grue. C’est ce que je viens de faire sur Ylsis pour diminuer autant que possible la dépense de pétrole.
- Dr C. VlGUIElî,
- Directeur de la Station zoologique d’Alger.
- NOUVEAU MODE D’ATTACHE D’UN CHEVAU
- AU PIQUET
- On éprouve souvent des difficultés pour mettre les chevaux et surtout les poulains au pâturage, quand on ne dispose pas d’espaces convenablement clos.
- La mise au piquet, si usitée partout, a de grands inconvénients. De continuelles prises de longe, une gène constante de l’encolure et un manque certain de sécurité, sont ceux que révèle la pratique.
- Voici pour y remédier un mode d’attache que j’ai imaginé pour tenir des poulains, principalement les
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- jeunes mulets, et que je me fais un plaisir d’indiquer.
- L’appareil est un harnais léger composé en principe d’un surfaix et d’une bricole avec martingale et avaloire dont la figure ci-dessous donne une idée suffisante.
- A la boucle passée en dessous, pend un bout de chaîne qui vient s’accrocher à l’extrémité d’une perche de 2 mètres environ, de façon que cette extrémité soit élevée d’une vingtaine de centimètres au-dessus du sol. L’autre extrémité de la perche est reliée à une autre chaîne avec tourillon s’attachant à un piquet de fer qui
- D était
- dépasse le sol de très peu et autour duquel peut tourner
- une bague retenue en haut et en bas par 2 colliers et munie de quelques mailles et d’une barrette en croissant.
- Le tout peut être confectionné à peu de frais par le bourrelier et le forgeron qu’on a sous la main, et permet d’éviter les accidents, en même temps que par ce système les animaux non encore dressés s’habituent au harnais.
- J’ai pensé pouvoir recommander ce procédé que j’ai mis en usage et dont je me trouve bien. Paul Boulineau,
- Eleveur à Bône (Algérie).
- LE BOIS DE PÀÏOLIYE
- DANS L’ARDÈCHE
- Après avoir parcouru le caüon du Tarn et visité les gorges de l’Ardèche, les touristes ne manquent pas de comparer ces deux intéressantes parties des Causses. Nous leur signalerons une excursion complémentaire, celle du bois de Païolive, qui est pour l’Ardèche ce que Montpellier-le-Vieux est pour le Tarn.
- Près du village de Berrias, au pied de ce château de Bannes rendu célèbre par l’équipée du camp de Jalès, commence sur la route de Mende à Pont-Saint-Esprit par les Vans, une longue côte qui serpente au milieu des pierrailles du Causse. Celles-ci deviennent bientôt de véritables blocs, et ces blocs, à leur tour, se changent en monolithes gigantesques : c’est le bois de Païolive. Que l’on imagine, dans un espace d’environ 500 hectares, un dédale inextricable de blocs calcaires aux formes les plus étranges, aux découpures les plus bizarres, aux positions les plus invraisemblables, labyrinthe où l’on est à chaque pas arrêté par une muraille taillée à pic, par une fissure infranchissable, où l’on ne peut s’aventurer sans guide parmi les sentiers innombrables qui se croisent en tous sens, et l’on aura une idée de ce que l’on est convenu d’appeler le bois de Païolive. Au milieu de ce chaos de blocs, les uns éboulés, les autres encore debout, quelques pouces de terre où croissent les chênes, les genévriers, les châtaigniers mêlés aux buis, aux lentisques et aux valérianes : ce sont là de
- fraîches oasis dans ce morne désert de [lierres.
- Le bois de Païolive a été divisé par les habitants des villages voisins en deux parties : le bois de Païolive proprement dit et le bois de Gagniet. C’est dans ce dernier que l’on trouve les blocs les plus volumineux, dont les dimensions, rarement inférieures à 10 mètres, dépassent parfois 15 mètres de hauteur comme aux Ruines de Babylone. C’est là que l’imagination peut se donner libre carrière et prêter à ces roches mille profils animés. Le Lion et l'Ours combattant, VEléphant le Chapeau de Napoléon, sont les figures les mieux réussies.
- C’est au milieu de ces roches ruiniformes, de ce fouillis, où des blocs énormes ont pris toutes les positions, que l’on avance à travers les failles, les fissures, les couloirs, au milieu de grottes, d’arcades, de cirques, dont les dénominations locales, imposées par les bergers et les chasseurs du pays, rappellent avec plus ou moins de bonheur l’aspect général. Parmi les rochers tapissés de lierre et de fougères, se montre quelque creux, c’est la Baignoire de la Sultane; quelque arceau jeté d’un bloc à l’autre, c’est l’Arc-de-Triomphe ou la Porte-Montmartre; quelque roche à figure fantastique d’aigle ou d’hippogriffe. Après avoir franchi les gradins de maint amphithéâtre, escaladé les rochers, traversé les ravins, on entre tout à coup dans un salon de verdure dont la puissance de végétation surprend, aù milieu du désert, seul vestige de vie dans la cité silencieuse et abandonnée : c’est la Rotonde (ûg. 1), vaste salle circulaire; c'est le Salon de la Vierge où l’on aperçoit, non sans étonnement, dans une fissure de la roche, une statuette en bois de la Vierge, qui depuis plus de trois siècles a pris possession de cette cité diabolique. C’est maint autre cirque où se pressent toujours de nouveaux blocs s’élevant hardiment et tenant en équilibre on ne sait trop comment. Le plus pittoresque de ces cirques est certainement celui des Ruines de Sodome (fig. 2), entouré d’une véritable barrière de blocs verticaux et d’aiguilles : la Religieuse, la Femme de Loth, etc., mais ici les comparaisons sont un peu forcées : contentons-nous d’admirer cet effondrement défendu par une ceinture de murailles de près de 15 mètres de hauteur, hérissées de pointes et de flèches. Puis, ce sont les crevasses aux noms prétentieux, la Crevasse de l’Éternité, la Fontaine de la Reine où filtrent quelques gouttes d’une eau pure qui est la bienvenue dans ces ruines brûlantes.
- Ce ne sont pas seulement des figures fantastiques, des profils animés que rappellent tous ces blocs : on a cru voir dans ces monolithes des vestiges des populations qui habitaient cette région aux temps préhistoriques. Le Géant et surtout le rocher du Menhir formé de blocs superposés de 7 mètres de hauteur, rappellent, en effet, assez exactement, les monuments mégalithiques. Pour le menhir, l’illusion est d’autant plus excusable que l’on voit à côté une
- * Voy. n° 1105, du 4 août 1804, p. 160.
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- sorte de dolmen. Les deux dalles verticales sont parallèles et, au-dessus, la table de recouvrement a légèrement basculé, ainsi que cela se voit si fréquemment dans les dolmens de la région. On conçoit fort bien que ces jeux de la nature en aient imposé pour de véritables mégalithes, et l’on s’explique les fouilles dont on voit encore les traces à l’intérieur du faux dolmen que nous signalons.
- La partie nord du bois, sans présenter un aspect aussi désolé, n’est pas moins pittoresque. A ses pieds coule le Cbassezac aux paillettes d’or, affluent de l’Ardèche, dont on aperçoit les sinuosités entre les murailles à pic qui l’encaissent. De la chapelle Saint-Eugène (fig. 5) construite sur un entablement
- aux curieuses stratifications horizontales, la vue s’étend des Cévennes aux derniers contreforts des Alpes. La fissure de la Gleizasse, surmontée par les parois de la roche inclinées l’une vers l’autre, les rochers de la Panthère, du Creux de l'Arche, etc., rappellent les plus beaux sites du bois de Gagniet.
- Jusqu’à ces dernières années, les chasseurs et quelques rares habitants des villages voisins pénétraient seuls dans ce labyrinthe : c’étaient les audacieux, ceux qui ne craignaient pas de rencontrer à la nuit la fée Koridewen des légendes languedociennes. M. de Malbos, vers 1840, fut l’un des premiers à le parcourir, mais c’est surtout M. Lequeutre, en 1879, qui contribua à faire connaître le bois de
- Païolive et qui lui consacra quelques pages dans Y Annuaire du Club alpin.
- Qu’est-ce donc que cet étrange chaos auquel l’imagination populaire attribue volontiers, comme à Montpellier-le-Vieux, quelque origine surnaturelle? Qu’est-ce que ce bois de Païolive?
- Les causes qui lui ont donné naissance sont bien connues en géologie. Païolive relève de deux causes destructives puissantes, l’érosion, le ruissellement. Dans ces terrains de sédimentation (formation néocomienne des terrains infra-crétacés) abondent les cassures, les crevasses perpendiculaires aux couches et les joints qui leur sont parallèles. L’eau qui les traverse les désagrège, les érode et il n’est pas d’hiver où quelque bloc ne se détache des murailles qui dominent l’Ardèche ou le Cbassezac. Peu à peu,
- les fissures s’élargissent, des puits se creusent et c’est ainsi que depuis deux ou trois ans une cavité d’effondrement est en formation dans le bois de Païolive meme. Ces phénomènes d’érosion, qui durent depuis des siècles, continuent donc de nos jours. Le ruissellement est une autre cause mécanique qui aboutit encore à l’érosion. Les eaux pluviales entraînant des matériaux de toute sorte et se précipitant avec violence, sont venues excaver davantage ces crevasses et ces couloirs qui sont aujourd’hui les rues, les avenues, les places de cette cité de pierre : elles ont rongé ces piliers pour en former ces colonnes, ces obélisques, ces aiguilles que nous admirons ; elles ont fouillé ces arcades, ces portiques, qui nous apparaissent comme les derniers vestiges d’une ville disparue; elles ont sculpté ces corniches et ces chapi-
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- Fig. 2. Le bois de Païolive (Ardèche). Rochers des Ruines de Sodome. La Femme de Loth et la Religieuse.
- (D’après une photographie de M. Louis Coste, de Vais.)
- Fig. 3,
- Le bois de Païolive (Ardèche). Lue vue d’ensemble montrant la chapelle Saint-Eugène, (D’après une photographie de M. Louis Coste, de Vais.)
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- teaux qui semblent avoir été les ornements de cette Pompéi de Géants. Ce sont bien là les phénomènes que l’on retrouve à Montpellier-le-Vieux, dans le Colorado, dans les divers Causses, ceux du Languedoc notamment, soit réunis (Mourèze), soit isolés (gorges de l’Hérault, de la Vis, etc.). L’érosion, le ruissellement sont-ils les seules causes à invoquer? Je n’oserais le prétendre, car il reste à expliquer pourquoi sur ce plateau, dont la cohésion est égale, les fissurations se sont produites si nombreuses en un point si restreint. Peut-être faut-il faire une place au soulèvement. Le bois de Païolive est donc, dans ce désert néocomien du bas Vivarais, un accident géologique aussi intéressant par scs causes que curieux dans ses effets. Sa visite nous paraît être le complément indispensable de celle des gorges de l’Ardèche, dont nous avons précédemment entretenu les lecteurs de La NatureL J)r Paul Raymond.
- LES CACHETS PARFUMÉS
- Pour diffuser les parfums dans les appartements, on a imaginé bien des systèmes : diffuseurs de parfums par agitation mécanique ou par entraînement à l’aide de la vapeur d’eau, brûle-parfums, pastilles odorantes, etc. Chacun de ces moyens exige des appareils qu’il faut mettre en marche ; c’est là un petit inconvénient, mais il suffit à limiter la propagation de ces procédés.
- L’usage des cachets est bien plus pratique, car ils peuvent émettre les parfums dont ils sont chargés, dans n’importe quel vase et sans aucune manipulation gênante ou incommode. Il s’agit de mettre deux de ces cachets dans le récipient contenant un peu d’eau, pour avoir un dégagement lent et constant de l’odeur qu’ils renferment.
- Le parfum, essence de violette, de rose, de jasmin, ou un bouquet d’essences, est mêlé avec de l’acide oxalo-saccharique et enfermé dans un premier cachet, de couleur blanche. Dans un second, de couleur bleue, est enfermé du bicarbonate de soude sec. Par leur mélange, une fois la surface du cachet détrempée par l’eau, il se produit de l’acide carbonique qui possède la propriété de se charger d’odeur et d’en répandre la suavité dans la chambre.
- Il est bien évident que les acides tartrique, citrique, phosphorique, le bisulfate de potasse, peuvent remplacer l’acide oxalo-saccharique, de même que les carbonates de chaux, de magnésie, de zinc, remplacent le bicarbonate de soude. Mais l’expérience a démontré que les cachets préparés comme il a été dit plus haut donnent les meilleurs résultats. A la place de l’acide carbonique, on peut se servir, comme gaz destiné à entraîner le parfum, de l’oxygène, de l’hydrogène.
- Les cachets à l’oxygène se préparent ainsi : dans l’un on met du permanganate de potasse en poudre, dans l’autre du bioxyde de baryum. Le bioxyde de baryum est humecté avec l’essence à vaporiser.
- Pour utiliser l’hydrogène, on se sert dans l’un des cachets de poudre de zinc ou de poudre de fer, dans l’autre, d’un acide énergique comme l’acide oxalique, ou l’acide tartrique. Toutefois, les cachets à l'hydrogène sont paresseux, c’est-à-dire qu’ils ne dégagent que lentement leur parfum. A.-M. Villon.
- 1 Yoy. n° 1043, du 27 mai 1803, p. 407.
- LES TRUITES AU MUSC
- On a établi dans le canton de Genève, sur le Rhône, à proximité de la frontière française, une fabrique assez importante de musc artificiel. Depuis son ouverture, les pêcheurs remarquent que le poisson pris en aval, sur une distance de trois kilomètres au moins, a un goût de musc très prononcé, les truites surtout. La tète en particulier est souvent immangeable. Les détritus de lp fabrication de cette contrefaçon de musc, jetés dans le fleuve, sont-ils nourrissants, ou bien leur odeur seule les fait-elle avaler par les poissons? Les pêcheurs et les chasseurs au piège savent que les huiles essentielles d’anis et d’aspic (lavande) attirent les poissons, les renards, les martres, etc. En serait-il de même pour le musc? C’est probable.
- TYPES NOUVEAUX DE
- L0C0M0TIYES AMÉRICAINES
- Les locomotives employées sur les lignes américaines reproduisent bien les dispositions générales et les organes habituels de nos machines européennes, cependant elles s’en distinguent essentiellement par certains traits caractéristiques qui leur sont propres, comme l’aspect extérieur, la nature des matériaux dont elles sont composées, et surtout le service qu’elles effectuent.
- Nos ingénieurs de chemin de fer visitant l’Exposition de Chicago étaient tentés de condamner au premier examen ces machines à l’aspect si fruste, incomplètement finies en quelque sorte, dont les organes essentiels, exécutés souvent en métal coulé, paraissent n’avoir reçu qu’une simple ébauche et présentent presque toujours des dimensions et des poids excessifs; cependant, en étudiant la question plus attentivement, il fallait bien reconnaître que ces machines sont mieux appropriées que toute autre au service qui leur est demandé, car elles ont à desservir des voies mal installées que la rigueur des hivers empêche souvent d’entretenir pendant une longue partie de l’année; elles doivent être avant tout robustes et résistantes, et d’ailleurs, lorsqu’elles se sont trouvées mises en présence de nos locomotives européennes, dans certaines colonies par exemple, sur des voies aussi défectueuses, elles ont montré qu’elles étaient capables d’effectuer sans avarie un service qui pourrait mettre rapidement hors de service une machine plus délicate, de construction plus soignée.
- 11 y a donc intérêt pour nos constructeurs à étudier d’assez près ces différences caractéristiques, et nous donnons à cet effet dans cette note quelques détails empruntés au grand travail publié par M. Grille avec la collaboration de M. Laborde sur les locomotives à l’Exposition de Chicago; nous donnons en même temps la reproduction de certaines machines exposées, choisies parmi les plus caractéristiques.
- Ce qui frappe au premier abord dans l’examen des machines américaines, c’est l’emploi de ces organes massifs à peine façonnés, exécutés dans les
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- conditions les plus économiques, en vue de permettre le remplacement immédiat par une pièce identique. Les châssis qui forment, comme on sait, le cadre d’appui du mécanisme et de la chaudière sont préparés par exemple a\ec des harres pleines en 1er, quelquefois même en acier coulé; les pistons sont presque toujours des pièces en fonte coulées avec leurs tiges, dont le poids comparé à celui des organes de nos machines paraît alors excessif; les roues sont munies de centres en fonte dont l’emploi serait interdit chez nous, car on ne connaît pas encore en Amérique les centres en for ou en acier forgé pleins ou à rais que nous employons exclusivement sur les trains de voyageurs. Toutes les pièces mobiles du mécanisme entraînent par suite sur les roues l’emploi de contrepoids énormes, et les charges par essieux atteignent une valeur de 15, 15 et même de 20 tonnes qui paraîtrait inabordable chez nous avec des voies cependant beaucoup mieux soignées. Parmi ces dispositions, quelques-unes sans doute ne peuvent être approuvées sans restriction : l’emploi de ces lourdes pièces fatigue beaucoup la voie ; aussi est-on amené à conjuguer tous les ressorts de suspension et à les munir de balanciers compensateurs équilibrant les charges supportées par les essieux. Les centres en fonte, de leur côté, obligent à retirer les bandages bien avant qu’ils aient atteint la limite d’usure acceptée chez nous; l’emploi des barres carrées pour les châssis présente l’inconvénient d’obliger à rehausser la chaudière, dans l’impossibilité de trouver à l’intérieur du cadre l’espace libre nécessaire pour loger les foyers.
- Par contre, cette dernière disposition a l’avantage de dégager complètement les pièces du mécanisme, dont la surveillance et l’entretien se trouvent ainsi grandement facilités, tandis que les longerons en tôle de nos machines gênent toujours plus ou moins l’accès des pièces, surtout lorsqu’il s’agit de cylindres intérieurs.
- On sait d’autre part que les foyers de chaudières américaines sont exécutés en acier de préférence au cuivre, en raison de l’élévation du prix de ce métal, tandis que, en France par exemple, nos ingénieurs, après avoir fait certains essais d’application de l’acier, en reviennent toujours au cuivre, qui se prête mieux aux réparations. Cette divergence, comme d’ailleurs la plupart de celles qui tiennent à la nature des matériaux employés, peut trouver son explication, comme le remarque justement M. Grille, dans les différences de conception admises dans les deux pays touchant le rôle et la meilleure utilisation des locomotives.
- Nous faisons des machines très soignées qu’on s’efforce de faire durer très longtemps par une série de réparations qui arrivent à en remplacer graduellement tous les principaux .organes, de sorte qu’on peut encore voir chez nous en service des locomotives remontant en quelque sorte à l’origine des chemins de fer, comme les types Crampton ou Buddicdm, etc., tandis qu’en Amérique il n’en est pas,de.même; la
- machine est faite pour être maintenue en service pour ainsi dire sans interruption pendant un temps relativement court, tant qu’elle est en état de fonctionner, et, lorsqu’elle a besoin d’une réparation importante, on prélère souvent l’abandonner tout à fait pour en faire de la ferraille, si le type est un peu ancien, plutôt que de l'arrêter pour la réparer. Les Américains estiment que, en fin de compte, il y a économie à remplacer une machine vieillie par une machine neuve d’un type plus avantageux qui pourra regagner rapidement le sacrifice ainsi consenti. Cette conception se retrouve également dans le service d’exploitation ; le plus souvent une même locomotive n’est pas confiée à une équipe unique, à un seul mécanicien avec un chauffeur qui en sont responsables et en prennent soin ; il faudrait en effet suspendre son service pendant que les hommes se reposent, et on préfère adopter le système de l’équipe banale : le mécanicien et le chauffeur qui descendent de la machine sont remplacés immédiatement par une autre équipe qui repart aussitôt, on n’a donc pas besoin de laisser refroidir la chaudière pour la rallumer ensuite comme on le fait chez nous. Celle-ci reste en fonctionnement pour ainsi dire d’une façon continue, et son service n’est interrompu que dans la mesure indispensable pour les nettoyages. Ce mode d’exploitation, qui a été étudié il y a quelques années dans une savante note publiée par M. Bandérali dans la Revue générale des chemins de fer, présente peut-être l’avantage d’éviter les inconvénients résultant, pour le métal des chaudières, des alternatives continues de chauffage et de refroidissement, mais, à tous autres égards, il n’est certainement pas favorable au bon entretien des machines. On comprend donc cette préoccupation des Américains d’obtenir celles-ci à bas prix; ils adoptent à cet effet les types déjà étudiés par les constructeurs,, plutôt que de chercher à créer un type spécial sur les différentes lignes, ils emploient en outre des organes en métal coulé de finissage rudimentaire, facilement interchangeables pour faciliter les réparations, car ils savent que les jours de ces machines sont comptés.
- D’un autre côté, ces remplacements fréquents leur permettent d’avoir toujours les dispositions les plus récentes et les plus perfectionnées, et il est fort curieux de signaler à cet égard le grand nombre de machines de type Gompound qui figuraient à l’Exposition de Chicago.
- Au point de vue de l’exploitation, il faut signaler encore que les locomotives américaines travaillent continuellement dans les conditions de fatigue les plus rigoureuses, en fournissant leur effort maximum. Les machines à voyageurs ont à remorquer, à la vitesse de 80 kilomètres à l’heure et sur des voies très médiocres, des trains pesant jusqu’à 250 tonnes; celles des trains de marchandises traînent jusqu’à 400 et 500 tonnes à la vitesse de 60 kilomètres à l’heure.
- Ces machines, examinées au point de vue théo-
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- rique, sont certainement loin d’avoir une marche économique : la production de vapeur y est poussée à un point dont nous n’avons pas l’idée; elles arrivent à brûler en effet 600 kilogrammes de charbon par mètre carré de grille alors que nous n’atteignons jamais 250 kilogrammes, et, dans ces conditions, elles ne produisent pas plus de 5k,500 de
- vapeur par kilogramme de charbon; d’autre part elles marchent avec une admission de vapeur qui dépasse toujours 30 et atteint souvent 90 pour 100; on conçoit que les diagrammes ainsi relevés sur les cylindres sont loin d’accuser une détente satisfai-faisante. On pourrait y voir un gaspillage de charbon, mais les Américains s’en préoccupent peu,
- Fig. 1. — Locomotive américaine pour trains rapides : Empire State Express, construite par M. Buchanam, ingénieur en chef du New-York Central and Hudson River Railroad.
- car le combustible est bon marché chez eux, et ils estiment, avec raison peut-être, que si la machiné à vapeur ne donne pas un rendement théorique satisfaisant, par contre la locomotive effectue dans les conditions les plus avantageuses le service pratique qui lui est demandé. Si le train est lourd, c’est que les wagons sont installés d’une façon confortable, comprenant tous les acceissoires nécessaires, avec une masse suffisante pour atténuer les secousses inévitables autrement sur une voie mal entretenue, et c’est là pour le voyageur, en même temps que la rapidité de marche, la considération importante.
- Il est certain que les lignes américaines donnent lieu à de nombreux accidents, et nous n’accepterions pas facilement dans son intégrité cette exploitation un peu brutale, mais il faut reconnaître d’autre part qu’il peut y avoir cependant quelque chose à retenir pour nous dans ces procédés si
- différents de ceux auxquels nous sommes habitués.
- Comme spécimen des locomotives pour voyageurs exposées à Chicago nous représentons dans les
- figures 1 et 3 deux locomotives présentées, l'une par le chemin de fer du New-York Central and Hudson River, et l’autre par le chemin de fer de Chicago, Mi 1 -waukce et Saint-Paul.
- La figure 1 est l’un des modèles du type des loco-motives pour trains rapides connues sous le nom de « Empire State Express » et construites par M. Ruchanam, ingénieur-chef du New-York Central and Hudson River Railroad.
- Ces machines, d’un poids total de 56 250 kilogrammes, ont un^poids adhérent de 38 400 kilogrammes reposant sur deux essieux moteurs avec un poids sur truck de 18150 kilogrammes.
- Les essieux moteurs supportent ainsi chacun près de 20 tonnes, ce qui paraît du reste la limite de la charge qu’il est possible d’atteindre sur les lignes
- Fig. 2. — Locomotive h marchandises à 12 roues, dont 8 accouplées, du Créât Northern Railway.
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- américaines. Ces machines ont été particulièrement appréciées, car elles peuvent fournir en service courant des vitesses de 100 kilomètres à l’heure, tout en développant un effort moteur presque égal à celui des machines à trois essieux accouplés : les roues motrices ont un diamètre de 2m,184 qui est rarement atteint sur les machines américaines. La
- chaudière est assez relevée pour permettre de faire reposer le foyer sur les longerons; la hauteur du centre atteint en effet 2m,751 au-dessus du rail. Le foyer du type Buchanam comporte un bouilleur intérieur en tôle à lame d’eau de 0m,114 d’épaisseur dont la disposition a été étudiée pour protéger les mures contre le contact direct des flammes.
- Fig. 3. — Locomotive à voyageurs à trois essieux accouplés, type Compound, construite par les ateliers Rhode Island-Providence.
- Ce type curieux de houilleur est représenté figure 5. Les tubes à fumée, au nombre de 268, sont en fer et munis de bagues en cuivre rouge, ils ont 3m,658 de longueur et 51 millimètres de diamètre. La pression de marche dans la chaudière est de 13k«,57. Le régulateur est, comme dans toutes les machines américaines, à soupape et équilibré, ce qui en rend, dit M. Grille, la manœuvre bien plus facile que celle de nos régulateurs à tiroirs.
- La machine à voyageurs, représentée figure 3, est construite par les ateliers de Rhode Island-Provi-dence, elle comporte 12 roues afin de ne pas dépasser 13 tonnes par essieu. Elle a 3 essieux accouplés avec des roues de lm,981 de diamètre et un poids adhérent de 40 tonnes; elle a en outre à l’avant un truck à 2 essieux, et à l’arrière un essieu porteur sous le foyer. Cette machine, du type Compound, réunit d’ailleurs tous les caractères de la locomotive américaine Express moderne destinée à remorquer
- des trains lourds à des vitesses élevées sur des voies médiocres, ce qui en faisait une des plus intéressantes de l’Exposition. La chaudière est du même
- type que celle de la machine « Empire State », elle atteint la pression de marche de 14ks,08. L’empattement total de la machine est de 9”,074.
- La figure 2 représente la vue d’une locomotive type marchandises à 12 roues du Great Northern Railway, construite par les ateliers Brooks à Dunkirk, New-York. Cette machine est à 4 essieux accouplés avec un truck articulé à l’avant comportant 2 essieux porteurs.
- Elle présente un poids total de 70750 kilogrammes avec un poids adhérent de 61 700 kilogrammes; elle est donc particulièrement puissante. Le diamètre des roues motrices est de lm,397 et l’empattement total de 7m,696. La pression de marche dans la chaudière est de 12kg,67.
- La figure 4 représente une machine à marchan-
- Fig. 4. — Locomotive Compound à 12 roues, dont 10 accouplées, type Decapod, du New-York lake Erie and Western Railway.
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- dises qui était la plus puissante de toutes celles figurant à l’Exposition de Chicago. C’est une machine dite « Decapod », à douze roues dont dix accouplées ; elle a un poids total de 88 450 kilogrammes donnant l’énorme poids adhérent de 78 000 kilogrammes. Elle est en outre munie de la distribution compound avec deux cylindres seulement, l’un à haute pression ayant un diamètre de 0m,406 et l’autre à basse pression ayant 0m,686;
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- aVt*iViV
- Fig. S. — Coupc du foyer, avec son bouilleur, de la machine Empire State express, représentée figure 1.
- la course des pistons atteint le chiffre considérable de 0m,711. La pression de marche est de 12ks,67. Le diamètre des roues motrices est de lm,270. La locomotive et son tender occupent une longueur totale de f 9m,405 avec un empattement de 16m,268. Le tender, dont le poids total atteint 40 tonnes avec ses approvisionnements, contient 8 tonnes de charbon et 20 mètres cubes d’eau; il repose sur deux trucks articulés comprenant chacun deux essieux. Cette locomotive est destinée au chemin de fer de New-York, lake Erie and Western Railwatj.
- L. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 avril 1895. — Présidence de M. Marey.
- Action de l’étincelle statique sur la peau. — M. Cor-dier, de Lyon, a étudie l’action thermique locale de l’étincelle statique sur la peau. L’auteur a opéré avec des étincelles électriques de 2 centimètres fournies par une machine à débit réglé. Au bout de quatre minutes, l’effet maximum était obtenu. L’électricité positive provoquait une élévation de la température superficielle locale atteignant 2°, tandis que l’électricité négative ne produisait qu’une élévation de 1°. Enfin réchauffement persistait pendant une durée de quinze à vingt minutes. Cette particularité prouve qu’il n’est pas dû à une action directe sur les vaisseaux, mais à une action réflexe sur les vasomoteurs.
- Les mœurs des frelons. — M. Ch. Janet, dont les travaux sur les mœurs et les métamorphoses des fourmis
- sont bien connus, a effectué de semblables recherches sur les frelons. La première conséquence de ces recherches est la destruction de la légende d’après laquelle les jeunes individus seraient l’objet de soins particuliers après l’éclosion. On constate même que les frelons sont indifférents à l’origine des jeunes sujets introduits dans leurs nids. M. Janet a déterminé la provenance des excrétions que l’on trouve à coté des larves. Il a constaté que le tube digestif de la larve se compose, primitivement, de deux sacs sans communication. Le sac postérieur reçoit des produits urinaires, tandis que dans le fond du sac d’avant s’accumulent les débris de la digestion. Bientôt les deux sacs se soudent; leur extrémité commune se perce d’un orifice et l’ensemble des excrétions est expulsé. L’auteur a constaté encore que les frelons, de même que les fourmis, nettoient leurs anlennesavecleurs peignes tibio -tarsiens, puis ceux-ci avec leurs peignes buccaux. Ils incorporent les produits du nettoyage dans des boulettes qui, emmagasinées et moulées dans la cavité superlabiale, sont finalement rejetées lorsqu’elles ont acquis un volume suffisant. A la suite de la mort de la reine, il se produit dans les nids une agitation caractérisée par une manifestation aussi singulière qu’inexplicable. Les ouvrières s’accrochent deux par deux par les pattes antérieures et agitent avec frénésie les pattes postérieures restées libres. Si la reine vient à disparaître précocement, un grand découragement précurseur de la ruine s’observe chez les ouvrières, mais si cette disparition est tardive, il n’en résulte pas de ralentissement notable de l’activité, qui même dans ce cas règne dans le nid jusqu’à la fin de la saison. Pour détruire les grands nids de guêpes qui habitent sous terre, on peut au préalable anesthésier ou même asphyxier leurs habitants, mais au point de vue de l’étude des mœurs, il est préférable de surprendre la colonie en pleine activité. Dans ce cas il est nécessaire de se munir de vêtements protecteurs, de gants épais et d’un masque métallique. Les guêpes se précipitent sur le masque avec un bruit de grêle, tandis qu’un grand nombre se jettent sur les gants, où elles enfoncent leur aiguillon si profondément qu’elles ne peuvent plus le retirer. Dans leurs efforts désespérés, l’abdomen s’allonge, crève et laisse sortir l’aiguillon, le réservoir du venin et enfin toute la glande vénifique. Elles voltigent alors, retenues par un cordon de 2 centimètres de longueur qui se rompt à son tour et leur rend la liberté. M. Janet a constaté encore que les guêpes meurent par article. La mort commence par les antennes et s’étend peu à peu; il faut trente-six heures pour qu’elle soit complète.
- Détermination de la gravité en Russie. — En raison des nombreuses anomalies de la pesanteur relevées sur l’immense territoire russe, notamment dans le voisinage du Caucase, M. le commandant Defforges a reçu de l’Académie des sciences, avec l’agrément du Ministre de la guerre, la mission d’aller opérer en Russie une série de déterminations d’intensité relative de la pesanteur, afin de rattacher à l’ensemble des nombreuses déterminations systématiques déjà opérées par cet observateur le réseau des déterminations russes rattachées à Poulkowa et celui du Caucase. Une première mesure de g à l’aide du pendule réversible du service géographique a donc été pratiquée à l’Observatoire impérial de Poulkowa, puis l’observateur a occupé successivement quatre autres stations dans le voisinage du Caucase et de la mer Caspienne, dont une à Tiflis, une à Tachkent, une à Boukhara. M. le commandant Defforges suit une ligne qui s’étend du Caucase au plateau central d’Asie. Son but est de constater si le
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- défaut de pesanteur observé dans l’Ilimalaya s’étend au delà de ce massif montagneux. M. Defforges ne communique aujourd’hui que des résultats provisoires sur lesquels il aura sans doute l’occasion de revenir lorsqu’il exposera scs conclusions.
- Ln sérumthcrapie appliquée au cancer. — MM. lié ri-court et Ch. Richet annoncent qu’ils ont appliqué la méthode des injections de sérum au traitement des tumeurs cancéreuses. Un ostéosarcome a été broyé et a servi à préparer un liquide qui a été injecté à des animaux. Le sérum du sang de ceux-ci a été ensuite injecté à trois malades. L’expérience a été réalisée dans le service de M. Terrier. Deux des malades étaient atteints de tumeurs cancéreuses externes sur le compte desquelles il n’y avait pas de doute possible. Quarante jours après l’injection, les tumeurs étaient flétries. Le troisième malade était atteint de tumeur cancéreuse stomacale. Il est aujourd’hui complètement guéri. Néanmoins MM. Iléricourt et Richet n’accordent pas la même importance à cette cure qu’aux résultats obtenus sur les deux premiers malades, par un véritable scrupule, en raison de l’incertitude qui peut planer sur la détermination de la nature d’une tumeur interne.
- La découverte du pôle Nord. — L’Académie nomme une commission pour examiner un projet qui a déjà reçu l’approbation de M. Nordenskiold et qui consiste à atteindre le pôle Nord au moyen d’une exploration en ballon. L’auteur de cette proposition est un Suédois, M. Andree. Il déclare que l’entreprise doit réaliser les quatre conditions suivantes : 1° le ballon doit posséder une force ascensionnelle de 5000 kilogrammes, de façon à permettre l’enlèvement de trois observateurs, d’instruments météorologiques, d’une provision de vivres suffisante pour quatre mois et enfin de lest ; 2° le ballon doit être imperméable pendant trente jours; 3° le remplissage doit pouvoir être effectué dans lesj régions polaires; 4° le ballon doit être dirigeable dans une certaine mesure.
- Varia. — M. Zenger communique des détails circonstanciés sur un tremblement de terre qui s'est fait sentir à Laybach le I 4 avril 1895 entre llu20 dü soir et 7h 15 du matin, tremblement de terre caractérisé par deux très fortes secousses suivies de trente et une secousses plus faibles pendant lesquelles un bruit de tonnerre souterrain se faisait entendre. — M. Chapuis a étudié la panification. 11 montre qu’en utilisant l’eau oxygénée, on peut incorporer dans la farine 20 pour 100 de farine seconde et obtenir néanmoins un pain blanc. Uii. de Villedecil.
- CHRONIQUE
- Les transmissions électriques dans les ateliers. — Une séance spéciale a eu lieu le 26 avril 1895 à la Société cl'Encouragement pour l'Industrie nationale sous la présidence de M. Mascart. M. llillairet a fait une conférence sur les transmissions électriques dans les ateliers. On sait combien cette question préoccupe aujourd’hui vivement les spécialistes, en raison des multiples avantages que présentent ces nouvelles dispositions. M. llillairet a d’abord établi une comparaison des divers modes de transmission de l’énergie par l’air comprimé, par les procédés hydrauliques, par moteurs à vapeur séparés, et il a montré toute la supériorité des transmissions électriques. Les exemples sont déjà nombreux, et pour fixer les idées sur quelques points, M. llillairet a fait passer sous les yeux des membres de la Société quelques projections se rap-
- portant à diverses installations déjà existantes. Il nous a fait voir tout d’abord quelques modèles de perceuses électriques à action directe ou flexible, une perforatrice rotative électrique à injection d’eau qui a été utilisée récemment dans le creusement d’un tunnel à Marseille, une machine à percer radiale, un tour électrique de MM. Lodge et Davis, une pompe alimentaire électrique pour chaudières, une pompe centrifuge électrique, des essoreuses électriques et des presses à imprimer actionnées électriquement. Il a insisté particulièrement sur les facilités qu'offraient les transmissions électriques de laisser mesurer la puissance utile, la puissance perdue et par suite de déterminer le rendement industriel des diverses applications. Il a projeté plusieurs diagrammes relevés sur des ampèremètres enregistreurs et donnant à chaque instant l’intensité consommée par les transmissions ou machines-outils. Nous avons vu ainsi les diagrammes d’une scie circulaire, d’une scie à ruban et d’une raboteuse commandées électriquement et installées dans les ateliers militaires de Puteaux. On aperçoit nettement sur les diagrammes les consommations pour mise en marche, travail et arrêt. Des diagrammes ont également été relevés sur les cabestans électriques de la gare du Nord, sur les grues électriques de la Chambre du Commerce du Havre, et pour les manœuvres nécessaires au pointage latéral d’une tourelle Canet. En terminant, M. llillairet a signalé toute l’économie qui pouvait être réalisée par l’emploi des transmissions électriques, et il a montré combien il était nécessaire, dans l’établissement des projets et des dépenses, de considérer les durées d’utilisation ou d’activité. Diverses-projections nous ont ensuite montré l’installation par transmissions électriques d’un atelier de 180 machines à coudre, l’installation d’une carrière près de Roulogne, et les dispositions prises pour la construction du port de Bilbao. Ces renseignements très intéressants établissent une fois de plus que les applications mécaniques de l’énergie électrique peuvent être des plus variées et des plus étendues, et peuvent rendre dans l’industrie les plus utiles services. J. L.
- Sur le quassol1. —Le quassol est un principe immédiat que l’on trouve, avec la quassine, dans le bois de quassia. Pour le séparer de cette dernière on met à profit sa solubilité dans l’éther. On traite la quassine brute par de grandes quantités d’éther, on distille et il reste une masse cristalline, faiblement colorée en jaune, qui renferme encore delà quassine. En répétant plusieurs fois la même opération on finit par avoir du quassol pur. Le quassol cristallise en lamelles blanches, modérément solubles dans l’éther et le chloroforme, difficilement solubles dans l’alcool froid, insolubles dans l’eau. Le quassol entre en fusion à 149°-151°. Il est insipide, ce qui le distingue de la quassine qui est, comme l’on sait, fortement amère. Sa composition élémentaire correspondrait à la formule C40 1170 O + H2 0.
- Fils de fer et «l’acier. — M. J.-P. Bedson a publié, dans le journal anglais Engineering, une Note donnant l’historique de la fabrication des fils de fer et d’acier qui paraît avoir commencé en Angleterre en 1663. Birmingham fut longtemps le centre de cette fabrication. Le développement de la télégraphie électrique lui donna un très grand essor. A partir de 1870 on commença à employer l’acier Bessemer, mais, en 1884, il s’opéra une véritable révolution dans l’industrie des fils métalliques à
- 1 Journal de chimie et de pharmacie, d’après E. Merch’s Dericht ïtber das Jahr, 1894.
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- la suite de l’apparition du métal préparé par les procédés basiques de Thomas et Gilchrist. L’auteur décrit quelques perfectionnements récents apportés dans les appareils de laminage pour les verges et donne quelques renseignements statistiques sur la production des fils métalliques dans les divers pays. En Angleterre elle est de 100 à 120 000 tonnes ; en Allemagne et dans le grand-duché de Luxembourg, la production a atteint, en 1891, le chiffre total de 400 000 tonnes; en Amérique elle a été, pour 1892, de 637 000 tonnes.
- Hauteur d’une aurore magnétique. — M. A.
- Uarven a fait, à la Société astronomique de Toronto, une communication intéressante au sujet d’une aurore boréale qu’il avait observée le 15 juillet 1895. Pendant qu’elle se déployait, un arc de lumière aurorale sortit du nord et passa au zénith de Toronto, occupant le ciel de l’est à l’ouest. Sa largeur, à peu près uniforme, était de 5° à 7°. L’arc dura quelques minutes, puis son extrémité se rompit à l’est, il oscilla au zénith et enfin disparut.
- M. Lumsden, placé àBala, à 110 milles au nord de Toronto, avait aussi été témoin du phénomène. Il vit l’arc s’étendre au travers de la constellation de l’Aigle, en un point à environ 5° au nord de l’équateur céleste, ou 40° au sud du zénith. D’après ces observations, la hauteur perpendiculaire de l’arc devait être de 166 milles (267 kilomètres) et sa largeur d’environ 15 milles (24 kilomètres). En supposant que la hauteur de l’arc était partout égale, ses extrémités se trouvaient à une distance de 1150 milles (1850 kilomètres), de sorte que les observateurs eurent le spectacle magnifique d’une aurore de 2500 milles d’étendue (3700 kilomètres).
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- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- l’interrupteur elieson
- Les interrupteurs de courant se comptent aujourd’hui par centaines, et nous nous ferions un scrupule d’en décrire un nouveau s’il ne se distinguait de ses devanciers par des qualités spéciales de sûreté, de simplicité et d’économie.
- [/appareil est fondé sur le principe des contacts en mercure en vase clos, et la longue pratique que nous avons de ces contacts nous les fait préférer à tous les autres, mais il fallait, pour les faire passer du domaine du laboratoire ou de l’usine dans celui
- Nouvel interrupteur de courant. — Vue extérieure avec le canon abaissé et détails du mécanisme avec le canon relevé.
- de la pratique courante domestique, leur donner une forme, et c’est le problème qu’a très ingénieusement résolu M. Elieson dans le petit appareil représenté ci-dessous et fort habilement établi par M. Maurice Ador, un de nos jeunes constructeurs électriciens. Le modèle courant construit pour cinq ampères est constitué par un socle en ivorine de 5 centimètres de diamètre sur lequel sont montées deux lames verticales en laiton qui servent d’alfùt à un levier de manœuvre en ivorine de 4 centimètres de longueur présentant l’aspect extérieur d’un petit canon. Ce petit canon renferme une goutte de mercure qui, dans la position relevée (voy. notre gravure, fig. de droite), établit un contact électrique parfait entre deux vis en acier placées près de la culasse et qui le traversent de part en part et lui servent de tourillons. Dans la position abaissée
- (fig. de gauche), la goutte de mercure est à l’extrémité du canon et a rompu le contact. Les vis ferment le circuit extérieur par l’intermédiaire de deux lames élastiques qui appuient contre leurs têtes et maintiennent le petit canon dans la position acquise par la manœuvre. La rupture du circuit se fait ainsi dans un espace clos, dont l’air jamais renouvelé ne laisse pas le mercure s’oxyder. La mobilité du mercure dans le tube ne permet pas qu’il s’y produise un contact imparfait, et la rupture du circuit en espace clos ne produit aucune étincelle dangereuse, avantage appréciable pour les mines, les poudrières, les minoteries, les usines à gaz, etc.
- La manœuvre de l’appareil est très douce, très facile, et la position du petit canon braqué vers la terre ou le ciel indique sans hésitation, soit à la vue, soit au toucher, si le circuit est ouvert ou fermé, propriété précieuse lorsque les lampes sont dans un local différent de celui de l’interrupteur. L’usage abusif que nous faisons de ce petit appareil sur l’un des circuits de notre installation personnelle nous fait regretter de ne pas avoir tous nos interrupteurs établis sur le même modèle. Ce simple regret nous servira de conclusion. E. H.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.mhkr l’ui'is. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° H 4 5.
- H MAI 1805.
- LA NATURE.
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- APPAREIL DE DÉMONSTRATION
- UE LA RÉSONANCE
- Plus on étudie ce qui se passe autour de nous, et plus on acquiert le sentiment de l’importance de la transmission de l’énergie par les organes élastiques. En y regardant de près, on voit que, dans tous les phénomènes périodiques, il y a une sorte de synchronisation, ainsi que M. Cornu l’a montré d’une façon magistrale dans une conférence faite il y a quelque temps, à la Société internationale des électriciens.
- Si l’on aborde le problème par le calcul, on voit que, lorsqu'un mouvement périodique se transmet, par l’intermédiaire d’un organe élastique, à un système susceptible d’osciller avec une période propre, le récepteur empruntera à l’excitateur des mouvements très différents, suivant les conditions des oscillations propres des deux mobiles, et les qualités de l’organe transmetteur. Trois facteurs surtout jouent un rôle dans le phénomène ; ce sont les durées d’oscillations de l’excitateur et du récepteur, et l’amortissement du système. Cet amortissement, qui est dù à une dissipation d’énergie, par frottement ou pour toute autre cause, peut avoir son siège dans une partie quelconque de l’ensemble; suivant sa valeur et l’endroit où il est le plus considérable, le résultat sera essentiellement différent.
- En l’absence de tout amortissement, l’organe récepteur prend un mouvement qui est une combinaison compliquée des oscillations des deux parties du système. Les oscillations sont tantôt rapides et de grande amplitude, tantôt plus lentes, en apparence du moins, et si peu prononcées que le corps semble un instant arriver au repos ; mais c’est pour reprendre immédiatement son mouvement oscillatoire. Ces périodes voisines du repos sont d’autant plus rapprochées que les deux systèmes sont plus discordants. Lorsqu’on s’approche de la concordance des périodes, les mouvements de faible am-
- Î3» année. — 1er semestre.
- plitude s’éloignent de plus en plus, tandis que la plus grande élongation du mouvement augmente beaucoup. Ce phénomène correspond, en acoustique, à un son coupé par des battements. Enfin, lorsqu’on arrive à l’unisson, l’énergie de la source passe tout entière au -récepteur, et, si elle est entretenue d’une manière continue, le mouvement de ce dernier croîtra au delà de toute limite.
- Les choses se passent un peu différemment lorsqu’il existe un amortissement. S’il est dans l’excitateur, son mouvement cesse au bout d’un instant, et le récepteur continue à vibrer avec sa période propre. C’est le cas étudié par MM. Sarasin et de la Rive, pour les oscillations électriques. La véritable raison du phénomène a été donnée par M. Poincaré*.
- Lorsque, au contraire, le récepteur contient une cause de dissipation de l’énergie, il prend fatalement l’empreinte du mouvement excitateur, et sa période propre disparaît entièrement au bout d’un temps plus ou moins long. L’amplitude du mouvement dépend alors de la différence des périodes, et de l’amortissement du récepteur. L’importance de ce cas particulier a été démontrée par lïelmholtz, à propos de l’organe qui, dans notre oreille, vibre à l’unisson des mouvements qui lui parviennent, et transmet son excitation aux extrémités nerveuses qui aboutissent dans ces lamelles microscopiques découvertes par Corti.
- Si nous passons à des exemples plus familiers, sinon plus fréquents, nous trouvons à chaque instant des applications de la résonance. Dans la transmission de l’énergie d’un moteur à gaz ou d’un moteur à vapeur par le système élastique de M. Raffard, l’expérience montre que les variations de vitesse de la machine réceptrice, dynamo ou machine-outil, sont atténuées ou renforcées par le couplage, suivant les rapports des périodes propres du moteur et du récepteur couplé sur la transmission. 11 est même plus important qu’on le penserait a priori d’éviter dans certains cas, les oscillations communiquées au
- ’ Voy. n° 1027, du 4 février 1803, p. 145.
- Appareil pour l’étude de lu résonance.
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- LA NATURE.
- bàli d’un moteur, par suite d’un défaut d’équilibre du volant. Dernièrement, dans une importante usine parisienne, un moteur à gaz dont le volant était déséquilibré de quelques kilogrammes seulement dut être réglé à nouveau, parce que, en raison de la concordance de sa période avec celle des oscillations propres du bâtiment, celui-ci prenait un mouvement de grande amplitude, dangereux même pour sa conservation. Toutes ces conséquences d’une théorie rigoureuse peuvent être mises nettement en lumière à l’aide d’un appareil très simple (voirla figure) que l’on peut construire avec les moyens dont on dispose dans tous les laboratoires, et qui, si nous ne nous faisons illusion, faciliterait aux débutants l’intelligence des phénomènes si importants que l’on observe dans la transmission d’un mouvement vibratoire par un organe élastique. Un axe portant un petit volant Y reçoit un mouvement de rotation à l’aide d’une transmission manoeuvrée à la main; une bielle fixée au volant actionne une tringle verticale passant dans une ouverture qui l’oblige à prendre un mouvement rectiligne. La nature du mouvement de va-et-vient transmis est à très peu près définie par une sinusoïde simple, si le mouvement du volant est uniforme. Les écarts de cette forme élémentaire ne proviennent que de l’inclinaison de la bielle sur la verticale, et peuvent être réduits autant qu’on le désire. La tringle supporte, par l’intermédiaire d’un lil de caoutchouc, une masse M, suffisante pour tendre fortement le fil (cette masse est située hors du cadre de notre ligure). Si l’on donne au volant un mouvement peu rapide, la masse exécute une oscillation dont l’amplitude est très peu supérieure à celle du point d’attache du lil. A mesure que la vitesse du volant augmente, les oscillations deviennent plus étendues; et, lorsqu’il y a concordance entre le mouvement primitif et la durée d’oscillation propre de la masse, celle-ci exécute des mouvements tout à fait désordonnés. La vitesse augmentant encore, les oscillations se calment peu à peu, pour devenir à peine perceptibles lorsque l’extrémité du fd se meut avec une très grande vitesse. Toute l’énergie reste alors emmagasinée dans la transmission, à l’état potentiel. Lorsqu’il y a résonance, au contraire, elle passe à l’état cinétique, et, dans tous les autres cas, le système est le siège d’une transformation continuelle d’une forme à l’autre. Le dernier cas, où l’énergie reste entièrement dans la transmission, est très important dans un domaine particulier, celui des transports. Les ressorts des voitures, les caoutchoucs des vélocipèdes, éprouvent, en effet, de la part de la route, une série de déformations très rapprochées, qui produisent des variations dans leur tension, trop rapides pour être transmises.
- Les phénomènes sont rendus plus frappants par le dispositif que l’on voit à la partie gauche de la ligure. L’axe B peut être relié au volant V par une bielle qui lui communique un mouvement d’oscillation sur lui-même. Sa manivelle est, en effet, plus longue que celle de la commande. Une planchette P,
- folle sur l’axe, ligure le système récepteur ; un ressort en spirale relie la planchette à l’axe.
- On voit aussi, suivant la vitesse du mouvement du volant, la planchette osciller de manière à exécuter un tour entier ou même davantage, ou bien se fixer si bien que l’on n’aperçoit plus qu’un léger tremblement de l’aiguille qu’elle porte.
- La nécessité de la concordance des mouvements pour la production d’oscillations de grande amplitude devient évidente, si l’on prolonge la transmission par un fil et un couplage élastique terminé à une masse N, suspendue par un fil de caoutchouc. Si l’on a eu soin de régler les oscillations propres de la planchette et de la masse de manière que leur période soit un peu différente, on observe que les amplitudes sont très différentes pour une même vitesse du mouvement excitateur. La même démonstration peut être faite en plaçant, sur l’axe B, deux planchettes ayant des durées d’oscillation différentes, soit en raison de leur moment d’inertie, soit à cause de la liaison.
- Il n'y a pas de plus grandes difficultés à introduire un certain amortissement dans le système récepteur; il suffit, par exemple, de monter sur la planchette une lame de bois dont le plan passe par l’axe de rotation. On vérifiera ainsi les conséquences relatives à la synchronisation des mouvements amortis. Ch.-Ed. Guillaume.
- INCENDIE ET EXPLOSION
- d’ux AA VIRE A PÉTROLE DANS LE PORT DU HAVRE
- Dans la nuit du samedi 15 avril 1895, un peu avant minuit, un incendie se produisit abord d’un navire amarré dans l’avant-port du Havre. Ce bâtiment était le steamer la Hève, capitaine Mathieu Philippe, et appartenant à MM. Genestal et Delzons. Il était chargé de pétrole. L’alarme fut donnée aussitôt.
- A l’arrivée des secours les flammes émergeaient furieusement par les panneaux de la cale arrière où se trouvait le foyer de l’incendie. Ce steamer avait terminé son chargement dans l’après-midi à 4 heures, au garage de Gravide, où il avait embarqué 1800 barils de pétrole de la maison Desmarais, en destination de Blaye et Saint-Louhez (Gironde). A 9 heures et demie, la Hève sortait du sas du bassin de la Citadelle, et allait mouiller dans l’avant-port, pour prendre la mer vers 1 heure du matin. On venait d’allumer les feux de la machine, lorsque vers 11 heures et demie, le capitaine Philippe vit de Ja fumée sortant d’une manche à air. Peu d’instants après, une explosion se produisait, faisant sauter les panneaux de la cale arrière et tout aussitôt les flammes sortaient avec impétuosité par celte ouvertuie. Devant l’imminence du danger, les treize hommes de l’équipage sautèrent dans l’embarcation du bord et dans les barques de plusieurs canotiers, où ils jetèrent également une partie de leurs vêtements, puis ils débarquèrent sur le quai Bros-trom. Le capitaine Philippe quitta le dernier son bord. Enfin, sur l’ordre de M. Marzin, commandant de port, on fila la chaîne de l’ancre sur laquelle le steamer était mouillé, et, à l’aide d’amarres frappées à terre, on fit accoster Ja Hève près du quai. On put, dès lors, faire
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- LA N A TU HE.
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- manœuvrer la pompe à vapeur des pompiers, les hommes qui tenaient les lances étant placés assez loin, sur le quai, car, de temps à autre, il se produisait des explosions. A 1 heure et demie du matin, le feu ne diminuant pas d’intensité, on faisait venir le bateau-pompe delà Chambre de commerce. Jusqu’à t) heures et demie environ, ce puissant engin avait manœuvré et l’on pouvait croire que l’incendie était complètement éteint, lorsqu’une grave complication se produisit, qui faillit tourner en véritable catastrophe.
- 11 était 10 heures du matin lorsqu’une formidable détonation se fit entendre, au loin répercutée, et faisant voler en éclats quantité de vitres de la tente de la Compagnie générale transatlantique, ainsi que d’un grand nombre de maisons environnantes : c’était le steamer la Hève qui sautait. Les gaz produits par le pétrole s’étaient sans doute accumulés dans la cale avant du vapeur et avaient déterminé l’explosion.
- Par la haie largement ouverte, puisque toute la partie avant du pont avait été projetée en l’air, une fumée noire sortait à torrents, si bien qu’à un moment donné tout le quartier sud de la ville fut plongé dans une obscurité presque complète. En même temps jaillissait de la cale du steamer une énorme quantité de pétrole enflammé, et des barils entiers étaient projetés au loin par la violence de l’explosion. Comme, malheureusement, on avait négligé de placer dès le début de l’incendie des isolateurs autour du navire, l’huile minérale en pleine combustion se répandait librement dans l’avant-port. Le spectacle était terrifiant et l’on craignait qu’il ne se produisît une catastrophe semblable au fameux incendie de Bordeaux, qui fut occasionné aussi parle pétrole. La panique était générale.
- Une immense coulée de lave incandescente s’étendait dans l’avant-part; partant du quai Brostroin, elle se déversait dans la direction des jetées, formant comme une immense rivière de feu. Le spectacle était d’une horreur imposante. Tout l’avant-port était sinistrement éclairé par les lueurs de ce gigantesque brûlot flottant, au-dessus duquel s’élevait lourdement un voile épais de fumées noires allant se perdre au loin sur la mer.
- La brise portait surtout le pétrole enflammé vers le premier brise-lames de la jetée du Nord, à la hauteur du bureau du Marégraphe, et bientôt les fermes de l’estacade s’enflammèrent. Leur combustion était d’autant plus facile que ces énormes pièces de charpente sont recouvertes de goudron et de coaltar.
- En un instant, les flammes s’élevèrent à une hauteur prodigieuse, au milieu de torrents de fumée, et la foule accourue de toutes parts, impuissante et anxieuse, commentait les faits, se demandant à qui devait incomber la responsabilité d’un semblable accident.
- Les sapeurs-pompiers firent leur- devoir avec une ardeur digne d’éloges, et les pompes mises en action finirent par avoir raison du danger. A midi toute grave inquiétude avait disparu. Le premier brise-lames a tellement été endommagé que sa reconstruction complète est jugée nécessaire. L’est dire que les dégâts sont très importants. Pendant l’extinction des fermes du brise-lames, deux modestes et courageux travailleurs ont été blessés1. M. Avril, chef d’équipe, fut atteint par le feu, il eut les cheveux et la barbe brûlés. Un autre travailleur, ouvrier paveur, a été brûlé au visage. De nombreuses équipes de soldats ont travaillé à l’extinction de cet incendie.
- 1 D’après le récit publié par le journal le Havre.
- LE SENS DES COULEURS
- La capacité visuelle ne varie pas seulement selon les individus; elle est encore proportionnelle, pour ainsi dire, au degré de civilisation auquel appartient l’individu. M. Hugo Magnus, professeur d’ophtalmologie à IJ resla u, a développé celte thèse d’une façon très ingénieuse dans les Mémoires de physiologie publiés par l’Université d’iéna1.
- « A l’origine, dit-il, la rétine humaine se trouvait, sur toute son étendue, dans un état analogue à celui que présente aujourd'hui la zone périphérique de cette membrane. Dans ces régions, la rétine est encore insensible aux couleurs ; toute couleur y perd son caractère propre et n’apparaît [dus que comme un gris plus ou moins clair 2. »
- Plus tard, les hommes commencèrent à percevoir le rouge et le jaune, c’est-à-dire les couleurs qui correspondent aux ondes lumineuses les plus longues et les plus puissantes. Ainsi, ni les hymnes antiques du Yéda, ni le Zend-Avesta, ni l’Ancien Testament ne parlent jamais du ciel bleu, bien qu’ils abondent en descriptions de la nature. De même, dans les poèmes homériques, le vert des plantes n’apparaît pas plus que le bleu du ciel tandis qu’il y est question à chaque instant du jaune et du rouge. Homère et Ezéchiel paraissent n’avoir été sensibles qu’aux lueurs incandescentes de l’arc-en-ciel; quelques siècles plus tard le philosophe grec Xenophane distingue dans ce météore le pourpre, le rouge et le jaune verdâtre ; Arislote y ajoute le bleu ou le violet, car le mot xj/vo; a les deux sens comme cæruleus en latin. En hébreu et en assyrien les descriptions du jaune et du vert se confondent souvent; il en est de même en assyrien3 et en arabe pour le bleu et pour le noir.
- Les inductions historiques de M. Hugo Magnus sont confirmées par des documents contemporains. M. Eug. de Eroberviile, ancien secrétaire général de la Société de géographie de Paris, qui a étudié d’une façon toute spéciale les langues de l’Afrique méridionale pendant un long séjour fait par lui à Pour-bon et à Plie de France, a établi qu’à l'exception des Malgaches, qui sont d’habiles teinturiers et possèdent un vocabulaire très complet pour les couleurs, tous les peuples de cette région ne distinguent nettement que le blanc, le noir et le rouge; les autres couleurs sont considérées comme des variétés de celles-là. Le bleu et le violet sont constamment confondus avec le noir; le jaune et probablement
- 1 Die Entwickelung des Farbensinncs. léna, 1887.
- 2 Certaines personnes ne perçoivent point la sensation île quelques couleurs et même d'aucune couleur; cette infirmité peut être considérée comme un cas d’atavisme.
- 3 Quand on parle des sept couleurs des murailles d’Ecba-tane ou des sept étages de la tour de Borsippa à Babylonc, il ne faut point oublier que ces couleurs, symboles des sept planètes, étaient noir (Saturne), blanc (Vénus), pourpre (Jupiter), bleu (Mercure), vermillon (Mars), argent (la Lune), et or (le Soleil.)
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- Y orange se rattachent soit au blanc, soit au rouge ; quant au vert il est appelé tantôt bleu (synonyme de noir), tantôt jaune.
- L’expédition de Madagascar donnant un intérêt d’actualité à l’étude des langues de cette région, je donne ici un tableau synoptique publié en 1851 par M. de Frobervillc et qui indique la parenté analogique des langues de l’Afrique méridionale.
- Voici le relevé des noms des couleurs en langue malgache ; quelques-uns de ces mots ont été importés dans la langue des îles Comores, surtout à Mayotte et à Mohéli1 (Voy. le tableau au bas de la page).
- Je ne donnerai pas les noms des couleurs dans les différentes langues indiquées sur la carte, bien que M. de Froberville ait eu l’amabilité de m’en envoyer le relevé. Je me bornerai à reproduire sa conclusion.
- Blanc.— Comme on le voit, toutes les tribus ont un vocable spécial pour le blanc; on pourrait tout au plus rapprocher, en dhiawa, le mot ku-/ëra (blanc) de khi-ëm (rouge), et, en ma-kua, suera de o-sierra (rouge), et de o-siéra (jaune).
- Jaune. — En général, le mot jaune se rapproche des mots blanc, rouge ou vert. En suhaïli, sang a-sanga (jaune) signifie aussi vert ; en
- lima, hundu ou iahundu signifie à la fois rouge, jaune et vert; de même en comarok. Les Makuas désignent le jaune par les mots osierra, okuil'a, qui ont un très grand rapport avec nela et suera, blanc, et okuira, osierra, rouge. Les autres tribus emploient un mot spécial pour la couleur jaune ou,
- 1 Blanc .... Fotsi (prononcez foutse).
- Noir Maenti, maïnti; inti, intina.
- Noirâtre. . Somari-maenti ; maenti nintina, maïntinti.
- Noir obscur . . . Mahiki; mahitzi.
- Rouge Ména.
- Rougeâtre . . . Somari ména.
- Jaune Tamôtamô assaki; teinture jaune, tandrana gris jaunâtre, mavo, voni.
- Jaunâtre (gris) . . Soniarisarivôuy.
- Vert Maïtso.
- Bleu Maïtso; gara; manga.
- Bleuâtre Mihia-maïtso.
- Verdâtre Maïtso itso, Somari-maïtso.
- Vcrdàtre-bleuâtre. Marea-maïtso.
- Bleu-vert Maïtso dzeni.
- Bleu de ciel. . . . Maïtso lanitra (lanitra : ciel).
- Verdoyant ... Maïtso-lany.
- Violet Maïnti-mena (littéralement noir rouge).
- du moins, mes vocabulaires ne donnent à ce mot (jaune) que cette seule acception.
- Rouge. — I)e même que pour le blanc, toutes les tribus ont un vocable spécial pour le rouge, ce qui indique que cette couleur est bien distincte pour elles. Presque tous les mots qui désignent la couleur rouge proviennent d’une des deux ou trois racines kundu, f'ira et siéra, ces deux dernières pouvant être des modifications d’une même racine.
- Vert. — Mes vocabulaires sont peu complets pour cette couleur. Parmi les tribus, les unes, par exemple les Lima et les peuplades qui parlent le bunda, ont un mot spécial qui, parfois, signifie aussi, comme en français, non mur ; les autres, par exemple les Suhaïli, emploient, pour désigner la couleur verte, le même mot que pour la jaune,
- enfin lesMatumbi emploient le mot nutulu qui ressemble beaucoup à lititu, kilutu, qui signifient bleu et aussi noir chez les Nia-muezi. Les Makuas ont les mots ioripa (vert) et urripa (bleu), qui ne sont que des formes dialectiques du même mot. Les Co-marois ont le mot mani-maïti qui paraît dériver du malgache mana-maïtso (verdir et bleuir), ou de mana-mainti (noircir).
- Bleu ou noir.
- — Toutes les langues de l’Afrique méridionale, au sud de l’Équateur, dont j’ai recueilli les vocabulaires, n’ont chacune qu’un seul et même mot pour le bleu et le noir, sans aucune excep lion. Quelques-unes se servent du même mot pour le vert.
- Violet. — Aucun renseignement.
- Orangé. — Aucun renseignement.
- On peut donc admettre que l’organe de la vision se perfectionne chez l’homme à mesure qu’il prend l’habitude d’analyser davantage ses sensations, et que, le champ d’action de cet organe augmentant, la zone périphérique de la rétine humaine finira par devenir sensible à des rayons encore obscurs pour la plupart d’entre nous, bien que je croie en avoir démontré récemment l’objectivité par des expériences précisesl. Albert de Rochas.
- 1 L'extériorisation de la sensibilité. Paris, Cliamuel, 1895.
- Tableau de la parenté analogique des langues de l'Afrique méridionale.
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- REVUE DES PROCÉDÉS NOUVEAUX
- Apprêt des tissus et du papier û l'électricité.
- — Pour apprêter certains genres de tissus et aussi pour obtenir des effets de moiré, de gaufré, etc., on se sert de la presse hydraulique et de plateaux chauffes, entre lesquels les tissus ou les papiers sont placés. Le chauffage des plateaux se fait dans des fours. L’inconvénient de ce système, c’est que, pendant le travail, les plateaux se refroidissent et l’action obtenue n’est pas régulière. On a eu l’idée de chaufferies plateaux à l’électricité et d’établir ainsi une presse électrique. Nous donnons, fig. 1, la disposition de celle qui a été établie par M. Émile Claviez, à Chemnitz. Le courant, venant d’une dynamo, arrive à un distributeur à plateau et, de là, le courant est amené à chacun des plateaux de la presse. Chacun de ces plateaux est creux et contient des fds disposés en spirale, faisant résistance au courant et produisant le chauffage. Ce dispositif, comme on le voit, est très simple.
- De plus, on peut régler à volonté l’intensité du chauffage et obtenir les effets voulus. C’est une nouveauté qui intéressera sûrement beaucoup de nos industriels.
- Mordants pour graver sur métaux. — La gravure chimique des métaux se fait au moyen d’eaux-fortes dont les compositions sont généralement connues.
- Le plus souvent ces eaux-fortes étaient à base d’acide nitrique. Depuis'on a employé le perchlorure de fer, les composés à base d’iode.
- Huppe nous donne aujourd’hui une série de recettes s’appliquant à la plupart des métaux usuels. Comme base, il se sert d’une solution moyennement concentrée de perchlorure de fer. À cette solution, il ajoute différents produits, suivant le métal sur lequel on doit opérer. Pour le cuivre, le nickel, le cobalt, l’étain, il ajoute à la solution ferrique du chlorate de potasse et de l’acide chlorhydrique; pour l’aluminium, du chlorure d’aluminium; pour l’argent, du chlorhydrate d’ammoniaque ou sel ammoniac; pour le plomb, de l’acétate de soude; pour
- Perfectionnements apportés dans les procédés galvanoplastiqucs. — Pour imperméabiliser les moules, Greif, de Monaco, se sert du retène (méthyl-propylphénanthracène). Ce corps, additionné d’un peu de naphtaline, offre cette propriété curieuse de se resserrer à 89 degrés et de se dilater par refroidissement. Le moule est ensuite recouvert de plombagine. Pour recouvrir d’un métal des matières organiques, Trauttmann se sert de phosphure d’argent. L’objet est immergé dans une solution de phosphore et de nitrate d’argent dans une essence, de la lavande, par exemple. Richard Falk rend le modèle conducteur en le recouvrant de collodion, de gélatine ou d’albumine tenant en solution un sel d’argent (nitrate) ; il le plonge ensuite dans une solution réductrice, afin de réduire l’argent. Comme réducteur, il se sert de sulfate ferreux, d’acide pyrogallique, d’hydroquinone, d’icono-gène, etc. On peut recouvrir l’objet de collodion ioduré, le plonger dans une solution de nitrate d’argent, l’exposer à la lumière et le soumettre à une dissolution de sulfate
- ferreux. Ce dernier corps donne un dépôt d’argent réduit très conducteur. Rein-feld, de Vienne, propose, pour la reproduction des pièces, de les nickeler, de les frotter avec du savon pour faciliter le détachement et de les soumettre au bain galvanoplastique. La reproduction se fait à 0,001 millimètre près.
- Procédé pour augmenter le pouvoir éclairant de l’huile à brûler. — Depuis quelque temps, on rencontre, dans le commerce, une huile dénommée huile de Jupiter, ayant un fort pouvoir éclairant, un tiers en plus du pouvoir éclairant de l’huile de colza. Cette huile n’est autre qu’une simple dissolution de bergaptène et de camphol dans l’huile, dans la proportion de 5 pour 100. Le bergaptène est la matière grasse que l’on retire de l’huile ou essence de bergamote. On la produit maintenant artificiellement à bon marché, avec l’essence de térébenthine et l’ozone. C’est le produit artificiel qui est employé pour fabriquer Y huile de Jupiter. Le camphol se prépare aiti-ficiellement de la même manière.
- l’acier et le fer, Luppe recommande une solution d’un mélange, à parties égales, de bisulfate de soude et de chlorate de potasse, additionnée de sel ammoniac. Enfin, poulie zinc, un mordant semblable à celui employé pour l’acier, moins le sel ammoniac.
- Amalgamation des zincs des piles. — On prépare la composition suivante :
- Eau.................100 grammes.
- Sulfate de mercure Acide sulfurique. Acide oxalique . Sel ammoniac. . On obtient une pâte grisâtre
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- On en frotte fortement les zincs à amalgamer. Si l’on ne doit pas les employer tout de suite, on les sèche. Ainsi amalgamés, ils durent plus longtemps.
- Procédé de platinage des métaux. — Voici quelques nouveaux bains proposés récemment, à l’étranger, pour déposer le platine par la voie électrochimique : Bôttcher recommande un bain formé d’une solution de chlorure double de platine et d’ammoniaque, additionné de citrate de soude. Avec un courant un peu fort, on obtient un dépôt homogène et brillant. Langbein proposé un bain semblable qu’il prépare ainsi : il fait dissoudre 500 grammes d’acide citrique dans 2 litres d’eau et neutralise exactement cette solution avec une solution de soude caustique, puis la porte à l’ébullition. Il y ajoute lé précipité obtenu en mêlant une solution concentrée de 75 grammes de chlorure de platine avec une solution également concentrée de sel ammoniac. Ce précipité n’est autre que le chlorure double de platine et d’ammoniaque.
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- La solution de citrate de soude et de chlorure double est maintenue à l’ébullition jusqu’à ce qu’elle devienne absolument limpide. On la dilue avec de l’eau de façon a porter son volume à 5 litres. On augmente la conductibilité de ce bain en l’additionnant de 20 à 25 grammes de sel ammoniac. Un autre bain, excellent aussi, peut se préparer en mêlant deux dissolutions : l’une de 17 grammes de chlorure de platine dans 500 grammes d’eau, l’autre de 100 grammes de phosphate d’ammoniaque dans la même quantité d’eau. Le précipité formé est recueilli sur un filtre et mis dans une solution bouillante de 500grammes de phosphate de soude dans un litre d’eau. On fait bouillir jusqu’à ce que tout l’ammoniaque soit expulsé, ce que l’on reconnaît à l’alcalinité de la liqueur et aussi à sa coloration. Lorsqu’il n’y a plus d’ammoniaque le liquide est incolore.
- Entretien rationnel des chaudières à vapeur.
- — Bien des propriétaires d’appareils à vapeur ne savent à quel saint se vouer pour entretenir convenablement leurs générateurs. L’emploi des eaux calcaires les recouvre, intérieurement, d’une couche de tartre, véritable fléau. Tous les intéressés connaissent les désagréments des ncrustations, nous n’insisterons pas. Comme remède, il n’y a qu’un moyen efficace: l’emploi de l’eau pure, ou l’épuration des eaux impropres avant leur entrée dans la chaudière. Nous condamnons, d’une façon absolue, tous les (lésineruslants, quels qu’ils soient. Ces produits, vendus très cher et b force de réclame, sont tous nuisibles, peu ou beaucoup.
- L’installation d’un épurateur d’eau décourage beaucoup d’industriels. En effet, une telle installation coûte toujours très cher et ne peut être effectuée que pour les grandes usines. Nous croyons venir en aideaux petits ateliers, aux petites entreprises, en leur signalant un moyen d’empêcher tout dépôt de tartre dans leurs chaudières. 11 suffit d’ajouter à l’eau à envoyer au générateur de vapeur, 100 b 200 grammes par mètre cube du produit désigné dans le commerce sous le nom de kélé-nine. Ce composé, absolument neutre, n’attaque pas le fer, l’acier, la fonte, le cuivre et le bronze. 11 n’agit pas en précipitant les sels de chaux ou de magnésie des eaux, mais simplement en les maintenant en dissolution dans l'eau. Il ne se forme donc pas des boues, souvent gênantes, que l’on est obligé d’évacuer toutes les semaines ou tous les quinze jours, ce qui arrive lorsqu’on épure les eaux à la soude ou à la potasse. Les matières grasses peuvent pénétrer dans la chaudière sans inconvénient, lorsqu’on se sert de kélénine pour les maintenir en état de propreté.
- Nouveau procédé pour dépolariser les piles.
- — On sait que la polarisation des piles est due, en général, b un dépôt d’hydrogène sur le pôle positif, qui augmente la résistance intérieure. Les dépolarisants sont tous des composés oxydants. Malheureusement leur action devient de moins en moins efficace au fur et à mesure qu’ils se réduisent, c’est-à-dire qu’ils absorbent de l’hydrogène. On a essayé la dépolarisation continue au moyen de l’oxy-
- gène, de l’ozone et de l’air. Tous ces moyens ont échoué. Nous devons signaler une nouvelle disposition, qui intéressera certainement les électriciens, peimettant la depolarisation au moyen de l’air. La figure 2 montre une pile NYalker-Wilkins, non polarisable. Elle est composée d’un cylindre de zinc amalgamé Z, immergé dans une solution de potasse caustique contenue dans un vase poreux P. Ce dernier vase est contenu dans un large pot extérieur Y, perforé de nombreux trous comme le montre le dessin. L’espace compris entre le vase poreux P et le pot Y, est rempli par du charbon granulé (Cg) et du charbon en poudre (C/Q.Au milieu de ce charbon, plonge un cylindre perforé en nickel M, réuni avec le pôle positif et en communication avec la borne T (+)- La borne placée en T (—), sur le zinc, est en relation avec l’électrode négative. La partie annulaire, remplie de charbon, est fermée par une rondelle en bois. L’air passe par le tuyau I), traverse le charbon, et s’écoule par les trpus du pot extérieur. Il est bien évident que ce dispositif pourrait s’appliquer dans le cas où l’on voudrait se servir de l’oxygène, de l’ozone ou de tout autre gaz oxydant, que l’on introduirait par le tuyau 1).
- Procédé pour conserver l*eati oxygénée. —
- L’eau oxygénée est un produit de blanchiment très à la mode. Un de ses grands désavantages est la difficulté de sa conservation. On l’acidifie bien avec de l’acide sulfurique ou phosphorique, néanmoins sa conservation est toujours difficile. Un produit étranger assure sa conservation parfaite, d’après de nombreuses expériences et des essais rigoureux. C’est un carbure d'hydrogène de la série du naphtalène. Pour masquer son origine, il est vendu sous le nom de cam-phrène ou d'ékonogène. Qu’importent ces qualificatifs, pourvu que la matière réponde b un besoin? C’est à ce seul titre que nous la signalons ici. 11 suffit d’en mettre 0,5 b 1 pour 100 dans l’eau oxygénée pour assurer sa slabilité, son pouvoir blanchissant et oxydant.
- Imperméabilisation des tuiles. — On sait que l’un des défauts des tuiles, c’est leur perméabilité, b l’eau de pluie. Cette façon de laisser passer l’eau présente le grave inconvénient d’amener rapidement la détérioration de la charpente des toits, des plafonds et des objets qui se trouvent sous leur protection. On vient d’imaginer un procédé permettant d’imperméabiliser les tuiles ordinaires et de les rendre aussi étanches que les meilleures ardoises. C’est un résultat dont les conséquences ne sauraient échapper à personne. L’opération est simple et peu coûteuse. Les briques sont immergées dans une solution d'algoline, dans l’eau ordinaire, portée à l’ébullition dans un grand bac. Après une heure de bain, les briques sont plongées dans une solution d’alun et de tannin. Les tuiles sont ensuite mises à la dessiccation. Elles sont imperméables à l’eau et ne montrent pas de suintement même après quinze jours, tandis que les meilleures briques de Marseille présentent ce phénomène après cinq ou six jours. L’opération est peu coûteuse et ne revient qu’à quelques centimes par centaine de briques.
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- Fig. 2. — Pile Walker-Wilkins.
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- Purification de l‘can d’alimentation. — Voici un excellent procédé pour purifier l’eau destinée aux usages alimentaires. Il est dû au Dr Crookes. On ajoute à l’eau à épurer 100 à 200 grammes par mètre cube de la mixture suivante :
- Permanganate de chaux ... 1 partie
- Sulfate d’alumine...........10 parties
- Argile fine ou kaolin .... 50 —
- Dépiquage des vins. — Les vins piqués, c’est-à-dire aigres, sont ramenés à leur état naturel par une simple addition de sucrate de chaux, dans la proportion de 15, 25, 50 grammes et même plus par hectolitre. Plus le vin est aigre, plus il faut employer de sucrate. Ce procédé a rendu de grands services dans le midi delà France.
- Savon liquide. — Bien souvent, on a essayé de faire des savons liquides, mais aucun d’eux n’a pris place dans les usages. Leur premier inconvénient était de coûter très cher, parce qu’ils étaient à hase d’alcool ou de glycérine. Le savon liquide qui fait l’obj&t de cette notice est à hase d’oléine de soude et d’eau, comme le meilleur des savons de Marseille. 11 n’en diffère que par sa forme liquide. Il est à hase d’oléine modifiée par un traitement chimique à l’acide sulfurique. Celte oléine est ensuite saponifiée par la soude. 11 sert aux mêmes usages que le savon solide : lavage des mains, du linge, des chiffons, etc. Le savon liquide est livré dans des tonneaux et se débile au litre ou au kilogramme, à la convenance des acheleurs.
- A.-M. Villon.
- L’HUILE DE CHÈNEMS
- Comme la plupart des huiles, l’huile de chènevis entre dans l’éclairage, la fabrication des savons et même pour une très faible part dans l’alimentation. Elle est extraite de la graine de chanvre femelle ; cette graine, lorsqu’elle est mûre, vers la fin août ou commencement de septembre, a une couleur brune : elle a la forme d’une coque ou capsule bivalve, ovoïde et lisse, et contient une amande blanche et huileuse.
- Pour extraire l’huile de la graine de chènevis, on la transforme en pâte, puis on la met dans des sacs que l’on soumet à l’action de la presse. On fait généralement deux et même trois pressions ; la première est en partie réservée pour l’alimentation ; la seconde est utilisée dans l’éclairage, la peinture et la savonnerie.
- C’est surtout dans l’Est, région de la Lorraine et des Vosges, que se fait en France la fabrication de l’huile de chènevis. Dans la savonnerie, cette huile joue un rôle assez grand, car elle est recherchée pour la fabrication, en hiver, des savons mous et verts; son point de congélation est, en effet, très bas; elle s’épaissit à 15° au-dessous de zéro et se congèle complètement à 27°. Elle peut supporter, on le voit, les froids les plus rigoureux. Sa saveur est fade et son goût désagréable. Sa densité à 15° est de 0,925 environ.
- Voici les qualités distinctives de ce corps gras : l’huile en est jaune-verdâtre après la fabrication ; elle jaunit en vieillissant. Elle est soluble dans l’alcool bouillant en toutes proportions ; elle ne se dissout que dans 50 parties d’alcool absolu froid. L’acide sulfurique lui donne une coloration brun-verdâtre ; par l’ammoniaque elle devient jaune et s’épaissit. Mélangée avec le bisulfure de calcium, elle produit un savon noirâtre, qui devient jaune par l’agitation. D’autres réactifs lui donnent d’autres teintes1.
- 1 Moniteur des huiles.
- HISTOIRE DES TOITURES AUTOMOBILES
- Il y a deux ans environ, nous avons donné la description d’une voiture à vapeur construite en 1855 par François Macerone et Squire1. Nous rappelions alors que la première voiture à vapeur était due à Joseph Cugnot, né en Lorraine le 25 septembre 1725.
- 11 avait passé sa jeunesse en Allemagne, où il avait étudié la mécanique avec beaucoup d ardeur, et il trouva bientôt à être employé comme ingénieur ; il vécut ensuite dans les Pays-Bas et se fît remarquer par le maréchal de Saxe en créant un nouveau modèle de fusil, bientôt adopté pour l’armement des huians. Encouragé par ce premier succès il se rendit à Bruxelles, et il résolut de construire des chariots à vapeur qu’il appelait fartliers à vapeur et qu’il destinait au transport des canons et du matériel de l’artillerie. Cugnot vint à Paris en 1765, dans la résolution de poursuivre ses travaux; il réussit à construire un modèle de voiture à vapeur qu’il termina en 1770. Un ancien mémoire des Archives de l'artillerie nous apprend que l’appareil de Cugnot fut examiné par le général de Gribeauval, et que le ministre Choiseul se proposait de demander à l’inventeur de faire fonctionner son appareil devant lui ; mais ce ministre ayant été bientôt exilé, « la voiture, dit le Rapporteur L.-N. Rolland, commissaire général de l’artillerie, nst restée là et se trouve aujourd’hui (en 1801) dans un couvert de l’Arsenal ».
- La tradition rapporte que Cugnot essaya sa machine et la fit fonctionner, mais dans une expérience malheureuse, le véhicule dévia de sa route et se heurta violemment contre un mur de clôture, qu’il renversa; les essais furent interrompus.
- En 1795, le Comité de salut public voulut démonter cette machine pour en faire des armes ; elle fut épargnée par des officiers d’artillerie et, en 1799, elle se trouva complètement sauvée par Molard, conservateur du Conservatoire des arts et métiers, qui la réclama pour les galeries de cet établissement. Ce n’est qu’en 1801 que la voiture à vapeur de Cugnot arriva au Conservatoire. Elle y est encore aujourd’hui et les visiteurs l’examinent avec intérêt; nous la reproduisons ci-contre d’après une photographie que nous avons fait exécuter pour nos lecteurs (fig. 1). Cette voiture était actionnée par une machine à vapeur à simple effet. Elle comprend deux cylindres de bronze et la chaudière montée à l’avant était enveloppée d’une couche de terre réfractaire formant corps isolant. La voiture, qui a trois roues, constitue un véritable tricycle. Cugnot mourut en 1804, âgé de 79 ans.
- En 1786, un Américain de Pensylvanie, Olivier Evans, qui s’occupait depuis longtemps de mécanique, construisit une machine à vapeur à haute pression qu’il voulut employer au fonctionnement d’une voiture, mais il fut partout fort mal accueilli par
- 1 Voy. n° 1047, du 24 juin 1893, p. 61.
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- LA NATURE.
- ses concitoyens. Il se rendit à Philadelphie, il y travailla, gagna quelque argent et il lui lut possible de commencer à construire sa voiture à vapeur ; en 1800, après avoir dépensé tout ce qu’il possédait, il eut la satisfaction de voir marcher sa voiture. Il entreprit la fabrication de ses machines à forte pression, et arriva à créer de vastes ateliers à Philadelphie,
- mais en 1819 un incendie brûla son usine de fond en comble. Le malheureux inventeur, qui avait fait le projet de reprendre sa voiture, mourut de chagrin.
- Olivier Evans avait souvent envoyé ses plans en Angleterre; ils y étaient connus de quelques ingénieurs. Deux mécaniciens du Cornouailles, Trevithick et Vivian, construisirent en 1801 des machines à
- Fig. 1. — La première voilure à vapeur de Cugnot," expérimentée en 1770, actuellement exposée au Conservatoire 'des arts et métiers, à Paris.
- vapeur à haute pression, analogues à celles d’Evans, et ils furent conduits à construire des voitures à vapeur. Notre figure 2 représente la voiture de ces deux constructeurs ; le véhicule était très élevé au-dessus du sol; à l’arrière, entreles deux roues, un solide châssis de fer était fixé à l’essieü. Ce châssis servait d’appui au foyer autour duquel un réservoir rempli d’eau se chauffait et envoyait la vapeur formée à un cylindre horizontal.
- Le piston de ce cylindre portait une tige qui, au moyen d’un système d’engrèna-ges, déterminait la rotation des roues de la voiture et produisait sa marche en avant. Cet appareil offrait- quelques dispositions ingénieuses, mais il était encore loin dé constituer un système pratique pour fonctionner sur les routes. Les inventeurs' reconnurent les imperfections de leur œuvre et la transformèrent en un wagon glissant sur rails dans les mines. Le succès ne répondit pas à leurs efforts, qui cependant méritent d’être cités.
- On parla beaucoup en Angleterre des expériences de Trevithick et Vivian, mais ce n’est qu’en 1827 que nous arrivons à la construction d’üne autre curieuse voiture à vapeur due à un mécanicien nommé
- Gurney. Notre figure 3, qui reproduit son aspect d’après une gravure anglaise du temps, nous dispensera d’une longue description. Nous traduisons la légende qui se trouve au-dessous de la composition du dessin :
- Le conducteur est assis à l’avant. Il tient le gouvernail des deux roues-guides et a sous la main,' à droite, un second gouvernail relié .avec le principal tube de vapeur. 11 assure ainsi la marche du véhicule. L’arrière de la voiture contient la machine, laquelle produit la vapeur, qui passe par des tubes,dans les cylindres placés sous la voiture et met en mouvement les roues d’arrière. Le réservoir, qui contient environ 200 quarts d’eau, se trouve dans le caisson, dont il occupe toute la longueur et toute la largeur. Les cheminées sont à l’arrière, et comme on se sert de coke, il ne se produit aucune fumée, pendant que l’air chaud, peu abondant d'ailleurs»se dissipe parle mou-
- Fig. 2. — Voiture à vapeur de Trevithick et Vivian, construite en 1801. (D’après une gravure anglaise.)
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- Fig. i. — Voiture mécanique à trois roues du D' Ghurch, construite à Birmingham en 1833. (D’après des gravures de la collection de M. Gaston Tissandier.)
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- veinent de la voiture. Aux divers relais on s’approvisionne d’eau et de combustible. La longueur de la voiture est de 15 à 20 pieds, le poids d’environ 2 tonnes. On peut faire à l’heure une et demie à deux lieues allemandes. La voiture prend à l’intérieur 6 et ’a l’extérieur 12 passagers. Le coffre de l’avant reçoit les bagages. L’inventeur et constructeur est M. Goldsworthv Gurney.
- Cette voiture a fonctionné, mais nous n’avons en notre possession que la gravure et sa légende qui donne une description peu complète sans parler des expériences faites ni donner en quoi que ce soit le moindre détail sur le moteur. Nous appelons l’attention sur la vieille estampe que' nous reproduisons (fig. 3). Qu’on veuille bien remarquer les costumes des passagers et les chapeaux Bolivar. Ce sont bien là les modes de 1827 à 1830. La dame que l’on voit dans le groupe de droite porte un chapeau que l’on nommait alors le chapeau tyrolien et qui est caractéristique de l’année 1827 *.
- En 1833, six ans après la construction dont nous venons de parler, un ingénieur italien fit paraître à Birmingham, en Angleterre, la singulière voiture à vapeur que nous reproduisons dans notre figure 4, d’après une gravure italienne (imprimée à Milan), dont nous traduisons la légende. Le véhicule était lourd et massif ; il était actionné par une machine à vapeur et pouvait, d’après la gravure, contenir un assez grand nombre de voyageurs. C’était un tricycle comme la voiture deCugnot. On n’a pas non plus de détails des expériences exécutées, ni delà disposition du mécanisme.
- Il nous a paru intéressant de rappeler les efforts de ces anciens précurseurs de la voiture automobile. Ils ont préparé et pressenti la solution d’un problème qui peut être considéré aujourd’hui comme résolu.
- Les courses de voitures mécaniques qui se préparent, donneront bientôt au public l’occasion de porter son attention sur les constructions souvent remarquables que l’on est arrivé de nos jours à faire fonctionner d’une façon pratique. Gaston Tissanmer.
- AUGMENTATION DE LA FLOTTE ANGLAISE
- L’année 1889 a été marquée pour la marine anglaise par un fait d’une importance capitale, c’est le vote par le Parlement d’une somme de 525 millions destinée à la construction de 70 nouveaux bâtiments de guerre, partie par les arsenaux de l’État, partie par les chantiers de l’industrie privée.
- D’après l’amirauté de nos voisins, ces navires devaient être construits en grande hâte, les bâtiments de combat de lr“ classe en trois ans et demi, quatre ans au plus; ceux de 28 classe en trois ans; les croiseurs de lre classe en deux ans et demi ; les petits croiseurs en deux ans au plus ; les canonnières eh un an et demi. Les cuirassés de U" classe devaient être à barbettes, posséder une longueur de 116 mètres, une largeur de 23 mètres, déplacer 14150 tonneaux environ, marcher à 17 nœuds
- 1 C’est un de nos correspondants de Vienne, M. Silas, qui nous a donné ces détarils sur les modes. 11 nous a écrit que dans le Journal des Dames, année 1827, il y a plesieurs gravures dans lesquelles on retrouve les chapeaux tyroliens.
- et demi au tirage forcé, avec un rayon d’action de 5000 milles à 10 nœuds.
- Leur blindage devait consister : 1° en une ceinture de flottaison de 2m,50 de hauteur, s’étendant sur les deux tiers de la longueur et d’une épaisseur maximum de 0ra,4G ; 2° en traverses cuirassées aux extrémités de la ceinture ; 5° en un pont cuirassé de 0m,075 juste au-dessus des traverses; 4° en un pont cuirassé en avant et en arrière de la ceinture; 5° en un blindage de 0m,125 partant de la ceinture et s’élevant à 5 mètres au-dessus de la flottaison.
- Quant aux tourelles, elles devaient être blindées à 46 centimètres à la base et 43 centimètres sur les faces. Des protections spéciales seraient installées pour mettre les servants de l’artillerie auxiliaire à l’abri des tirs rapides et des projectiles à explosifs puissants.
- Comme armement : 4 canons de 34 centimètres par couple, en tourelles ou en barbettes; 40 canons de 15 centimètres en abord; 18 à 24 tirs rapides de 6 et de 3 livres; 5 tubes lance-torpilles au-dessus de l’eau et 2 au-dessous. Les cuirassés de 2e classe devaient être la reproduction sur une plus petite échelle des cuirassés monstres; ils ne devaient déplacer que 9000 tonneaux. Les croiseurs, les avisos-torpilleurs, les canonnières et les torpilleurs devaient ressembler aux meilleurs types de la flotte anglaise.
- Voté par le Parlement, ce programme a reçu immédiatement son exécution. Depuis lors cinq années se sont écoulées. Chantiers de l’Etat et chantiers privés ont tenu parole ou à peu près. Le premier lord de l’amirauté, lord Spencer, l’annonçait au Parlement, en présentant son projet de budget pour 4895-96. Les cinq derniers bâtiments du « Naval Defense Act », cinq croiseurs de 2e classe, et les quatre torpilleurs dont on attendait l'achèvement sont terminés; la plupart des autres navires sont en service. Jamais, croyons-nous, on n’avait vu pareille rapidité. C’est ainsi que le Rotjal-Oak, la Revenge, la Repulse, tous trois de 14 150 tonneaux, 1 e Bar fleur, de 10 500 ton-naux, ont été construits en moins de deux ans, le Magni-fleent et le Majestic, de 14 900 tonneaux, en moins d’un an. Ajoutons qu’en France, où les constructions ont toujours été si lentes, on semble vouloir s’inspirer de cet exemple. Le Brennus, le Carnot, le Charles-Martel, le Jaurégui-berry ont été bâtis avec une rapidité à peu près égale.
- Voilà donc la flotte anglaise grossie de 70 navires de combat qui, joints à ceux qu’elle possédait déjà, font de cette flotte la plus nombreuse et la plus redoutable du monde. Il semblerait donc que nos voisins dussent s’y tenir. Il n’en est rien. Jamais, depuis cinq ans, les exigences de leur amirauté n’ont été plus grandes. Tous les ans ce sont de nouvelles demandes de crédits pour le renouvellement et l’accroissement de la flotte. A ne parler que du dernier budget présenté, celui de 1895-96, nous le voyons s’élever à 471 200 525 francs, en augmentation de 53 705 225 francs sur le budget de l’exercice qui va finir, et de 112 657 725 francs sur celui de 1893-94. Il s’agit celte fois de mettre sur chantiers 4 croiseurs de lre classe, 4 de 2e classe, 2 de 5e et 20 contre-torpilleurs. Si l’on récapitule les constructions en cours et celles de l’année qui va s’ouvrir, on trouve que les chantiers du Royaume-Uni travailleront en 1895-96 à 10 cuirassés de 1er rang, 6 croiseurs de 1" classe, 15 croiseurs de 2e classe, 2 croiseurs de 3e classe, 4 avisos, 45 à 50 contre-torpilleurs.
- Il va sans dire que les sommes énormes qu’ils coûteront n’iront pas toutes aux constructeurs. Une partie est destinée au remplacement de l'ancienne artillerie par les nouveaux canons à tir rapide, à l’agrandissement des
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- ports et l'approfondissement des entrées de rivières, tant dans la métropole qu’aux colonies, à la fortification des côtes, etc. Enfin il a fallu pour tous ces bâtiments des officiers et des équipages. L'effectif du personnel navigant s’élèvera en 1895-96 à 88 850 hommes. Soit un accroissement de 5450 hommes sur l'année actuelle, dans laquelle le personnel de la flotte s’était déjà accru de 0223 hommes. C’est surtout la categorie des mécaniciens, chauffeurs et soutiers qui a profité de cet accroissement, et cela est logique, étant donnée l’immense quantité de chevaux-vapeur à servir.
- On comprend que ce formidable développement de la marine anglaise n’ait pas été sans provoquer les craintes des autres puissances maritimes. On s’est demandé à quoi il tendait, et s’il ne dissimulait pas quelque arrière-pensée de guerre ou de conquête. Nos voisins se sont expliqués à ce sujet, et il y a lieu de croire que les raisons qu’ils ont données sont sincères. Ils ont constaté d’abord que depuis 1870 la paix était loin d’ëtre assurée, ainsi que le prouve la politique militaire de toutes les puissances de l’Europe ; qu’on pouvait s’attendre, en dépit des paroles de paix qu’on se prodigue, à voir naître quelque conflit d’un jour à l’autre ; qu’il était nécessaire dans ce cas que la marine du Royaume-Uni conservât son rang sur mer qui n’a jamais cessé d’être le premier, et qu’elle fut, suivant une tradition constante, en mesure de résister au moins à la coalition de deux États maritimes européens. Pour cela elle possède donc aujourd’hui, contre la France et la Russie, armés : 24 cuirassés contre 27; 5 garde-côtes contre 4; 67 croiseurs contre 37; 81 autres bâtiments contre 35; en réserve : 15 cuirassés contre 11 ; 14 garde-côtes contre 24; 55 croiseurs contre 25, et 51 autres bâtiments contre 42, et enfin, en construction : 10 cuirassés contre 18; 21 croiseurs contre 18, et 50 auti'es bâtiments contre 17.
- On ne doit pas perdre de vue en lisant ces chiffres que l’Angleterre possède de nombreuses colonies; il faut qu’elle les protège. Sa marine marchande est la plus considérable du globe : 12 778 669 tonneaux, et son commerce le plus étendu : 24 225 981 425 francs, alors que la France ne possède que 1 052 022 tonneaux et 6 779500 000 francs, l’Allemagne 1 735 685 tonneaux et 5 235 050 000 francs, etc., etc. Il faut également qu’elle couvre cet énorme capital flottant.
- Nous pensons donc, étant donné le tempérament pacifique des Anglais, qu’il est permis de croire à leur sincérité, et que tout en ne laissant pas se former un écart trop considérable entre leur puissance maritime et les forcés navales dont disposent les autres États de l’Europe, on aurait tort de s’alarmer d’un accroissement qu’exigent de l’Angleterre sa situation géographique, sa sécurité, son commerce, c’est-à-dire son existence même.
- L. Renard.
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- mOCIPËDIE
- BANDAGES PNEUMATIQUES EN CUIR
- Les ateliers militaires de Puteaux font en ce moment l’essai de bandages en cuir pour roues de bicyclettes munies de pneumatiques. Le ministère de la guerre espère, par l’adoption de cette substance nouvelle en l’espèce, sortir de l’embarras que lui cause le choix à faire d’une bicyclette de troupe d’un modèle définitif.
- En effet, en temps d’hostilités, les pneumatiques à bandages en caoutchouc, aujourd’hui encore si fragiles, et d’autant plus sujets alors aux avaries qu’ils ne pourront
- pas être l’objet de soins minutieux, seraient cause d’arrêts dans le service des estafettes et quelquefois même de prise par l’ennemi à la fois de l’homme, de la machine et du pli qu’ils portaient. D’autre part, munir de simples caoutchoucs creux les bicyclettes militaires, c’est non seulement rester en arrière du progrès, mais aussi les priver d’un élément de vitesse. Le bandage en cuir résoudrait, croit-on, la question, en permettant la suppression du caoutchouc creux et l’adoption d’un pneumatique réellement robuste.
- L’idée de remplacer dans l’enveloppe de la chambre à air d’un pneumatique le caoutchouc par du cuir est due à M. Sainte. Il est bien entendu qu’il ne s’agit ici exclusivement que du bandage, la jante en acier, la chambre à air en caoutchouc, la valve elle-même ne variant pas. De plus, il est évident que l’invention ne peut s’appliquer qu’aux systèmes de pneumatiques dits à tringles sans fin, parce que seuls ils sont fabriqués à froid, à la main. Le cuir ne peut pas être moulé comme le caoutchouc et constituer des bandages dits à talons.
- Le cuir, employé comme protecteur de la chambre à air, a déjà été essayé depuis deux ans, mais pas encore par l’autorité militaire. Les cyclistes qui l’ont adopté lui reconnaissent généralement de sérieuses qualités.
- En premier lieu sa résistance, tant à la pression intérieure qu’exerce sur lui la chambre à air, gonflée parfois jusqu’à trois atmosphères, qu’aux agents extérieurs de destruction tels que clous, cailloux, ronces, etc., est beaucoup supérieure à celle du caoutchouc. Rigoureusement imperforable, il ne l’est pas, pas plus même que ne Font été ces lamelles fines d’acier qu’on essaya jadis d’interposer entre la chambre et l’enveloppe et que des aiguilles ont pu traverser; mais il offre le maximum possible d’impénétrabilité à une si petite épaisseur, sans trop atténuer l’élasticité nécessaire de la chambre 5 air. Son impénétrabilité est d’ailleurs augmentée par la substance qu’on ajoute à sa préparation dans le but de le rendre imperméable à l’eau.
- En second lieu, sa facilité de réparation, au cas peu fréquent où il se déchirerait, est des plus simples. Dans un village le premier cordonnier rencontré, ou dans un régiment, le spécialiste, réunira par du fil poissé les lèvres de la plaie, et ce sera là une réparation définitive; alors que le bandage de caoutchouc exige le collage, au moyen de dissolution de gomme dans de l’éther, d’une pièce de toile à l’intérieur, puis la réunion des lèvres de la plaie à l’extérieur, double opération qui exige la paix, le temps et surtout le beau temps, la pluie étant l’ennemie invincible du pneumatique blessé.
- Enfin le bandage en cuir présente encore les avantages précieux : d’étre plus léger que son précurseur en caoutchouc ; de ne pas se déformer, de ne pas se couvrir comme lui de hernies qui proviennent d’une faiblesse locale de la toile intérieure du bandage; et de ne pas glisser comme lui sur l’asphalte et le pavé humides.
- Ce nouveau bandage se présente donc avec des qualités séduisantes. Il semble qu’il n’y ait pas d’objection grave à lui adresser, et que les voitures automobiles, surtout lorsque leur poids aura diminué, bénéficieront comme les bicyclettes de route ou de guerre de l’emploi du pneumatique recouvert de cuir. La vélocipédie militaire en fait l’essai. Au cas où cette nouveauté serait adoptée, ce serait une scène de caserne amusante que celle de l’estafette cycliste « brossant » ses pneumatiques pour la « revue », comme ses souliers ! L. Baudry de Saunier.
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- LA NATURE
- LES PARASITES DES CRIQUETS
- Il fut un temps où les savants et les naturalistes accueillaient avec un sourire dédaigneux les entomologistes qui se vouaient spécialement à l’étude des insectes utiles ou nuisibles à l’agriculture.
- Cet état de choses durerait peut-être encore si les insectes eux-mêmes ne s’étaient chargés de montrer, par l’étendue de leurs ravages, qu’il était de toute nécessité d’apprendre à les bien connaître pour pouvoir les combattre utilement.
- La Piéride du cbou, la Psyché noire, la Noctuelle des moissons, la Cicidomyie du blé, et bien d’autres
- Fig. 1. — 1. Mylabre (le l’olivier (Mylabrm Oleœ). — 2. Mylabre de Schreber (Mylabris Schrœbersi). 5. Clairon des ombelles (Trichodes umbellatarum).
- encore, semblèrent se coaliser avec le traditionnel Hanneton pour montrer qu’on avait peut-être eu trop de dédain pour ces humbles observateurs qui, par leur patience, et parfois aussi grâce à une profonde expérience, ont souvent les premiers fait connaître les mœurs de divers insectes et puissamment aidé par leurs sages conseils à entreprendre contre eux une lutte prolitable.
- Mais les temps sont aujourd’hui changés ; sous la protection du gouvernement, des stations entomolo-
- giques, où l’on fait de Y Entomologie appliquée se sont londées et les savants officiels acceptent volontiers la mission d’aller sur place étudier les mœurs et les métamorphoses de ces ennemis si petits par la taille, si redoutables par le nombre, qu’on nomme les insectes, et s’efforcent de rechercher les meilleurs moyens de les détruire. N’est-ce pas une consolation pour le cultivateur de savoir qu’en haut lieu on s’inquiète à ce point de vue, de ses intérêts, et que des hommes compétents et dévoués consacrent
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- LA N AT EUE.
- leur science et leurs études à le seconder dans une lutte parfois trop inégale où rinfiniment petit l’emporte souvent sur nous? Mais revenons à notre sujet.
- Ce sont les recherches des naturalistes qui nous ont appris quel secours on est en droit d’attendre des nombreux parasites dont la prévoyante nature a doté chaque espèce pour l’empècher de dépasser certaines limites dans son œuvre de destruction.
- Généralement quand un insecte devient très abondant, ses parasites, trouvant ample nourriture, se multiplient considérablement, en réduisent le nombre, et l’anéantiraient même, si la nature ne l’avait pas doué d’une fécondité suffisante ou de divers moyens de défense. Parfois aussi un nouveau parasite viendra dévorer le premier et atténuer ainsi son action, de sorte que l’équilibre un moment rompu pourra se rétablir.
- C’est ordinairement ainsi que les choses se passent, mais il n’est pas de règle sans exception, et le Criquet d’Algérie nous en fournit un terrible exemple. Tout le monde connaît ses ravages, et pourtant ses parasites sont nombreux dans la classe même des insectes.
- Dans un précédent article nous avons fait connaître les Sphexi, le lecteur pourra s’y reporter. Nous en examinerons aujour-' d’hui quelques autres.
- La ligure 1 et la ligure 2 qui accompagnent ces lignes représentent des insectes appartenant à l’ordre des Coléoptères. Ce sont d’abord des Mylabres que nous voyons à l’état parfait butinant tranquillement, l’un sur les fleurs de l’olivier : c’est le Myla-bris Oleæ, l’autre sur une Heur de chardon : le Mylabre de Schroeber, Mylabris Schrœbersi.
- Sur une feuille de chardon, nous voyons un Clairon des Ombelles, Trichodes Umbellatarum, et ce sont encore des Clairons que représente la figure 2.
- 1 Voy. n° 1118, du 3 novembre 1894, p. 565.
- Les Mylabres sont surtout remarquables par la série de transformations qu’ils subissent avant d’atteindre la forme sous laquelle nous les voyuns ici.
- La femelle, au moment de la ponte, va déposer ses œufs dans les régions fréquentées par les Criquets.
- Au bout de quelques jours une jeune larve sort de chaque œuf, elle est représentée très fortement grossie (fig, 5, n° 1 ). Elle est petite, agile, court avec rapidité sur le sable, s’y enfonce à la recherche des coques contenant les œufs d’Acri-diens. Lorsqu’elle en a trouvé une elle la perce, s’y introduit et commence à dévorer le premier œuf qu’elle rencontre. Bientôt elle change de peau et en même temps de forme et subit plusieurs mues, elle est devenue épaisse, ses pattes se sont réduites. Continuant à dévorer les œufs contenus dans la coque ovigère du Criquet, elle se développe rapidement, et va prendre bientôt la forme d’une ny mphe; c’est une pseudonymphe et il en sortira une nouvelle larve qui se transformera cette fois en une vraie nymphe donnant naissance à un insecte parfait. Ces diverses formes de larves sont représentées figure 5, nos 2 à 5.
- C’est Fabre qui le premier a observé ces transformations si remarquables chez les insectes vésicants et il leur a donné le nom d'Hyper-métamorphoses. Elles ont été ensuite étudiées en Amérique, par Riley, et en Algérie, par M. Kunekel qui a proposé de substituer au nom d’Hypcr-métamorphose celui d ’llypnodie.
- Pendant leur période larvaire les Mylabres se nourrissent donc uniquement d’œufs de Criquets, et comme leur nombre est parfois considérable ils en détruisent d’immenses quantités.
- La larve des Clairons (fig. 5, n° 6) a des transformations plus simples, elle subit une série de mues sans changer de forme et, ayant atteint son complet développement, passe à l’état de nymphe, comme cela a lieu pour la grande majorité des insectes.
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- LA NATURE.
- L’ordre des Diptères fournit, comme celui des Coléoptères et des Hyménoptères, son contingent de parasites des Criquets. Nous en représentons deux : l’un à l’état parlait (fig. 3, n° 8), le Sarcophaga Affinia; l’autre à l’état de larve (fig. 5, n° 7), Syslæc/ius Nilidulus.
- A voir cette pléiade nombreuse d’insectes, tous destinés à tempérer l'extrême multiplication des Criquets, il semblerait que l’on soit en droit de voir en eux un remède contre ce terrible fléau, « la Sauterelle ». L’expérience nous montre malheureusement combien leur action est encore insuffisante.
- Mais si le fléau est toujours si terrible, n’est-ce pas aussi notre faute?
- Les Criquets ont d’autres ennemis naturels que les insectes. Beaucoup d’oiseaux s’en nourrissent presque exclusivement, et seraient volontiers nos alliés. Mais ils sont de notre part l’objet d’une destruction systématique. C’est par centaines de mille qu’à certaines époques on les envoie chaque jour sur les marchés de l’Europe, malgré les protestations et les pétitions de nombreuses sociétés savantes, alors qu’ils pourraient par leur grand nombre nous être d’un si grand secours dans cette lutte contre l’invasion des « Sauterelles » où, malgré tant de millions dépensés chaque année, nous n’avons encore obtenu que des résultats peu appréciables.
- Peut-être objectera-t-on que les oiseaux pourraient bien aussi détruire les insectes parasites des Criquets. Il y aurait là un sujet à traiter et nous ne pouvons ici l’entreprendre. Nous nous bornerons à dire que l’observation semble avoir démontré que la plupart des oiseaux auxquels nous faisons allusion, ne semblent se nourrir que de Criquets et que leur action viendrait nettement s’ajouter à celle des insectes. B. I.
- CHRONIQUE
- Suicide des guêpes. —M. Henry, horloger, àLon-guyon (M.-et-M.), nous adresse la Note suivante sur le Suicide des guêpes. (( L'article paru dans la Boîte aux lettres du n° 1145 de La Nature, concernant le suicide d’un chardonneret, me rappelle un fait que j’ai observé il y a quelque temps et que je crois devoir vous communiquer. Une guêpe en quête d’aventure est entrée un jour dans mon atelier et est venue se promener lentement sur mon établi, flairant tous les objets les uns après les autres, pour voir s’il n’y aurait pas un bon larcin à faire. Mal lui en prit, car à peine arrivée au-dessus du papier où je dépose mes petits objets, j’approchai doucement une cloche en verre (de celles qui nous servent à recouvrir les mouvements de montres), et la voilà prisonnière. Après avoir fait plusieurs fois le tour de sa prison ets etre assurée qu’il n’y avait point d’issue, elle fit voir sa mauvaise humeur d’une façon tellement évidente, que dans la crainte qu’elle ne s’en prît à moi, je n’osai plus lui rendre la liberté, et résolus de la tuer. Me souvenant alors de la rapidité avec laquelle la benzine asphyxie la mouche commune, j’imbibai de ce liquide le papier au bas de la cloche, et celle-ci de se remplir de vapeurs. Le terrible insecte montra d abord de la surprise, marchant lente-
- ment, s’arrêtant souvent, puis une marche plus rapide et saccadée témoigna de l'inquiétude de la bête ; mais le liquide gagnant de proche en proche toute la surface du papier, les mouvem mis s’accélérèrent et ne tardèrent pas à devenir désordonnés ; l’inquiétude se transforma en une colère épouvantable; elle frappait le papier de ses pattes et de ses mandibules avec une telle force, qu’on sentait les trépidations en posant les doigts sur l’établi à quelques centimètres delà cloche, et finalement, voyant son impuissance et souffrant horriblement, elle se renversa sur le dos, et, se repliant sur elle-même, s’implanta à trois reprises différentes le dard dans le corselet. L’expérience est cruelle, et je n’aime pas faire souffrir les bêtes, ne fùt-ce qu’une mouche ; néanmoins, la curiosité l'emporta sur la sensibilité, et voulant me rendre compte si je n’avais pas eu affaire à une exception, je l’ai renouvelée trois fois, et trois fois j’ai eu le même résultat. Il y a longtemps que La Nature a parlé du suicide d’un scorpion, d’une vipère, puis dernièrement d’un chardonneret; elle peut y ajouter le suicide d’une guêpe. »
- Désinfection «les puits. — L’un des fâcheux effets des inondations à la campagne est l’empoisonnement des puits. Comme ils sont, le plus souvent, situés dans le voisinage des fosses à purin, le contenu de ces dernières se mêle à l’eau du puits, qui devient un réceptacle à maladies. On a beau pomper ensuite, il se passe des mois avant que le puits fournisse de nouveau de l’eau pure, celle qui suinte des parois étant contaminée par les dépôts restés à la surface des briques et dans les interstices. Le docteur Franck a fait connaître à la Société polytechnique de Berlin un moyen employé par lui, en pareil cas, sur les bords du Rhin. C’estde suspendre àl’orificedu puits une assiette en terre dans laquelle on verse 50 à 100 grammes de brome. Le brome, comme on sait, se volatilise à l’air et ses vapeurs sont plus denses que celui-ci. Ce corps est un puissant désinfectant. Il se forme donc un nuage de vapeur qui tombe lentement dans le puits, léchant la surface intérieure, pénétrant dans les interstices et détruisant complètement les matières organiques. Au fond du puits, le brome se dissout dans l’eau, et, comme la solution est plus lourde que l’eau même, la masse liquide est ainsi complètement pénétrée par l’agent désinfectant. L’eau fournie par le puits conserve pendant quelque temps un léger goût de brome peu agréable, mais tout à fait inoffensif. En revanche, elle est redevenue tout de suite parfaitement saine. On conseille aussi ce moyen pour assainir les caves qui ont été inondées1.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du G mai 1895. — Présidence de M. Marey.
- Inertie de l'argon. — M. Moissan expose que la découverte de l’argon est intéressante d’abord parce qu’elle montre que les corps gazeux peuvent renfermer des traces de corps non isolés, et ensuite parce que cette substance est en quelque sorte l’opposé du fluor, au point de vue de la puissance d’affinité chimique. Ce savant, à l’aide de 200 centimètres cubes d’argon qu’il tenait de M. Ramsay, a essayé sur l’argon l’affinité de matières qui se combinent avec l’azote. 11 a trouvé que le titane à 1,5 pour 100 de carbone n’a pas d’action au rouge sombre; le bore est également sans effet; il en est de même pour le lithium, qui fixe l’azote à 500°, et pour l’ura-
- 1 D’après l'Outillage de l’entreprise.
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- niuui. Enfin M. Moissan a étudié l’eflet du fluor. Il a employé pour celte expérience délicale un tube de platine fermé à chaque extrémité par une plaque transparente de fluorine. Une tubulure latérale permet d’introduire les gaz et une autre tubulure de les évacuer. Ces tubulures sont pourvues de robinets. Enfin un dispositif approprié fournit le moyen de faire jaillir l’étincelle d’une bobine d’induction entre le tube et une pointe intérieure. M. Moissan lance d’abord dans le tube deux à trois litres de fluor, de façon à chasser tout l’air, puis il fait arriver lentement l’argon. U ne se produit dans ces conditions aucune combinaison à la température ambiante, même sous l’influence de l’étincelle électrique.
- La recherche du pôle Nord en ballon. — Dans le projet d’exploration polaire de M. Andrée, une des conditions dont la nécessité a été signalée par le savant suédois, est l’imperméabilité du ballon pendant une durée évaluée à trente jours. M. Andrée déclarait que cette condition était facile à réaliser à peu près complètement, et il basait son opinion sur l’exemple du ballon Giflard qui a fonctionné pendant toute la durée de l’Exposition de 1878. M. G. Tis-sandier démontre que l’affirmation de M. Andrée repose sur une imparfaite connaissance du fonctionnement du ballon Giflard. En réalité, dans ce ballon, comme dans tous les ballons, la déperdition journalière de gaz était très appréciable. Elle était due non pas à un vice de construction de l’aérostat, mais à la dilatation du gaz, produite le jour par les rayons du soleil qui, lorsqu’ils sont ardents, déterminent par l’ouverture de l’appendice inférieur une sortie assez importante de l’hydrogène. Tous les matins on produisait de l’hydrogène dans un appareil spécial, et on en remplissait le ballon qui reprenait ainsi son volume primitif.
- Emploi de la pomme de terre pour la nourriture des bestiaux. — M. Aime Girard communique le résultat de nouvelles recherches qu’il a effectuées sur l’application de la pomme de terre à l’alimentation des animaux de boucherie. Il résulte de ses expériences que la pomme de terre équivaut à un fourrage de premier ordre grâce auquel le poids vif et le rendement en viande augmentent. M. Girard pratique ses essais à la ferme de la Faisanderie, sur des bœufs et des moutons, à partir du mois de novembre 1804. Les bœufs, au nombre de 9, ont été choisis dans trois races différentes : 5 du Charolais, 5 du Limousin et 5 de la race de Durham. Enfin les moutons, au nombre de 50, étaient ceux de la ferme. Les bœufs ont été soumis à un régime alimentaire composé de 25 kilogrammes de pommes de terre cuites et 5 kilogrammes de foin haché, avec sel, plus G kilogrammes de foin en bottes, pendant soixante-dix jours. Les moutons ont été divisés en deux lots égaux, dont l’un a été soumis à un régime alimentaire composé de 10 kilogrammes de pommes de terre cuites et foin haché, l’autre, 10 kilogrammes de pommes de terre crues et foin, pendant quatre-vingt-dix jours. A l’égard des bœufs, l’augmentation de poids vif a été de 1 à 2 kilogrammes par jour, soit, à la fin de l’expérience, 10 à 15 pour 100 du poids initial; à l’cgard des moutons, l’augmentation a été de 4i pour 100 du poids initial. Déplus, tandis que les bœufs dits d'écurie rendent habituellement 55 à 56 pour 100 du poids vif en viande, les bœufs alimentés à la pomme de terre ont donné de 60 à 62 pour 100. Enfin, tandis que le rendement habituel des moutons n’est que de 41 pour 100, celui des moutons soumis à l’expérience a été de 55 à 55 pour 100. Mais, ajoute M. Girard, ces résultats n’au-
- raient pas de valeur si la qualité de la viande était inférieure. Or, au contraire, cette qualité est absolument supérieure et les spécialistes la comparent à celle fournie par les meilleurs prés. La pomme de terre crue a produit également un rendement fort pour les moutons, mais la qualité de la viande était médiocre. Quelques chiffres permettent d’ailleurs d’apprécier le coté essentiellement pratique des recherches de M. Girard : au bout de soixante dix jours, chaque tète de bœuf du Charolais a laissé un bénéfice de 150 francs, chaque tète de bœuf de Durham 155 francs, du Limousin 226 francs. L’auteur ajoute que ces faits pourront profiter de la manière la plus utile aux éleveurs des pays de sol granitique sur lequel le fourrage vient très médiocrement.
- Influence des fumures sur la vigne. — M. Dehérain présente une Note de M. Muntz sur l’influence qu’exercent les fumures données aux vignes sur la qualité des vins. C’est une opinion universellement adoptée que les fortes fumures sont nuisibles sous ce rapport. En examinant les pratiques suivies dans les différentes régions viticoles, M. Muntz a constaté que le Midi qui produit des vins ordinaires fume peu les vignes, alors que les vins si appréciés du Médoc et de la Champagne reçoivent des fumures à tel point abondantes qu’elles dépassent de beaucoup celles qu’on donne aux, cultures les plus intensives de céréales et de fourrages. La fumure étant une question de dépense, peut être appliquée plus facilement aux vins fins, dont le prix est élevé, qu’aux vins communs, c’est-à-dire à bas prix. Ce sont donc des conditions économiques qui règlent les fumures de la vigne, et c’est une erreur de croire que les engrais, tout au moins lorsqu’ils sont donnés sous forme d’engrais naturel, nuisent à la qualité des vins. La fumure est d’ailleurs plus destinée à maintenir la vigueur des vignes qu’à augmenter les récoltes. Ce qui déprime la qualité des vins, c’est la poussée à une fructification excessive par le mode de taille. Chose digne de remarque, lorsque l’abondance de la vendange se produit sous l’influence de conditions météorologiques favorables, la qualité des vins n’en est pas amoindrie. Lorsque, au contraire, elle est obtenue artificiellement par les pratiques culturales, les vins deviennent inférieurs. Ce qui fait la différence entre les vignes des régions du Midi et celles des régions plus septentrionales, c’est que les premières ont toujours assez de chaleur mais pas assez d’éléments nutritifs, tandis que les secondes ont toujours assez d’éléments nutritifs mais rarement assez de chaleur. Dans les premières, c’est l’engrais qui est le régulateur de la production ; dans les secondes, c’est le soleil.
- Préparation de phosphures de cuivre. — M. Granger a étudié l’action des combinaisons du phosphore avec les haloïdes sur le cuivre métallique. Quand on fait passer sur du cuivre chauffé dans un tube de verre, un courant de vapeur de trichlorure, tribromure ou biiodure de phosphore, il se forme, en même temps que du chlorure, ou du bromure, ou de l’iodure de cuivre, du biphosphure de cuivre. C’est un corps décomposable par la chaleur, dont la couleur et l’éclat rappellent le silicium. Le tri-fluorure de phosphore n’agit qu’au rouge vif ; il se forme dans ces conditions le phosphure CuHP4.
- Décès. — L’Académie reçoit la nouvelle de la mort du zoologiste Karl Vogt, décédé à Genève, et du naturaliste américain James Dana.
- Varia. — M. Etard a étudié les bandes d’absorption produites par les sels de chrome etde cobalt. —M.Bigour-
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- dan, au moyen d’observations inédites de la comète découverte en 1771 par Messier, démontre que l’orbite de cet astre est non point hyperbolique, comme on l’avait cru, mais bien elliptique. — L’Académie reçoit le 58e volume de la série publiée par M. Louis Figuier, sous le titre : l'Année scientifique et industrielle. Ce volume, consacré à l’année 1894, a été achevé par M. D.Bellet; on y trouve, sou? une forme facile et intéressante, l’exposé des travaux scientifiques et des principales inventions appliquées à l’industrie qui forment le bilan de l’année dernière. Ch. de Yilledeuil.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- LE CHERCHEUR DE POLES DE MM. DUCRETET ET LEJEUNE
- Dans les applications diverses de l’électricité, il est souvent indispensable de connaître le sens des courants qui traversent les divers circuits que l’on doit examiner.
- Les constructeurs ont déjà imaginé un grand nombre d’appareils permettant de trouver facilement ces diverses directions. L’appareil est souvent peu pratique, encombrant, et nécessite parfois quelques manipulations. MM. Du-cretet et Lejeune ont combiné dernièrement un modèle de chercheur de pôles que nous avons eu l’occasion d’expérimenter pendant quelque temps, et qui nous a été fort utile. L’appareil est simple, très portatif et d’un maniement des plus aisés.
- Les figures ci-jointes 1, 2 et 5 nous donnent la vue d’ensemble et les vues de détail intérieures. Dans le fond d’une boîte de petites dimensions est disposé un cadre de fil lin isolé C (n° 2 de la figure), d’une résistance d’environ 500 ohms. Les extrémités de ce cadre sont reliées à deux bandes de cuivre placées sur le côté et que l’on peut mettre en communication avec les deux conducteurs du circuit à étudier. Au centre est un pivot sur lequel repose un disque de zinc portant sur la face inférieure un équipage mobile astatique formé de deux petits barreaux aimantés parallèles et à pôles alternés, et sur la face supérieure un disque de bristol sur lequel sont marquées les inscriptions 4- et —. Le n° 5 de nos dèssins montre nettement ce disque avec les désignations indiquées. Ce disque est mobile autour
- du pivot sur lequel il repose : il est astatique et par suite à l’abri de toute action terrestre. On peut d’ailleurs le diriger à l’aide d’un aimant E établi dans le prolongement de la boite. Au-dessus du disque se trouve enfin un couvercle présentant deux ouvertures A et B, dans lesquelles se présentent les signes -f- et — marqués sur le bristol. Si nous faisons passer un courant dans le cadre de fil fin, le champ produit par ce courant agit sur l’équipage mobile et le fait déplacer dans un sens ou dans un autre suivant la direction du courant. Nous voyons aussitôt apparaître les désignations correspondant à ce sens. Ajoutons qu’une pédale fixe l’équipage lorsque l’appareil est au repos. Un couvercle ferme le chercheur, qui peut facilement être mis dans la poche.
- Pour se servir de l’appareil, il suffit de le disposer à plat, de l’orienter de façon à ne laisser au repos
- aucune indication dans les ouvertures A et B en agissant légèrement sur l’aimant auxiliaire E. On fait ensuite communiquer chacun des deux conducteurs du circuit à examiner avec une des bandes de cuivre fixées sur le côté et dont nous avons parlé plus haut. Le circuit de fil fin est aussitôt traversé par un courant, et nous voyons le disque mobile se déplacer en nous donnant les marques -h et — pour nos deux conducteurs. Cette opération peut être faite sur les circuits à faibles différences de potentiel, 1 volt par exemple, comme sur les différences de potentiel de 110 volts employées dans la distribution de l’énergie électrique. Dans les deux cas nous avons obtenu des résultats satisfaisants.
- Dans les installations_où il ne sera pas possible d’établir les communications jusqu’à l’appareil, on placera le conducteur près du chercheur suivant la ligne tracée au-dessous des ouvertures A et B, ou on approchera le chercheur du circuit suivant cette dernière direction. Les mêmes indications seront encore données.
- L’appareil que nous décrivons est donc en résumé un appareil très simple et qui peut être de la plus grande utilité pour les •électriciens. J. L.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdieu
- l'ig. 1, 2 et 3. — Le chcrehcur de pôles de MM. Ducrelel et Lejeuuc. 1. Vue d’ensemble. — 2. Vue intérieure. — 3. Équipage mobile.
- Paris. — Imprimerie Laihjke, rue de Flcurus, 9.
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- N° 1 1 ili,
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- On s’occupe beaucoup de la Lune en ce moment et, à part le projet plus ou moins fallacieux de procurer aux. visiteurs de la prochaine Exposition le spectacle de la « Lune à 1 mètre », on peut con-23* anaée. — 1" semestre.
- staler que les astronomes redoublent de sollicitude à l'égard de notre satellite. En faut-il d’autres exemples que ces magnifiques photographies exécutées actuellement à notre Observatoire national et dont
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- LA NATURE.
- La Rature donnait récemment une description si pleine d’intérêt1?
- De leur côté les géologues étudient la Lune et constatent, outre des traits d’analogie avec notre propre globe, des particularités tout à fait caractéristiques de la sélénologie. Pour ce qui est des analogies il y a longtemps qu’on les a soulignées. Henri Lccoq a publié par exemple, il y a plus de trente ans, une curieuse Notice intitulée La Lune et /’Auvergne où il s’est attaché à signaler la ressemblance du disque lunaire avec nos régions volcaniques. A la surface du disque on voit plus de 50 000 cratères de toutes les tailles, et beaucoup d’entre eux offrent avec les montagnes aolcaniques terrestres les plus intimes analogies.
- Du nombre est la montagne de Copernic qui atteint 5400 mètres d’altitude, c’est-à-dire environ la hauteur de l’Etna. Elle offre une double enceinte annulaire dont l’extérieur a 87 kilomètres de diamètre; l’autre, à bords plus élevés, mesure 69 kilomètres de largeur; c’est vers son milieu que se trouve le pic élevé de 5400 mètres. Tandis que le JP. Secchi voit dans cette montagne l’analogue des cratères volcaniques des environs de Rome, Henri Lccoq la compare aux puys traebytiques de l’Amérique; tous les deux sont d’accord'pour lui attribuer des caractères tout à fait voisins de ceux des volcans terrestres.
- Le grand cratère d’Aristillus est entouré, dans toute sa partie sud extérieure, de plusieurs séries d’obélisques plus élevés que les roches Tuillière et Sanadoire du mont Dore dont les masses imposantes ont de la ressemblance avec les pics démantelés du volcan lunaire.
- Il est plus d’un cirque de l’Auvergne qui peut rivaliser pour la dimension avec les petits cratères de la Lune; ainsi le cirque du Cantal a 10 kilomètres et plusieurs de ceux qui existent dans la Lune ne sont pas plus grands. Enfin quelques-unes des montagnes de la même province peuvent également donner une idée des cratères conjoints si nombreux sur la Lune. C’est ainsi que le puy de Montchié, situé au sud du puy de Dôme, offre quatre cratères réunis mais non confondus; les cirques de Riccius, de Babb-Lcvi, de Lindemann et de Zagut sont également rapprochés et confluents par leur hase. Les cratères de Cyrille et de Catharina sur la Lune sont accouplés comme ceux de Jumes et de Coquille en Auvergne. Les deux cratères Azophi et Ahenezra situés à l’extrémité des rayons nord-est de Tycho sont complètement accolés et semblent eux-mêmes avoir déformé un troisième cratère; disposition qui rappelle celle du puy de Verrière, vers l’extrémité nord de la chaîne des monts Dore. Ces faits sont très fréquents autour de Tycho, où les cavités sont en outre entremêlées de saillies et de crêtes qu’on pourrait considérer comme des produits d’éruptions; un grand nombre des affleurements de porphyres
- 1 Yoy. n° 11 i0, du 0 avril 1895, p ‘295.
- de l’Auvergne ressemblent à ces saillies et quelquefois se bifurquent comme elles.
- On peut, dans la même direction, signaler bien d’autres rapprochements frappants. Ainsi, quand on étudie le plan de l’Etna, on se croit transporté aux environs du grand cratère lunaire de Tycho. Une foule de détails et de petits accidents se retrouvent sur la fidèle image du volcan sicilien. Les volcans de Bolivia, en Amérique, et les restes de l’ancien lac qui occupait le cirque allongé autour duquel ils ont surgi, ont aussi leurs analogues sur la Lune. L’Islande peut être comparée à plusieurs groupes de ses petits cratères. Santorin et les îles voisines ont encore la forme d’un de ses grands soulèvements. Le cirque des îles Barren, avec leur piton en activité, semble avoir été copié sur notre satellite. L’ile de Palma, aux Canaries, est un véritable cratère lunaire. La grande Caldera, de Ténériffe, son pic gigantesque et les pustules volcaniques qui l’entourent, semblent aussi appartenir aux régions les plus bouleversées de la Lune.
- La conclusion uniforme de ces remarques dont nous pourrions prolonger indéfiniment la série, c’est que les phénomènes auxquels la Lune doit son apparence si spéciale sont de la même essence que les phénomènes volcaniques. II y a longtemps que M. Paye écrivait : « C’est sur la Lune que les géologues pourraient étudier les actions plutoniques dans toute leur pureté. » Aussi peut-on affirmer que préciser les conditions lunaires ce n’est pas seulement faire de la sélénographie, mais encore édifier les bases de la Géologie comparée. De pareilles considérations sont évidemment de nature à exciter la sagacité des chercheurs et les hypothèses se sont multipliées pour rendre compte des particularités principales de la surface lunaire. Dans le nombre se signale celle de Chacornac que nous nous bornerons à rappeler en deux mots.
- A l’origine, selon cette manière de voir, l’écorce solide du satellite était peu résistante, et comme elle n’avait pas encore été bouleversée par des secousses, elle devait présenter dans tous les points à peu près la même homogénéité et la même épaisseur. La force expansive des gaz, agissant alors perpendiculairement aux couches superficielles et suivant les lignes de moindre résistance, dut briser l’enveloppe et produire des soulèvements de forme circulaire. C’est sans doute à cette période qu’il faut rapporter la formation des immenses circonvallations dont l’intérieur est aujourd’hui occupé par les plaines appelées mers. Succédant à cette période primitive, une sorte de diluvium général ou d’épanchement boueux aurait enseveli sous une masse brune plus des deux tiers de la surface visible de la Lune, rempli le fond de tous les grands cratères et, d'une extrémité à l’autre, se serait étalé sensiblement au même niveau. D’autres soulèvements se seraient produits ensuite; mais survenus à une époque où la croûte du globe lunaire avait acquis une plus grande épaisseur, ou encore provenant de forces
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- élastiques moins considérables, ils auraient donné lieu aux plus grands cirques, déjà bien intérieurs en dimensions aux formations primitives. Peut-être est-ee là l’origine des cirques de Schickhardt, de Grimaldi, de Clavius. A leur suite enfin auraient fait éruption une foule de cirques de dimensions moyennes dont les enceintes couvrirent le sol tout entier de la Lune et qui se produisirent au sein des circonvallations primitives.
- Il semble qu’une semblable supposition soit à l’abri de toute espèce de contrôle, et cependant on peut aller plus loin dans cette voie de reconstitution géologique. La méthode expérimentale se montre ici tout aussi féconde que dans bien d’autres directions, et scs enseignements semblent dignes d’être présentés à nos lecteurs. Déjà, en 1826, dans le célèbre ouvrage sur Les Volcans dont E. Pierraggi a publié une traduction française en 1864, un des plus savants géologues de l’Angleterre, Poulett Scrope, décrit l’expérience suivante : « Si l’on emplit, dit-il, une poêle à frire ordinaire d’un pouce ou deux de plâtre mêlé avec de l’eau, dans laquelle on a fait fondre un peu de glu (pour l’empêcher de prendre ♦rop vite) jusqu’à consistance de pâte et qu'on la place sur le feu de façon à faire bouillir l’eau avec assez de violence, les bulles qui crèvent constamment à la surface en se suivant rapidement aux mêmes points finissent, lorsque tout le fluide est évaporé, par laisser de nombreuses cavités circulaires avec un petit rebord de matière tout alentour; ces cavités ressemblent tellement à celles de la Lune qu’il est difficile de ne pas être convaincu que notre satellite a dit subir une opération analogue, quelque différente qu’en soit l’échelle. »
- Depuis l’époque où Poulett Scrope écrivait, Je sujet a été repris par divers expérimentateurs qui ne paraissent pas d’ailleurs avoir précisé beaucoup les résultats précédents. De mon côté, placé depuis longtemps au double point de vue de la géologie comparée et de la géologie expérimentale, j’ai pris grand plaisir à répéter la petite manipulation du savant anglais. En en variant les conditions, j’ai obtenu quelques résultats qui me paraissent dignes d’être signalés et dont plusieurs, reproduits ci-contre d’après des photographies, paraissent de nature à jeter du jour sur les conditions géologiques que la Lune a traversées.
- Dans mes premiers essais j’ai employé sans variante le dispositif décrit tout à l’heure et j’ai vu se faire les cupules dont parle Poulett Scrope. Mais je me suis bientôt aperçu qu’en changeant la compacité de la pâte on détermine des accidents spéciaux. Ceux-ci ne peuvent être étudiés commodément que sur nos fourneaux modernes à gaz, dont on ne disposait pas en 1826 : c’est en fermant subitement le robinet au moment opportun qu’on peut arrêter profitablement l’expérience, pour laisser la matière plastique dans une immobilité absolue jusqu’à ce que la prise lui donne la solidité qui assure la conservation de tous ses détails.
- Ce mode opératoire étant adopté il a été facile de préparer des spécimens présentant Lun des traits les {dus essentiellement caractéristiques des volcans lunaires (fig. 1) et que Poulett Scrope ne semble pas avoir imité. Il s’agit d’un petit mamelon situé au centre même des cirques. En suivaat attentivement l’expérience, on s’assure que le mamelon se forme au même moment que le cratère enveloppant. Voyez à l’appui la figure 2 de la page précédente (585) qui, comme celles qui l'accompagnent, a été gravée d’après les photographies de M. Massat, attaché au laboratoire de géologie du Muséum et (pic je me fais • un plaisir de remercier.
- Les cratères se produisent en de certains points et même suivant de certains alignements réglés par la distribution de la chaleur et par la constitution qui en résulte de canaux de dégagement de la vapeur. Ils peuvent se grouper par deux ou trois et davantage et il arrive qu’un cirque unique vient en envelopper plusieurs (fig. 5), ce qui est une disposition fréquente sur la Lune. Dans ce cas, il est ordinaire que l’altitude dans les cirques soit diflerente de celle des régions environnantes et souvent elle est inférieure, ce qui est caractéristique aussi, d'après le témoignage des sélénograpbes.
- II est impossible de poursuivre des essais de ce genre sans être frappé de la distribution fort inégale des cratères sur la surface cependant bien peu considérable du récipient employé : certaines parties sont couvertes de cirques et de cratères, les uns béants, les autres pourvus de la colline ombilicale mentionnée plus haut, et, à côté, des surfaces qui peuvent être relativement fort larges sont restées presque complètement lisses. Il eu résulte des contrastes comparables à ceux qui, depuis si longtemps, ont fait diviser le disque de notre satellite en mers et en continents.
- La différence entre les deux catégories de régions s’accentue encore si on recouvre la pale de plâtre, au moment où elle entre en ébullition, d'une très mince couche de sable fin d’une nuance faiblement grisâtre. Les éruptions apportent la matière blanche du fond par-dessus cette pellicule colorée ; les chaînes de cratères et les coulées qui en sortent constituent des îlots éclatants sur le fond général plus terne et la photographie rend le contraste d’une manière intéressante par sa ressemblance avec les photographies lunaires. Les gouttelettes lancées verticalement viennent retomber sur le sable et simulent les blocs épars signalés dans les mers.
- En poussant enfin l’expérience jusqu’au dégagement de la plus grande partie de l’eau, on voit des crevasses et des fissures s’ouvrir, bien analogues souvent aux rainures ou sélénoclases par leur longueur relative, leurs anastomoses et leur continuation imperturbable au travers de tous les accidents superficiels (fig. 4).
- Je crois qu’il est difficile d’imaginer un fac-similé plus complet de la surface de notre satellite et la théorie géologique de la Lune s’en trouve certaine-
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- ment éclairée d’une manière très vive. Le seul point que je veuille signaler aujourd’hui à cet égard, c'est que le genre d’éruption dont le disque lunaire présente tant de témoignages paraît relatif à un stade de l’évolution sidérale que le globe terrestre a depuis longtemps traversé. Si notre satellite s’y est arrêté, c’est sans doute que la proportion relative des fluides dont il se trouvait pourvu à l’origine était insuffisante pour lui permettre d’aller plus- loin dans la série des états planétaires. La Lune, quoique parvenue à une période de décrépitude qui permet d’y reconnaître des particularités telles (pie les rainures (jue la Terre acquerra plus tard, représente un organisme comparable, dans la série cosmique, à celui des êtres frappés d’arrêt de développement dans le monde biologique.
- Cette conclusion peut être vérifiée jusqu’à un certain point en recouvrant le bain de plâtre en éruption d’une couche relativement épaisse de sable qui représente le revêtement des terrains cristallins et stratifiés qui font l’épiderme de notre globe.
- Dans ce cas, les manifestations volcaniques changent notablement de caractère et se rapprochent du type terrestre : des soulèvements bien plus localisés déterminent des fissures sur lesquelles s’ouvrent des cratères laissant exsuder de vraies coulées qui se répandent à l’extérieur.
- Le contraste de la Terre et de la Lune au point de vue de cette économie géologique est un sujet plein d’intérêt, mais qui demanderait à être traité à part. Staxislas Meuxier.
- UN BEC DE GAZ ACÉTYLÈNE
- Nous avons décrit il y a quelque temps1 une bougie gazogène fondée sur les curieuses propriétés du carbure de calcium de décomposer l’eau à froid en faisant de l’acétylène et en donnant de la chaux comme résidu. Cette propriété peut être mise en évidence en laissant simplement tomber dans un verre d’eau un fragment de carbure de calcium gros comme un petit pois : le gaz s’échappe en abon-
- 1 Yoy. n° 1150, du 20 janvier 1895, p. 134. Une bougie gazogène.
- dance, et une allumette approchée à la surface de l’eau, près de l’accumulation de bulles qui se forme à sa surface, produit une série d’inflamma-tions.
- Pour obtenir un dégagement continu, on peut, comme l'indique M. T. O’Conor Sloane dans leSc/en-tific American, construire un véritable générateur de gaz acétylène analogue aux appareils classiques qui servent à la production de l’hydrogène dans les cours de physique. L’appareil, aussi simple qu’économique de construction, se compose essentiellement d’un vase en verre assez grand pour recevoir un verre de lampe à pétrole fermé à son extrémité supérieure par un bouchon en liège paraffiné.
- On fixe sur ce bouchon un bec de gaz percé d’un trou très petit afin d’éviter une combustion fuligineuse. Ce bouchon est également traversé par une tige de fer formant à sa partie inférieure un anneau horizontal sur lequel vient reposer une petite corbeille en gaze métallique dans laquelle on place au préalable quelques fragments de carbure de calcium.
- Après avoir monté le bouchon et placé le carbure dans la corbeille, on enfonce le verre de lampe dans le vase rempli d’eau et on descend la corbeille à peu près au niveau de l’eau dans le vase. En ouvrant le robinet, l'air s'échappe et l’eau montant dans le verre de lampe vient bientôt mouiller le carbure : le dégagement de gaz commence, et après une ou deux minutes, on peut l’allumer, le mélange détonant formé pendant les premiers instants de la production ayant complètement disparu. La production est continue et automatiquement réglée tant qu’il reste du carbure de calcium actif, car si l’on ferme le robinet, la pression du gaz fait baisser le niveau de l'eau dans le verre de lampe, le carbure de calcium n’est plus en contact avec l’eau et la production de gaz cesse.
- Il y a là, eu modifiant les formes et les proportions, les éléments d’un gazogène à acétylène d’une très grande simplicité, et peut-être, avec quelques perfectionnements dans le brûleur, la solution du problème si souvent cherché : Le gaz à la campagne. E. II.
- Eig. 1. — Appareil de production du gaz acétylène que l’on peut confectionner soi-même.
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- f.A TRAKSFOBMATIOS *
- DES COURANTS ALTERNATIFS
- EX COURA N T COX T1X U
- Les courants alternatifs reçoivent de jour en jour de plus nombreuses applications. On sait que cette laveur dont ils jouissent est due à la facilité avec laquelle ils peuvent se transformer pour satisfaire à la fois aux exigences de la transmission et de la distribution ; la première doit se faire à haute tension pour que le prix des câbles et la perle de tension ne soient pas trop considérables, la seconde doit se faire à faible tension pour que les courants ne soient pas dangereux. Le courant continu se prête mal à ces exigences. Mais le courant alternatif offre
- de nombreux inconvénients. U est impropre aux opérations électrolytiques ; à moins d’employer leg courants polyphasés, il se prête mal à la mise en marche des moteurs ; enfin, comme il est composé d’une suite de courants qui passent par zéro à chaque période, il donne une lumière vacillante lorsque la fréquence, c’est-à-dire le nombre de périodes par unité de temps, n’est pas suffisamment grande.
- Le savant allemand von Ilelmholtz avait déjà étudié cette question ; il avait reconnu que l’œil est fatigué lorsqu’une lumière est éteinte et rallumée environ 25 fois par seconde. Le professeur Forbes a fait aussi d’intéressantes expériences ; il a obtenu les résultats suivants : avec des lampes à incandescence de 16 bougies et 50 volts, la lumière est vacil-
- Fig. 1. — Transformateur de courants alternatifs en courant continu de la station centrale d'éclairage électrique de CardilV.
- lante lorsque le courant a moins de 25 périodes par seconde ; lorsque la lampe est poussée, l’instabilité de la lumière est sensible jusqu’à 27 ou 28 périodes par seconde. Avec des lampes de 16 bougies et 100 volts, l’instabilité de la lumière est sensible jusqu’à 28 périodes par seconde, mais cette instabilité est moins gênante que la « respiration » des lampes produite dans bien des installations par l’irrégularité de la marche des moteurs. Cette instabilité est d’autant plus grande que le filament est plus mince, ce qui était à prévoir. Avec des lampes à arc, avec des charbons à mèche, consommant 26 volts et 14,2 ampères, l’arc était très instable avec 57,5 périodes par seconde ; avec 45 périodes par seconde les variations étaient encore perceptibles sur du papier blanc imprimé, placé tout près de la lampe; elles étaient insensibles, dans les mêmes conditions, à o mètres de distance ; enfin, avec 50 périodes par seconde, la vacillation de la lumière était imperceptible.
- On voit'que le problème de la transformation des courants alternatifs en courants continus présente une importance pratique assez considérable ; il s’est déjà posé lors de nombreuses installations ; à Niagara, par exemple, comme nous le verrons, l’usine d’utilisation des chutes doit alimenter des usines électrolytiques, des tramways électriques, etc., et une solution simple serait de très grande importance. On doit donc suivre avec intérêt tous les pas faits dans cette voie.
- En voici un exemple récent. La ville de Cardiff, en Angleterre, avait décidé d’établir une usine d’électricité pour l’éclairage public et particulier. Le terrain étant trop cher et l’approvisionnement de combustible n’étant pas facilement possible dans le centre même de la ville, l’usine fut érigée à Canton, dans la banlieue de Cardiff. Le terrain, bon marché, est situé le long des lignes du chemin de fer qui amènent le charbon à très bas prix ; mais ce terrain
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- LA NATURE.
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- est situé à plusieurs kilomètres de la ville, ce qui ’a nécessité l’emploi d’une tension de transmission de 2500 volts.
- Les dynamos à courants alternatifs simples sont du type Siemens ; il y en a deux grandes, remarquables par leurs dimensions, qui peuvent fournir chacune 75 ampères sous 2 500 volts, avec 40 périodes à la seconde ; l’armature, en forme de disque, est mobile; elle a environ 5 mètres de diamètre. Les excitatrices, à courant continu, sont couplées directement sur un prolongement de l’arbre des alternateurs qui sont eux-mêmes couplés directement aux moteurs à vapeur, en sorte que chaque groupe est complet en lui-même. Il y a aussi deux plus petits alternateurs qui donnent chacun 16 ampères sous 2500 volts.
- Le courant est conduit par des câbles souterrains jusqu’au centre de la ville, où des transformateurs le ramènent à la tension de distribution qui est de 105 volts.
- L’éclairage à incandescence est alimenté directement par le courant alternatif au sortir des transformateurs. Mais on craignait qu’en raison de la faible fréquence du courant, l'éclairage à arc des voies publiques n’eût pas une fixité suffisante, et l’ingénieur conseil de la ville, M. Massey, résolut de transformer le courant alternatif en courant continu avant de l’utiliser pour ce service.
- Les redresseurs de courant, du type Ferranti, sont représentés par notre gravure. Ils consistent en un petit moteur synchrone, — c’est-à-dire dont les mouvements sont en dépendance des périodes du courant, — qui entraîne deux commutateurs. Us sont placés dans les sous-sols de l’hôtel de ville, à 2 kilomètres environ de la station centrale. Trois de ces appareils sont placés dans une sous-station temporaire ; deux sont en service courant ; le troisième sert de réserve. Ils peuvent alimenter chacun 24 lampes de 42 ampères en deux circuits de 12 lampes en série.
- Le petit moteur synchrone monophasé a un commutateur à basse pression pour redresser le courant nécessaire pour alimenter les inducteurs. L’arbre de l’armature est supporté par quatre longs paliers qui sont munis de graisseurs automatiques à anneaux. Un commutateur à haute tension est placé à chaque extrémité de cet arbre et chacun de ces commutateurs alimente un circuit.
- Les balais peuvent être calés dans la position la plus favorable. Un commutateur inverseur et un interrupteur sont intercalés dans chaque circuit, tandis qu’un interrupteur à liquide est placé dans le circuit primaire de chaque transformateur pour lampes à arc ; cette disposition permet de couper les lampes graduellement et d’éviter ainsi la vacillation des lampes à incandescence qui se produirait si l’on coupait brusquement un circuit de 12 lampes à arc sur le circuit de la petite machine.
- Les lampes à arc, du type Siemens, sont placées à f)'“,75 au-dessus du sol. Les candélabres sont
- en fonte de fer et assez artistiques ; une porte aux armes de la ville de Cardiff est disposée dans la hase, afin de donner accès aux conducteurs et aux interrupteurs. Ces candélabres sont placés sur des refuges au milieu des rues partout où la largeur de celles-ci le permet ; dans les rues étroites, ils sont placés au bord des trottoirs.
- Cette installation fonctionne depuis plusieurs mois et a donné pleine satisfaction. 11 était intéressant de la signaler. G. Uellissier.
- LA CATASTROPHE DE B0UZEY (VOSGES)
- RUPTURE DE LA DIGUE DU RESERVOIR
- • Le canal de l’Est, destiné à réunir le versant de la mer du Nord à celui de la Méditerranée, franchit les monts Faucilles à Girancourt (Vosges). Son bief de partage des eaux, situé à 571 mètres d’altitude et mesurant 11 kilomètres de longueur, est alimenté par l’étang de Bouzey, réservoir formé simplement en coupant la vallée de l’Avière à 5 kilomètres de la source de ce ruisseau. La digue construite à cet effet s’est rompue le 27 avril 1895 en produisant une épouvantable catastrophe laissant loin derrière elle celle de Saint-Gervais1.
- Cette digue, construite de 1879 à 1884, commença à donner des indices de faiblesse en 1885; les fondations furent renforcées en 1888. Elle est formée d’un simple mur de maçonnerie de 500 mètres de longueur environ, sans contrefort, ni talus en terre. La largeur à la base, primitivement de 14m,50, fut portée, par les travaux de 1888, à 17m,45; au niveau du sol du réservoir, cette largeur n’est plus que de 5m,51 et 4 mètres à la partie supérieure (Voy. la coupe de la digue, p.392). La hauteur totale au centre était de 25n,,50 environ (dont 11 ‘",50 pour les fondations), sur une longueur de 150 mètres (toute la partie arrachée); cette hauteur diminuait rapidement de chaque côté au fur et à mesure de l’élévation du terrain. Le réservoir, destiné à contenir 7 millions de mètres cubes d’eau, avait sa profondeur maxima à la digue. Cette profondeur décroissait insensiblement vers les bords, dont les contours affectaient la forme générale d’un Y, la portion enlevée de la digue formant la pointe. Une des branches de ce V (côté de Girancourt) mesurait 2100 mètres de longueur et l’autre (côté des sources de l’Avière) 1900 mètres. La superficie totale était de 128 hectares. Mis en communication avec le bief du canal par une rigole de 450 mètres, l’étang était alimenté lui-même par l’eau de la Moselle prise dans les environs de Rerni-remont et par les sources de l’Avière. Une vanne placée à la partie inférieure de la digue laissait échapper une certaine quantité d’eau dans les réservoirs d’un établissement de pisciculture appartenant à l’Etat. Le trop-plein de ces réservoirs formait l’Avière, ainsi rétablie.
- 1 Yov n° 100r», du 20 août 1802, p. 182.
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- Le ruisseau traversait alors la route d’Épinal à' Girancourt, sur laquelle passait le chemin de fer stratégique à voie étroite destiné à relier la ceinture de forts entourant Épinal ; sur le bord de cette route, parallèle à la digue, éloignée de 200 mètres, se trouvaient les quelques habitations de Bouzey, hameau de trente-huit habitants, dépendant des communes de Sanehcy à droite, et Chaumousey à gauche. Après avoir passé sous le canal, en remblai à cct endroit, l’Avière se dirigeait vers le nord, arrosant une fertile vallée dans laquelle se trouvaient de nombreux établissements industriels : moulins, filatures, tissages, etc..., dépendant du hameau d’A-vière et des communes d’Uxcgney, Domèvrc, On-court, Frizon, Nomexy, et finalement se jetait dans la Moselle, un peu en aval de Chàtel, après un parcours d’une trentaine de kilomètres (Voy. la carte de la p. 592). Trois voies ferrées coupaient cette riante vallée et se dirigeaient d’Epinal vers Nancy, Ncufchâteau et Clialindrcy (Paris-Belfort), Jussey (Paris-Belfort).
- La digue du réservoir avait maintes fois inspiré des craintes aux "riverains de l’Avière, principalement depuis un an. Le samedi matin 27 avril, deux ouvriers travaillaient encore à en réparer les fissures, lorsque, à 5h 20m, une\brèehe immense se pro-dnisit ; - la muraille, s’écroulant sous la poussée de l’eau, entraîna un des malheureux dans le gouffre. Le bruit produit par la catastrophe, semblable à un formidable coup de tonnerre, fut perçu, paraît-il, à plus de 10 kilomètres, et ne laissa aucune illusion dans l’esprit de ceux qui l’entendirent.
- La masse d’eau colossale qui se précipita par l’ouverture projeta des morceaux de la digue, formés de bloc de plusieurs mètres de côté, jusqu’au bord de la route. Le Ilot s’abattit sur l’établissement de pisciculture et engloutit Bouzey. Une compagnie d’infanterie du fort de Girancourt venait de traverser la vallée et faillit être enlevée; le capitaine, resté en arrière, n’eut que le temps de piquer des deux. Après avoir franchi la route le torrent s’engouffra dans les deux ponts situés sous le canal et donnant passage l’un à la rivière, l’autre à une route ; en un clin d’oeil le canal lui-même fut inondé et quatre bateaux qui se trouvaient à cet endroit furent entraînés avec la vitesse de l'express, au dire d’un batelier. Bientôt le canal déborda sur une longueur de 1 kilomètre, les péniches furent projetées hors de son lit, et l’eau commença à envahir Sanchey et Chaumousey. Heureusement pour ces deux villages, la berge nord du canal céda sous le choc, le torrent se répandit dans la vallée, enlevant complètement le talus. Les deux villages étaient sauvés d’une destruction absolue. Tout cela avait été l’affaire de quelques minutes; en moins d’une demi-heure les 7 millions de mètres cubes d’eau du réservoir, auxquels il faut ajouter 1 million pour le bief du canal, s’étaient répandus dans la vallée, semant la mort et la désolation, couvrant de ruines un pays qui ne s’en remettra peut-être jamais.
- Bouzey a complètement disparu. Seules trois maisons situées sur le penchant de la colline n’ont pas été rasées; elles ne valent guère mieux. Sur les 58 habitants qui composaient ce malheureux pays, 28 furent entraînés par le courant, et, parmi ces derniers, seule une jeune fille fut sauvée; ceux qui avaient échappé étaient ruinés, sans pain, sans asile.
- 11 est absolument impossible de donner une description du théâtre de la catastrophe, tel que nous avons pu le voir le lendemain matin; on cherche vainement la place de l’établissement de pisciculture ; quelques pierres marquent l’emplacement des maisons, la route ^st .défoncée en deux endroits, le canal éventré, un bois de sapins situé sur la droite a été complètement haché, des arbres de I mètre de circonférence ont été coupés net à 50 centimètres du sol ; ceux qui ont pu résister grâce à un repli du terrain sont écorces complètement, et leurs branches, à une dizaine de mètres du'sol, sont remplies de paille, de linge, d'objets de literie et d'ameublement accrochés là par le courant; enfin, dans le fond, on perçoit le trou béant de la digue dont les morceaux sont semés dans la vallée.
- Nous donnons page 595 quelques photographies de Bouzey. La figure 1 représente la brèche vue de la route au pied de la maison du cabaretier (fig. 2). Le côté ouest est [dus détaillé dans la figure 5; enfin, dans la figure 4, on voit nettement la section du canal faite par le torrent. Le premier obstacle franchi, le flot se répandit dans la vallée, rasa sur la gauche un petit bois, enleva le pont de la ligne Jussey-Epinal, arriva à Avicre, où il ne laissa debout que la roue du moulin (fig. 5).
- Immédiatement après se trouvait le talus de la ligne Neufchàteau-Épinal. A gauche, la gare de Darj nieulles, village situé à 1 kilomètre, dont dépend le hameau d’Avière. C'est un spectacle terrifiant et inoubliable que celui qui attendait les voyageurs venant du côté de Neufchàteau pour contempler le désastre, et qui étaient loin de le croire aussi terrible. La voie ayant été simplement inondée surunparcours de 200 mètres, la circulation avait pu être rétablie dès le lendemain matin jusqu’à la gare. Le train n’avance que lentement au milieu d’un océan de boue et de décombres : bateaux, meubles, linge, bestiaux noyés, poteaux télégraphiques, arbres déracinés, tout cela est venu s’accumuler en cet endroit, situé en dehors du courant, et l’eau se retirant a tout laissé pêle-mêle, déchiré, maculé de vase infecte. A droite, sur le quai aux marchandises, des wagons sont enchevêtrés dans un fouillis inextricable de paille et de branches cassées; d’autres à gauche, sur le quai militaire, ont été précipités au bas du talus avec la voie qui les portait. Au delà de la gare, dont le bâtiment a peu souffert, la ligne est coupée; le pont sur l’Avière forma avec le talus du chemin de fer le second obstacle sérieux au passage du courant; la maçonnerie résista fort bien, mais tout ce qui la recouvrait, remblai, voie, poteau télégraphique, parapet, fut entraîné par l’eau; [dus loin le pont de fer jeté sur
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- la route fut moins heureux que son voisin, une des parois céda et le tablier s’effondra. Le poste d’aiguillage placé à côté fut enlevé. A cet endroit la ligne se dédouble ; dans la direction d’Epinal les dégâts sont insignifiants; par contre le. raccordement avec la ligneEpinal-Jussey a été dégradé de la plus étrange façon. Les parties du remblai situées aux points où le courant était faible ont été simplement minées, le sable de la voie a été entraîné dans les champs voisins; sur le passage du courant au contraire tout a été complètement dévasté. Ici rails et traverses enlevés ensemble ont été transportés au loin, là les rails arrachés des traverses entraînées par le Ilot sont venus buter contre les arbres de la route, et, pareils à de longues cordes, barrent le chemin, après avoir été tordus de la façon la plus étrange et la plus invraisemblable.
- A Uxegney, un tas de pierres indique l’endroit où se trouvait une filature dont les balles de coton ont été semées tout le long de la vallée. La figure 6 montre dans quel état ont été mises les maisons situées simplement au bord du courant. Sur toutes les habitations encore debout une couche ocreuse indique toute la partie submergée. Après avoir traversé Uxegney, la route devient parallèle à la vallée. Chose curieuse : en amont de ce dernier village les champs sont ravinés, méconnaissables, les prés recouverts d’une couche de boue de 10 centimètres due à ce que h dernière eau séjourna quelque temps; en aval au contraire, si ce n’est la vue des arbres brisés, la plupart simplement courbés et faisant avec le sol un angle inférieur à 50°, on ne croirait pas que le torrent a passé par là. Les champs ont conservé
- leur fraîcheur et une ligne ininterrompue d’épaves indique le niveau de l’inondation.
- A Domèvre-sur-Avière, le spectacle est navrant; le cimetière que l’on rencontre en premier a son mur en partie arraché ; on entre par la brèche. Ce cimetière est de construction récente, il n’y a que quatre ou cinq tombes, ce sera presque une inauguration, car à côté de la brèche, des soldats faisant fonction de fossoyeurs ont creusé deux fosses communes où reposent déjà dix-sept victimes, en attendant celles qui n’ont pu encore être retrouvées, au nombre de quatorze. C’est ici, après Bouzey, le pays le plus éprouvé, une rue entière composée (le vingt-six maisons a été anéantie; la figure 7 représente cette rue, on se croirait au milieu d’une carrière; en effet, tout a été absolument enlevé, il ne reste que les pierres. A part les débris d’un four de boulanger, il serait impossible de retrouver debout même un tronçon de mur de 50 centimètres . Plus bas, au hameau de Perrey, huit têtes de bétail : chevaux, vaches, porcs, ont été transportées de l’étable au grenier d’où il est momentanément impossible de les retirer, tant la maison menace ruine. A On-court, à Erizon, ce sont toujours les mêmes désastres.
- A Nomexy, l’aspect est différent. L’eau arriva à 7h5, après avoir franchi en une heure trois quarts une vingtaine de kilomètres. On peut ainsi juger de la vitesse du courant, qui était en moyenne de trois mètres par seconde pour la longueur totale du trajet. Le pont de la route nationale n° 57 jeté sur l’Avière résista, et, le talus formant •digue, l’eau s'accumula entre celui-ci et la colline, puis, franchissant la route, inonda complètement le
- IHATEL-s-Moselle
- Zincourt
- BVaxoncoi
- Girmont
- Onçoiiï
- Fomerey
- Darnieulles
- Carte donnant le parcours du canal de l’Est au delà d’Epinal, l’emplacement du réservoir de Bouzey et le cours de l’Avière.
- deux fois
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- Fig. 2.
- Fig. 3.
- Fig. 4.
- Fig. 7.
- Fig. 1 à 8. — Reproductions de photographies de l’auteur, relatives à — Fig. 2. Maison à Iîouzey. — Fig. 3. Bouzey, la brèche (côté oue Fig. 5. Moulin à Avière. — Fig. 0. Maison ruinée à Fxegney. — Fig.
- Fig. 8.
- a catastrophe de Bouzey. — Fig. 1. La brèche, vue d’ensemble, t). — Fig. 4. Canal de l’Est, partie enlevée par le torrent. — 7. Le restant d’une rue à Dornèvre. — F'ig. 8. Pont de Nomexy.
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- pays sur une étendue immense; le talus du chemin [ de fer forma une nouvelle digue que le Ilot passa avec la même rapidité, en enlevant plusieurs centaines de mètres de voie; le canal forma un troisième barrage qui fut également escaladé, enfin l’avalanche st; jeta dans la Moselle en face de Chàtel, où elle causa quelques dégâts.
- Pendant ce temps, le pont de la route finit par être enlevé; celui du chemin de fer ne résista même pas. Étant donnée la surface sur laquelle l’eau avait franchi ces trois obstacles, ceux-ci n’eurent point h souffrir; il en résulta que l’eau accumulée sur cette étendue immense et sur une hauteur de deux à trois mètres ne put s’écouler qu’aux ponts et demanda trois heures pour évacuer complètement la place; elle eut le temps de se décanter et laissa partout une couche de 20 centimètres d’un limon gras et infect. Au milieu de cette mer de boue, il était absolument impossible de r. connaître les champs, jardins, routes, etc.
- La figure 8 représente le pont de la route, avec la passerelle construite par le génie le surlendemain. (Les quatre dernières photographies ont été prises ce jour-là.) L’énorme quantité d’eau arrivant dans la .Moselle détermina une crue subite et faillit faire de nouvelles victimes; à Charmes, chef-lieu de canton éloigné de 10 kilomètres de Chàtel, où nous nous trouvions au moment de l’inondation, la rivière commença à charrier vers 8 heures et demie; une heure après son niveau était monté de 2 mètres, tandis (pie la largeur de son lit était quintuplée.
- La rupture de la digue de Bouzcy a fait bien des ruines. Les pertes matérielles ne peuvent que difficilement être évaluées, même approximativement. Certes les compagnies de chemins de fer, les industriels la plupart des riverains, seront indemnisés et rentreront dans leurs frais, quelques-uns peut-être même au delà; mais à coté de cela combien n’oseront réclamer, combien, restant confinés dans leur douleur, seront injustement dédommagés à la répartition des secours et des indemnités? Espérons qu’ils seront le moins nombreux possible.
- Mais à coté de ces dommages matériels, il en est que l’on ne peut réparer; une centaine de victimes ont été faites. Combien de familles sont en deuil? Qui rendra les parents aux orphelins? Qui consolera les parents dont la vie est à jamais attristée? Comment réparer ces dommages que l’on aurait pu éviter?
- Quant aux causes de la catastrophe, il est probable que pour les rechercher, on va nommer bien des commissions et noircir bien du papier, pour arriver finalement à conclure que la digue était trop faible. Dès le lendemain de l’accident les feuilles quotidiennes publiaient des notes soi-disant officielles, donnant à la digue une épaisseur de 20 mètres; aussi ne pouvait-on comprendre qu’une murailledecette épaisseur aitpucéderainsi. Ce chilfre de 20 mètres représente {'épaisseur totale de la maçonnerie à la base des fondations, mais non celle
- de la digue. Les nombres que nous avons donnés plus haut sont ceux que nous avons relevés, et s’ils pèchent c’est par excès.
- L’accident s'était déjà fait pressentir depuis plusieurs aimées et n’a pas du tout étonné les habitants des environs, dont l’attention avait été éveillée par de trop fréquentes réparations à la digue depuis sa construction. Les 800 000 francs que l’on avait dépensés il y a sept ans pour porter sa hase de 14 à 20 mètres, ne l’avaient pas empêchée de prendre du ventre, de nombreuses fissures se déclaraient sans cesse et l’on faisait encore des réparations au moment de l’accident. L’action des gelées ne peut être mise en avant comme cause furluite de la rupture; sinon il ne reste qu’à demander au Parlement de nouveaux crédits destinés à exproprier les riverains de réservoirs analogues, car il n’y a aucune raison pour que ce (pii est arrivé à Bouzey n’arrive pas ailleurs. Si un remblai avait été fait le long de la muraille, celle-ci aurait peut-être été moins élégante, mais les gelées auraient eu moins d’action et la digue plus d’épaisseur et de solidité.
- On se demande avec anxiété quelles pourraient être les conséquences d’une semblable catastrophe «au moment d’une mobilisation. Epinal, place forte de premier ordre, voyait du coup ses trois principales communications par voies ferrées avec la Erance coupées en deux heures, ainsi que ses communications télégraphiques et son réseau stratégique, sans compter le désarroi produit dans l’administration, puisque l’on oublia pendant douze heures de fermer le canal d’alimentation de l’étang, et que la catastrophe, arrivée à 5h 20 et connue à Epinal avant fi heures, ne fut même pas communiquée aux villages de la vallée, dont les derniers ne virent l’eau arriver qu’après 7 heures. Les habitants prévenus ‘ eussent pu sauver leurs souvenirs les plus chers et leurs objets les {dus précieux. A. Brochet,
- Chef <lr; travaux à l’Ecole de jiliysiqtic et de cïiimio industrielles.
- CULTURE DE L’OLIYIER
- EX TUNISIE
- Les céréales et les plantes fourragères ne viennent au nord de l’Afrique que sur des terres assez fertiles; les terres déshéritées ne peuvent porter que des arbustes qui doivent à la profondeur de leurs racines la faculté de braver les sécheresses prolongées de l’été. En Tunisie, le service de l’agriculture, sous l’habile direction de M. Bourde, fait les plus grands efforts pour y étendre la culture de l’olivier.
- Le sud de la Tunisie, dont les historiens latins et arabes nous ont tracé un tableau fort séduisant, n’oflre plus de nos jours le même spectacle. « Si, de Kairouan, dit M. Bourde, on se dirige soit vers Tebessa à l’ouest, soit vers Gafsa au sud, soit vers Gabès ou Sfax au sud-ouest, le sol des plaines qu’on traverse est partout le même. C’est un sable rougeâtre, sur lequel ne pousse, par touffes clairsemées, qu’une végétation rare et chétive. On est là au cœur de l’ancienne Bysacène, province qui a eu jadis une grande réputation de fertilité, a
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- Ce sol,d'apparence stérile, aurait été couvert autrefois, d’après M. Bourde, par une immense forêt d’oliviers. Partant de la mer elle s’avançait vers la frontière algérienne. Elle a laissé sur un parcours de 100 kilomètres des vestiges partout visibles. Des arbres, tantôt réunis par petits groupes, tantôt dispersés un à un, ont survécu à l’abandon et aux destructions systématiques. Les cuves de pierre où l’on dépulpait les olives, les montants en pierre entre lesquels s’inséraient les barres des pressoirs, les tables sur lesquelles les olives étaient pressées, sont restés en place. Les invasions des Vandales puis des Arabes firent, de celte terre féconde, un véritable désert.
- Dans les circonstances actuelles, le chemin à suivre pour rendre à ces régions leur ancienne prospérité apparaît nettement tracé. On ne peut rien faire de mieux que d’imiter les colons romains, et de tenter, avec les précautions convenables, la reconstitution de l’ancienne forêt d’oliviers. Une% circonstance spéciale facilite singulièrement le développement des cultures arborescentes. En décret du 8 février 1892 abaisse à 10 francs le prix des ferres dites sialines : aussi, les demandes affluent-elles à la direction de l’agriculture.
- Du 8 février jusqu'au 1er juin 1895, 50 000 hectares ont été déjà concédés. « La plantation d’une olivette se fait habituellement de compte à demi entre un propriétaire et un ouvrier qui prend le nom de M’rharci : l’accord qu’ils forment entre eux s’appelle M’rharca. Le propriétaire achète le terrain et avance au m’rharci les sommes nécessaires à l’acquisition d’un chameau et des instruments de culture. Quand les oliviers commencent à donner 4 à 6 lities d’olives, ce qui arrive normalement vers la huitième année, on procède, au partage entre le m’rharci et le capitaliste. Les aini.ns (experts indigènes qui sont l’objet d’une désignation officiel!*) divisent la plantation en deux parts égales, et ces parts sont tirées au sort. Chacun des deux anciens associés dispose alors de la moitié à son gré. Quand le propriétaire continue à employer le m’rharci, il lui abandonne un tiers ou la moitié de la récolte de sa part. Pour conserver 100 hectares, il faut, puisqu’on partage avec le m’rharci, en planter 200 hectares, ce qui exige une mise de fonds de 10 560 francs, mais comme au moment où se rompt l’association le m'hiarci rembourse, soit en argent, soit sur son lot, la moitié des frais, on n’aura dépensé réellement que 5180 francs; or, quand la plantation sera en plein rapport, à vingt ans, on aura un revenu de C800 francs et une propriété d’une valeur de 85 000 francs. »
- Ces chiffres ne laissent subsister aucun doute sur les avantages financiers de la culture de l’olivier aux environs de Sfax.
- De son côté, M. Zolla,se basant sur une enquête faite par une personne très compétente et très au courant de l’agriculture tunisienne, confirme, au moins dans leurs lignes générales, les renseignements du directeur de l’agriculture de Tunis. Il ressort de cette enquête, qu’avec un capital primitif de 2880 francs, il est possible de réaliser après dix ans, alors que l’olivette paye seulement ses frais d’entretien, une somme de 7204 francs, soit un bénéfice de 4424 francs.
- Ces chiffres sont de nature à faire naître des projets d’exploitation chez les agriculteurs qui, avec un petit capital disponible, seraient tentés d’aller se fixer en Tunisie1.
- 1 IKaprès une note de M. Sciiiubaux, professeur d'agrieul-lure spécial à l'Institut national agronomique.
- CANONS A DYNAMITE
- L’usine de constructions mécaniques et navales Fulton, à San Francisco, travaille à organiser la fabrication des canons à dynamite destinés au fort Point, en procédant comme l’usine similaire déjà établie à New-York. Les canons sont des tubes d’acier de 15 mètres de long et de 40 centimètres de diamètre, dont les projectiles, longs de 5”,53, sont lancés au moyen de l’air comprimé. Les obus les plus volumineux portent 250 kilogrammes de dvnamite ; d’autres, plus petits, n’ont que 50 et 20 centimètres de diamètre, la différence avec le calibre de la pièce étant compensée par une enveloppe de bois. La fourniture comporte naturellement aussi l’exécution d’une puissante machine de 700 chevaux comprimant l’aie par trois fractionnements successifs jusqu’à 160 kilogrammes par centimètre carré. Les obus, dit le Génie civil, peuvent toucher un but à une distance de 7kn>,5; ils sont pourvus de fusées percutantes d’une très grande sensibilité.
- SCIENCE PRATIQUE
- SERRURE ÉLECTRIQUE DE SURETE
- L’électricilé a été nuise à contribution depuis longtemps pour garantir les portes et les fenêtres contre les tentatives des voleurs. Au moyen de contacts plus ou moins ingénieusement disposés, on ferme automatiquement un circuit au moment critique et une sonnerie avertit le gardien ou effraye les malfaiteurs. MM. Defert et Gaston Seguy ont pensé que, tout en conservant les dispositions ordinairement prises, on pourrait les perfectionner en y reliant la serrure de la porte d’entrée de la maison ou de l’appartement ; car c’est en général sur elle que se font les premières tentatives. Ils ont en conséquence combiné des dispositions telles qu’on est averti du moindre essai de crochetage ou d’effraction.
- L’un des inventeurs, M. Defert, qui est secrétaire près les commissariats de police de la ville de Paris, a souvent été appelé par ses fonctions à constater les exploits des cambrioleurs ; il se trouve donc dans d’excellentes conditions pour connaître leur manière d’opérer et prendre les mesures préventives nécessaires pour faire échouer toutes leurs tentatives.
- Un contact spécial, qui fonctionne seulement quand la serrure est fermée de l’extérieur, correspond à un tableau indicateur placé chez le concierge et indique quand le locataire est sorti ou rentré ; outre la commodité de cette indication, c’est un moyen de contrôler chaque jour le bon état de la pile.
- L’ensemble du système se compose de trois parties : la serrure F (voy. la fig. p. 595), la gâche G et une plaque U qui porte les contacts. La serrure porte trois pênes I), B et A, ce dernier, étant celui qu’on appelle le demi-tour, se ferme seul quand on tire simplement la porte. La gâche G, placée en face, n’a rien de particulier que deux petits blocs V, V qui y sont soudés et dont nous dirons la fonction tout à l’heure. Tous les contacts sont établis sur la plaque additionnelle U, qui est fixée par quatre vis sur le chambranle de la porte, de façon que la gâche vienne
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- ensuite s’appliquer dessus et se fixer comme d’habitude, mais en restant absolument indépendante de cette plaque; on va en voir la raison. Une pièce isolée I* porte un long ressort dont les extrémités sont terminés par de petits boutons en ébonite qui, passant par un trou pratiqué dans la plaque, viennent reposer sur les blocs V, V de la gâche. Dans cette position, qui est la position normale, l’épaisseur de ces petits boutons est telle que le ressort ne touche pas la plaque, condition essentielle pour que le circuit reste ouvert. Mais si au moyen d’une pince-monseigneur ou d’un ciseau à froid on vient à faire une pesée sur la gâche dans n’importe quel sens, celle-ci se déplacera et, la plaque U restant fixe, il arrivera un moment où les blocs Y ne soutiendront plus les boutons d’ébonite qui terminent le ressort; celui-ci, tombant sur la plaque, ferme le circuit.
- Telle est la disposition qui empêche, nous ne dirons pas seulement l’effraction, mais aussi la tentât ive d’elfr action, car la sonnerie se mettra en branle dès les premiers efforts du voleur pour forcer la gâche.
- Voyons maintenant comment on se met en garde contre le crochetage. A cet effet, les pênes A et B sont isolés électriquement dn massif de la serrure au moyen des pièces C et Z.
- Lorsqu’on a fait usage de la clef, les pênes, en entrant dans la gâche, prennent contact avec les ressorts S et R fixés sur la plaque U ; de petites pièces I, L qu’on nomme garnitures, sont aussi isolées dit massif et reliées électriquement aux pênes par le ressort M; le massif étant en communication avec l’un des pôles de la pile et les ressorts S et R avec l’autre pôle, il suffira pour fermer le circuit qu’on introduise par le trou F de la serrure un objet métallique, crochet, fausse clef, etc., qui touche en même temps le massif et l’une des pièces de la garniture; les dispositions sont telles que cela arrive fatalement aussitôt.
- La véritable clef au contraire porte des gorges et des découpures spéciales qui laissent passer les garnitures sans y toucher, de sorte qu’elle peut faire manœuvrer les pênes sans que le circuit puisse être fermé. Une précaution a été prise pour que le propriétaire de la serrure ne soit pas exposé à se prendre à son propre piège et à donner l’alarme en introduisant par erreur une clef à peu près semblable à
- celle qui doit être employée; dès l’entrée F de la serrure on a ménagé un petit ergot H qui correspond à une gorge pratiquée un peu au delà du canon de la véritable clef et empêche l’introduction de toute autre.
- Ainsi que nous l’avons dit plus haut les inventeurs ont voulu aussi que leur serrure puisse indiquer à un poste quelconque, chez le concierge par exemple, si l’on est sorti ou rentré. C’est le pêne 1) qui remplit cet office. 11 correspond, lorsqu’il est dans la gâche, à deux petits ressorts K qui sont isolés l’un de l’autre et qui doivent être réunis métalliquemcnt pour que le circuit soit fermé. Cette condition est remplie pendant un instant au moment où l’extrémité du pêne 1) passe sur ces ressorts, mais une plaque d’ébonite E, fixée sous ce pêne, rétablit aussitôt leur isolement. Cette rapide fermeture du circuit suffit cependant pour actionner l’électroaimant d’un tableau indicateur d’une construction spéciale dans lequel on voit apparaître le mot sorti, lorsqu’on vient de fermer le pêne, et le mot rentré lorsqu’on vient de l’ouvrir. Pour obtenir ce résultat la serrure est disposée de telle sorte que ce pêne spécial ne fonctionne que quand on fait manœuvrer la clef de l’extérieur; si on la fait manœuvrer de l’intérieur, le soir avant de se coucher par exemple, le reste delà serrure fonctionne, mais le pêne D reste immobile.
- Le tableau indicateur dont nous venons de parler se compose d’un électro-aimant dont la palette fait basculer une ancre qui actionne une roue dentée, à peu près comme dans un récepteur de télégraphe à cadran Bréguet; à l’axe de la roue dentée est fixé un disque sur lequel sont peints alternativement les mots sorti et rentré, et un petit guichet ménagé dans la boîte de l’appareil laisse apercevoir alternativement l’une ou l’autre de ces indications.
- Cela peut être commode dans certains cas et dans certaines maisons. —Au point de vue de la sécurité, nous avons pu constater que les dispositions prises sont bien comprises et qu’avec une porte munie d’une telle serrure, les cambrioleurs se trouveraient certainement surpris avant d’avoir pu donner suite à leurs coupables projets. G. Makeschae.
- Serrure électrique de sûreté.
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- LES DÉBUTS DES CHEMINS DE FER
- Fig. 1. —Entrée du chemin de fer à Edgc Iliil, Livcrpool, en 1831.
- L’opposition rencontrée p débuts est toujours curieuse à observer avec le recul de quelques années, mais celle faite aux chemins de fer, de 1856 à 1850, dépasse véritablement tout ce que l’on peut imaginer, et les systèmes d'exploitation employés, soitpour protéger les voyageurs, soit pour respecter certains préjugés de caste ; aujourd’hui disparus, méritent d’être l’appelés, ne fût-ce que pour donner du courage et de la hardiesse aux novateurs.
- The liailway Enyineer rappelle les méfaits attribués aux locomotives et aux trains qu’elles remorquaient : la fumée devait empêcher la récolte de croître le long des lignes, le bruit des trains devait empêcher les bestiaux de manger et de dormir, les vaches de donner du lait et les brebis de mettre bas; les chevaux étaient
- ar toute invention à ses
- Fig. 2. — Postillons et cochers île diligence dont les nez s’allongent quand ils voient passer des trains de chemins de fer. Caricature de Vienne, 1832. (D’après un exemplaire de la collection de M. Gaston Tissandier.)
- appelés à disparaître, | image qui se vendait à
- prophétie que les tramways à traction mécanique et
- la bicyclette rendent en partie exacte; les tunnels devaient exercer la plus fâcheuse influence sur la gorge, les poumons, les yeux et les oreilles des voyageurs ; les transports devaient ruiner les éleveurs établis dans les environs des grandes cités, etc.
- Les chemins de fer, à leur apparition, ont produit une grande impression. En 1851, le chemin de fer de Liverpool à Manchester était en partie construit. Nous donnons ici l’aspect des tunnels qui se trouvaient à l’entrée de la station de départ à Liverpool (fig. 1). Les journaux, les écrivains, ne parlaient que des nouvelles voies ferrées, et les caricaturistes se mettaient dans la partie, d’attaque ou de défense. Nous reproduisons ci-dessus une Vienne en 1852; elle re-
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- LA NATURE.
- présente, sons une forme comique, la diligence tuée par le chemin de fer (fig. 2). 11 suffit de lire sa légende pour en avoir le sens.
- Nous avons dit quelles étaient les singulières craintes que l’on faisait entendre sur les dangers de l’usage des chemins de fer.
- Aucune des sinistres prédictions ne s’est heureusement réalisée, mais il faut dire aussi que de curieuses précautions étaient prises contre les dangers généralement imaginaires dont voyageurs et riverains étaient menacés. Certains tunnels de la ligne de Brighton furent éclairés par des réverbères placés de distance en distance, et les lignes furent surveillées par des hommes placés de 400 à 500 mètres de distance les uns des autres, attentifs à reconnaître tout dérangement dans la voie, et qui devaient — le télégraphe électrique n’existant pas encore — signaler ces dérangements par des drapeaux ou des lanternes jusqu’à la station la plus proche.
- Pour éviter les collisions, on proposa sérieusement de relier la locomotive au train par une chaîne ou un câhle assez longs pour que le garde-frein pût les détacher si quelque chose arrivait à la machine. Un autre proposait de placer à l’avant de la locomotive un homme armé d’une longue-vue pour voir de loin si les aiguilles étaient bien faites, si un rail ne manquait pas, ou s’il n’y avait pas quelque obstacle sur la voie.
- Les préjugés de caste avaient introduit un mode de voyage bien original en Angleterre et même en France. Les grands propriétaires fonciers répugnaient à voyager côte à côte avec des commerçants ou des bourgeois, et comme ils ne pouvaient plus avoir désormais des chevaux de poste, ils évitaient une promiscuité désobligeante eu voyageant dans leurs propres voitures placées sur des trucks, ce qui se faisait encore, il y a quelques années à peine, pour la traversée de la Manche.
- En 1847, la comtesse de Zetland, allant de Durham à Londres, dans sa voiture placée sur un truak, celle-ci prit feu par les étincelles de la locomotive, et l’incendie, activé par la vitesse du train, GO kilomètres par heure, prit une violence telle que la comtesse et sa femme de chambre durent sauter de la voiture en Gammes sur le truck et ne durent leur salut qu’au voisinage de la station de Rugby où le train s’arrêta.
- La mode de voyager en voiture sur truck était également répandue en France. L’Industrie rappelle à ce propos que le train du chemin de fer du Nord, précipité le 8 juillet 1846 dans les marais de Fampoux, comportait, sur vingt-six véhicules, trois diligences et sept chaises de poste montées sur trucks. L’une de ccs chaises de poste était occupée par le général Oudinot et son aide de camp ; ce dernier fut grièvement blessé, tandis que le général s’en tira sain et sauf. Tous les voyageurs qui occupaient la diligence placée la plus à l’avant furent tués. Aujourd’hui les berlines montées sur trucks sont remplacées par de luxueux wagons-salons que
- peuvent se faire réserver tous ceux dont la bourse est suffisamment garnie.
- Ce rapide regard jeté sur un passé qui date de cinquante ans à peine, montre quels progrès ont été réalisés depuis un demi-siètde, et donne comme un avant-goût des progrès que le siècle prochain réserve à nos enfants, s’ils savent faire franchement litière du misonéisme de leurs ascendants.
- X..., ingénieur.
- CHRONIQUE
- La trempe «le l’acier. — M. G. Charpy a fait récemment à la Société d'encouragement une communication sur des études relatives à la trempe de l’acier. L’acier, chauffé au rouge vif et abandonné au refroidissement lent, subit, à certaines températures appelées points critiques, des transformations physico-chimiques mises en évidence par des dégagements de chaleur. La trempe ou refroidissement brusque empêche ces transformations de se produire. M. Charpy s’est proposé de chercher à caractériser la nature des transformations qui correspondent aux différents points critiques et leur rôle par rapport aux modifications que subissent par la trempe les propriétés de l’acier, notamment les propriétés mécaniques. La méthode employée consiste à déterminer d’une façon précise, sur un même acier, les températures des points critiques et les propriétés qu’acquiert le métal lorsqu’on le trempe dans divers liquides après l’avoir chauffé à différentes températures. Le chauffage des échantillons est effectué d’une façon très régulière au moyen d’appareils chauffés par le passage d’un courant électrique dans un fil de platine ; les températures sont déterminées au moyen du pyromètre de M. Le Chatelier. En rapprochant les expériences antérieures de MM. Osmond, Ilowe, Arnold, Curie, etc., des résultats obtenus sur différents alliages contenant, soit du fer allié à des proportions variables de carbone, soit du fer, du carbone et des métaux tels que le tungstène, le nickel, le manganèse, le chrome, on arrive aux conclusions suivantes : l’acier subit, sous l’influence d’une élévation de température, trois transformations dislinctes correspondant à trois points critiques, al, a%i (h- Ces points critiques, distincts dans les aciers pauvres en carbone (700°, 740° et 800° environ pour le fer presque pur), se confondent dès que la teneur en carbone dépasse 0,5 pour 100. Le point at correspond à une transformation de l’état du carbone, qui est caractérisée par une diminution apparente de la teneur en carbone indiquée par le procédé calorimétrique d’Eggertz. C’est à cette transformation qu’il faut attribuer presque complètement la modification des propriétés mécaniques de l’apier. Le point r/2 correspond à une transformation du fer, caractérisée-par la disparition du palier rectiligne que l’on observe dans les diagrammes représentant unedéfor-* motion quelconque du métal en fonction de l’effort qui lui est appliqué (par exemple, dans le cas de la traction, le diagramme qui représente la variation de l’allongement en fonction de l’effort de traction). Le point o3 correspond à une deuxième transformation du fer qui ne semble modifier que les propriétés magnétiques du métal.
- l'ne nouvelle zone d’astéroïdes. — Les variations séculaires des orbites des quatre planètes intérieures ont, dans ces derniers temps, attiré l’attention du professeur Newcomb •, il a reconnu que plusieurs éléments va-
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- vient d’une manière qui ne s'aecorde pas avec les théories admises généralement. « Ces anomalies, dit M. Newcomb, ne peuvent s’expliquer ni par une zone inlra-mercurielle de planètes, ni par une réflexion de la lumière zodiacale sur la matière, ni par une déviation des lois ordinaires de la gravitation. L’ignorance où l’on est de la masse exacte de Mercure rend difficile d’établir même une hypothèse; mais à part toutes considérations de probabilités, l’hypothèse qui. a priori, se déduit des observations, est celle d’un anneau de planétoïdes de petite excentricité, placé un peu en dehors de l’orbite de Mercure, et un peu plus incliné sur l’écliptique. La masse totale de l’anneau va d’un cinquantième à un trois-centième de la masse de Vénus, suivant la distance où il est de Mercure. » M. Newcomb se propose d’étudier ce sujet de près afin de décider « si les conséquences de l’hypothèse sont de nature à contre-balancer son extrême invraisemblance a1.
- La traction électrique à Bruxelles. — La ligne des tramways Nord-Midi passant par les boulevards du Nord, Anspach et du Ilainauf, longue de 2kra,4, sera dotée de la traction électrique. Cette ligne à double voie n’aura qu’une rangée de poteaux placés entre les deux voies. Afin que ces poteaux soient aussi ornementaux que possible, les artistes sont invités à présenter des projets qui feront l’objet d’un concours. L’administration communale de Bruxelles, les sociétés de tramways de Bruxelles et la Société de l’Art appliqué à la rue, ont mis plusieurs prix importants à la disposition du jury. Il faut espérer, dit YÉclairage électrique, que la ville profitera de cette occasion pour éclairer ses boulevards à l’électricité en surmontant les poteaux de lamp ’S à arc.
- Promenade militaire en patine-raquettes exécutée en Russie. — Exécutée le 1/15 mars dernier par un détachement de 12 okhotniki du 95e régiment d’infanterie de Krasnoiaisk, et faite sur une distance de 151 verstes (1067 mètres la verste), entre Yourief et Yolmar, cette promenade avait pour but de constater quelle distance on peut parcourir en une journée de cette manière sans trop de fatigue, et de rechercher quel était le système préférable d’équipement et d’accoutrement à adopter pour le patineur. Les conclusions ont été que le meilleur modèle de patin, comme donnant la plus grande vitesse, comme étant le plus commode dans les endroits imparfaitement nivelés, et le moins fatigant pour l’homme, était celui du système finlandais. La Revue du cercle militaire, à laquelle nous empruntons ces renseignements, nous apprend que les parcours accomplis, de 50 verstes le premier jour et de 65 le second, sans aucune gêne pour l’organisme en général, ni les jambes en particulier, et les distances de 54 verstes franchies sans un seul moment d’arrêt, prouvent que, dans des circonstances favorables, on peut aisément faire environ 80 verstes en vingt-quatre heures, et, dans celles qui le sont moins, de 50 à 60.
- Puddla^c direct de la fonte. — Le Moniteur industriel a signalé brièvement l’année dernière (1894, n° 26) la réussite d’essais effectués aux hauts fourneaux de llourpes (Belgique), pour le puddlage direct de la fonte; voici quelques renseignements intéressants sur les avantages de ce procédé : la fonte, au sortir du fourneau, coule dans un réservoir chauffé au gaz, d’une contenance de 50 tonnes environ, où elle e t maintenue liquide, et d’où elle est transvasée, à l’aide d’une poche montée sur un petit chariot, dans les fours à puddler. L’opération du
- 1 D’après Aslronomical Journal et Ciel et Terre.
- puddlage durerait de 40 à 45 minutes; un four à gazogène, desservi par quatre hommes, produirait 5500 kilogrammes de fer d’excellente qualité en douze heures, avec une consommation totale de charbon de i000 kilogrammes, soit de 180 kilogrammes par tonne de fer brut; enfin, le déchet ne serait que de 7 pour 100. Indépendamment de l’économie de la main-d’œuvre qu’auraient exigée la coulée de la fonte en gueuses, l’enlèvement, le transport et la mise en tas de ces dernières, il faut encore citer les économies provenant de la consommation moindre de combustible, de la diminution du déchet et de la réduction de la main-d’œuvre, correspondant, paraît-il, à une diminution du prix de revient de près de 2 francs par 100 kilogrammes de fer brut.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 mai 1895. — Présidence de M. Maisey.
- L'hélium et l'argon dans les météorites. — M. Ber-llielot communique le résultat de nouvelles recherches sur l’argon et l’hélium dues à M. Ramsay. Ce savant a constaté la présence de ces deux corps dans une météorite; il pense que l’hélium existe dans beaucoup de minéraux rares. Enfin, il a déterminé la densité de ces gaz par rapport à l’hydrogène. La densité de l’hélium a pour valeur 5,88 et celle de l’argon, 20. Or, on remarquera que la densité de l’azote est 14, celle de l’oxygène 16, celle du formène 8, celle du gaz ammoniac 8,5. On voit que l’hélium a une densité sensiblement égale à la moitié de celle du formène et vient donc immédiatement après l’hydrogène.
- Modification du sidéroslal de Foucauld. — Le sidé-rostat est un appareil qui donne une image réfléchie immobile de l’étoile sur laquelle il est orienté. Mais les autres étoiles donnent des images mobiles qui paraissent tourner autour de l’étoile sur laquelle le miroir est orienté. M. Lippinann s’est appliqué à rechercher une modification du sidérostat, grâce à laquelle cet appareil donnerait des images immobiles pour toutes les étoiles. 11 a trouvé une combinaison qui' fournit une solution complète du problème, et de plus, il démontre géométriquement que cette solution est la seule qui puisse exister. 11 suffit que Je miroir soit lié à un axe parallèle à la ligne des pôles et animé d’un mouvement de rotation uniforme en 48 heures sidérales. Cette condition constitue un perfectionnement très facile à réaliser, grâce auquel une lunette immobile peut fonctionner comme un équatorial, sans même que l’observateur ait un mouvement à accomplir. Il est facile de prévoir que le sidérostat ainsi modifié peut exercer une réelle influence sur le choix des méthodés astronomiques, aussi M. Fave exprime-t-il le désir que l’appareil soit construit.
- Nouveau comparateur. — M. Cornu décrit un appareil qui a été imaginé pour les besoins des ateliers de construction de l’artillerie et qui permet d’évaluer la longueur d’une tige avec un degré d’approximation extrême. La difficulté de déterminer exactement la longueur d’une règle a conduit la commission du mètre à adopter des mètres à trait, c’est-à-dire des mètres dont la longueur est déterminée par la distance de deux traits dont chacun est placé à une extrémité de la régi1. Cette détermination se fait au moyen de comparateurs, parla méthode optique, en faisant passer successivement, sous un système de deux microscopes fixes, la règle et l’étalon. Ce procédé, tel qu’il est employé au Bureau international des poids et mesures,
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- donne l’équalion de la règle avee une approximation inférieure au millième de millimètre. L’appareil du service de l’Artillerie est une adaptation du principe du sphéro-mètre combinée avec un enregistreur; il donne immédiatement le millième de millimètre. Les inventeurs, M. le commandantllartmann et sonadjointM.lecapitaine Mangin, ont construit des étalons en acier contenant une certaine quantité de nickel, qui sont inaltérables et ont un coefficient de dilatation double de celui de l’acier. Ils ont effectué des expériences comparatives, sur les variations de longueur de règles de métaux différents, pour des températures différentes, expériences très intéressantes en raison de l’extrême sensibilité de l’appareil. M. Cornu fait ressortir le mérite de l’invention en rappelant les difficultés que l'on a eu à vaincre pour rapporter la longueur
- du mètre des archives, qui est un mètre à bouts, à la longueur des règles étalons. Il convient d’ajouter que dans sa forme actuelle, l’appareil de MM. Hartmann et Mangin ne s’applique qu’à des règles de quelques décimètres.
- Varia. — M. Kunckel d’Iferculais présente un volume qui contient l’exposé de sa campagne de destruction dos acridiens en Algérie. — M. de Lapparent a composé une Notice sur les travaux de M. Ernest Mallard.
- Ch. de Yilledelil.
- UN ARBRE EXTRAORDINAIRE
- La gravure ci-dessous est la reproduction exacte d’une photographie;l’arbre représenté est un orme,
- qui est courbé en arc de cercle et qui semble avoir pris deux fois racine. Cette curiosité naturelle se trouve aux Etats-Unis, dans la ferme du capitaine américain L. P. Williamson, à Independence (Mo) ; le tronc, à chaque base, mesure auprès du sol 0'",50 de diamètre. On ne saurait dire de quel côté de l’arc se trouve la racine mère; il semblerait qu’elle doive être à droite de notre gravure, car un autre arbre se trouve en cette partie branché sur le tronc. 11 y a d’ailleurs des racines de chaque côté de l’arc. L’amateur qui a fait la photographie de l’arbre singulier que nous reproduisons estM. 1*. H. Grinter ; il y a imprimé la question suivante : fi Qu’est-ce que cela? » Ce n’est pas nous qui nous chargerons de donner une réponse; nous attendrons que le Scien-tific American, auquel nous empruntons ce curieux
- jeu de la nature, veuille bien nous donner une explication plus précise.
- Nous rappellerons à nos lecteurs que nous avons donné précédemment la description d’un grand nombre d’arbres extraordinaires existant dans les différents pays du monde, arbres aux branches gigantesques1, arbres tortillards2, et nous avons parlé récemment d’un arbre à tronc multiple qui est un spécimen de curiosité analogue «à celui que nous venons de présenter à nos lecteurs5. G. T.
- 1 Voy. n° 40, du 7 mars 1874, p. 210.
- 2 Voy. n° 945, du 11 juillet 1801, p. 90.
- 5 Voy. n° 1097, du 9 juin 1894, p. 32.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.ndier l’aris. — Imprimerie LauIre, rue de Fleurus, 9.
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- N* 1 147. — 25 MAI 1805.
- LA N A TU DE.
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- UN FLÉAU AFRICAIN
- LA CHIQUE OU FUI,EX PENETRAIS
- L’Afrique tropicale a été envahie depuis une vingtaine d’années par un insecte, dont la propagation constitue un véritable lléau. C’est la Pulex pene-tram ou Sarcopsylla penetrans, vulgairement appelée chique, qui se fixe sous la peau de l’homme et peut déterminer de graves désordres.
- Sous sa forme américaine, la chique est très anciennement connue. On peut dire que sa découverte est contemporaine de celle du Nouveau Monde. À peine débarqués, les Espagnols eurent à souffrir de ses attaques. Elle entrava souvent, dans leurs marches, les bandes d’aventuriers commandées par les grands conquistadores. Dès 1520, dans son ouvrage intitulé La N attirai historia de las Indias, le voyageur et historien espagnol Ferdinand d’Oviedo lui consacrait une Notice. Depuis cette époque, la chique
- a déjà provoqué, en tant qu’insecte américain, de nombreuses recherches'. Mais actuellement, elle se propage en Afrique. Comme sa présence peut être funeste aux entreprises des Européens dans ce continent, il nous a paru bon d’exposer ici rapidement cette nouvelle période de son histoire.
- La longueur de la chique est de 1 millimètre à lmm,2. Le mâle (fig. 1) est un peu plus petit que la femelle. Ils sont l’un et l’autre de couleur rousse. Ils sautent aussi haut et aussi loin que la puce commune. Les mâles et les femelles non fécondées se comportent également comme elle à l’égard de l’homme. Ils le piquent et se gorgent de son sang.
- Ce sont les femelles lécondées qui pénètrent sous la peau et s’y fixent (fig. 2). C'est cet instinct particulier tpii fait de la chique un parasite très dangereux. Elle s’attaque à toutes les parties du corps, mais elle se loge de préférence dans la [liante des pieds et en particulier sous les ongles. Elle se fixe entre le derme et l’épiderme, gonfle peu à peu et
- atteint la grosseur d’un pois. Lorsqu’elle est arrivée au terme de sa gestation, l’abdomen énormément distendu (fig. 2) se rompt et donne libre passage aux œufs. De ceux-ci sortent des larves qu’on aperçoit grouiller dans la plaie. Elles sont rondes, de couleur blanche avec un tout petit point brun, qui est la tète.
- La présence de la chique, puis de ses larves, sous la peau, détermine de gros abcès. Elle entraîne aussi la chute des doigts de pieds. Elle est même parfois l’origine d’une infection générale du sang, qui peut causer la mort. Il n’y a pas de limites au nombre d’insectes dont le même individu est susceptible d’être atteint. Les animaux, tels que les singes, les chiens, les oiseaux, ne sont pas [dus que les hommes à l'abri des attaques de la chique. Elle marque une prédilection particulière pour la peau des porcs.
- Son arrivée en Afrique ne remonte guère au delà d’une vingtaine d’années. On s’aperçut de sa présence en plusieurs points de la côte occidentale, à Sierra-Leone, au Dahomey, au Gabon, dans l’Angola
- année. — 1er semestre.
- portugais, à des époques voisines les unes des autres. Elle est certainement venue d’Amérique. Mais il est difficile de dire si elle a été apportée par un seul navire dans un port, pour se propager de là le long de la côte, ou bien si diverses régions du littoral africain ont été simultanément infestées par l’arrivée de plusieurs bâtiments. Il semble cependant bien établi qu’un navire anglais l’aurait apportée dans un chargement de sable à Ambriz (Angola portugais) en septembre 1872.
- La propagation de la chique dans le bassin du Congo s’est faite par deux voies différentes, l’une terrestre, l’autre fluviale. 11 y avait naguère des relations commerciales suivies entre les ports de la côte portugaise et la ville arabe de Nyangoué, sur le haut Congo. La guerre qui a éclaté entre l’Etat indépendant du Congo et les Arabes les a interrompues. Nyangoué a été enlevé à ceux-ci le 4 mars 1895, par le lieutenant Dhanis, un officier belge au service de l’État indépendant. Mais autrefois le trafic était régu-
- 1 Elles ont été résuntées par M. Raphaël Blanchard dans son Traité de zoologie médicale. (Paris, 1800). T. II. p. 484-105.
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- lier, et il a contribué à la propagation de la chique. Elle a été importée soit par des marchands de l’Angola portugais venant à Nyangoué, soit par des marchands indigènes de l’intérieur venus à la côte et retournant chez eux. D’autre part l’insecte transporté sur des navires a remonté le Congo. On peut suivre ses étapes. En 1885 Baumann le vit sur les bords du Stanley Pool; en 1888, il était à Bolobo, en amont; quelque temps après, aux Stanley Ealls.
- Des postes du Haut Congo, Nyangoué et Kassongo, les caravanes l’ont introduit sur les rives du lac Tanganika. 11 a surtout pullulé à Oujiji, sur la rive orientale, car pour employer les expressions réalistes du lieutenant Sigl, cet officier autrichien qui sert l’Allemagne dans l’Afrique orientale, « le fléau des puces pénétrantes ne trouve nulle part de meilleures conditions de développement que dans cette fosse à fumier d’Oujiji ». La chique a ensuite été transportée du lac Tanganika sur la rive occidentale du lac Victoria. Nous savons exactement à quelle époque. Le 12 février 1891, le naturaliste Stuhlmann quitta Bukoba, poste allemand établi sur cette rive. Après une exploration dans l’ouest, il y revint le. 17 mars 1892. Lors de son départ, la chique était inconnue. A son retour, la station et toute la contrée étaient infestées. C’est donc dans le courant de l’année 1891 que la chique a été importée sur la rive occidentale du lac Victoria.
- On a prétendu qu’on en avait rencontré entre les grands lacs et la côte orientale. Mais Stuhlmann, qui est un entomologiste non seulement attentif, mais encore scrupuleux, ne signale pas sa présence. 11 ne faut donc accepter cette opinion qu’avec réserve. Quoi qu’il en soit, si la chique n’est pas encore sur la côte orientale, elle l’atteindra un jour, en compagnie des caravanes qui de la région des lacs s’y rendent régulièrement. On peut même malheureusement prévoir que l’Océan n’arrêtera pas son expansion. Elle le franchira sur les navires qui font la traversée entre Mombaza ou Zanzibar, et les ports de l’Inde anglaise. Si enfin de là elle se propage dans les îles de la Sonde, la zone tropicale du globe entier souffrira de ce fléau.
- Quelques exemples témoigneront des ravages que les chiques exercent en Afrique. A Bukoba, un tiers des soldats de la garnison était indisponible. Ils ne pouvaient plus marcher. Un instant on pensa à abandonner la place, à transporter ailleurs le poste allemand. L’explorateur autrichien Oscar Baumann rencontra dans le Karagoué, à l’ouest du lac Victoria, un Egyptien que les chiques harcelaient et avaient, pour ainsi dire, anéanti. Il avait accompagné Emin Pacha, son chef, quand celui-ci avait quitté la Province Équatoriale, en 1889. Fatigué, il avait été incapable de suivre et était resté dans le Karagoué. C’était un de ces traînards que Stanley sema derrière lui, pendant sa marche rapide du lac Albert à Bagamoyo. A la suite de ces souffrances physiques, surtout causées par les chiques, la raison de ce pauvre hère s’était altérée. Il réclamait sans cesse l’arriéré de sa
- solde, que lui devait, prétendait-il, le Khédive d’Egypte.
- C’est au moment où les puces pénétrantes commencent à s’abattre sur un pays qu’elles causent le plus de mal. Les populations surprises ne savent à quoi attribuer les douleurs inconnues qui les accablent. Quand elles en découvrent l’origine, les ravages sont déjà grands. Le spectacle que Baumann eut sous les yeux en traversant, entre les lacs Victoria et Tanganika, les régions nommées Usindja et Urundi, était véritablement lamentable. Des villages entiers avaient été dépeuplés et dans d’autres les jambes de certains individus atteints, tombaient littéralement en pourriture.
- On conçoit donc que la présence de cet insecte doive préoccuper les Européens. Il peut mettre obstacle à leur expansion. En Afrique les communications sont malaisées. Le cours des grands fleuves est coupé de cataractes, qui empêchent les navires de remonter de la côte dans l’intérieur du continent. Cet inconvénient naturel sera atténué pour la partie occidentale de l’Afrique tropicale, quand les voies de communication en construction ou à l’étude dans l’Etat indépendant et au Congo français mettront le réseau navigable du Congo en relation facile avec l’océan Atlantique. Pour la partie orientale il subsiste intégralement. Le jour paraît encore éloigné où un chemin de fer reliera la côte orientale à la région des lacs, quoique Anglais et Allemands se soient déjà livrés à quelques études préliminaires.
- D’autre part les animaux de transport, tels que les bœufs et les chevaux, ne peuvent pas être utilisés, à cause des attaques mortelles dont ils sont l’objet de la part de la fameuse mouche tsétsé. La marche est donc, dans l’Afrique tropicale, le moyen de communication par excellence. Il n’y existe pas de bête de somme : l’homme est le seul porteur. 11 est très remarquable que sur des centaines d’expéditions dirigées par des Européens, très peu aient échoué par la faute des porteurs. On n’en compte qu’un petit nombre, au cours desquelles ceux-ci aient déserlé ou bien se soient mutinés contre leur chef. La qualité de ce personnel compense donc dans une certaine mesure l’absence de voie fluviale et la présence de la mouche tsétsé.
- Or voilà que les hommes sont également victimes d’un parasite dangereux. Et pour comble de malheur, il s’attaque surtout aux organes de locomotion, il mutile les pieds. Il accroît donc les difficultés des voyages en Afrique.
- Toutefois, avec des.soins et de l’attention, il est possible de se soustraire aux attaques des chiques et à leurs conséquences. Il est indispensable, dans un pays où règne le fléau, de ne pas laisser passer un seul jour sans regarder si des parasites ne se sont pas logés sous la peau. Quand les insectes sont expulsés peu de temps après leur introduction, ils ne sont pas dangereux. Les chefs de caravanes doivent obliger leurs hommes à des visites scrupuleuses. En infligeant des punitions extrêmement
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- LA N AT LUE.
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- sévères à tout porteur qui était indisponible par suite de piqûres des chiques, Banmann réussit à en préserver presque entièrement sa caravane pendant son voyage de 1801-1805. Un n’est donc pas absolument désarmé. Les précautions hygiéniques sont efficaces. Elles permettent de lutter avec succès contre ce fléau, qui, sans l’entraver, gène l’exploration de l’Afrique, cette œuvre glorieuse de notre siècle.
- IIevri Behkraix.
- L’ORIGINE DES CERFS-VOLANTS
- ET 1.ECUS APPLICATIONS AUX ARTS MILITAIRES
- On ne sait pas exactement quel est l’inventeur du cerf-volant. La tradition attribue au philosophe grec Àrchytas, de Tarente, qui vivait en l’an 400 avant l’ère chrétienne, la construction d’une colombe mécanique. On en infère qu’il est l’inventeur du cerf-volant, mais, à notre connaissance, aucun texte formel ne permet de l’affirmer. Quelle forme avait-il donnée à son appareil? Quelles considérations l’avaient guidé? Autant de questions sans réponse.
- D’autre part, un grand nombre d’historiens voudraient que le véritable inventeur fût le célèbre général chinois llan-Sin, qui vivait en l’an 206 av. J.-C. D’après le Dictionnaire, chinois de M. Perny, l’inventeur serait Tchang-Leangqui vivait sous la dynastie des llan.
- Dans certains pays, tels que l’Ecosse, l’Allemagne, le Danemark, le cerf-volant porte le nom de « dragon », qui révèle son origine céleste et semble indiquer une importation directe de Chine, où l’effigie du monstre oriental est souvent adoptée, comme on s’en souvient1. Dans d’autres contrées, la France, l’Italie, l’Angleterre, il est connu sous un vocable différent, cerf-volant, kise, cervo-volante. L’étymologie de ce nom est peu commode à expliquer; elle doit provenir d’une ressemblance qui existait entre les premiers appareils lancés et l’insecte qui porte le même nom dans les trois langues. Ces considérations tendraient à prouver que le cerf-volant a été introduit dans nos contrées de deux sources distinctes, ce qui expliquerait les divergences d’opinion des historiens; elles font voir aussi que ce jeu, actuellement si comrn n, a dû être assez long à se répandre, pour que des pays voisins comme l’Angleterre et l’Écosse aient pu lui donner chacun un nom particulier. En Chine, même, ce ne fut que plusieurs siècles après l’invention du général tian-Sin, qu’on songea à utiliser le cerf-volant à l’amusement des enfants.
- Le but que se proposait le général chinois était tout autre : « Il convint, dit l’ouvrage intitulé Tching-Tchaï-tsa-ki, qu’il entrerait par le centre même de la ville qu’il assiégeait; mais comme il ignorait la distance qui séparait son camp du palais YVei-Yang-Kong, où il voulait pénétrer par un chemin souterrain, il fit construire un grand cerf-volant qu’il lança, par un vent favorable, dans la même direction. »
- On voit que ce texte, sur lequel on se base pour attribuer à Han-Sin l’invention du cerf-volant, semble parler de cet appareil comme d’une chose déjà connue. Han-Sin aurait tout au moins le mérite d’avoir, le premier, songé à l’appliquer. Il a eu, depuis, de nombreux imitateurs.
- Près de huit siècles plus tard, l’an 549 ap. J.-C., dans la troisième année de la période de Thaï-Thsing, du règne
- 1 Yoy. n° 759, du 17 décembre 1887, p. 44. — Yoy. Cerfs-volants dans la table des matières de la deuxième série des dix dernières années de La Nature.
- de l’empereur AVou-Ti, de la dynastie des Liang, le général Héou-King assiégeait la ville de King-Thaï. Comme les habitants de la ville ne pouvaient faire connaître au loin leur position critique, ils construisirent en papier un grand nombre de cerfs-volants et les lancèrent pour demander des secours au dehors. Héou-King, les voyant s’élever dans les airs, consulta ses officiers : « Partout où arriveront ces cerfs-volants, dit l’un d’eux, nommé Wang-Wei, ils donneront des nouvelles des assiégés et feront connaître leurs besoins1. »
- Il est vraiment curieux de voir employé, il y a plus de >550 ans, un procédé presque identique à celui qui, pendant le siège de Paris, nous a rendu des services inoubliables. Le cerf-volant a, du reste, de tout temps, été utilisé dans l’art de la guerre.
- Dans les mémoires de lord Dundonald, on trouve un curieux compte rendu de la méthode qu’il avait adoptée pour communiquer avec les Espagnols, pendant la guerre Péninsulaire : les proclamations ou autres avis étaient attachés à la queue de cerfs-volants qui élaient enlevés de terre lorsque le vent était favorable, et qu’on faisait tomber en temps voulu; c’est le procédé inverse de celui qu’avaient adopté les habitants de King-Thaï.
- Plus récemment, en 1875, M. d’Esterno a proposé de se servir d’un cerf-volant de grandes dimensions pour enlever, en temps de guerre, un observateur au-dessus du sol quand on ne peut se procurer un ballon captif. Nous ne croyons pas que cette idée ait jamais été mise à exécution, mais les expériences de M. Maillot, que La Nature a décrites, prouvent que celte application n’a rien d’impossible2.
- Enfin, en 1888, un savant anglais, M. Douglas Archi-bald, a associé un cerf- volant de dimensions convenables à un ballon captif et a obtenu ainsi des résultats intéressants. Un ballon captif est très sensible au vent; dès que la vitesse de celui-ci dépasse 30 kilomètres à l’heure, il est impossible de le lancer sans danger. Un cerf-volant, au contraire, s’accommode très bien d’un vent fort; il communique au ballon une partie de sa force ascensionnelle et augmente sa stabilité. Dans les expériences qu’il a faites à l’arsenal aéronautique militaire de Chatham, M. Douglas Àrchibald employait un cerf-volant en soie, tendu sur deux traverses rectangulaires en bambou de dimensions appropriées à celles du ballon; il était attaché au flanc du ballon de manière à lui servir d’écran et à l’abriter du vent. Des dispositions particulières avaient été prises pour permettre de modifier l’inclinaison du cerf-volant suivant les circonstances, et pour éviter que le vent, s’engouffrant entre le ballon et sa voile, ne fit des remous qui eussent compromis la stabilité du système.
- Dans ces conditions, un ballon de 50 mètres cubes, qui élevait sans cerf-volant un poids de 4 livres, put enlever, avec une brise faible, 530 mètres de fit d’acier et une capote de soldat pesant 10 livres. Un ballon de 700 mètres cubes, associé à un cerf-volant de dimensions appropriées, élèverait, avec un vent de 37 kilomètres à l’heure, le même poids qu’un ballon captif de 1500 mètres cubes.
- On voit par ces quelques exemples, qui pourraient être multipliés, que le cerf-volant n’est pas seulement un jouet, mais qu’il peut servir à exécuter des expériences intéressantes, et à obtenir des résultats importants.
- G. Peliissier.
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences, année 1847, t. 24, p. 1070.
- 2 Yoy. n° 695, du 25 septembre 1886, p. 269. M. Maillot enlevait avec un grand cerf-volant le poids d’un homme, 70 kilogrammes.
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- APPAREIL DE PHOTOGRAPHIE AUTOMATIQUE
- LE l'HOTAL’TOGRAPHE DE M. FERRER
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que date l’idée des appareils de photographie automatique. Un certain nombre d’inventeurs en ont imaginé et un nombre égal de sociétés fondées en vue d’exploiter leurs systèmes ont déposé déjà des bilans que la clientèle s’obstinait à rendre désastreux. Les causes de ces déboires sont de deux sortes : fréquents ratés des appareils soumis au public et prix trop élevé des images obtenues.
- 11 est sans doute beaucoup de lecteurs qui se souviennent d’avoir vu, au Palais-Royal, un instrument automatique délivrant, pour 50 centimes, une minuscule plaque sur laquelle était tracé un portrait souvent irreconnaissable. A ce prix-là on avait le droit d’être exigeant. Aussi les clients confiants devenaient de plus en plus rares.
- Bref,aujourd’hui, ni en France, ni en Angleterre, ni en Allemagne, on ne trouve plus d’appareils photographiques au-t tmatiques.
- Ces résultats n’ont pas découragé M. J. Ferrer, de Barcelone, qui est parvenu à réduire sensiblement le prix de vente des portraits, tout en obtenant des épreuves de qualité supérieure à celles qu’on avait pu faire autrefois.
- Son appareil, très simple, dont l’aspect extérieur est représenté par la figure 1, n° 1, est mis en mouvement par le déclenchement d’un système d’horlogerie qui n’a rien de particulier et que nous ne décrirons pas. La figure 2 montre le mécanisme intérieur : en A, le magasin de plaques qu’on remplace lorsqu’il est épuisé; en dessous, la chambre noire B avec son objectif et l’obturateur automatique; au milieu, le chariot D porte-plaques avec ses bains de développement E, de lavage F, et de fixage G. 11 y a là une foule de détails sur lesquels nous
- n’avons point à appeler l'attention. Nous voulons seulement signaler ici deux dispositifs remarquables par leur originalité : le système d’entraînement du chariot porte-plaques D et l’obturateur.
- Le chafiot dont nous venons de parler est représenté avec plus de détails dans la figure 5, n° i. L’axe de rotation est en A. Le réceptacle B fait un tour complet autour de A pour chaque opération.
- Il s’élève et s’abaisse automatiquement pour introduire les plaques dans les différents bains ou les en retirer, par l’action de la roue dentée C. Cette roue est commandée par une crémaillère circulaire D mise en mouvement par le levier E. Ce levier est articulé en F avec une fourche G dont la tète porte un galet II roulant sur la came fixe K dont le profil est calculé de façon à transmettre à B les mouvements nécessaires au bon fonctionnement de l’appareil. Dans la figure 5, au n° 2, on voit le réceptacle B au moment où il sort de la cuvette, abandonnant le portrait au client. La grille de fond de ce réceptacle subit un déplacement continuel dans le sens de sa longueur, de manière à éviter que les plaques imprimées ne se collent contre les lamelles.
- L’obturateur, que nous avons déjà mentionné, est plus ingénieux encore. On s’en rendra compte en considérant la partie droite de la figure 1, n° 2. Notre dessin en démontre le fonctionnement. Il est monté sur la platine A et formé de deux volets BB montés fixes sur les roues dentées C et C portant chacune un doigt. Ces roues sont fixées à la platine. Le point d’oscillation du levier D qui détermine l’ouverture et la fermeture des volets est entre CC. Sur D sont montés le rochet E de douze dents et sa roue
- Fig. 1. — N“ 1. Vue d’ensemble du pholautographe. — N* 2. Détail de l’obturateur.
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- solidaire ainsi que le rochet F et la roue dentée G entre lesquels se trouve le ressort moteur. Au-dessus de G se trouve le rochet H, de vingt-quatre dents, servant à remonter le ressort. J est un levier à deux bras dont les extrémités sont mobiles l’une autour du centre I et l’autre autour du point fixe K. La branche fixée en I porte un cliquet s’engageant dans les dents du rochet II. L et M sontdeux cliquets reliés par un boudin et disposés de façon qu’à chaque échappement F ne puisse tourner que d’une demi-dent. Enfin, un ressort de rappel ramène le levier D à sa position initiale.
- Lorsque l’appareil a été déclenché, le mouvement de rotation d’un limaçon entraîne l’extrémité N du levier D vers la droite, fie levier continuant ensuite à s’éloigner vers la droite, L abandonne la dent de F sur laquelle il était en prise. F, entraîné par le ressort, devenu libre, tourne de gauche à droite de la valeur d’une demi-dent, grâce à la disposition respective des cliquets L et M. Le mouvement de F et de G détermine celui de E. Une des dents de E vient frapper le doigt d’une des roues C (celle de droite). Il en résulte deux déplacements égaux et de sens contraire de C et C, et, par suite, ouverture des volets B et B. La plaque, en position derrière l’objectif, est impressionnée pendant le temps que met le limaçon
- à faire sa course. Lorsque N se trouve sur le bord, le levier retombe, ramené à son ancienne position initiale par le ressort à boudin. Dans ce mouvement
- le cliquet M, qui est en prise, dégage à son tour d’une demi-dent la roue F. Il en résulte l’entraînement de E, dont une dent, frappant cette fois le doigt de la roue C de gauche, détermine la fermeture des volets et l’arrêt de la pose.
- On voit que chaque opération fait débander le ressort moteur de la valeur correspondant à deux demi-dents de F. M. Ferrer a trouvé unmoyenoriginal de remonter automatiquement ce ressort de la même quantité, pendant que le levier se déplace de gauche à droite. A cet effet, le levier articulé J, oscillant autour du centre I et du point
- fixe K, porte sur la première de ses branches un cliquet engagé dans les dents du rochet de remontage H. Ce rochet a vingt-quatre dents et, dans le mouvement de gauche à droite, le cliquet en remonte deux exactement, grâce à la réduction de l’angle des deux branches. Le ressort est donc toujours bandé également.
- Le limaçon peut recevoir neuf positions différentes correspondant à neuf temps de pose variant d’une demi-seconde à trois secondes. Dans le temps que met le chariot transporteur à faire un tour, soit en trente-cinq secondes, la plaque
- Fig. 2. — Mécanisme intérieur (lu pliotautographe. — A. Magasin des plaques sensibles. — 15. Chambre noire avec son objectif et l’obturateur automatique. —D. Chariot porte-plaques. — E. Bain de développement. — F. Bain de lavage. — G. Bain de lisage.
- Fig. 3. — K" 1. Ec chariot porte-plaques. — K" 2. Le réceptacle livrant une photographie.
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- impressionnée est développée, fixée et lavée. Il faut trente-cinq secondes pour faire un portrait1.
- Lu compteur disposé derrière le cadran de l’appareil sert a contrôler l’employé chargé d’assurer l’ordre et de recevoir la monnaie. Chaque photographie peut être livrée pour 20 centimes.
- h inventeur, qui a résolu les problèmes assez compliqués dont on n’avait pas encore eu de bonne solution par des procédés entièrement nouveaux, attend avec confiance la consécration de l’expérience. INous espérons. L. Reveuciion.
- LA CULTURE DU COTONNIER EN ALGÉRIE
- La Revue (les Sciences nulwrcllcs a publié le 5 mai une intéressante lettre datée d’Oran, 25 mars 1895, dans laquelle un de ses correspondants, M. Leroy, donne les détails suivants sur la culture du cotonnier dans notre colonie. « J ai pu récolter, en 1894, quelques gousses de cotonniers d Égypte et de Chine. Les graines vont être semées a Perrcgaux, localité du littoral où les terres sont irrigables et dont le climat est plus chaud que celui d’Oran. En les envoyant, j’ai fait observer que, dans les essais de culture du cotonnier, on doit rechercher des plants à grand rendement.
- « Celle culture a été très prospère en Algérie, notamment dans le département d’Oran, vers 1860, lorsque le Gouvernement l’encourageait, en distribuant des prix annuels dont l’un était de vingt mille francs, en accordant des primes aux planteurs et en achetant les cotons récoltés, à des prix fixés à l’avance. Mais elle n’a pas tardé à péricliter, par suite de la suppression des primes et du développement de la concurrence étrangère.
- « Actuellement, les conditions ne paraissent pas favorables pour reprendre cette culture en Algérie, sur de grandes bases du moins, parce que la main-d’œuvre y est beaucoup plus coûteuse que dans la Russie transcaspienne et en Amérique, où les plantations du cotonnier n’ont pas cessé de progresser.
- « Aussi, des personnes compétentes concluent à l’inutilité des nouveaux essais de culture qui pourraient être faits avec les bonnes variétés connues : d’autres conseillent de restreindre ces essais à de petites parcelles. Il semble que réduite suivant ce dernier système, la plantation du cotonnier pourrait servir d’appoint aux autres cultures, si elle était faite par des personnes ayant une famille nombreuse et n’étant point obligées, dès lors, de recourir à la main-d’œuvre étrangère; c’est ainsi que se pratique la culture du tabac dans le nord de la France.
- « Mais il faudrait, en outre, n’employer que des variétés à grand rendement (150 à 170 gousses par pied). Or, je ne crois pas qu’il en existe en Algérie. La première chose à faire est donc d’acclimater, en Algérie, une variété à giand produit, ou d’en créer une, en éliminant celles qui n’ont qu’un faible rendement et en sélectionnant celles qui se rapprochent le plus du but à atteindre.
- « C’est dans ce sens seulement que, à mon avis, les essais doivent être faits, pour le moment, et c’est le conseil que j’ai donné, en envoyant les graines que j’avais. Je ne manquerai pas de vous faire part des renseignements que j’aurai sur les résultats qui seront obtenus. »
- 1 Tous les déclenchements nécessaires se produisent durant le mouvement du chariot par frictions de plans inclinés sur des galets de roulement en cuivre.
- LES PORTEURS AÉRIENS PAR CARLES
- Nous avons récemment parlé dans La Nature1 du très utile parti que tirent les ingénieurs américains des porteurs aériens pour l’exécution de leurs travaux. Ils en font, en matière de travaux publics, construction de ponts, de remblais, de barrages, un usage tout à fait remarquable. Les porteurs aériens présentent, en effet, divers avantages. Le premier, qui saute aux yeux, consiste à relever, en quelque sorte, le plan, ou niveau, du chantier de construction à plusieurs mètres au-dessus du sol. On ne s’aperçoit donc guère dans ces conditions que les matériaux voltigeant dans les bennes aériennes circulent au-dessus des têtes ; c’est ainsi que des travaux de construction considérables peuvent être effectués, et qu’ils ont été effectués aux États-Unis, sans interrompre la circulation et sans nécessiter à la surface du terrain d’encombrants et onéreux charrois.
- A cette qualité primordiale, les porteurs aériens joignent l’économie de force motrice, la résistance aux intempéries et une facilité remarquable de chargement et de déchargement. Nous ne les ignorons pas en Europe : en Belgique, en Allemagne et en Espagne, il en a e'té fait des applications importantes pour l’exploitation des matières premières du sol.
- En France, les usages des porteurs aériens ont été jusqu’à présent principalement agricoles; mais on ne peut douter qu’ils se développeront de plus en plus et qu’ils deviendront, comme aux Etats-Unis, un organe important de l’outillage des grands chantiers.
- MM. Teste, Fichât et Moret, constructeurs à Lyon, qui se sont fait une spécialité de ce genre d’installations aériennes, nous communiquent à ce sujet, avec un chauvinisme technique de bon aloi, quelques détails sur les services rendus en France par les porteurs aériens. On les lira, croyons-nous, avec intérêt, car il y a là quelques bons exemples à imiter, sans compter ce qui peut être suggéré à des ingénieurs avisés dans le cas de difficultés spéciales du sol à surmonter.
- Les porteurs aériens français se font à un, à deux ou à trois câbles. Dans le cas du « monocâble », tantôt le câble est fixe, et on laisse glisser sur lui, en descendant une charge suspendue à un crochet, tantôt il est mobile, et tout à la fois porteur et tracteur. C’est alors le câble sans fin, entraînant les charges accrochées après lui de distance en distance comme la chaîne sans fin d’une noria entraîne les godets.
- Dans le porteur aérien à deux câbles, l’un des câbles est fixe, l’autre est mobile. Enfin, dans le porteur à trois câbles, deux des câbles sont porteurs comme les rails d’un chemin de fer; le troisième est tracteur et tire les charges sur cette voie aérienne.
- Les câbles sont généralement en fils d’acier, très résistants, enroulés en couches concentrique^ et
- 1 Voy. n° 1123, du 8 décembre 1894, p. 23.
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- présentant une résistance finale six ou sept lois plus grande que celle qu’on leur demande en service normal ; c’est ce que l’on appelle le coefficient de sécurité. Ils sont supportés sur des poteaux ou pi-Iônes en bois ou en 1er : les charges sont portées dans des bennes qui roulent sur les câbles par l’intermédiaire de galets. C’est principalement par l’étude de ces détails de construction que les porteurs aériens américains diffèrent des porteurs aériens français ; mais les résultats obtenus sont, en somme, les mêmes, lorsque l’on sait faire de cet outillage puissant et élastique un emploi judicieux.
- Voici quelques exemples de ces applications. A Saint-Ismier, dans l’Isère, le porteur aérien a pour but de transporter la pierre à ciment d’une galerie d’extraction jusqu’aux fours, distants de cette dernière d’environ 2700 mètres. La différence de niveau entre les deux stations est de 522 mètres environ, avec une pente moyenne de 4 à 8,5. Cette installation comprend deux stations extrêmes seulement ; le câble sans fin a 5400 mètres de longueur, à chaque extrémité est une grande poulie de 2 mètres de diamètre. Les paniers, fixés sur le câble de distance en distance, contiennent environ 50 kilogrammes de pierres à transporter aux fours. Comme le montre notre première gravure (fig. 1), il s’agit, dans ce cas, d’un « monocâble » porté sur des supports d’une hauteur moyenne de 15 mètres. La quantité de pierre qu’il transporte varie entre 25 et 40 tonnes par jour.
- À la sucrerie de Laudun, dans le département du Gard, nous trouvons une autre installation du même genre bien caractéristique du progrès de l’industrie moderne. Le porteur aérien (fig. 2) est installé près de la station de chemin de fer de l’Ardoise, sa longueur totale est d’environ 1800 mètres et la différence de niveau entre les deux stations extrêmes est de 2 à 5 mètres; il a pour but de transporter les betteraves de la plaine de Vaucluse à la sucrerie, en franchissant deux bras du Rhône, l'un de 280 mètres, l’autre de 150 mètres de largeur. Chaque jour, pendant la période active de fabrication, 50000 kilogrammes de betteraves arrivent ainsi dans l’usine, et 10000 kilogrammes de pulpe ayant abandonné son jus sucré repartent en sens contraire.
- Le système adopté est celui à trois câbles dont nous avons parlé; deux câbles porteurs forment rails aériens et un câble tracteur sans fin, animé d’un mouvement uniforme de 1 mètre par seconde, pourvoit à l’entraînement des bennes. La force motrice, empruntée à l’usine, est évaluée à 5 chevaux-vapeur et peut être portée au double, soit à 6 chevaux.
- Nous pouvons citer aussi, comme installation aérienne intéressante, le porteur, de 1800 mètres de longueur et de 2700 mètres suivant la ligne des câbles, qui a servi temporairement, en 1891, pour le transport des matériaux de construction aux forts du Truc, près de Bourg-Saint-Maurice, en Savoie. 1
- »A Malain, près de Dijon (Côte-d'Or), un porteur aérien de 050 mètres de longueur, rachetant une différence de niveau de 250 mètres, amène à des fours de grillage les pierres à ciment provenant d’une importante carrière d’extraction.
- Les hauts fourneaux de Tamaris, près d’Alais, dans le Gard, ont aussi établi, en 1894, un porteur aérien pour le transportées minerais de fer extraits du tunnel de l’Espinette, minerais qui viennent se faire traiter à Tamaris. La ligne aérienne a environ 1100 mètres de longueur. Les bennes transportent 200 tonnes de minerai en dix heures de travail, à la vitesse de lm,25 par seconde. La force motrice consommée est évaluée à environ 6 chevaux. C’est un véritable chemin de fer aérien, avec stations, aiguillages, freins perfectionnés, sur lequel le service se fait avec une ponctualité et une sécurité parfaites.
- Pour terminer cette brève Note sur les applications en France des porteurs aériens, nous relaterons ce qui nous a été communiqué par M. F. Arnaud, au sujet de leur emploi agricole dans l’arrondissement de Barcelon*ette (Basses-Alpes).
- Dans cette région si pittoresque et si mouvementée, on ne peut guère cultiver lucrativement les céréales : les prairies et les pâturages des hauts plateaux forment l’élément essentiel de la richesse agricole locale. Or, le reboisement, en enlevant aux propriétaires de ce que l’on nomme « les hauts quartiers », le bénéfice direct du pâturage de printemps et d’automne, ainsi que les fumiers qui permettaient de conserver la fertilité des terres arables, a produit des effets immédiats fâcheux. Des hameaux se sont dépeuplés, une grande expatriation s’est faite vers le Mexique, et le prix de la main-d’œuvre a atteint dans cette intéressante région française un taux que l’on ne connaissait pas et qui constitue pour les agriculteurs une difficulté très sérieuse.
- Comment exploiter les prairies de montagne avec cette main-d’œuvre rare et onéreuse? A dos de mulet, un homme et une bête ne peuvent descendre que 160 kilogrammes de fourrage par jour. Il y a bien le§ carrioles : mais les carrioles exigent des chemins pour circuler, et ces chemins sont chers à établir et onéreux à entretenir pour des communes et des particuliers qui ne sont pas riches. Des hommes d’initiative et de progrès, parmi lesquels M. F. Arnaud, ont résolument songé aux câbles aériens; ils les ont obstinément préconisés, et finalement établis dans leurs montagnes. C’est un exemple qui mérite d’être médité et imité. Voici comment M. Arnaud chiffre le coût des moyens de transport dans les trois conditions indiquées :
- A dos de mulet. 2 fr. 90 les lOOkilogr.
- A carriole. ... 2 fr. 49 —
- Par câble.... 1 fr. » —
- Les trousses, ou paquets de fourrage de 60 kilogrammes environ, portant le nom et l’adresse du propriétaire, sont solidement accrochées après les câbles à l’époque de la récolte; elles glissent
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- sur ces routes aériennes et vont se centraliser à des Les câbles, fournis par une usine de l’Ailier, sont points d’arrivée où elles sont remises aux intéressés. tendus aux deux bouts par des treuils métalliques.
- Fig. 1. — Porteur aérien de Suint-Ismier (Isère).
- Fig. 2. — Porteur aérien de la sucrerie de Laudun (Gard).
- Ils franchissent sans interruption des travées ayant plus de 000 mètres de portée avec des pentes variant de 15 à 45 pour 100. Grâce au dévouement des fonctionnaires des ponts et chaussées, des habitants, et de
- nos braves soldats alpins, en octobre dernier, trois câbles de ce genre ont été déroulés dans la région de Barcelonnette, savoir à la Chalanette, à Serrc-Muurin-au-Brec et à Terres-Pleines ; ils ont rendu, dès leur
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- Fig.
- \
- Un câble porteur à
- Barcelonnette.
- Longueur, 976 mètre
- — Câble du Lavercq, *; ditï'érence d'altitude
- en liant du vallon de des deux bouts, 591
- la Blanche, au pied de Séolane. mètres.
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- établissement, de réels services, sans occasionner aucun accident. Cette année même, d’autres câbles vont être lancés dans cette région et l’on y trouvera un remède contre la disparition de la main-d'œuvre, l’appauvrissement et la dépopulation. Cette intéressante et utile application des porteurs aériens trouvera certainement des imitateurs et des émules ; elle peut être non seulement généralisée dans les conditions agricoles spéciales que nous avons indiquées, mais encore étendue à bien d’autres cas.
- Max de Naxsoutï.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DU 14 AVlîIL 1895
- M. Ch. Zenger a envoyé à l’Académie des sciences une intéressante Note au sujet du tremblement récent qui a exercé son action en Italie et en Autriche. Nous reproduisons les documents que l’on doit à cet observateur et nous ne doutons pas qu’ils n’attirent l’attention de nos lecteurs.
- Voici le récit d’un témoin, qui se trouvait au château de Thurm, près Laibach : <c Le début a eu lieu la nuit, à 11h 20m ; jusqu’à 7h 15m, il y a eu deux énormes secousses, suivies de trente et une secousses de moindre intensité. Les habitants du château furent éveillés par un effroyable bruit de tonnerre souterrain; le château fut ébranlé dans ses fondements et commença à chanceler comme un navire sur la mer houleuse. En me rendant sous le poteau de la porte pour me protéger contre les pièces de chaux et de briques qui tombaient avec un bruit affreux du plafond de ma chambre à coucher, je me suis sauvé, après les premières et les plus fortes secousses, dans le jardin, en passant par un escalier couvert de débris de toutes sortes et fortement crevassé. J’ai passé la nuit avec mes enfants, au froid, sans vêtements, dans une maisonnette du jardin. Le château fut, jusqu’au lever du soleil, continuellement ébranlé par des secousses et inaccessible. Après chaque secousse, nous pouvions entendre de la ville les cris de la population affolée. Et, pendant cette scène inoubliable de détresse et de terreur, sur le ciel silencieux, de nombreuses étoiles filantes sillonnaient la voûte comme un feu d’artifice. Après le lever du soleil, je suis rentré avec précaution dans le château. Les tapisseries étaient détruites, ainsi que les tableaux, les vitres; c-’était un chaos complet. Les murs ont été étayés avec de forts supports. »
- On a vu, pendant le tremblement du 14 avril, se produire des phénomènes lumineux ressemblant à de vifs éclairs. Ce sont Laibach et ses environs qui ont souffert le plus de toute la province Krajina. Dix mille habitants ont quitté la ville et sont sans abri. Dans la ville, 20 pour 100 des maisons se sont écroulées ou sont tellement endommagées qu’on doit les démolir tout de suite. Deux bataillons de sapeurs y sont employés. Les secousses se sont répétées le 19 et le 20, jours de passage des étoiles filantes (Lyrides) ; le jour de la période solaire était le 12 avril, et le passage des étoiles filantes du 11 au 14 avril était cette année marqué par une chute très abondante. De même, le 20 et du 25 au 50 avril, beaucoup de bolides furent observés en différents lieux. Le tremblement fut très étendu : à Trieste, dans le Tyrol, dans le Vorarlberg, dans l’Autriche supérieure et dans l’Autriche inférieure jusqu’à Vienne, où les aiguilles aimantées, comme à Prague et à Berlin, furent fortement agitées. Ecroulements
- en Belgique, éboulements et crevasses le 12 avril à Deea-zeville, sur les terrains des houillères, avec effondrement de plusieurs maisons et glissement de terrains ; enfin de fortes secousses en Sicile, dans la nuit du 12 au 15 avril, ont précédé le désastre du 14 avril. L’origine volcanique ne peut être douteuse et la coïncidence des ouragans, des chutes abondantes de météorites et d’étoiles filantes, les perturbations magnétiques, les éboulements et glissements de terrains en Belgique, en France, en Bohême (en trois localités au même jour), ne laissent aucun doute sur la simultanéité et l’origine commune de ces grands phénomènes naturels, dus à l’action électrodynamique du soleil et aux passages simultanés d’essaitns d’étoiles filantes et à la chute de nombreux bolides.
- Les perturba lions magnétiques, généralement bien observées, furent continues à Prague ; variation de déclinaison : commençant le 15, de -f 15',0 (7“ à 2h); le 10 : +9',7 ; le 17 : + 10',6; le 18 : -f- 15',7; le 19 : + 12',8; après quelques jours les perturbations magnétiques se sont répétées : le 23 : -j- 16',6; le 24, jour de la période solaire : + 12',6. Le 23, à 3h 40“ et 6h50m, secousses réitérées très violentes à Laibach, renouvelant la panique parmi les habitants. Ecroulement d’une grande manufacture déjà lézardée par les secousses antérieures, et d’une baraque abritant les réfugiés ; une montagne entre Franz-dorf et Cirhnie et le Krcutzberg, près Okroglo, ont perdu beaucoup de leur hauteur. Le 26, trois orages à Prague; variation de déclinaison : le 25 -j- 12',6 à Prague, le 25 entre 7 et 2 heures après midi, 26 perturbations en déclinaison : + 11',8; orages épouvantables, pluies et ondées en Hongrie méridionale, secousses de tremblement de terre à Agram et en Bosnie; inondation de vastes territoires en Hongrie, en Serbie et à Bucarest, où plus de 50 000 arpents ont été submergés et où quatre villages ont absolument disparu sous les Ilots. Bappelons que le 25 janvier 1348, jour de la période solaire, à 4 heures de l’après-midi, la Krajina fut aussi en proie à des secousses épouvantables, ainsi que la Syrie et la Carinthie, l’Autriche, la Hongrie et la Moravie ; quarante villes et châteaux ont été détruits et l’Alpe de Villach, le Dobratsch, crevassés ; un lac alpestre a disparu, la terre s’est ouverte et la chute d’une montagne a produit l’obstruction d’une rivière, inondant dix villages; le mont Gorlica, fendillé, tombait dans le lac d’Ossiach1.
- LA TRACTION ÉLECTRIQUE
- PÂR NCCUMULNTEURS
- A PARIS
- Nous avons donné précédemment 2 la description des tramways électriques à accumulateurs qui ont été mis en service sur différentes lignes dons Paris. Pendant les trois années d’exploitation qui se sont écoulées depuis cette époque, les résultats ont été satisfaisants et ont permis de réaliser déjà certaines économies sur la traction animale. Le prix de revient a été de üfr,47 par kilomètre-voiture, dont t)tr,16 pour l’entretien et la manutention des accumulateurs, 0fr,18 pour la force motrice, 0fr,05 pour l’entretien des trucks et des moteurs, et 0fr, 08 pour la conduite. Ces premiers résultats n’ont été obtenus qu’avec
- 1 On sc l’appelle que le tremblement de terre d’Autriche dont il est question dans la Notice que Ton vient de lire a été accompagné de mouvements du sol correspondant qui se sont fait sentir en Italie.
- 2 Voy. n° 1015, du 12 novembre 1892, p. 509.
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- LA N AT mu:.
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- des voitures anciennes qui ont été équipées pour le service électrique. Mais depuis quelque temps, la Société a réalisé un grand nombre de modifications et d’améliorations qui vont lui permettre d’effectuer le service dans de bien meilleures conditions. La Société pour le travail électrique des métaux, comme l’a indiqué M. J. Sarcia à la Société internationale des électriciens, a d’abord apporté de grands perfectionnements aux accumulateurs. Les plaques négatives de ces accumulateurs, à pastilles, dans lesquelles la matière active était obtenue par la réduction du chlorure de plomb, ont bien résisté et ont fourni une grande durée. Il n’en était pas de même pour les plaques positives, qui étaient vite hors de service, la matière active tombait rapidement et le support était désagrégé. La Société qui construit les accumulateurs a alors adopté un support formé d’une âme pleine en plomb renfermant 10 pour 100 d’antimoine, et maintenant sur les côtés des augets inclinés. La matière active est placée dans ces récipients. Au bout d’un certain temps de service, cette matière tombe, mais le support reste intact, et il suffit de remettre la matière dans les augets. C’est là une opération des plus simples. Ces diverses améliorations ont permis d’abaisser à 1700 kilogrammes, au lieu de 5000 kilogrammes, le poids total de la batterie nécessaire à une voiture; le poids de celle-ci en ordre de marche n’atteint plus maintenant que 11700 kilogrammes au lieu de 14500 comme autrefois.
- La nouvelle voiture, sur laquelle nous avons pu effectuer un trajet de Paris à Saint-Denis, est fort spacieuse et établie dans d’excellentes conditions. La batterie d’accumulateurs de 5G éléments à 9 plaques de 200 millimètres de longueur sur 200 millimètres de largeur, est contenue dans une caisse unique que l’on suspend entre les deux châssis au-dessous de la voilure à l’aide de crochets disposés à cet effet. Cette caisse est enlevée et remise en place très facilement. La manœuvre ne demande que 2 à 5 minutes. Les moteurs sont deux moteurs shunt, commandant les essieux à l’aide d’un seul engrenage. L’emploi de ces moteurs shunt a permis de réaliser encore un progrès et d’obtenir pendant les descentes une certaine récupération d’énergie électrique. Cette récupération atteint environ 18 pour 100; elle est surtout importante parce qu’elle se produit aux moments où les accumulateurs viennent de fournir une décharge élevée. Ce régime de recharge de temps à autre ne peut être que des plus favorables à l’entretien de la batterie. Voici en quoi consiste la récupération. Dans les descentes le tramway est entraîné par son propre poids, et le moteur devient une génératrice qui fournit de l’énergie électrique aux accumulateurs. Toutes les manœuvres de la nouvelle voiture sont effectuées à l’aide d’un seul appareil placé sous la main du conducteur et qui permet de mettre des résistances dans le circuit des inducteurs ou de l’induit, et de les retirer à volonté. Signalons aussi le freinage électrique qui est obtenu par la mise en court-circuit de l’induit et qui est assez puissant pour arrêter instantanément la voiture. Toutes ces dispositions nouvelles ont eu pour effet d’abaisser notablement le prix de revient, et la dépense par kilomètre-voiture atteindra maintenant 0fr,34, dont 0fr,T 0 pour l’entretien et la manutention dés accumulateurs, 0fr,15 pour la force motrice, Û,r,05 pour l’entretien des trucs et des moteurs, et 0tr,08 pour la conduite. 11 y a, comme on le voit, de notables progrès réalisés dans ce mode de traction, et il est à souhaiter qu’il reçoive enfin dans Paris une grande extension. J. L.
- LES INSECTES FOSSILES
- UES TEMPS PRIMAIRES1
- Les études que nous avons publiées précédemment nous ont montré que, dès la période houillère, les insectes étaient nombreux en espèces et qu’ils appartenaient à trois grands groupes, trois ordres différents, à savoir : les Névroptères, les Orthoptères, les Ilomoptères. Tous ceux qui nous sont connus étaient de grande taille; les plus petits ne mesuraient pas moins de 5 centimètres d’envergure ; les plus grands avaient, les ailes déployées, soixante-dix centimètres. Les insectes actuels semblent être les descendants réduits de ces géants des temps primaires. Je ne dis pas dégénérés, car il existe de nos jours des insectes dont le perfectionnement organique est poussé beaucoup plus loin, leurs segments thoraciques ne forment qu’une masse et il y a coalescence des ganglions correspondants de la chaîne nerveuse ventrale.
- Les insectes houillers, malgré leur taille souvent gigantesque, ne sont pas arrivés à un degré de perfectionnement organique aussi avancé que ceux de l’époque actuelle. Ainsi chez les premiers le thorax est formé de trois parties bien distinctes; ce qui prouve que les ganglions nerveux thoraciques étaient séparés les uns des autres. En outre plusieurs ont conservé à l’état adulte des caractères qui ne se retrouvent de nos jours que chez des larves, des caractères larvaires, tels que la présence des tra-chéo-branchies sur les côtés de l’abdomen. Chez quelques-uns môme, comme cela se voit chez les Nymphes, les deux membranes supérieure et inférieure des ailes n’étaient pas intimement soudées l’une à l’autre, et par conséquent devaient permettre au sang de circuler librement.
- Un autre caractère de la plus haute importance que présentent plusieurs insectes houillers est d’avoir au prothorax des appendices qui peuvent être assimilés aux ailes et qui ressemblent plus ou moins aux élytres mésolhoraciques des Phasmiens actuels. On sait que maintenant les insectes n’ont que deux paires d’ailes portées par le mésothorax et le méta-thorax, tandis que le prolhorax en est constamment dépourvu. On a bien signalé des élargissements du prothorax chez certains orthoptères de la famille des Mantides (Cheradodis, etc...) ou des expansions membraneuses chez des Hémiptères (Tingis); Cho-lodkovsky a appelé l’attention sur des sortes d’écailles qui existent sur le prothorax de quelques Lépidoptères. Mais dans aucun de ces cas nous ne voyons des pièces articulées; chez nos insectes fossiles les appendices prothoraciques sont plus ou moins rétrécis à la base, de sorte qu’il est permis de supposer qu'ils étaient articulés. On peut les considérer comme des rudiments d’ailes et on est en droit de prévoir qu’on trouvera un jour des insectes fossiles pourvus
- 1 Suite et fin. Yoy. n° 1142, du 20 avril 1805, p. 526.
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- LA NAT LU K.
- de trois paires d’ailes, correspondant aux trois paires de pattes de ces animaux.
- Si maintenant nous examinons nos insectes fossiles au point de vue des rapports qu’ils offrent avec la forme actuelle, nous voyons que la plupart diffèrent tout à fait des types vivants, non seulement spécifiquement, génériquement, mais comme familles; il nous a été nécessaire de former des groupes nouveaux.
- À coté de ces insectes, il y en a d’autres au contraire qui diffèrent peu des formes actuelles, soit parmi les Névroptores pseudo-orthoptères, les Pertides, par exemple, soit parmi les Orthoptères, tels que les Blattes, les Locustes, les Criquets, les Phasmes, soit parmi les Homoptères, les Fulgorides. Cependant, malgré certains caractères de ressemblance dans la forme des appendices locomoteurs, ces insectes possèdent des caractères qui leur sont propres. Ainsi les Blattes de l’époque houillère rap-
- pellent nos Blattes par la nervation de leurs ailes antérieures et postérieures; toutefois ces dernières n’ont pas le champ anal aussi développé, aussi nettement disposé en éventail. Eu outre, tandis que nos Blattes pondent leurs œufs contenus dans une capsule ou sont vivipares, celles de l’époque houillère étaient pourvues d’une sorte d’oviscapte et devaient
- très probablement pondre leurs œufs un à un.
- Les Protopbasmes ressemblent absolument à leurs congénères actuels par la forme du corps, par les pattes, la tète, les antennes ; mais de nos jours les Phasmes sont aptères, ou bien, lorsqu’ils ont des ailes, celles de la première paire (à l’exception des Phyllies femelles) sont toujours réduites à l’état d’éeailles. Au contraire les Protophasmides avaient quatre ailes bien développées. Nous retrouvons des espèces d’Orthoptères dont la nervation rappelle de très près celle de nos Criquets; mais de nos jours
- Fig. 1. — Ncvrojilèrc de la famille des Mégusécoplcridcs (4/5 de grandeur naturelle).
- Fig. 2. — Aile de Névropterc de la famille des Platyptérides (grandeur naturelle).
- ccs insectes ont des antennes courtes, c’est môme là un des caractères qui servent à les distinguer des Sauterelles; à l'époque houillère, les Paléacridiens avaient de longues antennes fines. Je pourrais multiplier ces exemples, mais ils suffisent pour montrer que si, parmi les insectes de la période houillère, il s’en trouve un grand nombre qui diffèrent complètement des types actuels, il y en a qui s’en rapprochent au contraire beaucoup et qui, à part quelques caractères différentiels,
- pourraient être rangés dans les familles actuelles.
- N’est-on pas étonné de rencontrer à une époque déjà ancienne une aussi grande variété d’insectes? Cette diversité nous prouve l’ancienneté de ce type ; ces êtres existaient évidemment depuis longtemps et leurs formes se sont conservées en partie. Déjà les insectes de la période secondaire sont assez éloignés des types houillers et se rapprochent davantage des familles actuelles. Ceux des temps tertiaires sont tout à fait voisins non seulement des familles, mais même
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- Fig. ô. — Un ÎNévroptère de la famille des Platyptérides (4/5 de grandeur naturelle).
- des genres, je dirais presque des especes vivantes. D’ailleurs les découvertes paléontologiques sont là pour montrer que les insectes existaient fort bien avant l’époque houillère. M. Scudder n’a-t-il pas fait connaître des empreintes trouvées dans le terrain Dévonien du Nouveau-Brunswick? et ces empreintes se rapportent à des genres différents. L’un d’eux n’a-t-il pas été même le premier chanteur? n’avait-il pas des organes de stridulation?
- Mais l’histoire des insectes est encore plus ancienne. J’ai décrit une curieuse empreinte provenant du Silurien moyen du Calvados presque au moment où l’on faisait connaître des Scorpions de terrains analogues. 11 y a donc à prévoir de nouvelles découvertes qui jetteront probablement beaucoup de lumière sur l’origine de ces êtres.
- Nous avons dit que les insectes de l’époque houillère pouvaient se rapporter aux Névroptères (fig. 1 à 4), aux Orthoptères et aux Homoptères Ful-gorides. Dans quelles conditions vivaient ces insectes? Pour répondre à cette question il faut se rappeler comment se sont formés les dépôts houillers.
- Par ses recherches sur le bassin houiller de Commentry, M. Henri Fayol nous a montré avec précision que les fleuves qui parcouraient les larges vallées de cette époque ancienne, se déversaient
- dans un lac profond. Ils charriaient de nombreux débris, les uns de nature organique, les autres d’origine minérale. Ces dépôts s’accumulant à leur embouchure, formaient un delta; les grès, les schistes et les corps organisés se superposaient et préparaient les couches que nous exploitons aujourd’hui. Au bord de ce lac, au bord des cours d’eau vivaient tous ces insectes sur les plantes qui garnis-
- Fis
- saientles rives. Ceux qui tombaient dans l’eau après avoir Botté un peu, s’enfoncaient asphyxiés, le limon, dont les apports étaient incessants, les recouvrait et nous les a conservés avec une exactitude . admirable.
- Ces insectes devaient vivre pour la plupart au
- bord des eaux ; mais la théorie de M. Fayol n’exclut pas la présence de montagnes peu élevées aux environs mêmes du lac ou des cours d’eau. Bien au contraire, et il n’y a rien d’impossible à ce que, parmi nos insectes houillers, il y en ait qui aient vécu sur les hauteurs. Néanmoins le plus grand nombre des espèces que nous avons reconnues, d’après leurs analogues vivants, devaient habiter le bord des eaux à l’état adulte, et leurs larves devaient même vivre dans les eaux.
- Les Blattes, si nombreuses tant dans les dépôts houillers d’Europe que dans ceux d’Amérique, viennent prouver par leur présence, que le terrain était recouvert de détritus végétaux plus ou moins décomposés. Ces insectes recherchent les lieux sombres et humides, mais on en voit qui aiment à se ehauflêr au soleil sur les herbes. L’atmosphère devait être chargée d’humidité ; la présence des trachéo-branchies que nous avons signalée tendrait à le prouver. D’ailleurs tous ces insectes de l’époque houillère n’ont pas de représentants dans les pays froids ou tempérés, mais dans les régions les plus chaudes du globe. 11 est permis de supposer que la lumière devait avoir une grande intensité, malgré la couche de vapeur d’eau répandue dans l’air; en effet nous constatons qu’un grand nombre d’insectes présentaient des ailes brillamment colorées.
- 4. — Névroptère de la famille des Sténodictyorides (4/S de grandeur naturelle).
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- Cette étude éclaire donc d’un jour nouveau l’histoire et le développement des insectes; elle prouve leur antiquité; elle montre qu’ils n’avaient pas acquis, malgré leur grande taille, le perfectionnement organique que nous leur connaissons de nos jours, et que si beaucoup diffèrent des types actuels, il y en a qui se sont conservés jusqu’à nous sans éprouver de grands changements.
- L’étude des insectes fossiles primaires vient enfin corroborer les données relatives à la climatologie de la période houillère fournies par les végétaux, c’est-à-dire qu’elle prouve que l’atmosphère était humide et chaude et qu’il y avait une lumière intense.
- Ch. BnoiNGNiAiiT.
- LES ANNONCES AMÉRICAINES
- Si les annonces de nos Chéret ont un cachet artistique dont il serait difficile de trouver l’équivalent en Amérique, il faut reconnaître, par contre, qu’elles ne sauraient lutter comme imprévu ou cocasserie avec celles de nos confrères transatlantiques, et il nous a semblé intéressant d’en signaler quelques-unes des plus récentes, combinées pour attirer l’attention et qui y réussissent aussi complètement que possible.
- Voici d’abord un marchand de sapin qui, pour mettre en évidence la solidité des bois qu’il livre à
- X^OSSAKM CON
- Fig. 1. — Marchand de bois.
- ses clients, n’a rien trouvé de mieux que d'en construire une légère escarpolette... pour éléphants (fig. 1).
- M. G.... fait paraître dans les annonces des journaux spéciaux un commutateur gigantesque qui attire naturellement l'attention et fait modestement remarquer, en légende, que ce n’est pas là la véritable dimension de son appareil, mais bien la grandeur de l’opinion de ceux qui en font emploi.
- Voici encore un marchand de porcelaines à l’usage des électriciens qui construit un bonhomme composé de diverses pièces de sa fabrication et, à cause de son aspect exotique, l’a baptisé — calembour facile—our poor ceylon mav (fig. 2).
- La Compagnie X... construit des chaudières à vapeur, et, pour mettre en relief l’importance de sa fabrication, elle profite d’une commande importante
- (4000 chevaux) faite par une compagnie d’électricité pour former un train entier portant environ un cinquième de la commande totale et faire photographier le tout. Nous pourrions multiplier les exemples, mais il faut savoir se borner.
- La bizarrerie dans l’annonce n’est pas, d’ailleurs, un privilège-exclusif des Américains. Pendant la fête de Christ mas 1894, M. Pear, le fabricant anglais de savons dont quelques réclames sont restées célèbres, en a publié une à la dernière page de la couverture des journaux illustrés de Fig. 2. — Our pool' Ceylon mal). Londres qui’ mérite de
- passer à la postérité. Une superbe chromolithographie reprétentait un loqueteux sordide écrivant à M. Pear cette phrase véritablement lapidaire :
- Cher monsieur,
- Je me suis servi de votre savon il y a deux ans, et, depuis cette époque, je n’ai fait usage d'aucun autre (no other).
- On sent dans cette phrase la finesse et la blague caractéristique de Y humour anglais. Les esprits graves trouveront sans doute quelque peu déplacées les plaisanteries dont les industriels américains et anglais ornent leurs annonces pour attirer l’attention des lecteurs ; nous estimons, au contraire, que notre siècle utilitaire ne saurait trop mettre en pratique le précepte d’Horace : Utile (lulci.
- CHRONIQUE
- 141 kilomètres par heure. — Telle est la vitesse effective obtenue le 21 avril dernier sur une des lignes de la Pennsylvania Rairoad C° par une locomotive traînant un seul wagon mixte (voyageurs et bagages), si l’on en croit notre confrère Engineering, qui tient le renseignement de source officielle. La locomotive, prise parmi celles qui font un service régulier, est à deux paires de roues motrices et ne pèse que vingt-sept tonnes en ordre de marche. Ce train a parcouru la distance de Camden, près Philadelphie, à Atlantic City, qui est de 58,5 miles (93kra,4), en 45'45", à la vitesse moyenne de 76,5 miles par heure (123 kilomètres par heure). Sa plus grande vitesse dans ce trajet a été de 87,8 miles par heure, soit 141km,2 par heure. Ce train détient actuellement, sans contredit, le record des grandes vitesses sur terre et sur rails, car nous savons que certains ballons ont, par des grands vents, atteint des vitesses encore supérieures. On se demande où l’on s’arrêtera dans ces vitesses véritablement vertigineuses !
- Projet de transmission d’énergie électrique à l’Exposition de 1900. — La puissance motrice nécessaire sera considérable à l’Exposition de 1900. Notre confrère M. G. Claude, dans Y Industrie électrique du
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- 10 mai 1805, émet l’idée d’un projet qui consisterait à transportera l’Exposition la force motrice captée à la Seine à l'un des 22 barrages établis sur son cours depuis le confluent de l’Yonne. Le barrage de Suresnes, situé à 10 kilomètres de l’Exposition, et où le débit d’eau atteint 00 mètres cubes par seconde sous 5 mètres de chute, pourrait fournir à l’Exposition une puissance utile de 1390 chevaux environ. Celte installation, dit notre confrère, deviendrait l’amorce de l’utilisation complète des eaux de la Seine, qui pourrait mettre à la disposition de l’industrie une puissance de 50 000 chevaux. Le transport électrique de l’énergie serait ainsi représenté à l’Exposition de 1900. Celte idée d’utiliser les barrages de la Seine a déjà été émise en plusieurs circonstances, notamment en 1889, comme le rappelle M. G. Claude. Cette expérience de transmission d’énergie électrique serait certainement des plus intéressantes et des plus curieu>es; mais nous estimons pour notre part qu’elle devrait être complète et entière, et sur une plus grande échelle encore que ne l’indique notre confrère, afin de servir de point de départ bien établi à diverses utilisations de ce genre. J. L.
- Séparation électrique du cuivre de l’or et de l’argent. — M. Valkins a imaginé le procédé suivant qui a été publié dans le Dictionnaire de l'électricité :
- « On suspend l’alliage à examiner dans des vases poreux remplis d’acide sulfurique étendu, placés dans une dissolution de sulfate de cuivre où | longent également des lames de cuivre. Ces lames communiquent avec le pôle négatif du générateur et l’alliage avec le pôle positif. Sous l’influence du courant, l’eau acidulée est décomposée ; l’hydrogène est absorbé par le sulfate de cuivre, comme dans la pile-Daniell, et du cuivre se dépose sur les cathodes, où il peut être recueilli. L’oxygène et l’acide sulfurique se portent sur l’alliage et dissolvent le cuivre et l’argent, tandis que l’or tombe inattaqué au fond des vases. Ce premier métal ainsi séparé, on prend la liqueur qui contient le cuivre et l’argent, onia salure et on précipite l’argent par des lames de cuivre; ce dernier métal reste à l’état de sulfate qu’on peut décomposer ou employer sous celle forme. ))
- Fabrication de l’acide sulfurique. — Dans une publication sur la fabrication des grands produits chimiques, il. E. Sorel, auteur de ce beau travail, qui dans la première partie traite des acides sulfurique et nitrique, fait remarquer tout d’abord que la fabrication de l’acide sulfurique, qui était autrefois l’apanage à peu près exclusif des anciennes soudières, s’est répandue, par suite du développement de la fabrication des superphosphates, et a donné lieu à beaucoup de perfectionnements de détail. On peut citer parmi ceux-ci les fours de grillage, la modification du rôle des tours de Glover, devenues organes de réfrigération et de fabrication, l’injeelion de l’eau pulvé-r sée dans les chambres, les pulsomètres employés pour l’élévation de l’acide, la modification des appareils de récupération et de restitution des produits nitreux, etc. Une question importante est la concentration de l’acide sulfurique, pour laquelle on tend à diminuer l’emploi si coûteux du platine.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 mai 1895. — Présidence de M. Mahey.
- Les raies du spectre solaire. — On sait que si l’on examine les spectres fournis par la lumière émise des
- divers points de l’astre, les raies qui apparaissent sont en nombre très variable. 11 n’en existe que deux qui soient constantes, c’est-à-dire que l’on retrouve dans la lumière provenant de toutes les régions. Parmi celles-ci, 5 appartiennent à l’hydrogène, 2 au calcium et 4 à des éléments inconnus. Déjà cependant M. Ramsay a identifié l’une de ces raies, celle de l’hélium, avec la raie d’un élément terrestre; il n’en restait donc que 3 correspondant à des substances extra-terrestres. M. Deslandres a décomposé la clévite par l'acide sulfurique, puis en étudiant le spectre du gaz dégagé, il a constaté l’existence d’une raie 447,18 identifiable avec l’une des 5 raies restantes. Par suite de cette découverte, il ne subsiste plus que 2 raies inconnues parmi les raies permanentes du spectre.
- L’intensité de la pesanteur aux États-Unis. —M. Faye analyse un travail de M. Mendenhall, superintendant du Coast and geodelic survey, sur la distribution de la pesanteur aux États-Unis. Il énumère les résultats obtenus en vingt-six stations situées sur un parallèle. Les valeurs de l’intensité ont été réduites au niveau de la mer par la formule de Rouguer et par la formule donnée par M. Faye. Les deux séries de nombres ont été ensuite comparées à la valeur de g calculée pour la latitude du lieu. La formule de Bouguer laisse des résidus compris pour la plupart entre 0,2 dyne et 0,25 dyne, tandis que la formule de M. Faye ne laisse que des résidus presque insensibles, sans caractère systématique. Il résulte de cette comparaison que l’hypothèse de M. Faye admettant un défaut de matières dans les soulèvements montagneux et un épaississement de la croûte terrestre au-dessous des mers, reçoit une confirmation. Celte hypothèse, ainsi que le remarque l’auteur, repose sur un fait d’expérience : la température voisine de 0° du fond des mers profondes, alors qu’à la même profondeur dans le sol, le thermomètre marquerait plus de 250°.
- La stéréo-jumelle Moessard. — M. le lieulenant-colo-nel Moessard a imaginé un appareil auquel il donne le nom de stéréo-jumelle, destiné à regarder les photographies stéréoscopiques. Une combinaison de prismes réfringents permet de superposer les deux images, et, par suite, de percevoir très nettement la sensation du relief. L’auteur expose diverses photographies de cette nature, notamment une magnifique photographie du bord lunaire sur laquelle les accidents ressortent vivement.
- La richesse des huîtres en phosphore. — MM. Chatin et Muntz ont déterminé la teneur en phosphore des huîtres de diverses provenances. La douzaine d’huîtres dites portugaises, contient 0,4 gramme d’acide phospho-rique représentant 1 gramme du phosphate de chaux tribasique des os. Les huîtres françaises sont moins riches; elles ne contiennent que les deux tiers de la teneur des huîtres portugaises. Cette constatation est importante au point de vue des propriétés nutritives des différentes espèces d’huîtres.
- Varia. — M. Lecoq de Boisbaudran expose son système de classification des métaux, grâce auquel il avait pu prévoir, en quelque sorte, la découverte de l’hélium et de l’argon. Ceux-ci font partie d'une des huit familles composées par l’auteur; il reste à découvrir trois autres membres de celte famille. — M. Lenger rattache les dernières secousses sismiques à l’approche du méridien central du soleil d’un centre de grandes perturbations. — M. Yaret a étudié le sulfure noir et le sulfure rouge de mercure au point de vue de leurs relations.
- CH. DE VlLLEDKl'IL.
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- 4in
- LA NATURE.
- UNE GÉNISSE k CINQ PÀTTES
- Le phénomène que représentent les photographies ci-dessous (fig. 1 et 2) mérite d’ètre signalé. C’est une génisse ayant sur le dos un appendice charnu qui se termine par un pied à corne, et qui ressemble à une jambe dressée, quand on le tient de manière qu’il soit vertical.
- Les photographies dont nous parlons nous ont été communiquées par M.V ictor Harlingue, amateur de photographie, ainsi que des curiosités de la science en général et de celles de la physiologie en particulier. Notre lecteur nous adresse en outre la Note suivante que nous reproduisons :
- La génisse à cinq pattes que nous allons faire connaître est née à Brou (Eure-et-Loir) ; elle est âgée de trois mois. Cette génisse est quintupède. En effet, elle offre cette particularité, qu’elle possède une cinquième patte antérieure, plantée sur le garrot, juste entre les deux épaules. Ce membre supplémentaire est de même longueur et de même structure que les quatre autres; seulement, il n’a pas de consistance (fig. 1), l’animal ne saurait le faire mouvoir, mais on peut le faire reposer indifféremmentsur l’épaule gauche ou sur l’épaule droite, le relever verticalement (lig. 2), lui faire décrire un cercle, le plier, sans que l’animal semble éprouver aucune souffrance ni
- a été très remarqué. Les curieux se précipitaient et se bousculaient pour voir passer la bête à cinq pattes. Le
- propriétaire de la génisse, monstrueuse, ne pouvant se décider à tuer une telle bète (et nous comprenons cette hésitation), n’a pas tardé à la revendre. On a pu voir ce phénomène vraiment curieux à la foire de la barrière du Trône; il appartient à M. Marnet.
- Je m’y suis rendu, et son nouveau propriétaire ayant bien voulu m’accorder l’autorisation de voir et de photographier la bête, j’ai cru intéressant d’en représenter différentes positions, pour qu'on puisse en avoir une idée exacte. L’administration du Jardin des Plantes devrait, comme curiosité, l’ajouter au nombre de ses pensionnaires. N’a-l-elle pas possédé, il y a quelques années, la génisse à deux tetes ?
- Fig. 1, — Génisse à cinq pattes. (D’après une photographie do M. Y. Ilarlingue.)
- Fig. 2. — La même, la patte relevée. [(D'après une photographie de M. V. Harlingue.)
- aucune gène de cette excroissance phénoménale. La génisse que nous décrivons a été achetée au marché de la Villette par M. llerpin, boucher à Saint-Germain-en-Laye. Ce dernier a bien voulu l’ajouter au cortège de la cavalcade qui a eu lieu dans cette ville le 24 mars, et l’animal
- Il y a souvent eu des exhibitions de monstres animaux, qui ont été très visitées du public et des hommes de science. Les
- monstres humains ont encore produit plus d’elle t ; nous rappellerons les deux sœurs Millie et Christine qui étaient soudées l’une à l’autre, et qui ont offert au savant docteur Bertillon l’objet d’études et d’observations très importantes que l’on pourra relire dans la deuxième année de La Nature (1874,1er semestre). Le savant anthropologiste a fait suivre ces études d’une série d’articles sur l’histoire des monstruosités. Nous y renvoyons nos lecteurs. G. T.
- Le Propriélnire-Gérant : G. Tissandier Paris. — Imprimerie Lahcre, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE
- VINGT-TROISIEME ANNÉE — 1895
- PREMIER SEMESTRE
- î
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de T), 14, 31, 47, 62, 78, 95, 110, 111,126, 143, 159,175.191, 207, 223, 239, 255, 270, 287, 302, 319, 335, 350, 366, 382, 599, 415.
- Accident du steamer Cors ica dans le port du Havre (L’), 79, 206.
- Accumulateurs électriques sous pression (Les), 5.
- Acide sulfurique (Fabrication de F), 415.
- Acier (La trempe de F), 291, 398.
- Acier au bore (L’), 143.
- Algues (Influence de Faeide arsénique sur la végétation des), 14.
- Alpes (Températures minima des sommets des), 336.
- Alpes au coucher du soleil (La coloration des), 102.
- Aluminium (L’industrie de F), 502.
- Aluminium (Métallisation de F), 245.
- Aluminium (Soudure de F), 20.
- Aluminium dans la construction des torpilleurs, 278.
- Amalgamation des aines des piles, 373.
- Amorces (Fabrication des), 261.
- Animaux cavernicoles (La chasse aux), 218. . ..
- Annonces américaines (Les), 414.
- Arbre extraordinaire (Un), 400.
- Arbres (La croissance des), 175.
- Argon (L’), 199, 270, 287, 302, 319, 335, 582.
- Art militaire des Dahoméens (L’), 66.
- Ascenseurs électriques en Amérique (Les), 302.
- Ascension aérostatique, 311.
- Ascension au Fuji Yama (Japon) (Une), 149.
- Astéroïdes (Une nouvelle zone d’), 398.
- Atmosphère (La température des hautes régions de F), 334.
- Aurore magnétique (Hauteur d’une), 368.
- Autruche (L’élevage de F), 71.
- Aven de Ronze en Ardèche (L’), 193. Azote nitrique par les eaux de drainage (L’entraînement de F), 302.
- B
- Bacilles (Variabilité et transformisme des), 335.
- Bactéries fossiles (Découverte de), 143. Bague taillée dans un diamant, 34, 110. Bandages pneumatiques en cuir, 379. Barométriques (Hauteurs), 267.
- Bateau démontable en bois, 144.
- Bec de gaz acétylène (Un), 388.
- Beurre (Conservation du), 181. Bibliothèques aux États-Unis (Les), 46. Bicycle automobile Millet (Le), 353. Bicyclette et l’hygicne (La), 507. Bicyclettés (Multiplicateur pour), 45. Bijoux égyptiens du Louvre (Les), 250-Billardziosé (La), 78.
- Bois de Païolive dans l'Ardèche (Le), 359. Bolide observé â Arcàchon (Un), 171. Bombyx du Pin (Le), 155.
- Boudard Gear (Le), 45.
- Bougie gazogène (Une), 134.
- Brouette La Gazière (Nouvelle), 32. Bulletin du Muséum d’hisloirë naturelle (Lé),:294. ‘ : _••• .
- .: - •
- Cachets parfumés (Les), 362, Cadmium-argent (Procédé pour déposer électriquement un alliage de), 222. Café (Falsifications du), 46.
- Calcium (Une bougie à carbure de), 134, 271.
- Canons à dynamite, 395.
- Caoutchouc (La récolte du), 254.
- Capitale du Brésil (Le transfèrement de la), 519.
- Carbonique (Fabrication de l’acide), 95.
- Caricature dans Fart antique. Déformations crâniennes, 21.
- Caroubier (Les fruits du), 267.
- Castor (Le), 59.
- Catastrophe de Bouzey (La), 390.
- Cayley (Arthur), 174.
- Céphalopodes singuliers, 57.
- Cerfs-volants et leurs applications aux arts militaires (L’origine des!, 403.
- Champ de glace de patinage à Strasbourg, 190.
- Chaudières à vapeur (Entretien rationnel des), 374.
- Chaudières du Honiet (Les), 185.
- Chauffage électrique d’un théâtre, 174.
- Chemin de fer canadien, 138.
- Chemin de fer de Sceaux jusqu’à la place Médicis à Paris (Le prolongement de la ligne du), 275.
- Chemins de fer (Les débuts des), 397.
- Chemins de fer à voie étroite (Les),
- 10.
- Chemins de fer au Japon (Nouveaux), 78.
- Chenille utile (Une), 93.
- Chercheur de pôles de MM. Ducretet et Lejeune (Le), 384.
- Cheval au piquet (Nouveau mode d’attache d’un), 358.
- Chevaux et traction mécanique, 207.
- Chlorophylles (La composition des); 191, 207.
- Cimetière mérovingien de Chérisy (Le), 44.
- Cinégraphe, 317.
- Clepsydre mystérieuse, 83.
- Codes et vocabulaires télégraphiques, 274.
- Coloration naturelle de certains composés organiques, 94.
- Comètes de Swift et de De Vieo (Sur l’identité des), 311.
- 27
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-
-
-
- 418
- Coin para leur (Nouveau), 39!).
- Constructions navales en aluminium, 49.
- Coquillages dans la Floride (Ces collines de), 81.
- Coquilles d’huîtres (La constitution des), 255.
- Corps liquides et les variations de leur température critique (La pureté des), 143.
- Corps nouveaux (Préparation de), 143.
- Corps simples (Classification des), 207.
- Cotonnier eu Algérie (La culture du), 406.
- Couleurs (Le sens des), 571.
- Coup de chaleur (Le), 69.
- Courants alternatifs en courant continu (La transformation des), 589.
- Courants thermo-électriques (Expérience de démonstration des), 176.
- Courants de haute fréquence (Application thérapeutique des), 270.
- Criquets (Les parasites des), 380.
- Crustacés volants (Les), 145.
- Cuirasses invulnérables (Les), 58.
- Cuivre (Préparation de phosphures de), 383.
- Cuivre de l'or et de l’argent (Séparation électrique du), 415.
- Cuivre natif (Le), 322.
- Cyclistes américaines (Curiosités), 238.
- Cyclones de la Martinique du 20 septembre et des 12-15 octobre 1894 (Les), 19.
- D
- Décès, 585.
- Découverte archéologique en Colombie (Une), 184.
- Déformations crâniennes dans l'art sino-japonais (Les), 321.
- Dépêches par la machine à écrire (Distribution des), 27.
- Diagrammes thermométriques et hygrométriques, 51.
- Diamant (Gravure sur), 275.
- Digestion des matières albuminoïdes (Action des solutions salines faibles sur la), 271.
- Distillation dans les laboratoires (Les appareils de), 283.
- Dolmens du Mas-d’Azil .Ariège), 550.
- Dragages profonds à l’aide d'embarcations de faible tonnage. 357.
- Duographe (Le), 229.
- E
- Ea* (Congélation de P), 207, 240.
- Eau d’alimentation (Purification de I’), 375.
- Eau oxygénée (Procédé pour conserver 1’), 374.
- Eaux de drainage (Composition des), 541.
- Eaux d’égout (Traitement des), 79.
- Eclairage électrique des trains en Amérique (I/), 46.
- Eclairant de l’huile à brûler (Procédé pour augmenter le pouvoir), 573.
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Eclairs (La durée des), 213.
- Eclat sur la sensibilité lumineuse (In-llucnce du rhylhme des successions
- f d’), 145.
- Éclipse de Lune du 11 mars '(L’), 256.
- Éclipse totale de Lune du 11 mars 1895 observée à Angers, 270.
- Élections à l’Académie des sciences, 111,
- f 127. 192, 224, 271.
- Électricité dans l’industrie chimique (L’), 145.
- Electriques des grands moulins de Cor-beil (Installations), 10.
- Électriques en Suisse (Applications), 18.
- Electro-artographe de M. Amstutz (lé), 537.
- Électrolyse du verre (I.'j, 142.
- Electrolytique des courants faibles (Action), 159.
- Éléphant du Jardin des Plantes (Le jeune), 1.
- Énergie eu Italie (Projets de transmission d’j, 530.
- Epidémie charbonneuse en Sicile, 50.
- État sanitaire du 1er corps d’armée, 110.
- Étincelle statique sur la peau (Action de
- r P), 366.
- Étoile variable Algol, 145.
- Étoiles dans l’espace (La distribution des), 354.
- Étoiles de neige (Grandeur des), 271.
- Excursion à Saint-Mihiel (Une), 255.
- Excursion dans la province de l’Alaska (États-Unis), 54.
- Explosion de chaudières monstre, 223.
- Exposition de 1900 (L’). Le concours de projets, 164.
- Exposition de 1900 (L’). Projet de transmission de l’énergie électrique, 414.
- F
- Fards (Les), 102.
- Faune des cavernes (La), 123.
- Fermentation pectique (La), 47, 127.
- Feu (Les mangeurs de), 127.
- Fièvre typhoïde et huîtres, 167.
- Fils de fer et d’acier, 567.
- Filtre de W'ilmington (Le nouveau), 259.
- Fléau africain (Un). La chique ou Pulex penetrans, 401.
- Fleurs en pains à cacheter, 111.
- Flotte anglaise (Augmentation de la). 578.
- Fonte (Puddlage direct de la), 599.
- Fonte liquide (Les propriétés chimiques de la), 99.
- Force motrice et d’éclairage par l’électricité (Distribution de), 279.
- Forêts des États-Unis (Restauration des), 143.
- Fortifications en neige, 183.
- Foudroiement par les courants alternatifs et les courants continus, 31.
- F’oyersfumivor es système J. Hinstin (Les),
- 220.
- Frelons (Les mœurs des), 566.
- Fruit explosif (Un), 160.
- Fruits dans l’alimentation du bétail (Les), 50.
- Fumée des usines (La destruction de la), 85.
- G
- Galvanisation des tôles (La), 142. Galvanoplastiques ( Perfectionnements dans les procédés), 373.
- Gaz de l’atmosphère (Un nouveau), 175. Gaz de la vessie natatoire des poissons (Les), 505.
- Gélatine (Procédé pour durcir la), 222. Génisse à cinq pattes (Une), 416. Géographie botanique de la France, 78. Glace aux États-Unis (La récolte de la,, 305.
- Glaciers (Ruptures de poches d’eau des,, 258.
- Globes diffuseurs et projecteurs pour foyers lumineux, 340.
- Glycogène dans le sang (Le), 255.
- Graine oléagineuse du Congo (Une), 207. Graisseur à pendule, 236.
- Graphites (Les propriétés des divers), 111. Graphitoïdcs (Les propriétés des), 78. Gravité en Russie (Détermination de la), 566.
- Grisou dans les mines (La recherche du),
- 191.
- Grottes de Jenolan dans les montagnes bleues en Australie (Les), 511.
- Guêpes (Suicide des), 382.
- H
- Habitations à bon marché de l’œuvre bordelaise, 315.
- Halo lunaire du 9 février 1895, 240.
- Hélium et l’argon dans les météorites (L’), 399.
- Hémaspectroscopc comparateur, 319.
- Heure la nuit (L’), 11.
- Horlogerie (Curiosités de F), 11.
- Horloges japonaises, 289.
- Houblon en Bavière (Le), 255.
- Houillère de Montecau-les-Mines (Catastrophe de la), 179.
- Huile de chènevis (L’), 575.
- Huîtres et fièvre typhoïde, 167.
- Huîtres en phosphore (Itichesse des), 415.
- Hyènes rayées quaternaires de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) (Restes d’), 286.
- I
- Iles Kerguelen (Les), 167.
- Indicateur des Alpes (L’), 101.
- Insectes fossiles de l’époque carbonifère (Les), 246.
- Insectes fossiles des temps primaire* (Les), 326, 411.
- Insectes rouges de la neige, 306. Instruments (Vieux et nouveaux), 542. Interrupteur Elicson (L’), 368.
- J
- Jet d'eau de Genève (Le), 96.
- Jouets eu mie de pain durcie et coloriée, 267.
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-
- INDEX ALPHABETIQUE.
- 419
- Jours de la semaine (Les noms des), 218.
- Jumelle portalive, 224.
- Jupiter (La rotation de), 223.
- K
- Kangourous en Europe (La maladie des), 32.
- Kcndir (Le), 50.
- Kilomètres par heure (141;, 414.
- L
- Lacs de la Grande-Bretagne (La profondeur des), 146.
- Lampe à incandescence (Cas singulier de rupture d’une), 54.
- Lampe intensive au pétrole Y Eclatante,
- 100.
- Lampes à incandescence (Les), 117.
- Langoustes (Une épidémie des), 239.
- Launette (H.), 106.
- Lavoirs publics à remplissage et à vidange automatiques à Brescia (Italie) (Installation de), 131.
- Lcsseps (F. de), 33.
- Limes (Machine à tailler les), de Léonard de Yinci, 95.
- Linge brûlé, 275.
- Linoléum (La qualité du), 222.
- Livres minuscules. Le plus petit livre connu, 203.
- Livres minuscules modernes, 519.
- Locomotives américaines (Types nouveaux de) 362.
- Locomotives routières en Californie (Les),
- 4.
- Lumineux de Paris (Le nivellement), 299.
- Lunaire (Reproduction artificielle des accidents caractéristiques de la surface), 159.
- Lunaires (Imitation expérimentale de particularités), 585.
- Lune sur le temps (Influence de la), 519.
- M
- Machine à courir Valère (Nouvelle), 17.
- Machine à vapeur de Newaomen (Une), 125.
- Maison à température constante, à Cha-monix (Construction d’une), 157,223.
- Matière colorante extraite des feuilles de vigne, 334.
- Matières grasses (La siccativité des), 335.
- Menhirs percés de l’île de Chypre (Les), 65.
- Métaux (La déformation des), 155.
- Microcéphales (Les), 147.
- Micrococcus du terrain houiller supérieur, 159.
- Micropliotoscope (Le), 333.
- Miel en Europe (La production du), 183.
- Mine la plus septentrionale du monde (La), 287.
- Mine monstre (Un coup de), 46.
- Mines (Nouvel explosif de), 415.
- Mines aux États-Unis (La profondeur des), 11.
- Mines d’or et placers de la Guyane anglaise, 314.
- Mines et la guerre de siège (Les), 292. Miroirs (Argenture des), 222.
- Montagnes chantantes, 106.
- Montre de table datée 1504 (Une petite), 237.
- Monuments primitifs de Pantellaria (Les), 209.
- Mordants pour graver sur métaux, 575. Moullon de Chypre (Le), 26.
- Moulin à vent gigantesque (Un), 258.
- N
- Nacre dans l'Inde (La pèche de la), 230.
- Nansouty (Le général de), 257.
- Navigation avec moteur à gaz de ville comprimé (Expériences de), 195.
- Navire à pétrole dans le port du Havre (Incendie et explosion d’un), 370.
- Navires de combat (Les superstructures des), 323.
- Nécrologie, 106,174, 318, 350.
- Nectar des fleurs et le sol (Le), 155.
- Neige du 2 au 12 janvier 1895 (Les chutes de), 122.
- Nicotine cristallisés (Préparation de sels de), 111.
- Nitrates dans le sol (La déperdition des), 126.
- Nitrilcs d’alcool (Les), 127.
- Noix de Coula (La), 159.
- O
- Observations solaires à l’œil nu (Dangers des), 307.
- Observatoire du Pic du Midi (La création de 1'), 298, 339.
- Observatoire Jansscn au mont Blanc (L’), 318.
- Obturateur (Un nouvel), 547.
- Obturafeurs photographiques (Mesure de la vitesse des), 347.
- Océanographie, 111.
- Œil et la langue (L’), 14.
- Oiseaux du Congo (Les), 118.
- Olivier en Tunisie (Culture de 1’), 394.
- Once (L’), 161.
- Orages (La marche des), 54, 91, 330.
- Oranges de Tahiti (Les), 110.
- Ordures de la Cité de Londres (Le dépôt des), 282.
- Ornements anciens islandais (Une collection d’), 205.
- Ossements à Paris (Une découverte d’), 287.
- Ouïe d’un crabe (L’), 95.
- Outil pneumatique portatif pour le travail des pierres, 85.
- Ozone en thérapeutique (Les applications de 1’). Etablissement de Saint-Raphaël, 105.
- P
- Pain (La stérilisation du), 171.
- Pain de guerre (Le), 99.
- Palimpsestes (Les), 7.
- Panthère des neiges, 161.
- Papier (De la qualifé du), 74.
- Papier à l’électricité (Apprêt des tissus et du), 573.
- Papier-magnésium, 222.
- Papiers amadou, 222.
- Pavage (Divers modes de), 191.
- Peaux de singe, 190.
- Pêche original (Un procédé de), 272. Peinture au papier (La), 219.
- Perles de glace, 250.
- Pesanteur aux Etats-Unis (L’intensité de la), 415.
- Peste (Microbe de la), 110.
- Phénomène électrique (Curieux), 415. Phosphate d’alumine comme substance fertilisante, 191.
- Photographie automatique. Le photaulo-graphe de M. Ferrer, 404.
- Photographie des couleurs, 550. Photographie des couleurs (Analogie acoustique de la), 206.
- Photographie des couleurs. Châssis à mercure, 179.
- Photographie pratique. Nouvel obturateur,
- 211.
- Photographies à distance (Reproduction des), 337.
- Photographies lunaires, 15, 295. Photographies panoramiques alpestres, 240.
- Photographique à magasin automatique (Chambre), 172.
- Pierres meulières (Les), 186.
- Pile minuscule (Une), 126.
- Piles (Procédé pour dépolariser les), 574. Piqûre d’abeille (La mort par une), 286.
- Placers et mines d’or de la Guyane anglaise, 314.
- Platinage des métaux, 373.
- Platine de l’Oural (Le), 330.
- Plon (Eugène), 518.
- Poids atomiques (La détermination des), 287.
- Poids des corps (L’évaluation du), 198. Poil des chevaux (La couleur du), 254. Poinçonnage (La théorie du), 47.
- Pôle (Détermination de la position dut, 254.
- Pôle magnétique Nord (Le), 43.
- Pôle Nord (La découverte du), 567.
- Pôle Nord en ballon (La recherche du), 383.
- Pollen des dolerophyllum (Le), 78. Pomme de terre (Les origines de la), 190.
- Pomme de terre pour la nourriture des bestiaux (Emploi de la), 383.
- Pompe (Utilisation de l’énergie électrique pour actionner une), 142.
- Pont de la rue de Tolbiac, à Paris (Le), 113.
- Pont-levis de Casseuil, 251.
- Porteurs aériens par câbles (Les),406. Poussières de l’air (Les), 90.
- Pression sur les microbes (Action de la), 51.
- Projections par le chalumeau oxyéthéri-que (Les), 51.
- Promenade militaire en patins-raquettes en Russie, 399.
- Propulseur à l’usage des bateaux (Un nouveau système de), 175.
- Puits dans des roches cristallines (Forage de), 550.
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-
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- Puits (Désinfection des), 382.
- Puits de mines (La profondeur des), 130.
- Pyramide de neige construite à Paris pendant l’hiver de 1784 (La), 243.
- Pythonomorplics de France (Les), 177.
- Q
- Quassol (Sur le), 367
- R
- Rabot à glace (Le). Le glaciplan, 208.
- Races humaines préhistoriques du midi de la France, 15.
- Raies du spectre solaire (Les), 415.
- Rails par coulage (Le soudage des),’ 241.
- Rayonnement animal aux basses températures (Le), 32, 47.
- Récréations nautiques, 60.
- Récréations scientifiques. La sculpture au sucre. Fleurs en pains à cacheter. Les bonshommes de neige. Cerf-volant décoré. Jouets en mie de pain durcie et coloriée. Images obscures, 47,111, 192, 256, 267, 352.
- Renards (Les), 210.
- Résonance (Appareils de démonstration de la), 369.
- Respiration musculaire (La), 256.
- Roses dans le grand-duché de Luxembourg (La culture des), 126.
- Rossignol dans le centre de la France (Le retour du), 53.
- Ruines khmères du Cambodge siamois, 263.
- S
- Salon du Cycle (Le deuxième). Exposition française internationale de vélocipédie, 63, 74.
- Sangliers (Les), 46.
- Saporta (Le marquis Gaston de), 158.
- Savon liquide, 375.
- Science pratique. Palmer à pression constante. Serrure électrique de sûreté, 272, 595.
- Scorpion de la ménagerie du Muséum (Le), 109.
- Sculpture au sucre (La), 47.
- Seigle et sa culture (Le), 189.
- Sélénologie moderne, 334.
- Selle rationnelle pour vélocipédistes (Une), 115.
- Séparation électrique du cuivre de l’or et de l’argent, 415.
- Serrure électrique de sûreté, 395.
- Sérum en chirurgie (Le), 182.
- Sérumthérapie appliquée au cancer (La), 367.
- Sidérostat de Foucauld (Modification du), 399.
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Silicium (L’analyse des échantillons de), 255.
- Silicium amorphe (Préparation du), 127, 207.
- Siphon de Clichy-Asnières (Le), 7.
- Société d’excursion des amateurs de photographie (Séances de projections de la), 351.
- Sociétés savantes (Congrès des), 351.
- Soie (L’eau et l’éclat de la), 174.
- Sol et la fécondité des plantes (L’humidité du), 539.
- Soufre (Un nouvel élément dans le groupe du), 46.
- Soutireuse rotative à grand rendement, 173.
- Spectre artificiel (Un), 305, 318.
- Spectre solaire (Les raies du), 415.
- Steamer sur l’Amou-Darya (Un), 255.
- Stéréo-jumelle Moessard, 415.
- T
- Tables d’orientation en France (Les), 126, 170.
- Télégraphe imprimeur (Le), 27.
- Télégraphie électrique dans les Pays-Bas, 70.
- Téléphonie en Amérique (La), 551.
- Téléphonique de la ville de Paris (Le nouveau système), 38, 86.
- Température en Europe du 26. janvier au 20 février 1895 (La), 251.
- Températures de février (Les), 239.
- Températures de liquéfaction et de solidification (Quelques), 243i
- Temps par la photographie (La mesure du), 223.
- Temps par les pianistes (La décomposition du), 271.
- Thé à Java (Les plantations de), 110.
- Tissus et papier à l’électricité (Apprêt des), 373.
- Titane (Préparation et propriétés du), 191.
- Torpilleurs (La visibilité nocturne des),14.
- Tourbières du Royaume-Uni (Les), 351.
- Traction électrique à Bruxelles (La), 399.
- Traction électrique par accumulateurs à Paris, 410.
- Trains de chemins de fer (Résistance au vent des), 235.
- Tramways à câbles aériens (Les), 97.
- Tramways électriques en France (Les). Le réseau du Havre. Le réseau de Lyon, 151, 214.
- Transmission d’énergie électrique à l’Exposition de 1900 (Projet de), 415.
- Transmissions électriques dans les ateliers (Les), 367.
- Transporteur mécanique des bouteilles au fourneau à recuire dans les verreries, 67.
- Transport d’énergie électrique, 223.
- Transports par câbles aux Etats-Unis, 25.
- Transport des marchandises (Vitesse de). 352.
- Transsibérien (Le), 78.
- Tremblement de terre chilo-argentin du 27 octobre 1894, 225.
- Tremblement de terre du 14 avril 1895, 410.
- Tremblements de terre en Sicile et dans la République Argentine, 22.
- Trouvelot (E.-L.), 350.
- Truites au musc (Les), 362.
- Tuiles (Imperméabilisation des), 574.
- Tunnels dans les terrains ébouleux (Le percement des), 201.
- Y
- Vanille au Mexique (Culture delà), 186.
- Vaselone, 207.
- Végétation dans les terrains chlorurés (La), 287.
- Vélocipédie, 379.
- Vélodomètre (Le), 157.
- Venin de vipère (Toxicité du), 14.
- Vent (Mesure pratique de la vitesse du), 15.
- Vent (Tourbillons de), 323.
- Ver à soie (L’origine du), 355.
- Ver commensal du Bernard-l’Ermite (Un), 29.
- Yesce velue (Résultats de la culture de la), 30.
- Vessie (Imperméabilité delà), 351.
- Vigne (intluence des fumures sur la), 383.
- Vigne (Les substances fertilisantes de la), 239, 270.
- Vignobles de T île de Chypre (Situation des), 271.
- Vignobles tunisiens (Les), 91.
- Village lacustre à Glastonbury, en Angleterre, 114.
- Vins (Dépiquage des), 375.
- Vitres par laminage (Fabrication des), 255.
- Voies ferrées et voies d’eau, 301.
- Voiture électrique de M. Jeantaud, 129.
- Voitures automobiles (Histoire des), 375.
- Volant en fil d’acier, 271.
- Volcan du Montet (Le), 239.
- Volcan en activité dans l’Afrique équatoriale (Un), 107.
- Voyage du paquebot la Gascogne du Havre à New-York, 234.
- Z
- Zinc d’un alliage de platine et d’aluminium (Procédé pour recouvrir le), 222.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Albf.r. — Récréations scientifiques. La sculpture au sucre, 47. — Le microphotoscope, 353.
- Rua,c (I).). — Le chemin de fer canadien, 138. — Le percement des tunnels dans les terrains ébouleux, 201. — Globes diffuseurs et projecteurs pour foyers lumineux, 340. — Types nouveaux de locomotives américaines, 362.
- Baudry df, Saunier (L.). — Nouvelle machine à courir Valero, 17. — Le Boudard Gear, multiplicateur pour bicyclettes, 45. — Le 2e salon du Cycle. Exposition française internationale de vélocipédie, 63, 74. — Une selle rationnelle pour vélocipédistes, 115. — Le vélodomètre, 157. — Le bicycle automobile Millet, 353. — Vélocipédie. Bandages pneumatiques en cuir, 379.
- Bellet (Daniel). — Constructions navales en aluminium, 49. — Une machine à vapeur de Newcomen, 125. — La pêche de la nacre dans l’Inde, 230. — Codes et vocabulaires télégraphiques, 274. — Voies ferrées et voies d’eau, 301.
- Bf.rthelot (M.). — L’argon, 199.
- Béthuïs (G.). Les mines et la guerre de siège, 292.
- Bleunard (A.). — Cas singulier de rupture d’une lampe à incandescence, 51.
- Bosviel (F.). — La création de l’observatoire du Pic du Midi, 339.
- Boulineau (P.). — Nouveau mode d’attache d’un cheval au piquet, 358.
- Brochet (A.). — La catastrophe de Bouzey (Vosges). Rupture de la digue du réservoir, 390.
- Broxgniart (Ch.). — Les insectes fossiles de l’époque carbonifère, 246. -V- Ues insectes fossiles des temps primaires, 326, 411.
- Cailletet (L.). — Les accumulateurs électriques sous pression, 5.
- Cartaz (Dr À.). — Le coup de chaleur, 69. — La bicyclette et l’hygiène, 307.
- Colardeau (E.). — Les accumulateurs électriques sous pression, 5.
- Collongues (Dr). — La création de l’observatoire du Pic du Midi, 339.
- v Confevron (de). — Les Renards, 210.
- Cornié (Gaston). — Pont-levis de Casseuil, 251.
- Coupin (Henri). — Un ver commensal du Bernard l’Ermite, 29. — Céphalopodes singuliers, 37. — Une chenille utile, 93. — Le sérum en chirurgie, 182. — L’humidité du sol et la fécondité des plantes, 339. — L’origine du ver à soie, 355.
- Crdls (L.). — Hauteurs barométriques, 267.
- Dehérain (Henri). — Un volcan en activité dans l’Afrique équatoriale, 107. —Un fléau africain. La chique ou Pulex pene-trans, 401.
- Dehérain (P.-P.), de l’Institut. — Le bulletin du Muséum d’Histoire naturelle, 294. — Composition des eaux de drainage, 341.
- Delécluse (A.). — Soudure de l’aluminium, 26.
- Deniker (J.). — Les crustacés volants, 145.
- Drschamps (Émile). — L« mouflon de Chypre, 26. — Les menhirs percés de l’île de Chypre, 65.
- Escriche (Thomas). — Récréations scientifiques. Images oh* seures, 352.
- Forest (J.). — L’élevage de l’autruche, 71.
- Fournier (A.). —Les tables d’orientation en France, 170.
- Fraissinet (A.). — Photographies lunaires récemment obtenues à l’Observatoire de Paris, 295.
- Glangeaed (Ph.). — Les pythonomorphes de France, 177.
- Guillaume (Ch.-Ed.). — Les palimpsestes. Leur reconstitution photographique, 7. — Nouvelle brouette « La Gazière », 32. — Expérience de démonstration des courants thermoélectriques, 176. — L’évaluation du poids des corps, 198.
- — La durée des éclairs, 213. — Quelques températures de liquéfaction et de solidification, 243. — Vieux et nouveaux instruments, 342. — Appareil de démonstration de la résonance, 369.
- IIarlé (Édouard). — Restes d’hyènes rayées quaternaires de Bagnèæs-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), 287.
- Hébert (A.). — Une excursion à Saint-Mihiel, 253. — Les appareils de distillation dans les laboratoires, 285.
- Hospitalier (E). — Le nouveau système téléphonique de la Ville de Paris, 58, 86.— Une bougie gazogène, 134. — La pureté des corps liquides et les variations de leur température critique, 143. — Les tramways électriques en France. Le réseau du Havre, 151. —Le soudage des rails par coulage, 241. — Un spectre artificiel, 303, 518. — Reproduction des photographies à distance. L’électro-artographe de M. Amstutz, 337. — L’interrupteur Elieson, 368. — Un bec de gaz acétylène, 388.
- Janssen (J.), de l’Institut. — La création de l’observatoire du Pic du Midi, 298.
- Jodin (Alexandre). — Une découverte d’ossements à Paris, 287.
- Kerdrel (A. de). — Bateau démontable en bois, 144.
- Lacker (René). — L’indicateur des Alpes, 101.
- Laffargue (J.). — Les installations électriques des grands moulins de Corbeil, 10. — Applications de l’énergie électrique en Suisse, 18. — Le télégraphe imprimeur. Distribution des dépêches par la machine à écrire, 27. — Outil pneumatique portatif pour le travail des pierres, 85. — Les lampes à incandescence, 117. — Voiture électrique de M. Jeantaud, 129. — Les tramways électriques en France. Le réseau de Lyon, 214. — Voyage du paquebot la Gascogne du Havre à New-York, 234. — Science pratique. Palmer à pression constante, 272. — Distribution de force motrice et d’éclairage par l’électricité, 279. — Les transmissions électriques dans les ateliers, 367. — Électricité pratique. Le chercheur de pôles de MM. Ducretet et Lejeune, 584. — La traction électrique par accumulateurs à Paris, 410.
- — Projet de transmission d'énergie électrique à l’Exposition de 1900, 414.
- Lauriol (P.). — Le pont de la rue de Tolbiac, à Paris, 113.
- Londe (Albert). — Mesure de la vitesse des obturateurs photographiques. Un nouvel obturateur, 347.
- Lundberg (Erik). — Les noms des jours de la semaine, 218.
- Lbstrac (André de). — Récréations scientifiques. Fleurs en pains à cacheter, 111. — Un bolide observé à Arcachon, 171. \
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Mareschal (G.)- — Lampe intensive au pétrole l'Éclatante, 100. — Chambre photographique à magasin automatique, 172. — Photographie des couleurs. Châssis à mercure, 179.
- — La photographie pratique. Nouvel obturateur photographique, 211. — Science pratique. Serrure électrique do sûreté, 395.
- Marsii.lon (Ch.). — Les collines de coquillages dans la Floride, 81. — Village lacustre à Glastonbury, en Angleterre, 114. — La récolte de la glace aux États-Unis, 305. — Placcrs et ruines d’or de la Guyane anglaise, 314.
- Martel (E.-A.). — La faune des cavernes, 123. — La chasse aux animaux cavernicoles, 218. — liupturesdc poches d’eau des glaciers, 258.
- Maspero (G.), de l’Institut. — Les bijoux égvptiens du Louvre, 230.
- Meunier (Stanislas). — Les pierres meulières, 186. — Imitation expérimentale de diverses particularités lunaires, 385.
- Nansoutï (Max de). — Le siphon de Clichy-Asnières, 7. _________
- Mesure pratique de la vitesse du vent, 15. — Les grands transports par câbles aux États-Unis, 23. — Transporteur mécanique des bouteilles au fourneau à recuire dans les verreries, 67. — Construction d’une maison à température constante, à Chamonix, 137. — L’Exposition de lüOO, 164.
- — Fortifications en neige, 183. — Résistance au vent des trains de chemins de 1er, 235. — Le prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux jusqu’à la place Médicis, a Paris, 275. — Le nivellement lumineux de Paris, 299. — Les habitations à bon marché. L’œuvre bordelaise, 315. — Les porteurs aériens par câbles, 406.
- Nodon (Albert). — L'accident du steamer Corsica dans le port du Havre, 79.
- Noguès (A.-l.). — Tremblement de terre chilo-argcntin du 27 octobre 1891, 225.
- Otto (Marids). — Les applications de l’ozone en thérapeutique. Etablissement de Saint-Raphaël, 103.
- Oustalet (E.). — Lejeune Éléphant du Jardin des Plantes, 1.
- — Les oiseaux du Congo, 118. — I/Once ou Panthère des neiges, 161.
- Pellissier (G.). — Les tramways à câbles aériens, 97. — La transformation des courants alternatils en courant continu, 589. — L’origine des cerfs-volants et leurs applications aux arts militaires, 403.
- Peiixy (Alfred). — Une machine à tailler les limes de Léonard de Vinci, 95.
- Planciion. — Curiosités de l’horlogerie. L'heure la nuit, 11.
- — Horloges japonaises, 289.
- Plujiandon. — La marche des orages, 34, 91. — La température en Europe du 26 janvier au 20 février 1895, 251. — Marche et trajectoire des orages, 530.
- Poisson (J.). — Le Kendir, 50. — Un fruit explosif, 160. — Les lies Kerguelen, 167.
- Poussigue (L.). — La profondeur des puits de mines, 130.
- Quélin (J.). — L’éclipse totale de lune du 11 mars 1895 observée à Angers, 270.
- Rayüond (Dr Paul). — Les microcéphales, 147. — L’aven de Ronze en Ardèche, 193. — Le bois de Païolive dans l’Ardèche, 559.
- Régnault (I)r F.). — La caricature dans l’art antique. Déformations crâniennes, 21. — Les déformations crâniennes dans Fart sino-japonais, 521.,
- Renard (L.). — La déformation des métaux, 155. — Les chaudières du Ilornet, 185. — Les superstructures des navires de combat, 323. — Augmentation de la (lotte anglaise, 378.
- Reverciion (L.). — Clepsydre mystérieuse, 83. —Appareil de
- photographie automatique. Le photautographe «le M. Ferrer, 404.
- Richou (G.). —Installation de lavoirs publics à remplissage et à vidange automatiques à Brescia (Italie), 131.
- Rochas (Albert de). — Le sens des couleurs, 371.
- Rocquigny-Adanson (G. de). — Le retour du Rossignol dans le centre de la France, 53. — Perles de glace, 250. — Grandeur des cristaux de neige, 271.
- Saunier (Claudius). — Une petite montre de table datée 1504, 257.
- Sayig.ny de Moncorps (Vle de). — La pyramide de neige construite à Paris pendant l’hiver de 1784, 243.
- Sully (Léon). — Les cyclones de la Martinique du 20 septembre et des 12-13 octobre 1894, 19.
- Tertrin (Paul). — Le Bombyx du pin, 155.
- Tissandier (Albert). — Excursion dans la province de l’Alaska (États-Unis), 54. — Ruines kmères du Cambodge siamois, Angkor-Tliom et Banh-Yong, 265. — Les grottes de Jenolan dans les montagnes Bleues en Australie, 511.
- Tissandier (Gaston). — Les tremblements de terre en Sicile et dans le sud de l’Italie, et dans la République Argentine, 22.
- — Les cuirasses invulnérables, 58. — Nécrologie. Ferdinand de Lcsseps, 53. — H. Launette, 196. Le marquis Gaston de Saporta, 158. Le général de Nansouty, 257. Eugène Tlon, 518. — Les chutes de neige du 2 au 12 janvier 1895,122. — Les mangeurs de feu, 127. —Une ascension au Fuji Yama (Japon), 149. — Catastrophe de la houillère de Montceau-les-Mines, 179. — Récréations scientifiques. Les bonshommes de neige, 192. — Le cerf-volant décoré, 256. — Les livres minuscules. Le plus petit livre connu, 203. — Jumelle portative, 224. — Le duographe, 229.- — Halo lunaire du 9 février 1895, 240. — La gravure sur diamant, 273. — Les livres minuscules modernes, 319. — Histoire des voitures automobiles, 375. — Un arbre extraordinaire, 400.
- Varigny (Henry de). — Huîtres et fièvre typhoïde, 167.
- Vayssié (Georges). — Les monuments primitifs de Pan'el-laria, 209.
- Yjguif.r (01' C.). — Dragages profonds à l’aide d’embarcations de faillie tonnage, 557.
- Yilcoq (Albert). — Le seigle et sa culture. 189.
- Yilledeuil (Ch. de). — Séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 14,31, 47, 62, 78, 110, 126, 145, 159, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 302, 319, 535, 35<L 360, 382, 599, 415.
- Villon (A.-M.). — Les fards lumineux et d'aluminium, 102.
- — Conservation du beurre, 181. — La peinture au papier, 219. — Revue des procédés nouveaux, 222, 575. — MétaL-lisation de l’aluminium, 245. — Fabrication des amorces, 261. — Les cachets parfumés, 562.
- West (X.). — Montagnes chantantes, 106. — La production du miel en Europe, 183. — Une collection d’ornements anciens islandais, 203. — Le dépôt des ordures de la Cité de Londres, 282.
- X..., ingénieur. — Les locomotives routières en Californie, 4. — Les projections par le chalumeau oxyéthérique, 51.
- — Soutireuse rotative à grand rendement, 175. — Expériences de navigation avec moteur à gaz de ville comprimé, 195. — Les foyers fumivorcs, système Joseph Ilinstin, 220.
- — Science pratique. Graisseur à pendule, 256. — Ciné-graphe, 517. — Les débuts des chemins de fer, 597.
- Z... (Dr). — Le cimetière mérovingien de Chérisy, 44. — Récréations nautiques, 60. — Le Scorpion de la ménagerie du Muséum, 109. — Une découverte archéologique en Colombie, 184. — Le rabot à glace. Le glaciplan, 208. — Les annonces américaines, 414.
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-
- TABLE DES MATIÈRES
- ïtf. B. Les articles de la Chronique, Imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans oette table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Un bolide observé à Arcachon (André de Ldstiuc) ... 171
- Les «oms des jours de la semaine (Erik Lundberg). . . 218
- L'cclipse totale de lune du 11 mars 1895, observée à
- Angers (J. Qüélin)....................................270
- Photographies lunaires, récemment obtenues à l’Observatoire de Paris (A. Fraissinet)..........................295
- Dangers des observations solaires à l’œil nu............507
- Sur l’identité des comètes de Swift et de de Aricq. . . 311
- La distribution des étoiles dans l’espace................554
- Photographies lunaires................................... 15
- L'étoile variable Algol..................................145
- La rotation de Jupiter...................................225
- La mesure du temps par la photographie...................225
- JA éclipse de lune du 11 mars 1895...................... 25(3
- Sélénologie moderne......................................534
- Une nouvelle zone d’astéroidex...........................598
- Modification du sidérostat de FonçaitId..................599
- Les raies du spectre solaire.............................415
- Physique générale.
- Les projections par le chalumeau oxyéthérique (X..., ingénieur) ............................................... 51
- La pureté des corps liquides et les variations de leur
- température critique (E. IL)...........................145
- L’évaluation du poids des corps (C.-E. G.)................198
- Quelques températures de liquéfaction et de solidification
- (C.-E. G.).............................................243
- Hauteurs barométriques (L. Cruls)........................267
- Un spectre artificiel (E. 11.)............................503
- Le microphotoscope (Alber)...............................333
- Globes diffuseurs et projecteurs pour foyers lumineux
- (L. B.)...............................................540
- \ieux et nouveaux instruments (G.-E. Guillaume) . . . 342
- Appareil de démonstration de la résonance (C.-E. Guillaume)..................................................569
- Le rayonnement aux basses températures. . . . 32, 47
- Influence du rhythme des successions d’éclat sur la
- sensibilité lumineuse................................. 145
- La recherche du grisou dans les mines.....................191
- Le phénomène de la congélation de l’eau . . . 207, 240
- La théorie du spectre artificiel..........................518
- Spectre de fluorescence de l'argon........................335
- Détermination de la gravité en Russie....................366
- Nouveau comparateur..................................... 599
- Électricité théorique et appliquée.
- Les accumulateurs électriques sens pression (L. Caii.le-
- TET Cl E. C#LARDEAU)......................... •
- Les installations électriques des grands moulins de Cor-
- beil (J. L.).......................................... 10
- Applications de l’énergie électrique en Suisse (J. L.) . . 18
- Le télégraphe imprimeur. Distribution des dépêches par
- la machines à écrire (J. Laffargue)................... 27
- Le nouveau système téléphonique de la Ville de Paris
- (E. Hospitalier)................................38, 86
- Télégraphie électrique dans les Pays-Bas.................. 70
- Les lampes à incandescence (J. Laffargue).................117
- Voiture électrique de M Jeantaud (J. Laffargue) . . . . 129
- Les tramways électriques en France. Le réseau du Havre
- (E. Hospitalier).......................................151
- Expérience de démonstration des courants thermo-électriques (Ch.-Ed. Guillaume)............................. 176
- Les tramways électriques en France. Le réseau de Lyon
- (J. Laffargue).........................................214
- Distribution de force motrice et d’éclairage par l’électricité (J. Laffargue).......................................279
- Pieproduçtion des photographies à distance. L’électro-
- artographe de M. Amstutz (E. Hospitalier)..............337
- Électricité pratique. L’interrupteur Elieson (E. H.). . . 368
- Electricité pratique. Le chercheur de pôles de MM. Ducre-
- tet et Lejeune (J. L.)..................................384
- La transformation des courants alternatifs en courant
- continu (G. Pellissier).................................389
- La traction électrique par accumulateurs à Paris (J.-L.). 411 Le foudroiement par les courants alternatifs et les
- courants continus....................................... 31
- IA éclairage électrique des trains en Amérique. . . 46
- Une pile minuscule.........................................126
- La galvanisation des tôles ... 142
- IAélectrclyse du verre.....................................142
- Utilisation de l’énergie électrique pour actionner une
- pompe...................................................142
- L’électricité dans l’industrie chimique....................143
- Action électrolytique des courants faibles.................159
- Chauffage électrique d’un théâtre..........................174
- Transport d’énergie électrique.............................225
- Les ascenseurs électriques en Amérique.....................502
- La téléphonie en Amérique..................................351
- Les transmissions électriques dans les ateliers. . . 567
- La traction électrique à Bruxelles........................ 399
- Projet de transmission d'énergie électrique à l’Exposition de 1900.......................................... 414
- Séparation électrique du cuivre de l'or et de l’argent...............................................
- Curieux phénomène électrique.......................
- Photographie.
- Les palimpsestes. Leur reconstitution photographique
- (C.-E.* G.)........................
- Chambre photographique à magasin automatique (G. M\-hesciial) .,. i .......... .............................
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- TABLE DES MATILRES.
- m
- Photographie 'des couleurs. Châssis à mercure (G. M.v-
- reschal).............................................179
- La photographie pratique. Nouvel obturateur photographique (G. Mareschal)..................................211
- La durée des éclairs (Ch.-Ed. Guillaume)................213
- Reproduction des photographies à distance. L’électro-
- artographe de M. Amstutz (E. Hospitalier)............537
- Mesure de la vitesse des obturateurs photographiques. Un
- nouvel obturateur ((Albert Lonbe)....................347
- Appareil de photographie automatique. Le photauto-
- graphe de M. Ferrer (L. Reverchon)...................404
- Analogie acoustique de la photographie des couleurs. 206
- Photographies panoramiques alpestres....................240
- Photographie des couleurs...............................350
- La stéréo-jumelle Moessard..............................4f5
- Chimie générale.
- De la qualité du papier................................... 74
- Coloration naturelle de certains composes organiques . 94
- Les propriétés chimiques de la fonte liquide.............. 99
- Les fards. Fards lumineux et fards d’aluminium (A.-M.
- Villon)................................................102
- Une bougie à chlorure de calcium; bougie gazogène
- (E. H.)................................................134
- Conservation du beurre (A.-M. Villon).....................181
- L’argon. Nouveau constituant de l’atmosphère découvert par MM. Rayleigh et Ramsay (M. Berthelot, de l’Institut ..................................................199
- La peinture au papier (A.-M. Villon)......................219
- Revue des procédés nouveaux. Argenture des miroirs. Procédé pour durcir la gélatine. Procédé pour recouvrir le zinc d’un alliage de platine et d’aluminium.
- Procédé pour déposer électriquement un alliage de cadmium-argent. Papiers amadou. Papier magnésium. Apprêt des tissus et du papier à l’électricité. Mordants pour graver sur métaux. Amalgamation des zincs des piles. Perfectionnements apportés dans les procédés galvanoplastiques. Procédé pour augmenter le pouvoir éclairant de l’huile à brûler. Procédé de platinage des métaux. Entretien rationnel des chaudières à vapeur. Nouveau procédé pour dépolariser les piles. Procédé pour conserver l’eau oxygénée. Imperméabilisation des tuiles. Purification de l’eau d’alimentation. Dépi-
- quage des vins. Savon liquide (A.-M. Villon). . 222, 573
- Métallisation de l’aluminium (A.-M. Villon)...........245
- La récolte du caoutchouc.................................254
- Linge brûlé..............................................275
- Les appareils de distillation dans les laboratoires
- (A. Hébert)...........................................283
- Le cuivre natif (A. V.)..................................322
- Le platine de l’Oural....................................330
- Les cachets parfumés (A.-M. Villon)......................362
- L’huile de chêne vis.....................................375
- Un bec de gaz acétylène (E. H.)..........................588
- Falsifications du café................................... 46
- Nouvel élément dans le groupe du soufre.................. 46
- La fermentation pectique...........................47, 127
- Les propriétés des graphito'ides......................... 78
- Traitement des eaux d’égout.............................. 79
- Fabrication de l’acide carbonique........................ 95
- Préparation de sels de nicotine cristallisés..............Ml
- Les propriétés des divers graphites ....... 111
- Les nitriles d’alcool....................................127
- Préparation du silicium amorphe..........................127
- L’électricité dans l’industrie chimique..................143
- L'acier au bore..........................................143
- Préparation de corps nouveaux.......................... 143
- L'eau et l’éclat de la soie..............................174
- Un nouveau gaz de l’atmosphère...........................175
- La préparation et les propriétés du titane...............191
- Vaselone.............................................. . 207
- Classification des corps simples.........................207
- Le silicium amorphe......................................207
- La qualité du linoléum................................222
- Le nouveau filtre de Wilmington.......................239
- La constitution des coquilles d’huîtres...............255
- L'analyse des échantillons de silicium................255
- Une combinaison de l'argon............................270
- Le carbure de calcium et l’acétylène..................271
- Une combinaison minérale de l’argon...................287
- La détermination des poids atomiques..................287
- Considérations sur la découverte de l’argon...........302
- Un nouveau mode de préparation de l’argon. . . . 319
- Sur une matière colorante extraite des feuilles de
- vigne..............................................334
- La siccativité des matières grasses...................355
- Sur le quassol........................................367
- Fils de fer et d’acier................................367
- Désinfection des puits................................382
- Inertie de l’argon....................................382
- Préparation de phosphures de cuivre...................335
- La trempe de l’acier..................................398
- Puddlage direct de la fonte......................... 399
- météorologie. — Physique du glohe. Géologie. — minéralogie.
- La profondeur des mines aux États-Unis.............. Il
- Mesure pratique delà vitesse du vent (Max deNantouty). 15 Les cyclones de la Martinique du 20 septembre et des
- 12-13 octobre 1894 (Léon Sully)..................... 19
- Les tremblements de terre en Sicile et dans le sud de l’Italie, et dans la République Argentine (G. T.). . . 22
- La marche des orages (Plumandon).................54, 91
- Le pôle magnétique Nord ............................... 45
- Le retour du Rossignol dans le centre de la France (G. de
- Rocquigny-Abanson).................................... 53
- Les collines de coquillages dans la Floride (Ch. Mar-
- sillon) ............................................ 81
- Les poussières de l’air. ................................ 90
- La coloration des Alpes au coucher du soleil.............102
- Montagnes chantantes.....................................106
- Un volcan en activité dans l’Afrique équatoriale (Henri
- Dehérain)...........................................107
- Les chutes de neige du 2 au 12 janvier 1895 (Gaston
- Tissandier).........................................122
- La profondeur des puits de mines (L. Poussigue) . . . 130
- La profondeur des lacs de la Grande-Bretagne (X. W.). 146 Catastrophe de la houillère de Montceau-les-Mines
- (Saône-et-Loire) (G. T.)..............................179
- Les pierres meulières. Comment elles se sont faites
- (Stanislas Meunier)...................................186
- Tremblement de terre chilo-argentin du 27 octobre
- 1894 (A.-F. Noguès).................................225
- Halo lunaire du 9 février 1895 (G. T.)...................240
- Perles de glace (G. de Rocquigny-Adanson)............... 250
- La température en Europe du 21 janvier au 20 février
- 1895 (Plumandon)..................................251
- Ruptures de poches d’eau des glaciers (E.-A. Martel). 258 La création de l’observatoire du Pic du Midi. Lettre de
- Mmc A. Vaussenat (J. Janssen, de l’Institut) . . 298, 539
- Placerset mines d’or de la Guyane anglaise (C. M.). . 514
- Tourbillons de vent......................................321
- Marche et trajectoire des orages (Plumandon).............330
- Imitation expérimentale de diverses particularités lunaires (Sanislas Meunier)................................585
- Le tremblement de terre du 14 avril 1895...............
- Diagrammes thermométriques et hygrométriques. . 31
- Un coup de mine monstre.................................. 46
- Océanograph ie...........................................111
- Reproduction artificielle des accidents caractéristiques de la surface lunaire.. . ..........................159
- Micrococcus du terrain houiller supérieur................159
- Le volcan du Montet......................................239
- Les températures du mois de février......................239
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Détermination de la position du pôle.................
- Grandeur des étoiles de neige........................
- La mine la plus septentt'ionale du monde.............
- Observations thermométriques anciennes...............
- L’observatoire Janssen au mont Blanc.................
- Le transfèrement de la capitale du Brésil............
- Influence de la lune sur le temps....................
- La température des hautes régions de l’atmosphère. Les températures minirna des sommets des Alpes. . Forage de puits dans des roches cristallines. . . .
- Les tourbières du Boyaume-Uni........................
- La découverte du pôle Nord...........................
- Hauteur d’une aurore magnétique......................
- La recherche du pôle Nord en ballon..................
- L’hélium et l’argon dans les météorites..............
- Nouvel explosif de mines.............................
- L’intensité de la pesanteur aux Etats-Unis...........
- Sciences naturelles. — Zoologie.
- Botanique. — Paléontologie.
- Le jeune Eléphant du Jardin des Plantes (E. Oüstalet).
- Le mouflon de Chypre (Émile Deschamps)...............
- Un ver commensal du Bernard l’Ermite (Heniu Coupin). Céphalopodes singuliers, llistioteuthis lumineux, Céphalopodes chasseurs. L’estomac d’un Dauphin (Henri
- Coupin)...........................................
- Le Kendir (J. Poisson)...............................
- Le retour du Rossignol dans le centre de la France (G. de
- Rocquigny-Adanson)................................
- Le Castor............................................
- L’élevage de l’autruche (J. Forest)..................
- Une chenille utile (Henri Coupin) . . . . ‘..........
- Le Scorpion de la ménagerie du Muséum (Dr Z...). •
- Les oiseaux du Congo (E. Oüstalet)...................
- La faune des cavernes (E.-A. Martel).................
- Le Bombyx du Pin (Paul Tertrin)......................
- Les crustacés volants (J. Denikeb)...................
- Le nectar des fleurs et le sol (H. C.)...............
- Un fruit explosif (J. Poisson).......................
- L’Once ou Panthère des neiges (E. Oüstalet)..........
- Les Pythonomorphes de France. Nouveaux fossiles de la galerie de paléontologie du Muséum de Paris (Pu.
- Glangeaud)........................................
- Les Renards (De Confevron)...........................
- La chasse aux animaux cavernicoles (E.-A. Martel). . . Les insectes fossiles de l’époque carbonifère (Ch. Bron-
- gsiart)...........................................
- Les insectes fossiles des temps primaires (Ch. Bron-
- gniart)....................................... 326,
- Les fruits du caroubier..............................
- Le Bulletin du Muséum d’histoire naturelle (P.-P. Dehé-
- rain, de l’Institut)..............................
- Insectes rouges de la neige..........................
- L’humidité du sol et la fécondité des plantes (H. Coupin).
- L’origine du ver à soie (H. Coupin)..................
- Dragages profonds à l’aide d’embarcations de faible tonnage (Dr C. Viguier)..................................
- Le bois dePaïolive dans l’Ardèche (Dr Paul Raymond). .
- Les parasites des Criquets (B. J.)...................
- Un arbre extraordinaire (G. T.)......................
- Un fléau africain. La chique ou Pulex penetrans (H. De-
- HÉRAIX............................................
- Une génisse à cinq pattes............................
- Influence de l’acide arsénique sur la végétation des
- algues............................................
- La maladie des Kangourous en Europe..................
- Les sangliers........................................
- Géographie botanique de la France....................
- Le pollen des doleophyllum. .........................
- L’ouie d’un crabe....................................
- La culture des roses dans le grand-duché de Luxembourg ................................................
- Restauration des forêts des Etats-Unis................143
- La noix de Coula.....................................151)
- La croissance des arbres......................• . . 175
- La composition des chlorophylles...................191
- La diversité des chlorophylles........................207
- Une graine oléagineuse du Congo.......................207
- Une épidémie des langoustes...........................239
- Restes d’Hyènes rayées quaternaires de Bagnères-de-
- Bigorre (Hautes-Pyrénées)......................... 186
- Les gaz de la vessie natatoire des poissons...........303
- Les mœurs des frelons.................................566
- Suicide des guêpes....................................382
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Excursion dans la province de l’Alaska (États-Unis) (A. Tis-
- sandier)................................................ 34
- L’indicateur des Alpes (René Lacker)........................101
- Les tables d'orientation en France.................126, 170
- Une ascension au Fuji Yama (Japon) (Albert Tissandier) . 149
- Les îles Kerguelen '(J. Poisson)............................167
- Une excursion à Saint-Mihiel (A. Hébert)....................253
- Ruines khmères du Cambodge siamois, Angkor-Thom et
- Banh-Yong (Albert Tissandier)...........................265
- Les grottes de Jenolan dans les montagnes Bleues en
- Australie (Albert Tissandier)...........................511
- Dolmens du Mas-d’Azil (Ariège)..............................536
- Anthropologie. — Ethnographie. Sciences préhistoriques.
- Les palimpsestes. Leur reconstitution photographique
- (C.-E. G.;........................................... 7
- La caricature dans l’art antique. Déformations crâniennes
- (Dr F. Régnault) . . . . ........................... 21
- Le cimetière mérovingien de Chérizy (Dr Z.)............ 44
- Les menhirs percés de File de Chypre (E. Deschamps). . 65
- Village lacustre à Glastonbury, en Angleterre (Ch. Mar-
- sillon) ..............................................114
- lîne découverte archéologique en Colombie (Dr Z.). . . 184
- L’Aven de Ronze en Ardèche (Dr Paul Raymond) .... 193
- Une collection d’ornements anciens islandais (West).. . 205
- Les monuments primitifs de Pantellaria (Georges Vayssié). 209 Les bijoux égyptiens du Louvre (G. Maspero, de l’Institut)......................................................230
- Une petite montre de table datée 1504 (Claudius Saunier) ....................................................237
- Les déformations crâniennes dans Fart sino-japonais
- (Dr F. Régnault)......................................321
- Races humaines préhistoriques du midi de la France.................................................... 14
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. Travaux publics. — Arts industriels.
- Les locomotives routières en Californie (X..., ingénieur). 4 Le siphon de Clichy-Asnières (Max de Na.nsouty) . ... 7
- Les chemins de fer à voie étroite...................... 10
- Nouvelle machine à courir Valôre (L. Baudry de Saunier). 17 Les grands transports par câbles aux États-Unis (Max de
- Nansouty)............................................. 25
- Soudure de l’aluminium (A. Delécluse).................. 26
- Nouvelle brouette « La Gazière » (C.-E. G.)............ 32
- Le Boudard Gear, multiplicateur pour bicyclettes
- (L. Baudry de Saunier)................................ 45
- Transporteur mécanique de bouteilles au fourneau à recuire dans les verreries (Max de Nansouty)............... 67
- La destruction de la fumée des usines.................. 83
- 254
- 271
- 287
- 303
- 318
- 319
- 319
- 334
- 336
- 350
- 351
- 367
- 568
- 585
- 399
- 415
- 415
- 1
- 26
- 29
- 37
- 50
- 53
- 59
- 71
- 93
- 109
- 118
- 125
- 135
- 145
- 151
- 160
- 161
- 177
- 210
- 218
- 246
- , 411
- 267
- 294
- 306
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- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Outil pneumatique portatif pour le travail des pierres
- (J. Laffargiîe)....................................... 85
- Une machine à tailler les limes de Léonard de Vinci
- (Alfred Perny)...................................... 95
- Le jet d’eau de Genève (G. P.)......................... 96
- Les tramways à câbles aériens (G. Pellissieu).......... 97
- Lampe intensive au pétrole Y Éclatante (G. Mareschal). 100 Le pont de la rue de Tolbiac, à Paris (P. Lauriol). . . 113
- Une selle rationnelle pour vélocipédistes (L. Baudry de
- Saunier)...............................................115
- Une machine à vapeur de Newcomen (Daniel Bellet). 125 Installations de lavoirs publics à remplissage et à vidange
- automatiques, à Brescia (Italie) (G. Richou)...........131
- Une bougie gazogène (E. II.)..............................134
- Construction d'une maisou à température constante, à
- Chamonix (Max de Nansouty).............................137
- Le chemin de 1er canadien (L. B.)......................138
- La déformation des métaux (L. Renard)..................155
- Le vélodomètre, compteur-entraîneur pour véhicules
- (L. Baudry de Saunier).................................157
- Soutireuse rotative à grand rendement (X..., ingénieur). 173 Le percement des tunnels dans les terrains ébouleux
- (L. B.). . ............................................201
- Le rabot à glace. Le glaciplan (Dr Z...)..................208
- Les foyers fumivores, système Joseph Hinstin (X..., ingénieur) .................................................220
- Voyage du paquebot la Gascogne du Havre à New- York, du 26 janvier au 11 février 1895 (J. Laffargue). . . 234 Résistance au vent des trains de chemins de fer (Max de
- Nansouty)..............................................235
- Curiosités cyclistes américaines......................... 238
- Le soudage des rails par le coulage (E. IL)............2il
- Pont-levis de Casseuil (Gaston Cornié)....................251
- Un moulin à vent gigantesque (X. W.)......................258
- Fabrication des amorces (A.-M. Villon)....................261
- Le prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux jusqu’à la place Médicis, à Paris (Max de Nansouty). 275
- La trempe de l’acier......................................291
- Le nivellement lumineux de Paris (Max de Nansouty). 299
- Voies ferrées et voies d’eau (Daniel Bellet)..............301
- Les habitations à bon marché. L’œuvre bordelaise (Max
- de Nansouty)...........................................315
- Cinégraphe. Nouvel appareil pour démontrer la composition des mouvements et pour tracer des courbes d’un
- mouvement continu (X..., ingénieur)....................317
- Projets de transmission d’énergie en Italie...............330
- Le bicycle automobile Millet (L. Baudry de Saunier). . 353
- Types nouveaux de locomotives américaines (L. IL). . 362
- Histoire des voitures automobiles (Gaston Tissandier). . 375
- Vélocipédie. Bandages pneumatiques en cuir (L. Baudry
- de Saunier)............................................379
- La catastrophe de Bouzey (Vosges). Rupture de la digue
- du réservoir (A. Brochet)..............................590
- Les débuts des chemins de fer (X..., ingénieur) .... 597
- Les porteurs aériens par câbles (Max de Nansouty). . . . 406
- La théorie du poinçonnage................................. 47
- Nouveaux chemins de fer au Japon.......................... 78
- Le transsibérien.......................................... 78
- Chevaux et traction mécanique.............................207
- Une explosion de chaudières monstre.......................223
- Fabrication des vitres par laminage.......................255
- Un volant en fil d'acier..................................271
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Le coup de chaleur (Dr A. Cartaz)........................ 69
- L’application de l’ozone en thérapeutique. Établissement
- de Saint-Raphaël (Marius Otto). ......................103
- Les microcéphales (Dr Paul Raymond)......................147
- Huîtres et fièvre typhoïde (Henry de Varigny)............167
- La stérilisation du pain (X. \V.)........................171
- Le sérum en chirurgie (H. C.)............................182
- La mort par une piqûre d’abeille.........................286
- La bicyclette et l’hygiène (Dr A. Cartaz)..........507
- Le sens des couleurs (Albert de Rochas)............371
- L'œil et la langue................................... 14
- La toxicité du venin de vipère....................... 15
- Epidémie charbonneuse en Sicile...................... 30
- Action de ta pression sur les microbes............... 31
- Le foudroiement par les courants alternatifs et les
- courants continus................................. 31
- Le rayonnement animal aux basses températures. . 32
- La billardziose...................................... 78
- Le microbe de la peste...............................110
- L'état sanitaire du 1or corps d'armée.................MO
- Découverte de bactéries fossiles.................. . 143
- Le glycogène dans le sang............................255
- La respiration musculaire............................256
- Application thérapeutique des courants de haute
- fréquence.........................................270
- Action des solutions salines faibles sur la digestion
- des matières albuminoïdes........................‘271
- Hémaspectroscope comparateur.........................519
- Variabilité et transformisme des bacilles........... 555
- Imperméabilité de la vessie..........................551
- Action de l’étincelle statique sur la peau...........366
- La sérumthérapie appliquée au cancer.................367
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture.
- Les vignobles tunisiens............................... 91
- Culture de la vanille au Mexique................... 186
- Le seigle et sa culture (Albert Vilcoj). .............189
- Composition des eaux de drainage (P.-P. Dehèrain, de
- l’Institut)...........................................341
- Les truites au musc......................................362
- La culture de l’olivier en Tunisie....................394
- La culture du cotonnier en Algérie................'. 406
- Résultats obtenus par la culture de la vesce velue, . 30
- Les fruits dans l’alimentation du bétail................. 30
- Lee oranges de Tahiti.....................................HO
- Les plantations de thé à Java............................110
- La déperdition des nitrates dans le sol..................126
- Les origines de la pomme de terre........................190
- Emploi du phosphate d'alumine comme substance
- fertilisante..........................................191
- Les substances fertilisantes de la vigne.................239
- La consommation de matières fertilisantes par la
- vigne.................................................270
- Situation des vignobles de l’ile de Chypre...............271
- Un procédé de pêche original.............................272
- La végétation dans les terrains chlorurés................287
- L’entraînement de l’azote nitrique par les eaux de
- drainage..............................................502
- Emploi de la pomme de terre pour la nourriture des
- bestiaux..............................................583
- Influence des fumures sur la vigne.......................383
- La richesse des huîtres en phosphore.....................415
- Art militaire. — Marine.
- Constructions navales en aluminium (Daniel Bellet) . . 49
- Les cuirasses invulnérables (G. T.)....................... 58
- L’art militaire des Dahoméens.............................. 66
- L’accident du steamer Corsica dans le port du Havre
- (Albert Nodon)........................................ 79
- Le pain de guerre.......................................... 99
- Bateau démontable en bois (A. de Kerdrel)................144
- Fortifications en neige (Max de Nansouty). .’..............183
- Les chaudières du Homel, contre-torpilleur anglais
- (L. Renard)............................................ 185
- Expériences de navigation avec moteur à gaz de ville
- comprimé (X..., ingénieur)..............................195
- L’accident du steamer Corsica (J. D.)................206
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- TABLE UES MATIÈRES.
- 427
- Voyage du paquebot la Gascogne du Havre à New-York, du 26 janvier au H février 1865 (J. Laffargue). , . 254
- L’aluminium dans la construction des torpilleurs. . . - 278
- Les mines et la guerre de siège (G. Béthuys)........292
- Voies ferrées et voies d’eau (Daniel Bellet)..........501
- Les superstructures des navires de combat (L. Renard). 325 Incendie et explosion d’un navire à pétrole dans le port
- du Havre...........................................370
- Augmentation de la Hotte anglaise (L. Renard).........378
- Canons à dynamite.................................... 505
- La visibilité nocturne des torpilleurs................ 14
- Un nouveau système de propulseur à l'usage des bateaux ............................................... 173
- Un steamer sur l’Amou-Üarya...........................253
- Promenade militaire en patins-raquetles exécutée en Russie................................................590
- Aéronautique.
- Ascension aérostatique...................................511
- L'origine des cerfs-volants et leurs applications aux ballons captifs (G. I’elussier),............................405
- La découverte du pôle Nord...............................507
- La recherche du pôle Nord en ballon......................385
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Ferdinand de Lesseps (Gaston Tissandier)................
- H. Launette (G. T.).....................................
- Le marquis Gaston de Saporta (Albert Gaudrv, de l’Institut, et Gaston Tissandier)..............................
- Arthur Cayley...........................................
- Le général de Nansouty (Gaston Tissandier)..............
- Eugène Plon (G. TA......................................
- E.-L. Trouvelot.........................................
- 100
- 158
- 174
- 257
- 518
- 350
- Sociétés savantes.— Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (séanceshebdomadaires de F), par Ch. de Villedeuil, 14, 51, 47, 62, 78, 95, 110, 126,
- 143, 159, 175, 191, 207, 223, 259, 255, 270. 287,
- 302, 319, 335, 350, 366, 382,599, 415 Le 2e Salon du Cycle. Exposition française internationale
- de vélocipédie (L. Baudry de Saunier)...........63, 74
- L’Exposition de 1900. Le concours de projets. Ce que sera l’Exposition (Max de Nansouty).......................164
- Élections à l'Académie des sciences, 111, 192, 224, 271
- Le congrès des sociétés savantes.....................351
- Séances de projections de la Société d’crcursions des amateurs de photographie...............................551
- Science pratique et récréative.
- Récréations scientifiques. La sculpture au sucre. Fleurs en pains à cacheter. Les bonshommes de neige. Cerf-volant décoré. Jouets en mie de pain durcie et coloriée.
- Images obscures............ 48, 111, 192, 256, 267,
- Récréations nautiques (Dr Z...)..........................
- Les mangeurs de feu (Gaston Tissandier)..................
- Jumelle portative (G. T.)................................
- Le duographe (G. T.).....................................
- Science pratique. Graisseur à pendule. Palmer à pression constante. Serrure électrique de sûreté. 256, 272,
- 552
- 61
- 127
- 224
- 229
- 395
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Curiosités de l’horlogerie. L’heure la nuit (Planciion). . 11
- Bague taillée dans un diamant (X. YV.)..............54, 110
- Clepsydre mystérieuse (L. Reverchon)...................... 85
- La production du miel en Europe (X. YV.)..............185
- Les livres minuscules. Le plus petit livre connu (Gaston
- Tissandier)...................................... . 203
- La pèche de la nacre dans l’Inde (D. B.)..............230
- La pyramide de neige construite à Paris pendant l’hiver
- de 1784 (Yle de Savigny de Moncorps)...............245
- Gravure sur diamant (Gaston Tissandier)...................275
- Codes et vocabulaires télégraphiques (Daniel Bellet) . . 274
- Le dépôt des ordures de la Cité de Londres (X. West) . 282
- Une découverte d’ossements à Paris (A. Jodin)............287
- Horloges japonaises (Planchon)...........................289
- La récolte de la glace aux États-Unis (Ch. Marsillon) . . 505
- Les livres minuscules modernes (Gaston Tissandier) .. . 520
- Nouveau mode d’attache d’un cheval au piquet
- (Paul Boulineau)......................................258
- Les annonces américaines................................ 414
- Les bibliothèques aux États-Unis.......................... 46
- Champ de glace de patinage à Strasbourg..................190
- Peaux de singe............................................190
- Divers modes de pavage...................................190
- L'incendie de la maison à température constante. . 223
- La couleur du poil des chevaulc...........................254
- Le houblon en Bavière....................................255
- La décomposition du temps par les pianistes . . . 271
- L’industrie de l'aluminium...............................502
- Les vitesses de transport des marchandises...............552
- FÜS DES T ABLES
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- ERRATA
- Page 74, col. 2, ligne 7. Au lieu de : sulfate d’aniline,
- Il faut sulfate d’alumine.. Page 131, col. 2, ligne 41. Au lieu de : 26°,
- Il faut : 27°.
- Page 23, col. 1, ligne 32. Au lieu de : septembre,
- Il faut : Octobre.
- Page 204, col. 2, ligne 8. Au lieu de : renard,
- Il faut : écureuil.
- Page 215, col. 2, ligne 40. Au lieu de : 500 kilogrammes.
- Il faut : 500 grammes.
- Page 253,. col. 2, ligne 24. Au lieu de : quelques centaines,
- Il faut : quelques dizaines.
- Paris. — Imprimerie Lahuiie, rue de Fleurus, 9.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. ‘Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVKUB DO JOURMAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRES O. MASSOB, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Société des Amis des Explorateurs français. —
- La plupart des lecteurs de La Nature connaissent la Société de secours des Amis des Sciences, qui vient en aide d’une manière à la fois si discrète et si efficace aux savants que le malheur a frappés ou à leurs familles. Une Association analogue, aussi élevée dans son but, bien que s’adressant à un public plus restreint, s’est constituée récemment sous le patronage de la Société de Géographie de Paris. Aux termes des Statuts, approuvés par l’autorité compétente, la Société des Amis des Explorateurs français a pour but de créer et d’administrer un fonds destiné à venir en aide aux voyageurs, particulièrement à leur retour, et à contribuer aux progrès de la Géographie, en facilitant par tous les moyens la publication de documents originaux d'ordre scientifique et en faisant connaître les résultats des voyages. Il sera venu en aide aux voyageurs de la manière la plus variée et la plus efficace dans chaque cas particulier, par le prêt d’instruments et autres objets reçus en don ; par des subsides facilitant la mise en œuvre immédiate des documents rapportés d’un voyage (calculs d’observations, tracés d’itinéraires, etc.) ; par la participation aux frais de publication de livres, de cartes, de dessins, de tableaux; enfin, par des crédits sans affectation spéciale permettant simplement aux explorateurs le soin de leur santé, en dehors de toute préoccupation d'existence matérielle. Les Statuts de la nouvelle Société présentent un caractère excellent et peu ordinaire de simplicité au point de vue administratif : pas de cotisations annuelles à recouvrer, pas de recueils périodiques à imprimer et à expédier, aucune collection. Les membres de la Société, divisés en deux catégories, payent une fois pour toutes : les titulaires, cent francs; les bienfaiteurs, mille francs au minimum. Voici la liste des fondateurs de la nouvelle Société : MM. Prince A. d’Arknberg, comte de Bizemont, Édouard Blanc, prince Roland Bonaparte, Gabriel Bonvalot, Alfred Grandidier, baron J. de Güerne, Charles Maünoir, Paul Miuabaüd, Marcel Monnier, prince Henri d’ORLÉANS, baron Edmond de Rothschild, comte Louis de Tlrenne. La Société a son siège à Paris, 184, boulevard Saint-Germain, en l’hôtel de la Société de Géographie, où se distribuent les statuts et où l’on peut s’adresser pour tous renseignements complémentaires.
- INFORMATIONS
- —§— D’après une correspondance adressée de Rome à un journal de Sicile, le Gouvernement italien, représenté par le Directeur général de la Santé, aurait conclu, avec l’Institut Pasteur, un arrangement qui lui permettra, moyennant le payement d'une indemnité, d’établir à Rome, dans le local déjà occupé par l’Institut de vaccination de l’Etat, un laboratoire spécial pour le traitement du charbon d’après le système Pasteur. Ce laboratoire doit s’ouvrir incessamment, aussitôt qu’il aura été pourvu du matériel nécessaire pour procéder à la vaccination de 50 000 bestiaux au moins. Une
- * 1 ' - lk4*- ««nfnln nGn 1 mm fnmo Onn_
- naître dans quelles conditions les propriétaires de bétail pourront se procurer le vaccin anticharbonneux, ainsi que le prix minimum qui sera perçu pour la vaccination par tête de bétail.
- —Un crédit de 300 000 dollars a été ouvert par le Gouvernement des Etats-Unis pour la construction de hauts fourneaux destinés à fondre le nickel, et un nouveau crédit d’un million ou même davantage étant sur le point d’être accordé dans le même but, on croit généralement que le Gouvernement du Canada frappera d’un droit de sortie le nickel du pays. Le Gouvernement des Etats-Unis a envoyé en Allemagne un expert métallurgiste pour étudier les diverses méthodes de produire le nickel; il résulte des recherches faites que le procédé actuel qui consiste à obtenir le nickel des mattes au lieu de l’extraire directement du minerai brut est défectueux et fait perdre au métal plusieurs de ses précieuses qualités. Il vient d’être découvert un nouveau procédé par lequel on obtient un nickel bien supérieur à celui connu jusqu’à ce jour. C’est ce procédé qui sera mis en usage dans les hauts fourneaux nationaux que le Gouvernement des Etats-Unis est sur le point de créer. Les hauts fourneaux seront probablement construits dans l’Etat de New-York, aux environs de Buffalo, et le minerai y sera expédié directement du district de Sudbury à l’état brut.
- —Une nouvelle maladie de l’oranger a été découverte en Espagne, dans la province de Castellon, la serpela. Elle se présente sous la forme du mildew sur les branches, fait jaunir et dépérir les feuilles et attaque le fruit également. Une Commission, composée d’agriculteurs, de naturalistes et de chimistes, l’étudie et, comme remède immédiat, conseille de badigeonner les branches atteintes avec du pétrole.
- —$$— L'Habenaria Suzannæ est une charmante Orchidée terrestre ; c’est une nouveauté importée de la Malaisie par M. Sander ui l’a récemment exposée à la Société royale d’horticulture de Lon-res. Les fleurs sont très grandes pour le genre et d’un blanc pur, avec un labeile en forme de languette étroite et deux ailes profondément lacérées, de l’effet le plus étrange et le plus gracieux à la fois.
- —Le Jardin zoologique d’Acclimatation a reçu récemment une famille de Castors, un mâle, une femelle adultes et leur jeune, capturés dans les eaux du Rhône. Ces animaux intéressent vivement les visiteurs, car si tout Je monde sait ce qu'est le castor, peu de personnes ont pu en voir de vivants, et il est à craindre qu’ayant peu de temps ces animaux aient complètement disparu; ils deviennent, en effet, de plus en plus rares.
- —Les Américains ont récemment essayé un nouveau canon pneumatique à la dynamite, à Sandy-IIook, entrée de New-York. C’est un canon de 3» centimètres de calibre, lançant, sous l’action d’un volume d’air comprimé à la pression de 70 kilogrammes par centimètre carré, un énorme projectile chargé de plusieurs centaines de kilogrammes de dynamite., D’après le New-York Herald, les résultats du tir ont été très remarquables : à la distance de 3500 mètres, tous les projectiles ont éclaté dans un rectangle d’une surface de 36 mètres sur 12. Nous rappellerons que le canon pneumatique est en essais depuis quelques années et que la marine des Etats-Unis a renoncé récemment à son application sur mer. D’autre part, l’éclatement des projectiles était très capricieux.
- Le phare de Elle d’Yeu, en Vendée, va être prochainement doté d’une installation électrique. Ce nouveau feu électrique sera un feu éclair à éclats réguliers espacés de cinq secondes et éclairant tout l'horizon. Sa puissance lumineuse variera de 1 200 000 à 2 300000 becs Carcel. Sa portée lumineuse par temps moyen sera de 52 milles et de. 10 milles par temps brumeux.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Georges Pou, ingénieur, à Rugles (Eure), nous envoie la traduction d’un extrait d’ouvrage italien édité en 1610, et qui donne le récit de l’érection de l’obélisque de Saint-Pierre, le 4 novembre 1586 ; nous le reproduisons ici à titre de curiosité historique ; « Pour ériger l’obélisque ou aiguille du Vatican, on employa 40 cabestans à chacun desquels étaient 4 chevaux forts et robustes et 20 hommes : soit au total 160 chevaux et 800 hommes, mais seulement pour lesdits cabestans : en outre de cela, beaucoup d’autres hommes étaient occupés à divers emplois, aussi bien autour de l’échafaudage que dessus. Il y avait en plus, au faîte de l’échafaudage, une trompette et une cloche : au signal du contremaître ou architecte, la trompette sonnait et tous mettaient en œuvre leurs engins, et quand ils devaient s’arrêter, la cloche se faisait entendre : de cette façon tout se passait bien. Autrement, avec la voix humaine, il eût été impossible qu’il n’v eût pas de désordre, tant était grand le bruit qui se faisait et le fracas de toutes ces machines pesamment chargées. »
- Renseignements. — Mn° J. Séguin, à. Paris. — La formule que vous citez a été établie pour le fer par le service des mines ; on a admis la résistance de rupture du métal à 3 kilogrammes par millimètre carré. Il y aurait lieu d’établir expérimentalement une autre formule pour d’autres métaux.
- M. E. Bénestan, à Gonfaron. — 11 faudrait vous adresser à un médecin qui pourrait porter un jugement sur ce mode de traitement par l’électricité ; nous n’avons pas la compétence nécessaire.
- M. Biget, à Charmes. — Vous éviterez probablement l’amalgamation en étamant le cuivre.
- M. R. B., à Paris. — Veuillez vous renseigner auprès des fabricants de serrures de sûreté : M. Garnier, 30, boulevard Contrescarpe, et MM. Bricard frères, 39, rue Richelieu.
- M. Fournet, à Saint-Pétersbourg.— l°Nous ne connaissons pas d’autre appareil que le phonographe Edison. — 2° Nous avons fait prendre note de votre demande d’abonnement.
- M. B. M., à Rennes. — L’encre d’imprimerie est indélébile ; il n’y a pas moyen de la faire disparaître.
- M. P. F., a Bordeaux. — 1° Nous avons décrit le chemin de fer glissant de M. Girard, qui a figuré à l’Exposition de 1889, dans le n° 844, du 3 août 1889, p. 150, et dans le n° 852, du 28 septembre 1889, p. 273. — 2° Il s’agit d’une dissolution plus ou moins étendue de l’acide borique dans l’eau. — 3° Les compositions de ces plaques gélatineuses sont indiquées dans le volume des Recettes et procédés utiles, lre série, désigné plus loin. — 4° Les lampes à incandescence actuelles consomment de 3 à 5,5 watts par bougie; pour une lampe de 20 bougies, il faut donc compter 60 à 70 watts. A 110 volts, l’intensité varie entre 0,50 et 0,60 ampère.
- M. L. Ii., à Fleurier. — On peut établir une glacière en creusant dans le sol une excavation carrée que l’on garnit de cloisons en bois isolées de la terre par de la paille hachée, de la sciure de bois ou du charbon pilé. L’épaisseur de ces matières doit varier de 15 à 20 centimètres.
- M. Guériot, à Château-Thierry. — La puissance que vous indiquez serait trop faible. Pour actionner la machine à battre, il faut compter au minimum 2 à 3 chevaux ou 150 à 225 kilogrammètres par seconde ; votre chute d’eau n’en donne que 75.
- M. H. Ganswinot, à Schôneberg. — Nous avons reçu vos diverses communications relatives à votre système de ballon dirigeable ; nous aurions plusieurs objections à faire, notamment au sujet de votre moteur à expansion.
- M. A. Bosch, à la Havane. — Le moteur à pétrole Daimler est construit par MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivry, à Paris.
- M. T. P., à Paris. — Il existe un grand nombre de vannes très parfaites qui peuvent vous permettre de retenir l’eau dans
- le bassin; voyez diverses adresses dans le dictionnaire de Bottin.
- M. E. Imbault, au Vésinet. *— Il est bien difficile de blanchir le papier des vieilles estampes sans les détériorer; vous
- Fourriez toutefois vous adresser aux marchands de gravures à aris, ils ont parfois des procédés.
- M. E. H., h Smyrne. — Il faut vous renseigner à la maison Vilmorin-Andrieux, 4, quai de la Mégisserie, et au siège de la Société française de protection contre le phylloxéra, 39, quai de la Tournelle, à Paris.
- Un abonné, à Mulhouse. — Le procédé de conservation des pommes de terre de M. Schribaux est décrit dans le volume des Recettes et procédés utiles, 4° série, dont nous avons signalé l’apparition à l’article Bibliographie des Nouvelles scientifiques du n° 1121, du 24 novembre 1894.
- M. E. H. M. D., à Bruxelles. — Nous avons publié, dans les Recettes et procédés utiles du n° 1106, du 11 août 1894, une recette d’engrais pour plantes d’appartement qui vous donnera toute satisfaction.
- M. E. M., à Reims. — La force portante d’un électro-aimant dépend de l’induction magnétique spécifique et de la section du noyau. L’induction magnétique spécifique dépend à son tour de l’mtensité du courant et du nombre de spires de l’électro-aimant. Vovez les formules dans le Formulaire de VElectricien de M. Ë. Hospitalier, année 1894, à la librairie G. Masson.
- M. F. Bérenger, à Aubagne. — L’expérience des tables tournantes est une mystification. Vous trouverez de bons renseignements sur ce sujet dans l'Histoire du Merveilleux de Louis Figuier.
- M. Mendes, à X. — 1° On a essayé jusqu’ici un grand nombre de moteurs à vent; il serait difficile de vous renseigner. — 2° On brûle dans ces gazogènes des houilles maigres, mais non du bois.
- M. A. Darsses, à Bordeaux. — M. Moissan a signalé les propriétés de ce carbure sans donner de grands détails ; il n’a pas encore publié les résultats complets de ses expériences.
- M. E. Galloo, à Bergues. — Nous pensons que ce badigeonnage à la glycérine pourrait conduire à de bons résultats.
- M. L. O., à Tonnay-Charente. — Il faudrait vous adresser aux directeurs du Scientific American, MM. Münn and C°, 561, Broadway, à New-York.
- M. P. Duverger, à Cambrai. — 1° MM. Serpollet et Cic, %7, rue des Cloys, à Paris. — 2° La puissance motrice disponible de 1 cheval vous permettra d’actionner une dynamo de 500 à 400 watts utiles; à 110 volts, l’intensité sera donc de 2,7 à 3,6 ampères. Pour alimenter 8 lampes, chacune d’elles consommera 37 watts; à la dépense spécifique de 3,5 watts par bougie, la puissance lumineuse de chaque lampe sera environ de 10 bougies.
- M. J. B. Martin, à Gérardmer. — Tous les fabricants de bicyclettes peuvent vous fournir les produits nécessaires pour cette réparation ; nous ne saurions vous indiquer une maison en particulier.
- M. E. Marrel, à Rolle. — Vous trouverez probablement ces objets chez les naturalistes : M. E. Deyrolle, 46, rue du Bac, et M. Tramond, 9, rue de l’Ecole-de-Médecine, à Paris.
- M. Coale, à X.... (Suisse). — Nous ne pensons pas que ces alliages soient dans le commerce ; il faut les faire préparer spécialement.
- M. W. Rosenchein, à Dole. — Vous pourrez vous procurer des ouvrages de ce genre aux diverses librairies scolaires Hachette, Delalain, Delagrave, etc.
- M. P. Beck, à Dunkerque. — Tricycles à pétrole : MM. les fils de Peugeot frères, 32, avenue de la Grande-Armée, à Paris.
- M. M. Lihoreau, à Feneu. — Nous avons publié la description d’un grand nombre de turbines hydrauliques ; nous ne savons pas celle dont vous voulez parler.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. H. A., à
- Oppeln. Nous avons déjà indiqué ces adresses en tête de la Boite aux lettres du n° 1110, du 8 septembre 1894. — M. P., à Romo-rantin. Il existe un grand nombre d’appareils de ce genre qui présentent chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Nous ne saurions vous désigner un appareil en particulier ; c’est à vous de faire un choix. — M. Abrataus, à Riga. Nous n’avons pas, sur cette machine, de plus amples renseignements que ceux que nous avons indiqués précédemment. — M. A. Foucault, à l'aris. Nous avons publié, dans les petits volumes des Recettes et procédés utiles, lr% 2°, 5e et 4e sériés (G. Masson, éditeur), différentes formules de mastics et enduits que vous pourriez peut-être essayer. — M. Pablo Diez, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifioues. mais elle ne s’ennaae en aucune façon h rM%n„rU-o a
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- I4» voiture au chleu. — Nous avons souvent décrit les petits jouets mécanisés que les marchands ambulants vendent dans les rues de Paris, et, dans Les Petites Inventions du n° 1117 du 27 octobre dernier, nous avons donné le Combat de taureaux. Aujourd’hui c’est la voiture au chien que nous ferons connaître. Représentée ci-dessous, elle donne l’aspect
- La voiture au chien de la laitière d’Anvers.
- d’une voiture de laitière d’Anvers. Un axe métallique traverse la petite voiture de fer-blanc, et se termine en dehors par une bobine dépassant la roue avec la surface de laquelle elle est en contact ; on enroule une ficelle autour de cette bobine, et tirant avec force on détermine la rotation de l’axe et de la roue. On pose la voiture sur le parquet, elle roule à grande vitesse, et les jambes du chien, mises en mouvement par un mécanisme simple, exécutent admirablement le mouvement du galop. Il y a bien de l’ingéniosité dans ces petits jouets mécaniques parisiens. — La voiture au chien est construite par M. Fernand Martin, 88, boulevard Ménilmontant, à Paris.
- Le singe grimpeur américain. — Ce jouet, comme l’indique le titre^nous arrive d’outre-mer, il est remarquable au point de vue de la construction du mécanisme. Par la simple tension ou la détente de la ficelle inférieure, il monte ou descend en tous sens, soit horizontalement, soit verticalement ou obliquement. Contrairement à l’effet d’optique on serait porté à croire qu’une seule ficelle fait manœuvrer ce curieux mécanisme; il n’en est cependant rien, ce sont bien deux fils distincts FF qui par la tension de l’un ou de l’autre viennent s’enrouler et se dérouler simultanément, attachés qu’ils sont en C D autour d’un cylindre G divisé en deux parties. A l’extré-
- Le sin^e grimpeur américain. — 1. Coupe du mécanisme. — 2. Vue extérieure du jouet montrant le singe grimpant. — 3. Détail du mécanisme.
- mité du cylindre sont fixées deux lames de métal A B reliant d’un côté les bras et de l’autre les jambes du singe grimpeur et qui, par l’impulsion des ficelles, forment un mouvement excentrique les faisant manœuvrer en sens inverse. Voilà un petit jouet qui ne tardera pas à faire la joie des enfants au moment des étrennes, et qui certainement intéressera beaucoup d’amateurs de petite mécanique. Nous avons décrit dans le n° 442 de La Nature, du 19 novembre 1881, p. 400, un autre mécanisme de pantin montant à la corde. C’était aussi un singe, mais le svs-tème était tout différent de celui que nous venons de faire connaître. — Un dépôt du nouveau singe grimpeur américain est chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- Vaporisateur A pompe. — Le vaporisateur que nous allons décrire, a l'avantage de pouvoir s’adapter sur n’im-
- * t x.,—orofuifA î.„ rédaction des Nou-
- porte quel flacon d’odeur, quelle que soit sa forme et sa dimension; son système de pompe supprime les poires en caoutchouc qui ont l’inconvénient de s’abîmer en peu de temps. Le n° 1 de notre figure montre le mode d’emploi de l’appareil. Le bouchon inférieur (n° 2) est fixé sur une bouteille à parfum, le tube dont il est traversé, plongeant dans le liquide à projeter.
- La figure donne le détail de l’appareil; voici l’énumération des-organes qui le constituent : A, pompe; B, jet vaporisateur; C,tige du piston, à coulisse, formant pompe aspirante et foulante. Le tube dont la pompe est munie plonge dans le liquide, maintenu, par le bouchon. L’aiguille E sert à déboucher ce .tube en cas d’obstruction. — Le vaporisateur à pompe se trouve à la même adresse que le singe grimpeur. ,
- COURS ET CONFÉRENCES ;
- Conservatoire national des arts et métiers à Paris
- COURS PUBLICS ET GRATUITS DE SCIENCES APPLIQUÉES AUX ARTS
- Année 1894-1895. (Les cours sont ouverts depuis le 5 novembre.)
- Géométrie appliquée aux arts. — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M. A. Laussedaï, professeur. M. Ch. Brisse, professeur suppléant.
- Géométrie descriptive. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. E. Rouché, professeur.
- Mécanique appliquée aux arts. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. J. Hirsch, professeur.
- Constructions civiles. — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M. J. Pillet, professeur.
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- Electricité industrielle. — Les mercredis et samedis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. Marcel Deprez, professeur.
- Chimie générale dans ses rapports avec l’industrie. — Les mercredis et samedis, à 9 heures du soir. — M. E. Jung-fleisch, professeur.
- Chimie industrielle. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. Aimé Girard, professeur. M. Sorel, professeur suppléant.
- Métallurgie et travail des métaux. — Les mardis et vendredis, à 7 heures frois quarts du soir. — M. U. Le Verrier, professeur.
- Chimie appliquée aux industries de la teinture, de la céramique et de la verrerie. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. V. de Luynes, professeur.
- Chimie agricole et analyse chimique. — Les mercredis et samedis, à 9 heures du soir. — M. Tq. Schlœsing, professeur.
- Agriculture. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. M. L. Grandeau, professeur suppléant.
- Travaux agricoles et génie rural. — Les mercredis et samedis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. Ch. de Combe-rousse, professeur.
- Filature et tissage. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. J. Imbs, professeur.
- Economie politique et législation industrielle. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. E. Levasseur, professeur.
- Economie industrielle et statistique. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. N...., professeur.
- Droit commercial. — les mercredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. É. Alglave, chargé de cours.
- Économie sociale. Les samedis, à 7 heures trois quarts -- - - 1 ..a---------
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Les gaz du sang. Applications à l’hygiène expérimentale, par N. Greiiant, professeur de physiologie générale au Muséum d’Histoire naturelle. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché 2 fr. 50; cartonné 3 francs.
- Les météorites, par Stanislas Meunier, professeur au Muséum d’Histoire naturelle. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de
- M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché 2 fr. 50; cartonné 3 francs.
- Livres minuscules. La plus grande Bibliothèque des plus petits livres du monde. Collection de M. Georges Salomon, par Gaston Tissandier. 1 broch. in-18. G. Masson, éditeur, Paris, 1894. Prix : 2 fr. 50.
- Les livres minuscules, on peut l’affirmer, n’étaient que fort peu connus, avant les descriptions qu’en a publiées pour la première fois l’auteur de l’opuscule que nous annonçons. Cet opuscule sera lu avec intérêt par tous ceux qui aiment les curiosités bibliographiques et qui voudront savoir ce que sont ces livres nains. Les amateurs ont d’ailleurs été à même de voir des collections de livres minuscules à l’Exposition du Livre, au Palais de l'Industrie.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49a,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 19 novembre. 5”,7 W. N. W. 2. Peu nuageux. 0,0 Beau à 1 h. et 7 h. Couvert ensuite ; brouillard de 8 h. à 16 h.
- Mardi 20 7*,0 N. 1. Couvert. 0,0 Couvert.
- Mercredi 21 4*,0 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu'à 15 h.; beau ensuite; brouillard dans la soirée; bruine jusqu’à 8 h.
- Jeudi 22 4-,8 E. N. E. 1. Couvert. 0,2 Couvert; brouillard de 10 à 12 h.
- Vendredi 23 S\8 E. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 16 li., beau ensuite.
- Samedi 24 -1*,1 N. E. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 15 à 19 h.; beau ensuite.
- Dimanche 25 — 1°,8 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- NOVEMBRE (894 -- SEMAINE DU LUNDI 19 AU DIMANCHE 25 NOVEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 <i 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Lu crue du Rhône. — A la date du 19 novembre, le niveau du Rhône était monté à l’étiage de 4",50 à Pont-Saint-Esprit, dans le département du Gard. Les quais ont été envahis par les eaux. Cette crue a été causée par l’Isère et l’Ardèche qui ont été grossies par les pluies.
- K.a variabilité du climat autrichien. — M. Hann a fait depuis plusieurs années quelques études très suivies sur la variabilité du climat autrichien. Les résultats qu’il a obtenus sont publiés dans le Meteorolo-qische Zeitschrift. Son travail a porté sur cinquante-cinq stations autrichiennes et hongroises et, en outre, sur quelques stations voisines de l’Autriche. Des tableaux très étendus donnent la variabilité diurne et mensuelle, pour ces diverses stations, ramenée à la période 1871-1880. Si l’on classe les stations susdites et celles qui ont été en Europe l’objet d’études précédentes dans l’ordre de grandeur de la variabilité, on reconnaît que la variabilité moyenne diminue du nord vers le sud, et de l’intérieur du continent vers les côtes et croît avec l’altitude. L’influence du climat marin est extrêmement frappante. Valentia, soumise entièrement à l’influence atlantique, a une variabilité bien plus faible que le point le plus méridional de l’Autriche, oar exemnle T.pstn-. m.; .. ------• •
- insulaire et est situé à près de 10 degrés au sud. Il en est de même pour Héligoland, qui présente une différence de 11 degrés de latitude. Hela, situee dans la mer Baltique, à 9 degrés au nord de Trieste, présente la même variabilité que cette dernière station. Les stations de la côte orientale de l’Adriatique sont fortement influencées en hiver par les vents froids de terre (alternance de la bora et du sirocco) ; en été, elles s’échauffent beaucoup et les dépressions de température déterminées par les troubles atmosphériques sont fort importantes. Le voisinage des montagnes exerce aussi son influence eu été comme en hiver. Riva, abritée par les Alpes, à l’ouest, au nord et à l’est, est celle des stations autrichiennes qui montre la plus faible variabilité. De même Pejo, située à 1100 mètres, a une variabilité très faible par rapport aux stations du versant nord à la même altitude. Les stations de l’Obir, à plus de 2040 mètres, ont également, par suite de leur position au sud de la crête des Alpes, une variabilité bien plus faible que le Schafberg, qui est moins élevé, plus faible même que Vienne. Sans pouvoir encore déterminer nettement les causes prédominantes, M. Ilann reconnaît les deux points suivants : 1” la variabilité de la température apparaît comme faible au printemps dans les hautes vallées montagneuses par rapport aux plaines voisines; 2* la variabilité de la température diminue en été, mais augmente en hiver avec l’élévation en altitude.
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- [ Supplément à « LA NATURE » du 8 décembre ! 894 (rr /123)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SBRVXOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Les fouilles de Delphes. — L’École d’Athènes a suspendu, comme tous les ans, pendant l’hiver, les fouilles entreprises à Delphes. La dernière campagne aura été des plus fructueuses. Les fragments découverts au cours de cette année sont si nombreux que le local qui servait jusqu’ici de dépôt est devenu absolument insuffisant, et force a été au gouvernement de faire construire un bâtiment spécial qui recevra le nom de Musée de Delphes et sera exclusivement rempli d’objets découverts par l’Ecole française. Parmi les antiquités mises à jour pendant les deux derniers mois figurent trois statues. L’une de ces statues, de grandeur colossale, représente un guerrier, probablement macédonien; la seconde une femme debout, dont la pose a beaucoup de grâce; la troisième est une statue d’homme. Ces trois statues appartiennent à l’époque d’Alexandre, elles sont toutes dans un parfait état de conservation. Il faut mentionner aussi, parmi les dernières découvertes, les anciennes habitations mises au jour et qui ressemblent à celles de Pom-péi. Malheureusement, les parties intérieures seules subsistent. Les murs qui restent debout ont encore par endroits 3 et 4 mètres de hauteur. On y distingue des fresques très curieuses.
- Les Fouilles, d’après l'Intermédiaire des chercheurs et curieux, seront reprises au retour de la belle saison. Pendant l’hiver, on construira un petit chemin de fer Decauville pour le transport des déblais. A la prochaine campagne, les fouilles seront faites sur l’emplacement de la Lesché, du Théâtre et du Conseil Amphictionique.
- INFORMATIONS
- —®— La petite ville de Saint-Léonard, dans le département de !a Haute-Vienne, a été récemment pourvue d’une distribution d’énergie électrique. L’installation utilise une chute d’eau de 1 m,‘20 de hauteur, située sur la Vienne à Beaufort, à une distance d’environ 2 kilomètres de la ville. L’usine comprend une turbine hydraulique d’une puissance de 45 chevaux, qui actionne par courroie un alternateur Thomson-Houston placé au premier étage. L'alternateur hyper-eompound a une puissance de 30 kilowatts et fournit au départ une différence de potentiel de 2000 volts. Un poste de transformateurs a été installé à la mairie, et c’est de là que partent les deux circuits de la ville, qui alimentent l’un le réseau municipal, et l’autre le réseau des abonnés.
- —Voici quelques renseignements sur les vendanges de 1894 en Allemagne. La récolte du vin en Allemagne a été, en 1893, une des plus belles du siècle, surtout au point de vue de la qualité. Cette année, en 1894, le tableau est tout autre et les craintes entretenues parles viticulteurs ne se sont finalement que trop réalisées : la qualité des raisins a été médiocre et la récolte totale de tous les pays vignobles n’a pas dépassé un demi-rendement. La floraison au printemps avait eu lieu dans des conditions désavantageuses et le dechet à ce moment, provoqué par les averses, avait été assez considérable pour détruire, dès l’origine, l’espoir d’une récolte abondante. Les rares beaux jours, en été, n’avaient que trop rapidement dû faire place à de longues semaines de pluie et la quinzaine de beau temps, en sep-
- tembre, était venue trop tardivement pour réparer le dommage causé par les pluies incessantes qui l’ont précédée et qui lui ont aussi succédé. La pourriture des raisins, provoquée par l’incessante humidité, a, de plus, obligé à procéder à la cueillette plus tôt qu’on ne l’eût voulu. Ceux, parmi les vignerons, qui se sont obstinés à laisser la récolte sur pied jusqu’à la fin d’octobre auront encore moins vendangé, le mauvais tem)ts ayant duré jusqu’à la fin du mois.
- —— Le laboratoire de pisciculture, établi en 1885 par la ville de Vitry, continue à fonctionner convenablement et rena de grands services pour le repeuplement des cours d’eau. L’établissement de Bouzey (Vosges), lisons-nous dans le Pêcheur, a fourni à ce laboratoire, en 1893-1894, les œufs fécondés de : 20 000 truites communes, 20 000 truites saumonées, 2000 truites des lacs, 2500 ombres-chevaliers. Les alevins ont été répandus dans la Saulx, ta Chée, la Vière, le Vanichon, la Guenelle et le Fion. En outre, il a été déversé dans les différents cours d’eau de l’arrondissement de Sainte-Mene-liould, 35 000 alevins de gardon, perche, tanche, vandoise, brochet, obtenus gratuitement de propriétaires d’étangs. 1200 écrevisses provenant de la Vière et du Marson et achetées à prix d’argent, ont été déposées dans l’Ante, l’Yèvre, l’Auve et la Tourbe. 6000 alevins de truites obtenus par l’éclosion dans la Biesme, d œufs fécondés mis à la disposition par l’établissement piscicole de Bouzey (Vosges), ont été aussi déposés dans l’Aisne, la Bionne et la Tourbe.
- —©— Les lapins faisaient, l’année dernière, le désespoir des colons anglais de l’Australie. Le gouvernement de Victoria avait même offert une prime de 75 000 dollars pour celui qui trouverait le moyen radical de les faire disparaître. Les affaires viennent de prendre une autre tournure et, au lieu de le détruire, on protège le lapin. Le prix du gouvernement est retiré, les fermiers australiens s’étant mis à exploiter en grand ce rongeur. Ils en tuent des centaines de mille, par jour, les font congeler et les expédient à Londres. Attendons-nous, dans quelques années, à voir proposer un prix pour la propagation de cet animal pourtant si prolifique !
- —©— La quantité de farine américaine importée à Sanghaï en 1891, 1892 et 1893, s’est élevée respectivement à 4 474838 livres,
- 4 213 789 livres et 4 796 429 livres. La farine américaine de froment est la seule importée. Il n’est importé de froment d’aucun pays. La farine et le froment ne payent pas de droits. La farine est transportée dans des bateaux à vapeur et à voiles partant de New-York, Tacoma et San-Francisco ; elle est consommée presque uniquement par des étrangers.
- —9— Le phylloxéra a été signalé en Espagne dans une partie du district Jeres de la Frontera. La Chambre de commerce de la province fait faire, par l’ingénieur agronome en chef, des recherches pour déterminer l’étendue exacte de la zone infestée et aviser aux mesures à prendre. Le Gouvernement a voté un crédit de 500000 pesetas pour combattre le fléau, mais le moyen qui sera employé n’est pas encore indiqué.
- —L'administration gouvernementale russe a récemment autorisé l’ouverture, à Saint-Pétersbourg, d’un laboratoire pour la préparation, d’après le système Pasteur, d’un vaccin contre l’épizootie connue sous le nom ae Peste de Sibérie. La lymphe destinee à la composition de ce vaccin sera envoyée par l’Institut Pasteur de Paris.
- —$— M. Doll a présenté à la Société industrielle de Mulhouse ^ une tôle perforée, dénommée lhilmill, devant remplacer les lattes T de plâtriers. Cette tôle laisse passer, par des entailles appropriées, le plâtre qui s’étale sur l’autre face et adhère solidement. Un pareil plafonnage présente de réels avantages sur les lattes ordinaires contre tes dangers d’incendies.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne la soudure de l’aluminium, dont il a été question dans le n° 1120, du 17 novembre 1894, p. 399, et dont nous parlons encore dans la présente livraison, s’adresser à M. D. Delécluse, à Petite-Forêt, par Anzin (Nord). — Nouvelle machine à courir : M. Valère, 12, rue du Ranelagh, Paris.
- Communications. — M. Arthur Deck, chaussée Saint-Michel, 10, à Bruges (Belgique), nous fait parvenir un appareil nommé la Sauvegarde. Cet appareil fort simple et très bon marché, a pour but d’empêcher la roue directrice d’une bicyclette, et par suite le guidon, d’osciller à droite et à gauche du cadre lorsqu’on veut soit nettoyer la machine, soit l’appuyer contre un mur, un arbre. La bicyclette reste verticale et immobile. On a déjà installé sur des bicyclettes des systèmes analogues nommés verrous de sûreté.
- M. Ch. Scott, membre du Club Alpin, à Epernay, nous écrit : « J’ai lu avec un vif intérêt l’article de M. Stanislas Meunier consacré à la Demoiselle de Pyrimont (n° 1119 de La Nature, du 10 novembre 1894, p. 381); je me permets de vous adresser les renseignements suivants. 11 existe dans le Valromey, vallée adjacente à celle de Seyssel, près de la commune de Brenaz, un cône rocheux connu sous le nom de Pain de sucre et analogue comme aspect et sans doute comme formation à la Demoiselle de Pyrimont, quoique étant de dimensions moindres. Il mesure environ 3m,50 à 4 mètres de circonférence à sa base. Pendant la saison pluvieuse ou à la fonte des neiges, l’eau amenée par un petit torrent tombe sur le sommet du cône et l’a couvert de dépôts calcaires qui le font ressembler à une grosse stalagmite; mais si l’on examine la paroi de laquelle il a été détaché progressivement par des infiltrations, la structure géologique de la roche se dessine nettement en couches superposées sensiblement horizontales. L’été, un mince filet d’eau amené par le torrent, s’infiltre sur le bord de l’escarpement et vient tomber en gouttelettes de la voûte formée par la dégradation continuelle de ces eaux d’infiltration; une certaine quantité de celte eau vient mouiller la partie postérieure du cône. L’eau qui glisse sur les parois du Pain de sucre vient se déverser à sa base dans un entonnoir d’une vingtaine de mètres de circonférence. Le Pain de sucre est situé à environ 12 kilomètres de la gare d’Artemare; c’est un but d’excursion pour les touristes qui visitent le Valromey. »
- M. P. Lauriol, ingénieur des ponts et chaussées, à Paris, nous écrit au sujet des expériences de résistance de l’air faites à la Tour Eiffel, et dont il a été question dans le n° 1122, du 1er décembre 1894, p. 15. De ces expériences, il résulte que la formule P — 0,12248Sr2 donne des résultats exagérés. Cette formule est dès maintenant reconnue comme inexacte. Notre correspondant nous rappelle à ce sujet les résultats obtenus par M. Langlev, dont il a publié une traduction du Mémoire original dans la Revue de Vaéronautique en 1891. Pour des vitesses notablement inférieures à celles qui ont été constatées à la Tour Eiffel et ne dépassant guère 12 mètres par seconde, M. Langley trouvait pour le coefficient de la formule des valeurs variant entre 0,070 et 0,090 au lieu de 0,122.
- M. A. Perraud, à Lyon, à propos des deux articles que nous avons consacrés aux Jours de la semaine, dans le n° 1087, du 31 mars 1894, p. 274 et dans le n° 1118, du 3 novembre 1894, p. 363, nous donne une autre explication de l’ordre des jours. Les anciens classaient les astres selon le système de Ptolémée en commençant par le plus éloigné de nous et en finissant par le plus rapproché; ils avaient aussi attribué un jour à chacun des sept astres, et ils avaient alors la succession suivante : Saturne (samedi), Jupiter (jeudi), Mars (mardi), Soleil (dimanche), Vénus (vendredi), Mercure (mercredi), Lune (lundi). La semaine commençait par samedi; pour passer d’un jour à l’autre, il suffit d’adopter la succession précédente des jours en franchissant chaque fois deux intervalles. Notre correspondant termine en disant que la semaine est une invention
- astronomique par son nombre 7 et la dédicace de chacun de ses jours à un des sept astres, et une invention musicale par le nombre 7 représentant les sept notes et la succession par quartes de ses jours comparée avec la série régulière des astres ou diatonique des sons.
- M. Waeber, à Fribourg (Suisse), nous envoie une Note sur le même sujet et confirmant l’idée que nous venons d’exposer. Nous remercions nos correspondants de leurs intéressantes communications; mais nous ne saurions insister davantage sur un sujet qui n’a qu’un intérêt rétrospectif.
- Renseignements. — M. J. P., à Paris. — Il y a quelques années, il existait divers modèles de ce coupleur automatique, mais actuellement ces appareils ne sont guère utilisés. Vous n’en trouverez donc que d’occasion, ou vous serez obligé d’en faire construire un ; adressez-vous à la maison Ducretet et Lejeune. 75, rue Claude-Bernard, à Paris.
- M. Blanchet, à Grenoble. — Consultez les Mémoires de M. Pasteur, dans les Annales de l’Institut Pasteur. Les procédés ne peuvent être appliqués que par des hommes compétents.
- M. F. Rigolé, à Narbonne. —Le moyen le plus simple et le plus pratique pour nettoyer ces salières en argent est de les frotter vigoureusement et à plusieurs reprises avec une peau.
- M. Dumur, à Fonlenay-sous-Bois. — Vous trouverez des petits calendriers-breloques de ce genre chez les papetiers et marchands d’articles de bureaux.
- M. J. Brunei, à Castelmagran. —Nous ne saurions vous renseigner convenablement ; vous pourriez vous adresser au Laboratoire de culture au Muséum d’histoire naturelle, à Paris.
- M. A. Abascal, à Cordoba.—Nous avons reçu votre lettre et votre envoi ; mais nous ne pouvons entreprendre ces expériences, qui nécessitent des recherches longues et difficiles.
- M. C. X., à Paris. — L’article que vous citez est le résultat d’une erreur mécanique.
- M. G. Pavillon, à Anvers. — Quand on opère convenablement, cet inconvénient ne se produit pas; il faut employer des clichés et des plaques bien secs.
- Un abonné vendéen. — Pour établir des chiffres relatifs aux dépenses comparatives dans les piles de zinc amalgamé ou de l’alliage de zinc et d’étain dont vous parlez, il serait nécessaire de faire une longue série d’expériences que nous ne pouvons entreprendre.
- M. H. D. S., h Orbais-1’Abbaye. — 1° Nous indiquons plus loin, dans notre bibliographie, un ouvrage qui vous conviendra. — 2° Voyez les annonces; plusieurs appareils sont mentionnés.
- M. Flora, à Orânge. — Il nous est impossible de vous donner les renseignements que vous demandez; toutes les machines à écrire ont leurs avantages et leurs inconvénients. C’est à vous de les comparer, de vous fixer sur leurs prix respectifs et de faire un choix.
- M. Sébastian Arozena, à Santa Cruz de la Palma. —Il faudrait vous adresser à la Compagnie du phonographe Edison, à New-York, ou à MM. Werner, représentants de cette Compagnie, 85, rue de Richelieu, à Paris.
- M. H. L., à Epinal. — Les méthodes d’analyse des terres sont indiquées dans tous les traités de chimie agricole; vous trouverez plusieurs ouvrages à la Librairie agricole de la maison rustique, à Paris.
- M. E. Amaury, à Vernon. — Un grand nombre d’ouvrages ont été publiés sur les monnaies; voyez-en l’énumération dans la Bibliographie Universelle de l’Encyclopédie Roret.
- M. L. J. G., à Niort, — Vous pourriez consulter l'Annuaire-Agenda des électriciens et des Industries électriques, place Lafayette, et l’agenda Boudreaux, 8, rue Hautefeuille, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — Les sels de cuivre dans le papier peuvent être très dangereux, surtout quand ils se détachent en poussière; mais nous ne saurions vous répondre au point de vue juridique.
- M. J. B., à Lyon. — Si nous mettions les prix des appareils, nous aurions l’air de faire des réclames.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. A. V., à
- Paris. Nous ne connaissons pas d’ouvrage sur cette question. — M. L. L. C.,k Anvers. Nous ne comprenons pas bien votre demande. M. Arnold Brun, à Genève. Nous donnons plus haut l’adresse qui vous intéresse. — M. Lecomte, à Paris. Cette question nous parait très complexe ; nous vous conseillons de la soumettre à un ingénieur compétent. — M. Durand, à Brest. Dans ces conditions, votre pompe ne pourra fonctionner ; l’installation est incomplète. — M. Girard, à Marseille; M. Lebrun, à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles. lre série (G. Masson, éditeur). —M. A. P., à I.iège. Regrets, de ne pouvoir vous renseigner. — AI. J. D., à Beauvais; M. L. M., à Lille. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison..
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITS JEUX DE SOCIÉTÉ
- d’équilibre et d’adresse
- Le disque ù. mouvement perpétuel. — Le jeu que
- nous représentons par notre gravure, offre un intérêt tout particulier par sa construction originale‘et son mécanisme fort ingénieux. C’est un appareil qui mesure 75 centimètres de longueur sur 10 centimètres de largeur. Il est composé de quatre gout-
- Le mouvement perpétuel. — 1. Ensemble de l’appareil.
- 2. Détail du mécanisme.
- tières superposées les unes aux autres et inclinées en sens inverse, de sorte qu’elles communiquent entre elles. A l’une des extrémités de ce jeu, d’un côté est placée une manivelle mue par un ressort auquel correspond au sens opposé un disque en métal polychrome sur lequel sont inscrits des numéros. A l’intérieur, entre ces deux parties principales est fixée une âilette maintenue en arrêt par une petite targette munie d’une lame de cuivre mobile. Lorsqu’on dépose une bille au sommet du jeu sur la première gouttière, cette bille suit la pente, parcourt graduellement les quatre gouttières dans le sens du va-et-vient et finalement au bout de sa course vient heurter la petite lame de cuivre qui fait déclencher le jeu, fait tourner le disque en marquant un numéro. Cette bille est poussée automatiquement par l’ailette qui la fait arriver à son point de départ, de sorte que ce jeu fonctionne automatiquement tant que le ressort est tendu. De là le nom de mouvement perpétuel donné au jeu. A la fin de la partie, on additionne les chiffres obtenus. — Ce petit jouet que nous venons de décrire nous a été envoyé par un de ses dépositaires, M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Pans.
- L’homme coupé en morceaux. — Quel est celui de nos lecteurs qui n’a pas vu jouer la féerie des Pilules du diable, cette vieille pièce où i’on a tant de surprises fantastiques;
- L’homme coupé en morceaux. — 1. Les débris.— 2. L’homme raccommodé.
- on assiste notamment à ce spectacle extraordinaire : on voit un personnage qui, tamponné par une locomotive, a ses membres dispersés aux quatre vents? Vous vous rappelez certainement que sur la scène on retrouve tous les membres de ce malheureux ; ils lui sont recollés, au grand étonnement du public enfantin. C’est d’après cette scène amusante que le fabricant a construit, et nous a fait parvenir, le petit jeu que nous allons décrire. Dans une boîte en bois hermétiquement close
- 1>ar un verre, est renfermé un petit diable en feutre rouge dont a tête et les quatre membres sont dispersés; il s’agit de le
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- reconstituer à l’aide d’un petit globule de mercure qui voyage librement dans l’intérieur de la boîte, et qui sert à pousser les membres fabriqués en feutre léger et à les mettre en place.
- La Cataracte. — Dans le fond d’une petite boîte ronde est collée une figure grotesque dont l’intérieur des yeux est blanc; il s’agit d’y placer les pupilles afin de compléter les yeux et de guérir la cataracte. Rien n’est plus facile pour les personnes qui ont un peu de patience. Deux petites boules de plomb roulent facilement dans la boîte; elles représentent les pupilles et il faut les placer dans les cavités creusées dans le carton à la place des pupilles. On y arrive avec un peu d’exer-
- Jeu de la Cataracte. — 1. Tête dessinée au fond d’une boîte ronde.
- 2. Ses yeux munis des deux billes qu’on y a roulées.
- cice en inclinant la boîte dans un sens ou dans l’autre. — Les deux derniers jouets que nous venons de décrire se trouvent à la même adresse que le disque à mouvement perpétuel.
- BIBLIOGRAPHIE
- Physiologie. Travaux du laboratoire de M. Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Tome troisième. Chloralose-Sérothérapie-Tubercutose. Défenses de Vorganisme. 1 vol. in-8°. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 12 francs.
- L’ouvrage important que nous annonçons- ici contient, outre les travaux personnels de l’auteur, ceux de ses collaborateurs ou élèves : MM. Hérieourt, P. Langlois, Hanriot, Feré, Heim, Tribop-let, Bouveault, Carvallo, Pachon et H. de Varigny. Les principaux mémoires qu’il renferme se rapportent au Qhloralose, à la Sérothérapie et à la Tuberculose. Les effets physiologiques, thérapeutiques et hypnotiques du chloralose sont Lob jet d’observations et d’expériences très curieuses dues à MM, Richet, Hanriot et Feré. Les recherches de MM. Richet et Hérieourt sur la sérothérapie et la tuberculose ont eu un grand retentissement. On trouvera dans ce volume leurs importants mémoires se rattachant à ce sujet qui préoccupe tant actuellement les médecins et les physiologistes.
- A travers l’Afrique centrale, du Congo au Niger, 1892t1895, par G. Maistre. Préface de M. le prince d’ARENBERG, président du Comité de l’Afrique française, 1 vol. grand in-8° contenant 80 gravures et 2 cartes. — Paris, Hachette et Cia, 1895.
- M. Maistre est un de ces hardis explorateurs qui consacrent leur vie, pour le bien de leur Patrie, aux progrès de la géographie et à la conquête des pays nouveaux. Les voyages que M. Maistre a exécutés à travers l’Afrique ont autant d’intérêt que d’importance. Le récit que le voyageur en publie, est très attachant, rempli de faits instructifs, peu connus, et riche en descriptions de régions extraordinaires et de populations primitives.
- Les débuts d’un amaUur photographe, par Jacques Ducom, avec une préface de M. Gaston Ttssandier. 1 vol. în-80 avec de nombreuses figures. — Paris, Georges Carré, éditeur.
- Que de lettres nous recevons de jeunes amateurs qui nous disent qu’ils veulent se livrer à l’exercice de la photographie ! Ils nous demandent quels ouvrages il faut consulter pour apprendre quand on débute; ils voudraient avoir quelque chose d’élémentaire, de facile à comprendre. Ils seront certains d’être bienj’en-seignés en prenant le livre du bon praticien que nous signalons ici ; il leur donnera toute satisfaction.
- L’évolution de Varchitecture en France, par Raoul Rosières. Ouvrage couronné par l’Académie des beaux-arts. 1 vol. in-18. — Paris, Ernest Leroux, 1894.
- Dans l’ouvrage que nous mentionnons, l’auteur a essayé pour la première fois de ramener l’évolution de l’architecture à un phénomène purement ethnographique tirant ses lois déterminantes des races et des circonstances climatologiques et géographiques. Le livre de M, Raoul Rosières pourrait provoquer des recherches et des études nouvelles qui serviraient â poser avec plus de solidité la théorie qui s’y trouve indiquée.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Les céréales, par C. T. Garola, directeur de' la station agronomique de Chartres. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de l’Enseignement agricole publiée sous la direction de Si. A. Müntz, professeur à l’Institut national agronomique. — Paris, librairie de Firmin-Didot et Cie.
- Études sur le vin mousseux. Du tannisage du vin, suppression des masques : dépôts secs et pulvérulents, par J. Sal-leron, ex-constructeur d’instruments de précision. 2* édition, revue et mise à jour d’après les Notes de l’auteur par L. Mathieu, professeur de physique au lycée de Cherbourg. 1 vol. in-8°. — Paris, J. Dujardin, successeur de J. Salle-ron. Prix ; 7 francs.
- Merveilles de la nature. Le monde des plantes, par Paul Constantin, professeur au lycée de Rennes. Fascicule I, in-8°. — Paris, librairie J. B. Baillière et fils. Prix : 3 francs.
- Tenth annual report of the bureau of ethnology to the Secre-tary of the Smithsonian institution 1888-1889, by J- W. Po-well, director. 1 vol. in-4°. Washington, Government prin-ting Office, 1893.
- Annual report of the board of regents of the Smithsonian institution shoiving the operations, expenditures, and condition of the institution to July 1892.1 vol. in-8°. Washington, Government printing Office, 1895.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 26 novembre. — 1%2 N. 3. Couvert. 0,0 Beau jusqu’à 6 h., couvert ensuite; quelques fines paillettes de neige à 17 h.
- Mardi 27 -1*,0 N: N. E. 3. Couvert. 0,0 Beau jusqu’à 6 h., couvert ensuite ; un peu de bruine glacée à 22 h.
- Mercredi 28 — 0*,1 N. N. E. 3. . Couvert. 0,0 Couvert.
- Jeudi 29 -1*,4 N. 3. Couvert. 0,0 Couvert.
- Vendredi 30 — 0’,1 N. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 17 h.; beau ensuite; faible bruine à 6 h.
- Samedi 1" décembre. 0*,8 N. N. E. 2. Presque couvert. 0,0 Nuageux jusqu’à 17 h., beau ensuite; petit brouillard bas à 8 h.
- Dimanche 2 — 0%9 N. E. 2. Beau. 0,0 Pas trace de nuage.
- NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1894 -- SEMAINE DU LUNDI 26 NOVEMBRE AU DIMANCHE 2 DÉCEMBRE
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Aurore boréale à Bruxelles. — Nous avons signalé, dans notre Chronique météorologique du n* 1121, du 24 novembre 1894, une aurore boréale qui a été observée le 13 novembre à Boulogne-sur-Seine et à Moulins. Le journal Ciel et Terre donne également à ce sujet quelques autres renseignements. Le 13 novembre, à 2h25” de l’après-midi, les barreaux aimantés de l’Observatoire de Bruxelles sont entrés en perturbation et leur agitation a été en croissant jusqu’à minuit. Après des oscillations atteignant 20’ d’amplitude, la déclinaison est tombée à 14° 10’5 à minuit 17" (temps moyen d’Uccle). A 7h 17“ du matin, une hausse ramenait le barreau à 13° 1’ 7. A 8 heures, la perturbation avait pris fin. Ce trouble magnétique a été accompagné dans la soirée, entre 8 et 9 heures, de lueurs aurorales que l’état du ciel n’a pas permis de distinguer d’une façon bien nette. Un assez grand nombre d’observateurs les ont remarquées et ils les signalent tous comme ayant présenté l’aspect de colorations roses, semblables à des reflets d’incendie.
- Coup de foudre à, Prague. — Le 20 mai 1894, à 9k 30“ du soir, un orage épouvantable, mais de courte durée, éclata à Prague. La foudre, tombant sur quatre maisons à la fois, fit de grands dégâts, démolit l’ameublement et détruisit les toitures sans y mettre le feu. Une chambre photographique détective de Steinheil, placée sur une fenêtre près de l’Académie des sciences et du Musée national de la Ville, reproduisit l’image d’un éclair formidable sextuple. Sur la photographie, on voit descendre, d’un nuage très éclairé, six éclairs dans diverses directions, atteignant quatre maisons, la coupole de l’Académie des sciences et le conduit des fils téléphoniques. La foudre a produit de grands dégâts sur les maisons voisines.
- Vitesse de propagation des secousses de tremblement de terre. — Un tremblement de terre qui a eu lieu en 1892 au Bélout-chistan a été enregistré par le pendule horizontal, à Strasbourg; et à Nicolaïef; les distances sont respectivement de 5290 et de 3480 kilomètres, et la vitesse de propagation des diverses secousses paraît avoir été comprise entre 3 et 5 kilomètres par seconde.
- PHASES DE LA LUNE : N L. le 27, à 9 h. 4 m. du marin.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la a Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE gBRVKIB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATION S, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRA1RXB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Usure des montagnes et disparition des chutes d’eau. — M. Ph. Delahaye, qui fait chaque semaine dans la Revue industrielle des chroniques scientifiques très remarquées, a publié sur l’usure des montagnes et la disparition des chutes d’eau, de curieuses appréciations que nous reproduisons ici. Il n’est pas rare de voir prédire, dans des articles de science à l’usage des gens du monde, qu’un jour viendra où les mines de charbon étant épuisées, les survivants de notre pauvre humanité auront recours à l’électricité pour suppléer à l’absence de combustible par une utilisation tardive des forces naturelles. De celles-ci les plus importantes sont sans contredit les chutes d’eau, et on se plaît à leur attribuer un rôle capital, tandis que la chaleur solaire, les vents et les marées n’inspirent pas encore grande confiance. Cette sollicitude d’un avenir lointain part d’un bon naturel ; mais, pour ne pas nous exposer à la juste critique de nos arrière-neveux, il convient de faire, dès à présent, quelques réserves sur la conservation des chutes d’eau. 11 se pourrait bien qu’elles soient en grande partie taries au moment même où elles deviendront indispensables. M. de Lappa-rent, ingénieur des mines et géologue des plus autorisés, déclarait, il n’y a pas longtemps, que les montagnes sont condamnées à disparaître. Si les forces naturelles continuent à agir avec la même activité que nous leur connaissons, dans 45 000 siècles, toutes les inégalités du sol seront effacées. Les Ardennes autrefois étaient une chaîne de montagne imposante; elles ont été ramenées à n’ètre plus qu’une rangée de collines. Les Alpes caractérisent aujourd’hui la jeunesse des montagnes, les Pyrénées leur âge mûr, les monts delà Provence leur vieillesse, et enfin le plateau central de la France leur décrépitude et leur mort. Les chutes d’eau n’auront peut-être pas une plus longue carrière que les mines de houille, et il faut les utiliser dès maintenant pour économiser la houille si nous nous préoccupons vraiment d’assurer à nos descendants les meilleures conditions d’existence.
- INFORMATIONS
- —Le Moniteur de l'Empire publie, en Allemagne, un Rapport sur les fouilles qui se pratiquent depuis le commencement de l’année 1894 à Hissalik, la colline où le Dr Schliemann a fait ses remarquables decouvertes sur l’ancienne Troie. L’empereur Guillaume a accordé une subvention de 3000 marks aux archéologues qui ont entrepris le travail des fouilles. Dans le courant de l'année ils ont, dans la sixième couche des ruines, mis à découvert toute l’enceinte fortifiée de la ville ; ils ont ensuite enlevé lès débris qui se trouvaient dans les constructions comprises dans les parties est et ouest de la forteresse. Dans les portions mises à nu, les murs de la ville sont dans un remarquable état de conservation. De plus, ils ont excavé, dans une citadelle inférieure, un grand nombre de portes, de tours et d’édifices ainsi qu’un grand nombre de magasins, d'innombrables articles de poterie : entre autres, une fontaine. De nombreux tombeaux grecs, appartenant à la période de l’ancienne nnt An-alpmpnt été découverts. Le Rapport termine en disant
- que, dans la majeure partie des cas, les constructions trouvées dans la sixième couche présentent un caractère de conservation tel que, d’ores et déjà, l’on peut classer les ruines de l’ancienne Troie parmi les antiquités architecturales les plus remarquables du monde.
- —®— Le cinquième satellite de Jupiter est très faible depuis plusieurs semaines, et M. E. Barnard, à qui l’on doit sa découverte, a pu l’observer le 8 octobre, pendant une demi-heure environ, puis le 16 ; mais, à cette dernière date, un vent violent du sud agitait l’instrument et n’a pas permis d’en faire des mesures exactes. Son éclat est moindre que celui d’une étoile de 13° grandeur, et comme il ne s’éloigne guère que d’une minute d’arc (63"5 au plus) du brillant Jupiter, son observation est extrêmement difficile. Les recherches de M. Barnard ont donné pour durée de sa révolution autour de Jupiter une moyenne de llh 57m 22® 62. Plusieurs astronomes avaient cru pouvoir déterminer très exactement la vitesse de la lumière par les éclipses de ce satellite, dont la révolution est si rapide. En raison des difficultés de l’observation, M. Barnard croit que ce procédé ne sera pas applicable tant que nous n’aurons pas augmenté la puissance de nos instruments,
- —Un correspondant de ïElektrotechnische Zeitschrift signale un phénomène curieux observé sur des lampes à incandescence. Une lampe qui avait déjà fonctionné pendant un certain temps, ayant été dévissée puis remise en place, donna, pendant qu’on la vissait dans la douille et avant que le contact avec le circuit eût lieu, une faible lueur momentanée. On observa que cette lueur pouvait être reproduite en frottant le verre avec la main. En frottant énergiquement, la phosphorescence devenait assez intense pour permettre de distinguer non seulement la forme de la lampe, mais encore les aiguilles d’une montre placée en contact avec le globe. La phosphorescence disparaissait dès qu’on cessait de frotter. On a tenté de reproduire l’expérience, dit le journal l’Éclairage électrique, auquel nous empruntons ce renseignement, avec un grand nombre de lampes, mais sans succès. Parmi un lot considérable, on ne put trouver qu’une deuxième lampe donnant les mêmes effets. L’explication de ce phénomène semble assez difficile, étant donné qu’il n’intervient aucune autre source d’électricité que celle due au frottement du verre.
- —M. J. Donath, de Budapest, a étudié la question de savoir si la constitution physique des Européens est en voie de déchéance. Pour cela, il a consulté les résultats des opérations de recrutement des différentes armées, hors ceux de l’armee russe, qui ne sont pas publiés, et la conclusion de cette enquête est assez fâcheuse. 11 s’agit des ajournements par défaut de taille. Dans l’armée austro-hongroise, le pour 100 des ajournés a été de 19,4, augmentant en dix ans de 76,56 pour 100. En Allemagne, on a dû réduire les exigences de l’aptituae au service militaire, et cependant les ajournés ont augmenté de 7,8 à 16,6 pour 100. En France, le nombre des ajournés a augmenté, en seize ans (1887-1888), de 6,9 à 13,3 pour 100. En Italie, l’augmentation, de 1881 à 1891, a été de 7,7 à 23,2 pour 100. En Belgique, même diminution de l’aptitude au service militaire; seule, la Suisse ferait exception. H resterait à démontrer que la diminution de la taille est une déchéance. Les hommes grands sont rarement les plus forts et les plus intelligents.
- —$$— L’Exposition industrielle, qui sera ouverte, en 1896 à Berlin, comprendra line importante section d’électricité. Les différents exposants auront à fournir ensemble de 1200 à 1500 chevaux électriques produits par des génératrices à courant continu, à courants alternatifs simples et polyphasés. La puissance individuelle des génératrices ne devra, toutefois, pas dépasser 250 chevaux.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le Boudard Gear, multiplicateur pour bicyclettes, se trouve chez 31. Humber, fabricant, 19, rue du Quatre-Septembre, à Paris.
- Communications. — M. J. Machiels, administrateur de la Société du Vaccin charbonneux Pasteur, à Paris, nous adresse la lettre suivante : « Dans le n° 1122, du 1er décembre 1894, entête des In formations,y ous annoncez à vos lecteurs, d’après une correspondance adressée de Rome à un journal de Sicile, que le gouvernement italien aurait conclu avec l’Institut Pasteur, un arrangement qui lui permettra d’établir à Rome un laboratoire spécial pour le traitement du charbon d’après le système Pasteur. Youlez-vous me permettre de rectifier et de compléter votre information ? Ce n’est pas avec l’Institut Pasteur, mais avec notre Société, La Société du Vaccin charbonneux Pasteur, 14, rue des Pyramides, à Paris, que le gouvernement italien a traité. Le laboratoire spécial dont vous parlez est installé, il fonctionne, et dès le 25 octobre dernier le Ministère de l’intérieur a adressé à tous les préfets du royaume une circulaire annonçant sa création. M.le commandeur L. Pagliani, directeur de la Santé publique, a en outre envoyé aux syndics de toutes les communes des instructions très précises, ainsi qu’à tous les vétérinaires. 31. Pagliani fait les plus grands et les
- flus intelligents efforts pour assurera son pays les bienfaits de inappréciable découverte de M. Pasteur. »
- Renseignements. — M. Silvio Piancastelli, à Firenze. — L’adresse du fabricant de l’appareil chronophotographique de 31. Demeny, qui a été décrit dans le n° 1115, du 29 septembre 1894, p. 279, a été donnée en tête de la Boîte aux lettres du même numéro.
- M. Quenaull, à Senones. — Le ferme-porte dont vous voulez parler est probablement l’appareil automatique à ressort et à air comprimé de 31. E. Laforest, 16, rue 31eslav, à Paris.
- M. M. B., à X. — Nous avons fait fonctionner pendant plusieurs jours l’appareil qui a été décrit, et nous avons été très satisfait de sa marche.
- M. A. D., à R. — Tous les poêles de ce genre présentent l’inconvénient (je dégager des gaz délétères tels que de l’acide carbonique et de l’oxvde de carbone.
- M. L. B. G., h Paris. — Des connaissances chimiques étendues et surtout pratiques vous suffiront.
- M. J. Cervera, à Valencia. — Nous n’avons jamais entendu parler de cet appareil et nous ne connaissons pas l’adresse du fabricant.
- M. Ladame, à Paris. — Nous avons emprunté ces chiffres à un journal étranger sérieux. Le chiffre de 1972 mètres est en effet un peu fort ; mais on a signalé, il y a déjà quelques années, plusieurs mines de 1000 à 1200 mètres de profondeur. Il est possible que dans les dernières exploitations, la profondeur ait été augmentée. Nous allons prendre des informations nouvelles.
- M. le comte Louis Cigala, à Jspas. — Nous avons parlé des constructions métalliques que vous citez, en mentionnant les installations de l’École de Saint-Cyr au camp de Châlons, dans le n° 1058, du 9 septembre 1893, p. 225. La Société qui exploite les constructions démontables système Espitallier a son siège, 51, rue Lafayette, à Paris.
- M. Dournes, à Saint-Cvprien. — Le siphon élévateur Lemi-chel, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, pourrait être utilisé avec avantage pour votre installation. 11 serait cependant nécessaire d’établir aussi un projet comparatif avec une turbine actionnant une pompe pour élever l’eau à la hauteur que vous indiquez.
- M. Polo, à Nantes. -— 1° Les poêles mobiles à essence sont très intéressants; mais nous ne savons pas si l’on a fait jusqu’ici des expériences pour connaître la quantité d’oxvde de carbone pouvant se dégager. — 2° Le tuyau de dégagement dans une cheminée nous semble nécessaire; il est du reste facile de
- l’adapter sur le poêle. — 5* L’essence nous paraît préférable.
- M. Gourdin, à Mavet. — Les dispositions que vous signalez pour la transmission de la force motrice dans les ateliers ont été essayées depuis quelque temps déjà dans un grand nombre d’usines. On a installé plusieurs machines à vapeur de faible puissance alimentées par une conduite centrale de vapeur et actionnant chacune des groupes de machines-outils. Dans ces conditions la consommation de vapeur est très élevée, et on a dù renoncer à ce système. On emploie aujourd’hui la transmission électrique de l’énergie.
- M. le Dr D., à Buzancy. — L’adresse demandée est la suivante : Le Naturaliste, MM. les fils d’Emile Devrolle, éditeurs, 46, rue du Bac, à Paris.
- M. P. Roussel, à Paris. — 11 y a un grand nombre d’ouvrages théoriques et pratiques sur l’électricité; adressez-vous aux éditeurs de livres de science. D’autre part dans les Informations An n° 1117, du 27 octobre 1894, nous avons annoncé une série de cours publics sur le même sujet.
- M. V. E. B., a Paris. — Consultez les catalogues de la librairie Gauthier-Villars et fils ; mais nous ne croyons pas que vous trouviez un traité tel que vous le désirez.
- M. G. Calloct, à Marseille. — La librairie J. 3Iichelet, à Paris, a publié plusieurs petits ouvrages qui pourraient vous convenir.
- MM. L. et C. B., à Niort. — Il y a un ouvrage sur les turbines hydrauliques dans la collection de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, G. 3Iasson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Les librairies VT° Ch. Dunod et E. Bernard ont aussi fait paraître divers traités sur ces questions.
- M. L. Sircoulon, à Cité-sous-Roches. — Voyez Les Moteurs à gaz par Aimé Witz, à la librairie E. Bernard, à Paris. Cet ouvrage contient la description détaillée des appareils, ainsi que des renseignements très complets sur l’entretien et la marche.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Pinet, à Paris. Regrets de ne pas avoir l’adresse que vous nous demandez. — M. SJ. /?., à Lille. 11 est possible de construire soi-même un petit appareil de ce genre. — M. Chauvin, à Paris. Il est facile de faire un grand nombre d’expériences et de comparer les divers résultats. — M. Laporte, à Amiens. Le nombre des tartrifuges est aujourd'hui considérable ; nous ne pouvons vous en indiquer un en particulier. C’est à vous de faire des essais comparatifs. — M. Onar, à Roche-fort. Il faudrait demander ce renseignement à l’éditeur. — M. A. B., à Lyon ; M. Giraud, à Marseille. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série (G. Masson, éditeur). — M. F. Lion, à Paris; M. Cazeau, à Paris. Consultez les Recettes et procédés utiles, 2e et 4° série, à la même librairie que ci-dessus. — M. M. N., à Paris; M. G. L., à Brest. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours d’anatomie comparée. — 31. II. Filhol, professeur, a commencé ce cours le lundi 3 décembre 1894, à 1 heure et demie, dans l’amphithéâtre d’anatomie comparée, et le continuera les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine, à la même heure.
- Cours de physiologie générale. — 31. N. Gréhant, professeur, a commencé ce cours le lundi 3 décembre 1894, à 5 heures, dans l’amphithéâtre d’anatomie comparée, et le continuera les lundis, mercredis et vendredis, à la même heure.
- Cours de botanique, organographie et physiologie végétale. — M. Ph. Van Tieghem, professeur, membre de l’Institut, a commencé ce cours le samedi 1er décembre 1894, à 8 heures et demie du matin, dans l’amphithéâtre de la Galerie de minéralogie, et le continuera les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine, à la même heure.
- Cours de zoologie, reptiles, batraciens et poissons. — 31. Léon Vaillant, professeur, a ouvert ce cours le mardi 15 novembre 1894, à 1 heure, dans l’amphithéâtre du rez-de-chaussée des Galeries de zoologie, et le continuera à la même heure, les jeudis, samedis et mardis suivants.
- Cours de physique appliquée aux sciences naturelles. — 31. H. Becquerel, professeur, membre de l’Académie des. sciences, a ouvert ce cours le mercredi 21 novembre 1894, à 1 heure de l’après-midi, dans le grand amphithéâtre, et le continuera le vendredi et le mercredi de chaque semaine, à la, même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communirnUnn* — il *.’»<•# —<—-J- ? .. .............
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Le tourne-feuillets automatique. — Les musiciens n’ont pas toujours la bonne fortune d’avoir à côté d’eux, lorsqu’ils lisent une partition, un auditeur complaisant pour tourner leurs pages, et sont, par conséquent, obligés d’abandonner l’archet ou le clavier, souvent au passage le plus pathétique : cet
- Tourne-feuillets de cahiers de musique. — 1. Mode d’emploi. 2. Détail du mécanisme.
- inconvénient est supprimé par le tourne-feuillets automatique, qui s’adapte immédiatement, au moyen de deux agrafes, sur n’importe quel pupitre ; à l’aide du pied on actionne pneumatiquement des aiguilles mobiles qui entraînent rapidement chaque page au moment voulu. La modicité du prix de cet ingénieux appareil permet de croire qu’il se vulgarisera rapidement. Le n° 1 de notre gravure montre le tourne-feuillets monté sur le pupitre d’un violoniste. Le n° 2 donne le dispositif de l’appareil. Il se compose des organes suivants : 1, agrafes fixant l’appareil sur le pupitre; 2, aiguilles faisant tourner les feuillets; 3, tige de reliure des cahiers de musique; 4, tringles maintenant la musique sur le pupitre; 5, pédale faisant fonctionner l’appareil. Il suffit d’appuyer sur la pédale n° 5 pour que les feuillets se retournent seuls. — Cet appareil se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue Hauteville, à Paris.
- Paragouttes de bougie. — Voici un nouvel appareil destiné à régulariser la combustion de la stéarine et à éviter les chutes de gouttes d’une bougie allumée, accident connu que représente le n° 1 de notre gravure. Le n° 2 donne l’aspect du petit système; la figure fait comprendre comment iljse fixe au
- châssis-presse spécialement destiné au tirage des positifs stéréoscopiques sur verre. Ce châssis a été présenté à la Société française de photographie et a attiré l’attention des assistants. Les dispositions ingénieuses apportées à cet appareil permettent, à l’aide du cadre A,B, de transposer automatiquement les épreuves sans avoir recours au coupage du négatif, qui, placé dans un cadre G,D, peut obtenir un déplacement vertical, horizontal ou oblique. On peut ainsi remédier aux erreurs de mise en plaque qui avaient pu être commises, lors de la prise du négatif. Ces erreurs sont très fréquentes avec l’emploi des chambres à main dont les opérateurs ne reproduisent pas toujours exactement l’épreuve embrassée par les objectifs stéréoscopiques. Les per-
- Châssis-presse pour le tirage des positifs stéréoscopiques.
- fectionnements du châssis dont nous parlons, évitent le rayage du négatif ou du positif; pour opérer la transposition, le châssis étant fermé, les deux glaces sont distantes l’une de l’autre de 5 à 6 millimètres et le contact n’a lieu qu’à la position définitive au moyen d’un excentrique E faisant pression sous l’action de ressorts. A la partie supérieure de l’appareil est pratiquée une porte P ferrée à charnière afin de permettre de faire l’exposition pendant un temps de même durée pour les deux épreuves. — Cet appareil est en vente chez MM. Gilles et fils, 31, rue de Navarin, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de culture potagère (petite et grande culture), par J. Dybowski, professeur à l’Institut national agronomique, ancien maître de conférences d’horticulture à l’Ecole nationale d’agriculture de Grignon. 2° édition, revue et corrigée. 1 vol. in-18, avec 115 figures dans le texte. — Paris, G. Masson, éditeur, 1895. Prix : 5 francs.
- L’étude, scrupuleusement faite, de tous les principaux légumes
- 3 ni font partie ae la petite et de la grande culture, l'indication es meilleures méthodes, l’établissement des rendements et des bénéfices qu’il est possible d’obtenir de chacune d’elles, font de ce livre une publication classique qui répond aussi bien à l’enseignement des écoles d’agriculture qu’il peut rendre de précieux services à ceux qui veulent, soit simplement cultiver utilement leur potager, soit se livrer à la production industrielle des légumes près des grands centres de consommation. Cette nouvelle édition contient des indications relatives aux cultures méridionales et aux primeurs d’Algérie.
- Le Délire des négations. Séméiologie et diagnostic, par le Dr G. Séglas, médecin de la Salpétrière. 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, G. Masson, Gauthier-Yillars et fils, 1895.
- Le Vin de France, par Charles MxYEr, avec diagrammes et cartes des principaux centres de production. 1 vol. in-8°. — Paris, Jouvet et C1”. Prix : 3 fr. 50.
- L'Elixir du Révérend Père Gaucher. Texte de A. Daudet. Illustrations photographiques d’après nature. 1 vol. grand in-4°-— Ch. Mendel, éditeur à Paris.
- Le paragouttes du bougeoir. — 1. L’accident des gouttes tombant d’un bougeoir ordinaire. — 2. Vue de l’appareil protecteur.
- sommet de la bougie ; il y est maintenu par deux petites lames placées sous l’appareil ; une fois l’appareil posé, on rapproche ces deux lames l’une de l’autre. A mesure que la bougie brûle, le paragouttes descend et recueille la stéarine fondue dans la gorge circulaire ad hoc. — Le dépositaire de cet objet est le même que celui du tourne-feuillets automatique décrit plus haut.
- Châssis-presse pour le tirage de positifs stéréoscopiques. — Nous présentons ici à nos lecteurs un nouveau
- Mariage manqué, par Jules Claretie, de I’Acaddmie française. Illustrations par Magron en phototypie. 1 vol. in-8°. — Ch. Mendel, éditeur, à Paris. 1894.
- Le livre à travers les âges. Numéro unique résumant l’histoire du livre depuis les origines de l’écriture, publié sous la direction de Charles Mexdel, par Georges Brunel. 1 brochure in-4° avec de nombreuses gravures. — Paris, Charles Mendel, éditeur. 1894.
- Annuaire de l'Observatoire municipal de Montsouris pour l'année 1895.1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars et fils. 1895.
- i Tv Hns^rintinn nnn.ircils est firatuite.
- La rédaction des Nou-
- Portraits berühmter Naturforscher. Portraits des savants • -----------------a niLnm m-jrirl in-l° avec 48 nortraits et
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- texte biographique. — Vienne et Leipzig. Imprimerie À. Pichler’s Witwe et Sohn.
- L’album que nous signalons constitue une œuvre très remar-uable ; il contient 48 portraits fort bien reproduits en lithographie es savants les plus illustres avec une courte Notice biographique sur chacun d’eux. Parmi les savants dont nous trouvons les portraits, nous citerons Arago, Berzelius, BufFon, Bunsen, Cuvier, Darwin, Dumas, Faraday, Hclmlioltz, Kepler, Kirclihoff, Laplaee, Lavoisier, Liebig, Linné, Newton, Pasteur, Thomson, Tyndall, Virchow, Volta et Wiedemann.
- United States geological survey. J. W. Powell director. Tivelfth annual report 1890-1891 : Part 1, Geology;
- Part II, Irrigation.— Thirteenth annual report 1891-1892 : Part I, Report of Director; Part H, Geology; Part III, Irrigation. 5 vol. in-4°. Washington, Government printing Office 1895.
- United States geological survey, J. W. Powell, director. Monographs. Tome XIX : The Penokee ironbearing sériés of Michigan and Wisconsin, by Roland Duer Irving and Charles Richard van Hise. Tome XXI : Tertiary Rhyncho- A phorons Coleoptera of the United States, by Samuel Hubbahd I Scudder. Tome XXU : A manual of topographie méthode, J by Henry Gannett. 5 vol. in-4°. Washington, Government ? printing Office, 1893.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49-,30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 3 décembre . — 2%0 N. E. 3. Beau. 0,0 Quelques nuages çà et là.
- Mardi 4 2',0 S. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert ; pluie de 15 h. à 17 h. 30.
- Mercredi 5 2* ,9 S. E. 1. Couvert. 0,6 Eclaircies de 13 à 15 h.; couv. le reste du temps; hrouilt. peu ép. de 7à 10li.; un peu de pl. finedel7 n.SOà 18h.
- Jeudi 6 1*>9 S. 2. Couvert. 0,0 Peu nuag. de 17 à 21 h.; couv. av. et ap.; petit brouitl. dans h soirée.
- Vendredi 7 2',8 S. S. E. 1. Couvert. 0,0 Couv. jusqu’à 18 h.; très nuageux ensuite;petite pluie de 10 h 15 à 12 h. 30.
- Samedi 8 4-,l S. S. W. 2. Couvert. 3,6 Couv. le matin; très nuageux le soir; pluie irrégulière jusqu’à 7 h.: averse à 13 h. 30.
- Dimanche 9 3”,8 W. N. W. 1. Couvert. 3,6 Couvert; brouill. de 7 li. à 11 li., de 400 mètres à 8 li.
- DÉCEMBRE 1894 -- SEMAINE DU LUNDI 3 AU DIMANCHE 9 DÉCEMBRE
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- 1
- !
- Résumé des observations météorologiques faites au parc Saint-Maur en novembre 1994
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 759—,75. Minimum le 12 à 6 heures du soir, 737—,63. Maximum le 21 à 7 heures du soir, 770—,19.
- Moyennes thermométriques : des minima 4°,32; des maxima 10°,40; du mois 7°,36; moyenne vraie des 24 heures, 6°,86. Minimum le 25 vers 7 heures et demie du matin —1°,9. Maximum le 12 vers 2 heures du soir 17°,5 (17°,4 le 10 et 17°,2 le 2). Il y a eu 8 jours de gelée parmi lesquels les 7 derniers jours pendant lesquels les minima ont varié de —0°»9 à ~~10’9 et un seul j°ur a °° le 17. Il y a eu 5 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 6—,70. La moindre, 3—,3 le 25 à 8 heures du soir; la plus grande 11",2 le 10 à 11 heures du matin.
- Humidité relative moyenne, 86,5- La moindre, 43, le 12 à 2 heures du soir. La plus grande, 100, en 13 jours.
- Pluie, 18—,2 en 46 heures un quart réparties en 13 jours.
- Nébulosité moyenne, 67. Le 23, pas trace de nuage.
- Température moyenne de la Marne, 9°,26. Minimum 5°,02 le 30 Maximum 11°,80 le 4. Basse et claire tout le mois.
- Vents dominants du sud au sud-ouest, puis du nord au nord-est. Le 12 toute la journée, vent violent, surtout dans la soirée, du sud-sud-ouest principalement. C’est la plus violente tempête que nous ayons, éprouvée dtymis le 26 janvier 1884: ce vent soufflait aussi du sud-sud-ouest.
- Le commencement du mois a été chaud jusqu’au 20; la moyenne température de ces 20 iours est OS.TjR- relie riAQ IR rlnwnincc iounn „>«.( . i
- 1#,88 ; elle a été en décroissant presque constamment. Les jardins ont con- ! servé des fleurs nombreuses jusqu’aux gelées.
- Relativement aux moyennes normales le mois de novembre 1894 a présenté les résultats suivants : Baromètre plus haut de 0",81. Thermomètre ! plus haut de 0°,80. Tension de la vapeur plus grande de 0—,38. Humi- j
- dité relative à peu près normale. Pluie moindre de 31—,8 ; elle n’a guère j
- donné que le tiers de la quantité ordinaire.
- L’automne de 1894 présente les résultats suivants :
- Movennes. Excès sur la normale.
- Baromètre. 758*”,74 — 1—,10
- Thermomètre. 10°,47 h-0\08
- Tension de la vapeur. 8-,05 — 0-,01
- Humidité relative. 84,9 -t- 0,1
- Nébulosité. 58 — 3
- Pluie totale. 142“,6 1 9 s ©
- 'année météorologique 1894 offre les résultats suivants :
- Moyennes. Excès sur la normale.
- Baromètre. 758—,40 -+- 0—,46
- Thermomètre. 10°,33 0°,43
- Tension de la vapeur. 7",58 -h 0“ ,07
- Humidité relative. 78,1 — 1,2
- Nébulosité. 59 — 1
- Pluie. 507-,2 — 64-,4
- Orages. 33 + 6
- MlRagT.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Los lettres et communications relatives & la rédaction de la n Boite aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.)
- DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LEBRA1RIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS. ,
- LA SEMAINE
- Les escargots et les crapauds tunisiens. —
- M. Laille, ingénieur à Tunis, nous adresse la Note suivante, extraite de la Dépêche tunisienne du 10 décembre : « Le train numéro Tl venant de Souk el Arba-Bizerte a eu, vendredi dernier, un retard de 40 minutes amené par une cause assez singulière : La voie était, par ce temps pluvieux, littéralement couverte d’escargots; les roues de la locomotive, en assant sur ces mollusques, en faisaient une bouillie qui étruisait toute adhérence et les faisait patiner sur place. On avait déjà vu les sauterelles arrêter des trains ; mais des escargots se livrer à une telle contravention à l’égard de la loi sur la police des chemins de fert cela nous paraît sans précédents. » Notre correspondant ajoute les renseignements suivants : « Les escargots dont il s’agit pullulent à Tunis, surtout pendant l’été; ils envahissent les moindres tiges restées encore un peu vertes et les arbres, au point de former de véritables grappes qui font le plus singulier effet, parce qu’à cette époque leur coquille est entièrement blanche. Maintenant les jeunes ont une coquille grisâtre, lesadultes seuls sont blancs. Ils sont fort désagréables pour les voyageurs. Il m’est arrivé de camper en rase campagne et au réveil on était surpris de rencontrer de ces escargots partout à l’intérieur de la tente, dans Jes provisions et sur ses effets. Un de mes camarades, qui s’occupe de recherches de mines et, de ce fait, est constamment en route, m’a affirmé que, dans certains endroits, la terre en est arfois couverte et qu’il lui est arrivé maintes fois à son révéil ’pn trouver jusque dans ses cheveux et sa barbe. Nous avons eu aussi cette année au mois de mai une invasion de crapauds ; pendant trois jours ici je les ai vus en nombre tel que la terre semblait marcher, car tous se dirigeaient uniformément du nord-est au sud-ouest. »
- INFORMATIONS
- —$$— Un médecin américain, le Dr Gibbons, adoptant la thèse •du Dr d’Arsonval sur la mort apparente causée par l’électricité, se fait fort de ramener à la vie les individus électrocutés. Il espère pouvoir faire une expérience à ce sujet, quand l’occasion s’en pré--sentera. D’après lui, les individus soumis à la peine capitale par une décharge électrique, ne succomben‘ pas foudroyés. Ils sont seulement insensibilisés; c’est le bistouri des médecins opérant l’autopsie qui les achève. Le Dr Gibbons affirme avoir ressuscité ainsi des animaux auxquels il avait fait subir les effets d'une décharge de 1500 et même ‘2000 volts. La manière d’opérer consiste en l'injection d’une matière qu’il ne précise pas, dans les artères du patient, de façon à provoquer la respiration artificielle.
- —Des bœufs américains sont arrivés récemment de New-York à la Villette, au nombre de 600 à 800. Les cours élevés de la viande ont favorisé cette importation, qui se développe Itcaucoup. Les bœufs américains ont été un modérateur des prix ; ces bœufs arrivent en très bon état : ce sont des animaux d’une très bonne .espèce, et plusieurs même d’une conformation irréprochable. Leur
- état d’engraissement est parfait, et le voyage paraît avoir été très bien supporté par eux. Si on les paye un peu moins cher, c’est qu’on a remarqué que leur viande, par les grandes chaleurs, se conserve difficilement fraîche pendant longtemps. Ces animaux sont des croisements durham, presque tous de couleur rouge foncé. Un très grand nombre sont sans cornes.
- —$— D’après un savant statisticien, on consomme, en Europe seulement, deux milliards d’allumettes par jour. Même en n’évaluant le poids de chaque allumette qu’à 1 décigramme, on arrive au chiffre respectable de 200 000 kilogrammes comme consommation journalière de l’article en question. D’après la même statistique, c’est en Allemagne que l’on consomme le plus d’allumettes : douze par tête et par jour. En Belgique on n’en consomme que neuf, en Angleterre huit et en France six.
- —Lés applications de la lumière électrique ne cessent de prendre de l’extension. On a fait le mois dernier, dans la ville de Saintes, un premier essai de l'éclairage électrique, rue de la République et place du Centre. Les candélabres sont d’un aspect très monumental, les lampes d’une intensité et d’une fixité remarquables, et tout le monde se déclare enchanté du nouveau mode d’éclairage, dont l’installation a été faite par la Compagnie du gaz.
- —Un usinier du haut pays, en Belgique, possède un petit étang près de son établissement. 11 y a quelques années, nous dit le Chasseur illustré, cette pièce d’eau très froide ne renfermait que quelques carpillons maigrelets. Un jour, l’industriel jugea utile de faire perdre dans la pièce d’eau la vapeur de retour de sa chaudière qui l’incommodait, sans s'inquiéter des poissons. Quelle ne fut pas sa surprise de constater, l’année suivante, que les carpes avaient considérablement grandi et s’étaient prodigieusement reproduites. Beaucoup d’insectes, et autres petits animaux, s’étaient sans doute développés et les poissons avaient eu une nourriture abondante.
- —$$— Dans une gorge de l’Himalaya, il s’est formé accidentellement une énorme accumulation d’eau, à laquelle on a donné le nom de lac Golina, et qui ne présente pas moins de 7 kilomètres de longueur, et .800 mètres de largeur, avec une profondeur moyenne de 150 métrés, hauteur de la digue naturelle. l’Electrician, de Londrés, dis que des enthousiastes de l’utilisation des forces motrices naturelles ne sont pas éloignés de proposer l’utilisation de ce réservoir, pouvant fournir une puissance de 5000 chevaux environ, pour la production d’énergie électrique.
- —Un exemple d’empoisonnement des rivières par les usines. A la suite de la rupture d’une cuve d’une savonnerie établie sur le Don, dans le comté d’Aberdeen, une grande quantité de brochets et de salmonidés ont été empoisonnés. C’est par tombereaux qu’on ramassait leurs corps, flottant à la surface de l’eau, et il n'était pas rare d’en rencontrer qui pesaient de 4 à 6 livres. C’est un véritable désastre pour les sportsmen de la localité.
- ____— Un appareil téléphonique mobile, destiné au service exceptionnel des chemins de fer, a été récemment créé et installé sur les lignes autrichiennes par M. Gattinger, inspecteur général. Il suffit de quelques instants pour relier les conducteurs du téléphone aux fils télégraphiques voisins de la voie, et l’on peut aussitôt s’en servir sans avoir à se préoccuper des dépêches ordinaires qui peuvent être lancées simultanément dans le même fil ; les deux services sont sans influence l’un sur l’autre. Si l’expérience prolongée confirme les bons résultats du téléphone mobile, ce dispositif rendra de précieux services, en cas de détresse des trains principalement.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — La nouvelle brouette La Gazière, qui a été décrite dans le n° 1123, du 8 décembre 1894, est fabriquée par MM. Taufflier et Chaus-sard, à Issoudun (Indre). — Pour tout ce qui concerne le chalumeau oxyéthérique, s’adresser à M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris. — La bicyclette Tour Eiffel se trouve chez M. Humber, 19, rue du Quatre-Septembre, à Paris.
- Communications. — M. L. de Quatre fages, à Paris, nous adresse deux épreuves photographiques dont l’une est de grandeur double de l’autre et qui ont été obtenues avec la même gélatine. Le procédé est simple à appliquer. Voici comment on opère, nous écrit notre correspondant : « On immerge le petit cliché (4 1/2 x 6, photojumelle dans le cas actuel) dans une solution au 1/10° d’acide chlorhydrique du commerce, la gélatine en l’air, bien entendu. Avec le doigt on frotte légèrement l’arête du verre de manière à décoller la gélatine; l’effet se produit de suite : on le continue avec un inceau et on décolle peu à peu la gélatine, qui vient flotter ans le liquide. On la recueille sur le pinceau et on l’immerge dans une cuvette renfermant de l’eau pure et dans laquelle se trouve déjà une plaque de verre 6 1/2x9 : avec le pinceau on étale la gélatine au-dessus de cette plaque : la gélatine flotte, s’étend, et, quand elle est bien étendue, on l’applique avec le pinceau contre la plaque de verre, que l’on soulève hors de l’eau. Il ne reste plus qu’à laisser sécher, horizontalement dans les premiers moments, pour avoir un cliché 6 1/2x9 : bien entendu, il faut soigneusement chasser les bulles d’air interposées ; on le fait facilement avec le pinceau, avant de sortir le tout de l’eau. Comme la gélatine ainsi étendue a perdu de son intensité, il est bon de la renforcer au bichlorure et à l’ammoniaque : ce procédé permet de transformer aussi en 9 x 12 du 6 1/2x9 : pour de plus grands formats, cela est beaucoup plus délicat et pendant la dessiccation la peHicule se déchire facilement. Je crois qu’en opérant avec des plaques positives (Ilford pour projections) qui donnent des blancs très transparents et de très beaux noirs, on arriverait aussi à de très bons résultats; je compte l’essayer : mais tel qu’il est, ce procédé, d’une simplicité et d’une rapidité très grandes, me semble de nature à rendre des services à quelques-uns de mes nombreux confrères en photographie. J’ajoute que le décollage et l’extension se font aussi bien pour des clichés anciens que pour des clichés récemment développés (celui dont je vous envoie l’épreuve a été développé au mois d’avril 1894, et étendu récemment; l’alunage après fixage paraît également sans influence contraire. Le procédé ci-dessus est déjà connu, mais la présente description pourra être utile aux amateurs. »
- Renseignements. — M. V. Carlier, à Cambrai. — Nous ne connaissons pas de modèle spécial de lampe à pétrole pour cette application ; mais vous pourriez vous adresser à la maison Ferrari, 31, boulevard Ilaussmann, ou à la maison C. Lamy, 28, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris.
- M. X. Flulir, à Thann. — Votre question n’a aucun caractère scientifique et n’est pas de notre compétence; il faudrait consulter un expert en peinture,
- M. A. Roncalli, à Bergame. — Le collage du vin est une opération qui a pour but de faire déposer dans le fond de la barrique les matières en suspension que peut contenir le liquide. Le collage d’une barrique de 225 litres de vin rouge se fait à l’aide de six à huit blancs d’œufs que l'on verse dans le vin; on agite pendant quelque temps et on laisse reposer pendant dix à douze jours avant la mise en bouteilles. Le collage des vins blancs se fait aussi avec de la colle de poisson à raison de 25 grammes pour 225 litres de vin.
- M. L. L., à Gand. — Nous avons publié plusieurs articles sur le pavage des rues ; voyez la Table des matières des dix dernières années, 2e série, 1883-1892, à la librairie G. Masson.
- M. Prud’homme, à Paris. — Il est vrai que les chevaux et les bœufs sont souvent attaqués par les insectes à Madagascar; mais le mal n’est pas si grand que vous le dites.
- L’abonné X. Y. Z. — Adressez-vous à la maison de l’ingénieur Chevallier, 15, place du Pont-Neuf, à Paris.
- M. Thoré, à Mussidan. — Nous avons indiqué, à différentes reprises, plusieurs moteurs à pétrole ou à gazoline ; renseignez-vous directement auprès des constructeurs, nous ne pouvons mentionner ces prix.
- M. E. B., aux Fougères. — 11 n’est pas prudent d’avoir des appareils de chauffage sans établir de tuyaux de dégagement des produits de la combustion.
- M. E. B., à Puteaux; M. C. Delou, à Cempuis. —Vous pourrez faire disparaître ces taches sur l’ivoire en laissant tremper ces objets dans de l’eau oxygénée ; on blanchit parfaitement l’ivoire en utilisant ce procédé.
- M. L. G., à Paris. — Nous avons déjà parlé à plusieurs re4 prises de la construction des accumulateurs et du chargement des piles ; consultez les tables des matières dont il est question plus haut.
- M. A. B., à X. — Il serait préférable de disposer deux batteries, l’une de 12 et l’autre de 13 accumulateurs en tension, et de les charger l’une après l’autre. A l’intensité de 3 ampères, la durée de charge sera de 3 heures et demie environ pour chaque batterie. Votre dynamo est-elle shunt ou série? La première seule peut bien convenir pour la charge des accumulateurs.
- M. H. D., à Melun. — Les deux lampes sont bonnes à employer.
- M Bragard, à Gerpinnes. — 1° Les appareils de transport par câbles dont nous avons parlé sont américains, et il n’en a pas encore été fait d’application en France. Vous pourriez vous adresser à une maison qui construit des appareils analogues, M. J.Pohlig, 106, boulevard dullainaut, à Bruxelles. — 2° Pas de fabricant spécial à vous faire connaître. — 3° Perforatrice électrique, à la Compagnie française pour l’exploitation des procédés Thomson-Houston, 27, rue de Londres, à Paris.
- Un abonné, à Douai. — Le fait que vous citez est très connu; dans les traités d’électricité on en parle souvent.
- M. H. Furt, à Bordeaux. — Les appareils instantanés seuls peuvent se porter dans la poche; pour faire des photographies avec de la pose, il faut un appareil ordinaire.
- M. E. Banceron, à Gouaix. — La lanterne fumivore dont vous parlez a été décrite dans les Nouvelles scientifiques du n° 967, du 12 décembre-1891 ; l’adresse du constructeur est : 1, rue Oudinot, à Paris.
- M. A. Bacot, à Poitiers. — La Nature a publié de nombreux articles sur l’application de la photographie à l’étude de la balistique; voyez les Tables des matières des dix dernières années, 1883-1892.
- M. Cellarius, à Sainte-Marie. — Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Boch, à Paris.
- M. F. da Fonseca, à Barbacena. — L’adresse du fabricant a été donnée eh tête de la Boîte aux Lettres du n° 1116, du 20 octobre 1894.
- M. le comte de Bonfils, à Paris. — Il faut employer des toiles sensibilisées ; vous en trouverez chez les marchands de produits photographiques.
- M. A. Béziès, à Montpellier. — Ces documents n’existent pas dans l’histoire; ils touchent, du reste, à des questions qui n’ont rien de scientifique.
- M. E. G., à V. — Le moteur Filtz a été décrit dans le n° 1034, du 25 mars 1893, p. 261.
- Accusés de réception. — Avis divers. — Un membre du cercle Mercantil, à Malaga. Nous ne connaissons pas d’application industrielle où ce procédé d’extraction soit employé. — M. J. Troncy, à Aubervilliers. Il faudrait que vous nous exposiez votre théorie pour que nous puissions vous répondre. — M. L. L. C., à Anvers. La discussion de ces questions un peu spéciales nous entraînerait trop loin; nous ne pouvons traiter ce sujet. — M. L AL, à M. Nous n’avons pas d’adresse particulière à vous indiquer. — M. de Beau-fort, à Chaillac. Il serait nécessaire d’avoir des renseignements plus complets sur la détonation dont vous parlez ; rien n’a été signalé. — M. H. P., à Lons-le-Saunier, lin graud nombre d’ouvrages ont été publiés sur les questions électriques ; nous en avons annoncé plusieurs dans nos bulletins bibliographiques. — M. E. Van Seyvelt, à Malines; M. A. Lemoync, à Pans. Consultez les Recettes et procédés utiles, lr” série. (G. Masson, éditeur.) — Al. G. Assanis, à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles, 2e série, à la même librairie. — M. Imbault, au Vésinet. Remerciements pour votre recette que nous utiliserons. — Un abonné, à Audincourt; M. C. Alichelot, à Bordeaux. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Fer à friser & rotation. — Les systèmes de fers à friser et à onduler sont très nombreux, mais celui que montre notre dessin présente sur tous les autres un avantage : une fois la mèche pincée de la manière ordinaire, il n’est pas nécessaire de tourner le fer dans la main ; on obtient automatiquement le mouvement de rotation, en pressant et lâchant
- Fer à friser à mouvement automatique. — 1. Mode d’emploi. 2. Détail de l’appareil.
- alternativement les branches de l’appareil. L’axe du fer A porte en effet un petit disque denté E avec lequel engrènent deux crémaillères verticales fixées chacune sur une des branches, qu’un ressort tend à écarter ; chaque pression de la main faite sur la tige B actionne le disque, produisant ainsi la rotation du fer et par conséquent automatiquement l’enroulement des cheveux autour de la tige. — Cet appareil se trouve chez M. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, Paris.
- Plisseur américain. — Leplisseur que nous allons faire connaître est représenté dans la figure ci-dessous, il sert à faire tous les plis dans les tissus de soie et de lainage, dans les draps, dans la dentelle. Les petites gravures qui sont au-dessus de l’appareil, n°l, 2 et 3, donnent l’aspect de quelques-uns des résultats que l’on peut obtenir. Le maniement de 1 appareil s’apprend très facilement. Le plisseur est formé d’une grille dans laquelle l’étoffe est placée au moyen d’une barre métallique. Voici la manière de s’en servir. Commencez toujours
- Machine à plisser. — 1, 2, 3. Ce qu’on peut obtenir.
- par le bout étroit. Placez l'étoffe sur le plisseur (l’endroit en dessus).. Poussez l’étoffe entre les lames avec l’ajusteur et maintenez ie pli en face avec les doigts de la main gauche. — 1. Servez-vous du côté étroit de l’ajusteur pour tous les plis, sauf pour les larges. — 2. Pour faire des plis serrés ou espacés, ne vous servez pasdesharres comme il est indiqué. — 3. Pour les plis feuille de chêne, prenez quatre barres en montant et quatre barres en descendant, puis un pli plein. — 4. Pour plisser en forme de rose, prenez quatre barres étroites et passez-en quatre, et relevez chaque pli large dans la direction opposée. — Le plisseur se trouve à la même adresse que le fer à friser.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction dea Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique. Les origines. Egypte et Chaldée, par G. Maspeko, membre de l’Institut. 1 vol. grand in-8° illustré de 429 figures et de 3 planches hors texte, tirées en héliogravure, et 1 carte en couleurs. — Paris, Hachette et Cu, 189\ Prix : broché, 30 francs; relié, 38 francs.
- L'Histoire ancienne des peuples de l’Orient que M. Maspero publia, il y a une vingtaine d’années, fut une véritable révélation pour le monde savant. C’était en effet la première fois que l’on présentait, sous une forme accessible à tous et dans un ouvrage classique, les grands travaux et les importantes découvertes des Egyptologues et des Assyriologues. Ce livre fut accueilli avec le plus grand succès. M. Maspero a continué d’amasser de nouveaux matériaux pour le compléter ; il a pris lui-même une part des plus actives et des plus importantes aux fouilles récentes exécutées en
- Deux pêcheurs portant un latus qu’ils viennent de prendre.
- Egypte et il a été ainsi amené à refaire, d’une façon définitive, l’œuvre de ses débuts. L’histoire dont il commence aujourd’hui la publication, est, à vrai dire, un livre nouveau, qui prendra rang parmi les monuments de la science contemporaine. Le premier volume, actuellement en vente, est consacré aux Origines. L’auteur expose, avec une extrême précision de détails et un rare
- Le labourage à la charrue. (Les deux gravures ci-dessus sont empruntées au livre de M. Maspero. (Hachette et C‘% éditeurs.)
- talent d’écrivain, la géographie des pays du Nil et de l’Euphrate, leurs climats et leurs productions, ainsi que la religion, les croyances et les mœurs des peuples qui les ont occupés et l’organisation politique et sociale des Etats qui s’y sont succédé jusque vers le quatorzième siècle avant notre ère. L’ouvrage comprendra deux autres volumes qui traiteront, l’un de la Mêlée des peuples, l’autre des Empires. l’Histoire ancienne des peuples de l'Orient a été éditée dans des conditions fort luxueuses qui lui mériteront la faveur de tous les gens de goût. Une illustration très riche et très variée, exécutée par MM. Boudier et Faucher-Gudin, d’après les documents originaux réunis par l’auteur, reproduit une infinité de paysages, des monuments et œuvres d’art, des personnages célèbres, des scènes de guerres ou de mœurs, formant un commentaire animé et pittoresque du récit de M. Maspero. Nous reproduisons ci-dessus deux gravures qui sont empruntées aux belles et intéressantes illustrations du livre.
- Torpilles sèches, par E. IIennebert, lieutenant-colonel du génie. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léaüte, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50, cartonné, 5 francs.
- Nos Africains. La mission Crampel. La mission Dybowski. La mission Mizon. La mission Monteil. La mission Maistre. Le Soudan. Le Dahomey, etc., par Harry Alis. 1 vol. illustré in-8°. — Paris, librairie Hachette et Ci8.1894. Prix : broché, 12 francs.
- Au secours d'Emin-Pacha 1889-1890, par le Dr Peters. Ouvrage traduit de l’allemand avec l’autorisation de l’auteur
- Ear J. Gourdault. 1 vol. grand in-8°. — Paris, librairie Cachette et Cie, 1895. Prix : broché, 20 francs.
- Otlica del professore Eugenio Gelcich, diretlore dell' I. R.
- Scuola navale in Lussinpiccolo. Optique du professeur Eugène Gelcich, directeur de l'Ecole royale navale de Lussinpiccolo. 1 vol. in-18 de la collection des manuels Hoepli.—Milano, Ulrico Hoepli, éditeur, 1895.
- United States geological survey, J. W. Potvell diredor. Minerai resources of the United States. Calendar year 1892 and 1893, par David T. Day, chief of division of mining sta-tistics and technology. 2 vol. in-8°, — Washington Government printing Office, 1893 et 1894.
- Bulletin of the United States geological survey. 19 brochures in-8°, du n° 97 au n° 116 inclusivement. — Washington, Government printing Office, 1893 et 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 Heures du matin THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL, PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi lô décembre. 2%5 S. E. 2. Couvert. 0,0 Couv. jusq. 8 h.; tr. p. nuageux ensuite ; nuag. à 23-24 h.
- Mardi 11 — 3’,9 N. 0. Beau. 0,0 Nuageux à 1 h.; beau ensuite.
- Mercredi 12 — 2*,9 S. 2. Couvert. 0,0 Beau à 1 h.; couv. ensuite ; bruine de 7 à 12 h.
- Jpudi 13 2%7 S. S. E. 2. Couvert. 0,2 Couv.; bruine de 11 à 13 h. et de 18 à. 20 h.
- Vendredi 14. . . . . 2 ,2 S. S. E. 2. Couvert. 0,0 Couv.; bruine à 17 h.
- Samedi 15 7**1 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Couv. jusqu’à 7 h.; puis nuageux; beau après 17 II.; bruine de 3 à 4 h.; et pluie de 12 à 13 h.
- Dimanche 16 i b 3*,2 S. 2. Couvert. 0,7 Nuageux à 14 b. et après' 20 h.; couv. le reste du temps ; pluie à plusieurs reprises.
- DÉCEMBRE 1894 -- SEMAINE DU LUNDI 10 AU DIMANCHE 16 DÉCEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à Cabri à boule-mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblements de terre en Italie. — Le 9 décembre 1891, à 5 heures un quart du soir, une assez forte secousse de tremblement de terre s’est produite à Reggio de Calabre. La panique a été grande. Plusieurs maisons se sont écroulées.
- Le 12 décembre, à midi, une autre secousse de tremblement de terre assez forte a été ressentie à Livourne, elle n’a causé aucun dommage.
- Appareil pour mesurer la quantité de rosée. — On n’a
- pas encore de données bien précises sur les quantités de rosée condensées pendant la nuit, principalement à la surface des plantes feuillues. M. Fritz von Kerner a décrit, dans le Méteoroloqische Zeitschrift, un nouvel appareil auquel il a donné le nom de drosomètre, et qui permet de mesurer ces divers éléments. C’est une sorte d'aréomètre dont le lest est formé
- ftar un cylindre de cuivre surmonté d’une tige graduée, au sommet de aquelle peut être fixé un disque d’aluminium mobile. L’eau dans laquelle on veut faire flotter l’instrument est contenue dans un cylindre en fer-blanc de 80 centimètres de hauteur, muni de deux longues fenêtres vitrées permettant d’observer l’instrument et de faire les lectures. L’appareil doit, pendant sou fonctionnement, être entièrement plongé dans le cylindre pour le soustraire à l’influence des courants d’air; un disque de fer-blanc mobile qui s’ajuste à l’intérieur du cylindre, au-dessus du niveau de l’eau, présente une ouverture pour laisser passer la tige et sert à maintenir
- l’instrument dans l’axe du cylindre. La plaque d’aluminium a une superficie de 20 centimètres carrés, comme l'ouverture des pluviomètres, et la tige de verre porte une double graduation, dont l’une donne en grammes le poids de l’eau condensée ; l’autre indique la hauteur en millimètres de la couche d’eau sur une surface égale à celle de la plaque. La graduation donne les grammes et, par suite, les 50 millièmes, de millimètre et permet d’évaluer les demi-grammes, et, par conséquent, les 100 millièmes de millimètre. Pour faire une opération on dispose l’instrument le soir en recouvrant la plaque d’aluminium d’une couche de mousse sèche et bien poreuse, sur laquelle on place une couche de feuilles fraîchement cueillies et convenablement découpées. On emploie de préférence des feuilles larges et aplaties, telles que celles de petasites, de tussillago ou du rumex à grandes feuilles. On note la division à laquelle affleure l’instrument; la quantité dont le matin il se sera enfoncé donnera le poids ou la hauteur d’eau de la zone condensée pendant la nuit sur les feuilles et sur la face inférieure de la plaque d’aluminium. Plusieurs instruments de ce genre, construits avec une grande précision par Heinrich Kapeller jun., ont fonctionné, dans l’été de 1891, dans le Tyrol central, et ont donné de bons résultats. La quantité de rosée était le plus souvent de 0““,15 à 0"“,25. Elle a oscillé entre 0“",54 pendant des nuits claires et calmes et quelques centièmes de millimètre par ciel couvert ou bien pendant des nuits claires avec vent du sud. Des différences locales se sont montrées en première ligne, selon la variété du mouvement moyen de l’air.
- PHASES DE LA LUtfE : P. L. le 12, à 7 h-. 55 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TODTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SBRVICIB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA L1BRAIRIB G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Le ga* d’éclairage ü Paris. — Aux termes du contrat passé entre la ville de Paris et la Compagnie parisienne du gaz, cette dernière Compagnie est tenue de fournir un gaz d’une puissance lumineuse déterminée, pour une consommation normale. La consommation ne doit pas dépasser 25 à 27,5 litres au maximum dans un bec Bengel, sous la pression d’une colonne d’eau de 2 à 3 millimètres de hauteur; ce gaz doit donner la même quantité de lumière que 10 grammes d’huile de colza épurée, brûlés pendant le même temps dans une lampe Carcel, réglée de manière à consommer 42 grammes d’huile par heure. Des essais réguliers sont faits de temps à autre pour vérifier ces consommations dans des chambres photométriques réparties dans Paris. Un photomètre permet de comparer à chaque instant les puissances lumineuses fournies par la lampe Carcel et par le bec de gaz en essai. Un compteur à gaz donne exactement la consommation en litres pendant le temps considéré. Un service spécial de vérification du gaz est placé sous les ordres de M. de Tavernier, ingénieur en chef du service de l’Éclairage de la ville dé Paris, et fonctionne par les soins de M. E. Lemoine, sous-chef du service, et de M. Couderchon. Nous trouvons dans le Bulletin municipal officiel les résultats des essais effectués pendant le troisième trimestre de l’année 1894. Les diverses moyennes de quantités de gaz consommé équivalentes à 10 grammes d’huile de colza brûlée ont été de 25',120 à la Villette, 24*,990 à Clichv, 24l,623 à Saint-Mandé, 24’,713 à Vaugirard, 25',383 à Ivrv, 25’,050 àPassyet 24J,940 au Landy. La moyenne générale atteint 24‘,95. Nous avons vu plus haut que le maximum de consommation prévu pouvait atteindre 27‘,50; le gaz fourni à Paris est donc encore plus riche qu’il ne devrait l’être, en s’en rapportant aux termes du contrat conclu. On ne saurait trop insister sur l’intérêt de ces essais de vérification, et sur l’utilité du service de l’Eclairage de la ville de Paris, qui joue un rôle important pour assurer le débit d’un gaz suffisamment riche. J. L.
- INFORMATIONS
- —@— La cellulose, dont nombre d’industries, notammanl la papeterie et la fabrication des explosifs, font un si grand usage, se préparait autrefois par le traitement du bois au moyen des acides. La matière minérale était dissoute et la cellulose restait à l'état de précipité : mais elle était toujours salie ou noircie, par des produits colorés, dits matières ulmiques, qui exigeaient un blanchiment ultérieur. L’électrolyse permet d’obtenir la cellulose blanche, avec perfection, et d’une seule opération. Voici sommairement en quoi elle consiste : deux vases communicants sont remplis de petites bûchettes de bois baignant dans une solution aqueuse à 5 pour 100 de chlorure de sodium, maintenue à la température de 120 degrés centigrades ^ l’un des vases contient Vanode électrique, l’autre la cathode. Au passage du courant, le chlorure de sodium se décompose en chlore qui se porte vers la cathode et en soude qui se porte à l’anode. Le chlore, à l’état dit naissant, se transforme en acide chlorhydrique qui dissout les matières minérales et précipite la cellulose
- impure colorée et en acide hypochloreux qui la blanchit en oxydant les produits ulmiques. Toute l’opération de précipitation et de blanchiment est ainsi faite d’un seul coup; il n’y a plus qu’à laver à grande eau la cellulose obtenue qui est parfaitement blanche et soyeuse. Ajoutons que l’acide hypochloreux, après avoir agi, se combine avec la soude, à l’anode, et reconstitue le chlorure de sodium primitif : le cycle est donc ininterrompu; on n’use que du courant électrique dans cette méthode. La précaution principale à prendre est de ne pas chauffer le liquide au-dessus de 120 degrés centigrades; sans quoi, en vertu d’une réaction connue, l’acide du bain transforme la cellulose produite en glucose, c’est-à-dire en sucre, et il n’y a plus qu’à faire des confitures avec le produit. C’est une consolation insuffisante pour les fabricants de cellulose.
- —®— Pendant la guerre actuelle de la Chine et du Japon, le Malsushima, le vaisseau de l’amiral Ito, a été fort éprouvé, mais il a porté de formidables coups : qu’on en juge par un seul : le Ping Yuen a été coulé par un coup de canon Canet de 32 lançant un obus Holtzer du poids de 450 kilogrammes. C’était, croyons-nous, la plus grosse pièce des deux escadres. Le pont cuirassé du Ping Yuen a été littéralement défoncé par le coup frappé à l’arrière de la flottaison. Immédiatement le navire s’est enfoncé par l’arrière, s’est dressé debout, l’avant en l’air, et a disparu. Jamais un résultat aussi instantané n’a été observé. Le Ping Yuen jaugeait 2850 tonneaux de déplacement, sa ceinture cuirassée avait 8 pouces (20 centimètres d’épaisseur), il était armé de deux canons de 26 centimètres, trois de 15 et quatre mitrailleuses. Il avait été construit en Angleterre en 1890. Ce résultat prouve que les gros canons comme le Canet sont les armes les plus dangereuses. Le Matsushima a été criblé par des petits canons à tir rapide de moyenne puissance, mais il n’a pas coulé. Un seul coup de Canet a anéanti un adversaire.
- —Voici quelques détails curieux sur les irrigations dans le Montana (Etats-Unis). Un plan très complet de canaux d’irrigation a été élaboré pour le Montana de l’ouest, c’est-à-dire tout le pays situé au pied des collines sur les deux rives du Missouri, le long des rivières Prichly Pear, Ilitter Root, Sun, Yellowstone et Bcaverhead. Des régions d’une superficie de plusieurs millions d’acres seraient ainsi fertilisées et pourraient nourrir une population dense. L’Etat construirait ces canaux en émettant des bous à cet effet, et se rembourserait en prélevant un droit sur les habitants qui feraient usage de l’eau ; le calcul qui a été fait établit de ce chef un revenu considérable qui justifie pleinement l'avance, même en supposant que l’eau soit vendue à très bas prix. L'eau est ce qui manque à l’agriculture dans le Montana.
- —$$— Il y a quelques années, en Angleterre, un ouvrier d’une usine métallurgique tomba dans le moule où l'on coulait l’éperon d’un navire cuirassé, et son corps fut enveloppé par le métal incandescent. On eut la pudeur de sacrifier le bloc dans lequel l’infortuné était enseveli et carbonisé, et on procéda à son inhumation dans le cercueil qui lui avait donné la mort. La Science pour tous signale un accident du même genre qui s’est produit dans une fabrique de produits chimiques, près de Mulhouse, croyons-nous. Après une explosion qui a eu lieu dans l’usine, un contremaître a disparu. Or, au moment de l’explosion, il se trouvait près des chaudières, et, depuis, on ne l’a pas revu. Il est donc très probable qu’il est tombé dans un des bassins, qu'il s’y est noyé, et que son cadavre a été dissous dans le liquide corrosif. Pour s’en assurer expérimentalement, on a jeté dans une chaudière des morceaux de viande, des os, etc. Deux heures après, il ne restait plus la moindre trace de tous ces débris. En échange, on y a trouve un carreau qui avait appartenu à la lanterne du disparu.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Systèmes vélocipédiques nouveaux : Tubes sans brasure, M. Lamy, 8 bis, rue de Châteaudun, à Paris. — Pédalier Rocket et chaîne Columbia, Compagnie générale des cycles, 23, avenue des Champs-Elysées, à Paris. —Frein invisible, M. J. Sternberg, 7, rue Jean-Roisin, à Lille (Nord). — Moyeu pneumatique, Thomas pneumatic Ilub, 41, Cheapside, London E. C. — Pompe pneumatique à double effet, Darras, 123, boulevard Saint-Michel, à Paris. — Support de selle ajustable, M. Breyer, 281, boulevard Pereire, à Paris. —Monocycle stable, MM. Aucoc et Darraq, 18, boulevard Montmartre, à Paris. — Massage pneumatique, M. Second, 33, rue de Constantinople, à Paris.
- Communications. — Courses de voitures automobiles. — M. le comte de Dion, qui a eu l’idée d’organiser des courses de voitures automobiles, nous a adressé le procès-verbal suivant de la deuxième réunion du comité de la course qui doit avoir lieu en juin prochain. « Le sous-comité de la course des voitures mécaniques de juin 1895 se compose de : MM. les présidents du Comité général : M. Marcel Deprez, de l’Institut, et M. Georges Berger, député de Paris, et de MM. baron Zuylen de Nyevelt, Gordon Bennett, du Herald, comte de Dion, A. Peugeot, Levassor, P. Giffard, du Petit Journal, capitaine de Place, Serpollet, comte de Chasseloup-Laubat, Recopé, H. Menier, comte IL de Lavalette, P. Meyan, du Figaro, Max de Nansouty, du Temps, Fernand Xau, du Journal, Y. Guédon, secrétaire. Les souscripteurs, à ce jour, sont : MM. baron de Zuylen de Nyevelt, 1U 000 francs; Gordon Bennett, 1Ô 000; comte de Dion, 2000; Marinoni, 3000; Vanderbilt, 3000; les fils de Peugeot, 2000; Panhard et Levassor, 2000; Roger, 1000; Yeil-Picard, 1000; Gauthier, 1000; Dufayel, 1000; Société Decau-ville, 1000; Gaston Ménier, 1000; Henri Ménier, 1000; de Chasseloup-Laubat, 1000; Artigue, 1000; Edeline, 1000; Société protectrice des animaux, 1000; Serpollet, 1000; Chau-chard, 2000; M. G eorges Berger, président, a bien voulu s’inscrire pour 500 francs. La réunion du sous-comité a eu lieu jeudi 13 courant sous la présidence effective de MM. Marcel Deprez et Georges Berger, et les conditions générales de la course ont été arretées comme suit : Article 1er. La course est internationale. Les constructeurs ou inventeurs seuls pourront y prendre part. — Art. 2. La course se fera de Paris à Bordeaux, aller et retour, d'une seule traite (environ 1200 kilomètres). Les véhicules montés au moins par deux personnes pourront seuls prendre part au concours. — Art. 3. Les voitures ne seront admises à concourir qu’à la condition d’étre actionnées par un moteur autre qu’une force animale. — Art. 4. Les prix seront ainsi répartis : premier arrivé, 50 pour 100 de la souscription, montant actuellement à la somme de 46 500 francs, déduction faite des 5000 francs mentionnés ci-dessous et des frais de la course; deuxième, 20 pour 100; troisième, 10 pour 100; les quatre suivants, 5 pour 100. — Art. 5. Le premier prix ne pourra être attribué qu’à une voiture de quatre places et au-dessus. — Art. 6. Il sera organisé une exposition payante qui commencera le samedi 1er juin pour se terminer le dimanche 9 et à laquelle tous les concurrents seront tenus d’exposer leurs véhicules. — Art. 7. Le départ aura lieu le 11 juin. — Art. 8. Chaque véhicule engagé aVant le ls,'mai 1895 devra payer une entrée de 200 francs. — Art. 9. Les véhicules engagés après le 1er mai paveront une entrée double, soit 400 francs. — Art. 10. Toutes sommes résultant des bénéfices nets des Exposition, engagements, etc., seront réparties entre les gagnants dans les mnnes proportions que celles indiquées à l'article 4. — Ait. 11. Le nombre des voilures n’est pas limité, mais les concurrents ne pourront pas présenter plusieurs voitures du même type et de dimensions similaires. — Art. 12. Les concurrents ne seront pas tenus de faire toute la coui'se avec le meme conducteur. — Art. 13. Les véhicules devront porter le nombre de voyageurs indiqué ou un poids
- mort équivalent. — Art. 14. Il sera distrait une somme de 5000 francs sur le montant des sommes disponibles pour donner un prix spécial aux quadricycles, tricycles et bicyclettes mécaniques à une place, n’excédant pas un poids de 150 kilogrammes en ordre de marche et sans voyageurs. —Art. 15. Ces 5000 francs seront ainsi répartis : 2500 francs au premier arrivé; 1500 francs au deuxième; 500 francs aux deux suivants. Tous ces prix spéciaux ne pourront être décernés qu’aux véhicules ayant fait le trajet dans un temps maximum de cent heures. — Art. 16. Aucune réparation en cours de route, de quelque nature qu’elle soit, ne pourra être faite que par le propriétaire de la voiture ou son agent avec les ressources du matériel de réparation emporté par chaque voiture, et cela sous le contrôle des commissaires. Ajoutons que la souscription reste ouverte à toute personne désirant apporter son concours financier. Toute la correspondance et les communications, ainsi que les engagements, devront être adressés au siège du Comité, palais de la Bourse du Commerce, bureau n° 102, rue du Louvre, à Paris.
- Renseignements. — M. F. Guillermond, à Chapareillan. — L’adresse des constructeurs des appareils décrits dans le Journal est toujours indiquée en tête de la Boîte aux Lettres, quand nous la connaissons. La machine à piocher est fabriquée par MM. Galland Granjon et Cie, 32, cours Vitton, à Lyon.
- M. A. Deck, à Bruges. — Qu’appelez-vous les simulacres de bicyclettes? Nous ne possédons que vos appareils que nous sommes prêts à vous renvoyer.
- M. A. F., à X. — Pour un cheval attelé, montant les deux pentes différentes, le travail total dépensé sera très légèrement plus faible sur la pente la plus raide ; mais, à la même vitesse, la puissance produite sera notablement plus grande pour monter cette pente. S’il n’y avait pas de frottements, les deux travaux seraient identiques.
- M. Ch. Mariotti, à Marseille. — Envoyez-nous une description de votre appareil, et nous examinerons s’il y a lieu de le faire connaître à nos lecteurs.
- M. H. Jourdan, à Golat. — Les sonneries électriques sont préférables à tous les points de vue ; mais vous trouverez des sonneries à air chez M. Carouzet, 60, boulevard Malesherbes, ou chez M. A. Boivin, 16, rue de l’Abbaye, à Paris.
- M. T abbé P. Bonnin, à Autun. — Les appareils de chauffage par le pétrole sont très nombreux; adressez-vous à la maison Ferrari, 31, boulevardIlaussmann, à M. L. Poté, 291, rue Saint-Denis, ou à M. Tiroloy, 3, rue de la Banque, à Paris.
- M. H. Magunna, à Saintes. — Nous ne croyons pas que ces expériences aient été poursuivies et aient donné quelques indications pratiques.
- Deux lecteurs, à Paris. — Les résultats du concours de la Ville de Paris pour la fumivorité ne sont pas encore connus ; les mémoires sont soumis à la commission chargée de les examiner.
- M. Bruley, à Paris. — Il faudrait établir un devis complet pour vous donner exactement les prix que vous demandez; renseignez-vous auprès des divers fournisseurs de moteurs à pétrole et d’appareils électriques.
- M. Bolhnckx, à Bruxelles. — Le concours des moteurs à pétrole organisé par la Société d’agriculture de Meaux a été annoncé dans l’article La Semaine des Nouvelles scientifiques du n° 1097, du 9 juin 1894.
- M. Consigny Yvanl, à Fuligny. — II faudrait consulter les ouvrages publiés sur le caoutchouc ; adressez-vous aux grands éditeurs parisiens.
- Questions. — N° 1341. — M. J. Durhône, à Pont-de-Vaux, nous demande quels sont les inconvénients pratiques que présente une solution d’alun employée comme désincrustant dans les chaudières. La réaction chimique indique théoriquement la formation de sulfate de chaux et d’alumine gélatineuse, produits qu’on peut entraîner par le lavage. L’alun n’attaque pas les tôles ; et cependant il est peu employé, peut-être présente-t-il d’autres inconvénients.
- N° 1542. — Nous serions désireux d’avoir quelques renseignements précis sur les grandes profondeurs du sol et de connaître la mine la plus profonde du monde.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. C. Valin. k l’Arbresles. Nous avons publié autrefois des articles très complets sur la quadrature du cercle. Bcmerciements pour votre Notice. — M. L. J. G., à Niort. Regrets de ne pas connaître la personne dont vous parlez. — M. L. F. Hougier, à Gérardmer. Nous ne croyons pas qu'il existe de brochure sur celte question. — M. F. Martin, à Banvuls-sur-Mer. Nous ne connaissons pas de traités contenant les détails de ces fabrications. — M. A. Cassé, à Nantes. Nous n'avons pas d’autre adresse que celle que nous avons indiquée précédemment.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandes, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- JANVIER-FÉVRIER-MARS 1895. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- • Cocher
- l.Janv.
- U !l Mars- 21 11 iFev. 21
- Passage au méridien à minuit
- Persée
- ' ji Tau ri
- Bélier
- 0LE1L
- Petit Chien
- Orioni
- lMars
- Baleine
- Éridan
- Lièvre
- Grand/Chien
- *iAyrfl P ISS à min.
- Hercule
- Dauphin
- Poissons
- ihiucu
- Serpent
- SATURN z.
- orne
- orpio
- Sagi ttaire
- Poisson Austral
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Satellites de Jupiter.
- 1895. Satellites. Janv. 1 1
- — 3 1
- — 4 II
- — 5 I
- — 7 III
- — 7 II
- — 10 1
- — 11 II
- — 1-2 I
- — 14 I
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- 21 III
- — 23 II
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- Fév. 1 11
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- — 6 I
- ÉCLIPSES. ________ OCCULTATIONS.
- Commencement. Fin. Immersion. Emersion.
- 17 il. 48 m.
- 14h. 47m. Os. 12 h. 14 m.
- 6h. 22m.35s.
- 9h. 15m.43s. 6 h. 40 m.
- 7 h. 56 m. ls.
- 16 h. 17 m.
- 16h.42m. 5 s. 13 h. 59 m.
- 8h. 57 m. 55s. 5 h. 24 m.
- 11 h. 10m. 5üs. 8 h. 25 m.
- 5 h. 59 m. 40 s. llh.57in.17s. 61i. 52m.
- 15 h. 44 m.
- II h. 53 m. 16s. 7 h. 40 m.
- 15h. 6m. 5s. 10 h. 11 m.
- 7 h. 34 m. 57 s.
- 13h.12m.19s. 15h.58m.33s. lOh. 14m. 13 h. 4m.
- 14 h. 8 m. 37 s. 9 h. 58 m.
- 15 h. lm.27s. 11 h 57 m.
- » 9h. 30m. 21 s. 6 h. 24 m.
- 13 h. 41 m.
- 12 h. 18 m.
- 13 h. 45 m.
- 11 h. 25m.52s. 8 h. 12 m.
- 6 li. lm.40s.
- 5 h. 54 m. 41 s.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1895. Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Emersions.
- Fév. 8 II 14 h. 40 m.
- — 11 I 13 h. 21 m.27 s. 10 h. 2 m.
- — 12 II 8 h. 37 m. 2 s.
- — 13 i 7 h. 50 m. 17 s.
- — 18 i 11 h. 52 m.
- — 19 h 11 h. 12m. 25s. 6 h. 18 m.
- — 19 ni 8 h. 4 m. 31s.
- — 19 IV 13h. 33m. 10s.
- — 20 i 9 h. 45 m. 57 s. 6 h. 20 m.
- — 25 i 13 h. 44 m.
- — 26 m 9h. 13m.37s. 12h. 5m.47s. 7 h. 6 m.
- — 26 a 13h.47m.49s. 8 h. 45 m.
- — 27 i 11 li. 41 m. 41 s. 8 h. 12 m.
- Mars 1 i 6h. 10m.40s.
- — 5 iii 13h. 14m. lis. 8 h. 3 m. 10 h. 57 m.
- — 5 h 11 h. 15 m.
- — 6 i 13h.37m.2os. 10 h. 5 m.
- — 8 IV 7 h. 33m. 26 s. 9h. 27 m. 53s.
- — 8 i 8 h. 6m. 25s.
- — 12 m Il h. 58m.
- — 13 i 12h. 0m.
- — 15 i lOh. 2m. 10s. 6 h. 29 m.
- — 16 h 8 h. 16 m. 23 s.
- — 22 i llh.57m.55s. 8 h. 24 m.
- — 23 h 10h.51m.51s.
- — 29 i 10 h. 21m.
- — 50 ii 8 h. 17 m.
- — 31 i ' 8 h. 22m. 32s.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Occultations des Étoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1895. Nom de l’étoile. Grandeur. Immersion. Temps moyen. Émersion. Temps moyen,
- Janvier 1 li1 Verseau. 5.6 8 h. 17 m, 7 Appnlse à 0'6 dn bord.
- 6 47 Bélier. 6 9 h. 1 m, 1 10 h. 16 m, 2
- 7 23 Taureau. 4.5 4 h. 4 m, 1 5 h. 3 m, 0
- - . 7 yi Taureau. 3 4 h. 40 m, 2 5 h. 38 m, 1
- 7 27 Taureau. 4 5 h. 17 m, 3 6 h. 21 m, 2
- 7 28 Taureau. 6 5 h. 20 m, 4 6 h. 28 m, 0
- 9 136 Taureau. 5.6 3 h. 43 m, 8 4 h. 25 m, 4
- 10 47 Gémeaux. 6 7 h. 26 m, 3 8 h. 26 m, 7
- 10 2383 B.A.C. 6.7 9 h. 53 m, 6 11 h. 4 m, 5
- 11 y Ecrevisse. 4.5 19 h. 36 m, 4 AppnlseA 3'8 du bord.
- 12 8 Lion. 6 16 h. 23 m, 1 17 h. 25 m, 7
- 14 83 Lion. 6.7 16 h 44 m, 6 17 h. 46 m, 7
- 14 t Lion. 5.6 17 h. 21 m, 4 18 h. 26 m, 5
- 16 50 Vierge. 6.7 18 h. 26 m, 3 A ipuhe t 0'8 du bord.
- 29 8193 B.A.C. 6.7 5 h. 18 m, 0 Appolse A C7 du bord.
- Février 2 782 B.A.C. 6.7 6 h. 10 m, 2 7 h. 19 m, 9
- 3 17 Taureau. 4.5 14 h. 38 m, 1 ‘15 h. 24 m, 3
- 5 1848 B.A.C. 6.7 15 h. 56 m, 3 16 h. 22 m, 1
- 5 136 Taureau. 5.6 16 h. 32 m, 3 17 h. 4 m, 6
- 6 49 Cocher. 5 5 h. 50 m, 5 6 h. 40 m, 3
- 8 y Ecrevisse. 4.5 4 h. 46 m, 5 5 li. 37 m, 0
- — 10 c Lion. 5.6 16 h. 2 m, 7 16 h. 32 m, 3
- 12 f Vierge. 6 9 h. 46 m, 4 10 h. 22 m, 2
- 27 69 Poissons. 6 6 h. 10 m, 2 7 h. 16 m, 7
- Mars 4 9653 Lalande. 5.6 7 h. 20 m, 2 8 h. 26 m, 6
- 4 1648 B.A.C. 6.7 12 h. 29 m, 7 13 h. 15 m, 8
- 6 2383 B.A.C. 6.7 6 h. 50 m, 5 8 h. 0 m, 3
- 8 8 Lion. 6 15 h. 10 m, 1 15 h. 53 m, 6
- 10 83 Lion. 6.7 14 h. 32 m, 9 15 h. 27 m, 5
- 10 x Lion. 5.6 15 h. 11 m, 8 15 h. 59 m, 2
- 12 q Vierge. 6 12 h. 16 m, 9 12 h. 56 m, 3
- — 15 h Scorpion. 5.6 11 h. 32 m, 3 12 h. 34 m, 9
- — 15 4 Scorpion. 6.7 13 h. 57 m, 6 15 h. 12 m, 2
- — 29 t Bélier. 4 6 h. 50 m, 6 7 h. 33 m, 3
- *L’étoile est sous l’horizon.
- Éclipse totale de Lune, le 10 mars 1895, visible à Paris.
- Temps moyen de Paris.
- Entrée de la Lune dans la pénombre, 10 mars à . , . . 13 h. 7 m. 7.
- Entrée dans l’ombre, 10 mars à..........................14 h. 3 m. 1.
- Commencement de l’éclipse totale, 10 mars à ...... 15 h. Om.9.
- Milieu de l’éclipse, 10 mars à............................. 15 h. 48 m. 6.
- Fin de l’éclipse totale, 10 mars à.........................16 h. 36 m. 3.
- Sortie de l’ombre, 10 mars à...............................17 h. 34 m. 2.
- Sortie de la pénombre, 10 mars à...........................18 h. 29 m. 5.
- Grandeur de l’éclipse = 1,626, le diamètre de la Lune étant un. Angle au pôle pour l’entrée dans l'ombre. ..... 127®, image directe. Angle au pôle pour la sortie de l’ombre...........291°, —
- Éclipse partielle de soleil, le 25 mars 1895, invisible à Paris.
- Commencement de l’éclipse générale, le 25 mars, à 20 h. 48 m. 2, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =42° 52' 0. de Paris, latitude =31° 15’ B.
- Plus grande phase de l’éclipse, 25 mars, à 22 h. 18 m. 7, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 67° 20' 0. de Paris, latitude = 61° 1’ S.
- Grandeur de l’éclipse =0,353, le diamètre du soleil étant un.
- Fin de l’éclipse générale, 25 mars, à 23 h. 49 m. 2, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 168° 46’ E. de Paris, latitude = 86° 52’ B.
- L’éclipse est visible comme éclipse partielle dans le lieu suivant :
- Temps moyen Temps moyen Temps moyen Grandeur, Angle au pôle. Angle au zénith.
- Lieu. de Paris. de Paris. de Paris. le diamètre Image directe. Image directe.
- Commencement. Plus grande phase. Fin. du soleil étant un. Premier contact. Dernier contaet. Premier contact. Dernier contact.*
- Brest 21 h. 47 m. 2 22 h. 8 m. 5 22 h. 30 m. 2 0,034 306® 335° 337® i°
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Satnt-Maur, altitude 49-,30). — Bureau central météorologique de France DÉCEMBRE 1894 -- SEMAINE DU LUNDI 17 AU DIMANCHE 23 DÉCEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN VENT |
- THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 17 décembre. 2*,1 S. E. 1. Couvert. i,i Très nuageux jusqu’à 11 h.; couvert ensuite; halo; petite pluie line.
- Mardi 18 7*,1 S. S. W. 3. Couvert. 0,3 Couvert jusqu’à 20 h.; beau ensuite; jiluie de 15 à
- 19 heures.
- Mercredi 19 3”,2 S. S. W. 3. Couvert. 5,3 Peu nuageux jusqu’à 5h. et de 19 à 22 h.; très nuageux
- Jeudi 20 , . 5',7 N. W. 3. Couvert. 2,5 le reste du temps ; quelques averses. Couvert jusqu'à 19 h., un peu nuageux ensuite; pluie de 16 à 19 h.
- Vendredi 21. , . . . 1*,8 N. W. 0. Couvert. 0,4 * Peu nuageux jusqu’à 5 h., presque couvert ensuite; brouill. de 800" à 9 h.; pluie line après 21 h.
- Samedi 22 6,7 S. S. W. 5. Couvert. 4,2 Couvert le matin, puis nuageux, beau après 19 h. ; pluie jusqu’à 2 h. et de 8 h. 1/2 à 11 h. 1/2. Beau jusqu’à 14 h ; très nuageux de 15 à 20 h.; couvert
- Dimanche 23 0’,7 S. 2. Beau. 4,2
- ensuite.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 19, à 11 h. 23 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la a Boite aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCEBNENT LE SERVIOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Le danger des vapeurs d’alcali.— Toutes les ménagères ont en réserve, dans un coin de leur cuisine, une bouteille aaleali volatil pour nettoyer les vêtements, enlever les taches de graisse, etc. Les voyageurs, les chasseurs en avaient tous, avant l’usage de l’acide phénique, un flacon dans la poche pour cautériser les plaies par piqûres d’insectes ou morsures de serpents. L’alcali volatil n’est autre chose que de l’ammoniaque liquide, de l’eau sursaturée de gaz ammoniac. Laissée à l’air l’ammoniaque perd de sa force en perdant de son gaz et en absorbant de l’acide carbonique : il faut, pour garder ce liquide intact, conserver les flacons bien bouchés. Or si l’on vient à ouvrir un flacon ainsi fermé depuis longtemps, il se dégage une forte quantité de vapeurs d’ammoniaque qui peuvent déterminer, si on tient le flacon près du visage, des accidents sérieux. Notez que je ne parle que du dégagement des vapeurs et non de la projection du liquide. A la suite d’imprudences de ce genre, en ouvrant le flacon et portant le nez dessus pour sentir l’odeur et savoir ce qu’il y a dans la bouteille, il y a eu de véritables accidents. La respiration de ce gaz provoque toujours une très vive irritation de la muqueuse nasale; on éternue, l’œil pleure et l’on éprouve dans le front une sensation douloureuse. A un degré plus intense, il peut survenir des conjonctivites graves, tenaces, avec ulcères ae la cornée pouvant amener la perte de l’œil, comme l’a signalé le Dr Trousseau. Dans un cas cité par le Dr Abadie,, où il ne s’agissait plus d’un flacon, la cécité a été complète. Un des deux tuyaux de condensation du gaz ammoniac dans une usine à fabriquer la glace se crève brusquement; aussitôt il se fait un dégagement intense, et sous une forte pression, de vapeurs d’ammoniaque. Deux ouvriers furent surpris dans la pièce par cette irruption de gaz : l’un fut retiré de suite •et n’eut qu’une irritation de peu de durée; l’autre, tombé •étourdi sur le sol, fut exposé plus longtemps aux vapeurs. Les yeux avaient tout à fait l’aspect d’un œil de poisson cuit, blanc •opaque, et malgré tous les soins, la cécité fut presque complète •en peu de temps. A des degrés moindres, l’inhalation intempestive des vapeurs d’alcali peut déterminer des troubles oculaires sérieux. 11 faut y songer et ne déboucher ces flacons qu’avec précaution. Du reste, quand on prend une bouteille sans savoir ce qu’elle contient, il ne faut jamais flairer directement au goulot; s’il agit de liquides à dégagement gazeux, on en respire des quantités toujours nocives. 11 faut se contenter de flairer le bouchon; la minime partie du liquide qui y adhère suffit à vous faire reconnaître la nature par l’odeur. Dr X.
- INFORMATIONS
- —H— On étudie, en ce moment, dans les charbonnages du nord •de la France, l’application de l'aluminium à la construction des cages jl’nviractmn. à la confection des câbles, des lampes de sûreté, etc.
- 2,50 seulement. En tenant compte de la différence de résistance spécifique, la réduction dans le poids des appareils ne serait pas éloignée de 60 pour 100. Quant au prix, il ne faut pas s’en effrayer beaucoup; le kilogramme d'aluminium, qui valait 1000 francs en 1853, est tombé successivement à 112 francs en 1858, à 50 francs en 1888, à 44 francs en 1889, à 41 francs en 1890, à 11 francs en 1891, à 8 ou 10 francs en 1892, à 5 ou 6 francs actuellement. Ce prix pourra certainement être abaissé encore, dès que l’on aura trouvé, pour le nouveau métal, des emplois assez nombreux pour permettre de faire porter les frais généraux de sa fabrication sur des productions suffisamment considérables.
- —— Il résulte de divers renseignements publiés ces jours derniers par le Bolletino di no fuie agrarie sur l’importation des vins espagnols en Suisse que, grâce à leur bas prix et au tarif fédéral qui les traite sur le même pied, les vins espagnols font une concurrence très active aux vins italiens, en Suisse. L’exportation vinicole de l’Espagne en Helvétie, dont la valeur ne dépassait pas, en 1887, la somme de 1544830 francs, s’est élevée, en 1893, à 7 068 743 francs. Durant la même période, l’exportation vinicole de l’Italie a simplement progressé de 7 795 760 francs à 12 917 925 francs. Le marché principal d’exportation des vins espagnols serait actuellement placé à Cette, où les grandes maisons de commerce se sont, depuis la dénonciation des traités, adonnées aux opérations de transit pour les pays à tarifs peu élevés.
- —®— Chaque mois nous apporte une innovation dans l’exploitation des tramways électriques en Amérique. L’invention de la voiture de police ou electric patrol-car est déjà de l’histoire ancienne; cette fois, il s’agit du transport du lait en voitures spéciales de Newburg (Etat de New-York) aux environs. Quant à la concurrence que se font les différentes lignes, on en pourra juger par le fait qu’une Compagnie de Savannah (Georgia) vient d’inaugurer des billets donnant droit à deux passages pour un cent (0tr,05). Paris, dit l'Éclairage électrique, qui nous fournit ce document, verra-t-il jamais cet âge d’or?
- —La section la plus septentrionale des chemins de fer suédois vient d’être ouverte au public et au commerce. Elle rejoint, à Benden, près du golfe de Botnie, les lignes du sud déjà construites, et s’étend jusqu’aux mines de fer de Gallivera, situées à 47 milles (87 kilomètres) au nord du cercle polaire, et, par conséquent, dans la région où le soleil ne descend pas au-dessous de l’horizon pendant plusieurs fois vingt-quatre heures aux environs du solstice d’été. Cette section complète la grande ligne de 1250 milles (2315 kilomètres) qui parcourt la Suède dans toute sa longueur.
- —$$— Le Musée du Cap a reçu en don un fragment de crâne et divers ossements du Rhinocéros blanc, trouvés à 3 mètres de profondeur dans la tourbe noire, aux environs de la rivière de Yaal, où cet animal est introuvable aujourd'hui. Cette espèce, que l’on rencontrait encore, il n’y a pas un siècle, dans le sud de l’Afrique, est désormais vouée à une destruction certaine. Après s’étre réfugiée dans l’intérieur, elle a été forcée de se retirer devant l’invasion européenne, et on ne la trouve plus que dans les possessions portugaises de l’Afrique.
- —Evariste Galois, né à Bourg-la-Reine, le 26 octobre 1811, peut être rappelé comme précurseur d’Inaudi et du jeune Vernier, ces calculateurs-nés. Entré au collège Louis-le-Grand en 1823, il se fit remarquer peu d’années après par ses surprenantes qualités de mathématicien. Il échoua deux fois de suite aux examens de l’Ecole polytechnique. Vint la Révolution de juillet 1820; ses idées politiques le firent emprisonner durant plusieurs mois. Il fut tué d’un coup
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Paul Boulineau, éleveur, à Bône (Algérie), nous écrit : « Je lis aux Informations de votre numéro de La Nature, du 17 novembre dernier, le chiffre d’exportation du bétail algérien pendant la dernière campagne. Vous donnez, pour la part de l’Algérie dans les sept premiers mois de l’année, le chiffre de 42 000 tètes formant plus des deux tiers des importations,de boeufs en France. Vous plairait-il de noter, pour ceux de vos lecteurs que cette question peut intéresser, que la région de Bône qui, à ce que vous savez, a fourni le plus fort contingent, a dépassé de beaucoup le chiffre que vous indiquez, puisqu’il a été embarqué dans notre port, du 1er janvier au 15 octobre dernier, plus de 56 000 bœufs, et que, du 15 octobre à ce jour, les embarquements, tout en diminuant progressivement, ont encore atteint le chiffre de 4000 au moins, ce qui, en fin de campagne, nous donne un total de 60 000 têtes. Je crois que nous tenons le record et je ne compte pas les 2000 chevaux et les 50 000 moutons que nous avons également expédiés. A l’heure où il s’agit de relever notre colonie d’une crise économique due à des causes que vous connaissez certainement, nous sommes quelques-uns, anciens ou nouveaux colons, qui cherchons à faire pour cela tout ce que nous pouvons considérer comme faisant partie de notre devoir national. La publicité, qui a tant fait pour de mauvaises entreprises, doit servir la cause des bonnes. Indiquer aux capitalistes une voie dans laquelle ils peuvent utilement et sûrement seconder les efforts des hommes qui ont pris à tâche de faire profiter la France d’une conquête trop chèrement accomplie pour n’ètre pas précieuse, c’est faire œuvre de saine propagande. Et c’est sur des faits caractéristiques et positifs qu’il nous paraît bon de nous appuyer pour appeler, sur l’œuvre à terminer, l’attention des hommes qui, comme vous, monsieur, sont écoutés à juste titre dans les milieux où Faction doit trouver des encouragements. Personnellement, je tiens à ne pas paraître suspect d’intérêt. Dirigeant à mes risques et périls, selon ce que je sais et avec ce que je possède, l’entreprise à laquelle je me suis attaché, je tiens même à rester indépendant. Mais, convaincu que la prospérité générale est faite du concours en argent et en hommes d’un afflux nouveau de colonisateurs, je me crois, toute modestie à part, un de ceux qui doivent faire entendre un appel outre-mer, et cet appel je l’adresse tant aux pères de familles qu’à leurs enfants. La fortune des uns, l’avenir des autres ont ici des placements utiles. Dans ma partie, j’en puis affirmer la sécurité et l’intérêt. »
- M. Léon Blanchard, à Grenoble, nous écrit : « Le phénomène relatif aux lampes à incandescence dont il est question dans les Informations du n° 1124, du 15 décembre 1894, est certainement bizarre, mais pas nouveau. Je l’ai observé depuis sept à huit ans, par hasard, sur des lampes de tous voltages, depuis 55 volts jusqu’à 110 volts. Je faisais précisément observer ce cas curieux sur une lampe de ce dernier voltage, que je venais de recevoir, à un de mes amis, au moment de l’arrivée de La Nature. C’est une lampe à douille de 110 volts, 16 bougies, de 110 millimètres de hauteur sur 65 millimètres de largeur. Le filament, excessivement mince, forme au sommet une spire complète. En frottant avec la main l’ampoule dans l’obscurité, elle est très bien éclairée d’une façon phosphorescente, analogue à celle du sucre que l’on remue ou laisse tomber, ou de la porcelaine brisée dont on frotte les fragments les uns contre les autres. La fluorescence, ou phosphorescence, se manifeste d’une façon plus intense suivant que l’on frotte en long ou en travers. Et, de plus, quand le filament de carbone, dont les amplitudes de vibration sont très grandes, relativement, vient à toucher l’ampoule, il v a une série d’étincelles très distinctes et brillantes, quoique petites. H faut remarquer qu’en reposant la lampe d’une façon quelconque, très souvent le filament se trouve adhérer à l’ampoule comme par attraction magnétique, et ne reprend de position sensiblement centrale que par chocs répétés, et assez forts, sur la paroi
- pour l’en détacher. Il faut réchauffer la lampe en frottant quelques secondes entre les mains pour que le phénomène ait lieu avec intensité. »
- M. le professeur Adolfo Bartoli, à Palerme, nous adresse plusieurs Notices sur ses divers travaux. Ces brochures ont pour titres : Sull' assorbimento delle radiazoni solari dalla nebbia e dai cirri. — Sulla dipendenza délia conducibilità elettrica degli eteri composti dalla temperatura. — Di alcune recenti misure calorimetriche ed in particolare délia misura del colore solare. — Sulla transmissibilité delle radiazoni solari attraverso Vatmosfera carica di cenere vulcanica dell' eruzione dell’ Etna del 1892. — Misure pireliometriche eseguite durante Veclisse solare del 16 aprile 1895.
- M. J. Quélin, à Angers, nous écrit que, le 11 décembre 1894, à 7h 45m du soir, des élèves du Lycée d’Angers ont observé un halo lunaire à doubles cercles de 22 et 46 degrés. Un troisième cercle et même la trace faible d’un quatrième cercle plus grand encore couvraient la partie du ciel visible pour eux. De plus, aux deux extrémités diamétrales nord et sud du cercle inté-. rieur, deux arcs de cercle tangents formaient une complication bien définie et très curieuse. Notre correspondant a lui-même observé à 9 heures et après 10 heures le grand halo de 46 degrés, qui était resté seul visible. La Nature a décrit un grand nombre de phénomènes analogues.
- M. G. Bœuf, à Paris, nous adresse une Notice descriptive du vélocifère à volants de son invention; cet appareil permet, au moyen de volants tournant en dehors de la caisse d’une voiture, de transmettre le mouvement aux roues de cette voiture.
- Renseignements. — M. J. Campardon, à Laplau. — 1° L’expérience du propulseur à réaction de MM. Just Buisson et Al. Ciurcu a été décrite dans le n° 755, du 2 juillet 1887, par M. A. Ciurcu; la catastrophe eut lieu à Asnières le 16 décembre 1886. — 2° M. P. Rousseau, 17, rue Soufflot, à Paris.
- M. Leroy, à Mons. — Vous trouverez ces appareils chez tous les marchands de produits chimiques et d’outillage pour laboratoires.
- M. G. Lenzinger, à Rio-de-Janeiro. — Les couleurs d’aniline sont très solubles dans l’alcool; c’est donc l’alcool qui pourra enlever les taches.
- M. P. Grooters, à Paris. — 11 nous paraît difficile de faire disparaître ces traces de suie sans altérer le caoutchouc.
- M. Loncle, à Laigle. — 1° Nous vous faisons envoyer par la librairie Masson le numéro que vous demandez. — 2° L’adresse du fabricant de cet appareil est la suivante : M. Lemardeley, optique de précision, 10, rue Monsieur-le-Prince, à Paris.
- M. H. J., a Marseille. — Nous avons parlé de la fabrication des vitres armées dans le n° 1027, du 4 février 1895, p. 157 ; nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée dans cet article.
- M. II. Dekeist, à llazebrouck. — Nous avons fait connaître diverses compositions de liquides pour grenades contre l’incendie dans le n° 758, du 10 décembre 1887, p. 50.
- M. W. Rolf, à Urbana. — L'article sur le nouvel emploi de l’aluminium a été publié dans le n°'1100, du 50 juin 1894; l’adresse de M. Ch. Margot est indiquée à la fin de cet article.
- M. H. Valadrès, à Paris. — Nous avons eu l’occasion d’examiner cet appareil ; mais avant d’en donner la description nous attendions les nouveaux perfectionnements que l’inventeur devait y apporter.
- M. L. Kaufmann, à Fleurier. — Ces clous à double pointe se trouvaient autrefois chez M. John Arthur, 22, rue des Capucines, à Paris.
- Mme L. G., à Arras. — 1° 11 suffit d’adresser une lettre au secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. — 2° Cette lecture ou description entraîne la déchéance de tout brevet postérieur.
- M. II. M., à Saintes. — Les détails de ces expériences ont été publiés dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences; adressez-vous à la librairie Gauthier-Yillars et fils, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. F. de B., à Cambrai. Cette question n’est pas de notre compétence ; il faudrait vous (enseigner au Ministère de la marine. — M. G. Poitevin, a la lloche-sur-Yon. Voyez les Recettes et procédés utiles, 4e série (G. Masson, éditeur). — M. E. Lancesseur, à Rouen. Vous trouverez de nombreuses recettes de colles dans les petits livres Recettes et procédés utiles, lre, 2e, 3e et 4e série, à la même librairie. — M. L. Dumas, à Orcq (Belgique). Remereiem'ents pour votre communication. — M. G. Pfeiffer, à Yevey; M. L. Gendron, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux. Lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- toi/inormm is nui lui ron f rlnmnrt rhie nitnnJ il* c o t f si *1. t A J m<* »/. ,/.*»# IG.ntp* trtnic f>11f> •t'Pnnnn* Pn niirnrtP fnrnn n fJ-nnv* sJ**s> A
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- PETITES INTENTIONS1
- Bande rouler les journaux. — Les éditeurs étrangers ont l’habitude de rouler les journaux illustrés qu’ils expédient à leurs abonnés. Ils les plient en cylindre qu’ils enroulent dans un papier formant enveloppe. Ce mode d’expédition empêche les plis de se former dans le journal envoyé; mais le papier servant d’enveloppe est souvent très difficile à enlever pour celui qui reçoit la publication. Il faut prendre une lame de canif, la glisser sous l’enveloppe, et si on n’agit pas avec délicatesse, on arrive parfois à couper le papier de la
- Bande de papier pour l’expédition des journaux brochés.— 1. Yue de la bande perforée servant d’enveloppe. — 2. Mode de déchirure.
- couverture du journal que l’on reçoit. Notre figure représente un papier d’enveloppe spécial, qui évite les inconvénients dont nous venons de parler. Ce papier, enroulé autour d’un journal, comprend une bande perforée de coupures latérales comme le montre le numéro 1 de la figure. L’abonné, quand il reçoit son journal, déchire facilement cette bande avec ses doigts, sans aucun outil, comme l’indique le numéro 2. L’enroulement des livraisons expédiées nécessite le coupement préalable des marges, ce qui est un inconvénient que les lecteurs français aiment généralement que l’on évite. Nous avons appris à connaître l’enveloppe perforée que nous décrivons, par l’envoi du journal anglais Engineering, 55, Bedfort Street, Strand, London, qui en fait usage.
- La grenouille. — Voilà un jouet mécanique très simple qui constitue un objet ingénieux comme application de la pesanteur, de l’air comprimé et de l’hydrostatique. La grenouille nageuse est en caoutchouc, de grandeur naturelle : le tronc, la tète et les pattes de devant, sont d’une seule pièce. Au-dessous de la bouche existe une ouverture servant à laisser dégager l’air
- Grenouille mécanique nageant et marchant.
- insufflé et à faire pénétrer de l’eau dans le corps, afin de provoquer Je repos. Dans l’intérieur du ventre de la grenouille est logé un petit réservoir, armé de plomb et d’un poids suffisant pour maintenir en temps ordinaire notre grenouille au fond de l’eau. Si l’on comprime la poire en caoutchouc qui termine le tube de conduite d’air, aussitôt les pattes d’arrière s’allongent, utilisent la résistance fournie par le crochet et celle donnée par l’eau : en même temps l’air insufflé soulève le corps en déplaçant un volume d’eau correspondant. L’avancement résulte de ces elfets l'épétés, et selon que la compression de la poire est plus ou moins rapide, la marche en avant et le soulèvement sont plus ou moins énergiques. Si la compression de l’air a lieu très rapidement, le repos au fond de l’eau n’a plus lieu, et l’appareil
- 1 1 ' apserintinn dos anoareils est gratuite. La rédaction des Nom-
- peut s’élever dans le liquide. La grenouille nageuse est surtout destinée à évoluer dans l’eau, baquet ou baignoire, mais elle eut également courir sur un parquet ou une table et repro-uire les sauts qu’on obtient par la pression de la poire de caoutchouc. — Ce jouet se trouve chez M. P. Bertrand, Compagnie franco-américaine, 19, rue d’Hauteville, Paris.
- Le chat et les souris. — Comme l’indique notre figure, ce jeu d’équilibre ne manque pas d’originalité. Il nous arrive d’outre-mer. C’est une boîte hermétiquement fermée par une vitre au milieu; à l’intérieur de cette boîte est imprimé un magnifique chat aux aguets ; deux petites souris de carton voya-
- Le jeu du chat et des souris.
- 1. Les souris roulant dans la boite. — 2. Rentrées dans leurs trous.
- gent librement, en glissant sur des roulettes, quand on penche la boîte à droite ou à gauche. Il s’agit de faire rentrer les souris dans leurs trous, de façon que l’on n’aperçoive ni la tète ni la queue. — Ce petit jouet nous a été envoyé par un de ses dépositaires, M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Contes pour les Bibliophiles, par Octave Uzanne et Albert Robida; nombreuses illustrations dans le texte et hors texte par tous procédés de taille-douce et gravure en relief. Couverture en couleur par Georges Auriol. 1 beau volume in-8° colombier, sur papier vélin, tiré à 1000 exemplaires numérotés (ancienne maison Quantin, Paris, 7, rue Saint-Benoît). Prix : 25 francs.
- Tous les ans, à la fin de l’annce, Octave Uzanne enrichit la Librairie française d’un livre attrayant, nouveau, artistique, toujours marqué au bon coin d’une innovation curieuse, et, à ces divers titres, vivement attendu par tous les amateurs de beaux ouvrages contemporains; mais, chaque année, ce leader de la Bibliophilie moderne varie sa manière, ses thèmes littéraires, ses illustrateurs, le format même de ses publications, et semble prendre plaisir à dépister l’orientation de ses fidèles lecteurs et les admirateurs de son ingéniosité inépuisable. L’excellent écrivain nous offre aujourd’hui, avec la collaboration fantaisiste de notre ami et collaborateur Robida, qui a toujours beaucoup d’esprit dans son crayon, un délicieux recueil de contes de toutes les couleurs qu’il dédie à ses amis les amoureux des Livres, sous ce titre : Contes pour les Bibliophiles. Et quels jolis contes que ceux-ci, et combien amusants, soit dans la fiction, soit dans le récit de faits réels mis en lumière avec tant de simplicité !
- Tableau métrique de logarithmes, par M. G. Dumesml, Atlas élémentaire. Format in-4°. Hachette et Cie, éditeurs. Tableau complet in-8°, en noir, 75 centimes; in-4° en deux couleurs. Prix : 1 fr. 50. Instruction, 1 fr. 50.
- Cet ouvrage très remarquable mérite d’attirer l’attention. Nos lecteurs n’ignorent pas que les logarithmes permettent de ramener à de simples additions les calculs les plus compliqués. Malheureusement, la plupart des Tables parues jusqu’à ce jour ont été éditées sous forme de volumes peu portatifs, d’une lecture souvent difficile. Or, le tableau métrique de logarithmes à cinq décimales que nous avons sous les yeux est groupé de telle sorte que les logarithmes de tous les nombres de 1 à 10 000 sont indiqués d'une façon très nette, très lisible, sur un seul feuillet in-4°; il est donc impossible de désirer une table plus complète sous une forme plus portative. La lecture de ce tableau est si facile qu’il suffit d’une étude de quelques minutes pour être en mesure de passer instantanément, sans hésitation aucune, d’un nombre quelconque au logarithme de ce nombre, ou du logarithme au nombre.
- M. C. Dumesnil vient de montrer une fois de plus l’admirable parti qu’on peut tirer de notre système décimal. Les instructions nnr l’an teur sont très concises, très claires, et les exemples
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- qu’il a choisis font du volume qui accompagne ces tableaux un petit recueil essentiellement pratique. Aussi, croyons-nous rendre un véritable service à nos lecteurs en leur signalant et en leur recommandant, dès sa publication, un travail qui peut leur être d’une extrême utilité.
- Nouvelle géographie générale, par J. Eysséric. Livre atlas contenant 82 cartes en chromotypographie, 130 figures, diagrammes, etc., 42 plans. 1 vol. m-4°. — Paris, Ch. Dela-grave, 1894.
- Almanach de la vélocipédie, 4895. Onzième année. Édité par
- la Revue vélocipédique, 33, rue Jean-Jacques-Rousseau. Prix : 1 franc.
- Agenda du photographe et de l’amateur de photographie, 4895. 1 vol. in-4°. Ch. Mendel, Paris.
- Estado actual das pescasem Portugal, comprehendendo a pesca maritima, fluvial e lacustre em todo o continente do.reino, referidoao anno de 1886, por A.A. Baldaqde da Silva, capitâo tenente da armada, engenheiro hydrographo. 1 grand vol. in-8l> illustré de cartes, de gravures et de chromolithographies exécutées avec beaucoup d’art. — Lisbonne, Imprimerie nationale.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Avis. — En raison des congés du Jour de l’An, l’Imprimerie a été fermée les trois premiers jours de cette semaine; le tirage du présent numéro ayant été fait avant les jours de congé, nous avons été contraint d’ajourner notre Bulletin météorologique. La livraison de la semaine prochaine comprendra deux bulletins complets, et rien ne manquera ainsi dans la collection météorologique hebdomadaire. 11 n’v aura qu’un retard de huit jours pour un des bulletins.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Grêlons extraordinaires. — M. J. A. Perkins, ex-consul anglais de la République Argentine, nous envoie de Rosaris de Santa Fé (République Argentine) l’intéressante communication que l’on va lire sur l’observation d’un orage très intense accompagné de la chute de grêlons très volumineux. « Dans la nuit du 16 octobre 1894, nous dit notre correspondant, nous avons eu un orage épouvantable, tellement violent que depuis des années on n’avait rien vu de semblable ;
- la grosseur des grêlons, qui tombaient avec une abondance inouïe, était extraordinaire ; nous donnons ci-contre la coupe en grandeur naturelle d’un de ces grêlons que nous avons recueilli. Cet orage si intense se préparait depuis un jour, et la baisse de la pression atmosphérique qui avait eu lieu depuis la veille annonçait un prochain trouble. Quand l’orage se produisit, il s’avançait avec une vitesse extrême, des tor-Grêlon tombé pendant l’orage du 16 octobre 1891 rents d’eau tombaient à Rosaris de Santa Fé (République Argentine), des nuages, puis sur-grandeur naturelle.) vint la chute des grê-
- lons qui dura plus de
- treize minutes. Cet ouragan venait de la direction S.-S.-E., et tes grêlons formaient des amas dans certains quartiers de la ville. Le poids moyen de ces projectiles célestes atteignait 55 grammes, il y en avait qui pesaient 60, 80 et jusqu a 420 grammes; ils ne tombaient pas verticalement, mais, approximativement, avec un angle de 28 degrés. Les grêlons ont causé de grands dégâts dans la ville; on .a calculé que pour remettre les carreaux cassés, il y avait à faire une dépense de plus de 8000 francs.
- Forme curieuse de cristaux de glace. — MM. le
- docteur Karl Grossmann et Joseph Lomas ont lu récemment à la
- Société Royale d’Angleterre un mémoire très intéressant sur les cristaux de glace qu’ils ont observés dans une très belle caverne souterraine, celle de Lava Cavern, à Surtshcllir, en Islande. Elle renferme des stalactites de glaee, qui ont la transparence du cristal de roche ; on y trouve enfin des cristaux de glace creux ayant la forme de pyramides creuses hexagonales comme le montre la figure ci-jointe. On sait que la neige est formée de cristaux très délicats en étoiles hexagonales. La glace a été Cristaux de glace creux observés rencontrée parfois en cristaux de dans la caverne de Surtsheller prismes hexagonaux, mais la forme en Islande. (Grandeur naturelle.) pyramidale creuse que MM. le docteur Karl Grossmann et Joseph Lomas ont décrite n’était pas connue. Nous en empruntons le dessin que nous publions à notre confrère Nature de Londres.
- ta tempête du 12-13 novembre 1894. — M. A.
- Angot, chef du Bureau central météorologique de France, a donné,
- sur cette tempête dont nous avons déjà parlé précédemment, les intéressants renseignements qui suivent.
- « L’anémo-cinémographe Richard à vitesses instantanées, qui envoie un contact par chaque mètre parcouru par le vent, a enregistré au commencement de la tempête une vitesse de 42m,5 à la seconde (au sommet de la tour Eiffel), mais cela est loin d’être le maximum. Au bout de peu de temps, en effet, les contacts ont cessé de passer, le ressort étant probablement fatigué après avoir envoyé pendant quelques heures de 40 à 50 contacts par minute. Nous n’avons donc pas le maximum de la vitesse instantanée, mais comme les contacts de 25 mètres et de 5 kilomètres ont continué à fonctionner, nous avons les vitesses correspondant à de petits intervalles. A 18h13m et àl8h18m, un chemin total de 5 kilomètres a été parcouru en deux minutes, soit 42 mètres par seconde ; j’ai moi-même, à deux reprises différentes, pointé sur un chronomètre quatre contacts de 25 mètres, soit 100 mètres, en 2’2, ce qui fait 45 mètres par seconde; dans ces conditions, si le cinémographe à vitesses instantanées avait fonctionné, il est très probable que ses indications auraient, par intervalles, atteint 50 mètres par seconde, une différence de 4 à 5 mètres étant chose fréquente entre la vitesse moyenne dans un petit intervalle et le maximum de la vitesse d’une rafale.
- « A l’Observatoire d’Uccle, le premier coup, d’une force de 50 kilogrammes au moins, s’est produit à 6h45m (temps local), et, à partir de ce moment jusqu’à celui où l’anémomètre a cessé de fonctionner, à 9h 45m, trente-huit fois la plaque de l’instrument a subi un choc égal ou supérieur à 50 kilogrammes. Cinq de ces pressions ont été enregistrées de 6h45m à 7h45m, quatorze de 7h45m à 8h45m et dix-neuf de 8h45m à 9h45. Les coups de 50 à 75 kilogrammes sont au nembre de 26; ceux dépassant 75 kilogrammes, au nombre de 42.
- « Au début de la tempête, le vent soufflait du sud. A 7 heures il se mit à tourner vers le sud-sud-ouest, et il resta dans cette direction depuis 8 heures jusqu’à minuit ; ensuite, il passa lentement au sud-ouest, qu'il atteignit à 4 heure du matin. »
- La pression du vent. — Notre confrère Ciel et Terre de Bruxelles a publié récemment quelques renseignements fort intéressants sur la pression du vent en Belgique, d’après les observations faites à l’ancien observatoire à Bruxelles et au nouvel observatoire à Uccle. Les résultats mentionnés ajoutent des données nouvelles à celles que nous avons indiquées dernièrement dans notre article sur la mesure pratique de la vitesse du vent (n° 4422, du 1er décembre 4894, ». 45). Il a réuni dans un tableau les pressions maxima exercées par le vent en kilogrammes par mètre carré, pour l’année correspondante et avec la date, de l’année 4850 à l’année 4878. Dans cetlé période de temps, la pression maxima a été de 444 kilo’grammés par mètre carré le 44 mars 4876, avec un vent de direction ouest-sud-ouest. Le 12 février 4869, on a relevé une pression de 426 kilogrammes par un vent de sud-ouest. Le 28 juin 1855 et le 44 avril 4867, les pressions respectives étaient de 416 kilogrammes avec des vents sud-sud-ouest et sud-ouest. Le 19 décembre 1862, le 20 janvier 4865 et le 1er janvier 1877, les pressions observées ont été de 105, 107 et 103 kilogrammes avec des directions ouest-nord-ouest, ouest-sud-ouest, et sud. Four toutes les autres années, les pressions ont été inférieures à 100 kilogrammes, et ont varié entre 58 et 90 kilogrammes.
- De l’année 4879 à l’année 1888 inclusivement, on n’a relevé que les vitesses du vent en mètres par seconde. Chaque maximum de vitesse représente la plus grande moyenne annuelle pour une durée de dix minutes. Le maximum observé a été de 25m,2 par seconde pour un vent sud-sud-ouest le 26 janvier 1884; le minimum a eu lieu pour un vent de même direction le 10 février 1879, et a atteint 14m,l par seconde.
- Les observations relatives à la pression exercée ont été reprises de 1889 à 1895 au nouvel observatoire à Uccle. Pendant cette période de temps, le 11 novembre 1891, la pression maxima a été de 135 kilogrammes par mètre carré avec une direction du vent de sud-sud-ouest. La pression minima a atteint 66 kilogrammes le 16 avril 4892 pour un vent de même direction.
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- M Supplément à « LA NATURE» du !2 janvier 1895 (m il28)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de la « Boite aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris-
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB U. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- 'Viande crue et pondre de viande. — Il fut un temps •où toute cuisinière qui se respectait devait servir la viande à moitié saignante. On est un peu revenu de cette cuisson incom-lète, tant par la crainte du ténia, fréquent dans la viande de œuf, que par celle delà contagion d’autres maladies, telles que la tuberculose. Il est des cas cependant où la suralimentation du malade exige l’absorption de viande crue. Il faut prendre dans ce cas de la viande de mouton ou, si l’on n’éprouve jpas de répugnance à l’accepter, la viande de cheval. Pour la préparer convenablement, cette viande doit être débarrassée des parties tendineuses, aponévrotiques, et delà graisse. On la hache alors très menu et on la pile au mortier. Le procédé du couteau donne une pulpe tout à fait parfaite. La tranche de viande est étendue sur une planche à découper et grattée tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, avec un couteau mousse qui racle sans couper. La pulpe est ainsi très homogène. On a imaginé des appareils spéciaux pour remplir cet office, mais le couteau peut parfaitement suffire. Une fois la viande réduite en pulpe, il faut en déguiser la couleur, l’aspect, poui en faciliter l’ingestion à un malade dont l’appétit est nul ou peu s’en faut. Le procédé le plus simple est de rouler la viande en menues boulettes, comme de grosses pilules, dans un peu de farine de blé ou de maïs, et d’avaler ces pilules avec quelques cuillerées de bouillon. On peut faire mieux. La pulpe est mélangée à des œufs brouillés après la cuisson des œufs. Il semble que l’on avale des œufs aux tomates et le goût est parfaitement dissimulé. Le IP Laborde conseille dans ce but ce qu’il appelle, pour dérouter le malade, le potage au tapioca médicinal. La viande crue, bien pulpée, est •délavée dans un peu de bouillon froid, jusqu’à parfait mélangé ; on dirait une purée de tomates. On verse alors sur cette purée un potage au tapioca, en agitant constamment pour rendre le potage bien homogène. Sous cette forme les estomacs les plus rebelles se laissent prendre. Le poudres de viande ont été imaginées pour suppléera ces ennuis de la viande crue; mais celles qu’on trouve dans le commerce ont souvent une odeur désagréable. Voici un procédé recommandé par le Dr Mathieu pour préparer dans les ménages une poudre absolument inodore. On gratte la viande au couteau, puis la pulpe est mise à sécher au bain-marie. On l’étale en couches minces dans un plat creux, maintenu à la surface d’un vase suffisamment rempli d’eau. Une fois la viande bien séchée, on la broie au mortier. Ainsi préparée la poudre a une bonne odeur de rôti et il est facile de la iaire prendre dans du bouillon dégraissé et peu salé ou de la mélanger à des bouillies de tous genres. DrX.
- INFORMATIONS
- —Le cheval d’acier vient de gagner ses lettres de grande •noblesse. En effet, dans sa séance publique annuelle du 17 décembre dernier, l’Académie des sciences a proposé, pour le prix Fourneyron
- à décerner en 4897, la question suivante : Donner la théorie du mouvement et discuter plus particulièrement, les conditions de stabilité des appareils vélocipéuiques (bicycles, bicyclettes, etc.), en mouvement rectiligne ou curviligne sur un plan soit horizontal, soit incliné. Avis aux mathématiciens de la pédale !
- —©— Jusqu’ici, on considérait l’altitude de 1200 à 1300 mètres comme la limite extrême du séjour des Hannetons dans la région alpine. On a constaté, au mois de mai 1894, leur présence dans la forêt de Coufin, au-dessus de Bex (canton de Vaud), à 1520 mètres, où l’on a trouvé des « Vers blancs » en assez grand nombre et même des Insectes, à l’état parfait, prêts à sortir de terre-
- —@— Le Maiten (Maytenus Boaria) est un arbre du Chili qui atteint 10 à 12 mètres de hauteur; élégant, à feuillage toujours vert, il donne un agréable ombrage. Les bêtes à cornes sont très friandes de ses feuilles, qu’elles préfèrent à tout autre fourrage. L’historien Rosales leur attribue les mêmes qualités qu’au Séné. Claude Gay les dit fébrifuges. Les graines sont très oléagineuses et on en retire une huile siccative de couleur jaune à saveur âcre et amère, qui brûle avec facilité. Le Maiten, dit la Revue des sciences naturelles, à laquelle nous empruntons ces renseignements, méritait donc l’attention de la Société d'acclimatation et nous engageons ceux qui s’occupent de la culture et de la propagation des végétaux utiles, dans le sud de la France et au nord de l’Afrique, à essayer d’acclimater cet arbre dans leur région.
- —Sous le dôme de l’Exposition d’horticulture à Chicago se trouvait une grotte dans laquelle on remarquait un certain nombre de stalactites et de stalagmites empruntées à une grotte de la contrée de Black-Hill, réputée la plus vaste du monde. Celle-ci mesure, d’après le Scientific American, 83 kilomètres de longueur et comprend plus de 1500 pièces, dont quelques-unes atteignent la hauteur respectable de 60 mètres. On y trouve des rivières, des chutes d’eau, et jusqu’à trente-sept lacs, dont l’un couvre une superficie d’un demi-hectare. Cette grotte est située à 120 mètres sous terre, à une altitude de 1800 mètres. Bois et ossements y abondent. Un tronc de sapin, placé dans l’eau il y a trois ans, est aujourd’hui complètement pétrifié.
- —$— Un nouvel Observatoire astronomique a été créé dans la Californie méridionale, par M. Lowe, sur la Sierra Madré, à une altitude de 1100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cet Observatoire se compose d’une tour centrale de 9m,70 de diamètre, surmontée d’un dôme léger et de deux ailes inégales; il est placé sous la direction de M. Lewis Swift.
- —Ü— Le gouverneur du Turkestan et le prince Alexandre Gar-garine ont offert au Muséum d’histoire naturelle de Paris la panthère blanche du Centre asiatique qu’on appelle l’once ou felis irbis. Cet animal, qui a dix-liuit mois, est en parfaite santé : il a été pris sur le Pamir et conduit à Tachkent d’où le prince l’a fait conduire à ses frais à Boukhara. Ce type d'animal n’a jamais figuré dans aucun jardin zoologique de l’Europe occidentale ; ses dépouilles mêmes sont fort rares; les exemplaires empaillés que possède le Muséum ont dù être montés avec des peaux préparées pour les fourreurs et manquent de crânes et des ossements des pattes. Cette panthère est partie de Boukhara. Le prince Gargarine l’a fait transporter jusqu’à Bakou, sur les bords de la mer Caspienne, où notre consul, arec une très grande obligeance, a reçu l’animal et s’est chargé de le faire soigner, puis de le faire accompagner jusqu'à Marseille en passant par Batoum, sur les bords de la mer Noire.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La lampe intensive au pétrole Y Eclatante qui est décrite dans la présente livraison, se trouve : 38, rue de Chabrol, à Paris.
- Communications. — M. J. Guignet, à Lyon, nous fait connaître un nouveau modèle de calendrier mémorandum pour 1895, qu’il a imaginé. Ce calendrier permet, étant donnée une date de l’année 1895, d’indiquer quel jour de la semaine correspond à cette date. Nous avons déjà mentionné un grand nombre d’ingénieux procédés qui permettent d’obtenir ce résultat.
- Renseignements. — M. G. D., à Valenciennes. —Il existe des montres et chronomètres de précision à spiral en métal non magnétique ; adressez-vous à la maison P. Garnier, 6, rue Taitbout, à MM. Allard et E. Cotte, 137, boulevard Sébastopol, ou a M. Borrel, 47, rue des Petis-Champs, à Paris.
- M. L. Dureigne, à Daker. — Ecrivez directement à la fabrique d’armes Pieper et Cu, à Liège.
- M. M. D., à Sens. — Vous trouverez des émaux de toutes sortes chez M. E. Bouvier, à la Briche-Saint-Denis (Seine), chez M. Gabreau, 29, boulevard des Italiens, et chez M. Guil-bert-Martin, 34, rue Notre-Dame-de-Nazareth, à Paris.
- M. J. P., à Paris. — Pour tout ce qui concerne les lampes à incandescence de Khotinsky, vous pouvez toujours vous adresser à M. D. Augé, 24, rue des Ardennes, à Paris.
- Cercle du Sapin, à Chaux-de-Fonds. — Un grand nombre de maisons construisent le matériel pour distilleries et se chargent des installations complètes : nous vous citerons entre autres la maison P. Barbier, 46, boulevard Richard-Lenoir, la maison Deroy fds aîné, 75, rue du Théâtre, et la maison Egrot, 19, rue Mathis, à Paris.
- M. E. Boissie, à Menton. — Nous ne saurions mieux vous renseigner que de vous renvoyer à un très intéressant article de M. le Dr E. Sauvage sur les batraciens de France publié dans le n° 265, du 29 juin 1878. L’auteur mentionne que chez quelques grenouilles à l’état de têtards le ventre est bleuâtre ou blanchâtre ; mais il ne parle pas de grenouille bleue.
- M. H. J., à Paris. — Nous n’avons pas l’adresse actuelle du voyageur que vous citez. Il nous a donné son article, étant de passage à Paris, il y a déjà plusieurs années.
- M. G., à Toul. — Nous avons mentionné, dans nos diverses bibliographies, plusieurs ouvrages élémentaires d’électricité industrielle, notamment dans les Nouvelles scientifiques du n°1101, du 7 juillet 1894, et du n° 1118, du 3 novembre 1894.
- M. H. Gumchian, à Constantinople. — Vous pourrez avoir des renseignements sur le chauffage électrique domestique en vous adressant à M. Nave, électricien, 5, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. H. Pradon, à Armentières. — 1° Nous avons publié plusieurs articles très complets sur le matériel des pompiers de Paris; voyez les Tables des matières des dix dernières années 1883-1892. — 2° Les moteurs électriques sont très nombreux; toutes les grandes maisons d’électricité en fabriquent. — 3° Il n’a pas encore paru d’ouvrage complet sur les applications de l’énergie électrique comme force motrice, mais plusieurs sont en préparation.
- M. Lesbats, à la Réole. — MM. Werner frères, 85, rue de Richelieu, à Paris.
- M. E. Saurel, à Paris. — Nous n’avons rien décrit de semblable, mais nous croyons que votre système offre des inconvénients : fragilité, rupture probable du ressort d’acier, etc....
- M. L. Riom, à Paris. — Nous avons traité d’une façon complète la question des glaces de fond qui se forment au fond des Gaux courantes; voyez le n° 923, du 7 février 1891, p. 146, et le n° 921, du 24 janvier 1891, p. 113.
- M. Serge Novikoff, à Naples; M. A. J. Van Stocraum, à Batavia. — Nous avons donné l’adresse du fabricant en tête de la
- Boîte aux lettres du n° 1116, du 20 octobre 1894; il vous; fournira tous les renseignements.
- M. Ch. Scellier, à Blangy. — Vous trouverez plusieurs appareils à faire le café chez M. Lustrât, 55, rue ae Richelieu, à Paris. Nous avons également décrit quelques cafetières particulières dans les Petites Inventions du n° 999, du 23 juillet 1892, du n° 1020, du 17 décembre 1892, et du n° 1105, du 4 août 1894.
- M. le l)T Chambaux, à Beauregard. — 1° Nous avons fait paraître un article sur le boomerang dans le n° 722, du 2 avril 1887, p. 287. — 2° Nous avons parlé, dans La Nature, des accumulateurs électriques à de nombreuses reprises ; voyez les Tables des matières. — 3° Les traités d’électricité sont fort nombreux; consultez les catalogues des éditeurs parisiens. —
- 4° Pour les questions spéciales que vous citez, il faudrait voir des ouvrages techniques; il nous serait impossible de traiter I ces sujets plus longuement.
- M. Vanoincq Beniez, à Audruicq. — La Société astronomique de France a son siège à l’IIôtel des Sociétés savantes, 28, rue Serpente, à Paris; c’est là qu’il faudrait vous adresser, i
- M. le docteur Bribosia, à Namur. — Le Kinétoscope d’Edison ; a été décrit complètement dans le n° 1116 du 20 octobre 1894, j p. 323. f
- M. F. Coulaud, à Bergerac. — 1° Vous pourrez vous pro-i j curer un beau portrait d’Edison chez MM. Werner frères, dont l’adresse est donnée plus haut. — 2° Toutes les maisonsj \ de drapeaux vous fourniront ces objets.
- M. A. Chemin, à Nemours. — 1° Remerciements pour les| : renseignements que vous nous avez envoyés et que nous avonst ; reçus également d’autre part. — 5° Nous n’avons rien publié] à ce sujet,
- M. Bragard, à Gerpinnes. — C’est par erreur que nous avons ; dit, dans notre Boîte aux lettres du n° 1125, du 22 décembre; 1894, qu’il n’avait pas été fait en France d’application de transport par câbles. Nous venons de recevoir de la maison A. Teste fils, Pichat, MoretetCie, constructeurs à Lyon, une notice illustrée contenant la description du système de porteurs aériens que construit cette maison, et la description ae quelques-unes des applications déjà réalisées ; ces dernières sont actuellement fort nombreuses et des plus intéressantes.
- M. C. Gilon, à Saint-Laurent. — 1° Il faut frotter les micas au papier de verre. — 2° Il est-nécessaire de faire un nouveau dépôt de nickel très léger.
- M. de Rœderain, à Gand. — Cette publication n’a pas été faite; mais le lecteur peut la composer lui-mème.
- M. Ego, à X. — Il serait intéressant de vérifier expérimentalement le principe que vous nous soumettez; mais nous craignons que votre appareil ne soit très compliqué en raison du nombre de fils transmetteurs.
- M. C. C., h Montpellier. — Le siphon élévateur de M. Le-michel a été décrit dans le n° 989, du 14 mai 1892, p. 369.
- Un abonné, à Paris. — A l’époque où notre article a été publié, la roue sans essieu était fabriquée par M. Suc, ingénieur, 50, boulevard de la Villette, à Paris.
- M. G. Hémon, à Paris. — On a souvent parlé de cette invention ; mais elle n’a pas encore été réalisée.
- M. J. à X. — L’appareil dont vous voulez parler est le capuchon-cuisine de M. Lecornu du Taillis, de Caen ; la description complète est donnée dans les Recettes et procédés utiles, 3° série, à la librairie G. Masson.
- M. M. Potin, à Paris. — Pour tout ce qui concerne les lanternes de projection, voyez le livre publié à ce sujet par M. Mol-teni.
- M. Ch. Vergouven, à Wilvvck-lez-Anvers. — Vous trouverez les descriptions de couveuses dans les ouvrages de M. P. Mégnin; adressez-vous aux bureaux du journal l’Eleveur, à Vineennes (Seine).
- Accusés de réception. — Avis divers. — Un abonné, à Reims. Nous ne connaissons pas d'ouvrage de ce genre. — M. L. Bisson, à Paris. Vous trouverez plusieurs traités de chimie à la librairie G. Masson. — M. J. D. IV., à Anvers. Nous n’avons pas d’autres renseignements plus complets que ceux déjà publiés. —
- M. J. Affilé, à la Ville-Savary. Il nous est impossible de vous fournir des renseignements de ce genre. — M. A. R., h Brives. Nous avons-donné quelques recettes de bronzage des métaux dans les Recettes et procédés utiles, lre et 3° série (G. Masson, éditeur); mais nous ne pouvons vous indiquer de livre spécial sur ce sujet. — M. Eug. Réguerie, à Tardets. Vous trouverez plusieurs procédés pour l’imperméabilisation des tissus dans les Recettes et procédés utiles, lr* série, à la même librairie que ci-dessus. — M. G Dupont, à Lille; M. J. A. de Faria, à Nazareth. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seinnements nui lui sont demandés, aiiand ils se rattachent A des suiets scientihanes mais elle ne s’ennaae en aucune façon à rénnndre à
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- VIEILLES INDUSTRIES PITTORESQUES. — Dessins inédits de A. Robida
- 1. Une filature en Normandie, établissement modeste mû par l’eau d’une toute petite rivière, ayant juste assez d’onde pour baigner un canard et qui naguère encore faisait tourner sept ou huit roues comme celle-ci. — 2. Ancien four à poterie, de Chaumont - sur-Loire. Four seigneurial d’un gentilhomme potier. — 3. Le moulin faisant de blé farine. Vue des moulins à eau de Guingamp (Côtes-du-Nord). Ils disparaissent tous l'un après l’autre les vieux petits moulins moulinant, et avec eux s’en vont les petits meuniers causeurs et narquois. — 4. Le moulin à vent. Disparaissant comme ses fx’ères à cycles de bois. Au lieu de faire de la farine, les derniers maintenant font de la galette. — 5. La mine de fer abandonnée.'Tout à
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France DÉCEMBRE 1894 --- SEMAINE DU LUNDI 24 AU DIMANCHE 30 DÉCEMBRE
- OBSERVATIONS 7 HEURES RU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES
- Lundi 2i décembre. 4%6 S. 2. Couvert. 0,0
- Mardi 25 4°,9 S. S. E. 1. Couvert. 0,0
- Mercredi 26 1*,1 S. 0. Couvert. 0,0
- Jeudi 27 6M N. W. 2 Couvert. 1,9
- Vendredi 28 5»,0 N. 3. Couvert. 0,3
- Samedi 29 5".l S. S. W. 5. Couvert. 0,1
- Dimanche 30 IM W. S. W. 3. Très nuageux. 5.8 .
- observations generales
- Couvert; un peu de bruine.
- Couvert jusqu’à 20 h.; beau ensuite; brouillard à partir de 22 h.
- Beau à ili ; couvert ensuite.
- Couvert jusqu’à 9 h., puis nuageux, beau après 13 b. ; bruine à 1 h. et pluie de 5 à 8 b.
- Eclaircies de 14 à 17 h., couvert avant et après.
- Couvert jusqu’à 11 b.; nuag. ensuite; pluie de 6 b. 1/2 à 9 h., puis quelques averses.
- Nuageux jusqu’à 15 h., couvert ensuite ; petite neige à plusieurs reprises, grésil à 16 h. et quart.
- Mercredi
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- Jeudi
- Samedi
- Dimanche
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- DÉCEMBRE 1894-JANVIER 1893
- SEMAINE DU LUNDI 51 DECEMBRE 1894 AU DIMANCHE 6 JANVIER 1895
- observations 7 heures du matin THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9. ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES
- Lundi 31 déc. 1894. 0*,9 N. N. W. 4. Peu nuageux. 2,3
- Mardi 1" janvier 1895 1",4 N. W. 5. Couvert. 2,4
- Mercredi 2 — 0* ,3 W. S. W. 2. Couvert. 0,7
- Jeudi 3, 0“,1 S. 1. Couvert. 2,0
- Vendredi 4 0*,4 N. N. E. 3. Couvert. 4,7
- Samedi 5 0“,0 N. 3. Couvert. 0,4
- Dimanche 6 —4*,9 N. 2. Couvert. 0,1
- OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Peu nuageux de 5 à 7 h. et à 16 h.; couvert le reste du temps; un peu de neige et petite averse de grésil.
- Couvert jusq 16 b.; beau de 17 à 18 h ; couv. ensuite ; nuageux de 15 b. 1/2 à 16 h.
- Couvert jusqu’à 18 b.; beau de 19 à 23 b.; couv. à 24 h.; neige à 13 b. et 24 h.
- Couvert jusqu’à 18 h.; peu nuageux ensuite, couvert à 21 b.
- Couvert; neige fine de 13 b. à 19 h.; halo et parhélie de gauche.
- Couvert jusqu’à 12 h.; nuag. de 13 à 18 b.; beau, couv. à 23 et 24 li.; neige line de 16 h. 1/2 à 17 h. 1/2.
- Couvert.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de Où 10; les fléchés inferieures, ta direction du vent. Les courbes ilu milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)] courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 4 janvier, à 8 h. 2 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
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- LA SEMAINE
- Chemins de fer stratégiques en France. — On sait •que le Parlement a voté, il y a deux ans, d’importants crédits destinés à la transformation de la gare de Troyes et à la réfection des voies aux abords de cette ville. Troyes est devenue d’une importance capitale au point de vue des transports stratégiques. La grande ligne militaire de Troyes à Belfort y est •croisée par deux autres voies à grand rendement militaire, celle d’Orléans à Châlons-sur-Marne et celle de Toulouse à Toui par Bourges et Saint-Florentin. Afin d’éviter le passage, même très court, des trains d’une de ces lignes sur une autre, on a doublé les voies entre Troyes et Saint-Julien, construit des raccordements, jeté des ponts. Ces travaux sont achevés et, dès maintenant, des trains venant de Toulouse et de Bordeaux peuvent se diriger dans l’Est par des voies indépendantes, sans craindre l’encombrement de la gare de Troyes. Les bâtiments eux-mèmes ont été agrandis ; un immense hall vitré couvre les voies de la gare et permet aux trains de stationner à l’abri. C’est un avantage dont les voyageurs pour l’Alsace-Lorraine et la Suisse ne se plaindront pas. Les journaux de Troyes, en parlant de ces travaux, disent qu’ils ont pour but d’assurer le transport des 5e et 8' corps à la frontière; en réalité, le 8” corps utilisera plutôt la ligne stratégique à double voie constituée entre Bourges et Dijon par les lignes de Bourges, Nevers, Chagnv. Ce grand travail constitue, avec le doublement des voies entre Vitry-le-François et Lérouville auquel on travaille encore, l’achèvement du programme des transports stratégiques dans l’Est1.
- INFORMATIONS
- —Voici ce qu'on peut lire dans certains journaux américains et ce qui a été sérieusement traduit dans des journaux français : « Edison vient de faire une découverte inouïe qui laisse bien loin derrière elle ses plus admirables inventions. Le principe de l'appareil est un petit téléphone de poche placé dans un boîtier ressemblant à celui d’une montre ordinaire. Sur le cadran se meut l'aiguille d’une boussole actionnée par une bobine intérieure. Avec cet appareil, et sans l'intermédiaire d’aucun fil, on peut communiquer, à n’importe quelle distance, avffc une personne munie d’un appareil identique, à la fois transmetteur et récepteur. D’après Edison — et c’est là sa découverte principale — la pensée seule d’un individu, appliquée avec insistance à tel ou tel objet, peut produire un courant électrique d’une intensité suflisante pour permettre sa transmission. C’est, selon lui. un phénomène de « sympathie électrique ». Notre opinion est qu’il s’agit d’un gigantesque canard.
- —Au dernier Congrès d’Àdéiaïde, l’Association australienne pour Vavancement des sciences a entendu le Rapport du Comité chargé d’étudier les traces de l’époque glaciaire en Australie. Au temps de leur plus grande extension les anciens glaciers
- de la Nouvelle-Zélande étaient plus développés et descendaient plus bas qu’aujourd’bui. Au nord-ouest de Nelson, les moraines terminales se tiennent à 900 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer, tandis qu’on les trouve à 700 et 550 mètres aux lacs Rotoiti et Sumner. Au sud de Canterbury et d’Otago, on les observe à 330 et 200 mètres. Sur les rivages de l’ouest, les glaciers pénétraient dans l’Océan. Leurs dimensions étaient très variables. Celui de Wakatipu avait 80 milles de longueur. Actuellement les glaciers atteignent leur développement maximum dans le sud de Canterbury; à partir de cette région ils décroissent tant vers le nord que vers le sud, tandis qu’à l’époque glaciaire le maximum se trouvait dans le centre de l’Otago. Le Comité pense que l’océan Pacifique autour de la Nouvelle-Zélande n’a jamais été beaucoup plus froid qu’aujourd’hui depuis les temps miocènes.
- —M. J. Theiler de Zug a signalé, dans la dernière assemblée de la Société suisse des amis des Abeilles, un fait nouveau. Les apiculteurs de la région frontière des cantons de Zurich et de Zug constatèrent, vers la fin de juin et au commencement de septembre de cette année, que les « ouvrières » revenaient le soir, à l’entrée des ruches, trop affaiblies pour y pénétrer. La plupart tombaient à terre et y périssaient. M. Theiler en attribue la cause au champignon parasite, désigné sous le nom de « Rospilz », qui se développe sur les aiguilles des Sapins blancs. Les Abeilles qui se posent sur les branches s’empoisonneraient.
- —$$— Deux terrassiers qui travaillaient à creuser des fondations dans le parc de M. Franche, rue des Champs, à Puteaux, ont découvert, à une assez grande profondeur, deux sarcophages en plâtre très bien conservés, renfermant chacun un corps dont les ossements étaient rendus très friables par le temps. On fit faire des fouilles minutieuses et quelques heures après 1 on découvrit près des squelettes les fragments d’un vase de terre rouge vernissée, quelques morceaux informes de bronze et de verroterie, enfin deux médailles de bronze de grand module. La première de ces médailles présente d’un côté la tête de l’empereur romain Hadrien, de l’autre côté un cavalier. La seconde, bien mieux conservée, porte à l’une de ses faces la tête d’Hercule coiffé d’une tête de lion; au revers, un temple à quatre colonnes, avec un fronton triangulaire orné d’acro-tères.
- —On a parlé, il y a quelque temps, de la mortalité qui frappait les lapins dans les environs de Paris et en Normandie. Or, on signale, actuellement, dans le Charollais, la Bourgogne et même dans l’Orléanais, l’existence d’une maladie analogue, mortelle, endémique dans certaines localités, épidémique dans d’autres, causant de grands ravages parmi les lapins. Cette maladie consiste en un gon-llement du foie et du ventre, qui amène la mort. L’autopsie révèle la présence, dans le premier ae ces organes, de corps oviformes (coccidies), qui, de l’intestin, ont pénétre dans le foie. Cette affection est bien connue sous le nom de Phtisie hépatique coccidienne, vulgairement Gros-ventre.
- —®— Le Jardin d’Acclimatation a récemment reçu un couple de chiens du Congo, importés pour figurer à l’Exposition universelle d’Anvers. Ces animaux ont bien le caractère des chiens sauvages : de taille plutôt petite, la robe blanche tachetée de fauve clair, les oreilles en forme de cornet, la cuisse droite comme chez le loup, les chiens du Congo ont un aspect tout particulier. Ce sont évidemment des chiens qui forment de charmants petits compagnons, leur taille leur permettant de vivre auprès de l’homme, dans les appar-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives auxappareils décrits. —Selle rationnelle pour bicyclettes : M. Pansard, 17, rue du Quatre-Septembre, Paris.
- Communications. — M. B. 0. Peirce, à New-York, nous adresse une Notice ayant pour titre : On lhe electrical résistances of certain poor conductors, extraite des Proceedings of the American Academy, octobre 1894, et une autre Note On lhe thermo-electric properties of platinoid and manga-nine, qui est extraite du the American Journal of science, vol. XLVIII, octobre 1894.
- M. le secrétaire de la Société géologique de France, à Paris, nous a envoyé une copie de l’adresse en faveur du développement de l’enseignement de la géologie, présentée le 12 décembre 1894 à M. le Ministre de l’instruction publique par une députation de la Société. Les motifs qui militent en faveur de cet enseignement sont longuement développés; nous en extrairons quelques-uns parmi les principaux. La géologie est une des bases de l’agriculture scientifique ; pour bien cultiver une terre, il faut connaître son sous-sol, apprécier les amendements qui lui conviennent, ses caractères physiques aussi bien que sa composition chimique. La connaissance de la géologie locale est nécessaire aux médecins, aux pharmaciens, à tous ceux qui s’occupent de l’hygiène. La géologie ne doit pas être étrangère à l’enseignement philosophique destiné à faire naître les idées générales et à réunir en faisceau la quintessence des connaissances humaines. La géologie est la science des origines. La délégation, composée de MM. G osselet, Fouqué, Gaudrv, Linder, Michel Lévy, Bertrand, de Lapparent, Mumer-Chalmas, de Rouville, a demandé à M. le Ministre de l’instruction publique de faire valoir les droits de la géologie à prendre une petite part à l’éducation philosophique, scientifique et utilitaire des Français.
- M. P. Labre, à Montluçon, nous fait connaître la description d’une nouvelle lampe au magnésium à bon marché, qui peut être utile aux amateurs photographes. Cette lampe consiste en une pipe en terre ordinaire, dont la tète est entourée d’un bourrelet d’étoffe assez épais maintenu par un fil. Un tuyau en caoutchouc est ajusté sur le tuyau en terre. On imbibe le bourrelet d’alcool, on remplit la pipe de poudre de magnésium, et on enflamme l’alcool. L’éclair jaillit quand on souffle dans le tuyau de coutchouc.
- M. Sévin fils, à Paris, à propos de notre article sur la qualité du papier (n° 1126, du 29 décembre 1894, p. 74), nous écrit que le réactif employé est formé de sulfate d’alumine et non de sulfate d’aniline. L’huile d’aniline constitue un réactif plus simple encore; une goutte de ce liquide teinte en jaune les pâtes de bois et en rose les pâtes de chiffon.
- M. Delbeck, à Reims, nous adresse un paquet de Pyroca ou allumettes de sûreté en carton, qui se vendent depuis quelques mois en Belgique et en Allemagne. — 2° Nous avons décrit l’appareil que vous signalez.
- Renseignements. —M. F. P., à Lunéville. — 1° La durée des lampes à incandescence consommant 3,5 watts par bougie est environ de 600 à 700 heures; la durée des lampes à 2,5 watts par bougie est de 150 à 200 heures. — 2° Avec l’arc, la dépense varie de 0,5 à 1 watt par bougie. — 3° Divers essais dans cette voie n’ont pas donné de bons résultats. — 4° Le prix de l’énergie électrique en France est compris entre lfr,50 le kilowatt-heure à Paris et 0tr,80 en province. — 5° L’arc est avantageux à partir de 100 bougies.
- M. Iiiviera, à Antibes. — La pile O’Keenan était fabriquée par M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. H. de Coninck, à Vesoul-Benian. — 1° Laisssez tremper du caoutchouc dans de la glycérine; vous aurez ainsi la réponse à votre question. — 2° Le papier parcheminé est préparé en trempant le papier dans de l’eau aiguisée d’acide sulfurique.
- M. A. Dalmar, à Sotteville-lès-Rouen. — Pour ce qui concerne les roues sphériques que nous avons décrites dans le n° 1114, du 6 octobre 1894, p. 303, il faut vous adresser à l’inventeur, M. de Camarasa, au château de Carresse, près Salies-de-Béarn (Basses-Pyrénées).
- M. R. A., à Oviedo. —Machines pour la préparation des fruits conservés : MM. A. Noël et Beaudoux, 90, rue de Rébeval, et M. Létang, 44, rue de Montmorency, à Paris.
- M. F. Larrieu, à Nice; M. Luis Garcia, à la Paz (Bolivie).
- — II faudrait vous adresser directement au constructeur que nous avons indiqué en tète de la Boîte aux lettres de ce même numéro 1096, du 2 juin 1894.
- AJ. A. B., à Cannes. — 1° Les objectifs aplanéliques sont certainement supérieurs; mais les bons objectifs simples donnent d’excellents résultats. — 2° L’objectif dont vous parlez est un bon appareil.
- AJ. L. Jionceray, à Paris. — Pour tout ce qui concerne le thermophore, vous pouvez vous renseigner auprès de son inventeur, M. J. Pillet, 95, boulevard Saint-Germain.
- M. E. W. C., à Reims. — 1° Ces mélanges peuvent être préparés facilement. — 2“ Il est préférable d’employer les produits désignés dans notre recette. — 3“ Nous ne connaissons pas d’application de ce genre.
- M. A. C., à Beauville. — L’anthracite est un combustible fossile produit par le dépôt et l’altération de matières végétales. Une anthracite du Pays de Galles, de densité 1,35, a donné à l’analyse 92,56 pour lOO de carbone, 5,33 d’hydrogène, 2,53 d’oxygène et d’azote, et 1,58 de cendres, avec une puissance calorifique de 7300 calories kilogramme-degrés par kilogramme. L’anthracite brûle difficilement, avec une flamme faible, sans se coller et sans fumée. Les principaux gisements en France se trouvent dans l’Isère et les Hautes-Alpes. Vous trouverez des renseignements sur ce combustible dans le Dictionnaire des arts et manufactures de Ch. Laboulaye, à la librairie G. Masson.
- M. le vicomte Palluat de Besset, à Avignon. — La canne d'arpenteur qui a été décrite dans le n° 800, du 29 septembre 1888, p. 284, était fabriquée autrefois par M. Morin, 3, rue Boursault, à Paris.
- M. L. le Payen, à Nancy. — L’eau des piles s’évapore peu à peu, et le chlorhydrate d’ammoniaque cristallise.
- AJ. Ch. Voulalas, à Plomari (île de Metelin). — Machines à fabriquer les filets de pêche : M. Ch. Zang, 49, rue de là Santé, à Paris.
- Un électricien, à Paris. — 1° Il est probable que le tissù formant le sac de la pile est trop perméable. Il est préférable d’employer des vases poreux ordinaires ou en charbon. — 2° Là puissance lumineuse est plus élevée pour la lampe qui consomme l’intensité la plus grande, la différence de potentiel restant la même.
- AJ. Al. Breton, à Yalézieux. — Un bon phonographe d’Edison est d’un prix très élevé; l’appareil coûte 1500 francs. Adressez-vous à M. Werner, 85, rue de Richelieu, à Paris.
- AI. J. Breton, à Clairvaux. — 1° Le stérilisateur du lait, que nous avons décrit dans Hygiène et santé (n° 1082, du 24 lévrier 1894) se trouve à la maison VYillame et Cie, 88, rue Martre, à Clichy-la-Garenne (Seine). — 2° 11 faut éviter l’emploi du cuivre rouge pour ces godets à mercure.
- AJ. P. D., à Cambrai. — 1° Le liquide des accumulateurs est immobilisé à l’aide de gélatine. — 2“ Maison Peugeot frères, 32, avenue de la Grande-Armée, à Paris. — 3° Le rhéostat intercalé dans le circuit diminue à la fois la différence de potentiel utile et l’intensité.
- Un abonné, à Paris. — 10 II n’est pas possible de rendre ce verre transparent. — 2° Entourez le tuyau en caoutchouc d’un fourreau d’amiante.
- M. L. Rien, à Yincey. — Vous trouverez plusieurs ouvrages sur le Sapeur-pompier, théorie sur l’extinction des incendies, sur les manœuvres, etc., dans la collection des manuels Roret.
- M. A. Gascard, à Bihorel-lès-Rouen.— Pour tout ce qui concerne la pratique des projections, voyez le livre publié à ce sujet par M. Molteni.
- Accusés de réception. — Avis divers. — AI. J. Martin, û Grenoble. Nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous faire connaître.
- — M. J., à Versailles. Nous n’avons pas donne d’article de cette nature. — AI. L. M. B., à Reims. Cette expérience nous semble impossible avec les dimensions que vous indiquez. — Al. Barbotin. à Roubaix. Cet article a été emprunté à un journal étranger, et nous n’avons pas de renseignements plus complets. — Al. J. L., à Arras; AI. B. L., à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles, lrc férié. (G. Masson, éditeur.) — AI. It. B., à R.; Al"* Gutlelson, à Paris; Af. P. F., h Bordeaux. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu ou’aux Lettres renies ««»« * te i.mj; «...• •
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- PETITES INTENTIONS1
- Presse à copier & mains. — Notre gravure représente une nouvelle presse à copier qui est simplement formée de deux plaques métalliques minces et flexibles. Le fonctionnement est des plus simples : On mouille la feuille d’un copie de lettres et on 1 essore avec du papier buvard comme d’habitude, puis on la pose sur la lettre écrite. On place ainsi la lettre et le papier à copier entre les deux plaques métalliques, et on
- plie ces plaques avec les deux mains en opérant sur une table ; notre figure de droite donne idée de cette opération. Il faut faire fléchir les deux plaques de manière qu’elle forment un demi-cylindre. Dès qu’on cesse l’effort, les plaques, qui sont élastiques, redeviennent planes, et en les séparant on trouve le papier à copier qui est impressionné par la pression obtenue. — Cette presse à copier se trouve chez M. Henri Chasles, 7 bis, rue du Louvre, Paris.
- La toupie protée. — Ce jouet, qui nous arrive en ligne directe d’Amérique, présente cette particularité de donner sous une apparence très modeste diverses applications des lois relatives à la force centrifuge et centripète. La toupie à multiples combinaisons peut être mise en activité dans quinze positions diverses, chacune donnant matière, si on le voulait bien, à de très sérieuses discussions scientifiques. Cette toupie (n° 3) est enfermée dans une enveloppe en buis, qui comprend un couvercle (n° 2) portant des rainures ; on trouve encore dans l’enveloppe un cône en verre, une tige de commande (n° 4), une
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- Toupie protée. — Le cône 3 est en verre et forme la toupie.
- armature d’arrêt (n° 5) et enfin une ficelle ou cordonnet (n'fi). Avec ces seuls éléments, fort simples, il est possible de donner au cône en verre intérieur quinze positions différentes et de justifier ainsi la dénomination de toupie multiforme. Pour obtenir ces variations, il suffit de se conformer à la note explicative qui accompagne chacune des toupies. Ajoutons que les diverses parties essentielles de ce jouet permettent un usage bien différent de celui qui est indiqué comme principal. La toupie proprement dite, cône en verre, peut être utilisée comme encrier très pratique. — Cet objet, très amusant et fort bien conçu, se trouve chez M. P. Bertrand (Compagnie Franco-Américaine), 17, rue d’Hauteville, à Paris.
- La tirelire total!satrice automatique. — Nous avons précédemment décrit une tirelire dite magique n’emmagasinant que les pièces de 50 centimes et qui permettait de compter, comme en une sorte de thermomètre, la somme épargnée
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Né re-
- croissant avec l’augmentation du nombre de pièces. La tirelire que nous présentons aujourd’hui sous la forme d’un petit coffre-fort, haut de 14 centimètres et pesant 300 grammes, n’accepte que les pièces de 5 et de 10 centimes, qui sont enregistrées automatiquement à mesure qu’on les fait entrer par une fente placée dans la petite cavité que montre notre dessin. En pénétrant, elles agissent par pression sur un système de roues dentées et de pignons fonctionnant dans le genre des tourniquets
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- IFRftNCSl
- TIRELIRE
- TOTALISATEUR.
- AUTOMATIQUE
- Tirelire à totalisateur. — t. Vue extérieure. — 2. Détail du mécanisme.
- qui comptent les visiteurs entrant aux expositions. Selon la pièce introduite, le chiffre supérieur change automatiquement de 5 ou de 10 centimes, puis ensuite le chiffre inférieur marquant les francs jusqu’au nombre de 5, après lequçl on ouvre, derrière le coffre, une porte en fer fermant à clef pour en extraire la masse épargnée sou par sou et la convertir en une pièce d’or ou d’argent. Ce petit meuble en fer émaillé inspirera à la jeunesse le goût de l’épargne. — On trouve cette tirelire chez M. A Clavel, 56. rue de Dunkerque, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Une décoction alimentaire. — Dans bien des cas, les enfants prennent avec une grande répugnance l’huile de foie de morue, les préparations iodées, vins et sirops : quelquefois l’intolérance est réelle, les préparations iodées provoquent des accidents d’iodisme ; l’huile de foie de morue n’est pas digérée et coupe totalement l’appétit. Pour remplacer ces produits, on peut user avec avantage d’une sorte de bouillon très simple à préparer et que le Dr Springer emploie souvent dans les troubles de croissance. Voici la façon de le préparer; c’est simple et peu coûteux. Prenez une cuillerée à soupe des substances suivantes : blé, avoine, seigle, orge, son, maïs ; jetez dans deux litres d’eau et faites bouillir comme pour un bon pot-au-feu pendant trois heures en renouvelant l’eau qui se vaporise. Laissez refroidir, passez au tamis fin. On a un liquide jaunâtre, peu épais et d’une saveur assez agréable, qui rappelle les bouillies de maïs. On n’a qu’à donner le breuvage à la dose de trois à quatre verres par jour, pur ou mélangé d’un peu de lait. On peut encore l’aromatiser avec une petite cuillerée de kirsch, de rhum ou de tout autre liquide, suivant le goût du malade. Inutile de dire qu’en été, cette boisson doit être préparée deux fois par jour, en raison de sa facilité de fermentation. Quelle est la valeur de ce produit? M. Springer a fait faire l’analyse chimique et l’on a trouvé par litre 15er,65 de matière organique, 0‘r,95 de matières minérales. L’analyse des cendres donne Û‘r,126 dépotasse ; 0fr,279 de chaux ; 0*r,338 d’acide phosphorique, etc..., c’est-à-dire les principes d’une forte addition des sels importants pour l’organisme à ceux que donne la nourriture habituelle. Je l’ai essayé et en ai obtenu de bons résultats. La boisson est prise sans aucune difficulté et il est facile, avec le premier déjeuner du matin, le goûter, les autres repas, d’en faire boire une assez forte quantité. C’est une décoction à recommander quand les enfants ne peuvent supporter l’iode ou l’huile de foie de morue ; quand ils sont chétifs ou insuffisamment développés ; quand ils ont de la dyspepsie ; dans tous les cas en un mot où il y a de la dénutrition et un arrêt de la croissance, de l’augmentation des forces. Le Dr Vaquez a administré cette décoction à un de ses amis, adulte, atteint d’un rhumatisme infectieux des plus graves. Il a été frappé de l’absence d’état anémique à la suite d’une maladie très sérieuse et de la rapidité de la convalescence. Il attribue ces bons effets à cette médication. Dr X.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- La fabrication des eaux-de-vie, par Louis Jacquet, 1 vol. petit in-8° de l’Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Annuaire pour l'an 1895 publié par le bureau des Longitudes. 1 vol. in-16 avec des notices scientifiques. Paris, Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : 1 fr. 50.
- Résumé, méthodique et pratique d'installations électriques, ar Firmin Leclerc, chimiste électricien. 1 vol. in-16. 0 édition. Paris, Ed. Royer, éditeur. Prix : 3 fr. 50.
- L'année agricole et agronomique pour 1895, par S. et C. Cré-peaux, 1 vol. in-16. Aux bureaux de la Gazette des campagnes, rue Piccini, 10 bis, Paris. Prix : 3 fr. 50.
- Edmond Fremy (1814-1894). Notices biographiques. Biblio-
- graphie. Liste des collaborateurs et des élèves de M. Fremy. 1 vol. in-8°, publié en témoignage de reconnaissance par l’Association des élèves deM. Fremy, 1894.
- Annuaire de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1895. Soixante-unième année. 1 vol. in-18. — Bruxelles, F. Hayez, 1895.
- Tables d’anti-logarithmes, par H. Prytz, capitaine. 1 brochure in-8°. Copenhague, Lehmann et Stage, libraires-éditeurs.
- A dictionary of birds, by Alfred Newton, assisted by Hans Gadow. Part. III (Moa-Sheathbill). 1 vol. in-8°. — London, Adam and Charles Black, 1894.
- The true atomic weights of the Chemical éléments and the unity of matter, by G. Detlef Hinrichs. 1 vol. in-8°. — Saint-Louis, Cari Gustav Ilinrichs, publisher, 1894.
- The sliding-rule. A praclical manual, by Charles N. Pick-worth. 1 brochure in-16. — Emmott and C°. Manchester.
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Salnt-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 7 janvier. . . — 7*,l N N. E. 3. Très nuageux. 0,0 Nuag. de 6 à 9 h. ; couv. av. et ap. ; grains de neige à 10 h. Très nuag. jusq. 14 h. ; couv. ensuite ; grains de neige à 9 h. et 15 h.
- Mardi 8 — 3*,4 N. 2. Nuageux. 0,0
- Mercredi 9 —1*)8 N. 2. Couvert. 0,0 Nuag. de 12 à 16 h.; couv. av. et ap.; grains de neige à 21-22 h.
- Jeudi 10 -3,1 E. N. E. 1. Couvert. 0,0 Couv. jusq. 9 h.; puis nuag.; beau ap. 15 h.; petite neige de 9 h. 10 à 9 h. 45.
- Vendredi 11. ... . — 10”,3 N. N. E. 1. Beau. 0,0 Nuag. de 9 à 21 h.; beau av. et ap.; brouillard à partir de 9 b.
- Samedi 12 — 10 ,6 S. E. 2 Couvert. 0,0 Beau à 1 h.; éclaircies de 11 à 15 h.; couv. le reste du temps; neige de 21 h. 45 à 23 h.
- Dimanche 13 2*,2 S. 3. Couvert. 4.8 Couv. le on.; beau de 18 à 22 h.; très nuag. le reste du temps; pluie jusq. 9 h. 1 /2.
- JANVIER 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 7 AU DIMANCHE 13 JANVIER
- | Lundi I Mardi I Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche |
- UJ
- D
- a
- a.
- H
- UJ
- 790
- 780'
- 770
- 760
- 750
- 740
- /
- 730
- 35° 30* 25° 20° 15“'' !10c : 5= 0e :.5s Aoû
- 5*
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de U à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe eu pihilillé. thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc Saint-Maur en décembre 1894
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 760'“,48. Minimum le 30 à 5 heures du soir, 741™,53. Maximum le 26 à 10 heures du matin, 773",46.
- Moyennes thermométriques : des minima 1°,41 ; des maxima 6®,56; du mois 3°,99; moyenne vraie des 24 heures, 3°,70. Minimum le 11 vers 7 heures et demie du matin —4°,4. Maximum le 15 vers 11 heures du matin 10°,9. Il y a eu 7 jours de gelée, mais aucun sans dégel. Il y a eu 19jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 5“,23. La moindre, 2”,7 le 3 à 1 heure du soir. La plus grande 7™,9 le 18 à 5 heures du .soir. Humidité relative moyenne, 86,7. La moindre, 43, le 3 à 1 heure du soir. La plus grande, 100, en 15 jours.
- Pluie, 37™,5 en 51 heures et demie réparties en 17 jours. 2 jours de
- Vents du sud-ouest très dominants. Il y a eu plusieurs coups de vent forts du sud-sud-ouest, du 18 au 22. 9 jours de brouillard, le plus fort de 200 à 300 mètres, le 12.
- Moyenne température de la Marne, le matin, 4°,35; dans l’après-midi, 4°,47 ; du mois, 4°,41. Minimum 3°,63 le 12 au matin. Maximum 5°,18 le 27 dans la journée. Elle a été basse tout le mois ; très claire jusqu'au 18 et ensuite un peu trouble.
- Relativement aux moyennes normales le mois de décembre 1894 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 1“,58. Thermomètre plus haut de 1®,51. Tension de la vapeur plus forte de 0™,20. Humidité relative plus faible de 2,6. Pluie moindre de 8™,1. Nébulosité moindre de 1.
- Dans nos jardins le Chimonanthus fragrans est assez abondamment fleuri à la fin du mois; le Nardosmia fragrans a commencé à fleurir le 25.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément », a Boite aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIOB DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement «les névralgies. — Une bonne formule pour arrêter les névralgies si douloureuses causées par la carie des dents. Prenez une petite boulette d’ouate hydrophile avec une petite pince, ou roulez un fragment d’ouate autour d’une tige mince, trempez-la dans la liqueur de van Swielen et nettoyez bien la petite cavité cariée, à plusieurs reprises. Essuyez doucement avec une boulette d’ouate sèche et introduisez dans cette cavité un peu d’ouate trempée dans la mixture suivante :
- Acide phénique............
- Chloral hydraté...........
- Camphre...................
- Glycérine.................
- Serrez l’ouate dans la cavité et laissez 24 heures en place. Inutile de dire que ce remède n’a qu’une action temporaire et qu’il faut traiter à fond la carie dentaire.
- Traitement de l’accès de goutte. — Les accès de goutte franche se traduisent ordinairement par un gonflement douloureux du gros orteil. La peau du doigt devient rouge, tendue, cuisante, la douleur est intolérable et le malade, s’il a déjà eu des accès semblables, ne se trompe guère sur la nature de sa lésion. Localement il faut se garder des révulsifs, qui accroissent en général la douleur et ne calment guère l’irritation. Etendez le pied sur un coussin, enduisez toute la partie douloureuse du Uniment suivant :
- Chlorhydrate de cocaïne . . 20 centigrammes.
- Extrait d’opium..........1 gramme.
- Vaseline liquide . . . . .20 grammes.
- Enveloppez d’une couche d’ouate et maintenez le pied bien au repos. Le cataplasme fait avec les fleurs d’orties blanches amène aussi un soulagement très net. Avec cette médication locale, il faut recourir à un traitement interne. S’il y a de la constipation, un peu d’embarras gastrique, donnez un léger laxatif, magnésie, Sedlitz granulé; puis le lendemain prenez en trois ou quatre fois, dans un peu d’eau sucrée ou de tisane de reine-des-prés, vingt à trente gouttes (dans les 24 heures) de teinture de colchique. Après deux à trois jours de cette médication, l’accès aura cédé. Dr X.
- 5 grammes.
- INFORMATIONS
- —®— Le Pravitelstrennii Vieztnik (Messager officiel russe) rapporte l’allocution adressée par l’empereur Nicolas II à la Commission du chemin de fer transsibérien, commission dont il exerçait la présidence comme Tsézarevitch. « Messieurs, l’entreprise de la construction du chemin de fer de Sibérie est l’un des plus grands événements du règne glorieux de mon inoubliable père. Achever, avec l’aide de Dieu, cette œuvre exclusivement pacifique et civili-
- léguée par mon père bien-aimé. Avec votre collaboration, j’espère
- Eouvoir terminer dans de bonnes conditions, mais surtout vite et ien, la construction de la voie ferrée sibérienne que mon père a entreprise. » Cette allocution a été reproduite non seulement par les journaux russes, mais par la plupart des journaux allemands. D’après les documents ofticiels, l’ensemble des sections de la voie actuellement construites représente une longueur de 1518 verstes, — près de 1620 kilomètres, — ce qui constitue un peu moins du quart de la longueur totale.
- —Depuis quelques années, la maison Ch. Mildé et C‘e, électriciens, à Paris, a installé dans ses ateliers une école industrielle d’apprentis. Les jeunes gens, reçus à l’âge de quatorze ans, sont exercés au maniement de la lime, des outils, au montage des appareils, et à la pose des canalisations électriques intérieures. Des cours de dessin industriel ont lieu deux fois par semaine et sont faits par M. Casanova, professeur de dessin industriel à l’Ecole municipale Diderot. L’année dernière, en janvier 1894. M. Mildé a résolu d’ajouter un cours d’électricité industrielle qu’il a conlié à M. J. Laf-fargue. Ce cours a eu lieu régulièrement pendant toute l’année, et le 29 décembre 1894, M. Mildé a distribué diverses récompenses aux élèves s’étant particulièrement distingués, entre autres un livret de caisse d’épargne de 50 francs, deux de 25 francs et six de 20 francs, ainsi que plusieurs ouvrages d’électricité pratique. Dans quelques paroles appropriées, M. Casanova a fait ressortir le rôle important que sont appelées à jouer les écoles d’apprentissage, et a insisté sur la nécessité de développer cet enseignement professionnel. La création de la maison Mildé est donc une œuvre utile, qu’on ne saurait trop faire connaître et encourager.
- —L’Association contre l'abus des boissons alcooliques (Société française de tempérance), fondée en 1872 et reconnue d’utilité publique en 1880, vient de tenir son Assemblée générale et de nommer son bureau pour 1895, qui est composé de la façon suivante .-président: M. le Dr Semelaigne ; vice-présidents :DrBlaehe, M. Glanaaz, Dr Motet, M. Van den Dorpel; secrétaire général : DrE. Philbert ; secrétaires généraux adjoints : D™ Bouchercau et Charpentier; secrétaires des séances : D" Audigé et Moreau, de Tours; bibliothécaire-archiviste : Dr Cruet; trésorier : M. Jules Itobyns. Parmi les présidents d honneur et membres du Conseil, nous remarquons les noms de MM. le Dr Jules Bergeron, Frédéric Passv, Dr Pu-jardin-Beaumetz, Muteau, Albert Desjardins, Dr Théophile Boussel. Barthélemy Saint-Hilaire, Pr Bouchard, PrGuyon, Potain, de Nervaux, Bérenger, Diez-Monin, Dr Ilérard, Siegfried, Yves Guyot, Cheysson. Dr Magnan, Decroix, Bartaumieux, Ilerscher, Jean Monnier, etc., etc.
- —$$— D’après Engineering and Mining Journal, de New-York, on a établi, à la mine d’Anaconda (Montana), une raffinerie électrolytique de cuivre, pouvant épurer 50 tonnes de métal par jour. Le coût du raffinage ne serait que d’environ 5 centimes par kilogramme. Les résultats paraissent si favorables que la Compagnie se propose d'établir une autre grande usine à Great Falls, où le charbon peut être obtenu à 5 francs la tonne, et où il existe, en outre, des forces motrices hydrauliques. La plupart des usines américaines commencent d’ailleurs à raffiner tout le cuivre qu’elles produisent, et il deviendra de plus en plus difficile pour les usines européennes d’importer d’Amérique du cuivre brut.
- —Le Jardin d’Acclimatation, à Paris, vient de recevoir
- Suatre grandes salamandres du Japon (Megalobatrachos maximus). es très intéressantes bêtes, que l’établissement du Bois de Boulogne
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La voiture électrique que nous décrivons dans la présente livraison, est fabriquée par M. Jeantaud, 51, rue de Ponthieu, Paris; les accumulateurs électriques Fulmen sont construits par la Société anonyme de l'accumulateur Fulmen, 39, rue de l’Arcade, Paris. — Le bateau démontable se trouve chez M. Duchêne, constructeur de bateaux, à Angers. — La pile minuscule de la Nassau electric Company, dont nous avons parlé dans le n° 1129, du 19 janvier 1893, p. 126, est en dépôt chez MM. E. Cadiot et Cie, A4, rue Taitbout, Paris.
- Communications. — M. Daudeteau, à Vannes, nous a adressé une lettre intéressante, au sujet des dernières expériences fiâtes sur la cuirasse impénétrable Loris. (Vov. n° 1125, du 22 décembre 1894, p. 58.) On sait que le fusil de M. Daudeteau a percé la cuirasse que d’autres fusils n’ont pu traverser. L’inventeur nous fait, dans sa lettre, quelques observations que nous reproduisons : « Comme vous, je constate que mon expérience ne contredit pas celles qui ont été exécutées précédemment, elle les confirme au contraire, puisque dans la même séance, il a été tiré un coup de fusil de 8 millimètres qui n’a pu perforer la cuirasse, ainsi que le relate le procès-verbal que j’ai eu l’honneur de remettre entre vos mains. Permettez-moi de croire que l’expression a trahi votre pensée quand vous dites : « que l’expérience a donné lieu à quelques contestations sur la manière dont elle a été faite )). Là, je suis obligé de protester, car, en vérité, il n’y a eu aucune contestation de la part des personnes présentes à l’expérience. 11 ne faut pas parler de charge « très considérable », mais d’une charge et d’une poudre appropriées à une arme déterminée, pour en obtenir pratiquement les meilleurs résultats. Sous le bénéfice de ces observations, l’expérience du 6 novembre 1894 prouve simplement que mon fusil possède une puissance de pénétration supérieure à celle des autres fusils dont la balle a été tirée sur la cuirasse Loris. 11 a réussi où les autres ont échoué. »
- M. A. Deléchise, à Petite-Forét, par Anzin (Nord), nous fait connaître qu’à côté des expériences réalisées par son frère sur la soudure de l'aluminium, et dont nous avons parlé dans le n° 1123 du 8 décembre 1894, page 26, il a également fait de nombreuses recherches pour augmenter la malléabilité de ce métal. A l’aide d’un produit dont il ne donne pas la composition, il a pu obtenir des allongements et des emboutissages supérieurs aux résultats donnés jusqu’ici. Ces propriétés ne sont communiquées au métal que pour une durée maxima de trois heures. Enfin notre correspondant a pu déposer sur l’aluminium un enduit particulier de couleur bronzée. Nous nous bornerons actuellement à constater que grâce à ces procédés, l’aluminium pourra se prêter bientôt aux mêmes usages industriels que le cuivre.
- M. F. Witz, de Bischwiller (Alsace), nous adresse une intéressante Note sur la chute de grêlons extraordinaires. Nous la reproduisons : « Je lis dans La Nature, du 5 janvier 1895, l’article sur la grêle observée le 16 août 1894 dans la République argentine, à Rosario de Santa-Fé, par M. J.-A. Forkins : je me trouve conduit à vous donner ici encore la description d’un orage que j’ai vu se produire à Sans, près Barutsva, en 1888, et qui a donné des grêlons d’une grandeur bien rare. Parmi ces grêlons, un employé de la maison Batello, où je me trouvais alors, vint m’en apporter un qui avait 0m,045 de diamètre ; il était formé d’une réunion de cristaux aussi transparents que le cristal de roche ; ceux du milieu tout à fait transparents, mais devenant plus opaques à mesure qu’ils se rapprochaient du bord. Cet orage s’était annoncé, comme presque tous ceux produisant de la grêle, par des nuages très haut et arrivant vers nous avec une extrême rapidité. Les vapeurs d’eau étant arrivées chaudes dans l’atmosphère, se condensent en eau en se refroidissant, et gèlent à mesure qu’elles arrivent
- dans les espaces plus froids ; la condensation se faisant très vite, les cristaux déglacé restent transparents; mais, à mesure que la condensation se fait plus lentement, cette cristallisation étant moins prompte, les cristaux deviennent plus opaques, ainsi que nous le voyons se produire lorsque la glace se refroidit. »
- Renseignements. — M. V. Têtard, à Mortières. — Les dynamos sans collecteurs dont vous voulez parler, sont des dynamos à courants polyphasés, pouvant très bien convenir à l’éclairage. Ces dynamos sont construites par la Compagnie électro-mécanique, la Société l'éclairage électrique, la maison Postel-Vinay, etc., à Paris.
- M. E. Fanage, à Châteauneuf. — Voyez les articles que nous avons publiés sur le bateau sous-marin de la marine française (n° 801, du 6 octobre 1888, p. 290 et n° 812, du 22 décembre 1888, p. 49); il a fonctionné de nouveau tout récemment.
- M. J. Cavaillé, à Saint-Pierre-de-Buzet. — Pour obtenir un brevet d’invention il y a un certain nombre de formalités à remplir; nous vous conseillons de vous adresser à une agence de brevets.
- M. E. Delloye, à Marcinelle; M. E. J. D., à Paris. — Celle adresse a été donnée en tète de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil.
- M. Pointe, à Nully. — 1° Nous connaissons le calendrier dont vous parlez; remerciements. — 2° Vous pourriez-vous renseigner auprès de MM. Albasini, Allard et Cie, 11, rue de la Cerisaie, et à la Compagnie générale*de l’amiante, 11, rue de Rocroy, à Paris.
- M. Minguet, à Pierrepont. — L’adresse exacte est bien 38 rue de Chabrol, à Paris; il s’agit d’un nouveau fabricant qui s’est récemment installé,
- M. J. de Waele, à Anvers. — L’auteur du procédé le tient secret, et ne veut pas donner de plus amples renseignements.
- M. F. A., à Paris. — 1° Vous pouvez faire un bon atelier de pose avec des rideaux, mais le verre dépoli est préférable. — 2° Il n’y a pas d’autre moyen plus simple.
- M. A. Delhosle, à Perpignan. — Voyez l’adresse que nous avons indiquée en tête de la Boîte aux Lettres du n° 1123, du 8 décembre 1894.
- Un abonné, à Paris. — Nous ne savons pas si ces objets de-cuisine sont fabriqués en aluminium; mais vous pourriez vous renseigner à la Société française du nickel et de l’aluminium, 36, rue Lafayette.
- M. B. A., à Oviedo. — La réponse que vous demandez vous a été donnée dans le dernier numéro.
- M. B. G., à C. (Vendée). — Le dégagement de gaz hydrogène, dans l’expérience que vous nous indiquez, s’explique facilement par les dérivations successives que vous établissez sur l’appareil électrolyseur ; l’intensité du courant augmente par suite de la diminution de résistance. C’est un fait bien connu.
- M. J. Goffart, à X. — 1° La Note que nous avons publiée provient de la Bevue des sciences naturelles appliquées; adressez-vous au siège de la Société nationale d’acclimatation de France, 41, rue de Lille, à Paris. — 2“ Nous avons emprunté l’article à un journal anglais, The Graphie, qui donne les renseignements que nous avons reproduits. Il peut se faire que le système serve aussi au transport des personnes.
- M. Pinson, à Paris. — Consultez les catalogues de la librairie Dunod. Vous y trouverez le livre que vous cherchez.
- M. A. Blanc, à Arras. — L’annuaire dont vous parlez n’est pas mentionné dans l’Annuaire de la Presse française ; nous ne trouvons que les Annales du régime des eaux, dont le directeur-gérant est M. A. Rousseau, 14, rue Souffïot, à Paris.
- M. le Dr B., à Châteauroux. — Voyez la Numismatique ancienne, par M. A. de Barthélemy, et la Numismatique moderne et du moyen âge, par M. A. Blanchet, dans la collection des manuels Roret.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Carlos Cusi, à Figueras. 1° Nous faisons actuellement des essais sur un système d’éclairage à gaz par incandescence; nous en ferons connaître les résultats s’il y a lieu; 2° le livre que vous désirez n’existe pas. — Un abonné, à Paris. Il nous est impossible de répondre à vos questions sans connaître la puissance électrique utile qui vous est necessaire. — M. G. D., à Brest. Il faudrait construire un appareil et l’expérimenter; nous ne pouvons juger un système d’après une courte description. — M. A. B., à Lille; M. Girard, à Marseille. Consultez les Recettes et procédés utiles, lro série. (G. Masson, éditeur.)— M. D. F., à Lyon; M. Dubois, à Paris. Remerciements pour vos communications. — M. Forest, à Arras; M. G- B-, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la * Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes
- les Questions, ni à insérer toutes les mmm,rninniin*>* _ ri •.>-»< —x—- J- —’-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Fourneau & pétrole. — Cet appareil que représente notre figure ci-dessous, fonctionne au moyen d’un jet de vapeur de pétrole qui est appelé par évaporation, d’un réservoir inférieur. Voici comment on doit le faire fonctionner :
- Fourneau à pétrole. — 1. Vue de l'apparut. 2. Détails du brûleur et du support.
- 10 Remplir le réservoir de pétrole par l’orifice A (n° 1 de la figure). — 2° Verser de l’alcool dans le godet B, et l’allumer pour le faire brûler et chauffer le tube central. — 3° Quand l’esprit-de-vin dans le godet B est près d’être consumé, il faut fermer le ventilateur C et pomper, au moyen du piston D, jusqu’à ce que des sifflements annoncent que l’évaporation du pétrole s’est opérée. Il faut alors augmenter la flamme en pompant davantage. On peut diminuer la flamme à volonté en laissant sortir par le ventilateur C une partie de l’air pompé; mais ceci fait, il faut vite fermer le ventilateur. Les vapeurs de pétrole sont conduites au brûleur par un tube à quatre branches E ; la combustion s’opère par un orifice annulaire F. Le n° 2 de notre figure donne, en E, le détail du brûleur, et en F, le support placé à la partie supérieure du système, et sur lequel on place les vases à chauffer. — Cet appareil se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue Haute ville, Paris.
- Réchaud à gaz d'alcool. — Encore un nouvel appareil à gaz d’alcool, qui donne facilement une température très élevée. Ce réchaud est formé d’un récipient qui doit être rempli d’alcool (n° 1). Quand le récipient est plein, on ferme l’ouver-
- Réelminl à gaz d'alcool.
- 1. Vue extérieure. — Détail du système.
- ture et on allume une petite mèche qui est montée sur le couvercle du récipient comme l’indique le n° 2 de notre gravure. La. petite flamme formée, il faut chauffer le tube circulaire perforé qui se trouve à la partie supérieure de l’appareil; ce tube communique avec le récipient inférieur et il est pourvu d’une mèche. Par son échauffement il fait monter des vapeurs d’alcool qui sortent des trous du brûleur, et qui brûlent comme du gaz. — Même adresse que le fourneau à pétrole décrit ci-dessus.
- Le jeu du portique. — Ce jeu, enfermé dans une boîte, se monte comme l’indique le n° 1 de notre figure. Un tube de caoutchouc est relié à un portique qu’il traverse (n° 1). A sa partie inférieure le tube, muni d’un godet ventouse, peut adhérer et supporter une balle creuse métallique très légère (détail de la balle et du bas du tube n° 2). A cet effet le tube au-dessus du portique est bouché par un poinçon cylin-
- * I.» deseriDtion des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-
- drique (n° 3). La balle ainsi suspendue peut être soumise à un mouvement de balancement au bout du tube; il suffit de l’écarter doucement de la verticale. Dès qu’on retire le poinçon de l’ouverture supérieure du tube, la balle, qui n’est plus maintenue par la pression de l’air, va tomber dans l’une des cases de la boîte. On a soin de replanter aussitôt le poinçon pour que
- Jeu du portique.
- l’appareil soit prêt à recommencer; on ne le retire définitivement qu’à la fin du jeu. Les joueurs jouent ainsi l’un apres l’autre. 11 s’agit naturellement d’atteindre les nombres les plus élevés, et chacun additionne les résultats de ses coups successifs, absolument comme au jeu de tonneau. — Cet appareil se trouve chez les marchands de jouets, à Paris. !
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Bain pour rendre le ciment et autres matériaux inattaquables aux acides. — Ce bain est obtenu en mélangeait* intimement de l’amiante pure en poudre impalpable, avec une solution épaisse de silicate de soude industriel, le moins alcalin possible. Ün triture l’amiante avec une petite quantité de silicate, de manière à obtenir une pâte, laquelle est ensuite diluée dans une nouvelle quantité de silicate dissous. On obtient un produit qui, appliqué au pinceau en deux ou trois couches, protège les surfaces du ciment contre tout liquide ou vapeur acide. Avec ce bain, on peut aussi préparer un mortier qui sert à joindre les briques en grès verni ; les murs et cloisons ainsi obtenus sont inattaquables aux acides les plus concentrés.
- Encre à marquer le linge. — Pour marquer le linge, on se sert généralement d’encres à base de nitrate d’argent; l’empreinte que ces encres laissent sur le linge est d’un noir bien franc. Mais, sous l’influence de lessives fortement alcalines, souvent répétées, ces marques finissent par jaunir, deviennent d’une couleur ocreuse et, finalement, ressemblent à des taches de rouille. On peut préparer, à peu de frais, pour marquer le linge, d’une manière indélébile, une magnifique encre rouge; on opère ainsi qu’il suit ; on fait d’abord trois solutions :
- 1° Carbonate de soude............ 12 grammes
- Gomme arabique.................. 12 —
- Eau............................ 45 —
- 2“ Chlorure d’étain................. 4 —
- Eau distillée................... 64 —
- 5° Protochlorure d’étain............ 4 —
- Eau distillée................... 64 —
- Lorsqu’on veut se servir de cette encre, on trempe d’abord le linge dans la première solution ; on fait sécher, puis on écrit sur le linge, avec la solution (2), au moyen d’une plume, ou bien l’on se sert d’un timbre et d’un tampon, imbibés de cette solution. On sèche à nouveau et enfin l’on recouvre la marque avec la troisième solution. La couleur pourpre ne tarde pas à paraître; elle résiste très bien au savon et aux lessives les plus alcalines.
- Mastic pour enduire les bacs h acide. — Nous trouvons dans le Bulletin technologique de la Société des anciens élèves des Écoles d’arts et métiers, quelques formules ayant donné de bons résultats pour enduire les bacs, résistant aux acides sulfurique et nitrique, forts ou étendus : 1° Silicate de potasse à 30° Baumé. Pierre ponce en poudre. Forme aussi le meilleur mastic pour coller le verre (absolument résistant). 2° Amiante ne SulfatA hnrvtfi. 1. Silicate de soude
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- (50° B.), 2. Résiste aux acides sulfurique et nitrique forts; pour les acides faibles, employer le silicate à 130° B. 5° Silicate de soude, 2 grammes. Sable, 1. Amiante, 1. A employer de préférence au précédent pour résister à l’acide nitrique chaud. On peut toujours remplacer le silicate de soude par le silicate de potasse ; seulement celui-ci est plus coûteux et le mastic sèche plus rapidement; il doit être employé très vite. Le plus cher est le mastic n° 1, qu’il ne faut employer qu’en dernier recours. Si l’on a du silicate à 130° B., le mélanger à chaud avec de l’eau pour l’amener au poids voulu. Le sulfate de baryte peut même se supprimer, si l’on ne peut s’en procurer, lorsque l’on a affaire à l’acide sulfurique fort chaud qu’il faut mettre en contact au plus tôt avec le mastic pour le faire sécher. Ces proportions sont variables et la plupart des fabricants de produits chimiques ont des mastics à leur convenance et appropriés aux divers usages. Les formules ci-dessus s’appliquent toujours
- pour les enduits; pour les luts, il faut quelquefois les varier, notamment pour jointer les tuyauteries de terre; on ajoute alors beaucoup d’eau, de façon à empêcher de gonfler au séchage et de briser la conduite.
- Nettoyage et blanchiment des vieilles estampes jaunies. — M. C. de Clerq, chimiste, avenue Henri-Martin, a bien voulu me faire connaître le moyen de blanchir les vieilles gravures; voici le procédé indiqué : « Employer un mélange d’une partie d’eau de Javel et de quatre parties d’eau, placé dans une cuvette photographique : y laisser tremper pendant plusieurs heures la gravure, dont le papier reprend sa blancheur primitive : laver ensuite à grande eau et laisser sécher sur du papier buvard. Le papier mouillé demandera à être manié avec beaucoup de précaution. » J’ai essayé moi-même ce procédé et puis vous en garantir l’efficacité. Imbault, au Yésinet.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT Dü CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 janvier . . 4-,8 S. 4. Couvert. 1,5 Très nuag. jusqu’à 12 h.; couv. ensuite; halo à 11 h.; petite pluie de 19 h. à 26 h.
- Mardi 15 1*,9 S. E. 3 Couvert. 0,5 Couv. jusq. 14 h.; beau à 22, 23 h.; très nuag. le reste du temps; brouillard à 4 h.
- Mercredi 16 3%4 S. 2. Couvert. 3,5 Couv. jusq. 8 h.; nuag. de 9 à 21 h.; beau ensuite ; pluie de 3 à 8 h.
- Jeudi 17 5-,4 S. S. W. 3. Couvert. 2,3 Beau à 1 h.; nuageux de 4 à 15 h.; beau ensuite, un peu de pluie.
- Vendredi 18 0’jl S. 2. Peu nuageux. 0,2 Couv. de 9 à 17 h.; beau av. et ap.; brouillard de 19 à 21 h.; petite pluie à 12 b.
- Samedi 19 2*,0 S. S. E. 2. Très nuageux. 0,1 Nuag. de 1 à 7 b.; couv. le reste du temps; halo à 4 li.; petite pluie de 15 à 22 li. sans intervalles. Beau de 11 à 15 h.; couv. av. et ap.; pluie de 6 b. 1 /2 à 8 1/2 et de 21 h. à 24 h.; gouttes à 17 h
- Dimanche 20 8-,4 S. 4. Couvert. 2,3
- JANVIER 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 14 AU DIMANCHE 20 JANVIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 a 10: tes flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- l.a fondre 4 Nice. — La foudre est tombée le 15 janvier sur le fort du Mont-Chauve, près d’Aspremont, non loin de Nice. Quatre soldats ont été atteints par la décharge électrique et ont été paralysés par le choc en retour, mais ils sont revenus à eux après quelques soins.
- Tremblements «le terre en Italie. —Les appareils sysmiques de l’observatoire de Reggio-di-Calabria ont enregistré, dans la nuit du 31 décembre 1894 au 1" janvier 1895, deux secousses de tremblement de terre, dont une forte. A Messine, une nouvelle secousse s’est fait aussi sentir. Elle a été très courte et n’a occasionné aucun dégât. Le 15 janvier, dans la matinée, à 11 heures, une secousse de tremblement de terre a été ressentie à Rome, à Rocca-di-Papa et dans d’autres localités, notamment à Latiano et à Velietri, où elle a eu une intensité très grande.
- Leu i non dations! dans l’est de la France. — De graves inondations, causées par les fontes subites des neiges, ont eu lieu les 16 et 17 janvier 1895 dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l’est de la France. A Lunéville, la Vezonze n pu m» ---------- ’ •
- coup le 16 janvier vers 4 heures; l’eau a monté très rapidement et a submergé bientôt tous les jardins situés aux Petits-Bosquets, ainsi que diversas fabriques. L’usine à gaz a été envahie par les eaux, et les foyers ont dû être éteints: la ville a manqué de gaz à 6 heures. Dans diverses rues, les dégâts ont été considérables ; un grand nombre de fabriques ont été inondées et les murs se sont écroulés en grande quantité. Dans la soirée, le froid s’est fait sentir et a enrayé un peu la crue.
- A la même date, dans la nuit du 16 au 17 janvier, une grande inonda-dation est également survenue à Nancy. La Meurthe, grossie par la fonte des neiges, avait débordé; les eaux venant des montagnes des Vosges out encore augmenté la crue. En deux heures, la Meurthe est montée de 2“,90, envahissant toute la prairie de Tomblaine et toute la partie basse de la ville. Plusieurs ateliers importants ont été envahis par les eaux, et le travail a dû être interrompu. Les dégâts ont été considérables et ont été estimés à plus d’un million. Des animaux ont été noyés, des palissades, des planches et des meubles emportés en grand nombre. Depuis 1880, la contrée n'avait pas vu d’inondation aussi terrible ni de crue aussi subite et aussi rapide.
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- -----------—Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
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- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE 8BRVIGB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Contre les crampes du mollet. — Indisposition qui, pour n’ètre pas grave, n’en est pas moins sur le moment fort douloureuse et fort gênante. Suivant les circonstances où elle survient -elle peut avoir ses dangers. Qu’elle surprenne un nageur; i! le faut consommé dans la pratique de la natation pour n’étre pas immobilisé et condamné à couler à fond. Si le nageur est près du bord, il s'efforce d’atteindre un point où il a pied, et en se mettant debout, en appuyant fortement les pieds sur le sol, il fait rapidement cesser la crampe. S’il est à distance du bord, de la côte, i! n’a qu’une ressource, frictionner la jambe, faire la planche et... attendre du secours. Les crampes peuvent vous prendre en marchant, au repos dans le lit; c’est même à ce moment qu’elles semblent le plus fréquentes. Brusquement on est réveillé par une contraction tétanique du mollet, le muscle est durci en boule ; il faut ou se jeter à bas du lit et se tenir -debout, ou frictionner énergiquement le mollet avec les deux mains. On fera cesser encore plus rapidement cette contraction en étendant violemment le membre inférieur, en le raidissant dans l’extension et redressant aussi fort que possible le pied contre la jambe. Appuyez par exemple vivement le pied à
- filât contre le montant du lit, tendez le muscle et vous verrez a crampe céder en quelques secondes.
- Dangers des pansements phéniqués. — L’acide phé-•nique est devenu l’agent usuel des pansements; à dose conve-«able, c’est en effet un antiseptique excellent, d’un emploi courant en chirurgie, mais encore faut-il la dose convenable. A la moindre écorchure, au moindre bobo, on s’empresse, on prend <une solution de phénol et, sans se soucier du titre de la solution, on enveloppe la plaie, on inonde la peau. Or, il faut bien savoir que l’acide phénique pur ou, ce qui est tout un, en -solution concentrée, est un caustique énergique. Récemment, #n a signalé plusieurs cas de gangrène survenue par des applications intempestives d’un médicament à dose trop élevée, bans un cas il s’agissait d’une solution de phénate de soude au 100°, dans d’autres d’une solution d’acide phénique au 50e et au 100“. Des panaris, des écrasements du doigt pansés avec -cette solution, laissée à demeure un temps prolongé, ont été suivis d’eschares étendues. Il faut donc se méfier du phénol uand on ignore à quelle dose se trouve la solution. Le mieux, ans ce cas, est de faire un pansement provisoire avec l’eau .boriquée. Dr X....
- INFORMATIONS
- —Le sérum antidiphtérique de l’Institut Pasteur sera délivré aux pharmaciens et droguistes à partir du 10 février prochain. Toutes les demandes devront être adressées au Service au sérum antidiphtérique, à l’Institut Pasteur, 18, rue Datot, et les signataires de ces demandes sont priés d’indiquer leur qualité, l’Institut Pasteur ne pouvant, conformément à la loi, délivrer le sérum au niblic. C’est exclusivement aux pharmaciens que devront s’adresser e public et les médecins. Le sérum nécessaire aux indigents sera .distribué gratuitement ; à Paris, par les soins de l’Assistance publique,
- et en province par l’intermédiaire des services d’assistance, conformément aux reglements élaborés par l’Administration et le Comité consultatif d’hygiène publique de France.
- —Un archéologue distingué, M. Baudot, découvrit en 1839, non loin de la jonction de la Saône et du Doubs, dans la plaine de Charnay, une quantité d’objets remontant à la plus haute antiquité. Le musée de Saint-Germain vient de s’en rendre acquéreur. Ce sont des sabres, des armatures en bronze de ces boucliers qu’on nommait umbos, des pointes de flèches ou de javelots, des fers de francisques, des vases en terre, des flacons de verre d’une forme souvent élégante, des ciseaux, des pinces à épiler. Mais les plus précieux monuments sont des boucles en fer garnies de plaques d’argent finement décorées de.dessins et ornées de grenats, qu’on suppose, malgré leur grande taille, avoir servi d’attaches à des baudriers; ce sont aussi des bijoux qui témoignent pour la plupart d’un art qui n’est point vulgaire. Parmi ceux-ci sont de nombreuses fibules d’or, où des pierres et des verroteries multicolores sont enchâssées à la façon d’une mosaïque cloisonnée; elles présentent des dessins variés, dont le motif principal est la croix ; il faut citer encore de belles agrafes en bronze argenté et parfois, découpées à jour, des bagues, des colliers, des bracelets, des boucles d’oreilles, des épingles à cheveux, des boulons.
- —Notre savant confrère Henri de Parville a publié dans une récente chronique scientifique le curieux fait suivant : On a découvert il y a quelques mois, à Tocoma (Etat de Washington), un tilon... de coke! En donnant un coup de pic au toit de la galerie d’une houillère, on creva une poche communiquant à un réservoir d’eau naturel. Un jet d'eau sortit bruyamment. On se sauva, craignant une inondation. Mais au bout de quelques heures l’écoulement des eaux cessa. Un ingénieur de la mine explora la région éventrée par l’eau et trouva un amas dé coke. Un filon de houille plongeant avait pris feu jadis à la surface et avait distillé dans les parties profondes. On le suivit sur plusieurs dizaines de mètres. C’était bien du coke. Tout le filon aurait sans doute distillé ainsi sur une assez grande profondeur, si les eaux de la surface, en pénétrant dans le sol. n'eussent éteint l’incendie. C’est l'eau de pluie accumulée là depuis une époque sans doute très reculée qui, après l’ouverture de la poche, produisit l’inondation et appela l’attention sur ce singulier iilon. On ne voit pas tous les jours des mines de coke.
- —Tout près du Point-Cloates (Australie occidentale), un fermier a abattu, en quelques semaines, dans les environs de son habitation : 6 kangourous, 17 chiens sauvages, 3 dindons sauvages, 2 aigles, 2 émeus, 104 tortues, fl mouflons, soit en tout 141 pièces. Si ce tableau n’a rien d’extraordinaire sous le rapport de la quantité, il n’en est pas moins curieux par les éléments peu ordinaires qui le composent.
- —Deux très intéressantes naissances ont en lieu, la semaine dernière, au Jardin d’Acclimatation : une petite antilope gnou (Cato-blepas gnu) et un minuscule pingouin aux pieds noirs (Spheuiscus dernersus). Le petit gnou, plein de gentillesse, gambade auprès de sa mère, dans le parc réservé à l’espèce. Quant au jeune pingouin, il n’a pas encore quitté le nid où sa mère le veille avec une sollicitude étonnante.
- —®— L’association gêodésique internatiqpfile. dans sa dernière réunion, tenue à Inspruck, a décidé qu’à 1 occasion du renouvellement de ses conventions en octobre 1895, elle introduirait dans sa commission permanente un certain nombre de géologues; ces savants auront à étudier, de concert avec les géodésiens, les problèmes qui relèvent à la fois de la géologie et de l’astronomie : telle l’étude de la pesanteur et de la distribution du magnétisme à la surface du globe.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le vélo-domètre que nous décrivons dans le présent numéro se trouve chez M. Brunet, 23, Boulevard des Batignolles, Paris. — Pour tout ce qui concerne les tramways électriques (Système Thomson-IIouston), s'adresser à la Compagnie française pour l’exploitation des procédés, 27, rue de Londres, à Paris.
- Communications. — M. P. Collesson, à Nancy, à propos de nos récents articles sur T indicateur des Alpes (n° 1128, du 12 janvier 1895, p. 101) et sur les tables d’orientation en France (n° 1129, du 19 janvier 1895, p. 126), nous écrit qu'il existe des tables semblables sur différents sommets des Vosges (Ballon d’Alsace, Hohneck, Sainte-Odile..., etc.); elles ont été installées par le soin des sections vosgiennes du Club Alpin français. Notre correspondant ajoute qu’il est question de placer un appareil semblable aux environs de Nancy, au Haut-du-Lièvre, lieu élevé d’où l’on aperçoit le mont Grand-Donon et une partie de la chaîne des Vosges.
- . AL E. Jacques, à Epinal, nous informe également qu’il se trouve une table d’orientation au sommet de la Tête des Cuveaux, près de Remiremont, et que l’on doit prochainement en édifier une sur la vieille route de Bains, à 2 kilomètres d’Epinal.
- Un voyageur, à Bourges, nous cite l’indicateur, muni d’une bonne lunette, qui est placé sur le Puy de Dôme.
- M. G. Ardant du Picq, à Thiers, nous mentionne aussi l’indicateur établi sur une des tours de la cathédrale de Chartres, et qu’il a eu l’occasion de voir en 1887.
- M. Jean Lacou, ex-contremaître mécanicien, à «Bordeaux, nous adresse un compte rendu de diverses expériences qu’il a réalisées depuis 1848 sur différentes voitures mécaniques de son invention. Ses attestations sont certifiées par plusieurs témoins qui déclarent que « de 1846 à 1848? M. J. Lacou a construit deux voitures mécaniques à force humaine, l’une établie sur quatre roues, mue par deux manivelles avec chaîne à la Vaucanson et deux leviers actionnant deux vilebrequins, et l’autre voiture à trois roues aussi à vilebrequins actionnés par des pédales, qui est le tricycle actuel ». Ces personnes disent être montées souvent sur ces voitures mécaniques, les avoir fait fonctionner et avoir parcouru avec elles diverses campagnes des environs de Bordeaux. M. Jean Lacou revendique le mérite d’avoir appliqué le premier la pédale au vélocipède en 1848, soit treize ans avant Michaux.
- M. H. Gordon Fortes, lieutenant-colonel, à Boulogne, nous adresse une photographie qu’il a faite à Ceylan et qui représente des cocotiers. Parmi ces arbres est un tronc qui se bifurque en deux branches en forme de fourche. Un tel tronc double est très rare dans le monde des palmiers. Nous en avons cependant déjà cité des exemples dans La Nature. Le cocotier que nous mentionnons se trouve dans le voisinage de Colombo. Il se développe parfaitement.
- M. Nury, au Péage de Roussillon, nous envoie un Mémoire descriptif sur un compteur horaire d’électricité composé d’un mouvement d’horlogerie marchant trois cent soixante heures et renfermant un commutateur interrupteur qui agit, par l’intermédiaire de leviers et ressorts, sur le balancier du mouvement d’horlogerie pour l’immobiliser lorsque le circuit est ouvert, et lui rendre sa liberté, lorsque le circuit est fermé. Un dispositif particulier est destiné à faciliter la lecture de la durée du passage d’un courant électrique; il consiste en un disque qui est actionné par un mécanisme spécial, et sur lequel sont inscrits des nombres multiples successifs de 12, depuis 0 jusqu’à 348. Ces chiffres passent successivement devant une ouverture percée dans le cadran principal à mesure que la durée du passage du courant augmente de douze heures.
- M. H. Saugeron, à Suez, à propos de la lampe à pétrole YEclatante, que nous avons décrite dans le n° 1128, du
- 12 janvier 1895, nous dit que cette lampe est employée depuis six mois dans un café à Suez, où elle a donné des résultats très économiques pour l’éclairage. Deux lampes suffisent pour éclairer une salle de 12 mètres de longueur sur 5m,50 de largeur et remplacent quatre lampes de 32 lignes du type dit Soleil.
- Renseignements. — M. P. Berner, à Chaux-de-Fonds. — Voyez l’adresse donnée en tête de la Boîte aux Lettres du n° 1114, du 6 octobre 1894.
- M. E. J., à Serézin. — 1° Une pile au sulfate de cuivre à écoulement pourrait vous convenir. — 2° Nous ne connaissons-pas cette pile. — 3® Tous les systèmes de moteurs électriques ont sensiblement les mêmes rendements, quel que soit leur mode d’enroulement.
- M. H. Anot, à Châlon-sur-Saône. — L’application de touage électrique dont vous parlez remonte à quelque temps déjà ; elte-a été décrite dans les journaux spéciaux. Remerciements. .
- M. L. Hassag, à X. — Votre procédé nous semble apporter une complication à la manipulation de l’appareil. Il est plus simple d’avoir sous les yeux le code télégraphique et de faire directement les signaux avec la clef.
- M. J. A. P., h Areachon. — 1° Nous avons publié un grand nombre d’articles sur la téléphonie à grande distance ; voyez les Tables des matières des dix dernières années 1883-1892.. — 2° 11 faut consulter un ouvrage spécial sur cette question ; voyez les catalogues des librairies G. Carré, Gauthier-Villars et Baudry, à Paris.
- M. P. Dulioust, à Tipaza. — Nous avons décrit, dans les Petites Inventions, du n° 1044, du 3 juin 1893, un chauffe-bains à essence minérale, que vous pourriez utiliser ; l’adresse du constructeur est indiquée dans l’article.
- M. D. F., h Paris. — Chaque appareil a ses avantages et ses inconvénients ; il nous serait difficile d’établir une comparaison entre les divers modèles.
- M. E. Bochelle, à Bilbao. — Nous avons donné plusieurs--adresses de constructeurs de moteurs à pétrole en tête dé la Boîte aux Lettres du n° 1118, du 3 novembre 1894.
- M. A. Dina, à Antsirane (Diégo-Suarez, Madagascar). — Tous les produits dérivés du pétrole et répandus dans le com—' merce sous les noms les plus divers, ne sont que des essences; de pétrole qui se distinguent par leurs densités. La Gazoline entre autres est une essence légère de densité variable de 0,645* à 0,650; elle se trouve chez tous les grands épurateurs, et notamment chez MM. Deutsch frères, 50, rue de Chàteaudun, à. Paris.
- M. F. E, à B. —Nous n’avons jamais vu mentionné le fait que vous citez; mais il nous semble bien extraordinaire. Cette odeur ne proviendrait-elle pas d’un flacon d’ammoniaque laissé-' dans le voisinage?
- M. A. Minassian, à Constantinople. — La boîte de pyroca qui nous a été adressée ne portait pas d’adresse de fabricant.? Cette boîte est en vente chez tous les marchands de tabac de Belgique.
- M. P. Delaporte, à Senlis. — Vous trouverez chez M. Ber-ville, marchand de fournitures pour dessin, 25, rue de I» Chaussée-d’Antin, à Paris, des couleurs toutes préparées pour aquarelles, et des traités qui vous renseigneront.
- M. J. Aldebert, à Lille. — Adressez-vous à la Compagnie française du celluloïd, 11, rue Bailly, à Paris.
- M. T. Munier, à Paris. — Nous avons reçu votre communication qui nous paraît intéressante; mais nous ne pouvons nous occuper de ce qui concerne l’exploitation des appareils.
- M. Richard Mendel, à Milan. —Le nombre des mécaniciens- : qui fabriquent ces machines motrices est innombrable; il faudrait vous envoyer un dictionnaire.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. B., à Amiens. Nous ne pouvons insister plus longuement sur ces questions; voyez les traités spéciaux. — M. Laurent, à Brest. Les détails de fabrication que vous demandez ne sont pas connus. — M. E. Délye, à Londres. Adressez-vous à la librairie encyclopédique de Roret, 12, rue Hautefeuille, à Paris. — M. Girard, à Bordeaux.
- Ce procédé ne saurait être utilisé industriellement ; il présenle de-nombreux inconvénients. — M. Edmond Parier, à Genève. Votre lettre a été envoyée à l’auteur de l’article, qui a dû vous répondre-— M. O. Cepich, à Alexandrie. Nous ne connaissons pas d’application de ce genre, et il n’existe pas d’ouvrage sur ces questions. —
- M. W. P-, à Paris. Consultez les Recettes et procédés utiles, lre et 5e série (G. Masson, éditeur). — M. H. F. Snow, à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles, 2“ série, à la même librairie que > ci-dessus. — M. L. Morin, à Paris; M. L. D., & Marseille. Remerciements pour vos communications.
- D%ns la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signales par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattacnent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre a tontes lesq lestions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres rerues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- Châssis oscillant pour cuvettes photographiques. — Peu de nos lecteurs, sans doute, ne se sont point livrés à l’exercice peu distractif quoique prolongé, qui consiste, dans l’obscurité de la chambre noire, à agiter les cuvettes à bains variés, contenant les plaques ou les papiers photographiques. Certes, il vaudrait mieux n’avoir point ainsi, pendant de longues minutes, les mains embarrassées, être au contraire libre de ses mouvements, et, commodément installé, la petite lanterne rouge à la main, pouvoir consacrer toute son attention à l’observation continue et non intermittente de la plaque. Dispensé de toute préoccupation matérielle, le photographe n’en aurait que plus de sûreté morale, pouvant saisir à coup sur le moment précis où l’action du bain est suffisante. Aussi a-t-on cherché dès les origines de la photographie des appareils réalisant l’agitation mécanique des bains. Les divers appareils présentés dans ce but ont rencontré peu de faveur auprès du public. Les uns, consistant en cuvettes pouvant osciller autour d’un axe horizontal et qu’on mettait en mouvement au moyen d’un balancier-pendule, avaient le grave inconvénient d’étre à oscillation décroissante; ce qui, non seulement nécessitait qu’on donnât de temps en temps une nouvelle impulsion au balancier, mais donnait aussi à la cuvette une oscillation irrégulière. Or, l’agitation à la main a l'avantage d’étre à peu près uniforme. Bien conduite par les amateurs exercés, elle fait partie de ce « coup de main » que leur jalousent les débutants. L'emploi d’un moyen mécanique donnait ainsi des lavages inférieurs en qualité aux lavages à la main. 11 fallait des appareils d’agitation à mouvement rigoureusement constant et uniforme. Les mou-
- Châsfij oscillant pour les laboratoires de photographie.
- vements d’horlogerie n’auraient rien eu de pratique, grâce à leur délicatesse et à l’humidité du milieu dans lequel l’appareil est destiné à séjourner. On a employé de petits moteurs électriques. On avouera que la solution est bien compliquée, étant donnée la simplicité du but recherché. Mais ne trouve-t-on pas dans tout cabinet noir une force motrice naturelle qu’il n’y a qu’à utiliser ? celle de l’eau du réservoir qui sert à tous les lavages. C’est justement la source du mouvement dans l’appareil d’agitation que nous allons décrire. Cet appareil peut etre mis dans les mains de la personne la plus ignorante. Il suffît de le relier par un tube de caoutchouc C au robinet d’eau, et d’ouvrir ce robinet si l’on veut mettre l’appareil en marche. Qu’on ferme le robinet, la cuvette s’arrête instantanément. En ouvrant plus ou moins le robinet on a la vitesse que l’on veut. Le moteur est donc absolument pratique et indérangeable. On peut même arrêter la cuvette de force à la main ; dès qu’on la lâche, elle repart à sa vitesse primitive. Le fi'et d’eau vient agir sur une minuscule turbine T, à laquelle il donne un mouvement de rotation rapide. Il s’agit alors de transformer ce mouvement. On a adopté pour le châssis une oscillation rectiligne et horizontale, afin d'éviter tout mouvement de rotation au sein des liquides, les mouvements de rotation nuisant, comme chacun sait, à l’homogénéité des liquides plus ou moins complexes employés (cette propriété étant utilisée à dessein, en l’exagérant, dans les turbines séparatrices des mélanges fluides). A cet effet le mouvement de rotation de l’axe de la petite turbine est réduit en vitesse par le couple d’engrenages R, dont la plus
- 1 La description des appareil» est gratuite. La rédactkn des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- grande roue porte un guide vertical g, compris entre deux fils de cuivre f, fixés au cnàss s porte-cuvette. Ce châssis, formé, comme le reste du bâti, de lamelles de zinc cuivré, roule sur quatre billes de verre P, placées dans des paliers en deux parties, dont la moitié appartient au châssis, l’autre moitié au bâti, ce qui donne un guidage complet. Le mouvement d’oscillation de la cuvette est absolument régulier et uniforme, 1» mise en marche à la vitesse normale, et l’arrêt, instantanés. On peut à la campagne l’employer aussi bien qu’à la ville, les réservoirs à l’étage supérieur suffisant à la marche de cet appareil. A. Riegel.
- La canne porte-paquets. — La canne que nous allons faire connaître à nos lecteurs a la forme de bec de corbin. Sur
- Canne portc-prquets.
- sa longueur deux ou trois crochets distancés servent à maintenir un paquet. Le bout de la canne s’insère, à volonté, dans la monture d’une grande roulette et s’en détache par l’entrée ou la sortie d’un petit ergot dans l’encoche A. On ne se sert donc de la roulette (qu’on porte en poche) que lorsqu’on veut transporter un paquet qui vous coupe les doigts. Alors on « roule tison paquet sur les trottoirs.)
- g Moutardier et salière. — Le 'numéro 1 de] la figure-représente un moutardier d’un nouveau système. C’est un vase élégant en métal argenté qui est formé dmn mécanisme assez singulier. La moutarde est contenue dans le vase, dont le couvercle ferme hermétiquement. Ce couvercle porte au centre un piston dont le récipient cylindrique forme le cylindre. Le bouton supérieur du couvercle est l’extrémité d’une vis qui traverse le couvercle et porte le piston. En tournant le bouton, on fait descendre le piston, qui comprime la moutarde, et la fait sortir par le tube, comme l’indique la flèche de notre figure. On fait ainsi écouler la quantité voulue. Notre numéro 2 est une salière,.
- Moutardier et salière mécaniques.
- Moutardier. — 2. Salière. S. Tiroir à sel. P. Tiroir à poivre.
- elle comprend deux compartiments, l'un pour leseFen poudre, l’autre pour le poivre moulu. A la partie inférieure sont deux petits tiroirs ; quand on les ouvre, on voit qu’ils ont la forme de deux pelles à rebords, remplies de sel et de poivre. Quand on rentre ces pelles, elles soulèvent une petite trappe qui s’était momentanément abaissée après leur passage. Avec cet appareil fermé par un couvercle, plus de poussière dans le sel et le poivre. — Ces systèmes se trouvent chez M. Malézieux aîné, fi5, boulevard de Strasbourg, Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Les tuberculoses animales. Leurs rapports avec la tuberculose humaine, par Et*. Nocard, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alfort. 1 vol. petit in-S1* de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, G. Masson et Gauthier-Yillars et fils, éditeurs. Prix : broché 2 fr. 50; cartonné 5 francs.
- Culture du caféier. Semis, plantations, taille, cueillette, dépulpation, décorticage, expédition, commerce, espèces et races, par E. Raoul, avec la collaboration pour la partie commerciale de E. Daroli.es, sous-intendant militaire. 1 vol. grand in-8°. Tome II. Première partie du Manuel des cultures tropicales de E. Raoul et P. Sagot. — Paris, A. Chal-lamel, éditeur, 1895. Prix : 7 francs.
- Les lumières artificielles en photographie. — Étude méthodique et pratique des différentes sources artificielles de lumière, suivie de recherches inédites sur la puissance des photopoudres et des lampes au magnésium, par H. Fourtier. 1 volume grand in-8° de la Bibliothèque photographique. — Paris, Gauthier-Yillars et fils, éditeurs. 1895. Prix ; 4 fr. 50.
- L'électro-aimant, sa construction, ses applications, et l'élec-tro-mécanique, par Silvanus P. Thompson. Ouvrage traduit et adapté de l’anglais, par E. Boistel. 1 vol. petit in-8°, de la Bibliothèque électrotechnique. — Paris, J. Fritsch, éditeur, 1894. Prix : broché 10 francs; cartonné lOfr. 50
- Traité élémentaire de botanique, par Léon Gérardin, professeur au lycée Carnot et à l’école Turgot. I. Anatomie et physiologie végétales. 1 vol. in-8°, avec 535 figures. — Paris, J.-B. Baillière et fils, 1895. Prix : 6 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 21 janvier . . 7 5 S. 2. Couvert. 4,2 Couvert ; pluie jusq. 3 h., et de 16 à 21 b.
- Mardi 22 — T.8 N. 2. Beau. 3,0 Beau jusq. 7 h., puis très nuag., couv. après 18 h., un peu de neige dans la soirée
- Mercredi 23 1»,2 NV. S. W. 2. Couvert. 0.1 Beau à 16-17 h. et à 23-24 h.; couv. le reste du temps; un peu de pl. et de neigé à plus. repr. entre 8 et 14 h..
- Jeudi 24 —1*,2 S. W. 2 Beau. 2,2 Beau de 4 à 8 h. et de 21 à 23 h.; presq. couv. le reste du temps; un peu de neige.
- Vendredi 23 2*8 W. 3. Couvert. 22 Beau jusqu’à 6 h., puis couv.; très nuag. après 14 h.
- Samedi 26 -2»,4 VV. 3. Peu nuageux. 1,3 Peu nuageux jusq. 9 b., puis presq. couv.; couv. après 15 h. Un peu de neige dans la soirée.
- Dimanche 27 —3”,5 E. N. E 1. Peu nuageux. 0,2 Couv. jusq. 6 h., puis nuag.; beau après-midi; un peu de neige à 1 b. et à 5 h.
- JANVIER 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 21 AU DIMANCHE 27 JANVIER
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du veut. Les courue., ou naueu indûment • courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer): courbe plus mince, thermomètre à Vabri à boule seche ; courbe en pointillé. thermomètre à Vabri à boule mouillée, «
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- .Orage» et <CJii|iête* de neige et de grêle. — Le 23 janvier 189S, vers 1 heure de l’après-midi, une teinp- te de grêle et de neme s’est abattue sur Paris. Uu veut violent chassait de biais les flocons mêlés de grésils assez gros qui crépitaient contre les vitres. Mentionnons aussi un fait assez rare au mois de janvier: cette tempête, qui a duré environ une heure et demie, a été accompagnée de plusieurs coups de tonnerre. Le même jour, ou a signalé aussi en province et à l'étranger de violentes bourrasques, et les dégâts ont élé considérables. Les communications téléphoniques ont été interrompues à 1 heure avec Loudres, Bruxelles, Anvers et avec uu grand nombre de villes de province, notamment avec le Havre, Lille, Saint-Quentin, Amiens, Reims, Tours, Orléaus, Nancy, Epernay, Chàteauroux. Ces communications ont été rétablies les unes dans la soirée et les autres dès le lendemain. A Epiual, le niveau de la Moselle a monté de plus d’un mètre. De Belfort, on a signalé des inondations sur divers points du territoire. Les 23 et 24 janvier 1895, uu fort coup de vent de nord-ouest a sévi dans la Manche. Sur tous les points de la côte on a eu à déplorer des sinistres. A la môme date, à Burfleur, un bateau de
- commerce, que l’on croit être de nationalité anglaise, se trouvait à quelques milles dans le nord-est faisant des signaux de détresse et ne pouvant plus manœuvrer. A la tombée de la nuit, ce bâtiment désemparé faisait route vers la côte est. A Cherbourg, le croiseur Chasse loup-La abat, qui devait sortir de l’arsenal et prendre la mer pour faire des expériences, n’a pu effectuer ce mouvement à cause du mauvais temps. Il est sorti du port militaire et a mouillé sur rade en attendant que le temps lui permette d entreprendre ses essais.
- l.es «iéjilncenientg «le l'axe de rotation «le la Terre.—
- M. Foerster, directeur de l’Observatoire de Berlin, a présenté à la dernière réunion de l’Association britannique pour l'avancement des sciences, les résultats d’observations poursuivies pendant une période de vingt mois à Kazan, à Strasbourg et à Bethléem (Pensylvanio), dans le but d’élucider la question des déplacements de l’axe de rotation de la Terre. II résulte de ces observations, au nombre de 6000, que notre pôle se déplace suivant une spirale enroulée de l'ouest à Test. La vitesse du mouvement est variable; elle est actuellement en décroissance. Il faut ajouter que le déplacement total est très faible, puisqu’il ne dépasse guère 15 mètres.
- _____________ (Ciel et Terre.)
- PHASES DE LA LUNE N. L. le 25, à 9 b. 35 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication- du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boite aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SBRVK2B DlJ JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRA1RIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMÀINE
- Les naturalistes du Muséum. — Les professeurs, les assistants et les préparateurs attachés au Muséum ont été convoqués la semaine dernière par M. Milne-Edwards, l’éminent directeur de notre grand établissement national ; l’assemblée s’est réunie mardi, 29 janvier, dans l'amphithéâtre de zoologie du Jardin des Plantes. M. Milne-Edwards, qui présidait, a ouvert la séance en expliquant quel était le but de la convocation.
- « Je voudrais, a dit l’honorable orateur, resserrer, s’il est possible, les liens qui unissent, nos différents services, former, au Muséum, par l’union intime et constante des professeurs et de leurs élèves, des préparateurs et des assistants, des correspondants et des voyageurs, une sorte de grande famille, faire converger vers un même but les efforts de tous. Des réunions comme celles-ci, organisées périodiquement, nous y aideront. Chacun y exposera les recherches poursuivies, les faits observés dans son laboratoire. Les voyageurs raconteront les conditions dans lesquelles ils ont recueilli les collections qu’ils nous envoient; les naturalistes nous feront part des faits nouveaux, des particularités relevées au cours de l’examen de ces collections. Ainsi pourra-t-on se convaincre que tant d’efforts ne seront pas dépensés en pure perte. Et comme il conviendra de garder trace de ces communications, de noter les idées et aperçus nouveaux nés au cours des discussions, un procès-verbal de nos séances, le Bulletin des naturalistes, paraîtra, qui sera la traduction de la vie scientifique du Muséum. »
- 11 n’est pas besoin de faire ressortir toiit l’intérêt scientifique qui résultera de cette organisation. M. Milne-Edwards a rencontré de la part de tous ses auditeurs, parmi lesquels se trouvaient quelques-uns de nos explorateurs les plus éminents, le concours le plus empressé. Le directeur a remercié tous ceux qui se sont mis les premiers à sa disposition, MM. Dybowski, l’amiral Vignes et le prince Roland Bonaparte. La plus grande partie de la séance a été consacrée aux voyages de M. Grandi-dier à Madagascar et aux découvertes d’une incomparable valeur dont la paléontologie, la botanique, la géologie et la plupart des sciences naturelles et géographiques sont redevables à l’intrépide explorateur. M. Diguet, voyageur du Muséum, a raconté son intéressant voyage dans la basse Californie. Nous citerons encore quelques descriptions d’espèces faites par MM. bouvier, R. Saint-Loup, Filhol, et une communication de M. Bâillon. M. E. Oustalet, assistant de zoologie, a été désigné comme secrétaire général des séances que désormais les naturalistes du Muséum tiendront tous les mois.
- INFORMATIONS
- —®— La foudre produit souvent, comme on sait, des effets très bizarres. En suivant la route d’Epernay à Montmirail, on a pu voir en face de liaizil les conséquences curieuses d’une décharge électrique. Vingt-trois poteaux télégraphiques, se succédant avec ou sans
- solution de continuité, ont été frappés de la foudre pendant un orage. Les uns ont été fendus dans toute leur hauteur ; chez d’autres, des copeaux plus ou moins larges ont été enlevés ; certains ont leur sommet déchiqueté ; sur plusieurs, enfin, le passage est nettement marqué par une spirale régulière s’enroulant autour de leur fût. S’il est dangereux de s’abriter pendant un orage sous le feuillage des grands arbres, il est non moins imprudent de s’approcher des poteaux de télégraphe.
- —$$— Une grande course véloeipédique de 500 kilomètres sur route aura lieu au mois de juillet prochain. Itinéraire : Bèrek-sur-Mer à Paris et retour à Berck. Il y aura 4000 francs de prix, plus une prime de 1000 francs pour le vainqueur, s’il bat le record de 500 kilomètres sur route. Les prix seront donnés par le cercle vélo-cipédique de Berck-sur-Mer.
- —S— Pendant la saison sèche, la surface du sol, dans une grande partie du nord de la Chine, est couverte d’une couche blanche, que les indigènes désignent sous le nom de chien, qui se dissout facilement dans l’eau et disparaît au moment des pluies. Un échantillon de cette couche saline a montré à l’analyse la composition suivante : chlorure de sodium 23,8 pour 100 ; carbonate de soude 12,4 pour 100 ; sulfate de soude 03,8 pour 100. Si l’on racle le sol recouvert de ces sels et qu’on traite la masse par l’eau chaude, ces sels se dissolvent et on les sépare facilement de la terre par tiltration ou par décantation. La liqueur obtenue et concentrée dépose, par refroidissement, une grande quantité de cristaux constitués à peu près exclusivement par le sulfate de soude; les eaux mères contiennent donc le chlorure de sodium, le carbonate de soude et un peu de sulfate. En évaporant à siceitè on obtient une masse brunâtre qui est un carbonate de soude impur, coloré par des matières organiques et "que les Chinois désignent sous le nom de Tzuchien. Ce produit sert au blanchiment des matières textiles et aussi, en raison de sa teneur en sulfate de soude, comme mordant pour la teinture du coton, par exemple. (Engineering and Mining Journal.)
- —Üp— La ville d’Angers ouvrira, le 12 mai prochain, dans le Palais de l'Exposition, élevé place du Champ-de-Mars, au centre de la ville et des promenades publiques, une Exposition nationale, artistique et industrielle. Cette Exposition aura une durée d’environ quatre mois. Des dispositions spéciales sont prises pour donner un grand développement et un éclat exceptionnel à la section des beaux-arts (art moderne). Une Commission technique est particulièrement chargée de son installation.
- —Le Gouvernement belge a récemment nommé M. Bernard Renault associé de l’Académie royale de Belgique. En France, il n’y avait que deux associés : M. G. de Saporta, dont nous avons eu la douleur d’annoncer la mort, et M. A. Gaudry. M. B. Renault est un nouvel associé français, il remplace M. Stur, président de l’Institut géologique de Vienne, mort l’année dernière. Si ce choix honore M. B. Renault, il honore aussi grandement ses compatriotes autunois et la Société d’histoire naturelle d'Autun dont il est président.
- —D’après ce que rapporte le Colliery guardian, lit-on dans le Journal des inventeurs, un entrepreneur américain, M. Charles Coen, s’occupe en ce moment d’un projet bizarre, consistant à créer une île artificielle en plein océan Atlantique, à 16 kilomètres de Long Island. La profondeur de l’eau à cet endroit est d’environ 21 mètres. Les fondations de l’ile consisteront en 60 caissons de fer, chacun ayant 4m,5 de diamètre. L’ile, qui recevra le nom d’a At-lantis », supportera un hôtel de premier ordre. Comme elle ne sera située sur le territoire d’aucun Etat, son créateur espère n’avoir ni impôt à payer, ni à obéir à aucune loi.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Appareil photographique Guitton de Giraudy : s’adresser à MM. André et Lieutier, 9, rue Pavillon, à Marseille. — Pour ce qui concerne l’appareil soutireur rotatif, s’adresser à la maison Pernod fils, à Pontarlier (Doubs). — Le châssis oscillant pour cuvettes photographiques, décrit dans les Petites Inventions du n° 1131, du 2 février 1895, se trouve chez M. Sayer, 64, rue Amelot, à Paris.
- Communications. — M. J. Mandemain, à Etampes, à propos de la Clepsydre mystérieuse que nous avons décrite dans le n° 1127, du 5 janvier 1895, p. 85, nous écrit qu’il possède deux clepsydres analogues, l’une marchant trente heures et l’autre dix-huit heures. La première est très élégante et très soignée; sur la corniche du haut on aperçoit la place de trois petites tètes de pin qui ont disparu. Elle rappelle bien le style Henri II, mais notre correspondant ne la croit pas aussi ancienne. Ges deux clepsydres marchent avec une grande régularité. Ces horloges ont fait leur apparition à Paris à la fin du dix-septième siècle; elles venaient de Bourgogne. Un savant italien, le P. Martinelli, en avait parlé longuement dans un ouvrage italien imprimé à Venise en 1663. D’après les nombreux renseignements qu’il a pu recueillir sur le sujet, notre lecteur pense
- Ïu’it ne faut pas faire remonter l’origine de ces clepsydres au elà de 1690.
- M. J. D. Roots, à Teddington, nous adresse une Notice contenant le résumé des nombreuses théories de la gravitation qu’il a émises récemment dans divers journaux scientifiques français et étrangers.
- M. A. Delécluse, à Petite-Forêt (Nord), nous envoie de nouveaux renseignements sur le bronzage de l’aluminium dont nous avons parlé dans notre Boîte aux lettres du n° H 50, du 26 janvier 1895. L’enduit dont il est question résiste à l’action corrosive de l’eau de mer et au feu à la température de 400 degrés. Le même produit convient également pour les tôles d’acier ; des expériences comparatives après immersion de quinze jours dans un bain d’eau de mer concentrée à 20 pour 100 de chlorure de sodium, ont montré que deux plaques d’acier bronzé n’avaient subi aucune altération, alors que la plaque d’acier était couverte de taches de rouille.
- Un lecteur, à X., à propos de notre récent article sur la Construction d'une maison à température constante, à Cha-monix, paru dans le n° 1130, du 26 janvier 1895, p. 137, nous écrit qu’il a vu, il y a trente-cinq ans environ, une maison à peu près semblable chez M. Gény, maître de forges à Mon-treuil-sur-Blaise (Haute-Marne). Le chauffage était obtenu par une série de tuyaux qui, avant de rejoindre la cheminée à l’air libre, parcouraient les parois extérieures des différentes pièces. Pendant l’été, ces tuyaux étaient mis en communication avec la cave; et l’air froid circulait dans les conduites et refroidissait les murs de la maison. M. Gény avait eu l’idée de faire circuler de l’eau chaude pendant l’hiver et de l’eau froide pendant l’été; mais il avait dû y renoncera cause des inondations.
- Renseignements. — M. le secrétaire de la Société d'instruction populaire, à Montauban. — Vous trouverez un Rapport complet sur les résultats du concours ouvert par l’Association des industriels de France contre les accidents du travail pour la création d’un type de masque respirateur contre les poussières, dans le Bulletin de la Société d'encouragement du mois de septembre 1894.
- M. J. Escoffier, à Lyon. — 1° Ecrivez au fabricant que nous avons désigné précédemment (Boîte aux lettres du n° 1131). — 2° Toutes les machines à écrire que nous avons décrites dans La Nature sont de bonne qualité, mais il ne nous est pas possible de dire quelle est la meilleure.
- M. G. B., à Genève. — 1° Le celluloïd est un produit formé par le mélange de cellulose nitrique et de camphre. Ce mélange
- est additionné d’alcool, puis laminé et comprimé. Il constitue alors une matière dure, élastique et transparente. — 2° Nous avons indiqué l’adresse d’un fabricant dans notre dernière Boîte aux lettres.
- M. T. Sinnet, à X. — Le Formulaire pratique de l'Electricien indique pour la consommation horaire par bec Carcel : 127 litres de gaz pour le bec Papillon, 105 litres pour le bec Bengel, 59 grammes de pétrole, 30 watts-heure pour la lampe à incandescence, et de 5 à 10 watts-heure pour la lampe à arc.
- Un abonné, à Nantes. — L’article que vous demandez sera fait ultérieurement.
- M. le Dr de Gislain, à Montargi». — Nous avons décrit un nettoyeur mécanique spécial pour filtre Chamberland dans le n° 931, du 4 avril 1891, p. 285; le constructeur est M. André, 15, rue Royale, à Paris.
- M. F. Teissier, à Bernay. — A l’époque où nous avons parlé de ce fumivore-ventilateur, il fallait s’adresser à l’inventeur,. M. Becker, à Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise).
- M. Ch. Ledoyen, à Fiers. — Meules émeri : M. Deplanque fils, 54, rue des Boulets, etM. Henry, 21, passage des Favorites, à Paris.
- M. A. Lhuillier, à Clichv. — 1° Il faut employer des piles au sulfate de cuivre. — 2° Consultez le traité pratique de Galvanoplastie, de M. A. Brandely, dans la collection des manuels Roret.
- M. A. B., à Paris. — 1° La liqueur de Van Swieten est formée de : bichlorure de mercure, 1 ; eau pure, 900 ; alcool à 80 degrés, 100. La liqueur contient 1 millième de son poids de sublimé d’après le Codex. — 2° Tous pouvez demander cette liqueur chez tous les pharmaciens. — 3° Les autres substances dont vous parlez doivent être prises en quantités égales.
- M. C. M., à Paris. — Le Bulletin international du Bureau central météorologique de France indique tous les jours l’humidité relative de l’air; il faudrait consulter les bulletins semblables des observatoires météorologiques d’Amérique.
- M. J. G., au Brusc. — Voyez les adresses relatives aux appareils décrits en tète de la Boîte aux lettres du même n° 1126, du 29 décembre 1894, qui contient la description du frein dont vous parlez.
- Mme la vicomtesse de Pontfary, à Cannes. —Nous ne croyons pas que l’effet soit semblable.
- M. J. Excourbaniès, à Mauriac. — D’après l'Annuaire du Bureau des lonqitudes, au 1er janvier 1895, la déclinaison magnétique occidentale était de 14° 12 à Mauriac et de 15° 18 à Paris.
- M. F. Mahler, à Lucerne. — Compresseurs d’air et de gaz à haute pression : M. A. Thirion, 160, rue de Vaugirard, et M. Leclaire, 140, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. J. Pausier, à Oviedo. — 1° Plusieurs manuels du mécanicien chauffeur ont été publiés par les librairies Dunod, Ber^ nard et Baudry. — 2° Injecteurs divers pour chaudières : MM. Koerting frères, 20, rue de la Chapelle, et MM. Müller et Roger, 108, avenue Philippe-Auguste, à Paris.
- M. A. L., à Rouen. — Adressez-vous aux marchands de produits chimiques pour laboratoires.
- M. A. Talobre, à Issoire. — Adressez-vous à M. Andriveau-Goujon, éditeur de cartes géographiques, 4, rue du Bac, à Paris.
- M. Hubert Vitalis, à Lodève. — L’adresse que vous demandez a été donnée en tète de la Boite aux lettres du n" 1079, du 3 février 1894.
- M. Régis de Soras, à Paris. — Pour la métallurgie pratique, il faut des spécialistes, et les traités ne donnent parfois aucune indication tout à fait détaillée.
- M. E.-F. Jean, à Bruxelles. — Renseignez-vous à la librairie Michelet, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Jeannau, à Hesdin. Il est probable que les dispositions dont vous parlez ont présenté en pratique divers inconvénients qui ont forcé l’inventeur à les rejeter. — M. A. de Freilas Reys, à Campinas. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés. — M. Girard, à Lille. Consultez divers traites d’électricité ; la formule sur laquelle vous vous appuyez n’est pas exacte. — M. Durand, à Arras, il faudrait refaire ces expériences en prenant des précautions pour les pesées de charbon; les premiers résultats que vous indiquez ne nous semblent pas possibles. — M. H. Bernard, à Nancy. Voyez les Recettes et procédés utiles lre série (G. Masson, éditeur). — Un abonné, à Jassy. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. John Ziffo, à Londres. Remerciements pour votre communication qui' nous utiliserons.
- Dans la « Boîte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS*
- Le nageur mécanique. — Notre gravure représente un curieux petit jouet consistant en un nageur, qui exécute très habilement de la natation à cale sèche. On le pose sur une
- Jouet du nageur mécanique.
- table, et il s’élance en glissant à la surface; ses bras et ses jambes font avec précision tous les mouvements du nageur. Le mécanisme consiste en un ressort placé au-dessous de l’appareil et qu’il suffît de monter avec une clef pour que le système fonctionne. Le mouvement est transmis à deux volants qui portent chacun une tige excentrique ; cette tige supporte les leviers faisant mouvoir les bras et les jambes. Le petit appareil est monté sur trois roues qui facilitent son mouvement. — Ce jouet se trouve chez M. P. Bertrand, 17, rue Hauteville, à Paris.
- Carton classeur de journaux. — La plupart des abonnés aux journaux périodiques, après avoir lu, et avoir gardé sur leur bureau pour l’examiner par moments, le numéro venant de paraître, le mettent de côté jusqu’à ce que, l’année écoulée, ils le fassent brocher ou relier. Mais, jusque-là, combien de numéros peuvent se détériorer, s’égarer, et que de temps perdu lorsqu’on veut faire des recherches dans les livraisons antérieures. Le carton classeur ci-contre permet de faire soi-même la reliure. Avec une tige de métal munie de deux oointes (n° 1), on perfore la livraison à garder; les deux trous
- Carton classeur de journaux.
- percés, on y passe une tige de fil de fer étamée munie de deux demi-cercles y(n° 2) que l’on fait entrer dans les trous de la livraison traversant le dos de la brochure. Les brochures ainsi préparées sont successivement placées dans un carton où deux cordelettes servent à enfiler les demi-cercles formant saillie en dehors de la livraison (n° o). Les cordelettes qui serrent les livraisons sont enroulées autour de deux attaches formées de boutons fixés à leur centre sur un des côtés du cartonnage comme le montre le n° 4 de notre gravure. Ce côté du cartonnage contient une poche où sont enfermées les liges métalliques servant à chaque livraison. — Cet appareil se trouve à la Compagnie des reliures brevetées, à Vevey (Suisse).
- Séchoir démontable. — L’appareil que représente notre figure est un séchoir pour les serviettes, dans le cabinet de toilette, dans la cuisine ou dans la salle de bain. 11 comprend une plaque en métal qui se fixe au mur avec deux clous. Trois baguettes de bois, terminées à chaque extrémité par des boules, sont montées dans des anneaux elliptiques ; ces baguettes, dans la position de repos, pendent verticalement. Lorsqu’on veut
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction de3 Nou-xr.ir.niifiauet est étrangère aux annonces.
- s’en servir pour étendre du linge, il suffit de tirer les baguettes par la boule A (n° 1), de les élever verticalement jusqu’à, ce que la boule inférieure soit arrivée dans l’anneau elliptique1 et de les abaisser dans la position horizontale B que l’on voit
- Séchoir démontable pour le linge. — N* 1. L’appareil pendu au mur. N” 2. Les baguettes montées horizontalement, supportant le linge.
- dans le n° 2 de la gravure. Ce séchoir est léger, solide, et il ne tient que peu de place quand les baguettes sont verticales. — L’appareil se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Engelures de Voreille. — Les engelures ne s’observent pas que sur les mains et les pieds; on peut encore les voir au pavillon de l’oreille où elles provoquent de l’érythème, puis des crevasses plus ou moins douloureuses. Elles débutent en général par le lobule de l’oreille, qui devient rouge, luisant, violacé, mais elles peuvent gagner presque toute l’oreille externe. A cette période, il faut user de lotions avec des décoctions astringentes, de tan, de roses de Provins, frictionner tous les soirs l’oreille avec un peu d’alcool, et saupoudrer avec un mélange de salicylate de bismuth, 10 grammes, et d’amidon pulvérisé, 90 grammes. Lorsqu’il survient des ulcérations, des crevasses, il faut les lotionner avec de l’eau de roses additionnée d’un peu de borax, un gramme pour 100, et panser avec une pommade légèrement astringente, au tanin ou à l’oxyde de zinc.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recettes et procédés utiles, par Gaston Tissandier. Quatre petits volumes de ce recueil sont publiés aujourd’hui; ils continuent à obtenir bon accueil et répondent bien à leur titre. — Paris, G. Masson, édit. Prix de chaque vol. broch. : 2 fr. 25.
- L’équitation actuelle et ses principes. Recherches expérimentales, par Gustave Le Bon. 1 vol. in-8°. Troisième édition. — Paris, librairie de Firmin-Didot et Cie.
- Introduction à l’élude des théories de la mécanique, par H. Bouasse, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, maître de conférences à la Faculté des sciences de Toulouse. 1 vol. in-8°. — Paris, Georges Carré, éditeur, 1895. Prix : fi francs.
- Étude analytique et graphique des courants alternatifs à l’usage des ingénieurs et des élèves des écoles, par F. Be-dell et A. G. Creiiore, professeurs à l’Université de Cornell. Traduit de la seconde édition anglaise avec l’autorisation des auteurs, par J. Berthon. 1 vol. in-8°. — Paris, Georges Carré, éditeur, 1895. Prix : 10 francs.
- Cours théorique et pratique de photographie, par A. Soret. Tome II : Obtention des épreuves positives et principales applications de la photographie. 1 vol. in-8°. — Paris, Société d’éditions scientifiques. 1895. Prix : 5 francs.
- Le formulaire classeur du Photo-Club de Paris. Collection de formules sur fiches, l’enfermées dans un cartonnage et classées en 3 parties : Phototypes, Photocopies, et Photocalques, notes et renseignements divers. lre série 1892. Librairie Gauthier-Villars et fils. Paris. Prix : 4 francs.
- Le service chronométrique à VObservatoire de Genève et les concours de réglage de la classe d’industrie et de commerce de la Société des arts de Genève avec une étude des épreuves instituées dans d’autres observatoires pour les
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- chronomètres de poche, par Raoul Gautier, directeur de l’Observatoire de Genève. I brochure in-8°. — Genève, imprimerie Aubert-Schuchardt, 1894.
- Institut de France. Séance publique annuelle des cinq académies du jeudi 25 octobre 1894. Discours de M. M. Lœwy, président. — Académie-des sciences. Séance publique annuelle du lundi Al décembre 1894. Discours de M. M. Lœwy, président. 2 brochures in-4°r — Paris, typographie de Firmin-Didot et Gie, 1894.
- Le filet flottant du.baron Benvenuto d'Alessandro. Appareil destiné à calmer les:vagues de la mer. 1 brochure in-8°. — Paris, chez l’inventeur, 62, rue Boissière, 1894.
- Etudes sur les Fourmis, par Cii. Janet. 2 brochures in-8<‘ extraites des Annalesde la Société enlomologique de France et des Mémoires de la Société zoologique de France. — Paris, 1894.
- Du Jute, de sa culture et de son acclimatation dans nos colonies, par M. Jules Gïusabi>. I brochure in-8°, extraite de la Revue des sciences naturelles appliquées. — Paris, 1894,
- Recueil complet des homonymes français, par Ch. Demaunv. 1 brochure in-16. — Paris, Charles Mendel, éditeur, 1895.
- Les essences de Niaouli et de Cageput, par le Dr F. Forné, médecin en chef de la marine de réserve. 1 brochure in-8\ — Paris, A. Coccoz, éditeur, 1895. Prix : 2 francs.
- Beitrage zur Kenntniss des Wesens der Sàcular-Variation des Erdmaghetismus. Contribution à la connaissance des variations séculaires du magnétisme terrestre. Discours inaugural prononcé à la Faculté de philosophie de l’Université de Berlin, par L. A. Bauer. 1 brochure in-8°. — Berlin, Mayer et Müller, 1895.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE . VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 28 janvier . . —11”,9 S. 1. Beau. 0,0 Beau jusq. 12 h., et nuag. à 23 et 24 h ; couv. le reste du temps; neige line de 15 à 18 h.; br. de 7 à 11 h.
- Mardi 29 — 3”,9 N. N. W. 2. Couvert. 4,0 Nuageux de 13 à 18 h.; couv. avant et après; quelques grains de neige.
- Mercredi 30 — 10,7 N. N. E. 3. Beau. 0,0 Très nuageux jusqu’à 19 li.; beau ensuite.
- Jeudi 31 - 4”,7 N. 3. ' Couvert. 0,0 Quelques éclaircies; beau à 1 h., 23 et 24 h., neige par intervalles de 7 à 16 h. 1/2; halo à 21 h.
- Vendredi 1*' février. —13”,0 N. N. W. 2. Couvert. 0,5 Très nuageux de 9 à 15 h. Beau avant et après. Petile neige de 10 à 12 li.
- Samedi 2. —13 ,9 N. E. 0. Beau. 0,0 Peu nuageux, lialo à 19 h.
- Dimanche 3 — 6,0 N. E. 2 Couvert. 0,0 Nuageux à 1 h.; couvert de 4 à 11 li.; nuageux de 12 à 17 h.; beau ensuite.
- JANVIER-FÉVRIER 1895 -- SEMAINE DD LUNDI 28 JANVIER AU DIMANCHE 3 FÉVRIER
- La courbe supérieure indique kl nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus, mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boute mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc Saint-Maur en janvier 1805
- par M. E. Renoü.
- Moyenne barométrique à midi, 750'””,31. Minimum le 16 à 6 heures du matin, 735"",55. Maximum le 29 à 8 heures du matin, 763“",89.
- Moyennes thermométriques : des minima — 2°,51 ; des maxima 2°,58; du mois 0°,03. Minimum le 28 entre 6 et 7 heures du matin —13°,0. Maximum le 20 vers 1 heure et demie du soir 13°,8. Il y a eu 21 jours de gelée dont 9 sans dégel. 12 jours consécutifs de gelée du 2 au 13 avec un minimum de —12°,3 le 12 et une seconde série dés 6 derniers jours du mois, sans compter le commencement de février. Il y a eu de plus 7 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 3"m.97 ; la moindre, 1“",66 le 30 à 10 heures du matin. La plus grande, 8“",0i le 21 à 2 heures du soir. Humidité relative, 85. La moindre, 55, le 5 à 7 heures du soir et le 14, à 11 heures et midi ; la plus srrande, 100, en 10 jours.
- Pluie et neige, 42*",5 en 72 h. 45 réparties en 22 jours dont 15 consé-
- cutifs du 12 au 26. Il est tombé de petites averses de neige pendant 17 jours; mais il n’y a pas eu plus de 2 centimètres de neige sur la terre. 7 jours de brouillard peu épais. Nébulosité moyenne, 70; pas un seul jour de temps clair ni un jour entièrement couvert. Verglas le 13.
- • Vents dominants du sud au sud-sud-ouest, puis du nord au nord-nord-est. Il y a eu le 23 un coup de vent de nord-ouest fort de 8 à 11 heures du soir; et du sud-sud-ouest très fort le 24 dans la journée.
- Deux coups de tonnerre lointains au nord-ouest un peu avant 3 heures du soir le 23.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 1°,96; dans la journée, 2°,09; en moyenne, 2°,03. Elle a été assez trouble à la lin du mois en s’élevant un peu. La Marne charrie à partir du 28 janvier dans la journée.
- Relativement aux moyennes normales le mois de janvier 1895 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 10““,53; cette moyenne de janvier est la plus basse depuis 1865. Thermomètre plus bas de 2°,05. Tension de la vapeur moindre de 0"“,82. Humidité relative moindre de 3. Pluie plus forte de 8““,4. Nébulosité normale.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 3, à 0 h. 26 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Lts lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boite aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris-
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- La production de l’or. — L’extraction de l’or des -mines qui sont recherchées avec tant d’avidité à la surface du globe, et dont l’abondance est souvent considérable, est assurément destinée à exercer une influence, dont on ne saurait mesurer l’importance, sur la situation générale du monde. Quelques documents statistiques qui ont été publiés récemment nous ont paru intéressants à recueillir. La production de l’or va sans cesse •e» augmentant. En 1893, elle a atteint le poids de 254000 kilogrammes, représentant une valeur d’environ 807 millions de francs. On peut dès lors prévoir le moment où cette production annuelle atteindra le milliard. Ainsi la production de la fameuse période de Vûge de l'or, qui s’étendit ae 1850 à 1860, se trouve maintenant dépassée. Dans cette période, en effet, la production annuelle moyenne, qui n’avait d’ailleurs jamais plus «té atteinte jusqu’en 1895, avait été de 201 750 kilogrammes, soit 695 millions de francs. De 1856 à 1860, la production était même montée à 206 058 kilogrammes, soit 707 millions, année moyenne. Bientôt la période des vaches maigres survint, et de 1881 à 1884, la production ne fut plus que d’environ 440000 kilogrammes par an, soit de 480 à 490 millions de francs. C’est en 1894 que s’est effectué le relèvement de la
- froduetion aurifère, et ce relèvement n’est pas dû seulement à exploitation des mines du Transvaal, car, déduction faite du produit de ces mines,’la production générale, de 1891 à 1895, a augmenté de 176 millions de francs. Parmi les pays grands producteurs, il faut citer les Etats-Unis, qui ont donné 54100 Kilogrammes en 1895; l’Australie, qui en a donné 55 698; l’Afrique, 44 096; la Russie, 57 525, et la Chine, 12 678. La Corée et le Japon peuvent être cités ensuite, mais avec des rendements bien moindres, le premier de ces pays avec 884 kilogrammes, et le second avec 728.
- INFORMATIONS
- —®— Eclipse totale de Lune visible à Paris. — Le lundi 11 mars à lh 8 du matin de Paris, la Lune atteindra la pénombre de la Terre et sa lumière ira en s’affaiblissant. Elle entrera dans l’ombre de la Terre et l’éclipse proprement dite commencera à 2h 5 par le bord'où serait marqué 8 heures si te disque de la Lune était divisé comme un cadran d’horloge, 12 heures étant dans la direction de l'étoile polaire. A cet instant, elle sera au milieu du ciel pour tes îles du Cap-Vert, se levant en Californie, se couchant pour l’Afghanistan. La lune sera entièrement cachée à 3hl, au milieu du ciel pour le Mord-Ouest du Brésil, se levant en Amérique russe, se couchant au golfe Pcrsique. Le milieu de l’éclipse arrivera à 3h 49, la Luua étant au milieu du ciel pour la Guyane, se levant aux îles de Mendauan, se couchant au golfe Arabique. La Lune sortira de l’ombre à 4k56; elle sera au milieu du ciel pour les Antilles, se lèvera aux îles de la Sjociété, se couchera à Constantinople. Elle quittera entièrement l’ombre de la Terre à 5h 54, par son bord où serait marqué ^.-kÇures, au milieu du ciel pour Panama, se levant aux îles Union, «couchant à Rome. Puis elle reprend peu à peu tout son éclat jusqu'à •6h3ü du matin de Paris où elle quitte la pénombre de la Terre, étant
- au milieu du ciel pour le Yucatan, se levant aux îles Yiti, se couchant en France. La largeur de l’ombre de la Terre, à l’endroit où passe la Lune, est un peu plus d’une fois et demie le diamètre de celle-ci. L’Ouest de l’Asie, l’Europe, l’Afrique, les deux Amériques et une grande partie de l’Océanie verront cette éclipse. J. Vinot.
- —Une exposition hippique, ethnographique et cynégétique russe doit avoir lieu au Champ-de-Mars, du 15 avril au 15 octobre 1895. Le Czar doit participer à cette exposition et y envoyer un grand nombre d’étalons de l’Etat. La Ville de Paris a concède à cet effet la galerie des Machines, le dôme central, la galerie de trente mètres et les jardins. D’autre part, l’administration russe accordera le tarif minimum pour le transport des chevaux et de tous les objets destinés à cette exposition.
- —Le journal allemand Das Wetter annonce qu’une station météorologique permanente a été établie par le gouvernement danois à Àngmegsalik, sur la côte orientale du Groenland, par 65° 57' de latitude.
- —Depuis quelque temps on fait fonctionner à Londres une sorte de lanterne magique qui projette des annonces sur les murs. Les auteurs de cette méthode de publicité ne respectent aucun monument public. Ainsi, on a pu voir, pendant plusieurs soirées, le haut de la colonne de Nelson décoré d’üne annonce de pilules qui y était projetée d’assez loin. La même chose s’est produite pour 1 église Saint-Martin. Les journaux anglais se montrent très indignés de cette profanation et on annonce qu’une poursuite aura lieu prochainement pour empêcher le fonctionnement de cette méthode.
- —Le froid qui a été si rigoureux et la neige si àhondante, en forçant les loups à sortir des bois pour aller chercher leur nourriture, ont permis de constater que les forets des Vosges renferment un nombre plus grand qu’on ne le croyait de ces dangereux carnassiers. Dans plusieurs villages on a‘observé l’approche des loups, et à Obertraubach, à six kilomètres à peine de la gare de Dannemarie, un de ces animaux affamés est venu enlever un chien dans les rues mêmes de la localité. ...........
- —Ou a découvert dans la province de Castellon, en Espagne, une nouvelle maladie de l’Oranger à laquelle on donne le nom de « Serpeta ». Cette maladie, nous apprend la Revue horticole, se présente sous la forme du mildew sur les branches; elle fait jaunir et dépérir les feuilles et attaque également les fruits. Pour guérir cette maladie, on conseille de badigeonner les branches avec du pétrole. Souhaitons que notre région du Midi ne soit pas atteinte par ce nouveau iléau.
- —Un procès qui vient de se dérouler à Londres, nous montre que, entre autres bienfaits, la science peut nous procurer celui d’abréger les lenteurs de la justice. Les habitants d’une maison, qui se plaignaient du bruit causé par le voisinage d’un atelier d’imprimerie, installèrent, aux différents étages de l’immeuble, des phonographes qui enregistrèrent fidèlement le bruit des trépidations. Les plaignants n’eurent plus qu’à présenter les appareils au tribunal, dont la conscience fut éclairée immédiatement, aucun doute ne pouvant se produire sur l’impartialité d’un tel témoignage.
- —$$ - Une historiette assez plaisante empruntée au Journal des Bibliothèques populaires publié par la Société Franklin : « Une lettre arrive à la poste avec l’adresse suivante : « A mon père, à Paris. » — Les employés la mettent de côté en riant. — Le lendemain, un homme se présente, qui demande : « Avez-vous une lettre de mon fils? » Une pareille question ne pouvait être faite que par. le père de celui qui avait écrit une pareille adresse. La lettre fut remise.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne le moteur à gaz comprimé, système Simplex, s’adresser à MM. Matter et C‘% de’Rouen. — Dans l’adresse donnée la semaine dernière de M. Mackenstein, il faut lire rue des Carmes, 15, au lieu de rue des Thermes.
- Communications. — M. le comte de Landreville, à Mon-sures (Somme), nous signale une cassure de verre de lampe fort intéressante. On sait que les verres soumis à de hautes températures présentent des particularités curieuses dans leur cassure lorsqu’ils sont soumis à diverses actions extérieures. La figure ci-jointe nous montre les cassures qui ont été observées par notre correspondant. Une première cassure a eu lieu à la base du verre, et une seconde en A à la hauteur de la griffe de l’abat-jour. Une fente hélicoïdale a été tracée dans toute la longueur du verre, comme le représente notre dessin. En tirant légèrement aux deux extrémités, la fente s’ouvre dans toute sa longueur. « J’ai vu bien souvent se casser des verres de lampe, nous écrit notre abonné, mais jamais d’aussi curieuse façon. »
- M. P. Garrigou Lagrange, à Limoges, nous adresse la Note qu’il a communiquée, le 5 février 1895, à la Société météorologique de France sur les Relations nouvelles entre les mouvements barométriques sur l'hémisphère nord et les mouvements en déclinaison du Soleil et de la Lune.
- M. Glucq, à Paris, nous envoie une Notice sur le Veloroom, ou vélocipède de chambre, qu’il vient de construire dernièrement. Il s’agit d’un appareil d’entraînement vélocipédique sur place, muni d’un compteur kilométrique et d’un frein de pression pouvant faire varier à volonté la résistance au frottement. Nous avons déjà signalé plusieurs appareils de ce genre.
- Cassure d'un verre de lampe en spirale.
- Renseignements. — M. F. Monier, à Malakoff. — Ces appareils doivent être faits par l’amateur, ils ne se trouvent pas dans le commerce.
- M. Cailliot, à Montdidier. — 1° Tous ces termes que nous employons sont bien connus des électriciens ; voyez le Formulaire pratique de l’électricien, par M. Ed. Hospitalier, à la librairie G. Masson, et le Manuel de l'ouvrier monteur électricien, par M. J. Laflargue, à la librairie Bernard Tignol, à Paris. — 2° Dans la voiture électrique .Jeantaud, l’énergie électrique est fournie par des accumulateurs, comme nous l’avons dit ; ces accumulateurs sont rechargés pendant les arrêts.
- M. J. V. B., à Gand. — La Nature donne très souvent des articles d’électricité pratique ; vous trouverez aussi des articles étendus dans le journal L'Industrie électrique, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. J. Gazaux, à Sainte-Foy-la-Grande. — Tricycles automobiles : MM. Peugeot frères, 52, avenue de la Grande-Armée, et MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivrv, à Paris.
- M. L. B., à Roquemaure. — Pour vous répondre, il serait nécessaire de connaître la puissance hydraulique disponible. Existe-t-il une chute d’eau? Quel est son débit en mètres cubes par seconde? Peut-on établir un barrage? On construit aujourd’hui des modèles de turbines fonctionnant avec des chutes de 25 centimètres de hauteur.
- Un abonné, à Auteuil. — On emploie souvent, pour combattre des émanations infectes, des substances odorantes telles que le benjoin, le camphre, etc.; mais pour détruire ces émanations, il faut avoir recours à des désinfectants proprement dits, tels que le chlorure de chaux ou l’acide phénique. On peut utiliser aussi les poudres de charbon et de plâtre, ainsi que les cendres de houille ou de bois ; ces poudres absorbent
- les produits gazeux qui se dégagent et arrêtent la cause des émanations fétides.
- M. A. Baudon, à Fontenay. — 1° L’application dont vous parlez nous semble possible; mais il y aurait lieu de faire étudier un projet complet. — 2° 50 lampes de 10 bougies consommeront environ 2000 watts, soit 18 ampères à 110 volts. :— 3° Pour une durée d’éclairage de six heures, la capacité des accumulateurs devra être de 100 ampères-heure environ,
- M. L. L.,k Gand. — Nous n’avons pas décrit d’autres transporteurs aériens que ceux dont il est question dans le n° 1125, du 8 décembre 1894, p. 23. On reviendra sur ce sujet.
- M. A. Deseilligny, à Paris, nous adresse, par l’intermédiaire de M. Lesavre, photographe, une très belle photographie d’éclairs, obtenue le 22 juillet 1894, à 9 heures du soir, à Enghien, avec, une pose de trois minutes. Nous avons déjà donné des spécimens de ces intéressantes photographies.
- M. J. Pausier, à Oviedo. — Nous avons reçu votre lettre avec un retard assez important ; il vous a été répondu dans la Boîte aux lettres du n° 1132 du 9 février 1895.
- M. E. Schintgen, à Reims. — Ce système n’existe pas ; mais on pourrait le faire construire.
- M. Boitelet, à Paris. — Il serait nécessaire de consulter la collection des Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, au secrétariat; vous pourriez ensuite vous procurer l’exemplaire contenant la communication que vous cherchez, à la librairie Gauthier-Yillars et fils.
- M. P. Thomas, à Monthermé. — La fabrication des vitraux exige certaines préparations qu’on ne saurait faire soi-même; mais vous trouverez des imitations de vitraux que vous pourrez disposer à votre guise, notamment chez MM. Revon et Cie, 23, rue Hauteville, ou chez M. Le Mardelé, 115, rue du Fau-bourg-St-Antoine, à Paris.
- Mme Marquette, à Paris. — Il faudrait vous renseigner auprès du Directeur du journal Engmeering, qui se sert de cette bande d’enveloppe. L’adresse du journal est 55 et 36, Bedford Street, Strand, London W. C.
- M. H. Brison, à Morlanwelz. — Le mot oxydant est peut-être impropre ; mais le pétrole seul aurait une action qu’il .n’a pas, quand il est mélangé à la paraffine.
- M. Hubert Vitalis, à Lodève. — Yoici l’adresse que vous demandez : 97, Grande-Rue de la Guiilotière, à Lyon.
- MUe Beaumont, au Pré-Saint-Gervais. — II faudrait consulter les ouvrages concernant la peinture à l’aquarelle ; vous en trouverez dans la collection des manuels Roret; voyez aussi les traités spéciaux de la maison Berville, 25, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- M. G. Perrein, à la Réole. — L’ouvrage de M. H. Fontaine sur TElectrolyse, à la librairie Baudry, à Paris, vous conviendra.
- M. Duret, à Senlis. — Yous pourrez lire une Notice sur l’Argon publiée dans la présente livraison.
- M. Morin, à Reims. — Nous ne pouvons vous fournir ici d’autres données pour cette construction; mais vous consulterez avec profit l’ouvrage de M. Boistel sur Y Electro-aimant, que nous avons signalé dans h Bibliographie du n° 1131, du 2 février 1895.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. du Gravier, à Chaillac. Nous avons indiqué l’adresse du fabricant en tête de la Botte aux lettres du même n“ 1132, du 9 février 1893, qui contient la description de l’appareil. — M. I. G., au Brusc; M. P. Gi-bory, à Sées; M. G. B-, à G. Nous n’avons pas l’adresse que vous nous demandez; tous nos regrets. — M. F. G. Font, à Reus. Il n’existe pas de traité de ce genre. — M. D. D., à Grammont. Il n’a pas été publié de plus amples renseignements sur cette nouvelle application. — M. J. L., à Pithiviers. Cette question n’est pas de notre compétence ; il faudrait vous adresser à votre mairie. — M. le lieutenant L., à Grenoble. Nous ne savons pas de quelle bicyclette vous voulez parler ; nous n’avons jamais annoncé cette nouvelle. — M. E. de B., à Paris. Le fabricant n’existe plus; mais il est facile de construire soi-même l’appareil dont il s’agit. — M. L. Merle, à Paris. Nous n’avons pas pu être renseigné sur la médaille que vous désignez. — il/. Kina, à Marseille. Nous avons reçu vos lettres; nous voulions vous écrire directement, mais vous ne nous avez pas donné votre adresse. — M. E. Trille, à Agen. II existe de nombreux appareils donnant toute satisfaction ; renseignez-vous auprès des divers fabricants. — M. J. Guignard, à Joli-Mont. Les annonces de ce genre n’existent pas. — M. J. G., h Florence. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, éditeur.) — M. L. Roget, à Chaux-de-Fonds. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Erratum. — Dans l’article de M. Renard sur les chaudières du Hornet (n° 1133, du 16 février 1895), c’est par erreur qu’on a ajouté par heure au nombre des nœuds. Il faut supprimer par heure. La correction inexacte devait être effacée; elle a été laissée par mégarde. Nous reviendrons du reste sur la question des nœuds. -
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Lanterne de laboratoire. — Nous recommandons d’abord tout particulièrement à nos lecteurs qui ne disposent pas de beaucoup de place dans leur laboratoire le mode de suspension adopté par M. Chorretier pour ses lanternes. C’est un crochet à ressort comme on en place aux suspensions d’antichambre ou de salle à manger ; de cette façon, l’appareil étant fixé au plafond ou à une potence disposée contre le mur, on amène la lanterne au moment du développement près de la cuvette, on peut la mettre facilement à hauteur des yeux pour
- Lanterne de laboratoire.
- 1. Vue de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- regarder le cliché et s’en débarrasser ensuite sans qu’elle soit gênante. La construction de la lanterne est très soignée ; nous signalerons spécialement la fermeture à gorge des deux portes, la ventilation très bien assurée par les trous percés dans des doubles tubes en cuivre servant de pieds et une large cheminée munie d’ailettes en tôle ; avec ces précautions aucun rayon de lumière blanche ne peut passer. Les deux portes sont munies l’une de verres rouges, 1 autre d’un verre vert; la première permet l’allumage, l’autre démasque un verre jaune. Une petite lampe à huile qu’on peut retirer facilement pour la remplacer par une bougie si on le désire, est munie d’un dispositif permettant de faire monter et descendre la mèche depuis l’extérieur. — Cet appareil se trouve chez M. Chorretier, 3, rue Bodin, à Lyon.
- Règle en acier flexible. — Un grand inconvénient que présentent les règles ordinaires, c’est que les arêtes se salissent sous l’action de l’encre qui souvent y adhère, elles se courbent
- Règle flexible.
- 1. Vue de l’appareil. —2. Son emploi pour les livres de caisse.
- fréquemment, surtout les règles en bois. La règle en acier, que nous représentons ci-dessus (n° 1), supprime ces imperfections. Spécialement préparées, les arêtes ne peuvent ni se salir ni s’ébrécher; elles restent constamment propres et brillantes comme du cristal. On peut très bien, par exemple, rayer alternativement en rouge et en noir, sans être obligé de nettoyer constamment les tranches. La règle est très flexible; on peut rayer sur les feuilles pliées des livres de comptabilité. Par rapport aux règles ordinaires en bois, le prix de la règle
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- flexible est à la vérité un peu élevé, mais elle est solide et dure-longtemps. — Cet objet se trouve chez M. Paul Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- SPHÈRE CÉLESTE DE 30 MÈTRES DE DIAMÈTRE
- POUR l'exposition DE 1900
- Parmi les idées originales qui ont été émises à l’occasion du concours pour l’Exposition de 1900, signalons le projet de sphère céleste de 50 mètres de diamètre proposé par M. Galeron, architecte.
- On se souvient encore du globe terrestre au millionième qui fut une des curiosités de l’Exposition de 1889. 11 avait 40 mètres de circonférence, 12m,732 de diamètre et tournait autour d’un axe vertical. Le visiteur y faisait d’une façon fort intéressante le tour du monde et s’instruisait beaucoup en géographie. Mais, ce globe terrestre était placé au Champ-de-Mars, du côté de l’avenue de Suffren, entre le Palais des Arts libéraux et le Palais des Enfants, aux abords de la bruyante et tentatrice rue du Caire. 11 était abrité dans un pavillon, fort bien compris au poinl de vue architectural, mais qui ne laissait pas suffisamment deviner ce que l’on pouvait voir à son intérieur. De tout cela il est résulté que les visiteurs ne se sont pas pressés dans ce monument instructif.
- M. Galeron propose une « leçon de choses » analogue, mais en évitant autant que possible, ce qui a réduit le succès de la belle leçon de choses géographique de 1889.'C’est l’astronomie qu’il projette de mettre sous les yeux des visiteurs. Cette belle
- Projet de M. Galeron architecte.
- Sphère céleste de 50 mètres de diamètre proposée pour l’Exposition universelle de 1900.
- science a déjà de très nombreux adeptes et elle pourrait en gagner assurément de plus nombreux encore.
- Comment M. Galeron donnera-t-il ses grandes leçons d’astronomie? C’est ce que nous allons dire. 11 imagine une grande coupole en fer de 30 mètres de diamètre, ainsi que nous l’avons dit. Cette coupole, de forme sphérique, et convenablement orientée, serait tapissée à l’intérieur par les constellations du ciel visibles à l’horizon de Paris. L’obscurité y régnerait et les étoiles seraient figurées par des lampes à incandescence électriques de puissances lumineuses proportionnées aux premières grandeurs des étoiles fixes. La voûte céleste ainsi représentée serait immobile comme le ciel qui nous entoure. Au centre de la construction, une sphère de fi mètres de diamètre, tournant parallactiquement sur son axe, figurerait la Terre.
- Les visiteurs, arrivant du sol, seraient introduits dans cette boule : là, groupés sur une plate-forme disposée de façon à les faire émerger de la surface terrestre supposée, ils parcourraient un arc d’environ 60 degrés, entraînés par un mouvement réglé et automatique, comme nous le faisons sur notre vraie planète, par suite du mouvement diurne d'Occident en Orient ; la vitesse seule serait modifiée pour les besoins de la cause. Ces visiteurs auraient donc l’impression exacte du déplacement apparent de la voûte céleste. Ils verraient, l’horizon étant figuré par un cercle convenablement disposé, des astres se lever, passer au méridien et se coucher ensuite : les étoiles circompolaires feraient leur passage inférieur au méridien sans disparaître. En somme, l’aspect du ciel et le mouvement diurne seraient exac-
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- tement représentés, ce qui serait aisément compris des personnes les moins familiarisées avec les grandes vérités astronomiques. La Lune, bien entendu, décrirait son orbite, animée d’un mouvement spécial autour de la Terre; à distance moyenne, on la verrait recevoir la lumière, — électrique faute de mieux, — d’un disque de soleil lumineux cheminant lui-même sur le zodiaque. Elle montrerait donc ses phases: Vargen-tea Phœbe du poète éclipserait, à point nommé, le Soleil, et serait éclipsée, elle-même, à son tour, dans l’ombre réellement projetée par la Terre portant les visiteurs. Les planètes aussi occuperaient, sur le zodiaque, leurs positions relatives actuelles et pourraient se déplacer suivant leurs épicycles. Tel est le programme de M. Galeron. Il est réalisable et assurément attrayant. Les panoramas, en matière scientifique, sont, il faut l’avouer, généralement fatigants par leur immobilité. Avec nos progrès en mécanique on peut les animer, augmenter l’illusion et la régler : le public le demande à juste titre. X..., ingénieur.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Préparation électrolytique du rouge du Japon. — Cette couleur est une laque d’oxvde de plomb coloré par une belle substance organique, l’éosine. On la prépare d’une façon économique en électrolysant une solution d’acétate de soude à 10 pour 100 avec deux électrodes en plomb, comme dans la fabrication de là céruse. On fait couler dans la cuve une solution d’éosine ; l’oxyde de plomb qui prend naissance absorbe la matière colorante, et on la sépare par décantation. En variant la concentration de la solution aqueuse d’éosine on obtient des couleurs plus ou moins foncées. L’éosine peut être remplacée par d’autres couleurs, la rhodamine, par exemple Si l’on substitue du zinc au plomb, on a des laques d’oxyde de zinc. L’acétate de soude peut être remplacé par du nitrate de soude ou un mélange de ce dernier corps avec du nitrate d’ammoniaque.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 février . . - 3',4 N. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert, petites chutes de neige.
- Mardi 12 — 12* ,2 N. 2. Beau. 1,7 Beau; légers nuages ; brouillards légers à 21 h.
- Mercredi 13 - 9%9 N. 0. Couvert. 0,0 Couvert de 7 à 14 h.; nuageux 15 et 16 h.; beau le reste du temps; brouillard de 500 m. à 10 h.
- Jeudi 14 — 14%2 N. 1. Beau. 0,0 Beau.
- Vendredi lS — 12’,3 N. E. 3 Beau. 0,0 Nuageux de 15 à 17 h.; couvert de 18 jusqu’à 21 h. et à 24 h.: Beau le reste du temps.
- Samedi 16 — 4”,2 N. E. 4. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 7 h.; nuageux à 8 et 9 h.; beau ensuite.
- Dimanche 17 - 8*,1 N. N. E. 2. Beau. 0.0 Beau.
- FEVRIER 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 11 AU DIMANCHE 17 FÉVRIER
- u)
- E
- O
- La courbe supérieure ludique ta nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent.:
- (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thei~momètre à l’abri à
- 'iÛ.ft'P n P /I ht Y't ri viiikiiillân
- courbe épaisse, les pressions barométriques ,.............. ....... „
- boule sèche : courbe e» /loiatillé. thermomètre à l’abri à boute mouillée
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblements de terre en Italie. — Le 10 février 1893, dans la soirée, vers II heures et demie, une violente secousse de tremblement de terre s’est produite à Messine. Elle a duré quatre secondes. A Reggio di Calabria il y a eu, à la même heure, deux secousses, l’une légère et l’autre forte. Toutes deux ont été accompagnées de grondement souterrain. A Milazzo, on a également éprouvé une secousse ondulatoire. Les secousses de tremblement de terre se sont produites dans la région précédemment éprouvée. Les dégâts ont été considérables à Balmi et à Santa-Anna. Plusieurs maisons se sont écroulées.
- Les inondations en Espagne. — A la date du 13 février 1893, plusieurs inondations ont eu lieu en Espagne. Le Guadalquivir a atteint
- 9 mètres au-dessus de son niveau ordinaire. Cordoue a été inondée sur quelques points. Une partie de Séville, Castres del Rio et Ecija ont été envahies par les eaux. La Segura a également atteint 9 mètres au-dessus de son niveau. On n'a eu à déplorer que quelques victimes, mais les dégâts matériels ont été considérables.
- Le froid. — La période de froid que nous avons signalée dans notre Chronique météorologique du n* 1133, du 16 février 1893, après avoir diminué le 11 février, a repris pendant quelques jours, et le 12 février on a pu constater à Paris des températures minima de —12°,8, de —15° à Hambourg, de —18° à Breslau, de —18° à Prague, et de —13°,9 à Bruxelles. Le froid a continué également les jours suivants, et des températures presque semblables à celles que nous venons de faire connaître ont élé relevées dans les divers observatoires de l'Europe.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 16, à 1 h. 18 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives & la rédaction de « La Nature » et de son s Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE 8BRVIOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RECLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA UBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- IA SEMAINE
- La culture du caoutchouc au Congo. — M. Dy-
- bowski, professeur de culture coloniale à l’Institut national agronomique, a fait récemment, à la Société d'Encouragement, une intéressante communication sur le Caoutchouc, sa culture, sa production spontanée, sa diminution, sa culture au Congo. Nous allons la résumer ici. Parmi les nombreux produits que nos industries tirent des régions équatoriales, un des plus indispensables, à cause de la multiplicité de ses applications, est assurément le caoutchouc. Toutes les régions chaudes du globe renferment dans leurs forêts des arbres u essences très diverses, appartenant souvent à des familles végétales très éloignées les unes des autres, mais donnant tous un lait dont, par la coagulation, on extrait le caoutchouc. Le commerce de cette matière première, qui ne s’est développé que depuis la seconde moitié de ce siècle, a pris de nos jours une extension considérable. Et la demande devenant chaque jour plus grande, les recherches dans les forêts sont devenues plus multipliées et plus âpres aussi. Tandis que, au début, on se contentait de saigner arbres ou lianes donnant le précieux produit, de nos jours, les indigènes, insouciants de l’avenir, abattent les plantes pour en extraire de suite tout ce qu’elles contiennent. Si l’on n’y prend garde, rapidement on verra toutes les forêts d’arbres à caoutchouc disparaître. Déjà, aux Indes, la production spontanée a diminué d’une façon elfrayante; déjà, dans toutes les forêts des régions facilement accessibles de la côte d’Afrique, les lianes ont été détruites, et il faut s’enfoncer chaque jour davantage pour trouver le précieux produit. Il est temps d’assurer l’avenir d’une production devenue indispensable. Or, il n’y a pas à songer à édicter des interdictions ou des pénalités s’appliquant à la destruction des'arbres des forêts difficilement pénétrables et affranchies de tout contrôle. Un seul moyen peut •être préconisé : la plantation d’arbres produisant un caoutchouc qui, coagulé méthodiquement, fournira une substance pure, -exempte de toutes les fraudes pratiquées par les indigènes des -diverses régions. On vient d’essayer au Congo la culture d’un arbuste qui donne de rapides et brillants résultats. Le caout-çihoutier de Céara peut, en effet, dans ces régions, quand il est cultivé par une méthode spéciale, fournir dès les premières années un produit considérable et de première qualité. M. I)v-bowski demande que les méthodes qu’il indique soient propagées; que des jardins d’essai soient créés dans chaque colonie, et que des semences et des plants soient distribués à tous les colons qui veulent se livrer à cette importante production.
- INFORMATIONS
- —Dans les premiers jours de février, MM. Yonnct frères, propriétaires d’une manade de taureaux qui prenaient leur pâture sur le domaine de l’Esquinau, situé dans la basse Camargue, à 40 kilomètres d’Arles, trouvaient un jeune veau à moitié dévoré. Le cadavre portait des traces de morsures <nii indiquaient crue l’animal
- avait succombe sous les dents d’un véritable carnassier, un loup ou un ours, pensait-on. C’était là pourtant une supposition diffiede à admettre; car, de mémoire d’bomme, on n’avait vu, en Camargue, ni loup, ni ours. Le lendemain, un jeune berger, un pastrioun, déclarait à son tour qu’il avait aperçu deux animaux à robe noire ressemblant à des chiens et dont l’un était de forte taille. Une battue, dit le Chasseur illustré, auquel nous empruntons le récit que nous publions, fut aussitôt organisée. MM. Yonnet montaient à cheval avec quatre gardiens et se mettaient, accompagnés d’une nombreuse meute, à la recherche des loups. Les chiens prirent immédiatement le pied du dangereux gibier et le délogèrent. Ce fut une admirable chasse à courre à travers les vastes terrains plats et’ nus ; les loups détalaient à toute vitesse, poursuivis par la meute qu’excitaient les gardiens montés sur leurs vaillants chevaux camargues. Un des deux loups, le plus jeune, se sentant rattrapé, s’arrêta et fit tête aux chiens. Le premier chien qui se précipita sur lui eut le liane ouvert d’un coup de dent ; le deuxième eut une jambe brisée ; mais la meute tout entière s’abattit sur l’animal, qui succomba sous le nombre. C’était une jeune louve âgée d’une dizaine de mois. Cependant le loup, plus vigoureux, avait continué sa course jusqüYiu Rhône, il s’y jeta et le traversa à la nage.
- —Une Compagnie au capital de 12 500 000 francs vient de se former en Californie pour exploiter une ligna de tramways électriques entre Merced et la célèbre vallée de Yosemite. La force motrice sera fournie par trois usines hydrauliques empruntant leur puissance à l’eau de la rivière de Merced. Cette ligne, à écartement normal, fera à la fois le transport des voyageurs et des marchandises. Ce sera une des plus longues lignes de tramways existantes, car elle ne mesurera pas moins de 104 kilomètres de longueur! Merced est située à environ 225 kilomètres de San-Francisco, sur la ligne du Central Pacific Railroad; c’est le point de départ des touristes qui se rendent, en diligence, à la vallée de Yosemite. On pense que le nombre des touristes augmentera considérablement en raison des facilités offertes par la nouvelle ligne.
- —Une vache trotteuse fait depuis quelque temps beaucoup parler d’elle en Amérique. D’après ce que racontent les journaux américains, une course a eu lieu entre cette vache, appartenant à M. E. YVhite, et un cheval. C’est la vache qui a gagné. Déjà, en 1881. il y avait eu en Amérique un taureau de quatre ans qui avait été exercé à prendre part à des courses et qui trottait le mille anglais en trois minutes trente secondes.
- —M. Boyer, lieutenant de vaisseau, a récemment indiqué, dans la lievue maritime et coloniale, un procédé très pratique pour éviter les abordages par temps de brume. Il est facile d’établir en tête du mât de misaine un projecteur électrique, envovant au loin ses rayons puissants. Rien de plus aisé que cette installation à bord des luxueux paquebots éclairés, tous maintenant, à l’électricité. Dès qu’un navire entrera dans le cône de lumière, il sera averti qu’il est temps de se déplacer et d’obéir aux règlements maritimes, en laissant passer au vent le bâtiment qui vient. Réservés depuis longtemps à de plus belliqueuses recherches, les projecteurs électriques devraient enfin être rendus à leur première et pacifique destination.
- —Le fameux pont suspendu du Niagara est sur le point de disparaître. Bâti en 1834, parM. Rabling, il ne présente plus aujourd'hui un degré de sécurité suffisant, tant à cause des défauts de construction imputables à l’époque de sa construction qu'à cause de rangmentation de poids des trains qui le parcourent. 11 sera remplacé oar un ik>hI à canlilerer.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le nouvel obturateur photographique est fabriqué par M. Krauss, 32, rue de Bondy, à Paris. — Pour ce qui concerne les foyers fumi-vores système Joseph Hinstin, s’adresser à MM. Magnard et Ci8, fonderies et ateliers de construction mécanique, à Fourcham-bault (Nièvre). — La jumelle portative se trouve chez M. Léon Bloch, 5, place de la République, à Paris. — Dans notre supplément du n° 1133, du 16 février 1895, nous avons donné la description d’un fixe-serviclle élégant, sans donner l’adresse ; cet appareil est en vente chez M. Élie Reuille, 80, rue du Fau-bourg-Saint-Denis, à Paris.
- Communications. — M. A., à Paris, à propos du fait d’une roue hydraulique arrêtée par les anguilles, que nous avons rapporté dans les Informations du n° 1133, du 16 février 1895, nous écrit qu’à l’Entrepôt général des vins à Paris, il existe des fontaines alimentées par l’eau de Seine pour le rinçage des futailles. Un jour, une de ces fontaines s’est arrêtée tout d’un coup et sans causes apparentes; après quelques recherches, notre correspondant a trouvé, engagée dans le robinet d’arrêt, une anguille de 40 centimètres de longueur et de 2 à 3 centimètres dé grosseur.
- M. Fortado, inspecteur au chemin de fer du Nord, à Paris, au sujet de notre récent article sur Les chaudières du « Hor-net )) (n° 1133, du 16 février 1895, p. 185), nous fait remarquer que la vitesse est exprimée plusieurs fois en nœuds par heure, et qu’il s’agit là d’une expression incorrecte. Le nœud est de 15m,40 et les vitesses sont mesurées par le nombre de nœuds déroulés par le fil du loch pendant une demi-minute (1/12Qe de l’heure). Notre correspondant a raison s’il parle de la valeur de 15m,40 pour le nœud; mais si nous prenons la valeur du nœud ou knot, ou mille marin anglais, de 1852 mètres, nous arrivons à une vitesse de 28 x1852 = 51,8 kilomètres par heure. En comptant une longueur de 15m,40 pour le nœud dans une demi-minute, nous trouvons la longueur de 15m,40 x 28“ x 120 = 51,7 kilomètres, parcourue dans une heure. Dans l’espèce, la confusion provient de ce que le mot nœud sert à désigner quatre choses absolument différentes : la distance entre deux nœuds du loch (14,62 mètres), le 1/120° du mille marin (15,43 mètres), la longueur du mille marin (1852 mètres), et la vitesse d’un navire en milles marins par heure. Nous avons déjà eu l’occasion d’insister, à plusieurs reprises, sur cette intéressante question, dans le n° 779, du 5 mai 1888, p. 558, dans le n° 784 du 9 juin 1888, p. 19, et dans le n° 934 du 25 avril 1891, p. 325.
- M. Guillemain, à Reims, nous adresse une Notice intéressante contenant la description de Lunettes pour opérés de cataracte, par le D1' A. Bourgeois.
- M. Ch. Vincent, à Loulans, nous écrit qu’il a remarqué que la neige fouettée par le vent et s’accumulant dans les greniers disparaît le plus souvent sans laisser trace d’humidité, et que dernièrement ayant fait en neige une tète de hibou de 2 mètres de hauteur, il la trouva réduite à 70 centimètres de hauteur, proportionnellement et en toutes dimensions, après deux journées de bise glaciale à — 8°. La neige semble donc passer directement de l’état solide à l’état gazeux; il y a là une sorte de sublimation.
- Renseignements. — M. L. Riom, à Paris. — Nous avons longuement traité la question des glaces de fond en donnant plusieurs théories; voyez le n° 921, du 24 janvier 1891, p. 113, et le n° 923, du 7 février 1891, p. 146. Nous ne pouvons revenir sur ce phénomène suftisaminent étudié dans La Nature.
- M. L. F., à St.-Nazaire. — 11 n’existe pas de traités complets sur la construction des ballons, avec les détails techniques que vous demandez. Quant à Vhistoire des ballons, et à celle de tous les essais de direction, vous la trouverez dans le livre
- suivant : la Navigation aérienne, par Gaston Tissandier. 1 vol. de la Bibliothèque des Merveilles, Hachette et Cie, éditeurs.
- M. de la Noue, aux Aubiers. — L’appareil distillatoire décrit dans le n° 1033, du 18 mars 1893, se trouve chez M. Dujardin, successeur de Salleron, 24, rue Pavée-au-Marais, à Paris.
- M. P. Zivy, à Montrouge. — Des lavages à l’acide donnent de bons résultats, mais ils ont l’inconvénient d’attaquer les tubes; le grattage est préférable.
- M. M. de Morel, à Alençon. — L’adresse que vous demandez est donnée en tête de la Boîte aux lettres du n° 1083, du 3 mars 1894.
- M. C. de la T., à Evreux. — II faudrait vous adresser directement aux constructeurs d’appareils vélocipédiques que nous avons fait connaître dernièrement.
- M. F. Tisserand, à Lunéville. — Vous trouverez les livres que vous désirez dans les librairies d’architecture, notamment chez MM. Aulanier etC’°, 13, rue Bonaparte, ou chez MM. Du-cher, 51, rue des Ecoles, à Paris.
- Un. abonné, à Chambéry. — 11 est vrai que les pièces de monnaie des premières frappes de cette époque ont une certaine valeur pour les collectionneurs.
- M. C. Handel, à Levallois. — L’acide nitrique est généralement employé pour les gravures de ce genre.
- M. F. L. B., h. 51. — Nous croyons que les descriptions doivent être faites sur papier timbré ; mais il faudrait vous renseigner à une agence de brevets.
- Un abonné, à Chalon-sur-Saône. — L’eau oxygénée peut convenir pour ce blanchiment.
- M. F. Péret, à Lille. — Les voitures automobiles qui donnent les meilleurs résultats sont certainement celles qui ont été primées au concours du Petit Journal, celles de MM. Peugeot frères et de 51M. Panhard et Levassor.
- M. J. N., h Paris. — Nous avons indiqué une bonne méthode de sténographie dans la Boîte aux lettres du n° 1068, du 18 novembre 1893; il faut s’adresser à 51. Ch. Menet, à 5fontignv-Lencoup (Seine-et-Marne).
- M. G. Daloz, à Bougie. — Il peut, en effet, être avantageux de construire des foyers spéciaux et de les adapter au combustible à brûler; il n’y a pas de livre pratique traitant cette question.
- M. G. C., à Cannes. — Il est impossible de préparer soi-même les plaques pour photographies des couleurs; vous en trouverez chez M5I. Lumière, à Lyon, ou au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. J. Ghester White, à Chelsea (Mass). — Nous avons publié tous les renseignements sur la course de voitures automobiles qui aura lieu de Paris à Bordeaux, en juin 1895, dans la Boîte aux lettres du n° 1126, du 29 décembre 1894.
- M. L., à Beaumont. — Pour nettoyer les pièces anciennes, il faut les frotter avec du blanc d’Espagne humecté d’un mélange d’huile et d’alcool.
- M. Maréchal, à Brest. — 1° Pour les brosses métalliques à cheveux, adressez-vous à 5151. Commelin frères, 10, rue Bourg-Labbé, à Paris. — 2° Rien n’a été publié à ce sujet.
- M. M. C., h Avignon. — Essoreuses : M51. Butfaud et Ro-batel, 53, rue de Chabrol, et 51. Leclaire, 140, rue Saint-5Iaur, à Paris.
- M. A. Àmbert, au Mont-d’Or. — Il n’y a pas d’agenda spécial sur ce sujet ; consultez le Formulaire de l'électricien, de 51. E. Hospitalier.
- M. P. Vicher, à Tours. — Vous trouverez divers traités de géologie à la librairie V,e Ch. Dunod et Vicq, à Paris.
- M. J. Stuttel, à Paris. — Le dictionnaire de chimie industrielle de 51. A. Villon est édité par la librairie Bernard Tignol.
- M. Nicard, à la Charité. — Nous avons pris des informations ; le fabricant vous a répondu directement. II y a eu simplement un retard.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. Sonnetr au Fournay. Nous regrettons de ne pas connaître ce produit ; le procédé n’a pas été divulgué par le fabricant. — M. H. Saladin, à Paris; M. A. Fresnaye, à Marenla. Cet ouvrage n’existe pas. — M. E. D., h Pont-Sainte-Maxence. Il n’est pas possible d’obtenir la température dont vous parlez avec un courant électrique. — M. P. D., à Arles. La recette est tenue secrète, nous ne la connaissons pas. — M. F. Robineau, à Niort. Remerciements pour votre intéressante communication ; mais elle est un peu spéciale pour notre journal. — M. L. Petit, à Saint-Quentin. L’adresse du fabricant est donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro meme qui contient la description de la voiture. — M. Maisonneuve, à Challans. Voyez les Recettes et procédés utiles 2° série (G. îlasson, éditeur).
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de. la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS1
- La canne du photographe. — Quand les touristes emportent leur appareil photographique dans leurs excursions, le transport du pied de leur chambre noire est souvent embarrassant. .Nous allons faire connaître une nouvelle canne (n° 1 de la
- Canne photographique, pour les touristes.
- figure) qui est assurément un peu forte, mais qui se transforme en pied photographique. La canne proprement dite, en bambou foncé, a extérieurement l’aspect d’une simple canne ordinaire et rien ne fait supposer qu’elle renferme intérieurement deux autres tiges creuses en fer qui, avec elle, forment les trois pieds nécessaires à l’instrument ; ces trois parties viennent se réunir à une rondelle en aluminium qui, au centre, possède la vis nécessaire pour fixer l’appareil sur le pied (n° 2). Le n° 5 donne le détail d’un des pieds, et la figure de droite montre le touriste qui opère avec sa canne à trois jambes. — La canne que nous venons de décrire se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- Boite magique. — Nos lecteurs se souviennent peut-être que, dans le courant du mois d’octobre, le parquet du Havre fit saisir à la douane soixante-treize colis appartenant à M. Martin, qui revenait d’Angleterre. Une instruction fut ouverte pour rechercher si des boîtes renfermant un mouvement d’horlogerie, contenues dans ces colis, n’étaient pas destinées à provoquer la détonation d’explosifs. Toute la presse s’est occupée de ces faits à propos desquels.on avait affirmé que M. Martin
- Doîlc magique pour la danse des pantins.
- professait des idées anarchistes. Mais l’enquête établit la parfaite honorabilité de .M. Martin et il. a été démontré que ces fameuses boîtes étaient tout simplement destinées à actionner un nouveau jouet, dit Boîte magique, dont M. Martin est l’inventeur. Le nouveau jouet est bien charmant et bien ingénieux. Nous le considérons comme un des plus remarquables de ceux que nous ayons eu l’occasion de décrire. C’est une boîte métallique ronde qui a 8centimètres de diamètre; comme le montre notre figure (n“ I), cette boîte est très lisse, finement polie et nickelée, son couvercle est percé d’un trou au centre où l’on 'oit une pointe conique en acier qui en dépasse la surface. Cette pointe conique forme la partie supérieure de l’axe d’un
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- gyroscope qui est enfermé dans la boîte, et qui est mis en mouvement par une crémaillère dont le levier qui dépasse la boîte est retiré puis repoussé vivement. La toupie gyroscope prend un mouvement tournant très rapide ; si vous prenez des petits pantins découpés dans un carton, et fixés sur des socles métalliques plats et bien polis en fer doux, pouvant glisser sur la surface lisse de la boîte, et si vous les approchez de la pointe conique de Taxe de la toupie qui dépasse le couvercle de la boîte, vous les voyez attachés par ce socle au cône en rotation, mais en même temps ils se mettent en mouvement, le socle découpé tournant rapidement suivant le contour de ses bords. Si le socle est oblong comme pour la figure du bateau (n° 2), ou du cavalier (n° 4), on voit ces objets prendre un mouvement de va-et-vient. Une tige de fer doux hélicoïdale (n° 5) avance en tournant sur elle-même ; un support carré (n° 5) ou triangulaire (n° 6) permettent d’obtenir le mouvement de la valse. L’effet produit est le plus amusant qu’on puisse voir. Quel est le secret de la boîte magique? Le petit cône tournant est très aimanté, et le socle du pantin est en fer doux ; ce dernier s’attache à l’aimant qui tourne et l’entraîne en le faisant mouvoir aussi. — Ce charmant jouet se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Anneau de clés séparatif. — Cet appareil est un anneau pour les clés qui comprend des compartiments permettant de séparer les clés et de les distinguer instantanément dans un trousseau. Cet anneau est en métal argentai, métal blanc exempt de toute souillure. Dans les anciens modèles de porte-
- Anneau de clé. — t. Vue de l’appareil.
- 2. Disposition de l'anneau avec ses clés, la lige d’entrée étant ouverte,
- clés, il arrivait fréquemment que les plus petites clés s’enchevêtraient dans les grandes; il était parfois difficile de les débrouiller. L’anneau séparatif, en les isolant par espèces et par grandeurs, évite ce désagrément. Un simple mouvement de va-et-vient d’une tige centrale (n° 1) permet d’ouvrir ou de fermer l’anneau. Cette fermeture présente beaucoup de sécurité. L’entrée et la sortie de chaque clé sont des plus faciles, et les personnes qui ont souvent besoin de sortir une clé du trousseau, le font sans recherche aucune, sans tâtonnement, et en moins d’une seconde, même dans l’obscurité; le côté droit de l’anneau étant ondulé (n° 2), se reconnaît au simple toucher. — Ce trousseau de clés se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recherches sur les lois de la circulation pulmonaire, sur la fonction hémodynamique de la respiration et l’asphyxie, suivies d’une étude sur le mal de montagne et de ballon, par le Dr Léon Germe. 1 vol. in-8° avec 13 planches et une préface par M. le professeur Potaix. — Paris, G. Masson, éditeur, 1895.
- Annuaire statistique de la Ville de Paris. XIIe année, 1892. Préfecture de la Seine. Direction des affaires municipales. Service de la statistique municipale. M. le Dr Jacques Bertillon, chef des travaux de la statistique. 1 vol. in-8°. —
- — Paris, G. Masson, éditeur, 1894. Prix : 6 francs.
- Cours élémentaire de chimie à l'usage des lycées et collègesT des candidats au baccalauréat et des élèves en médecine. Rédigé conformément à la nouvelle nomenclature chimique proposée par le Congrès de Genève 1892, par le Dr C. Istrati. Revu et augmenté par A. Adam, avec une préface de M. Cù. Friedel, membre de l’Institut. 1 vol. in-8° avec 254 figures.
- — Paris, G. Carré, éditeur, 1895.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- U fi
- Recherches sur la théorie des ciments armés, par P. Planai, directeur de La Construction moderne. 1 vol. in-8°. — Paris, Librairie de la Construction moderne.
- L’écriture et le caractère, par J. Crépieux-Jamin. 1 vol. in-8° delà Bibliothèque de philosophie contemporaine, 3e édition. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 7 tr. 50.
- Madagascar-, par Albert Miliiacd. 1 vol. petit in-18 de la Bibliothèque utile, avec une carte de Madagascar. — Paris, Félix Alcan, éditeur. Prix : cartonné, 1 franc.
- Manuel d’hygiène athlétique à l'usage des lycéens et des jeunes gens des associations athlétiques. 1 brochure in-32, publiée par YUnion des Sociétés françaises de sports athlétiques. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 50 cent.
- Bibliothèque scientifique des Ecoles et des Familles, lre série. N0’ 1 à 25. Petites brochures sur divers sujets au prix de 15 centimes. Henri Gautier, éditeur. — Paris, 1895.
- Laboratoire d’études de la Soie fondé par la Chambre de commerce de Lyon. Rapport présenté à la Chambre de commerce de Lyon par la Commission administrative. 1893-1894. vol. VIIe. 1 vol. in-8°. — Lyon, imprimerie A. Rey, 1895.
- Annuaire de l’Observatoire royal de Belgique, par F. Folie, directeur de l’Observatoire, 1895, 62e année. 1 vol. in-16. — Bruxelles, F. Hayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1895.
- Le piégeage du Renard, du Blaireau, de la Loutre, des petits carnassiers et des oiseaux de proie, par Jean Marcassin. 1 vol. in-8°. — Paris, Les fils d’Emile Devrolle, éditeurs, 1895.
- De l’infanterie montée à bicyclette, parL. Lévv, capitaine au 109e régiment d’infanterie. Etude publiée dans le journal le Véloce-Sporl. 1 brochure in-18. — Bordeaux, imprimerie G. Gounouilhou, 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Salnt-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 février . . — 5*,2 N. N. E. 1. Couvert. 0,0 Beau à 1 h., couvert ensuite, un peu de neige à 11 h.
- Mardi 19 — 5*,6 N. N. E. 2. Beau. 0,1 Nuageux jusqu’à 14 h., beau ensuite; un peu de neige de 1 à 2 b.
- Mercredi 20 — 6*,9 N. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert de 7 à 12 h.; beau avant ei après.
- Jeudi 2i - 6,4 N. E. 1 Beau. 0,0 Nuageux de 8 à 13 h. et couvert après 20 h.; beau le reste du temps; gouttes à 22 h.
- Vendredi 22 . . . . . 0 ,8 N. N. E. 2. Couvert. 0,0 Nuageux à 1 h., couvert ensuite.
- Samedi 23 0",4 N. N. E. 1. Couvert. 0,0 Couvert; gelée blanche.
- Dimanche 24 - 4%4 S. S. E. 1. Beau. 0,0 Nuageux de 14 à 17 h.; quelques nuages le reste du temps.
- FEVRIER 1895 — SEMAINE DU LUNDI 18 AU DIMANCHE 24 FEVRIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- — Dans la deuxième quinzaine < mois de levrier, la Loire a été complètement gelée sur une grande lo gueur de son parcours, surtout aux environs d’Orléans. Depuis le mois i janvier 1789 (cest-à-dire plus d’un siècle), où à la suite de la ruptu dune digue, en amont d’Orléans, pendant une débâcle, il se produis dans le val une inondation désastreuse, la Loire n’avait jamais présen le spectacle qu elle a offert pendant quelques jours. A Gien, à Sully, ( a vu d énormes banquises d’environ 6 mètres de hauteur, se dresse menaçantes, devant les levées, quelles semblaient vouloir franchir. C craignait que certains ponts, notamment celui de Sully, ne puisse] résister a la poussée qu’ils recevraient si la débâcle était accompagm dune torte crue. Il existait aussi un grand nombre d’autres embâcles
- à Châteauneuf, à Cliécv, tout près d’Orléans; ailleurs, la Loire était, transformée en une véritable mer de glace, recouverte d'une couche de neige, étincelante sous les rayons du soleil.
- Une de nos lectrices, à Sully, nous écrivait, à la date du 19 février, que lo spectacle magnifique et effrayant de la Loire par ses banquises menaçant les ponts et la ville attirait une foule de visiteurs. Aucun des habitants de la contrée, parmi les plus âgés, ne se souvenait d’avoir vu un spectacle semblable sur la Loire.
- Le froid que nous signalions dans notre dernière Chronique météorologique s’est maintenu jusqu’au 22 février. A Paris, le thermomètre marquait — 7°,2 et — 6°,9 les 20 et 21 février ; mais le 22 février, il s’est elevé à -+- 4°. Des élévations semblables de température ont eu lieu dans presque toutes les régions de la France. La débâcle de la Seine a commencé à Paris le 23 lévrier.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 24, à 4 h. 53 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de a La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boite aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SBRVKIB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA UBRAIRIN a. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Cimetière mérovingien à Martincourt (Oise). —
- 11 y a environ soixante ans, un des chevaux du propriétaire d’un champ sis au lieu dit le Pied du Mont, territoire de Martincourt, s’enfonça tout d’un coup dans la terre jusqu’au poitrail. Oncreusa; on trouva un sarcophage dans lequel étaient deux vases, et la chose en resta là. 11 y a quatre ans, M. Vienne, propriétaire à Bouliers, vint pour explorer ce champ. Après avoir inis à jour deux squelettes, après avoir trouvé quelques vases accompagnant ces squelettes, il abandonna ses recherches, qui ont été reprises par les instituteurs de Martincourt, d’IIanvoile et de Vrocourt, en compagnie de M. L. Vuilhorgue, propriétaire à Hanvoile, et grâce à l’extrême bienveillance de M. Mollard, maire de Martincourt, propriétaire actuel du champ en question. Le 11 octobre 1894, après une demi-heure à peine de sondage et de fouille, on rencontrait à 1 mètre environ de profondeur un sarcophage en deux parties et recouvert de trois dalles. Ce sarcophage, en pierre de taille des environs de Mello ou de Saint-Leu, était cassé sur le côté et la terre avait envahi l’intérieur. Quelques os, le fond d’un vase en grès et le bout d’un scra-masaxe, voilà tout ce qui fut trouvé. Trois autres corps mis à découvert ne fournirent non plus rien d’intéressant. 11 faut dire que les explorateurs de cette nécropole étaient encore des novices. Le dimanche 14, les fouilles furent reprises avec ardeur. Tout d’abord on mit à découvert un angon (espèce de serpe ou faucard?) en tout semblable à celle que M. le Dr Baudon trouva en 1868 dans le cimetière franc d’Angy (Oise). Bientôt on trouva encore sept vases de forme et de grandèur différentes ; une autre pointe de scramasaxe, quelques clous et autres menus objets récompensaient les efforts des explorateurs. Les fouilles continuèrent. Au 51 décembre on avait exploré plus de cent tombes. Sur un espace de 40 mètres de long et 20 mètres de large, on avait trouvé cinq sarcophages et mis à jour un nouveau faucard de 0m,42, un autre scramasaxe, deux framées, uelques petits scramasaxes ou couteaux, un stylet, une dizaine e plaques de ceinturon et près de quatre-vingts vases funéraires (vingt-huit pour ma part). Tel est en abrégé l’inventaire des richesses que contenait le cimetière mérovingien (de Martincourt. François,
- à Vrocourt, par Songeons (Oise).
- INFORMATIONS
- —Au commencement de cette semaine, mardi 5 et mercredi 6, une très intéressante Exposition a eu lieu dans la grande salle de la Société de Géographie. Nous voulons parler de l’Exposition des dessins et des plans exécutés par M. Albert Tissandier, chargé d’une mission du Ministère de l’instruction publique au Cambodge et aux îles de la Sonde. M. Albert Tissandier a recueilli, en outre, au Japon et en Australie, des documents très curieux, au point de vue architectural, ethnographique et géologique. Un grand nombre de visiteurs ont admiré les reproductions^vraiment artistiques
- de l’explorateur. Nos lecteurs en auront prochainement encore quelques spécimens dans La Nature.
- —La commission exécutive de la grande course des voitures automobiles en 1895, a tenu sa séance de quinzaine lundi dernier 4 mars, à la Bourse de commerce, sous la présidence de M. Georges Berger. Le soir un magnifique banquet a été offert chez Cubât, dans l'hôtel princier des Champs-Elysées, à la Commission exécutive et aux principaux donateurs de la Course, par M. le baron de Zuylen de Nyevelt qui le premier a souscrit pour dix mille francs sur la liste "ouverte par le comte de Dion. Citons parmi les invités, qui étaient environ au nombre de cinquante : MM. Marcel Deprez, de l’Institut, Georges Berger, Peugeot frères, Pierre Giffard, du Petit Journal., l’initiateur de la première grande expérience des voitures automobiles, le capitaine de Place, le comte de Dion, le comte de Chasseloup-Laubat, Max de Nansouty, Collin, des chemins de fer du Nord, Dumont, de l’Est, Serpollet, Georges Pierron, Xau, Cal-mettes, Lucien Marc, Gaston Tissandier, E. Gautier, et plusieurs représentants de la Presse. Plusieurs toasts applaudis ont été prononcés par MM. de Zuylen, Georges Berger, A. Peugeot, etc.
- —Quelques renseignements sur les chemins de fer en Allemagne. Le 9 février, les Allemands ont mis en adjudication, à Cologne, 4462 wagons de divers types, dont 3400 de ces véhicules sont désignés pour être spécialement affectés à la mobilisation. Tout ce matériel est destiné à la Direction des Chemins de fer de la rive gauche du Rhin. Dans quelques mois plusieurs centaines de locomotives seront données à l’industrie privée, et lorsque, vers la fin de cet exercice, ces commandes seront terminées, cela portera la puissance mobilisatrice de l’Allemagne à 16500 locomotives et 36000 véhicules. Tel est le programme que s’imposent nos voisins chaque année pour l’augmentation de leur matériel roulant, qui est assurément un puissaitt matériel de guerre. Il est bon de remarquer que la somme totale prévue au budget de 1895-1896, soit 58 720 400 marks ou 48 400 100 francs, n’est inférieure que de 875 000 marks (1 093 750 francs) au total du même chapitre du budget de l’exercice précédent, quoique le nombre des voitures et locomotives à construire soit supérieur à celui de 1894-1895 et que le nombre de wagons soit sensiblement le même.
- —-M. Garrigou-Lagrange a présenté récemment à la Société météorologique un Mémoire très important sur des relations nouvelles entre les mouvements barométriques sur l’hémisphère nord et les mouvements en déclinaison du soleil et de la lune. Après avoir montré l’influence de notre satellite et du soleil sur les déplacements de l’atmosphère entre le 10e et le 70e parallèles nord, l’auteur donne les conclusions suivantes : 1° l’atmosphère éprouve sur l’hémisphère nord, de part et d’autre du 30e parallèle environ, un mouvement d’oscillation correspondant au mouvement de la lune en déclinaison, de telle sorte qu’en lune boréale les pressions sont plus basses au-dessous du 30e, plus hautes au-dessus, et inversement en lune australe ; 2° les gradients éprouvent des modifications corrélatives. Les pentes barométriques, du 30e vers le nord et vers le sud, sont alternativement relevées et abaissées, plus fortes en lune boréale au-dessous du 50e, plus faibles au-dessus, et inversement en lune australe ; 3° ces différences dans les pressions et les gradients augmentent à mesure que l’on avance vers le pôle, au moins jusques et y compris le 701 parallèle; 4° ces mouvements se superposent à des mouvements plus généraux qui les renforcent ou les atténuent, suivant qu’ils sont de même sens ou de sens contraire. Les relations qui précèdent sont générales, en ce sens qu’établies par parallèles, elles affectent la même forme dans tout le cours de l’année. 11 reste à les étudier suivant les méridiens, ce qui fera l’objet d une seconde Note.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le duographe, s’adresser à M. l’abbé J. Stiltz, aumônier des sœurs aveugles de Saint-Paul, 108, boulevard Àrago, à Paris. — Le graisseur à pendule de M. le capitaine Leneveu est construit parM. E. Bourdon, ingénieur mécanicien, 74, rue du Faubourg-du-Temple, à Paris. — Le fourneau de cuisine fumivore décrit dans la précédente livraison (p. 220), se trouve à la Ménagère, 20, boulevard Bonne-Nouvelle, Paris.
- Communications. — M. B. Faustin, à Londres, nous écrit que dans une vente qui a eu lieu le 21 février 1895, un œuf de VÆpiornis maximus, de Madagascar, le plus gros connu, s’est vendu environ 1270 francs (48 guineas).
- M. Soret, à la Cachette-Nouzon (Ardennes), nous adresse la description d’un nouveau système de transport de wagon ordinaire sur les voies étroites à l’aide d’un appareil qu’il construit et qui porte le nom de Truck transporteur. Cet appareil se compose de deux wagonnets montés sur deux essieux. La plateforme de ces wagonnets porte un pivot à traverse sur les extrémités de laquelle viennent reposer les deux roues d’un wagon de la voie large. Un de ces wagonnets reçoit l’essieu de devant, un autre porte l’essieu de derrière, et le wagon se trouve ainsi transporté sur une sorte de double boggie. Le système adopté pour le chargement du véhicule sur les trucks consiste à amener le wagon au-dessus d’une fosse de 40 centimètres de profondeur au fond de laquelle se trouve établie la voie étroite. La mise en place du wagon sur le truck transporteur s’obtient par l’intermédiaire d’une rampe et sa fixation se fait au moyen de grilfes serrant solidement les bandages des roues et de deux fourchettes à coins maintenant les essieux.' Le chargement est effectué en cinq minutes. Des expériences très concluantes ont été faites sur la ligne de Valmondois à Marines (Seine-et-Oise).
- M. L. Hollierra, de la maison Chatriot, à Paris, nous informe qu’il a reçu deux écrevisses vivantes, l’une rouge et l’autre bleue. Nous avons vu ces crustacés qui sont très remarquables par leur coloration. Nos lecteurs savent que nous avons déjà cité des faits analogues.
- Renseignements. — M. E. L. X., & Paris. — Nous pouvons vous indiquer un procédé très simple, mentionné dans le Dictionnaire de Bélèze, pour se procurer le vinaigre dont on peut avoir besoin dans un ménage. On achète un baril d'excellent vinaigre; on en tire quelques litres qu’on remplace par une égale quantité de vin blanc ou rouge. On bouche le baril et on le tient dans un endroit à 18° ou 20°. Quand on retire une certaine quantité de vinaigre, on la remplace par une même quantité de vin.
- M. L. Bertier, à Roquemaure. — Il faudrait demander des projets à diverses maisons d’électricité, notamment à la Société Gramme, 52, rue Saint-Georges, et à MM. Sautter et llarlé, 26, avenue de Suffren, à Paris.
- M. E. J., à X.... — Pour ce qui concerne les roues sphériques à mouvement universel, décrites dans le n° 1114, du 6 octobre 1894, p. 503, il faut s’adresser à M. de Camarasa, au château de Carresse, près Salies-de-Béarn (Basses-Pyrénées).
- M. E. Caballero, à Pontevedra. — L’article dont vous voulez parler, sur la photographie et les faussaires, a paru dans le n° 743, du 27 août 1887, p. 195.
- M. Rossignol, à Paris. — Nous avons publié autrefois plusieurs articles sur les baroscopes, pronostics ou sturm-glass, ou caméléons; voyez le n° 182, du 25 novembre 1876, p. 409, et le n° 194, du 17 février 1877, p. 189.
- M. le lieutenant L., à Grenoble. — L’inventeur de la bicyclette que vous citez, n’a pas voulu que nous décrivions encore son système, à cause des brevets à prendre.
- M. R. H., à Bois-Colombes. — Nous avons mentionné les principaux journaux photographiques dans la Boite aux lettres du n° 1080, du 10 février 1894.
- M. L. L., à Paris. —Il s’agit du side-walk ou chemin mobile
- que nous avons décrit entièrement dans le n° 1067, du 11 novembre 1893, p. 575.
- M, D. Borné, à Meulan. — Pour obtenir ce renseignement, il faudrait vous adresser à un libraire anglais, par exemple à MM. Macmillan and C°, 29, Bedford Street, London W. G.
- M. Duret, à Senlis. — Ces questions nous entraîneraient à des discussions techniques bien spéciales; il serait préférable pour vous de consulter les journaux de chimie pure.
- M. C. M.,a Paris. — Nous avons publié, dans notre dernier numéro, une Note sur l’incendie de la maison tubulaire.
- M. A. de Çalvinhac, à Bréhal. — Le vase sphérique laisse plus de place que l’autre à la dilatation du liquide.
- M. C. A., à Paris. — Nous ne connaissons pas de revue spéciale sur ce sujet; mais il existe un grand nombre de traités anciens de numismatique. Nous vous citerons entre autres le Catalogue du médaillier de la bibliothèque numismatique de A. Fière, le Traité élémentaire de numismatique ancienne grecque et romaine, de Gérard Jacob. Ces traités remontent à 1850 et 1825, et ne se trouvent que d’occasion.
- M. K. C., a Evron. — L’appareil dont vous parlez a été décrit dans le n° 1036, du 8 avril 1895, p. 304, sous le nom d'allumette électrique. Il est fabriqué par M. Delostal, 209, rue Saint-Maur, à Paris.
- Un abonné, à X. — L’idée de placer des affiches au fond de l’eau peut convenir aux lacs de la Suisse, mais ne saurait être appliquée en d’autres endroits où les rivières roulent des eaux peu transparentes.
- M. Quentin, bibliothécaire, à Cayenne. — Nous croyons qu’il s’agit du président Pasquier.
- M. A. Gautier, à Marseille. — Poêles à pétrole : MM. Ferrary et Cie, 51, boulevard Haussmann, à Paris.
- M. Autran, à Annot, — 1° Consultez les traités spéciaux relatifs à la fabrication du papier. — 2° Cette force motrice pourrait facilement être utilisée et transmise à distance par l’électricité. — 3° Pour ce qui concerne les annonces, adressez-vous à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. V. B., a Saint-Louis (Sénégal). — Charpentes en fer pour bâtiments : M. O. André, 15, rue Royale, à Paris; MM. Charpentier et Brousse, 20, rue de Paris, à Puteaux (Seine).
- M. Daoud, à Tripoli de Barbarie. •— Les machines à imprimer du Petit Journal et du Times sont les plus rapides qui existent au monde ; mais elles ont été fabriquées spécialement. Si vous voulez des machines de ce genre, vous pourriez vous, adresser à M. Marinoni, 92, rue d’Assas, à Paris.
- M. Villemey, à Paris. — 1° Il est difficile de désigner le fabricant de cette dynamo à l’aide des seules indications que vous nous donnez. — 2° La résistance que vous mentionnez nous semble beaucoup trop faible pour le shunt. — 3° Les couplages des inducteurs en série ou en shunt ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients; il faudrait consulter les traités spéciaux sur les dynamos.
- M. M.B,a\. — 1° Il serait bon de connaître la puissance utile de la pile en marche normale. — 2° Le débit des piles Le-clanché est trop faible. — 3° Vous trouverez divers traités élémentaires sur les piles à la librairie Michelet.
- M. Consigny, à Fuligny. — 1° Peintures pour papier : M. Sàuernheimer, 9, rue Saint-Merri, ouM. P. Michon, 23 même rue, à Paris. — 2° Il faudrait connaître la puissance lumineuse de votre lampe ; pour les lampes de 2 à 3 bougies et pour un éclairage de courte durée, les piles Leclanché peuvent convenir.
- MM. Ch. F. et E. J., à Nantes. — Il n’existe pas de compteur de vapeur.
- M. F. A. M., à Rio-de-Janeiro. — Vous trouverez l’ouvrage que vous demandez sur l’élevage du pigeon voyageur, chez M. E. Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, à Paris.
- Accusés de réception. —Avis divers.— M. le Dr Brenac, au Havre. Remerciements pour votre intéressante communication ; nous ne pouvons dans le journal discuter des projets, si dignes d’intérêt qu’ils soient. — M. Don Nicolas F. Sanz, à Madrid, il faudrait vous adresser à des libraires qui pourront vous procurer cet ouvrage d’occasion ; nous ne connaissons pas l’éditeur. — M. F. Crestin, à Saint-Pétersbourg. Le procédé dont vous parlez nous semble sujet à de nombreuses critiques. — M. A. Blanc, à Arras. Il n’y a pas de traité spécial sur cette matière. — M. de Champsavin, à Laval. Cette adresse est donnée en tète de la Boite aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil. — M. F. Fino, à Rosario Santa. Fé. Nous vous remercions pour votre proposition d’envoi de photographies; mais nous ne pouvons traiter longuement ces questions. — M. fU. Olivier Blais. à PonMtousseau. Remerciements pour vos communications; nous avons déjà mentionné des procédés semblables. — M. Wander, à Alençon; M. J. D. P., h Bruxelles. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui, sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date, de la livraison..
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- Râpe mécanique. — Le mécanisme de la râpe que nous allons faire connaître est très simple. Il suffit de placer dans la boîte (n° 1) la substance à râper, sans qu’elle force contre les parois : on introduit ensuite le tampon à ressort (n° 2)
- Râpe mécanique. — 1. L'appareil en fonction.
- 2. La boîte ouverte ; à droite le tampon à ressort qui s’y introduit.
- dans cette boîte, en tournant le couvercle pour la tenir fermée. La fermeture est le système à baïonnette. Il suffit alors d’imprimer un mouvement de va-et-vient à la boîte pour que la substance se râpe jusqu’à la dernière parcelle, cela sans crainte de s’écorcher les doigts. On peut ainsi râper fromage, sucre, chocolat, fruits, légumes, etc., etc. Si l’on a soin de faire l’opération au moment d’employer ces diverses substances, leur qualité et leur arôme en sont considérablement augmentés. — Cette râpe se trouve chez M. E. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- Pupitre portatif. — Voici une petite invention anglaise fort pratique. Il s’agit d’un appareil qui permet, à la campagne, ou en promenade, de pouvoir transporter un livre et d’en faire la lecture sans jamais cesser d’avoir l’usage de ses mains. Quand on porte un livre sous le bras il arrive souvent qu’on le
- Appareil de transport pour un livre de lecture.
- laisse tomber, et le bras, pendant le transport, n’a pas la liberté de ses mouvements ; plus rien de semblable avec la double planchette qui tient le livre serré au moyen d’une courroie. Le système est fixé aux épaules par des cordelettes (n° 1). Dans la position de repos et de la lecture, la double planchette sert de pupitre également attaché au corps, et les mains n’ont pas la mission de tenir le livre. — Ce petit pupitre portatif se trouve chez M. Henry J. Glover, 78, East Hill, Colchester (Angleterre).
- Brosse anti-incriiMante. — L’incrustation d’une chaudière ou d’une bouilloire empêche l’eau d’entrer promptement en ébullition et favorise l’usure du vaisseau par les fuites qu’elle occasionne. Il est mentionné par les experts, qu’une épaisseur de 3 millimètres d’incrustation produit une perte de 20 pour 100 dans le chauffage et G millimètres une perte de 50 pour 100. On connaît les désagréments inévitables d’un
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- tuyau de chaudière engagé, car outre la dépense réitérée pour les remplacer, il y a toujours le danger d’une explosion et le risque d’une fente dans la chaudière. La brosse poilue ci-dessous (n° 1), que son inventeur appelle Voctopus anti-inscrustateur, empêche ces incrustations. Placé tout simplement dans la bouilloire ou chaudière, l’octopus y demeure stationnaire, et les cristaux calcaires ne se déposent qu’à sa surface. Placé dans une bouilloire, il est intéressant de suivre de semaine en
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- Brosse à désincrustation. — 1. Vue de la brosse.
- 2. La même couverte de cristallisations, après usage,
- semaine la transformation de l’octopus, car à la fin d’une année à peu près, il ressemble à un bloc de corail et devient un témoin irrécusable de son utilité (n° 2). — L’octopus se trouve à la même adresse que la râpe mécanique.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de zoologie, mammifères et oiseaux. — M. Milne-Edwards, professeur, membre de l’Institut, commencera ce cours le lundi II mars 1895, à 2 heures. ~ ï
- Les leçons auront lieu les lundis, mercredis et vendredis à 2 heures, dans la salle des Cours de la Galerie de Zoologie et elles seront complétées par des conférences faites dans les galeries ou dans la Ménagerie, à des jours et heures qui seront indiqués par des affiches spéciales.
- Cours de zoologie, annélides, mollusques et zoophytes. — M. Edmond Perrier, professeur, membre de l’Institut, commencera ce cours le mardi 12 mars 1895, à 1 heure et demie, dans la salle des Cours des Galeries de zoologie (deuxième étage), et le continuera à la même heure, les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine.
- Cours de paléontologie. — M. Albert Gaüdry, professeur, membre de l’Institut, commencera ce cours le mercredi 13 mars 1895, à 3 heures et demie, et le continuera le vendredi et le mercredi de chaque semaine, à la même heure. Les leçons auront lieu dans l’amphithéâtre d’anatomie comparée.
- Cours de botanique. Classifications et familles naturelles. — M. Edouard Bureau, professeur, commencera ce cours le mercredi 13 mars 1895, à 1 heure, dans l’amphithéâtre de la Galerie de géologie. Il traitera, comme les années précédentes, des plantes fossiles et des plantes vivantes, dans deux séries de leçons qui seront le complément l’une de l’autre. Les leçons commenceront le lundi 29 avril, à 1 heure, et se continueront les lundis, mercredis et vendredis suivants. Elles auront lieu dans la salle de Cours, rue de Buffon, n° 63. Des herborisations seront annoncées par des affiches particulières.
- Cours de culture. — M. Maxime Cornu, professeur, a commencé ce cours le vendredi 1er mars 1895, à 9 heures du matin, dans l’amphithéâtre de la Galerie de Minéralogie, et le continuera à la même heure, les lundis, mercredis et vendredis suivants.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité des bicycles et bicyclettes, suivi d’une application à la construction des vélodromes, par C. Bourlet, professeur au lycée Henri IV. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, et G. Masson, éditeurs. Prix : broché 2 fr. oO; cartonné 3 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- Appareils accessoires des chaudières à vapeur, par MM. Du-deboüt et Croneau, ingénieurs de la marine. \ vol. petit in-8° de l’Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Les aurores polaires, par Alfred Angot, météorologiste titulaire au Bureau central météorologique de France. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 6 francs.
- Agenda du chimiste, 1895, publié par MM. Combes, Girard, G. Griner et A. Pabst. 1 vol. in-16. — Paris, librairie Hachette et Cie.
- Instructions pratiques pour produire des épreuves irrépro-
- chables au point de vue technique et cniistique, par A. Mul-lin, professeur de physique au lycée de Grenoble. 1 vol. in-18 jésus de la Bibliothèque photographique. — Paris, Gauthier-Yillars et fils, éditeurs. 1895.
- Éludes climatologiques, par A. Lancaster, météorologiste inspecteur à l’Observatoire royal de Belgique. 1 brochure in-8°. — Bruxelles, P. Weissenbrueh, imprimeur, 1894.
- Les fortes pluies d’octobre 1894, par A. Lancaster. 1 brochure in-8°. — Bruxelles, 1894.
- Cellulose. An outline of the chemistry of the structural éléments o.f plants, with reference lo their natural history and industrial uses, by Cross et Bevan. 1 vol. in-8°. — London, Longmans, Green and C°, 1895. Prix : 15 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DO MATIN THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 25 février . . — 2”,9 E. N. E. 2. Très nuageux. 0,0 Très nuageux, très brumeux.
- Mardi 26 — 2',3 N. N. E. 4. Beau. 0,0 Beau, atmosphère brumeuse à 7 h., claire à 16 h.
- Mercredi 27. . . . . - o-,i N. 1 Beau. 0,0 Très nuageux jusqu’à 14 h., puis peu nuageux, beau après 18 h.; grains de neige de 12 h. 20 à 14 h. 45.
- Jeudi 28 . 0’,2 N. N. W. 2. Couvert. 0,0 Nuageux à 1 h., puis presque couvert, beau après 19 h., très brumeux.
- Vendredi 1" mars. . — 2*,9 S. W. Peu nuageux. 0,0 Beau jusqu’à 10 h. Couvert de 19 à 24 h., nuageux le reste du temps, halo.
- Samedi 2 -+- 1°,3 S. W. 2. Couyert. 0,0 Couvert le matin, quelques éclaircies le soir, un peu de neige à 18 h.
- Dimanche 3 — 1*,1 0. Couvert. 3,0 Couvert jusqu’à 17 li., puis peu nuageux. Beau après 21 h. Neise de 2 h. 5 à 13 h. 50 et de 4 h. 20 à 4 h. 55.
- FÉVRIER-MARS 1895 -- SEMAINE Dü LUNDI 25 FÉVRIER AU DIMANCHE 5 MARS
- Lft courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- lia déb&cle de la Seine. — Ainsi que nous l’avons annoncé à la fin de notre Chronique météorologique du n° 1155, du 2 mars 1895, la débâcle de la Seine a eu lieu le 23 février à Paris. Le mouvement des glaces, qui avait commencé vers 5 heures de l’après-midi, s’est accentué pendant la nuit à 4 heures, puis à 6 heures. C’est d’abord la haute Seine qui a été en débâcle depuis Ablon jusqu’à Paris. Les glaces, déjà morcelées et usées, n’ont causé aucun dégât; cependant, leur poussée a été assez forte sur les stations ou pontons de l’Hôtel de Ville au Châtelet. Le 21 février, à 9 heures du matin, les glaces étaient accumulées en grande quantité au pont des Arts, à la station du Louvre et au pont Iloyal. Mais, entre il heures et midi, le mouvement de descente a repris et il s’est continué les jours suivants; la Seine, dans la traversée de Paris, a été bientôt com: plètement dégagée. Le petit bras de l’île de Grenelle s’est trouvé également libre. Le niveau des eaux, pendant quelques jours, a été très bas, le barrage d’Ablon était en effet levé et celui de Port-à-l’Anglais, au contraire, était baissé. La débâcle de la Seine a eu lieu à Rouen à la même date et sans aucun accident.
- Cristaux «le neijçe. — Nous avons reçu de Saint-Pétersbourg, à la date du 23 février 1895, la lettre suivante d’un de nos abonnés, M. E. Pé-
- nard : « Voudriez-vous me permettre de porter à votre connaissance un fait qui me paraît curieux, et qui a rapport à la cristallisation de la neige. Il y a dix-huit mois déjà, j’avais fait à Genève, dans une séance de la Société de physique, une courte communication concernant les étoiles de neige tombées à Moscou dans le courant de l'hiver 1892-1893 ; j’avais mentionné des formes curieuses à quatre, trois et même deux rayons, dont l’existence est d’ailleurs facile à expliquer, mais j’avais à peine osé parler de deux étoiles rencontrées un jour, et qui présentaient chacune douze rayons parfaitement égaux ; le fait me paraissait si anormal que je craignais d’avoir été victime d’une erreur. Or l’hiver suivant, également à Moscou, j’ai observé une chute de neige dans laquelle un bon nombre des étoiles présentaient douze rayons tout à fait semblables. »
- Celte lettre était accompagnée d’un dessin représentant un cristal de neige à douze branches. Ces dernières partent du centre et vont en s’élargissant jüsqu’à leur périphérie; elles se terminent ensuite en pointes légèrement accentuées. Nous avons déjà parlé des formes multiples que peuvent prendre les cristaux de neige, dans l’analyse que nous avons faite des beaux travaux de M. Hellmann (n* 1084, du 10 mars 1894, p. 225); nous avons aussi reproduit des cristaux à douze branches. Ces cristaux rentrent bien dans le système rhomboïdal, auquel appartiennent tous les cristaux de neige.
- PHASES DE LA LUNE : Néant,
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de a La Nature » et de son « Supplément a,
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- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE BBRVXOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA UBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Soulèvement d’un pont de chemin de fer. — Notre confrère, le Mechanical World, cite un travail fort intéressant qui a été récemment mené à bien sur le chemin de fer international en Suisse : il s’agissaitde relever de 1“,52 un pont de chemin de fer sans interrompre le trafic. Le pont en question est d’une seule travée ; en son milieu il est supporté par deux piliers reposant sur une pile en maçonnerie, et à chaque extrémité par deux autres piliers. On commença par fixer obliquement une contre-fiche à chaque pilier, le bas de chacune de ces fiches formant appui pour l’action d’un vérin hydraulique ; ces vérins étaient tous de 100 tonnes, le piston ayant près de 0ra, 177 de diamètre et une course de 0m, 203; la pression de travail était de 400 atmosphères. Quant au liquide employé, il était composé de glycérine, d’alcool et d’eau. 11 y avait 16 hommes pour manœuvrer les vérins, tout un code de'signaux avait été spécifié à l’avance pour obtenir un synchronisme parfait des mouvements. On souleva le pont tout doucement, et peu à peu, après chaque relèvement, on calait et on construisait par en dessous un petit massifde maçonnerie. On termina le travail en quatre périodes, chacune étant comprise entre le passage des trains; le plus long intervalle fut de deux heures. Ajoutons que la charge totale des vérins était de*555 tonnes. Pendant la durée des réparations, on avait soin de réduire au strict nécessaire le poids des trains, et au passage du pont, leurvitesse était limitée à 5 kilomètres par heure. En outre, on avait organisé une section spéciale de block-système en ce point : les opérations étaient arrêtées et la voie tenue en état cinq minutes avant le passage d’un train. D. h.
- INFORMATIONS
- —Les perruches infectieuses recommenceraient, paraît-il, à vouloir faire parler d’elles. Voici, en tout cas, un fait que cite le Chasseur illustré et qui peut paraître singulier. Il y a quelque temps, M. le baron Double avait acheté une perruche du Sénégal dont le babil lui avait plu. Cette perruche ne tarda pas à communiquer à son maître la maladie dont elle était atteinte, et en trois jours le baron Double mourait. Peu de temps après, son valet de chambre, frappé du mémo mal, le suivait dans la tombe. De plus, les deux enfants de M. Double sont aussi malades, ainsi que leur nourrice et leur bonne.
- —® — Pendant le grand froid qui a régné cette année, les loups se sont montrés en très grand nombre. Dans la Bretagne, des loups, séparés ou errant par bandes, ont été vus dans les régions où ils n’osaient jamais se montrer, et leur faim, aiguisée par le froid rigoureux, les forçait à s’approcher des habitations et à se montrer d’une hardiesse inouïe. A la porte de Saint-Brieux, à Plérin, de nombreux loups ont été vus ces jours-ci, et deux ont pu être tués par le garde de ta propriété dés Rosaires. D’autres de ces incommodes voisins ont été signalés dans diverses régions de l’arrondissement de Dinan : à Carheil, à Quiucourbe et à Plouër. Même, l’un d’eux, qui s’était
- Hubert, n’a dû son salut qu’aux courants qui l’ont ramené à terre et un peu aussi à la maladresse du tireur, qui l’a manqué. Non loin de la forêt de la Ilunaudaye, près du cimetière de Pludono, un habitant de Plancoët, M. Emile Langlois, a été attaqué par un de ces affamés carnassiers; il n’a dû son salut qu’à la possession d’un couteau-poignard et à la lutte énergique qu’il soutint contre son redoutable adversaire.
- —®— Une bande de 35 sangliers a envahi, le mois dernier, le village de Launsdorf, près de Thionville (ancienne Lorraine). Le journal l’Eleveur raconte que les habitants, remis de leur émoi, s’armèrent de haches et de fourches et, aidés de quelques chiens de chasse, livrèrent une bataille sanglante aux envahisseurs. I»a victoire leur resta et 9 sangliers furent abattus, mais non sans avoir éventré quelques chiens. Le maire donna l’ordre de déposer les corps des animaux à la mairie et télégraphia aux autorités administratives de venir faire une constatation régulière. Mais les paysans se gardèrent bien d’obéir à l’injonction ; ils se partagèrent le gibier, le mangèrent, et, quant les représentants de l’autorité arrivèrent, il ne restait plus trace des bêtes noires.
- —Le jardin zoologique de Londres, qui, depuis 1892, ne possédait plus de girafe, a reçu récemment une superbe femelle de trois ans environ, la seule qui ait survécu sur six obtenues par des chasseurs envoyés en Afrique, au mois d’août dernier, par M Reiche, un Hanovrien. La girafe, embarquée au Cap, dans une cage spéciale télescopique, est arrivée à Southampton en excellente santé, la cage s’abaissant et forçant le cou de l’animal sous les nombreux tunnels qu’il y avait à passer jusqu’à Londres. Une autre expédition sera faite au printemps afin d’obtenir un spécimen mâle.
- —®— Le phosphate d’étain est un sel qui n’avait que peu d’emploi jusqu'à ces derniers temps. Mais il vient d'acquérir une importance assez grande pour le chargement de la soie, au lieu et place du tannin ju-qu’ici employé. Selon la Revue de chimie industrielle, avec le phosphate d’étain, on charge de 40 à 80 pour 100 la soie pour couleurs, sans l’altérer et en augmentant bien uniformément le diamètre des fils. Le phosphate d’étain se prépare en faisant dissoudre à chaud de l’oxyde d’étain fraîchement précipité dans l’acide phosphorique du commerce, ou bien en attaquant l’étain en grenailles par un mélange d’acide phosphorique et d'acide nitrique.
- —®— La production du beurre et du fromage en Lombardie est très abondante, voici les chiffres qui ont été publiés pour la production moyenne annuelle : 57 617 272 kilogrammes pour les fromages ; 19 508 181 kilogrammes pour les beurres. Parmi les laiteries coopératives de cette région, il faut mentionner, comme une des plus importantes, celle de Pavie, dont le but est de garantir la fabrication du beurre contre les falsifications se produisant au moyen de la margarine. A la laiterie coopérative de Brinzio, le lait doit être porté à la laiterie deux fois par jour, matin et soir, sous peine d’amende ; au bout de six mois le fromage est retiré par les sociétaires qui le veulent. Le beurre, au contraire, est enlevé chaque jour par les intéressés.
- —Une Exposition internationale, industrielle, commerciale, agricole et horticole, avec annexes scientifiques et artistiques et concours ouvriers, aura lieu à Charleroi (Belgique) du mois d’avril au mois d’octobre 1895.
- —La ville de Vercliojansk, en Sibérie, est presque toujours soumise à de très basses températures et il est possible que cette cité soit la localité habitée la plus froide du globe. Un savant observateur, M. Wild, qui a passé à Vercliojansk une année entière, y a
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Ch. Janet, à Paris, à propos des récentes observations duDr Waldo sur la stérilisation du pain, dont nous avons parlé dans le n° 1132, du 9 février 1895, p. 171, nous écrit qu’il a eu l’occasion, il y a quelques années, de trouver dans le pain des cavités remplies de petites fourmis jaunâtres, minces comme un fil et longues de 3 millimètres. Il y en avait des centaines ; quelques points noirs encastrés dans la mie semblèrent être des œufs non éclos. Le même phénomène se reproduisit tant que dura le stock de farine au boulanger. Il est à remarquer que les germes des œufs n’ont pas été détruits par la chaleur si élevée à laquelle ils ont été soumis. Ces résultats confirment les expériences que nous avons citées précédemment.
- M. C. Labouret, à la Haye, nous adresse plusieurs photographies de mouettes prises au vol, dans cette ville, au moment des gelées.
- M. 4. Cavin, à Couvet (Neuchâtel), à propos de notre article sur Le nectar des fleurs et le sol, publié dans le n° 1131, du 2 février 1895, p. 155, nous écrit la lettre suivante : « Un moyen plus pratique, à mon avis, employé par beaucoup d’apiculteurs, est de mettre une ruche sur bascule et de faire des pesées journalières. Par ce moyen on ne peut manquer de se rendre compte du rapport que peuvent donner certaines fleurs des prairies qui avoisinent un rucher et qui, par leur succession, accusent le rendement journalier, ainsi que j’en ai fait moi-même l’observation l’année passée. Alors que les prairies étaient rouges de sainfoin ma niche sur bascule accusait un rendement, pour la plus forte journée, de 8 kilogrammes de miel ; je n’avais pas à douter un instant que cette plante donnât beaucoup de nectar et la nature du sol calcaire que je connaissais donnait l’autre solution du problème. J’ai fait les mêmes observations pour les cardamines, les pissenlits, les arbres fruitiers, les moutardes des champs, les tilleuls, etc. Il est vrai qu’il y a, par ce moyen, quelques fleurs éparses qui échappent à l’observation, mais la quantité de nectar de celles-ci est bien négligeable et pour un apiculteur elle n’entre pas en ligne de compte. J’ai remarqué, en outre, que des plantes très mellifères ne donnaient qu’un très faible rendement; elles agissent sur les abeilles comme un narcotique; je n’en citerai que deux : le Sedam telephium et YEryngium alpinum; les abeilles engourdies passent souvent la nuit sur ces fleurs et si celle-ci est un peu froide elles y périssent. »
- Renseignements. — M. R. P., à Roubaix. — Pour ce qui concerne la brochure que nous avons annoncée, Lunettes pour opérés de cataracte, par le l)r A. Bourgeois, veuillez vous adresser à M. A. Guillemain, 16, place du Palais-de-Justice, à Reims.
- M. S. Wiener, à Paris. — L’almanach éphéméride, qui donne la date de 1861 pour la mise à la disposition du public du service télégraphique électrique, fait une erreur de dix ans. C’est le 1" mars 1851 que plusieurs bureaux télégraphiques ont été ouverts à Paris, et que ce service a commencé â fonctionner.
- M. S. Jezierza, à Cannes. — La Société des turbines Laval a son siège 48 rue de la Victoire à Paris, et les appareils sont construits par la maison Bréguet.
- M. P. Beuf, à Arles. — Le thermomètre métallique de Bréguet est formé de 3 bandes minces de platine, or et argent, qui sont soudées ensemble et contournées en hélice. Une extrémité est fixe et l’autre porte une aiguille se déplaçant sur un cadran. L’inégalité de dilatation fait tordre la bande métallique et dérouler l’hélice.
- M. E. Arribert, à Grenoble. — Nous ne croyons pas que cette pile use beaucoup en circuit ouvert; elle ne saurait, en tous cas, remplacer la pile Leclanché.
- Un Sténo, à X. — Voyez nos Boites aux lettres du n“ 1068, du 18 novembre 1893, et du n° 1070, du 2 décembre 1895;
- nous avons donné diverses indications sur les méthodes de sténographie.
- M. A. Chemin, à Nemours. — Le droinographe décrit dans le n° 951, du 22 août 1891, a été imaginé par M. dé la Roulle, 70, rue d’Annonay, à Saint-Etienne (Loire).
- M. R. L., à la Roche-sur-Yon. — 1° Le nombre des bicyclettes est considérable, nous ne pouvons vous indiquer un modèle en particulier. — 2° Cette adresse a été donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro où a paru la description de l’appareil,
- M. CL Guerry, à Paris; M. le directeur des ateliers Bol-linckx, à Bruxelles; M. H. de Beaulieu, à Beslé. — Veuillez vous adresser directement à l’auteur de l’article, 97, Grande-* Rue de la Guillotière, à Lyon.
- Un abonné, à Paris. — Les tissus dont il s’agit sont formés de fulmicoton
- M. E. M., à Valmondois. — Les accumulateurs au plomb genre Planté peuvent donner 6 à 10 ampères-heure par kilogramme de plomb, au débit de 1 ampère par kilogramme. Les accumulateurs à oxydes peuvent donner, dans les mêmes conditions de débit, des capacités de 15 à 18 ampères-heure par kilogramme de plaque.
- M. F. Lambot, à Anvers. — La note que nous avons publiée dans notre n° 1134, du 23 février 1895, p. 207, sur une graine oléagineuse du Congo, a été présentée à l’Académie des sciences dans la séance du 18 février 1895.
- M. R. Imbert, à Limoux. — La clef-diamant, décrite dans le n° 1115, du 13 octobre 1894, p. 317, se trouve chez M. Ch. Denys, quincaillier, 48, rue des Acacias, à Paris.
- M. A. L., à Paris. — Nous avons donné la description de l’expérience des harpes éoliennes dans le n° 1085, du 17 mars 1894, p. 256.
- M. le comte L. d’Espinay, à Romoranfin. — Nous avons donné quelques renseignements sur les traîneaux à voile em-loyés dans l’expédition anglaise au pôle Nord, dans le n° 108, u 26 juin 1875, p. 55.
- M. A. Bozino, à Genève. — Nous avons décrit en détail, dans le n° 935, du 2 mai 1891, p. 351, le mécanisme employé au théâtre des Variétés, à Paris, pour imiter sur scène une course de chevaux.
- M. A. Barriot, à Paris. — Vous trouverez une description assez complète de la fabrication de l’acide carbonique liquide dans le n° 937, du 16 mai 1891, p. 375.
- M. Th. Cordier, à Moscou. — Consultez notre article sur l’extraction du kaolin (n° 1064, du 21 octobre 1895, p. 331); les renseignements que vous demandez y sont donnés.
- M. C. C. K., à Paris. — La librairie Gauthier-Villars a fait paraître un grand nombre de traités photographiques ; voyez aussi à la librairie Carré.
- M. A. S. A., à B. — 1° MM. Muhlberg et Kraft ont publié un ouvrage sur le puceron lanigère, à la Librairie agricole de la maison rustique, à Paris. — 2° Remerciements pour vos photographies.
- M. Ch. Fournier de S., h Paris. — Ces procédés sont tenus secrets par les fabricants; vous trouverez cependant quelques renseignements dans divers traités de galvanoplastie, aux librairies Baudry, Tignol et Roret.
- if. A. C., à Paris. — 11 a paru dans la collection des manuels Roret un livre contenant des renseignements sur les échecs, Jeux de calcul et de hasard, par M. Lebrun. Il existe aussi des traités beaucoup plus complets qu’on peut trouver dans les bibliothèques, notamment le Traité du jeu des échecs, par C. de La Bourdonnais. Paris, 1833.
- Questions. — N* 1343. — M. P. de Cazi, à Arles, nous demande quel serait le moyen à employer ou l’opération à faire subir au cuir jaune pour lui enlever son odeur et lui donner l’apparence du cuir vieux.
- Accusés de réception. — Avis divers. — if. Morin, à Reims. Nous vous avons déjà répondu par la Boite aux lettres et directement; nous ne pouvons vous fournir d’autres renseignements. — M. J. A- C. S., h Lisbonne. Un grand nombre de problèmes semblables sont traités dans tous les cours d’arithmétique. Remerciements. — if. E Finet, à Paris. Nous avons déjà décrit une quantité d’expériences analogues. — M. le Dr Trintignan, à,Paris. 1“ Il n’y a pas de fabrique, c’est une recette que nous donnons; 2° ce renseignement n’est pas indiqué. — M. F. Quanonne, au Vésinet. Nous ne croyons pas que ce procédé ait reçu d’autres applications. — M. C. Bertrand, à Gijon. Nous ne connaissons pas de fabricant de ces machines. — if. L. Flessell-, à Essômes. Vos observations-sont exactes. — if. F. Witz, à Bischwiller. Remerciements pour votre communication.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- CYCLISTES ET ANIMAUX. — Dessins inédits de A. Robida.
- 1. Sauf le chien des villes qui est bien vite au courant de tous les progrès, le chien n'admet pas encore le cyclisme, et dans les villages écartés il essaye souvent de goûter du cycliste. — 2. Un solide avertissement est alors tout indiqué. — 5. Distraction de chasse, le vélo est souvent moins rare que le lièvre. — 4. Les moutons paissant sur le bord des routes se montrent quelquefois gênants. Mordre la poussière par la iaute d’un agneau est vraiment humiliant. — 5. On ne passe pas! Les oies, très 11ères depuis le Caji ole, ne se laissent pas intimider. — 6. Suites de la collision. — 7. Les vaches effarouchées ou le cycliste picador malgré lui. — 8. Effet de la trompe.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Huile de foie de morue au café. — Procédé un peu compliqué pour masquer la saveur désagréable de l’huile, mais qui est, en réalité, assez bon. Prenez : huile de foie de morue, un demi-litre ; café torréfié moulu, 25 grammes. Chauffez au bain-marie pendant quinze à vingt minutes dans un flacon bouché. Laissez le mélange au repos pendant quarante-huit heures en l’agitant de temps à autre. Filtrez. L’huile obtenue ainsi est très colorée, et a une odeur et une saveur de café des plus prononcées. Pour diminuer la coloration donnée par le café, on peut ajouter au mélange un peu de charbon animal
- (noir animal) en poudre, qui décolorera le produit et ne lui laissera que la couleur ambrée de l’huile.
- Désinfection des crachats. — Moyen simple et peu coûteux pour désinfecter les crachats des'malades. C’est par les crachats desséchés que se disséminent surtout les germes de la tuberculose. En mélangeant au crachoir une certaine quantité d’acide pyroligneux (vinaigre de bois), qui contient des essences antiseptiques, gaiacol, crésol, les microbes, y compris ceux de la tuberculose, sont absolument détruits. Le crachoir peut alors être vidé sans danger. On peut encore remplacer l’acide pyroligneux par une solution alcaline de goudron, sorte de liqueur de goudron non purifiée. Dr X....
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49aa,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 4 mars. . . . — 3”,9 N. 1 Peu nuageux.
- Mardi 5 — 0,9 N. N. W. 3. Peu nuageux.
- Mercredi 6 — 8”,1 S. E. 1. Peu nuageux
- Jeudi 7 - 5%1 S. 2. ' Très nuageux.
- Vendredi 8 .• i . . . - 1“,4 S. S. E. 3. Nuageux.
- Samedi 9 3*,0 S. S. E. 2. Couvert.
- Dimanche 10 2%3 S. 2. Couvert.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,7 Nuageux ; neige à plusieùrs reprises avec grésil à 14 h.
- 1,4 Nuageux jusqu'à 17 h., beau ensuite.
- 0,1 Peu nuageux de 7 à 12 h., beau avant et après.
- 0,0 Nuageux le matin, couvert le soir; quelques gouttes et grains de neige à 21 et 22 h.; halo.
- 0,0 Nuageux jusqu’à 16 h., très nuageux ensuite.
- 0,0 Couvert jusqu’à 18 h., nuageux ensuite; pluie à div. reprises ; halo, gelée blanche.
- 3,5 Presque couvert ; forte gelée blanche.
- MARS 1895 -- SEMAINE Dü LUNDI 4 AU DIMANCHE 10 MARS
- I Lundi | Mardi j Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche
- tu
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- s
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- 790.,
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- 78Q-770 | 760
- |
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- *C
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- H
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- La courbe supérieure indique la nébulosité dé 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent, Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques {baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au pare Saint-Maur en février 1895
- par M. E. Renod.
- Moyenne barométrique à midi, 757“”,95. Minimum le 11 à 7 heures du matin, 740“",72. Maximum le 17 à 10 heures du matin, 767““,36.
- Moyennes thermométriques : des minima —8°,68; des maxima 0°,25; du mois —4°,21 ; moyenne vraie des 24 heures — 4°,45. Minimum le 7 vers 7 heures du matin —15°,4. Maximum le 21 à 1 h. 15 m. du soir 6°,0. Il y a eu 27 jours de gelée dont 13 sans dégel en trois séries du 1" au 15; plus 1 jour de gelée blanche. Sol gazonné gelé jusqu’à 0“,53; sol cultivé jusqu’à 0“,65. Le 28, il reste encore des traces de neige aux expositions nord.
- Tension de la vapeur moyenne 2““,69; minimum le 8 à midi 1““,1. Maximum le 21 à 11 heures du soir, 4”“,8.
- Humidité relative, moyenne 80,3. Minimum le 8 à midi 41. Maximum, 100, en 17 jours.
- Nébulosité moyenne, 38. 5 jours de ciel clair, 2 jours complètement couverts.
- Eau de neige, 2“",3 en 15 heures et demie réparties en 3 jours. 5 jours de grains de neige ou gouttes.
- 2 jours de brouillard de 600 et de 903 mètres.
- Le vent a soufflé constamment du nord au nord-est, sauf quelques heures dans la journée du 9 et dans la nuit du 12 au 13, où il a soufflé de la région sud.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 0°,01; le soir, 0°,03; en moyenne, 0°,02. Elle a été dans le voisinage de 0° jusqu'au 21 et a
- niveau a baissé progressivement. La Marne, prise depuis le 5 février, e ,t encore complètement gelée à la lin du mois.
- Relativement aux moyennes normales le mois de février 1895 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 1““,05. Thermomètre plus bas de 8°,21. Tension de la vapeur plus faible de 2““,47. Humidité relative plus faible de 3,6. Nébulosité plus faible de 30. Pluie plus faible de 33"“,1.
- L’hiver de 1895 présente les résultats suivants :
- Saison. Normale.
- Baromètre. 756"“,25 759““,50
- Thermomètre. — 0°,33 2°,58
- Tension de la vapeur. 3““,96 4”",99
- Humidité relative. 84,1 87,1
- Nébulosité. 59 70
- Pluie totale. 83,2 114,9
- Excès sur la normale.
- — 5““,25
- — 2,91
- — 1,03
- — 3
- — 11 — 3i,7
- Ce mois de février est le plus froid, à Paris, depuis 1740 ; la température moyenne de ce dernier mois a dû atteindre le même chiffre dans la campagne qu’en 1740. En 1827, le mois de février a eu à l’Observatoire de Paris une moyenne de —0°,9 avec un minimum de —12’,8 le 18.
- La nébulosité de 38 est la moindre depuis 1863 ; la nébulosité a été dans ce mois de 34; on ne trouve pas depuis 1755 d’autre mois de février aussi clair. A Vendôme la nébulosité a été 32.
- A Achères, M. E. Raymond a eu une moyenne de —3°,9 avec un minimum de — 17°,9 le 14. A Vendôme, M. Renault a eu une moyenne de —3°,8 avec un minimum de —19°,4 le 9. Il y a eu 35 jours consecutifs de gelée, du 26 janvier au 1" mars.
- Erratum. — Température moyenne vraie des 24 heures de janvier 1895, lisez —0°,25.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de a La Nature » et de son « Supplément a,
- « Boite aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SBRVXOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRES O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Rotation de Jupiter. — Voici un résultat bien important •obtenu par M. Deslandres, important par lui-même, et par les nouveaux horizons qu’il fait entrevoir. Jupiter tourne sur son axe de façon que le bord occidental de son équateur s’éloigne de nous et que son bord oriental s’en rapproche avec une vitesse de 42km,4 par seconde. Il doit donc, y avoir moyen, en analysant la lumière venue de ces deux bords, de constater, par la ‘'méthode Doppler et Fizeau, cette différence de 24km,8 dans les deux lumières. Mais le problème est plein de difficultés. La lumière en question ne vient pas de Jupiter, elle vient •du Soleil, c’est une lumière réfléchie, et le mouvement de rotation qui éloigne un des bords de nous en rapprochant l’autre, produit le même effet par rapport aux points que frappe la lumière venue du Soleil. Si l’on prend Jupiter en opposition, il est clair que les deux bords de la planète vont avoir la différence de vitesse de 24km,8 pour recevoir la lumière du Soleil, et que cette lumière diffusée de la surface de Jupiter et renvoyée vers nous, aura encore la même différence de vitesse. Il faut donc s’attendre à voir la mesure spectroscopique accuser le double de la différence, ou 49km,6. (/est ce qui arrive en effet, et dans la nuit du 23 au 24 novembre 1894, M. Deslandres a obtenu quatre épreuves spectroscopiques donnant respectivement les vitesses de 50km,l ; 47ka>,9 ; 48k“,2 ; 46km,9. Cet accord, avec les moyens encore imparfaits dont on dispose aujourd'hui, est bien remarquable, car ces moyens ne permettent guère la mesure des vitesses qu’avec une approximation de 3 à 4 kilomètres. Mais que sera-ce quand on pourra utiliser pour cette étude les beaux instruments de Bowland, qui permettent, avec ses grands réseaux, la mesure des vitesses avec une approximation de 60 mètres. On va pouvoir s’adresser aux étoiles elles-mêmes et leur demander leurs vitesses de rotation, contrôler, par l’observation directe, la question de l’aplatissement d’Algol que le calcul a fourni à M. Tisserand. Il y a plus, les variations de vitesse constatées pour Vénus, suivant qu’elle sera d’un côté ou de l’autre du Soleil, vont dire sa distance, et par suite la distance de la Terre à l’astre central, c’est-à-dire la parallaxe du Soleil avec une approximation de 1/250. Avec Mercure, on irait à l’approximation de 1/800. Il y a plus encore; les raies de lumière qui, par leurs écartements, signalent les vitesses de rapprochement ou d’éloignement de nous qui affectent les points éclairés que l’on observe, conservent néanmoins l’irnage des parties brillantes des atmosphères d’où elles émergent, et le speetroscope peut permettre de lire, sur ces images, des détails de modifications de surface que les lunettes ne verront jamais.
- J. Yinot.
- INFORMATIONS
- —Un observateur météorologiste, M. Léon Arnoye, a signalé un cas très curieux de formation de neige, qui s’est produit à Agen, pendant la nuit du 50 au 31 janvier 1895, où le thermomètre s’est
- abaissé aux environs de —10°. Un violent incendie ayant éclaté dans une scierie mécanique, les pompiers, accourus à la hâte, ne tardèrent pas à lancer des torrents d’eau au milieu des flammes. Pendant la manœuvre, cette eau, vaporisée par l’intensité du foyer s’élevant dans un air sec et froid, se condensait immédiatement et retombait à l’état de neige. Alors donc qu’un ciel parsemé d’étoiles brillait au-dessus de leurs têtes, qu’un vent glacial du nord-ouest fouettait leurs visages, le piquet de service du 9e d’infanterie et les autres témoins du sinistre voyaient la neige tourbillonner au-dessus de la fournaise ardente.
- —@ — On se fait généralement une idée incomplète des proportions que le commerce des plantes atteint en Angleterre. Les ventes aux enchères arrivent à des totaux considérables. La Revue horticole nous a appris récemment que MM. Protheroe et Morris, les grands vendeurs de plantes à Londres, avaient mis sous le marteau des enchères, dans une seule journée : 40200 Lilium auratum et 19 900 autres Lilium d’espèces diverses, formant 710 caisses; 115 000 Cocos Weddelliana; 11 000 Cocos flexuosa; 10000 Tubéreuses « Perle »; 5000 Bégonias, etc., etc. Le tout, suivant la formule consacrée, en « splendide condition ». Si l’on songe que les Orchidées s’importent également par mille, dizaines de mille et centaines de mille, que plusieurs jours de chaque semaine des ventes analogues ont lieu à Londres dans divers locaux, que des négociants envoient d’ailleurs de nombreux catalogues des arrivages nouveaux d’outre-mer, sans passer par les enchères, on se figurera l’importance des capitaux que l’industrie des importateurs de plantes en Angleterre met en mouvement.
- —Notre confrère de Londres Nature a publié récemment la découverte, par M. Krenner, de Budapest, d’un nouveau minerai de thallium qui a reçu le nom de lorandile. On trouve ce nouveau minerai associé au réalgar à Allcliar (Macédoine). Il se présente sous la forme de cristaux transparents, monosymétriques : sa couleur varie du rouge carminé au rouge kermès; il contient 59,5 pour 100 et sa formule serait : TIÀsS’A
- —Un lynx a été abattu dans un domaine du district d'Ober-Althamer (Silésie autrichienne). C’est un animal presque introuvable et dont on considère l’espèce comme éteinte dans cette partie de l’Europe ; on ne se plaint guère de sa disparition, car tout gibier lui est bon, depuis les jeunes daims jusqu’aux alouettes, et il suffit d’un ou deux lynx pour dépeupler de gibier toute une forêt. Grâce à l’acuité légendaire de sa vue, il est très difficile de l’approcher ; aussi la destruction d’un de ces félins a-t-elle été considérée comme un événement dans le pays. Le spécimen abattu en Silésie était une femelle, haute de 65 centimètres et longue de lm,20,
- —Les grands froids de cet hiver ont fait courir en mer les plus grands dangers à plusieurs bâtiments. Dans la mer du Nord, dit le Yacht, plusieurs navires ont dû relâcher en détresse, par suite du verglas dont ils étaient couverts, condamnant les panneaux, surchargeant les hauts de la plus inquiétante façon et les rendant parfois ingouvernables ; quelques-uns, d’ailleurs, ont eu leurs drosses ou le gouvernail lui-même immobilisés par la gelée. Parmi les navires disparus depuis les froids, on croit qu’il en est plusieurs qui ont dû chavirer, ou même sancir, sous la surcharge de ces glaçons.
- —$$— L'American Muséum of Nalural History de New-York a fait l’acquisition de la collection de mammifères fossiles réunie par Mr. E. D. Gope, de Philadelphie, le célèbre géologue américain. Cette collection a une grande valeur.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications.—M. A. Richter, à Saint-Pétersbourg, à propos du procédé qui consiste à faire retirer de l’œil, avec la langue, les corps étrangers introduits par accident, et dont nous avons parlé dans le n° 1122, du 1er décembre 1894 (p. 14), nous écrit que cet usage est également très répandu dans la Russie, depuis le nord jusqu’en Grimée.
- M. P. de Ferrier, à Bordeaux, nous écrit qu’il a employé avec succès une gomme à effacer l’encre pour faire disparaître la rouille qui s’était fixée sur les rayons de sa bicyclette. C’est en effet un procédé simple et facilement applicable.
- M. U. Gleizes, à Saint-Estèphe (Médoc), nous informe qu’il a vu la première hirondelle le dimanche 10 mars 1895.
- M. M. Laille, à Tunis, nous informe qu’il a trouvé dernièrement une orange sanguine contenant, renfermé dans un quartier de l’hémisphère supérieur, un rudiment de petite orange qui était formée de quatre tranches. Ces deux oranges ne contenaient pas de pépins, et leur saveur était la même. Nous avons déjà signalé des exemples de fruits doubles.
- M. J. N. Gotendorf, à Maisons-Laffitte, nous adresse l’extrait d’un journal allemand qui indique un moyen très simple de distinguer les diamants faux des diamants vrais en utilisant les procédés de M. Ch. Margot, dont nous avons parlé dans le n° 1100, du 30 juin 1894, p. 67. Un crayon d’aluminium laisse des traces sur le diamant faux, mais ne raye pas le diamant vrai.
- Renseignements. — M. F. M., à Liège. — Pour avoir des renseignements plus complets que ceux que nous avons donnés, il faut vous adresser au constructeur, M. Claret, à Lyon.
- M. S. Zausmer, à Bialystok. — Çes graines sautantes viennent du Mexique et ne se trouvent pas facilement.
- M. A. Attune, à Arcoitié (Espagne). — Vous trouverez des turbines hydrauliques pour chutes de 0m,25 chez M. A. Le-prince, ingénieur hydraulicien, 41, boulevard Barbés, à Paris.
- M. F. Hébert Delahayc, à Saint-Ouen. — 1° Adressez-vous à la librairie G. Masson. — 2° Nous n’avons donné que quelques Notes à ce sujet en 1891.
- M. X. Y., à Z. — La traversée de Calais à Douvres peut se faire sans mal de mer quand le temps est très calme; mais quand le temps est mauvais, la mer peut être très forte dans le détroit, et elle donne parfois l’image des plus forles tempêtes en pleine mer.
- M. E. Renoy, à Conty. — Les appareils dont vous voulez parler sont les baroscopes, pronostics ou sturm-glass; dans notre précédente Boîte aux lettres, nous avons indiqué les numéros où nous avons traité ces questions.
- M. F., à X. — La neige est un très mauvais conducteur de la chaleur, et elle protège assurément du froid la terre qu’elle recouvre.
- M. E. Boigeol, à Giromagny. — Il faudrait, pour enlever ces taches, employer des acides qui rongeraient le tissu.
- M. E. Forga, à Chemnitz. — Vous pourriez vous renseigner à l’Ecole d’agriculture de Grignon (Seine-et-Oise), et à l’Institut agronomique, 16, rue Claude-Bernard, à Paris.
- M. R. F., à Sedan. — Voyez l’indication que nous avons donnée à propos des sturm-glass ou pronostics dans la Boîte aux lettres du n° 1136, du 9 mars 1895.
- M. S. de Piétri, à Châlons-sur-Marne. — Il n’y a pas de méthodes à donner à l’avance. C’est à bord, au moment des accidents, qu’un capitaine peut prendre des décisions.
- M. C. J., à Caen. — Notre article sur la Castrographie, ou art de dessiner en relief dans l’épaisseur d’une feuille de bristol, a paru dans le n° 927, du 7 mars 1891,-p. 224.
- M. F. Tekserenc, à Ceilhes. — La pile Leclanché est universellement employée pour les sonneries. On fait varier le
- nombre d’éléments en tension ou en quantité suivant les circonstances.
- M. G. T., à Vitry. — La pâte doit être comprimée et complètement desséchée dans les plaques d’accumulateurs avant la mise en service.
- M. Pellechet, à Paris. — Il n’y a pas d’encre qui permette d’écrire sur du papier non encollé.
- M. F. G., à Bruxelles. — Aucun fabricant spécial de la canne porte-paquets décrite précédemment. C’est un objet à faire soi-même en se servant d’une petite roue.
- M. Vernet, à X. — Pour rendre leur souplesse aux manteaux de caoutchouc, il faut les exposer à des vapeurs ammoniacales.
- M. Jacquemin-Vergnet, à Saint-Claude. — Pour apprécier la qualité d’un savon, il n’v a pas d’autre moyen que d’en faire l’analyse chimique afin de connaître sa composition.
- M. R., à Anvers. - La décoration en opale enlèvera forcément toute transparence à la matière vitreuse.
- M. Hélie, à Chanu. — 1° Nous avons décrit un moyen très simple d’apprécier les distances dans le n° 572, du 17 mai 1884, p. 389. — 2° Avec les électro-aimants on compte une force d’attraction de 10 kilogrammes par centimètre carré pour noyaux en fer et de 2 kilogrammes par centimètre carré pour noyaux en fonte. Pour connaître le poids, il faudrait calculer entièrement l’appareil; voyez le Formulaire de l'électricien, de M. E. Hospitalier.
- M. le Dr Noël, à Bruxelles. — Lisez l’article que nous avons publié sur la soudure de l’aluminium, dans le n° 1123, du 8 décembre 1894, p. 26.
- M. A. S., à Villers. — Compresseurs d’air : M. Douane, 23, avenue Parmentier, M. Thirion, 160, rue de Vaugirard, à Paris, et M. Piguet, à Lyon.
- M. Frémont, à Vichy. — 1° Nous ne comprenons pas bien votre expérience parce que le métal est bon conducteur de la chaleur. — 2° Nous trouvons que le clou de caoutchouc est très commode. — 3° C’est surtout l’expérience qui pourra vous guider dans cette fabrication.
- M. X. Y., à Cosne. — Vous consulterez avec profit le guide Bedecker, traduit de l’allemand. — Le même correspondant nous informe qu’à Saint-Thibault le cours de la Loire n’a jamais été arrêté, et qu’il n’y a pas eu de grandes quantités de glace. C’est donc par erreur que l’on a imprimé dans un journal de Paris qu’il y avait eu dans cette localité une hauteur de glace considérable.
- M. Dumien, à Paris. — Un ouvrage en trois volumes, Les merveilles de la céramique, a été publié, par M. A. Jacquemart, dans la Bibliothèque des Merveilles, à la librairie Hachette.
- M. le comte del Valle, à Madrid. — Consultez le Guide pratique du galvanoplaste, par Roseleur, chez MM. Delval et Pas-calis, 5, rue Chapon, à Paris.
- Jf. E. S., à M. — De nombreux ouvrages anciens ont été publiés sur les orgues. Nous vous citerons entre autres : Ecole d'orgues, par Martini, 1804, Rapport sur les travaux du grand orgue de l'église de la Madeleine, à Paris, 1846, L’orgue, sa connaissance, son administration, son jeu, par J. Régnier, 1850. Ces ouvrages se trouvent dans les bibliothèques; on les rencontre parfois d’occasion.
- M. C. C. K., h Paris. — Le nombre des traités de photographie est considérable; c’est à vous de faire un choix dans les collections de la librairie Gauthier-Villars et fils, de la librairie G. Carré, etc.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Richtcr, à Saint-Pétersbourg. Pour avoir ces volumes de La Nature, adressez-vous à la librairie G. Masson. — M. M. Dametz, à Plauen. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux que nous avons déjà publiés. — M. Henriet-Benz, à Sedan. Cet appareil ne se fabrique plus. — M. J. C., à Bordeaux. Ces procédés sont tenus secrets: impossible de vous renseigner. — M. N. Darg, à Nîmes. Nous n’avons pas entendu parler de cette découverte. — M. le Dr Don Ricardo Orteaa, à Coa Mexico. Tous nos remerciements pour votre envoi. — M. S. M. C., à Auxon. Si les fabricants que vous mentionnez ne veulent pas se charger de cette construction, vous serez obligé de faire vous-même cet appareil. — M. Delahod, à Lille. A l’occasion nous tiendrons compte de votre observation. — Un cycliste, à X. Vous pourrez recourir à l’épilation, qui consiste à arracher les poils; voyez notre article dans les Recettes et procédés utiles, 2° série (G. Masson, éditeur). — M. G de Matafosse, au château de la Roque. Nous avons indiqué des remèdes contre le blanc du rosier et les pucerons dans les Recettes et procédés utiles, 4e série, à la librairie G. Masson. — M. X-, à Orbetello. Voyez le même ouvrage que ci-dessus. — M. X., k Sorèze. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- - PETITES MENTIONS1
- Fourneau & vapeurs d’alcool sans mèche. — Ce
- réchaud à alcool brûle sans mèche ; la flamme s’étend sur toute la surface de la toile métallique. L’intérieur est incombustible, étant garni de poudre d’amiante. Le courant d’air AA qui se forme au centre du réchaud augmente la puissance de chaleur et donne plus de fixité à la flamme. Ce courant jd’air s’alimente par les ouvertures de la double enveloppe extérieure et son passage diminue réchauffement du récipient. Pour charger le réchaud, il suffit d’imbiber le tampon en versant l’alcool sur la toile
- Fourneau à vapeurs d’alcool.
- métallique. Pour l’allumage et pendant la combustion, le bouchon B, de l’orifice central, doit être enlevé. Le réchaud peut être préparé plusieurs jours à l’avance et transporté à la campagne ou en voyage sans crainte de répandre le liquide. Allumé, il peut être retourné en tous sens sans le moindre inconvénient. Ce réchaud contient environ 120 centimètres cubes d’alcool; avec cette dose on peut obtenir à plusieurs reprises successives l’ébullition d’un demi-litre d’eau en cinq ou six minutes. Une garniture englobant la partie recouverte de toile métallique C, forme la fermeture du réchaud et permet de l’éteindre instantanément ; un couvercle D placé sur cette garniture donne la facilité de régler la flamme à volonté et de maintenir la chaleur à la température désirée. —Le fourneau que nous venons de faire connaître se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Classeur-relieur pour lettres et papiers de bureau.
- — Tout le monde doit apprécier la valeur de l’ordre dans ses affaires, ses travaux écrits, ses lettres et ses comptes. Faire un elas-
- Classeur-relieur de papiers. — 1. Vue du perforateur de la feuille à garder. 2. Les tiges cintrées mobiles. — 3. Vue d’ensemble de l’appareil.
- sement méthodique des correspondances, des notes de renseignements ou de recherches, des factures, est toujours utile. Le nouveau relieur-classeur que nous présentons à nos lecteurs se compose d’un carton-reliure; ouvert, il montre des tiges cintrées qui s’ouvrent, et dont la partie supérieure peut être retirée à volonté ; il suffit, pour cela, de tourner à gauche ou à droite un petit verrou placé au fond. Après avoir percé, au moyen du perforateur, deux petits trous sur le côté de la pièce à classer, on introduit cette dernière dans les deux tiges correspondantes et on remet la partie démontable en la fixant par le verrou. On peut ainsi, d’une manière simple et rapide, classer et retirer
- 4 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- à volonté lettres, factures, etc., sans déranger celles déjà placées. De plus, toutes les pièces d’un même correspondant se trouvent réunies ensemble par ordre de date, la plus récente au-dessus, à la lettre initiale du nom indiqué par le répertoire. Lorsqu’on désire consulter un document, on n’a qu’à chercher à la lettre initiale du nom, comme dans un dictionnaire, et on a sous les yeux, du même coup, le dossier complet et réuni. Parmi les nombreux avantages de ce nouveau classeur, il en est un d’une très grande importance dû au système interchangeable des tiges cintrées, c’est de pouvoir continuer le classement à l’infini, sans être arrêté, et cela en dédoublant les pièces classées au fur et à mesure des besoins ; de réunir ainsi les documents de plusieurs années. — Le classeur-relieur se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Siphon pour l’injection des liquides. — Ce siphon s’applique à l’injection de toutes sortes de liquides et peut être utile dans les applications médicales. Voici comment on se sert de l’appareil que nous représentons. Au moyen d’un ressort à anneaux, on fixe sur un vase quelconque, cuvette, broc, carafe, etc., contenant le liquide à injecter, le tube dont l’extrémité libre plonge au fond du récipient; on fait passer le tube dans une pince à roulettes ; cette pince, dont on voit la disposition dans le n° 2 (fig. ci-dessous) et le détail agrandi dans le n° 3, peut glisser le long du tube, et le presser en même temps, quand on abaisse, avec un doigt, le levier dont elle est munie. Après avoir abaissé le levier on saisit le tube avec la main gauche au-dessus de la pince que l’on fait glisser avec la main droite du haut en bas jusqu’à environ 30" centimètres de la
- Siphon pour l’injection des liquides.
- canule. Le siphon est amorcé. Pour arrêter l’écoulement on abaisse le levier. On gradue la force du jet en élevant plus ou moins le vase suivant la pression qu’on veut obtenir. — Le siphon à injection se trouve à la maison Graille, 25, rue Chapon, à Paris.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours d'anthropologie.—M. E.-T. Hamy, professeur, membre de l’Institut, commence ce cours le samedi 23 mars 1895, à 3 heures, dans l’amphithéâtre d’anatomie comparée, et le continue les mardis, jeudis et samedis suivants.
- Cours de chimie appliquée aux corps organiques. •— M. Arnaud, professeur, a commencé ce cours le jeudi 14 mars 1895, dans l’amphithéâtre de chimie du Muséum d’histoire naturelle, rue de Bufifon, 63, à 4 heures et demie, et le continue les samedis, lundis et jeudis suivants, à la même heure.
- Cours de minéralogie. — M. A. Lacroix, professeur, a commencé ce cours le mercredi 20 mars 1895, à 4 heures trois quarts, dans l’amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le continuera les vendredis et mercredis suivants.
- BIBLIOGRAPHIE
- Voyage a Madagascar, par le Dr Louis Catat (1889-1890).
- 1 vol. grand in-4°, avec 1 carte et de nombreuses illustrations. — Paris, Hachette et Cie, 1895.
- Cet ouvrage, fort bien édité, beau papier, belles gravures, donne.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- la description d’un pays qui attire aujourd’hui tous les regards. M. le Dr Louis Catat, qui en est l’auteur, est un des explorateurs de Madagascar les plus compétents.
- Éléments de chimie physiologique, par Maurice Arthus, docteur ès sciences physiques et es sciences naturelles. 1 vol. in-16. G. Masson, éditeur. — Paris, 1895. Prix : 4 francs.
- La colonisation française en lndo-Chine, par J.-L. de Lanessan, avec 1 carte de l’Indo-Chine. 1 vol. in-18. —Paris, Félix Alcan, 1895. Prix : 5 fr. 50.
- Le Climat de la Belgique en 1894, par A. Lancaster, 1 vol. in-18, Bruxelles, 1895.
- Marcellus. Poème. 1 vol. in-10. — Paris, A. Lahure, imprimeur-éditeur, 1895.
- Indicateur almanach de la photographie (L. Gastine), contenant photographie scientifique, artistique et nouveautés. — Paris, A. Lahure, imprimeur-éditeur, 1895.
- Zeitschrift fur Naturwissenschaften, par le Dr G. Prandes, vol. LXV1 et LXVII, lr% 2% 5°, 4* et 5e parties. — Leipzig, M. Pfeffer, 1894.
- Annual report of the Board of regents of the Smithsonian institution for the Year Ending, June 30, 1892. — Pro-ceedings of the United States national Muséum, vol. XVI, 1893. — Bulletin of the United States fish Commission, vol. XII, for 1892. 3 vol. in-8°. — Washington Government Printing Office, 1894.
- Origen poliédrico de las especies. Unidad, origen, reproduc-cion y sintesis de las formas, par Arturo Soria t Mata. 1 brochure in-8°. — Madrid, establecimiento tipografic, sucesores de Rivadeneyra, 1894.
- Proceedings of the International Conférence on aerial navigation held in Chicago August 1, 2, 3 and 4, 1893. 1 vol. in-8°. The American Engineer and Railroad Journal. — New-York, 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Salnt-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 mars . . . 0%1 N. E. 1. Couvert. 0,0 Beau à 4 et 5 h.; couvert de 6 à 13 h.; très nuageux ensuite ; brouillard de 5 à 9 h.; gouttes à 12 h.
- Mardi 12 l’,2 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau de 6 à 20 h.; nuageux le reste du temps, halo à 4 b. ; gelée blanche.
- Mercredi 13 2», 4 N. 3 Couvert. 0,0 Couvert; gelée blanche.
- Jeudi 14 1",5 N. 3. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 11 h.; nuageux de 12 à 14 h.; beau ensuite.
- Vendredi 15 — 3”,0 S. S. E. 0. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 20 h.; couvert à partir de 21 h.; brouill. fort de 21 à 24 h.
- Samedi 16 ...... . l’>7 N. E. 1. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 10 h ; beau ensuite; brouill. le matin.
- Dimanche 17 0’,0 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- MARS 1895 — SEMAINE DD LUNDI 11 AU DIMANCHE 17 MARS
- La courbe supérieure indique la nébulosité dë 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Inondations en Hongrie. — A la da(e du 7 mars, on écrivait de Budapest qu’à la suite de la fonte rapide d’énormes masses de neiges, des inondations s’étaient produites dans plusieurs parties de la Hongrie et notamment dans la vallée du Maros. Plusieurs digues avaient été rompues et les communications étaient restées interrompues sur un grand nombre de points. Les dégâts matériels ont été considérables. Les autorités ont dû prendre des mesures de précaution pour éviter de nouvelles catastrophes.
- La neige en Italie. — La neige est tombée en abondance en Italie dans les premiers jours du mois de mars. Le 6 mars, il a neigé à Rome depuis le matin 9 heures jusqu’à une heure avancée de la soirée. De grandes chutes de neige ont également eu lieu dans tout le sud de l’Italie.
- Transport «le l’embrun par le vent. — Un fait intéressant a été constaté dernièrement eu Angleterre, après la remarquable tempête
- rlccûtnKsc 1 QQI Rone un rrr»o n A n um hr>o An Inonlit Ac ctluAnc n
- distances considérables des côtes, des traces de sel marin ont été reconnues sur les feuilles des arbres, sur les branches, sur le gazon, sur tous les objets, en un mot, que la pluie avait mouillés. Déjà, en 1839, pareille observation avait été faite. A la suite d’une violente tempête survenue en janvier, l’embrun, ou pluie fine soulevée par le choc des vagues de la mer, emporté par le vent et mêlé à la pluie, était venu se déposer sur les feuilles des arbres, en deux endroits éloignés de la mer à plus de 90 kilomètres. En décembre 1894, le phénomène a été signalé d’un grand nombre de points, dont quelques-uns situés à plus de 100 kilomètres de la côte occidentale d’Angleterre. D'après M. G. Symoris, qui a donné à ce sujet quelques détails dans le Monthli/ Meteorological Magazine du mois de janvier 1895, le dépôt de particules salines s’est effectué sur une aire de 6500 kilomètres carrés environ, ayant sa limite orientale par 1° 30’ de longitude ouest (de Greenwich). Les observations recueillies montrent d’une façon indiscutable que l’embrun emporté par les courants aériens peut être amené dans l’intérieur des terres jusqu’à une distance de 100 à 110 kilomètres.
- DHKW DE U T UNI? - P I, I» U à % h 17 m du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de < La Mature » et de son a Supplément »,
- « Boite aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SBRVU1B DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Le musée des photographies documentaires. —
- Ce musée, qui est en voie d’organisation et dont M. Léon Vidal a eu la première idée, est actuellement dans la période de son développement. Voici la lettre circulaire que nous recevons de M. le colonel Laussedat, membre de l’Institut, directeur du Conservatoire des arts et métiers :
- « J’ai l’honneur de vous informer que Y Association du musée des photographies documentaires, à la suite de l’Assemblée générale des membres titulaires et délégués du 30 janvier 1895 dernier, et de la réunion du Conseil de direction du 13 février 1895 (séances dans lesquelles ont été nommés régulièrement, en conformité de l’article 5 des statuts, le Président de l’Association, le Conseil de direction et le bureau dudit Conseil), se trouve maintenant complètement organisée. Les trois Commissions permanentes prévues par les Statuts, pour assurer le fonctionnement de l’Association, sont également constituées, et l’œuvre du recrutement des documents de leur admission, et de leur classement, est en pleine voie de réalisation. Déjà un nombre assez considérable de documents ont été adressés à M. le conservateur du Musée, et la Commission de rédaction du Bulletin-Catalogue va bientôt pouvoir s’occuper de préparer le premier fascicule de cette publication, destinée à l’enregistrement, au fur et à mesure de leur classement, de toutes les pièces documentaires offertes au Musée, en y joignant l’indication des noms et domicile de leurs auteurs, donateurs, etc. J’aime à espérer, Monsieur, que vous saurez apprécier à sa valeur l’importance de la collection, — si nécessaire à tous les travailleurs actuels et futurs, — que notre Association s’efforce de recueillir, de classer et de conserver avec soin, et que, dans les limites de votre influence et de votre pouvoir, vous voudrez bien nous accorder votre bienveillant concours, soit en nous aidant à trouver de nouvelles adhésions, soit en nous envoyant ou faisant adresser' des épreuves photographiques ayant un caractère documentaire, accompagnées d’une courte notice explicative et de la date d’exécution des clichés.
- « Veuillez agréer, etc.
- « Le Président de l’Association du musée des photographies documentaires, Colonel Laussedat,
- Membre de l’Institut, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers. »
- Le président de l’Association est le signataire de la lettre qu’on vient de lire. Les membres du Conseil de direction ont pour président M. Léon Vidal et pour vice-présidents MM. le baron de Guerne, S. Pector et J. Vallot. Il y a en outre trois commissions permanentes. Nous souhaitons le succès à ce nouveau musée qui recueillera certainement de précieux et nomhreux documents1. G. T.
- 1 L’envoi des documents doit être fait à l’adresse de M. Lucien Layus, conservateur du Musée, au cercle de la Librairie, 117, boulevard St-Germain, à Paris. Pour toutes demandes de renseignements, il faut s’adresser, soit à M. Léon Vidal, président du Conseil
- INFORMATIONS
- —@— La production de houille dans le Hainaut (Belgique) a été en 1893 de 14 071 450 tonnes, au lieu de 14253 750 tonnes en 1892, soit une diminution de 182320 tonnes. La valeur de la houille extraite l’année dernière a été de 130 836 000 francs au lieu de 145304000 francs en 1892, soit une diminution de 14 468 000 francs. Le prix de vente a passé de 10,r,31 en 1892, à 9,r,27 en 1893, soit l,r,04 de diminution. Le coût de la production, qui était en 1891 de O",58, s’est réduit à 8fr,96 en 1893, de sorte que le bénéfice net par tonne, qui était de 0fr,73 en 1892, n’a plus été que Ôfr,31 l’année suivante. 39 mines seulement ont exploité avec bénéfices en 1893, au lieu de 42 en 1892. Les bénéfices bruts réalisés sur la vente ont été de 4 734 200 francs en 1895, 7 496150 francs en 1892, 24 727 325 francs en 1891 et 1 307 800 francs en 1890. Il en résulte que les profits sont allés en déclinant dans les trois dernières années.
- —ig— La semaine dernière, le jeudi 21 mars, jour de la mi-carême, a été très brillant à Paris, et les confetti avec les serpentins ont été consommés en abondance. Le collaborateur scientifique du Petit Temps, M. Grady, a eu l’idée de rechercher où se renouvelaient les munitions aériennes épuisées par la gaieté du mardi gras. C’est M. Charles Lévy qui les vend, 47, rue d’ilauteville, et qui en tient usine, à vapeur, s’il vous plaît, rue des Annelets, à Belleville. Montons à la rue des Annelets, par le célèbre funiculaire! C’est une véritable usine : elle traite volontiers jusqu’à 200 000 kilogrammes de papier par mois et les transforme en ces petits ronds de papier qui voltigent sur nos têtes. Elle ne suffit pas, d’ailleurs, aux commandes parisiennes et travaille activement pour l’exportation. L’Amérique du Sud est passionnée pour les confetti; son origine latine s’y révèle. On y jette, paraît-il, des confetti jusque pendant les processions.
- —@— Conjonction de Mars et de Jupiter. — Là grande curiosité du ciel d’avril va être le passage de la planète Mars à 1° 26', moins de trois fois la largeur de la Lune, au nord de Jupiter, le vendredi 26 avril. Il n’y a pas eu de rapprochement aussi grand de ces deux belles planètes depuis le 26 janvier 1893, où il était même un peu moindre, et il n’y en aura pas avant le 25 juillet 1897, où Mars sera beaucoup plus près de Jupiter, mais au sud. L’intérêt commencera vers le 15 avril et durera jusque vers le 6 mai ; tous les soirs on pourra constater, dans la première dizaine, le rapprochement des deux astres, et dans la seconde, leur écartement progressif. Si l’on veut lien les suivre jusqu’à leur coucher, aux environs de minuit, ce sera le meilleur moven d’étudier leurs variations de distance. Mais il convient d’abord de les reconnaître, et pour cela, le meilleur moyen sera de s’y prendre le lundi 1er avril, où, le soir, à 9 heures, on verra Jupiter briller directement au sud de la Lune, à dix fois environ la largeur de celle-ci, et Mars, à l’ouest des deux précédents, plus de deux fois plus loin de la Lune que Jupiter. Le matin du 2 avril, Mars se couche 44 minutes avant Jupiter; le 10, il ne se couche plus que 24 minutes avant et, le 15, l’écart est réduit à 13 minutes. Le samedi 20, Mars ne disparaît que 4 minutes avant Jupiter; le 21 et le 22, ils se couchent pour ainsi dire tous deux en même temps. Le mardi 23, Jupiter disparaît déjà 2 minutes avant Mars, et, le mardi 30, l’écart atteint 19 minutes pour s’élever à 27 minutes le lundi 6 mai. Jupiter arrive à se coucher avant minuit à partir du vendredi 26 avril, et Mars à partir du jeudi 2 mai. Le dimanche 28 au soir, la Lune se revoit au nord-ouest, et, le lundi 29, au nord-est des deux planètes. J. Yinot.
- de direction, 7, rue Scheffer, soit à M. le capitaine Yenct, secrétaire général de l’Association, 68 bis, rue Jouffroy, à Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le palraer de M. le capitaine Leneveu, précédemment décrit, ne se trouve pas dans le commerce ; c’est un appareil qu’il faut faire fabriquer soi-même. — Le siphon pour l'injection des liquides, décrit dans les Petites Inventions du n° H38, du 23 mars 1895, ne se trouve plus à l’adresse que nous avons donnéê par erreur, mais bien chez M. A. Pannetier, pharmacien, à Com-mentry (Allier).
- Communications. — MM. Blain frères, à Valence (Drôme), nous adressent la photographie d’une petite truite à deux têtes faite grandeur naturelle. C’est un petit poisson qui a 5 centimètres de longueur et qui a deux têtes soudées à se® corps. M. Blache, pisciculteur à Valence, s’occupant exclusivement de la truite, a parfois des sujets curieux de ce genre.
- Renseignements. — M. E. Biermann, à Lourdes. — 1° Ces poids peuvent varier dans de grandes proportions; il faut consulter les catalogues des principaux fabricants de machines à vapeur. — 2° Nous avons publié autrefois un article sur les machines du Temple dans le n° 485, du IG septembre 1882, p. 244.
- M. Luigi d'Urso, à Naples. — Pour connaître ces prix, il faut vous adresser directement aux fabricants que nous avons indiqués dans les numéros mêmes où nous avons décrit les appareils.
- M. A. Gasser, à Mantoche. — Renseignez-vous chez MM. Erhard frères, 35 bis, rue Denfert-Rochereau, ou chez M. Ikelmer, 130, rue Amelot, à Paris.
- M. G. Rester, à Charenton. — 11 n’y a pas encore de règlement établi à ce sujet.
- M. E. Holtzhauer, à Saint-Pétersbourg. — Ecrivez à l’auteur de l’article, 97, Grande-Rue de la Guillottière, à Lyon.
- M. Panchaud, à Genève. — Nous ne pouvons décrire que les appareils qui sont construits et qui fonctionnent.
- M. Minot, à la Clayette. — Les indications que nous avons données sont exactes.
- M. G. Legs, à Paris. — La poudre de pvrèthre convient parfaitement pour la destruction des cafards.
- M. J. Clara, à Castellon delà Plana (Espagne).— On obtient cette couleur de noir mat en trempant du cuivre bien décapé dans une solution de chlorure d’antimoine.
- Cercle de Valentigney (Doubs). — II n’y a pas d’autre moyen que de laisser écouler les premières eaux jusqu’à ce qu’elles sortent claires et sans aucune trace d’impuretés.
- M. L. Astorgis, à Paris. — L’adresse que vous demandez est la suivante : 2, rue de la Mairie, à Brest.
- M. A. Mercier, à Alais. — Vous trouverez à l’article Cadastre, dans le dictionnaire de Larousse, des renseignements sur les opérations cadastrales.
- Un naturaliste, au Cateau. — Adressez-vous à SIM. Dey-rolle, naturalistes, 46, rue du Bac, à Paris.
- M. Pellerie, à Mustapha. — C’est une recette que nous avons indiquée; il faut préparer soi-même ce produit.
- M. A. Buillard, à Paris. — Nous n’avons plus l’adresse exacte de ce correspondant; mais la lanterne fumivore est un appareil que l’on doit faire établir soi-même d’après les indications que nous avons fournies.
- M. C. Charlier, à Paris. — 11 existe des glaces de fond ; nous avons donné à ce sujet des renseignements très complets. Voyez dans la Boîte aux lettres du n° 1135, du 2 mars 1895, la désignation des divers numéros où sont contenus ces articles.
- M. Rivasscau, à Poitiers. — Pour obtenir cette intensité et cette différence de potentiel, il sera préférable d’avoir recours à des piles au bichromate de soude ou de potasse.
- M. J. IL T., à Paris. — Une solution de gomme arabique dans l’eau convient très bien.
- M. A. C., à Montceau-les-Mines. — Pour désaimanter une
- montre, il faut l’approcher d’une dynamo et l’éloigner en la tournant et la retournant en tous sens. Nous avons donné dans La Nature plusieurs articles à ce sujet.
- M. L. le Payen, à Nancy. — Le siège de la Société pour l’exploitation de cet appareil est 29, rue de Sully, à Lyon.
- M. J. Ber, à L. — Vous trouverez du phosphore chez les marchands de produits chimiques pour laboratoires.
- M. C. Delaunay, à Nantes. — Nous ne connaissons pas le constructeur de cet appareil; M. Jumeau, 8, rue Pastourelle, à Paris, pourra vous renseigner.
- M. Èliad, à Calarasi. — A Paris, il n’existe malheureusement pas d’enseignement officiel de la photographie. Pour apprendre, il faut s’adresser à des photographes de profession ; le Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, donne des leçons aux amateurs.
- M. M. Mengin, à Cosne. — Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà donnés ; mais vous pourriez écrire directement à l’inventeur mentionné dans notre article.
- M. Balbuena, à Leon. — Instruments de topographie M. Morin, 3, rue Boursault, M. Drouhin, 57, rue Sedaine, à Paris.
- M. V. de Montgolfier, à Charayines. — 1° Il y a, en France, des exploitations de tourbe considérables; nous avons donné la description de la tourbière de Pas-de-Jeu (Deux-Sèvres), dans le n° 1071, du 9 décembre 1893., p. 17. — 2° Remerciements pour votre brochure; ces renseignements historiques ont déjà été publiés,
- M. le Dr Foucaut, à X. — Nous avons fait paraître dans le n° 1137, du 16 mars 1895, p. 245, sur la métallisation de l’aluminium, un article qui indique le procédé que vous demandez.
- M. Loiselle, à Paris. — Les moteurs à pétrole sont très nombreux; vous trouverez les indications de plusieurs fabricants et dépositaires dans le dictionnairp de Bottin 1895. Le prix de ces appareils est en général assez élevé.
- . Un abonné, à N. — La machine Valère fait des virages aussi bien que les autres bicyclettes-; nous avons vu l’expérience.
- M. C. Tériol, à Cosne. — Le photophone de M. Graham Bell est resté purement scientifique et ne se trouve pas dans le commerce; voyez les articles que nous avons publiés dans le n° 383, du 2 octobre 1880, p. 273, et dans le n“ 387, du 30 octobre 1880, p. 341.
- M. L. C., h Coürtalain. — Vous pourrez vous procurer ces renseignements dans divers ouvrages publiés par la Librairie agricole de la Maison rustique, à Paris, notamment l’Art de faire le beurre el les meilleurs fromages, par Anderson et Chaptal, la Laiterie, par Poüriau, etc.
- M. le Dr A. Hubert, à Béziers. — Le tome II de la Chimie agricole de M. I. Pierre, édité à la même librairie que ci-dessus, est spécialement consacré aux engrais; voyez aussi Fabrication des engrais, pur MM. Landrin et Larbalétrier, dans la collection des manuels Roret et Les Engrais chimiques, par G. Ville (G. Masson, éditeur).
- M. R. B., à Saumur. — Vous pourriez consulter les Pierres précieuses, par M. Simonin, à la librairie Hachette, et le Diamant, par MM. Henri Jacobs et Nicolas Chatrian, à la librairie G. Masson. Nous avons aussi publié, dans le n° 957, du 3 octobre 1891, p. 283, un article sur les Bines d’or du Transvaal, d’après un Mémoire paru dans les Annales des mines (janvier-février 1891).
- M. C. Favrot, à Lyon. — Consultez l'Elevage des animaux de basse-cour, par Lemoine, à la librairie G. Masson, ou l'Elevage et l’engraissement des volailles, par P. Mégnin, aux bureaux de l'Eleveur, 6, avenue Aubert, à Vincennes (Seine).
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. Cellier, à Paris. La formule exacte de ce vernis ne nous est pas connue ; il faudrait en faire l’analyse chimique. — M. R. Myth, à Rouen. Ces divers sujets ne sont pas de notre compétence. — M. H. Martinet, à Courbevoie. Il serait nécéssaire de faire des essais de laboratoire pour vous répondre. — M. G. S., à Passy. Cette note n'a pas été publiée. — M- J. D. L., à Namur. Cette composition n’est pas exactement connue. — M. le comte de Lyonne. Il n’existe pas de traité sur ce sujet: nous ne pouvons vous fournir ces renseignements. — M. A. Gregorius, à Fokeany (Roumanie). Ces objets se trouvent chez divers marchands ; nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous indiquer. — Af. D., à M. L’expérience seule peut vous donner une réponse à ces diverses questions. — M. A. L., à Paris. Nous croyons qu’il suffit de mettre cette désignation dans l’adresse. — M. Guidez, à New-York. Nous ne connaissons pas d’autre recette que celle indiquée dans les Recettes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, éditeur.) — M. G. Maresca, à Livorno. Vous trouverez diverses formules pour l’émaillage des métaux dans les Recettes et procédés utiles, lre et 3* série (G. Masson, éditeur).
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- AVRIL-MAI-JüIN 1895. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- • Cocher
- Peraée
- Bélier
- - ~î*Juin J
- Lion
- l Avril
- JUPITER "
- ’ Mai
- Petit Chien
- Orionl
- Baleine
- Lièvre
- Grand/Chien
- vu
- XXTTT
- 1 Avril
- Herculs
- Pégase
- Dauphin
- Poissons
- Aigle et A itinoüs
- Verseau
- Serpent
- SATURNE:
- Cap ri corne
- Po s son Aust 'al
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES. ______ ________ OCCULTATIONS,
- , 1895. Satellites. Commencement. Fin. Immersion. Emersion.
- Avril 3 111 8 h. 11m. 10s.
- — 6 11 10 h. 56 m.
- — 7 1 lOh. 18m.12s. 7 h. 16 m.
- — 10 III 9 h. 16 m. 22 s. 9 h. 57 m.
- — 10 IV 8 h. 5 m.
- — il I 8 b. 17 m.
- — 17 II 7 h. 56 m. Ils.
- — 17 III 8 h. 30 m.
- — 21 I 10 h. 46 m.
- — 23 I 8 h. 38 m. 20 s.
- — 21 II 10h.31 m.52s.
- — 30 I 10h.33m.17 s.
- Mai 1 II 8 h. 21m.
- — 7 I 9 h. 15 m.
- — 16 111 8h.21m.26s.
- — 16 I 8b. 53m. 12s.
- Juin 2 II 8 h. 53 m.
- Occultations des Étoiles par la Lune, visibles à Paris.
- Temps moyen de Paris.
- 1895. Nom de l'étoile. Grandeur. Immersion. Emersion,
- Avril 6 c Lion. 5.6 13 h. 13 m, 2 11 h. 1 m,;i
- 8 f Vierge. 6 7 h. 35 m, 9 ippolse i l'Sdobord.
- 15 6628 B.A.C. 6 16 h. 3 m, 9 16 h. 58 m, 2
- Mai 1 83 Lion. 6.7 7 h. 23 m, 2 8 h. 31 m, 6
- 4 t Lion. 5.6 8 h. 3 m, 5 9 h. 14 m, 9
- . 6 g Vierge. 6 7 h. 51 m, 7 Appnlseâ 2'S-do bord.
- 6 50 Vierge. 6.7 8 h. 7 m, 2 impulse t t'5 dn bord.
- — 9 1 Scorpion. 6.7 9 h. 50 m, 7 Apprise i t'3 do bord.
- 1- 9 r. Scorpion. 3.1 10 h. 25 m, 3 11 h. 26 m, 2
- . 11 y1 Sagittaire. var. 15 h. 29 m, 0 15 h. 58 m, 9
- 16 15 Verseau. 6.7 11 h. 36 m, 6 15 h. 47 m, 5
- ___ 30 45 Lion. 6.7 11 h. 8 m, 9 11 h. 32 m, 5
- Juin 1 1879 B.A.C. 6.7 13 h. 11 m, 6 *11 h. 10 m, 2
- 6 t Scorpion. 3.4 10 h. 57 m, 9 11 h. 9 m, 1
- — 9 6666 B.A.C. 6 10 h. 52 m, 6 12 h. 6 m, 6
- — 26 a Lion. 1.2 8 h. 18 m, 9 9 h. 9 m, 0
- ‘L’éfoile est sous l’horizon.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- RECETTES ET PROCEDES UTILES
- Fer à cheval en aluminium. — Il a été question à plusieurs reprises de faire usage de l’aluminium pour la ferrure des chevaux. M.Japv a étudié cette question avec un soin tout particulier, et M. Risler en a dernièrement rendu compte à la Société nationale d'agriculture de France. Voici les conclusions de cet important travail : Une ferrure complète en aluminium pèse quatre fois moins que si elle était en fer. L’aluminium étant même allié à 10 pour 100 d’un autre métal pour lui donner plus de résistance, la ferrure complète ne pèse jamais plus que le poids d’un fer ordinaire de derrière. Les chevaux chaussés ainsi s’aperçoivent de suite de la différence du poids qu’ils ont à porter. On peut parfaitement s’en convaincre en ferrant avec l’aluminium un cheval ayant les pieds sensibles et craignant de marcher déferré. En sortant de la forge avec ce nouveau protecteur de ses sabots, il aura la même appréhension que n’étant pas- ferré ; il n’osera pas poser ses pieds à terre ; il faudra le forcer à avancer pour lui redonner son assurance habituelle. Au fur et à mesure du développement de la corne, tous les fers s’ouvrent légèrement. Au bout de 30 à 60 jours, ils ont de 2 à 5 millimètres de plus entre les deux éponges que lorsqu’on les a mis en place. Ce fait prouverait que la pression lente
- exercée par la poussée de la corne fait céder le métal par suite de sa malléabilité. Ce dernier continuant à épouser la forme naturelle du sabot, on peut en tirer parti pour empêcher hien des boiteries. Les chocs étant aussi mieux amortis, l’aluminium peut rendre bien dés services dans le traitement des maladies du sabot. La durée moyenne d’une ferrure en ce métal, bien établie, peut varier de 40 à 60 jours, suivant la composition adoptée et suivant le travail donné par l’animal. Elle ne présente toutefois pas toute la sécurité désirable, car le plus petit manque de soin dans sa fabrication change complètement sa résistance.
- Tuyaux de plomb renforcés. — Les tuyaux en plomb ont l’inconvénient de se gonfler et de crever sous des pressions un peu élevées. M. Wakefield Fox, de Ruholme (Manchester, Angleterre), a eu l’idée de leur donner la solidité qui leur fait défaut, en les renforçant par un fil de métal roulé en spirale, comme on le pratique pour les tuyaux en caoutchouc. En effet, tantôt la spirale est noyée dans la masse du plomb, tantôt elle recouvre la surface interne du tuyau; dans tous les cas, le fil, étamé d’avance, est enroulé autour du mandrin établi au centre de la filière, et la spirale qu’il forme est entraînée avec le plomb, auquel elle se soude intimement.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 mars . . . — 1%0 N. E. 1. Beau. 0,0 Beau.
- Mardi 19 5*,0 S. S. W. 1. Presque couvert. 0,0 Beau jusqu’à 6 h.; presque couvert ensuite; couvert apres 16 h.
- Mercredi 20 7%8 S. W. 3. Couvert. 1,0 Couvert ; pluie à plusieurs reprises.
- Jeudi 21 7%1 S. E. 1. Couvert. 3,6 Couvert ; pluie jusqu’à 4 li ; brouillard à 1 h.
- Vendredi 22 8* ,9 N. W. 0. Couvert. 0,0 Couvert ; petit brouillard le matin.
- Samedi 23 S",8 W. 1 Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 13 h.
- Dimanche 24 9* ,7 S. S. W. 4. Couvert. 0,1 Très nuageux de 20 à 22 h.; couvert avant et après ; pluie à diverses reprises.
- MARS 1895 — SEMAINE Dû LUNDI 18 AU DIMANCHE 24 MARS
- | Lundi | Mardi [ Mercredi [ Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent .* f courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à S boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée. ;
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en Norvège. — Un tremblement de terre assez fort s'est produit vers minuit, le 4 février 1893, dans la partie méridionale de la Norvège. La plus grande secousse a été ressentie aux environs de la ville de Aalesünd sur la côte ouest (environ 60° 30’ latitude ,nord). De là, le choc s’est étendu jusqu’à Christiania et Bergen, mais la partie extrême du sud-ouest de la presqu’île Scandinave paraît être restée a l’abri de toute secousse.
- Ce même tremblement de terre a été ressenti également à Funen (Danemark) ; il rappelle la secousse du 9 mars 1866, qui traversa la mer du Nord et vint atteindre les îles Shetland. ’
- La grêle d Marseille. — Un violent orage, accompagné de grêlef et de tonnerre, s’est abattu sur Marseille le 16 mars dans l'après-midi. En moins d’une heure, le sol a été couvert d’une épaisse couche de gréions.
- La crue de la Loire. — La crue de la Loire, qui a eu lieu vers le : milieu du mois de mars, a été très forte. A ia date du 16 mars, la Loire marquait 5 mètres à ,1’étiage du Pont de Blois. L’eau a passé sur le déver- i soir qui protégeait la digue.
- L’émotion a été grande dans les faubourgs, dont les parties basses ont) été submergées. On a dû déménager les meubles dans quelques maisons et) abandonner celles-ci pendant plusieurs jours.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 18, à 5 h. 41 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément a,
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- LA SEMAINE
- Les Naufrages. — Le Lloyd a récemment publié la statistique des naufrages dans toutes les parties du monde, pour le trimestre finissant en juin 1894. La liste en est beaucoup plus longue qu’elle ne l’a été depuis longtemps ; 50 navires d’environ 50 000 tonnes se sont perdus en plus de la moyenne des trimestres identiques dans les années précédentes. Le nombre des vapeurs naufragés est de 62, totalisant 82 856 tonnes, sur lesquels 55, de 60 992 tonnes, étaient anglais; c’est environ 5 vapeurs sur 1000 ou 0,66 pour 100 du tonnage possédé par le pays. Ce résultat dépasse la moyenne habituelle. La France a perdu 5 grands vapeurs de 6474 tonnes, soit 0,75 pour 100 de son tonnage total. L’Italie a perdu 5 petits vapeurs, faisant le 0,88 pour 100 de son tonnage; la Norvège 3 vapeurs représentant le 0,29 pour 100, et l’Allemagne 2 vapeurs, 0,11 pour 100. En ce qui concerne les navires à voiles, le nombre des naufrages est de 157, d’un tonnage total de 163557 tonnes. La proportion anglaise est assez faible, 17 navires de 8041 tonnes, soit 0,52 pour 100 du total; mais les colonies figurent pour 18 navires de 6856 tonnes représentant 1,08 pour 100. La perte la plus forte est celle des Norvégiens, ce qui n’est pas surprenant, étant donnée la quantité de vieux navires existant dans la marine de ce pays. 31 navires norvégiens de 12 845 tonnes ont été perdus, mais cette flotte est si nombreuse, maintenant, que ces chiffres ne représentent que 1 pour 100 du tonnage total. L’Allemagne a perdu 17 navires de 7967 tonnes, soit 1,40 pour 100. L’Italie, 15 navires, 5436 tonnes, soit 1,20 pour 100. Les États-Unis, 24 navires, 10 000 tonnes, soit 0,78 pour 100. Sur le total des naufrages, vapeurs et voiliers, l’Angleterre est comprise pour la moitié, soit 0,58 pour 100 de son tonnage total. La Norvège vient ensuite avec 0,84 pour 100 de son tonnage. L’Italie avec 1,07 pour 100, la France 0,85 pour 100 et diverses autres marines avec environ 0,50 pour 100. La plupart des voiliers et 8 des vapeurs étaient de construction mixte; 15, de 22 957 tonnes, la plupart vapeurs, étaient en acier; de sorte que sur les 14641a tonnes perdues, 67 052 représentaient des bâtiments en fer. Quant aux circonstances des naufrages, 18 navires de 14134 tonnes ont été abandonnés en mer, dont la grande majorité dans l’Atlantique, constituant des épaves dangereuses pour la navigation. Comme disparus, l’on compte dans le trimestre 20 navires de 14 059 tonnes dont aucune nouvelle n’a été reçue. Les naufrages à la côte comptent 96 bâtiments de 62187 tonnes, sur lesquels 26 voiliers et 9 steamers totalement perdus, représentant 27 822 tonnes. Les pertes par abordage sont de 24 navires de 13 728 tonnes, les bâtiments incendiés 11, et les coulés par voie d’eau 121.
- INFORMATIONS
- —©— Nous reproduisons, d’après le journal l'Eleveur, une •curieuse histoire sur l’intelligence d’un chien de guerre. Le lieute-
- * D'après Engineering et Bulletin technologique.
- nant Lukicic, du 3e régiment de Bosnie-Herzegovine, qui était parti, accompagné de son chien de guerre, pour rejoindre une expédition de chasse près de Dervent, descendant de cheval, dans un endroit désert, s’embarrassa dans son fusil de façon si malheureuse que les deux coups partirent et le blessèrent grièvement. Il tomba à terre ; à ses cris ae douleur, un paysan accourut et le transporta dans sa cabane. Alors, son chien, qui avait assisté à ce drame, reprit le chemin de la caserne, qu’il retrouva facilement. Il y arriva 1 après-midi, se fit ouvrir la porte, et, une fois entré, s’élança vers la chambre de son maître. Là, il se mit à gémir, à aboyer, si bien qu’il appela l’attention de deux officiers et de plusieurs soldats. Us comprirent que quelque chose de grave se passait et se décidèrent à le suivre. « Spion-», car tel était le nom du fidèle animal, les précéda en aboyant et les amena jusqu’à la cabane où leur camarade avait été recueilli, et lui-même se précipita vers son maître, lui léchant les mains avec de petits cris de joie. Il passa la nuit au pied du lit du malheureux officier, et, le lendemain, quand un fourgon vint le chercher pour le conduire à l’hôpital de Sarvajo, il fallut l’emmener de force pour l’empêcher de suivre le triste convoi.
- —@— Les froids ont été désastreux pour la végétation, pour toutes les espèces qui ne supportent pas les températures inférieures à — 8° ou —10° ; il va falloir avoir recours à de nouvelles plantations. M. H. de Parville, dans son excellente chronique hebdomadaire, nous informe que M. Doumet-Adamson a signalé à la Société d'agriculture quelques arbres intéressants : le Pterocarya caucasica qui sert à faire les berges des rivières, le Populus immobilis qui est un arbre d’alignement poussant en pyramide, et enfin et surtout le Citronnier de Chine, qui a supporté 25° au-dessous de 0 et produit des buissons impénétrables à cause de ses épines. Le citronnier de Chine aura des amateurs. On peut l’utiliser pour faire des haies, des massifs inaccessibles. Au bout de trois ans de semis, on obtient des pousses de 0m,40 à 0m,50. A cinq ans, les haies sont impénétrables. Au printemps, le citronnier se couvre de fleurs blanches élégantes donnant naissance à de petites oranges grosses comme des mandarines. L’odeur en est désagréable ; le fruit sent l’essence de térébenthine. Mais, traité comme le font les Chinois, le fruit de ce citrus devient comestible comme plante de confiserie.
- —©— La consommation des eaux de source pour force motrice, ascenseurs et autres applications, étant devenue considérable dans ces dernières années, la Ville de Paris a décidé d’établir une nouvelle taxe plus élevée pour les eaux ainsi utilisées, afin de conserver la quantité d’eau potable nécessaire aux besoins de la population. A partir du 1er avril 1895, le prix de l’eau pour ascenseurs et divers sera de 60 centimes le mètre cube. Le prix de revient des montées par ascenseurs s’élèvera donc notablement. Pour un voyage aller et retour à un cinquième étage, il faudra compter environ 18 centimes. Un ascenseur hydro-électrique, avec pompe actionnée par un moteur électrique, effectuerait le même voyage pour une dépense de 4 centimes. Il y a là une circonstance toute favorable aux applications mécaniques de l’énergie électrique.
- —®— Des expériences avec un nouvel appareil pour ouper les filets pare-torpilles se font actuellement à la station de la défense fixe de Bramsnâs, par ordre du Ministre de la marine danoise. Les ciseaux de torpille, c’est ainsi qu’on appelle cet appareil, sont l’invention d’un officier de la marine danoise. Us sont fixés à l’avant de la torpille et leur action dépend de sa vitesse. Après avoir fait brèche dans le filet, les ciseaux tombent et permettent à la torpille d’aller atteindre le bâtiment. Le Times dit que jusqu’ici les essais ont réussi et que cette invention est considérée comme pleine d’avenir.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Pierre Laurand, à Blois, nous adresse la description d’une nouvelle règle à calcul qu’il a fait construire. Cette règle est d’un usage très simple et a l’avantage, dans certains cas, d’effectuer toutes les opérations à la fois. Le calcul devient plus rapide, plus juste, et la manière d’opérer est d’une grande simplicité.
- M. G. Berthenson, à Saint-Pétersbourg, nous envoie un article sur le vol des hommes et le vol des oiseaux, extrait d’un journal allemand, Gegenwart, du 26 janvier 1895. Cet article fournit des preuves du travail que l’oiseau produit quand il plane dans l’air. Notre correspondant nous fait connaître les dispositions qu’il faudrait donner, selon lui, à un appareil d’aviation. Ces questions ont déjà été longuement discutées dans de nombreux Mémoires.
- M. Perrier du Carne, à Mantes, nous adresse un travail fort intéressant qu’il vient de publier sur L'arrondissement de Mantes aux temps préhistoriques. Dans cette brochure, notre correspondant fait d’abord un résumé succinct des notions indispensables pour l’étude des temps préhistoriques, puis il donne une liste, par ordre alphabétique, des communes de l’arrondissement avec l’indication des découvertes qui ont été faites dans chacune d’elles et la description des monuments mégalithiques. Il termine en parlant des Limons de ruissellement de Rosny et de Rolleboise et du Gisement chelléen de la Ballastière de Flins-les-Mureaux. La brochure a été éditée par l’imprimerie J. Linot, à Mantes.
- M. P. Garrigou-Lagrange nous envoie un extrait de sa Note à Y Académie des sciences sur les Relations nouvelles entre les mouvements barométriques sur l'hémisphère nord et les mouvements en déclinaison du Soleil et ’de la Lune.
- M. le JF A. Mascarô, à Lisbonne, nous fait parvenir un spécimen de l’alphabet qu’il emploie pour la lecture et l’écriture des aveugles. Il s’agit de lettres formées par des points en relief sur le papier. Nous avons déjà mentionné plusieurs procédés analogues.
- M. Nicolàs Yslas y Bustamante, à Mexico, nous adresse des tableaux graphiques de la mortalité dans le district fédéral de Mexico en 1894, et des tableaux comparatifs de la mortalité avec les observations faites à l’Observatoire météorologique magnétique. Ces tableaux sont fort intéressants et fort bien établis.
- Renseignements. — M. J. R., à Nancy. — 1° Nous avons transmis votre lettre à l’auteur de l’article dont vous parlez; nous ferons un erratum. — 2° Nous avons reçu vos communications; mais plusieurs de ces calculs prêtent à bien des objections.
- M. G. Ragot, à Bruxelles. — 1° Cet appareil ne se fabrique plus. — 2° Un Mémoire relatif aux modes de traction électrique sur les canaux et écrit par M. de Bovet a paru dans le Bulletin de la Société des ingénieurs civils de France (janvier 1895). Le siège de cette société est 10, cité Rougemont, à Paris.
- M. Jacques, à Paris. — 1° Pour nettoyer le marbre, vous pouvez employer une pâte formée de blanc d’Espagne et de benzine. — 2° Dans les tramways à air comprimé de Saint-Augustin-Cours de Yincennês, la pression est de 57 atmosphères au départ et 24 à l’arrivée. Les prix d’exploitation de ces tram-waysne sont pas encore bien déterminés; mais ils dépasseront certainement de beaucoup les prix de revient des tramways électriques à fil aérien. — 3° Cette résistance est négligeable si les joints des rails entre eux sont bien assurés.
- M. M. C., à Paris. — Nous avons publié deux articles sur cette intéressante question : Le portrait composite. Portrait de famille. Portrait de race, dans le n° 775, du 7 avril 1888,
- . 289, et Etude sur la formation des images composites, ans le n° 873, du 22 février 1890, p. 188.
- M. J. Cantacuzène, à Bucarest. — Le photosphère vous
- conviendra; adressez-vous au siège de la Société, 7, rue de Solférino, à Paris.
- M. H. B., à Evron. — Nous ne croyons pas qu’un liquide quelconque ait jamais été employé pour cette opération; la lime et la brosse suffisent.
- M. A. F., à Paris. — 1° Adressez-vous directement aux divers fabricants que nous avons indiqués à plusieurs reprises. — 2° Voyez notre récent article sur la soudure de l’aluminium (n* 1123, du 8 décembre 1894, p. 26).
- M. A. P., h Bordeaux. — Ces oxydes dans la pâte du charbon présenteraient de grands inconvénients pour le fonctionnement de l’are; des essais ont déjà été faits.
- M. C. V. K., à Liège. —Abraham Louis Bréguet vécut de 1747 à 1823; c’est en 1780 qu’il fonda son célèbre établissement d’horlogerie.
- M. Dépierres, à Nancy. — Ecrivez directement au fabricant dont l’adresse a été donnée en tête de la Boîte aux lettres du n° 1135, du 2 mars 1895.
- M. G., à Reims. — Le Formulaire de l'électricien, à la librairie G. Masson, donne une formule pour le calcul des diamètres des fils de plomb fusibles.
- M. J. C. Schmidt, à Erfurt. — Nous avons eu quelques-unes de ces graines explosibles qui nous ont été envoyées de Batavia ; mais elles sont rares et il n’y en a pas dans le commerce.
- M. L. M., à Moscou. — Vous nous demandez quelle est l’origine de l’expression sino-japonaise. La voici : en français, on appelle sinologie l’étude de la langue et de l’écriture des Chinois. Sinologie vient du nom latin Sinæ que les géographes modernes ont donné à la Chine. D’après Littré, ce mot latin dérive du grec Stva, mot qui, dans Ptolémée, désignait une localité de l’extrême Orient.
- M. Roussel, à Paris.— 1° Microscopes : maison de l’ingénieur Chevallier, 15, place du Pont-Neuf, et M. P. Pellin, 21, rue de l’Odéon, à Paris. — 2° Consultez les catalogues de la librairie G. Masson.
- M. W. Van Dycke, à Saint-Boniface. — 1° Nous avons donné un article sur la fabrication du lait condensé en Suisse, dans le n° 881, du 19 avril 1890, p. 305. Cette industrie nécessite des appareils que l’on doit faire établir spécialement. — 2° Les librairies industrielles sont très nombreuses : MM. Bernard, Dunod et Vicq, Michelet, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. E. Hermerie, à Compiègne. — Nous avons publié une Notice assez complète sur les piles chlorochromiques du commandant Renard, dans le n° 785, du 16 juin 1888, p. 58, et dans le n° 879, du 5 avril 1890, p. 277.
- M. A. Artus, à Paris. — Adressez-vous à M. Marius Otto, 8, passage Gourdon, à Paris.
- Réponses. — N° 1343. — Moyen de donner au cuir jaune l'apparence du cuir vieux. — Le moyen dont je me suis servi depuis quelque temps déjà, avec succès, pour des harnachements de voiture en cuir jaune est le suivant : laver les cuirs à grande eau, bien essuyer et passer sur la surface une couche de vaseline. Quand cette couche est absorbée par le cuir, en remettre une autre, jusqu’à ce que le cuir en soit imbibé ; après quatre opérations successives, au maximum, le cuir aura une teinte très foncée. Le cuir, une fois sec, sera mat. Pour lui donner un brillant, on emploiera un encaustique quelconque. Je me suis servi avec grand succès d’un encaustique appelé Le Polo. (Communiqué par M. R. B., à Saumur.)
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. Bourcet, à Lyon. Nous ne connaissons pas ces appareils. — M. A. G., à Bordeaux. Il nous est impossible de nous charger de cette construction ; nous avons donné quelques indications que l’amateur doit chercher à utiliser. — M. Durand, à Paris. Nous vous avons répondu à l'adresse que vous indiquiez, et la lettre nous est revenue avec la mention : inconnu. — M. L. J., à Fleurier. Il faudrait vous adresser à un directeur de haut fourneau et vous entendre avec lui. — M. A. Pruneau, à Fontainebleau. Nous n’avons pas entendu parler du moteur que vous citez. — M. M. Dumens, à Saint-Denis (Belgique). Nous-ne pouvons répondre à vos diverses questions; il s’agit d’un projet complet à étudier. Consultez les traités de mécanique. — M. G. Wal-ther, à Paris. Nous n’avons pas d’adresse plus complète. — M. E. Z., à Mayet. Dans les Recettes et procédés utiles, lre, 2e, 3e et 4e séries, nous avons indiqué plusieurs recettes d’encres diverses que vous pourriez essayer. — M. Geoffroy, à Passy. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série. — M. E. Dubourdeaux, à Saint-Gcnès. Voyez les Recettes et procédés utiles, 2* série, (G. Masson, éditeur) ;. M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris, pourra vous procurer cet appareil. — M. A. Desprez, à Paris. Nous ne savons pas où se trouvent ces produits. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toulés-les questions, ni à insérer toutes les communications, — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Le bouchon pratique. — Ce bouchon automatique sert pour la table, spécialement pour les vins de Champagne et les eaux gazeuses. Il existe de nombreux modèles de bouchons automatiques, mais celui-ci est assurément très pratique; il s’introduit et se retire instantanément d’une seule main et bouche d’une façon tout à fait hermétique ; il se prête à toutes les dimensions des divers modèles de bouteilles; il est solide, étant sans vis ni levier, parties qui s’abîment très vite dans les autres systèmes. Notre figure 1 montre le mode d’emploi de ce bouchon, qui est formé d’un sac de caoutchouc. En pressant sur la tige métallique qui descend jusqu’au fond du bouchon creux, maintenant en même temps le haut du sac (voy. dessin A), on l’allonge en l’amincissant; on l’introduit dans*le goulot déjà bouteille, et, quand on le laisse à lui-même, il se dilate, se gonfle et opère sa fonction de fermeture (B). Il suffit de le tirer par sa tige pour l’enlever.
- Portemanteau tournant. — Dans les armoires-portemanteaux on se sert généralement de crochets que l’on visse de distance en distance sous la tablette ; ces crochets ne peuvent recevoir qu’un vêtement à la fois; le portemanteau que nous présentons par la gravure ci-contre (fig. 2) a l’avantage d’avoir quatre crochets et de tourner sur lui-même. Il se fixe simplement par une vis ordinaire A ; il faut avoir soin de ne pas visser la vis à fond afin de laisser suffisamment de jeu entre le portemanteau et la tablette, afin qu’il puisse tourner librement.
- sans fin, c’est-à-dire que les anneaux sont repliés de sorte qu’il n’y a aucune jointure et qu’il est complètement impossible de les ouvrir. — Les quatre appareils décrits ci-dessus se trouvent chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Conservation des tapis. — La benzine et l’huile de kérosine détruisent la mite des tapis et les larves qu’elle laisse après elle. Lorsqu’on a constaté la présence de cet insecte dans une maison, il faut lever les tapis et remplir de benzine toutes les fentes du plancher et celles qui peuvent se trouver dans et sous les plinthes. Ensuite on bat vigoureusement les tapis et on les asperge légèrement de benzine. On peut se servir, pour ces applications de benzine, d’un petit pulvérisateur à main. On devra ensuite boucher toutes les fentes du plancher avec du plâtre de Paris mouillé, qui se durcira bientôt et formera une substance solide dans laquelle les insectes ne pourront pas entrer. Si les mites se mettent dans le stock de tapis d’un magasin, l'application de la benzine suffira pour les détruire. La benzine s’évapore rapidement et l’odeur en disparaît bientôt;
- mais la benzine est très in-
- Fig. l.
- Le bouchon pratique.
- Fig. 3.
- Serrure à pattes.
- Serrure à pattes.
- — La serrure que nous allons faire connaître (fig. 3) est applicable aux portes de cave, grenier, hangar, buanderie, écurie, grange, cellier, etc., en un mot, à toutes les portes
- 3ui doivent être munies 'appareils solides. La targette (fig. 3, n° 1) est en fer, ainsi que la base de l’appareil à fermer (n° 2); la serrure proprement dite (n° 3) est en cuivre extérieurement et intérieurement, afin d’éviter la rouille. La forme bizarre de la clef (n° 4), dont la coupe change pour chaque appareil, rend la serrure complètement inviolable.
- Si, par mesure de sécurité tout à fait absolue, on
- fixe cet appareil avec des écrous ou, plus simplement, qu’on fasse traverser les vis de part en part afin de les river à l’extrémité, on aura une fermeture qu’il sera impossible de faire sauter, à moins de forcer la porte. La manière de poser la serrure est bien simple : il suffit de l’ajuster dans la targette et de tourner les vis dans les trous réservés. Pour ouvrir et fermer; il suffit d’introduire la clef dans la rainure (n° 3), d’appuyer et de tourner.
- Cadenas automatique pour les bicyclettes. — Le
- petit cadenas avec chaîne qui nous est soumis pour enrayer les bicyclettes est très bien compris, il possède les qualités multiples d’être très soigneusement fait, d’être léger (40 à 45 grammes avec la chaîne et la clef) et d’offrir une grande solidité. A l’aide d’une petite clef minuscule (fig. 4, n° 1) que l’on introduit dans l’ouverture du cadenas (n° 2), on fait déclencher la tige (n° 3) qui permet d’introduire un des anneaux de la chaîne; pour le fermer, il suffit d’appuyer sur la tige n° 3. La chaîne (n° 4), qui se marie avec le cadenas, est une chaîne
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- alETSVP
- Fig. 2.
- Portemanteau tournant.
- Fig. 1, 2, 3 et 4. — Choix de petites inventions.
- flammable et il faudra prendre garde de l’approcher avec une lampe allumée.
- Moyen pratique de faire des cuvettes photographiques. — Un journal photographique russe donne à l’amateur d’utiles indications sur le moyen de faire soi-même des cuvettes, soit en bois, soit en carton. Pour l’uhe ou l’autre de ces matières, le premier procédé consiste à enduire la cuvette d’un mélange de bichromate de potasse ou d’amidon, de gomme, de gélatine ou de colle forte. A la lumière du jour, ce mélange devient insoluble et rend la cuvette tout à fait imperméable. Le deuxième procédé consiste à tremper la cuvette dans une solution chaude de paraffine à laquelle on ajoute une solution de gutta-percha dans la benzine. Par le troisième procédé, employé à froid, on fait le mélange de deux solutions de benzine contenant l’une de l’asphalte, l’autre de la gutta-percha. On en enduit la cuvette avec un pinceau et on expose à la lumière afin de rendre insoluble la couche asphaltée ainsi obtenue. Le quatrième procédé comprend l’emploi de 100 parties de résine dissoutes dans 18 parties d’huile de noix bouillante. Le cinquième procédé, qui est essentiellement russe, consiste à faire un mastic avec du fromage blanc, de la chaux vive et du blanc d’œuf en parties égales, le tout bien trituré. On couvre la cuvette de ce mastic qu’on laisse sécher pendant vingt-quatre heures. Lesdites cuvettes, une fois séchées, sont passées à la pierre ponce, puis peintes avec des couleurs à l’huile d’une nature épaisse. La couleur étant sèche on repasse à la pierre ponce, on repeint à la teinte voulue et on vernit. Ces cuvettes pourront être employées dans tous les travaux de développement ou de fixage et leur prix de revient sera minime, quelle que soit la grandeur de la cuvette.
- Pour enlever les taches d’encre. — Lorsqu’une étoffe est tachée d’encre, il faut d’abord la laver avec du lait frais, jusqu’à ce que celui-ci ne se colore plus; alors, on passe pardessus la tache de l’acide oxalique, ou un mélange d’acide oxalique et de chlorure d’étain. Quand toute trace d’encre a disparu, on rince à l’eau froide. De cette manière, les taches d’encre peuvent être enlevées facilement et on ne risque pas de brûler le» étoffes salies par leur contact.
- Fig. 4.
- Cadenas pour bicyclette.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Coryza des enfants. — Insignifiant ou de peu de gravité chez l’adulte, le coryza devient chez les' tout jeunes enfants une source de danger sérieux. Ne pouvant respirer par le nez pendant les tetées, l’enfant finit par s’alimenter difficilement, refuser le sein et dépérir avec rapidité. Pour remédier par des moyens simples à cet accident, le Dr Tornu conseille de verser, un "peu avant la tetée, quelques gouttes d’alcool camphré sur un tampon d’ouate que l’on tient près des narines. En répétant ces inhalations, le coryza diminue et disparaît. Les médicaments lus efficaces, comme la cocaïne, le menthol, offrent quelque anger pour des enfants aussi jeunes.
- Le prurit des enfants. — A l’époque de la dentition, souvent aussi sous l’influence d’un mauvais état général, constipation, inflammation des intestins, les enfants présentent des éruptions érythémateuses du siège, des cuisses, auxquelles on donne
- communément le nom de feux de dents. Ces érythèmes s’accompagnent de démangeaisons assez vives. Si l’enfant se gratte et provoque des excoriations, ce sont des plaies fort longues à guérir. Le Dr Feulard conseille contre ce prurit un traitement très simple qui amène en peu de temps la guérison. S’il n’y a que. peu de rougeur, lotionner chaque soir les parties malades avec de l’eau très chaude additionnée, pour une demi-cuvette, d’une cuillerée à soupe du mélange :
- Acide phénique.............. 3 grammes.
- Vinaigre aromatique......... 300 —
- Poudrer ensuite largement avec la poudre d’amidon. Mettre l’enfant au régime en supprimant le vin, ne permettre que les viandes blanches, le laitage, les légumes, les soupes bien cuites. S’il y a de larges plaques érythémateuses, lotionner avec une cuillerée à café du mélange suivant pour une demi-cuvette d’eau
- chaude :
- Acide phénique................ 4 grammes.
- Eau stérilisée................200 —
- Poudrer de même avec l’amidon. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Salnt-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 23 mars . . . 6" ,7 S. S. W. 2. Couvert. 4,8 Couvert; quelques éclaircies le soir, pluie à diverses reprises.
- Mardi 26 6%3 S. W. 3. Couvert. .5,5 Très nuageux; couvert de 22 à 24 h.; pluie de 10 à 14 h.
- Mercredi 27 6M S. 3 Couvert. 3,1 Très nuageux de 16 à 19 h.; couvert avant et après; pluie de 4 à 9 h. et de 23 à 24 h.
- Jeudi 28 9%5 S. W. 3. Beau. 4,1 Nuageux de 6 à 18 h. ; couvert et après pluie à plusieurs reprises.
- Vendredi 29 5*,3 S. S. W. 3. Couvert. 0,6 Couvert jusqu’à 11 h.; nuageux de 12 à 19 h.; beau ensuite ; un peu de pluie et de grêle.
- Samedi 30 2*,8 S. W. 3. Nuageux. 1,1 Beau jusqu'à 6 h.; presque couvert ensuite; couvert après 20 h.; gelée blanche. Grêle à 12 h. 45 et à 15 h. 22.; un peu de pluie le soir; plusieurs coups de tonnerre.
- Dimanche 31 1*,5 S. S. W. 3. Couvert. 3,9
- MARS 1895 — SEMAINE DD LUNDI 23 AD DIMANCHE 31 MARS
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe sujuirieure indique la nébulosité de 0 a 10; les flèches inférieures, la direction du veut. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à O, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée. •
- Le 23 mars, de 10 heures du matin à 4 heures de l'après-midi, nno violente tempête, comparable pour la violence à un véritable cyclone, a sévi sur l’Angleterre. C’est dans la partie sud-est des lies Britanniques qu’elle a cause le plus de dégâts, ravageant les champs, abattant les arbres et faisant déborder les rivières. On a signalé un grand nombre d'accidents de personnes : à Londres, dans l'East-Eud, des maisons se sont écroulées, causant plusieurs morts. A Peterborough, la cathédrale a été terriblement endommagée, deux des pinacles de sa façade orientale s’étant abattus. Il y a eu un grand nombre de blessés. Le port de Yarmouth a été dévasté. A Dristol un arbre a écrasé deux enfants. A Loughborough deux cheminées de fabriques, ayant 30 mètres de hauteur, ont été jetées par terre.
- Tremblements de terre en Italie. — Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 23 mars 1895 à Venise, à Ravenne, à Ferrare et à RegRio de Calabre. Les secousses ont duré trois secondes et ont légèrement endommagé quelques maisons.
- muccc nu t a t ttne • iv L. le £6. à 10 lu "4 m. du matin.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Inondations» et tempêtes. — Dans la dernière quinzaine du mois de mars, le Rhône a subi une forte crue. A la date du 27 mars, son niveau, a dépassé les bas ports de plus d’un mètre. Le fleuve roulait ses eaux jaunâtres couvertes de débris avec une impétuosité extraordinaire. Dans les départements de la Haute-Savoie- et de l’Ain de nombreux dégâts ont été causés par les inondations de l’Arve, de l’Ain, de la Valserine et de divers torrents. Plusieurs chemins de communication ont été enlevés aux environs de Bonneville; toute la plaine du nord-est d’Yenne a été submergée. En éboulement s’est produit sur la ligne d’Annemasse à Aii-les-Bains, entre la gare de Croisy et Evires. Un .transbordement a dû être établi.
- Une tempête très violente a éclaté le 27 mars, dans la soirée, à Toulon et dans les environs. Le mistral a soufflé, accompagné d’une grosse pluie. Le même jour, une violente tempête du nord-ouest a sévi sur le département des Pyrénées-Orientales. A Rivesaltes, plusieurs cheminées ont été
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives & la rédaction de < La Nature » et de son « Supplément », a Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandibr, 50, rue de Ch&teaudun, à Paris.
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- LA SEMAINE
- Le labourage électrique. — De nouveaux essais de labourage à l’électricité viennent d’être institués à Halle, en Allemagne. On a monté sur une charrue un électro-moteur, qui, recevant le courant électrique d’une ligne à deux conducteurs supportée par de petits chariots pour éviter son frottement contre le sol, transmet son mouvement à une noix à empreintes sur laquelle passe une chaîne calibrée, ancrée à ses deux extrémités. La charrue électrique se remorque ainsi sur une chaîne comme le fait un bateau toueur dans une rivière. D’après les rapports officiels qui ont été publiés, voici quelques résultats obtenus. La charrue à deux raies travaillant dans un sol argileux dur et collant, nécessite une puissance, de la part de l’électro-moteur fixé sur elle, de 12 chevaux (8800 watts). La génératrice du courant développe en nombre rond 15 chevaux. La charrue labourait deux sillons de 0nl,60 de largeur sur 0m,24 de profondeur : la traction de la chaîne était en moyenne de 650 kilogrammes, et atteignait parfois 700 kilogrammes. La vitesse de la charrue était de 0m,90 par seconde, ce qui représente une puissance utile de 8 chevaux. Le prix d’achat total de l’installation
- {>our une charrue à deux socs étant d’une dizaine de mille francs, e prix de revient d’une journée de labourage à l’électricité est de 51fr,25. Comme dans une journée de douze heures, la surface labourée était de 2 hectares, on voit que le prix du labourage par hectare serait de 25",65, soit inférieur de plus de moitié à ce que coûte le même travail fait par des bœufs, celui-ci étant estimé dans le pays à 62",50 l’hectare1.
- INFORMATIONS
- —©— La semaine dernière, le 4 avril, a eu lieu au Salon des Familles, immense restaurant, - situé avenue de Saint-Mandé, à Paris, le dîner offert à M. Berthelot, l’illustre chimiste, en l’honneur -des progrès de la science. Il n’y avait pas moins de 800 convives réunis devant la table d'honneur où avait pris place M. Berthelot, -ayant à sa droite M. Brisson, président de la Chambre, à sa gauche, M. Poincaré, ministre de l’Instruction publique. Des discours et des toasts ont terminé cette grande réunion où des sénateurs, des députés et des représentants les plus distingués de la science et des lettres s’étaient empressés de prendre part.
- —©— Une véritable course d’hiver a été accomplie dans les premiers jours de mars par une batterie de montagne tout entière qu'accompagnaient les officiers des groupes d’artillerie alpine de Grenoble. De 5 heures du matin à 4 heures du soir, le personnel et les mulets chargés ont fait une longue marche dans les neiges du massif de la Chartreuse, région de l’Emendra. D’intéressantes expériences de raquettes diverses pour mulets ont été faites et un système très pratique, notamment, a donné de bons résultats.
- —® — Nous empruntons au Journal de pharmacie et de chimie les intéressants renseignements qu’il a publiés sur le pétrole aux Etats-Unis. La production de ce produit est approximativement, -en barils de 145 kilogrammes : Pensylvanie, 35 000 000 ; Ohio, 18 000 000 ; Virginie, 200000 ; Colorado, 350 000 ; Californie, 580000 ;
- 1 D’après VEclairage électrique.
- ce qui fait 53930000 barils. Une partie de ce pétrole est destinée à l’exportation, mais le reste est traité et consommé en Amérique pour le chauffage et l’éclairage; il y a donc là une concurrence sérieuse faite au gaz de houille. Mais l’apparition du pétrole sur le marché a eu une autre conséquence encore : c’est son emploi pour la préparation du gaz dit gaz à l’eau ; cette fabrication a, d’ailleurs, toute raison d’être. Les frais de transport et de fabrication sont beaucoup moindres pour le pétrole que pour la houille; une tonne de pétrole brut vaut au moins une tonne et demie de houille, comme combustible, et trois ou quatre tonnes comme producteur de gaz, cinq ou six tonnes même si l’on tient compte du pouvoir éclairant obtenu, plus considérable pour le gaz à l’eau que pour le gaz de houille dans la proportion de 25/16 ou de 1,56 environ. Aujourd’hui, cette fabrication de gaz à l’eau s’est introduite même dans les usines à gaz de houille; elle leur permet de réduire la production de coke en raison des demandes, et de donner à la clientèle un pouvoir éclairant plus élevé. Elle s’est étendue même jusqu’à Londres, grâce au bas prix des frets.
- —©— La production annuelle de la cire au Chili est d’environ 8000 à 10 000 quintaux espagnols de 46 kilogrammes, soit 368 000 à 460 000 kilogrammes ; un dixième seulement de cette production est utilisé dans le pays même pour les couvents, les églises, etc. ; le reste est exporté. La zone de production est comprise entre les provinces de Coquimbo, au nord, et de la Conception, au sud. Le prix de la cire varie suivant les fluctuations du change. Les principaux marchés d’importation sont Hambourg, Liverpool et le Havre. En 1892, la cire valait de 60 à 70 piastres les 46 kilogrammes; actuellement son prix varie de 70 à 80 francs, suivant la qualité. Les cires du Chili se divisent en trois espèces : blanche, jaune et ambrée (verdâtre). Pour chaque espèce, on distingue trois qualités différentes qui dépendent du degré de raffinage auquel la cire a été soumise par les producteurs eux-mêmes. En général, ce raffinage est défectueux, d’abord parce que les producteurs cherchent à ne rien perdre dans cette operation, et ensuite parce que les appareils dont ils font usage sont extrêmement rudimentaires. Ces produits, nous dit le Mercure scientifique, sont d’ailleurs fréquemment falsifiés. On leur incorpore des coquilles pilées, de la graisse, et des résidus de fabrication, qui augmentent leur poids et diminuent leur qualité.
- —©— Le soufre, que les Japonais appellent iwo ou j/uwo, se trouve en assez grande quantité au voisinage des volcans éteints ou en éruption qui abondent dans l’archipel du Nippon. La presque totalité de ce soufre provient d’une décomposition de l’hydrogène sulfuré qui se dégage des solfatares. L’exportation de ce produit a rapidement augmenté, depuis que le pays est ouvert au commerce étranger. En 1868 (les statistiques douanières ne remontent pas au delà de cette date), l’exportation du soufre a été de 131 tonnes. Plus récemment, on a enregistré 20 274 tonnes pour 1890, 21 108 tonnes pour 1891 et 14 589 tonnes pour 1892. En février 1893, il y avait 84 mines en exploitation, dont 13 .seulement produisaient chacune plus de 100 tonnes de soufre par an.
- —©— Les poulies en bois, peu employées jusqu’ici en France, sont d’un usage très fréquent en Amérique. On estime que ces poulies offrent plus de sécurité en raison de ce que le bois présente moins de defaut^ cachés que la fonte et qu’en outre elles entraînent une diminution du poids des arbres et des supports et, par suite, une diminution dans le prix des transmissions. On construit également pour les machines à grande vitesse des volants à jante en bois. Lorsqu’on veut augmenter le poids des poulies on place sous la jante en bois une jante métallique. Les moyeus et les rais des poulies sont tantôt en bois, tantôt en métal.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le cinégraphe, s’adresser à M. Pierre Clémen-titcn de Engelmeyer, ingénieur, 18, rue Chateaubriand, à Paris. — Les livres minuscules auxquels nous consacrons un article se trouvent chez M. Pairault, éditeur, au prix de 1 fr. 50 brochés, 3, passage Nollet, Paris-Batignolles.
- Communications. — M. Odorice Cepich, à Alexandrie, à propos du graisseur à pendule dont nous avons donné la description dans le n° 1136, du 9 mars 1895, p. 236, nous écrit qu’en 1884 il avait imaginé un graisseur analogue et en avait fait les croquis. Dans cet appareil, au lieu d’un pendule se trouvait une petite tige glissante et maintenue par un ressort, qui venait buter contre un bouton. Ce graisseur fut construit et donna de bons résultats.
- M. le marquis de F., à Paris. — Nous vous remercions de nous avoir signalé, au sujet d’un récent article que nous avons publié, que le Directeur général des Postes et Télégraphes vient de rendre obligatoire le nouveau code télégraphique à partir de janvier 1896; si l’auteur ne l’a pas dit, c’est que la décision a été prise depuis que l’article était écrit. Vous remarquerez que l’on ne dit pas qu’il n’y avait pas de codes dans les relations nationales, mais seulement au point de vue-international. Il y bien eu collaboration française au Vocabulaire, puisque même M. Eschbaecher, secrétaire général du bureau international, est un ancien chef de bureau des Postes françaises. D’ailleurs il n’était question dans l’article que d’employés français. LaFrance n’a donc pas été'mise à l’écart. L’article publié a bien dit que le vocabulaire ne contient que 256 000 mots. Enfin, par la nature même des choses, il renferme tous les mots admissibles dans le langage convenu, puisque leur admissibilité découle de leur identité constatée dans le vocabulaire même.
- M. A. de Bovet, à Paris, nous adresse une notice ayant pour titre Traction mécanique des bateaux sur les canaux; Touage électro-magnétique. Cette brochure renferme une très intéressante communication de notre correspondant sur ce sujet à la Société des ingénieurs civils de France, et est extraite des mémoires de la Société.
- Renseignements. — M. Amie, à Moniagnac-Oran. — 1° Il n’y a pas à signaler de nouvelles expériences sur le sujet. — 2° Ce système d’éclairage par piles n’est pas pratique.
- M. É. D. G., à Yaugirard. — Dans le cas que vous nous exposez, l’isolement du conducteur sera efficace, si l’isolant est maintenu en bon élat sur toute la longueur, et s’il n’y a aucun contact extérieur sur la partie non revêtue d’isolant.
- M. A. A., à Paris; M. S. D. Blass, à Vienne. — Veuillez vous adresser directement à M. Villon, 97, Grande-Rue de la Guillottière, à Lyon.
- M. A. F., à Smyrne. —L’adresse que vous demandez est donnée en tète de la Boîte aux lettres du n° 1156, du 9 mars 1895.
- M. Bollinckx, h Bruxelles. — Voyez la Note publiée dans les Adresses relatives aux appareils décrits, en tête de la Boîte aux lettres du n° 1159, du 30 mars 1895.
- M F. Bérenger, à Aubagne. — Pour faire les petits ballons, il faut employer du papier d’affiches très mince. Pour les rendre imperméables, il faut les enduire de vernis à ballon ; vous trouverez la formule dans les Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie G. Masson.
- M. A. Bardot, à Sidi-bel-Abbès. — La maison existe toujours sous le mêhie nom et à la même adresse, à Paris.
- M. M. E., à Bilbao. — 1° Le dépositaire de cette lampe à pétrole, que nous avons décrite dans le n° 1128, du 12 janvier 1895, p. 100, est 58 rue de Chabrol à Paris. — 2° Nous ne pouvons nous charger de ces recherches bibliographiques.
- M. A. Desprez, à Paris. — Nous vous avons déjà répondu, dans la Boite aux lettres du n° 1140, du 6 avril, que les produits dont vous parlez ne nous sont pas connus. Voyez la note
- placée au bas de cette page et disant que la rédaction'ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions ; malgré sa bonne volonté, elle ne peut pas tout savoir et tout connaître.
- M. E. A., à Lyon. — Dans le n° 1054, du 12 août 1893, p. 173, nous avons décrit une chaudière de cette puissances brûleur à pétrole; adressez-vous à MM. Rogers et Boulte, 1, rue St-Georges, à Paris.
- M. Midol, à Saint-Mandé. — Nous ne croyons pas qu’il y ait une encre qui puisse adbérer à l’ivoire poli. Il faut gratter la substance ou tracer les caractères à l’eau oxygénée.
- M. A. Pierre, à Orléans. —Contrôleurs de rondes : MM. Château frères, 118, rue Montmartre, à Paris.
- M. A. Fredet, à Issy. — La plupart des photographes de Paris se chargent de développer des clichés pour leurs clients ; nous vous citerons par exemple la maison Berthaud, 9, rue Cadet, à Paris.
- M. A. Sturm, à Paris. — Il s’agit du thermophore de M. J. Pillet, qui a été décrit dans le n° 1082, du 24 février 1894, p. 197.11 faut s’adresser à l’inventeur, 95, boulevard St-Germain, à Paris.
- Un abonné, à Constantinople. — 1° Nous ne savons si ée procédé est réellement applicable en pratique. '— 2° L’ébullio-scope que nous avons décrit donne de bons résultats.
- M. H. Morin, à St-Denis. — Vous pourriéz demandér ces produits à la maison De Wilde, 19, rue Jean-Jacques-Rousseau, à Paris.
- M. G. Duchesne, à Ludon-Médoc. — 1° La composition de ces matières est tenue secrète. — 2° Adressez-vous à la maison Vilmorin-Andrieux, 4, quai de la Mégisserie, à Paris. — 3° La roue hydraulique Pelton a été décrite dans le n° 1014, du 5 novembre 1892, p. 355.
- Un photographe, à Paris. — 1° Pour empêcher la gomme arabique en dissolution dans l’eau de moisir- et de sentir mauvais, il suffit d’y mettre une petite quantité d’acid.e phé-nique. — 2° Nous ne connaissons pas ces produits.
- M. Bélison, à Amiens. — Les documents que nous avons publiés ont été empruntés à un journal sérieux, et nous avons tout lieu de les croire exacts.
- M. Nougarèdc, à Epinac-les-Mines. — L’encre autographique, dont la formule est indiquée dans les Recettes et procédés utiles, 2e série, .p. 99, est noire et vous conviendra.
- M. H. Hanin, à Paris. — Il faut consulter les catalogues des j divers constructeurs; ces poids varient dans de grandes pro- I portions. j
- M. G. Gillet, à Paris. — H serait nécessaire de soumettre ! votre vinaigre à un chimiste qui l’apprécierait et vous indiquerait les améliorations à lui apporter.
- M. X., à Montceau-les-Mines. — Vous trouverez de nombreux documents dans 1 ’Agenda du chimiste, 1895, que nous avons annoncé dans la Bibliographie du n° 1156, du 9 mars 1895.
- L'abonné 7066, à Bourg. — Voyez chez les grands éditeurs de traités scientifiques ; ils ont tous des ouvrages de ce genre.
- M. H. B., à Angers. — 1° Nous avons indiqué un mode de préparation des conserves de légumes et de fruits dans le n° 1084, du 10 mars 1894, p. 256. Voyez aussi Conserves alimentaires, par M. Maigne, dans la collection des manuels Roret. —
- 2° Vous aurez des renseignements dans le Livre des parfums, de M. Piesse, à la librairie J. Baillière, à Paris.
- M. F. D., h Compiègne. — Consultez Graveur, traité complet de gravure, par M. Villon, dans la collection des manuels Roret.
- M. A. Barbé, à Boisguillaume. — Parmi les traités de physique et de chimie classiques, nous vous citerons le Cours de physique de M. E. Fernet, et le Traité élémentaire de chimie, de M. Troost, à la librairie G. Masson, ainsi que le Traité de physique de Ganot, à la librairie Hachette.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. W. C., à
- Reims. Il faudrait faire quelques recherches de laboratoire pour-pouvoir vous répondre. — M. É. Cadiot, à Paris. Nous n'avons pas l'adresse complète de ce correspondant. — M. G. Scauferla, à Pa-doue. Cette fabrication n’a pas été décrite en détail ; il n’existe pas d’ouvrages spéciaux. — Un amateur, à Quintin. La composition de ce révélateur est tenue secrète par le fabricant. — M. Durand, à Paris. Il est très facile de construire cet appareil en suivant les indications que nous avons données. —M. G L., à Paris; M. Girard, à Lyon ; M. Dubois, à Marseille. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, éditeur.) — M. J. F. Sanchez, à Caracas. Remerciements pour votre communication. — M. Galilco Millelire, à Prevesa. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés prix ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à tonies les questions, ni A insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS1
- Théière & infuseur mobile. — Cette théière est un objet très pratique ; elle contient à l’intérieur un cylindre formant boîte et perforé. On y met le thé qui s’infuse dans l’eau
- Théière à infuseur mobile.
- bouillante dont on a rempli la théière. L’infusion est faite en quelques minutes. L’infusion trop longue est mauvaise. Le. cylindre perforé peut être retiré instantanément en ouvrant le couvercle. Nous représentons ce tamis dans notre figuré (n° 1), au-dessus de la théière refermée (n° 2). Les feuilles ne restant pas dans le liquide, celuhci’peut être conservé chaud pendant quelque temps. Le n” 3 de notre gravure montre le mode d’emploi ; il ressemble à celui de toute théière. — Cet objet se trouve chez MM. Kirby, Beard, 3, rue Auber, à Paris.
- LTsoscope. — Pour dessiner juste d’après nature, il faut savoir comparer les grandeurs dans l’espace. Le plus simple des
- 3orts est l’unité. La mise en place peut se ramener : 1° A aer deux distances égales, l’une en largeur, l’autre en hauteur. — 2° A déterminer le milieu d’une droite. —5° A trouver la direction d’une ligne. — L’appareil que nous allons faire connaître résout les trois problèmes. Son constructeur l’appelle fsoscope. Pour se servir de l’instrument on le met dans la position de notre figure. L’œil de l’observateur est le sommet d’une pyramide à base carrée, toutes les sections faites dans la pyramide parallèlement à la base sont des carrés. — Voici quels
- L’tsoscopc. — Détails de l’appareil. — Mode d’emploi.
- sont les usages de l’instrument : i° Si l’on veut trouver le milieu d’une figure dans le sens vertical, il suffit de tenir l’iso-scope parallèlement au tableau, de façon que AB soit tangent au sommet de la figure, LK tangent à la base, 0 marque le milieu. — 2° Veut-on trouver les proportions d’un vase, on l’encadre (à distance) de l’isoscope de manière que les côtés verticaux soient tangents au contour latéral, LK tangent à la base, AB marque sur la hauteur une distance égale à la largeur; on construit le dessin en tenant compte de cette indication. — 3° En tenant l’un des côtés du carré vertical, le fil PQ peut prendre toutes les directions possibles et fixer la perspective d’une ligne ; en posant l’appareil sur le dessin de manière que LM soit vertical, PQ doit s’appliquer sur la ligne tracée. Voici
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques, est étrangère pus annonces.
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- comment est construit ce petit appareil : lre Partie. Le carré ABCD (voy. la figure) ainsi que le rectangle EFGH formant la poignée sont découpés dans une feuille de cuivre de 3 millimètres d’épaisseur. Les guides I sont fixés sur le rectangle EFGH au moyen de vis. — 2e Partie. L’équerre KLM est dirigée par la glissière LN qui émerge au-dessus des guides et présente des cannelures transversales pour donner prise au pouce. — 3° Partie. Un fil unit les sommets opposés A et C du carré fixe. Un autre, élastique, joint PQ de façon que LQ = AP. — Détails. L’équerre et le carré sont taillés en biseau afin d’avoir le carré intérieur parfaitement défini. Les fils se passent dans des trous percés dans l’épaisseur des lames. Ils sont fixés par des nœuds. — Pour tout ce qui concerne l’isoscope, s’adresser à son auteur, M. Léon Baudet, professeur à Avesnes (Nord).
- Le jouet de la portière qui balaye. — M. Fernand Martin, l’habile directeur de la manufacture française de jouets en fer mécaniques et automatiques, nous adresse, avec un spécimen de la concierge mécanique, la lettre suivante : « Je vous envoie ma dernière nouveauté, comme j’en ai du restje l’habitude, et, comme je vous sais très connaisseur, j’appelle votre attention sur le mode de propulsion de ce jouet que je n’obtiens principalement que par le balancier qui frappe à droite et à gauche et par l’inclinaison de la peluche qui est sous les pieds (n° 2 de la figure) et qui permet d’avancer maïs non de reculer. » On fait fonctionner la concierge qui balayie
- Un jouet mécanique. — La portière qui balaye.
- en tournant les lanières de caoutchouc qui forment le ressortilu moteur. Le n° 5 montre le mécanisme intérieur de la poupée. Quand on a tourné le remontoir pour tendre le caoutchouc, on pose le jouet sur une surface plane mais non glissante ; la portière se met à balayer en marchant,.et elle sè tient parfaitement debout (n° 1). C’est un jouet fort ingénieux. — Le fabricant est, comme nous l’avons dit, M. Fernand Martin, 88, boulevard Ménilmontant, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE j
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- Les montagnes de France. Les Vosges, par G. Fraipont; professeur à la Légion d’honneur. 1 vol. grand in-8°, orné jde 160 dessins inédits de l’auteur. — Paris, Henri Laureiis, éditeur. Prix : broché, 40 francs.
- M. G. Fraipont ne conduit pas son lecteur seulement dans, Les montagnesdes Vosges, son cadre a été plus large. C’est en grande partie cette belle région de l’Est si bien dotée par la nature, si riche en industrie, si. féconde e.n. souvenirs, que l’auteur visite et décrit. A côté des qualités si personnelles et si charmantes .de gaieté et d’esprit, qui ont fait le succès des précédents ouvrages de M. Fraipont, on trouve dans ce volume des pages empreintes » d’une sincère émotion ; cette émotion sera partagée par tous ceux
- 3ui verront en quels termes l’auteur évoque le souvenir de Jeanne ’Arc et celui des événements de 1870-1871. La plume et le crayon de M. Fraipont se complètent à merveille.
- Les applications mécaniques de l’énergie électrique, par J. Laffargue, ingénieur électricien, avec 350 figures. 1 vél. petit in-8° de la Bibliothèque Éleclrotechnique. — Paris, J. Fritsch, éditeur. 1895. Prix : broché, Ü francs; cartonné, -6 fr. 50.
- M. Laffargue, que nos lecteurs connaissent par ses articles dans La Nature, est un de nos électriciens les plus érudits et les plus compétents, il a dirigé des usines électriques, il connaît la pratique aussi bien que la théorie ; le nouvel ouvrage qu’il vient de pubfier
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- donne les renseignements les plus précis et les plus complets sur les innombrables applications mécaniques de l’energie électrique dans les ateliers, les usinés et les usages de la maison, machines à coudre, à nettoyer, horloges électriques, ventilateurs, ascenseurs, monte-charges, etc. Nos lecteurs nous demandent souvent où ils peuvent avoir des détails sur toutes ces machines ; ils les trouveront dans le livre utile et instructif que nous annonçons ici.
- Les nouvelles théories chimiques, par A. Etard, répétiteur de chimie à l’Ecole polytechnique. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. —Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Les prairies. Prairies naturelles. Prairies de fauche, par F. Berthault, professeur à l’Ecole nationale d’agriculture de Grignon. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M, Léauté, membre de l’Institut. — Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Balistique des nouvelles poudres, par E. Vallier, chef d’escadron d’artillerie. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" avril . . . 4%9 N. N. W. 2. Couvert. 5,1 Couv. jusqu’à 14 h.; puis peu nuag.; pluie de 1 à 4 h.
- Mardi 2 ...... . 4*,2 N. 3 Couvert. 0,0 Beau à 1 h., puis couv.; nuag. de 15 à 18 h.; beau le reste du temps ; gel. bl.; coups de tonn. de 16 h. 1/2 à 17 h.
- Mercredi 3 3”,9 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 11 à 16 h/; beau avant et après; gel. bl.
- Jeudi 4 4* ,2 S. S. W. 3. Presque couvert. 0,0 Très nuageux jusqu'à 13 h.; couvert ensuite; gelée blanche, halo.
- Vendredi 5 2*,1 E. 2. Couvert. 0,0 Couvert de 7 à 10 h.; nuageux avant et après; beau après 20 h.; halo.
- Samedi 6 4*,2 S. S. W. 3. Presque couvert. 0,0 Beau à 1 h., puis très nuageux, couvert après 13 h. ; petite pluie à partir de 23 h.
- Dimanche 7 8”,3 W. S. W. 3. Couvert. 3,6 Couvert jusqu’à 13 h.; très nuageux ensuite; souvent des averses.
- AVRIL 1895 -- SEMAINE DD LUNDI 1 AD DIMANCHE 7 AVRIL
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc Saint-Maur en mars 1895
- par M. E. Renoü.
- Moyenne barométrique à midi 754",35. Minimum 738”*,10 le 28 à 4 heures du matin. Maximum 769",77 le 15 à 10 heures du matin.
- Moyennes thermométriques : des minima 1°,33; des maxima 9°,46; du mois 5°,40; moyenne vraie des 24 heures 4°,78. Minimum —8°,6 le 6 un peu avant 7 heures du matin. Maximum 14°,3 le 18 à 1 h. 45 m. (14°,2 le 12 et 14°,0 le 27). Il y a eu 12 jours de gelée du 1~ au 19 et 6 jours de gelée blanche.
- Tension de la vapeur moyenne 5",16. La moindre 1",6 le 7 à 3 heures du soir. La plus grande 10",2 le 24 à 4 heures du soir. Humidité relative moyenne 79. La moindre 25 le 7 à 2 heures du soir. La plus grande 100 en 10 jours. Nébulosité moyenne 64. Deux jours couverts et deux jours beaux. Pluie 38",4 en 54 heures trois quarts réparties en 14 jours. 11 est tombé un peu de neige les 2, 3, 4, 5 et 7 ; et un peu de grêle les 4, 29 et 30. Il y a eu 6 jours de brouillards peu importants. Quelques coups de tonnerre dans la région ouest le 30 à 4 heures et demie du soir et le 31, de divers côtés, entre 5 et 6 heures du soir.
- Ce mois a été très froid la première semaine et chaud à la fin. Les vents dominants ont été ceux du sud-ouest, puis ceux du nord-nord-ouest au nord-est. Les vents de la région sud-ouest ont été forts du 25 au 29.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 4°,51; l'après-midi, 4°,92; le mois, 4°,72. Elle est restée basse et claire jusqu’au 10, puis a monté de 2 mètres en devenant fort trouble. Sa température a varié de 0°,02 les
- 3, 4 et 5 à 9°,30 le 28 ; les glaces n’ont disparu sans débâcle que le 11 au matin.
- Relativement aux moyennes normales le mois dé mars 1895 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 4””,18. Thermomètre plus bas de 1°,08. Tension de la vapeur moindre de 0",10. Humidité relative plus grande de 4. Pluie moindre de 0",1. Nébulosité plus grande de 7.
- Le Chimonanthus fragrans a recommencé à fleurir le 16. Le Saxifrage à larges feuilles vers le 20. Le Tussilago farfara et les violettes le 23.
- Aux premiers jours toute la campagne est brune et comme couverte d’une couche de tannée; toutes les parties vertes des végétaux ayant été gelées, beaucoup de plantes, même indigènes, ont beaucoup souffert.
- Je ferai remarquer que les températures moyennes, ni les extrêmes, ni le nombre de jours de gelée, ni la nébulosité ne suflisent à expliquer ces dommages. 11 y a quatre ans, dans l’hiver de 1891, nous n’avons rien vu de semblable. La moyenne température a été de un quart de degré plus basse, — 0°,58 au lieu de —0°,33 pour les trois mois de décembre, janvier et février; le minimum, dans l'hiver de 1890-1891, a atteint —15°,0 et est arrivé le 28 novembre, ce qui est tout à fait extraordinaire ; en 1894-1895 le minimum a atteint —15°,4 le 7 février, ce qui diffère bien du minimum de l’hiver 1890-1891 ; dans le premier de ces aeux hivers il y a eu 96 jours de gelée, dans le dernier 76. Dans le premier hiver le froid a été extraordinairement précoce, dans le second extraordinairement tardif.
- Il paraît donc que les végétaux supportent mieux un hiver précoce qu’un hiver tardif.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 2, à 9 h. 37 m. du soir.
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- Supplément à « LA NATURE » du 20 aoril 1895 (n° H42)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Las lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son a Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVI OB DU JOURS AL (ABONNEMENTS, RECLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRES O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Le Mica. — M. J. Obalsky, inspecteur des mines de la province de Québec (Canada), a fait sur :1e Mica un Rapport très instructif dont nous donnons un résumé qui a été rédigé d’après le Bulletin de VAssociation amicale des élèves de l'École nationale supérieure des Mines. Jusqu’à ces dernières années, le mica était surtout une curiosité minéralogique dans certains pays, et son principal emploi dans d’autres, notamment dans l’Amérique du Nord, était pour l’ornementation des poêles d’appartements. On pe.se servait guère d’ailleurs que de la variété blanche et toutes les autres étaient rejetées et considérées comme sans valeur. Depuis qu’on a reconnu l’avantage de l’employer dans la construction des armatures de dynamos et comme matière isolante de l’électricité, les choses ont bien changé et toutes les variétés de mica, sans égard à la couleur, sont maintenant en grande demande. Le Canada est alors devenu un pays producteur important, et l’examen que M. Obalsky a fait de presque toutes les mines de ce pays lui permet de publier les renseignements suivants : « Je commence par citer l’opinion d’un électricien américain éminent, qui s’exprime ainsi : « Le pouvoir isolant du mica est supérieur à celui de toute autre matière susceptible d’être employée dans la construction des armatures, son principal avantage étant dû à sa structure qui permet de l’obtenir en feuilles aussi minces
- 3ue nécessaire et d’une uniformité d’épaisseur parfaite, possé-ant d’ailleurs une dureté suffisante pour empêcher une usure trop rapide sous l’action des brosses. De plus, les très hautes températures auxquelles les armatures sont soumises dans les courts circuits ou par des défauts de construction le laissent pratiquement inaltéré. » Le mica employé dans l’électricité doit être non conducteur, parfaitement clivable, élastique, de façon qu’une feuille de l’épaisseur d’un centième de pouce puisse prendre une courbure de 3 pouces de diamètre sans se briser ; il ne doit présenter aucune crevasse ni être taché ou moucheté; la chaleur doit être sans action sur lui. Le mica existe dans les Indes anglaises, en Russie, en Sibérie, en Norvège, aux Etats-Unis, dans la Caroline du Nord, le New-IIampshire et lusieurs autres Etats, et enfin au Canada, dans les provinces ’Ontario et de Québec, mais surtout dans cette dernière. Le mica est devenu un proddit important, si on en juge par les Etats-Unis, qui, en 1892, en ont produit 75 000 livres valant i 00 000 dollars et en ont, en outre, importé pour une valeur de 217 959 dollars. Si donc aucune autre matière ne vient le remplacer dans l’industrie électrique, un bon avenir lui est réservé. »
- INFORMATIONS
- —M. Barnard, le savant astronome, a réussi à tirer au clair le mystère du dédoublement du premier satellite de la planète Jupiter. Une observation du 19 novembre 1893 montre le satellite
- entamant son ombre sur le disque ; le dédoublement était dû à une bande équatoriale brillante à peu prèsparallèle à celles de la planète et partageant en deux le satellite. M. Barnard espère pouvoir bientôt déduire des observations l’inclinaison de l’axe de rotation ainsi que la période de rotation, qui paraît être différente de la durée de révolution du satellite autour de Jupiter. Ce sera un beau résultat à ajouter à ceux qu’on doit déjà à M. Barnard.
- —$— A Zwornik, en Bosnie, le général Sommer, commandant la 39e brigade d’infanterie, a récemment, en présence de nombreux officiers d’état-major, passé la revue des chiens de guerre. Il y avait en tout 150 de ces quadrupèdes, dont l’examen a excité le plus vif intérêt. Us apportaient des rapports de détachements de troupes disloqués à deux ou trois heures de chemin dans les montagnes et y rapportaient ensuite des ordres. Chaque chien avait au cou une sacoche avec l’inscription « expédié » ou « retourné ».
- —@— En Californie, on entretient de grands troupeaux de dindons chargés de détruire les vers dans les vignobles. Un homme en a un troupeau de 500 affectés à son service. Lorsque scs propres vignobles sont débarrassés des insectes nuisibles, ses voisins louent le troupeau, qui voyage ainsi à plusieurs kilomètres de distance. Il est gardé comme les moutons et conduit de la même façon le long des grands chemins.
- —$£— Sous le nom de carbid, une société vient de se constituer à Berlin, pour l’application du carbure de calcium (nouveau produit du four électrique) à l’éclairage. Dans cette société sont intéressées, outre plusieurs banques, la Société générale d’électricité de Berlin et la maison Siemens et Ilalske. Comme on le voit, voilà l’acétylène électrochimique en voie de susciter une concurrence à la lampe électrique.
- —@— Un aigle était entré subitement dans une bergerie des environs d’Albertville et y avait saisi un mouton dans ses serres puissantes. On accourut à temps pour enfermer l’oiseau de proie dans le local, avant qu’il eût pris son vol ; un charbonnier y pénétra avec un bâton et livra combat au ravisseur. Après quelques instants d’une lutte cruelle, l’homme réussit à saisir l’aigle par le cou et à lui arracher la tête, non sans avoir eu la figure et les mains profondément labourées par les ongles acérés de son adversaire.
- —La Revue maritime et coloniale nous donne, d’après le Hansa, d’intéressants renseignements sur de nouveaux torpilleurs allemands. Les chantiers de Schichau à Elbing s’occupent de construire un nouveau type de torpilleurs. Ces bâtiments prendront rang dans la marine allemande après que l’Empereur se sera assuré personnellement de l’excellence de leur construction. Tandis que les anciens torpilleurs de Schichau avaient 45 mètres de longueur, ceux-ci auront 54 mètres et pourront embarquer du charbon pour huit jours de mer. La vitesse sera portée de 22 à 25 nœuds. En outre, le logement des officiers et de l’équipage sera beaucoup agrandi.
- —Une négresse est morte récemment aux Etats-Unis à l’âge de plus de cent neuf ans et demi. Ce cas de longévité paraît bien authentique. Cette femme est née le 30 mars 4785, sur la plantation de Thomas Jefferson, en Virginie, et elle a épousé le domestique de 1 illustre homme d'Etat américain.
- —Voici une note de deux lignes que nous empruntons au Bulletin de l’Observatoire de Paris : Johnson (Rév. S.-J.)- — Influence de la pleine Lune sur le temps. L’influence serait nulle d’après le relevé de quinze années.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le microphotoscope, s’adresser à M. E. Mazo, appareils d’optique, 10, boulevard Magenta, à Paris. — Les charmantes photographies de bicyclistes et des dames bicyclistes que nous avons reproduites par la gravure dans notre précédente livraison, ont été exécutées par M. Ch. Barenne, photographe, 46, avenue de' la Grande-Armée, à Paris, chez lequel on peut voir et se procurer des photographies très réussies sur les coureurs célèbres, et sur une multitude d’exercices vélocipédiques. M. Barenne a une installation fort bien organisée et il fait le portrait des bicyclistes dans une cour sur le mur de laquelle une peinture sur toile forme un fond de paysage très léger.
- Communications. — M. E. Chouanard, à Paris, nous adresse la description d’un nouveau système d’embrayage qu’il construit et applique depuis quelques mois. Cet appareil se compose d’un manchon d’entraînement, d’un ruban, d’une bague d’embrayage sur laquelle agit la corde de manœuvre, et d’une cuvette fixée à l’organe entraîné. L’arbre étant animé d’un mouvement de rotation entraîne le manchon et le ruban ; ce dernier communique le mouvement à la bague à laquelle il est attaché. Le ruban est maintenu serré contre le manchon en vertu de son élasticité. Pour embrayer, il suffit d’opposer une faible résistance au mouvement de la bague ; le ruban se déroule et vient s’appliquer sur la cuvette en l’entraînant dans son mouvement. Si l’on cesse d’agir sur la bague, le ruban s’applique sur le manchon en abandonnant la cuvette, et produit le débrayage.
- Renseignements. — M. le baron du Roure, à Marseille. — Quelques expériences de labourage électrique ont déjà été faites. Nous avons publié sur ce sujet des renseignements assez complets dans l’article La Semaine des Nouvelles scientifiques du n° 1141, du 13 avril 1895.
- M. Delamour, à Paris. — Vous trouverez des peintures phosphorescentes chez M. Menitz, 37, passage Jouffroy. Nous avons, du reste, publié dans le n° 1080, du 10 février 1894, un article sur les Problèmes de l’éclairage qui pourra vous renseigner.
- M. E. F. G., à Madrid. — Nous croyons que pour la fabrication de ces objets moulés, on emploie du plomb allié à une faible proportion d’antimoine.
- M. E. G., à Dunkerque. — Votre lettre sur la marine anglaise nous est bien parvenue; nous publierons prochainement quelques documents à ce sujet.
- M. L. Leseigneur, au Havre. — Nous avons donné plusieurs articles très complets sur l’action de la lumière sur le sélénium dans le n° 14, du 6 septembre 1875, p. 218; n° 177, du 21 octobre 1876, p. 551, et le n° 587, du 30 octobre 1880, p. 341. Expériences de M. Graham Bell.
- M. Arquinet, à Vesoul. —Nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée dans notre article.
- M. Lyons Deydier, à Mendoza. — L’adresse du fabricant est indiquée en tête de la Boîte aux lettres du même numéro.
- M. P. B., abonné à Douai. — Pour ce qui concerne le citronnier de Chine, qui a été cité dans notre avant-dernière livraison, vous pourriez vous adresser à M. Vilmorin, 4, quai de la Mégisserie, Paris.
- M. Francisco Mendora, à Grenade. — L'histoire de mes ascensions, parM. Gaston Tissandier, a été traduite en plusieurs langues ; il n’y a pas eu d’édition espagnole.
- M. Conrad Pernin, à Gorlitz. — Adressez-vous directement àM. Villon, 97, Grande-Rue de la Guillotière, à Lyon.
- M. Alfredo Henrique Serrao de Veiga, à Thomar, Portugal. — Les moteurs à pétrole, qui donnent de si bons résultats dans la locomotion des voitures et des véhicules, ont été décrits d’une façon spéciale dans Les moteurs à gaz, par W'itz, tome IL
- E. Bernard, éditeur à Paris. — Les constructeurs vous donneront des renseignements ; vous trouverez des détails dans les articles de La Nature. — Il ne nous est pas possible, dans nos Petites Inventions, de donner la description complète des organes mécaniques des appareils jouets. Nous en exposons le principe avec une figure explicative ; cela paraît suffisant à la plupart de nos lecteurs.
- AL Boutilly, conducteur des ponts et chaussées, à Velesme. La courbe mn est la courbe photométrique du foyer lumineux, définie par l’expérience. La ligne LC mesure l’intensité lumineuse suivant la direction LCP. Pour plus amples explications, voyez l’ouvrage même de M. Henri Maréchal.
- M. S. M. C., à Auxon. — L’appareil dont vous parlez pour la cuisson des œufs, fonctionne bien; nous n’en connaissons pas de modèle plus récent.
- Un abonné, à Gênes. — Nous avons indiqué les principaux journaux photographiques dans notre Boîte aux lettres du n° 1080, du 10 février 1894. Nous avons aussi annoncé un ouvrage donnant la nomenclature de tous les ouvrages de photographie, La bibliothèque du photographe, dans la Bibliographie du n° 1025, du 21 janvier 1895.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Moyen de conserver les bains de développement en photographie. — La plupart des amateurs photographes aiment à préparer d’avance leurs bains de développement, afin de les avoir prêts quand ils veulent révéler leurs clichés. Mais beaucoup de bains s’altèrent en vieillissant, changent de couleur et perdent leur énergie. Je crois être utile à mes confrères en leur enseignant, après l’avoir expérimenté, un moyen très simple et peu coûteux pour conserver pendant plusieurs années leurs bains développateurs. 11 suffit, après avoir préparé le bain comme à l’ordinaire, d’y ajouter 2 grammes de fluosilicate de soude pour un litre de solution. Le fluosilicate de soude est un antiseptique puissant, sous forme de poudre blanche, d’un prix modéré, pas toxique, inodore et très soluble dans l’eau. Au commencement de février 1894, j’ai préparé un bain de métol de la manière suivante :
- Eau............................. 500 grammes
- Métol............................. 5 —
- Sulfite de soude anhydre. ... 25 —
- Fluosilicate de soude............. 1 gramme
- On remarquera que ce bain n’est pas complet; je mets toujours à part la solution de carbonate de potasse, qui a une tendance à faire jaunir le bain et empêche sa conservation. Ce bain de métol est resté dans un flacon, bien bouché, pendant une année entière. Au commencement de février 1895, j’ai fait un cliché 13 X 18, et je l’ai développé de la manière suivante :
- Eau......................................20 grammes
- Solution de métol datant d’une année. . . 40 —
- Carbonate de potasse à 10 pour 100. de 5 à 7 —
- Ce cliché s’est développé dans ce bain de métol fait en 1894 comme si la solution avait été toute récente. Il est vrai que la solution de métol se conserve très bien pendant longtemps sans addition d’aucun antiseptique; à mes confrères d’essayer le fluosilicate de soude avec d’autres bains qui perdent leur énergie dans un délai relativement court. Avec l’aide du fluosilicate de soude, j'ai conservé pendant plusieurs mois des bains à l’iconogène et à l’hydroquinone combinés. Mais je n’ai pas eu encore l’occasion d’essayer des solutions, autres que celle au métol, faites depuis une année. Les photographes qui lisent l’anglais et qui voudraient des détails plus nombreux sur lés propriétés du fluosilicate de soude n’ont qu’à consulter un article paru dans le Photographie Neivs Almanach pour l’année 1894, page 275, sous ce titre : « Sodium fluosilicate as a preservative », by Richard Parr. (Un amateur de photographie.)
- Encre pour graver sur le verre. — On sature l’acide fluorhv-drique du commerce par de l’ammoniaque; lorsqu’on a obtenu une solution neutre, on ajoute un volume égal d’acide fluorhy-drique et on épaissit le mélange en y ajoutant un peu de sulfate de baryte en poudre fine. Bien qu’il soit préférable de se servir d’une plume en gutta-percha ou en ébonite, on peut cependant faire usage d’une plume métallique; l’encre mord presque instantanément. Lorsque son action est assez prononcée, il suffit de laver à grande eau.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand iis se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- R&pe de ménage. — L’appareil représenté ci-dessous (n° 1 ) est une râpe domestique qui sert à mettre en poudre le chocolat, le sucre, le fromage de Gruyère, etc. La partie cylindrique du haut de l’appareil (n® 2) est retenue avec la partie sphérique inférieure, dans laquelle tourne la râpe au moyen d’une clavette, que l’on retire quand on veut faire fonctionner l’appareil ; on l’ouvre, on place l’objet à râper entre la palette et la râpe circulaire, on met la clavette en place, et on tourne la manivelle.
- Râpe de ménage. — 1. Vue extérieure. — 2. Coupe. 3. Mode d’emploi pour le savon.
- L'épingle de cravate magique. — Nous avons vu chez un de nos fabricants d’appareils de physique amusante, M. de Vère, une petite épingle qui, lorsqu’on l’a mise à sa cravate, est très amusante pour ceux qui la regardent. Le cercle intérieur de l’épingle, qui porte un cercle de pierreries, précieuses ou non, mais brillantes, est toujours en rotation, ei tourne autour d’un axe central. — Le n° 3 de notre figure donne l’aspect de'l’épingle sur la cravate, le n° 2 montre l’épingle séparée vue de profil, et le dessin de gauche (n° 1) fait voir de face à une plus grande échelle que les figures 2 et 3, la boîte mince qui est cousue dans l’intérieur de la cravate, et qiu
- La poudre se produit et tombe par l’orifice du bas. La râpe de ménage réduit très bien en poudre le savon. Au lieu de servir des morceaux de savon souvent noircis dans les hôtels par la poussière, ou des mains malpropres, on prend du savon neuf, on le place dans l’appareil; celui qui veut s’en servir tourne et recueille dans la main restée libre la portion de poudre de savon qui lui est nécessaire. Le savon en poudre se mêle plus facilement à l’eau que lorsqu’on s’en sert^en morceau. — Adresse du constructeur de la râpe : M. Ph. Leoni, 12, boulevard Magenta, Paris.
- Bague serpent A ressort pour parapluie. — Rien n’est gênant comme un parapluie non roulé, et nous savons tous par l’usage combien les élastiques qui sont généralement cousus avec la soie, se détachent assez vite de leur support en
- Le serpent à ressort pour le pliage des parapluies.
- laissant un trou à l’endroit où ils étaient cousus. C’est d’après ces inconvénients qu’on vient de nous soumettre le petit objet dont nous donnons la description. L’appareil (n° 1) est formé d’un ressort d’acier en spirale ayant l’aspect d’un serpent; le tout est recouvert d’une tresse de soie et la tête du reptile est en onix. Pour s’en servir il suffit de faire enveloppera l’appareil la partie inférieure du parapluie en tournant de bas en haut dans le sens des plis de l’étoffe. Ce petit appareil étant élastique se prête à toutes les grosseurs de parapluies ou d’ombrelles. — Le serpent des parapluies se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- renferme un petit mouvement d’horlogerie. On monte le mécanisme, il met en rotation le cercle des pierres. —Ce petit bijou se trouve chez M. de Vère, 39, rue de Trévise, Paris.
- i . BIBLIOGRAPHIE
- La distillation, par E. Sorel, ancien ingénieur des manufactures de l’Etat. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. —Paris, Gauthier-Villars et fils, et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- La théorie des procédés photographiques, par A. de la Baume Pluvinel. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs. „
- Des marées, par Pu. IIatt, ingénieur hydrographe de la marine. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché 2fr,50, cartonné 3 francs.
- Le fonctionnement des machines à vapeur par G. Leloutre, ingénieur civil. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché 2fr,50, cartonné 3 francs.
- Stéréochimie. Exposé des théories de Le Bel et Van’t Hoff, complétées par les travaux de MM. Fischer, Bœyer, Guye et Friedel, par E. G. Monod, 1 vol. in-8°, avec une préface de M. C. Friedel. Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895. Prix : 5 francs. »
- Annales de l'observatoire de Nice, publiées sous les auspices du Bureau des longitudes, par M. Perrotin, correspondant de l’Institut et du Bureau des longitudes, Directeur. Fondation R. Bischoffsheim. Tomes IV et V. 2 grands volumes in-4®. Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- Des brûlures. Causes des troubles fonctionnels et accidents généraux qu’elles déterminent. Etudes et recherches expérimentales, par MM. J. Boyer, ancien interne des hôpitaux de Lyon, et M. L. Guinard, chef des travaux de physiologie à l’Ecole vétérinaire de Lyon. Travail du laboratoire de M. le professeur Arloing. 1 brochure in-8°. — Paris, librairie J.-B. Baillière et fils, 1895.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- Instructions pratiques sur l'utilité et l'emploi des machines agricoles sur le terrain, par A. Debains, professeur de génie rural à l’Ecole nationale d’agriculture de Grand-Jouan. Récoltes. 1 vol. in-8°. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1895. Prix : cartonné, 4 francs.
- description et usaqe d'un appareil élémentaire de photo-grammétrie, par le commandant V. Legros. 1 vol. in-16 de fa Bibliothèque générale de photographie. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1895. Prix : 1 fr. 50.
- Stéréoscopie de précision. Théorie et pratique, par L. Cazes. 1 vol. in-16. — Paris, librairie J. Michelet,. 1895. Prix: 2fr. 25.
- Le pétrole, l'asphalte et le bitume au point de vue géologique, par A. Jaccard, professeur de géologie à l’académie de Neuchâtel. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. Paris, Félix Alcan éditeur, 1895. Prix : 6 fr.
- Catéchisme d'électricité pratique, par E. Saint-Edme. 1 vol. in-16. Bernard Tignol éditeur. Paris, 1895. Prix : 2 fr. 50.
- Taschenbuch zum praklischen Gebrauch fur Flugtechniker und Luftschiffer, par Hermann W. L. Moedebeck. Guide pour l’emploi pratique des appareils d’aviation et des aérostats. 1 vol. in-16. — Berlin, imprimerie W.-1I. Kühl, 1895. Prix : 4 fr, 50.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Salnt-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT Dü CIEL
- Lundi 8 avril. . . . 4%0 S. 1. Très nuageux.
- Mardi 9 ' 9°,0 S. S. W. 2. Couvert.
- Mercredi 10 8-,4 S. S. E. 1. Beau.
- Jeudi 11 10’,9 N. N. W. 2. Couvert.
- Vendredi 12. . . » . 6*,9 N. N. E. 2. Beau.
- Samedi 13 *. 3M N. E. 3. Beau.
- Dimanche 14- ... . 3*,9 N. E. 4 Beau.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 2,7 Nuageux de 6 à 17 h. ; beau le reste du temps ; gelée blanche.
- 0,0 Très nuageux jusqu’à 19 h.; beau ensuite: gelée blanche; halo.
- 0/) Beau jusqu’à 10 h.; peu nuageux le reste du temps; brouillard bas le matin ; gelée blanche
- 0,0 Presque couvert jusqu'à 10 h.; peu nuageux ensuite ; quelques gouttes l’après-midi ; halo.
- 0,0 Nuageux de 11 à 16 h.; beau avant et après; gelée blanche.
- 0*0 Beaii ; gelée blanche.
- 0,0 Beau; gelée blanche.
- AVRIL 1895 -- SEMAINE Dü LUNDI 8 AU DIMANCHE 14 AVRIL
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu mdiauent ‘ courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule seche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- La pression du vent. — Nous avons déjà donné précédemment quelques renseignements sur les efforts exercés par le vent dans notre article sur la Mesure pratique de la vitesse du vent (n° 1122, du 1" décembre 1894, p. 15), et dans notre Chronique météorologique du n° 1127, du 5 janvier 1895. Nous pouvons encore ajouter quelques détails fort intéressants que nous extrayons du Bulletin de la Société des ingénieurs civils. Les anciennes tables de Smeaton donnaient, pour la plus grande vitesse d’un vent qualifié de cyclone, 45 mètres par seconde et une pression de 240 kilogrammes par mètre carré. II est certain que dans les-cyclones proprement dits, les chiffres s’élèvent beaucoup plus haut, à en juger par les effets produits. On a attribué à un cyclone local la chute du pont de Jeffersonville, qui eut lieu en janvier 1894.
- If y a 10 ou 11 ans, à Saint-Louis, une locomotive a été enlevée des rails et déposée à côté de la voie ; il n’y avait pas eu renversement, mais simple soulèvement. Il y a quelques semaines, sur la ligne du Missouri-Pacific, un train lut atteint par un cyclone qui le fit dérailler, mais le dernier wagon fut enlevé des rails et transporté sans renversement à une dizaine de mètres de la ligne. Le cyclone avait environ 12 mètres de largeur et il suivit un, moment la voie en produisant cet effet curieux de détruire la clôture d’un côté en respectant l'autre clôture ; il enleva des arbres et
- des maisons. Le wagon dont il est question pesait 400 kilogrammes par mètre carré de plancher, de sorte qu’avec le chargement, on arrivait à un chiffre à p'eu près double des 210 kilogrammes de Smeaton. La vitesse d’un vent capable de produire de tels effets dépasserait donc considérablement les lfil kilomètres à l'heure ou 45 mètres par seconde indiqués par le même auteur comme la plus grande vitesse du vent.
- Ferre], dans son Traité populaire sur le vent, déduit de considérations théoriques une vitesse triple, soit 500 kilomètres à l’heure ou 139 mètres par seconde pour la vitesse que peut atteindre un cyclone, et 1440 kilogrammes par mètre carré pour la pression correspondante. Le bureau du Génie de l’armée des Etats-Unis, dans son Rapport sur les plus grandes portées admissibles pour les ponts, considère que les cyclones peuvent exceptionnellement acquérir une puissance capable de détruire toutes les constructions élevées par la main de l’homme, mais que ces phénomènes, comme les tremblements de terre, sont heureusement assez peu fréquents pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en tenir compte dans le calcul des ouvrages, ce qui conduirait d’ailleurs à des dimensions à peu près impossibles, à réaliser. Le même bureau émet le vœu qu’il soit, en dehors de ces cas extrêmes, fait des relevés pour arriver à obtenir des chiffres plus satisfaisants que les anciennes données sur les vents d’une fréquence et d’une violence ordinaires.
- PHASES DE LA LDNE : P. L. le 9, à 1 li. 55 m. du soir*
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives & la rédaction de « La Nature » et de son g Supplément », g Boite aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandibr, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
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- LÀ SEMAINE
- Exposition de la Société française de physique. —
- La Société française de physique a tenu son exposition annuelle les mardi 16 et mercredi 47 avril 1895 dans les locaux de la Société d’encouragement. Nous n’avons pas à signaler cette année de grandes nouveautés, mais nous avons vu plusieurs appareils récemment construits et intéressants. Dans le vestibule d’entrée, nous trouvons un modèle réduit de turbine à vapeur de Laval, plusieurs échantillons de globes holophanes, et un bélier hydraulique à pulsations rapides de M. Decœur. La maison Pellin, successeur de Duboscq, a exposé plusieurs appareils d’optique, notamment un photomètre universel de M>1. A. Blondel et A. Broca, un hémaspectroscope perfectionné de M. le l)r Maurice de Thierry, et un réfraclomètre de M. Ch. Féry; un spectroscope en fonction permet d’observer le spectre de l’argon. L’éclairage électrique des différentes salles a été obtenu par des lampes à arc Cance de 8 et de 2 ampères ainsi que par des lampes Brianne de 2 ampères également. Parmi les différents appareils exposés, nous citerons des relais pour transmissions souterraines et sous-marines de MM. Maréchal et Rigollot, construits par MM. Ducretet et Lejeune, un électromètre absolu pour potentiels élevés de MM. Abraham et Lemoine, des balais feuilletés pour dynamos et des clichés en nickel de M. L. Bou-dreaux, un calorimètre de Bunsen avec tube de platine intérieur soudé directement au verre de la maison V. Chabaud, un tube de M. Cailietet portant soudé à son extrémité supérieure un tube de platine susceptible d’être raccordé métailiquement à la pompe de compression. M. Bonetti nous montre ses machines statiques pour électrothérapie et le nouveau modèle d’ozona'eur qu’il fabrique. La maison Carpentier expose une série d’appareils de mesure électriques de haute précision, un galvanomètre de haute sensibilité de M. P. Weiss, un électromètre apériodique à miroir, un watlmètre à miroir, des résistances en lil de man-ganin; nous trouvons aussi un modèle de photo-jumelle à long foyer et mise au point pour le service de la guerre, et une photo-jumelle stéréoscopique. M. Vallot a obtenu avec la photojumelle un grand nombre de clichés du mont Blanc; ces clichés ont été agrandis et présentent un panorama superbe. M. De-michel nous montre un indicateur de Watt, nouveau modèle avec parallélogramme léger en tubes d’acier, un loch électrique à hélice système Baule, et une boussole directrice du capitaine Delcroix. MM. Ducretet et Lejeune ont exposé un réducteur de otentiel pour l’utilisation des réseaux de distribution pour les esoins de l’électrothérapie, un appareil portatif pour la mesure •des isolements, un compteur ’Grassot, un chercheur de pôles, un calorimètre industriel de M. Junkers pour la détermination de la chaleur de combustion des gaz, et un appareil tout monté pour la démonstration expérimentale du spectre artificiel de M. Ch. E. Benhain, dont nous avons parlé dernièrement. M. Gaitfe fait fonctionner plusieurs appareils physiologiques de haute fréquence de M. le Dr d’Arsonval. La Société Le Car-
- M. M. Hamy nous montre plusieurs appareils employés à l’Observatoire de Paris, et entre autres un appareil interférentiel pour contrôler les tourillons d’une lunette méridienne, et un pointeur destiné à enregistrer dix pointés successifs sur les tambours d’un micromètre. MM. Lœwy et Puiseux exposent les photographies lunaires qu’ils obtiennent à l’Observatoire de Paris. M. Moissan met sous les yeux des visiteurs plusieurs métaux et nouveaux composés qu’il a préparés dans le four électrique. M. Molteni a construit un chalumeau pour lumière oxyéthérique et un régulateur à main pour arc électrique destiné aux projections. M. Patin a installé un alternateur de son système de 12 kw dans la salle des machines, et il nous fait voir plusieurs moteurs à courants alternatifs. M. J. Richard a construit un régulateur de température à servo-moteur, un chronographe contrôleur à papier sans fin contrôlant le travail de 84 ouvriers, un enregistreur de marche pour voitures mécaniques et un nouveau voltmètre enregistreur basé sur Réchauffement d’un fil pour les courants alternatifs. M. A. Hémot a imaginé un baromètre gradué sur verre, sans correction de niveau et donnant sans tables la hauteur réduite à zéro (voy. p. 546, col. 2). MM. Arnouxet Chauvin fabriquent de nouveaux voltmètres et ampèremètres de grande apériodicité et de haute sensibilité, sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir ; nous avons aussi remarqué un modèle de boîte de mesure très portative et peu volumineuse, contenant le galvanomètre à miroir, l’échelle et les boîtes de résistance nécessaires. La maison Sautter-Harlé a construit dernièrement un lumen-mètre de M. A. Blondel pour la mesure directe de l’intensité lumineuse moyenne sphérique des sources de lumière. Le vendredi 49 avril a eu lieu une visite de la Société aux ateliers de MM. Weyher et Richemond dans lesquels a été faite une distribution simultanée de force motrice et d’éclairage; nous avons décrit dernièrement cette intéressante installation. En résumé, l’exposition de la Société française de physique ne présente cette année que fort peu de nouveautés, comme nous le disions en commençant; mais nous avons remarqué plusieurs appareils nouveaux intéressants, et nos constructeurs se sont attachés à soigner les détails de fabrication. J. Laffargue.
- INFORMATIONS
- —@— D'après un correspondant de l'Êlectrician, on se propose d’utiliser aux Etats-Unis les puissances hydrauliques suivantes : 50 000 chevaux près de Harrisbourg, en Pensylvanie ; 30 000 chevaux près d’Atlanta ; 25 000 chevaux près " de Saint-Louis ; et 15 000 chevaux à une vingtaine de kilomètres de Washington.
- —®— Le onzième Congrès géographique allemand s’est tenu à Brème du 17 au 19 avril 1895. Les sujets proposés spécialement pour la discussion ont été : les explorations polaires et particulièrement les explorations du pôle Sud; océanographie et météorologie maritimes ; géographie commerciale ; géographie de la côte de la
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Globes diffuseurs, système Frédureau, 52, rue Lafayette, à Paris. — Nouveau baromètre, sans correction et donnant sans tables la hauteur réduite à zéro (articles vieux et nouveaux instruments, p. 346) : M. Alph. llémot, constructeur, 1, rue Vauquelin, à Paris. — Obturateur le Saturne, chez MM. Bazin et Leroy, 47, rue du Rocher, à Paris.
- Communications. — M. L. Aijnard, pharmacien, à Lézi-gnan, nous envoie la Notice suivante sur le suicide d’un chardonneret : « Je viens vous signaler un fait assez curieux pour être relaté dans votre estimable journal. Il y a quinze jours, un chardonneret vint heurter violemment contre la devanture de ma pharmacie. L’oiseau, étourdi par le choc, fut jïris facilement et introduit dans une grande cage où se trouvaient déjà sept autres chardonnerets vivant ensemble depuis presque leur naissance. Revenu de son étourdissement, le chardonneret sauvage essaya naturellement de sortir de sa prison; mais ses efforts étant vains, il se décida, en désespoir de cause, à faire comme ses congénères ; le lendemain, en effet, il mangeait, buvait et semblait s’habituer à sa captivité. Toutefois, il était mal vu des autres oiseaux, qui l’assaillaient à tout instant de coups de bec, l’empêchaient de se reposer et lui rendaient la vie dure. Le 9 avril je trouvai le chardonneret étendu sans vie dans la cage; je fus surpris de voir les pattes remuer et les paupières clignoter. Mais mon étonnement augmenta en voyant que le cou de l’oiseau, contourné à gauche, ne pouvait pas reprendre son attitude naturelle. Regardant les choses de plus près, je constatai que le bec de l’oiseau était implanté jusqu’à la garde dans le corps, au-dessous du cou, à la jointure de l’aile, dans la direction du cœur. Je dus faire des efforts relativement considérables pour retirer le bec, qui sortit enfin tout rempli de sang. Je prodiguai à la pauvre bête des soins empressés qui la ramenèrent tout à fait à la vie, et aujourd'hui l’oiseau, séparé des camarades, mange de très bon appétit et paraît tout joyeux. La manière dont le bec était implanté dans la chair éloigne, de l’avis des connaisseurs, toute supposition d’accident; il faudrait donc en conclure que le chardonneret, fatigué des mauvais traitements qui lui étaient infligés, avait pris la résolution de mettre fin à ses jours. » On a déjà souvent mentionné de semblables exemples de suicides d’animaux.
- M. A. Guébhard, à St-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes), nous adresse une Notice sur les partitions anorttiales des fougères, extraite de la Feuille des jeunes tiaturalistes, et une brochure contenant sa communication sur deux hypothèses physiq7ies sur la phijsiologie de la vision à la session de Caen 1894 de l’Association française pour l’avancement des sciences.
- M. le professeur Ignazio Galli, à Rome, nous envoie une Note extraite de ses mémoires et ayant pour titre Gelate itiver-nali e grandi cristalli di Ghiaccio. Ces travaux ont été faits à l’Observatoire physico-météorologique municipal de Vellctri.
- Renseignements. — M. 4tyman, à Gand. — La chronique dont il est question a paru dans le feuilleton scientifique du journal Les Débats.
- M. V. L., à X. — Plusieurs personnes nous ont assuré qu’il y avait une grande économie à employer les fourneaux à gétrole. Vous aurez des renseignements à la maison Ferrary, ol, boulevard Ilaussmann, à Paris.
- M. G. Liger, à Paris. — Locomobiles routières à vapeur ou au pétrole : MM. J. Boulet et Cie, 51, rue Boinod, M. Albaret, 9, rue du Louvre, et M. Chalignv, 54, rue Philippe-de-Girard, à Paris.
- M. M. Junca, à Marseille. — Renseignez-vous directement auprès de l’auteur de l’article, 97, Grande-Rue de la Guillot-tière, à Lyon.
- M. le Dr D., à Draguignan. — Pour faire actionner électri-
- quement une pompe, il est nécessaire de commander celle-ci par un moteur électrique. L’énergie doit être fournie au moteur soit par un réseau de distribution, soit par touté autre source extérieure.
- M. H. Rellier, à Paris. — Tous les tartrifuges donnent des résultats aussi imparfaits les uns que les autres. Si l’on veut éviter toute trace de tartre, il faut avoir recours à l’épuration préalable. Dans les Petites hiventions du n° 1156, du 9 mars 1895^ nous avons décrit une brosse anti-incrustante qui pourrait vous-être utile.
- M. C. Le Paisant, à Grandcamp-les-Bains. — Vernis et enduits hydrofuges : M. L. Caron, 58, rue du Cherche-Midi, à Paris.
- M. P.G.,k Loos. — Vous trouverez un appareil de projection et le traité que vous désirez chez M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- M. L. Regnier, à Paris. — Nous ne connaissons pas le journal dont vous parlez; mais vous pourrez vous procurer le Yachting, 5, rue Scribe, à Paris.
- M. E.l)., à Meaux. — Les deux systèmes de sonnettes donnent dé bons résultats ; mais la sonnette électrique est plus simple à installer. Vous en trouverez divers modèles à la maison Ch. Mildé, 26, rue Laugier, à Paris.
- M. A. S., au Mans. — Pour vous procurer ces compas et ces tire-lignes, vous pourriez vous adresser à M. H. Morin, 5, rue Boursault, ou à M. Brocheton, 36, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- U71 éleclricic7i, à Paris. — Les courants polyphasés n’ont jusqu’ici été étudiés, que dans des articles de journaux, ou dans, des traités mathématiques. II n’exisle pas d’ouvrage industriel comme vous le demandez.
- M. F. Rarault, à Orléans. — II n’y a pas d’appareil instantané à main avec plaques aussi grandes ; mais le photosphère, qui donne des plaques 9x12, pourra vous convenir. Le siège de la Société qui le fabrique est 7, rue de Solférino, à Paris.
- M. J. G. T., à T. — Il faudrait humecter le métal en y injectant de l’eau ou de la vapeur d’eau.
- L’abotiné 6202-44U2, à Naples. — Nous recevrons avec plaisir les communications que vous nous promettez sur ces-intéressantes applications.
- M. Ivan Grangier, au Brusc. — 1° Nos photographies de bicyclettes sont faites d’après des coureurs spécialistes. C’est l’attitude seule que nous avons voulu représenter, et nous n’avons pas tenu compte du matériel. — 2° Dans l’article sur les mines d’or, les kilogrammes indiqués sont le résultat d’une erreur du journal auquel les faits ont été empruntés, nous ferons une rectification.
- Un abonné, à Marseille. — Voyez la réponse précédente pour ce qui concerne les mines d’or.
- M. Baillot fils, à Chaux-de-Fonds. — M. Guvot-Daubès a. publié, il y a déjà quelques années, un ouvrage avant pour titre : L’art d’aider la mémoire. Apprendre sans efforts, ne jamais oublier. Ce traité a été édité parla Bibliothèque d’édu-calio7i attrayante, 166, boulevard Montparnasse, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. M. Max Dalla Biasia~ à \érone. 4° Remerciements pour votre indication qui est déjà bien connue ; 2° il n’y a pas de procédé très pratique pour atteindre ce but. — M. E. C., à X. Il n’existe pas d’ouvrage de ce genre. — M. A. iames Ilevia, à Madrid. Il nous est impossible de vous répondre sans connaître les renseignements que vous désirez. — M. le Dt Joao Pauto de Carvalho, à Paris. Nous regrettons de ne pas connaître ces adresses. — Un vieil abo/iné, à Paris; M. D. P-, à Valenciennes. 1° Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série (G. Masson, éditeur); 2° vous trouverez divers ouvrages sur les mines à la librairie Dunod et Vicq, à Paris. — M. A. Sauve, à Rome. Consultez le même petit ouvrage désigné ci-dessus. — M. G. L., a Lyon; M. Durand, à Marseille. Remerciements pour vos communications.
- BIBLIOGRAPHIE
- Catalogue annuel de la librairie ft'ançaise, rédigé par D. Jordell, donnant la nomenclature de tous les livres français parus en France et à l’étranger pendant l’année 1895 et 1894, lre et 2® année. 2 vol. in-8°, Paris, Per Lamm, libraire-commissionnaire, 1895. Prix : broché, lü francs, cartonné, llfr,50.
- Le siège de Pa7’is vu à vol d'oiseau, par W. de Foxviellk. 1 vol. in-18. Paris, J. Retzel et Cie, libraires-éditeurs. Prix : 3 francs.
- Dans la « Butte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes
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- PETITES INVENTIONS1
- Burette graisseuse automatique. — Cette petite burette graisseuse a son emploi dans la petite mécanique; les vélocipédistes notamment trouveront dans son application un objet indispensable, pratique et peu encombrant. Cette burette a la forme d’une cartouche de fusil de chasse, la partie supérieure (n° 1) formant couvercle s’enlève par un petit système
- Burette pour les bicyclistes et les mécaniciens.
- de baïonnette et découvre la burette proprement dite (n° 2) lorsque la burette est garnie d’huile. Pour s’en servir il suffit de faire pression sur le clapet à ressort (n* 5) par petits mouvements saccadés et l’huile se projette par gouttes à l’endroit voulu. L’appareil mesure environ Ôm,10 de longueur sur 0m,15 de circonférence, il se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- Un cadran d’horloge original. — Dans une visite en Normandie chez un industriel, j’ai remarqué une horloge que la singularité du cadran et la pancarte humoristique qui l’accompagne méritent de faire signaler. Le cadran en lui-même imite
- Cadran d’horloge à coquilles. — Détail du cadran et vue de l’horloge dans une salle à manger.
- un plat à huîtres; dans les 12 cavités réservées aux coquilles, celles-ci, ouvertes, ont pris place. Au milieu du cadran, sur une autre petite panoplie de coquilles, pivotent les deux aiguilles, faites l’une du couteau à ouvrir, l’autre de la fourchette à saisir les mollusques. Comme ornement de salle à manger, c’est on ne peut mieux réussi ! A. B.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Désinfection des matières fécales. — Dans le cours des maladies contagieuses, en particulier la fièvre typhoïde, la dysenterie, et à plus forte raison le choléra, il est important de détruire les microbes entraînés dans les selles. Désinfection ne veut pas dire désodorisation. La disparition de la mauvaise odeur s’obtient avec des agents très variés qui n’ont souvent sur les microbes contagieux qu’un très faible pouvoir désinfectant. Pour amener la disparition des microbes, il faut des agents
- 1 1m Hcscrinhon des anivireils est o-rafnite. Ta rédaction de« Nnu-
- énergiques, qu’on mêlera directement dans le vase, avant de projeter le contenu dans les cabinets, pour ne pas entraîner l’infection des fosses, et secondairement, celle des eaux, quand la fosse n’est pas étanche, quand il se fait des infiltrations. Cette conduite est encore plus urgente quand les matières excréinen-titielles sont jetées à même sur un fumier, dans un égout, un ruisseau. A vrai dire, dans ce cas, il vaudrait mieux répandre ces matières dans un trou creusé profondément dans le sol, où la désinfection s’opère à la longue et spontanément par l’oxydation des produits et leur disparition graduelle. Quel est le meilleur désinfectant? On a préconisé le sublimé, le sulfate de fer, l’huile lourde de houille, le lait de chaux, etc.... Or, d’après des recherches très minutieuses poursuivies par M. Vincent, ces divers produits n’auraient pas, pour la stérilisation des fèces, une valeur rassurante. Lesulîate de fer, à la dosede 250 grammes par mètre cube; le chlorure de zinc, à la dose de 150 litres; le sublimé corrosif au millième, ne détruisent pas les principaux microbes pathogènes, bacterium coli, bacille typhique, bactéries de la putréfaction. L’huile lourde de houille ne vaut pas davantage, le lait de chaux au cinquième est insuffisant. Assurément, à défaut d’autres agents, il sera utile d’y avoir recours en les concentrant le plus possible ; mais il vaut mieux se servir d’acide phénique, de chlorure de chaux. Par-dessus tout le sulfate de cuivre est le meilleur agent de désinfection des matières fécales. A la dose de 7 à 8 grammes en solution dans l’eau, on amène la désinfection rapide de i kilogramme de matières excrémentitielles. Ce sel est bien soluble dans l’eau et on peut préparer extemporanément un litre de solution au 100* ou au 50° qui neutralisera complètement la virulence du contenu d’un vase. La solution de sulfate de cuivre est également parfaite pour la désinfection des linges, draps, chemises qui ont servi à un malade. Aussitôt enlevé de la chambre le linge doit être plongé dans un seau de bois contenant une quantité suffisante de solution et laissé pendant cinq ou six heures. On pourra ensuite, après l’avoir tordu et rincé à l’eau claire, l’envoyer au blanchissage, sans crainte de contamination pour les laveuses. — Aux moyens que nous venons de signaler, on peut ajouter le suivant, dû à M. Meillère, pharmacien en chef de l’hôpital Tenon :
- Sulfate de zinc ordinaire .... 1 kilogramme.
- Acide sulfurique................ 5 cent, cubes.
- Essence de mirbane.............. 2 — —
- Indigo ou autre matière colorante . 15 centigrammes.
- On met environ cinq grammes de ce mélange dans le bassin, avant de le passer au malade, ou dans le vase. La désodorisation est instantanée et les parties liquides sont immédiatement stérilisées. Ce mélange revient à très bas prix et est des plus efficaces. Dr X...
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Plombage de la tôle de fer ou d’acier. — Jusqu’ici il n’avait pas été possible d’obtenir sur le fer l’adhérence du plomb sans le secours de l’étain, car le plomb n’a que peu ou pas d’affinité pour le fer; mais avec le nouveau procédé employé aux usines de MM. XVestwood et Cu à Milwall (Angleterre), la difficulté a été vaincue au moyen du plomb à 98,50 pour 100 de pureté. Les feuilles ou autres articles à recouvrir sont d’abord décapés dans un bain acide à claies mobiles. A travers ce bain on fait passer un faible courant électrique qui a la propriété de réduire à un tiers le temps nécessaire. De ce bain les objets passent dans un autre qui, comme d’ordinaire, contient de l’eau de chaux pour neutraliser l’acide ; ils sont ensuite plongés dans l’eau pure. Puis on les immerge dans un quatrième bain consistant en une solution neutre de chlorure de zinc et d’étain que l’on obtient en faisant dissoudre dans de l’acide chlorhydrique ces deux métaux à l’état granulé. En sortant de ce bain, les objets sont portés dans une étuve chauffée à la vapeur, où l’humidité de leur surface s’évapore, laissant à la place une couche des chlorures métalliques combinés qui protège les objets contre l’oxydation. Une fois secs, on les plonge dans un bain de plomb. En sortant de là, on les voit recouverts d’une couche de plomb uniforme et très adhérente. Quoique très unie, celte couche est néanmoins fort mince. La malléabilité et la résistance du fer ne sont nullement altérées par ce procédé; la feuille de tôle peut être courbée, ondulée, pliée et même percée sans que la couche craque. Nous avons vu des tuyaux pour conduite d’eau complètement l’ecouverts de plomb à l’intérieur et à l’extérieur; l’un d’eux, d’environ 225 millimètres de diamètre, était en tôle d’acier à recouvrement rivé ; le
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- paraît particulièrement avantageux, parce que non seulement il préserve la surface du métal, mais il dispense complètement du matage pour obtenir les tuyaux étanches. Les feuilles de tôle pour la construction des navires ont été également plombées; le rivetage a été fait ensuite par les moyens ordinaires sans que le revêtement en ait souffert, et nous avons constaté que la surface prenait très bien la peinture. La légèreté de la couche est remarquable; 500 grammes par mètre carré suffisent très bien, tandis qu’il faut 450 grammes de zinc pour galvaniser la même surface. Les inventeurs font valoir que ce procédé présente une autre économie : c’est qu’il n’v a aucun précipité ou sédiment dans le fond du bain, comme cela a lieu dans le zingage; en outre, le plomb fondu n’exerçant aucune action sur le métal dont est formée la cuve, celle-ci est inusable. (D'après l'Alliance industrielle.)
- Amalgamation des zincs de piles. — L'Eleklrochemische Zeitschrift a signalé dernièrement un procédé d’amalgamation des zincs de piles dù à M. Oppermann, qui donne, paraît-il, d’excellents résultats. On prépare une solution presque saturée de sulfate mercurique neutre dans l’eau et on y ajoute la quantité d’acide sulfurique nécessaire pour opérer complètement la dissolution. Cela fait, on mélange cette solution avec de l’acide oxalique, jusqu’à ce qu’on obtienne une masse grisâtre ayant la consistance d’une crème ; on y ajoute encore un peu de sel ammoniac. 11 suffit alors d’enduire les zincs de cette mixture, après quoi on les frotte fortement. Il aurait été reconnu que les zincs ainsi amalgamés résistent bien mieux aux acides et aux sels que ceux qui sont amalgamés par le procédé ordinaire. Si on ne doit pas les utiliser immédiatement, il faut les laisser sécher.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49",30). — Burean central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 15 avril . . . 5%4 N. E. 4. Beau. 0,0 Nuageux de 18 à 20 h.; beau le reste du temp6; gelée blanche.
- Mardi 16 10*,4 E. S. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 13 h.; très nuageux ensuite; éclairs au S.-S.-W. à 22 h.; gouttes.
- Mercredi 17 10",1 N. E. 0 Très nuageux. 0,0 Presque couv. de 7 à 18 li.; quelq. nuages av. et apr.; éclairs au N.-E.—E.-N.-E. à 2t-22 h.; quelq. averses.
- Jeudi 18 9*,1 S. 1. Beau. 1,0 Peu nuageux; petit brouillard à 6 h.
- Vendredi 19 9",9 N. E. 1. Peu nuageux. 0,0 Beau jusq. 5 h.; nuag. ensuite; halo; gelée blanche.
- Samedi 20 10\9 N. N. E. 1. Nuageux. 0,0 Nuageux jusqu’à 20 li.; beau ensuite; halo.
- Dimanche 21 11",1 S. S. W. 2. Couvert. 00 Couvert de 7 à 18 h., nuageux avant, beau après; halo; pluie l’après-midi.
- AVRIL 1895 — SEMAINE DD LUNDI 15 AD DIMANCHE 21 AVRIL
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblements de terre en Italie et en Autriche. — De
- violentes secousses de tremblement de terre se sont produites en Italie et en Autriche à la date du II et du 15 avril 1895. Le bureau météorologique de Home a annoncé que le tremblement de terre avait été ressenti le 11 avril entre il heures et minuit à Vérone, Bellune, Padoue, Venise, Rovigo, Plaisance, Ferrare, Macerate, Florence. A Venise, la secousse a duré douze secondes. Elle a été précédée et suivie d’un grondement souterrain. Les appareils sismiques ont signalé cette secousse à Sienne et à Pavie ainsi qu’à Ravenne et Acikeale. Les secousses ont été particulièrement violentes à Ferrare, Udine et Trévise. A Udine, la première secousse a été suivie de plusieurs autres moins fortes. Beaucoup d'habitants effrayés ont passé la nuit hors de leurs maisons.
- A la même date, une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Augusta, en Sicile, et quatre secousses de tremblement de terre sè sont produites de nouveau à Reggio de Calabre. La dernière, qui était sussultoire et ondulatoire, a été très forte et a duré quatre secondes. Ces secousses ont causé une vive panique.
- surtout violentes dans la Carniole, à Trieste et sur le littoral. A Vienne, on a seulement ressenti, vers 11 heures et demie,' une faible secousse qui a passé inaperçue. Elle a cependant arrêté la marche de plusieurs horloges et a interrompu le fonctionnement de quelques appareils télégraphiques. Les secousses ont duré à peu près partout de 15 à 20 secondes. Dans beaucoup d’endroits, les dommages sont peu graves et se bornent à des cheminées écroulées et à des édifices lézardés. Mais d’autres localités ont été sérieusement éprouvées. C’est ainsi qu’à Laybach, où l’on a ressenti vingt-cinq fortes secousses, plusieurs maisons se sont elfondrées, faisant des victimes. On a retrouvé sous les décombres d> ux morts et dix blessés. A Saratow, le tremblement de terre a été ressenti ; dans plusieurs localités de la Bosnie, de l’ilerzégovine, à lik 15” de la nuit et à 6h 45“ du matin les secousses étaient accompagnées de bruits souterrains.
- Inondations en Hongrie. — On écrivait de Bucarest, à la date du 13 avril 1895, que les eaux du Danube avaient monté considérablement et débordé dans différentes localités sans causer de dégâts importants. A Zimnice, cependant, les semailles ont été détruites dans certains endroits. A Giurgevo et à Ilirsova, les eaux ont monté de 5“,60. La localité de Tiszatarjan a été complètement inondée. Plusieurs maisons se sont effondrées à Tinzakeszy, localité également inondée.
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- AVIS DE IA4D2HIN1ISTRATI01II. — L’échéance du 51 mai étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 25 mai (n° 1147) de nous faire parvenir soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de juin aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 3 juin renouvelé •ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales *(2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 Irancs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- LÀ SEMAINE
- Catastrophe produite par 1rs courants électriques •de haute tension. — Malgré toutes les précautions recommandées dans les distributions d’énergie électrique, on a toujours des catastrophes à déplorer. Notre confrère Electrical Review de Londres a fait connaître, il y a peu de temps, un nouvel accident de ce genre. Robert Coleman, ouvrier électricien . travaillait, le 25 février dernier, à nettoyer, avec un chiffon d’ctoffe, des communicateurs dans une sous-station de Bristol Corporation Electric Light Works ; il avait la main droite protégée par un gant en caoutchouc, lorsque son attention fut détournée par l’arrivée d’une personne à laquelle il adressa la parole : ce faisant, il toucha accidentellement de sa main gauche un coupe-circuit, et reçut la presque totalité de la décharge, soit 2000 volts. On essaya, mais en vain, de pratiquer la respiration artificielle; aucun effort ne parvint à le ranimer. Dans l’enquête qui suivit, M. Proctor, ingénieur, et quelques témoins, expliquèrent au coroner l’accident et ses causes. Le courant partait de la station centrale, près du pont Saint-Philippe, sous une tension de 2000 volts, et passait, à la sous-station, dans des coupc-circuits mobiles montés sur des crochets de porcelaine. Coleman avait l’habitude de les démonter pour les nettoyer; maintes fois, il avait accompli son ouvrage sans accident,' bien qu’il l’effectuât toujours pendant que le courant passait. M. Proctor fait remarquer que cela était' indispensable, et qu’il n’était pas possible d’interrompre la marche des machines pendant ce nettoyage, étant donné qu’une trop longue interruption dans les services des quinze sous-stations de Bristol et deClifton, aurait présenté de sérieux inconvénients. Coleman le savait, et la preuve, dit-on au coroner, c’est qu’il avait pris la précaution d’isoler sa main droite avec le gant réglementaire. Quant aux autres règles à suivre, on les lui avait plusieurs fois répétées, et, s’il les avait suivies, aucun accident ne pouvait se produire. Mais en présence de la négligence des ouvriers, ou plutôt de leur insouciance, il est nécessaire d’avoir recours à de nouvelles mesures. On suggère, à ce propos : 1° qu’il est indispensable de protéger les deux mains par des gants de caoutchouc ; 2° que l’on pourrait employer des brosses à manches isolants pour le nettoyage des appareils en service; 5° qu’il y a lieu, enfin, d’imposer aux ouvriers de nouvelles règles définitives et plus minutieuses dans leurs détails. L’électricité est un agent que l’on doit manier avec grande prudence et grande précaution.
- INFORMATIONS
- —La vente aux enchères publiques de la bibliothèque Cot-teau aura lieu à Paris du 7 a«14 mai iX9èb 4-8 heures <lu soir-,
- salle Sylvestre, rue des Bons-Enfants. Cette bibliothèque est d’une conservation absolument remarquable ; on peut dire que presque tous les ouvrages qui la composent sont reliés et que les atlas et les planches sont en majeure partie montés sur onglets. Cette bibliothèque est plus spécialement géologique et certainement unique au monde; les ouvrages sur les animaux vivants sont relativement en petit nombre. Feu Cotteau a réuni dans cette superbe bibliothèque tous les plus beaux et les plus rares ouvrages spéciaux qui existaient, et, de plus, à côté du savant, il est facile de voir le bibliophile. La géologie de la France, de la Suisse et de la Belgique à elle seule en forme environ le tiers; on y rencontre à peu près toutes les grandes monographies paléontologiques. Le chapitre des Echinodermes est presque complet; on sait, du reste, que feu Cotteau s’était plus particulièrement occupe de cette partie. Les ouvrages sur les Vertébrés, les Mollusques et les autres Invertébrés sont aussi très nombreux. Le catalogue de cette riche bibliothèque se termine par une belle série d’ouvrages sur l’anthropologie et le préhistorique. Il y a aussi lieu de citer une bonne collection de journaux de sociétés savantes. La vente a lieu par le ministère de M. Delestre, commissaire-priseur, assisté de MM. les fils d'Emile Deyrolle, experts, 46, rue du Bac, à Paris, chez lesquels se distribue le catalogue.
- —@— Une jeune fille, Mlle Leclerc, a récemment été reçue interne des hôpitaux. C’est la deuxième Française qui, jusqu a présent, a pu conquérir ce titre. La première a été Mlla Blanche Edwards, aujourd'hui Mme Edwards-Pillet, la doctoresse bien connue. Mlle Leclerc est âgée de vingt-cinq ans, forte, de taille au-dessus de la moyenne, et blonde. Elle habite avec ses parents, à Saint-Mandé, où son père est receveur-buraliste. La nouvelle interne a fait ses premières études classiques sous la direction de son père ; elle les a terminées à peu près seule, et n’a eu guère recours à un répétiteur que pour la philosophie et la rhétorique. Après avoir passé son baccalauréat ès lettres, puis son baccalauréat es sciences, elle a commencé la médecine, un peu contre le gré de ses parents.
- —Pendant l’été de 1894 il s’est formé, dans la partie méridionale de la mer Caspienne, un volcan sous-marin que les officiers de l’aviso russe Lolzman (Pilote) étudient actuellement. Ce navire, d’après Ciel et Terre, a trouvé le sommet du volcan sous la latitude 38° 15' 50" N. et la longitude 52°37' E. de Greenwich; la distance de la côte la plus rapprochée de la mer est de 45 kilomètres. Le volcan lance jusqu'à une certaine hauteur une quantité de boue; mais son sommet est au-dessous du niveau de la mer. Le diamètre du cratère est à peine de 6 mètres, et les pentes de la colline sous-marine sont si douces qu'à la distance de 580 mètres du pic la profondeur de la mer n’atteint que 15 mètres (25 : 1). Mais plus loin, à 1800 mètres, cette profondeur devient très grande.
- —0— Le comte Charles Guicciardi, major au 9° d’artillerie, en garnison à Pavie, a accompli récemment un véritable tour de force sportif. Parti à 2 heures du matin de Vérone, il est arrivé à Pavie à 5 heures et demie du soir, après avoir parcouru environ 180 kilomètres en quinze heures et demie. Jusqu’à Crémone, M. Guicciardi a marché, pendant quatorze heures, à une vitesse moyenne de 13 kilomètres à l’heure. Il s’est servi, pour effectuer cette course de résistance, de scs deux juments de service, l’une Favorila, fille du pur sang Ramlet, l’autre Beaulyful, une jument assez près du sang. Par celte marche rapide, dit le Chasseur illustré, le major Guic-ciardi a voulu montrer que les chevaux de sang n’ont pas besoin d’entraînement pour faire un bon service et sont toujours prêts, le cas échéant, à accomplir des parcours extraordinaires.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le bicycle automobile Millet, s’adresser à l’inventeur, à Persan, par Beaumont (Seine-et-Oise). — L’interrupteur Elieson se trouve chez M. M. Àdor, 26, rue de Château-dun, à Paris.*
- Communications.— M. le Dr A. François, à Arnay-le-Duc, nous écrit : « Je vous envoie un œuf qui pourra vous intéresser, il est un exemple des malformations qui se glissent dans la nature. Il a été fait ce matin devant moi dans notre cour. J’ai vidé le gros œuf, mais l’œuf qui lui est ad joint, je l’ai laissé tel quel pour que vous puissiez vous assurer s’il est entier ou si c’est un simple diverticulum. L’œuf s’était cassé tel qu’il est maintenant, c’est pour cela que j’ai vidé le gros. » Nous avons vérifié le fait : il est conforme à la Note que l’on vient de lire. Nous rappellerons que des observations du même genre ont souvent été publiées.
- M. E. F., à Naples, nous envoie une série de photographies représentant le bateau l'Oroya ensablé à Naples dans les premiers jours du mois d’avril 1895. Ces photographies, au nombre de neuf, sont fort bien faites; mais l’ensablement a lieu sous l’eau et n’est pas apparent.
- M. J. Rolez, à East Finchley (London), nous écrit qu’en Amérique, à Long Jsland, dans un petit village appelé Bellport. il existe un bicycle railway à rail unique, sur une longueur de 2500 mètres environ. Chaque voiture peut transporter quarante ou cinquante personnes. Le système fonctionne électriquement et donne des résultats satisfaisants.
- Le même correspondant nous dit qu’il a eu l’occasion de voir dernièrement une personne qui se plaignait de douleurs aiguës dans la langue. Après examen, on a reconnu que cette personne avait un râtelier formé de deux mélaux différents. Au contact de la salive, il s’était formé une pile électrique dont le courant excitait légèrement la langue. Un vernis passé sur les deux métaux fit aussitôt disparaître la douleur.
- Renseignements. — M. G. Solder, à Paris. — Voyez la Note que nous avons publiée au sujet du palmer à pression constante en tete de la Boîte aux lettres du n° 1139, du 50 mars 1895.
- M. M. Dujardin, à Paris. — Le sabre à lame de bois enveloppée de caoutchouc dont il est question dans l’article que vous nous envoyez et qui est employé par les Russes, est destiné aux manœuvres et aux exercices d’instruction. A l’école de Saumur les cavaliers ont des sabres en bois pour les assauts.
- M. A. Chasleaimeuf, à Saint-Bonnet. — Ces briquettes Sont formées par un mélange de poussière de charbon et de goudron que l’on comprime fortement dans des machines spéciales. Nous avons publié autrefois un article sur la fabrication des combustibles agglomérés dans le n° 574, du 51 mai 1884, p. 425.
- M. E. H. M. D , à Bruxelles. — 1° On reconnaît facilement le mercure dans une solution quelconque en versant dans celle-ci de l’iodure de potassium. Il se forme un précipité rouge d’iodure de mercure. — 2° Vous trouverez plusieurs formules de colles pour faire adhérer le papier ou l’étoffe sur le métal dans les Recettes et procédés utiles, lr0 série, à la librairie G. Masson.
- M. A. Bertrand, à Pont-Sainte-Maxence. — 1° La Société des habitations économiques a son siège à la Bastide, à Bordeaux. C’est à cette adresse que votre lettre a été envoyée. — 2° Avec une bonne photographie, il est facile d’avoir une épreuve sur bois, et le graveur la grave ensuite comme un dessin ordinaire.
- M. R. P., a Roubaix. — Oxygène comprimé livré en tubes métalliques : the Continental Oxvgen C°, 7, rue Gavarni, à Paris-Passy.
- M. Chapilel, à Anvers. — Il faudrait faire des recherches
- pour prouver que les annuités ont été versées ; il serait nécessaire de consulter une agence de brevets.
- M. A. Jeannolle, à Uampierre-sur-Salon. — Il s’agit probablement d’une illusion d’optique.
- M. J. Villeau, à Beaune. — 11 nous est impossible de vous fournir ce renseignement, notre réponse présenterait de grands inconvénients. Il y a un grand nombre de fabricants en France et à l’étranger qui font très bien.
- M. Bataille, à Nantes. — La locomotive électrique Heiilman» a été décrite dans le n° 1081, du 17 février 1894, p. 178.
- M. A. Dubé, à Vitry-le-François. — Nous avons publié un article sur l’amélioration des vins à l’aide de l’eau ozonée, dans le n° 1068, du 18 novembre 1895, p. 586. Cette eau se trouvait chez M. E. Genin, 50, rue de la République, à Lyon. Les avis sont très partagés sur les résultats obtenus; quelques personnes disent avoir amélioré leur vin, d’autres prétendent P avoir perdu.
- Un abonné, à Batavia. — Quand on dit que la viande ou le bouillon ont tourné, cela veut dire que la fermentation a commencé et que des microbes s’v développent.
- M. M, S. R., à Musseau. — Cette disposition de pile a donné certainement de bons résultats ; mais il y a toujours quelques manipulations inévitables.
- M. II. L., à R. — Nous avons publié, dans Hygiène et santé (Nouvelles scientifiques, du n° 1682, du 24 février 1894), un article sur la stérilisation du lait qui vous donnera toute satisfaction. Le stérilisateur Legay, dont il est question, se trouve à la maison Willame et Cie, 88, rue Martre, à Clichy-la-Garenne (Seine).
- M. V. D.,k l’He-Saint-Üenis. — Tous les fourneaux à pélrole connus jusqu’ici dégagent une faible odeur; on ne peut les abandonner sans aucune surveillance. Le fourneau que vous citez nous paraît un des modèles les mieux établis et les plus pratiques.
- M. L. Itasse, à Paris. — La composition de ces substances est tenue secrète, et nous ne pouvons vous la faire connaîti’e.
- M. M. E., à la Bossonnière. — 1° Il existe aujourd’hui une série de dictionnaires spécialement destinés à diverses sciences, par exemple le Dictionnaire de chimie, de Wurtz, le Dictionnaire des arts et manufactures, de Laboulaye. On avait publié autrefois le dictionnaire encyclopédique des sciences usuelles de MM. Privat-Deschanel et Focillon ; cet ouvrage est ancien et ne se trouve plus que d’occasion. — 2° Les traités relatifs aux brevets d’invention sont très nombreux; adressez-vous à une librairie d’ouvrages de droit, M. Larose, 22, rue Soufflot, à Paris.
- M. E. G., à Livry. — 1° La composition des bains de nicke-Iage varie un peu suivant les applications. Consultez Galvanoplastie, par Brandely, dans la collection des manuels Roret. — 2° Le prix dp cet ouvrage est de 3 fr. 50 à la librairie G. Masson.
- M. H. Pinchart, à Paris. — Il faudrait consulter divers traités publiés sur les houilles et lignites et sur les mines en général; voyez à la librairie Dunod et Vicq.
- M. E. G., à Paris. — Nous ne connaissons pas d'autre ouvrage de ce genre.
- M. le comte de C. G., à Goujon. — La librairie Gauthier-YiJlars et fils a publié plusieurs ouvrages de cristallographie et minéralogie qui pourraient vous convenir.
- M. A. Ganipel, à Bordeaux. — Notre article.sur les 567 mouvements mécaniques a été publié dans le n° 455, du 18 février 1882, p. 186. Cet ouvrage a été édité par la librairie Gauthier-Villars. Nous ne nous sommes jamais chargés d’envoyer le livre contre remboursement ; nous n’avons jamais reçu la somme que vous indiquez.
- Accusés de réception. — Avis divers. 31. E. B., à X. Les expériences dont vous parlez n’ont jamais été décrites ; pour vous répondre, il y aurait des recherches à faire, nous regrettons de ne pouvoir les exécuter. — 31. R. llerrenschmidt, à Meung-sur-Loire. Voyez l’adresse du fabricant que nous avons indiquée en tête de la Boite aux lettres du même numéro qui contient la description de l’appareil. — 31. Dubois, à Paris. L’analyse de cette substance ne peut être faite que par un chimiste de profession. — 31. Y. JY, à Paris, lin moteur électrique peut parfaitement convenir jwur actionner cette machine; il serait nécessaire de connaître la puissance exigée. — M. Odorico Cepich, à Alexandrie. Nous vous remercions pour votre communication ; mais nous ne saurions nous occuper des recherches qu’il serait nécessaire d'effectuer. — 31. J. P., à Bergerac. Nous avons donné la composition de divers ciments pour boucher les trous ou réparer les pierres usées dans les Recettes et rocéde's utiles, lre série (G. Masson, éditeur). — 31. A. B., à ille; 31. Girard, à Marseille. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Four de cuisine portatif au gaz de pétrole. — Nous avons déjà parlé d’un foyer à gaz de pétrole gazéifiant instantanément ie pétrole ordinaire sans mèche et sans odeur à flammes bleues. Utilisant cette .chauffe intense, M. Tiroloy fait avec un seul réchaud : 1° la cuisine complète (n° 1) permettant de
- hc sifflet trompeur, — Notre gravure ci-dessous représente un sifflet que l’on vendait dans les rues de Paris pendant le Carnaval et la Mi-Carême et qui servait à des mystifications. — Le sifflet dont on se servait soi-même rendait un bruit très strident, mais quand on le confiait à un ami il produisait un tout autre effet. Il fallait à l’avance faire quelque préparatif. Après avoir enlevé le couvercle dont il était muni, on
- Four de cuisine portatif au gaz de pétrole.
- chauffer jusqu’à 3 plats, comme s’il y avait 3 foyers, en forçant l’air chaud à passer à un 2e et 3® rond, emprisonné qu’il est par la bande B entre les deux tôles a et b; 2° le four à rôtir parla simple superposition de la cloche (n° 2), où l’on pourra rôtir même une oie et lui donner ce ton doré que recherchent les gourmets; de plus four à pâtisserie réglable à volonté, ce qui n’est pas le cas des fours à charbon. L’a, pareil est portatif pour la campagne ou l’excursion, les pieds mobiles se placent dans le four ainsi que le réchaud, et tout se trouve réduit à une boîte cylindrique (n°2) qui est le four de 0m,40 de diamètre et 0m,23 de haut. — Le four de cuisine est en vente chez M. Tiroloy, 3, rue de la Banque, Paris.
- Fer à onduler contenant sa lampe de chauffage.
- — Comme on peut le remarquer dans nos figures, ce fer à friser se divise en trois parties. Le fer à onduler est représenté tout entier en vue extérieure à la gauche de la gravure ci-dessous. Les figures 1 à 6 en donnent les organes à un plus fort
- Fer à onduler les cheveux avec sa lampe de chauffage.
- grossissement, et la dame figurée à droite indique le mode d’emploi. Le n° 1 représente le bouchon qui vient se visser sur le manche, le cylindre n° 2 sert de récipient à alcool. L’intérieur de ce manche réservoir est garni d'amiante absorbant l’alcool et évitant qu’il se répande; à l’extré mité se trouve une mèche qu’on allume lorsqu’on veut se servir du fer. Celle partie n° 2 vient se visser au fer proprement dit (u° 5), la flamme se forme dans la chambre de chauffe (n° 4). Celle-ci est perforée de trous nécessaires à la prise d’air. Afin que le chauffage s’opère vivement, l’inventeur a, dans la construction, séparé la tige n° 6 en quatre parties (n“ 5) venant aboutir dans la chambre de chauffe où la flamme brûle; la chaleur est ainsi rapidement communiquée au tube principal. — L’appareil se trouve chez M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Le sifflet trompeur.
- versait dans son orifice de la poudre de riz ou même de la poudre de charbon, on remettait tout en place, et quand l’ami soufflait avec la bouche, :il recevait; en pleine figure la poudre introduite qui le barbouillait. — Ce sifflet des mauvais plaisants se trouve à la même adresse que le fer à onduler.
- BIBLIOGRAPHIE
- Rapport de la Commission d'exploration du Plateau central du Brésil, par M. Crols, chef de la Commission. 1 vol. in-4° avec de nombreuses gravures, .cartes,, etc,, accompagné d’un atlas des itinéraires, des profris longitudinaux èt de la zone démarquée. — Rio-de-Janeiro, II. Lombaerts et G®, imprimeurs de l’Observatoire, 1894.
- 11 est question au Brésil de transférer la capitale à cause de son insalubrité et des fièvres jaunes qui y régnent. Nous annonçons ici le magnifique ouvrage en deux volumes, texte et atlas, que M. Cruls, directeur de l’Observatoire de Rio-Janeiro, a présente au gouvernement brésilien sur les travaux effectués sous sa direction, par la Commission d’exploration du Plateau central du Brésil, dans le but d’y transférer la capitale. Le travail et les explorations qui ont été faites sont considérables et du plus haut intérêt.
- Souvenirs de la vie militaire du lieutenant-général baron L.-J. Lahure, 1787-1815, publiés par son petit-fils le baron P. Lahure, avec une introduction par M. Paul Dupla.v, 1 vol. in-8°, avec portrait en héliogravure. — Paris, A. Lahure, imprimeur-éditeur, 9, rue de Fleurus, 1895.
- Le baron Lahure était un de nos soldats les plus courageux et les plus remarquables de la lin du siècle dernier. Il se mit au service de la France dans la légion belge, forte de 1500 hommes, où il était nommé capitaine le 1er juin 1792. Il fît toutes les campagnes militaires de France jusqu'à la bataille de la Trebbia, où if eut une jambe fracassée par une balle. L’histoire des combats auxquels ce héros a pris part est très peu connue et très attachante ; il fut du nombre de ceux qui prirent en mer, au milieu des glaçons. la flotte hollandaise, et prit part à un grand nombre de batailles. Il eut la carrière d’un brave ; sa vie militaire est très curieuse et très dramatique ; elle intéressera tous ceux qui s’émeuvent aux récits de notre glorieuse histoire du passé.
- Le Conservatoire des arts et métiers, par A. Laussepat, membre de l’Institut, directeur du Conservatoire des arts et métiers. 1 brochure in-4° avec des ligu es et des planches en héliogravure. Publication de la France artistique et monumentale, à la Librairie illustrée, Paris.
- Formulaire de l'électricien, par E. IIos italier. 13“ année, 1895. 1 vol. in-18. — Paris, G. Masson, éditeur. Prix : 5 francs.
- Le traitement de la diphtérie au mogen du sérum de Behring, par le Dr II. Kossel, Traduction du D’’ 0. Delbastaille de Liège. 1 vol. in-16, cartonné, 1895. — Paris, G. Masson, éditeur. Prix : 1 fr. 25.
- Histoire générale de l’industrie, par A. Bleunard, docteur ès sciences. Tome Ier : Industries du règne végétal; tome II :
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Industries du règne animal; tome III : Industries du règne minéral. 5 vol. in-8°. — Paris, II. Laurens, éditeur, 1895. Prix : 7 fr. 50 chacun.
- L'année scientifique et industrielle, par Louis Figuier, 58e année, 1891. Terminée par M. D. Bellet. 1 vol. in-16. Librairie Hachette et Cie. Prix : 5 fr. 50. — Paris, 1895.
- Voyage en d'autres mondes, par J.-J. Astor. Roman traduit de l’anglais avec l’autorisation de l’auteur par Mme Marie Dronsart. 1 vol. in-16, avec 10 gravures. — Paris, librairie Hachette et Cie, 1895. Prix : broché, 3 fr. 50.
- Le service chronométrique à l'Observatoire de Genève et le Concours de réglage, par Raoul Gautier. 1 brochure in-8°. — Genève, imprimerie Aubert-Schuchardt, 1894.
- Nouveau manuel convplet du parfumeur, par MM. Pradal et
- Malepeyre. Nouvelle édition corrigée, augmentée et entièrement refondue par M. A.-M. Villon, ingénieur-chimiste. Tomes I et IL 2 vol. in-18 de l’Encyclopédie Roret. — Paris, Librairie encyclopédique de Roret. Prix : les 2 volumes, 6 francs.
- Fabricant d'encres de toutes sortes, encres à écrire, encres sympathiques, encres d'imprimerie, suivi de la fabrication du cirage, par MM. Champour et Malepeyre. Nouvelle édition revue, corrigée et augmentée par M. A.-M. Villon, ingénieur-chimiste. 1 vol. in-18 de l’Encyclopédie Roret. — Paris, Librairie encyclopédique de Roret. Prix : 3 fr. 50.
- Carta idrografica d'Italia. Liri-Garigliano paludi pontine e fucino. 1 brochure grand in-8° avec 1 atlas. Direzione generale dell’ agricoltura. Ministero di agricoltura, industria e commercia. — Roma, 1895.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- VENT PLUIE EN OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- OBSERVATIONS DIRECTION ET FORCE ÉTAT DU CIEL
- 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE DE 0 A 9 MILLIMÈTRES
- Lundi 22 avril . . . 9%1 S. 2. Couvert. 3,5 Beau jusqu’à 5 h.; couv. ensuite; pluie dans la soirée.
- Mardi 23 13" ,3 S. S. W. 3. Couvert. 0,7 Presque couvert jusqu’à 20 li.; beau ensuite; quelques
- Couvert. averses.
- Mercredi 24 12",1 ,S. ,2. 11,8 Couvert jusqu’à 14 h.; très nuageux ensuite; éclairs au
- Couvert. N —N.-N.-E. dans la soirée.
- Jeudi 25 12",1 S. E. 3. 1,2 Couv. de 5 à 10 h.; nuageux avant et après; beau après
- Couvert. 20 li.; quelques averses.
- Vendredi 26 10 ,6 S. 3 2,0 Très nuageux; tonnerre de 13 à 18 11., en deux re-
- Samedi 27 8",1 S. S. W. 3. Couvert. 8,2 prises ; quelques averses. Nuageux jusqu^à 5 h. ; couvert ensuite; quelq. averses.
- Dimanche 28 8" ,4 S. S. W. 1. Couvert. 1,0 Couvert le matin, très nuageux le soir; quelq. averses.
- AVRIL 1895 -- SEMAINE DD LUNDI 22 Aü DIMANCHE 2* AVRIL
- Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du veut. Les courbes du milieu indiquent, couibe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. an niveau de la mer): courbe plus mince, thermomètre à l’abri c boule seche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblements de terre en Autriche. — Les tremblements de terre en Autriche, que nous avons' signalés dans notre dernière Chronique météorologique (u"1143, du 27 avril 1893), se sont encore poursuivis dans les derniers jours du mois d’avril. A Laybach, près de Vienne, à la date du 21 avril, on a ressenti, à 3 heures et demie du soir, une nouvelle secousse légère de tremblement de terre. On a été obligé de démolir un grand nombre de maisons ; une pluie continuelle a aggravé les dégâts. Le 23 avril, dans la matinée, deux violentes secousses ont encore eu lieu.
- Inondations en Hongrie. — Les inondations que nous avons mentionnées précédemment en Hongrie ont continué le 21 avril 1893 et les jours suivants. Les eaux du Danube sont montées à Braïla, et les briqueteries de la ville basse ont été inondées. Dans le village de Cacargea, près de Calarasbi, quatre personnes ont été noyées et une grande quantité de bétail a péri. Dans le village de Chiruogi, la moitié des habitants n’ont pu fuir et ont été cernés par ies eaux.
- Variations séculaires et épliémérides du magnétisme terrestre. — Un travail très intéressant a dernièrement été présenté à Y Académie des sciences par M. le général Alexis de Tillo sur les variations séculaires et épliémérides du magnétisme terrestre. Dans le but d'étudier la variation séculaire de la direction de l’aiguille aimantée, M. de Tillo a coordonné systématiquement les meilleures cartes magnétiques. Puis il a remplacé toutes ces cartes par des Tables contenant les valeurs de la déclinaison et de l’inclinaison pour 504 points, aux longitudes et aux latitudes de 10° à 10'* à partir du méridien initial et de l’équateur. Au moyen de ces Tables, il a tracé des courbes de la varia'ion séculaire de la déclinaison et de l’inclinaison, en les rectifiant d'après l'ensemble du système respectif, et, par des interpolations et des extrapolations approximatives, il a déterminé les éléments pour,les.époques : 1300, 1600, 1630, 1700, 1730, 180 •, 1830 et 1990. Ses résultats ont été consignés dans des tableaux qui embrassent la surface dii globe entre les latitudes 80° nord et 60° sud, naturellement avec des-.lacunes, surtout pour les premières époques. Afin de donner une idée de ces épliémérides, il. en a communiqué deux extraits, premièrement pour l’Europe et en second lieu pour l'océan Atlantique au sud du golfe de Guinée.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 25, à 1 h. 20 m. du matin
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- Celte feuille est réservée aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- ( AVIS UE I/ADMIMISTTHATIOW. — L’échéance du 31 mai étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 25 mai (n° 1147) de nous faire parvenir soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement ayant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de juin aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 3 juin renouvelé ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales (2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et i la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandieh, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- LÀ SEMAINE
- Exposition des collections de M. Louis Lapicque.
- — M. Lapicque, pendant le voyage du yacht la Sémiramis, a fait des collections d’un haut intérêt. Ces collections ont été exposées durant un mois dans une des salles des galeries de zoologie du Muséum d’histoire naturelle à Paris. Cet ensemble offrait un intérêt de premier ordre. Les populations d’Abyssinie étaient représentées par 29 crânes, de nombreuses photographies, toutes fort belles, et divers objets d’etnographie. La Perse méridionale, Pile de Florès avaient fourni des séries de même nature. De Timor, le voyageur n’a pu rapporter de restes humains : mais ses collections ethnographiques et photographiques ne le cèdent en rien à celles des autres régions. La Grande et la Petite Andaman ont été étudiées d’une façon spéciale par M. Lapicque, qui en a rapporté des objets surpassant encore, au point de vue de leur valeur scientifique, les séries que je viens d’énumérer. Grâce aux documents de toute nature mis sous nos yeux par le voyageur, nous pouvons nous faire une excellente idée du type et de la vie des insulaires du golfe du Bengale. A l’aide des données très précises qu’il a fournies à M. Hébert, l’habile modeleur du Musée a’ethno-graphie, celui-ci a pu refaire deux Négritos des Andaman, un homme et une femme se livrant à des ébats chorégraphiques, qui sont d’une vérité que chacun s’est plu à reconnaître. — A côté de ces Andamaniens, M. Lapicque avait reconstitué leur case. Impossible d’imaginer rien de plus primitif : deux montants de lm,50 environ sont reliés par des bambous à deux autres de plus petites dimensions, et sur le cadre ainsi formé sont posées quelques feuilles de palmier. Ni murs, ni parois d’aucune sorte n’abritent les habitants de cette maison rudimentaire. Comme mobilier, une natte peinte en rouge, quelques poteries, une coquille servant de vase à boire, des têtes de cochons suspendues en guise de trophées. L’exposition de M. Lapicque a eu un véritable succès, et de nombreux visiteurs l’ont sincèrement félicité d’avoir su si bien utiliser pour la science le voyage qu’il a accompli sur le yacht de Mme Le-baudy1.
- INFORMATIONS
- —On préconise généralement la ventilation des cales et des soutes pour prévenir la combustion spontanée du charbon à bord des navires. D'après le Coal Trade Journal, le professeur Clowes, de Nottingham, combat cette pratique comme pouvant, au contraire, être une source de danger. On a constaté, en effet, que quatre navires ayant été chargés en même temps, au même port, de charbon
- 1 D’après F Anthropologie.
- de la même provenance, trois étant ventilés et le quatrième ne l’étant pas, les trois premiers ont brûlé en mer par combustion spontanée de leur chargement, tandis que le dernier a atteint sans encombre Bom-bav, son port de destination. Ce fait s'explique facilement si on considère que le peu d'air contenu dans des cales ou soutes bien closes est insuffisant pour amener une élévation un peu considérable de la température, tandis que le renouvellement continu de cet air pourra amener un échaulfement dangereux. Le charbon qui s’est échauffé à l’air et qui s’est refroidi ensuite n’est plus sujet à s'échauffer. On peut donc considérer comme une précaution utile délaisser le charbon à l’air quelque temps avant de l’embarquer. On peut, des faits observés,- tirer la conclusion suivante : le danger de combustion spontanée est très faible avec le charbon en roches, il est plus grand avec les menus et très grand avec le charbon contenant des poussiers.
- —Un correspondant d’un grand journal de sport de Londres, rapporte qu’un pigeon vient de mourir, âgé au moins de vingt-huit ans et six mois, étant resté tout ce temps la propriété d’une même personne qui peut le certifier. Le cas paraissant authentique, il est à signaler, car on n’estime guère la longévité du pigeon à plus de dix ou douze ans.
- —Une société qui vient de se constituer pour l’exploitation des admirables grottes du Han, en Belgique, s’est décidée à les éclairer à l’électricité, et à y installer des fontaines lumineuses et des projections électriques. Les" belles salles de stalactites seront ainsi facilement admirées par les visiteurs.
- —Un concours de chats a été ouvert récemment à l’Aquarium de Londres. Parmi les 700 représentants de la race féline, on a remarqué surtout un magnifique chat blanc, de très forte taille, envoyé de Paris à l’Exposition par S. Exc. le marquis de Dufferin, ambassadeur d'Angleterre en France. Le premier chat primé a reçu 1000 livres sterling, soit 25 000 francs.
- —$$— Un groupe de torpilleurs de la défense mobile du port de Toulon a effectué récemment une sortie générale. Ces torpilleurs étaient les numéros 58, 100, 101, 103, 139, 168 et 177. Ils ont évolué dans la grande rade devant les batteries du cap Brun, exécutant successivement des manœuvres combinées d’attaque, de jonction, de giration et de vitesse. Après un défilé sur deux rangs, ils ont terminé ces intéressants exercices par un simulacre de combat très bien réussi.
- —La véloeipédie militaire dans la guerre sino-japonaise a, si l’on en croit le journal Yokohama, pleinement établi son utilité. L’armée japonaise ne possédait pas de service vélocipédique au début des hostilités. On se hâta d’improviser un corps de 23 vélocipédistes commandé par des Européens. Lors du débarquement à Haï-mi-tang, les vélocipédistes furent employés à reconnaître les abords de la position de l’armée et s’acquittèrent fort bien de cette mission. On les a utilisés dans la suite avec succès pour la transmission des ordres. Ils ont de plus rendu un service signalé, le soir de la bataille d’Haïtsching, en prévenant en temps utile de la situation critique où se trouvait un poste de cinquante nommes qui allait être coupé.
- —H— Une chienne Saint-Bernard, appartenant à un éleveur de Lassolh (cercle de lleisse, Prusse), vient de mettre bas dix-neuf petits, sur lesquels un seul était mort en venant au monde. On en a laissé quinze à la mère, à laquelle on adjoignit l’aide de l’allaitement artificiel pour élever cetle brillante portée. Jusqu’à présent, grâce à ce moyen et à une abondante et succulente nourriture pour la mère, cette portée vient à merveille.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le chercheur de pôles est fabriqué par MM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, à Paris. — L’appareil de démonstration de la résonance décrit à la page 360 a été gracieusement exécuté dans les ateliers de MM. Hillairet et Huguet. M. Radi-guet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris, en construit un modèle un peu différent destiné à l’enseignement. — Les différents produits chimiques dont il est question dans l’article Revue des procédés nouveaux, sont d’origine étrangère. Mais on peut se les procurer chez M. Duchemin, représentant général de l’Union commerciale pour la vente des produits chimiques, 10, cours Gambetta, à Lyon.
- Renseignements. — M. L. Paseggi, à Montevideo. — Nous avons déjà publié la description d’un grand nombre de moteurs à pétrole. Nous avons, en particulier, consacré un article détaillé au concours des moteurs à pétrole organisé par la Société d’agriculture de Meaux, dans le n° 1118, du 3 novembre 1894, p. 355.
- M. A. Dangy, à Châtellerault. — La chambre noire du commandant Biain, dont il a été question dans le n° 893, du 12 juillet 1890, p. 93, pourrait vous convenir; le dépositaire est M. E. Picart, 14, rue du Bac, à Paris.
- M. A. Denis, à Saint-Quentin. —Nous ne connaissons pas d’autre adresse; mais celle que nous avons donnée est certainement suffisante.
- M. Bertrand, à Paris. — Il est probable qu’il s’agissait d’une réflexion de la lumière sur les lettres dorées qui formaient miroirs, mais il devait y avoir une trace éclairée plutôt qu’une ombre.
- MM. Debailleul, à Marcq-en-Barœul. — Une solution de sulfate de cuivre étendue à environ 50 grammes pour 1 litre d’eau conviendrait très bien.
- Un abonné, à X. — Pour l’installation complète d’une brasserie, vous pourriez vous adresser à la maison H. Carpentier, 73, boulevard Soult, à Paris.
- M. Walter Scharff, à Cologne. — Nous n’avons pas de renseignements plus complets que ceux que nous avons publiés, et nous ne connaissons pas l’adresse de cet industriel.
- M. J. Besemer, à Kaukehmen. — Il faudrait vous renseigner directement auprès de l’auteur de l’article, 97, Grande-Rue de la Guillotière, à Lyon.
- M. P. L, à Mazatlan. — Le revolver pour cannes et vélocipèdes, décrit dans le n° 944, du 4 juillet 1891, se trouvait à cette époque chez M. A. Joubert, 26, rue du Pressoir, à Paris.
- M. M. de Exalpal, à X. — Nous avons reçu la description de votre lampe pour photographie; mais le verre dans lequel est placée la bougie n’étant pas fermé en haut, il doit y avoir de la lumière qui passe.
- M. E. F ’orga, à Chemnitz. — Vous pourrez vous procurer les programmes officiels des baccalauréats ès lettres et ès sciences chez tous les libraires avoisinant la Sorbonne, notamment chez M. Delalain, 56, rue des Ecoles, chez M. Hermann, 8, rue de la Sorbonne, et chezM. Fourneau, 18, même rue, à Paris.
- M. Bonnaud, à Béziers. — Nous ne croyons pas que ce procédé ait encore été publié ; nous ne l’avons vu nulle part. Adressez-vous directement au Ministère de l’agriculture.
- M. E. R. G., à Paris. — M. Heilmann a publié une brochure assez complète sur la locomotive électrique ; nous avons aussi donné dans La Nature un article détaillé.
- M. H. Cariiez, à Deville-lès-Rouen. — Nous n’avons pas la livraison dont vous parlez ; pourriez-vous nous l’envoyer en communication ?
- M. K. Lelorrain, à Paris. — Le porte-abat-jour à rotation sphérique, décrit dans le n° 664, du 20 février 1886, était fabriqué autrefois par M. Ernest Lieux, 81, rue du Temple, à Paris.
- M. J., à Langres. — Adressez-vous à M. le marquis de
- Camarasa, au château de Carresse, près Salies-de-Béarn, qui a construit la roulette sphérique en amateur. Cet objet ne se trouve pas dans le commerce.
- M. E. Cantin, à Graçay. — Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux que nous avons déjà publiés.
- Un lecteur belge. — 1° 11 est indispensable de mettre des parafoudres sur les poteaux des lignes électriques aériennes pour éviter les décharges atmosphériques ; ce moyen est très-pratique et est toujours employé. Le nombre des systèmes différents de parafoudres est très élevé. — 2° L’aire de protection dépend beaucoup des systèmes en usage et des circonstances locales.
- M. Deroye, à Dijon. — 1° Divers traités ont été publiés sur les opérations galvanoplastiques (nickelage, dorure, argenture, etc.); voyez aux librairies Baudry, Michelet et Bernard. — 2° 11 faut vous adresser à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. Rambeaud, à Parthenay. — Même réponse que ci-dessus au n° 2.
- M. Gaille, à Charleville. — l°Vous pourrez vous procurer* chez les divers éditeurs de Paris, plusieurs traités concernant cette question. — 2“ Il s’agit de vernis ou émaux dont vous aurez les formules dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, lre série, indiqué plus bas.
- M. M. Boulian, à Lançon. — Vous trouverez les renseignements relatifs à la fabrication industrielle du minium dans les Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industriclsy de M. J. Girardin, tome II, 5° édition. Chimie minérale, p. 555. G. Masson, éditeur.
- M. J. Ferreira Pinto Basto, à Aveiro. — Les traités publiés sur la céramique sont très nombreux ; nous vous citerons entre tous Les merveilles de la céramique, par A. Jacquemart (Bibliothèque des merveilles, Hachette, éditeur); Y Encyclopédie chimique, publiée autrefois sous la direction de M. Frérny* tome V, 2° section : Porcelaine, poterie, faïence, à la librairie Dunod et Vicq, à Paris ; Technologie chimique, cours professé à l’Ecole centrale, par M. A. Salvétat, lre partie, Céramique, à la même librairie que ci-dessus.
- Un lecteur, à Castello-Branco. Consultez le Traité pratique de photogravure sur zinc et sur cuivre par Geymet, à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- Accusés de réception. —Avis divers. M. H. C. de B., à Bruxelles. Il n’y a pas de procédé connu; il faudrait avoir un chimiste pour faire des recherches. — M. Ch. Clément, à Autun. Il serait nécessaire de faire des essais de laboratoire pour pouvoir vous répondre. — M. E. Muller, à Mulhouse. Nous avons reçu votre Notice ; mais tous les chimistes construisent des appareils analogues dans les laboratoires. — M. Hentsch, à Genève. Nous ne connaissons pas le constructeur de cet appareil. — M. E. B., h Bruxelles. Nous avons indiqué dans les Recettes et procédés utiles, lre série (G. Masson, éditeur), pour peindre les verres de lanterne magique, une recette qui pourrait vous servir. — M. H. Cilley, à Boston. Nous avons déjà publié des récréations mathématiques analogues» notamment dans les Recettes et procédés utiles, 3' série, à la librairie indiquée plus haut. — M. A. de Calvinhac, à Bréhal. Remerciements pour vos communications. — M. E. L., à Douai. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de physiologie végétale appliquée h l"agriculture. — M. P.-P. Dehérain, professeur, membre de l’Institut, a commencé ce cours le mardi 23 avril 1895, à deux heures, dans l’amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le continue les samedis et mardis suivants, à la même heure.
- Cours de pathologie comparée. — M. Chauveau, membre de l’Institut, professeur, a commencé ce cours le samedi 27 avril 1895, à deux heures un quart, au laboratoire de pathologie comparée, et le continue les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même heure.’
- Cours de géologie. — M. Stanislas Meunier, professeur, a commencé ce cours le mardi 23 avril 1895, à cinq heures, dans l’amphithéâtre de la galerie de géologie, et le continue les samedis et mardis suivants, à la même heure.
- Cours de physique végétale. — M. Léon Maquenne, professeur intérimaire, a commencé ce cours le jeudi 25 avril 1895, à onze heures, dans l’amphithéâtre de géologie, et le continue les samedis et les jeudis suivants à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- Petit jouet du billard. — Le jouet que nous représentons comprend quatre supports à poires de caoutchouc, soufflantes, qui servent à lancer de l’air sur une bille. Ces poires, disposées au-dessus de quatre poches, sont montées sur des lyres
- Jouet ilu billard circulaire à soufflets.
- et peuvent pivoter dans la platine de métal placée sur le cercle. Les lyres sont destinées à recevoir le bec de chacune des poires à air que doivent prendre les joueurs et permettent à ceux-ci de diriger les jets d’air en rayonnant. On place alors une bille sur le milieu du jeu. Au commandement de partez, tous les joueurs doivent lancer le jet d’air de la poire vers la bille, afin de la diriger vers le voisin, ou d’empècher qu’elle ne puisse tomber dans la poche qu’ils défendent. Chaque bille logée dans une poche fait perdre un point au joueur qui ne l’a pas arrêtée par son jet aérien. — Ce petit appareil, inventé par M. Nicolas Redler, se trouve chez M.J.-A. Jost, 120, rue Oberkampf, Paris.
- Appareil pour sécher rapidement les cheveux des daines. — Les dames hésitent souvent à se lotionner la tête par suite des difficultés qu’elles éprouvent pour se
- Appareil pour sécher les cheveux des daines.
- 1. Aspect de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- sécher les cheveux. Pour obvier à cet inconvénient et obtenir un séchage rapide et facile, on peut se servir d’un nouvel appareil simple et pratique qui permet de sécher les cheveux très rapidement et sans fatigue. Cet appareil, que nous représentons dans notre gravure, se compose d’un cylindre en métal blanc armé de dents permettant de le passer facilement dans les cheveux. Le cylindre, dans lequel on a versé de l’eau bouillante, donne suffisamment de chaleur pour qu’en deux ou trois minutes les cheyeux soient complètement séchés. La figure ci-dessus indique la manière de s’en servir. — Cet appareil se trouve chez M. Lustrât, 55, rue de Richelieu.
- Nouvelle sirène pour sports. — Tout le monde connaît les sirènes employées par les vélocipédistes, chasseurs et canotiers. Nous en présentons à nos lecteurs un nouveau modèle d’une très grande simplicité et donnant une acuité de son con-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- sidérable. Cette sirène se compose d’un tube cylindrique aplati à l’une de ses extrémités. Vers le milieu du tube, se trouve une-petite cloison métallique RE (voy. la figure et, dans les détails du centre, D) percée de cinq ouvertures triangulaires. Au centre passe une tige métallique FC supportant un disque dentelé légèrement, et enfin, à l’extrémité RG, un autre disque servant de pivot à la tige. En soufflant en A l’air imprime au disque H!
- Sirène pour sports et appels. — Vue de l’appareil et sa coupe. Au milieu, détails des organes. — E. Disque dentelé produisant le .-on. — D. Plan de la cloison percée. — C. Disque servant de pivot.
- une vitesse considérable et le son produit a d’autant plus d’intensité que le souffle est plus puissant. — Celte sirène se trouve à la même adresse que l’appareil pour sécher les cheveux.
- BIBLIOGRAPHIE
- De Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad, voyage au travers du Soudan et du Sahara, par le lieutenant-colonel P.-L. Mvn-' teil, de l’infanterie de marine. Préface de M. le vicomte Melchior de Yogüé, de l’Académie française. Illustrations de Riou, d’après le texte et les documents du lieutenant-colonel Monteil et les photographies du commandant Quiquandon. 1 vol. in-A”. — Paris, Félix Alcan, éditeur.
- Tous nos lecteurs ont entendu parler des explorations que M. le lieutenant-colonel P.-L. Monteil a entreprises, pendant trois années consécutives, 1890,1891, 1892. Les résultats que le vaillant voyageur a obtenus l’ont placé au rang des plus grands explorateurs de l’Afrique, des Barth, des Nacbtigal, des Livingstone. Le livre qu’il publie est écrit dans un style simple et correct qui reflète la sincérité dont l’auteur est animé. De magnifiques compositions de M. Itiou, dont le talent est connu de tous, font de ce bel ouvrage, où l’on trouve les renseignements les plus complets sur les régions parcourues, une véritable œuvre d’art, qui complète très heureusement l’œuvre géographique. G. T.
- Henri Béraldi. La reliure du dix-neuvième siècle. Deuxième partie. 1 vol. in-4°, avec des reliures reproduites en planches hors texte d’héliogravure. — Paris, librairie L. Conquet, 1895.
- Notre éminent bibliophile, M. Henri Réraidi, a déjà publié des ouvrages qui dénotent un écrivain très érudit; nous citerons ses Graveurs du dix-neuvième siècle, qui constituent un monument en 12 volumes; il a publié aussi plusieurs magnifiques ouvrages de grand luxe; M. H. Béraldi poursuit actuellement l’œuvre nouvelle qu’il a entreprise, de faire connaître, d’une façon complète, l’histoire de la reliure au dix-neuvième siècle. Le second volume, ue nous signalons ici, continue à parler des grands relieurs et es artistes qui ont produit des œuvres remarquables. Il donne, comme le précédent, de nombreux spécimens des reliures les plus curieuses à signaler. 106 planches en héliogravure, réussies d une manière remarquable, forment dans le livre une série d’œuvres d’art du plus grand intérêt. G. T.
- Napoléon en images. Estampes anglaises (Portraits et caricatures, par John Grand-Carteret, avec 150 reproductions, d’après les originaux). 1 vol. grand in-8°.—Paris, librairie de Firmin-Didot et Cie, 1895.
- Le titre de ce livre suffit pour indiquer ce qu’il est et ce qu’il donne. M. J. Grand-Carteret continue à faire preuve de son talent de chercheur, et les documents de beaucoup d’attrait qu’il a réunis forment une amusante histoire de Napoléon, que les amis de la fantaisie plaisante aimeront à apprécier. G. T.
- Annual report of the Board of regenis of the Smithsonian Institution, showing the operations, expenditures and condition of the Institution to July 1893. 1 vol. in-8°. — Washington Government Printing Office, 1894.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Photographies lumineuses. — Un effet très agréable, disait l’éditeur du Photographie Times, peut être obtenu en enduisant un morceau de carton avec la peinture lumineuse faite de sulfure de baryum, de strontium ou de calcium, puis en l’exposant au jour derrière un positif transparent ou, s’il fait nuit, à la lumière d’un bout de ruban de magnésium enflammé. L’image ainsi obtenue est visible dans l’obscurité comme une photographie lumineuse. Revenant sur ce sujet dans le numéro suivant, l’auteur explique que, par le procédé ci-dessus, on n’obtient qu’une image d’une durée éphémère, et que lorsque le carton préparé a perdu ses propriétés lumineuses, il faut procéder à une nouvelle exposition derrière l’image transparente. Une meilleure méthode est obtenue en employant le |
- vieux procédé aux poudres qui consiste à préparer un support avec une substance organique mucilagineuse sensibilisée au bichromate de potasse. La formule donnée autrefois par Wood-bury était la suivante : gomme arabique, 4 grammes; glucose.. 3 grammes; glycérine, 6 centimètres cubes; bichromate de potasse, 2 grammes; eau distillée, 50 centimètres cubes. Après filtration, étendre une mince couche de solution sur le support chauffé, puis exposer sous un négatif. A sa sortie du châssis-presse, le carton est placé pendant un instant dans une atmosphère humide. Résultat : les parties qui n’ont pas été exposées deviennent gluantes, et, si le carton est saupoudré de poudre lumineuse, celle-ci adhérera en proportion inverse de l’action lumineuse. On a ainsi une image permanente qui peut être rendue visible dans l’obscurité à un moment quelconque simplement en l’exposant à la lumière électrique ou à celle d’un bout de ruban de magnésium. (The Photographie Times.)
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Salnt-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 29 avril . . . 7-,2 N. N. IV. 2. Couvert. 4,5 Couvert; quelques gouttes; horizon très brumeux.
- Mardi 30 9\0 N. 0. Très nuageux. 0,0 Nuageux.
- Mercredi 1" mai . . 11-,1 S. S. E. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 8 h.; peu nuageux ensuite; couvert à 24 h.; petit brouillard à 4L.
- Jeudi 2 8-,l N. N. E 3. Peu nuageux. 0,0 Couvert à 1 h. ; peu nuag. jusqu’à 10 h.; beau ensuite ; halo.
- Vendredi 3 7%0 N. N. E. 1 Beau. 0,0 Beau le matin, puis très nuageux; couvert après 18 h.; averse à 17 h.; gelée blanche.
- Samedi 4 8*,5 N. N. E. ô. Beau. 0,6 Couvert à 1 h.; peu nuageux de 10 à 13 h.; beau le reste du temps; atrn. claire.
- Dimanche 5 8°,0 N. N. W- 3. Peu nuageux. 0,0 Beau à 1 h. et 7 h.; couvert de 4 à 18 h.; nuag. ensuite ; beau après 21 h.; petite pluie dans l’après-midi.
- AVRIL-MAI 1895 --- SEMAINE Dü LUNDI 29 AVRIL AU DIMANCHE S MAI
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du viitieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc Saint-Maiir en avril 1895
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi 756*",08. Minimum le 7 à 5 heures du matin, 744““,44. Maximum le 5 à 9 heures du matin, 766*”,16.
- Moyennes thermoinétriques : des minima 5°,69; des maxima 16°,61; du mois 1°,15 ; moyenne vraie des 24 heures 10°,62. Minimum 0°,0 le 5 vers 5 heures et demie du matin; c’est le seul jour qui doive compter comme jour de gelée. Maximum 17°,2 le 10 vers 2 heures du soir. Il y a eu 12jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 6““,64. La moindre 1”“,8 le 14 à 5 heures du soir. La plus grande 10““,9 le 23 à 8 heures du matin.
- Humidité relative moyenne 70. La moindre 17 le 14 de 4 h. à 5 heures du soir. La plus grande 100 en 5 jours. Pluie 43““,7 en 23 heures réparties en 11 jours. Une seule journée a donné, en plusieurs courtes averses, 11”,8 d’eau; le 26 en a donné 8"",2. Nébulosité moyenne 52.
- Tonnerre le 2 avril entre 4 heures et demie et 5 heures du soir, au nord. Le 26, orage zénithal allant du sud-ouest au nord-est de 3 à 5 heures du soir. Eclairs dans les soirées des 16, 17 et 24.
- Vents dominants du sud à l’ouest-sud-ouest, puis du nord au nord-est.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 11°,50; dans l’après-midi,
- 12° ,13; pour le mois, 11°,81. Elle a varié de 7°,95 le 3 au matin à 15°,30 le 25 dans la journée. La rivière a été très trouble au commencement et claire à la fin du mois, pendant que sou niveau baissait de 2 mètres.
- Relativement aux moyennes normales le mois d’avril 1895 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 1““,25. Thermomètre plus haut de 1°,01. Tension de la vapeur plus grande de 0"“,57. Humidité relative plus grande de 1. Pluie plus forte de 2““,3. Nébulosité moindre de 2.
- Nous avons noté : premières floraisons : 2 avril, Saule-Marceau. Il, Abricotier. 13, Groseillier rouge. 15, Groseillier à maquereau. 16, Ficaire, Cerisier-guignier. 17, Brugnonnier. 18, Coucou, Prunier, Fraisier cultivé, Glechoma. 20, Dielytra. 21, Asperges sortant de terre. 24, Cerisier de Sainte-Lucie, Fraisier des bois, Poirier en quenouille, Marronnier. 25, Pommier. 30, Lilas commun.
- Le 7, premières Hirondelles (2 dans la journée); on n’en a revu que quelques-unes çà et là pendant tout le mois. 10, Rossignol. 18, Quelques Hannetons. 22, Fauvette. 23, Loriot. Les premières Hirondelles ont été signalées à Vendôme par M. Nouel dès le 24 mars et le 25 à Moulins par M. de Rocquigny en même temps qu'en divers points du nord de la France et la Belgique.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 2, à 3 h. 53 m. du matin.
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- N H46 06 mai 1695), du journal « LA NATURE »
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Celte feuille est réservée aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DE IA4 OiUINlSTKATIWN. — L’échéance du 31 mai étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 23 mai (n" 1117) de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de juin aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 3 juin renouvelé ' ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales | (2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs.
- | Les lettres et communications relatives à la rédaction I et i la « Boite aux lettres » doivent être adressées à I M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
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- ; La photographie en couleurs naturelles, par la \ méthode indirecte. — MM. Auguste et Louis Lumière ont j récemment envoyé à l’Académie des sciences la note suivante f qui a été présentée par M. Lippmann : « La méthode indirecte ! de photographie en couleurs naturelles, indiquée par MM. Gros I et Ducos du Hauron, n’a pas reçu jusqu’ici d’application vrai-I ment pratiqué, à cause des difficultés que présentent deux ! points importants de cette méthode : le triage des couleurs, f puis l’obtention et la superposition des monochromes. Nous j nous sommes attachés à l’étude de ces deux points. Pour le j triage des couleurs nous avons fait usage des écrans recom-j mandés jusqu’ici, écrans orangé, vert et violet, puis nous avons f préparé trois séries de plaques photographiques présentant i respectivement un maximum de sensibilité pour les rayons que ! les écrans laissaient passer. Le tirage et la superposition des monochromes ont été réalisés grâce à l’emploi d’un procédé ; photographique aux mucilages bichromatés, sans transfert, ï basé sur la remarque suivante : la colle forte, soluble à froid, j bichromatée, qui ne donne pas d’images photographiques avec ] leurs demi-teintes lorsqu’elle est employée seule, acquiert cette ; propriété lorsqu'on l’additionne des substances insolubles dans f de certaines conditions.
- [ Si l’on ajoute, par exemple, à une solution de colle forte à 10 j; pour 100, 5 pour 100 de bichromate d’ammoniaque, et de 5 à 10 | pour 100 de bromure d’argent émulsionné, et que l’on étende cette i préparation, en couche mince, sur une lame de verre, on obtient une ; surface sensible que l’on expose à la lumière sous le négatif à repro-; duire. Lorsque l’exposition est suffisante, on lave la plaque à l’eau < froide et l’on a ainsi une image à peine visible, formée par le muei-j lage insolubilisé, image que l’on peut colorer avec des teintures convenables. On se débarrasse ensuite du bromure d’argent par un dissolvant approprié, l’hyposulfite de soude par exemple. Ce procédé donne, avec la plus grande facilité, des épreuves de toutes couleurs avec toutes les gradations de teintes du négatif. Le bromure d’argent peut être remplacé par d’autres précipités insolubles.
- <( Avec un tel procédé, il est facile d’obtenir des épreuves polychromes, en utilisant le principe delà méthode de MM. Cros et llucos du Hauron. On procède à l’obtention successive, sur une même plaque, de trois images monochromes rouge, jaune et bleue, provenant des trois négatifs correspondants, en ayant soin d’isoler chaque image de la précédente par une couche imperméable, de collodion par exemple. Cette méthode permet, par l’emploi de teintures plus ou moins concentrées ou par simple décoloration à l’eau, de varier l’intensité relative des monochromes; de modifier, au besoin, l’effet des trois premières couches par l’addition d’une quatrième, d’une cin-
- quième et même davantage; elle rend, en outre, le repérage très facile, et assure la possibilité de reporter sur papier l’ensemble de ces impressions. Les premiers spécimens de photographies en couleurs ainsi obtenus, spécimens qui accompagnent cette Note, montrent tout le parti pratique que l’on pourra maintenant tirer d’une méthode depuis si longtemps négligée. »
- INFORMATIONS
- —La course de véhicules automobiles qui s’organise pour le 11 juin et dont nous avons parlé précédemment, s’annonce déjà comme devant avoir un grand succès. Voici les inscriptions enregistrées à la date du 1er mai : 12 voitures à vapeur, 19 voitures à gazoline, 2 voitures électriques, 1 bicyclette à vapeur, 4 bicyclettes à gazoline, 1 tricycle à pétrole lampant, 1 quadricycle à vapeur, soit déjà 40 appareils. Tous ces véhicules sont de provenance française, sauf une bicyclette à gazoline de Genève (Suisse) et une voiture à vapeur de Matines (Belgique).
- —©— Au dernier Congrès géographique tenu en Italie, M. Gra-blovitz a lu un travail sur les phénomènes de la marée dans la Méditerranée. Ce travail a pour titre « Observations maréographi-ques faites en Italie et spécialement à Ischia » ; il repose sur des données fournies par des maréographes enregistreurs et contient plusieurs diagrammes indiquant l’élévation de la marée et ses fluctuations. L’élévation moyenne du niveau de l’eau est de 11 centimètres à San Remo, de 24 centimètres à Gènes, de 12 centimètres au nord de la Sardaigne, de 15 à 22 centimètres sur la côte ouest de l’Italie jusqu’à Ischia, de 30 centimètres aux îles Lipari et de 2 à 13 centimètres seulement autour de la Sicile.
- —On sait que, grâce au tallage, c’est-à-dire à la faculté d’émettre des rejets qui se forment aux premiers nœuds de la tige à la surface du sol, les céréales, principalement celles d’hiver, possèdent une grande puissance prolifique. Dans des essais faits à l’école Matliieu-de-DombasIes,”en espaçant les grains à 25 centimètres en tous sens, suivant la méthode du major Ilallett, M. Grandeau a obtenu un tallage moyen de 14 avec le blé Victoria, de 16 avec le Hunter, de 17 avec le Goldendrop et de 19 avec le Nursery; ce qui correspond à 457 fois la semence pour le Victoria, 499 pour le Goldendrop, 595 pour le Ilunter et 656 pour le Nursery. Le maximum de la puissance prolifique du blé paraît être obtenu avec une touffe de ble anglais Kissland récoltée récemment en France dans l’Yonne, chez M. de Beaurepaire. Cette touffe, issue d’un seul grain de blé, a produit 82 épis renfermant 4865 grains pesant au total 215 grammes.
- —Dans une des dernières séances de la Société météorologique, M. l’abbé Maze a donné la suite de son travail sur la plus ancienne série française d’observations thermométriques et météorologiques. 11 a expliqué comment, malgré les lacunes, il a pu établir nue moyenne approchée, puis a donné des détails sur le mois d’avril 1659 extraordinairement chaud et l’hiver très long de 1659-1660 11 a indiqué ensuite des observations faites par Boulliau avec un thermomètre à mercure à partir du 25 mars 1659, c’est-à-dire soixante-deux ans avant l’invention de Fahrenheit. Ces observations ayant été faites comparativement avec un thermomètre de Florence, M. l’abbé Maze en a profité pour calculer la graduation de ce thermomètre à échelle arbitraire.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- WR * tarifs
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — La serrure de sûreté électrique se trouve chez M. Seguy, 53, rue Monsieur-le-Prince, à Paris.
- Communications. — Un abonné, à Batavia, à propos des expériences de M. Marey sur le chat qui tombe sur ses pattes, nous écrit qu’il existe dans les tropiques un lézard domestique que l’on appelle Margouiltat en Cochinchine. Cet animal habite toute l’année à l’intérieur des habitations et se nourrit de moustiques et autres insectes. Il arrive parfois qu’une bataille ou une course mal calculée lui fait perdre son adhérence au plafond. Il tombe alors souvent à terre, mais jamais autrement que sur ses pattes; sa chute est donc analogue à celle du chat.
- Renseignements. — M. A. Roverano, à Paris. — 1° Nous avons publié plusieurs articles sur l’analyse des vins; vous en aurez l’énumération dans la table des matières 2° Série 1885-1892, à la librairie G. Masson. Les constructeurs des différents appareils décrits ont été indiqués en tète de la Boîte aux lettres du numéro correspondant. — 2° Vous trouverez tous ces appareils chez M. Dujardin, successeur de M. Salleron, 24, rue Pavée-au-Marais, à Paris.
- M. J. Vacher, à Treignac. — La machine dont vous nous envoyez le dessin ne vous donnera qu’un résultat bien faible. Le champ magnétique n’est pas disposé comme il le faudrait, et les bobines ne se déplacent pas dans le champ magnétique.
- M. Dumont, à Paris. — Ces effets varient suivant les individus.
- M. F. Paniol, àParava. — Il faudrait connaître les produits chimiques dont vous pouvez disposer. Mais il nous semble difficile de trouver une pile moins chère et plus économique que la pile Leclanché ordinaire pour l’entretien des sonneries.
- M. A. F. L., à Boche (Cuba). — Nous pensons qu’il serait possible d’imaginer un dispositif électrique commandant l’arrivée de vapeur suivant le passage du jus sucré. Mais il faudrait faire quelques recherches de laboratoire que nous ne pouvons entreprendre.
- M. H. A., à Bruxelles. — Nous avons publié dans le n° 659. du 16 janvier 1886, p. 99, un article sur la fabrication des plaques sèches photographiques au gélatino-bromure d’argent, et nous avons indiqué là le fonctionnement des diverses machines employées.
- M. L. Sandoz, à Genève. — Nous croyons qu’il est facile de trouver des mouvements d’horlogerie marchant à la même vitesse ; adressez-vous à unegrande fabrique, la maison P. Garnier, 6, rue Taitbout, la maison Ilenry-Lepaute, 6, rue Lafayette, à Paris.
- M. G. S. Z., à Paris. — Nous avons entendu dire beaucoup de bien de ce moteur; mais nous n’avons pas effectué nous-même d’expériences à son sujet.
- M. Ch. Savonne, à Genève. — 1“ Le distributeur automa-matique de parfums a été décrit dans le n° 1062 du 7 octobre 1893, p. 300. Le constructeur est M. P. Leoni, 12, boulevard Magenta, à Paris. — 2° Pour l’achat des volumes de La Nature, il faut vous adresser à la librairie G. Masson, à Paris.
- M. L. C., à T. — Il serait nécessaire de vous renseigner directement au secrétariat de VAcadémie des sciences, ou encore de consulter les tables décennales des Comptes rendus de cette assemblée dans une bibliothèque.
- M. J. B., à Millau. — Nous avons parlé de la soudure de l'aluminium à plusieurs reprises, dans le n° 1120 du 17 novembre 1894, p. 399, et dans le n° 1125 du 8 décembre 1894, p. 26.
- M. Joubert, à Amiens. — Pour faire des panoramas, il suffit de faire successivement des photographies en prenant des
- foints de repère, de façon que tous les clichés se raccordent ien les uns avec les autres.
- Un abonné, à Louvain. — 1° Nous ne croyons' pas que cet
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- appareil manié avec précaution soit dangereux. — 2° Les four neaux à pétrole pourraient être utilisés avec avantage dans ce) cas. — 3° Pour déterminer la puissance motrice nécessaire à; la marche d’une machine-outil, il faut en général employer un dynamomètre de transmission, et faire des expériences assez complètes. Ces mesures sont rendues aujourd’hui beaucoup plu& faciles par l'emploi de l’électricité. Il suffit en etïet de faire-, actionner la machine-outil à étudier par un moteur électrique, et de déterminer à chaque instant la différence de potentiel en volts et l’intensité en ampères consommée par ce moteur. Le fonctionnement de celui-ci étant connu, on déduira des i données électriques la puissance motrice nécessaire à chaque * instant sur la poulie pour mettre en marche la machine-outil '
- Un lecteur, à Bordeaux. — 1° Le sens de l'enroulement-importe peu; le sens du courant induit sera variable simple ment suivant la disposition adoptée. — 2° Il existe un grandi nombre d’appareils de ce genre. j
- M. C. F., à M. — Les données du problème que vous nousf soumettez sont incomplètes. Dans votre cas, il s’agit de calculer la puissance motrice fournie par une quantité d’air envoyée sous une certaine pression. Il faut connaître ces deux éléments.'
- M. A. B., à Puteaux. — 1° La deuxième recette que vous{ mentionnez ne dit nullement de dessécher au four. Elle indique^ de sécher entre deux feuilles de papier sans colle. — 2° l’-i s’agit de sable ordinaire. — 3° Il serait nécessaire de faire des! essais comparatifs.
- M. J. Marconnet, à Montpellier. — Vous pourriez peut-être vous adresser aux maisons suivantes, qui ont la spécialité de la construction des fourneaux à pétrole : M. Besnard, 28, ru Geotfroy-Lasnier ; MM. Moussy et Rouzée, 66, rue d’Angoulème; MM. Petitjean et Petit, 38, rue de l’Orillon, à Paris.
- M. A. Motteau, à Paris. — 1° Pour ce qui concerne la dis solution de cellulose, dont il a été question précédemment, il] faut vous adresser à l’auteur de l’article, 97, Grande-Rue de h Guillotière, à Lyon. — 2° La librairie G. Masson répondra directement à votre réclamation. — 3° Nous n’avons pas reçu votre première demande.
- M. le Dr W. Birchmow, à New-York City. — Les Notes le; plus complètes sur ce four électrique ont été publiées par M. Moissan dans les Comptes rendus de V Académie des sciences,j à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. P. C., à Troyes. — 1° Le procédé pour traiter les vigne phylloxérées par l’huile de schiste a été découvert par M. F. d; Mély dans Strabon; nous avons publié à ce sujet des articl complets dans le n° 1054, du 12 août 1893, p. 163, et dans 1 n° 1064, du 21 octobre 1893, p. 530. Pour tous rensei ments, il fallait s’adresser à M. de Mély, 10, rue Clément Marot, à Paris. — 2° Cette veilleuse-horloge a été décrite dan les Petites Inventions du n° 1003, du 20 août 1892; le déposi taire est M. Mathieu, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris
- M.. P.C., à Oullins. — Consultez Y Amenda du Chimiste 1895 à la librairie Hachette ; cet ouvrage indique plusieurs moyen? très simples pour la recherche du sucre.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. X., h Durbanj| Votre lettre a été envoyée à destination. — M. O. P., à X. Nous nqj connaissons pas la lampe que vous mentionnez. — M. le Dr Car valho, à Paris. 1° Nous n’avons pas entendu parler de ces piles 2° cet appareil n’a pas encore été décrit. — M. G. R., h Lyon. Ces J recédés de fabrication ne sont pas publiés; il y a des secrets qv 'on ne veut pas faire connaître. — M. D. B., h Paris. L’analy chimique seule pourrait vous indiquer les proportions que vi demandez. — M. J. Van den Bende, à Gand; M. H. M., à Se Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, é teur.)— M. Girard, à Tours; M. Durand, à Nantes. Remerciemen pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle.
- Cours de dessin appliqué à l'étude des animaux.
- M. Fremikt, membre de l’Institut, a commencé ses leçons 1 vendredi 10 mai 1895, à 5 heures, et les continue les Iun dis, mercredis et vendredis suivants, à la même heure, dans la salle des cours de dessin (Porte d’Austerlitz).
- Cours de dessin appliqué à l'étude des plantes.
- M. A. Faguet a commencé ce cours le samedi 11 mai 1895.
- 3 heures, et le continue les mardis, jeudis et samedis sl vants, à la même heure, dans la salie îles cours de dessi (Porte d’Austerlitz).
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- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les r
- geignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à tôt les questions, ni A insérer tontes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraisi,
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- PETITES INVENTIONS1
- Un purificateur d’air. — Dans les maisons et les appartements, les pièces ne sont pas toujours bien ventilées, les cabinets d'aisances ont parfois des odeurs fort désagréables et nuisibles, les malades se trouvent souvent dans une chambre à l’air impur. La ventilation énergique, dans ce cas, ne peut être utilisée, dans la crainte de nuire au malade, et les water-closels ne sauraient avoir toujours leur fenêtre ouverte. Nous allons
- Tablette pour la purification de l’air. —1. La tablette dans son cadre. '2. Mode d’emploi dans la chambre d’un malade.
- faire connaître au lecteur un puriticateur d’air très pratique qui a été construit récemment. A l’extérieur le purificateur se présente sous la forme d’une petite tablette blanche d’une substance cristallisée placée dans un cadre (n° 1 de la figure). Le cadre est pendu au mur au moyen de son anneau. La matière qui compose la tablette cristallisée est fortnée d’un mélange de naphtaline, de camphre et d’autres substances antiseptiques. Des mouches, moustiques, insectes désagréables, il n’en est plus question, d’après l’inventeur. Cet appareil peut être pratique, mais il émane une légère odeur de naphtaline qui peut finir par être un peu gênante pour les nez délicats. — Le purificateur se trouve chez M. Léoni, 12, boulevard Magenta, Paris.
- Ue pare-gontfes. — Voici un petit objet très utile pour la table; il s’appelle le pare-gouttes; il permet d’éviter les coulées de liquide le long des bouteilles ; il peut être employé pour les bouteilles contenant de l'huile, qui sont toujours maculées,
- Parc-gouttes arrêtant une goutte de liquide qui glisse sur le goulot a’une bouteille.
- il sert surtout pour les bouteilles de vin qui font tache sur les nappes lorsqu’on n’a pas la précaution de poser la bouteille sur le plateau. Le système consiste en une rondelle de métal nickelé, contenant intérieurement un anneau de feutre. La rondelle est placée autour du goulot d’une bouteille; le goulot, comme on sait, va s’élargissant de son orifice à sa base. On descend la rondelle jusqu’à ce que son anneau adhère à la bouteille. Le feutre arrête et absorbe toute goutte glissant à la partie supérieure du goulot de verre. — Le pare-gouttes se trouve chez M. Malézieux aîné, 65, boulevard de Strasbourg, Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-jie.tlnt sr.ifinl ifinurx est. étrangère aux annonces.
- Bain-marie & niveau constant. — Pour les diverses opérations de laboratoire, on a souvent besoin d’un bain-marie que l’on puisse porter à une température élevée et dans lequel l’eau ne s’échappe pas au dehors par suite de l’évaporation. Les dispositions suivantes que nous avons trouvées dans un appareil étranger semblent répondre à ce desideratum. Cet appareil, dont la figure 1 représente une vue d’ensemble et la figure 2 une coupe intérieure, est formé d’un cylindre central d relié à une couronne circulaire bb par des ajutages /' et c. Dans le cylindre d se place le récipient e que l'on veut chauffer. Le tout repose sur un trépied. La source de chaleur est un bec de gaz g, ou une lampe à alcool, ou un fourneau à pétrole. Le
- Bain-marie à niveau constant.
- 1. Vue d’ensemble de l’appareil. — 2. Coupe intérieure.
- mode de fonctionnement est le suivant : on verse en a, à l’aide d’un entonnoir, une certaine quantité d’eau jusqu’à ce que le niveau s’élève dans le vase central en d. On ferme ensuite l’orifice a à l’aide d’un bouchon, on met en place le cylindre e, et on allume la lampe g. L’eau s’échauffe, se vaporise, réchauffe le récipient e et revient par le tuyau f se condenser en b. Mais au fur et à mesure que l’eau disparaît en d par suite de sa vaporisation, une nouvelle quantité est toujours amenée par la couronne circulaire b,b. Cet appareil nous a paru ingénieux, et nous avons cru devoir en donner la description.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Essai de la glycérine. — La glycérine industrielle se verid à divers degrés : 26° en Allemagne, 28° en France et en Italie. Quand on la veut chimiquement pure, elle doit être neutre du papier de tournesol. — I. On dose l’eau en déterminant la densité et en chauffant, à l’étuve, à une température constante de 110°, pendant une heure, en pesant avant et après le passage à l’étuve. — II. On dose et on recherche les matières organiques à l’aide du sous-acétate de plomb, qui, ajouté à la glycérine, étendue du double de son poids d’eau, donne un précipité d’autant plus abondant que la glycérine est moins pure. — III. On recherche la chaux au moyen de l’oxalate d’ammoniaque, qui, dans la glycérine pure, ne doit pas donner de précipité blanc. — IV. Les sulfates, les sels de plomb, l’acide sulfhyarique sont décelés par une solution de ehlorure de baryum. — La fraude la plus courante est l’addition de mélasses pour les glycérines blondes et brunes ou de glucoses pour les glycérines blanches. On retrouve cette falsification en agitant avec du chloroforme ; le sucre se sépare et va au fond du vase à expérience ; la glycérine pure, insoluble dans le chloroforme, vient flotter à la surface. Le bichromate de soude, chauffé avec la glycérine, ne doit pas donner de coloration (indice de sucre). Plus une glycérine est impure, plus elle mousse avec l’eau distillée, et plus la mousse est durable. Ayant à choisir entre plusieurs glycérines de même aspect, de même couleur, mettre 5 centimètres cubes de glycérine, 5 centimètres cubes d’eau dans un tube à essai, agiter, et prendre la glycérine qui donnera la mousse la moins épaisse et la moins durable. L’essai chimique, que vous ferez ensuite, vous prouvera que cet essai sommaire, tout à fait empirique, est cependant juste et certain.
- Photographie au brou de noix. — Bien que dans l’étude de MM. Eder et Valenta il ne. soit pas question de ce procédé, connq seulement depuis peu d’années, nous croyons être agréable aux lecteurs en leur parlant de ce mode de reproduction photographique, qui a au moins Battrait de l’originalité. Un herboriste de Cantorbéry, M. II. Warner, a, en effet, découvert que l’extrait de l ecorce verte des noix est sensible
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- à la lumière. Si donc (A. Héraud), on immerge une feuille de papier dans cet extrait et qu’on l’expose dans une chambre obscure, la couleur ne changera que sur les points frappés par la lumière, qui deviendront aussi noirs que si on avait fait usage d’une solution de nitrate d’argent. Pour fixer l’image, il sutlit, après l’exposition à la lumière, de la faire tremper quelques minutes dans l’ammoniaque étendue de 200 parties d’eau : cela suffira pour fixer l’épreuve colorée en brun très riche. Des remarques personnelles faites par un rédacteur du Photo-Journal, il s’ensuit que ces procédés de reproduction peuvent être variés à l’infini ; les sels de diverses amines aromatiques, principalement certaines herbes, jouissent des mêmes propriétés que les composés d’alûarine et le brou de noix dont il vient d’être question. C’est donc un champ d’investigations ouvert à ceux de nos lecteurs jouissant du temps et des connaissances scientifiques nécessaires pour s’y aventurer.
- Nettoyage du linge en celluloïd. — M. Ilennequin nous écrit qu’il suffit de mouiller un linge avec de l’alcool camphré et le passer, toujours dans le même sens, sur les taches que l’on veut enlever sur le linge en celluloïd : le camphre se dépose et par sa blancheur redonne le cachet du neuf.
- Gravure électrique du verre. — Un fil de platine porté au blanc laisse sur le verre une traînée claire sur un fond de couleur; c’est sur cette base qu’un inventeur américain aurait établi un appareil à graver se composant d’un tube métallique bourré d’amiante et traversé par deux fils conducteurs, dont deux des extrémités sont reliées au générateur d’électricité et les deux autres à un fil de platine, que le courant portera au blanc et qui laissera sur le verre la trace que nous avons indiquée plus haut. Une pointe d’ardoise permet d’appuyer le fil de platine sur le verre. (Revue chronométrique.)
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 6 mai .... 9°,1 Nr. N. W. 1. Couvert. 0,0 Couvert de 4 à 7 li., puis quelques nuages; brouillard de 1000“ à 4 h. ; lialo
- Mardi 7 14*,0 N. E. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 12 à 22 h.; beau avant et après; halo.
- Mercredi 8 1 l’.l E. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 9 à 19 h.; beau avant et après; halo.
- Jeudi 9 12*,1 S. 0. Beau. 0,0 Nuageux ; halo.
- Vendredi 10 13*,3 S. E 0. Couvert. 0,0 Couvert de 4 à 9 h., puis nuageux ; quelques nuages après 13 h.
- Samedi 11 13*,9 E. N’. E. 1 Beau. 0,0 Quelques nuages.
- Dimanche 12 la 5 N. E. 0. Beau. 00 Beau.
- MAI 1895 -- SEMAINE DO LÜNDI 6 AU DIMANCHE 12 MAI
- 1 Lundi I Mardi | Mercredi I Jeudi I Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique ta nébulosité de 0à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)\ courbe plus mince, thermomètre à l’abri a-boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Variations anormales de pression avec la hauteur. —
- Un est arrivé depuis longtemps, par des considérations théoriques, à cette notion que la décroissance de la pression de l’air dans la verticale peut être différente, dans certains cas, de celle qui résulte de la loi statique correspondant à l’état d’équilibre et qui est exprimée par la formule de Làplace. M. L. Teisserenc de Bort, dans une intéressante communication à l’Académie des sciences, a indiqué que si l’on mesure la différence de pression entre deux points, situés sur une même verticale, et qu’on la compare à celle que l’on peut calculer en prenant pour base la densité de l’air et l’intensité de la pesanteur aux points considérés, on trouve un écart entre les deux nombres. L’écart rapporté à la distance qui sépare les points constitue un véritable gradient, qui a été désigné sous le nom de gradient barométrique vertical. La preuve expérimentale de l'existence de ce gradient lut établie pour la première fois par la comparaison des observations faites au Puy de Dôme et à Clermont, et, en 1884, M. Teisserenc de lîort montra les relations qui existaient entre les courants ascendants ali.-.r-dëcrnksanrp anormale de la...jirgggjon Depuis cette époque,
- gnes et à la tour Eiffel, et M. de Bort a pu reconnaître l’existence de certains faits généraux qu’il communique dans sa Note.
- Le gradient vertical est négatiflorsque la différence des pressions calculées est moindre que celle des pressions observées : alors il n’y a pas équilibre entre la résultante des pressions et la pesanteur, et la résultante finale est dirigée de bas en liant. C’est le contraire quand la différence calculée est plus grande que la différence observée; le gradient est alors positif et la résultante est dirigée de haut en lias. Si l’on étudie la répartition des valeurs horaites du gradient, soit d'après les stations de montagne, soit sur les observations delà tour Eiffel, on remarque : 1* que ce gradient présente une variation diurne bien marquée, les gradients négatifs augmentant de valeur et de fréquence pendant la journée; 2“ que l’amplitude de cette variation croît, dans une certaine mesure, avec celle de la température; elle est ainsi maximum en été et minimum en hiver. A la (lu de sa note, M. Teisserenc de Bon donne les valeurs annuelles du gradient vertical observées de 1878 à 1*84 au l’uy de Dôme, et les valeurs du gradient vertical pour 279“,5 entre la tour Eiffel et le Bureau central météorologique à Paris relevées pendant trois ans au mois de janvier et pendant quatre ans au mois de juillet.
- tvn t t msn?, ni q f> h 08 m. du matin
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- Cette feuille est réservée aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- DE I/ADMIWISTRATIOM. — L'échéance du 31 mai étant une des plus chargées de l'année, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 23 mai (u* 1147) de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement ayant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris eftlans les départements, présentée dès les premiers jours de juin aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 3 juin renouvelé ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales <2 volumes, 1873 à 1882— 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent âtre adressées à H. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Contre le hoquet. — Il est une foule de procédés plus ou moins compliqués pour arrêter le hoquet, compression ae l'épigastre, creux de l’estomac, application décompresses froides sur le même point, émotion vive, etc. J’ai indiqué le procédé qui consiste à boire lentement un verre d’eau en faisant boucher fortement par un aide les deux oreilles. Ce procédé m’a toujours très bien réussi. Contre le hoquet rebelle ou fréquemment répété, M. Leloir a conseillé la compression des nerfs phréniques, qui commandent le diaphragme ; il suffit d’indiquer avec soin la position du nerf, au-dessus ae la clavicule, entre les deux faisceaux du muscle sterno-mastoïdien, pourque toute personne intelligente puisse comprimer le nerf et amener la cessation du spasme convulsif. Voici un procédé qui dérive du même principe, effet inhibitoire des excitations nerveuses à distance et qui est à la portée de tous. D’après le Dr Pauzat qui l’a fait connaître, le moyen réussit dans tous les cas. 11 consiste à com-
- {trimer la pulpe digitale du pouce contre celle du petit doigt de a même main. Cette pression provoque une tension marquée des articulations du premier métacarpien avec le trapèze et la première phalange du pouce. Il semble que cette tension ne soit pas étrangère au résultat obtenu. Cette pression doit être énergique et se faire simultanément sur* les deux mains. Si on a recours à ce moyen dès les premières secousses de hoquet, on l’arrête presque infailliblement. Si on s’y prend un peu plus tard, le résultat est moins rapide et un peu plus incertain. 11 faut alors que la pression soit prolongée, et comme cette position est assez pénible, on ne peut la maintenir assez longtemps pour obtenir l’effet désiré. Dr X...
- INFORMATIONS
- —$$— La navigation de plaisance a pris un grand développement ces dernières années, et par suite il est intéressant de savoir combien il existe de yachts dans les différentes parties du monde. Suivant le Lloyd's Yacht Register relatif à l’année 1894, ce nombre est de 7068; la plus grande partie appartient aux pays anglais et américains, où le yachting est une véritable passion nationale. En effet, pour sa part le Royaume-Uni en compte 5554; le chiffre correspondant est eux Etats-Unis de 1294, ce qui n’en laisse en tout que 2220 pour les autres pays. Parmi les 3554 yachts du Royaume-Uni, il y en a 846 à vapeur et 2708 à voiles.
- —On vient d’essayer avec un assez bon résultat des mèches constituées par des rubans de magnésium légèrement tordus ensemble. La Hamme brûle lentement et sans intermittence. Quand on veut obtenir, avec du magnésium pulvérisé, une llamme de quelque durée, on mêle à ce magnésium du sable très sec et l’on verse le mélange, au moyen d'un entonnoir, sur une bande d’ouate, dégraissée, abon-demment trempée d’alcool. Puis, on allume.
- —©— JIM. Prillieux et Delacroix, dit le Journal de l’Agricul-
- les résultats de leurs recherches sur une maladie de la canne à sucre provoquée par un champignon, 1 e Coniothyrium melasporum. Cette maladie fait des ravages sérieux dans un certain nombre de régions tropicales. Les moyens de la combattre préconisés par MM. Prillieux et Delacroix consistent dans l’incinération des plantes malades et de tous les débris de canne, ainsi que l’emploi de boutures provenant de régions où la maladie ne sévit pas.
- —®— Le goût de la pêche à la ligne, qui a toujours été très vif en Angleterre, passionne, d’après ce que nous dit le Pêcheur, quelques grandes dames de la famille royale. La duchesse de Fife excelle à pêcher le saumon et, durant un séjour qu’elle fit à Mar Lodge, elle captura en un jour quarante poissons de belle taille. Les princesses Victoria et Maud ne dédaignent pas d’exercer leurs talents contre les tanches tranquilles et les carpes innocentes, et l’on cite comme une merveille d’art la canne à pêche de leur mère, la princesse de Galles* un adorable roseau garni d’or et d’ivoire. Mais ni la duchesse de Fife, ni la princesse de Galles, ni les princesses Victoria et Maud, n’égalent en habileté la princesse Louise, qui, un jour, dans un petit lac du Canada, depuis appelé le « Princess Pool », ferra quatre saumons de 22, 24, 26 et 27 livres, ce qui fit dire au vieux pêcheur qui l’accompagnait que, « pour l’art de manier une ligne, elle trouverait difficilement un rival ».
- —@— Trois officiers du 29e régiment de dragons, inscrits à une fête organisée par le 31e dragons, sont partis de Provins (Seine-et-Marne), à 5 heures du matin, et sont arrivés au camp de Chàlons le même jour, à 8 heures du soir, ayant ainsi franchi sur le même cheval MO kilomètres en treize heures. Repartis dans la soirée du lendemain, ils sont rentrés à Provins sur les mêmes chevaux en parfait état vers 2 heures de l’après-midi.
- —$$— De divers côtés, notamment de Rouen, on avait signalé le mauvais état sanitaire des moutons arrivant de l’Amérique du Sud, et le danger d’importation de maladies contagieuses, et en particulier de la gale, par ces animaux. A la suite de ces plaintes, M. le Ministre de l’agriculture vient de faire publier le note suivante : « Deux cargaisons de moutons de l’Amérique du Sud, parmi lesquelles se trouvaient des bêtes atteintes de gale, ayant été présentées, l’une au port du Havre et l’autre au port de Dunkerque, le Ministre de l’agriculture a défendu l’importation de ces animaux; il a prescrit l’abatage immédiat, aux abattoirs du port d'arrivée, des moutons malades et la mise en quarantaine jusqu a complète guérison des animaux contaminés et encore sains. Les quais de débarquement, agrès, et les voies suivies par ces moutons, ainsi que les abattoirs et les locaux occupés par ces animaux, seront désinfectés aux frais des importateurs. »
- —On procède actuellement à l'installation de la traction électrique sur la ligne du tramway allant de la gare de Strasbourg à la place Kléber-Pont-Royal. C’est le système à trolley qui a été adopté. Des rosaces fixées aux murs des maisons serviront de point d’appui aux fils transversaux qui supporteront le conducteur. On espère que les travaux seront terminés pour le 15 juin.
- —®— Le coprah est, comme on sait, l’albumen desséché ou amande de la noix de coco. Aux Philippines, il donne lieu à un mouvement commercial important. La plus grande partie, lit-on dans la Revue des sciences naturelles appliquées, est dirigée sur l’Europe via Marseille. On en expédie aux Indes par Singapore. La Chine en reçoit aussi une petite quantité. L’année dernière, les Philippines exportèrent 184 404 piculs de coprah contre 259 539 piculs en 1892. L’huile de coco fraîche est comestible ; autrement, elle sert surtout
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- biît^JcîftK
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les lecteurs qui voudraient s’adresser à M. Ferrer, l’inventeur du photau-tographe, peuventlui écrire à l’adresse de M.Chateau, ingénieur, 118, rue Montmartre, Paris. Pour tout ce qui concerne les porteurs aériens par câbles, nous donnons les adresses dans l’article publié.
- Communications. — M. Gotendorf, à Maisons-Laffitte, nous adresse un extrait d’un Journal allemand dans lequel il est question d’un restaurant automatique qui est installé à Berlin dans l’exposition italienne du jardin zoologique. Cet appareil, moyennant une pièce de monnaie, distribue des brioches, du vin, des liqueurs et même une tasse de café chaud. Nous avons déjà signalé bien des appareils automatiques dont le mécanisme pourrait rendre les mêmes services.
- Renseignements. — M. M. C., à Paris. — Il s’agit de cachets que l’on doit préparer soi-même avec les indications que nous avons fait connaître.
- M. F. Leroy, à Mons. — Nous croyons que cette nouvelle donnée par un journal anglais n’est pas exacte. Les patins à roulettes seraient insuffisants.
- M. G. P., à Rouen. — Nous avons décrit plusieurs modèles de petites glacières dans Jes Petites Inventions (n° 1041 du 13 mai 1893 et n° 1102 du 14 juillet 1895); mais vous trou^ verez des armoires glacières chez M. Fumerand, 1, rue Vernier, ou chez M. J, Bustin, 5, boulevard de la Chapelle, à Paris.
- M, G. Boussard. à Paris. — Il n’y a pas de procédé qui permette de faire que les feuilles qui se dessèchent gardent leur couleur verte. On ne peut empêcher la décomposition qui se produit.
- M. C. Miné, à Blois. — Il suffit de jeter le sucrate de chaux directement dans le vin, et d’agiter ensuite.
- M. L. Desté, à Toulon. — L’article que vous nous envoyez ne donne aucune explication sur la nature de la pile et ne cite aucun chiffre d’expérience; il ne nous est pas possible déporter un jugement.
- M. Hippert, a Nancy; M. P. Villeneuve, à Bruxelles; M. G. Baert, à Steenbrugge. — Il faudrait vous renseigner directement à l'adresse que nous avons indiquée en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de ces produits.
- M. G. Roulleau, à Paris. — Il est facile de faire vous-même l’expérience sur laquelle vous désirez être renseigné.
- Mmt J. A., à Carcassonne. — Si l’appareil que vous avez acheté ne fonctionne pas bien, le fabricant doit pouvoir le réparer.
- M. P. Boulineau, à Bône, — Il faudrait vous mettre en rapport directement avec les constructeurs dont vous parlez.
- M. A. Sabadell, à Barcelone. — 1° Les marchands de produits chimiques en gros vous fourniront certainement cette matière. Adressez-vous aux Manufactures des glaces et produits chimiques de Saint-Gobain, 9, rue Sainte-Cécile, ou k MM. Marguerite frères, 2, rue des Archives, à Paris. — 2° Il faudrait consulter les ouvrages relatifs aux matières colorantes ; voyez les catalogues des grandes librairies de Paris.
- M. le Cte A. de Milleville, à Cannes. — Il serait préférable de demander ce creuset aux fournisseurs de produits chimiques pour laboratoire. Nous croyons que M. Paul Rousseau, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques, à Paris, pourra vous procurer ce que vous désirez.
- M. le Dr Torquato Magni, à Saint-Marcello. — Voyez Les moteurs à gaz et à pétrole par A. Witz, à la librairie E. Bernard, à Paris.
- M. C. Vinsac, à Séville. — L’adresse que vous demandez est la suivante : M. R. Engelmann, imprimeur lithographe, 16, rue Nansouty, à Paris.
- M. le Dt Bruneau, à Châteauroux. — Vous pourrez faire construire ces réservoirs en tôle chez M. H. Carpentier, 73, bou- '
- levard Soult, à Paris, chez M. C. Hugot, 56, route d’Aubervil-liers, à Pantin, ou chez M. Monier, 126, avenue de Paris à la Plaine Saint-Denis (Seine).
- M. le Dr D., à Bône. — 1° Nous ne savons pas exactement de quel appareil vous voulez parler ; mais nous avons décrit un appareil spécial, le ihermophore, pour améliorer le rendement calorifique des cheminées; voyez len° 1082, du 24 février 1894, p. 197. II faut s’adresser à M. J.-J. Pillet, 95, boulevard Saint-Germain, à Paris. — 2° Chauffe-bains au gaz : M. Delaroche aîné, 22, rue Bertrand; MM. Piet et Cu, 33, rue de Chabrol; M. Kula, 27, rue de Maubeuge, à Paris.
- M. P. de Badens, à Cherbourg. — Nous avons envoyé votre lettre au fabricant, 17, passage Verdeau, à Paris.
- M. E. Maître, à Cognac. — L’adresse que vous demandez est donnée en tête de la Boîte aux lettres du n° 1145, du 11 mai 1895.
- M. F. G., à Paris. — On peut distiller l’eau de mer dans un appareil distillatoire spécial, en ayant soin d’aérer l’eau après l’opération. Vous trouverez des appareils chez M. Deroy, 75, rue au Théâtre, ou M. Egrot, 19, rue Mathis, à Paris.
- M. G. B. Salvioni, à Bologne.— 1° Nous pensons que pour cette réparation vous pouvez vous adresser à M. Godfray, 78, rue de Richelieu, à Paris. — 2° La machine que vous citez donne de bons résultats. 11 est difficile de vous indiquer la meilleure machine à écrire; chacune a ses avantages et ses inconvénients.
- M. F. Beau, à la Levade. — Nous nous occupons de votre communication sur une œuvre chinoise, et nous espérons vous donner prochainement des renseignements. J
- M. P. Jaffeux, à Chamalières. — Vous pourrez vous procurer les embrayages que vous désirez chez MM. A. Piat et fils, 85, rue Saint-Maur, à Paris. «
- M. Chansselle, à Lupeny. — Plans en relief : M. J. Digeon, 15, rue du Terrage, et M. Muret, 99, rue Notre-Dame-des-Champs, à Paris.
- M. M. G., fabricant, à Turnhout. — Voulez-vous nous donner votre adresse? nous désirons vous répondre directement.
- M. Dumas, à Rive-de-Giers. — Notre Note est la reproduction de celle qui a été publiée. Dans la prochaine livraison du Bulletin de la Société d'encouragement, il y aura probablement des renseignements plus complets.
- M. E. Scher, à Rouen. — On ne trouve pas à Paris de plans plus complets de cette machine.
- M. J. Laborde, à Madrid. — Le procédé de tannage à l’électricité de MM. Worms et Balé a été installé chez MM. Brion, Dupré et Cie, 50, rue de la Glacière, à Paris. Nous en avons donné une description dans le n° 993, du 11 juin 1892, p. 19.
- M. Lacombe, à Alfortville. — De votre expérience il faut conclure que le froid exerce une action particulière sur le chlorure d’or.
- M, E. Dervieu, à Paris. — Les produits que vous employez pour votre pile sont ceux qui entrent dans la pile Leclanché. L’économie signalée ne réside que dans le mode de construction. Votre réponse ne fait donc que confirmer notre précédente affirmation.
- M, J, Desjardin, à Dizy-le-Gros. — Nous pensons que vous pourrez vous procurer ce produit chez les marchands de produits chimiques.
- L’abonné 6695-5073, à Porto (Portugal). — Les traités que vous mentionnez sont de bons ouvrages ; nous vous signalerons aussi Le petit aide-mémoire de M. E. Clément, professeur de danse, 61, rue du Kremlin, à Gentilly, près Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — Un abonné, à Saint-Etienne. 1° Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles, lr“ série, indiqué plus bas ; 2° remerciements pour votre communication ; 3° nous prenons des renseignements et nous vous répondrons ultérieurement. — M. X. Bechhold, à Francfort. Nous n’avons pas reçu le livre dont vous parlez. — M. P. Benoot, à Marke-les-Courtrai. Nous ne connaissons pas les procédés que vous mentionnez. — M. C. F., à Maubeuge. Nous n’avons pas d'ouvrage-spécial à vous indiquer. — M. Durand, à Lille; M. Girard, à Marseille; M. S. M., à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles, \n série (G. Masson, éditeur). — M. Delaurier, à Paris. Remerciements pour vos communications. — M. H. Laplagne, à Tulle. Nous avons publié un procédé pour le vieillissement et l’amélioration de» vins dans les Recettes et procédés utiles, 4e série, à la même-librairie que ci-dessus. — M. Th. Colombier, à Paris. Nous avons-reçu votre Notice ; mais il nous est difficile d’en admettre tous les points sans soulever quelques objections. — M. Odcrico Cepich, à Alexandrie. Nous vous avons dit que nous ne pouvions vous venir en. aide dans l’étude de vos questions ; nous ne pouvons rien changer à la réponse de l’Académie.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les auestions. ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu au'aux lettres reçues avant le lundi oui précède la date de la livraison.
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- PETITES MENTIONS1
- Pied-canne photographique. — Ce pied peut s’adapter à tous les modèles d’appareils photographiques légers. Il constitue le type portatif par excellence, il permet à l’amateur photographe défaire vues, portraits, groupes, etc., avec des temps de pose par tous les temps, quand le temps est gris et ne permet pas d’essayer des instantanés. Le n° 1 de notre figure montre le pied ouvert, en position. Il se compose (n° 2) d’une genouillère ou rotule et d’une canne en bambou contenant deux tubes en
- Pied-canne photographique.
- fçr galvanisé. Le montage se fait très rapidement en plaçant les deux tubes et la canne dans les trois logements de la genouillère. Le trépied ainsi constitué est rigide et peut aisément supporter une chambre à soufflet 9 X 12 ou un appareil à mains 13 x 18. L’articulation de la genouillère permet d'incliner l’appareil en tous sens, et de le fixer dans telle position qu’on veut. La canne représentée fermée (n° 3) mesure 0m,90 de hauteur, son poids total est de 350 grammes. Une allonge spéciale qui se transporte en poche permet d’élever le trépied de 0“,30, ce qui lin donne la hauteur réglementaire. — Cet appareil se trouve chez M. Poisson, 35, rue du Quatre-Septembre, Paris.
- La lampe (( Aladin ». — Cette lampe merveilleuse dispense de l’usage si incommode des allumettes; elle est d’un fonctionnement sûr et en même temps très simple. Elle brûlé comme combustible soit de l’alcool, soit de l’essence de pétrole
- La lampe Aladin.
- dans lequel plonge une mèche. L’allumage se fait à l’aide d’amorces disposées sur un ruban et régulièrement espacées. Le ruban s’enroule autour d’un petit tambour commandé par une tige à ressort. Chaque fois que l’on appuie sur le ressort, un déclenchement fait avancer le tambour d’un cran et en même temps un petit marteau vient frapper sur l’amorce qui se présente à lui ; et ainsi chaque amorce vient successivement s’offrir au choc du marteau et chaque fois la lampe s’allume plus simplemant et aussi sûrement qu’avec une allumette. Quand le ruban d’amorces est épuisé il suffit de le remplacer par un autre, ce qui se fait sans aucune difficulté. Ajoutons enfin que
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-
- ptran^ùi’A auv annonrpsu
- cette lampe a une forme artistique, calquée sur des modèles anciens. — La lampe Aladin est en vente chez M. P. Bertrand, 19, rue Hauteville, Paris.
- Appareil & faire les hachures. — Voici un petit instrument qui sera fort apprécié des dessinateurs, car il permet de faire très rapidement et avec une grande régularité des hachures dont on peut instantanément modifier l’écartement. La règle le long de laquelle glisse le tire-ligne, porte à chacune de ses extrémités une pièce en cuivre traversée par une vis pointue. Entre ces deux vis tourne un cylindre métallique qui roule sur le papier et entraîne la règle parallèlement à son axe. Leméca-
- Appareil à tracer les haehures,
- nisrne qui fait avancer la règle consiste en ùri petit levier portant un cliquet qui pénètre dans la denture d’un rochet fixé au cylindre. Une vis de butée règle la course du levier de façon à faire tourner le rouleau pour chaque pression du doigt de une, deux, trois ou quatre dents, suivant que l’on veut des hachures plus ou moins écartées les unes des autres. Cet appareil ne demande aucun apprentissage, et la main gauche suffit pour le manœuvrer, la main droite restant pour tirer le trait. — On peut se le procurer à la même adresse que la lampe Aladin donnée ci-dessus.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les parasites des habitations humaines et des denrées alimentaires et commerciales, par le Dr E.-L. Trouessart, membre de la Société entomologique de France. 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- Guide d'océanographie pratique, par J. Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché
- 2 fr. 50 ; cartonné 3 francs.
- Transmissions par câbles métalliques, par MM. II. Léauté, membre de l’Institut, et A. Bérard, ingénieur en chef des Poudres et Salpêtres. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché 2fr,50, cartonné
- 3 francs.
- Théorie et pratique des assurances sur la rie, par H. Laurent, membre de l’Institut des actuaires. 1 vol. petit in-8°de YEn-cgclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché 2*,50, cartonné 3 francs.
- Les couleurs et la photographie. Reproduction photographique directe et indirecte des couleurs, par MM. G.-H. Nie--avenglowski et A. Ernault. 1 vol. in-8° de h Bibliothèque générale de photographie. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1895. Prix ; 6 francs.
- Annuaire général et international de la photographie. Directeur : M. Marc Le Roux. U* année, 1895. 1 vol. in-8°. — Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, imprimeurs-éditeurs. Prix : 3 fr. 50.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- L'aluminium boré. — M. Warren, de Liverpool, propose de durcir l’aluminium et ses alliages en l’additionnant de bore. Suivant le Moniteur universel, on prépare l'alliage d’aluminium «t de bore, en introduisant le métal dans un fourneau arec un mélange de spath-fluor et d’acide borique vitreux anhydre, et l’on chaulle avec le chalumeau oxhydrique. L’acide borique est réduit, et le bore ainsi préparé së -dissout dans l’aluminium, auquel on ajoute de 5 à lfl pour 100 de cuivre.
- Enduit pour isolation des câbles électriques. — M. Sne-dekar, de Worcester, fabrique de nouveaux enduits pour recouvrir les isolants des câbles électriques. Ces produits ont le grand avantage d’augmenter l’isolement du câble et de le rendre en
- même temps incombustible. Ils sont préparés de la manière suivante : les fils en cuivre ou en bronze phosphoreux sont étamés', comme à l’ordinaire, puis ils reçoivent une couche de caoutchouc vulcanisé. Par-dessus, ils sont enduits d’un ciment souple composé de 40 parties de magnésie, 28 parties de talc, 15 parties d’asbesteen poudre fine, 50 parties de colle liquide, 15 parties de glycérine, 0,25 partie de bichromate de potasse ou de soude. Pour obtenir une teinte foncée de l’enduit, il faut ajouter 0,25 partie de noir de fumée. Toutes ces substances mélangées intimement produisent une pâte très homogène, dont les fils sont enduits. Les fils sont ensuite passés dans un bain composé dé : silicate de soude 27 kilogrammes, alun 13kf,5, eau 180 litres. Ceux-ci, après avoir été séchés, sont finalement passés dans un bain de : sulfure de carbone 40 parties, asphalte 8 parties. Ainsi préparés ils peuvent résister à des températures assez élevées.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Salnt-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0x9 ÉTAT DD CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 13 mai.'^ . . 15,6 E. 1. Quelques nuages. 0,0 Nuageux de 5 à 19 h.; beau avant et après; halo.
- Mardi 14 16” ,0 Calme. Très nuageux. 0,0 Nuageux.
- Mercredi 15 .... • 14”,2 N. W, 1. Couvert. 0,0 Nuageux jusqu’à 6 h., couvert ensuite; quelques gouttes à 13 h. 15 m.; halo.
- Jeudi 16 9* ,8 N. N. W. 4. Nuageux. 0,0 Très nuageux, beau après 21 h.; quelques averses avec grêle. Très nuageux; gouttes à 9 h. 30; gelée blanche.
- Vendredi 17 6”,4 N. N. W. 2 Peu nuageux. 0,3
- Samedi 18 6,1 S. W. 1. Couvert. 0,0 Couvert ; un peu de pluie dans la soirée.
- Dimanche 19 9”,2 N. W. 3. Couvert. 4,3 Couvert; pluie jusqu’à 4 h. un quart; gouttes de temps en temps.
- MAI 1895 — SEMAINE DO LUNDI 13 AU DIMANCHE 19 MAI
- t
- 1 Lundi | Mardi I Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche 1
- La courbe supérieure indique Lu nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages et tempêtes. — Un orage a éclaté le 2 mai dans la soirée sur la ville de Saint-Etienne. En quelques instants les rues ont été transformées en torrents, les caves, les sous-sols ont été inondés. Sur plusieurs points de la ville, dans la grande artère qui traverse en ligne droite Saint-Etienne, où l’on construisait un égout parallèle à la voie ferrée des tramways à vapeur, le terrain, la maçonnerie et les échafaudages ont été emportés par les eaux. .Une véritable trombe s’est abattue dans les bouches d’égouts, et l’eau, débordant, a défoncé les trottoirs et arraché le pavage. Dans plusieurs rues les rez-de-chaussée ont été inondés, les eaux montaient à près d’un mètre dans les boutiques et les cafés. Les pompiers ont dû être réquisitionnés avec leurs pompes. La circulation a été interrompue dans les quartiers Villebeuf-le-Haut et Heurtiu, et il y a eu une panique générale. Les dommages ont été considérables.
- Le A mai. on écrivait rte Ncw-Ynrt -..-î. ««.-a -—
- l’Iowa et avait détruit trois écoles ; à Sioux, un grand nombre d’enfants ont été tués; à lowa, cinquante-deux personnes ont péri. Dans les environs, un grand nombre de maisons, d’arbres et de constructions ont été abattHS.
- Le 13 mai, à Gratz, en Silésie, un orage terrible a éclaté, accompagné de trombes d’eau. La foudre est tombée en plusieurs endroits et notamment sur l’église Saint-Jean-et-Saint-Paul, près de Gratz, et l’a. complètement réduite en cendres.
- Observation!* météorologiques à Jersey. — Nous avons reçu le Bulletin des observations météorologiques effectuées pendant l’année 1894 à l’Observatoire Saint-Louis, a Jersey. Ce bulletin renferme pour chaque mois les données relatives à la pression, à la température, à la quantité de pluie, à la direction, à la force du vent et à l’état du ciel.
- La neige au printemps. — Le 17 mai, la neige est tombée à Saint-Etienne, à Besançon, à Saint-Dié, à Nantua, à Guéret, à Moulins, à Annecy, à Chaumont. Elle a été très abondante dans plusieurs localités.
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