La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOHADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an. — Six mois
- ABONNEMENTS
- 20 fr. » Départements. Un an..
- 10 fr. » — Six mois
- Union postale. Un an. . . — Six mois..
- 26 fr. » 13 fr. »
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- Prise du numéro : 50 centimes
- LES QUARANTE-QUATRE VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC .LES TABLES DES DEC PREMIÈRES ANNÉES ET DE LA 2e SÉRIE DES DIX ANNÉES SUIVANTES
- Paris. — Imprimerie I urne, rue de Fleurus, 0.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- VINGT-TROISIÈME ANNÉE
- 1895
- DEUXIÈME SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, r.on.EVARD saint-cetimaix, 120
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- 25* ANNÉE.
- N° 1148.
- 1•' JUIN 1805.
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- UNE MINE DE DIAMANT
- AU BRÉSIL, A AGUA SUJA
- La ville de Bagagem, située au nord d’ijberaba, au Brésil, est célèbre par la découverte que l’on y a laite, dans un dépôt diamantifère, du gros diamant
- connu sous le nom de Extrada do Sul (Etoile du Sud). Aujourd'hui ce dépôt est épuisé, il est entièrement abandonné par les garimpeiros (ehercbeurs de diamant). Mais, à 20 kilomètres de cette mine, se trouve le petit village d’Agua Suja, où l’exploitation d’un grand amas de cailloux, qui recouvre le
- Triage final du diamant dans les mines d’Agua Suja (Brésil).
- grès rouge débarrassé de fossiles, a été fort productive en diamants depuis 1867. Cette nouvelle mine est aujourd’hui en pleine exploitation, elle offre des particularités très intéressantes, et M. le l)r Eugène llussak, qui a été le géologue de la Commission d’exploration du plateau central du Brésil, a eu l’occasion de la visiter et de s’y livrer à une étude des plus minutieuses. Le géologue brésilien vient de
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- publier dans le Rapport sur l'exploration récente, présenté par M. Cruls, chef de la Commission, le résultat de ses observations1. Nous allons en donner un résumé qui signale des laits intéressants.
- 1 Commission d'exploration du plateau central du llré-sil. Rapport présenté au Ministre de l’industrie et des travaux publics, par M. L. (iitCLs, président de la Commission. Rio de Janeiro, 181)4.
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- La structure géologique de la grande contrée du Brésil, entre Uberaba et le rio Paranahyba, est relativement simple; les petits cours d’eau qui ont dénudé cette plaine offrent d’excellentes coupes pour l’étude de cette structure. Comme base, pour le grès ierrugineux qui forme ces champs, se trouve un micaschiste riche en mica blanc, d’une couleur grise, quand il n'est pas altéré, ou rougeâtre quand il est décomposé. Ce schiste renferme d’innombrables lenticules de quartz compact et, des fiions de quartz riche en tourmalines.
- Presque partout le terrain est couvert de cailloux roulés, tantôt détachés, tantôt cimentés par de la limonite ou du quartz. On trouve la même constitution géologique à Agua Suja, où le ruisseau de ce nom coule sur les bords relevés des couches de micaschistes. C’est dans du sable fin de ce ruisseau que se trouvent les diamants.
- « Lorsque je visitai la mine, dit M. le docteur E. llussak, je constatai que l’on trouvait, mêlés aux diamants, presque exclusivement de première eau mais malheureusement relativement petits, les minéraux suivants : staurolilhe, rutile, tourmaline, grenats dodécaèdres avec inclusion de granules de quartz, cailloux de grès et fragments de schiste micacé. »
- Outre les diamants, on recueille encore dans le voisinage d’Agua Suja d’abondants et beaux cristaux cubiques de grenat sans aucune inclusion. Enfin il faut mentionner dans les cailloux de cette localité, quoique comme élément assez rare et à peine observable dans les sables très fins, des petits cristaux de zirconc blancs et quelque peu roulés. Un seul cristal de rubis fut trouvé par le docteur Luiz Gonzaga de Campos.
- Les conditions du travail au moyen de l'eau sont favorables à Agua Suja. M. le docteur Arena, qui est propriétaire de lamine, a utilisé une belle cascade du voisinage de son installation qui lui permet de faire l'exploitation par la méthode californienne. 11 emploie un jet hydraulique système Hopkins.
- La.gravure qui accompagne notre texte, reproduit une photographie représentant l’opération du triage tinal du diamant. Gaston Tissaxdier.
- LE CENTENAIRE DE L’ÉCOLE NORMALE
- Nos lecteurs savent que le centenaire de l’École normale, qui a formé tant de professeurs, de savants et d’écrivains illustres, a été célébré le mois d’avril 1895. La grande journée de fêle a eu lieu le dimanche 21 et les invités ont été reçus par le directeur de l’École, M. G. Perrot, assisté de M. Gaston Boissier, président de l’Association, et de M. Levasseur, président du comité des fêtes. A l’occasion de ce centenaire, un beau livre a été publié sur l’histoire de l’Ecole normale. Nous y trouvons un chapitre très émouvant, qui met en évidence les sentiments patriotiques dont les élèves ont fait preuve pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Ce chapitre est dû à l’élève Bourgine, qui avait été choisi par ses camarades pour s’enquérir des formalités indispensables à l’incorporation dans un régiment. Un grand nombre d’élèves s’engagèrent, et la veille de l’incorporation un punch d’adieu
- réunissait M. Bertin, le sous-directeur de l’Ecole, et tous les élèves encore présents à Paris. Que de victoires y furent souhaitées !
- « Dès leur arrivée au régiment, dit M. Bourgine, les Normaliens, à quelque corps qu’ils appartinssent, semblèrent n’avoir pas changé d’élément. Ce serait un vrai [•rejugé, en effet, que de croire que tant de Français entraient autrefois dans l’Université avec la seule préoccupation des avantages qu’elle offrait, avec le désir surtout d’obtenir l’exemption du service militaire, l’exonération de l’impôt du sang. On y entrait tout simplement, alors, comme aujourd’hui, parce qu’on avait le goût de l’enseignement, la passion de la haute culture scientifique ou littéraire, et la meilleure réponse à faire à ceux qui accusaient alors les Universitaires de n’avoir recherché la robe que pour échapper à l’uniforme, n’est-elle pas dans ce fait que le nombre des candidats à l’Ecole normale a doublé depuis que le titre de Normalien n’entraîne pas la dispense complète du service militaire? Nos cadets aujourd’hui sont soldats, tout en étant Normaliens; nous le fûmes en 1870, quoique Normaliens, et le passage d'un état à l’autre se fit sans embarras. Aussi ce fut merveille d’apprendre avec quelle facilité les rabâcheurs de rosa rosæ, ou les « mâ-cheurs » de formules algébriques, se plièrent aux exigences de leur nouveau métier. »
- LES TRAVAUX ACTUELS
- DE L’OBSERVATOIRE DE PARIS
- Depuis 1878, l’Observatoire publie régulièrement chaque année un rapport sommaire destiné à faire connaître les travaux accomplis dans ses différents services. Ce rapport, présenté d’abord au Conseil de l’établissement, est ensuite soumis à l’approbation de l’administration supérieure, puis enfin imprimé pour être distribué plus spécialement aux observatoires et institutions scientifiques ainsi qu’aux savants français et étrangers avec lesquels l’Observatoire est en relations. C’est une brochure d’une trentaine de pages environ qui contient, pour chaque année écoulée, un résumé très intéressant de- tous les faits qui concernent notre grand établissement national, et la mention des importantes observations qui y sont accomplies par un personnel d’astronomes exercés.
- Nous extrayons du rapport récemment publié par le directeur actuel, M. Tisserand, les renseignements suivants relatifs à l’année 1894.
- L’un des services fondamentaux de l’Observatoire de Paris est celui des observations méridiennes, base essentielle de l’astronomie de précision. On y emploie régulièrement le grand cercle méridien, les instruments de Gambey (lunette et cercle), et le cercle méridien du jardin. Le service de jour est spécialement fait au premier de ces instruments et comprend les observations du Soleil et de la Lune, des planètes Mercure et Vénus, et des étoiles fondamentales nécessaires à la réduction des astres mobiles et à la comparaison des pendules et des chronomètres. Le service de nuit est accompli à l’aide de tous ces instruments et comprend les observations des grosses et des petites planètes, de la Lune, des étoiles fondamentales et des étoiles dont les positions restent à déterminer en vue de l’achèvement du grand travail de révision du catalogue de Lalande, entrepris par l’Observatoire.
- En outre, au cercle de Gambey, M. Périgaud a continué en 1894 les recherches spéciales qu’il a entreprises, depuis plus de sept années, pour la mesure de la latitude à l’aide de cet instrument et du grand cercle méridien. Il est
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- arrivé, par des déductions de haute précision, à fixer la valeur de cet élément impartant à 48°50'10",9 qui représente la moyenne des valeurs obtenues depuis 1887.
- Le nombre total des observations méridiennes, effectuées en 1894. atteint le chiffre de 18 308.
- Le grand équatorial coudé a été appliqué d’une manière continue, pendant l’année passée, aux recherches photographiques et spécialement à l’exécution d’épreuves focales directes de la Lune, les plus grandes qu’on ait obtenues jusqu’ici. Nous renvoyons d’ailleurs à ce sujet à la Note récemment publiée dans ce journal *.
- Les observations de nébuleuses et d’étoiles doubles constituent les travaux réguliers accomplis par M. Bigourdan à l’équatorial de la tour de l’Ouest ; mais cet astronome y observe également les comètes et les nouvelles petites planètes. Il a profilé en outre de l’opposition favorable de la planète Mars, en 1894, pour étudier la surface de cet astre au point de vue physique.
- A l’équatorial de la tour de l’Est, M. Callandreau a obtenu les positions de diverses petites planètes et comètes et mesuré quelques étoiles doubles.
- Dans le service de la carte photographique, MM. Henry ont fait, pendant l’année écoulée, 278 clichés du catalogue de la carte du ciel contenant les étoiles jusqu’à la onzième grandeur, et 9 clichés de la carte écliptique. Ces derniers clichés sont à 5 poses d’une heure chacune. Les mesures des clichés du catalogue ont été poursuivies pendant toute l’année; leur nombre s’élève à 32 898. On a commencé en novembre 1894 la réduction de ces mesures; à partir de cette date, ce travail marche régulièrement et systématiquement.
- Le service de l’heure a continué à fonctionner dans H s conditions des années précédentes. Les pendules de l’intérieur de l’Observatoire n’ont subi aucune perturbation ; leur synchronisation s’obtient toujours avec une grande précision. Les horloges de la Ville, installées sur deux circuits de réglage électrique dépendant de pendules têtes de ligne placées à l’Observatoire, ont présenté encore quelques irrégularités auxquelles on espère remédier dans un avenir prochain.
- L’envoi de l’neure de l’Observatoire de Paris a été fait régulièrement le dimanche aux villes suivantes : Rouen, le Havre, la Rochelle, Nancy et Saint-Nazaire; la ville de Chambéry est présentement dans le même cas.
- Les enregistreurs magnétiques ont été remis en service; les observations météorologiques ont été continuées sur les mêmes bases des années précédentes. La température des caves s’obtient à l’aide d’un thermomètre à acide sulfureux ; on a pu constater que cette température subit une variation périodique annuelle d’environ un centième de degré.
- Le grand télescope de lm,2ü de diamètre a été utilisé, pendant les belles soirées seulement, en vue de l’obtention des vitesses radiales des étoiles. Au sidérostat, on a continué les recherches de physique solaire entreprises depuis 1891.
- Les volumes des observations des années 1886 et 1887 ont paru et ont été mis en distribution.
- Le Bureau des calculs s’est activement occupé de la publication des volumes d’observations des années 1888 et 1889 et des deux volumes (en cours d’impression) du grand catalogue d’étoiles de l’Observatoire.
- Rappelons ici que ce catalogue comprendra toutes les observations méridiennes, au nombre de 330 000 environ, faites à l’Observatoire de 1857 à 1881 inclusivement, et
- 1 Yoy. a0 1140, du 0 avril 1895» p. 295.
- que ces observations se rapportent à 52000 étoiles distinctes. L’ouvrage se composera de 8 volumes in-4° dont quatre pour le catalogue proprement dit et quatre pour le détail des positions observées; les deux premiers ont paru en 1887, deux autres en 1891 ; les deux suivants seront publiés à la fin de 1893 et les deux derniers en 1899.
- Le rapport du directeur de l’Observatoire se termine par la nomenclature des divers travaux personnels accomplis par les astronomes de l’établissement et destinés à figurer dans les publications émanées de l’Observatoire : Annales (observations et mémoires), Bulletin astronomique, Bulletin du comité international de la carte du ciel. Quelques notes scientifiques d’actualité, ainsi que des observations de planètes ou comètes nouvelles, ont en outre été insérées aux Comptes rendus de l’Académie des sciences. Pour ne pas donner une trop grande étendue à notre résumé, nous sommes dans l’obligation de renvoyer à ces diverses sources d’informations pour qu’on puisse apprécier le nombre et l’importance des travaux en question.
- Nous ne ferons exception que pour mentionner ici l’œuvre importante accomplie par M. Caillot sur la théorie de Saturne, et à laquelle il a consacré quinze années de recherches minutieuses et de laborieux calculs.
- La théorie de cette planète due à l’illustre astronome Le Verrier laissait malheureusement subsister dés écarts inadmissibles dans sa comparaison avec les observations. M. Gaillot, après avoir repris dans leurs moindres détails les calculs antérieurs de Le Verrier, a pu arriver affaire disparaître les écarts en question et à représenter avec précision toutes les observations depuis 1730 jusqu’à nos jours. Le directeur actuel de l’Observatoire, en indiquant ce résultat capital obtenu par l’ancien et dévoué collaborateur de Le Verrier, annonce la publication prochaine, dans les Annales de l’établissement, dé nouvelles tables de Saturne qui réaliseront un progrès considérable et seront hautement appréciées par tous les astronomes.
- En terminant ce court exposé des travaux de l’Observatoire pendant l’année 1894, nous espérons qu’il aura permis de se rendre compte de l’activité scientifique de cet important établissement. L’Observatoire de Paris a certainement le plus grand souci des intérêts qui lui sont confiés, et garde, dans le monde astronomique, un rang élevé digne de la science et de notre pays.
- A. Fraissinet.
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- LE CHAUFFAGE
- DES TRAINS DE CHEMINS DE FER
- PAR LA VAPEUR ET l’AIR COMPRIMÉ COMBINÉS
- Nos compagnies de chemins de 1er se préoccupent actuellement d’assurer d’une façon complète le chauffage de tous leurs trains, et c’est là un problème qui ne laisse pas que de présenter de grosses difficultés, et qui appelle dans bien dos cas des solutions nouvelles. Il est facile de reconnaître, en effet, que les dispositions qui ont pu suffire il y a une vingtaine d’années, lorsqu'on chauffait seulement certains compartiments déterminés sur les trains à longs parcours, peuvent devenir impuissantes à répondre aux besoins actuels.
- (Test ce qui se produit eu effet pour l'emploi des bouillottes à eau chaude : ce mode de chauffage si
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- simple et si commode à tant de points de vue, qui a été longtemps le seul applique et (pii l’est encore, au moins en partie, sur toutes les lignes françaises, présente l’inconvénient d’exiger des manipulations fréquentes qui deviennent meme à peu près impraticables lorsqu’on veut aborder tous les compartiments et les trains de toute nature. Le remplacement de ces bouillottes doit avoir lieu toutes les deux heures au moins, il ne peut se faire que dans les gares possédant l’installation et le personnel nécessaires, il gène aussi les mouvements des voyageurs, et ce sont là des sujétions très graves pour les trains à faible parcours, si multipliés aujourd’hui, dont les tètes de ligne sont souvent constituées par des gares mal aménagées à cet effet. Et cependant, avec des trains qui comprennent 90 compartiments par exemple, et qui se succèdent avec grande rapidité, comme c'est le cas dans la banlieue de Paris, il faut arriver à enleveiM‘l remettre en place, en un temps très court, 180 bouillottes qui ne pèsent pas moins de r>(500 kilogrammes. Ajoute/ que la disposition des wagons ne se prête pus toujours à ces manutentions; celles-ci deviennent fort gênantes dans les voitures à couloir qui se multiplient actuellement, et impossibles pour les impériales dans les voitures qui en comportent. On a essayé déjà, du reste, de remplacer les bouillottes par des modes de chauffage basés sur des principes différents et dont on rencontre, à l’étranger surtout, des exemples fréquents.
- Au lieu d’apporter dans le train la chaleur ainsi accumulée au préalable dans des récipients mobiles, on peut employer des appareils de chauffage à loyers multiples comportant au moins un foyer isolé par voiture, et c’est ainsi qu’on est arrivé à recourir, soit aux foyers à briquettes chauffant chacun un
- compartiment unique, soit aux poêles dont l’action s’étend sur une. voiture entière qu’ils échauffent par circulation d’air ou d’eau chaude. Ces appareils ont le grand avantage de maintenir l’indépendance des voitures, tout en supprimant, pour la plupart, les manutentions pénibles qu’exigent les bouillottes ; par contre, ils ont plusieurs inconvénients sérieux,
- plus ou moins accentués suivant les cas.
- Le premier de tous est le danger d’incendie en cours de route et surtout en cas d’accident par suite de la présence dans chaque voiture d’un foyer continuellement allumé. Ce danger, peu accentué avec certains combustibles comme le coke ou l’anthracite qui s’éteignent en plein air lorsqu’ils sont dispersés, est plus marqué, au contraire, pour d’autres, comme le charbon de Paris, dont la combustion s’active au contact de l’air. En outre, ces appareils ne sont guère modé-rables, car il est difficile en effet, avec un loyer
- de faible volume, d’obtenir d'un côté, en quelques instants, au moment même du départ, la quantité de chaleur nécessaire, et, d’autre part, de pouvoir réduire la combustion sans crainte d’extinction pour ne jamais dépasser le point convenable suivant les variations de la température. En outre, les appareils à circulation d’air ont l’inconvénient de dégager des odeurs souvent désagréables et quelquefois même des gaz délétères. Cet inconvénient se retrouve également avec les briquettes, qui donnent une chaleur lourde et pénible et qui peuvent dégager aussi de l’oxyde de carbone dans les compartiments s’il se produit quelque fuite dans les gaines isolées renfermant hs paniers chargés de charbons enflammés. Ces difficultés graves ont amené peu à peu l’abandon des poêles et des calorifères, même dans les pa\s étrangers où ils étaient employés autrefois par
- Fig. 1. — Vue de l'accouplement de la conduite générale pour le chauffage continu à la vapeur et à l'air comprimé combinés.
- Fig. 2. — Disposition des tuyaux de branchement pour le chauffage dans les voitures de deuxième et de troisième classe.
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- tous les habitants d’une façon presque exclusive.
- Les appareils à circulation d’eau désignés sous le nom de thermosiphons donnent déjà des résultats plus satisfaisants, car ils assurent une chaleur plus douce et plus régulière, ils évitent en môme temps les mauvaises odeurs et les gaz délétères, et diminuent grandement les chances d’incendie, sans les éviter complètement toutefois. Par contre, le fonctionnement en est assez délicat, car le mouvement de circulation de l’eau employée à la transmission
- de la chaleur, se trouve basé uniquement sur la différence de densité de l’eau échauffée par rapport à l’eau froide, la pression motrice est donc forcément très limitée et elle peut se trouver mise en échec par une cause d’obstruction, meme très légère, venant interrompre le mouvement. En outre, le chauffage initial de la masse d’eau nécessaire exige un temps assez long, le réglage est difficile et ne peut se faire que pour l’ensemble de la voiture ; mais l’inconvénient principal tient surtout aux précautions multiples qu’on est obligé de prendre pour éviter les accidents dus aux congélations qui peuvent se produire, lorsque le foyer vient à s’éteindre naturellement ou par accident. Dans un intéressant Mémoire communiqué à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et auquel nous empruntons la plus grande partie de ces renseignements,
- M. Lancrenon, ingénieur en chef adjoint à la Compagnie de l’Est, déclare en effet que les diverses tentatives entreprises par les soins de cette Compagnie pour prévenir les accidents résultant de la congélation des thermosiphons qu’elle emploie en service régulier depuis de nombreuses années, comme l’addition de glycérine, l’emploi de sel marin ou de chlorure de calcium, n’ont pas donné de résultats complètement satisfaisants, car ces dissolutions s’altéraient assez rapidement en provoquant des dépôts qui obstruent la conduite, et on est donc arrivé, en
- — Disposition des branchements indépendants pour chaque compartiment pour le chauffage des voitures de première classe.
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- désespoir de cause, à maintenir les appareils en feu d’une manière permanente, même pendant les stationnements, ce qui entraîne, comme on voit, une dépense sensible et des difficultés réelles d’exploitation.
- En présence de cette situation, la Compagnie de l’Est, qui est par-ticulièrement intéressée dans cette question du chauffage des voitures, puisqu'elle exploite le réseau le plus froid de France, s’est décidée à revenir à l’étude d’un système de chauffage continu, avec source de chaleur unique pour tout l’ensemble du
- train, en appliquant à cet effet la vapeur meme empruntée à la chaudière de la locomotive.
- En principe, l'application de ce mode de chauffage qui rappelle la disposition des freins continus à air, paraît particulièrement simple : la vapeur de la chaudière, convenablement détendue pour ne pas trop fatiguer la tuyauterie et les accouplements, est dirigée dans une conduite unique régnant sur toute la longueur du train : dans chaque compartiment on prélève sur cette conduite une certaine quantité de vapeur qui vient s’y condenser en apportant ainsi la chaleur dont on a besoin. Malheureusement, la réalisation pratique présente deux graves difficultés, tenant l’une au réglage, et l’autre à l’évacuation de l’eau de condensation.
- On observe en effet que le réglage est pratiquement impossible dans le chauffage d’un compartiment avec la vapeur ainsi employée seule, car la moindre variation de la quantité de vapeur admise dans les conduites suffit pour changer complètement les conditions du chauffage. La pression de vapeur varie elle-même à chaque instant dans la conduite générale, et il est impossible d’atténuer ces variations en agissant sur le volume d’admission dans le compartiment, quelque soin qu’on apporte à cette manœuvre.
- L’eau de condensation provoque aussi des difficultés non moins graves; elle se congèle à l’extré-
- Coupc du purgeur automatique à dilatation.
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- mité des orifices d’évacuation, elle s’accumule dans les tuyaux, s’y congèle en stationnement, et met ainsi les appareils hors de service; on est obligé de l’entraîner en la laissant s’écouler avec un excès de vapeur, ce qui est encore une source de dépense et une gène pour l’exploitation à causé des nuages de vapeur qui se produisent aux divers orifices et enveloppent ainsi le train.
- M. Lanerenon est arrivé à remédier à ces diverses difficultés au moyen des dispositions que nous allons décrire qui ont été essayées avec succès sur le réseau de l’Est et sont même entrées actuellement dans la phase d’application pratique. Celles-ci sont représentées dans les figures 1 à 4 que nous empruntons également à la Notice dont il est l’auteur; elles comportent, comme on le verra, l’emploi de la vapeur combiné awc celui de l’air comprimé.
- L’addition d’un fluide incongelahle comme l’air comprimé présente en effet l’avantage d'assurer l’entraînement continuel de l’eau de condensation qui tend autrement à s’accumuler aux points bas des conduites et qui séjourne aux orifices d'évacuation. Par là, on obtient beaucoup plus rapidement la pression régulière nécessaire sur toute la longueur de la conduite d’une extrémité à l’autre du train, et on la maintient dans des conditions beaucoup plus satisfaisantes. L’étude du tracé des tuyaux se trouve en outre grandement facilitée, car on peut diminuer leur diamètre et leur donner les formes les plus variées sans s’astreindre à ménager les pentes nécessaires pour l’écoulement de l’eau condensée. On a pu réussir, en effet, grâce à l’emploi d’un appareil purgeur particulièrement ingénieux qui assure l’évacuation de l’eau et de l’air froid tout en retenant la vapeur, à réaliser pour chaque voiture l’évacuation directe de l’eau condensée, et on a ainsi supprimé l’obstacle principal qui s’oppose à l’introduction de la vapeur dans les tuyaux de chauffage-
- Les dispositions adoptées comportent essentiellement une conduite générale dans laquelle le mécanicien dirige le mélange d’air et de vapeur nécessaire, et qui est mise en relation sous chaque voiture avec les tuyaux de branchement qu’elle comporte ; chacun des branchements est muni d’ailleurs du purgeur automatique à dilatation qui vient d’être signalé. Sur les machines puissantes, la pompe du frein à air comprimé serait insuffisante pour alimenter en même temps la conduite de chauffage, et on a disposé à cet effet une pompe spéciale qui échappe directement dans la conduite la vapeur détendue qui vient de l’actionner en même temps que l’air qu’elle a comprimé. Sur les machines remorquant les trains légers, ou s’est borné à ménager une prise d’air sur le tuyau de refoulement de la pompe du frein avec une prise de vapeur directe sur la chaudière.
- Les soupapes de sûreté sont toujours réglées à 5 kilogrammes. La conduite générale a un diamètre extérieur de 45 millimètres qu’on réduit à 55 dans les accouplements dans le but d’y augmenter la
- vitesse du courant gazeux [tour éviter le mieux possible les accumulations d’eau. Ces accouplements, dont le type est représenté figure 1, comportent des hoyaux en caoutchouc fixés sur les voitures comme ceux des freins à air ; ils sont munis également de raccords à griffes qui s’emmanchent l’un dans l’autre par un mouvement de baïonnette et qui sont disposés de manière à éviter tout coude brusque dans la conduite avec les accumulations d’eau qui en résulteraient. Quant aux tuyaux de branchement des voitures, ils sont ménagés souS le plancher de celles-ci sans aucun contact avec -l’air du compartiment, dont ils sont isolés par une tôle, de manière à chauffer les pieds des voyageurs sans dégager aucune mauvaise odeur, comme le fait se produirait si les poussières pouvaient venir au contact des tuyaux échauffés par le passage de la vapeur.
- La figure 2 représente la disposition adoptée sur les voitures de 2e et de 5e classe : les tuyaux de chauffage, au nombre de trois, sont branchés en B sur la conduite générale AG à l’une des extrémités de la voiture, ils pénètrent verticalement dans la caisse en traversant le plancher extérieur, puis ils se recourbent horizontalement en C en passant successivement sous l’allée H de chacun des compartiments. A la fin de leur parcours, ils aboutissent au purgeur automatique. Des robinets d’admission, qui se manœuvrent seulement de l’extérieur, permettent d’envoyer l’air et la vapeur à la fois dans les trois tuyaux si on le désire, ou d’en isoler un ou deux, réalisant ainsi un réglage variable pour chaque voiture, mais uniforme dans les divers compartiments de celle-ci. On comprend immédiatement qu’une disposition analogue peut s’appliquer aussi au chauffage des impériales dans les voitures qui en comportent.
- Sur* les voitures de lrc classe (fîg. 5), le réglage est mis, au contraire, à la disposition des voyageurs, et on a dû adopter à cet effet des branchements indépendants pour chaque compartiment. Le robinet d’admission E peut se manœuvrer de l’intérieur en même temps que du dehors.
- Les tuyaux de chauffage G, au nombre de deux seulement, reçoivent la même disposition que précédemment; en sortant du compartiment qu’ils traversent, ils se réunissent dans un collecteur unique muni également d’un purgeur automatique G.
- Cet appareil, qui est l’organe essentiel de la disposition adoptée, doit assurer, comme nous l’avons indiqué, l’évacuation de l’eau de condensation et de l’air froid, tout en retenant la vapeur; il est représenté figure 4. Le fonctionnement en est basé sur la dilatation de l’oléonaphte rectifié, constituant un liquide neutre et inaltérable et n’émettant aucune vapeur aux températures atteintes, de manière à être influencé seulement par la température et non par la pression. Ce liquide est renfermé dans une capsule métallique étanche A reliée par la tige mobile B avec un soufflet métallique en forme de lanterne vénitienne C qui s’allonge quand le liquide se dilate.
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- Cette capsule est enfermée elle-même dans une enveloppe fixée à l’extrémité des tuyaux à purger. Tant que cette enveloppe est remplie d’air ou d’eau de condensation, le soufflet reste contracté, la soupape D se maintient ouverte et l’évacuation s’opère. La soupape se ferme, au contraire, lors de l’arrivée de la vapeur qui dilate le liquide et allonge le soufflet, ce qui arrête ainsi toute issue au dehors.
- Les dispositions que nous venons de décrire sont mises en service depuis trois années, et, comme les résultats en ont été fort satisfaisants, la Compagnie de l’Est a décidé d’en étendre l’application à une grande partie de son matériel, laquelle comprendra bientôt 142 machines et plus de 500 voitures. L. B.
- LES OISEAUX DE PARADIS
- RÉCEMMENT DÉCOUVERTS A LA NOUVELLE-GUINÉE
- De toutes les familles qui constituent l’ordre des Passereaux, la famille des Paradisiers est assurément celle qui a déjà fourni aux ornithologistes le plus grand nombre de formes extraordinaires et celle qui leur réserve encore les plus étonnantes surprises. Dans son livre intitulé Les Oiseaux merveilleux, Lesson ne mentionnait, en 1855, que quatorze espèces d’Üiseaux de Paradis, dont il avait pu étudier des spécimens dans les collections du Muséum ou dont il avait observé des individus vivants, dans leur pays natal, pendant un séjour de plusieurs semaines sur la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée1 2. Aujourd’hui, au contraire, on ne compte pas moins de quatre-vingt-deux espèces de Paradisiers qui, pour la plupart, se trouvent représentées dans les galeries du Jardin des Plantes. Quelques-unes de ces espèces, il est vrai, ne font que reproduire, avec de légères modifications, les types d’espèces anciennement connues, mais d’autres diffèrent, du tout au tout, des formes classiques et dépassent, par la singularité de leur costume, tout ce que l’imagination pouvait rêver. Qui aurait pu supposer qu’il existât un Paradisier tel que le Paradisornis Rudolphi2 chez-lequel les parements, c’est-à-dire les larges touffes de plumes qui ornent les flancs, offrent, au lieu de la couleur jaune ou rouge des Paradisiers ordinaires, une magnifique teinte bleu d’outremer? Qui aurait pu s’attendre à la découverte, dans le nord de la Nouvelle-Guinée, de l’extraordinaire Pte-ridophora Alberti que M. le Dr A.-B. Meyer, de Dresde, a signalé le premier et dont, quelques semaines plus tard, une description détaillée a été publiée par l’auteur de ces lignes, dans le Bulletin
- 1 Lesson avait été, avec Garnot, attaché, en qualité de médecin et de naturaliste, à l’expédition autour du monde de la corvette la Coquille, commandée par Duperrey. La Coquille jeta l’ancre, le 24 juillet 1824, dans le havre Dorey ou Dorch, à l’entrée de la baie Geelwinck, sur la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée.
- 2 Voyez, au sujet de ce Paradisier, l’article publié dans La Nature, n° 672, du 17 avril 1886, p. 512.
- du Muséum*! Ce Paradisier diffère de tous ceux que l’on connaissait jusqu'à ce jour par la présence d’ornements bizarres consistant en deux longues tiges, insérées de chaque côté de la tête, en arrière des yeux, et portant une série de plaques cornées, d’un blanc glacé de bleu sur leur lace supérieure et d’un brun uniforme sur leur face inférieure. Sur chaque tige, qui atteint une longueur au moins égale au double de la longueur du corps de l’oiseau, on compte une quarantaine de ce s plaques, qui sont quadrangulaires et qui vont en augmentant de dimensions jusqu’à un certain point pour diminuer graduellement dans le dernier tiers de ces curieux appendices. Les tiges et les plaques qui y sont adhérentes ont été comparées, avec juste raison, aux feuilles de certaines Fougères, par M. le Dr Meyer, qui a donné, [tour ce motif, au Paradisier le nom générique de Pteridophora ; mais elles ressemblent aussi à ces cordages chargés de drapeaux qui ornent les embarcations de plaisance dans les fêtes nautiques. En réalité, ce sont des plumes de la catégorie de celles qui ont été appelées, par M. le Dr Y. Fatio, plumes émaillées et qu’on rencontre aussi chez les Martins-Pêcheurs, chez certains Tangaras, chez les Brèves et chez les Irena, Passereaux asiatiques à livrée bleue et noire, assez voisins de nos Loriots. Ces plumes sont généralement ou plutôt paraissent être bleues ou vertes, car, en réalité, elles n’ont pas ces teintes brillantes qu’elles doivent uniquement au jeu de la lumière sur une couche d’émail formée, dans chaque barbe, par de grandes cellules presque superficielles. Vues par transparence elles ont simplement la couleur de la corne. C’est ce qu’on observe aussi pour les grandes plumes de la tête du Pteridophora, dont les plaques, naturellement brunes, brillent d’un éclat nacré.
- On savait déjà, par l’exemple des Sifflets, que certains Paradisiers pouvaient avoir les côtés de la tête ornés de longues plumes profondément modifiées, la tige s’étant dépouillée de toutes les barbes, sauf dans sa portion terminale, de façon à figurer des brins déliés, terminés par une petite palette; mais on n’avait jamais vu, comme chez le Pteridophora Alberti, les barbes manquer d’un seul côté de la plume et se souder complètement de l’autre côté, sauf sur certains points, régulièrement espacés, de manière à constituer une série de plaques cornées. Ces plaques, toutefois, ne sont qu’une exagération des dilatations que l’on observe à l’extrémité des plumes du camail d’un Échassier de Madagascar, l’Anastome lamelligère, du Coq de Sonnerat et d’une sorte de Coucou des Philippines, le Malcoha de Cu-ming, ou bien encore au bout de quelques plumes des ailes du Jaseur de Bohême où elles ont l’aspect de gouttelettes de cire à cacheter.
- Privé de ses panaches, le Pteridophora Alberti n’offrirait rien de remarquable; ce serait un vulgaire Passereau, de la grosseur d’un Merle, revêtu
- 1 Voy. n° 4140, du 6 avril 4895, p. 295.
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- d’une livrée brime et noire, rehaussée d’un peu de jaune doré sur les ailes et la partie intérieure du corps et ne rappelant la livrée des autres Paradisiers que par l’aspect velouté des plumes de la tète et du cou. L’est, du reste, avec cette physionomie modeste que doivent se montrer les femelles du Pterido-phora Alberti, sans doute assez semblables à celle des Sifdets, et c’est également ainsi que se présentent les mâles en dehors du temps où ils font la cour aux femelles. Les longs panaches qu’ils portent si fièrement sont des ornements temporaires; ils tombent à un moment donné et délivrent l’oiseau d’ime gène (pii doit être assez sensible, en raison des dimensions exagérées de ces appendices. Ceux-ci doivent, il est vrai, être légèrement mobiles. A leur base s’insèrent des muscles peaussiers qui peuvent les écarter, les ramener dans un plan voisin de l’horizontale ou les porter en avant lorsque l’oiseau fait la roue, les laisser retomber mollement quand il est en repos ou leur permettre de ilotter au veut comme des banderoles lorsque le Paradisier vole d’un arbre à l’autre, ainsi que le représente notre dessin.
- bientôt du reste, peut-être même dans quelques jours, nos lecteurs pourront se rendre compte de l’aspect étrange (pie présente le Pteridophora Alberti, en étudiant, dans les galeries du Muséum, un magnifique spécimen de cette espèce dont le montage, assez compliqué, va être terminé et qui a été acquis d’un grand négociant hollandais, M. van Ile— nesse van Duivenbode. Ce spécimen a été pris sur les monts Yaour, situés au nord-est de la baie Geelwinck qui s’ouvre sur la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée. Comme beaucoup de ses congénères, 1 o Pteridophora Alberti est donc une espèce montagnarde. Malheureusement nous ne savons rien de ses mœurs. Tout ce (pic l’on peut supposer, d’après la présence, sur la tête du mâle,- au moins à une certaine saison, de plumes fragiles et plus de deux fois aussi longues (pie le corps, c’est que le Pteridophora Alberti ne cherche pas sa nourriture sur le sol, qu’il passe au contraire une grande partie de son existence sur les arbres et qu’il se perche plutôt sur les hautes branches, près de la cime, qu’au milieu du feuillage, imitant d’ailleurs en cela les habitudes de beaucoup d’autres Paradisiers.
- En même temps que le Pteridophora Alberti le Muséum a acquis de M.' van Picnessc van Duivenbode deux autres Paradisiers, dont l’un est un mâle adulte de VArnblyornis inornata ou Oiseau-jardinier, tandis (pie l’autre est un male également en plumage de noces de l’espèce qui vient d’être décrite par M. A.-IL Meyer sous le nom de Parotia Carolæ. Les Parotia sont les Paradisiers que l’on désigne vulgairement sous le nom de Sifflets parce qu’ils portent de chaque côté de la tête trois filets, trois brins terminés en palette et qui, comme nous le disions tout à l’heure, sont des plumes extraordinairement modifiées. De ce groupe, l’espèce la plus anciennement connue est le Parotia sexpennis, le Coran-na des Papous qui vit sur les monts Arfak,
- au nord-ouest de la baie Geelwinck1, au milieu des grands bois, à une altitude moyenne de 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les mâles sont vêtus d’un superbe manteau de velours noir, à retlets pourprés; ils ont sur la gorge un plastron métallique d’un éclat incomparable, sur la tête un diadème de plumes blanches et sur la nuque une plaque au moins aussi brillante que le gorgerin. Les femelles, au contraire, n’ont ni filets latéraux, ni plaques, ni plastrons, et portent un costume brun, noir et gris, avec des barres transversales sur la poitrine.
- En 1885, M. Ramsay a fait connaître une seconde espèce de Parotia, le Parotia Lawesi, provenant des monts Astrolabe qui s’élèvent non loin de Port Moresby, dans le sud de la Nouvelle-Guinée. Cette espèce se distingue du Parotia sexpennis ou Sifilet ordinaire par plusieurs caractères. Les mâles, en effet, ont les pennes caudales notablement plus courtes, le manteau noir, sans reflets pourprés, le diadème blanc teinté de roux en arrière, et la plaque nuchale d’un bleu d’acier, à reflets violets, et non d’un vert doré à reflets bleus comme chez le Parotia sexpennis. Les femelles, d’autre part, ont les parties inférieures du corps d’un roux plus ou moins vif, avec des raies noires. Le Parotia Laivesi a été retrouvé plus tard, en 1889, par M. A.-P. Goodwin, naturaliste anglais qui s’était joint à l’expédition dirigée par sir William Mac Gregor, gouverneur des possessions britanniques de la Nouvelle-Guinée et ayant pour objectif l’ascension du mont Owen Stanlev. Après avoir constaté la présence de cette espèce de Paradisier sur les flancs du mont Ilelford, à une altitude de 4000 mètres, M. Goodwin parvint à en capturer plusieurs individus sur une autre montagne de la même région, sur le mont Musgrave, à une altitude correspondante. 11 put même étudier de près les allures de ces oiseaux, le campement de l’expédition se trouvant dans le voisinage immédiat d’une des places, où les Parotia viennent se livrer à leurs ébats. Ces Paradisiers ont, en effet, la coutume de se réunir, à certaines époques, au nombre de six ou huit, sur un point de la forêt où le sol est débarrassé des broussailles et des mauvaises herbes, et de s’y livrer à des sortes de jeux, ou plutôt peut-être à des passes d’armes dans lesquelles les mâles étalent, aux yeux des femelles, la splendeur de leurs ajustements.
- - Telles sont probablement aussi les habitudes du Parotia Carolæ qui remplace sur les monts Yaour, au sud-est de la haie Geelwinck, le Parotia sexpennis des monts Arfak et le Parotia Lawesi des montagnes de la région méridionale de la Nouvelle-Guinée. Le Parotia Carolæ, qui est représenté sur la planche ci-jointe au premier plan, au-dessous du Pteridophora Alberti, est de formes un peu plus massives et de taille un peu plus forte que ce dernier, la grosseur de son corps se trouvant d’ailleurs
- 1 Voyez, au sujet de cet oiseau, l’article publié dans La Nature (n° 275, du 7 septembre 1878, p. 226).
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- l’/i ritJtiphorn .1 Ibrrl/ (volant) et Ptiroliit Caruhr (représenté perché, au premier plan).
- (Demi-praiuleur naturelle.)
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- uu peu exagérée par l’ampleur de son manteau de velours. Sur sa poitrine s’étale un large plastron formé, comme celui du Sifflet ordinaire, par des plumes écailleuses, régulièrement imbriquées et brillant d’un éclat métallique. Toutefois les reflets de ces écailles ne sont pas les memes que chez le Parolia sexpennis. Au lieu de l’or et du vert, c’est l’aigue-marine et le lilas qui dominent ici et produisent un effet encore plus agréable à l’œil. La plaque nuchale est un peu moins grande que chez le Sifilet ordinaire et les plumes du Iront présentent une autre disposition; elles se relèvent de chaque côté en une double crête frangée de blanc d’argent et légèrement infléchie en dedans, à son bord supérieur. Ces crêtes, qui rappellent un peu les disques céphaliques du mâle de YAstropia nigra, vulgairement appelé le Hausse-col doré, forment, en se réunissant antérieurement, une sorte de coquille bivalve entre-bàillée laissant apercevoir une plaque soyeuse et mordorée qui représente la petite calotte argentée du Sifilet ordinaire. Cette plaque s’étend beaucoup plus loin en arrière que chez le Parolia sexpennis; en revanche, les filets qui se détachent, qui jaillissent, pour ainsi dire, des côtés de la tète, sont un peu plus courts et se terminent par des palettes un peu moins développées. Ils sont précédés de deux ou trois brins avortés.
- Nous n’insisterons pas aujourd’hui sur YAm-blyornis inornata dont nous avons déjà dit quelques mots dans un article précédent, car nous espérons avoir l’occasion de parler avec plus de détails des mœurs si curieuses des Oiseaux-jardiniers de la Nouvelle-Guinée et de l’Australie. Les trois spécimens dont le Muséum vient de s’enrichir, sont originaires de la même localité que ceux qui ont été décrits tout récemment par M. le l)p Meyer, puisque ce savant naturaliste indique précisément, comme lieu de provenance du Pteridophora Alberti et du Parolia Carolæ, les montagnes voisines du fleuve Ambernon qui se jette dans la mer sur la côte orientale de la baie Geelwinck. M. le l)r Meyer ayant exploré lui-mème, il y a quelques années, une partie de la Nouvelle-Guinée et n’ayant pas cessé, depuis lors, de recevoir de ce pays de riches collections de Mammifères et d’Oiseaux, le Musée de Dresde, dont il est le Directeur, a pu obtenir les deux espèces nouvelles qui font l’objet de notre article quelques semaines avant le Muséum d’histoire naturelle. En revanche, le Musée de Paris a été le premier à recevoir deux autres espèces inédites de Paradisiers, le magnifique Craspedophora Mantoui qu’il doit à là'1 générosité de M. Mantou et le Drepanornis Bruijni, dont deux individus, d’àges différents, ont été acquis à M. L. Laglaize. Il y a en ce moment, entre les différents Musées et entre les naturalistes, une émulation extraordinaire pour l’acquisition et la description de tout Paradisier nouveau dont la dépouille est apportée en Europe, et cette émulation est de nature à stimuler le zèle des explorateurs. E. Oustalet.
- UNE BAGUE TAILLÉE BANS DU DIAMANT
- Nous sommes obligé de revenir sur cette question qui a été traitée à plusieurs reprises dans notre journal. Dans le n° du 15 décembre 1894, page 54, nous avons publié un article dans lequel on parlait d’une bague taillée dans un diamant par un des premiers joailliers d’Anvers. M. Gustave Antoine; l’auteur la présentait comme la première qui ait jamais été exécutée. Dans notre livraison du 12 janvier 1895, page 110, nous avons publié une lettre de M. Bordinck qui a revendiqué pour son père l’honneur d’avoir fait en 1890, quatre ans avant!. Antoine, une première bague en diamant; et nous avons été conduit à publier un article sur la gravure sur diamant (n° 1159, du 50 mars 1895). Les documents nous ont été donnés par M. Boucheron, notre célèbre joaillier, dont nous avons présenté la bague en diamant qu’il a aussi dans son magasin; nous avons parlé des progrès des gravures et de la taille des diamants que l’on doit à MM. Bordinck père et fils. M. Antoine nous a encore écrit de son côté une lettre dans laquelle il dit que la bague citée par M. Bordinck comme antérieure à la sienne, est moins bien exécutée que celle qu’il a exposée à Anvers. Voici d’ailleurs le passage de la lettre de M. Antoine où il fait sa revendication :
- (( Si je ne me trompe, l’anneau auquel M. Bordinck fait allusion, ne mesure à peine que 11 millimètres de diamètre extérieur et est imparfaitement creusé, sans avoir l’ombre d’un poli à l'intérieur, tandis que le mien, qui a figuré à l’Exposition universelle d’Anvers, mesure exactement 17 millimètres extérieurement et 11 millimètres intérieurement. Il est en outre creusé à la perfection et, je le répète, poli à l'intérieur comme à l'extérieur. Aussi, puis-je m’en vanter, il a fait l’objet de l’admiration de tous mes collègues et de tous les connaisseurs du monde entier. Si je me permets, monsieur le Directeur, de réfuter les assertions de M. Bordinck, ce n’est pas que je veuille conclure à réclamer l’honneur pour telle ou telle ville, mais simplement pour rétablir la vérité. Or, aucune réfutation ne m’étant parvenue jusqu’à ce jour, je répète ici ce que j’ai dit antérieurement, concernant M. Bordinck, que je ne veux nullement amoindrir la gloire revenant à mes collègues, mais que je tiens uniquement à ce que l’on reconnaisse le mérite de chacun. »
- Gomme conclusion, nous ajouterons que nous avons parlé avec éloges des travaux de MM. Bordinck père et fils, et que nous sommes tout aussi bien disposé à reconnaître le mérite de ceux que l’on doit à M. Gustave Antoine.
- Gaston Tissandier.
- L’USINE DE S0H0
- ET L’HISTOIRE DE LA MACHINE A VAPEUR
- On a vu récemment disparaître la célèbre usine de Soho, près de Birmingham, où James Watt créa la machine à vapeur moderne. L’usine de Soho, appartenant à la’ Société J. Watt et C1", précédemment Boulton et Watt, avec l’outillage qui la garnit, la clientèle, achalandage, a dû être vendue le mois dernier. Une annonce spéciale avait appelé l’attention du public sur une collection unique de dessins originaux de machines atmosphériques, de machines avec roue planétaire et des premières machines à manivelles, de lettres de Watt, de Boulton, de Murdoch, Telford, Rennie, Arkwright, etc., remontant jusqu’à 1760, de modèles de toute sorte et autres objets d’intérêt excep-
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- LA NA TU H K.
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- tionnel pour les ingénieurs. Nous espérons que le gouvernement anglais ou, à son défaut, les Sociétés savantes de la Grande-Bretagne, n’ont pas laissé disperser ces collections sans en recueillir la partie la plus intéressante, et ont tenu à honneur de conserver les traces des débuts du grand moteur industriel du dix-neuvième siècle.
- 11 est bien à regretter que, lors de la disparition de tant de maisons qui avaient fondé l’art de la construction mécanique en France, on n’ait pas conservé les dessins des machines les plus intéressantes exécutées dans ces ateliers. Avant 1850, il n’existait qu’un petit nombre de publications industrielles, et beaucoup de machines très remarquables pour leur époque ont disparu sans laisser de traces. On aimerait à trouver au Conservatoire des Arts et Métiers une partie au moins des dessins qui ont été détruits ou dispersés lors de la fermeture des ateliers de Manbyet Wilson, à Charenton; de Perier et Edwards, à Chaiilot; Àitken et Steel, à la Gare; Hallette, à Arras; Pauwels et Gavé, à Paris; Meyer, à Mulhouse, pour ne parler que des principaux, et on est étonné de voir l’indifférence avec laquelle la question de la conservation de ces reliques d’une époque encore bien près de nous est traitée, même par des esprits éclairés. Nous connaissons une maison de premier ordre, qui a un passé glorieux et une situation très prospère et où on nous a déclaré qu’on n’avait conservé aucun dessin, aucune pièce, ni aucun document technique antérieur à 1848.
- Pour en revenir à l’usine de Soho, elle avait été créée par Boulton plusieurs années avant son association avec Watt et était consacrée à la fabrication d’objets de diverses natures en métal, ainsi qu’à la frappe des monnaies et médailles, industrie qui y a, du reste, été conservée jusqu’à l’époque actuelle, car dans les annonces de vente figure l’énonciation d’un matériel monétaire complet. La force motrice était à l’origine empruntée à une roue hydraulique que faisait marcher l’eau d’un étang élevée au moyen d’une machine à vapeur de Savery. ün sait que c’était, avant la machine à vapeur à rotation, le moyen peu économique qu’on employait souvent pour se procurer, en l’absence de chute d’eau, sur un arbre tournant, une force supérieure à celle que pouvait donner l’emploi de plusieurs chevaux attelés à un manège. Playair a fait à ce sujet la remarque curieuse que l’acquisition des terrains près de l’étang, la nature peu favorable du sol pour la‘construction et diverses sujétions ont fait dépenser à Boulton pour cette question de force motrice près de 250 000 francs, alors qu’une machine à vapeur comme celles qu’il devait construire plus tard aurait coûté moins du dixième de cette somme.
- Les ateliers de Soho, à part la notoriété qu’ils devaient à la naissance de la machine à vapeur, ont joui d’une grande réputation dans la première moitié de ce siècle. Ils ont construit une partie des machines des premiers bateaux à vapeur et fourni beaucoup de puissants appareils à la marine de guerre et de commerce de la Grande-Bretagne. On peut citer, dans une période relativement récente, les machines à hélice du Great Eastern et celles des paquebots Ulster et Munster. Mais depuis longtemps cette usine, jadis si connue, ne faisait plus parler d’elle, et sa disparition, en dehors des souvenirs historiques qui s’y rattachent, ne cause pas une grande sensation. H nous a cependant paru utile de ne pas la laisser passer sans la signaler tout au moins1.
- CABLE ÉLECTRIQUE DE MADAGASCAR
- Le câble qui relie Madagascar au continent africain et qui donne journellement des nouvelles de cette île, a pour points d’atterrissement Mozambique et Majunga. La fabrication en a été confiée à deux maisons françaises : la Société industrielle des Téléphones et la Maison Grammont, qui ont leurs usines, la première, à Calais, la seconde, à Saint-Tropez (Var). 11 a donc été fabriqué en deux tronçons. Le tronçon de Calais, embarqué le 8 février sur le François-Arago, a fait le tour de l'Espagne [tour venir se souder à celui de Saint-Tropez, qui a lui-même été embarqué sans qu’il y ait eu aucun accident pendant le levage du câble dans les cuves. L’opération s’est faite dans les meilleures conditions, grâce à un personnel très habile fort bien dirigé.
- Le François-Arago appartient à la Société industrieJle des Téléphones ; il a été construit et aménagé spécialement pour la pose des câbles sous-marins. Il a quitté Saint-Tropez au mois de mars, se dirigeant sur Mozambique, où le câble a été déroulé.
- Un bureau télégraphique français, comprenant un personnel de six agents, est créé à Mozambique. Toutes les communications télégraphiques qui aboutissent sur cette côte de l'Afrique appartenant à la puissante compagnie anglaise Y Eastern, nos agents ne peuvent que remettre à leurs collègues anglais les télégrammes qui leur sont câblés de Majunga. De Mozambique, les télégrammes suivent la ligne de Suez, Alexandrie, Malte, et sont entre les mains d’agents anglais jusqu’à. Marseille, où YEastern a un bureau dans l'immeuble même de l’administration française. Les télégrammes officiels échangés avec Madagascar coûtent ÎO1'1',50 par mot, et les télégrammes privés 12^,05'.
- LA NAVIGATION AÉRIENNE
- AU BOIS DE V1NCENNES EN 1900
- L’honorable M. Picard ayant eu l’heureuse idée de comprendre les ascensions aérostatiques au nombre des exercices physiques qui auront lieu au bois de Vincennes à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, une Commission spéciale a été nommée pour déterminer la nature des opérations et l’importance des crédits nécessaires. Cette Commission a été composée de M. le commandant Renard, M. Gaston Tissandier, M. W. deFonvielle, M. le capitaine Wiart, et de M. le capitaine Paul Renard, rapporteur. Le mémoire qu’elle a adopté a été remis à M. le général Baillod, président de la Commission commune à tous les exercices physiques, et il a été l’objet d’un travail d’ensemble avec tous les rapports analogues présentés par les autres sous-commissions.
- Le montant des crédits réclamés par la Commission s’élevait primitivement à une somme de 470 000 francs qui a été réduite ultérieurement à 300 000 francs dans un second rapport de M. Paul Renard admettant des réductions portant principalement sur les dépenses accessoires. Il importe de faire remarquer que les aéronautes ne se trouvent pas dans la condition des cyclistes et des gymnastes, ou des tireurs qui n’ont à faire que des frais insignifiants. Les ballons représentent un matériel dispendieux, qui ne dure pas longtemps, et qui ne peut servir s’il n’est gonflé avec un gaz plus léger que l’air. La
- 1 D’après les Annales industrielles.
- 1 D’après le Bulletin de la Société des Ingénieurs civils.
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- LA NAT (J HE.
- descente et le retour à Paris sont généralement assez onéreux.
- Les crédits demandés se décomposent ainsi qu’il suit :
- 1° Les dépenses nécessaires pour établir dans une situation commode une prise de gaz suffisante pour que les gonflements soient rapides. Une conduite de 400 millimètres de diamètre passant dans le voisinage de la partie du bois de Vincennes affectée aux exercices physiques. Une somme peu considérable sulfira pour amener le gaz au pied des tribunes, c’est-à-dire dans une situation qui permettra de donner le spectacle des ascensions dans des conditions qui n’ont jamais été réalisées. On a calculé que l’on pourra gonfler à la fois six ballons d’un cube moyen de 1000 mètres, avec toute la rapidité que l’on met à ces opérations à l’usine de la Villctte. Ces expériences exécutées sur une pareille échelle suffiront pour donner un spectacle des plus curieux, chaque concurrent employant son mode de gonflement et sa méthode personnelle.
- 2° La construction d’un magasin servant à abriter le matériel montant, et à permettre l’exhibition non seulement des enveloppes, des filets, des soupapes, mais encore des agrès dont on se servira lors des concours, et des instruments scientifiques qui seront emportés dans les airs.
- L’ambition de la Commission serait de fournir à la navigation aérienne le moyen de se développer dans une direction fortement scientifique. Pour arriver à ce but, il serait indispensable que l’on n’admît aux concours de 4900 que des ballons offrant des conditions de sécurité suffisante, et des aéronautes ayant fait leurs preuves dans des ascensions antérieures. Il y aurait des inconvénients de plus d’un genre à accepter des débutants dans l’enceinte des exercices physiques. Sans se montrer inutilement sévère, la Commission de 4900 devra édicter des prescriptions sérieuses à cet égard.
- La Commission a ensuite émis le vœu que les concours soient gradués et éliminatoires, c’est-à-dire que les derniers où les prix, les plus importants seront proposés aient lieu uniquement entre les vainqueurs des concours antérieurs.
- Les départs de ballons devront être accompagnés de lâchers de pigeons voyageurs fournis par les sociétés colombophiles à des conditions ordinaires, mais il n’y a pas lieu d’établir un pigeonnier spécial dans l’enceinte réservée aux exercices physiques. Il suffit, en effet, que les pigeonniers soient réunis téléphoniquement à l’enceinte des manœuvres, près du lac Daumesnil, pour que les
- nouvelles puissent y parvenir avec une rapidité suffisante.
- Il a été proposé d’organiser des ascensions rétrospectives, c’est-à-dire dans lesquelles figureraient des ballons ayant la forme de ceux qui ont joué uu rôle dans l’histoire, mais l’administration ne peut entrer dans les frais considérables que nécessiteraient des constructions de cette nature. Elle ne peut qu’encourager par quelques primes ou quelques récompenses honorifiques les particuliers qui se distingueraient dans ce genre de reconstitution du passé. Les mêmes considérations s’appliqueront encore avec beaucoup plus de force aux exécuteurs qui présenteront des formes nouvelles, avantageuses. On doit les accueillir et les encourager, et leur fournir l’occasion de se distinguer, sans accepter cependant la mission de construire leurs machines aux frais de l’Exposition.
- La Commission ne pouvait éviter de mentionner les ascensions en montgolfière, et les descentes en parachutes, qui ont été exécutées depuis quelque temps de façon particulièrement théâtrale et intéressante. Mais aucune de ces spécialités n’a besoin que l’on ouvre à son profit un chapitre spécial.
- Les ascensions captives ont été écartées, en ce sens qu’il n’est pas admissible que l’administration fasse concurrence aux installations qui seront autorisés dans l’Exposition du Champ-de-Mars et des Champs-Elysées, mais il n’en est pas de même des ascensions captives locomobiles Malheureusement il n’y a que les gouvernements qui les pratiquent, de sorte que le concours serait borné aux différents services aéronautiques militaires. Certainement, une telle exhibition offrirait de grands avantages, et fort peu d’inconvénients au point de vue professionnel. En effet, tous les parcs aéronautiques servent dans les grandes manœuvres des différentes armées européennes, mais la Commission n’a pu qu’appeler l’attention du Gouvernement sur ce point particulier. Elle ne s’est crue autorisée à formuler aucun vœu à cet égard.
- Il en est de même des dangers que la photographie en ballon peut faire courir à la défense nationale. Elle n’a pu qu’appeler l’attention de l’administration en l’engageant à s’en référer aux décisions que prendra l’autorité militaire. Cependant elle a cru devoir émettre le vœu que les mesures adoptées soient obligatoires pour tous les concurrents, quelle que soit leur nationalité, afin de ne point créer, même au bénéfice de Français, des privilèges en contradiction avec le principe d’une exposition internationale. X..., ingénieur.
- >,deGàrâe
- r c\* •v7 •
- .de ReySII-
- V Gardes"
- Projet du plan de l’enceinte réservée aux exercices physiques pendant la durée de l’Exposition universelle de 1900. — A. Éducation physique. — 11. Gymnastique. — C, Exercices militaires préparatoires. — 1). Sport aUdétique. — E. Escrime. — G. Équitation. — II. Vélocipédic. — I. Sport nautique. —J. Sauvetage. — K. Aérostation. — T. Tribunes. — UU. Tuyaux de prise de gaz.
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- LA NATURE.
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- ESSAI DES MÉTAUX A LA MEULE
- Tout le monde a vu le repasseur à sa besogne. Chacun sait que la meule tournante détache du métal des particules qui s’enflamment dans l’air et produisent le jet de leu bien connu. Eh bien, si connu qu’il soit, ce jet de feu n’a pas encore été examiné de près. Un examen attentif m’a prouvé que la forme de l’étincelle jaillissante renseigne sur la nature du métal employé. Cette vérité, je l’ai démontrée pour la première fois à la Société polytechnique de Moscou, et je m’explique fort bien l’étonnement que les membres de cette société ont exprimé sur ce que les repasseurs et les ouvriers des usines, qui passent leur vie à la meule, ne soient pas tombés sur cette question. Or ce fait qui paraît étrange ne dit qu’une chose qui n’est pas nouvelle elle-même, savoir: les vérités sont là, mais pour les découvrir il faut simplement regarder tout d’un œil critique.
- Les meilleurs résultats s’obtiennent avec une meule en émeri aux grains gros qu'on tourne assez rapidement. Prenons un morceau de fer doux, un autre d’acier, un troisième de fonte, et appliquons-les successivement à la meule tournante. En prenant garde de ne pas appuyer fort, nous voyons alors des étincelles isolées et bien formées jaillir et se dessiner très nettement dans l’air. Ces étincelles se réduisent pour les trois métaux mentionnés «à cinq types que j’ai nommés selon leur forme :
- Les gerbes a (fig. 1, ci-dessus) forment des lignes unies d’un rouge clair, à l’origine minces, puis augmentant d’épaisseur pour redevenir assez brusquement minces avant de s’éteindre. Parfois on voit des appendices a.
- Les branches b ne diffèrent des précédentes qu’en ce qu’elles sont fourchues, doublées. Quelques-unes ont aussi des appendices a.
- Les étoiles c présentent évidemment le développement des branches en même temps que leur concentration en un point. La tige qui précède l’étoile reste plus mince et sombre que dans les deux formes précédentes, elle ne devient brillante qu’immé-diatement avant l’apparition de l’étoile.
- Les fleurs d sont très caractéristiques. La tige est mince et sombre et la fleur apparaît brusquement avec un léger craquement. Quant à la fleur elle-
- même, impossible de la confondre avec l’étoile. Celle-ci est constituée de rayons à bouts aigus, tandis que la fleur ressemble beaucoup à la tête d’un pissenlit.
- Enfin les étincelles sombres e ne sont autre chose que les tiges des fleurs d.
- Le travail mécanique dépensé en détachant les particules de la masse de métal se transforme en chaleur et nous voyons la particule chauffée au rouge sombre. Presque chaque métal présente cet effet. Le fer et ses dérivés ont la faculté de s’enflammer dans l’air à condition toutefois d’être suffisamment chauffés préalablement. Si réchauffement n’atteint pas ce degré, la particule ne s’enflamme point, elle reste un certain temps rouge sombre et s’éteint ensuite. C’est ainsi que se produisent les étincelles sombres e. On les voit généralement jaillir de la fonte blanche qui est très fragile. La fragilité du
- métal, c’est-à-dire la facilité avec laquelle la particule se détache, transforme une trop faible quantité de travail en chaleur et par suite la particule ne s’échauffe pas assez pour s’enflammer. Mais si l’on’ fait passer les étincelles sombres e à travers la flamme d’une bougie, on voit la fleur se former dans toute sa netteté.
- Les formes b, c et d sont produites par des explosions de la particule. La fleur est engen-drée par une seule explosion brusque, momentanée, tandis que l’étoile et la branche sont évidemment produites par une succession d’explosions de plus en plus faibles.
- La gerbe caractérise le fer doux, aussi bien que l’étoile l’acier, et la fleur la fonte. La branche se retrouve chez le fer et l’acier, faisant une transition graduelle de la pure gerbe à la pure branche et accompagnant en cela la transition imperceptible qui existe en réalité entre les fers et les aciers. La gamme des étincelles qui en résulte ne se laisse pas décrire en paroles, mais l’œil attentif l’y-trouve facilement.
- Chaque usine de construction de machines emploie certaines espèces de fer, d’acier, de fonte. Le contremaître qui examinera souvent ces matériaux à la meule comme il a été dit, s’accoutumera à voir le caractère du jet de feu qui leur est propre et aura dans ce procédé un moyen aussi sûr que rapide et simple d’examiner une nouvelle livraison de métaux et de reconnaître s’ils sont identiques ou non à ceux qu’il demande, et qu’il Veut avoir.
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- LA NATURE.
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- Quand il s’agit de la fonte malléable (décarbonisée), mon procédé me dévoile le secret de la fabrication. On sait que ce produit se fabrique de la sorte : les objets, coulés en fonte ordinaire, sont chaudes au rouge clairon présence de matières riches en oxygène, telles que les oxydes de fer, de zinc, etc. Le carbone de la fonte se combine à l’oxygène, et la surface de l’objet se réduit presque entièrement en fer doux. En menant cette décarburation assez longtemps, on obtient une couche de fer plus ou moins épaisse, tandis (pie le noyau de la pièce peut rester de la fonte pure. Quand on veut vérifier une livraison en fonte malléable, on casse quelques-unes des pièces identiques pour voir l’épaisseur de la couche décar-burée.
- Si l’on a recours à mon essai à la meule, on n’a pas besoin de casser la pièce. D'abord, à la sur-
- Fig. 2. — Meule à émeri.
- face de la pièce, on voit jaillir la gerbe et la branche. Je n’ai jamais vu la fleur quand la décarburation a été bonne. Mais à mesure que la meule s’enfonce dans la masse de la pièce, arrive un moment où l’on voit jaillir la fleur. Alors vous pourrez être sûr que vous avez touché le noyau en fonte. Je me suis persuadé que la fleur dans ce cas présente un indice si précis, <pie dès que vous la voyez, vous n’avez qu’à mesurer l’épaisseur du métal ôté. De plus cette expérience ne détériore pas la pièce, laissant seulement une entaille plus ou moins profonde. Le même essai pourrait rendre d’excellents services avec les tôles doublées, acier-fer, ou acicr-fer-acier, qui sont actuellement en usage pour la fabrication des coflres-forts. L’examen à la meule pourrait aussi être employé avec profit dans la pratique des examens de la douane. Là surtout, on demande des manipulations simples ne nécessitant pas l’emploi d’appareillage encombrant. En cela la méthode qui vient d’être décrite est supérieure à bien d’autres : le seul appareil qu’elle demande est une petite meule
- en émeri dans le genre de celle qui est représentée sur la figure 2.
- La méthode décrite, tout en répondant aux exigences de la pratique, est à coup sûr susceptible de développement, quant au côté théorique des phénomènes qui y sont enjeu. D’abord il faudrait photographier les étincelles. Je confesse n’avoir pu y arriver, la lumière émise par les étincelles étant trop rouge et par suite trop peu actinique. Ensuite il faudrait les examiner au speetroscope, qui pourrait répondre à plusieurs questions. Ainsi : où commence la combustion de la particule? Qu’est-ce qui produit l’explosion? Est-ce le carbone, le silicium, le phosphore, ou autre chose? etc.
- Il faudra en outre changer le mode de production de l’étincelle pour voir si sa forme ne change pas. Par exemple, voici un autre mode : Prenons une lime, posons-la sur le bout d’un fil métallique attaché à l’un des électrodes d’une pile, puis, avec l’autre fil, traçons la surface de la lime de long en large. Nous verrons alors le bout du fil entouré d’une auréole constituée des étincelles caractéristiques, réduites, il est vrai, à de très petites dimensions. Au contraire, j’ai vu les mêmes étincelles agrandies dans des proportions énormes, — c’était surtout la fleur qui caractérise la fonte, — s’échapper de la bouche d’un convertisseur Ressemer.
- Pour faire des feux d’artifice, on prend de la poudre à fusil, ou bien un mélange analogue, et, l'on y ajoute de la limaille de fer, d’acier ou de fonte, qui donne ces jets de feu brillants que tout le monde a vus. Donc voilà encore un mode de produire les étincelles, quoique ici elles n’apparaissent pas sous leurs formes typiques, ce qui est dû à la présence de différents autres corps; aussi, s’échappant en trop grand nombre, ces étincelles se superposent et se masquent mutuellement.
- En étudiant de la sorte les métaux dont la composition chimique et les propriétés techniques sont bien connues, on découvrira peut-être la loi qui unit tous les phénomènes décrits.
- Pierre Clemextitch de Exgelmeyer.
- NÉCROLOGIE
- Cari Yogi. — Cari Vogt, dont nous avons appris la perte, avait été élu correspondant de l’Académie le 27 juin 1887; il remplaçait M. Brandt, de Saint-Pétersbourg. Cari Vogt, né à Giesscn en 1817, était une personnalité puissante et originale. On lui doit divers travaux sur l’organisation des mollusques d’eau douce ; une étude très appréciée sur le développement embryonnaire d’un mollusque de l’ordre des Prosobranches, Y Acte,on viridis. En 184h, de concert avec Agassiz, il publia, dans les Mémoires de l'Académie de Neufchâtcl, une importante étude sur l’anatomie des poissons de la famille des Salmonidés. Cari Vogt avait particulièrement étudié les différentes phases du développement de ces poissons et c’est vraiment de cette époque que datent les premières études sérieuses sur l’embryologie des poissons. Un des titres de gloire de Cari Vogt consiste dans la part qu’il prit à l’étude
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- LA NATURE.
- de la formation et du mouvement des glaciers, sous la direction de Louis Agassi/. Dans les premiers jours du mois d’aoùt 1845, Agassi/ arriva à l’hospice de Grimsel, accompagné de Cari Vogt, Desor, Nicolet et deux étudiants de Neufchâtel. On avait emporté des instruments, car il s’agissait de déterminer la température des glaciers, d’étudier les formes de la neige, de s’assurer de la manière dont la neige grenue, c’est-à-dire le névé, passe à l’état de glace. On avait pour guides deux hommes d’une expérience éprouvée. Il fut résolu qu’on irait s’établir sur le glacier inférieur de l’Aar, qui offre un intérêt spécial ; la surface est encombrée de débris de rochers produisant l’effet d’un amas de ruines. A l’approche de la moraine, les investigateurs s’aperçoivent que le glacier a considérablement avancé depuis l’année précédente. Une cabane abandonnée par Ilugi, l’un des premiers explorateurs, encore debout avant l’hiver dernier, a disparu. Après une reconnaissance suffisante, on fixa l’endroit de l’installation, près d’un gros bloc; les guides se mirent en devoir d’édifier une maisonnette assez spacieuse pour recevoir six personnes. De pierres sèches on éleva les murs, de grandes dalles remplirent l’office de plancher; d’une couche d'herbes recouverte d’une toile cirée et de couvertures, on composa les lits; ils furent jugés parfaits. A la vérité, l’ouverture donnant accès dans la demeure est bien étroite, mais enfin Cari Vogt peut entrer, et où passe Cari Vogt tout le monde passe. A défaut de porte, on mit un rideau. Pendant la nuit, avant de s’endormir, il fut décidé que l’habitation s’appellerait Vhôtel des Neufchâtelois ; le nom fut gravé sur le roc en gros caractères, le temps l’a consacré. On se levait tôt à l’hôtel des Neufchâtelois : sur le coup de 4 heures il fallait être debout. L’instant de la toilette semblait un peu dur, l’eau vraiment trop fraîche procurait un léger frisson, mais bien vite on ne songeait plus qu’à poursuivre les recherches. Agassi/ entreprend de faire pratiquer des trous ; rebelle à l’instrument de forage, la glace ne fut entamée qu’avec de grandes difficultés. Pendant que l’opération s’exécute, Cari Vogt examine la neige rouge dont la singulière teinte est due à la présence de myriades d’êtres microscopiques ; il découvre plusieurs espèces d’infusoires et un joli rotifère semant la neige de ses œufs couleur de pourpre. Cari Vogt n’est jamais resté inactif ; dans les dernières années, il publia avec un collaborateur (M. Jung) un Traité de zoologie. Tout le monde estimera qu’une existence si bien remplie fait honneur à l’humanité1.
- CHRONIQUE
- Un Important théorème de mécanique. — Les
- communications mathématiques faites à Y Académie des sciences présentent, en général, un tel caractère d’abstraction qu’il nous est souvent difficile d’en rendre compte. Nous devons cependant faire exception pour une importante communication faite le 6 mai 1895 par M. Appell au nom de M. Koenigs, sur un théorème de mécanique générale dont il est encore difficile d’entrevoir toutes les applications industrielles qu’il ne manquera pas de recevoir. En 1875, Kempe démontrait que toute courbe plane algébrique peut être décrite par un système articulé. C’est par application de ce premier théorème que l’on trace à l’aide de systèmes purement articulés, ainsi que le montrait récemment M. Delaunav aux séances de Pâques de la Société française
- 1 D’après une notice de M. Émile Illanchard, de l’Institut. [Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séance du 0 mai 1895.)
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- de physique, la ligne droite, l’ellipse, l’hyperbole et la parabole. M. Koenigs a généralisé la démonstration de Kempe et établi — par des considérations trop abstraites pour trouver place ici — que toute liaison algébrique imposée au mouvement d'un corps est réalisable par le moyen d'un système articulé. Celte proposition comprend implicitement toutes les courbes planes, ainsi que les courbes gauches et les surfaces souvent complexes représentées par des équations algébriques. Le théorème de Koenigs ouvre donc un champ de recherches aussi nouveau que fécond dans le domaine des combinaisons mécaniques, et affirme la possibilité des solutions d’un grand nombre de problèmes de mécanique que l’on n’eût osé aborder avant d’avoir la certitude d’une solution théorique, solution rendue désormais évidente par le théorème de M. Koenigs;
- Nonvrel explosif de mines. — D’après Enginecr, un nouvel explosif, appelé Joveite, aurait été découvert à Washington. Cet explosif présenterait toute sécurité dans le maniement, et ne s’allumerait pas au contact d’une flamme. 11 pourrait s’employer sous l’eau. Enfin, il aurait une force supérieure à la dynamite, tout en étant d’un prix moins élevé. Les expériences n’ont d’ailleurs été faites jusqu’ici qu’en laboratoire, et, par conséquent, sont insuffisantes pour juger de la valeur de l’explosif. Un seul essai a été fait dans une mine. Le nouvel explosif appartient sans doute à la catégorie des explosifs goudronnés, dits de sûreté, qui présentent l’avantage d’être d’une fabrication et d’un maniement moins dangereux que la dynamite.
- La cuisine électrique. — Une intéressante expérience de cuisine électrique a été faite récemment. Dans un banquet donné par la Compagnie d’éclairage électrique de la Cité, à Londres, dans l’unique but de démontrer les avantages de la cuisine à leleclriciié, tous les mets ont été cuits dans des appareils chauffés électriquement. Le président, sir David Salomon, a indiqué que pour la cuisson des mets pour 120 convives, on avait employé GO kilowatts-heure ayant coûté 25 francs. Quant à la qualité de celte cuisine, on peut s’en rappoiterà l’autorité du lord-maire, qui s’est déclaré de tous points satisfait. La cuisine est donc appelée à devenir une nouvelle source de consommation d’énergie électrique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mai 1895. — Présidence de M. A. Corse.
- Influence des sels de cuivre sur la végétation. — L’emploi prolongé des composés cuivriques dans les usages agricoles, pour le traitement de la vigne et des jKnnmes de terre, peut-il exercer quelque action sur le rendement des cultures, ou encore en rendre les produits malsains? Pour élucider cette double question, M. Aimé Girard a incorporé dans un sol une quantité de sulfata de cuivre équivalente à celle qu’on y pourrait inlioduire pendant un siècle, pour la culture de la pomme de terre ou de la vigne, soit 1500 kilogrammes à l’hectare. Il a partagé la surface d’expérimentation en six carrés sur lesquels il a semé respectivement du blé, de l’avoine, du trèfle, du foin, des pommes de terre, des betteraves, et a ménagé tout proche des carrés de culture normale, d’égale étendue, destinés à servir de témoins. En 1892, 1893 et 1894, il y a eu identité de rendement entre les cultures dans le sol normal et les cultures dans le sol cuivré. Les résultats de 1893 auraient même pu donner lieu de soupçonner un léger avantage en faveur du sol cuivré. Quant aux fruits, après avoir été lavés, ils ont été
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- LA NATURE.
- incinérés et les cendres soumises à l'analyse chimique. | Jamais il n’a été possible de doser le cuivre avec précision tellement les quantités contenues dans les végétaux étaient minimes. M. Aimé Girard cite deux analyses exceptionnelles qui ont donné 2 milligrammes de cuivre.
- Réduction de la silice par Valuminium. — M. Mois-san analyse une méthode, suivie par M. Vigouroux, pour réduire la silice par l'aluminium. Si l’on n’avait pas réussi jusqu’ici à réaliser cette réduction, c’est que des réactions secondaires de l’azote et de l’oxygène sur l’aluminium ou le silicium en poudre, intervenaient dans l’expérience. Mais lorsque la réduction se fait au four électrique, la silice liquide est réduite avec facilité et ou obtient des cristaux de silicium. Cette préparation demande une température de 800 à 900° ; il convient d’ajouter à la silice du fluosilicate de potassium. Dans ces conditions, le silicium cristallise en lamelles minces et transparentes que la lumière colore en jaune. Ce procédé permet de préparer rapidement d'assez grandes quantités de silicium cristallisé.
- Préparation de la cinchonicine cristallisée. — La cinchonicine, qui a été découverte en 1855 par M. Pasteur, se présente sous l’aspect d’une matière résineuse non cristallisable.
- M. F. Roques, en opérant à l'abri du contact de l’air, a pu obtenir la cinchonicine cristallisée.
- Introduction de l'alcool dans le sang.—M. Gréhant a étudié l’effet de l’introduction de l’alcool dans le sang
- veineux. Il a reconnu qu’on pouvait injecter de fortes quantités d’alcool, à la condition d'opérer lentement. En expérimentant,sur un chien du poids de 10 kilogrammes, dont le sang a un poids évalué à 1/15 du poids de l’animal, il a pu injecter 49gr,2 d’alcool représentant 1/25 du poids du sang. L’opération a duré une heure. L’alcool ne reste pas dans le sang. M. Gréhant a extrait d’heure en heure 25 centimètres cubes de sang dans lequel il a dosé l’alcool. La .première prise de sang a été pratiquée cinq minutes après le commencement de l’injection. Pendant les huit premières heures la quantité d’alcool est restée constante et très faible; au bout de vingt-quatre heures on n’en trouvait plus træe.
- Élection. — M. Frankland, de Londres, est élu associé étranger par 45 voix contre 1 à M. Stokes, de Cambridge, et 1 à M. Newcomb, de Washington.
- Varia. — M. Œschncr de Coninck a étudié l’élimination de la magnésie chez les enfants rachitiques. — M. Lancaster a relevé la distribution de la pluie en Belgique, depuis le commencement du siècle. Ch. de Vu.ledeuil.
- Fig. 1, 2 et 5. — Propulseur électrique pour construction. — 2. Mode d’attache sur le
- UN NOUVEAU PROPULSEUR ÉLECTRIQUE
- POUR BATEAUX
- La Compagnie des bateaux électriques de New-York a exposé dernièrement dans cette ville un nouveau propulseur électrique pour bateaux de plaisance. Cet appareil très ingénieux a été inventé par M. W. Salsbury, de Chicago. Il consiste essentiellement en un moteur électrique A (fig. 1 ) de faible puissance qui commande une poulie B montée sur un arbre flexible C. Celui-ci est logé dans un tube légèrement recourbé et vient actionner à son extrémité une hélice I). La partie inférieure du tube porte deux ailettes formant le gouvernail.
- Ce propulseur ainsi constitué est attaché par deux supports sur une planchette verticale F, comme
- le montre la ligure 2, et celle-ci est maintenue par deux charnières contre la partie arrière du bateau G. Cette disposition, qui peut varier suivant les divers modèles de bateaux, a le grand avantage de former un propulseur mobile pouvant facilement être enlevé à volonté, et de réunir dans un môme mécanisme deux appareils indépendants l’un de l’autre : le gouvernail et le propulseur. L’appareil est disposé de façon que les poids respectifs du moteur et du gouvernail s’équilibrent sensiblement. L’arbre llexible se déplace dans une certaine quantité d’huile pour éviter tout frottement anormal et tout échaulfement. La manœuvre de ce nouveau propulseur est des plus simples et des plus aisées, comme le montre la figure n° 3 que nous empruntons à notre excellent confrère the Electrical Engineer de New-York. 11 suffit de prendre en main la tige du propulseur, afin de déplacer le gouvernail à volonté. Dès que le moteur électrique est mis en marche, il actionne l’arbre flexible, et l’hélice fait avancer le bateau. Le moteur et le propulseur combinés pèsent environ 16 kilogrammes; le poids de la source d’énergie électrique, suivant le genre et les modèles, peut varier de 35 à 125 kilogrammes. J. L.
- Le Propriétaire-Gerant : G. Tissanoikr Paris. — Imprimerie Laihsiœ, rue de Fleurus, 9.
- bateaux. — 1. Vue du propulseur, détails de bateau. — 3. Manœuvre du propulseur.
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- N° 1149.
- 8 JUIN 1895.
- LA NATURE.
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- MARINE MILITAIRE
- LA CUIRASSE ET LE CANON
- Le jour où le général Paixhans augmentait la puissance du canon en le rayant, et où Dupuy de Lomé, suivant ses conseils, cuirassait la Gloire, un duel s’est engagé entre le canon et la cuirasse, qui dure depuis quarante ans. Les acquisitions faites par Lun et par l’autre, au cours de cette lutte, ont été considérables.
- Pour les canons, l’augmentation de leur puissance a été surtout réalisée dans la première période des recherches, c’est-à-dire de 1800 à 1875, par l’accroissement des calibres, atteignant
- en France 42 centimètres. Dans la deuxième, qui s’étend de 1875 à ce jour, les calibres diminuèrent et les accroissements de puissance sont dus, pour une petite part, à la qualité des métaux employés, et pour une grande part, à l’emploi connexe des grandes longueurs d’àme, des chambres élargies
- et des poudres à combustion lente.
- Dès lors ' les plaques en fonte de fer forgé de la Gloire, qui n’a-résister qu’à des projectiles en fonte, se trouvaient désormais en face d’adversaires autrement redoutables. Il fallut aviser. Les métallurgistes se mirent à l’œuvre, et se présentèrent successivement avec les plaques composées, dites compound, et les plaques en acier doux. Dans les
- Fig. 1. — Types tics plaques tic cuirasse eu usage pour les navires de la marine militaire. — 1. Cuirasse de la Dévastation '(français).— 2. Cuirasse de Y Inflexible (anglais). — 3. Cuirasse du Dandolo (italien.)
- N I L E
- AGINCOURT
- HOOD
- CONÇUEROR
- BARFLEUR
- COLOSSUS
- u m \5.m.
- CHARLEMAGNE
- SANS PAREIL
- Fig. 2. —Types des blindages de quelques navires cuirassés depuis 1863 jusqu’à nos jours. Les parties teintées représentent le cuirassement.
- premières, une couche d’acier d’une grande dureté relative, étendue sur le corps de la plaque en fer forgé, déterminait le bris du projectile avant son contact avec la couche moins résistante du fer (fig. 1, nos 1, 2, 5). Dans les deuxièmes, la masse entière du métal opposait au boulet une résistance supérieure à sa propre énergie. L’avantage restait donc, d’une façon certaine, à la protection, malgré
- l’adoption du projectile de rupture en acier ordinaire.
- Quelque satisfaisant que fût ce résultat, les constructeurs ne s’illusionnèrent pas sur ceux qu’ils supposaient devoir suivre : ils pressentaient le triomphe du canon. C’est ainsi qu’en France et à l’étranger on commença le décuirassement, ou plutôt qu’on n’appliqua plus le cuirassement qu’avec une réserve qui s’accentue tous les jours. En général, on
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- 23° aimée. — 't semestre.
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- LA N A TL Kl'.
- considère à l’heure actuelle qu’un navire de combat de premier rang se trouve dans d’excellentes conditions si ses lianes sont protèges par une ceinture large de 2 mètres à 2m,50, s’élevant de 50 à 00 centimètres ' au-dessus de la ligne de flottaison, avec une épaisseur de 45 centimètres à la partie supérieure, la plus exposée. Nous ne parlons pas des plaques qui garnissent le pont, le réduit, les. tourelles et d’autres parties du navire, à l’intérieur et à l’extérieur, et qui sont .d’épaisseurs diverses. Nous ferons remarquer toutefois qu’elles constituent, avec l’artillerie, un poids qui rend extrêmement diflicile la tàclie du constructeur. Car on ne lui demande pas seulement des navires bien protégés ; il faut encore qu’ils soient légers, rapides, maniables, peu dépensiers, capables de contenir assez de charbon pour aller très loin, et armés d’une artillerie puissante, c’est-à-dire assez lourde. Or à lui seul le cuirassement prend déjà le tiers du déplacement. La résultante de cette addition au tonnage normal est naturellement un plus grand tirant d’eau : de là lenteur dans la marche, et comme il faut aller vite : àbus du tirage forcé, prompte fatigue, usure des machines et consommation exagérée de charbon.
- On voit donc qu’il n’est plus possible en 1895 [_£ de cuirasser les grands navires de combat comme ceux de la période comprise entre 1858 et 1875. De là l’incertitude qui règne actuellement dans l’esprit des constructeurs, et qu’il nous a paru intéressant de faire toucher du doigt, pour ainsi dire, avec les coupes des navires groupés dans la figure 2 ; ces navires représentent successivement les types les plus parfaits de leurs œuvres de 1805 à ce jour. Ce sont : d’abord YAgincourt, un des plus vieux bâtiments de la flotte anglaise, lancé en 1805, le Conqueror, en 1881, le Colossus, en 1882, le Sans Pareil, en 1887, le N'de, en 1888, le Ilood, en 1891, le Barflevr, en 1892, et enfin notre Charlemagne, encore en chantier. Ces croquis constatent que leurs idées ont change, pour ainsi dire, d’une année à l’autre. •
- Leur irrésolution, sijustifiée d’ailleurs, n’apparaît pas moins clairement dans la construction des croiseurs cuirassés, particulièrement dans la forme et la force du blindage du pont, ainsi que nous le montrent les navires dont on voit les coupes dans la figure 5, ttalia, lancé en 1880, Aurora, anglais, 1887, Sar-(legna, italien, et Edgar, anglais, 1890, New-York,
- américain, 1891. Pas un qui ressemble à l’autre, et les expériences sur la résistance des plaques et la puissance des projectiles continuent î
- La victoire remportée par la plaque sur le projectile en acier ordinaire ne fut pas de longue durée : avec le projectile en acier chromé, l'attaque reprit ses avantages, bien que la défense apportât elle aussi un perfectionnement : l’addition du nickel à l’acier primitif. Cette supériorité, le canon ne la garda pas longtemps. M. Harvey se présentait bientôt avec le procédé qui porte son nom, et qui consiste à durcir la surface d’une plaque en acier ordinaire, en la soumettant à la haute température d’un loyer. Cette surface absorbe ainsi une grande quantité de carbone et sa dureté augmente en proportion. Les expériences auxquelles furent soumises ces plaques, de 1891 à 1895, à Indian-IIead, Meppcn, l'ortsmoulh, Shœlmryness, au Helder, à ükhta et à Gavrc, ne laissèrent que fort peu de doutes. Elles furent pour
- elles ce qu’avaient été pour les obus lloltzer les épreuves de 1890 à Oklita et à An-napolis : une revanche.
- Cette victoire était-elle définitive ? On le croyait, lorsqu’au mois de juin dernier, une dépêche du Times nous apprit que de nouvelles épreuves de plaques avaient eu lieu le 25 au polygone d’Ükhta. Des obus lloltzer et certains obus russes avaient été lancés contre des plaques harveyi-sées ; les premiers s’étaient brisés sans traverser, tandis que les seconds avaient traversé sans se briser. C’était exact, seulement les obus russes n’étaient autres que des lloltzer, auxquels on avait ajouté un dispositif spécial. C’était au général MakarotT, ajou-tait-on, qu’était dû ce perfectionnement. 11 y a là une erreur. Ce dispositif est connu; il a été breveté il y a plusieurs années, mais n’avait pas été exploité. 11 consiste simplement en un chapeau, un capuchon, une coiffe en acier doux, pesant environ oks,600 (12 millimètres d’épaisseur à la pointe sur 115 millimètres de hauteur et 2 millimètres à la base). La grande fabrique de projectiles d’Unieux le connaissait si bien qu’elle le reprit. Au mois de juillet, MM. lloltzer et Schneider ont fait en commun un essai comparatif avec les projectiles ordinaires et des projectiles munis du dispositif en question. Les uns et les autres ont été tirés au polygone duCreusot contre des plaques de 200 millimètres d’épaisseur harveyisées. Les premiers se sont brisés sans tra-
- . 1fct-/sr.r Se
- Fig. 5. — Coupes eu travers de navires cuirassés construits depuis 1865.
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- verser, tandis (jueles seconds ont traversé nettement et sans déformations appréciables, en conservant même un excès de vitesse. Des expériences analogues exécutées à Indian-IIead, le 5 octobre 1894, ont confirmé ces résultats. On trouvera la savante analyse de ces faits dans les belles éludes de balistique publiées récemment dans la Revue d'artillerie, par M. le commandant Yallier. Nous y renvoyons nos lecteurs.
- Voici donc les plaques encore une fois mises au second rang. Pour combien de temps ?... Pour peu de jours, croyons-nous, et voici pourquoi.
- Pendant que l’obus et la plaque se livraient la bataille acharnée, au gain toujours fuyant, (pie nous venons de décrire, des esprits ingénieux et d’un caractère conciliant s’occupaient de leur côté de mettre d’accord les infatigables adversaires, en cherchant un moyen de les contraindre à mettre bas les armes. Or ce moyen est trouvé aujourd’hui. Et M. le général Mercier, ministre de la guerre, le faisait connaître au mois de février 1894 à la tribune de la Chambre des députés. Définissant le rôle de l’artillerie de côtes : «... Vous avez enfin, disait-il, le tir qui consiste à diriger, par une trajectoire un peu courbe, les projectiles sur le pont, toujours moins efficacement protégé que les flancs du navire, et, par conséquent, plus vulnérable. Ces projectiles agissent par pénétration à l'intérieur du vaisseau ennemi et y portent la destruction et la mort. »
- . Cela est certain. Il s’agit ici de l'obus à grande capacité, projectile à, mince paroi et chargé d’explosif. Le ministre ajoutait : « Des expériences ont été faites à Toulon sur un cuirassé, et on a constaté que les énormes projectiles que lancent aujourd’hui les batteries de côte et qui peuvent contenir jusqu’à 100 kilogrammes de mélinite, lorsqu’ils arrivent non plus sur le bâtiment ennemi même, mais dans un rayon de 6, 7 ou 8 mètres autour de lui, produisent, en éclatant sous Peau, l’eflet de véritables torpilles (pii détruisent, écrasent, éventrent ce bâtiment, si cuirassé qu’il soit. »
- A cette révélation si précieuse, nous ajouterons un autre renseignement non moins intéressant : « A Kiel, 2 obus chargés de 70 livres de nitrogélatine, ont été tirés à 1900 mètres sur un vieux navire. Le premier, éclatant sous l’eau à peu de distance, abattit le grand màt, le beaupré, défonça les parois de tribord et démolit le roulle. Au second coup, le navire s’est brisé par le milieu. »
- Cette fois la plaque est vaincue, et d’autant plus simplement qu’il n’est pas nécessaire pour cela d’user de pièces perfectionnées ni de grandes vitesses, pièces d’un prix de revient considérable et d’une durée de fabrication égale à plusieurs mois. Le tir des obus à grande capacité peut s’exécuter même avec des pièces de modèles anciens. M. l’amiral Vallon l’a démontré dans un mémoire très étudié qu’il a remis au ministre de la marine. Les temps ne sont-ils pas prochains ou la cuirasse aura vécu? L. IIexaiid.
- PROCÉDÉS DE SONDAGE DES LACS
- ET LEURS PRINCIPAUX RÉSULTATS
- 11 semble que ces procédés soient extrêmement simples, qu’il suffise d’une corde en chanvre graduée en mètres ou en décimètres, suivant la précision qu’on veut obtenir. Mais les résultats ainsi obtenus sont inexacts, parce qu’une corde en chanvre a une longueur variable, suivant qu’elle est plus ou moins tendue, et aussi suivant qu’elle est plus ou moins imprégnée d’humidité. Il faut se servir d’un appareil à til d’acier; l’appareil Belloc, qui ne pèse (pie quelques kilogrammes, est le plus parfait qui ait été imaginé dans ce genre. Grâce à lui la profondeur est déterminée très exactement. Pour connaître la position du point où l’on sonde, on se sert en général d’une planchette et d’une alidade munie de fils stadimétriques, établies sur la rive; sur le bateau, un mât gradué fait l’office de mire. Si le bateau est trop éloigné de la côte, on a recours au sextant. Comme la plupart des lacs de montagne sont dépourvus de bateau, M. Delebecque a été obligé de se procurer une embarcation légère et suffisamment stable. Il a employé le bateau démontable Os(jood, qui lui a rendu de grands services. C’est par ces procédés que M. Delebecque a sondé la plupart des lacs importants du territoire français. On a reconnu ainsi que ces lacs étaient loin d’avoir la profondeur que les légendes leur attribuaient; ainsi, le lac de Genève, un des lacs les plus profonds de l’Europe, n’a que 310 mètres.
- Le fond des lacs eSt en général plat; ainsi, celui du lac de Genève est occupé par une plaine presque horizontale, sur laquelle, dans un espace de GO kilomètres carrés, la profondeur ne varie pas de 5 mètres. Des accidents topographiques viennent souvent.rompre la monotonie du relief des lacs ; par exemple, les ravins sous-lacustres (lacs de Genève et de Constance) ; les moraines immergées (lac d’Annecy) ; les deltas torrentiels, elc.
- Les plus petits lacs ne sont pas toujours les moins profonds. Les lacs de montagne, dont la superficie est généralement très restreinte, sont souvent remarquables par leur grande profondeur; tels sont le lac Bleu, dans les Pyrénées, le plus profond après le Bourget, qui a 120 mètres; le lac d’Arlouste, dans les Basses-Pyrénées, avec 85 mètres; l'étang de Naguille, dans l’Ariège, avec 72 mètres.
- M. Delebecque a entrepris aussi les recherches physiques et chimiques qu’on peut faire sur les lacs*.
- L’OBSERVATOIRE DU VATICAN
- A l’époque de la réunion à Paris du Comité international de la carte photographique du ciel, en septembre 1889, la création de l'observatoire du Vatican fut annoncée aux savants alors, assemblés à l’observatoire de Paris par une lettre du Père Denza. Dans sa communication, l’éminent astronome indiquait que le nouvel établissement, dont la direction devait lui être confiée, s’occuperait surtout de photographie céleste, et demandait à coopérer au travail international de la carte du ciel. Il déclarait en outre à ce propos être autorisé par le pape Léon XIII à faire acquisition de l’instrument nécessaire. Peu
- 1 D’après une Note présentée à la Société d'encouragement.
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- do temps après, en cflet, un équatorial photographique, semblable à celui de l’observatoire de Paris, était commandé en France, ainsi qu’une grande coupole destinée à abriter l’instrument. En 1891, l’observatoire du Vatican était prêt à prendre part à l'exécution de la carte du ciel, et compris déii-nitivement dans la liste des dix-huit observatoires associés à cette œuvre astronomique sans précédent.
- L’établissement dont nous parlons se rattache d’ailleurs à d’anciens souvenirs. Le pape Grégoire Mil, en effet, lit ériger en 1582, à l’époque de la réforme du calendrier, une tour destinée à servir d’observatoire sur la partie ouest du palais du
- Vatican ; on voit encore dans l’une des salles de ce monument le gnomon et la méridienne construits par Ignace Pauli, au seizième siècle. L’institution de cet antique observatoire est ensuite rappelée dans une lettre encyclique du pape Clément XI, en 1705. A cette époque, on y faisait des observations suivies sur les tremblements de terre. Les observations astronomiques, délaissées pendant longtemps, n’y furent reprises qu’en 1780, au moyen d’excellents instruments, notamment un télescope de Pollond ; mais, en 1787, un observatoire astronomique fut établi au Collège romain et l’observatoire du Vatican fut désormais plus spécialement consacré aux études de météorologie et de physique du globe. Un y
- Fig. 1. — Observatoire du Vatican. — Tour grégorienne. (D'après une photographie.)
- nstalla à cette époque une collection complète d’instruments météorologiques et magnétiques, ainsi tpi’un sismographe et une lunette méridienne pour les observations astronomiques. Un possède, dans cette dernière période, une série d’observations de 1800 à 1821; puis 1’observatoire est complètement abandonné et scs instruments dispersés.
- A l’occasion du jubilé sacerdotal du pape Léon XIII, en 1888, des instruments astronomiques et météorologiques de grande valeur lui furent offerts en don ; et l’heureuse pensée de conserver ces instruments réunis en un même lieu ht naître l’idée de réorganiser l’antique observatoire du Vatican. Le Père Renza, qui avait fait cette proposition, fut chargé de la mettre a exécution et, dès le début de l'entreprise, vint à Paris, en 1889, offrir au Comité de la èarte
- du ciel la collaboration du nouvel établissement.
- Les travaux d’aménagement furent commencés dans cette même année et on installa dans l’ancien observatoire de Grégoire Xlll, appelé tour grégorienne, les instruments météorologiques et une partie de ceux d’astronomie. Les observations météorologiques régulières ont pu commencer au 1er mars 1890. Mais, pour assurer aux observations astronomiques toutes les facilités désirables, il fut en outre décidé qu’on annexerait à l’établissement principal une grande tour située à 400 mètres de la précédente, au sommet de la colline du Vatican, et qui fait partie de l’enceinte fortifiée construite en 848 par le pape Léon IV. ("est sur la plate-forme*de cette tour, appelée léonine, qu’ont été placés l’équatorial photographique et sa coupole de 8 mètres de diamètre.
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- Los bâtiments de l’observatoire ainsi reconstitué se composent donc de deux édifices distincts dont rions donnons ici une reproduction d'après des photographies : l’un d’eux, la tour grégorienne (fig. 1 ), est situé à une altitude de 75 mètres et contient, dans des locaux appropriés à leur destination, la bibliothèque, les instruments météorologiques, des pendules et des chronomètres, un petit réTracteur pour l’observation des taches solaires, une lunette méridienne coudée et un équatorial placé sous une coupole tournante de 4 mètres de diamètre.
- L’autre, la tour léonine (fig. 2), construite il y a plus de dix siècles, surpassa en grandeur et en solidité les autres tours de l’enceinte du Vatican. Son
- diamètre intérieur est d’environ 1 7 mètres et l'épaisseur des murs est de 4™,50 à la partie inférieure. Elle a trois étages auxquels ou accède par un escalier de marbre récemment construit dans l’épaisseur de la muraille. A la partie supérieure, située à 100 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, l’horizon, absolument dégagé de toutes parts, a permis d’installer, dans les meilleures conditions possibles, l’instrument à l’aide duquel l’observatoire du Vatican exécute le travail de la carte photographique du ciel pour la zone qui lui a été attribuée par le Comité international réuni à Paris en 1801.
- Le service scientifique de l'observatoire du Vatican, tel qu’il a été établi par le règlement du
- Fig. 2. — Observatoire du Vatican. — Tour léonine. (D’après une photographie.)
- 1er juillet 1800, se compose des branches d’études suivantes : 1° astronomie, observations méridiennes et équatoriales, observations physiques diverses; 2° photographie astronomique; o° magnétisme; 4° tremblements de terre; 5° météorologie. Ce règlement porte en outre nomination du personnel de l’établissement et d’un conseil supérieur auquel le directeur est tenu de soumettre, tous les ans, un rapport sur les travaux de l’observatoire pendant l’année écoulée.
- L’existence de cet établissement est assurée par un bref pontifical (motu proprio) en date du 14 mars 1891, dans lequel le pape Léon XIII engage ses successeurs à maintenir l’oeuvre fondée par lui en 1889, et lui constitue un budget régulier annuel.
- Sous l’active direction du Père Denza, l’observa-
- toire du Vatican s’est acquitté avec zèle et régularité des travaux compris dans son programme d’organisation, ainsi qu’en témoignent hautement les publications déjà faites. Depuis 1890, quatre fascicules annuels ont paru et contiennent des documents d’un très grand intérêt dont le nombre et l’importance se sont accrus d’année en année. On y trouve de nombreuses notices scientifiques, une grande quantité d’observations d’étoiles filantes, principalement pour les deux périodes d’aoùt et de novembre, des observations météorologiques complètes ainsi que des observations magnétiques et des études de géodynamique. Dans les planches nombreuses qui accompagnent le texte, on remarque de très belles photographies stellaires et aussi des reproductions de clichés solaires obtenus avec un
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- photobéliograpbe installé en 1895. On trouve en outre, dans chacun de ces volumes, le rapport annuel présenté par le directeur au conseil composé de personnalités administratives et scientifiques, ainsi que les procès-verbaux des séances hebdomadaires tenues par les fonctionnaires de l’observatoire. Dans ces réunions, le directeur et les astronomes se communiquent les résultats de leurs travaux en même temps que tous les faits concernant la marche des divers services de l’observatoire et les progrès les plus récents de l’astronomie.
- La publication du quatrième volume des travaux de l’observatoire du Vatican a malheureusement coïncidé avec la nouvelle de la mort du directeur de cet établissement, survenue le 14 décembre dernier.
- Cette disparition imprévue laisse un grand vide dans cet observatoire, qui regrette en lui un chef respecté; elle est aussi une perte pour la science à laquelle le Père Denza s’était constamment et fidèlement dévoué. Nous rappellerons ici que le savant religieux s’était fait connaître en astronomie par de nombreuses observations de météores, et qu’il avait accompli des travaux considérables de météorologie et de magnétisme terrestre. Au moment de sa mort, il était président de la Société italienne de météorologie et directeur de l’observatoire de Moncalieri, fondé par lui en 1859 et qu’il continuait à diriger en même temps que l’observatoire du Vatican. Ses services éminents lui assurent une place honorée dans l’histoire des sciences, et tous ceux qui l’ont connu et apprécié garderont précieusement son souvenir. A. Fraissinet.
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1900
- M. Alfred Picard, Commissaire général, vient de soumettre à la Commission supérieure un Rapport complet, avec plan à l’appui, indiquant d’une façon générale quelles seront les grandes lignes de l’Exposition de 1900.
- Nous ne saurions reproduire ici ce document considérable, mais nous pouvons en résumer les principaux traits, desquels se dégage déjà, d’une façon nette, l’aspect futur de cette grande entreprise.
- Principes généraux et composition du plan. — La Direction d’architecture s’est inspirée des diverses compositions primées dans le concours ouvert précédemment et dont nous avons rendu compte1. Elle l’a fait avec une largeur de vues qui fait honneur à M. Bouvard, Directeur des services d’architecture, et à ses dignes collaborateurs, Il M. Eugène llénard, Sortais, Tronchet et Yarcollier.
- Comme on pouvait le pressentir, dès l’époque du concours, l’Exposition sera « séquanienne )), c’est-à-dire que la Seine, avec ses rives décorées, ses fêtes vénitiennes, ses terrasses aménagées au bord de l’eau, en formera en quelque sorte le motif principal. C’est là une idée neuve et heureuse.
- Pour la première fois dans une grande entreprise de ce genre, on verra le Champs-de-Mars, l’Esplanade des Invalides et les Champs-Elysées réunis effectivement dans l’enceinte, et appelés à concourir ensemble, chacun pour leur part, au but final.
- 1 Vov. n° 1152, du 9 février 1895, p. 104.
- Le « clou » de l’Exposition sera une immense perspective de CI) mètres de largeur, partant de l'emplacement actuel du Palais de l’Industrie, franchissant la Seine sur un pont en acier d’une seule arche et allant aboutir à l’Esplanade des Invalides. La création de cette perspective nécessite la démolition du Palais de l’Industrie, qui laisse beaucoup de souvenirs, mais peu de regrets au point de vue architectural. Sa position était fâcheuse. Dès le jour où il sortit de terre, ainsi que le dit M. Alfred Picard dans son Rapport, la critique blâmait sévèrement l’interception, par ce lourd écran de pierre, d’une des plus belles perspectives de Paris.
- Toutes les combinaisons tentées pour prolonger son existence ont été rejetées successivement. -
- Par contre, la Tour de 500 mètres continuera à dresser dans l’espace sa puissante ossature de métal. Il eût été fort onéreux de la démolir, et de plus, la curiosité des visiteurs qui désirent admirer de cette hauteur le superbe panorama de Paris, est loin d’être épuisée. Peut-être cependant, la Tour sera-t-elle, pour 1900, habillée à sa hase : la flèche sera, peut-être aussi, recoupée par un étage intermédiaire. Ce sont là des questions de détail artistiques sur lesquelles nos architectes et nos décorateurs pourront se donner carrière.
- L’entrée principale, ou entrée d’honneur de l’Exposition, se trouvera donc aux Champs-Elysées, à la grande satisfaction des visiteurs, ramenés, à proprement parler, dans Paris, après leurs pérégrinations dans la vaste enceinte.
- Distribution des bâtiments, des parcs et des jardins. — En pénétrant dans l’Exposition, les visiteurs apercevront, tout d’abord, sur leur droite, les pavillons de ^Administration, de l’Education et de l’Enseignement, dont une pensée philosophique marque la place, en quelque sorte, au vestibule même de l’Exposition. A droite de l’entrée d’honneur, en regardant les Invalides, sera érigé le Palais des Beaux-Arts : à gauche et en face, le Palais de l’Exposition rétrospective de l’Art français. Ces deux palais, construits avec un soin spécial, sont destinés à subsister après la clôture.
- La région du Palais de l’Industrie, réunie par le grand pont dont nous avons parlé à l’Esplanade des Invalides, formera en quelque sorte « le domaine de l’Art », car l’Esplanade sera consacrée à l'art décoratif sous toutes les formes.
- Sur la rive droite de la Seine, du pont des Invalides au pont de l’Alma, prendront place le Palais de la Ville de Paris, l’Horticulture, l’Economie sociale et les Congrès.
- Sur la rive gauche, du pont des Invalides au Champ-dc-Mars, on trouvera les palais des Nations étrangères, l’Année, la Marine, les Forêts, la Chasse, la Pêche.
- Au Trocadéro, l’Algérie, la Tunisie, et les pays de protectorat.
- Au Champ-de-Mars enfin, la grande industrie et la production agricole.
- L’électricité, avec l’éclat qui lui appartient, occupera un énorme et rayonnant Palais de cristal devant la grande galerie des Machines de 1889, aménagée et transformée en grande salle des fêtes.
- La circulation intérieure. — Deux larges passerelles, en dehors du pont monumental, amèneront les piétons d’une rive de la Seine à l’autre : l’une sera jetée entre le pont des Invalides et le pont de l’Alma, l’autre entre le pont de l’Alma et le pont d’féna; ce dernier pont sera élargi par des encorbellements rappelant ceux de l’Exposition de 1878. Des rampes douces substituées aux dangereux escaliers de 1889, assureront le passage, par-
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- dessus les abords des ponts des Invalides et de l’Altna.
- Un chemin de fer électrique, à circuit fermé, desservira l’Esplanade, le quai d’Orsay et le Champ-de-Mars. On trouvera aussi, latéralement aux pentes du Trocadéro, un chemin de fer funiculaire et un chemin de fer à crémaillère.
- L'évaluation des dépenses. — L’ensemble des dépenses prévues pour cette vaste organisation s’élève à 100 millions, dans lesquels il entre pour 70 millions de travaux. Sur cette somme considérable, mais qui sera certainement bien employée pour une Exposition terminant glorieusement le siècle, l’État et la Ville de Paris supporteront quelques charges que des combinaisons spéciales s’efforceront de -réduire à leur minimum.
- Tel est, dans un coup d’œil sommaire, l’avant-projet de l’Exposition de 1900 présenté par son éminent Commissaire général. 11 est bon d’ajouter que les propositions d’initiative privée viendront le compléter et ajouter certainement encore à l’éclat et à la valeur de son ensemble.
- Max DE NaKSOUTT.
- RECRUDESCENCE D’ACTIVITÉ DU VÉSUVE
- Le Vésuve a traversé une phase d’activité qui attire tout spécialement l’attention, aujourd’hui surtout où de nouveaux tremblements de terre se manifestent en Italie. Le curieux qui s’élève au sommet de la montagne sera saisi d’une admiration craintive en présence de l’imposant spectacle qui se déroule devant ses yeux, pendant la nuit surtout, sur le sommet de la mystérieuse montagne. Le géologue y trouvera une précieuse mine de matériaux pour l’étude des manifestations de l’activité interne du globe en général, et du mode de formation des cônes en particulier.
- En effet, à la suite de l’augmentation d’activité de ce volcan, déjà constatée dans le courant de janvier, l’ancien cratère de 1891 tend à se combler, ch faisant place à un nouveau cône, qui s’élève lentement et régulièrement au bord nord-ouest de l’ancien cratère. Actuellement il a dépassé les bords de ce cratère d’environ 15 à 20 mètres, s Ce nouveau cône s’aperçoit de Naples même.
- Depuis le milieu de 1893 (époque à laquelle a cessé de couler la bouche d’éruption de l'Atrio del Cavallo, ouverte en juin 1891 sur les flancs du grand cône vésu-vien), l’activité extérieure du volcan était très faible, quoique cet arrêt de l’épanchement latéral eût pu faire prévoir une recrudescence d’activité dans le grand cône.
- En janvier 1895, la colonne de lave s’est sensiblement élevée dans la cheminée volcanique, en débordant un peu sur la plate-forme du fond du cratère. Il y eut un arrêt de quelques jours, avec abaissement de la colonne de lave, suivi d’une nouvelle poussée légère, accompagnée de grands dégagements de vapeur. Dès ce moment, la tension de la vapeur fit soulever et boursoufler la surface de la lave, en la projetant à une grande hauteur.
- La fréquence de ces explosions est très variable. Lors de ma visite au volcan, faite dans la nuit du 12 mai, en l’aimable compagnie de M. Crosby, géologue,«et de deux autres amis, MM. Malaquin et Moncrieff, les grandes explosions se produisaient généralement à une minute 30 secondes d’intervalle. Certaines d’entre elles lançaient la lave et les scories à une hauteur de 80 à 100 mètres. Pendant la période de repos relatif, d’autres explosions moins violentes avaient lieu, mais toujours accompagnées de puissantes bouffées de vapeur.
- Ilien ne4[pourrait être comparé à l’imposant, spectacle
- que présente alors le volcan, lorsqu’il projette dans l’air ces jets de matières fondues, qui retombent ensuite comme d’énormes paillettes d’un gigantesque feu d’artifice. Malgré la grande distance qui nous séparait du cratère, nous ressentions la chaleur de la lave projetée.
- Durant leur trajet dans l’air, les matériaux divers rejetés par le volcan se refroidissaient, et, en retombant sur les bords du cratère, édifiaient le cône, ou bien retombaient dans la cheminée pour être lancés de nouveau. C’est ce qui constitue la phase de formation d'un cône. Le nouveau cône, assez irrégulier de forme, atteignait, le 12 mai, une hauteur d’environ 70 mètres au-dessus du fond du cratère de 1891. Il a dépassé maintenant l’altitude de la portion de crête du cratère de 1872, existant encore
- N.
- cratère'""--^
- Diagramme montrant l’état actuel du Vésuve, exécuté d’après un dessin publié en juin 1891 par M. le Dr Jolmston-Lavis.— L’auteur y a porté les changements survenus depuis lors. —- a Limite du bord du cratère de 1872. La partie représentée par la ligne ponctuée est à présent couverte par la lave qui a débordé à différentes reprises. — La partie a’ a" est encore découverte. — b. Cratère de juin 1891. — b’. Douche active du cratère de juin 1891.--- c. Nouveau cône actuellement en formation (mai 1895). •— c\ Bouche active du cône du 12 mai 1895. — d. Fente et bouche de vapeur du 7 juin 1891. — e. Fissure émettant des vapeurs acides dans la plaine du cratère de 1872. — f. Très anciens passages d’air chaud ou fumarolles. — g. Fissure de mai 1889. — h. Nombreuses fissures sur le bord sud-est du cône. — i. Abri des guides.
- à l’est du refuge des guides. Sa forme irrégulière est due principalement au vent de l’est qui a dominé pendant ces derniers mois. Sous l’action de ce vent, les scories sont tombées avec plus d’abondance du côté de Naples, ce qui a provoqué un renflement du cône à l’ouest.
- Si l’éruption continue avec la même régularité, le nouveau cône s’élèvera graduellement, en comblant totalement l’ancien cratère. Et en admettant aussi une poussée continue de la lave, rien ne s’opposerait à prévoir, sur le sommet du grand cône, un épanchement latéral, favorisé en ce point par la fente de 1891, près de laquelle le nouveau cône s’est formé.
- La figure ci-dessus montre les changements survenus sur le sommet de la montagne. Je me suis servi, pour l’exécuter, d’un diagramme, publié en 1891 par M. H. Johnston-Lavis, l'éminent vulcanologue anglais, en y portant les changements survenus depuis lors.
- Alex. J. BourdaDjat.
- Naples, le 29 mai 1895.
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- LA GYMNASTIQUE MILITAIRE
- Rien n’est plus recommandable et plus utile que la gymnastique. « C’est, dit un docteur distingué et
- Fig. 1. — Les barres parallèles. Exercices exécutés par un élève à l'École de gymnastique militaire à Joinville-le-Pout. (D’après une photographie instantanée de .11. .Albert bonde.)
- muscles pour mieux assurer le fonctionnement des organes. Les exercices gymnastiques, lorsqu’ils sont bien compris, favorisent la circulation, excitent la nutrition et l’absorption, rendent les sécrétions plus abondantes et la perspiration cutanée plus complète. La gymnastique est, de plus, un sédatif puissant du système nerveux. »
- Il y a encore à dire : la gymnastique, surtout quand on commence à la pratiquer dans la jeunesse, à l'àge du développement physique, contribue à accroître l’énergie des bras et des jambes et l’agilité du corps. Les jeunes gens qui s’y exercent avec persévérance et ardeur, éprouvent bien le
- compétent, un exercice qui a pour objet de régler les mouvements du corps et de développer certains
- Fig. 2, — Exercices de saut à la perche, exécutés par un élève de l’École militaire à Joinville-le-I'ont. (D’après une photographie instantanée de JL Albert bonde.)
- sentiment des progrès qu’ils ne cessent de faire par la pratique. Tels exercices de trapèze, les rétablissements, par exem-ple, qu’on ne pouvait faire malgré les plus grands efforts, on arrive peu à peu à les exécuter, avec une telle facilité, qu’on n’en éprouve plus la moindre fatigue.
- Depuis quelques. années, le goût des exercices physiques se beau-dans nos écoles,et ceux de nos jeunes gens qui les pratiquent vous diront qu’ils s’en trouvent bien. Je puis en parler sciemment, car j’ai toujours eu la passion des exercices du corps : gymnastique, natation, escrime, etc., et j’ai gardé dans la mémoire, parmi
- Fig. 3. — Exercices exécutés sur le cheval de bois par des élèves de l’École de gymnastique militaire de Joiuville-le-Pont. (D’après une photographie instantanée de M. Gaston Tissandier.)
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- les meilleurs souvenirs de ma jeunesse, les heu- tique, à la natation, au canotage et à l'escrime, rcs délicieuses que j’ai consacrées à la gymnas- Dans l’armée, la pratique de la gymnastique prend
- Fig. 4. — Le saut périlleux exécuté au tremplin. Prytanée militaire de la Flèche. (D’après une photographie du capitaine X.)
- Fig- 5- Fig. 6.
- Echappements de mains exécutés d’un trapèze élevé. — Fig. S. Échappement par les mains en avant. Fig. 6. Échappement par les pieds en arrière. (D’après des photographies instantanées du capitaine X.)
- aussi beaucoup de développement, à la faveur des écoles militaires qui fournissent à l’armée des pro-
- fesseurs excellents. Nous avons déjà signalé notre Ecole militaire de gymnastique et d’escrime de Join-
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- ville-le-Pont, près Paris, nous en dirons encore quelques mots en donnant la reproduction de photographies des exercices qu’on y peut voir. Si nos lecteurs veulent examiner avec attention nos figures 1, 2 et 5, ils verront, par l’attitude des gymnastes, qu’on sait former à cette école des soldats qui ont des hiceps et qui ne manquent pas de souplesse et d’agilité. Les exercices que nous montrons ici, barres parallèles (fig. 1), saut à la perche (fig. 2) et cheval de bois (fig. o), sont l’image des exercices de gymnastique si bien exécutés qui deviennent familiers aux élèves.
- Rien n’est plus intéressant à voir, d’autre part, que les exercices d’ensemble de l’Ecole de gymnastique militaire.
- Nous avons reçu récemment quelques documents tout à fait inédits, sur une autre école française de gymnastique et d’escrime, qui est aussi connue que celle de Joinville-le-Pont et qui rend autant de services à l’armée ; il s’agit du Prytanée de la Flèche.
- C’est un capitaine d’infanterie, fort compétent sur les questions que nous traitons ici, qui a bien voulu nous les communiquer. Nous voudrions donner le nom de cet officier distingué, mais notre aimable correspondant a exigé un anonymat absolu. Nous obéissons, tout en reproduisant la Note qu’il nous a adressée et les photographies qu’il nous a données des exercices de voltige aérienne que savent faire les jeunes élèves du Prytanée (fig. A,
- 5, 6).
- Voici ce que le capitaine nous écrit :
- Les photographies instantanées que je vous envoie représentent divers mouvements de gymnastique (échappement de mains, sauts périlleux en avant ou en arrière, etc., etc.) exécutés par des enfants de 15 à 15 ans, élèves au Prytanée militaire de la Flèche1.
- De tout temps, bien avant que la loi de 1879 rendît obligatoire dans les lycées l’enseignement de la gymnastique, les exercices physiques (gymnastique, escrime, équitation, natation) ont été en honneur au Prytanée. Les résultats obtenus ont toujours été des plus remarquables.
- L’enseignement de la gymnastique y est donné par des sous-officiers moniteurs, tous anciens élèves de l’école de Joinville-le-Pont, sous la direction d’un lieutenant. 11 comporte deux séances de 40 minutes par les élèves de la classe de 7e à ceux de la 4e, et une seule séance pour les élèves des classes au-dessus de la 4e. Ce temps, comme vous le voyez, est réduit au strict minimum pour ne pas empiéter sur les heures de classe et d’étude. Mais les « Brutions ))2 aiment par tradition tous les exercices du corps, aussi appliquent-ils les principes qui leur ont été donnés en s’exerçant librement pendant toutes les récréations, dans leurs parcs, où se trouvent différents agrès. Aussi deviennent-ils tous d’une souplesse et d’une force véritablement remarquables.
- Les mouvements d’échappement de mains au trapèze et, en général, tous les exercices de trapèze volant ne
- 1 Le Prytanée militaire est une école nationale réservée aux fils d’officiers. Les élèves sont particulièrement, dirigés vers l’École de Saint-Cyr et Polytechnique.
- J |>ans l'armée les élèves du Prytanée sont appelés Bru-lions.
- sont faits que devant les moniteurs, en prenant, comme l’indiquent les épreuves, toutes les précautions désirables. Ces exercices développent au plus haut degré les qualités d’audace, de sang-froid et de confiance en soi. En faut-il beaucoup plus pour faire un excellent officier, au point de vue physique et moral 1
- Les gravures que nous publions à la page 25 sont tout à fai t remarquables par les attitudes des gymnastes qui font leurs sauts. Le sauteur de la figure A a l’air de planer en avant, son corps est horizontal, ses jambes sont relevées et ses bras s’abaissent en avant. Les figures 5 et 6, qui représentent les exercices d’échappements du trapèze, méritentaussi l’attention. Elles donnent l’aspect du corps du gymnaste dans des positions stupéfiantes ; les trapèzes, fixés à une poutre attachée à des arbres à 5 ou 6 mètres de hauteur, sont mis en mouvement d’oscillation par le gymnaste qui s’y balance pendu par les mains, ou par les pieds, et qui se détache au sommet de sa course quand les cordes du trapèze sont presque horizontales. Les moniteurs sont à terre, très attentifs aux mouvements de la chute, et se tiennent prêts à recevoir dans leurs bras le jeune gymnaste pour faciliter son arrivée à terre s’il a besoin d’être arrêté. Souvent le sauteur sait tomber sans aide.
- Il est évident que sans arriver à faire des pirouettes aériennes semblables à celles que nous venons de décrire, il n’est rien de mieux que la gymnastique pour fortifier les jeunes gens. Rien n’est plus utile à tous ceux qui veulent avoir une vie laborieuse et active, rien de plus précieux pour les jeunes soldats qui ont à défendre leur patrie; c’est conquérir vigueur et santé. Nous ne faisons d’ailleurs que répéter ici ce ipii a déjà été dit dans les'temps anciens où la gymnastique faisait partie de l’éducation : mens sana in corpore sano. Gaston Tissandier.
- —<x£>«—
- LE FEU ET LE TRAVAIL DES PIERRES
- Dans un article fort intéressant publié ici-même, on a exposé comment, dans l’antiquité, on suppléait aux explosifs par l’emploi du feu pour faire éclater les pierres et notamment pour saper les fortifications1. Or, si nous en croyons le journal Nature de Londres, il se trouve à Bangalore, dans l’Inde méridionale, des carrières d’où l’on extrait des dalles de granit au moyen de feu de bois et avec une perfection qui mérite bien d’être signalée.
- La roche granitique forme des masses ininterrompues et sans faille pendant des dizaines et des dizaines de mètres; et il s’agit de faire détacher une sorte de feuille de cette masse, par application de la chaleur à la surface du granit. Pour cela, on commence par former sur le bord de la masse une sorte de bourrelet de bois, un foyer allongé et assez étroit, de 2 mètres ou un peu plus de longueur, et l’on y met le feu; le combustible qu’on emploie est composé de bûches bien sèches de bois tendre. On comprend l’effet que va produire l’inégale dilatation résultant de cette applicatibn superficielle du feu : bientôt, si l’on frappe le roc de quelques coups de
- 1 Yov. Tables des dix premières années. — Joi.y. Origines du fou dans f’iuimanité.
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- marteau, on s'aperçoit au son qu’il est détaché de la roche sous-jacente; la formation d’une lame commence, il ne s’agit que de faire se continuer la fente séparative. On peut alors pousser le feu un peu plus en avant pour obtenir ce résultat; cela se fait en y ajoutant naturellement du combustible, mais en même temps en allongeant le foyer en bourrelet, car on lui donne une forme convexe dont la convexité est tournée vers la masse encore non atteinte, vers le cœur du bloc. On le fait avancer seulement d’une dizaine de centimètres, pour que la fente se continue bien régulièrement, et l’on s’assure de nouveau que les choses sont à point au moyen du marteau et du son spécial que rend la lame de granit quand elle est détachée. On se livre régulièrement à la même opération, la convexité s’accusant, jusqu’à ce que l’arc de l'eu ait une longueur de quelque H mètres. On n’a plus rien à faire à la partie du roc où est passé le feu ; elle est couverte de cendres mêlées de petits éclats de 5 à 4 millimètres d’épaisseur et de faibles dimensions, qui se sont produits sous l’action immédiate du feu.
- La lame de granit qui se détache ainsi a généralement une épaisseur de 12 à 15 centimètres. L’opération dure environ huit heures, le bourrelet de feu avançant à peu près de 1 m,<S0 à l’heure. Le feu a couvert alors une superficie de 42 à 45 mètres carrés ; mais il faut tenir compte de ce qu’il agit indirectement au delà de la surface qu’il chauffe immédiatement, et on estime que la plaque détachée par ce procédé curieux est d’une surface de 69 à 70 mètres carrés.
- Pour obtenir ce résultat, on brûle environ 770 kilogrammes de bois. Si l’on se hase sur l’épaisseur de la lame enlevée et sur la densité spécifique du granit, on trouve qu’il faut dépenser à peu près 1 kilogramme de bois pour obtenir 50 kilogrammes de roche. I). B.
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- COULEUR DU CIEL
- M. W. Spring, abordant cette question : « Pourquoi le ciel est-il bleu? », que Tyndall avait appelée (( une énigme de la nature, », nous semble avoir fait faire un pas sérieux à la question, si même il ne. l’a pas résolue définitivement. Après s’être assuré que sous une grande épaisseur, les principes constitutifs de l’air, excepté l’azote, c’est-à-dire l’oxygène, l’eau en vapeur, l’ozone, etc., sont bleus sous une grande épaisseur, il reconnaît pourtant que le trajet des rayons directs du Soleil dans notre atmosphère est trop court pour qu’ils se chargent de cette couleur de la façon intense dont nos yeux la remarquent. Il prend acte ensuite de ce fait que cette lumière qui se voit dans tous les points du firmament est une lumière polarisée et non directe, pour arriver à l’explication suivante : Les rayons solaires; après avoir frappé directement la surface de la Terre, sont réfléchis dans toutes les directions par cette surface. Ils courent à travers l’atmosphère en rencontrant des couches de moins en moins denses au milieu desquelles ils s’écartent de plus en plus de la normale. Ils vont ainsi frapper les dernières couches sous des angles tellement ouverts qu’ils ne peuvent plus traverser ces couches. 11 se produit alors pour eux le phénomène bien connu de la réflexion totale, et ils nous reviennent après avoir fait dans l’atmosphère un trajet bien plus considérable que les rayons solaires directs. Ceux que nous recevons nous arrivent ainsi, des régions éloignées, par un véritable miragft et nous apportent la couleur de toutes les épaisseurs d’air franchies. .1. Vingt.
- NOUVEAUX
- APPAREILS DE MESURE ÉLECTRIQUE
- Les appareils de mesure électrique en général doivent être précis et apériodiques; on leur demande en effet d’atteindre rapidement et sans oscillation la position d’équilibre correspondant à chaque mesure. Cette propriété est des plus importantes au point de-vue de la rapidité des opérations. Dans cet ordre d’idées, nous signalerons les nouveaux galvanomètres établis par MM. Arnoux et Chauvin, parce qu’ils nous semblent répondre à un grand nombre de desiderata déjà exprimés par plusieurs de nos lecteurs. Us permettent aussi d’effectuer avec précision et avec un seul appareil des mesures de différences de potentiel et d’intensités électriques pouvant facilement varier dans le rapport de 1 à 5000.
- Ces nouveaux galvanomètres sont basés sur le principe d’un cadre galvanométrique mobile dans un champ magnétique produit par un aimant permanent. La ligure 5 de nos dessins permet de saisir nettement ce principe. Un aimant A de forme circulaire, constitué par une seule pièce d’acier au tungstène trempée puis traitée par plusieurs recuits successifs, présente un évidement cylindrique dans lequel est centrée une de ’ces sphères d’acier F que l’on utilise aujourd’hui si couramment dans les coussinets à billes. Le cadre galvanométrique B (fig. A), mobile dans le champ magnétique formé par les deux entrefers, est simplement constitué par une petite couronne de fil de cuivre isolé à la soie, sertie entre deux bagues concentriques de cuivre pur découpées dans un tube fabriqué par le procédé électrolytique Elmore. Ces deux bagues, tout en donnant au cadre une certaine rigidité, constituent un amortisseur électromagnétique remarquable par suite des courants d’induction qui prennent naissance par les mouvements du cadre dans le champ magnétique. Il en résulte que l’équipage peut atteindre sans oscillation et avec exactitude la position d’équilibre pour chaque mesure. Ce cadre est muni suivant un diamètre de deux petits pivots en acier pénétrant dans deux crapaudines en pierre fine qui sont serties l’une à la partie supérieure, l’autre à la partie inférieure d’un tube à embase H où se trouve déjà la sphère d’acier F. Deux ressorts spiraux S et S' en métal non magnétique et inoxydable, dont les deux extrémités, fixées d’une part sur le cadre mobile et d’autre part sur les parties convenablement isolées du tube à embase, servent à amener le courant électrique dans ce cadre et à développer le couple mécanique antagoniste pour faire équilibre au couple électromagnétique. Les deux ressorts spiraux sont légèrement bandés l’un contre l’antre de façon à assurer la fixité du zéro ; l’aiguille indicatrice G est en aluminium afin de réduire autant que possible son poids et son moment d’inertie. 11 suffit de faire osciller l’équipage dans le champ magnétique ou en dehors pour remarquer
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- nettement l’amortissement très énergique qui se produit sur celui-ci.
- C’est en partant de ces principes et de ces bases que MM. Arnoux et Chauvin ont établi une série de voltmètres et d’ampèremètres très intéressants qui peuvent rendre de grands services dans l’industrie électrique.
- La figure 1 donne une vue d’ensemble d’un voltmètre. Dans cet appareil le circuit du cadre mobile a une résistance de 7a ohms, et une intensité de 5 milliampères suffit pour donner à l’aiguille une déviation égale à la totalité de l'échelle. On peut alors placer en série avec le cadre mobile des hohi nés de résistance constituées par du fil à très faible coefficient de température; la valeur maxima pour chaque sensibilité est proportionnelle à la valeur maxima de la différence de potentiel que l’échelle du galvanomètre peut lire. Un appareil construit d’après ces principes, et ayant un boîtier de 15 centimètres de diamètre et 5 centimètres d’épaisseur, peut mesurer toutes les différences de potentiel comprises entre 5 et 600 volts avec 5 sensibilités di (Té-rentes. Les constructeurs ont également disposé des résistances appropriées qui permettent de mesurer jusqu’à 5000 volts ; ces résistances sont placées en série sur le circuit du voltmètre. La résistance du circuit correspondant à la mesure d’une différence de potentiel maxima de 150 volts est de 50 000 ohms, la résistance du fil de cuivre du cadre mobile n’entre dans ce chiffre que pour 75 ohms. Sans insister sur toutes les opérations (pii peuvent être exécutées avec ces voltmètres, nous rappellerons qu’il est facile de déterminer les pôles d’un circuit en employant ces appareils comme chercheurs de pôles, de mesurer les résistances d’isolement et de les utiliser dans les méthodes de réduction à zéro.
- Les ampèremètres construits sur ce même principe sont également des plus intéressants. Le circuit du cadre mobile a une résistance moyenne de 0,5 ohm et un courant de 0,05 ampère suffit pour donner à l’aiguille une déviation égale à la totalité de l’échelle. Pour mesurer des intensités supérieures à 0,05 ampère, on a recours à des shunts, ou
- résistances appropriées placées en dérivation aux bornes du circuit parcouru par le courant à mesurer, et qui sont reliés, comme le montre la figure 2, au circuit de l’ampèremètre par deux petits cordons souples terminés par des fiches coniques. Ces dernières peuvent facilement être engagées dans des trous coniques ménagés à cet effet aux bornes des shunts et de l’ampèremètre. Cet emploi des shunts permet avec un seul appareil de mesurer avec la même précision des intensités très difïérentes comprises entre I et 5000 ampères. Chaque shunt est muni d’une plaque sur laquelle est indiquée la valeur maxima on ampères de l’intensité pour laquelle il a été construit, ainsi que la valeur de la résistance exprimée en microhms. La figure 2 représente un ampèremètre de 10 centimètres de diamètre relié à un shunt de 1000 ampères et d’une
- résistance de 40 microhms. Tous les shunts sont interchangeables, un shunt quelconque peut en effet être relié à un ampèremètre de graduation quelconque; mais il est préférable de choisir un shunt pour lequel l’intensité maxima pouvant être mesurée soit un multiple simple du chiffre maximum de la graduation de l’appareil.
- Lourdes intensités de courant ne dépassant pas une certaine valeur, les shunts peuvent être placés dans le boîtier même de l’appareil. Les dimensions extérieures de celui-ci ne sont pas sensiblement plus élevées.
- Des appareils spéciaux, ou milliampèremètres, ont été également établis pour la télégraphie et l’électricité médicale; leur sensibilité peut varier de 1 à 100 par l’emploi de réducteurs. Ces ampèremètres permettent de mesurer avec la plus grande exactitude les intensités de courant les plus faibles.
- Nous ne pouvons insister ici plus longuement sur tous ces appareils de mesure ; qu’il nous suffise de dire que MM. Arnoux et Chauvin ont pu établir à prix modérés des appareils sensibles, apériodiques, à indications comparables, et se prêtant, grâce à certains artifices, aux mesures les plus étendues qui peuvent se rencontrer dans la pratique industrielle. J. Laffargue.
- Fig. 1 à l. — Appareils de mesure électrique de MM. Arnoux et Chauvin. — i. Voltmètre. 2. Ampèremètre de 10 centimètres de diamètre relié à son shunt. — 3. Principe de l’appareil. — 4. Équipage mobile.
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- FLEURS PARFUMÉES ARTIFICIELLEMENT
- Nous avons eu, il y a quelques années, une nouveauté, les lleurs colorées artificiellement, avec les couleurs brillantes et chatoyantes que nous offre la chimie moderne. Le résultat obtenu a eu un grand succès.
- Mais la beauté n’est qu’un vain ornement dans les lleurs quand elle n’est pas accompagnée d’une charmante odeur. A quoi sert ce vif émail des couleurs qui réjouit les yeux, si la Heur n’a pas de parfum, ou si elle exhale une odeur insupportable?
- On s’est donc demandé si la chimie ne serait pas capable d’ôter à certaines lleurs leur puanteur pour leur communiquer un parfum agréable. 11 était à peu près certain que l’art donnerait à ces déshéritées ce cpie la nature leur a refusé. La chose n’est pas nouvelle, comme
- bien l’on pense, et avait déjà travaillé le cerveau des anciens.
- Le Père Ferrari nous apprend :
- « qu’un de ses amis, bel esprit et grand philosophe, entreprit d’ôter au souci d’Afrique son odeur si choquante, et qu’il y réussit avec un peu de soin. 11 mit tremper, durant deux jours, ses graines dans de l’eau de rose où il avait fait infuser un peu de musc. Il les laissa sécher quelque peu et les sema. Ces lleurs n’étaient pas entièrement dépouillées de leur mauvaise odeur : mais ou ne laissait pas de ressentir, au travers de cette odeur primitive, certains petits esprits étrangers, suaves et flatteurs, qui faisaient supporter, avec quelque plaisir, le défaut naturel. De ces plantes déjà un peu amendées, il sema la graine avec la même préparation que nous avons donnée. Il vint des lleurs qui pouvaient le disputer, sur le fait de la lionne odeur, aux jasmins et aux violettes. »
- Le journal la Liberté, de Lille, de septembre 1851, donne les renseignements suivants : « On peut commencer à remédier à la mauvaise odeur d’une plante dès avant sa naissance, c’est-à-dire lorsqu’on en sème la graine. On détrempe du fumier de mouton dans du vinaigre, où l'on met un peu de musc, de civette ou d’ambre en poudre. On met les graines ou même les oignons, durant quelques jours, macérer dans cette liqueur. L’expérience a démontré que
- les lleurs qui viendront répandront un parfum très doux et très agréable. Si l’on veut jouer à coup sûr, qu’on arrose les plantes naissantes de la même miction où l’on a mis tremper les semences.
- « A l’égard des plantes qui viennent de racine, de bouture, de marcotte, l’opération se fait au pied comme pour les couleurs; c’est la même chose.
- « Pour ce qui est des arbres, on perce le tronc avec une tarière, et avant que la sève monte, on y met, en consistance de miel, la matière dont on veut que les fruits prennent l’odeur et le goût. De ce (pie nous venons de dire, il ne faut pas conclure à une infaillibilité perpétuelle : l’art ne fait pas tout ce qu’il veut ni comment il veut ; il doit se régler sur le mécanisme de la nature. »
- On renforce, maintenant, l’odeur des fleurs en les arrosant avec une solution alcoolique d’essence correspondante ou de parfum fabriqué artificiellement.
- _________________________»______ Cela se fait, en
- grand, sur les violettes, les roses, les aubépines, etc.... On emploie avantageuse-ment, pour ce replâtrage, les essences artificielles de rose, de violette, le parfum de l’aubépine. Pour fixer l’odeur, qui serait fugace, on se sert de la glycérine. Quelques industriels vendent les parfums pour fleurs tout préparés. Signalons, dans ce genre, la violettine composée de : 100 grammes d’alcool, 100 grammes de glycérine, 10 grammes d’essence de violette. La yëranioline est une préparation semblable, dans laquelle l’essence de violette est remplacée par le yéraniol ou essence artificielle de rose.
- Pour régénérer des fleurs épuisées par le temps, le transport, on immerge leurs extrémités dans des vases contenant une solution faible de sel ammoniac. Ensuite on leur rend leur jeunesse avec un peu d’essence.
- Voici un autre moyen utilisé pour rehausser l’odeur des lleurs avant leur expédition ou leur mise en vente. On les met dans une caisse en bois, refroidie intérieurement avec de la glace. Au fond de cette caisse débouche un tuyau percé de trous, par lequel on envoie un courant d’acide carbonique chargé de l’odeur propre à la fleur. Ce courant est produit par l’évaporation de l’acide carbonique liquide contenu dans la bouteille A. On règle son écoulement par le régulateur R. Le gaz carbonique,
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- légèrement chauffé en passant dans un serpentin G chauffé au pétrole, barbote dans le récipient 1) rempli d’essence et finalement se rend dans la caisse M. II cède aux fleurs l'essence dont il s’est chargé dans le vase 1). En continuant l’expérience plus ou moins longtemps, on rend la fleur très ou moyennement odorante. Pour faciliter la fixation du parfum, ou imprègne les fleurs d’une petite quantité de glycérine.
- Quelques ingénieux commerçants ont cherché le surnaturel et à communiquer à une fleur une odeur autre que celle qu’elle exhale habituellement. Si la fleur est peu ou pas odorante, on masque son odeur avec un parfum intense, en se servant des moyens que nous venons d’indiquer. C’est ainsi qu’on a pu avoir des lilas ayant l’odeur de la rose, des œillets possédant un parfum de violette, des humbles hluets affublés d’une aristocratique odeur de jasmin. En un mot, tout ce que l’imagination peut permettre de tenter.
- Chose plus curieuse, l’investigation des chercheurs n’a plus de bornes. Vous seriez-vous imaginé qu’un chimiste aurait eu la patience de rechercher le moyen d’enlever leur odeur propre aux fleurs parfumées et de la remplacer par un parfum différent? La chose est délicate et pas du tout commode. Elle ne réussit pas avec toutes les fleurs. Elle mérite cependant une mention. Il suffit d’immerger les fleurs à maquiller dans de l’eau bromée pour leur enlever tout ou partie de leur suavité. Ensuite elles sont lavées, puis parfumées avec le nectar désiré, en se servant de l’un des deux moyens dont nous venons de parler.
- Pour terminer nous dirons qu’on--à cherché à parfumer les fleurs par capillarité, comme jadis on leur donnait de la couleur. Comme les essences sont insolubles — ou du moins peu solubles — dans l’eau, on les a transformées en dérivés chimiques solubles, par un traitement préalable à l’acide sulfurique anhydre. Ce procédé ne convient que pour quelques essences.
- Les seuls moyens pratiques sont ceux qui consistent à immerger les fleurs dans un bain odorant ou à les exposer dans un courant de gaz carbonique parfumé.
- Après la coloration, voilà Y odorisation artificielle des fleurs. Où nous arrêterons-nous dans cette voie?
- A.-M. Villon.
- LE TROLLEY SAUVEUR
- Ou sait que pendant la grève des tramways de Brooklyn, au mois de février dernier, les grévistes avaient imaginé d'incriminer le trolley en le rendant responsable des victimes, au nombre de plus d’une centaine, constatées depuis l’établissement de la traction électrique dans la ville, il y a à peine quelques années.
- Un esprit éminemment philosophique, M. I). ,1. Lapley, de Brooklyn, a démontré par des arguments très profonds et très judicieux, que le trolley, au lieu d’être l’engin mortel de civilisation que la presse et le public se plaisent
- à représenter, a été, au contraire, un véritable sauveur de l'humanité, et qu’il ne mérite en rien les critiques qu’on lui adresse.
- L’enquête faite après chaque accident démontre presque infailliblement une négligence, un manque d’attention, ou même, ce qui est fréquent, une intention de suicide. 11 faut ajouter les enfants qui courent à travers les rues sans surveillance et sans précaution, les gens distraits ou sourds, les fous et les ivrognes. Malgré le grand nombre d’accidents mortels arrivés sur les bords de quais par les chutes à l’eau dues aux causes énumérées ci-dessus, personne n’incrimine les quais mortels, comme on ne cesse de le faire en déblatérant toujours contre le trolley mortel.
- Voici la vérité sur le rôle du trollev dans une grande ville telle que Brooklyn. En réduisant la souillure des rues, la traction électrique a amélioré les conditions sanitaires de l’atmosphère de la cité, et a sauvé plusieurs fois autant d’existences qu’on l’accuse d’en avoir fait disparaître. Le voyage rapide et confortable des suburbains a réduit de plus de moitié les effets néfastes de la grippe et de la pneumonie. On n’a pas oublié les cars d’hiver d’autrefois, avec leur litière de paille souillée, leurs relents épouvantables, les attentes dangereuses et prolongées dans la neige, ou bien la marche dans l’ouragan, avec l’obligation de pousser quelquefois à la roue pour aider les chevaux à franchir un passage difficile. Combien sont morts d’une maladie contractée dans ces exercices dange-reux! Le trolley a contribué à la sécurité de tous en rapprochant mécaniquement la cité malsaine et la campagne à l’air pur, il a ainsi apporté une part appréciable au bien-être et à l’hygiène de l’humanité dont il est devenu un élément1 indispensable, et contre lequel s’acharneront désormais en vain les critiques.
- Cuir artificiel. — M. G. Sachsenroeder fabrique de la manière suivante du cuir artificiel. Une niasse à base de parchemin végétal encore humide est travaillée entre des rouleaux avec de la paraffine, de la cire, delà stéarine, ou autres substances analogues. Celles-ci pénètrent par le travail mécanique dans les interstices du papier. On sèche à l’air libre, on glace et on vernit. Pour donner plus de souplesse au produit, on peut l’imprégner de substances hygroseopiques, comme la glycérine ou le chlorure de calcium. On peut ajouter encore, dit la Revue industrielle, d’autres composés tels que la caséine, la dexlrine, la glu, comme substances couvrantes, pour diminuer l’onctuosité du produit au loucher.
- Curieux phénomène électrique. — On prétend avoir observé sur une ligne téléphonique, longue de 80 kilomètres, entre Uigby et Westport (Nouvelle-Écosse), le phénomène curieux suivant : cette ligne est en fil de fer avec retour par la terre ; il n’y a pas d’autres lignes dans le voisinage; on se sert de téléphones Bell ordinaires. Dès qu’il se produit une aurore boréale, on le remarque sur cette ligne par ce fait que la transmission dans l’est-ouest devient impossible, tandis que dans le sens ouest-est elle n’est aucunement troublée. On s’est assuré que les appareils ne jouent dans ce phénomène aucun rôle. Le fait mériterait d’être confirmé par de très nombreuses expériences.
- Ravages d’iiist'clcs. — La Revue horticole nous apprend que les vergers de San-José, en Californie, ont
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- été envahis par un insecte importé avec des arbres venus du Chili. Ce nouvel ennemi, nommé Aspidiotus perni-ciosus, s’est répandu sur toute la côte du Pacifique en une quinzaine d’années et il a atteint les poiriers, pommiers, pêchers, pruniers, cognassiers, auxquels il s’attache avec voracité. Ce Ministère de l’agriculture, à Washington, s'est inquiété des ravages de cet insecte et le signale comme très dangereux. Nous ferons bien de nous tenir en garde contre ses atteintes, dans notre vieille Europe, car, paraît-il, ses facultés de migration sont des plus étendues. Des mesures ont déjà été prises en Angleterre, et les arbres et plantes diverses de provenance américaine y sont soumis, à leur arrivée, à une inspection des plus sévères. 11 est à craindre néanmoins que l’inspection soit insuffisante.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 juin 1895. — Présidence de M. Lckwy.
- La découverte du pôle Nord en ballon. — M. Faye lit le rapport élaboré par la commission chargée d’exprimer un avis sur le projet formulé par M. Andrée, relativement à la possibilité d’atteindre en ballon le pôle Nord. Tout d’abord il remarque qu’il y a peu d’espoir d’arriver au pôle par des explorations terrestres, bien que les pôles du froid ne coïncident pas avec le pôle géographique, ou mieux qu’il existe deux pôles du froid dans notre hémisphère, l’un dans les îles Parry, au nouveau continent américain, et l’autre en Sibérie. M. Faye examine les conditions climatologiques des régions polaires. A la pointe nord-est du Spitzberg, à 1200 kilomètres du pôle, la température moyenne observée pendant le mois de juillet est de 4°,4, avec un maximun de 11°,6 et un minimum de l°,fi. La quantité de pluie recueillie sur un mètre carré est de fik*,800, soit une hauteur de 0m,0008. La vitesse minima du vent5“,8, la vitesse maxima 16m,8. Donc point d’ouragans, ni de tempêtes; point d’orages non plus. Le faible écart de température maxima et minima s’explique par cette circonstance que le soleil reste constamment au-dessus de l’horizon. Ces circonstances sont favorables à la navigation aérienne. Avec un vent violent, comme celui qui a transporté en Norwège un ballon sorti de Paris pendant le siège, il suffirait de cinq à six heures pour atteindre le pôle en partant du Spitzberg; mais en restant dans les couches basses de l’atmosphère, de manière à ne rencontrer que les vitesses faibles mentionnées plus haut, c’est-à-dire en planant vers 250 mètres au-dessous des nuages ou au-dessus des brouillards, il suffirait sans doute de deux jours ; mais pour parer à toute éventualité, il faut pouvoir assurer une navigation d’une durée d’un mois. L’expédition doit comporter unaéronaute pour la conduite du ballon, un physicien pour la photographie et la météorologie, un astronome pour la détermination du point. Elle doit emporter des instruments, des provisions, des armes, des moyens de transport. Tout cela est évalué au poids de 5000 kilogrammes : un ballon à hydrogène de 22 à 23 mettes de diamètre possède cette force ascensionnelle. La nacelle peut être aménagée de manière à servir de traîneau. Mais ce ballon doit qfre imperméable pendant trente jours et être dirigeable dans une certaine mesure. La commission paraît admettre que l’emploi d’une double enveloppe de soie suffit pour assurer l’imperméabilité, au moins dans des limites suffisantes. Ce qui est certain, c’est que le faible écart des températures maxima et minima est une condition favorable. Quant à la direction,
- elle sera obtenue au moyen d’un lourd cordage à traîner sur le sol qui fournira un point d’appui pour la fixation d’une voile. Dans des expériences remontant à l'année dernière, M. Andrée a pu, de cette manière, obtenir une dérivation variant de 27 à 40 degrés sur la direction du vent. Quels avantages tirera-t-on de la découverte du pôle? M. Faye pose la question sans y faire de réponse. Quoi qu’il en soit, ajoute-t-il, l’étude des moyens est achevée, les fonds réunis, le ballon pourra s’élancer dans les airs dès le mois de juillet prochain. Le remplissage aura lieu sur place, sous un hangar provisoire apporté par le vaisseau, à l’aide d’un appareil pouvant donner 150 à 200 mètres cubes d’hydrogène par heure. « Nous ne pouvons, dit-il, qu’admirer le dévouement des explorateurs et les accompagner de tous nos vœux, en priant Dieu d’écarter d’eux les périls. »
- Un microbe pathogène. — MM. Charria et Qstrowskv ont étudié les propriétés d’un microorganisme, l’oïdium albicans, qui produit les accidents les plus divers : diabète, suppuration, perforation des vaisseaux et passage du sang dans les urines, dans l’intestin, etc. Un certain nombre des accidents dus à l’oïdium étaient connus, mais ils n’étaient pas rattachés à la même cause. On trouve très peu ce microorganisme dans le foie, parce que le glycogène est un mauvais élément de culture pour lui, mais on le rencontre en abondance dans le rein. Il est très pathogène par lui-même et peu par les produits qu’il sécrète, et ceux-ci sont impuissants à conférer l’immunisation. Au contraire on peut obtenir une faible immunisation en portant du microbe vivant.
- Décès. — M. Neumann, correspondant de la section de géométrie, est décédé à l’àge de 97 ans.
- Varia. — M. Chabrier développe des considérations sur le phénomène chimique de l’ossification. — M. Zeiler signale la présence dans le terrain houiller voisin de la ville dTIéraclée, en Asie Mineure, des végétaux fossiles que l’on rencontre dans l’étage houiller de Westphalie et la découverte d’un végétal que l’on n’a rencontré jusqu’ici que dans les terrains houillcrs d’Australie dont l’àge est différent de celui des terrains houillcrs de l’Europe. D’après des déterminations effectuées à Upsal, la densité du gaz hélium débarrassé de toute trace d’hydrogène, serait de U, 159 par rapport à l’air et 2 par rapport à l’hydrogène. Ch. de Villedeuil.
- BATEAUX PNEUMATIQUES
- DE M. LAYSIAX
- 1 Le système original que nous allons présenter aujourd’hui à nos lecteurs, d’après le Scientific 'American, n’est peut-être pas appelé à un grand succès pratique, mais il obtiendra certainement un grand succès de curiosité dans le monde, aujourd’hui clairsemé par la faute de la bicyclette, des amateurs de sports nautiques. M. IL 1). Layman a eu l’idée, aujourd’hui commercialement exploitée par l'International Pneumatic Boat Company, de réaliser, autant qûe faire se peut, la marche et la direction sur l’eau à l’aide d’un appareil ou bateau pneumatique d’une grande simplicité, qui n’exige pour la propulsion que le seul mouvement des jambes et laisse les mains des navigateurs entièrement libres, soit pour la chasse au canard (lig. 1), soit pour la
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- pèche a la ligne (lig. 2), soit pour toute autre distraction fluviale telle qu’une promenade sur l’eau.
- L’appareil en fonction présente l’aspect extérieur d’un collier de cheval posé à plat; il est entièrement construit en toile caoutchoutée. Le fond de ce collier de forme ovoïde est muni d’une forte toile analogue percée de deux trous sur lesquels sont montées deux longues jamhes ou hottes également imperméables. La semelle de chacune de ces hottes est munie de petites palettes qui se dressent dans le mouvement de la jambe d’avant en arrière et se replient, au contraire, dans le mouvement d’arrière en avant.
- Un grossier gouvernail est fixé à l’arrière pour maintenir la direction de cet esquif d’un nouveau genre, nous ce gouvernail n’a aucun mouvement propre : les virages plus ou moins allongés se font uniquement par une manœuvre habile des pieds, qui fonctionnent à la façon des pattes des palmipèdes.
- Pour le transport du bateau à terre, le système est replié sur lui-mèine et se porte sur le dos, comme un sac de soldat. Son poids varie entre 6 et 8 kilogrammes, suivant les dimensions. Arrivé sur le bord de la rivière, on le désangle et on le vêt, en le soutenant par des bretelles, et on le gonlle à l’aide d’une poire ou d’une pompe à air. La couronne qui fait flotter le système est formée de deux tubes, l’un d’un diamètre moyen, le second d’un plus gros diamètre, divisé en trois compartiments. Une fois prêt, on marche en portant l’appareil suspendu jusqu’au moment où l’on perd pied : à par-
- tir de cet instant, le marcheur se transforme en nageur debout, avec une vitesse de 5 à 4 kilomètres par heure, suivant l’habileté et la force du sportsman. Chaque esquif-pneu peut supporter plusieurs personnes, ainsi que le montre la figure 2 reproduite
- d’après une photographie représentant la famille de l’inventeur en partie de pèche. Le plus grand modèle peut porter 180 kilogrammes. L’arrière du système est disposé pour servir de siège sur lequel l’amateur est confortablement assis lorsqu’il est fatigué de palmipéder, s’il nous est permis d’employer ce néloogisme.
- L’inventeur revendique en faveur de ce système sa commodité, sa simplicité, son confortable et sa sécurité, car trois des compartiments sur les quatre peuvent être percés sans que
- l’esquif s’enfonce. Une trousse de réparation accompagne d’ailleurs chaque appareil.
- Nous n’avons pas expérimenté le bateau pneu-m a tiq u e de M. Layman, et serions par suite, bien embarrassé pour émettre un avis quelconque sur ses qualités au point de vue de T utilité ou de l’agrément.
- Par le temps de pneumatiques qui court, au moment où la bicyclette fait une si désastreuse concurrence au canotage, il nous est particulièrement doux de constater que ce dernier «essaie de prendre sa revanche en empruntant à sa rivale son plus gros élément de succès. I)1 Z...
- Le Proprictairc-Gcrant : G. Tissanoieii
- Fig. 1. — Le bateau pneumatique tic M. Layman pour la citasse au canard.
- Fig. 2. — line luinillc pêchant à la ligne en promenade sur l’eau. (D’après une photographie.)
- l’aris. — Imprimerie Laucre, rue de Fleuras, 9.
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- N# 1 150.
- 15 JUIN 1895.
- LA NATURE.
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- L’ALCOOL ARTIFICIEL
- L’alcool ([ue nous produisons et <jue nous consommons est obtenu, comme dans les temps les [dus reculés, par la distillation des liquides alcooliques. Nous n’avons perfectionné que les appareils distillatoires, les moyens de [(réparation du liquide sucré, et réglé la fermentation. Au fond, le principe est le même. Nous nous adressons toujours à dame Nature [tour qu'elle nous transforme, par ses moyens puissants, les éléments en hydrates de carbone, en amidon, en sucre. Notre science nous permet de
- terminer le reste, d'approprier les produits naturels à nos multiples besoins.
- L’industrie, aidée par les sciences physiques, demande à s’affranchir du joug qu’elle supporte depuis des siècles. Elle a raison. Les moyens employés par la Nature sont trop lents, souvent incertains, par suite des conditions de climat, de beau ou de mauvais temps, etc.... L’industriel veut pouvoir fabriquer en quelques jours, en quelques heures, ce que le temps met des mois et des années à produire. 11 veut être maître de préparer, à son gré et à n’importe quel moment, des quantités déterminées des substances contenues dans les vé-
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- Appareil pour la production de l’alcool artificiel.
- gétaux ou dans les produits de la vie animale.
- Les conquêtes de la science sont déjà très grandes dans cette voie. Les couleurs, les parfums, les médicaments, le sucre, etc., [(cuvent être préparés artificiellement, par Tunique main de l’homme, sans lajnoindre intervention des forces naturelles.
- Aujourd’hui nous allons indiquer comment on est arrivé à [(réparer artificiellement, avec les minéraux, l’alcool pur, débarrassé des principes nuisibles qui l’accompagnent ordinairement et contre lesquels fulminent les hygiénistes et les médecins.
- Au point de vue chimique, l’alcool est un composé de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Ces éléments sont abondamment répandus sur la terre. Le bois ou la houille peuvent nous donner le carbone sous forme de charbon de bois ou de coke. L’eau renferme l’hydrogène et l’oxygène.
- 23* année. — 2e semestre.
- M. Berthelot a obtenu, le premier, de l’alcool synthétique, c’est-à-dire préparé artificiellement en partant du carbone et de l’hydrogène. En faisant jaillir Tare électrique entre deux bâtons de charbon, [dacés dans un globe traversé par un courant de gaz hydrogène, on obtient Xacétylène. En combinant ce gaz avec l’hydrogène naissant, il se forme de Xéthylène. Celui-ci, absorbé par l’acide sulfurique concentré, se transforme en acide sulfovinique, lequel, étendu d’eau et porté à l’ébullition, donne X alcool.
- Ce procédé était trop coûteux pour entrer dans la pratique et détrôner l'eau-de-vie de vin ou le trois-six de pomme de terre. Mais, depuis que la science électro-chimique a permis d’obtenir le gaz acétylène à très'bon marché, la production de l’alcool artificiel a été de nouveau étudiée et simplifiée.
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- LA NATURE.
- Nous ne reviendrons pas sur la fabrication de l’acétylène. La Nature1, en parlant des bougies gazogènes, en a sommairement donné le principe. Nous rappellerons que ce produit est obtenu en décomposant le carbure de calcium avec de l’eau. Le carbure de calcium étant lui-même produit en chaulïant très fortement, au four électrique, un mélange de chaux et de coke. Avec les forces hydrauliques, la tonne de carbure de calcium revient à 100 francs environ. Or, une tonne de carbure décomposée par l’eau dégage 400 kilogrammes d’acétylène.
- Voici les réactions qui permettent de produire très facilement l’alcool avec l’acétylène :
- Le sulfate de protoxyde de chrome ammoniacal absorbe ce gaz et le transforme, surtout à chaud, en éthylène. Le réactif passe, peu à peu, à l’état de chlorure de peroxyde; pour le ramener à l’état de protoxyde, et le mettre à même d’ahsorher à nouveau de l’acétylène, il faut le réduire par le zinc ou le fer et l’acide sulfurique. Mais cette réduction est bien plus économique si l’on se sert, comme réducteur, de l’hydrogène naissant dégagé par l’électro-lyse de l’eau. Le réactif transformateur peut rester constamment avec la même activité et changer, d’une manière continue, une quantité indéfinie de gaz acétylène en éthylène. 11 suffit que la puissance du courant soit suffisante pour produire l’hydrogène nécessaire, soit un dixième, en poids, de la quantité d’acétylène mise en œuvre.
- L’éthylène, une fois produit, est absorbé par l’acide sulfurique chaud, 80-85° C. Cet acide est étendu avec de l’eau et porté à l’ébullition. L’alcool se dégage. En se servant d’une colonne à distiller, on produit de l'alcool à 90 ou 96° centésimaux.
- La figure ci-contre représente une disposition permettant de préparer l’alcool artificiel d’une manière continue et. en liydrogénant l’acétylène, au moment de sa formation, dans l’appareil même qui le produit. Dans le flacon A, on met un mélange de carbure de calcium et de zinc (2 kilogrammes du premier, et 2,5 kilogrammes du second. Dans le flacon $, on met de l’eau acidulée avec de l’acide sulfurique (5 litres d’eau et 5200 grammes d’acide sulfurique). Les deux flacons sont reliés par un tube en caoutchouc CD et mis sur un support S. Celui-ci permet d’élever ou d’abaisser le flacon R, suivant ({lie l’on veut ou non augmenter le courant. L’eau acidulée attaque le carbure et le zinc : il se forme de l’hydrogène et de l’acétylène. Mais les deux gaz se combinent immédiatement pour former l’éthylène, qui se dégage par le tube T. Là il passe dans les houles d’un appareil Marins Otto V, dans lesquelles il se dissout au contact de l'acide sulfurique chaud qui y coule graduellement et constamment du flacon E. L’acide, saturé de gaz, tombe dans le ballon II, au fond de l’eau qu’il contient, et que l’on porte à l’ébullition. Dans ce ballon, le produit se décompose
- 1 Yoy. n° 114"», du 18 mai 1805, p. 588.
- en acide et alcool. Ce dernier se volatilise, avec de l’eau, et vient s’enrichir dans le tube K, contenant des rubans de cuivre, et servant de colonne de distillation. L’alcool pur vient se condenser dans le réfrigérant R, refroidi par un courant d’eau. Dans le récipient P, on recueille l’alcool pur.
- L’alcool obtenu par ce moyen est absolument pur et exempt des produits qui souillent ordinairement les alcools de grains, de betterave, etc., et qui les rendent si dangereux pour la santé de ceux qui les absorbent. Cet alcool artificiel serait donc un alcool hygiénique, un alcool préparé sans rectification, toujours le même, et constamment exempt de principes nuisibles. Ce résultat sera apprécié, surtout depuis que le gouvernement s’occupe de réglementer l’impôt sur nos boissons, et surtout de nous faire livrer des alcools bien rectifiés.
- Au point de vue économique, l’alcool artificiel pourra-t-il lutter avec l’alcool industriel tel qu’on le fabrique aujourd’hui avec les pommes de terre, les grains ou les betteraves? Telle est la question qui se pose en première ligne, notre alcool ayant son diplôme pour l’hygiène.
- Le procédé que nous avons indiqué permet d’obtenir de l’alcool à 55 centimes le kilogramme. C’est déjà un beau résultat. Mais, en se servant de la force motrice hydraulique pour produire le carbure de calcium et {tour obtenir l’hydrogène à la place du zinc et de l’acide, ce,prix est ramené à 50 centimes.
- Au point de vue pratique, on a amélioré le réactif absorbant et remplacé l’acide par un sel qui se régénère constamment, sans avoir besoin de concentration. Un a ainsi supprimé la partie la plus dispendieuse de l’opération.
- L’alcool, dans ces conditions, ne revient {dus qu’à 15 ou 20 centimes, à 96° et dans le plus grand état de pureté. Comme on le voit, les industries électriques nous réservent un avenir assez encourageant. Rien ne serait plus curieux que de voir transporter la fabrication de l’alcool et des eaux-de-vie dans les montagnes, et utiliser ainsi les puissances énormes qui se perdent et qui .n’attendent que le moment voulu pour produire du travail utile. A.-M. Villon.
- M. Van der Mensbrugghe, membre de l’Académie des sciences de Belgique, a fait à la Société scientifique de Bruxelles une intéressante communication sur la constitution des nuages. Voici un résumé des remarques présentées par le savant physicien :
- « On a beaucoup écrit, dit-il, sur la question de savoir si les nuages sont formés de vésicules creuses ou de petits globules pleins ; mais nous connaissons aujourd’hui différents faits qui dissipent toute espèce de doute à ce sujet. Citons d’abord le plus direct d’entre ces faits; il a été énoncé en 1851 par Joseph Plateau; l’auteur a recours au procédé de F. Duprez pour maintenir suspendue une colonne d’eau dans un tube de verre, fermé en haut, ouvert en bas, et ayant 15 ou 16 millimètres de diamètre intérieur; au-dessous de la surface libre du liquide
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- se trouve un vase contenant de l’eau bouillante, d’où s’élève incessamment un courant de vapeur visible ; dans ces conditions, jamais le liquide suspendu ne perd sa transparence parfaite, malgré la multitude de sphérules de vapeur visible qui viennent frapper sa surface libre inférieure, pourvu qu’on ait soin d’essuyer la paroi extérieure du tube. N’est-ce pas une preuve que la vapeur condensée ne contenait pas de sphérules remplies d’air et qu’elle était bien formée de globules pleins? À mon avis, cette expérience constitue un argument très sérieux contre l’hypothèse, si souvent invoquée, de vésicules dans les nuages. Voici maintenant des considérations, théoriques il est vrai, mais pourtant très plausibles, qui plaident également en faveur de la forme globulaire des sphérules formant les nuages. Si ces sphérules sont très petites, elles se soutiennent dans l’air avec d’autant plus de facilité qu’elles sont entourées d’une couche très mince où la densité va en diminuant vers l’extérieur, et que, d’après le principe de lord Kelvin, elles s’évaporent d’autant plus rapidement qu’elles sont plus ténues. Si, au contraire, les globules du nuage sont relativement gros, ils obéissent à leur poids; mais, en tombant, ils traversent des couches d’air de plus en plus chaudes et s’évaporent conséquemment de plus en plus vite, jusqu’à atteindre un diamètre à partir duquel la résistance de l’air s’oppose à leur chute ultérieure. On n’a donc nul besoin de supposer les sphérules plus ou moins grosses remplies d’air pour expliquer la suspension des nuages dans l’atmosphère; du reste, cette suspension n’est que relative, car les nuages changent presque constamment de forme, ce qui prouve bien soit l’évaporation, soit la chute de certaines portions qui les constituent1.
- L’ÉCHELLE PNEUMATIQUE
- En tout ordre de choses, notamment en matière d’organisation d’un matériel de guerre, les anciens sont nos maîtres ou, plus exactement, nos initiateurs. Pour peu que l’on compulse leurs traités didactiques, on est tout étonné d’apprendre qu’ils connaissaient fort bien ce que nous croyons avoir inventé. Bien plus, ils suivaient des méthodes dont la tradition s’est perdue et faisaient couramment ce que nous ne savons plus faire.
- S’agissait-il, par exemple, de procéder à l’attaque de vive force d’une enceinte fortifiée, ils en tentaient l’escalade en employant des échelles « pneumatiques » dont la description se trouve dans VAttaque des places de Philon et les Poliorcétiques de Héron de Byzance.
- Faites de cuir (ôepjiavivas), ces échelles (xXinaxaç) étaient cousues comme des outres (pairvov-rat xaOàitep oî àaxol) ou, si l’on veut, comme des tuyaux de pompe à incendie. Pour les rendre imperméables, on les enduisait de graisse sur toute l’étendue de leurs coutures (trj àXotcpîj £[i.ÿppatToy.evat icept vàç pacpàç).
- Ainsi organisés, ces récipients — échelons et montants — s’emplissaient d’air jusqu’à ce qu’ils fussent convenablement gonflés (!p.çu<TM[A£Vü)v yàp xat nvcûp.aTo; TtX7)poop.évwv). Comment les anciens s’v prenaient-ils pour effectuer cette opération de gonflement? Évidemment, ils se servaient de soufflets et nous avons eu l’occasion de montrer aux lecteurs de La Nature deux modèles de ces appareils 2.
- Ce qu’il y a de certain, c’est que les échelles de cuir
- 1 D’après Ciel et Terre.
- 2 Voy. n° 1103, du 21 juillet 1894, p, 113.
- ne laissaient point échapper l’air dont elles étaient emplies (toO ôtaiïvâetv xwXuopisvwv). Or, cet air refoulé, et jusqu’à certain point comprimé, conférait aux montants, ainsi qu’aux échelons, une notable solidité (üxo zoü -rcveo-nxvoç àvT£xop.svMv) ; les échelles devenaient forcément rigides (ê-opCoOcrOat aOtàç àvàyxïj) et permettaient à l’assaillant de tenter l’escalade (ttjv àvdcêacriv).
- Le mode de construction de l’échelle pneumatique'des Grecs aurait-il inspiré l’inventeur du « pneu » de nos modernes vélocipèdes? On serait tenté de le croire.
- Quoi qu’il en soit, les modernes, ayant à leur disposition le caoutchouc et de puissants appareils de soufflerie, devraient bien imiter les anciens et renoncer, par suite,
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- Échelle pneumatique. — Figure extraite des Poliorcétiqiies de Héron de Byzance.
- à l’emploi des échelles de bois si encombrantes et difficilement transportables.
- ^Au-dessus de l’échelle pneumatique que représente notre figure, extraite d’un manuscrit byzantin, se voit un apus reticulatum dont il nous reste à donner l’explication. C’est un moyen complémentaire d’escalade. « Si, dit Héron de Byzance, le mur dont il faut atteindre les créneaux est plus haut que les échelles de cuir dressées contre lui, on aura recours à l’emploi des échelles réticulées. Celles-ci sont formées d’un canevas de cordes cousues de façon à dessiner un tilet ou réticule, analogue à celui qu’on appelle « sarcine » (ffâpxtva). La partie supérieure de ces blets doit être munie de crochets afln qu’ils puissent s’accrocher au mur, lorsqu’on les y lancera,'et rendre ainsi facile l’ascension des assaillants. » Lieutenant-colonel Hennebeut.
- CHAUDIÈRE MULTITDBULAIRE
- POUR EMBARCATIONS A VAPEUR, CHAUFFÉE AU PÉTROLE
- L’emploi du pétrole pour le chauffage des chaudières à vapeur présente, comme on sait, des avantages caractérisés par rapport à la houille ; ce combustible liquide possède en ellet un pouvoir calorifique sensiblement supérieur à celui du charbon, il se prête particulièrement bien au réglage de la consommation en marche, les manutentions
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- LA iNATLKE
- s’opèrent sans difficulté, etc. ; il y a là, en un mot, une série de considérations qui recommandent spécialement le pétrole pour les applications marines, surtout lorsqu’il s’agit de la navigation de plaisance, et, aujourd’hui, on rencontre effectivement de nombreux dispositifs divers destinés à permettre l’utilisation de ce combustible.
- On a par exemple fabriqué des briquettes en mélangeant le pétrole avec un corps gras, on a pulvérisé également le liquide pour le projeter en gouttelettes sur un foyer ardent, ou encore on a brûlé les vapeurs du pétrole en les entraînant dans un courant énergique d’air ou de vapeur d’eau. L’intervention de ce courant permet en effet d’utiliser l'huile lampante peu raffinée qui, autrement, ne donnerait pas des vapeurs suffisantes à la température ordinaire ; il faudrait alors recourir aux essences dont l’usage devient fort coûteux et, en même temps, très dangereux. Ce procédé de vaporisation sous l’action d’un courant extérieur est, du reste, le plus fréquemment employé : nous l’avons signalé précédemment dans l’application du pétrole au chauffage des locomotives, et la Compagnie anglaise du Liquid Fuel l’a repris, de son côté, dans des conditions particulièrement intéressantes, pour le faire servir au chauffage du type si curieux de chaudière marine multitubulaire (pie nous représentons sur la figure ci-dessus.
- L’huile de pétrole, qui sert de combustible pour la vaporisation de l’eau contenue dans la chaudière, est aspirée au moyen d’une petite pompe à air, non représentée sur la figure, et envoyée sous pression dans un vaporisateur où elle se convertit en gaz, sous l’influence de la chaleur; elle passe de là dans un brûleur où elle est entraînée par un courant d’air énergique, et la combustion se produil ainsi en donnant une flamme allongée de grande intensité qui vient envelopper les tubes de la chaudière.
- Les organes de combustion, vaporisateur et brûleur, sont situés tous deux dans l’espace laissé libre à l’intérieur du faisceau tubulaire, de manière à assurer l’utilisation aussi parfaite que possible de la chaleur dégagée: le vaporisateur est le plateau horizontal qu’on voit au centre de la figure, il est traversé par une série de tubes amenant l’huile
- de pétrole, et il est échauffé par la flamme même du brûleur situé au-dessous.
- Le brûleur lui-mème est un cylindre de petit diamètre, muni de deux soupapes réglant automatiquement l’arrivée du gaz, et l’appel d’air nécessaire pour maintenir la combustion.
- Au début, lorsqu’on veut allumer le foyer, il est nécessaire de chauffer artificiellement le plateau afin d’assurer la vaporisation de la première huile refoulée dans les tubes et, à cet eflèt, on emploie un appareil allumeur constitué par une simple lampe à alcool garnie d’amiante. L’huile, traversant les tubes ainsi échauffés, se vaporise, le gaz dégagé s’allume au contact de la llannne de la lampe à alcool, et la combustion continue tant qu’on maintient l'arrivée de l’huile.
- La première huile est refoulée du récipient au vaporisateur par une pompe à air manœuvree à la main; mais, dès que la machine est en marche, elle actionne directement une pompe à air qui continue à envoyer le pétrole au vaporisateur.
- Quant à la chaudière représentée, elle se rattache, comme on voit, au type des chaudières multitubulaires à double réservoir, l’un supérieur, l’autre inférieur, les tubes en faisceaux qui réunissent ces réservoirs sont en cuivre rouge sans soudure ; ils sont recourbés en forme d’S, de façon à ne pas gêner les dilatations, et tout l'ensemble est établi suivant une disposition particulièrement originale étudiée de façon à éviter toute perte inutile de calorique.
- Dans ces conditions, grâce à la position centrale donnée au brûleur, l’allumage s’obtient avec une grande^ rapidité ; au bout de quelques instants seulement, les flammes se dégagent en enveloppant le centre de la chaudière, et la mise en pression s’obtient en dix minutes seulement.
- On voit par ce rapide résumé tout l’intérêt que présente le chauffage au pétrole, lequel n’exige aucun apprentissage particulier dm personnel qui en est chargé, ni même pour ainsi dire aucune surveillance spéciale, et on voit immédiatement toute l’im-e des applications dont il est susceptible pour la navigation, et même pour les chaudières non marines. L. B.
- Vue d'ensemble de la chaudière multitubulaire chauffée au pétrole.
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- LES PIGEONS VOYAGEURS ET LA MER
- Une polémique s’est élevée, il y a quelque temps, entre le Figaro et le Petit Journal au sujet des services que pouvaient rendre les pigeons voyageurs au point de vue de l’information, dans les sinistres en mer.
- Jean sans Terre, du Petit Journal, et Charles Sibil-lot,de la France aérienne, ont pensé avec raison que la meilleure manière de convaincre leurs adversaires était d’opposer à leurs doutes des expériences con-eluantes;et,grâce aux ressources financières que met à leur disposition une feuille tirant chaque jour à plus d’un million d’exemplaires, ils peuvent les faire sur une échelle véritablement princière.
- Ils ont affrété le vapeur Manou-bia, de la Compagnie générale transatlantiq ue, qui lèvera l’ancre le 29 juin, à Saint-Nazaire, à la tombée de la nuit, pour aller au large,dans l’ouest de la pointe du Croisic, à 100,
- 200, 500, 400 et 500 kilomètres, lâcherdes pigeons à destination de la terre. On veut simplement savoir si les pigeons reviendront ou non à leurs colombiers respectifs, après avoir effectué en mer les trajets que nous venons d’indiquer. La carte ci-dessus, avec la légende qui l’accompagne, est empruntée à la circulaire envoyée par le Petit Journal. Les mises en liberté successives se feront dans l’ordre ci-après : 50 juin, lâchera 100 kilomètres, à la première heure ; Ier juillet, à 200 kilomètres; 2 juillet, à 500 kilomètres; 5 juillet, à 500 kilomètres; 4 juillet, à 500 kilomètres.
- A l’arrivée des pigeons dans leurs colombiers, leurs propriétaires télégraphieront au Petit Journal, à Paris, le libellé de la dépêche et des contremarques dont les pigeons auront été chargés en pleine mer.
- En mer, si un pigeon s’abat sur un navire, le commandant. du bord est prié : 1° de recueillir le mes-
- sager; 2° de le soigner; 5° de dresser procès-verbal du sauvetage; 4° de faire parvenir au plus vite possible au Petit Journal la teneur des dépêches, marques et contremarques, dès que son navire aura touché terre, puis de faire rapatrier le pigeon.
- A terre, les personnes qui recueilleront un pigeon portant le nom du Petit Journal sont instamment priées de procéder de la même façon.
- Les frais de télégramme signalant le sauvetage ou la réception de pigeons sur mer et sur terre dans les conditions ci-dessus seront remboursés à leurs expéditeurs et les signataires recevront un diplôme
- com m é m o r a t i f de leur bonne action.
- Maintenant que j’ai indiqué aux lecteurs de La Nature le moven d’obtenir ainsi un petit prix de vertu, et de venir en aide à ces jolies petites bêtes qu’on aime tant quand on s’en occupe, je vais donner quelques renseignements sur les résultats déjà acquis au sujet des courses en mer.
- La première mention des pigeons voyageurs dans l’histoire se rapporte précisément à des courses de ce genre : celles de la colombe lâchée de l’arche par le patriarche Noé; mais voici un document plus récent tiré du chapitre III du livre IV de Pantagruel.
- Pantagruel, étant en l’ile de Médamottsi, reçoit des lettres que son père Gargantua lui envoie par Malicorne, son écuyer tranchant, monté sur un de ses céloces (petit bâtiment à allures rapides).
- Pantagruel, après la petite accolade et barretade gracieuse, avant ouvrir les lettres, ne autres propos tenir à Malicorne, luy demanda : « Avez-vous icv le Gozal1, céleste messager? — Ouy, respondit-il, il est en ce panier, emmailloté. » G’estoit un pigeon prins au colombier de Gargantua, esclouant2 ses petits sul’s instant que le susdit céloce départoit. Si fortune adverse fust à Pantagruel
- 1 Gozal, nom hébreu du pigeon.
- 2 Faisant éclore.
- Rouen
- SUISSE
- Stttienne
- ITALIE
- Bayonne
- E S P A G \N E
- Carte des épreuves maritimes colombophiles du Petit Journal commençant le 50 juin 1805. (Le navire que l’on voit eu mer, à gauche, dans la gravure, indique l’endroit du lâcher à 500 kilomètres de la pointe du Croisic.)
- 1. Direction normale des pigeons de Saint-Nazaire, Nantes, Angers, Tours, Dijon, et des « suiveurs » de toutes provenances." (Cette ligne est aussi celle que suivra, de l’Est à l'Ouest, le paquebot du Petit Journal, pour eileetuor les lâchers à 100, 200, 500, 100 et 500 kilomètres.) — 2. Direction normale des pigeons d’Angleterre. — 5. Direction normale des pigeons de Jersey, de Cherbourg, Calais et la Hollande. — 1. Direction des pigeons de Brest, Lille et Bruxelles. — 5. Direction des pigeons de Saint-Brieuc, Rouen et Liège. — 5 bis. Direction des pigeons de Paris et de la Champagne. — 0. Direction des pigeons de la Vendée, du Centre et de la Bourgogne. — 7. Direction des pigeons de Roche'.'ort, Limoges, Lyon et Saint-Étienne. — 8. Direction des pigeons de Bordeaux et du Sud-Ouest. — 9. Direction des pigeons de Bayonne.
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- LA NATURE.
- advenue, il y eust des jetz1 noirs attachés es pieds; mais pource que tout luy estoit venu à bien et à prospérité, l’avant fait desmailloter, luy attacha es pieds une bandelette de taffetas blanc et, sans plus différer, sus l’heure le laissa en pleine liberté de l’air. Le pigeon soudain s’envole, haschant en incroyable bastivoté, comme vous scavez qu’il n’est vol que de pigeon, quand il a œufs ou petits, pour l’obstinée sollicitude en luy par nature posée de recourir et servir ses pigeonneaux. De mode qu’en moins de deux heures, il franchit par l’air le long chemin qu’avoit le céloce en extrême diligence par trois jours et trois nuits parfaict, voguant à rames etiveles, et luv continuant vent et poupe. Et fut veu entrant dedans le colombier ou propre nid de ses petits. Adonc entendant le preux Gargantua qu’il portoit la bandelette blanche, resta en joye et sécurité du bon portement de son fds.
- Telle estoit l’usance des nobles Gargantua et Pantagruel, quand scavoir promptement vouloicnt nouvelles de quelque chose fort affectée et véhémentement désirée, tant par mer, comme par terre, la prinse ou défonce de quelque place forte, l’appointement de quelques différons d'importance, l’accouchement heureux ou infortuné de quelque roync ou grande dame, la mort ou convalescence de leurs amis et alliés malades, et ainsi des autres. Ils prenaient le gozal, et par les postes le faisaient de main en main jusques sus les lieux porter dont ilz affectaient les nouvelles. Le gozal, portant bandelette noire ou blanche selon les occurences et accidents, les ostoit de pensement à son retour, faisant en une heure plus de chemin par l’air que n’avoient. fait par terre trente postes en un jour naturel. Gela estoit racheter et gagner temps. Et croyez comme chose vraysemblable que, par les colombiers de leurs cas-sines, on trouvoit sus œufs ou petits, tous les mois et saisons de l’an, les pigeons à foison. Ce que est facile en mesnagerie, moyennant le salpêtre en roche et la sacrée herbe vervaine.
- Le I)r Chapus a cité un cas vraiment extraordinaire dont il ne donne pas la date.
- M.F. 13.,négociant à Anvers, avait un magnifique colombier dont il voulait se défaire; profitant du départ d’un de ses navires pour le Brésil, il envoya tous ses pigeons à Rio-Janeiro et ferma le colombier. Quelques mois après le départ du vaisseau, un de ses domestiques vint l’avertir qu’un pigeon cherchait obstinément à rentrer dans le colombier. M. F. 13., ne croyant pas que ce fût l’un des siens, ne fit point ouvrir la porte; l’oiseau ne voulut pas quitter le toit, sur lequel on le trouva mort quelques jours plus tard. Au bout de huit mois, M. F. 13. reçut du capitaine une lettre datée de Rio-Janeiro dans lequel ce dernier l’avisait qu’il espérait trouver un placement avantageux de la cargaison, notamment des pigeons qui tous étaient arrivés à bon port, sauf un qui était parvenu à s’envoler en vue des cotes d’Afrique. C’était l’oiseau qui vint mourir sur le toit du colombier. Le pigeon avait fait un trajet de 300 lieues dails des régions complètement inconnues et avait dù traverser la Méditerranée.
- Malgré quelques autres histoires semblables, [dus ou moins légendaires, les colombophiles étaient peu
- 1 Bamlclcllcs.
- disposés à croire à la possibilité de grands voyages sur mer.
- Ils avaient remarqué, en effet, que le pigeon voyageur semble redouter l’eau, soit qu’il se sente désorienté par l’absence de repères sur la surface uniforme et miroitante des mers, soit que les exhalaisons salines influent d’une façon défavorable sur son organisation nerveuse, soit enfin qu’il se sente troublé par la crainte de ne pouvoir s’arrêter en cas d’accident ou trouver à manger [tendant un long voyage. Dès qu’il est lâché sur l’eau, il n’a qu’un hut, c’est de chercher la terre et de la trouver au point le [dus rapproché ; au lieu de s'élever à une hauteur de 160 mètres, connue il le lait normalement sur terre, il vole généralement à une centaine de mètres au-dessus de l’eau, avec une vitesse presque moitié moindre que sur le continent. Quand les oiseaux appartiennent à un colombier situé sur le bord de la mer, ils volent bien au large, mais sans jamais perdre de vue la terre, et souvent meme ils aiment mieux faire de longs détours le long cotes que de franchir un bras de mer.
- Un essai malheureux tenté en 1886 par une société d’Alger avait encore exagéré les appréhensions des colombophiles : sur de nombreux pigeons aduits en Algérie et lâchés à Marseille, un seul était rentré, et trente jours après son départ. On a supposé que l’oiseau avait suivi les cotes méditerranéennes, voyageant le matin et cherchant sa nourriture dans le courant de la journée.
- C’est une société colombophile française, le Pétrel, de Saint-Nazaire, qui réagit la première, contre l’opinion généralement admise et s'occupa de faire en mer des lâchers méthodiques.
- Fondée en 1877, elle s’occupa immédiatement d’entraîner ses pigeons sur l’Océan; pour cela, elle les confiait aux chaloupes des pilotes qui leur rendaient la liberté à des distances de plus en [dus grandes. Elle parvint ainsi à obtenir d’excellents résultats avec des pigeons lâchés par des paquebots transatlantiques, à 170 milles au large de Belle-Ile.
- Lors des régates internationales qui eurent lieu quelques mois après sa fondation et qui durèrent plus de trente heures, les yachts avaient à bord un certain nombre de pigeons qui, d’heure en heure, revenaient à terre renseigner le public sur les positions respectives des concurrents.
- En 1886, des expériences de même nature lurent tentées à Marseille dans un rayon de 100 kilomètres en mer.
- Lors du premier lâcher de Corse à Marseille, opéré en juillet 1887, par la Fédération colombophile des Bouches-du-Rhône, trois entraînements préparatoires eurent lieu en mer : le premier à Planier, en rade de Marseille; les deux autres à bord des bateaux transports, le plus rapproché à 6 milles au sud du Bec-de-l’Aigle, le plus éloigné à 8 milles au large. Dans le concours définitif, le vainqueur mit 7h 21m pour parcourir les 265 kilomètres de mer de Calvi à Marseille, soit une vitesse moyenne de 3-6 kilomètres
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- à l’houre. Les deuxième et troisième arrivèrent une demi-heure et une heure plus tard; 12 pigeons se succédèrent ensuite jusqu’à 9 heures du soir. Le plus grand nombre rentra le lendemain et les jours suivants.
- En cette même année 1887, les bateaux de pèche appartenant à deux armateurs de Roulognc prévenaient de leur retour, au moyen de pigeons, leurs propriétaires qui envoyaient à leur rencontre des remorqueurs avec l’indication précise des points où ils devaient les trouver; et cela au grand étonnement du public, car les bateaux étaient hors de vue et il n’y a pas en pleine mer de bureaux pour les télégraphes sous-marins.
- En 1888 et en 1889 la société le Martinet, d’Aix en Provence, prit part aux concours de Calvi à Marseille, conjointement à la Fédération colombophile des Bouches-du-Rhône, avec des pigeons non entraînés en mer, mais entraînés seulement jusqu’à la côte, et à chaque concours elle eut des sujets arrivant en bon rang.
- De même en 1890 où le départ fut opéré à Calvi. Le premier pigeon arrivé appartenait au Martinet d’Aix, qui l’avait entraîné jusqu'à Nice mais ne l’avait jamais lâché sur mer; sa vitesse fut de 58 kilomètres à l’heure1. Le second, de Marseille, n’arriva qu’assez longtemps après, avec une vitesse de 56 kilomètres à l’heure.
- Depuis cette époque, des essais ont été faits en rade de Toulon avec des vaisseaux de notre flotte de guerre. On a habitué assez facilement aux grondements de la machine, au roulement du tambour, aux sonneries des clairons et même aux détonations dn canon, les paisibles oiseaux qui retrouvent même,
- 1 M. Guillibcrt, président du Martinet d’Aix, qui nous a fourni les détails que nous venons de rapporter, pense que les entraînements sur mer sont inutiles et même nuisibles par les nombreuses pertes qu’ils entraînent. D’après lui, le pigeon se dirigera toujours, d’après son instinct, vers le point le plus rapproché de la côte, d’où il rejoindra, à l'aide de sa mémoire, son colombier.
- Ainsi il est convaincu que le pigeon n° 1, au lâcher Calvi en 1890, est rentré à Aix en filant d’abord sur la côte la plus rapprochée, du côté de Nice, jusqu’où il avait été entraîné, puis que de là il s’était dirigé sur Aix. Au lieu de 285 kilomètres il en aurait parcouru 321, mais il n’aurait eu que 175 kilomètres de mer (Calvi-Nice), soit environ 100 kilomètres de moins sur l’eau.
- Ce pigeon, né à Aix-en-Provence en mars 1889, a pris part, la même année, au concours de jeunes pigeons dans les Alpes; il est arrivé troisième de Gap ; premier de Briançon, avec une vitesse propre de G7 kilomètres à l’heure. En 1890, concourant comme vieux, il a obtenu le ir 1 au lâcher de Nice et le n° 2 à celui de Menton avec une vitesse moyenne de 09 kilomètres à l’heure. S'il a volé directement de Calvi sur Aix, la vitesse de son vol serait descendue à 58 kilomètres; si, au contraire, il a fait le détour par Nice, on trouve, en calculant son vol sur mer à la moitié de sa vitesse habituelle, soit 54 kilomètres, qu’il a repris sa vitesse propre ordinaire sur terre de 08 kilomètres à l’heure, ce qui est vraisemblable. Des sept heures trente minutes de son trajet de Calvi à Aix devraient donc se décomposer ainsi : cinq heures treize minutes pour 175 kilomètres de mer, avec une vitesse de 34 kilomètres, deux heures dix-sept minutes pour 140 kilomètres de terre, avec une vitesse de 08 kilomètres par heure.
- dit-on, facilement leurs colombiers flottants, quand ils se sont déplacés par suite de manœuvres en mer ; tuais je n’ai à ce sujet que des renseignements assez vagues.
- A l’étranger, des expériences analogues ont été tentées. La Russie et l’Allemagne ont établi des correspondances aériennes entre leurs navires de la Baltique et les places fortes du littoral. En Allemagne et en Angleterre, on sc sert de pigeons pour faire communiquer les phares et les côtes.
- Lors de la traversée de la Manche par le capitaine Boyton, les bateaux à vapeur qui escortaient l’intrépide nageur lâchèrent des pigeons à plusieurs reprises. Chaque fois, le pigeon s’éleva au-dessus du brouillard qui couvrait la mer, jusqu’à ce qu’il eut atteint des couches aériennes qui se trouvaient dans leur état normal; il s’orientait alors et partait. Tous revinrent à leur colombier.
- En 1889, un millier de pigeons apportés d’Angleterre par le vapeur Southampton furent lâchés sur les quais de Cherbourg. La plupart regagnèrent, le jour même, leurs colombiers.
- En 1892, un torpilleur de Portsmouth emporta un certain nombre de pigeons provenant d’un colombier établi dans les casernes d’Eastney et les lâcha par séries lorsqu’il fut arrivé à peu près à égale distance des côtes d’Angleterre et de France. Presque tous rentrèrent promptement au colombier. Lors de l’un des lâchers, un brouillard épais couvrait la Manche; les pigeons tournèrent quelques minutes autour du bateau, puis s’orientèrent et rejoignirent Earstney sans tarder.
- Mais c’est en Italie qu’on a obtenu les résultats les plus remarquables, à l’aide des colombiers militaires. Le premier essai eut lieu entre Rome et l’ile Madeleine, située au nord de la Sardaigne, à l’entrée orientale du détroit de Bonifacio.
- La distance qui sépare l’île Madeleine de la côte italienne est de 240 kilomètres, auxquels il faut en ajouter 50 pour arriver à Rome, soit un total de 270 kilomètres. Le 25 juillet 1885, les colombiers de Rome et de l’île Madeleine firent l’échange de leurs messagers, au nombre de quarante-huit, et il fut convenu que chaque lâcher isolé aurait lieu avec quatre, cinq ou même six pigeons. Les lâchers, commencés le 20 juillet, furent continués, sans interruption, jusqu’au 5 août. Le temps avait été complètement beau. On résolut alors d’attendre des conditions atmosphériques moins favorables. Le 18, des pluies accompagnées de perturbations atmosphériques commencèrent à tomber; on reprit alors les lâchers, qui se prolongèrent jusqu’au 24 août, date à laquelle ils prirent fin. Les pigeons provenant de l’île Madeleine, bien que leur dressage fût incomplet, les moyens de transport par mer étant venus à manquer, rentrèrent à raison de deux sur cinq, tandis que ceux de Rome rentrèrent à la proportion de deux sur trois. Cependant toutes les dépêches furent réunies dans un seul ou plusieurs, exemplaires, le jour même de leur envoi, moins à la date du 2 août seulement où les voyageurs regagnèrent le colombier le lendemain matin. La durée du trajet varia suivant l’état atmosphérique du ciel entre 4h 50™ et 8h18m; c’est-à-dire avec une vitesse moyenne de 45 kilomètres à l’heure. D’autres
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- essais du même genre furent exécutés pendant la même année par le colombier de Cagliari en Sardaigne. Ce colombier possède des sujets qui sont revenus de Naples, franchissant, au-dessus de la mer, la distance considérable de 420 kilomètres qui sépare ces deux points.
- On voit combien nous sommes près du voyage maritime de 500 kilomètres que veut provoquer le Petit Journal. Il y aurait intérêt, mais ce sera malheureusement très difficile, de voir si l’hypothèse de M. fiuillihert, que nous avons indiquée plus haut avec quelques détails, dans une Note, est juste quant à l’itinéraire suivi par les pigeons pour rejoindre leurs colombiers respectifs. A. de Rochas.
- LES ROCHES A FIGURES ANIMÉES
- Les roches à figures animées, qu’après quelques premiers articles sur ce sujet, nos lecteurs de tous les pays nous ont fait connaître, ont fourni à La Nature un nombre considérable d’exemples de ces curiosités naturelles. On en jugera en cherchant les Roches à figures animées indiquées dans notre table décennale (2e série) et dans les tables des volumes qui suivent. Une des dernières curiosités signalées a été le rocher du bois de l'aïolive qui a la forme d’un éléphant avec sa trompe1. La photographie que nous reproduisons ci-dessous se trouve aussi
- Rocher en forme de tif,prp au hois de l’aïolive (Ardèche).
- dans le bois de.Païolive; elle a été exécutée par un praticien de Vais, M. Louis Cos te, et nous la devons à M. Ilélié, un des rares touristes qui, avec M. le I)r Raymond, connaissent bien cette localité extraordinaire1. Elle reproduit un rocher en forme d’un tigre couché sur le ventre, les pattes en avant. Elle est au milieu d’un cirque où les rochers abondent.
- M. Ilélié nous envoie avec ce document quelques lignes d’éloges sur ce bois de l’Ardèche qui renferme tant de beautés étranges. « Ce que je puis vous assurer, c’est (pie le pays dont je vous parle est bien curieux et bien peu visité. Il mérite h lui seul un voyage dans le département de l’Ardèche, si pittoresque. )) Cf. T.
- 1 Yov. n° 1144, (tu 4 mai 1895, p. 559.
- . PHOTOGRAPHIES
- DE NOS CONTEMPORAINS CHEZ EUX2
- M. A. MIEXE-EDWARDS.
- Nos lecteurs n’ont certainement pas oublié que nous avons parlé à plusieurs reprises de la belle collection photographique entreprise par M. Dornac, qui veut fournir à l’histoire, des documents exacts et précis sur nos contemporains célèbres dans les lettres, les arts et la science, en les reproduisant par la photographie, non pas dans un atelier de photographie, mais chez eux, dans leur salon, ou dans leur cabinet de travail, ou dans leur laboratoire. Dans le premier spécimen que nous avons publié, on voyait,
- 1 Yov. n° 1105, du 4 août 1894, p. 160.
- 2 Yov. n° 1087, du 31 mars 1894. p. 280.
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- M. Alphonse Milne-Edwards, membre de l’Académie des sciences, Directeur du Muséum d’histoire naturelle, dans son cabinet de travail. (D’après une photographie.)
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- au milieu de son cabinet de travail, M. Pasteur; puis nous avons reproduit le portrait de M. Berthelot, que la photographie représentait devant sa bibliothèque,
- Nous croyons intéressant de continuer à donner quelques spécimens de l’œuvre photographique dont nous parlons, et qui comprend environ quarante productions très remarquables. Nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs le portrait de l’éminent directeur du Muséum, M. Alphonse Milne-Edwards, membre de l’Institut, qui est représenté devant son bureau de travail du laboratoire installé dans les bâtiments annexes du Jardin des Plantes, rue de Buffon.
- On voit sur le bureau du célèbre naturaliste quelques petits squelettes de mammifères ; il s'agit de Lémuriens ou faux singes de Madagascar. A côté des pièces montées, il y a des crânes de singes anthropomorphes. Ces échantillons proviennent des collections rapportées par M. Orandidicr, dont les voyages et les découvertes à Madagascar ont donné tant de grands résultats. M. A. Milne-Edwards est le collaborateur de cet explorateur dans le beau livre de YHistoire naturelle des mammifères de Madagascar et M. Oustalet a parlé ici-même du merveilleux squelette d’Æpyornis que MM. Grandidier et le savant directeur du Muséum ont reconstitué1.
- M. Alphonse Milne-Edwards vient djorganiser dans les galeries de zoologie au Muséum une remarquable exposition zoologiquc, botanique et géologique de Madagascar; elle a été ouverte le 7 juin 1895. Le savant naturaliste dont nous donnons le portrait s’occupe de l’établissement qu’il dirige avec la plus louable ardeur; il y a récemment fait des créations très utiles, notamment la création dcY Enseignement spécial pour les voyageurs et la fondation du Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, dont notre savant maître M. Dehérain, de l’Institut, a développé dans La Nature l’intérêt et l’importance2.
- Nous ne parlerons pas de tous les travaux que l’on doit à M. A. Milne-Edwards, une livraison tout entière de La Nature ne suffirait pas à en donper une énumération complète; nous nous bornerons à compléter son portrait en disant que l’honorable savant consacre sa vie à faire progresser la science et à encourager le travail. Gaston Tissandier.
- COURSE DES TOITURES AUTOMOBILES
- PARIS -- BORDEAUX ---- PARIS
- Après le concours des voitures automobiles organisé l’an dernier par le Petit Journal et dont nous avons rendu compte en son temps3, concours qui avait incontestablement établi la supériorité du moteur à gazoline sur le moteur à vapeur comme mode de propulsion des voitures dans les conditions indiquées par le programme du concours, c’est-à-dire sans danger, aisément maniable poulies voyageurs et ne coûtant pas trop cher sur la route, la vapeur avait une revanche à prendre dans des condi-
- 1 Voy. n° 1100. du 30 juin 1894, p. 69.
- 2 \'oy. n° 1140, du 6 avril 1895, p. 294.
- 3 Yov. n° 1104, du 28 juillet 1894, n° 1108, du 25 août 1894. “
- fions plus favorables, en modifiant le caractère de la lutte et en choisissant un terrain plus propice à ses qualités spéciales, celui d’une course de longue haleine, dans laquelle les qualités maîtresses étaient avant tout la puissance, l’endurance, et surtout l’audace poussée jusqu'à la témérité.
- Sous l’impulsion de M. de Dion, de M. de Zuylen et de quelques-uns de leurs amis, un comité se forma sous la présidence de M1I. Georges Berger et Marcel Deprez, comité qui réussit à recueillir, en faisant appel à des donateurs généreux, une somme de 70 000 francs qui sera distribuée en prix aux premiers arrivants de la course Paris-Bordeaux-Paris, conformément à un règlement dont nous reproduisons ci-dessous les conditions essentielles :
- La course est internationale. Les constructeurs ou inventeurs seuls pourront y prendre part. La course se fera de Paris à Bordeaux, aller et retour d’une seule traite (environ 1200 kilomètres). Les véhicules montés au moins par deux personnes pourront seuls prendre part au concours; exception est faite peur les bicyclettes, tricycles et quadricycles, mentionnes ci-dessous. Les véhicules ne seront admis à concourir qu’à la condition d’être actionnes par un moteur autre qu’une force animale. Les sommes provenant de la souscription montant actuellement à 70000 francs, ainsi que l’argent provenant des inscriptions, expositions, etc., déduction faite des 5000 francs mentionnés à l’article 15 ainsi que des frais affectés à l’organisation générale de la course, seront ainsi réparties :
- 1er arrivé à Paris.............50 pour 100
- 2° — .....................20 —
- 3° — ............... 10 —
- Les quatre suivants............ 5 —
- Le premier prix ne pourra être attribué qu’à une voiture de quatre places et au-dassus. Il sera organisé une exposition d’une durée de quinze jours, qui commencera le jeudi 6 juin. Elle sera obligatoire les 6, 7, 8 et 9 juin pour tous les concurrents et facultative après la course. Elle se tiendra galerie Rapp (Champ de Mars). Le départ aura lieu le 11 juin de la place de l’Arc-de-Triomphc. Le retour se fera par la Porte-Maillot. Le nombre des voitures n’est pas limité, mais les concurrents ne pourront pas présenter plusieurs voitures du même type et de dimensions similaires. Les concurrents ne seront pas tenus de faire toute la course avec le même conducteur. Les véhicules devront porter le nombre de voyageurs indiqué ou un poids mort équivalent fixé à 75 kilogrammes par voyageur manquant. Il sera distrait une somme de 5000 francs sur le montant des sommes disponibles pour donner un prix spécial aux quadricycles, tricycles et bicyclettes mécaniques à une place, n’excédant pas un poids de 150 kilogrammes en ordre de marche et sans voyageur. Ces 5000 francs seront ainsi répartis : 2500 francs au premier arrivé à Paris; 1500 francs au deuxième; 500 francs aux deux suivants. Tous ces prix spéciaux ne pourront être décernés qu’aux véhicules ayant fait le trajet dans un temps maximum de 100 heures. Aucune réparation en cours de route, de quelque nature qu’elle soit, ne pourra être faite que par le propriétaire de la voiture ou son agent avec les ressources du matériel de réparation emporté par chaque voiture, et cela, sous le contrôle des commissaires.
- Il est certain que ce règlement est difficile à bien suivre; mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une épreuve sérieuse et exceptionnelle.
- Voici, (en attendant des descriptions complètes des appareils nouveaux, en petit nombre, qui n’ont pas encore été présentés à nos lecteurs), dans quelles conditions se présente la course de Paris-Bordeaux-Paris.
- L’exposition obligatoire des voitures devant prendre part à la course a été ouverte le fi juin à 2 heures, galerie Rapp (Champ-de-Mars), et closele 9 juin à 6 heures du soir. L’exposition facultative, après retour de la course, sera close le 20 juin. Les véhicules engagés pour la course
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- étaient au nombre de quarante-six, mais vingt-neuf seulement ont ligure à l’exposition et ont, par suite, le droit de participer à cette course. On peut les classer ainsi : Voiture à vapeur, chauffage à la bri-
- quette de bouille....................... 1
- Voitures à vapeur, chauffage au coke. 0
- Voitures au pétrole (gazolinc) ... 16
- Tricycles à pétrole ( — ) . . . 1
- bicyclettes à pétrole ( — )... 3
- Voitures électriques....................... 2
- Total. . . 29
- On voit que, malgré les difficultés du concours, les voitures à gazolinc sont plus nombreuses que les voitures à vapeur. Le mécanisme plus délicat des premières a pour compensation les facilités de renouvellement du combustible. Les voitures à pétrole peuvent facilement faire 200 et même 500 kilomètres sans reprendre de combustible, les voitures à vapeur doivent faire de l’eau après un parcours de 40 à 50 kilomètres au plus.
- Le seul tricycle a pétrole présenté à l’exposition ne partira pas. Sur les trois bicyclettes à pétrole, celle de MM. Wolfmuller et Hiklebrand, présentée par MM. Duncan et Suberbie, luttera pour le premier prix réservé aux véhicules à une place, celle de M. Millet ne fera qu’une partie du parcours.
- Quant aux voitures électriques, celle de M. Bogard se contentera d’une simple promenade aux environs de Paris. La voiture de M. Jeantaud doit faire la course en abandonnant ses accumulateurs déchargés et en les remplaçant par des batteries neuves transportées à l’avance dans dix postes ménagés sur la route : un véritable tour de force de la Société des accumulateurs Fulmcn emplovés dans la voiture de M. Jeantaud.
- Nous ferons connaître, dans un prochain numéro, les noms des partants et les résultats de la course, en attendant une description plus complète des nouveaux véhicules primés. E. II.
- Paris, le 10 juin 1893.
- Sur les vingt-neuf véhicules pouvant prendre part à la course, vingt et un ont été contrôlés au départ de Versailles le mardi 11 juin, entre midi et une heure.
- Ces vingt et un partants comprennent : 12 voitures à gazoliné, 6 voitures à vapeur, 1 voiture électrique et 2 bicyclettes à gazolinc. Combien arriveront dans le delai de cent heures? C’est le secret d’un avenir prochain. E. II.
- Versailles, le 11 juin 1893.
- - •
- CONGRÈS INTERNATIONAL
- DE CHIMIE APPLIQUÉE, DE PARIS 1896
- La première réunion de la commission d’organisation de ce congrès s’est réunie, pour la première fois, lundi 4 courant, au siège de l’association des chimistes de sucrerie et de distillerie de France, 154, boulevard Magenta, Paris, sous la présidence de M. Ch. Gallois. Après avoir décidé que la cotisation des congressistes serait de dix francs, elle a discuté un premier programme des travaux du congrès. Ce programme comprend les sections suivantes : 1° sucrerie; 2° distillerie, brasserie, cidrerie, industries de la fermentation, œnologie; 5° industries agricoles diverses : amidonnerie, féculerie, glucoserie, tannerie, laiterie, fromagerie, utilisation des plantes industrielles diverses; 4° chimie agricole : sol, engrais, physiologie végétale, alimentation du bétail; 5° matières alimentaires et hygiène publique : eaux potables, bacté-
- riologie, microscopie, aliments et boissons, conservation des matières alimentaires ; 6° industries chimiques : acides et alcalis, sels, oxydes métalliques, superphosphates, papier, huiles, graisses, pétroles, explosifs, matières colorantes, vernis, caoutchouc, matières tannantes, couleurs vitrifiables; 7° appareils de précision, jaugeage et graduation, matériel de laboratoires; 8° métallurgie et mines, glaces et verreries, minerais, métaux, céramique, ciments et mortiers, matériaux de construction ; 11° photographie ; 10° électro-chimie, électro-métallurgie. La commission, composée de cent membres, a décidé de donner par lettre, à ceux-ci, communication de ce programme et de les prier en même temps de faire connaître à M. Dupont, secrétaire général, la ou les sections dont ils ont l’intention de faire partie. Ce n’est qu’après réception des réponses qu’il sera possible d’établir un programme à peu près définitif et de formuler les questions à mettre à l’étude1.
- FABRICATION DE L’HORLOGERIE
- La puissance des moyens de production de l’horlogerie dans quelques-unes des grandes fabriques des deux continents est digne d’être signalée. D’après une revue américaine, la National Watch Company, située à Elgin, Kane County (Illinois), les ouvriers sont arrivés à livrer une montre en six heures. Le temps habituellement employé est huit heures. La National Watch Company, à présent l’une des plus importantes manufactures des États-Unis, produit 2500 montres par jour. Vient ensuite la fameuse Compagnie américaine des montres Waterburv dont les 600 ouvriers fabriquent en moyenne 1700 montres par jour, ce qui représente à peu près une production quotidienne de 3 montres par heure. La Suisse tient une belle place comme centre manufacturier, de même que pour le chiffre de sa production. On y compte 92 fabriques, employant 8000 ouvriers et livrant annuellement 3500 000 montres, évaluées environ à 137 millions de francs. Il ne faudrait pas croire que la France est en arrière; elle a, au point de vue de l’horlogerie, les mérites de ses rivaux. Dans le pays de Montbéliard, cette partie du Doubs comprenant Montbéliard, Berne, Seloncourt, Vieux-Charmont, Morteau, Beaucourt (Haut-Rhin français) et plusieurs autres localités, est encore un des centres de notre fabrication les plus considérables. La production de quelques-unes de ces usines, dont les moteurs sont l’eau et la vapeur, est telle que, à Beaucourt, où MM. Japy et Cio occupent de 1200 à 1500 ouvriers, un seul atelier peut produire par jour de 1000 à 2000 pendulettes, réveils ronds, carrés, réveils à musique, réveils sonneries hui-tains, montés dans des boîtes de grahde variété de formes et de modèles. Afin d’obtenir une fabrication uniforme et économique, les mêmes rouages sont intelligemment utilisés et disposés dans des cages de même hauteur qui servent pour chaque genre de pièces. Le nombre des montres finies fabriquées dans cette même usine est de 1000 à 2000 par jour. X. W.
- L’INSTITUTION DES INGÉNIEURS CIVILS
- EN ANGLETERRE
- Cette société est une des plus importantes qui existent chez nos voisins d’outre-Manche.
- Au 51 mai 1894, VInstitution of Civil Engineers,
- 1 D’après la Revue de Chimie industrielle.
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- d’après les chiffres que reproduit 1 a Bulletin de la Société des ingénieurs civils, comptait 5706 membres, en augmentation de 188 sur le chiffre de l’année précédente; le nombre des admissions pendant l’exercice a été de 357, dont il faut déduire 149 pour décès, démissions et radiations. Les 5766 membres se divisent en 20 membres honoraires, 1832 membres, 5557 membres associés et 557 associés; il y a en plus 791 étudiants. On remarque que, seule, la catégorie des étudiants est en diminution, ce qu’on attribue à la plus grande sévérité apportée à leur admission. Les recettes de l’exercice 1893-94 se sont élevées à 844000 francs. Sur ce total formidable, les cotisations figurent pour 425 000 francs et les revenus des fonds placés pour 200 000 francs. Les dépenses ont atteint le chiffre de 437 500 francs, sur lequel nous trouvons 200 000 francs pour les publications, soit une proportion de 45 pour 100 environ, 18 000 francs pour la bibliothèque,
- 105 000 francs pour les traitements et salaires, 100 000 francs pour les dépenses intérieures, frais de séances, réceptions, médailles, etc., et 440 000 francs pour loyers, entretien des immeubles et locaux, assurances, etc. La fortune de Y Institution of Civil Engineers s’élevait, au 31 mai 1894, à 3350 000 francs en nombre rond, dont 1 million de francs en immeubles, 1 million 800 000 francs en valeurs de fonds courant et 450 000 francs en valeurs de fonds inaliénable, provenant de legs et fondations pour prix, etc. Celle répartition va se trouver modifiée par suite de la construction en cours d’une installation magnifique dans laquelle VInstiiution va s’établir très prochainement
- NAVIGATION A GRANDE VITESSE
- Un bateau posé sur l’eau s’enfonce jusqu’à ce que le poids de la quantité d’eau qu’il déplace soit égal à son poids; pour lui imprimer une vitesse horizontale il faut vaincre la résistance que l’eau oppose à la section verticale de sa partie immergée. Si ce bateau est à fond plat et si l’on parvient à lui imprimer une vitesse suffisante, la pesanteur qui le tient immergé, entrant davantage en composition avec la force horizontale qui l'entraîne, il plonge moins profondément, il est allégé, soulevé jusqu’à glisser sur la surface du liquide, la résistance à la progression est alors très réduite.
- Le bateau s’immerge de nouveau dès que la propulsion horizontale cesse d’agir; nous avons la sensation de cette composition de la pesanteur avec
- Appareil pour l’étude de la navigation à grande vitesse.
- une force horizontale lorsque, voyageant en chemin de fer, notre train lancé à toute vapeur ralentit brusquement sa vitesse ; il nous semble à ce moment que notre pesanteur augmente et que nous enfonçons dans notre siège, comme en plein vol plané tomberait un oiseau dont on arrêterait la vitesse horizontale.
- Il n’est pas très facile pratiquement d'imprimer à un bateau, par un moteur qu’il porte, une vitesse horizontale suffisante pour qu’il parvienne à se soulever sur l’eau, mais indirectement on peut atteindre ce résultat; voici l’expérience (déjà ancienne, de 1876, mais qui n’a pas été publiée) qui le réalise :
- L’appareil est un bateau rectangulaire posé sur quatre hélices horizontales, ou du moins sur quatre roues plates dont les palettes sont légèrement inclinées sur le plan horizontal. Un arbre coudé, vers le milieu du bateau, reçoit l’action d'un ou
- deux hommes et la transmet à ces quatre roues. L’appareil se soulève dès que les roues sont mises en mouvement,et pour une vitesse de rotation suffisante, facile à atteindre, la caisse formant bateau est tenue hors de l’eau.
- Les palettes légèrement relevées sur l’horizon réalisent, on le comprend, la condition du plan incliné glissant, à grande vitesse, sur la surface du liquide; si l’on imprime à ce flotteur un mouvement de translation on se trouve dans, les conditions favorables à un tel glissement.
- La résistance au mouvement de rotation ne croît pas avec la vitesse de translation parce que le courant relatif qui résulte de cette vitesse, contraire sur un demi-diamètre de la roue, est favorable sur l’autre moitié du même diamètre. La figure donne l’aspect du bateau qui a fonctionné ; en cartouche on voit le détail d’une hélice.
- On pourrait probablement par ce procédé atteindre la limite des vitesses permises à l’homme à la surface de la terre; les vitesses produites par nos moteurs, dans les conditions laborieuses où nous sommes placés, ne sont pas très grandes. Il faudrait, pour réaliser les déplacements que rêve notre imagination, pouvoir disposer d’une composante horizontale de la pesanteur ; c’est un problème qui ne saurait décourager nos prévisions. De SANDEnvAi,.
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- L’ESSAYAGE DES BICYCLETTES
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- SUR m HOME-TRAINER
- La livraison en pariait état des bicyclettes achetées par les clients est, dans le commerce vélocipé-dique, un l'ait malheureusement trop rare. Tous les cyclistes qui me liront se souviendront des surprises désagréables que leur a causées, dès le déballage de la machine expédiée par l’usine, une manivelle mal elavetée, une chaîne trop tendue, un écrou insuffisamment serré.
- C’est qu’une bicyclette, qui semble au premier abord un instrument très simple, est en réalité fort complexe. Même si elle est établie avec un soin minutieux, on ne peut pas garantir, avant de l’avoir essayée, que toutes ses pièces soient en parfait accord. La réunion d’excellentes pièces peut former une détestable machine.
- Mais essayer une bicyclette à l’usine, avant de la livrer, présente des inconvénients et des difficultés.
- L’un des premiers est certainement la défloration des pneumatiques, que le client aime à trouver dans leur aspect de neuf absolu et qu’un essai dans une fabrique plus ou moins souillée
- de poussière, d’huile, de charbon, etc., tache sans remède. D'autre part, l’une des principales difficultés dt> cet essai consiste dans le défaut de place suffisante, surtout à Paris où les considérations de loyer ont une importance réelle et où une salle de trente «à quarante mètres de long sur une vingtaine de large, uniquement affectée à la promenade des bicyclettes avant la vente, constituerait un luxe.
- Nous avons rencontré avec plaisir dans la manufacture de bicyclettes Rocket une heureuse application à l’essai des machines de l’idée du home-truiner, appareil bien connu en vélocipédie, qui permet au cycliste de s’entraîner à domicile, voire dans sa chambre à coucher.
- Le home-trainer qu’a fait construire la maison en question et dont notre figure donne une représentation bien exacte, est formé par trois gros cylin-
- llume-tramer pour bicycliste. — Appareil pour s’culrainer à domicile.
- dres de bois évidés en leur centre et qui roulent à frottement doux sur les extrémités de leur axe central, dans un châssis en bois également. Au-dessus des cylindres, une plate-forme permet à l’essayeur de monter sur le home-trainer pour placer la machine, et une barre d’appui le maintient en équilibre au moment du départ ou de l’arrêt de la bicyclette. Dès que l’essayeur a donné quelques coups de pédales, il lâche la barre d’appui et roule sur place en observant le même équilibre que dans l’usage ordinaire de la bicyclette.
- On remarquera que la roue motrice de la bicyclette, la roue d’arrière connue l’on sait, est ici en même temps motrice des trois cylindres : elle meut par friction les deux sur lesquels elle repose, et,
- parla chaîne sans lin, courant sur les roues dentées que l’on voit au bas de la figure, elle actionne également le rouleau d’avant et entraîne par conséquent la roue directrice de la bicyclette.
- Dès lors toutes les parties de la machine fonctionnent comme elles le feront en la propriété de l’acheteur. L’essayeur la monte environ cinq minutes. Une roue a-t-elle du jeu? Il le constate immédiatement et renvoie la machine à l’atelier
- de
- montage.
- voit si le guidon est bien serré dans la tête; si la direction n’est pas trop dure; si le pédalier, les pédales, les clavettes, les écrous n’ont pas besoin d’un dernier coup de clé. Quelquefois une chambre à air pincée entre la jante et le bandage du pneumatique éclate dès que la machine commence à rouler. U'eûtété un grand embarras pour le client, et une grande colère aussi, si un pareil accident lui était survenu au premier jour de sortie, quelquefois à trois ou quatre cents kilomètres de la manufacture coupable!...
- Je me permettrai donc d’engager toutes les usines cyclistes à suivre cet exemple. Un home-trainer ainsi construit est bien peu onéreux et il occupe bien peu de place. 11 assure les acheteurs de la construction soignée de leurs machines, et met clients et fabricants à l’abri des mille petites con-
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- LA NATURE.
- statations désagréables qui ne proviennent en général que d’une livraison trop hâtive.
- L. Baudry de Saunier.
- CHRONIQUE
- Les compteurs électriques. — La question des compteurs électriques a été vivement agitée et discutée, il y a quelques années, jusqu’à l’époque où le concours ouvert par la Ville de Paris en 1890 montra que ces appareils étaient susceptibles d’une grande exactitude et d’un bon fonctionnement pratique. Depuis l’installation des distributions d’énergie électrique dans Paris, les ingénieurs spécialistes n’ont pas manqué de suivre la marche des compteurs, et de noter exactement toutes les conditions de leur fonctionnement. Le Bulletin de VAssociation amicale des ingénieurs électriciens de Paris, dont M. E. Sartiaux est actuellement le président, vient de publier, dans son numéro 5 de l’année 1895, un fort intéressant rapport d’une commission composée de MM. J. Laf-fargue, vice-président, F. Lainnet, rapporteur, et P. Bour. Cette commission était chargée d’étudier les principaux compteurs d'énergie électrique et de donner des renseignements pratiques sur leur fonctionnement. Ce rapport donne une étude détaillée des compteurs Thomson, Aron, Frager, Brillié et Déjardin ; il indique pour chacun d’eux les défauts mis en évidence par la pratique, les causes d’arrêt ou d’enregistrement défectueux, les parties à surveiller, et montre également les vices de construction. Des observations très suivies ont permis de déterminer les erreurs possibles dans les indications relevées ; ces erreurs ne dépassent pas en général 4 à 5 pour 100 en plus ou en moins, si ce n’est dans des cas particuliers à la suite d’accidents. La commission termine son rapport en invitant les fabricants à soigner particulièrement les détails de construction. J. L.
- Transport de l’énergie sur le lac Léman. —
- A Singen, sur le lac Léman, on a mis dernièrement en service une installation de transport de l’énergie qui présente quelques points intéressants. On y fait usage de moteurs à courants polyphasés à 2000 volts; le courant est amené de la station génératrice au moyen de fils de cuivre à faible section. On utilise les courants, soit directement pour le transport de l’énergie, soit pour l’éclairage ; dans ce dernier cas, on abaisse le voltage par des transformateurs à 100 volts. Les moteurs à courants polyphasés, du type de l’AlIgemeine Elektricitats-Gesellschaft, ne sont constitués que par des disques d’une construction spéciale et ne comportent ni commutateurs ni balais. Ces disques sont mis en mouvement de rotation par l’action du courant, sans qu’on ait besoin d’en surveiller la marche. Dans l’installation dont il s’agit, on transporte, d’après l’Elelitrotechnische Rundschau, une puissance de 120 chevaux-vapeur à la distance de 1500 mètres où un autre moteur est installé dans une filature de coton. Le reste du courant, ajoute VÉlectricien, qui a reproduit ce document, est employé à l’éclairage des rues de Singen.
- Vitesse des chemins de fer. — Nous avons publié, dans le n° 1147, du 25 mai 1895, p. 414, les résultats d’une expérience faite sur une ligne de la Pennsylvania Railroad C° dans laquelle un train aurait atteint une vitesse moyenne de 125 kilomètres par heure dans un trajet d’une durée de quarante-cinq minutes quarante-cinq secondes, et une vitesse maxima de 141km,2 par heure.
- M. F. Blanc Garin, à Paris, nous écrit pour nous rappeler que M. Sauvage, dans son excellent traité de la Machine locomotive, signale une locomotive Crampton des chemins de fer de l’Est, qui a atteint une vitesse de 144 kilomètres par heure, soit 40 mètres par seconde. Nous avc*ns ici précédemment cité, dans le n° 985, du 2 avril 1892, p. 287, une vitesse de 147km,5 par heure réalisée par une locomotive compound de la même Compagnie Pennsylvania Railroad C°.
- Les pétroles russe et américain. — S’il faut en croire une publication récente de M. Gouliscliambarow, la production des pétroles américains est en décroissance depuis quelques années, tandis que celle des pétroles russes ne cesse d’augmenter. Le même auteur signale en même temps une diminution de qualité dans les pétroles d’Amérique. On peut prévoir dès aujourd’hui le moment où la production de la Russie dépassera la production américaine. Actuellement la Russie fournit 4fi pour 100 des pétroles consommés sur le globe, les États-Unis 51 pour 100 et les autres pays 5 pour 100 seulement. Voici, d’après le môme auteur, la progression suivie par la production des pétroles russe et américain1 :
- États-Unis. Russie.
- 1884.. . . 1 477 967 t.
- 1885.. . . . . 2 775 565 1 900 080
- 1886.. . . . . 5 562 715 2 457 000
- 1887.. . . . . 5 589 875 2 702 700
- 1888. . . . . . 5 505 205 5154 759
- 1889. . . . . . 4 465 894 5 510 856
- 1890.. . . . . 5 816 997 5 979 590
- 1891.. . . . . 6 892 098 4 756 414
- 1892. . . . . . 6 411 870 4 904991
- 1895.. . . . . 6145 792 5 544 650
- Les lignes télégraphiques dans les montagnes. — L’établissement des lignes télégraphiques traversant les hautes montagnes présente un certain nombre de difficultés. La première de toutes est celle résultant du froid. La variation de longueur du conducteur entre chaque arrêt, due aux changements de température, a pour effet de modifier la tension, et, à moins que des précautions spéciales n’aient été prises, le fil se brise sous l’effort de la contraction. Cette tension ne doit pas dépasser le dixième de la résistance du fil à la traction; on laisse ainsi au conducteur une marge assez grande pour scs variations de longueur. Vient ensuite la neige, qui affecte la ligne de plusieurs manières. Si le jalonnement n’a pas été judicieusement fait, la ligne tout entière, poteaux, conducteur et le reste, peut, au moment de la chute des neiges, se trouver complètement enfouie. Cet accident a pour effet au moment de la fonte d’em-pêclicr les transmissions. Un autre danger est dû à ce fait que la neige, en certaines conditions atmosphériques, se dépose sur le conducteur, s’y attache et surcharge ainsi la ligne d’un poids assez considérable pour en occasionner quelquefois la rupture.
- Les millionnaires en Amérique. — L’économiste M. de Molinari vient de publier un tableau des plus suggestifs sur la répartition des richesses aux États-Unis : en 1847, on ne citait encore qu’un seul particulier dont la fortune s’élevât à 25 millions; on en cite plus de 2000 aujourd’hui. 250 familles possèdent chacune plus de 400 millions, et, dans ce nombre, il en est dont le capital atteint un milliard. Le calcul suivant, établi sur les chiffres de Yincomc-tax, et par conséquent notoire-
- 1 Revue universelle des mines cl de la métallurgie.
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- ment intérieur à la réalité, répartit comme suit le n unbre et l’importance des grandes fortunes américaines en 1892 : 250 au-dessus de 100 millions, soit au minimum 25 milliards; 500 de 50 à 100 millions, soit au minimum 25 milliards; 1000 de 25 à 50 millions, soit 25 milliards; 2500 de 12 1/2 à 25 millions, soit au minimum 31 milliards; 7000 de 5 à 12 millions 1/2, soit au minimum 35 milliards; 20 000 de 2 1/2 à 5 millions, soit au minimum 50 milliards; soit un total de 81 250 individus possédant au minimum 101 milliards, autrement dit les trois cinquièmes de la richesse nationale, évaluée à un peu plus de 500 milliards de francs. Dès 1800, déjà 30 familles détenaient, à elles seules5551 millions de francs; soit, en moyenne, 185 millions par famille. Dtfns ces documents empruntés de l’autre côté de l’Atlantique, où se trouvent toujours les plus grosses choses du monde, nous avons cru devoir reproduire cette note curieuse, mais nous laissons à l’auteur la responsabilité de l’exactitude de ces chiffres. 11 nous parait difficile de recueillir des renseignements absolument précis sur la fortune des milliardaires et des cent fois millionnaires, et nous ne serions pas surpris s’il y avait des exagérations.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 juin 1895. — Présidence de M. Lœwy.
- La situation de l'observatoire de Meudon. —M. Janssen annonce que la grande coupole de l’observatoire de Meudon est prête. La lunette astronomique et photographique destinée à être logée sous cette coupole est terminée depuis deux ans. Le système optique de cette lunette a été confié à MM. Ilenrv frères, la partie mécanique à M. Gautier. M. Janssen expose ensuite les causes de l’inachèvement de l’observatoire. Des difficultés d’ordre financier ont paralysé la réalisation de l’entreprise, pour laquelle une loi de 1879 avait prévu un crédit de 568 000 francs affecté à la construction des bâtiments et une somme de 467 000 francs pour les instruments. Le crédit des bâtiments ayant été absorbé, ceux-ci, faute de ressources nouvelles, restèrent en l’état. Une somme de 135 000 francs dut être prélevée sur le crédit des instruments pour la construction de la coupole; enfin la lunette, portée au devis primitif pour 250 000 francs, en a coûté 280 000. La construction des coupoles destinées aux équatoriaux de 8 pouces et à celui de 9 pouces a dû être différée jusqu’à l'obtention de crédits futurs. Le manque d’argent a empêché la publication des 4000 photographies solaires effectuées depuis bientôt dix ans, de même que celle des annales de l'observatoire. M. Janssen s’est vu dans la nécessité de se restreindre à la publicité des comptes rendus de l’Académie des sciences. Il rappelle que c’est à Meudon qu’il a inauguré la photographie des comètes, qu’il a pratiqué ses recherches sur les spectres d’absorption des gaz de l'atmosphère.
- La nutrition des cancéreux. — M. le professeur Duplay a étudié les modifications de la nutrition chez les personnes atteintes de cancer. Il a trouvé que la nutrition est peu modifiée et que les changements que l’on supposait exister, d’après la variation de composition des urines, dépendaient de la nutrition elle-même. Les cancéreux éliminent en effet l’urée et les phosphates jusqu’au terme de la maladie, et lorsque l’on donne aux malades arrivés à la dernière période une alimentation convena-
- ble, le régime lacté, par exemple, on voit le taux de l'urée se relever.
- La germination des graines. — M. Schlœsing fils a envisagé le problème de la germination des graines au point de vue de l’azote. On conçoit aisément l’intérêt du problème, car la germination est un des facteurs les plus importants parmi les phénomènes naturels. En employant la méthode de germination en atmosphère confinée, M. Schlœsing fils a vérifié que pendant la germination il n’v a pas de dégagement d’azote.
- Le mécanisme de la voix chantée. — M. le I)r Castex a étudié le mécanisme de la voix chantée. Ses conclusions se résument en une série de propositions dont voici les principales : 1° les cordes vocales sont d’autant plus tendues que le son est plus intense; 2° dans l’émission de voix de poitrine, le thorax, le larynx et le pharynx sont contractés; dans l’émission de voix de tète, le contraire a lieu; 5” dans la voix claire le larynx s’élève;.il s’abaisse dans la voix sombrée ; 4° pendant les sons filés, les cordes vocales se rapprochent et même se juxtaposent; 5° dans le jeu des poumons, le rôle de la hase est prépondérant.
- Le spectre du carbone. — M. Deslandres a eu l’idée d’utiliser le four électrique de M. Moissan pour l’étude du spectre du carbone. On sait en effet que dans le four électrique, le carbone est volatilisé, car l’on peut en recueillir de petits dépôts sur le charbon négatif. Ces dépôts sont constitués par du carbone pur. Le spectre obtenu par cette voie ne renferme aucune des raies propres aux substances contenues dans les électrodes, parce que le carbone est la moins volatile de ces substances.
- La photographie appliquée à la topographie. — M. Laussedat présente une série d’épreuves photographiques provenant de la mission anglo-américaine chargée de déterminer les limites de l’Alaska et de la Colombie anglaise. L’intérêt de ces épreuves est qu’elles constituent une des formes nouvelles de l’utilisation de la photographie. Ce sont en effet des documents topographiques utilisés pour la confection d’une carte au 1/001)000. L’auteur ajoute qu’en raison du relief du pays, qui renferme plusieurs sommets dépassant la hauteur du mont Blanc et d’immenses glaciers, ce procédé était presque le seul qui pût être employé avec succès.
- Varia. — M. Joannès Cliatin communique le résultat de scs recherches sur les cellules épidermiques des insectes. — M. de Launay, professeur à l’École des mines, a déterminé la relation des sources de Néris et d’Evaux. — M. Ai not présente la carte du ciel de France pour les mois de juin et juillet. Ch. de Villedeuil.
- MACHINE ÉLÉVATOIRE DES EAUX
- AU GAZ PAUVRE
- La ville de Laval a installé dernièrement une machine élévatoire des eaux avec un moteur à gaz pauvre. Depuis 1867, cette ville était alimentée par des pompes éléva-toires actionnées par des turbines installées sur un barrage de la Mayenne, au centre même de la ville. Pendant l’été et en temps de sécheresse, le débit de la Mayenne n’était pas suffisant pour commander les turbines. Sur l’initiative du maire, M. Iloissel, la municipalité a fait construire une nouvelle usine élévatoire. Cette usine est établie à l’extrémité des Promenades; elle peut élever 250 mètres cubes d’eau par heure au moyen d’une pompe à piston plongeur double, actionnée par un moteur à gaz
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- LÀ NAT U H K.
- pauvre Simplex, système Delamare-Deboutteville et Ma-landin. La puissance de ce moteur est de 80 chevaux à la vitesse angulaire de 125 tours par minute. La pompe est d’une construction très soignée. La transmission du mouvement du moteur à la pompe est obtenue par une paire d’engrenages commandés par courroie; la vitesse angulaire de la pompe est de 50 tours par minute. La prise d’eau se fait en amont des lavoirs et égouts, afin d’avoir l’eau aussi pure que possible, et cette eau est envoyée par une canalisation dans les réservoirs actuels de la ville. La conduite d'amenéc a une longueur de 220 mètres et un diamètre de 40 centimètres; elle est formée de tuyaux en fonte à emboîtements avec joints au plomb éprouvés à une pression de 8 kilogrammes par centimètre carré. La conduite de refoulement traverse la ville dans une longueur totale de 2058 mètres, et déverse les eaux dans les réservoirs actuels qui les distribuent ensuite par les conduites existantes. Cette installation a donné jusqu’ici toute satisfaction. Dans un rapport qu'il a rédigé à ce sujet, M. J. Pérard, directeur des eaux de Laval, dit que le moteur à gaz pauvre a été choisi de préférence parce qu’il est d’une conduite facile et qu’il consomme une faible quantité de charbon; il exige très peu de soins, sa mise en roule est facile, et il faut simplement veiller à ce que les graisseurs ne manquent pas d’huile. Le cahier des charges stipulait que la machine devait élever dans les réservoirs 00 litres d’eau par seconde, à une vitesse angulaire de la pompe de 50 tours par minute. Le moteur de 80 chevaux ne devait pas consommer plus de 050 grammes d’anthracite par cheval-heure au frein dans des essais d’une durée de douze heures consécutives. Ces essais ont eu lieu, et la consommation indiquée n’a pas été atteinte. La ville de Laval possède donc aujourd'hui une machine élévatoire économique et capable de pourvoir à tous ses besoins en eau potable. J. L.
- RÉCRÉATIONS PHOTOGRAPHIQUES
- UNE CHUTE PEU DANGEREUSE
- Aussi loin que l’amateur photographe puisse pousser l’amour de son art, nnl doute qu’il n’hésite
- à tomber du haut d’une échelle afin d’éprouver, en braquant sur lui-même son objectif, la rapidité de son appareil! Et cependant la photographie que nous soumettons à nos lecteurs paraît la réalisation de
- cette expérience... Malgré tout, l’habile opérateur qu’elle représente, entraînant dans sa chute tableaux, échelle, etc., n’a pas eu la plus petite émotion, pas meme celle qui s’emparera certainement de nos lecteurs à la vue de cette dégringolade.
- Et le motif, c’est la façon d’opérer bien simple, à la portée de tous et dans laquelle il n’est nullement question de casse-cou !
- L’appareil photographique étant suspendu à quelques mètres du sol de l’atelier, de manière à rendre la glace dépolie horizontale (entre les deux côtés d’une échelle double, par exemple, combinaison qui permet une mise au point et une mise en place des glaces très faciles), on étend sur le plancher un morceau de papier à tapisser de 2 mètres environ sur lm,50 et dans le bas duquel on a figuré un lambris. Une échelle, quelques tableaux, une statuette, une bouteille sont disposés sur cette tapisserie de façon à produire pour un observateur placé en haut de l’échelle l’illusion d’un mur de chambre, salle à manger, etc., des clous, un marteau sont jetés aux endroits voulus. Enfin une planche de 1m, 50 sur 0ra, 75 environ de hauteur, sur laquelle on a cloué un tapis, une assiette en carton, etc., vient s’appliquer contre les pieds de la chaise qui semble reposer sur ce plancher factice à angle droit avec le sol de l’atelier.
- Tout est prêt ; l’opérateur, ou son sujet, se couche tranquillement au milieu de ces objets, prend un air effrayé et attend que le bruit de l’obturateur lui annonce qu’il peut quitter cette position, peu pénible à la vérité ! Ceci n’est, évidemment qu’un exemple que nos lecteurs pourront modifier, varier à leur gré. Carolus Karl.
- Le Propriétaire-Gerant : G. Tissandikk
- Fig. 2. — Appareil photographique monté en haut d’une échelle double EE’, pour permettre d’opérer de haut en bas. — O. Objectif de l’appareil A. — P. Planche-support percée d’un trou pour le passage de l’objectif.
- Paris. — Imprimerie Lauure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1151. — 22 JUIN 1895.
- LA NATURE.
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- LE PROFESSEUR LERNEUIL
- U’est, avec une protonde tristesse que nous apprenons la mort de notre cher et vénéré maître le professeur Yerncuil. Sa robuste vieillesse (il était né le 28 novembre 1825) nous permettait d’espérer le conserver longtemps encore parmi nous; il vient de nous être enlevé brusquement. Mais son nom, intimement lié à l’histoire de la chirurgie contemporaine , est de ceux qui vivront à jamais.
- Doué d’un ardent amour de 1 a science, nous le trouvons pendant cinquante ans sur la brèche. Tout d’abord aide d’anatomie, prosecteur, puis pro-i’esseur agrégé d’anatomie à la Faculté de médecine, il se consacre aux études anatomiques et physiologiques, et il y marque sa trace sous la forme de travaux importants, notamment sur le cœur, l’anatomie et la physiologie du système veineux. Plus tard, il fait partie de cette phalange vaillante qui, sous les auspices de Lebert, avec Robin, Broca,
- Follin, introduit en France les études histologiques. De cette époque datent pour lui une série de mémoires originaux, notamment sur les kystes dermoïdes de la face et sur l’inclusion scrotale, dans lesquels il a véritablement exposé des vues nouvelles, et établi la théorie scientifique aujourd’hui généralement, adoptée. Plus tard encore, devenu chirurgien des hôpitaux, et professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine, il attache son nom à un certain nombre de procédés . opératoires, notamment en ce qui concerne l’ablation des tumeurs de la face, la résection du coccyx comme opération préliminaire, soit dans l’établisse-
- ment d’un anus artiiiciel par la voie périnéale, soit dans l’extirpation du rectum. A lui aussi appartient le mérite d’avoir pour la première fois pratiqué avec succès la gastrostomie, c’est-à-dire l’abouchement artificiel de l’estomac à la peau chez des malades dont l’œsophage oblitéré ne permet plus l’arrivée des aliments dans la cavité stomacale. Mais surtout, appliquant à la chirurgie les idées de son éminent maître, Bazin, sur les diathèses, il s’attache à l’étude
- des rapports entre les maladies chirurgicales et les différents états constitutionnels. Dans celte voie, il a tracé un sillon profond dans lequel se sont engagés après lui un grand nombre de ses élèves. En elfet, animé du plus ardent amour de la science, il savait communiquer à son entourage son enthousiasme, et comme il était en même temps plein d'indulgence et de bonté pour ses élèves, il avait toutes les qualités requises d’un chef d’école.
- Il n’est pas étonnant dès lors que la plupart des chirurgiens actuels, nos collègues, se soient fait honneur de le regarder comme leur maître. 11 , faut l’avoir approché de près, comme nous avons pu le faire nous-même, il faut l'avoir vu chaque jour dans son service d’hôpital, pour savoir quels trésors d’affection et de soins il avait pour ses élèves, quels nobles sentiments d’humanité pour les malades, quelle activité et quel dévouement scientifiques.
- dette activité, ce dévouement à la science, se sont traduits par un grand nombre de communications aux sociétés savantes dont il taisait partie, la Société de chirurgie, l’Académie de médecine, l’Institut, par d’innombrables publications disséminées dans la presse et dans les comptes rendus des congrès scientifiques.
- Le D'A.-S. Verneuil, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine, né à Paris le 28 novembre 1823, mort à Maisons-Lalfitte (S.-et-O.) le 12 juin 1893.
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- LA N A TU R K.
- Jusqu’à la fin de sa vie, il a conservé la môme ardeur; aussi l’avons-nous vu se jeter avec enthousiasme dans le mouvement scientifique où la bactériologie entraîne la chirurgie contemporaine, et se faire le promoteur de la lutte contre la tuberculose, le plus terrible des fléaux qui déciment l’humanité.
- En effet, tout ce qui était grand, tout ce qui était noble et généreux, allait droit à son cœur et à sa belle intelligence. Animé du plus pur patriotisme, il voyait dans son dévouement à la science un moyen de servir son pays. Se faisant de la pratique de son art l’idéal le plus élevé, il fut toujours le modèle de l’honorabilité professionnelle. Ce qu’il fut pour ses malades, pour ses élèves, nous l’avons déjà dit; fidèle dans ses amitiés, nous nous souvenons qu’il ne nous parlait jamais sans émotion de son ami Follin,mort prématurément, et nous l’avons vu verser d’abondantes larmes, lors de la mort de son illustre ami Rroca. En un mot, ce fut un grand cœur, une belle intelligence ; nous, ses élèves, qui le pleurons aujourd’hui, nous avons droit d’être fiers de lui.
- IL E. Kirmissox.
- COURSE DES VOITURES AUTOMOBILES1
- LES RÉSULTATS
- Les résultats de cette course déconcertent les prévisions des partisans de la vapeur et affirment une fois de plus les qualités et les avantages de la gazoline, tant au point de vue de la vitesse qu’à celui de l’endurance. Ce n'est pas un succès, c’est un triomphe pour les moteurs à pétrole, dont le premier spécimen, bien imparfait, figurait à l’Exposition de 1878.
- Nous avons dit dans notre dernier numéro que vingt-deux véhicules étaient partis du contrôle de Versailles. Sur ces vingt-deux véhicules, douze ont viré à Bordeaux avant la fermeture du contrôle et neuf seulement sont arrivés à Paris dans l’ordre suivant :
- 1® N® 5. Panhard et Levassor. Voilure à pétrole à deux places. Arrivée le jeudi à midi 57m. Durée du parcours : 48h 48™.
- 2° A° 15. Peugeot. Voiture à pétrole à deux places. Arrivée le jeudi à tih 30m du soir. Durée du parcours : 54h 36m.
- 5° N® 8. Peugeot. Voiture à pétrole à quatre places. Arrivée le jeudi à 1 lh 55m du soir. Durée du parcours : 50h50,D. 4® N° 10. Peugeot, Voiture à pétrole à quatre places. Arrivée le vendredi à minuit 2“ du matin. Durée du parcours : 5f)h 48m.
- 5° A° 12. Bogcr. Voiture à pétrole à quatre places. Arrivée le vendredi à llh 22m du matin. Durée du parcours : 72h 15ra.
- 0° N° 7. Panhard ‘et Levassor. Voilure à pétrole à quatre daces. Arrivée le vendredi à 4b 55m du soir, hirée du parcours : 7fi1' 31m.
- 7® >'* 28. Panhard et Levassor. Voiture à pétrole à quatre ilaces. Arrivée le vendredi à 5 heures du soir, hirée du parcours : 70h 45m.
- 8° 13. Loger. Voiture à pétrole à quatre places. Arrivée
- le vendredi à 10h 15m du soir. Durée du parcours : 82h 49 m.
- 11° A® 24. Bottée. Voiture à vapeur à sept places. Arrivée le samedi à 6h 15m du matin. Durée du parcours : 90h 4m.
- On a remarqué que le n° 8 est arrivé avant le n° 1 6, mais qu’en réalité ce dernier doit changer de rang avec lui, car, en tenant compte des époques d’arrivée et de départ, il y a eu deux minutes de différence entre les temps de parcours en faveur du n° 16.
- 1 Suite. — Voy. n° 1150, du 15 juin 1805, p. 42.
- A l’heure où nous mettons sous presse les prix n’ont pas encore été officiellement décernés, mais, par une particularité du règlement, c’est le troisième arrivant qui doit gagner le premier prix, ce premier prix ne pouvant être donné qu’à une voiture à quatre places et au-dessus.
- Dans un prochain numéro, nous reproduirons les photographies des voitures primées, un graphique complet de la course, et nous signalerons les principaux incidents ou accidents qui ont caractérisé le voyage de chacun des partants.
- — A suivre. — E. 11.
- L’OBSERVATOIRE DE ZI-KA-WEI (CHINE)
- Le P. S. Chevalier, directeur de l’observatoire de Zi-ka-wei, près Chang-Haï, nous adresse une Note sur cet établissement. En voici quelques extraits :
- L’Observatoire de Zi-ka-wei, fondé en 1875 par la Mission catholique française du Kiang-nan, a été pourvu par elle de tous les instruments nécessaires pour l’étude de la météorologie et du magnétisme terrestre, et, depuis cette époque, il n’a cessé de poursuivre activement l’étude, de ces deux branches de la science. Les travaux de l'Observatoire comprennent trois parties. 1° La première est un service public accepté bénévolement et on peut dire gratuitement, en faveur du port de Chang-hai. Ce service multiple renferme : celui de l’heure de midi, donnée au port par la chute d’une boule méridienne, un bulletin quotidien affiché au port et contenant des renseignements sur le temps à Chang-hai et sur la côte de Chine, l’annonce des typhons et des tempêtes au moyen de signaux hissés à un sémaphore. 2° La seconde partie de nos travaux se compose des observations météorologiques horaires publiées dans des bulletins mensuels, qui forment, à la fin de chaque année, un volume in-4° de plus de 200 pages. 5° La troisième partie comprend les études spéciales sur des sujets de météorologie ou de magnétisme ; études dont l’ensemble comprend déjà 26 mémoires. Mais, jusqu’à présent, l’étude de l’astronomie a dû être complètement négligée. Lorsque le service de l’heure de midi fut inauguré à Chang-hai, il y a douze ans, par les soins du Conseil municipal de la Concession française, l’Observatoire reçut, aux frais de ce Conseil, une petite lunette méridienne, excellente pour la détermination de l’heure, mais absolument insuffisante pour des observations astronomiques proprement dites. Cette absence d’instruments propres à des études astronomiques, je l’ai vu regretter par bien des savants et bon nombre des officiers de notre marine, tant au point de vue de la science que de l’honneur français. Pour n’en citer qu’un seul, l’amiral Bes-nard, aujourd’hui Ministre de la marine, m’a exprimé plus d’une fois, pendant qu’il commandait l’escadre de l'Extrême-Orient, son vif regret de voir l’Observatoire de Zi-ka-wei laissé bien en arrière, sur ce terrain si important, par d’autres observatoires de ces mêmes régions. M. Albert Tissandier, en racontant dans La Nature sa visite à l’Observatoire de Zi-ka-wei, a exprimé, lui aussi, ses regrets de nous voir négliger l’astronomie C
- Après ce début, le Directeur de l’Observatoire dit que, pour arriver à ses fins, il croit devoir recourir à la générosité de ceux qui s'intéressent au progrès des sciences et aux études qui se font à Zi-ka-wei. La ville de Chang-haï, qui bénéficie de ces travaux, a
- 1 Voy. n° 944, du 4 juillet 1891, p. 75.
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- bien voulu se préoccuper des besoins de l’établissement, et le P. S. Chevalier a demandé aux deux concessions française et anglaise de vouloir bien contribuer, chacune pour une somme de 10000 francs, à l’érection d’un équatorial à l’Observatoire de Zi-ka-wei. Cette proposition a été votée à l’unanimité par les conseils des deux concessions. De plus, les Compagnies maritimes établies à Chang-haï ont promis de contribuer aussi dans une mesure plus ou moins considérable à la souscription qui continue. On voit que la belle création de l’Observatoire de Zi-ka-wei est entrée dans une voie de prospérité qui, nous l’espérons, pourra se développer encore. G. T.< *
- D’une part, c’est le grand axe du Trocadéro traversant le Ghamp-de-Mars et aboutissant devant l’ancienne Galerie des Machines à un lumineux Palais de Cristal de l’Électricité.
- D’autre part, c’est l’entrée d'honneur, conduisant par un beau et large pont à l’Esplanade des Invalides, et rétablissant une perspective que le Palais de l'Industrie masquait depuis tant d’années avec son architecture utilitaire encombrante.
- En dehors des éléments d'instruction très réels que présentent les Expositions universelles, ce qui fait principalement leur éclat, ce sont, on le sait par expérience, les grandes fêtes de jour et de nuit se déployant sur de larges espaces avec de grands mouvements de foule imposants et, autant que possible, sans encombrement. A ce titre, le plan général de l’Exposition de 1000 est bien conçu. 11 ouvre de larges horizons artistiques dont nos
- L’EXPOSITION UNIYERSELLE DE 1900
- Nous avons donné, dans un précédent numéro1, le résumé du Rapport présenté par M. Alf. Picard, Commissaire général, sur l’Exposition universelle de 1900. Nous complétons cet exposé par un plan de l’emplacement de l’Exposition, indiquant dans ses grandes lignes la disposition adoptée, et la répartition prévue pour les divers éléments constitutifs de cette vaste entreprise.
- On peut assurément, et l’on n’v manquera pas, discuter utilement sur les points de détail. Mais l’impression primordiale est que l’on se trouve bien en présence d’un projet d’ensemble, parfaitement équilibré, se raccordant à de grandes lignes constitutives propres à donner au public une impression grandiose.
- organisateurs sauront tirer parti. La Seine, mouvementée, animée, avec ses distractions vénitiennes, reliera, comme il est facile de le voir, les deux grandes surfaces actives de l’Exposition, constamment réunies, d’ailleurs, par le circuit ininterrompu du chemin de fer électrique circulaire.
- Il est bon de remarquer que cette disposition générale laisse absolument intactes les belles avenues environnantes, les plantations auxquelles on tient à juste titre, et le régime général de la circulation parisienne. Mais, par son entrée aux Champs-Elysées, l’Exposition de 1900 est, à proprement parler, une Exposition universelle dans Paris même ; elle aura à ce titre, bien que sur un emplacement traditionnel, tout l’attrait de la nouveauté et le charme des distractions imprévues. Max de Naxsocty.
- 1 Yoy. nt> 1149, du 8 juin 1895, p. 22.
- Plan de l’Exposition universelle de 1900 à Paris.
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- REVUE DES PROCÉDÉS NOUVEAUX
- Pile bore carbone. —Cette pile, due à M. 11. N.
- Waren, serait destinée à produire une véritable révolution dans ^électricité voltaïque. Elle est fonnée d’un élément zinc et de plaques de charbon boré, trempant dans une solution d’un sel de manganèse et d’autres substances. Cette pile serait capable de produire une différence de potentiel de 3 volts à 2,5 volts pendant un temps très long-La dépense, d’après l'auteur, ne serait que de 10 centimes pour dix heures de marche. D’après le Chemical News, douze de ces piles montées en série produisent des arcs pouvant fondre le titane, le chrome, le tungstène. Ce que nous trouvons de nouveau dans ces piles, c’est l’emploi du charbon boré. Nous tenons à signaler cette innovation qui trouvera certainement d’utiles applications dans les systèmes de piles actuellement en usage.
- Voici comment s’obtient le charbon boré. Les plaques de charbon sont exposées dans un courant de chlorure ou de fluorure de bore, à haute température. Elles sont ensuite immergées dans une solution d’oxalate de platine et chauffées au rouge dans une atmosphère d’hydrogène. Le charbon boré renferme du bore métallique dans ses ]>ores.
- Soudure du Terre.
- — |M. Margot a reconnu l’adhérence singulière que certains métaux — l'aluminium, le magnésium, le zinc — présentent pour le verre quand on les frotte à sa surface. Il en a déduit un procédé de décoration dw verre. Poursuivant ses recherches, il a reconnu que les mêmes métaux, à l’état de fusion, adhéraient fortement au verre, au point que ce dernier peut être entièrement métallisé et recouvert totalement ou en partie d’une couche métallique très solide. Ainsi, avec de l'aluminium fondu, on peut recouvrir le verre comme on le ferait avec de la cire liquide. Mais ce procédé, quoique d’une grande simplicité, exige un outillage peu courant afin d’obtenir la fusion de l’aluminium (000° G.). M. Margot a résolu très habilement le problème. Ses essais lui ont démontré (pie les métaux cités plus haut communiquent leur propriété adhésive pour le verre aux alliages dont ils font partie.
- Ainsi, l’alliage composé de 1)5 parties d’étain et 5 parties de zinc fond à 200° seulement et se soude énergiquement au verre; de plus, il est inaltérable et possède un bel éclat métallique.
- Un alliage composé de 00 parties d'étain et 10 parties d’aluminium fond à 390°, se soude fortement au verre et possède un brillant bien stable.
- Avec ces deux alliages on peut souder le verre aussi facilement que l'on soude deux parties métalliques. On peut opérer de deux manières différentes. Ou bien chauffer au four les deux parties de verre à réunir, frotter leur
- surface avec un bâton de soudure. L’alliage coule, on le répartit uniformément avec un tampon en papier ou une lame d’aluminium. Il n’y a plus qu'à réunir les deux parties, les serrer fortement l’une contre l’autre et les laisser refroidir lentement. Ou bien se servir du fer à souder ordinaire ou d’un fer en aluminium, que l’on chauffe au feu de charbon, à la flamme d’un gaz ou à la flamme d’un jet de pétrole enflammé (tig. 1). Le fer chaud est passé sur le bâton de soudure et ensuite sur les parties à souder, sans se servir d’aucun fondant. Comme on le voit, l'opération est d’une simplicité extrême. Pour bien réussir, il faut prendre la précaution suivante : ne jamais chauffer le fer à souder ou le verre à une température supérieure au point de fusion de la soudure, afin d’éviter T’oxVdation dés métaux, car les oxydes empêchent l’adhérence de se produire. Ce procédé de soudure rendra de réels services à l’industrie, aux sciences, ainsi qu'aux amateurs.
- Nouveaux procédés de métallisation. — Lang-bein recommande, pour le cuivrage des pièces diverses,
- un bain composé d’une dissolution de sulfite de cuivre dans le cyanure de potassium.
- Pour étamer la fonte, Schaag recommande de la recouvrir, au préalable, d’une couche de ferroui ckel ou de fcrro-cobalt, par la galvanoplastie. Les objets sont ensuite immergés dans le bain d’étain en fusion.
- Un nouveau système pour obtenir des dépôts métalliques est dû à Edison, qui le désigne sous le nom de éleclro-vacuose. Il consiste à exposer l’objet à métalliser, dans une atmosphère raréfiée, à l'action des vapeurs d’un métal volatilisé par la chaleur de l’arc électrique. Une lame de verre ou un vase de verre se recouvre, dans ces conditions, d’une pellicule métallique brillante et très résistante, comme si elle avait été obtenue par la réduction de composés métalliques.
- Un recommande les bains de sucrate de chaux pour obtenir des dépôts métalliques par la galvanoplastie. On fait dissoudre 50 grammes de sucre dans 1 litre d’eau; on y ajoute 50 grammes de chaux éteinte et on laisse dissoudre, à froid, pendant vingt-quatre heures, en agitant de temps en temps. Le liquide est filtré et mis dans la cuve électrolytique. Pour obtenir des dépôts de cuivre, on place des anodes et des cathodes en cuivre à l’extrémité des fils et on fait passer un courant de 2 volts. Il se forme du sucrate double de cuivre et de chaux. On place alors l’objet qui se recouvrira de cuivre. A la place du cuivre, on peut mettre des électrodes de bronze, de laiton, d’alliages quelconques, pour obtenir des dépôts similaires sur des objets à recouvrir.
- Voici un autre bain dont nous avons trouvé la formule chez un praticien de mérite : 10 litres d’eau, 300 grammes de sucre, 300 grammes de chaux éteinte. La solution étant obtenue, on ajoute une solution de 200 grammes de
- Fig. 1. — Appareil pour la soudure du verre.
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- chlorure de cuivre dans 200 grammes d’eau et 50 grammes d’ammoniaque.
- Décoration du verre et des métaux au jet de sable. — Tout le monde connaît le procédé Tilghman pour la gravure et la décoration des glaces. Un jet d’air, entraînant du sable, est dirigé sur la pièce à décorer, recouverte d’un papier fort portant le motif à graver découpé à jour. Le procédé s’applique à tous les corps durs, métaux, verres, pierres, etc., tandis que le jet de sable n’a aucune action sur les corps mous comme le papier, la gélatine, le caoutchouc.
- Le procédé primitif de Tilghman1 vient d’être amélioré et simplifié par M. Mathewson, directeur de la Tilghman's patent Sand blast C°limi-ted, Be 11 efie 1 d Works à Scheffield.
- Dans le nouvel appareil que nous représentons figure 2, le sable n’est plus aspiré par le courant d’air mais descend par' son propre poids, dans le jet de fluide, et le mélange est lancé, par suite de l’impulsion acquise, sur les objets à graver, à polir ou à nettoyer. L’air comprimé arrive par un tuyau. Le cylindre est divisé en trois compartiments, par trois trémies superposées. La trémie supérieure reçoit le sable et le laisse écouler dans la trémie intermédiaire, en communication avec le tuyau à air. Ce dernier est muni d’une vanne de réglage que l’on manœuvre par un volant à main et une tige. L’écoulement du sable est réglé par un levier.
- Le mélange de sable et d’air comprimé sort par un tuyau flexible, d’où on le dirige sur les objets à travailler.
- L’appareil ci-dessus sert pour le nettoyage des pièces de fonte, de fer ou d’acier; il est employé pour le retaillage des limes ; pour dépolir les glaces suivant des dessins établis et bien étudiés. On combine aujourd’hui la gravure mécanique avec la photographie, de manière à obtenir le dépolissage photographique. Pour cela, la glace est recouverte de gélatine biehromatée et insolée sous un négatif ou un dessin exécuté sur du papier transparent. On lave h l’eau chaude (75°) jusqu’à' ce que toute la gélatine non insolubijisée soit dissoute. On soumet la glace à l’action du jet de sable. La gélatine insoluble est enlevée après la gFavure,. au moyen
- 1 Voy. n°G62, du 6 février 1886, p. 156.
- de l'acide sulfurique concentré, versé à sa surface.
- Papier hermétique. — Depuis quelque temps, on trouve dans le commerce un papier très curieux, baptisé du nom de papier Hermétique. C’est le sosie des serpents de Pharaon. En brûlant, il prend des formes bizarres qui affectent la forme de fougères, de lichens, etc.; ses cendres sont vertes et sont beaucoup plus volumineuses (jue le papier lui-même. C’est un genre de papier-
- amadou renfermant divers sels métalliques très comburants , comme les nitrates de nickel, de cobalt, en combinaison avec des bases organiques. La for mule exacte est encore tenue secrète. Un autre papier circule sous le nom de papier Diabolique, il renferme du fer, de Y êlhylaniline, du nitrate de chrome.
- Nouveau brûleur à incandescence. — Le succès de l’éclairage à incandescence par le gaz obtenu avec les becs Auer, a fait naître nombre d’imitations ne présentant souvent qu’un intérêt très secondaire. Nous devons signaler une disposition assez heureuse que nous avons rencontrée dans le brûleur dénommé Hélio-gène, imaginé par M. de Mare, représenté figure 3.
- La matière incandescente, AA, est disposée en fibres légères montées sur une tige en platine a a, placée dans la zone chaude d’une flamme Bunsen affectant la forme d’un papillon. Le but de cette disposition est d’obtenir un contact plus intime entre la flamme et la matière réfractaire, et, par conséquent, une irradiation plus intense. Ces fibres légères — ou plumes — sont composées d’oxydes métalliques et sont prises, par petits faisceaux, dans la tige de platine. Cette disposition offre cet avantage que si, à la longue, quelques fibres se détachaient, le reste n’en souffre nullement et continue son service comme si rien n’était arrivé. La construction du bec est telle, que la flamme ne vacille pas, quoique n’étant protégée par aucun verre ni aucun globe. La lumière rayonne surtout vers le sol. Un bec héliogène, donnant un pouvoir éclairant d’environ 3 carcels, dépense 85 litres de <piz à l’heure (27 à 28 litres par carcel-heure). La matière incandescente est assez durable.
- Soudure de l'aluminium. — Les procédés de soudure de l’aluminium ne manquent pas. Voici celui de M. Otto Nicolaï. Le métal composant la soudure est du
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- zinc, de l’étain ou tout autre alliage généralement employé dans ce but. Mais l’auteur obtient l’adhérence voulue en recouvrant les superficies à réunir avec du chlorure de cadmium ou de l’iodure de cadmium, en poudre fine. M. Richard a trouvé que l’addition d’un peu de phosphore aux soudures connues les améliorait, surtout au point de vue de leur prise sur l’aluminium. Il recommande la formule suivante : 59 parties d’étain, 52,5 parties de zinc, 5 à 4 parties d’aluminium et 0,5 partie de phosphore.
- Savon Chicago. — Le savon Chicago est un savon sans matières grasses, dont la recette nous vient d’Amérique. C’est une poudre constituée par du carbonate-sulfate basique de soude. La composition du produit américain nous a donné 42 pour 100 d’eau, 52 pour 100 de soude, 5 pour 100 de carbonate de soude, 21 pour 100 d’acide sulfurique. Le savon Chicago est faiblement alcalin et possède un grand pouvoir détergent.
- Savons végétaux. — Sous ce nom nous comprenons les matières végétales possédant les propriétés détergentes du savon.
- En première ligne nous citerons la Saponaire (Sapo-naria officinalis), de la famille des Caryophyllacées. On la connaît sous différents noms : saponaire rouge, soap-wart, herbe à savon, etc. Son principe actif est la sapo-nine ou struthiine.
- L'Herbe à savon du Levant (gypsophila) appartient à la même famille; elle est très usitée dans le midi de la France et en Espagne, sous le nom d'herbe à foulon (the fuller’s plant des Anglais).
- Ce qu’on appelle, en France, savonnière et même saponaire, c’est la poudre de la racine du Lychnis.
- Le Bois de Panama, ou Quillaja, est l’écorce du Quillaja saponaria, arbre de la famille des Rosacées, originaire des Huanuco, an Pérou. Cette écorce a été signalée par Ferdinand Lebauf, en 1850, pour sa richesse en saponine. Le commerce la livre sous des noms très divers : Écorce de Panama, Quittais savonneux, etc.
- Le Quillaja brasiliensis et le Quillaja smegrnadermas contribuent également à fournir au commerce l'Écorce de Panama.
- L'Écorce de Yallhoy (Monnima polyslachya) contient beaucoup de saponine.
- Les fruits du Spindus saponaria constituent ce que les Américains nomment : soap-berries (graines à savon). Les habitants du West Indies s’en servent pour laver le linge, le lin, etc.
- La plante à savon de la Californie est le Chlorogalum pomeridianum, dont le bulbe sec contient 7 pour 100 de saponine. Les Mexicains et les Indiens en préparent un dentifrice.
- Les Dianlhus, les Silènes, de la meme famille que la Saponaire, contiennent de la saponine et sont utilisées quelquefois. A.-M. Villon.
- CHEVAL ET VÉLOCIPÈDE
- Une Société qui exploite les sports (la Compagnie mexicaine de sport) a récemment organisé, à Mulhouse, le 9 juin 1895, au Vélodrome, mis à sa disposition par le Vélo-Club, une série de courses entre cavaliers et cyclistes qui ont obtenu un très grand succès. La p.iste macadamisée avait été abandonnée aux derniers, pendant qu’une piste intérieure avait été aménagée pour les chevaux. Disons tout d’abord que, sauf une exception, les honneurs de la journée ont été pour la bicyclette
- et que la démonstration de la course a prouvé une fois de plus que le cheval n’a de chances de passer premier au poteau que lorsqu’il s’agit de trajets courts. Pour les grandes distances, un bon cycliste est capable de mettre sur les dents toute une série de chevaux.
- La première course, de 2000 mètres, a été courue par le bicycliste Raoul Aicot contre Miss Mira Terry, écuyère. 11 est arrivé bon premier en 5' 5", pendant que l’amazone mettait 5' 11".
- La seconde course, le numéro le plus attendu du programme, comprenant 50 kilomètres {G0 tours), a eu lieu entre Fritz Classcn, un excellent bicycliste-coureur de Westphalie, contre M. Lasso Mack, un cavalier de très bonne école. Neuf chevaux étaient à la disposition de ce dernier qui, tous les deux tours, changeait de monture. La lutte a été des plus intéressantes et, au début, très émouvante. Cependant, la situation s’est rapidement dessinée en faveur du cycliste qui, d’ailleurs, a été vigoureusement entraîné par quelques-unes de nos meilleures pédales inulhousiennes. Au quarantième tour, Classen avait gagné deux tours — en tenant compte du fait que le cavalier avait à fournir 62 tours, au lieu de 60, sur sa piste qui, placée intérieurement, avait nécessairement une circonférence moindre. En 50' 15", Classcn touchait le poteau, avec une avance de près de quatre tours, soit d’environ quatre kilomètres.
- Cet exploit du champion westphalien est d’autant plus remarquable que la selle de sa bicyclette s’étant cassée dès le début, il a couru assis sur le fer pendant plus de quarante-cinq minutes.
- A la fin de cette course, un orage qui menaçait depuis quelque temps, éclata avec force et suspendit pendant un bon moment le programme. La bourrasque ayant cessé on reprit les courses, mais les numéros suivants eurent à souffrir des effets de la pluie et du vent qui avaient repris. Enregistrons néanmoins le succès de Henri Pillot qui battit Miss Malika Benacko, montant à califourchon, à la course de 2000 mètres, qu’il parcourut en 5' 27". Par contre, celle-ci devança, non sans peine toutefois, le bieveliste Emile Jeannin, qui avait fort à lutter contre l’avei’sc et le vent.
- Pour terminer la séance, Raoul Nicot et Karl Kruse, de Magdebourg, battirent avec facilité Miss Reclces Nelly, une autre écuyère, notamment le premier qui prit une brillante avance1.
- L’INSTITUTION DES « NATAL ARCHITECTS »
- EN ANGLETERRE
- Créée à Londres en 1859, dans le but de vulgariser les principes de la véritable architecture maritime, l’Institut des Naval architecls a tenu à Paris sa 56e session annuelle. La séance d’ouverture a eu lieu le 11 juin à la Sorbonne. Le début de cette séance a été consacré à des projections électriques de photographies instantanées. M. Ber-tin a montré de nombreuses vues de bâtiments en mer tanguant à la lame, l’avant tantôt élevé, tantôt plongeant, ou reprenant leur équilibre; puis M. Lippmann a projeté de nombreux clichés de photographies en couleurs, reproductions de vitraux ou photographies d’après nature. La séance a continué par d’intéressantes communications faites par divers membres de l'Institution.
- Cette Société, qui comprend la plus grande partie des ingénieurs en constructions marines du Royaume-Uni, a
- i D’après Y Ex-press de Mulhouse.
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- pour président lord Brassey, une des principales notabilités maritimes de l’époque.
- Lord Brassey est un des deux fils de Thomas Brassey, entrepreneur célèbre qui gagna une immense fortune lors de l’installation, en Angleterre, des voies ferrées. 11 est né à Stafford en 1S57. Après avoir achevé à Oxford ses études classiques il se consacra à la profession d’armateur.
- Il siégea à la Chambre des Communes depuis 1805 jusqu’à son élévation à la pairie en 1880. Pendant son séjour à la Chambre il avait été un des lords civils de l’amirauté et le secrétaire de la corporation.
- Il s’attacha tout spécialement à l’amélioration du sort des matelots. Dans ce but il prononça à la Chambre des Communes un grand nombre de discours, et publia plu-siéurs ouvrages fort estimés.
- En 1800, il épousa Miss Annie Allmit, fille d’un gentleman connu par son zèle pour la propagation de tous les genres de sport. Miss Annie avait hérité des goûts de son père. Peu de temps après son mariage, elle accompagnait son mari dans deux expéditions autour du monde exécutées à bord du Sun Béarn, le « Rayon de Soleil ». La première fut racontée par cette voyageuse intrépide dans un livre charmant intitulé Le voyage d'une mère de famille autour du monde. Cet ouvrage a eu les honneurs d’une traduction française et a été analysé par La Nature. La seconde ne put être terminée par lady Brassey, qui mourut d’un accès de fièvre au large de l’Australie. Son mari fit donner à la défunte la sépulture d’un marin. Il la lit lancer dans l’abîme avec un boulet aux pieds.
- Le programme de la session des Naval architects a compris un banquet offert le mardi soir 11 juin par les congressistes, à l’ilôtel Continental, et auquel des notabilités parisiennes ont été invitées. Ce banquet ne comptait pas moins de 100 convives et l’honorable lord Brassey, qui présidait, avait à sa droite le marquis de Dufferin, ambassadeur d’Angleterre, et à sa gauche le vice-amiral Besnard, notre Ministre de la marine. Parmi les autres notabilités françaises qui se trouvaient à la table d’honneur, nous citerons : le vice-amiral Duperré, le vice-amiral Bonie, le vice-amiral Cavalier de Cuverville, le contre-amiral baron Lagé, M. Bertin, directeur de l’École d’application maritime; M. Mascart, de l’Institut; M. Tisserand, de l’Institut, directeur de l’Observatoire; M. De-launay-Belleville, président de la Chambre de commerce de Paris; M. Appert, président de la Société des ingénieurs civils de France; M. Schneider, directeur des usines du Creusot, etc. La presse scientifique était représentée par M. L. Olivier, directeur de la Revue générale des sciences, par M. Gaston Tissandier, rédacteur en chef de La Nature, etc.
- Jeudi soir les Naval architects ont été reçus par la Chambre de commerce de Paris à son bétel de la place de la Bourse.
- Vendredi 14 a eu lieu à l’Hôtel de Ville une grande soirée en l’honneur de la session, et samedi 15 le Président et les membres du Comité de réception des Naval architects ont offert un grand déjeuner au pavillon Henri IV à Saint-Germain.
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- LES INSTALLATIONS ÉLECTRIQUES
- DU PROLONGEMENT DE LA LIGNE DU CHEMIN DE FER DE SCEAUX A PARIS
- La Nature a déjà décrit précédemment1 le prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux Voy. n° 1159. du 50 mars 1895, p. 275.
- jusqu'à la place Médicis, à Paris, et a donné tous les renseignements nécessaires sur ces magnifiques constructions et sur les difficultés d’exécution qui ont été vaincues dans ces gigantesques travaux. Nous voulons aujourd’hui insister particulièrement sur les installations électriques qui ont été effectuées par la maison Sautter-IIarlé pour la Compagnie des chemins de fer d’Orléans.
- Une distribution d’énergie électrique, dans le sens le plus large du mot, a été réalisée dans cette installation. L’énergie électrique assure en effet non seulement l’éclairage, mais encore une série de services dont nous aurons l’occasion de parler plus loin ; seule la traction à vapeur a encore été conservée, dans des conditions spéciales, il est vrai, comme le faisait remarquer, il y a peu de temps, M. Bochet, dans une communication très intéressante à la Société internationale des électriciens. Les locomotives brûlent du coke et ont été pourvues d’un svstème particulier de condensation pour éviter dans le souterrain les dégagements de vapeur et de furvée.
- La distribution de l’énergie électrique est faite par une station centrale qui transmet l’énergie à trois centres distincts : la gare Denfert, la gare de Port-Royal et la gare du Luxembourg. La répartition est ensuite faite dans chacune de ces gares à l’aide de tableaux de distribution distincts. La distance entre les points extrêmes est de 5,2 kilomètres. La distribution est à courants continus et à o fils, avec une différence de potentiel de 220 volts sur chacun des ponts. Les lampes à arc sont montées en tension par 4 et les lampes à incandescence par 2. L’éclairage est obtenu par 96 lampes à arc de diverses intensités lumineuses et par 500 lampes à incandescence. Les appareils d’utilisation mécanique de l’énergie électrique consistent en un pont tournant au dépôt de Montrouge, en deux ascenseurs à la gare Denfert, et en trois ascenseurs, deux plaques tournantes, une pompe d’épuisement et un ventilateur à la gare du Luxembourg. Comme nous le disions plus haut, il ne s’agit pas seulement ici d’une installation d’éclairage, mais d’une véritable distribution d’énergie électrique pour éclairage et force motrice.
- L’usine centrale de production d’énergie électrique, dont notre figure 1 donne une vue d’ensemble, est située boulevard Saint-Jacques, sur un des côtés de la gare Denfert. La salle de chauffe est placée dans le voisinage d’une cour en contre-bas d’une voie sur laquelle arrivent les wagons chargés de charbon. Elle renferme 2 chaudières Doser d’une surface de chauffe de 90 mètres carrés et fonctionnant à la pression de 12 kilogrammes par centimètre carré. La salle des machines contient 2 machines à vapeur horizontales de la maison Chaligny et Cie, d’une puissance de 120 chevaux à la vitesse angulaire de 85 tours par minute et à condensation. Chaque machine à vapeur commande directement par courroie, comme le montre notre dessin, un ensemble de deux dynam#s Sautter-IIarlé accouplées sur le même arbre. Cha-
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- eune d’elles fournit, à 420 tours par minute, une de 100 ampères. Ces deux dynamos sont couplées différence de potentiel de 270 volts et une intensité en tension pour la dislriliution à 5 fds. Actuelle-
- Fig. 1. — Vue d'cnsomble île l'usine centrale de distribution d’énergie électrique du chemin de fer de Sceaux.
- ment le service est assuré par une machine à vapeur; mais si la ligne est prolongée jusqu'au boulevard Saint-Germain, comme il en est question, on ajoutera une troisième unité, et deux dynamos pourront être couplées en quantité sur chaque pdtit.
- jAvant de poursuivre notre description, nous voulons insister sur lit condensation de la vapeur à la sortie de la machine par le procédé gny. A l’endroit où se trouve l’usine , au-dessus des catacombes, il n’était pas possible de creuser un puits pour chercher l’eau nécessaire à la condensation. D’autre part le prix de l’eau de la ville, à 0 fr. 10 le mètre
- cube dans ce cas spécial, semblait élevé, et la marche à échappement libre ne pouvait être admise
- en raison de la dépense excessive de combustible. Le procédé de réfrigération de la maison Chaligny a permis d’utiliser l’eau de la Ville avec une dépense raisonnable. Le réfrigérateur des eaux de condensation est formé par une caisse en tôle, placée sur une cuve en maçonnerie. Sur le côté et dans le fond se trouve une tuyère aboutissant à un ventilateur actionné mécaniquement. A l’intérieur, la caisse contient plusieurs étages de fascines, de cloisons et de chicanes, ainsi qu’un filtre «à coke et un filtre à éponges pour rete-
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- nir les matières grasses. L’eau chaude, sortant du condenseur, est refoulée par la pompe à air à la partie supérieure du réfrigérant et est distribuée dans une série de gouttières. Elle tombe en ren-
- contrant l’air froid envoyé par le ventilateur; une faible partie de cette eau est évaporée, mais la plus grande partie est refroidie et peut servir de nouveau à la condensation. La dépense d’eau est donc
- Fig. 3. — Ventilateur mis en marche par un moteur électrique à la gare <lu Luxembourg.
- réduite dans de grandes proportions. Les circuits des machines dynamos sont réunis à un tableau de connexion, situé sur la partie gauche du tableau d’ensemble de distribution que représente la ligure 2. Sans insister sur tous les détails de ce tableau de connexion, nous dirons qu’il renferme des voltmètres, des ampèremètres , et des interrupteurs de dynamos comportant des systèmes automatiques d'enclenchements électromagnétiques qui ne permettent le couplage de la machine que si la différence de potentiel est suffisante, et qui suppriment automatiquement cette machine du circuit général en cas d’accident. On aperçoit ces appareils à gauche vers le milieu du tableau, au-dessous des ampèremètres. A la partie inférieure sur le sol se trouvent les rhéostats d’excitation qui peuvent être
- manœuvres séparément ou ensemble à l’aide de transmissions; on voit au centre du tableau les
- volants nécessaires pour cette opération. Des appareils enregistreurs sont installés sur une planche. Le ta-ldeau de départ des circuits est placé à droite dans le fond du tableau de distribution. Il-comprend 5 circuits qui desservent les 5 centres dont nous avons parlé plus haut. Chacun d’eux renier me un rhéostat de réglage spécial placé à la partie inférieure du tableau. Des indicateurs de tension à double enroulement font connaître à l’usine à chaque instant la différence de potentiel à chacun des centres, et allument des lampes rouges ou vertes, ou font fonctionner des sonneries pour prévenir l’électricien. Aux circuits précédents il faut en ajouter un autre qui sert pour les divers signaux à
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- exécuter à l’aide de lampes électriques, et qui peut être desservi par les dynamos ou les accumulateurs.
- L’installation comprend 2 batteries de 122 accumulateurs Tudor, chacune d’une capacité de 210 ampères-heure. L’une est placée à la gare Renfort et l’autre à la gare du Luxembourg. La charge des accumulateurs est faite dans ces deux centres par des survolteurs ou transformateurs rotatifs à courants continus branchés sur le circuit général. Les accumulateurs sont d'une grande utilité pour la distribution de force motrice aux ascenseurs et plaques tournantes, et pour l’éclairage pendant l’arrêt de l’usine.
- Toutes les canalisations ont été établies en fd nu posé sur isolateurs en porcelaine dans le souterrain, et dans les gares en cables isolés fixés sur poulies en porcelaine sous les trottoirs.
- La conduite de l’éclairage est des plus faciles; tous les circuits peuvent être allumés ou éteints aux centres de distribution. La durée d’éclairage est en moyenne de 20 heures par jour. Le remplacement des charbons des lampes à arc se fait pendant la journée, en mettant en court-circuit à l’aide d’un interrupteur spécial la lampe sur laquelle on opère. Pendant quelques instants, l’intensité augmente un peu dans les trois lampes restant en circuit ; mais cette augmentation ne présente aucun inconvénient.
- L’installation électrique du chemin de fer de Sceaux est surtout intéressante par les nombreuses applications mécaniques qui ont été faites de l’énergie électrique. Nous avons donné, au commencement de cet article, le détail des divers appareils actionnés électriquement. A la gare du Luxembourg, un ventilateur et une pompe sont tous deux commandés par des moteurs électriques branchés directement sur la distribution. Notre figureS représente le ventilateur ainsi que le moteur électrique de 15 chevaux, tournant à la vitesse angulaire de 260 tours par minute. 11 s’agit d’un appareil pouvant fournir un débit de 180000 mètres cubes d’air par heure, à 70 tours par minute. Par des conduites appropriées, il aspire dans le souterrain l’air qui pénètre par les ouvertures ménagées à cet effet sur la voie publique sur tout le parcours de la ligne souterraine. U le refoule ensuite à l’air libre dans une cheminée qui se trouve dans une cour intérieure de l’immeuble oîi la gare du Luxembourg a été installée. La pompe électrique est destinée à remonter à l’égout les eaux de vidange d’une fosse voisine.
- Les autres appareils d’utilisation, les ascenseurs, les plaques tournantes et le pont tournant, sont alimentés par les batteries d’accumulateurs. Ces appareils, en effet, au moment de leur mise en route, absorbent une puissance élevée. En raison des nombreuses manœuvres souvent répétées, il en serait résulté de grandes variations sur les circuits de distribution ; les accumulateurs parent à ces inconvénients. Les plaques tournantes sont mises en mouvement par une chaîne entraînée par un treuil électrique, lies dispositions analogues sont utilisées pour le pont
- tournant du dépôt, de Montrouge. Les manœuvres de ces plaques sont réalisées à l’aide de relais de démarrage qui intercalent en circuit au départ une résistance assez élevée, et qui la suppriment ensuite, dès que la vitesse atteinte est suffisante. Ces plaques ont des services chargés; l’une d’elles, au Luxembourg, effectue plus de 60 manœuvres par jour.
- Les ascenseurs électriques sont d’une très grande utilité dans les gares que nous avons mentionnées ; ils consistent en un treuil électrique sur lequel s’enroulent les câbles qui maintiennent la cabine destinée à se déplacer. La figure 4 montre le détail de ce treuil. Un moteur électrique actionne une vis tangente qui vient commander le tambour sur lequel s’enroule le câble. Ces ascenseurs servent également aux voyageurs et aux bagages ; ils peuvent élever une charge de 700 kilogrammes, à une vitesse de 40 à 50 centimètres par seconde. La mise en marche et l’arrêt sont obtenus par le déplacement d’un curseur sur les touches d’un rhéostat, à l’aide d’une corde que l’on peut actionner directement dans la cabine.
- Des essais officiels de consommation d’une durée de 24 heures ont eu lieu le 17 mai 1805. On a brûlé à l’usine un poids de charbon de 1656 kilogrammes pour une production d’énergie électrique totale de 986,509 kilowatts-heure aux centres d’utilisation. L’énergie électrique fournie sur le réseau a été mesurée à l’aide de compteurs Aron soigneusement étalonnés. La dépense de charbon a donc été de 1 kilogramme pour 596 watts-heure utiles. Pendant les essais, la puissance a varié de 56,440 à 79 kilowatts suivant le nombre de lampes ou d’appareils divers mis en service.
- Telles sont, en résumé, les principales dispositions d’une installation fort intéressante et établie par la maison Sautter-IIarlé, dans d’excellentes conditions pour une exploitation sérieuse et économique. Nous remarquons particulièrement que l’énergie électrique a été employée pour diverses applications, et nous exprimons le regret que la traction électrique n’ait pas été essayée, par la même occasion, sur ce chemin de fer souterrain. J. Laffargue.
- LES CHIENS DE GUERRE EN ALLEMAGNE
- Les chiens qui prenaient part au concours de Dresde ont donné, le 24 mai 1895, la mesure des services qu’on peut attendre d’eux. Ils ont tenu une troupe en communication régulière et rapide avec des patrouilles distantes d’environ 1 kilomètre et demi, transmettant les dépêches en une ou deux minutes. Dans un exercice de combat, les chiens, munis d’une sorte de bât, ont apporté des cartouches sur la chaîne, passant d’un homme à l’autre, pour effectuer le réapprovisionnement. Un chien porte 250 cartouches à halle ou 550 cartouches à blanc. Des hommes ont été ensuite employés à représenter les blessés. Les chiens les ont signalés de différentes façons, les uns aboyant sur place, les autres allant chercher leur maître et l’amenant, ou lui apportant la coiffure du blessé.
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- LE m A SOIE DU CHÊNE EN CHINE
- Un naturaliste qui a séjourné pendant dix ans en Chine, M. Albert A. Fauvel, vient de publier un travail d’ensemble sur Les séricigènes sauvages de la Chine1 au cours duquel nous trouvons d’intéressants détails sur le ver à soie du chêne (Antherea Pernyi ou Saturnia Pernyi). Ces renseignements seront certainement utiles à ceux qui tentent d’acclimater en France les divers vers à soie exotiques (.Saturnia Yama-Mai, S. Cynthia, etc.).
- Le Saturnia Pernyi est un joli papillon d’un jaune plus ou moins lame, avec, sur chaque aile, une tache ronde à centre rose et bordée de noir. L’envergure est de 11 à I 4 centimètres. Les œufs ressemblent à des graines de moutarde. Les chenilles, d’abord noires, muent quatre fois de suite et deviennent successivement grises, jaunes et vertes ; elles atteignent une taille de 10 centimètres et chacun de leurs anneaux présente six protubérances coniques, couronnées d’un paquet de poils noirâtres, sortant d’une tache brune ou jaune ; on y distingue aussi quelques taches bleuâtres.
- Une cinquantaine de jours après leur naissance, les chenilles se mettent à hier un cocon en réunissant, par un til de soie, les bords d'une feuille dont elles entourent en partie le cocon. Un long ruban de soie réunit la bourre de ce dernier à la branche. Le cocon achevé, la chenille l’enduit d’un vernis insoluble d’urate d’ammoniaque. « Examinons la construction du cocon. 11 mesure en moyenne cinq centimètres de longueur sur trois de largeur et quelquefois davantage. Les cocons des papillons femelles sont plus gros et plus lourds que ceux des mâles. Si nous dépouillons un cocon de sa bourre extérieure ou blaze (à laquelle est fixée la cordelette d’attache), et que nous le dévidions soigneusement, après l’avoir ramolli dans un bain alcalin, nous verrons qu’il est formé de trois ou quatre enveloppes successives appelées vestes. Ces vestes ne sont ni uniformes, ni complètes, en général; elles sont plus épaisses à la partie inférieure du cocon, tandis qu’elles sont plus minces et d’un tissu plus lâche à l’extrémité opposée, celle où se trouve le ruban d’attache et qui correspond à la tète de la chrysalide. Si l’on regarde attentivement cette partie du cocon, on s’apercevra qu’elle n’est pas absolument fermée par l’entre-croisement du fil de soie continu, sauf à la dernière veste intérieure, dite telette ou pellette. Pour les trois autres enveloppes, les fils sont repliés sur eux-mêmes, formant comme une frange de boucles ou de brides, assez rapprochées et agglutinées pour cacher l’ouverture ainsi ménagée par la chenille et qui est le point de réunion des boucles. » C’est par cette ouverture que sort le papillon. Les cocons femelles sont plus gros et à bouts plus arrondis que ceux des mâles.
- La soie, comme celle du ver ordinaire, est formée 1 Ernest Leroux, éditeur, Paris.
- de deux brins accolés par du grès. Sur la coupe, elle se présente sous la forme de deux triangles à angles arrondis joints par la base. Les fils sont donc aplatis comme une mèche de lampe ; à l’intérieur, il y a beaucoup d’air intercalé.
- En Chine, contrairement à ce que l'on croit généralement, on recueille peu ou prou la soie du ver du mûrier, pas plus que celle de l’ailante ; on s’adresse presque exclusivement au ver à soie du chêne.
- C’est au commencement du mois de juillet que l’on procède à la récolte des cocons sur les chênes, en prenant à peu près autant de mâles que de femelles. On les étale sur des claies d’osier ou de bambou et, quand ils sont bien secs, on les enferme dans une chambre exposée au midi, où ils passent l’hiver suspendus en chapelets au-dessus d’un fourneau de briques. La température la meilleure doit varier entre -b 2° et —2° Réaumur.
- Dès le commencement du printemps, on s’occupe de favoriser l’éclosion des papillons en entretenant, pendant 45 jours environ, une température uniforme de 12° à 15° G. Les papillons éclos sont de suite mis dans des paniers en osier, mâles dans les uns et femelles dans les autres ; quand les papillons sont bien remis de leur éclosion, on mélange le contenu des deux paniers. Les femelles seules sont ensuite placées dans des paniers neufs, sur les baguettes desquels elles pondent chacune de 200 à 500 œufs ; la ponte se fait plus facilement dans une pièce chauffée. « De même, dit M. Fauvel, que l’on peut acheter des cocons ou des femelles prêtes à pondre, on peut encore acheter des paniers avec des œufs. Mais il faut alors les examiner de fort près si l’on ne veut pas s’exposer à être trompé. Les marchands, peu honnêtes, ont, en effet, souvent recours à la fraude suivante : ils se procurent des paniers ayant déjà servi une fois. Ils en détachent, par un brossage énergique, les débris d’œufs et ceux qui ne sont pas éclos. On recueille ces derniers à part, au moyen d’un tamis et du vannage. Avec un peu de colle de pâte, on les fixe à nouveau à la surface interne du panier, puis, au moyen d’une brosse trempée dans du sang de porc, on projette ce sang en gouttes fines sur le papier, qui se trouve ainsi maculé de taches imitant fort bien celles que laissent les femelles au moment de la ponte. On pousse même la ruse jusqu’à mettre dans le panier quelques femelles qui y déposent un certain nombre de bons œufs, et on vend ces paniers en choisissant adroitement le moment où les vers sortent des œufs. » Pas encore trop bêtes, les Chinois !
- L’éclosion des œufs doit être surveillée, car il ne faut pas qu’elle ait lieu avant qu’il y ait des feuilles sur les chênes, ni que celles-ci soient trop vieilles. Dans le premier cas, on retarde l’éclosion en plaçant les œufs dans un vase enfoui dans le sol assez profondément ; dans le second, on les met dans une pièce chauffée ; on arrête alors le feu quand la forme de la chenille se dessine sous la coque. « Sitôt
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- que les jeunes feuilles commencent à paraître, on va dans la montagne couper, sous les chênes, les jeunes rameaux partant de la racine (gourmands) et qui ont des feuilles plus tendres que celles (pie l’on trouve sur l’arbre, puis on les rapporte à la maison et on les pique dans des baquets pleins d’eau. On place dessus les jeunes vers pendant leur premier âge. On peut encore planter lesdits rameaux dans le sable ou la vase, au bord d’un ruisseau de montagnes à l’eau claire et douce, en un endroit abrité du vent. Sinon, on élèvera un paravent en nattes du côté où il souffle. Les jeunes branches ainsi traitées se comportent comme des boutures et donnent des feuilles tendres et abondantes. »
- Quinze jours après leur naissance, les vers ont dix-huit millimètres de longueur ; on les porte à ce moment dans la montagne sur les chênes en place. Là, ils vivent comme à l’état sauvage ; il est nécessaire cependant de faire garder lesplantationspar quelques enfants ayant pour fonction d’eflrayer les oiseaux, et ils sont nombreux, qui voudraient croquer les vers.
- Au bout de 50 à 70 jours de cette vie libre, ces derniers se mettent à coconner ; c’est aux femmes et aux enfants qu’est dévolu le rôle de récolter les cocons, lesquels sont vendus aux marchands ou aux tisseurs, à raison de 1 fr. 15 les 604 grammes ; les éleveurs réservent, bien entendu, les cocons les plus gros pour la seconde éducation d’été. A cette époque, le soleil étant très chaud, l’éclosion des papillons a lieu en 8 ou 9 jours ; on ne se donne pas la peine de les rentrer à la maison. On s’empare des femelles et l’on attache ensemble les ailes postérieures au moyen d’un fil dont on fixe l’autre extrémité sur la branche d’un chêne. Ce procédé a un double avantage : la femelle ne peut plus battre continuellement des ailes inférieures, ce qui gêne la ponte, ensuite elle peut déposer ses œufs directement sur la branche de l’arbre dont les feuilles serviront a la nourriture des jeunes vers qui éclosent en général 9 jours après. Cette seconde éducation est beaucoup plus aléatoire que la première, car les insectes destructeurs sont en ce moment très abondants. La récolte des cocons a lieu en septembre.
- Voyons maintenant ce que l’on fait des cocons
- destinés au tissage. Après en avoir tué les chrysalides par la chaleur, on les fait “bouillir pendant quelque temps dans une chaudière de fer, contenant une forte lessive, obtenue en faisant dissoudre dans l’eau une certaine quantité de carbonate de potasse ou de soude. On procède alors au dévidage du fil, soit dans l’eau, soit à la vapeur. Le dévidage et le tissage de la soie ne présentent rien de particulier, nous donnerons seulement, d’après M. Fauvel, quelques détails sur le fdage des cocons. En effet, pour les cocons percés, tachés, ou les cocons vides qui ont servi à l’élevage, on se contente de les filer après les avoir fortement décreusés dans un bain de soude ou de potasse, et en avoir extrait les débris de la chrysalide, au moyen d’un crochet, ou simplement en coupant les deux bouts. On les lave ensuite dans l’eau pure, puis on les file à la main ou au rouet. Dans le premier cas, on prend les cocons
- humides, on les retourne comme un doigt de gant, et on en coiffe une douzaine les uns sur les autres , à l’extrémité d’un petit bâton, en général une baguette à manger, qui sert de quenouille minuscule. Un clou de fer recourbé en crochet, et chargé au gros bout de quelques sapè-ques enfilées, remplacera le fuseau. Un tube de bambou, fendu en deux et appliqué par une ligature sur le corps du clou, forme une bobine sur laquelle s’enroule le fil, au fur et à mesure qu’on le forme avec les doigts. Fendant l'hiver, c’est l’occupation favorite des hommes aussi bien que des femmes. On peut encore filer les cocons au moyen du rouet, et les Chinois y sont tellement adroits qu’ils arrivent, en tournant la roue au pied, à filer trois fils à la fois et d’une main. Les déchets de soie, blazc et telettc, ne sont pas filés, mais simplement cardés. Ils servent à ouater les vêtements et les couvertures. On les exporte aussi en grande quantité en France et en Angleterre où ils sont utilisés pour la fabrique des soieries de bas prix, entre autres une sorte de peluche imitant fort bien la peau de loutre ou de veau marin, et des couvertures de voitures. Pour sa douceur et son moelleux, la soie du cbêne se prête admirablement à cette imitation des fourrures.
- Henri Coepin.
- Fig. 1 à 8. — Le ver à soie du chêne en Chine. —• 1. Antherea Pernyi (larve).
- — 2. Chrysalide. — 3. Cocon. — 4. Antherea Pernyi (mâle). — 5. Femelle. — 6 et 7. Coupe de deux brins formant la soie (Bombyx mori et Antherea Pernyi).
- — 8. Fibrome (substance du fil, grossie).
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- Ci
- LE MONUMENT DES GIRONDINS À BORDEAUX
- L’idée d’élever, à Bordeaux, un monument à la mémoire des Girondins date d’une vingtained’annécs, mais ce n’est guère qu’en 1881 que l’idée prit corps et que le Conseil municipal de la ville s’en occupa pour la première lois.
- En 1887, on choisit comme emplacement les allées de Tourny, et un concours lut ouvert entre sculpteurs et architectes, qui, après exposition des maquettes, accordait le premier prix au projet Atal fa qui pot (Ainsi fait qui peut) de MM. La-hatut, statuaire, et Esquié, architecte.
- Ce n’était pas cependant ce projet qui devait être exécuté.
- Après le concours, le statuaire Dumilàtre, classé troisième avec son projet Gloria victis, en avait repris l’étude, en collaboration avec l’architecte, M. Ilich. Mais il n’est pire destinée que celle des statues ; en même temps que le monument des Girondins, la Municipalité voulait faire construire, sur la vaste place des Quinconces, une fontaine monumentale due à Barlholdi, et qui depuis a été acquise par la ville de Lyon.
- La ville, devant l’échec des négociations entamées en vue de la fontaine monumentale, décida que le monument des Girondins serait établi sur les Quinconces, et que, pour tout concilier, on ajou-teraitdes bassins, pour en faire un monument-fontaine. Voilà l’historique, un peu long, ment, aujourd’hui à peu près terminé.
- Les fonds étaient votés dans la séance du 14 no-
- vembre 1895, et les travaux commençaient en 1894, par l’érection d’un échafaudage en bois de 54 mètres
- de hauteur, de forme
- ' rectangulaire, et pourvu,
- sur une face, d’une cage
- monte-charge.
- Ce gigantesque pylône n’a pas exigé moins de 120 mètres cubes de bois.
- Le monument aura 50 mètres de hauteur au-dessus du sol, et 05 et 44 mètres respectivement sur chaque face, en plan.
- Il occupe l’axe de la place des Quinconces à sa rencontre avec le cours du XXX Juillet. Les deux bassins latéraux sont immenses. Le motif principal, pour chacun d’eux, est un char traîné par quatre chevaux marins et contenant des personnages allégoriques qui représentent d’un côté : « le Triomphe de la République » et de l’autre : « le Triomphe de la Concorde ». Au-dessus de ces deux chars, sont deux groupes représentant les principaux Girondins : Guadet, Gcnsonné, Grangeneuve et Boyer-
- Fonfrède, d’une part, et Ver-gniaud, Buzot, Pétion et Barbaroux, de l’autre. On compte encore divers autres personnages allégoriques qu’il serait trop long d’énumérer.
- Un escalier de 174 marches permet de monter au sommet de la colonne, qui est surmontée d’une statue colossale de la Liberté. Ce monument, qui fait le plus grand honneur à ceux qui l’ont conçu et exécuté, sera certainement un des plus beaux que nous possédions en France.
- Les dépenses d’étude et de construction seront
- Fig. i. — Échafaudage en bois tel qu'il a été édifié à Bordeaux pour la construction du monument des Girondins.
- Fig. 2. — Le modèle du monument des Girondins. (D'après une photographie de M. Tcrpcrcau, de Bordeaux.)
- du monu-
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- assurément très considérables, elles atteindront probablement un million de francs, mais elles se trouveront justifiées par la majesté de l’œuvre.
- À.-Gaston Coiimé.
- CHRONIQUE
- UtiliNatlon des cataractes du IVil. — L’inspecteur général des Ponts et chaussées en Egypte, M. Prompt, a fait, il y a quelque temps, devant l’Institut égyptien, une conférence, dans laquelle il a chaudement prôné l’utilisation des forces motrices du Nil aux cataractes. Partant de ce fait, que depuis 1882 la valeur des produits agricoles a constamment baissé, il conclut qu’il est nécessaire d’établir dans la Haute-Égypte un grand réservoir d’eau pour permettre la culture de la canne à sucre et du coton au lieu des céréales. Comme, toutefois, la situation agricole en Égypte est telle qu’on ne pourrait attendre la réalisation de cette idée, M. Prompt propose d'établir d’abord une usine électrique dans le voisinage d’Àssouan sur une chute artificielle du Nil de 15 mètres de hauteur. L’utilisation de cette chute rendrait disponibles environ 40 000 chevaux et l'on pourrait encore recueillir pour l’irrigation environ 500 millions de mètres cubes d’eau. Un second barrage de 5 mètres de hauteur serait à établir dans le voisinage du Caire. Comme la force motrice reviendrait à très bas prix, on pourrait actionner 150 filatures pouvant occuper quarante mille ouvriers et fournir 100 000 tonnes de coton. Les travaux nécessités coûteront 40 millions de francs, mais cette somme assurerait un bénéfice peut-être important. Le conférencier explique encore que l’irrigation d’une surface de 280 000 hectares, actuellement plantée de céréales, fournirait dans l’avenir 450 000 tonnes de sucre brut. En outre, le prix du coton augmenterait de moitié, parce que le marché égyptien assurerait l’écoulement de ce produit dans le pays même. Tous ces projets, d'aprèsYÉclairage électrique, pourraient être exécutés sans subvention de la part de l’État.
- Fusion électrique des métaux. — Un ingénieur russe, M. Nicolaï Slavianoff, a imaginé un procédé de fusion électrique des métaux qui a beaucoup d’analogie avec celui de Bernados, et peut lui être substitué avec avantage lorsqu’il s’agit de la réparation de pièces métalliques, par exemple pour boucher une crique, restaurer une partie écornée, etc. Voici, suivant M. Lolunann, ingénieur de la maison Pintsch, à Berlin, comment on procède d’après ce système : l’objet à travailler est relié à l’un des pôles de la soui'ce d’électricité, la barre de métal qui doit servir à la réparation à l’autre pôle. On rapproche les deux électrodes de façon à faire jaillir l’arc voltaïque. La barre de métal ne tarde pas à fondre, et l’on s’arrange de façon à faire tomber les gouttelettes qui s’en détachent sur l’endroit à boucher ou à réparer. Il faut avoir soin, naturellement, de rapprocher constamment les électrodes, au fur et à mesure de la fusion de la barre, de manière à obtenir un arc ininterrompu.
- Sur les causes de rupture des volants. —
- Parmi les causes de rupture des volants que signale M. Mélotte dans une étude publiée par le Bulletin de l'Association des Ingénieurs sortis de l'École de Liège, l’auteur signale particulièrement les retraits de coulée, les manquements du régulateur, les surcharges instantanées et le choc de pièces brisées. Cette étude a amené M. Dechamps à faire ressortir l’inlluence du mode de distribution sur les efforts auxquels les volants sont expo-
- sés, particulièrement dans les machines à grande détente, où l’action du régulateur ne peut s’exercer que pendant une faible partie de la période de fonctionnement. Cette observation est à retenir pour l’élude des moteurs à vapeur actionnant des dynamos de stations centrales : la fusion d’un plomb général peut supprimer instantanément toute la charge à l'instant où l’admission vient de cesser et où le couple moteur n’est plus réglable. Ce fait prend une importance considérable pour les moteurs à allure lente et constitue un argument de plus en faveur des moteurs à grande vitesse angulaire dans les stations centrales. Dans les stations de tramways électriques, dit l'Industrie électrique, les volants sont étudiés pour résister aux efforts instantanés produits par les démarrages des voitures, bien supérieurs à ceux qui pourraient provenir d’un emballement de la détente; cette détente n’a donc aucune influence, et il n’v a plus à considérer que les causes signalées par M. Mélotte.
- Emploi de la grenouille an Tonkin. — Un de
- nos confrères, dit le Chasseur illustré, publie, sans montrer d’étonnement, l’information suivante d’un de ses correspondants. « On trouve, au Tonkin, les espèces de grenouilles les plus variées, entre autres la grenouille à lunettes et une rainette verte (pii grimpe aux arbres et qui se tient sur les corps lisses. Mais la plus curieuse de toutes est la grenouille-bœuf, grosse comme les deux poings. On l’emploie pour se délivrer des moustiques à l’aide d’un stratagème assez original. On prend deux ou trois de ces grenouilles, et on leur place dans la bouche une cigarette allumée. Dès qu’elles ont tiré une ou deux bouffées, elles restent immobiles et continuent à fumer jusqu’à ce que tout le tabac soit consumé. On les place, armées de leurs cigarettes, sur les bords de la table où l’on travaille; elles fument comme des locomotives, et les épaisses fumées de tabac qu’elles dégagent éloignent rapidement les insectes. » Nous laissons à notre confrère la responsabilité de ce récit.
- En machine à. vapeur remplacée par la souris. — L’ouvrière qui conduit des machines va bientôt être détrônée, dans les fabriques de fil, par les souris. Un industriel écossais a eu l’idée ingénieuse et économique d’employer des souris à la confection du fil. Ces petits quadrupèdes font tourner une roue avec leurs pattes, et fabriquent dans une journée environ 2800 fils de 137 mètres chacun. Le total du trajet qu’ils effectuent est évalué à 18 kilomètres par jour. Chaque souris rapporte un bénéfice annuel de huit lianes, et comme son entretien ne coûte presque rien, on comprend que l’exploiteur des rongeurs s'occupe à recruter un personnel de 10 000 souris au moins. Ci, quatre-vingt mille francs de recettes en douze mois, et pas de grèves à craindre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 juin 1805. — Présidence de M. Cousu.
- Une nouvelle combinaison de l’argon. — M. Berthe-lot annonce qu’il a réussi à préparer une deuxième combinaison de l’argon par voie de synthèse. C’est, en cherchant une propriété analogue à une certaine propriété de l’azote que l’illustre savant a été amené à cette découverte. L’azote est susceptible d’être absorbé par le sulfure de carbone sous l'inlluencc de l’étincelle électrique ou mieux encore de l’effluve. Dans ce dernier cas, l’absorption peut être complète et il se forme du sulfocyanure de mercure avec le mercure de l'appareil et des combinaisons de
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- LA NA TU IIE.
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- l’ordre du sulfocyanogène. L’expérience réussit également avec l’argon ; elle n’est pas limitée comme avec la benzine, qui ne permet de fixer que 0 pour 100 du volume du gaz. Le sulfure de carbone peut absorber en soixante heures 50 {tour 100 du volume d’argon. Afin de rendre l’expérience absolument concluante, M. Berthelot a étudié le produit de condensation; il en a extrait un gaz qui, introduit avec de la benzine dans le tube servant à l’examen des spectres de fluorescence, reproduit au bout de huit heures le spectre vert de la combinaison de l’argon avec la benzine.
- Propriétés du molybdène. — M. Moissan a déterminé les propriétés du molybdène et ses recherches l’ont amené à perfectionner le procédé de préparation de ce métal. M. Moissan calcine au four électrique du molybdatc d’ammoniaque auquel il ajoute du charbon. Il a obtenu par cette voie une fonte blanche assez malléable, une fonte grise plus riche en carbone mais aussi plus dure, une combinaison définie Mo*G et enfin le molybdène pur. Cette substance n’avait jamais été préparée exempte de silicium ou de carbone. Sa dendté est de 9 ; elle est très molle, se laisse limer comme le fer, ne raye pas le verre et paraît se conserver à l’air sans s’oxyder. Chauffée au chalumeau oxhydrique, elle ne fond pas, mais brûle en donnant un oxyde. Au contraire la fonte carburée ou siliciéc fond au chalumeau. Le molybdène a une grande affinité pour l’oxygène. Un fragment qui tombe dans une capsule de porcelaine contenant du chlorate de potassium fondu, traverse la capsule en la fondant au point touché. Le molybdène pur chauffé à 1200° dans une brasque de charbon se cémente et donne un acier susceptible d’être trempé, lorsque, après avoir été chauffé à 400°, on le refroidit brusquement. Cet acier de molybdène raye le verre et le quartz. Inversement la fonte de molybdène se décarbure lorsqu’on la chauffe dans une brasque de bioxyde de molydène. Sa surface s’affine et donne du molybdène tendre.
- Découverte d'un nouveau corps simple. — Parmi les corps dont l’analyse spectrale a révélé l’existence dans le soleil, il en reste deux qui n’ont pu être rapportés à aucune des substances terrestres. M. Deslandrcs, en appliquant l’analyse spectrale au gaz obtenu par la réaction de l’acide sulfurique sur la clévéile, a identifié la raie qui, dans le rouge du spectre solaire, correspond à un des deux éléments inconnus. Il ne reste donc plus qu’une raie permanente, dans le vert, qui n’ait pu être identifiée avec aucune raie des substances terrestres.
- Les bandes d'absorption de l'oxygène. — M. Jansscn a signalé déjà l’existence dans le spectre solaire de deux groupes de bandes non résolubles et suivant, dans leur production, la loi du produit de l’épaisseur du gaz par le carré de la densité. Mais ces bandes ne se produisent que si la lumière a traversé une épaisseur de gaz considérable que l’auteur évalue à 21(10 mètres. Or, l’épaisseur de l'atmosphère terrestre, suivant le rayon zénithal, ne correspond qu’à une hauteur de 1 72 mètres d’oxvgène à la même pression. 11 résulte de là que, pour vérifier à l’aide de l’atmosphère la loi énoncée plus haut, il est nécessaire que les rayons solaires aient traversé cette atmosphère sous la plus grande épaisseur possible. Les moments qui suivent le lever ou qui précèdent le coucher sont donc les plus favorables. Le calcul montre que l’on peut aller jusqu’à une hauteur faisant 15° avec l’horizon. Afin de rencontrer les meilleures conditions d’observation, M. Janssen s’est rendu eu 1890 et eu 1895 en Algérie, dans la région saharienne. Il a séjourné à
- Djelfa, à Laghouat et à Ghardaia. L’absence complète d’humidité dans ces régions et la pureté de l’atmosphère ont permis à M. Janssen d’observer le soleil dans tout son éclat, dans le voisinage de l’horizon, à travers une atmosphère dont l’épaisseur diminuait à mesure que l’astre montait, et lui ont fourni la confirmation de la loi qui régit les phénomènes d’absorption par l’oxygène. Cette loi est très importante pour la recherche de l’oxygène dans les atmosphères planétaires.
- Le fonctionnement de la pupille. — On sait que la pupille se dilate quand on soustrait à la lumière une portion de la rétine. M. Charles Henry présente un nouveau pupillomètrc construit par M. Pellin, qui permet de démontrer que : la pupille se dilate également, quand sans modifier en rien l’éclairement de la rétine, on soustrait à la lumière une portion de l’iris, c’est-à-dire du petit anneau membraneux colore qui entoure la pupille. Au moyen de cet appareil on constate qu’en général les iris foncés se dilatent plus que les iris clairs. C’est la première fois que, selon la remarque de l’auteur, la couleur des yeux intervient dans une question d'optique' physiologique. 11 y a sans doute dans ces mouvements, à côté d’une réaction directe probable de l’iris, des réflexes d’origine centrale, car la pupille de l’œil gauche, par exemple, se dilate si l’on soustrait à la lumière l'iris dé l’œil droit. Plusieurs conséquences importantes ressortent de ces faits, entre autres une explication de la photophobie qui s'observe dans les inflammations de l’iris sans lésion rétinienne. D’autre part, en se dilatant inégalement en présence de deux sources un peu différentes, notre iris est un diaphragme qui tend à égaliser pour notre rétine ces deux sources lumineuses, d’où une erreur d’estimation dont sont affectées nos sensations photométriques.
- Décès. — M. le president prononce l'éloge de M. Ver-neuil, décédé depuis la dernière séance.
- Élections. — M. S. Newcomb de Washington est élu associé étranger. — M. Baeklund de Paulkowo est élu membre •correspondant de la section d’astronomic. — M. Kowalcskv est élu membre correspondant delà section d’anatomie et zoologie. — Enfin M. Bouvier est présenté en première ligne au choix du Ministre de l’instruction publique pour la chaire d’entomologie du Muséum ; M. Brongniart est désigné en deuxième ligne.
- Varia. — M. Grimaux analyse une Note de M. Pickering relative à l’identité de propriétés de certains corps colloïdaux obtenus par synthèse avec les albuminoïdes naturels. M. Dehérain fait hommage à l’Académie, de la part de M. Fourian, docteur ès sciences, d’un volume intitulé La Laiterie, art de traiter le lait, de fabriquer le beurre et les principaux fromages français et étrangers. Le rare succès de cet ouvrage, arrivé aujourd’hui à sa 5e édition, est, dit M. Dehérain, un témoignage certain de l’excellence de l’œuvre et des services qu’elle a rendus et peut rendre.
- Cu. DE VlLLEDEL’IL.
- L’OZOBENZÈNE
- Tel est le nom que MM. À. Renard et Ilouzeau ont donné au produit explosif qui se forme par l’action de l’ozone sur le benzène. Pour le préparer, on introduit dans un tube quelques centimètres cubes du carbure pur et l’on y fait passer un courant d’ozone bien sec, en ayant soin d’opérer à une température inférieure à 10°. Au bout de peu de temps, on voit le liquide devenir opalescent et, après dix à douze heures, tout l’intérieur du tube est
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- recouvert d'une masse translucide, d’aspect gélatineux, qui, après évaporation du benzène en excès dans un courant d’air sec, devient blanche et opaque. Pendant l’opération, il ne se forme ni acide, ni gaz carbonique, du moins en proportion notable. Si, au lieu de benzène du benzoate de calcium, on fait usage de benzène cristalli-sablc du commerce, il se forme une masse brunâtre, gommeuse, non explosive, ainsi que des acides acétique et formique ; mais si, après quelques heures, on arrête le courant d’ozone, le benzène ainsi traité, lavé à la soude et rectifié, donne alors les mêmes résultats que celui provenant du benzoate de calcium. Du benzène pur, additionné d’une trace de thiophène, donne avec l’ozone les mêmes résultats que le benzène du commerce ; il est donc possible que ce soit ce corps qui entrave la formation de l’ozobenzène. L’ozobenzène, bien débarrassé de l’excès de benzène par un courant d’air sec, se présente sous la forme d’une masse blanche amorphe. On peut le conserver dans une atmosphère sèche, mais la moindre trace d’humidité détermine sa décomposition. Porté brusquement à 50°, il détone: mais, chauffé lentement, il peut se décomposer sans explosion.
- Le plus léger frottement le fait détoner avec une extrême violence et une force brisante considérable ; quelquefois le seul fait de déboucher un tube qui en renferme suffit pour déterminer son explosion; aussi, lorsqu’il est sec, ne doit-on le manier qu’avec une extrême prudence. Le contact de quelques corps, tels que l’acide sulfurique concentré, l’ammoniaque, la potasse concentrée, le fait détoner. En présence d’eau, il se décompose lentement, en donnant naissance à des acides acétique cd formique, en même temps (ju’il se dégage de l’acide carbonique ; il se forme en outre une petite quantité d’un acide sirupeux qui n’a pas été examiné. Imbibé d’eau en quantité insuffisante, il peut détoner. 11 est insoluble dans le chloroforme, l’éther de pétrole, le sulfure de carbone, l’alcool et l’éther anhydres; l’acide acétique cristallisable le dissout1.
- LE FIL INVISIBLE
- Les jongleurs japonais ont fait usage du lil invisible d’une manière très intelligente pour faire voleter des papillons de papier au souille d’un éventail. Voici comment ils procèdent. Les papillons, généralement au nombre de deux, découpés dans du papier de soie, sont fixés chacun à l’une des extré-
- mités d’un cheveu de 40 à 50 centimètres de longueur qui est lui-même attaché par son milieu au bout d’un autre cheveu de 80 centimètres. Ce second cheveu aboutit au vêtement du jongleur. Celui-ci arrive en scène tenant les deux papillons d’une main et un éventail de l’autre; au premier coup d’éventail, les papillons, lâchés par la main qui les tenait, semblent s’envoler, mais, grâce aux cheveux, restent facilement sous la dépendance du vent produit autour d’eux par l’éventail. Avec un peu d’habitude, on arrive facilement à réaliser ce gracieux petit truc de jonglerie et à faire voltiger les papillons sur le bras, sur un bouquet, etc., et à les recevoir, pour terminer, sur l’éventail où ils semblent se reposer.
- Le fil invisible peut être souvent plus gros qu’un cheveu, comme dans l’exemple suivant.
- Le prestidigitateur qui veut faire disparaître un objet, une montre, une bague, ou une pièce de monnaie par exemple, y arrivé par différents moyens qui, tous dus à la dextérité, ne s’obtiennent qu’après une assez longue étude et, par suite, ne sont pas naturellement à la portée de tout le monde ; voici un moyen facile de réaliser la disparition de la pièce, de façon à étonner le spectateur le plus attentif. Il suffit de fixer un élastique à la boutonnière du gilet, de le conduire par la manche jusqu’au poignet; on aura ainsi sa longueur exacte. Il faudra alors fixer à l’extrémité libre de cet élastique une pièce de monnaie qu’on aura préalablement percée d’un petit trou vers le bord.
- La pièce ainsi fixée prendra naturellement place dans la manche un peu plus haut que le poignet. 11 est facile alors de la prendre par l’extrémité des doigts, de sembler la déposer, par exemple, dans l’autre main, sous un objet, dans un chapeau, et de la lâcher au moment de la pose simulée. Naturellement, la pièce, ramenée par l’élastique, passe invisiblement sous la main, rentre dans la manche et... a disparu de l’endroit, où elle avait été placée.
- Ces quelques exemples suggéreront sûrement à quelques lecteurs de La Nature de nouveaux emplois du fd invisible pour des récréations nouvelles.
- Albeb.
- Le l'ropriélairc-Gcrant : G. Tissaxdier
- Un Japonais luisant voler des papillons de piquer avec un éventail.
- 1 D’après la lïevite industrielle.
- Paris. — Imprimerie Lauuhe, rue de Fleurus, 9.
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- S- -1152. — 2» Jli 1 .N 1895.
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- CANON DE CAMPAGNE
- DE 75 MILLIMÈTRES A TIR RAPIDE
- .. Lu murine dispose aujourd’hui d’un excellent moyen de défense de ses nuvires contre l'attaque des torpilleurs. Etant, en effet, donné un canon à tir rapide, on peut, en pointant, tirer douze coups à lu minute; vingt coups, -si l’on ne pointe pas. Ces chiffres, dûment acquis à l'expérience, permettent de calculer te . nom lire de coups à essuyer par un torpilleur qui se dirige, en plein jour, sur un navire, depuis le moment où il est à la portée de son adversaire, — c’est-à-dire à 3000 mètres,—jusqu’à celui où il est en mesure de lancer sa torpille automobile, c’est-à-dire à 100 mètres. Dans l’hypothèse où le
- canon du navire de guerre ne tirerait que douze coups à la minute et où le torpilleur aurait une vitesse exceptionnelle de 20 nœuds, — soit 10 mètres à la seconde, — on voit que ledit torpilleur serait exposé au feu du canon à tir rapide durant deux cent soixante secondes, et qu’il pourrait être frappé cinquante-deux fois.
- Mais, à la mer, nombre de circonstances contrarient la précision du tir ; l’expérience prouve que le nombre des « touchés » n’est, guère que le septième du nombre de coups tirés. D’où il suit que, dans les conditions indiquées, le torpilleur serait vraisemblablement touché sept fois avant de pouvoir faire usage de sa torpille. Son attaque n’a donc aucune chance de succès; sa mise hors de combat est certaine.
- On voit, par cet exemple, quelle est, à la mer,
- Exécution du service d’un canon de campagne de 75 millimètres, à tir rapide.
- l'importance de la fonction du canon à tir rapide.
- Le rôle qu’une bouche à feu de ce genre est appelée à tenir dans les opérations des armées de terre n’est pas moins considérable. A terre, en effet, il se produit fréquemment telle circonstance où il importe à l’artillerie de tirer rapidement un grand nombre de coups. Le cas se présente alors qu’il s’agit pour elle de battre un but mobile sur. lequel elle 11e saurait agir que durant un très court intervalle de temps. Quand, par exemple, une colonne d’infanterie se jette au pas de course, à l’attaque d’une position, le défenseur doit être en mesure de rompre l’élan de cette troupe; et ce, par le moyen d’une pluie de projectiles. Des escadrons de cavalerie se démasquent-ils brusquement à l’effet de prononcer un mouvement offensif, l’adversaire est mis en demeure d’en briser vivement la cohésion, de 11e leur laisser que l'alternative de se faire détruire ou de battre précipitamment en retraite. (Test pourquoi toutes
- les puissances s'attachent aujourd’hui à perfectionner les organes, les projectiles, le mode d’exécution du tir des canons dits à tir rapide.
- 11 s’est déjà produit, en fait de pièces ainsi qualifiées, quantitéde systèmes parmi lesquels se distingue, à tous égards, le type Schneider. Nous avons surtout remarqué, dans les ateliers du Creusot, un canon de campagne de 75 millimètres à tir rapide dont nous allons donner une description sommaire.
- Mesurant 55 calibres ou 2IU,50 de longueur d’àme et pesant 555 kilogrammes, fermeture comprise, ce canon a pour éléments constitutifs un tube — en acier forgé et trempé — dans lequel est vissée la culasse, et un manchon recouvrant le tube sur lm,2l de longueur. Rayée à droite (24 rayures progressives), la pièce affecte un tracé intérieur qui lui permet le tir d’une cartouche métallique de forme troneonique.
- » Le système de fermeture de culasse est à vis; il comprend, en conséquence, une vis-culasse, un volet
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- et un verrou d'enclenchement. La cartouche étant métallique, M. Schneider a annexé à ce système un extracteur à griffe et une batterie de mise du feu à percussion centrale. Muni d’un frein hydraulique, d’une Lèche de crosse et de sahots d’enrayage, l’affût, en tôlerie d’acier, pèse 615 kilogrammes, roues et armements compris. Composé de deux flasques entretoisés par deux plaques éehanerées, il est articulé sur l’essieu et porte à son extrémité la lunette d’accrochage, ainsi que la Lèche destinée à mordre le sol. Les angles de tir-limites dont cet affût permet Remploi ont respectivement pour amplitude 20° au-dessus et 5° au-dessous de l’horizon.
- Le canon de 75 millimètres tire des obus ordinaires, à balles et à mitraille, chacun du poids de 6*8,500. La cartouche vide, du poids de 1*8,550, reçoit une charge de 0*8,950 de poudre 1>N et, ainsi chargée, pèse au total 9 kilogrammes avec son projectile. Celui-ci part animé d’une vitesse initiale de 580 mètres.
- Un perfectionnement des plus heureux, dû à l’initiative de M. Schneider, consiste en la mise en service d’un nouveau système de douilles métalliques pour cartouches de canons à tir rapide.
- Ces douilles de cartouches, qui se composent d’un tube plus ou moins long, fermé à l’une de ses extrémités, doivent être dotées d’une grande solidité, de nature à assurer au tir une étanchéité parfaite. On peut les faire soit d’une seule pièce par voie d’emboutissage et d’étirage, soit de plusieurs pièces assemblées. Mais il faut considérer que les douilles obtenues par emboutissage sont affectées de divers inconvénients; la fabrication en est difficile alors qu'elles doivent mesurer certaine longueur, et elles sont fréquemment frappées d’irrégularités au point de vue de la résistance de leur culot. Cela ayant été dûment constaté, le Creusot obtient des douilles régulières et résistantes en les formant de deux éléments constitutifs distincts : un tube et un culot assemblés par filetage, encastrement et recouvrement de l’extrémité du tube.
- Ce nouveau système de douilles a fourni les meilleurs résultats durant les diverses expériences auxquelles il a été soumis. Tout récemment encore, au cours des essais d’un canon de 12 centimètres à tir rapide, système Schneider, — acheté par le gouvernement des Etats-Unis, — les douilles exécutées d’après ce système ont fait preuve d’une excellente résistance, en même temps que d’une très grande élasticité. Effectivement, dans des tirs d’un certain nombre de coups à outrance, où la pression dépassait 4500 atmosphères, ces douilles pouvaient être extraites aussi facilement (pie celles qui étaient tirées à la charge normale, donnant seulement lieu à une pression de 2600 atmosphères environ. Des douilles dont le culot présentait sur la tranche arrière et sur le pourtour de fortes incisions, — qu’on avait pratiquées à l'outil pour se rendre compte de l’effet que pourraient produire sur le canon des douilles défectueuses, — ces douilles incisées ont parfaitement
- résisté aux effets du tir normal et n’ont donné lieu à aucune difficulté d’extraction.
- En somme, ce canon de 75 millimètres nous semble unir à la condition de rapidité du tir toutes les propriétés dont doit être dotée une bonne bouche à feu de campagne. lé-colonel Hennebert.
- CURIEUX PHÉNOMÈNE D’ORNITHOLOGIE
- 0n a souvent fait de bien curieuses observations sur les conséquences de la voracité de certains oiseaux, ainsi que sur les luttes qu’fis doivent parfois soutenir avec les différents êtres choisis pour leur subsistance. A ce propos, voici un cas des plus extraordinaires qui mérite d’être signalé.
- Dans le courant du mois de mai de l’année dernière, un de nos amis, en dépouillant de jeunes étourneaux ou sansonnets, qu’il avait enlevés d’un nid placé dans une vieille muraille, fut grandement surpris de voir que l’un d’eux avait l’estomac perforé par un lézard, dont tout le tour du milieu du corps adhérait intimement à ce viscère. Trouvant qu’un tel phénomène méritait d’être examiné, il eut l’amabilité de nous le signaler et de nous mettre à même de l’étudier de visu. Certes, le cas en valait la peine, et nous ne pensons pas que l’on ait jamais rencontré en ornithologie un cas pathologique aussi rare; c’est ce qui nous a décidé à en donner la description.
- L’étourneau pouvait avoir six ou sept semaines environ. L’œsophage est de la grosseur d’une petite plume d'oie et n’offre aucune altération.
- L’estomac, ou plutôt le gésier, a les dimensions d’un œuf de pigeon. 11 présente, vers sa portion gauche et un peu postérieure, une ouverture circulaire de 4(1 millimètres, qui a livré passage à la moitié antérieure du corps d’un lézard gris, autour duquel se trouve soudée la muqueuse du gésier, sur une étendue de 5 à 6 millimètres.
- La masse intestinale n’offre rien de particulier, et ne contient que les résidus de substances digérées.
- Le lézard présente la portion ventrale de son corps en avant, et mesure 5 centimètres depuis l’extrémité céphalique jusqu’à la partie étranglée par l’estomac de l’oiseau. Les pattes de devant sont relevées. La peau a conservé ses caractères normaux. La circonférence du corps, à son émergence de l’estomac, est de 43 millimètres; elle est de 53 millimètres au milieu et de 28 près de la tète. La partie postérieure, comprenant les pattes de derrière et la queue, a complètement disparu. Ce lézard devait apparemment mesurer 15 centimètres de longueur.
- Si l’on se demande dans quelles circonstances un tel phénomène a pu se produire, il est permis de supposer qu’un lézard se trouvant dans le voisinage du nid des étournaux, s’en approcha et fut saisi au passage par l’un d’eux. Le reptile goûtant peu ce mode inopiné d’engloutissement, et cherchant à s’échapper, se fraya, à l’aide de ses griffes et de ses dents, une issue à travers l’estomac de l’imprudent sansonnet. Mais bientôt, épuisé par des efforts impuissants, comprimé par les contractions musculaires de son étroite prison viscérale, et, de plus, privé d’air, il ne larda pas à succomber.
- Quant au sansonnet, quel mauvais quart d’heure il dut passer, et n’a-t-on pas lieu d’être étonné de le retrouver vivant après de semblables tortures? Non content d’avoir la vie sauve, et contrairement aux ménagements que semblait exiger son état pathologique, le malheureux
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- oiseau trouva encore moyen île digérer toute la portion de sa proie qui n’avait pu lui échapper.
- Cette observation est intéressante à plus d’un point de vue. Elle démontre, d’abord, jusqu’où peut aller la voracité d’un jeune étourneau, l’extrême extensibilité de son œsophage et sa puissance digestive.
- Elle est, ensuite, une preuve d’une résistance vitale et d’une rapidité de réparation organique peu communes.
- En troisième lieu, elle fournit un remarquable exemple d’un nouveau genre de greffe épidermique qui trouve l’explication de sa production, pour le cas présent, dans l’analogie existant entre la nature cornée de la muqueuse stomacale de l’oiseau et la peau chagrinée du lézard.
- Enfin, en dehors de toute considération scientifique, elle signale un fait des plus curieux et certainement unique dans l’histoire des oiseaux1. l)r Collon.
- PUDDLAGE DIRECT DE Là FONTE
- Une installation nouvelle pour le puddlage direct de la fonte a été créée récemment aux établissements Bonehill, à Ilourpes, près Charleroi (Belgique). La fonte, au sortir du fourneau, coule dans un réservoir chauffé au gaz, d’une contenance de 50 tonnes environ, où elle est contenue liquide, et d’où elle est transvasée, à l’aide d’une poche montée sur un petit chariot, dans les fours à puddler.
- D’après la R.evue industrielle de Charleroi, à laquelle nous empruntons ces renseignements, l’opération du puddlage durerait de quarante à quarante-cinq minutes ; un four à gazogèpe, desservi par quatre hommes, produirait 5500 kilogrammes de fer d’excellente qualité en douze heures, avec une consommation totale de charbon de 1000 kilogrammes, soit de 180 kilogrammes de fer brut; enfin le déchet ne serait que de 7 pour 100.
- Indépendamment de l'économie de la main-d’œuvre qu’auraient exigée la coulée de la fonte en gueuses, l’enlèvement, le transport et la mise en tas de ces dernières, les conditions comparatives du puddlage par le
- procédé en question et par le procédé ordinaire seraient
- les suivantes : Puddlage Puddlage
- ordinaire. direct.
- Nombre d’ouvriers par four. . 5 4
- Production de fer brut par four et par poste de douze heures 5500 kit. 5500 kit.
- Consommation de charbon par tonne île fer brut 900 à 1000 kit. 180 kil.
- Déchets 17 p. 100 7 p. 100
- Les diverses économies provenant de la consommation moindre de combustible, de la diminution du déchet et de la réduction de la main-d’œuvre correspondent, parait-il, à une diminution du prix de revient de près de 11 francs par 100 kilogrammes de fer brut3.
- UN VÉRIN DANS UNE MONTRE
- Quelque paradoxal que paraisse ce titre, il est néanmoins d’une exactitude rigoureuse.
- Dernièrement on m’apportait à réparer une montre dont le cadran était en 'morceaux. Ma première idée fut qu’elle avait reçu un choc, mais le verre, les aiguilles et les pivots du balancier, qui se cassent ordinairement à
- 1 Extrait des Mémoires de la Société d’émulation de Cambrai, 1895.
- 3 Comité des forges de France.
- la moindre secousse, étaient intacts, et le client m’affirmait avoir toujours eu grand soin de sa montre; il fallait donc chercher ailleurs la cause de cette fracture.
- Pour bien comprendre ce qui s’était passé, je dois dire que sous le cadran se trouve un train d'engrenages dont le rôle est de faire marcher la petite aiguille. Une des roues de ce train tourne comme poulie folle sur un pivot fixe vissé dans la platine.
- C’est ce pivot qui, s’étant rouillé, et faisant corps avec la roue, se dévissait lentement au fur et à mesure de la rotation de celle-ci, et exerçait, à la façon d’un vérin, une * telle pression sur le cadran qu’il n’a pu résister.
- Je me demandais pourquoi dans de semblables conditions la petite machine ne s’était pas plus tôt arrêtée; le calcul seul pouvait me répondre et voici ce qu’il m’a appris :
- La force qui agissait à la circonférence de cette roue était celle du ressort tout entière, et avait environ une valeur de 570 grammes.
- En un tour le chemin parcouru par celte force était de 17'““,45, circonférence de la roue, tandis que la résistance ne se déplaçait que de la longueur du pas de la vis, c’est-à-dire un cinquième de millimètre.
- Mon vérin multipliait donc la force de 570 grammes par 87, ce qui me conduit à la pression vraiment incroyable de 52 kilogrammes que le système était capable d'exercer.
- Un essai au dynamomètre fait immédiatement sur un autre cadran me démontra qu’un effort de 7 kilogrammes suffit pour le mettre en pièces, et voilà pourquoi la montre avait continué de marcher. A. Henry,
- horloger.
- PHONOGRAPHE PORTATIF
- SYSTÈME EDISON
- Le grand inventeur Edison a créé tant de merveilleux appareils que l’on ne saurait dire quel est celui auquel il faut donner la palme. Le phonographe qui enregistre et reproduit la parole se trouve assurément dans les premières des découvertes les plus étonnantes faites par l’illustre savant américain. De longues années se sont écoulées depuis le jour où Edison a présenté son appareil parlant au monde civilisé, et La Nature en a donné l’histoire et décrit les systèmes depuis la présentation de la première machine faite à l’Académie des sciences, à Paris, le 11 mars 1878 L
- Edison, depuis la construction de ce premier modèle, n’a cessé, pendant plus de quinze ans, d’améliorer son appareil. Quelques mois après, il présentait son phonographe à mouvement d'horlogerie L En 1889, il lit encore un autre appareil5. En 1895, l’infatigable inventeur avait encore construit un nouveau modèle, où les progrès se signalaient sur toutes les créations antérieures4 ; enfin, peu de temps après, il arriva véritablement à la perfection, mais son dernier modèle, qui fonctionnait d’une façon tout à fait remarquable (les cylindres de cire enregistreurs avaient été perfectionnés et absolument transformés, et l’arbre tournant mettant en jeu les
- 1 Voy. n° 251, du 25 mars 1878, p. 257.
- • - Voy. n° 205, du 15 juin 1878, p. 40.
- 3 Voy. n° 851, du 4 mai 1889, p. 505.
- 4 Voy. n° 1060, du 25 septembre 1895, p. 257.
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- LA NATURE.
- mécanismes, était actionné par l’électricité avec la plus grande régularité) ; mais cet appareil présentait un inconvénient grave au point de vue pratique : son prix de vente était de 1500 francs.
- Nous allons faire connaître aujourd’hui un autre modèle dont le cylindre est mis en rotation à la main par l’opérateur qui le fait fonctionner. Les organes du mécanisme sont simplifiés et le prix de revient est considérablement abaissé, le nouveau phonographe que M. Werner met en vente ne coûte que 400 francs. *
- Les parties principales de ce phonographe, comme le diaphragme, la vis sans fin et les rouleaux en cire, sont les mêmes que dans le phonographe Edison grand modèle. Le moteur électrique a été supprimé en le remplaçant par un système nouveau et ingénieux de transmissions et de régulateurs, qui permettent de faire marcher l'appareil à la main, sans avoir recours à l’électricité. Le phonographe portatif donne le son net et sonore et on entend les paroles et les chants aussi distinctement que dans le grand modèle du phonographe.
- Le phonographe dont nous parlons est représenté de profil dans notre gravure. A droite, on voit l'arbre horizontal sur lequel coulisse le mandrin. U e t arbre pivote sur un axe, et dans son intérieur est placée une vis sans fin qui, eu tournant, fait avancer le mandrin. Ce mandrin en cuivre reçoit le rouleau de cire où les paroles ont été enregistrées; il constitue le phonogramme. Devant le rouleau, est monté le diaphragme à pointe, organe qui reproduit les sons.
- Pour faire fonctionner ce phonographe, il faut le poser sur une table et éviter les trépidations, les chocs et les balancements de la table ou de l’appareil. On peut obtenir des sons d’une parfaite netteté si l’appareil est d’une stabilité et d’un équilibre parfaits. La table doit être solide et bien nivelée; pour donner plus d’adhérence avec l’appareil, on peut coller sur sa surface un morceau de drap; au besoin, on peut mettre dans le tiroir du phonographe un poids quelconque pour le rendre [dus lourd. On place l’appareil, la galerie en avant, et la personne qui le fait fonctionner se met du coté gauche.
- Pour mettre l’appareil en marche, il faut ouvrir l’arbre en le tirant à droite par un bouton. On prend
- ensemble deux petits leviers pour dégager l’écrou •pii glisse sur la vis sans fin, et tirer le mandrin vers soi ; on prend le rouleau en cire et on place son côté biseauté en avant sur le mandrin, en immobilisant ce dernier avec la main restée libre. L’arbre est fermé en le replaçant dans sa position primitive ; le cylindre est repoussé un peu à gauche, en [tressant toujours sur le levier, de façon que le commencement du rouleau se trouve en face du saphir, et on tourne la manivelle [tour mettre l’appareil en marche. Il faut tourner la manivelle légèrement, avec la [dus grande régularité possible. La rapidité joue un grand rôle dans le phonographe : si on tourne trop rapidement la voix devient aiguë et criarde; le mouvement trop lent fait la voix basse et tremblante. 11 faut donc donner à l'appareil une vitesse moyenne, et seule l’oreille, en se basant sur les indications ci-dessus mentionnées, pourra fixer
- sur la rapidité moyenne, convenable à la bonne reproduction du phonogramme.
- Généralement, une petite pratique de deux ou trois jours suffit pour [(rendre cette habitude et manier l'appareil avec une régularité parfaite.
- Pour remplacer un rouleau, on ouvre l’arbre, on lire le mandrin tout à fait à droite en pressant toujours le levier, ou relire le rouleau en appuyant avec un doigt de la main gauche sur son côté biseauté, et en le recevant sur deux doigts de la main droite.
- Pour l’audition de ce phonographe, on se sert d’un tube de caoutchouc, adapté devant la membrane, et le tube est ramifié en deux conduits terminés par des cornets acoustiques qui s’introduisent dans les oreilles.
- Le phonographe peut être muni d'un long tube spécial sur lequel on monte douze organes d’audition qui permet lent à douze personnes d’entendre à la fois.
- Le phonographe portatif, marchant à la main, devient très simple et facile à mettre en marche. Les paroles qu’il reproduit, et la musique ou les chants qu’il fait entendre, sont très nets et n’ont [dus les intonations nasillardes des anciens appareils. Ge nouveau système nous [tarait digne d’être recommandé. Gaston Tissandiku.
- Phonographe portatif fonctionnant ù main.
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- LA VENUS ACCROUPIE DANS L’ART GREC
- L’artiste, a quelque école qu’il appartienne, s’in- donc suivant l’époque et le pays où il vit. Ce ne sont
- spire toujours de ce qu’il voit ; ses œuvres varieront pas seulement les traits et les proportions humaines
- Fig. 3. — Venus agenouillée. Fig. i. — Silène grotesque.
- (D’après les statuettes de terre cuite de la Grèce antique. Musée du Louvre.)
- qui se modifient,, mais encore le mode de vie, la manière de travailler, de combattre, de se reposer.
- Examinons'ce dernier point. Nous autres Européens reposons sur des chaises ou dans des lits; mais en
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- LA NATURE.
- Orient, on le sait, l’attitude du repos est tout autre, agenouillée ou accroupie, ou avec les jambes croisées comme nos tailleurs. Aussi avons-nous trouvé ces positions très fréquemment représentées dans les œuvres des anciens artistes égyptiens ‘.
- 11 en était de même en Asie. Bien (pie l’art assyrien nous fournisse peu de documents, car il nous représente surtout le combat et l'action, nous y trouvons, comme en Égypte, l'usage du siège princier à pieds élevés, réservé aux rois. Ceux-ci trônent ainsi ou d’autres fois sont couchés à la romaine. Le vulgaire s’asseoit par terre ou s’accroupit, ainsi que nous le montrent deux bas-reliefs du Louvre. Dans l’un, une équipe prend son repas. On mange assis sur des pierres petites et basses. Dans l’autre, des captives, sur un chariot, portent leurs cillants et sont accroupies comme de petits singes au sommet du chargement.
- A l’opposé des Orientaux, les artistes grecs trouvèrent usité chez eux un mode de repos semblable au nôtre : la chaise était d’un emploi courant. Aussi ces attitudes accroupies et agenouillées disparurent-elles de l’art. Partout, dans les bas-reliels, les stèles, sur les vases, sont dessinés des personnages assis comme nous et bien adossés. Les sièges sont hauts, comme les nôtres, avec des pieds de hieheet de lion. Les hauts et les bas-reliefs les comptent par centaines dans toutes les galeries. Parfois quelques-uns de ces sièges sont un peu bas, comme ceux des frontons du Parthénonet de quelques vases de la collection Cam-pana, représentant des scènes mythologiques.
- Les artistes grecs ont-ils complètement ignoré la position accroupie et agenouillée? Ils l’ont rendue en quelques rares œuvres, et la manière dont ils l’ont fait prouve qu’ils la considéraient d’un tout autre œil que les Orientaux; c’était une attitude d’action et non de repos. Les enfants, dans leurs jeux, ont souvent une jambe agenouillée, l’autre demi-lléchie ; l’archer, en tendant l’arc, a une position semblable. Une statue d’enfant qui joue aux osselets, le représente assis par terre, les jambes portées latéralement et demi-iléchies. L'Arrotino enfin, et cette statue est trop connue pour la décrire, nous montre la manière dont travaillaient les aiguiseurs à Athènes. C’est une position de travail et non de repos.
- La Vénus dite accroupie serait-elle une persistance de l’ancienne manière de se reposer? Les musées d’Europe possèdent plusieurs reproductions de ce type. Malheureusement elles ont été mutilées, et on les a replacées tant bien que mal sur des pieds qui manquaient. La tigurc 1 donne l’aspect d’une de ces statuettes brisées. Aussi est-il assez difficile de savoir leur position vraie. On s’est pourtant toujours accordé à regarder la Vénus que représente notre gravure comme sortant du bain et étant à sa toilette. Cette attribution devient certaine, si on compare ces marbres aux terres cuites de Tanagra, plus réeem-
- 1 Voy- n° 1112, du 22 soplcml re 1894. p. 297.
- ment découvertes. Une de ces figurines (fig. 2) nous fournit un document intact. Elle est entière, avec la tète plus penchée ([lie la Vénus eu marche, la grande ligne enveloppante plus courbe, plus arrondie. Cette petite Vénus est presque au ras du sol, accroupie d’un côté, presque agenouillée de l’autre, mais souple et vive. C’est encore le mouvement et non l’immobilité.
- Ces quelques chefs-d’œuvre nous montrent donc une des grandes qualités de l’art grec : la vérité des attitudes avec des mouvements larges et aisés. Seul pouvait les reproduire Carliste qui avait pour modèle un peuple s’adonnant aux exercices physiques, surtout ceux de souplesse. L’art contemporain ne les retrouve plus dans une race à la vie étriquée, aux vêtements gênants, aux mouvements compassés. Quand il copie son modèle, il le déshabille et lui donne une attitude forcée, conventionnelle et, par suite, fausse.
- En dehors du repos sur un siège ou sur un lit (posture également commune dans les tombeaux étrusques), l’art grec a donc recherché les attitudes d’action. Cependant les autres modes de se reposer ne lui étaient pas absolument inconnus, et on les retrouve, mais exceptionnellement.
- Ainsi la Vénus à la coquille, agenouillée au bord de la fontaine, en forme de coquille, est le seul exemple de femme agenouillée que nous ayons rencontré (fig. o). C’est très probablement une réminiscence archaïque, souvenir de mœurs oubliées.
- Une petite statuette d’enfant qui dort, provenant de Sparte, nous offre une attitude aussi rare. La jambe gauche est croisée; la droite, accroupie, supporte la tète et la main droite s’y appuie. Ces deux statuettes ne montrent pas la position accroupie véritable, car celle-ci n’existe pas dans le grand style grec, mais on en retrouve quelques rares exemples dans le genre grotesque. L’un d’eux a trait à un gros personnage court et ventru (lig. 4). Les genoux de ce silène sont pliés et écartés. Cette statuette a une grande ressemblance avec le dieu égyptien Phtah. Peut-être en est-ce une copie ou encore l'art grec s’est-il ici inspiré de l’attitude de repos des esclaves.
- Eu tous cas, la rareté même de ces exemples nous prouve combien exceptionnelle était la position accroupie.
- L’art grec s’est ici fait l’interprète des mœurs si avancées des Hellènes. Nous verrons dans une autre étude qu’il en est de même des autres arts. Les chefs-d’œuvre, sino-japoiiais ont eux aussi exactement reproduit les attitudes favorites de la race jaune et surtout la position jambes croisées. Dans l’art américain précolombien cette dernière existe avec celle accroupie. L’art gaulois nous représente nos ancêtres jambes croisées. Les races sauvages, les nègres, préfèrent l’attitude accroupie et sculptent ainsi leurs divinités. Dr Régnault et Lajaud.
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- L’HORLOGE ASTRONOMIQUE DE LYON
- La Nature a donné, il y a doux ans, la description d’une des plus anciennes horloges de France, le Gros Horloge de Rouen, restauré .par la maison Château, de Paris, sous la direction de la Commission des Monuments historiques 1 2. Cette Commission a chargé les mêmes constructeurs de remettre en état un monument mécanique d’une bien autre importance, l’horloge astronomique de la cathédrale de Lyon. C’est de cette restauration, faite l’an dernier, que nous voudrions parler aujourd’hui.
- Ce n'est pas une ligure de rhétorique que de dire que l’origine de l’horloge de Saint-Jean se perd dans la nuit des temps. On ignore absolument la date de sa construction. La première mention qu’on en trouve est de 1572. Elle était arrêtée et le chapitre métropolitain désirait la faire restaurer. On eut probablement du mal à trouver un horloger qui voulût s’en charger. Ce n'est en effet qu’en 1598 que les négociations aboutirent. Un certain Hugues Levet passa un marché, le 14 mai de cette année, avec les chanoines et s’engagea à tout remettre en état. N’étant lui-même qu’un piètre astronome, il s’était assuré le concours d’un mathématicien de Râle, Nicolas Lippius, qui fit le travail et dont le nom a été enregistré généralement comme celui du créateur de l’horloge. En 1660, une seconde restauration fut faite par Guillaume Nourrisson, dont le nom est resté sur le socle du monument. En 1778, nouvelle remise à neuf. Enfin, depuis la Révolution, silence à peu près complet des sonneries et sommeil des rouages et des automates jusqu’en 1894*. En résumé, le fonctionnement de l’horloge astronomique de Lyon a été essentiellement intermittent. Chaque, fois qu’on avait rencontré un homme capable d’en faire la restauration, elle marchait quelques années, puis redevenait inerte, grâce à l’ignorance et à l’impéritie de ceux que le chapitre chargeait de son entretien3 4. Elle était incomprise! Espérons qu’il n'en sera plus de même aujourd'hui \
- La figure 4 donne la vue d’ensemble de notre monument, dont la hauteur totale est d’une dizaine de mètres. Il se divise en deux parties bien distinctes : l’inférieure avec les cadrans, la supérieure où sont les sonneries et automates.
- Les cadrans sont au nombre de trois, un sur le côté droit, et deux sur la façade. Le cadran de droite est divisé en soixante minutes, et n’a qu’une aiguille. Il est ovale (fig. 5). Le mécanisme en est fort simple,
- 1 Yov. n° 1060, du 23 septembre 1893, p. 263.
- 2 On ne peut guère, en effet, compter comme une restauration le travail de Mouricr qui, en 1856, essaya sans succès de faire marcher l’horloge.
- 3 Pour donner une idée du peu de soin qu’on avait pour cette pièce vénérable, nous dirons seulement que le soleil du grand cadran servait de cale à une échelle en 1893 et que certain rouage ayant paru inutile à un des remonteurs avait tout simplement été relégué sous le plancher.
- 4 Voilà un an que l’horloge marche depuis sa réparation, sans aucun accident et sans varier de plus d’une minute par mois.
- dissimulé entièrement sous les ornements de la boite (fig. 7, n° 1, p. 74). Ce sont les parties AB et Cl) qui se raccourcissent ou s’allongent. Lit commande se fait par la tige 1 dont le pignon engrène à la lois avec la roue de champ o et son canon 4 qui porte l'aiguille, et avec la roue de champ 2, fixée à la tige 12 (fig. 7, n° 2) qui meut le mécanisme d’allongement. Cette tige tourne par conséquent en sens inverse du canon 4 et fait un tour dans le même temps. Elle porte la manivelle 5 dont elle aflleure la face supérieure en 0. Cette manivelle porte, reliée invariablement à elle par l’axe 15, une barre 6, qu’elle entraîne dans son mouvement. Les bielles 7 et 8, auxquelles sont attachées les tringles 9 et 10 portant les parties mobiles AB et Cl) de l’aiguille, sont articulées symétriquement par rapport au centre ü. 7 passe entre 5 et 6 et 8 au-dessus de 6. On voit que ce système n’est applicable qu’au cas d’une seule aiguille.
- Passons à la façade de l’horloge. Ses deux cadrans se voient en détail sur les figures 1 et 2. L’inférieur est un calendrier, l’autre un astrolabe, calqué au moyen âge sur les astrolabes arabes.
- Le calendrier se compose de deux parties concentriques, toutes deux mobiles, la partie extérieure en forme de couronne renferme 565 inscriptions rayonnantes correspondant aux 565 jours de l’année. Chacune de ces inscriptions indique le jour du mois, dans le calendrier romain et grégorien, et le saint dont on célèbre la fête. Les mois sont écrits sur le pourtour. Un index placé à gauche indique sur la couronne, qui avance d’une division par jour, le quantième. Le cercle qui forme le centre du calendrier est divisé pour soixante-six ans. Il avance d'une division le 51 décembre de chaque année. Les inscriptions, tracées suivant des cercles concentriques, se lisent pendant toute l’année à travers le guichet vertical que montre la figure, ce sont : le millésime, le nombre des dimanches après l’Épiphanie, les dates de la Septuagésimc, des Cendres, de Pâques, de l’Ascension, de la Pentecôte et du Saint-Sacrement, le nombre des dimanches après la Pentecôte, la date de l’Àvent, la lettre dominicale, le nombre d’or, l’épacte, l’indiction romaine et la lettre du martyrologe. Toutes ces inscriptions, tracées à la main par un calligraphe, sont sur parchemin (fig. 2).
- L’astrolabe qui forme le cadran principal de l’horloge est certainement un des meilleurs et des mieux construits qu’ait produits le moyen âge. Il se compose de plusieurs parties : deux fixes et une mobile. Les parties fixes sont d’abord le cercle extérieur des 24 heures peintes sur la pierre du monument et limitant l’espace vide dans lequel tout le reste est logé, puis le disque formant le fond de ce vide et portant la projection stéréographiquo de la sphère céleste. La partie mobile superposée à ce disque est l'araignée avec ses constellations, son alidade servant d’aiguille, le soleil et la lune.
- Le disque sur lequel est projetée la sphère céleste, est ce que les Arabes nommaient un safîha (tympa-
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- num. Il est représenté très exactement |>;u* la ligure6 (p. 74). Voici le principe de sa construction, un peu différente de la projection actuellement employé*'. On prend un plan tangent à la sphère au pôle nord, et du pôle sud comme point de vue on projette sur ce plan les deux tropiques, l’équateur, et un hémisphère ayant comme centre le zénith du lieu et
- comme limite un grand cercle parallèle à l'horizon du lieu. Quelques lignes accessoires complètent le tracé. Parlant de là, il nous sera facile de reconnaître les lignes de notre sa fi! ta. Le cercle extrême sera le tropique du Capricorne, les deux autres qui lui sont concentriques, l'équateur et le tropique du Cancer. Le centre du disque le pôle nord. Dans le
- Fig. 1 et 2. — Détails des cadrans do l'horloge astronomique de la cathédrale de Lyon.
- Fig. 1. Cadran du haut ou Astrolabe. — Fig. 2. Cadran du bas ou Calendrier. (D'après des photographies.)
- réseau septentrional, le premier cercle marque la limite de l’hémisphère ayant comme pôle le zénith de Lyon, les autres cercles tracés de 5 en 5 sont les parallèles de cette limite, les circuli pro-y ression uni (almomjan-tarât des Arabes). Les cercles perpendiculaires aux précédents sont les méridiens de l’hémisphère considéré, les circuli verticales, ou azimuths (as-semt). La ligne qui horde en dessous celle du premier des almouqantaràt est la ligne du crépuscule ( linea crepusculina ).
- Les divisions marquées par des chiffres arabes et dont la première coïncide avec le premier des almouqantaràt à gauche, séparent les douze maisons du ciel. La ligne nord-sud elle-même représente le midi vrai (zaoual) et est coupée par une ligne est-ouest qui lui est perpendiculaire. Enfin les 12 heures du jour sont marquées en dessous de l’hémisphère en chiffres romains.
- L’araignée (aranea, en arabe al'-ankaboüt) se détache très bien dans la figure 5. Elle porte sur son pourtour la division en 560° et 565 jours, l’indication
- des mois et les signes du zodiaque. Sur les ornementations de son réseau sont fichées les 26 principales étoiles. Enfin le cercle excentré dont elle est
- munie représente l’écliptique. L’araignée avance d’un tour complet sur l’alidade en 566 jours et 6 heures (année sidérale) .
- Au-dessus de l’araignée et montée sur un axe concentrique on voit cette alidade (mediclinium, al-idCula) qui sert d’aiguille et marque l’heure sur la couronne de pierre divisée en24 parties) fig. 1 ). L’alidade est percée d’une fente longitudinale dans laquelle passe un plot portant en dessus le soleil rayonnant, en dessous un talon qui coulisse dans une rainure du cercle écliptique de l’araignée. On voit immédiatement que, grâce à la combinaison des mouvements de l’araignée (un tour d’avance en 566 jours un quart) et de l’alidade (un tour en 24 heures), le soleil donne la représentation de son mouvement diurne apparent et de sa marche vraie dans le ciel. Les passages des étoiles au méridien sont donnés par leur passage au-dessus de la ligne
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- du zaoual; leur position à chaque instant l’est approximativement par la superposition tic l’araignée mobile au sa film lixe.
- Le mouvement de la lune est aussi très fidèlement reproduit. Son axe, nui par un train différentiel, lui fait faire autour du centre son tour quotidien, de façon qu’au bout de 29 jours et demi elle se trouve en avoir fait un de plus que l’alidade. Cette alidade porte un petit cercle, le plus rapproché du centre de ceux que l’on voit sur la figure 1. Ce cercle divisé en 29,5 parties et suivant le mouvement de l’alidade, il résulte de la combinaison de son mouvement et de celui de la lune, (pie la position de celle-ci sur le cercle donne constamment son âge. La lune logée d'autre part dans une demi-calotte, teintée moitié on noir moitié en doré, tourne sur elle-même de façon à présenter toujours sur son hémisphère visible l’aspect de l’astre dans le ciel.
- La partie supérieure du monument renferme, avons-nous dit, les automates et les sonneries.
- C’est principalement de cette partie que s’occupaient les horlogers chargés de l’entretien, et môme les anciens restaurateurs. C’est en effet celle qui a le plus d’attrait pour le public1. Voici d’abord, dominant l’astrolabe, une statue dans une niche
- 1 Ainsi, récemment encore, lorsque tout était détraqué, le suisse de la cathédrale faisait défiler à la main les automates devant les auditeurs généreux.
- décorée. Elle indique le jour de la semaine : pour le dimanche, la Résurrection; pour le lundi, la Mort; pour le mardi et mercredi, saint Etienne et saint Jean-Baptiste, premier et deuxième patrons de la cathédrale; pour le jeudi, le Saint-Sacrement ; pour
- le vendredi, la Passion ; et {tour le samedi, la Vierge. Chaque jour, à minuit, la statue du jour qui finit cède la place à celle de la journée qui commence. A gauche on voit un ange portant un sa-ldier, il le renverse à chaque heure. A droite, lui faisant pendant, un autre ange bat la mesure de la tète, de la main et du pied, également à chaque heure, pendant les sonneries.
- Au-dessus du fronton de la niche abritant les jours de la semaine, un espace vide bien plus large permet de reproduire à chaque heure, sous la bénédiction du Père Éternel, la scène de l’Annonciation.
- La coupole qui termine le monument renferme les cloches qui jouent à chaque heure l’hymne Ut qaeant Iaxis de la fête de saint Jean-Baptiste. C’était, paraît-il, un air différent que jouait l’horloge du temps de Lippius, T Ave Maria, d’après L. Bégule1. Elle sert aussi de logement à un suisse en miniature qui fait sa ronde au moment des sonneries. Enfin, tout en haut, on voit le coq qui chante et bat des ailes.
- La sonnerie se fait comme dans les comtoises.
- 1 Monographie de la cathédrale de Saint-Jean (Lyon, 18°0).
- t’ig. 4. — Vue d’ensemble de l’ancienne horloge astronomique de la cathédrale de Lyon. (D’après une photographie.)
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- Elle est déclenchée par le carillon, et déclenche elle-même le rouage du coq et celui du suisse. Nous ne nous étendrons pas sur les procédés employés pour obtenir ces divers déclenchements, et pour déterminer le fonctionnement régulier des pièces aulo-
- vis, les assemblages en étant faits au moyen de chevilles en forme de coin. Les dentures, taillées à la main avec un soin extrême, étaient malheureusement très mal montées sur les bras, indépendants des jantes. Ce montage défectueux, joint à l’ignorance
- Fig. 7. — Aiguille du cadran ovale et sa commande.
- matiques. Bien que fort ingénieux, surtout pour l’époque où ils été combinés, ils n’ont pour nous rien de particulièrement intéressant. Ils sont un peu
- Fig. 6. — Projection stéréograpliiqne tonnant le fond fixe de l’Astrolabe.
- compliqués et aujourd’hui on n’aurait pas besoin de tant de science pour obtenir les mêmes effets.
- Mais ce que nous devons dire, c’est que l’horloge de Lvon, comme pièce mécanique et indications astronomiques, est extrêmement remarquable. Certaines pièces sont fort anciennes et paraissent avoir été faites dans un temps où l’on n’employait pas de
- de la plupart de ceux qui ont touché à cette horloge, est la cause principale à laquelle il faut attribuer son fonctionnement par trop intermittent.
- C’est une heureuse inspiration qu’a eue la Commission des monuments historiques de rappeler à la vie ce témoin d’un âge disparu. Monument unique d’un art à peine soupçonné. L. R.
- ACTION DU FLUOR SUR L’ARGON
- Notre éminent chimiste M. Moissan a reçu de l'argon de M. Ramsay, pour essayer de le combiner au fluor.
- Du titane a été chauffé dans une atmosphère d’argon à la température de ramollissement du verre ordinaire; après trente minutes de chauffe, il n’y a pas eu diminution de volume, par conséquent pas de combinaison vraisemblable. Le titane n’avait pas changé d'aspect. Le bore pur, préparé par le magnésium, chauffé dans une cloche courbe de verre de Bohème, ne s’est pas davantage combiné à l’argon : tandis que, dans les mêmes conditions, il s’unit à l’azote pour donner de l’azoture de bore solide. Il en est de même pour l’uranium et le lithium.
- M. Moissan, au moyen d’un appareil spécial, a fait jaillir l’étincelle électrique dans un mélange d’argon et de fluor, il ne s’est produit aucune réaction sensible. L’expérience a été renouvelée deux fois, de façon à faire varier la proportion d’argon; les résultats ont été toujours négatifs.
- La difficulté de manier le fluor ne lui a pas permis de reconnaître si, par l’action d’une série d’étincelles, il y aurait eu à la longue un changement de volume. Tout ce qu’on peut conclure c’est que, à la température ordinaire ou sous l’action d’une étincelle d’induction, un mélange de fluor et d’argon n’entre pas en combinaison.
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- PIROGUES EN ALUMINIUM
- La Nature a public déjà plusieurs Notices sur la construction des navires en aluminium; nous renverrons nos lecteurs à ces articles1 et nous donnerons ici quelques détails intéressants sur de nouveaux bateaux fluviaux en aluminium.
- La maison Lefebvre, dont les Français utilisent les voitures à Madagascar, vient de construire pour le Soudan, l’Oubangui et la Côte d’ivoire, des pirogues en aluminium démontables et transportables sur roues.
- Les pirogues destinées au Soudan sont au nombre de deux. Elles se composent de deux caissons A interchangeables pour l’avant et Carrière, et, normalement, de deux caissons I ou intermédiaires; toutefois ce dernier chiffre peut varier.
- La longueur totale de la pirogue est de 12 mètres : la largeur hors lisse, de lm,50; la profondeur, de 0m,75, et le poids de 550 kilogrammes, armement non compris. La petite embarcation a deux quilles parallèles en acier et peut porter 5 tonnes de matériel avec un tirant d’eaujde 0“,35, en marchant à la voile, à la pagaie ou à la gaffe.
- Chacun des caissons A compte 5 mètres de longueur, lm,50 de largeur et pèse 115 kilogrammes; chaque caisson I a 5 mètres de longueur, 1m,50 de largeur et pèse 150 kilogrammes.
- La pirogue se démonte et peut se placer, les caissons s’emboîtant les uns dans les autres, sur un essieu muni des roues et de la limonière des voitures Lefebvre; le transport en est donc des plus faciles. L’éclissage constitue le mode de jonction des diverses parties du bateau.
- Les 15 pirogues fabriquées pour l’Oubangui et la Côte d’ivoire diffèrent fort peu des précédentes; elles comportent normalement trois caissons I au lieu de deux.
- La longueur de ces dernières pirogues est 12”,10; la largeur hors lisse, de lm,50; la profondeur, de 0“,75; le poids, de 5500 kilogrammes; et le tirant d’eau en pleine charge, de 0'",57.
- Voici les dimensions des caissons. Caisson A : longueur, 5™,20; largeur, 1“,50; poids, 77 kilogrammes. — Caisson l : longueur, 5ra,20 ; largeur, lm,50 ; poids, 72 kilogrammes.
- Tous les officiers qui ont été visiter ces pirogues, ont pu se rendre compte des soins apportés à leur fabrication et des services qu’elles pourront rendre à nos colonies'2.
- ÉTUNE A DÉSINFECTION
- PAR CIRCULATION d’üN COUIUNT DE VAPEUR SOUS PRESSION
- Il est actuellement reconnu que le mode le plus pratique et le plus parfait de désinfection pour les vêtements, objets de literie, linge de pansement, etc., consiste dans le traitement de ces objets par la vapeur d’eau sous une pression d’environ 1^,500 par centimètre carré, c’est-à-dire atteignant une température de 110 à 112° C. La vapeur d’eau à la pression atmosphérique, soit à 100°, ne donne pas, en effet, une entière sécurité, parce que l’évacuation de l’air n'est pas toujours assurée dans les appareils qui l’emploient et que, par suite, on n’est pas cer-
- 1 Yoy. n° 1125, du 22 décembre 1804, p. 40.
- 2 Revue du Cercle militaire.
- tain d’avoir obtenu une pénétration complète de la vapeur dans les tissus.
- Mais l’obligation d’opérer sous pression a conduit à l’emploi d’appareils dispendieux, et qui ne peuvent être mis entre toutes les mains. Aussi, préoccupés d’étendre les bienfaits de la désinfection à des collectivités moins importantes, par une simplification et une réduction de prix des étuves, MM. L. Vail-lard et Besson, médecins militaires, ont étudié et réalisé, de concert avec M. Lequeux, ingénieur-constructeur, un nouveau type d’étuve qui nous paraît destiné à rendre de sérieux services.
- Il s’agissait, an point de vue de la simplification, de réunir le générateur de vapeur à l’étuve proprement dite, et d’assurer à l’ensemble un fonctionnement facile; au point de vue de l’expulsion de l’air, d’obtenir une circulation continue de vapeur sous ou sans pression, ne laissant de prise à aucun accident.
- Le fourneau est disposé pour servir de support à l’étuve et adapté pour tous les combustibles.
- L’étuve en tôle d’acier galvanisée est constituée par deux cylindres concentriques fermés à leur partie inférieure par un fond embouti et écartés l’un de l’autre, sauf à leur partie supérieure, où ils sont réunis par une pièce en fer forgé comme le représente la figure ci-jointe. Le cylindre intérieur S limite la chambre de désinfection, qui mesure 0“,70 de haut, sur 0,75 de diamètre; sa capacité est de 0“5,550 1.
- Le cylindre extérieur est écarté du précédent de 0“,025 suivant la circonférence. Son fond embouti est distant de 10 centimètres du fond du cylindre intérieur. L’espace compris entre les deux fonds constitue la chaudière. Celle-ci reçoit l’eau au moyen d’un entonnoir latéral à robinet E. Un robinet de niveau N marque la hauteur de l’eau nécessaire à chaque opération. Le cylindre intérieur est amovible ; en l’enlevant, on peut visiter la chaudière. La vapeur produite au fond de cette chaudière circule dans le manchon qui entoure le cylindre intérieur, aborde la chambre de désinfection par la partie supérieure et s’échappe ensuite par la partie inférieure : sa circulation dans le cylindre se fait de haut en bas. A cet effet, près de sou extrémité supérieure, le pourtour de ce cylindre S est percé d’une série de trous d’environ 6 millimètres de diamètre : c’est par eux que la vapeur débouche. Le fond du même cylindre est également perforé à son centre par un trou circulaire de 15 millimètres de diamètre. Ce trou correspond à un canal dans l’âme duquel est vissé un tube en fer galvanisé VI), servant à l’échappement de la vapeur. Ce tube parcourt le double fond qui constitue la chaudière, et se termine au dehors, en 1), par une soupape que nous décriions plus loin. Toute communication entre la chaudière et la chambre de désinfection est rendue impossible par l’étanchéité du joint K. Le cylindre extérieur porte à sa partie supérieure un couvercle avec un joint en caoutchouc qui assure la fermeture hermétique. Le couvercle se compose de deux parois de tôle assemblées sur un cercle en fer forgé ; l’espace compris entre les deux parois est rempli de poudre de liège et n’a aucune communication avec l’air extérieur. La face externe du cylindre extérieur est garnie d’une enveloppe isolante et porte : 1° un manomètre M protégé par un grillage, indiquant la
- 1 Ces dimensions sont celles adoptées pour l'année, et permettent de traiter simultanément une literie complète de troupe, ainsique tous les effets et le linge d’un homme.
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- L A N A T liliL.
- pression et la température à l’intérieur de l’étuve ; 2° à la partie supérieure et en communication directe avec la chaudière, une prise de vapeur sur laquelle est branché un T en bronze portant à l’une de ses extrémités une soupape de grande sùretc, et à l’autre un robinet R. Ce dernier établit et supprime à volonté la communication entre l’extérieur et l’espace limité par les deux cylindres.
- Une claire-voie mobile garnit le fond du cylindre S et supporte les objets à désinfecter.
- Le dispositif placé à l’orifice de sortie de la vapeur, représenté eti cartouche, se compose : 1° d'un tube en bronze a vissé à la partie terminale du tube VI) ; 2° d’un clapet en cuivre oscillant sur une chape c, et servant à la fois de moyen de réglage et de soupape de sûreté.
- Ce clapet s’appuie sur les rebords amincis et bien dressés du tube en bronze. En position verticale, il obture l’orifice de sortie de la vapeur; soulevé, il le démasque.
- A la face extérieure du clapet est fixée une tige verticale d, qui reçoit une douille servant de support à un court levier muni d’une boule métallique p. Cette boule, mobile autour de la tige d, est destinée à agir sur le clape t pour augmenter, diminuer ou annihiler la charge que cet opercule exerce sur l’orifice de sortie; ce résultat est obtenu par le simple déplacement de la verticale passant par son centre de gravité. Le levier et la boule métallique sont prévus de telle sorte que le maximum de leur charge sur le clapet fasse équilibre h une pression déterminée de la vapeur qui s'écoule par le tube a.
- Cette pression a été fixée à 450-500 grammes par centimètre carré ; elle correspond à la température de 110°-112°, largement suffisante pour assurer la désinfection. Pour des pressions supérieures, le clapet se soulève, et l’échappement de vapeur maintient la pression au degré voulu. En déplaçant plus ou moins la boule de la position où elle exerce le maximum de charge, il est facile de réduire son action sur le clapet, et, par conséquent, de diminuer à volonté la pression et la température dans l’appareil. Les différentes positions de la boule par rapport à l’axe c peuvent être fixées au moyen d’un écrou moleté, placé à l’extrémité de la tige d.
- La description qui précède fait ressortir les caractères suivants :
- 1° La chambre de désinfection est emboîtée dans le générateur de vapeur; elle se trouve ainsi entourée dans toute son étendue par la vapeur produite, en sorte que celle-ci n’atteint les objets que quand iis sont déjà échauffés, ce qui supprime presque entiè-
- rement les condensations; le séchage devient très rapide. Il suffit, pour l'opérer, d’ouvrir le robinet II, d’enlever le couvercle de l'étuve et de continuer la chauffe pendant quelques minutes.
- 2° La circulation de la vapeur de haut en bas facilite considérablement sa pénétration dans les tissus et l’expulsion de l’air.
- 3° Le clapet d’expulsion permet de régler la pression à volonté. Si on le dispose pour la charge maxima, elle s’établit automatiquement à Jk«,450 correspondant à la température de 110 à 112°. L’appareil ne nécessite ainsi d’autre surveillance que celle qui concerne l’entretien du foyer.
- 4° La fermeture du clapet n’étant jamais hermétique, la vapeur peut toujours s’échapper, en sorte
- que la circulation est continue, et assure la purge de l’air.
- 5° Enfin l’étuve peut être utilisée pour opérer la désinfection avec la vapeur d’eau à 100° seulement, mais en y ajoutant un antiseptique volatilisable, tel que l’acidephéniquc en solution à 1,5 ou 2 pour 100. A cet effet on verse la quantité voulue d’acide phénique par l’entonnoir E.
- Le type d’étuve que nous avons décrit ci-dessus ne consomme (pie 9 kilogrammes de bouille par opération. Son poids (28(1 kilogrammes ) permet de la traîner à bras d’hommes sur un train à deux roues. Ce type moyen peut aisément se modifier si l’on veut obtenir de grands appareils fixes ou Iocomobiles. Dans ce cas on dispose l’étuve proprement dite dans le sens horizontal.
- De nombreux essais bactériologiques ont démontré L’efficacité de l’étuve de MM. V.iillard et Desson au point de vue de la désinfection des matières les plus diverses. Les services hygiéniques disposent donc maintenant d’un nouvel appareil donnant toute sécurité pour le but à atteindre, d’un fonctionnement très facile et d’un prix peu élevé. Ces qualités, aussi sérieuses qu’indispensables, contribueront certainement, dans une large mesure, à la vulgarisation de la pratique delà désinfection, qui constitue une arme de premier ordre pour limiter l’expansion des maladies transmissibles. G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Étuve à désinfection.
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- THÉORIE EXPÉRIMENTALE
- DU CISAILLEMENT ET DU POINÇONNAGE
- DES MKTACX
- Il est actuellement admis que la rupture d’un métal par cisaillement, poinçonnage, perforation, est le fait d’un ylissement. Mais ce n'est qu’une hypothèse qui n’est fondée sur aucune expérience
- et dont l’exactitude est douteuse; en effet, si l’on examine, par exemple, la débouchure provenant du poinçonnage d’un morceau de fer, on constate que les arrachements qui devraient, suivant cette théorie, être tournés vers la partie supérieure, du côté du poinçon, sont toujours dirigés vers le bas, du côté de la matrice (fig. 1, nos 1, 2 et 5). Le n° 4 dans la même ligure 1 donne le résultat du cisaillement de fer rond exécuté avec des lames paral-
- Fig. 1. — Débouchure (u** 1,2,3), et cisaillement de 1er rond (11” 4) exécuté avec des lames parallèles.
- Fig. 3. — Section d’un morceau de 1er montrant les phénomènes successifs du poinçonnage.
- Fig. 4. — Section d’un morceau de fer montrant les phénomènes successifs du cisaillement.
- lèlos. La figure 2 montre le résultat des cisaillements exécutés avec des lames profilées.
- Pour connaître la genèse de cette rupture, nous avons donné, dans un morceau de fer misé, sept coups successifs avec le môme poinçon, mais de telle sorte que le premier coup de poinçon n’entamât que peu le métal, et les suivants chacun un peu plus que le précédent, jusqu’au septième, où la perforation fut complète. Puis, coupant la barre longitudinalement par le milieu de ces trous, nous avons damasquiné la surface rabotée ; nous avons pu constater, par la disposition des veines, que le phéno-
- mène du poinçonnage est un travail de traction et non pas de glissement (fig. 3). Chaque couche comprimée sous le poinçon ne se sépare pas immédiatement de la couche dont elle provient, il reste un ligament, une sorte d’éprouvette qui va s’allongeant sous l’effort du poinçonnage; la striction, puis la rupture se font à la partie la plus faible, vers le centre de la débouchure; celle-ci a la forme d’un double tronc de cône (fig. 1, n° 3).
- L’autre extrémité de l’éprouvette, qui adhère à la partie non poinçonnée, se trouve tranchée par le passage du poinçon et on constate ce phénomène
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- LA N AT LUE.
- 1res singulier que ies arrachements sont constitués par une couronne de métal sertie autour du double tronc de cône de la débouchure.
- Pour le cisaillement, le phénomène est analogue : il se forme encore des éprouvettes, mais la démarcation est moins nette, parce que l’éprouvette a plus de longueur, et, sa section étant constante, la striction se fait dans le plan de rupture, l’éprouvette cède en ce point et ne se trouve pas détachée.
- Pour montrer la genèse du phénomène, nous avons, sur un même morceau de fer, donné une série de dix coups successifs de cisailles, pénétrant
- Fig. 5. — Élastieimètrc enregistrant le travail dans le poinçonnage et les cisaillements.
- peu au début, et de plus en plus, jusqu’à rupture complète. Le morceau de fer raboté et damasquiné (fig. 4) montre très clairement les divers stades du cisaillement ; on constate encore que c’est une rupture par traction et non par glissement.
- Pour compléter l’étude du poinçonnage et du cisaillement, il ne reste qu’à connaître les dia-
- Fig. 0. — Diagramme de poinçonnage et de cisaillement.
- grammes du travail nécessaire pour effectuer ces opérations. Nous nous sommes servi de la machine qui poinçonne et cisaille, profitant de l’élasticité de son bâti pour enregistrer en ordonnées les efforts sur l’outil et en abscisses la course amplifiée de ce même outil.
- Cet appareil de mesure (fig. 5), cet élasticimctre, se compose de deux branches, l’une droite C et l’autre H courbée à une extrémité pour venir s’articuler en N sur la première, comme un compas, dont la tête serait déportée ; un ressort antagoniste 1) tend à écarter ces deux branches, qui sont en contact avec le bâti, la branche C étant fixe; c’est la branche B qui s’écarte et entraîne le crayon F par
- l’intermédiaire de la tige 11. Le crayon trace verticalement une ordonnée proportionnelle à l’effort produit pour poinçonner ou cisailler le métal.
- Mais la planchette G de l’enregistreur est entraînée horizontalement par un câble qui, passant sur les poulies Q et O, est attaché à une touche A; qui suit le mouvement du porte-outil ,1. La poulie Q est différentielle pour amplifier la course.
- Les abscisses tracées sur le papier parle crayon F seront donc proportionnelles à la course de l’outil et la courbe enregistrée représentera très exactement le travail nécessaire pour l’opération exécutée, sans intermédiaire hydraulique ou autre faussant le. résultat.
- La figure 6 donne des courbes de poinçonnage et de cisaillement.
- Il est à remarquer que la répétition d’une même opération, exécutée sur un même morceau de métal, donne une nouvelle courbe absolument semblable à la première, et que le moindre changement de qualité de métal entraîne des changements appréciables dans le diagramme1. Ch. Frémoxt.
- CHRONIQUE
- Exploration suédoise projetée dans la Terre-de-Feu. — Dans une des dernières séances de l'Académie des sciences, M.Daubréc, en signalant la présence de M. le I)r Otto Nordenskiold, neveu de l’illustre Associé de l'Académie, a parlé de l’intéressant voyage qui se prépare en Suède, pour l’exploration de la Terre-de-Feu. Le Gouvernement suédois a obtenu du Gouvernement argentin le passage sur un navire de l’Etat de trois personnes, à la disposition desquelles il sera mis ensuite des hommes pour les assister dans un voyage à l’intérieur de la plus grande île magollanique, encore très peu connue. Les trois explorateurs sont : M. Nordenskiold, professeur agrégé à l’Université d’Upsal (minéralogie, géologie et géographie); M. Dusen (botanique), qui a déjà fait des recherches dans l’Afrique centrale; M. Ohlin, docteur ès sciences à Lund. Ces jeunes savants arriveront à Buenos-Ayres au mois de septembre prochain et en partiront pour la Terre-de-Feu en novembre, c’est-à-dire au commencement de l’été antarctique. Ils y resteront aussi longtemps que possible et espèrent faire ensuite des recherches dans les Andes, ainsi que dans l’Argentine du nord et de la région moyenne. Leur but est, en géologie, d’examiner les terrains quaternaires, en comparaison avec les lorrains' de la même époque, du nord de l’Europe; d’étudier particulièrement la partie inconnue de la Terre-de-Feu, qui n’a pas été visitée par l’expédition française en 1882-85; de former des collections qu’ils compareront avec celles de la Suède, et en général, de faire des recherches comparatives entre le continent austral et le continent boréal. Le grand explorateur des régions arctiques, toujours désireux de conquêtes nouvelles, Nordenskiôld, termine ainsi sa lettre : « Ce sera, je l’espère, le commencement d’une série de voyages suédois et d’explorations antarctiques. ))
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences par M. Maurice Lévy.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ‘24 juin 1895. — Présidence de M. Marey.
- Les gaz des couches d'eau profondes. —M. Delebecque, dont on connaît les travaux sur les eaux des lacs français, a étudié la composition des eaux au point de vue des gaz qui y sont contenus dans les couches de profondeurs croissantes. D’après les expériences faites sur cette matière, on admet que les eaux profondes ne diffèrent pas des eaux superficielles, sous le rapport des gaz qu’elles renferment. Dans le but de ces recherches spéciales, il a imaginé un appareil qui permet d’opérer des prises d’eau à toute profondeur en soustrayant immédiatement cette eau à tout contact, de manière que les résultats fournis ensuite par l'analyse sont à l’abri de la principale cause d’incertitude. D'appareil en question se compose d’une cloche d’une capacité de 200 centimètres cubes remplie de mercure et pouvant basculer, à la volonté de l’opérateur, sur une cuvette. Le mercure se déverse, la cloche s’emplit d’eau et cette eau reste ensuite emprisonnée dans la cloche par une colonne de mercure. M. Delebecque a pu vérifier ainsi que jusqu’à 270 mètres de profondeur, c’est-à-dire dans des couches soumises à une pression croissant jusqu’à 27 atmosphères, on ne constate aucune différence, au point de vue des gaz, avec les eaux de la surface.
- La réduction de la silice. — La réduction de la silice parle carbone s’obtient très facilement, ainsi qu’il résulte d'expériences nouvelles pratiquées par M. Moissan. Si l’on opère à une température qui n’est pas trop élevée, on obtient le silicium cristallisé présentant la forme de chapelet étudiée par deSénarmont. Mais si la température est trop grande, le silicium se vaporise et donne du sili-ciurc de carbone.
- La propagation du son dans les tuyaux. — MM. Yiolle et Vauthier ont mis à profit une conduite de o mètres de diamètre et 5 kilomètres de longueur, pour reprendre et étendre, dans ces conditions exceptionnellement favorables, les expériences bien connues de Régnault sur la propagation du son dans les tuyaux. On savait par des expériences faites à Grenoble sur des tuyaux de 0m70 de diamètre, qu’un son musical propagé ainsi revient à l’observateur, après quelques réflexions, sous forme de bruit, c’est-à-dire ayant perdu les qualités du son musical. Dans les expériences de MM. Yiolle et Vauthier, celte particularité ne se produit pas. Les sons musicaux reviennent constamment à l’auditeur à l’état de sons musicaux et s’éteignent lorsque, après une série de réflexions successives, ils ont parcouru un espace de 23 kilomètres. Mais il se produit un phénomène inattendu et caractéristique. Les harmoniques qui accompagnent le son fondamental sont séparés et reviennent à l’auditeur, après le son fondamental, en suivant un ordre inverse du rang des harmoniques. Ainsi avec un son fondamental accompagné de 6 harmoniques, ceux-ci reviennent dans l’ordre (1, 5, 4, 3, 2. Mais après plusieurs réflexions, ils disparaissent successivement dans le même ordre avant le son fondamental. MM. Yiolle et Vauthier ont employé successivement un violoncelle, un tambour, une trompette en fa, un cornet à piston en si bémol, un tuyau fermé, elles résultats ont été les mêmes. Ils ont encore effectué l’expérience suivante : une capsule de magnésium est brûlée à l’orifice du tuyau ; elle produit le bruit d’une fusée, bruit qui revient en donnant l’impression d’un coup de pistolet, c’est-à-dire d’un coup sec.
- Les variations d'éclat d'une source lumineuse. — Un prend en physique pour définition de l’éclat d’une source lumineuse le rapport de l’intensité à celui de la surface de la source. Il résulte de cette définition a priori que l’éclat d’une source déterminée est indépendant de la distance à laquelle on l’observe, car si la distance devient n fois plus grande l’intensité devient n4 fois plus petite, tandis que de son coté la surface apparente de la source, c’est-à-dire l’image rétinienne, devient le même nombre de fois plus petite. M. Charles Ilenry, à l'aide du photopto-mètre de son invention, démontre que cette définition ne représente pas la réalité des faits observés. Il donne la formule suivante qui représente la loi psycho-physiologique de variation.
- Éd»t = febl VM -
- Mais cette formule ne convient que jusqu’à une certaine distance limite. De plus, on voit à l’inspection de cette formule que l’éclat réel diminue dans une proportion d’autant plus considérable que cet éclat est plus faible.
- La mort par l'électricité. — M. d'Arsonval mentionne un quatorzième succès obtenu en pratiquant la respiration artificielle sur un homme frappé de mort apparente par l’électricité. L’accident a en lieu à Rochester (Etats-Unis) sous l’effet d’un courant alternatif à un potentiel extrêmement élevé. La respiration artificielle dut être pratiquée pendant une heure et demie avant que la victime donnât signe de vie. M. d’Arsonval recommande, pour obtenir la respiration artificielle, la méthode de traction rhythmée de la langue.
- Élections. — L’Académie élit membres correspondants : l°dans la section de médecine et chirurgie,M. La-veran; 2° dans la section de géographie et navigation, M. Nansen, explorateur norvégien; 5° dans la section de géométrie, M. Fuchs, de Berlin.
- Varia. — M. Balland adresse une Note sur la conservation des grains. — M. Colson montre que les pouvoirs rotatoires varient en présence de sources lumineuses diversement colorées. — M. Poincaré recherche l’influence de la situation de la lune dans le ciel sur les oscillations barométriques: Ch. de Villedeuil.
- ORAGES DE CINQ JOURS EN BOHÊME
- DU 20 AU 2> MAI 1893
- M. Ch. Zeuger a récemment adressé à l’Académie des sciences deux Notes sur la simultanéité des deux grandes catastrophes sismiques de Laibach en Autriche, et de Mendoza au Mexique ; le savant météorologiste, dans une nouvelle Note, a appelé l’attention sur les phénomènes météorologiques qui se sont produits en Bohème, et sur le tremblement de terre qui s’est renouvelé à Laibach et a secoué l’Italie entière autour de Florence.
- La période solaire s’est produite le 20 mai, le passage de l’essaim périodique d’étoiles filantes a eu lieu le 15 mai. Or, dans cet intervalle, de fortes perturbations atmosphériques, électriques et magnétiques, se sont manifestées dans l’Europe centrale, en Italie et dans la France méridionale, avec de fortes secousses de tremblement de terre en Autriche et en Italie, et une éruption soudaine du Vésuve. Perturbations magnétiques maxima le 21 mai, 14'2; le 24, 14'7. A Prague, la baisse barométrique a atteint un maximum à9heures du soir le 17 mai, 714““,6 ; ouragan dans la nuit du 17 au 18 et pendant la journée entière du 18 mai, causant de grands dégâts dans les jardins publics et déchirant les nombreux pavillons d’une
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- LA NATURE.
- exposition ethnographique slave récemment ouverte. À Laibach, sirocco rapidement transformé en une tempête du nord avec orage de neige; trois secousses de tremblement de terre, ressenties à Klagenfurt et en Suisse, avec fortes bourrasques et neige, ondées énormes en Russie, crue des eaux et inondations. Dans les montagnes de la Bohème, orage de neige, arbres fruitiers détruits par les masses de neige tombées.
- A Laibach, le 18, à 8h4m du matin, bruit souterrain et secousses de courte durée, causant de nouveaux dégâts sur les maisons déjà crevassées. À cette secousse succède, le Ht, la catastrophe de Florence. Le 18 mai, à 9 heures du soir, violentes secousses de tremblement de terre pendant cinq secondes. Les dommages sont très grands à Florence et aux environs : 9 morts et 50 blessés; la secousse ondulatoire, accompagnée de tonnerre à 8h55" du soir, fut suivie d’une autre non moins forte à 9h40m. A Florence, on a compté 7 blessés; à Gropina, 40 maisons écroulées ; à San Marino, l’église s’effondre ; à Lapaggi, trois personnes sont ensevelies sous les ruines des maisons ; le même jour, fortes secousses à Sienne,
- Disc, Bologne et Panne; en Grèce, à Zante, trois fortes secousses. Le même jour en Amérique, baisse de la température de 90°F, à 44°F; la gelée et des chutes de neige détruisent les fleurs et les arbres fruitiers, comme en Bohême. En Belgique, dans le canal de la Manche, dans lamerduNord, tempête effroyable ; la neige tombe pendant deux jours dans les Ardennes, dans le Luxembourg. Inondations en Bohême, en Hongrie, dans la nuit du 17 au 18 mai,
- 50000 acres sont inondés par la Save ; la Raab a ravagé les environs de Steina-manger, causant un demi-million de francs de dommages, détruisant ponts, chemins de fer et chaussées.
- On voit que la décharge de l’électricité cosmique, pendant le passage des étoiles filantes, a produit non seulement des mouvements cycloniques dans l’atmosphère terrestre, mais a aussi déterminé des cyclones ignés dans l’intérieur du globe. Le jour de la période solaire, l'action solaire s’est combinée à celle de l’électricité cosmique conduite par les essaims.
- l)u 19 au 20 mai, tempête effroyable sur l’océan Atlantique. En Bohême, crue de toutes les rivières et inondations : hauteur de l’Elbe, 5”,G. Dans le Tyrol, énorme baisse de la température, le 19 mai, 2°,8G.; neige couvrant les Alpes jusqu’au pied. Le 25, à Laibach, à 1 lh420>, forte secousse et oscillation durant quatre secondes, ouragan à Fiumc. A Prague, orages et bourrasques continuelles jusqu’au 25 mai, finissant par la catastrophe de Kosir, près Prague, pendant un orage épouvantable à Prague et aux environs. Éruption du Vésuve, le 24 mai au matin ; les laves s’écoulent de deux bouches vers Portici.
- Observations solaires. — Une tache colossale est entrée dans le disque solaire le 19 mai et a traversé le
- méridien central le 25 mai, elle vient de disparaître le 29 à la nuit. Cette tache, entourée de facules lumineuses très étendues dès leur apparition dans l’hémisphère nord du Soleil, a paru très tourmentée; une tache secondaire formée par la division du noyau, n’a cessé de changer de forme et de grandeur en s’élargissant et se rétrécissant continuellement jusqu’au 24 mai, où une sorte d’explosion s’est produite alors que la tache avait atteint le méridien central du Soleil. L’éruption du Vésuve et le maximum des perturbations magnétiques ont coïncidé avec cette explosion de la grande tache.
- BICYCLE EN OR
- La bicyclette, dont les usages prennent chaque jour un si étonnant développement, se trouve aujourd’hui entre toutes les mains de tous les membres d’une famille : les enfants, les pères et parfois les grands-pères, cultivent la vélocipédie. Il faut
- convenir que la bicyclette est un véhicule merveilleux dont le mécanisme est aussi délicat qu’une oeuvre d’horlogerie. Elle a tant de succès qu’elle fait du tort à l'équitation et même à la photographie. J’ai vu des jeunes amateurs passionnés de photographie, qui se mirent, à faire de la bicyclette et qui négligèrent l’art qu’ils avaient tant aimé.
- Tout ce qui touche à la chère bicyclette intéresse et excite la curiosité.
- Il y a quelque temps les passants qui parcouraient la rue Halévy à Paris, s'arrêtaient devant le magasin du célèbre fabricant de bicyclettes Rudge, pour admirer un bicycle d’une étonnanteeonslmotion; il s’agissait d’un objet bien petit, tout à fait minuscule, que la gravure ci-dessus représente de grandeur d’exécution. Il était en or. En voici la description: le guidon et le corps sont creux, les fourches demi-creuses, les ravons di-rects; le caoutchouc est gros comme une aiguille, la selle et les poignées sont en argent niellé ; tout le reste de l’instrument est en or. Les coussinets des roues et des pédalos sont à billes. Celles-ci sont du calibre de 27 000 au centimètre carré pour la grande, de R4000 pour la petite, et de 125 000 pour les pédales. La grande roue du bicycle pèse 2 grammes, la petite a un poids de 0°r,22. Le reste de l’instrument pèse 1^,78. Son poids total est donc de 4grammes.
- Le bicycle en or est l’œuvre d’un habile artiste joaillier de Paris, M. E. Flogny. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa nui eh
- Petit bicycle en or. Grandeur d'exécution.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- X° 1153. — Ü JUILLET 18U5.
- LA NATURE.
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- Fig. 1. — Aspect intérieur de la grande cage de fer où les fauves font leurs exercices de tableau vivant au Jardin d’Acclimatation de Paris.
- (D’après une photographie.)
- Un dompteur qui vit avec des liètes fauves, des lions, des tigres et des panthères, des jaguars, et qui les élève, lesnour-rit, les soigne, et leur fait apprendre à exécuter des exercices de manège, à traîner des voitures, à sauter dans des cercles, n’attire pas beaucoup l’attention des naturalisteset des savants, mais il a beaucoup de succès auprès du public et de la jeunesse, car il offre aux yeux de ses spectateurs d e magnifiques animaux, qui, habituellement dangereux et féroces, sont en scs mains des modèles de douceur, de soumission, de docilité et d’obéissance. L’homme qui arrive à de tels résultats n'est assurément pas le premier venu; il lui faut des
- 23° aoaee. — ïc semestre.
- qualités spéciales de volonté, d’énergie et de courage. Le dompteur dont nous allons parler se nomme
- M. A. R. List, il possède une magnifique collection de jeunes fauves, qu’il a dressés avec un art peu souvent atteint, et qu’il a exhibés pendant plusieurs mois à Chicago avec le plus grand succès.
- M. A. R. List a voulu venir à Paris, pour montrer ses pensionnaires dans notre capitale, et M. Porte, le sympathique directeur du Jardin d’Acclimatation, a eu l’heureuse idée de traiter avec le dompteur, et lui a donné l’hospitalité sur la grande pelouse de l’établissement, où se sont succédé depuis longtemps les plus étranges races humaines.
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- Fig. 2. — La cage vue d’ensemble. Les chiens sautant au-dessus des lions et des tigres. (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
- Sur lu pelouse du Jardin d’Acclimatation se trouve aujourd’hui une cage cylindrique de grande dimension formée de solides barreaux de fer ; une toile en tente la recouvre. Cette cage reçoit deux fois par jour, le matin et dans l’après-midi, une vingtaine de bêtes fauves, cinq lions, trois tigres, deux léopards, deux panthères, un ours noir indien, un ours blanc russe, des pumas, des grands chiens. Ces bêtes arrivent dans la grande cage par une petite passerelle qui met en relation cette grande cage de la pelouse avec la grande salle fermée qui les abrite quand ils ne sont pas en représentation. On voit une partie de cette passerelle à droite de notre gravure, qui montre l’ensemble de la cage (fig. 2).
- Aussitôt que ces bêtes sont réunies, elles jouent entre elles, mais le dompteur, M. R. List apparaît bientôt en redingote noire ; il est grand, de taille élégante, et sa physionomie est énergique et douce à la fois. Les fauves immédiatement l’entourent; leur maître les caresse et leur distribue des morceaux de sucre.... 11 les touche aussi d’une cravache qui rappelle la discipline. Sur un geste de M. List chaque fauve s’élance d’un bond sur l’un des tabourets alignés autour de la cage. Puis les bêtes reviennent à un signe du dompteur.
- Voici les exercices que le public voit exécuter.
- Deux lions et deux tigres de grande beauté viennent au milieu de la piste où ils se placent debout sur des tabourets. Deux chiens sautent par-dessus les bêtes fauves qui restent immobiles jusqu’au moment où le dompteur fait un geste de signal. Les lions et les tigres reviennent à leur place (tig. 2).
- Après ce premier exercice, on apporte nn tricycle au milieu duquel est un petit siège; un ours blanc y monte, et un chien se présente qui pousse le véhicule avec ses deux pattes de devant.
- Voici un tigre qui saute à plusieurs reprises dans un cercle que lui présente le dompteur; voici maintenant trois lions qui se réunissent au milieu de la cage et qui se couchent sur le sol, deux tigres se joignent aux lions et s’étendent à terre à côté des lions. Le maître vient avec un chien s’étendre sur ce lit formé par les bêtes fauves.
- Une scène très applaudie est celle de la calèche ; c’est une petite voiture basse tirée par deux tigres qui la conduisent au milieu de la piste ; l’ours noir vient, en marchant debout, monte dans la voiture et s’asseoit sur la banquette. Un léopard prend place sur le siège et fait le cocher. Deux chiens sont debout derrière la voiture : ce sont les grooms. Les tigres se mettent en marche autour de la piste et l’équipage fait un très brillant effet.
- Nous ne voulons pas trop prolonger ces descriptions, nous nous bornerons à dire que la représentation finit par le repas des fauves, auxquels on apporte des os chargés de viande ; les bêtes mangent avec appétit, mais sans voracité. A d’autres représentations, les fauves se superposent les uns à côté des autres sur les marches fixées à un support pyramidal ; un lion domine le tableau ; l’ours blanc et
- deux chiens se tiennent en avant sur des tabourets : les lions, les tigres, les léopards et leurs compagnons forment un groupe très imposant, comme le montre notre figure 1.
- J’ai pris grand plaisir à la représentation donnée par M. A. R. List, avec ses fauves si bien dressés, mais avant les exercices dans la grande cage, le dompteur avait bien voulu me recevoir dans ses coulisses, et m’a conduit à l’entrée de la grande salle qui offre aux fauves un asile fermé au public. Cette salle donne sur un corridor qui conduit à la passerelle où passent les bêtes, pour aller à la cage extérieure. Quand les bêtes se trouvent dans leur salle de repos, une grande grille à barreaux de fer où est montée une porte par où ils peuvent entrer et sortir, permet au dompteur de les surveiller. M. A. R. List m’a mené à cette grille, où l’on voit de tout près les fauves gracieusement groupés les uns à côté des autres; tigres et lions sont vraiment beaux. Le dompteur a ouvert la porte et les bêtes l’ont accueilli avec joie ; il les a caressés de la main et est resté dans le couloir où j’étais. Nous avons causé ensuite devant la grille en regardant le spectacle des fauves réunis.
- L’idée m’est venue de demander à M. A. R. List si un visiteur pourrait sans danger entrer comme lui dans la salle de repos de ces bêtes féroces, si douces et d’humeur si facile. Le dompteur me dit qu'en entrant avec lui, il n’y aurait aucun danger. Et il ajouta : « Voulez-vous essayer? »
- Je ne sais quelle impression de confiance m’inspirait mon interlocuteur; je lui répondis : « Je ne demande pas mieux. »
- M. A. R. List a aussitôt ouvert la porte et je suis entré avec mon introducteur, qui m’a enfermé avec les bêtes et lui.
- — « N’ayez pas peur, » m’a-t-il dit.
- J’ai jeté les yeux sur les nombreux fauves qui m’entouraient, ils me regardaient avec étonnement. M. A. R. List appela les lions; ils vinrent à nous, le dompteur les caressa. Deux d’entre eux s’approchèrent de moi et je leur passai le main sur le Iront, ils avaient beaucoup de bonne grâce. Un autre lion m’approcha et, baissant la tête, il me flaira. Je le vis ouvrir la gueule et m’y prendre le mollet : je restai un peu saisi, mais absolument immobile; je sentis le contact des dents du lion, mais il me pressait tout doucement; la pression cessa, et le lion se retira en relevant la tête. « Il a voulu jouer, » me dit le dompteur, qui en même temps ouvrit la porte et me fit sortir, en me suivant. Il referma la porte et me félicita de mon attitude.
- Je garderai un excellent souvenir de celte visite étrange.
- Chers lecteurs, je finis en vous conseillant d’aller voir les exercices des fauves sur la pelouse du Jardin d’Acclimatation, mais je ne vous dis pas qu’il est nécessaire d’entrer dans leur salle de repos pour les caresser. Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
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- LA VITESSE DES PIGEONS VOYAGEURS
- Le dimanche 25 juin 1895, a eu lieu le lâcher de pigeons organisé par le Petit Journal. GO 000 concurrents, venus de toutes les parties de la France et de quelques villes de Belgique, étaient réunis au pied de la tour Eiffel, et ont été mis en liberté à des intervalles fixés à l’avance mais que la visite du Président de la République et l’arrivée de quelques nuages ont légèrement fait modifier.
- Le lendemain 26 juin, le Petit Journal publiait le procès-verbal des départs et des arrivées qui se terminait par le résumé suivant où les distances sont calculées à vol d’oiseau :
- Le premier pigeon arrivé à Abbeville a mis lh58m à parcourir la distance de 150 kilomètres qui sépare cette ville de Paris; c’est une vitesse de 70 kilomètres à l’heure.
- Les 545 kilomètres de Paris à Limoges ont été franchis en 4h 51m; vitesse de 71 kilomètres à l’heure.
- La vitesse atteint 09 kilomètres à l’heure pour les trajets de Paris à Mâcon et de Paris à Périgueux, qui sont de 340 kilomètres pour le premier et 425 pour le second, et ont été accomplis respectivement en 4h 38” et Gh 7”.
- Les pigeons de Lyon, qui avaient à parcourir 390 kilomètres, et ceux de Roanne, qui avaient à fournir une course de 545 kilomètres, sont arrivés en 51' 5Gmet 5h 14™ ; ils ont donc volé à une vitesse de 00 kilomètres à l’heure.
- Viennent ensuite les pigeons de Bruxelles qui ont franchi 200 kilomètres en 5h52m, soit une vitesse de 04 kilomètres à l’heure.
- Les 300 kilomètres de Paris à Angers ont demandé 4h52ra; c’est 02 kilomètres à l’heure. — Les premiers pigeons arrivés à Blois ont fait 59 kilomètres à l’heure; la distance de 174 kilomètres a été franchie en 21’57m. — De Paris à Orléans et de Paris à Domfront, la vitesse a été de 57 kilomètres à l’heure; le premier trajet, qui est de 121 kilomètres, a été accompli en 2l’7m, le second, de 220 kilomètres, en 5h50m. Entre Paris et Rochefort, 420 kilomètres, la vitesse a été également de 57 kilomètres à l’heure; ce parcours a demandé 7h24m. De Paris à Fougères, la distance à vol d’oiseau est de 510 kilomètres ; elle a été franchie en 5h 50”, ce qui donne 55 kilomètres à l’heure.
- Les pigeons de Sotteville-lès-Rouen, qui avaient à parcourir 112 kilomètres, sont arrivés en2h14m; ils ont marché à raison de 50 kilomètres à l’heure. Ceux de Fécamp ont parcouru 40 kilomètres à l’heure, 180 kilomètres en 3h 55. Ceux de Nîmes ont accompli leur trajet en 14 heures; la distance étant de 570 kilomètres, c’est une vitesse de 41 kilomètres à l’heure. Pour Bayonne la vitesse est de 40 kilomètres à l’heure; la distance de 615 kilomètres a été franchie en 15h24m.
- Le 28, le Petit Jmtrnal complétait, ces indications par le tableau ci-contre :
- Ainsi les vitesses les plus* grandes ont varié entre 76 kilomètres à l’heure pour une distance de 150 kilomètres (Paris-Abbeville) et 69 kilomètres pour une distance de 425 kilomètres (Paris-Périgueux).
- Ce sont là des vitesses très ordinaires que l’on a constatées dès les premiers temps où l’on a pris soin d’évaluer exactement la vitesse des pigeons. D’après le Cornhill Magazine, le 22 novembre 1819, à Londres,
- à 7 heures du matin, on lâcha 52 pigeons qui retournèrent à leur pigeonnier à Anvers en 4h 45m après avoir parcouru 558 kilomètres, ce qui donne une vitesse de 75 kilomètres à l’heure. M. La Perre de Roo a constaté, sur cinquante-cinq concours, que la vitesse moyenne était de 1080 mètres à la minute ou 65 kilomètres à l’heure; et la vitesse maximum de 1550 mètres à la minute ou 81 kilomètres à l’heure.
- Voici quelques indications plus précises relatives à des voyages remarquables par leur longueur et leur rapidité. En 1862 la distance de Saint-Sébastien (Espagne) à Liège, soit 1000 kilomètres, a été parcourue en seize heures, ce qui donne 85 kilomètres à l’heure ou 1417 mètres à la minute, par un pigeon de la Concorde. En 1868, un pigeon a mis 12h8m pour parcourir les 897 kilomètres qui séparent Dax de Namur, ce qui correspond à une vitesse de 74 kilomètres à l’heure ou de 1252 mètres à la minute.
- NOM de la VILLE PROPRIÉTAIRE du PIGEON HEURE du lâcher à Paris. I HEURE de | l’arrivée. DISTASCK à vol d’oiseau. W * irt Cm Cd 3 i- S ^
- Bayonne.. . . M. Larribièrc. 4h. » 7h.24 G15kra. 40kn\
- Toulouse. . . )) 4h. » 7». s. 585 — 59 —
- Bordeaux. . . M. Dessombs . 5h.29 12h.22 500 — 72 —
- Grenoble. . . M. Carrière. . 4h.58 7h.50 480 — 53 —
- Rochefort. . . M. Acreman.. 7h.29 2». 49 420 — 57 —
- Lvon M* Volland. - 4\59 10h.55 590 — 00 —
- Limoges.. . . L’Espcrancc.. 7h.28 I2h.20 545 — 71 —
- Angers. . . . M. Crouzilles. 7h.28 I2b.21 500 — 02 —
- Ilomfront. . . M. Jourdan. . 8\57 12h.47 220 — 57 —
- Fécamp. . . . )) 9". 10 th. 5 180 — 40 —
- Abbeville. . . M. Ballot. . . 9h.45 llMâ 150 — 70 —
- Orléans. . . . M. Santerrc. . 9h. 5 11h. 10 127 — 57 —
- Fontainebleau. Poste s. relai. 9h.29 10.47 55 — 24 —
- Le 5 juin 1860 un pigeon de Y Hirondelle a atteint la vitesse de 97 kilomètres à l’heure ou de 1620 mètres à la minute, en allant en 4h46in de Blois à Dijon, séparés par 465 kilomètres1.
- En. 1886, M. Émile Belloc obtint 115 kilomètres à l’heure pour un parcours de 200 kilomètres2. J’ai lu qu’en 1884, quatre pigeons appartenant au comte Karolyi firent, dit-on, le trajet de Paris à Buda-Pesth en sept heures. La distance entre ces deux villes étant de 1295 kilomètres, il en résulte une vitesse de 186 kilomètres à l’heure, soit de 5 kilomètres par minute ou de 51 mètres par seconde. Ce résultat me paraît tellement invraisemblable que je suppose qu’il y a eu quelque erreur dans l’indication du temps. 11 est cependant donné dans le tableau des vitesses de M. James Jackson, sous la forme de 51 m,o 1 à la seconde. Le même tableau donne pour vitesse maximum de la mouche, d’après Pettigrew, 55m,55 à la seconde; et pour celle de Y hirondelle, 67 mètres, également à la seconde.
- — A suivre. — Albert de Rochas.
- 1 On retrouve à peu près la même vitesse (1000 mètres à la minute) dans un lâcher clîectué le 21 mai 1875 à Moulins, par le colonel Laussedat, avec les pigeons de M. Cœssiers et pour imc distance de 290 kilomètres.
- * Yoy. n° 070, du 15 mai 1880, p. 509.
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- LA NATURE.
- COURSE DES TOITURES AUTOMOBILES
- PARIS - BORDEAUX --- PARIS
- Pour compléter les Notes publiées dans nos précédents numéros sur la course des voitures automobiles Paris-Bordeaux-Paris, du 11 juin dernier1, nous reproduisons par des gravures l’aspect des neuf véhicules primés (fig. 1 à 9), ainsi qu'un graphique complet de la course (fig.
- 10, page 80).
- On sait déjà que sur les 46 véhicules engagés,
- *28 seulement se présentèrent à l’exposition au temps voulu pour prendre part à la course et que 22 seulement y prirent effectivement part. Sur les 22 véhicules ayant eflectué réglementairement leur départ du contrôle de Versailles, 12 ont fait un virage régulier à Bordeaux avant la fermeture de ce contrôle 2 et 9 ont accompli tout le parcours en moins de cent heures. Sur ces 9 voitures, 8 sont actionnées par des moteurs à essences de pétrole ou à gazoline, et une seule, une voiture de M. Bollée, datant de 1880, utilise la vapeur. C’est le triomphe
- Fig. 2. — K" 15.
- Duc à gazoline à deux places, de MM. les 111s de Peugeot frères (3* prix, 6300 francs). Arrivé le 13 juin, à 6" 37" du soir.
- de quatre places et au-dessus. La voiture n° 10, arrivée quatrième, a obtenu le premier prix, parce qu’en tenant compte des heures de départ, elle a mis deux minutes de moins que la voiture n° 8 à accomplir le trajet.
- Le graphique complet de la course que nous re-
- 1 Suite et fin. — Yoy. n° liât, du 22 juin 1895. p. 50.
- 2 Le graphique que nous publions (fig. 10, p. 80) n’indique que onze virages : nous avons supprimé à dessein celui de la voiture n° 0, disqualifiée pour avoir changé de roues en cours de route.
- incontestable et incontesté du moteur à gazoline dans une rude épreuve qui laissait place à bien des doutes sur l’endurance des conducteurs et des organes si complexes et si délicats réunis sur une voiture automobile.
- Une description de toutes ces voitures ne présenterait qu'un médiocre intérêt, d’autant plus qu’elles ne diffèrent pas essentiellement, comme on peut s’en rendre compte, de celles qui remportèrent les
- prix l’an dernier à pareille époque au concours de voitures sans chevaux organisé par le Petit Journal1. Nous avons reproduit toutes ces voitures dans leur ordre d’arrivée à Paris, en mentionnant pour chacune d’elles le prix qui leur a été décerné par le Comité. Ces reproductions sont faites d’après des photographies faites à' l’exposition des voitures automobiles, au retour de la course.
- On remarquera que la voiture n° 5 (lig. 1), de MM. Panhard et Levassor, arrivée à Paris la première, et de beaucoup, n’a obtenu que le second prix, le premier prix ne pouvant être donné, aux termes du règlement de la course, qu’à une voiture
- Fig. 3. — N-8.
- Vis-à-vis à gazoline à quatre places, de MM. Peugeot (4* prix, 3150 francs). Arrivé le 13 juin, à 11155" du soir.
- produisons figure 10 (p. 80) met nettement en relief les principaux incidents et accidents de la course, la plus ou moins grande régularité d’allure des diffé-rentes voitures, les points de croisements et leurs époques, etc. O11 voit, par exemple, que la dernière voiture arrivée à Bordeaux faisait son virage au moment même où la voiture n° 5 arrivait à Paris, ayant effectué l’énorme parcours de 1175 kilomètres en quarante-huit heures quarante-huit minutes. Toutes
- 1 Yov. n° 1108, du 25 août 1894, p. 198.
- Fig. 1. — N” 5.
- Voiture à gazoline à deux places, de MM. Panhard et Levassor (2'“” prix, 12600 francs). Arrivée le 13 juin, à 12" 57“.
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- LA NATURE
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- les voitures à gazoline primées ont une allure parfaitement earactérisiique : leur diagramme représente un V renversé dont les deux jambages sont d’autant
- plus rectilignes que la vitesse a été plus uniforme, et d’autant plus rapprochés que la vitesse a été plus grande. A ce point de vue, la course du n° 5
- Fi g. 4. — N” 16.
- Phaéton à gazoline à quatre places, de M31. Peugeot (l" prix, 31 560 francs). Arrivé le 14 juin, à 2“ du matin.
- Fig. 5. — N“ 12.
- Voiture, à gazoline à quatre places, de M. E. Roger (5' prix, 3150 francs). Arrivée le 14 juin, à llh22“ du matin.
- /tf'\
- Fig. 8. — X- 13.
- Voiture à quatre places, de M. E. Roger (Prix supplémentaire, 1500 francs). Arrivée le 14 juin à 10h 15“ du soir.
- est véritablement irréprochable. Le diagramme met suffisamment en évidence, sans qu’il soit besoin d'insister, les voitures dont on ne saurait en dire autant. Quelques faits techniques se dégagent des résultats
- Fig. 9. — X“ 21.
- Voiture à vapeur à six places, de M. Ainédée Bollce (Prix supplémentaire, 1500 francs). Arrivée le 15 juin à 0h 10” du soir.
- I de cette course, et il nous a semblé intéressant de ! les faire ressortir, à titre d’indication utile en vue | des progrès que la locomotion automobile est appelée j à recevoir dans un temps peut-être prochain.
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- Ce sont, on somme, les véhicules les plus légers qui se sont le mieux comportés sur la route* et ce lait, incontestablement établi aujourd’hui, prouve la supériorité de la gazoline et de l’essence de pétrole sur toute autre force motrice actuellement connue. C’est qu’en effet, toutes choses égales d’ailleurs, il suffit d’emporter quatre cents grammes de gazoline pour produire une puissance de 1 cheval pendant une heure, tandis (pie la vapeur exige au moins trois kilogrammes de charbon et 18 à 20 kilogrammes d’eau : quant aux accumulateurs électriques, il en faudrait plus de 100 kilogrammes pour obtenir la même puissance et pendant le même temps.
- Pour une course de cinq ou six heures, quelques litres de gazoline suffisent, le poids de l’approvi-
- sionnement devient tout à fait négligeable devant ceux du véhicule, du moteur et des voyageurs. Il n’en est pas de même avec la vapeur, dont la chaudière représente, en plus des approvisionnements d’eau et de charbon, un poids mort respectable, et les accumulateurs électriques sont encore très inférieurs à ce point de vue, puisque l'approvisionnement, très lourd par lui-même, dépense le plus clair de son énergie à sa propre remorque.
- Les véhicules légers permettent de bénéficier d’autres avantages appréciables tels que l’emploi de bandages en caoutchouc, — toutes les voitures à gazoline primées en étaient munies, — et même de bandages pneumatiques, comme la voiture n° 46 de M. Michelin qui a fait tout le parcours de 1200 kilo-
- Bordeaux x 580 ( 1A rage)
- Angoulême. -2 x 446
- Poitiers x 338
- Tours x 234
- Blois
- 175
- Orléans
- x 08
- Etampes
- 54
- Versailles x o
- Midi
- 0
- 15 8 16 28 12 7 20
- Fermeture du contrôle de 13 24 46 Bordeaux. I
- 9 Midi
- 9 Minuit 3
- 9 Midi 3
- Etampes 1104
- jîlH Paris.U75 9 Minuit 3
- 3 G ...... .
- 3 6 9 12 15 18 21 24 27 30 33 36 39 42 45 48 51 54 57 60 63 66 69 7 2 75 78 81 84 87 90
- 11 Juin_J*_____12 Juin---A-____13 Juin----A------14 Juin__*415 Juin
- Fig. 10. — Graphique de la course de voitures automobiles Paris-Bordcaux-Paris. Les temps sont portés en abscisses et les distances en ordonnées. Les chiffres indiqués au-dessous du nom de chaque contrôle indiquent, en kilomètres, le chemin parcouru depuis le départ de Versailles pour l’aller (colonne de gauche) et le retour (colonne de droite). —Les légendes des ligures 1 à 9 des deux pages précédentes donnent le nom des voitures primées dont les graphiques sont désignés par leurs numéros. Les courbes 1 et 3 se rapportent aux voitures à vapeur de M. de Dion, le n° 11 à la bicyclette Duncan et Suberbie, le n° 20 à une des voilures à vapeur de M. Serpollet. Les bandes teintées représentent les nuits.
- mètres sans accidents de roues, malgré le poids de 1080 kilogrammes qu’elle supportait. Les roulements à billes déjà appliqués aux voitures Peugeot, et dont aucune voiture à vapeur n’était, croyons-nous, munie, ont contribué aussi, dans une certaine mesure, au succès des gazoliniers.
- Quant aux bicyclettes, elles sont de création trop récente et l’épreuve était trop rude pour que l’on puisse tirer une conclusion quelconque de leur insuccès.
- Toutes les voitures à vapeur de vitesse ont eu des accidents qui semblent indiquer que le poids de ces véhicules, poids nécessité par l’emploi môme de la vapeur, leur enlève les qualités que nous retrouvons, au contraire, sur toutes les voitures à gazoline. La voiture n° 24, de M. Amétlée lïollée (fig. 9), plus lente et plus sage, à cause de son âge respectable et du but dans lequel elle avait été construite, n’a pas échappé aux accidents, et c’est un véritable tour de
- force que M. Bollée fils, le conducteur de la voiture, a accompli, en réparant sur place, avec les seules ressources dont il disposait sur la voiture, un engrenage cassé en deux pièces, découpant une tôle inutile pour faire les flasques, formant les rivets avec de vieux clous, reforgeant sur place les mèches cassées, perdant ainsi 22 heures pour une seule réparation, et arrivant à Paris avant la fermeture du contrôle.
- Les accidents, les incidents et le pittoresque n’ont pas manqué dans cette course sans précédent, et il faudrait un volume — que quelqu’un écrira peut-être un jour — pour en perpétuer le souvenir. Quelles réflexions suggestives n’inspire-t-elle pas cette bicyclette 1895 couchée sur la voiture 1880 de M. Bollée (fig. 9)? Et le sac de glace jeté à l’entrée d’Etampes à une voiture à pétrole pour refroidir les cylindres? Et les bouquets de fleurs jetées avec plus d’enthousiasme que de prudence aux malheureux
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- conducteurs des voitures, ainsi bombardés par des projectiles embaumes, animés d’une vitesse relative de 40 à 50 kilomètres par heure? Et les marches à pied dans les fortes rampes, en poussant le véhicule qui s’avance cahin-caha? Et les charretiers qui ne prennent pas leur droite, les chiens qui traversent la route et se font écraser en faisant verser la voiture, etc.?
- Malgré tous ces incidents, ou plutôt à cause de ces incidents, la course Paris-Rordeaux-Paris restera un événement mémorable et marquera la date de l’avènement d’un nouveau sport qu’il semble cependant inutile de recommencer dans des conditions aussi sévères et aussi difficiles. E. Hospitalier.
- --«-</o-
- PÉTROLE, ESSENCE ET GAZOLINE
- Le nom donné par le plus grand nombre de concurrents aux voitures qui ont pris part, avec le succès que nous constatons ci-dessus, à la course de Paris-Bordeaux-Paris, est de nature à induire le gros public en erreur sur la nature même des moteurs qui ont permis d’accomplir ces prouesses.
- Nous devons avant tout rendre hommage à la pure vérité en déclarant, une fois pour toutes, que les moteurs dits à pétrole, ne sont pas des moteurs au pétrole qui est brûlé dans beaucoup de lampes, et nous en apportons ici la preuve en indiquant d’une façon sommaire les propriétés caractéristiques qui distinguent le pétrole du commerce, ou pétrole lampant, de l’essence et de la gazoline, le public donnant indistinctement le nom de pétrole aux innombrables produits complexes obtenus par distillation plus ou moins parfaite de pétroles bruts, très différents eux-mêmes les uns des autres.
- Le pétrole brut ou huile lourde est un liquide visqueux, brun, plus ou moins verdâtre, d’une odeur pénétrante, et d’une densité comprise, suivant son origine, entre 700 et 035 grammes par litre. On en tire par distillation un grand nombre de produits, dont trois types, caractérisés par la valeur moyenne de leur densité et de leur point d’inflammation, sont actuellement employés dans l’industrie pour la production de la puissance mécanique à l’aide de moteurs appropriés.
- Le pétrole lampant, huile lampante ou kérosène, a une densité de 800 à 850 grammes par litre et un point d'inflammation compris entre 30° et 40° C. C’est ce pétrole dont la manipulation n’offre pas de danger qu’utilisent les moteurs à pétrole proprement dits, encore peu utilisés.
- 'L'essence à une densité de 710 à 750 grammes par litre et un point d’inflammation compris entre 0° et 5° C.
- La gazoline a une densité comprise entre 635 et 600 grammes par litige et peut s’enflammer à — 10° C.
- Le combustible liquide employé dans tous les moteurs dits à pétrole de la course Paris-Bordeaux-Paris est un produit courant d’une densité d’environ 700 grammes par litre ; c’est un produit intermédiaire entre l’essence et la gazoline.
- Il y a donc lieu de bien mettre en garde le public, comme le dit fort justement M. Ringelmann, contre l’épithète de moteurs à pétrole, si souvent employée pour des moteurs fonctionnant avec de la gazoline, de l’essence, et, ajouterons-nous, tout autre produit intermédiaire vendu dans le commerce, suivant les régions et les habitudes locales, sous le nom d’essence ou de gazoline.
- En fait, il n’y a pas de délimitation bien établie entre les essences et les gazolines qui ont pour caractère commun d’étre très inflammables, et, par suite, plus dangereuses que le pétrole lampant, mais il n’en est pas moins nécessaire, à cause même de ce danger, d’éviter toute confusion dans la désignation des moteurs par la nature du combustible qu’ils utilisent. C’est la distinction que cette Note a pour but d'établir. E. IL
- NOUVELLES VOIES FERRÉES A CURA
- Le général Martinez Campos a décidé, d’accord avec le gouvernement espagnol, de faire commencer à bref délai la construction de quelques nouvelles voies ferrées dans l’ile de Cuba. Les lignes projetées ont tout d’abord un but stratégique ; elles seront ensuite d’une très grande utilité pour le commerce et permettront d’employer un assez grand nombre d’ouvriers actuellement sans travail.
- Il s’agit donc d’établir un chemin de fer de 76 kilomètres de longueur, reliant Santa Cruz del Sur à Puerto Principe, avec quatre stations intermédiaires à Troncones, San Cayctano, El Flamenco et Pedro Lopez. Le gouvernement espagnol s’engage à assurer des intérêts de 8 pour 100 au capital versé. Cette ligne terminée, on construira, pour le compte de l’État, un chemin de fer de Bayamo à Manzanillo; la distance qui sépare ces deux villes étant de 54 kilomètres, on ne prévoit que deux stations, à Barrancas et à Yara. On finira enfin la voie ferrée conduisant de Santa Clara au Cainaguey. D’après la Revue du Cercle militaire, tous ces travaux occuperont 600 ouvriers environ. Il y a aujourd’hui, dans l’ile de Cuba, 1600 kilomètres de chemins de fer en exploitation.
- LES OISEAUX GÉANTS-'
- ♦
- DE LA PATAGONIE AUSTRALE
- Les lecteurs de la Nature n’ont pas oublie la savante restauration de YÆpyornis de Madagascar, donnée par M. Oustalet1.
- Aujourd’hui nous venons les entretenir d’autres Oiseaux éteints, plus monstrueux encore, dont les débris fossiles ont été récemment découverts dans les couches tertiaires de la Patagonie australe.
- Comme ceux de Madagascar et de la Nouvelle-Zélande, ces grands Oiseaux étaient incapables de voler, mais ils différaient beaucoup, par leur organisation, des Dinornis et des Æpyornis. Ceux-ci, comme les Autruches et les Casoars, avaient une tète et un bec relativement petits pour leur taille. Les oiseaux géants de Patagonie avaient au contraire un bec énorme et fortement crochu, un véritable bec de Vautour, si bien qu’ils mériteraient à plus juste titre que l’Æpyornis d’ètre identifiés au célèbre Roc des contes arabes, si l’on pouvait admettre un seul instant que les auteurs de cette légende aient vu, de cet Oiseau fabuleux, autre chose que les œufs qui sont incontestablement ceux de l’Æpyornis.
- Les couches géologiques d’où MM. Carlos et Flo-rentino Ameghino ont extrait ces curieux débris, sont les plus anciennes de la série tertiaire en Patagonie. Cette région est actuellement déserte, dénu-
- 1 Yov. n° 1130, du 33 juin 18J4, p. 03.
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- LA NATURE
- dée de toute végétation arborescente et tellement privée d’eau, (pie les explorateurs sont forcés d’aller chercher ce précieux liquide à vingt lieues de distance et de le transporter à dos de mule. Comme dans toute la Patagonie australe, le paysage, malgré l’absence de forets, est très pittoresque en raison de son aspect accidenté qui le fait ressembler à un pays en ruine. Tout indique que cette contrée fut, à une époque antérieure, profondément ravinée par les eaux, qui s’écoulèrent vers la mer, par suite du soulèvement du sol, mettant à nu les couches qui recèlent les fossiles dont nous nous occupons ici.
- Ces couches sont très probablement de l’époque éocène ; on les a nommées « couches à Py-therium », du nom d’un grand Mammifère herbivore dont les débris se trouvent en abondance d.ans le sol sablonneux et friable de cette région aujourd’hui desséchée. Comme dans les Mauvaises-Terres des territoires de l’ouest des États-Unis, il n’est pas nécessaire de fouiller profondément le sol pour trouver des fossiles : les os des grands animaux éteints se montrent souvent à découvert sur le flanc des talus à pic qui bordent le chemin suivi par les voyageurs, offrant un butin facile au paléontologiste qui peut en connaître la valeur, et parcourt pour la première fois ces contrées sauvages.
- C'est ainsi que M. Carlos Ameghino a pu recueillir les précieux débris qui permettent de reconstituer une faune depuis longtemps disparue. Des crânes, des becs brisés, des os des ailes et des pattes souvent presque intacts, nous donnent une idée de la force et des proportions de ces grands Oiseaux. Pins de quinze espèces de taille variée ont été décrites.
- Le Phororhacos inflalus est l’espèce la mieux
- connue. On en possède un crâne entier avec sa mandibule inférieure, les os des pattes, ceux de l’aile, le bassin et des vertèbres du cou et de la queue. Rien que ce ne soit pas l’espèce la plus grande, elle mérite de nous arrêter un instant, car l’étude de ses caractères nous donne une idée assez nette de son organisation et de ses mœurs.
- Le bec est remarquablement élevé, très comprimé latéralement et se termine par un fort crochet comme celui des Rapaces : l’échancrure qui précède
- ce crochet terminal présente deux petites dents. Si l’on compare ce bec avec celui des Oiseaux actuels, il convient d’écarter les Vautours et les autres Rapaces qui ont tous des ailes bien développées ; il faut écarter également le Balœniceps et le Savacou (Can-croma) dont les becs, larges et déprimés, ne ressemblent à celui du Phororhaeos que par le crochet terminal.
- Mais il est un Oiseau, éteint depuis peu, qui présente avec celui-ci des rapports incontestables, au moins par la forme de son bec : je veux parler du Dr onte(Di du s ineptus), gros Oiseau incapable de voler qui vivait encore à l’île Maurice dans le courant du dix-septième siècle. Le Dronte atteignait la taille d’un Cygne, mais avec des formes beaucoup plus lourdes. Il se nourrissait, dit-on, de substances végétales, de fruits et de racines. C’était un animal stupide et courant mal, ce qui explique sa destruction rapide à partir du moment oh les îles Mascareignes furent occupées par les Hollandais, en 1598. Moins d’un siècle après, l’espèce était complètement éteinte1.
- Si le Phororhacos ressemblait au Dronte par son bec, il s’éloignait de ce dernier par la forme du bassin, beaucoup plus étroit que celui du Dronte et, 1 Voy. n° 50, du 27 juin 1874, p. 60 et 6t
- Fig. i. — Crâne ilu Phororhacos lonyissimus vu par eu liant (l) et de proiil (2) et réduit au 1/8 de la grandeur naturelle; on a figuré au-dessous le crâne d’un cheval (3) à la même échelle, comme terme de comparaison.
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- Fi-,
- i. —
- Essai de restauration du Brontornis Burmeisteri; l'oiseau est représenté terrassant un Dinosaurien (HaArosaurua) qui cherche un refuge dans un marais. Sur la hauteur, un Phororhacos longissimm.
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- qui indique un oiseau moins lourd. Sous ce rapport, le Phororhacos in fiat us ressemble davantage à Y Aphanapter y x ou « Poule rouge à bec de Bécasse1 » <pii vivait à Tile Maurice à la même époque que le Dronte et qui est éteint comme lui. \Y Aphanapter y x appartenait au groupe des Râles et se rapprochait surtout des Ocydromes de la Nouvelle-Zélande. Son bec ressemblait à celui des Courlis et des Ibis, et sa taille était inférieure à celle du Dronte.
- Le crâne du Phororhacos inflatus a 34 centimètres de long, tandis que celui du Dronte n’en a (pic 27. La comparaison des membres prouve que le Phororhacos avait des formes moins trapues que le Dronte et plus comparables à celles de Y Aphanapteryx. Les mesures de la patte du Dronte sont : fémur, 0m,16; tibia, 0m,24; tarse, 0m,14, en tout 54 centimètres pour le membre entier, tandis que le Phororhacos avait les mesures suivantes : fémur, 0m,23; tibia, 0m,40; tarse, 0m,50, en tout 95 centimètres, près du double de la hauteur du Dronte. Le sternum du Phororhacos n’est pas connu, de sorte que l’on ignore s’il était caréné comme celui du Dronte (ce qui semble probable), ou plat et en forme de bouclier comme celui de l’Æpyornis. Les pattes ont quatre doigts comme chez le Dronte, et les vertèbres caudales s’effilent en pointe comme chez les Reptiles, au lieu de se terminer par un tubercule renflé (pygostyle) donnant attache aux muscles puissants de la queue chez tous les Oiseaux qui ont cet organe bien développé. Les os du Phororhacos ne présentent pas de cavités remplies d’air ; ils étaient pleins de moelle comme ceux des Mammifères. Le Phororhacos inflatus était déjà un Oiseau de belle taille, comparable à l’Autruche, mais plus robuste. Une autre espèce du môme genre, le Phororhacos longissimus, atteignait des dimensions plus considérables.
- Le crâne du Phororhacos longissimus a 65 centimètres de long, dimensions que peu de Mammifères terrestres atteignent à l’époque actuelle : le Cheval, le Chameau, la Girafe lui sont bien inférieurs sous ce rapport : « C’est, dit M. Àmeghino, la plus formidable tète d'oiseau que l’on puisse imaginer .» La forme est celle de l’espèce précédente, mais avec des proportions d’un tiers plus grandes. Les os des pattes indiquent un Animal peu inférieur à YÆpyornis ingens. Celui-ci, d’après M. Oustalct, avait les mesures suivantes : fémur, 0m,52; tibia, 0n,,64; tarse-métatarse, 0m,42, soit en tout une jambe haute de 138 centimètres environ. Le Phororhacos longissimus présente les dimensions suivantes : fémur, 0m,50; tibia, 0m,60; tarse-métatarse, 0'“,40, en tout 150 centimètres pour la jambe entière. Ces dimensions sont approximatives et basées sur la comparaison des os, en partie brisés, avec ceux de l’espèce précédente : l’extrémité supérieure du tarse a 9 centimètres de large. Les doigts, dont toutes les phalanges sont connues, sont énormes : celui du 1 Yoy. n° 78, du 28 novembre 1874, p. 408.
- milieu avait plus de 25 centimètres de long; sa phalange onguéale, à elle seule, mesure en droite ligne 6 centimètres. Cette phalange est très arquée, pointue, et le tubercule basilaire formant talon est très développé, caractères qui se retrouvent chez le Dronte et indiquent un oiseau moins bon coureur que l’Æpyornis et le Dinornis.
- Si le Phororhacos le cède un peu pour la taille à l’Æpyornis, le Brontornis Burrneisteri, dont il nous reste à parler, était certainement le plus colossal de tous les Oiseaux connus. Ses formes étaient beaucoup plus massives que celles du Phororhacos. Le bec, tout en conservant la meme forme, était plus court, plus large et plus élevé. La patte est réellement monstrueuse comme l'indiquent les dimensions suivantes : fémur, 0m,45; tibia, 0m,76; tarse-métatarse, 0m,44, en tout 162 centimètres pour la hauteur de la hanche, soit 24 centimètres de plus que Y Æpyornis ingens. Cet Oiseau devait avoir près de 4 mètres de haut.
- Le corps du fémur a 7 centimètres et demi de diamètre et la tète ou extrémité supérieure de cet os ne mesure pas moins de 18 centimètres. Les doigts étaient plus courts et plus massifs que ceux du Phororhacos et les phalanges onguéales étaient beaucoup plus larges, aplaties et peu pointues comme celles des Oiseaux coureurs. La phalange onguéale du doigt médian avait 5 centimètres et demi de long sur 5 centimètres de large à la base. Ces caractères indiquent des habitudes un peu différentes de celles des Phororhacos. «*
- Quelles étaient les mœurs de ces grands Oiseaux si remarquables par leur bec fort et crochu, bien différent du bec court et conique qui caractérise l’Æpyornis et le Dinornis? On sait que le régime de ces derniers était presque exclusivement végétal comme celui des Autruches et des Casoars. Mais, lorsqu’il s’agit des Phororhacos et des Brontornis, il est difficile d'admettre que ce bec puissant, crochu et dentelé, ne dût servir qu’à déterrer des racines ou à briser des branches d’arbres.
- On affirme que le Dronte ne se nourrissait que de végétaux : mais les mœurs de cet Oiseau si vite détruit ne nous sont guère connues que par le récit de marins ignorants et peu observateurs des choses de la nature. Il est plus probable que ce gros Oiseau était omnivore et se nourrissait indifféremment de fruits, de racines, de mollusques et dè reptiles1.
- Tel devait être aussi le régime des Oiseaux sans ailes de Patagonie, dont plusieurs espèces ne dépas sent pas la taille de nos Cigognes ou des Marabouts.
- Ce qui confirme cette hypothèse, c’est (pie M. Àmeghino a constaté sur le crâne et le bec des Phororhacos des exostoses et des déformations qui ne peuvent être que la trace de blessures profondes cicatrisées par un cal difforme. « Ces Oiseaux, dit M. Ameghino, étaient de véritables bêtes féroces qui
- 1 Dans le n° 56, <hi 27 juin, p. 61, 3t. Oustalct décrit une ancienne peinture représentant le Dronte au bord d’une flaque d’eau et guettant une anguille.
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- sc livraient de fréquents combats1 ». On peut admettre aussi que ees puissants bipèdes ne craignaient pas de se mesurer avec des Reptiles de grande taille.
- Les recherches paléontologiques laites par MM. Ameghino et Moreno, nous ont appris qu’à la lin de la période crétacée les Reptiles, et notamment les Rinosauriens, étaient abondants et variés dans le sud de la Patagonie. M. R. Lydekker a décrit leurs débris sous les noms de Titanosaurus et Ar-gyrosaurus. Il est même probable que ce point du globe est le dernier où ces gigantesques Reptiles, si florissants à l'époque jurassique, ont eu des représentants avant de s’éteindre pour toujours.
- Comme le Balœniceps de l’époque actuelle qui détruit beaucoup de jeunes Crocodiles sur les rives du Nil Rlanc, comme le Serpentaire de l’Afrique australe, qui fait une guerre acharnée aux Serpents, et qui est le seul Rapace coureur que l’on connaisse, les Phororhacos devaient faire la chasse aux Reptiles, que leurs longues jambes d’échassiers leur permettaient de poursuivre dans les marécages. Saisissant ces Reptiles avec les fortes griffes de leurs pattes, ils devaient les assommer à coups de bec pour les dévorer ensuite à loisir, lorsqu’un autre oiseau de leur propre espèce ne venait pas leur disputer cette proie. Le Brontornis devait [(référer les terrains secs, comme l’indique la conformation de ses doigts, dont les ongles devaient s’user par la marche comme ceux de l’Autruche.
- Si l’on suppose que ces grands Oiseaux existaient déjà daps le Crétacé, comme cela semble probable, il n’est pas téméraire de croire que les Phororhacos et les Brontornis ne sont pas restés étrangers à l’extinction des Rinosauriens en Patagonie.
- Rr E. Trouessart.
- LES BACTÉRIES DËNITRIFIANTES
- de MM. Garjon et Dupetit, Schlœsing, Maquenne et Dehé-rain, Muntz, etc., mais jamais leur importance pratique n’avait été aussi vivement mise en lumière que dans les recherches toutes récentes de M. Wagner, l'agronome bien connu Le résultat principal de ces études est d’avoir montré que les bactéries dénitrifiantes existent en quantités considérables dans le fumier frais sortant de l'étable et dans le fumier en tas depuis quelque temps. On voit tout de suite que, dans certains cas, il pourra être nuisible de fumer les terres avec du fumier, puisque les germes de celui-ci seront susceptibles de détruire leurs nitrates et, par conséquent, de diminuer leur teneur en azote. Yoici une expérience, telle que la relate M. L. Grandeau, qui montre bien l’importance de la question.
- (( Six vases d’égal volume sont remplis de 7 kilogrammes chacun d’une terre sableuse très pauvre en azote, mais suffisamment pourvue en acide phosphorique et en potasse. Le premier vase servant de témoin ne reçoit aucune matière azotée; les Cinq autres sont additionnés des quantités suivantes de ce principe sous des formes différentes :
- N0 1. N° 2. N° 5. N» 4. N° 5.
- A® 6.
- 0 gramme azote.
- 2 grammes d’azote (nitrate de soude).
- 2 2 2
- 2 — d’azote
- d’azote à l’état de luzerne verte, d’azoty; (urine de vache), d’azote (bouse de vache fraîche). ( 0«r,8 d’urine de vache. ( Ie'',2 bouse fraîche.
- La plante qui sert aux expériences est la moutarde blanche, semée dix jours après que la fumure a été à la terre. Les plantes ont été récoltées à la floraison, séchées, pesées et analysées. La marche de la végétation et le développement des plantes furent très différents dans chaque pot. On peut en juger par les quantités d’azote contenues dans les six récoltes :
- AZOTE.
- AZOTE UTILISE.
- 3S° 1 (Pr,029 p. 100 » p. 100
- N» 2 l*r,289 — 64 —
- K® 5 Of',980 — 48 —
- N® 4 l«r, 187 — 58 —
- N° 5 Ou‘,010 — » —
- N® 0 0^,355 — 10 —
- DU FUMIER
- On sait combien les nitrates du sol ont de l’importance au point de vue du rendement des végétaux cultivés. L’une des manières de s’en procurer consiste à répandre dans la terre ou à sa surface des matières organiques, dont l’azote, sous l’influence du ferment nitrique, se transforme en nitrates. L’importance de ce ferment, découvert par MM. Schlœsing et Muntz, est considérable; il a d’ailleurs été étudié avec tous les détails qu’il mérite . Tous les cultivateurs sont aujourd’hui au courant de ces faits; ils en ignorent généralement d’autres dont l’intérêt n'est pas moins grand et dont nous voudrions dire quelques mots : c’est qu’il existe d’autres bactéries dont le rôle est absolument l’inverse de celui des bactéries nitrifiantes. Ces bactéries nuisibles détruisent les nitrates en rendant l’azote à l'atmosphère. L’existence des bactéries dénitrifiantes est connue depuis longtemps par les travaux
- 1 M. Ameghino m’apprend dans une lettre, qu’il a découvert les peintes de réjections de s Phororhacos et des Brontornis, Ces pelotes fossiles sont tout à fait semblables, sauf la taille plus grande, à celles que rejettent par le bec nos Rapaces nocturnes. Elles sont formées d’os longs de grands animaux brisés et agglomérés avec le crâne au centre. Le régime carnivore des oiseaux géants de Patagonie se trouve ainsi démontré.
- Les faits mis en évidence par ces chiffres sont des plus intéressants. Passons-les en revue. Si on prend pour étalon le nitrate de soude et qu’on égale à 100 la quantité d’azote qu’il a fourni à la récolte, on constate que l’engrais vert en a apporté 70, l’urine de vache 92 et le mélange d’urine et de bouse 25 seulement. Quant à la bouse seule, elle a diminué la quantité d’azote que la plante a fixé, la récolte qu’a produite le sol qui a reçu l’excrément solide ne contenait que 0ei',01 d’azote, tandis que la terre sans fumure en a cédé à la plante qu’elle portait 0ïr,029. »
- D’ailleurs il suffit de jeter un coup d’œil sur les récoltes obtenues en variant ces fumures pour voir de suite l’influence néfaste du fumier : les plantes fumées exclusivement avec de l’azote sous forme de nitrate, d’engrais vert, d’ammoniaque ou de purins sont luxuriantes, tandis que celles ayant reçu une quantité d'azote égale ou double, sous forme d’excréinents, ont un aspect misérable. L’addition d’excréments à des fumures azotées diminue donc la production végétale, par suite de la décomposition des nitrates. Henri Couhn.
- * Deutsche Land wirlsch a fl l irh e Presse. 1895. Analysé par M. Grandeau, dans la Iievue agronomique du Temps.
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- PENDULE ÉVENTAIL
- ET PENDULE MAGNÉTIQUE
- L’idée d’indiquer l’heure au moyen d’un éventail se développant progressivement remonte au seizième siècle. Ce qu’ont cherché les horlogers d’alors en employant ce système, c’était surtout la manière d’obtenir les heures du jour naturel, c’est-à-dire du lever au coucher du soleil et de son coucher à son lever. L’éventail devait, selon la saison, donner les heures d’autant plus longues le jour qu’elles étaient plus courtes la nuit, et vice versa.
- Nous possédons une gravure représentant : « IIo-noratus Joannis Caroli Ilispp Principis Magister, précepteur de Charles, prince d’Espagne, fils de Philippe II; né le 14 janvier 1507, mort évêque d’Osma le 50 juillet 1560 ». Près du personnage et placée sur une table se trouve une horloge Renaissance en forme d’ostensoir.
- Le cadran de cett»pièce que nous représentons ci-contre en fac-similé (fig.l ),a sa moitié supérieure divisée en douze secteurs, six blancs et six noirs, qui alternent entre eux. Le reste du cadran est noir; les douze secteurs sont formés par les branches d’un double éventail dont voici la fonction : les heures de jour sont marquées par les lames blanches de l’éventail et celles de nuit par les lames noires. Ce changement se fait au lever et au coucher du soleil, et s’opère par le passage des lames blanches sous les lames noires, ou des lames noires sous les blanches.
- Pour l’équation des heures, c’est-à-dire pour obtenir des heures longues pendant les grands jours d’été et des heures courtes la nuit à la même époque, les lames blanches se découvrent d’autant plus le jour et deviennent plus larges de ce que celles des nuits seront plus étroites. L’aiguille, dans sa marche uniforme, mettra donc moins de temps à parcourir l’heure de nuit puisque la course en sera plus réduite et au contraire plus de temps pour les heures de jour. La gravure représente le cadran au moment même de la fonction.
- Ce cadran, conformément à un usage assez répandu, surtout dans les sonneries de l’époque, ne marque que des périodes de six heures. De là les six secteurs blancs et les six noirs seulement. La marche de l’aiguille est aussi fort intéressante à étudier. Elle est à retour et la chute en arrière se produit à la fin de chaque course demi-circulaire.
- Nous expliquerons plus loin le système du recul subit en parlant d’un éventail de notre invention fonctionnant par le même principe.
- Le cadran de cette petite horloge Renaissance semble ovale» Nous ne savons si c’est un effet de la perspective ou si réellement il était ainsi. Mais, l’eût-il été, qu’il n’y aurait pas là une impossibilité à la marche de l’éventail. Car la différence entre l'inscription d’un cercle dans un ovale pouvait être dissimulée par le recouvrement formant lunette et le mouvement demi-circulaire de l’éventail pouvait néanmoins parfaitement s’effectuer.
- Au dix-huitième siècle, la chose fut de nouveau exécutée ou, du moins, la même idée fut exploitée.
- En effet, nous trouvons ce qui suit dans les mémoires de littérature de l’Académie des Inscriptions ( 1755) : c Pontus de Tyard, mort évêque de Chalon, distingue les horloges qui marquaient et peut-être sonnaient vingt-quatre heures d’avec celles qui n’en marquaient que douze : il appelle entières les premières et les autres demi-horloges. M. Fardoil, mort il y a trente ans, s’est fait un plaisir de renouveler cette invention. 11 a fait une horloge où le cadran marque deux fois les douze heures portées séparément sur deux espèces d’éventails dont les branches de l’un s’écartent à proportion que celles de l’autre se rapprochent, l’une et l’autre alternativement selon la durée des heures qui suit celle des jours et des nuits. Cette horloge est actuellement dans le cabinet de M. d’Ons-en-Bray ». Sans nous être autrement occupé des différents systèmes que nous venons d’indiquer, il nous a semblé intéressant de construire une pendule formée d’un éventail dont le développement continu donnerait exactement l’heure.
- La pièce que nous avons exécutée (fig. 2) se compose donc d’un éventail s’ouvrant progressivement et qui, arrivé à son entier développement, se referme subitement. L’éventail est composé de i 5 lames ou feuilles sur chacune desquelles une heure est peinte.
- Prenant le chiffre 6 pour point de départ et pour point d’arrivée, le midi se trouve donc au milieu de la course demi-circulaire de l’éventail qui s’opère en douze heures. Il nous a fallu treize heures attendu que le saut en arrière ne se fait que juste à 6 heures, c’est-à-dire lorsque la cinquième heure a complètement laissé le chiffre final 6 à découvert. C’est alors que se refermant, la première lame présente le premier chiffre 6 pendant la durée de son heure, en laissant progressivement entrevoir la septième. Par conséquent, la première et la dernière lame portant le même nombre n’en font en réalité qu’une.
- Le système de recul subit est fort simple. Il se compose d’un limaçon qui, en faisant sa révolution
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- Fig. 2. — Pendule éventail construite par M. Plancliou.
- on douze heures, actionne un bras de levier au bout duquel est une crémaillère, laquelle engrène dans un pignon portant la première lame de l'éventail.
- Quand l’évolution du limaçon est accomplie et qu’il a soulevé le levier au point culminant qui correspond à 6 heures, le levier tombe dans l’entaille du limaçon et la crémaillère revient sur elle-même. Avec un mouvement bien réglé, ce système fonctionne parfaitement et peut donner l’heure avec précision.
- Nous avons pu ainsi obtenir, en même temps qu’une pièce curieuse comme fonction, un objet extrêmement décoratif et ayant un certain caractère artistique (fig. 2). Nous avons placé l’éventail devant une plaque de velours légèrement inclinée et qui, en le faisant valoir, dissimule le mouvement placé derrière, lequel est d’une assez grande dimension.
- Pendule magnétique. — M. le baron Grollier de Servière signale dans son ouvrage sim les curio-
- sités du cabinet de son grand-père : « Une horloge qui est un plat d’étain sur le bord duquel les heures
- sont gravées comme sur un cadran (tig. 3, n° J).
- « Après avoir rempli d’eau ce plat, l’on y jette une figure de tortue de liège qui va chercher l’heure courante pour la marquer avec son petit museau. Lorsqu’elle l’a trouvée, elle s’y arrête ; si ou veut l’eu éloigner, elle y retourne aussitôt, et si on l'y laisse elle suit imperceptiblement les bords du plat en marquant toujours les heures; cette machine est d’autant plus surprenante qu’il ne parait rien qui fasse agir cette tortue sur l’eau. »
- Ici s’arrête la description de cette pièce.
- Nous avons cru intéressant de rechercher le moyen d’obtenir cette fonction et nous avons construit l’horloge dont nous donnons l’aspect (fig. 3, n° 2) et dont nous allons expliquer le système.
- Le mouvement placé horizontalement dans la caisse qui supporte le plat d'étain entraîne un disque
- Fig. 3. — Pendules magnétiques. —N* 1. Pendule de M. Servière (gravure de 1719). — N” 2. Pendule de M. Planchon.
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- LA NATURE.
- aimanté; ce disque fait su révolution en douze heures. U a à sa section deux aimants : l'un pôle nord, l’autre pôle sud. La petite tortue en liège peint a sous sa partie inférieure une petite broche d’acier aimantée aussi pôle nord et pôle sud, de telle sorte que la tortue, une fois flottante sur l’eau du plat, est attirée entre les deux pôles aimantés et toujours dans le même sens, c’est-à-dire la tète du côté des heures gravées sur le plat. Elle suit ensuite ces aimants dans leur circuit. Tout le prodige annoncé par le petit-fils du baron se résume dans une très ingénieuse combinaison d’aimants.
- Nous ferons remarquer que le plat d’étain est complètement indépendant du caisson en cuivre dans lequel est le mouvement et que ce plat s’y pose à volonté pourvu, cependant, qu’il soit mis dans un certain repère, facile à trouver, lequel permet la concordance absolue entre la place de l’aimant et l’heure qu’il doit faire marquer à la tortue.
- Plaxchox.
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- LE FEU ET LE TMVÀIL DES PIERRES1
- Dans le département des Basses-Pyrénées, entre les communes de Léren (prononcez Lérenne si vous voulez y être compris) et de Saint-Pé-dc-Lércn, la dolomie se présente sous la forme de grands blocs dont le dos arrondi ne s’élève pas beaucoup au-dessus du sol, au-dessus des champs où ils font souvent l’effet d’animaux fantastiques. Pour débarrasser la terre de ces masses gênantes ou pour en tirer des matériaux de construction, on a recours à l’action du feu.
- L’important barrage du moulin de Saint-Pé-dc-Léren est construit en blocs de dolomie fractionnés par la flamme. Cette roche si dure ne pourrait pas être attaquée par les moyens ordinaires. Son grand poids la rend précieuse pour les travaux de protection contre la fureur du torrent.
- CHRONIQUE
- Tuée par un coup de foudre. — Le 10 juin, vers il heures du matin, un orage étant survenu à Bcl-lenghise, village situé au nord de Saint-Quentin, à l’intersection du canal du même nom avec la route nationale de Saint-Quentin à Cambrai, plusieurs personnes coururent se mettre à l'abri sous des arbres. A peine y étaient-elles que la foudre éclata, et la dame Lescot, âgée de trente-six ans, tomba foudroyée; elle portait une forte trace de brûlure à la poitrine et au ventre; ses vêtements étaient intacts. L’écorce de l’arbre avait été en partie enlevée. M. Seguin, domestique, qui se trouvait de l’autre côté de l’arbre, a échappé à la mort; mais il ressentit une terrible secousse et fut projeté à environ 10 mètres. Après avoir repris connaissance, il fut pris d’un tremblement continu. Un autre domestique a ressenti une forte commotion et a été soulevé à 1 mètre de hauteur. La tille de la victime, la jeune Lescot, âgée de douze ans, qui se trouvait également sous un arbre, n’a pas été atteinte. M. E. Theillier, un de nos abonnés, qui nous a envoyé ce récit, ajoute que la malheureuse dame a été victime de son imprudence. Quand le tonnerre
- 1 Voy. n” 1140, du 8 juin 1895, p. 26
- gronde, pendant l’orage, il ne faut pas s’abriter sous les arbres ; c'est se placer sous les coups de la foudre.
- Conservation des fruits.— M. Witcns, l’inventeur du procédé que nous allons faire connaître, se sert de la couche fibreuse de la tourbe, réduite en poudre. Le corps jouit de qualités remarquables de résorption, de désinfection et de déodorisation. La terre d’infusoires ne peut résorber qu’une quantité d’eau cinq fois supérieure à sou propre poids; la capacité de résorption de la tourbe fibreuse pure est si grande qu’elle peut résorber neuf fois son propre volume d’eau. La propriété antiseptique de la tourbe en poudre est également très considérable ; très peu de microorganismes peuvent vivre dans un tel milieu. Mais on peut encore augmenter ces qualités par une addition quelconque d’acide, de sels acides principalement, ou bien en augmentant son propre titre en acide humique. L’hypcrphosphate et mieux encore le gypse donnent de meilleurs résultats; en prenant, par exemple, 5 parties de tourbe pour une partie de sel et en ajoutant, comme antiseptique, o pour 100 d’acide borique, on obtient un excellent composé, dont tous les éléments concourent pour empêcher les agents de décomposition d’arriver en contact avec les fruits et, si les microorganismes y sont déjà présents, pour leur enlever les conditions vitales nécessaires, par suite de la résorption de l’humidité indispensable à leur développement et, finalement, pour préserver les fruits contre toute secousse pouvant les endommager.
- Emploi de l'aluminium en lithographie. — Un article publié dans la Fédération lithographique, traduit d’une revue américaine, nous apprend que l’aluminium possède la même porosité et les qualités particulières d’absorber et de fixer les impressions que la pierre lithographique et est adopté pour les mêmes travaux. Entre autres avantages de l’aluminium sur la pierre, c’est sa légèreté bien plus grande. Car, tandis qu’une feuille d’aluminium ayant une surface de üm,80 sur 1 mètre, et (im,<)5 d’épaisseur, ne pèse que 2 kilogrammes, une pierre de la même dimension pèse dix fois plus. L’aluminium laminé se vend en feuilles 5 francs le demi-kilogramme; une pierre lithographique de bonne qualité, du poids ci-dessus mentionné, vaut cinq cents francs. A l’égard du mérite des compositions et du tirage, il est prouvé, par quelques spécimens imprimés sur des feuilles d’aluminium, que ce métal peut être employé dans les travaux les plus délicats, artistiques ou commerciaux, en noir ou en couleurs. Enfin, une autre particularité par laquelle l’aluminium serait certainement supérieur à la pierre, est sa flexibilité, qui le rend surtout avantageux pour l’impression sur cylindre, avec une vitesse deux ou trois fois plus grande.
- La vitesse des paquebots. — Jusqu’ici la lutte de vitesse entre paquebots s’était localisée sur le parcours entre l’Europe et les États-Unis. Voici que la lutte gagne les autres lignes. Les journaux spéciaux nous apprennent (pie le paquebot Calcdonia a fait le trajet Bombav-Brindisi en 10 jours 2 heures. Ce paquebot, qui appartient à la Compagnie Peninsular and Oriental Steam Navigation, apportait la malle; les lettres ont pu être distribuées à Londres 12 jours après leur départ de Bombay.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er juillet 1895. — Présidence de M. Maret.
- La nitrification dans le sol. — M. Dchérain ayant étalé, dans le bâtiment de la station agronomique de
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- LA NAT LUE.
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- Grignon, des terres maintenues humides et pulvérulentes, en tire des quantités très considérables de nitrates, tandis tjue les terres en place en fournissent au contraire si peu qu’on est obligé de leur donner du nitrate de soude. En comparant les terres à l’abri aux terres de plein air, M. lîehérain reconnaît qu’elles présentent des structures différentes : les premières sont en poudre, les deuxièmes sont en mottes. Pour étudier les mottes, M. Dchérain en introduit une dans un flacon à large orifice fermé par un bouchon de verre muni d’un robinet. 11 remplit ensuite exactement le vide laissé par la motte avec du mercure, puis il fait écouler le mercure et aspire les gaz avec la trompe à mercure. Il a constaté ainsi que la quantité de vapeur d’eau contenue dans la motte est en quelque sorte inverse de la quantité de gaz. Les mottes humides ne renferment pas d’air, les mottes sèches sont bien aérées; il n’v a qu'un intervalle compris entre des limites assez étroites, qui soit favorable à la formation des nitrates. La nitrification exige en effet des terres humides et aérées, conditions qui ne sont pas réalisées habituellement dans le sol naturel ; par suite les nitrates ne s’y produisent qu’en quantités insuffisantes et l’on est contraint de suppléer à leur absence par l’adjonction de nitrates de soude. Le travail incessant du cultivateur a pour conséquence de pulvériser la terre, de briser les mottes qui s’y reforment constamment. Quand la terre est en poudre, on a en effet la chance, s’il survient une pluie opportune, de voir la nitrification s’établir. Quand les deux conditions nécessaires : aération et humidité, sont réalisées, comme elles le sont dans la culture maraîchère, la terre acquiert une extrême fertilité.
- L’échauffement des muscles par le travail. — On admet généralement que réchauffement musculaire dù au travail nécessaire pour élever un fardeau est égal à réchauffement dù au travail nécessaire pour abaisser le même fardeau. M. Chauveau s’est appliqué à l’étude de cette question qui présente une grande difficulté pratique à cause de la nécessité d’employer un poids lourd pour développer un travail mécanique considérable. Des expériences antérieures portant sur le biceps l’avaient conduit à penser que le travail d’élévation produit plus d’échauf-fement que le travail de descente. 11 a repris scs expériences en opérant sur lui-même et en mesurant réchauffement du muscle triceps crural, développé par le poids du corps, en montant un escalier de 9m,50 et en le descendant. La descente a été opérée à reculons pour que le muscle considéré travaillât dans des conditions semblables. Les résultats de cette nouvelle expérience ont confirmé les vues de M. Chauveau.
- La propagation du son dans les tuyaux. — MM. Yiolle et Vauthier font connaître quelques particularités de leurs expériences sur la propagation du son dans un tuyau. Les sons graves se propagent plus longtemps que les sons aigus, ce que Ton constate par un nombre de retours plus grand. Le son des cloches donne quatre réflexions, de même que celui du gong. Les harmoniques disparaissent successivement en commençant par les plus aigus, si bien que le son perd son caractère musical. On remarque encore qu’un harmonique qui ne reviendrait pas seul revient en même temps que le son fondamental. La vitesse de propagation du son fondamental dépend de l’amplitude des vibrations et son expression renferme des termes du second ordre qui interviennent.
- Élections. — L’Académie élit membres correspondants : 1° de la section de géométrie : M. Schwarz;
- 2° de la section de botanique : M. le baron Muller; 5° de la section de médecine : M. Engehnann.
- Varia. — M. Schradcr a imaginé un nouveau tachéo-graphe qui se prête au levé et au tracé du terrain d'une manière simple, rapide et précise. — M. Lœwy présente une série d’agrandissements de photographies lunaires exécutées par M. Wcineck de Prague, d’après des épreuves de l'Observatoire de Paris. — M. Carnot indique une méthode pratique et exacte pour le dosage des faibles quantités d’arsenic. Cii. de Yilledecii,.
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- pour l’lndustrie nationale DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES
- La séance générale annuelle de distribution des récompenses de la Société d’encouragement a eu lieu le 28 juin 1895, au siège de la Société, rue de Rennes, à Paris, sous la présidence de M. Mascart. Le président a d’abord rappelé dans son discours le souvenir des membres de la Société décédés dans l’année, en énumérant les services rendus par chacun d’eux. La liste en est longue cette année. Nous citerons les noms de MM. Lcmonnier, Roussel, Dumarais, Plon, Rorct, etc. M. Mascart fait ensuite une revue générale des récompenses accordées. Le grand prix de la Société, d’une valeur de 12 000 francs, décerné tous les six ans à l’auteur de la découverte la plus utile à l’industrie française, est attribué en 1895 à M. G. Lippmann pour sa découverte de la photographie des couleurs. M. Davanne, membre du comité, a présenté à ce sujet un rapport fort intéressant dans lequel il a rappelé l’historique de la question, et où il a exposé en détail la découverte de M. Lippmann. La grande médaille en or décernée chaque année aux auteurs français ou étrangers, des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l’industrie française pendant le cours des six années précédentes est donnée en 1895 au Comité de l’Afrique française pour l’ensemble de ses travaux. Le général d’Aboville avait laissé à la Société une somme de 19 000 francs à distribuer en prix à ceux qui auront employé à leur service, pendant une période de temps déterminée, des ouvriers estropiés, amputés ou aveugles, et qui, par ce moyen, les auront soustraits à la mendicité. Ce prix a été distribué en partie en 1885 et en 1890; le prix restant de 5300 francs est décerné cette année à l’Asile des Frères de Saint-Jean-de-Dieu, rue Lccourbc. En 1878 les exposants de la classe 47 de l’Exposition universelle, sur l’initiative de M. Fourcade, fondèrent un prix en faveur du simple ouvrier ayant le plus grand nombre d’années de service dans la même fabrique de produits chimiques. M. J. Detrez, ouvrier depuis cinquante et un ans à la Compagnie de Saint-Gobain, Chauny et Cirey, obtient le prix pour 1895. M. Roy a fondé un prix qui doit être attribué tous les six ans à celui qui aura contribué le plus efficacement au développement ou au progrès de l’industrie cotonnière en France. Un encouragement de 500 francs est accordé à M. Deles-sard pour son traité de la filature du coton. Dans les arls chimiques, le prix de 2000 francs pour une étude expérimentale des propriétés physiques ou mécaniques d’un ou plusieurs métaux ou alliages choisis parmi ceux qui sont d’un usage courant, est décerné à M. F. Osmond pour ses travaux sur l’analyse micrographique des aciers. Deux encouragements de 500 francs sont accordés à MM. Roux
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- et Lartigue pour leurs mémoires sur uu procédé industriel permettant de mesurer ou d’évaluer rapidement l’isolement des diverses parties d’une installation électrique en activité. Des prix de 1000 et 500 francs sont donnés à MM. Tcllier, Lacroix, Maignen et Schluinberger pour diverses études sur la purification des eaux potables. M. L. I mze a fait une étude sur la féculcrie dans le département de la Somme; un encouragement de 500 francs lui est accordé sur le prix de 2000 francs destiné à une étude économique d’un centre industriel eu France. Un grand nombre de médailles ont été décernées par la Société pour des inventions ou des perfectionnements aux arts industriels. Des médailles d’or sont données à MM. Charpy pour une étude sur la trempe des aciers, Dclcroix,
- Debains,Duquesne, Garola, Iladfield,
- Malherbe, Marzochi, Martin pour un ouvrage statistique des voies de communication dans Paris, et à M. Yallot pour son observatoire du mont Blanc.
- MM. Furne, PetitetLequesne obtiennent des médailles de platine. Des médailles d’argent sont attribuées à MM. Boramé, Chapsal, Courau pour un ouvrage sur les chemins de fer en Turquie d’Asie; au lieutenant-colonel Famin pour un ouvrage sur le Tonkin; Laffargue, pour son ouvrage l'Ouvrier monteur électricien, et à la Société coopérative des employés civils de l’Etat et du département de la Seine. Des médailles commémoratives pour communications faites à la Société sont données à MM. Âbdank-Abakanowicz, Bonvalot, Uharpv, Delebecque, Dybowsky, llillairet, Lézé,
- Lumière, Maumcnc et Zolla. Des médailles d’encouragement ont été données à 40 contremaîtres et ouvriers qui comptent dans l’industrie un temps de service variant de 51 à 55 années.
- Cette courte énumération des prix distribués montre toutes les ressources dont dispose la Société d’encouragement, fondée depuis 1801, et donne une faible idée des nombreux e t i m p o r ta n l s services qu’elle a rendus à l’industrie par les travaux ou études qu’elle a suscités, et par les récompenses qu'elle a su accorder à des œuvres éminemment utiles. J. L.
- APPAREIL POUR VÉRIFIER
- LÀ LOI D’ÉQUILIBRE DU COIN
- Voici un appareil fort simple que j’ai imaginé et fait construire, pour vérifier la loi d’équilibre du coin. Le frottement n’y exerce aucune influence sensible. Une plaque en laiton, découpée en forme de coin,
- et dont les deux côtés sont taillés en biseau (lig. 1), glisse par son poids entre deux poulies fixées près des bouts supérieurs de deux lames en acier trempé. Les deux poulies, qui étaient au début tangentes, sont écartées par l’effet du coin jusqu’à une certaine distance, indiquée de part et d’autre par deux index sur l’arc divisé qu’on voit derrière le coin. Le poids de celui-ci (500 grammes) est la puissance, et, des deux pressions exercées perpendiculairement sur les côtés par les poulies, l’une est la résistance, l’autre la réaction. Or, le coin est taillé en sorte que la longueur de son côté est le double de la longueur de sa tête; donc la pression sur chacun des côtés doit être de 1 kilogramme pour qu’il y ait équilibre.
- C’est ce qu’on vérifie de la façon que montre la figure 2. Le coin est enlevé, l’une des poulies est de même retirée. Faisant alors basculer l’appareil du côté de la poulie retirée, jusqu’à ce qu’une saillie ménagée dans la charnière vienne buter contre le support, on suspend le poids de 1 kilogramme qui accompagne l’appareil ; la lame inférieure cède en se courbant sous ce poids, son extrémité restant horizontale. On constate alors que l’index signale exactement la même division que lorsque le coin agissait. Il est convenable de peser devant les élèves au moyen d’une balance le coin et le poids avant ou après l’expérience. L’appareil n’ayant qu’un seul coin et un seul poids, n’exige réellement pas de division sur l’arc : il suffirait de marquer par deux traits à droite et deux traits à gauche les positions extrêmes des lames flexibles. La démonstration par un seul coin à angle fixe est suffisante et a l’avantage de demander fort peu de temps. Rien ne serait cependant plus simple que de construire un coin à angle variable au moyen d’une charnière. Le poids constant serait alors remplacé par un plateau de balance; le poids de ce plateau devrait y être gravé pour être additionné à celui des poids placés dessus.
- Barcelone, le 8 juin 1895. TlIOMAS ESCRICHE,
- Professeur de physique à l’Institut de Barcelone.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier
- Fig. 2.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- .V 1154. — 15 JUILLET 18«)5.
- LA N AT ü HE.
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- LES LÉVRIERS RUSSES
- Une des principales attractions de l’Exposition canine qui a en lien à la Un de mai dernier sur la terrasse de l'Orangerie, au jardin des Tuileries, a été la douzaine de lévriers russes à long poil, ou Barzoïs, qui y figuraient, dont quatre appartenaient à M. le comte Albert Le Marois et deux à son A. I. le grand-duc Nicolas. A l’Exposition hippique et ethnographique russe qui a lieu en ce moment au Champ-de-Mars, dans la galerie des Machines, on voit aussi défiler toute une meute de Barzoïs au nombre d’une trentaine. Jamais on n’avait vu en France autant de sujets de cette race réunis, aussi le moment est-il
- très opportun pour présenter aux lecteurs de La Nature quelques détails sur les caractères des lévriers russes et le rôle qu’ils jouent dans leur pays natal.
- La Russie, avec ses immenses plaines et son organisation encore féodale, est la terre privilégiée des lévriers. La chasse avec les lévriers, d’après les renseignements transmis par notre ancien confrère M. Léon Crémière, ancien directeur du Chenil et aujourd’hui capitainedes chasses du grand-duc Nicolas, est le passe-temps le plus en honneur et le plus agréable, chez la noblesse russe ; chaque petit propriétaire, qui est en même temps très amateur de chevaux, a au moins deux ou trois lévriers et se livre à cette chasse avec frénésie. Tous les grands seigneurs ont
- Lévriers du chenil du czar Alexandre III. (D’après une photographie.)
- des meutes de 20 à 50 lévriers. Dans le chenil de Sa Majesté l’Empereur il doit toujours y avoir 60 lévriers prêts à chasser, sans compter les lices et les jeunes chiens d’élevage; Sa Majesté a six ou huit lévriers qu’elle affectionne particulièrement et avec lesquels elle chasse elle-même. 11 y a plusieurs races de lévriers en Russie qui se distinguent surtout par la longueur de leur poil et par la région dont ils sont originaires. Les lévriers à poils longs (nommés plus spécialement Barzoïs, bien que cette expression soit un terme générique qui signifie simplement lévrier) existent surtout dans le nord de la Russie. Les lévriers à poil ras (Chartaia Borzaia), sont originaires de Pologne, ou de Crimée (Krimka); et les lévriers à poil demi-long (Tchistopsonaia borzaia) sont circassiens.
- 23° année. — 2e semestre.
- Le lévrier russe à poil long (Barzoï), d’après M. Kareiff1, a une taille de 0m,75 en moyenne, pouvant aller, pour le male, à 0m,84, et à 0m,80 pour la femelle. La longueur, mesurée de la pointe de l’épaule à la naissance de la queue est égale à la hauteur ou la dépasse un peu. La poitrine est extrêmement profonde, plus que chez le lévrier d’Écosse, ou Deerhound ; ainsi Lofki, un célèbre Barzoï du grand-duc Nicolas Nicolaiexvitch et qui n’a que 0m,70 de hauteur à l’épaule, a 0m,85 de tour de poitrine, tandis que le célèbre lévrier écossais Colonsay, au capitaine Mac Neill, qui mesurait ûm,7J, n’avait que 0m,7.l de tour de poitrine.
- Les autres caractères du lévrier russe à long poil
- 1 Le Field, traduit par Chasse, Pêche, 1887.
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- CBiBUQTHÈgi
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- LA NATURE.
- sont les suivants : la tète est sèche et le front étroit, formant une ligne droite depuis le sommet jusqu’à l’extrémité du museau qui est fin et long; certains sujets ont cependant le front arrondi sans que cela doive être regardé comme un défaut; la grosseur de la tête est proportionnée à celle du corps. Les oreilles, qui sont petites et droites chez les jeunes chiens, se couchent à l’àge adulte, comme chez tous les lévriers, en découvrant l’intérieur. Le cou est assez court, et le dos forme un arc commençant aux épaules et dont la partie moyenne est plus élevée que le garrot. Les hanches sont un peu basses, et la queue, longue et droite, tombant naturellement, se relève à l’extrémité; comme longueur on la mesure en la faisant passer entre les jambes et arriver au liane, ('lie doit atteindre l'épine dojsale; elle ne doit jamais faire la trompette. Les pattes antérieures sont droites et maigres, mais montrent des muscles et des tendons très saillants; les tubercules de la plante des pieds sont en partie cachés par les poils d’entre les doigts. Les membres postérieurs ont les jarrets un peu droits et le tarse très court; les cuisses sont peu musclées, mais fermes et puissantes.
- La tète du Barzoï est entièrement rase, mais des boucles abondantes tombent de derrière les oreilles et de chaque côté du cou comme une crinière; chez les plus beaux sujets les poils du cou sont si abondants (pic la tète semble sortir d’un manchon. Le tronc est couvert du même poil long, qui est doux et soyeux, ainsi que la face postérieure des avant-bras1 et des jambes où il forme, ainsi que sous la poitrine, des festons qui ont jusqu’à 0m,15de long; en arrière des cuisses le poil a jusqu’à 0l,,,5f) ; si ce poil est serré et crépu c’est signe de mésalliance. La queue est couverte d’un poil long, gros, qui a jusqu’à 0,m18 de long.
- La couleur du pelage du Barzoï est, soit entièrement blanche, soit blanche avec des taches jaunes ou grises, soit entièrement grise. Dans les sujets de pur sang, dit M. Kareilf, on ne rencontre jamais la couleur noir et feu ni aucune de ses nuances, pas plus que la couleur noir et blanc. Cependant M. Crémière nous a dit avoir vu, dans le chenil de l’empereur de Russie, qui contient les plus beaux sujets de tout l’empire, des Barzoïs de toutes les couleurs, généralement avec beaucoup de blanc ; les blanc et orange, blanc et gris, blanc et fauve bringé .dominaient, mais il y avait aussi quelques blanc et noir et même d’entièrement gris à manteau foncé. Los plus hauts mesuraient bm,82, et lus chiennes 0'n.75.
- Les Barzoïs sont employés en Russie à la chasse du lièvre, du renard et du loup. Ils chassent à vue, ayant peu de nez, comme en général tous les lévriers.
- Voici, d'après M. Léon Crémière, comment se fait la chasse en Russie, avec les Barzoïs : C'est au mois d'octobre que les grandes chasses au lévrier ont lieu sur les louvards de l’année. Le propriétaire et ses invités sont à cheval et conduisent chacun en laisse, non un couple, mais trois de ces chiens ; ou entoure les petits
- 1 Lu mol avanl-hras s'emploie très Lieu un parlant du uiicval et du chien. 11 est d’ailleurs exaci.
- boqueteaux et les chasseurs à cheval s’installent sous bois aux quatre coins; un piqueur à pied entre alors dans le bois avec quelques chiens courants et fait sortir les loups qui y ont élu domicile. Dès que le loup sort du bois le chasseur à cheval le plus près lâche ses trois lévriers, puis il s’élance à fond de train à leur suite; les trois lévriers arrivent sur le loup, le happent, le bousculent et le tiennent coiffé un instant ; c’est alors que le chasseur saute de son cheval et s’élance sur le loup, muni d’un bâton de :>() à 40 centimètres environ, garni de cordelettes aux extrémités; saisissant son louvard à la nuque, il essaie de la main droite, lorsque l’animal ouvre la gueule pour mordre, de lui passer son petit bâton entre les dents, et de suite, grâce aux cordelettes de le museler; si le chasseur manque son coup, il tire son couteau de chasse et égorge l’animal. Mais louée plus ultra et qui prouve l’adresse et le courage du chasseur, c'est de [(rendre le loup vivant.
- Comme nous l'avons vu, les Barzoïs commencent à se répandre dans l’ouest de l’Europe; en Angleterre surtout ils sont devenus très à la mode.
- Les lévriers russes à poil ras (Chortaia borzaia) se trouvent dans le midi de la Russie, surtout dans le sud-ouest; nous en avons connu un beau spécimen à manteau noir avec du blanc en dessous, qui appartenait à M. le professeur Charcot; il venait des environs d’Odessa.
- D’après Alexandre Korsch, ces lévriers à poil ras seraient originaires de la Bologne d’où ils seraient arrivés en très grand nombre en Russie avec le Faux-Démétrius en 1505. Ils sont [dus grands que les lévriers à poil ras anglais, ou Greyhounds, mais moins fins, et leur poil est rude et un peu plus long. Ils sont moins rapides à la course que les Barzoïs, mais ils ont [dus de fond et peuvent courir [dus longtemps sans perdre haleine; ils ne coiffent [tas non pins si bien-le loup; ils sont sensibles au Iroid à cause de leur poil court, et sont moins propres aux chasses d’automne et d’hiver que les précédents. Ils deviennent rares et sont remplacés presque partout par les lévriers anglais, plus beaux, plus élégants, quoique [dus petits.
- Sous le nom de Iirimka, ou lévriers de Crimée, on désigne des lévriers originaires d’Asie et répandus dans le sud-est de la Russie, en Crimée et en Cir-eassie. Les lévriers de Crimée proprement dits sont désignés sous, le nom de Krimskaia borzaja, ceux de Circassie sous le nom de Gorskaia borzaia, il y a encore les lévriers des lvalmouks. Tontes ces races
- se ressemblent [dus ou moins et se distinguent, des Barzoïs par la richesse de leur robe et la longueur de leurs oreilles. Ils sont [dus petits que les Barzoïs et ne dépassent pas 0m,70 an garrot, la tète est moins sèche, ils ont les yeux ronds, les oreilles longues, [dus ou moins couvertes de longs jadis chez le lévrier circassien, de Crimée ou du Tur-
- keslan, comme chez l'épagneul, et de poil ras chez le lévrier dés Kalmouks; ils ont le cou droit et long, le dos presque droit, peu arqué, les côtes très rondes et
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- un peu courtes, la poitrine large, et la croupe avalée mais large, ce qui rend les pieds de derrière écartés; la queue est un peu courte et arquée, les muscles sont très saillants, surtout sur les avant-lmis et les cuisses.
- Le pel âge est constitué par un poil demi-long et soyeux, formant des franges plus ou moins longues en arrière des avant-bras et des cuisses; la queue est aussi plus ou moins velue. Ces lévriers n’ont pas la vitesse, le « jet » des barzoïs, mais ils les surpassent en fond et en résistance à la course; ils ont aussi plus de nez, ce qui leur permet de suivre leur proie même lorsqu’elle est hors de vue.
- La meilleure de ces races, selon M. lvorsch, serait la race circassicnne, qui a la tète plus régulière, bien qu’allongée et étroite au front, et avec la saillie occipitale très prononcée ; les oreilles sont plus pointues, plus fines, couvertes de longs poils ondulés, et la poitrine est plus profonde que chez les autres races asiatiques; les pieds sont secs, très solides, et les allures beaucoup plus vites. Comme chez tous les lévriers asiat iques les couleurs les plus typiques sont : noir, noir et feu, noir et gris, jaune-rouge à masque noir. Le lévrier cireassien vient non seulement des montagnes du Caucase, mais aussi de la Géorgie, de l’Arménie, de l’Anatolie.
- Il est excellent pour la chasse dans les steppes, à cause de sa vitesse et de son fond. On l’a croisé souvent avec le Barzoï afin d’unir la vitesse de l’un à la résistance de l’autre ; c’est ce qui a produit les nombreux mélanges que l’on constate chez le lévrier à poil long et ondulé, mélanges que déplore vivement M. Korsch et qu’il regarde comme ayant, compromis gravement la race des Barzoïs. P.Mégxix.
- Thomas Henry Huxley. —-Dans la séance du 1er juillet, de l’Académie des sciences, M. Marcv a annoncé la mort de M. Huxley, correspondant de la section d’anatomie et de zoologie, et a prononcé une courte oraison funèbre du défunt, un des savants les plus célèbres et les plus estimés de l'autre côté du détroit. Né à Ealiug, près de Londres, le A mai 1825, le célèbre naturaliste venait d’entrer dans sa soixante-dixième année. Fils d’un simple maître d'école dans sa ville natale, il lit ses études à l’üniversité de Londres qui venait à peine d’être fondée (novembre 1850). En 1850, il fut nommé chirurgien de marine et il navigua pendant quatre ans dans les mers du sud à bord du Ratle-Snake, continuant les observations que son maître Darwin avait faites dans les mêmes océans à bord du Beagle en 1851. En 1855, il donna sa démission de la marine et fut nommé professeur à l’Ecole royale des mines qui venait d’être créée.
- Son premier ouvrage fut consacré à l’étude des Hydro-zoaires de l'océan, et son principal ouvrage, dont M. Ma-rey a prononcé le nom, est intitulé de la Place de l'homme dans la nature. 11 fut publié en 1805 et traduit dans toutes les langues. C’est aussi à cette époque qu’il commença la série de lectures publiées qui ont eu le plus grand succès. En 1870, il fut nommé président de l’Association britannique pour le progrès des sciences, devant laquelle if discuta non pas les principes de Darwin, mais
- les expériences de M. Pasteur concluant à la négation de la génération spontanée.
- Huxley possédait à un haut degré l'art de vulgarise]' les résultats les plus abstraits de la science. On lui doit une série considérable de Sermons laïcs, que l’on a pu comparer aux œuvres de Tyndall, mais Huxley était un adversaire beaucoup plus hardi de toute révélation religieuse. C’est un des fondateurs de la théorie à laquelle on a donné en France le nom de Morale indépendante.
- Fin 1870, il fut nommé membre du bureau électif d’éducation pour la ville de Londres, et devint bientôt le secrétaire de celte administration. En 1875, il fut, de plus, nommé secrétaire de la Société royale de Londres, et il exerça ces fonctions jusqu’en 1885, époque de la mort de M. Spottiswoode, président de cette célèbre Société. Il fut alors nommé à ce poste sans équivalent en France, puisque les fonctions de président de l’Académie des sciences sont annuelles et ne peuvent être renouvelées, tandis que celles de président de la Société royale sont à vie. Mais, en 1885, il fut obligé de donner sa démission, ce qui ne s’était pas produit depuis le temps de sir Joseph Banks, le compagnon de Cook. Mais sir Joseph avait été obligé de se retirer parce qu’il avait déplu au roi Georges 111 en défendant les paratonnerres de Franklin, tandis que Huxley ne se démit de cette haute dignité scientifique que pour raison de santé.
- En 1890, il se retira à Eastbournc, où il s’était fait construire une villa sur ses plans. C'est là que la mort est venue l’arracher à ses travaux. Dans ces derniers temps, les recherches scientifiques n’absorbaient pas tous ses instants. Précisément parce qu’il avait pendant longtemps professé des opinions libérales avancées, il se croyait obligé de combattre les conséquences que les partisans de M. Gladstone en avaient tirées. 11 s’était rattaché à la doctrine unioniste, qui triomphe par l’action combinée de M. Chamberlain avec lord Salisbury, tous deux membres du cabinet qui vient d’être installé.
- L’histoire des sciences placera le nom de Huxley à côté de celui de Tyndall et de Charles Vogt. En effet, ces trois hommes célèbres ont professé des doctrines scientifiques et politiques fort analogues. Aucun d’eux n’a cherché à se prévaloir de sa réputation pour acquérir des titres et des dignités. H est assez intéressant de constater que tous trois ont disparu de la scène du monde à peu près au même âge, et dans l’intervalle de quelques mois. W. de F.
- DÉVELOPPEMENT
- DE L’INDUSTRIE SIDÉRURGIQUE
- EX RUSSIE
- La production de la fonte a passé de 447 174 tonnes, en 1881, à 1 159 704 tonnes, en 1895, soit une aug ni en talion de 100 pour 100. Cette industrie a particulièrement progressé dans le sud de la Russie, où les usines situées à proximité des riches gisements de minerai de Krivoïrog son-t abondamment pourvues de combustible minéral. De 295 202 tonnes, en 1880,-la fabrh cation du fer a progressé, en 1895, à 495 058 tonnes, augmentant ainsi de 08,1 pour 100. La production de l'acier s’est accrue de 59,5 pour 100 (488 125 tonnes au lieu de 500 500 tonnes). Pour ce qui est spécialement des rails, la quantité sortie des usines russes n’a progressé que dans mie bien faillie mesure, 20 208 tonnes; mais il y a lieu de noter cette différence essentielle que sur 198 850 tonnes livrées en 1880, 107 070 tonnes avaient été fabriquées avec de la fonte importée, tandis que, des
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- LA NATURE.
- 220 04 4 tonnes produites en 1895, 45 804 tonnes seulement ont été fabriquées avec de la fonte reçue de l’étranger, et que tout le reste, 180 180 tonnes, l'a été par des usines russes avec de la matière première russe. Le minerai de manganèse n’a commencé à être exploité en Russie que deux ans avant le début du dernier règne ; en 1880, le total des quantités extraites ne dépassait pas 9828 tonnes; en 1895, il atteint 248 970 tonnes, ce qui fait une augmentation de 2455 pour 100. Grâce à l’emploi de ce minerai dans la fabrication de l’acier, la demande du manganèse, qui peut encore rendre d’autres services, a progressé avec une grande rapidité et le minerai du Caucase s’est ouvert de riches débouchés à l’étranger1.
- LES NÀNIRES PERDUS EN MER
- PENDANT L’iUVER I)E 1891-1895
- Un sait que l'hiver 1894-95 a été l'un des plus rigoureux du siècle, niais on ne sait peut-être pas aussi bien que le nombre des navires perdus en mer a été très considérable pendant ces grands froids. Dans les mers du nord, il y a eu des pertes importantes des navires qui parcouraient ces régions, sans que l'on sût bien comprendre à quelles causes il fallait attribuer ces fréquents sinistres.
- Engineering, la revue scientifique anglaise bien
- Aspect du navire à vapeur norvégien Erling à son retour à Christiania, le 10 lévrier 1895, après avoir éprouvé pendant huit jours une tempête de neige. (D'après une photographie de M. C. Colditz, de Christiania.)
- connue, penchait pour l’hypothèse d’une énorme accumulation de glace et de neige sur le pont et sur les agrès; cette accumulation pouvait arrivera déplacer le centre de gravité, et, en empêchant au bâtiment de se relever au moment opportun, aurait pu être la cause de sa submersion. Ainsi s'expliquerait la fréquence des naufrages par les fortes gelées. Un de nos lecteurs, M. Eli. Kolder, directeur des glacières à Alger, nous a envoyé une très belle photographie représentant le navire norvégien Erling arrivant à Christiania le 10 février 1895, après huit jours de tempêtes et d’effroyables bourrasques de neige. Cette photographie, que nous reproduisons ci-dessus, semble donner raison à l'hypothèse des masses de neige accumulées sur un navire, et pouvant entraîner son 1 fl’api'ès le Bulletin dv Comité des Forges de France.
- engloutissement à la suite d’une trop forte inclinaison donnée par les vagues. L’état dans lequel se montre le navire à vapeur Erling fait voir que l’avant de l’embarcation semble avoir une énorme surcharge de neige, qui peut assurément être très péri lieuse pendant les tempêtes. L'Erling est arrivé à Christiana, après avoir échappé à tous les périls, mais malheureusement d’autres vaisseaux, parmi ceux qui ont disparu, ont pu être victimes de l’amas et delà surcharge des neiges sur le pont, dans les mats et dans les agrès.
- Nous rappellerons que si l’hiver dernier fut très dur à supporter, le mois de mai a été aussi très rigoureux et qu’il s’est signalé par des chutes de neige abondantes et des abaissements de température considérables. Gaston Tissamher.
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- LA NATURE.
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- LES IACS DU PLATEAU CENTRAL
- DE LA FRANCE
- Do toutes les parties de notre pavs, une des plus intéressantes et des plus curieuses est certainement la région du Plateau Central. Le touriste qui la parcourt est émerveillé des beautés naturelles et des sites sans cesse renouvelés qui se déroulent, continuellement devant ses yeux. Le géologue peut aussi y faire une foule d’observations dos plus intéressantes, et sera toujours dédommagé, par ses découvertes, des longues fatigues de ses excursions.
- A coté des traces de glaciers, dont les moraines
- sont nettement caractérisées, il pourra constater l’existence d’un grand nombre de cratères, qui ont vomi à une époque plus ou moins reculée des matières en fusion, ayant contribué à modifier profondément la nature du sol primitif. De formidables poussées intérieures ont souvent brisé la surface et fait surgir d’immenses monolithes basaltiques, offrant parfois les aspects les plus bizarres.
- Sur les confins de notre Lozère, c’est-à-dire sur les derniers contreforts du Plateau Central, on peut remarquer quelques-unes de ces éruptions, qui se rattachent incontestablement aux anciens volcans d'Auvergne, d’où elles dérivent.
- A travers nos montagnes abruptes et désolées,
- Vue du lac Pavin, eu Auvergne. (D'a
- traversées depuis peu par une de nos lignes de chemin de fer des plus accidentées1, il existe, dans l’intérieur des gneiss et des granits, quelques-unes de ces poussées basaltiques des plus caractéristiques. Nous ne cessons jamais, dans nos promenades géologiques avec nos élèves, de leur faire remarquer les diversités de terrains, et surtout les modifications apportées dans certains d’entre eux, par les dépôts successifs de matières éruptives.
- Souvent, la partie superficielle rompue a produit une excavation dans l’intérieur de laquelle les eaux se sont petit à petit, accumulées pour former des lacs.
- A moins de rares exceptions, les lacs du Plateau Central proviennent d’éruptions volcaniques, et sont
- après une photographie de l'auteur.)
- à peu près tous situés dans le basalte. Leur formation peut se rapporter à deux ou trois systèmes différents. Pour les uns, qui auraient l’origine la plus curieuse, il s’agirait, au dire de certains géologues, d'une immense bulle gazeuse ayant trouvé issue à travers une fissure du sol et dont la disparition aurait, déterminé l’effondrement de la surface. Les lacs de Bouchet et de Limagne auraient été formés de cette façon. D’autres proviendraient de l'in-llammation de gaz dont l’explosion, comparable à un véritable coup de mine, aurait fait jaillir des matériaux un peu dans toutes les directions, en les projetant quelquefois très loin. La puissance explosive aurait donc déterminé des cavités cratériformes, aujourd’hui entièrement remplies par les eaux provenant des sources voisines. Ce sont de véritables
- * Ligne du Midi, de Béziers à Neussargues.
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- LA NATURE.
- cratères d'explosion, connus en géologie sous le nom de cratères-lacs. Ainsi ont pris naissance le gouffre ou gour de Tazanat, et une des plus jolies pièces d’eau de l’Auvergne dont nous reparlerons plus loin, le remarquable lac Pavin. Un peut encore attribuer le même mode de formation aux lacs de Montei-neyre et de la l’aye.
- Quelquefois, le sol boursouflé repose sur des cônes de cendre qui n’offrent par eux-mêmes aucune assise solide. Par suite de la compression il finit par s’écrouler, en creusant des abîmes. Telle est l’origine du fameux trou du Soucy, exploré depuis peu et situé vers l’extrémité sud-ouest du département du Puy-de-Dênne. Enlin, en dernier lieu, des amoncellements de matières incandescentes, soulevées par une forte pression intérieure, ont produit des barrages qui ont parfois intercepté le cours des eaux d’une vallée. Tel serait le cas des lacs de Chambon et d’Aydat.
- Nos lacs de Lozère ont une origine à peu près identique. Ils sont au nombre de quatre : les lacs de Bord, Soubeyrols, Salhens et Saint-Andéol. Situés sur les confins du département, ils avoisinent le petit village d’Aubrac, célèbre par son ancienne abbaye dont les ruines et les vestiges font encore aujourd’hui l’admiration de tous les touristes. Ils ont donné lieu à de savantes recherches archéologiques de la part du regretté docteur Premières. Le plus grand et le plus légendaire de tous est le lac de Saint-Andéol. Il a été pendant de longs siècles l’objet de curieuses superstitions. Les montagnards, qui, dans cette partie reculée de la France, ont conservé des mœurs primitives, avaient pour lui une vénération toute particulière. Chaque année, le deuxième dimanche de juillet, ils se rendaient en foule sur ses rives pour célébrer la fête du lac. Les personnes malades se baignaient dans ses eaux et y jetaient leurs vêtements, ainsi qu’un certain nombre d’offrandes consistant en : pièces d’étoffe, pièces de monnaie, toisons de laine, fromage1, pain, etc. Le temps et le progrès ont eu raison de ces singulières coutumes ; actuellement, le lac de Saint-Andéol n’a plus comme visiteurs que les nombreux touristes qui parcourent la région.
- Il est regrettable que les recherches du docteur Prunièrcs n’aient pas été poursuivies; car le fond du lac renferme, très vraisemblablement, des vestiges du plus haut intérêt.
- Quittons la Lozère, pour pénétrer dans le cœur de l’Auvergne, c’est-à-dire dans la véritable région des lacs. Arrêtons-nous avec nos lecteurs, autour de cette charmante petite cité de Besse, dont les remparts en ruines et les vieilles maisons sont encore si pleins de souvenirs historiques.
- On reconnaît tout d’abord un terrain tourmenté par dos éruptions successives, où la couche superficielle, entr’ouverte, laisse parfois jaillir d'immenses pitons basaltiques. Les détritus volcaniques qui recouvrent la surface sur une assez grande étendue, donnent à ces terrains une fertilité toute particulière.
- L’herbe v pousse avec une facilité remarquable, et de grasses et verdoyantes prairies permettent d’élever chaque année un nombre considérable de bêtes à cornes, qui viennent à un moment donné peupler les foires et les marchés des environs.
- A une faible distance de Besse, se trouve le lac Pavin, qui est un des plus caractéristiques de l’Auvergne, et le seul du reste sur lequel nous nous arrêterons. Le lac Pavin occupe un véritable cratère d’explosion, et se présente, comme on peut en juger d’après la gravure ci-contre, sous forme d’un cirque presque parfait. II peut avoir de 700 à 800 mètres de rayon, et est protégé de toutes parts par un remblai de 50 à 00 mètres de hauteur, dont les parois, à peu près régulièrement inclinées sur le lac, sont entièrement plantées de sapins, de mélèzes et de hêtres. De place en place, on peut voir quelques pierres basaltiques qui émergent à la surface. Cependant, l’harmonie et la régularité de cette ceinture sont rompues à un moment donné par d’immenses blocs de basaltes, qui viennent fièrement dresser leurs tètes à plus de 30 mètres de hauteur au-dessus du niveau des eaux du lac. Le lac Pavin est à une altitude moyenne de 1200 mètres (1197 mètres). Il est alimenté par une forte source visible, et vraisemblablement aussi par quelques-uns de ces cours d’eau souterrains si communs dans la région. Le trop-plein s’en échappe avec un débit de 1000 à 1500 litres à la minute, par une légère échancure, taillée naturellement dans le basalte, pour se déverser d’abord dans le ruisseau de la Couze qui lui-même va se jeter dans l’Ailier. Le fond du lac a la forme d’ùn entonnoir, dont la profondeur, réduite à néant sur les bords, va continuellement en s'accentuant à mesure que l’on s'en éloigne pour acquérir son maximum vers le centre.
- Autrefois, le lac Pavin était réputé comme insondable. En réalité, c’est un des lacs les plus creux de l’Auvergne ; mais néanmoins nous sommes aujourd’hui fixés sur sa profondeur exacte, qui est de 91 mètres dans la partie centrale. Ses eaux sont bleues, et peuvent être comparables, pour leur pureté, aux eaux des lacs de Suisse. Par certains temps sombres cependant, elles prennent une teinte grisâtre qui leur donne un aspect sinistre.
- Le lac Pavin est resté pendant très longtemps un lieu de terreurs pour tous les montagnards. Il aurait autrefois englouti une ville entière, et aurait été ensuite la cause de nombreux désastres survenus à diverses époques dans la contrée. Il suffisait de jeter une pierre dans ses eaux pour voir s’en échapper d’immenses nuages précurseurs de la tempête. Malheur alors à l’imprudent qui aurait osé s’y aventurer en barque dans un pareil moment!
- Aujourd’hui, ces croyances sont complètement disparues, et le lac Pavin, ainsi que tous les autres lacs de l’Auvergne, n’est plus considéré que comme un immense réservoir à truites.
- D’une façon générale, tous les lacs du Plateau Central contiennent une certaine quantité de pois-
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- sons; mais beaucoup d’entre eux pourraient être exploités d’une façon plus avantageuse. Dans plusieurs cas on a fait des essais de Salmonidés, qui ont généralement assez bien réussi et donné même parfois de réels bénéfices.
- Malheureusement le repeuplement est trop souvent négligé, et il est regrettable de voir abandonner ainsi d’immenses viviers qui pourraient être une véritable source de profits pour les localités et les propriétaires à qui ils appartiennent.
- Albert Yilcoq,
- .Professeur d’agriculture de l'arrondissement de Marvejols (Lozère).
- RECHERCHES THERMO-ÉLECTRIQUES
- MM. James Dewar et J. À. Fleming ont entrepris un travail considérable et des plus importants dont la première partie seulement est publiée dans le Philosophical Magazine de juillet 1895. Mettant à profit les ressources uniques dont dispose la Royal Institution, et qui permettent d’obtenir des températures qui ont atteint jusqu’à — 205° G, MM. Dewar et Fleming ont commencé de déterminer les pouvoirs thermo-électriques des métaux et alliages entre + 100° C et — 200° C. La première partie de ce travail donne les valeurs des forces thermo-électromotrices trouvées en constituant un couple thermo-électrique formé de plomb et de l’un des métaux ou alliages suivants : platine, or, palladium, argent, cuivre, zinc, cadmium, magnésium, étain, fer, nickel, fil de piano en acier, acier au manganèse d’IIadfield, manganine, maillechort, pla-tinoïde, bismuth pur, bismuth commercial, antimoine, aluminium et filament de charbon de lampes à incandescence. Les résultats obtenus sont donnés sous forme de tableaux et de graphique en portant en abscisses les températures, — l’une des soudures étant maintenue à 0° G, — et en ordonnées les forces thermo-électromotrices correspondantes. Ce sont les paraboles ou courbes paraboliques de Gaugain. Les auteurs se proposent d’utiliser ce? résultats à la construction des diagrammes de Tait, qui donnent directement la valeur des forces thermo-électromotrices quelconques de deux métaux ou alliages quelconques dont les soudures sont portées à deux températures quelconques, et se prêtent mieux à la discussion. Nous attendons avec une certaine impatience la seconde partie du travail de MM. Dewar et Fleming, travail dont on ne saurait trop apprécier l'importance au point de vue des progrès futurs de la thermo-électricité. E. 11.
- DÉSINFECTION PAR LE FORMOL
- (aldéhyde formique)
- On entend par désinfection la stérilisation des germes les plus virulents qui peuplent soit un local où a été soignée une personne atteinte de maladie contagieuse, soit les objets tels que le linge, vêtements, livres des bibliothèques publiques, etc. On désigne aussi par ce mot dans le langage courant l’opération qui permet d’enlever la mauvaise odeur produite par des matières en décomposition.
- Le Conseil d’hygiène de la ville de Paris prescrit des mesures très sévères concernant la désinfection des locaux où ont été constatés des cas de maladies contagieuses; mais les moyens employés pour par-
- venir à ce résultat sont-ils toujours bien efficaces? 11 est permis d’en douter et la pulvérisation d’une solution de sublimé par les agents de la Préfecture de police nous parait plutôt destinée à produire un effet moral. 11 est certain qu’une désinfection totale n’est pas chose facile dans des locaux qui, le plus souvent, ne peuvent cesser d’être habités, même momentanément ; aussi, à défaut de procédés plus énergiques, faut-il se contenter de celui-là. On a des moyens plus sûrs à appliquer dans les salles d’hôpitaux, les casernes, les écoles et tous les lieux qui peuvent être évacués pendant quelques jours. Le procédé à l’acide sulfureux notamment semble donner de bons résultats, mais il présente un certain nombre d’inconvénients ; aussi n’a-t-on cessé de chercher des moyens plus pratiques. L’aldéhyde formique ou formaldéhyde, plus connue sous le nom de formol ou formaline, semble donner comme désinfectant d’excellents résultats. Dès l’année 1888 on a signalé ses propriétés remarquables sous ce rapport, et il a été étudié à ce point de vue par un assez grand nombre de savants ; aujourd’hui son emploi semble sur le point de se généraliser. 11 est probable que son action désinfectante est due à la propriété qu’il a de durcir les substances azotées. Une expérience facile à répéter, et très intéressante, surtout pour toute personne s’occupant de photographie, rend frappante cette action sur la gélatine. On sait qu’un cliché photographique, lorsqu’il est mouillé, au sortir des bains de lavage, fond avec une très grande facilité à la chaleur; un tel cliché exposé au soleil pendant l’été est en quelques minutes détruit. Pour éviter cela il suffit de le passer dans un bain contenant des traces de formol; on peut ensuite le mettre dans l’eau bouillante, l’exposer au soleil ou au feu le plus ardent, la gélatine ne fondra plus. 11 est à supposer que l’action antiseptique est due à une fixation analogue des spores des bactéries.
- La solution commerciale de formol est généralement à 40 pour 100; elle émet des vapeurs qui provoquent le larmoiement, mais ne sont pas dangereuses respirées en petite quantité. On a fait des essais comparatifs entre la puissance antiseptique de ce corps et celle du sublimé ou hichlorure de mercure.
- Dans la proportion de un trente-millième le formol a sensiblement retardé la fermentation de bouillons de culture maintenus à une température de 50°, tandis qu’avec le sublimé elle avait lieu au bout du second jour. Une solution de formol du commerce à 10 pour 100, placée sous une cloche d’une contenance de 10 litres environ, émet assez de vapeur pour permettre de conserver très longtemps des bouillons ensemencés ; M. le docteur Miquel a indiqué un moyen basé sur ce principe pour désinfecter les livres dans les bibliothèques publiques. Pour faciliter l’évaporation, il propose d’imprégner une toile avec la solution de formol et de la placer au fond d’une boîte dans laquelle on laisserait séjourner les livres vingt-quatre heures avant de les remettre en circulation.
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- Les vapeurs qui se dégagent à la température ordinaire sont suffisantes pour la désinfection d’objets placés dans des espaces restreints et qui seraient abîmés par d’autres procédés tels que la vapeur surchauffée ou l’acide sulfureux ; mais lorsqu’il s’agit d’opérer sur des milieux plus vastes, cette action serait tout à fait insuffisante. Il faut avoir recours dans ce cas à l'aldéhyde à l’état gazeux, ce qui est du reste très simple. La fabrication repose en effet sur l’oxydation de l’alcool méthylique au contact du platine. On a imaginé des lampes dans lesquelles on fait en petit cette fabrication ; MM. Cambier et Brochet, M. Trillat, ont construit des appareils basés sur ce principe et qui suffisent dans bien des cas. M. le docteur Bardet, qui a fait une étude très complète sur ce sujet et en a publié les résxdtats dans 1 cBullelin yénérul de thérapeutique, estime cependant que lorsqu’il s’agit d’opérer dans un milieu un peu vaste, ou dans un appartement, ces petits appareils ne sont pas suffisants ; il a fait des expériences très sérieuses au moyen d’un nouvel appareil imaginé par M. Trillat et qui sous un volume assez restreint peut donner de véritables torrents de formol à l’état gazeux.
- 11 se’ compose d’un récipient en cuivre M de 8 à 10 litres de capacité plongeant dans un bain-marie E chauffé par une couronne de gaz G ; un thermomètre T, un niveau d’eau et un régulateur B complètent l'appareil de chauffage. Le récipient de cuivre est garni à sa partie supérieure A de dix tubes de cuivre d’environ un centimètre de diamètre présentant un orifice capillaire. Sur chaque tube glisse à frottement doux un manchon de cuivré contenant la substance oxydante. Le détail de cette construction est représenté à la partie supérieure de notre dessin. On voit le tube de cuivre et son ouverture capillaire o ; le manchon A contient une toile métallique ce (en cuivre) contenant a son intérieur une lame très mince p en platine pour amorcer la réaction ; l’arrivée de l’air est réglée par une vanne B qu’on manœuvre avec la molette G comme dans les becs Bunsen.
- Pour faire fonctionner l’appareil on met dans le récipient M de l’alcool méthylique de façon à le remplir aux trois quarts. On chauffe .à environ 75°; les vapeurs d’alcool sortent par les orifices capillaires sous forme de jet conique qui en-
- traîne l’air venant par l’orifice B et arrive sur les matières oxydantes. On présente une allumette au-dessus de chaque régulateur B légèrement ouvert, une flamme se produit ; mais, si on ouvre le régulateur en plein, cette flamme s’éteint. On peut constater alors que l’entraînement continuant, le fil de platine reste incandescent ainsi qu’une partie de la toile métallique. Cette incandescence est due à l’oxydation des vapeurs d’alcool méthylique qui produisent le formol. L’appareil continue donc à fonctionner tant qu’il y a de l’alcool dans le récipient.
- Il résulte des expériences faites par M. le docteur Bardet dans des locaux diversement disposés, tels que des habitations de plain-pied ou à plusieurs étages, qu’avec une durée moyenne de fonctionnement
- pendant six heures, et une consommation de 4 à 5 litres d’alcool, la désinfection d’espaces de deux ou trois cent mètres cubes est assurée.
- Les vapeurs d’aldéhyde formique ne détériorent aucun des objets habituels de l’habitation ; les étoffes, les bois, les métaux peuvent subir impunément son action. Après le fonctionnement de l’appareil pendant six heures on peut pénétrer dans l’appartement et ouvrir les fenêtres ; en quelques minutes l’air devient respirable. L’odeur de l’aldéhyde formique est très pénétrante, les murs, les parquets, les literies en sont imprégnés, et, si on refermait trop tôt les fenêtres, l’atmosphère ne serait plus respirable; il faut environ vingt-quatre heures pour que toute odeur disparaisse ; mais on pourrait sans inconvénient rester dans une pièce qui n’aurait été aérée que six heures, car les vapeurs de formol ne sont dangereuses que si on les respire longtemps et en quantité assez considérable.
- En résumé, d’après le travail de M. le docteur Bardet, nous nous trouvons en possession d’un produit d’un emploi très pratique au point de vue de l’hygiène ; les vapeurs de formol produites en grande quantité assurent la désinfection absolue en un temps relativement court et sans causer de détérioration au mobilier. On peut conclure en outre des travaux et des expériences faites par des savants autorisés que le formol est un agent thérapeutique des plus intéressants et qu’il rendra avant peu de très grands services en médecine et même dans l’industrie.
- G. Mareschal.
- Appareil pour la désinfection au formol.
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- LES ATTITUDES DE REPOS DANS L’ART SINO-JAPONAIS
- Fig. 1. — Civa, principe destructeur de la nature, statue hindoue (Musée Guimet).
- Fig. 3. — Divinité cambodgienne, Boudlia (Musée du Louvre).
- Tandis que d’une manière générale, pour se reposer, les Européens s’assoient et les nègres et les sauvages s’accroupissent, les peuples d’Extrême-Orient usent d’attitudes différentes que nous retrouvons exprimées dans leurs œuvres.
- Fig. 2. — Ganésa, dieu de la sagesse, statue hindoue (Musée Guimet).
- Fig. 4. — Boudlia enfant, statue chinoise (Musée du Louvre).
- Ils connaissent pourtant les attitudes assise et accroupie. Mais cette dernière est considérée par les Chinois, les Hindous, les Siamois et les Malais, comme malséante, et ils la laissent aux gens de caste inférieure. Ceux-ci d’ailleurs la prennent avec une grande
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- aisance. Non seulement ils peuvent ainsi reposer, mais encore dormir, comme je l’ai vu aux Indes. Les Chinois regardent la posture accroupie comme incorrecte, ils ne la tolèrent que chez les vieillards, car ils n’osent les critiquer. Pour les Mandchous, elle constitue une impolitesse. Aux Indes, elle est pratiquée par les Parias et gens de castes infimes; àu Japon, seulement par les coureurs et les porteurs; en Indo-Chinc et en Malaisie, par les gens de basse caste et de la campagne. C’est d’ailleurs le mode de reposer des sauvages aborigènes, des vaincus. Les Djakous de la péninsule malaise, les Orangs-Rattaks de Sumatra, s'accroupissent, les genoux montant à la hauteur du menton, les pieds portés en dehors. Parfois même, pour augmenter leur base de sustentation, ils abaissent le bras et prennent point d’appui sur le sol avec le dos de la main, ce qui leur donne un aspect simien1.
- Pour se reposer, Indous et faces jaunes s’assoient à terre, et croisent les jambes à la manière de nos tailleurs, ou encore ont une" jambe accroupie, l’autre posée à plat à la turque. Les articulations des membres sont extrêmement lâches, d’où une variété infinie dans la pose, à peine comparable aux multiples façons dont nous plaçons nos jambes, une fois assis (étendues, croisées, écartées, etc.). Ainsi les Japonais, d’après le docteur Michaut, croisent leurs jambes sous eux d'une façon bien spéciale. Les deux pieds réunis, pliés en extension forcée, touchent le sol par leur bord externe et forment une sorte de petit banc sur lequel le Japonais pose le bassin. Et l’auteur ajoute avec raison : « Un Japonais possède un véritable pied de polichinelle, d’une mobilité extraordinaire, pouvant exécuter des mouvements de torsion et d’extension forcées. » Les Aïnos des îles Yéso, vaincus par le Japon, ont conservé une attitude un peu différente : l’artiste japonais les représente assis à la turque, les jambes pliées, les pieds croisés en avant, comme les musulmans, et non cachés en arrière comme les Japonais.
- Les Siamois, comme les Japonais, cachent la plante des pieds. C’est même pour eux une impolitesse de la laisser voir. On habitue les enfants à cet usage dès l’àge le plus tendre. Parfois enfin les Chinois, assis à la turque, placent une jambe parallèle au-dessus de l’autre comme nous avons pu le voir sur un bronze représentant un travailleur au repos, posture que nous retrouverons dans la représentation des dieux.
- Les femmes jaunes ne reposent pas comme les hommes : l’attitude agenouillée est favorite, non seulement dans la classe moyenne, mais même dans les basses castes, dans les races vaincues et chez les Aïnos. Quand la Siamoise fait une visite, elle commence par s’agenouiller ; après quelques minutes, elle jette ses pieds sur le côté, se portant soit à droite, soit à gauche, variant de côté suivant la fatigue.
- Les races jaune et hindoue sont civilisées et indus-
- 1 Ces recherches ont été faites clans les musées de Paris et sur les photographies des voyageurs conservées à la Société de géographie de Paris.
- trieuses. Aussi connaissent-elles l’emploi do la chaise et du banc. Mais la chaise est honorifique, réservée aux riches et aux puissants. En Malaisie, seuls les rajahs et les maîtres prennent l’habitude de s’asseoir. En Chine, bien que la chaise soit mieux connue, elle n’est guère employée que par les mandarins et les riches, et ils ne savent pas s’en servir comme nous. Au lieu de s’asseoir carrément les jambes tombantes, ils se rappellent leur ancienne position favorite, jambes croisées en tailleur, et ramènent sur le siège une jambe qu’ils posent à plat sur le bord, l’autre pendant à terre; ou encore relèvent leurs deux jambes, tenant l’une accroupie, posant l’autre à plat. Même coutume au Japon, en Indo-Chiné et aux Indes. Attitude qui s’explique par le manque de pratique qu’ils ont de la chaise, car les Persans qui s’agenouillent font de même quand ils emploient un siège, et les Babyloniens, pendant la domination grecque, n’étaient pas moins embarrassés devant une chaise : de petites statuettes en terre cuite de cette époque, conservées au Louvre, nous montrent les personnages assis, une jambe pendante, l’autre posée à plat sur le bord de la chaise. Ces explications données, on saisira immédiatement la raison des attitudes variées des statues sino-japo-naises et hindoues.
- Les dieux brahmaniques ne sont pas assis, mais jamais accroupis non plus. Us reposent comme reposaient les riches et les puissants à l’époque où l’artiste a exécuté leurs statues. Krishna, le dieu de la guerre, s’assied à la turque, un pied se croisant au-dessus de l’autre. Ganesa, le dieu de la sagesse, à trompe d’éléphant, a les jambes épaisses et courtes, aussi les plantes des pieds, larges comme celles de l’éléphant, se regardent sans venir en contact . D’autres fois, les dieux s’asseoient, mais ils ont toujours une jambe reposant à plat sur leur siège: tels Civa(fig. I), Vishnou et Ganesa lui-même (fig. 2).
- La même coutume s'observe chez le Boudha chinois, japonais ou indo-chinois. Lui non plus ne s’assied pas comme ferait un blanc, mais les jambes se croisent et l’une d’elles vient reposer sur l’autre. Ainsi est-il représenté sur son lotus. Le pied est très étendu et souvent le dieu arrive à le poser face plantaire en haut sur le prolongement de la jambe. Cette variante qui existe en Chine s’observe au maximum chez les Boudhas du Cambodge (fig. 5) ; la jambe droite vient alors s’étendre parallèlement au-dessus et sur toute la longueur de la jambe gauche, le pied regardant en haut. C’est là une attitude pieuse, et, au Siam, les bonzes s’exercent à tourner la plante des pieds en l’air pour ressembler à Boudha. Les autres positions énumérées plus haut (une jambe relevée, l’autre pendante etc.) se trouvent également chez les personnages secondaires, saints et héros, et les musées Guimet et du Louvre nous en offrent de nombreux exemples (fig. 4).
- L’artiste a donc représenté ses dieux et ses héros non seulement à l’image, mais encore dans l’attitude de la race qui les adore. De même les nègres
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- sculptent souvent, leurs fétiches accroupis. Je dis souvent et non toujours, car sitôt que le chef ou la caste nohlc prend un mode de se reposer différent de celui du peuple, les dieux sont faits à l’image du chef. Si celui-ci a un tabouret bas comme chez les nègres, la divinité sera représentée sur un tabouret bas.
- En Grèce, les divinités pouvaient trôner comme les chefs; en Orient, elles se reposeront à la mode asiatique. La position accroupie ou agenouillée comporte une idée d’infériorité. Aussi sur les milliers de statues de divinités brahmiques ou boudhiques des musées de Paris, pas une n’offre cette attitude. L’artiste croirait faire tort à son dieu en lui donnant l’aspect des faibles, il en fait un puissant, il le revêt de la parure du riche et le fait asseoir comme lui.
- Ces attitudes, qui nous semblent bizarres, contribuent justement à donner à l’art oriental un aspect nouveau à nos yeux. Pourtant, ici comme ailleurs, l’artiste n'a fait que s’inspirer de son milieu.
- Il1 P. Régnault.
- UNE SERINGUE ASEPTIQUE
- Les merveilleux résultats obtenus depuis quelques années dans la pratique chirurgicale sont dus en grande partie à l’emploi des méthodes antiseptiques. Etre propre, avoir des instruments d’une asepsie rigoureuse, se défendre, avant, pendant et après l’opération, contre toute invasion septique, constituent les règles fondamentales dont on ne doit jamais se départir. Grâce à ces moyens, aujourd’hui de notion courante, la chirurgie a pu tenter des opérations qui, il y a vingt ans, eussent été infailliblement suivies de mort. Cette asepsie ne doit pas être l’apanage exclusif des chirurgiens; toute petite plaie, tout traumatisme, le moindre bobo demandent, pour gué-
- Seringuc aseptique.
- rir vite et bien, d’être traités avec les mêmes précautions. Les lavages d’une plaie, d’une oreille qui suppure, les irrigations demandent à être pratiqués avec un soin aussi méticuleux qu’un grand pansement. Aussi doit-on bannir les seringues en verre où le piston est enveloppé de coton et les autres appareils du même genre, où le piston en cuir graissé est ou devient le réceptacle d’une foule de microbes. Par ce temps de sérothérapie, où l’introduction de l’agent médicamenteux, du sérum, se fait par injection sous-cutanée, il importe d’avoir une seringue dont toutes les parties puissent être soigneusement stérilisées. Les appareils des professeurs Hebove, Straus, étaient, à ce point de vue, très remarquables. M. Mathieu, fabricant d’instruments, a réalisé encore mieux et la seringue qui a été présentée à l’Académie de médecine comme seringue aseptique, est tout à fait digne de ce nom. Le piston, la pai’tie la plus difficile à stériliser, est fait au moyen d’ivoire décalcifié par un procédé particulier, et rendu ainsi tout à fait mou, comme un collier de gélatine. Sa souplesse, sa mollesse le rendent onctueux sans l’addition d’aucun corps gras; sous l’influence de la
- sécheresse, c’est-à-dire quand on ne s’est pas servi de l’instrument depuis quelques heures, le piston se rétracte, joue dans le cylindre de verre et ne reprend sa forme, son volume primitifs, qu’après avoir baigné dans l’eau bouillante. On ne peut donc s’en servir qu’après l’avoir passé à l’ébullition, par conséquent stérilisé : la seringue ne peut servir si elle n’a pas subi cette stérilisation. On n’a pour cela qu’à la plonger telle quelle dans l’eau froide et la porter à 100 degrés. Si nous ajoutons que l’eau boriquée et les autres liquides médicamenteux ne l’allèrent en rien, nous aurons prouvé que cet appareil réalise bien tous les desiderata voulus pour l’asepsie.
- l)r A. Cartaz.
- ÉTUDE DES EFFETS DE L’HUILE
- SUR LES MOUVEMENTS DE LA SURFACE DE i/EAU
- M. Ritter a fait récemment, à la Société météorologique de France, l’analyse sommaire de scs études sur l’influence que des traces de certaines substances exercent sur les mouvements et sur les aspects de la surface de l’eau. Deux phénomènes ont servi de points de départ à ses recherches : le premier, celui de l’huile qui, projetée en quantité minime sur une mer agitée, suffit pour y produire un calme relatif et empêcher notamment les vagues de se transformer en brisants dangereux. L’autre phénomène consiste en ce que, au simple contact d’une aiguille frottée d’huile, il y a changement immédiat du profil des veines d’eau capillaires de forme anneiée et disparition des vibrations que ces veines déterminent à la surface des nappes d’eau qu’elles rencontrent. Dans ces deux cas, le phénomène ne peut être attribué qu’à la présence de la lame extrêmement mince en laquelle une gouttelette d’huile se transforme dès qu’elle arrive au contact de l’eau qu’elle recouvre instantanément.
- Or, ces mêmes effets s’observent, d’après M. Ritter, si, au lieu d’huile, on projette sur l’eau diverses essences, de l’eau de savon, de l’alcool, de la salive, etc., les liquides, en un mot, doués, comme l’huile, d’une tension capillaire moindre que celle de l’eau et qui s’étendent comme elle en lame que M. Ritter désigne sous le nom à'épilamen. Ces épilamens sont engendrés d’ailleurs également par certaines poussières, telles que les farines, la poudre de pyrèthre, qui agissent sur l’eau par leurs principes solubles.
- C’est à leur faible épaisseur que les épilamens doivent des propriétés mécaniques tout à fait remarquables, et dont M. Ritter cherche l’explication dans la tension capillaire de la surface des liquides, dans la cohésion spéciale de leur zone épidermique et dans les frottements qui en résultent tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des épilamens. A ces propriétés, les épilamens doivent de résister à l’extension, à la déformation, et de ralentir de la sorte les vitesses en même temps qu’ils entravent tous les mouvements, oscillations et ondulations de l’eau elle-même à laquelle ils sont superposés et adhérents.
- En s’appuyant sur ces considérations, M. Ritter explique non seulement l’effet de l’huile sur la mer, mais, en général, toutes les différences que, selon que leur surface est exempte ou, au contraire, souillée de traces de liquides ou de poussières susceptibles d’engendrer des épilamens, les nappes d’eau présentent dans leurs mouvements, comme dans leur aspect, lorsqu'elles reçoivent les chocs des gouttes de pluie ou qu’elles sont entraînées par des courants ou lorsqu’elles sont soulevées par le vent.
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- LE I'OTAGER DE VERSAILLES
- ET
- L’ÉCOLE NATIONALE D’HORTICULTURE
- Le mot « Potager de Versailles » est historiquement inséparable du nom de La Quintinie, le glorieux créateur de ce jardin fameux.
- Né en 1(P26, à Chabanais (Charente), Jean de La Quintinie fit «à Poitiers d’excellentes études après lesquelles il vint à Paris où il exerça d’abord la profession d’avocat. Son goût prononcé pour l’agronomie ne devait pas tarder à lui faire abandonner le barreau; entraîné hors du prétoire par une vocation irrésistible, iljeta la toge aux orties et se fît jardi-niste, comme on \ disait alors. Son renom fut bientôt retentissant aussi bien à l’étranger qu’en France, où Louis XIV créa pour lui la charge d’intendant général des jardins fruitiers et potagers de toutes les maisons royales.
- Quand il fut question de faire le « Potager », l’architecte Man-sart choisit, à cet effet, un endroit dont le site fût en harmonie avec le décor général des jardins et du parc de Versailles, mais il eut le tort de ne se préoccuper nullement de l’exposition ni de la nature du sol de l’emplacement à affecter à la culture des légumes et des fruits. Il avait construit l'Orangerie au sud du Palais et, en avant de cet étonnant édifice, un régiment suisse avait creusé le lac qui porte encore aujourd’hui le nom de « Pièce d’eau des Suisses ». Ce sont les terres d’extraction provenant de ces travaux d’agrément qui servirent à former le sol du Potager dont on avait conçu le projet. Or ces terres étaient détestables. « Elles sont, disait La Quintinie, de la nature de celles qu'on voudrait ne trouver nulle part et que nous n’y aurions pas, s’il avait été facile d’en faire porter de meilleures. La nécessité de faire un potager dans une situation commode pour les promenades et la satis-
- faction du Roy a déterminé l’endroit où est le Potager; et la difficulté de trouver d’excellentes terres dans le voisinage a été cause qu’on s’est contenté d’y en avoir de passablement bonnes.
- « Ce Potager est dans un endroit où était un grand étang fort profond ; il a fallu remplir la place de cet étang pour lui donner même une superficie plus haute que celle du terrain d’alentour; autrement, étant un marais et l’égout des montagnes voisines, il n’aurait jamais réussi pour l’usage auquel il était destiné. On a eu la facilité de remplir cet étang par le moyen des sables qu’on avait à sortir
- pour faire la pièce d’eau voisine ; aussi y en a-t-on fait porter jusqu’à dix et douze pieds de profondeur partout. Mais, pour avoir des terres qui fussent propres à mettre au-dessus de ces sables et les avoir promptement, on a donc été obligé de prendre de celles qui é t aie n 11e s plus proches, c’est-à-dire de la montagne de Sa-tory. »
- La Quintinie eut raison de toutes les difficultés que lui opposait cette situation et la gloire de créer dans un sol ingrat le plus beau potager qui fût alors au monde. Les ingénieux procédés à l’emploi desquels il eut recours sont exposés en tous détails en son ouvrage didactique intitulé Instruction pour les jardins fruitiers et potagers. C'est un livre plein d’intérêt et, qui plus est, d’une lecture singulièrement attrayante. L’auteur y règle avec soin « tout ce qui est à faire tant pour choisir sagement que pour proportionner et placer en toutes sortes de jardins les meilleures espèces d’arbres, soit de haute tige, soit en buisson, soit en espalier ». Il se complaît à parler de l’humeur bienveillante qu’inspire le jardinage à ceux qui s’y adonnent et cite, à ce propos,un passage des Économiques de Xénophon où il est dit que l’agriculture est un art vraiment noble lait pour donner de la noblesse aux gens qui le
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- Nord
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- Fifç. 1. — Plan d'ensemble de l’École nationale d'horticulture installée, en 187-i, au « Potager » de Versailles. — 1. Bâtiments de l'École. — 2. Grande serre tempérée. —
- 5. Serres à ananas. — 1. Petites serres tempérées. — 4 bis. Plates-bandes de Chamæ-rops excelsa et de plantes d’ornement. — 5. Pelouse et station météorologique. —-
- 6. Iîàcbes à fraisiers. — 7. Serres à vignes. — 8. Serres à pêchers. —- 9. 8erres à multiplication et à sevrage. — 10. Culture de primeurs. — 11. Serre chaude. — 12. Jardin d’hiver. — 13. Bâches à melons. — 11. Culture d'asperges. — 15. Fraisiers en plein air. — 16. Arbres fruitiers en contre-espaliers. — 17. Culture potagère. — 18. Parterre à la française. — 19. Châssis d’élevage. — 20. Contre-espaliers doubles pour école d'arbres fruitiers. — 21. Pépinières d’arbres fruitiers et de rosiers.— 22. Plantes aquatiques. — 23. Arbres fruitiers en pyramide. — 21. Plantes vivaces et annuelles. — 25. Collection de végétaux ligneux d'ornement de plein air. — 26. Collection de conifères. — 27. École de botanique. — 28. Arbres fruitiers soumis à diverses formes. — 29. Collections de rosiers et de plantes de terre de bruyère. — 30. Spécimen de pépinière de végétaux d’ornement. — 31. Dépôt de terres, terreaux, fumiers, etc.— 32. Statue de La Quintinie.
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- pratiquent. « Aussi, poursuit Xénophon, les agriculteurs sont-ils d’ordinaire enchantés de ce que tout le monde puisse voir leur œuvre. Leur arrive-t-il de faire une belle trouvaille, leur plus grande joie est d’exposer à qui les veut connaître les moyens qu’ils ont employés pour réussir. Cet esprit de bonne confraternité est bien l’antithèse de celui des autres corps d’état qui font mystère de toutes choses et gardent pour eux seuls les connaissances qu'ils ont acquises dans leur art. »
- Commencés en 1678, les travaux d’établissement du Potager ne furent terminés qu’en 1683, avec ceux de la construction des murs, bassins, serres et bâtiments; la dépense s'éleva, dit-on, au chiffre de 1 170 983 livres.
- L’enclos organisé par La Quintinie comprenait vingt-neuf jardins séparés par des murs tracés en divers sens et offrant, par conséquent, des expositions diverses.
- En parcourant les lieux on est surtout frappé de l’idée—très heureuse — qu’eut l’organisateur d’entourer les grands carrés du milieu de plateformes en terrasse dont les murs protègent les plantes contre l’action des vents froids, rellètent la chaleur solaire et comportent de larges surfaces j udicieusement occupées par des espaliers vigoureux. C’est là, c’est dans ces terrains bien refaits que La Quintinie s’attacha à perfectionner les méthodes de culture des figuiers, des pêchers, des cerisiers, des abricotiers; mais il est constant que la poire était son fruit de prédilection. On voit dans l’est du Potager deux poiriers magnifiques qu’il planta de ses mains vers l’an 1685 (Voy. fig. 2). L’un de ces arbres deux fois centenaires mesure près de 9 mètres de hauteur.
- Louis XIV était fier de son potager de Versailles; il aimait à s’y promener et s’intéressait aux cultures. Gros mangeur et passablement gourmand, il voulait avoir, dit la chronique, « des asperges en décembre, des radis et des laitues en janvier, des choux-fleurs en mars, des fraises en avril, des petits pois en mai et des melons en juin ». La Quintinie s’évertuait à satisfaire le souverain qui, reconnaissant, vantait haut le merveilleux talent de celui qui peut, à juste titre, être dit le chef d’école des primeuristes français. A la mort du grand jardiniste, advenue en 1688, le roi
- lit appeler sa veuve, à laquelle il dit en manière de condoléance : « Madame, nous venons de faire une perte que nous ne pourrons jamais réparer. » Aujourd’hui, une statue de La Quintinie s’élève dans ce beau jardin qu’il a créé. Du point qu’il occupe (voy. le n° 32, fig. 1. Plan d'ensemble), ce bronze domine le grand rectangle encadré de terrasses, dont un bassin circulaire indique le milieu (voy. le n° 22 du Plan).
- C’est dans les bâtiments, jardins et dépendances du Potager de Versailles que se trouve aujourd’hui installée l'École nationale d'horticulture, créée en vertu de la loi du 16 décembre 1873. Tel qu’il est aménagé en vue de renseignement supérieur des sciences agronomiques, l’établissement mesure une superficie totale de près de dix hectares, dont 1 hectare 36 ares sont occupés par les cultures potagères;
- 1 hectare 59 ares, par les arbres fruitiers ; 35 ares 28 centiares, par l’Ecole de botanique. Les terres de culture, les serres à forcer, l’orangerie et le jardin d’hiver couvrent ensemble une surface de 50 ares. Une petite pépinière modèle est à peu près de même étendue superficielle. Les végétaux ligneux d’ornement de plein air, l’école d’arbres fruitiers (contre- espaliers doubles), les rosiers, les plantes vivaces et autres, les châssis, les allées, les terrasses, les bâtiments, les cours, etc., occupent le reste du terrain considéré.
- Le but de l’Ecole est de former : des jardiniers capables et instruits possédant toutes les connaissances théoriques et pratiques relatives à l’art horticole; — des chefs de culture pour l’enseignement de l’horticulture dans les écoles pratiques d’agriculture et dans les écoles normales; — des professeurs d’horticulture et des architectes paysagistes; — des agents instruits et capables pour divers services publics ou privés (services départementaux, municipaux, établissements horticoles, etc.); — des horticulteurs, des pépiniéristes, etc., etc.
- Les jeunes gens qui ont rempli les conditions d’admission imposées par le ministère de l’Agriculture — et satisfait aux examens d’entrée — reçoivent à l'Ecole une instruction dont la durée est de trois ans.
- L’enseignement théorique comporte les cours suivants, savoir : Architecture des jardins et desserres;
- Fig. 2. — École nationale d'horticulture de Versailles. — Poiriers plantés, vers 1685, par Jean de La Quintinie, intendant général des Jardins du Roi.
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- LA N AT U UE.
- physique, météorologie, chimie, géologie, minéralogie; culture potagère de plein air et de primeur; zoologie et entomologie horticoles; arboriculture d’ornement et multiplication des végétaux ; pépinière fruitière ; arboriculture fruitière de plein air et de primeur; pomologie; tloriculture de plein air et de serre; botanique. Les élèves reçoivent en outre des leçons de langue anglaise, de mathématiques, de topographie, de dessin, de comptabilité, etc.
- L’enseignement pratique s’applique à tous les travaux de jardinage. Guidés par des jardiniers principaux et chefs d’atelier émérites, les élèves sont appelés à fournir la main-d’œuvre nécessaire à l’entretien de rétablissement; l’exécution de ces travaux leur permet d’acquérir une habileté de main indispensable. L’enseignement dont il s’agit est, d’ailleurs, spécialisé; la culture des arbres fruitiers, celle des primeurs, celle des plantes de serre, la tloriculture de plein air, l’arboriculture d’ornement et la culture potagère forment autant de sections dans lesquelles les élèves passent successivement, et suivant le mode dit de roulement, une quinzaine de jours.
- L’École d’horticulture est pourvue d’un excellent matériel d’instruction comprenant une bibliothèque, un laboratoire de recherches horticoles, une station météorologique et de belles collections dans lesquelles se trouvent des albums de plantes, des herbiers, des échantillons de graines et de bois coupés, un petit muséum d’animaux utiles et d’animaux nuisibles, des modèles d’outils de jardinage, des moulages de fruits, etc. La création de l’École est due à l’initiative de leu P. Joigneaux, éminent agronome, député de la Côte-d’Or; son organisation, à feu Auguste Hardy, qui tenait, comme on sait, un des premiers rangs parmi les horticulteurs de France. Placée aujourd’hui sous la direction de M. Nanot, ingénieur agronome des plus distingués, elle est en droit de compter sur un bel avenir. E. IIexneuekt.
- LE CARBURE DE CALCIUM1
- Mon cher Directeur,
- Dans un article publié récemment dans plusieurs journaux, on attribue la préparation électrolytique du carbure de calcium à M. L. Wilson, de la Caroline du Nord. Ace propos on indiquait que les recherches de M. Wilson avaient été commencées en 1888, puis on donnait d'intéressants détails sur le four électrique employé. Je tiens sur ces différents points à faire une réclamation de priorité.
- 1° M. Wilson assure qu’il a commencé ses séries d’expériences dès 1888. Comme il n’a rien publié sur ce sujet, à cette époque, cette date ue peut, avoir aucune signification. En science la publication seule établit la priorité.
- 2° M. Wilson a pris en Amérique une patente
- 1 IN’ous recevons de M. Moissan, l'éminent chimiste à qui l’on doit tant de magnifiques découvertes, une lettre de rectification que nous publions ici. b- T.
- n° 41)27)77 du 21 février 1893 ayant pour titre : Réduction électrique des composés métalliques réfractaires.
- Je ferai remarquer que ma première recherche sur le four électrique à réverbère et à électrodes mobiles a été publiée aux comptes rendus de l’Académie des sciences à la date du 12 décembre 1892. Dans cette première Note, je signale la réduction par le charbon, sous l’action de la chaleur de l’arc, des oxydes regardés jusqu’ici comme irréductibles.
- L’oxyde d’uranium,, qui est irréductible par le charbon aux plus hautes températures de nos fourneaux, est réduit tout de suite à la température de 5000°. En dix minutes, il est facile d’obtenir un culot de 120 grammes d’uranium. Les oxydes de manganèse, de chrome, sont réduits par le charbon en quelques instants.
- Je cite aussi, dans cette Note, la formation accidentelle du carbure de calcium par l’action des vapeurs de calcium sur les électrodes de charbon.
- Examinons maintenant ce que renferme la patente n° 492577 de M. L. Wilson : Je ne discuterai pas la forme de son four qui rappelle à s’y méprendre le four Coules et le four Grabau, je ne veux retenir que la valeur des résultats. D’ailleurs M. Wilson n’a pas séparé dans son four l'action calorifique de l’arc de son action électrolytique. Cela se reconnaît facilement tà ce qu’il dit de la magnésie. Dans la description de son brevet, M. Wilson insiste longuement sur l’action de l’arc électrique sur la magnésie, sur un mélange de charbon et d’alumine ou de charbon et de magnésie. Il indique que la magnésie ou l’alumine peuvent être amenées à l’état liquide sous l’action de l’arc, et il détaille avec soin les difficultés que présente pour « la machinerie » la résistance d’un semblable bain au passage régulier du courant. C’est alors, — et là est le fond même de son brevet, — qu’il ajoute du charbon en poudre pour former une masse frittée et éviter tout bain liquide. 11 doit ensuite reprendre le métal produit en faisant tomber sur le mélange précédent du cuivre liquide qui fournira un bronze d’aluminium. Voilà le point important du brevet de M. Wilson. 11 insiste beaucoup sur ce qu’il ne se produit pas de bain de fusion.
- A la fin de son brevet, il dit seulement :
- Je crois mon invention applicable à la réduction des métaux suivants, à savoir : baryum, calcium, manganèse, strontium, magnésium, titane, tungstène et zirconium. Dans la fabrication des bronzes, je me propose de l’appliquer à la préparation des bronzes contenant du silicium et du bore.
- Pas un procédé de préparation, pas une analyse des produits obtenus. Plus loin, M. Wilson ajoute :
- J’ai déjà employé mon invention pour la réduction de, l’oxyde de calcium et la production du carbure de calcium.,
- En point, c’est tout. — Sans dire s’il existe un ou plusieurs carbures de calcium, M. Wilson insiste à nouveau, dans ses revendications, sur ce fait qu’il ajoute assez de charbon pour ne jamais obtenir un bain fondu. 11 regardait à cette époque la préparation
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- LA MT LUE.
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- du car luire de calcium comme électrolytique. Du reste, M. Wilson, en 1895, a changé d’avis, cor, dans une demande de brevet faite en Allemagne en janvier 1895, brevet qui ne lui a-pas été accordé, il dit textuellement :
- Jusqu’à présent, on considérait la fabrication du carbure de calcium non connue un procédé de fusion, mais comme une opération électrolytique ; j’affirme cependant que la formation du carbure de calcium, réalisée dans les conditions ci-dessus, doit être considérée comme un simple procédé de fusion.
- D’un brevet à l’autre, les idées de M. Wilson ont complètement changé ; cela peut tenir à la Note que j’ai publiée en mars 1894 à l’Académie des sciences de Paris, Note dans laquelle j’ai étudié complètement la préparation régulière, les propriétés physiques et la composition chimique du carbure de calcium.
- Du reste, dans sa patente de 1895, M. Wilson, qui n’a su trouver qu’un mot pour le carbure de calcium, qui n’a même pas indiqué qu’il était décomposé par l’eau en donnant de l’acétylène, a breveté une grande partie de la chimie minérale. Je lui ferai sur ce point une seule remarque. Il insiste beaucoup sur ce (pie les produits obtenus sont des poudres et non pas des matières fondues. Dans ces conditions, il est impossible d’obtenir le titane, que M. Wilson dit avoir préparé. Ou il n’a pas fait l’expérience, ou il n’a fait aucune analyse du produit recueilli. Après mes premières recherches sur le manganèse, le chrome, le tungstène, le molybdène, l’uranium, j’ai passé deux années à étudier cette préparation du titane. Je la regarde comme une des plus difficiles de la chimie minérale, et lorsque l’on n’opère pas la fusion des corps (ainsi (pie M. Wilson la réclame), il est impossible d’obtenir le titane.
- Dans un brevet qui traite particulièrement de la fabrication des alliages d’aluminium et de magnésium, cette revendication touchant le carbure de calcium, la préparation du baryum, calcium, strontium, manganèse, magnésium, titane, tungstène et zirconium, me paraît exagérée. Cette revendication est une de ces phrases banales que l’on emploie souvent à la fin d’un brevet lorsque Ton veut englober un certain nombre de questions à étudier. Elle ne peut avoir aucune valeur au point de vue de la priorité des découvertes.
- J’ai été surpris que tous les chiffres relatifs aux propriétés physiques et chimiques du carbure de calcium pur et cristallisé cités par M. Lewis, à Londres, et reproduits par M. Ilempel, à Berlin, aient été tirés de ma Note à l’Académie des sciences du 5 mars 1894 sans qu’on ait rappelé que ces expériences m’appartenaient.
- Tour en revenir au brevet de M. Wilson, je n'ai qu’un mot à ajouter : la science ne se contente pas d’une assertion/elle demande des preuves. Il ne suffit pas de dire : « J ai obtenu tel ou tel corps », il faut donner la méthode de préparation, les analyses des produits obtenus, leur formule de consti-
- tution et leurs propriétés. C’est ce que M. Wilson, dans son brevet, a oublié de faire.
- Veuillez agréer, mon cher directeur, l’assurance de mes sentiments affectueux. Henri Moissxx,
- Membre de l’Institut.
- La téléphonie au Havre. — L’une des lignes téléphoniques du réseau français dont le trafic s'est le plus rapidement développé, est celle de Paris-Havre. Bien (pie cette ligne soit actuellement composée de deux circuits distincts, elle est si chargée que la Chambre de commerce du Havre et celle de Paris se sont décidées à obtenir de l’Etat l'installation d’un troisième circuit. Les deux Chambres se sont engagées à subvenir aux frais de la pose, soit 92 000 francs, dans la proportion de trois quarts pour la Chambre de commerce du Havre et un quart pour celle de Paris. La pose de ce troisième circuit est, à l'heure actuelle, complètement terminée, les travaux ayant été poussés très activement et n’ayant pas duré plus d’uri mois. Ce nouveau réseau rendra certainement les mêmes services que ses devanciers.
- Un voyage extraordinaire. — M. Ch. Rabot vient de publier, dans la Revue contemporaine, la relation d’un voyage des plus hardis accompli pendant Tété de 1895 par deux Norvégiens et un mousse, et qui fera rougir ceux qui éprouvent quelque serrement de cœur quand ils affrontent les mers sur les grands navires modernes. Ces deux hommes ont fait, dans une embarcation non pontée, la traversée de Norvège au Spitzberg. Repartis dans leur canot après une heureuse campagne de chasse, ils étaient arrivés en vue du cap Nord lorsqu’une tempête les repoussa en pleine mer. Les malheureux restèrent plusieurs jours entre la vie et la mort et finalement retournèrent au Spitzberg réparer leur frêle esquif, disloqué par les lames. Sur ces entrefaites, ils furent bloqués par les glaces et contraints à un hivernage sur cette terre. Les deux Norvégiens ne possédaient aucun approvisionnement. Réfugiés dans la maison du cap Thordsen, ils réussirent à vivre du produit de leur chasse, et, après des privations terribles, revinrent, l’été suivant, en Norvège. À coup sûr, ce voyage est une des aventures maritimes les plus extraordinaires,
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 juillet d895. — Présidence de M. Makey.
- Théorie de la sensation des couleurs. — M. Georges d’Arzens, frappé de l’insuffisance des théories de la vision au point de vue de la perception des couleurs, a eu l’idée d'appliquer à l’explication de ce phénomène la théorie des ondes stationnaires. 11 remarque d’abord que les filets nerveux, après avoir traversé la rétine, s’infléchissent de manière à présenter une direction inverse de la marche des rayons lumineux et que ces filets sont terminés les, uns par des bâtonnets cylindriques, les autres par de petits cônes. Ces filets nerveux reçoivent une excitation de demi-onde en demi-onde ; M. d’Arzens croit qu’ils sont impressionnés différemment suivant qu’il s’agit de bâtonnets ou de cônes. Les premiers donnent la sensation de la lumière, les seconds celle des couleurs. Dans le cas des filets coniques, des phénomènes d’interférences interviennent, déplaçant inégalement les plans des ondes stationnaires. Les plans qui correspondent à la lumière rouge
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- LA NATURE.
- sont repoussés en avant par rapport à ceux des rayons rouges, de telle sorte que le cône est impressionné en différents points par les rayons des diverses couleurs M. d’Arzens donne à l’appui de cette théorie les remarques suivantes empruntées à la physiologie : 1° Les animaux nocturnes n’ont pas de filets coniques. 2° Dans les altérations de la pigmentation rétinienne dues à la sénilité ou à la maladie (achromatopsie), il y a suppression de la perception des couleurs. 5° Lorsque l’on considère des points de la rétine qui s’éloignent de la partie centrale, la notion des couleurs s’amoindrit dans le même rapport que celui du nombre des cônes au nombre des bâtonnets.
- L'êchauffement musculaire. — M. Chauveau reprend la question de réchauffement des muscles pendant le travail. Au lieu de procéder par des mesures thermiques directes, il a comparé le processus chimique qui est l’ori-
- dans le voisinage de Saint-Girons, à une altitude de 900 mètres. Sous une couche de stalagmites, ils ont mis à jour des débris d’ossements d’ours, de cerf, de bœuf, de marmotte, et enfin une mâchoire humaine. Cette mâchoire paraît avoir appartenu à un enfant de dix ans, elle appartient à un type dégradé caractérisé par une grande puissance des muscles de la mâchoire.
- Élections. — L’Académie élit membre correspondant de la section de botanique M. Colin, de Breslau.
- Varia. — M. Alexis de Tillo a étudié la distribution du magnétisme à la surface du globe. Cii. de Villedeuil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES DIX CHIFFRES FIGURÉS PAR ARLEQUIN
- Nous reproduisons ei-dessus une ancienne caricature allemande du siècle dernier, qui représente Arlequin reproduisant les chiffres par des attitudes
- gine de l’énergie calorifique mise en jeu et il a vérifié par cette voie la conclusion déduite de ses expériences précédentes : l’écliaufiement dû au travail d’élévation est plus considérable que l’écliaufiement dû au travail de descente. L’auteur explique ainsi cette particularité : dans la contraction dynamique, il faut envisager deux éléments, un élément statique correspondant à l’effort nécessaire pour soutenir la charge dans toutes les positions, et un élément dynamique correspondant au transport. Dans le cas de l'élévation d’un fardeau, ces deux éléments s’ajoutent; au contraire, dans le cas de la descente, ils se retranchent.
- Découverte d’ossements préhistoriques. — MM. Roule, professeur à la Faculté de Toulouse, et Félix Régnault annoncent qu’ils ont découvert un gisement d’ossements préhistoriques dans une caverne dite de l’Estellas, située
- diverses. Voici la traduction de la légende qui accompagne chaque chiffre dans l’épreuve originale :
- 1. Ici pour la première fois l’arlequin nous montre le chiffre 1. — 2. A genoux, il nous fait voir facilement le chiffre 2. — 3. A l’aide de chaussures spéciales pour l’arlequin, nous voyons le chiffre 5. — 4. Le pied étendu, le bras sur le genou, il nous montre le chiffre 4. — 5. Par une position curieuse, il figure le chiffre 5. — G. En saisissant en arrière ses pieds à l’aide de ses mains, il indique le chiffre 6. — 7. Dans cette position inclinée, il nous fait voir le chiffre 7. — 8. L’arlequin ainsi lancé dans l’espace, nous voyons le chiffre 8. — 9. 11 boit un verre de vin, et le chiffre 9 apparaît. — 10. Couché sur le dos en tenant ses pieds avec scs mains, l’arlequin montre le 0.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdieh Paris. — Imprimerie Lauiue, rue de Fleurus, 9.
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- Ancienne gravure allemande d'un arlequin qui, par des attitudes diverses, ligure les chiffres. (Réduction de moitié de l'original,
- provenant de la collection de M. Gaston Tissaudicr.)
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- N# 1155. — ‘20 JUILLET 1805.
- LA NATURE.
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- LES MOUTONS ALGÉRIENS
- Sait-on (|ue la ville de Paris consomme par semaine 40 000 moutons? Quoi qu’il en soit, la chose est hors de doute. Or, l’élevage français ne pouvant
- fournir que 20 000 tètes à la consommation, l’excédent — de pareil chiffre — se demande partie à l’étranger, partie à l’Algérie. Celle-ci est une sorte de réservoir auquel on peut {miser pour ainsi dire indéfiniment ; c’est par centaines et centaines de mille
- Fig. 1. — Route moutonnière de Médéa à Blidah, par les gorges de la Chilfa, Algérie. (D’après une photographie.)
- qu’on y dénombre dans ce pays les bètes ovines1.
- Il convient donc de jeter un coup d’œil sur les conditions générales de cette dernière provenance.
- 1 Pour faire leurs calculs sans avoir besoin de trop gros chiffres, les Arabes ont pris pour unité le r’nem ou a’çâ, c’est-à-dire le troupeau de quatre cents tètes. Le mot a'çâ, qui veut dire « bâton », implique signification du nombre de moutons (juc l’on confie à la garde d’un berger armé de sa boulette.
- Région des céréales, des cours d’eau, des montagnes, le Tell horde la Méditerranée et mesure, du nord au sud, de 80 à 200 kilomètres de profondeur. Par delà ces contrées fertiles se développe une large zone impropre à la culture et composée de steppes qui ont reçu le nom de Hauts-Plateaux; cette zone comprend la ligne de partage des eaux des bassins
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- année. — 2a semestre.
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- LA N AT ü HE.
- méditerranéen et saharien. Le système du Sahara et des Hauts-Plateaux constitue l'habitat du mouton et le mot « système » est ici parfaitement juste, attendu que les Arabes pasteurs, essentiellement et forcément nomades, passent régulièrement d une zone à l’autre, alternativement. Les contrées sahariennes permettent aux raïia (troupeaux) d’hiverner à l’aise; les Plateaux leur offrent le moyen de vivre pendant l’été. L’obligation de cette transhumance périodique provient surtout de la disparition des gîtes d’eau, ainsi que des pâturages du sud, à certaine époque de l’année. Elle est aussi provoquée par les besoins économiques et commerciaux des populations nomades, lesquelles ne peuvent échapper à la nécessité d’échanger leurs produits — dattes, henné, laines, moutons, etc. — contre des produits du nord : céréales, tissus, épices, sucre, café, etc.
- Ce mouvement annuel, observe M. Yivarez, n’est pas régulier ; l’époque et l’allure delà migration dépendent des conditions mêmes qui la déterminent. La montée vers le nord commence en mars, si l’année, tardivement pluvieuse, a pourvu d'assez d’eau les sources et les rdair (mares). La descente au Sahara s’entreprend dès le mois de septembre, quand des pluies précoces en ont reverdi le sol desséché. La laine du mouton d’Afrique est peut-être un peu grossière, mais cette laine résistante a sa place dans - l’in-d us trie, aussi bien pour la fabrication des draps de troupe et des couvertures de chevaux que pour la préparation des trames auxquelles ne sauraient convenir les fines laines d’Australie.
- Quant à la viande, elle est tout simplement remarquable, attendu que la bête s’est assimilé la substance de quantité de plantes fourragères aromatiques comme le drîn, analogue «à notre avoine, le chih', espece d’absinthe à la senteur violente, Yalàlà, variété du chih’, mais de teinte moins foncée, la senra, la mlh'afet-el-khâdem (le voile de la négresse), le rguîg (le mince), ainsi nommé à raison de la finesse de ses tiges, etc., etc. Rien d’aussi savoureux que des lambeaux arrachés au liane doré d’un méchoui, mouton entier rôti à un feu de chih'. Rien d’exquis comme cette chair, savamment traitée par un t'ebbâkh (cuisinier) de grande tente.
- D’où vient donc que, sur les marchés de la métropole, le mouton algérien se trouve déprécié ; (pic sa valeur vénale soit d’environ 10 francs inférieure à celle d’un mouton de France ou d’Allemagne? C’est que, durant le voyage, la bête a grandement souffert; (pic les privations endurées l’ont mise très mal en point; qu’une fatigue excessive, autant qu'inutile, lui a donné triste mine. Cette année, et pour le port d’Alger seulement, on évalue à 000 000 tètes le chiffre de l’exportation ovine, d’où il suit que, à l'arrivée à Paris des moutons prove-
- nant de ce seul port, la dépréciation doit s’élever à 0 millions de francs!
- Est-il possible de remédier à ce déplorable état de choses?
- Assurément. Il suffit pour cela d’améliorer le mode de transport des ra ïia (troupeaux) depuis les lieux de leur habitat algérien jusqu’au marché métropolitain (pii doit les livrer à la consommation.
- Pour opérer cette amélioration désirable, il convient avant tout d’organiser la surveillance du pays; d’assurer aux va ïan (bergers) la sécurité du chemin qu’ils ont à faire; de les mettre à l’abri de tout danger de r'âzia. 11 faut aussi leur offrir, le long de ce parcours, un nombre suffisant de gîtes d’eau, car ce (pii manque aux troupeaux qu’ils mènent, ce n’est, pas tant le pâturage que le moyen d’abreuvement. On a beaucoup vanté l’endurance du mouton, et longuement exalté, par exemple, sa force de résistance à la soif, résistance qui, ose-t-on prétendre, pourrait, comme celle du chameau, se mesurer à vingt-cinq ou trente jours de privation absolue. Cela, c’est de la légende; la réalité, la voici : quelle (pie soit l’abondance de la rosée condensée sur les feuilles des végétaux qui se trouvent à sa portée, il faut que la bète boive, même au printemps, une
- fois tous les deux ou trois jours. Pour bien faire, il convient d’aménager le long des lignes de migrations des abreuvoirs commodes ; et cela, à intervalles d’une trentaine de kilomètres, valeur moyenne de l’étape (pic peut fournir un troupeau d’ovins.
- Ce qui vient d’être dit au sujet du passage des moutons par la zone saharienne s’applique intégralement à la région des Hauts-Plateaux, où les Arabes pasteurs sont collectivement propriétaires d’espaces singulièrement vastes, mais qui cependant ont des limites fixées par des coutumes dix fois séculaires. Là, à l’ombre des hautes pousses de la h'alfa, le mouton a sous la dent d’excellentes plantes fourragères, telles que le rtem ou genêt saharien, 1 c guet’af au feuillage glauque argenté, plusieurs espèces d’ar-témises et de légumineuses. 11 trouve aussi des « rochers de sel », et l’on sait que le chlorure de sodium entre avantageusement dans la ration des bêtes destinées à la boucherie. Les conditions de parcours pourront donc être dites satisfaisantes si l’administration a soin de bien aménager les points d’eau. Ces travaux d’aménagement devront viser la protection des sources et des mares (rdair, d'aîat) moyennant la conservation des arbustes qui en com-plantent les bords. L’ombre de Yârich (tamarix saharien), des bt'oum (térébintlies) et des sedras (jujubiers) arrêtera l’évaporation des eaux.
- Le troupeau migrateur est arrivé aux confins du Tell. Comment va-t-il traverser ces pays de culture?
- 2. — Mode d’im lallation des moulons à bord d'un bateau-bergerie.
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- L’emploi de la voie ferrée impliquera toujours de "raves inconvénients tant que le convoyeur de ra'ïia n’aura pas à sa disposition des wagons spéciaux assurant à ses bêtes de l’espace, de l’air et des aliments en quantité suffisante. La solution ne sera réellement admissible (pie le jour où les Compagnies de chemins de fer auront organisé pour les troupeaux des « haltes-repas » analogues à celles qui sont affectées aux besoins de nos corps de troupes.
- Tant «pie ces conditions n’auront pas été remplies, mieux vaudra faire marcher les moutons par les voies de terre ordinaires; mais l’emploi de ce moyen simple comporte l’obligation d’une organisation procédant du principe des gîtes d’étapes affectés aux armées en marche. Il faut que, après chaque traite de 30 kilomètres, le mouton puisse boire, brouter et se reposer tranquillement,. C’est suivant ce système que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie ont réglé le mode d’exportation de leurs bêtes ovines. Chacune de ces puissances affecte à scs convois des chemins déterminés et obligatoires. Tous les 50 kilomètres, le gîte d’étape est repéré par un établissement placé sous la direction d’un fonctionnaire administratif. Là se trouvent une étable, un abreuvoir, un magasin d’approvisionnements de fourrages, voire une infirmerie vétérinaire. Par ce moyen les troupeaux arrivent en bon état à la frontière par laquelle ils doivent sortir.
- Pourquoi ne pas adapter la méthode allemande à la conduite de nos moutons sahariens depuis les limites méridionales du Tell jusqu’aux ports d’embarquement? Pourquoi ne point procéder selon le mode rationnel dont l’exemple suivant fera facilement saisir le mécanisme?
- Supposons des moutons parvenus aux limites septentrionales des régions h'alfatières, et qu’il s’agit d’aller embarquer à Alger. Ce troupeau suivra par étapes la ligne Aïn Oussera-Bou Guezoul-Boghari-Berrouaghia-Ben Chicao-Médéa. Là il fera séjour.
- Privilégié entre tous, le territoire de Médéa est exceptionnellement plantureux; l’eau et le fourrage y abondent. Et quelle eau merveilleuse! Quelle flore appétissante!... disent les Arabes, on est « dans le bien jusqu’au cou ». Confortablement parquées dans ce sanatorium admirablement salubre, les bêtes se remettront vite des fatigues du voyage. Après quelques jours de repos, elles n’auront plus qu’à descendre au port par une excellente route moutonnière, toujours fraîche et bien pourvue d’eau (11g. ]).
- Nos moutons embarqués vont traverser la mer, mais, actuellement, hélas! le désordre de leur agglomération est un fait déplorable et, là encore, il est urgent de changer de manière d’opérer.
- La meilleure solution du problème à résoudre consisterait, dit M. Yivarez, en l’adoption de grands bateaux-bergerie s du type de ceux qui sont en service sur la ligne Marseille-Mer Noire, les autorités russes ayant exigé une installation donnant de suffisantes garanties de sécurité. Aussi bien, le dispositif adopté est-il simple et peu coûteux, attendu
- qu’il se base sur le principe du chargement dit en ligne. Le paquebot est, suivant ce système (fig. 2), outillé de tringles mobiles, de façon à dessiner un couloir central, à droite et à gauche duquel sont formés, toujours à l’aide de tringles articulées, des parcs établis sur mesure du corps de la bête à transporter. Dans ces parcs les moutons s’arriment par rangées en ligne, tète à tète ou queue à queue. En cas de mauvais temps, des tringles supplémentaires se disposent, qui restreignent les dimensions des parcs ; c’est là une application aux animaux du dispositif dit en violons en usage sur les tables des passagers.
- Nos moutons algériens sont enfin débarqués. Dans l’intérêt du bon renom qu’ils méritent, il conviendrait que ces animaux ne lussent présentés sur les marchés qu’après une période d’engraissement de quinze ou vingt jours dans des pâturages voisins du port de débarquement. Marseille n’offre guère de facilités à cet égard, mais Cette, Port-Vcndrcs et Saint-Louis-du-Rhône se prêteraient sans obstacle à l’adoption d’une telle mesure.
- Là pourrait s’effectuer la remise en état.
- Que les chemins de fer consentent dès lors la construction d’un certain nombre de wagons-mouton-niers, et aussi la traction de ces voitures spéciales à la vitesse des trains omnibus, les moutons algériens, convenablement refaits et rapidement convoyés, seront aussitôt appréciés à leur valeur, tant sur nos marchés régionaux du sud et du sud-ouest que sur le marché de la Yillette, et l’écart de 10 francs par tète aura tôt fait d’être brillamment racheté.
- Jé-coionel E. Hexxebeut.
- WAGONS EN ALUMINIUM
- L'Écho des Mines annonce que l’administration du réseau de l’État français vient de terminer l’étude d’une voiture à voyageurs, dans laquelle toutes les parties ordinairement de cuivre et de fer sont en aluminium, sauf les essieux, les roues et les organes d’attelage. On ne demande à l’aluminium que 20 pour 100 de résistance et toutes les pièces sont calculées sur cette base. L’économie de poids totale est de 1500 kilogrammes environ. Ainsi, pour un train ordinaire, l’économie de traction pourrait dépasser trente tonnes.
- L’INDUSTRIE DE LA SOIE EN SYRIE1
- La production de la soie en Syrie s’est considérablement développée depuis quelques années. En 1893, on y a consommé environ 410 kilogrammes d’œufs de vers à soie.
- Les œufs employés en Syrie viennent de Corse. La majeure partie de ces œufs est d’importation française ; le reste est d’importation italienne. Quant aux variétés du Japon, leur importation a complètement cessé depuis plusieurs années. Ce sont en général les marchands de Beyrouth qui se chargent d’importer les œufs, et de les vendre aux éleveurs syriens. Ces marchands apportent dans toutes leurs opérations commerciales une minutie extra-
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- D’après Journal Society of Arts.
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- ordinaire, et plusieurs d’entre eux viennent inème en France chaque année pour faire leurs achats.
- Tous les œufs importés sont soumis à un examen rigoureux, et, dans certains cas, sont même étudiés au microscope. Ils arrivent en hoîtes d’environ 25 grammes chacune. Le prix d’une boîte varie de 5 à 6 francs, suivant la qualité du produit et les garanties accordées. Les payements se font soit immédiatement, soit au moment de la récolte. Dans ce dernier cas, les comptes sont soldés en nature, c’est-à-dire en cocons. La proportion de cocons donnée en payement varie, d’ailleurs, suivant les localités. A Rachava, par exemple, dans les villages de Douma et Oadi-el-Adjain, on paye avec un septième de la récolte; à Boalbek et Hasbaya, on donne un peu plus : dans les villages de Bekâa, on paye avec un douzième de la récolte.
- Cette différence tient à ce que la production des œufs est absolument variable, suivant les localités, et cela à cause des soins plus ou moins parfaits que les éleveurs apportent à leur industrie, car le climat est partout le même, et également favorable au développement des vers.
- On a tenté, à différentes reprises, de favoriser ’élevagc des vers éclos dans le pays même ; mais partout l’insuccès a été complet. Ceci est dù à différentes causes : d’abord le choix des vers est pratiqué sans aucune espèce de soin ni d’attention; les œufs ne sont pas examinés au microscope ; les indigènes négligent de trier convenablement les cocons suivant leur couleur et leurs dimensions; enfin les œufs ne sont pas suffisamment abrités jusqu’à l’époque de l’incubation.
- Le tissage de la soie est une des plus anciennes industries de la Syrie. Mais la période florissante est terminée à l’heure actuelle. Il est même curieux de noter qu’aujour-d’hui les marchés syriens sont encombrés de produits européens qui luttent sans difficulté contre les produits indigènes. Toutefois, les Syriens restent encore maîtres de la fabrication des tissus à trame de soie et chaîne de coton qu’ils emploient à la confection des kaffiehs (coiffure syrienne), des aboyas (sorte de burnous), châles, pantoufles, coussins, tapis, etc.
- JUMELLE PORTATIVE ET PLIANTE
- Au commencement de cette année, nous avons présenté aux lecteurs de La Nature, sous le titre de Jumelle portative1, un système dans lequel les deux
- 1 Yoy. n0 1155, du 2 mars 1805, p. 224.
- tubes de la jumelle ordinaire étaient supprimés, et les différents organes de ce système se pliaient après l’emploi de telle sorte que l’appareil pouvait être mis dans un portefeuille, dès que l’on ne s’en servait plus.
- Cette jumelle, d’un très petit poids, nous avait été remise par son constructeur, M. Léon Bloch, qui nous certifia, sur une question que nous lui fîmes, que son invention était assurément une création moderne et parisienne. Notre affirmation, inspirée par la construction de la jumelle portative qui nous avait été montrée et qui n'est pas encore vieille d’un an, est aujourd’hui très ébranlée, grâce aux documents que nous devons à nos lecteurs. lln de nos correspondants nous a écrit du Havre que, se trouvant au commencement d’avril sur un navire transatlantique au milieu de l’Océan, il vit sur le pont un voyageur
- qui se servait d’une jumelle ressemblant infiniment à celle qu’il avait vue dans le n° de La Nature du 2 mars, dont il avait eu une livraison à New-York. 11 questionna à ce sujet le voyageur qui lui répondit qu’il avait acheté cette jumelle pliante à New-York et qu’il ne savait rien sur son histoire.
- Un autre de nos lecteurs a fait mieux, il nous a montré et nous a confié la lunette pliante que nous représentons ci-dessus, ouverte et fermée, et qui assurément ressemble beaucoup à celle que nous avons fait connaître au commencement de cette année. Il y a une différence dans le système de fermeture, mais le principe est semblable à notre première jumelle de poche ; quant à sa monture, elle est très artistique ; elle est formée de cuivre, ciselé avec beaucoup de finesse ; elle semble avoir été fabriquée au commencement de notre siècle, vers 1820 ou 1825, d’après un amateur que nous avons consulté. La jumelle pliante a probablement cessé d’être construite depuis son origine, mais il est certain que celles qu’on voit aujourd’hui, et qui sont récemment construites, ne sont pas d’origine moderne ; cela arrive à bien des découvertes, et, tout en croyant devoir constater la vérité, nous ajouterons que nous ne doutons pas de la bonne foi de celui qui a cru nous montrer un système nouveau. G. T.
- Jumelle portative et pliante du commencement de notre siècle. Vue de la jumelle ouverte et repliée.
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- LE MONTSERRAT
- Pour avoir escaladé les 1400 mètres du Montserrat, on lie peut se vanter d’avoir accompli une prouesse digne des annales du Club Alpin; ce n’est une ascension ni difficile, ni dangereuse1, et cependant, par sa situation exceptionnelle, sa structure bizarre, par son célèbre monastère, et enfin par la vue admirable et unique que l’on découvre de son sommet, le Montserrat mérite, de toutes manières, les honneurs d’une visite.
- Situé à -40 kilomètres à l’ouest de Barcelone, isolé dans la plaine, il apparaît, au voyageur qui passe à
- quelque distance, comme un mont fantastique couronné de clochers et de tours écroulées et mériterait, le premier en Espagne, le nom de sierra, tant ses dentelures sont formidables, tant son arête est aiguë et déchiquetée.
- Le Montserrat est orienté parallèlement à la chaîne des Pyrénées ; il se sépare des collines et des ramifications environnantes et se dresse d'un seul jet, sans contreforts pour s’appuyer et affermir ses assises. Au pied du versant nord s’étend le village de Monistrol, plus loin Manresa ; au sud, CoIIbato réunit ses quelques maisons à l’ombre de la gigantesque muraille. C'est de ce côté que se trouvent les trois étages de grottes au fond desquelles on pénètre par
- Vue du Montserrat aux environs de Barcelone. (D’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- des échelles superposées, excavations naturelles agrandies encore par la pioche des anciens mineurs qui ont fouillé ce sol si riche en minerais de 1er.
- De Collbaté, deux sentiers gravissent le Montserrat : l’un, accessible aux mulets, s’élève sur une arête aiguë et, passant entre deux pointes, s’en va redescendre directement au monastère; l’autre, plus à l’ouest, réservé aux piétons, grimpe presque perpendiculairement jusqu’aux pics extrêmes. Mais là, on s’aperçoit que la montagne se dédouble et on se rend compte alors de la structure générale du massif.
- Le Monserrat est fendu dans le sens de son épaisseur jusqu’au tiers de sa hauteur, il figure assez bien une mâchoire entr’ouverte garnie, ma foi, de
- 1 On peut la faire aujourd’hui en chemin de fer de montagne.
- crocs respectables. La montagne offre donc deux cimes séparées par une vallée anguleuse, étroite, abîme verdoyant où les eaux qui ruissellent pendant la mauvaise saison ont creusé le ravin à l’extrémité est duquel se trouve le monastère. De cette vallée émergent et s’élancent de tous côtés des blocs, des aiguilles, des pyramides colossales jaunes, grises, rougeâtres, régulières ou irrégulières, lisses ou rugueuses; c’est un chaos indescriptible; en face s’étage l’arête du versant nord, la cime de la sierra avec ses dentelures parmi lesquelles on distingue le pic San Geronimo, le plus élevé de toute la chaîne. Ces terrains éocènes recouverts de poudingue de Palasson, ces calcaires crétacés ont peu à peu été effrités, effilés par l’action lente et destructive des eaux qui ont séparé le Montserrat des ramifications voisines tout
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- on le respectant, car les assises de roches anciennes dont il se compose l'ont préservé d’nn affaissement total.
- Lorsqu'on a escaladé les derniers blocs du pic San Geronimo, on a réellement besoin de s’accrocher fortement à la barre de fer plantée sur l’étroite plate-forme du piton, et il faut ne pas être enclin au vertige pour se maintenir sur ce petit espace de 2 mètres de diamètre et regarder en bas, devant soi : on surplombe de 1500 mètres, directement, verticalement, la plaine. Quel splendide coup d’œil! aucun obstacle ne vient arrêter la vue, qui s’étend jusqu’aux Pyrénées, aux montagnes d’Aragon, depuis les plaines de Saragosse à la cote, à la Méditerranée; au loin, dans la brume, s’estompent les Baléares, plus près l’Èbre, et enfin leLlobrégat dessine dans les terres rougeâtres un long ruban argenté qui va se perdre en zigzaguant vers le n#rd. On peut être saisi par des spectacles plus grandioses mais rarement par un ensemble aussi complet; tout est réuni : la-mer, les rivières, les villes, les montagnes bleues, les campagnes vertes, et tout cela est vivement éclairé par le soleil d’Espagne qui en laisse voir le détail.
- Une heure et demie de marche conduit, à travers la gorge qui sillonne le massif, jusqu’à l’entrée du monastère enfermé dans d’épaisses murailles qui lui donnent l’aspect d’une forteresse bâtie sur les flancs de la montagne avec une large échappée versj’est.
- C’est, en réalité, tout un village comprenant des batiments immenses réservés aux pèlerins qui y affluent chaque année de toutes les parties de l’Espagne; puis on y voit un hôtel, un bureau de tabac, un marchand de comestibles, des logements divers, enfin le monastère proprement dit et la basilique. Celle-ci est moderne ; il ne reste de l’ancienne abbaye qu’un portail byzantin et une partie du cloître. Dans la basilique se trouve la statue de la Vierge qui, d’après la tradition, a été sculptée par saint Luc, apportée en Espagne par saint Pierre et vénérée à Barcelone aux premiers temps du christianisme. Cachée, lors de l’invasion des Arabes, dans les rochers du Montserrat, où elle l‘ut découverte en 880, elle fut installée dans une chapelle primitive. Les quinzième et seizième siècles furent la grande époque du Montserrat. Benoît II vint le visiter, érigea le monastère en abbaye, les donations y affluèrent; puis tout disparut, emporté par la guerre et l’incendie que nos soldats y portèrent en 1812, irrités delà longue et double résistance des Anglais et des guérillas. La statue erra depuis cette époque, tant à cause de l’invasion que des guerres civiles qui agitèrent la Catalogne, tantôt dans une grotte, tantôt dans un des nombreux ermitages dont on retrouve encore aujourd’hui des ruines importantes, puis à Barcelone, son dernier refuge, d’où elle revint en 1844 au monastère pour n’en plus sortir.
- Les Catalans sont fanatiques de leur Montserrat, pour eux il est la merveille du monde.
- Georges Dary.
- LES ÉTALONS DU BUREAU INTERNATIONAL
- DES POIDS ET MESURES
- MM. J.-René Benoît et Ch.-Ed. Guillaume viennent de publier, au tome onzième des Travaux et Mémoires du Bureau international des poids et mesures, l’ensemble des comparaisons qu’ils ont laites en commun, entre les étalons principaux du Bureau. Ce travail est suivi d’un résumé critique de toutes les comparaisons de même nature exécutées au Bureau depuis l’année 1880. Ces étalons sont de formes diverses, et de deux métaux un peu différents ; l’un est le platine iridié à 10 pour 100, préparé, suivant les indications de Sainte-Claire Deville, par la maison Johnson-Matthey, de Londres; l’autre contient, outre le platine et l’iridium, de petites quantités d’autres métaux ; il provient d’une coulée faite, en 1874, au Conservatoire des arts et métiers.
- Depuis l’époque de leur confection, les étalons ont été soumis à des actions très différentes, qui les auraient probablement modifiés différemment, si l’alliage dont ils sont constitués était sujet à des variations moléculaires. Les équations des étalons, c’est-à-dire leurs valeurs à la température de la glace fondante, en fonction du mètre international, ont été déduites soit de comparaisons directes avec ce prototype, soit de comparaisons indirectes, faites par l’intermédiaires d’un étalon provisoire qui a servi à établir le lien entre le Mètre des Archives de France et les nouveaux étalons internationaux, soit enfin au moyen de l’étalon principal servant au Bureau international à la détermination des étalons importants. De plus, ces comparaisons n’ont jamais été faites à la température de 0°, de telle sorte que les petites incertitudes qui peuvent exister sur le coefficient de dilatation des règles sont de nature à faire diverger les résultats. D’autre part, le passage d’un étalon au prototype international par l’intermédiaire d’un autre étalon doit nécessairement produire une certaine accumulation des erreurs. Malgré cela, les équations des règles se sont montrées remarquablement constantes ; en effet, la plus forte divergence par rapport à l’équation moyenne d’une règle que l’on ait trouvée dans un intervalle de quatorze ans dépasse à peine Ou,5, c’est-à-dire la trois-millième partie d’un millimètre.
- On peut en conclure que les comparaisons dont il est question ici ont toutes été faites avec une remarquable précision, et que les valeurs relatives des règles ne se sont nullement modifiées pendant cette période1.
- Ce résultat est fort encourageant pour l’avenir du système métrique ; en effet, les États ayant adhéi’é à la Convention du mètre ont été pourvus d’étalons présentant, à tous égards, les mêmes garanties que les étalons du Bureau international ; ils ont été construits et étudiés de la même façon, en sorte que l’identité du système métrique dans la plus grande partie du monde civilisé est assurée à un trois-millionième près. Cette approximation suffira sans doute pendant longtemps encore aux besoins de la science.
- 1 Cctlc permanence relative des équations des règles est la première condition de leur permanence absolue; elle permet de conclure avec quelque certitude que celte dernière est réalisée; toutefois, cette conclusion laisse encore place au doute, et c’est pour la contrôler que l’on a cherché, au Bureau international, à rattacher les étalons matériels en pla-line iridié, à un étalon naturel et immatériel, la longueur d’onde d’une lumière donnée. La Nature rendra compte prochainement de ce dernier travail.
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- LA NAÎTRE.
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- LE MÉTROPOLITAIN ÉLECTRIQUE AÉRIEN
- DE CHICAGO
- La véritable application de l’électricité comme puissance motrice, ne'date en Amérique que de l’époque relativement récente, 1884, où se produisit la première exposition de Chicago. Un petit tramway électrique transportait alors les curieux à travers les galeries de cette exposition. L’ingénieux appareil moteur actionnant la voiture avait reçu de son inventeur le nom de : The Judge; objet d’étonnement admiratif de la part du public, il faisait prévoir que sous peu, grâce à l’emploi de la puissance électrique, la rapidité des transports allait s’accroître d’une manière sensible. Les ingénieurs, cependant, ne croyaient pas encore à la possibilité d’appliquer aux services publics ce nouveau mode de locomotion.
- Les événements qui se produisirent quelques années après, en 1888 et 1889, semblèrent leur donner raison. En effet, durant ces deux années, un inventeur américain, M. Daft, avait obtenu de l’administration municipale de New-York l’autorisation d’expérimenter un moteur électrique imaginé par lui. Ces essais avaient donné les résultats les plus déplorables; ils avaient laissé un bien triste souvenir. L’opinion publique, désabusée et désenchantée par cet insuccès, estimait que, contrairement à ses prévisions, le rôle que devait jouer l’électricité se bornerait désormais à des usages restreints, comme l’éclairage des voitures de chemins de fer et de tramways. La locomotion électrique venait de recevoir un terrible coup.
- Il appartenait à la Liverpool Overhead ruil-road Company de démontrer victorieusement qu’ingénieurs et public se trompaient. En 1895, cette société construisit une ligne aérienne sur laquelle circulaient des trains mis en mouvement à l’aide de la puissance électrique. Quelques mois plus tard, le succès sans précédent du chemin de fer à électro-moteurs de l’Exposition universelle et internationale de Chicago, amena un complet revirement de l’opiniôn publique. Dès ce moment, les hommes de science comprirent qu’une ère nouvelle s’ouvrait pour l’avenir des moyens rapides de locomotion, grâce à cette puissance à laquelle ils n’avaient pas osé croire jusqu’alors.
- Les promoteurs du chemin de fer métropolitain de Chicago, composés en majeure partie de capitalistes new-yorkais, avaient eu tout d’abord la ferme intention d’employer des locomotives à vapeur pour le remorquage des trains. Us renoncèrent à cette idée après avoir pris connaissance du succès remporté par la Liverpool Overhead railroad Company et’étudié avec soin le chemin de fer électrique de Jackson Park. Leur choix s’arrêta à l’emploi d’électro-moteurs qui, en même temps que la traction, devaient fournir l’éclairage et le chauffage des wagons aménagés avec tous les perfectionnements
- désirables pour assurer le confort des voyageurs.
- La ligne principale du métropolitain aérien électrique de Chicago a son origine à l'extrémité de la rue Franklin, à l’ouest de la ville, et aboutit à 1 avenue Marshfîeld, d’où se détachent plusieurs embranchements de moindre importance se dirigeant vers les directions nord, nord-ouest et sud. Cette ligne principale a une longueur d’environ 5220 mètres et se compose d’une voie double dont les rails pèsent 40 kilogrammes le mètre courant. De plus, à une faible distance de l’un des rails porteurs de chacune de ces voies, on a disposé un rail trolley transmettant le courant électrique aux électro-moteurs qui se trouvent sur chaque voiture; ce trolley pèse 15 kilogrammes le mètre.
- La voie est supportée par une construction métallique soutenue à l’aide de solides colonnes en acier formées de treillis et croisillons tout comme les poutres de même métal sur lesquelles on a boulonné la voie. Ces poutres et colonnes ont des dimensions un peu fortes eu égard au poids qu’elles doivent supporter. Cela fient à ce que les calculs de résistance prévoyaient l’emploi de locomotives à vapeur. Malgré les changements introduits dans le mode de traction, les ingénieurs n’ont pas cru devoir y apporter des modifications ; ils estiment avec juste raison que cet excédent de solidité ne peut présenter que des avantages, en rendant les réparations moins fréquentes et moins onéreuses.
- Un pont métallique à deux travées franchit les 16 voies de l’important chemin de fer de Pensylvanie. La Société a installé au-dessus de la rivière de Chicago un pont-levis à deux vantaux mus électriquement. 11 faut exactement 15 secondes pour les lever et les abaisser. Un câble électrique plongeant dans l’eau et réunissant les deux culées assure la transmission continue du courant pendant la manœuvre du pont. La société concessionnaire, au lieu d’emprunter le domaine public, a acheté le terrain au-dessus duquel circulent ses trains, pour la somme de 55 millions de francs. Cette dépense comprend un capital de 2 millions, absorbé par les déplacements d’un certain nombre d’immeubles importants, opérés par ses soins.
- De la jonction de la rue Pauline avec l'avenue Marshfîeld, partent, avons-nous dit, plusieurs embranchements à simple voie avec garages et évitements. L’un, sur une longueur de 6854 mètres, se dirige vers l’ouest jusqu’à l’extrême limite de la ville et de Garfield Park. La ligne de Logan Square, longue de 7256 mètres, suit la direction du nord et du nord-ouest. Au sud et au sud-ouest, l’embranchement de Douglas Park, d’une longueur de 5050 mètres, se prolonge au delà de ce point, sur 5216 mètres, pour aboutir à Humboldt Park. Le total des longueurs de la ligne principale et de ses embranchements donne au réseau actuellement en exploitation un développement de plus de 25 kilomètres.
- La gare terminus de la rue Franklin possètle sept étages. Les trois premiers constituent les
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- LA N A TUBE.
- bureaux, salles d’attente et magasins de la Compagnie du Métropolitain. Celte Société a loué les quatre autres à divers commercants et industriels. De spacieux escaliers donnent accès jusqu'aux quais d’embarquement. Sous peu, des ascenseurs permet-
- tront d’y accéder plus facilement encore. Du reste, la Société du Métropolitain n’a rien négligé pour augmenter autant que possible les commodités et le bien-être des voyageurs. Les wagons, construits par les ateliers Dullmann, sont en acajou massif et
- Pont (lu métropolitain traversant l’avenue Asland à Chicago-Nord. (D’après une photographie.)
- somptueusement capitonnés; dans chaque train, existent plusieurs compartiments de fumeurs.
- De puissants freins à air comprimé actionnés par des réservoirs cylindriques dissimulés sous chaque véhicule, viennent, en- cas d’urgence,en aide aux appareils électriques chargés d’assurer un arrêt rapide du train composé de plusieurs voitures.
- Chacune d’elles est munie de ces deux systèmes qui se complètent l’un l’autre. Deux moteurs électriques, de 100 chevaux de puissance, occupent les extrémités du wagon et se dissimulent dans deux petites cabines ne nécessitant qu’un espace extrêmement restreint. Ces moteurs, ainsi que nous l’avons fait remarquer plus haut, fournissent en même temps la lumière nécessaire et le cIkiuliage des voitures. Les trains marchent à une vitesse de 26 kilomètres à l’heure et se succèdent
- rapidement pendant le temps consacré aux affaires.
- La société concessionnaire a édifié, à proximité de la gare terminus de la rue Franklin, une usine centrale d’électricité afin d’assurer le service régulier des trains. La machinerie se compose de 16 générateurs de vapeur du système Ba-heock et Wilcox, brûlant du poussier de charbon qui se paye à raison de 5 francs la tonne. Cette batterie fournit la vapeur suffisante pour mettre en mouvement quatre machines compounds à action directe, Allis-Corliss. Deux d’entre elles donnent une puissance de 2500 chevaux chacune; leur hauteur atteint 12 mètres; leurs volants ont 7m,50 de diamètre. Les autres machines, de dimensions moindres, représentent encore une puissance totale de 2000 chevaux-vapeur.
- Les dynamos, construites par la General electric
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- I.A NATURE
- 12!
- Company, et d'énormes proportions, sont du même type (pie celles employées pendant la « Foire du Monde », et qui actionnaient le chemin de 1er électrique, YIntrarnnral. Elles sont multipolaires et à courant continu. On en compte cinq au potentiel de
- titIO volts avec 2250 ampères ; elles représentent une puissance totale de 6700 chevaux. Dans toute la longueur de l’immense hall abritant la machinerie, peut circuler une grue électrique Morgan, roulant sur]rails et capable de soulever et de transporter,
- pour les réparations ou pour toute autre cause, les générateurs et organes de machines, jusqu’à concurrence du poids de 75 tonnes.
- Grâce au Métropolitain, les laborieuses populations de la grande cité industrielle, épuisées par leur travail journalier, peuvent aisément aller respirer l’air vivifiant de la campagne. Elles n’y man-
- quent pas et se réjouissent du rapide et peu coûteux moyen de transport qui s’offre à elles. A un autre point de vue, la prospérité des affaires, déjà si florissantes à Chicago, va s’augmenter encore par suite des facilités nouvelles mises à la disposition des industriels et commerçants de la cité. Cu. Marsii.i.on.
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- LA VITESSE DES PIGEONS VOYAGEURS1
- La vitesse des pigeons voyageurs la plus considérable que je connaisse d’après un document officiel est celle d’un pigeon de MM. Monrava qui a obtenu en 1890 le Diploma de velocidad maxima, délivré par la Société colombophile de Catalogne pour une vitesse de 2647 mètres par minute ou près de 149 kilomètres à l’heure, dans une course de Yin-bodi à Tarragona.
- C’est déjà énorme quand on pense que le dernier congrès de météorologie, après avoir recueilli et examiné un nombre considérable d’expériences, fixe la vitesse des vents de la manière suivante :
- Vitesse du vent à la minute : brise calme, 90 mètres ; légère brise, 210; vent léger, 300; vent faible, 480; vent modéré, 000; vent fort, 900; vent dur, 1080; vent de tempête, 1290; tempête, 1500; tempête forte, 1740; tempête dure, 2110; ouragan, 2400.
- On peut se demander quelle est l’influence de ces vents sur la vitesse des pigeons. D’après ce que nous venons de dire, la vitesse ordinaire par un temps très calme et pour de faibles distances, est, en chiffre rond, d’un kilomètre à la minute2; si un vent modéré l’aide un peu dans sa direction, nous verrons sa vitesse augmenter et atteindre 1500 mètres. Si lèvent prend de la force et se met à souffler en tempête, toujours dans un sens favorable au vol du pigeon, la vitesse peut monter jusqu’à 2 kilomètres et même plus à la minute.
- Examinons maintenant l’hypothèse inverse, c’est-à-dire celle où un pigeon voyage par vent contraire. Si le vent est modéré, la vitesse du pigeon descendra à 800 mètres et si le vent augmente d’intensité, elle n’atteindra plus que 600 mètres environ.
- On peut admettre, en règle générale, que le vent, suivant sa direction et lorsqu’il est parallèle au vol du pigeon, entre pour la moitié de sa vitesse comme effet utile ou nuisible. Quand c’est dans un sens oblique, il produit son effet proportionnellement à l’angle existant entre la direction du vent et celle du pigeon. Si nous connaissions avec exactitude la direction et la vitesse des courants aériens au-dessus des régions traversées, nous pourrions calculer l’heure probable des rentrées avec une assez grande précision.
- Ajoutons que par un beau temps et avec un vent du sud ou de l’est, le pigeon voyageur se tient généralement à une altitude de 150 mètres; par un vent du nord ou de l’ouest, à une altitude de 100 à 150 mètres.
- Pour donner une idée de la vitesse du pigeon voyageur, je rappellerai d’abord une lutte de vitesse qui a eu lieu entre un pigeon et une locomotive.
- La Pall-Mall Gazette du i l juillet 1876 racontait ainsi la course qui venait d’avoir lieu sur la ligne de
- 1 Suite. — Yoy. n° 1153, du 6 juillet 1895. p. 85.
- 2 II y a quelques années, la ville de ÏN'amur organisa un concours à Mouthiers (650 kilomètres); quatre cents arrivées furent constatées en 70 minutes.
- Douvres à Londres entre le train express qui porte les dépêches du continent et un pigeon qui était porteur d’un message pour l’ambassade de France.
- Cet oiseau, nourri dans un colombier de la Cité, appartenait à la plus belle espèce des beiges-voyageurs. Au moment où le train quittait la jetée de l’Amirauté, à Douvres, un employé français le mit en liberté par la portière d’un wagon. Le pigeon s’éleva aussitôt dans les airs à une hauteur d’un demi-mille; on le vit tournoyer quelques instants, puis partir à tire-d’aile dans la direction de Londres.
- De son côté l’express, qui ne s’arrête à aucune station, marchait à toute vapeur avec une vitesse de 60 milles à l’heure1. Au début, les chances semblaient être contre l’oiseau, et les employés du chemin de fer prédisaient déjà que le petit messager serait battu par la puissante machine du raihvay; mais le pigeon eut bientôt reconnu sa route et pris la ligne droite, en passant entre Maidstone et Sittingsbourne, ce qui lui donnait une avance de 6 milles et demi, la distance qui sépare Douvres de Londres n’étant que de 70 milles à vol d’oiseau, tandis que par le chemin de fer elle est de 76 milles et demi.
- Quand l’express fit son entrée dans la gare de Canon-Street, le pigeon était déjà dans son colombier depuis vingt-cinq minutes, c’est-à-dire qu’il était arrivé avec une avance équivalente à 18 milles2. »
- L’express, avec sa vitesse de 1 mille à la minute, ayant mis une heure seize minutes et demie pour aller de Douvres à Londres en suivant la voie, le pigeon n’a mis que cinquante et une minutes et demie pour parcourir les 70 milles (près de 115 kilomètres) qui séparent en ligne droite le point de départ et le point d’arrivée, ce qui donne 2179 mètres à la minute, ou 120 kilomètres à l’heure.
- Ce pigeon pourrait lutter avec les nouvelles locomotives, car récemment, sur la ligne du Nord, un train dit train-éclair, composé d’une locomotive et de douze wagons, a été lancé sur la ligne, avec un chargement égal ou même plutôt supérieur à celui d’un express ordinaire. Ce train, en marche régulière, a pu atteindre la vitesse de 120 kilomètres à l’heure. 11 a fait le circuit de Paris à Calais, Calais à Lille, Lille à Paris. Dans cette dernière partie de son voyage, renouvelé trois fois en quelques jours, le train-éclair ne s’est arrêté qu’à Longueau, pour faire de l’eau. Il a effectué en deux heures et demie environ, arrêt compris, les 250 kilomètres qui séparent Lille de Paris.
- Les ingénieurs espèrent même atteindre bientôt des vitesses de 160 kilomètres à l’heure en employant des moteurs électriques.
- Un yacht à vapeur met une minute et vingt secondes pour parcourir 1 kilomètre, ce qui donne 12m,5 par seconde ou 750 mètres seulement par minute (45 kilomètres à l’heure).
- Je terminerai en comparant la vitesse des pigeons avec celle des hirondelles et des autres oiseaux.
- D’après M. James Jackson, la vitesse de l’hirondelle
- 1 Ou environ 96 kilomètres.
- 2 Le mille anglais est de 1609 mètres.
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- serait de 07 mètres par seconde, ce qui donne 4 kilomètres à la minute et 240 kilomètres à l’heure.
- Spallanzani avait trouvé que, dans une période de 15 minutes, les pigeons pouvaient franchir
- 10 milles, l’hirondelle 11 milles, et le martinet 12 milles. En supposant qu’il s’agît du mille de Venise valant 1834 mètres, on a, pour les distances respectivement parcourues pendant un quart d’heure : 18340 mètres, 20174 et 22 008, ou, par heure :
- Pour le pigeon...........73 kilomètres
- Pour l’hirondelle. ... 81
- Pour le martinet. ... 88 —
- Ce que nous avons dit dans le § 1er montre que les observations du savant italien relativement au pigeon rentrent dans la moyenne ordinaire.
- La vitesse indiquée pour l’hirondelle paraît au contraire être trop faible, tandis que celle de M. James Jackson serait beaucoup trop forte.
- Il y a une vingtaine d’années, en effet, dans un lâcher de concours de pigeons voyageurs fait à Creil (Oise), le convoyeur d’une société colombophile d’une ville du Nord lâcha une hirondelle qu’il avait soigneusement emportée avec lui, et qui nichait sous la corniche du toit d’un colombier dont les pigeons étaient engagés dans le concours; malgré que le lâcher fut opéré par un vent du nord assez violent, l’hirondelle, lâchée en même temps que les pigeons, rentra à son nid une heure et demie avant l’arrivée des premiers voyageurs au colombier. Or, comme le parcours était de 242 kilomètres et que les pigeons avaient mis un peu plus de trois heures et demie pour faire ce trajet, l’hirondelle avait franchi les 242 kilomètres en deux heures environ, soit 121 kilomètres à l’heure.
- Le 7 septembre 1889, un habitant de Roubaix, M. Desbouvrie, a lâché, à 41' 15m du soir, sur l’esplanade des Invalides à Paris, deux hirondelles qu’il avait dressées. Après avoir tournoyé un instant, elles disparurent dans la direction du nord et arrivèrent à Roubaix à 5h 30m. Elles avaient donc parcouru 200 kilomètres en 75 minutes, c’est-à-dire 2666 mètres à la minute ou 160 kilomètres à l’heure.
- IVA\fC TlFQ VHT \TlTFQ ESPACE PARCOURU PENDANT :
- 1 MINUTE. 1 HEURE.
- Bécassine et vanneau . . . mètres 1100 à 1500 kilomètres 81 à 90
- Canard sauvage 1100 à 1200 66 à 72
- Grue et cigogne 1200 72
- Iléron 1000 60
- Mouette et courlis 900 51
- Oie sauvage 800 18
- Corbeau 700 12
- Martin-pêcheur 500 à 600 ‘ 50 à 56
- Geai et pivert ici. id.
- Abeille 1100 à 1200 . . . ,
- Nous donnons ci-dessus un tableau relatif aux vitesses d’autres oiseaux ou insectes, calculées en observant, dans des circonstances atmosphériques normales, le temps mis à parcourir des longueurs déterminées par des points de repère.
- A. dk Rochas.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- BOITE DE MESÜBE ÉLECTRIQUE
- Dans un précédent article1, nous avons décrit les nouveaux voltmètres et ampèremètres de MM. Ar-noux et Chauvin, qui permettent, avec deux appareils, d’effectuer des mesures de 3 watts à 600 kilowatts. Poursuivant le même ordre d’idée de réaliser des appareils de mesure avec lesquels l’ingénieur électricien puisse faire des mesures électriques de valeurs absolues très différentes avec un bagage restreint, ces constructeurs ont également établi une caisse universelle pour mesures qui permet, à l’aide d’un galvanomètre apériodique à cadre mobile, de construction spéciale, contenu dans cette caisse, d’effectuer des mesures de différences de potentiel de 0 à 300 volts, des mesures d’intensité comprises entre 0 et 100 ampères, ainsi que des mesures de résistances électriques très faibles de 0,00001 à 0,1 ohm par la méthode du pont double de Thomson, de 0,1 ohm à 1 mégohm par la méthode bien connue du pont de Wheatstone ordinaire, et enfin des grandes résistances, isolement ou autres, de 1 à 20 mégohms par la méthode de la simple déviation.
- Ces diverses mesures sont effectuées à l’aide de la caisse que représente notre figure. Cette caisse, qui constitue un laboratoire portatif, a les dimensions suivantes : longueur, 33 centimètres; largeur, 18; hauteur, 15; son poids est de 7kg,5; elle se ferme entièrement et contient à l’intérieur tous les accessoires nécessaires. Pour toute installation, il suffit de placer l’appareil devant une fenêtre, ou même, dans certains cas, sur un pied photographique.
- Le couvercle de la boîte porte dans le fond le galvanomètre apériodique à cadre mobile entre les branches d’un aimant en fer à cheval. Ce cadre est suspendu entre deux ressorts à boudin en alliage d’argent très élastique et très conducteur qui lui amènent le courant électrique et opposent en même temps à l’action de ce courant le couple élastique qui l’équilibre. C’est l’emploi de ces deux ressorts à boudin comme système de suspension qui a permis aux constructeurs de réaliser un galvanomètre insensible aux chocs ; on peut fermer violemment le couvercle de la caisse sans crainte de briser les fils de suspension. Le cadre galvanométrique porte un miroir de foyer approprié et présentant, suivant son axe de suspension, un trait formant réticule. Le galvanomètre est muni également d’un couvercle avec glace à faces parallèles pour mettre l’appareil à l’abri des courants d’air et permettre d’effectuer les mesures même dans les plus mauvaises conditions ; ce couvercle n’est pas figuré sur notre dessin pour laisser voir les détails de construction intérieure. MM. Arnoux et Chauvin ont monté ce galvanomètre dans leurs ateliers pour toutes leurs mesures. Une tige horizontale placée à la partie supérieure maintient l’échelle à distance.
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- Voy. n° 1149, du 8 juin 1895, p. 27.
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- Les deux bornes de ce galvanomètre sont reliées à deux barres de contact placées sous un clavier à sept touches bien à portée de la main afin de pouvoir faire communiquer le galvanomètre avec les divers points correspondant aux différentes mesures à effectuer. Sans insister sur tous ces détails qui ne peuvent bien se lire que sur la boîte elle-même, nous dirons que toutes les résistances sont commandées par un système de jdots et de curseurs très ingénieux remplaçant avantageusement les fiches des caisses ordinaires qui sont toujours exposées à être égarées, et dont le maniement est quelquefois difficile.
- Le premier système de résistances constitue un réducteur universel qui permet de faire varier la sensibilité du galvanomètre dans le rapport de 1 à 1000. Les quatre rangées suivantes forment les quatre décades d’un pont de Wheatstone à décade dont les branches de proportions sont commandées par un cinquième curseur pour la mesure des résistances moyennes comprises entre 0,01 olnn et 1 000000 ohms. La dernière rangée près de l'échelle est occupée par une barre demaillechort étalonnée, qui est placée au-dessus d’une règle divisée, et sur laquelle se déplace également un curseur. À l’aide de bornes disposées sur les côtés, il est possible de faire les montages du pont de Wheatstone ordinaire et du pont double de Thomson pour la mesure des très faibles résistances comprises entre 1/100 000 et 1/10 ohm. La différence de potentiel employée peut être de quelques volts, mais peut aussi atteindre 100 volts. Il est ainsi facile de mesurer des résistances depuis 0,00001 ohm jusqu’à 1 mé-gohm; en se servant de la méthode des déviations, on peut mesurer jusqu’à 20 mégohms. Des boutons placés sur le devant de la boîte permettent par une légère pression de mettre en circuit la pile et le galvanomètre, et de ne les laisser que pendant le temps nécessaire aux mesures.
- L’échelle est formée par une règle 'divisée de 50 centimètres de longueur portant une graduation en millimètres ; cette échelle se fixe sur une colonne dont la partie inférieure vient s’engager dans la gâche de la serrure fermant la boîte. Au milieu de l’éfchelle est un double œilleton, devant lequel on place l’œil pour effectuer les mesures. La graduation
- de l’échelle est naturellement imprimée à l’envers, et il suffit de l’éclairer par la lumière du jour ou d’une lampe placée à gauche ou à droite du couvercle de la caisse. Cette échelle, repliée contre son support, trouve sa place dans le couvercle à droite du galvanomètre. La graduation de l’échelle est double : elle présente le zéro au milieu ou à une extrémité pour la facilité des lectures suivant la méthode employée. Dans ce but le système de suspension du galvanomètre est muni d’une tête de torsion très facilement accessible à la main, afin de pouvoir faire dévier légèrement le miroir suivant les cas.
- Les mesures des différences de potentiel se font simplement en mettant les deux points, entre lesquels on veut faire la mesure, en communication avec deux bornes de la boîte et en appuyant sur un des
- boutons du clavier. Suivant le shuntage du galvanomètre, le nombre total de divisions de l’échelle, 500 millimètres, correspond à 5,50 ou 500 volts.
- La mesure des intensités s’effectue en faisant la mesure d’une différence de potentiel aux bornes d’une résistance connue placée en circuit . Les résistances, établies en barres de cuivre, sont au nombre de 5 pour des intensités de 1,10 et 100 ampères. Deux de ces barres sont représentées dans notre figure sur le devant de la boîte: elles sont reliées au galvanomètre à l’aide de cordons souples, munis de fiches coniques à leurs extrémités. Ces cordons sont identiques à ceux employés par les mêmes constructeurs dans leurs ampèremètres apériodiques. Leur emploi évite d’amener jusqu’à la caisse de gros câbles coûteux et embarrassants. Ces barres trouvent également leur place pour le transport dans le couvercle de la boîte à gauche du galvanomètre.
- En résumé, la nouvelle boîte de mesure transportable de MM. Arnoux et Chauvin permet de mesurer avec la plus grande facilité et avec exactitude des résistances de 1/100 000 ohm à 20 mégohms, des intensités comprises entre 1/100 000 ampère et 100 ampères, et des différences de potentiel de 0 à 500 volts. Ces quelques renseignements suffisent pour montrer tous les services que ce laboratoire portatif peut rendre aujourd’hui dans l’industrie électrique. J. Laffargue.
- Boîte (le mesure électrique de MJ1. Arnoux et Chauvin.
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- LES ARMES EXTRAORDINAIRES
- LE CHÊNE DES PARTISANS (VOSGES)
- La Nature a souvent publié la description d’un grand nombre d’arbres extraordinaires qui existent dans tous les pays du monde; la France ne manque pas de richesses à cet égard. Nous avons cité plusieurs de ces curiosités naturelles dans notre pays et nous renvoyons à ce sujet les lecteurs à nos tables des matières b
- Un de nos lecteurs, M. À. Cha-pier, a bien voulu nous adresser, de Martigny-les-Bains (Vosges), des renseignements sur un chêne très ancien et laineux qui se trouve non loin de la station thermale.
- Cet arbre, qui a certainement plus d’un millier d’années, devait déjà être connu et distingué de nos compatriotes lors de la révolte des Jacques, car c’est de là (pie lui doit venir son surnom ; ensuite il a aussi servi de ralliement lors des guerres de la complète de la Lorraine par Louis XIII. C’était sans doute sous son ombrage que se réunissaient les partisans qui guerroyaient contre l’armée royale faisant le siège de la Mothe de 1654 à 1646.
- Aujourd’hui, la cime de cet arbre majestueux est dépérissante et on voit qu’il a atteint l’extrême vieillesse de sa race.
- Il a 55 mètres de hauteur, 15 mètres de circonférence à sa base et 25 mètres ' d’envergure. Tel quel, c’est certainement un des plus beaux spécimens des géants de nos forêts et peut-être le doyen de sa race. G. T.
- 1 Voy. Tables des matières de dix années de La Nature, lre et 2e séries.
- Le chêne des Partisans. Forêt communale de Vacheresse, près Martigny-les-Bains (Vosges).
- LA TRANSFUSION DU SANG
- DÉCOUVERTE DA R l’N MOINE LORRAIN
- La transfusion est d’une pratique très ancienne : les Egyptiens la pratiquaient;Hiévophile y fait allusion dans son Traité d'anatomie ; Ovide semble l’avoir connue. Au xve siècle, un pape, Innocent VIII (1482-1492), subit cette opération. Mais elle tomba dans un tel oubli, elle était si bien abandonnée, que ce ne fut véritablement qu’au xvu° siècle, après la découverte de la circulation (Harvey),
- que l’idée d’appli-?j querla transfusion, comme moyen the-rapeutique, fut réellement découverte.
- C’est à un moine lorrain, à Dom Ito-bcrl des Gabets, religieux de la Congrégation d e Saint-Vanne, que revient l’honneur de cette découverte. Dom Robert était né, de famille noble, à Dugny (Meuse), entra dans les ordres en 1056 et mourut en 1078: « Il inventa, écrit Dom Calmet, la transfusion du sang, qui consiste à tirer du sang des artères d’un homme ou de quelque animal vivant, et à le faire passer dans les veines d’un autre, à qui on a tiré une partie de son sang, à peu près égale de celle qu’on doit lui infuser. » C’est à Metz, au monastère de Saint-Arnoû, où Dom Robert enseignait la philosophie,et dont il devint plus tard prieur, qu’il fît — en 1650 — sa première expérience de transfusion. 11 en communiqua les résultats à divers amis de Paris, entre autres à Clerselier, l’ami intime de Descartes, qui recueillit et publia les œuvres posthumes du grand philosophe. La « chose fut négligée pour lors », dit Dom Calmet. Sept années plus tard, les Anglais Timothée Clarke, Robert Bayle et llenshaw, tentèrent, sur les conseils de Christophe Wren, l’injection de médicaments par les veines. Richard Lower suivit ensuite leur exemple et, encouragé par le succès, conçut et exécuta l’idée de la transfusion du sang (Dict. Encyclop. médical).
- Jusque-là, l’expérience n’avait été tentée que sur des animaux : ce fut un médecin français, J.-B. Denis, qui,
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- dans l’hotel du comte de Montmor, quai des Augustins, risqua la première transfusion sur l’homme (15 juin 10(17). On opéra sur un jeune homme de seize ans, ayant été saigné vingt fois, dans le cours d’une affection fébrile. Du sang d’agneau fut injecté; le succès fut complet. Le bruit fut énorme; en Italie, en Angleterre, en France, Denis trouva des imitateurs ; comme toujours on tomba dans l’exagération : on saignait, par exemple, un fou à blanc, et l’on infusait d’autre sang qui, ainsi renouvelé, devait rendre la raison au pauvre aliéné!
- Les accidents furent nombreux et les adversaires de la nouvelle méthode s’en emparèrent pour la combattre; ils allèrent— eux aussi tombèrent dans l’exagération — jusqu’à chercher leurs arguments dans l’écriture sainte ! Le Parlement de Paris intervint et, en 1608, la transfusion fut interdite. On a dit, mais à tort, que la cour de Rome s’en était aussi mêlée et avait fulminé contre la transfusion. Au plus fort de la discussion (1667), DomRobertdes Gabets réclama son droit de priorité à la découverte de la transfusion : par une lettre adressée à son ami Clerse-licr, il prouva que, le premier, il avait tenté l’expérience de la transfusion; qu’il l’avait faite à Metz, en 1650, tandis que celles des Anglais étaient postérieures de sept années (1657). Cette lettre est de la fin de 1667 ou commencement de 1668, c’est-à-dire au moment où Denis venait de pratiquer la transfusion sur l’homme.
- A Metz, on conservait précieusement les appareils dont se servait le moine lorrain pour ses expériences : Dom Calmet raconte avoir vu « les tuyaux dont on se servait pour faire passer le sang d’un animal vivant dans les veines d’un autre, et, ajoute Dom Calmet, feu Dom Hyacinthe Alliot, abbé de Moyenmontier qui vivait en ce temps-là, m’a souvent raconté les expériences qu’il en avait faites, étant à Dar-le-Duc )).
- l)e tout ce qui précède, il ressort, par les dates, que c’est bien un moine lorrain, Dom Robert des Gabets, qui, le premier, tenta la transfusion du sang, que c’est bien lui qui la découvrit. Dr A. Fourxier.
- Rambervillers (Vosges), 2 juilllel 189o.
- CHRONIQUE
- La tète de Bismarck. — La tète de Bismarck a été très minutieusement mesurée par le célèbre sculpteur Schaper, de Berlin, qui a fait la statue du grand chancelier élevée à Cologne. De ces mesures on a pu, par des méthodes scientifiques, déduire le volume du crâne et le poids du cerveau. Voici quelques chiffres : du front à l’occiput, mesurée horizontalement selon les prescriptions de l’anthropologie, la tète de Bismarck mesure ‘212 millimètres; la largeur d’une tempe à l’autre est de 170 millimètres. Le crâne est donc de dimensions extraordinaires. Bismarck est unmacrocéphale germain. Sur 2500 recrues, mesurées à Baden-Baden, une seule avait plus de 200 millimètres de longueur de tète : elle mesurait 206 millimètres. Une tète de 212 sur 170 peut être qualifiée de merveilleuse. La moyenne de 50 membres de la Société des sciences naturelles de Carlsruhc, mesurée par Ausmus, était, pour la tète, de 195 millimètres sur 155. La plus grande tête de savant mesurait 205 millimètres sur 162. Le volume du crâne de Bismarck, calculé d’après la méthode scientifique, est de 1965 centimètres cubes. (La moyenne de 245 crânes allemands mesurés était de 1478 centimètres cubes, et le plus gros avait 1860 centimètres cubes.) Le poids du cerveau du chancelier est
- de 1867 grammes, de 55 pour 100 supérieur au poids moyen du cerveau d’un adulte en Europe *.
- Dr Meyxers ii’Estrey.
- Fanal éleclriquc pour locomotives. — Dès que
- l’usage des lampes à arc se fut développé, on pensa naturellement à les substituer aux fanaux à huile des locomotives; plusieurs dispositifs furent proposés et même expérimentés. L’un d’eux, des plus originaux, consistait à projeter verticalement une partie des rayons de la lampe, de manière que cette sorte de colonne lumineuse soit aperçue au loin, au-dessus du train, en dépit des courbes et de la plupart des obstacles. Mais l’adoption définitive de cette nouvelle application de l’électricité rencontra de telles difficultés dans la pratique que là se bornèrent les expériences ; on se heurtait d’ailleurs, près des Compagnies, à une extrême résistance, et les ingénieurs hésitaient fortement à surcharger la locomotive d’un moteur supplémentaire et d’une dynamo. Le problème semble entrer dans, une nouvelle phase ; après de longues recherches, M. George G. Pyle, d’Indianapolis, a combiné un ensemble qui semble réunir la plupart des conditions requises. La dynamo accouplée directement à un petit moteur-turbine, la lampe et son réflecteur forment un tout complet qui se monte à l’avant de la locomotive devant la cheminée. Le poids est insignifiant et l’encoinbrc-ment nul. Des essais de six semaines qui viennent d’avoir lieu sur la Vandalia Line ont donné, d’après FElectrical Engineer, les meilleurs résultats qui font espérer une installation définitive et générale.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 juillet 1895. — Présidence de M. Maret.
- Les travaux du laboratoire zoologigue de Banyuls. — M. Boutan, maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris, et M. Racovitza ont étudié les animaux provenant de pêches opérées dans la Méditerranée au moyen. des ressources spéciales du laboratoire de Banyuls. Des nasses ont été disposées à des profondeurs qui vont jusqu’à 800 mètres. Ces nasses étaient d’une construction particulière; elles étaient munies de valves qui ne s’ouvraient qu’après l’instant où l’appareil avait touché le fond et se refermaient lorsqu’on le remontait. De cette façon on était absolument certain que les animaux capturés provenaient réellement d’une profondeur déterminée. MM. Boutan et Racovitza se sont aidés de la carte topographique sous-marine du cap Creux, qui a été levée l’année dernière pour les besoins du laboratoire. On a ramené des profondeurs de 700 et 800 mètres de gros animaux, une espèce de squale réputée fort rare dans la Méditerranée, dont dix individus se sont trouvés pris dans la même nasse, et un congre de lm,95. Ces squales sont excessivement remarquables par le développement de leur foie. Cet organe pèse en effet un poids qui varie entre le quart et le tiers du poids de l’animal. MM. Boutan et Racovitza ont rencontré à 800 mètres de profondeur les organismes qui apparaissent à la surface par le temps calme, lorsque la mer est fleurie, et qui disparaissent à la moindre agitation des flots.
- Rôle de la laccase dans les végétaux. — M. Bertrand a découvert un ferment soluble du genre de la diastase, mais qui agit par oxydation et non point par hydratation.
- 1 D'après l’Anthropologie (G. Masson, éditeur).
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- Ainsi ce ferment transforme l’iiydroquinone en aiguilles de quinhvdrone; il réagit aussi sur la teinture de gaïac et la réaction peut être utilisée très commodément pour reconnaître la présence du ferment. M. Bertrand a retrouvé dans les plantes les plu-s variées ce ferment auquel il a donné le nom de laccase parce qu’il est abondant dans l’arbre à laque. En effet, si l’on verse quelques gouttes de teinture de gaïac sur la section fraîche d’une plante ou mieux sur le suc cellulaire qu’on retire par pression, il se produit une belle coloration bleue. La laccase provoquant l’oxydation des corps aux dépens de l’oxygène de l’air, il est aisé de voir que ces recherches ont une réelle importance physiologique. Elles permettent en outre d’expliquer un grand nombre de faits où la laccase intervient. Si beaucoup d’organes végétaux, fruits, écorces, racines, prennent à l’air, quand on les coupe, une couleur rougeâtre ou noire, c’est parce que le tannin qu’ils renferment s’oxyde sous l’influence de la laccase qui s’y rencontre également.
- La décharge des poissons électriques. — M. d’Àrsonval a étudié la décharge électrique de la raie torpille, dans le but de déterminer l’intensité du courant de décharné et la force électromotrice mise en jeu. Il rappelle que M. Marey a démontré qu’il s’agit d’un phénomène discontinu et que l’on est en présence d’une série de décharges. Pour mesurer l’intensité, M. d’Arsonval a employé un galvanomètre spécial reposant sur le principe du galvanomètre qu’il a imaginé avec M. Marcel Deprez, la mobilité d'un cadre traversé par un courant dans un champ magnétique de grande intensité. Cette décharge est très puissante. Ainsi une torpille de 0'n,50 de diamètre excitée par le pincement de la nageoire donne une décharge électrique d’une intensité de 8 ampères et d’une force électromotricc de 12 volts qui peut allumer des lampes à incandescence et produire dans une bobine d’induction des étincelles de 0m, 15. Mais les décharges vont en s’affaiblissant; elles sont au nombre de 4 à 15, se succédant à un centième de seconde d’intervalle, de telle sorte que la durée totale du phénomène est d'environ un dixième de seconde. La force électromotrice peut atteindre 20 volts. Bans une deuxième série d’expériences, il a isolé l’organe générateur de l’électricité et en a excité les nerfs par l’électricité. Dans ce cas, on ne constate qu’une seule secousse. La résistance intérieure de l’organe varie de 1,8 à 2,5 ohms; elle augmente après la décharge.
- Élections. — L’Académie élit membres correspondants : 1° de la section d’anatomie et zoologie : M. Flower, de Londres, et M. Sabatier, de Montpellier; 2° de la section de.chimie : M. Ramsay, de Londres.
- Varia. — M. Carnot signale l’analogie des phosphates d’alumine et de potasse nouvellement découverts dans la province d’Oran avec ceux de la grotte de la Minerve décrits par M. Gautier. Cn. de Yiuedeuil.
- UN NOUVEL APPAREIL
- TOUR LA DISTILLATION FRACTIONNÉE
- On possède bon nombre d’ingénieux appareils de laboratoire, permettant de séparer les liquides volatils, par une distillation continue entre certaines limites de température. Aucun, toutefois, ne nous parait être d’une construction aussi simple et aussi robuste que la colonne imaginée par M. Sydney Young, membre de la Société
- Royale de Londres, et qui, d’après les expériences de l’inventeur, donnerait de très bons résultats.
- La plupart des déphlcgmateurs de laboratoire exigent, pour leur construction, de nombreuses soudures, qui les rendent assez coûteux, en même temps qu’elles peuvent devenir des points d’une facile rupture.
- M. Aoung a cherché à éviter ce petit inconvénient, et voici comment il y est parvenu. La colonne servant de réfrigérant porte un certain nombre d’étranglements que l’on produit en aspirant légèrement l’air du tube, après en avoir chauffé un anneau. Chacun de ces étranglements forme une sorte d’étagère servant à supporter un petit cercle de toile de platine très fine, qui porte elle-même, suspendu en son centre, un tube de verre en forme de crochet (Yoy, la figure).
- Pendant la distillation, la vapeur traverse les tubes, cn refoulant, dans leur partie élargie, le liquide qui s’amasse dans le coude inférieur, et qui y redescend aussitôt en suintant le long des parois.
- Si le tube est trop étroit, la vapeur en chasse entièrement le liquide, trouve alors le passage libre, et ne se fractionne plus.
- Pour essayer l’apparei 1,
- M. Young a cherché à séparer deux liquides : le toluène et la benzine, qu’il avait préalablement mélangés en parties égales. Une première expérience donna deux maxima de liquide recueilli entre les mêmes limites de température ; l’un vers 85°, l’autre près de 110°, avec un minimum très accusé au voisinage de 102°. Après trois nouvelles distillations, on avait recueilli 87 pour 100 du toluène, et 30 pour 100 environ de la benzine. En reprenant dans deux nouvelles opérations les parties les plus riches en benzine, on parvint aussi à en regagner 87 pour 100 de la quantité que l’on avait mélangée.
- t Le fonctionnement de l’appareil est donc excellent, et 1 on peut espérer que la facilité de sa construction lui vaudra un bon accueil dans les laboratoires. C.-E. G.
- LES ÉRUPTIONS DE YASE
- DANS LES TOURBIÈRES1
- Il arrive quelquefois que les marais de tourbe se soulèvent et se crèvent, ouvrant des issues à des torrents de vase noirâtre. M. Klinge a fait une étude spéciale de ce phénomène assez rare (Botanisches Jahrbuch) et n’en a relevé que neuf cas en Europe, de 1745 à 1885; sept fois la chose s’est produite en Irlande.
- Ordinairement, le phénomène se produit après des pluies abondantes; des détonations et des vibrations du sol le précèdent et l’accompagnent. La vase qui s’échappe en pareil cas est d'une fluidité variable et elle s’écoule sur les monticules de tourbe, tantôt avec rapidité, tantôt len-
- 1 D’après Ciel et Terre.
- Appareil de M. Sidney Young pour la distillation fractionnée. — 1. Ensemble. — 2. Détail. A. Étranglement du tube. B. Toile métallique portant un tube cn crochet C.
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- LA NATURE.
- tement. Peu après l’éruption, la vase se durcit, le marais s’affaisse au point où elle s’est produite, et y creuse un étang en forme d’entonnoir. D’après M. Klinge, tous les cas observés se sont produits sur les parties élevées des tourbières, aucun dans les vallées. Cet observateur rejette l’idée que ce phénomène soit dû à une absorption d’eau considérable par le marais. Les couches de tourbe, qui varient beaucoup comme consistance, ont chacune une certaine puissance d’imbibition, et l’eau absorbée ne saurait dépasser cette limite. D’ailleurs, les grandes pluies affecteni surtout les terrains supérieurs à la couche et qui ne sont pas encore transformés en tourbe; elles imbibent jusqu’à saturation la couche végétale qui les recouvre, et alors les eaux s’échappent en ruisseaux et forment des étangs.
- M. Klinge n’admet pas non plus la théorie qui attribue ces éruptions à des explosions de gaz; il croit qu’il faut chercher leur cause dans les glissements et dans l’affaissement des couches de terrains inférieurs à la tourbe, mouvements qui permettent la pénétration de l’eau et de la vase liquide. Celle-ci s’élevant mécaniquement dans la tourbe, avec laquelle elle se mélange, la délaye et les éruptions en sont le résultat.
- Les formations calcaires de l’Irlande, avec leurs immenses cavernes et leurs masses d’eau, sont naturellement sujettes à ces affaissements qui, ainsi que les mouvements qu’ils, déterminent, sont fréquents surtout dans les années humides.
- Les grandes pluies qui précèdent les éruptions vaseuses dans les tourbières ne doivent donc être regardées que comme une cause indirecte du phénomène.
- M. Klinge suppose que des éruptions de ce genre ont dû se produire aux temps géologiques ; il • en trouve une preuve dans les troncs d’arbres fossiles que l’on trouve debout dans les terrains carbonifères.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE MYSTÈRE DES HOMMES DE FED DÉVOILÉ
- Nous avons donné dans La Nature l’explication de presque tous les secrets des expériences, souvent remarquables et difficiles à dévoiler, qui sont présentées dans les foires ou dans les théâtres au grand étonnement du public. Nous rappellerons le décapité parlant, les spectres, les têtes changeantes sur les fonds noirs, la nymphe flottante, etc. Les hommes de feu dont nous avons parlé précédemment1, qui faisaient sortir des ilammes de leurs doigts et de leur bouche, ont longtemps défié les explications des chimistes et des physiciens. Un
- 1 Yoy. Les mangeurs de feu, n° 1120, 19 janvier 1895, p. 127.
- prestidigitateur habile, M. de Yere, nous a donné l’explication du truc employé; il est simple en pratique, mais il nécessite des petits appareils fort habilement construits.
- Les hommes de feu, dans les théâtres où ils s exhibent, font leurs expériences sur une grande boîte formant estrade et qui cache la source du feu. Elle ne parait servir qu’à surélever les opérateurs, elle est enveloppée d’un beau tapis. Elle contient à l’intérieur des sacs de caoutchouc, remplis de gaz d’éclairage, et comprimés par des poids. Les hommes de leu ont au talon du soulier un appareil ingénieux qui se termine par un ajutage; cet appareil constitue la porte d’entrée du gaz, il est fixé à un tube de caoutchouc très fin que les spectateurs ne voient pas parce qu’il est de la couleur rouge des vêtements diaboliques des opérateurs : ce tube suit le dos des hommes de feu et se continue le long des
- bras en pénétrant dans la manche contre la chair; au bout du bras, il traverse un mince tube flexible en couleur de chair qui est fixé sous les mains, et longe l’index où il aboutit par une ouverture cachée sous l’ongle. Les opérateurs, en posant leur talon sur un tube cylindrique qui est légèrement en saillie en un certain point de la surface de leur tapis, et en appuyant avec leur pied à la place .voulue, mettent leur tube en communication avec le réservoir caché sous leur plancher. Le gaz circule dans Je tube dont l’homme de feu est muni, et au moment où il s’échappe au bout de son doigt, l’opérateur l’allume en appuyant de sa main libre sur le bouton d’un appareil électrique caché sous son mantelet ; une étincelle électrique jaillit et enflamme le gaz, qui produit un long jet de feu. L’homme de feu a au cou et sous le menton un tube de gaz couleur de chair analogue à celui de sa main ; ce tube suit la forme du menton, et aboutit au-dessous des lèvres, où le gaz sort et s’allume encore par une étincelle; le feu paraît sortir de la bouche d’autant mieux que l’opérateur ne manque pas de l’ouvrir toute grande en penchant la tête un peu en arrière. Les hommes de feu ne travaillent que sur une scène peu éclairée, dont la rampe est éteinte, et cela facilite l’invisibilité de leurs tubes.
- Encore un mystère de physique amusante qui s'explique! Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Figure schématique explicative de l’expérience des hommes de l'eu.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1 150. — 27 JUILLET 1805.
- LA NATURE.
- DISTRIBUTION DE FORCE MOTRICE PAR L ELECTRICITE
- DANS LES USINES LINET, A AUBERVILLIERS
- Nous avons ou l’occasion de visiter, il y a peu de trioe par l'électricité dans les usines Linet, à Auber-
- temps, une intéressante distribution de force mo- villiers. Ces usines fabriquent des engrais et des
- Vue d’ensemble de la salle des machines dans l'usine Linet, à Aubervilliers (Seine), avec les transmissions dans le sous-sol.
- produits chimiques de toutes sortes ; elles occupent une grande surface et ce ne sont partout que des phosphates, superphosphates, qu’il s’agit de broyer, mélanger et préparer. Dans une usine de ce genre la force motrice est absolument indispensable et elle doit être transmise, pour la fabrication dans tous
- les ateliers, jusqu'aux extrémités les plus reculées.
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- 23° année. — 2e semestre.
- Depuis plusieurs années l’usine possédait trois machines à vapeur de 15(1 chevaux avec arbres de transmission. Mais par suite de la grande extension prise par la maison, il a fallu songer dernièrement à augmenter encore la force motrice. En raison des difficultés pour établir les transmissions ordinaires par arbres et surtout pour les entretenir
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- LA NATURE.
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- en bon état dans un milieu chargé d’autant de poussières'de toutes sortes, on a eu recours à la distribution de force motrice par l’électricité.
- M. Linet a choisi un moteur à gaz simple de MM. E. Delamare-Dehoutteville et Malandin, de 80 chevaux, alimenté par une batterie de gazogènes Ihiire-Lencauehcz. Notre ligure donne une vue d’ensemble de la salle où se trouve le moteur à gaz et du sous-sol où sont installées les transmissions. La salle est en forme de demi-ellipse; les dispositions précédentes ont dù être adoptées en raison du manque de place. Le moteur à gaz attaque la transmission par une courroie à l’aide d’une poulie folle et d’une poulie fixe. Par un débrayage, commandé de la salle du moteur, il est facile de faire passer la courroie sur l’une ou l’autre des deux poulies et par suite d’actionner la transmission ou de l’arrêter. La transmission commande à sou tour la machine dynamo placée dans la salle des machines, en arrière du moteur comme le montre notre dessin. Cette deuxième transmission est munie d'un dispositif très simple dû à M. le capitaine Leneveu, et sur lequel nous ne pouvons insister ici, mais qui a pour but d’assurer l’indépendance de la dynamo par rapport à la transmission aussi bien pendant la marche que pendant les arrêts. 11 a pour avantage particulier de permettre la mise en marche et l’arrêt de la dynamo avec la progression que l’on désire et de ne consommer pour son fonctionnement qu’une puissance proportionnelle à la puissance demandée à la d\namo. Ajoutons que d’autres dispositions ont également été prises pour permettre d’actionner à l’aide de transmissions spéciales par une machine à vapeur placée dans une salle voisine, les machines dynamos .génératrices et une pompe montée au-dessus d'un puits. On remarquera dans notre dessin le pont roulant dont une des extrémités se déplace sur des parties de circonférence situées sur le pourtour de la salle des machines.
- L’installation actuelle, qui ne comprend qu’un moteur à gaz pauvre de 81) chevaux, doit être .complétée par l'adjonction de deux autres moteurs semblables. Un deuxième moteur à vapeur doit être également déplacé pour être remonté à côté de la première machine à vapeur dont nous avons parlé plus haut.
- Les machines dynamos génératrices sont deux machines Gramme à G pôles et tournent à la vitesse angulaire de 360 tours par minute. L’une d’elles, machine shunt servant indistinctement à Ja distribution de force motrice, d’éclairage et à la charge d’une batterie d’accumulateurs, a une puissance de 50,5 kilowatts, avec une intensité de 590 ampères sous une différence de potentiel de 145 volts. L’autre dynamo est hypereompound, et a une puissance de 5G kilowatts également, mais avec 450 ampères et 125 volts. L’éclairage est assuré par des lampes à arc et à incandescence réparties dans les divers ateliers de l'usine. La distribution de force motrice est obtenue en divers endroits par des cir-
- cuits partant du tableau de distribution que l’on aperçoit dans notre figure. Les moteurs électriques sont actuellement au nombre de 12, et fonctionnent tous à 120 volts. On trouve I moteur de 15 kilowatts pour les transmissions de l’atelier, 1 moteur de 7,5 kilowatts pour la commande d’un broyeur,
- 1 moteur de 4,5 kilowatts pour la commande d’une soufflerie à gaz, 2 moteurs de 7,5 kilowatts pour le séchoir, 2 moteurs de 7,5 et de 4,5 kilowatts pour
- 2 ventilateurs, 1 moteur de 7,5 kilowatts pour le malaxeur, 1 moteur de 4,5 kilowatts pour un monte-charge, 1 moteur de 7,5 kilowatts pour un monte-sacs, 1 moteur de 7,5 kilowatts pour la fabrication et un moteur de 10,8 kilovatts pour le séchage. Tous ces moteurs sont des moteurs Gramme shunt bipolaires, et sont munis de balais en charbon. Avant de se résoudre à une transformation de ce genre, la maison Linet avait fait des essais très sérieux, pendant plusieurs mois, sur un moteur exposé aux diverses poussières qui se répandent de tous côtés dans l’usine ; les résultats avaient été des plus satisfaisants.
- Des expériences très rigoureuses et très intéressantes ont été effectuées sur les diverses parties de cette installation. M. le capitaine Leneveu a d’abord établi aux ateliers Gramme les rendements industriels des machines dynamos génératrices et des moteurs. Ce rendement pour les machines dynamos atteignait les valeurs suivantes à divers régimes : 91 pour 100 à 54 kilowatts, 90 pour 100 à 42 kilowatts, 88 pour 100 à 36 kilowatts, 82 pour 100 à 24 kilowatts et 77,5 pour 100 à 15,6 kilowatts. Les rendements des moteurs ont été, à puissance maxima, de 89 pour 100 pour les moteurs de 15 kilowatts à la vitesse angulaire de 900 tours par minute, de 88 pour 100 pour les moteurs de 7,5 kilowatts à 1050 tours par minute, et de 86 pour 100 pour les moteurs de 4,5 kilowatts à 1072 tours par minute. Une première expérience d’une durée de dix heures a permis de constater le bon fonctionnement, des machines et appareils. Le régime de marche a été une puissance utile moyenne de 71,6 chevaux pour le moteur, avec une vitesse angulaire moyenne de 123,8 tours par minute, et une puissance utile de 46 kilowatts (371 ampères et, 124 volts) pour la machine dynamo à 378 tours par minute, line deuxième série d’expériences plus complète a été faite ensuite pour déterminer exactement le nombre d’explosions, la vitesse angulaire du moteur, le travail indiqué, la manière dont les pressions_.se répartissent dans le cylindre et enfin la consommation de charbon. Ces derniers essais, d’une durée de 4h 19m, ont montré que la puissance moyenne au frein sur l’arbre était de 81,42 chevaux et la puissance indiquée de 105,81 chevaux; ce qui porte à 76,9 pour 109 le rendement organique du moteur. La consommation de charbon a été de 0ks,G01 l,iU’ cheval-heure au frein et de 0kg,508 par cheval-heure indiqué; il s’agit du charbon maigre ordinairement employé dans les gazogènes pour mo-
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- leurs à gaz pauvre. Eu tenant compte des rendements industriels des moteurs, il est facile d’étaldir le rendement industriel possible de l’installation; mais le rendement réel pratique ne sera connu qu’après un certain temps de fonctionnement.
- En terminant, qu'il nous soit permis de remercier MM. Linet et lîouilliant qui ont bien voulu nous autoriser à visiter leurs usines et qui nous ont fourni tous les renseignements dont il a été question. J. Lafi AiiGii:.
- LE SYSTÈME MÉTRIQUE EN ANGLETERRE
- Nous avons tenu nos lecteurs au courant des progrès réalisés dans le Royaume-Uni de Bretagne et d'Irlande par le système métrique décimal. La question avance peu à peu, avec une sage lenteur, mais elle avance. Des comités scienliliques elle a passé aux assemblées parlementaires, qui marqueront sans doute la dernière étape de son adoption définitive. Un comité nommé par la Chambre des communes en vue d’étudier de près la question vient de déposer son rapport, dont il nous parait intéressant de transcrire les passages les plus saillants.
- Après avoir fait une enquête sur les avantages des divers systèmes de mesures (( dans la voie officielle, com-mercialc, manufacturière, et dans l’enseignement, le comité a constaté que la presque totalité des opinions qui lui sont parvenues sont en faveur de l’adoption du système métrique ». Les conditions présentes du système de mesures britanniques sont, d’après le comité, une entrave au commerce et aux relations internationales. Non seulement, dit le rapport, « nos transactions à l’étranger seraient considérablement facilitées par l’adoption du système métrique, mais notre commerce intérieur bénéficierait d’un système plus simple et plus uniforme d’unités de mesures.
- « De plus, les rapports reçus des autorités scolaires arrivent à la conclusion que les enfants des écoles perdent un temps précieux par l’obligation d’apprendre le système compliqué des poids et mesures existants et qu’il est urgent d’adopter un système plus simple. On estime que l’on gagnerait une année entière dans l’instruction des enfants si l’on adoptait le système métrique au lieu de celui qui est actuellement en usage. »
- « L’enquête faite à l’étranger a îhonlré que le passage d’un système compliqué au système métrique s’est effectué en Allemagne, dans les États Scandinaves, en Suisse, en Italie, et dans la plupart des Etats européens, sans qu’il s’y produisit une opposition sérieuse, et sans qu’il en résultât le moindre inconvénient. »
- « Aux États-Unis, où le système en usage est semblable, une commission est actuellement occupée à une enquête analogue, elle gouvernement fédéral vient déjà de rendre le système métrique obligatoire pour les produits pharmaceutiques. »
- En terminant, le comité propose à la Chambre des communes : « De rendre le système métrique légal pour tous les usages. Après une durée de deux années, de le rendre obligatoire par un acte du parlement. D’introduire dès maintenant l’enseignement du système métrique dans toutes les écoles à une période moins avancée qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, et d’en considérer désormais l’enseignement comme faisant partie de celui de l’arithmétique. ))
- La seule divergence sérieuse qui se soif produite au sein du comité était relative à l’époque de l’introduction
- delinilive du système, quelques-uns de ses membres ayant exprimé le désir qu’il ne fût rendu légal qu’à partir du 1er janvier 1000.
- Si les conclusions du rapport sont adoptées par la Chambre des communes, on peut espérer qu’avant la fin du siècle, le système actuel des poids et mesures du Royaume-Uni sera devenu une chose du passé. C.-E.C. ——
- REVUE DES PROCÉDÉS NOUVEAUX1
- Les boissons ù l'oxygène. — Priestley, enthousiasmé par les propriétés de l’oxygène qu’il venait de découvrir, écrivait en 1774 : « Oui peut assurer que, dans la suite, cet air pur ne deviendra pas un objet de luxe fort à la mode? )) En 1777, Igenhouz, de Rotterdam, reconnut que les inhalations d’oxygène le rendaient plus robuste, augmentaient son appétit et lui procuraient un sommeil plus doux. Mozzo, en 1784, avançait les mêmes conclusions devant la Société Royale de Turin. Depuis, beaucoup de médecins ont expérimenté l’oxvgène et, malgré quelques résultats contradictoires, ils sont arrivés à la conclusion que l’oxygène était un excellent médicament dans les maladies respiratoires et comme antiseptique. Son emploi est très recommandé dans le traitement de l'albuminurie et du diabète.
- Jusqu’à présent on ne s’est servi que du gaz ou de siphons d’eau saturée du même gaz. La généralisation de l’emploi de l’oxvgène n’a pu se faire, par la chèreté du produit, — que rien n’explique, — et, d’autre part, par la forme peu pratique et peu engageante sous laquelle le produit est livré aux consommateurs.
- De nouvelles tentatives viennent d’être faites. L’oxygène est employé à saturer des boissons rafraîchissantes telles que limonades, citronnades, orangeades, etc.... Ces boissons se préparent d’une manière bien simple, comme l’eau de Seltz ou la limonade gazeuse, avec un appareil comme celui de Bartelt, représenté figure 1, p. 132.
- Les boissons se livrent en bouteilles comme la limonade ordinaire. Leur emploi est très hygiénique, surtout en été; elles sont recommandées aux personnes diabétiques, anémiques, etc. Elles stimulent la digestion.
- Nouveaux procédés pour le traitement «les maladies de la vigne. — Voici les nouveaux remèdes proposés pour combattre les maladies eryptogamiques de la vigne. Nos lecteurs n’auront que l’embarras du choix,surtout ceux qui auront échoué avec les traitements habituels.
- 1° Louis Spière, de Béziers, préconise le lysolage. Son procédé consiste à se servir d’une solution de lvsol à 5 grammes par litre.
- 2° Joué et Crouzcl ont imaginé la bouillie tnnno-cuprique qu’ils préparent ainsi : ils font bouillir 20 kilogrammes d’écorce de chêne dans 50 litres d’eau, pendant une heure, en remplaçant de temps en temps l’eau qui s’évapore; ils soutirent le liquide clair et y ajoutent
- 1 kilogramme de sulfate de cuivre en solution dans 10 litres d’eau chaude. Le volume du liquide antiseptique est porté à 100 litres avec de l’eau ordinaire.
- 3° La bouillie provençale est composée de 80 litres d’eau, 5 litres de sulfite de chaux du commerce et 2 kilogrammes de sulfate de cuivre en solution dans 5 litres
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- d’eau bouillante.
- 4° Nous avons préconisé, il y a bientôt deux ans, la solution de fluosilicale de cuivre, à la dose de 1 à
- 2 pour 100; le fluorure de cuivre ammoniacal a
- 1 Suite. — Yoy. n° liai, du 22 juin 1805, p. 52.
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- LA NATURE.
- également été essayé et a donné de bons résultats.
- 5° Gihaudan conseille l'emploi du bisulfite de chaux, à raison de 7 kilogrammes dans 100 litres d’eau, pour combattre l'oïdium.
- 0° Quelques marchands ont mis de l'acide arsénieux dans les bouillies cuivriques, mais il faut rejeter une pareille composition, qui offre quelques dangers au point de vue de l’arsenic qui peut rester dans le vin après le foulage. Du reste, il résulte des expériences de Marchand et de llaoul Bouilhac que l’arsenic n’est pas un bon remède contre les champignons parasites.
- l.ampcs antiseptique». —- On sait que l’aldéhyde formique ou formol est un puissant antiseptique. Le produit commercial s’obtient en oxydant l’alcool inéthy-lique ou esprit de bois. On a eu l’idée de construire des lampes brûlant de l’esprit de bois et dégageant des vapeurs de formol pouvant produire la désinfection des appartements, hôpitaux, casernes, écoles, ateliers, etc.
- Le procédé est simple, très commode et assez économique; nous l’avons décrit en détail précédemment'. Sur la ligure 2 nous représentons trois modèles de ces lampes. Le modèle A est la lampe formogène de M. Trillat. Elle se conquise d’une lampe à alcool surmontée d'un cylindre b présentant, en haut et en bas, deux séries d’orilices réglables. Une toile métallique c, en platine, est disposée en travers de ce cylindre. La lampe est remplie d’alcool métbylique, allumée et coiffée de son cylindre. La toile métallique devient incandescente. On éteint la flamme de la lampe. Les vapeurs d’alcool maintiennent le platine incandescent par suite de leur transformation en alcool. C'est, comme on le voit, une simple lampe sans flamme.
- Collons indique un dispositif plus simple. Une lampe à alcool B est remplie d’esprit de bois et on règle sa mèche de façon qu’elle sorte à peine de la bobèche. On coiffe celle-ci d’un petit panier cylindrique en lil de platine arrondi en dessous, ayant 2 millimètres de hauteur
- Fig. 1. — Fabrication des boissons à l'oxygène.
- et 1 centimètre de diamètre. La lampe est allumée. Elle brûle avec flamme, sans formation de formol. On éteint la flamme et immédiatement elle produit les vapeurs antiseptiques. La lampe fumivore hygiénique de Muller C pourrait servir pour le môme usage, en la remplissant d’esprit de bois à la place d’alcool ordinaire.
- D’après les essais faits, il faut brûler 2 litres d’alcool métbylique pour stériliser un local de 100 mètres cubes. Les vapeurs de formol n’altèrent pas les objets mobiliers.
- S«u<lurc de l'aluminium. — Clarc propose un procédé très simple pour effectuer cette soudure tant cherchée. Il se sert, comme soudure, d’étain additionné d’argent. L’aluminium est chauffé avec un morceau de soudure jusqu’à ce que celui-ci soit fondu; avec une brosse en fils d’aluminium, la soudure est uniformément étendue et les deux pièces, mises en contact, chauffées et pressées l’une contre l’autre.
- Nous donnons ci-après la formule de la soudure Delé-cluse, dont il a été parlé dans La Nature 1 : 48 pour 100
- d’étain, 24 pour 100 de zinc, 24 pour 100 de plomb, 3,5 pour 100 d’aluminium, 0,5 pour 100 de chrome (Brevet du 22 septembre 1894).
- Jean Bies-Albert se sert de l’alliage suivant : 50 pour 100 de zinc, 28 pour 100 d’étain, 9 pour 100 d’aluminium et 7 pour 100 de nickel ou d’argent. 11 opère avec un fer à souder, à la température de 550° à 400° U.
- Argenture «le lu porcelaine. — Pour recouvrir certaines parties des vases en porcelaine d’une couche d’argent, un excellent procédé est le suivant. On prépare la pâte suivante : 120 grammes d’azotate d’argent, 20 grammes d’azotate de mercure, 30 grammes de bromure de sodium, 10 grammes d’oxyde de bismuth, 120 grammes d’eau gommée. On recouvre les parties à argenter avec cette pâte, comme d’une peinture, on laisse sécher et on cuit dans un four. Après cela, on les recouvre d’argent en les plaçant dans un bain électrolytique. La dorure se ferait de même. On obtient de très beaux effets par ce moyen.
- 1 Voy. n° 1123, du 8 décembre 1894, p. 20.
- 1 Voy . n° 1154, du 13 juillet 1895, p. 105.
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- LA N A TU UK.
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- Dorure l»ri liante pour la porcelaine et le verre.
- — On obtient un excellent dépôt d’oc brillant sur verre et sur porcelaine en se servant à la place de la mixture ordinairement employée d’une solution de chlorure d’or dans l’essence de térébenthine ou de lavande, additionnée de nitrate de bismuth et de savon de chrome. Les meilleures proportions à employer sont les suivantes : 900 grammes d’essence de lavande, 100 grammes de chlorure d’or, 5 grammes de sous-nitrate de bismuth et 50 grammes de savon de chrome.
- Les pièces décorées avec ce mélange sont desséchées et chauffées au four.
- Les parties peintes deviennent immédiatement brillantes.
- Transport du poisson de nier vivant. — On
- vient de faire une tentative très intéressante. Il s’agissait d’amener vivant, sur le marché de Cologne, le poisson pris dans la mer du Nord. Des aigrefins, des cabillauds, des soles, des barbues, des turbots ont été enfermés dans des réservoirs spéciaux et amenés de la côte hollandaise à Cologne. Ces réservoirs sont agencés de manière à maintenir l’eau de mer, contenant les poissons, constamment en mouvement, d’entretenir dans l’eau un courant continuel d’oxygène et d’isoler, par un filtre, les excrétions des poissons.
- L’expérience a pleinement réussi, les poissons sont tous arrivés vivants et ont été distribués aux intéressés, qui ont pu constater qu’ils avaient un meilleur goût que les poissons transportés par les procédés habituels.
- Cuivrage des tonneaux. — Pour rendre les tonneaux imperméables, plus résistants et moins susceptibles de se détériorer, on a eu l’idée de les recouvrir, extérieurement, d’un dépôt électrolytique de cuivre. A cet effet, on rend leur surface conductrice avec un mélange de plombagine et de poudre de zinc. Chaque tonneau est enfermé dans un tonneau métallique, s’ouvrant en deux parties et en communication avec le pôle positif d’une dynamo, tandis que l’électrode négative est constituée par la surface métallisée du tonneau à cuivrer. Ce dernier est isolé de l’enveloppe par des taquets isolants
- en porcelaine. L’intervalle compris entre les deux tonneaux est rempli de sulfate de cuivre ammoniacal. Lorsque la couche de cuivre atteint une épaisseur de 1/10 de millimètre, on interrompt le courant et on remplace le bain de cuivrage par un bain d’aciérage.
- Les tonneaux ainsi obtenus sont très résistants.
- On traite de même les tonneaux en papier, qui peu vent servir alors à transporter les liquides.
- Le tulle doré. — Les exigences de la toilette féminine font que bien des problèmes techniques sont résolus. La dorure et l’argenture du tulle témoigncntdes tentatives nombreuses que nos industriels se voient obligés de faire pour alimenter nos goûts changeants et de plus en plus difficiles.
- Voici le procédé employé :
- Le tulle est immergé dans une solution de nitrate d’argent à 1 pour 100; après un quart d’heure de bain, il est essoré et plongé dans une solution de sel de Raschig. Ce sel est un sel de potassium de l’hydroxylamine sulfonée. Le nitrate est immédiatement réduit et l’argent se dépose sur les libres en l’imperméabilisant. 11 ne
- reste plus qu'à essorer le tulle, le laver et l’essorer de nouveau.
- On le recouvre d’argent ou d’or au bain galvanique. Ce bain est formé de cyanure double de potassium et d’or ou d’argent.
- on argente on on dore de même les blondes, la mousseline, etc.
- Avec le tulle doré, on faitde très belles ailes Mercure ou Minerve, formant la coiffure à la mode de nos élégantes.
- Farine lactogène. — Bien des matières ont la propriété d’augmenter l’excrétion lactée chez les mammifères. Nous citerons le carbonate d’ammoniaque, le jabo-randi, l’acide salicylique. La farine lactogène possède des propriétés analogues, sans troubler la digestion ni communiquer des qualités nuisibles au lait. D’après ce que nous avons pu constater c’est de la farine de maïs ou de la fécule de pomme de terre, traitée par l’acétate d’ammoniaque et séchée dans des fours spéciaux.
- Conservation de la viande. — Le docteur Waeker, de Monaco, vient de proposer un procédé de conservation
- Fig. 3. — Conservation de la viande. Procédé Waeker.
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- LA NATURE.
- de la viande assez original. Il consiste à laver la viande avec un liquide antiseptique soluble dans l’eau et décom-posable par la chaleur en un produit également soluble dans l’eau. Ce liquide ayant détruit les germes de fermentation, la viande est lavée à l’eau bouillante pour lui enlever l’antiseptique. Toutes les manipulations étant effectuées au contact d’un air pur, débarrassé de bactéries, la viande, peut se conserver pendant six mois sans altération aucune.
- La ligure 5 (p. 153) représente l’appareil pour réaliser ce procédé. La viande est mise dans un appareil B, pouvant être hermétiquement fermé. Pour 100 kilogrammes de viande, on introduit 20 litres d’une solution de per-sulfate de sodium à 2 pour 100. Après dix minutes de contact, le liquide antiseptique est évacué par le robinet d ; l’air, qui arrive dans le récipient B, se lave dans un liquide stérilisateur contenu dans les flacons C. Le robinet d est fermé et l’on ouvre celui qui se trouve sur le tube a, qui amène de l’eau chaude préparée dans la chaudière A. Cette eau lave la viande, lui enlève le produit antiseptique; on la fait écouler dans le tube d. On renouvelle le lavage à l’eau chaude tant qu’elle entraîne du sulfate de soude, car, sous l’influence de la chaleur, le persulfatc se change en sulfate : l’air qui arrive dans la chaudière A, pendant les manipulations, se purifie également en C.
- Dans les flacons C, on met de l’acide sulfurique ou tout autre liquide détruisant les germes et ne pouvant pas être entraîné par l’air.
- Soudure autogène du plomb. — La soudure autogène du plomb est assez délicate, demande un matériel coûteux et une grande expérience. M. Blondel vient de rendre le procédé très commode et à la portée de tous de la manière suivante : les deux feuilles à souder sont grattées aux endroits où elles doivent se réunir, de manière à mettre le plomb brillant à nu. Les surfaces de jonction sont enduites d’amagalme de plomb, réunies, et, sur la ligne de réunion, on passe le fer à souder ordinaire bien chauffé. La chaleur dégage le mercure de l’amalgame et la soudure est obtenue par le plomb seul.
- Procédé pour activer la germination des graines. — Pour activer la germination des graines, comme celles du persil, des carottes, des scorsonères, qui lèvent difficilement, on les plonge dans une solution contenant 10 pour 100 d’ammoniaque liquide à 22° B.
- Un liquide spécial, vendu dans le commerce sous le nom de germifère, contient 100 parties d’eau, 5 parties d’ammoniaque, 5 parties de chlorhydrate d’hydroxylaminc, 1 partie de potasse. On utilise aussi le formol, à raison d’un demi-gramme par litre.
- Procédé pour conserveries collections d’histoire naturelle. — Voici une composition pour préserver les spécimens d’histoire naturelle des attaques des insectes. Elle est préconisée par un habile entomologiste M. Walter llough. L’est une solulion naphlo-arsenicale dont voici la composition : 570 grammes d’une solution saturée d’acide arsénieux, 570 grammes d’essence de pétrole, 140 grammes d’alcool à 95°, 1 gramme d’acide phonique, 1 gramme d’une solution à 10 pour 100 de strychnine.
- Pue nouvelle pile sèche. — Cette nouvelle pile a été imaginée par M. Renault. Elle se compose d’un vase en charbon de cornue aggloméré, dans le fond duquel se trouve un mélange de silice gélatineuse et d’acide chro-mique. Sur ce mélange se trouve un disque en terre
- poreuse, supportant une spirale de zinc contenant, dans ses spires, de la silice gélatineuse seule. Le tout est placé dans un vase en terre, en verre, en amiante, ou en ébonite, pour isoler le charbon. La silice gélatineuse peut absorber 00 fois son poids d’eau et constitue, ainsi, le magasin à liquide sous une forme solide. L’idée est très ingénieuse. La disposition de la pile lui permet de présenter une surfaco énorme aux actions chimiques et de donner une grande énergie sous un petit volume.
- A.-M. Villon.
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- LA POROSITÉ MOLÉCULAIRE
- Dans une récente séance du Comité de recherche des alliages, le professeur Roberts Austen a rendu compte d’expériences démontrant pratiquement la porosité du verre dans les opérations d’électrolyse. Un récipient était divisé en deux compartiments par une feuille de verre de quelques millimètres d’épaisseur. Un amalgame de sodium fut placé d’un côté du verre, du mercure pur de l’autre, et le tout chauffé à 200° centigrades. Une batterie Planté fut mise en action, et après trente heures de courant, l’on trouva que l’amalgame avait perdu 0er,05 de son poids, et que cette quantité se retrouvait exactement dans le mercure qui en était absolument exempt auparavant.
- Quand l’amalgame de sodium était remplacé par un amalgame de lithium, le sodium contenu dans le verre passait, comme avant, dans le mercure pur; mais il ne fut pas possible, dit l’auteur, d’éliminer tout le sodium contenu dans le verre ; les atomes libres seuls de sodium furent remplacés par ceux de lithium. La conclusion qu’on en tire est que les atomes de lithium dont le poids atomique est 7 et le volume atomique 15,98, peuvent traverser les galeries moléculaires pratiquées à travers le verre par les atomes de sodium dont les poids et volumes atomiques sont respectivement 25 et 16,04.
- Lorsque, au lieu de lithium, on employait un métal tel que le potassium, dont les données atomiques, poids 59 et volume 24, sont supérieures à celles du sodium, il n’était pas possible d’éliminer ce dernier, car les atomes de potassium étaient trop gros pour traverser les galeries pratiquées par le sodium.
- Nous nous trouvons donc bien en présence, dit l’auteur, d’une porosité moléculaire qui peut dans un certain rapport être mesurée; et l’influence mécanique du volume des atomes est ainsi rendue évidente. Il en résulte également qu’il y a connexion directe entre les propriétés de la masse et le volume de l’atoine.
- Les résultats obtenus dans ce sens par Warburg et Tegetmeier ont été confirmés par les expériences de Roberts Austen. Dans la plupart de ces essais, le verre était électrolysé en employant le mercure et un amalgame d’autre métal comme cathode et anode respectivement. La température passait de 250 à 550° C. La force électro-motrice employée était de 100 volts, et le courant, dans le cas d’emploi du sodium, se tenait en moyenne à un millième d’ampère; il s’est élevé parfois cependant à un cinquantième.
- Dans les expériences avec l’amalgame de sodium d’un côté et le mercure pur de l’autre, le sodium est passé dans le mercure à raison de 0F',05.
- Un essai pour faire passer l’or à travers le verre n’a pas réussi, mais la glace a été teintée par l’or, et de microscopiques parcelles de ce métal ont été trouvées engagées dans l’épaisseur du verre. Le même résultat
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- LA NA T ü 11 K.
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- était obtenu avec un amalgame de cuivre. Le simple fait que le courant passe à travers le verre est une preuve que l’action électrolj tique se produit.
- A l’issue de la séance, les membres du Comité ont appris avec le plus grand plaisir que la Société d'encouragement de France a décerné l’une de scs plus hautes récompenses au professeur Roberts Austcn en l’honneur de ses travaux. Le savant physicien méritait bien cet hommage '.
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- UN TYPE CURIEUX DE RONGEUR
- LE PITECHEIR MELANDROS
- Dans le livre d’or des voyageurs du Muséum, le nom d’Alfred Duvaucel mérite d’être inscrit en belle page, car, durant six années d’explorations à travers les régions les moins connues et les plus dangereuses de l’Asie continentale et insulaire, jusqu’au moment où une mort prématurée vint arrêter brusquement son labeur, cet infatigable explorateur ne cessa d’enrichir les collections du Jardin des Plantes, joignant à ses envois de plantes et d’animaux des dessins d’une rigoureuse exactitude. Duvaucel avait d’ailleurs des motifs particuliers de s'intéresser à la prospérité d’un établissement où s’était écoulée son enfance et auquel le rattachaient des liens de famille. 11 était en effet le beau-fils de Georges Cuvier2, sa mère, Anne-Marie Coquet du Trazaile, ayant épousé en secondes noces, le 12 pluviôse an Ail (2 février 1804), notre grand naturaliste, alors âgé de trente-quatre ans, professeur au Muséum et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. De son premier mariage avec Louis-Philippe Duvaucel, fermier-général, (fui périt sur l’échalaud le 11) floréal an II (8 mai 1794), il restait à Anne-Marie Coquet du Trazaile quatre enfants en bas âge, trois fds et une fille; de son mariage avec G. Cuvier elle eut encore quatre enfants ; mais cette nombreuse famille fut rapidement décimée. Des enfants de Cuvier, le premier-né vécut à peine trois mois ; un second fds, Georges, qui donnait les plus belles espérances, fut enlevé à l’âge de sept ans à l’affection de ses parents ; une première fdle, Anne, mourut en 1812, à lage
- 1 D’après le journal anglais Engineering.
- 2 C’est peut-être ici le cas de rappeler une particularité ignorée sans doute de la plupart de nos lecteurs. Georges Cuvier qui, dans l’index bibliographique annexé à la première édition du liègne animal (1817, t. IV), se donne les prénoms de Georgc-Léopold-Chrétien-Frédéric-Dagobert, qui est désigné de la môme façon (sauf le prénom de Léopold) dans l'éloge prononcé par son ami et collaborateur Laurillard en 1833, ne s’appelait pas en réalité Georges Cuvier, mais bien Jean-Léopold-lNicolas-Frédéric-Cuvier. C’est ainsi qu’il est désigné à la fois dans son acte de naissance et de baptême et dans son acte de mariage, reproduits par M. le pasteur G. Goguel dans ses Hommes connus dans le monde savant (Paris, 1864). Le prénom de Georges, sous lequel il est- universellement connu, lui fut donné par sa mère en souvenir d’un premier enfant quelle avait perdu, et celui de Dagobert par son parrain, Christian-Frédéric-Dagobert, comte de Valdner, lieutenant-général des armées du roi. Au contraire le frère de Georges Cuvier, Frédéric Cuvier, s’appelait, d’après son acte de naissance, Georges-Frédéric Cuvier.
- de quatre ans, et l’autre, Clémentine, l’orgueil et la joie de son père, fut emportée à vingt-deux ans au milieu des préparatifs de son mariage. Enfin, dans les dernières années de sa vie, G. Cuvier perdit encore deux des fils de M. Duvaucel sur lesquels il avait reporté son affection paternelle. L’un, qui était officier d’infanterie, mourut en Portugal, et l’autre, Alfred, celui dont nous avons à nous occuper ici, succomba à la fleur de l’âge, victime de son dévouement pour la science1.
- Alfred Duvaucel qui, d’après les biographes, était né en 1795, manifesta de bonne heure un goût très vif pour les sciences naturelles. A l’âge de vingt-quatre. ans il s'embarqua pour Calcutta, où il retrouva un autre voyageur plein de zèle, Piard, en compagnie duquel il recueillit d’importantes collections aux environs de Chandernagor. A la fin de 1818 il se rendit, avec le même naturaliste, dans les îles de la Sonde, qu’il parcourut jusqu’en 1820; puis il entreprit, seul une exploration de l’Assam qui dura plus de trois ans et durant, laquelle il visita des montagnes qui n’avaient encore été foulées par le pied d’aucun Européen. Mais sa santé ne put résister à tant de fatigues. Miné par la fièvre il dut regagner Calcutta, puis Madras, où il arriva à bout de forces. Ce fut sa dernière étape. 11 mourut à la fin d’août 1824, et les notes qu’il avait , recueillies, les papiers où il avait consigné ses obser-vations, ne parvinrent jamais en Europe. C’est dans ces papiers que devait se trouver le commentaire d’un dessin colorié qu’il avait envoyé à Frédéric Cuvier, le frère de Georges Cuvier, et qui représentait un Mammifère de petite taille, ayant la physionomie d’un Rat et portant une livrée d’un roux jaunâtre.
- F. Cuvier publia, en 1855, une reproduction de ce dessin dans son Histoire naturelle des Mammifères et l’accompagna des réflexions suivantes qui trahissent ses hésitations sur la place à assigner à cet animal qu’il appelle le Pitecheir ou le Pitechir2 :
- « Ce Mammifère se rapproche des Rats et des Sarigues, sans toutefois pouvoir être réuni entièrement ni à l’un ni à l’autre de ces genres. La tète et la queue rappellent la tête et la queue des Rats, tandis que les pieds de derrière et un peu la tête rappellent les Pédimanes américains. Mais les pouces très séparés aux pieds de derrière, avec un ongle plat, et ceux des pieds de devant, quoique très courts, garnis aussi d’ongles aplatis et paraissant également opposables aux autres doigts, ne permettent pas d’admettre cet animal parmi les Rats; on ne peut davantage le considérer comme une Sarigue à cause de scs pouces des membres antérieurs et de sa queue non prenante. D’après ces carcatères, tirés des organes du mouvement, le Pitecheir nous représenterait le type d’un genre nouveau et probablement de l’ordre
- 1 Le troisième lils de M. Duvaucel fut Directeur des douanes et des contributions indirectes à Besançon, et la fdle épousa l’amiral Ducrot de Villeneuve.
- 2 Ce nom est formé de deux mois grecs, x'.O qxo?, singe, et ysip, main.
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- dés Rongeurs ou de la famille des Pédimanes; mais celle question restera douteuse jusqu'à ce qu’on ait connaissance de son système de dentition. Les couleurs de son pelage, d’un beau fauve uniforme, et sa queue noire l’éloignent également des genres dont nous venons de parler. En effet, toutes les espèces qui constituent ces genres sont revêtues d’un pelage terne et elles sont en assez grand nombre pour qu’on puisse en induire qu’il n’est pas dans leur nature qu’elles soient revêtues d’un pelage brillant. »
- F. Cuvier ajoutait qu’il ne pouvait malheureusement indiquer ni les dimensions, ni le pays d’origine du Pitecheir. 11 supposait seulement (pie l’animal était de la taille d'un Rat et habitait soit le nord du Rengale, soit la partie occidentale de l’île de Sumatra.
- Des découvertes toutes récentes sont venues justifier en partie ces hypothèses. M. Jentink, le savant conservateur du Musée de Leyde, a retrouvé, en effet, dans les collections de cet admirable établissement, deux spécimens de Pitecheir qui y sont conservés depuis plus de soixante ans, ayant été pris en 1854, l’un à Java sur les flancs du mont Cédé, l’autre à Sumatra par le voyageur Salomon Millier. Ce dernier avait publié, dès 1859, dans un recueil hollandais1, quelques renseignements sur les circonstances dans lesquelles il avait capturé ces deux animaux dont il avait parfaitement reconnu l’identité avec l’animal décrit et figuré, quelques années auparavant, par F. Cuvier. Mais cette Notice passa inaperçue et les Pitecheir du Musée de Leyde restèrent ignorés des naturalistes, si bien qu’en 1854, P. Gervais, traitant de cette espèce, qu’il classa parmi les Rongeurs sous le nom de Pitecheirus melanarus et qu’il rapprocha des Ptilocerques de Bornéo, crut pouvoir affirmer qu’il n’en existait aucun représentant dans les musées de l’Europe.
- On ne fit guère plus attention à un troisième Pitecheir qui, d’après M. Swierstra, avait été capturé dans la partie orientale de File de Java et qui vécut pendant peu de temps, en J888, au Jardin zoologique d’Amsterdam, et l’on ignore même ce qu’est devenue la dépouille de cet individu.
- La publication faite par M. Jentink, en 1890, dans les Notes (lu Musée de Leyde, d’un Mémoire où étaient consignés quelques-uns des faits que nous venons de relater, eut le mérite de tirer l’espèce de F. Cuvier de l’oubli où elle était si longtemps restée. Un naturaliste distingué, M. D.-C. Pasteur, inspecteur des postes hollandaises à Batavia, conçut le projet de retrouver à tout prix le Pitecheir dont il s’était fait envoyer le portrait par M. Jentink. Dans ce but il entreprit, dans les derniers jours d’octobre 1891, l’ascension du mont Gedeh ou Gédé. Un soir qu’il gravissait péniblement les lianes de la montagne, à la nuit close, ses hommes, auxquels il avait montré l’image de la bête et dont il avait stimulé le zèle par l’espoir d’une ample récompense, parvinrent à capturer une petite famille dc Pitecheir qui était nichée
- 1 Verhandclingen over de natuurlijke Geschiedniss der ficderlandsche Overseesche bezitlingen Zool. 1839, [>. 36.
- dans le creux d’une branche de Rasamala1. Cette famille, que les Malais délogèrent à l’aide d’un bâton, se composait du père, de la mère et d’un petit, encore à la mamelle. Elle fut ramenée à Batavia où M. Pasteur put la garder quelque temps en captivité, de manière à observer ses mœurs et son régime. D’abord les petits animaux, qui vivaient à une altitude de 1500 mètres environ, parurent incommodés de l’atmosphère lourde et étouffante de Batavia ; ils perdirent l’appétit; mais peu à pou on finit par leur faire accepter comme nourriture des concombres, des patates, des fruits de Bananier et de Mangoustan*, mais on ne put jamais les accoutumer à manger des carottes. C’est le matin de très bonne heure qu’ils prenaient leur repas. Durant toute la journée ils restaient engourdis et ne recouvraient leur activité qu’après la nuit tombée. Le petit se tenait ordinairement accroché à la poitrine de la mère et dormait caché dans son giron. Comme l’avait supposé F. Cuvier, les adultes étaient de la taille d’un Rat, le mâle mesurait environ 0m,575 du bout du museau à l’extrémité de la queue et la femelle était un peu plus forte. Us étaient revêtus d’une fourrure douce et abondante, d’un beau roux cannelle sur les parties supérieures du corps, d’un blanc pur ou légèrement lavé de roux sur les parties inférieures. Les yeux étaient d’un noir de jais ; les pattes, presque entièrement dénudées, d’un rose chair avec des callosités d’un blanc laiteux sur la face plantaire. La queue, plus longue que le corps et garnie à sa base d’un gros bourrelet de poils, paraissait au premier abord complètement nue; mais en y regardant de très près, on découvrait à sa surface de petits poils, d’une ténuité extrême, disséminés entre des écailles d’un brun noirâtre. La tète était arrondie et surmontée de petites oreilles de forme ovale, frangées à leur bord supérieur, et le museau portait une paire de longues moustaches noires. Mais le caractère le plus étrange de ces animaux était celui sur lequel F. Cuvier avait déjà particulièrement insisté et qui avait été nettement indiqué dans le dessin de Duvaucel; nous voulons parler de la conformation particulière du pouce, aussi bien aux membres postérieurs qu’aux membres antérieurs, ce doigt différant complètement des autres par son aplatissement et la largeur de son ongle, et rappelant le pouce d’un Singe ou d’un Lémurien.
- Deux mois plus tard, à la fin de l’année 1891, les cadavres des Pitecheir capturés parM. Pasteur arrivèrent à Leyde et M. Jentink put déterminer, par l’examen des crânes et de la dentition, la position que l’espèce devait occuper dans les classifications zoologiques. Il reconnut qu’elle appartenait incontestablement à la famille des Muridés, en d’autres termes que le Pitecheir était une sorte de Rat nocturne et arboricole. Ces conclusions ont été contrôlées tout récemment par l’examen des viscères, auquel s’est livré M. de Ponsargues, préparateur au Muséum d’histoire naturelle de Paris. M. Pasteur ayant réussi
- 1 Liquidambar altingia.
- 2 Garcinia mangoslana.
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- LA NATURE
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- Le Pitecheir melanurus, Rougeur arboricole des îles de Java et de Sumatra
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- à se procurer deux nouveaux exemplaires de Pitecheir, les envoya généreusement au Muséum en même temps qu’une admirable collection de Coléoptères de Java. De ces deux exemplaires qui étaient conservés dans l’alcool, l’un fut immédiatement monté pour prendre place dans la collection publique (c’est celui qui a servi de modèle pour la figure ci-jointe), l’autre ^servit aux recherches anatomiques de M. de Pou-sargues. Il résulte de ces recherches que le tuhe digestif des Pitecheir présente la même disposition générale que chez les Rats proprement dits et ne se distingue que par des particularités d’une importance secondaire. Ainsi l’estomac est plus vaste et moins nettement séparé en deux loges chez le Rat brun ou Surmulot, et le gros intestin acquiert un développement considérable, comme chez les animaux herbivores. A l’état sauvage le Pitecheir se nourrit en effet exclusivement de substances vécé-ffales; il se montre particulièrement avide de tubercules du Kateïa* et de YOébi* et de certains fruits qu’il va cueillir sur les arbres. Grâce à la conformation de ses pattes il grimpe, en effet, avec l’agilité d’un Singe. Pendant la plus grande partie du jour il reste endormi, tapi dans le feuillage ou caché dans un trou, et, en raison même de ses habitudes, il se dérobe aisément à l’attention du chasseur. C’est ce qui nous explique pourquoi il est resté si longtemps presque inconnu des naturalistes. Maintenant que, grâce à M. Pasteur, on connaît exactement son genre de vie et sa patrie, il sera plus facile de se procurer des dépouilles et même des individus vivants de cette espèce intéressante, qui paraît décidément cantonnée dans les régions montagneuses des îles de Java et de Sumatra. E. Oüstalet.
- YOYAGE AU PÔLE NORD EN BALLON
- PROJET ET EXPÉRIENCES DE M. ANDRÉE
- Nous avonsparlé précédemment du projet de la conquête du pôle Nord par M. S.-A. Andrée, qui, venu à Paris, a fait récemment une visite à La Nature. Il a dit que l’imperméabilité complète des ballons dont il avait parlé dans son projet est due à un traducteur allemand du livre descriptif du ballon captif écrit par M. Gaston Tissandier; le traducteur a dénaturé et transformé le texte de l’auteur.
- Nous avons aujourd’hui deS'renseignements intéressants à donner au sujet du projet hardi de l’ingénieur aéro-naute de Stockholm. Nous allons les publier ici.
- M. Andrée est arrivé à Paris le 10 juillet, dans le but d’étudier les ressources qu’il y trouvera pour la construction de son ballon de 0000 mètres cubes. 11 a commencé la ivisite des établissements aérostatiques de la capitale sans en excepter celui de Meudon, où il pense être admis à la suite d’une autorisation spéciale donnée par voie diplomatique. M Andrée séjournera à Paris jusqu’à son départ pour Londres, où ifse rendra à la fin du mois pour assister aux séances du Congrès international de géographie, dans lequel il représentera la Société de géographie de Stockholm. C’est en cette qualité qu’il prendra part notamment à la séance du 29 juillet, où la question des explorations polaires sera discutée. Nous croyons savoir que le docteur
- 1 Patate douce.
- 4 Sorte d’igname.
- Neuinaver, directeur de la météorologie officielle de l’empire d’Allemagne, sera favorable à son projet.
- Contrairement à ce qui a été annoncé, la souscription pour son expédition n’a pas été publique, M. Alfred Nobel a donné 90 000 francs, le roi, 40 000, le baron Oscar Dickson, 40 000, et le reste a été offert par un donataire qui a désiré garder l’anonyme.
- Les expériences préliminaires de M. Andrée ont consisté en neuf ascensions qu’il a exécutées seul avec son ballon la Swéa, qui ne servira plus parce qu’il a été acheté par le professeur Arthur Ilazelius, propriétaire du Musée du Nord, à Stockholm.
- M. Andrée a pris part à des ascensions captives à Bruxelles et à Paris en 1889. Il aurait voulu exécuter une ascension libre, et il s’est adressé à un directeur de société aéronautique qui lui a demandé 700 francs. Ce prix lui ayant paru trop élevé, il a ascensionné dans son pays. Il a participé ainsi à deux ascensions de fête exécutées en août 1892 par M. F. Cetti, aéronaute norvégien.
- En v comprenant 700 francs de transport, la ballon la Swéa lui a coûté 6700 francs, les instruments ont coûté 1800 francs, et ses ascensions, au nombre de neuf, ont coûté 6200 francs. Voici le tableau chronologique et la
- longueur en kilomètres de ses différents voyages aériens
- 15 juillet. 1895
- 9 août 1895 . . . 60 —
- 19 octobre 1895 . . . 500 —
- 26 février 1894 . . . 500 —
- 7 avril 1894 . . 100 —
- 14 juillet 1894 ... 60 —
- 4 août 1894 . . . 150 —
- 26 novembre 1894. . . . . . . 400 —
- 17 mars 1895 . . . 500 —
- 1750 kilomètres
- C’est le 19 octobre 1895 qu’il a exécuté la traversée de la Baltique et la descente en Finlande, le 14 juillet 1894 qu’il a expérimenté le ballon à voile, et le 26 novembre suivant qu’il est descendu dans l’île de Gotland après avoir tiré parti de l’alternance des courants aériens, pour échapper au vent qui l’entraînait en pleine mer.
- La plus longue ascension est celle de Finlande, qui a duré dix heures. La descente a eu lieu dans une île déserte, où il a passé la nuit. Le lendemain matin il était recueilli par hasard. La vitesse maxima constatée a été de 115 kilomètres à l'heure, mais M. Andrée pense avoir atteint celle de 155 kilomètres. La hauteur maxima a été de 4400 mètres.
- Les divers voyages aériens de M. Andrée ont donné lieu à des observations météorologiques très intéressantes, qu’il est parvenu à exécuter quoiqu’il soit toujours seul dans son ballon. Elles ont été discutées devant l’Académie des sciences de Stockholm, et publiées dans les Mémoires de cette célèbre assemblée. Le but de M. Andrée, en se privant de l’assistance d’un aide, n’était pas seulement de se donner une grande habitude des manœuvres aérostatiques, mais de lui permettre de dépasser 2000 mètres d’altitude avec un ballon d’un volume minime, car la Swéa ne cube que 1000 mètres. L’aéronaute est, du reste, très alerte et très robuste, il possède une belle taille de lm,84 et pèse 94 kilogrammes.
- M. Andrée est né le 18 octobre 1854 à Grenna, petite ville de la province de Smœland, située sur les bords du lac NVettern, le plus grand de tous ceux dont la Suède est parsemée (il n’a pas moins de 70 kilomètres de longueur et de 15 de largeur). Son père, mort en 1871, exerçait à Grenna la profession de pharmacien. Sa mère, qui vit encore, est âgée de 72 ans. Il n’est pas marié.
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- LA N AT U R R.
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- La majeure partie des fonds nécessaires à ses expériences, environ 0000 francs, a été fournie par la fondation faite par M. Lars iljertas, ancien directeur de l’Afton-bladet de Stockholm, qui, en mourant, a laissé un million de couronnes, 1 320 000 francs, à charge d’en employer les intérêts au bien des sciences. L’Académie des sciences lui a accordé sur ses propres fonds une somme de 1500 francs. M. Douglas Kennedy lui a remis 400 francs, pour l’expérience du ballon à voile. Le reste provient d’expositions, de conférences ou des propres deniers du futur explorateur.
- M. Andrée a étudié d’abord à l’école de Grenna, puis à celle de la ville voisine de Jœnkœping, et enfin à l’École polytechnique de Stockholm.
- Le départ de M. Andrée aura toujours lieu au mois de juillet 1896, le nombre des voyageurs sera toujours de trois, mais le plan primitif est susceptible d’un grand nombre de modifications de détail que M. Andrée arrêtera d’une façon définitive lorsqu’il sera de retour à Stockholm ; il reviendra dans cette ville après avoir exécuté son voyage d’étude dans les centres où l’industrie aérostatique s’est développée. 11 a commandé aux constructeurs parisiens des échantillons de tissus afin de leur faire subir des épreuves de résistance et d’imperméabilité. C’est au mois d’octobre ou de novembre qu’il commandera le ballon, la nacelle et les accessoires, et désignera les personnes chargées de surveiller les constructions.
- Tous les objets commandés seront expédiés directement au port d’attache du navire qui le conduira au Spitzberg.
- Le 18 juillet, M. Andrée a assisté à la clôture de la session de la Société française de navigation aérienne; la séance a été tout entière consacrée à des échanges d’idées et à des renseignements généraux sur une foule de questions d’un grand intérêt pratique pour son expédition. Le lendemain il a visité le colonel Laussedat pour prendre des détails sur la manière de faire servir les clichés aériens à la construction de la carte d’une région. Le dimanche suivant il a assisté à une leçon faite par M. Triboulet aux élèves de l’école aéronautique fondée par la Société française de navigation aérienne. Le sujet était la Photographie en ballon.
- Il demandera finalement des instructions sur cet objet à M. Gaston Tissandier, qui l’a traité dans la collection des Actualités scientifiques, alors que personne ne pouvait soupçonner l’importance qu’elle prendrait.
- Le but de M. Andrée est de rapporter de son voyage des clichés représentant une bande large de 100 kilomètres environ et suivant toutes les oscillations d’une trajectoire dont le développement sera de plusieurs milliers de kilomètres. Si l’explorateur est assez habile, ce vaste plan peut être réalisé sans obstacle, car le soleil sera présent au-dessus de l’horizon pendant toute la durée de son excursion.
- Il est bien entendu que M. Andrée ne doit partir définitivement que des côtes du nord du Spitzberg. S’il ne peut atteindre ces régions, un point de la côte de l’ouest serait choisi. L’ascension ne sera tentée qu’avec un vent frais filant dans la direction convenable, de sorte qu’en peu d’heures une partie très notable de la distance du pôle soit franchie. A partir de ce moment, M. Andrée ne cherchera plus qu’à regagner le plus rapidement possible des établissements civilisés, quelle que soit leur situation géographique. Il ne s'efforcera pas, comme on l’a dit par erreur, à retourner sur sa route, mais à aller en avant, suivant la voie que le vent se chargera de lui tracer. Il ne la rectifiera, soit avec son déviateur, soit à l’aide de l’alternance des courants aériens, que pour
- pourvoir à sa sûreté. W. de F.
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- LA TEMPÉRATURE CRITIQUE
- DE L'HYDROGÈNE1
- Poursuivant sans interruption le cours de ses belles recherches sur les basses températures et la liquéfaction des gaz, M. le professeur Olszewski vient de marquer une étape dans cette branche si importante de nos connaissances, en déterminant la température critique de l’hydrogène. Jusqu’ici, ce point était resté inconnu, malgré les efforts considérables tentés pour le déterminer. C’était la seule donnée de ce genre qui eût déjoué toutes les investigations. Déjà, M. Olszewski avait fixé à 20 atmosphères la température critique de ce gaz, en employant une méthode dynamique nouvelle, basée sur la détente adiabatique du gaz fortement comprimé, et refroidi autant que possible par de l'air, bouillant sous une basse pression. Sans doute, le procédé ultime de refroidissement présente, comme seule nouveauté, la température très basse à laquelle, dans ces expériences, des quantités relativement considérables d’hydrogène sont soumises à l’action simultanée du froid et de la détente; mais l’idée nouvelle qui a dirigé ces recherches consistait essentiellement à mesurer la pression constante à laquelle le gaz détendu se trouble, manifestant ainsi une tendance à se liquéfier. C’est ainsi que M. Olszewski, après avoir amené l’hydrogène à une température de—210°ou—220° sous une pression généralement supérieure à 100 atmosphères, voyait invariablement le gaz se troubler lorsque la détente avait été effectuée rapidement jusqu’à 20 atmosphères, tandis qu’il restait parfaitement transparent lorsque, à cette pression, l’excès de pression initiale était insuffisant pour produire un abaissement considérable de la température pour la détente correspondante.
- La mesure de la température atteinte par le gaz au moment de son passage partiel à l’état liquide présentait des difficultés particulières, en raison de la brièveté du phénomène, très court comparativement au temps qu’un thermomètre à gaz ordinaire emploie pour se mettre en équilibre avec l’espace ambiant; il fallait donc avoir recours à de nouveaux procédés, et, en particulier, il était nécessaire de se servir d’un thermomètre de grande surface, de haute conductibilité et d’une capacité calorifique aussi faible que possible. Le thermomètre à résistance de platine, préconisé et étudié surtout dans ces dernières années par MM. Callendar et Griffiths, répondait bien au but, à la condition d’en réduire suffisamment les dimensions. Dans les expériences de M. Olszewski, le fil dont la résistance indiquait la température avait un diamètre de 0,025 millimètre seulement, et ne pesait que l! milligrammes, pour une longueur totale de près de 60 centimètres. Sa résistance était d’une centaine d’ohms à 0°. Il n’était plus nécessaire, maintenant, de faire les expériences dans un réservoir de verre, les conditions dans
- 1 Dans une précédente Note (voy n° 1137, du 16 mars 1895, p 243), où nous avions cherché à rassembler les données les plus importantes résultant des beaux travaux de M. Olszewski (prononcez Olchefski), nous avons commis deux erreurs de détail qui nous ont été aimablement signalées, et que nous nous empressons de réparer. Tout d’abord, les premiers travaux de l’éminent physicien polonais ont été exécutés en collaboration avec Wroblewski, et non point, comme nous l’avions dit, sons la direction de ce dernier. En second lieu, le Bulletin international de VAcadémie des sciences de Cracovie, que nous avions qualifié de peu accessible, est plus répandu que nous ne le pensions; on le trouve, en particulier, à la Maison polonaise, 6, quai d’Orléans, à Paris. (Lettre de M. Th. de Estreicher.)
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- LA NATURE.
- lesquelles on arrivait à la température critique étant désormais assez bien fixées pour que l’on pût, à coup sûr, atteindre ce point, sans avoir recours au contrôle de la vision du phénomène. Les expériences étaient ainsi grandement facilitées, car l'emploi d’un vase de verre entraîne toujours les risques d’explosion, et, partant, la nécessité, pour les opérateurs, de se cuirasser afin de se mettre à l’abri de cette éventualité.
- C’est donc dans une éprouvette d’acier E qu’ont été faites les dernières mesures. L’appareil étant disposé comme l’indique la figure, on produisait le refroidissement de l’hydrogène en plongeant l’instrument dans de l’oxygène bouillant sous une pression réduite. Lorsque la lecture du thermomètre, faite en mesurant la résistance du fil de platine S, montrait que la température la plus basse du bain d’oxygène était atteinte, on décomprimait, parle tube T, jusqu’à 20 atmosphères, et on faisait une mesure de la température. L’emploi du thermomètre à résistance électrique à la mesure de températures extrêmement basses qui correspondent à l’ébullition de l’hydrogène repose sur une extrapolation; on détermine, pour des températures plus élevées, la marche de la résistance, et on fait l'hypothèse que la loi mathématique trouvée pour le décroissement de cette propriété se continue uniformément au delà des limites soumises au contrôle. Cette hypothèse est assurément arbitraire ; mais la variation de résistance des corps avec la température est une des plus régulières que l’on connaisse, et, comme il a été démontré, pour le platine en particulier, qu’elle suit une loi simple jusqu’au delà de 1000°, on est évidemment autorisé à conclure que cette loi n’est pas mise en défaut, lorsqu’on s’écarte d’une vingtaine ou d’une trentaine de degrés des limites de l’étalonnage.
- Les températures choisies comme points de repères par M. Olszexvski étaient celle de la glace fondante (0°), celle que l’on obtient par un mélange d'acide carbonique et d’éther (— 78°2) et qui est très constante aussi longtemps que l’acide solide est en excès ; enfin la température d’ébullition de l’oxygène sous la pression atmosphérique et sous une pression plus faible et — 208o,5).
- Les températures calculées à l’aide de la résistance ainsi étalonnée ont été les suivantes :
- Appareil de M. Olszcwski pour l'étude des constantes de l’hydrogène. — E. Eprouvette en acier, garnie d’ébonite, servant à la compression et à la détente du gaz. — S. Spirale de platine pour la mesure de la température. — S'. Détail de la spirale.
- 182°, 5
- Détentes de l’hydrogène jusqu'à :
- 20 atmosphères.
- 10 —
- 1 —
- Températures de l'hydrogène.
- — 2540,5
- — 2590,7
- — 2450,5
- L’expérience indique donc que la température critique de l’hydrogène est 254°,5, et sa température d’ébullition sous la pression atmosphérique, 245°,5. Il est difficile de dire, a priori, jusqu’à quel point les déductions de M. Olszexvski sont légitimes; une place reste au doute, sur la méthode générale d’abord, sur les mesures ensuite. Tel était aussi l’opinion de M. Olszexvski, dont le premier soin, après avoir obtenu les importants résultats que nous venons d’indiquer, a été de les soumettre à un contrôle
- qui ne prèle à aucune critique: la marche à suivre devait consister à déterminer, par le même procédé, certaines données obtenues d’ailleurs par une méthode irréprochable. Or, des expériences conduites exactement de la même façon ont fourni, pour les constantes de l’oxygène, des valeurs pratiquement identiques à celles que l’on connaissait déjà. Pour aucun des points déterminés, l’écart n’atteint le degré. On peut donc considérer les nouveaux résultats sur l’hydrogène comme acquis à la science.
- Disons tout de suite que la thermodynamique vient à point prêter un appui nouveau à ces conclusions. M. Ladislas Natanson, collègue de M. Olszexvski, avait publié, quelque temps avant l’achèvement des mesures, des résultats d’un calcul qui en escomptait le résultat. Ce calcul était fondé sur la loi de correspondance thermodynamique, mise en lumière par M. Yan der Waals, et qui a déjà conduit à des conséquences de la plus haute importance. Disons en deux mots que cette loi consiste essentiellement en ce que les divers corps connus sous les états liquide et gazeux possèdent des propriétés numériquement semblables si, au lieu de les rapporter à la même échelle de températures, on admet, pour chacun d’eux, un mode de calcul consistant à rapporter toutes les mesures à deux points qui sont, pour chaque corps, le zéro absolu et la température critique du corps en question. Dans ces conditions, on retrouve, pour un grand nombre de corps, des constantes caractéristiques, qui permettent d’établir d’avance des formules approximatives à défaut de mesures directes. Un autre calcul peut être fait en déterminant d’avance le refroidissement produit par une détente donnée. Ces deux modes de calcul essayés par M. Natanson conduisent à des résultats très voisins de ceux qu’a donnés M. Olszexvski, bien qu’un peu plus élevés.
- l’our bien comprendre la haute portée de ces nouveaux résultats, il faut se souvenir que, depuis plusieurs années déjà, on connaissait les températures les plus basses que puissent donner l’oxygène et l’azote bouillant sous faible pression, mais que l’hydrogène s’était montré rebelle à toute mesure, à tel point que l’on était tenté de désespérer qu’il fût possible, à moins d’employer des movens entièrement nouveaux, d'amener ce gaz sous la forme d’un liquide stable. Aujourd’hui, on sait à quelle température on y parviendra, et, comme il ne s’agit en somme que d’une dizaine de degrés à gagner, le problème semble plus abordable. Et maintenant, quelles sont les températures que l’on peut espérer atteindre? Le calcul indique que, en faisant bouillir de l’hydrogène sous une pression de quelques millimètres de mercure, on descendra un peu au-dessous de — 152°; soit à 20 degrés environ au-dessus du zéro absolu. C’est la limite que l’état actuel de la science permet de prévoir; on y arrivera sans doute par des perfectionnements successifs, avec beaucoup de peine et une grosse dépense. Ira-t-on plus loin? Il serait imprudent de l’affirmer, une nouvelle étape étant subordonnée à la découverte d’un’corps encore plus gazeux que l’hydrogène. Cfi.-ed. Guillaume.
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- LA NAT IJ UK.
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- TOURELLE A ÉCLIPSE DU CREUSOT
- POUR CANON A TIR RAPIDE UE 57mm, SYSTÈME HOTCHKISS
- Depuis le jour de la mise en service des obus-torpilles, l'emploi des cuirassements métalliques a pris une importance considérable dans l'art de la construction des ouvrages permanents. On dit couramment au’our-d'bui <| :îo les fortifications cuirassées sont les défeil ses de l’avenir.
- Dans cet ordre d’idées, et suivant pas à pas le progrès, nous avons déjà exposé ici divers types de coupoles1. En voici un nouveau qui vient de se produire. Nous entendons parler de la tourelle à éclipse du Creu-sot pour canon à tir rapide de 57 millimètres, système Ilotchkiss.
- Le corps de celte petite tourelle consiste en un cylindre en tôle d’acier, de 1in,40 de diamètre intérieur, coiffé d’une coupole cuirassée.
- Fait d'une seule pièce en acier moulé, le cuirassement affecte la forme d’une capsule dont la paroi verticale dessine un anneau cylindrique; et le fond, une calotte sphérique. D’un diamètre extérieur de lm,625, l’anneau mesure 10 centimètres d’épaisseur. Épaisse de 12 centimètres, la calotte-toiture déborde un peu le parement du cuirassement de muraille, de manière à former un épaulement qui, au moment de l’éclipse, vient s’emboîter dans un logement ménagé au bord
- 1 Yoy. n° 547, du 24 novembre 1883, p. 406; n° 683, du 3 juillet 1886, p. 70; n“ 778, du 28 avril 1888, p 337; n‘ 781, du 19 mai 1888, p. 389; n° 1100, du 30 juin 1894, p. 65; n° 1119, du 10 novembre 1894, p. 371.
- des lèvres de l’avant-cuirassc. Celle-ci, composée de deux segments de fonte dure, affecte un profil qui peut s’inscrire dans un carré de 1 mètre de côté. Elle mesure 240 millimètres d’épaisseur aux lèvres et 550 millimètres à son pied. Les joints des segments sont renforcés à l’intérieur par des nervures (pie des boulons rendent aussi jointives (pie possible.
- La cuirasse mobile est percée de trois ouvertures :
- à l’avant, le sabord du canon avec un trou de visée ; au pôle, un trou d’environ 8centimètres pouvant livrer pas-sageautubed’une lunette d'observation et obturé, en temps de repos, par un bouchon de bronze ; à l’arrière et sur les flancs, trois œilletons de 4 centimètres de diamètre, permettant de surveiller le terrain durant l’exécution du tir.
- L’éclipse, dont la course est de 51 centimètres, s’obtient en deux secondes, moyennant le travail d’un seul homme tournant la manivelle. Il en est de même pour la levée de l’appareil. Cette facilité de mouvements résulte de l’heureux dispositif d’une bielle articulée sous le porte-pivot et par l’intermédiaire de laquelle toute la partie mobile de la tourelle repose sur le bout d’un balancier dont l’autre extrémité est chargée d’un contrepoids d’équilibre en fonte.
- Le corps de tourelle est supporté par deux flasques en tôle et cornières, reliés à leur partie inférieure par une entretoise en acier moulé, dans laquelle est encastré le pivot. Celui-ci repose et tourne sur un grain en bronze logé dans un porle-pivot en acier, lequel monte et descend verticalement sous l’action de l’appareil d’éclipse.
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- LA NATURE.
- Le canon peut occuper successivement deux positions dans la tourelle. Lorsque celle-ci est éclipsée, il est complètement rentré à l'intérieur, tandis que lorsqu'elle est levée, sa volée lait saillie à L’extérieur, de manière à ménager au pointeur la place qui lui est nécessaire. La partie, supérieure des ilasques sert de chemin de roulement à l’affût; leur entretoise inférieure constitue une plate-forme de manœuvre.
- L'amplitude du pointage en direction est de 560° ; celle du pointage en hauteur ta,,pour limites : 5® au-dessous et IIP au-dessus de l'horizon.
- Le canon de 57 millimètres à tir rapide, système Hotchkiss, lance, à la vitesse initiale de 425 mètres, soit un obus ordinaire, soit une boite à halles du poids de 2k»,720. Le service de la tourelle ne demande ([ue deux hommes : un servant chargé du pointage, de la manœuvre et du tir du canon ; un pourvoyeur employé aux munitions et à la manœuvre de l’appareil d’éclipse.
- L’emploi de petites tourelles à éclipse armées de pièces légères à tir rapide est de haute importance dans l’œuvre de la défense des places. C’est un principe (pie le gouvernement roumain ne pouvait méconnaître; aussi a-t-il lait exécuter au Creuset cent vingt-six appareils cuirassés conformes au type qui vient d’ètre sommairement décrit, et dont le plus grand nombre se trouve déjà, à l’heure qu’il est, monté et armé dans les ouvrages de fortification de Bucarest. L-colonel IIk.n.neuert.
- James Jackson. — Nous avons appris avec beaucoup de regret et de douleur la nouvelle de la mort de M. James Jackson, un de nos amis d’enfance. C’était un homme d’une amabilité charmante, qui avait l’amour de la science et des arts; il avait rempli pendant douze années les fonctions d’archiviste bibliothécaire à la Société de géographie. M. James Jackson, qui jouissait d’une situation brillante et qui était entouré de nombreux amis parmi lesquels quelques-uns de nos savants les plus éminents, accomplissait sa tâche avec le [dus grand zèle, comme un vrai travailleur. Les Bulletins de la Société de géographie publient les listes des ouvrages offerts. Ou y trouve souvent le nom de Jackson parmi les donateurs. Ce n'était pas seulement des livres qu’il offrait; c’était parfois des ouvrages d’une valeur matérielle considérable, parmi lesquels nous citerons les 17 volumes du Dictionnaire de Larousse. Il a créé lui-même à la Bibliothèque qu’il dirigeait une collection de vues photographiques (fui comptent [dus de 17 000 épreuves de tous les pays du monde. Il a constitué une collection, peut-être unique, de portraits de voyageurs et de géographes qui comprend plus de 2000 [décès. On peut dire qu’il a transformé et qu’il a augmenté les collections de la Société de géographie de la manière la plus utile et la mieux comprise. James Jackson ne cessa de rendre service à tout ce qui touchait à la science et aux choses de l’intelligence. La Nature lui doit un grand nombre de documents intéressants; nous rappellerons son tableau des vitesses que nous avons publié dans le deuxième semestre de 1885. Nous lui devons aussi beaucoup de photographies (il était
- très amateur photographe) de navires de guerre pris dans les ports maritimes du Midi, et de curiosités naturelles très intéressantes. M. James Jackson brillait par toutes les plus nobles qualités du cœur; il était bon et serviable, il se plaisait à rendre des services, l’affection qu’il portait à ses amis était chaleureuse et sincère. Ses obsèques ont été des plus touchantes; elles ont eu lieu à Paris le 1!) juillet, au milieu d’un concret de douleur, d’émotion et de regrets, que mérite sa bien sympathique mémoire. James Jackson a été enlevé à ses amis dans sa 52e année. Gaston Tissandieu.
- CHRONIQUE
- Les accumulateurs en télégraphie. — L’administration française des postes et télégraphes avait toujours employé jusqu’ici les piles ordinaires pour faire fonctionner les appareils télégraphiques. Dans des services chargés, le nombre de ces piles était considérable ; en 1892, à Paris, on comptait [dus de 10 000 éléments Callaud grand modèle. On conçoit sans difficulté toutes les dépenses nécessaires pour l’entretien d’un tel matériel, et on comprend qu’il était indispensable d'avoir de vastes locaux pour placer toutes ces piles. A la suite d’essais très sérieux, entrepris à Paris depuis 1880, l’administration s’est décidée à supprimer 5000 éléments de piles et à les remplacer par deux batteries d’accumulateurs. M. J.-A. Montpellier publie à ce sujet dans VÉlectricien quelques renseignements très intéressants. Cette installation, qui remonte à 1892, comprenait une batterie de 50 accumulateurs Laurent-Cély d’une capacité de 00 ampères-heure, à 5 kilogrammes de plaques par élément, et une batterie de 00 accumulateurs Tudor, de 15 kilogramme de plaques par élément, d’une capacité de 72 ampères-heure. La première batterie assurait le service de nuit et la seconde le service de jour. Cette dernière alimentait également 5 moteurs de distributeurs Baudot. A la suite des bons résultats fournis par les accumulateurs, il est question maintenant de supprimer toutes les piles au poste central de Paris, et de les remplacer par des batteries d’accumulateurs. J. L.
- Cungrùs international d'agriculture de Bruxelles. — Le premier congrès international d’agriculture a eu lieu à Paris en 1889, le second à la Haye en 1891, le troisième se tiendra cette année à Bruxelles du 8 au 10 septembre. Il comprendra 12 sections : 1° enseignement agricole ; 2° sciences agronomiques ; 5° institutions sociales à la campagne et coopération en agriculture; 4° législation et administration; 5° régime monétaire; 0° production du bétail;'7° médecine vétérinaire; 8° production végétale; 9° cultures méridionales et colonisation; 10° économie forestière ; 11° agriculture ; 12° industries agricoles. Les communications doivent être adressées au secrétaire général, M. Vcrnieuwe, 102, rue Vande-wever, Schacrbeck, Bruxelles.
- Tuyaux de conduite du ga* en papier. — On
- emploie maintenant en Angleterre avec succès des canalisations en papier pour la conduite du gaz, surtout pour les longs tuyaux souterrains. On fabrique ces tuyaux en enroulant du bon papier solide de cellulose autour d’un mandrin ayant le diamètre du tuyau qu’on veut obtenir, chaque rouleau est trempé dans de l’asphalte fondu, et on obtient ainsi un tuyau complètement imperméable à l’air et à l’eau, résistant à de fortes pressions et à toutes les causes de détérioration. Ces tuyaux sont réunis au moyen
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- LA. NATURE.
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- de manchons extérieurs également en papier et imprégnés d’asphalte à leurs deux extrémités. Ils seraient, paraît-il, légers, incassables et peu coûteux, et, étant faits d'une matière non conductrice, ils protégeraient mieux les fluides contre la température extérieure. Inutile d’ajouter qu’ils ne subissent aucune corrosion du fait des canalisations électriques souterraines.
- Le « Blaneo-Encalada », croiseur chilien. —
- Le croiseur chilien Blanco-Encaladn a été récemment terminé aux chantiers d’Elswick de sir \Y. G. Armstrong, Mitchell and C°, à Newcastle, d’après les plans de M. Watts, et il a quitté linalemcnt la Tync pour le Chili le 9 octobre courant, sous le commandement du capitaine Munôzllurtado, de la marine chilienne. La longueur de ce croiseur est de I I L mètres, sa largeur de 15™,95 et son tirant d’eau de 5m,55, avec un déplacement de 4500 tonneaux. La coque est recouverte de bois et doublée en cuivre; mais, autrement, elle est construite entièrement en acier, avec un pont cuirassé courbe s'étendant sur toute la longueur et apportant une protection à la machine, aux soutes, etc. Son armement, qui est particulièrement lourd pour un navire de cette taille, consiste en 2 canons de 205 millimètres, 10 de 152 millimètres et 24 canons plus petits à tir rapide et 5 tubes lance-torpilles. Sa vitesse au tirage ordinaire est de 21 nœuds 5/4 et, au tirage forcé, un peu plus de 22 nœuds 5/4. Le Blanco-Encalada est, sans aucun doute, un des plus formidables croiseurs à flot, lie bâtiment a reçu son nom en souvenir du cuirassé qui a coulé durant la dernière guerre civile du Chili. Comme on se le rappelle, il trouva sa fin pendant cette guerre sur la côte chilienne, où il fut surpris de bon matin par les avisos-torpilleurs Cohdell et Lynclupii, après avoir lancé plusieurs torpilles, réussirent entin à faire un trou dans la coque, ce qui le fit couler en trois minutes1.
- Les carats. — On parle souvent d’or à tant de carats, sans que, pour la masse du public, cette indication ait un sens bien précis, et cependant, dans le commerce de la bijouterie, cette désignation, qui n’a rien de métrique, est d’un emploi international, presque universel. Voici la composition des alliages d’après leur dénomination en carats. L’or à vingt-quatre carats est de l’or pur; l’or à vingt-deux carats renferme 22 parties d’or, 1 d’argent, et I de cuivre; l’or à dix-huit carats est composé de 18 parties d’or, 5 parties d’argent et 5 parties de cuivre; enlin l’or à douze carats renferme 12 parties d’or, 5,5 parties d’argent et 8,5 de cuivre. Comme moyen mnémotechnique, il suffit de se rappeler que le titre en carats indique le nombre de vingt-quatrièmes parties d’or fin de l’alliage désigné.
- La production de charbon dans le monde entier. — D’après de récentes statistiques, l’Angleterre l’este le plus grand producteur de charbon du monde entier. En 1894, la production a atteint 188 277 000 tonnes et occupé plus de 700 000 personnes. Les États-Unis viennent en seconde ligne avec 104 millions de tonnes. L’Allemagne a extrait 75 millions de tonnes, sans compter le lignite. Viennent ensuite l'Autriche-Hongric avec 10 700 000 tonnes ; la France et la Russie avec 6 250 000 tonnes chacune ; l’Australie avec 4 millions de tonnes; le Japon, 5 250 000 tonnes ; la Nouvelle-Ecosse 2 250 000 ; l’Espagne 1 500 000 ; l’Italie 1 200 000 et la Suède 200 000 tonnes. Quant à la consommation, l’Angleterre vient en tète avec 5,5 tonnes par habitant et par an; les Etats-Unis en deuxième ligne
- 1 D’après The Graphie et Revue Maritime.
- avec 2,25 tonnes. C’est l’Autriche qui vient en dernière ligne avec 150 kilogrammes seulement par tète et par an.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 juillet 1895. — Présidence de M. Marey-
- Les réfractions atmosphériques anormales. — M. Dufour, de Genève, lit une Note sur des cas de réfractions atmosphériques anormales qui s’observent fréquemment sur le lac Léman. Selon la remarque de l’auteur, il peut arriver que Yair soit plus froid que l’eau, et, dans ce cas, on se trouve en présence de conditions qui produisent les effets du mirage du désert. La trajectoire d’un rayon lumineux peu incliné sur l’horizon est alors une courbe tournant sa convexité vers l’eau; mais quand l’air est plus chaud que l’eau, la trajectoire tourne sa concavité vers l’eau, et l’on aperçoit alors des objets qui sont naturellement cachés par la courbure de la terre. C’est ainsi que de Morges on distingue le château de Chillion, distant de 55 kilomètres. A pareille distance, ce château, eût-il une hauteur double, serait, encore caché. D’après diverses observations, M. Dufour évalue à 5 ou 0 minutes l’erreur possible sur la mesure de hauteurs prises au-dessus de l’horizon fourni par une grande nappe d’eau.
- Recherches sur la constitution des raisins français. — MM. Lindet et Girard ont effectué des recherches sur la composition des raisins provenant des principaux cépages répandus en France. Quelques études courtes ont été publiées sur la pulpe de raisin, mais la grappe renferme en plus les pépins, la peau et la râpe. On, voit donc que le sujet n’avait jamais été abordé d’une façon complète, tandis que les vins ont été l’objet de très nombreuses analyses chimiques. MM» Lindet et Girard ont examiné les raisins provenant de vingt-cinq cépages différents. La pulpe, la peau, les pépins, la râpe ont été pesés séparément, afin de déterminer les rapports de poids de ces éléments. Puis ces substances élémentaires ont été soumises à l’analyse chimique. Les auteurs ont ainsi trouvé dans la peau une matière odorante soluble dans l’eau alcoolisée : c’est elle qui, d’après"eux, imprime le goût du cépage. Dans les râpes, en outre du tannin qu’on savait déjà y exister, ils ont rencontré une matière résineuse de saveur âpre; dans les pépins ils ont découvert des acides volatils existant dans une proportion qui peut atteindre un centième. Ces acides appartiennent à la série des acides gras ; ce sont eux qui sont la cause déterminante du bouquet. MM. Lindet et Aimé Girard n’ont pas pratiqué moins d’un millier d’analyses à l’occasion de cet important travail; les résultats de ces analyses sont condensés en vingt-cinq tableaux sur lesquels on peut suivre aisément la variation des produits d’un même cépage dans les différentes régions de la France.
- Action du foie sur les toxines. — MM. Tessier et Guinard signalent l’aggravation de la puissance de certaines toxines, par suite de leur passage dans le foie, contrairement à une opinion très généralement admise. La démonstration expérimentale se fait en injectant le poison dans la veine porte. L’action, au lieu d’être amoindrie ainsi qu’il arrivait dans les expérieuces précédentes, est accrue pour la toxine diphtérique et celle de la pneumonie.
- Élection. — L’Académie élit M. Retzius, de Copenhague, membre correspondant de la section de zoologie et d’anatomie.
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- LA NATURE.
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- Varia. — M. Thomas a pratiqué de nouvelles recherches sur les combinaisons des chlorures ferreux et du bioxyde d’azote. — M. Dehérain a résumé en un volume les données actuelles de la science sur les engrais et les ferments de la terre; l’auteur y a traité d’une façon très complète la question de la fixation de l'azote par l’action microbienne. Lu. de Viu.edecil.
- LE MONUMENT DE D0USSING1ULT
- AU CONSERVATOIRE RES ARTS ET MÉTIERS
- Le dimanche 7 juillet 1895, on a procédé à l’inauguration d’un monument consacré à la mémoire d’un de nos plusgrandschimistes, Jean-Baptiste-Dieudonné Boussingault. La cérémonie a eu lieu dans la cour de l’ancienne église du prieuré de Saint-Martin-des-Champs où le buste a été érigé. A 2 heures et demie, M. le colonel Laus-sedat, le sympathique directeur du Conservatoire des arts et métiers, et M. Schlœsing, delTnstitut, l’éminent chimiste, président du comité du monument commémoratif, ont reçu M. Gadaud, ministre de l’agriculture, qui a lu un discours de M. André Lebon, ministre du commerce, retenu à la Sorbonne par une réunion d’une société industrielle.
- Voici quelques extraits du discours ministériel.
- Large esprit, Boussingault embrassait en son œuvre la constitution entière de ce globe, géologue, géographe, physicien, chimiste, agronome, dont la science monta aux principes et descendait aux applications; égal des princes de la pensée et collaborateur de l’industriel et du paysan ; étranger à aucun emploi de l’activité humaine, soldat, voyageur, ingénieur, législateur et sur scs vieux jours écrivain, laissant après lui des Mémoires où s’épand une robuste et souriante bonhomie.
- Ces esprits d’une verdeur admirable demandent à la nature le secret de sa jeunesse et de ses renouvellements. Quand Boussingault jadis installait son observatoire au sommet du Chimborazo, quand plus tard il coulait ses étés dans les forêts des Vosges, au sein de ces stations célèbres qu’il avait fondées, du Liebfrauenberg et de Bechelbroon, où il surprenait à sa source le mouvement de la vie végétale, n’est-ce pas la nature dont le commerce intime lui livrait alors, avec la clef de ses mystères, le droit et la joie de la maîtriser ?
- D’autres discours ont été prononcés par MM. Schlœsing, Muntz et le colonel Laussedat. — Nous allons
- ajouter ici quelques détails biographiques. Boussingault est né le 2 lévrier 1802. Au sortir de l’École des mines de Saint-Etienne, il lut chargé de diriger des mines dans l’Amérique australe, et il rapporta de ses voyages des observations utiles à la science. Il parcourut la province de Venezuela et les contrées qui s’ouvrent entre Garthagène et l'embouchure de l’Orénoque. A son retour en France, il fut nommé doyen delà Faculté des sciences de Lyon; professeur de chimie en 1849, il remplaça J.-B. Dumas à la Sorbonne et Hasard à l’Académie des sciences. G’est à Boussingault que l’on doit de grands travaux sur l’appréciation comparative des engrais par le dosage de l’azote. En collaboration avec Dumas, il a analysé les principes constitutifs de l’air, et il a su mener à
- bien une multitude de recherches qui ont rendu les plus grands services aux agriculteurs. Les Mémoires et les Ouvrages qu’il a publiés sont nombreux et importants.
- Le monument de Boussingault est l’œuvre de M. Dalou, qui est un des maîtres les plus distingués de la sculpture. Il vient de le prouver encore une fois. Le monument consiste en une colonne de marbre rose que surmonte le buste du grand chimiste, une belle tète énergique et inspirée. La colonne est posée sur un piédestal, où se trouvent deux statues représentant des personnages allégoriques que l’on voit sur notre gravure.
- La femme assise auprès d’un fourneau sur lequel chauffe une cornue, personnifie la Science. Cette femme tient un livre d’une main et, de l’autre main, elle montre le sol à un paysan, un cultivateur, qui comprend les services que la chimie agricole peut rendre à ses travaux des champs.
- L’œuvre du sculpteur est belle et touchante.
- Les nombreux assistants qui ont pris part à la cérémonie d’inauguration, parmi lesquels se trouvaient quelques membres de la famille de Boussingault, notamment son digne fils, chimiste de l’hôtel des Monnaies, ont terminé la séance en passant avec respect devant le monument et en saluant l’image de celui dont on venait de célébrer les importants travaux et le beau caractère. Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier Paris. — Imprimerie Laihjue, rue de Fleurus, 9.
- Monument élevé à la mémoire de Boussingault dans une des cours du Conservatoire des arts et métiers, à Paris. — il. Dalou sculpteur.
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- TRANSBORDEUR ÉLECTRIQUE DE BAGAGES
- DE LA STATION DE MANCHESTER
- L’interférence — obligatoire jusqu’à ce jour — dès voyageurs et des bagages dans les grandes gares de chemins de fer un jour de grands départs est un fait banal contre lequel on n’avait soulevé que des protestations platoniques, que l’on subissait avec résignation sans que les compagnies de chemins de fer aient tenté quoi que ce soit pour y porter remède dans la plus faible mesure. Mais avec l’énorme accroissement de trafic résultant du développement du goût des voyages, conséquence naturelle des
- progrès réalisés dans l’art de voyager, l’inconvénient que nous signalons s’est accru à un tel point qu’il faudra certainement, et avant peu, faire quelque chose, et imiter, en le perfectionnant et le complétant, le système établi depuis quelque temps dans la station Victoria, de Manchester, parM. J. A. F. Aspi-nall, chef du service mécanique du Lancashire and Yorkshire Raiiway pour le transbordement des bagages par-dessus la tète des voyageurs, et non entre leurs jambes. Le système imaginé par M. Aspi-nall, et que nous représentons ci-dessous d’après Engineering, est la simplicité même. 11 consiste en un treuil roulant électrique suspendu à deux rails qui coupent transversalement les voies et les quais
- Transbordeur électrique pour bagages de la station de Manchester.
- de départ et d’arrivée. Ces rails sont supportés par des tirants et des étriers fixés à la toiture. Le treuil est manœuvré par un homme monté sur le chariot du treuil dont la chaîne de suspension porte un crochet auquel on vient suspendre des paniers à roulettes dans lesquels on place les bagages qu’il s’agit de transborder d’un quai sur l’autre. Dans ces conditions, le transbordement des bagages entre deux trains en partance se fait directement par-dessus les wagons, et les paniers à bagages ne roulent sur les quais que sur un faible parcours, du fourgon au pont pour l’enlèvement, du pont au fourgon pour le rechargement ; mais comme le pont du transbordeur est placé près des points d’arrêt des fourgons, en tète des trains de départ, ce roulement ne gène en rien le service ni les voyageurs.
- Le dispositif du treuil ne présente rien de particulier, et n’a pas besoin d’être décrit en détail : le courant lui est amené soit de l’usine d’éclairage électrique de la gare, soit d’une station centrale voisine, pur un fil nu et un trolley, comme pour les tramways à fil aérien. Monté sur le treuil roulant, à 6 ou 8 mètres au-dessus des quais, le conducteur suit tous les mouvements des trains et des bagages et se transporte rapidement aux points où le service le réclame.
- Ce transbordeur, d’une construction si simple, est incomparablement plus économique que les passages souterrains avec ascenseurs auxquels on a eu recours dans quelques gares, et que leur prix a fait rejeter comme solution générale : il va être étendu à d’autres gares de la même Compagnie, et l’on s’étonne
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- 23* année. — 2* semestre.
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- seulement qu’on n’y ait pas soupe auparavant.
- Le système si ingénieusement appliqué par M. As-pinall à la gare de Manchester pour la manœuvre des bagages suggère une disposition nouvelle pour la construction des grandes gares à voyageurs de l’avenir. Toute la manutention des bagages se fera sur un quai central ou latéral réservé spécialement pour ce service; des transbordeurs électriques transversaux viendront prendre les bagages sur ce quai et les amener directement devant les fourgons, ou, inversement, prendront les bagages devant les fourgons et les amèneront directement sur le quai des bagages. Nous n’en sommes pas encore là, mais le transbordeur électrique est un acheminement vers cette solution rationnelle ; nos grandes Compagnies pourraient s’inspirer de l’exemple que leur fournit la gare à voyageurs de Manchester pour établir un transbordeur analogue dans les grandes gares et réduire, dans une certaine mesure, la promiscuité désagréable et les heurts fréquents des voyageurs et des colis. C’est le souhait de tous les voyageurs, et peut-être aussi celui des colis s’ils pouvaient parler, comme au temps du bon La Fontaine.
- X..., ingénieur.
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- BÂTIMENTS CHINOIS
- CAPTURÉS PAR LES JAPONAIS
- Les navires chinois si facilement pris par les Japonais, comprennent un cuirassé, deux croiseurs, neuf canonnières et huit torpilleurs qui pourraient former une belle escadre. Le plus important de ces vaisseaux est le Chen-Yuen, qui est maintenant le seul cuirassé, à proprement parler, de la flotte japonaise. L’Itsuku-Shima, le Matsu-Shima et le Hashidate ne sont pas des cuirassés dans le sens que l’on donne à ce mot en Europe, et le fait que ces trois bâtiments, assistés de six autres croiseurs, n’ont cessé pendant cinq heures de frapper de leurs projectiles le Clicn-Yuen sans l’endommager, fait penser naturellement à ce qui aurait pu arriver si le Chen-Yuen avait eu un équipage exercé et des canons bien approvisionnés. La liste des bâtiments capturés est la suivante : Chen-Yuen, cuirassé, 22 canons, 7350 tonneaux; Chi-Yuen, croiseur, 12 canons, 2300 t. ; Ping-Yuen, croiseur, 11 canons, 2200 t. ; Kwang-Ping, canonnière, 11 canons, 1100 t. ; Tsao-Chiang, canonnière, 5 canons, 950 t. ; Mei-Yuen, canonnière, 4 canons, 578 t. ; Chan-Tung, canonnière, 5 canons, 440 t. ; Chan-Pia, canonnière, 5 canons, 440 t. ; Chan-Nan, canonnière, 5 canons, 440 t. ; Chan-Poh, canonnière, 5 canons, 440 t. ; Chan-Pien, canonnière, 5 canons, 440 t. ; Chan-Chung, canonnière, 5 canons, 440 t. *.
- LÂ TEMPÉRATURE DU CHARBON
- PRODUISANT L’ARC ÉLECTRIQUE
- On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de la température de Parc électrique. Cette expression est trop abrégée, car nous ne connaissons encore aucune définition scientifique de ce qui, dans un phénomène tel que l’arc, tient lieu de température. La température du
- 1 United Service Gazelle, et Revue maritime.
- charbon d’où émane l’arc peut, au contraire, être définie et mesurée. Nos lecteurs savent que M. Yiolle, à qui l’on doit les premières mesures directes de cette constante, l’a trouvée égale à 3500° ou 5000°; des mesures de MM. Wilson et Gray, faites à l’aide d’une méthode absolument différente, ont donné une remarquable confirmation de ces nombres. La remarquable fixité de l’éclat du charbon positif a conduit M. Yiolle à penser que le phénomène dépendait d’une constante naturelle, et il a été tout naturellement conduit à admettre qu’il s’agissait de la volatilisation, disons de Yébullition du charbon. On observe, en effet, dans le four électrique, que les particules de carbone enlevées à l’électrode positive se déposent par sublimation sur les parties moins chaudes du four, où le carbone forme de véritables champignons.
- Cette manière de voir vient d’être mise en doute par M. Wilson, dans un intéressant Mémoire présenté dernièrement à la Société Royale de Londres.
- Quelques physiciens ont pensé que le fond de la lumière solaire était produit par du carbone incandescent; or, comme la plus basse température que l’on puisse attribuera notre astre central est de 6000° à 8000°, il fallait admettre que le carbone, bien que bouillant dans l’arc à 3500°, restait solide dans le soleil à 0000° au moins. Disons tout de suite que l’hypothèse du carbone incandescent dans le soleil est inutile; mais elle a cours, et il convient de la discuter. M. Wilson pense que, l’idée une fois admise, la seule cause capable de retarder la volatilisation du carbone est la pression énorme que l’on peut supposer exister à une certaine profondeur dans l'atmosphère solaire1.
- Les expériences instituées par M. Wilson pour vérifier cette hypothèse consistaient à produire l’arc dans une enceinte fermée, dans laquelle on établissait une pression variable. L’image du cratère positif se formait sur un microradiomètre de Boys, qui indiquait les moindres variations de la radiation. Or on constata, contrairement à ce que la théorie semblerait indiquer, que la température s’abaissait en même temps que s’élevait la pression de l’air. M. Wilson en conclut que la température de l’arc est limitée par son refroidissement et non par la température d’ébullition du carbone. L’argument est spécieux, mais il ne paraît pas irréfutable.
- Parmi les nombreuses hypothèses que l’on peut opposer aux idées de M. Wilson, nous voulons en examiner deux qui nous paraissent dignes d’attention.
- Le cratère dé carbone n’est pas une surface lisse rayonnant également de tous ses points. Elle est rugueuse et inégale ; il doit donc exister des différences de températures importantes entre les creux et les pointes. Or il se peut que les premiers seuls soient à la température d’ébullition, les pointes étant soumises à un refroidissement trop énergique. 11 semblerait en résulter que les dépressions doivent s’approfondir davantage; mais il ne faut pas oublier que la combustion joue un rôle important
- 1 Remarquons que, si l’on applique les lois de Mariottc et de Gay-Lussac à l’atmosphère solaire, en tenant compte de la différence dans l’accélération de la pesanteur, les gaz à la surface du soleil doivent se trouver dans les mêmes conditions de pesanteur que sur la terre. En d’autres termes, un même volume de gaz à la même pression doit avoir à peu près le même poids sur le soleil et sur la terre. L’intensité de la pesanteur sur le soleil est en effet 27 fois plus grande que sur la terre, mais la température, comptée à partir du zéro absolu, est environ 27 fois plus élevée. Si l’on fait abstraction des autres forces agissant à la surface du soleil, on peut donc appliquer au calcul des pressions verticales dans l’atmosphère solaire les mêmes coefficients que dans celle de notre globe
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- lorsqu’on opère dans l’air, et que les pointes doivent, de ce fait, disparaître aussi.
- En second lieu, la vapeur de carbone qui se détache du charbon positif, forme autour de ce dernier une gaine plus froide de matière qui s’agglomère de nouveau, tout en s’éloignant de son origine. Or, le mouvement de ces particules se raientit en même temps que la pression augmente, et la gaine s’épaissit de même; la radiation est donc d’autant plus absorbée que la pression est plus élevée, et on ne peut pas affirmer, sans avoir mesuré tous les éléments du phénomène, que le surcroît d’absorption ne contre-balancera pas le surcroît hypothétique de radiation. L’expérience ne serait pas très difficile à instituer, puisqu’il suffirait de faire passer à travers la cage de l’arc en expérience la radiation d’un second arc placé au dehors. L’expérience nous semble mériter d’être tentée. Nous tenons à ajouter qu’elle ne nous paraît pas devoir élucider aucune hypothèse sur la physique solaire, puisque l’idée du carbone incandescent dans ce dernier ne repose sur aucun fondement sérieux. Mais la question présente par elle-même un intérêt suffisant pour mériter un examen approfondi. C.-E. G.
- LE DENSIMÈTRE
- APPLIQUÉ AU DOSAGE DU CALCAIRE DANS LES TERRES
- On pourrait écrire des volumes au sujet de l’in-lluence du calcaire sur la végétation et sur les conditions de son assimilabilité, conditions qu’on a, du reste, plutôt entrevues que déterminées. Mais la première question qui s’impose à l’agronome est la suivante : combien une terre sèche renferme-t-elle de calcaire pour 100 parties en poids? Pour obtenir une réponse à ce premier renseignement, absolument relatif, il faut avoir recours à l’analyse chimique et aux ustensiles de laboratoire, ou se servir de l’excellent appareil qu’a inventé M. Adrien Bernard et que nous avons décrit ici môme1.
- Mais si l’agriculteur ne tient ni à une précision rigoureuse, ni «à une grande rapidité d’exécution, il peut se dispenser d’acheter des instruments coûteux, y compris une balance d’analyse, et môme se passer du ealcimètrc Bernard. Pour peu qu’il ait acquis une légère expérience des manipulations chimiques élémentaires, il opérera à moins de frais encore, en suivant nos conseils. Son matériel d’analyse quantitative se réduira à un mustimètre ou densimètre gradué de 1,100 à 1,200 tel que le fournissent tous les lions opticiens, à un matras jaugé de 200 centimètres cubes (ou de 240 en le faisant confectionner sur commande par un constructeur parisien), à une éprouvette assortie à l’aréomètre, enfin à un thermomètre à mercure ou alcool, gravé sur tige. Quelques menus accessoires sont nécessaires, mais un pharmacien ou un droguiste pourra les fournir ainsi que le réactif indispensable : l’acide chlorhydrique ou « esprit de sel » du commerce.
- Versons dans l’éprouvette une certaine quantité de ce liquide jaunâtre ; nous constaterons qu’en y plongeant le densimètre, le « ménisque » affleurera
- 1 Voy. n° 1005, du 20 mai 1804, p. 407.
- vers la division 1,100. Telle est, en effet, la densité de l’acide usuel. Mais ajoutons peu à peu de l’eau pure à notre acide en mélangeant bien chaque fois, et la tige graduée s’enfoncera. Si nous procédons assez doucement nous parviendrons, à force d’essais, à faire plonger l’aréomètre jusqu’au trait supérieur 1,100. Une fois cette condition nettement réalisée, nous aurons préparé la « liqueur type » dont nous pourrons conserver dans des llacons bien bouchés une provision convenable. Ajoutons que la liqueur type doit être obtenue à 15° G. en diluant le réactif avec de l’eau tiède ou fraîche suivant la saison, et qu’un refroidissement ou échauffement de 5° d’amplitude force ou abaisse la densité de deux unités de l’ordre des millièmes U
- Traitons un volume déterminé et mesuré à 15° — 200e? si l’on veut — de notre liqueur type par de la poudre bien fine de marbre blanc pur. Le marbre se dissout avec effervescence et la liqueur refroidie accuse, après la fin de l’attaque, un accroissement sensible de densité, parce que, tout en perdant de l’acide, elle s’est alourdie par l’incorporation du chlorure de calcium. L’expérience prouve que des poids égaux de marbre font émerger un même nombre de divisions de la tige graduée et que, dans l’exemple choisi, 41«r,6 de marbre ou calcaire pur augmentent la densité primitive de 100 unités et l’élèvent à 1,200.
- Tel est le principe de notre méthode. On devine le reste. 11 suffit de prendre, au lieu de 41sr,6 de marbre, un poids égal de terre sèche et de le traiter par 200cc d’acide à 1,100 ; la silice et l’argile ne prendront pas part à la réaction. Seul, le calcaire se dissoudra et rehaussera la densité de la liqueur proportionnellement à son abondance. Si l’aréomètre baigne alors jusqu’au trait 1,120 par exemple, la terre contient 20 pour 100 de calcaire ou pèse 20° calcimétriques. Seulement il faudra s’assurer à ce moment que la température du liquide ne diffère pas de 15°, sinon on corrige à raison de 2° calcimétriques par 5° G. d’écart.
- Ge raisonnement admet qu’aucune substance autre que le calcaire n’est venue se dissoudre dans le réactif. Une pareille supposition n’est absolument fausse que dans des cas exceptionnels, pour des sols riches en bauxite ou phosphates par exemple. Généralement l’erreur commise ne surpasse pas, au pis aller, une unité calcimétrique. Le propriétaire se souciera peu de savoir que sa terre, au lieu de 20 pour 100 de calcaire, n’en contient que 19 ou 19 et demi pour 100.
- En revanche, il peut se passer d’une balance de précision et se contenter d’un appareil ordinaire sensible audécigramme (Voy. la figure, p. 148). Rien n empêche môme de substituer à la quantité complexe de 41 »r,6 un poids de terre égal à 50 grammes
- 1 Ainsi, en hiver, le thermomètre marquant 10° on confectionnera une liqueur type correcte en réglant l’affleurement au trait 1,102. En été, il faut absolument refroidir parce que le niveau de contact, dans une liqueur trop chaude, dépasse les dernières divisions de l'échelle.
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- exactement. Seulement il convient d'accroître en proportion la dose de « liqueur type » ; au lieu de 200cc le volume requis devient 240. Comme on ne trouve pas dans le commerce de matras jaugé de cette dimension, il faut le commander à un spécialiste de Paris si on 11e peut le fabriquer soi-même.
- Le premier bocal venu, pourvu qu’il ait une contenance de 1 litre et demi ou I litre au minimum, remplira le rôle de vase à réaction. Dans ce vase supposé propre et sec on introduit le poids voulu de terre, qu’on arrose ensuite avec le volume correspondant d’acide à 1,100, en se servant au besoin d’une baguette en verre et en modérant l’écoulement du réactif s’il se dégage trop de mousse, ce qui arrive souvent avec les sols très calcaires. Une fois la réaction tumultueuse finie, on bouche pour éviter l’évaporation et lorsque tout dégagement gazeux a cessé on filtre en recueillant la liqueur claire dans le vase jaugé afin d’incorporer dans la solution transformée les traces d’acide adhérentes aux parois. Dès qu’on a recueilli un volume suffisant de filtratum on procède à la pesée aréométrique1.
- Dans le cas où notre expérimentateur aurait une longue série de dosages à entreprendre, nous lui conseillerions l'appareil que nous figurons ici et qui peut être construit presque sans frais dans les localités les plus dépourvues de ressources. Un vitrier arrivera aisément à forer l’orifice latéral du llacon; on obturera cet orifice au moyen du bouchon en caoutchouc d’un alambic Salleron (petit modèle). Le caoutchouc de raccord sera emprunté à un tuyau de biberon et il sera pressé par une pince à lessive dont les mâchoires auront été rendues planes par l’adjonction de deux lamelles de bois opposées.
- On introduit sans perte la terre dans le llacon au moyen d’un entonnoir en carton glacé ou d’une carte de visite repliée en gouttière en se servant de l’une des deux ouvertures, l’autre étant bouchée. On enfonce le bouchon creux inférieur s’il ne l’est déjà et
- 1 II faut essuyer avec soin la tige avec un linge propre, ne jamais toucher des doigts la partie graduée, lire toujours de la même façon, ne pas lâcher brusquement le densimètre mais l’abandonner avec précaution dans le voisinage de son point d’aflleurement estimé par une première lecture approchée.
- on pince le tube de caoutchouc. On déverse ensuite avec précaution l’acide par le goulot et quand l’effervescence s’est calmée on bouche le goulot et on agite doucement. 11 suffit, au bout d’un certain temps, de desserrer la pince pour soutirer la couche relativement limpide qui domine le dépôt bourbeux accumulé au fond du llacon. O11 obtient ainsi une prise à peu près claire qu’il est bon d’ailleurs de laisser « se dépouiller » en vase clos jusqu'à transparence complète. On aura calculé d’avance la hauteur de l'orifice latéral de façon à obtenir par ce procédé très simple le volume liquide convenable pour l’épreuve aréométrique. Le flacon est immédiatement démonté, rincé, et peut servir à une nouvelle expérience '.
- L’acide chlorhydrique commercial est un produit vulgaire de prix si minime que le droguiste n’a aucun intérêt à le frauder sciemment. Mais, par
- suite de défaut de soins ou de propreté, ce réactif peut être souillé d’acide su 1 furique. On constatera bien facilement ce vice rédhibitoire en dissolvant jusqu’à refus dans l’acide suspect de la poudre de marbre bien exempte de plâtre. L’acide sulfurique provoquant la formation de sulfate de chaux insoluble, il se manifestera un « louche » qui ne disparaîtra pas par addition d’eau. Si la solution, au contraire, conserve sensiblement sa limpidité, l’acide est bon et il 11e reste à l’agronome d’occasion qu’à constituer sa « liqueur type » au moyen de tâtonnements successifs qui exerceront largement sa patience, car, après chaque addition nouvelle d’un petit supplément d'eau ou d’acide, il lui faudra boucher le vase et le retourner plusieurs fois pour rendre le mélange homogène. Antoixe de Saporta.
- 1 II convient toutefois d’éliminer les dernières gouttes d’eau de lavage parce que cette eau, se mêlant à l’acide introduit, en affaiblirait la densité. Pour obtenir une parfaite dessiccation des parois, nous conseillons la disposition suivante. On fixe par un clou, à l’extrémité d’une baguette en bois, une pince à lessive de façon que la pince puisse pivoter autour du clou-comme un sémaphore, au moyen de deux ficelles. Un interpose un bouchon de papier buvard entre les mâchoires de la pince qu’on introduit dans le flacon en tirant l’un des cordons. On redresse ensuite la pince perpendiculairement à la baguette ; on essuie les parois et on fait sortir la pince comme elle était entrée.
- Appareil pour le dosage du carbonate de chaux dans les terres arables.
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- LA NA TU P, K.
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- LES APPAREILS DE SAUVETAGE AUTOMATIQUES I)E M. DE ROPP
- Voici une application fort ingénieuse et inattendue des gaz liquéfiés. Frappé des inconvénients que
- présentent les appareils ordinaires de sauvetage, ceintures ou autres, qui occupent nécessairement
- un volume assez considérable, et gênent les mouvements de ceux qui les portent en prévision d’une catastrophe possible, M. de Ropp a essayé de les remplacer par des dispositifs peu encombrants, laissant à ceux qui s’en munissent l’entière liberté de leurs mouvements, et qui ne deviennent des appareils de sauvetage qu’au moment précis où ils ont à fonctionner.
- Nous n’insisterons pas sur les avantages des nouveaux appareils, qui, si leur bon fonctionnement est assuré, sont trop évidents ; il nous suffira d’indiquer la solution à laquelle a pensé M. de Ropp, et qui, autant que l’on en peut juger sans avoir fait l’essai sur soi-même est parfaitement satisfaisante. L’appareil consiste en un sac ou une ceinture de caoutchouc, normalement plié et tenant fort peu de place, et qui reçoit, au moment voulu, une quantité de chlorure de méthyle suffisante pour le gonfler complètement. Ce dernier liquide est contenu
- dans un petit flacon terminé en une pointe fine, introduite dans le sac; un couteau, tournant autour
- d’un axe, et tendu par un ressort, est maintenu en place par un anneau de papier à filtrer qui se déchire aussitôt qu’il arrive en contact avec l’eau. Le couteau tombe alors sur la pointe de verre, la brise, et le liquide, s’échappant dans le sac, prend immédiatement la forme gazeuse, en déterminant le gonflement complet du ballon.
- L’appareil de déclenchement est, du reste, protégé de telle sorte que la pluie ou même la bruine ne pénètrent pas jusqu’à lui, et qu’il ne fonctionne (pie si le porteur tombe à l’eau. Pour cela, l’ouverture unique par laquelle l’appareil communique avec l’extérieur est tournée vers le bas, et se trouve protégée par une petite soupape en papier qui ne résiste pas à la pression de l’eau, mais ferme l’entrée à la simple humidité.
- Le chlorure de méthyle ne reste pas indéfiniment
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- LA NATURE.
- dans le caoutchouc, qui l’absorbe peu à peu; mais, dans la plupart des cas, il suffît que la personne tombée à l’eau soit maintenue pendant un instant, et indépendamment de sa volonté, à la surface, jusqu’à l’arrivée des secours. Si, toutefois, cette désagréable situation devait se prolonger, il resterait la ressource de gonfler de temps en temps le ballon à l’aide d’un tuyau muni d’un robinet. Le thème de l’appareil étant donné, la broderie devient chose facile; le sachet peut être monté sur une ceinture, dissimulé dans un veston ad hoc, fixé à une fusée de telle sorte qu’on l'envoie facilement, sous un petit volume, aux personnes tombées à la mer (fig. 5).
- Dans les sinistres qui se produisent durant la nuit, les personnes qui, grâce à un appareil de sauvetage, se maintiendraient à la surface de l’eau, n’en vaudraient souvent guère mieux, faute de pouvoir être vues ou entendues à temps des embarcations de sauvetage. L’inventeur a tout prévu; certains de ses appareils sont munis d’une petite cartouche remplie de phosphure de calcium. Un appareil de rupture identique à celui que nous venons de décrire brise à la fois les deux extrémités de la capsule. Au contact de l’eau, le corps contenu dans le flacon se décompose en donnant naissance à de l’hydrogène phosphoré qui, comme chacun sait, brûle spontanément au contact de l’air en donnant une vive lumière. Le feu follet artificiel^ ainsi obtenu durera une demi-heure ou trois quarts d’heure, en tous cas un temps suffisant pour signaler la présence d’un homme en danger.
- Les appareils de M. de Ropp ont été expérimentés pour la première fois au laboratoire de M. Raoul Pictet. C.-E. Guillaume.
- ESSAIS D’UNE
- MACHINE A YAPEUR AVILLANS
- DE 500 CHEVAUX
- Les machines à vapeur horizontales à faible vitesse angulaire ont été jusqu’ici préférées pour toutes les applications industrielles. Mais dans bien des cas la place a manqué et l’on a dù avoir recours à des machines verticales à vitesse angulaire très élevée. De graves objections se sont de suite élevées contre l’emploi de ces machines, notamment l’usure rapide, l’entretien dispendieux et une grande consommation de charbon. Mais depuis quelques années de grands progrès ont été réalisées dans la construction de ces machines, et ces objections ont été en grande partie réduites à néant. Nous en trouvons une nouvelle preuve dans des essais qui viennent d’être publiés d’une machine à vapeur Willans à triple expansion de 500 chevaux employée à la fila ture de lin de MM. Gunning et Campbell, à Belfast, en Irlande. Cette machine est à condensation, à triple expansion, simple effet et distribution centrale ; elle a été construite par MM. Willans et Robinson ; elle possède trois manivelles et trois cylindres, le cylindre de haute pression d’un diamètre de 500 millimètres, le cvlindre de basse pression d’un diamètre de 720 millimètres, et le cylindre intermédiaire d’un diamètre de 480 millimètres. La course a une longueur de 200 millimètres, et
- la vitesse angulaire normale était de 500 tours par minute. Les essais, au nombre de quatre, ont été effectués par M. A. Basil Wilson, ingénieur-conseil, assisté des ingénieurs de l’usine et des constructeurs, et ont duré au minimum trois heures, et au maximum 4h29,n. Des diagrammes ont été relevés sur les cylindres, la vitesse angulaire a été exactement mesurée, et des expériences ont été également faites pour vérifier l’entraînement d’eau. La vapeur était fournie par une chaudière Lancashire d’un diamètre de 2m,280 avec deux bouilleurs de chacun 0m,890 de diamètre; elle présentait une surface de grille de trois mètres carrés, et une surface de chauffe de 84 mètres carrés. Les gaz de la combustion traversaient un économiseur de 192 tubes, d’une surface totale de 215,50 mètres carrés. Le charbon employé était une houille anglaise d’une puissance calorifique de 7520 calories kilogramme-degré par kilogramme. Les principaux résultats ont été les suivants : la puissance moyenne indiquée a été de 594,77 chevaux, à la vitesse angulaire moyenne de 500,75 tours par minute. La consommation de vapeur a atteint 5k?,670 par cheval-heure indiqué en marche ordinaire et 5ks,640 à vitesse de régime. La dépense de charbon brut a été de 0kg,558 par cheval-hcure-indiqué et de 0ke,455, cendres et mâchefer déduits. La pression moyenne de la chaudière s’est maintenue à 15kg,56 par centimètre carré, la pression moyenne dans le cylindre de basse pression à 2ke,05 par centimètre carré ; le vide moyen était représenté par une colonne de mercure de 05,85 centimètres de longueur. La quantité de charbon brûlé par mètre carré de surface de grille a été de Gke.9ff5. la quantité d’eau évaporée par mètre carré de surface de chauffe et par heure de 27ke,22. Le rendement industriel de la chaudière a été de 82 pour 100, et le rendement de la chaudière et de l’économiseur combinés s’est élevé à 95 pour 100. Les variations de vitesse angulaire n’ont pas dépassé 0,55 pour 100. Ces résultats sont très intéressants et très remarquables ; ils établissent nettement que les machines à vapeur Willans ont une marche économique. La Note aurait dù, il nous semble, être complétée par quelques essais à faible puissance, 150 ou 200 chevaux, et par quelques chiffres relatifs à l’entretien et à l’exploitation pendant la période qui a séparé l’installation des essais. Les chiffres atteints méritent néanmoins de fixer sérieusement l’attention des ingénieurs.
- LA RAINETTE ET LA PRÉDICTION DU TEMPS
- Dans une longue série de recherches, fort judicieusement conduites, M. von Lendenfeld, professeur à l’Université de Czernoxvitz, en Bukovine, a résolu de soumettre à la critique de la méthode expérimentale la fameuse question de l’influence des conditions météorologiques sur les mouvements d’ascension des Rainettes1.
- Une vaste cage vitrée, destinée à renfermer les Eatra-ciens en expérience, reçut une échelle de dix échelons, numérotés de un à dix; des points de repère, marqués sur les vitres, permettaient en outre d’évaluer rapidement la position des Rainettes, qni ne se trouvaient pas sur les échelons. Le nombre d’animaux en observation était de dix, chaque lecture de ce Baromètre à Rainettes, suivant l’expression même de l’auteur, se faisait de la manière
- 1 Le travail original intitulé : Laubfrosch und Wetter, a paru dans Zoologisclter Ameiger. C’est M. de Guerne qui a publié le résumé donné par la Revue des sciences naturelles que nous reproduisons ici.
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- suivante : en multipliant le numéro d’ordre de chaque échelon par le nombre de Batraciens qui étaient posés sur celui-ci, et en additionnant ces produits partiels, on obtenait finalement la hauteur du Baromètre à Rainettes; les indications recueillies variaient donc de 0 à (10x10) = 100.
- Dans une nouvelle série d’expériences, M. von Lenden-feld a quelque peu modifié son premier dispositif : il s’est servi d’une vaste cage en toile métallique, de 1 mètre de largeur et de longueur sur 2 mètres de hauteur; le nombre des échelons, dans ce cas, était de vingt.
- On prenait soin, d’ailleurs, de donner aux Rainettes une abondante ration de viande finement hachée et collée avec du sirop sur un cordon pendant librement dans la cage.
- Les observations étaient faites neuf fois par jour, à deux heures d’intervalle, entre fi heures du matin et 10 heures du soir, soit par le professeur lui-mème, soit par son garçon de laboratoire.
- M. von Lendenfeld a étudié successivement, en comparant les courbes de position des Rainettes et celles des instruments qui convenaient à chaque cas particulier, l’influence des différentes conditions météorologiques.
- 1° Pression atmosphérique. — Sur 48 jours, les courbes ont concordé 26 fois ; elles ont fourni des indications contraires 22 fois. Pour les deux jours pendant lesquels a été observée la plus basse pression barométrique (756inm,5), la courbe des Batraciens a été une fois haute et une fois basse. Par contre, pendant les trois jours de forte pression, cette même valeur a été deux fois élevée et une fois faible.
- 2° État hygrométrique. — Les courbes ont concordé 22 jours ; elles ont fourni des indications contraires 26 fois.
- 5° Pluie. — Pendant les 48 jours qu’ont duré les observations, il a plu 19 jours. Pendant ces 19 jours, la courbe des Rainettes a été 12 fois au-dessus et 7 fois au-dessous de la moyenne.
- On peut donc, avec M. von Lendenfeld, conclure de ces expériences que la pluie n’a aucune influence sur la position des Batraciens ; il en est de même pour les autres conditions météorologiques. Par contre, on peut observer une certaine concordance entre les variations de la courbe des Rainettes et les heures de la journée. La moyenne quotidienne donne, en effet, les chiffres suivants pour la culmination :
- 6 h. du matin, 9 fois. 4 h. du soir. 2 fois.
- 8 — 0 — 6 — 5 —
- 10 — 0 — 8 — 18 —
- 12 — 2 h. du soir. 2 — 1 — 10 — 11 —
- Il ressort nettement de ces chiffres, que les Rainettes opèrent, le soir, un mouvement d’ascension correspondant à leur plus grande activité, et qu’elles redescendent le matin. C’est, d’ailleurs, le seul résultat positif qu’ait obtenu M. von Lendenfeld, dans ses intéressantes observations. Les charmants Batraciens qui en ont été l’objet pourraient donc bien plutôt servir d’horloge que de baromètre.
- L’ARSENIC DANS L’ACIER
- M. John Edward Stead a publié récemment un travail traitant d’une question dont les métallurgistes se sont jusqu’ici peu occupés. Il s’agit cependant d’un fait constaté, celui de la présence de l’arsenic dans l’acier. L’auteur constate qu’une teneur en arsenic de 0,10 à 0,15 pour 100 ne peut exercer aucune influence sur les
- propriétés résistantes du métal employé dans les constructions. La résistance à la rupture est un peu accrue par la présence d’une faible dose d’arsenic; l’allongement n’est nullement affecté et la contraction de la section des barrettes d’essai rompues est pratiquement la même que celle de l’acier ne contenant pas d’arsenic. Mais avec une teneur de 0,20 pour 100 d’arsenic, la différence commence à s’accentuer dans l’acier acide obtenu au four à sole; mais même alors la résistance à la flexion seule est un peu réduite. Avec 1 pour 100 d’arsenic, la résistance à la rupture augmente, l’allongement diminue un peu et la contraction est réduite. Lorsque l’acier contient 4 pour 100 d’arsenic, la résistance à la rupture augmentant toujours, l’allongement et la contraction disparaissent. Mais M. E. Stead fait observer qu’il n’a eu à sa disposition que de petits lingots d’acier contenant de l’arsenic, que, par conséquent, les opérations de laminage, de martelage, etc., n’ont pu modifier beaucoup sa qualité. Il en aurait été probablement autrement si on avait pu se procurer des lingots plus considérables. 11 faudra donc faire de nouveaux essais avant de conclure1.
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- XIIIe EXPOSITION
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- NATIONALE ET UNIVERSELLE DE BORDEAUX
- Avant de parler de l’Exposition proprement dite, il nous a paru bon de dire quelques mots de la puissante société qui l’a menée à bonne fin et qui comptera un grand succès de plus à son actif. La Société philomathique de Bordeaux a été fondée le 5 août 1808, par la seule initiative et avec les seules ressources de quelques hommes dévoués qui furent 69 dès l’origine. Ces fondateurs, qui ont presque tous pris place dans l’histoire locale ou dans l’histoire du pays, déterminèrent ainsi son objet :
- Tout ce qui peut contribuer au progrès des connaissances utiles et agréables est l’objet de la Société philomathique ; son but est d’exciter l’émulation, d’animer l’industrie et de réunir les talents.
- En 1859, lors de la déclaration d’utilité publique, le programme, respecté mais élargi, était celui-ci :
- Article premier. — La Société philomathipue de Bordeaux concourt au progrès des Sciences, des Arts, de l’Industrie et de l’Instruction publique; accorde dans ce but des récompenses et des encouragements; fait des Expositions ; institue des cours pour l’enseignement intellectuel et moral, et publie... ses propres travaux et ceux qui lui sont adressés....
- Avec un programme aussi vaste, cette puissante association pouvait aborder toutes les questions qui sollicitent l’intérêt du public. Elle n’y a pas manqué. En premier lieu elle a fondé à Bordeaux un cours d’enseignement gratuit technique commercial et professionnel qui est un modèle du genre, et en second lieu des expositions périodiques qui n’ont d’égales en France au point de vue de la périodicité que les expositions universelles de Paris.
- En 1895 les choses ont marché. I)e 69 le nombre des membres est porté à 900, qui composent l’élite de la société bordelaise. Le budget, constitué par des
- 1 D'après le Bulletin technologique de la Société des anciens élèves de l’Ecole des arts et métiers.
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- cotisations et les subventions, dépasse 60 000 francs. Ces ressources sont employées presque intégralement aux cours d’adultes.
- Mais ce qui nous intéresse pour le moment, c’est la société organisatrice d’expositions.
- La première exposition eut lieu en 1827. Elle dura 40 jours. Elle était à la fois artistique et industrielle et comprenait cinq départements. Le nombre d’exposants fut de 60 environ. I)e 1828 à 1844 les cinq expositions qui suivirent présentèrent un caractère analogue. La septième exposition, tenue en 1847, fut plus importante. Elle comprenait 27 départements pour l’industrie et pour les beaux-arts, elle s’étendait àtoute la France; il y eut 300exposants. En 1850 (8e expo-
- sition) on admet les produits de provenance étrangère. En 1854 (9e exposition) M. Alphand préside, et l’exposition s’étend à toute la France et ses colonies. Elle est établie pour la première fois sur la place des Quinconces, elle dure un mois et réunit 600 exposants. La dixième exposition a lieu en 1858 sur le même emplacement, elle dure trois mois et demi et reçoit 1508 exposants. En 1865, on ouvre la 1 Ie exposition, bien plus importante que les précédentes, le nombre d’exposants est de 2058 et celui des visiteurs de 300 000. Enfin la douzième exposition avait lieu en 1882. Pour la première fois elle était universelle pour certains produits. Le nombre d’exposants fut de 6000, et celui des visiteurs de
- Fig. 1. — Entrée (le l'Exposition de Cordeaux en 1895. Façade principale et fontaines lumineuses. (D’après une photographie de Jl. A. Terpereau.)
- un million ; les dépenses s’élevèrent à 1 500 000 francs.
- L’exposition devant se tenir tous les douze ans, c’est en 1894 que la treizième aurait dit avoir lieu, mais la Société philomathique céda sagement le pas à Lyon.
- Cette fois encore elle occupe la vaste esplanade des Quinconces et ses bas-côtés. Certainement la place, quoique relativement grande, est trop petite et le nombre toujours croissant des exposants eût nécessité un transfert dans la banlieue, aux portes de la ville ; mais l’emplacement lui-même, par sa position au centre de la ville, avait fait le succès des précédentes expositions, et pour cette fois encore on n’a pas voulu courir l’aléa d’un éloignement du point où le mouvement de la population urbaine et flottante est le plus intense. C’est donc sur la place des Quinconces, sur une superficie de 100000 mètres
- carrés environ, qu’est établie la treizième exposition.
- L’Exposition se compose d’un bâtiment principal comprenant une vaste nef, une immense salle rectangulaire dite Palais de la Gironde, dont la façade très décorative est élevée au-dessus des quais parallèlement à la Garonne (fig. 1) ; l’autre façade est terminée par deux pavillons faisant face au monument des Girondins que nous avons récemment décrit dans La Nature1 (fig. 2). Adossée au Palais des Vins se trouve la salle du Dôme (plan, fig. 3, voy. D), construction très élevée qui est occupée par un théâtre et renferme à la première galerie l’exposition des sciences sociales. Cette salle servira en outre à des réunions de congrès et des auditions musicales.
- 1 Voy. n° 1151, du 22 juin 1895, p. 61.
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- Le I)ome possède une galerie extérieure desservie I sur l’Exposition et la rade. Dans l’hémicycle est par un ascenseur d’où l’on jouit d’une très belle vue | établie l’exposition d’électricité dans une grande ga-
- Fig. 2. — Exposition de Bordeaux. — Palais de l’Électricité et colonne des Girondins. (D’après une photographie de M.
- A Tfti’nnpnnti \
- lerie C (fig. 3), et à ce propos disons qu’indépendam-ment de ce bâtiment il existe dans l’enceinte de l’Exposition une Maison électrique, due à l’initiative privée. Tous les services de cette maison fonctionnent au moyen d’appareils électriques bien conçus.
- Dans les grandes galeries du monument central sont les produits faisant partie de l’exposition universelle, les vins et liqueurs, l’électricité et les sciences sociales. Au premier étage du Palais de la Gironde est placée l’exposition des beaux-arts internationale et locale. Les principales expositions en dehors des bâtiments précités sont : deux galeries de machines ; viennent ensuite : le Palais des Colonies, puis les installations suivantes : Palais des Arts religieux, Aquarium, exposition militaire, panorama de la bataille de Nuits, bouteille
- monumentale, monument village annamite, village
- Fig 3. — Plan de l’Exposition nationale et universelle de Bordeaux, en 1895.
- de la Société qui se sont le succès de l’Exposition,
- dé l’exposition ouvrière, africain, fontaines lumineuses, casino, et enfin de vastes galeries annexes qui contiennent tout ce qui constitue le menu ordinaire des expositions. Nous nous en tiendrons aujourd’hui à ces généralités. Notre plan (fig. 3) donne la disposition générale des différentes sections.
- L’hémicycle C est consacré à l’électricité, le monument des Girondins est en G. L’entrée de la galerie centrale A est ouverte entre les deux galeries des Girondins E et F. Le Palais de la Gironde est en B.
- Nous ne voulons pas terminer cet article sans féliciter comme il cpn-vient tous les membres dévoués corps et âme pour faisant quelquefois passer
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- leurs propres affaires après celles de l’œuvre qu’ils avaient entreprise.
- Il nous faut encore louer en particulier les deux hommes qui ont eu la plus lourde charge, le président de la Société, M. Hausser, ingénieur en chef des ponts et chaussées, ingénieur de la Compagnie du Midi, et le secrétaire général, M. J. Avril, ingénieur des arts et manufactures, ingénieur de la Compagnie du gaz de Bordeaux. Leur tâche aura été d’autant plus méritoire que, ayant chacun un service très chargé, ils ont dù prendre sur les heures d’un repos bien légitime le temps considérable qu’exige la mise en mouvement d’une machine aux rouages aussi compliqués (pie le sont ceux d’une Exposition universelle.
- A.-Gaston Corme.
- PROTECTION DES VIGNES
- CONTRE les gelées printanières1
- La question de préservation des vignes des gelées printanières est d’un intérêt si capital qu’elle a donné naissance à bien des systèmes, dont les plus efficaces ont été en même temps les plus dispendieux.
- Sans parler du système des paillassons, des nuages artificiels, des planchettes, etc., tous très onéreux, on recommande encore comme l’un des plus pratiques celui de la taille longue et tardive, mais qui a bien des inconvénients.
- Le meilleur de tous les moyens ne serait-il pas d’empêcher le développement des bourgeons fructifères jusqu’au moment où les gelées ne sont plus à craindre? C’est ce que pense M. Couillaux, lequel a imaginé le procédé que nous allons décrire et qui est d’une grande simplicité. On prend des morceaux de chiffons, ou de vieilles étoffes en laine, lin, chanvre ou coton, que l’on déchire par petites bandelettes de 2 centimètres de largeur sur 10 à 50 centimètres de longueur ; et l’on couvre les bourgeons à protéger avec ces bandelettes, en les Branche enroulant autour de la tige porteuse des bourde vi^ne geons, comme l’indique la figure ci-jointe, protégée Pour cela on applique l’un des bouts de la contre les bandelette sur le bourgeon, en faisant un tour
- printanières. Par_dessus» et en pressant un peu, puis on passe la bandelette en arrière et en avant du bourgeon, de manière à bien l’emprisonner sous l’étoffe et le priver d’air et de lumière. Ensuite on arrête la bandelette en passant le bout en dessous d’elle-mème et en tirant fortement de manière à faire un simple nœud.
- En prenant une bandelette assez longue on peut protéger deux ou plusieurs bourgeons sur la même tige. (Au lieu de bandelettes d’étoffes on pourrait employer du papier, mais il faudrait l’attacher.)
- 11 n’est pas nécessaire d’opérer sur toutes les tiges du cep de vigne, ni de couvrir tous les bourgeons de la même tige, ce serait peu pratique ; il est suffisant, pour se garantir une récolte moyenne, de couvrir en tout cinq ou six bourgeons.
- On comprend que ce système est absolument efficace pnisque les bourgeons couverts sont protégés en cas de gelée et ne se développent que lorsqu’on les découvre, à
- 1 Voy. n° 821, du 23 février 1889, p. 205.
- fin mai, c’est-à-dire au moment où les gelées printanières ne sont plus à craindre. Employé comme il vient d’être dit, ce système est peu coûteux, car la matière première ne coûte presque rien puisqu’on peut utiliser les vieux chiffons qui n’ont presque plus de valeur.
- Il est aussi très pratique car une personne peut, dans sa journée, poser deux mille bandelettes, ce qui, à deux par cep, donne mille pieds de vigne préservés par jour.
- En évaluant l’usure des deux mille bandelettes, qui peuvent durer plusieurs années, à 1 franc et en comptant deux journées d’ouvrier à 3 francs l’une pour poser et enlever les bandelettes, on arrive à une dépense totale annuelle de 7 francs pour garantir de la gelée mille pieds de vigne.
- Ce système expérimenté en petit cette année a donné les résultats les plus probants. 11 s’agit maintenant de l’expérimenter sur une plus grande échelle. IIenrl Coupin.
- L’INDUSTRIE DE L’HUILE DE COTON
- EN EUROPE1
- Les renseignements que nous donnons ici relativement à la fabrication de l’huile de coton en Angleterre, en France et en Allemagne, sont extraits de rapports consulaires adressés au gouvernement des États-Unis en octobre 1894.
- En Angleterre. — Plus des trois quarts des huileries de graines de coton se trouvent à Hull et dans les environs de cette ville. Il existe également quelques usines analogues à Bcrwick, llochester, King's Lynn et Liverpool. Les principaux centres pour l’importation de la graine de coton sont Londres, Bristol et Glascow, qui la reçoivent presque exclusivement d’Égypte. Les graines arrivent non mélangées de fibres de coton, et sont par conséquent d’une manipulation plus facile que les graines américaines. On les broie sans les décortiquer. Les tourteaux ainsi obtenus ne sont pas d’aussi bel aspect que les tourteaux américains; mais ces derniers sont très durs, et ne peuvent être utilisés comme nourriture pour le bétail. L’huile que l’on obtient est vendue en majeure partie à des fabriques de savons.
- En France. — Les seules huileries de coton sont à Marseille. Depuis quelques mois cependant, des essais de fabrication ont été tentés à Dunkerque et au Havre, mais il n’existe pas encore d’huileries dans ces deux villes. Des cinq huileries de Marseille, la plus importante est celle de Darier de Ruffio et Lie, qui reçoit ses graines d’Égypte ; les quatre autres reçoivent leurs graines de l’Inde. Ces huileries n’importent pas de graines américaines, mais elles importent des huiles américaines qu’elles raffinent.
- En Allemagne. — Depuis deux ou trois ans, deux usines de l’Allemagne du Sud ont essayé de traiter les graines américaines; mais elles ont dù abandonner l’entreprise, en raison de la concurrence directe de l’huile de coton que l’on importe d’Amérique. La grosse difficulté consiste en effet à importer un produit aussi volumineux que la graine de coton, et à en extraire l’huile à des prix qui puissent lutter avantageusement contre les prix américains. La graine de colon est exempte de droit à l’entrée en Allemagne, tandis que l’huile est frappée d’un droit de 4 francs par 100 kilogrammes.
- JUMELLES HYPERDIOPTRIQUES
- Jusqu’à ce jour, les constructeurs n’avaient pu donner à la lunette de Galilée une puissance comparable à celle des petites longues-vues, et les plus forts grossissements
- 1 D’après le Moniteur scientifique.
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- que l’on obtenait avec des jumelles à oculaires divergents ne pouvaient guère dépasser 5 ou 0, sans que l'instrument perdit de sa netteté et ne satisfit plus aux conditions de la pratique.
- Les raisons théoriques qui expliquent ce résultat sont les suivantes :
- 1° Les aberrations sphériques s’opposaient à l’emploi d’oculaires de très petit foyer;
- 2° L’oculaire devant avoir une focale assez longue, un fort grossissement ne pouvait être obtenu qu’en lui associant un objectif de très grand foyer, les instruments devenaient par suite encombrants ;
- 5° En dernier lieu, le champ diminue très rapidement dans la lunette de Galilée, lorsque le grossissement augmente. Pour les instruments à deux corps, cette diminution est encore beaucoup plus rapide, si l’on allonge l’objectif sans pouvoir augmenter proportionnellement son ouverture, ce qui se produit dès que celle-ci a atteint la valeur maximum que lui permet l’écartement des yeux de l’observateur.
- Le problème, considéré jusqu’ici comme insoluble, d’établir des jumelles de Galilée à grande puissance, et
- d’un champ suffisant sous un petit volume, vient d’être résolu de la façon la plus complète dans les nouvelles jumelles qui viennent d’être construites, sous le nom de Jumelles hyperdioptriques, sur les données théoriques de M. le capitaine Daubresse, de la section technique de l’artillerie.
- Cet officier, dans un travail volumineux et abstrait, a repris la théorie de la lunette de Galilée en la complétant, et a établi, par le calcul, les conditions dans lesquelles les aberrations sphériques et chromatiques doivent se compenser dans les différents éléments du système, pour qu’un instrument donne pratiquement de bons résultats. Ges considérations l’ont conduit à concevoir une combinaison optique toute nouvelle, permettant d’obtenir une puissance considérable alliée à la netteté la plus parfaite des images et satisfaisant d’autre part à la double condition de présenter un champ notablement plus grand et un volume beaucoup plus restreint que ceux que comporte la combinaison ordinaire.
- Nous ne pouvons, dans le cadre étroit de cet article, donner à nos lecteurs un aperçu, même sommaire, des calculs et des considérations scientifiques développés dans l’étude de M. le capitaine Daubresse. Nous nous bornerons à décrire succinctement la combinaison de ces nouvelles jumelles et à donner une idée des divers résultats obtenus :
- Dans une jumelle hyperdioptrique, l’objectif unique de la lunette de Galilée ordinaire est remplacé par un système composé de deux verres convergents, savoir :
- l’objectif A 0 R (fig. 1 ) et un second élément convergent A'O'ir appelé verre de champ.
- Les courbures de ces deux éléments, ainsi que la distance qui les sépare, sont calculées en vue du résultat que l’on se propose d’obtenir. L’oculaire O" est une lentille simple divergente comme celui des jumelles ordinaires dites à fi verres. La combinaison optique de l’objectif et du verre de champ est telle que cet oculaire peut avoir un foyer très court (10 à 20 millim.) sans qu’il se produise d’aberrations. On obtient par suite un grossissement considérable sans perte de netteté.
- L’emploi d’oculaires de très petit foyer permet d’utiliser, pour obtenir le même grossissement, des objectifs également de foyer moins long que ceux que comporte la
- combinaison ordinaire. Il en résulte donc une diminution considérable de la longueur de l’appareil.
- D’autre part, le champ est augmenté dans des proportions très notables :
- On sait en effet que, dans la lunette de Galilée, le champ amplifié (c’est-à-dire l’angle sous lequel on voit l’image virtuelle grossie que forme l’instrument), est à peu de chose près égal à l’angle ao/fi sous lequel on voit l’objectif du centre optique de l’oculaire (fig.2). Le champ réel, ou angle dans lequel sont compris tous les objets naturels qui composent l’image, est le quotient du champ amplifié par le grossissement, il varie donc, pour une valeur constante du grossissement, proportionnellement au champ amplifié.
- Dans la combinaison de la jumelle hyperdioptrique, ce
- A
- A*.— O"wr'w' 0 É
- Ü
- dernier est toujours égal à l’angle formé au centre optique de l’oculaire par les rayons A A' 0"BB'0"(fig.3) qui passent d’autre part par les bords de l’objectif. Mais chacun de ces rayons est brisé par le verre de champ, et il est évident que le champ amplifié A'0"B' est plus grand que l’angle A0"B, qui lui-même est déjà supérieur au champ amplifié que donnerait la combinaison ordinaire avec le même objectif, puisque la hauteur 00" de l’instrument est plus petite.
- Les jumelles construites d’après ce principe ont, sous le même volume et avec le même champ, un grossissement environ double de celui généralement usité jusqu’à ce jour dans les plus fortes jumelles militaires ou marines. Cinq types ont été établis par les constructeurs, de grossissements variant entre 7 et 13 avec des hauteurs comprises entre 110 et 1(10 millimètres, égalant ainsi la puissance des jumelles longues-vues, tout en présentant sur cette classe d’instruments les avantages d’une plus grande clarté, d’une solidité plus considérable et d’un prix notablement inférieur. X..., ingénieur.
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- À TROTS LES ALPES
- LES CLUS DU VERDUN. - LE MONT VISO
- Un de nos lecteurs assidus, M. Gustave Tardieu, pharmacien de lre classe, à Sistcron, est aussi un alpiniste très ardent, qui se plaît à parcourir les Alpes et à raconter ses excursions dans des conférences qui popularisent le goût des voyages en montagne. M. Gustave Tardieu publie ses conférences en brochures bien éditées qu’il distribue cà et là, dans le seul but de vanter les magnifiques splendeurs des Alpes.
- Ces efforts pour la propagation du goût des excur-
- sions au milieu des beaux spectacles des montagnes, nous paraissent dignes d’ètre encouragés et nous publions avec plaisir la reproduction de deux spécimens des photographies qui sont exécutées dans les excursions de l’ami des Alpes. Ces photographies sont faites par un compagnon de l'explorateur amateur, M. Saint-Marcel Eysseric; elles sont très bien réussies, comme on en jugera par la vue des dus de Verdon (fig. 1) et du mont Yiso (fig. 2).
- Nous accompagnerons nos gravures par l’extrait des récits qui les expliquent :
- « Pour se rendre d’Annot aux dus du Yerdon, dit M. Gustave Tardieu, il faut reprendre jusqu’à Saint-Jullien la route de Saint-André déjà parcourue,
- Fig. 1. — Les dus île Verdon entre Casteilane et Moustiers (Basses-Alpes). (D’après une photographie de M. Eysseric.)
- et se diriger sur Casteilane. Cette petite sous-préfecture que baignent les eaux du Verdon ne manque pas d’originalité. Le roc, haut de 100 mètres environ; les tours moyen âge; les portes crénelées, celle entre autres du haut de laquelle Judith Andrau versa le feu grégeois sur les troupes de Lesdiguières, composent un ensemble intéressant à voir. Une demi-journée suffit largement pour cette rapide visite. En route pour les dus du Yerdon.
- « On traverse la première dus du Yerdon, au niveau même de la rivière. L’eau et la route, puis de part et d’autre le roc vif, droit, taillé à pic à une hauteur écrasante, orné de verts arbustes et de blancs saxifrages qui daignent descendre jusqu’à la portée de la main pour nous permettre de composer une ravissante gerbe. Le soleil ne pénètre pas dans
- ce majestueux défilé. Bientôt après, le chemin s’élève pour pénétrer dans la dus de Rougon, la seconde de cette interminable série. Cette dus est progressivement plus large, plus changeante, plus accidentée encore. Maintenant le Verdon est là-bas, dans la profondeur, et lorsqu’on arrive sous les maisons de Rougon, ce n’est pas sans un saisissement qu’on regarde cette gorge vraiment imposante. Partout des rochers à pic, tout juste entaillés pour supporter la route à mi-côte ; au-dessus, le roc menaçant qui surplombe; au-dessous, le précipice terrible. Vers le fond, le sombre et étroit couloir de l’entrée, avec un rayon de soleil sur le seuil. Là bas, profondément encaissées, les eaux du Verdon qu’aucun reflet n’éclaire, toujours sombres et grondantes. C’est d’un effet grandiose. Après la Palud, ce grandiose devient
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- inexprimable ; pour ma part, je ne connais rien de semblable, rien si ce n’est ce que je sais des fameux canons du rio Colorado, en Amérique, par les belles relations qu’en a données M. Albert Tissandier. Imaginez des montagnes massives de roche vive, entaillées en une profonde coupure sur une longueur de plusieurs kilomètres, chaque masse rocheuse ayant 500 mètres de la base au sommet, et quelques mètres à peine d’une crête à l’autre. Le Yerdon, nouveau Styx, court dans cet infernal passage. Des truites exquises, les oiseaux et de nombreux essaims d’abeilles sont les seuls êtres vivants qui fréquentent ces abîmes.
- « Sur le liane d’une de ces prodigieuses murailles
- s’étale une large corniche où de magnifiques chênes et de robustes buis forment une épaisse forêt aérienne. Il y a bientôt cent ans, un tourneur venant de Lombardie (c’est leur patrie à tous) parcourait les environs d’Aiguilles et de la Ualud, pays de prédilection des buis, chers à ces artisans du bois. Ayant aperçu le trésor de ces arbustes si bien protégé au centre de ces effrayants précipices, il s’arme de tous les outils de son métier et se fait descendre au moyen d’un treuil sur la corniche richement boisée. Là, pendant dix mois, il travaille le. bois : boules, cuillères, toupies, maillets..., etc., s’amoncelèrent bientôt dans un creux du rocher qui servait d’asile à notre entreprenant ouvrier. Tous les huit
- Fig. 2. — Le mont Viso (pic le plus élevé dans la gravure), vu du grand Rubren. (D’après une photographie de M. Eysseric,)
- jours, au moyen d'un panier, on faisait parvenir des vivres apportés du village voisin. Quand il eut assez taillé de besogne, il songea un jour aux moyens de jeter ses produits dans le commerce. Et, pour mener à bien ce projet, il se fit remonter sans rien emporter de son œuvre. Elle était bien gardée par la disposition seule du lieu où il la laissait pour quelque temps. Nul avant lui n’avait osé y descendre. Et nul après lui n’y descendit jamais ! Pas même lui; car pris en remontant d’un vertige terrible, que l'impression de tristesse née de son long isolement paraît bien expliquer, notre audacieux de la veille eut à peine le courage de contempler de loin la place qu’il avait occupée longtemps. »
- Après les dus du Yerdon, nous mentionnerons les passages suivants, d’une Notice publiée au sujet
- d’une montagne très visitée, et qui est intitulée Prélude à l'ascension du Viso.
- « Le matin, à l’aube, tout le monde est sur pied, et par un temps devenu calme, sous un ciel ensoleillé, la petite troupe gravit la barre de montagne qui nous sépare du pic du Yiso. A mesure que nous montons, les grands blocs de schistes se retrouvent devant nous, plus nombreux et très serrés. Bientôt nos pieds ne portent plus sur la terre meuble; il faut aller d’un rocher à l’autre, quelquefois en grandes enjambées, et ce manège dure trois heures. C’est un effondrement de tout le massif. Le Yiso se redressant à pic du côté français a tout disloqué autour de lui, pour livrer passage à sa masse imposante, rejetant ses formidables débris dans les dépressions que son soulèvement creusait sur le versant
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- italien. La région des lacs, o'i nous arrivons, présente un tableau indescriptible de ce colossal pêle-mêle des granits, des schistes chloriteux et des vertes serpentines. Imaginez une auge immense .à parois infléchies vers l’extérieur. Ces parois sont des roches à pic, et, vers le fond, des blocs énormes détachés du sommet couvrent toutes les surfaces de ce bassin tourmenté. Les barres de rocher ont surgi en s’écartant progressivement, laissant rouler entre elles les gigantesques débris de cette déchirure des roches primitives. Tout est roc vif autour et au-dessous de nous.... Sur nos têtes le ciel, un beau ciel de montagne et d’Italie, adoucit le désordre et l’aridité de ce spectacle inoubliable en reflétant son éclatant azur dans les eaux transparentes des lacs de Fiorciolline. »
- L’ascension projetée n’a pu avoir lieu à cause de bourrasques qui sont survenues, mais l’expédition a pu, dans un moment d’éclaircic, prendre la photographie que nous reproduisons (fig. 2).
- M. Gustave Tardieu nous a envoyé, en outre des deux brochures auxquelles nous avons fait des emprunts, les quatre autres opuscules suivants : 1° Le vallon de l'Aigrebrun et le vieux fort de Buoux (Lubcron). 2° Les rochers de Dromon (Basses-Alpes). 5° De Digne au Grand-Rubren. 4° Une ascension sur Lure en automne.
- Les récits que nous venons de citer donnent fort bien l’idée de l’admiration et des fortes impressions intellectuelles que peuvent faire naître dans l’esprit de ceux qui savent apprécier les tableaux des grandes scènes naturelles des régions alpines. Gaston Tissandier.
- CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE
- A LONDRES
- La première réunion du Congrès international de géographie a eu lieu à Anvers en 1871, au lendemain de nos désastres. Il a été décidé que le Congrès suivant se tiendrait à Paris en 1875. La cérémonie a été célébrée avec un grand éclat au Pavillon de Flore. La troisième session s’est tenue en 1881 dans la ville de Venise, qui a joué un rôle important dans les découvertes géographiques au moyen âge. C’est là que, sur la proposition de M. Levasseur, de l’Institut, on a adopté le règlement des Congrès, et décidé qu’on limiterait le nombre des questions sur lesquelles l’assemblée aurait à se prononcer dans chaque session. Le quatrième Congrès s’est tenu à Paris à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, et a contribué au succès de cette grande manifestation du travail. La cinquième session a eu lieu en 1891 à Berne, où l’on a réglé le programme des questions qui seraient traitées cette année à Londres.
- Les séances du 6e Congrès ont commencé le 20 juillet dans le Palais de Ylmperial Instilute mis à la disposition de la Société de géographie de Londres, qui s’est chargée de pourvoir à l’organisation matérielle de cette grande solennité.
- A 9 heures du soir, les membres inscrits étaient au nombre de 1500, sur lesquels 500 environ étaient délégués par les divers gouvernements et les différentes sociétés de géographie du monde.
- La reine d’Angleterre a accepté la présidence d’hon-
- neur et désigné pour la remplacer son petit-fds, le duc d’York, héritier présomptif de la couronne, après le prince de Galles. Nous devons signaler une coïncidence assez curieuse; quoique la mère de ce prince soit d’origine danoise, le Danemark est à peu près la seule puissance qui n’ait point envoyé de délégué.
- Les savants étrangers ayant été présentés à Son Altesse Royale par leurs ambassadeurs respectifs, la compagnie a passé dans la salle des séances, où le duc d’York a déclaré la session ouverte. Deux courtes réponses lui ont été faites, la première par M. Markham, président de la Société de géographie de Londres, la seconde par l’honorable Ilaly, un des grands juges des États-Unis et président de la Société de géographie de New-York.
- Le reste de la soirée a été consacré à l’étude de l’exposition géographique, qui occupait une partie des salons de Ylmperial Instilute. On y trouvait une collection d'objets de la plus haute antiquité, tels qu’un globe céleste en bronze construit en 1275 par Mohamed Ibn Helal, astronome à Mossul (Ninive), un planisphère sarrasin de la même époque, et un cadran solaire anglais également très ancien. La place d’honneur de la grande salle était occupée par le globe terrestre de Malyneux, construit à Lambeth en 1592, et appartenant à la corporation des avocats de Middle Temple. La partie la plus récente était la série de tableaux représentant des paysages arctiques rapportés il y a un an du Groenland, par l’expédition à la recherche du lieutenant américain Peary.
- Le lendemain 27, M. Clément Markham a donné lecture de son discours présidentiel. Après avoir insisté sur l’importance que la géographie a acquise sur le continent et engagé ses concitoyens à créer, comme en France et en Allemagne, un enseignement géographique spécial, l’orateur a rappelé qu’un des buts de la convocation du Congrès est la construction d’une carte internationale à l’échelle de un millionième, et représentant toutes les régions terrestres. L’exécution complète de cette résolution suppose que l’on a rempli les vides qui existent encore à la surface de la terre dans les régions équatoriales et dans les régions polaires. Ce sont deux sujets mis à l’ordre du jour du Congrès.
- Le Président a terminé en rappelant que le Congrès doit s’occuper de l’organisation d’une expédition polaire internationale. 11 a indiqué sa préférence pour le système AVeyprecbt que l’on a suivi en 1882, et qui consiste à cerner le pôle à l’aide de l’établissement d’une série de stations météorologiques. Ces expéditions, comme on l’a vu par la catastrophe du lieutenant Greelav, ne sont point exemptes de danger, mais elles sont éminemment utiles. Elles pourront faciliter extrêmement à M. Andrée l’exécution de sa tache, car chacun des postes d’observation sera susceptible de servir de lieu de refuge à l’intrépide aéronaute en cas de naufrage.
- M. Andrée a soutenu lui-même son projet dans la séance générale du 29 juillet, qui a été consacrée aux explorations polaires.
- La section française est la plus nombreuse de toutes. Elle est présidée par M. de Lapparcnt, qui a reçu la mission de faire tout ce qu’il est possible pour mener à bonne fin une négociation importante. Il proposera aux Anglais d’abandonner le méridien de Paris, à condition que de leur côté les Anglais renoncent à leurs poids et mesures nationaux pour adopter le système métrique.
- Les conséquences de ces concessions mutuelles seraient évidemment immenses, car les travaux astronomiques et géographiques deviendraient communs à tous les peuples du monde, et le principal obstacle à l’universalisation des
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- unités en usage pour les besoins de la science et du commerce disparaissant, les mêmes seraient adoptées sur toute la terre. L’Exposition de 1900 verrait réaliser une des plus séduisantes parties du programme scientifique de la Révolution française. W.de F.
- CHRONIQUE
- Les irrigations de la plaine de Gennévllliers.
- — Les irrigations n’ont pas été interrompues, cet hiver, malgré les rigueurs de la température, dans la plaine de Gennevilliers. Les cultivateurs, d’une part, ont fait du colmatage sur les terrains nus, et, d’autre part, ont utilisé les eaux d’égout dans les plantations d’artichauts pour les protéger contre la gelée. Par ce procédé, on réussit en effet à les conserver par un moyen beaucoup plus économique que celui qui consiste à les couvrir de paille. L’eau d’égout, après les nuits les plus froides, sortait des conduites à une température de -f- 6° à +8°, et, après peu de temps, le sol sur lequel elle se répandait était dégelé. 4 545267 mètres cubes ont été ainsi distribués pendant les mois de janvier et février derniers, et il est maintenant prouvé que les températures des plus rudes hivers n’empèchent pas la continuation de l’épandage. On le savait d’ailleurs par l’expérience des champs d’irrigation de Reims, et surtout de ceux de Berlin, où les hivers, plus rudes que les nôtres, n’arrètent nullement le fonctionnement des champs irrigués. Les maraîchers de Gennevilliers n’ont pas eu à se plaindre de cette pratique, car ils ont pu apporter sur le carreau des Halles, pendant les deux premiers mois de l’année, 50 000 hottes de poireaux et 45 000 choux.
- La ventilation de la gare souterraine du Luxembourg. — Dans notre précédent article1 sur les installations électriques du prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux à Paris, nous avons mentionné le ventilateur électrique établi à la gare du Luxembourg, et qui a pour but d’aspirer dans le souterrain l’air qui pénètre par les ouvertures ménagées à cet effet sur la voie publique sur tout le parcours de la ligne souterraine et de le refouler à l’extérieur. 11 restait à savoir si cette ventilation était réellement efficace, et si l’air intérieur n’était pas vicié par les dégagements des gaz provenant des locomotives. M. Gréhant, professeur au Muséum, vient de rendre compte à l’Académie de médecine des expériences qu’il a effectuées sur la composition de l’air de ce souterrain. 11 a fait six séries d’analyses, chaque fois sur 200 litres d’air prélevé et comprimé dans des récipients métalliques. Les recherches les plus sérieuses n’ont indiqué qu’une proportion de 5 à 11 dix-millièmes d’acide carbonique, soit environ 5 à 4 fois plus que dans l’air pur. Des traces d’oxyde de carbone, correspondant à des proportions tout à fait négligeables, n’ont été relevées que dans le sang d’un chien ayant respiré 100 litres d’air qui avait été puisé un dimanche, où les trains supplémentaires sont nombreux. La ventilation de la gare souterraine du Luxembourg est donc assurée dans d’excellentes conditions. J. L.
- Les chargements de houille & Glasgow. — Cette année comme de coutume on a poursuivi d’importants travaux de dragages au port de Glasgow, et on en a nota mment exécuté au pied des quais du « Dock de la Reine », à l’endroit où sont installées les grues à charbon. Il s’est manipulé tant de houille en ce point qu’on a pu extraire du fond 190 tonnes, représentant ce qui s’était échappé
- 1 Voy. n° 1151, du 22 juin 1895, p. 55.
- des bennes et avait roulé à l’eau pendant les manœuvres. On a brûlé cette veine inattendue de combustible dans les chaudières des dragueuses. I). B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 juillet 1895. — Présidence de M. Marey.
- La vapeur d'eau dans Vatmosphère de Mars. — La question de la présence de la vapeur d’eau dans l’atmosphère de Mars devient de nouveau un sujet d’études. M. Campbell, de l’observatoire Lick, pense qu'il n’v a pas de vapeur d’eau dans l’atmosphcre de Mars, tandis que M. Yogel, de Berlin, s’est prononcé pour l’opinion contraire. M. Janssen rappelle qu’il a le premier reconnu le fait contesté, dès 1867, et il expose les circonstances dans lesquelles il a effectué la découverte si intéressante db la vapeur d’eau dans l’atmosphère de la planète Mars. En mai 1867, M. Janssen ayant stationné sur l’Etna, à la Casa des Anglais, à une altitude de 5000 mètres, y observa pendant trois jours la planète Mars, alors en opposition, dans des circonstances extrêmement favorables. En effet, au moment du coucher du Soleil, la distance zénithale de la planète n’était que de 50°, de telle sorte que les rayons lumineux qu’elle réfléchissait traversaient l’atmosphère terrestre sous une faible épaisseur. De plus le froid à cette altitude était très vif, et par conséquent il y avait certainement fort peu de vapeur d’eau dans la portion de l’atmosphère terrestre traversée par les rayons réfléchis. A cette époque M. Janssen venait d’obtenir le spectre de la vapeur d’eau, en employant un tube de 57 mètres rempli de vapeur, et il avait décrit les trois groupes de raies caractéristiques respectivement voisins de D, C et A. Pour des recherches planétaires, il n’est pas d’ailleurs nécessaire de prendre un spectroscope très dispersif, car il faut éviter de résoudre les groupes de raies, attendu que cette résolution nécessiterait plus de lumière que n’en peuvent donner les planètes. M. Janssen a obtenu sur l’Etna les trois groupes caractéristiques des raies de la vapeur d’eau, et les conditions de l’observation permettent de penser qu’il faut rechercher cette vapeur non point dans l’atmosphère terrestre, mais dans 1’atmosphère de Mars. A la vérité, ces groupes étaient faibles, ce qui donne lieu de croire que l’atmosphère de cette dernière planète ne contient que peu de vapeur d’eau. D’autres observations pratiquées à Meudon ont confirmé ces résultats.
- Important gisement de débris fossiles. — M. Marcelin Boulin annonce la découverte d’un très important dépôt de débris fossiles, dans le département de la Charente. L’auteur principal de la découverte est un ingénieur des chemins de fer de l’Etat, M. Leblanc. 11 a mis à jour une défense d’éléphant, de dimension colossale, car elle atteint 5 mètres de longueur, alors que celle de VElephas meridionalis ne dépasse pas 1 m,80. On a encore dégagé deux énormes molaires qui se rapportent assez à VElephas meridionalis, ainsi que des débris d’ossements de Mammouth, de Rhinocéros, d’IIippopotame, de Bison,.des débris humains et d’instruments en silex. Cette découverte est extrêmement importante, parce que c’est la première fois que des débris humains se trouvent associés avec des débris de VElephas meridionalis que l’on considère comme caractéristique du pliocène.
- Influence des sécrétions microbiennes sur la descendance. — M. Charrin a établi que les animaux qui avaient reçu des poisons microbiens pouvaient produire des reje-
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- LÀ NATURE.
- tons chétifs et même nains. Il prouve le même fait pour l’espèce humaine. En analysant les urines, il a pu saisir le mécanisme de ces troubles. Il a reconnu (pie les toxines empêchaient la fixation du phosphore et augmentaient la quantité d’urée. L’auteur estime qu’il a réussi de cette façon à remplacer des hypothèses par des faits précis.
- Élection. — M. Bergh, de Copenhague, est élu membre correspondant de la section d'anatomie et de zoologie, en remplacement de M. Huxley.
- Varia. — M. Torres, ingénieur du corps espagnol des ponts et chaussées, a construit une machine permettant de résoudre numériquement les équations trinômes. — SI. Morin a étudié les variations du diapason dans un champ magnétique. Ch. de Yilledëuil.
- L’INSTALLATION DE L’OBSERAATOIRE
- DU MONT BLANC
- Le Petit Journal nous fait parfois des emprunts, mais il mentionne toujours la provenance avec le plus aimable empressement et la plus grande ponctualité; il cite La Nature et ajoute parfois des éloges des plus gracieux à notre égard.
- Nous remercions le Petit Journal et nous reproduisons ici à notre tour l’intéressante Note qu’il nous a donnée récemment, où il a publié des détails importants sur l’œuvre grandiose que M. Janssen poursuit avec tant d’activité et tant d’énergie.
- L'arête des Bosses, l’uu des derniers chemins de l’ascension du mont Blanc. (D'après une photographie.)
- Les opérations necessaires pour l’installation de l’observatoire Janssen au sommet du mont Blanc ont commencé depuis plusieurs jours, et sont poussées avec tant d’activité que les observations astronomiques commenceront cette année. L’instrument principal est un sidérostat polaire de 50 centimètres de diamètre remplaçant les lunettes astronomiques ordinaires.
- Ce sidérostat est arrivé à •Chamonix, où on l’a démonté et partagé en fragments dont aucun ne pèse plus de 25 kilogrammes, limite de ce que peut porter un guide robuste sur scs épaules. Tous les fragments ainsi transportés seront réunis au sommet du mont Blanc.
- Le docteur Maurice de Thierry, un des collaborateurs de M. Janssen pour les études physiologiques, est parti hier dans le but de faire au haut du mont Blanc les préparatifs nécessaires à la réception de la caravane. Hans deux ou trois jours, l’astronome Bigourdan va le suivre avec son aide, M. Fayet.
- Cette grande entreprise, déclarée impossible, touche donc à son terme. Ajoutons qu’elle n’est pas la seule dont on s’occupe actuellement pour assurer à l’astronomie française le rôle qui lui appartient dans le monde.
- M. Janssen saura terminer son observatoire, et, en lui souhaitant le succès qu’il mérite si bien, nous reproduisons ici une photographie qu’il a bien voulu nous offrir et qui nous donne l’aspect de l’arète des Bosses, l’un des plus hauts chemins du géant des Alpes, qui se termine par l’arrivée au sommet du mont Blanc. Le sommet du géant des Alpes est derrière la pointe extrême que l’on voit en haut de notre gravure.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissamjier
- Paris. — Imprimerie Lauure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1158.
- 10 AOUT 1895.
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- UNE EXPLOSION TERRIFIANTE
- DE NITROGLYCÉRINE
- Lii scène que représente la ligure ci-dessous est la reproduction d'une photographie prise trois heures après une épouvantable explosion d'un chargement de nitroglycérine que la Sentinelle de, Fort-Wayne (Indiana) raconte en ces termes :
- « Le 20 avril dernier, un jeune homme de dix-huit, ans conduisait une voilure à deux chevaux contenant plus de 5IH) kilogrammes de nitro-glycérinc de l'usine de l'Empire glycérine C° aux puits de pétrole en l’orage aux environs de Montpellier, dans
- l’Etat d'Indiana, lorsque, par suite d'un choc dont la véritable cause restera toujours inconnue, le chargement lit explosion en créant une scène d'horreur indescriptible : la voiture, les deux chevaux et le conducteur étaient réduits en poussière, et lorsque, prévenue par le bruit, la population accourut sur le lieu du sinistre, on ne put découvrir aucune trace de la charrette, des chevaux et du conducteur, dont les morceaux avaient été projetés à plusieurs kilomètres de distance. Plusieurs gros arbres du voisinage avaient été arrachés par les racines et transportés à plusieurs mètres de distance; les carreaux des fenêtres étaient brisés dans un rayon de plus de trois kilomètres du point de l’explosion, marqué par
- Ce qu’il est resté d’une voiture de transport chargée de 509 kilogrammes de nitroglycérine. (D’après une photographie.)
- un grand trou conique de près de cinq mètres de profondeur, dix mètres de diamètre au fond et seize mètres au niveau du sol. Ou a retrouvé à 1500 mètres du point de l'explosion quelques vestiges des vêtements du conducteur, ainsi que des débris des chevaux et des parcelles de la voiture démolie. L’explosion a été ressentie jusque dans la ville deBlufton, à plus de quarante kilomètres de distance, et les vibrations des vitres ont fait croire à bon nombre d’habitants qu’ils ressentaient les effets d’un tremblement de terre. Un certain nombre de bestiaux ont été tués autour du point de l’explosion et un certain nombre de chevaux effrayés se sont échappés à travers la ville de Blufton. »
- Nos lecteurs ont encore présente à la mémoire la terrible explosion survenue à un chargement de
- nitroglycérine dans un port d’Espagne il y a quelques années. Nous rappellerons aussi les catastrophes qui ont eu lieu dans les usines où l'on produit la terrible matière détonante ; des ateliers ont été anéantis par des explosions. Nous citerons encore le wagon de dynamite qui lit explosion en Amérique sur la ligne de Philadelphie, en tuant sept personnes et en renversant huit maisons1. La conclusion à tirer de tous ces désastres qui ont pour origine les progrès de la chimie moderne, c'est qu’on ne saurait jamais trop prendre de précautions dans le transport et le maniement de ces dangereux explosifs. X..., ingénieur.
- 1 Yoy. n° 794, du 18 août 1888, p. 191. — Yoy. aussi les articles sur la nitroglycérine, n3 825, du 9 mars 1889, p.227, et la dynamite, n° 799, du 4 février 1888, p. 154.
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- LA NA Tin F.
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- A BERLIN
- Nous avons déjà insisté à plusieurs reprises sur les avantages des moteurs électriques et sur les développements qu’ils étaient appelés à prendre sur les réseaux de distribution d'énergie électrique. Nous trouvons à ce sujet quelques chiffres intéressants dans la communication que vient de faire à VElelilrolecImische Zeitschrift la Société, des usines de Berlin. Sur les réseaux de cette ville, les applications mécaniques de l’énergie électrique datent à peine de quelques années; la première fut installée en 1890. Au 30 juin 1895, on comptait dans cette ville 005 moteurs d’une puissance totale de 2505 chevaux, et il était question de nouvelles installations pouvant atteindre 200 chevaux. Ces moteurs sont utilisés pour les applications les plus diverses dont voici la répartition :
- Nombre de Puissance totale
- Presses d’imprimerie moteurs , 140 en chevaux 546
- Ascenseurs 15.) 834
- Ventilateurs 135 180
- Travail des métaux 55 196
- Boucheries 25 92
- Machines à couper et à polir. . 21 100
- Machines à travailler le- hois. . 17 70
- Travail du papier 14 41
- Machines à couper le drap. . . 10 9
- Galvanoplastie G 15
- Machines à chapeaux (3 7
- Machines à coudre G 2
- Machines à bobiner 5 5
- Machines à travailler le cuir. . 4 25
- Machines à laver et à repasser. 5 14
- Divers 70 229
- Pendant les six premiers mois de l'année 1895, la consommation d’énergie électrique pour tous ces moteurs a été de 1 050 000 kilowatts-heure, soit 1 250 000 chevaux-heure. L’énumération précédente montre que les moteurs électriques sont employés par les industries les plus variées. Le plus grand nombre de moteurs électriques se trouvent utilisés pour actionner des presses d’imprimerie, 140 moteurs avec 540 chevaux. Mais la puissance maxima est consommée par les moteurs qui commandent des ascenseurs, 854 chevaux pour 159 ascenseurs. Les moteurs électriques pour ventilateurs sont ensuite les plus nombreux. Les autres industries n'utilisent qu’une force motrice peu élevée. Cependant les moteurs électriques commencent à être très recherchés, dans l'industrie du bâtiment, pour actionner des treuils destinés à soulever des fardeaux, des pompes, des machines à préparer le béton.
- J. L.
- MOUVEMENTS MOLÉCULAIRES
- Les phénomènes d’adaptation aux circonstances extérieures, que les êtres organisés nous montrent en si grande profusion, semblent parfois être partagés aussi par la matière inanimée. Même, si nous avions l’habitude de considérer les molécules ou les groupes moléculaires comme des êtres possédant une individualité propre, nous trouverions facilement à leur appliquer les théories sur lesquelles repose le transformisme.
- Tantêit la molécule se transforme, tantôt elle s’as-
- socie pour mieux résister aux actions qui menacent son existence. Si, par exemple, on exerce une traction sur un barreau de métal, il se produira, avant la rupture, une contraction nette à l’endroit où il va se briser. Mais si, à ce moment, la force cesse d'agir, la section amincie subsiste avec une résistance plus grande (pie celle des sections voisines. On le démontre aisément en remettant la barre sur le tour de manière à l’amener de nouveau à un diamètre uniforme. Lue deuxième traction produit encore une striction, qui ne coïncide jamais avec la première; l’expérience renouvelée donnera un troisième étranglement à un endroit encore différent, et ainsi indéfiniment. On pourrait penser que l’écoulement du métal produisant la contraction affaiblit sa texture; il n'en est rien; les molécules cherchent simplement, le groupement qui leur permet de résister le mieux aux forces extérieures.
- Cet exemple est grossier, et à peine probant ; mais il n’est pas isolé. La photographie nous en offre de plus typiques. On sait qu’avant que M. Lippmann eût donné la solution complète du problème de la photographie des couleurs par les ondes stationnaires, on avait obtenu déjà des succès partiels dans ce domaine. Seebeck, Poitevin, Becquerel, cherchant dans une voie très différente, étaient parvenus, sinon à fixer, du moins à reproduire mécaniquement les couleurs du spectre.
- Le procédé Becquerel est mixte, comme nous le verrons tout à l’heure; ceux de Seebeck et de Poitevin, au contraire, sont purement pigmentaires, c’est-à-dire qu’ils reposent sur une véritable coloration que prend la couche sensible, et non point sur une décomposition de la lumière incidente par des miroirs espacés régulièrement.
- Seebeck, comme Poitevin, préparant le chlorure d’argent par une exposition à la lumière blanche ou violette, l’amène à un état de sensibilité et d’instabilité tout particulier. La couleur du sel, à cet état, est neutre ou violacée. Les molécules sont groupées de telle sorte qu’elles absorbent toutes les couleurs, et emmagasinent l’énergie des radiations pour produire un travail interne. Ce travail pourrait être déterminé immédiatement par des conditions de résonance, ou bien soumis aux simples lois du hasard. L’un et l’autre de ces modes d’action, si différents cependant, conduisent ici au même résultat : la transformation de la couche sensible, et son adaptation à la couleur incidente. Cette adaptation se produit par un mécanisme particulièrement simple et suggestif. On peut admettre que les groupements moléculaires se transforment sans aucune loi, aussi longtemps que les dernières particules absorbent de l’énergie à un endroit déterminé du corps sensible. Si, par hasard, il se produit, à un moment donné, un groupement tel que la force extérieure soit sans action, la transr formation cesse, l’énergie rayonnante traverse le corps ou se réfléchit. Exposons, par exemple, la couche à un faisceau de lumière rouge; chaque particule [tassera alternativement, et sans aucune loi,
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- par toutes les couleurs, mois ne se fixera dans aucune aussi longtemps qu’elle sera susceptible de recevoir des impulsions. Une particule arrive-t-elle par hasard à la lumière rouge, elle la rélléehit aussitôt et se fixe*, (l'est ainsi que la couche entière arrive ainsi, après un temps plus ou moins long, à prendre uniformément la teinte rougi*. Les molécules sont alors adaptées aux conditions de vie qui leur sont faites, et peuvent subsister indéfiniment à cet état. Vient-on à exposer la couche à une autre lumière, le branle-bas reprend de plus belle, les transformations se succèdent, jusqu’il ce que l’ennemi, c’est-à-dire la lumière, soit rejeté au dehors par rétlexion.
- Dans la nature animée, on retrouve cette adaptation des couleurs pigmentaires de la peau aux couleurs ambiantes; toutefois, il serait imprudent d’établir sans examen un parallèle immédiat entre ces deux ordres de phénomènes. Ici, le mimétisme décrit par Darwin agit d’une façon prédominante et change du tout au tout le mode d’action de la lumière. Par exemple, certaines chenilles prennent avec une facilité remarquable la couleur de leur entourage, et cela tout à fait indépendamment de leurs sensations visuelles. Poulton, à qui l’on doit de belles expériences relatives à ce phénomène, n’a constaté aucune différence lorsqu’il protégeait les yeux des chenilles par un écran opaque.
- Certaines chenilles peuvent prendre successivement des colorations allant du blanc au noir, en passant par la gamme des bruns ou des verts; dans chaque cas, la couleur finale se rapproche de celle de la lumière ambiante. Les couleurs sombres sont engendrées dans l’obscurité; mais, ce qui est très important pour la théorie du phénomène, c’est que les teintes sombres se forment plus facilement à un endroit éclairé au voisinage d’objets sombres qu’à la grande obscurité. Le caractère nettement transformiste de l’action est bien indiqué par ce dernier fait, en opposition avec la modification purement physique des corps isolés de tout organisme vivant.
- Devenons à ces derniers. Nous avons dit que le procédé imaginé autrefois par Becquerel pour retenir les couleurs naturelles sur la couche sensible était essentiellement mais non uniquement pigmentaire. M. Wiener vient de publier, sur cette importante question, un fort intéressant Mémoire auquel nous empruntons l’expérience suivante qui paraît très concluante.
- On sait que, dans les procédés interlérentiels de reproduction des couleurs, la teinte de la lumière réfléchie dépend de l’incidence sous laquelle on examine le phototype ; or, rien de semblable ne se produit avec le procédé Becquerel. Mais, se demande M. Wiener, cette absence de déplacement des couleurs ne pourrait-elle pas provenir de ce que la lumière traverse forcément la couche semi-transparente sous une incidence voisine de la normale? L’expérience sur ce point est décisive. La couche de
- chlorure d’argent telle que la préparait becquerel possède un indice de réfraction très élevé, généralement supérieur à 2. Or, les rayons lumineux passant de l'air dans la couche sous l’incidence rasante ne forment, avec la normale, qu'un angle, de 50°, de telle sorte que les distances comptées le long de celte ligne sont de lu pour 100 seulement plus grandes que sur la normale, elle-même. Donc, dans ce cas extrême, les couleurs ne sont que peu déplacées, et les variations de teintes qui en résultent pouvaient facilement échapper à l’observation. Il est possible, toutefois, d’obliger la lumière venant de l’extérieur à pénétrer dans la couche sous une incidence oblique et inversement. 11 suffit, pour cela, de la diriger à travers un prisme rectangle disposé comme l’indique la ligure.
- On place, par exemple, le prisme de telle sorte que ses arêtes soient parallèles à la longueur d’un spectre (tig. I ). En regardant ce dernier à travers la face À (tig. 2), on observe un déplacement bien net des couleurs. On a eu soin, bien entendu, de marquer en travers du spectre une ligne de repère B (tig. 1) qui fixe la position de l’œil. L’expérience n’est concluante, en effet, que si cette dernière se continuant
- Fig. 1 et 2. — Tracés schématiques explicatifs.
- sans brisure à travers le prisme, il se produit un déplacement général des couleurs. Cette modification des feintes se manifeste en effet, et M. Wiener en conclut que, dans le procédé de Becquerel, les miroirs semi-transparents concourent, avec les actions pigmentaires, à l'effet total. On peut, en effet, montrer par d’autres procédés l'existence de ces dernières.
- Une autre conclusion du travail de M. Wiener est bonne à retenir. La reproduction des couleurs dans le procédé Becquerel est tellement indépendante de l’incidence de la lumière que, pendant plus de quarante ans, on a cru à l’absence de toute relation entre ces deux facteurs, et qu’il a fallu employer un de ces procédés expérimentaux par lesquels on trompe la nature, pour la mettre en évidence. Le plus prochain perfectionnement de la méthode si belle de M. Lippmann que l'on doive chercher, est donc d’augmenter l’indice de réfraction de la couche sensible dans la mesure du possible, tout en lui conservant la possibilité d'un lixage. Le problème est-il matériellement, soluble? 11 serait imprudent de l’affirmer, puisqu’il s’agit ici, en somme, de découvrir un corps doué de deux propriétés imposées d’avance et qui, isolément, sont déjà fort rares.
- C.-E. G CILLA u MIC.
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- LA NATURE.
- IA SCIENCE PRATIQUE
- UN PNEUMATIQUE A EEGONFLEMENT AUTOMATIQUE
- Rien que le bandage pneumatique, le pneu des bicyclettes, pour employer une expression abrégée permise aujourd'hui dans le langage, soit une invention déjà cinquantenaire, — le premier brevet lut déposé en Angleterre le 10 décembre 1845 au nom de R. W. Thomson,— son application aux cycles est relativement récente, puisqu’elle ne Tut laite qu’en 1889 par Dunlop, dont la marque ligure toujours parmi les meilleures. Depuis cette époque, des centaines de brevets ont été pris en vue de perfectionner cet organe auquel on doit, en même temps qu’aux roulements à billes, le succès sans précédent de la reine bicyclette. Pneus collés, pneus démontables, pneus increvables, tous présentent un inconvénient dont on n’a pu que partiellement triompher grâce à une fabrication soigneuse et des matériaux de premier choix auxquels, malheureusement, tous les fabricants n’ont pas uniformément recours, puisque les prix des pneus varient entre eux du simple au triple, de trente à quatre-vingt-dix francs la paire, (juels que soient, les droits de brevets que se réservent les inventeu rs, ou prétendus tels, et les nombreux, trop nombreux intermédiaires qui vont du fabricant au client, il faut bien admettre que des prix aussi différents supposent des qualités
- différentes. C’est surtout ces qualités qui font, plus que le système lui-mème, les bons et les mauvais pneumatiques.
- Les bons pneus munis de bonnes soupapes restent longtemps gonllés; les mauvais se dégonflent — sans parler des crevaisons — avec une rapidité désespérante, et font trop souvent appel au concours du cycliste, obligé de s’arrêter pour regonfler. 11 fallait porter remède à cette faiblesse constitutionnelle des pneux médiocres, et c’est d’Amérique que nous vient, un embryon de solution radicale.
- Si le petit appareil que nous allons décrire d’après le Scientific American répondait en tous points aux espérances de son inventeur, il ne tendrait à rien moins qu’à la suppression des pompes qui servent à regonfler les pneumatiques et réaliserait ainsi, on le voit, une véritable petite révolution. L’idée deM. Philip W. Stanford, de San Francisco, l’inventeur du système, est d’utiliser le mouvement du cycliste lui-même, pendant le voyage et indéfiniment, à main-
- L'n pneumatique à regonllexncnt automatique.
- tenir le pneumatique gonflé à un degré déterminé et fixé à l’avance par le réglage de l'appareil. Cet appareil des plus simples, et qui n’est guère plus volumineux ni plus lourd que les soupapes des bicyclettes ordinaires, est constitué, comme le montre la coupe transversale sur la droite de la figure ci-dessous, par une pompe minuscule dont le piston est appliqué à la partie inférieure du cylindre par un ressort puissant et soulevé, à chaque tour de roue, par l’écrasement plus ou moins complet du pneumatique, par l’intermédiaire d’une tige terminée par un bouton portant directement sur la chambre à air convenablement renforcée en ce point pour éviter une usure trop rapide. Rendant le soulèvement du piston, l’air passe de la partie supérieure du cylindre dans la chambre à air; pendant Rabaissement sous l’action du ressort, l’air extérieur est aspiré dans le cylindre par un trou microscopique disposé sur le bouton qui le termine.
- Plus l’écrasement du pneumatique est grand, plus la course du piston est longue, et plus est grand le volume d’air injecté dans la chambre à air à chaque tour de roue : le pompage est donc d’autant plus efficace qu’il est plus nécessaire, et lorsque le pneu est gonflé au degré voulu, l’injection d’air s’arrête na turellement. Ce système ingénieux ne va pas cependant sans quelques objections qu’il nous semble utile de présenter. En premier lieu, il faut un gonflage préalable ou après un long arrêt suffisant pour permettre le dégonflage du pneu ; il ne supprimera donc pas complètement la pompe, et il faudra toujours ménager la soupape ordinaire ainsi que le pas de vis de la pompe pour pouvoir effectuer ces gonflements préalables.
- En second lieu, la pompe fonctionnera toujours avec une course variable, en donnant une centaine de coups de piston par minute, ce qui l’usera vite et exigera un entretien continuel. Enfin, objection plus grave, dans le cas d’un dégonflement brusque résultant d’une déchirure de la chambre à air causée par un silex, un clou, un tesson de bouteille, etc., la tige qui commande le piston se trouvera inévitablement faussée et la petite pompe hors de service. L’idée de M. Stanford n’en est pas moins originale, et nous l’avons signalée, car elle peut mettre les inventeurs sur la voie d’un progrès intéressant, au point de vue spécial de l'entretien des pneumatiques dans leur état normal de pléthore. E. IL
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- LA N AT U H K.
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- CANON A TIR RAPIDE
- DE 57mm ET DE 50 CALIBRES I)E LONGUEUR D’AME SYSTÈME HOTCHKISS
- A la guerre, on sait qu'il se produit fréquemment telle circonstance où il importe que l’artillerie soit en mesure de pouvoir tirer rapidement un grand nombre de coups. On a, durant un certain temps, pensé que l'emploi des mitrailleuses était de nature à fournir une heureuse solution du problème. Les bouches à feu de cette espèce sont malheureusement affectées de ce commun défaut qu'elles ne tirent que des projectiles légers, de petit calibre, et animés d’une vitesse initiale insuffisante à l'effet d’exercer quelque action efficace à grande distance. Les mitrail-
- leuses de llelfye n’ont guère eu de succès en 1870; et l’armée autrichienne, qui avait adopté la mitrailleuse Maxim, a reconnu que, si ingénieuse et originale qu’elle soit, cette self acting machine g un n'est pas dotée des qualités qui pourraient en rendre l’usage militairement pratique.
- L’apparition du canon-revolver ouvrit l’ère d’un premier progrès réalisé dans le sens voulu. Mais, ayant observé qu’une bouche à feu de ce genre n’est, en somme, qu’une pièce de faible calibre; que le tir n’en saurait être non plus efficace aux grandes distances; qu’une telle bouche à feu est incapable d'entrer en lutte avec des canons de campagne ordinaires, les ingénieurs des Anciens établissements llotchkiss conçurent l’idée d’un autre type de canon léger, à tube unique, de grande longueur d’àme, à recul
- Canon à tir rapide de 57 millimètres» et de 50 calibres de longueur d’àme, système llotchkiss.
- limité, à chargement et tir rapides. Les canons ] llotchkiss de ce type qui figuraient, en 1880, à l’Exposition universelle de Paris, se distinguaient en canons légers et. canons à grande puissance. Les calibres exposés étaient ceux de 57 millimètres; de Al millimètres léger sur affût de campagne, sans recul, avec avant-train; de Al millimètres à grande puissance sur affût à recul limité; de 57 millimètres allecté à l’armement des ouvrages de fortification; de 75 millimètres a grande puissance sur affût à recul limité et rappel automatique ; de 10 centimètres à grande puissance sur affût à recul limité et rappel automatique, à pivot central.
- Depuis l’Exposition universelle de 1889, le fait de la mise en service des poudres sans fumée — poudres dont l’emploi implique, en même temps, grand accroissement de vitesse du projectile — a permis aux ingénieurs des Anciens établissements llotchkiss de concevoir et de construire de nouveaux types
- d’une incontestable valeur, entre autres celui du canon à tir rapide de 57 millimètres et de 50 calibres de longueur d’àme.
- L’augmentation de l’épaisseur des masques métalliques abritant l’armement des navires et de celle des plaques d’acier de la coque des torpilleurs rend aujourd’hui nécessaire un emploi méthodique de bouches à feu puissantes, capables de soutenir un feu rapide et précis. Grâce aux qualités remarquables dont sont dotées les nouvelles poudres, on peut obtenir ce résultat — sans augmenter le calibre des canons — en imprimant aux projectiles une plus grande vitesse initiale.
- C’est suivant ce principe qu’a été construit le nouveau canon à tir rapide de 57 millimètres et de 50 calibres, dont il va être donné une description sommaire et précise. Lors du tir de cette bouche à feu la vitesse initiale du projectile mesure 800 mètres par seconde, tandis que cette vitesse n’atteignait que
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- 010 mètres par seconde dans le type de même calibre qu’on a pu voir à l’Exposition. Dans ces conditions, l’obus en acier lancé par la nouvelle pièce traverse à la bouche des plaques de 1200 millimètres d’épaisseur et, à la distance de 015 mètres, une plaque de 128 millimètres. La tension de la trajectoire est telle que la tlècbe maxima — pour le tir à cette distance —• n’est que de 2,nm,16. Si donc, jusqu’à cette portée, on vise à la ligne de tlottaison d’un torpilleur, on est à peu près certain d’atteindre le bâtiment, sans avoir à se préoccuper de la manœuvre de la hausse. Le tir est à la fois précis et rapide. Les divers éléments du canon — tube, jaquette, frettes —sont en acier trempé et recuit. Une bague-guide, placée sur le renfort, permet à la pièce de coulisser dans le berceau qui la reçoit.
- Le mécanisme de culasse est identique à celui du canon à tir rapide de 57 millimètres, réglementairement affecté à l’armement des caponnières et des tourelles à éclipse, sauf les dispositions dont il va être parlé. Le canon de 50 calibres est muni de deux extracteurs indépendants, chacun d’eux étant cependant assez puissant pour opérer seul l’extraction de la douille vide. Un cran de sûreté permet de laisser le canon chargé sans que l’on ait à craindre un départ accidentel; un levier permet de réarmer le percuteur sans ouvrir la culasse. Une pièce desûreté, se dégageant automatiquement au départ du coup, a pour l'onction de s'opposer à l’ouverture de la culasse avant l’inflammation de la charge, et de parer aux accidents qui pourraient se produire au cas d’un long-feu. Toutefois, un dispositif spécial permet d’agir sur cette pièce de sûreté pour les manœuvres à blanc. La mise du feu s’eflèctue moyennant l’emploi d’un cordeau. La hausse et le guidon composant l’appareil de pointage sont disposés de manière à pouvoir être, si besoin est, rapidement enlevés. La hausse est munie d’un arrêt, qui retient automatiquement la règle graduée à la hauteur voulue. Celle-ci est divisée en portées atla planchette de dérive est graduée en nœuds pour tenir compte de la vitesse du bateau et de celle de l’ennemi. Sur la planchette de dérive se trouve une mire qui, lorsqu’elle est redressée, donne la hauteur correspondant à la portée de 1100 mètres ; pour tirer sur un torpilleur jusqu’à cette distance, il suffit de se servir de cette mire et de viser à la ligne de flottaison.
- Pour les feux de nuit, on se sert de l'appareil de pointage lumineux du capitaine Grcnfell, appareil (pie l'on peut attacher instantanément au sommet de la hausse et à celui du guidon. Dans ces conditions on peut tirer de nuit avec autant de précision que de jour. Les piles de l’appareil, essentiellement portatives, sont enfermées dans des boîtes étanches, logées dans le support de l’affût. Simple et léger, cet atlût se compose d’un berceau, d’un pivot et d'un support, le tout reposant sur une base solidement fixée sur le pont. Le berceau — en bronze coulé — est fait pour recevoir le canon et lui servir de guide au cours de son mouvement de recul ou de
- remise en batterie. Le cylindre hydraulique — en acier forgé —est placé au-dessus du berceau, disposition qui permet de le nettoyer facilement et de visiter les presse-étoupes. Le cylindre télescopique (pii se trouve sous le berceau contient le ressort destiné à ramener le canon en batterie. Une crosse fixée au berceau porte la poignée tire-feu ; un masque en acier spécial abrite le matériel et les servants.
- Les projectiles tirés par le canon de 57 millimètres, de 50 calibres, sont ceux du 57 réglementaire, — c’est-à-dire l’obus à anneaux, le shrapnel et la boîte à mitraille, pesant chacun 2k*,720,— avec cette différence que la douille est plus grande et que les ceintures des projectiles sont, non en laiton, mais en cuivre. L’obus, à fragmentation spéciale, est très supérieur à celui du 57 réglementaire, à raison du nombre et de la régularité des éclats qu’il donne. La pièce se tire à l'épaule et l’on peut tirer 25 coups à la minute. LL-colonel Hexxeijert.
- LES FOURS ÉLECTRIQUES
- ET I.A CHIMIE A HAUTE TEMPÉRATURE
- Le four électrique à réverbère et à électrodes mobiles que nous avons construit en 1892, et que nous avons successivement amélioré depuis cette époque, est d’une grande simplicité; il nous a rendu de nombreux services et nous a permis d’aborder des questions insolubles jusqu’ici1.
- C’est au moyen de cet appareil que nous avons pu, grâce à une élévation de température suffisante, réaliser la reproduction du diamant, la cristallisation des oxvdes métalliques, la réduction d’oxydes regardés jusqu’ici comme irréductibles, la fusion des métaux réfractaires, la distillation de la chaux, de la silice, de la zircone et du charbon, enfin la volatilisation abondante des métaux tels (pie le platine, le cuivre, l’or, lofer, le manganèse, l’aluminium et l’uranium. Certains de ees corps (pie l’on ne pouvait pas amener même à l’état de fusion, comme la magnésie, l’uranium, le tungstène et le molybdène, peuvent, dans le four électrique, prendre l’état gazeux. Nous avons pu manier très souvent dans ces études le gaz vapeur de chaux ou vapeur de silice.
- La mise en marche de notre appareil est des plus simples. Le courant est amené par deux câbles souples aux électrodes de charbon, dont le diamètre, naturellement, grandira avec l’intensité de la machine dynamo. On établit le contact, l’arc jaillit, et, en reculant plus ou moins l’électrode, on donne à cette puissante étincelle une longueur constante qui dépend de la puissance électrique et de la conductibilité des vapeurs métalliques qui emplissent le four.
- Dès le commencement de l’expérience, une odeur pénétrante d’acide cyanhydrique se produit; elle provient de la combinaison de l’azote qui se trouve dans le four avec l’acétylène qui se forme au début. C’est une reproduction énergique de la belle synthèse
- 1 Yoy. n° 1032, du 11 mars 1893, p. 225.
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- LA NAITRE.
- de l’acide cyanhydrique obtenu par M. Berthelet.
- La flamme pourpre du cyanogène illumine tout d’abord l’arc électrique, puis cette coloration disparaît et la lumière devient éclatante. La chaux vive qui forme l’intérieur du four ne tarde pas à fondre et à couler comme de la cire, puis à entrer en ébullition. En quelques minutes les électrodes sont portées au rouge vif; des torrents de vapeur sortent de tous cotés avec une intensité toujours croissante. La chaux distille en abondance et vient couvrir d’un enduit blanc les supports des électrodes. Ainsi, lorsque nous utilisons des courants de machines de 100 à 500 chevaux, nous avons au milieu du four l’énorme température produite par l’arc électrique; à quelques centimètres plus bas, le creuset qui renferme la matière à expérimenter, et en dessous une paroi de chaux vive en pleine ébullition.
- La mauvaise conductibilité de cette chaux est une heureuse fortune pour nous ; elle isole, dans la plus petite cavité possible, le maximum de chaleur que l’arc électrique peut nous fournir.
- Ce nouvel appareil, que nous avons modifié suivant les besoins de l’expérience, nous a permis d’aborder l’étude de toute une série de corps simples qui n’étaient jusqu’ici que des curiosités de laboratoire, faute de moyens suffisants pour les obtenir.
- Le chrome, dont nous devons la découverte à Vauquelin, nous a fourni déjà de nombreuses applications. Ses oxydes et ses autres combinaisons sont entrés rapidement dans la pratique industrielle. Si le chrome n’a pas fourni d’alliages, s’il n’a pas été utilisé comme métal, il ne faut en accuser que la difficulté de sa préparation. On n’est jamais arrivé à le produire en notable quantité, et, lorsqu’on a voulu utiliser ses importantes qualités pour la fabrication des aciers chromés, il a fallu préparer au haut fourneau un alliage de fer et de chrome très riche en carbone, le ferro-chrome.
- Il nous a été facile, au moyen du four électrique, d’obtenir en abondance une fonte de chrome en réduisant le sesquioxyde par le charbon. Cette fonte, à l’affinage, nous a donné le chrome, et ce métal inoxydable est bien différent de celui obtenu jusqu’ici; il peut se limer comme le fer et prendre un beau poli.
- Le chrome, plus infusible que le platine, pourra donc servir maintenant à préparer des alliages sans que l’on ait besoin de passer par le ferro-chrome, qui a l’inconvénient de renfermer jusqu’à 10 pour 100 de carbone.
- Dans une seule expérience, faite dans un four à réverbère, nous avons pu en une fois couler 20 kilogrammes de fonte de chrome. Lorsque le besoin s’en fera sentir, ce procédé entrera tout de suite dans la grande industrie.
- Cette préparation du chrome permettra d’aborder efficacement l’étude des alliages de ce métal. Uni soit à l’aluminium, soit au cuivre, il donne, en effet, avec ces métaux, des résultats intéressants. Le cuivre pur, allié à 0,5 de chrome, prend, en effet, une résistance presque double, et cet alliage s’altère
- moins que le cuivre au contact de l’air humide.
- Le molybdène, que l’on n’était pas encore arrivé à fondre, peut s’obtenir, lui aussi, en notable quantité. En chauffant, dans un four électrique continu, un mélange d’oxvde de molybdène et de charbon, on prépare une fonte de molybdène qui peut se couler et se mouler avec facilité. Elle fournit un carbure défini, très bien cristallisé; mais, réaction importante, elle s’aftine par une nouvelle chauffe au four électrique, en présence d’un excès d’oxyde de molybdène. Le métal fondu que l’on recueille dans ces conditions possède un grain très fin et une surface brillante. Il peut se limer, et, au rouge, se forger sur l’enclume. Il fournit un acier qui prend, la trempe. Ce sont là des propriétés toutes nouvelles.
- Le tungstène est un corps (pie les chimistes ne connaissaient jusqu’ici qu’à l’état de poudre. Sa préparation au four électrique va devenir très simple. Sous l’action de l’arc, l’oxyde de tungstène se réduira par le charbon et nous donnera, en quelques minutes, un culot métallique bien fondu, recouvert d’une belle couche d’oxyde bleu de tungstène. Ce métal, qui est plus infusible que le chrome et que le molybdène, pourra encore être amené à l’état liquide avec une grande facilité. Il ne paraît pas, comme les métaux dont je vous ai déjà parlé, avoir une grande affinité pour le charbon, et le tungstène, obtenu sans grandes précautions, est un des corps les plus purs que nous ayons préparés. À l’analyse spectrale, il ne nous indique comme impuretés que des traces de carbone et de calcium.
- L’uranium métallique avait été produit en très petite quantité par Péligot, avec beaucoup de difficultés, en réduisant l’oxyde d’uranium par un métal alcalin. Dans ces conditions, l’uranium était impur; il renfermait toujours du sodium et soit du platine, soit du silicium, suivant la nature du vase dans lequel se faisait la réaction. Aüx températures ordinaires de nos fourneaux, les différents oxydes d’uranium sont irréductibles par le charbon. U n’en est plus de même aux hautes températures dont on peut disposer dans le four électrique. En soumettant un mélange de sesquioxyde d’uranium et de charbon à cette action calorifique, la réduction se fait en quelques instants. Après refroidissement, on retire du creuset un lingot métallique à cassure brillante, d’une grande dureté.
- Lorsque cet uranium est légèrement carburé, il présente cette curieuse propriété de faire feu au contact d’un silex. Les parcelles entraînées brûlent avec une intensité et une énergie bien supérieures à celles que donne un morceau de fer.
- Tous ces corps simples métalliques fondent à des températures de plus en plus élevées. A côté d’eux, nous placerons d’autres métaux dont les minerais sont assez rares, tels que le zirconium et le vanadium.
- Ce vanadium, qui a été le sujet d’un très beau travail de M. Roscoë, n’était connu, lui aussi, que sous la forme d’une poudre grise renfermant comme
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- LA NATURE.
- impuretés de l'hydrogène, de l’oxygène et une petite quantité de métal alcalin.
- Dans mon petit laboratoire de l’Ecole de pharmacie, M. Doseoë a pu voir avec étonnement plusieurs centaines de grammes de ce corps si rare, qui se présentait en culots métalliques lbndus, possédant une cassure cristalline et brillante.
- Ce corps simple, dont le minerai est plus répandu qu’on ne le croit en général, nous avait déjà présenté une certaine difficulté pour être amené à l’état liquide; avec une machine de 40 chevaux, actionnant une dynamo Edison, c’est à peine si nous arrivions à en fondre quelques parcelles; l’utilité de courants très puissants se faisait déjà sentir.
- Pendant ces longues recherches, nous avons eu l’occasion, avec mon préparateur M. Lebeau, de manier des courants à intensités bien différentes. Nous avons commencé avec la trop modeste machine que possède l’Ecole de pharmacie de Paris, petit moteur de 4 chevaux. Quand nos appétits se sont développés, avec le champ de nos recherches, nous avons accepté l’hospitalité que nous offrait, avec tant de bienveillance, le colonel Laussedat, et le Conservatoire des arts et métiers a bien voulu mettre à notre disposition une machine de 45 chevaux. Plus tard, le directeur de la Société Edison, M. Meyer, nous a ouvert les portes de la belle usine d’éclairage de l’avenue Trudaine, et nous avons pu faire des expériences avec des machines de 1 OU à 500 chevaux. La ligure ci-jointe donne la vue générale de la salle des machines où se trouve notre four électrique.
- De l’ensemble de ces études, nous avons conclu que l'intensité calorifique de l’arc électrique augmente certainement avec l’intensité du courant.
- M. Roselti regardait l’arc électrique comme possédant une température constante, quelle que soit la force (pii le produit, et il attribuait à cet arc la température, peut-être excessive, de 4800°; et à l’électrode positive, avec un courant fourni par 120 éléments Bunsen, une température voisine de 4000°. Bien que les physiciens n’aient pas encore mesuré d'une façon indiscutable l’énorme dégagement de chaleur fourni par un arc électrique puissant, il est bien certain pour nous que de grandes distances ont été franchies, et (pie nous sommes très loin des 2d00° que nous atteignions autrefois dans le laboratoire.
- A la suite des métaux dont je viens de vous parler, nous avons étudié un corps beaucoup plus réfractaire : le titane. Au moyen d'une machine de 4 chevaux, un mélange de charbon et d’acide tilaniquc nous a donné le protoxyde de titane; avec une machine de 45 chevaux, nous n’obtenions jamais que l’azoture de titane. Sous l’action de courants de machines de 100 à 500 chevaux, nous avons préparé, toujours par kilogrammes, un carbure cristallisé, puis le véritable titane, dont les propriétés sont complètement différentes de celles que l’on attribuait autrefois aux poudres grises qui portaient ce nom. Ce corps prend feu dans le fluor; il ne décompose
- l’eau qu’au rouge vif, et il possède la curieuse propriété de brûler dans l’azote à haute température, en fournissant l’azoture de titane étudié par Eriedel et Guérin. 11 se combine avec facilité au carbone et au silicium. Il ne s’unit pas à l’argon, le nouveau gaz de l’atmosphère, ainsi que M. Ramsey s’en est assuré dans mon laboratoire.
- Le point de fusion du titane est très élevé ; sous ce rapport, il se rapproche du carbone. Il en diffère cependant en ce que le carbone, à la pression ordinaire et par une très grande élévation de température, passe, comme nous l’avons démontré, de l’état solide à l’état gazeux sans prendre l’état liquide, tandis que le titane peut être liquéfié, puis volatilisé dans le four électrique.
- Dans les recherches que je viens d’exposer, le mot carbure revient à chaque instant. La plupart des corps simples fournissent en effet avec le carbone des combinaisons bien définies, cristallisées, stables à haute température, qui vont donner un nouveau chapitre à la chimie minérale. Ces composés joueront plus tard un rôle important au point de vue de la classification des métaux et leurs propriété sont parfois assez singulières. Quelques-uns décomposent l’eau à froid en dégageant de l’acétylène, du formène ou de l’éthylène ; les carbures d’hydrogène obtenus dans ces conditions présentent une grande pureté.
- Ainsi que je le faisais remarquer précédemment, les préparations des métaux affinés, c’est-à-dire exempts de charbon, doivent être assez rapides. 11 faut soustraire le métal liquide à l’action de la vapeur de carbone, si l’on ne veut pas obtenir le carbure, qui lui-même peut être volatilisé dès que l’action calorifique de l’arc se continue.
- M. Daubrée estime que le carbone de tous nos composés organiques actuels a pu se trouver originairement combiné aux métaux de l’état à carbures métalliques. Le four électrique semble bien réaliser les conditions de cette époque géologique reculée. Il est vraisemblable pour nous que ce sont ces composés (pii peuvent subsister dans les astres à température élevée. Nous ajouterons que, pour cette même période, l’azote devait se rencontrer sous forme d’azotures métalliques, tandis que, vraisemblablement, l'hydrogène existait en grande quantité à l’état de liberté dans un milieu gazeux complexe.
- Tous ces corps simples, qui s’obtiennent au four électrique par kilogrammes, ont également des Dorures et des siliciures très bien cristallisés et assez durs pour que certains puissent tailler le diamant avec facilité.
- Quel sera leur rôle dans la fabrication des aciers? Pourront-ils, comme le chrome, donner au fer de la dureté et des propriétés nouvelles? L’avenir nous l’apprendra.
- Toujours est-il qu’une nouvelle chimie des hautes températures se forme, et que l’industrie, vraisemblablement, en pourra tirer de nombreuses applications. Je suis convaincu que le traitement des métaux au moyen de la chaleur de l’arc électrique
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- Vue de la grande salle des dynamos de l’usine de la Compagnie continentale Edison, avenue Trudainc, à Paris. Au premier plan, à droite, on voit le four électrique de M. Moissan.
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- prendra un développement de plus en plus grand, ün évitera ainsi d’ajouter au minerai toutes les impuretés de la houille; les gangues, les fondants disparaîtront, et de suite on portera à la tempéralure voulue le mélange à mettre en réaction. Ces transformations se feront avec rapidité.
- En faut-il un exemple? Nous avons indiqué l’année dernière qu’il était facile d’obtenir, au four électrique, un carbure de calcium cristallisé qui présentait la curieuse propriété de décomposer l’eau à froid aussi énergiquement que le sodium. Mais, tandis que le sodium produit de l'hydrogène, notre carbure fournit un dégagement de gaz acétylène dont les propriétés ont été magistralement décrites par M. Berthelot. Cet acétylèn'e, si riche en carbone, possède un pouvoir éclairant bien supérieur à celui du gaz ordinaire. Nous ajouterons que trois kilogrammes de carbure de calcium peuvent donner un mètre cube de gaz acétylène.
- En Amérique, en Angleterre, en Allemagne, les usines se montent pour préparer industriellement ce carbure de calcium générateur. On espère employer ce dernier gaz soit à enrichir le gaz d’éclairage, soit à le remplacer dans des applications particulières.
- Cette modification profonde que vont subir certaines industries, grâce à l’emploi des forces électriques, se reconnaît de tous côtés. On demande aux forces naturelles tout ce qu’elies peuvent fournir, et leur transformation en électricité permet de les utiliser avec facilité. II. Moissan,
- de l’Institut.
- CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE
- A LONDRES 1
- Comme nous en avons prévenu nos lecteurs, les explorations polaires ont occupé toute la séance générale du lundi 29 juillet, et ont attiré une immense affluence. Contrairement à ce qui a été affirmé dans les journaux quotidiens de Paris, l’assemblée était très nombreuse. La discussion, qui, comme on le verra, a été excessivement intéressante, a été présidée par M. Clément R. Markham, président de la Société de géographie, président du Congrès, et ancien explorateur du pôle Nord.
- La discussion a commencé par un discours du I)r Neu-mayer qui propose d’établir un observatoire sur le continent découvert il y a plus d’un demi-siècle, et que l’on croyait à tort inaccessible. En effet, il vient d’être abordé par des baleiniers norvégiens. Il apprend qu’on a ouvert en Allemagne une souscription, qui a déjà produit une somme importante, et il engage la France, l’Angleterre et l’Amérique à recommencer le grand effort du milieu du siècle.
- Sir Joseph Hooker, le dernier survivant des compagnons de sir James Ross, a pris la parole dans le même sens. L’illustre vétéran a parlé avec une éloquence extrême. Il a insisté sur la nécessité de délimiter l’étendue du continent austral, en exécutant le périple complet, et sur l’intérêt des recherches, tant au point de vue de l’histoire naturelle qu’à celui du magnétisme et de la figure de la terre.
- Le l)r Murray, un des membres de l’expédition du Challenger, insista sur la richesse de la flore et de la
- 1 Yoy. n° 1157. du 5 août 1895, p. 158.
- faune sous-marines, sur le caractère des dépôts océaniques dans le voisinage du grand continent austral, et sur la nature probablement anti-cyclonique des vents qui v régnent.
- Sir G. Baden Powell, membre des Communes, fit un discours très patriotique, se portant fort, au nom de ses collègues, et déclarant en leur nom que le Parlement ne reculerait devant aucune dépense nécessaire pour organiser une grande expédition australe à laquelle les gouvernements d’Australie et du Cap seront certainement heureux de participer.
- M. de Lapparent et le général Greely ayant parlé dans le même sens, l’assemblée nomma un comité composé du Dr Neumaver, de sir Joseph Hooker, du Dr Murray, du professeur Von den Steinem, et de M. Bouquet de la Grve, pour rédiger un appel au monde civilisé en l’honneur d’une croisade scientifique dirigée dans le monde austral.
- L’ordre du jour appelant la question du pôle Nord, l’amiral Markham prit la parole pour décrire les principales routes suivies jusqu’ici par les explorateurs. Le savant navigateur, qui fut, comme on le sait, le lieutenant de l’amiral Nares dans l’expédition de YAlert et du Dis-covery, donne la préférence à la route du nord de la Terre François-Joseph, où s’est dirigée l’expédition de l’Américain Jackson, dont on attend anxieusement des nouvelles.
- Le général Greely, ancien commandant de l’expédition désastreuse du fort Conger, montre l’importance commerciale des explorations polaires boréales. Il estime à 6 milliards la valeur globale des exportations auxquelles ces régions ont donné lieu depuis deux siècles.
- M. l’ingénieur Andrée prend ensuite la parole pour exposer les détails du plan d’exploration en ballon. Nous renverrons les lecteurs à ce que nous avons déjà dit sur les projets de cet aéronaute qui s’exprime en anglais avec une facilité remarquable. L’orateur termine en disant qu’un grand nombre de particularités qui étaient un obstacle pour l’exploration des régions polaires par voie terrestre ou maritime, facilitaient la tâche des explorateurs en ballon. Personne ne peut présenter une raison solide pour démontrer qu’on n’en apprendrait pas plus en quelques jours, avec un voyage en ballon réussi, qu’en plusieurs siècles d’explorations conduites par les méthodes employées jusqu’ici.
- Une salve d’applaudissements ayant salué ce discours, le président s’écrie que cette question doit plutôt être appréciée par des aéronautes que par des explorateurs, et il ne croit pas que jusqu’ici cette double qualité se soit trouvée réunie dans la même personne.
- L’amiral Markham prend la parole et ce qu’il dit montre qu’il ne croit pas au succès de l’exploration en ballon.
- M. Silva YVhite attaque alors l’entreprise, qu’il représente comme un acte entaché de folie et de témérité. Le colonel Watson, directeur du service aéronautique d’Al-dershot, déclare que l’on garde souvent les ballons gonflés pendant des semaines entières sans perte appréciable de gaz. L’expédition peut manquer complètement, M. Andrée peut ne jamais revenir. M. Andrée le sait très bien, mais c’est une grande chose que cette expédition soit faite (vifs applaudissements). L’orateur souhaite le succès à cette remarquable tentative.
- Le Dr Neïlson, délégué du gouvernement norvégien, prend alors la parole pour déclarer qu’il se rend aussi bien compte que M. Andrée lui-même des dangers que. l’expédition affronte, mais que cette conviction ne l’empêche pas d’espérer un succès très complet.
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- Après une attaque assez violente du général Grcely, M. Andrée répond avec beaucoup de calme aux objections qui lui ont été proposées. 11 insiste sur ce fait (pie son ballon ne s’élèvera jamais plus haut que 250 mètres, et qu’il fera son point aussi facilement que l’amiral Markhaui lorsqu’il est en pleine mer. S’il perd son aérostat, il fera comme les marins qui ont perdu leur navire, il reviendra en traîneau. Son expérience personnelle lui a montré qu’avec un guidc-rope on peut gouverner un ballon. C’est ainsi qu’il a traversé la Baltique. On a émis des doutes sur la possibilité de recueillir de l’argent. Quinze jours après l’annonce de son projet, il avait trouvé en Suède les fonds nécessaires. En conséquence, il partira à l’époque indiquée et il espère revenir.
- Cette déclaration est accueillie par des applaudissements, et l’assemblée se sépare, avec une grande agitation, après quelques mots du président, souhaitant un heureux voyage à l'intrépide explorateur. AV. de F.
- U PLUIE m BELGIQUE
- La connaissance du régime des pluies dans les différentes régions d’un pays est d’une importance capitale, aussi bien pour certains travaux de l’art de l’ingénieur qu’en vue de l’annonce des crues des cours d’eau, et des applications de la météorologie à l’agriculture, à l’industrie, ou à l’hygiène. La distribution des pluies, surtout dans les contrées accidentées, est subordonnée à des influences locales de diverse nature, et son étude a nécessairement pour base une grande extension du réseau d’observations. En France, l’étude des pluies a été organisée par MM. Belgrand et Le Verrier, avec le concours de l’Association scientifique et la coopération des agents des fonts et Chaussées ; elle a reçu une grande impulsion depuis la création du Bureau central météorologique en 1878. Nous avons pu donner les cartes de la répartition des pluies en France pour les années 1871) et 1880, dressées d’après les observations de plus de 2400 stations, et, dans le n° du 50 mai 1891, nous avons reproduit une carte, dressée par M. À. Àngot, de la répartition moyenne annuelle de la pluie en France, d’après vingt années d’observations, de 1869 à 1888 b Ce service s’est développé également dans les autres pays, et les documents publiés de divers côtés sont assez nombreux pour que AI. Angot ait pu, dès maintenant, grouper les éléments d'une carte des pluies sur l’ensemble du globe.
- M. A. Lancaster, météorologiste-inspecteur à l’Observatoire de Bruxelles, vient de publier, sous les auspices delà Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, la première partie d’un travail très complet sur la pluie en Belgique. Non seulement l’auteur a réuni, classé, discuté tous les matériaux, mais c’est surtout à son initiative et à son zèle qu’est due la création du réseau pluviomé-trique actuel. En 1876, on recueillait la pluie en cinq stations seulement; or, dans le travail de AI. Lancaster, qui comprend toutes les observations faites en Belgique depuis la fin du siècle dernier jusqu’en
- 1 Voy. n° 420, du 18 juin 1881, p. 43.
- 1892, on trouve les relevés mensuels et annuels pour 282 stations, dont la plupart ont été établies par ses soins.
- Ce premier fascicule est accompagné d’une carte pluviométriqne de la Belgique, dressée à l’échelle de ! /400 006, et dont nous donnons ici une réduction. Les différentes teintes sont graduées suivant l’importance des pluies, de 50 en 50 millimètres au-dessous de 800, et de 100 en 100 millimètres au-dessus de cette cote; elles sont d’autant plus foncées que la hauteur annuelle de pluie est plus grande.
- On sait que, dans les régions tempérées, les principaux facteurs de la répartition des pluies sont : l’altitude, l’orientation des lignes défaite relativement aux vents pluvieux, le voisinage de la mer. Les deux premiers de ces facteurs se retrouvent nettement sur la carte de la Belgique. L’aspect de la carte est tout différent de part et d’autre d’une ligne qui, partant de la frontière française un peu à l’ouest de Mons, aboutirait, vers l’est-nord-est, dans la direction de Maastricht, en suivant sensiblement la ligne de partage des eaux des deux grands fleuves qui arrosent le pays : l’Escaut et la Aleuse. Au nord de cette ligne, et abstraction faite delà côte proprement dite, qui est le lieu du minimum absolu, les hauteurs annuelles de pluie sont en général comprises entre 650 et 750 millimètres, tandis qu’au sud, elles croissent rapidement, et varient de 700 à 1500 millimètres, la zone de 800 à 1000 millimètres couvrant une très grande partie de la Belgique méridionale.
- Il ne tombe guère, en moyenne, que 600 millimètres d’eau dans le voisinage immédiat de la mer, et meme, en certains points, les hauteurs s’abaissent jusqu’à 500 millimètres; cette particularité est intéressante à constater. En France, nos régions maritimes de la Manche et de l’Océan correspondent, le plus souvent, à des maxima relatifs de pluie; ainsi, il tombe de 900 à 1000 millimètres d’eau en Bretagne, sur les collines du Perche et de la Normandie; mais il faut remarquer que ces régions sont relativement élevées, et qu’elles sont plus directement exposées aux nuages à pluie que la zone maritime de la Belgique, dont l’altitude est presque nulle, et qui se trouve immédiatement à l’est de l’Angleterre méridionale. Déjà, dans les plaines basses de l’extrême nord de la France, les totaux sont beaucoup moindres que dans la Manche, et, comme aux environs d’Ostende, on ne recueille guère plus de 500 millimètres d’eau à Calais et à Dunkerque; il en est de même en Angleterre, vers l’embouchure de la Tamise. L’observation montre que, d’une manière générale, les vallées reçoivent moins d’eau que les lignes de faîte qui les séparent, et la carte de M. Lancaster en offre des exemples bien remarquables; en assimilant aux thalwegs des vallées les bras de mer étroits, on aurait peut-être l’explication du minimum de pluie constaté de part et d’autre du Pas de Calais.
- En s’éloignant de la côte, on rencontre un premier maximum dans les environs de G«nd; c’est la zone la plus humide du bassin de l’Escaut. Cet excès de
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- LA NATURE.
- condensation trouve son explication dans l’orographie de la Flandre orientale, dont la partie centrale forme «ne sorte de plateau, peu élevé, au sud-ouest duquel le sol devient accidenté, et reçoit moins d’eau.
- La région située entre les vallées de la Sambre et de la Meuse correspond aussi à un maximum relatif de pluie, qui se prolonge en France vers Rocroi et Hirson; mais la zone de pluie maximum suit la crête principale de l’Ardenne; elle part de la pointe sud-ouest du Luxembourg, couvre un vaste plateau dont le point culminant est à l’altitude de 552 mètres,
- traverse la vallée de l’Ourthe, et gagne le plateau de la Baraque Michel, point le plus élevé de la Belgique (072 mètres) ; la pluie augmente régulièrement avec l’altitude, et atteint 1550 millimètres à Hockay.
- La vallée inférieure de la Sambre et celle de la Meuse entre Namur et Liège constituent une zone étroite, mais très allongée, où la pluie est nettement moindre qu'au nord et au sud; cette zone embrasse toute la partie de la vallée dirigée de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est. M. Lancaster ne pense pas que
- Carte des pluies en Belgique, dressée par M. Lancaster. (Très réduite d’une carte en couleurs, au 400000e.)
- la différence d’altitude et l’orientation puissent rendre compte de cette intéressante particularité, qu’on a observée également au-dessus d’autres cours d’eau diversement orientés : la Moselle, le Rhin, la Tamise, la Gironde, etc. Un sait déjà qu’il existe, au-dessus des cours d’eau, des conditions de température, d’humidité, peut-être aussi d’état électrique, qui exercent une action manifeste sur certains phénomènes, par exemple sur les orages. En serait-il de même pour l’intensité de la pluie? La question mérite d’être étudiée.
- Le travail que nous venons de résumer brièvement est donc important à plus d’un titre. La plupart des séries d’observations utilisées pour la construction de
- la carte pluviométrique de la Belgique, ne s’étendent malheureusement qu’aux dix ou douze dernières années, et il est facile de voir, dans les longues séries, que certaines périodes décennales présentent des écarts assez grands avec la moyenne générale. Par l’addition d’observations ultérieures et de stations nouvelles, les nombres actuels pourront être modifiés, et certaines particularités, entrevues seulement, seront mises plus complètement en évidence; mais il est probable que la distribution des pluies en Belgique, telle qu’elle résulte de la carte de M. Lancaster, n’en subira pas d’altération bien sensible.
- Tu. Moureaux.
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- UN RUCHER PRIMITIF
- Lien des fois, dans La Nature, on s’est occupé de l'abeille, et du rôle important qu'elle joue dans le monde, des cultivateurs et des habitants des lieux champêtres.
- En dehors des produits savoureux qu'elle nous lbu rnit, on sait .qu’en butinant, elle favorise la fécondation de certaines Heurs qui, sans son intervention, resteraient stériles. Autrefois, condensées dans des paniers de paille plus ou moins volumineux, les abeilles étaient abandonnées à elles-mêmes, et fabriquaient dans ces demeures une série de cellules
- hexagonales, sortes de petits magasins dans lesquels elles déposaient leur miel. Avec un système semblable, la récolte était extrêmement aléatoire, et son prélèvement n’était pas sans présenter certaines dif-lieultés. Aussi, de temps à autre, surtout lorsque la reine perdait ses qualités prolifiques et devenait insuffisante pour assurer le repeuplement de la ruche, toute la colonie était condamnée à mort. L’opération était terminée; on faisait brûler sur le plateau de la ruche quelques grammes de soufre, afin de produire la quantité d’acide sulfureux nécessaire pour déterminer l’asphyxie de toute la population.
- Aujourd'hui, ces moyens barbares sont à peu près
- Un rucher sous uu pigeonnier, construit à proximité de Marvejols (Lozère). (D’après une photographie.)
- abandonnés; et grâce aux progrès de l’apiculture, on ne rencontre plus heureusement que très peu d'é touffeurs d’abeilles. L’emploi des ruches à cadres et de la cire gaufrée a permis, tout en simplifiant considérablement les opérations apicoles, d’augmenter la récolte dans une sensible proportion.
- Cependant, dans quelques départements pauvres, l’ancien système subsiste encore, et les abeilles sont toujours exploitées de la façon la plus primitive. En Lozère, la ruche la [dus répandue se compose d'un tronc d'arbre, percé intérieurement, et possédant vers son milieu deux barrettes en croix, sur lesquelles nos intéressantes bestioles pourront appuyer leurs bâtisses. La base repose sur un socle de pierre ou de bois, et tout le système est recouvert à sa partie supérieure par une [lierre plate, généra-
- lement un morceau de schiste. Près de la base, on a percé avec une tarière une série de trois ou quatre trous qui forment les trous de vol et donnent accès dans l’intérieur. Enfin si, par suite d’une cause ou d’une autre, le cylindre de bois faisant office de ruche menaçait de se fendre, on limiterait son extention par un ou plusieurs liens de fer.
- Il existe dans mon arrondissement, non loin même de Marvejols, un rucher composé de ces ruches primitives, dont la singulière disposition mérite d’être signalée. Ce rucher, ainsi que l’indique la photographie qui est reproduite ci-dessus, est installé dans la cour d’une exploitation rurale, sur le mur de façade d’une maison occupée par les domestiques de la ferme. Une planche, soutenue par une série de chevilles scellées dans le mur, supporte 17 ruches
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- analogues à celles que nous venons de décrire. Toutes sont recouvertes à leur partie supérieure par une lamelle de schiste. A la hase, près du support, se trouvent les trous de vol, permettant aux abeilles de communiquer avec l’intérieur de la ruche. Enfin, ou peut en remarquer quatre d’entre elles dont la solidité douteuse a nécessité l’intervention de liens métalliques.
- Pour compléter cet ensemble, déjà singulièrement original par lui-mème, et comme si la place devait manquer dans cette exploitation, on a combiné au-dessus du premier étage remplacement d’un pigeonnier. En examinant la gravure, on remarquera, juste au-dessous de la naissance du toit, une série de boîtes de bois, destinées à servir de demeures aux pigeons.
- Je ne ferai aucun commentaire sur ce rucher, installé dans des conditions déplorables au point de vue de la production du miel. Mon but n’a pas été de produire ici une étude d’apiculture, mais de signaler cette curieuse disposition aux lecteurs.
- Albert Vilcoq,
- Professeur d’agriculture de l'arrondissement de JJarvcjols (Lozère).
- CHRONIQUE
- Mesure directe des forces électromotrices en unités absolues électromagnétiques. — Sous ce titre, M. C. Limb, préparateur de physique à la Faculté des sciences de Paris, vient de présenter, devant un jury d’exainen composé de MM. Lippmafin, président, Haute-feuille et Boutv, examinateurs, une thèse pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques. Dans le chapitre Ier, M. Limb nous expose le principe de la méthode qu’il a employée. Il a cherché à comparer directement la force électromotrice inconnue à une force électromotrice d’induction calculable. Pour éviter diverses complications, il a d’abord comparé chacune de ces forces électromotrices à une autre, au moyen du potentiomètre de Clarke modifié. Comme force électromotrice d’induction calculable, M. Limb a choisi celle qu’engendre dans le circuit d’une bobine un aimant permanent intérieur, tournant autour d’une ligne perpendiculaire à la fois à son axe magnétique et à celui de la bobine. Dans le chapitre II, nous trouvons la description complète des différents appareils employés, la bobine induite, l’aimant, le potentiomètre et l’électromètre, ainsi que l’énumération des mesures effectuées sur l’aimant, la vitesse angulaire de rotation, et le magnétisme induit dans l'aimant par le champ terrestre. Le chapitre 111 nous donne les principaux résultats obtenus pour les divers étalons de pile. La deuxième thèse a consisté en un essai sur la préparation du baryum métallique par la méthode électrolytique et par la méthode chimique. Il s’agit là de travaux intéressants qui ont été effectués à la Sorbonne, au Laboratoire des Recherches phvsiques dirigé par l’éminent professeur M. Lippmann.
- J. L.
- Les empoisonnements par les casseroles électriques. — D'après le docteur Hall, de nombreux cas d’empoisonnements sont dus à l’électrisation des casseroles formées de cuivre clamé. En effet, la juxtaposition des deux métaux produit un couple voltaïque et la substance soumise aux manipulations culinaires est en peu de temps,
- surtout si elle est acide, assaisonnée d’une quantité notable de sels métalliques qui peuvent être très nuisibles. On évitera facilement de semblables accidents en veillaut a ce que tous les récipients soient formés d’un seul métal.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du fi août 1895. — Présidence de M. Mauey.
- La prévision du temps. — M. Léon Descroix résume les observations météorologiques qu’il a réalisées à l’observatoire de Montsouris depuis vingt-cinq ans. Tous les éléments météorologiques, y compris la lumière, ont été soumis par lui à un mode d’investigation fournissant, pour chacun des jours de l’année, leur valeur moyenne la plus probable, en partant de cette, hypothèse que les phénomènes météorologiques terrestres sont dominés par les périodicités solaires. Les moyennes brutes quotidiennes sont redressées de telle sorte qu’en tenant registre, au jour le jour, des différences entre les valeurs calculées et les valeurs données par l’observation directe, on peut conjecturer de la permanence du temps qu’il fait ou de son changement, d’après l’allure de la marche de ces différences et la corrélation des divers éléments. M. Descroix, pour renforcer le pronostic, y ajoute les renseignements que l’on peut tirer des électromètres et des boussoles. Le Mémoire de M. Descroix est renvoyé à l’examen de M. Mascart.
- Nouveau système de barrage. — M. Maurice Lévy présente un Mémoire sur la construction des barrages. La première partie de ce travail renferme des considérations théoriques sur la résistance de ces sortes d’ouvrages ; la seconde contient des considérations pratiques du plus haut intérêt, qui empruntent à la récente catastrophe de Bouzey un caractère d’actualité. Le danger de ces ouvrages réside dans les fissures ducs aux infiltrations lentes, fissures qu’il est cependant impossible d’éviter. L’eau pénétrant sous pression dans ces fissures les agrandit très rapidement. Le système imaginé par M. Maurice Lévy a pour but de créer un dispositif qui agisse à la manière des soupapes de sûreté dons les machines à vapeur. Le barrage est constitué par un premier mur vertical formant paroi, dit mur de garde, en contact avec l’eau, consolidé, de deux mètres en deux mètres, par des piliers verticaux rectangulaires. Ces piliers s’appuient eux-mèmes contre le massif formant le barrage proprement dit. On se représente aisément que les piliers divisent l’espace compris entre le mur de garde et le massif, en une série de puits. Les eaux d’infiltration s’accumulent dans ces puits, d’où elles s’échappent par un drain. Ces puits facilitent d’ailleurs singulièrement la surveillance du barrage. M. Maurice Lévy développe ensuite des considérations sur la puissance de serrage à donner aux joints. M. Fizeau fait observer que la gelée est, pour les ouvrages de cette nature, une cause très active de destruction. On conçoit, en effet, qu’à la suite de froids intenses prolongés, l’abaissement de la température interne des parois doit aggraver les fissures existantes, ou même en créer, là où il y a des infiltrations, par suite de l’augmentation de volume de l’eau au moment de sa congélation.
- Le mouvement des glaciers. — M. Forci expose les vues du Congrès international des glaciers, tenu à Zurich en 1894, résumées dans un programme d’étude. Les glaciers présentent des variations grandioses. Tantôt ils descendent, repoussant les moraines, pendant dix, vingt, trente années, puis s’arrêtent, rétrogradent et rétrécissent. C’est
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- en kilomètres carrés qu’il faut évaluer les variations de l’espace qu’ils couvrent. Les grands phénomènes dépendant du massif alpin de l’Europe sont seuls bien connus, et encore ne sont-ils guère étudiés que depuis le commencement du siècle. Il s’agit de savoir si ces phénomènes présentent une concordance de temps et d’intensité avec ceux du reste de l’Europe, de comparer ces derniers à ceux du nouveau continent, enfin de rapprocher les observations effectuées dans les deux hémisphères. Dans l’Europe centrale, les glaciers alpins ont subi différentes phases alternatives de croissance et de décroissance depuis 1800. C’est ainsi que l’on note un maximum vers 1825, un minimum vers 1850, un nouveau minimum vers 1875. 11 semblait alors que les glaciers des Alpes dussent disparaître. Puis a commencé une nouvelle période de croissance qui a abouti à un maximum en 1895, pour la plupart des glaciers. Ces époques semblent révéler une périodicité des phénomènes dont l’amplitude serait d’un demi-siècle, c’est-à-dire d’à peu près la durée d’une vie humaine. Cette circonstance impose la nécessité d’assurer un système d’observation méthodique. Quelles sont les causes de ces variations? L’alimentation des glaciers en neige et la chaleur. M. Forel voit dans ces phénomènes tangibles un moyen de mesurer les phénomènes climatiques, c’est-à-dire de déterminer une sorte de coefficient propre au climat local.
- Étude des vibrations transversales des cordes. — M. Cornu s’est appliqué à l’étude du mouvement transversal des cordes vibrantes. Il remarque d’abord que ce problème a été peu approfondi parce qu’on a observé le mouvement général et qu’on a passé à côté du phénomène principal. M. Cornu a reconnu que les vibrations transversales d’une corde, excitées d'une façon quelconque, sont toujours accompagnées de vibrations tournantes. Cette constatation des vibrations tortionnelles modifie les idées reçues sur ce sujet. On a l’habitude en effet de réduire la corde à une ligne; or on n’applique jamais les forces à l’axe, mais à la surface de la corde. Il résulte de cette circonstance une composante tangentielle, car la force et l’axe ne sont jamais situés dans un même plan. C’est ce mouvement tournant qui est en réalité la cause du mouvement transversal que l’on observe. M. Cornu a obtenu avec l’archet, sur un violoncelle, en plus des harmoniques, certains sons plus graves que le son fondamental, bien que l’on admette que le son fondamental est le son le plus grave que peut rendre une corde. Pour rendre visibles les déplacements d’un point donné de la corde, M. Cornu colle sur elle un très petit miroir, du poids de 1 à 2 milligrammes. 11 obtient ainsi des courbes très compliquées, analogues aux courbes de M. Lissajoux, résultant de la composition optique de deux mouvements vibratoires. Une disposition très ingénieuse permet de mesurer la période du mouvement vibratoire, bien que sa durée soit extraordinairement brève. Enfin le sens du mouvement se déduit à la simple inspection de la figure. Duhamel avait signalé déjà la possibilité d’obtenir à l’aide d’une corde vibrante un son plus grave que le son fondamental. M. Cornu avait pris soin de rappeler cette découverte. M. Bertrand insiste sur quelques particularités de l’expérience de M. Duhamel.
- Varia. —M. Choron a déterminé l’action, sur les sujets anémiques, produite par l’injection hypodermique de l’eau et des liquides en général. Ch. i>e Villedeuil.
- JETS D’EAU A BALLE LIBRE
- Pour lous ceux qui, dans les tirs à la carabine de nos fêtes foraines, ont cassé des œufs sur le jet d’eau traditionnel, l’expérience que nous allons décrire semblera quelque peu paradoxale et en apparente contradiction avec le phénomène qu’ils n’ont que superficiellement observé, plus préoccupés. d’atteindre l’œuf que des causes de son équilibre mouvementé. C’est que le phénomène change d’aspect si l’on substitue à l’œuf une sphère pleine et à l’ajutage cylindrique un tronc de cône évasé dont le diamètre de base est plus grand que celui de la sphère.
- Dans ces conditions, la sphère, d’ailleurs absolument libre, au lieu d’ètre chassée en avant par le jet d’eau, reste fortement appliquée sur l’ajutage : elle prend un rapide mouvement giratoire, divise le jet et lui donne la forme initiale d’une surface conique. Si l’ajutage est vertical (lig. 1), le jet retombe sous la forme d’un élégant parapluie; s’il est horizontal, l’eau pulvérisée couvre une surface énorme et à un état de division favorable, soit à l’extinction d’un incendie, soit à l’arrosage des pelouses d’un jardin (fig. 2). Ce procédé, d’une grande simplicité, est exploité en Amérique par VAmerican Bail Nozzle C° qui en fait actuellement une exposition sensationnelle dans Broadway, à New-York (lig. 1 et 2). Nous ne parlerions pas de ce système, d’un caractère assez commercial dans ses applications, s’il ne mettait en jeu des phénomènes hydrauliques intéressants et qu’expliquent les figures 5 et 4, qui montrent le dispositif de deux expériences spéciales faites pour expliquer pourquoi la sphère métallique ne quitté pas le tronc de cône sur lequel elle repose pendant le fonctionnement de l’appareil. L’écoulement de l’eau autour de la sphère a pour effet de créer une dépression que l’on met en évidence en perçant cette sphère d’un trou, comme le représentent les figures 5 et 4. On emmanche à l’une des extrémités du trou un tube en verre ou en métal, et sur ce tube un tube de caoutchouc. Il se produit, dans la région circulaire étranglée par laquelle l’eau s’échappe, une dépression que le dispositif que nous venons de décrire montre parfaitement. Si le jet s’échappe verticalement dans l’air (lig. 5), il y a aspiration d’air, et une bougie enilammée approchée de l’extrémité du tube de caoutchouc montre cette aspiration : si le jet s’échappe horizontalement dans l’eau (lig. 4), l’aspiration entraîne l’air, les bulles s’échappent de l’ajutage et viennent crever à la surface de l’eau. U suffit de boucher le tube avec le doigt pour faire immédiatement arrêter le dégagement de bulles de gaz, dégagement qui recommence dès que le doigt est retiré de nouveau.
- C’est dans la région où l’eau s’écoule tangenlielle-ment à la sphère que se produit la zone de dépression. Comme la surface de la halle soumise à la pression atmosphérique est plusieurs fois plus grande que celle qui est soumise directement à l’action du jet, la balle ne peut s’échapper, puisque la force
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- LA NATURE
- correspondante est plus grande que celle du jet lui-même. Mais comme la pression atmosphérique a une valeur limitée, on conçoit que pour une pression d'eau suffisamment élevée, la force exercée par la
- pression atmosphérique soit inférieure à celle exercée par le jet, malgré la différence de surface. A partir de cette pression, la halle ne se maintient plus en place ; elle est vivement projetée en avant et
- Fig. 1. — Spectacle des jets d’eau à_balle exhibé auj public à New-York. — Le jet d’eau en forme de parapluie.
- Fig. 2. — Jet d’eau à balle; projection de forme ordinaire.
- Fig. 3. — Jet d’eau s’échappant verticalement dans l’air.
- le jet redevient un jet ordinaire. C'est pour éviter les inconvénients de cette projection de la sphère dans le cas d'une augmentation fortuite de pression que l’on dispose un grillage métallique devant l'embouchure conique, grillage qui trouble un peu la beauté du phénomène, mais qui enlève tout danger à l’expérience. En tout cas, l’appareil est facile à
- Fig. f. —• Jet d’eau s’échappant horizontalement dans l'eau.
- construire et plus d’un voudra, par ces temps de villégiature, vérifier l'exactitude des faits avancés par le Scientific American à qui nous empruntons les figures et les éléments de cette Note. l)r Z.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissamher
- Paris. — Imprimerie Laiiuke, rue de Fleurus, 9.
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- >° 1 151). — 17 AULX 18!»5.
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- DÉCOUVERTE DE DÉBRIS GIGANTESQUES D’ÉLÉPHANTS FOSSILES
- FAITE DANS LA BALLASTIÈRE DE TILLOUX (CHARENTE)
- 11 y a quelques semaines le service de la Paléontologie du Muséum fut informé par M. Grégoire, chef de division de l’Administration des Chemins de fer de l’Etat, que les travaux laits dans la ballastière de Tilloux, près de la station de Gensae-la-Pallne, venaient de mettre au jour des débris gigantesques d’Eléphants, associés avec des produits de l’industrie humaine. M. Albert Gaudry, de l’Institut, ayant bien voulu charger M. Marcelin Roule d’aller étudier ce gi-
- sement et les objets recueillis par les soins de la Compagnie, M. Marcelin Roule, qui est comme son maître un savant paléontologiste, s’est rendu à Gensac-la-Pallue. Il y a fait, sous la direction de M. Le Blanc, ingénieur, et de ses collaborateurs, MM. Gros, Robin et Ronchet, des observations très intéressantes.
- Les alluvions exploitées connue ballast se trouvent sur la rive gauche de la Charente. Elles occupent, au milieu des collines crétacées, une dépression dans laquelle la
- Délcnsc de Mammouth trouvée le 28 juin 1895, dans le département de la Charente. La défense est vue par terre, à l’entrée de la carrière, avec les travailleurs qui en ont fait la découverte. (Photographie de Ch. Collas, à Cognac.)
- Charente pénétrait à l’époque quaternaire, et dont la partie la plus basse est encore à l’état de marais. Cette dépression se trouve à l’altitude de 18 mètres, tandis que la Charente coule à 11 mètres environ. Elle est séparée de la vallée par des hauteurs de 45 à 55 mètres. La communication entre la vallée et la dépression se faisait à l’époque quaternaire et se fait encore aujourd’hui par la coupure de Veillard. Les alluvions qui remplissent cette cuvette se relient nettement à la terrasse alluviale quaternaire de la vallée de la Charente elle-mèine. Elles sont exploitées sur une épaisseur variant de 5 à 4 mètres. Elles comprennent des lits de sable et de cailloux roulés alternant sans ordre, en stratification entre-croisée, suivant le mode habituel de ces formations. L’ensemble, très homogène, rtjpose sur la craie, dont la surface de contact montre des sillons dus à l’action des courants rapides. Seule, la partie supérieure est décalcifiée et rubéfiée sur une épaisseur variable (diluvium rouge des anciens auteurs).
- 25* auuee. — 2° semestre.
- Nous reproduisons la Note complète que M. Marcelin Boule a présentée à l’Académie des sciences 1 :
- « Les objets recueillis dans ces alluvions sont de deux sortes : des débris d’animaux fossiles et des instruments paléolithiques.
- Parmi les débris d’animaux fossiles, il faut d’abord signaler deux défenses d’Éléphant, dont les dimensions dépassent celles de toutes les déienses conservées dans les collections du Muséum. Elles sont peu recourbées. La ligne joignant les deux extrémités de la mieux conservée a 2m,85, tandis que cette ligne n’a que 1m,70 chez l’Éléphant de Durfort de la galerie de Paléontologie du Muséum, et lm,87 sur la plus grande des défenses djÉléphant actuel de la
- 1 La Note a été présentée par M. Albert Gaudry, l'éminent professeur de paléontologie au Muséum.
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- galerie do Zoologie. Les défenses de Tilloux dénotent aussi un animal de taille plus considérable que le Mammouth conservé à Saint-Pétersbourg. Entre ces défenses on a trouvé deux molaires supérieures, l'une droite, l’autre gauche, qui se rapprochent beaucoup plus des molaires de YElephas méridionale que de celles de toute autre espèce et qui rappellent surtout les variétés d'Elephas méridionale de certains terrains de la fin du pliocène, notamment du Forest-bed d’Angleterre. Les circonstances de gisement ne permettent pas de douter que les défenses et les molaires n’aient appartenu au même individu.
- La ballastière de Tilloux a fourni de nombreux restes d’autres Proboscidiens. L’espèce la plus répandue est YElephas antiquus. Elle est représentée par de nombreuses molaires identiques aux échantillons des gisements classiques des environs de Paris, de Chelles par exemple. M. Chauvet, qui explore depuis longtemps les sablières de Tilloux, m’a montré dans sa belle collection un grand nombre de pièces de cette nature, h'Elephas antiquus est également bien représenté dans la collection formée par la Compagnie des chemins de fer de l’Etat.
- Un fait remarquable est l’association, dans le même gisement, de YElephas primigenius avec les deux espèces précitées. Nous possédons des molaires de Mammouth parfaitement caractérisées provenant du même niveau et même d’un niveau inférieur à celui où se trouvaient les débris d'Elephas méridionale. Il faut dire d’ailleurs que ces derniers, de même que les restes de Mammouth, sont beaucoup plus rares que les débris d'Elephas antiquus. Nous sommes donc en présence d’un gisement analogue à ceux de certaines localités du nord de la France que ciractérise YElephas antiquus, mais ici nous constatons la présence d’une sorte de retardataire, qui est YElephas méridionale, et d’une sorte d’avant-coureur, qui est le Mammouth, nouvelle preuve de la continuité des phénomènes géologiques et paléon-tologiqucs. À ces fossiles il faut ajouter, d’après les renseignements qu’a bien voulu me fournir M. Chauvet et ce (pie j’ai vu dans sa collection : une molaire d’Ilippopotame, une molaire de Rhinocéros et une molaire de Cerf élaphe. L’envoi de M. Le Blanc comprend, en outre, une molaire supérieure d’un Bovidé, probablement le Bison priscus.
- Les objets travaillés par l'homme et trouvés dans les mêmes couches que les fossiles dont je viens de parler sont des sillex taillés, parfois d’une grande beauté et reproduisant les diverses formes de Chelles et de Saint-Acheul. Cet outillage de pierre est très varié. A côté des formes ordinaires en amande, il y a des disques, des racloirs, des pointes de petites dimensions et d’un travail très soigné, et même des lames finement retouchées qu’on ne s’attendrait guère à trouver dans un gisement de ce genre. Un silex en forme de racloir a été recueilli sous l’une des défenses de YElephas meridionalis. C’est la première fois qu’on signale, d’une façon qui me paraît indiscutable, des objets de l’industrie humaine con-
- temporaine d’une espèce d’Eléphant, regardée jusqu'à ce jour comme caractéristique du pliocène1. »
- Marcelin Boule.
- Voici en quels termes la trouvaille nous a été annoncée : « On a trouvé le 26 juillet 1895, entre le hameau de Tilloux et le petit village de la Nérolle (canton de Segonzac, Charente), dans des carrières de sable, des débris fossiles de proportions énormes paraissant avoir appartenu à un Mastodonte gigantesque. La défense que nous montre la reproduction de la photographie (p. 177), mesure près de 5 mètres de long et environ (10 centimètres de circonférence à la partie la plus large ; le poids dépasse, d’après les ouvriers qui ont fait cette découverte antédiluvienne, 100 kilogrammes. La photographie a été exécutée par moi au moment de la découverte de la deuxième défense ; la première a été trouvée la veille à 10 mètres à peu près; quelques dents se trouvaient entre ces deux défenses. Cette trouvaille a été faite par les ouvriers du chemin de fer de l’Etat qui travaillent à extraire le sable des carrières de la Nérolle pour la ligne de chemin de fer en construction de Cognac à Rouillac. La première défense a été brisée en trois morceaux très nets pendant le transport. On a dû redoubler de précautions pour enlever la seconde. Le terrain appartient à M. Saulnier, de la commune voisine, appelée le Tilloux.
- CONGRÈS D’ASSAINISSEMENT
- ET DE SALUBRITÉ
- Ce Congrès, dont La Nature a précédemment indiqué les organisateurs, a réuni plus de 500 adhérents, et, comme l’a dit, dans son remarquable discours d’ouverture, M. Henri Monod, directeur de l’Hygiène et de l’Assistance publique, a marqué dans le mouvement sanitaire une étape d’une extrême importance. C’est qu’en effet il signale l’entrée en ligne des ingénieurs, architectes, entrepreneurs de travaux sanitaires, c’est-à-dire des agents d’exécution et de mise en œuvre des desiderata exprimés par les hygiénistes, et il est aisé de se rendre compte par la comparaison des Expositions de la caserne Lobau en 1886, et de celle qui tient actuellement ses assises au palais des Arts Libéraux, des progrès considérables réalisés, depuis dix ans, par les ingénieurs, architectes et constructeurs français dans les applications sanitaires. Nous allons donner ici un compte rendu sommaire des principaux Rapports présentés et particulièrement des résolutions et vœux qui ont été adoptés.
- Le traitement et Vulilisaüon des ordures ménagères ont fait l’objet d’un Rapport très documenté de M. Petsche, ingénieur de la ville de Paris : il y conclut qu’actuelle-ment l’incinération des gadoues pratiquée à haute température constitue une solution satisfaisantepourl’hygiène, sinon pour l’économie. Quant à l’utilisation par l’agriculture, elle demande une réduction sérieuse dans les tarifs de transport pour faciliter l’évacuation des matières à grande distance, et la suppression des dépôts dans le voisinage des villes. Une très intéressante communication
- 1 M. Albert Gaudry a annoncé que l’Administration des Chemins de fer de l’Etat abandonne généreusement au Muséum les fossiles trouves à Tilloux. M. l’ingénieur Le Blanc et scs collaborateurs MM. Gros, Robin, Donchet, ont fait preuve de dévouement à la science et aussi d’habileté, car il n’est pas aisé d’extraire et de conserver intacte une défense d’Eléphant fossile longue de près de 5 mètres.
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- de M. de Mon tricher sur l’utilisation agricole des gadoues de Marseille, jointe à l'irrigation artificielle pour créer un domaine de 1800 hectares de prairies et de vignes, dans la plaine de la Grau, a permis au Congrès de se rendre compte de l’application des principes exposés.
- M. L. George, architecte, a résumé très nettement les conditions d’application des obturateurs siphoïdcs aux canalisations des habitations. Cette importante étude se termine par l’expression des vœux suivants : protection des appareils recevant les matières usées, par des siphons à obturation hydraulique fonctionnant sans mécanisme; ventilation des canalisations sur tout leur parcours; précautions à prendre contre la gelée des appareils.
- À la suite du Rapport de M. Philippe, ingénieur, sur les bains publics, le Congrès a émis le désir que l’État et les municipalités adoptent toutes les mesures nécessaires pour propager les bains de propreté, notamment les bains-douches (dont l’emploi se généralise actuellement dans les lycées et les casernes), et d’y ajouter des piscines de natation à eau courante, quand les circonstances le permettront, de manière à donner en même temps toute facilité pour l’étude de la natation.
- M. Bénouville, architecte du Gouvernement, a présenté et fait adopter une série de vœux tendant à la création où à l’extension de l’enseignement des principes d'assainissement ou de salubrité au Conservatoire des arts et métiers, aux Écoles centrale, des beaux-arts et des arts et métiers.
- M. de Baudot, architecte du Gouvernement, a fait ressortir les inconvénients de notre système actuel de construction, tant au point de vue sanitaire qu’au point de vue économique, les avantages de la construction par murs creux et piles principales. En même temps il a préconisé l’emploi des matériaux en ciment avec ossature métallique ; une visite au lycée Victor-Hugo, où ils constituent tous les planchers et se prêtent à des combinaisons ingénieuses et économiques, a fourni au Congrès une intéressante occasion de vérifier, sur place, les assertions présentées.
- M. Pignant, ingénieur, a traité, avec une grande netteté de vues, la question de l’intervention des pouvoirs publics auprès des municipalités pour contrôler et édicter, au besoin, les mesures et travaux relatifs à la salubrité urbaine, et M. Morin-Goustiaux, architecte, s’est joint à lui pour établir la nécessité d’un contrôle efficace exercé par les municipalités sur les services sanitaires de l’habitation. L’insuffisance de nos lois sanitaires actuelles est en effet notoire en ce qui concerne les travaux dits d’assainissement. Il y a donc un intérêt majeur pour la santé publique du pays, pour l’accroissement de sa population et de sa richesse, à créer de nouvelles lois sanitaires plus conformes aux immenses progrès réalisés dans la science de l’hygiène, et mettant à la disposition des pouvoirs publics et des municipalités les moyens d’action nécessaires pour les faire respecter. Comme corollaire et partie intégrante de ce large programme, le Congrès a émis le vœu que la plomberie sanitaire fût réglementée d’une manière aussi uniforme que possible, et qu’aucun travail de ce genre ne fût exécuté sans que les plans en eussent été préalablement soumis au service compétent, qui devrait ensuite s’assurer des conditions d’exécution. C’est du reste ce qui se pratique en Angleterre; et ainsi que M. II. Monod l’a rappelé, la Grande-Bretagne, en quinze années, n’a pas craint de dépenser, pour assainir ses ports, ses villes, et jusqu’à ses villages, près de trois milliards de francs; ces énormes Ira veux n’ont pu être menés à bien que sous l’action de lois spécialement édictées
- dans ce but, et par la création et l’active surveillance d’un corps d’inspecteurs sanitaires. Les résultats ne se sont pas fait attendre; et grâce à l’abaissement de la mortalité et de la morbidité, l’Angleterre, au cours de ces quinze années, a économisé 800 000 existences humaines.
- L'assainissement extérieur et intérieur des habitations à bon marché devait naturellement s’imposer aux préoccupations du Congrès : M. Ch. Lucas, architecte, a fait adopter, à ce sujet, divers vœux relatifs à la direction des percements des voies publiques en tenant compte de l’orientation et des vents dominants, à l’aménagement des services d’adduction d’eau pure et d’évacuation des eaux usées ; et pour l’intérieur, à la réduction du nombre; des pièces pour faciliter la surveillance de la mère de famille, et procurer toute l’économie possible pour le chauffage et l’éclairage ; à la suppression des papiers de tenture, à l’établissement d’un mobilier fixe dans les locaux d’ouvriers, etc.
- Au sujet du chauffage et de la ventilation des lieux habités, un Rapport très complet a été présenté par M. Ch.-A. Gautier, architecte. Le Congrès, après avoir reconnu le danger immédiat créé par l’emploi d’appareils de chauffage utilisant la combustion lente ou le réglage du feu par arrêt du tirage dans les cheminées, a émis les avis suivants présentés par M. S. Hérissé : 1° Pour le chauffage des habitations, il importe de faire entrer, dans la plus grande proportion possible, le chauffage par rayonnement des parois, et de créer l’indépendance du chauffage et de la ventilation. 2° Mais, pratiquement, il importe de chauffer par introduction d’air chaud. Dans ce cas, les calorifères à parois de fonte ou réfractaires doivent être rejetés : il faut conseiller l’emploi des calorifères à eau chaude ou à vapeur.
- La réglementation des voies privées, l’évacuation des eaux usées dans les agglomérations urbaines et rurales ont donné lieu à des Rapports de MM. Jourdan et Cacheux.
- Des communications aussi nombreuses qu’intéressantes ont été également présentées au Congrès, notamment celle de M. Chardon, ingénieur, sur le système de vidange pneumatique de Levallois-Perret, de M. George, ingénieur, sur l’installation rationnelle des filtres pour les habitations collectives ou particulières, de M. Brothicr de Rollière, ingénieur, sur l’application de l’ozone à l’assainissement et à la salubrité publics et privés, de M. Rebuffel, ingénieur des ponts et chaussées, sur un projet de distribution d’eau pour Marseille, de M. de Mont-riclier, ingénieur, sur la réfection et l’utilisation des égouts existant dans les villes non encore assainies, de MM. Posno et Bouvidain, sur des procédés d’utilisation des ordures ménagères, de M. Lacau, architecte, sur l’eau à bon marché pour le tout-à-l’égout, etc., etc.
- Des visites aux champs d’épuration Aclières, où l’on a remarqué les canalisations à haute pression en sidéro-ciment de M, Bonna, aux égouts de Paris, au lycée Yictor-Ilugo, pour l’examen des nouveaux procédés de construction de MM. de Baudot et Cottancin, à l’usine frigorifique de M. Félix Potin, à la station municipale de désinfection de la rue des Récollets, à l’usine de vidange pneumatique de Levallois-Perret, etc., ont complété les travaux du Congrès, qui, comme on le voit, a complètement rempli son programme et largement utilisé les sept jours qu’il a consacrés à la discussion des grandes questions d’assainissement et de salubrité publics et privés.
- G. Ricuou,
- Ingénieur des arts et manufactures.
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- LA NATURE.
- LE HALO PHOTOGRAPHIQUE
- Tous ceux qui s’occupent de photographie ont eu plus ou moins le désagrément de constater sur un cliché, d’ailleurs irréprochable, et malgré une mise au point très exacte, les fâcheux effets du halo, qui se traduit par un lion résultant de l’envahissement des lumières sur les noirs, même dans des parties de l’image où les oppositions sont les plus vives.
- Le halo a fait surtout le désespoir des photographes d’intérieurs de monuments; il est facile de trouver des exemples de ces halos produits par les ouvertures donnant passage à la lumière, et en général par tous les points vivement éclairés. Nous avons sous les yeux tel sanctuaire de l’une de nos plus belles cathédrales,
- Fi» 1. — Photographie d’une sculpture d’église.
- Plusieurs moyens ont été proposés tour à tour pour empêcher cette réflexion de la lumière.
- Les fonds de velours ou de papier, noirs, rouges, jaunes, placés derrière la glace sensible dans le but d’absorber les rayons actiniques, n’atténuaient que faiblement le mal, car la réllexion de la lumière avait encore lieu sur la couche d’air interposé.
- Ces memes surfaces mouillées, dans le but de produire avec le verre un contact optique, donnèrent déjà de meilleurs résultats, mais le halo se manifestant encore, on a fait des plaques à couches successives assez épaisses pour absorber complètement les rayons lumineux et dont la sensibilité allait en augmentant; mais le procédé est coûteux, et, sans parler de la difficulté plus grande du développement, le halo reparaît dans les cas de fortes lumières.
- Avec plus de succès, on a étendu au dos des plaques sensibles, avant de les exposer, des couches
- où il semble que des grands vitraux s’échappe dans toutes les directions un nuage de lumière (fig. 2).
- Le halo résulte principalement, comme on sait, de la réllexion, sur la surface postérieure de la glace, des rayons lumineux qui n’ont pas été arrêtés complètement par la couche sensible, et qui, arrivés obliquement sous des angles divers, sont alors déviés dans une autre direction et retournent impressionner un second point de la couche sensible. Le flou ainsi produit se trouve encore étendu par ce fait que le rayon lumineux s’étant diffusé par son premier passage à travers l’émulsion opaline, c’est maintenant un faisceau lumineux qui vient, d'arrière en avant, agir sur la couche sensible et former le halo à la surface où il tombe et qu’il impressionne.
- Fig. 2. — La même avec un halo.
- de vernis, de collodion, ou même une dissolution de caoutchouc dans la benzine, teintés de rouge ou de jaune : c’était un réel progrès, car le halo était presque nul.
- Tout récemment on a proposé Yocrage des plaques, qui consiste à les enduire au dos, avec un pinceau, d’une sorte de craie formée d’ocre rouge en poudre, 100 parties; dextrine, 50; eau, 50; glycérine, 5. Des clichés pris à contre-jour sur des plaques ainsi préparées ne portaient aucune trace sensible de halo. Mais, sans parler des manipulations ennuyeuses à faire, la perfection n’était pas atteinte encore, tout au moins théoriquement, car un faible halo peut être produit.
- Mais il y a là toutefois des améliorations notables qui peuvent être utiles aux amateurs et, que nous avons voulu signaler. Magüs.
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- LA NATURE.
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- ACTION DU COURANT ÉLECTRIQUE
- SCR CES FILS D’ALUMINIUM
- Parmi les propriétés singulières qui différencient l'aluminium d’autres métaux usuels, nous pouvons signaler sa très faible volatilité aux températures élevées. Pieu que l'aluminium fonde à une température intermédiaire entre celle du zinc et de l’argent, soit à 025° environ, ce métal peut être porté au rouge blanc, sans s’évaporer sensiblement, et sans éprouver d’oxydation profonde. A cette température, la plupart des m é taux moins fusibles que l’aluminium s’oxydent fortement ou se volatilisent partiellement.
- Si un fil fin d’aluminium est traversé par un courant électrique suffisamment intense pour réchauffer au delà de son point de fusion, on constate, contre toute prévision, qu’il peut être porté au blanc éblouissant et se maintenir dans cet état, contrairement à ce qui se passe pour d’autres métaux soumis à la même épreuve, lesquels, leur point de fusion atteint, éclatent brusquement, chaque extrémité de la rupture présentant la forme d’un petit globule métallique produit par la contraction due à la tension superficielle du métal liquéfié.
- L’aluminium sc comporte très différemment : si le fil était primitivement tendu entre les deux supports qui amènent le courant, il s’incurve fortement, mais peut rester assez longtemps dans un état d’incandescence complète jusqu’au moment où la rupture se produit, généralement à proximité des points d’attache du fil.
- Le fil d’aluminium est évidemment constitué par un filet liquide, oscillant au moindre souffle, et maintenu dans l’air par la cohésion de ses molécules, probablement aussi grâce à la formation d’une pellicule très ténue d’alumine qui fait l’office de gaine
- protectrice infusible autour du métal en fusion. Cette couche est en tout cas de très faible épaisseur, car un examen microscopique ne décèle pas de traces bien manifestes d’oxydation. L’aspect du métal est plutôt celui d’une barre grossièrement iondue, dans laquelle il se serait produit un phénomène de rochage. ou dégagement de gaz dissous, analogue à ce qui se [>asse pour l'argent. La surface en est rugueuse, bien que brillante, et couverte de petits cratères bien dessinés, d’érosions multiples et par-ci parla de taches noirâtres à aspect graphitoïde. En outre le fil est devenu fragile comme si le métal avait subi une sorte de cristallisation. Dans le vide produit par une machine pneumatique ordinaire, l’aluminium présente la même particularité de cohésion à l’état fluide, mais semble conserver plus d’homogénéité que dans l’air. 11 en est de même si l’ex-périence est faite dans l’anhydride carbonique.
- Le tableau suivant résume quelques essais exécutés dans l’air avec des filaments d’aluminium de longueurs et de diamètres divers. Ces chiffres ne sont qu’approximatifs, car on ne pourrait en déduire une proportionnalité précise entre l’intensité du courant et la résistivité du fil à la température du rouge blanc, cette intensité variant entre de larges limites selon la longueur du fil intercalé entre les supports, qui ont une influence perturbatrice très considérable sur les mesures. Il est facile de voir que l’aluminium cède rapidement aux supports une partie de la chaleur dégagée et que pour des fils de longueurs décroissantes il faudra des intensités de courant croissantes pour les amener à la même température (voy. le tableau page 182).
- On voit, par exemple, qu’un filament d’aluminium de 0mra,r> de diamètre et d’une longueur de 10 centimètres peut supporter une intensité de courant absolument extraordinaire, soit 51 ampères
- Fig. I. — Action d’un aimant sur un courant, démontrée à l’aide d’un fil d’aluminium incandescent.
- Fig. 2. — Autres formes de la môme expérience, mouvement pendulaire du fil, produit par la rotation d’un aimant.
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- environ lorsqu’il est au rouge Liane. La résistivité du fil augmente dans de très fortes proportions, puisque, [tour le même fil, la différence de potentiel aux extrémités, à peu près nulle au début, tant que le courant n’atteint pas une valeur suffisante pour chauffer le métal d’une façon appréciable, augmente rapidement pour atteindre une valeur de 5 volts, lorsque Je fil est devenu blanc éblouissant. La résistance du fil d’aluminium, ramenée au millimètre carré de section et au mètre de longueur, serait d’environ 0,4 olnn, tandis qu’à froid elle n’est que de 0,05 ohm.
- LONGUEUR du fil. DIAMÈTRE. INTENSITÉ. DIFFÉRENCE de potentiel.
- m mm amp. volts.
- 0,035 0.17 7 4
- 0,053 0,40 22 2
- 0,035 0,55 17 2
- 0,100 0,50 31 5
- Résultats des essais.
- Cette expérience, facile à réaliser, consiste à pincer les extrémités du fil entre deux serre-fils et à augmenter graduellement l’intensité du courant électrique jusqu'au régime normal atteint lorsque le métal est franchement lumineux, c’est-à-dire lorsqu’il a l’apparence du filament d'une lampe à incandescence un peu poussée ; une mise en court circuit trop brusque avec toute l’intensité de courant que le fil pourrait supporter ultérieurement risquerait de le faire rompre.
- La longueur du fil d’aluminium peut d’ailleurs dépasser de beaucoup les chiffres indiqués ci-dessus, bien (pie la fragilité augmente avec la longueur du fil. Nous avons cependant réussi à rougir des fils ayant de 50 à 40 centimètres de longueur, et, dans ces conditions, ils nous ont permis de donner une forme saisissante, bien que passagère, aux actions exercées par un aimant sur un circuit parcouru par un courant (fig. 1).
- Le fil, d’une longueur de 25 à 50 centimètres et d’un diamètre de 0mm,5, est fixé par ses extrémités aux supports qui amènent le courant, de telle façon qu’on puisse lui donner dans sa partie inférieure la forme d’une boucle à peu près fermée et placée dans un plan vertical. La boucle étant rendue incandescente par le passage du courant est extrêmement sensible à l’approche d’un aimant rectiligne de moyenne force, et, selon le sens du courant ou le pôle de l’aimant mis en sa présence, est violemment repoussée ou attirée. En général, et c’est ici que l’expérience devient des plus instructives, la répulsion se change en une torsion brusque de la boucle sur elle-même, laquelle tend naturellement à présenter au pôle de l’aimant la face où la direction du courant est telle qu’une attraction puisse se produire. L’expérience est de courte durée, car, à cet instant, la rotation brusque met en contact les parties médianes et par conséquent en court-circuit les
- extrémités supérieures du filament, qui éclatent sous l’action d’un courant trop intense1.
- Charles Margot,
- Professeur à fUinversité île Genève.
- L’expérience très intéressante dont on vient de lire la description, et que nous avons répétée plus d’une fois depuis que M. Margot a eu l’amabilité de nous la communiquer, doit bien certainement sa réalisation à la facile oxydabilité de l’aluminium. Même à la température ordinaire, en effet, ce métal se couvre d’une couche adhérente d’alumine, qui le protège contre d’autres modifications, et qui explique plusieurs de ses particularités. Cette couche préexistant, l’expérience dans le vide ou dans un gaz neutre ne serait concluante que si on en débarrassait le métal dans le milieu même où l’on prépare l'expérience, par exemple en le lavant avec de la potasse ou un peu d’acide chlorhydrique dilué. L’épaisseur de la couche augmente du reste un peu aux températures élevées; en effet, on obtient encore un bon contact électrique avec un fil d’aluminium qui n’a pas été chauffé, tandis qu’après cette opération, le contact devient difficile et irrégulier.
- On sait que c’est à Loxydation superficielle que l’aluminium doit d’être si difficile à souder; et tous les procédés de soudure de ce métal sont fondés sur le décapage de la surface, et sa protection contre l’oxvgène de l’air. Le travail à l’outil de tour, qui se fait en général sous une essence minérale, utilise aussi la protection contre l’oxydation, qui aurait pour conséquence d’user très rapidement les outils.
- C’est aussi cette oxydation superficielle qui empêcha Woehler d’agglomérer la grenaille qu’il avait isolée le premier, laissant à Sainte-Claire Deville la véritable invention de la première métallurgie de l’aluminium.
- On sait, de plus, qu’un cylindre liquide, dont la longueur surpasse un peu le triple du diamètre, est instable, et que la moindre déformation s’accentue très rapidement sous l’action des forces capillaires, et provoque en un temps extrêmement court la rupture du cylindre. Nous rappellerons même (pie l’on a fondé, sur cette propriété, un fort curieux instrument, le microphone hydraulique, de M. Chichester Bell, (pie nous avons décrit ici il y a quelques années. 11 résulte de tout cela que le fil d’aluminium, chauffé à une température très supérieure à son point de fusion, ne doit sa stabilité qu’à une sorte de gaine solide qui l’enserre de toutes parts, et rem-pêche de se rassembler en gouttelettes; la faible densité du métal assure de plus la résistance méca-
- 1 Ces expériences réussissent de même et plus sûrement avec des fils de platine très fins portés à l’incandescence, qui, bien que moins sensibles aux actions magnétiques, en raison de leur plus forte densité, montrent néanmoins franchement et sous une forme très élégante les effets d’attraction et de répulsion dus à l’approche d’un aimant ; toutefois, il ne nous a pas été possible d’obtenir nettement, avec le platine, le curieux retournement du circuit que l'on observe si facilement avec l’aluminium.
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- LA NA TU R K.
- nique de la chaînette qu’il l'orme entre ses deux supports.
- La première application que M. Margot ait tentée du phénomène qu’il avait découvert est fort intéressante, et des plus démonstratives; à ce sujet, elle mérite d’être introduite dans l’enseignement, partout où l'on dispose d’un courant d’une trentaine d’ampères.
- La légèreté du fd d’aluminium et son état liquide le rendent sensible aux moindres actions ; par exemple, en disposant convenablement l’expérience, on donne à l’ensemble du fil un mouvement pendulaire très accusé, par la rotation d’un aimant rectiligne placé à 50 centimètres ou 1 mètre au-dessus ou au-dessous (fig. 2). Avec un aimant en 1er à cheval, on le dévie de sa position, ou on le tord à volonté.
- On peut même aller plus loin; les expériences avec les aimants sont en général assez faciles, tandis que les forces qui s’exercent entre les courants sont plus difficiles à mettre en évidence. Avec un fil d’aluminium, rien n’est plus aisé; si l’on amène, à l’aide d’un fd vertical de cuivre, le courant à un fil d’aluminium suspendu au premier, on voit celui-ci s’écarter fortement de son support dès qu’il arrive à une température élevée, tandis qu’il retombe brusquement lorsqu’on interrompt le courant. Les expériences que l’on peut faire avec des fds parallèles sont trop évidentes pour que nous insistions.
- L’éclat très vif du fd chauffé par un courant rend toutes ces expériences visibles pour un nombreux auditoire. Cet éclat, que prend le fil à une température élevée, est sans doute augmenté encore par une phosphorescence de l’alumine. Cette phosphorescence tendrait même à faire attribuer au fil, d’après son simple aspect, une température plus élevée que celle qu’il possède en réalité. Toutefois, nous nous empressons d’ajouter qu’il ne peut subsister aucun doute sur son état liquide lorsqu’il atteint le blanc éblouissant. Ch.-Ed. Guillaume.
- EXPOSITION ETHNOGRAPHIQUE
- DE L’AFRIQUE OCCIDENTALE AU CHAMP-DE-MARS A PARIS SÉNÉGAL ET SOUDAN FRANÇAIS
- Nous avons eu à Paris bien des expositions ethnographiques ; notamment de noirs de toutes les parties de l’Afrique, mais jamais aucune n’a été mieux comprise que celle qui est organisée au Champ-de-Mars par MM. Barbier. C’est un village nègre transplanté non pas avec ses seuls habitants, mais avec ses mœurs, ses coutumes, montrant tous ces mille riens que l’on ne peut connaître qu’après un long séjour dans les contrées lointaines et dont l’étude constitue la science de l’homme.
- Faisons un tour ensemble dans ce monde qui vit en plein cœur de Paris. Chaque famille nègre a une maison bâtie en pisé ; * ces maisons se groupent par races. Les Wolofs sont séparés des Peuls, et ceux-ci des Soussous. L’architecture de ces cases s’est fidè-
- lement inspirée de celle de là-bas. Nous signalerons particulièrement la mosquée qui domine avec ses deux tours pointues.
- Les productions du pays sont représentées. On a semé les diverses plantes, notamment l’arachide. Les animaux ont été aussi amenés : singes, porc-épic, poules d’eau. D’énormes ruchers sont même installés. Mais examinons l’homme.
- Pour le vulgaire tout nègre est un noir au nez épaté, aux cheveux laineux, aux pommettes saillantes, aux lèvres lippues, au rire bête. Or, en Afrique, les races sont nombreuses et très variées, et on les distingue aussi facilement que nous reconnaîtrions un Auvergnat d’un Sicilien. Dans le seul Sénégal on peut en distinguer une demi-douzaine dont les principaux types sont représentés.
- Les Wolofs ou Leybous, nègres de la côte, habitent Saint-Louis et Dakar. Ils se sont frottés aux Européens, connaissent quelques mots de français et sont fidèles à notre drapeau planté depuis deux siècles dans leur pays. Ils fournissent la majeure partie des tirailleurs sénégalais et se lèvent en masse quand il s’agit d’aller se battre au loin et conquérir le Dahomey ou Madagascar.
- Wolofs ou Leybous, comme leurs frères les Sé-rères, un peu plus au sud, sont de beaux nègres d’un noir foncé, à la physionomie caractéristique. Si nous nous faisons difficilement à cette figure qui pour nous manque de dignité, nous admirerons sans réserve leur superbe stature. Les corps sont merveilleux, la taille très élevée, les hommes de ne sont pas rares au Champ-de-Mars.
- Point particulier, le talon nègre proéminent n’est pas fréquent et le mollet est assez développé.
- A l’opposé, les Peuls du Soudan français ont une peau noire rougeâtre bien moins foncée que celle des Wolofs, la figure est moins large, plus distinguée, les cheveux moins laineux, noirs et lisses, le nez droit saillant, la bouche moins projetée en avant (fig. 1), ils ont comme un faux air d’Européens qui auraient essayé de se faire noirs. Je parle des Peuls de race pure, car nombreux sont les métis avec les nègres wolofs et autres; ces derniers forment notamment les Toucouleurs. Ce sont de fanatiques musulmans ennemis des Français. Faidhcrbe les a combattus et nous sommes allés les réduire récemment à Ségou. Outre ces deux principaux types les plus importants à distinguer, nous en noterons d’autres nombreux.
- Les Bambarras du Niger, récemment soumis aux Peuls, de vrais nègres eux, les Mandingues du Fouta-Djallon et de la Guinée anglaise, au type non moins nigritien, qui liment leurs dents en pointe, les Sara-colets et les Kassonkés, métis de noirs, de Peuls et de Maures.
- Plus au sud, des représentants du pays des Rivières, cette région dont le commerce s’est tellement développé en ces dernières années, qui est reconnue être la route la plus courte et la plus sûre pour le Niger et dont la capitale Konakry grandit de jour en jour.
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- Ce sont les Soussous de la côte et les Diolas de l’intérieur (fig. 2).
- Le Maure diffère beaucoup et se rapproche plus du type blanc : belle figure brune, barbue, regard fier, nez aquilin. Il habite la rive droite du Sénégal, aux confins du désert que parcourent ses frères les Touaregs. Ceux du Champ-de-Mars, sous la tente en poil de chameau, sont forgerons. Us font les armes, les bracelets et les petites boîtes fétiches qu’on suspend au cou après les avoir consacrées. Mais ils sont aussi artistes et cisèlent leur œuvre de délicats ornements, courbes multiples, angles et croix.
- Un des types les plus curieux est le nègre blanc, rareté dont les savants, depuis Rtiffou, étaient réduits à ne parler que par ouï-dire. 11 est albinos de
- .Fig. 1. — Type d’un Peul du Soudan français.
- (D’après des photographies
- voient mal en plein jour. Ce n’est point le cas de notre noir, dont la pupille est normale.
- Dans le village régnent l’animation et la gaieté. Partout le caractère nègre, bon enfant, s’étale. Il vient vous serrer la main, faire camarades, vous demander des sous sur un ton rieur comme une chose naturelle. Seul le marabout conserve une allure hère et réservée. On le voit entouré d’enfants auxquels il fait réciter des versets du Coran inscrits sur de grandes planches.
- Les femmes s’occupent activement du ménage; celle-ci coupe la viande en petits morceaux, fait cuire le riz ; les autres pilent le grain dans leur grand mortier de bois, travail long et pénible, et on entend la chute cadencée du lourd pilon en même temps (pie le claquement des mains, à chaque descente de l’outil, pour se donner du courage.
- race ouolove. Son père et sa mère étaient noirs, il a des frères et des sœurs à peau également noire, jamais cette couleur de peau ne s’était observée dans sa famille. Il est né avec une peau absolument blanche, des cheveux blancs, mais la pupille est brune. On observe sur la peau quelques petites taches noires disséminées, grosses comme des têtes d’épingle.
- On a voulu voir dans ces albinos une preuve de transformisme. Il s’agit, en réalité, d’une maladie congénitale. Nos animaux domestiques sont sujets à cette dépigmentation ; on connaît bien les chats et les lapins albinos. Les albinos existent souvent dans nos pays, notamment en Bretagne. Généralement alors ils ont la pupille rouge dépigmentée et y
- Fig. 2. — Type d'un nègre de la Rivière du Sud (Diola). faites au Champ-de-Mars.)
- Toutes ont de nombreux enfants, et elles ne s’en embarrassent guère ; le petiot est fixé sur le dos à la naissance des hanches, maintenu par le pagne, la tête seule sortant (fîg. 5). Habitué à son réduit chaud, il y piaille, y rit et y dort. D’ailleurs la fillette s’y accoutume dès l’enfance, portant ainsi son jeune frère dès qu’elle sait marcher, ce qui lui donne des mouvements de hanche non sans grâce quand ils ne sont pas trop accusés. On a même prétendu qu’à défaut de frère, pour s’habituer elles portaient ainsi une bouteille.
- Cette pratique n’est d’ailleurs pas exclusivement ouolove. Partout où la femme doit travailler, elle ne peut s’astreindre à tenir son enfant dans les bras comme fait l’Européenne. Elle le met donc sur le dos, où il ne la gêne en rien. Ainsi les mains sont libres, actives au travail, et la tête peut porter des fardeaux.
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- Fig. 4. — Jeunes nègres du Sénégal pagayant dans une pirogue dans un lac artificiel, au Champ-de-Mars.
- (.Nos gravures sont la reproduction des clichés photographiques de M. Clément Maurice, exécutés au Champ-de-Mars, à Paris.)
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- Les Japonaises portent de même leurs enfants sur le dos, serrés dans les plis de l’ample robe qui les revêt. En Afrique, du Congo au Zululand, cette coutume est très répandue. On la rencontre aussi en Amérique et en Océanie.
- Tous sont fanatiques dé danse. Le « cora », sorte de guitare, et le « balafon », qui imitent le tvmpanon des Hongrois, retentissent sans cesse de quelques notes toujours semblables accompagnées de claquements de mains. Et les femmes se contorsionnent, l’homme exécute la danse du sabre. Ailleurs le tambourin résonne pour guider les exercices des griots. Griots, caste méprisée et admirée, troubadours des nègres, qui chantent les exploits des rois et divertissent la foule : ils se livrent à mille contorsions de clowns, simulent le tigre qui rampe et s’élance par bonds, font l’aveugle qui tâtonne dans l’ombre, les yeux blancs, se contorsionnent et se roulent en boule.
- Parmi les exercices, le plus curieux est la manière de grimper aux arbres. Nous nous servons d’une échelle. Eux ne s’en embarrassent point. Une bonne corde qui embrasse l’arbre et le corps, voilà un point d’appui suffisant pour ce robuste nègre de Gambie. S’arc-boutant par les pieds et le lacs sur l’arbre, tantôt il élève ses jambes et tantôt hausse la corde. Pour élever ses jambes, il prend point d’appui sur un pied, l’autre pied inférieur quitte l’arbre pour se mettre au-dessus du précédent. On dirait une marche horizontale sur un arbre vertical. Pour hausser la corde, il prend point d’appui sur ses pieds qui se fixent à l’arbre et, avec ses bras dont les biceps se contractent fortement, il tire le lacs vers le haut.
- Ce mode de grimper est très généralisé ; on l’observe en Guinée, au Congo, en Égypte. Aux Indes, en Australie, en Nouvelle-Calédonie, c'est le moyen le plus fréquemment employé pour pratiquer l’ascension des arbres. En Europe même, dans l’Andalousie, les Espagnols enlèvent au palmier ses belles palmes destinées à orner les églises. Ces feuilles sont l’objet d’un commerce actif. Pour les détacher, l’Andalou grimpe à la manière du nègre avec un lacs. Cette pratique est donc des plus intéressantes à connaître, il est heureux de pouvoir s’en rendre compte de visu à Paris même.
- D’ailleurs chaque case fournit un détail nouveau. Ici une négresse en coiffe une autre. Patiemment, pendant une journée entière, elle unit les cheveux crépus en petites tresses, en forme des édifices variés, casques, aigrettes, d’autres fois les laisse retomber en petites nattes. Ici un bijoutier fait des anneaux et des bagues et les martèle en les maintenant avec le pied ; là une négresse tourne la poterie sans tour, avec ses mains. Enfin un médecin indigène couvert de fétiches et de gris-gris soigne les nègres malades avec le sérieux d’un docteur blanc.
- Un lac aux nombreux méandres permet d’admirer la promptitude avec laquelle plongent les négrillons pour attraper les sous qu’on jette. Au continent noir, ils viennent aborder le navire sur les côtes, et
- demandent qu’on leur jette des pièces de monnaie qu’ils savent rattraper en plongeant dans la mer. l)e temps à autre un requin, que n’effrayent pas les cris qu’ils profèrent à tous moments pour les éloigner, happe un membre et fait un infirme. Les exercices du Champ-de-Mars n’offrent pas ce dangereux attrait et n’en sont que plus amusants.
- D’autres pagayent sur des pirogues . longues et minces taillées d’un seul bloc (fig. 4). Un tronc d’arbre énorme transporté de là-bas attend la hache des travailleurs qui le transformera en barque. Cette longue description a-t-elle tout dit? Non, car j’ai bien conscience de n’avoir moi-même pu tout observer. Mille détails, mille particularités nécessiteraient un volume.
- Oui, c’est bien là la vraie exposition ethnographique. On n’affuble pas des sauvages d’oripeaux ridicules et on ne leur apprend pas un rôle à l’avance. Ces nègres vivent comme en leur pays, et leurs coutumes sont fidèlement respectées, aisées à voir.
- Puisse-t-elle servir de modèle aux futures exhibitions! Dr Félix Régnault.
- LE PREMIER DÉBARQUEMENT SUR
- LE GRAND CONTINENT POLAIRE AUSTRAL
- M. C.-E. Borchegreviuk, explorateur norvégien des régions antarctiques, a récemment fait connaître le grand et étonnant voyage qu’il a exécuté pendant le dernier été austral, et son débarquement sur ce grand continent polaire antarctique.
- Le steamer VAntarctique, a bord duquel il a embarqué à Melbourne, le 20 septembre 1894, est vieux de vingt-trois ans, et il n’avait guère à sa disposition que les instruments qu’il apportait avec lui. Pour être admis à bord de ce navire l’intrépide voyageur avait dù promettre de travailler à la manœuvre et coucher au gaillard d’avant avec l’équipage.
- L'Antarctique commença par toucher aux îles Campbell, qui sont bien connues des navigateurs, et à bord desquelles on a laissé des moutons, qui ont crû et multiplié à la satisfaction des baleiniers assurés de trouver dans cette station de la chair fraîche, dont on n’a pas besoin de faire l’acquisition. L’île renferme en outre une grande quantité de morses et de léopards de mer, dont les baleiniers font, comme on le sait, la chasse. Le 6 novembre, l’on arriva en vue d’une immense barrière de glaces flottantes, s’étendant sur une distance de 40 à 60 miles dans la direction de l’est au nord-ouest, et qui obligea le capitaine à changer la direction du navire pour ne pas se trouver bloqué. Ce n’est que le 28 novembre que l'Antarctique reprit sa route vers le sud. L’albatros blanc et le pigeon du Cap, qui avaient suivi le navirp, disparurent, et l’on vit voltiger un petit pétrel bleu, qui ne s’était point encore montré.
- Le 7 décembre, on arriva en contact avec la grande banquise que traversèrent Y Astrolabe et la Zélée. Il y avait dans ces parages un nombre immense de grosses baleines, dont la capture paraissait facile, et le pétrel bleu avait cédé la place à des légions de pétrels blancs. Les morses étaient devenus très rares, et tous portaient des traces d’énormes égratignures et de profondes blessures. Cette circonstance curieuse a été souvent remarquée sans
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- que l’on en ait pu découvrir la cause. À partir de ce moment le capitaine se décida à suivre la route tracée par 1 ’hrèbe et par la Terreur. On tua un morse très curieux, qui avait un cou très large et sur lequel on ne put retrouver aucune trace d’oreille.
- C’est après avoir louvoyé pendant trente-huit jours à travers le Pack que l’Antarctique franchit le dernier et arriva dans la mer libre qui se trouvait au nord. Le 16, ils étaient en vue du cap Adair, dans la Terre Victoria; ce cap, qui s’élève à une hauteur d’environ 1200 mètres au-dessus du niveau de l’Océan, est formé de roches basaltiques. Aussi loin que la vue pouvait s’étendre, l’intérieur de la région était semé de pics complètement couverts de glace et de neige. Quelques-uns avaient une altitude de 300 à 400 mètres. Un d’eux, haut de 2500 mètres, faisait exception. La neige était fondue par suite d’une action volcanique récente qui avait réchauffé l’intérieur de la terre.
- Le 18 janvier, les voyageurs arrivent en vue de l’île Possession où James Ross a planté, il y a cinquante-quatre ans, le drapeau britannique. Elle est toujours habitée par d’incroyables multitudes de Pingouins, qui ont accumulé une couche épaisse de guano, sur une suiface de 150 hectares. Le 20 février, ils recommencent leur route vers le pôle. Le 22, ils découvrent un nouveau cap qu’ils nomment cap Oscar, en l’honneur du roi de Suède et Norvège. Le 23, ils parviennent au 74e parallèle. Mais, ne voyant plus de haleines, ils sont redescendus vers le nord pour essayer de débarquer au cap Adair. Ils réussirent sur une péninsule s’avançant dans l’Océan au nord d’une baie de grande dimension où pénétra Y Antarctique. Ils étaient les premiers êtres humains étant parvenus à mettre le pied sur le grand continent austral, dont la surface paraît double de celle de toute notre Europe. Ils ont trouvé des nids de pingouins jusqu’à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, et recueilli des échantillons de la roche, qui renferme un nombre assez considérable d’espèces minérales distinctes, pour qu’on soit assuré de découvrir des espèces utiles à l’industrie humaine. Les glaciers de la Terre Victoria ressemblent à des palais de fées. Ils sont formés de glace si transparente et si pure que les regards des hommes paraissent indignes de les contempler. Leurs sommets diaphanes et leurs lianes d’un blanc éblouissant, leurs cavernes d’un azur sombre, et l’écume des vagues se déferlant avec fureur sur les assises inébranlables qui forment leurs bases, constituent un spectacle dont rien ne saurait peindre la majesté et la grandeur.
- Le minimum thermométrique constaté pendant cette croisière n’a été que de 4° au-dessous de zéro. Le maximum s’est élevé jusqu’à 8° au-dessus à l’ombre. Cette température est notablement supérieure à celle qui régnait plus au nord dans le Pack, où elle était de 2° à 3° au-dessous de zéro. Des végétations cryptogamiques ont été recueillies dans les environs du cap Adair. Il est à présumer qu’on rencontrerait dans l’intérieur des végétaux et même des animaux sur la nature desquels nous n’avons aucune idée, et qui diffèrent autant des êtres organisés connus que s’ils vivaient à la surface de la planète Mars ou de la planète Vénus. La pression atmosphérique est élevée, et le régime des vents parait anti-cyclonique. 11 est donc à présumer que l’hivernage sera facile. Avec des traîneaux et des chiens on atteindra un pôle magnétique, qui paraît se trouver à 500 kilomètres vers le sud et dont le voisinage promet assurément des observations extraordinairement intéressantes. 4V. de F.
- LES MATIÈRES ALBUMINOÏDES VÉGÉTALES
- M. E. Fleurent, chef du laboratoire dechimie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers, vient de présenter à la Faculté des sciences de Paris deux thèses très intéressantes pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques. Le jury était formé de M. Friedel, président, MM. Bouty et Schützenberger examinateurs. La première thèse se rapportait à des recherches sur la constitution des matières albuminoïdes extraites de l’organisme végétal. On sait que ces matières jouent dans l’élaboration des tissus organiques un rôle prépondérant, et que l’étude de la biologie est liée directement à la connaissance de leurs propriétés. La méthode employée par M. Fleurent est la méthode indiquée par M. Schützenberger, et qui consiste à hydrater les matières protéiques en vase clos au moyen de la baryte. Le réactif peut être facilement éliminé à la lin de l'opération, et l’analyse des produits de dédoublement est ainsi rendue plus facile. Des travaux longs et difficiles ont permis à M. Fleurent d’établir nettement la constitution de ces matières protéiques végétales, et le jury d’examen a vivement félicité l’auteur de ce travail remarquable. La deuxième thèse, propositions données par la Faculté, consistait en des mesures des températures ‘d’ébullition et en l’application à quelques corps purs pris dans la série aromatique. J. L.
- IA DISTRIBUTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- DANS L’USINE HENRION, A NANCY
- Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises1 des avantages que présentent les distributions d’énergie électrique dans les usines, non seulement pour l’éclairage, mais également pour la force motrice et applications diverses. Nous pouvons aujourd’hui mentionner encore un autre exemple intéressant. 11 s’agit des ateliers de construction de M. F. Henrion établis à Nancy.
- L’installation comprend une machine à vapeur horizontale à condensation de 150 chevaux à la vitesse angulaire normale de 75 tours par minute, commandant par courroie une dynamo d’une puissance de 105 kilowatts à la différence de potentiel de 110 volts à 380 tours par minute. Le régulateur du moteur à vapeur et le réglage de la machine dynamo sont combinés de telle sorte que le voltage reste constant pour des variations très brusques de charge de 100 watts à 120 kilowatts. De la salle des machines partent des conducteurs qui traversent les ateliers et fournissent partout la distribution de l’énergie électrique. Celle-ci, en outre des lampes à arc et à incandescence destinées à l’éclairage, alimente un grand nombre d’appareils divers d’utilisation. Nous trouvons d’abord une pompe centrifuge commandée par un moteur électrique de 15 ampères. Cette pompe prend l’eau de la condensation de la machine à vapeur, la fait écouler pour la refroidir et la ramène ensuite à la machine. Dans l’usine même nous trouvons ensuite des moteurs électriques de 71,5 et
- 1 Yoy. n° 1156, du 27 juillet 1895, p. 129.
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- de 24,2 kilowatts pour les essais des dynamos, un moteur de 60 kilowatts pour actionner des transmissions, un moteur de 6,6 kilowatts pour commander une scie à ruban, et divers autres moteurs pour actionner des scies circulaires, des scies à rubans, et des ventilateurs de toutes puissances. Nous mentionnerons aussi des appareils électriques à chauffer les tôles, des fers à souder et des chaufferettes électriques qui servent aux ouvriers pendant l'hiver, sans oublier la distribution électrique de l’heure dans toute l’usine. Comme on le voit, l’énergie électrique est utilisée pour une série d’applications des plus intéressantes et qui rendent les plus grands services.
- Nous ne pouvons insister sur tous ces appareils qui demanderaient de longues études; mais nous voulons donner en particulier la description d’une grue électrique qui est utilisée pour les transports et manœuvres dans l’usine.
- Cette grue, que représente notre figure, est installée dans les ateliers et peut se déplacer sur une longueur de 80 mètres. Ellea une llèche de 5 mètres, qui peut tournerau tour de son axe. Elle peut donc desservir une largeur de 10 mètres.
- Deux moteurs électriques commandent respectivement les mouvements de translation et de levage. Le moteur placé à l’arrière sur le chariot, d’une puissance moyenne de 2 kilowatts, tourne à une vitesse angulaire de 600 tours par minute, et actionne deux engrenages intermédiaires, qui sont recouverts dans notre dessin. Le dernier engrenage met en marche une roue dentée qui est montée sur une tige longitudinale placée dans toute la longueur de la grue. Cette tige porte, à l’avant et à l’arrière, deux vis tangentes qui agissent sur les roues motrices, et celles-ci, tournant à 80 tours par minute, se déplacent sur un monorail que l’on aperçoit sur notre dessin. La grue est guidée à la partie supérieure par un galet qui glisse entre deux fers longitudinaux. L’énergie électrique est amenée de la machine par deux fils nus posés sur isolateurs, et la prise de courant se fait par des frotteurs. Le mouvement de levage est obtenu à l’aide d’un second mo-
- teur électrique que l’on peut voir dans la figure à la partie supérieure de la grue et s’appuyant d’un côté sur la llèche. Ce moteur, d’une puissance de 5,5 kilowatts, commande par engrenages et vis sans fin un tambour de treuil sur lequel s'enroule une chaîne portant à son extrémité un crochet pour suspendre les objets à déplacer. Un commutateur-rhéostat placé à côté du moteur du chariot permet de graduer à volonté la vitesse de déplacement et d’obtenir la marche en avant ou en arrière par l’inversion du courant dans les inducteurs. Le moteur du mouvement de levage est réglé par un rhéostat spécial placé sur la colonne de la grue. Les balais des moteurs sont en charbon et à calage constant. La descente ne peut s’effectuer trop rapidement, car le moteur, devenant alors génératrice, forme frein.
- Voici quelques chiffres sur les conditions de fonctionnement de cet intéressant appareil. A vide, à 110 volts, le moteur commandant le mouvement de translation prend une intensité de 20 ampères au démarrage et de 10 ampères en moyenne pour une vitesse de déplacement de 17 mètres par minute. Dans les mômes conditions le moteur du mouvement de levage consomme
- Vue d’ensemble d’une grue électrique de six tonnes installée dans les ateliers de M. F. llenrion, à Nancy.
- 12
- démarrage
- ampères au et se
- maintient ensuite à 5,5 ampères. La chaîne effectue son mouvement de descente à la vitesse de 2,16 mètres par minute. Avec une charge de 2190 kilogrammes, l’intensité moyenne prise par le moteur du mouvement de translation est de 10 ampères si la flèche est dans le même plan que le corps de la grue, et de 18 ampères si la position de la flèche est perpendiculaire à celle du corps de la grue. Avec la meme charge, le moteur de levage consomme 27 ampères et fait déplacer la chaîne à la vitesse de lra,60 par minute.
- Telles sont en résumé les principales dispositions d’une usine où l’énergie électrique est utilisée pour les applications les plus diverses, éclairage, force motrice et chauffage. Ajoutons que ces différentes installations ont donné les résultats les plus satisfaisants au point de vue de la commodité, de la facilité des manœuvres et de l’économie. J. Laffargue.
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- CONSTRUCTION DES FERMES DE FER DU PAL US DES MACHINES
- I)E l’exposition DE GENÈVE
- Fig. 1. — Une des douze fermes de fer du Palais des Machines en construction à Genève, pour une salle de 13 200 mètres carrés.
- (Exposition de 1896.)
- Le Palais des Machines de l'Exposition de Genève qui se prépare pour l’année 1890, formera une vaste salle présentant une superficie de 15 200 mètres carrés ; l’ossature en est constituée par un système de douze grandes fermes reposant chacune sur quatre piliers métalliques par l’intermédiaire de tourillons en acier espacés entre eux de 25, 58 et 25 mètres ; au laitage, élevé de 25 mètres au-dessus du sol, il n’existe aucune jonction des deux moitiés de la ferme; l’intervalle de 8m,25 qui existe entre elles constitue une lanterne d’aérage, d’une longueur de 150 mètres, couverte en tôle d’acier cintrée.
- Les fermes, qui ont une portée totale de 88 mètres, sont formées de deux demi-fermes équilibrées sépa-
- rément : chacune de celles-ci est en effet portée par deux piliers, l'un, d’une hauteur de 12 mètres,
- placé à son extrémité extérieure, 1 autre, d'une hauteur de 15 mètres, à une distance de 25 mètres du premier.Les portions de ferme qui se trouvent en en-corbellement au-dessus de la travée centrale et qui soutiennent le lanterneau sont équilibrées par les parties complémentaires reposant sur les deux piliers dont nous avons parlé.
- Les douze fermes sont écartées entre elles de 14m,50, sauf les deux extrêmes, dont l’écartement est de 9™,50 seulement; elles sont entretoisées par dix-huit pannes en treillis ; ces pannes sont contre-ventées dans chaque intervalle de deux fermes par
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- deux longerons également en treillis, parallèles à la direction des fermes et supportant des fers T qui reçoivent les chevrons en Lois de la couverture.
- L’ensemble de cette construction est remarquable par son extrême légèreté qui, toutefois, n’exclut pas une solidité à toute épreuve; la charpente a été calculée pour résister à l’effort maximum résultant des actions du vent et de la neige.
- Le projet est l’œuvre de M. Edvv. AV. Phelps, architecte de l’Exposition; la charpente a été exécutée par la maison Théodore Bell de Kriens-Lucerne. Le métal employé est exclusivement de l’acier doux ; son poids total est de 500000 kilogrammes.
- Les éléments de charpente sont amenés des atc- ‘ liers de la maison Bell ajustés et prêts au montage, saufles grandes pièces qui sont divisées en tronçons que l’on assemble sur le chantier, afin de faciliter le transport. Le travail du levage et de la mise en place est subdivisé en trois phases : 1° levage des piliers qui supportent la demi-ferme; 2°levage delà portion de ferme qui repose sur ces piliers ; 5“ levage de la partie en portc-à-faux. Ces diverses opérations sont effectuées au moyen de deux échafaudages montés sur des galets de roulement et se déplaçant parallèlement à l'axe du bâtiment. On a commencé par le montage de toutes les demi-fermes formant la moitié de la charpente sur toute la longueur; puis, déplaçant parallèlement les échafaudages, on a procédé au montage du second système de demi-fermes.
- L’échafaudage qui correspond aux travées des has-côtés a une hauteur de 12 mètres, celui de la partie centrale est élevé de 19 mètres; chacun d’eux est muni à sa partie supérieure de plates-formes inclinées et en gradins suivant la pente de la toiture. Toutes les manœuvres sont faites de la partie supérieure des échafaudages au moyen de grues pivotantes avec voies de roulement dans les deux sens, longitudinal et transversal.
- Le montage, dirigé par M. Lampugnani, ingénieur de la maison Bell, s’effectue en moyenne à raison de trois journées et demie de travail effectif pour monter une demi-ferme avec tous ses accessoires, ce qui équivaut à une surface couverte de 038 mètres carrés. La charpente, commencée le 22 avril, doit être terminée le 1er septembre 1895; il y a tout lieu de croire que le travail sera accompli dans ce laps de temps relativement restreint, eu égard à son importance, la première moitié ayant été exécutée avec une avance de quinze jours sur le délai prévu. Pierre Munier,
- Ingénieur E. C. P.
- [/ASSOCIATION FRANÇAISE
- pour l’avancement des sciences a bordeaux 24e SESSION. ------------ AOUT 1895
- fl y a vingt-quatre ans, près d’un quart de siècle, l’Association française pour l’avancement des sciences tenait à Bordeaux sa première session. Fondée par un groupe de
- savants et patriotes ayant la patrie pour but, la science pour moyen, le passé pour leçon, l’avenir pour espérance, la Société naissante avait été sollicitée par une municipalité dont les aspirations répondaient à celles de ses membres. Le succès fut considérable. Le Congrès, présidé par de Quatrefages, réunit du premier jour un nombre considérable d’adhésions.
- Depuis cette époque déjà lointaine, l’Association française, l’Afas, comme on l’appelle communément, a grandi et prospéré. Parcourant d’année en année la France presque entière, elle a semé les germes d'une moisson superbe. De quelques centaines de membres, au début, elle est arrivée à grouper plus de 4000 adhérents. Son capital modeste a grossi et atteint aujourd’hui le chiffre de 1 200 000 francs. Près de 400 000 francs de subventions pour de jeunes savants peu fortunés, pour des recherches ou missions scientifiques, ont été distribués dans cette période. L’Association scientifique est venue il y a dix ans fusionner avec l’Association française.
- À vingt-quatre ans de distance Bordeaux a sollicité l’honneur de renouveler le cycle de nos Congrès périodiques et de fêter les noces d’argent de l’Afas. Que de disparus, hélas ! dans la phalange scientifique depuis cette première réunion’ Mais que de recrues nouvelles, éléments d’une prospérité croissante ! Comme autrefois la ville nous accueille par la voix de son maire, M. Daney, avec une cordialité chaude, une expansion toute méridionale, et l’on sent que ces témoignages sympathiques sont vraiment l’élan du cœur.
- M. Trélat, élu président pour 1895, comme membre de la section d’hygiène, a retracé, dans son discours, ce passé lointain, ces débuts timides et audacieux tout à la fois et cette prospérité de notre Société. Puis il a, dans un tableau pittoresque, indiqué le rôle de l’hygiéniste dans la société moderne, les bienfaits de la salubrité envisagée dans son expression la plus large.
- Le nombre des membres a été plus considérable que les années précédentes, plus de 800 membres sont accourus des divers points de la France pour renouer en Gascogne les traditions et les connaissances du premier congrès. La ville est du reste tout en fête : d’autres congrès y siègent en même temps que nous, congrès de la protection de l’enfance, congrès de neurologie, congrès de médecine. Ajoutez l’attrait de la coquette exposition organisée par la Société philomathique ; le jour et le soir les promeneurs y affluent et le succès sera celui des expositions précédentes. Ce sont en effet les seules expositions qui aient clôturé avec un excédent de recettes sur les dépenses. Mercredi 7 août, 200 membres de l’Afas ont fait une excursion dans le Médoc. 150 partiront à la fin de la session pour Arcachon, Biarritz, Saint-Sébastien, Bilbao. N’oublions pas de mentionner une excursion dont on parle beaucoup et qui aura, je crois, un joli succès, si le temps, peu favorable à l’heure où je vous écris, veut bien se mettre de la partie. C’est une excursion à bicyclette pour aller de Bordeaux visiter les grands ponts de Cubzac. L’année dernière un des nôtres, le l)r Cliampionnière, nous faisait une conférence fort éloquente sur les avantages de cette merveilleuse machine ; aujourd’hui c’est la mise en pratique de ses conseils.
- Pour cette petite promenade, comme pour les grandes excursions, pour les réunions et les conférences, pour l’organisation de tout ce congrès, les Bordelais n’ont rien épargné et nous devons les remercier tous cordialement dans la personne de l’aimable secrétaire du comité local, le professeur Bcrgonié. A. Caiîtaz.
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- La -variole à Marseille. — D’après une statistique communiquée par M. le professeur Proust au comité consultatif d’hygiène de France, il y aurait eu, durant les six premiers mois de 1895, à Marseille, cent soixante-quatorze décès occasionnés par la variole. Cette ville se compose de quatre cent six mille habitants, soit quatre décès pour dix mille habitants. Pendant la même période, à Paris, dont la population est de deux millions quatre cent vingt-quatre mille habitants, il n’y a eu, suivant notre ami A.-J. Martin, que dix décès dus à la même cause, soit quatre centièmes pour dix mille habitants. Cette comparaison comporte en elle-même son enseignement. Tandis que la vaccination et la revaccination sont pratiquées d’une façon régulière et sérieuse à Paris, et que la population met de l’empressement à répondre à l’appel de l’administration, il semble qu’à Marseille l’organisation du service de la vaccination est défectueuse, ou que la population cosmopolite dédaigne de profiter des moyens qui lui sont offerts de se protéger efficacement contre une maladie qui ne devrait plus faire qu'exccptionnellement des victimes. Le maire de Marseille est un médecin, M. le docteur Flaissières. Ace double titre, il a le devoir de prendre des mesures pratiques C
- Captures de Saumons de Californie en Bretagne. — Il y a quelques semaines, on pouvait lire, aux échos de plusieurs journaux quotidiens, la nouvelle de la capture d’un Saumon de Californie (S. Quinnat), mesurant lm,42 de la tète à la naissance de la queue, dans l’étang de la filature de Landernau. Quelques renseignements complémentaires intéresseront sans doute ceux de nos lecteurs qui s’appliquent à l’élevage de ce Salmonidé américain. Ce magnifique Saumon s’était développé dans la rivière l’Elorn où l’avait placé, en nombreuse compagnie, M. Belhommet, maire de Landerneau, qui avait obtenu ces alevins de l’Aquarium du Trocadéro. Ce Saumon, nous écrit M. Rougeon, auquel nous devons ces renseignements, était un mâle, car il avait encore de la laitance. Il a été trouvé délicieux comme chair, même supérieur aux autres Saumons. Nous regrettons de n’avoir pu être fixé sur la couleur de sa chair. Cette capture fut suivie d’ailleurs de celle de trois autres S. Quinnat, mais ceux-ci ne mesuraient que 0m,45 et 0m,45. Notre correspondant conclut, et nous concluons avec lui, que ces Salmonidés semblent être les produits d’une reproduction déjà commencée. Vers la même époque le dévoué Président de la Société des Pêcheurs à la ligne du canton de Moret-sur-Loing, M. Van Stcene, nous écrivait que le conducteur des ponts et chaussées de Montereau lui avait fait savoir qu’il avait été pris dans la ville même de Montereau un Saumon de Californie pesant 5 à fi kilogrammes (5 avril). Nous ne pouvons que nous réjouir de ces captures, qui nous prouvent l’heureux développement du S. Quinnat dans nos eaux, en même temps que l’excellence de sa chair. Ces faits viennent grossir les résultats obtenus par l’Aquarium du Trocadéro dans l’acclimatation et la reproduction en France du Salmo Quinnat, poisson dont la qualité l’emporte de beaucoup sur la truite arc-en-ciel; n’étaient les difficultés que l’on éprouve à se procurer des œufs ou des alevins de Saumons de Californie, nous sommes persuadés que depuis longtemps déjà les pisciculteurs auraient abandonné l’élevage de la truite arc-en-ciel, pour se consacrer essentiellement à la reproduction du Saumon de Californie.
- 1 D’après la Gazette de médecine et de chirurgie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 août 1895. — Présidence de M. Maret.
- Nouveau microscope à la lumière réfléchie. — M. Fré-mont a imaginé une disposition nouvelle du microscope permettant d’éclairer les objets sur le porte-objet de l’appareil, avec de la lumière réfléchie. L’inventeur envoie dans le tube du microscope la lumière d’une source lumineuse placée latéralement. Cette lumière, après réflexion sur un petit miroir sphérique, est renvoyée sur l’objectif, qu’elle traverse, et vient éclairer vivement l’objet sur le porte-objet. L’image se forme ensuite dans les conditions ordinaires ; elle est vue par un tube qui ne laisse pas arriver, dans son intérieur, la lumière d’éclairage, afin de ne pas diminuer l’éclat de l’image. Ce tube traverse le miroir sphérique, qui d’ailleurs peut glisser de manière à concentrer toujours la lumière sur la préparation et à permettre l’emploi des forts grossissements. M. Marey estime que ce perfectionnement est extrêmement intéressant parce qu’il paraît devoir fournir des moyens d’action nouveaux à la chronophotograpbie. En effet, s’agit-il de suivre les mouvements de progression d’un objet très petit, par exemple le mouvement d’un globule sanguin dans les vaisseaux, on n’a d’autre ressource que de prendre des images à des intervalles connus sur des plaques photographiques différentes. Le rapprochement des plaques permet ensuite la détermination du mouvement. Le nouvel appareil permettra sans doute d’obtenir sur une plaque fixe les positions successives d’un même corps, celui-ci étant lumineux sur champ obscur, condition qu’il n’était possible de réaliser qu’avec un éclairage par réflexion.
- Varia. —M. Lechatellier développe des considérations sur la mesure des températures de fusion et d’ébullition des métaux. — M. Lefrançais annonce qu’il a inventé un système de signaux propres à rendre évitables les collisions des vaisseaux en mer. — L’Académie enregistre la découverte de dérivés potassiques du quinone et de l’hy-droquinone; elle reçoit la nouvelle de l’apparition, le 5 août dernier, à 10 heures du soir, sur les côtes du Calvados, d’un arc-en-ciel produit par la lumière de la lune. Ce phénomène a déjà été observé et décrit sous le nom d’arc-en-ciel blanc. Sa durée a été de huit à dix minutes; les couleurs, au dire de l’observateur, étaient fondues. Cu. de Villedeuil.
- PROPRIÉTÉS DE IA NEIGE CÀRRONIQUE
- M. P. Yillard a exposé, dans une des dernières séances de la Société d’encouragement, les résultats des expériences qu’il a faites sur l’acide carbonique solide, en collaboration avec M. R. Jarrv. L’acide carbonique cristallisé fond à— 57° sous une pression 5atm,l. Ce point de fusion a été déterminé au moyen d’un thermomètre à toluène plongé dans l’acide carbonique fondant ; ce dernier était contenu dans un tube de verre protégé contre le rayonnement par un revêtement métallique et des enceintes convenables. Les cristaux d’acide carbonique sont sans action sur la lumière polarisée. Le point d’ébullition de la neige carbonique sous la pression ordinaire, c’est-à-dire la température qu’elle prend d’elle-mème, quand elle est exposée en vase ouvert, a été déterminé également avec un thermomètre à toluène protégé avec soin contre le rayonnement. Ce point d’ébullition est situé à — 79°, et
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- LA NATURE.
- à cette température la vapeur émise possède une force élastique précisément égale à la pression de l’atmosphère, conformément aux lois de l'ébullition. Il est donc impossible d’admettre la température de — 00°, antérieurement proposée, à laquelle correspond une force élastique de vapeur d’environ 4 atmosphères.
- Contrairement à une opinion très répandue, l’éther ajouté à la neige carbonique n’en abaisse pas la température. Quelle que soit la manière dont on fait le mélange, la température minima est — 79° ; elle n’est atteinte que s’il y a excès de neige, et l’effet thermique, d’ailleurs très faible, du à la dissolution de l’acide carbonique, ne peut se manifester dans les conditions ordinaires. Le froid obtenu est dû à ce que la neige est froide et qu’elle tend à se maintenir à son point d’ébullition; par suite elle ramène à ce point le liquide qui l’entoure.
- Le chlorure de méthyle agit tout autrement : la neige s’y dissout sans dégagement gazeux à partir de — t‘*5°, et, au moment de la saturation, le thermomètre marque — 85°, température inférieure à celle du plus froid des corps employés. On a ainsi un véritable mélange réfrigérant, comparable au mélange d’azotate d’ammoniaque et d’eau. Aussi tout excès de neige est-il nuisible et tend à réchauffer le mélange.
- Le protoxyde d’azote liquide a été essayé sans succès comme dissolvant de la neige carbonique.
- Dans le vide !a température de la neige carbonique s’abaisse facilement à — 125° et ce froid peut être maintenu très longtemps avec peu de matière. Ce résultat est peu difièrent de celui qu’avait obtenu M. I’ictet en 1877. L’auteur conclut de cette dernière expérience qu’il est facile d’arriver à liquéfier l’oxygène sans autre réfrigérant que la neige carbonique et avec les ressources ordinaires d’un laboratoire, ce qui permettra d'atteindre sans difficulté de très basses températures.
- de javelot garni d’artifices incendiaires sur toute sa longueur et tout son pourtour. Elle était, de plus, armée d’une forte pointe de fer, laquelle lui permettait de se planter, en son point de chute, sur la charpente d’une maison, par exemple.
- Les lecteurs de La Nature1 savent déjà que les anciens prenaient pour enveloppes de leurs bombes primitives des vases de terre cuite ou de verre, satisfaisant à l’unique condition d’être essentiellement fragiles. La charge se composait de matières inflammables, — poix et résine ou poix et charbons incandescents, — liquides incendiaires, morceaux de fer rouge, serpents venimeux ou scorpions, plantes vénéneuses, sels métalliques à vapeurs méphitiques, matières animales en putréfaction, etc. Ainsi chargée, la bombe était projetée par une pièce d’artillerie névro-balistique. Au point de chute, l’enveloppe fragile — flacon de verre ou poterie — de la bombe se brisait... et la charge était mise en liberté.
- Ces descriptions, tirées des auteurs grecs et latins, n’ont jamais été, que nous sachions, confirmées par des découvertes archéologiques. Fort heureusement, l’on ne saurait en dire autant des projectiles de plomb que lançaient les frondeurs crétois, baliares ou autres; on a rencontré bon nombre de ces glandes plumbeœ un peu partout : au Pirée, dans l’ile de Rhodes, à l’intérieur de l’Acropole d’Eleusis, etc. Ces balles sont précieusement conservées dans des collections particulières — comme celle du cabinet Durand — et dans divers musées, notamment ceux de Râle, de Saint Germain et du Louvre.
- La collection des balles de fronde exposées au Musée du Louvre se compose de trente-six projectiles d’un poids variant de trente à ce n t-v i ng t-hu it grammes. Celui que nous représentons ci-dessus en pèse cent-vingl-six. De ces balles dix-huit sont anépigraphes ; quatre se distinguent par des légendes latines dont voici un spécimen :
- Balle de fronde en plomb conservée au Musée du Louvre.
- CAESAR. 1MP.
- PROJECTILES ANTIQUES
- BALLES DE FRONDE
- Considérées au point de vue de la nature du projectile, les antiques pièces d’artillerie — névrotone ou à ressorts métalliques — se classaient en oxybèles, — c’est-à-dire lançant des traits à pointe aiguë, — et lithoboles, celles-ci projetant des boulets de pierre, des quartiers de roc et autres corps pesants. Il y avait, d’ailleurs, des polyboles se prêtant, à volonté, au jet des pierres ou des poutres armées de fers de lance.
- Parmi les projectiles incendiaires en usage dans l’antiquité, il convient de citer le malléole, la falarique et la bombe.
- Les Latins donnaient le nom de malleolus à un trait de gros calibre garni, vers le milieu de sa tige, d’une espèce de cage ellipsoïdale, formée de bandelettes de fer. L’intérieur de cette cage, qui donnait au trait considéré l’apparence d’une quenouille, était bondé d’étoupes trempées dans le soufre et le bitume. Après avoir mis le feu à ces matières, on lançait le projectile en ne lui imprimant qu’une faible vitesse, afin de ne point provoquer l’extinction de l’artifice du fait d’une trop grande rapidité de son parcours de la trajectoire.
- La falarica était également un gros trait, une espèce
- Treize autres, fort intéressantes, portent des inscriptions grecques : exclamations belliqueuses, noms des chefs militaires qui les ont fait frapper, désignation des peuples dans l’armée desquels servaient les frondeurs, etc.
- La balle de plomb dont nous donnons ici la figure pèse, avons-nous dit, 12G grammes. Elle porte d’une part la lettre A, initiale du mot ’AGrjvatwv, et, d’autre part, l’exclamation : Atpa, du sang!... C’est la balle d’un frondeur athénien qui veut mal de mort à l’ennemi.
- D’autres inscriptions expriment des dispositions d’esprit un peu plus calmes. "Htcç crfaa, lit-on, par exemple ; ce qui, par paraphrase, signifie : Va, balle de plomb!... quelle que puisse être ta destinée!... au petit bonheur!...
- On remarquera enfin, sur quelques-uns de ces petits projectiles du Louvre, le dessin d’un objet symbolique : une palme, une foudre, une pointe de lance, etc.
- Voilà certes des documents précieux au point de vue de l’intérêt qu’offrirait la publication d'une histoire complète de l’Artillerie antique. L‘-colonel Hennebert.
- 1 Voy. n° 1093 du 12 mai 1894, p. 571.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanuieh
- Paris. — Imprimerie Laiiuke, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1100. — 24 AOUT 1805.
- LA NATU11E.
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- L’HEURE EN CHINE
- TAR LE SOLEIL, i/eAU ET LE FEU
- L’antique civilisation chinoise a connu diverses manières de mesurer le temps. L’astronomie qui, en Chine, joue un rôle si prépondérant et d’après laquelle sont réglés les actes de la vie publique ou privée, a nécessité la recherche d’instruments capables de mesurer, non sans précision, la marche des astres.
- Ce furent nécessairement les éternels moyens naturels qu’on employa. Le soleil, l'eau, le feu ont été dès la plus haute antiquité leurs agents chronométriques et ce n’est que dans nos temps modernes et d’une façon accidentelle qu’ils s’occupèrent d’horlogerie mécanique. Nous allons indiquer comment étaient constitués les divers instruments qui leur ont servi et quel rôle ils ont joué dans leurs mœurs.
- Mais avant de dire comment ils mesuraient le temps il nous faut étudier comment ils le divisaient. Dès le règne de l’empereur Yao, l’an 2337 av. J.-C.1,
- 1 e s astronomes chinois savaient reconnaître les deux équinoxes et les deux solstices pour la longueur des jours et des nuits, diviser l’année en 4 saisons et fixer sa durée à 365 jours et 6 heures, laquelle tous les quatre ans devait comprendre 366 jours entiers. Ils partageaient leurs jours en 12 parties plus ou moins égales et correspondant par conséquent à deux de nos heures; leurs heures étaient elles-mêmes divisées en parties nommées kés. Chaque ké avait 100 minutes et chaque minute 100 secondes. Les 12 parties de la journée se composaient de 6 heures de jour
- 1 Girard. — France et Chine.
- 43e auuée. — 2a semestre.
- et 6 heures de nuit; les 6 heures diurnes étaient du lever au coucher du soleil et les 6 nocturnes du coucher à son lever. Le jour civil commençait à minuit et finissait le lendemain à la même heure.
- Les Chinois employaient 12 caractères qui sont les signes de leur zodiaque pour marquer les 12 mois de l’année, les 12 jours de leur division lunaire, et les 12 heures du jour. Cette même division du temps a été de Chine importée au Japon. Au xvne siècle, sous l’inlluence des missionnaires Jésuites et
- en particulier du Père A. Schall, les Chinois adoptèrent la division du jour en 24 heures, de l’heure en 60 minutes, et de la minute en 60 secondes.
- Des instruments horaires, le gnomon a été celui que les Chinois ont le plus employé pour leurs observations :
- « L’an 104 av. J.-C., dit le Père Soucie!,1, Sse-ma-tsien indiqua plusieurs préceptes d’astronomie. Ho-hia-hong, savant chinois, prit le plus de part à ce travail. Ou se servait d’un gnomon de huit pieds pour observer les saisons, et par le moyen d’une horloge à eau on marquait l’intervalle du temps entre le passage d’une étoile par le méridien, etc. » Leur gnomon était en principe un bâton, un obélisque, une aiguille ou tout autre objet vertical qui montrait, par son ombre, la marche du soleil; et l’horloge ou cadran solaire tracé comme il convient ne leur fut indiqué que par les missionnaires. Ceux-ci en trouvèrent, il est vrai, de très anciens mais dont ils purent à peine comprendre l’usage, et dans la relation de l’ambassade de la Compagnie orientale des provinces unies vers l’Empire de la Chine, en 1665, on lit : « 11 y en a aucuns qui se mêlent de
- 1 P. Souoict. — Al.rcgé de Y Astronomie chinoise.
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- Clepsydre chinoise de Canton du quatorzième siècle. (D’après une photographie.)
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- LA N AT LU K.
- l'aire quelques horloges solaires, mais ils ont si peu de succès que c’est une pitié. »
- Les Chinois s’occupèrent plus particulièrement des clepsydres ou horloges à eau. Certains auteurs font remonter l’invention des clepsydres à Hoang-ti, qui commença à régner l’an 2098 av. J.-C. C’est cet empereur qui fit fondre 12 cloches correspondant aux 12 lunes, pour indiquer les saisons, les mois, les jours et les heures. D’autres attribuent cette horloge primitive au règne d’Yao, l’an 2557 avant notre ère. Le Père Gaubil, à qui nous empruntons les renseignements suivants, dit : « Dans le Tchou-li, livre plus ancien que les Han, lesquels commencèrent à régner 202 ans avant J.-C., et qui traite des coutumes et des cérémonies, il est dit : qu’on soit fort attentif à marquer les révolutions de la planète Jupiter, et on ordonne qu’on divise le temps de la nuit en intervalles, qu’aux intervalles marqués il y ait des gens qui en avertissent en frappant sur des planches de bois et que ce soient des horloges d'eau qui mesurent le temps de ces intervalles. »
- Les anciens interprètes parlent1 d’un grand bassin creux où on voyait des divisions qui indiquaient les heures et leurs parties. On tenait toute la nuit des feux ou lampes allumés pour voir ces divisions. Au-dessus était suspendu un vase d’où l’eau coulait dans le bassin, et l’on savait que dans un espace de temps déterminé, l’eau montait dans le bassin à une hauteur déterminée.
- Sous la dynastie des Tchéou (1122 à 225 avant notre ère), il y avait à la cour un fonctionnaire appelé Sié-hou-ché qui avait pour mission spéciale de régler les clepsydres. Le duc de Tchéou, frère cadet de You-ouang, premier souverain delà famille précitée, personnage semi-historique, paraît, d’après les Chinois, avoir été le premier à entourer l’instrument d’eau chaude fournie par un fourneau placé à coté, pour l’empêcher de geler en hiver. Ces clepsydres consistaient en deux bassins de cuivre disposés l’un au-dessus de l’autre. Avec le temps, les clepsydres furent perfectionnées et se composèrent de quatre vases ; les tuyaux par lesquels partait l’eau étaient des gueules de dragons ou autres animaux.
- Des auteurs chinois du sixième siècle parlent d’une clepsydre dont l’eau s’écoulait graduellement par le bec d’un oiseau et tombait dans un récipient placé sur une balance : une livre représentait un ké. À peu près à la même époque on commença à se servir de mercure au lieu d’eau, ce qui rendait inutile l’emploi de l’eau chaude l’hiver. Ce fut vers l’an 164 de notre ère que les Chinois construisirent des clepsydres astronomiques composées d’une sphère avec les signes du zodiaque, etc. L’empereur Hiouan-tsong, l’an 721 de J.-C., appela près de lui Y-hang, bonze astronome. L’histoire vante un instrument de laiton qu’il fit faire et qui lui mérita les éloges de la cour2.
- C’était l’eau qui donnait le mouvement commun du soleil et de la lune, ainsi que les occultations des
- 1 Gaubil. — Histoire des Mathématiques.
- 2 Gaubil. — L Astronomie chinoise.
- étoiles et des planètes. On y voyait, indiquée, la longueur relative des jours et des nuits, la hauteur du pôle et des étoiles vues et non vues sur l’horizon. Deux styles marquaient jour et nuit les kés et les heures. Quand le style était sur le ké, on voyait paraître contre toute attente une petite statuette de bois. Cette statuette donnait un coup sur un tambour et disparaissait ensuite. Quand le style était sur l’heure une autre statuette de bois paraissait à son tour et frappait sur une cloche; le coup donné, elle se relirait.
- La clepsydre de Canton dont nous devons la photographie à l’obligeance de M. Imbault-Huard, consul de France, est appelée T’oung-lou-ti-leou, vase de cuivre dont l’eau s’écoule goutte à goutte (Voy. notre gravure, p. 195). Elle se trouve dans un pavillon hàti sur une arche double qui traverse une rue allant de la grande porte du sud de la ville au palais du trésorier de la province. Comme celle qui existait, et qui peut-être existe encore à l’observatoire de Pékin, elle se compose de quatre vases de cuivre d’où l’eau coule de l’un en l’autre par de petits tuyaux disposés à leur base. Le vase qui repose sur le sol de la pièce a sur son couvercle en bois une espèce d’anse traversée par une règle montée sur un flotteur et sur laquelle sont indiqués les caractères des heures. Quand l’eau est écoulée, c’est-à-dire matin et soir, on la reverse dans le vase d’en haut. Il y a un petit escalier en briques qui permet au gardien d’y monter. Yoici les dimensions et la capacité des vases :
- Le 1er diamètre, 25 pouces, hauteur 25 pouces
- le 2e 22 — 21 —
- le 5e — 21 — — 20 —
- le 4e — 25 — — 19 —
- D’après la Chinese Repository, la clepsydre est surmontée par un autel dédié à Pan-kou, l’Adam chinois, qui en est regardé, on ne sait pour quel motif, comme le dieu tutélaire. A droite un autre autel : celui de la déesse Kouan-yn.
- Au commencement de chaque heure le gardien accroche à la porte de la chambre en dehors une pancarte en caractères chinois noirs sur fond blanc indiquant le nom de celles-ci. Il est en outre chargé de frapper toutes les heures sur un tambour le jour, et sur un gong la nuit, qui se trouvent dans la chambre de la clepsydre. Ce gardien occupe ses loisirs en fabriquant les bâtonnets d’encens sur lesquels sont marquéesleshcures, et augmente son modique salaire en les vendant au public et aux veilleurs.
- Les vases de la clepsydre de Canton datent de l’année 1516 de notre ère.
- « L’empereur Chim-li, qui régna de 1555 à 1567, avait dans son palais une grande armoire surmontée d’une niche appelée des « trois sages ». Au milieu de cette armoire était placée la figure d’une jeune fille qui tenait l’aiguille servant à marquer les heures du jour et de la nuit ainsi que les kés. Quand l'aiguille était sur l’heure il s’échappait une colonne d’eau. Des deux côtés se voyaient encore
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- LA MIL LL.
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- deux auges dont l’un tenait à la main une clochette et l’autre un bassin de cuivre. Quand le temps de la nuit était venu, ces deux figurines battaient les veilles chinoises conformément au temps marqué par l’aiguille; plusieurs statues, qui représentaient des lions et des aigles, étaient en mouvement sur les côtés. A l’est et à l’ouest de l’armoire on voyait la route du soleil et de la lune dans le zodiaque.
- Au-devant de la figure qui représentait les douze signes étaient six anciens immortels : à midi et à minuit ces six statues marchaient deux à deux, passaient un pont appelé le a Saint-Pont », entraient ensuite dans la niche des « trois sages » et retournaient à leur premier poste. L’empereur passait pour avoir inventé cette merveille d’art.
- Les Chinois, on le voit, ont construit des clepsydres avec automates comme les autres Orientaux, et, comme plus tard, on construisit des horloges à poids ou ressorts moteurs, dans notre Occident.
- — A suivre. — Pl.ANCHON.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- de l’école militaire de saint-cyr
- Notre grande école militaire de Saint-Cyr possède l'éclairage électrique depuis la tin de l’année 1889. Le système de distribution employé est une distribution à 2 fils à 75 volts afin de rendre toutes les lampes à arc indépendantes. Dès la fin de 1890, la puissance utile disponible était devenue insuffisante et il fallut augmenter le nombre des machines. Nous trouvons dans le numéro de juillet 1895 de la Revue du génie militaire, quelques renseignements sur l’installation complète actuelle. Celles ci comprend 5 chaudières Chaligny type locomotive, 5 moteurs pilons compound de 50 chevaux commandant chacun directement à la vitesse angulaire de 550 tours par minute une dynamo compound Sautter-Harlé et Cie de 75 volts et 500 ampères. Ces trois groupes sont distincts, mais une machine à vapeur peut être alimentée par une chaudière quelconque. A côté de chaque dynamo se trouve un tableau de distribution desservant divers circuits; ces tableaux sont munis des différents appareils nécessaires : ampèremètres, voltmètres, interrupteurs, coupe-circuits, commutateurs, etc. Au mois de mai 1895, l’éclairage était assuré par 698 lampes à incandescence de 10 bougies, 115 lampes à incandescence de 16 bougies et 74 lampes à arc, dont 26 de 6 ampères et 48 de 8 ampères. L’éclairage des salles d’étude a été obtenu par un éclairage du plafond à l’aide d’un petit nombre de lampes à arc convenablement disposées et munies d’un réflecteur qui, tout en renvoyant la lumière au plafond, en laisse passer latéralement une partie suffisante pour éclairer jusqu’aux murs à partir d’une hauteur de 2 mètres au-dessus du plancher.
- Les dépenses d’éclairage au gaz s’élevaient autrefois environ à 26 000 francs par an. La puissance lumineuse n’était que de 11 850 bougies, fournie par 1185 becs à gaz. Au contraire, après les dernières installations en 1892, les dépenses d’éclairage électrique ont été également de 26000 francs par an, mais pour une puissance lumineuse disponible de 49 560 bougies. La dépense est restée la même pour une intensité lumineuse quatre fois supérieure. J. L.
- LE SENS DES COULEURS
- La Nature a publié récemment un article de M. A. de Rochas analysant un travail de M. Hugo Magnus sur la relation qui existe entre la capacité visuelle et le degré de civilisation auquel appartient l’individu1. Je me permets, à l’appui de cette thèse, de vous signaler le fait suivant qui me paraît la corroborer absolument.
- Le peuple annamite, qui n’a atteint son degré de civilisation actuelle que depuis un nombre d’années relativement restreint, n’admet encore que cinq couleurs principales qui sont :
- Xanh.................... Vert ou bleu.
- Do......................Rouge
- Vang......................Jaune
- Trang......................Blanc
- Den.....................Noir
- Il n’y a donc qu’un seul mot pour indiquer indifféremment le vert ou le bleu, et les indigènes dont les villages sont loin des centres n’v font pas de distinction. La classe lettrée, au contraire, et les habitants des villes ayant ressenti les besoins de faire cette distinction, ont créé les mots : Bleu; Xanh da gioi, littéralement bleu comme la peau (!) du ciel, et vert; Xanh là cam, littéralement vert comme la feuille de l'oranger, et tandis que les paysans tonkinois par exemple en sont encore réduits à la seule connaissance de ces cinq couleurs primordiales, les teinturiers, les peintres et les brodeurs de ce pays ont adopté des mots différents pour toutes les nuances suivantes :
- Azur, blanc, blanchâtre, bleu, bleuâtre, brun, carmin, châtain, couleur de cendre, couleur de chair, couleur de paille, couleur de rose, cramoisi, écarlate, gris, incarnat, jaune, jaunâtre, noir, noirâtre, olive, olivâtre, orangé, pourpre, rouge, rougeâtre, vert, vermillon, violet et d’autres sans doute que j’oublie ou que j’ignore.
- A. M.lUGKlt,
- Lieutenant de vaisseau Commandant la canonnière le Moulun
- Hanoï, 28 juin 1893.
- LE PRÉHISTORIQUE
- AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE NIMES
- Les galeries du Muséum d’histoire naturelle de Nîmes, organisées par M. Stanislas Clément, président honorairede la Société d’étude des sciences naturelles, ont été solennellement inaugurées le 5 mai dernier.
- M. Clément, directeur de ce Muséum depuis 1880, a remis en état, au prix de beaucoup d'efforts et de veilles, les remarquables collections léguées ou données à la ville de Nîmes par de généreux savants : Jean-François Séguicr, de Nîmes (1793), abbé Desroches, d’Uzès (1816), l)r Pierre Amoreux, de Ileau-caire (1824), Yilliers du Terrage, préfet du Gard (1824), Philippe Mingaud, pharmacien à Saint-iean-du-Gard (1858), Jean Crespon, de Nîmes (1865). Depuis lors, d’autres personnes, etM. S. Clément lui-même, ont donné leurs collections et la ville en a acquis quelques-unes.
- Cet établissement, très bien aménagé, occupe trois étages de l’ancien Lycée, dont les salles, vastes et bien éclairées, se sont admirablement prêtées à l’installation. Quand on parcourt ces belles
- 1 Yov. n° 1145, du 11 mai 1895, p, 571.
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- galeries, on peut aisément se rendre compte des innombrables richesses qui y sont renfermées et de l’excellence de la méthode, à la fois scientifique et pratique, qui a présidé à leur arrangement. Les salles de chaque étage s’étendent sur une longueur de 58 mètres et sur une largeur de 10 mètres. Le premier étage est réservé aux collections suivantes : anatomie comparée, ethnologie, anthropologie, mammifères, oiseaux, mollusques. La première galerie de cet étage contient les portraits des donateurs-fondateurs, des naturalistes du Gard, etc., ainsi que des vitrines renfermant les publications ayant trait à l’histoire naturelle du département. Le deuxième étage comprend deux galeries : oiseaux, reptiles, batraciens, poissons, mollusques, annelés, zoophytes. Au troisième étage, trois galeries : entomologie, botanique, géologie, minéralogie, paléontologie, préhistorique.
- Inutile de décrire toutes les ressources scientifiques de cet é t a b 1 i s s ement ; disons seulement qu’il est un remarquable sujet d’études, d’autant plus intéressant que son directeur a tenu à ce que toutes les productions naturelles du département y soient représentées, et a su en former ainsi un véritable Muséum régional. Nous n’attirerons aujourd’hui l’attention des lecteurs de La Nature que sur une innovation qui n’existe encore dans aucun Muséum de province : la reconstitution d’un paysage préhistorique, très habilement exécutée par M. Clément.
- Ce paysage, qui figure au fond de la salle du troisième étage, comprend la reproduction du menhir ou pierre plantée de Congénies, celle du dolmen de la Grande Pallières, près Anduze, et l’Homme préhistorique de l’époque des dolmens semblant monter la garde près de ce dernier monument.
- L’homme des dolmens est représenté le teint hàlé, la barbe rousse. Il est couvert de vêtements en toile de lin grossière et de peaux de bêtes. On sait, en effet, que le lin était connu des populations néolithiques qui vivaient dans les stations lacustres de la Suisse et de la Savoie. Il porte un collier composé de dents d’animaux et de coquillages marins, reproduction fidèle de ceux qui ont été recueillis dans les sépultures de l’àge de la pierre polie. À sa ceinture sont passées ses armes, poignards en silex ; il
- tient à la main droite une hache en serpentine, fixée dans une gaine en bois de renne (celle-ci est emmanchée suivant les modèles (pie les fouilles des archéologues ont mis à jour) ; à la main gauche, une lance terminée par une pointe en silex.
- Un menhir renversé, de gros blocs de pierre disposés ça et là, un gai paysage peint sur les trois faces du mur qui encadre cette scène, donnent une figuration aussi exacte que possible de ce que pouvait être un paysage préhistorique. Le tout est d’ailleurs de grandeur naturelle.
- Le département du Gard est, pour l’étude des civilisations préhistoriques, un département privilégié; il est fort riche en souvenirs archéologiques et possède encore, malgré de regrettables mutilations, de nombreux monuments mégalithiques, plus de 260, d’après le récent catalogue (1805) de M. Armand Lomhard-Humas. I)e nouvelles découvertes en augmentent journellement le nombre, grâce aux patientes et minutieuses recherches des pré-historiciens du département.
- Une carte préhistorique du Gard a été dressée sous la direction de M. Gabriel Carrière, avec la collaboration des savants de la région. Elle sera publiée vers la fin de cette année. Une statistique établie par M. le docteur Pierre Pelamare accompagnera cette carte, et ce sera pour les archéologues un inventaire précieux des découvertes préhistoriques faites dans le département. Tous les âges de la nouvelle classification palethnologique, du professeur G. de Mortillet, sc sont rencontrés sans interruption dans le Gard, depuis l’époque magdalénienne jusqu’à l’époque vvabénienne. Le travail que nous annonçons renfermera donc des documents de la plus grande utilité et du plus sérieux intérêt.
- Nous devons, en terminant ce rapide exposé du préhistorique dans le département, rappeler les beaux travaux de M. Adrien Jeanjean sur l’homme et les animaux des cavernes dans les Basses-Cévenues. Notons aussi l’importante découverte de trois mégalithes sculptés, trouvés par MM. A. Lombard-Dumas et Nicolas à Collorgues.
- Gamen Mingaud,
- Secrétaire général île la Société d’étude des sciences naturelles de Nîmes.
- Reconstitution d’un paysage préhistorique au Muséum de Nîmes.
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- EXPLORATIONS FRANÇAISES EN GUYANE
- AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
- Depuis quelques années, l’étude de l’expansion française dans les pays d’outre-mer aux siècles fiasses a donné naissance à beaucoup de travaux d’érudition. C’est u ne conséquence indirecte, quoique logique, des efforts que font actuellement les Français pour devenir possesseurs d’un grand domaine colonial. Puisque nous nous engageons dans les voies naguère suivies par nos ancêtres, il est naturel, que nous cherchions à relever avec exactitude le chemin qu’ils ont parcouru.
- La matière de telles études n’est d’ailleurs ni inféconde ni ingrate. L’histoire de nos explorations et de nos colonies au dix-septième et au dix-huitième siècle contient des pages dont beaucoup sont glorieuses. Et par les souvenirs de courage, d’énergie et de dévouement qu’ils évoquent, des noms tels (fue ceux de Cavelier de la Salle et de Mahé de la Bourdonnais, de Mont-cal m et de Du-pleix grandissent et honorent une nation. Mais en même temps que ces hommes illustres accomplissaient en Amérique et aux Indes les hauts faits que l’on sait, des serviteurs humbles et obscurs s’efforcaient aussi, et parfois non sans succès, de contribuer à l’expansion française par delà les mers.
- On avait perdu le souvenir de leurs actions et parfois même celui de leur nom. Mais d’heureuses chances ont conservé dans nos archives les récits de leurs entreprises, et voilà que, grâce au zèle laborieux de nos historiens, leurs figures sortent peu à peu de l’ombre et réapparaissent à la lumière. Un épisode de cette histoire des découvertes dans l’Amérique du Sud vient précisément d’être récemment raconté par M. Henri Froidevaux. Des recherches dirigées avec méthode au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale et aux Archives des colonies ont placé sous ses yeux des documents relatifs à une série d’explorations françaises, entreprises de 1720 à 1742 à l’intérieur de la Guyane.
- Il en a fait usage avec beaucoup d’habileté et il a composé un mémoire plein d'intérêt'.
- Ces voyages sont au nombre d’environ une douzaine. Les explorateurs ont parcouru une zone de terrain qui s’étend depuis Cayenne, sur la côte de l’Océan, jusqu’au cours supérieur des affluents de gauche de l’Amazone. Ils ont navigué sur les fleuves qui se jettent dans l’Océan, à l’est et à l’ouest de Cayenne, Approuage, Oyapock, Maroni, parcouru le pays qu’ils drainent, et franchi la chaîne des monts Tumuc Ilumac, d’où ils sortent. Le point extrême atteint au sud fut un rapide dangereux du Yari, que l’intrépide docteur Crevaux a découvert de nouveau à notre époque, le 29 octobre 1877, et qu’on nomme actuellement Chute du Désespoir.
- L’initiative de ces voyages vint des gouverneurs
- de la Guyane. D’abord de Claude d’Orvilliers, à qui on rendait cet hommage justement mérité :
- « qu’il faisait assez tout ce qui dépendait de luy pourreconnoistre l’intérieur des terres dans l'étendue de son gouvernement » . Après sa mort, survenue en 1729, ses projets furent repris par son successeur, Du Sault de l’Àmi-rande. D’ailleurs, on ne restait pas en F rance indifférent à ces tentatives de pénétration, et en 1750, par exemple, le Ministre de la marine écrivait pour s’informer de leur succès.
- Le personnel employé par les gouverneurs fut d’ordre très varié. On y voit figurer des officiers tels que le lieutenant de La Garde; le capitaine Capperon qui, en 1750, remonta l’Oyapock et son affluent le Camopi ; M. deMonty, un cadet delà garnison, « jeune homme fort entreprenant », qui, en 1751, parcourut le territoire qui s’étend entre le fleuve Approuage et le Camopi.
- Des sous-officiers prennent également part à ces expéditions. L’un d’eux fut peut-être le plus actif et le plus audacieux des explorateurs de la Guyane à
- 1 Explorations françaises à l'intérieur de la Guyane 'pendant le second quart du dix-huitième siècle (1720-1742), par M. Henri Froidevaux, secrétaire du bureau colonial près la Faculté des lettres de Paris. Extrait du Bulletin de géographie historique et descriptive, 1894.
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- Explorations françaises en Guyane.
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- cette époque. C’est le sergent La Haye, « un homme de fatigue et de résolution », qui en 1729 gagna le cours supérieur du Yari et le descendit jusqu’à la Chute du Désespoir, et qui dans une seconde exploration (1751-52) passa du Camopi au Maroni, et ensuite suivit ce dernier fleuve jusqu’à la mer. Enfin plusieurs voyages sont également accomplis par des simples soldats et par des colons français de la Guyane.
- A dire la vérité, ces explorations ne furent pas entreprises pour des motifs scientifiques. Ce n’est pas l’ardent désir de trouver la solution des questions géographiques, qui détermina les audacieux à se mettre en route. Leurs mobiles sont moins désintéressés et infiniment plus concrets. De 1720 à 1729 les expéditions ont pour objet unique la découverte des richesses minérales. Le but, écrit par exemple en 1720 le vice-gouverneur delà colonie, est a d’aller visiter si, dans les terres qui se trouvent entre les rivières d’Arapu et d’Oyapoc, il n'y aurait pas d’apparence de mines d’or ou d'argent ». A Cayenne on parlait couramment de mines d’or, de montagnes d’argent et de cristal. En 1727, d’Ürvil-liers envoie en France un « caillou de christal » trouvé dans la colonie.
- Ces on-dit s’expliquent aisément, ils n’étaient pas dépourvus de tout fondement. On sait en effet qu’il y a de l’or à la Guyane, et on se rappelle quel mouvement d’affaires a suscité de notre temps la découverte des placers. Ils avaient encore une autre origine. Ils provenaient d’une méprise grossière des Indiens qui, « dans leurs récits fantastiques, confondent les paillettes de mica avec de l’or. C’est sans doute l’existence des grottes formées par des roches micacées qui a servi de base à la légende cfè l’Eldorado1. » Cependant à cette époque on ne trouva ni or ni argent. Mais au moment où l’ardeur des explorateurs menaçait de se refroidir par suite de leurs échecs répétés, elle fut ranimée par une découverte inattendue.
- Pendant son voyage de 1729, le sergent La Haye avait traversé une forêt de cacaoyers située sur les bords du haut Oyapock et dont il estimait l’étendue à environ dix lieues. C’était une fortune pour la colonie et le gouverneur espérait en retirer un revenu de trois à quatre cent mille francs par an. Mais elle était éloignée et difficile à atteindre. Les fleuves qui descendent des Tumac Humac vers l’Océan sont encombrés de rapides. L’Oyapock n’échappe pas à cette règle générale. Les « sauts et cascades » sont infranchissables pour les canots de grande dimension, qui seuls pouvaient contenir beaucoup de cacao. Pour exploiter avec bénéfice cette richesse naturelle, il fallait donc découvrir des voies praticables. Et tel fut désormais l’objet unique des efforts des explorateurs.
- Mais ils ne réussirent pas et ne rapportèrent à Cayenne que de très petites quantités de cacao. Peu
- 1 Docteur Crcvaux, Voyage en Guyane, 1877. Bull. Soc-géogr., novembre 1878, p. 415-414.
- à peu on se lassa de ces expéditions sans profit et on les abandonna.
- Le but visé par tous ces hardis pionniers était donc manqué. Ils ne firent pas fortune et n’enrichirent pas la colonie. Leurs travaux n’étaient pas cependant demeurés stériles. Car, s’ils ne rapportèrent ni or ni cacao, ils recueillirent des renseignements géographiques. Ils parcoururent en tous sens une région étendue, et y firent beaucoup de découvertes de détail. Ils atteignirent en partant du nord les affluents de gauche de l’Amazone. Les premiers, ils jetèrent quelque lumière sur le système hydrographique des deux versants des monts Tumuc Humac. Ce ne sont pas là des résultats géographiques négligeables. Mais ils ne furent pas ingénieux à les mettre en valeur. Ils tinrent pour la plupart des journaux de route, mais ils ne traduisirent pas leurs découvertes sous une forme concrète. On n’a d’eux aucune carte, aucun croquis. Ils ne transmirent pas à la postérité les caractères topographiques de la région parcourue. En fait les récits de leurs explorations, égarés dans les archives, ne contribuèrent pas à la connaissance générale de l’Amérique du Sud.
- Toutefois M. Froidevaux a eu raison de comparer ces hommes à leurs émules de l’Amérique du Nord et de les louer de leur esprit d’initiative, de leur intelligence, de leur audace. Nous devons lui savoir gré de les avoir tirés d’un injuste oubli, de nous avoir donné une occasion nouvelle d’admirer la puissante vitalité de ces anciens Français dont nous sommes les descendants, et d’avoir ainsi ajouté un fil au faisceau des liens solides qui doivent unir l’une à l’autre la France d’autrefois et la France d’aujourd’hui. Henri Dehérain.
- LA BICYCLETTE ET LES TRAMWAYS
- Il y a, paraît-il, à Denver, dans l’État de Colorado, dit Y Éclairage électrique, 10 000 bicyclettes en usage quotidien. La population totale de la ville n’est que de 110 000 habitants, en sorte que l’exploitation des tramways se ressent fortement de cette passion pour le dada moderne et que les salaires des employés ont dù être diminués. Si l’on admet que chaque bicyclette économise chaque jour un voyage aller et retour en tramway, soit 10 cents (0fr,50), c’est une perte quotidienne, pour la Compagnie, de 5000 francs, soit plus d’un million et demi par an. A Toronto, dans le Canada, on a observé un état de choses analogue, bien que moins intense. Les tramways électriques ont fait disparaître les tramways à chevaux et font une concurrence considérable aux chemins de fer locaux. Sont-ils destinés à disparaître devant la passionnante bicyclette ?
- UNE NOUVELLE
- MALADIE CONTAGIEUSE DES RONGEURS
- APPLICATIONS DANS LA PRATIQUE - RÉSULTATS OBTENUS
- Il y a trois ans, nous avons signalé dans ce journal1 la découverte d’un bacille pathogène pour les souris et inoffensif pour la plupart des autres animaux et pour l’homme.
- 1 Yoy. n° 1010, du 10 novembre 1892, p. 385.
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- 11 s’agissait là d’an microbe trouvé par M. Loefller, le savant bactériologiste de Greifrcwald, dans le sang et les organes de quelques souris qui ont succombé dans son laboratoire à une maladie spontanée. Aussitôt que cette intéressante découverte fut connue, on a cherelié à l’appliquer dans la pratique ; de nombreux essais de destruction des souris, mulots, campagnols, rats, etc..., ont été faits un peu partout. Un certain nombre de ces essais furent couronnés de succès, mais dans beaucoup d’autres cas ce résultat a été entièrement négatif, on a reconnu que le microbe découvert par M. Loefller n’était pathogène que pour quelques espèces de souris et n’avait aucune action sur d’autres rongeurs nuisibles, notamment sur la souris des champs [Mus agrarius), sur les rats (Mus dicu-manus, ralhus, etc.), sur les spermophiles [Spermophilus g-uttabus1), etc. Les cultures du bacillus tgphi mu-rium (nom donné par M. Locffier au microbe trouvé par lui), tout en rendant dans certains cas des services très appréciables, ne pouvaient donc pas trouver une application générale dans la pratique; il était en effet très difficile de se renseigner exactement sur l’espèce des rongeurs qu’on avait à combattre, le plus souvent même, ces renseignements manquaient d’une façon complète.
- Pourtant l’idée de détruire les rongeurs nuisibles, et surtout les rats dans les fermes et les souris qui ravagent les récoltes dans les champs, était très séduisante et ne semblait nullement irréalisable.
- On savait, en effet, que ces animaux succombaient parfois en masse à des épidémies naturelles et spontanées; il ne s’agissait donc que de surprendre une de ces épidémies naturelles, d’en trouver la cause, c’est-à-dire le microbe, de cultiver ce dernier et de le répandre à un moment opportun et dans des conditions déterminées.
- L’occasion d’étudier une de ces épidémies nous a été fournie au commencement de l’année 1895, dans une commune (Charny) du département de Seine-et-Marne. Le microbe que nous avons pu isoler du sang et des organes des animaux qui ont succombé à cette épidémie présente beaucoup d’analogie avec le Bacterium coli commune, un microbe banal et inoffensif, que l’on trouve toujours dans l’intestin de presque tous les animaux ainsi que dans les eaux des puits et des rivières.
- De nombreuses expériences faites à l’Institut Pasteur nous ont montré que ce microbe était très meurtrier pour toutes les espèces de petits rongeurs, et n’avait aucune action sur les animaux de la ferme et sur l’homme. Nous n’avons donc pas hésité à l’essayer en grand.
- Grâce à l’obligeance de quelques directeurs d’écoles pratiques d’agriculture, et notamment de M. J. Krantz, des Merchines (Meuse), et de M. Dikson, deBerthonval (Pas-de-Calais), nous avons pu expérimenter l’action de nos cultures et le développement de l’épidémie sur les souris domestiques, les mulots, les campagnols et les rats. Nous avons obtenu partout des résultats très satisfaisants : l’épidémie se déclarait de cinq à douze jours après la distribution des appâts contaminés, et les animaux qu’il s’agissait de détruire disparaissaient complètement, le plus souvent après une seule opération. En même temps nous avons nourri des animaux de la ferme, des moutons, chevaux, vaches, poules, canards, chiens, chats, etc., avec les cultures les plus virulentes ainsi qu’avec des cadavres de souris ou de rats morts de maladie et coupés en morceaux, et nous n’avons constaté chez ces animaux aucune manifestation maladive.
- 1 Grosse souris très commune et très nuisible dans les provinces centrales et méridionales de la Russie.
- Peu après, en automne 1895, deux sociétés d’agriculture, celle de Bar-sur-Seine (Aube) et celle de Maussane (Bouches-du-Rhône), nous ont fourni des champs d’expérience beaucoup plus vastes. Dans l’Aube l’expérience a été faite dans une ferme de 75 hectares envahie par les mulots (Mus sylvaticus) et par les campagnols (Arvicola urvalis). A en juger par le nombre des terriers, on pouvait évaluer à 50000 le nombre de ces animaux par hectare, aussi toutes les récoltes d’automne, et notamment les trèfles et les sainfoins, ainsi que les blés nouvellement semés, avaient été complètement ravagés. Pour propager l’épidémie il a été employé trois tubes de virus par hectare. Quinze jours après l’opération on ne trouvait plus dans les champs traités que de nombreux cadavres des souris ayant succombé dans leurs terriers.
- A Maussane il s’agissait de détruire les rongeurs sur une étendue beaucoup plus vaste. Il y avait là environ 1200 hectares d’anciens marais desséchés et cultivés en blc et en prairies artificielles. La nature de ces terrains était très favorable au développement des rongeurs, aussi s’v sont-ils multipliés de façon à rendre toute culture impossible. L’opération de la destruction a été faite au printemps de l’année dernière; il a été employé quelques centaines de tubes de virus réparti sur du grain ou du pain coupé en petits morceaux. Le résultat a été le même qu’à Bar-sur-Seine, les souris et les rats des champs ont disparu partout où on a distribué des cultures virulentes ; et dans certains cas l’épidémie s’est même propagée sur des champs non traités.
- Après ces essais, nous n’avons plus hésité a mettre nos cultures virulentes à la disposition de tous ceux qui voulaient en faire l’essai.
- Il a été fait ainsi en tout, en France et à l’étranger, près de 2000 applications de ces cultures sur des souris domestiques, sur des mulots, dans les jardins et dans les bois, sur des campagnols dans les champs, les rats dans les fermes, sur des gerhilles en Algérie et en Tunisie, et enfin sur des spermophiles dans quelques localités de la Russie centrale et méridionale où ces animaux font des ravages considérables, et partout, à de rares exceptions près, on a obtenu des résultats très satisfaisants.
- Un missionnaire de l’Ànnam nous a écrit dernièrement que ces virus lui ont permis de se débarrasser complètement même de nombreuses chauves-souris qui avaient en-envahi sa petite chapelle et salissaient chaque nuit ses autels. Aujourd’hui, nous pouvons donc affirmer avec certitude que nous possédons un virus très meurtrier pour tous les petits rongeurs nuisibles et qu’en employant ce virus avec méthode on arrivera toujours à la destruction complète de ces animaux dans les fermes, les magasins et les champs.
- Le mode d’emploi des virus et la propagation de l’épidémie sont des plus simples. Les cultures du microbe virulent sont préparées dans des tubes en verre sur une couche de gélatine, on n’a donc qu’à délayer cette gélatine dans l’eau, qu’à tremper du pain ou du grain dans cette solution et qu’à répandre les appâts ainsi préparés dans les endroits fréquentés par les rongeurs. En faisant l’opération le soir, les aliments répandus seront mangés dans la nuit et on n’a plus qu’à attendre les résultats, qui deviennent généralement appréciables huit à quinze jours plus tard. Quelquefois, pour obtenir la destruction complète de tous les rongeurs qui infestent une localité, il faut répéter l’opération deux ou trois fois à quinze jours d’intervalle. Jean Danysz,
- Attaché à l’Institut Pasteur.
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- LÀ NATURE.
- LES LOCOMOTIVES ELECTRIQUES
- DE BALTIMORE AND OHIO RAILROAD
- Que la traction électrique se substitue graduellement à la traction par locomotives à vapeur sur les lignes de chemins de fer, cela ne fait plus aujourd’hui aucun doute pour personne. 11 ne s’agit pas, bien entendu, d’une substitution totale et générale, ce qui serait aussi absurde que de vouloir faire usage d’un seul mode d’éclairage, à l’exclusion de tous les autres, mais d’une substitution partielle, dans les cas particuliers où la traction électrique présente sur la locomotive à vapeur des avantages de sécurité, de confort, de commodités ou d’économie.
- Sans parler des expériences faites en France même avec la locomotive de M. Heilmann, solution intermédiaire qui ne modifie que le mode de transmission de la force motrice aux roues du véhicule, ni des expériences, aujourd’hui abandonnées, basées sur l’emploi d’accumulateurs, on a décrit ici-même l'application faite sur la ligne du chemin de fer aérien de Chicago S ligne sur laquelle la traction électrique a définitivement remplacé la traction par locomotives à vapeur.
- 1 Voy. n° 1155, du 20 juillet 1895, p. 119.
- Une installation gigantesque et d’un intérêt considérable se termine actuellement en Amérique, à
- Baltimore: il s’agit de la traction électrique appliquée sur une ligne de chemin de 1er ordinaire traversant une grande ville, partie à ciel ouvert, partie en souterrain, en vue de supprimer complètement les locomotives ordinaires et leurs inconvénients bien connus, dans les conditions que nous allons indiquer.
- La Belt Line, comme on désigne à Baltimore le tronçon de ligne sur lequel se fait cette application, est une jonction directe à travers la ville des principales lignes de la Baltimore and Ohio railroad Company. Ce tronçon de 11 kilomètres de longueur fait gagner de vingt à trente minutes sur le voyage de New-York à Washington et permet de placer une station au cœur même des affaires de la Cité. La ligne est souterraine sur une longueur d’environ 2500 mètres, et, pour éviter la fumée tant dans le souterrain que dans le parcours aérien, on adopta la traction électrique. L’installation, (pii va être bientôt terminée, attire actuellement l’attention de tous les ingénieurs électriciens et de tous les services de chemins de fer : elle déci-
- Fig. 1. — Sortie du tunnel de Baltimore, montrant les conducteurs aériens de prise
- de courant.
- Fig. 2. — Vue d’avant d'un des trucks de la locomotive électrique.
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- dera, sous forme d'une expérience grandiose et encore unique, dans quelle mesure la traction électrique peut s’adapter aux chemins de fer ordinaires,
- et si elle peut rendre les services attendus pour un transit rapide dans les tunnels.
- L’entreprise est faite par la General Electric
- Fig. 3. — Vue d'un des deux trucks de la locomotive électrique.
- Fig. 4. — Vue d'ensemble do la locomotive électrique de 90 tonnes construite par la General electric C° pour la Baltimore and Ohio Railroad C°.
- Company, à ses propres frais, sous son initiative et sa direction, et l’installation ne sera acquise par la Baltimore and Ohio railroad C° que si elle donne satisfaction sur tous les points du programme. Ces
- conditions spéciales font que tout le matériel employé dans cette installation sera de premier choix, soigneusement étudié et installé, et que l’on peut la considérer, dès à présent, comme la plus parfaite
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- LA NATURE.
- manifestation de l’art de l’ingénieur en eette fin de siècle électrique.
- L’énorme usine centrale alimentant les locomotives électriques et placée à l’une des extrémités de la ligne fournira aussi la puissance électrique à près de 200Ô lampes à incandescence installées dans ce tunnel. Comme il n’y aura aucune fumée en cet endroit, on se propose de le peindre en blanc : il formerait un immense réflecteur cylindrique renvoyant la lumière dans les wagons qui le traverseront, et rendant inutile l’allumage des lampes pour la traversée.
- L’usine génératrice renferme onze chaudières dites de 250 chevaux chacune, alimentant quatre
- Fi". 5. — Suspension des conducteurs à la voûte du tunnel.
- moteurs compound du système Allis-Corliss sans condensation, d’une puissance de 700 chevaux chacun. Ils actionnent directement une dynamo à 10 pôles et 10 balais produisant 500 kilowatts sous 700 volts et tournant à la vitesse angulaire de 110 tours par minute, fournissant ensemble près de 5000 ampères disponibles pour la traction électrique.
- Ce courant est amené à la locomotive par un con-
- I.~~7
- Fig. 6. — Semelle de contact pour prise de courant.
- ducteur aérien formé de deux fers en forme de Z rivés sur une tôle de cuivre de 25 millimètres d’épaisseur et laissant entre eux une fente de 25 millimètres de largeur permettant à un contact glissant de venir s’appuyer sur les jambes horizontales inférieures des deux Z. Ce système de caniveau conducteur est fixé soit à la voûte du tunnel (fig. 5), soit sur des colonnes en fer disposées à 40 mètres de distance environ. La figure 1 montre la sortie du tunnel et le mode de suspension des prises de courant sur les poteaux. La fumée que l’on aperçoit à l’entrée du tunnel est celle produite par l’une des dernières locomotives à vapeur qui ont traversé le tunnel avant l’emploi de la traction électrique.
- La roue ou trolley des tramways ordinaires est ici remplacée par une semelle en laiton de 60 centimètres de longueur et de 18 centimètres de largeur (fig. 6)
- qui s'appuie sur les deux Z en fer et est reliée à la locomotive par un système de jonction articulée (fig. 7) qui s’ajuste instantanément et automatiquement à toutes les inflexions de la voie et à celles du conducteur aérien. Le retour du courant s’effectue par les huit roues de la locomotive, les quatre rails de la double voie et un gros conducteur en cuivre auxquels ils sont fréquemment reliés électriquement.
- Les figures 2, 3 et 4 montrent les principales dispositions de la locomotive électrique de 96 tonnes à laquelle les conducteurs aériens amènent le courant de l’usine centrale.
- Voici les principales données de cette locomotive électrique qui est certainement, et de beaucoup, la plus puissante du monde (fig. 1). Cette locomotive est formée de deux unités distinctes, chacune d’elles étant constituée par un châssis supporté par quatre roues motrices. Chacun des quatre axes actionne sa paire de roues à l’aide d’un moteur à six pôles. Ce moteur est supporté élastiquement et transmet sa puissance à l’axe qu’il commande par des connexions flexibles.
- Fig. 7. — Suspension élastique de la semelle de contact.
- Les moteurs et les axes des roues sont sur le môme axe et tournent, naturellement, à la môme vitesse angulaire. Les deux moteurs de chaque truck sont couplés en tension et reçoivent une différence de potentiel de 250 volts chacun, la ligne étant établie pour fournir 500 volts et un courant maximum de 2700 ampères à charge maxima, lorsque la locomotive exercera son effort de traction maximum de 21 500 kilogrammes, ce qui représente une puissance électrique totale de 1550 kilowatts, ou 130 000 kilogrammètres par seconde.
- Chacun des quatre moteurs est établi pour absorber normalement 900 ampères et peut exceptionnellement supporter un courant beaucoup plus intense. La locomotive est équipée avec un interrupteur automatique de 5500 ampères et un ampèremètre de 5000 ampères du système Weiton. Les freins et le sifflet sont actionnés par de l’air comprimé obtenu à l’aide d’une pompe de compression électrique alimentée par une dérivation du courant général.
- La vitesse normale de 24 kilomètres par heure pourra atteindre jusqu’à 80 kilomètres par heure avec des trains légers.
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- Les premiers essais qui viennent d’avoir lieu ont montré que la prise de courant par contact glissant sur une ligne en souterrain n’était pas sans présenter quelques difficultés lorsqu'il s’agit de taire passer par ce contact un courant de plusieurs milliers d’ampères. La rouille et la poussière rendent la communication électrique imparfaite, et on a dû remédier à cet inconvénient en disposant sur le contact tout un système nettoyeur dont les résultats sont, paraît-il, satisfaisants. Mais cette imperfection révélée par les premières expériences n’est pas faite pour arrêter les Américains, et nous avons la conviction qu’ils viendront rapidement à bout de cette difficulté.
- Il est question d’inaugurer solennellement cette installation grandiose en invitant le président Cleve-land, le corps diplomatique et les hauts personnages que la question intéresse. Cette inauguration nous donnera l’occasion de discuter les avantages et les inconvénients du système de traction que va inaugurer la General Electric C° sur la Belt Line.
- E. Hospitalier.
- IA MÉTÉOROLOGIE À PARIS
- L’administration préfectorale vient de prendre une décision importante pour le développement des études météorologiques dans le district parisien. M. Joseph Jaubert, fondateur directeur de l’Observatoire météorologique de la tour Saint-Jacques, bien connu de nos lecteurs, vient d’être appelé à la direction des services météorologiques de l’Observatoire municipal de Montsouris. Les deux autres services, complètement indépendants et dont l’organisation est complète depuis longtemps, sont l’analyse chimique, dirigée par M. Albert Lévy, et la bactériologie, dirigée par M. Pierre Miquel. Par suite de cette mesure tous les observatoires que possède la ville dans la région parisienne, et où les lectures sont faites par les agents des Ponts et Chaussées, se trouvent réunis sous une direction commune. Les deux observatoires de la tour Saint-Jacques et de Montsouris sont situés à environ 5 kilomètres l’un de l’autre, réunis par un téléphone et servent déjà à l’exécution d’observations simultanées faites tant sur la direction des nuages, que sur leur altitude, sur la modification que la présence d’une agglomération humaine aussi dense et aussi importante que celle de •la capitale introduit dans le régime des vents, la fréquence des pluies, leur intensité, l’opacité de l’atmosphère. Nous avons déjà assisté à des expériences qui ont donné des résultats décisifs. Ces questions sont très intéressantes et la nouvelle administration météorologique va s’occuper à étudier le meilleur moyen de mettre à exécution les méthodes d’observations et de calcul.
- LA MER MORTE AMÉRICAINE
- Tout comme la Palestine, les États-Unis possèdent une mer Morte que les géographes qui l’ont étudiée appellent Medical Lake, parce que, d’après la légende du pays, ses eaux sont réputées pour jouir de qualités thérapeutiques particulières. La mer Morte américaine se trouve tout au sud de l’Etat de Washington, sur le vaste plateau Colombien, à 610 mètres d’altitude au-dessus du niveau de
- l’océan Pacifique. Sa longueur est de 1600 mètres, sa largeur moyenne 1200 mètres. Elle ne communique avec aucune rivière et l’opinion générale des savants est que l’alimentation se fait au moyen de sources placées au fond même du lac. En effet, quoique l’évaporation soit très rapide, l’air étant très sec dans toute la région, le niveau de l’eau reste constamment le même : la profondeur est d’environ 18 mètres d’eau. La densité et la composition des eaux de ce lac, qui sont extrêmement salées, sont presque identiquement pareilles à celles de la mer Morte palestinienne. Jusqu’à deux kilomètres autour du Medical Lake, il ne pousse pas la plus petite herbe. Le sol est argileux et très imperméable. Quant à la vie animale, ses seuls représentants sont une espèce de toute petite tortue et un singulier poisson, d’une longueur de 20 à 21 centimètres, armé de longues nageoires articulées dont il se sert pour marcher au fond de l’eau, sur la vase. X. West.
- REVUE DES PROCÉDÉS NOUVEAUX1
- Capsulage électrique des bouteilles de champagne. — Les fabricants de ce roi des vins éprouvent deux difficultés : le bouchage convenable et élégant des bouteilles, et la conservation, aussi longtemps que possible, de la pression du gaz, afin que le bouchon saute au moment de la consommation. Le liège employé pour boucher le champagne est de première qualité et, suivant les cuvées du vin, les marques, etc., un seul bouchon revient de 10 à 20 centimes. La capsule que l’on met par-dessus revient, elle, de 5 à 10 centimes, toujours suivant la marque. Le bouchage d’une bouteille coûte de 15 à 25 centimes.
- En dépit du choix des matières premières, par suite des défectuosités des bouteilles, des défauts de quelques bouchons, des ratés des machines à boucher, il y a des bouteilles, appelées recouleuses ou roucouleuses, qui perdent leur gaz et aussi leur précieux liquide.
- Pour remédier à cet inconvénient? nous avons eu l’idée, en 1894, de recouvrir les bouchons et le goulot des bouteilles d’une couche mince de cuivre par voie galvanique. Cette couche métallique ferme hermétiquement et complètement la bouteille, en bouchant tous les orifices, même ceux qui sont invisibles et qui peuvent devenir plus tard le point faible d’une bonne bouteille.
- Voici sommairement le procédé employé pour capsuler galvaniquement les bouteilles. Le goulot de la bouteille est enduit d’une composition conductrice : plombagine, poudre de zinc, poudre d’aluminium, et plongé dans le bain galvanique. Celui-ci est formé d’une cuve en bois, en grès ou en verre (fig. 1), recouverte d’un couvercle en bois AB. Ce couvercle est en bois paraffiné ; il porte des trous coniques, analogues à ceux des planches à bouteilles. Ceux-ci sont coniques et leur surface est recouverte d’une feuille de cuivre, formant anneau. Tous les anneaux sont reliés entre eux avec des feuilles de cuivre et sont en communication avec le pôle négatif d’une dynamo. Le pôle positif est en communication avec une plaque de cuivre CD. Les bouteilles sont placées tout simplement, le goulot en bas, dans le bain galvanique, chacune dans un orifice du couvercle. On-donne le courant, et aussitôt que la couche atteint 2/10 à 5/10 de millimètre, on arrête le courant.
- On peut dorer, argenter, iriser ou teindre la capsule de cuivre adhérente à la bouteille, dans des bains spéciaux.
- Ce procédé peut s’appliquer aux eaux minérales, aux
- 1 Yoy. n* 1156, du 27 juillet 1895, p. 151.
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- LA NATLKL.
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- bouteilles de bière destinées à l’exportation, aux boîtes et flacons de conserves, aux spécialités pharmaceutiques.
- Vieillissement artificiel du café. — Tout le monde sait que le café est d’autant meilleur qu’il est plus vieux. Nous parlons, bien entendu, du café vert. Dans les pays de production, comme le Brésil, on le conserve dans des sacs de 50 kilogrammes, pendant trois, cinq, dix, quinze années. Lorsqu’on visite une fazenda du Brésil, il est rare qu’on ne vous offre' pas une tasse de café vieux, comme nos bons Bourguignons se font honneur de vous offrir une vieille bouteille de derrière les fagots.
- Plus un grain de café est âgé, plus il est sec et coulant et plus son arôme s’est développé. Le café, vieilli en coque, est supérieur au café vieilli décortiqué. Le bon café a cinq ou six ans au moins; le café supérieur doit avoir une dizaine d'années.
- On arrive à vieillir artificiellement le café en le maintenant quelques mois dans une atmosphère d’oxygène, dans des caisses bien sèches.
- Colle forte liquide. —
- Pour rendre la colle forte liquide, on se sert d’eau-forte ou encore d’hydrate de chloral. Le premier de ces corps présente des inconvénients : odeur, attaque du métal, action nuisible de l’acide; le second est trop cher. Iloradam ajoute 8 à 50 pour 100, du poids de la colle sèche, de chlorure de magnésium ou de chlorure de calcium, afin d’arriver au même résultat.
- Gustave Goldschmidt trouve préférable d’ajouter 7 à 8 pour 100 de sulfori-cinate d’ammoniaque à la colle en solution. Cette quantité est suffisante pour permettre à la colle de rester liquide à la température ordinaire; elle empêche également l’altération de la colle et la formation de la mousse.
- Aciérage du zinc au trempé. — Le procédé consiste à plonger les objets de zinc à aciérer dans une solution très étendue de chlorure double de fer et d’ammoniaque, additionnée de glycérine. Le chlorure double de fer et d’ammoniaque s’obtient en dissolvant 500 grammes dé sel ammoniac et 200 grammes de sulfate de fer dans 000 grammes d’eau bouillante. On évapore à siccité; on ajoute 100 grammes de glycérine; on chauffe de nouveau et on ajoute assez d’eau pour former 2 litres.
- Le bain se compose de 10 litres d’eau et de 1 litre de chlorure double. On y plonge les objets à froid et on augmente peu à peu la température jusqu’à l’ébullition. Au fur et à mesure que le zinc se recouvre de fer, on ajoute peu à peu du chlorure préparé.
- Comme dans tous les procédés au trempé, la couche est mince et relativement peu adhérente. Pour obtenir des résultats très satisfaisants, il faut s’aider de l'électricité.
- Nouvel entonnoir pour filtrations. —- On connaît les désagréments des entonnoirs ordinairement em-
- ployés pour les filtrations. Le filtre étant placé à leur intérieur, aussitôt que l’on verse le liquide, les côtes de celui-ci s’aplatissent et se collent sur les parois. La filtration est considérablement ralentie. Cherche-t-on à arranger cet état de choses? invariablement le filtre se déchire et il faut recommencer la filtration. Si l’on met des baguettes de verre le long de l’entonnoir, afin de tenir éloigné le papier de l’entonnoir, il est rare que le filtre ne se troue pas à la pai’tie inférieure.
- On nous signale un nouvel entonnoir, dont la surface interne présente des côtes assez bien arrangées. Nous nous empressons de le présenter à nos lecteurs. La seule inspection de la figure 2 suffira pour en montrer les dispositions.
- Carton plâtré. — Le carton plâtré est une feuille de carton recouverte d’une couche de plâtre de chaque
- côté. Tout en ayant une rigidité absolue, ce carton-plâtre possède une certaine élasticité qui le différencie des carreaux en plâtre ou en terre cuite. Les dimensions habituelles de ces plaques sont : 1 mètre de longueur, 50 centimètres de largeur et 18 à 45 millimètres d’épaisseur. Elles sont légères et ne pèsent que 17 kilogrammes au mètre carré, avec une épaisseur de 18 millimètres; elles ne subissent aucune dilatation et ne se gondolent pas sous l’influence des changements de température.
- Le carton plâtré s’emploie pour les constructions intérieures : cloisons, plafonds, etc.Onlefixc au moyen de vis ou de pointes étamées ou galvanisées, sur les montants ou les traverses en bois qui forment la carcasse des cloisons et des plafonds. Les joints qui subsistent entre les plaques, et les tètes de clous, sont fermés avec du plâtre.
- La fabrication du carton plâtré n’est pas très difficile. Un cadre en fer, un peu plus grand que les dimensions des plaques à obtenir, est mis à plat sur une table en-marbre ou en métal. On y coule du plâtre gâché jusqu’au tiers de sa hauteur; on pose, par-dessus, la feuille de carton et on termine de remplir le moule par du plâtre gâché. Le lendemain, on démoule. À ce moment, les feuilles peuvent subir un traitement destiné à en durcir la surface, passage au triborate d’ammoniaque, au fluo-silicatc d’alumine, etc.
- Nouvelle disposition pour l'éclairage oxhydrique. — La nouveauté de ce système consiste dans la substitution d’une boule de magnésium au cylindre de chaux habituellement employé. Voici comment se préparent ces boules de magnésium :
- Dans un mortier, on mélange de la poudre de magnésium et de l’eau distillée de manière à obtenir une pâte ferme. Cette pâte est introduite dans un tube en verre, comprimée et abandonnée. Le produit se solidifie. Extrait
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- du tube, il forme uu cylindre, que l’on découpe en morceaux d’une longueur égale à leur diamètre. Chacun de ces morceaux est tourné entre les doigts pour le transformer en une boule que l’on fixe à l’extrémité d’uiv fil de platine. Les boules ainsi obtenues sont placées pendant trois heures sur un bain-marie, pour les ramollir, et sont lentement et progressivement chauffées dans un brûleur, jusqu’à la plus haute température que l’on puisse atteindre.
- Les boules ou perles de magnésium sont prêtes pour le service. Elles durent très longtemps. Ainsi, une perle de 5 à G millimètres de diamètre peut soutenir une lumière éblouissante pendant près de cinquante heures.
- Coloration irisée des objets en plâtre. — Le procédé que nous allons décrire est dû à M. Le-xvinsohn. On commence à passer sur les objets en plâtre une couche d’une solution de 1 partie de gomme laque dans 10 parties d'alcool. Il ne faut pas dépasser cette concentration, sans cela les traits délicats du moulage pourraient être altérés. Après le séchage de cette première couche, on passe de la même manière le vernis suivant : 50 parties d’alcool à 95 pour 100, 5 parties de violet méthyle,
- 1 partie de gomme laque,
- ! partie de térébenthine de Venise.
- L’objet est ensuite exposé, dans une caisse munie de fenêtres, à l’action du gaz chlore. La coloration passe successivement par les teintes suivantes : violet-rouge, rouge, violet, bleu, vert clair et vert foncé. Ces colorations sont rapides et, de l’une à l’autre, il ne s’écoule pas deux minutes.
- L’objet est brillant et se conserve sans altération pendant longtemps.
- Pierres artificielles en magnésie. — On connaît les pierres artificielles obtenues avec la magnésie et le chlorure de magnésium. Un procédé plus simple, plus à la portée des amateurs et des artistes, consiste à solidifier la magnésie avec de l’oxalate d’ammoniaque. Nous conseillons ce procédé pour obtenir des moulages divers, figurines, etc..., en se servant de moules galvanoplastiques ou en métal poli.
- On mêle 5 kilogrammes de magnésie récemment calcinée avec 2 kilogrammes d’une solution de 75 grammes d’oxalate d’ammoniaque par litre d’eau. Le mélange étant
- bien intime, on le coule. Après solidification, on le retire du moule, Pour durcir la surface des objets ainsi obtenus, on les immerge dans une solution à 4 ou 5 pour 100 d’oxalate d’alumine, ou bien on passe le liquide à leur surface.
- Nouveaux badigeons. — Le
- badigeon ordinaire est un simple lait de chaux, composé de 25 litres d’eau et 20 litres de chaux éteinte, l'our le rendre plus résistant, on a proposé de lui ajouter un peu d’alun (20 à 50 grammes par litre).
- Quesneville remplace l’alun par le sulfate d’alumine; voici la formule qu’il préconise : 100 litres d’eau, 20 kilogrammes de chaux éteinte, 5 kilogrammes de sulfate d’alumine.
- Les nouveaux badigeons sont mieux composés, mais ils sont un peu plus chers :
- Badigeon anglais : 100 litres d’eau, 20 kilogrammes de chaux éteinte et 1 kilogramme de borate d’ammoniaque.
- Badigeon suédois : 100 litres d’eau, 20 kilogrammes de chaux, 5 kilogrammes de silicate de soude. Badigeon américain : 100 litres d’eau, 68 litres de chaux éteinte, 6 litres de sel, 6 kilogrammes de farine,
- 1 kilogramme de blanc d’Espagne et 2 kilogrammes de colle.
- Badigeon russe : 100 litres d’eau, 25 kilogrammes de chaux, G kilogrammes de phosphate de chaux et 1 kilogramme de baryte.
- Nous nous sommes très bien trouvé du badigeon suivant que nous avons composé pour le crépissage d’une villa, bien exposée à l’humidité : 100 litres d’eau, 25 kilogrammes de chaux éteinte, 5 kilogrammes d’oxalate d’alumine.
- Appareils pour graver le verre au jet de sable. — Le principe de la gravure du verre au jet de sable est connu, nous n’y reviendrons pas. Dans une de nos Revues des procédés nouveaux, nous avons signalé un appareil pour le même travail. Aujourd’hui, nous allons montrer à nos lecteurs la disposition d’une machine qui permet de graver les globes de verres sphériques.
- Pour les globes ronds des appareils à gaz, on se sert de la machine représentée figure 5. Les globes sont placés dans la cuve A de la machine, pouvant être fermée par un couvercle à charnières. Le sable est mis dans le réservoir 1), il est entraîné dans la chambre A, non par l’air,
- iNouvel entonnoir pour tiltration.
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- mais par un jet de vapeur arrivant par le tube G. Le sable, après avoir produit son action, tombe par un couloir dans le bassin F, ainsi qu’une partie de la vapeur condensée. L’excès de vapeur s’échappe par la conduite B. La bouillie de sable et d’eau, contenue dans le bassin F, est reprise par la pompe E et versée dans le réservoir 1), pour être utilisée de nouveau. La machine que nous venons de décrire produit beaucoup de travail.
- A.-M. Villon.
- LE MÉRIDIEN INITIAL
- La question du méridien initial vient d’ètre agitée, au Congrès géographique de Londres, dans des conditions particulièrement intéressantes. Il s’agissait, non d’établir les bases d’une convention officielle, à laquelle les gouvernements auraient dù se conformer, mais de déterminer, entre hommes de science librement assemblés de tous les points du globe, quel devait être le mode d’exécution d’une carte internationale de la terre à l’échelle du millionième. On venait de décider, conformément aux propositions de M. Penck, que l’exécution d’une telle carte était désirable, et que pour faire subir aux distances la moindre altération possible, il convenait d’adopter une projection tronconique, les troncs de cône tangents à la sphère devant embrasser chacun 4° de latitude. Enfin on était tombé d’accord que chaque feuille serait limitée par des méridiens et des parallèles ; de sorte que, pour tracer le canevas complet de la carte projetée, il ne restait plus qu’à choisir le méridien initial.
- Dans les pourparlers antérieurs, toutes les nations, sauf la France, avaient accepté le méridien de Greenwich. En persistant dans ce refus, les représentants de la géographie française pouvaient s’exposer au reproche de faire échouer, de parti pris, une oeuvre scientifique dont tous avaient reconnu l’utilité, et cela sans pouvoir invoquer aucun principe rationnel à l’aj>pui de leur prétention. Le problème avait été étudié d’avance, dans le sein de la Société de géographie de Paris, par une commission spéciale. Après une discussion approfondie, on s’était accordé à reconnaître qu’une décision ne visant que la carte au millionième n’avait pas la même gravité que s’il s’agissait de faire, au nom du gouvernement, et pour tous les travaux cartographiques, l’abandon du méridien national; qu’il serait fâcheux de laisser dire que la France se mettait seule en travers du projet; enfin que les délégués français pourraient prendre une attitude très digne en mettant à leur adhésion la condition formelle que les mesures métriques seraient seules employées dans la carte.
- De cette façon, fidèle à son habitude de combattre pour des idées, la France se montrait une fois de plus le champion du système métrique, offrant de faire, à cet intérêt scientifique et rationnel, un sacrifice d’amour-propre national. Sur la question du mètre, il lui était impossible de capituler, parce qu'un principe y était engagé; mais le choix d’un méridien, ne dépendant d’aucune considération logi-
- que, pouvait prêter à des concessions. II était clair que la carte projetée, si jamais elle voyait le jour, devrait être dressée à l’aide des cartes existantes : que celles-ci, en très grande majorité, étaient construites sur le méridien de Greenwich, et qu’en voulant imposer celui de Paris (que d’ailleurs on n’eût pas fait triompher), on introduirait dans l’exécution un trouble beaucoup plus grand que dans le cas contraire. Henri IV avait estimé que Paris valait bien une messe; les délégués français se disaient, à leur tour, que la concession d’un méridien, pour une œuvre spéciale et déterminée, valait bien l’accord qu’on se flattait d’établir en vue de l’adoption, dans le même but, du système métrique.
- La Commission et, après elle, le Congrès, ont ratifié cet accord sans qu’aucune voix opposante se soit élevée. Plusieurs membres anglais éminents n’ont pas hésité à exprimer leur vif regret que l’esprit public, dans leur pays, les obligeât à attendre encore l’adoption officielle d’un système que, pour leur compte, avec l’unanimité des hommes raisonnables, ils appelaient de tous leurs vœux. Quelques-uns peut-être, pour mieux ménager les préjugés de leurs compatriotes, eussent préféré que la question du mètre et celle du méridien ne fussent pas liées. Mais les délégués français ont tenu bon et, avec l’appui de quelques étrangers de distinction, qui déclaraient que l’acceptation du méridien de Greenwich méritait d’ètre payée de retour, ils ont fait triompher le vote simultané et unanime des deux décisions. Ce vote, dira-t-on, est platonique et manque de toute sanction exécutive. La carte en vue de laquelle il a été émis peut attendre bien longtemps avant devoir le jour, et les gouvernements conservent toute leur liberté d’action. C’est possible; mais nous n’envisageons pas moins comme un résultat de sérieuse importance qu’un tel accord ait pu s’établir dans un Congrès international, sans qu’aucune résistance ait jugé à propos de se manifester. Il semble que le temps soit proche où l’on verra disparaître ces préjugés et ces amours-propres nationaux qui imposent, au grand détriment de tous, le maintien de pratiques illogiques et surannées. Qu’on soit inflexible en matière de principes, il le faut; mais dans tout le reste, les concessions s’imposent à qui recherche l’accord avec les autres, et il n’y a pas de chauvinisme qui doive tenir devant la possibilité d’une entente profitable à l’humanité tout entière. Pour nous, qui avons activement travaillé à ce résultat, nous nous féliciterions vivement s’il nous était permis de penser que nous y avons pu contribuer en quelque chose; et nous croyons fermement que la France se ferait plus d’honneur en sacrifiant, pour la grande cause de l’unité des mesures, quelques anciennes préférences, qu’elle n’en pourrait acquérir en s’accrochant, sous couleur de patriotisme, à un méridien dont il faut bien reconnaître que jamais elle ne parviendra à imposer l’adoption.
- À. de Lapparent.
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- Les mollusques agents purificateurs de l’eau. — Un collaborateur du Journal of Malacology signale un fait curieux qu'il a rencontré dans un document officiel chinois sur la fabrication de la soie. Pour nettoyer la soie, il faut une eau très pure, et celle des puits n’est jamais employée. Celle des ruisseaux de montagne est la meilleure, mais quand on n’a que de l’eau de rivière on peut en tirer parti, en la purifiant au préalable. La purification s’opère en y introduisant une quantité assez considérable de mollusques qui semblent être simplement des Paludines, et qu’on y laisse une journée durant. Les mollusques consomment les impuretés et rendent, l’eau parfaitement limpide. Le fait n’a rien de nouveau, et chacun en peut vérifier l’exactitude en constatant combien l’eau la plus trouble et la plus impure est vite clarifiée par la présence de Lvmnées, de Plaudines, et d’autres organismes de ce genre; mais l’utilisation de l’observation est originale. 11 y a lieu toutefois d’ajouter que cette purification par les mollusques ne semble s’appliquer qu’à certaines matières organiques contenues dans l’eau et non aux sédiments. Bisons pour terminer que les matières noires humiqucs de certaines rivières de l’Amérique du Sud sont, paraît-il, vivement recherchées par les mollusques.
- Exposition de chiens de trait en Belgique. —
- Le professeur Ileim, de Zurich, a publié, dans la Chronique agricole du Canton de Vaud, un plaidoyer en faveur de l’utilisation du chien comme animal de trait. En Belgique et dans le nord de la France, en Autriche, en Saxe et en bien d’autres pays, le chien travaille, mais, en général, on l’utilise peu. Les animaux n’ont pas été créés pour l’homme, dit le professeur Ileim, mais l’homme peut tirer parti de presque tous, et le chien, entre autres, peut rendre plus de services qu’il ne lofait. Les Esquimaux attellent leurs chiens, comme chacun sait, et ces animaux s’acquittent fort bien de leur tâche; partout où le chien est employé à traîner de petits véhicules, il donne pleine satisfaction. Il y a plus, beaucoup de grands chiens n’ont pas la somme d’énergie dont ils ont besoin; ce serait leur rendre service que de les contraindre à faction ; on les fortifierait et on les rendrait plus braves et plus résistants, en procurant à leur activité un mode d’emploi nouveau. La Belgique vient de reconnaître officiellement l’existence du chien de trait en organisant une exposition de ces intéressants travailleurs. Quelques chiens exposés ont des états de service extraordinaires : l’un fait plusieurs fois par semaine 40 kilomètres en traînant 500 kilogr. ; un autre fait partie d’un attelage à trois qui, vingt-sept fois par mois, accomplit le voyage de Bruxelles, en remorquant 500 kilogr., soit 1000 kilomètres par mois et 150000 kilogrammes pendant l’année. Voilà, dit un rédacteur de la Chasse illustrée, l’utile auxiliaire qu’on a méconnu jusqu’ici, lui préférant dans les concours tous ces petits monstres qui étalent sur des coussins cramoisis leur graisseuse inutilité.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 août 1895. — Présidence de M. Cornu.
- Les allumettes à pâte explosive. — M. Schlœsing a entrepris une série de recherches très complètes sur les différents types d’allumettes à pâte explosive que l’on peut aisément fabriquer. C’est avec raison, dit-il, que les hygiénistes réclament l’exclusion du phosphore blanc, mais ils
- n’indiquent pas le moyen de réaliser ce desideratum. D’autre part les ouvriers des manufactures de Pantin et d’Aubervilliers ont présenté le même vœu au ministre des Finances, qui a fait appel aux inventeurs. Telle est l’origine des recherches pratiquées par M. Schlœsing sur cette question essentiellement technique. Tout d’abord ce savant remarque que la solution serait fort simple, car elle est toute trouvée, si le public voulait bien consentir à prendre l’habitude de l’usage des allumettes dites suédoises. Mais il n’y a pas à s’y tromper, le public exige des allumettes inflammables par friction sur une surface quelconque, et c’est dans ces termes qu’il faut aborder le problème. On a proposé plusieurs pâtes explosives qui donnent des allumettes susceptibles d’ètre transportées et emmaganisées, mais toutes trop facilement inflammables. Or comme chacune d’elles contient sa provision d’oxygène, si une seule prend feu dans un paquet, le paquet est irrémédiablement perdu. M. Schlœsing a réuni d’un côté tous les corps oxygénés pou van t servir de magasin d’oxygène, et d’un autre côté les corps combustibles ; puis il a formé tous les composés binaires résultant de la combinaison d’un corps de la première série avec un corps de la seconde. C’est le chlorate de potasse qui fournit les meilleurs résultats. Les mélanges qu’il donne sont très explosifs, mais on peut atténuer cet inconvénient par l’adjonction de certaines substances combustibles telles que du soufre, de l’hyposulfite de plomb, du sulfure d’antimoine. Enfin il convient également d’incorporer dans la pâte une matière inerte, telle que de l’oxyde de zinc ou de l’oxyde de fer, qui agit seulement pour diviser les éléments du mélange.
- Un nouveau stéthoscope. — M. Zenger, professeur à l’École polytechnique de Prague, présente un nouveau stéthoscope extrêmement simple et qui, d’après l’auteur, fournit des résultats bien plus satisfaisants que le stéthoscope en usage. C’est simplement un ellipsoïde de bois, coupé par deux plans focaux perpendiculaires au grand axe. L’une des parties tronquées est appliquée sur l’organe à explorer, tandis que l’autre reçoit l’oreille du praticien. En raison des propriétés de l’ellipsoïde, toutes les ondes sonores qui prennent naissance dans le premier plan focal viennent, après réflexion, mettre en vibration l’autre plan focal. L’ellipsoïde que montre M. Zenger a environ 15 centimètres, entre les deux plans focaux, et
- 8 centimètres de petit axe; les sections ont un diamètre d’environ 5 centimètres.
- Varia. — MM. Rivière et Hubert ont étudié la gomme des vins. — M. le Secrétaire perpétuel signale dans la correspondance une Note sur la migration du phosphate de chaux dans les plantes; une autre Note sur les déformations permanentes et la rupture des corps solides ; un Mémoire de M. Trubert, professeur au lycée de Gap, sur l’analyse des boissons fermentées et des urines. — M. J. Vinot présente une carte du ciel de Paris et une autre du ciel de Saint-Pétersbourg, pour le mois de septembre à
- 9 heures du soir. Ch. de Villedeuu,.
- ---C'y”®-
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- pour l’avancement des sciences a bordeaux1
- Les séances des sections ont été très suivies. Parmi les communications les plus intéressantes j’ai noté les suivantes :
- Mathématiques. — M. Torris, sur une machine algé-
- 1 Suite. — Yoy. n° 1159, du 17 août 1895, p. 190.
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- LA NATURE.
- brique; M. Coccoz, sur les carres magiques; M. Guimaret, sur les tourbillons; M. Collignon, sur certaines questions de géométrie.
- Génie civil et militaire. — M. Guérassimoff, sur la traction mécanique sur les canaux par câbles llottants; M. Nivet, sur un appareil d’essai pour les matériaux de construction.
- Physique. — M. Cornu, sur les vibrations des cordes; M. Georgel, sur l'alternateur Cail Ilelmer ; M. Féry, sur un goniomètre et un réfractomètre ; M. Broca, sur la polarité de la bobine de Rhumkorfl'; M. llardv, sur l’analyse des mélanges gazeux par les vibrations sonores.
- Chimie. — M. Franchimont, sur lesuriols; M. Combez, sur les tensions de vapeur des solutions de soufre ; M. Moureu, sur le vératrol. J’ai eu l’honneur de présenter moi-mème à cette section diverses Notes : 1° sur le dosage volumétrique de l’ozone ; 2° sur la préparation de quelques aldéhydes de la série aromatique,' et en particulier de la vanilline, par l’ozone; 3° sur la préparation électrolvlique de la vanilline ; 4° sur la préparation de l’hydrogène sélénié.
- Météorologie et physique du globe. — M. Belloc,.sur les zones thermiques dans les lacs de ' montagne; M. Teisserenc de Bort, sur les mouvements" verticaux de Tat-mosphèré.
- Géologie et botanique. —
- M. Gentil, sur les gites ealami-naires de l’Ouarsénis; M. Ilariet, sur la flore du Gabon et du Congo français; M. Magnin, sur la végétation lacustre.
- Zoologie et anthropologie. —
- M. Kunckeld’llerculais, sur les sauterelles migratrices de l’Afrique équatoriale; M. Dumont, sur la dépopulation de la France, en 1895 ;
- M." Émile,, Rivière, .sur quelques-menhirs ;de, Seine-et-Oise.
- % Sciences.médicales. —M.Jobert, sur l’action physiologique de quelques plantes sud-africaines; Faveau de. Courmélles, sur l’électricité et ses modalités curatives ;r M.; 'Ru-breuil, sur le traitement des lignes par l’acide silicv-lique.
- Agronomie. — M. Carier, sur le collage des vins ; M. Sen-derens, sur la reconstitution des vignobles dans le Midi.
- Géographie. — M. Marcuse, sur l’hypothèse d’une origine atlantique du peuple enskarien.
- Économie politique. — M. Yves Guyot, sur le caractère de la monnaie; M. F. Passy, sur l’impôt progressif.
- Hygiène. — l)r Tison, sur l’alcoolisme; I)r Bréinond, sur le saturnisme industriel; Dr Matton, sur les stations médicales.
- Je regrette que le défaut d’espace m’oblige à passer sous silence un grand nombre d’autres communications offrant un grand intérêt. Leurs travaux terminés, les membres du Congrès ont pris leur essor sur les plages riantes de l’Océan ou les fraîches montagnes des Pyrénées. La municipalité de Bordeaux et les membres de la Société philomatique nous ont fait, avec un tact exquis et une grâce parfaite, les honneurs de la ville et de l’Exposition; je suis heureux de les remercier publiquement.
- Makius Otto.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- VENTILATEUR ÉLECTRIQUE
- Nous avons déjà décrit précédemment1 une série de ventilateurs électriques. Ces petits appareils, qui rendent de réels services pour la ventilation, sont actuellement très répandus sur les réseaux de distribution en raison de leur petit volume, de leur faible poids et de leur facilité à pouvoir être aisément déplacés. Nous avons eu l’occasion de rencontrer dernièrement un nouveau modèle dû à M. F. Ilenrion, et sur lequel nous voulons dire quelques mots. L’appareil que représente notre figure est un petit moteur dont les inducteurs sont en acier fondu d’une seule pièce, avec un socle permettant de le fixer sur une table. L’induit est un anneau Gramme maintenu dans les inducteurs par deux supports placés sur les côtés. Ce moteur est à enroulement série. A la vitesse angulaire de 1600 tours par minute, il consomme 1,2 ampère à 110 volts. Siîr le prolongement de l’arbre de l’induit, en avant, comme le montre notre dessin, se trouve le porte-balais. Celui-ci maintient deux lamelles de cuivre qui retiennent les balais en charbon. Sur l’autre côté du prolongement de l’arbre est fixée une étoile à six branches convenablement inclinées, qui est destinée à aspirer l’air dans son mouvement de rotation et à le refouler en avant. Le moteur est muni des paliers graisseurs spéciaux de la maison avec bague trempant dans l’huile et entraînant celle-ci à la, partie supérieure de l’arbre. Ce moteur est destiné à un ventilateur électrique; mais il est facile de retirer l’étoile h six branches, qui n’est maintenue que par une vis, et le moteur peut être utilisé pour tout autre objet, notamment pour actionner une machine à coudre, un appareil à nettoyer l’argenterie, les couteaux, etc., en ayant soin d’adapter une poulie à la place du ventilateur. Le moteur, par sa construction robuste, peut se prêter à plusieurs utilisations successives. Un abonné à un réseau de distribution peut donc, avec un seul appareil, mettre à prolit pendant le jour l’énergie électrique pour plusieurs opérations. C’est là encore une preuve nouvelle des avantages que présente l’énergie électrique, qui a tant d’applications déjà dans les arts industriels. J. L.
- 1 Voy. n” lit I, du 15 septembre 1894, p. 241.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier Paris. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1101
- 31 AOUT 181)5
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- LES ORAGES ET ROURRASQUES
- DU 10 AU 12 AOUT 1895
- Il y a eu cette année, dans l’ouest et dans le nord de la France, des orages, des coups de foudre et des bourrasques tout à fait intenses, qui méritent d’ètre étudiés. Nous avons reçu de nos lecteurs, qui ont observé de près les phénomènes atmosphériques survenus pendant ces tempêtes, des documents très précis (pie nous nous empressons de signaler.
- M. l’abbé L. Palfran, professeur au Petit Séminaire de Rouen, nous envoie la Note suivante :
- Saint-Yiesou-l’Abbaye (Seine-Inférieure).
- Un orage épouvantable, tel qu’on n'en avait pas vu de
- mémoire d'homme, s’est déchaîné, le 10 août dernier, vers la lin de la journée, sur une vaste région de la Seine-Inférieure, et les journaux de Rouen ont entretenu pendant deux jours leurs lecteurs des dégâts produits.
- Me trouvant dans la zone dévastée, j’ai eu le loisir d’observer le phénomène et de recueillir les résultats suivants :
- Le temps s’était assombri dans l’après-midi, et le vent, après plusieurs sautes inattendues, s’était fixé au sud-est, lorsque dans la région du nord-ouest se forma un amas de nuages aux teintes cuivrées, qui semblait s’étendre de la cime des arbres à la hauteur des nuages supérieurs; on eût dit d’un mascaret renversé. Les éclairs jaillissaient sans interruption en arrière de ce rideau, et un grondement continu se faisait entendre aux quatre coins de l'horizon. La masse énorme s’avançait, poussée par un
- Fac-similé d’une photographie où sont reproduits les plus gros gréions à un diamètre de J centimètre,'; les grêlons sont représentés . à moins d’un quart de leur grandeur.
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- vent faisant, avec la méridienne, un angle d’environ 32 degrés, c’est-à-dire de direction sensiblement ouest-nord-ouest-nord-ouest, et une demi-heure après sa formation, à 4h 30, elle arrivait au-dessus de nos tètes, nous dérobant la vue du ciel, au point qu’il fallut allumer dans les appartements.
- A ce mémo moment, les arbres se trouvèrent furieusement secoués et de grosses branches se rompirent, puis aussitôt un bruit singulier attira notre attention : c’étaient des grêlons énormes qui s’abattaient sur le sol avec un bruit de mitraille, trouant les toits, brisant les vitres et ravageant les parterres. Cela dura cinq minutes, puis la grêle s’éloigna, faisant place à une pluie diluvienne.
- Aussitôt, nous allâmes à la recherche des grêlons, pour les étudier de plus près. Us avaient ordinairement la forme d’ellipsoïdes légèrement aplatis, quelques-uns pourtant étaient de forme très irrégulière. Ils avaient en
- 23* aimée. — 23 semestre.
- moyenne 4 centimètres de diamètre, mais il s’en trouvait de beaucoup plus gros, et à 5 heures on m’en aje porta un cpii pesait encore 60 grammes, et cependant il avait été brisé en deux et avait déjà fondu depuis une demi heure; entier, il a dû peser environ 120 grammes. Au témoignage de certains observateurs, il s’est trouvé des grêlons de la grosseur d’un poing d’homme, c’est-à-dire d’au moins 8 centimètres de diamètre, ce qui donnerait un poids d’environ 250 grammes. — (iliaque grêlon apparaissait extérieurement comme une aggréga-lion de grêlons plus petits, de la dimension d'un gros pois, mais la structure intérieure était toute différente, on y trouvait une série de couches concentriques, alternativement opaques et transparentes. Dans l’un en particulier, j’ai pu compter jusqu’à 0 de ces couches. La plus centrale, opaque chez les uns, était transparente chez les autres. Ces détails sont bien visibles sur la photographie que je vous communique de quelques-uns de ces grêlons
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- ramasses au hasard. Le négatif n'a pu être fait qu'à 5 heures, les grêlons avaient donc déjà fondu en partie, cependant, les dimensions en étaient encore considérables, comme on pourra en juger d’après l’épreuve, quand on saura que la table qui les supporte a un diamètre de 00 centimètres.
- Il m’a semblé de quelque intérêt de noter ces observations qui, peut-être, pourraient servir de document dans les théories de la formation de la grêle, encore obscures, malgré les efforts faits pour les illustrer.
- Dernier fait important à noter.
- La chute de grêle a eu lieu dans une zone très étendue. Elle commençait à peu près en même temps vers Longueville au nord et à Rouen au sud, et ces deux points sont distants de 50 kilomètres.
- Elle a progressé depuis Roudeville à l’ouest, jusque dans les départements de la Somme et de l’Oise à l’est; peut-être même s’est-elle étendue plus loin encore, mais le manque de renseignements précis ne permet pas de l’affirmer. Il convient d'ajouter qu'à Rouen, les grêlons n’avaient plus que la grosseur moyenne d’un œuf de pigeon, mais qu’il en est tombé pendant une demi-heure, tandis qu’à Àuberinesnil, près de Aeufchàtel, on en a trouvé, dit-on, qui pesaient jusqu’à 453 grammes et 500 grammes. Ces chiffres se passent de commentaires, et du reste les journaux locaux ont relaté le navrant tableau des désastres produits. L’abbé L. Palfran,
- Processeur au Pelit Séminaire de Rouen.
- Un autre orage, ou peut-être le même, a exercé des dégâts à Rouen et aux environs, nous en avons parlé dans notre chronique météorologique de la livraison précédente1. Mais il a sévi en cyclone dans le département de la Somme, et M. Rrandicourt, notre correspondant d'Amiens, nous a adressé les récits exacts publiés par les journaux de la localité ; il y a ajouté la Note suivante :
- Un cyclone pendant cet orage a ravagé surtout une petite commune distante d’Amiens de 40 kilomètres. Je tiens d’un témoin oculaire, un jeune prêtre qui se trouvait au presbytère, à 20 mètres de l’église, (pic l’ouragan faisait un tel bruit, qu’il n’a pas remarqué celui qu’ont dû faire le clocher et les cloches de l’église, tombant dans la cour d’une maison voisine, non plus que celui de la toiture de l’église s’abattant dans le jardin du presbytère. A Amiens, à la même heure nous avons eu un orage très violent, accompagné d’une pluie torrentielle et de vent violent. Aucun dégât sérieux à signaler.
- Voici un extrait de l’étude publiée par le Journal d'Amiens :
- Cet ouragan a eu lieu samedi soir vers 5h 50 ; en moins de dix minutes, trois rues de ce pays étaient complètement dévastées. 11 ne reste plus de la plupart des constructions de ce quartier que quelques-unes debout, les autres sont, ou à peu près, entièrement à reconstruire. L’église en particulier a été fortement endommagée, le chœur est tombé, il ne reste que la nef qui n’a pas eu trop à souffrir ; le clocher se trouvant à l’extrémité de la nef est également tombé; les trois cloches, d'un poids énorme, et toute la charpente ont été projetées à quelques mètres, écrasant en partie une maison d’habitation située à côté. L’orgue a été détérioré par les décombres. Dans une maison attenant à l’église une poutre
- 1 Yov. n° lltiO, du 24 août 1895, p. 52 du Supplément.
- de 4m,50 de long, provenant du clocher, est entrée par un châssis de la toiture et est allée ressortir de l’autre côté. La mairie et les écoles ont eu aussi à souffrir de ce désastre. La toiture des classes, sur une longueur de 22 mètres, a été enlevée d’un seul morceau et projetée dans le jardin. Une porte d’entrée d’une classe a été également enlevée avec son chambranle, et est allée tomber sur les tables des élèves au milieu de la classe. Derrière cet éditice, un établissement construit en briques il v a trois ou quatre ans, appelé asile Duplant, et devant servir d’hospice, a été complètement rasé; un cercle catholique situé à côté n’a pu résister au vent et est détruit aussi de fond en comble ; le plancher a été arraché d’un seul bloc. Le nombre des constructions endommagées et dont la grande partie ont eu soit la toiture enlevée, soit un pignon abattu et les murs lézardés, est d'environ (50 à 70. Les rues du village offrent un aspect lamentable, partout on ne rencontre que des amas de poutres, solives, feuilles de voliges, tuiles, ardoises, etc.; plusieurs rues ne sont pas encore complètement débarrassées. Le nombre de carreaux à remplacer est inappréciable. Plusieurs personnes dont les maisons sont tombées ou menacent ruine, ont été obligées de déménager et se sont trouvées sans asile. Les arbres fruitiers, pommiers, poiriers, situés dans les jardins et les herbages des alentours dupays, sont réduits en miettes ou arrachés; dans certains plants, sur 100 ou 150 arbres qu'il y avait, il n’v en a plus debout. Les récoltes qui ne sont pas encore coupées n'ont pas été trop abîmées comme on le croyait au premier abord. Les grêlons, quoique étant d’un poids recpectable de 500 à 400 grammes, ne tombaient pas dru. Quant à celles coupées et étalées à terre, elles ne forment qu’une véritable litière dans la plaine.
- On voit que ecs orages ont acquis une énergie et une violence peu communes. Gaston Tissaniueu.
- LÀ VOITURE ÉLECTRIQUE DE M. JEANTAUD
- Nous avons précédemment1 décrit la voiture électrique de M. Jeantaud, à 4 places, à accumulateurs. Depuis cette époque M. Jeantaud a construit une autre voiture se composant de deux sièges parallèles, à deux places chacun, et d’un siège derrière également à deux places en dos à dos, qui a pris part à la course des voitures automobiles Paris-Bordeaux-Paris, le 12 juin 18952.
- Cette voiture n’a pu accomplir qu’une partie du trajet total; mais il nous est permis de tirer des enseignements pratiques du voyage de G00 kilomètres qu'elle a effectué. C’est la première fois qu’une voiture électrique a pu fournir un trajet de cette importance, même avec des relais d’accumulateurs répartis sur la route. La construction de cette voiture n’a été commencée qu’au mois de mars 1895, trois mois seulement avant la course. 11 s’agit donc dans cette démonstration d’un fait qui mérite d’ètre enregistré et qui établit nettement qu'au mois de juin 1895, de Paris à Bordeaux,, une, voiture électrique a accompli un parcours de 000 kilomètres. M. Jeantaud a relaté, dans une fort intéressante petite Brochure, les données principales de construction de sa nouvelle voiture, ainsi que quelques renseignements sur les péripéties de son voyage. La voiture, comme nous l’avons dit plus haut, comportait deux sièges parallèles à deux places et un siège derrière à deux places en dos à dos; l’avant élait garni d’un grand garde-crotte circulaire supportant
- 1 Yov. n° 1150, du 20 janvier 1895, p. 129.
- a Yov. n° 1155, du 0 juillet 1895, p. 84.
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- une lanterne électrique à trois feux. La batterie d'accumulateurs, formée de trente-huit éléments de la Société Y Accumulateur Fulmen, d'un poids de 15 kilogrammes par élément et d'une capacité de 500 ampères-heure au régime de 50 ampères, était logée dans un coffre sous les places d’arrière. La charge totale de la voiture était de 2200 kilogrammes. Nous n'insisterons pas sur les diverses dispositions adoptées pour la direction et la suspension, ni sur les organes d’arrêt ; nous parlerons du moteur électrique. Ce moteur est dû à M. Rechniewski, ingénieur en chef de la Société Postel-Vinay. 11 peut fournir une puissance de 7 chevaux, soit 70 volts et 70 ampères, au rendement industriel de 01 pour 100. A 2,5 chevaux, son rendement est encore de 68 pour 100, et à 10,4 chevaux de 80 pour 100. ha puissance de 7 chevaux est nécessaire pour la traction de la voiture à la vitesse de 24 kilomètres par heure sur route en palier. Le poids du moteur est de 225 kilogrammes ; ce moteur a été remarquable par son élasticité, qui lui a permis d’atteindre sans aucun écliauffeinent et sans aucun accident une puissance double de la puissance normale. Dans la course, les accumulateurs ont souvent fourni un débit bien supérieur à 70 ampères, ce qui correspondait déjà presque à un régime de 5 ampères par kilogramme de plaques. La capacité des accumulateurs était alors de 210 ampères-heure et permettait de marcher 5 heures à la vitesse de 24 kilomètres par heure sur route en palier. Dans bien des cas, le débit a atteint 200 ampères au moment de quelques coups de collier. Ajoutons que tous ces régimes ont été fournis par des accumulateurs qui avaient déjà subi des voyages en chemin de fer et des transbordements de toutes sortes avant d’atteindre leur poste de relai. Chaque batterie, du poids total de 850 kilogrammes, permettait d’accomplir un parcours de 40 à 70 kilomètres suivant le profil de la route; le changement de boites aux stations nécessitait un arrêt de dix minutes. Les conducteurs de la voiture étaient MM. Jean-taud, Henri Menier, Le Ccsne, Maurice Brault et Pelecier. La partie électrique a été confiée tour à tour à MM. C. Brault, Bertifort, Rechniewski et Kriéger. Au départ de Paris, le jour de la course, à la suite d’un accident, l’essieu de derrière, forcé, a chauffé pendant tout le temps du parcours, et a nécessité des arrêts toutes les heures pour le refroidissement et le graissage.
- Malgré toutes ces difficultés, il n’en est pas moins certain qu’une voiture électrique à accumulateurs a parcouru 600 kilomètres en juin 1805. En dehors du brillant succès du pétrole, nous dit M. Jeantaud dans une lettre qu’il nous a écrite, les pneumatiques Michelin et la voiture électrique constituent les nouveautés du concours. En ce qui concerne les pneumatiques Michelin, il y a un fait extraordinaire de nature à bouleverser bientôt la carrosserie. Nous enregistrons volontiers toutes ces constatations fort intéressantes; et il nous reste à' féliciter vivement M. Jeantaud du tour de force remarquable qu’il a accompli avec ses collaborateurs. Mais nous n’en restons pas moins persuadé, comme l’a dit M. E. Hospitalier dans un article publié dans l'Industrie électrique du 25 juin 1895, p. 257, que les longues courses de grande ville à grande ville, ni les courses de vitesse sur grandes distances, ne sont du domaine des voitures électriques empruntant leur énergie à des accumulateurs : ces voitures doivent réduire leur rôle à celui des voitures à chevaux qui, partant le matin, rentrent le soir au plus tard à la remise, et peuvent ainsi récupérer pendant la nuit l’énergie dépensée pendant la journée. J. L. '
- IA DAME foiil AU. LOUVRE
- ET LA SCULPTURE INDUSTRIELLE SUR ’ BOIS EN EGYPTEw
- La petite dame Toui, qui est entrée l’an dernier au Louvre, était de son vivant Chanteuse tV Amon-t Le titre prête au doute et ne nous permet guère de dire exactement à quelle classe de la société elle appartenait. 11 y avait des chanteuses d’Amon de tous les degrés, les unes mariées, les autres libres de leur personne. Toutes étaient astreintes à servir le dieu : elles agitaient devant lui le sistre qui écartait les esprits, ou le fouet magique, la monâit, dont elles battaient l’air pour chasser à grands coups les êtres méchants qui y flottaient invisibles. Les plus humbles étaient de mœurs légères, et la série de vignettes licencieuses que possède le musée de Turin ne laisse subsister aucun doute sur le genre de vie qu’elles menaient. Elles étaient les servantes du temple, elles devaient à leur maître Amon la libre disposition de leur corps, et qui les abordait en son nom ne pouvait pas rencontrer de refus. Encore à l’époque gréco-romaine, le grand-prêtre choisissait, dans les familles les plus riches et les plus nobles de Thèbes, une jeune fille de beauté rare qu’il consacrait solennellement. Elle devenait la chanteuse en chef, et partageait en tout l’existence de ses compagnes de moindre origine, tant que sa jeunesse durait : dès qu’elle avait passé l’Age d’avoir des enfants, elle prenait sa retraite, et un mariage honorable lui permettait d’achever la lin de ses jours au milieu de la considération universelle. La dame Toui paraît avoir été de condition moins étrange. Les femmes des prêtres ou celles des citoyens affiliés aux diverses confréries d’Amon formaient des associations de chanteuses, qui ne se montraient au temple qu’aux jours de fêtes ou aux heures réglées pour certaines cérémonies : elles n’acceptaient du devoir des autres que l’obligation dé jouer du sistre ou du fouet, mais elles laissaient le reste des fonctions aux musiciennes de métier. Toui avait sans doute quelque part à Thèbes un brave homme de mari et des enfants. Dans un conte égyptien, l’héroïne Tboubouî, fille d’un prêtre de Bastît, répond à l’amoureux qui la presse ; « Je suis pure, je ne suis pas une fille » ; Toui pourrait nous en dire autant, si, nous fiant à son titre, nous la confondions avec les chanteuses vulgaires, folles de leur corps. , . .
- La statuette qui la représente (fig. 1) peut passer àhon droit pour l’une dés meilleures œuvres qui soient sorties en ces derniers temps du sol thébain. Elle se tient debout dans l’attitude hiératique du repos, un pied en avant, le buste ferme sur les hanches, la tête haute, le bras droit allongé et pendant, le bras gauche ramené sur la poitrine et serrant le fouet sacré, la monâit repliée. Elle a le costume de cérémonie, la longue robe à manches, étroite, croisée sur le devant, bordée d’une frange empesée et raide; le collier large au cou; sur la tête, l’immense perruque à la mode chez les Thébnines vers
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- les ixc et x° siècles avant notre ère, une quantité de petites tresses, assemblées à l’extrémité par deux ou par trois et terminées par des glands ou par de petites frisures. L'effet en était assez disgracieux : elle surchargeait le haut de la personne, diminuait le visage, engonçait, le cou, dissimulait la chute des épaules et la naissance des seins, rompait l’équilibre du corps humain. L’artiste anonyme qui a mis sur pied l’image de la dame Toui a tiré pourtant un parti presque heureux de cette coiffure déplorable : il l’a traitée comme une sorte de fond, sur lequel il a enlevé vigoureusement en repoussoir la face, le cou et la poitrine de son modèle. Les touffes latérales encadrent les traits sans trop les alourdir, et la calotte du sommet pose sur le crâne sans paraître l’écraser. Les formes minces et fermes du corps sont rendues de façon remarquable, et le modelé du ventre et des jambes ressort sous l'étoffe collante avec une précision qui n’a rien de brutal.
- Certes, a y bien regar- ' der, on;q>erçoit plus d’une faute : la taille manque de souplesse et la physionomie d’expression; le bois est découpé sèchement et d’une minutie presque puérile; La statuette plaît pourtant par je ne sais quelle grâce simple et chaste : le Louvre a eu cent lois raison de l'acquérir, quand même il l’a payée plus cher qu’il n’y est habitué pour des objets égyptiens de si faibles dimensions.
- L’usage en est facile à déterminer : c’est, en petit la statue de double qu’on enfermait dans les tombes de l’époque memphite. Seulement la statue n’était pas à la portée de tout le monde : les riches seuls étaient en état de se la procurer, et la plupart des gens de fortune médiocre en étaient réduits à se contenter de ligurines moins coûteuses. Cette population de prêtres, de domestiques, de chanteuses, de chefs de travaux, qui vivait autour du sanctuaire
- d’Amon ou dans les temples de la nécropole thébaine avait beaucoup de prétentions au luxe et peu de richesse ; ses tombeaux sont remplis d’objets simulés, véritables trompe-l’œil destinés à donner aux morts l'illusion de l'opulence, vases en bois massif peints de façon à sembler des vases d'albàtre ou de granit, bagues et bijoux en verroterie ou en terre émaillée qu'on qualifie de bagues et bijoux en or,
- meubles en bois commun. vernis, mouchetés, veinés, pour remplacer les meubles en bois précieux. La dame Toui appartenait à cette classe demi-besogneuse, et elle a dù substituer aux statues de calcaire ou de, grès qui auraient assuré la durée de son existence funéraire, des statuettes en bois sculpté et poli. Tous les musées d’Europe en renferment d’analogues, et le Louvre lui-même possédait déjà, depuis Ghampollion, la mignonne image de la dameNai, qui soutient sans trop de désavantage la comparaison avec sa sœur nouvelle. Les sculpteurs égyptiens avaient acquis une véritable maîtrise en ce genre secondaire, et Ton rencontre souvent, dans ce qui nous en est parvenu, des morceaux d’un charme particulier. Voyez, par exemple, la petite tille (fig. 2) et la femme (fig. o), que j’ai choisies un peu à l’aventure dans une des vitrines du musée de Turin. La petite tille est debout, un pied porté en avant, les bras ballants, nue, selon l’usage des enfants égyptiens, au collier et à la ceinture près qui lui entoure assez lâchement les reins, les cheveux nattés court avec la tresse qui retombe sur l’oreille. La matière est moins précieuse que chez la dame Toui et le travail moins poussé, mais a-t-on jamais mieux exprimé la délicatesse fluette de la tillette égyptienne de huit à dix ans? C’est encore le portrait exact, costume et tournure, des petites Nubiennes de la Cataracte, avant que l’éclosion de la puberté ne les oblige à se vêtir; c est
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- leur poitrine maigre, leurs hanches prèles, leur cuisse sèche et line, leur port à la lois incertain et hardi, l'expression mutine de leurs traits. L’autre statuette représente une femme bien développée, debout sur un socle arrondi, sans l'ombre d’une robe ou d’un voile quelconque, mais très lière de sa coiffure et surtout de ses grosses boudes d’oreille. Elle touche de la main celle de droite et la fait saillir légèrement afin de la montrer ou de s’assurer que le bijou lui va bien : la tète est trop grosse, l'épaule trop menue, la poitrine trop étroite, et le sculpteur a été embarrassé pour rendre le mouvement du bras,
- Fig. 2. — Staluettc égyptienne en bois du musée de Turin.
- qu'ils en voulaient, tout prêts à les modeler dans la pose «pii leur convenait le mieux, avec leur costume ordinaire ou leur toilette des grands jours, port et, ressemblance garantis. Ce qu’on en a ramassé dans les tombeaux pendant les premières années de notre siècle, forme une véritable galerie, la plus variée et la plus curieuse, des types différents qu'on rencontrait du treizième au neuvième siècle avant notre ère, à Thèbes même et dans la banlieue, parmi la petite bourgeoisie. Certains avaient servi, et ils portent encore la jupe serrée, bouffante à la ceinture, des fantassins égyptiens ; d’autres avaient passé leur vie à griffonner dans un bureau d’administration; le plus grand nombre appartenaient à l'une des professions funéraires, gardiens de momies, décorateurs
- mais les yeux sont si grandement ouverts, le sourire est si content, l’expression de l’ensemble si spiri-luelle, qu’on lui pardonne aisément ce défaut.
- Les hommes n’étaient pas moins bien traités «pie les lènnnes par cet art des demi-fortunes. Les scribes de rang secondaire, les vieux officiers en retraite, les marchands au détail ou les petits chefs d’industrie «pii pullulaient dans les «piartiers populaires, ne ressentaient pas moins «jue leurs femmes le besoin de se donner, .à défaut de la statue de pierre, une'image de bois «pii les montrât tels qu’ils avaient été pendant leur vie. Ils trouvaient autant d’artistes
- Fig. 5. — StatueLtc égyptienne en bois du musée de Turin.
- d’hypogées, maçons de tombeaux, sacristains ou prêtres de petite condition, occupés aux bas offices des enterrements ou des rites commémoratifs. Ceux-là étaient orgueilleusement leurs insignes : ils portent de longs bâtons couronnés d’emblèmes divins, la tête humaine d'Hàthor, le bec d'épervier d’Ilorus, et tout dans leur attitude trahit l’orgueilleuse satisfaction qu’ils éprouvent à se savoir si beaux et si importants. Leur démarche nous révèle déjà ce «pie nous confirment les inscriptions tracées d’ordinaire sur le socle de leur statuette : « C’est moi, Khà-bokhni, le Domestique de la Place Vraie », celui «pii versait les libations ou qui venait aux heures cauonitpies distribuer à chacun des morts confiés à ses soins une provision de pains, de fleurs et de
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- fruits. Les Égyptiens avaient l’esprit observateur et l'humeur volontiers satirique : je ne jurerais point qu’en imprimant à leurs œuvres ce caractère de vanité naïve, les sculpteurs n’aient pas cédé à la tentation de s’égayer discrètement aux dépens du personnage qui posait devant eux pour son portrait.
- On néglige trop l’étude de ces petits monuments. A force de considérer les colosses de granit ou de grès, les statues héroïques et les groupes d’apparat, on se sent porté à ne reconnaître à l’art égyptien que des qualités de grandeur et de majesté immobile : les statuettes en bois nous montrent ce qu’il savait à l’occasion déployer de grâce et d’esprit. La plupart d’entre elles ne sont (pie des produits de hasard, des pièces de commerce courant, préparées à l’avance pour les besoins de la clientèle, et dont les magasins d’accessoires funèbres devaient toujours tenir en réserve un assortiment complet. La famille qui désirait en offrir à l’un de scs morts, venait s’en fournir au plus juste prix, et on lui donnait quelque chose de plus ou moins soigné selon la dépense qu’elle pouvait supporter : le choix fait, on adaptait le morceau à sa destination définitive, en gravant sur le socle ou sur le dos les noms qui transformaient la poupée anonyme en un corps pour le double d’un individu déterminé. C’étaient des ouvriers qui sculptaient ces images ou plutôt qui les fabriquaient pour le compte des entrepreneurs de funérailles. Leur éducation était si complète et leur main si exercée, qu’ils tombaient rarement très bas; la moyenne de leurs œuvres est d’une facture fort honnête et d'un sentiment suffisamment juste. Lorsqu’on leur laissait le temps nécessaire ou qu’on leur recommandait de soigner une pièce particulière, ceux d’entre eux qui joignaient à lu routine du métier un talent naturel, achevaient des œuvres d’une valeur réelle, la statuette de la dame Toui, celles de la fillette et de la femme à Turin et bien d’autres qui reposent inaperçues du public dans les armoires de nos musées.
- G. Masl'ero,
- de l'Institut.
- CONSTRUCTION DE MOULINS À PARIS
- Ou estime à 500 environ le nombre des moulins qui alimentent la capitale. Ces usines se répartissent sur les départements environnants avec deux centres principaux : Corbeil et les environs de Chartres.
- Non compris les. Grands Moulins de Corbeil, leur production ne dépasse pas 500 à 400 quintaux, la moyenne est plutôt 80 quintaux, production journalière en vingt-quatre heures.
- Les meuniers placés dans un rayon de 40 kilomètres livrent quelquefois directement, au moyen de leurs chevaux et-camions. Cour la presque généralité, les approvisionnements en blé, qu’ils tirent du pays ou font venir du Havre, sont transportés par charrois de la gare jusqu’au moulin ; rarement on les voit profiter de la navigation, et la proportion des usines possédant une voie ferrée est très faible. On est bien forcé de reconnaître qu’il n’existe pas un seul moulin pouvant faire pratiquement le commerce des farines en plein cœur de Paris.
- Toutes les grandes villes ont des moulins intérieurs dont la plupart possèdent un outillage puissant, et on s’explique difficilement que Paris forme une exception.
- Pestli, la capitale hongroise, possède des moulins immenses dont la renommée est universelle ; notre capitale en a peu ou point. Pourtant, la France est la plus grande productrice du blé en Europe! Les plaines de la Beaucc sont fertiles et placées aux portes de Paris ! De grands moulins parisiens pourraient encore s’alimenter facilement par l’ouest au marché du Havre !
- Paris, Pesth, ces deux aspects si divers ne sont pas le résultat actuel d’une situation plus ou moins favorable aux points de vues économique et commercial ; ils sont la conséquence naturelle de deux positions géographiques différentes ; ce sont ces positions qui ont créé les situations de début, et ces situations, qui avaient leurs raisons d’être jadis, n’en possèdent plus aucune depuis que les progrès industriels bouleversent la face du monde.
- La meunerie est la première industrie qui ait utilisé les forces naturelles fournies par l’eau et le vent; on peut dire qu’elle est la mère de l’hydraulique ; chacun sait que Paris est traversé par un fleuve tranquille sur lequel on n’a pas pu trouver de forces motrices; on y voyait cependant, au siècle dernier, quelques moulins sur chalands fixes, le mouvement s’obtenait par des roues à aubes entraînées par la seule force du courant. Nous ne parlerons que pour mémoire des vieux moulins à vent dont quelques-uns, sur les Buttes, sont les derniers vestiges.
- Ces procédés primitifs, peu économiques aujourd’hui, û’avaient pas besoin de l’apparition de la vapeur pour tomber dans l’oubli.
- ! A Pesth, au contraire, on a pu depuis longtemps utiliser les forces naturelles fournies par le Danube, et nombre de petits moulins se sont élevés sur le fleuve; Ces moulins se sont transformés, agrandis; la vapeur a été adjointe aux chutes; ainsi s’est formée l’agglomération actuelle qui a été le berceau des progrès de la mouture moderne ou mouture par cylindres.
- Le prix de revient de la force motrice diminue chaque jour; déjà, la machine à vapeur a trouvé un concurrent redoutable, nous avons annoncé le moteur à gaz, le moteur à gaz d’éclairage ainsi que ses dérivés : le moteur à pétrole et le moteur au gaz pauvre.
- Cela ne peut être un doute pour personne : de grands moulins parisiens montés avec les derniers perfectionnements seraient une source de bons revenus. Nous ferons la part des frais d’établissement, un peu supérieurs à ceux d’une usine extérieure, mais les points les plus importants à considérer doivent être : l’accès facile du marché de Paris, le contact immédiat et permanent de la clientèle, les livraisons rendues très promptes. Nous indiquons ci-après, simple parallèle, les dividendes moyens distribués ces dernières années par les moulins : « Elisabeth », « Louisia » et « Ofen-Pester » de Buda-Pestli : ils oscillent entre 10 et 20 pour 100 des capitaux engagés.
- La meilleure manière d’envisager la question est de constater le mouvement qui tend à se produire autour de Paris et dans Paris; les grands moulins cherchent à le pénétrer davantage et quelques usines vont s’élever dans son sein.
- Nous nous estimerons heureux si nos réflexions peuvent ouvrir un horizon à quelques capitaux moins favorisés, et si nous pouvons faire œuvre légère de bon Français en dotant Paris des moyens qui lui ont manqué dans l’Année terrible. PiuurrE Lafon.
- Corbeil, le 15 juin 1895-
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- L A N A TU K E,
- LE CINÉMATOGRAPHE
- I)E >IM. AUGUSTE ET LOUIS LUMIÈRE
- L’appareil que MM. A. et L. Lumière viennent de présenter sous le nom de Cinématographe est un nouveau système de chronophotographie merveilleux de précision et de simplicité.
- Nous rappellerons ici l’histoire de la chronophotographie que nous avons déjà résumée. Aussitôt que la photographie eut lait assez de progrès pour devenir instantanée, les savants songèrent à l’employer dans le hut de fixer des scènes fugitives qu’ils pourraient ensuite étudier longuement et méditer; c’est ainsi qu’en 1874, M. Janssen se servit de son revolver photographique pour T observation du passage de Vénus sur le Soleil; M. Muyhridge,de San Francisco, obtint, vers la même époque, des séries de photographies d’un objet en mouvement, prises au moyen de -40 chambres noires munies d’objectifs dont les obturateurs étaient déclenchés électriquement à des intervalles convenables. Depuis cette époque, M. Marey a constamment utilisé la chronophotographie pour étudier la locomotion animale, le vol des oiseaux et divers-phénomènes physiologiques. On sait qu’il a imaginé dans ce hut un grand nombre de dispositifs fort ingénieux qui ont fait de cette branche de la photographie un très précieux auxiliaire des sciences. Parmi les travaux les plus importants dirigés dans le même sens, nous devons citer ceux de MM. Ànschutz, général Sébert, Pémény, Fonde, etc. Tous ces auteurs se sont généralement attachés à produire des épreuves successives, en nombre relativement restreint, formant une décomposition, une analyse du mouvement et destinées à être étudiées séparément ou comparées les unes aux autres. On considérait, et avec raison, comme un problème dont la solution était encore lointaine, la reconstitution, la synthèse de ce môme mouvement. Les tentatives faites dans ce sens par quelques-uns des expérimentateurs cités plus haut consistaient seulement dans la recomposition de 25 à 50 épreuves. ,
- Tout récemment, on a vu arriver d’Amérique des appareils qu’Edison a appelés Kinétoscopes 1 et qui montrent à des spectateurs isolés de longues séries d’épreuves se succédant à des intervalles très courts, réalisant ainsi cette synthèse. On voit de petites scènes animées fort curieuses et durant une demi-minute environ. Mais la bande pelliculaire sur laquelle ces scènes sont prises, étant animée d’un mouvement continu, chaque épreuve, pour donner une impression nette, ne doit être vue que pendant un temps très court : il est d’environ un sept-mil-lième de seconde. Dans ces conditions, l’éclairement est extrêmement faible; un objectif très lumineux est nécessaire, les scènes n’ont que peu de profondeur et se déroulent devant un fond noir ; il faut au
- 1 Yov. n" 1116, du 20 octobre 18SH. p. 525.
- moins trente épreuves par seconde pour donner sur la rétine une impression continue.
- Le Einématographe n’a pas ces inconvénients : il permet d’abaisser le nombre des épreuves à quinze par seconde, de montrer à toute une assemblée, en les projetant sur un écran, des scènes animées durant près d’une minute; la profondeur sous laquelle on peut saisir des objets mobiles n’est plus limitée et l’on arrive à représenter le mouvement des rues, des places publiques, d’une façon absolument saisissante de vérité.
- MM. Lumière, avec une bonne grâce dont nous les remercions sincèrement, nous ont mis leur appareil entre les mains et nous ont donné loutes les explications que nous avons demandées.
- Supposons obtenue — et nous verrons tout à l’heure par quels procédés — la bande pelliculaire positive? (fig. 1, n° 1 ) sur laquelle les images se présentent sous l’aspect d’une photographie ordinaire, les tons clairs étant représentés par des tons clairs, et les tons sombres par des tons sombres. Cette bande a 15 mètres de long au plus, et 5 centimètres de large environ. Des deux cotés sont percés des trous équidistants correspondant à chaque image. Les diverses épreuves — obtenues à des intervalles de un quinzième de seconde — sont rigoureusement semblables, c’est-à-dire que, si l’on superpose deux images quelconques, les parties représentant des objets immobiles viennent coïncider exactement, et que les parties représentant des objets mobiles ont des positions dont la différence représente le mouvement accompli entre les moments où ont été tirées les deux épreuves. Cette bande P, enroulée sur elle-même, et enfermée dans une boîte placée au-dessus du Cinématographe, est soutenue par une petite tige métallique. Elle sort par une ouverture, descend verticalement, contourne une gorge G, remonte, passe au-dessus d’une tige èt va s’enrouler autour d’une troisième tige T. Le mouvement delà bande est obtenu au moyen d’une manivelle M qui, par l’intermédiaire d’un système de multiplication, commande un arbre. Sur cet arbre sont fixés : un système de renvois qui fait tourner la tige T, un excentrique triangulaire, un tambour V (fig. 1 et 2), un double disque.
- Cela dit, nous allons pouvoir suivre ce qui se passe pendant une révolution de l’arbre. Le cadre arrive à sa position inférieure et devient immobile; les dents sont enfoncées dans deux trous de la pellicule situés sur la même ligne horizontale; mais la rampe commence à les ramener vers le tambour Y de sorte qu’ils sont complètement dégagés au moment où le cadre commence son mouvement vers le haut. Ce mouvement est tel que le cadre se déplace exactement de la quantité qui sépare deux trous, de sorte qu’au moment où il s’arrête dans sa position supérieure, les dents sont rigoureusement en regard des deux trous immédiatement placés au-dessus de ceux qu’elles viennent de quitter. Pendant la nouvelle période d’immobilité, la seconde rampe pousse les dents dans ces trous, de sorte qu’à la descente elles entraînent
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- LA N ATI) HE.
- Fi”. 1 et j2- — Schémas du mécanisme du Ciuémalograidie. — 1. Coupe longitudinale. — 2. Coupe transversale et verticale (opl i(pio). — l\ Pellicule se déroulant.—T. Tige sur laquelle vient s’enrouler la pellicule. —V. Tambour. — , O. Ouverture servant au passage des niyons lumineux.— M. Manivelle motrice.
- In pellicule. Le tambour 1‘ }cède à la tension et se déroule; le tambour P' (lig.;2), sollicité par ki rotation de la tige T, s’enroule, et lorsque, à l’immobilité | suivante du cadre, les, dents quitteront encore la pellicule, une épreuve aura succédé à l'épreuve précédente devant l’ouverture E (fig. I), située sur le trajet des rayons qui les projettent sur l’écran. Tous ces mouvements, si longs à expliquer, s’accomplissent dans l’exemple que nous avons pris au début de cet article en un quinzième de seconde. Un nouveau toursde l’arbre amènera une nouvelle épreuve, et ainsi de suite, à raison de 1)00 épreuves.par minute. On se représente lacilement la précision qu’il a fallu mettre dans la construction de l’appareil pour que, dans tous ces mouvements, la bandepcl-liculaire,,pourtant si délicate et qui doit pouvoir servir un grand nombre de fois, reste absolument intacte. Dans ce but, la vitesse de départ. et la vi tesse.) d’arrêt - dés den ts,, solidaires du cadre, sont aussi progressives que possible ; le mouvement en arrière* ou en avant de ces memes dents ne commence qu’après l’arrêt absolu de la pellicule afin de ne pas en détériorer les trous ; enfin celle-ci, avant de s’enrouler sur elle-même, passe par{la tige supérieure. Voici la , raison de cetté disposi- “ lion: lorsque la pellicule s’arrête" la tige T qui continue à * tourner tend’ à l’entraîner et produit un effort de traction qui' est d’autant moins violent —" la pratique l’a démontré une tangente plus rapprochée de l’horizontale. On
- ( p °(
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- *7 7777777. :
- Fig. 3. — Production des négatifs.
- qu’il s’exerce suivant
- s’est arrangé de manière que la tangente au tambour lv, issue de s et donnant à peu près la direction sui-
- __________________________vie par la pellicule,
- soit horizontale à la fin de l’enroulement, c’est-à-dire lorsque la masse, successivement arrêtée et mise en mouvement, est la plus grande. Pendant l’immobilité de la pellicule, une petite plaque placée près de E et maintenue par un léger ressort (cette plaque et ce ressort ne sont pas représentés sur nos ligures) l’empêche de céder à la faillie traction due au mouvement de T (fig. 2).
- Le mécanisme est disposé de telle façon que la pellicule reste immobile pendant les deux tiers du temps; elle emploie le dernier tiers à descendre. Que les rayons lumineux arrivent sur l’écran pendant les périodes d’immobilité, c’est pariait ; mais s’ils y arrivaient aussi pendant les périodes de mouvement, à l’image fixe se mêleraient des impressions dues à la descente de cette même image; il en résulterait des traînées lumineuses correspondant aux parties claires. Il faut, par conséquent, que les rayons lumineux soient masqués pendant le dernier tiers du temps. C’est ce qui se réalise dans l’appareil. Il arrive de là que ne sont projetées sur l’écran que des épreuves immobiles se succédant, par exemple, au nombre de 900 par minute. À cause de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine, l’œil n’aperçoit pas du tout les noirs ipii séparent chaque projection, et, d'autre part, la lumière passant pendant les deux tiers du temps total, on n’a pas besoin d’un éclairement particulièrement fort.
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- LA NATURE.
- La résultante des impressions successives sur l’œil » est une image saisissante de réalité où les dillérences entre les épreuves, différences ducs au mouvement des personnages ou des objets pendant la pose, se traduisent par l’illusion complète d’un mouvement de la part des personnages ou des objets reproduits. Avec le même appareil on obtient l’épreuve négative (fig. 5) et on en tire la positive. L’appareil de MM. Lumière sera un auxiliaire précieux dans l’étude des mouvements en photographie. Non seulement nous possédons avec lui le moyen de saisir ces mouvements pendant leurs diverses périodes ; mais nous sommes en mesure de les recomposer en faisant varier à volonté leur vitesse, l’arbre moteur étant entraîné à la main. Ils seront lents, très lents, si nous le désirons, de manière qu’aucun détail ne nous échappe; puis, dans les reproductions suivantes ils s’accéléreront de plus en plus, si nous le désirons, jusqu’à la vitesse normale. Nous aurons alors la reproduction absolument parfaite des mouvements réels. Et si quelque lecteur était tenté de croire que nous exagérons en parlant de perfection, nous en appellerions au jugement de la nombreuse assemblée qui, le 11 juillet dernier, à la Revue générale des sciences, chez son savant et sympathique directeur, M. Olivier, a si chaleureusement applaudi l’un des inventeurs, alors qu’il montrait son appareil et les résultats qu’il en obtient.
- Ces résultats, les voici : Le Cinématographe étant éclairé à la lumière électrique au moyen d’une lanterne Molteni, ses images étaient projetées sur un écran éloigné de 5 mètres. Cet écran était constitué par une toile line et transparente, tendue dans l’embrasure d'une porte séparant deux salons. Dans l’un les spectateurs voyaient les images par réflexion ; dans l’autre ces mêmes images apparaissaient avec la même netteté, mais par transparence. L’obscurité ayant été faite dans les deux pièces, voici quelques-unes des scènes qui se sont successivement déroulées sous les yeux de l’assistance :
- Ce fut d’abord une séance de voltige exécutée par des cuirassiers avec toute la maestria des soldats de cette arme ; puis une brimade dans une caserne ; l’incendie d’une maison où l’on vit successivement les llammes gagner l’édifice, la fumée obscurcir le ciel, les pompiers arriver, asperger le bâtiment embrasé et parvenir enfin à éteindre le feu. Des forgerons, qui semblaient en chair et en os, se livrèrent ensuite à l’exercice de leur métier; on voyait le fer rougir au feu, s’allonger à mesure qu’ils le battaient, produire, quand ils le plongeaient dans l’eau, un nuage de vapeur qui s’élevait lentement dans l’air et qu’un coup de vent vint chasser tout d’un coup. C’était, suivant le mot de Eontenelle, la nature même prise sur le fait.
- Une vue de Lyon, la place des Cordeliers, ne suscita pas moins l’admiration : piétons allant et venant, passant dans la rue, entrant dans les boutiques; tramways, fiacres, élégantes victorias ou grosses voitures faisant le service des maisons de commerce,
- circulant en tous sens. Ainsi transportés à Lyon, nous y vîmes de la même façon les ouvriers et ouvrières de MM. Lumière sortant de leurs ateliers à midi, les fillettes se garant des voitures et des bicyclistes, courant isolées ou par groupes, toutes joyeuses de se sentir, pour un temps, rendues au gai bavardage et à la liberté.
- Une petite fille, représentée en grandeur naturelle, obtint un succès particulier. Elle dînait en plein air à coté de ses parents, qui la faisaient manger. Rien de plus curieux que ces petites mines de l’enfant heureuse, savourant avec toutes les grâces de son âge les friandises que son père lui offrait et rabattant de ses petites mains sa bavette soulevée par le vent (fig. 4). Le même bébé réjouit encore l’assistance en essayant, mais vainement, d’attraper à l’aide d'une cuiller des poissons contenus dans un bocal de verre '.
- L’ATTRACTION EXERCÉE PAR UN TRAIN
- EX MARCHE
- Tous ceux qui ont ouï parler de la Malle des Indes, c’est-à-dire du train qui traverse à grande vitesse une partie du réseau français pour emporter le courrier anglais sur Brindisi, ont entendu dire qu’il faut se tenir à l’écart de ce train extra-rapide : on répète à l’envi que les gardes-barrières, sur son passage, se mettent à l’abri derrière les barrières parce qu’autrement ils seraient attirés, jetés par terre et grièvement blessés, le train faisant le vide derrière lui et attirant tout ce qui est dans le voisinage de la voie. Il est évident que, comme tout corps se déplaçant, le train crée un vide relatif où se précipite tout corps environnant ; mais on est en droit de se demander si l’on n’exagère pas beaucoup cette action à propos de la Malle. Précisément il vient de se produire aux États-Unis un accident qui a donné à un savant professeur l’occasion de faire d’intéressantes expériences à ce sujet.
- Un enfant de onze ans se trouvait tout auprès d’une voie ferrée à Saint-Louis : un train vint à passer à grande vitesse, l’enfant fut jeté à terre et projeté sous les voitures, par la violence, dit-on, du courant d’air entrainé par le mouvement du train. Un procès s’en suivit, l’enfant n'étant coupable d’aucune imprudence, puisqu’il ne se trouvait pas sur la voie : la Compagnie répondit pour sa défense qu’un train en marche ne crée pas de vide derrière les wagons, ou du moins qu’il ne se produit pas une aspiration suffisante pour jeter à terre un corps pesant plusieurs dizaines de kilogrammes.
- On nomma comme expert le professeur Francis E. Nipher, membre de l’Université de Washington, et voici ses conclusions. Un train ne crée pas d’aspiration sur les cotés, pas plus que par derrière, mais il entraîne une grande masse d’air avec lui, le mouvement de déplacement de cet air s’accélérant avec la vitesse même du train. Tout naturellement ce sont les couches d’air les plus voisines du convoi qui se meuvent le plus vite, et plus on est loin de la voie moins on sent l’air se déplacer; supposons maintenant une personne se tenant près d’un convoi en marche à allure rapide : elle est plongée dans une série de tranches verticales d’air se déplaçant à des
- 1 D'après une Notice de M. A. Gay, ancien élève de l’Ecole polytechnique (lievue générale des sciences).
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- vitesses différentes, ou plus simplement la portion de son corps qui est du côté de la voie est dans un courant d’air plus rapide que de l’autre côté : l’application de ces deux forces différentes a pour conséquence de tendre à faire tourner la personne sur elle-même. Dans ces conditions il ne faut pas un grand effort pour jeter même un homme à terre, et le mouvement de rotation qu’il a pris l’amène à rouler sur la voie quand il touche le sol; évidemment sa chute le dirigera toujours vers les rails et c’est ce qui s’était passé pour l’enfant à propos duquel le procès s’était engagé.
- La Compagnie a été obligée de payer des dommages et intérêts : au point de vue général on comprend que la chose méritait d’être signalée.
- Il est très intéressant d’appeler à ce sujet l’attention du public, surtout aujourd’hui où l’on cherche à atteindre des vitesses de plus en plus grandes sur nos lignes ferrées. Il importera de prendre des dispositions spéciales pour éviter à l’avenir les accidents qui ont été mentionnés. Les études de M. le professeur Francis E. Nipher établissent très nettement les actions qui se passent dans ce mouvement et expliquent parfaitement qu’une personne se trouvant sur les côtés de la voie, au moment du passage d’un train à grande vitesse, peut être entraînée à tomber sur la voie par suite du mouvement de rotation qui lui a été communiqué. C’est une question qui mérite d’être envisagée par nos compagnies de chemins de fer.
- I). B.
- PHOTOGRAPHIES ASTRONOMIQUES
- EXÉCUTÉES A i/OBSERYATOIRE I)E HARVARD COLLEGE
- Tandis que les astronomes d’un grand nombre de pays se réunissaient pour entreprendre en commun la carte du ciel, ceux des États-Unis préféraient travailler de leur coté, avec des procédés un peu différents de ceux qui ont été adoptés presque partout, à la suite des magnifiques travaux de MM. Paul et Prosper Henry. Cette divergence de vues, parmi des savants également compétents, rend désirable une étude très attentive des procédés employés de part et d’autre.
- L’une des méthodes n’est pas nécessairement préférable à l’autre dans tous les cas; chacune d’elles peut convenir à un genre particulier de relevés photographiques, et il se peut que les meilleurs résultats soient obtenus par une judicieuse combinaison des diverses méthodes employées aujourd’hui. C’est ce qui nous a engagé à donner ici une analyse assez détaillée d’un récent Mémoire publié par M. William Pickering, frère du directeur bien connu de l’Observatoire de Harvard College. Nous nous proposons de donner une idée générale de ce beau travail, renvoyant, bien entendu, au Mémoire original pour tous les détails.
- M. Pickering distingue les appareils de photographie astronomique en réflecteurs, réfracteurs et douillets ; ces derniers sont des instruments munis d’un objectif assez semblable à celui que l’on employait exclusivement autrefois pour le portrait, avant l’emploi des rectilinéaires rapides.
- Les réfracteurs ordinaires donnent une bonne
- définition de l’image, avec un champ modérément étendu, 2 ou 5° au maximum; ils conviennent particulièrement bien aux mesures de position, à la photographie des nébuleuses assez lumineuses et bien définies, des amas à l’exception des plus faibles, et des étoiles doubles suffisamment séparées. Leur faible ouverture, qui leur assure un grossissement considérable, les rend impropres à l’étude des astres les moins lumineux.
- Les réflecteurs et les doublets peuvent être construits avec une grande ouverture, et suppléent les réfracteurs pour la photographie de tous les corps célestes de très faible intensité lumineuse; toutefois, on ne peut les employer avec avantage pour de longues poses que lorsque le ciel est très sombre. Aux époques de la pleine lune, il est impossible de les employer à des poses d’une heure, et leur maniement demande quelques précautions au voisinage des villes possédant un certain nombre de loyers à arc.
- La partie la plus intéressante du Mémoire de M. Pickering est celle qui traite de la photographie quantitative, c’est-à-dire de la photométrie par le moyen de la photographie.
- Il était tout d’abord nécessaire de réaliser un étalon d’intensité lumineuse qui pût donner des résultats aussi uniformes que possible. La lampe Carcel, l’étalon Hefnef-Altcneck, et celui de M. Yernon Harcourt, aupentane, furent successivement essayés. Pour l’un comme pour l’autre de ces étalons, les variations d’un jour à l’autre, ou dans le cours d’une même séance, sont assez importantes. Toutefois, la lampe au pentane, malgré certaines difficultés de manipulation, s’est montrée la plus constante des trois; elle présente, en effet, l’avantage de brûler sans mèche, ce qui supprime une cause importante de variation ; plus exactement, le liquide combustible est transporté, à l’aide d’une mèche, jusqu’à l’intérieur d’un tube, où il s’évapore pour alimenter la flamme; mais la mèche ne brûlant pas elle-même, n’introduit dans la flamme aucun élément étranger. Bien entendu, on ne réalise le véritable étalon Yernon Harcourt qu’avec un liquide très pur; mais, si le combustible employé contient des impuretés, la lampe fournit une intensité lumineuse assez constante, à la condition d’être toujours alimentée par le même liquide.
- M. Pickering résume son travail sur les étalons photométriques employés par lui, en disant qne, dans des circonstances toujours identiques, l’une quelconque de ces lampes donne des résultats constants; mais, tandis que ces conditions sont difficiles à réaliser pour la lampe au pentane, il est impossible de les obtenir pour la Carcel et la lampe à acétate d’amyle1.
- 1 II n’est pas inutile de dire, à ce propos, que II. Yiolle vient de réaliser un nouvel étalon lumineux, consistant en un bec papillon, alimenté par de l’acétylène, et dont on limite la surface par un écran de 1 centimètre carré d’ouverture, placé devant la partie la plus lumineuse de la flamme.
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- LA NATURE.
- L’étude des étalons d’intensité lumineuse n’avait d’autre luit que l'examen des plaques employées dans la photographie astronomique. Pour celles-ci, une foule de problèmes se posent dès que l’on veut s’en servir comme instruments de mesure. Leur application à la photométrie dépend, en effet, d'une fonction sans doute très compliquée, (pie l’on peut nommer la fonction photographique, et qui exprime les relations entre les intensités d’éclairement et les temps de pose correspondants, qui produisent un travail photographique déterminé. Un serait tenté de croire (pie, pour obtenir la même attaque du bromure d’argent, il suffit, dans tous les cas, d’exposer la plaque pendant un temps inversement pro-jmrtionnel à l’éclairement. C’est l’hypothèse la plus simple que l’on puisse faire, et elle est sans doute réalisée approximativement dans des circonstances moyennes ; mais elle cesse de l’être dans des cas extrêmes, comme l’ont déjà démontré quelques observateurs,' entre autres le capitaine Ahney, et M. Ranyard.
- L’estimation des éclairements par la méthode photographique repose entièrement sur la mesure d’un facteur, (pie M. Pickering nomme lime correction, et que, l’onfpourrait désigner jdus explicitement .par correction du temps de pose : cette correction est t considérable et varie,- du reste, avec fies plaques et a vec l’intensité du travail photographique produit. Ainsi, avec une plaque Seed, fia correction de durée'peut atteindre deux fois et demie ou trois fois le temps de pose. Cette correction varie avec le degré d’attaque .que l’on produit. Les plaques lentes de Car-huit, ont une correction de temps de pose plus uniforme, mais tout aussi considérable. Il est important de remarquer que cette correction paraît être indépendante de la teinte de la lumière employée, pourvu que l’on produise le même travail photographique dans le même temps. Ces résultats ne sont qu'indiqués dans le travail de M. Pickering; leur détail est réservé à une publication ultérieure, (pie nous espérons faire connaître plus tard à nos lecteurs.
- 11 est essentiel, dans la photométrie par la photographie, de déterminer la proportion des radiations actiniques absorbées dans le verre de la lunette, ou par le miroir du réflecteur; dans les deux cas, l’absorption est plus forte que pour les radiations visibles. M. Pickering emploie, dans ce but, une ingénieuse méthode qui lui permet de mesurer la perte d'énergie actiniquc dans les diverses régions de la
- lentille. Il trouve ainsi que la perte, à travers l'objectif de la lunette de Royden dont il se sert, et qui a un diamètre de 525 millimètres, est de plus de 6(1 pour 100, bien que, en apparence, le verre soit parfaitement transparent. L’absorption augmente du centre au bord, d’où l’on peut conclure que la plus grosse perte se produit à travers le llint; c’est, du reste, ce qu’ont montré d’autres mesures directes.
- L’emploi de l’instrument à la mesure des intensités lumineuses par la photographie est ainsi basé sur la connaissance d’un facteur que l’auteur appelle la constante actinique de l’instrument. Cette constante est exprimée en fonction de celle d’une ouverture de 1 millimètre, placée à 1 mètre de la plaque. Possédant ainsi la correction de durée pour une plaque étudiée d’avance, et une exposition donnée, et connaissant en outre la constante actiniquc de l’instrument employé, on a tout ce qu’il faut pour calculer l’action photographique, ou, inversement, l’éclairement qui’a produit l’action que l’on observe.
- La définition de la sensibilité d’une plaque prête toujours un peu à l'arbitraire, suivant le travail que l’on a en vue. Ainsi, dans la méthode de Warnecke, on expose la plaque à une lumière étalon pendant un temps donné, en la protégeant par des écrans translucides, dont l'opacité va en croissant. Chaque plaque porte un numéro, et l’on prend comme indice de la sensibilité le dernier numéro apparent sur la. plaque.
- Les Congrès astro-photogra-phiques ont adopté une méthode un peu différente, (pii consiste à prendre arbitrairement un certain contraste et à mesurer le temps nécessaire à l’atteindre par une exposition constante. Enfin, on peut donner, comme indice de la sensibilité d’une plaque, la lumière la plus faible produisant une action quelconque sur la plaque. Tous ceux qui ont pratiqué la photographie savent que les deux derniers procédés doivent conduire à des résultats très différents. Les |daques très sensibles, d’après la dernière définition, donnant, en général, des contrastes peu apparents, pourront être classées par la seconde méthode après certaines plaques lentes.
- La grande nébuleuse d’Orion, découverte en 1618 par Cizat, de Lucerne, a été l’objet d’importantes observations. M. Pickering s’est proposé d’en mesurer l’éclat, en se servant des principes que nous venons d’indiquer sommairement.
- On rencontre, dans l’estimation de l’intensité lumineuse d’un corps nébuleux, une grande difli-
- Fig. 1. — Partie d’une plaque percée de petites ouvertures. (Planche d’héliogravure.)
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- eu lié, provenant de ce que l’éclat varie lentement et d’une manière à peu près continue tout au travers de la plage que l'on étudie; les points de repère font défaut, et il faut s’aider d'un artifice pour faire des mesures photométriques un pou exactes. Voici le procédé employé par M. Pickering.
- La nébuleuse est photographiée sur une plaque protégée par une mince feuille de laiton percée de petites ouvertures circulaires, disposées régulièrement. Un a eu soin de réserver, sur la plaque, deux bandes voisines des bords, que l’on a recouvertes d'un papier noir, de façon à empêcher le voile qui pourrait être produit par la lumière diffuse. On im-
- pressionne ensuite ces bandes, à l’aide du sensito-mètre, c’est-à-dire en mettant la plaque dans des conditions déterminées d’éclairement. Cette impression, faite de même à travers de petites ouvertures, comprend huit poses successives, pendant des durées graduées. Notre figure 1 représente une partie d’une plaque ainsi impressionnée.
- La plaque étant développée, on en détache les bandes portant les poses de comparaison, que fou peut alors superposer aux diverses parties de l’image de la nébuleuse.
- Cette superposition se fait sur une table de verre, éclairée par dessous, et comprend deux opérations
- Fig. 2. — Photographie tle la nébuleuse d’Orion. (Planche d'héliogravure.)
- inverses; dans la première, les repères sont placés sur l’image, dans l'autre ils sont placés dessous; cette double opération a pour but d’éliminer l'elfet de la réflexion de la lumière par la couche sensible. On détermine ainsi, pour chaque point de la nébuleuse, l’opacité de la gélatine, par rapport aux deux impressions auxiliaires les plus voisines, et l’on en déduit les contours isophotaux dont M. Piekc-ring donne une carte détaillée. Cette carte, extrêmement compliquée, montre que, examiné avec beaucoup de soin, l’éclat de la grande nébuleuse d’Orion est beaucoup moins uniforme qu’une observation superficielle de la figure 2 ne semble l'indiquer. Cette figure est un fac-similé, légèrement réduit, de la photographie publiée par M. Pickering.
- Les recherches de M. Pickering font conduit à
- exprimer la grandeur relative des étoiles d’une manière un peu différente de celle qui a été adoptée dans les congrès internationaux. Les premières recherches relatives à la carte du ciel ayant montré <[ue, dans les grandeurs des étoiles définies optiquement, les résultats photographiques étaient sensiblement dans le rapport de 2,5 à 1 lorsqu'on passait d’une grandeur à la suivante, on adopta ce nombre, ou, plus exactement, le nombre dont le logarithme est 0,4, pour définir le passage d’une grandeur d’étoile à la suivante. C’est ainsi, par exemple, que la seizième grandeur est définie, par rapport fà la première, par la multiplication du temps de pose par un million; en d’autres ternies, on dit qu’une étoile est de seizième grandeur lorsque, pour une pose un million de fois plus longue que celle d’une
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- LA N A TU H K.
- étoile de première grandeur, elle produit le même effet sur la plaque sensible. Or, d’après les principes indiqués-déjà par le capitaine Abney, et, étudiés plus en détail par M. Pickering, l’égalité du travail photographique n'indique pas nécessairement l’égalité de l’intégrale des actions lumineuses. Eu cherchant à maintenir ce dernier principe, M. Pickering se sépare des décisions des congrès internationaux, qui définissent les grandeurs des plus faibles étoiles par leur travail photographique, sans aucune correction.
- Il ne faudrait pas conclure de là que l’une ou l’autre des définitions est erronée ; les points de vue sont simplement différents. Les congrès internationaux ont cherché une définition pratique aussi simple (pic possible, à laquelle on ne demande que des points de repère constants. La définition physique des grandeurs devient alors arbitraire. M. Pickering cherche, au contraire, une définition physique exacte, mais au prix de recherches préliminaires très délicates. Cette divergence dans les définitions conduit M. Pickering à maintenir dans la seizième grandeur des astres que l’échelle internationale place dans la dix-huitième; il conviendra de porter la plus grande attention à cette divergence, dans la comparaison des travaux des astronomes américains et de ceux qui ont été entrepris ensuite de l’entente internationale provoquée par le regretté amiral Mouchez, pour l’exécution de la carte du ciel. Ch.-Ed. Guillaume.
- NÉCROLOGIE
- M. •lulit-u Ycsque. — M. Julien Vesque, maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris et à l’Institut agronomique, est mort dernièrement, à Yincennes, à l’àge de quarante-sept ans. Botaniste des plus distingués, M. Vesque était l’auteur de nombreux travaux, notamment sur le transformisme et la physiologie, très estimés dans le monde scientifique. Les cours de M. Vesque étaient assidûment suivis en Sorbonne par un grand nombre d’élèves qui venaient écouter la parole d’un savant et aussi d’un ami. Physiologiste distingué, il savait faire ses leçons avec beaucoup de mérite, et les auditeurs appréciaient l’étendue de ses connaissance^! Tous ceux qui ont suivi les cours de M. Vesque ne pourront oublier le savant dont l’éloquence savait si bien faire comprendre le grand intérêt des recherçhés botaniques, indiquer les problèmes à résoudre eirrtbntrer les voies nouvelles pour des études ultérieures. ;
- CHRONIQUE
- Projet de voyage en ballon de M. Andrée. —
- M. Andrée est revenu à Stockholm,, où il a déjà commencé scs expériences sur la résistance et l’imperméabilité des différents échantillons d’étoffes à ballons qui lui ont été expédiés d’Allemagne, d’Angleterre et de France. Les épreuves sont exécutées à l’aide des appareils inventés par Henry Giffard, et décrits par M. Gaston Tissandier dans la brochure sur le Ballon captif à vapeur. Le, chef de la future expédition au pèle Nord vient de recevoir une lettre de M. Sellstrom, ingénieur suédois, établi dans la République Argentine, et qui n’a pas oublié sa patrie
- malgré le grand nombre d’années écoulées depuis son départ. M. Sellstrom envoie à M. Andrée un bon de 5000 francs pour les dépenses accessoires telles que frais de voyage, d’ascensions et d’expériences. C’est, du reste, la fondation scientifique qui a organisé ses ascensions de la Swca, qui a subventionné M. Andrée pour une partie des dépenses de son récent voyage d’études. Il a payé la différence sur ses ressources personnelles. M. Andrée se loue beaucoup de la réception qui lui a été faite à Londres. Notre ancien confrère, M. Keltel, jadis secrétaire de la Nature anglaise, et aujourd’hui secrétaire général de la Société de géographie, lui a fait obtenir une audience particulière du duc d’York, président honoraire du Congrès. Ce prince anglais l’a accueilli avec la plus extrême bienveillance et l’a présenté au duc de Connaught, son frère cadet. Il a été invité à la gardai parti) donnée par la duchesse. Le 6 août il a fait, devant la Société des Ballons de Londres, une conférence présidée par M. AV. IL Lefevre. La séance a eu lieu dans la galerie de Conduct Street, qui contenait plus de mille auditeurs. Une résolution en faveur de son expédition a été adoptée à l’unanimité. Il a visité l’établissement aérostatique de M. Maxim, a exécuté une expérience privée sur son aéroplane à vapeur. Toutes les parties de la construction sont exécutées avec un soin remarquable et représentent des dépenses considérables, mais l’appareil ne quitte pas les rails sur lesquels il est lancé à une grande vitesse avec une hélice à vapeur. M. Andrée ne nous a pas confié le résultat de ses impressions, mais il ne paraît pas être très favorable aux espérances de M. Maxim, car il s’occupe sans perdre un jour de l’étude de ses plans définitifs. AV. de F.
- Ascension «l'un nouveau pic.— Deux membres du Glub Alpin, de la section de Maurienne, MM. Bartoli et Jarsuel, viennent d’avoir la bonne fortune, et aussi l’ha-bilcté, de gravir un pic de 5000 mètres, à la cime duquel personne n’était encore parvenu, et qui, pourtant, est tout proche de Suint-Jean-de-Mauriennc. Les gens du pays appellent ce pic F « Ouille de la Balme ». G’est le point culminant du massif de la Lauzière, à cheval sur la ligne de faîte entre la Tarentaise et la Maurienne. Une première entreprise pour atteindre ce sommet vierge avait été tentée, l’année dernière, mais sans succès. Les deux alpinistes ne se tinrent pas pour battus, et cette année ils se lancèrent de nouveau à l’assaut, accompagnés d’un guide émérite de Bonneval, Blanc le Greffier. Le 6 juillet ils partirent de Saint-Jean par le col de la Madeleine et allèrent passer la nuit à Celliers, où M. Pierre Bertrand leur donna l’hospitalité. Le 7, à 4 heures du matin, ils se remettaient en marche et franchissaient d’abord un contrefort de F « Ouille de la Balme ». Ils se trouvèrent alors au pied du pic, tout hérissé de flèches escarpées, aux arêtes vives, bizarrement découpées. Il leur fallut traverser-un glacier, d’une pente très rapide, puis, attachés les uns aux autres,: se hisser le long d’une arête de. granit, avec d’extrêmes difficultés. Enfin à 10h50 ils atteignaient la cime, sorte de crête étroite, presque coupante, d’où une vue superbe, s’étendant jusqu’au Cervin et au mont Rose, doubla pour les trois ascensionnistes le plaisir d’avoir accompli les premiers cette périlleuse escalade1. ; '
- Augmentation du nombre des coups de foudre. — La revue Himmel undErde a publié récemment le résumé d’une .conférence‘faite par le directeur du Bureau de statistique 'de Berlin, sur l’augmentation des
- 1 D'après le Tour du Monde.
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- dommages causés par la foudre, et sur les effets de la foudre sur le corps humain. L’augmentation des dommages est attribuée à diverses causes, à savoir : l’emploi de l’électricité dans l’industrie; les modifications apportées à la surface de la terre par le déboisement, le drainage, etc. ; les impuretés introduites dans l’atmosphère par la consommation croissante du charbon. Le professeur von Bezold a établi qu’en Bavière le nombre annuel moyen d’incendies causés par la foudre a été de : 52, de 1855 à 1845 ; 52, de 1844 à 1865; 105, de 1866 à 1879; et 152, de 1880 à 1882. Alors qu’en 1855, 154 personnes ont été frappées par la foudre, dont 75 tuées, les nombres, treille ans plus tard, deviennent respectivement 189 et 161. Il est à remarquer que les personnes frappées par la foudre ne perçoivent ni tonnerre ni éclairs, mais qu’elles ont l’impression d’étre soudainement entourées par du feu.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 août 1895. — Présidence de M. Fizeaü.
- Spectroscope h cône dispersif. — Pour apercevoir les protubérances solaires avec le spectroscope à fente élargie, il faut disposer l’appareil de manière que la fente soit tangente au bord du soleil. C’est là une méthode peu commode produisant d’ailleurs, à cause de l’aberration prismatique, une déformation plus ou moins forte des protubérances. Pour obvier à ce double inconvénient, M. Zengcr a utilisé le parallélipipèdc qu’il soumit, en 1885, à l’Académie, grâce auquel on peut obtenir une forte dispersion pouvant atteindre 25° entre les raies A et II de Fi atinhofer. Ce parallélipipèdc est constitué par deux prismes dont l’un est en quartz. L’autre un prisme creux rempli d’anéthole (huile éthérique d’anis) qui a un indice de réfraction beaucoup plus grand que le quartz, pour la raie II, mais à peu près identique, pour la raie A. L’une des faces du prisme de quartz est perpendiculaire à l’axe de l’instrument. Le système peut tourner autour de cet axe ; il en résulte que le prisme de quartz décrit un cône tandis que le prisme d’anéthole décrit un cône enveloppant. On obtient par cette disposition ce que l’on pourrait appeler une infinité de spectroscopes, sensiblement à vision directe, pour les rayons rouges voisins delà raie A exempts des aberrations prismatiques. Ce spectroscope conique est recouvert d’une plaque d’étain percée d’une fente circulaire. Au moyen d'une lentille, on projette l’image du soleil sur la plaque d’étain, de manière que l’image nette du disque solaire coïncide, d’une façon précise, avec le disque plein central. La chromosphère et les protubérances débordent alors seules sur la lente circulaire. Les radiations qu’elles émettent traversent cette fente, tombent sur le parallélipipèdc et donnent le spectre élémentaire rectiligne dans la direction du rayon correspondant du disque solaire. M. Duboscq a construit sur ce principe, pour M. Zenger, un appareil qui renferme non plus un prisme, mais un cône, disposition qui supprime le mouvement rotatoire. Ce cône est en crown; il est placé à l’intérieur d’un tube cylindrique de môme rayon en métal. Le cône de crown est collé par sa base sur une lame de verre à faces planes et parallèles qui est scellée dans le tube perpendiculairement à l’axe. Une autre lame de verre identique est scellée en avant du sommet du cône, de telle sorte que le cône de crown est contenu dans un compartiment étanche dont le vide correspond au cône enveloppant. Une ouverture latérale que l’on peut fermer hermétiquement permet d’introduire, dans cet espace vide, l’huile
- éthérique d’anis. L’instrument est complété par un écran intérieur percé d’une fente circulaire et une lentille convenablement adaptée pour placer l’image solaire dans les conditions voulues. L’appareil donne un spectre circulaire très large, rappelant l’arc-en-ciel. En interposant devant l’œil de l’observateur une couche de violet d’aniline combinée avec une couche de vert de la même substance, on peut absorber tous les rayons lumineux, à l’exception des rayons rouges correspondant à la raie C de Fraün-hofer. 11 convient de regarder la fente avec un oculaire de manière à en avoir une image nette. On aperçoit alors la chromosphère et les protubérances, sans aucune déformation. En interposant devant l’œil une solution d’acide chromique et de sulfate de cuivre, on obtient une lumière jaune verdâtre correspondant à la raie E. L’on voit ainsi l’image de la partie la plus lumineuse de la couronne. On peut aussi projeter l’image de la fente, par une lentille photographique, dans une chambre noire, et en prendre, sur des plaques orthochromatiques, des clichés montrant les protubérances. M. Zenger termine en remarquant que le maniement de l’appareil peut s’effectuer à la main, sans qu’il soit besoin de l’intervention d’une lunette équatoriale.
- La coagulation du sang. — C'est un fait bien connu que le sang se coagule naturellement. Mais si l’on introduit dans la circulation d’un animal certaines substances, telles que le peptonc, l’extrait de sangsues, l’extrait de muscles d’écrevisses, et que l’on pratique ensuite une saignée, le sang extrait est incoagulable, bien que ces substances ne puissent empêcher la coagulation du sang d’un animal non inoculé préalablement. MM. Gley et Paclion se sont appliqués à déterminer la cause de ce phénomène. Il résulte de leurs expériences que le foie joue un rôle actif dans ces circonstances. 11 élaborerait, .selon l’opinion des auteurs, une substance spéciale qu'il» n’ont pu isoler, mais dont ils ont cherché à mettre Fexistence hors de doute par des expériences appropriées, soit en ligaturant le canal cholédoque, soit en empêchant la communication des lymphatiques et du sang.
- Varia. — M. Balland adresse une Note sur l’usure des ustensiles en aluminium distribués aux troupes.
- Cil. DE VlLLEDEUIL.
- UN MONUMENT
- A LA MÉMOIRE DE M. CARNOT
- A LIMOGES
- Un projet de monument à ériger à la mémoire de M. Sadi-Carnot, président de la République française, a été mis au concours, entre tous les artistes français, parla ville de Limoges. Le monument doit être en bronze et granit du paVs, dit de Compeix; il s’élèvera, carrefour Tourny, à l’endroit indiqué au plan qui sera fourni. La clôture des envois pour le concours a eu lieu au commencement du mois; les membres du jury étaient au nombre de .Jhuit. Le jury s’est réuni le 12 août; voici quel a été le classement des œuvres exposées :
- Le projet auquel on a donné le premier prix avec le n° 1 est celui de M. Clausade, de Toulouse, élève de M. Falguière. Très sobre de conception et imposant par ses grandes lignes, le monument est surmonté de la statue du Président dans la pose simple
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- et pleine de grandeur qu’il affectionnait. Cette grande ligure historique semble émouvoir de plus en plus au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’époque fatale à laquelle elle disparut. Sur le socle est assise une statue de femme personnifiant la France et tenant entre ses mains, dans un geste fier et douloureux, le drapeau national. Le succès obtenu au concours parM. Clausade est bien mérité. Il s'agit d’une œuvre remarquable et bien française. Le n° 2 a été attribué à M. Bouteiller, élève de M. Falguièrc; n° o, M. Coutbeillas, de Limoges, élève de MM. Cavelier et Delaplanche; u° 4, M. Steiner, élève de MM. Jouffroy, Delaplanche et Lefèvre. Parmi les trente-trois œuvres exposées au concours, il en est une qui a été remarquée et qui a un caractère tout particulier. Celui qui l’a faite est un typographe de la maison Lahure.
- Depuisl’àge de quinze ans, il travaille tous les jours pendant dix heures dans cette imprimerie ; mais il a depuis l’enfance l’instinct des arts, et, sans maître, il est devenu sculpteur en travaillant le soir dans un petit atelier.
- Il se nomme Louis Breitel et a vingt-huit ans; il a fait déjà plusieurs bustes qui ont été reçus au Salon de peinture et de sculpture, au Palais de l’Industrie. Nous donnons ici l’œuvre de ce sculpteur étonnant qui s’est formé tout seul. Nous l’accompagnons de la Note qu’il nous a remise pour, expliquer son œuvre :
- L’idée de faire ce monument m’est venue, dit M. Louis Breitel, en lisant le Journal (les Artistes qui est envoyé régulièrement à l’Imprimerie et qu’un ami me remet. J’avais quelques jours de liberté, j’en profitai pour tenter ce concours. Ferais-je un Carnot debout, vivant, monté sur l’éternel piédestal ? le ferais-je assis dans le fauteuil présidentiel comme quelques artistes l’ont représenté aux Salons? Non, Carnot est tombé dans l’exercice de ses hautes fonctions, comme le simple soldat faisant son devoir meurt à son poste. C’est cette idée que je trouvai la plus belle et la plus simple, et que je mis à exécution : Carnot mourant reçu dans les bras de la France qui le couvre du drapeau pour lequel lui et les siens ont vécu, voilà le thème sur lequel je me suis appuyé en faisant mon esquisse. J’ai cherché la simplicité du mouvement, m’attachant principalement à la composition et m’efforçant de rendre au président, tout en lui conservant sa dignité, la douceur et le calme dont il était doué. Derrière le monument, à la base de la colonne, j’ai placé les armes de la ville de Limoges, formant un écusson entouré de branches de chêne et de laurier.
- Le projet du sculpteur est assurément une œuvre artistique, et son auteur est un ouvrier qui n’a jamais eu de maître. Il a toujours, dans ses moments de loisir, copié des dessins et sculpté des bois. Nous reproduisons encore quelques passages d’une lettre qu’il nous a écrite sur l’histoire de sa vie.
- Mon apprentissage terminé à VImprimerie Lahure, à mes moments perdus je copiais des dessins d’Alphonse de Neuville et d’autres maîtres, je m’essayais aussi à la peinture. Ce n’est qu’en \890 que je pris définitivement l’ébauchoir en main pour me livrer à la sculpture. Je fis d’abord des études chez moi, mais tout me manquait : modèles, selles et même le jour nécessaire. Je demandai à suivre les cours du soir à l’école du boulevard Montparnasse. A cette époque j'étais à peu près le seul élève qui fît du modelage, et, chose assez curieuse, pendant en viron deux mois je ne vis jamais à cette école un professeur de sculpture. Je demandai des conseils aux professeurs de dessin, lesquels m’avouèrent ne rien entendre au modelage. Le directeur m’engagea alors à entrer à l’Ecole des arts décoratifs. Je m’v présentai pour les cours du soir, sous la direction de M. Charles Gauthier. Mais il arrivait bien souvent que les travaux de l’imprimerie m'empêchaient de me rendre au cours. Ce manège ne pouvait durer longtemps : je travaillais en moyenne de onze à douze heures par jour 'a la typographie, et de là je me rendais, sans dîner, à l’école, d’où, le cours fini, je remontais chez moi, à Montrouge. Je fus forcé de cesser, quoique toujours résolu. Travailler chez moi, ce n’était guère possible. Je louai un petit atelier ; profilant de tous mes moments de liberté, je fis quelques petites figures et des portraits que j’envoyai successivement aux Salons : 1893, Portrait de ma mère; 1894, Portrait d'une jeune fille; 1895, le Boudeur.
- Par le projet que nous reproduisons, nos lecteurs pourront apprécier le talent de cet artiste que nous avons fait connaître, et qui nous paraît bien méritant. Il serait bon qu’il fut encouragé par quelques-uns de nos maîtres sculpteurs. Nous apprenons, en mettant notre numéro sous presse, que 1 œuvre de M. Louis Breitel a été très appréciée à Limoges, et qu’elle va être placée dans la salle du gymnase Carnot, installé avec tout le confort moderne et qui sert de centre de réunion pour toutes les sociétés de la ville.
- Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.\:ukr •paris. — Iinju-iinerie Laiiuhc, rue dts-Fluuru», 9.
- SADICARN07|.
- Carnot mourant repu dans les bras de la France. Projet d'un monument à Carnot, par M. Louis Breitel, typographe à l'Imprimerie Lahure.
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- N° 11G2. — 7 SEPTEMBRE 1895.
- LA NATURE.
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- PISTOLETS ET REVOLVERS
- A notre époque, où l’art de tuer les hommes marche d’une façon si scandaleusement rapide, il
- paraît impossible de prédire quelle sera l’arme de demain et il est même peu aisé de dire quelle est
- Fig. 1 à 7. — Fig. 1. Pistolet de duel à capsule. — Fig. 2. Pistolet Ira-Paine. — Fig. 5. Cible percée par les bulles. — Fig. 4. Revolver d’ordonnance modèle 1873. — Fig. 5. Revolver Galand de guerre montrant le mécanisme de la batterie. — Fig. 6 et 7. Plaques de recouvrement de ce revolver.
- celle d’aujourd’hui. Aussi est-il intéressant de retracer la route suivie, d’étudier rapidement les principaux modèles qui ont marqué les étapes de cette longue lutte à la recherche de la perfection mécanique de l’arquehuserie. C’est là le seul moyen de se rendre compte des progrès réalisés, de leur importance réelle et de l’influence qu’ils peuvent avoir sur les inventions futures.
- C’est ce que La Nature a fait pour les fusils de guerre et ceux de chasse1 ; c’est ce que nous allons tenter de faire encore pour les pistolets et revolvers.
- Mais, auparavant, nous nous permettrons de rappeler une courte anecdote, haute leçon de philosophie humanitaire qui peut se dispenser de tout commentaire et dont le héros fut
- 1 Voy. ii° 959, du 17 octobre 1891, p. 515, et a0’ 995 et 995 des 11 et 25 juin 1892, p. 27 et 58.
- Louis XY. Ayant appris qu’un ingénieur avait trouvé le secret d’une composition fulminante terrible, ce
- monarque le fit venir et, après des expériences concluantes, le renvoya comblé des marques de sa munificence, mais avec la défense la plus absolue dedivulguerson secret.
- ", o Le pistolet date de la première moitié du seizième siècle et l’on attribue généralement son invention à un officier du nom de Corbion. La recherche de l’étymologie du nom de cette arme donna lieu à une amusante prédiction d’Henri Estienne que nous transcrivons dans toute sa saveur.
- « A Fistoie, petite ville qui est à bonne journée de Florence, se souloicnt faire de petits poignards lesquels estans par nouveauté apportez en France furent appelez du nom du lieu, premièrement pis-
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- Fig. 8. — Revolver de guerre, modèle 1893, à poudre sans iunice et balle genre Lebel.
- 23e année. — 2“ semestre.
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- LÀ NATURE.
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- toicrs, depuis pisloliers, et à la lin pistolets. Quelque temps après estant venue l’invention des petites arquebuses, on leur transportât le nom de ces petits poignards et ce pauvre mot ayant esté ainsi promené longtemps, en la lin encore a esté mené encore jusqu'en Espagne et en Italie pour signifier leurs petits éscus; et eroy qu’encore n’a-t-il pas fini, mais que quelque matin les petits hommes s’appelleront pistolets et les petites femmes pistolettcs. »
- C’est à la bataille de Cérisoles, en 1544, dit La Chesnaye de Bois, qu’on a commencé à voir l’infanterie armée de pistolets et se servir avantageusement de cette arme, qui, trois ans après, en 4547, fut donnée par une ordonnance de François Ier aux archers du ban et de l’arrière-ban.
- Diminutif des arquebuses, le pistolet subit les mêmes transformations et utilisa successivement les platines à.mèche, à rouet,puis à percussion (lig. 1), mais les formes et dimensions ne furent soumises à aucune règle sérieuse jusqu’à la fixation du modèle de guerre de 1765, auquel succédèrent ceux de 1777, 1801, 1805, 1816, 1822, 1842,1848.
- Le tir du pistolet a toujours été très à la mode, et les concours nombreux auquel il donna lieu entraînèrent la création d’armes spéciales, sans toutefois faire abandonner celles à cheminée que plus d’une raison spécieuse autant que sérieuse a fait conserver pour les combats singuliers. Le principal défaut reproché à ces dernières est la longueur du chargement, que l’on chercha à pallier en adoptant le chargement par la culasse avec le pistolet dit à glissière, puis au moyen de la cartouche.
- Les pistolets de tir modernes sont d’admirables armes, bien en main, d’un équilibre parfait, d’un chargement rapide et commode (fig. 1). Le plus connu est sans nul doute le pistolet Flohert, mais le modèle du genre est celui dont se servait l’étonnant tireur Ira-Paine (fig. 2).
- Le canon, basculant autour de la tète d’affïit, est maintenu par un verrou qui aflleure près du tonnerre; un extracteur automatique fait sortir de son logement, à l’ouverture de l’arme, la douille vide; la batterie à languette permet de donner au décocher la plus grande sensibilité ; enfin la cible (cinq de coeur) reproduite fidèlement dans notre dessin et obtenue avec une arme de ce genre, sortie des ateliers de M. Galand, nous dispense de parler de sa précision merveilleuse (fig. 5).
- Dès le début, certains armuriers cherchèrent à rendre le pistolet plus puissant en multipliant le nombre des coups chargés à l’avance et créèrent ainsi, après les pistolets à canons multiples, les pistolets à magasin ou à répétition, puis ceux à révolution, qui furent englobés sous le terme générique de revolver, mot anglais formé de to revolver « retourner », qui finit par prédominer à cause de sa brièveté.
- Le principe de la révolution est lui-mème très ancien et remonterait à l’an 1600, d’après M. Anque-til.Mais il était appliqué à des arquebuses et ce n'est
- qu’en 1815 qu’un armurier de Paris, Lcnormand, confectionna un pistolet à cinq coups, à tambour, qui fut suivi quelque temps après par le Devismc, puis par celui de Mariette, formé d’un faisceau de canons tournant autour d’un axe fixe.
- C’est en 1855 que Samuel Colt, colonel au Etats-Unis, perfectionna réellement le revolver et en fit l’arme utilisable qui en 1857 joua un rôle important dans la guerre contre les Peaux-Rouges.
- Ce revolver à capsule et cheminée était à tir intermittent, c’est-à-dire qu’il fallait armer après chaque coup en agissant directement sur la crête du chien. La baguette servait au forcement des balles dans chacune des six chambres du barillet. Il pesait 4 livres 1/2 et le .canon en fer forgé ou en acier fondu était foré de sept rayures établies sur un pas de deux mètres. Un mamelon séparait les cheminées et portait une pointe intermédiaire pour le repos du chien, la noix de la platine n’ayant pas de cran de sûreté. Importé en Europe, ce revolver suscita immédiatement parmi les armuriers une émulation générale qui amena la création de nombreux modèles établis suivant le même principe.
- L’un des plus perfectionnés fut l’Àdams-Deane (1850), dans lequel l’action de la détente était triple, son seul maniement faisant rouler le barillet, relever le chien et partir le coup, donnant ainsi un tir continu. Des balles spéciales munies à leur base d’une rondelle de feutre ou de cuir formant bourre permettaient de charger et tirer les cinq coups deux fois en deux minutes. Enfin une double détente provoquait le départ sans faux mouvement, ce qui donnait au tir une grande précision.
- L’emploi de la capsule présentait des inconvénients multiples dont le plus grave était l’introduction des débris du métal de ces amorces entre le barillet et la table de culasse, ce qui entravait le fonctionnement du mécanisme. Aussi le revolver Lefaucheux, utilisant une cartouche métallique à broche (diminutif de celle créée précédemment pour les armes de chasse), ouvrit à l’armurerie une voie féconde, et obtint rapidement la faveur du public. Il fut même adopté, bien qu’à titre provisoire, par le conseil d’amirauté pour le service de la Hotte en 1860, malgré les nombreux défauts constatés dans le compte rendu officiel de la commission de l’escadre d’évolution, défauts qui se résument dans le manque de précision et de sûreté.
- En 1856 l’arquebusier Perrin avait construit un revolver se chargeant avec une cartouche métallique à inflammation centrale, ou, pour mieux dire, sans broche, mais il eut beaucoup de peine à faire triompher son idée, qui ne trouva quelque crédit en France que lorsqu’elle revint d’Angleterre, où l’on avait plus rapidement saisi l’utilité de cette invention et où dès 1868 on fabriquait une grande quantité de revolvers à percussion centrale. Ce n’est que le 11 mars 1870 que Perrin obtint une commande du gouvernement ; mais les événements postérieurs entravèrent sa livraison.
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- L’Amérique avait adopté de préférence, dès l’abandon du Colt à capsule, des cartouches à inflammation périphérique ou annulaire se percutant sur le bord du bourrelet, mais ce mode de chargement offre le grave défaut d’exiger une trop grande quantité de matière fulminante, qui enlève toute régularité au tir.
- En France, les commissions de l’armée chargées d’étudier les nombreuses armes qui leur étaient présentées, établirent une liste très détaillée des conditions exigées pour l’adoption dans l’armée d’un revolver, programme sévère dont nous résumerons quelques passages.
- « L’arme ne doit pas être à extracteur. Elle doit être homogène, résistante, solide; aucune pièce ne doit pouvoir dans l’usage s’accrocher, se fausser, se détacher ou se perdre. La portière doit être simple, sa position telle que le tireur s’aperçoive toujours s’il a oublié de la fermer. Le canon doit être rayé de laçon à donner un tir de précision au but en blanc de 25 mètres sans que le guidon soit-trop saillant et puisse s’accrocher; la tension de la trajectoire doit permettre de tirer ainsi jusqu’à 50 mètres et d’atteindre 100 mètres et au delà sans déviation sensible. L’arme doit être à percussion centrale et double mouvement, avec un solide cran de sûreté, une platine simple solide, se démontant sans outil. »
- C’est ce programme qui servit de base aux recherches de tous les armuriers et amena la création d’une quantité de revolvers comme le Latouche Gunther ; le Webley (introduit d’Angleterre pendant la guerre de 1870); le Chamelot Delvigne (perfectionné par le major Schmidt à Genève et adopté en 1872 par le gouvernement helvétique sous le nom de revolver Suisse) ; le Fauré Lepage et celui créé en 1875 par l’armurier Galand, le premier qui se démonte facilement sans aucun outil (fig. 5).
- C’est à propos de ce revolver que M. Thomas Anquetil, juge très compétent, écrivait dans le Spectateur militaire :
- « Ce revolver est surtout remarquable par la substitution de pièces solides, d’un jeu assuré, à des organes délicats, fragiles. Il a la précision d’une arme de tir à un tel degré qu’au but en blanc à vingt-cinq mètres on fait mouche à tout coup. On peut tirer un nombre considérable de fois sans avoir besoin de le nettoyer. »
- La batterie mise à nue dans nos gravures (fig. 6 et 7), la plaquette de recouvrement de la platine ayant été détachée exprès, n’est plus en effet composée que de huit pièces au lieu des quatorze qui forment celle du revolver Suisse.
- Le revolver d’ordonnance (fig. 4) adopté en 1874 pour la cavalerie de notre armée, fut, dès son apparition, l’objet de nombreuses critiques et subit des modifications successives qui ne l’ont malheureusement pas rendu exempt de tout défaut. A percussion centrale et à double mouvement, il pèse ik,200. Le canon, à âme cylindrique, du calibre de 1 1 millimètres, est foré de 4 rayures en hélice tournant de gauche à droite et fusant un tour sur 0m,55. Il se
- démonte facilement mais exige un tournevis pour dégager la plaque de recouvrement. Aussi a-t-on taillé la tête du pivot du barillet en une lame spéciale qui est recouverte par la tête de la baguette, logée elle-même le long du canon dans une sorte de gouttière qui la guide et la protège.
- Pour charger ou décharger, il faut faire tourner directement le barillet avec la main, en sens inverse.
- En 1895, M. Galand perfectionna ce modèle, ou mieux, créa un nouveau revolver de guerre bien plus puissant, essentiellement pratique et rustique (fig. 8). La porte, tout en conservant son usage normal, est devenue en même temps temps un appareil de sûreté, et dès qu’elle est ouverte, le chien se trouve paralysé; il ne peut plus percuter. La détente reste pourtant libre de fonctionner; mais elle n’agit alors que sur le barillet, qui lui ne pivote que sous son action directe et ne peut ainsi être dérangé par aucune secousse, si violente soit-elle.
- L’avantage de cette disposition est de deux sortes ; d’abord l’on est assuré que les cartouches sont percutées dans l’ordre et que s’il n’en reste qu’une à tirer, c’est elle qui se présentera sous le chien; ensuite il supprime toute hésitation, tout faux mouvement dans le chargement et le déchargement, qui deviennent possibles dans toutes les positions, à pied ou à cheval, pendant l’arrêt ou en marche, au jour comme dans l’obscurité. En effet, dès que l’on presse sur la détente (qui, comme nous l’avons dit, n’agit plus que sur le barillet dès que la porte est ouverte), les chambres viennent se placer successivement entre la porte et la baguette, avec une précision absolue. Cette dernière descend alors droit dans chacune d’elles sans aucun tâtonnement, expulsant la douille vide sans effort; et, si l’on charge, la cartouche à introduire se trouve immédiatement en face de son logement dans lequel elle pénètre pour ainsi dire d’elle-mème.
- Le mécanisme de la batterie se démonte facilement sans aucun outil, la vis de la plaque de recouvrement étant remplacée par une clef. Cette batterie ne se compose d’ailleurs que de quatre pièces très fortes, et le barillet peut s’enlever et se replacer sans qu’aucune autre pièce puisse se détacher.
- Enfin la’résistance de cette arme a été calculée de façon à lui "'permettre d’utiliser des cartouches à balle genre Lebel, chargées avec de la poudre sans fumée, ce qui donne au tir une puissance, une justesse et une rapidité remarquables, alors que sa batterie la rend absolument pratique et conforme au programme élaboré jadis pour l’adoption en France d’un revolver de guerre. Cette arme militaire « ne doit pas être à extracteur », telle était la première condition imposée par la commission nommée ad hoc; et pourtant, comme nous le verrons prochainement, c’est un revolver à extracteur qu’on a remis à nos officiers sous le nom de modèle 1892, adorant sans raisons sérieuses ce que l’on brûlait.
- — A suivre. — A. LanDRIN.
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- LA NATURE.
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- INFLUENCE
- DE LA mOCIPÉDIE SUR LA CARROSSERIE
- MOYEUX A BILLES ET PNEUMATIQUES POUR ROUES DE VOITURES
- Les hommes de cheval ont, jusqu’en ces dernières années, considéré la bicyclette comme tellement indigne de leur étude, qu’ils ont longtemps perdu le bénéfice des sages perfectionnements dans la carrosserie dont elle est pourtant l’initiatrice. Aujourd’hui que le cyclisme est devenu un sport élégant, on commence à admettre qu’il soit un sport utile, ingénieux, digne d’attention, et certaines particularités de la construction des bicyclettes sont essayées mainte nant sur les plus pesants appareils de locomotion.
- Au dernier Salon du cycle, on a pu voir, à l’entrée des galeries de la locomotion automobile, des roues de voitures suspendues librement sur leurs essieux et auxquelles le moindre coup de pouce semblait donner un mouvement de rotation indéfini!
- C’étaient là les premiers essais, laits par la maison Belvallette, d’essieux à billes pour voitures.
- Inspiration évi-dente du cyclisme ! Les roulements sur billes ont en elïet le privilège d’étonner beaucoup le commun des mortels ; on se figure généralement que ce dispositif est une invention due à la bicyclette, alors qu’en 1857 déjà existait un brevet relatif à un système de coussinets à boules applicables aux cloches, aux meules de moulins, aux machines à battre, etc., et que le premier applicateur des billes au cyclisme est un M. Suriray, en 1869, qui précisément possédait à Melun une scierie dont le volant était monté sur billes !
- Quoi qu’il en soit, il est certain que M. Belvallette, un vétéran du cyclisme lui-môme, a amélioré les roulements de ses voitures eu prenant copie adroite des roulements d'une bicyclette. Copie adroite, ai-je dit, car il s’agissait de faire un essieu robuste, dont les billes ne pussent s'échapper entre les mains maladroites d’un palefrenier, et dont
- le réglage fût facile et à la fois mathématique.
- Après de longs tâtonnements, M. Belvallette s’est arrêté au dispositif que voici : l’axe I) que représente la figure 1 et que la figure 2 indique placé dans le moyeu K, supporte à peu près en son extrémité une cuvette C dont la gorge a un profil triangulaire et qui forme la contre-partie d’une cuvette A de même profil montée sur le moyeu. Entre les deux, une rondelle B percée de trous maintient les billes ; les trous sont en effet d’un diamètre légèrement inférieur à celui des billes. L’extrémité de l’axe porte un filetage E et une partie pentagonale F. Sur le filetage, se visse un écrou G que maintient une clef d’arrêt en bronze H. Cette clé permet, par sa combinaison avec le bout de la fusée et l’écrou de réglage,
- de varier le serrage de cet écrou 50 fois dans un seul tour, c’est-à-dire de le régler à 1/50 de millimètre. Une rondelle de cuir est de plus interposée entre la rondelle d’essieu et la boîte quand celle-ci est en place sur l’essieu, pour intercepter le passage de l’huile et de la poussière.
- Comme on le voit, le dispositif est simple et solide. Des expériences consciencieuses, sur un coupé ainsi monté avec essieux à billes, faites à l’aide de la voiture dynamométrique de la Compagnie générale des voitures à Paris, ont démontré que l’amélioration du roulement était de 50 pour 100 environ sur bon palier et de 20 pour 100 environ sur route plate couverte de neige. En admettant même que ces chiffres ne fussent pas confirmés dans leur entier par la pratique, il n’en est pas moins certain que le roulement sur billes économise nombre dekilogram-mètres de la part des machines vivantes que sont les chevaux. Ne fùt-ce donc qu’au point de vue rendement, l’application est des plus précieuses.
- Une seconde et très importante infiltration du cyclisme dans la carrosserie, est certainement l’adoption du caoutchouc pneumatique. Il y a bien deux ou trois ans que des premiers essais furent faits à Londres sur le coupé d’un directeur de grande usine cycliste d’Angleterre. Mais les difficultés démontage
- Fig. 1 et 2. — Moyeu à billes pour voitures.
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- LA NATURE.
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- et de démontage du type de caoutchouc choisi firent quelque temps échec à l’idée. Un la reprit en France.
- Lors de la dernière course des voitures automobiles, en juin, les curieux ne furent pas peu surpris d’apercevoir parmi les concurrents un quadricycle, du poids respectable de 1100 kilogrammes, monté sur quatre gros pneumatiques (fig.o)! C’était une innovation et une démonstration, que faisait là M. Michelin, le Pater Æneas des pneu-matiques en France!
- Du poids total, les roues avant portaient environ 100 kilogrammes chacune, et chaque roue arrière environ 450 kilogrammes. Comment un pneumatique résisterait-il à une telle pesée et comment se comportera i t - i 1 dans les virages, où se produit toujours une forte tendance à l’arrachement du caoutchouc hors de la jante? Il y avait là à résoudre un problème nouveau et difficile.
- M. Michelin imagina le pneumatique dont la figure 4 représente la coupe. La jante A, en acier de premier choix, a la forme d’un U aplati.
- En son milieu, de larges boulons E affectant la forme d’un ir, et serrés dans le fond de la jante par une suite d’écrous à oreilles dont l’un d’eux F est ici représenté, maintiennent, entre eux et le bord de la jante, les talons I) du bandage B recouvrant la chambre à air C. Pour augmenter l’adhérence et éviter l’arrachement dans les virages, il est bon d’interposer, entre le talon du bandage et le bord de la jante, des cales métalliques M qui achèvent de remplir la rainure et sont fortement maintenues en place par la pression de l’air.
- Un tel bandage peut être gonflé, sans danger d’explosion, à 8 atmosphères, pression que l’on n’a jamais à atteindre pratiquement et qu’en tous cas la douceur de la valve permet d’obtenir avec une pompe à pied de petit calibre. Quant aux dangers de perfo-
- ration par un clou, ils n’existent pour ainsi dire pas, l’épaisseur et le nombre des toiles nécessitées par la pression de l’air et par l’elfort de traction rendant les crevaisons presque impossibles.
- L’application du pneumatique aux voitures tirées par dos chevaux ou aux véhicules automobiles est évidemment un grand progrès en ce qu’elle supprime,
- du moins partiellement, les inégalités des routes et les chocs qu’elles produisent, chocs si préjudiciables tant à la voiture qu’à son moteur. Elle fera sans doute sortir les constructeurs d’automobiles du cercle vicieux où ils sont encore enfermés : construire d’autant plus résistant (c’est-à-dire d’autant plus lourd) qu’on veut marcher plus vite; et voir l’importance des chocs en marche s’accroître d’autant plus que le véhicule est plus lourd ! Au point que, par exemple, dans la course de juin dernier, les voitures à vapeur, de beaucoup les plus pesantes, se sont pour ainsi dire brisées elles-mêmesl La formule mv% barre irréfutablement la route aux automobiles mal suspendus !
- L’objection est la fragilité des pneumatiques. Objection qui n’a pas grande valeur puisqu’en somme les pneumatiques de voitures sont difficiles à perforer, et qu’en tous cas leur réparation est beaucoup plus aisée que celle des assemblages métalliques qu’ils protègent de la trépidation.
- L’adoption des roulements à billes et des caoutchoucs pneumatiques conduira peu à peu les constructeurs à la recherche de la voiture légère et par là d’autant plus rapide. Les énormes véhicules automobiles de 1500 et 2000 kilogrammes ont pris ainsi leçon de la petite bicyclette de 10 kilogrammes. Meme en matière de mécanique, on a souvent besoin d’un plus petit que soi !
- L. Baudry de Saumer.
- Fig. o. — Voiture automobile à roues pneumatiques.
- Fig. i. — Coupe de pneumatique Michelin pour voitures.
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- LA NATURE.
- LÀ PRODUCTION DU GÀZ OXHYDRIQUE
- ET SES DIVERS USAGES
- Après de nombreuses années, de patients et incessants travaux, MM. P. Garruti et Cie ont fondé à Naples une usine expérimentale pour la production du gaz oxhydrique par l’électrolyse de l’eau.
- 11 serait bien long de décrire le système de l’appareil Garruti, de préciser les chiffres de son rendement et d’en comparer les résultats, au point de vue de l’éclairage produit, avec ceux obtenus par l’électricité ou le gaz, et cela sortirait du cadre que nous nous sommes imposé. Nous prions par conséquent les lecteurs que cette Notice pourrait intéresser particulièrement de s’adresser, pour de plus amples descriptions, à la maison que nous avons désignée plus haut.
- Mais il est intéressant de faire connaître ici quelques généralités sur les appareils, quelques-unes des principales dispositions adoptées, ainsi que divers résultats obtenus, et d’indiquer les applications que l’on se propose de réaliser avec ce nouveau gaz vraiment intéressant.
- La production du gaz oxhydrique par l’électrolyse de l’eau est bien connue ; MM. Garruti, cependant, après de nombreuses recherches, ont fini par construire un voltamètre spécial pour produire ce gaz à très bas prix, et par conséquent l’oxygène et l’hydrogène par l’électrolyse de l’eau; ils ont atteint des résultats satisfaisants. Dans leur usine ces constructeurs utilisent ces gaz pour la production de la lumière oxhydrique, la fusion des métaux et des verres, les soudures des métaux, etc., etc.; et ces memes gaz, à bon marché, et séparément, servent pour une infinité d’usages dans l’industrie et la thérapie.
- Avec les voltamètres Garruti, l’on obtient 1 mètre cube de gaz oxhydrique avec 2600 watts-heure, l’hydrogène restant complètement séparé de l’oxygène. Ce voltamètre économique et peu volumineux est inaltérable dans toutes ses parties, et les inventeurs ont eu l’heureuse idée d’employer des diaphragmes métalliques, qui permettent de réduire sensiblement les résistances, d’empêcher absolument les mélanges des gaz, et de n’avoir jamais besoin d’exécuter aucune réparation.
- La forme du voltamètre est des plus pratiques; en effet, c’est une caisse métallique sans couvercle, et le vide intérieur est subdivisé par les diaphragmes qui forment des cellules parallélipipédiques dans lesquelles sont placées les électrodes. La caisse renversée, avec son ouverture par conséquent en bas, est plongée dans une autre caisse métallique contenant l’électrolyte ; on obtient ainsi toutes les fermetures hydrauliques et les gaz produits sous pression, puisque la susdite caisse fonctionne comme une cloche de gazomètre.
- Une fois trouvé le moyen d’obtenir à très bon marché l’oxygène et l’hydrogène, il devenait possi-
- ble d'appliquer ces gaz à des usages importants et de les faire passer dans le domaine de la pratique industrielle. C’est ainsi que la lumière oxhydrique de MM. Garruti, d’un système complètement pratique, peut être employée aujourd’hui dans tous les lieux et dans • un grand nombre de cas où l’on a besoin d’une source lumineuse intense. Cette lumière, grâce surtout à un corps incandescent, est très économique; ce corps a permis d’utiliser au maximum l’effet lumineux que peut produire le gaz, et comme il ne subit aucune altération à l’action de la flamme, il permet d’avoir une lampe qui n’a pas besoin, pour fonctionner, ni de mécanisme, ni d’aucune manœuvre, et qui dure longtemps.
- De nombreuses expériences pour l’éclairage ont été faites avec la lumière oxhydrique, et toutes très concluantes, entre autres dans les wagons du chemin de fer Naples-Cumes ; avec des projecteurs de la Marine royale italienne, et pour l’illumination publique et privée. On peut s’en servir avec canalisations ou simplement avec des tubes d’acier qui constituent un accumulateur idéal, puisque pour une puissance lumineuse de 1000 bougies effectives pendant plusieurs heures, il suffit d’un poids de 7 kilogrammes. La lumière oxhydrique ne laisse rien à désirer, et elle n’est pas d’un prix élevé. On peut la fractionner à toute intensité voulue et elle fonctionne automatiquement. Chaque bougie consomme 4/5 de litre de gaz oxhydrique, et le coût du watt-heure pour la production du gaz est moindre que celui de la lumière électrique, si l’on considère que pour la production de ce gaz, les frais d’installation et les dépenses générales sont très répartis, à cause de la plénitude et de la continuité du travail de production.
- 11 est d’ailleurs très facile, dans les conditions dont il s’agit, de produire l’énergie électrique destinée à l’électrolyse à un prix très faible par suite de la bonne utilisation du matériel de production.
- Le Ministère de la guerre d’Italie, pénétré des avantages des appareils Garruti, a voulu employer le gaz oxhydrique comme combustible à la fabrique royale d’armes de Terni. Les avantages constatés de cette ingénieuse application ont été nombreux et nous signalerons particulièrement : (a) Économie du coût du combustible; (b) économie des installations et manutention ; (c) économie de main-d’œuvre; (d) diminution de déchets métalliques.
- On espère aussi, à l’usine Garruti, pouvoir bientôt mettre en marche un moteur à gaz oxhydrique qui pourra résoudre le problème d’une traction économique et très désirable au point de vue de l’énorme accumulation d’énergie sous un faible volume.
- En terminant nous devons ajouter qu’en dehors de toutes les applications spéciales, on fait actuellement un large emploi de l’oxygène qui se vend de 5 à 6 francs le mètre cube. Or, grâce au bon marché de la production, par les appareils Garruti, ce gaz pourra être fourni à un prix de beaucoup inférieur, et, topt en faisant une grande concurrence
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- LA NATURE.
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- aux producteurs actuels, on aura un gaz très pur se prêtant à toutes sortes d’utilisations et à un grand nombre d’applications1. Felice Ruono.
- Naples, le 8 juillet 1895.
- INDUSTRIE DE IA SOIE TUSSAH
- La soie tussali est une soie sauvage qui a pris beaucoup d’extension par un caprice de la mode féminine. On ignore généralement comment elle est produite et fabriquée. Elle vient de l’Inde, où elle est employée depuis longtemps. On lui donne les noms suivants : Tussah, Tusser, Tusseh, Timoré.
- Origine de la soie tussah. — La soie tussah est produite par un ver à soie spécial, YAttacus mylitta, qui vit dans toute l’Inde, excepté dans le Rajpon-tana, le Cachemire, le Routhan. Il vit sur les arbres suivants : Terminalia tomentosa, Lagustroemia in-dica, Ficus religiosa, Zizyphus jujuba, etc. A l’état sauvage ce vers est annuel; élevé, c’est-à-dire réduit à la demi-domesticité, il devient bivoltin, trivoltin (deux ou trois éducations par an).
- Cocons de tussah. — Le cocon tussah est gros (fig. 1, n° 1), bien construit, à texture serrée et suspendu par une cordelette. Il est blanc rougeâtre et mesure 50 millimètres de longueur sur 50 de diamètre; son poids net, sans la chrysalide, est de 120 milligrammes. Le fd de soie ou bave, constituant le cocon, a une longueur de 1200 mètres environ, mais il n'y en a que 500 à 600 mètres de dévidable; sa finesse est de 84 millièmes de millimètre; elle est très inégale sur toute son étendue.
- Avec des cocons mesurant 56 millimètres sur 25,
- 11 faut 500 cocons pour faire 1 kilogramme. Dans 1 kilogramme de cocons, il y a 400 grammes de coques (soie) et 600 grammes de chrysalides. Il faut
- 12 à 15 kilogrammes de cocons frais pour obtenir 1 kilogramme de soie et 5 à 5 kilogrammes de cocons secs pour obtenir la même quantité de soie. La perte au décreusage de la soie est de 12 à 15 pour 100.
- Variétés de cocons. — Sous le nom de tusser, on comprend, dans l’Inde, un grand nombre de races de cocons qui diffèrent un peu entre elles par la couleur, l’aspect, les dimensions et la finesse de la soie. Les principales sont : les cocons dabah, très gros, gris foncé, à bave peu serrée et forte, se dévidant facilement; les cocons monga, durs, gris clair, moins gros que les précédents mais plus riches en soie, à bave fine et serrée; les cocons bogie ou bo-gdi, de dimensions moyennes, à bave bien gommée, mais moins serrée que celle de monga, gris blanc, se dévidant aisément et produisant beaucoup de*soie ; les cocons laria ou laringa, irréguliers, gris, pauvres en soie, provenant de vers malades ; les cocons jarrie, clairs, pauvres en soie, se dévidant mal, provenant des éducations d’hiver.
- Éducation du tussah. — Commençons par le
- 1 Nous laissons à l’auteur la responsabilité de ses affirmations sur le côté économique. (Note de la Rédaction.)
- grainage. L’éleveur suspend 20 à 25 cocons à un arc formé d’une branche courbée par une ficelle (fig. 1, n° 2 et n° 5). Les chrysalides se transforment en papillons, et ceux-ci s’échappent en perçant les cocons (fig. 1, n°4). L’accouplement a lieu, les mâles s’envolent et les femelles sont mises dans une cage ovale (fig. 1, n° 5), nommée moher. Cette cage est tressée en herbes de Sabay (Follinia crio-poda). Elle est suspendue à un arbre nourricier, au bout du neuvième jour. Les femelles ont pondu et les chenilles qui en résultent montent au haut de la cage et se dispersent sur l’arbre.
- L’éducation commence. L’Indien habite un abri représenté figure 2. Il est formé d’un cadre de 5 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur, couvert d’une couche de paille ou d’herbes; ce cadre est portatif et s’utilise incliné plus ou moins, uii de ses côtés portant sur le sol, l’autre soutenu par deux piquets. 11 est muni d’un bâton pour se préserver des serpents et des animaux féroces. L’Indien est vêtu du cohotly, bande d’étoffe de 5 mètres de longueur sur 60 centimètres de largeur; ses jambes et ses pieds sont nus. Il porte un très grand chapeau en bambou, nommé chapy, comme il est figuré sur le dessin (fig. 2).
- Voici le rôle de l’éducateur : les arbres sur lesquels se font les éducations doivent avoir leurs dessous débarrassés de broussailles; il se sert pour cela de la pioche, de la serpe et de la hache. Les chenilles, en grossissant, dévorent rapidement les feuilles ; lorsqu’un arbre en est dépourvu, l’éleveur met les chenilles dans son chapeau et les transporte à un autre arbre, et ainsi de suite. Il doit éloigner les oiseaux des vers, avec l’arme nommée gouillail, ou flèche avec laquelle il lance des boules en terre cuite. Avec de la glu, enfermée dans un tube de bambou (fig. 2, en cartouche), il délivre les chenilles de l’agression des mouches. Il plonge dans ce tube une baguette portant un tampon à l’extrémité, et la pose sur la mouche (ou l’insecte) nuisible, il l’enlève et l’écrase.
- L’éleveur récolte ses cocons et les vend à des courtiers en soie nommés païkars; ceux-ci les vendent au pattouah ou marchand indien. Les cocons se vendent à la quantité. 1 gundah vaut 4 cocons; 20 gun-dahs égalent 1 pun, soit 80 cocons; 16 puns égalent 1 karry, soit 1280 cocons. L’éleveur n’étoufle pas ses cocons.
- Élouffage des cocons. — Les cocons sont étouffés par les pattouahs ou marchands. Ils font faire cette besogne par des vieillards *, au milieu des champs,
- 1 Les vieillards sont les seuls ouvriers qui consentent à se charger de cette besogne, parce qu’elle est considérée comme un sacrilège. Pour rien au monde, un homme jeune ou une jeune femme n’entreprendrait ce travail maudit par le ciel. D’après une croyance du pays, tout homme qui étouffe des cocons, s’il est père de famille, est puni par la perte de tous ses enfants; s’il n’a pas d’enfants, il en est privé à jamais et, de plus, est exposé à une mort prématurée. Dans de tetles conditions, il n’y a que des vieux et des vieilles, qui croient n’avoir que deux ou trois ans à vivre, qui étouffent les cocons, et encore faut-il qu’ils soient poussés par la nécessité.
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- sous des hangars primitifs. L’appareil se compose ((ig. 4), d’un fourneau A, construit en terre (mesurant 50 X 2.0 X 45 centimètres) ; dessus se place une cruche B pleine d’eau, nommée kolsy, ayant 45 centimètres de hauteur et autant de diamètre, avec une ouverture de 10 centimètres. Sur elle on place une autre cruche C, de même forme, nommée harry, ayant son fond percé de six trous del centimètre de diamètre, dans laquelle on met les cocons à étouffer; sur cette cruche on en met une autre I), également remplie de cocons ; enfin sur cette dernière on place une autre cruche vide E, renversée, formant couvercle. Les cruches sont jointées les unes aux autres avec de la terre glaise. On allume le foyer A, l’eau est portée à l’ébullition dans la cruche B et sa vapeur s’élève dans C et D et opère l’étouffage.
- On prolonge le chauffage jusqu’à ce que la vapeur fasse sauter la cruche du
- Fig. 2. — Abri et costume de l’éleveur. (Eu cartouche, tube à glu.)
- reprises dans un baquet contenant de l’eau froide. Filage. —Le filage est effectué par des ouvrières
- faîte. Les cocons sont exposés au soleil, sur des nattes, pour les essorer. Les appareils à étouffer contiennent 2, 5 ou 4 cruches pleines de cocons ; les appareils à quatre cruches sont les plus fréquents. Chaque cruche contient 250 à 500 cocons, de sorte qu’on étouffe à la fois 1000 à 1200 cocons.
- Cuite des cocons. — Cette opération se fait dans une terrine chauffée sur un fourneau primitif (fig. 4). Elle est remplie à moitié d’eau, dans laquelle on fait tremper un nouet contenant de la soude brute ou de la cendre de bananier, de manière à former une lessive contenant 11 à 12 grammes de soude par litre. On la charge de cocons jusqu’aux deux tiers, que l’on cuit pendant une heure ou davantage. Avant qu’ils soient froids on les agite avec le cône en bambou (fig. 4, en cartouche) pour leur enlever la bourre; ensuite, on la lave à plusieurs
- Fig. 3. — ChoulalijMi fourneau pour Fétouffage des cocons.
- appelées katani. L’ouvrière est assise sur un tabouret, une jambe nue (fig. 5). Dans la terrine A elle met
- Fig. 1. — Industrie de la soie tussah. — iY 1. Cocon tussab. — N° 2. Cocons suspendus pour le grainage. — N° 3. Cocon tussah tel qu’il vient d’être lilé. — Y 4. Coupe d’un cocon montrant le papillon prêt à sortir. — Y 5. Cage en bambou pour le grainage.
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- les cocons ; elle les enfile quatre ou six à la fois pour former le fil, qu’elle fait glisser sur son genou et qu’elle enroule sur un cône en bambou U. La fileuse trempe fréquemment la main avec laquelle elle forme le fil dans une décoction de myrobolans, contenue dans un pot à sa portée. Une fileuse dévide 480 cocons par jour.
- Traitement de la soie en Europe. — Pour rendre la soie tussah brillante, on la purifie par une opération qui a reçu différents noms : décreusage, dégommage, débouillissage, dégraissage.
- Elle se fait dans un bain bouillant de soude ammoniacale (soude Solvay). Pour 10 kilogrammes de soie, le bain est composé de 200 litres d’eau et 1 kilogramme de soude Solvay. Après une ébullition d’une heure environ, la soie est rincée à l’eau tiède, trempée dans un bain d’acide chlorhydrique (1 litre de cet acide pour 200 litres d’eau). Enfin on donne un dernier rinçage à l’eau claire. La soie tussah est devenue brillante et ne possède plus qu’une couleur fauve, mais elle a perdu 25 pour 100 de son poids.
- Pour la blanchir complètement, on se sert de l’eau oxygénée.
- Le bain de blanchiment est monté avec 20 litres d’eau oxygénée à 10 volumes, 60 litres d’eau chaude et 1 litre de silicate de soude, pour 10 kilogrammes de soie. Le bain doit avoir une température de 50 à 60° C.; on y jdonge la soie et on le chauffe progressivement jusqu’au voisinage du bouillon.
- On laisse la soie dans le bain pendant douze à
- quinze heures, en réchauffant le bain deux ou trois fois pendant ce temps, en changeant chaque fois les écheveaux de place. On rince à l’eau claire, on fait bouillir quelques minutes dans un bain de savon et on termine par un rinçage dans uu bain légèrement
- acidifié à l’acide chlorhydrique.
- Depuis un certain temps, le blanchiment se fait au peroxyde de sodium. Le bain est alors monté, pour 10 kilogrammes de soie,avec:250 litres d’eau, 9 kilogrammes de sulfate de magnésie,
- 2 à 3 kilogrammes de peroxyde de sodium. Ce dernier produit doit être ajouté en plusieurs fois, au fur et à mesure que le blanchie-ment avance Après la dernière addition, le bain est chauffé à une température voisine de l’ébullition. Le blanchiment dure deux heures. On termine comme pour le blanchiment à l’eau oxygénée. La teinture de la soie tussah se fait par les procédés habituels; il en est de même pour les opérations de tissage.
- Crêpage des tissus en tussah. — Depuis quelques années, la mode est aux tissus crêpés, bouil-lonnés, bosselés, etc. Pour oh tenir ces effets sur la soie tussah, on la mercerise au chlorure de zinc. Le mercerisage consiste à traiter les tissus par des bains de diverses substances qui contractent les fibres. Le tissu de soie est immergé, pendant une demi-heure à trois heures, dans un bain de chlorure de zinc à une concentration variant de 20° à 40° Baumé. Il est ensuite essoré, puis suspendu dans une étuve chauffée à 25°-50°, jusqu’à ce que l’effet voulu de crêpage
- Fig. 4. — Cuite des cocons tusser.
- En cartouche, cône eu bambou pour débourrerles cocons.
- Fig. 5. — Filage de la soie tussah.
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- LA NATURE.
- soit obtenu. La soie est ensuite lavée au bain de carbonate de potasse. Selon la contexture du tissu, qui peut contenir de la laine ou du coton, on obtient des effets de crêpe, de bossé et autres bien différents.
- En imprimant une réserve gommeuse, contenant du carbonate de chaux (craie), présentant des dessins variés, les parties qu’elle recouvre ne sont pas mercerisées et forment des dessins constitués par des espaces épaissis ou resserrés, produisant des effets les plus divers. A la place du chlorure de zinc, on se sert d’une solution d’oxyde de nickel dans
- l’ammoniaque. A.-M. Villon.
- —
- FONCTIONNEMENT DES MACHINES A TAPEUR
- On sait que le rendement organique des machines à vapeur, ou rapport de la puissance effective utile à la puissance aux cylindres, peut varier dans des proportions qui ne sont pas encore bien définies. Il serait cependant très intéressant de connaître ces renseignements pour une machine donnée: on pourrait ensuite les utiliser pour déduire à l’aide d’une simple courbe d'indicateur la puissance effective utile à un moment donné. Cette dernière
- '*o 30 .. en 50
- .2? 10
- o 30
- 10 15 20 25 30 35 ,40 45
- Puissance utile en chevaux
- _____Rendement organique. "Z.———Puissance indiquée
- Courbes du rendement organique et de la puissance indiquée d’une machine à vapeur en fonction de la puissance utile.
- détermination n’est pas toujours facile pendant la période de travail d’une usine, et il faut avoir un dynamomètre. Il s’agit en effet de véritables expériences d’une grande durée, nécessitant une installation spéciale, que l’on ne peut toujours établir dans une usine en marche. Au contraire avec l’étude préalable dont nous parlons, il serait très aisé de connaître la puissance totale utile, se composant de la puissance absorbée dans les transmissions et de la puissance réelle consommée par les machines-outils. Pour un travail donné, effectué à l’atelier dans un laps de temps déterminé, on pourrait en déduire très nettement la puissance utile qui a été nécessaire. Dans bien des cas, ces indications seraient de la plus haute importance.
- M. E. Stassano, capitaine d’artillerie dans l’armée italienne, a publié à ce sujet, dans la Revista di Artiglieria e Genio, une fort intéressante étude, dont nous trouvons le résumé dans le Bulletin de la Société des Ingénieurs civils de France du mois de juin 1895.
- Cet officier a effectué une série d’expériences sur une machine à vapeur des ateliers de la direction territoriale d’artillerie à Rome, machine horizontale sans condensation, à un seul cylindre, à distribution à soupapes du système Sulzer, à admission variable contrôlée par un régulateur Porter. A la pression de 5 atmosphères, cette machine
- devait fournir 35 chevaux, et au besoin monter jusqu’à 45 chevaux. La dépense de charbon ne devait pas dépasser lk*,65 de charbon Cardiff par cheval-heure effectif. Dans les expériences on a tiré des diagrammes et mesuré en même temps, à l’aide d’un frein de Pronv, les puissances eftec-tives. On a opéré aux pressions de 5,6 et 7 atmosphères. La vitesse angulaire a varié entre 74 et 75 tours par minute. Nous donnons dans le tableau ci-dessous les principales valeurs trouvées à 5 atmosphères :
- Admission Puissance Puissance Rendement
- en utile indiquée organique
- centièmes en en en
- delà course chevaux chevaux pour 100
- 2,10 » 7,00 »
- 2,70 3,15 6,30 10,55 30
- 3,10 11,96 53
- 3,80 9,45 15,61 60
- 4,60 12,60 16,50 20,40 76
- 5,00 15,75 77
- 5,40 18,90 24,15 78
- 6,90 22 ,05 28,37 78
- 8,10 25,20 31,97 79
- 8,60 28,55 34,57 82
- 9,23 31,08 37,16 84
- 10,90 34,19 40,60 87
- 11,10 37 ,30 42,63 87
- 12,50 40,40 46,08 88
- 12,70 43,51 49,67 88
- 14,20 46,62 52,48 89
- 15,40 49,73 56,24 88
- 18,10 52,84 62,57 84
- Les courbes de la figure ci-jointe nous donnent les valeurs du rendement organique et de la puissance indiquée de cette machine à vapeur en fonction de sa puissance utile. On remarque les variations successives du rendement organique; d’abord très faible, pour une puissance utile peu élevée, il augmente rapidement jusqu’à 17 chevaux, et les variations sont ensuite moins prononcées.
- A l’aide de ces courbes tracées pour une machine donnée, il est facile de trouver la puissance utile correspondante suivant la puissance indiquée sur le diagramme. Par exemple si le diagramme nous donne une puissance indiquée de 340h,5, nous trouvons que la puissance utile est de 28 chevaux. Nous avons ainsi la valeur du rendement organique. Il est bien certain que cette méthode ne comporte pas une précision absolue, mais celle-ci est suffisante pour les besoins de la pratique. Les moteurs doivent du reste toujours rester dans les mêmes conditions de graissage et d’entretien.
- M. E. Stassano, à l’aide de l’installation dont nous avons parlé, a déterminé la puissance moyenne et maxima absorbée par la marche des machines-outils des ateliers et par les transmissions principales et secondaires. Les outils actionnés comprenaient : 34 tours à métaux, 4 raboteuses, 3 étaux limeurs, 12 machines à percer, 4 machines à tarauder, 3 alésoirs, 1 ventilateur pour 9 feux de forge, 1 cisaille, 2 dynamos dont une de 4 chevaux pour charger des accumulateurs et une autre petite pour galvanoplastie. Des essais pendant trois jours ont donné une valeur de 20“h,56 pour la puissance moyenne absorbée et de 27ch,60 pour la puissance maxima. La puissance absorbée par les transmissions principales et secondaires a été trouvée égale à 13ch,19; il restait donc réellement pour les machines-outils une puissance moyenne de 70h,37, et une puissance maxima de 14ch,41. La consommation de charbon a été de lk®,97 par cheval-heure utile. N..., Ingénieur.
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- LA NATURE.
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- EXPÉRIENCES DE IABOURXGE ÉLECTRIQUE
- De très intéressantes expériences de labourage électrique ont eu lieu au mois de février 1895 à Enguibaud, près Saint-Paul-Cap-<Ie-Joux, dans le département du Tarn.
- Il s’agit de l’utilisation de la puissance d’une chute d’eau, sur laquelle nous trouvons des détails très documentés dans un article de M. P. Tailhades paru dans le Bulletin technologique de juin 1895 de la Société des anciens élèves des Ecoles nationales d’arts et métiers. Les essais ont été effectués par M. P. Tailhades dans la propriété de M. Félix Prat, à Enguibaud. La chute d’eau qui a été utilisée était celle d’un vieux moulin tombant en ruine. Après différents travaux d’appropriation, et notamment l’établissement de nouveaux canaux d’amenée d’eau et de fuite du moteur, on installa une turbine à axe vertical, donnant une puissance de 30 chevaux sous une chute de 7 mètres de hauteur L’eau était amenée à la turbine par un tuyau en tôle placé dans un canal maçonné. Une vanne en fonte placée en avant sur ce tuyau permettait d’arrêter l’eau pour visiter la cloche de la turbine. Une grille convenablement disposée servait à retenir les feuilles ou corps flottants entraînés par l’eau. La turbine était munie de vannes à tabliers en cuir et à cônes d’enroulement que l’on pouvait facilement manœuvrer de la salle des machines, soit à la main, soit à l’aide d’un régulateur à force centrifuge, afin de maintenir au moteur une vitesse angulaire régulière. L’arbre vertical de la turbine commandait par un engrenage d’angle un arbre horizontal portant deux poulies et tournant à 325 tours par minute. Ces deux poulies actionnaient par courroies la première une dynamo type Gramme supérieur servant aux expériences, d’une puissance de 15 kilowatts à 375 volts, 40 ampères et 880 tours par minute, et la seconde une dynamo pour l’éclairage de 3,6 kilowatts. Le propriétaire du château a désiré, en effet, faire en même temps des essais d’éclairage de son habitation, située à 1600 mètres de l’usine. La salle des machines renferme également un tableau de distribution, avec tous les appareils nécessaires pour le réglage et la mise en marche. De l’usine partent deux circuits, l’un destiné à l’éclairage et l’autre aux expériences de transmission de force motrice.
- Les canalisations sont aériennes et en cuivre nu porté par des isolateurs en porcelaine. On a utilisé, pour maintenir les isolateurs, de gros peupliers que l'on a fait couper à une hauteur de 7 mètres. La puissance électrique était transmise à un moteur de 13 kilowatts, consommant 40 ampères et 325 volts à la vitesse angulaire de 700 tours par minute. Ce moteur commandait, à l’aide d’un pignon et d’une roue dentée à chevrons, l’arbre d’un treuil tournant à 200 tours par minute. Sur cet arbre étaient montés deux manchons d’embrayage à friction permettant d’actionner par deux harnais d’engrenages à chevrons les tambours sur lesquels s’enroulaient alternativement les câbles de traction et de retour de la charrue. En effet, cette dernière, à simple effet, à un seul soc, était déplacée le long du sillon à creuser à l’aide de câbles mis en mouvement par le treuil électrique et tournant à une extrémité dans une poulie à gorge maintenue par des amarres. L’ensemble du treuil, comprenant les tambours, le moteur et un tableau de distribution avec rhéostat de rupture, était monté sur un bâti constitué par un cadre en fer à double T. Tout le mécanisme se déplaçait facilement sur des rails, quand la charrue avait parcouru trois ou quatre sillons. Les divers appareils électriques étaient enfermés dans une caisse en bois pour les mettre à l’abri
- des intempéries des saisons. La prise de courant sur la ligne aérienne était faite au moyen de câbles isolés d’une longueur de 200 mètres et fixés à l’aide de griffes en cuivre.
- Dans l’expérience dont il est question, le câble tracteur de la charrue avait une longueur de 250 mètres et celui de retour 550 mètres. Il était possible de faire le labourage à une distance de 4-50 mètres de chaque côté de la ligne électrique, soit environ sur 800 mètres de largeur et 1800 mètres de longueur, sur une surface de 144 hectares. Une ligne spéciale de sonnerie mettait en communication le conducteur du treuil avec l’usine. Un téléphone a été également installé pour desservir le château.
- Les travaux d’installation ont été commencés le 15 octobre 1894, et l’usine a été mise en marche le 15 janvier 1895. Mais les expériences de labourage n’ont été faites que le 22 février 1895.
- Les principaux résultats ont été les suivants : la vitesse de la charrue, creusant un sillon de 60 centimètres de profondeur et de 50 centimètres de largeur, était de 26m,50 par minute ; à vide, au retour, elle étaitde 87 mètres par minute. La différence de potentiel et l’intensité étaient, aux bornes de la dynamo génératrice, de 375 volts et 35 ampères, quand la charrue travaillait, et de 375 volts et 16 ampères à vide; elles étaient respectivement de 325 volts et 35 ampères, et de 350 volts et 16 ampères aux bornes du moteur pour le travail ou le retour à vide. Le moteur marchant seul en actionnant l’arhre des manchons consommait 375 volts et 3,5 ampères. Le labourage avait lieu dans un terrain argilo-siliceux, humide et adhérant fortement aux roues et au soc de la charrue. D’après les résultats précédents, la surface labourée était de 400 mètres carrés par heure, soit 4000 mètres carrés par journée de dix heures, avec des dépenses d’énergie électrique respectives de 15 et 131 kilowatts-heure.
- En admettant une puissance de 21,8 chevaux sur l’arbre de la turbine, de 17,8 chevaux électriques aux bornes de la dynamo génératrice, de 15,5 chevaux électriques utiles aux bornes du moteur, et de 12,6 chevaux sur l’arbre du moteur, on trouve un rendement industriel de 57 pour 100, et un rendement de 71 pour 100 pour la transmission à distance et transformation de l’énergie électrique produite à l’usine en énergie mécanique disponible sur l’arbre du treuil.
- L’installation électrique a été faite par M. Delgay, ingénieur électricien à Pau, et le treuil et la charrue à défon cer fournis par MM. Pelous, constructeurs à Toulouse.
- Les intéressantes expériences dont on vient de lire le compte rendu, comportent plusieurs conclusions. Le propriétaire, M. Prat, a d’abord su comprendre tout l’intérêt qu’il pouvait retirer dans une utilisation de ce genre, et cela, paraît-il, malgré l’avis de personnes compétentes. Il faut remarquer également que le personnel de la propriété a suffi pour la conduite de ces essais, et qu’on n’a eu aucun accident à déplorer. Il n’en est pas de même, bien souvent, avec des machines à vapeur où un chauffeur-mécanicien inexpérimenté peut causer des catastrophes terribles. Toutes ces conditions sont à examiner sérieusement en ce moment de crise agricole où le labourage mécanique s’impose, et où il est le seul qui permette de réduire les dépenses d’exploitation et d’atteindre une augmentation de production de 30 à 50 pour 100 par une meilleure préparation du sol. MM. Chrétien et Félix l’avaient déjà entrevu en 1879, quand ils firent leurs mémorables expériences à Sermaize U J. Laffargue.
- 4 Voy. n° 522, du 2 août 1879, p. 140.
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- LA NATURE.
- LA CONSERVATION DES TRAVERSES
- DE CHEMINS DE PER
- Il a été assez souvent ici question du remplacement des traverses ordinaires de chemins de fer par des traverses métalliques pour que l’on connaisse toutes les difficultés que présente la conservation des bois employés pour supporter les rails; noyés dans le ballast, exposés à une grande humidité alternant avec la sécheresse, ils ne
- o ...
- peuvent avoir quelque durée que s’ils sont injectés de substances antiseptiques.
- Les liquides usités (seules les matières liquides ou liquéfiées étant possibles) sont généralement le sulfate de cuivre, le chlorure de zinc et la créosote; ils ont été étudiés par M. Euverte dans une excellente étude publiée par la Revue des chemins de fer, et dont nous nous inspirons ici. Le premier coûte bon marché, environ 0fr,57 par traverse, représentant 0er,47 de sulfate; mais l’hu-
- midité l’enlève partiellement et de plus il attaque les attaches des rails. L’injection au chlorure de zinc est encore plus économique que la précédente, d’autant plus qu’il suffit de O81', 18 de substance pour une traverse de chêne, de 08r,50 à 0sr,75 pour le sapin; on la pratique en Allemagne, en Autriche, en Hollande, en Danemark ; mais ce chlorure est soluble dans l’eau. Parfois, comme sur les chemins de fer de l’État français, on mélange créosote et chlorure ; mais d’une façon générale en France, de même qu’en Angleterre, en Belgique, on pratique l’injection à la créosote.
- Ce système paraît certainement préférable, car il réunit la modicité du prix à l’insolubilité : nous y insisterons donc. On sait que la créosote est un des produits de la distillation du goudron de houille, telle qu’on la pratique à la Compagnie parisienne du gaz : 1000 kilogrammes de goudron donnent environ, en outre des huiles légères, de l’anthracène, du brai, etc., 230 kilogrammes d’huiles lourdes, c’est-à-dire de créosote contenant de la naphtaline, du phénol et une certaine proportion d’huile à
- Fig. 1. — Chantier d’injection des bois de Collouges (Côte-d’Or). Ateliers pour la conservation des traverses de bois des voies ferrées de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée.
- anthracène. Avant de l’employer, on doit analyser la créosote pour constater notamment qu’elle ne renferme pas trop de naphtaline; mais ce sont là des détails sur lesquels nous ne pouvons pas insister.
- Faisons remarquer tout de suite que la quantité de créosote nécessaire dépend de l’espèce du bois : par exemple, le cœur de chêne n’en absorbe pour ainsi dire pas; l’aubier, aucontraire, en prend de 5 à 7 kilogrammes ; pour le hêtre, on n’en consomme que 15 kilogrammes à la Compagnie du Nord, tandis que sur l’Est on l’en sature à refus avec 24 kilogrammes ; enfin, pour le pin, employé sur le Midi et l’Orléans et aussi sur le P.-L.-M., la dose est entre 12 et 14 kilogrammes. Il existe en France des chantiers privés de créosotage de traverses ; mais la Compagnie de l’Est les prépare toutes elle-même dans ses chantiers de Port-d’Atelier et d’Amagne, ce dernier en pouvant créosoter jusqu’à 500000 par an. De leur côté, le Nord a son atelier de Villers-Cotterets et le P.-L.-M. ceux de Collonges et de Lyon-Perrache.
- D’une façon générale, on traite les bois dans de longs cylindres métalliques, soit fixes, soit mobiles, montés sur
- trucks : les traverses peuvent y être chargées au moyen de wagonnets ou lorrys entrant dans ces cylindres. La longueur de ces récipients varie entre 6 et 12 mètres : cette longueur ayant, comme de juste, une influence considérable sur la productivité du chantier ; quant au diamètre, il est de lm,60 à lm,80. L’atelier d’Amagne en possède deux de 11 mètres sur lm,90, qui reçoivent à la fois 160 traverses disposées sur quatre lorrys.
- L’injection delà créosote, qui est l’opération essentielle et caractéristique, se fait de plusieurs manières. Tantôt on soumet les traverses à la vapeur surchauffée à plus de 200° qui a barboté dans un réservoir à créosote; puis on évacue les produits de condensation et, après décantation, on utilise à nouveau l’huile lourde recueillie. On remplit ensuite le cylindre de créosote et l’on introduit de la vapeur sous pression pour faire pénétrer le liquide entre les fibres. Parfois aussi on recourt au système par vide et pression, où l’on commence par faire le vide partiel dans le cylindre, afin d’extraire du bois une partie des gaz qu’il peut contenir et faciliter l’absorption de la créosote injectée sous pression.
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- LA NATURE.
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- Nous ne dirons rien des pompes à air et des pompes foulantes. Au point de vue du temps que dure une opération sur une cylindrée complète, il faut compter une heure et quart pour un système fixe, du moment où l’on fait entrer les lorrvs portant les traverses, et à l’avance placés devant les cylindres, jusqu’à l’instant où le chargement est ressorti. La pression est la phase la plus longue, d’autant que le bois est plus sec et mis en réserve depuis longtemps : en moyenne on peut l’estimer à trente minutes. Nous avons parlé de bois mis en réserve, et le fait est que la parfaite dessiccation n’est assurée qu’au bout de six mois à un an d’empilage où l’on veille à un aérage soigné pour lutter contre réchauffement, surtout dans le hêtre; on laisse dans ce but des passages pour la circulation du vent. Enfin, fréquemment, on passe le bois à l’étuve, comme cela se pratique depuis longtemps à Amagne.
- On peut estimer que le créosotage revient à 0tr,t)() pour une traverse de chêne et à lfr,02 pour le pin et le hêtre. Mais ce procédé a de grands avantages : sur l’Est, par exemple, il a donné une augmentation de durée de (55 pour 100 par rapport aux traverses en hêtre sulfatées.
- La figure 1 de la page 236 nous donne la coupe longitudinale du chantier d’injection de Collonges. On aperçoit le grand cylindre fixe, avec les wagonnets ou lorrys portant les traverses, maintenus en place. En C est un cabestan pour la manœuvre de ces wagonnets, en A et A' se trouvent des poulies de commande et en B la dynamo pour l’éclairage.
- Avant de finir, nous citerons pourtant un type d-c grand chantier mobile où l’on pratique tous les procédés, mais principalement le chlorurage : l’intérêt réside surtout dans l’installation de ce chantier provisoire. 11 appar-
- Fig. 2. — Chantiers de conservation des bois de la Compagnie du Southern Pacilic, aux États-Unis. (D’après une photographie.)
- tient à la Compagnie du Southern Pacific, aux États-Unis, et peut traiter jusqu’à 2500 traverses par jour, traverses de pin et de sapin. La Compagnie a adopté un atelier qu’elle peut déplacer suivant les besoins, à cause de la très grande étendue de son réseau.
- Cet atelier roulant, que représente la figure 2, forme un véritable train de huit voitures. Un wagon porte deux chaudières à vapeur, un treuil à vapeur, les outils, cordages, agrès, etc.; un autre contient le surchauffeur, les réservoirs, pompes de compression et à air, condenseurs. Enfin, deux autres véhicules renferment chacun trois réservoirs destinés au liquide préservateur, environ 1100 hectolitres; les deux cylindres, de 54 mètres de long sur lm,80 de diamètre, sont partagés chacun en deux sections, chaque section étant montée sur deux puissants trucks. Ce convoi circule parfaitement par toutes les courbes de la ligne. Quand on veut le mettre en service, on installe les cylindres dont les sec-
- tions ont été réunies, mais toujours sur leurs trucks et sur une voie spéciale ; en avant de ces cylindres on place une plate-forme, faite elle-même de traverses, où l’on déchargera les traverses non traitées et où l’on établit une petite voie pour les wagonnets qui entreront dans les cylindres ; à l’autre extrémité une plate-forme semblable recevra les lorrys avec leurs traverses traitées. Enfin, une voie ordinaire permettra aux wagons de se mettre bord à bord avec les plate-formes pour décharger ou recharger les bois. Dans notre figure 2, le chantier est double avec deux voies pour lorrys, et une autre voie de chaque coté de la plate-forme, et un aiguillage permettant la libre manutention des traverses.
- 11 y a là un dispositif qui peut rendre de grands services quand on ne veut point, pour des raisons diverses, faire les frais de plusieurs installations fixes pour le traitement des traverses de chemins de fer. Damel Beelet.
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- LA NATURE.
- UN CURIEUX TRANSPORTEUR DE DÉBLAIS
- Les transporteurs de déblais à distance sont entrés aujourd’hui dans l’usage courant : les uns sont constitués par une courroie porteuse sans fin, comme pour les greniers-silos, les autres par des tubes où les matières diluées dans l’eau sont entraînées par la gravité. En voici un nouveau système très curieux, qui est basé seulement sur l’inertie : c’est le tube transporteur Kreiss, qui est construit en France par la maison Davidsen.
- Prenons un tube cylindrique T en tôle (fig. n° 1) et soute-nons-leaune distance au-dessus du sol par des tiges de fer plat t qui prennent appui sur un châssis K assez large pour assurer l’équilibre stable du système ; en réalité ces tiges, ces lames sont des ressorts inclinés sur la verticale, rivés a leur partie supérieure à des colliers G et à des supports H (n° 2). On comprend que si l’on imprime au tube un mouvement de traction vers la droite, les ressorts tendront ensuite à le ramener vivement vers la gauche; si un caillou est placé intérieurement, il sera d’abord entraîné à droite, puis, tandis que le tube accomplira son mouvement en arrière, il restera en place, en vertu de la vitesse acquise et de l’inertie, il avancera même quelque peu pendant la marche rétrograde du tube. En somme, après la fin de ce double mouvement, le caillou aura
- avancé d’une certaine distance vers la droite, et, le mouvement de va-et-vient se répétant un nombre suffisant de fois, il aura pu entrer par l’extrémité gauche et sortir par l’extrémité droite.
- Les déblais et substances de toutes sortes seront aisément transportés de même. On installe, sur deux entretoiscs dont nous voyons la section en N, deux joues en fonte C supportant un arbre manivelle A, où se trouvent calés une poulie P et un volant V. L’arbre commande par un excentrique une bielle 11 qui se rattache à un des colliers de support. Faisons tourner l’arbre A par une machine 'a vapeur, ou autrement, et le tube sera précisément animé du mouvement alternatif désirable, de gauche à droite, puis de droite à gauche. Par suite, si ce tube est muni à sa gauche d’une trémie de chargement T, les matières qu’on y versera suivront toute la longueur du tube pour aller se déverser à l’extrémité libre.
- Le principe est fort original, et cet appareil peut servir à transporter les substances les plus diverses, depuis les charbons jusqu’aux grains et aux terres. Il a l’avantage d’une construction très simple, et parait exiger assez peu de force motrice; il se charge en plusieurs points si on le désire, évite l’émission de poussières et se vide complètement quand on cesse de le charger avant d’en arrêter la marche. Daniel Bellet.
- —«-<0x—
- Trémie de chargement
- Tube transporteur de déblais (système Kreiss). — 1. Coupe longitudinale. — 2. Coupe latérale.
- LE STHÉTOSCOPE ELLIPSOÏDAL1
- L’efficacité de toute sorte de sthétoscopes jusqu’ici construits est entravée par les sons dits amphoriques, produits dans l’espace rempli d’air du tuyau du sthétoscope connue dans les tubes auditoires pour les sourds. L’idée m’a frappé de faire construire un sthétoscope plein de bois, ne contenant pas d’air, et par conséquent exempt de courants d’air qui produisent cet effet fâcheux parfois beaucoup plus fort que les sons des battements de cœur ou du mouvement des poumons, très légers en cas de syncope ou de mort apparente.
- Voilà le principe très simple dû sthétoscope ellipsoïdal. Imaginons un ellipsoïde de rotation en bois de tilleul ou tout autre très homogène, à excentricité très grande, par exemple l’axe grand à l’axe petit comme 1 à 5. En coupant verticalement à l’axe de l’ellipsoïde, très prolongé par deux plans menés par les deux foyers de l’ellipsoïde, les vibrations communiquées par contact à l’un des bouts plans seront réfléchies régulièrement dans l’autre bout plan où on place l’oreille.
- Si l’on produit le contact d’un bout de l’ellipsoïde ainsi coupé avec la poitrine d’un homme, tandis qu’on place à l’autre bout l’oreille, on reçoit une impression très forte et très précise du battement du cœur, ou de la respira-
- 1 Le sthétoscope est une sorte de cornet acoustique qu’on applique sur la poitrine d'un malade et aussi sur le trajet des artères pour reconnaître les sons qui s’y produisent.
- tion de l’homme. Une montre mise en contact avec le sthétoscope ellipsoïdal donne des battements renforcés comme par un microphone. Des applications nombreuses en astronomie et en physique se prêtent à l’emploi de l’appareil. Par exemple : l’audition précise du plus faible retentissement d’un marteau Neff de Rhumkorff appliqué dans l’arrangement dû à Wiedemann du pont de Wheat-stone, pour la mesure de la résistance électrique des liquides, ou pour la mesure de résistance de la terre pour la construction de paratonnerres. Ch.-V. Zenger.
- Paris, 17 août 1893.
- OBSERVATOIRE DU MONT BLANC
- Il est question des expériences effectuées au mont Blanc sous la direction de M. Janssen dans la Note qui commence le compte rendu de l’Académie des sciences (p. 259). M. Janssen a bien voulu nous envoyer aussi, dans une lettre personnelle, quelques détails intéressants que nous reproduisons ici :
- « Vous me demandez des nouvelles du mont Blanc. Nous avons eu d’assez grandes difficultés provenant du temps. La vallée a ressenti les échos des orages qui ont éclaté sur l'Europe occidentale. Néanmoins, nos porteurs sont si courageux, et sont devenus si forts et si expérimentés, qu’ils ont pu transporter à travers le glacier et jusqu’au sommet, les grandes pièces dont se compose l’instrument monté en sidérostat polaire avec unette de
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- LÀ NATURE.
- 259
- 12 P (0m,55). Nous attendons maintenant les mécaniciens de M. Gautier qui doivent les assembler.
- « Nous nous occupons également du météorographe qui, je l’espère, pourra fonctionner cette année.
- « M. Bigourdan, de l’Observatoire de Paris, vient de terminer des observations de l’intensité de la pesanteur aux Grands-Mulets (5050 mètres) et à Ghamonix. 11 espère pouvoir, l’année prochaine, faire une déterminatiçn semblable au sommet même du mont Blanc, à l’observatoire.
- « L’instrument qui sert à ces mesures très délicates, mais qui ont un grand intérêt dans les Alpes, est formé de pièces très lourdes et très susceptibles. Leur transport et leur installation offrent de sérieuses difficultés. Je crois que pour ces cas spéciaux on pourrait construire un instrument plus léger et plus facile à mettre en expérience. M. Bigourdan a montré dans cette occasion une grande énergie et un véritable courage dont on doit lui savoir gré dans le monde scientifique.
- « M. de Thierry a aussi fait une courageuse ascension pour étudier l’ozone et certaines questions de bactériologie. Il est resté un jour à l’observatoire. Il rendra compte de ces études. » J. Janssen,
- Chamonix, 31 août 1895. de l’Institut.
- Ces renseignements confirment heureusement les prévisions que nous avions émises dans une précédente Notice1. Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Accident à un tramway funiculaire. — Le
- Street Railway Journal nous apprend que le câble d’un tramway funiculaire ayant été récemment coupé par le grip, qui avait refusé de s’ouvrir au moment où le câble pénètre dans la tranchée devant l’usine, on rechercha la cause de cet accident, et l’on trouva que le frottement du câble avait tellement échauffé les mâchoires du grip que le métal de l’une d’elles avait fondu, formant à l’extrémité un dépôt d’environ lcm,25 de longueur et de 5 millimètres environ d’épaisseur; le long des deux mâchoires, le métal fondu formait une croûte de 6 millimètres d’épaisseur. L’échauffement s’était produit lors de l'effort considérable qu’il avait fallu vaincre pour faire remonter à un train surchargé une rampe de fi pour 100; il avait été nécessaire d’arrêter le train sur la rampe, et, au départ, le grip avait été mal serré. Le métal des mâchoires est de l’acier, en sorte que la haute température engendrée par le frottement seulement, dans un temps très court, est un phénomène très rare dans la pratique des tramways funiculaires, mais, par cela même, très intéressant à signaler. G. P.
- Yacht électrit|uc. —- M. John Jacob Astor, le célèbre millionnaire américain, a fait récemment construire par la Electric Launch Company, de New-York, un yacht électrique qui mérite une courte description. Cette embarcation, luxueusement aménagée, a 14m,50 environ de longueur, et 63 centimètres de tirant d’eau aux hélices. L’équipement électrique comprend deux moteurs attaquant chacun une hélice, par des arbres en bronze avec paliers à billes. Chacun d’eux a sa batterie séparée d’accumulateurs et son contrôleur particulier. Les deux contrôleurs sont placés près de la roue du gouvernail, à l’avant. Les accumulateurs, au chlorure de plomb, sont établis sous le plancher et sous les sièges. Il y a, en tout, 168 éléments d’une capacité de 150 ampères-heure
- 1 Yoy. n° 1157, du 5 août 1895, p. 160.
- chacun; la puissance maxima est de 10 chevaux en service courant, mais peut atteindre 30 chevaux pendant de courts intervalles. Le chargement de la batterie demande de cinq à sept heures, et coûte environ 4fr,25 par heure. D’après la Revue cl'Électricité on peut obtenir une vitesse de 24 kilomètres par heure sur de faibles parcours avec la batterie nouvellement chargée. Dans des conditions normales, la batterie permet d’effectuer un parcours total de 120 kilomètres.
- L’électricité dans le service des postes. — On
- sait que tous les bureaux de poste doivent timbrer les lettres à leur arrivée à l’aide d’un cachet qui indique la levée, la date, et le bureau de poste. Cette opération est souvent longue. A Los Angelos, aux États-Unis, on emploie un timbre mû par un moteur électrique Crocker-Whecler d’un quart de cheval, qui peut timbrer 500 lettres par minute. L’amélioration apportée dans le service par celte nouvelle disposition est considérable. Depuis le mois de juin dernier, on a ainsi timbré 6 millions de lettres. J. L.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 septembre 1895. — Présidence de M. Fizeau.
- Expériences effectuées a l'observatoire du mont Blanc. — Dans le programme de travaux dressé à l’occasion de l’installation d’un observatoire au sommet du mont Blanc, figurent des déterminations de l’intensité de la pesanteur, non seulement dans l’observatoire, mais encore dans divers points du massif convenablement choisis. M. Janssen annonce que la réalisation de cette partie du programme a reçu un commencement d’exécution. L’intensité de la pesanteur a été déterminée cette année aux Grands-Mulets, à une altitude de 3050 mètres, par M. Bigourdan, astronome de l’observatoire. Ce savant a eu à sa disposition un des pendules à réversion du Service géographique, de telle sorte que les résultats de ses déterminations pourront être rattachés immédiatement à ceux obtenus par M. le commandant Defforges en différents points d’Europe, d’Algérie et même d’Asie. Les observations que M. Bigourdan a eu à exécuter sont de deux sortes : observations astronomiques pour la détermination exacte de la marche de la pendule, c’est-à-dire de l’intervalle de temps très court, en général, dont elles avancent ou retardent en une heure ; observations de physique proprement dites, consistant essentiellement à noter le nombre d’oscillations du pendule pendant un temps donné, le pendule oscillant dans de certaines conditions. M. Bigourdan stationnera l’année prochaine au sommet du mont Blanc. M. de Thierry a séjourné à l’observatoire et y a exécuté des expériences sur l’ozone atmosphérique.
- L'argon et l'hélium dans des eaux minérales. — M. Bouchard, au cours d’un voyage dans les Pyrénées, a eu l’occasion de rencontrer certaines eaux sulfurées sodiques et silicatées sodiques provenant des sources du Griffon, près de Cauterets. Frappé de cette particularité que, pendant plusieurs heures après être sorties delà source, ces eaux, laissées à l’air libre, dégagent des quantités de petites bulles de gaz, M. Bouchard a eu l’idée de vérifier la nature de ce gaz, qui, d’après des analyses déjà anciennes, passe pour être de l’azote. M. Bouchard s’est associé M. Troost pour ce travail un peu spécial. Soit qu’ils aient opéré sur de l’eau directement prise à la source, soit qu'ils aient opéré sur de l’eau enfermée dans des bouteilles scellées, les résultats ont été identiques pour chacune des sources. Les gaz de ces sources ont laissé chaque fois un résidu qui, examiné avec les procédés de l’analyse
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- LA NATURE.
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- spectrale, a révélé la présence de l’hélium et de l’argon dans le gaz de l'une des sources, de l’hélium seulement dans une autre, et enfin de l’hélium ainsi que d’une substance inconnue dans la troisième. Cette substance inconnue est caractérisée par des raies dans le rouge et l’orangé. Ch. de Yilledeuil.
- LES HORLOGES MAGNÉTIQUES
- L’origine de ces horloges mystérieuses est fort ancienne. L’horloge dont le baron Grollier de Ser-vière a mentionné l’existence et dont M. Plan-chon1 a retrouvé le mécanisme est décrite dans un petit ouvrage aujourd’hui très rare : le Traité de l’Aiman, publié à Amsterdam en 1687, par R... ; les bibliophiles savent que cette initiale est celle de Dalencé2. Le texte est agrémenté d’un grand nombre de figures curieuses, très bien exécutées, qui représentent les différents phénomènes magnétiques encadrés dans des paysages dans le goût du temps, d’amours joufflus, etc.
- Une partie du volume est consacrée aux applications de l’aimant .à la construction d’appareils mécaniques et entre autres des horloges. Pour compléter la description donnée parM. Planchon, nous reproduirons un dispositif non moins curieux, et le texte qui l’accompagne :
- « On peut faire un petit dôme soutenu sur des colonnes, et, dans le bas de la calotte, l’on enchâssera en dedans une bande fixe de cuivre représentant un cercle sur lequel on gravera les heures à distances égales ; dans l’épaisseur du dôme, et derrière le cercle des heures, l’on posera un aiman enclavé dans un autre cercle mobile, pour le pouvoir tourner à volonté par un bouton ou par une manivelle, afin de faire correspondre l’aiman vis-à-vis de telle heure que l’on voudra ; au bas entre les co-
- 1 Voy. n° 1153, du 6 juillet 1805, p. 02.
- 2 Traité de VAiman, divisé eu deux parties. La première contient les expériences et la seconde les raisons que l’on en peut rendre, par M. D... (Joseph Dalencé), à Amsterdam, chez llenry WetStein, 1687, petit in-12.
- lonnes, justement au centre, il y aura une petite figure, qui tiendra à la main un brin de soie, au bout duquel sera attaché un petit oiseau très léger, qui doit être fait d’une très légère vessie de verre soufflée à la lampe, et recouverte de duvet ou de petites plumes ; au lieu du bec, il y aura un morceau de fer poli ; cet oiseau doit être attaché à la soie, de manière qu’il ne puisse approcher qu’à deux ou trois lignes près du cercle des heures. Lorsqu’on le mettra vis-à-vis de l’heure où correspond l’aiman, il se soutiendra en l’air, et si l’on fait tourner insensiblement l’aiman, l’oiseau le suivra et semblera voler en indiquant les heures. Voyez la figure ci-jointe, où l’aiman est marqué par des points et par la lettre G, et doit être caché dans l’épaisseur du bois et sur un cercle mobile. »
- Après avoir décrit plusieurs autres dispositions où l’aimant joue un rôle analogue, entre autres celle indiquée par M. Planchon, Dalencé remarque :
- « L’on peut ajouter à ces machines un mouvement d’horloge qui sera caché dans l’épaisseur du bois, soit au dôme, soit au rond, soit au guéridon, et qui faisant mouvoir le cercle sur lequel est attaché l’aiman, l’oiseau, l’é-guille et la grenouille qui le suivront marqueront les heures aussi ré-gulièrement qu’une éguille ordinaire de cadran. »
- Dalencé avait emprunté cette idée à des auteurs anciens, au P. Kirchcr, probablement, qui représente, dans son Magnes sive de arte niagnetica, une expérience analogue sous le titre de Colombe d’Architas.
- Les physiciens de cette époque aimaient beaucoup à imaginer et à construire des appareils semblables où les propriétés de l’aimant, inconnues de la foule, jouaient un rôle capital. C’était pour eux à la fois une distraction et une occasion de montrer leur science au public ignorant d’alors.
- G. Pei.ussier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Horloge magnétique, d’après Dalencé (1687).
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 1105. — 14 SEPTEMBRE 1 895.
- LA NATURE.
- Av v>. (§/ . V
- 2H
- MACHINE A TIRER LES CLICHÉS
- PHOTOGRAPHIQUES
- Le moyen employé jusqu’à présent pour tirer un cliché photographique à un très grand nombre d’exemplaires est plutôt un moyen indirect; c’est-à-dire qu’on n’opère pas sur le cliché môme qui a été fourni par la chambre noire, mais sur une planche convenablement préparée, par des procédés photographiques, il est vrai, mais dont le tirage se fait aux encres grasses au moyen de presses typographiques,lithographiques ou autres, suivant le cas. Nous trouvons, dans le Scientific American, la description d’une machine qui permet d’opérer le tirage industriel d’une façon complètement photographique, sur le cliché obtenu à la chambre noire, de môme qu’on le fait pour de petites quantités au châssis-presse. Ce nouveau procédé consiste à impressionner du papier au gélatino-bromure qui demande un temps très court d’exposition à la lumière et se développe ensuite,le tout se faisant auto m a tiquement.
- Le papier, qui a 900 mètres de longueur sur 90 centimètres de largeur, est enroulé sur une bobine placée sur un chevalet dans une chambre éclairée faiblement à la lumière rouge (fig. I ). Partant de là il se déroule en passant sous un ou plusieurs négatifs qui viennent s’appuyer contre lui au moment môme où s’allume une lampe à incandescence, puis s’enroule de la quantité voulue pour qu’une nouvelle portion
- vienne s’impressionner et finalement s’emmagasine sur une dernière bobine. Celle-ci est emportée dans une pièce voisine où s’opère automatiquement le développement, le fixage, l’alunage, le lavage et le séchage (fig. 2).
- La machine destinée à impressionner le papier se
- compose d’un tambour sous lequel sont placés les négatifs; ils reposent sur un plateau de verre où ils sont fixés par des bandes de papier et recouverts du cache convenablement choisi destiné à donner des marges blanches sur l’épreuve. Si on opère sur plusieurs négatifs à la fois on détermine, par une expérience préalable, le degré d’opacité de-chacun d’eux. On doit, autant que possible, choisir, pour être tirés ensemble, des négatifs' de môme densité,
- et on peut, dans une certaine mesure, les rendre égaux entre eux en interposant devant les plus faibles une ou plusieurs feuilles de papier transparent. On peut encore arriver au môme résultat en réglant convenablement la lampe qui est destinée à chaque négatif. Ce premier travail est une affaire de soin et doit être fait avec beaucoup de discernement par une personne compétente, car, dans un tirage de cette sorte, tout dépendra de la façon dont l’impression lumineuse aura été donnée; pour plus de sûreté il est évident qu’il serait préférable de faire fonctionner la machine avec un seul cliché. Le tambour dont nous avons parlé est attaché au plafond au moyen d’une corde passant sur une poulie et munie d’un contrepoids de façon qu’on puisse l’enlever faci-
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- Fig. 2. — Appareil à développer opérant aussi le fixage, Falunage, le lavage et le séchage.
- 23° aunee. — 2e semestre.
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- LA NATUItE.
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- lemcnt pour disposer le ou les négatifs. Il porte de chaque côté quatre lampes à incandescence de trente-deux bougies qui sont reliées par des cordons souples à une prise de courant sur le mur de la salle et dont le circuit peut, d’autre part, être coupé automatiquement par le fonctionnement même de la machine. Afin d’éviter une trop grande chaleur par suite de la présence de ce s lampes, un courant d’air est établi au moyen d’un petit ventilateur électrique. Une fenêtre carrée, munie d’un verre rouge, est placée sur le côté pour permettre de surveiller le fonctionnement des lampes et de s’assurer que l’une ou l’autre n’est pas éteinte par suite de la rupture d’un filament ou autre cause. Le papier passe sur un
- Fig. 3. — Détails de l'appareil d'exposition à la lumière.
- rouleau entraîneur qui est commandé au moyen d’une bielle et d’une manivelle (fig. 5), de telle sorte, qu’il opère l’entraînement par saccades, un temps d’arrêt étant nécessaire pendant l’action de la lumière à travers le cliché; au moment où ce temps d’arrêt se produit, une came déclenche un contrepoids qui presse le cliché contre le papier et c’est à cet instant que le contact électrique se produit pour
- Fig. 4. — Cuvette de développement.
- allumer les lampes; la machine continuant à tourner une nouvelle came vient relever le contrepoids pour libérer le papier, les lampes s’éteignent et une nouvelle portion de la surface sensible vient se présenter vis-à-vis les clichés. La quantité de papier qui doit se dérouler à chaque fois est facilement réglable, suivant la dimension des clichés qu’on tire, en agissant sur le bras du levier qui imprime le mouvement au rouleau entraîneur; le temps pendant lequel doit se faire l’exposition est déterminé suivant la densité des négatifs et se règle de la même façon, avant de mettre la machine en mouvement.
- Le rouleau qui s’est formé à l’extrémité de cette première machine contient donc les épreuves à l’état latent. Pour les développer on le porte sur la seconde machine. Il est placé à l’une de ses extrémités (à droite sur notre gravure). Celte machine n’est
- autre chose qu’une longue cuve divisée en plusieurs compartiments dans lesquels circule le papier impressionné.
- Le premier compartiment contient une solution, avant déjà servi, d’oxalate de fer. Là le papier passe sur des rouleaux (fig. 4) qui le guident de façon qu’il séjourne assez longtemps en cheminant contre les parois verticales et au milieu de la cuve; puis étant ainsi déjà à moitié développé, et l’image commençant à apparaître, il arrive sur le rouleau qui est à la séparation de la cuve suivante. Celle-ci contient une solution neuve d’oxalate de fer où se termine complètement le développement. Les cuves suivantes, où le papier est toujours guidé par des rouleaux, contiennent : de l’acide citrique pour arrêter l’action du développatcur, de l’eau pour un premier lavage; ensuite arrive la cuve d’hyposulfite pour le fixage, puis celle d’alun, et enfin plusieurs cuves d’eau destinées à bien laver l’épreuve complètement terminée.
- Le mouvement du papier est déterminé par les rouleaux qui se trouvent à la séparation des cuves, qui jouent le rôle de rouleaux entraîneurs. Ils sont actionnés tous à une vitesse uniforme au moyen d’une vis sans fin, suivant toute la longueur de la cuve. Au sortir de la dernière eau de lavage le papier monte verticalement pour s’égoutter et s’engage dans une longue cheminée où un courant d’air chaud, obtenu par un réchaud à gaz, le sèche complètement. Finalement, il s’enroule sur une bobine qu’on porte dans un atelier spécial où les épreuves sont coupées à la grandeur voulue et montées sur carton par les procédés ordinaires. L’éclairage de la pièce où se fait le développement offre une particularité intéressante ; m a disposé à l’extrémité où se commence le développement des lampes munies de verres rouges inactiniques et, à l’autre extrémité, des lampes blanches. Comme la pièce est très longue, il se fait un mélange de lumière blanche et rouge qui se répartit sur toute la longueur de la cuve, et dont le degré actinique va en croissant à mesure que la sensibilité du papier augmente; la lumière blanche étant du côté de la porte d’entrée on évite ainsi toute surprise. Pendant le trajet du papier des ouvriers surveillent l’opération et, au moyen d’éponges, essuyent les saletés qui pourraient être entraînées et produire des taches.
- 11 y a vingt-sept rouleaux sur la cuve à développement, qui n’a pas moins de 50 mètres de longueur. La vitesse du papier est de 3 mètres par minute et on peut obtenir ainsi 245 épreuves format cabinet par minute. En nne journée de dix heures on peut donc produire 157 000 épreuves de ce format; c’est, un chiffre suffisant pour fournir les illustrations des plus grands journaux et il y a là une nouvelle industrie qui semble pouvoir faire une concurrence sérieuse aux procédés de tirage qui ne permettent pas d’imprimer l’image en même temps que le texte.
- G. Mareschal.
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- LA NATURE.
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- LE SENS DES COULEURS
- On a souvent dit que les peuples vivaient, se développaient comme les hommes, présentant comme eux une enfance, une jeunesse, un âge mur et une vieillesse. En voici une nouvelle preuve tirce du sens des couleurs. Dans un précédent article de La Salure', nous avons indiqué comment les documents historiques nous permettaient de reconnaître de quelle manière ce sens s’était formé peu à peu chez les peuples appartenant à notre civilisation occidentale. Voici maintenant comment, d’après les observations de Garbiné à Vérone et de P rêver à Sena, ce sens se développe chez l’enfant.
- L’enfant possède d’abord uniquement le sens de la lumière : il distingue le blanc et le noir et apprend alors à voir les objets qui l’entourent, à saisir leurs mouvements. Vers le seizième mois, la sensation du rouge et celle du vert commencent à se développer dans les parties centrales de la rétine et se perfectionnent de plus en plus jusqu’au vingt-quatrième mois. De deux à trois ans, l’enfant apprend à connaître le jaune ; de trois à quatre ans l’orange, le bleu et enfin le violet; le sens chromatique se perfectionne ainsi jusque vers l’âge de cinq ou six ans. Garbini a remarqué que ce n’est qu’un an après que l’enfant a appris à reconnaître les six couleurs principales (vert, rouge, jaune, orange, bleuet violet) qu’il prend l’habitude de les distinguer dans la conversation.
- Les Annamites qui, d’après M. le commandant Mauger2, ne distinguent actuellement, en dehors du blanc et du noir, que le vert, le rouge et le blanc, peuvent donc, jusqu’à un certain point, être comparés, dans l’ère de leur développement intellectuel comme peuple, à des enfants de deux à trois ans. Albert de Rochas.
- LES OBSERVATIONS DES MÉTÉORITES
- DU MOIS D’AOUT
- Malgré la présence de la Lune qui gênait singulièrement les observations, M. Denning, directeur de Greenwich, est parvenu à recueillir des renseignements fort intéressants sur l’apparition des météores du 10 au 14 août. On avait établi trois stations, l’une à Bristol, l’autre à Slough, près de Windsor, village rendu célèbre par le séjour du grand Herschell, et la troisième à Bridgexvater. On est ainsi parvenu à déterminer la trajectoire de quatre météores dont l’éclat a varié depuis celui de la Lyre jusqu’à la quatrième grandeur. Deux de ces météores laissaient derrière eux une trace visible de cendres brillantes. Le plus remarquable a paru à llh20m du soir, trois jours avant la date principale. Il a commencé au-dessus de Stall’ord-sur-Avon, la patrie de Shakespeare, à une altitude de 170 mètres au-dessus du niveau de la mer, et a parcouru obliquement, en faisant avec l’horizon un angle de 45°, un arc de 70 kilomètres. Les débris ont dû toucher la terre dans le comté de Devon. L’apparition a duré plusieurs secondes. Les nuits de cette période oht été généralement brumeuses, ce qui, plus encore que la lumière de la Lune, a nui aux observations. Ainsi le 11, de 10 à 11 heures du soir, on n’a pas observé à Bristol moins de onze météores appartenant presque tous au radiant principal de la constellation de Persée. Le même soir, à Slough, M. Herschell en a observé vingt-six, presque tous brillants. W. de F.
- 1 Voy. n° 1145, du 11 mai 1895, p. 571.
- 2 Voy. n° i ItiO, du ‘21 août 1895.
- LES ASCENSEURS ELECTRIQUES
- Les ascenseurs pour personnes sont aujourd’hui de la plus grande nécessité avec les hautes maisons que l'on construit. Pendant longtemps on s’était contenté d’établir des monte-charges pour fardeaux divers. Ce n’est qu’en 1867, à l’Exposition universelle, que M. Edoux présenta le premier modèle d’ascenseur hydraulique pour personnes. L’eau sous pression était à cette époque le meilleur «agent capable d’élever un poids à une certaine hauteur. Toutes les dispositions nécessaires furent prises pour assurer un bon fonctionnement à cet appareil : manœuvres de réglage, dispositions de sécurité, équilibrage d’une partie du poids de l’ascenseur, etc. Il est certain que les ascenseurs hydrauliques établis dans ces conditions rendirent dès cette époque les plus grands services, et ont toujours été depuis très appréciés. On ne pouvait leur faire qu’une grave objection au point de vue de l’établissement : ils nécessitaient un cylindre en fonte placé dans un puits d’une profondeur un peu supérieure à la hauteur de course < de la cabine et dans lequel pouvait se mouvoir la colonne métallique ou piston et y rentrer complètement lorsque l’ascenseur était au bas de sa course. On construisit aussi des ascenseurs sans puits parmi lesquels il faut citer les ascenseurs à piston télescopique Samain, à piston articulé Roux et Combalu-zier, et les ascenseurs à moufïage interposé entre le cylindre moteur et la cabine. On passa cependant sur les diverses difficultés en raison des avantages que présentaient les ascenseurs. Les manœuvres de mise en marche et d’arrêt étaient effectuées en agissant, à l’aide d’une corde placée dans l’intérieur de la cabine, sur un distributeur ayant pour but de mettre la cuve du piston en communication avec la conduite d’eau ou avec le branchement d’évacuation. Les perfectionnements vinrent ensuite, et, en 1887, M. Edoux remplaçait la manœuvre à l’aide d’une corde par une manœuvre hydro-électrique1. Il suffisait d’établir un contact fermant un circuit de pile sur des électro-aimants pour obtenir le déplacement du distributeur et par suite l’ouverture ou la fermeture du robinet d’eau. Nous devons ajouter que ces dernières dispositions, si elles ont parfois bien fonctionné, ont aussi présenté bien souvent de nombreuses difficultés.
- Depuis déjà bien longtemps on parlait cependant des ascenseurs électriques, et nous devons rappeler ici les premiers appareils de M. Werner Siemens qui figurèrent en 1880 à l’Exposition de Mannheim2, et les ascenseurs électriques de M. Chrétien à l’Exposition de 1889. Mais la question n’avait pas encore reçu de solution réellement pratique. Dès 1890 cependant de nombreux essais avaient été tentés en France, en Allemagne et en Amérique pour remplacer par des ascenseurs électriques les ascenseurs
- 1 Voy. ti° 759, du 17 décembre 1887, p. 34.
- 2 Voy. œ 403, du 19 février 1881, p. 177.
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- LA NATURE.
- hydrauliques alimentés par l’eau de la ville ou par l’eau montée dans un réservoir par une pompe qui était actionnée par un moteur à gaz. L’ascenseur électrique était mis en marche par un treuil à corde ordinaire que Elisait mouvoir un moteur électrique. Nous citerons, sans pouvoir les décrire, les ascenseurs électriques Edoux, de la Société VEclairage électrigue, de M. Neu à Lille, Otis, de la Keystone Electric C°, de MM. Morse Williams and C° en Amérique, Gearless, etc. Au commencement de 1895, il existait à New-York, sur ie réseau de distribution d’une compagnie électrique, 250 as-
- Fig. 1. — Vue d’ensemble d’un ascenseur à treuil électrique.
- ment, l’eau de source employée à faire mouvoir les engins mécaniques au moyen de la pression qu’elle possède dans la canalisation publique doit être payée à part et à raison de 0 fr. 60 par mètre cube d’eau consommée, conformément aux indications d’un compteur par lequel elle doit passer isolément. Le prix de l’eau consommée était ainsi doublé, et les dépenses augmentaient dans de très grandes proportions, d’autant plus que les ascenseurs hydrauliques ont une consommation constante quel que soit le nombre de voyageurs et meme à vide. On a calculé qu’un ascenseur à trois personnes faisant en moyenne vingt-cinq courses par jour, à raison de 275 litres d’eau par course, coûterait par an 1500 francs au lieu de 800 francs avec l’ancien tarif de 0 fr. 52 le
- censeurs, d’une puissance totale de 5000 chevaux.
- Jusqu’à cette-époque, à Paris les ascenseurs électriques étaient considérés comme des applications intéressantes, mais bien peu de propriétaires songeaient à les adopter, en raison d’une part des bons services que leur rendaient les ascenseurs hydrauliques déjà installés, et d’autre part en raison des dépenses de transformation qui seraient nécessaires. Un règlement municipal concernant la concession des eaux de source de la Ville de Paris, publié dans le Bulletin municipal officiel du 22 décembre 1894, a changé toutes ces dispositions. D’après ce règle-
- Fig. 2. — Dispositifs généraux et vue d’ensemble d’un ascenseur hydro-électrique.
- mètre cube d’eau. Tous les constructeurs d’ascenseurs se sont émus, et ont cherché à modifier leurs systèmes pour remédier à cet état de choses.
- On a de suite examiné les ascenseurs électriques, les ascenseurs à l’air comprimé et divers systèmes mixtes dits hydro-électriques. Dans plusieurs circonstances, on a également examiné le projet de conserver les ascenseurs hydrauliques actuels et de les alimenter par de l’eau sous pression pompée par des moteurs à gaz ou des moteurs électriques. Ces dernières dispositions ne peuvent évidemment convenir qu’à certaines grandes maisons, possédant plusieurs ascenseurs, et pouvant faire les dépenses nécessaires de premier établissement.
- Les installations d’ascenseurs électriques ne sont
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- LA NATURE.
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- pas encore nombreuses dans Paris ; mais nous avons eu l'occasion dernièrement de visiter deux ascenseurs établis par la Société l'Eclairage électrique, qui a entrepris la transformation des ascenseurs hydrauliques des principaux constructeurs, MM. Roux
- et Combaluzier, Edoux, Pitre, Heurtebize, etc. Nous allons faire connaître les principales dispositions adoptées par cette Société, et nous établirons ensuite des prix de revient comparatifs.
- Les systèmes employés sont de deux sortes :
- Fig. 3. — Détails d’un treuil électrique pour ascenseur.
- 1. Vue de la commande électrique. — 2. Coupe d’une encoche. — 3. Rhéostat de manœuvre.
- ascenseurs à treuil électrique et ascenseurs hydroélectriques. Les premiers comportent une modification radicale des ascenseurs actuels, les seconds au
- contraire ne demandent que quelques modifications sans grande importance. Les ascenseurs électriques actuels n’emploient que des courants continus; mais
- Fig. -4. — Vue d’ensemble d’une pompe système Maginot-Pinette, actionnée par un moteur électrique et utilisée dans un ascenseur hydro-électrique.
- la question des ascenseurs électriques avec courants alternatifs est à l’étude et recevra bientôt une solution satisfaisante.
- Ascenseurs à treuil électrique. — L’ascenseur à treuil électrique se compose essentiellement (fig. 5) d’un moteur électrique commandant par un plateau
- d’accouplement M une vis sans fin E qui vient engrener avec une roue dentée. On aperçoit dans notre figure par une déchirure la roue dentée et la vis sans fin. Cette roue dentée est portée sur un tambour de treuil T présentant à sa périphérie des encoches dont la coupe est représentée dans le n° 2
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- LA NATURE.
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- de la figure o et dans lesquelles viennent se placer des olives en bois fixées sur une corde. Cette dernière, qui est placée dans deux colonnes creuses installées dans l’escalier, maintient la cabine de l’ascenseur. Le moteur électrique en marchant l'ait tourner le tambour qui déplace la corde et par suite l’ascenseur. La figure 1 donne une vue d’ensemble d’un ascenseur à treuil électrique.
- Tous les organes de sécurité qui existent dans les ascenseurs hydrauliques se trouvent également dans ces ascenseurs, et toutes les précautions ont été prises pour éviter tout accident. Le moteur électrique est en dérivation, afin d’obtenir une vitesse constante, quelle que soit la charge. Les engrenages ont été particulièrement étudiés et donnent actuellement un rendement d’environ 45 pour 100.
- La commande de ces ascenseurs peut se faire de deux manières : par corde ou par manœuvre électrique. Dans le premier cas, une corde sans fin est placée dans la jante d’une petite poulie se trouvant au-dessus du moteur électrique et traverse l’escalier dans toute la hauteur en passant par la cabine. Pour mettre l’ascenseur en marche il suffit de tirer sur cette corde, qui déplace l’interrupteur et ferme le circuit sur le moteur électrique. A l’étage oa l’on veut s’arrêter, on presse un bouton qui rencontre une olive sur la corde de manœuvre. Celle-ci est entraînée et ouvre le circuit. Un frein est placé sur le moteur afin de permettre un arrêt instantané. Un disjoncteur automatique est aussi installé sur l’excitation pour couper le courant principal si, pour une cause quelconque, l’excitation est supprimée. La commande de l’ascenseur peut également être faite par manœuvre électrique. Dans la cabine se trouvent des boutons interrupteurs agissant sur des circuits qui aboutissent en S à la partie supérieure du moteur électrique, au rhéostat R (fig. o), et qui sont reliées à un petit treuil électrique attaquant directement le rhéostat de mise en marche de l’ascenseur. Le n° 5 de la figure montre l’arrivée de ces fils à l’interrupteur. En pressant dans la cabine le bouton de mise en marche des étages, on actionne un petit moteur électrique de très faible puissance. À cet instant une came convenablement calculée établit le courant sur ce petit moteur pendant tout le temps nécessaire au déplacement du rhéostat du grand treuil. Le circuit est coupé sur ce petit moteur quand l’appareil de mise en marche du treuil a fini sa course, lia durée de fonctionnement de cet ensemble est indépendante de la façon dont on presse le bouton, le^contact une fois commencé est continué par la came dont nous avons parlé. Le changement de rotation s’obtient facilement en changeant le sens du courant.
- Ascenseurs hydro-électriques. — Dans un grand nombre de cas, il ne sera pas facile d’effectuer sur des ascenseurs existants les transformations dont il vient d’être question. La Société l'Éclairage électrique a imaginé un dispositif, auquel elle a donné le nom d'hydro-électrique, et qui permet la com-
- mande électrique des ascenseurs hydrauliques sans grande modification. Elle ut ilise à cet effet une pompe à eau actionnée par un moteur électrique série Labour. La figure 4 représente une vue d’ensemble de la pompe et du moteur électrique. Ces pompes sont construites par la maison Maginot Pinette, de Chalon-sur-Saême ; elles sont conjuguées et donnent au refoulement une pression correspondant à une hauteur d’eau de 40 mètres ; leur débit varie suivant le diamètre du piston de 5 à 7 litres d’eau par seconde. Les dispositifs généraux et la vue d’ensemble d’un ascenseur hydro-électrique sont indiqués dans la figure 2. Un réservoir B, d’un volume d’environ 700 litres, est placé en Sa la partie supérieure d’une cave et communique par des tuyaux à un distributeur I), qui est relié lui-même au piston de l’ascenseur. Le moteur électrique M actionne la pompe P qui par un tuyau F aspire l’eau du réservoir B et la refoule sous pression au distributeur D et de là sous le piston de l’ascenseur. Ce distributeur est muni d’une tige horizontale qui porte un levier l auquel est attachée la corde C de manœuvre de l’ascenseur. On aperçoit en Y la conduite d’eau d’arrivée de la Ville, qui est fermée à volonté. Tout le système est mis en marche à l’aide d’un automoteur A, consistant en un poids monté sur un piston hydraulique et faisant environ un mètre de course. Le mode de fonctionnement est le suivant : en agissant sur la corde C, on ouvre le distributeur I), l’automoteur A descend aussitôt, et déclenche en II l’interrupteur du rhéostat qui ferme le circuit sur le moteur M. Ce dernier fonctionne aussitôt et la pompe P refoule l’eau du réservoir B sous le piston de l’ascenseur qui monte. Arrivé à l’étage voulu, le distributeur I) est fermé par la manœuvre que fait le voyageur et l’ascenseur s’arrête. La pression se rétablit aussitôt sous l’automoteur A par suite de l’eau envoyée par la pompe. Celui-ci remonte à sa place, et en passant en R ouvre le circuit : le moteur électrique M s’arrête. Quand on fait descendre l’ascenseur par la manœuvre en sens inverse de la corde, l’eau qui se trouve sous le piston est refoulée dans le réservoir B. Cette même eau peut resservir fort longtemps. Il s’agit, comme on le voit, d’nn dispositif très ingénieux qui utilise à la fois l’énergie électrique et l’eau sous pression.
- Prix de revient comparatifs. —Il importe maintenant de fixer les idées sur les dépenses d’exploitation de ces nouveaux modèles d’ascenseurs et de comparer celles-ci aux dépenses occasionnées parles ascenseurs hydrauliques et à air comprimé.
- La société l'Éclairage électrique a fait un grand nombre de relevés sur les divers ascenseurs électriques qu’elle a déjà installés. Nous les résumons dans le tableau suivant :
- ASCENSEUR A TREUIL ÉLECTRIQUE
- Pour une ascension complète.
- Dépense (l’éne-rgio électrique. Dépense en francs.
- A vide. . . 20 watts-heure 0rr,01586
- 1 personne. Al — 0rr,0186
- 2 personnes 32 — 0tr,0192
- 5 personnes 54 — 0fr,0207
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- ASCENSEUR UYDliO-ELECTKIQl'E
- 1 personne. 52 walts-heure O",0311
- 5 personnes 75 — 0fr,0457
- L’ascenseur à treuil électrique dont il est question est installé sur le réseau de distribution du secteur de la place Clichy, à Paris. Il a une course complète de 16 mètres qu’il effectue en 45 secondes. La différence de potentiel aux bornes de l’induit du moteur électrique est de 440 volts, et de MO volts aux bornes des inducteurs. Les dépenses sont établies pour une course complète, montée et descente, et l’énergie électrique est comptée au prix maximum de 0fr,061 rbcctowatt-heure. L’ascenseur hydro-électriqueest installé sur le secteur Edison, à 220 volts.
- Nous remarquerons tout de suite dans les chiffres donnés plus haut que la dépense est sensiblement proportionnée à la charge utile. Il n’en est pas de même avec les ascenseurs hydrauliques et à air comprimé, où la dépense reste toujours la même, quelle que soit la charge.
- Pour établir une comparaison strictement exacte entre tous les systèmes d’ascenseurs, il serait nécessaire de tenir compte du nombre de courses dans une journée, et des charges respectives. La Société lÉclairage électrique a fait une comparaison pour un ascenseur à trois personnes dans un immeuble de 6 étages. L’eau est comptée à 0fr,60 le mètre cube, la dépense étant environ de 275 litres d’eau par course totale. L’air comprimé est vendu pour les ascenseurs à raison de 5fr,85 le kilomètre de course effectuée. Les prix de revient d’une ascension complète, montée et descente, sont les suivants :
- Ascenseur hydraulique. . . . 0fr,l65
- Ascenseur à air comprimé. . . 0fr,077
- Ascenseur hydro-électrique.. . 0rr,045
- Ascenseur à treuil électrique. 0lr,025
- On voit que le plus économique est l’ascenseur à treuil électrique: vient ensuite l’ascenseur hydroélectrique. Il resterait, pour achever de convaincre nos lecteurs, à leur donner les prix d’établissement ou de transformation. Ces prix sont essentiellement variables suivant les installations, et il est difficile de citer un chiffre. Nous pouvons dire toutefois que le prix d’établissement d’un ascenseur électrique n’est pas plus élevé que celui d’un ascenseur hydraulique, et que le prix d’une transformation est bientôt amorti par l’économie réalisée dans l’exploitation. On peut compter environ sur une dépense de 10 000 francs pour l’installation d’un ascenseur électrique pour 4personnes dans une maison à 6étages, et 4000 francs pour la transformation. Ces chiffres cependant ne sont pas absolus et peuvent varier dans de grandes proportions.
- En résumé, les ascenseurs électriques présentent aujourd’hui de grands avantages économiques, tout en réalisant les mêmes conditions que les autres ascenseurs; ils évitent une dépense d’eau de source considérable, ce qui permet d’assurer dans Paris la distribution d'eau potable nécessaire. Enfin ils
- deviennent pendant la journée, pour les stations centrales d’énergie électrique, des centres de consommation qui ne sont pas à négliger. J. Laffargue.
- L’HEURE EN CHINE
- PAR LE SOLEIL l’f.AU ET LE FEU 1
- Tandis que le soleil et l’eau ont été plus particulièrement employés par les astronomes pour connaître l'heure, le feu a surtout servi à indiquer les veilles de la nuit. Nous avons déjà eu l’occasion de prononcer ce mot (veilles) lorsque, parlant des clepsydres, nous avons rapporté une ancienne ordonnance qui enjoignait d’annoncer les veilles aux habitants par des signaux convenus.
- Nous parlons ici de quelques usages qu’il est intéressant de connaître.
- La nuit était divisée en cinq veilles, qui commençaient au coucher du soleil pour finir à son lever. Comme nous l’avons expliqué, ces cinq parties étaient plus ou moins longues, selon qu’on se trouvait en été ou en hiver.
- L’annonce des veilles avait un double but; elle servait d’abord à indiquer l’heure et aussi à constater que l’on faisait le guet qui, en Chine, était des plus rigoureux. Comme il était formellement défendu de circuler la nuit dans les rues, à moins de cas exceptionnels et prévus, les gardes devaient surveiller et questionner toute personne se trouvant hors de chez elle. Certains de ces gardes tenaient dans la main gauche un cylindre creux de bambou, sur lequel ils frappaient avec la main droite, non seulement pour attester leur vigilance, mais aussi pour faire connaître l’heure (lig. I, A, R). Quelquefois ce morceau de bois ou de bambou creux, au heu d’être cylindrique, avait la forme d’un poisson long de 80 centimètres environ sur 15 centimètres de diamètre. Les officiers qui faisaient la ronde étaient, souvent montés sur des ânes et précédés d’un soldat portant une lanterne.
- D’autres gardes avaient une cliquette attachée au bras; et au nombre de deux ou plus, ils se détachaient d’un poste et allaient et venaient en agitant cette cliquette. Les gardes d’un poste voisin leur répondaient en frappant sur le bambou comme nous venons de l’indiquer : ils prouvaient ainsi qu’ils ne dormaient pas.
- Gabriel Magalhacns écrivait, en 1668, dans son ouvrage Nouvelle relation de la Chine : « Dans toutes les cités et villes de l’Empire, il yta deux tours, dont l’une s’appelle la « Tour du Tambour » et l’autre « la Tour de la Cloche », du haut desquelles on annonce les veilles de nuit. Au commencement de la nuit ou de la veille, la sentinelle frappe plusieurs coups sur le tambour et la cloche lui répond ensuite. Puis, durant tout le premier quartier, la sentinelle frappe un coup sur le
- 1 Suite. — Yoy. n° 1100, fin 24 noùt 1805, p. 105. •
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- tambour, et l’autre sentinelle en donne aussitôt un autre avec le marteau sur la cloche. Environ 1’espace d’un Credo après, ils donnent chacun un coup sur le tambour et sur la cloche, et continuent de même jusqu’au commencement de la deuxième partie de la nuit. Alors ils donnent chacun deux coups et continuent comme il a été dit, jusqu’à la troisième veille où ils frappent trois coups; à la quatrième veille, ils donnent quatre coups et à la cinquième cinq ; au point du jour ils redoublent les coups comme ils l’ont fait au commencement de la nuit. De cette manière, en quelque temps de la nuit que l’on s’éveille, à moins que le vent soit contraire, on entend le signal de toute la ville et on sait quelle heure il est. »
- A Pékin, on voit, dans le palais du Roi, un tambour et une cloche sur de hautes tours, et, dans la ville, deux autres tours avec un tambour et une
- cloche pour annoncer les veilles : le tambour de la ville a quinze coudées publiques de diamètre (la coudée mesure un peu moins que le pied de Paris, qui était de 50 centimètres). La cloche du Palais est plus grande qu’aucune au monde, et elle a un son si éclatant qu’il paraît bien moins celui d’une cloche que de quelque instrument de musique. C’est cette cloche qui sert à battre les veilles de la nuit dans la ville de Pékin. La façon de sonner les heures en frappant la cloche à la main au moyen d’un instrument quelconque, fut aussi employée en Europe, et
- Fig. 1. — A, B. Bambou à battre les veilles. — C. Bâtons brûlants odoriférants. B. Vase de métal avec des bâtons brûlants.
- Fig. 2. — Dragon à bâtons brûlants pour indiquer les heures (au Musée du Louvre).
- jadis, dans certains clochers dépourvus d’horloge mécanique, le veilleur frappait l'heure sur la cloche d’après les indications que lui fournissait, soit la clqpsydre, soit le sablier ou tout autre moyen
- horaire. Pendant que l’on bat les veilles on entend quelquefois en même temps chanter ces paroles : « Obéissez à vos parents, respectez les vieillards et vos supérieurs, ne commettez pas d’injustices. »
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- LA N AT U U K.
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- On doit comprendre maintenant pourquoi l’on dit « battre les veilles », puisque c’est toujours en frappant, soit les cloches, soit les tambours, soit les bambous, qu’elles sont annoncées.—Le feu, comme nous l’avons dit, servait aux Chinois à mesurer les veilles. Voici comment ils procédaient. Ils réduisaient en poudre, en le râpant et en le pilant, un bois spécial; ils obtenaient ainsi une espèce de pâte, dont ils composaient ensuite des cordes et des bâtons de diverses formes (on en voit au Musée chinois du Louvre, fig. 1,
- C). Pour l’usage des personnes riches et des lettrés, ils employaient des bois d’essences plus rares. Ces bâtons, qui n’avaient guère que la longueur d’un doigt, atteignaient, lorsqu’ils étaient composés avec des bois plus ordinaires, 2 et 5 mètres, et égalaient en grosseur une plume d’oie. On les faisait brûler devant des pa-
- Fig. i. — Horloge chinoise, cage bleu et or.
- par le bout d’en bas. Le feu montait alors lentement et insensiblement en suivant tous les tours qu’on avait
- godes, et on s’en servait pour porter le feu d’un lieu à un autre. Souvent on piquait ces bâtons dans des vases de métal remplis de cendres; cette position verticale permettait de suivre de l’œil leur combustion (fig. I, D). Comme, en brûlant, ces bâtons ne donnaient pas de lumière, ils ne servaient donc qu’à donner l'heure dans la maison, en môme temps qu’ils l’embaumaient. Lorsque ces bâtons ou ces cordes avaient une certaine longueur, ils étaient entortillés en rond, formant ainsi une ligure spirale et conique (lig. o), s'élargissant à chaque tour et atteignant jusqu’à 2 et 5 palmes de diamètre, dit G. Magalliaens. Leur combustion durait alors plusieurs jours et quelquefois môme un mois et plus. Ces mèches ainsi enroulées ressemblaient à une nasse de pécheur ou à une corde roulée autour d’un cône. On les suspendait par le centre et on les allumait
- Fig. 5. — Autre horloge chinoise, bois sculpté et jade.
- fait faire à la mèche. Cinq marques faites sur ces longues mèches servaient à indiquer les cinq parties
- Fig. 3. — Spire en feu chinoise pour indiquer l’heure.
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- de la nuit. Cette manière de mesurer le temps était, dit-on, si exacte que jamais on ne constatait quelque erreur considérable.
- Il est curieux de rapprocher co moyen horaire chinois de celui quon employa en France au moyen âge. La durée des cierges ou chandelles allumés y servait aussi la nuit à marquer l’heure. On graduait ces chandelles comme les Chinois leurs bâtons ou leurs mèches. Saint Louis se servait de ce moyen primitif. « Chaque jour, dit le confesseur delà reine Marguerite, il s’en ralait en sa chambre et adoncq estait allumée une chandelle de certaine longueur, c’est à scavoir 5 pieds ou environ et endementière qu’elle durait, il lisait en sa bible et quand la chandelle était à sa fin un de ses chapelains était appelé. »
- Charles Y se servait aussi de ces chandelles graduées. « Iceluy avait en sa chapelle une chandelle ardente qui estait divisée en 24 parties et y avait gens députez qui lui venaient dire jusqu’où la chandelle était arse, et à ce avisait quelle chose il devait faire. »
- Une ancienne coutume, dont il est parlé dans la Grande chronique de Saint-Denis, nous indique encore une plus grande similitude entre les usages chinois et européens au moyen âge. « En l’an 1557, dit le chroniqueur, la veille de l’Assomption offrirent ceux de Paris à Notre-Dame, une chandelle qui avait la longueur du tour de ladite ville de Paris pour ardroir jour et nuit sans cesse. )>
- Ces mèches et ces bâtons, en usage en Chine et dont nous parlions plus haut, en même temps qu’ils donnaient l’heure, servaient encore de réveille-matin. Quand un Chinois voulait se lever la nuit à une heure précise il suspendait un petit poids de métal bien exactement à l’endroit de la mèche ou du bâton où le feu devait arriver à l’heure dite. Le moment venu le poids se détachait de lui-même, tombait dans un bassin de cuivre et le bruit de sa chute était assez retentissant pour réveilller le dormeur. Ce moyen était aussi simple qu’économique, car une mèche ou un bâton dont la combustion durait un jour et une nuit ne coûtait que trois deniers. La figure 2 représente un dragon en métal que possède le Musée du Louvre. Nous en devons la communication à la bienveillance de M. l’amiral Miot. Cet appareil ne devait servir qu’à la combustion des bâtons odorants. Nous en avons fait un réveille-matin en nous conformant aux indications que nous signalons.
- 11 nous faut étudier quelles étaient leurs horloges mécaniques à poids ou ressort moteur au xvne siècle, époque où ils connurent les premières qui furent importées d’Europe en 1654. A ce sujet on lit dans les mémoires concernant l’histoire, la science, les arts, etc., par les missionnaires de Pékin en 1782 :
- Préface ou introduction aux instructions sublimes et familières de Cheng-tzu-Guogen écrite par l’empereur YoungTching, qui régna de 1725 à 1755 et qui avait rédigé de souvenir ces instructions de Kang-hi son père, qui était resté sur le trône de 1662 à 1722. Il disait : « Sur la fin de la dynastie des Mings (premières années du xvn(> siècle), les Européens étant
- entrés dans la Chine et ayant pour la première lois fait un ou deux cadrans solaires, les Empereurs des Mings le prisèrent comme un trésor précieux. Vers la dixième année de Chun-Tchi (1654), l’empereur Chi-Tzou-IIoang-ti reçut de ces mêmes Européens une petite pendule qui sonnait d’elle-même les heures. Elle ne quittait point son côté ; par la suite il en eut de plus grandes. On en fit de semblables quant à la forme extérieure, aux roues et aux cercles intérieurs ; mais comme on ne savait pas la manière de travailler les ressorts pour qu’ils fussent flexibles et élastiques tout ensemble, elles n’étaient pas justes.
- « Depuis que je règne, ayant appris des Européens la manière de travailler ces ressorts, j’ai fait des centaines, des milliers de pendules qui marquent le temps très juste. J’ai fait raccommoder la pendule sonnante qu’on avait la première offerte à l’empereur Chi-Tzou-IIoang-ti, et dont il était si jaloux ; elle va parfaitement bien et je vous la confie présentement. Vous, jeunes encore, ayez pour vos amusements dix ou vingt de ces horloges qui sonnent d’elles-mêmes et que je vous ai données. Ne regardez-vous pas cela comme bien agréable pour vous? Vous devez donc éternellement vous rappeler avec un sentiment de reconnaissance les avantages accumulés qui vous ont été communiqués par vos ancêtres et votre père. »
- C’est vers 1680 1 que Khang-hi créa dans l’enceinte du palais des ateliers d’horlogerie où il avait appelé des artisans et des ouvriers de tous les points de l’Empire. Le monopole du métier fut concédé aux chrétiens indigènes, auxquels les missionnaires avaient appris à travailler. Ces ouvriers n’étaient, du reste, pas très habiles, car plus de cent ans après, trois horloges offertes à l’Empereur en 1795, par l’ambassade de la Compagnie des Indes, ayant été détériorées pendant le voyage, trois horlogers au service delà cour vinrent offrir leurs services à l’ambassade ; mais le mécanicien de l’ambassade n’ayant pu s’entendre avec eux, refusa leur offre et leur préféra trois missionnaires résidant à Pékin, qu’il estimait plus adroits bien qu’ils ne fussent pas du métier. Et, en effet, la réparation fut faite comme il convenait.
- Quand on étudie les pièces que les horlogers chinois ont construites on ne trouve que de mauvaises copies des horloges européennes. Ils n’ont rien changé aux mouvements dont ils avaient les modèles ; et quant aux formes extérieures des cages, ils leur ont donné, il est vrai, un caractère chinois, mais ils n’ont toutefois rien produit de bien remarquable.
- Les Chinois se sont laissé dépasser de beaucoup par les Japonais, dans le fini mécanique et l’art décoratif. L’aspect d’une horloge chinoise choque parfois l’œil, par le mélange qu’on y rencontre d’éléments chinois et européens (fig. 4 et 5). Les Chinois n’ont pas produit d’horlogerie mécanique proprement dite : ils n’ont été en cela que de mauvais copistes.
- Plancuon.
- 1 L’Art chinois. — Palcologue, p. 990.
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- LE TRAITEMENT ET L’UTILISATION
- DES ORDURES MÉNAGÈRES
- Au récent Congrès international 'd’assainissement et de salubrité, M. Petsche a lu un intéressant travail sur l’utilisation et le traitement des gadoues, problème dont la. solution importe le plus à l'hygiène des villes.
- 11 convient de se rendre compte de la quantité d’ordures ménagères relevées chaque jour dans les villes, et d’examiner la façon la plus pratique de les faire disparaître. Divers essais ont été faits à Paris par le service municipal.
- A Paris, en 1894, le cube total annuel a été de 1 000 000 de mètres cubes environ ; suivant les saisons, le cube peut varier d’un mois à l’autre de 50 pour 100 dans certains quartiers. Le poids moyen du mètre cube varie également et, d’après le pesage de 1894-1895, peut aller de 520 kilogrammes en été à 070 kilogrammes en hiver; la moyenne de l’année est de 580 kilogrammes. Le tonnage annuel de la gadoue à Paris ressort ainsi à 580 000 tonnes, soit, pour une population de 2 400000 habitants, 240 kilogrammes environ par habitant et par an. Cette quantité est inférieure d’un tiers à celle que l’on a souvent admise pour la production moyenne des ordures ménagères, c’est-à-dire 1 kilogramme par jour et par habitant, dont la moitié environ pour les détritus de l’habitation.
- La ville a payé, en 1894, pour l’enlèvement de ses gadoues (995000 mètres cubes, exactement), la somme de 2 195 000 francs, soit 2tr,20 le mètre cube ou 5tr,80 la tonne, non compris d’autres frais.
- Après avoir énuméré les systèmes de la destruction par le feu qui se fait en Angleterre, à Bruxelles, à Berlin, à Hambourg, etc.,M.Petsche a signalé l'appareil que la ville de Paris a fait établir à l’Usine de pavage en bois. L’appareil fonctionne depuis le 15 janvier 1895, il est alimenté successivement par des gadoues des divers quartiers; les fumées peuvent être envoyées soit directement à la cheminée, soit en passant par un générateur à bouilleur; le tirage est ou naturel, ou forcé par injection de vapeur. On pourra, après une marche d’une année, dont les incidents sont notés jour par jour, tirer des conclusions intéressantes en faisant abstraction de certaines conditions locales. Dès à présent on peut faire connaître que, malgré la quantité très inférieure de charbon et d’escarbilles qu’elles contiennent, les gadoues parisiennes sont, comme les gadoues anglaises, auto-comburantes, et on n’a pas dû, depuis le 1er janvier, mettre au four un kilogramme de combustible. Les fumées, peu abondantes, sont claires et ne paraissent pas gênantes. La quantité détruite par jour a varié de 2l,5 à 14 tonnes par vingt-quatre heures; le taux moyen et ordinaire paraît être de 5 tonnes environ, un peu faible en hiver, maximum au printemps. On peut, sans l’éteindre, abandonner le feu à lui-même pendant près de vingt-quatre heures, le rendement tombant alors à moitié. Les températures paraissent inférieures à celles obtenues en Angleterre et se maintiennent en général entre 500° et 400°; la production de la vapeur est par suite peu abondante, peu régulière, et n’atteint que rarement des pressions utilisables. Ces derniers résultats ne sont point faits pour surprendre, surtout avec une cellule isolée : ils pourront être améliorés par des perfectionnements analogues à ceux du four Smeyers et par une alimentation de l’air plus méthodique. Les résidus, scories et cendres qui constituaient en hiver jusqu’à 58 pour 100 en poids et 42 en volume de la gadoue brûlée, tombent
- maintenant à 25 pour 100 en poids et 14 pour 100 en volume, et leur proportion moyenne se rapprochera sans doute de celle admise en Angleterre. Les cendres proprement dites paraissent utilisables pour la culture et ont une valeur moyenne d’environ 7 francs la tonne.
- De son étude M. Petsche conclut que la destruction pure et simple par le feu constitue une solution satisfaisante pour l’hygiène, à la condition que la température de combustion soit élevée et que le maintien des matières et des gaz à celte haute température soit suffisamment prolongé. Elle peut être économique dans certains cas. Mais il y a lieu d’encourager les recherches qui tendent à extraire de la gadoue les éléments utilisables en conciliant les exigences de l’hygiène et celles de la richesse publique.
- On sait que le traitement des ordures ménagères est actuellement à l’étude non seulement à Paris, mais dans toutes les grandes capitales européennes. 11 est certain, en effet, que ces quantités d’ordures relevées chaque matin dans les villes peuvent à la fin devenir gênantes pour la banlieue. Il est de toute nécessité qu’on les détruise par le feu ou qu’on les utilise pour l’extraction de matières qui peuvent avoir une valeur commerciale.
- INSTALLATION ET EXPLOITATION
- DES MOTEURS A GAZ, A PÉTROLE
- ET A VAPEUR
- On a souvent besoin de comparer entre eux les prix d’installation et d’exploitation des moteurs à gaz, à pétrole et à vapeur, quand il s’agit d’établir une force motrice dans une usine ou un atelier. Malheureusement les renseignements manquent souvent ou sont incertains, et il n’est pas toujours possible aux constructeurs de donner entière satisfaction aux demandes qui leur sont faites.
- M. C. Lambolte, chef du service technique à la Société anonvmc belge des moteurs économiques, a fait le 8 mars 1895, à l’Association des ingénieurs sortis de l’École de Liège, une très intéressante communication sur les moteurs à gaz et à pétrole à l’exposition d’Anvers de 1894. Cette conférence a été reproduite dans la Revue universelle des mines et de la métallurgie; nous en extrairons quelques renseignements importants.
- Sans insister sur toutes les généralités que M. Lambotte nous fait connaître sur les 04 moteurs à gaz et à pétrole qu’il a examinés, nous dirons que parmi les principaux moteurs se trouvaient les modèles Lenoir, Otto, Ragot, Acine, Tangye, Grob, Stockport, Rappel, Kœrting, Crébessac etNiel, construits en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, ou en France.
- M. Lambotte a dressé un tableau général dans lequel il a donné tous les prix d’installation et d’exploitation pour des moteurs à gaz et à vapeur de 2, 10 et 50 chevaux, et pour des moteurs à pétrole de 2 et de 10 chevaux. Ces prix sont établis naturellement pour la ville de Bruxelles. En nous servant des renseignements fournis par M. Lambotte, nous avons pu extraire quelques chiffres que nous résumons dans les paragraphes suivants.
- Prix d'installation. — Les prix d’installation se rapportent à des moteurs à gaz ordinaire de 2 et 10 chevaqx et à des moteurs à gaz pauvre Dowson de 50 chevaux, à des moteurs à pétrole et à des moteurs à vapeur à condensation, à enveloppe et à détente variable par le régulateur. Le tableau suivant contient les différents prix d’établissement de chaque moteur et du cheval utile pour diverses puissances.
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- LA NAT U HE.
- prix d’installation, en francs
- Puissances Moteurs à gaz Moteurs à pétrole Moteurs à vapeur
- en chevaux. Total. -*Par' cheval. Total. Par cheval. Total. Car cheval.
- 2 1800 900 2000 1000 2000 1000
- 10 1000 400 5000 500 6000 600
- 50 18000 360 » » 16500 330
- (Gaz pauvre)
- Les courbes dessinées dans la figure 1 nous montrent nettement que pour les trois sortes de moteurs considérés, rétablissement des moteurs à gaz est le plus économique pour les faibles puissances de 2 à 30-35 chevaux. A partir de ce point, l’avantage revient aux moteurs à vapeur. Mais il ne faut pas oublier que M. Lambotte n’a considéré que les moteurs à gaz Dowson. D’autres systèmes à gaz pauvre pourraient peut-être, suivant les circonstances locales des installations, exiger une plus faible dépense. Nous rappellerons à ce sujet les conclusions d’une étude analogue qui a été publiée dans l’ouvrage Les applications mécaniques de l'énergie électrique1 et qui établissait les prix d’installation en francs par kilowatt utile (1 cheval = 0,736 kilowatt) pour des moteurs électriques, à air comprimé, à gaz ordinaire, à pétrole, à vapeur fixes avec et sans condensation, pour des puissances de 1 à 73 kilowatts (100 chevaux). On arrivait à peu près
- Francs.
- 1000
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- 3
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- 3 600
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- 2 200
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- Puissc.nce en chevaux.
- ________ Moteurs à gaz . ......... Moteurs à pétrole
- ________Moteurs à vapeur.
- Fig. 1. — Courbes des dépenses d’établissement des moteurs à gaz, à pétrole et à vapeur. En abscisses sont portées les diverses puissances utiles en chevaux, et en ordonnées les prix d’établissement du cheval utile pour chaque système de moteur.
- • N V5.
- \ ’l t- .
- —
- O 5 10 15 20 25 30 35 <*0 A5 50
- aux mêmes résultats que M. Lambotte, à savoir que pour de faibles puissances (de 1 à 10 kilowatts) les moteurs à gaz exigeaient les plus faibles dépenses d’établissement; venaient ensuite les moteurs à pétrole et les moteurs à vapeur. Mais à partir de 10 kilowatts, les machines à vapeur étaient de beaucoup les plus économiques. Bien au-dessous de tous les prix d’établissement précédents se * trouvaient les prix relatifs aux moteurs électriques et aux moteurs à air comprimé.
- Prix d'exploitation. — Pour donner une comparaison complète, M. Lambotte a supposé tous les moteurs fonctionnant à pleine charge pendant un laps de temps déterminé, et il a établi les prix de revient du cheval-heure utile. C’est évidemment le seul terme de comparaison qu’il soit possible de fixer dans une étude de ce genre ; mais nous ferons remarquer que ce prix ne représente pas exactement le prix de revient, car en pratique les moteurs marchent souvent à une faible charge, et leur fonctionnement est loin d’étre aussi avantageux qu’à pleine charge. Il y aurait, du reste, à faire à ce sujet une série de considérations des plus importantes sur les mérites relatifs des divers moteurs.
- Nous avons réuni dans le tableau suivant toutes les
- Puissance en chevaux. „
- ________ Moteurs à gaz. —............ Moteurs a pétrole.
- _________Moteurs à vapeur.
- Fig. 2. — Courbes des prix de revient du cheval-heure utile avec des moteurs à gaz, à pétrole et à vapeur.
- dépenses d’exploitation par cheval-heure utile : les unes sont générales et se rapportent à l’entretien, à l’intérêt et à l’amortissement, les autres sont des dépenses proprement dites d’exploitation et comprennent la surveillance, le nettoyage, le graissage, la fourniture de gaz, de pétrole ou de combustible.
- PRIX DE REVIENT DU CIIEVAL-DEURE UTILE EN FRANCS
- Moleurs à gaz.
- Moteurs à pétrole.
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- Moteurs à vapeur.
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- en
- fr.
- 5. S
- fr.
- 2 0,017 0,163 0,21 10 0,020 0,090 0,11 50 0,018 0,032 0,05
- fr. fr. fr. fr. fr. fr. 0,05 0,155 0,185 0,05 0,25 0,50
- 0,025 0,075 0,100 0,03 0,08 0,11
- » » » 0,0165 0,031 0,05
- Dans les courbes de la figure 2, nous avons porté en abscisses les diverses puissances et en ordonnées les prix de revient totaux par cheval-heure utile. Pour de faibles puissances, jusqu’à 10 chevaux, les moteurs à pétrole sont les plus économiques, et les moteurs à gaz l’emportent sur les moteurs à vapeur. D’après les chiffres fournis par M. Lambotte, le prix de revient par cheval-heure
- 1 Yoy. Nouvelles scientifiques, Bibliographie, n° 1141, du 13 avril 1893, p. 79.
- utile, pour 10 et 50 chevaux, serait le même pour les moteurs à gaz et à vapeur. Mais nous sommes persuadé que, dans une même installation, les moteurs à gaz pauvre, dont il est tant question aujourd’hui, fourniraient des résultats de beaucoup plus avantageux.
- Il nous reste à indiquer les prix auxquels ont été comptés le gaz, le pétrole et le combustible en Belgique. Le gaz est vendu 0fr,10 le mètre cube, le pétrole vaut 0,r,10 le kilogramme, le coke pour gazogène Dowson coûte 25 francs la tonne et le combustible pour chaudières vaut 15 francs la tonne. A Paris, ces prix doivent être changés, et il faut compter 0fr,15 le mètre cube de gaz, en supposant atteintes en deux ans les consommations nécessaires pour le payement des primes spéciales accordées par la Compagnie parisienne du gaz, 0fr,30 le kilogramme de pétrole, 28 à 35 francs la tonne de charbon ordinaire pour chaudières, 25 à 30 francs la tonne de charbon pour gazogène.
- M. Lambotte termine son très intéressant travail par quelques considérations générales sur les coefficients économiques des moteurs thermiques, et il conclut en disant que les moteurs à gaz ont le coefficient économique le plus élevé et qu’ils sont encore sujets à perfectionnements, car la théorie leur assigne un rendement de 38 pour 100. X..., ingénieur.
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- LÀ NATURE.
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- LES CHEMINS DE FER FRANÇAIS
- IL Y A QUARANTE ANS
- Le Livret Ghaix de septembre 1855 indique comme exploitées les lignes suivantes :
- I. Compagnie du ISord. — Ligne de Paris à Calais par Pontoise, Creil, Amiens, Douai, Lille et Hazebrouck. Embranchements de Creil à Saint-Quentin, d’Amiens à Boulogne, de Douai et de Lille à la frontière belge, d’Hazebrouck à Dunkerque.
- II. Compagnie de Paris-Orléans. — Ligne de Paris à Orléans, Tours, Bordeaux. Embranchements d’Orléans à Vierzon, Bourges, Nevers, Moulins, Saint-Germain-des-Fossés, de Vierzon à Argenton, de Tours à Nantes.
- III. Compagnie du Midi. — Ligne de Bordeaux à Bayonne, à la Teste, à Langon.
- IV. Compagnie du Grand-Central. —
- Ligne de Lyon à Roanne. Saint-Germain-des-Fossés à Brassac.
- V. Compagnie de VOuest. — 1° Ligne de Paris au Havre.
- Embranchements de Mantes à Lisieux, de Rouen à Dieppe. —
- 2° Paris au Mans et Laval.
- YI. Compagnie de l'Est. — 1° Ligne de Paris à Strasbourg.
- Embranchements d’Épernay à Reims, de Blesmes à Don-jeux, de Nancy à Metz et Forbach, de Metz à Thionville, de Strasbourg à llaguenau et à Bâle.
- — 2° Montereau à Troyes (relié à la ligne de Lyon).
- YII. Compagnie de Paris-Lyon. — Ligne de Paris à Lyon. Embranchements de Laroche à Auxerre et de Dijon à Dole.
- VIII Compagnie de Lyon-Méditerranée. — Ligne de Lyon à Marseille. Tarascon à Cette. Nîmes à Alais.
- Le réseau ainsi constitué, et tel qu’il est tracé sur notre petite carte, offre une curieuse particularité1. Il est « rayonnant » si l’on peut s’exprimer ainsi. Chaque ligne principale se ramifie sans que ses embranchements atteignent une autre voie ferrée. Autrement dit, il aurait été alors impossible de combiner un voyage circulaire (à moins peut-être de passer par la Belgique ou l’Allemagne).
- Mais, pour cette raison même, aucune province n’est trop éloignée des voies rapides, à l’exception
- 1 Pour ne pas allonger une énumération fastidieuse, nous avons à dessein négligé quelques tronçons de faible longueur en province et toutes les lignes de la banlieue de Paris.
- d’une zone qui s’étend le long du méridien de Limoges, de cette dernière ville à Toulouse. Par le fait, il n’y a que bien peu d’années qu’une grande artère, à pentes douces et à double voie, relie directement la « reine du Sud-Ouest » au centre de la France et à Paris.
- Ainsi, sauf Toulouse, aucun de nos centres provinciaux de première importance ne manque de chemins de fer en 1855. Mais bien des cités de second ordre attendent encore avec impatience le sifflement de la première locomotive. Par exemple : Toulon, Grenoble, Besançon, à l’est; Limoges, déjà nommée, au centre; Caen et Rennes, Brest et Cherbourg, à l’ouest. Mais si Caen figure par avance dans les colonnes de Y Indicateur vis-à-vis de convois non
- encore organisés, ce qui dénote du moins une prochaine inauguration, Brest devra patienter jusqu’en 1866.
- Déjà les réseaux du Nord, de l'Est, de l’Ouest, du Midi, dessinent les amorces de leurs tracés. Mais, dans la France centrale, la distribution diffère de celle d’aujourd’hui : la Compagnie d’Orléans exploite la section de Nevers à Saint-Ger-main-des-Fossés, actuellement propriété du P.-L.-M., et une compagnie dont le souvenir s’est perdu aujourd’hui, le Grand-Central, projette de réunir directement Lyon à Bordeaux, dessein qui a été complètement abandonné puisque nos contemporains ont le choix entre deux trajets, dont le moins détourné (Gannat-Limoges-Périgueux) est bien lent et l’autre (Tarascon-Cette) rapide, mais coûteux. En attendant mieux, à l’époque de la guerre de Crimée, le Grand-Central possède deux tronçons isolés : Saint-Germain à Clermont et Brassac et Lyon à Roanne. Encore cette dernière voie s’exploite-t-elle par des méthodes primitives.
- Enfin le tunnel de Fourvières n’est pas plus percé que le pont de Bordeaux n’est construit; si le Midi ne communique pas avec l’Orléans, un trajet en voiture de près d’une heure s’impose au voyageur qui passe du réseau Paris-Lyon sur celui de la Méditerranée. Par le fait un « battement » de deux heures sépare le départ de la Guillotière de l’arrivée à Vaise.
- L’on pourrait croire que, vu leur importance,
- Lisieux
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- Montpellier
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- Frontières de la France en 1855. == Réseau de l'Ouest.............Réseau du Nord.
- Réseau de l'Est. .........Réseau de Paris à Lyon. un Réseau de Lyon-Méditerranée.
- Réseau du Midi. ». Réseau du Grand Central. ———Réseau de l'Orléans .
- Carte des chemins de fer français en 1855.
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- LA NATURE.
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- toutes les lignes alors construites possédaient une double voie. Il n’en était rien, et, pour s’en assurer aujourd’hui, sans feuilleter les archives des Compagnies, il suffit d’examiner attentivement un indicateur de l’époque. Il y a quarante ans, tout comme de nos jours, sauf mention contraire, l’heure indiquée vis-à-vis du nom de chaque gare était celle du départ (la seule par le fait qui intéresse le voyageur). Cherchez des trains circulant aux memes heures en sens inverse; si, pour une gare donnée, les instants de départ coïncident, à deux ou trois minutes près, il est probable qu’un croisement s’opère dans cette gare et que la voie est simple. Quand l’épreuve appliquée plusieurs fois fournit le même résultat, la probabilité se change en certitude.
- Grâce à .ce raisonnement, nous constatons l’existence rétrospective de plusieurs sections à voie unique : Saint-Germain à Brassac — Bordeaux à Bayonne etLangon — Metz à Thionvillcct Forhaeh— Montereau à Troyes, etc. La marche des trains ne dénote pas sur tous ces parcours des vitesses bien vertigineuses, mais, sans parler des chemins de fer cédés à l’Allemagne, comme la plupart de ces lignes possèdent aujourd'hui une voie double, nous préférons comparer le passé au présent en nous aidant de la seule route Paris-Marseille qui fonctionnait comme aujourd’hui, sauf la lacune de la traversée de Lyon.
- Les Parisiens qui voulaient se rendre à Lyon en première classe disposaient de trois express : l’un, correspondant à peu près au train 5 actuel, partait cependant et arrivait plus tôt et complétait son trajet en dix heures au lieu de onze1 ; le second, assimilable au train 11, cheminait, somme toute, moins rapidement, pour la raison bien simple que le train il jusqu’à Dijon ne dessert que Laroche. Enfin le rapide avait son précurseur, bien modeste il est vrai, car il dépensait, pour se rendre de Paris à Lyon, dix heures au lieu de huit. Et encore n’obtenait-on ce résultat, qui nous semblerait aujourd’hui assez mesquin, qu’en réduisant beaucoup le nombre de points d’arrèt. Comme à présent, on ne stationnait qu’à Laroche, Dijon, Chalon2, Mâcon.
- De Lyon à Marseille circulait un seul express que le train 11 a perpétué jusqu’à nos jours. Peu de modifications dans les heures de départ et d’arrivée; presque pas de changement dans la durée du trajet. Le repas se prenait à Valence au lieu d’Avignon.
- Présentement la plupart des trains express transportent des voyageurs de seconde et môme de troisième classe : c’est dire que les trains omnibus ne voiturent plus, comme jadis, de voyageurs à long parcours. Donc, pour juger des progrès accomplis, il ne faut comparer les vitesses commerciales des trains omnibus qu’entre deux gares peu éloignées. Nous choisirons le trajet Marseille-Tarascon parce qu’il comporte exactement un parcours de 100 kilomètres.
- 1 Un déjeuner à Tonnerre remplaçait le souper actuel à Dijon.
- 2 Les deux rapides impair et pair brûlent, il est vrai, Clialon, mais le train de eelour stoppe à Cliagny.
- En 1855, les trois trains omnibus emploient trois heures un quart en moyenne pour franchir l’intervalle indiqué, et les deux trains directs deux heures et demie et deux heures trois quarts. De nos jours, il existe un train omnibus de plus, et, fait curieux, les voyageurs qui se résignent à choisir le moins prompt, le 254, circulent avec la môme lenteur que leurs pères. Quant à la célérité des trains directs d’antan, elle n’est point surpassée par nos convois modernes 212, 226 et 256. Le bénéfice, tout bien supputé, paraît nul; néanmoins, à égalité de durée de voyage, la fréquence plus grande des arrêts et leur prolongation en 1895 fait pencher la balance en faveur de l’organisation actuelle. Enfin, exclusion faite des convois réservés à la première classe, nous disposons actuellement de dix occasions par jour au lieu de cinq pour accomplir la meme étape.
- Si l’on juge de l’importance d’une gare par le prolongement des arrêts réglementaires, on constate que certaines grandes stations jouaient autrefois un rôle relatif plus important dans la circulation des trains directs ou express : ainsi Valence, qui ne possédait pas encore de bifurcation. En revanche, Arles, Avignon et surtout Taraseon (d’où partait déjà en 1855 l’embranchement de Cette) retiennent à présent les convois quelques minutes de plus en moyenne.
- Comme à l’époque dont nous parlons, les diligences florissaient encore et que peu de gares d’embranchement provoquaient l’arrêt des trains, les antiques express stationnaient dans des localités aujourd’hui bien oubliées. Ils desservaient : Verrey-sous-Salmaise, Andancette, Loriol, Saint-Chamas, qu’ont respectivement détrôné depuis : les Laumes, Saint-Rambert, Livron, Miramas, nœuds plus ou moins importants du réseau ferré.
- Si nous parcourons de l’œil la kyrielle des noms qui figurent dans la colonne de gauche du vieux livret, nous remarquons d’assez nombreux changements par rapport aux éditions modernes. Les gares successives, pour des raisons aisées à comprendre, s’espaçaient beaucoup plus autrefois. Ainsi 22 kilomètres séparaient les Laumes de Verrey et 18 kilomètres Fleurville de Mâcon. Actuellement on ne peut reprocher aux trains omnibus que de s’arrêler trop souvent et il serait oiseux de citer toutes les gares créées depuis quarante ans : nous nous contenterons d’en noter quatorze de Paris à Lyon, soit de Bercy-Ceinture à File-Barbe.
- De Lyon à la Méditerranée, pour un intervalle moindre d’un tiers il est vrai, les changements par voie d’addition ne se manifestent guère : trois nouvelles stations en tout aux approches de Valence, dont l’une ouverte depuis quelques mois à peine. Plus au sud, on trouve diverses gares débaptisées, tout comme les vieilles rues de nos cités, parce que l’usage a prévalu d’attribuer à une gare, non plus le nom du hameau ou du quartier où elle est située, mais celui du chef-lieu de commune ou centre principal desservi. Ainsi la Concourde (Drôme) est devenue Laehamp-Condillac. Dans les Bouches-du-Rhône,
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- LA NATURE.
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- Rognonas, Cadillan, Constantine, s’appellent aujourd’hui Barbentane, Graveson, Miramas.
- Ces courts renseignements gagneraient à être complétés, mais par un ingénieur ou un économiste. Peut-être, tout insuffisants qu’ils soient, intéresseront-ils les personnes âgées témoins de la lente élaboration du réseau français ou les jeunes gens n'ayant connu que l’organisation fin-de-siècle.
- Antoine de Sapouta.
- CHRONIQUE
- Découverte d'ossements humains paléolithiques en Angleterre. — Dans la séance du 22 mai, la Société géologique de Londres a entendu une communication de M. E. T. Newton sur la découverte d’un crâne avec sa mandibule et de quelques autres ossements humains dans les graviers à silex paléolithiques de Galley Hill, Kent. Le crâne est très long et très étroit; il est hyper-dolichocéphale ; il est également très déprimé. Les arcades sourcilières sont proéminentes, le front est fuyant, l’occipital aplati en dessous. Trois molaires et deux prémolaires inférieures sont en place. Les trois molaires ont des dimensions sensiblement égales : elles sont très usées. Les os des membres dénotent un sujet d’environ cinq pieds un pouce. La comparaison de ces ossements avec ceux de Spv montre beaucoup de ressemblances. 11 n’y aurait, d’après l’auteur, aucun doute sur l’antiquité de ces débris, lesquels se trouvaient dans des couches non remaniées et renfermant, non seulement des silex taillés paléolithiques, mais encore des ossements d’animaux quaternaires. Nous reviendrons sur ce sujet intéressant lorsque le Mémoire de M. Newton aura paru in extenso*. M. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 septembre 1895. — Présidence de M. Marey.
- L'onde explosive. — MM. Berthelot, et Vieille ont montré que, dans un mélange explosif d’un gaz comburant et d’un gaz combustible, l’explosion se propage dans le mélange avec une vitesse finie et déterminée. M. Ma-quenne a obtenu des résultats du même ordre, mais bien originaux, non plus au moyen de la combinaison de deux gaz, mais au contraire en provoquant la décomposition d’un gaz formé avec absorption de chaleur tel que l’acétylène ou le cyanogène. Pour produire cette décomposition M. Maquenne a recours au fulminate de mercure, qui donne un choc sous l’influence duquel l’acétylène se réduit eu ses éléments, carbone et hydrogène. Dans un tuyau de plomb de 5 centimètres de diamètre rempli d’acétylène, avec 1 gramme de fulminate, la détonation a lieu et se propage au sein du gaz avec une vitesse qui atteint 10 mètres par seconde. L’effet destructeur de la détonation est le même que celui des autres explosifs gazeux. Le protoxyde d’azote est beaucoup plus sensible; il détone avec plus de violence et paraît pouvoir transmettre l’onde explosive à une distance indéfinie. Ces expériences indiquent donc aux opérateurs la nécessité de soustraire ces gaz au voisinage de toute explosion.
- L'aire des tremblements de terre. — M. de Montessus s’est préoccupé de rechercher la limite supérieure de l’aire moyenne ébranlée par les tremblements de terre. Selon la remarque de l’auteur, les tremblements de terre
- 1 D’apres VAnthropologie (G. Masson, éditeur).
- sont très fréquents, mais ceux qui exercent leur action sur une fraction notable de la surface terrestre sont extrêmement rares. Seul celui qui détruisit Lisbonne en 1755 se fit sentir sur une aire évaluée au quart de la surface terrestre. M. de Montessus en mentionne un autre qui fut sensible sur l’étendue d’une calotte sphérique de 22° de rayon. En 1885, 000 stations ont été installées au Japon, pour l’observation des phénomènes sismiques, de telle sorte que le pays est couvert d’un réseau qui permet de déterminer très approximativement l’étendue de l’aire ébranlée. Pour 481 tremblements de terre notés depuis cette époque, cette détermination a été pratiquée. L’aire moyenne a été trouvée de 4200 kilomètres carrés, c’est-à-dire à peu près les deux tiers de la surface moyenne d’un de nos départements. Toutefois, ainsi que le remarque M. Bertrand, les nombres qui servent à calculer cette moyenne sont très différents; il existe même, entre quelques-uns d’entre eux, des différences énormes, de telle sorte que la moyenne générale n’est pas l’expression d’une surface réelle.
- Modification de la faune du littoral de la Manche en 1895. — Par suite des grands froids et de la violence des tempêtes de l’hiver dernier, un grand nombre d’animaux des eaux côtières des environs de Saint-Yaast-la-Hougue ont été tués et rejetés à la côte. D’après M. Fauvel, la mortalité s’est étendue à des fonds de 25 à 30 mètres qui, par leur profondeur, semblaient devoir être préservés, et qui ont été littéralement dévastés. Peut-être la putréfaction sur place d’animaux tués a-t-elle aidé à la dépopulation. Un fait certain, que l'observation de chaque jour vérifie, c’est que des animaux-.vivant à de certaines profondeurs ont remonté à la surface, où on peut aujourd’hui les capturer. Enfin, circonstance plus singulière, on rencontre également des animaux qui n’avaient jamais été observés qu’en Islande et en Norvège. Le même fait avait d’ailleurs été déjà signalé en 1862. Ce qu’il faut conclure, c’est que cet état de choses ne durera pas. L’acclimatation des espèces septentrionales et l’accommodation des espèces des eaux profondes ne se produiront pas, parce que les espèces propres aux eaux superficielles du littoral sont mieux armées pour vivre dans les mêmes conditions.
- Une tortue géante. — M. Th. Sauzier décrit une tortue gigantesque vivante appartenant probablement à l’espèce décrite par Duméril et Biberon sous le nom de Testudo Daudinii. Cette tortue ne pèse pas moins de 250 kilogrammes ; sa carapace mesure 4 mètres de pourtour avec un diamètre de lm,66 de la tète à la queue. C’est vraisemblablement le dernier représentant d’une espèce éteinte. Elle vivait naguère avec une autre tortue semblable dans une des six petites îles situées dans l’océan Indien, au nord de Madagascar, connue^ sous le nom d’îles Egmont. Ces îles, d’origine coralléenne, ne contiennent que peu d’eau et ne produisent que des cocotiers, exploités par une compagnie anglaise. L’une d’elles renferme une mare dans laquelle vivaient les deux animaux. L’un d’eux est mort ; l’autre a été rapporté vivant à Maurice ; c’est celui dont s’occupe M. Sauzier. C’est le plus grand spécimen que l’on connaisse parmi les individus observés vivants ou parmi ceux provenant des especes éteintes. La tortue abandonnée à Maurice en 1810 par les soldats français, dans leur caserne, tortue qui vit encore, dont l'âge est évalué à deux cents ans et auquel La Nature a consacré un article, ne pèse en effet que 160 kilogrammes. Les débris de la tortue extraite par M. Grandidier, en 1865, d’une mare située à Madagascar, ont fourni des carapaces qui ne mesurent que 1“,52; enfin celle dont M. Gaudry a
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- signalé les A'estiges dans le pliocène des environs de Perpignan ne mesurait que 5m,55 de pourtour. M. Milne-Edwards, après avoir donné communication do la Note de M. Sauzier, explique la disparition radicale des grandes tortues des îles de l’océan Indien. A l’ile Rodrigues, ces tortues étaient si abondantes à la fin du dix-septième siècle, qu’on ne savait, au dire d’un voyageur, où poser le pied. Mais la viande de boucherie faisant complètement défaut à l’île Maurice, il en est résulté que les tortues de l’ile Rodrigues ont été exploitées au même titre qu’une réserve de viande de boucherie. D’après des documents consultés aux archives de la marine, de 1759 à 1760, il a été importé ainsi à Maurice, en 18 mois, 50 000 tortues. Il n’est donc pas étonnant que ces animaux, traqués et capturés d’une manière si terrible, aient disparu complètement.
- Décès. — M. Marey annonce la mort de M. le professeur Loven, correspondant de la section d’anatomie et zoologie, décédé le 5 septembre à Stockholm, dans sa quatre-vingt-troisième année.
- Varia. — M. Mendelejeff a imaginé une formule très simple permettant de calculer l’aire comprise entre deux ordonnées d’une parabole. — M. Deslandres a étudié les effets de l’inégal échauftement en hauteur des poutres de fer employées dans la construction des ponts. M. Maurice Lévy développe des considérations personnelles sur le même sujet. — M. Taechini adresse le résumé de ses observations des phénomènes solaires, pendant le premier semestre de 1895. Ch. de Yilledeuil.
- Projet il’im canon monstre vers le milieu du dix-huitième siècle. Réduction au quart d’une gravure hollandaise de I. W. B. del Gabriel Bodenher Sculps. et excud. Auguste Vind. (D’après une pièce de la collection de M. Gaston Tissandier.)
- UN PROJET DE CANON MONSTRE
- AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
- La pièce que nous reproduisons est faite d’après une gravure très rare du siècle dernier et qui est assurément hollandaise ; son aspect particulier et la manière dont elle est gravée le démontrent.
- Voici la légende, assez naïve, il faut en convenir, qui interprète les lettres et les chiffres gravés sur les épreuves.
- A. Celui qui fait mouvoir la machine. B. Les deux canonniers. C. L’aide mécanicien qui sert à conduire les roues de devant pour tenir la balance du canon et y mettre la mèche. 1 .L’enchâssement de toute la machine. 2. Grand magasin à poudre et pièce d’artillerie. 5. Le canon. 4. Le bassinet qui se
- ferme et qui s’ouvre de soi-mème. 5. Une vis sans fin qui sert à diriger tout, 6. Caisse à patron. 7. Disque des traits dirigeant les roues de devant.
- Nous publions la gravure du grand canon, à titre de curiosité ; nous avons consulté à son sujet des spécialistes et des hommes compétents dans l’histoire ; nul n’a pu nous donner de renseignements. Nous rappellerons qu’au siècle dernier on s'occupait beaucoup .des canons et que la première moitié de ce siècle a été remplie par le célèbre mécanicien Robins. C’était un grand mathématicien et physicien qui a apporté les premiers principes de l’artillerie moderne. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Paris. — Imprimerie Laiicre, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1164. - 21 SEPTEMBRE 1895.
- LA NATURE.
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- LES SOUTERRAINS-REFUGES DE NAOURS (SOMME)
- A diverses reprises La Nature a déjà parlé d’une catégorie spéciale de cavités du sol, généralement artificielles, assez répandues en France, et nommées les souterrains-refuges. parce qu’elles ont été utilisées, comme lieux de retraite, à des époques variées et troublées, par des populations fuyant des invasion s ennemies.
- Tandis que certains archéologues font remonter au moyen âge seulement la plupart de ces excavations, très souvent aménagées dans des carrières abandonnées, M. le lieutenant-colonel de Rochas a donné une plus haute antiquité au souterrain-refuge de Brétigny, près Chartres (Eure-et-Loir), qu’il croit avoir été habité par les Gaulois pendant la conquête romaine1.
- C’est là une question d’autant plus curieuse et utile à étudier que l’on n’a guère, jusqu’à présent, trouvé en France d’importants restes des âges historiques dans les cavernes, tant naturelles qu’artificielles : car on ne saurait comparer les produits des recherches effectuées dans les grottes deLa-mouroux (Corrèze) ou de Jonas (Puy-de-Dôme) par exemple, aux riches et précieux objets du sixième siècle fournis par certaines cavernes anglaises, telles que lacélèbre Yictoria-Cave, prèsSettle, dans
- 1 Yoy. u° 1055, du 5 août 1895, p. 145.
- 23e année. — 2° semestre.
- le Yorkshire1. Aussi y a-t-il lieu d’attirer l’attention sur des souterrains-refuges très peu connus du
- public, bien qu’ils soient, jusqu’ici, les plus étendus de toute la France. Ce sont ceux de Naours (prononcez Nôr), dans la Somme, près de Cana-ples, aunord d’Amiens.
- Ils ont été récemment retrouvés dans des circonstances assez curieuses pour être rappelées. On savait vaguement, parla tradition, qu’il existait, au-dessous du terroir de Naours, d’anciennes carrières utilisées jadis comme lieux de refuges en temps de guerres. Mais on avait oublié l’emplacement de leurs issues, depuis longtemps
- comblées ou obstruées. En 1887, un prêtre particulièrement épris des études archéologiques , M. l’ahbé Uani-court, ancien aumônier militaire, auteur d’une Histoire de Ham,, fut nommé curé à Naours. Il avait entendu parler des souterrains, voulut les rechercher, et à force de persévérance fut assez heureux pour les retrouver : il eut de plus le persuasif talent d’intéresser à cette entreprise tous les habitants de sa paroisse qui, pendant quatre années consécutives, lui fournirent gratuitement l’équivalent de 6000 journées de
- 1 La description de ces trouvailles est détaillée dans le bel et important ouvrage, aujourd’hui épuisé, du professeur Boyd-Dawkiks, Cave-Hunting, Londres, Mac-Millan, 1875, in-8°.
- 17
- Fig. 1. — Souterrains-rcl'uges de Naours (Somme).
- (D'après une photographie de l’auteur exécutée à la poudre-éclair.)
- Fig. 2. — Coupe d’une voûte des souterrains-refuges de Naours, dans le département de la Somme, près de Canaples, au nord de la ville d’Amiens.
- (D’après une photographie au magnésium, exécutée par l’auteur.)
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- 358
- LA NATURE.
- travail : le déblaiement ou la découverte de quatre anciennes issues, d’une trentaine de rues ou galeries dépassant en longueur totale plus d’un kilomètre, de deux cent cinquante chambres distinctes, de trois chapelles avec leurs autels, d’un puits à eau, de six soupiraux et cheminées d’aération, d’une quantité d’objets archéologiques laissés par les anciens occupants, — la consolidation de plusieurs voûtes peu solides, :— en un mot l’exhumation complète d’un véritable village souterrain, opérés sans aucune subvention ni publique ni particulière, ont été le fruit de ce vaste et désintéressé labeur ; remarquable exemple des heureux résultats que peut produire l’union d’une intelligente initiative individuelle et de bonnes volontés multiples.
- Dans le courant de juin 1888, M. l’abbé Danicourt a trouvé aux Archives nationales un dénombrement de la terre de Naours, daté de 1551 et provenant de l’abbaye de Cor-bie. Il y est fait mrntion des carrières, qui doivent donc avoir été creusées avant la guerre de Cent ans. Aussi M. l’abbé Danicourt pcnsc-t-il que, comme le prétend la tradition, « on a commencé à creuser les carrières de Naours à l’époque des invasions norman d^s et que l’on a poursuivi et achevé ce travail en grande partie sous la féodalité. On utilisait les matériaux au fur et à mesure, et l’on préparait des habitations ou refuges pour les invasions ou guerres à venir ; la disposition intérieure le démontre à l’évidence1. »
- Le fait est que ces souterrains n’ont pas en général l’aspect de carrières ordinaires : on voit nettement que, tout en extrayant la pierre, on prenait grand soin de laisser des pleins de roches beaucoup plus considérables que ne l’eùt exigé l’exploitation pure et simple; on s’arrangeait pour ménager remplacement des chambres, des carrefours, avec une certaine régularité; les rues bordés de cellules ont été creusées d’après un plan préconçu; leur largeur (1 à 2 mètres) et leur hauteur (2 mètres en moyenne) ne sont nullement celles qui conviennent aux carrières mises en valeur pour la roche elle-même.
- 1 Abbé Danicouiit : Les souterrains-refuges de Naours, rapport sur les fouilles de 1889 (Bulletin de la .Société d’Ému-lation d’Abbeville, 1889, n” 1 et 2), avec plan au 1/1800* des souterrains déblayés, à cette date.
- Les preuves d’habitation fournies par les souterrains de Naours sont en réalité de deux sortes : d’abord celles résultant de la disposition des lieux, ensuite les objets recueillis pendant les travaux de déblaiement.
- Dans la première catégorie rentrent : 1° les nombreuses chambres, généralement longues de 6 à 7 mètres sur 5 de largeur, pratiquées de part et d’autre des principales rues ou galeries : elles ont une forme, une régularité et une symétrie qui forcent les considérer comme tout autre chose que de simples vides laissés par l’enlèvement de la pierre; certaines possèdent des niches excavées en couchettes et en armoires qui ne laissent aucun doute sur leur adaptation à un séjour prolongé ; 2° les bornes taillées et les trous pratiqués à même la pierre assez tendre (craie blanche à silex), sans doute pour passer les liens qui attachaient les bestiaux; 5° la chapelle
- à trois petites nefs qui, dans la galerie dite rue de l’Eglise, est pourvue non seulement de trois autels rudimentaires, mais encore d’un bénitier, le tout taillé en pleine roche comme dans la fameuse église souterraine de Saint-Émilion (Gironde), quoique sur des pro-portions bien réduites;' 4° les dates incrustées d’une profonde patine, gravées sur les murailles et dont 78 remontent à la guerre de Cent ans; 5° des murs de défense derrière les portes, etc.
- De tous les objets recueillis M. l’abbé Danicourt a formé (sans parler des résidus culinaires, tas de cendres, charbons de bois, ossements d’animaux comestibles, trouvés en grande quantité) une collection qui comprend entre autres choses : des ferrures de portes et de clefs dont la forme accuse le moyen âge; une hallebarde François Ier; des chiens de fusil à pierre; des pointes de javelots d’arbalète; des ustensiles de ménage et des instruments absolument étrangers à l’industrie des carrières ; des fragments de vaisselle et de poterie; enfin quatre séries de monnaies : la première du temps de la Ligue, comprenant une précieuse pièce d’or de Philippe II, roi d’Espagne ; la deuxième du temps de la guerre de Trente ans, à l’effigie de Louis XIII, etc., datées de 1650 à 1640; la troisième du commencement du règne de Louis XIV, lors du retour des Espagnols en ces parages; la quatrième de l’an VU delà première
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- Plan des galeries souterraines de Naours. — Les lignes gravées
- à gauche en traits noirs représentent les galeries découvertes récemment.
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- République, menues monnaies perdues sans doute par les contrebandiers qui, selon la tradition, auraient constitué dans ces souterrains un grenier à sel, en fraude de la gabelle.
- On peut en somme considérer comme certain que pendant les guerres de Cent ans, de la Ligue et de Trente ans, les habitants de Naours ont à diverses reprises cherché refuge dans leurs souterrains contre les agressions des Anglais et des Espagnols.
- Cette opinion a été pour ainsi dire officiellement consacrée lors de la visite que la Société française d’archéologie fit à Naours, le 5 juillet 1895, pendant son soixantième congrès à Abbeville, sous la présidence de M. le comte de Marsy. Le 29 avril 1895, M. l’abbé Danicourt, avec une bonne grâce charmante, a bien voulu me guider dans les moindres replis de ses souterrains. Frappé, comme tous les visiteurs, de leur étendue, de leur curieux arrangement-et de leur intérêt historique, j’ai pu constater en outre que certaines parties d’entre eux, tout au moins dans les niveaux les plus bas, n’ont peut-être pas été creusées par la main de l’homme, mais bien par les forces de la nature.
- L’hiver dernier seulement, non loin de l’entrée principale actuelle, dans le quartier occidental des souterrains, M. l’abbé Danicourt, qui poursuit ces travaux avec la plus louable ardeur, a commencé le déblaiement d’une galerie tortueuse, de section irrégulière, située plus bas que le surplus des rues artificielles et vraisemblablement pratiquée dans des fissures naturelles delà roche. Or, au pied même de la colline où ont été creusées les carrières, coulait jadis et coule encore, après les grandes pluies, un ruisseau, la Naourde, dont le thalweg traverse le village de Naours : ce thalweg est à 10 ou 12 mètres en contre-bas de l’entrée des souterrains, dont aucune partie actuellement déblayée ne descend aussi bas que ce niveau. Je ne serais nullement étonné que la suite des fouilles en profondeur fit parvenir à un réseau plus ou moins complexe de canaux naturels plus ou moins larges, servant encore ou ayant servi jadis de passage au cours souterrain de la Naourde : l’eau de celle-ci en effet doit s’infiltrer partiellement en amont dans des fissures impénétrables de sa rive droite, constituée par la montagne crayeuse où s’ouvrent les carrières. La grotte de Miremont, en Dordogne, le cours souterrain de l’Iton dans l’Eure, les carrières de Gaumont dans la'Seine-Inférieure, nous ont montré de tels aqueducs naturels dans des formations de terrains analogues.
- Peut-être quelque jour sera-t-on tout surpris de rencontrer, dans les bas-fonds des souterrains-refuges de Naours, une autre série de ramifications naturelles, pratiquée par l’eau, selon la loi générale de la formation des cavernes, aux dépens des cassures préexistantes du sol, mais dont les dimensions ne peuvent dès maintenant être prévues. La géologie, grâce à la nature de la roche en ce lieu, l’hydrologie, à cause de l’absorption de la Naourde, la topographie, par Suite des relations d’altitude, rendent très acceptable
- une pareille hypothèse, et j’ai fortement engagé M. l’abbé Danicourt à ne point la perdre de vue, dans la continuation de ses méritantes et curieuses recherches sous Naours. __ E.-A. Martel.
- LE COMMERCE FRANÇAIS A JAVA
- Les renseignements que nous publions sous le titre que l’on vient de lire sont susceptibles de rendre des services à ceux qui se livrent ou s’intéressent aux affaires commerciales.
- Il est extrêmement difficile, écrit un de nos consuls à Java, de se rendre un compte exact du commerce de la France avec les Indes néerlandaises ; les statistiques françaises et néerlandaises l’évaluent, en effet, de la façon la plus diverse. Ainsi, d’après le Tableau général du commerce de la France, nos exportations à Java et aux autres îles de la Sonde se sont élevées à 5 millions de francs en 1892.
- Bien que ce chiffre soit très inférieur à la réalité, les statistiques hollandaises n’évaluent les importations françaises aux Indes néerlandaises qu’à 2 millions de francs pour chacune des années 1890, 1891, 1892. L’insuffisance de ces évaluations tient à ce que la plus grande partie des marchandises françaises est importée à Java indirectement par Amsterdam, Rotterdam et Singapore.
- En réalité, nos importations à Java sont bien supérieures à ces chiffres, puisqu’àma connaissance une seule maison française de Batavia a importé, en 1894, pour près de 800 000 francs de vins français. Le vrai chiffre de nos importations dans ce pays est peut-être double de celui indiqué au Tableau général du commerce de la France. Mais, quel qu’il soit d’ailleurs, il s’accroîtrait sensiblement encore si nos négociants, au lieu de viser spécialement la clientèle européenne, restreinte à 60000 personnes, cherchaient à alimenter le marché de 50 millions de consommateurs que présente la population indigène des Indes néerlandaises.
- Yoici la liste des principaux articles européens d’importation. : madapolams, shirtings, drills, cambrics, lap-pets, blankets, colons imprimés, drill bleu, fil rouge, fil orange, fil vert, fil en bobines, flanelle, soieries, broderies et dentelles de coton, fers en lames, acier, cuivre, laiton, plomb, zinc, pointes, bière, cognac, genièvre, vin, porto, vermouth, champagne, eaux minérales, beurre, jambons, fromage, bœuf et porc en barils, conserves alimentaires, farine, huile d’olive, papier, verre à vitres, faïencerie, huile de lin, cordages, céruse, blanc de zinc, couleurs, verrerie, cigares, houille, imitation de cire, ciment, marbre, résine, allumettes, parfumerie, lampes.
- Le vin reste, malgré tout, la principale importation française à Java. Les efforts faits pour ouvrir le marché aux vins des autres pays ont été jusqu’ici peu fructueux. Les vins australiens sont d’un prix trop élevé et surtout trop alcoolisés pour plaire aux consommateurs européens des Indes néerlandaises. Les vins qui conviennent le mieux à la santé sous ce climat torride sont effectivement les vins légers de Bordeaux, dont la teneur alcoolique n’excède pas 10° 1/2, tandis que celle des vins australiens (analogues aux vins d’Espagne) s’élève à 12° 1/2 en moyenne. Les vins californiens, malgré leurs prix peu élevés, les vins du Cap, d’Espagne et de Grèce, sont généralement peu appréciés. Seuls les vins d’Italie et de Hongrie ont obtenu un débouché limité1.
- 1 D'apres le Travail national. (
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- LA NATURE.
- AVALANCHES ESTIVALES DE NEIGE
- DANS LE COLORADO (JUILLET 1895)
- Voir tomber la neige en abondance pendant l’hiver aux hautes altitudes des sommets des montagnes Rocheuses, dans le Colorado, rien de plus naturel. Mais, que de formidables avalanches de ce blanc linceul s’abattent en plein été, à 5500 mètres de hauteur, interrompant durant plusieurs jours tout trafic sur une importante ligne de chemin de 1er, cela paraît extraordinaire et peu commun. Ce fait bizarre s’est produit le 22 juillet 1895 sur la ligne du Denver and Pacific Railway, à proximité de la station de Gunnison.
- À cette altitude, les constructeurs de cette voie ferrée ont percé, à travers les lianes de ces montagnes abruptes, un tunnel qui porte le nom d'Alpine tunnel et qui réunit les deux versants, oriental et occidental, des montagnes Rocheuses.
- Ce souterrain, de beaucoup le plus élevé de tous ceux qui existent dans le monde entier, a une longueur totale de 554 mètres ; il se trouve surmonté par un piton isolé dont la pointe atteint 515 mètres au-dessus de ï intrados de la voûte, au point central.
- L’Alpine tunnel domine en tous temps les nuages. La construction de cette œuvre d’art a coûté 1 250 000 francs à la Compagnie, qui avait dû faire établir à chacune des extrémités des portes de 1er afin de s’opposer à l’intrusion dans le souterrain des ouragans terribles soufflant presque constamment dans ces parages élevés. Lors de l’établissement de la voie, il y a une quinzaine d’années, les ingénieurs avaient eu à lutter contre des difficultés inouïes. Ils rencontrèrent des bancs de glace qui, s’accumulant depuis des siècles, avaient fini par acquérir une dureté comparable à celle du granit.
- Sans relâche, des milliers d’ouvriers avaient travaillé, aidés de puissants engins, à déblayer le futur emplacement de la voie. Bon nombre d’entre eux avaient perdu la vie pendant la durée de ces pénibles et ingrats travaux qui s’étendaient sur un parcours de plus de 90 kilomètres, sur les deux versants de la haute montagne. Mais à force d’énergie, de sacrifices et de persévérance, l’entreprise avait été couronnée d’un succès complet et la voie ferrée construite
- dans d’excellentes conditions de sécurité absolue pour les voyageurs.
- L’exploitation se poursuivit sans trop d’encombres dix années consécutives, lorsque les premiers constructeurs cédèrent leurs droits à la Pacific Union Company. Cette dernière société recula devant le montant des frais d’entretien de la voie, frais nécessités par les amas de neige qui, chaque hiver, obstruaient tranchées et tunnel. Elle préféra abandonner cette section dispendieuse et faire établir à un niveau bien inférieur une ligne nouvelle passant en aval de Gunnison, mais augmentant le trajet total de plus de 100 kilomètres.
- Cela dura cinq ans, puis, un jour, la Pacific Union Company s’aperçut que, tous comptes faits, les dépenses occasionnées par l’entretien de la voie récemment créée, à la suite d’éboulements qui se produisaient sans cesse, dépassaient sensiblement celles de
- la section primitive. En conséquence, elle décida de reprendre le premier tracé, sauf pour elle à se prémunir contre les envahissements de la neige, avec le secours de puissants appareils spécialement imaginés par ses ingénieurs.
- C’est dans ces conditions que la ligne du Denver andPacificRail-way vit ses trains circulant de nouveau au sommet des montagnes Rocheuses, depuis le mois d'octobre de l’année 1894. Malgré la rigueur excessive de l’hiver qui vient de s’écouler, leur circulation n’eut pas à en soutîrir outre mesure. Tout allait pour le mieux, lorsque le 22 juillet dernier une prodigieuse chute de neige, suivie de terribles avalanches, se produisit subitement, obstruant d’une façon absolue l’entrée occidentale de Y Alpine tunnel.
- La Compagnie mit tout en œuvre pour déblayer la voie, couverte de plusieurs mètres d’épaisseur de neige, et d’énormes branches arrachées aux arbres par les avalanches se précipitant des flancs escarpés du pic qui domine le tunnel. Elle ne pouvait s’arrêter un seul instant à l’idée de procéder à bras d’hommes à ce déblaiement. Les premiers essais tentés par elle, lui en avaient démontré toute l’insuffisance et l’inefficacité. Cette opération aurait, en effet, exigé une ou deux semaines durant lesquelles tout trafic se serait trouvé interrompu complètement.
- Elle ne pouvait non plus utiliser la ligne secondaire
- Fig. 1. — Un train du Denver and Pacific Railway (Colorado), bloqué par une avalanche de neige au milieu des montagnes Rocheuses.
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- LA NATURE.
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- qu’elle avait fait construire, le manque absolu d’entretien de la voie ferrée ayant laissé se reproduire de nouveaux éboulements qu’il aurait été bien malaisé de redresser en quelques jours, malgré toute l’activité apportée à ces travaux de réfection. La Pacific Union Company avait bien songé à faire usage du chasse-neige ordinaire poussé en avant par une locomotive; mais cet engin, vu l’énonne quantité de neige accumulée, qu’un soleil ardent ne parvenait pas à fondre, demeurait impuissant à refouler l’obstacle sur les côtés de la voie.
- Quelques jours avant l'époque où se produisait l'encombrement imprévu de la ligne, un des ingénieurs de la Compagnie, M. William S. Dickson, avait fait construire, sur les plans fournis par lui, une machine spéciale qu’il nommait Rotary Snow Plow et qu’il destinait au déblaiement rapide des voies du réseau. Il ne pouvait se présenter une meilleure
- Fig. 2. — Entrée (le XAlpine tunnel, du Denver and Pacific Railway, obstruée par les avalanches de neige et déblayée par le chasse-neige mécanique. (D’après une photographie.)
- rotation continue de l’appareil, l’envoie au loin, la faisant voltiger à plus de 10 mètres de distance. Attaquant de front la masse entière, cet engin a vite fait de creuser dans la neige une véritable tranchée permettant ainsi aux trains de circuler librement sur la voie déblayée. Le travail exécuté par la Rolany Snow Plow en une heure équivaut à celui de soixante-quinze hommes manœuvrant pendant un temps double de durée.
- Les ouvriers qui accompagnent ce chasse-neige ingénieux n’ont plus à accomplir que des travaux secondaires et de minime importance. Armés de raclettes et de crochets, ils enlèvent le peu de neige restant collée sur les rails et les menues branches que l’engin n’a pu rejeter hors de la voie et qui l’encombrent encore. La circulation des trains se trouvant ainsi rétablie et assurée, ces hommes ont dès lors toute facilité pour continuer le déblaiement des accotements et empêcher de cette manière tout
- occasion de mettre l’engin imaginé par lui à lepreuvc et s’assurer ainsi des qualités ou des défauts de son fonctionnement. On procéda à l’expérience sans plus attendre; le temps pressait.
- La Rotary Snow Plow, dont le nom signifie Charme rotatrice à neige, se compose principalement d’une sorte de grande roue métallique tournant avec rapidité autour d’un arbre horizontal actionné par un puissant moteur à vapeur contenu dans un fourgon et imprimant à ce dernier, suivant les besoins, un mouvement de propulsion ou de recul. Cette roue, qui tourne perpendiculairement à la voie sur laquelle circule le chariot qui la porte, est munie de palettes inclinées rappelant par leurs formes celles des socs de charrues ordinaires.
- Grâce à sa surface gauche et tranchante, chaque palette s’enfonce profondément dans la neige durcie, en enlève une certaine quantité et, par suite de la
- Fig. 3. — Train du Denver and Pacific Railway, à l’altitude de 3480 mètres, suivant de près le chasse-neige, après l’avalanche de neige. (D’après une photographie.)
- éboulement possible de la neige soumise à l’action des rayons brûlants du soleil.
- En cette circonstance particulière, la Rotary Snow Plow imaginée par Si. William S. Dickson a rendu de signalés services à la Pacific Union Company; elle lui a permis, en quelques heures, de rétablir un service qui, certainement, aurait été interrompu pendant de nombreux jours si elle n’avait eu à sa disposition que les bras insuffisants de ses ouvriers. Possédant, désormais, un appareil fournissant un travail considérable, avec une dépense relativement restreinte, cette société se trouve à l’abri de toute fâcheuse éventualité occasionnée par la chute de nouvelles avalanches de neige, durant la saison estivale. En hiver, si pareil fait se produit, elle pourra également parer avec promptitude aux inconvénients d’une longue interruption dans ses services.
- Ch. Marsillon.
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- LA NATURE.
- LES DIVERS IODES D’ÉCLAIRAGE
- DANS LES HABITATIONS
- On se plaint parfois du prix de revient élevé de l’éclairage électrique. En général, ces plaintes résultent de comparaisons mal établies. Il est certain que la dépense pour une heure d’éclairage avec une source lumineuse d’intensité déterminée sera plus élevée pour la lumière électrique que pour tout autre mode d’éclairage. Mais, en pratique, les diverses conditions changent beaucoup.
- Pour éviter des allumages fréquents, et l’emploi d’allumettes, on laisse allumées les lampes à gaz, à pétrole, etc., bien que cette lumière ne soit pas utilisée.
- Au contraire, avec la lumière électrique, on ne laisse allumées les lampes qu’au moment même de l’utilisation. L’extinction et l’allumage sont si faciles et si rapides. Le prix de vente de l’énergie électrique est peut-être élevé, mais cette énergie est employée dans les meilleures conditions de rendement industriel. C’est là un point qu’il importe de bien faire ressortir, car il constitue une des supériorités incontestables de la lumière électrique. Nous avons trouvé à ce sujet quelques chiffres intéressants dans le journal Zeitschrift fur Elektro-technik du mois de septembre 1895. M. Winklcr a eu l’occasion, pendant deux années, d’employer dans son habitation successivement l’éclairage à gaz, à pétrole et à bougies, ainsi que l’éclairage électrique. Il a soigneusement noté mois par mois toutes les dépenses et il nous les fait toutes connaître en détail. Dans l’année 1893-1894, l’éclairage était assuré par 7 becs de gaz Schmet-terling installés sur différents lustres et appliques, 2 lampes à pétrole et 3 bougies de stéarine. L’intensité lumineuse totale atteignait environ 134 bougies. Dans l’année 1894-1895, l’éclairage électrique comprenait 19 lampes à incandescence d’une puissance lumineuse totale de 220 bougies. Pendant la première année, les dépenses totales ont été de 14Gfr,24, et pendant la seconde année de 158fr,046. L’emploi de l’éclairage électrique n’a donc causé une augmentation de dépense que de l lfr,80, soit 7,4 pour 100; les avantages incontestables qu’elle a procurés compensent bien au delà ce surcroît de dépense. Dans le premier cas, l’éclairage de la maison pendant l’année a été assuré avec 57 172 bougies-heure et dans le second cas avec 46 400 bougies-heure. On voit que, bien que l’intensité lumineuse installée avec les lampes à incandescence soit plus élevée, la quantité de lumière annuelle a été plus faible, parce qu’elle n’a été produite qu’aux moments voulus. M. Winkler a estimé la consommation de gaz qui eut été nécessaire, et il a trouvé 717ni3,263. La dépense d’énergie électrique a été de 145 kilowatts-heure. Le mètre cube de gaz est payé à raison de Otr,'l09 le mètre cube, et l’énergie électrique à raison de 0fr,945 le kilowatts heure. Si nous appliquions le prix de vente de Paris, 0fr,30 le mètre cube de gaz et D‘,20 en moyenne le kilowatts heure, nous trouverions des dépenses respectives de 215rr,l 78 pour l’éclairage au gaz et de 174 francs pour l’éclairage électrique. Nous ferons remarquer aussi que le prix de lfl',20 le kilow atts heure est bien élevé, puisque dans des cas nombreux à Paris il ne dépasse pas 1 franc. Admettons même ces circonstances défavorables et supposons que les becs de gaz soient munis de becs Auer qui assurent, tous frais compris, une économie ne dépassant pas 25 pour 100, d’après des expériences pratiques faites avec soin, dans diverses installations. Les dépenses annuelles respectives
- seraient de 10l'r,58 avec le gaz, et de 174 francs avec l’électricité, soit de 7,8 pour 100 plus élevées avec ce dernier mode d’éclairage. Nous sommes persuadé que, par une surveillance sérieuse de l’état des lampes, cette différence pourrait être réduite à néant. En tous cas elle compense largement les ennuis d’une lumière blafarde, d’allumages répétés, de changement des manchons, etc.
- Des observations semblables à celle que nous venons de rapporter sont très intéressantes, parce qu’elles permettent de fixer nettement les idées sur tous les avantages pratiques et économiques des divers modes d’éclairage. J. L.
- THÉORIE ÉLECTRO-DYNAMIQUE DU MONDE
- M. le professeur Zenger, de Prague, a commencé en 1889 une série de recherches tendant à pénétrer le secret de la force mystérieuse qui règle les mouvements des planètes autour du Soleil. Ces recherches l’ont conduit à des résultats inattendus autant qu’intéressants, qui éclairent d’un jour nouveau des faits bien connus.
- Le point de départ de M. Zenger est une expérience de Faraday dans laquelle on voit une sphère de cuivre rouge, mise en rotation dans le champ magnétique d’un électro-aimant puissant, cesser rapidement de tourner. Cette expérience a été répétée par M. Puluj, qui a montré que, si l’axe de rotation ne coïncide pas avec l’axe de l’aimant, la vitesse de rotation décroît encore sous l’influence du pôle unique de l’aimant, et cette sphère tournante décrit une spirale autour de l’axe de l’électro-aimant.
- M. Zenger, après M. Puluj, a repris l’expérience de Faraday. Il a fait usage d’un électro-aimant constitué de deux bobines dont les noyaux pouvaient glisser le long d’un rail de fer doux, disposition qui permettait d’annihiler l’action des pôles inférieurs et de faire varier la distance des pôles à l’axe de rotation de la sphère de cuivre rouge. Un style élastique mince est fixé à cette sphère, dans la direction de l’axe de rotation; il s’applique sur une lame de verre enfumée fixée à un support horizontal convenablement disposé. Quand l’axe de rotation se trouve dans le voisinage de l’un des pôles, on obtient encore un mouvement spiraloide qui vient s’enregistrer sur la plaque, mais les spires sont elliptiques. On parvient ainsi à produire des ellipses d’excentricité assez différente en éloignant plus ou moins l’autre pôle ; plus ce dernier est éloigné, plus la trajectoire de la sphère se rapproche d’une spiraloide circulaire.
- Les forces qui agissent sont dues à la répulsion des courants induits développés dans la sphère par l’effet des pôles de l’électro-aimant; elles ont même direction suivant les méridiens de la sphère tournante. Par suite, il y a répulsion de la sphère par les deux pôles.
- Cette action peut devenir nulle, quand l’axe de rotation de la sphère est placé symétriquement par rapport aux deux pôles de l’électro-aimant ; mais quand l’axe de rotation se trouve plus près de l’un des pôles que de l’autre, il se produit une pression latérale qui peut être décomposée en composantes dont une s’oppose à la rotation de la sphère sur elle-même et dont la troisième détermine le mouvement orbiculaire.
- Enfin, si l’on vient à éloigner progressivement des deux pôles la sphère tournante, les spires elliptiques deviennent de plus en plus serrées et le mouvement finit par se produire suivant une orbite elliptique déterminée par la force électro-magnétique des deux pôles et la vitesse de rotation. Par l’éloignement de la sphère tournante
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- dont les courants induits sont repoussés par l’éleclro-aiinant, ces courants vont s'affaiblir de plus en plus jusqu’à une valeur limite dépendant de la conductibilité de la sphère et de la force magnétique de l’électro-airnant.
- Cette force latérale dissipe le mystère qui pèse sur la nature et l’origine de la force tangentielle dont Newton a .besoin pour expliquer le mouvement des planètes dans leurs orbites elliptiques. Si l’on considère le Soleil comme un électro-aimant très puissant ayant ses deux pôles à une distance très petite par rapport à la distance au globe planétaire, on comprend le mode d’action à distance de l’attraction universelle qui est une si grosse difficulté.
- Dans une lecture faite à l’Académie des sciences, le 19 août 1895, M. Zenger a résumé en ces termes les résultats issus de ses premiers travaux : « J’ai pu montrer que : 1° la direction du mouvement orbiculaire est toujours la même quelle que soit la direction du courant dans les bobines de l’électro-aimant; 2° on peut considérer le Soleil comme un gros électro-aimant induisant, dans les globes planétaires, des courants toujours repoussés, et l'on peut remplacer avantageusement les lois de Newton et Keppler par la loi de Gauss-Riemann ; 5° la loi de conservation de ,l’axe principal de l’orbite énoncée par La-place est due à l’établissement d’un équilibre dynamique entre lelectro-aimant et les courants induits repoussés. »
- L’analyse qui précède était nécessaire pour l’intelligence des nouvelles déductions de M. Zenger; il suffira maintenant de les reproduire telles qu’elles ont été exposées par ce savant dans la séance de l'Académie des sciences du 19 août 1895.
- « J’ai récemment perfectionné l’appareil par l’addition d’un troisième électro-aimant dont le noyau consiste en un faisceau de fils de fer, tandis que les noyaux des deux autres sont des cylindres pleins. 11 résulte de là que cet électro-aimant est plus puissant avec le même courant et la même bobine. Par une rainure pratiquée dans le pied en bois de l’appareil, on peut placer ce troisième électroaimant de manière que les axes magnétiques des trois aimants occupent les sommets d’un triangle équilatéral. Cet électro-aimant produit une force perturbatrice sur la sphère creuse circulant dans le champ magnétique asymétrique des deux autres, en tournant sur elle-même. On obtient ainsi des spires elliptiques dont les axes principaux ont une position variable ; on parvient à imiter le mouvement du périhélie dans l’orbite perturbé, comme par exemple celui de Mercure.
- « MM. Lœwy et Tisserand ont eu la complaisance de recalculer les perturbations de l’orbite de cette dernière planète1. Ils ont trouvé que les trois quarts des irrégularités dans la variation de la position de son périhélie 2 peuvent être expliquées par Inapplication de la loi de Gauss-Riemann.
- « M. Lœwv a montré qu’en supposant, pour la propagation de l’action du Soleil sur les planètes, au lieu de la vitesse delà lumière, une vitesse moindre, 184 000 kilomètres par seconde au lieu de 500 000, on pourrait expliquer les irrégularités en question tout entières. Ce n’est donc point (comme je l’ai montré, à l’aide de décharges électriques) par le mouvement d’une nébuleuse spiraloïde dans un plan, que notre système solaire a été formé, mais par un mouvement hélicoïdal dans l’espace dont la projection sur la sphère céleste donne bien l’apparence d’un mouvement en spirale. Avec cette
- 1 Après l’exposition des résultats des premières expériences de M. Zenger en 1889.
- 2 Inexplicables par les lois de la gravitation.
- modification l'hypothèse de Laplace devient admissible!
- « M. Ilertrand a fait voir, d’une façon lumineuse, qu’il suffit d’introduire, dans les équations générales du mouvement, l’hypothèse que l’action de deux corps, du Soleil et de la planète, soit soumise à la loi du carré des distances, pour obtenir le mouvement en courbe fermée plane et elliptique, tandis que M. Newcomb, par la réduction de 60 900 observations des planètes, sans faire aucune hypothèse sur la loi des forces en jeu, en éliminant l’un après l’autre, des équations générales du mouvement, les éléments planétaires, vient de reconnaître que la loi de l’action à distance, dans le mouvement planétaire, ne peut
- 1
- être représentée que par la loi du carré des distances — >
- 1 .
- mais par l’expression où ô est une fraction très
- petite, mais non point négligeable. R faut ajouter ce terme, si l’on veut rétablir l’accord de la théorie avec les observations récemment si perfectionnées qu’un dixième de seconde d’arc est devenu une quantité mesurable parla photographie céleste.
- « Ces vues différentes sont inconciliables au premier aspect, mais la divergence disparaît à la lumière delà théorie électrodynamique du mouvement des corps célestes supposant un mouvement hélicoïdal dans l’espace1. En effet, le Soleil se meut lentement avec son système planétaire dans la direction de X Hercule, et les courbes décrites réellement par les planètes autour du Soleil ressemblent aux spires d’une hélieoïde sur ml cylindre elliptique ou plutôt sur un cône à angle trisaigu. Cette idée permet d’expliquer aussi bien l’origine que la fin du monde planétaire, car, quelle que soit l’énergie accumulée dans notre corps central, le Soleil, elle doit diminuer lentement avec le temps. La répulsion amoindrie des planètes dans leurs orbites doit les rapprocher du Soleil et conséquemment les unes des autres. Au bout d’un certain temps, leur rencontre avec le Soleil doit déterminer, par des chocs énormes, une prodigieuse quantité de calorique. La chaleur ainsi développée produit l’iucandcscence et même la volatilisation de leur substance, de sorte qu’elles reviennent à leur état primitif de nébuleuse. »
- Les expériences de M. Zenger sont ingénieuses; ses déductions extrêmement intéressantes. Ce savant les complétera sans doute sur quelques points où elles ont besoin d’être précisées et développées. Les vues de M. Zenger seront probablement le point de départ de travaux importants, c’est pourquoi il nous a paru utile de les faire connaître dès maintenant aux lecteurs de La
- Nature. Cu. de Yuxedeuil.
- ---ï
- LES SOUS-PRODUITS DES ABATTOIRS
- Si l’on n’utilisait que les parties comestibles des animaux de boucherie, peu de personnes pourraient s’offrir le luxe d’un beefsteak ou d’une côtelette, même pour le repas dominical où le bon roi Henri’ voulait voir figurer la poule au pot. La viande, déjà si chère pourtant, serait d’un prix inabordable, car le tiers environ du poids de l’animal se compose dè produits qu’on ne peut manger. L’utilisation de ces déchets présente donc une importance considérable’,
- 1 Cette discordance n’est qu’apparente. I.a loi de Newton suppose la propagation rectiligne et instantanée de la gravitation; selon M. Zenger, l’action électrique se produit en tourbillons. Les lignes de force électrique sont des courbes dans l’espace.
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- LA NATURE.
- elle est très peu connue, et ce n’est pas sans étonnement que nous en avons lu l’énumération dans un très intéressant article que nous a dernièrement fait parvenir M. G. C. Haskins, l’inventeur du tableau téléphonique multiple en usage actuellement dans la plupart des bureaux centraux1.
- Les lecteurs de La Nature connaissent les gigantesques abattoirs, les Stock-Yards de Chicago2, qui ne sont pas une des moindres curiosités de cette ville extraordinaire. Leur importance est telle qu’en une seule journée, il n’y est pas arrivé moins de 9000 bœufs, 1000 veaux, 15 000 porcs et 6000 montons! La valeur marchande des sous-produits représente une somme énorme. La concentration de cette industrie dans de puissantes usines permet de tirer un parti avantageux de produits que de petits bouchers seraient forcés de laisser perdre. Nous suivrons M. C. C. Haskins pas à pas dans son étude.
- Les bœufs sont d’abord abattus par un coup de masse sur le crâne (fig.l); chaque animal est, immédiatement après, saisi par des crochets fixés à son train d’arrière et suspendu la tète en bas, par une chaîne, aune poulie qui lui permet de descendre par son propre poids le long d’un rail incliné, et de passer ainsi successivement devant toute une é piipc d’ouvriers accomplissant chacun une opération différente.
- Le premier ouvrier tranche d’un coup de couteau la veine jugulaire et l’artère carotide d’où le sang s’échappe en bouillonnant ; il s’écoule, sur le plancher, vers des réservoirs où il est traité en vue d’usages subséquents.
- Lorsque le sang est refroidi, il se coagule, et la partie fluide, qui contient les sels solubles, est libérée; elle est employée pour coller le papier.
- Les meilleures qualités de sang sont employées en très grande quantité pour le raffinage du sucre ; le sucre brut, contenant de nombreuses impuretés, est dissous dans de grands réservoirs dans de l’eau chaude; on mélange à la solution du sang de bœuf parfaitement pur et sain; l’ensemble est soumis à une température croissante; l’albumine du sang s’élève en écume et entraîne presque toutes les impuretés en suspension. La masse sirupeuse est ensuite
- * Yoy. n°1127, du 5 janvier, 1895, p. 86.
- s Voyez les tables des matières des dix années précédentes.
- filtrée sur du coton, puis enfin sur du noir animal. Ce dernier produit est aussi un sous-produit des abattoirs; il est fabriqué avec des os calcinés. Au sortir de ces filtres, la solution ne contient plus que du sucre blanc pur qui se solidifie par évaporation de l’eau. Les qualités inférieures de sang sont employées à d’autres usages peu connus, comme, par exemple, la fabrication des boutons; il est très difficile de distinguer un bouton fait avec du sang d’un bouton en caoutchouc durci de meilleure qualité. Le sang forme, comme on sait, la base du bois durci. Enfin les qualités les plus inférieures de sang, mélangées à d’autres sous-produits, sont utilisées comme engrais.
- Successivement, d'autres ouvriers coupent la tête de l’animal, ôtent la peau des pieds et coupent ceux-ci, fendent sur toute sa longueur la peau du ventre, puis détachent la peau, l’un des côtés, l'autre du dos, un troisième de la culotte ; un dernier ouvrier
- détache l’ensemble, et la peau est jetée, par une ouverture dans le plancher, à une équipe spéciale, qui la prépare en vue de sa transformation ultérieure en cuir.
- D’autres ouvriers s’emparent du contenu de l’estomac et du ventre, qui est tombé à terre ; avec une dextérité extraordinaire, chacun d’eux sépare la partie qui doit aller à la presse ou au séchoir, la portion qui doit entrer dans la composition des engrais, ainsi que celle qui doit être transformée en huile, puis en margarine ou en butterine(fîg. 2 et 5).
- Pendant ces opérations, l’eau coule abondamment; le plancher est percé de nombreuses ouvertures et est formé de gouttières par où ce liquide, chargé de détritus de toutes sortes, se rend dans des réservoirs où les parties solides sont séparées, puis pressées et séchées afin d’être mélangées à l’engrais, dernier asile de ce qui ne peut être utilisé autrement. Auparavant, ces réservoirs ont été écumes afin de recueillir les parties de viande et de graisse qui sont vendues aux fabricants de graisses à wagons, de savon, de chandelles. L’eau est ensuite évaporée et le résidu est aussi mélangé à l’engrais.
- Les tripes étant un produit comestible, nous ne nous en occuperons pas. Mais à côté de cela, on trouve la vessie qui, nettoyée, gonflée par une soufflerie à air, puis fermée par une ligature, est ainsi séchée pour être vendue aux fabricants de mastic, de
- Fig. 1. — Abattage des bœufs, aux usines Armour and C°, à Chicago.
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- tabac à priser, etc ; la vessie étant imperméable, aucune évaporation ne se produit et les objets qu'elle renferme conservent toute leur fraîcheur ; le droguiste et le parfumeur remploient aussi, pour la même raison, pour couvrir les bouchons de leurs flacons.
- Un des boyaux est traité de meme; il a environ 7 à 8 centimètres de diamètre et 50 à 40 centimètres de longueur ; il est très mince et transparent quand il est gonflé; on colle plusieurs de ces boyaux bout à bout et l’on s’en sert, dans les brasseries, pour garnir l’intérieur des tuyaux et éviter que la bière ne puisse venir en contact avec le métal des conduites.
- Les intestins sont préparés aussi pour le travail des batteurs d’or. Dans cette industrie, un lingot du
- métal précieux, pesant environ 75 grammes, est d’abord laminé entre des cylindres en acier jusqu’à être réduit à l’état de feuille de 5 millimètres environ d’épaisseur; après recuit, on découpe cette feuille en
- carrés de 25 millimètres de côté qui, séparés les uns des autres par des feuilles de parchemin, sont disposés en pile et placés dans une enveloppe de parchemin; on martèle le tout jusqu’à ce que les feuilles d’or soient devenues quatre fois aussi larges ; elles sont alors placées en couches alternatives avec des peaux et battues comme précédemment jusqu’à ce que leur épaisseur ne soit plus que de un dix-millième de millimètre à peu près (0mn\0001). Cette délicate membrane ou peau a une valeur considé-
- Fig. 2. — Fabrication tic la butteriue, les presses à graisse.
- Fig. 3. — Fabrication de la butterine aux usines Armour and C°, à Chicago.
- rable; elle est employée aussi, en chirurgie, pour fermer les plaies et pour faire des emplâtres ; elle est formée de la membrane extérieure du plus grand intestin du bœuf.
- La fabrication de la colle forte, et de la gélatine, qui est le même produit fabriqué plus soigneuse-
- ment avec des matériaux de choix, est un des sous-produits les plus importants des abattoirs. Les rognures des peaux, les oreilles, une partie de la queue, la peau des pieds, le museau, les os qui ne peuvent être employés autrement, tels que ceux du crâne, de la mâchoire, la moelle des cornes, etc.,
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- sont employés dans ce but. Les parties velues sont d’abord traitées à la chaux, qui sert à les épiler et à les conserver ; la chaux est ensuite neutralisée par de l’acide sulfurique, et la masse est séparée, par lavage, de ses impuretés ; la gélatine est dissoute par ébullition, et le restant tombe au fond de la chaudière. La solution est ensuite réduite par évaporation, placée dans des boites oh elle se prend en gelée qui est coupée en tranches avec des fils métalliques ; ces tranches sont enfin desséchées dans un four jusqu’à durcissement complet.
- On fabrique aussi, avec des soins particuliers, une sorte de gélatine qui est employée par les brasseurs pour clarifier la bière. La gélatine en poudre est jetée à la surface du liquide; elle y forme une masse solide qui lentement tombe au fond du réservoir et entraîne toutes les impuretés.
- Les os qui sont employés pour la fabrication de la gélatine sont d’abord traités à l’acide chlorhydrique. La combinaison des os et de l’acide sert à la fabrication d’acide phosphorique qui a une valeur commerciale importante. Un tiers de la substance osseuse est ainsi recueilli sous forme de gélatine ou de colle, et plus de la moitié, sous forme de phosphates de chaux et de magnésie, rend son phosphore qui est vendu sous forme d’acide.
- Les poils qui ont été recueillis dans ces operations n’ont pas tous la môme valeur. Ceux qui garnissent l’intérieur des oreilles et qui sont très fins', sont arrachés avant tout et, convenablement traités, ils servent à confectionner... des pinceaux en poils de chameau, qui sont vendus à bon marché aux enfants, qui les sucent sans se douter de leur provenance! Les pieds, après avoir été débarrassés de la corne, servent à fabriquer une huile qui est employée dans la préparation des cuirs. La corne sert à fabriquer des peignes, des boutons, etc. ; les Japonais en emploient une très grande quantité pour l’exécution de très jolis bijoux imitant l’écaille.
- Les cornes sont employées à une foule d’usages. Elles peuvent être assouplies, fendues en lames minces et pressées sous les formes les plus diverses dans des moules chauffés et recevoir des colorations différentes ; elles forment des imitations très répandues des écailles les plus chères; après avoir été maintenues pendant un certain temps dans l’eau bouillante, les morceaux s’en soudent facilement les uns aux autres, et, soumises à la pression jusqu’à refroidissement complet, elles conservent la forme qu’on leur a donnée. On fabrique ainsi des manches de parapluie, de couteaux, etc., des tabatières, des gobelets, des ronds de serviettes, etc. La rareté de plus en plus grande de la baleine a appelé l’attention sur ces produits qui la remplacent avantageusement, tout en étant d’un aspect plus agréable. L’élevage des animaux dépourvus de ces appendices frontaux tend à augmenter le prix des objets ainsi fabriqués, mais cela n’a pas diminué la vente.
- Les différents emplois des os sont bien connus; suivant leur qualité ou leur forme, les os sont em-
- ployés à la fabrication d’objets usuels, à la préparation de la gélatine, de l’engrais, ou du noir animal. Les os des jambes sont les pins demandés pour le premier genre de travail; ils se vendent au cent.
- Les poils qui ont été retirés lors de la préparation de la colle sont brûlés en vase clos et servent à la préparation de l’ammoniaque qui est ensuite utilisée pour fabriquer de la glace dans les brasseries et dans les chambres frigorifiques oîi la viande est conservée. La touffe de poils de la queue entre dans la fabrication du crin frisé. Même la nourriture non digérée qu’on trouve dans l’estomac des animaux est utilisée; on y trouve du foin et du maïs qui, compressés et séchés, forment un combustible connu sous le nom de Texas mit, noix du Texas.
- Les excréments servent comme engrais après qu’on y a mélangé de la poussière d’os, de sang, des détritus de toute sortes, et les cendres des bois durs brûlés pour fumer la viande. Toutes ces substances, riches en phosphates, en chaux, en magnésie, en potasse, en soude, sont pulvérisées et font un engrais excellent. Faut-il citer encore, pour terminer, la bile, qui, sous le nom d’amer de bœuf ou de fiel, est employée pour le nettoyage et dans la peinture et la reliure? Les jeunes veaux fournissent la présure qui est employée pour faire cailler le lait pour la fabrication du fromage; la présure se trouve dans l’intérieur de l’estomac; elle est salée et séchée après avoir été nettoyée et, dans cet état, peut se conserver très longtemps.
- Les mêmes sous-produits sont obtenus du porc que du bœuf. En plus, on peut citer l’utilisation des soies qui servent à la fabrication des brosses ; des employés spéciaux du fabricant de brosses les recueillent sur l’animal qui vient d’être tué; ils payent un droit pour le faire ; les soies de qualité inférieure sont utilisées par les plâtriers, et entrent aussi parfois dans la composition du crin frisé.
- L’estomac du porc donne aussi la pepsine, produit médical aujourd'hui très répandu et qui se compose de : carbone, 53, hydrogène, 6,7, azote, 17,8, oxygène 22,5, composition très voisine de l’albumine. On recueille aussi la pepsine dans l’estomac des veaux, mais les porcs en sont la source la plus commode et la plus abondante. La vessie des porcs sert à confectionner des blagues à tabac et, comme celle des bœufs, à boucher hermétiquement les flacons des droguistes et des parfumeurs.
- Il faudrait, en terminant, parler du mouton, qui fournit un cuir estimé et la laine. Mais ces faits sont trop connus et allongeraient inutilement cette Notice déjà longue, bien que très résumée et incomplète.
- M. C. C. Haskins conclut en disant : « Il y a peu de chose de perdu dans Packertown, sauf les cris et les grognements. » Et nous pourrions ajouter qu’il n’en est pas toujours ainsi, car un de ces intelligents packers (bouchers en gros) avait imaginé d’enregistrer phonographiquement les cris déchirants du cochon qu’on égorge poiir s’en servir comme de réclame et attirer près de son exposition, à Chicago,
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- le public qui se pressait en foule pour jouir de ces auditions musicales d’un nouveau genre 1 !
- G. Pellissier.
- CANONS EN PAPIER
- Les nombreuses merveilles résultant de l’emploi du papier et de la pâte de bois ne semblent pas près de cesser. La dernière application du papier est la construction des gros canons. On a fait des canons en pâte de cuir, et cerclés en métal. La pâte de cuir est naturellement durcie et une âme métallique est montée à l’intérieur; la légèreté du canon de cuir en est le caractère essentiel ; mais le but principal que l'on a voulu atteindre était l’obtention d’une matière assez élastique pour amortir graduellement la force d’une puissante décharge. Ce résultat semble acquis avec un canon fait de matière fibreuse. La pâte à papier, ainsi que l’ont prouvé de nombreuses épreuves et expériences, convient à la construction des canons, elle possède plus d’élasticité que le métal et presque autant de ténacité que lui quand elle a été durcie ; c’est pour cela qu’on l’emploie dans la fabrication d’objets qui doivent être durs, résistants et élastiques. Le corps du canon est en pâte à papier, faîne en métal est très analogue à celle d’un, canon ordinaire. L’extérieur de la pièce est entouré de fil métallique. Cinq couches de ce fil, cuivre, laiton ou acier, fortement serrées, servent de frottes au canon. Par-dessus cette enveloppe de fil métallique des cercles espacés servent à maintenir des tiges parallèles au canon. Ces tiges traversent des oreilles en saillie sur les cercles et sont tenues par des écrous disposés sur les deux côtés des oreilles. (Paper trade.)
- L’ÉLECTRICITÉ EN AMÉRIQUE
- Les journaux américains font toujours des descriptions merveilleuses des stations centrales établies dans leur pays, des grandes usines de construction électrique et des innombrables applications de l’énergie électrique qui v sont utilisées. Mais sans se méfier outre mesure de ces éloges dithyrambiques, il est intéressant d’avoir parfois l’opinion désintéressée d’un Européen qui a visité les installations et s’est rendu compte de visu de l’importance des usines et des applications.
- MM. Armagnat, Brunswick, Colin et Thibaudeau ont été délégués en qualité d’électriciens par le ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes à l’Exposition internationale de Chicago en 1893. Ils ont rédigé sur leur visite un fort intéressant Rapport qui contient des aperçus vrais et curieux sur l’mdustrie électrique en Amérique.
- Le Rapport dont il est question contient 6 chapitres principaux se rapportant : 1° à la lumière électrique ; 2° à la traction électrique ; 3° à la construction et aux ateliers; 4° à l’exposition de Chicago; 5° à la situation des ouvriers électriciens aux Etats-Unis, et 6° au matériel électrique au point de vue commercial. Sans insister sur tous les détails énumérés dans la brochure, nous analyserons sommairement les principaux chapitres.
- L’éclairage électrique est certainement très développé aujourd’hui aux État-Unis. A la fin de 1892, il existait 1700 stations centrales, disposant d’un capital de 150 millions de dollars, soit 750 millions de francs, et alimentant 183509 lampes à arc et 2436374 lampes à incandes-
- 1 Yoy. la Notice de M. Albert Tissandicr sur les Abattoirs de Chicago ( Tuerie des cochons), n° 670, du 6 juin 1886, p. 7.
- cence ; dans ce chiffre il y avait 22 730 arcs et975 600 lampes à incandescence alimentées par des courants alternatifs. Les systèmes de distribution employés sont des distributions Edison à 5 fils, des distributions à intensité constante, et des distributions à courants alternatifs préconisées surtout par la Westinghouse Electric Company. Au contraire la General Electric Company reste surtout le défenseur des courants continus, bien qu’elle soit entrée largement dans la voie des courants alternatifs et en particulier des courants triphasés.
- Un passage du Rapport nous semble contenir une appréciation très juste en ce qui concerne les conditions de fonctionnement de l’éclairage : « Quant aux qualités recherchées en France pour l’éclairage électrique, la stabilité, le bon fonctionnement de l’éclairage public, — ce dernier imposé souvent avec de dures pénalités, — elles sont beaucoup moins exigées en Amérique, où l’industrie est libre. Personne n’a l’air de se plaindre, lorsque la moitié de l’éclairage d’une rue est supprimé ou lorsque les arcs sifflent ou dansent. Ces incidents sont au moins aussi fréquents, sinon plus, qu’en France. Certaines rues de New-lork, dans le centre, près de Broadway même, ont un éclairage que n accepterait pas le moindre chef-lieu de canton français. »
- Les délégués électriciens ont ensuite visité plusieurs stations centrales et en particulier une des quatre usines de la Edison Illuminating Company, à New-York, l’usine de la Newark Electric Liglit and Power, à Newark, l’usine de la Edison Chicago Company, à Chicago, et l’usine de la Edison Electric Illuminating Company, à Boston. Bans ces usines, on remarque l’absence complète d’accumulateurs ; les machines marchent à pleine charge sans aucune réserve ni aucun matériel de secours. Si la consommation augmente, des unités de plus en plus puissantes sont substituées aux précédentes. A l’usine Edison, à New-Aork, les dynamos et leurs moteurs sont placés au rez-de-chaussée, les salles de chauffe au premier étage, et au deuxième étage les réservoirs d’eau et de charbon.
- Les canalisations, qui étaient presque toutes aériennes, il y a quelques années, commencent à devenir souterraines. Quelques-unes sont posées directement dans le sol, et appartiennent au système Edison et au système Siemens. D’autres peuvent être tirées dans des tubes placés dans la terre et remplacées sans ouverture du sol. Les tubes sont en fonte, en fer, en tôle enduite de ciment, en terre cuite vernissee ou en bois. Les compteurs d’énergie électrique le plus ordinairement emplovés sont les compteurs Thomson et les compteurs Sliallenberger. L’appareillage se distingue en général par une grande solidité. Il est à remarquer que presque toutes les sociétés s occupant d éclairage sont florissantes en Amérique ; le revenu net moyen est environ de G pour 100 du capital. On a cité une compagnie d’éclairage électrique ayant accuse 31,0 pour 100 de revenu net. Le prix de vente moyen de l’énergie électrique est de 50 centimes le cheval-heure, soit environ 68 centimes le kilowatt-heure. Le prix du combustible employé varie dans de grandes proportions, de 2 r,o0 a25fr,501a tonne anglaise de 1016 kilogrammes. Le capital d’entreprise consacré aux installations américaines est environ de 100 a 150 francs par lampe à incandescence et de 200 à 250 francs par lampe à arc.
- La traction électrique est certainement l’application La plus répandue en Amérique. L’exploitation sérieuse a commence en 188o avec trois lignes fonctionnant normalement. Au mois d’août 1892, il y avait 410 lignes en ser-
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- vice. Le système le plus employé est celui de la canalisation aérienne avec retour par la terre et les rails. La "différence de potentiel ordinaire est de 500 volts. Dans la plupart des exploitations le prix de revient proprement dit par voiture-kilomètre varie de 10 centimes à 10 centimes ; dans quelques réseaux, on est même descendu à 5 centimes. Le prix des transports est de 25 centimes, mais on a fait de grandes réductions sur ce prix.
- Nous trouvons ensuite dans le rapport quelques considérations générales sur l’organisation des ateliers, sur les ateliers de la Westinghouse Electric Company, à Newark et Pittsburg, et sur les ateliers de la General Electric Company, à Lynn.
- Trois autres chapitres sont aussi consacrés respectivement à l’Exposition de Chicago, à l’examen de la situation des ouvriers électriciens aux États-Unis, et au matériel électrique considéré au point de vue commercial. A ce dernier sujet nous trouvons la phrase caractéristique suivante : c’est la lutte à outrance pour arriver premier comme bon marché.
- En résumé, le travail que nous venons d’analyser contient une série d’aperçus des plus intéressants et surtout des plus vrais. Et nous ne saurions trop féliciter les délégués du grand nombre de renseignements qu’ils ont pu recueillir dans un voyage de si courte durée. Des détails étudiés sur place, il résulte que les Américains progressent rapidement, entreprennent beaucoup, font des installations électriques immenses ; mais celles-ci ne sont pas toujours établies dans les meilleures conditions possibles, et laissent souvent à désirer. En Europe, et en France en particulier, nous marchons plus lentement ; mais il faut reconnaître que nos électriciens y apportent tous les soins désirables. Il convient de ne tomber ni dans un excès ni dans l’autre. In mcdio stat virtus. J. Laffakgue.
- MONTRE À REMONTOIR
- DE M. REBELLO
- La montre que vient de faire breveter M. Rebello, d’Amparo (Brésil), présente un dispositif de remontage et de mise à l’heure très original et très simple. Extérieurement, cette montre ne difïère guère d’une montre ordinaire que par la saillie moletée du fond et de la lunette à glace qui abrite le cadran.
- Le mécanisme, que nous allons décrire sommairement, est logé tout entier dans le fond de la boîte.
- Lorsqu’on veut remonter son chronomètre on le prend dans la main gauche et l’on fait manœuvrer alternativement le fond moleté avec la main droite.
- Pour le remettre à l’heure, on déplace un peu le bouton qui dépasse sur le côté de la boîte et l’on fait le même mouvement que* précédemment. La figure ci-dessous donne l’aspect extérieur de la montre; elle en explique aussi le mécanisme. Dans la creu-sure du boîtier A, on voit deux rochets B et C de même centre. Le rochet B communique directement avec les aiguilles. Le rochet C au contraire porte en dessous un pignon engrenant avec la roue dentée du barillet de remontage. Ces deux rochets sont indépendants de la boîte A, de même que les deux cliquets doubles I) et E, pouvant pénétrer par leurs dents longues dans celles de B, et par leurs dents courtes dans celles de C. Les ressorts F et G peuvent appuyer sur l’un ou l’autre côté des cliquets D et E. Lorsqu’ils appuient sur les côtés portant les dents longues, Tengrènement se fait avec le rochet B. Quand
- ils pèsent sur les côtés terminés par des dents courtes, l’engrènement a lieu avec le rochet C. La pièce H, qui peut glisser d’une certaine quantité dans son logement, porte un disque auquel sont fixés les deux ressorts, et lorsqu’on la déplace de gauche à droite ou de droite à gauche, on peut réaliser l’un ou l’autre engrènement.
- Prenons le cas représenté par la figure, et où l’engrènement se fait par le pignon B des aiguilles. Il est évident qu’en tournant la cuvette à droite ou à gauche, on fera tourner les aiguilles à droite ou à gauche. Dans le cas contraire, en donnant à la boîte un mouvement alternatif comme celui d’un remontoir ordinaire, on remontera le barillet toutes les fois qu’on tournera de droite à gauche.
- Ce système est très simple et peu sujet aux dérangements parce que le nombre des organes est très réduit et que les commandes se font directement. Il est en cela bien différent de l’ancien procédé de remontage par le boîtier qui comportait une grande roue autour de la cuvette, destinée à transmettre le mouvement aux organes centraux par des tringles et des engrenages. C’était tellement délicat qu’à chaque instant il y avait une roue ou un pignon dégrené ou calé et que les chronomètres munis de ce système avaient peine à quitter l’atelier de l’horloger. Rien de semblable à craindre avec la montre de M. Rebello. Son mécanisme jouit en outre de l’avantage de pouvoir s’adapter aux montres à clé ordinaires.
- L. Reverchon.
- Mécanisme de remontoir et remise à l’heure de la montre Rebello. A droite : vue extérieure; à gauche : mécanisme.
- K
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- LE PHOTOSPHÈRE
- AVEC CHASSIS MÉTALLIQUE A RÉPÉTITION
- Dès l’apparition de cet appareil, fort bien conçu et destiné à la photographie instantanée, La Nature en a donné autrefois une description complète1.
- La construction de ce système, tout en métal oxydé, sa légèreté, son petit volume, en faisaient un instrument très pratique, toujours prêt à fonctionner, que demandaient les touristes et les explorateurs, auxquels il a rendu de grands services.
- On se souvient de la magnifique collection de photographies obtenues avec cet appareil, rapportée par
- le capitaine Binger lors de sa dernière mission en Afrique. Exposée à l’École des beaux-arts, puis acquise par l’État et installée maintenant au Musée des colonies, elle se compose d’environ mille clichés remarquables à tous les points de vue. Ces clichés ont subi des agrandissements considérables qui forment un document unique.
- Depuis cette époque, le Photosphère a été encore perfectionné. Les objectifs de Zeiss, remarquablement lumineux et corrigeant d’une manière complète l’astigmatisme, constituaient un progrès sur les objectifs aplané-tiques. La maison Krauss, concessionnaire de la fabrication de ces objectifs, a créé des types spéciaux qui fonctionnent pour le Photosphère. Tous ces objectifs sont pourvus de diaphragmes à iris avec lamelles en ébonite évitant les reflets qui se produisent, après un peu d’usage, sur les lamelles de métal. Un simple mouvement de rotation imprimé à l’objectif suffit pour modifier
- 1 Voy. n° 916, du 21) décembre 1890, p. 59.
- l'ouverture du diaphragme à iris, ouverture indiquée par une graduation très apparente.
- Tous les amateurs qui savent combien d’insuccès sont dus à l’impossibilité de modifier leur diaphragme suivant l’éclairage du sujet, a pprécieront c e système si simple et si commode. Ces objectifs à court foyer sont toujours au point depuis l’infini jusqu’à 5 mètres. On peut faire une mise au point facultative pour les sujets plus rapprochés en se servant soit d’une glace dépolie, soit d’une graduation que porte l’appareil.
- Les châssis du premier modèle du Photosphère, en acajou verni, étaient sujets à s’altérer sous l’action de la chaleur et de l’humidité, et leur mode de fermeture et de maniement dans l’appareil laissait à désirer. On a paré à cet inconvénient en construisant des châssis métalliques tout en acier trempé.
- Beaucoup d’amateurs maintenant, suivant en cela le goût des Américains et des Anglais, veulent pouvoir faire rapidement une série de clichés, sans avoir à changer de châssis, ni à se préoccuper du fonc-
- Fig. 2. — Le photosphère muni de son châssis à répétition.
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- tionnement de l’appareil, qui doit être automatique. Le constructeur du Photosphère a cru devoir satisfaire à ce goût nouveau en adoptant un châssis-magasin à répétition analogue à celui de la photo-jumelle. Le principe de ce châssis est emprunté aux brevets Hanau-Richard : c’est le système le plus simple et le plus rationnel. Mais la construction de ce châssis est tout en métal, ce qui lui donne une légèreté et une solidité très grandes. Son maniement consiste uniquement à tirer et à repousser un tiroir; son volume est le plus réduit possible ; c’est celui même des plaques. '
- La figure 1 ci-contre,donne trois différents aspects de ce nouveau châssis. Le n° 1 est une coupe qui en montre l’intérieur et permet d’en voir le fonctionnement. B est une boite dans laquelle s’engage le tiroir A. Dans ce tiroir sont douze plaques à impressionner. La figure 1 (n° IV représente le tiroir À qui vient d’être tiré, emmenant avec lui 11 plaques. La 12e plaque P est retenue dans la boite et tombera en P'quand le tiroir sera complètement tiré. Lorsqu’on repoussera le tiroir cette plaque viendra se placer sous* les 11 autres. La seconde plaque, main-tenantjdevenue la première, viendra, à son tour, se mettremu foyer de l’appareil.
- En tirant par la poignée le tiroir qui contient ces plaques, on entraîne un rideau R qui le rend étanche à la lumière. Un second rideau R' se manoeuvre à la main et ferme le magasin quand on veut le transporter seul en le détachant du Photosphère. Le n° 2 (fig. 1) montre le mécanisme du compteur, qui est d’une simplicité qui le meta l’abri de toutdéran-gement. Chaque fois que le tiroir fonctionne, il accroche une équerre qui fait avancer d’un cran un disque numéroté. Un chiffre apparaît sur la boîte et désigne le rang de la plaque à. exposer. Le n° o représente le châssis fermé et le n° 4 le châssis à demi ouvert, ainsi que la place occupée par le compteur, bien en vue de l’obturateur.
- La figure 2 fait voir le Photosphère muni de son châssis à répétition. Ce châssis-magasin peut s’employer concurremment avec les châssis ordinaires et s’adapte sur les Photosphères existants sans qu’il soit besoin d’aucune modification. Gaston Tissandier.
- CATASTROPHE D’UN BALLON
- CREVÉ EN LAIR
- On a signalé une épouvantable catastrophe aérostatique qui a eu lieu à Esschenbeck, près de liai, en Belgique. Nous empruntons des détails donnés, au sujet de ce terrible voyage aérien, par YÊtoile belge. « Un ballon s’est élevé de Bruxelles, dimanche 15 juillet 1895. Dans la nacelle se trouvaient quatre voyageurs, l’aéronaute Toulet et trois passagers, qui se sont élevés à 10h50m du matin. Le ballon une fois parti, peu de temps après son départ s’est crevé à une assez grande hauteur, en passant en vue de liai, à 14 kilomètres environ du lieu de l’ascension. On a vu le ballon tomber avec une rapidité croissante et on a relevé à terre quatre cadavres.
- « Les trois voyageurs qui ont péri avec le malheureux aéronaute Toulet sont trois amis, MM. l)elvaux,Dushaullsoit et Scheers-Dupuis ; ils avaient depuis longtemps projeté de faire un voyage en ballon.
- « Il était environ Mh50 lorsque le ballon planait au-dessus de liai. A ce moment les curieux avaient déjà constaté qu'il était à une grande hauteur. Tout à coup, on vit l’aérostat descendre avec une rapidité vertigineuse. Il se trouvait alors sur la route de Nivelle, à vingt, minutes de liai. Nul doute, le ballon venait de crever; immédiatement de tous les côtés des paysans s’élancèrent vers l’endroit où l’accident venait de se produire. Un spectacle horrible s’offrit à la vue de ceux qui étaient accourus les premiers. Quatre cadavres se trouvaient dans la nacelle, au milieu d’une mare de sang, formant un amas de chairs, d’intestins et de vêtements. La plume se refuse à décrire un sihorrible spectacle. Immédiatement on prévint la police de liai*ainsi que M. le docteur Édouard Dewéc, échevin de la ville. Celui-ci fit aussitôt seller son chevalet au galop se rendit sur les lieux de l’accident. Mais il ne put que constater immédiatement la mort des trois passagers et dé l’aéronaute.
- « Jamais, nous disait M.Dewée? je.n’ài vu spectacle plus « hideux et plus terrifiant.»*Je crois bien que dans les <( guerres les plus atroces les hommes ne sontpas mutilésde « telle sorte. » M. Dewée a examiné les cadavres. Le plus mal arrangé a été M. Delvaux;le crâne est complètement ouvert. Il manque une grande partie de l’os pariétal droit; la tète est enfoncée littéralement, entre les'épaules, il n’y a plus de cou ! Mais il n’est pas possible de décrire l’état dans lequel se trouvent les trois autres victimes. Un détail cependant : on ne retrouve presque pas de dents sur les cadavres; elles ont sauté, tant la chute a été violente ! Les débris des corps des malheureux ont été transportés, entourés de draps, sur un chariot, jusqu’à la morgue de liai. Cet établissement est contigu à l’hôpital. Il nous acté permis de voir les cadavres. On ne peut exprimer l'émotion qu’on éprouve à la vue d’un tel spectacle ».
- On se demande quelle est la cause de cette catastrophe. Le passage suivant de VÉloile belge l’expliquerait : « Une remarque faite par un des assistants : contrairement à l’habitude de presque tous les aéronautes, Toulet avait hermétiquement fermé l’ouverture inférieure par laquelle s’était opéré le gonflement. »
- L’ouverture inférieure du ballon est ce qu’on appelle l'appendice ; non seulement cet appendice sert au gonflement, mais il doit rester ouvert pendant l’ascension ; quand le gaz du ballon se dilate dans les hautes régions, par suite de la dépression de l’air ambiant, ou de la chaleur des rayons solaires, il trouve une issue et s’échappe ; si le gaz ne trouve pas d’issue, il augmente de volume et produit à la partie intérieure de la surface du tissu qui constitue le ballon, une pression qui s’accroît sans cesse à mesure que l’on s’élève et qui finirait infailliblement par crever l’enveloppe.
- Tous les aéronautes s’assurent habituellement, avant de s’élever dans les airs, que l’orifice inférieur de l’appendice peut librement s’ouvrir et laisser échapper le gaz intérieur lorsqu’il se dilate. Peut-être que Toulet, qui a fait beaucoup d’ascensions et qui avait ae la compétence, a fermé l’appendice pour ne pas perdre de gaz pendant les préparatifs, et qu’il avait bien l’intention de l’ouvrir au moment du départ. Il aura pu oublier de le faire. L’étoffe de son ballon était en soie, et solide. Nous en avons un échantillon que nous devons à M. Lemane, de Bruxelles.
- Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- La traction électrique à Gmnnden (Autriche-Hongrie). — La traction électrique vient d’étre installée en Autriche-Hongrie, à Gmnnden, entre la ville et la gare, distante de 2km,6. Gmundcn est une ville d’eaux renommée qui se trouve sur les bords du lac Traun. La station centrale, située à 800 mètres de la gare, comprend deux chaudières Babcock et Wilcox, d’une surface de chauffe de 45 mètres carrés, marchant à 8 atmosphères, deux machines à vapeur horizontales Armington et Sims à un seul cylindre, d’une puissance de 50 chevaux à 170 tours par minute, et deux dynamos hypcrcompound de 50 kilowatts à 550 volts. La ligne est aérienne, à trolleys avec retour de courant par les rails. La voie ne présente qu’une très faible longueur en palier, environ 287 mètres ; le reste présente des rampes variables, dont une de 9,5 centimètres par mètre. Les voitures en service sont actuellement au nombre de trois de 24 places assises et 12 debout; mais elles renferment le plus souvent 50 et 00 voyageurs. Les roues des véhicules sont commandées à l’aide d’engrenages par deux moteurs électriques Thomson-Houston de 20 chevaux. J. L.
- La xone neutre pour le son des sirènes. —- Les
- signaux phoniques seraient excellents en pleine mer, et pour indiquer l’approche du rivage aux navires qui atterrissent par la brume, malheureusement, ils ne remplissent pas toujours leur rôle; à la suite d’accidents célèbres, il a été définitivement constaté qu’il y a des zones autour d’eux où le son n’est pas perçu au niveau de la mer. Des capitaines naufragés avaient affirmé que les sirènes que l’on faisait jouer à terre avaient tout à coup cessé de se faire entendre, et ils accusaient la négligence des gardiens; d’autre part, après preuve que la sirène avait parfaitement fonctionné, on soupçonnait les capitaines de chercher une excuse à l’erreur qui les avait conduits à mal. En somme, les uns et les autres avaient parfaitement raison. On doit se rappeler une communication à l’Académie des sciences où était pressenti le phénomène qui a trompé longtemps tout le monde. Il est acquis que les sirènes sont entourées d’une zone neutre dans laquelle le son n’est pas entendu au niveau de la mer. Cette zone, plus ou moins distante, suivant la hauteur de la sirène sur le rivage, a une longueur moyenne de 2800 mètres environ.
- Fascination des serpents. — Le pouvoir qu’ont les serpents de magnétiser leur proie, ou plutôt de la fasciner, est un fait contesté sur lequel nous revenons. Plusieurs personnes m’avaient parlé de ce fait, les unes niant qu’il fût possible, les autres l’affirmant et prétendant même avoir vu de leurs yeux le reptile fasciner sa proie ; je ne savais qui croire, mais j’ai été témoin dernièrement d’un acte de fascination réelle. Etant en chasse dans la matinée, j’entendis, dans une grosse touffe de thuya, des cris plaintifs et saccadés d’oiseau. Croyant avoir affaire à une couleuvre qui s’apprêtait à dévaster un nid, je m’approchai du buisson. Sur une branche, à 50 centimètres environ du sol, je vis un traquet mâle (Saxicola rubetra) qui agitait les ailes et la tête en criant d’une façon désespérée. Même ma vue ne le dérangea pas. Ne voyant que l’oiseau, je me demandais ce qui l’effrayait tant, lorsque, dans le plus profond du buisson, je vis un serpent de couleur brun sale que je pris d’abord pour une grosse coronelle et qui rampait lentement, sans bruit aucun, la tète appliquée contre le sol. J’attendis, ne voulant pas perdre cette occasion de m’édifier sur la prétendue fascination des serpents. Le reptile
- avança graduellement jusque sous la branche qui portait l’oiseau, et, tout en levant la tète presque verticalement, s’enroula sur lui-même en 8. Ce n’était pas une couleuvre, mais une vipère minute ( V. brachyura), assez commune en Algérie. Dès que j’eus reconnu le serpent, je le tuai d’un coup de feu, et le traquet, qui, durant toute la scène, n’avait cessé de crier et de s’agiter, s’envola à tire-d’aile, sans même me dire merci. J’ai examiné soigneusement la vipère et j’ai remarqué-que la pupille, au lieu d’être ovale et gris bleuâtre comme chez les autres vipères de son espèce, était arrondie, malgré le grand soleil qui aurait dû la faire se contracter, et noir brillant. C’était, du reste, une vipère âgée, car elle était de grande taille (65 centimètres), ses crochets étaient bruns, et l'un d’eux brisé et suppléé par un jeune qui sortait à peine de la gaine. L’autre crochet était en fort bon état. Je m’abstiendrai de conclure, mais, d’après ce que j’ai vu, le serpent exerce réellement une action sur l’animal convoité. On prétend même que la proie va se jeter dans la gueule du reptile. J’ai remarqué, au contraire, que c’est bien le serpent qui va vers sa proie *.
- Gustave Le Comte.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 septembre 1895. — Présidence de M. Cornu.
- Régénération de la substance nerveuse. — M. Chauveau a exécuté, sur un singe, une double expérience qui lui a fourni une preuve de la néoformation de cellules nerveuses dans le cerveau, consécutivement à l’ablation des lobes occipitaux. On admet assez généralement que les centres nerveux ne se régénèrent pas après leur destruction ; mais les physiologistes sont loin d’étre d’accord sur ce point. L’enlèvement des lobes amène la cécité complète de l’animal ; c’est ce qui a été vérifié sur le singe de M. Chauveau. L’ablation avait été pratiquée le 19 février 1895. Or, vers la fin du quatrième mois après l’opération, l’animal donnait des signes de perception visuelle, il apercevait les objets ; quelques mois plus tard, il était devenu capable de se conduire. Le 24 avril 1895, c’est-à-dire après un intervalle de deux ans à peu près, les trous de trépan qui avaient servi à pratiquer Tabla lion étaient rouverts et M. Chauveau constatait que tout l’espace laissé vide était rempli par une substance dans laquelle il reconnut la présence des cellules nerveuses pyramidales et des fibres nerveuses. La substance nouvelle était donc d’origine nerveuse. 11 convient de remarquer qu’elle n’était pas due à une hypertrophie d’un fragment laissé en place, car l’ablation avait été radicale. Selon la remarque de l’expérimentateur, c’est là un fait nouveau qui démontre la possibilité de la régénération quand la nutrition est conservée dans l’organe. Une deuxième opération a été effectuée, c’est-à-dire que la substance de néoformation a été enlevée. Le résultat immédiat a encore été la cécité de l'animal. Après un laps de temps de quatre mois, ce singe donne des signes de réapparition de la vision; dans quelques mois il sera sacrifié et l’examen de son cerveau sera de nouveau exécuté.
- Varia. — M. le secrétaire perpétuel signale la publication du sixième volume des œuvres de Huyghcns. — M. Friedel transmet une Note sur les phosphates de chaux d’Algérie, et notamment sur une roche des envi rons de Bougie présentant la composition d’un super phosphate. Gu. ns Viu.EDEUir..
- 1 D’après le Naturaliste.
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- LA NATURE.
- LA SCIENCE AU THEATRE
- « l’antre DES FANTÔMES »
- Chaque année, le printemps nous ramène, à la grande joie des badauds et pour la désolation des habitants des quartiers envahis, les bruyantes et monotones fêtes et foires auxquelles, hélas! nous sommes habitués de longue date. Parfois cependant un ingénieux industriel parvient, grâce à quelque attraction nouvelle, à nous intéresser un instant : c’est le cas du professeur llutschistkof (?), dont le théâtre installé pendant plusieurs mois à l’Exposition Russe est venu échouer à la fête du dixième arrondissement de Paris.
- Le Pays du Rêve! tel est le titre alléchant qui s’étale sur les toiles du petit théâtre où nous allons
- la salle, afin d’assister à la répétition de ses aventures, par une autre personne voulant pénétrer le secret de ces mystérieuses apparitions.
- Que nos lecteurs s’épargnent cette peine et jettent simplement les yeux sur la figure 2.
- Comme dans la métempsycose (mais combien perfectionnée!), une glace sans tain ÀB est placée au milieu de la scène, perpendiculairement au plancher et for-nt un angle de degrés avec le fond du théâtre. En C, dans la coulisse de gauche, se place le sujet (fantôme, jeune femme, moine, etc.). Fortement éclairé, son image viendra se former en C'. Le sujet, pouvant par un moyen quelconque apercevoir le spectateur (une glace placée dans l’autre coulisse par exemple), est dans la possibilité de se livrer aux fantaisies les plus curieuses sans que la personne assise, séparée de lui par les eloi-
- Fig. 1. — Le Pays du rêve. — Un spectateur à côté d’un fantôme qu’il ne voit pas.
- introduire nos lecteurs. Une scène de 2 mètres sur 3 environ, tendue de noir mais dont le fond est fortement éclairé. En cet endroit une chaise et une table.... C’est « l’antre des fantômes », où le professeur llutschiskof prie un spectateur de bonne volonté de venir s’asseoir.
- Accoudé sur la table il attend patiemment la venue du spectre, qui ne tarde pas à apparaître.... Horrible, ma foi (tîg. 1 ), ce fantôme qui s’approche, recule et finit par embrasser le spectateur. Comble d’étonnement, celui-ci ne voit absolument rien, mais excite par sa mine ahurie l’hilarité de l’assistance ! Devant une impassibilité aussi grande, et bien naturelle puisque le pauvre homme ne se doute même pas de la terrible vision, le spectre disparaît, pour faire place cette fois à une image plus agréable : une jeune et jolie femme qui s’approche du spectateur, lui envoie de doux baisers et exécute des scènes amusantes pendant que son voisin, les yeux écarquillés, cherche vainement à pénétrer les motifs des rires des spectateurs.... La gaieté est à son comble, aussi le mystifié, perdant la tête, prend la fuite et revient prendre sa place dans
- sons c, c', puisse se douter de ce qui se passe autour d’elle. Une difficulté assez grande consistait surtout à rendre visible l’image qui devait se former dans un milieu éclairé. Grâce au fond noir de la scène et à un éclairage intense, il est impossible de faire une différence entre l’image virtuelle et la personne elle-même.
- Comme il serait à craindre que le spectateur mystifié ne traverse la scène dans son empressement à fuir, et vienne se heurter dans la glace sans tain, Userait peut-être prudent de faire glisser celle-ci dans deux rainures horizontales, ce qui permettrait de démontrer l’absence totale de truc. Très simple, le mystère que nous venons de décrire, et qui est analogue aux premiers spectres de Robin dont le succès a été inimaginable à Paris. Mais le dispositif actuel, il faut en convenir, est très bien compris et d’un effet véritablement saisissant.
- Carolus Karl.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissajjdieu
- Fond noir
- Fig. 2. — Plan de l'antre des fantômes. — i. Chaise. — i’. Table. — C’. Image du spectre. — L. Lampe oxhydrique.— AB. Glace transparente.
- Paris. — Imprimerie Laiiuhe, rue de Fleurus, 9.
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- N» H 65
- 28 SEPTEMBRE 1895.
- LA NATURE.
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- GIGANTESQUE TORTUE TERRESTRE, D’APRÈS UN SPÉCIMEN NIYANT
- Par les courriers de l’île Maurice, arrivés à Paris les 30 juin et 1er septembre 1895, notre ami
- M. Camille Sumeire, C. M. G., président en cette île de la Société d’assistance française, nous a
- Fig. 1. — Tortue terrestre gigantesque, vue (le profil. — Longueur de la dossière en ligne droite, 1”,32.
- adressé deux photographies et de précieux renseignements sur une gigantesque Tortue terrestre du sexe mâle, appartenant à M. Léopold Antelme, de Port-Louis, rapportée en cette ville, en mai dernier, des Six Iles, situées dans la mer des Indes, au nord-est de Madagascar, vues par Survilleen 1756, et aussi appelées les Iles Egmont (du nom d’un navire qui les vit en 1760). Cet archipel, l’une des dépendances de l’île Maurice, se compose de six petites îles se tenant entre elles par un récif de coraux en forme de fer à cheval, formant une baie d’environ 12 kilomètres de tour, dont l’entrée, d’environ 400 mètres
- îj* amiéc. — 2e semestre.
- de large, a près de 5 mètres de profondeur, à marée haute. Il se trouve au sud-ouest du grand
- banc des Iles Chagos, par6°40' de latitude méridionale, et 69°4" de longitude est, à l’orient du méridien de Paris ; et à une distance de 68 milles, nord-est, de l’île Diego-Garcia.
- Ces îles sont : Vile du Sud-Ouest, de beaucoup la plus étendue du groupe ; Vile Tatamaka; Vile aux Iioches ; Vile aux Lubi-nes; Vile Cipaye; et Vile aux Rats.
- Leur sol est peu élevé au-dessus du niveau de la mer. Il est très fertile, bien qu’il ne se compose que de sable, recouvert de détritus, dans lequel croissaient, à
- 18
- Fig. 2. — La même, vue de face. — Poids de la tortue : 240 kilogrammes. (D’après des photographies.)
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- LA NATURE.
- l’état naturel, de beaux arbres d’essences variées et recherchés pour la construction. Mais cette riche végétation n’a pas tardé à disparaître, pour faire place à des plantations de cotonniers et, finalement, à celles des cocotiers. L’eau potable ne se trouve que dans des puits faciles à creuser. Cependant, au milieu de Vile aux Lubines, on peut voir une mare assez étendue.
- Au commencement du siècle, un colon de l’île de France, M. Victor Dupcrrel, s’est, le premier, établi aux Six Iles, avec quelques noirs esclaves, et fonda son principal établissement sur Vile du Sud-Ouest. Quelque temps apres, cote occupation en jouissance, qui n’était que précaire, fut régularisée par décision du 7 juillet 1808 du général Decaen, alors gouverneur et commandant en chef des îles de France et Bonaparte et leurs dépendances.
- Depuis une vingtaine d’années, ces îles ont pris une réelle importance par suite de l’impulsion donnée à diverses industries (la culture du maïs ; l’élevage de l’espèce chevaline, et plus spécialement l’industrie des huiles de coco), par la Compagnie des huiles des Six Iles, dont le siège est à Port-Louis, sous l’habile direction de M. Léopold An-telme. — Cette Société en est devenue concessionnaire en jouissance. Comme les autres dépendances, les Six Iles sont sous la surveillance d’un magistrat spécial qui les visite une ou deux fois l’an et qui fournit ensuite au gouverneur de Maurice un rapport circonstancié.
- Si l’existence, dans ces îles, de Tortues terrestres indigènes n’a pas été constatée, il ne s’ensuit pas, de facto, que lors de leur découverte il n’en existait pas ; d’autant plus qu’il a été démontré d’une façon indiscutable qu’elles abondaient dans la grande majeure partie des îles des mêmes parages, à ‘Madagascar, les Comores, les Mascareignes, les Aldabra, VArchipel des Seychelles, Agalega, les Ilots africains, les Amirautés, Astove, la Providence, et probablement d’autres îles. Mais elles y sont toutes ou à peu près actuellement éteintes, à l’exception de celles qui se trouvent encore en petit nombre aux Aldabra.
- 11 ne s’ensuit pas non plus qu’à cause de sa provenance, l’animal qui nous occupe en ce moment soit, avec certitude, indigène de l’une des Six Iles, bien que depuis de longues années cette Tortue y était connue, ainsi qu’une femelle, morte récemment à Vile aux Lubines où elles se trouvaient toutes les deux. (Son origine reste donc inconnue et livrée aux conjectures.) Il se pourrait cependant que cette Tortue, d’un très grand âge, sans parler de sa compagne dont les restes n’ont pas été conservés, ait pu être importée aux Six Iles d’une des îles de ces parages, nommément des Seychelles où les tortues terrestres indigènes abondaient jusqu’au premier quart de ce siècle, sans qu’on sache pourtant à quelles espèces elles appartenaient ; ou bien des Aldabra où l’on trouverait encore, entre autres espèces, dit-on, celle à laquelle notre Tortue paraît
- appartenir, d’après M. Sumeire : c’est-à-dire le Testudo Daudinii, décrit et figuré sous ce nom par Duméril et Bibron, comme provenant des Indes orientales (?). Ce qui nous laisse sous l’impression que l’origine réelle de bien des restes de certaines des Tortues terrestres gigantesques de différentes collections est loin d’être clairement établie.
- Voici, d’après notre ami, les exactes dimensions et le poids de l’animal. Nous accompagnons ces renseignements de la reproduction des deux photographies que nous venons de recevoir par le dernier courrier et qui sont les seules qui aient été faites. Nous ne pouvons nous empêcher d’exprimer ici le regret qu’on n’ait pu photographier le plastron et la partie postérieure de cette extraordinaire Tortue ; ce qui n’a pas dépendu de notre ami, bien avisé sur l’importance de pareils documents.
- Dimensions et poids :
- Hauteur de l'animal en marche (du sol au sommet de
- la carapace).....................................0m,76
- Hauteur de la boîte osseuse........................O”,05
- Circonférence en longueur de la boîte osseuse......3“,20
- Circonférence horizontale de la carapace à sa suture avec le plastron, et en suivant les sinuosités. . . . 4“* Longueur de la dossiëre, en suivant la courbure. . . 1“,66
- Longueur de la dossiëre, en ligne droite...........lm,32
- Longueur du plastron. .............................1“
- Largeur du plastron................................0",S4
- Profondeur de la concavité du plastron.............0”,11
- Longueur de la queue (pourvue d’un onglon terminal
- de 0”,08 de long)................................O™,58
- Longueur d’une patte de derrière...................0“,60
- Circonférence de cette patte.......................ü“,50
- Longueur d’une patte de devant.....................0"‘,62
- Circonférence de la tète, près des yeux............0m,42
- Longueur du cou................................... 0“,51
- Poids de l’animal.................................. 240
- De chaque côté de l’énorme carapace, ainsi qu’on peut le voir dans cette reproduction photographique, il existe une excroissance, ou plutôt un prolongement des plaques écailleuses, formant en quelque sorte deux tasseaux qui permettent à l’animal de s’y reposer, sans que le plastron puisse être comprimé par le poids du corps. Cette particularité, qui n’a jamais été observée, croyons-nous, chez aucune Tortue terrestre, est digne d’une remarque toute particulière. Suffit-elle pour constituer une variété ou même une espèce?
- Sur la partie antérieure de la carapace, au-dessus du cou, se trouve la plaque nucléale, composée d’une écaille dentelée, « formant pour ainsi dire éventail », pour nous servir des propres termes de M. Sumeire. La plaque gulaire est double, ainsi qu’elle est représentée dans la photographie.
- Cette énorme Tortue pesant 240 kilogrammes, ce poids surpasse de 80 kilogrammes celui du Testudo Sumeirei, originaire de l’île Maurice, unique spécimen, encore vivant dans les casernes de Port-Louis, d’une espèce éteinte, décrit et figuré pour la première fois dans La Nature1, et aussi dans un Mémoire complémentaire paru en janvier 1893 2. Jusqu’à la
- 1 Yoy. n° 101G, du 49 novembre 1892, p. 395, et n° 1038, du 22 avril 1893, p. 521.
- 2 Les Tortues de terre gigantesques des Mascareignes et de certaines autres îles de la mer des Indes, par Th. Sau-zier. Paris, G. Masson, éditeur, 1893, in-8°, 31 pages et ligures.
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- LA N AT LUE.
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- découverte faite à Madagascar du T. Grandidieri, décrit par M. le professeur Léon Vaillant, espèce terrestre sub-fossile, dont le Muséum possède deux superbes exemplaires et des os, la plus grande Tortue terrestre connue était le T. elephanlina, dont la dossière, en suivant la courbure, est de lm,57, et en ligne droite de 1m,07 ; tandis que le T. Grandidieri donne pour ces deux dimensions lm,52 et lm,21.
- Ces dimensions ont été surpassées ensuite par la découverte faite dans les limons pliocènes du fort de Serrât, à Perpignan, dans le Roussillon, par M. le I)r Donnezan, d’une gigantesque Tortue terrestre, dont la carapace mesure en ligne droite ;lm,20, et dont le pourtour ne compte pas moins de 5m,85. Ce superbe squelette, dont on possède la tète, une partie du cou et les quatre membres, offert par le L)r Donnezan au Muséum de Paris, porte le nom de T. Perpiniana1.
- Aujourd’hui la taille de cette Tortue se trouve elle-même surpassée par celle du gigantesque spécimen vivant que nous venons de décrire et de représenter, puisque les deux dimensions de la dossière sont de lm,66 et lm,o2, et que la circonférence horizontale de la carapace est de 4 mètres.
- Paris, le 1" septembre 1895. Th. SaUZIER.
- LA. CONSOMMATION DE L’EAU A PARIS
- A la fin de notre récent article sur les ascenseurs électriques2, nous faisions ressortir que ces appareils éviteraient une dépense d’eau de source considérable, ce qui permettrait d’assurer dans Paris la distribution d’eau potable nécessaire. Nous ne nous doutions pas que les événements allaient justifier rapidement cette manière de voir. Si nous consultons en effet le Bulletin municipal officiel du jeudi 12 septembre 1895, nous trouvons que la consommation d’eau a été, dans la journée du 1er septembre, de 006 500 mètres cubes, dont 180 200 mètres cubes d’eau de source. Le lundi 2 septembre, la consommation s’est élevée à 045 700 mètres cubes, dont 202 600 mètres cubes d’eau de source. Le mardi 3 septembre, on a dépensé 667 500 mètres cubes d’eau, dont 221 100 mètres cubes d’eau de source. La consommation a été ensuite presque stationnaire jusqu’au samedi 7 septembre, où elle s’est élevée tout à coup à 687 000 mètres cubes, dont 266 200 mètres cubes d’eau de source. C’est cette dernière consommation, causée par une chaleur accablante, qui a effrayé le service des eaux et qui a amené pendant quelques jours la substitution d’eau de Seine à l’eau de source dans quelques arrondissements de Paris. Dès le 17 septembre, le service normal était rétabli partout. On a répété à ce propos que l’eau avait manqué à Paris et qu’un accident était survenu au rideau de la Comédie-Française par suite du manque d’eau. Ces affirmations sont complètement erronées : l’eau n’a pas manqué, et l’accident signalé plus haut doit être attribué à une autre cause. Il est, par exemple, très vrai qne l’eau
- 1 Voir Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences ; séance du 19 décembre 1887. — Paris 1887, in-i°, t. CV, p. 1225 et 1275.
- 2 Yov. n° 1165, du li septembre 1895, p. 245.
- de source n’a pas été en quantité suffisante pour assurer partout la distribution d’eau potable. Mais il faut incriminer la consommation considérable qui a été faite de cette eau en raison des chaleurs tropicales que nous avons traversées. Nous remarquerons également que l’eau de source sert aussi, à cause de sa pression, à faire mouvoir une série d’engins tels que : ascenseurs, monte-charges, etc., et ces engins sont en nombre assez considérable pour entraîner de ce chef une grande consommation. Le service des eaux a déjà reconnu ces inconvénients, et y a remédié par le règlement que nous avons fait connaître précédemment et portant à 60 centimes le prix du mètre cube d’eau de source pour ces appareils. C’est là une excellente mesure dont les effets se feront certainement sentir dans peu de temps, et qui aura pour but de développer les autres systèmes d’ascenseurs en conservant l’eau de source pour des usages plus utiles. Ajoutons qu’il est aussi question de faire à Paris l’adduction du Loing, qui fournirait un débit de 40 000 mètres cubes d’eau par jour. Les Parisiens ne sont pas encore exposés à manquer d’eau, ils en ont une quantité suffisante; il est seulement nécessaire de veiller à l’utilisation de cette eau et à ne pas la laisser employer pour d’autres usages auxquels différents appareils peuvent convenir. J. L.
- EXPÉRIENCE RELATIVE A LA DISSOLUTION
- ET AUX MÉLANGES DES LIQUIDES
- On laisse tomber dans une éprouvette un fragment de fuchsine que l’on dissout dans une goutte d’alcool, puis on verse, jusqu’à mi-hauteur de l’éprouvette, de l’éther sulfurique qui prend une belle coloration rouge. On verse doucement cet éther dans une seconde éprouvette, contenant de l’eau jusqu’à moitié environ ; l’éther reste au-dessus de l’eau, à cause de sa différence de densité, et l’on a ainsi une éprouvette à peu près remplie de liquide dont la moitié supérieure cst rouge.
- Alors, on bouche l’éprouvette, on la secoue pendant 15 à 20 secondes et l’on constate que le liquide rouge qui semblait la remplir se divise en deux couches ; mais cette fois il y a interversion des couleurs : la partie incolore se trouve au-dessus, tandis que la partie rouge occupe le fond de l’éprouvette! Quelle est l’explication du phénomène?
- Remarquons d’abord que la fuchsine est insoluble dans l’éther, tandis qu’elle l’est beaucoup dans l’alcool, et que si nous avons pu colorer entièrement l'éther, c’est grâce à la divisibilité de l’alcool. La fuchsine se trouvait donc dans l’éther, non en dissolution, mais simplement en suspension. Ensuite, nous savons : 1° que l’eau ne dissout au maximum que 1/10 de son poids d’éther; 2° que l’éther ne dissout qu’environ 3/100 de son poids d’eau; 3° que l’eau et l’alcool sont parfaitement miscibles. Dès lors, il est facile de concevoir ce qui se passe lorsqu’on agite l’ensemble des deux liquides.
- L’eau s’unit à l’alcool rougi contenu dans l’éther, et, lorsque les deux liquides se sont séparés par ordre de densité, la quantité d’eau alcoolisée et colorée qui est restée en dissolution dans l’éther est trop petite pour teinter le liquide, et, à plus forte raison, les traces d’éther devenu incolore qui restent dans l’eau ne peuvent en modifier la nuance. L. Yandevïver,
- Répétiteur à l’Université tir. Cuntl.,
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- LA NATURE.
- UN ENREGISTREUR MUSICAL
- On ne commande pas à l’inspiration, qui souffle on elle veut, et quand elle veut : il faut la saisir au vol. Le musicien est au piano; ses doigts errent sur les touches et préludent au gré de sa rêverie. Puis, peu à peu, les images se précisent et, tout d’un jet, les idées jaillissent à Ilot de ce cerveau que le dieu possède.
- Ah ! si l’on pouvait sans délai retenir et lixer toutes ces richesses, toutes ces trouvailles imprévues, écloses au feu de l’improvisation!
- Encore tout échauffé, épuisé souvent de s’être abandonné tout entier à l’ivresse sacrée, l’artiste s’asseoit alors devant son papier réglé et se hâte; mais avec le transport le rêve s’est enfui.
- Les images s’estompent; les harmonies s’éteignent; et la superbe envolée du génie ailé ne trouve qu'une traduction infidèle et pénible dans cette course de points noirs sur la piste de l’écriture musicale. >
- Combien se sont sentis découragés ainsi de ne pouvoir retrouver les rêves entrevus ou de les traduire si mal!
- L’idéal ne serait-il pas que l’instrument lui-même gardât la trace de ces harmonies qui chantent sous les doigts inspirés, dotant ainsi nos musiciens d’un secrétaire complaisant et discret?
- Pour avoir éprouvé lui-même ce besoin d’un utile auxiliaire, toujours prêt à la sténographie rapide et intégrale et qui lui épargnât cette fastidieuse besogne de la transcription, un musicien distingué, doublé d’un inventeur,
- M. A. Rivoire, n’a pas désespéré de résoudre le problème. Il s’agissait de construire un enregistreur susceptible d’être adapté à tous les pianos et qui put transcrire fidèlement, le moment venu, toute note touchée, avec sa durée et sa place dans l’harmonie. Il fallait, en outre, ne point assujettir le musicien à apprendre une notation nouvelle, et, pour qu’il pût lire immédiatement l’expression écrite de sa pensée, sans passer par un laborieux déchiffrage d’hiéroglyphes inusités, le plus simple était de conserver les portées musicales qui lui sont familières. On les a seulement complétées par des lignes supplémentaires, tracées en dessous, en assez grand nombre pour comprendre les six octaves du piano. Les lignes de cette échelle sont tracées par des molettes convenablement espacées, sur une
- bande de papier sans fin, de 0,20 de large environ, à mesure que celle-ci se déroule d’un mouvement régulier et uniforme.
- Ce papier passe sur un cylindre entouré d’un taffetas imprimeur comme on en trouve dans les machines à écrire ; pour y imprimer les notes, et sous l’action de chaque touche, une molette spéciale qui s’abaisse en même temps qu’elle presse le papier contre la soie, et détermine en bonne place une trace sur la portée : d’après la longueur du trait, l’œil s’accoutume rapidement à percevoir la durée relative des différentes notes, et la lecture est bien vite aussi facile que s’il s’agissait de la notation courante.
- Les touches Idanches correspondent aux lignes de la portée et au milieu des interlignes ; c’est au quart supérieur ou inférieur de ces interlignes que les touches noires (dièzes ou bémols) marquent leurs traces, et, pour qu’on les distingue plus aisément encore, on leur donne un aspect différent, au moyen de deux traits fins parallèles, tandis qu’un seul trait fort suffit à représenter les notes naturelles.
- Enfin, pour faciliter la lecture, il est bon de diviser la phrase musicale par des barres de mesure qu’on trace au crayon après coup, mais qui sont repérées, ^pendant l’exécution elle-même, au moyen de deux points imprimés sur les marges du papier : c’est le musicien qui les frappe en battant la mesure du pied sur une pédale.
- Tel est le résultat qu’il s’agit d’obtenir : voyons par quels moyens on y parvient ; et disons tout
- d’abord que l’inventeur s’est attaché à réaliser une solution purement mécanique du problème : l’instrument se trouve ainsi complet, sans qu’il soit nécessaire de lui adjoindre aucun accessoire, comme il arriverait si l’on avait eu recours à l’électricité. Et cependant l’on ne saurait méconnaître les facilités offertes par cet agent de la moderne industrie, et l’on nous promet, pour la prochaine Exposition du travail, un spécimen du même enregistreur où tout le mécanisme sera mû par l’électricité : cette solution sera particulièrement avantageuse lorsqu’on pourra, sans avoir recours à des piles encombrantes, se contenter d’attacher les fils à ceux de la conduite générale qui distribue l’éclairage aujourd’hui dans un grand nombre de maisons.
- Quelle que soit la solution adoptée, les organes de
- Fig. 1. — Enregistreur musical
- Fig 2 — Hymne russe. Une partie de la reproduction.
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- LA NA TIÎH K.
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- l’enregistreur sont enfermés dans une boîte disposée sous le clavier (fig. I). C’est d’abord le cylindre-magasin K qui porte la bobine de papier. Celui-ci, tendu par les rouleaux I et J, passe sur le cylindre imprimeur G, contre lequel les molettes viennent, au moment voulu, le presser sous l’action des touches correspondantes. La bande imprimée continue sa route avec une vitesse de lm,25 par minute et va s’enrouler sur une nouvelle bobine-magasin H. Dans le modèle actuel, tout le système est actionné par un mouvement d’horlogerie qui doit être assez fort pour conserver une vitesse uniforme, malgré les brusques variations de la résistance occasionnée par le frottement des molettes ; ce frottement est loin d’être négligeable, en effet ; il atteint son maximum lorsque le musicien frappe un accord de scs dix doigts.
- L’échelle musicale qui se trace sur la bande de papier est bien l’image du clavier, mais une image réduite, et les molettes chargées de l’impression, ainsi que les tiges verticales qui les portent, sont forcément beaucoup plus serrées les unes contre les autres que les touches auxquelles elles correspondent. Il s’agit cependant de solidariser chaque touche et sa molette de telle sorte qu’elles se meuvent ensemble; et c’est là que gît la difficulté. Voici comment elle a été ingénieusement tournée dans l’appareil qui nous occupe. En appuyant sur la touche A du clavier, le mouvement se transmet à une harre d’érable B, verticale, et, par l’intermédiaire d’un fléau G, à une seconde tige verticale D qui se relève quand la touche s’abaisse. A son tour, la tige est reliée par une courte bielle à un arbre horizontal E qui tourne ainsi sur lui-même d’un angle eorres-
- Fig. 3. — Enregistreur musical de M. Rivoire.
- pondant au déplacement vertical de D. Supposez maintenant qu’en un point quelconque de cet arbre, nous venions attacher une bielle toute semblable agissant sur une nouvelle tige verticale F, il est clair que cette tige décrira à chaque instant un mouvement analogue à celui de la première, et ce mouvement sera facile à enregistrer par les contacts successifs de l’extrémité de cette tige avec la bande de papier disposée à cet effet.
- Voilà toute l’économie du système, et il ne reste plus qu’à distribuer toutes ces tiges verticales, tous ces arbres horizontaux, le plus commodément possible pour la construction, et à compléter tout cet ensemble par l’adjonction des accessoires indispensables : ce sera notamment la molette marquant la place de la barre de mesure et qu’actionne une tringle ou une chaînette rattachée à l’une des pédales du piano.
- L’appareil a été très adroitement exécuté par
- M. J. Richard, le constructeur bien connu ; il est placé sous le clavier (fig. 5) et ne gêne nullement le pianiste, qui peut, aisément et à son gré, rendre l’un et l’autre solidaires ou indépendants, en agissant sur deux vis de réglage. Nous donnons une vue du mécanisme, la paroi antérieure de la hoîte enlevée, d’après une photographie exécutée à la salle Pleyel où cet enregistreur a été exposé et essayé.
- Nous donnons aussi un curieux spécimen de transcription de YHymne russe, qui montre, avec quelle netteté on peut obtenir la reproduction d’un morceau (fig. 2). Pour le relire au piano, l’inventeur a imaginé d’ailleurs un petit appareil accessoire qui déroule automatiquement la bande imprimée sous les yeux du musicien.
- Voilà donc nos compositeurs affranchis de plus d’un ennui, en même temps que les jurys pour les concours de piano pourront, grâce au nouvel enregistreur, s’épargner une bonne partie de leur tache,
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- LA NATURE.
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- et non la moins ingrate; ils pourront dorénavant porter toute leur attention sur l’exécution artistique : un témoin implacable est là pour enregistrer les fautes matérielles, de notes ou de rythme.
- G. Espitallier.
- L’INDUSTRIE DE L’ÉCUME DE MER
- Dans un Rapport adressé tout récemment au gouvernement anglais, M. Cumberbatch, consul à Angora, indique que les gisements les plus riches d’écume de mer se trouvent à 52 kilomètres au sud-est de Eski-Shehir, importante station du chemin de fer d’Anatolie. Le consul de Belgique à Constantinople, qui a récemment visité cette contrée, assure qu’il serait difficile de déterminer exactement l’étendue de ce gisement. Son importance ne peut être que considérable, si l’on en juge par le nombre de puits creusés à de grandes distances les uns des autres. Les localités où cette exploitation est la plus active sont Sepetdji-Odjaghi et Kemikdji-Odjaghi.
- L’écume de mer est extraite exactement comme la houille. Les puits atteignent des profondeurs variant de 7ra,50 à 30 mètres, et, sitôt que la veine est atteinte, on pratique une ou plusieurs galeries horizontales. Toutefois, il est rare d’en trouver plus de deux pour un même puits. La pierre que l’on extrait s’appelle (( ham tasli » ou bloc dur. Elle est cependant assez molle pour qu’on puisse la couper au couteau. Cette pierre est blanche, avec une teinte jaunâtre, et elle est recouverte d'une couche d’argile rougeâtre d’environ 2 centimètres et demi d’épaisseur. Les blocs sont vendus en cet état sur place, , non pas au poids ou à la mesure, mais simplement d’après la quantité approximative. Les achats se font par lots de trois sacs, et le prix d’un lot (ou plus exactement d’une charge) varie de 125 à 750 francs, suivant la qualité. Ces blocs sont séchés et soumis à certaines préparations avant d’étre dirigés sur Eski-Shehir. Les uns sont de la grosseur d’une noix, tandis que d’autres atteignent un poids de 50 kilogrammes. Les manipulations qu’ils subissent avant d’être exportés sont longues et coûteuses.
- On débarrasse d’abord l’écume de mer de la terre argileuse qui la recouvre, puis on la sèche. En été, il suffit de l’exposer au soleil pendant cinq à six jours ; mais en hiver, il faut avoir recours à une pièce chauffée à une température suffisante, et, même dans ces conditions, le séchage se prolonge pendant huit à dix jours.
- Après séchage, les blocs sont nettoyés et polis. Puis on les classe en douze catégories. Chaque lot est empaqueté séparément avec le plus grand soin, et chaque bloc est enveloppé dans la bourre de coton. Toute la production est dirigée sur Vienne, d’où on l’exporte dans tous les pays du monde. Les plus beaux spécimens sont généralement expédiés à Paris.
- La production annuelle est d’environ 8 à 10000 caisses. Les diverses taxes prélevées par le gouvernement ottoman sur ce produit s’élèvent au total à 37 pour 100 ad valorem *.
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- LE DORURE DE CARBONE
- Lorsque l’on fait réagir le bore sur le carbone, à la température du four électrique, il se forme deux borures : l’un stable, l’autre attaquable par le mélange de chlorate de potassium et d’acide azotique. Le premier répond à la
- 1 S<ientific Ameiican.
- formule Bo6C; il a fait l’objet d’une Note de M. Moissan. On peut l’obtenir de diverses manières, en particulier par union directe du bore et du carbone au four élec-irique et par d’autres méthodes que l’auteur indique.
- Ce borure de carbone appartient à la même classe de composés que le siliciure de carbone. Il possède comme lui une grande stabilité et une grande dureté. Le borure de carbone se présente en cristaux noirs, brillants, d’une densité de 2,51.
- Le chlorure l’attaque au-dessous de 1000° sans incandescence, ainsique l’a fait remarquer M. Joly. 11 se forme-un chlorure de bore et il reste un résidu de carbone poreux, très brillant. Chauffé à 1000° dans l’oxygène, il brûle lentement, avec plus de difficulté que le diamant, en fournissant de l’acide carbonique et un résidu noir, enduit d’acide borique fondu.
- Le caractère le plus curieux de ce nouveau composé est son excessive dureté ; tandis que le siliciure de carbone arrive péniblement à polir le diamant sans pouvoir le tailler, il a été possible de produire des facettes sur un diamant au moyen de poussière de borure de carbone.
- Ce composé est, en effet, très friable ; on peut l’obtenir en poudre fme dans un mortier d’Abich neuf, le mélanger d’huile et s’en servir, au lieu d’égrisée, sur une meule neuve en acier pour la taille des diamants.
- La dure té, de, ce borure paraît être plus faible que celle du diamant, car l’usure est plus lente, mais les facettes se taillent avec une grande netteté, et c’est le premier exemple d’un corps défini pouvant tailler le diamant. La dureté de ce composé est donc supérieure à celle du siliciure de carbone.
- LA LUTTE MODERNE1
- Le spectacle de la lutte a un attrait extraordinaire sur les foules ; non seulement dans le monde des travailleurs qui se pressent dans les baraques des lutteurs forains, mais aussi sur le public plus select, plus raffiné des cirques et des grands théâtres de curiosités. Périodiquement si l’un de ceux-ci organise des séances de lutte, immédiatement d’autres établissements l’imitent et les murs de Paris sont couverts d’affiches annonçant des assauts, des matchs, des défis entre lutteurs plus ou moins célèbres. C’est comme une épidémie qui revient périodiquement à des intervalles de deux ou trois années.
- Il y a quelques mois une épidémie de ce genre s’est manifestée à Paris, et c’est peut-être une occa-. sion, quelque peu rétrospective, de parler de la lutte et des lutteurs. Quand on assiste à une séance de lutte succédant dans la même soirée à un assaut d’escrime, on remarque une grande analogie d’exécution. Chaque coup dans la lutte, comme dans l’escrime, comporte en général trois parties : l’attaque, la parade, et la riposte. Mais, alors que, dansl’escrime, telle attaque appelle telle parade, dans la lutte le genre de parade ne peut être ainsi régulièrement prévu, celle-ci dépendant beaucoup du jeu de l’adversaire. Chaque lutteur, en effet, adopte naturellement un certain nombre de coups et de parades appropriés à sa nature physique. Un lutteur grand, gros, massif, cherchera les coups dans lesquels il
- 1 La lutte dans l'antiquité, n° 986, du 23 avril 1892, p. 330.
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- LA NATURE.
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- peut écraser' l’adversaire sous son poids, dans les parades il résistera par sa masse, par son inertie. Un lutteur petit, mais robuste, cherchera les coups par en dessous, les différentes sortes de ceintures dans lesquels il pourra faire perdre l'équilibre à son adversaire et le renverser. Un lutteur mince, mais souple et très agile, saura se dérober aux étreintes dangereuses ; s’il tombe, il évitera que ses épaules ne touchent le sol et fera le pont. Souvent il sera vainqueur d’un adversaire ayant une force physique beaucoup plus considérable. Quand on assiste à plusieurs séances de lutte on découvre chez les professionnels une véritable science de la lutte qui est le résultat d’un enseignement reçu, d’études et surtout de l’expérience acquise par une longue pratique. Dans les luttes à la campagne, au contraire, les adversaires d’occasion n’apportent que leur force et leur bonne volonté; ils ferraillent, pour ainsi dire, comme des novices qui tiennent un lleuret pour la première fois. Il y a des maîtres de lutte, des professeurs passionnés pour leur art, comme il y a des maîtres d’escrime. Ils sont généralement très fiers de leur science et continuent des traditions transmises par les plus célèbres athlètes. Il y a même des écoles rivales : école de Toulouse, école de Bordeaux, comme il y a des écoles d’escrime : école italienne, école française.
- • Si l’on suppose que l’on assiste à une séance de lutte on pourra se rendre compte de la succession et de l’enchaînement des attaques, des parades et des ripostes.
- En entrant dans une baraque foraine de lutteurs nous voyons généralement une sorte d’arène centrale autour de laquelle se trouvent des gradins garnis d’un public bruyant. L’arène est couverte d’une épaisse couche de sciure de bois. Autour se trouvent les lutteurs et les amateurs. Ces amateurs sont ceux qui à la porte ont accepté le défi d’un des lutteurs ; ce défi est symbolisé par un gant d’escrime ou de boxe. Nous verrons plus loin que ces amateurs sont le plus souvent des compères aux gages du chef de la troupe. Dans l’arène ce chef, autrement dit le patron de la baraque, sert d’arbitre (fig. 1); c’est en général un ancien lutteur; il organise les couples, encourage les combattants et provoque les applaudissements du public lorsqu’un des deux adversaires est vainqueur («g- 2).
- Dans les arènes des cirques, des théâtres ou des séances d’amateurs, l’organisation delà lutte est plus compliquée et il y a plus de mise en scène. Les arbitres et le président de la lutte occupent une estrade. Adroite et à gauche se tiennent les lutteurs : professionnels ou amateurs. Ils ont le torse nu ou sont vêtus d’un maillot sans manches laissant paraître la musculature de leurs bras. L’arène est recouverte d’un épais tapis destiné à amortir les chutes. Le président appelle les lutteurs, soit professionnel contre professionnel, professionnel contre amateur, ou amateur contre amateur, et la lutte commence. Chaque assaut débute par un salut. C’est entre les adversaires une sorte d’engagement
- que la lutte se fera sans haine, sera loyale et franche. Pour le salut (fig. o, n°l), les deux adversaires se plaçant face à face à quatre ou cinq pas, marchent l’un vers l’autre, en obliquant un peu à gauche, et au moment ou ils se croisent ils se prennent la main sans interrompre leur marche : ils font encore deux pas et, se retournant brusquement, tombent en garde.
- Dans la position en garde, chaque lutteur se prépare à attaquer l’adversaire et à éviter de sa part une prise qui lui serait défavorable.
- Le lutteur de forte corpulence se tiendra, par exemple, le pied gauche en avant, le pied droit en arrière, bien assis sur ses jambes, le corps vertical, les coudes serrés au corps, les bras légèrement eh avant. Un lutteur plus petit ou plus mince se tiendra plus penché pour donner moins de prise et éviter, par exemple, le coup de la ceinture en avant. Quand la lutte est sérieuse, les préliminaires de l’attaque sont quelquefois très longs. Les lutteurs font le simulacre de se saisir les poignets,"de se prendre par les bras ou par la tête (fig. 5, n° 2), ils tournent l’un autour de l’autre, chacun se dérobant aux prises de l'adversaire et méditant une attaque. Mais tout à coup l’un des lutteurs, profitant d’un moment où son adversaire s’est découvert, se précipitera sur lui, l’attaquera par le coup de la ceinture en avant.
- Dans la ceinture en avant le lutteur passera les deux bras autour du corps de son camarade et, les mains* réunies aux poignets pour avoir plus de force, il lui fera plier les reins, l’attirera sur sa poitrine, et alors, le soulevant de terre, lui faisant perdre pied, il se jettera en avant de façon qu’en tombant lourdement sur son adversaire il le fasse toucher des épaules sur le tapis. Probablement les choses ne se passeront pas ainsi, l’adversaire attaqué résistera. S’il n’a pas pu se dérober à la ceinture, il répondra (selon qu’il a un ou ses deux bras engagés sous l’étreinte du premier lutteur) par une ceinture ou par une écharpe, et les deux lutteurs se trouveront poitrine contre poitrine, tête contre tête, les bras enlacés en écharpe; c’est la position classique de la lutte (fig. 5, n° 5).
- Les deux lutteurs pourraient rester ainsi ceinturés pendant un très long espace de temps, chacun attendant que son rival faiblisse soit des reins, soit de l’étreinte de ses bras. Dans les luttes à la campagne, on voit des adversaires rester ainsi immobiles, les muscles tendus, cinq, sept, huit, dix minutes; ce qui semble interminable aux spectateurs. Les professionnels abrègent ce temps par une riposte. En général, ce sera par : un tour de hanche (tig.5, n°4). Dans ce cas, le lutteur, profitant de ce que son adversaire a l’une de ses jambes, la gauche par exemple, avancée contre le plat intérieur de la sienne, essayera de le faire pivoter,, rouler sur sa hanche, de façon qu’il perde l’équilibre, tourne sur le côté et tombe sur le dos, ce sera : le tour de hanche à gauche (fig. 5, n°4). Le lutteur, ainsi renversé sur le dos, touchera-t-il des épaules?C’est peu probable; s’il est souple et agile, il s’empressera de faire le pont. Le
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- pont est une parade <[u’on voit employer chaque instant dans les séances de lutte. Pour l'aire le pont, le lutteur, au moment où il se sent tomber
- sur le dos, renverse la tète, porte en arrière les coudes et les avant-bras, et replie les jambes sous lui ; par cette sorte de pont à cinq piliers il s’efforcera tou-
- Fig. 1. — Une scènc'ile lutte sur un théâtre.
- jours d’éloigner du sol ses deux épaules (fig. 3, n°5).
- Le premier lutteur essayera probablement d’écraser sous son poids l’adversaire qui fait le pont.
- 11 essayera également de lui faire perdrel’équilibre en lui déplaçant les bras ou la tête.
- Pour éviter le danger, le second lutteur profitera du premier moment favorable pour se retourner rapidement et se trouver soit à plat ventre, soit à genoux, les mains appuyées en avant sur le sol (fig. 3, n° 6). Le premier lutteur, qui se trouve également à genoux, puisqu’il essayait d’écraser son camarade qui faisait le pont, pourra exécuter alors une des belles attaques de la lutte : la ceinture à rebours. Dans la ceinture à rebours le lutteur, saisissant son adversaire à bras
- le corps (fig. 3,n° 6), le soulèvera, le chargera sur son épaule (fig. 3, n°7), et, après l’avoir fait basculer comme un fardeau, le précipitera en avant, essayant par cette chute de l’étourdir et de le faire tomber sur les épaules. C’est un coup terrible et d’un grand effet.
- Un autre coup tenant également de l’acrobatie est le tour de tète. Nous avons vu que dans les préliminaires de la lutte chaque lutteur fait le simulacre de saisir la tête de son adversaire. Si, par hasard, celui-ci ne sait pas éviter l’attaque, il est soumis à une épreuve singulièrement pénible. Le lutteur ayant réussi à entourer de son bras la tête de son adversaire, disons-nous, se retourne et le charge pour ainsi dire sur son dos,
- Fig. 2. — Le vainqueur.
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- puis, se baissant, et toujours tirant sur le cou du dans l'espace une sorte de saut périlleux. Cette patient, il le lait culbuter en avant et exéc-uter culbute se termine par une chute brutale sur le
- Fi”. 3. — Les coups de la lutte. — 1. Le salut. — 2. L’attaque. —• 3. La ceinture pur devant. — 4. Le tour de lianelie à gaucho. — 5. Le pont. —6. La ceinture à rebours. — 7. Ceinture à rebours (deuxième temps). — 8. Tour de hanche à gauche (deuxieme temps). — 9. Prise en tète et tour de hanche. — 10. Ceinture par derrière. — 11. Un chargement. — 12. Un tour d’épaule.
- dos. C’est un coup très souvent employé par les lutteurs de profession contre l’amateur qu’ils veulent rebuter. Le malheureux, à moitié étranglé,
- le corps disloqué par la traction qu’il subit, étourdi par la culbute, tombe lourdement sur le sol et est hors d’état de réagir et de chercher une parade.
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- Il y a un grand nombre d’autres attaques que nous ne pouvons décrire ici, mais dont on trouvera l’énumération dans un manuel de lutte ou dans quelques ouvrages spéciaux.
- Le nom de ces attaques indique approximativement leur mode d’exécution : le tour de hanche (fig. 3, n° 8); le tour de hanche en tête (en maintenant l’adversaire fortement par la tête) (fig. 3, n°9) ; le chargement (fig. 3, n° 11) ; le tour d’épaule (fig. 5, n° 12) ; la ceinture de derrière ; la ceinture de derrière à genoux (fig. 3, n°10) ; la ceinture de derrière à rebours (que nous avons déjà vue plus haut, fig. 3, n° fi).
- Puis viennent les parades : le collier de force en avant; le collier de force en arrière; la poussée d’avant-bras. Ces trois dernières parades s’exécutent en appuyant fortement l’avant-bras sur le cou de l’adversaire, soit par devant, par derrière ou en coté ; elles ont pour effet de le priver de respiration, ou de lui disloquer la colonne vertébrale, c’est-à-dire dans l’un et l’autre cas de lui faire lâcher prise.
- — A suivre. — GuYOT-IUUBÈS.
- ASTRONOMIE DES ANCIENS ÉGYPTIENS
- M. le professeur L. Isely a présenté, récemment, à la Société de Neuchâtel, une intéressante communication sur Y astronomie des anciens Égyptiens.
- Les connaissances des Égyptiens en astronomie nous ont été révélées, pour la plupart, par les monuments, souvent grandioses, qu’ils érigeaient,. et par leur calendrier. Les pyramides surtout portent à croire, grâce à leur orientation faite avec soin, que les antiques habitants de la vallée du Nil n’étaient pas demeurés indifférents aux phénomènes célestes. C’est du moins l’opinion émise par Laplace dans son Exposition du système du Monde. On sait, en effet, qu’au lieu de donner à ce genre de construction la forme simple du tétraèdre, les architectes du pays des Pharaons employaient de préférence la pyramide à base carrée ou rectangulaire. On a donné de cette préférence diverses explications : les uns en font une question de goût architectural ; d’autres savants envisagent les pyramides comme de simples mausolées, dont chacune des faces était dédiée à l’un des quatre génies de l’Ament, l’enfer égyptien. « On a cru longtemps que ces antiques monuments, écrit M. G. Mil-haud, avaient été destinés, par leurs constructeurs, à l’observation du ciel. Nous savons positivement aujourd’hui que ce sont des tombeaux royaux orientés, parce que l’orientation des tombeaux se rattache aux mythes religieux de l’Égypte. » Cette assertion nous paraît trop absolue ; Proclus, et après lui toule d’autres penseurs, prétendent que les prêtres y faisaient leurs observations astronomiques; En tout cas, les faces rigoureusement orientées des pyramides pouvaient leur servir à déterminer les époques des équinoxes. Les obélisques pouvaient parfaitement tenir lieu de gnomons. Leur place ordinaire était en avant du premier pylône des temples ; ils s’y trouvaient par couple, un de chaque côté de l’entrée (Histoire de l'Art, par MM. Perrot et Chipiez).
- On sait que Bonaparte, lors de sa campagne d’Égypte, établit dans un palais du Caire l’Institut égyptien, dont les membres les plus illustres furent Monge, Berthollet, Fourier, Dolomieu, Larrey, Geoffroy-St-IIilaire. Ces savants découvrirent dans les temples différents zodiaques, dont
- le plus connu est le grand zodiaque du péristyle de Den-derah. Ce zodiaque, auquel on a attribué une origine grecque, est, d’après M. Ventre-Bey, d’essence purement égyptienne; il suffit, pour s’en convaincre, de se reporter aux dires d’Hérodote en ce qui concerne les douze dieux ou constellations zodiacales, qui auraient été connues de tout temps en Égypte. Ce zodiaque commence à la constellation du Taureau (Apis); les étoiles du Taureau, notamment les Pléiades, étaient, pour les Égyptiens, les étoiles de l’équinoxe. Il en résulte que la construction de ces anciens zodiaques remonte à deux ou trois mille ans avant notre ère. L’astronomie stellaire n’était donc pas ignorée dans l’ancienne Égypte. Sirius (Sopet, en égyptien, Sothys, en grec), la plus brillante étoile du ciel, point initial de leur calendrier, prédisait aux Égyptiens les fameux jours caniculaires, l’inondation du Nil, le solstice d’été, les grandes chaleurs et les fièvres. Les observations de la Haute et de la Basse-Égvpte, à Denderah, Memphis, Héliopolis, « signalaient les positions des étoiles et dressaient chaque année des tables de leurs levers et de leurs couchers, dont quelques débris sont arrivés jusqu’à nous » (Maspero). « Il n’y a pas de pays, dit Diodore de Sicile, où les positions et les mouvements des astres aient été observés avec plus d’exactitude qu’en Égypte. » Ajoutons que les anciens Égyptiens avaient déjà reconnu l’identité de l’étoile du soir et de l’étoile du matin (planète Vénus). Ils observaient les éclipses et même cherchaient à les prédire ; on parle d’une éclipse de soleil observée l’an 2720 av. J.-C., date bien problématique.
- Mais ce qui nous renseigne surtout sur les connaissances astronomiques des anciens Égyptiens, c’est bien certainement leur calendrier, connu aujourd’hui sous le nom de calendrier copte. Ce calendrier, sur lequel les républicains français de 1792 calquèrent le leur, comprenait 12 mois de 50 jours chacun, suivis de 5 jours complémentaires ou épagomènes, les sans-culottides des hommes de la Terreur. L’année des anciens Égyptiens se composait donc de 36 décades, et n’était ni solaire, ni lunaire, d’où l’épithète de vague qui lui est généralement donnée. Le point initial de l’année égyptienne était marqué par les inondations du Nil. On admit qu’il coïncidait avec le moment où Sirius (d’où le nom d’année sothiaque) était visible à l’Orient à l’instant du lever du soleil (lever héliaque). Ce lever eut lieu, sous l’ancienne dynastie, le 20 juillet. Ce jour compta comme jour de l’an, ce fut le 1er Thoth des Égyptiens. L’année vague égyptienne étant trop courte d’environ un quart de jour, la date du lever héliaque de Sirius parcourait successivement tous les jours de l’année et retombait sur le premier jour de l’an au bout d’un nombre d’années égal au produit de 365 par 4, ce qui donne 1460 ans. C’est là cette période sothiaque dont on a tant parlé. L’année vague de 365 jours fut en usage jusqu’à l’an 724 de Nabonassar. A partir de cette dernière date, les Égyptiens ajoutèrent dans leur calendrier un jour sur quatre ans, afin de rendre leur année fixe, comme celle de leurs vainqueurs, les Romains. —-----------------------------
- LE YIGNOBLE ALLEMAND
- Sous la désignation générale de Vins du Rhin, on comprend les vins récoltés sur le vignoble qui, commençant à la vallée de l’Ahr, aboutit à la commune de Johan-nisberg. Les vins de la Moselle sont également compris dans cette catégorie, quoique n’ayant aucune des qualités propres au vin du Rhin, et pouvant, au contraire, être rangés dans une classe inférieure.
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- ♦LA NATURE.
- La classification actuelle est la suivante pour les vins du Rhin : 1° crus de la Moselle; 2° crus de la rive droite ; 3° crus de la rive gauche. Parmi les vins de la Moselle, les plus prisés sont ceux de Brauneberg, Thiergarten, Neuberg, Josephshof et Oligsberg,^ de la Haute Moselle ; \\inningen, de la Basse-Moselle; Scharzberg, de la vallée de la Saar; et Erden, Bernkatel, Wintric’h, Braunberg, Grach, Wehlen et Pisport, de la Movenne-Moselle. C’est la Belgique qui consomme la majeure partie de ces vins, lesquels sont légers et agréables.
- Les crus situés sur la rive gauche du Rhin, dans la vallée de l'Ahr, entre Bonn et Coblence, sont très célèbres. Ils sont blancs, secs, de bonne teneur alcoolique et savoureux ; mais, d’après la Revue vinicole, ils demandent un séjour en bouteille de sept à huit ans, pour perdre leur goût légèrement âpre. Avec l’âge, ils atteignent, comme, du l’este, les vins du Rhin en général, un degré surprenant de finesse. Dans les bonnes années, la production de la vallée de l’Ahr atteint au total 3 millions et demi de bouteilles.
- La vallée de Nahe, au sud de la Moselle, contient 2078 hectares de vignobles, et a donné naissance aux crus de Montzingen, Kreuznach, Bretzenheim, Lauben-hcim, Steeg. L’un dès vins les plus recherchés de la rive gauche, Liebfra^eumilcli, est récolté près de Worms. La commune de Kœnigsbach, près Neustadt, produit des vins rouges appréciés, et d’excellents vins blancs.
- Dans les environs de Mayence sont à signaler les crus de Nicrsteiner, Oppenheimer, ainsi que le célèbre Rudes-heimer. La culture de la vigne passe pour avoir été introduite dans ces contrées par Charlemagne, qui y transporta des plants de Bourgogne. Les vins de la rive gauche ont généralement moins de corps que ceux de la ri ve droite, mais ils ont plus de délicatesse et plus de parfum. Les vins de la rive droite ont beaucoup de vigueur, de limpidité et de bouquet, mais ils ont un grain d’acide et ne gagnent leurs-véritables qualités qu’après une conservation prolongée.
- Les premières marques de ces vins sont celles des Hochheimer, Eltoille, Wolrath, et du fameux Johannisberg, toutes récoltées entre Mayence et Coblentz. Ces vignobles furent autrefois la propriété de congrégations religieuses, ét de diocèses de l’Eglise catholique.
- Ce fut un abbé du couvent de Fulda qui érigea, en 1716, le château de Johannisberg, qui appartient aujourd’hui à la famille de Metternich. Cette propriété s’étend sur une surface de quatre hectares environ, et ses produits sont les plus demandés de tous ceux des grands crus du Rhin.
- Mais les princes de Metternich ne sont pas les seuls producteurs de vins du Rhin; le duc de Nassau est propriétaire du Steimberg, et le cru dit Steimvein appartient au roi de Bavière.
- Les caves royales de Bavière comptent les meilleurs produits vinicoles de l’Allemagne, d’aucuns disent du monde. D’après le Standard, une collection de vins exquis, assemblée par les souverains bavarois depuis des siècles, a été vendue à des gourmands anglais, par le roi Louis II, à des prix fabuleux.
- La perle de la collection était un vin dit Liestenwein, de 1540, lequel, au dire de connaisseurs, avait gardé toute sa saveur, sa belle couleur dorée, et quelque chose de son vieux bouquet.
- Le commerce des vins d’Allemagne augmente tous les jours en importance. A Hambourg principalement, la statistique a constaté des quantités atteintes bien rarement auparavant. D’après les dernières constatations, les
- importations à Hambourg se sont montées à 307 507 hectolitres. représentant une valeur de 30 millions de francs. C’est la France qui contribue à ce chiffre pour la plus grosse pdrt, et ses importations tendent de plus en plus à augmenter. La majeure partie de ces importations est destinée à la réexportation aux États-Unis d’Amérique, à la République Argentine, dans l’Uruguay, le Chili, lé Brésil.
- Pour ce qui est des exportations vinicoles allemandes en Europe, c’est la Grande-Bretagne, le Danemark et la Scandinavie qui s’adressent le plus à elles1.
- LANCEMENT DE L’ « ÆGIR »
- CUIRASSÉ ALUEMAXD ,
- Ce bâtiment, qui a été lancé le 5 avril, à Kiel, en pré^ sence de l’Empereur, est le huitième des cuirassés dont la construction se relie à celle du canal de la mer du Nord à la Baltique et dont six, d’après le Mémorandum qui accompagnait le budget de la marine pour l’année 1887-88, devaient être prêts à l’ouverture du nouveau canal. II n’v a en réalité que le Siegfried, le Beo-ivulf, le Frithjof, le Hildebrand, le Heimdall et le Hagen qui soient prêts pour le service en temps de guerre; mais le septième, VOdin, a commencé ses essais. L'Ægir se distingue, comme les bâtiments du même tvpe, par son artillerie, très forte en raison de sa grandeur: par sa vitesse, qui est très grande, si on considère l’épaisseur de sa cuirasse, enfin, par la commodité et les bonnes conditions hygiéniques des espaces réservés à son équipage. II est, du reste, pourvu de toutes les améliorations reconnues nécessaires par la tactique moderne dans ces dernières années. Tandis que les six premiers bâtiments ont une ceinture cuirassée, YÆgir, comme déjà VOdin, a le cuirassement de citadelle plus efficace, en acier au nickel de Krupp, qui protège également les tours des canons, la tour de commandement, etc. L'Ægir aura trois canons de 24 centimètres et dix canons à tir rapide de 8um,8, tous de Krupp. Les premiers auront des carapaces et les seconds des masques pour protéger les servants contre le feu des armes de petit calibre.
- Toutes les constructions en saillie (demi-tourelles) qui se trouvent dans les six premiers bâtiments de ce type ont été supprimées. Deux hélices, mues par deux machines principales indépendantes à trois cylindres, développeront 4,700 chevaux indiqués et donneront au navire une vitesse de 16 nœuds. Quatre chaudières du tvpe locomotive fourniront la vapeur, qui servira également pour l’appareil de chauffage et pour les machines auxiliaires. L'Ægir a une longueur totale de 72 mètres, une largeur de 15 mètres et un déplacement moyen de 3540 tonneaux.
- La répartition des huit cuirassés de la défense des côtes a été faite de telle manière que les plus vieux (Siegfried, Beowulf, Frithjof et Hildebrand) sont attachés à la mer du Nord, et les plus modernes (Heimdall, Hagen, Odin et Ægir) à la Baltique 2.
- On voit que la marine allemande cherche à augmenter chaque jour le nombre de ses cuirassés, en développant leur puissance et en leur donnant une vitesse supérieure. II en est un peu de même aujourd’hui dans toutes les marines.
- 1 Bulletin de la Société belge des Vinaigriers et Mer-, cure scientifique.
- 2 D’après Mittheilungen a. d. G. des Scewcsens et Reçue
- maritime et coloniale. ... ’
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- LA NATURE.
- PISTOLETS ET REVOLVERS1
- Nous avons vu que le programme d’adoption pour les revolvers de l’armée rejetait d’une façon absolue l’extracteur automatique, c’est-à-dire l’appareil permettant d’enlever d’un seul coup les douilles vides, augmentant par cela même la rapidité du chargement et du tir, soit la puissance effective de l’arme.
- Des revolvers à extracteur comme le Perrin et le Devisme avaient pourtant montré ce que l’on pouvait obtenir dans cette voie ouverte par le Français Drivon Biron ; alors surtout que l’on était loin du dernier perfectionnement apporté au maniement de la baguette combiné avec le fonctionnement automatique du barillet.
- Quoi qu’il en soit, le premier revolver à extracteur sérieux fut créé parM. Galand en 1868.
- Il donna lieu à de grands débats dans la presse militaire et fut adopté dès avant la guerre de 1870 par le gouvernement russe pour l’armement de sa marine.
- Dans ce revolver (fig.
- 2, n° 1 ) le canon et le barillet, poussés en avant par le mouvement d’un puissant levier qui vient au repos se plier sous l’arme dont il forme le pontet, glissent sur l’axe principal. L’extracteur, sorte de diaphragme formant la tranche postérieure du barillet, force les douilles qu’il retient par leur bourrelet à abandonner leur logement. Les six chambres se trouvent ainsi prêtes à recevoir de nouvelles cartouches dont l’introduction se fait sans hésitation, aussi vite et aussi facilement dans l’obscurité qu’en pleine lumière ; de telle sorte que l’on peut charger, décharger et recharger les six coups quatre fois en une minute. La portée, la force de pénétration, la précision du tir ne laissent rien à désirer et de plus un solide cran de sûreté donne toute sécurité au tireur. Le système de platine étant à double mouvement, l’on peut passer à volonté et sans aucune difficulté du tir continu au tir intermittent, et réciproquement.
- Le revolver américain Smith et Wesson (fig. 2, n° 2), créé bien postérieurement, s’appuie sur un autre principe; le basculage, dans un plan vertical, du canon et du barillet qui tournent autour d’un axe
- 1 Suite et lin. Voy. n° 1162, du 7 septembre 1895, p. 225.
- pris dans la console. Pour ouvrir cette arme, il suffit de presser sur le bouton placé près du tonnerre à l’extrémité de la plate-bande. L’on dégage ainsi le verrou qui la fixe à l’épaulement ou table de culasse. Dans le mouvement.de basculage la tige de l’extracteur (logée au centre de l’axe du barillet), qui vient s’appuyer contre une came spéciale taillée dans le pivot de rotation, est poussée en avant et fait jaillir les douilles. Le barillet est immobilisé par la détente elle-même dès que le centre de la cartouche se trouve dans le plan du percuteur.
- Pour les forts calibres, l’on a adjoint au verrou de fermeture un bec taillé à même le chien, qui vient s’encastrer dans l’extrémité delà plate-bande et s’oppose à tout relèvement accidentel au départ du coup. La platine étant rebondissante (comme dans toutes
- les armes modernes), le chien revient de lui-même en arrière après avoir frappé comme d’un coup de fouet l’amorce. Le bec {de sûreté se trouve ainsi dégagé automatiquement. Toutes ces armes sont entièrement faites à la machine, de sorte que les pièces sont rigoureusement interchangeables. Leurs formes ont été calculées de la façon la plus judicieuse et l’enmain est irréprochable.
- Le revolver Colt à extracteur fut breveté en Amérique,le 5 août 1884 (fig. 2, n° 3). Il utilise le renversement latéral du barillet, système qui a, comme nous le verrons, été adopté par les créateurs du revolver d’ordonnance modèle 1892, donné à tous les officiers de l’armée française. Il offre, s’il est bien compris, l’avantage de laisser à la carcasse de l’arme son unité.
- L’axe du barillet traversé par la tige de l’extracteur (qui, prolongée, vient se terminer sous le canon en une sorte de baguette) est relié à un pivot pris dans la console et, dès que le verrou placé près du tonnerre est dégagé, il peut se rabattre sur le côté gauche de l’arme. Il suffit alors d’appuyer sur la tête de l’extracteur pour expulser les douilles vides, et celui-ci est ensuite ramené dans sa position primi-par un ressort à boudin, de sorte qu’aucune saillie ne gêne plus le chargement qui est encore facilité.
- Nous ferons remarquer toutefois qu’une secousse un peu vive fait facilement sauter hors de leur logement les cartouches qui viennent d’être placées, rien, tant que l’arme est ouverte, ne s’opposant à leur échappement; et ce défaut, d’importance
- Fig. 1. — Revolvers de poche, à poudre sans fumée.
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- moindre pour le Colt spécialement destiné à la marine, devient très grave pour celles données à la cavalerie ou aux officiers montés, comme c’est le cas pour notre revolver modèle 1892 (fig. 2, nos 4et 5).
- Ce revolver, du calibre de 8 millimètres, est en effet à extracteur. On l’a pourtant muni d’une porte sur le côté droit, mais l’on est de suite amené à se demander quelle en est l’utilité réelle, car elle ne sert plus à l’introduction directe des cartouches et n’est qu’un verrou (trop grand) maintenant l’axe du barillet.
- Comme nous l’avons dit le système d’extraction est analogue à celui du Colt, le barillet se rabattant sur la droite de l’arme. La batterie n’est actionnée
- que par un seul ressort à deux branches, bien que le chien soit rebondissant. Ce chien est muni d’un percuteur articulé destiné en principe à éviter Ven-clouement, c’est-à-dire l’arrêt par suite de l’introduction fortuite d’un fragment du métal de l’amorce entre le percuteur et les parois de son logement, mais qui exige des amorces trop peu étoffées et dangereuses. Avec des amorces normales on s’exposerait à des ratés fréquents. D’ailleurs le profil de cette pièce offre plusieurs points de rupture et elle ne paraît être qu’une complication inutile, sinon nuisible.
- La portée de ce revolver, qui utilise une balle
- Fig. 2. — Revolvers modernes. —1. Revolver Galand à extracteur, ouvert. — 2. Revolver Smith et Wesson, ouvert. — 3. Revolver Colt, ouvert. — 1. Revolver d'ordonnance 1892, à extracteur. — 5. Le même, démonté, montrant la ténuité de la carcasse et de la table d epaulemeut. — 6. Revolver Galand (modèle 1891), à poudre sans fumée.
- genre Lebel, est très grande, mais il est regrettable que le surélèvement de la plate-bande ait entraîné l’exhaussement du guidon, qui est réellement trop saillant, étant donné surtout ses formes à arêtes vives, aux angles non adoucis. La culasse est entaillée et mise à jour pour le logement de petites pièces ; le cadre du cylindre est d’une ténuité excessive au point d’attache de la bande et de la table de culasse au-dessus du trou conique de percussion. Ce sont autant de défaits graves pour une arme de guerre qui avant tout doit être robuste, simple et pratique.
- C’est ce que M. Galand a cherché à palier en créant son modèle 1894 (fig. 2, n° 6). La porte sert effectivement au chargement et permet de réintroduire des cartouches après avoir expulsé du cylindre avec l’extracteur les douilles vides, le mode de
- chargement étant alors le même que celui décrit précédemment pour le modèle 1893, de façon que les cartouches, dès leur mise en place, sont indélogea-blcs et à l’abri des mouvements brusques produits par le trot du cheval ou toute autre cause.
- Les pièces logées dans la table de culasse sont supprimées et remplacées par une seule ; l’épaulement devient ainsi plus puissant et permet de charger les cartouches réglementaires avec de la poudre sans fumée qui donne à la balle blindée une vitesse initiale et une force de pénétration bien supérieures à celles obtenues avec la poudre noire, seule utilisable dans le modèle d’ordonnance 1892.
- Il paraît peu logique en effet de ne pas utiliser dans les revolvers la poudre sans fumée employée pour toutes les autres armes: canons, fusils de
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- LA NATURE.
- guerre, fusils de chasse, dits ù canons courts (spécialement construits dans ce but, étoffés et éprouvés en conséquence), alors surtout que le revolver est par excellence l’arme du danger immédiat et qu'il doit laisser au tireur tous ses moyens de défense, parmi lesquels la facilité de juger immédiatement de l’effet du coup tiré est de la plus grande importance.
- A côté des revolvers de guerre se sont toujours trouvées des armes destinées spécialement à la défense individuelle, et dénommées couramment « revolvers de poche ». Répondant à un but spécial, ils offrent certains caractères particuliers, mais ce fut presque uniquement par l’exiguïté des formes que l’on chercha tout d’abord à les rendre portatifs dans la vie civile. L’on arriva dans cette voie à créer des armes minuscules, véritables bijoux, mais qui manquent trop souvent de justesse et de portée.
- Là ne se bornèrent heureusement pas les efforts des armuriers dignes de ce nom. Adoptant les dimensions consacrées par l’expérience comme seules capables de donner au tir une efficacité réelle, tout en étant assez restreintes pour ne pas rendre encombrant un objet portatif par destination, ils cherchèrent à rendre ce port moins dangereux, en supprimant les trop nombreuses causes de départ accidentel, et créèrent les revolvers Ilammerless, c’est-à-dire à chien caché.
- Tel est le revolver spécial de la manufacture américaine Smith et Wesson, qui est muni d’un appareil de sûreté fonctionnant par la pression môme de la main qui saisit la poignée, et s’opposant, au repos, à toute percussion involontaire. Et aussi les deux modèles Galand, le « Tue-tue » et le « Velo-Dog », construits pour l’usage de la poudre sans fumée, ce qui leur donne une grande puissance remarquable (fig. J).
- Le premier ne pèse que 550 grammes, se charge à la poudre pyroxilée et lance une balle recouverte d’une chemise en maillechort qui perce une cuirasse, traverse dix centimètres de bois, tue deux hommes placés en file ou foudroie un bœuf. Le cylindre toujours immobilisé ne peut pivoter sans offrir une cartouche chargée à l’action du percuteur et l’arme est ainsi toujours prête à faire feu. Néanmoins elle ne peut partir inopinément, n’ayant ni porte, ni baguette, ni aspérité d’aucune sorte susceptible de s’accrocher. La balle blindée, tout en augmentant la force de pénétration, a permis la réduction du calibre ; la poudre pyroxylée, poudre très vive, a également autorisé le raccourcissement du canon. En portant ces réductions au maximum on a obtenu le second modèle, « Velo-Dog », qui ne pèse que 250 grammes et qui a 10 centimètres de longueur, bien que la puissance effective reste excellente.
- Telle est la situation actuelle de l’arme qui rend dans la vie civile et militaire des services inappréciables, et qui doit à l’industrie française d’être devenue l’une des merveilles de l’arquebuserie.
- A. Lasdrix.
- CHRONIQUE
- Achat de chevaux en Algérie par l’Italie. —
- On signale depuis quelque temps de nombreux achats faits par l’Italie en Algérie. Plus de 3000 chevaux et juments ont été embarqués rien que dans le port dejïône, et ces achats se répandent au point que des localités abondamment pourvues l’année dernière encore pour assurer le recrutement des remontes militaires de notre colonie, sont aujourd’hui dans l’impossibilité de fournir le moindre contingent. Cette nouvelle, qui nous arrive d’Algérie, cause, dit-on, un certain émoi dans les milieux officiels. Et cependant rien de plus logique. Le cheval algérien, lisons-nous dans le journal l'Éleveur, a été absolument rayé par le Ministère de la guerre des fournitures de la métropole. Après avoir décidé qu’aucun régiment de cavalerie de France ne serait monté en chevaux barbes ou algériens, selon la dénomination qu’on leur donne, ils ont cessé d'être attribués aux capitaines d’infanterie, pour qui ils étaient la meilleure des montures; les éleveurs privés de ces débouchés en ont cherché ailleurs. Quoi de plus naturel? Il n’y a rien à redire.
- Épuration de l'acier par la force centrifuge.
- — Depuis environ deux ans, les établissements sidérurgiques de ÎN’ykroppa, en Suède, utilisent avec succès un procédé d’épuration des lingots d’acier, basé sur l’emploi de la force centrifuge. Autour d’un arbre vertical est disposée une armature portant quatre bras sur chacun desquels est articulée une plate-forme munie de quatre lingotières; le tout est disposé de telle sorte que les lingotières restent dans la position verticale quand l’appareil est au repos, puis viennent s’incliner jusqu’à occuper des positions horizontales quand l’arbre est mis en mouvement de plus en plus rapide. La force centrifuge exerce une pression trente fois plus forte que celle duc à la colonne de métal en fusion contenue dans la lingo-tiôre ; sous l’action de cette pression, dit la Semaine industrielle, les gaz s’échappent et l’on obtient des lingots parfaitemenbsains. Ces procédés nous paraissent très intéressants et ils mériteraient d’ètre sérieusement étudiés et essayés.
- bicyclette et le service des signaux. —
- Les officiers chargés du service des signaux ont organisé une bicyclette pour faciliter la pose des fds télégraphiques et téléphoniques en campagne. Au lieu de porter le dévidoir dans une voiture à bras péniblement poussée par un homme, tandis qu’un autre était chargé du dévi-dage, on fixe ce dévidoir sur le devant d’une bicyclette disposée de manière que le fil se déroule par le mouvement en avant de la machine elle-même. — Un ingénieux mécanisme permet de relever avec la même vitesse, en l’enroulant sur une bobine, le fil précédemment posé sur le sol. On compte que cette machine rendra de très grands services en campagne. — En avant de la selle, une boîte d’outils est disposée sur le cadre, et en arrière, au-dessus de la roue motrice, est une autre boîte d’instruments télégraphiques et téléphoniques contenant tout ce qu’il faut pour établir une station en un point et à un moment quelconques. De sorte que le bicycliste peut à tout instant se mettre en communication avec le point d’où il est parti. Ce dispositif, nous dit la Revue du Cercle militaire, a été essayé avec beaucoup de succès au Texas et il va être adopté pour tout le personnel militaire chargé du service des signaux.
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- LA N AT U HL.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 septembre 1895. — Présidence de M. Fizeau.
- Un diamant noir de grosseur extraordinaire. — M. Moissan présente un échantillon de diamant noir d’une grosseur extraordinaire, qui constitue à ce titre un échantillon unique. L’aspect de cet objet est celui d’un caillou noir de la grosseur du poing; son poids est exactement de G30 grammes, soit environ de 3000 carats. Au prix marchand de 03 francs le carat, on voit que ce caillou a une valeur d’au moins 200 000 francs. Il a été découvert le 13 juillet dernier au Brésil, province de Bahia. C’est non seulement le plus gros diamant noir connu, mais c’est encore le plus beau; il possède la structure des carbonados obtenus par M. Moissan, en faisant cristalliser le charbon de sucre dans des culots de fonte ou d’argent, résultant d’un refroidissement brusque du métal fondu. Un moulage de cette pierre va être exécuté et remis au musée de minéralogie, car sa grande valeur la condamne à être réduite en fragments destinés aux usages industriels. Enfin, ce diamant noir a perdu par évaporation 19 grammes de son poids primitif ; aujourd’hui, il ne paraît plus renfermer d’eau.
- Le Congrès zoologique de Leyde. —M. Milne-Edwards donne un aperçu des travaux du troisième Congrès zoologique international qui vient d’étre tenu à Leyde. Les congressistes n’ont pas été moins de 250, dont 5(5 savants français, parmi lesquels MM. Perrier, Léon Vaillant, Filhol, Bouvier, du Muséum, Raphaël Blanchard, de la Faculté de médecine. Les communications intéressantes ont été nombreuses. Le Congrès s’est appliqué à unifier les travaux bibliographiques; dans ce but la création d’un organe centralisateur des recherches de ce genre a été décidée. M. Dubois a rapporté de Java et présenté au Congrès des débris humains trouvés dans le pliocène de cette île. Ces débris humains consistent en un fémur et un fragment de crâne. Bien que réduit à une calotte, ce dernier débris est du plus haut intérêt. L’auteur pense qu’il provient d’une espèce intermédiaire entre l’homme et le singe, à laquelle il donne, en conséquence, le nom expressif de pithecantropus erectus. Le crâne de cet être mystérieux est allongé et aplati; les arcades sourcilières sont très développées, circonstance qui devait contribuer à donner à la face du pithécantropus un aspect singulièrement bestial. M. Milne-Edwards se montre assez sceptique, de son propre aveu, sur les affinités de cet être préhistorique avec l’espèce humaine; il croit qu’il s’agit plutôt d’une espèce de singe inconnue. C’est aussi l’avis de M. le professeur Virchow, qui a procédé à une étude comparative des débris de Java par rapport aux grands anthropomorphes.
- Aperçu général de la science moderne. — M. Faye analyse un ouvrage de M. de Fonvielle inspiré par le discours de lord Salisbury à la séance d’inauguration de la (54e session de l’Association britannique. Lord Salisbury, dit M. Faye, a dessiné les limites de la science; il a produit une pièce hors ligne par la justesse des appréciations. M. de Fonvielle complète le tableau et passe en revue la théorie atomique, la spectroscopie, l’hypothèse de l’éther des physiciens, la durée des périodes géologiques, les découvertes de Herz, celles de M. Pasteur, etc. A l’analyse de l’intéressant ouvrage de M. de Fonvielle, donnée par M. Faye, M. Blanchard, le savant zoologiste, ajoute quelques considérations sur le transformisme. C’est une attaque en règle du système. Il y a, dit M. Blanchard, « quelque chose qui est à jamais fermé à l’entendement humain relativement au commencement de la
- vie. Si l’on admet des êtres inférieurs originels, d’où venaient-ils eux-mèmes, et qui leur avait donné la vie? Eussent-ils été réduits à une cellule que ce serait encore une chose aussi extraordinaire que cette création à laquelle je ne comprends rien. »
- Varia. — M. Lépine présente une Note sur la glyeo? surie résultant de la section de la moelle.
- Cil. DE VlLLEDECIL.
- LES CONSTRUCTIONS NAVALES AU JAPON
- Le docteur Francis Elgar a lu récemment, en présence des membres de la Société japonaise de Londres, une Note très remarquable sur cette question. Des chantiers dè construction de navires en acier et des ateliers de fabrication de machines marines se sont fondés dans Ce pays; et l’on peut prévoir que, dans quelques années, le Japon; cessant de devenir un client important pour l’Angleterre et autres contrées européennes, suffira non seulement, à ses propres besoins, mais deviendra même le rival de ses anciens fournisseurs. Les progrès accomplis sous cé rapport, depuis un quart de siècle, tiennent du prodige:
- Dans cette période, le Japon s’est créé une flotte comprenant 33 navires de guerre de toutes classes, parmi lesquels un cuirassé, le Fuso; trois croiseurs avec ceinture blindée à la flottaison; sept croiseurs modernes rapides, à pont cuirassé; six croiseurs en acier, non protégés, et un torpilleur de type moderne. L’un des croiseurs, le Yoshino, est peut-être le plus rapide du monde, ayant atteint 23 nœuds aux essais. Deux des croiseurs à 19 nœuds ont été construits au Japon, dans l’arsenal de Yokosuka. Le même arsenal a construit deux autres croiseurs d’un type perfectionné, à 20 nœuds, coque et machine; et un troisième est en construction à Kuré, près Hiroshima. Là flotte compte 40 torpilleurs, dont 1G construits dans le pays.
- Cette flotte vient, en outre, de s’accroître de 12 bâtiments pris à la Chine, dont deux cuirassés, le C/ten- Yuen et le Taï-Yuen; le garde-côtes cuirassé Sing-Yuen; le croiseur à pont protégé Kivang-Ting, et six canonnières delà classe Alpha-Bèta. Lorsque les bâtiments qui sont en chantier seront armés, que les prisés sur les Chinois seront réparées, le Japon sera Une vraie puissance navale. Les Japonais ont acquis, en matière de constructions navales, toutes les idées de progrès et les connaissances nécessaires à une nation maritime. M. Elgar, qui apprécie hautement les officiers de la marine japonaise, estime que leurs brillants’ succès récents sont dus à la bonne organisation, la discipline, l’instruction et la bravoure de leurs équipages, autant qu’à la science, à l’habileté et à la décision des commandants et des officiers. '
- Il estime que si les rôles avaient été renversés, c’est-à-dire que le Japon eut en mains la flotte des Chinois et ceux-ci celle des Japonais, l’avantage serait resté au Japon.
- Les mêmes progrès peuvent être constatés dans la marine de commerce. En octobre dernier, la Compagnie postale à vapeur possédait G0 navires, d’un tonnage total de 60 500 tonnes; cette compagnie entretient des lignes régulières sur Shanghaï, la Corée, le nord de la Chine et Bombay. Elle expédie occasionnellement des vapeurs sur Hong-Kong, llonolulu, et l’Australie. Deux autres compagnies ont un service de vapeurs entre la Chine et là Corée. La navigation côtière du Japon et le service entre les innombrables îles est fait sous pavillon japonais.
- Les compagnies de navigation diverses possédaient ensemble, en 1892, G43 vapeurs de 122 322 tonnes, et 778 voiliers de 45 994 tonnes; le nombre et le tonnage
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- de cette flotte de commerce s’accroît chaque année. Il y existait, en 1892, 53 chantiers de construction du type européen, avec 44 vapeurs à divers degrés d’avancement.
- Des vapeurs de dimension moyenne peuvent maintenant être construits au Japon à un prix bien inférieur à celui des constructions anglaises ; et il y a tout lieu de penser que ce pays deviendra en peu de temps un grand centre de constructions navales. Les Japonais, ditM. Elgar, ont toutes les qualités et les aptitudes voulues pour être d’excellents constructeurs de coques et de machines. Ils sont aussi intelligents que le meilleur mécanicien européen, et au moins aussi soigneux dans le fini du travail ; ils sont plus disciplinés, plus industrieux et plus laborieux. Les difficultés entre le capital et le travail, si nombreuses en Europe, sont inconnues au Japon.
- Le ministre du Japon, qui assistait à cette communication, dit que l'objet du gouvernement japonais a été la paix et le pacifique développement des ressources du pays.
- M. Elgar confirme ces paroles en ajoutant quo l’intérêt supérieur du Japon est de vivre en paix pour tirer tout le parti possible de ses richesses natives, développer son industrie naissante, son commerce extérieur, et améliorer les conditions d’existence de ses nationaux ; et il conclut en affirmant que l’influence croissante du Japon en Extrême-Orient ne sera jamais une menace contre la paix du monde A
- ARBRES EXTRAORDINAIRES
- LES CYPRÈS DE SCHIO, PRÈS DE VICEXCE (VÉNÉTIE)8
- La Nature a inséré précédemment, dans une Notice intitulée Les arbres extraordinaires, un article dans lequel le cyprès géant de Saint-Remy est décrit3.
- Le cyprès donné dans cet article avec une illustration est sans doute colossal ; mais le groupe de cyprès
- 1 D’après Engineering.
- 2 D’après une Note de 51. Guido Cibin.
- 5 Voy. n° 1031, du 4 mars 1893, p. 224.
- qui se trouve à Santorso, près de Schio (province de Yicenza), dans la propriété de M. Antonio Bertoncello, le dépasse en dimension ; les arbres que nous allons faire connaître sont encore plus remarquables.
- Ces cyprès sont au nombre de quatre et disposés sur deux lignes : il y en a trois d’un côté et un de l’autre; ils forment une allée couverte de 20 mètres de long (voy. la gravure ci-dessous). Les deux premiers, qui sont en tête de l’allée, ont l’un 54 mètres de hauteur environ, et le plus petit, qui, en compensation, est le plus touffu, a 20™,50. Les quatre ensemble couvrent une surface de plus de 110 mètres carrés ; le dernier, à lui seul, embrasse une surface de 40 mètres carrés.
- A l’origine, cette allée devait être complète (avec un même nombre d’arbres des deux côtés) : ce qui permet de le croire, c’est que, en 1878, du côté de la rangée où aujourd’hui il n’y a qu’un arbre, on voyait U11 cyprès abattu, coupé par la foudre quelques années avant, dont le tronc mesurait plus de 15 mètres de circonférence. En 1875 un des cyprès actuels fut penché pendant la nuit jusqu’à sa racine par un vent violent. Malgré cela, il se maintient robuste, vigoureux, et tend à se redresser.
- La tradition fait remonter ces cyprès à l’année 800 ; quoique ayant plusieurs siècles et se trouvant dans une localité battue parles vents, ces quatre colosses ont une végétation très saine ; leurs feuilles sont toujours en bon état. Le terrain sur lequel ils se sont développés est cependant très aride; même après de longues pluies, il n’y pousse pas un brin d’herbe.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.nsier
- L’allée des cyprès à Santorso, près de Yicence (Vénétie). (D’après une photographie.)
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 1166.
- 5 OCTOBRE 1895.
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- LA MORT DE M. PASTEUR
- La nouvelle de la mort de l’homme de génie et du créateur merveilleux auquel on doit tant de découvertes qui ont transformé nos industries, et se sont élevées jusqu’à rendre d’immenses services aux progrès de la physiologie, et à créer des méthodes nouvelles aussi étonnantes que fructueuses dans la médecine, dans les opérations chi-
- rurgicales et dans les procédés thérapeutiques, a soulevé une émotion générale, non seulement en France, mais, on peut le dire, dans le monde entier. Car M. Pasteur n’était pas seulement l’un des plus remarquables iêhimistes de notre époque, mais les lois qu’il a su mettre au jour, au grand profit de l’humanité souffrante, sont un bienfait qui n’a jamais été égalé.
- Nous ajouterons que l’illustre savant était doué d’un des plus beaux caractères qui aient existé; il brillait par la noblesse de ses sentiments, par la générosité et la bienveillance de son cœur ; il avait un amour profond pour sa Pa-
- trie, un désintéressement rare, car il ne voulait rien recevoir pour ses cures et ses traitements multipliés pour la rage; sa passion dominante était, comme il l’a dit lui-même, celle de défendre la Vérité. Les douleurs et les maux de l'humanité lui inspiraient la plus noble pitié et contribuaient à faire jaillir dans son grand esprit l’inspiration des idées nouvelles.
- Il ne nous est pas possible de résumer ici les travaux de M. Pasteur, ni l’histoire de ses œuvres, mais tous ceux qui voudront se rappeler ce qui lui est du dans la reconnaissance et l’admiration de ses
- concitoyens, n’ont qu’à lire ses Mémoires, ses livres, les publications de ses Notes à l’Académie, de ses conférences et des discours et des allocutions qu’il a prononcés, souvent avec éloquence, dans les réunions nombreuses où des hommages, qu’il méritait si bien, lui étaient rendus.
- M. Pasteur a été, à la fin de sa vie, bien récompensé par la vénération et l’admiration dont il se voyait entouré. Un se rappelle son jubilé, qui a eu
- lieu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le 2 7 décembre 1892, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de sa naissance1. Pour faire ressortir la valeur de ses sentiments, rien n’est mieux que de reproduire quelques-unes de ses paroles adressées à une réunion formée d’hommes les plus éminents dans la science, dans les lettres et dans les arts.
- Quand M. Pasteur entra dans l’amphithéâtre de la Sorbonne, les acclamations des assistants retentirent avec un tel enthousiasme que l’illustre maître en versait des larmes.Nous donnons ici, en souvenir de cette solennité, la première partie du discours qui fut lu par son fils,
- et qui n’a pas encore été publiée dans La Nature :
- « À travers cet éclat, ma première pensée se reporte avec mélancolie vers le souvenir de tant d’hommes de science qui n’ont connu que des épreuves. Dans le passé, ils eurent à lutter contre les préjugés qui étouffaient leurs idées. Ces préjugés vaincus, ils se heurtèrent à des obstacles et des difficultés de toutes sortes.
- « 11 v a peu d’années encore, avant que les pouvoirs publics et le Conseil municipal eussent donné à la science 1 Nous rappellerons ici l’article que nous avons fait paraître sur le Jubile de M. Pasteur, dans le nO/1022, du 31 décembre 1892, p. 65.
- l’n portrait de M. Pasteur, né à Dole (Jura), le 22 décembre 1822; mort à Garcbcs (S.-et-O.), le 28 septembre 1895. (D’après une photographie de Nadar.)
- 23* année.
- 2* semestre.
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- LA NATURE'.
- de magnifiques demeures, un homme que j’ai tant aimé et admiré, Claude Bernard, n’avait pour laboratoire, à quelques pas d’ici, qu’une cave humide et basse. Peut-être est-ce là qu’il fut atteint de la maladie qui l’emporta! En apprenant ce que vous me réserviez ici, son souvenir s’est levé tout d’abord devant mon esprit : je salue cette grande mémoire.
- « Messieurs, par une pensée ingénieuse et délicate, il semble que vous avez vouîufaire passer sous mes yeux ma vie tout entière, lin de mes compatriotes du Jura, le maire de la ville de Dole, m’a apporté la photographie de la maison très humble où ont vécu si difficilement mon père et ma mère. La présence de tous les élèves de l’Ecole normale me rappelle l’éblouissement de mes premiers enthousiasmes scientifiques. Les représentants de la Faculté de Lille évoquent pour moi mes premières éludes sur la cristallographie et les fermentations qui m’ont ouvert tout un monde nouveau. De quelles espérances je fus saisi quand je pressentis qu’il y avait des lois derrière tant de phénomènes obscurs ! Par quelle série de déductions il m’a été permis, en disciple de la méthode expérimentale, d’arriver aux études physiologiques, vous en avez été témoins, mes chers confrères. Si parfois j’ai troublé le calme de nos Académies par des discussions un peu vives, c’est que je défendais passionnément la vérité. »
- Les premiers travaux de M. Pasteur ont eu une importance prépondérante dans un grand nombre d’industries, et ce qu’il y a de plus remarquable dans ses recherches, c’est la méthode qui l’a guidé dans ses expériences. Il a trouvé que les phénomènes de fermentation étaient toujours dus à l’action d’un organisme spécial, à un être microscopique vivant, à un microbe apporté par des éléments extérieurs. Une fois la cause trouvée, il cherchait le remède et toujours arrivait au succès. C’est ainsi qu’il a triomphé de la maladie des vers à soie qui ruinait de grandes industries, qu’il a apporté des documents précieux aux fabricants des conserves alimentaires et des brasseurs qui utilisent les fermentations dans leurs productions; c’est à Pasteur que l’on doit les méthodes de pansement ouaté, créées par Guérin, et développées par le grand chirurgien anglais Lister; ces méthodes de pansement, qui préservent les plaies du contact des organismes dont la purulence est le résultat, ont transformé la chirurgie. C’est encore à lui que l’on doit le traitement de la rage, qui a élevé sa gloire à son apogée*.
- Les obsèques de l’éminent penseur et du grand bienfaiteur, auront lieu samedi 5 octobre 1895.
- Gaston Tissandier.
- 1 Nos lecteurs qui voudront connaître ces grands travaux les trouveront dans l’excellent livre de M. Yallery Radot : M. Pasteur, Histoire d'un savant, parmi ignorant (JJetzel). La Nature a souvent parlé de M. Pasteur et de ses travaux. Yoici l'énumération des articles que nous avons publiés :
- Les maladies virulentes. Le choléra des poules. (1880, t. I, p. 214, 226, 342.) — Le Laboratoire de M. Pasteur à propos de ses récentes études sur la rage. (1884, t. I, p. 247.)
- .— M. Pasteur et,le traitement de la rage. (1886,1.1, p. 211, 401.)
- — Pasteurisation de la bière en bouteilles. (1887, t. II, p. 09 )
- — Sur la destruction des lapins en Australie et dans la Nouvelle-Zélande. (1888, t. I, p. 262.) — L’Institut Pasteur. (1888, t. II, p. 402; 1889,1.1, p. 65, 422,) — M Pasteur. (1892, t. I. p. 168.)— Le jubilé de M. Pasteur. (1893, t. I, p. 65.)
- CRÉATION D’UN RÉPERTOIRE
- BIBLIOGRAPHIQUE INTERNATIONAL ET UNIVERSEL
- Une conférence internationale s’est réunie à Bruxelles du 2 au 4 septembre 1895 pour étudier la possibilité de créer un répertoire qui comprendrait l’indication des ouvrages parus dans tous les temps et dans tous les pays, (ainsi que de tous les articles parus dans les revues.
- L’utilité que présenterait un semblable répertoire est évidente et il n’y a pas lieu de la démontrer.
- Mais, d’abord, existe-t-il un mode de classification qui permette de répondre à tous les besoins d’une entreprise aussi vaste? Après étude, la conférence a reconnu que la classification décimale de Melvil Dewey, sans être ab-solumentparfaite, satisfait à tous les besoins de la pratique. Dans cette classification, chaque division ou subdivision est représentée par un nombre de plusieurs chiffres dont chacun a sa signification propre, conformément à des conventions déjà adoptées en Amérique depuis dix-sept ans. Cette notation symbolique par chiffres présente de grands avantages au point de vue de l’internationalité.
- Il va sans dire que le Répertoire serait constitué par des fiches, seul système qui permette les intercalations sans lesquelles aucun ordre ne peut être conservé.
- Le SYstème a été appliqué à Bruxelles sur une question spéciale, la bibliographie des sciences sociologiques, par MM. Lafontaine et Otlet, et l’expérience a montré qu’il est d’une application réellement pratique.
- La conférence a pensé que pour arriver à la réalisation du projet qu’elle étudiait il fallait obtenir la création d’un Office international de bibliographie qui, fondé après une entente intergouvemementale, serait subventionné par toutes les nations qui ont intérêt’ à la création du répertoire. Il y a là un point difficile qui est de nature à retarder la création de cet Office.
- Il semble toutefois que la question marche plus, rapidement qu’on n’eût pu l’espérer : par un récent arrêté, le roi des Belges a décidé la création immédiate d’un Office international de bibliographie sur lequel nous ne sommes pas absolument renseigné;, mais qui doit certainement être destiné à commencer le travail pour la réalisation du Répertoire bibliographique. C. M. G.
- FOUDRE GLOBULAIRE
- M. G. M. Ryan rapporte, dans Nature, un cas de foudre globulaire observé à Karachi, dans le Sindh. Étant dans un salon avec deux amis qui s’abritaient contre un orage, il se leva, et alla ouvrir une porte (les ouvertures étant fermées). En revenant, il aperçut une boule de feu en l’air, entre ses amis, ayant les dimensions de la lune. Aussitôt, un formidable coup de tonnerre éclata, produisant un bruit semblable à celui du canon. Deux des spectateurs furent légèrement blessés ; l’un éprouva une douleur aiguë du côté gauche dé la face, l’autre une commotion dans un bras, avec l’impression que ses cheveux brûlaient. Une forte odeur de soufre se dégagea. Dans la chambre voisine, se trouvaient deux carabines dans leur étui. L’une resta intacte, mais l’autre fut fracassée, et au point où la bouche s’accotait au mur, il y avait un trou ; le même mur à l’étage supérieur, était percé en deux endroits. Personne n’a pu dire par où est venu le météore, et par quel lieu il est disparu.
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- LES EXPÉDITIONS POLAIRES
- TERRESTRES
- Trois expéditions cherchent en ce moment à gagner le pôle Nord, qui nous ,a déjà coûté tant de vies précieuses inutilement sacrifiées. Yerrons-nous cette années le succès de ces héroïques efforts? Cesserait •pour, le siècle qui finit un nouveau et glorieux triomphe à ajouter à tous ceux qu’il possède déjà à son actif. A vrai dire, nous le désirons plus que nous n’osons l'espérer. Mais ces tentatives montrent quelles sont la puissance et l’endurance de l’homme ; à ce titre nous ne pouvons que les suivre avec le plus vif intérêt.
- Trois hommes, un Norvégien, un Américain et un Anglais^ le I)1'Nansen, le lieutenant Peary et M:Jackson, ont préparé et dirigent ces expéditions.
- Nous avons déjà parlé dans La Nature de Nansen. Il croit, et certains indices permettent de souscrire à son opinion, que la mer est libre autour du pôle. Nous avons dit la solide construction de son navire Fram et sa conviction que non seulement il ne serait pas broyé parles glaces, mais qu’il serait porté par elles vers le but à atteindre. Garder une retraite a toujours été la devise des navigateurs prudents sur ces mers dangereuses et semées de vies humaines. C’est malheureusement un conseil que Nansen a oublié. Si son vaisseau est brisé, il n’a aucun dépôt pour ravitailler ses hommes, aucun secours à espérer! Récemment des Esquimaux ont raconté avoir aperçu dans le cercle Arctique un vaisseau qui ressemblait au Fram, à .raison de la faible hauteur des mâts; mais les vaillants baleiniers étendent parfois jusque-là leurs excursions. Cette nouvelle, d’ailleurs, colportée par les Esquimaux, n’a pas été confirmée, et, sans la rejeter absolument, nous avouons n’y pas attacher une grande confiance.
- C’est par la terre ferme que le lieutenant Peary et M. Jackson prétendent arriver au but, et s’il m’est permis d’émettre une opinion, c’est par la terre ferme que le succès, s’il est possible, ce dont il est toujours permis de douter, sera atteint. L’expédition du premier sur la côte nord du Groenland est une des plus belles effectuées jusqu’ici. Sera-t-il aussi heureux cette année? C’est ce que l’avenir, et un avenir prochain, nous dira.
- J’achevais à peine ces lignes que des télégrammes nous annonçaient un insuccès complet. Peary était parti à la fin de mars de Bowden Bay, se dirigeant vers lé nord, au moment où le long et triste hiver de ces régions prenait fin. Il emmenait avec lui un Américain, M. Lee, quelques Esquimaux, des traîneaux et 49 chiens dressés à l’attelage. Us arrivèrent avec difficulté à Indépendance Ray; là ils rencontrèrent un pic élevé et d’immenses précipices qui leur barraient le chemin. Près de là, ils avaient établi, en 1894, un dépôt de vivres. Pour comble de malheur, malgré de longues et fatigantes recherches, ils ne purent le retrouver. Il fallut continuer la
- marche avec des rations réduites et bientôt les souffrances devinrent Intenses'. On dut placer M. Lee sur un traîneau et tuer les chiens les plus malingres pour nourrir, leurs compagnons. La faihine.la plus complète les menaçait, lorsqu’ils aperçurent une horde dé bœufs musqués, et Peary put en tuer huit.: Cet heureux hasard leur sauvait la vie.. Le 25 juin les explorateurs atteignirent Bowden Lodge, on les, a Rendait le Kite, envoyé à leur secours. Un seul chien vivait encore; les provisions étaient complètement épuisées et ils avaient dû faire sans nourriture les derniers 21 miles qui les séparaient encore de la mer.
- L’expédition de M. Jackson a été organisée avec une extrême munificence par M. llarmsworth. Son vaisseau le Windward l’a débarqué sur la terre François-Joseph et c’est là qu’il doit revenir le chercher. Disons tout de suite que faillirai Markham, le plus éminent des explorateurs arctiques encore vivants, approuve cette tentative et en a tracé entièrement l’itinéraire.
- Jackson a débarqué sans encombre des vivres en quantité suffisante pour nourrir, pendant quatre ans, ses compagnons et lui. La viande de soixante-sept ours qu’ils sont parvenus à tuer est venue s’ajouter au stock. Toutes ces provisions sont renfermées dans des magasins assez solidement construits pour résister aux éléments déchaînés dans ces régions désolées et aux déprédations des ours, nombreux dans ces parages. La demeure où ils viendront se reposer est plus solide encore. Jackson est en marche et les dernières nouvelles que l’on a de lui, les dernières que l’on peut avoir jusqu’à la réussite finale ou à l’échec final, nous apprennent qu’il a pu établir un second dépôt à 100 miles plus au nord, à 10° seulement du pôle. Que Ton calcule le nombre de voyages nécessaires pour transporter à une telle distance, à travers des,neiges accumulées et des montagnes de glace, les'vivres, les vêtements de rechange, les instruments d’observation, les outils, tous les impedimenta d’une semblable expédition, et pour revenir chaque fois au quartier- général, et on aura une faible idée de l’énergie et delà patience que possèdent de tels hommes.
- C’est en établissant successivement de semblables dépôts que Jackson compte avancer peu à peu vers le but. C’est devant le manque de vivres que Peary a échoué; son rival sera-t-il plus heureux? Nous sommes assurés par ceux qui le connaissent que tout ce que peut donner l’intelligence humaine, tout ce que peut donner l’intrépidité humaine, sera mis en œuvre pour le succès. Le Windivard rapporte en Angleterre les premiers journaux de Jackson, le récit de ses premières luttes et de ses premières difficultés. Ces journaux vont être immédiatement publiés, m’écrit-on. Nous y reviendrons à ce moment, mais n’attendons pas jusque-là pour envoyer à ces héros de la science nos vœux et nos espérances, si faibles que ces dernières puissent être.
- Mis de Nadaillac.
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- LA NAT LUE.
- INDUSTRIE DE LA LAQUE
- Origine de la laque. — La laque, improprement appelée gomme-laque, est produite de deux manières bien différentes : lupar la piqûre de certains insectes sur diverses espèces de végétaux, comme la laque de l’Inde, de Perse et de Madagascar ; 2° par l’incision laite à certains arbres résineux, tels que le laque de Chine et du Japon.
- Laque de l'Inde. — La laque des Indes se récolte sur des arbres de genres très différents : figuier des pagodes, banian, jujubier, butée touffue, quelques acacias, le croton. Elle se forme sous l’influence de la piqûre d’un insecte hémiptère, le Car ter ia lacca ou Coccus lacca. C’est un gallinsecte du genre de la Cochenille, ressemblant à un Pou rouge, venant, au moment de la ponte, se fixer en grand nombre sur les jeunes rameaux des végétaux ci-dessus. Ces insectes sécrètent une matière résineuse et cireuse qui se solidifie en emprisonnant les insectes et forme une croûte épaisse couvrant l’épiderme du rameau attaqué. La ponte s’effectue pendant cette transformation; la femelle meurt et son corps devient une vésicule remplie d’un liquide rougeâtre destiné à la nourriture des larves. Chaque femelle pond vingt œufs, qui deviennent larves et insectes parfaits, et s'échappent de la couche résineuse.
- La récolte de la laque se fait en recueillant les rameaux sur lesquels,clic se trouve, avant la transformation des larves en insectes parfaits. La laque est livrée au commerce en bâtons, en grains, en écailles, en feuilles et en fils. La laque en bâtons est le produit naturel. Ce produit adhère encore au rameau sur lequel il a pris naissance. La laque en grains n’est que la précédente brisée par fragments et séparée du rameau ; quelquefois ce sont des morceaux tombés de ce rameau et recueillis précieusement. La laque en plaques ou en feuilles résulte de la fusion des premières. Voici comment elle se prépare. La laque en bâtons est brisée pour la débarrasser du plus gros des impuretés qu’elle contient (fragments d’écorces, de bois, etc.). On la met dans des cuves avec de l’eau, dans laquelle les Indiens la broient avec les pieds pour bien la laver ; on renou-
- velle l’eau jusqu’à ce que celle-ci sorte claire (fig. 3). On fait bouillir la laque lavée avec de l’eau alcaline pour dissoudre la couleur qu’elle renferme. La résine amollie et fondue monte à la surface du bain, tandis que la couleur ou lac-dye est recueillie par décantation et sert à la teinture des maroquins et des laines de cachemire. La laque en pâte est mise dans un sac en tissu de coton clair, long et étroit, que deux Indiens tiennent par chaque bout et tordent, en l’exposant à un feu vif allumé dans une grille libre (fig. A). La laque passe à travers la toile et tombe dans une auge en bois de forme allongée.
- Un Indien puise dans cette auge avec une poche en bois et verse la laque liquide sur des rouleaux en cuivre, sous forme d’une couche mince. Avant que la laque soit complètement desséchée, on brise la feuille en écailles irrégulières, que l’on soumet à une pression modérée. Ces écailles sont très minces, transparentes, cassantes et d’un reflet doré. La laque en fils n’est que de la laque étirée lorsqu’elle est fondue à consistance pâteuse. Dans le commerce, on distingue la laque brune, rouge et blonde. La différence entre
- ces laques ne provient que de leur degré de décoloration, par la liqueur alcaline, comme nous venons de le dire.
- Pour avoir la laque blanche, il faut avoir recours à un traitement chimique par les alcalis et au blanchiment par les hypochlori tes alcalins purs ou additionnés d’acides faibles ou d’eau oxygénée. La laque du Guatemala a une origine identique à la laque des Indes. La laque de Madagascar est produite par le Gascardia Madagascariensis vivant sur un arbre delà famille des Lauracées. Cette laque est en masses sphériques ou ovoïdes (fig. 2), traversées par une branche suivant leur plus grand axe; leur grosseur atteint celle d’un œuf de pigeon; elle est jaune grisâtre. Sa composition est semblable à celle de l’Inde.
- Laque de Chine et du Japon. — La laque de Chine et du Japon est produite par des incisions faites dans le tronc de l’arbre à laque ou sumac vernis (Rhus vernicifera), appelé Wrushi par les Japonais. Cet arbre est reproduit par bouture ou par semence; il ne donne de la laque qu’après huit à dix ans. La récolte se fait ainsi : à 50 centimètres
- Fig. 1. — Outils et appareils pour le travail île la laque. — !S° 1. Couteaux arrondis. — iS° 2. Couteaux. — N” 5. Tube en bambou pour recueillir la laque. — N° 4. Tonneau pour la laque. — N° 5. Autre couteau arrondi.
- Fig. 2. — Laque de Madagascar.
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- de la terre, on gratte la partie supérieure de l’écorce avec un couteau (fig. 1, n° 2) sur une largeur de 3 centimètres et une longueur de 6 centimètres. Avec l’un des instruments (fig. 1, n° 1), on fait des
- incisions de 12 millimètres de largeur, dans le sens horizontal, dans l’épaisseur de l’écorce; avec la pointe qui se trouve au dos de l’outil, on fait d’autres incisions. Quatre jours après les incisions,la laque sort
- Fig. 3. — Lavage île la laque.
- de l’arbre et on la recueille avec une lame de bois On la met dans le tube en bambou (fig. 1, n° 3). On enlève la laque à cinq ou six arbres, et on revient au premier, auquel on fait une incision au-dessus des autres, et ainsi de suite pour les autres.
- Il faut enlever la laque le plus tôt possible dès sa sortie, sans quoi elle brunit à l’air et devient même noire. Dans une journée, un ouvrier peut saigner deux cents arbres. Un arbre de 15 à 20 centimètres de circonférence produit, par saison, 90 à 95 grammes de vernis. Le vernis de première qualité est recueilli de mai à octobre ; c’est pendant cette époque que les arbres produisent le plus; pendant le mois d'octobre, la laque est de seconde qualité. Le vernis
- Fig. 4. Épuration de la laque.
- qui sort des branches est recueilli avec un couteau spécial (fig. 1, n°5). Des tubes de bambou, le vernis
- est versé dans un tonneau (fig. 1, n° 4) pouvant en contenir 9 kilogrammes. La laque est emmagasinée dans un tonneau semblable, mais pouvant en contenir 30 kilogrammes.
- Lorsque l’arbre ne donne plus de vernis, on coupe les branches, que l’on débite en morceaux de 1 mètre de longueur et que l’on attache en paquets. Après un séchage de trois à quatre jours au soleil, on met tremper ces branches cinq à six jours dans l’eau froide et on les incise avec un couteau, en forme de tire-bouchon. Le suc qui s’écoule est recueilli dans le tonneau. C’est la laque de troisième qualité. La laque se con-
- Fig. S. — Préparation des laques colorées au Japon. — N* 1. Bassine. — N* 2. Pelle de mélange. — N* 3. Manière d’opérer. — N° 4. Rameau montrant les incisions.
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- LA NATURE.
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- serve'dans le grand tonneau, que Ton ferme bien hermétiquement. Au Japon et en Chine, on connaît une centaine de variétés de laques, que Ton utilise pour le laquage des objets, comme nous l'expliquerons dans un prochain article. On la mélange avec de la limaille de fer ou d’acier pour former une peinture que Ton emploie ,pour enduire le hois et imiter l’ardoise. Une variété de laque se prépare ainsi : on mélange 575 grammes de laque, 75 grammes d’huile, on passe le tout au travers d’une toile et on ajoute 50 grammes de limaille de fer. La laque rouge est obtenue en mêlant à la laque de l’huile, du vermillon et de l’extrait de Gardénia florida.
- Les laques de couleur s'obtiennent en mélangeant des poudres colorées à la laque ordinaire. La laque noire est obtenue en exposant la laque ordinaire au soleil, dans un baquet rond en bois (fig. 5, n° 1), que Ton place dans.une position oblique (fig. 5, n° 5). Pendant ce temps, un ouvrier remue cette laque avec une spatule (fig. 5, n° 2), en ayant soin d’y ajouter un peu de limaille de fer. La laque de Chine est produite parle môme arbre, appelé Tsi (fig. 5, n° 4).
- En Cochinchine on récolte la laque connue en Extrême-Orient sous le nom de Caydau.
- Usages. — La laque ,est employée en tabletterie, marqueterie, ébénisteri'e, pour le laquage, pour préparer des vernis, des colles, des apprêts, etc.
- A.-M. Villon.
- LES DISTRIBUTIONS D’EAU
- PAR MOTEURS A VAPEUR ET A GAZ
- Les distributions d’eau dans les villes ont une importance considérable, comme on le sait, et contribuent largement aux progrès de l’hygiène et de l’assainissement. Une distribution d’eau nécessite en général le secours d’une force motrice qui actionne les pompes foulantes et refoulantes. Jusqu’à ces dernières années on ne disposait pour ces services que des moteurs à vapeur ou des chutes d’eau ; on commence à utiliser depuis quelques années les moteurs à gaz ordinaire, à gaz pauvre et à pétrole. Nous empruntons à ce sujet quelques renseignements à une très intéressante conférence faite par M. Munzel au groupe de Cologne de l’Association des ingénieurs allemands et reproduite dans lé Bulletin du mois de juillet 1895 delà Société des ingénieurs civils de France. Les moteurs à gaz et à pétrole offrent sur les moteurs à vapeur l’avantage de réduire beaucoup l’espace nécessaire. Le moteur à pétrole .permet d’assurer l’indépendance en n’exigeant pas la présence d’une distribution de gaz. Il est possible, grâce à ces derniers moteurs, d’installer des usines élévatoires dans des endroits où il n’était pas permis d’y songer en n’avant recours qu’à la vapeur ou aux moteurs à gaz»
- Les moteurs à gaz ont aujourd’hui des puissances comparables aux puissances des-moteurs à vapeur. Le fonctionnement donne toute sécurité ainsi que la durée. La fabrique de moteurs à gaz de Deutz a fourni des machines jusqu’à 60 chevaux qui ont plus de dix1 ans de service, et qui n’ont demandé jusqu’ici que de petites réparations. Une installation de plusieurs moteurs à'gaz dans le même local ne demande qu’un mécanicien pour la conduite. Le moteur à gaz peut se mettre très rapidement en marche;
- une puissante élévation d'eau peut donc être mise en activité en .peu.de temps, ce qui est très important dans le cas d’un incendie. M. Munzel fait également remarquer à juste, raison que l’emploi du gaz à l’élévation d’eau se combine avantageusement avec la production de gaz, en ce qu’on peut faire le travail courant dans la journée, où la consommation de gaz est nulle, et le suspendre pendant les heures d’éclairage. La production de gaz est donc également bien utilisée pendant la journée aussi bien que pendant la soirée.
- M. Munzel fait ensuite une étude historique détaillée des différentes installations réalisées jusqu’à ce jour en Allemagne. Les moteurs à gaz sont utilisés à Duren et à Ouedlinburg depuis 1884, à Rottwill et Coblentz depuis 1886, à Furlh et Peine depuis 1887, et à Carlsruhe et Munster depuis 1888. Avec une exploitation de cette durée, on a donc des éléments sérieux d’appréciation. Dans plusieurs installations, on a employé simultanément les moteurs à vapeur et les moteurs à gaz, en augmentant la puissance de l’installation à l’aide de ces derniers. Les engrenages dans les transmissions entre moteurs et pompes ont été modifiés et même remplacés dans quelques cas pour éviter les bruits produits.
- Dans certaines distributions d’eau, notamment à Munster et à Bâle, on a établi des moteurs à gaz pauvre, qui nécessitent alors un espace beaucoup plus considérable que les moteurs à gaz ordinaires, surtout pour l’installation des gazogènes. A Bâle les moteurs à gaz ont été installés en supplément des machines à vapeur ; on a pris ces appareils en raison du prix très peu élevé du coke dans la localité.
- Le rendement des diverses distributions d’eau par moteur à gaz est calculé, en kilogrammètres, déterminés par la quantité d’eau montée à une certaine hauteur, par mètre cube de • gaz consommé. Les principaux, résultats obtenus jusqu’ici ont été les suivants; les installations sont citées par ordre d’ancienneté :
- Nombre Puissance Kilogrammètres
- Villes de de chacun par mètre cube
- mo leurs en chevaux de gaz
- Duren. . . . . 2 40 231500
- Quedlinburg. . 2 15 240 500
- Coblentz.. . . 5 40 264 000
- Furth. . . . . 2 40 264 000
- Carlsruhe. . . 2 50 259 000
- Kettwig. . . . 1 15 231000
- Einberk. . . . 2 10 235500
- Bingen. . . . 2 12 255 000
- Gôttingen. . . 1 10 257 000
- Meissen. . . . 2 50 344 000
- Constance. . . 1 10 548 500
- On remarquera les progrès considérables obtenus dans
- les deux dernières installations, qui sont de date récente, Pour une même puissance, le rendement est monté de 259 000 à 544 000 kilogrammètres par mètre cube de gaz. A Munster, avec les moteurs à gaz pauvre, on a trouvé en 10 heures une dépense de 85 kilogrammes de coke et 200 kilogrammes d’anthracite: ce qui correspond à un rendement de 227 800 kilogrammètres par kilogramme de combustible ; . avec da machine à vapeür, pour le même travail, la dépense du même combustible était trois fois plus élevée, fies moteurs à gazoline de Rothenbourg ont fourni 488;000 kilogrammètres.par kilogramme de gazoline, et les moteurs à pétrole de Hohenstein ont fourni 524 600 kilogrammètres par kilogramme de pétrole.
- .1. L.
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- LE CHEMIN DE FER TRANSSIBÉRIEN
- Silencieusement et sans éclat s’accomplit actuellement, en Asie, une œuvre (le première importance : la construction du chemin de 1er transsibérien. Une fois terminée, cette voie ferrée dépassera en longueur toutes celles qui existent sur le globe. Elle se développera, en eflet, sur une longueur de 7560 kilomètres, de Tchéliabinsk, son point initial, à Vladivostok, son point terminus, tandis que la longueur du Transcanadien, seul digne de lui être comparé, n’atteint entre Montréal et Vancouver que 4600 kilomètres.
- D’autre part, le Transsibérien influera gravement sur les rapports économiques et politiques des États d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Cette œuvre grandiose mérite donc qu’on s’v arrête, et le tracé de la ligne, les travaux que nécessitera sa construction, comme les motifs qui ont déterminé le gouvernement russe à l’entreprendre, doivent retenir un instant l’attention.
- Depuis cette'année 157-9, où le Cosaque Yermak, à la tête d’une bande dé 850 aventuriers dé toute origine, dé Russes et de Cosaques, d’Allemands et de Polonais, s’était avancé victorieusement jusqu’à l’Obi, et avait donné une dernière satisfaction au vieil Ivan le Terrible en ajoutant un nouveau royaume à ses précédentes conquêtes, les Russes s’étaient peu à peu emparés de toute la Sibérie : marche lente mais sure, terminée seulement en 1858 par la prise de possession des régions que baigne le fleuve Amour.
- Longtemps cet immense domaine fut délaissé par le gouvernement des tsars. Sa situation de colonie pénitentiaire lui donnait auprès des Russes un fâcheux renom, et les quelques rares colons libres qui se risquaient à y émigrer se fondaient parmi les indigènes. Bien loin d’élever jusqu’à leur niveau de civilisation les populations dont ils étaient entourés, ils s’abaissaient jusqu’au leur et retombaient dans la barbarie. Cependant, il y a une cinquantaine d’années, ce pays commença à solliciter davantage l’attention, et on s’avisa bientôt que la création d’une grande voie de communication le rattachant à l’Europe était la condition même de son développement. Le trakt, cette route carrossable qui se déroule de Perm à Kiakta, sur la frontière chinoise, contribuait déjà sans doute à la prospérité de la Sibérie, mais pour tous ceux qui s’intéressaient à l’avenir du pays, comte Mouraviev, général Bogdanovitch, négociant Lioubimov, cette route devait être remplacée ou plutôt doublée par une voie ferrée. Depuis trente ans, bien des projets de transsibérien ont été mis en avant. Enfin,'lè 21 février 1891, le tsar Alexandre III adoptait le tracé qu’on exécute actuellement.
- Le Transsibérien se rattache à Tchéliabinsk au réseau des chemins de fer russes. Il prolonge la ligne Moscou-R iazan-Riajsk-Samara-Oufa. Il se dirige d’abord directement vers l’est, en traversant les plaines qu’arrosent le Tobol, l’Irtych et l’Obi. À partir
- de Krasnoïarsk, la ligne s’infléchit vers le sud-est pour gagner Irkoutsk (fig. 1). Elle doit contourner ensuite l’extrémité méridionale du lac Baïkal, longer sur une certaine distance sa rive orientale, puis se diriger franchement vers le nord-est. Elle suivra alors les vallées de l’ingoda, de la Chilka et de l’Amour. Mais la topographie de ces régions est encore trop peu connue pour qu’on ait pu arrêter un tracé définitif. A Khabarovka, la ligne quittera la vallée de l’Amour pour remonter celle de l’Ous-souri et gagner Vladivostok.
- On remarquera que la voie ne sort pas du territoire russe. On avait pensé à la faire courir pendant une certaine distance sur le territoire chinois. Le grand coude décrit vers le nord, à partir du lac Baïkal, aurait ainsi été évité. De très bons rapports existant entre la cour de Pétcrsbourg et celle de Péking, on put croire un instant que le grand chemin de fer asiatique serait partiellement russe et partiellement chinois. Mais les considérations stratégiques ont fini par prévaloir, et cette voie ferrée pouvant servir un jour surtout au renforcement des garnisons russes, on a préféré l’établir uniquement sur territoire russe.
- On observera aussi que la ligne ne partage pas la Sibérie en deux moitiés égales. Elle se développe complètement dans la partie méridionale. Une section importante longe même la frontière chinoise. Ce tracé a été adopté parce que c’est surtout au sud de la Sibérie que se rencontrent les districts miniers. Mais il y a encore une autre raison. Dans la plus grande partie du pays, le sol reste gelé presque toute l’année. En été, il est vrai, la couche supérieure dégèle et la croûte dure et incassable s’amollit. Mais elle se transforme alors en une masse boueuse. Essayer de poser les traverses sur un sol de conditions physiques aussi fâcheuses eût constitué une grave imprudence. Il fallait, de toute nécessité, établir la ligne sur un terrain à la fois plus friable en hiver, plus solide en été, c’est-à-dire au sud de la lisière du sol perpétuellement gelé.
- Beaucoup de travaux d’art difficiles et dispendieux seront indispensables. Le chemin de fer transcaspien n’a nécessité qu’un seul ouvrage d’art très important : le pont de Tchardjoui, sur l’Amou Daria. La construction du Transsibérien sera beaucoup plus malaisée. Il devra franchir plusieurs grands cours d’eau : le Tobolri’Irtych, l’Obi, le Tchoulym. Ces fleuves drainent les pentes1 septentrionales de l’Altaï et des monts Saïansk. À la fonte des neiges, des crues colossales se produisent. Des ponts de grandes dimensions seront donc nécessaires. La traversée des chaînons des monts Saïansk, perpendiculaires à la direction de la ligne entre Krasnoiarsk et Irkoutsk, présentera beaucoup d’obstacles. Le régime de la Chilka et de l’Amour, dont les rives se transforrtient én lagunes sur un large espace, lors des crues, sera également l’origine de sérieuses‘difficultés.
- Les travaux ont commencé à la fin de 1891. Ils ont été simultanément entrepris aux deux extrémités
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- de la ligne. La partie occidentale était terminée jusqu’à Omsk, à la fin de 1894. La partie orientale entre Vladivostok et Grafskaïa est sur le point d’ètre achevée.
- On ne se propose pas de continuer méthodiquement la construction de ces deux fragments, et de les pousser l’un vers l’autre. Mais on voudrait éta-
- blir provisoirement une route moitié fluviale, moitié ferrée. Des tronçons de chemin de fer uniraient les fleuves sibériens, aux points où leurs affluents navigables se rapprochent davantage. C’est ainsi que la section dont les travaux sont actuellement le plus énergiquement poussés est celle d’Atchinsk, sur le Tchoulym, affluent de droite de l’Obi à Krasnoïarsk,
- fobolsk
- lénisseislo
- Barnaî
- Kilomètres.
- Fig. 1. — Carte du chemin de 1er transsibérien.
- sur l’Ienisseï. On réunira ainsi les deux grands fleuves. On usera encore d’autres procédés. D’Ir-koutsk, par exemple, une ligne atteindra le lac Baïkal, puis des vapeurs transporteront voyageurs
- et marchandises sur la rive orientale. Pendant les quatre mois où le lac est gelé, on établirait sur la glace une voie ferrée légère.
- Comme on le voit d’après notre figure 7, la voie
- du Transsibérien sera unique. Dans un avenir éloigné, si l’accroissement du transit l’exige, la voie sera doublée. La dépense est évaluée à 550 210 500 roubles, soit, au cours de 2fr,50 le rouble-papier, 825 526 250 francs1. Les charges sont assumées non par une compagnie particulière, mais par l’État lui-même.
- Les motifs qui ont déterminé le gouvernement
- 1 J. Deniker, Le grand Transsibérien. Nouvelles géographiques. Décembre 1894.
- russe à entreprendre cette œuvre colossale sont à la fois politiques et économiques. La guerre de Crimée avait démontré d’une manière générale l’insuffisance des chemins de fer dans l’empire; si les régiments dirigés vers le sud ne s’étaient pas égrenés le long des routes, Sébastopol aurait très probablement été débloquée. La destruction des arsenaux de Pétro-paulosk, dans la presqu’île du Kamtschatka, sur le Pacifique, par les flottes franco-anglaises, avait en particulier montré le danger que son isolement faisait
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- Fig. 7. — Une section de la voie en Sibérie. Fig. 8.—L’amiral .Nazhiinov inspectant le travail des coolies chinois.
- (D’après des photographies.)
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- courir à la Sibérie orientale. Les récents événements d’Extrême-Orient prouvent que les hommes d’État russes ont été bien inspirés, en décidant la construction du chemin de fer. Pour l’instant le conflit sino-japonais est terminé. Mais si l’occasion s’en présente, la faculté d’amener rapidement de grandes masses d’hommes dans la Sibérie orientale permettra à la Russie, non de figurer en comparse dans ces pièces militaires, mais d’y tenir un grand premier rôle.
- A côté des raisons stratégiques, il yen avait encore d’autres qui plaidaient en faveur de la construction du chemin de fer. La Sibérie est un de ces pays encore intacts dont le sol contient des ressources de tout genre. Pour employer une expression philosophique, elles y sont en puissance. C’est à l’homme de les en tirer. Dë la frontière méridionale jusqu’au 59° de latitude s’étendent des terres à céréales. Au delà et jusqu’au cercle polaire se développe cette immense forêt de conifères que Nordenskiold nommait jadis « la plus vaste du globe ».
- Des gisements métallifères sont répartis de tous côtés : minerais de fer, de plomb argentifère, de cuivre, de platine. On sait aussi qu’une partie notable de l’or mis chaque année en circulation sur le globe, un cinquième environ, vient des provinces sibériennes. La quantité‘extraite en 1890 s’est élevée à 50000 kilogrammes. Enfin des mines de houille, ont été découvertes en plusieurs endroits. Trois de nos gravures se rapportent à l’exploitation de l’une d’elles, celle de la vallée du Sutchan, située à une centaine de kilomètres au nord de Vladivostok. Elle a été découverte en 1888. Le campement des premiers prospecteurs estreprésenté sur notre figure 3. Depuis elle a été‘régulièrement-exploitée. Elle fournit du combustible à la flotte russe du Pacifique. Le bâtiment sur lequel le tsarévitch (aujourd’hui tsar) Nicolas a fait en 1891 son grand voyage, est parti de Vladivostok, ses soutes pleines de charbon extrait de cette mine. Nos figures 5 et 8 représentent des galeries de mines de la vallée du Sutchan. Sur la figure 8 on voit à droite l’amiral Nazhimov, qui s’est toujours vivement intéressé au développement des provinces del’Oussouri, inspectant le travail des coolies chinois. La figure 2 nous montre un 'chantier de travailleurs chinois.
- Les travaux ont souvent exigé le creusement de grandes tranchées ; les figures 4 et 6 nous en font voir deux exemples particulièrement remarquables.
- Le Transsibérien animera tous ces centres industriels. Il permettra l’importation des machines et des instruments nécessaires à l’extraction du minerai, et qui actuellement font trop souvent défaut.
- U remédiera aussi au manqué de population, ce grand mal de la Sibérie. C’est, comme l’on sait, uii des pays les moins peuplés du globe. Il possède le même nombre d’habitants que la Hollande et sa superficie est trois cent soixante-dix fois supérieure. Déjà des. efforts variés ont été tentés pour accroître le chiffre de la' population. Depuis 1882 en particulier,' des colons sont, tous les ans, groupés à Odessa parles
- soins du gouvernement russe. Ils s’embarquent à destination de Vladivostok. On lés installe dans les provinces de l’Oussouri. Cette colonisation officielle a déjà eu de bons effets. Mais on en attend d’autres encore, et de bien supérieurs, du Transsibérien. Les deux côtés de la ligne se peupleront. 11 se produira dans une certaine mesure les mêmes phénomènes que dans le Far West de l’Amérique du Nord, où l’établissement des railways dans les solitudes de la Prairie a fait surgir tout à coup du sol ces villes qu’on appelle villes champignons, pour peindre d’un mot la rapidité de leur croissance. Le Transsibérien sera donc un puissant agent d’expansion de la race russe.
- Mais il ne contribuera pas seulement à la prospérité de la Sibérie. Sa portée sera plus générale. On peut prévoir qu’il transformera les conditions du commerce en Extrême-Orient. La situation prépondérante des Anglais en Chine sera menacée. Ils exportent de la soie et du thé. Ils y importent des cotons, des fils, des tissus, des laines. Or toutes ces marchandises, vu leur petit volume et leur grande valeur, peuvent aisément supporter le transport par voie ferrée. Les Anglais importent aussi des métaux, qui seront aisément remplacés sur les marchés chinois par ceux qu’on extrait des mines de l’Oural et de la Sibérie1.
- Enfin le Transsibérien formera la voie la plus courte d’Europe en Extrême-Orient. Si les trains avancent à l’allure très modérée de 32 kilomètres à l’heure, on atteindra, de Tchéliabinsk, Vladivostok en dix jours, le Japon en quinze et Shang-IIaï en vingt. Avec le Transcanadien, le Transsibérien complétera la ceinture de fer qui entoure le globe. Il terminera dignement les grands travaux du siècle.
- Hexri Dehérain.
- IA CHASSE AUX GUÊPES
- Une récente circulaire du Préfet de police de Paris renfermé des instructions intéressantes et enseigne les meilleurs moyens de capturer les guêpes. Découvre-t-on un nid : on s’v rend au crépuscule; dans l’orifice, on verse une quantité d’essence de pétrole déterminée par la grosseur probable du nid — généralement un grand verre suffit — et l’on aveugle aussitôt l’entrée avec un tampon d’étoupe ou de chiffon imbibé d’essence ; puis on butte avec de la terre humide afin d’empêcher l’évaporation. Un quart d’heure après, on peut enlever le nid avec une pioche, et l’on détruit assez facilement alors les guêpes qui ne seraient pas complètement asphyxiées. Le chasseur peut opérer plus rarement, pendant le jour, en incendiant le nid avec des étoupes enflammées. On peut encore se servir de l’enfumoir : on place dans la douille de l’appareil une mèche soufrée qu’on introduit dans le nid : en faisant jouer le souflet, on sature l’intérieur de vapeurs sulfureuses qui asphyxient les guêpes. Après quinze minutes, on peut déterrer le nid.
- • Les guêpes font aussi, mais plus rarement, des nids
- 1 G. Petit. Le chemin de.1 fer transsibérien: Itevzie scientifique, t-893. I, p. 592.
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- aériens,, ingénieusement suspendus aux arbres. On asphyxie les insectes en plaçant au-dessous du nid une mèche soufrée. Quelquefois on se contente de couper la branche, de façon à la faire, tomber dans un sac qu’il faut refermer prestement., Pour toucher la prime d’un franc accordée par le préfet de police, il suffit que le nid soit présenté à peu près dans son intégralité et qu’il renferme les larves et les bêtes mortes. La station entomo-logique de Paris, désirant faire des études plus approfondies des guêpes, accorde, elle aussi, une prime, qui est de 3 francs par nid; toutefois, pour l’obtenir, il faut que ce soient des aériens, c’est-à-dire fixés à une branche d’arbre ou suspendus dans un grenier ou sous un hangar; en outre, il faut qu’ils soient dans un bon état de conservation au moment de leur présentation, et qu’ils contiennent le couvain encore frais et vivant, ainsi qu’un certain nombre de bêtes vivantes : pour arriver à ce résultat, il faut couper la branche et la faire tomber dans un sac ou dans une boîte que l’on referme aussitôt. Afin de faciliter l’opération, on est cependant autorisé à étourdir les insectes avec de la fumée ou en brûlant une mèche soufrée au-dessous du nid. Les nids aériens ou souterrains pris au début de leur formation, encore de petite taille et ne présentant qu’une seule guêpe — la mère — sont également reçus contre une prime de 3 francs, mais à la condition expresse que la guêpe soit vivante *.
- SUR L’ESSORAGE DES MÉTAUX
- La Nature a donné dernièrement la description d’un procédé employé depuis quelque temps en Suède dans le but de débarrasser les fontes des bulles d’air qu’elles contiennent. Que l’on nous permette d’abord une remarque historique concernant ce procédé. Lorsque, il y a quelques années, nous cherchions des renseignements sur des alliages d’aluminium, pour les communiquer aux lecteurs de La Nature, nous fûmes mis en relation avec les officiers de l’établissement d’aérostation militaire de Chalais-Meudon, qui avaient fait des recherches d’un grand intérêt sur ces alliages. A cette époque déjà, la question des bulles s’était présentée à eux, et ils l’avaient résolue par une méthode identique à celle que l’on propose aujourd’hui. Dans ces expériences, la force centrifuge était si intense qu’un jour les feuilles de carton d’amiante garnissant la lingotière remontèrent à la surface, ët l’alüminium incandescent sortit en pluie par tous les joints.
- L’avantage de l’essorage, pour la suppression des bulles, est évident. Nous nous contenterons de donner ici le résultat d’un calcul très simple, qui permet de comparer les divers procédés employés dans ce but. On peut enlever les bulles d’une masse fondue,en diminuant fortement la' pression qui agit sur sa surface. Les gaz se dilatent alors, et la force ascensionnelle des bulles augmente dans une proportion qui peut être très forte; mais s’il en reste, elles sont d’autant plus gênantes que leur volume est plus considérable. -
- Ce procédé, qui pourrait à la rigueur s’appliquer aux creusets, devrait être déconseillé pour les lingotières, où le métal ne reste que peu de temps fluide. On peut, au contraire, exercer une forte pression sur la masse fon-
- ” 1 D’après le Naturaliste. Nous ajouterons à cet article que l’essence de pétrole asphyxie les guêpes sans être enflammée. Il suffit d’inonder les nids avec ce liquide.
- due. Les bulles s’écrasent, mais leur tendance à monter diminue, et on les emprisonne plus sûrement.
- Si l’on emplçie la force centrifuge, au contraire, on écrase les bulles sans modifier sensiblement leur force ascensionnelle ; en effet, les causes d’augmentation de la pression augmentent exactement dans la même proportion la différence d’accélération.
- La force centrifuge pourrait encore servir à séparer en deux parties : les alliages en proportions mal définies, et qui ont des tendances à-la liquation. S’ils présentent dès densités assez différentes (on sait que dans un alliage ordinaire, il existe en général au moins deux combinaisons définies), on les séparera aisément en deux couches dont chacune sera constituée par une masse de composition bien définie. La force centrifuge sera ainsi un procédé analytique qui conduirait, aussi bien et mieux peut-être qu’un dosage, à la formation d'alliages présentant une grande stabilité. Gh.-Ed. Guillaume.
- LA PHOTO-JUMELLE PANORAMIQUE
- M. Mascart, membre de l’Institut, a montré, il y a quelques mois, à l’Académie des sciences1, au nom de M. Carpentier, qui a, comme on le sait, inventé la merveilleuse photo-jumelle à répétition qui porte son nom, comment on peut obtenir, avec ce petit appareil, de magnifiques vues panoramiques. On sait combien, jusqu’ici, il était malaisé, sans grands appareils spéciaux, de prendre photographiquement un demi-tour d’horizon. Rien de plus simple, aujourd’hui, avec la petite jumelle en bandoulière. Les clichés de l’appareil mesurent, comme on sait, 45 millimètres sur 6 centimètres. Or, nous avons vu des reproductions sur verre.de 24-50 centimètres, d’une merveilleuse finesse.
- Les photographies obtenues dont il s’agit sont des -vues prises dans les Alpes par M. J. Yallot, à qui l’on doit le premier observatoire établi près du sommet du mont Blanc. En dehors de l’intérêt attaché à chacune d’elles, elles offrent la particularité de former, par leur réunion.en séries, de véritables panoramas. Cette condition a été réalisée par l’adjonction, à la photo-jumelle, d’un petit support spécialement combiné à cet effet et que représente notre gravure n° 1 et détails du support (nos 2 ét 5).
- Cet accessoire, qui s’adapte à un pied photographique quelconque, se compose d’une broche conique fixée perpendiculairement au centre d’un petit plateau circulaire horizontal de 6 centimètres de diamètre, dont la couronne extérieure porte une douzaine d’encoches équidistantes. Ce plateau étant muni de trois vis calantes, il est aisé d’obtenir, avec un niveau de poché, son exacte horizontalité, et, en même temps, la verticalité de la broche. La photojumelle, dont le corps, d’autre part, a été foré pour s’empaler en quelque sorte sur la broche, trouve là un pivot tout prêt à la recevoir. Elle s’y pose, sans avoir besoin d’être autrement fixée, et s’en sépare
- 1 Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences. -— Séance du 4 mars 1895. Présidence de M. Marey. — II. Carpentier, Vues panoramiques prises aveé la photo-jumelle à répétition.
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- sans effort, quand il s’agit d’opérer le changement de plaque par escamotage. Ainsi montée, elle peut tourner horizontalement. Grâce à un doigt métallique dont elle est munie, doigt façonné de manière à pénétrer dans les encoches du plateau support, on peut la placer successivement dans douze orientations distinctes, régulièrement distribuées dans un tour d’horizon, et prendre de la sorte un panorama complet; quelques minutes suffisent pour toute l’opération, et cette rapidité de manœuvre est avantageuse, en ce sens qu’elle assure aux divers clichés une grande homogénéité d’éclairement.
- Les clichés de M. J. Yallot ont été faits en août dernier par temps clair, sur plaques orthochromatiques de Lumière, à travers une glace à faces parallèles de teinte jaune foncé, allongeant la durée de
- pose dans le rapport de 15 à 1. L’objectif, anastig-mat de Zeiss, de 85 millimètres de distance focale, était diaphragmé à d/40 entiron. Le développement a été fait deux mois après l’exposition des plaques, avec un développateur faihle et lentement. L’une des séries a été prise du haut du Brévent, à l’altitude de 12525 mètres. La pose, déterminée par M. J. Val-lot, au moyen d’expériences préalables, a été de dix secondes. Ce panorama est celui de la chaîne du mont Blanc, du col de Balme à gauche au col de Voza à droite. Le sommet du mont Blanc, qui se trouve sur l’avant-dernière plaque de droite, était à une distance d’environ 12 kilomètres de l’opérateur. Une deuxième série représente la même “chaîne prise de l’Aiguillette à l’altitude de 2200 mètres environ. On y distingue à gauche le Brévent et une partie des
- La photo-jumelle panoramique. — N° 1. L’appareil. — N° 2. Le support. _N° 3. Détail de l’axe de rotation sur lequel tourne le support.
- Aiguilles-Rouges. Enfin, une troisième série représente la vallée de Chamonix, vue des pentes de Blaitière, à 1100 mètres d’altitude environ. La pose a été, pour cette série, de trente secondes.
- On ne peut pas, en considérant ces photographies, ne pas être frappé de la quantité de détails que l’on remarque, dans les lointains, pour les cimes élevées, et dans les massifs de verdure sombre pour la vallée. Ce résultat, très important, est dû à l’emploi des préparations orthochromatiques et du verre compensateur. Chacune des épreuves sur verre, pour être vue sous sa véritable perspective, doit être regardée à 42 centimètres environ du centre de la plaque. Leur netteté résulte surtout de la rigueur avec laquelle avaient été mis au point l’ohjectif de la photo-jumelle et celui du châssis amplificateur, grâce à la méthode suivie dans la fabrication de ces appareils. Il n’est pas inutile de rapprocher des dimensions de ces épreuves 24x50, la petitesse
- et la légèreté (500 grammes) de l’appareil qui les a fournies. Grâce à la facilité avec laquelle il peut être emporté par un ascensionniste, cet instrument est certainement appelé à vulgariser des horizons dont la contemplation a été, jusqu’à ce jour, réservée à des privilégiés L
- Les photographies obtenues par la photo-jumelle peuvent être agrandies et donner un véritable panorama du plus charmant effet. M. Carpentier a complété un appareil excellent par ce nouveau support panoramique. Le système fonctionne avec beaucoup de précision et M. Vallot a eu le mérite de l’expérimenter le premier avec beaucoup d’habileté. Des vues panoramiques semblables peuvent rendre bien des services aux touristes et aux amateurs de photographie. Gxsrox Tissandier.
- 1 Nous rappelons que la plioto-jumello a été décrite dans le n° 1008, du ‘24 septembre 180*2, p. ‘2(59.
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- LA NATURE.
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- CURIOSITÉS NATURELLES DU DÉPARTEMENT DU YAR
- LA PERTE DE l'aRGEXS. - LE LIOX DE MER ET LE LIOX DE TERRE
- Fig. 1. — Cascade et perte de l’Argens.
- D’après une photographie de M“* la Y1"1" de Savigny de Moncorps.)
- Le département du Var est certainement l’un des plus pittoresques de notre beau pays de France. Montagnes grandioses, immenses forêts de pins,
- Fig. 2. — Côté de la grotte mise à ciel ouvert par l'effondrement d’une partie de la voûte. (D’après une photographie de M. Desbat.)
- chênes-lièges et marronniers plusieurs fois séculaires, cours d’eau et torrents d’une limpidité de cristal, littoral enchanteur d’Hyères à Saint-Tropez, Saint-
- Fig. 3. — Le Lion de terre et le Lion de mer', golfe de Saint-Raphaël. (D'après une aquarelle de M. le V‘* de Savigny de Moncorps.)
- Raphaël, Agay, etc., rien ne manque à cette partie de la Provence pour en faire une région privilégiée.
- Le Yar ne se contente pas de ces beautés d’ensemble; il offre aussi, aux touristes qui recherchent les spectacles saisissants, de remarquables curiosités naturelles, entre autres la perte de l’Argens ou Saut
- de Saint-Michel. L’Argens prend sa source près de Saint-Maximin, dans le massif des Maures, région de forêts, de sombres ravins, de rochers abrupts, traverse le département dans sa plus grande largeur, de l’ouest à l'est, et se déverse dans le golfe de Fréjus, alimenté pendant une grande partie de son cours
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- LA. NATURE.
- par les Faux, jaillissements d'eau souterraine.
- Il ne coule pas toujours à la surlace du sol ; à 4 kilomètres de Yidrtuban, village situé sur la rive droite, dans une jolie plaine bien fertile, il tombe en cascade d’eaux bouillonnantes, environ 15 mètres dechute(fig. 1), et disparaît pour ressortir à quelques vingtaines de mètres plus loin; pendant ce trajet, il passe sous deux ponts naturels, débris d’une grotte de 250 mètres de longueur dans laquelle s’engouffrait le torrent et que l'effondrement d’un rocher divisa en deux passages voûtés (lig. 2). Puis la rivière reprend son cours, tantôt rapide entre des bords escarpés, tantôt calme et beaucoup plus large dans une plaine d’une végétation luxuriante.
- Bien de plus joli, par une belle matinée d’été, que de traverser en barque le golfe de Fréjus, d’entrer dans la rivière à son embouchure et de remonter son cours jusqu’aux environs du Puget, soit à l’aviron, soit à la voile, si on a la bonne chance du vent arrière (vent d’est). Les sinuosités de l’Argens sont gracieuses, ses bords plantés de roseaux, de saules et de tamaris dont le léger feuillage sait si bien tamiser la lumière; avec cela un soleil radieux, un ciel d’un bleu pur et, de temps à autre, une échappée de vue sur la montagne de Boquebrune formant le fond du tableau. Le charme est complet! Au retour, on se laisse doucement glisser au fil de Peau, et l’on rêve si le cœur vous en dit, l’on débarque si l’idée vous en prend. C’est la flânerie en bateau. Quelle charmante manière de perdre son temps! et que Toplfer, ce spirituel écrivain, si plein d’humour, a écrit de jolies pages sur la flânerie! « Imaginez un homme qui n’ait j.amais flâné! Qu’est-il? Que peut-il être? Socrate flâna des années, Bousseau jusqu’à quarante ans, La Fontaine toute sa vie. »
- En rentrant par mer à Saint-Raphael, on laisse à tribord deux îlots, deux cailloux, disent les marins, le lion de mer et le lion de terre. Ils affectent des formes d’animaux, comme les rochers à ligures animées dont il a été question dans La Nature1.
- Le lion de mer donne assez bien l’idée d’un grand fauve couché, se reposant, la tête inclinée sur ses pattes étendues (fig. 5). Le lion de terre est mal dénommé; on y trouve bien à gauche une tête de lion, mais son ensemble offre le profil d’une baleine géante piquant à terre perpendiculairement à la côte.
- Alphonse Ivarr les aimait, ces lions!
- « Je vis, écrivait-il dans son livre de bord, dans mon jardin, dans les bois de pins, de myrthes, d’arbousiers et de grandes bruyères, sur la mer, dans la mer, sur ces deux îlots qu’on appelle le lion de mer et le lion de terre. Autour de ces îlots, la mer profonde, donnant toutes les nuances du .bleü et si limpide qu’on voit se jouer à de grandes profondeurs des poissons parés peints comine des papillons, poissons pour la plupart excellents, mais si jolis qu’on essayerait de les prendre rien ([ue pour les regarder de plus près. »
- 1 Yov. n° 1144, du 4 mai 1895, p. 559, et n° 1150, du 15 juin 1895, p. 40.
- Aujourd’hui ces îlots appartiennent à l’auteur de cette courte Notice, qui a le profond chagrin de n’y plus rencontrer le vieux, philosophe de « Maison-Glose », dont la bienveillante amitié lui était si précieuse. Vte de Savigxy de Moxcords.
- CHRONIQUE
- La découverte des taches du Soleil. — Les
- habitants d’Ostseel, petit village hanovrien de la province de Frise orientale, élèvent un monument à la mémoire de leur compatriote David Fabricius, médecin de campagne, à qui l’on attribue généralement la découverte 'des taches du Soleil. L’inauguration aura lieu dans quelques mois. La découverte faite par ce personnage singulier est exposée dans une Brochure publiée en 1611 à Wittemberg et dans laquelle l’auteur explique également que le mouvement de ces taches est une preuve de la rotation du Soleil. L’auteur indique de plus un procédé très simple et qui a été souvent employé pour les observer. Il consiste à faire pénétrer les rayons solaires dans l’intérieur d’une chambre obscure et à les recevoir sur un carton blanc.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 septembre 1895. — Présidence de M. Coït ni;.
- Un nouvel engrais azoté. — Le nouvel engrais proposé à l’agrieiilture, comme succédané des nitrates de soude, n’est pas une substance inconnue, car c’est le evanate de calcium. Cette matière est plus riche en azote assimilable que les nitrates; l’auteur de la Note a imaginé un procédé qui permet d’obtenir industriellement le evanate de calcium, par la calcination, à haute température, d’un mélange de calcaire et de charbon.
- Varia. — M. Lépine a étudié la glycosurie consécutive de l’ablation du pancréas. — MM. Hermite et Besançon ont effectué une double ascension nocturne qui leur a fourni les observations les plus intéressantes.
- Pasteur. — Aussitôt après le dépouillement de la correspondance, M. Cornu se lève et annonce en ces termes la nouvelle de la mort de M. Pasteur : « Un grand malheur frappe l’Académie ; notre illustre confrère M. Pasteur s’est éteint doucement avant-hier, à Garches, où l’affection des siens le disputait, depuis bien des semaines, aux rigueurs d’une santé, chancelante. Ce deuil ne frappe pas seulement l’Académie, dont il était l’un des membres les plus anciens et les plus vénérés : il atteint la France, qui ne comptait • pas de plus grand patriote, et le monde entier, où le nom de Pasteur a répandu avec tant d’éclat le renom glorieux de la science française.
- « Sous l’émotion de ce coup imprévu, nous n’avons pas à rechercher, dans le détail, tout ce qui nous rend chère la mémoire de M, Pasteur. Il suffit de rappeler que pendant plus d’un demi-siècle chacun de ses travaux a apporté un progrès à la, science, un bienfait à son pays, un soulagement à l’humanité. Mais ce qu’il est particulièrc-rrjent doiix.de rappeler à notre Académie, c’est que les grands bienfaits' qui feront bénir le nom de Pasteur aux générations'futures, il les doit au culte désintéressé delà science. C’est par l’esprit scientifique le plus rigoureux qu’il s’est élevé, non seulement aux conceptions les plus hautes, mais encore aux résultats les plus pratiques : magnifique réponse à ceux qui méconnaissent le rôle adini-
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- LA NATURE.
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- rable de la science dans le développement moral et matériel des nations !
- « D’une: ténacité et d’une pénétration peu communes, Pasteur, fils de ses œuvres, après s’ètre essayé aux belles questions de la constitution moléculaire des cristaux, attaqua les problèmes les plus obscurs touchant l’origine de la vie et le développement des organismes le plus souvent invisibles. Il les a résolus de la manière la plus heureuse et la plus féconde. Grâce à cet esprit de rigueur puisé à l'Ecole normale dans l'étude des sciences exactes, grâce à une merveilleuse habileté expérimentale, il a réussi à porter dans le domaine de la biologie- et de la médecine, éternel champ clos des théories contradictoires et des disputes sans tin, une rigueur, une puissance de démonstration que les sciences du calcul paraissaient seules pouvoir atteindre.
- « Si ce grand esprit disparaît, son œuvre immense subsiste. La générosité de ses admirateurs de toutes les nations en a sanctionné l’importance et assuré le déve-loppèinent en lui élevant ce magnifique Institut qui a déjà rendu, sous l’impulsion du maître, de si éclatants services. Rien ne pourrait adoucir l’amertume de nos regrets, si nous ne savions que Pasteur revit là, dans ses amis et ses élèves.
- « Après avoir connu les jours sombres de la lutte, Pasteur a eu l’immense et mérité bonheur d’assister vivant encore au triomphe de ses idées. Dans une séance mémorable, il a reçu les témoignages unis des savants de tous les pavs. Il a ainsi pu contempler, au soir d’une vie relativement heureuse, les premiers rayons de l’immortalité que la postérité lui réserve. »
- La séance a été ensuite levée.
- CONFÉRENCE-INTERNATIONALE
- Ti:\n: À /muai un. 9 ac 11 septembre
- POUR l/UNIFICATION DES MÉTHODES d’eSSAI DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
- Nous avons signalé déjà le grand intérêt que présenterait pour l’industrie entière, pour les producteurs et consommateurs, l’unification des méthodes d’essai des matériaux de construction pelle seule en effet donnerait une valeur comparative à des résultats qui en manquent toujours nécessairement, car ils sont le plus souvent obtenus dans des conditions différentes et incomplètement définies. On sait que le gouvernement français a constitué à cet effet en 1891 une commission officielle chargée de cette étude, et nous avons annoncé en son temps la publication des travaux de cette commission et des deux rapports généraux résumant ses décisions.
- Cette question était étudiée d’autre part dans les pays de langue allemande parla conférence libre fondée en 1882 parM. le professeur liausebinger. Cette conférence a tenu à Zurich sa cinquième sessiotl du 9 au 11 septembre dernier avec la participation des membres français qui avaient pris la part la plus importante aux travaux de la Commission française, ce qui donnait par le fait à cette conférence un caractère international qu’elle n’avait pas eu jusque-là. Cette réunion a été l'occasion d’un nouvel hommage rendu à l’importance des travaux de la Commission française, le gouvernement allemand ayant demandé officiellement l’autorisation d’en faire la traduction afin qu’ils puissent servir aux délibérations futures de la conférence.
- Nous mentionnerons seulement les principales questions techniques étudiées, comme les rapports de M. le professeur Steiner à propos dçs résultats des expériences pratiquées sur le fer fondu soumis à l’action des basses températures, de M. l’ingénieur en .chef Eckermann à propos des recherches étudiant le phénomène de manque de solidité du fer fondu, de M. le conseiller Exencr sur les méthodes d’essai des papiers, tissus, etc., de M. le pro fesseur Dyckcrhoff sur l'influence de l’eau de mer sur les mortiers hydrauliques, de M. le professeur Wèdding sur l’unificalion des méthodes d’analyse chimique du fer, de M. le professeur Kast sur l’essai des huiles de graissage; nous n’insisterons pas toutefois sur ces diverses questions, car la plupart d’entre elles n’ont pu recevoir une solution définitive, la réunion ayant pensé qu’il était désiraJile auparavant de prendre connaissance des travaux de la Commission française. Rappelons aussi l’intéressante communication dans laquelle M. Henning a résumé ses recherches sur les transformations critiques des aciers, et apporté ainsi la confirmation des beaux résultats déjà obtenus par M. Osmond. Plusieurs membres étrangers ont reconnu de leur côté qu’il deviendra nécessaire de convoquer une commission internationale officielle comprenant des délégués nommés à cet efl’ct par les divers États intéressés afin que les décisions déjà préparées par les discussions de la conférence puissent Requérir un.c autorité suffisante et pénétrer ainsi dans la pratique, et la question de l’examen des statuts révisés de la conférence a été remise à une date ultérieure. Le gouvernement français a annoncé d’ailleurs qu’il se réservait de provoquer au moment opportun la réunion de'cette commission internationale dont l’organisation pourrait probablement reproduire en partie celle du Bureau des poids et mesures installé en France au Pavillon de Bretcuil.
- Il a été décidé que la prochaine réunion de la conférence aurait lieu à Stockholm cri 1897 sous la présidence de M. le professeur de Tetmajer, directeur' du Laboratoire d’essais de Zurich, et la suivante en 1900 à Paris à l’occasion de l’Exposition universelle.
- En terminant, nous tenons à exprimer les remerciements de tous nos collègues pour l’organisation si remarquable de cette conférence, due principalement à M. le professeur Tetmajer. Il s’est attaché en effet à permettre aux congressistes de visiter les principales curiosités de Zurich, de faire l’ascension du Dolder, ainsi que celle de l’Utliberg, malheureusement troublée par un douloureux accident de chemin de fer dans lequel deüx personnes furent blessées : M'. le professeur Ilani eut la jambe cassée, un autre congressiste eut une violente entorse. Il organisa en outre une excursion à Lucerne et sur le lac des Qüatre-Cantons, d’où les membres de la conférence purent aller visiter les différentes montagnes desservies par des chemins de fergRighiyPilate, Stanzerhorn, Burgcnstock. Nous avons assisté enfin sur le lac de Zurich à une fête vénitienne de nuit qui était absolument féerique.
- Au cours de la session un certain nombre de congressistes ont pu visiter l’installation de l’École polytechnique de Zurich comprenant, comme on sait, divers pavillons complètement isolés qui sont affectés chacun à une série d’études déterminées.
- Le laboratoire d’essais mécaniques est à mentionner particulièrement en raison de Fiinportance de son installation particulièrement étudiée qui lui permettra de s’agrandir suivant les besoins; il renferme toutes les machines-outils servant au travail des métaux, les machines d’essai de toute nature permettant d’effectuer les
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- LA NAT LUE.
- épreuves de traction, de pliage, de torsion, de flexion, en même temps que l’ensemble des appareils et des bacs à eau servant aux essais de ciments. L’installation est fort remarquable, et nous n’avons peut-être pas en France un laboratoire unique renfermant les mêmes éléments, mais on peut observer cependant que si on centralisait les différents laboratoires analogues que nous avons à Paris seulement, tant dans les administrations de l’État que dans les compagnies de chemins de fer, on obtiendrait un ensemble plus important permettant d’effectuer les essais de toute nature avec une précision presque absolue.
- Nous insisterons surtout sur le pavillon de physique de l’École de Zurich, car nous ne pensons pas que nous ayons nulle part en France une installation aussi complète. M. le professeur Pernet a tenu lui-inême fort gracieusement à nous guider dans ce pavillon : nous avons pu admirer ces salles de travail disposées de manière à pouvoir faire exécuter pratiquement à chacun des élèves toutes les mesures et les observations de précision décrites dans les traités de physique, comme la construction des thermomètres, la détermination des coefficients de dilatation, des chaleurs latentes de vapeur, les mesures de longueurs d’onde en acoustique, la manœuvre du saccha-rimètre, les diverses mesures électriques, et nous avons même observé les appareils servant à vérifier l’identité de la lumière et de l’électricité considérées toutes deux comme étant des vibrations de l’éther, suivant les prévisions de Maxwell confirmées par les récentes observations de Ilertz. L. Bâclé.
- Zurich, le 12 septembre 1895.
- CARBON NOIR DU BRÉSIL
- Le carbon est une variété de diamant noir qui parfois possède une cristallisation confuse, parfois présente un aspect chagrine. Notre confrère M. des Cloizeaux a mentionné, dans l’étude qu’il a faite du carbon, différents cristaux parmi lesquels un cube complet à arêtes arrondies. On sait que ce carbon, qui est très recherché par l’industrie pour sa dureté1, se rencontre surtout au Brésil, dans la province de
- 1 On l’emploie surtout pour armer les couronnes des machines perforatrices dont on se sert pour faire les sondages. Lorsqu’il est de bonne qualité, sa valeur est voisine de 65 francs le carat.
- Rallia, et en petite quantité à Minas Géraès. On a signalé aussi son existence dans Elle de Bornéo. L’échantillon de carbon que j’ai présenté à l’Académie a été trouvé le 15 juillet 1895, dans une terre diamantifère de la province de Bahia, au Brésil, par un mineur du nom de Sergis Borgès de Carvaloo. 11 a été rencontré dans les terrains de la deuxième Compagnie d’exploitation, qui se trouvent entre la rivière « Rio de Ilancardor » et le ruisseau « das Bicas », sur le territoire de la ville de Lençoes1. L’échantillon actuel, qui appartient à M. C. Kahn, pèse maintenant 650 grammes, soit 5075 carats2. C’est par conséquent le plus gros échantillon de carbon qui ait été trouvé jusqu’ici. On avait rencontré précédemment quelques
- rares échantillons de carbon de 6 à 800 carats et un seul de 1700 carats ; ce dernier était peu homogène et de qualité inférieure.
- Ce nouveau carbon, déformé arrondie, est d’un noir bien franc, et sa surface est tantôt chagrinée, tantôt unie. La partie chagrinée, examinée à la loupe ou au microscope avec un faibl e grossissement, a l’aspect d’une matière qui aurait laissé échapper des gaz étant encore à l’état pâteux. Elle ressemble beaucoup à la surface des grains de carbon microscopiques que nous avons obtenus dans nos culots d’argent et de fer comprimés par un refroidissement brusque dans l’eau. La couleur aussi est identique. Ce carbon est poreux ; depuis qu’il a été retiré du sol, c’est-à-dire depuis deux mois, il a perdu en poids environ 19 grammes; au moment où il a été trouvé, il pesait 5167 carats. C’est le plus bel échantillon (voy. la figure) qui ait été rencontré jusqu’ici dans les terrains diamantifères du Brésil. Hexri Moissan,
- de l'Institut.
- 1 Les mineurs brésiliens doivent payer au propriétaire des terrains un droit de 25 pour 100 sur le produit brut des pierres qu’ils rencontrent, et en outre un droit au gouvernement.
- 2 En donnant au carat une valeur de 0®r,205.
- Le Propriétaire-Gérant ; G. Tissa.nmek Paris. — Imprimerie La/iuhe, rue de Fleurus, 9.
- Échantillon de diamant noir du Brésil. (Légèrement réduit.)
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- N° 1167. — 12 OGTOIiRE 1895.
- LA NATURE.
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- LES ARTISTES PRÉHISTORIQUES
- d’après les dernières découvertes
- A l’époque de la Madeleine, ainsi nommée de la cieux de ce [temps, l'homme ne connaissait pas
- station où furent trouvés les vestiges les plus pré- encore l’art défaire le bronze. Il se servait de pierres
- Fig. 1. — Débris d’une statuette de femme, en ivoire, préhistorique, trouvée dans la grotte de Brassempouy, par M. Piette.
- Fig. 2. — Tète de femme, de face. (Statuette préhistorique.)
- (Grotte de Brassempouy.
- taillées, et parvint, à l’aide de ces imparfaits instruments, à exécuter des dessins et ciseler des statuettes dont les débris remplissent aujourd’hui les connaisseurs les plus difficiles d’admiration.
- Les grands glaciers descendaient alors au loin dans les vallées et couvraient une partie de la
- 11° aimée. — 1“ semestre.
- Fig. 3. — La même tête, de profil. D’après des photographies.)
- France. D’immenses troupeaux de rennes fournissaient à l’homme la nourriture, le vêtement et la matière (os et bois) nécessaire pour exprimer ses sentiments d’artiste. Il employait aussi l’ivoire des dents du mammouth, les canines d’ours et de lion, les os et plus rarement la pierre. La présence d’ani-
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- LA N AT U R F.
- maux actuellement cantonnés dans les pays chauds prouve que, malgré l’extension des glaciers, le froid n’était pas très rigoureux. Les géologues ont en effet montré que les pays humides et à climat tempéré voient accroître leurs glaciers.
- La France possédait alors le climat humide de la Nouvelle-Zélande, dont le sol est actuellement en partie recouvert par les glaciers.
- Lartet et Christy ont depuis longtemps retiré des 'grottes des Eyzies et de Laugeric-Basse, de nombreux spécimens de l’art préhistorique. Ce sont surtout des dessins tracés au burin avec une grande fermeté et une exactitude admirables. Les représentations des animaux, cheval, renne, bovidés, au repos ou en mouvement, en course ou en lutte, comme le combat de rennes de la collection Yibrayc, sont le sujet favori. L’artiste a cherché parfois à représenter sa race, telle la femme accroupie.
- Les découvertes toutes récentes de Piette à Brassera pouy, près de Pau, viennent donner à cette !question un intérêt passionnant. Ces fouilles nous reportent au début de la période madalénienne, à la fin du moustérien. Le climat était doux et plus tiède dans le midi de la France. Favorisé par le climat, l’homme avait porté ses habitations hors des grottes et les avait placées aux pieds d’escarpements rocheux qui les défendent contre le vent. Parfois ces escarpements donnaient accès dans des cavernes où il s’abritait encore en hiver. Alors se développa son esprit inventif, et il s’appliqua à ciseler l’ivoire que de nombreuses troupes d’éléphants lui fournissaient en abondance. 11 ne s’agit pas ici de simples traits formant dessin comme les découvertes antérieures, mais de statuettes en ivoire dont les formes sont ciselées avec un art merveilleux et rappellent comme vigueur et sûreté d’exécution les statues inachevées de Michel-Ange ; par exemple, le Captif qui se trouve au Louvre.
- De plus, ces figurines nous apportent des révélations inattendues. La race ancestrale elle-même s’y révèle à nous telle quelle était, nous fournissant des caractères impossibles à vérifier avec certitude sur les rares crânes que nous possédions. Or, dit M. Piette, ces Magdaléniens ressembleraient par certains traits bien spéciaux aux Buchmen et aux Hottentots de nos jours. Rappelez-vous ces femmes à l’aspect bizarre que le Jardin d’Acclimatation de Paris exhiba il y a quelques années : Hottentotes aux seins pendants, aux hanches faisant une énorme saillie. Le système adipeux était exagéré chez elles en une région limitée du corps, formant une boule graisseuse entre la peau et les muscles des hanches. C’est ce qu’on appelle la stéatopygie.
- .Ce caractère se retrouve, moins accentué, chez des peuples d’Afrique, chez les femmes des Namaquas, des Cafres, des Nigritiêns du Nil et, suivant Hartmann, chez celles des Berbères et des Bongos.
- Les anciens Egyptiens avaient connu des populations stéatopyges. On a retrouvé des bas-reliefs qui représentent la reine du pays de Noun (région des
- Somalis) venant rendre hommage à la reine Hatasou. La stéatopygie y a été très fortement accusée.
- Beux statuettes de Brasscmpouy semblent montrer ce caractère chez les femmes de cette époque-. Nous en présentons une dont les débris sont typiques (fîg. 1 ). Elle est en ivoire et très mutilée, le corps seul subsiste avec des seins allongés et des hanches d’une saillie exagérée très fidèlement reproduits. Ce débris paraît presque informe à première vue, car il a été très mutilé. Mais si on l’étudie attentivement on s’accordera avec M. Piette pour reconnaître une saillie exagérée des hanches. On ne peut néanmoins affirmer d’une façon absolue qu'il s’agisse de vraie stéatopygie. Peut-être n’est-ce à tout prendre, comme le noteM. Ad. deMortellet, qu’une marque d’obésité.
- Plus intéressante encore pour l’artiste est la belle tète de femme trouvée dans la même grotte (fig. 2 et o) : la longueur du nez est extrême et au contraire la partie de la figure comprise entre le nez et l’extrémité du menton, très diminuée. De face, les pommettes sont saillantes, le visage aplati, le nez en retrait comme chez les Mongols. Mais bien spécial est le menton anguleux, formant une pointe où se rencontrent deux droites qui partent du lobule de l’oreille. Joignez à cela une tête plutôt ronde, brachycéphale, aux régions temporales renflées, et vous serez tenté de dire, avec M. Zaborowski, que par ces deux caractères, menton de lièvre, tempes renflées, cette tête rappelle celle des Basques actuels. M. de Quatrefages, et récemment M. de Collignon, ont insisté sur la valeur de ces deux caractères qui permettent de reconnaître un Basque.
- Quoi qu’il en soit de cette comparaison, un autre point frappe l’observateur. La coiffure de la femme est arrangée par nattes parallèles, rappelant d’une manière absolue celle des anciens Égyptiens. 11 n’en fandrait pas conclure néanmoins à un degré de parenté entre cette femme et la race égyptienne. Les soins dè la coiffure sont encore portés à un haut degré de perfection chez les peuples sauvages. Nul doute que des arrangements capillaires analogues puissent être inventés à des époques et dans des pays différents, par des' esprits ingénieux, sans aucune relation entre eux. On a bien retrouvé dans les cités lacustres des chevets en bois de forme identique à ceux qui existent de nos jours au Japon. Ces chevets sont destinés à préserver durant le sommeil un édifice capillaire laborieusement édifié.
- Les Japonais, soucieux de leur chevelure, ont utilisé un appareil que plusieurs milliers d’années auparavant connaissaient les habitants des lacs suisses. On n’a pourtant jamais eu l’idée d’établir entre ces deux races aucun rapprochement.
- Les préhistoriques avaient, donc atteint par certains côtés quelque degré de civilisation.
- Une objection se présente, celle que l’on fit tout d’abord à M. Piette avant qu’il présentât ses pièces à la Société d’anthropologie : « Elles sont l’œuvre de faussaires, lui dit-on, et les anthropologistes sont dupes. » Mais il suffit de voir pour que le doute
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- LA NATURE,
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- disparaisse. La vigueur, la sûreté et la justesse du trait, rappellent de tous points les œuvres au burin déjà connues des artistes de cette époque. De vulgaires faussaires seraient absolument incapables de ciseler ainsi un plein bloc d’ivoire et de faire œuvre d’artiste. L’idée de représenter une femme stéato-pyge et une figure coiffée à l’égyptienne ne peut certainement germer dans un cerveau actuel.
- Si notre civilisation disparaissait entièrement et qu’on n’en retrouvât que quelques débris, les chefs-d’œuvre ressuscités seraient bien rares et on ne nous jugerait que sur des objets de pacotille, grossièrement exécutés et débités en foule dans la vente courante. Grand en effet est le nombre des statuettes et dessins incorrects et de mauvais goût, pour quelques rares ayant une valeur. Cette réflexion doit augmenter notre admiration pour ces artistes j de temps si reculés dont une grande partie des œuvres que nous découvrons portent le cachet du | génie. Le sentiment artistique semble être alors vulgarisé et populaire. Les objets que nous admirons si fort étaient des productions communes à ; cette époque.
- Les recherches entreprises par M. Piette sont d’un grand intérêt pour l’histoire de l’humanité. Il est à regretter qu’elles ne se soient pas faites avec plus de vigilance. Ces statuettes ont été cassées et mutilées probablement par la pioche des ouvriers; 'certaines auraient été dérobées et perdues pour la science, ou inutilisées pendant un certain temps. Il serait à désirer que ces fouilles soient terminées, et que celles exécutées à l’avenir dans la région pyrénéenne soient bien surveillées. Dr Félix Régnault.
- LE NOUVEAU PORT DE COPENHAGUE
- Copenhague a une si vieille histoire au point de vue du commerce maritime, qu’il semble étrange d’entendre parler du nouveau port de cette ville; et Cependant il est bien réel qu’elle vient d’être dotée d’un port entièrement nouveau, construit de toutes pièces. Il s’agit d’un port franc ou libre qui a été creusé pour permettre au commerce danois de lutter contre l’influence du canal maritime que livrent actuellement à l’exploitation les Allemands, entre la Baltique et la mer du Nord. La Nature a parlé antérieurement de cette dernière entreprise, et on a montré à quel but non seulement militaire, mais encore commercial, elle doit répondre : il s’agit de détourner le trafic qui se faisait jusqu’à présent par le cap Skagen, de mettre les ports allemands de la Baltique en relation directe avec l’Océan, ou au moins de faire de Hambourg le grand entrepôt des consommateurs et commerçants de la Baltique. On veut donc enlever à Copenhague le rôle brillant qu’il a joué jusqu’à présent.
- Établie en partie sur l’ile de Seeland et en partie “sur celle d’Amagar, commandant le Sund, à cheval même sur un des bras de ce détroit, cette ville a tout naturellement acquis depuis des siècles une
- importance des plus grandes; comme le fait prévoir un simple coup d’œil jeté sur une carte de l’Europe du Nord, elle a une situation prépondérante, c’est la métropole naturelle de la Baltique, c’est le centre des transactions du Nord ; ce port est sur une des routes maritimes les plus fréquentées du monde, et il se trouve à proximité des liants fonds, ce qui donne un accès facile aux plus grands navires.
- Le fait est que Copenhague, ou, suivant le vrai mot danois, Kjobehavn, s’est développé d'une façon extraordinaire : en 1870, la population n’en était que de 181000 habitants, tandis qu’elle atteint et dépasse même sans doute 400 000 âmes aujourd’hui. Au point de vue du trafic proprement dit, tandis qu’il ne se composait, en 1857, que de J0 045 voiliers a 1 entrée et de 0005 à la sortie (voiliers qui à cette époque n’étaient que d’un faible tonnage individuel), en 1802 le seul mouvement avec les ports extérieurs comprenait : à l’entrée, 6151 voiliers jaugeant 255 504 tonneaux et portant 210 200 tonnes, et 6440 vapeurs d’une jauge de 1 763165 tonneaux avec 781 500 tonnes; à la sortie, ces chiffres sont de 6045 .voiliers (220 024 tonneaux et 40433 tonnes) et de 6527 vapeurs (1 858 000 tonneaux et 251 057 tonnes). A la vérité le port n’était plus en rapport avec ce mouvement et avec les nouvelles conditions de la navigation maritime : non seulement les installations mécaniques y étaient défectueuses, les passes d’entrée peu profondes (en même temps que les droits de navigation fort élevés), mais les surfaces utilisables y étaient très restreintes. En réalité ce port n’était formé que d’un étroit passage entre l’ile de Seeland et l’ile d’Amagar, comme on peut le voir sur le premier plan venu ’de Copenhague ; les petits bateaux avaient bien des bassins, à l’abri des fortifications, et des canaux se ramifiant dans toute la ville, mais les grands navires ne trouvaient que quelques docks et bassins insuffisants dans la partie nord de ce passage; c’était dans l’Oresund, entre la côte de Seeland d’une part, et d’autre part le fort des Trois-Couronnes et celui de la Lunette.
- 11 est vrai que, il y a dix ans environ, on avait creusé le « Bassin du four à chaux », avec un petit bassin annexe tout à fait au nord de l’Oresund ; mais cela n’avait rien amélioré, ce bassin étant fort isolé, sans voies de communication pour le desservir, et ne présentant au maximum qu’une profondeur insuffisante de 7m,55. ,
- Une réforme était nécessaire, mais elle s’imposa bien autrement quand le canal de Kiel fut commencé ; si l’on n’agissait pas vite et énergiquement, la situation de Copenhague était perdue à tout jamais. En mars 1891 on décidait la construction d’un port franc, présentant tous les avantages de ces 'sortes d’établissements, et appelé à devenir un lieu d’entrepôt dans les meilleures conditions possibles. Cette œuvre fut rapidement menée à bonne fin et le port a été ouvert à la fin de 1894. 11 a coûté au moins 17 à 18 millions de francs; quinze ont été fournis par la Commission du port, qui a construit les
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- bassins, les quais, les terre-pleins ; les voies ferrées, les bâtiments et le reste ont été à la charge d’une compagnie commerciale créée spécialement pour l’exploitation du port franc.
- Celui-ci a été établi sur des terrains entièrement submergés, entre les glacis de la citadelle et le Bassin du four à chaux qu’il englobe même en partie sous le nom de Bassin septentrional. Nous ne dirons rien de l’ancien port, de l’Oresund, qui pourtant a été dragué à 8 mètres. Le nouveau port s’ouvre en face du fort des Trois-Couronnes par une passe de 106 mètres, profonde de 9 mètres, protégée par un grand brise-lames de 400 mètres, et bordée au sud par une jetée en blocs de béton comme le brise-lames. En entrant on rencontre devant soi le bassin septentrional, long de 471 mètres, large de 188, rrnis dont seules les rives sud et ouest font
- partie du port franc. Tout à côté, se trouve le Dock central, qui a une profondeur de 7m,53; la pointe du quai qui le sépare du Bassin sud présente deux indentations en forme de docks de carénage où viennent se garer les bacs à vapeur de Malmô; en ce point nous apercevons une gare de chemin de fer permettant aux voyageurs de passer directement des wagons dans les bacs, ou inversement.
- Le Bassin sud, bordé par le large môle est, celui que nous voyons en avant de notre gravure et qui le sépare de l’Oresund, est partagé en deux darses par une terre-plein de 314 mètres de longueur sur 56 ; la darse ouest seule n’a que 8m,22 de profondeur, le reste du bassin a 9m,14. Le large môle est, qui s'allonge sur 940 mètres jusqu’à la jetée, n’appartient pas complètement au port libre, étant partagé à peu près par moitié dans le sens de la longueur
- Vue à vol d'oiseau du nouveau port de Copenhague.
- par la grille qui entoure complètement et isole les terrains du port.
- Le mode d’exécution des travaux a été assez intéressant, tout ayant été conquis sur l’eau, les terre-pleins s’élevant sur des fonds qui avaient jusqu’à 4 mètres ; une partie des quais sont en granit, certains en palées revêtues de plaques métalliques.
- Notre gravure fait bien comprendre la façon très pratique dont a été disposé l’outillage. Les voies ferrées sillonnent tous les quais, qui présentent une superficie de 56 hectares et une longueur de 3660 mètres; elles se relient au réseau danois. Les hangars et magasins sont multipliés, desservis par de nombreux ascenseurs et formés de matériaux à l’épreuve du feu. A l’angle sud-ouest du grand Bassin méridional est une station centrale d’électricité distribuant la force motrice aux ascenseurs, balances automatiques, etc., aux grues à portiques qui sont installées sur tous les quais, et donnant partout la lumière à profusion. Il ne faut pas non plus oublier un vaste magasin-silo pour céréales, haut de 38 mè-
- tres, long de 50 et desservi par des courroies porteuses; enfin on a installé des bureaux pour les courtiers, des dortoirs pour les travailleurs, des magasins d’approvisionnement pour les navires. La Société du port a le droit d’émettre des warrants sur les marchandises entreposées.
- Ce qui permettra sans doute le grand développement du nouveau port, c’est que les frais y sont réduits au minimum: un navire de 1000 tonneaux n’aura à y payer que 252 couronnes, tandis que les frais s’élevaient jadis pour lui à 1843 couronnes. U faut songer aussi que Copenhague n’est que bien rarement pris par les glaces, que l’entrée y est toujours possible, la marée étant presque nulle. Déjà des compagnies allemandes ont installé des services réguliers entre l’Amérique et ce port comme tête de ligne; et les Danois se flattent de voir leur magnifique établissement maritime devenir pour l’Europe du Nord l’entrepôt général des produits de l’Amérique et de l’Europe occidentale. Daniel Bellet.
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- INSTRUMENTS DE MUSIQUE DES CHINOIS
- Les Chinois s’approprient la découverte de la mu- 1 av. J.-C.). Il est peu probable que la musique ait siquc, qu’ils attribuent à l’empereur Fou-Si (2851 peu un seul inventeur. Elle a été le résultat de l’ob-
- Instruments de musique des Chinois (d’après la collection du 1)' Matignon). — Fig. 1 à 21. — 1. Cloche. — 2, 3. Gongs. — 4. Cymbales. — 5. Ilâo-toung. — G. Lapa. — 7, 7'. Tchin et Tseng. — 8. Pipa. — 9. Soang-kin. — 10. San-thien. •— 11. Yué-kin. — 12, 12'. 12”. Ilou-kin. — 13. Eul-hien. — 14. Yang-kin. — 15. Siao. — 15’. Ti-tzcu. — 16. So-na. — 17. rai-pan. — 18. Mou-yu. — 19. Pan-kou. — 20. Tsâa. — 21. Shêng.
- servation et de l’imitation de la nature par l’homme.
- Les envahisseurs de la Chine durent porter avec eux. des éléments musicaux qui se mêlèrent à ceux de la race autochtone. Ce ne lut que vers 2697
- (av. J.-C.) que les principes de la musique lurent fixés. Les notes reçurent des noms ; l’une d’elles fut prise comme base. La musique, dès lors, considérée comme l’essence de l’harmonie existant entre la
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- oie
- terre, le ciel et l'homme, devient un adjuvant de tout bon gouvernement. Les empereurs la cultivent et le grand Soùn (2255 av. J.-G.) composa le fameux hymne Ta-Shao, lequel, par sa puissante beauté, 1600 ans plus tard, impressionna à ce point Confucius que, pendant trois mois, le philosophe ne trouva plus de goût aux aliments.
- Tous les philosophes regrettent qu’il ne reste plus traces de cette musique. Les instruments et documents furent, en effet, tous détruits (246 av. J.-C.), par ordre de Seu-houang-ti. Quelques fragments seuls échappèrent et furent découverts de nombreuses années plus tard. Malgré les efforts faits par les dynasties qui suivirent pour donner à la musique son ancien lustre, elle est restée particulièrement criarde et pénible pour notre oreille. Les Chinois s’en délectent et nous considèrent comme gens très inférieurs, puisque nous ne savons en goûter les charmes.
- Les principes fondamentaux de la musique chinoise sont donnés par une série de douze instruments, lus, formés de tubes de bambou ou de jade, de même calibre, mais de longueur différente. Leur invention se perd dans la nuit des temps et a quelque chose de fabuleux. Les théories les plus nombreuses ont été émises à leur sujet. La plus vraisemblable est la suivante. Les Chinois recherchent les analogies et concordances qui peuvent exister entre les choses dû la nature. Entre le ciel et la terre il y a, pour eux, harmonie parfaite. Or 5 est l’emblème du ciel ; 2 celui de la terre, deux sons qui seront entre eux comme 5 et 2 seront en harmonie.
- Le premier lu avait 9 pouces de longueur. Le deuxième en avait les 2/3 et donnait la quinte. Le troisième aurait dû avoir les 2/5 du second. Mais le son eût été trop haut par rapport au son fondamental. Il eût été la quinte du deuxième. Au lieu des 2/5 de la longueur du deuxième tube on lui donna 4/5 comme dimensions. Il tenait de la sorte l’octave au-dessous. Les autres tubes furent taillés sur le même principe : 2/5 et 4/5 du précédent.
- Le son émis par le premier lu « koung » fut la tonique d’une gamme de douze demi-tons. Quelque chose d’identique à notre gamme chromatique, mais non tempérée. Au début les lus ne donnaient que cinq notes, produites par les cinq premiers tubes. 1300 ans avant Jésus-Christ deux demi-tons furent ajoutés. La gamme devint alors heptatonique, avec cinq tons et deux demi-tons. Mais le premier demi-ton était placé entre la quatrième et cinquième note, tandis que, chez nous, il se trouve soit entre la deuxième et la troisième, soit entre la troisième et la quatrième, suivant que le ton est mineur ou majeur. Les deux demi-tons furent supprimés.
- La musique chinoise s’écrit de haut en bas; de droite à gauche, avec les caractères de l’écriture. Quelquefois des signes spéciaux placés à la droite du caractère indiquent la hauteur de la note. Cependant, rarement le ton peut être soupçonné à simple lecture. Il faut qu’un musicien joue le morceau pour
- savoir la valeur qu’il devra accorder aux notes. Quelques signes arbitraires renseignent sur la qualité de la note, la mesure, les pauses. Dans la musique religieuse un caractère, placé en haut et à droite du morceau, indique en quel lu le morceau doit être joué. Un caractère plus gros que les autres veut dire « appuyez sur la note ». Un espace laissé entre deux caractères équivaut à une pause. I)e petits points placés cà la droite du caractère peuvent, par leur nombre, indiquer le plus ou moins de valeur de la
- note, 1 = J, I. = J, Les pauses sont en-
- core marquées : N ou X.
- La musique chinoise n’excède pas quatorze sons et ce chiffre restreint est suffisant pour donner pleine satisfaction aux oreilles des Célestes. Elle est généralement à quatre temps et le quatrième temps est indiqué par O placé à la droite du caractère. Mais cette indication n’existe pas toujours. Aussi, quand le ton, la mesure, la valeur de la note ne sont pas mentionnés, l’exécution, livrée à la fantaisie de l’artiste, doit rarement répondre à l’idée du compositeur;
- Il n’y a ni ton majeur, ni ton mineur, mais un mélange des deux. Dièzes et bémols sont également inconnus.
- Les instruments de musique se rangent en huit catégories : pierre, métal, soie (cordes), bambou, peau, calebasses, terre.
- Instruments en pierre. — Employés pour les cérémonies religieuses. Us sont en jade ou en unç pierre noire très facile à travailler. Le To-k'ing a la forme d’une grosse équerre, suspendue par sop angle dans un cadre de bois. Le Pien-k'ing est une batterie de seize petites équerres de même longueur mais d’épaisseur différente. Le Jou-ti et le Jou-siao sont des flûtes en jade.
- Instruments en métal. — Les cloches (fig. 1) de toutes formes, employées seules ou montées en batteries, rendent des sons de différente hauteur. Elles n’ont pas de battant. On frappe dessus avec un morceau de bois. Les gongs, les cymbales sont variés à l’infini (fig. 1, 2, 3 et 4). Les instruments métalliques sont : le Ilaô-toung (fig. 5), sorte de trombone à coulisse, formé d’un tube de cuivre glissant dans un énorme cylindre de laiton ou de bois mince. Il figure aux enterrements. Le son en est particulièrement lugubre, et, à côté, celui de l’ophicléide semblerait d’une gaieté délirante; le La-pa (fig. 6), qui est qussi une variété de trombone à coulisse. Le paî-villon est droit ou recourbé. On le trouve dans l’armée et surtout entre les mains des aiguiseurs de couteaux, qui circulent par les rues. ;
- Instruments à corde. — Le plus ancien est le Tchin. Il a cinq cordes correspondant aux cinq éléments (fig. 7').''Le dessus, bombé, représente le ciel. Le dessous, plat, est l’image de la terre. La plus grosse corde, qui figure l’Empereur, est composée de 240 fils. Les deuxième et quatrième en ont 206; les troisième et cinquième, 171. L’an-'cienne forme a été conservée. Mais le nombre des
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- cordes a été porté à sept et chacune d’elles ne contient plus le nombre de fils précité. Le Sè'h, construit sur le même principe, avait primitivement cinquante cordes. Le nombre a été réduit à vingt-cinq, qui, disposées par groupes de cinq, correspondent aux cinq couleurs. Elles reposent toutes sur un même chevalet mobile. Le Tsêng (fig. 7) est un Sèh à quatorze cordes, groupées par deux, passant chacune dans un chevalet. Les divers chevalets ne sont pas fixés à la même hauteur sur la caisse, mais décrivent un mouvement hélicoïdal. La Pi-pâ (fig. 8) est une guitare à quatre cordes. Sur le long ciel de l’instrument sont disposés dix à douze morceaux de bois pour guider les doigts. Les notes sont do, fa, sol, do. Il faut, pour en jouer, une grande souplesse de doigt : musique à mouvement rapide avec trémolo perpétuel qui s’obtient en passant alternativement l’ongle ou un Style en avant et en arrière de la corde. La Souang-k'in (fig. 9) est une guitare octogonale a long manche dont les quatre cordes sont accordées deux à deux et l’intervalle entre les paires de cordes est une quinte. Peu employée à cause de son prix. Le San-hien (fig. 10) est une guitare à trois cordes. Le corps est recouvert d’une peau de serpent. Les noies sont do, fa, do ou do, ré, la. C’est un instrument très populaire, joué avec l’ongle ou un style. Le Yué-k'in (fig. Il) est une guitare ronde ou octogonale. Les quatre cordes sont accordées par paires, séparées par une quinte. Les cordes sont quelquefois en cuivre. Il sert avec la Pi-pa et 1 eSay-hien pour accompagner les chanteurs. Le Hou-kin (fig. 12, 12', 12") est un violon à deux ou quatre cordes. Le corps est un tube de bambou ou de bronze recouvert d’une peau de serpent. Quand il y a deux cordes elles donnent le mi et le sol. Quand il y en a quatre, la première et la deuxième donnent le mi ; la troisième et la quatrième 1 e sol. L’archet passe entre les cordes et cette disposition nécessite une grande dextérité de la part de l’exécutant pour ne pas toucher toutes les cordes à la fois.L’J£wZ-/»en(fig.l3) est fait sur le même principe. L’intervalle entre les deux cordes est une quinte. Le corps est formé d’une noix de coco recouverte d’une mince lame de bois. Très goûté du peuple; mais horriblement criard. Le Yang-k'in est une cy-thare de forme trapézoïde (fig. 14) à cordes métalliques, groupées par deux ou trois et formant seize séries de longueur progressivement décroissante. Deux chevalets munis de trous servent à tendre les cordes, mais celles-ci passent alternativement sur les chevalets ou dans les trous ménagés dans le corps de ces derniers. Ainsi la première série de cordes passera sur le chevalet de droite et dans I’un des trous du chevalet de gauche, et inversement la deuxième série passera sur le chevalet de gauche et au travers d’un orifice de chevalet de droite.
- Instruments en bambou. —Le Siao (fig. 15) est une flûte de 70 à 80 centimètres de longueur. L’extrémité supérieure est fermée, mais porte un petit orifice latéral à parois taillées en biseau par où on
- souffle. Elle a cinq trous sur sa face antérieure et trois en arrière. Le Ti-lzeu (fig. 15') est la flûte ordinaire. Elle a dix trous irrégulièrement disposés. Un sert à souffler. Six trous sur la face supérieure sont obturés avec les doigts. Un septième, situé près du trou de soufflerie, est oblitéré par une membrane de mirliton. Il y a deux trous à la face inférieure. Le So-na (fig. 16), le plus désagréable de tous ces instruments, est une petite clarinette, ayant une embouchure en roseau, qui s’adapte sur un entonnoir métallique. Longueur 20 centimètres. Elle a sept trous.
- Instruments en bois. — Ce sont des instruments religieux. Le Tchou est une sorte de panier, sur lequel on frappe. Le Yu a la forme d’un tigre placé sur une caisse, sur le dos de l’animal se trouve une scie à vingt-sept dents. Il sert à accompagner le chant religieux. A la fin de chaque strophe un bonze frappe trois fois sur la tête de l’animal, puis passe, rapidement, par trois fois, un morceau de bois sur la scie. Les Paï-pan (fig. 17) sont des sortes de castagnettes. Le Mou-yu est un gros grelot, ayant parfois la forme d’un crâne, sur lequel les bonzes frappent avec une baguette de tambour (fig. 18).
- Instruments en peau. — Nous y trouvons toute une collection de tambours, présentant cette particularité que la peau ne peut être tendue suivant les besoins, car elle est clouée sur la caisse. Le Panr hou (fig. 19) se voit assez souvent dans les orchestres populaires, ainsi que le Tsâa (fig. 20), sorte de tambour de basque.
- Instruments faits avec une calebasse. — Ils sont d’une origine très ancienne, et représentent les herbes et les plantes. Le Shêng (fig. 21) symbolise le phénix. Le corps est formé par une calebasse, oü un morceau de bois creux, sur laquelle sont adaptés des tubes de bambou de longueur différente, disposés en forme de queue d’oiseau. Il y a dix-sept tubes. La partie supérieure est en bambou. La partie inférieure, qui est logée dans la calebasse, est en bois très dur et porte une anche de laiton. Chaque tube porte un trou latéral qui peut être oblitéré au doigt. Treize tubes seulement sont sonores, quatre sont placés uniquement pour la symétrie et donner à l’instrument la forme d’un oiseau. On soufflé en s’introduisant dans la bouche le bec de l’instrument, qui tantôt a la forme d’une tête d’oiseau, tantôt celle d’un bec de théière.
- Instruments en terre. — Le Siüan est un ocarina inventé 27 ans avant Jésus-Christ. C’est un cône de porcelaine ou d’argile, orné de dessins en couleur portant trois trous sur sa face antérieure et trois sur sa face postérieure, On souffle par en haut. Les notes sont : la, do, ré, mi, fa, sol L
- Dr J.-J. Matignon, ,
- Médecin aide-major de l’armée, Attaehè à la Légation française en Chine.
- 1 Une étuda très complète de la musique chinoise, due à M. Van Aalst, a été publiée dans les Impérial maritime cas-toms reports (Shang-haï, 1884).
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- IA MUTE ÉCOLE D’ÉQUITUTION
- Nous avons reçu de M. le capitaine J.-B. Dumas et de M. le Vte de Ponton d’Amécourt un magnifique ouvrage intitulé Album de Haute École*. Ce livre est un traité de haute importance; il comprend un grand nombre de planches photolithographiques de grand et de petit format, analogues à celles que nous reproduisons ici. M. le capitaine J.-B.
- Dumas a bien voulu nous envoyer, sur notre demande, une Note très intéressante sur la méthode qu’il emploie dans son enseignement de la Haute École d’équitation. Nous la reproduisons.
- « Mon but, nous dit-il, a etc de réaliser, au moyen d’une suite d’images que la photographie rend indiscutables, une monographie, commentée figure par figure et point par point, de toutes les allures et de tous les airs de la Haute École (le texte est écrit sous chaque figure, disposition typographique difficile et indispensable). Placé au centre de la carrière avec mon élève, je retiens, par la photographie, le temps précis que son œil inexpérimenté ou impuissant n’a pas saisi complètement. Je le lui fais voir, je le lui explique : 1°, au point de vue de la locomotion quadupède; 2°, au point de vue plus important de l’emploi du cheval pour l’équitation. Le texte souligne. Ces leçons ne vont point sans une révision complète de tous les travaux existants sur la locomotion, passés au crible d’une très longue expé-
- 1 Paris, Librairie militaire de L. Baudoin.
- ! rience du cheval, dégagés et complétés par des recherches tout à fait nouvelles ; je veux dire que, le premier, j’ai étudié et relevé l’influence qu’exercent les pentes sur les allures du cheval qui s’y meut. J’en ai déduit deux règles importantes : tendance à la latéralisation de l’allure dans
- les descentes et tendance à la diagonalisation dans les montées. Les conclusions se déduisent d’elles-mêmes pour le but de perfectionnement des allures à forme latérale et de celles à forme diagonale. J’ai, en effet, rapproché complètement le pas du galop et conclu que, en ce qui concerne les formes et en ce qui a trait au genre d’équilibre engendré, ces deux allures étaient parfaitement sœurs et produisaient, toutes choses égales d’ailleurs dans le temps et dans l’espace, des résultats identiques pour accentuer la surcharge des épaules, le mouvement en avant et pour baisser le cheval. Ce sont
- les allures à forme latérale. J’ai relevé au contraire que allures à forme diagonale, comine le trot, allégeaient et relevaient le cheval en facilitant le report du poids sur l’arrière-main. Ce sont deux points à noter et à retenir pour le dressage, suivant les individualités considérées (homme ou cheval) et les nécessités à satisfaire.
- « Enfin, le point de départ et d’arrivée de tout mon système de dressage se résume en une règle des plus
- simples, en un principe unique pour le cavalier : Agir avec sa jambe, du même côté et en même temps que l’antérieur animal qui pose, le bout du nez du cheval orienté dans le sens du mouvement à entamer.
- En résumé, cela revient adiré : ne demander à l’animal de mouvement oblique ou latéral que quand son antérieur, levé dans la direction du mouvement à entamer, lui permet de l’exécuter. Cela correspond à l’enseigne-
- Fig. 1. — Piaffer dépité à extension. Le cheval lève et pose rapidement les pieds en cadence par bipèdes diagonaux. Synchrones sans avancer, avec prédominance de brillant dans le travail des antérieurs.
- Fig. 2. — Arrêt instantané, en parade par les éperons en avant des sangles au défaut des coudes au galop très allongé.
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- ment donné au fantassin : tourner du côté de l’antérieur levé ou porter le poids du corps sur la jambe qui ne commence pas le mouvement, le porter ensuite dans le sens de ce mouvement pour l’étendre et l’amplifier. Cette simple règle mène aux tourners justes sans résistance ni révolte; aux appuyers exacts; aux autres changements de main ; au renvoi rapide, souple et facile d’une aide sur l’autre ; au trot développé ; au passage ; au pas espagnol ;
- Fi". 3. — Grand trot allongé.
- au piaffer; au pas de conscrit; aux départs au galop justes ; aux changements de pied exacts ; aux trotters justes dans les tournants; au trotter juste pour les départs au galop, etc., etc.; enfin, en un mot, à l’équitation précise pour toutes les allures, pour tous les airs de Haute Ecole et au dressage rapide du cheval ; celui-ci devient absolument un dressage naturel et sans résistance.
- « La règle est simple et une. »
- Fig. 4. — Galop de course. Base diagonale gauche.
- Fig. 3. — Travail sur les pentes raides. Fig. 6. — La capricolc.
- (Fac-similé de photographies instantanées.)
- Nous accompagnons cette intéressante dissertation par des spécimens des photolithographies qui sont ajoutées dans le texte de Y Album de la Haute École ; ces productions sont gravées sur bois, mais elles respectent le modèle. Les figures 1 et 2 reproduisent des exercices très difficiles à exécuter et qui dénotent une grande habileté de la part du cavalier. Les figures 3 et 4 montrent des temps du grand trot allongé et du galop de côurse. La figure 5,
- donne le travail sur pente, travail utile aux chasseurs alpins; le n° 6 est l’exercice de la capricole, qui ne peut se faire que par des cavaliers de premier ordre.
- Après ces appréciations, nous allons examiner avec les auteurs une question : nous voulons parler de l’utilité que ces documents présentent au point de vue de la reproduction artistique des animaux en mouvement.
- Un œil exercé arrive à saisir l’impression d’une action
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- dont la durée n'est pas inférieure à 1/fi de seconde. Encore faut-il, pour y parvenir couramment, qu’il ait recours à l’utilisation du phénomène de la persistance assez prolongée de l’impression lumineuse sur la rétine.
- L’observateur doit suivre de la vue avec attention le cheval en mouvement à une distance de 100 ou 150 mètres, puis, aussitôt après l’exécution rapide du temps du mouvement qu’il veut étudier, il fermera brusquement les yeux. Les organes de la vue extérieure, s’il n’avait pas arrêté ainsi momentanément leur fonctionnement, auraient continué à enregistrer, au fur et à mesure de leur exécution, les différentes périodes des actes de la locomotion, tout en ne rendant, pour ainsi dire, leurs comptes à l’esprit que tous les sixièmes de seconde, c’est-à-dire en les groupant plus ou moins; il n’aurait donc pu arriver à saisir une image nette de la décomposition du mouvement; mais la rétine, grâce à la persistance de l’impression lumineuse, va conserver momentanément l’enregistrement intérieur du dernier acte qui l’a frappée, et l’observateur pourra facilement y retrouver cette vision.
- Aux mêmes distances d’observation, ou à des distances qui peuvent être bien inférieures, la photographie, aü contraire, retient bien exactement la définition d’un mouvement qui s’exécute en un temps moindre que le 1/25 000e de seconde, s’il est nécessaire. Il en résulte que, par rapport à cette dernière, l’esprit humain ne conçoit guère qu’une réunion de mouvements, une synthèse, parce que l’instrument à son service, c’est-à-dire l’œil, ne lui a permis que d’apercevoir un groupement et non pas de les décomposer habituellement. En outre, l’éducation de l’œil par les œuvres de la plupart des peintres, des sculpteurs et des artistes, qui travaillent encore presque tous sur des types conventionnels encore peu étudiés, ne lui a fait retenir et comprendre que des conventions aussi dénuées de vérité qu’un caractère d’alphabet représentatif pourrait l’être.
- I Le photographie, de son côté, enregistre une analyse qui enlève à l’imagination toute idée d’un mouvement en cours d’exécution, puisque la conception exacte de celui-ci ne peut résulter que d’une succession limitée de positions vraies, fondues par l’art en une seule image. ;
- En ce qui concerne la définition du mouvement par Éimage, l’œil et la photographie voient donc également faux : le premier, l’outil de la synthèse, l’œil, d’abord parce qu’il voit mal faute d’éducation et d’entraînement, ensuite parce qu’il voit à la fois un trop grand nombre de phases successives dans la série d’un même mouvement et qu’il les brouille les unes avec les autres; la seconde, l’analyste, c’est-à-dire la photographie, parce qu’elle voit trop vite et qu’elle saisit, en conséquence, à la fois trop peu de la série de ce même mouvement pour que l’esprit humain puisse ensuite rapporter à ces images une relation sentie de ce que l’œil lui a fait voir.
- On en conclura que la représentation des mouvements très rapides, que notre œil saisit mal, doit, pour être vraie, au point de vue de l’esprit humain, tenir compte aussi bien de la façon de voir et de la capacité d’enregistrement de l’œil, que des renseignements précis, fournis par l’analyse photographique. Une fusion entre ces documents, sous l’idée dominante qu’ils sont destinés à être appréciés par l’œil humain, est donc nécessaire et c’est ici que l’art doit intervenir. La photographie fournira simplement à celui-ci des documents d’exploitation, des renseignements dont la reproduction stricte serait aussi fausse au point de vue de l’œil, que laide au point de vue de l’art. Mais on doit se hâter d’ajouter que l’œil
- humain, trempé depuis des siècles par les œuvres des artistes et par lui-même, s’il conserve un sentiment juste de ce qui lui convient, n’a pas son éducation faite encore : il n’aime actuellement et n’apprécie que les illusions concordant avec les conventions qu’il connaît, qu’il a seules retenues et qu’il croit de bonne foi voir et retrouver dans la réalité.
- Il faut donc l’entraîner et l’exercer à voir plus juste, à voir plus vrai en un mot, et il faut que l’art impose sa règle pour que de nouvelles conventions synthétiques et vraies remplacent enfin les anciennes conventions fausses : la reproduction, par les quadrupèdes en mouvement, des figures que ces dernières ont engendrées, présentera toujours en effet, pour la plupart d’entre elles, ce défaut capital de ne correspondre à aucun des temps d’un mouvement quelconque et d’être matériellement irréalisable.
- On peut donc prévoir que les types simples, que l’arjt retiendra pour la représentation des allures, résulteront de la connaissance complète, puis de la fusion des images en séries, fournies par la photographie; dans son étude de la nature, il les prendra comme guides pour mieux interpréter les actes du mouvement.
- Les auteurs de Yalbum que nous venons de faire connaître à nos lecteurs, méritent les plus grands éloges pour leurs travaux et leurs expériences équestres, qui sont bien faits pour accroître les progrès de l’art et de la science de l’équitation. G. T.
- MONUMENTS AFRICAINS
- M. Héron de Villefosse a récemment déposé sur le bureau de l’Académie des inscriptions et belles-lettres de l’Institut trois photographies représentant, sous différentes formes, une statuette en ivoire trouvée par le R. P. Delattre, au mois de juillet dernier, dans des fouilles qu’il a exécutées à Carthage. Cette statuette, qui est haute de 0"*,13 et a l’avantage d’être intacte, a été sculptée dans un cylindre d’ivoire qui a presque entièrement conservé sa forme. Cette figurine représente une femme coiffée à l’égyptienne et vêtue d’une longue robe. Le cou est orné d’un collier. Les bras sont raides et collés au corps. Les mains, réunies sur la poitrine, soutiennent les seins, qui sont à peine indiqués. Sur le reste du cylindre qui forme la robe, l’artiste a ciselé trois longues bandes quadrillées qui tombent, l’une dans le dos, les deux autres sur les côtés de la statuette. Par-dessus ces bandes, à la hauteur des reins, passe une ceinture dont les deux bouts croisés pendent en avant, s’écartant à droite et à gauche. Le bas de la robe est orné d’une frange. Les pieds ne sont pas indiqués. La manière dont cette femme, ou plutôt cette déesse, est vêtue fournit un des rares exemples du costume carthaginois. Elle offre aussi certaines analogies avec une statuette qui se trouve dans nos collections du Louvre. Le cylindre d’ivoire est creux ; le bord inférieur est percé de quatre petits trous qui semblent avoir servi à fixer la statuette sur un morceau de bois. Cette figurine formait probablement le manche d’un miroir. On a trouvé, en effet, dans la même tombe un miroir en bronze avec plusieurs objets de parure, un pendant en or à croix ansée, une bague sigillaire, trois anneaux d’argent et les débris d’un bracelet orné du scarabée sacré et de pal-mettes. La statuette du Louvre, dit M. Héron de Villefosse, est plus fine et plus soignée ; mais la statuette de Carthage a l’avantage d’être tout à fait complète1.
- 1 D’après la Semaine du bâtiment.
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- L'A NATURE.
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- UN AVENTURIER AFRICAIN
- I.E MARCHAND D’iVOIRE STORES
- Il est fort question depuis quelques semaines de l’exécution militaire, dans l’État Indépendant du Congo, d’un sujet britannique, nommé Stokes. Il était établi entre les Stanley Falls et le lac Albert, dans le district de l’Itouri. Accusé de vendre des armes et de la poudre à ces chefs arabes, auxquels les Belges de l’État Indépendant font depuis quatre ans une guerre sans répit, il a été saisi par ordre du capitaine Lothaire, commandant le district de l’Itouri, rapidement jugé et pendu.
- Cette exécution a causé en Angleterre une très vive émotion. On prétend que le capitaine Lothaire a outrepassé ses droits, et il est l’objet d’attaques très violentes. La famille de. Stokes se propose de réclamer une énorme indemnité. Bref cette affaire menace d’aigrir les rapports, hier encore si cordiaux, de l’Etat Indépendant et de l’Angleterre.
- Ce Stokes était un singulier personnage, dépourvu de scrupules sans aucun doute, mais courageux, énergique, habile, étayant réussi, depuis quinze ans qu’il vivait dans l’Afrique orientale, à s’y faire une situation importante et à y devenir une manière de personnage.
- Il était originaire d’Irlande, et, pendant la première période de sa vie, avait été missionnaire. La Chureh missionnary Society, à laquelle il appartenait, l’avait envoyé en Ouganda. C’était l’époque oîi les Anglais commençaient à avoir des vues sur ce pays.
- On sait que pendant son séjour en Ouganda,, en 1875, prélude de sa célèbre et vertigineuse descente du Congo, Stanley avait adressé à l’opinion publique anglaise un chaleureux appel en faveur de ce pays, encore presque entièrement païen, et plein de ressources. Il représentait qu’il y avait là beaucoup de bonnes âmes égarées à faire entrer dans le sein de l’Eglise anglicane et en même temps de grands profits pécuniaires à réaliser. Cet appel fut entendu, et, en 1877, une mission protestante anglaise vint s’établira côté de la mission catholique française déjà installée.
- Stokes arriva en 1879. Il devait remplacer son Collègue le missionnaire Wilson, qui accompagnait une ambassade envoyée par Mtésa, roi d’Ouganda, à la reine Victoria.
- Mais après quelques années, Stokes abandonna cette carrière. Il commençait à bien connaître son Afrique équatoriale. Il avait rapidement compris à quels mobiles simples et peu nombreux obéissent les nègres, ces enfants légers et capricieux. Il savait le moyen de s’enrichir en faisant des affaires avec eux. Il mit donc la Bible de côté, dépouilla la redingote noire et montante du clergyman et devint trafiquant. Comme de tous les commerces dé l’Afrique équatoriale le plus rémunérateur est celui de l’ivoire, il se fit marchand d’ivoire.
- Ses opérations s’étendirent sur un territoire immense. L’Ouganda et les régions limitrophes res\ tèrent toujours son principal champ d’opérations. Il y trouvait en quantité l’ivoire des deux sortes :;le tendre provenant des défenses des éléphants qui parcourent les steppes de l’est ; le dur que donnent les bêtes dont les forêts occidentales sont l’habitat ordinaire. ,
- Mais pedvà ; peu des tribus qui vivent dans des contrées très éloignées du lac Victoria, étaient devenues aussi les fournisseurs de Stokes. C’est ainsi qu’il recueillit beaucoup d’ivoire dans le Rouanda, une région encore très mal connue des géographes, et située entre la chaîne volcanique des Mfoumbiro et la pointe septentrionale du Tanganika. Son domaine d’action s’était enfin étendu récemment jusqu’à l’Itouri, le grand affluent de droite du Congo..
- En échange de l’ivoire, Stokes donnait aux indigènes des marchandises variées. En Ouganda les vestes déformé et découpé européennes, les bonnets rouges que nousjiommons fez, et aussi —preuve d’un goût étrange — les peignoirs blancs ou de couleur, avaient la vogue. On y goûtait fort également les toutes petites perles |qui servent à broder les étoffes. Mais les objets estimés par excellence et faisant prime étaient le fusil et la poudre. C’est pour s’en procurer que les nègres poursuivent l’éléphant blessé sans relâche pendant des heures, à travers bois et marais, jusqu'au moment où il tombe épuisé et devient leur proie. C’était parce qu’il était le'grand dispensateur de ces objets magiques, avec lesquels on est puissant et respecté, que Stokes était devenu en Afrique un personnage.
- Le marché se faisait soit sur la côte septentrionale du lac Victoria, soit sur la côte occidentale, à Bukoba', De là, Stokes transportait l’ivoire par bateau sur la côte méridionale.
- Il avait plusieurs postes de commerce, pareils à ceux que naguère au Soudan égyptien on nommait des zéribas. Il en avait deux dans l’Ounyamouézi, l’un à Oujoui, à une journée de marche au nord-est de Tabora, l’autre plus au nord, à Oussongo. Un troisième était installé à Bukome, sur les bords du golfe Emin-Pacha, à l’extrémité sud-ouest du Victoria. D’autres que nous ne connaissons pas avaient sans doute été fondés sur les rives de l’Itouri. «
- Ces postes différaient beaucoup de valeur entre eux. Celui d’Oujoui était confortable. Au milieu de huttes servant de magasins, s’élevait une belle maison, entourée d’une véranda et pourvue de portes, de fenêtres et d’un mobilier à l’européenne. Cette maison appartenait autrefois à la Chureh missionnary Society, qui l’avait abandonnée à Stokes. Au contraire la zériba d’Oussongo était miT sérable. À l’intérieur de la palissade fortifiée, il y avait seulement quelques huttes de nègres et un petit tembé sans fenêtres1: le tout d’aspect si peu engaT géant que, en 1890, Stulhmann avait mieux aimé bivouaquer sous sa tente que de s’y installer. Quand le maître s’absentait, la garde de ces postes était
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- LA NATURE.
- confiée à des nègres qui étaient payés généreusement.
- Les affaires de Stokes devinrent vite prospères. On sait que depuis le commencement du siècle, le commerce de l’Afrique, de la côte de l'océan Indien jusqu’au Congo, est entre les mains des trafiquants arabes. Stokes réussit non seulement à vivre à côté d’eux, mais à leur faire une concurrence souvent victorieuse. C’est là une preuve non médiocre d’habileté.
- Sa situation devait nécessairement lui donner occasion de jouer un rôle politique important, lorsque Allemands et Anglais cherchèrent à créer des colonies dans l’Afrique orientale, c’est-à-dire à partir de 1885. Le commissaire général de l’Afrique orientale allemande, von Wissmann, l’avait fait nommer agent de la Société commerciale. Il écrivait à Emin en 1890 que c’était un homme à ménager. Stokes témoignait d’ailleurs sa reconnaissance des bons procédés des Allemands à son égard. En 1891 il se trouvait à la station allemande de Bukoba, lors de la fête qu’Émin fit célébrer en l’honneur de l’anniversaire de la naissance de l’empereur Guillaume II. Stokes s’y associa sans réserve. Il prit part au banquet qui réunit les Européens présents, et au dessert poussa des Hoch ! avec ses hôtes. Il ne s’en tint même pas là. Le soir, des danses furent organisées par les soldats et les indigènes. Stokes entra dans le cercle, et se trémoussa avec les autres. Cette manifestation spontanée d’enthousiasme excita une allégresse générale. Ce Stokes était un habile homme, il ne négligeait pas les petits moyens, il savait qu’il y a des circonstances dans la vie où il est à propos de faire des pirouettes et des cabrioles en l’honneur d’un empereur allemand. Mais ce fut surtout dans l’Ouganda, en 1892, qu’iljoua un rôle politique prépondérant et efficace. Il arma le parti anglo-protestant et lui donna les moyens de triompher du parti franco-catholique. A l’époque même où la presse anglaise reprochait aigrement aux catholiques de l’Ouganda et à nos missionnaires leurs plus légitimes précautions, Stokes apportait en quantité armes et cartouches. Grâce à lui les protestants étaient pourvus non de ces mauvais fusils de traite, aussi dangereux pour le tireur que pour l'ennemi, mais d’excellentes armes de modèle récent et se chargeant par la culasse. Grâce à lui ils battirent les catholiques, obligèrent le roi Mouanga à faire cause commune
- avec eux et facilitèrent grandement l’établissement du protectorat anglais dans le pays.
- Ce missionnaire défroqué a donc contribué pour sa part à doter l’Angleterre de cette magnifique colonie de l’Ouganda, où le climat est sain, où les Européens peuvent s’établir sans inquiétude, où les cultures de café enrichiront certainement quantité de planteurs.
- On conçoit donc que sa mort tragique ait suscité en Angleterre de vives et d’amères récriminations. On sait que c’est une tradition constante chez nos voisins de ne pas permettre qu’en aucun point du globe un sujet britannique quelconque soit impunément lésé. Or Stokes n’était pas un sujet britannique quelconque : il avait participé au développement de l’Empire colonial. Les représentants de l’Impérialisme britannique, les partisans de la Plus-Grande-Bretagne, et le premier ministre actuel, lord Salis-bury, en tête, ont donc naturellement pris fait et cause pour cet agent de l’Expansion anglaise. Ils
- acquittent presque une dette de reconnaissance.
- Quant à nous, nous ne saurions nous prononcer dans le débat qui vient de s’élever entre l’Angleterre et l’État Indépendant. Que Stokes ait fourni des armes et des munitions aux Arabes et en particulier au chef Kibongé, nous le croyons aisément. Ce n’était pas un homme à s’embarrasser de vains scrupules. Étant à Bukoba l’hôte d’Émin, il avait fait sur son compte à von Wissmann des récits malveillants qui ne contribuèrent pas médiocrement à aigrir les rapports entre le gouverneur général et l’explorateur. Un autre jour, dans l’Ouganda, le capitaine Lugard avait absolument besoin de pièces d’étoffes : tout bon Anglais qu’il était, Stokes n’hésita pas à les lui vendre à un prix scandaleusement élevé, et à bénéficier ainsi de la détresse de son compatriote.
- D’autre part, l’exécution d’un Européen en Afrique par un autre Européen est un fait grave, susceptible de grandes répercussions. Peut-être pourra-t-on reprocher au capitaine Lothaire un excès de hâte et de rigueur.
- Mais, nous le répétons, nous ne devons pas prendre parti dans un procès dont nous n’avons aucune pièce sous les yeux.
- Nous voulions seulement esquisser la figure et la carrière originales d’un aventurier africain qui vient de disparaître. Henri Dehérain.
- Carte de ]’Afrique orientale. (Les postes commerciaux de Stokes sont soulignés.)
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- LES CHAPEAUX DE DAMES « AU BALLON »
- EN 1783 ET EN 1784
- Parmi les découvertes scientifiques naissantes, il en est qui passent à peu près inaperçues ; il en est d’autres qui frappent l’imagination, passionnent les esprits et sont l’objet d’une vogue universelle. L’invention des ballons est du nombre de ces dernières ; elle produisit, au moment où elle eut lieu, une émotion extraordinaire.
- Quand on apprit que les frères Montgolfier avaient lancé dans l’espace le premier ballon, le 5 juin 1783, quand Charles et Robert eurent gonflé au Champ-de-Mars, à Paris, le premier aérostat à gaz, puis quand eux-mèmes s’élevèrent dans les airs après Pilàtre de Rozier et d’Àrlandes, il n’y eut qu’un seul cri d’en-
- thousiasme, d’étonnement, d’admiration. Tout le monde se mit à célébrer l’avènement d’une ère nouvelle dans l’histoire. On se figurait que les ballons allaient modifier les destinées humaines ; la cour et le peuple, les grands et les petits se préoccupaient des ballons, et l’esprit public était tout entier aux « globes aériens ».
- C’est souvent dans les petites choses que l’historien trouve l’indice des grands succès. Nous allons en donner un exemple, en signalant les chapeaux au ballon que les Parisiennes, au siècle dernier, promenaient aux Tuileries ou au Palais-Royal.
- Les amateurs d’estampes connaissent les charmantes gravures de modes de Desrais; parmi les planches figurant les coiffures de dames, il en est trois qui doivent fixer notre attention, ce sont ces fameux chapeaux au ballon qui se confectionnaient
- par nos modistes à la fin de l’année 1783, pendant le cours de laquelle avait eu lieu la grande découverte. Il y avait un chapeau à l'air inflammable (c’était ainsi que l’on désignait le gaz hydrogène), et il ne nous paraît pas nécessaire de faire remarquer le jeu de mots; il y en avait un autre à la Montgolfier ; un autre au globe volant. Nous reproduisons ci-dessus l’aspect de ces gracieuses coiffures. Les journaux et les gazettes du temps nous montrent bien quel était l’engouement populaire en faveur de la navigation aérienne ; mais les documents qu’on y rencontre, sont généralement connus et ne sont pas inédits, nous n’en parlerons pas ici. Il n’en est pas de même d’une lettre autographe que je possède; elle est écrite par l’astronome Montucla et donne au sujet des ballons de précieux documents. Cette lettre est datée de Versailles, 26 décembre 1783, elle est adressée au mathématicien anglais Hutton, à Wool-wich. Voici la reproduction des passages qui ont trait à l’aéronautique naissante :
- Vous avez sûrement entendu parler de ce qui nous occupe en ce moment beaucoup à Paris, savoir la découverte des globes aérostatiques. J’ai été témoin de la dernière expérience faite aux Tuileries, d’où partirent MM. Charles et Robert dans une jolie petite nacelle attachée à un globe de taffetas ciré de 26 pieds de diamètre. Ils ont fait un voyage heureux et trois heures après ils descendirent librement à 9 ou 10 lieues de Paris, et l’un d’eux remonta aussitôt et s’éleva à 1500 toises, à en juger par la dépression du baromètre. On prétend que M. Montgolfier, l’un des deux inventeurs de ce moyen de s’élever dans l’air, fait à Lyon un globe de 100 pieds de diamètre au moyen duquel il enlèvera une petite maison légère dont la cheminée doit, suivant son procédé, servir à alimenter son globe, et que si le vent est Est, il viendra ainsi à Paris, lui quatre ou cinquième. On se prépare aussi, au beau temps, à vous aller faire ainsi une visite en traversant le détroit.
- Il est à remarquer que cette invention a été ici le sujet de grandes querelles et que tous nos amateurs se sont aussitôt partagés en deux sectes, les uns partisans de M. Montgolfier, les autres de M. Charles, qui le premier
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- à donné à Paris le spectacle d’un globe s’élevant ainsi en l’air. Mais il y a eu depuis une coalition qui pourtant n’a pas réuni tous les esprits. Dans le fait, l’invention est due à MM. do Montgolfier, dont le procédé ne tient même point à la découverte de ces gas de différente pesanteur qui, depuis une dixaine d’années, occupent si fort les chymistes. Vous imaginez bien que chez une nation aussi gaye. et, si vous le voulez, aussi frivole que la nôtre, les théâtres se sont emparés de ce nouveau sujet. Il y a eu, entre autres, une petite pièce jouée aux boulevards et intitulée : Guillot, physicien, ou la chute du globe volant à Gonnesse. On m’a dit qu’il y avait beaucoup d’esprit. Nos quays sont bordés d’estampes comiques et relatives au globe; nos femmes mêmes ont eu et ont encore des coiffures au globe, invention de notre fameuse marchande de modes, MHe Berlin.
- On voit que Montucla parle dans sa lettre des fameux chapeaux au ballon de Mlle Ber tin, mais il n’y avait pas seulement des chapeaux au ballon. On fabriquait à Nevers, à Lille, à Rouen, à Strasbourg, à Marseille, des assiettes de faïence patriotiques et qui figuraient les premiers-ballons. On vendait dans les rues des éventails sur lesquels étaient peintes les prouesses des premiers navigateurs aériens. Les objets d’art, les bonbonnières, les bracelets, les bijoux, figuraient des aérostats; il y avait des pendules, des meubles, des cages d’oiseaux même, en forme de ballon. Gaston Tissandier,
- VUES DE PROJECTIONS
- Le procédé Je plus généralement employé pour obtenir Jes plaques des vues et les objets employés dans les lanternes de projection consiste à reproduire photographiquement les originaux. Lorsqu’on peut disposer des gravures typographiques en clichés de^ cuivre, et c’est le cas le plus fréquent, on peut imprimer directement sur le verre, par un procédé que nous fait connaître M. f. W. Scripture, de l’Université de Yale.
- Le cliché à reproduire est tout d’abord fixé dans un châssis et encré à l’encre fine amenée à la consistance convenable à l’aide d’huile bouillie de Calcutta et de siccatif japonais. La température, l’humidité et d’autres conditions régissent la consistance à donner à l’encrage, qui se fait au rouleau ordinaire et à la façon ordinaire.
- Le cliché est placé sur une table et le verre à imprimer à côté de lui, les deux faces au même niveau, la distance qui les sépare étant réglée par les dimensions du rouleau d’impression et les dimensions du cliché, comme on va le voir dans un instant. Le rouleau d’impression est une composition de mélasse et de glu, à peine plus dure que les rouleaux ordinaires d’encrage, et que l’on fait rouler entre deux guides. Ce rouleau, dont la surface est parfaitement nette, passe d’abord sur le cliché, dont il recueille l’encre déposée par l’encrage sur toutes les parties en relief. Après avoir atteint le verre, à la suite d’une révolution complète, il y dépose l’encre précédemment enlevée du cliché. On pourrait, en manœuvrant habilement le rouleau, se passer des guides qui assurent sa marche, mais le jeu n’en vaut pas la chandelle. r On obtient, après cette opération, une impression sur le verre identique à celle que l’on obtiendrait sur le papier avec le même cliché. D’après l’auteur, les impressions sur verre ont même plus de finesse que celles obtenues sur papier. Le cliché sert indéfiniment, et les épreu-
- ves ainsi imprimées peuvent être vendues à un prix véritablement populaire, çequi présente un grand intérêt au point de vue de la vulgarisation des sciences. Les procédés employés jusqu’ici pour obtenir des clichés de lanterne de projection les produisaient à un prix élevé, presque prohibitif, et qui restreignait considérablement leur emploi. L’élégante solution de M. Scripture résout économiquement le problème, et, pour faciliter la diffusion de son procédé, l’auteur offre gracieusement de mettre ceux que la question intéresse en relation avec l’imprimeur qui fait ses propres clichés. C’est un désintéressement qu’il nous est doublement agréable de signaler. E. H.
- CHRONIQUE (
- La passion du jeu et les ventilateurs électriques. — Par les températures sénégaliennes que nous venons de traverser, les Américains ont imaginé un jeu de hasard ingénieux et qui leur fait paraître moins long le temps passé dans les bureaux, en attendant des occupations qui viennent avec une sage lenteur ou sont réservées pour les heures les moins chaudes. On sait que tous les bureaux américains sont actuellement pourvus de petits ventilateurs électriques munis de 4, 6, 8 ou 10 ailes, suivant leurs dimensions. On colle au hasard sur ces ailes des numéros consécutifs en nombre égal à celui des ailes du ventilateur qui constitue la roulette. Un vieux calendrier divisé en autant de cases que la roulette porte de numéros forme le tapis Sur lequel chacun met son enjeu. On lance le ventilateur à toute vitesse et lorsque tous les jeux sont faits, que rien ne va plus, on coupe brusquement lé courant, Le ventilateur qe tarde1 pas à s’arrêter, et le numéro qui correspond à l’ailette qüi s’arrête au sommet, ou à la partie la plus basse du ventilateur, gagne l§s enjetix. Pois on recommence pour se donner un peu d’air et im peu d’émotion. Noiis recommandons le procédé à nos lecteurs.
- Admission des( billets de banque français dans les relations douanières franco-russes. — Ainsi que nous l’avons déjà annoncé, le ministre des finances de Russie a pris dernièrement une importante décision autorisant certaines douanes de l’empire à recevoir, en payement des droits sur les marchandises,' les billets de la Banque de France. C’eèt une mesure très habile, car le gpuvernement s’évite ajnsi d’avoir à recourir aux banquiers jusqu’à concurrence des sommes qu’il touchera sous ces espèces fiduciaires, pour les remises destinées à solder les intérêts des fonds russes placés à l’étranger; mais c’est le petit côté de la question. Nous négligeons même l’incontestable marque de considération que nous donne le gouvernement russe, et nous ne ferons ressortir que la partie économique de l’opération. A ce point de vue, c’est une révolution économique qui s’annonce, le premier terme de l’adoption d’un papier international appelé à égaliser les changes entre les peuples solvables. De 1795 à 1815, les Bank-!$ote anglais ont ainsi circulé en Europe et permis à l’Angleterre de lutter efficacement contre la République et contre Napoléon. Le papier international sera un jour un puissant instrument d’unification des intérêts des peuples. En 1847, la Banque de France, épuisée par la crise alimentaire, fut secourue par le tsar Nicolas, qui lui acheta et paya en or l’inscription de rente 5 pour 100 française de 5 millions qu’elle avait statutairement en portefeuille,
- La mer Morte américaine. — Nous recevons d’un de nos correspondants, M. Victor Ilagemanh, de Brooklyn (N. V), une lettre qui rectifie quelques faits
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- énoncés dans un petit article publié précédemment sur la mer Morte américaine1. La mer Morte américaine (Medical Lake) n’est pas située dans le sud de l’État de Washington, mais bien au milieu, près de la frontière de l'Isaho, dans le comté de Spokane. Il y a autour du lac des arbres, et des fermes riches en récoltes et en fruits.
- Un effet social du développement des tramways électriques. — Une des conséquences non moins curieuses que naturelles de l'introduction des tramways électriques en Amérique, est une amélioration des plus sensibles de l’état social et de la valeur morale des conducteurs, la conduite d’un tramway à trolley exigeant une intelligence plus développée que la conduite d’un cheval attelé. Des écoles spéciales se sont fondées, et l’on espère que, le progrès aidant, le nombre des accidents sur les lignes à trolley, deviendra sous peu inférieur à celui des lignes à chevaux, malgré l’énorme accroissement du trafic. L’usage des boissons fermentées est inconnu chez les conducteurs de tramways américains. Les places de motorman et de conducteur sont recherchées dans une classe beaucoup plus relevée, et beaucoup de ces derniers, à force d’études et d'observations, finissent par acquérir une instruction électrique générale très satisfaisante.
- Les gisements du Grand Cerf d’Irlamle. —
- M. Cl. Keid a publié dans Vlrish Naluralist (mai 1895) une Note fort curieuse sur l’origine des dépôts irlandais où l’on trouve les. squelettes complets de Megaccros. Les marnes fossilifères renferment beaucoup de débris de Chara, de Potamogeton et d’autres plantes aquatiques. Ces végétaux devaient former, à la surface des étangs ou des marais, des sortes de tapis se déchirant sous les pieds des Mégaceros qui s’aventuraient à leur surface. Ces ani-niaux se noyaient brusquement, et comme leurs bois très rameux s’embarrassaient dans les tiges des plantes aquatiques, il leür était impossible de se sauver. Cette hypothèse, dit Y Anthropologie, s’accorde avec l’observation faite depuis longtemps que les squelettes des mâles sont bien plus abondants que ceux des femelles.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 octobre 1895. — Présidence de M. Janssen.
- L'état du carbone à Yintérieur du globe. — On sait que la densité moyenne de la terre est très supérieure à la densité des roches superficielles ; aussi admet-on généralement qu’il existe à l’intérieur de notre globe de grandes masses métalliques principalement constituées par du fer. Renferment-elles du carbone et, dans le cas de l’affirmative, sous quelle forme le carbone y est-il contenu ? Tel est le problème abordé par M. Moissan. La découverte de diamants noirs dans la météorite de Canon Diablo suggéra à ce savant l’idée que les masses métalliques centrales terrestres renfermaient du carbone. L'impossibilité de les atteindre conduisit M. Moissan à chercher la solution du problème dans les météorites, qui sont, sui vant une opinion très répandue parmi les astronomes, les débris de corps célestes désagrégés sous l’effet d’une eause mystérieuse inexpliquée. Il a donc soumis aux recherches les plus minutieuses de l’analyse un certain nombre d’échantillons prélevés sur de£ météorites et il a pu constater que dans les météorites holosidères, c’est-à-dire constituées par des alliages de fer, le carbone se rencontrait tantôt sous ses trois variétés, tantôt sous une seule forme.
- Vuy. n° 1100, du 24 août 1895, p. 205-
- Préparation du carbure de glucinium. — M. Lebeau est parvenu à préparer le carbure de glucinium. La glu-cine est une substance très rare qui se retire de l’émeraude. M. Lebeau soumet la glucine pure à la température du four électrique, en présence du carbone. Il obtient ainsi un corps cristallisé en prismes hexagonaux, jaune orangé, qui se décompose en présence de l’eau sous l’action de la température ordinaire, en donnant de l’hydrogène protocarboné.
- Propriétés des alliages de cuivre et de sine. — M. Georges Charpy a étudié les propriétés mécaniques des alliages de cuivre et de zinc. Il a trouvé que la résistance à la rupture par traction croît avec la teneur en zinc jusqu’à la proportion de 45 pour 100 de zinc, puis décroît au delà, et que l’allongement avant rupture augmente également avec la teneur en zinc jusqu’à atteindre un maximum pour la teneur de 50 pour 100. Ainsi les alliages les plus avantageux sont ceux qui contiennent de 50 à 40 pour 100 de zinc.
- Le ferment du moût de raisin. — M. Martinand a recherché l’action de l’air sur le moût de raisin. Il a constaté qu’elle faisait disparaître la coloration par précipitation de la matière colorante, mais qu'il se développait des parfums qui sont l’origine du bouquet des vins. M. Martinand a observé qu’il se produit une oxydation du moût, sous l’influence d’un ferment soluble analogue à la diastase, et il a trouvé que ce ferment fait disparaître l’arome désagréable des produits de certaines vignes américaines.
- Explorations sous-marines. — M. Guyou annonce que M. Koehler, professeur de zoologie à la Faculté de Lyon, et M. Thoulet, professeur de minéralogie à la Faculté de Nancy, viennent d’accomplir en commun une courte campagne d’investigations sous-marines dans le golfe de Gascogne, Cette campagne n’a duré, en effet, que douze jours; elle a été pratiquée à bord du navire stationnaire de Lorient, mis à la disposition des deux savants par M. le Ministre de la Marine. Néanmoins, dans ce court intervalle, il a pu être donné vingt coups de chalut et trente-deux coups de sonde par des fonds de 2500 mètres. Les résultats de l’exploration seront l’objet de commu nications ultérieures de M. Koehler pour la zoologie et de M. Thoulet pour l’océanographie. »
- L'observatoire de M. Janssen au mont Blanc. — M. Janssen rend compte à l’Académie d’une ascension du mont Blanc qu’il vient d’exécuter pour atteindre son observatoire. Il expose les travaux qui ont été effectués cette année dans cet observatoire et sur le massif,'notamment ceux de MM. Bigeurdan et de Thierry. Cette ascension était rendue particulièrement difficile et dangereuse par l’état du glacier, dont la surface fondue pendant un long mois de soleil ardent s’était ensuite transformée en glace. Mais l’équipe de guides choisis dont se sert M. Janssen a surmonté tous les obstacles avec un entrain et un courage extraordinaires. Néanmoins, il a fallu douze heures pour franchir les pentes glacées qui séparent les Grands-Mulets de la cabane du Rocher-Rouge. Cette ascension a eu lieu dans les derniers jours de septembre; le 28, à 8 heures et demie du matin, M. Janssen pénétrait dans l’observatoire. Il s’occupait aussitôt de choisir l’emplacement de la grande lunette de 12 pouces d’ouverture qui doit être installée l’année prochaine et dont la coupole a déjà été transportée pièce à pièce. Il a trouvé le météorographe enregistreur arrêté et en a fait modifier l’installation. Au lieu de reposer sur le plancher, qui ne présente pas la
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- stabilité voulue, l’appareil est supporté maintenant directement par la glace. Il est à craindre malheureusement que l’accident survenu au météorographe ne se renouvelle, et ce ne sera sans doute qu’au prix de bien des tâtonnements et bien des études qu’on arrivera à construire des météorographes pouvant passer un hiver sans être remontés, en résistant à des froids excessifs. M. Janssen a en outre profité de l’extrême sécheresse qu’il a trouvée le 28 septembre pour commencer une étude qui sera poursuivie ultérieurement, sur la présence ou l’absence de la \apeur d’eau dans les enveloppes gazeuses du soleil. Cette étude forme le complément de celles qu’il a entreprises sur l’oxygène solaire. On sait d’ailleurs que le Père Secchi a affirmé autrefois que la vapeur d’eau se rencontre dans certaines taches solaires ; il sera donc intéressant de mettre à profit la station unique du mont Blanc et ses instruments
- pour élucider cette question. M. Janssen termine en faisant remarquer que l’érection de l’observatoire sur la glace du sommet constitue une nouveauté sans précédent dans les installations de ce genre ; il déclare qu’il a été guidé dans le choix de l’emplacement de son observatoire, non par l’ambition de dominer de quelques centaines de mètres l’observatoire très bien installé par M. Yallot aux Brosses, mais par l’avantage d’occuper le sommet de la montagne, condition qu’il considère comme absolument nécessaire, tant au point de vue météorologique qu’au point de vue astronomique.
- Varia. — M. Résal communique un Mémoire de la Direction d’artillerie de Besançon, relatif à un orage qui a éclaté sur cette ville le 1er juillet 1895.
- Cil. DE VlLLEDEUIL.
- Appareil pour l’analyse des gaz d’un égout. — A. Tube d’arrivée du gaz puisé dans l’égout.— B. Tube de Liebig et tube en U renfermant des boules de verre, le tout rempli d’acide arsénieux dissous dans l’acide chlorhydrique et libre pour absorber l’hydrogène sulfuré. — C. Deux tubes en U remplis de fragments de verre humide avec quelques cristaux de cyanure de potassium, pour les cyanures et isocyanures. — D. Colonne de chlorure de calcium pour absorber l’eau. — E. Colonne de potasse alcoolique solide entremêlée de verre pour arrêter l’acide carbonique. — F. Flacon de Wolf et tube de Liebig remplis de permanganate de potasse libre pour absorber les matières organiques. — G. Colonne d’acide sulfurique nitreux pour détruire le reste des produits. — II. Colonne de sulfate ferreux pour absorber les vapeurs nitreuses en excès. — I. Flacon rempli de charbon de bois ou braise pour protéger le compteur. — K. Compteur à gaz communiquant à une trompe aspirante.
- ANALYSE DES EAUX D’ÉGOUT
- A Paris, l’impureté de l’air des égouts est très atténuée par la disparition des fosses d’aisances, et par les courants d’eau qui entraînent les matières fécales et les ordures très rapidement et avec une grande proportion d'eau : le nouveau procédé se désigne par le nom tout à l'égout. Mais en province la fosse d’aisances existe encore et un de nos lecteurs nous demande comment on peut procéder à l’analyse des eaux d’égout. Nous croyons utile de faire connaître ici le procédé qu’on employait au laboratoire municipal à Paris, avant l’adoption du tout à l’égout. L’appareil ci-dessus représente le dispositif adopté. On fait ainsi circuler l’air de l’égout au milieu de vases en verre divers, contenant des substances absorbantes. En traitant les substances solides ou
- liquides contenues dans les vases d’absorption, on peut doser la valeur des différents gaz ou produits, et en mesurant par le compteur le volume de l’air mis en circulation, on arrive à évaluer la proportion et la quantité des matières volatiles ou gazeuses qui le souillent.
- Il se compose d’un support contenant un tube de Liebig, où l’air vicié à analyser est appelé de l’endroit où il se trouve par une aspiration artificielle. Il traverse deux tubes en U, puis deux éprouvettes à pied fermées de toutes parts. Il continue ainsi son chemin dans d’autres récipients dont notre légende indique les produits.
- X..., ingénieur.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.ndieu Paris. — Imprimerie Lauuhe, rue de Fleurus, 9.
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- N° H 68. — 11) OCTOBRE 181)5.
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- F.-H. LARREY
- Le baron Félix-IIippolyte Larrey, qui est mort le
- 10 octobre 1895, à l’âge de quatre-vingt-six ans, était le fils de Dominique Larrey, le célèbre chirurgien en chef de la Grande Armée, qu’il suivit dans toutes ses campagnes, avec Napoléon, en Corse, en Egypte, en Russie et jusqu’à Waterloo, où il fut blessé et fait prisonnier. Le
- baron Larrey de notre époque hérita donc d’un grand nom, qui lui facilita sa carrière ; il avait été d’ailleurs l’élève de son père. 11 sut lui-même devenir un homme de grand mérite, et continuer en quelque sorte la vie de son père.
- F.-II. Larrey, né à Paris en 1808, fit dès sa première jeunesse de brillantes études au collège Louis-le-Grand et, quand
- 11 eut vingt ans, il se consacraayec la plus grande ardeur à l’étude de la médecine et surtout de la chirurgie; il devint l’élève de Dupuy-tren et, après quelques années d’un travail très assidu, il entra au Yal-de-Gràce dans le corps de santé militaire.
- En 1829 le jeune chirurgien, qui
- était devenu un excellent praticien, fut nommé sous-aide à Strasbourg. Rappelé bientôt à Paris, il pansa, sous les ordres de son père, les blessés des journées de Juillet 1850. L’année suivante, il suivait son père à Rruxelles pour l’aider à organiser le service de chirurgie de l’armée belge.
- Larrey se fît bientôt recevoir docteur et fit partie de l’armée du Nord, où il servit comme chirurgien-major et comme inspecteur. Il assista au siège d’Anvers et il y soigna des blessés. En 1845 on trouve Larrey qui remplit les fonctions de chirur-
- 23* aaaée. — 2° semesire.
- Le baron F.-H. Larrey, membre de l'Académie des sciences et de l’Académie de médecine né à Paris, en 1808, mort à Bièvres, près Versailles, le 8 octobre 1895. (D’après une photographie de M. Pirou.)
- gicn en chef à l’hôpital du Gros-Caillou; il devient chirurgien en chef du Val-de-Grâce, où il faisait aussi un cours de clinique chirurgicale et professait avec beaucoup d’éloquence. Sous l’Empire il fut nommé inspecteur du service de santé des armées et reçut le titre de chirurgien de l’Empereur. En 1859, on le nomma médecin en chef de l’armée d’Italie et il réussit à pratiquer des méthodes qui atténuaient les périlleux effets de l’encombrement des soldats, et
- qui évitaient l’invasion des épidémies. Ses services rendus pendant la guerre d’Italie lui valurent la croix de commandeur de la Légion d’honneur ; elle' lui fut donnée le lendemain de la bataille de Solfé-rino, pendant laquelle le chirurgien militaire, qui était doué d’une grande bravoure, avait eu son cheval tué sous lui, d’un coup de feu dans le poitrail.
- Le bai’on Larrey, pour bien connaître ce qui pouvait être utile à l’installation des services, de santé, a parcouru les grandes villes
- de l’Angleterre, de la Belgique et de l’Algérie. Dans les dix dernières années de sa vie, il a été chargé, par le Ministre de la guerre,de nombreuses inspections médicales, divisions militaires en De-
- et il a visité toutes les France, ainsi que les trois divisions d’Afrique, puis 1858, le baron Larrey était membre du Conseil général de santé, de la Société de chirurgie, et Al a successivement été reçu comme membre de l’Académie de médecine, où il fut président, et à l’Académie des sciences comme académicien libre, en remplacement du docteur Civiale (1867).
- Le chirurgien des armées n’a pas fait de grands travaux scientifiques, mais il a écrit des Mémoires importants. La plupart de ses communications ont
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- été publiées dans les Mémoires de médecine militaire, les Mémoires et Bulletins de l'Académie de médecine, les Bulletins de la Société de chirurgie, etc. 11 a donné aussi des publications intéressantes sur rhisloire de ses campagnes militaires.
- En 1870, malgré ses soixante-deux ans, le baron Larrey prit part à la guerre franco-prussienne et dirigea le service sanitaire de l’armée du Rhin; il se trouva bientôt bloqué dans Montmédy, d’où il eut l'habileté de s’évader. Il revint à Paris et sa conduite y fut très belle pendant toute la durée du siège : Larrey remplit avec beaucoup de dévouement les fonctions de médecin en chef de l’armée investie. Elu député en 1877, dans l’arrondissement de Ra-gnères-de-Rigorre, le baron Larrey, à la Chambre, n’a cessé de s’occuper des sujets qui étaient attachés à des questions relatives au service de santé militaires, et capables de favoriser le développement de l’état sanitaire de l’armée. Il lui répugnait de s’occuper des choses politiques.
- Au point de vue du caractère, le baron Larrey était un homme admirablement bien doué, il avait un véritable courage professionnel et une grande vertu militaire; dans l’armée on le considérait comme un brave. Dans sa vie privée, le baron Larrey était un maître de bon conseil; il s’intéressait, au plus haut point, à tous les progrès de la science et à tous les travaux utiles. U était très distingué de sa personne, bienveillant pour tous ceux qui l’approchaient et affectueux pour ses amis. U ne donnait dans la conversation que l’expression de beaux et bons sentiments, il avait beaucoup de dignité d’àme, tout en sachant montrer toujours une amabilité exquise et beaucoup de charme personnel. Dans ses dernières années, sa tête à beaux cheveux n’avait pas perdu l’expression de la force et de la jeunesse.
- Le baron Larrey avait formé, dans son élégant intérieur de la rue de Lille, une grande collection d’objets d’art et de souvenirs relatifs à l’histoire des deux empires, où son père et lui n’ont cessé de jouer, pendant toute leur vie, un grand rôle dans les services sanitaires des deux armées des deux règnes.
- F.-IL Larrey était un homme énergique, toujours disposé à être favorable aux laborieux ; il savait allier la franchise, avec un caractère de la plus séduisante affabilité.
- L’éminent chirurgien mourut à Bièvres (Seine-et-Oise), dans une charmante maison de campagne. Il s’éteignit sans avoir fait entendre une seule plainte, et semblait avoir une très grande résignation. Il dit, peu de temps avant son trépas, à un de ses amis qui était près de son lit : « Je suis près de ma dernière heure ; je regrette de quitter la terre sans être au milieu des souvenirs de la Grande Armée et de mon père ». Gaston Tissandier.
- LE TROLLEY-SPORT À CHICAGO
- Par le temps de sports qui court, nous n’avions encore eu à enregistrer aucun sport électrique. Cette lacune est
- aujourd’hui comblée, et c’est à Chicago qu’en revient tout l’honneur. Avec ses rues de plus de trente kilomètres de longueur, son réseau entièrement développé de tramways électriques et l’étonnante variété des régions que ce réseau traverse, la ville de Chicago était tout indiquée pour donner à ses habitants l’idée de ce sport essentiellement américain. Le grand succès a donc été, cette année, pendant la belle saison, d’équiper une ou plusieurs voitures électriques à trolley, de les orner de fleurs à profusion et de les illuminer brillamment pour faire des promenades en voitures par invitation ou en pique-nique dans Chicago et aux environs pendant la journée et une bonne partie de la nuit, au grand ébahissement et à la grande frayeur des paisibles habitants des agglomérations que le train électrique traverse à la vitesse véritablement fantastique de 40 kilomètres à l’heure! La première Irolley-parly se composait d’une seule voiture et de vingt voyageurs, mais les clubs locaux s’en sont mêlés, et le dernier convoi joyeux se composait de 75 membres, y compris une fanfare ! Aujourd’hui que l’élan est donné, c’est une fureur, et les deux voitures organisées spécialement pour ce service d’un nouveau genre sont retenues jusqu’à la fin de novembre. C’est, au dire des aficionados de ce nouveau sport, une distraction plus fraîche que le théâtre, et moins dangereuse que beaucoup d’autres récréations d’été, malgré la vitesse vertigineuse de ce train de plaisir d’uu nouveau genre. Les chars à bancs de nos joyeux bigophonistes et autres sociétés joyeuses de Paris sont joliment distancés, et n’ont pas de temps à perdre s’ils veulent lutter d’originalité avec l’Amérique.
- UN GAZ PERMANENT
- « l’hélium »
- Lorsque, il y a trois mois à peine *, je terminais un article sur la liquéfaction de l’hydrogène par l’expression d’un doute sur la possibilité d’atteindre jamais des températures inférieures à celles que fournit la détente de ce gaz, j’étais loin de penser que les événements me donneraient tort à si bref délai. Je disais alors : « C’est (—252°) * la limite que l’état actuel de la science permet de prévoir.... Ira-t-on plus loin? Il serait imprudent de l'affirmer, une nouvelle étape étant subordonnée à la découverte d’un corps plus gazeux encore que l’hydrogène. »
- Ce corps est trouvé aujourd’hui; c’est l’hélium, dont la présence sur la terre a été signalée,' il y a quelques mois, par M. Ramsav, et dont la découverte est une conséquence étonnante de son premier travail fait en commun avec lord Rayleigh, sur le nouveau gaz de l’atmosphère, l’argon. Nous espérons revenir prochainement sur l’ensemble de la question ; pour le moment, nous voudrions nous borner à donner un résumé succinct d’un travail encore inédit de M. le professeur Olszewski, faisant suite à ses magnifiques travaux sur la liquéfaction des gaz.
- La méthode employée était celle qui a servi à M. Olszewski, et qui a été exposée en principe dans notre précédent article.
- L’hélium, préparé par M. Ramsay, a été placé, par M. Olszewski, dans un appareil Cailletet, et refroidi d’abord jusqu’à — 182°,5 à l’aide de l’oxygène bouillant sous la pression atmosphérique, puis comprimé à 140 atmosphères, et détendu, mais sans résultat visible; puis, le refroidissement préalable ayant été obtenu au moyen de l’air solide, dont la température est de — 225° envi-
- 1 Yoy. n° 1156, du 27 juillet 1895, p. 139.
- 2 Une erreur typographique nous avait fait dire —152°.
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- ron, on détendit, dans des expériences successives, jusqu’à 50, 20, 10, 5 et cntin une atmosphère, sans voir le moindre nuage se produire dans le tube.
- Les températures du gaz peuvent être aisément calculées, en supposant la détente adiabatique, ce qui est approximativement exact, et en introduisant dans les formules la valeur 1,60 du rapport des chaleurs spécifiques, qui convient aux gaz monoatomiques. Si nous admettons, pour la température initiale du gaz, la valeur —215°, qui est sans doute plus élevée que la température atteinte dans ces expériences, le tableau suivant donnera les principaux résultats de l’expérience.
- Pression initiale, 140 atmosphères.
- Température initiale, — 215° = 58° absolus.
- Pression finale. Températures calculées
- Centigrade. Absolue.
- 50 atmosphères. — 234<>,6 58°,4
- 20 — — 246°,4 26°,6
- 10 — — 252o,8 20°,2
- 5 — — 257o,7 15°,3
- 1 — — 265°,0 8°,0
- Ainsi, la température atteinte dans ces recherches n’était plus que de 8 degrés supérieure au zéro absolu, ou même d’un peu plus de 7 degrés, si l’on prend — 220° comme température initiale.
- L’hélium est donc le plus permanent de tous les gaz connus, le seul pour lequel on n’ait pas pu constater une liquéfaction même passagère. Ce fait, absolument inattendu, étend singulièrement nos notions, et les moyens d’action des chercheurs; d’une part, la limite des températures qu’il est possible d’atteindre par la détente des gaz est reculée d’une vingtaine de degrés au moins, et il n’existe plus de raisons physiques s’opposant à ce que l’on descende à 6 ou 8 degrés du zéro absolu ; d’autre part, on a gagné une substance thermométrique dont les indications aux températures très basses sont encore plus sûres que celles du thermomètre à hydrogène, et fournissent un précieux contrôle de ce dernier.
- M. Olszewski, aidé de M. Th. Estreieher, à qui nous devons la communication de ces remarquables expériences, a déterminé, à l’aide d’un thermomètre à hélium, les températures caractéristiques de certains phénomènes, comme l’ébullition des gaz de l’air sous des pressions inférieures à celle de l’atmosphère; les résultats sont identiques à ceux qu’avait fournis le thermomètre à hydrogène.
- Jusqu’ici, l’hydrogène occupait, pour toutes ses propriétés, une position privilégiée; sa masse moléculaire, et par conséquent sa masse spécifique, sa chaleur spécifique, sa température de liquéfaction, ses écarts des lois de Mariotte et de Gav-Lussac étaient à une extrémité de l’échelle; il était le plus gazeux de tous les gaz. S’il conserve encore l’avantage de la densité, et quelques autres propriétés qui le mettent à part, il a été détrôné par l’hélium en ce qui concerne la résistance aux basses températures, et, comme cette propriété marche de pair avec les écarts de l’équation caractéristique, il n’est pas inadmissible que le nouveau gaz lui enlève aussi cette supériorité. Nous le saurons lorsqu’on possédera des quantités assez grandes d’hélium pour qu’il soit possible de le soumettre à des expériences suivies de compression avec la mesure précise des pressions, des volumes et des températures.
- Il y a moins d’un an, l’hélium était ce corps mystérieux dont notre astre central conservait le monopole, et dont l’existence était mise en doute par tous les sceptiques de la science; on vient d’en découvrir les premières traces
- sur la terre; à peine identifié avec le corps que l’analyse spectrale avait fait entrevoir dans le soleil, on le suit à la piste dans une foule de minéraux, on le trouve dans les eaux minérales, on marque sa place dans les classifications chimiques; et, maintenant, c’est lui qui nous servira à obtenir un froid que l’on pouvait, avec quelque vraisemblance, désespérer d'atteindre jamais.
- Ch.-Ed. Guillaume.
- PETITE MÉCANIQUE DE DÉMONSTRATION
- La mécanique pratique a été jusqu’ici un peu délaissée dans les expériences de démonstration. On commence à s’apercevoir cependant qu’à côté des cours théoriques dont le grand intérêt n’échappe à personne, il est indispensable d’avoir des exercices pratiques qui font voir nettement à un ingénieur les diverses parties des chaudières, machines à vapeur, transmissions, outils, etc. C’est habituer de bonne heure le mécanicien à se trouver en présence d’une machine en fonctionnement pratique, c’est hâter le moment où il utilisera réellement cet engin. Aussi aujourd’hui a-t-on créé de toutes parts dans les grandes écoles des laboratoires de mécanique appliquée; on a aussi répandu partout les cours pratiques pour les mécaniciens, afin de leur faire comprendre nettement les diverses parties d’une machine, et surtout de les habituer à s’en servir d’une façon rationnelle.
- Mais avant d’arriver à cette période d’application toute pure, il est un temps où le jeune écolier ne suit que des cours de mécanique souvent bien arides. Quand la partie des applications arrive, on glisse rapidement en disant à l’élève qu’il retrouvera plus tard ces diverses dispositions. Il serait cependant très intéressant, pour ne pas dire nécessaire, de fixer l’attention des jeunes élèves par quelques objets qui leur montrent tout de suite l’importance de ces études. Dans un cours, lorsque le professeur sait, dès le début, montrer à ses auditeurs qu’il veut en arriver à des applications pratiques, il est certain d’être suivi attentivement.
- Nous avons eu l’occasion de trouver dernièrement, chez MM. P. Bertrand et Chomeau, divers petits modèles de démonstration d’appareils mécaniques des plus intéressants et qui ne sont que le commencement d’une longue série de machines de même genre. La figure 1 nous donne une vue d’ensemble d’une transmission mécanique dans un atelier. Sur des chaises-supports D, E, F et dans des paliers est établi un arbre de transmission A, B, C avec des poulies qu’il entraîne. Cet arbre reçoit son mouvement de la machine à vapeur par la poulie placée sur le côté à droite. Chaque poulie commande par courroie une machine-outil disposée sur le sol. En H et I se trouvent deux tours, l’un à plateau démontable à A griffés et l’autre à mandrin démontable. On aperçoit nettement d’un côté le support avec les poulies qui reçoivent le mouvement et de l’autre la poupée. Ces petits appareils ont une hauteur de 9 centimètres, une longueur de 11 centimètres et une largeur de
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- G centimètres; ces dimensions sont suffisantes pour avoir une idée de l’appareil. Toutes les pièces se déplacent à volonté et le tour est accompagné de deux outils. Nous voyons en J une machine .apercer; l’axe vertical qui porte le foret est muni d’un engrenage à angle relié à un arbre horizontal qui reçoit la commande. A la partie inférieure est placé un banc mobile à volonté suivant l’épaisseur des pièces à percer. Une machine à raboter est représentée en K;
- on aperçoit en avant la mèche avec le mouvement de transmission relié à la poulie d’arrière. Enfin, en L, nous voyons une meule à émeri dans son auge.
- Ce premier ensemble donne une idée très nette d'une transmission ; en transmettant le mouvement à l’arbre, on voit toutes les machines travailler. Dans un modèle plus réduit encore que le précédent et que nous a soumis M. Bertrand, une petite machine à vapeur placée sur le côté est attelée à la transmission.
- Modèle d’une transmission mécanique. — A, B, C. Arbre de transmission avec poulies. — 1), E, F. Chaises supports. H, 1. Tours à bois. — J. Machine à percer. — K. Machine à raboter. — L. Meule à émeri.
- Il existe jusqu’à présent plusieurs modèles représentant diverses machines-outils employées dans l’industrie; et chaque jour la collection doit encore s’enrichir d’un grand nombre de nouveaux modèles. Nous avons réuni dans la figure 2 une certaine quantité
- des modèles déjà construits. Dans le n° 1 est une scie circulaire; en 2 est un marteau-pilon, et en 5 une scie double verticale. Le n° 4 nous montre une machine à estamper; deux tiges verticales munies d’un marteau à leur partie inférieure sont alternati-
- Fig. 2. — N" 1. Scie circulaire. — 2. Marteau-pilon. — X° 3. Double scie verticale. —
- — N* 6. Scie verticale simple. — N* 7. Machine à rouleaux. — N* 8. Scie circulaire. —
- vement soulevées par deux tiges portées sur l’arbre mis en mouvement par la poulie que l’on aperçoit sur le côté. Nous voyons ensuite dans le n° 5 une pompe simple; dans le n° 6, une scie verticale simple; dans le n° 7, une machine à rouleaux; dans le n° 8, une scie circulaire; dans le n° 9, une pompe alimentant un jet d’eau, et enfin, dans le n° 10, une pompe à augets. Ces différentes machines sont d’une construction relativement bien soignée et donnent une idée très nette des diverses machines utilisées dans l’industrie.
- Ajoutons aussi que la môme collection doit com-
- iV i. Machine à estamper. — N° 5. Pompe simple. N“ 9. Pompe à jet d’eau. — N* 10. Pompe à augets.
- prendre des petites machines électriques que l’on pourra employer comme moteurs pour actionner les machines précédentes. On aura ainsi en petit une idée des transmissions électriques et des transmissions mécaniques dans les usines et ateliers, question d’un grand intérêt aujourd’hui.
- En résumé, la nouvelle, collection d’appareils de petite mécanique que nous venons de faire connaître à nos lecteurs, nous semble de nature à rendre de grands services pour la démonstration expérimentale.
- J. Laffauguk.
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- LA N AT U HL.
- UN BATEAU AMPHIBIE
- Les moyens de communications, pour faciliter le loppent de plus en jdus. Depuis longtemps le Dane-
- tr.msport des voyageurs et des marchandises, se déve- mark possède drs Lacs à vapeur qui transportent
- Fig. 1. — Bateau amphibie le Cygne quittant l’eau pour rouler à terre. (Ile de Seeland du Danemark.)
- (D'après une photographie.)
- Fig. 2. — Le même roulant sur terre, au moyen d’une voie ferrée et de ses roues. (D’après une photographie.)
- des trains entiers sur les détroits danois, sans que les voyageurs aient besoin de se déplacer ou que les marchandises aient besoin d’ètre transbordées. Non contents de perfectionner et de faciliter ainsi les transports sur mer, les Danois ont commencé également de traverser les isthmes lacustres, et
- leurs essais en diverses circonstances ont réussi.
- Évidemment l’idée n’est pas absolument nouvelle. Bien des années se sont écoulées depuis que le capitaine Lads proposa de transborder, à l’aide d’un chemin de fer, les plus gros navires sur l’isthme américain de Tehuantepcc au Mexique, pour l'aci-
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- liter la navigation entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique. Cette idée grandiose est restée à l’état de projet, mais les Danois ont su mettre en pratique une entreprise plus modeste.
- Dans la partie septentrionale et la plus belle de l’ile de Seeland, on peut voir fonctionner depuis trois mois un bateau amphibie avec lequel les voyageurs traversent les lacs de Lyngby, de Fur et de Farum, ainsi que les isthmes qui les séparent *. Ce bâtiment d’un nouveau genre a été inventé par M.C. J. Magnell, ingénieur suédois, et construit aux frais d’une société qui, vu le succès, a décidé d’en faire d’autres semblables.
- Ce bâtiment amphibie, qui porte le nom de Svanen, c’est-à-dire Cygne, a une longueur de 45 pieds sur 10 de largeur (fig. 1). Sa machine a une puissance de 27 chevaux-vapeur. 11 transporte 70 personnes, et a coûté près de 12 000 couronnes, soit environ 17 000 francs.
- Dresde Fiskeboek, un des plus beaux sites du Danemark, on traverse en bateau l’isthme qui sépare les lacs de Fur et de Farum, large de 1000 pieds danois, 515 mètres. De chaque coté de la terre ferme, des rangs de pilotis forment un passage artificiel au milieu duquel se trouve une voie ferrée qui s’avance sous l’eau, dans les lacs.
- Lorsque le Cygne arrive pour traverser la terre ferme, qui est coupée par une route très fréquentée, on pèse sur une barre de fer garnie de dents. Ces dents s’accrochent dans l’arbre de l’hélice et font immédiatement tourner quatre roues placées deux en avant vers la proue et deux en arrière vers la poupe. Ces roues, qui se trouvent placées horizontalement à la quille, s’engagent ensuite dans les rails ; la machine qui fait tourner l’hélice fait également tourner les roues et oblige le bateau à remonter et à descendre les rampes entre les lacs, sur des pentes de 25 millimètres par mètre.
- Le fond du bateau, entre les quatre roues, est entièrement plat, de manière que le navire ne s’élève que de quelques pouces au-dessus des rails. Les roues sont très larges (8") et creuses comme les roues des trains ou des tramways. Elles sont enfoncées dans des tambours imperméables qui empêchent l’eau d’envahir le navire; mais qui se remplissent lorsque le steamer navigue dans les lacs. A mesure que le bateau s’engage sur la terre ferme, l’hélice se découvre, frappant légèrement vers la fin, comme des ailes d’oiseau, la surface de l’eau pour ensuite battre le vide (voy. fig. 2), ce qui produit un singulier effet aux personnes qui observent la traversée du bateau sur l’isthme. Enfin on redescend de l’autre côté, le Cygne s’enfonce peu à peu dans l’eau et l’hélice reprend son service, tandis qu’avec un mouvement sur la barre de fer, les dents se détachent et les roues reprennent une position immobile jusqu’au prochain abordage. Les expériences du Cygne ont naturellement provoqué une certaine sensation parmi
- 1 L’y, en langue danoise, se prononce, en langue française, w, et u, en langue danoise, se prononce ou.
- la population, même les vieux loups de mer refusaient de croire à la possibilité de l’entreprise et la considéraient comme une chose imaginaire et d’aucune utilité. On s’est trompé, pour le bonheur des hommes éminents et énergiques qui se trouvent à la tête de cette entreprise industrielle.
- Dix fois par jour pendant la semaine, le Cygne opère son trajet par mer et par terre, et le dimanche il le fait sans interruption pendant toute la journée. On a décidé depuis d’augmenter le nombre de ces bateaux amphibies pour satisfaire aux exigences et besoins d’un nombreux public.
- Nous ne pouvons que féliciter l’inventeur suédois M. Magnell, le capitaine Jensen, directeur de la so-^ ciété, et l’ingénieur F. A. Yelschow, d’avoir su mener à bien cette entreprise si originale et si difficile, qui trouvera certainement des imitateurs dans tous les pays. Nous aimons à croire que les Français ne seront pas les derniers. Em. Hansen-Dlangsted.
- PHYSIQUE DU GLOBE
- sua UNE TROISIÈME ASCENSION AU SOMMET DU MONT BLANC
- ET LES TRAVAUX EXÉCUTÉS PENDANT L’ÉTÉ DE 1893 DANS LE MASSIF DE CETTE MONTAGNE
- Dans ma lettre à l’Académie du 2 septembre 1895, je lui annonçais que M. Bigourdan avait réussi à prendre une mesure de l’intensité de la pesanteur à la station dite des Grands-Mulets, a 3050 mètres d’altitude, et à Chamonix (1050 mètres), et que M. le docteur M. de Thierry (Voy. fig. 2) avait fait au sommet des observations sur l’ozone atmosphérique et la microbiologie.
- Dans cette lettre j’informais également l’Académie que toutes les pièces de la lunette parallactique de 33 centimètres d’ouverture (12 P) qui est destinée à l’observatoire y avaient été heureusement transportées malgré les difficultés amenées par l’état du glacier, le poids et le volume des pièces de cette grande lunette. Je considérais comme très important de m'assurer moi-même que toutes les parties de l’instrument étaient parvenues au sommet et placées de manière à pouvoir y passer l’hiver sans dommage. D’un autre côté j’avais été prévenu que le météo-rographe qui avait été assemblé et mis en marche récemment par les soins de M. Libert, mécanicien de M. Jules Richard, s’était arrêté. Dans ces conditions je jugeai une ascension indispensable. Je résolus d’en profiter pour commencer une étude dont je parlerai tout à l’heure, aussi pris-je avec moi le spec-troscope Duboscq qui m’accompagne toujours dans ces ascensions. Le temps était fort beau depuis la dernière quinzaine d’août, mais aussi, en raison de la continuité du rayonnement solaire sur le glacier, les neiges de celui-ci étaient presque partout converties en glace et en verglas.
- Partis de Chamonix le jeudi 26 septembre à 7 heures du matin, nous arrivions à l’observatoire du club alpin, aux Grands-Mulets, vers 5 heures
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- du soir. Pour ce trajet, nous employâmes la chaise-échelle qui est représentée page 528 (fig. I ) et que j’ai décrite dans ma relation de l’ascension aux Grands-Mulets en i 8881. La traversée de la jonction des glaciers des Bossons et de Tacconaz fut laborieuse. Les pentes glacées qui viennent ensuite étaient bien difficilement praticables. La vigueur et la sûreté de pas de mes guides en écartèrent les dangers. Du reste, pour l’exécution des dispositions arretées entre nous, je me confie toujours à eux d’une manière absolue.
- Aux Grands-Mulets nous réparâmes la chaise-échelle, qui avait souffert des efforts pendant le voyage. Je fis là quelques observations météorologiques et le lendemain à 6 heures du matin nous repartions avec le traîneau pour le sommet. Le bon fonctionnement du traîneau exige une certaine épaisseur de neige, or, comme je viens de le dire, le glacier en était presque dépouillé. 11 en résultait pour la marche des secousses et des cahots inévitables. Aux pentes rapides du coin du Dôme, du petit Plateau, du grand Plateau, du Corridor, du mur de la Côte, nous employâmes les treuils, ce qui soulagea beaucoup les guides2.
- Enfin, vers 5 heures du soir, nous arrivions à la cabane construite par notre société au Rocher-Rouge (4500 mètres), et nous y passions la nuit. Cette journée du vendredi 27 avait été splendide. Placé dans mon traîneau, laissant entièrement à mes guides le soin de l’ascension, je m’étais livré sans réserve à la contemplation des scènes qui se déroulaient successivement sous mes yeux à mesure que je m’élevais dans ces solitudes glacées.
- Je notais les phénomènes et mes impressions. Cette fois-ci j’ai particulièrement suivi le cycle des transformations que les vapeurs et les nuages ont subi sous l’action solaire, pendant cette radieuse journée, dans cette couche atmosphérique de 4 kilomètres d’épaisseur, depuis le lever jusqu’au coucher de l’astre. Au moment où nous quittions les Grands-Mulets le soleil était encore derrière le grand mur de rochers formé par les aiguilles de Charmoz, de Blai-tière, du plan du Midi, les monts Maudits, etc. La vallée de Chamonix était donc encore plongée dans les ombres du matin, elle était couverte de vapeurs qui formaient comme un lac bleuâtre aux eaux dormantes. Du côté dp l’est, les têtes déchirées du grand mur de rochers qui domine la vallée resplendissaient de lumière et se frangeaient d’une auréole de rayons.
- Au loin, c’était comme' une mer immense de vapeurs stratifiées baignant les contreforts du Jura et s’étendant jusqu’aux Vosges dont les lignes bleuâtres se dessinaient à l’extrême horizon.
- Mais bientôt l’astre s’élevant, ses rayons commencèrent à pénétrer dans la vallée et y produisirent des mouvements singuliers dans les vapeurs dormantes de
- 1 Yoy. Comptes rendus de l’Académie des sciences.
- 2 La manœuvre de ces treuils a été décrite. Annuaire du Bureau des longitudes pour 1894.
- la nuit. 11 commença à s’élever de légers flocons semblables à ceux que le vent emporte au moment de la maturité du colon dans les plaines de la Louisiane.
- Ces llocons se réunirent bientôt et formèrent de petits nuages qui s’élevèrent lentement, longeant les massifs rocheux qui semblaient les attirer ; ils finirent par s’en détacher pour s’élever au-dessus d’eux et flotter dans les couches libres delà haute atmosphère. C’est alors que des assises formées par ces nuages commencèrent à monter des colonnes aux formes bizarres rappelant des figures d’animaux ou de personnages grotesques qui s’élèvent du fond des bassins des attols dans les mers corallifères du grand Pacifique.
- Il était 10 heures, et ce singulier phénomène des colonnes nuageuses était dans tout son développement. L’ardeur du soleil était extrême. Aussi tout ce monde de nuages et de vapeurs ne put-il résister plus longtemps à la puissance de ses rayons. Ces édifices aériens se disloquèrent. La plus grande partie en monta dans les hautes régions de l’atmosphère fort au-dessus de la tête du mont Blanc, sans doute à plus de 6000 mètres d’altitude, et s’y dissipa.
- Alors l’atmosphère prit une teinte bleue plus intense et la vue s’étendait sans limites et fouillait les profondeurs de l’océan aérien qu’on domine de ces hauteurs et dont l’immensité produit toujours une impression extraordinaire. Comme je viens de le dire, vers 5 heures nous arrivions à la cabane du Rocher-Rouge, après une ascension longue et pénible à travers le Corridor et le mur de la Côte. Alors le soleil était très abaissé sur l’horizon, l’atmosphère se refroidissait rapidement. Les vapeurs dissoutes commençaient à se condenser et à descendre vers les vallées, où elles tombèrent en rosée avant la nuit, qui fut resplendissante mais glaciale1. Ainsi, sous l’action solaire, l’eau et les vapeurs des vallées s’étaient élevées sous forme de nuages, avaient gagné les hautes parties de l’atmosphère, s’y étaient dissoutes, avaient communiqué à cette atmosphère les propriétés si importantes que celle-ci emprunte à la vapeur d’eau, élément capital de sa constitution, et ensuite, avec l’affaiblissement de cette action solaire, elles s’étaient séparées et avaient regagné le fond des vallées, où leur rôle tout différent n’est pas moins important, fermant ainsi un cycle de phénomènes dont le soleil est l’origine et le régulateur.
- Ces phénomènes sont bien connus dans leur cause et leurs manifestations, mais il est d’un haut intérêt de pouvoir les observer, non plus de la plaine, mais de stations si élevées où on les domine et où on peut suivre leurs transformations dans toute l’épaisseur de la couche atmosphérique qui en est le théâtre. Ces accidents atmosphériques m’ont rappelé tout à fait ceux dont j’ai été le témoin à Simla, dans l’Hi-malaya, pendant l’hiver de 1868-1869, où mon petit observatoire dominait aussi un grand horizon de montagnes et de vallées.
- 1 A 6\50 du soir le thermomètre était à — 11°.
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- Le lendemain matin, samedi, nous partions de la I à 8h,50 nous étions au sommet du mont Blanc, cabane des Rochers-Bouges à 6 heures du matin et | Je visitai immédiatement les pièces de la lunette de
- (12 P) 0m,55 d’ouverture et l’emplacement qui lui était réservé et je m’assurai que toutes les pièces de cetinstrument pourraient sans danger passer l’hiver à l’observatoire.
- Cette lunette sera montée en sidéroslat polaire. Un miroir de O"1,60 de diamètre, olïèrt à la Société par MM. Henry frères ainsi que l’objectif de cette lunette, sera placé de manière à renvoyer dans l’instrument, dont l’axe coïncide avecl’axe du monde, les images célestes. Ce miroir fait corps avec la lunette et est entraîné avec elle, en sorte que les positions relatives des astres ne changent pas {tendant le mouvement diurne. Tous les mouvements sont commandés du poste
- où se tient l’observateur, en sorte que celui-ci n’a pas besoin de se déplacer et qu’il peut se tenir dans un
- cabinet chaude au besoin, circonstance capitale quand il s’agit d’observations à faire la nuit au sommet du mont Blanc. Le mécanisme de ce bel instrument estdu à M. Gautier, notre habile constructeur.
- J’étais impatient de voir le météorographe, lequel, ainsi que je l’ai dit, s’était arrêté. L’examen de son installation m’a montré qu’il manquait de stabilité. Bien qu’il ne fût pas possible de le démonter pour changer cette installation, je m’entendis avec M. Bossonncy, notre entrepreneur, pour faire une modification qui n’entraînait pas le démontage. On
- Fig. 2. — M. Maurice de Thierry entre ses deux guides, eu haut du moût Blanc, à la porte de l’observatoire de M. Janssen. (D’après une photographie instantanée.)
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- Fig.
- O*
- M. J. Janssen, membre de l’Académie
- des sciences, directeur de l’observatoire d'astronomie physique de Meudon, dans son salon à Meudon. (D après une photographie de M. Domac.)
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- plaça sur la glace de fortes planches qu’on souda à cette glace au moyen d’eau liquide et, à l’aide de nos vérins, on lit porter l’instrument sur cette hase solide et qui se trouve indépendante du plancher sur lequel l’instrument portait auparavant. M. Libert, que j’avais fait monter avec nous, constata que les battements delà pendule étaient aussi réguliers qu’à Paris. Néanmoins je ne me dissimule pas la possibilité de nouveaux arrêts, causés cette fois par le froid.
- 11 est nécessaire que les constructeurs de ces appareils combinent tous les organes en vue des conditions de marche si différentes dans ces hautes stations, où le froid, les vents violents, etc., créent des difficultés considérables et toutes nouvelles.
- Mais l’intérêt de cette question des instruments à longue marche, qui nous procureront des données sur des stations pour lesquelles nous ne possédons rien, est si grand qu’on peut se résigner à quelques études et certains sacrifices.
- Bien que la lunette de 12 P, qui est parfaitement construite pour l’étude dont je vais dire un mot, ne fût pas montée, j’ai voulu Cependant commencer à aborder cette question.
- Le samedi vers midi la température était aux environs de zéro, mais le point de rosée s’abaissait jusqu’à —18°, l’atmosphère que j’avais au-dessus de moi était donc non seulement très rare, mais encore d’une sécheresse extrême. C’étaient là des conditions très favorables pour élucider un point de physique solaire qui se relie à la question de l’oxygène solaire. Je veux parler de la présence de la vapeur d’eau dans les enveloppes gazeuses de cet astre.
- Je fis cette observation avec le spectroscope Du-hoscq à deux prismes qui me sert ordinairement dans ces études, et comme il ne s’agissait pas d’analyser les différentes parties du disque solaire mais seulement, dans une première étude, la lumière d’ensemble, je me contentai d’un miroir qui se trouvait dans l’observatoire. Le spectre était absolument dépouillé de ses raies d’origine aqueuse; tout le groupe de D était absent, ainsi que celui de C ; a était si pâle qu’on avait peine à décider s’il était à sa place. Il était évident qu’encore un pas de plus et toute manifestation spectrale aqueuse aurait disparu. Pour aller plus loin il faudra, dans des conditions atmosphériques analogues, comparer très soigneusement le centre du disque avec ses bords et voir s’il y a la plus légère augmentation pour les groupes comme a, qui demandent une très petite quantité de vapeur pour se manifester.
- Pour moi la question est déjà résolue, mais ces questions de la présence de l’oxygène et de l’eau dans les enveloppes gazeuses solaires et de l’état physique dans lequel ils peuvent s’y trouver, est si importante que l’on ne saurait accumuler trop d’observations à cet égard.
- Nous avons quitté l’observatoire, dont la figure 2 montre l’entrée, le lundi à 11 heures du matin. Avant de partir j’ai porté encore mon attention sur les mouvements que l’observatoire avait pu éprouver
- depuis son établissement. J’ai constaté qu’il y avait eu un léger mouvement d’abaissement vers Chamo-nix; mais ce mouvement, d’après M. Bossonney, aurait eu lieu de 1895 à 1894 et se serait à peu près arrêté depuis l’année dernière. Il est évident qu’il était fort difficile d’asseoir l’édifice dans des conditions où la neige offrît partout la même résistance, il n’est donc pas étonnant qu’il se soit produit un certain tassement. 11 y a lieu d’espérer que les mouvements seront maintenant insignifiants. Du reste, comme je l’ai dit, nous avons des moyens de remettre l’observatoire dans sa position normale quand cela sera reconnu nécessaire.
- Je crois donc que cette question des édifices à construire sur les cimes neigeuses des hautes montagnes peut être considérée comme en bonne voie de solution. On nous accordera au moins que, dans cette direction si nouvelle, nous avons pris une initiative pour laquelle no.us n’étions guère encouragés et qui inspirait à tous les alpinistes 1 les craintes les plus naturelles et les doutes les plus persistants.
- Je crois que cette initiative ne sera pas sans fruits. Les hauts sommets dans les Andes, dans ITlimalaya, en Europe même, sont couverts de neiges éternelles. Ces hautes stations, si importantes pour la météorologie et l’astronomie, nous seront ouvertes si nous savons y placer des édifices et des instruments bien appropriés aux conditions dans lesquelles ils devront durer et fonctionner. J. Janssen, de l’Institut.
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- PHOTOGRAPHIES DE NOS CONTEMPORAINS
- CHEZ EUX. --- M. JANSSEN
- Nous continuerons ici une série d'articles que nous avons commencée depuis longtemps. Parmi les photographies exécutées de nos Contemporains célèbres, par M. Dornac, nous avons choisi quelques-uns de nos savants les plus éminents, comme M. Pasteur, M. Berthelot, M. Milne-Edwards, etc. Nous avons aujourd’hui l’occasion, après l’article que l’on vient de lire, où se trouve publié le tableau de l’ascension du mont Blanc, dans une chaise à porteurs, de donner le portrait de M. Janssen assis dans un fauteuil plus confortable de son salon, à Meudon (fig. 5, p. 529). L’éminent astronome, 'physicien, météorologiste et voyageur, a de fort belles curiosités dans la pièce que nous représentons et dont la fenêtre, qui s’ouvre au-dessus des terrasses élevées de Meudon, donne la vue de tout Paris. Le buste qui est au fond du tableau
- 1 Dans un article publié dans la Revue scientifique, du 21 mars 1891, M. Vallot, Déminent alpiniste auquel on doit le premier observatoire construit près du sommet, discutant les divers emplacements qu’il conviendrait d’adopter pour l’établissement de l’observatoire qu’il se proposait d’élever, s’exprime ainsi à l’égard du sommet du mont Blanc : « Il est donc infiniment probable que la calotte du mont Blanc ne se trouve pas sur une pointe rocheuse cachée et que l’épaisseur de la glace peut atteindre une cinquantaine de mètres. C’est donc un vrai glacier et cet emplacement instable devait être rejeté. »
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- est une œuvre de maître, exécutée par un sculpteur de grand mérite, M. Tournois, auteur du Persée, un chef-d'œuvre, et de la statue de Rude. Sur la cheminée est le buste de Mme Janssen, si dévouée à son mari. Il y a dans le salon encore deux portraits représentant M. Janssen ; ils sont exécutés par deux de nos peintres les {dus célèbres, Henner et Paul Dubois.
- Pour faire connaître les travaux et les actions de l’éminent membre de l’Institut, nous reproduisons l’allocution que nous avons prononcée, pour lui souhaiter la bienvenue au dîner de la Conférence Scientia du 24 décembre 1891.
- Cette allocution n’a pas encore été donnée dans La Nature ; nous la publions ici :
- Mon cher maître,
- Mes collègues, en me confiant le soin de vous porter un toast, m’ont donné une tache semée d’obstacles, car ce n’est pas en quelques paroles que l’on peut résumer les résultats de quarante années d’un labeur ininterrompu, l’histoire de vingt missions dans tous les pays, sous toutes les latitudes, et l’importance d’une multitude de découvertes, dont quelques-unes absolument éclatantes.
- Il faut sans cesse courir à travers le monde pour vous suivre dans vos travaux. Dès le début de votre belle carrière, en 1857, vous êtes chargé d’une mission en Amérique pour la détermination de l'Équateur magnétique. En 1862, on vous trouve à Rome, à l’Observatoire du Collège romain. En analysant la lumière d’a d’Orion, vous y avez reconnu le sodium : c’est la première fois qu’un métal a été trouvé dans une étoile.
- En 1866, installé à Paris, à l’usine à gaz de la Villette, où l’on avait pu mettre à votre disposition le matériel de tuyaux nécessaires pour vos études spectrales, vous découvrez le spectre de la vapeur d’eau qui est la base de l’analyse planétaire. Cette méthode a permis de reconnaître la vapeur d’eau dans l’atmosphère de Mars.
- En 1868, à Guntoor, au centre de l’Inde, vous découvrez, en même temps que la nature des protubérances solaires, une méthode pour les étudier"en tout temps.
- En 1870, le 22 décembre, il allait y avoir une éclipse à observer en Algérie; les Anglais préparaient une mission, il fallait pour, notre honneur scientifique que la France fût représentée; mais Paris était investi. Les astronomes anglais se proposaient bien de demander à l’état-major allemand un sauf-conduit à votre usage, mais il vous semblait indigne de votre mission de rien devoir à un ennemi qui se montra toujours implacable et sans générosité, et l’on put bientôt vous voir passer les lignes de l’investissement en ballon, avec quatre caisses d’instruments dans la nacelle du Volta, ayant comme compagnon un brave marin, auquel vous aviez à donner au-dessus des nuages des leçons d’aéronautique. C’est une belle action, mon cher maître.
- En 1871, on vous retrouve encore en Asie, à Shoolor, pour l’éclipse de décembre; vous découvrez une nouvelle et dernière enveloppe gazeuse du soleil, l'atmosphère coronale, au-dessus des protubérances.
- En 1874, vous êtes au Japon pour le passage de Vénus, vous revenez par la Chine et par Siam pour observer une éclipse de soleil.
- En 1876, vous fondez l’Observatoire de Meudon, où, pendant des années, l’exécution de vos grandes et admirables photographies solaires vous conduit à la découverte du réseau photosphérique.
- En 1885, vous vous rendez à la surface d’un îlot de corail perdu dans l’immensité de l’océan Pacifique, à la tête d’une mission chargée de l’observation de l’éclipse du 6 mai. Vous revenez par Tahiti et Hawaï. En passant devant les îles Sandwich, vous apercevez des fumées qui s’échappent du célèbre volcan Kilaouéa, le plus vaste qui soit au monde : un tel phénomène ne pouvait passer inaperçu d’un observateur tel que vous.
- M. Janssen, messieurs et chers confrères, va visiter le cratère de Kilaouéa, gouffre géant qui n’a pas moins de 8 à 10 kilomètres de diamètre. 11 veut y descendre pour en étudier la constitution, et, là, il découvre un autre cratère en éruption. L’explorateur, voulant observer les | flots de lave qui crevaient à ses pieds et la nature des irruptions gazeuses qui se formaient sous ses yeux, eut le courage de passer là toute la nuit en observation.
- Savez-vous ce qu’étaient devenus pendant ce temps les guides de M. Janssen? Ils l’avaient laissé au bord du cratère, parce qu’ils craignaient d’être asphyxiés par les torrents de gaz acide sulfureux que vomissait le gouffre ; c’est seulement le lendemain matin qu’ils daignèrent aller chercher l’observateur.
- Est-ce tout? Pas encore. L’année suivante, en 1884, nous retrouvons M. Janssen aux États-Unis; il a été choisi pour représenter la France à Washington au Congrès du méridien et de l’heure universelle.
- Voilà le savant qui a bien voulu s’asseoir à notre place d’honneur. Cette énumération succincte de ses travaux, si incomplète qu’elle soit, suffit pour montrer qu’il y a en lui, tout à la fois, le philosophe doublé de l’astronome et du naturaliste, l’explorateur toujours en quête de découvertes nouvelles et le patriote qui n’oublie jamais d’unir ensemble ces deux drapeaux : celui de la science et celui de son pays.
- Aujourd’hui, M. Janssen, non content de ses victoires passées, entreprend encore d’autres campagnes. On le voit s’élancer au sommet du mont Diane pour y fonder l’observatoire le plus élevé du monde. Son ambition est de couronner la conquête scientifique du géant des Alpes et de compléter cette œuvre pleine de périls qui compte tant d’efforts, d’énergie et de dévouement.
- Mon cher maître, il semblerait que la surface terrestre n’est pas assez grânde pour votre ardeur; vous aspirez sans cesse au plus loin et surtout au plus haut ; vous êtes l’homme des hautes cimes, et quand vous arrivez au sommet des montagnes, vous voulez monter plus haut encore. Par la pensée, vous vous élevez jusque dans le ciel; armé de votre spectroscope, vous analysez le rayon des astres et vous dévoilez quelques-uns des mystères de la constitution des mondes.
- Voilà ce qui a été prononcé pour rendre hommage à M. Janssen, qui, dans une carrière de cinquante années, n’a cessé de travailler pour satisfaire deux passions : celle de la Science et celle de la Patrie. Gaston Tissandier.
- COURSES DE TRAINS EXPRESS
- EN ANGLETERRE
- Depuis nombre d’années, deux puissantes compagnies anglaises de chemins de fer rivalisaient de vitesse sur leurs réseaux respectifs. Chacune d’elles prétendait détenir le record, sans qu’aucune épreuve définitive ait permis une fois pour toutes de tran-
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- cher le différend. Ces deux sociétés, la Northwestern Company et les Créât Northern Iloads, décidèrent enfin, d’un commun accord, d’exécuter une série de courses, sur un parcours déterminé, en cherchant de part et d’autre à diminuer le plus possible la durée du trajet. Des voyageurs, les directeurs des compagnies rivales ne s’en inquiétaient
- guère, et cependant on frémit à la seule pensée des épouvantables catastrophes qui auraient pu se produire pendant ces courses folles sur des lignes encombrées par un trafic considérable.
- La North-Weslern Company avait choisi comme point de départ Easton station (Londres), tandis que la seconde société avait jeté son dévolu sur Ring s
- Fig. 1. — Machine et train express de la North-Western Company, ayant parcouru 540 milles anglais en 512 minutes.
- (D’après une photographie.)
- Cross station ; le terminus commun était Aberdeen en Ecosse. La distance séparant les stations extrêmes du réseau de la première compagnie est de 540 milles anglais, soit 864 kilomètres; l’intervalle compris
- entre Kincfs Cross et Aberdeen est de 525 milles ou 844 kilomètres. La première épreuve eut lieu le 49 août 4895. Chaque express, afin de rendre toutes chances égales, se composait du même nombre
- Fig. 2. — Machine et train express des Great Northern Ronds ayant parcouru 525 milles anglais en 521 minutes.
- (D’après une photographie.)
- de wagons, et un fourgon de queue, remorqués par'une seule machine à marche rapide (fig. 4 et 2). La durée proportionnelle des trajets fut à peu près la même pour les deux trains. L’express de la North-Western Company avait parcouru les 540 milles en 555 minutes, près de 4km,608 à la minute.
- Le 24 août se produisit la seconde course entre les mêmes trains, chacun d’eux se mettant en marche à d’heure réglementaire, 8 heures du soir. Cette
- fois encore, l’express delà North-Western Company obtint une légère avance sur son rival. Il franchit la distance de 864 kilomètres en 558 minutes, tandis que VEast-Coast mettait 557 minutes pour parcourir 525 milles ou 841 kilomètres. Le 25 août une nouvelle lutte s’engageait à la suite de laquelle s’accentua davantage la victoire de la West-Coast line, qui gagnait encore trois minutes sur la précédente durée du trajet. Enfin, le 25 août fut la dernière
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- journée consacrée à ces diverses courses insensées.
- L’express de la North-Western Company arriva à Aberdeen après avois mis 512 minutes à accomplir son parcours (fig. 5).
- En présence d’un pareil exploit, un enthousiasme délirant s’empara des habitants d’Aberdeen qui, saisissant le mécanicien Soutar sur sa machine, le portèrent en triomphe, à travers les rues de la ville. Neuf minutes après la venue du premier train, retentissait sous le grand hall de cette meme station le
- sifflet du second express qui, définitivement battu, mais glorieusement vaincu, avait fait en 521 minutes les 841 kilomètres qui séparent Londres de la grande cité écossaise. Cette épreuve mit fin à la lutte engagée ; les directeurs des compagnies intéressées avaient fini par comprendre que, sous prétexte d’amuser la galerie, avec ces courses folles, ils risquaient beaucoup de terminer la série de leurs expériences par un effroyable et irréparable malheur.
- Dès à présent, la North-Western Company peut se
- Fig. 5. — La lutte et le succès. — N° 1. L'express île la North-Westera Company lancé à toute vitesse. — N* 2. L’express des Créât Northern Roads lancé à toute vitesse. — 3. Arrivée à Aberdeen de l’express de la North-Western Company ayant parcouru
- 5A0 milles anglais en 512 minutes. La foule porte le mécanicien en triomphe. — En cartouche : Portrait du mécanicien Soutar, de l’express de la North-Western Company. (D’après des photographies instantanées.)
- glorifier à juste titre de détenir le record de la vitesse; cependant, comme nous-le verrons plus loin, les chemins de fer américains, et notamment la New-York Empire State Company dont les express cir-lent entre cette capitale et Buflalo, protestent tous contre cette prétention.
- La vitesse moyenne du train sorti victorieux de la course a été, à l'heure, de 63 milles*/.v, soit 101km, 704. Mais, entre les deux terminus, Easton station et Aberdeen, l’express desservait, comme en service courant, cinq stations. Or, en déduisant les arrêts nécessaires, on arrive à une vitesse effective et constante de
- 120 à 130 kilomètres par heure. C’est une rapidité dans la marche des trains que jusqu’alors aucune compagnie européenne de chemin de fer n’aurait osé un seul instant mettre en pratique. Nous devons à la vérité d’ajouter que depuis la date mémorable du 25 août, ces mêmes express appartenant aux deux puissantes compagnies anglaises ont repris, pour ne plus les quitter, leurs anciennes vitesses, suffisamment grandes déjà.
- Comme nous le faisions remarquer plus haut, les Américains ne pouvaient rester insensibles au succès remporté par les deux sociétés anglaises
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- de chemin de fer, succès qui leur enlevait le record du monde, détenu jusqu’alors par la New-York Empire State Company . Sur ce réseau, plusieurs trains express franchissent couramment, en service régulier, les 440 milles, soit 707km, 520, séparant New-York de Rulfalo, en 520 minutes, et cela en dépit d’assez nombreux arrêts, de rampes extrêmement fortes et de courbes de faible rayon. La presse des Etats-Unis a fait remarquer avec une certaine justesse que, sur les chemins de fer anglais, ces empedimenta n’existent pas, ce qui donne toute facilité aux compagnies d’augmenter singulièrement la vitesse de leurs trains.
- En outre les express anglais se composaient chacun d’un petit nombre de véhicules, montés sur boggies, et autrement légers que les wagons en service sur les réseaux américains; sur ces derniers en effet circulent des trains comprenant la plupart du temps un nombre double de voitures de dimensions considérables, et aussi plusieurs fourgons à bagages ou à marchandises peu encombrantes. Cette charge considérable augmente dans de très fortes proportions le poids mort que doit remorquer chaque locomotive. Enfin les rampes, les enchevêtrements et croisements de voies, les courbes à faible rayon, abondent de toutes parts, ce qui accroît les difficultés, les mécaniciens ayant rarement devant eux de longs alignements leur permettant de *;e lancer à toute vitesse.
- Quoi qu’il en soit, les lauriers cueillis par la North-Westhern Company empêchaient littéralement ces bons Yankees de dormir. Les neveux d'Uncle Sam voulaient prendre une revanche éclatante contre John Bull, qui, si inopinément, s’était permis de battre le record de la vitesse du monde entier, record que les Américains considéraient comme une propriété inaliénable et inséparable des Etats-Unis d’Amérique. La tentative n’a pas tardé à se produire. En effet, le 10 septembre 1895, un train spécial quittait New-York à5h40m30s du matin, se dirigeant vers Buffalo. A midi 54m 57s, la locomotive et les wagons qu’elle remorquait stoppaient en gare d'East-Buffalo. Cet express avait couvert les 440 milles en 6h54m27s, ce qui donne une vitesse moyenne de 64 milles 1/3 à l’heure, soit 10okm451, contre 101km 706 parcourus dans le même laps de temps par la North-Western Company.
- Comme nous l’avons fait pour les trains rivaux anglais, nous devons déduire la durée des arrêts entre New-York et Buffalo, arrêts aussi nombreux qu’entre Londres et Aberdeen. Nous obtenons alors, comme vitesse réelle de l’express de la New-York Empire State Company, 155 kilomètres à l’heure. N’est-ce pas effrayant? Ch. Marsillon.
- LA HAUTE ÉCOLE D’ÉQUITATION1
- Rectifications et additions. — Dans l’article que nous avons publié précédemment, il y a quelques rectifications
- 1 Yoy. n° 1107, du 12 octobre 1895, p. 512.
- à faire. Le Capitaine J.-B. Dumas est aujourd’hui Commandant. A la page 512, il faut ajouter à la figure 2, Travail sans bride, tête rme; à*la figure 6, après La Capricole, il faut ajouter Ralotade. Page 513, colonne lro, ligne G% lire contre-changements de mains au lieu de autres changements. Même page, 2e colonne, 15° ligne, lire avec le Commandant Dumas au lieu de les auteurs. Nous tenons à faire remarquer, ainsi que les auteurs l’indiquent au verso du titre de leur beau travail, que dans l’ouvrage la partie purement photographique est l’œuvre du vicomte d’Amécourt. La rédaction entière du texte, la composition de l’album, la méthode et son exposition reviennent au Commandant J.-B. Dumas, qui a, en outre, exécuté avec ses chevaux toutes les figures représentées au cours de l’ouvrage.
- Ces erreurs et ces corrections tiennent à la cause suivante : les épreuves de l’article ont été envoyées au Commandant J.-B. Dumas, à l’adresse de sa résidence habituelle ; mais, le Commandant étant en voyage, il s’est écoulé plusieurs jours entre la réception et l’envoi, et le tirage était terminé quand ses corrections sont arrivées à l’Imprimerie Lahure.
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- CHRONIQUE ‘
- Une application industrielle du phonographe.
- — Les journaux américains et anglais relatent le fait suivant qui s’est passé à la station hydraulique de la Riclis ivater Company, à Elk River, en Californie. Une des pompes de cette usine, en service depuis plusieurs années, se dérangea dernièrement. L’ingénieur s’en aperçut au bruit irrégulier de son fonctionnement, mais il fut incapable de déterminer la nature du dérangement et, à plus forte raison, d’y remédier. On saitque le son rythmique des machines suffit, pour une oreille exercée, à suivre leur fonctionnement; bien souvent les ingénieurs sont avertis d’un dérangement parce que le battement régulier des pièces mobiles est altéré ; mais l’interprétation du bruit perçu est très délicate ; des experts seuls peuvent y parvenir. C’était le cas à Elk Hiver. Le fabricant des pompes était à New-York et le déplacement d’un expert en Californie eût coûté fort cher. L’ingénieur de la Compagnie, à Elk River, eut alors l’idée originale de recourir au phonographe; il expliqua verbalement dans l’appareil les troubles reconnus et fit ensuite enregistrer le bruit de la pompe en marche. Le cylindre du phonographe — le phonogramme — fut expédié à New-York. Le fabricant le plaça dans un appareil récepteur, écouta le message écrit par la pompe elle-même, comme un médecin écouterait la respiration d’un malade, diagnostiqua la maladie et prescrivit son ordonnance. Celle-ci fut exécutée ponctuellement et les réparations purent être effectuées à très peu de frais. A l’heure actuelle le fonctionnement de la pompe ne laisse rien à désirer. G.-P.
- Cible électrique. — On a essayé dernièrement près de Gratz, en Autriche, une cible électrique qui présente l’avantage de rendre, inutile la présence d’un homme pour indiquer les coups. En effet, quelle que soit la distance à laquelle on tire, la cible, dès qu’elle est frappée par le projectile, donne un signal qui est enregistré par l’indicateur placé à l’extrémité du stand. A cet effet, on a posé, entre le stand et la cible, un câble qui est mis en communication avec la cible. Celle-ci est établie dans la forme habituelle et en mailles de fil de fer assez rapprochées; de plus, elle est enduite d’une couleur voyante.
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- LA NATURE.
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- Dès que la figure ou les mailles de fil de fer qui représentent la partie supérieure du corps d’un homme sont frappées par une balle, le circuit se ferme et la sonnerie placée près du stand se fait entendre; ce coup de sonnerie est accompagné d’un signal visible sur l’indicateur. L’appareil, qui est relié avec la cible, se trouve placé au-dessous du sol et n’exige aucun soin pour l’entretien. D’après la Zeitschrift für Eleklrotechnik, les essais avec cette cible ont donné des résultats très satisfaisants.
- Polissage des métaux par l'acier broyé. —
- La Pittsburg Steel Company Limited, à Pittsburg (États-Unis), vient de lancer sur le marché une nouvelle matière employée pour le polissage des métaux, qui porte la dénomination de « crushed Steel » (acier broyé). Il s’agit de remplacer l’émeri par de l’acier trempé, finement pulvérisé, idée qui n’est nullement nouvelle, mais qui vient néanmoins d’être mise en pratique par cet établissement. Tous les vieux matériaux en acier fondu (vieilles scies, etc., par exemple) sont trempés, grossièrement broyés à l’aide de bocards en acier fondu, puis retrempés à nouveau, et passés ensuite au tamis pour en opérer le triage par grosseurs. On obtient de la sorte toutes les variétés de « crushed steel », depuis la variété la plus grossière, employée au polissage des pierres et à l’affûtage des outils, jusqu’à la variété la plus fine, employée au polissage des métaux, du verre et des pierres précieuses. Pour les disques pleins, etc., on ne prépare pas la poudre d’acier ainsi qu’on le fait pour l’cmeri, mais on l’utilise à l’état pulvérulent et simplement mouillée. Outre que cette nouvelle matière de polissage attaque moins les objets à travailler que ne fait l’émeri, elle présente en outre l’avantage incontestable de pouvoir être employée beaucoup plus longtemps, attendu que les grains qui la composent ne s’arrondissent pas à l’usage, mais qu’ils se fendent au contraire en d’autres petits morceaux ayant eux-mêmes des angles assez vifs. (Chronique industrielle.)
- Le poisson en Belgique et son transport à l'état vivant. — Un document très important que le ministère des finances de Belgique a publié sur la situation du commerce belge avec l’étranger, pendant l’année 1894, renferme quelques renseignements intéressants sur la pcche maritime de nos voisins. Le nombre d’armements pour la pèche de la morue, qui était de 30 en 1893, s’est élevé en 1894 à 52. Quant aux produits de cette pèche, ils se sont élevés à 204 945 kilogrammes en 1894 ; ils n’étaient que de 168 400 kilogrammes en 1893; il y a donc pour 1894 une augmentation de 56 565 kilogrammes. Il n’y a plus eu d’armement pour la grande pèche du hareng depuis l’année 1864. En 1893, le produit de la petite pêche du hareng, faite par 78 chaloupes, s’élevait à une valeur de 59 000 francs. Le produit de 1894 est de 56 050 francs; il y a donc une augmentation de 17 050 francs. Il y a eu 338 armements pour la pèche de marée en 1894, ayant produit du poisson pour une valeur de 3 270 095 fr. En 1893, le produit de cette pèche s’était élevé à 3347 880 francs. Il se pourrait qu’avant peu le poisson de mer fut vendu vivant sur les marchés de l’intérieur. Il y a eu en Allemagne des essais de transport de poisson de mer, essais qui n’avaient point abouti. Il est annoncé maintenant que l’on a triomphé des difficultés de l’entreprise — à l’aide d’un réservoir renfermant de l’eau de mer maintenue constamment en mouvement et dans laquelle est entretenu un courant continuel d’oxvgène, réservoir contenant aussi un filtre permettant d’isoler les excrétions des poissons : les cabillauds, soles, barbues,
- turbots, etc , amenés de la cote hollandaise, sont tous arrivés vivants à Cologne. On construit actuellement à Dusseldorf un wagon de chemin de fer avec tous les appareils nécessaires, en vue de renouveler l’expérience.
- Le plus vieux rosier du monde. — Le plus vieux rosier du monde se trouve à Hildesheim, petite ville du Hanovre, où il émerge du sous-sol de l’église du cimetière. Ses racines se trouvent dans le sous-sol, et le tronc primitif est mort depuis longtemps ; mais les nouvelles tiges se sont frayé un passage à travers une crevasse du mur et couvrent de leurs rameaux presque toute l’église, sur une largeur et une hauteur de quarante pieds. L’âge de ce rosier intéresse à la fois les botanistes et les jardiniers. D’après la tradition, le rosier de Hildesheim a été planté par Charlemagne en 833, et l’église ayant brûlé vers le onzième siècle, la racine continua de pousser dans le sous-sol. M. Raemer a publié récemment un livre sur le vénérable vieillard, et il prouve qu’il est âgé d’au moins trois siècles. Il est mentionnédans un poème écrit en 1690, et aussi dans un écrit d’un Jésuite mort en 1675. Par conséquent, quand même il se serait glissé un peu de légende dans la tradition, il n’en est pas moins, très vraisemblablement, le plus vieux rosier du monde.
- Cônes de glace. — Pendant l’hiver dernier, qui sévit avec une rigueur toute particulière dans les montagnes, on observa, à plus d’une reprise, la formation de cônes de neige ou de glace, dans les prés ou au bord des lacs. Les premiers ont été signalés entre autres à la vallée de Joux, après le passage d’une trombe faisant suite à une abondante chute de neige. Le professeur Charles Dufour, de Morges (Suisse), donne, dans les Archives de Genève, la description de proéminences en forme de cônes tronqués qui se formèrent sur la glace du lac de Neuchâtel, entre Grandson et Yverdon. Ces cônes avaient jusqu’à 2 mètres de hauteur, avec un cratère d’où un homme aurait eu quelque peine à sortir seul. Ce fait n’est pas entièrement nouveau. On l’observe parfois dans les pays du Nord et, suivant M. Kammermann, il a été signalé par de Luc, au cours du rude hiver 1788-1789. Le lac de Genève ayant gelé par une forte bise, il se forma, sur le bord de la glace, une série de cônes rappelant des cratères de volcans.
- Rectification. — Dans le compte rendu de la séance de l’Académie des sciences du 16 septembre 1895 (n° 1164, du 21 septembre 1895, p. 271), nous avons dit que M. Chauveau avait exécuté sur un singe une double expérience de néoformation des cellules nerveuses dans le cerveau, consécutivement à l’ablation des lobes occipitaux. Ce n’est pas M. Chauveau qui a fait ces travaux; mais c’est bien lui qui les a présentés au nom d’un savant éminent de Roumanie, M. A. N. Vitzou, de Bucarest, qui est professeur à l’Université de cette ville.
- Nous croyons devoir ajouter que les rédacteurs des journaux scientifiques et autres, ont beaucoup de peine à entendre ce qu’on dit quand les communications sont faites à voix basse et au milieu du bruit.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 octobre 1895. — Présidence de M. Fizeau.
- La preuve du mouvement de rotation de la terre. — M. Andrade a essayé de réaliser une idée émise par l’illustre géomètre Poinsot à l’occasion de l’expérience bien connue de Foucault mettant en évidence la rotation
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- la nature:
- de la terre autour de son axe : si l’on pouvait changer le moment d’inertie d’un système mobile autour d’un axe vertical, on verrait le système prendre un mouvement de rotation autour de cet axe. Telle est la condition que M. Andrade s’est appliqué à remplir. Il a construit un appareil encore imparfait faute de ressources nécessaires, (jui se met en effet spontanément en mouvement, par suite de la rotation diurne de la terre, en vertu de la relation mécanique énoncée par Poinsot. La même tentative a d’ailleurs été effectuée simultanément par un autre expérimentateur avec un plein succès. On peut donc considérer, dès maintenant, que l’on possède une seconde preuve tangible du mouvement de rotation de la terre.
- Dosage de l'argon. — M. Schlœsing fils a imaginé une nouvelle méthode de dosage de l’argon, qui présente le grand avantage de ne nécessiter qu’un faible volume d’air. 11 dépouille cet air du gaz qu’il contient, à l’exception de l’azote, puis il met cat azote en contact avec du cuivre et du magnésium chauffé au rouge. Dans ces condi tions l’azote est absorbé.
- M. Schlœsing mesure le volume du résidu, qui est de l’argon. L’évaluation de ce volume peut être pratiquée avec une très grande précision, qui atteint le millième du volume d’argon. Le nombre trouvé est ensuite rapporté au volume de l’air.
- Explorations sous-marines. —- S. A. le prince de Monaco présente le neuvième fascicule des résultats des explorations sous-marines qu’il poursuit à bord de son yacht VHirondelle.
- Ce volume est consacré aux céphalopodes; il est dû à M. Joubin, professeur à la Faculté de Rennes. Parmi les dix-sept espèces décrites, quatre sont nouvelles. L’une de ces espèces est particulièrement remarquable par cette particularité que chacun de ses organes constitue un œil thermoscopique.
- La constance de l'éclat des étoiles. — M. Fizeau s’est préoccupé de la question de l’éclat des étoiles dans les temps les plus reculés. Le plus ancien document sur cet objet lui a été fourni par la Bible ; c’est le songe de Joseph, dans lequel se trouvent mentionnés le soleil, la lune et douze étoiles surpassant toutes les autres par leur éclat. Or, si l’on compte les étoiles de première grandeur visibles aujourd’hui dans le ciel d’Égvpte, on en trouve précisément douze ou treize, car la classification de l’éclat de ’une d’elles est incertaine. Ces douze étoiles sont encore mentionnées dans un évangile de saint Jean. M. Fizeau conclut que l’état relatif des étoiles n’a pas varié depuis Te temps des Pharaons.
- Décès. — M. le Président annonce la mort de M. le baron Larrey, académicien libre, décédé le 8 octobre, à l’âge de quatre-vingt-six ans.
- Varia. — MM. Patcin et Duflau ont étudié les combinaisons de l’antipyrine avec les diphénols. — M. Engel a précisé la limite de l’action de l’acide chlorhydrique sur le cuivre et l’étain. — M. Nastuckoff a déterminé le pouvoir réducteur des diverses races de levures; il a trouvé qu’elles ont des propriétés différentes. — Le P. Colin fait hommage d’une photographie de son observatoire de Tananarive et M. Vinot de la carte du ciel de Paris pour le mois d’octobre. Cii. de Viu.euf.uil.
- MENHIR DE LÉCLUSE
- PRÈS DE DOUAI
- Le menhir représenté par la photographie ci-dessous est situé sur une colline, près du village de
- Lécluse, distant de 15 kilomètres de Douai (Nord). De là on domine la belle vallée de la Sensée. Les dimensions de ce grand menhir sont les suivantes : hauteur 4m,80, largeur moyenne 2 mètres, épaisseur 0m, 70. L’orientation en est parfaite, la partie la plus faible est dirigée vers l’étoile polaire, que ses architectes primitifs connaissaient assurément.
- Les menhirs et les dolmens devaient être assez nombreux dans la contrée. Les gisements de grès s’y rencontrent fréquemment; il n’est pas rare de trouver des blocs de la grosseur de celui qui a échappé à la destruction.
- D’après les auteurs qui se sont occupés d’une façon spéciale des monuments mégalithiques ; dans les premiers siècles de notre ère, on en aurait fait disparaître un grand nombre. Il y avait des exaltés qui croyaient encore aux pratiques païennes, et ils continuaient à entourer ces monuments sanctifiés par leurs aïeux. Divers édits de Charlemagne en ordonnèrent la destruction. En Bretagne on a été plus tolérant, aucune animosité ne s’est élevée au sujet des anciens monuments ; il en existe encore un grand nombre ; quelques-uns des plus beaux ont été utilisés ; on les a revêtus parfois de certains emblèmes : c’est ce qui en explique la conservation.
- Quoi qu’il soit de l’histoire de ces menhirs; ils offrent beaucoup d’intérêt. E. D.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh Paris. — Imprimerie Lahlre, rue de Fleurus, 9.
- Le menhir de Lécluse, à 15 kilomètres de Douai (Nord). (D'après une photographie.)
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- k20 OCTOBRE 1895,
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- L’ACCIDENT DU MONT BLANC
- Le mont Blanc a acquis une triste célébrité par les accidents qu’il a causés. Cependant, la période de vingt ans qui s’est écoulée après 1871 n’avait été
- attristée par aucun malheur, endormant dans une sécurité trompeuse les inquiétudes des voyageurs. Malheureusement, depuis quelques années, les acci-
- Catastrophe (lu mont Blanc — Enlèvement d’uii cadavre. (D’après une photographie de M. Tairraz.)
- dents se sont succédé pour ainsi dire annuellement.
- Les causes ne sont plus les mêmes que celles des accidents d’autrefois, qui, pour la plupart, étaient dus à de grossières imprudences. Les progrès de l’alpinisme ont fait connaître aux guides les précautions à prendre sur les glaciers, et les catastrophes
- n’arrivent guère que par suite d’un concours de circonstances qui ne peuvent pas toujours être prévues ou évitées. Quelle que soit l’habileté des ascensionnistes, ils ne pourront jamais empêcher les avalanches de parcourir les pentes inopinément, ou les pierres de tomber tout à coup dans les couloirs rocheux.
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- 23» auuée. — 2° semestre.
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- LA N AT LUE.
- En quelques jours, on a pu enregistrer dans le massif du mont Blanc deux accidents suivis de mort, l’un dans une ascension de rochers, l’autre sur une pente de neige. Ce dernier, le seul dont nous avons à nous occuper ici, a eu lieu sur le glacier, à un endroit qui ne présentait aucune difficulté spéciale.
- Le 1 7 août, le docteur autrichien Schniïrdreher montait au mont Blanc avec le guide Michel Savoye et le porteur Laurent Bron, tous deux de Courmayeur. Montés par la route du Dôme, sur le versant italien, ils réussirent l’ascension et couchèrent au refuge des Bosses, en compagnie d’une caravane venue par les Grands-Mulets. Le lendemain matin, ils partirent pour Chamonix, tandis que la caravane française faisait l’ascension du sommet. Depuis ce moment, on n’en entendit plus parler. A Courmayeur, on pensait que la caravane faisait des ascensions autour de Chamonix, tandis qu’à Chamonix, où le voyageur avait passé quelques jours auparavant, on croyait qu’il était resté en Italie.
- , Au bout de quelques jours, les familles des guides commencèrent à s’inquiéter de l’absence prolongée de leurs parents, et télégraphièrent à Chamonix. Le bruit d’un accident se répandit rapidement. Un guide conta qu’il avait vu sur le glacier un piolet abandonné et, sur cet indice, une caravane partit aussitôt. Arrivés au piolet, les guides explorèrent les crevasses s’ouvrant au bas de la pente de neige qui s’étendait au-dessous, et on ne tarda pas à apercevoir les corps au fond d’une de ces crevasses, à une trentaine de mètres de profondeur. A l’aide de cordes, on les remonta à la surface, et on les descendit à Chamonix.
- Cette lugubre descente, dont les habitants de la vallée ont été tant de fois témoins, ne s’opère pas sans fatigue, ni sans difficulté. La gravure ci-jointe, p. 357, faite d’après une photographie deM.Tairraz, en donnera une idée. On enferme chaque corps dans un sac, on l’attache à l’aide de cordes par les extrémités, et des hommes le traînent sur la neige, pendant que d’autres le maintiennent pour l’empêcher de glisser trop vite, ou pour le retenir sur la pente, lorsqu’on descend en travers. Le passage des crevasses offre de véritables difficultés. A la sortie du glacier, les corps sont transportés en civière.
- La caravane, qui avait péri le 18 août, ne fut retrouvée que le 26. Les corps avaient été parfaitement conservés par la glace. Ils étaient empilés les uns sur les autres. Le guide et le voyageur avaient eu la tête fracassée et paraissent être morts sur le coup. Quant au jeune porteur, la tuméfaction de la tête semble montrer qu’il avait survécu quelques heures.
- Les causes de cet accident n’apparaissent pas immédiatement. La caravane a péri au coin du Dôme, à la dernière pente que l’on franchit avant d’arriver aux Grands-Mulets. Cet endroit n’est pas habituellement dangereux, mais cette année, par ce beau temps persistant, le soleil avait durci la neige, qui s’était, par endroits, presque transformée en glace. J’ai parcouru cette pente quelques jours après; elle était
- complètement dure, et presque aussi inclinée que celles du Grand et du Petit Plateau. On comprend qu’une caravane, une fois lancée sur cette pente, n’ait pas pu s’arrêter, le piolet ne mordant guère sur la neige aussi dure. Il n’est pas probable que la caravane soit partie en glissade volontaire, pensant s’arrêter plus bas. Il est à supposer qu’un faux pas du voyageur aura entraîné les guides, marchant sans attention dans un endroit réputé sans danger. Le guide a piqué son piolet, qui lui a été arraché, par suite de la vitesse déjà acquise, et la caravane a été précipitée.
- C’est ainsi que le mont Blanc proteste contre la réputation qu’on voudrait lui faire d’être une ascension sans danger. Outre les pentes de neige, qui peuvent, comme on le voit, causer parfois des accidents, le mont Blanc renferme deux points particulièrement dangereux, le passage sous le glacier Bond de l’aiguille du Midi, qui est traversé à chaque instant par des pierres lancées comme des boulets de canon, et la traversée du Petit Plateau, où les séracs du Dôme s’écroulent de temps en temps en énormes avalanches. C’est là que périt, il y a quelques années, le docteur Rothe, avec le guide Simond. Maintes fois j’ai traversé ce passage, mes travaux m’ayant amené à faire vingt et une fois l’ascension du mont Blanc ; malgré cela, ce n’est jamais sans un véritable serrement de cœur que j’y passe et, une fois arrivé au bord du Petit Plateau, j’entends toujours dire à mes guides, hommes courageux et éprouvés : « On s’en est encore tiré cette fois ! » Le public se figure volontiers que la route du mont Blanc a été rendue facile ; il ne sait pas que sur un glacier aucune route n’est traçable, aucune amélioration n’est possible. On a facilité l’ascension par les refuges, mais la route est toujours la même, avec ses dangers, et l’on ne peut pas faire une heure de route, sans pouvoir dire : « Ici, il y a eu un cadavre ! »
- J. Vali.ot,
- Directeur de l’observatoire du rocher des Bosses au mont Blanc.
- U GOMME-GUTTE AU SIÂM
- D’après notre confrère le Trading-World, de Londres, l’arbre qui produit la gomme-gutte, et qui est connu au Siam sous le nom de ton rong, est fort abondant dans ce pays, ou du moins dans les îles Koh-Chang, Koh-Kong, et Koh-Rong, ainsi que le long des côtes du golfe entre 10° et 12° de latitude nord. C’est une substance intéressante et sur laquelle il est curieux de rassembler quelques renseignements.
- Le ton rong a un tronc droit dépourvu de branches, peut-être par suite de l’épaisseur des forêts où il pousse et il atteint une hauteur d’environ 15 mètres; il faut qu’il ait au moins dix ans pour qu’on songe à en extraire la gomme. Cette opération se pratique généralement pendant la saison pluvieuse, entre les mois de juin et d’octobre, la sève étant à ce moment particulièrement abondante. On fait dans l’écorce de l’arbre une incision en forme de spirale, s’étendant depuis la base jusqu’à une dizaine de mètres de hauteur; la résine coule tout le long de l’inci-
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- LA NATURE.
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- sion et elle est reçue dans un bambou creux placé au pied du tronc. Pendant une belle saison on peut faire deux ou trois incisions différentes et dans des sens opposés; mais, de toute façon, il est de première importance que l’eau ne se mélange point avec la résine dans les incisions, car le contact produit des boursouflures dans la gomme et une décoloration en noir qui en réduisent la valeur de 10 pour 100 au moins.
- On relève les bambous où la résine s’est écoulée, et on décante cette résine dans des bambous de dimensions moindres, où on la laisse pendant un mois pour qu’elle se solidifie; chacun de ces bambous contient en moyenne moins d’une livre de gomme-gutte. On la vend sortie de ces récipients, et pour cela il faut casser le bambou : dans ce but, on place les tubes sur un feu très vif, il se fendent, l’on recueille sans peine la gomme, qui prend le nom de gomme-gutte en canons, par suite de son apparence cylindrique.
- La gomme de la meilleure qualité, et par suite celle qui se vend le plus cher, est celle qui est la moins boursouflée et décolorée, celle par conséquent qui a été moins soumise à l’action de l’eau; maison comprend qu’elle soit difficile à se procurer, car c’est précisément, comme nous l’avons dit, pendant la saison des pluies que se fait la récolte. Les indigènes qui se livrent à cette industrie demandent généralement 2 ticaux (ou 3<r,75) pour cinq bambous, et les commerçants locaux revendent le même prix trois bambous. Toute la production du Siam est achetée par des marchands chinois et expédiée au Bangkok par voiliers.
- La gomme-gutte est un produit qui est un suc de gomme résine provenant d’arbres ou végétaux de la famille des clusiacées ou gullifères. Cette substance nous arrive du Siam et du Cambodge. La gomme-gutte forme avec l’eau une émulsion d’une très belle couleur jaune. D. B.
- LE RECORD DE L'ENDURANCE
- La Compagnie du gaz possède depuis l'année dernière, dans son usine d’ivry, une turbine de Laval de 5 chevaux qui détient certainement à l’heure actuelle le record de l’endurance comme moteur à vapeur. Elle est affectée à la commande d’un extracteur, appareil dont la marche doit être continue ; elle fonctionne donc 24 heures par jour, et a actuellement 5300 heures de marche. Au bout de 1700 heures, on l’a fait stopper pour procéder à des essais de consommation, puis on l’a remise en service, et depuis 3600 heures, elle n’a pas été arrêtée une seconde. La vitesse du disque étant de 160 mètres par seconde, le chemin parcouru est donc, depuis la mise en marche de l’appareil, de plus de trois millions de kilomètres, soit 78 fois le tour de la terre. Depuis qu’elle a été remise en service, le chemin parcouru a été de 53 fois le tour de la terre en 150 jours! Pauvre Jules Verne, le voilà bien dépassé ! Ce résultat est d’autant plus curieux que la machine n’est surveillée par personne. Le remplissage, toutes les douze heures, d’un graisseur automatique qui dépense 50 kilogrammes d’huile par mois, est la seule opération qui demande, pendant quelques instants, la présence d’un agent auprès de l’appareil. X..., ingénieur.
- ESSENCE DE RACINES DE RÉSÉDA
- Les racines du réséda odorata (Linné) contiennent abondamment une substance dont l’odeur piquante rappelle celle du radis noir. Déjà Vollratli avait obtenu cette
- essence, mais en trop faible quantité pour en faire une étude approfondie1. Il reconnut que cette huile présentait les caractères des sulfocyanates, mais elle n’est pas identique, comme le pensait ce chimiste, au sulfocyanate d’allyle.
- La maison Schimmel et Cie a fourni à MM. J. Bertram et IL Walbaum, auteurs de la Note que nous reproduisons, de grandes quantités de racines de réséda qui leur ont permis de faire leurs recherches. En distillant 1300 kilogrammes de racines de réséda, ils ont obtenu 310 grammes d’une huile brune dont l’odeur rappelle celle du radis noir. Sa densité est de 1,067 à 15°. A la pression ordinaire, cette huile bout à 225° et commence à se décomposer en dégageant un gaz de mauvaise odeur. Sous pression réduite, l’huile ne paraît pas distiller sans se décomposer, car il se produit une mousse abondante.
- Après ébullition avec le sodium, les auteurs ont montré la présence de l’acide sulfocyanhvdrique. Chauffée en solution alcoolique avec de l’ammoniaque, l’huile donne une combinaison qui, après plusieurs cristallisations dans l’alcool, constitue des cristaux rhomboédriques fusibles à 157° qui sont de la phényléthylsulfo-urée. Cette observation classe ce corps dans les sulfocyanates.
- On chauffe l’huile de racines de réséda avec de l'acide chlorhydrique concentré en tube scellé à 200° pendant quelques heures. Lorsqu’on ouvre le tube, il se dégage de l’oxysulfure de carbone et de l’acide sulfhydrique. Le résidu traité par la soude est entraîné à la vapeur d’eau. Le produit de la distillation saturé par l’acide chlorhydrique donne par évaporation des cristaux qui, après cristallisation dansl’alcool,fondentà217°. C’est le chlorhydrate de phényléthylamine identique à celui de Fileti et Piccini et de Haushofer. Il donne un chloroplatinate. Avec l’oxalate d’éthyle, la base donne delà diphénvléthil-oxamide fusible à 186°.
- La transformation presque totale de l’huile de racines de réséda en phényléthylamine montre qu’elle est surtout formée de sulfocyanate de phénylélhyle. L’odeur caractéristique de radis noir fait supposer que l’on doit trouver dans ceux-ci du sulfocyanate de phénoéthyle ou une substance très voisine. Des auteurs ont traité dans ce but, par la vapeur d’eau, 75 kilogrammes de radis noir. Ils ont obtenu un liquide d’odeur nauséabonde qui, agité avec l'éther de pétrole, donne quelques grammes d’huile. Cette huile ne se combine pas à l’ammoniaque et son odeur est différente de celle du radis noir. Les auteurs pensent que la distillation a détruit l’essence de radis noir.
- L’EXPOSITION DU TRAVAIL
- AU PALAIS DE L’INDUSTRIE
- Depuis le mois de juillet 1895,1a troisième exposition du travail est installée au Palais de l’Industrie. Ces expositions périodiques, qui avaient déjà eu lieu en 1885 et en 1891 sous la direction de M. Léon Ducret, ont surtout pour but de mettre sous les yeux des visiteurs une série de produits, de modèles et de machines diverses, afin de leur montrer exactement les diverses phases de la fabrication, et de leur faire apprécier divers objets qui passeraient inaperçus dans des magasins ordinaires.
- La grande nef du Palais de l’Industrie, qui va
- 1 Archives de physique, t. CXCYI1I, p. 156, d’après Bulletin de la Société chimique, mai 1895.
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- LA NATURE.
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- Fig. 1. — Yue d’ensemble du groupe générateur électrique à l’Exposition du travail au Palais de l’Industrie.
- bientôt disparaître pour l’Exposition de 1900, est remplie par des produits de tous genres : bijouterie, horlogerie, meubles, objets d’art, articles divers, tapisseries,etc., etc. Nous ne nous arrêterons pas sur ces divers objets, et nous décrirons seulement quelques installations qui nous ont paru offrir un réel intérêt.
- L’Exposition renferme cette année une distribution d’énergie électrique pour force motrice qui se trouve répartie entre divers exposants, et dont l’installation a été faite parles soins de M.l). Augé, ingénieur-électricien. La vapeur est fournie par une chaudière Niclausse, pouvant donner 1800 kilogrammes de vapeur par heure à la pression de 15 kilogrammes par centimètre carré. Sans insister beaucoup sur la description de ces générateurs qui sont très utilisés aujourd’hui dans l’industrie, nous dirons qu’ils constituent des chaudières multi-
- tubulaires avec réserve de vapeur présentant une grande sécurité, occupant un volume réduit et donnant surtout une excellente utilisation du combustible en fournissant une vapeur très sèche sans entraînement d’eau. L’alimentation est assurée par une pompe à vapeur Snow placée sur le côté.
- La figure 1 donne une vue d’ensemble du groupe générateur électrique. A gauche se trouve la chaudière, à droite le moteur et la dynamo, et au centre le régulateur au toma tique. Le moteur est une machine à vapeur Westinghouse compound, d’une puissance de 100 chevaux, à la vitesse angulaire de 500 tours par minute. Elle entraîne directement, à l’aide d’un joint Raffard, une dynamo à courants continus Thury de la compagnie de l’Industrie électrique, à 6 pôles, d’une puissance de 70 kilowatts à 110 volts. Le régulateur automatique est actionné par un moteur électrique
- Fig. 2. — Détails de la commande électrique d’un lave-assiettes.
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- Fig. 3. — Monte-charges actionné par un moteur électrique à l’aide d’une transmission intermédiaire.
- de 125 watts branché sur la distribution et que l’on aperçoit à la partie supérieure de la console placée au milieu de la figure 1. Si la différence de potentiel vient à varier, la manette du rhéostat d’excitation se met en marche automatiquement, jusqu’à ce que la valeur normale du voltage soit de nouveau rétablie.
- La distribution d’énergie électrique alimente environ 200 lampes à incandescence de 16 bougies installées dans le panorama de la verrerie, et une série de moteurs électriques placés chez divers exposants et utilisés pour différents usages que nous allons examiner. Nous trouvons d’abord un lave-assiettes commandé par un moteur électrique Thury de 0,596 kilowatt. Ce moteur, tournant à 2500 tours par minute, met en marche (figure 2) une transmis-
- Fig. 4. — Machines à fabriquer les chaussures actionnées par un moteur électrique.
- sion intermédiaire qui, à l’aide d’une courroie, actionne un arbre muni d’un pas de vis. Une série de brosses sont fixées sur les contours de ce pas et c’est
- entre les diverses brosses que se déplace l’assiette guidée dans les rainures d’une vis que l’on aperçoit à la partie supérieure. La figure 5 nous montre les détails intérieurs de l’appareil; en A est la vis qui guide, en B se trouvent les brosses. L’assiette, placée d’abord à droite, est frottée successivement par toutes les brosses, puis vient en C, et tombe en D dans l’eau pour s’appuyer en E d’où elle est retirée. Cette machine, construite par M. Decoudun, peut laver et rincer environ 2000 assiettes par heure.
- La maison À. Heutte a installé un monte-charges avec moteur électrique que représente notre figure5.
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- Un moteur électrique de 1,05 kilowatt à 1650 tours par minute met en mouvement, au moyen d’une transmission intermédiaire, une vis tangente qui engrène avec le tambour d’un treuil sur lequel passe une chaîne maintenant la cabine qui est équilibrée sur le côté par un contrepoids.
- M. Brulin, fabricant de chaussures, fait travailler plusieurs ouvriers qui utilisent des machines con-truites par M. Pinède. Un moteur de 1,650 kilowatt met en marche une transmission qui fournit le mouvement à diverses machines; la figure 4 nous montre une partie de cette transmission avec 2 machines actionnées.
- Nous trouvons ensuite un moteur électrique de 0,805 kilowatt pour la commande de machines-outils à l’exposition de M. Guitel, un moteur de 0,596 kilowatt pour machines-outils chez M. Vachette, un moteur de 0,596 kilowatt également chez M. Tiersot pour actionner un tour à bois.
- Nous arrivons maintenant au panorama de la verrerie. MM. Léon üucret et Augé ont reconstitué entièrement une verrerie. On trouve à l’entrée le sable, le carbonate de soude et les divers produits utilisés dans la fabrication; nous passons ensuite dans la salle des fours et du soufflage. Le mélange est retiré du four à l’aide de longues cannes creuses, et soufflé. Le maître verrier reçoit les verres, les ajuste, les passe au réchauffage, et ensuite à une machine qui les coupe à une hauteur déterminée. Toutes ces scènes sont reproduites avec beaucoup d’exactitude à l’aide de personnages en cire de grandeur ordinaire ; les posi tions sont toutes naturelles et les lampes à incandescence habilement disséminées dans des sacs en papier rouge pour figurer des masses de verre fondu achèvent de donner à cet ensemble une couleur locale des plus vraies. A lasoriie, nous voyons un moteur électrique de 5,5 kilowatts, à 1500 tours par minute, commandant une machine à couper et à polir le verre. Nous trouvons aussi un autre panorama représentant une carrière de pierres à Lérou-ville, dans la Meuse. Et comme le dit le guide qui vous accompagne dans cette visite, l’Exposition du travail a montré en 1885 une mine, en 1891 le travail du fer, et en 1895 le travail du verre et de la pierre.
- Nous aurions aussi à citer plusieurs maisons de construction électrique figurant à l’Exposition. La maison Daniel Sack, Hubert et Cie, a exposé des ventilateurs électriques, des tuyaux pour canalisations électriques intérieures, une machine à coudre actionnée par un moteur électrique et un soleil à plusieurs allumages de lampes à incandescence. La Compagnie des compteurs nous montre des modèles de compteurs électriques Thomson et Frager, et des modèles de compteurs à eau. Enfin plusieurs grandes maisons d’appareillage ont installé des lustres, des flambeaux et des appliques électriques du meilleur goût et d’une grande perfection de détails.
- Nous avons également vu diverses machines à couder, à cintrer, à refouler et à amorcer, construites par M. J. Despeux, un ventilateur fonctionnant par
- l’aspiration d’un courant d’eau s’écoulant dans un tuyau voisin, un moteur à air chaud, etc.
- Dans le fond de l’exposition nous avons trouvé une installation fort intéressante de blanchisserie mécanique. Un moteur à gaz Charon de 2 chevaux actionne une transmission qui fait fonctionner une machine à laver le linge. Cette machine consiste en un tambour en bois tournant autour de son axe. Le linge est placé dans le tambour avec de l’eau chaude, et ce tambour étant entraîné, le linge vient se frotter lui-même en roulant et se nettoyer. L’expérience est faite sous les yeux du visiteur. A côté de la machine à laver se trouve une essoreuse entraînée aussi par la transmission mécanique.
- En résumé l’Exposition du travail de 1895 nous offre, comme toujours, une série de produits de toute nature et de toute espèce ; mais elle nous montre également un intéressant exemple de distribution électrique de force motrice et diverses installations mécaniques qui méritent de fixer l’attention.
- J. Laffargüe.
- LA SOIE INDIGÈNE EN AFRIQUE
- Les personnes qui suivent avec attention les publications allemandes relatives à l’Afrique ne peuvent manquer de remarquer les discussions que soulève chez nos voisins d’outre-Rhin la mise en exploitation de leurs colonies. Dans des articles, des brochures et des livres innombrables, les Allemands étudient toujours avec intérêt et parfois avec passion les questions de géographie économique relatives aux régions du Continent africain où ils ont planté leur drapeau. Tous ces travaux aboutiront-ils à un résultat matériel? La fortune de la métropole en sera-t-elle accrue? Les indigènes en éprouveront-ils plus de bien-être? C’est ce que nous saurons dans l’avenir. Mais de toute manière nous bénéficierons de cette agitation intellectuelle, sous forme d’un accroissement de nos connaissances scientiliques.
- Parmi les questions qui défrayent le plus souvent ces débats, il faut placer en première ligne celle des produits d’exportation que les colonies sont capables de fournir. C’est ainsi qu’il y a quelques mois, le gouverneur de la colonie de l’Afrique orientale émit cet avis que les conditions physiques de cetie partie du continent se prêtaient merveilleusement à l’élevage du ver à soie. Il donna donc l’ordre aux chefs de postes de développer les plantations de mûrier, qu’on voyait seulement isolés ou par petits groupes autour des demeures des chefs arabes. Il invita aussi le consul d’Allemagne à Bombay à lui envoyer beaucoup d’œufs et deux magnaniers expérimentés.
- La Deutsche Kolonialzeitung se montra peu favorable à cet essai. Elle fit observer qu’une population experte et laborieuse manquait sur la côte orientale d’Afrique, et que d’ailleurs le climat serait peut-être funeste à l’insecte qui produit la meilleure soie, le Rombijx mon.
- Nous aurions certainement laissé avec indifférence les adversaires s’accorder entre eux ou se gourmer, si cette polémique n’avait pas donné au voyageur Paul Standinger l’occasion d’écrire une lettre curieuse sur la question1. Cet explorateur a, comme on le sait, fait partie, en 1885, de la célèbre mission au Soudan central qne les géographes
- 1 Seidenkulture in Afrika. Deutsche Kolonialzeitung, ' 1895, n» 5.
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- désignent sous le nom à'Expédition allemande du Niger et de la Benoué. Staudinger a cté pendant plusieurs mois l’iiôte du sultan de Sokoto et a vécu, par conséquent, au milieu des populations haoussas.
- Or, dans la lettre à laquelle nous faisons allusion, Staudinger rapporte que ces populations font usage de soie, et de soie recueillie dans leur pays. Ces Haoussas ont atteint un degré de civilisation déjà élevé. Ils sont relativement affinés. Ils excellent particulièrement dans l’industrie textile. Avec le coton filé par les femmes, les tisserands fabriquent des pièces d’étoffes longues et très étroites, d’une solidité et d’une finesse remarquables. Ces lais sont réunis les uns aux autres, puis le tailleur y découpe pantalons, chemises, etc.... Mais pour rehausser l’éclat de ces vêtements, on les brode d’ornements de soie. Parfois cette soie est colorée et alors généralement d’importation étrangère; plus fréquemment elle est blanche et alors d’origine indigène. Les fils de soie, plus résistants que ceux de coton, servent aussi à la couture.
- Ainsi habillés de leurs vêtements indigènes, les Haoussas ont une allure gracieuse, et bien plus élégante que les nègres de • la côte, qui se déguisent avec la défroque de nos fripiers et ressemblent à des clowns ou à des singes de tréteau. Pour donner le moyen d’examiner en Europe1 cette soie à loisir, Staudinger en avait acquis une certaine quantité. Malheureusement il la perdit pendant le voyage de retour. Les faits rapportés par Staudinger sont curieux, mais peut-être ont-ils plus qu’un intérêt de curiosité.
- Si jamais l’esprit d’initiative privée dont étaient doués nos ancêtres se réveillait et donnait naissance au Soudan et au Congo à des entreprises industrielles, il ne serait pas inutile de savoir qu’on produit delà soie dans les pays haoussas. Des insectes d’origine africaine se développeraient certainement avec plus de succès dans nos colonies, que des insectes apportés de France. Nous tenions donc à tirer ces faits de l’obscurité d’une revue allemande, à les mettre en lumière, et à nous associer ainsi pour notre humble part à l’œuvre que M. Milne-Edwards proposait aux savants, quand, le 30 juin dernier, ioaugurant au Muséum une série de conférences relatives à Madagascar, il disait en termes aussi simples qu’éloquents : « L’étude de l’histoire naturelle d’une contrée doit toujours précéder sa colonisation et sa mise en exploitation ».
- Henri Dehérain.
- CHÂSSE D’UN ÉMOUCHET
- PAR DES ÉTOURNEAUX1
- Le 25 septembre 1895, à 5 heures du soir, sur le plateau qui domine Ecuelle (Seine-et-Marne), je fus frappé de la giration d’un vol de cinquante étourneaux environ. Ils décrivaient des zigzags rapides au lieu de courbes. Je remarquai alors qu’ils harcelaient un émouchet adulte qui, malgré ses grandes ailes foliiformes, n’arrivait pas à se dégager et à gagner de vitesse ses persécuteurs. Il était toujours coiffé par leur troupe. Après bien des crochets il semblait près d’être mis à mal ; en effet, le groupe baissait très sensiblement vers la terre; mais, une fois qu’il ne se détacha plus sur le ciel et se .confondit avec un rideau de sapins, je ne pus discerner le dénouement. Si je n’avais été en voiture avec cinq autres personnes qui ont vu la poursuite, j’aurais couru sur le lieu du drame. Je ne puis même dire si c’est à coups de bec ou seulement à coups d’aile et par bousculade que les étourneaux cherchaient à jeter leur ennemi vers la terre.
- 1 D’après une Note envoyée^ par M. Lohligeae.
- L’UTILISÂTION DES CHUTES DU NIAGARA
- HISTORIQUE. --- DISPOSITIONS GÉNÉRALES
- L’installation grandiose dont on parle dans le monde entier depuis plusieurs années, pour l’utilisation d’une partie de la puissance mécanique des chutes du Niagara, est aujourd’hui un fait accompli. Depuis deux mois, deux turbines de 5000 chevaux chacune mettent en mouvement deux dynamos à courants alternatifs diphasés de même puissance qui distribuent la force motrice autour du poiver-hàuse de la Compagnie. Une troisième dynamo est en installation, et d’autres s’installeront, au fur et à mesure des besoins, jusqu’à concurrence de la puissance de 50000 chevaux pour laquelle l’usine actuelle est, prévue1.
- Il nous a paru intéressant de décrire avec quelques détails cette œuvre hardie qui met à profit les ressources les plus modernes et les plus perfectionnées de l’art de l’ingénieur, les turbines et les dynamos * les plus puissantes construites jusqu’à ce jour, et va créer une immense cité industrielle sans rien détruire du pittoresque et de la beauté des célèbres chutes,, asservies et domptées par la science dans un but utile à l’humanité, sans aucune profanation de la Nature.
- Historique. — C’est par l’établissement d’une scierie rudimentaire, en 1725, que l’utilisation industrielle du Niagara reçut sa première application. De nombreuses tentatives infructueuses furent faites,( au commencement du siècle, pour développer l’application de cette force motrice si régulière et si constante, mais elles furent enrayées pendant quelque temps par les progrès de la machine à vapeur et le bas prix du charbon, lorsqu’en 1842, un des principaux propriétaires de Niagara, Augustin Porter, associé à un ingénieur civil, Peter Emslie, publia le plan d’un canal destiné à desservir des usines et à leur apporter la force motrice hydraulique. Après bien des hésitations, et de nombreuses modifications, le successeur de Porter, Horace Day, achevait en 1861 la construction d’un canal de 11 mètres de largeur, 2m,40 de profondeur et de 1400 mètres de longueur qui amène l’eau dans un grand bassin à 65 mètres au-dessus du niveau des eaux de la rivière. Sur les bords de ce petit lac ont été construites plusieurs usines actionnées par des turbines dont les eaux puisées dans le bassin se déversent dans la rivière à des hauteurs différentes par des petits tunnels de décharge, Dès 1885, on utilisait ainsi une puissance de près de 10000 chevaux représentant tout ce que pouvait alimenter le canal de 1861. La figure 1 montre l’aspect de la rive américaine du Niagara dans la région alimentée par ce canal. Cette région est connue sous le nom de Old milling district.
- 1 Les projets complets comprennent une seconde usine de 50 000 chevaux sur la rive américaine et deux usines de 125000 chevaux sur la rive canadienne, soit un.total de 350000 chevaux. Nous n’en parlons que pour mémoire, nous réservant d’y revenir lorsque, ces projets auront pris forme.
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- Les choses en étaient là lorsque, en 1885, un ingénieur attaché depuis plus d« quarante ans au canal de l’Erié, Thomas Evershed, pénétré des beautés naturelles et uniques au monde des chutes du Nia-
- gara, soucieux d’en conserver la magnificence et de les arracher au vandalisme industriel et à une profanation utilitaire, imagina un plan grandiose consistant à prendre l’eau à près de deux kilomètres au-
- Fig. 1. — L’utilisation du Niagara depuis 1885. Décharge des eaux ayant actionné les turbines desservies par le premier canal d’Horace Day sur la rive américaine.
- dessus des chutes, en dehors de leur vue, et de les déverser, après utilisation mécanique, dans le bas de la rivière, presque insensiblement, en détournant à peine quatre pour cent de leur débit, et en abaissant la crête de la chute de moins de cinq centimètres.
- Ce, projet valut à Thomas Evershed, associé avec le capitaine charles B. Gas-kill, le plus ancien usinier établi sur le canal de 1861, et sept autres habitants de Niagara, un privilège accordé par la législature de l’État de New-York le 31 mars 1886. Il fallut trois ans pour convaincre les capitalistes que l’entreprise était commerciale et que le lieu était bien choisi. En 1889, se fondait la Cataract Construction Company pour réaliser, en les modifiant et les complétant, les projets de M. Evershed.
- Dispositions générales. — Dans son ensemble, le projet définitivement adopté et réalisé aujourd’hui en grande partie consiste en un canal d’amenée de 75 mètres de largeur à son origine, de 3ra,60 de profondeur moyenne et de 500 mètres de longueur, placé à 2 kilomètres environ en amont des chutes. Ce canal est calculé pour alimenter simultanément dix turbines à axe vertical d’une puissance de 5000 chevaux chacune, soit ensemble 50 000 chevaux. Ces turbines, placées au fond d’un puits de 45 mètres de profondeur, reçoivent l’eau du canal par de gros tubes en tôle de même longueur. La puissance produite par ces turbines est ramenée au niveau du sol de l’usine (poiver-house) par des arbres tubulaires de 40 mètres de longueur au bout desquels sont
- NEW - Y OR K
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- Fig. 2. — Plan d’ensemble des installations de la Cataract Construction C“ et du canal hydraulique de YOld milling district.
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- montes des alternateurs à courants diphasés tournant à 250 tours par minute. Après avoir agi sur les turbines, l’eau retourne à la rivière par un tunnel de
- 2100 mètres de longueur qui débouche au pied même du fameux pont suspendu reliant la rive américaine à la rive canadienne, et sur lequel les
- Fig. 3. — Vue à vol d’oiseau des Chutes du Niagara, de l’usine de 30000 chevaux, du puits, des arbres, des turbines et du tunnel d’évacuation des eaux débouchant au pied du pont suspendu.
- touristes jouissent du plus merveilleux et du plus La figure 2 est un plan d’ensemble de ces disposi-grandiose spectacle qui se puisse jamais imaginer. tions générales. La figure 3 est une coupe montrant
- Fig. 4. — Vue d’ensemble du canal de prise d’eau, de l’usine hydraulique (à gauche), du bâtiment des transformateurs (à droite), et du pont supportant les conducteurs électriques reliant les dynamos aux transformateurs.
- le canal d’amenée, le puits des turbines et le tunnel d’évacuation des eaux dans le Niagara. La figure 4 représente, d’après une photographie, les constructions achevées de l’usine hydraulique et électrique, du bâtiment des transformateurs et du pont sur
- lequel passent les conducteurs reliant les dynamos aux transformateurs.
- Les travaux, commencés en mars 1890 par la construction du tunnel, sont aujourd’hui terminés en ce qui concerne la construction proprement dite. Trois
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- turbines et deux dynamos sont déjà installées. La I première dynamo a tourné pour la première fois à Niagara le 1er juillet 1895, et depuis le 26 août la Compagnie distribue régulièrement l’énergie électrique à son premier abonné établi à quelque distance de l’usine, la Pittsburg Réduction Company, le seul dont l’installation soit achevée, et qui sera bientôt suivi par la Carborundum Company, dont les constructions s’achèvent.
- — A suivre. — E. HOSPITALIER.
- LE PAVAGE EN BOIS DUR
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- Dans les Annales de l’Association des ingénieurs civils de Londres, M. \V. A. Smith signale les avantages des bois durs d’Australie sur les bois relativement tendres que l’on emploie en Europe pour le pavage des rues. Au point de vue de la production, les côtes de la Nouvelle-Galles du Sud offrent à elles seules des ressources inépuisables en bois de, toute nature, convenant à tous les usages de la construction; les forêts sont, du reste, exploitées d’une façon absolument rationnelle, grâce à l’existence d’une Commission des forêts, qui a été fondée et est dirigée par un corps d’ingénieurs et d’hommes compétents.
- L’emploi des bois durs, qui se fait déjà couramment en Australie, permet d’éviter les inconvénients que présentaient, au début de leur application, les pavages en bois : importance des joints, difficulté d’entretien, odeurs désagréables quand le bois est mouillé, etc. On a ainsi construit des chausées en palier ou en pente de 1 sur 20, avec des pavés de bois dur à joints fermés de 5 centimètres qui ont supporté, pendant vingt ans, des charges courantes de 1300 tonnes par mètre de largeur, sans nécessiter de réparations.
- A Sidney, les rues pavées en bois présentent un développement de 20 kilomètres environ, et récemment on a appliqué le système à deux nouveaux passages : la Martin Place et la Queen Street.
- A Martin Place, la commission des routes a décidé d’adopter le système à joints fermés ; la chaussée est sensiblement en palier; elle a une largeur totale de 30 mètres, comprenant deux trottoirs de 5m,30 chacun et une voie carrossable de 19 mètres. Elle est construite en remblai et elle est portée du côté nord par un mur de soutènement en briques de 20 mètres de hauteur environ. L’espace entre ce mur et le front de la chaussée sera divisé en deux parties par un second mur parallèle au premier, et à une distance de lm,25 environ de celui-ci. L’intervalle compris entre ces deux murs servira à la pose des câbles électriques, des conduites d’eau et de gaz, etc..., tandis que l’espace restant sera disposé de façon à donner l’accès et l’éclairage à la partie inférieure des bâtiments qui seront élevés ultérieurement.
- Le pavage repose sur un lit de fondation comme suit :
- Une couche de 23 centimètres d’un béton formé de cinq parties de pouzzolane, en fragments de 5 centimètres de côté, de deux parties de sable fin lavé et d’une partie de ciment. Ce fond est recouvert d’une couche.de lc“,5 composée d’un mélange de trois parties de sable et d’une partie de ciment; la surface supérieure forme une convexité de 7cm,5.
- Sur le lit ainsi préparé, on pose les pavés; ceux-ci ont été au préalable trempés, à deux reprises, dans le goudron bouillant, puis égouttés et séchés pendant deux
- jours. Les bois employés sont VEucalyptus microcorfis, V Eucalyptus résiné fera. Après la pose, la surface de la chaussée fut goudronnée et sablée; puis, avant de la livrer à la circulation, on la couvrit d’une couche mince de gravier concassé, afin de prévenir la chute des chevaux. Les bordures sont formées de blocs de trachyte de 30 sur 40 centimètres ; entre les bordures on a ménagé des joints que l’on a remplis de mastic.
- La Queen street traverse des terrains compris dans le Tramway extension Act de 1880. La construction nécessita l’enlèvement de décombres et de terres et l'expropriation de plusieurs constructions. Parmi ces dernières se trouvait l’Hôtel Oriental.
- La rue présente une pente de 1 sur 22 et de 1 sur 25: elle a une largeur de 30 mètres environ, comprenant une chaussée de 50 mètres. Le mode de construction est analogue à celui appliqué à la Martin place. Les essences employées furent celles citées plus haut, le Syncarpia laurifolia et Y Eucalyptus pilularis.
- A la rencontre des rues adjacentes, on dut enlever une partie du pavage de celles-ci, afin d’obtenir des raccords convenables des pavages ; en effectuant ces travaux on observa, sur les pavés enlevés, que les joints de ciment avait exercé une influence nuisible sur les bois, tandis que l’asphalte avait eu plutôt une action conservatrice. Deux cas particuliers méritent surtout d’être signalés :
- a. A l’une des extrémités de Queen street on dut enlever un pavage qui existait depuis six ans; les joints étaient en ciment et leur ouverture était maintenue au moyen d’une agrafe en fer s’engageant dans les pavés à une profondeur de 1 centimètre environ. On constata que partout où le bois avait été en contact avec le ciment, il était atteint de pourriture sèche; on avait, du reste, employé diverses essences, mais toutes étaient plus ou moins attaquées. Plus tard on fit des observations sur d’autres pavés qui avaient des joints analogues, et toujours les mêmes constatations furent faites.
- M. Roberts, qui se livra à un examen microscopique de ces bois, n’y découvrit aucune trace de végétation cryptogamique ; on est donc autorisé à croire que la pourriture observée est le résultat d’une action chimique ; peut-être d’une combinaison de l’oxygène du ciment avec le carbonate du bois, donnant lieu ainsi à une production d’acide carbonique.
- b. A l’autre extrémité de Queen street, on enleva les pavés posés depuis huit ans. Les joints avaient été remplis au moyen d’un mélange de goudron, de poix et de poussière de lave, et le bois se présenta dans un état parfait de conservation, malgré un trafic quotidien d’environ 25 000 tonnes pendant huit ans. L’usure était si peu sensible que les anciens pavés purent être employés concurremment avec des pavés nouveaux, sans que l’on éprouvât la moindre difficulté à faire les raccords; la plus grande usure observée, après les huit ans, était de 1 mm,5 environ.
- En estimant à sept ans la durée moyenne des pavés employés dans la plupart des rues de Londres (après ce temps, il faut procéder, en général, à un renouvellement total du pavage), en estimant à 8,r,20 les frais de pose par mètre carré (abstraction faite du lit de pose), à 60 francs les frais d’entretien par année et par mètre carré, on trouve que le prix d’une rue pavée en bois et calculée pour supporter un trafic quotidien de 1300 tonnes par mètre de largeur, serait, après une période de vingt et un ans, de 26,r,50 environ par mètre carré.
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- A Sidney, les prix d'une telle rue (toujours en ne tenant pas compte du lit de fondation), pour une période égale et grâce à l’emploi des bois durs, seraient de 14,r,50 par mètre carré dans le cas de joints fermés ordinaires et de 16 francs par mètre carré dans le cas des joints en asphalte.
- L’emploi des bois durs pour le pavage des rues à grand trafic est donc à recommander à tous les points de vue; les pavages en bois durs d’Australie ont une durée de vingt et un ans; or, pendant ce laps de temps, un pavage en bois tendre doit être renouvelé au moins trois fois, sans compter que, pendant les dix-huit mois qui précèdent chaque renouvellement, la surface de roule-mant est déjà complètement détruite, et la circulation se fait dans des conditions très pénibles. Les pavages en bois durs ne présentent jamais ces inconvénients, à condition, bien entendu, que la fondation soit bien établie, car l’usure de ces bois est insensible et se fait, du reste, d’une façon parfaitement régulière. À Sidney, par exemple, on trouve des pavés qui ont été posés pendant treize ans dans les rues les plus parcourues et qui se trouvent dans un état de parfaite conservation ; l’usure, après ce temps, est de 15 millimètres à peu près, et tout permet de supposer que ces pavés feraient encore parfaitement un service de dix ans. Malheureusement les pavages établis avant 1883 offrent une fondation insuffisante, et ainsi la surface de roulement se perd et présente des inégalités. A part cela, la conservation des pavés mêmes est parfaite, et l’expérience prouve qu’un pavage en bois dur a une durée de plus de trente ans, si la fondation est bien établie.
- Ajoutons que ce pavage commence à se répandre à Londres et que de sérieux essais en vont être entrepris à Paris b
- UNE CHAUDIÈRE TUBULAIRE A POMPËI
- Les chaudières tubulaires sont considérées comme une invention toute moderne, soit qu’il s’agisse d’appareils où la flamme circule dans des tubes au sein du liquide, soit, au contraire, de dispositifs où le liquide est amené dans le foyer au moyen de tubes que les flammes peuvent lécher de toutes parts.
- Et cependant, si nous en croyons un correspondant de notre excellent confrère Engineering, M. Frederick J. Smith, qui lui écrit de Naples, a découvert dans cette ville et dans le musée spécial qui contient toutes les trouvailles faites à Pompéi, un ancêtre romain de la chaudière tubulaire; bien entendu, comme on le voit tout de suite en jetant un coup d’œil sur le croquis qui accompagne ces lignes, il ne s’agit pas d’une chaudière au sens exact du mot, mais d’une bouilloire, sinon d’un bouilleur où est appliqué le principe des tubes à eau et de la circulation intérieure de la flamme.
- Le vase en question a bien la forme caractéristique des vases romains et il est monté des trois pieds classiques ; mais il faut regarder de bien près, par en dessous et intérieurement, pour se rendre compte des particularités qu’il présente. Intérieurement, en effet, il contient une véritable boîte à feu verticale qui est indiquée par une double ligne pointillée sur notre dessin ; par suite, en B B, montent les flammes et la chaleur, tandis qu’en CG est contenue l’eau à chauffer. Cette boîte à feu, qui a environ 0m,115 de diamètre interne, se recourbe dans sa partie supérieure et vient se terminer en B' dans le flanc
- 1 D’après l’Ingénieur civil.
- même du vase, une plaque circulaire qui est sans doute mobile permettant de la nettoyer du haut en bas; cette plaque a O"1,085 de diamètre.
- Mais l’entrée même de la boîte à feu est traversée par cinq barreaux circulaires qui semblent au premier abord avoir simplement pour but de consolider l’appareil : pas du tout. Ces barreaux T, T', etc., sont bel et bien des tubes en communication avec l’intérieur de la bouilloire; ils donnaient par conséquent passage à l’eau qui venait s’y chauffer au contact direct du feu, le liquide chaud faisant place à du liquide froid par un courant continu. On n’a pu mesurer qu’approximative-ment le diamètre intérieur de ces tubes et on l’estime à 19 millimètres.
- Les soudures des tubes de ce vase sont remarquablement faites et conservées, et toute la construction de la bouilloire témoigne de cette habileté manuelle qu’on reconnaît dans tous les instruments trouvés à Pompéi. Ajoutons que le vase, haut de O”,451 entre l’ouverture et le fond, et large de 0m,304, est muni d’un couvercle fermant hermétiquement.
- On conviendra qu’il est étrange de rencontrer ce mode perfectionné de chauffage près de 2000 ans avant notre époque. Encore aujourd’hui on pourrait presque, sans avoir à le modifier, copier ce type d’instrument de ménage pour ainsi dire : il serait parfaitement pratique et des plus utiles.
- Il nous a paru curieux de faire connaître cette découverte, qui sera certainement enregistrée par les mécaniciens et les archéologues. Nous connaissions la chaudière de Watt, celle deNewcomen, les chaudières à bouilleurs, les chaudières tubulaires et les chaudières de notre époque, mais nous n’avions aucune idée du projet imaginé par un ingénieur romain. B. B.
- RÉCHAUFFAGE ÉLECTRIQUE
- DES MÉTAUX EX FUSIOX
- On sait que les métaux en fusion, tirés du four dans de grandes cuillers nommées poches, se refroidissent souvent avant d’avoir pu être versés dans les moules. Il en résulte pour les fondeurs une perte de temps et d’argent importante. En vue de remédier à cet inconvénient, les ingénieurs de la Carnegie Steel Company, à Ilomestead (États-Unis), ont imaginé tout récemment de lancer un courant électrique dans les poches afin que la chaleur engendrée par ce courant maintienne le métal en fusion. Les résultats obtenus ont dépassé l’attente et offrent un très grand intérêt qui mérite d’être signalé. Dès que le circuit a été fermé, la masse d’acier est entrée en ébullition ; sa température était telle que son éclat était insoutenable. Les ouvriers qui avaient négligé de se protéger la vue par des verres sombres ont souffert pendant plusieurs jours de graves ophtalmies ; d’autres ont reçu de légères brûlures. En réglant convenablement l’intensité du courant, on peut espérer une solution satisfaisante du problème, ce qui permettrait de réaliser dans les fonderies
- de notables économies. G. P.
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- ----L .of'Sojt-i
- Une chaudière tubulaire en forme de vase trouvée à Pompéi.
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- LA NATURE.
- LE SURPEUPLEMENT ET L’HYGIÈNE
- DANS LES GRANDES VILLES
- Les principes de l’hvgiène publique ont été bien longtemps méconnus dans nos cités modernes ; mais aujourd’hui ils commencent à s’imposer et c’est ainsi que l'on trace à travers nos grandes villes de larges voies qui apportent lumière et soleil. Cependant il y a encore beaucoup à faire : par suite d’une centralisation excessive et d’un manque de moyens de transport rapide, chacun cherche à se loger le plus près possible du centre de la ville ; si bien que les habitants se pressent les uns contre les autres dans des logements trop étroits, les terrains et par suite les loyers étant d’un prix fort élevé dans cette partie des villes.
- Bien souvent aujourd’hui l’on revient sur le danger que fait courir cet encombrement; on comprend évidemment quel milieu favorable il constitue pour la propagation des maladies, de la terrible phtisie par exemple, dont la contagion frappe presque sûrement les gens qui vivent dans l’intimité constante d’un malade. En 1873, le Dr Lagneau pouvait mettre en évidence les mauvaises conditions biologiques ou se trouvait la population parisienne du fait même de cet encombrement : pour la France, sur 1000 conscrits, 122,6 sont exempts pour invalidité, tandis que dans le département de la Seine le chiffre correspondant est de 130,1 ; de même la mortalité est relativement considérable et la vie moyenne n’est à peu près que de 28 ans, alors quelle atteint 42 ans dans l’ensemble de la France. Tout dernièrement le même auteur étudiait ce sujet devant l’Académie des sciences, et il montrait que l’insuffisance du renouvellement de l’air amène un arrêt du développement de l’individu. Il indiquait l’influence nuisible à ce point de vue de l’agglomération des habitants dans les grandes villes, les maisons à étages superposés et à petites pièces favorisant la transmission de maladies multiples.
- Aux considérations hygiéniques on pourrait ajouter les considérations morales, la promiscuité des logements encombrés étant funeste à ce point de vue.
- Cet encombrement a été souvent décrit par des romanciers et des médecins; mais il n'avait pas encore été étudié, chiffres en mains, et soumis à la sévère enquête de la statistique. C’est ce que vient de faire avec son talent habituel l’éminent directeur de la statistique municipale de la ville de Paris, le Dr Jacques Bertillon. Il a entrepris un grand travail sur les logements de la ville de Paris, en en rapprochant les chiffres qu’il a pu se procurer pour quelques capitales européennes; il a voulu savoir combien de fois il arrive que des logements composés d’une seule pièce, par exemple, sont habités par une, deux, trois personnes ou même par un plus grand nombre de gens. Et il a pu résumer le résultat de ses recherches sous la forme du graphique assez bizarre au premier abord que donne l’une de nos figures.
- Prenons le premier de ces espèces de tuyaux d’orgues (fig. 1 ) : il représente par sa hauteur le nombre total des logements composés d’une pièce ou chambre. Ce nombre est de 315 286, comme l’indique le chiffre placé dans le haut. Mais il faut savoir aussi, et c’est le point important, comment se répartissent ces logements d’une chambre en ce qui concerne le nombre d’habitants qu’ils contiennent. La colonne est donc partagée en plusieurs segments proportionnels aux chiffres absolus : le segment barré longitudinalement d’un seul trait correspond aux logements habités par un seul individu; le segment barré deux fois signifie qu’il s’agit de logements ayant deux habitants (dans une chambre unique ici). Quant au troisième segment, il représente les logements peuplés de plus de deux personnes. Nous n’avons pas besoin d’expliquer le sens figuré des barres doubles, triples, quadruples, etc., dans les colonnes successives; c’est ainsi que dans la colonne des logements de quatre chambres (4e colonne du grand graphique de Paris), le segment supérieur représente ceux qui donnent asile à neuf habitants. *
- Nous n’avons évidemment pas besoin de donner d’indications détaillées sur les graphiques tout analogues dressés pour Berlin, Vienne, Saint-Pétersbourg et Moscou; dans ceux-ci,pour plus de simplification, quelques colonnes ne sont pas barrées verticalement
- PARIS 1891
- BERLIN 1885
- tCA.2Ch.3Ch. hCh.SO.etp/us
- ST PÊTERS30URG 1890
- tCh.2Ch. 3-5Ch. 6-10Ch
- Idiechsa </Ch SCh. 60,
- MOSCOU 1882
- 1CK2a.3Ch. h-Ch SCh 6 Ch
- Fig. 1. — Diagramme sur la statistique de l’habitation. Nombre de pièces dont se composent les logements. Nombre des habitants qui les occupent.
- VIENNE. 1891
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- LA NATURE.
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- des traits indiquant le nombre d’habitants, mais on n’a qu'à se rappeler que le segment inférieur est réservé à l’habitant unique.
- M. Bertillon a voulu tirer parti complètement de ces éléments, et il a cherché dans quelle proportion se trouvaient les logements surpeuplés. Il est évident <pie le mot surpeuplement est basé sur une appréciation un peu personnelle; mais il est évident aussi que notre collègue à la Société de statistique apprécie les choses d’une façon très modérée et très vraisemblable en estimant qu’un logement est surpeuplé, et par suite dans de mauvaises conditions hygiéniques, quand le nombre des habitants y dépasse le double du nombre de pièces1. Sur cette base plutôt optimiste, il y a environ 332 000 Parisiens qui souffrent d’encombrement, autrement dit 14 pour 100 du total de la population. Notons que ce n’est pas principalement dans les logements de deux pièces.
- On ne peut savoir ce qu’il en est dans nos grandes
- villes de province, pour lesquelles pareilles statistiques n’ont pas été faites, mais du moins on a la consolation de voir que Paris est encore mieux partagé que beaucoup de grandes villes étrangères. A Berlin, la population souffrant d’encombrement est de 28 pour 100, de 46 à Saint-Pétersbourg, de 31 à Moscou, de 28 à Vienne, et enfin on affirme qu’à Buda-Pesth 71 pour 100 de la population vivrait dans un fâcheux état de promiscuité. 11 faut songer que dans beaucoup de villes autrichiennes on trouve les « Schlafleute », qui louent un lit, ou une portion de lit dans une famille, qu’à Berlin la location des demi-chambres est fréquente, qu’à Buda-Pest l’on vit couramment dans les sous-sols, à raison de deux à trois personnes par lit et de deux lits par chambre.
- M. Bertillon a fait, sous une forme graphique parlante, pour la ville de Paris, une comparaison très instructive : dans une carte il indique par des
- Fig. 3.
- Fig. 2 et 5. — Fig. 2. — Paris 1891. Diagramme donnant la statistique des habitants mal logés. Les chiffres indiquent combien d’habitants sur 10000 sont logés trop étroitement, c’est-à-dire plus de 2 personnnes par pièce. — Fig. 3. — Paris 1886-90. Diagramme montrant combien par 1000 habitants il y a de décès en un an.
- teintes diverses la proportion par 10000 habitants des personnes logées trop étroitement, en état de surpeuplement; à côté de cette première carte l’on en fait voir une autre donnant par le même procédé la mortalité par 1000 habitants. Au premier coup d’œil on constate la concordance presque absolue des indications de ces deux graphiques, ce qui montre bien l’influence néfaste du surpeuplement sur la santé publique.
- Espérons, du moins, que la multiplication des moyens de transport permettra enfin d’éviter ces encombrements funestes.
- 11 est un pays sur lequel nous n’avons rien dit, qui est un pays neuf, où la place ne semble pas, au premier abord, devoir être ménagée, et qui cependant souffre du surpeuplement, du moins, disons-lc tout de suite, sur quelques points de son territoire : nous voulons parler des États-Unis et notamment de
- 1 D’aulant qu’on compte comme pièces les cuisines et cabinets noirs.
- New-York. Nous pourrions renvoyer à ce sujet à des études remarquables publiées récemment par M. Tri-coche.
- Il existe à New-York des tenement-houses ou logements ouvriers qui présentent les conditions hygiéniques les plus déplorables. On y trouve des taudis infects ne prenant jour que sur des cours de derrière pleines de détritus : dans un appartement de deux chambres, — si l’on peut appeler cela un appartement, car il est composé d’une sorte de couloir transformé en cuisine et d’une chambre à coucher étroite, — on trouve neuf occupants, mari, femme, grand’mère et six enfants. Dans un autre appartement, formé en réalité d’une chambre et de trois alcôves, il y a six adultes et cinq enfants. On pourrait citer des exemples encore plus caractéristiques ; on en rencontrerait encore dans le vieux Londres, en dépit des mesures salutaires prises depuis quelques années. Daniel Bellet.
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- L A N AT U H K.
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- ORAGE DU 1er JUILLET 1895
- M. le Ministre de la Guerre a reçu de la Direction d’artillerie de Besançon la Note suivante que M. Resal a présentée à l’Académie des sciences.
- « A l^O"1 de l’après-midi, on avait constaté, par un vent faible nord-est, et dans la direction sud-ouest, de faibles coups de tonnerre. Un orage s’avançait lentement vers le nord. A 2 heures, l’horizon se noircit et des éclairs verticaux se succèdent rapidement ; de 2 heures à 2h 20” on remarque, sur la colline des Tilleroyes, un grand nuage rouge-brun touchant la terre et surmonté, à une grande hauteur, par une bande inclinée vers l’ouest. Un instant après, le gros de l’orage, qui planait sur les monts Boucons, est refoulé vers Planoise et le Rosemont sans dépasser ces hauteurs. A 2h 20m, vent de tempête; la hauteur barométrique baisse brusquement de 7 à 8 millimètres; le ciel, qu’on aperçoit à travers une masse de poussière, est illuminé par des lueurs d’un jaune rougeâtre. Des marais de Saône, on observe qu’un nuage blanc plane sur la ville. D’énormes grêlons brisent les vitres et les tuiles; les chevaux sont affolés; pendant trois ou quatre minutes il se fait un grand vacarme; enfin quelques grosses gouttes de pluie tombent et la tourmente cesse. A 5h 40”, survient une pluie serrée, mélangée, par endroits, à une petite grêle. Le ciel reste très orageux, et l’on entend le tonnerre jusqu’à une heure très avancée de la nuit. En général, le poids des gréions a pour limites 40 et 50 grammes; on en a cependant signalé de 70, 80 et même 100 grammes. A part quelques-uns qui étaient cylindriques, les gréions étaient sphéroïdaux, mamelonnés ou à pointes coniques. La surface moyenne de quelques-uns d’entre eux était à peu près celle d’un haricot ; d’autres avaient la forme d’une fraise. Les gros gréions, chassés par le vent, animés d’une grande vitesse, rebondissaient sur le sol et roulaient parfois très loin. Les premiers qui sont tombés, dont quelques-uns avaient la forme d’une lame de glace, étaient les plus volumineux. Deux grêlons ont découpé en demi-cercle, en refoulant le métal à l’intérieur, un tuyau de descente en zinc. Une de ses parties, à moitié détachée, avait été perforée auparavant. Les gréions étaient poussés vers l’Arsenal par un vent ouest-nord-ouest et à la Butte (polygone) par un vent normal au précédent. »
- Là s’arrête la partie météorologique du Mémoire de la Direction de l’artillerie de Besançon. L’orthogonalité des directions du mouvement de l'air à l’arsenal et au polygone, lieux distants de 2 kilomètres au plus, semble indiquer que la concentration de l’orage est due à un tourbillon résultant de la rencontre de courants dans les deux branches de la vallée du Doubs qui viennent se raccorder à Chamars par une courbe de faible rayon. Ce fait n’a rien d’anormal; en effet, étant président de la Commission météorologique du Doubs (1860-1870), j’ai remarqué que l’un des principaux centres d’orage de la région était Chenecy-sur-la-Loue, à 10 kilomètres environ au sud de Besançon, où viennent aboutir trois vallées. La même chose a eu lieu au Fayet-Saint-Gervais (Haute-Savoie). Faute de résultats directs de l’expérience, il ne m’a pas été possible d’apprécier la vitesse des grêlons.
- CHRONIQUE
- Une capote de soldat pouvant servir de tente.
- — Le système curieux que nous signalons ici est à l’essai dans l’armée américaine. 11 a déjà été essayé avec succès
- dans l’armée autrichienne. Quand la nouvelle capote est entièrement déployée, elle donne une tente ayant la forme d’une pyramide à quatre faces. Quand elle est portée par l’homme, elle se replie de façon à constituer un paletot sac qui tombe au-dessus du genou. L’une des pointes forme alors un capuchon qui peut être utilisé contre le froid ou le grand vent. Cette combinaison a été imaginée pour servir en cas de marches forcées, service d’avant-postes, etc. La transformation de la capote en tente, dit la Revue du Cercle militaire, peut s’effectuer en quelques minutes, et la tente obtenue est assez vaste pour abriter un homme. L’étoffe est imperméable et légère et ce vêtement peut rendre de très grands services s’il donne à l’usage les résultats qu’on en promet. Nous attendons des documents plus circonstanciés avant de donner une opinion.
- La ressuscitation de vieux documents rendus invisibles par le temps. — Le temps, qui n’épargne rien, rend peu à peu illisibles de vieux documents souvent précieux. M. E. Burinsky indique, dans le Scien-lific American, sans donner malheureusement de grands détails, une méthode qui permettrait de rendre visibles les traits effacés par la vétusté. Voici le principe de cette méthode : on reproduit photographiquement, par clichés pelliculaires, un cerlain nombre de négatifs du document à ressusciter. Ces clichés sont superposés exactement les uns aux autres, probablement par un repérage mécanique que l’auteur se dispense d’indiquer. La superposition de ces photographies pelliculaires multiplie l’impression, proportionnellement au nombre de pellicules impressionnées, et le positif obtenu en utilisant ces négatifs superposés rend visibles certains traits et certains détails qui l’étaient peu. Il est probable que l’artifice ingénieux signalé par M. E. Burinsky réussirait aussi bien pour accentuer les détails de vues peu ou mal éclairées, et mettrait en valeur les parties mal venues par l’emploi d'une épreuve unique. Cela est à essayer par les nombreux amateurs photographes qui nous lisent. E. II.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 octobre 1895. — Présidence de M. Marey.
- La nature du graphite de la pegmatite. — Dans des expériences déjà décrites, M. Henri Moissan a obtenu le graphite par deux procédés différents : 1° en soumettant le carbone à la température du four électrique ; 2° en dissolvant le carbone dans un métal en fusion. Le gra-phite obtenu par la première méthode se distingue du second par cette particularité que, chauffé dans une capsule de platine, en présence de l’acide azotique, il ne foisonne pas. M. Moissan vient d’étudier le graphite retiré d’un échantillon de pegmatite, graphke qui présente un intérêt spécial en raison de l’époque de formation de la roche dont il est extrait. Cette roche appartient en effet au terrain primaire, c’est-à-dire à la plus ancienne couche de notre globe ; elle est donc contemporaine de la période correspondant au passage de l’état astral à l’état planétaire : 6 grammes de graphite de cette provenance, traités par M. Moissan, ont foisonné au point d’occuper, au bout de quelques heures, un volume bien plus considérable. L’auteur conclut que ce graphite préexistait dans la roche avant le quartz et le feldspath qui en forment la masse. Il a été englobé lors de la solidification et a été moulé par les cristaux sur lesquels il a laissé des stries et des impressions que l’on retrouve à la surface.
- La toxicité de l'acétylène. -— M. Gréhant s’est appliqué
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- LA NATURE.
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- à préciser le pouvoir toxique de l’acétylène. Il a essayé sur des animaux l’action d’une série de mélanges d’air et d’acétylène pur contenant de 20 à 70 pour 100 d’acétylène. Le premier de ces mélanges ne produit pas d’empoisonnement et le gaz peut être retrouvé dans le sang de l’animal; le mélange à,79 pour 100 amène la mort au bout de onze minutes. 11 résulte de ces expériences que l’acétylenc est beaucoup moins toxique que l’oxyde de carbone et le gaz d’éclairage. Ainsi s’explique comment l’acétylène liquide peut être manié sans inconvénient dans les laboratoires, malgré les vapeurs qu’il émet. M. Berthelot rappelle qu’il a entrepris, avec Claude Bernard, vers 1802, des recherches sur le même sujet, et qu’elles l’avaient conduit à des conclusions analogues. Si les expérimentateurs ont différé d’opinion sur l’action physiologique de l’acétylène, cela tient à ce que l’acétylène que l’on préparait autrefois renfermait des traces d’oxyde de carbone et d’acide cyanhydrique.
- La sérothérapie appliquée au cancer. — MM. Richet et Héricourt ont déjà signalé une heureuse application de la sérothérapie au traitement du cancer. Il semblait y avoir eu guérison dans l’un des cas, et, suivant l’opinion exprimée par les deux savants, la méthode paraissait tout au moins susceptible d’enrayer la marche de la maladie. MM. Richet et Héricourt font connaître aujourd’hui les résultats de cinquante tentatives nouvelles pratiquées dans différents services médicaux hospitaliers. Dans tous les cas, il y a eu amélioration, rétrogradation du processus de la maladie ët parfois guérison apparente. (Ils emploient cette expression) parce que, dans une maladie de ce genre, à évolution lente, le temps seul peut démontrer le caractère définitif des faits. En présence de ces données, ils estiment que le traitement du cancer par la sérothérapie doit être recommandé aux praticiens.
- L'observatoire du mont Mounier. — M. Perrotin annonce que le projet de construction d’un observatoire annexe de l’observatoire de Nice, sur le mont Mounier, vient d’étre réalisé grâce à la munificence de M. Bishoffs-heim. Cet observatoire, situé à une altitude de 2800 mètres environ, comporte une maison pour les observateurs, une coupole mobile de 8 mètres abritant un équatorial de 7 mètres de distance focale et 38 centimètres d’ouverture. En outre, des appareils météorologiques enregistreurs ont été installés. M. Perrotin a pu y observer cette année la planète Vénus, en août et septembre. Cette planète se trouvait alors au voisinage de sa conjonction inférieure ; elle se présentait sous la fohne d’un croissant réduit. Les observations des 21 août et 31 août, effectuées dans des conditions atmosphériques particulièrement favorables ont montré la partie éclairée sillonnée de lignes sombres aboutissant au terminateur et la découpant en une série de triangles. Aux deux dates, l’aspect était identique. M. Perrotin pense, comme M. Schiaparelli l’a déjà pressenti, que la durée de rotation de l’astre sur lui-même doit être très lente. Cette opinion est corroborée par cette circonstance qu’une tache brillante bien définie a persisté au même point de l’astre pendant toute la durée des observations. Dans le cas d’une rotation, il faudrait que cette tache fût située au pôle même, et alors l’axe de rotation serait perpendiculaire au plan de l’orbite. L’observatoire a été relié par un câble téléphonique au bureau le plus voisin, de telle sorte que les résultats des observations météorologiques pourront chaque jour être transmises au bureau central météorologique.
- Décès. — M. le Président annonce la mort de M. Her-
- mann Hellriegel, membre correspondant de l’Académie décédé à Bernburg (Anhalt).
- Varia. — M. Balland donne la composition chimique des différentes espèces de riz importées en France et compare leur valeur nutritive. Il montre qu’il y aurait avantage à donner la préférence au riz d’Indo-Chine. — M. le général de Tillo présente un atlas magnétique embrassant la surface entière du globe. — M. Martel a visité de nouveau cette année la grotte du gouffre de Padirac. Il a trouvé que le sol de cette grotte était situé à 100 mètres au-dessous de la surface terrestre et que la hauteur de la grotte était de 90 mètres. Il a étudié également le régime des eaux des deux lacs de cette caverne. — M. Leveau a calculé, par une méthode différente de celle qu’a suivie Leverrier, l’expression de l’inégalité à longue période de Mars. Il a obtenu le même résultat. Ce n’est donc pas dans cette inégalité qu’il faut rechercher la cause de l’imperfection de la théorie de Mars révélée parles observations. — M. Goret adresse une Note sur l’appareil hydraulique de son invention donnant la preuve expérimentale du mouvement de rotation de la Terre. — M. Lockyer dit que les étoiles les plus chaudes ne renferment que de l’hydrogène et de l’hélium. — M. Tisserand présente le tome XXI des annales de l’observatoire ; on y trouve divers Mémoires ainsi qu’un catalogue des manuscrits de la bibliothèque dressé par M. Bigourdan. Ch. de Villedeuil.
- IA TRACTION ÉLECTRIQUE
- Il n’est pas de question plus intéressante et plus importante à la fois que la traction électrique. Elle a été négligée jusqu’ici, il faut bien le dire, en Europe et en France en particulier. Paris ne possède encore que quelques lignes sur lesquelles roulent des véhicules à accumulateurs. D’autres lignes sont, il est vrai, en construction ou à l’étude pour fonctionner à l’aide de trolleys souterrains. Il est certain que l’on se préoccupe partout en ce moment des solutions avantageuses que peut procurer la traction électrique.
- L'Association amicale des ingênieurs-électriciens de Paris avait chargé une commission spéciale d’étudier les divers systèmes de traction électrique actuellement en usage. Cette commission, composée de MM. J. Laffargue, vice-président, rapporteur; F. Eschwège, A. Ilattu, A. Hirtz, J. Sarcia et A. Yernes, a déposé un rapport dont les conclusions ont été approuvées par l’Assemblée générale, et qui vient de paraître dans les Mémoires et comptes rendus des travaux de la Société.
- Dans le chapitre Ier, nous trouvons un exposé général des divers procédés de traction mécanique. Le rapport examine successivement les avantages et inconvénients ainsi que les prix d’établissement et de revient de la traction électrique. Cette dernière présente de grands avantages incontestables sur tous les autres modes de traction.
- Le chapitre II est consacré à une étude détaillée des divers systèmes de traction électrique. Un premier paragraphe se rapporte à la traction électrique sur terre et un deuxième à la traction électrique sur eau. Sur terre, les voitures électriques peuvent être automotrices ou alimentées par des sources d’énergie extérieures. Nous trouvons alors la description des divers essais de voitures à accumulateurs sur la ligne de la Madeleine à Levallois-Perret, en 1890; sur les lignes de la Madeleine à Saint-Denis, Opéra à Saint-Denis et Saint-Denis-Neuilly à Paris de 1892 à 1895; sur la ligne de Birmingham, en Angle-
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- LA NATURE.
- terre ; sur la ligne du Mont-Vernon à New-York, ainsi que sur les tramways récents de Hagen et de Vienne. Les dépenses d’installation pour les tramways électriques de Paris se sont élevées, tous frais compris, à 60 000 francs environ par voiture, et les dépenses d’exploitation à 0,r, 47 par kilomètre-voiture. Dans les essais de traction à New-York et à Vienne, les prix de revient ont été respectivement de 0fr,‘29 et O'1',21 par kilomètre-voiture. La traction par voitures automotrices a également été essayée dans les chemins de fer; la Compagnie du Nord a expérimenté en 1893 une locomotive avec accumulateurs. La locomotive Ileilmann est décrite dans ses lignes générales ; on cite les conclusions du rapport de M. Mazen, inspecteur de la traction de l’Ouest, au Congrès des chemins de fer à Londres au mois de juillet 1895. Ce rapport constate simplement que la fusée électrique s’est bien comportée sans aucune avarie sur un parcours total de 1900 kilomètres; et que la vitesse de 108 kilomètres par heure a été quelquefois atteinte dans les essais. La dernière partie de ce premier paragraphe rapporte les résultats obtenus jusqu’ici parles voitures électriques circulant sur routes.
- En ce qui concerne la traction par voitures alimentées à l’aide de sources d’énergie extérieures, le rapport décrit d’abord les principaux systèmes de traction par trolleys aériens, système Thomson-Houston, Westinghouse, la Compagnie de l’Industrie électrique, etc. En Europe, on compte une dépense de 12 000 francs par voiture en service pour l’établissement de l’usine.
- 30 000 francs par kilomètre pour la ligne aérienne avec poteaux en fer et feeders souterrains, et 4000 francs par voiture en service pour le matériel. En Amérique, la dépense est de 24 000 francs par kilomètre de ligne, de 18 000 francs par voiture automotrice, de 250 francs à 500 francs par cheval indiqué pour l’usine, et de 80 francs à 200 francs par cheval indiqué pour les bâtiments. Les prix d’exploitation ont varié, en Europe, de 0,r,10 à 0rr,93 par voiture-kilomètre, et, en Amérique, de 0rr,34 à 0,r,83. Ce ne sont là que des chiffres extrêmes.
- Une étude spéciale est faite sur les trolleys souterrains, notamment sur le tramway électrique de Blackpool, sur le tramway de Budapest, sur les systèmes Love, llœrde, Claret et Yuilleumier, etc.
- La traction a pris une grande extension sur les lignes de chemins de fer locales ; le rapport examine les lignes à l’intérieur des villes, les grandes lignes, les lignes dans les montagnes et dans les mines.
- D’après la statistique générale, au 1er janvier 1895, il existait en Europe 700 kilomètres de voie pour traction électrique, avec une puissance 18 150 kilowatts et 1236 voitures en service. En 1894, on comptait aux États-
- Unis 12 000 kilomètres de voie et 17 235 voitures électriques.
- La traction électrique sur eau a été essayée en 1893 par M. Galliot pour le touage électrique sur le bief de partage du canal de Bourgogne. Le transport de 1000 tonnes a demandé 11h 65 et une dépense de? 102 francs avec la vapeur et une durée de 11h 1 ainsi cpi’une dépense de 70 francs avec l’électricité. Dernièrement M. de Bovet a fait quelques essais de traction électrique des bateaux sur le canal de Saint-Denis.
- L’étude précédente est un premier travail d’ensemble qui doit être complété ensuite par des études de détail se rapportant aux principales applications réalisées.
- UNE TOITURE ÉLECTRIQUE
- Les voitures électriques, qui pendant un certain temps ont paru être délaissées, semblent revenir un peu en faveur en ce moment. Le journal Engineering de Londres nous donne quelques renseignements sur une nouvelle voiture mise à l’essai l’année dernière par MM. .Morris et P. Salom. Cette voiture, que représente la figure ci-contre, renferme une batterie de 60 accumulateurs, d’un poids de 725 kilogrammes et d’une capacité de 100 ampères-heure. Le poids total delà voiture tout équipée, avec 2 voyageurs, est de 1925 kilogrammes. L'énergie électrique est transmise à un moteur électrique qui actionne par engrenages les deux roues d’arrière. Sur le devant se trouvent un guidon directeur commandant les deux roues d’avant ainsi que les commutateurs et appareils accessoires nécessaires pour la conduite. Une sonnette électrique placée sur le côté peut être actionnée pour avertir les piétons. Cette voiture peut effectuer un trajet de 80 à 160 kilomètres sans recharger les accumulateurs. D'après les renseignements fournis par notre confrère, ce véhicule électrique aurait donné de bons résultats, et aurait fonctionné à la grande satisfaction des inventeurs. Ceux-ci auraient déjà effectué de longues courses sur leur voiture, en montant des rampes souvent assez élevées. Les accumulateurs se seraient bien comportés, ainsi que le mécanisme moteur. J. L.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanüier
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 117 0. — 2 NOVEMBRE 1805.
- LA NATURE.
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- L’AVALANCHE DE L’ALTELS (SUISSE)
- .CATASTROPHE DU 11 SEPTEMBRE 1895
- Il y a quelques mois, à propos d’un lait observé au Jostedal (Norvège), et en rappelant la catastrophe
- de Saint-Gervais, je signalais ici même 1 quel intérêt matériel considérable il y aurait à considérer les
- l<ig. 1. — L avalanche (le l’Altels, en Suisse, du 11 septembre 1895. (D’après une photographie.) — La ligne de rupture est l’are de cercle sombre sous le sommet en haut de la gravure, et la masse de terre au premier plan est le produit de l’éboulemcnt.
- glaciers comme autre chose qu’un objet de théories scientifiques et un champ d’exercices sportiques : j’indiquais que, dans une certaine mesure et sous des conditions déterminées, il serait en maint endroit utile, nécessaire même, de bien étudier les allures, l'hydrologie et la topographie des glaciers rapprochés
- 23° aimée. — 2“ semestre.
- des lieux habités, sinon pour prévenir, du moins pour prévoir les cataclysmes que leurs mouvements peuvent engendrer.
- Or voici qu’un nouveau sinistre glaciaire, moins
- 1 Voy. u° 1158, du ‘23 mars 1895, p. 258. Rupture de poches d’eau des glaciers.
- 23
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- terrible, certes, en ses conséquences, que celui du 12 juillet 1892, mais qui a cependant coûté six vies humaines, s’est produit, le 11 septembre, en Suisse, en plein travers d’nn des passages alpestres les plus fréquentés.
- Ayant par deux fois traversé moi-même ce col, et venant de recevoir de M. Jules Beck, l’émérite photographe alpiniste, des documents de première main, notamment le récit de sa propre visite sur place au lendemain de l’événement, je demanderai aux lecteurs de La Nature la permission de leur en relater les circonstances.
- C’est sur le chemin même du col de la Gemmi (2529 mètres), ce pittoresque et célèbre créneau des Alpes Bernoises, franchi pendant chaque été par les milliers de simples promeneurs (et non pas d’ascensionnistes professionnels) se rendant de Thounc (Berne) à Louèche-les-Bains (Valais), que l’accident, a eu lieu; le 11 septembre 1895, vers 5 heures du matin, une masse de glace et de névés, évaluée à 4 millions de mètres cubes, s’est détachée subitement des pentes supérieures de YAltels, et est venue ensevelir et détruire les alpages de la Spitelmatte et de la Winteregg.
- L’Altels (5636 mètres) est une des plus hautes cimes des Alpes Bernoises, une des plus imposantes de forme surtout; et tous les voyageurs qui montent de Kandersteg à la Gemmi, par l’hôtel de Schwa-renbach et les bords du I)auben-See, ne manquent point d’admirer son harmonieux dôme neigeux dominant le côté oriental de leur route.
- Toute la base de ce dôme neigeux s’est abattue sur le chemin de la Gemmi, à 1500 mètres de l’hôtel Schwarenbach.
- Il y a là une vallée haute et plate, d’environ 2 kilomètres de longueur sur 1 de largeur, élevée de 1900 à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer, limitée au sud-est par les massifs de l’Altels et du Balmhorn (5711 mètres), et au nord-ouest par une crête rocheuse haute d’environ 400 mètres (altitude extrême 2589 mètres), qui la sépare de la vallée parallèle de Ueschinenthal. Les hauts névés de l’Altels et le Glacier Noir (Schwarzgletscher, descendu du Balmhorn) y déversent leurs eaux de fonte par deux ravines profondes et resserrées.
- 150 têtes1 de bétail (vaches, chèvres et porcs) paissaient l’alpe herbeuse de la haute vallée, gardées par quatre pâtres qui faisaient les fromages dans les cabanes de Spitelmatte. Bêtes et gens devaient redescendre le 15 septembre en leurs quartiers d’hiver, à Louèche-les-Bains. Avant leur départ, M. Rothen, vice-président du conseil communal de Louèche, et son assesseur, M. Tschopp, étaient montés à Spitelmatte pour régler, comme tous les ans, certains comptes d’exploitation et de redevances avec les pâtres.
- Le mercredi 11 septembre, environ à 5 heures du matin, on entendit, de l’hôtel Schwarenbach, le
- 1 Un autre récit donne le cliillre de 227.
- bruit d’une formidable avalanche, et même une servante, déjà levée, vit « passer comme un nuage blanc et de la poussière neigeuse répandue dans l’air ». On ne prit d’abord pas garde au phénomène, l’avalanche étant chose usuelle dans ces hautes régions ; mais, une heure après, quatre bûcherons s’aperçurent les premiers de ce qui s’était passé.
- L’alpe entière était engloutie sous une mer de décombres, de roches et de glaces : tous les bestiaux (sauf trois), les six hommes et les chalets de Spitelmatte avaient disparu. A 5 heures du soir on avait déjà retrouvé quatre des cadavres humains : deux restaient ensevelis invisibles.
- Ici laissons la parole à M. Beck, qui est monté à l’Altels il y a quelques années, qui s’est rendu dès le 15 septembre sur le théâtre de la catastrophe et qui nous a fourni, avec le plus aimable empressement, tous les renseignements y relatifs.
- « Les journaux de la Suisse romande et allemande ont parlé un peu improprement de la chute du « glacier de l’Altels », car il n’y existe pas de glacier dans le véritable sens du mot, mais un haut névé magnifique en forme de toit d’église..., très caractéristique de cette cime.... L’endroit où la rupture a eu lieu se trouve à 500 mètres à peu près au-dessous de la cime. Il y a déjà deux ans qu’une crevasse transversale s’était formée, puis élargie encore dans le courant de cet été à l’altitude de 5300 mètres à peu près. De plus, on avait remarqué, depuis Frutigen, des taches noires produites par la fonte du névé pendant ces dernières chaleurs exceptionnelles. La roche nue venait au jour. Cette fonte, avec ses infiltrations sous-glaciaires, doit avoir diminué considérablement l’adhérence du névé au calcaire jurassique, qui forme la structure géologique de ce massif. Tout en étant entrecoupé de bancs schisteux, le calcaire est en général uni, glissant, et présente bien moins d’aspérités et de reposoirs, si je puis m’exprimer ainsi, que d’autres formations. »
- Cette explication, étant données la topographie et la géologie des lieux, est absolument rationnelle.
- Elle est fournie d’ailleurs, dans des termes analogues, par MM. les professeurs A. Heim (de Zurich) et B. Chodat, qui pensent «-que deux crevasses latérales, en s’allongeant, ont fini par se rencontrer. La chaleur de l’été a agrandi cette fissure.... L’eau coulant sous le glacier continuait son œuvre de désagrégation.... Les couches rocheuses sur lesquelles reposait le glacier sont d’une remarquable régularité et, inclinées à 45°, constituent un glacis parfait. Une solution de continuité devait donc faire fatalement dévaler le glacier1. »
- Le chemin parcouru par l’avalanche a été d’environ 3 kilomètres et sa chute verticale de 1300 à 1400 mètres.
- La surface de rupture montre une tranche de névé, longue de 400 à 500 mètres, haute de 40 à 60 mètres, représentée sur la gravure ci-contre par
- 1 Journal de Genève, 16 septembre 1865, u° 220.
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- l’arc de cercle ombré qui court au-dessous du sommet de l’Altels (fig. 1).
- « Entraînant tout sur son passage, continue M. Beck, rochers, détritus, boues glaciaires, anciennes moraines, et pulvérisant elle-même, dans celte épouvantable dégringolade, les névés et glaces dont elle se composait, cette avalanche, la plus énorme qui ait eu lieu en Suisse depuis 1782, a couvert un espace de 1 kilomètre et demi de longueur sur 1 kilomètre de largeur.
- « La force de la projection a été telle, que l’avalanche a pour ainsi dire sauté par-dessus le bas-fond de la vallée, en laissant courir à peu près indemne le Schwarzbach, venant du Balmhorn, de sorte que la formation d’un lac n’est pas à craindre, et que Kan-dersteg ne risquera pas d’éprouver le sort de la vallée de Bagne en 1818....
- « Aussitôt après la foret, en venant de Kandersteg, le chemin habituel de la Gemmi est barré par un amoncellement chaotique de détritus, couvrant la route sur une hauteur de 10 à 25 mètres....
- « Partout la même désolation uniforme, impressionnante sans être grandiose ; un pouding sale et boueux avec du névé affleurant çà et là, voilà le linceul sous lequel est enterré tout le vallon. Ce paysage, dont l’artiste ne s’occupera pas, fera même triste figure sur la plaque dépolie du photographe. Les forces inconscientes de la nature ont travaillé là brutalement, et m’ont rappelé un peu la tristesse et la laideur du delta projeté en avant de Saint-Gervais....
- « Les cabanes de Spitelmatte sont la limite de l’éboulement... ; sauf une, enterrée aux deux tiers..., toutes les autres ont été moulues et projetées au loin par la trombe d’air.... Le guide me montre un mélèze brisé, tordu et déchiqueté, aux branches duquel on a trouvé suspendu un cadavre humain, dont la tête avait été projetée à une dizaine de mètres. La poussée d’air paraît avoir été tellement formidable, que les trois autres cadavres ont été retrouvés par terre, lancés exactement dans la même direction, à une certaine distance de la cabane. Un petit bois de sapins, sur un monticule très rapproché non atteint directement par l’avalanche, n’existe plus. Les arbres sont tous couchés par terre du même côté. Une quarantaine de familles valaisannes bien pauvres ont perdu tout leur avoir. Les 130 pièces de bétail et leurs produits, sans compter l’alpe elle-même, pouvaient valoir 150 000 francs, pour lesquels il ne sera rien remboursé parles assurances, le cas d’avalanche n’étant pas prévu par les polices. »
- Certains arbres déracinés par la colonne d'air seule avaient jusqu’à 1 mètre de diamètre (fig. 2).
- Une partie de l’avalanche a rebondi, pour s’élever sur la crête du nord-ouest de la vallée et se déverser même quelque peu sur le versant de la vallée d’Ueschinen.
- Sans insister davantage sur les détails lamentables de cet accident, il faut rappeler qu’une fois déjà l’alpe Winleregg a été détruite et quatre personnes
- tuées, dans des conditions semblables, le 17 août 1782. Et dès maintenant l’on prévoit que la catastrophe se renouvellera dans un siècle : c’est du moins l’opinion des optimistes. D’autres, plus alarmés, se demandent déjà si une crevasse latérale, qu’on distingue au-dessus delà coupure, n’amènera pas, bien avant cette époque, la reproduction du phénomène!
- Que faire en cette occurrence? Abandonner l’alpe, à laquelle quelques années suffiront pour recouvrer sa verdure et ses herbages? Condamner la route de la Gemmi, voie de communication commode et très fréquentée? On ne voudra pas s’y résoudre dans la seule appréhension d’un cataclysme, que ne reverra peut-être aucun de nos contemporains. Ces partis extrêmes ne sauraient convenir.
- Mais, puisqu’on connaît avec précision, par suite d’une double et fatale expérience, un point critique, un défaut de cuirasse dans la blanche coupole de l’Altels, est-ce trop demander aux ingénieurs et aux savants que de les prier de l’avoir, comme le glacier de Tête-Rousse, au mont Blanc, en perpétuelles surveillance et suspicion ?
- Deux similitudes sont à retenir dans les fléaux de Saint-Gervais et de la Spitelmatte : 1° ils se sont produits tous deux avant le lever du soleil, dans la seconde partie de la nuit ; 2° l’action des eaux sous-glaciaires paraît avoir été déterminante. Voilà déjà deux points acquis, dont les spécialistes sauront peut-être un jour tirer des déductions, qui permettront aux ingénieurs de corriger, par des procédés artificiels, les effets du regel nocturne ou des ruptures de poches d’eau.
- De 1855 à 1880, les chefs de colonnes des différents clubs alpins ont rendu de réels services à la géographie, à la topographie, à la géologie, en faisant connaître, par leurs hardies escalades, les détails ignorés des Alpes et des Pyrénées; Depuis quinze ans, les premières ascensions deviennent de moins en moins importantes : certains grimpeurs refont des cimes dès longtemps vaincues, en passant par des arêtes ou des faces différentes, trop souvent vrais casse-cous et vaine gloriole ; d’autres clubistes, plus pacifiques, mais non moins amis de ce qu’on a appelé « l’admiration mutuelle », se contentent des toasts, meetings, directions de caravanes et présidences de banquets, qui sont la principale besogne des « congrès annuels » ; les plus savants et les plus utiles examinent de quelle quantité les glaciers avancent ou reculent chaque année, quelle surface de terrain ils recouvraient aux anciennes époques géologiques, comment leur progression arrange ou bouleverse les traînées pierreuses des moraines, comment la neige des sommets se transforme en glace sur les pentes, etc.; en élaborant leurs théories sur ces questions, ils devraient bien s’adjoindre aux grimpeurs à bout de cimes vierges, et demander en commun à l’intérieur même des glaciers, à ces crevasses où l’on n’ose pas descendre, à ces (jletscher thor sous lesquels on craint de s’aventurer, le secret de leur circulation d’eau. Étude dan-
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- Fig. 2. — Forêt renversée pur la poussée d’air, et débris des cabanes au premier plan. Au fond, crête de 300 mètres à l’ouest.
- (D’après une photographie.)
- gercuse peut-être, mais guère moins que l’escalade des Meije, des Cervin et des mont Blanc meurtriers, et qui peut conduire à la conjuration de bien des catastrophes, par la connaissance de leurs causes.
- Gétroz, Tête-Rousse, l’Altels ne sont point les seuls glaciers sement suspendus en l’air: il en est bien d’autres, aussi semblables à l’épée de Bamoclès, quoique leur échéance de chute reste sans doute éloignée. Ainsi je 11e puis me défendre de citer comme tel, dans les montagnes du Eerwall (ou Verwall), en Tyrol, sur la limite du Vorarlberg, le curieux petit glacier de Pettncu ou du Rifller (5165 mètres) : il est littéralement accroché dans un couloir rocheux à pic, à près de 2000 mètres droit au-dessus du chemin de fer de l’Arlberg, entre les stations de Saint-Anton et de Landeck ; si pittoresque qu’il se présente aux jeux des voyageurs, il conviendrait, après Jes aver-
- tissements de Saint-Gervais et de la Gemmi, de le sacrifier, par un moyen quelconque, à la sécurité
- de cette voie ferrée, sur laquelle il tombera certainement quelque jour.
- Reconnaître les glaciers menaçants, drainer leurs eaux intérieures, provoquer à volonté la chute de leurs portions dangereuses, en un mot les rendre moins meurtriers, est-ce donc œuvre [dus difficile et moins profitable que de percer les tunnels sous les montagnes, dériver les sources pures vers les grandes villes, creuser les canaux d’une mer à l’autre, corriger les torrents dévastateurs et, reboiser les croupes dénudées ?
- Attendra-t-on, pour comprendre la nécessité de maîtriser au moins certains glaciers, que la multiplicité des catastrophes ait encore porté la ruine et la mort dans beaucoup d’autres vallées alpestres? E.-A. Martel.
- Fig. ô. — Tracé de l’éboulemcnt de l’Altels, d’ajirès la carte de l’état-major. — La partie du glacier qui s’est effondrée, presque au sommet de l’Altels, à la cote 5500, est laissée en blanc, ainsi que le terrain recouvert par l’avalanche. Le parcours des blocs de neige et de glace est indiqué en pointillé, entre l’Altels et le Schwarzbach.
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- INVASION DE MILDIOU SUR LES TREILLES
- La plupart de nos plantes cultivées sont attaquées par une loule de champignons parasitaires, qui entravent souvent leur végétation au point de l'enrayer complètement. La vigne surtout semble être plus particulièrement éprouvée.
- Toute la presse française s’est beaucoup alarmée, cette année, de la situation désastreuse de nos vignobles méridionaux. Les départements de l’Hérault et de l’Aude, entièrement ravagés par le black-rot et le mildiou, offraient, pendant la belle saison, un aspect lamentable. Ces deux maladies, favorisés par un temps exceptionnel, ont sévi avec une intensité incroyable, et ont été la cause de véritables désastres. La première, c’est-à-dire le black-rot, quoique bien connue au point de vue micrographique, semble jusqu’alors rester réfractaire à nos diverses méthodes de traitement.
- Chaque année, les viticulteurs sont obligés de lui payer un tribut considérable. Dans le but d’améliorer leur sort, on se livre actuellement, sous les auspices de M. le Ministre de l’agriculture, à une série d’expériences, pour tâcher de découvrir un remède susceptible d’agir avec assez d'efficacité sur ce dangereux parasite.
- Pour le mildiou, il n’en est heureusement pas de même, car nous avons en tre les mains tous les éléments nécessaires pour le combattre. Les sels de cuivre, appliqués préventivement, empêchent la germination des organes reproducteurs et, par conséquent, l’extension du fléau. Malheureusement, un printemps particulièrement humide a empêché nos propriétaires méridionaux d’appliquer les traitements à une époque favorable. Non seulement le Midi, mais encore certaines régions du Centre et du Nord, ont eu à souffrir du mildiou. Je l’ai constaté dans mon arrondissement, à la Ferme-École de Chazeirollcttes, située à 1000 mètres d’altitude, sur quelques pieds de vignes, placés il est vrai dans des conditions extrêmement défavorables, mais qui me sont nécessaires pour familiariser mes élèves avec les pratiques viticoles. La maladie peut avoir aussi pour cause la négligence des vignerons qui, dans bien des cas, se croient dispensés de traiter leurs vignes.
- Le mildiou attaque non seulement les récoltes
- d'une certaine étendue ; mais il sévit encore avec une réelle intensité sur les treilles de nos jardins ; et les producteurs de chasselas des environs de Paris sont-obligés aujourd’hui de lutter énergiquement contre lui. Comme la question est pleine d’actualité, j’ai trouvé qu’il était intéressant de donner ici une idée des ravages occasionnés par cette affreuse maladie.
- La gravure ci-dessous représente un pied de chasselas de Fontainebleau qui se trouve dans un des jardins de Marvejols. II avait, au printemps dernier, une végétation magnifique, et rien ne faisait prévoir l’affection dont il allait être atteint par la suite. Vers le mois de juillet, le propriétaire, voyant subitement sa vigne dépérir, me fit appeler pour me demander
- les causes de cette anomalie.
- Je me suis trouvé en présence d’un si beau cas de mildiou, que je n’ai pu résister au désir de prendre la photographie que je mets aujourd’hui sous les yeux de mes lecteurs. Le centre du cépage possède encore un peu de vigueur, mais les nombreux rameaux qui s’en détachent ont complètement perdu leurs feuilles et leurs fruits. Les feuilles du centre qui protègent les dernières grappes commencent aussi se Amer, et, actuellement, il ne reste plus sur ce pied que des grappes desséchées, pendant misérablement sur les rameaux dénudés. En présence d’un cas aussi accentué, j’ai dû immédiatement faire préserver les vignes voisines par
- un sulfatage énergique.
- Le printemps n’ayant pas été aussi défavorable en Lozère que dans le Midi, la négligence seule a été la cause de tout ce désastre. Le mal aurait pu être évité si le propriétaire avait appliqué un remède préventif dans les premiers jours de juin.
- Appelé souvent à donner mon avis, je préconise, surtout lorsqu’il s’agit de vignes de jardins, l’emploi de poudres composées, renfermant en proportions déterminées de la chaux délitée, de la fleur de
- soufre et du sulfate de cuivre pulvérisé. Je puis delà sorte, tout en réduisant considérablement les frais de main-d’œuvre, faire combattre à la fois 1 oïdium et le mildiou.
- Pour les jardins, cette poudre m'a toujours donné d'excellents résultats. Avec plusieurs applications, réparties pendant les mois de végétation.
- Treille de raisin attaquée par le mildiou, avec ses branches dévastées. (D’après une photographie.)
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- on pourra préserver la vigne de ces hôtes parasitaires qui exercent chaque année sur elle d’aussi grands ravages. Albert Vilcoq,
- Professeur d’agriculture de l’arrondissement de Marvejols (Lozère).
- LES TRAVAUX DES AQUEDUCS
- La catastrophe de Bouzey a mis en éveil la circonspection du Conseil municipal de Paris, qui vient de voter récemment les fonds nécessaires aux travaux de consolidation et d’amélioration à exécuter aux aqueducs de la Vanne et de la Dhuis. L’aqueduc de la Vanne a été, en vue de ménager la pente, établi dans plusieurs parties, en conduite libre sur des arcades en maçonnerie qui franchissent les dépressions du terrain. Sous l’influence des variations de la température générale, et surtout à la suite des froids excessifs de l’hiver dernier, il s’est produit des cassures transversales; en outre, les parties de maçonnerie baignées par l’eau subissent, moins que celles voisines, les effets des variations atmosphériques; des fissures se sont formées aux régions faibles, à l'intrados, vers la clef des voûtes de support formant radier de l’aqueduc et sur les côtés, vers la hauteur du plan d’eau. Pour remédier au mal d’une façon absolue, le doublage en plomb de l’intérieur de l’aqueduc jusqu’au-dessus du niveau de l’eau est d’une extrême urgence. Ce procédé, appliqué depuis plusieurs années, donne d’excellents résultats; les fuites à travers la maçonnerie disparaissent complètement, il n’y a plus qu’à reprendre extérieurement les parties atteintes par la gelée. Parmi les trois ouvrages où cette opération s’impose à bref délai se trouvent en première ligne les arcades de Fresnes, d’une" longueur de 464 mètres, commune d’Esmans (Scine-et-Marne). La dépense à faire pour le doublage en plomb, y compris la pose et la dépose d’une conduite provisoire afin de ne pas interrompre le service, s'élève, d’après le détail estimatif, à la somme de 40 852 fr. Aux arcades des Sablons et du Grand-Maître, dans la forêt de Fontainebleau, le doublage en plomb peut être ajouté jusqu’à l’exécution de l’aqueduc du Loing, à la condition que celle-ci soit prochaine; mais il y a urgence à reprendre extérieurement certaines parties dégradées, soit par le passage de l’eau, soit par l’action 'de la gelée. Ces travaux donneraient lieu à une dépense approximative de 29168 francs. Total pour l’aqueduc de la Vanne : 70 000 fr.
- L’aqueduc de la Dhuis est, sur une partie assez considérable de sa longueur, établi dans des marnes vertes. L’aqueduc s’est tenu d’une façon assez satisfaisante, mais, dans quelques parties, les marnes vertes, insuffisamment soutenues vers la vallée, se déforment par un mouvement très lent lorsqu’elles sont imprégnées par l’eau venant à la surface. Ce phénomène se présente d’une façon bien marquée entre les points kilométriques 55 et 57, lieu dit Beau Site, sur une longueur de 40 mètres, et entre les points kilométriques 111 et 112, sous le fort deVaujours, sur une longueur de 110 mètres. Pour éviter un écoulement qui entraînerait nécessairement une interruption du service, il faut, sans plus tarder, reconstruire ces parties disloquées. Il y a lieu d’espérer que ces travaux pourront être exécutés sans arrêter le fonctionnement de l’aqueduc. Ces travaux nécessiteront une dépense de 52 250 francs. Une visite minutieuse des ouvrages, faite pendant le chômage, a fait reconnaître l’utilité de protéger d’une façon plus absolue l’aqueduc contre certaines eaux qui le franchissent pour se rendre dans la vallée de la Marne ; telles sont celles qui viennent du Jouarre, et un ruisseau venant
- d’Arpentigny. En résumé, les travaux de protection et de consolidation à exécuter sont évalués à 21 950 francs. Total pour l’aqueduc de la Dhuis : 54 200 francs. La dépense totale pour les deux aqueducs de la Vanne et de la Dhuis sera ainsi de 124 200 francs, à laquelle il convient d’ajouter 500 francs pour indemnités de campagne à payer pendant cinq mois aux deux conducteurs chargés des travaux, ensemble 125 000 francs. Quant à l’exploitation du travail, une distinction doit être faite. Les travaux de pose et de dépose de la conduite provisoire de l’aqueduc de la Vanne, évalués à 15 000 francs, doivent être confiés, aux termes de son cahier des charges, à l’entrepreneur de la fontai-nerie. Quant aux autres travaux, en raison des aléas qu’ils comportent, de la nécessité de ne point interrompre le service et des difficultés d’évaluation des travaux en recherche, ils ne peuvent être soumis à une adjudication et devront être exécutés par des ouvriers en régie. Tel est, dans son ensemble, le plan des travaux à exécuter dans nos aqueducs de la Vanne et de la Dhuis, travaux à la réalisation desquels il est à souhaiter que la Ville de Paris apporte la plus grande promptitude et la vigilance la plus absolue.
- DRAGAGES PROFONDS
- EXÉCUTÉS A BORD DU a CAUDÀN »
- DANS I.E GOLFE DE GASCOGNE
- On considère généralement que les dragages profonds ne peuvent être exécutés qu’au cours de grandes expéditions et qu’ils nécessitent un matériel fort coûteux et considérable. Grâce au bienveillant accueil fait par M. l’amiral Besnard, ministre de la Marine, à une demande en vue d’obtenir le concours de la Marine, j’ai pu exécuter, pendant le mois d’août 1895, une série de dragages dans le golfe de Gascogne, à l’aide d’un matériel peu compliqué et d’un prix relativement peu élevé. Une partie des sommes nécessaires à l’achat de ce matériel provenait de donations et de souscriptions recueillies à Lyon.
- Sollicité par moi au sujet de l’entreprise que je méditais, M. le commandant Guyon eut l’obligeance d’intervenir auprès de M. le Ministre de la Marine et le pria de vouloir bien participer à cette œuvre scientifique en prêtant, moyennant remboursement des frais d'installation et de navigation, un bâtiment de l’État, pour une durée qu’il jugerait compatible avec les besoins du service de la Marine. M. le Ministre de la Marine, en raison de l’intérêt qu’offre, pour la navigation et la pèche, l’étude de l’Océan, décida que le Cauitan, stationnaire du port de Lorient, serait mis, du 20 août au 2 septembre, à la disposition d’une Commission qui exécuterait des sondages et des dragages et ferait des observations océanographiques dans le golfe de Gascogne '. La plupart des appareils de sondage et de dragage ont été construits à Lyon. Le câble métallique, formé de soixante-douze fils tordus autour d’une âme en chanvre, et d’un diamètre de 9 millimètres, offrait une résistance de 4500 kilogrammes; sa longueur (5000 mètres) était suffisante pour aborder de grands fonds. La campagne étant très courte, il ne pouvait être question
- 1 MM. Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy ; Roule, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, et le Dantec, maître de conférences à la Faculté des sciences de Lyon, voulurent bien accepter la proposition que je leur fis de se joindre à moi pour faire partie de cette commission. M. Thoulet se chargeait spécialement des recherches d’océanographie.
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- d’étendre nos explorations à une grande distance des côtes de France. En quittant Lorient, le Caudan fit route vers le sud-ouest, de manière à atteindre la falaise qui, à 100 milles de distance environ de nos côtes, établit brusquement la limite entre les fonds littoraux et les grandes profondeurs du large, et descendit ensuite vers le sud, parallèlement à la côte, jusqu’au 44° latitude nord; puis, rebroussant chemin, après avoir fait un crochet dans l’ouest, il se dirigea vers le nord pour regagner le port de Lorient.
- Le programme que nous nous étions tracé comportait des recherches zoologiques dans trois ordres de stations : , 10 des dragages dans des profondeurs relativement faibles, comprises entre 500 mètres et 600 mètres, qui établissent la transition des faunes littorales aux faunes profondes; 2“ l’étude des fonds coralligènes que présente la falaise abrupte qui court parallèlement aux côtes de France; 3* des dragages au fond de la baie de Biscaye dans les fonds vaseux qui s’étendent, en ce point, en pente plus douce qu’au large des côtes de la Vendée et de la Bretagne, où les fonds tombent beaucoup plus rapidement. Ce programme a pu être réalisé complètement. Malgré le laps de temps très court dont nous disposions, nous n’avons pas donné moins de vingt coups de chalut suivis de résultats et nous avons exécuté trente-deux sondages profonds. Le temps était, fort heureusement, exceptionnellement beau et les collections recueillies dans les différentes stations sont considérables.
- Ces collections n’ayant encore été examinées que très superficiellement, il ne m’est pas possible, pour le moment, de rendre compte de leur importance au point de vue zoologique. Je demanderai à l’Académie la permission de revenir plus tard sur ce point. Aujourd’hui, mon but était surtout de montrer qu’il était possible d’opérer des dragages profonds à l’aide de ressources assez restreintes, en prenant comme exemple la campagne que nous venons d’effectuer et qui est due à l’initiative privée. Il n’est peut-être pas inutile d’ajouter que la plus grande partie des fonds nécessaires à l’exécution des appareils peut se trouver dans une ville de province, en faisant appel à la générosité de personnalités et de sociétés qui s’intéressent aux progrès de la science1.
- R. Kœhler.
- LES MOYENS DE TRANSPORT DANS PARIS
- Voici, d’après une Étude historique et statistique sur les moyens de transport dans Paris publiée sous les auspices du Ministère de l’Instruction publique par M. Alfred Martin, l’état des transport parisiens à la fin de 1892.
- Le nombre de voitures bourgeoises est évalué à 13 000 ; celui des voitures de place et de remise est de 14 267; celui des omnibus et tramways affectés aux divers services de transport en commun est de 1456 ; ce qui représente plus de 28 000 véhicules affectés au service exclusif des personnes. Le transport des marchandises et autres services nécessite environ 16 000 voitures, ce qui représente un total de 44 000 véhicules à chevaux ou à traction mécanique, celle-ci encore peu répandue. Sur les 80 000 chevaux affectés à ces voitures, 13800 appartiennent à la Compagnie générale des omnibus et 10 500 à la Compagnie générale des petites voitures. Le service des transports
- sur la Seine utilise une centaine de bateaux pour le transport des voyageurs.
- Sur les 400 000 000 de voyageurs transportés annuellement par les voitures publiques, bateaux, chemins de fer de ceinture et de banlieue, la Compagnie des omnibus en transporte à elle seule 214000 000, soit plus de la moitié. Pour améliorer ce service de transport manifestement défectueux et insuffisant, surtout au point de vue de la vitesse et de la fréquence des départs des véhicules en commun, il faudrait pouvoir réduire la dépense elle prix de revient, car on ne saurait songer à relever les tarifs actuels ; mais les charges fiscales qui pèsent sur l’industrie des transports rendent l’amélioration bien difficile, à moins de réformes radicales dans le mode de traction, réformes que les progrès des tramways électriques d’une part, et des voitures automobiles d’autre part, permettent d’espérer dans un avenir prochain. Des droits de douane ont été établis sur l’avoine et le maïs et des droits d’octroi sur le maïs, et ces droits ont eu, depuis leur établissement, des conséquences singulières sur la répartition des recettes brutes (les compagnies. C’est ainsi que la Compagnie générale des omnibus, dont la recette brute a été, en 1894, de 46 millions de francs, a payé 3 321 000 francs de redevances et d’impôts à la Ville et 1 250 000 francs à l’État, soit en tout 4551 000 francs, tandis que les actionnaires ont touché seulement 1 052 000 francs. La Compagnie générale des petites voitures a payé à la Ville 1 581 000 francs, à l’État 1434 000 francs; total 3 015 000 francs, sur une recette brute de 20 millions de francs, et qu’elle a distribué 1 849 000 francs seulement à ses actionnaires. Des charges analogues et équivalentes pèsent sur lés autres entreprises. Les droits de douane et d’octroi sur les denrées qui servent à l’alimentation des chevaux font, surtout depuis 1891, que les services des voitures travaillent plus pour les h^gets de l’État et de la Ville, que pour la rémunération du capital engagé, ce qu^n’e^ pas de nature à favoriser le développement des affaires industrielles, pour peu qu’elles aient à subir des exigences analogues. Le public souffre de l’impossibilité où les entreprises se trouvent placées pour faire les dépenses nécessaires à l’amélioration des transports, et le problème se complique encore du fait de la question des salaires, des conditions du travail, des passions et doctrines politiques, des grèves, etc. Mais c’est là un terrain brûlant sur lequel nous ne saurions nous engager, dans un journal purement scientifique comme La Nature, à propos de chiffres de statistique, que nous nous contentons de livrer aux méditations de nos lecteurs. Le sujet est assurément de ceux qui doivent être étudiés. E. IL
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- LE CANAL DE LA BALTIQUE
- A LA MER Dü NORD
- Dans un numéro précédent1 nous avons donné quelques détails sur l’installation du grand canal de la Baltique allant de Kiel à Brunsbüttel, qui était alors en cours d’achèvement. On se rappelle que ce canal a été inauguré au mois de juin dernier dans des conditions de solennité qui ont fait de cette cérémonie un événement en quelque sorte politique dont le retentissement a été particulièrement profond.
- Nous avons donc cru intéressant de revenir sur
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences par M. Guyon.
- 1 \ov. n° 1070, du 2 décembre 1803, p. 2.
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- ce sujet quelque temps après l’ouverture du canal afin de compléter les renseignements précédemment donnés et d’y ajouter quelques détails concernant l’exploitation et particulièrement le mode d’éclairage
- adopté sur ce long parcours de 98 kilomètres de longueur.
- Nous donnons dans la figure 2 la carte d’ensemble des pays environnant les détroits de la mer du Nord
- à la Baltique, dans la figure 5 la coupe du canal montrant le passage d’un navire cuirassé, et dans la figure 1 nous reproduisons la carte donnant le tracé du canal.
- La figure 1 montre immédiatement les détours que les navires étaient autrefois obligés de suivre en allant d’une mer à l’autre et que la traversée du canal leur permettra d’éviter. Les bateaux à vapeur passent en général vitesse de 5,5 nœuds ëhwmw* et mettent environ dix-huit heures pour la traversée. L’économie ainsi réalisée par eux est de vingt-deux heures environ, en comptant sur une vitesse moyenne en pleine mer de 8,25 nœuds.
- Pour les voiliers, l’économie de temps atteint trois jours au moins, à quoi s’ajoute encore l’influence des retards tenant aux vents contraires que ces navires rencontrent si souvent dans le détroit du Sund. On sait d’ailleurs combien ces parages sont dangereux pour la navigation, et les renseignements connus jusqu’ici donnent une idée frappante de la fréquence des sinistres. On y a trouvé en effet un assez grand nombre de navires à vapeur naufragés et aussi beaucoup de simples échouagcs. On voit combien les accidents y sont multipliés, et cependant la période envisagée embrasse vingt-huit années seulement, de 1858 à 1885, pour la partie
- danoise, et quinze années, de 1870 à 1885, pour la partie allemande. Nous ajouterons cependant, en ce qui concerne l’exploitation du canal, que le transit est bien loin de donner jusqu’à présent les résultats qu’on en attendait avant l’ouverture : la navigation paraît en effet renoncer à en faire usage, et la cause de cette abstention est attribuée à l’élévation excessive des tarifs.
- 718 navires seulement ont transité pendant le mois d’aoùt dernier, et on prévoit que ce nombre déjà si faible est appelé à se réduire encore pendant la saison d’hiver. D’une part, en effet., la durée de la traversée se trouve fortement augmentée en raison de la longueur des nuits, malgré l’éclairage électrique que la navigation considère comme encore insuffisant, et d’autre part le gouvernement allemand
- vient d’appliquer à partir du 1er octobre une majoration de tarif de 25 pour 100 qui soulève les protestations des intéressés.
- Nous avons indiqué précédemment que le canal était fermé par des écluses à ses deux extrémités afin de préserver les berges contre les affouille-ments résultant des courants d’eau que la différence des heures des marées dans les deux sens ne manquerait pas d’y provoquer autrement. Ajoutons
- d’autre part (pie le plafond du canal est horizontal
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- Fig. 2. — Carte stratégique du canal de Kiel.
- Fig. 3. — Coupc du canal de Kiel avec un cuirassé de 1" rang et un bateau à vapeur marchand.
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- dans la partie orientale jusqu'à Rendsburg; mais, du coté de l’ouest, il présente au contraire une (tente vers la mer afin de forcer les eaux du canal à
- s’écouler vers l’estuaire de l’Elbe, et en prévenir l’envasement par les apports de cette rivière.
- Les écluses (fig. 4), dont le sas atteint 150 mè-
- Fig. 4. — Canal (le la Baltique à la mer du Nord. Écluses de Brunsbüttel. Ensemble vu de l’intérieur du port.
- très de longueur, seront encore insuffisantes toute- bateaux cuirassés ; ceux-ci ne pourront donc tra-fois pour recevoir les grands transatlantiques ou les verser le canal qu’à marée basse alors qu’on pourra
- Fig. S. — Pont construit à Levensau sur le canal, avec la ligne électrique sur le bord ; eif cartouche, détails d’un transformateur.
- ouvrir simultanément les deux portes du sas. Les portes des écluses ainsi que les cabestans sont ma-nœuvrés au moyen de moteurs à eau sous pression alimentés par des conduites dans lesquelles on a soin de réchauffer l’eau en hiver afin de prévenir la con-
- gélation. Nous ne reviendrons pas sur la description des divers travaux d'art déjà donnée précédemment, nous insisterons seulement sur l’éclairage électrique au moyen duquel on a pu assurer le passage de nuit comme de jour. Le problème à résoudre était parti-
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- culièrement difficile, et on peut considérer qu’il apporte un exemple d’une distribution électrique des plus intéressantes; la plus gigantesque sans doute, avec l’éclairage du canal de Suez, qu’on ait réalisée jusqu’à présent.
- On a déjà effectué certainement des transports d’énergie électrique à des distances plus considérables, mais c’était toujours pour l’utiliser au point d’arrivée dans des conditions de rendement plus ou moins avantageuses ; mais à Kiel, on avait à assurer d’une part l’éclairage du canal sur tout son parcours, et en outre celui des écluses des ports et des phares situés à chaque extrémité.
- L’installation, simple et économique, devait comporter une réserve complète, maintenir un éclairage absolument constant malgré les variations de charge, en assurant l’indépendance absolue de chaque lampe, de manière que l’extinction de l’une d’elles ne pût pas interrompre l’éclairage des autres. Cette installation, réalisée par la Compagnie Hélios de Cologne, comporte à Holtenau et à Brunsbüttel deux stations de machines électriques annexées à celles des moteurs hydrauliques servant à la manœuvre des écluses ainsi que nous l’avons indiqué plus haut. Chacune de ces stations renferme 2 dynamos à vapeur à marche lente tournant seulement à 85 tours par minute et pouvant développer environ 200 à 250 chevaux. La tension de l’excitateur est réglée automatiquement à 72 volts. Une seule machine suffit en service à chaque station, l’autre est pour la réserve.
- A Brunsbüttel, où les portes des écluses fonctionnent pendant la plus grande partie de la journée, l’éclairage de la salle des machines est assuré pendant le jour au moyen d’une petite dynamo à vapeur supplémentaire de 9 à 12 chevaux. A Holtenau, au contraire, on n’a pas ajouté cette troisième machine, car les portes des écluses ne sont fermées que d’une façon exceptionnelle, soit environ vingt-cinq* jours par an.
- Le courant produit par les machines principales est à la tension de 2000 volts, il est ramené par des transformateurs spéciaux à la tension utile pour l’éclairage des diverses salles de machines et des phares dans chaque station.
- Quant au canal proprement dit, il est partagé en deux grandes sections de 49 kilomètres de longueur environ, rattachées chacune à l’une des stations extrêmes. Chaque section est elle-même alimentée en deux circuits, l’un pour la rive nord, et l’autre pour la rive sud, et on a ainsi en réalité quatre secteurs d’éclairage comprenant chacun 250 lampes de 25 bougies.
- La distance des lampes successives varie de 80 à 250 mètres suivant les courbes et la nature du terrain. La canalisation est en fils de cuivre de 4 millimètres de diamètre, et la dérivation de courant est amenée à chaque lampe par l’intermédiaire d’un transformateur en solénoïde qui maintient le circuit fermé lorsque la lampe vient à faire défaut; on a en un mot une série de transforma-
- teurs montés en tension sur un circuit (fig. 5).
- La canalisation entière est protégée par un para-foudre interrompu à pointes rapprochées ; c’est une sorte de ronce artificielle en fil de fer galvanisé courant le long de la ligne et qui est reliée à la terre. Ce curieux parafoudre donne ainsi à la ligne un aspect particulièrement original. L. Bâclé.
- EXPÉRIENCES
- AVEC LE SULFURE DE ZINC PHOSPHORESCENT
- Dans un précédent article1, M. Villon indiquait la composition d’un fard lumineux, dont la base est le sulfure de zinc phosphorescent de M. Charles Henry.
- Nous voudrions signaler quelques autres applications non moins curieuses ni moins importantes de ce corps, auquel les artistes et les industriels ne semblent pas avoir prêté toute l’attention qu’il mérite.
- Le sulfure de zinc est de tous les corps phosphorescents le seul qui soit inaltérable à l’eau, à l’acide carbonique, aux acides faibles, à l’ammoniaque, etc. ; ce sulfure a une fixité chimique telle que son auteur a pu le proposer comme étalon photométrique secondaire (extrêmement pratique pour les intensités faibles) et qu’il a fondé sur la loi de déperdition lumineuse de ce corps des méthodes photométriques, bien connues.
- Le sulfure de zinc s’incorpore facilement dans n’importe quel agglutinant, gomme, amidon, résine, huiles, etc. En le mêlant à l’empois d’amidon on peut rendre lumineux, par les pratiques ordinaires du blanchissage, des peignoirs, des draps, des étoffes quelconques; rien n’est curieux comme les jeux infinis de la lumière émise par l’entrelacis des fines dentelles. On peut aussi très facilement faire des papiers peints lumineux au sulfure de zinc, si l’on a soin d’employer des tons clairs pour les couleurs de ces papiers.
- On a appliqué ce corps sur les étoffes légères, les tulles, etc., qui servent aux costumes des danseuses, en employant les procédés ordinaires de la teinture sur étoffes. Il nous souvient notamment, l’hiver dernier, dans un salon du quartier Marbeuf, d’avoir assisté à une danse lumineuse serpentine, du plus gracieux effet : la danseuse, enduite elle-même des pieds à la tète de sulfure de zinc, apparaissait dans la nuit comme une statue d’albâtre éclairée par un flambeau intérieur, et les longs pans d’étoffes qu’elle agitait sur sa tête ressemblaient à quelque chimérique firmament étoilé dont elle semblait vouloir vêtir ses épaules.
- Il n’est même pas besoin, pour voir des formes, d’imprimer des dessins. Qu’on découpe des écrans opaques de configurations aussi variées que possible et qu’on les applique sur des étoffes uniformément imprégnées au préalable du corps lumineux; qu’on expose le tout à la lumière; les parties éclairées par la flamme du magnésium seront les seules lumineuses; le reste fera fond noir. A chaque nouvel écran on obtiendra un nouveau dessin; pour les tentures murales en particulier, cette méthode est extrêmement commode. Chaque soir, la décoration d’un boudoir peut ainsi changer, offrir, tout à tour, des feuillages, des arabesques, des armoiries : c’est, nous dit-on, ce qui se fait chez une de nos Parisiennes les plus élégantes.
- Le sulfifre de zinc, obtenu ordinairement en poudre
- 1 Yoy. n° 1128, du 12 janvier 1895, p. 102.
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- très fine, peut être préparé également en pierres très dures et très brillantes : on peut en faire des broches, des bijoux pour la chevelure, etc.
- Employé comme poudre de riz ordinaire, le sulfure de zinc est plus intéressant que comme fard dans la nuit ; dans le demi-jour des fonds de loge à l’Opéra, aux five o'clocli tea, en ni ver, il donne au teint un éclat énigmatique, un reflet lunaire qui, quoi qu’en dise M. Villon, ont des charmes sur certaines figures.
- Mais ce qui constitue la supériorité incontestable du sulfure de zinc sur toute espèce de poudre de riz, est son pouvoir absorbant pour les rayons chimiques ; il est pour la peau un préservatif de premier ordre.
- On sait que l’érythème appelé vulgairement coup de soleil est produit par les rayons chimiques de la lumière : on peut d’ailleurs produire cette affection aussi bien avec l’arc électrique qu’avec le soleil.
- M. Ch. Henry a démontré d’une très ingénieuse manière, dans une expérience, encore inédite, dont il nous a montré les résultats, que le sulfure de zinc absorbe les ra0ons chimiques et par conséquent n’en laisse parvenir que peu ou scnsiblemant pas à la peau. II photographie deux lavis, l’un noir dégradé à l’encre de Chine, l’autre lumineux dans la nuit, dégradé au sulfure de zinc et imprimé typographiquement.
- La teinte la plus saturée du lavis lumineux a, au jour, une teinte gris jauneàtre qu’il est facile de repérer avec un des gris du lavis à l’encre de Chine, en faisant disparaître, suivant un procédé connu, la notion de la coloration par un rétrécissement convenable de la surface colorée qu’on veut comparer à la teinte grise. Supposons que le lavis à l’encre de Chine ait, depuis le blanc jusqu’au noir, trente teintes ; on trouve qu’au jour la teinte la plus saturée du lavis phosphorescent a un gris d’unb intensité un peu inférieure à la huitième du lavis à l’encre de Chine comptée 'a partir du blanc. Or, sur la photographie, la teinte la plus saturée du lavis lumineux n’est plus égale à la huitième, mais à la seizième du lavis à l’encre de Chine, comme on peut le vérifier sur les clichés.
- A égalité d’intemitéfcle gris pour notre œil, le lavis lumineux émet donc bien moins de rayons chimiques que le lavis à l’encre de Chine : d’où une teinte plus blanche sur le négatif photographique et sur le positif une teinte plus foncée que pour la teinte d’intensité lumineuse égale du lavis à l’encre de Chine.
- Pour préserver nos soldats des terribles elfets des coups de soleil tropicaux et pour conserver, au bord de la mer, le teint de nos charmantes amazones et cyclistes, teint trop souvent compromis par les exigences de leurs sports, une poudre de riz à base de sulfure de zinc phosphorescent est tout indiquée.
- Le principal défaut du sulfure de zinc phosphorescent est la rapidité relative avec laquelle il perd sa lumière. Au bout d’une heure dans l’obscurité, il n’émet plus de lumière bien éclatante, mais il est facile de le régénérer avec un éclair de magnésium. Le magnésium a, il est vrai, l’inconvénient de sa fumée; mais cet ennui pourra être évité dans les milieux où la lampe à arc a pénétré. L’arc électrique impressionne le sulfure aussi bien que la lumière du magnésium, et comme l’arc tend à remplacer les lampes à incandescence dans les grands appartements, grâce aux globes nouveaux et à divers autres perfectionnements, on peut prévoir que les obstacles au développement des industries lumineuses ne viendront pas du magnésium. J. Fribourg,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- REVUE DES PROCÉDÉS NOUVEAUX
- Stérilisation des huiles. — Sous le nom de stérilisation nous indiquons le procédé qui permet d’assurer la conservation indéfinie des huiles, sans en modifier les propriétés particulières, propres à chacune d’elles, sans en altérer le goût, l’arome, en un mot, sans en changer la nature. Jusqu’à ce jour, en appliquant les travaux de Pasteur et d’Appert, on est arrivé à conserver les vins, les bières, les cidres, le lait, la viande, les légumes, malheureusement la méthode ne peut pas s’appliquer pour les huiles. La chaleur altère les huiles comestibles et leur communique un goût sui generis, impossible à détruire ou à masquer. La valeur commerciale des huiles chauffées est considérablement amoindrie. Pour arriver au but cherché, nous sommes partis du principe suivant : les corps gras neutres et purs se conservent indéfiniment et ne rancissent jamais ; la cause d’altération des huiles, c’est la présence des substances étrangères, mucilages, matières albuminoïdes, acides gras, couleur, etc. Donc, éliminer les matières étrangères contenues dans les huiles par un procédé simple, à froid, c’est assurer leur conservation et, en même temps, leur donner une plus grande valeur commerciale.
- Voici le procédé tel que nous l’utilisons et qui sert à donner des huiles pures. L’huile est d’abord neutralisée complètement en l’agitant avec un mélange de borate d’ammoniaque et d’aluminate de soude. Ces matières sont en poudre fine et mises dans l’huile en proportion croissante avec son acidité. On se sert de l’appareil représenté figure 1, p. 364. L’huile est mise dans le récipient A et elle est agitée par un courant d’acide carbonique envoyé par la pompe D. Après cinq ou six heures, l’opération est arrêtée et l’huile laissée en repos, afin de permettre à la matière neutralisante et aux acides gras de se déposer. On peut se servir de la filtration pour aller plus vite. L’huile neutralisée, pour se débarrasser des matières colorantes, odorantes et de mauvais goût qu’elle renferme, est remise dans la cuve A, avec de la poudre de pierre ponc» lavée. Un serpentin à circulation d’eau froide refroidit l’huile, tandis que la pompe D y envoie un fort courant d’air sec. L’air est séché en le faisant traverser un bain d’acide sulfurique contenu dans le récipient E. Pour augmenter l’agitation de l’huile, on la fait couler constamment dans la fosse C, où elle est reprise par la pompe centrifuge B et ramenée dans la cuve A. De temps en temps on projette dans l’huile du chlorure d’alumine en solution très concentrée et bien refroidi. Le'battage à l’air sec doit durer une journée. L’huile, après un bon repos, est décantée et filtrée. Elle est blanche ou légèrement ambrée. Sa conservation est assurée. Le procédé s’applique aux huiles d’olive, d’arachide, de sésame, de colza, etc. Le coût du traitement ne dépasse pas lfr,50 par 100 kilogrammes d’huile.
- Photographie sur cuir. — Nous avons eu l’occasion de voir des cuirs ornés de photographies, représentant soit des ornements anciens, soit des paysages, monuments, etc. Ces photographies sont obtenues par des procédés très simples. Le cuir est corroyé par les méthodes habituelles. Ce travail terminé, on le ponce, comme pour préparer le cuir vernis, on lui donne une couche d'apprêt (huile de lin bouillie avec de la litharge) et, après dessiccation, on lui donne un second ponçage. Sur ce cuir, on étend une solution de gélatine additionnée de bichromate d’ammoniaque et on le fait sécher à l’obscurité. On l’insole sous un négatif, comme pour le
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- LA NATI ISL.
- papier charbon. Après cela, on lave le cuir à l’eau tiède, avec une éponge, pour enlever les parties non influencées par la lumière. En ayant eu soin de mettre dans la solution gélatineuse des poudres colorées, on obtient des photographies de telle couleur que l’on désire. On peut aussi procéder par report, cela est même préférable. On transporte sur le cuir des épreuves phototypiques, obtenues avec une encre spéciale. Cette encre se compose d’une solution d’acétate de fer dans la glycérine mêlée avec des matières grasses. Le tanin du cuir, au contact du sel de fer, donne un noir indélébile, formant les traits de la photographie. Avec un peu d’habileté on arrive à d’assez jolis effets.
- Imitation des fourrures par la photographie.
- — Encore une excellente application de la photographie. Étant donnée une peau blanche, pour lui donner les dessins que l’on remarque sur les peaux de tigres, de panthères, etc., aucun procédé absolu n’a été donné jusqu’ici. Les teinturiers allaient un peu au hasard, à la bonne fortune du pot, suivant une expression populaire. La photographie est venue en aide aux imitateurs et leur a donné le moyen de reproduire ce que la nature seule avait eu le monopole jusqu’à présent. Pour imiter une peau de tigre, par exemple, il faut avoir un modèle, une peau d’origine.
- Celle-ci est humectée avec de la colle de graine de lin (graine de lin bouillie dans vingt fois son poids d’eau), du côté du poil. Celui-ci est soigneusement couché, du même côté, avec une brosse, ensuite avec une éponge. On prend une photographie de cette peau. On la transforme en une lithographie sur zinc, à peu près de la grandeur de la peau à teindre, et on en tire des épreuves de report. La peau à tigrer est enduite, du côté du poil, de colle de graine de lin et ses poils sont couchés du même côté. On y applique le report, tiré sur papier toile, avec une encre à base de glycérine et de couleurs artificielles. On laisse en contact un certain temps, afin de permettre au poil de s’imbiber du produit colorant, que l’on fixera ensuite. On détache le papier toile, en l’humectant sur le dos. En se servant d’une encre composée de glycérine contenant en solution de la paraphénylène-diamine, de la graisse et du savon, il ne reste plus, après avoir détaché le papier, qu’à passer de l’eau oxygénée à la surface de la peau. Un simple lavage enlève la colle des poils. On apprête ensuite par la méthode habituelle. Si la peau doit être fauve, on la teint de cette couleur avant de la tigrer, en réservant quelques parties blanches, pour obtenir une imitation plus parfaite.
- Nouvelle machine à tréfiler. — Les innovations dans la tréfilerie sont rares. Nous avons à en signaler une, appelée à un succès certain. Depuis l’énorme extension
- des installations électriques, l'usage de plus en plus marqué des fils métalliques dans les tentures, les ornements d'églises, les vêtements ecclésiastiques et militaires, on a cherché les moyens de produire rapidement et économiquement de grandes quantités de fils de toutes grosseurs et de toutes natures. Tout le monde connaît la filière simple employée pour les gros fils. Mais lorsqu’il faut produire les fils aussi fins que de la soie, employés dans la passementerie, l’opération deviendrait longue et onéreuse si l’on se servait de la filière simple. On a imaginé la machine dite multiple, tirant quinze filières à la fois, composée de quinze bobines d’entraînement du fil, mises à la suite les unes des autres, une filière étant placée entre chacune d’elles. Les filières sont de plus en plus fines et les bobines marchent avec des vitesses proportionnelles à l’allongement du fil. Cette machine a été un progrès sérieux dans l’art de la tréfilerie. Malgré ses avantages, cette machine présente l’inconvénient d’exiger quinze courroies, quinze arbres, autant de graisseurs. Elle se développe sur une étendue de A mètres et exige beaucoup de surveillance de la part des ouvrières chargées* de les sur-
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- veiller. M. Allard-Latour, constructeur à Lyon, a compris ces défauts et a imaginé une machine très simple, très pratique et réduite à sa plus simple expression, que nous avons vue fonctionner dans ses ateliers et dont nous donnons le dessin (fig. 2). Elle est à quinze ou dix-neuf filières et ne développe (pie lra,50 de largeur. En outre, elle n’a que deux courroies pour actionner les bobines d’entraînement. Le fil part de la roquette A, passe sur le pantin de devant et va s’enrouler sur les cônes étagés B. Chaque étage de cône correspond à l’allongement donné par la filière. Des cônes du dessus le fil passe aux cônes de dessous, passe sur le pantin C et va s’enrouler sur la roquette E. Un porte-filière D distribue le fil automatiquement. Lorsque le fil casse, pour une cause ou pour une autre, le porte-filière tombe, fait déclencher le débrayage II et la machine s’arrête instantanément. Pour donner une idée de la valeur de cette machine, nous dirons qu'une seule ouvrière peut produire 42 à 45 kilogrammes de fil par jour ; ce fil est tellement fin qu’il en faut 48 500 mètres pour faire un kilogramme; son diamètre est évalué à 54 millièmes de millimètre (la grosseur du fil de soie ordinaire étant de 25 à 30 millièmes de millimètre). Nous croyons que la machine conçue parM. Allard-Latour rendra de grands services à l’art du tréfileur.
- Les biscuits-fourrages. — Dans le but de transporter les fourrages au loin, un industriel de Buenos-Ayres a eu l’idée de les comprimer, sous forme de galettes, ou mieux, de biscuits, diminuant ainsi leur volume de
- Fi/*. 1. — Appareil pour la stérilisation des huiles.
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- dix fois au moins. Les biscuits, ainsi préparés, sc conservent indéfiniment et ne sont plus susceptibles de fermenter, de s’échauffer ou de se détériorer. Pour donner une idée de la compression de ces biscuits, nous dirons qu’ils ne pèsent que 500 grammes avec les dimensions suivantes :
- 48 centimètres de longueur, 12 centimètres de largeur et 2 centimètres d’épaisseur.
- Dans un espace de 1 mètre cube, on peut loger environ 900 de ces biscuits représentant un poids de 450 kilogrammes. Pour loger 450 kilogrammes de paille, il faudrait un espace de 4 à 5 mètres cubes. Cette nouvelle forme de fourrage, très bien acceptée par les chevaux, puisque auc.un des principes nutritifs et appétissants n’a été détruit, est à recommander pour la nourriture des chevaux de l’année pendant les manœuvres, les traversées, les campagnes coloniales. Leur emploi rendrait des services aux grandes compagnies de voitures, aux agriculteurs et aux industries situées dans les pays privés de fourrage. Comme la saison s’annonce comme pauvre en fourrages, nous avons tenu à signaler celte nouvelle invention.
- Crayons à teindre. — Voici une invention qui pourra rendre certains services aux teinturiers dégraisseurs, amateurs, pour teindre, colorer, marquer des étoffes, des objets divers (en bois, en corne, en celluloïd, en cuir), etc. Le crayon est obtenu en mélangeant 10 parties de para-phénylène-diamine en poudre avec 90 parties de savon blanc sec en poudre; on ajoute de l’alcool pour former une pâte que l'on moule dans des formes coniques. Les cylindres, retirés du moule, sont enveloppés dans des feuilles d’étain pour assurer leur conservation. Voici comment on emploie ces crayons : on les promène sur les parties à teindre ou à marquer, après les avoir
- légèrement humectés. Tout d’abord la trace n’apparaît pas, mais elle se développe peu à peu à l’air. Si l’on désire avoir tout de suite la teinture, on n’a qu’à promener sur les surfaces tracées de l’eau oxygénée ou du permanganate
- de potasse en solution acide.
- Nouvelles formules de bouillies au cuivre. — Cette année, le mildiou a fait beaucoup de ravages sur les vignobles. On a cherché des procédés permettant de maintenir plus longtemps les sels de cuivre sur les feuilles. De nouvelles formules ont été données. Voici celles que nous trouvons plus particulièrement intéressantes. 1° Bouillie au lait, de M. F. Marchand, composée de 200 litres d’eau, 1 kilogramme de sulfate de cuivre, 1 litre et demi d’ammoniaque, 5 kilogrammes de blanc de Troyes et 14 litres de lait. Cette bouillie adhère beaucoup aux feuilles. 2° Bouillie à l'hyposulfite de cuivre, préparée avec 100 litres d’eau, 2 kilogrammes de sulfate de cuivre et 2 kilogrammes d’hvposulfite de chaux. 5° Bouillie Vulcain, formée de 100 litres d’eau, 2 kilogrammes de sulfate de cuivre, 1 litre d’ammoniaque et 1 kilogramme de sulfo-ricinate de soude ou 500 grammes de savon en solution dans 2 litres d’eau chaude.
- Fabrication des graisses neutres pour le graissage. —
- Les graisses neutres sont fortement réclamées pour les besoins du graissage de toutes les industries. Le suif rancit facilement et devient rapidement acide. Les graisses minérales restent bien neutres mais ont l’inconvénient de former cambouis. Nous croyons devoir signaler un procédé de fabrication de graisses neutres qui pourra rendre de véritables services aux intéressés. L’industrie nouvelle pourra se créer en France et procurer de bons avantages. Nous avions signalé ce procédé, en 1889,
- Fig. 2. — Machine à tréfiler (système Allard-Latour).
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- dans notre ouvrage Les corps gras. Nous n’avons pas été écouté en France, mais les Américains, gens pratiques, ont tiré profit de nos conseils. En distillant l’acide oléique avec de la chaux, on produit un corps appelé : oléone ou isaléone; avec l’acide margarique, on obtient la margarone, tandis que l’acide stéarique donne la stéarone. Ces corps sont neutres, ne rancissent pas et ne se saponifient pas. Ils se comportent comme les matières grasses minérales, mais n’en présentent pas les inconvénients. Pour préparer l’oléone, on distille un mélange de 25 parties de chaux sèche, en poudre, avec 75 parties d’acide oléique, résidu de la fabrication des bougies. Pour cette distillation, nous recommandons l’appareil de Julien Engclhart (fig. 3), fonctionnant à la chaleur sèche. 100 kilogrammes d’acide oléique donnent 80 kilogrammes d’huile neutre. En remplaçant l’acide oléique par des suifs, des graisses, etc., on obtient des graisses neutres de différentes consistances. On peut compter sur un rendement de 75 pour 100. Ces graisses neutres résistent à tous les agents chimiques, sauf au gaz chlore, mais le chlore à l’état libre n’existe pas dans les applications industrielles auxquelles on les destine. Ce sont donc des lubrifiants qui méritent d’attirer l’at • tention des ingénieurs et des manufacturiers.
- A.-M. Villon.
- CHRONIQUE
- Les chemins de fer français et anglais. —
- Le Board of Traite vient de publier le rapport général sur l’exploitation des chemins de fer de la Grande-Bretagne pendant l’année 1894. Ce qui frappe en premier lieu dans la circulation des voyageurs, c’est le nombre réduit de ceux qui, en Angleterre, prennent des billets de deuxième classe. Sur le continent, les trains se composent de voitures de plusieurs classes, et le nombre proportionnel de voyageurs de chaque classe qui a été transporté dans cha-
- que pays est assez curieux :
- FRANCE ANGLETERRE
- Nombre de 1'. c. Nombre P.c.
- voyageurs île voyageurs
- 1» cl. . . . 18975000 6-40 29 821 000 3-30
- 2e cl. . . . 80 697 000 27-30 60162 000 6-60
- 5e cl. . . . 196 046 000 66-50 821 450 000 90-10
- 200 318 000 100-00 911 413 000 100-00
- Ce tableau montre que le peuple anglais voyage trois fois plus que le peuple français et que, en Angleterre, il y a une tendance bien marquée à supprimer cette seconde classe, classe bâtarde, qui ne donne ni le confort de la première, ni le bon marché de la troisième. Et chaque année on voit disparaître en Angleterre cette classe intermédiaire encore en honneur de ce côté du détroit1.
- Une migration de sauterelles. — Une armee de sauterelles a été vue, il y a peu de semaines, sur les frontières de l’Utah et de l’Idaho, aux États-Unis. Longue de 16 kilomètres, et présentant un front de 400 mètres, cette armée avançait, détruisant tout sur son chemin.Devant elle le paysage était vert ; derrière elle il devenait brun : il ne restait que des tiges. Quand elles arrivaient à de petits cours d’eau, elles sautaient dedans et nageaient, ou bien, grimpant sur les saules, en faisaient plier les branches sous leur poids, et abaissaient celles-ci jusqu’à terre, sur l’autre rive. Les truites, d’abord, se régalaient des insectes ; mais, devant la cohorte interminable, elles finirent
- 1 D’après un résume de la Revue industrielle.
- par reculer, rassasiées et alarmées, se cachant au fond des creux, éprouvant sans doute des sentiments analogues à ceux des Hébreux après la pluie de cailles. Cette sauterelle est YAnabrus simplex, qui se livre souvent à des déplacement désastreux pour l’agriculture.
- Les grandes forêts du globe. — La question des forêts est une de celles qui intéressent le plus nos confrères américains. Au dernier meeting de leur Association pour l’avancement des sciences, plusieurs membres lurent des Mémoires sur les principales forets du globe. L’objet de ces études était de dégager exactement l’influence des forêts sur l’équilibre atmosphérique des régions qu’elles habitent. La plus vaste forêt de l’Amérique du Nord s’étend sur les provinces de Québec et d’Ontario, au nord de Saint-Laurent : elle se prolonge au nord jusqu’à l’IIudson et au Labrador et mesure 2750 kilomètres de longueur sur 1600 kilomètres de largeur. Il y a vraiment de quoi s'v perdre. Dans l’Amérique du Sud, une forêt de ce genre occupe la vallée de l’Amazone dans le Haut-Pérou et le nord-ouest du Brésil : ses dimensions présumées seraient 3300 kilomètres sur 2000. Les explorateurs du centre de l’Afrique ont tous parlé d’une forêt démesurée, qui s’étendrait entre la vallée du Congo et les sources du Nil jusqu’au Zambèze. Sa longueur ne peut être estimée, mais sa largeur, du nord au sud, mesure 4800 kilomètres. Enfin la Sibérie septentrionale présente une immense contrée boisée, depuis le fleuve Obi, à l’ouest, jusqu’à la vallée de l’Indigirka, à l’est, embrassant les rivières Olenek, Léna et Iana, sur une longueur de 4800 kilomètres et une largeur de 2700. Ces immenses régions sont presque uniquement couvertes de conifères, pins, sapins et mélèzes. Des milliers de kilomètres carrés n’ont jamais été explorés par les trappeurs les plus expérimentés et les plus audacieux. Il paraît que la parfaite ressemblance que présentent entre eux ces grands arbres conifères, qui ne laissent pas traverser le pâle soleil arctique, empêche de se guider d’aucune façon dans ces immensités. Les arbres ont 50 mètres de hauteur et se touchent de si près qu’il est difficile de se glisser entre eux. Ajoutons à ces renseignements que des régions entières du Brésil ne sont qu’une immense forêt continue, et que le versant oriental des Andes, du Vénézuéla au Pérou, constitue une forêt vierge qui se développe sur plus de 20 degrés de latitude, c’est-à-dire plus de 2000 kilomètres sans interruption1.
- LTn nid d’oiseau construit avec de l’acier. — Le Musée d’histoire naturelle de Soleure, en Suisse, conserve un nid fort curieux apporté par M. Rudolf Rueder. 11 est construit entièrement en acier. A Soleure, il y a beaucoup d’horlogers, et l’on trouve souvent des ressorts de montres ou d’horloges, cassés ou hors d’usage. L’été dernier, M. Rueder, un de ces horlogers, découvrit, sur un arbre dans sa cour, un nid d’oiseau d’aspect singulier. 11 l’examina et trouva qu’un couple de hoche-queue avait bâti son nid entièrement avec des ressorts de montres ramassés par-ci par-là dans le village. Le nid avait
- 10 centimètres de diamètre et était des plus confortables. Après que les architectes emplumés eurent élevé leur couvée, M. Rueder offrit le nid au Musée de l’endroit, où
- 11 est comme exemple de l’intelligence des oiseaux, quand il s’agit de profiter des circonstances pour édifier leur nid. L’année prochaine, les mêmes oiseaux construiront probablement le même nid, à moins que les horlogers de Soleure ne soient devenus plus soigneux et ne laissent plus traîner leurs déchets.
- 1 D’après la Revue horticole.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 octobre 1895. — Présidence de M. Marey.
- L’argon dans l'azote atmosphérique. — Dans la dernière séance, M. Schlœsing fils a exposé un procédé de dosage de l’argon dans l’air atmosphérique, qui est extrêmement précis. En opérant sur différents échantillons, il a trouvé que pour 100 volumes d’azote atmosphérique, il y avait une quantité d’argon variant entre rol,180 et 1 185. La moyenne de cinq déterminations donne 1,184.
- Cette proportion ne paraît guère varier avec l’altitude, car une analyse d’air pris au sommet de la tour Eiffel a donne 1,180. En revanche, l’air contenu dans les profondeurs du sol accuse une teneur légèrement plus faible. Quatre analyses d’échantillons prélevés dans ces conditions, ont fourni les nombres à 1,170; 1,169; 1,155 et 1,118.11 est probable qu'il convient d’attribuer cette différence à l’inégale solubilité des deux gaz dans l’eau.
- Analgse de l'émeraude. — M. Lebeau a dosé la glu-cine dans l’émeraude. Il a trouvé que cette gemme renfermait 14,85 pour 100 de glucine. L’auteur signale en outre un fait très intéressant, c’est la présence du fluor libre dans certaines veines de l’émeraude. Ces veines sont noirâtres, à paillettes rouges cristallines. La présence du fluor est caractérisée par sa propriété de donner de l’ozone au contact de l’air humide.
- Rattachement géodésique de la Corse au continent. — M. Perrotin, directeur de l’Observatoire de Nice, lit une Note sur la détermination de la différence de longitude, à laquelle il vient de procéder avec M. Ilatt, ingénieur hydrographe, pour rattacher la Corse au continent. Le lieu de la station maritime choisie a etc Pile Rousse, très voisine de la Corse; l’autre station l’Observatoire de Nice. La méthode suivie a été celle adoptée en France depuis longtemps déjà pour les opérations du même genre : détermination de l’heure à l’aide d’une lunette méridienne et transmission de signaux enregistrés simultanément aux deux stations sur un chronographe en rapport avec la pendule sidérale, échange des observateurs pour éliminer l’effet de l’équation personnelle, c’est-à-dire de la manière d’observer propre à chacun d’eux. L’opération exécutée par MM. Perrotin et Ilatt paraît se distinguer par une extrême exactitude, car l’erreur commise ne dépasserait pas 0%03, soit 0%45. Cette approximation représente 10 mètres en longitude, à la latitude de la Corse.
- Le tonnerre en boule. — M. Mascart rapporte une observation curieuse du tonnerre en boule qui lui a été transmise par un officier de l’armée. L’observateur a pu apercevoir pendant quelques moments un globe de feu qui se tenait sur une tige de fer fixée au toit d’une maison distante de 100 mètres. Le diamètre de cette houle était de 0m,50; elle avait l’éclat d’un foyer électrique. Une gerbe d’étincelles s’échappait de son sommet. M. Mascart ne croit guère au tonnerre en boule; il attribue les observations qui en ont été faites à des illusions sensorielles des observateurs, mais il trouve cette dernière observation très particulière. M. Becquerel rappelle une observation dans laquelle le trajet du météore resta marqué par un fort sillon.
- Nouveau système d'équivalents chimiques. —M. Marq-foy lit un Mémoire relatif à un système d’équivalents chimiques dont le point de départ est la considération des nombres de molécules différentes que l’on peut former par le groupement d’un nombre variable d’atomes, si l’on
- suppose que la matière est une. Seuls les groupements constitués par des nombres premiers de molécules seraient susceptibles de correspondre à des corps simples, les autres groupements reproduisant des corps déjà obtenus. L’auteur conclut que les poids moléculaires sont représentés par des nombres premiers. Il a dressé un tableau des corps simples de la chimie et donné à chacun d’eux un équivalent représenté par un nombre premier : Hydrogène 1, oxygène 2, carbone 3, calcium 5, azote 7, etc. Quelques corps reçoivent le même équivalent : chrome et palladium 53, étain et cobalt 59 ; deux autres, l’iode et le vanadium, ne peuvent figurer dans ce système. L’auteur remarque ensuite que pour un certain nombre de corps, l’équivalent est identique au poids atomique : Fluor 17,sodium23,phosphore 31, cobalt79. Pourd’autres l’écart est plus ou moins faible : chrome 53 au lieu de 52,4, strontium 89 au lieu de 87,6, plomb 103 au lieu de 103,5, etc. Enfin, pour le plus grand nombre, le poids atomique est un multiple tantôt exact, tantôt approché de l’équivalent chimique, ou un sous-multiple. En résumé, les 63 nombres premiers compris entre 1 et 500 suffisent à l’auteur, dans les limites suivantes : 23 ont des poids atomiques représentés exactement par des nombres premiers, des multiples ou sous-multiples de nombres premiers, 55 sont représentés de la même manière à 1/100 près du poids atomique, 6 à 2/100 et 1 à 3/100. Trois corps restent soumis à discussion et 7 non classés. Parmi ces derniers, le lithium, le didyme, le gadolinium, le prascodyme, l’argon, l’hélium.
- Varia. — MM. Dastre et Florescu ont étudié la digestion saline de la gélatine. — M. le général de Tillo présente une carte hvpsométrique de la Russie occidentale et des régions limitrophes. Cti. de Villedeuil.
- LA. XIL0PHANIE
- Depuis longtemps nos lecteurs connaissent la lilho-* phanie, qui consiste à reproduire les ombres et la lumière d’un dessin au moyen des épaisseurs plus ou moins grandes d’une plaque de porcelaine. L’Allemagne a la spécialité de ces productions qui sont obtenues à bon marché sur des plaques moulées et qui représentent les tableaux célèbres, les bords du Rhin, etc....
- Ce qui est moins connu, c’est la xilophanie, basée sur le même principe, mais, comme son nom l’indique, exécutée sur bois. Ici le procédé est plus délicat, car il ne peut plus être question d’un moulage, il faut que la main de l’ouvrier, de l’artiste plutôt, intervienne.
- M. Jean Péping s’est fait une spécialité de cè genre de travaux et mérite certainement d’être plus connu. On lui remet une photographie il la copie, la sculpte, sur une planchette mince de poirier, et le résultat, vu par transparence, est une reproduction fidèle de l’épreuve qu’on lui a confiée et qu’il rend intacte.
- Ce qu’il y a de plus curieux c’est que la teinte photographique même existe, à tel point que bien des personnes croient qu’il s’agit simplement d’une épreuve sur papier albuminé, collée derrière la planchette de bois. Or il n’en est rien, le bois est absolument nature, sans trace de teinture; les tons sont donnés par l’essence même du poirier, qui est blanc par réflexion et prend des teintés brunes à mesure que son épaisseur augmente; c’est en creusant plus ou moins que l’artiste arrive à obtenir non seulement le modelé mais les teintes voulues, et, chose remarquable, M. Péping exécute ce travail avec un simple canif. Pour qui désire avoir un portrait inalté-
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- t able, voilà une véritable solution radicale et qui délie tous les procédés photographiques.
- Nous avons tenu à signaler à nos lecteurs la xilophanie qui mériterait d’être plus connue ; il est même probable que plusieurs d’entre eux pourraient, après avoir vu le travail de M. Péping, arriver à de bons résultats.
- G. M.
- ROCHES A FIGURES ANIMÉES
- LA FEMME I)E LOTH, PRÈS D’AVIGNON
- Un de nos lecteurs, M. Caziot, chef d’escadron d’artillerie, détaché à Bastia (Corse), nous avait envoyé, il y a quelques années *, la description d’un grand monolithe bien connu dans le département de Vaucluse ; cette pierre debout a 15 mètres de hauteur, et sa forme est celle d’une femme en robe ; cette curiosité est désignée dans le pays sous le nom de la femme de Lolh. Notre correspondant complète aujourd’hui ses documents en nous envoyant une photographie que nous reproduisons ici (ligure ci-contre). Il nous adresse encore la Note suivante que nous faisons con naître :
- La femme du Lolh, que l’on appelle aussi dans le langage provençal « la pierre levée » (Peyrou plantadou), grâce aux nombreux rognons dont elle est ornée, résiste avec énergie aux agents atmosphériques, à la violence du mistral et a l’action corrosive de l’air. Peut-être eqeore soudée au rocher mère dont elle émane, tantôt sous l’eau, tantôt immergée pendant les temps tertiaires, elle a pourtant eu à soutenir de rudes assauts de la mer de celte époque géologique dont les étapes successives de retrait sont profondément gravées non loin de là, à Roque-maure, sur les assises relevées presque verticalement de l’étage Urgonien. La mer Miocène a tenu à lui laisser un souvenir durable de son séjour en déposant, à ses pieds, dans un conglomérat, dont les éléments sont cimentés par un calcaire très dur, une série de fossiles caractéristiques du schlier. C’est un cadeau de roi, car le dépôt est unique dans la vallée du Rhône. Débarrassée peu à peu des matériaux qui ont dù s’accumuler à sa base, elle a vu se succéder une longue série de siècles pendant lesquels elle a été témoin des efforts de l’homme primitif qui venait près d’elle façonner ses autels et
- modeler ses poteries dont les débris abondent encore dans les foyers que l’on trouve dans son voisinage immédiat. Luis notre femme vêtue de pierre, placée au carrefour où se ruèrent une foule d’envahisseurs, vit successivement les Ligures partis de l’est, les Ibères de l’ouest, les Phéniciens et les Gaulois du nord, envahir la contrée; c’est tout près d’elle que le Rhône fut franchi par Annibal et que se livra, 120 ans avant Jésus-Christ, la bataille mémorable où le proconsul romain Aheno-barbus tailla en pièces la première armée gauloise qui s’était levée pour défendre l’indépendance du sol de la patrie.
- Après les Romains, les Bourguignons, les Francs, les Visigolhs et les Sarrasins défilèrent devant la
- pierre levée, et c’est sans doute lorsque sa région, au douzième siècle, fit partie du royaume d’Arles, qu’elle se revêtit du coquet et élégant fichu porté par nos jolies Arlé-siennes.
- Pendant un demi-siècle elle vit défiler ou camper près d’elle : Duguesclin et ses soudards, les Anglais, les routiers, écorcheurs, malandrins, retondeurs, etc., suivant les noms que leur donnèrent les populations affolées. Elle vit s’élever le superbe et magistral palais des Papes, qui complète le merveilleux tableau qui se déroule aux yeux émerveillés du touriste qui vient rêver à ses côtés, et la tour de Philippe le Bel, bâtie par ce roi pour défendre le côté de la France du vieux pont d’Avignon.
- Dans un temps plus ou moins éloigné, les agents atmosphériques auront raison de la dureté de notre statue antique ; elle disparaîtra comme tous les êtres animés qui l’ont contemplée, et ses débris viendront s'ajouter à ceux parmi lesquels nous recherchons les ruines, reliques du vieux monde.
- Il nous a paru intéressant de compléter par la description que nous venons de présenter aux lecteurs la curieuse collection d’articles sur les roches à figures animées, que La Nature a publiés depuis de longues années *. Caziot,
- Chef d’escadron d’artillerie, détaché à Bastia.
- 1 Yoy. Tables décennales des vingt premières années.
- , Le Propriétaire-Gérant : G. Tiss.vxdieu
- Pierre à figure animée appelée La femme de Lolh aux environs d’Avignon. (D’après une photographie.)
- 1 Yoy. n° 900 du 21 mai 1892, p. 397, col. 2.
- Paris. — Imprimerie Lahlke, rue de Fleurus, 9.
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- N* 1171
- « NOVEMBRE 1895,
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- L’ACCIDENT DE LÀ GARE MONTPARNASSE
- Fig. 1. — Locomotive du chemin de 1er de l’Ouest, tombée de la plate-forme des voies de la gare Montparnasse sur la place de Rennes.
- (D’après des photographies.)
- Nos gravures 1 et 2 que le lecteur a sous les yeux repré sentent les positions occupées par la locomotive n° 721, son ten-der et le premier fourgon à bagages; la locomotive et le tender sont suspendus l’un à l’autre et le tender au fourgon, en dehors du bâtiment de la gare en façade sur la place de Rennes,et parles autres wagons du train demeurés dans l’intérieur de la gare. Nos lecteurs pourront ainsi se rendre aisément compte des résultats 'de ce curieux et singulier accident, qui, par un hasard extraordinaire, n’a fait qu’une victime, alors que la chute de la locomotive sur
- 23* atmee. — 2° semestre.
- l’emplacement où stationnent les tramways aurait
- dù avoir de terribles conséquences, et que, d’autre part, les voyageurs et le personnel du train auraient pu, en cas de résistance des buttoirs et du mur de fond, être écrasés par le télescopage des voitures. Rappelons brièvement les faits, que les journaux quotidiens ont déjà indiqués dans tous leurs détails. Le train express n° 56, arrivant de Granville le mardi 22 octobre à 4 heures du soir, a pénétré dans la
- Fig. 2. — Vue de l'intérieur de la gare après l’accident.
- gare avec une vitesse bien supérieure à la normale. Il était composé d’une locomotive à deux essieux
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- LA NATURE.
- accouplés et un essieu porteur, de deux fourgons à bagages, d’un wagon-poste, suivis par six wagons à voyageurs et le fourgon de queue. La locomotive renversa les buttoirs, ce qui produisit un léger arrêt pour tout le train. Puis elle continua sa course sur le trottoir situé entre les buttoirs et le mur de fond, et, enfonçant ce dernier, tomba sur la place en démolissant le balcon de la façade. Le tender suivit le mouvement, et, les chaînes d’attelage n’ayant pas cassé, aussi bien celles qui le reliaient à la machine que celles du fourgon, vint s’appuyer contre le mur dans un plan presque vertical; quant à la locomotive, son avant-train avait pénétré dans le sol d’environ 80 centimètres et sa traverse arrière restait engagée dans les tôles latérales du tender, de sorte que celui-ci se présentait de face avec une certaine obliquité. Le mécanicien n’avait pu, parait-il, faire fonctionner le robinet du frein continu Westinghouse placé sur la machine, et le renversement de la vapeur n’avait donné aucun ralentissement; mais le conducteur placé dans le fourgon de queue eut heureusement la présence d’esprit de manœuvrer la manette d’arrière du même frein ; c’est évidemment le calage ainsi obtenu qui a permis aux véhicules du train de s’arrêter sur la crête du mur. L’énorme frottement déterminé par le creusement du trottoir et la désagrégation du béton qui le constitue, a suffi pour empêcher le premier fourgon de franchir la brèche; le second et le wagon-poste se sont engagés à sa suite sur le trottoir; quant au reste du train, il n’a pas quitté les rails.
- Les voyageurs et les mécaniciens ont ainsi évité . d’être lancés sur la place de Rennes : la rupture des huttoirs a, d’autre part, prévenu l’entassement des wagons les uns sur les autres, ou leur pénétration réciproque, résultats habituels des accidents dus aux chocs.
- La locomotive s’est vidée très rapidement, grâce à la rupture instantanée des soupapes desûreté, lors de sa chute. Du reste, elle ne présentait aucun danger d’explosion, le feu étant naturellement très bas au moment de l'accident, et devant s’éteindre presque aussitôt par le renversement des charbons et leur projection dans les tubes.
- La position occupée par la locomotive et par le tender à l’extérieur du mur de façade, démontre que ces véhicules sont arrivés à la brèche presque sans vitesse, et, par suite, que celle dont était animé le train en gare était certainement de beaucoup inférieure au chiffre de 50 kilomètres à l’heure qu’on a généralement signalé dans la presse quotidienne, En effet, en pareil cas, la résistance opposée par les buttoirs et par le mur de fond n’aurait certainement pas suffi pour détruire la puissance vive ; et la machine, au lieu de tomber simplement sur son avant, c’est-à-dire à peu près comme si elle n’avait eu à obéir qu’à son propre poids, aurait été projetée sur la place de Rennes en basculant sur la crête du mur. Cette hypothèse est confirmée par la position du tender, qui n’est évidemment parvenu sur la brèche
- qu’à bout de vitesse, puisqu’il est venu s’interposer verticalement entre le mur et la machine, de manière à caler complètement cette dernière. On est même conduit à penser que si lé train avait eu encore une cinquantaine de mètres à parcourir, il se serait arrêté de lui-même et sans accident.
- Les travaux de déblaiement n’ont présenté aucune difficulté dans la gare, où il a suffi de ramener, à l’aide d’une locomotive, les véhicules sur les rails, pour les expédier ensuite aux ateliers de réparations. Il n’en a pas été de même pour la machine : tout d’abord, on pouvait craindre qu’elle ne s’enfonçât dans le sol, qui, à cet endroit, est superposé à des catacombes, et qu’en tout cas, elle ne crevât la voûte d’un égout voisin. On avait également à s’assurer que le mur de façade n’avait pas été ébranlé et demeurait capable de recevoir les chèvres destinées, d’une part, à soutenir le tender dans la position verticale, et, de l’autre, à l’appliquer contre le mur pour permettre d’en dégager l’arrière de la machine. Ces opérations, retardées de quarante-huit heures par les constatations légales et l’enquête du service du contrôle, se sont effectuées sans obstacle.
- Pour dégager la locomotive, on a commencé par déblayer son avant, afin de la faire glisser dans un plan perpendiculaire au mur. On avait, d’ailleurs, disposé contre celui-ci un lit de traverses étagées de manière à recevoir l’arrière, lorsqu’il se détacherait du tender. Ce travail fut poussé avec vigueur, et comme on redoutait un déplacement plus ou moins brusque de l’énorme masse, le creusement du sol se poursuivait au moyen de jets de pompe. Mais l’excavation pratiquée mit bientôt à découvert la voûte de l’égout, et la prudence exigea qu’on adoptât un autre système.
- A cet effet, on accrocha, sur la traverse arrière du côté gauche de la machine, des chaînes sur lesquelles on attela 14 chevaux ; mais elles se rompirent sans déterminer le déplacement désiré. On recourut alors à l’emploi d’un treuil de 250 tonnes appliqué au lançage des ponts métalliques et fourni par la Société des Anciens Établissements Cail.Dix hommes s’attelèrent aux manivelles, savoir trois à chacune de celles d’avant, et deux à chacune de celles d’arrière. La traction progressive exercée sur la machine permit, au bout de vingt-cinq minutes environ,de la dégager du tender, et aussitôt elle vint reposer doucement sur le lit de traverses. On cala alors soigneusement l’avant de la première paire de roues motrices, de!manière à obtenir en ce point une sorte d’axe de rotation. Puis on enlevait peu à peu les traverses disposées entre cet axè et le mur ; le centre de gravité d;e la masse se trouvant en arrière de l’axe, toute la machine pivotait autour de lui au fur et à mesure de la suppression des traverses, l’avant se redressait, et elle arriva peu à peu à une position presque horizontale. On passa alors des vérins Mathias avec des traverses sous l’avant et l’arrière de l’appareil, de manière à supprimer successivement toutes les pièces de charpente qui formaient son lit. On les remplaça par
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- deux paires de rails entretoisés posés sur le sol et sur lesquels on descendit la machine à l’aide de vérins. 11 ne restait plus alors qu’à la riper avec des crics ordinaires pour l’établir dans une position qui permît de la charger sur un chariot spécial et de la convoyer aux ateliers de réparations.
- Ayant assisté à ces opérations nous avons pu constater que la locomotive n° 721 présentait peu d’avaries: la bielle d’accouplement de gauche était seule faussée et les mouvement sont demeurés à peu près intacts. Si les cylindres, protégés contre le choc par la robuste traverse d’avant, ne sont pas rompus, celte locomotive, malgré l’extraordinaire accident qu’elle a subi, ne nécessitera que des réparations sans importance sérieuse.
- Quant au tender, il avait d’abord été question de le descendre également, mais on a préféré le remonter sur les voies de la gare. On a donc dressé sur la place une forte bigue au palan de laquelle a été relié l’avant du véhicule. Dans la gare une locomotive sous pression tirait sur l’arrière de manière à le maintenir contre le mur pendant le relevage de la traverse anterieure. Lorsque la caisse a pris une position sensiblement horizontale, on a continué à faire agir la bigue de la place et les treuils des chèvres de suspension pour l’amener à la hauteur de la crête de la brèche, puis on l’a tiré sur les rails.
- L’enquête des ingénieurs du Contrôle et de la Compagnie permettra sans doute de se rendre compte de la responsabilité qui incombe au mécanicien, surtout au point de vue de l’inexécution des règlements; mais, quels que soient l’intelligence et lesang-froid d’un agent expérimenté, il ne résulte pas moins des circonstances de l’accident qu’il aurait dù avoir des conséquences épouvantables. L’élévation du sol des voies de la gare Montparnasse au-dessus de la place de Rennes constitue en outre un danger permanent, auquel il y aurait lieu d’obvier dans la mesure du possible. Le remède à apportera cette situation ne saurait résider dans l’établissement de buttoirs plus résistants que ceux qui viennent d’être détruits, car, ainsi que nous l’avons déjà dit, s’ils avaient soutenu le choc, les wagons auraient été télescopés, les voyageurs et les agents écrasés, et les bureaux voisins des voies détruits ainsi que le personnel qu’ils contenaient. Mais, si on considère que les reculs des formidables pièces d’artillerie installées à bord des navires doivent être annulés par l’action de freins hydrauliques, qui fournissent des résistances allant jusqu’à 400 tonnes-mètres avec un chemin parcouru de 0m,80 seulement, on est conduit à se demander si des appareils de même nature convenablement appropriés ne seraient pas applicables dans les gares terminus et ne donneraient pas une sécurité suffisante contre le retour de si graves accidents. Or, un train express de composition normale, comme le train n° 56, pèse environ 250 tonnes : animé d’une vitesse réduite en gare, par l’application plus ou moins imparfaite des freins, de 15 à 16 kilomètres à l’heure, la force vive à amortir ne dépasserait pas 2500 tonnes-mètres. Le
- problème n’offrirait donc aucune difficulté, car on pourrait facilement en pareil cas disposer pour l’arrêt d’une longueur de 5 à 6 mètres au lieu des 0m,80 cités plus haut, longueur qui serait d’ailleurs nécessaire pour empêcher le télescopage des véhicules.
- G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- ESSAIS SUR LA TURIÏINE A VAPEUR
- DE LAVAL
- Divers essais très intéressants ont été effectués dernièrement par M. Compère sur la turbine de Laval, dont nous avons précédemment1 donné la description. Cet ingénieur a rendu compte de ses expériences à la séance de la Société des ingénieurs civils de France, du 4 octobre 1895. Une première série d’essais a été faite à l’Exposition de Bordeaux par le jury sur une turbine de Laval de 100 chevaux, actionnant une dynamo Bréguet. Les consommations de vapeur ont été de 14kg,C>50 par kilowattheure, soit 10kg,780 par cheval-heure électrique, et9kg,100 par cheval-heure utile sur l’arbre de la turbine, en admettant un rendement industriel de 85 pour 100 pour la dynamo. Ce premier essai a été fait à la charge normale de 100 chevaux. Un deuxième essai à 50 chevaux a donné des consommations de 18kg,320 par kilowatt-heure, ou 15kg,480 par cheval-heure électrique et 10kg,820 par cheval-heure utile sur l’arbre. À cette marche le rendement industriel de la dynamo avait une valeur de 80 pour 100. M. Compère a également fait dans les ateliers Bréguet d’autres expériences sur une turbine de 75 chevaux destinée à l’éclairage électrique des magasins de la Place Clichy. Il a trouvé notamment que, quel que soit le vide au condenseur, la consommation de vapeur de la turbine, non rapportée au travail, restait la même. Pendant un premier essai d’une durée de trois heures, le vide, qui n’était représenté que par la pression d’une colonne de mercure de 55 centimètres, est tombé à 45 centimètres pendant la troisième heure. La consommation est restée la même pendant les trois heures. Dans un autre essai, avec un vide de 05,28 centimètres, la consommation a été de 14,76 kilogrammes par kilowatt-heure. Ces résultats sont très intéressants et ils nous montrent que la consommation de vapeur des turbines ne dépasse pas les consommations ordinaires des machines à vapeur à piston. Il sera utile de poursuivre ces essais et ces observations surtout en pratique, dans les installations où la turbine de Laval sera utilisée. J. L.
- L’UTILISATION DES CHUTES DU NIAGARA
- INSTALLATION HYDRAULIQUE ?
- Comme nous l’avons indiqué dans notre premier article, l’installation complète du power-house de la Cataract Construction C° comprend dix unités identiques de 5000 chevaux, composées chacune d’une turbine de 5000 chevaux placée au fond d’un puits de 45 mètres de profondeur et transmettant son mouvement à des dynamos placées au niveau du sol par l’intermédiaire d’un arbre vertical en tôle. Ces
- 1 Voy. u° 1083, du 3 mars 1894, p. 211.
- a Voy. n° 1170, du 20 octobre 1895, p. 337.
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- dix unités n’ont en commun que le canal d'amenée de l’eau, le bâtiment qui les abrite et le tunnel de fuite dans le Niagara.
- Le canal de dérivation amenant l’eau aux turbines et le bâtiment qui abrite les dix unités motrices et génératrices de 5000 chevaux chacune ne présentent rien de particulier : le canal de fuite a été décrit ici même en détail lors de sa construction par M. Lucien Périssé, qui le visita en 1892.
- Nous renvoyons le lecteur à cet article1.
- C’est en Europe que l’Amérique a trouvé l’idée et les dispositions générales des turbines de 5000 chevaux nécessaires à la réalisation de ses projets d’utilisation des chutes du Niagara. i^C’est à la suite d’un concours auquel prirent part une douzaine de concurrents que la commission chargée d’étudier les projets et de les classer, donna la préférence aux turbines étudiées et présentées par MM. Faesch et Pic-card, de Genève. Des considérations d’ordre économique en firent confier la construction à la /. P. Morris C°, de Philadelphie.
- La figure 1 représente l’ensemble des dispositions adoptées pour l’installation de ces turbines, des conduites en tôle qui leur amènent l’eau et des arbres verticaux qui transmettent la puissance mécanique produite au fond du puits au niveau du sol.
- Calculées pour une chute de 41 mètres et une puissance utile de 5000 chevaux à pleine charge avec un rendement de 75 pour 100, elles débiteront chacune plus de 12 mètres cubes par seconde en tournant
- 1 Yoy. n° 1044, du 3 juin 1893, p. 7.
- à 250 tours par minute. Le débit total de dix turbines sera donc inférieur à 150 mètres cubes
- par seconde, et comme les estimations les plus modérées, basées sur la surface des quatre grands lacs et de leurs bassins, sur l’estimation de pluies moyennes et sur l’évaporation, portent le débit du Niagara à 7000 ou 8000 mètres cubes par seconde, on voit que l’utilisation prévue ne prendra que 5 à 4 pour 100 du débit total, et sera absolument insuffisante pour modifier en quoi que ce soit la majesté du spectacle offert par les chutes.
- L’eau puisée dans le canal supérieur arrive aux turbines placées au fond du puits par un tube en tôle de 2'n,25 de diamètre qui, à pleine charge, débitera l’eau à une vitesse de 5m,50 par seconde. On aurait pu prendre une conduite de plus faible section et
- y faire passer l’eau plus vite sans accroître sensiblement les pertes de charge, mais on a préféré une vitesse relativement faible qui réduit l’énergie cinétique de la colonne d’eau en mouvement et permet de régler avec plus de sensibilité et d’exactitude les variations de la vitesse angulaire de la turbine occasionnées par les variations brusques de charge auxquelles la dynamo quelle entraîne sera soumise.
- La turbine elle-même, représentée en coupe figure 2 et en vues extérieures figures 5 et 4, est, malgré sa puissance et ses proportions, d’une très grande simplicité. Elle est du type à admission centrale. L’eau arrivant de la conduite par un tube en quart de cercle, remplit l’espace central entourant
- Fig. 1. — Coupes longitudinale et transversale du potver-house montrant l’installation des conduites d’amenée de l’eau, les turbines, l’échappement de l’eau et les arbres en tôle.
- Fig. 2. — Coupe longitudinale des turbines montrant les deux séries de directrices et les couronnes obturatrices.
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- l’arbre et vient agir sur deux séries de couronnes placées l'une en dessus, l’autre en dessous de l’arrivée. L’eau s’échappe, après son action, par des passages ménagés entre les aubes autour de la circonférence extérieure.
- On règle la vitesse angulaire et la puissance de la turbine en étranglant plus ou moins la sortie de l’eau, en soulevant ou en abaissant deux couronnes obturatrices qui découvrent plus ou moins les orifices,
- Comme cette méthode est peu économique, chacune des couronnes de directrices et d’aubes a été divisée en trois parties dans le sens delà hauteur par des cloisons horizontales. Le but de ce dispositif* est de placer la turbine dans de bonnes conditions de rendement pour un tiers de charge, deux tiers de charge et la charge complète. Pour les charges intermédiaires, une des trois parties, plus ou moins étranglée, fonctionne dans de moins bonnes conditions que les autres, mais sans trop affecter le rendement de l’ensemble. Ainsi, par exemple, aux cinq sixièmes de la charge, quatre sixièmes travailleront avec le rendement de 75 pour 100 et le cinquième sixième avec le rendement de 50 pour 100 seulement, mais le rendement de l’ensemble sera encore de 70 pour 100, c’est-à-dire très satisfaisant.
- Pour réduire les ralentissements de vitesse angulaire occasionnés par les variations de charge, on avait prévu un volant monté directement sur l’arbre de la turbine, mais ce volant a été supprimé, le moment d inertie de la dynamo étant plus que suffisant pour remplir cet office.
- La couronne portant les deux séries d’aubes est en bronze, la partie centrale dans laquelle arrive l’eau
- et les directrices sont en fonte.
- Le régulateur de vitesse angulaire combiné par MM. Faesch et Piccard est placé à la surface, dans la salle des machines. C’est un appareil à force centrifuge qui embraye mécan iqucm en t
- une série d’engrenages dans un sens ou dans l’autre, suivant que la vitesse est plus grande ou plus petite que sa valeur normale. Ces engrenages entraînent des crémaillères auxquelles sont fixées de longues tiges verticales supportant les couronnes obturatrices. Ces couronnes se trouvent alors soulevées ou abaissées et laissent ainsi une section plus ou moins grande à la sortie de l’eau. Le poids de la turbine se trouve équilibré par la pression de l’eau, ce qui a permis de supprimer toute crapaudine dont le graissage aurait présenté d’énormes difficultés pour
- d’aussi grandes puissances. L’arbre de 40 mètres de longueur qui ramène la force motrice produite au fond du puits au niveau du sol, est formé de tubes de tôle d’acier de 95 centimètres de diamètre, reliés par des parties pleines de 28 centimètres de diamètre. Ces parties pleines reçoivent les paliers de guidage et supportent l’arbre pendant les arrêts, car nous avons vu que, par le dispositif même de la double turbine, l’eau équilibre le poids de l’arbre et de la dynamo et que l’ensemble tourne en quelque sorte comme suspendu dans l’espace, par l’effet heureusement combiné de la pression de
- Fig. 3. — Noyau central de la turbine. Communication avec le tube d’amenée de l’eau.
- Fig. 4. — Vue d’ensemble d’une des turbines montrant la conduite coudée reliant la conduite verticale au noyau de la turbine, la turbine et l’amorce de l’arbre en tôle.
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- l’eau sur les deux couronnes supérieure et inférieure. Les parties pleines de l’arbre portent des saillies, comme les ardres de couche des navires à hélice dans les paliers de butée. Ces saillies supportent la dynamo, l’arbre et la turbine au repos. Les paliers ne servent qu’à guider l’arbre pendant le fonctionnement de la turbine. Trois paliers de ce genre sont ménagés sur la longueur totale de l’arbre. A son extrémité supérieure sont fixés les inducteurs mobiles des dynamos à courants alternatifs diphasés qui transforment la puissance mécanique produite par les turbines en puissance électrique et la répartissent autour de l’usine hydraulique. L’étude de la partie électrique de cette importante installation fera l’objet d’un prochain article.
- — A suivre. — E. HOSPITALIER.
- UNE NOUVELLE MERVEILLE DU TISSAGE
- Si nous en croyons nos confrères de la presse technique américaine, la grande fabrique de machines textiles de Draper, à Hopedale (Massachusets), vient de lancer définitivement un métier à tisser véritablement extraordinaire, qui se nomme Northrop Loom, du nom de James II. Northrop, qui en est à peu près complètement le créateur : ce métier triplerait la production des appareils même les plus perfectionnés existant à ce jour. Ce serait une révolution dans l’industrie cotonnière.
- Ce qui ajoute un intérêt tout particulier à cette nouvelle, c’est que le métier en question, avant d’être lancé dans le commerce, a été soumis à des expériences de plusieurs années d’après le Yarn andclolh, organe spécial de l’industrie textile, il va transformer de fond en comble le tissage des étoiles de coton ordinaires. Non seulement un même tisseur pourra diriger un nombre bien plus considérable de métiers, mais encore chaque métier verra sa production accrue dans une très grande proportion, par suite d’un fonctionnement ininterrompu, d’une continuation automatique du travail, qui supprimeront toutes les petites imperfections difficiles à réparer et donneront une bien meilleure qualité de tissu. *
- Les métiers employés jusqu’ici n’ont qu’une bobine, et, dès qu'elle est dévidée, il*faut arrêter le métier, sortir la navette, placer une nouvelle bobine et l’enfiler, opérations qui font perdre un temps énorme, d’autant qu’elles se répètent fréquemment, toutes les 5 à 10 minutes en moyenne. La disposition qui saute dès l’abord aux yeux dans le Northrop Loom, c’est la présence d’un bobinoir magasin renfermant jusqu’à 14 bobines pleines : à l’aide de ce magasin la navette reçoit automatiquement une bobine neuve dès que la première est épuisée, et l’enfilage se fait aussi mécaniquement. Bien entendu il a fallu inventer un dispositif des plus ingénieux, car la chose se passe tandis que la machine est en plein fonctionnement. De la sorte, le tisseur, pour employer 14 bobines, n’a plus à faire qu’un remplissage de magasin, tandis qu’il avait autrefois 14 opérations et bien plus compliquées, lin perfectionnement qui a également une très grande importance a été imaginé par M. Ch. F. Coper : dès qu’un fil de la chaîne casse ou s’échappe de la navette, dès que toutes les bobines du magasin sont épuisées, ou qu’enfin un dérangement quelconque se produit dans le mécanisme, le métier s’arrête automatiquement.
- On comprend que dans ces conditions il n’y a plus • besoin de cette surveillance incessante à laquelle le tisseur
- est obligé avec les anciens métiers : c’est à peine si le Northrop Loom perfectionné a besoin d’être surveillé. 11 paraît qu’il peut continuer de fonctioaner seul pendant que les ouvriers sont à prendre le repas de midi, ou même pendant un certain temps après la fin de la journée de travail du personnel, l’ouvrier ayant seulement à l’approvisionner d’une réserve de bobines pleines avant de le quitter : il continue de travailler automatiquement et livre un produit sans défauts.
- On a pu installer dans un atelier 80 de ces métiers, desservis par 5 tisseurs seulement, et produisant chacun par semaine 05 pièces de 47 mètres de long sur 0m,71 de large. Daniel Bkllet.
- EXCURSION AUX « PICS D’EUROPE »
- SIERRAS D’ESPAGNE
- Les montagnes désignées par les Espagnols sous le nom original de Picos de Europa, situées presque au centre de la chaîne cantabrique qui traverse en partie les provinces de Santander et de Oviedo, sont orientées vers le nord-ouest de l’Espagne dans les Asturies. Elles forment une sorte de parallélogramme allongé de 50 kilomètres sur 20 de largeur environ et sont coupées par des gorges remarquables au fond desquelles s’écoulent des torrents rapides. Le Sella, le plus curieux de tous, est à l’ouest ; celui de Garés est au centre avec son affluent le Dujé, enfin le I)eva se trouve à l’est.
- Ces quatre gorges séparent les trois massifs calcaires qui constituent les Picos de Europa. Le massif occidental de Covadonga est celui dont les cimes sont désignées par le motàepennas ; dans celui du centre ou des Orriellos, elles sont nommées des tours (torres) et dans le massif oriental d’Andara elles deviennent des pics (picos). Une dépression considérable qui forme, à l’extrémité sud du golfe de Gascogne, le passage entre la France et l’Espagne, les sépare de la chaîne des Pyrénées.
- Ces montagnes des Asturies sont aujourd’hui encore ignorées des touristes. Elles ont été explorées de 1890 a11895 par M. le comte de Saint-Saud, le géographe bien connu, qui, pendant quatre années, a pu entreprendre d’importantes études orograpbi-ques en faisant l’ascension des principales cimes de la région. M. Paul Labrouche a été pendant deux ans, de 1891 à 1892, son collaborateur. Le colonel Prudent, d’après les études de ces explorateurs, a pu dresser une carte des Picos de Europa et faire les calculs hypsométriques.
- Grâce à ce travail, les touristes peuvent actuellement visiter avec facilite ces intéressantes régions. M. le comte de Saint-Saud a bien voulu me donner les renseignements nécessaires et des lettres de recommandation pour trouver aide et protection dans l’exploration que je désirais entreprendre. J’avais avec moi deux guides de Gavarnie, Pierre Pujo,qui sait l’espagnol, et François Salles, qui avait été déjà dans ces montagnes avec M. de Saint-Saud.
- C’est par le torrent le Deva que je devais attaquer les cimes des Picos de Europa. Nous gagnons dans
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- ce but la ville de Santander et la petite station de Torrelavega où s’arrête le chemin de fer. On continue dès lors le voyage en voiture ; c’est ainsi que je visitai rapidement Sanlillana del Mare, très intéressante petite ville toute remplie d’antiques demeures aux façades ornées de grands écussons sculptés, et sa collégiale, d’architecture romane, avec le beau cloître de même style. Viennent ensuite la ville de Comillas et surtout celle de San Vicente de la Barquera, située sur les bords de la mer. La route pittoresque est féconde en admirables panoramas du littoral jusqu’à Unquera, séjour agreste, très voisin de l’embouchure du Deva. C’est non loin de cette petite localité que commencent les gorges très sauvages où coule ce torrent. Leurs détours nombreux et variés montrent des aperçus splendides jusqu’au delà de la llermida, célèbre par son établissement de bains où les Espagnols affligés de la goutte ou de rhumatismes espèrent trouver la guérison. Les eaux minérales contiennent du chlorure de sodium, des sels de chaux, etc., et leur température varie entre 50 et 60°.
- Les gorges traversées, on parvient à l’ancienne petite ville de Potès, puis enfin à Espinama, pauvre village non loin duquel on va visiter la source jaillissante du Deva ou la Fuenté Dé. A Espinama, je trouve un guide et le mulet nécessaire pour mes bagages, afin d’arriver, à travers monts et forêts, sur les cimes de Andara.
- Andara est, depuis trente années environ, le centre minier de zinc le plus important de la région. Les mines appartiennent à la Société de la Provi-dencia, elles occupent généralement environ quatre cents travailleurs. M. d’Arcé, l’éminent directeur de cette exploitation, dirige les travaux depuis l’origine. 11 vient habiter pendant la saison où les travaux peuvent s’exécuter, c’est-à-dire pendant trois mois environ, les hautes régions (1900 mètres d’altitude) presque toujours couvertes de neige, où quelques bâtiments ont été construits. Les rares touristes qui viennent visiter ces lieux commencent le plus souvent leur ascension à partir de la Her-mida, et trouvent, grâce à l’amabilité du directeur, un gîte pour la nuit. M. d’Arcé, prévenu de mon arrivée, voulut bien me faire lui-même les honneurs de son logis aérien, et, certes, je n’oublierai pas la gracieuse hospitalité qu’il a bien voulu m’accorder. Il me fit hommage d’échantillons remarquables recueillis dans ses mines. Les roches calcaires du massif d’Andara sont métallifères et carbonifères. Elles renferment des filons de calamine, des veines de sulfures de zinc, de plomb, et des pyrites de fer et de cuivre.
- Les ascensions des principales cimes de Andara sont tort aisées à exécuter, une grande partie des excursions pouvant se faire à cheval. Le plus célèbre, le picosdelalnfanta(2/t'50m), a été gravi par Sa Majesté Alphonse XII et sa sœur, l’infante Isabelle. M. d’Arcé aime à se souvenir de la visite de ces augustes per-' sonnages et m’a raconté les chasses mémorables qui furent faites à cette occasion. Plusieurs centaines
- d’izards (ou rebeccos), rabattus habilement par les montagnards du pays, vinrent, affolés, se précipiter devant le roi et la princesse sa sœur qui, jouissant de ce spectacle sans pareil, purent en tuer un nombre considérable. Je prends congé de M. d’Arcé et nous quittons les cimes d’Andara, non sans visiter le joli lac encore tout encadré de pentes de neige (juillet 1895) situé au milieu des rochers, à 100 mètres au-dessous des constructions minières.
- Le chemin en lacet ne cesse d’être intéressant, mais, descendant toujours, nous gagnons Sotrôs. Dans ces villages des montagnes, il est difficile de s’imaginer combien la vie est primitive et dure. Ayant déjà traversé, il y a quelques années, tout le pays de Catalogne, voyage dont j’ai entretenu nos lecteurs1, je ne pouvais m’étonner de l’absence absolue de propreté des Asturiens ; elle dépasse cependant tout ce qu’on peut supposer, surtout à .Sotrès. M. d’Arcé m’avait prévenu d’ailleurs. Il y a là une centaine d’habitants environ ; la plupart sont bergers et leur industrie consiste dans la fabrication de fromages dont l’odeur est épouvantable. Ce sont, paraît-il, les descendants des sauvages lbériens qui, chassés et persécutés par les invasions romaines, vinrent se réfugier dans ces lieux perdus dans les montagnes, pour y vivre en paix. Les taudis sordides où demeurent actuellement les habitants de Sotrès dépassent toute description. Les chambres des cabanes, à peine éclairées, n’ont, en fait de lit, que des planches vermoulues garnies d’une seule couverture. Il faut respirer l’air enfumé, nauséabond, d’une horrible cuisine, et les insectes vous dévorent. Tous ces détails de l’existence de ces malheureux témoigneraient sûrement, sans les antiques souvenirs historiques, de l’origine sauvage du village de Sotrès. En continuant notre route par des descentes abruptes taillées dans les rochers, nous voyons encore un autre point curieux, le Majagas, où les pâtres vivent auprès de leur troupeau en s’abritant dans les excavations naturelles placées au pied de hautes murailles calcaires. Le soir nous étions parvenus à Aliva, où je trouve un abri avec mes guides, dans les cabanes auprès desquelles les ouvriers de la Providencia exploitent, comme à Andara, des filons de calamine.
- Il est difficile de voir un endroit plus agreste que Aliva, de nombreux troupeaux s’y trouvent; ils animent le paysage et forment des scènes charmantes dans les vastes prairies situées au centre dkin cirque fermé par des rochers grandioses. Mes provisions étaient bien diminuées depuis quelques jours ; aussi mes guides vont fraterniser avec les bergers pour leur acheter un beau mouton. On me le donne pour 6fr,50, mais la peau de l’animal est reprise pour 1 franc. La vie, comme on voit, ne serait pas chère dans les Picos de Europa ; la chair exquise du mouton nous a nourris pendant près de trois journées.
- Une des plus belles de mes excursions fut celle
- 1 Voy. n° 852, du 28 septembre 1889, p. 279.
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- que je fis après mon départ de Ali va, pour me rendre au pic de la Padierna (2521 mètres), encore tout entouré de neige. L’ascension n’est pas très pénible, et les vues qu’on y découvre au sommet sont absolument merveilleuses.
- La Padierna est au centre des Picos de Europa, on peut y contempler à la fois les aperçus fantastiques de la Torre de Lambrion (2659 mètres), l’une des plus difficiles à gravir du massif, et, dans le lointain, les étonnantes cimes de la Pena Santa (2586 mètres), enfin, presque au premier plan, la Torre de Salinas (2475 mètres) et le Remona (2050 mètres).
- L’ascension de la Padierna terminée, nous atteignons le village de Soto de Yaldéon après avoir passé
- la nuit au milieu des rochers, dans les cabanes ruinées de Liordôs. Soto est aussi un point très agréablement situé dans la vallée, mais on ne saurait séjourner longtemps dans des localités si primitives, aussi partons-nous pour Sajambre, placé à l’entrée des gorges du Sella. Le sentier qui vous conduit est très remarquable; ses lacets perpétuels vous font traverser une forêt pleine de hêtres séculaires et de genêts dorés tout en fleurs en cette saison. A tous moments, au travers des feuillages, nous jouissons des vues grandioses des montagnes, surtout au col de Pandarueras, qu’il faut franchir et où l’on admire dans toute sa beauté le pic de Comarisco.
- A Sajambre, une belle route, inachevée encore,
- Fig. 1. — Vue des plus hautes cimes de la Peiïa Santa (El Manchon. 2586 mètres). (D'après nature, par M. Alb. Tissandier.)
- construite par les ingénieurs espagnols et fort bien entretenue, traverse toutes les gorges du Sella sur une longueur de plus de 20 kilomètres. Elle conduit à Cangas de Onis, dans la province de Oviedo. Les travaux d’art sont nombreux dans cet étroit défilé où il n’y a de place que pour le torrent et la route. On s’y trouve pour ainsi dire enfermé dans des murailles à pic de roches calcaires qui ont parfois plus de 800 mètres de hauteur. Elles vont souvent aussi en s’étageant graduellement et chacun de leurs gradins gigantesques est couvert d’une végétation admirable. Les détours de la route sont nombreux ; neuf ponts construits en fer ou en maçonnerie s’élevant au-dessus du Sella, un tunnel magnifique creusé sous la montagne, sans compter les masses énormes de rochers qu’il a fallu faire sauter à la poudre pour
- faire un passage à la route, donneront l’idée de l’importance de cette œuvre extraordinaire.
- Le premier pont en aval, à partir de Sajambre, offre une des plus belles vues de ce défilé; les aiguilles calcaires y sont extraordinaires, avec les gradins de rochers qui s’élèvent à perte de vue jusque dans les nuages (tig. 2).
- Je ne puis ici décrire en détail toutes les courses pittoresques que j’ai faites durant un mois dans les Picos de Europa, aussi arriverai-je rapidement à la fin de mes pérégrinations dans ces montagnes; c’est l’ascension d’une des principales cimes de la Pena Santa (2586 m.).
- La Pena Santa est presque inaccessible d’un côté, lorsqu’on vient par le village de Soto. Elle a été gravie cependant par M. Labrouche, le guide pyrénéen Fran-
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- rois Salles et Vicenton Maroos en août 1892, mais, I d’Andara, j’entrepris cette excursion en commençant d’après les avis de M. d’Arcé, le directeur des mines | parle nord, du côté de Covadonga, situé non loin de
- Fig. 2. — Gorges du Sella dans les Pies d’Europe. Sierras d’Espagne. (Dessin d’après nature de M. Albert Tissaudier.)
- Cangas de Onis, le point terminus des gorges de la I presque pas de difficulté. D’ailleurs, Covadonga est Sella. L’ascension est longue, il est vrai, mais n’offre | un endroit où l’on doit toujours aller lorsqu’on visite
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- la région des monts Cantabriques. Les souvenirs historiques, qui datent de plus de huit cents ans, y abondent; c’est là que le roi Pelago vainquit les Maures. Il y a en ces lieux une grotte magnifique qu’on admire encore aujourd’hui, près de laquelle une église et ses nombreuses dépendances s’élèvent à grands frais. Covadonga pourra, dans quelques années, être fréquentée en Espagne à l’égal de Lourdes, des Hautes-Pyrénées.
- De Covadonga, on peut maintenant gravir à cheval la montagne, jusqu’aux mines de Astudiana, voisines du lac Enol, fort riches en manganèse. Connues depuis longtemps, leur exploitation restait difficile entre les mains des Espagnols, à cause des transports coûteux qu’il fallait exécuter à dos de mulets. Elles sont actuellement la propriété de deux Anglais, qui ont su installer sur les pentes rapides des longues cordes en fd de fer, le long desquelles on fait courir, dans des paniers, le minerai recueilli. L’exploitation simplifiée de cette manière sur une grande partie de la montagne, se fait avec un petit nombre d’ouvriers. De ce point, il faut aller à pied par des sentiers souvent peu tracés. M. llenrique, l’un des directeurs de la mine, a bien voulu m’accompagner. Il connaissait toute cette région, grâce à son goût pour la chasse aux izards.
- On traverse tout d’abord une jolie forêt de hêtres, puis nous entrons dans la région des prairies hautes perdues parmi les rochers, le séjour de bestiaux nombreux. La montée devient plus accentuée, les prés verts disparaissent et nous entrons dans des lieux les plus étranges qu’on puisse voir.
- Le paysage devient immense; il est borné d’un côté par les cimes de la Pena Santa, de l’autre, c’est l’horizon de la mer. Partout autour de soi, ce ne sont plus que des rochers calcaires déchiquetés en lames coupantes de la façon la plus tourmentée, ou divisés par de larges stries presque régulières qui semblent sculptées sur la surface polie des rochers. On admire là, sur un espace considérable, un intéressant spécimen de travail accompli au temps de la période glaciaire. L’aspect en est imposant et impressionne profondément. J’ai pu faire un dessin d’une partie de cette région extraordinaire (fig. 1 ). Les cimes de la Pena Santa forment le fond du tableau ; celles qu’on aperçoit, les plus inaccessibles et les plus élevées, sont désignées dans le pays sous le nom de El Manchon. Celle que j’ai pu gravir avec l’aide de mes deux guides pyrénéens est presque de même hauteur ; elle se trouve cachée par les nuages, à la droite de la gravure. Si la mer borne une moitié de l’horizon, de l’autre ce ne sont plus que des murailles à pic, des pinacles, des aiguilles ou des mamelons de pierre. C’est un amas incomparable, dont l’originalité toute spéciale reste unique dans son genre. Il est certain que les magnifiques panoramas qu’on peut contempler du haut des cimes des Pyrénées ou des Alpes ne ressemblent en rien à ceux des Picos de Europa. Albert Tissandier.
- IA POUDRE SANS FUMÉE
- A PYUOCOLLODIOW DE M. MEXDELÉEEF 1
- En 1890, le ministre de la Marine russe, l’amiral Tschikhatchov, s’adressa à M. Mcndeléeffet à M. Tsclieltsov, connu pour ses études sur les explosifs, en leur proposant d’étudier la poudre sans fumée et son application dans la marine. Dans ce but, M. Mendeléeff, accompagné par M. Tscheltsov et par M. Fedoroff, ancien directeur de l’usine russe de pyroxyline, entreprit un voyage à Paris et à Londres, où il visita les laboratoires de MM. Berthelot et de sir Fr. Abel. Les études sur les poudres de pyroxyline et de nitroglycérine furent commencées par M. Mendeléeff dans le courant de l’année 1890, dans le laboratoire de l’Université de Saint-Pétersbourg. Ces études, dont nous donnons plus loin l’exposé, l’ont amené à exécuter des recherches qui ont abouti à la découverte du pyrocollodion, base de sa poudre sans fumée. Les études sur la poudre de guerre de pyrocollodion n’ont été entreprises qu’à la fin de l’année 1891, date de la fondation du laboratoire du ministère de la Marine russe. A ces études, qui durèrent de 1891 à 1895, prirent part, outre M. Mendeléeff, MM. Tscheltsov, Roubtsov, Youkoloff, Vorojeikinne, Sinirnov et Grigoroxvileh. Les résultats de ces études sont exposés dans le mémoire de M. Mendeléefi.
- On sait que, lorsqu’on fait agir l’acide nitrique ou un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique sur le coton, on obtient soit la pyroxyline, substance explosible contenant de 12,7 pour 100 à 15,5 pour 100 d’azote et 57 pour 100 d’oxygène, soit le collodion, substance moins explosible et contenant de 11 pour 100 à 12 pour 100 d’azote. La première substance est insoluble dans un mélange d’alcool et d’éther; la seconde se dissout facilement dans ce mélange. On obtient en outré, dans la réaction des acides sur le coton, des nitrocelluloscs non explosibles et solubles dans l’alcool pur, des bydrocelluloses, etc. Mais, de toutes ces substances, deux ont une importance considérable au point de vue de la fabrication des explosifs sans fumée. Ce sont la pyroxyline et le collodion. La pyroxyline s’emploie dans la fabrication des poudres de pyroxiline, soit seule, soit avec l’acétone. Quant au collodion, il est employé dans la fabrication des poudres de nitroglycérine (balistide, etc.). Pour fabriquer les poudres dites « pyroxyliques », on utilise des mélanges de pyroxyline et de collodion. Ce dernier produit permet d’obtenir la gélatinisation de la poudre. La pyroxyline est donc le facteur explosif de ces poudres et le collodion leur agent gélatineux; mais la plupart des procédés de préparations de ces nitrocellusoses sont peu rationnels ou purement empiriques. De plus, dans la préparation des mélanges de pyroxyline et de collodion, on rencontre une foule d’inconvénients qui dépendent de la durée do la température de la réaction, de l’humidité du milieu ambiant, etc., et qui obligent à avoir recours au mélange et à l'assortiment des grains pour obtenir une poudre bonne à l’usage; de sorte que la fabrication de ces poudres manque souvent de la précision indispensable dans les préparations méthodiques. Pour vaincre ces inconvénients, M. Mendeléeff commença par étudier la formation du collodion parallèlement avec la production de la pyroxyline.
- Il existe plusieurs procédés de fabrication du collodion employé couramment dans la photographie, la pharmacologie, la fabrication du celluloïde, etc. Parmi tous ces
- 1 Extrait du Journal de la marine russe de l’année 1895.
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- LA N AT U UE.
- collodions, celui qui est employé dans les poudreries contient de 10 à 12 pour 100 d’azote. Eder a montré qu’en dissolvant certaines espèces de nitroceîluloges dans une solution convenable et en les faisant se précipiter ensuite, on obtient une substance soluble dans un mélange d’alcool et d’éther et qui n’est autre chose que la pentani-trocellulosc. Cette substance contient près de 12,7 pour 100 d’azote, quantité égale à celle qu’on rencontre dans la composition des poudres de pyroxyline. En ce qui concerne le collodion, ce produit est souvent impur et contient des nitrocelluloses inférieures, solubles dans l’alcool pur. C’est à ces impuretés qu’est due l’existence de collodions de qualités si différentes, les uns se dissolvant dans un mélange d’alcool et d’éther en formant une substance gélatineuse, les autres s’y dissolvant comme le sucre ou le sel marin. Les nombreuses recherches que M. Mendeléeff a l’intention de faire connaître ultérieurement l’ont conduit à obtenir un nouveau collodion qui se dissout « comme le sucre » dans un excès d’alcool et d’éther, et qui est complètement insoluble dans l’alcool pur. Ce collodion contient 12,5 pour 100 d’azote et peut s’obtenir par un procédé très simple; en faisant agir sur le coton un mélange des acides nitrique et sulfurique. Ce collodion, avec une petite quantité d’un mélange d’alcool et d’éther, forme une gefée. M. Mendeléeff classe son collodion entre la pyroxyline, dont la teneur en azote est de 15 pour 100, et le collodion ordinaire, qui contient 11,5 pour 100 d’azote, et il lui a donné le nom de pyrocollodion, dérivé de pyroxyline et de collodion. Eder attribue à sa pentanitrocellulose la formule C12 II13 (NO*)3!)10. M. Mendeléeff donne à son pyrocollodion la formule Cs0 H38 (N04)12023. La formule d’Eder correspond à 12,75 pour 100 d’azote, celle de Mendeléeff à 12,14 pour 100 d’azote; ce qui revient à dire que 100 parties de coton sec : C6II1003 (ou C,0I18°010) peuvent donner 469,4 de pentanitrocellulose et 166,7 de pyrocollodion. Dans ses expériences, M. Mendeléeff a obtenu par réaction directe la pentanitrocellulose d’Eder, complètement distincte du pyrocollodion.
- La découverte du pyrocollodion fut le point de départ de celle d une poudre sans fumee bonne pour les canons de gros calibre de la marine. C’est à la fin de 1891 que les études sur la nouvelle poudre furent commencées, au laboratoire du ministère de la Marine à Saint-Pétersbourg, sous la direction de M. Mendeléeff. Les prévisions du savant russe sur la possibilité d’introduire son pvrocollo-dion dans la fabrication des poudres sans fumée se sont réalisées avec succès, les expériences faites avec des canons de marine au polygone de Saint-Pétersbourg ont réalisé ses espérances.
- L’ACIER AU NICKEL
- d’après m. wiggin 1
- On fabrique actuellement des aciers à 3/4 pour 100 de nickel qui ont, à allongement égal, une résistance à la rupture supérieure de 50 pour 100 à celle des aciers ordinaires et une limite d’élasticité supérieure de 75 pour 100, homogènes, sans danger d’une ségrégation du nickel. Ces propriétés, principalement la limite d’élasticité très élevée, permettront d’alléger et de modifier les profils des poutres et fers en acier au nickel.
- D’après les essais faits pour la construction des chaudières du croiseur américain Chicago en acier au nickel.
- 1 Nickel steel and its advantages over ordinary steel, by IL A. Wiggin (bon and Steel Instilute, session d’août 1895).
- cet acier paraît supérieur au point de vue des corrosions.
- Quand il est en tôles il supporte facilement, grâce à sa grande plasticité, les travaux d’emboutissage et de pliage, de forge et d’étampage; les chaudières en acier au nickel pourraient supporter des pressions plus élevées d'un tiers, à épaisseur égale des tôles, et durer plus longtemps en raison de leur moindre sensibilité aux corrosions. Avec l’acier doux ordinaire, la charge limite d’élasticité est à peu près égale à la moitié de celle de rupture; avec l’acier au nickel, elle en est des trois quarts. 11 en résulte que l’acier au nickel paraît éminemment propre à la construction des pièces de canon, car sa supériorité est encore plus marquée dans les épreuves au choc. On a fabriqué pour les tôles de navire des aciers au nickel présentant une résistance à la traction de 68 kilogrammes par millimètre carré, une limite d’élasticité d’environ 40 kilogrammes, et un allongement de rupture de 20 pour 100, ce qui permettrait de réduire de 500 à 600 tonnes le poids de la coque d’un vaisseau de guerre.
- D’après les essais de M. Kjellberg, directeur des forges de Bofors, en Suède, une addition de 5 pour 100 de nickel dans des aciers à 0,5 et 0,4 pour 100 de carbone a donné des aciers qui, simplement recuits après coulée et trempés à l’huile, sans laminage ni forgeage, ont résisté à 70 kilogrammes de traction, avec un allongement de rupture de 25 pour 100 sur 200 millimètres : limite d’élasticité, 45 kilogrammes.
- On fit éclater dans un tube de canon un obus rempli d’acide picrique comprimé, à 500 millimètres à l’intérieur du tube, sans autre effet que de l’élargir de 1 millimètre trois quarts. Sur deux plaques d’acier au nickel de 2'",44 x lm,85, et de 90 et 96 millimètres d’épaisseur, on tira cinq coups d’un canon rapide de 125 millimètres, avec des projectiles de 21 kilogrammes en acier de Bofors : charge de poudre 3k,37 ; vitesse à 46 mètres, de 562 à 564 mètres par seconde. Ces projectiles rebondirent intacts, n’ayant pénétré que de leurs pointes, sans aucune crique dans la plaque de 96 millimètres, et avec de petites criques à celle de 90 millimètres, qui ne se rompit ensuite qu’au douzième coup. Un projectile de 21 kilogrammes, tiré avec une charge de 4k, 10, à la vitesse de 413 mètres, entamait à peine la plaque de 90 millimètres, tandis qu’il aurait dû, d’après la formule de Krupp, traverser une plaque de fer ordinaire de 150 millimètres.
- D’après les essais exécutés par la Canadian Coppcr C°1, on a pu parfaitement souder à recouvrement deux barreaux de 25 millimètres de côté en acier doux à 2,05 pour 100 et 3,25 pour 100 de nickel, 0,22 pour 100 et 0,16 pour 100 de carbone; la soudure résistait absolument aux épreuves de pliage à chaud et à froid; il en fut de même des aciers plus durs, à 5,40 pour 100 de nickel et 0,50 pour 100 de carbone, 2,62 de nickel et 0,19 pour 100 de carbone, 3,20 pour 100 de nickel, 0,54 de carbone, 3,10 et 4,95 de nickel, 0,96 et 0,51 de carbone. En général, la teneur en nickel n’influence pas la soudure : la difficulté augmente avec la teneur en carbone.
- Dans la discussion du Mémoire de M. Wiggin, M. J. Stead a cité la fabrication, aux ateliers de Carnegie, de plaques de blindage de 25 tonnes — manipulées par des grues électriques de 150 tonnes — en acier à 3/4 pour 100 de nickel, coûtant environ 175 francs la tonne au four à réverbère chauffé par le gaz naturel2.
- 1 Iron and Steel Instilute, réunion d’août 1895.
- 2 Iron âge, 25 juillet 1895.
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- LA NATURE.
- LES EAUX A BALLAIGUES
- La traversée du Jura est une première et agréable surprise pour les voyageurs qui, fuyant la poussière des villes, s’en vont chercher dans les montagnes un air frais et bienfaisant. Qu’ils se rendent à Berne par le Val-de-Travers, ou à Lausanne pour gagner de là le Valais, qui les conduit jusqu’au pied du Cervin, leur enchantement est le même ; peu avant d’arriver à la frontière suisse ils ont quitté la plaine, et traversé les premières forêts de sapins. Maintenant, ils longent des gorges profondes et pittoresques, au fond desquelles on devine le torrent. Cependant, de petits villages marquent les coteaux d’une tache gaie ; ils s’éveillent au soleil du matin, et leurs maisonnettes blanches semblent inviter le touriste à faire halte. Il s’y arrête parfois, et renonce aisément alors à la grande montagne. Sans doute, les sites du Jura sont moins grandioses que les pics neigeux des Alpes; leur spectacle est moins saisissant ; en revanche, ils sont ravissants par le détail et pleins d’un charme imprévu.
- Peu remarqués il y a quelques années à peine, ils sont très appréciés aujourd’hui par ceux qui, aimant la nature, n’ont pas la vocation d’un alpiniste. Les étrangers y viennent en foule et y séjournent volontiers plusieurs mois; à tel point que, pour plus d’un village, les hôtes de passage créent une importante ressource. Non point que l’industrie des étrangers y soit fort développée ; on n’y a pas encore appris, comme, hélas! dans d’autres parties du la Suisse, à tarifer les points de vue, et à transporter à mille mètres au-dessus du niveau de la mer les hôtels de Paris ou de Nice. Quelques pensions simples et à bon marché, les maisons que les habitants louent pour la saison, abritent les familles qui n’ont fait qu’y transporter pour quelques mois leurs pénates. L’une des premières localités ainsi colonisées pour les mois d’été estBallaigues. Dans une situation charmante, à 800 mètres d’altitude, entouré de champs de blé et de forêts de sapins, il est paisiblement assis sur un coteau incliné, qui se perd brusquement dans les gorges profondes de l’Orbe. Sa population rurale, de 500 habitants environ, se double en été des
- familles venues de la plaine suisse ou de Paris. Une seule chose lui manquait jusqu’ici, l’eau potable. Non qu’il n’en eût point du tout; son nom signifie belles eaux, et quelques fontaines monumentales témoignent par surcroît qu’il possédait depuis longtemps des sources. Mais elles étaient insuffisantes, surtout dans la saison d’été.
- L’exemple de la Chaux-de-Fonds était là pour guider les habitants de Ballaigues. Ce grand village, qui compte aujourd’hui près de trente mille habitants, avait souffert pendant un siècle du manque d’eau, et il avait dû attendre les progrès de l’industrie moderne pour s’approvisionner à l’aide d’installations qui passent pour être parmi les plus belles du monde1. Ballaigues a fait de même, toute proportion gardée. Par des souscriptions et des emprunts la commune réunit la somme de 120000 francs nécessaire pour exécuter les travaux. Elle s’est endettée ainsi déplus
- de 200 francs par tête d’habitant, mais sa valeur au point de vue du séjour est incomparablement augmentée.
- A 300 mètres au-dessous du village, avons-nous dit, coule l’Orbe, forte rivière qui descend, de cascade en cascade, entre d’énormes blocs de pierre, détachés des rochers qui l’enserrent. Les sources jaillissent au pied du rocher, se perdant dans la rivière. Déjà le torrent fournit la force motrice à d’importantes usines. La Compagnie française du chlorate de potasse lui emprunte la belle chute naturelle du Day Qig. 1) ; et en aval de cette coupure, la rivière, prenant un cours plus tranquille, se prête mieux à une canalisation économique.
- Le problème de l’alimentation de Ballaigues présentait une difficulté particulière. Le village est, en effet, étagé sur un coteau assez rapide, de telle sorte qu’il existe entre les niveaux extrêmes une différence de près de 100 mètres. Il eût été inutile, d’une part, de fournir l’eau sous une pression de plus de dix atmosphères, qu’il eût fallu gagner par de la force motrice, et une construction particulièrement robuste des conduites de distribution, tandis que, d’autre part, on ne pouvait imposer le supplice de Tantale aux habitants les plus haut placés. Une double canalisation s’imposait donc, et voici par
- 1 Yoy. n° 757, du 3 décembre 1887, p. 7.
- Fig. 1. — Cascade du Day, dans le ravin de l'Orbe.
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- LA NATURE.
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- quel procédé très simple la question a été résolue.
- Une faible dérivation de la rivière, dans un canal de 500 mètres de longueur, suffit pour donner 7 mètres de chute avec une puissance de 120 chevaux en marche normale. La turbine verticale actionnée par cette chute est couplée, par un engrenage de côté, sur une roue verticale manœuvrant une première pompe, et transmettant le surplus de sa puissance à une seconde roue sur laquelle sont branchées quatre pompes. La première est à piston différentiel et à simple effet; elle refoule l’eau, à raison de deux litres par seconde, dans un réservoir de 12 mètres cubes situé à 408 mètres plus haut. Les autres pompes sont à double effet; elles envoient 17 litres par seconde à 520 mètres, dans un réservoir de 500 mètres cubes. Ces deux réservoirs sont taillés
- dans le roc, défiant ainsi toute chance de rupture, qui, sur le coteau incliné de Ballaigues, eut causé un véritable désastre.
- Bien entendu, l’eau ainsi transportée n’est pas prise à même la rivière. Comme dans les installations similaires, la source est captée au sortir du rocher, après avoir traversé quelques centaines de mètres de calcaire fissuré ; elle présente donc toutes les garanties de pureté d’une eau destinée à l’alimentation.
- Brise dans un réservoir commun, elle arrive d’elle-mème dans les bâtis des pompes, qui forment une sorte de caisson. La seule surveillance, en temps ordinaire, consiste à maintenir l’eau au niveau voulu dans les bâtis1.
- C’est, on le voit, par des moyens très simples que le village de Ballaigues a réussi à s’approvi-
- Fig. 2. — Moteur de l’installation de Ballaigues.
- sionnar en eau potable, et à s’assurer un nouvel élément de développement.
- Inaugurée vers la fin de juillet, l’installation a été mise, cette année même, à la plus rude épreuve à laquelle les distributions d’eau aient été exposées depuis nombre d’années. Durant l’extrême sécheresse du mois de septembre, tandis que le manque d’eau obligeait à ramener prématurément les troupeaux des montagnes dans la plaine, Ballaigues est resté abondamment pourvu d’eau, non seulement pour J’alimentation, mais même pour les moteurs domestiques servant au battage des céréales. La chute du Day était depuis longtemps tarie, et on la traversait à pied sec ; à peine l’Orbe suffisait-elle au fonctionnement normal de l’usine chimique du chlorate de potasse à laquelle la chute d’eau fournit de 2 4000 chevaux.
- Certes, l’installation que nous venons de décrire ne peut être comparée, au point de vue des dimen-
- sions, à aucune des distributions que les villes ont établies à grands frais; mais, si nous passons de l’absolu au relatif, les rapports sont renversés ; l’usine hydraulique alimentée par l’Orbe fournit à Ballaigues journellement trois mètres cubes par habitant. C’est la véritable abondance, un luxe auquel n’atteignent pas les villes les mieux pourvues d’eau.
- Les habitants de Ballaigues ont fait preuve d’un remarquable esprit d’entreprise. Leur installation peut servir de modèle et d’encouragement à de nombreuses localités qui souffrent du défaut d’eau potable, et verraient leur prospérité s’accroître au prix d’un sacrifice pécuniaire momentané, dont elles tireraient bientôt de gros intérêts.
- Ch.-Ed. Guillaume.
- 1 Les machines ont été construites dans les ateliers de MM. Duvillard et Cie, à Lausanne, sur les plans de M. Miehaud, ingénieur de la maison Duvillard.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Congrès international de géographie de Londres. — Le sixième Congrès international de géographie, qui a tenu sa session à Londres du 26 juillet au o août, a eu un véritable succès. Le nombre des adhérents s’est élevé à 1400 environ. Une place minime avait été faite dans le programme à l’anthropologie. Néanmoins, nous avons pu entendre quelques communications intéressantes au point de vue de nos études spéciales. Sir John Kirk a le premier traité la question de savoir s’il convient pour l’Afrique tropicale d’étre civilisée par les races blanches ou sous leur direction. MM. Joachim Graf von Pfeil et Klein Ellguth, Silva Wliite, Lionel Dècle, se sont occupés du même sujet. Tous ces savants se sont placés presque exclusivement au point de vue économique. Toutefois l’action du climat sur les Blancs a été examinée avec soin par plusieurs orateurs qui pensent que dans certaines contrées de l’Afrique tropicale le milieu est un obstacle presque insurmontable à l’acclimatation des Européens. Cependant une étude sérieuse des règles hygiéniques à suivre sous les tropiques pourra fournir aux Blancs les moyens de s’acclimater là où il semble impossible aujourd’hui qu’ils puissent vivre. M. P. Vuillot, au cours d'une communication sur les lacs du Niger, nous a donné des renseignements sur les populations qui vivent dans le voisinage de ces lacs : elles appartiennent à la race Targuie et à la tribu des Kel Antassar. Cette tribu se subdivise en trois fractions, dont une, celle des llimatahabanes, n’a qu’une importance tout à fait secondaire. — M. V. von Haardt a donné des renseignements sur la carte ethnographique de l’Europe à laquelle il travaille et qu’il compte terminer au commencement de l’année 1896. Cette carte sera à l’échelle de 1 : 5 000 000 et fera pendant à la carte ethnographique publiée par l’auteur en 1887. — M. Henry G. Bryant a fait trois voyages au Groenland, dans les années 1891, 1892 et 1895; il a pu visiter les Eskimos les plus septentrionaux, qui s’étendent jusqu’à 600 milles au nord du cap York. Kane, qui avait vu cette tribu, évaluait à 140 le nombre de ses membres et en prédisait l’extinction à brève échéance. Le lieutenant Peary, dont les chiffres peuvent être considérés comme certains, porte ce nombre à 250. — Ce sont des individus robustes, qui n’ont point reçu de sang étranger comme les Eskimos du sud du Groenland. M. Bryant a donné de curieux renseignements sur les caractères physiques, les coutumes, l’ethnographie, les croyances de cette population boréale. La polygamie n’est guère en faveur chez elle ; le mariage ne s’accompagne d’aucune cérémonie spéciale et le divorce est extrêmement rare. Parmi les coutumes barbares en usage chez ces Eskimos, nous signalerons la strangulation des enfants en bas âge lorsque le père vient à mourir. Les indigènes du cap York croient à deux divinités suprêmes, Tung-ook-an-ah, l’esprit du bien, et Ka-koi-ah, l’esprit du mal. Vangekok ou homme-médecine est un personnage important, que l’on croit en communication avec les génies de la terre et de l’air*. H. Verseau.
- Les accidents électriques.— On sait qu’il est déjà arrivé bien des accidents par suite de foudroiement, soit par la chute de conducteurs électriques aériens à courants continus ou à courants alternatifs à haute tension, soit pour toute autre raison. Il est cependant pos-
- 1 D’après VAnthropologie.
- sible de ramener à la vie les personnes ainsi atteintes en leur donnant aussitôt certains soins. M. le Ministre des Travaux publics a eu la bonne pensée de demander à l’Académie de médecine de rédiger à ce sujet des instructions nettes et détaillées, afin de faire connaître à tous les agents du service des travaux publics les soins à donner en pareils cas. Ces agents sont en effet chargés du contrôle des canalisations électriques établies sur la grande voirie, et peuvent être souvent témoins de pareils accidents. Ces instructions ont été publiées dernièrement, et le journal l'Industrie électrique du 10 octobre 1895 les a reproduites in extenso. Sans faire une analyse complète de ces instructions qui concernent spécialement les ingénieurs, nous dirons qu’elles fournissent les indications sur les soins à donner aux foudroyés victimes des accidents électriques, soit parcourants continus, soit par courants alternatifs. Elles examinent le cas où la victime est encore en contact avec les conducteurs électriques, et le cas où la victime est suspendue. Des explications très nettes sont données sur les méthodes à appliquer pour rétablir la respiration, soit la méthode de la traction rythmée de la langue, soit la méthode de la respiration artificielle. On ne saurait trop féliciter M. le Ministre des Travaux publics d’avoir donné à ce sujet des indications précises; il faut maintenant qu’elles soient appliquées avec circonspection. J. L.
- Le poids d’une abeille. — On connaît le problème ou colle classique posé invariablement par leurs anciens aux jeunes candidats à l’École polytechnique. Vous placez un verre à boire, retourné, sur le plateau d’une balance, et vous l’équilibrez : puis, délicatement vous le soulevez et vous y faites entrer une mouche qui voltige à l’intérieur. L’équilibre est-il rompu? Il est impossible de devenir ingénieur des. ponts et chaussées si l’on n’a pas résolu élégamment ce problème. Les naturalistes américains, sans aspirer à l’École polytechnique, viennent de résoudre une question analogue. Ils ont étudié et déterminé le poids moyen d’une abeille. D’après ces chercheurs, dit l'Éleveur, le poids d’une abeille libre de toute surcharge serait de 907 dix-millièmes de gramme. Mais lorsqu’elle revient des champs chargée du butin qu’elle a fait sur les fleurs, son poids est presque triplé et elle pèse 0(tr,252. 11 s’ensuit qu’elle transporte à travers les airs deux fois son propre poids. Il suit aussi de là que le nombre d’abeilles compris dans un kilogramme de ces intéressants insectes varié de 5 968 à 11 025, selon qu’elles sont chargées ou non. Le poids d’un essaim ordinaire étant d’environ 2 kilogrammes, non comprises les provisions de cire ou de miel, on peut l’estimer en nombre rond de 22 000 individus. On trouve des essaims dans lesquels ces nombres sont doublés.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 novembre 1895. — Présidence de M. Marey.
- Production expérimentale des chaînes de montagnes. — En présence des conquêtes dont s’est enrichie l’orogénie générale dans ces dix dernières années, M. Stanislas Meunier a pensé que le moment était venu de chercher dans l’expérimentation synthétique une sorte de sanction des conséquences tirées de la seule observation. Il s’est préoccupé surtout d’étudier la part qui revient dans la génération des grands reliefs terrestres à la composante tangentielle de la contraction spontanée du noyau infra-granitique. Les résultats auxquels M. Stanislas Meunier
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- est parvenu peuvent se résumer en disant que les grands traits orogéniques de l’Europe se présentent comme si la matière nucléaire sous-jacente de l’écorce rocheuse jouissait de propriétés tout à fait analogues à celle du caoutchouc qui, à 1* suite d’une extension, revient à ses dimensions initiales. 11 semblerait que grâce à une sorte de viscosité propre, la matière interne de la terre eût été distendue sous l’influence de la rotation et qu’en se contractant, par l’effet du refroidissement séculaire, elle eût été rappelée de l’équateur vers les pôles. Il résulte que chaque fuseau du globe fluide infra-granitique peut être représenté par une bande de caoutchouc fixée à un bout correspondant au pôle et subissant une traction par l’autre extrémité comparable à la zone équatoriale. Si, une pareille bande étant convenablement disposée, on la laisse revenir lentement sur elle-même, on constate que pour un raccourcissement donné, le chemin parcouru par ses différents points varie régulièrement et augmente du pôle à l’équateur. Il en résulte qu’en la recouvrant d’une couche de substance plastique non rétractile, celle-ci subit un entraînement vers le pôle qui varie de la même façon le long du méridien. Chaque point de ce méridien constitue comme un buttoir pour les portions situées plus au sud, et cette circonstance se traduit par l’apparition de cassures, de soulèvements et de chevauchements, d’abord près du pôle, puis successivement sous des latitudes de moins en moins élevées. On ne peut qu’être frappé, à la vue de l’expérience, de la conformité de ce résultat avec le fait mis actuellement en évidence de la disposition relative des zones de soulèvement calédonienne, hercynienne, alpine et apennine, dont la situation estde plus en plus méridionale et l’âge en même temps de moins en moins ancien. M. Stanislas Meunier décrira ailleurs ses appareils et leurs produits J il ajoute qu’en variant les conditions des expériences on imite une foule de particularités orogéniques parfois difficiles à interpréter dans la nature. C’est ainsi qu’en opérant sur une plaque de matière plastique présentant des épaississements transversaux, comme en procure à l’écorce terrestre l’injection de roches profondes, on détermine, de part et d’autre de ces bourrelets, une structure en éventail comprenant des chevauchements du genre de ceux que les préalpes et spécialement le chablais manifestent d’une façon si claire. On voit aussi se dessiner les décollements amygdaloïdes caractéristiques de la tectonique des Hautes Alpes et beaucoup d’autres particularités dont l’origine sera éclairée par l’étude des produits artificiels.
- Préparation des siliciurcs. — M. Moissan a imaginé d’appliquer au silicium le procédé qui lui a réussi pour le carbone et lui a permis d’obtenir des carbures. 11 a donc soumis le silicium à la température du four électrique, en présence d’un métal. Ses recherches ont porté particulièrement sur le fer, le chrome et l’argent. En plaçant dans la nacelle du four, du silicium pur et cristallisé surmonté d’un morceau de fer doux, M. Moissan a obtenu, avec une température de 1200°, inférieure aux températures de fusion du fer (1400°) et du silicium (1600°), un culot de siliciure de fer empâté dans le métal. Pour expliquer ce résultat, il est nécessaire d’admettre que le silicium, avant de passer à l’état liquide, émet des vapeurs qui possèdent une tension leur permettant de se diffuser au sein du métal par une action analogue à la cémentation. Le même fait a d’ailleurs été observé par M. Moissan pour le carbone et le bore. En fondant au four électrique la fonte de chrome et le silicium, M. Moissan a pu obtenir un siliciure cristallisé. En opérant de la même manière
- sur l’argent, le silicium se dissout; mais, au moment de la solidification, il ressort et cristallise à la surface. Il y a donc, seulement dans ce cas, dissolution du silicium, ou il ne se produit qu’une combinaison instable se détruisant par le refroidissement.
- Préparation de la glucine. — M. Lebeau indique un mode de préparation de la glucine pure, au moyen de l’émeraude. Il chauffe cette émeraude au four électrique de manière à volatiliser la silice, puis reprend le résidu par l’acide fluorhydrique et arrive, après une série de purifications, à obtenir la glucine pure.
- Fertilisation des terres de bruyère de la Dordoync. — M. Dehérain présente, au nom de M. Raoul Bouillier, une Note sur la culture des terres de bruyère, qui occupent dans le département de la Dordogne une superficie de 98 000 hectares et qui sont complètement abandonnées, car elles ne laissent croître que de maigres châtaigniers. Leur stérilité est due à l’absence de l’acide phosphorique. En effet, si on leur ajoute des phosphates, on peut y ensemencer de la vesce et obtenir une bonne récolte. Il faut toutefois que les graines introduisent des germes de bactéries fixatrices d’azote, car ces terres en sont complètement dépourvues. Si l’on sème des graines stérilisées, on ne recueille aucune récolte, même en présence des phosphates.
- Les malformations animales. — C’est un fait d’observation que dans la descendance d’individus frappés de maladies infectieuses, il y a souvent des malformations. MM. Glev et Charrin se sont appliqués à mettre en lumière les modifications de l’organisme résultant de la génération par le fait d’animaux auxquels ils ont injecté des toxines sécrétées par des microbes. En agissant ainsi séparément sur le mâle ou la femelle, ils ont obtenu des ^lapins privés d’oreille, de queue, ou des lapins dont l’un des membres postérieurs n’est qu’une sorte de moignon sans pied. Les auteurs concluent que dans les cas de cette nature, observés sur l’espèce humaine, il faut placer la cause dans les maladies des parents.
- Le mouvement de l’étoile Altaïr. — M. Deslandres a effectué, pendant les mois de juillet, août et septembre 1895, à l’aide du grand télescope de l’Observatoire, un grand nombre d’observations spectroscopiques de l'étoile Altaïr, dans le but de déterminer la vitesse radiale de cet astre, c’est-à-dire sa vitesse dans le sens du rayon visuel de l’observateur. Les résultats qu’il a obtenus présentent des écarts de 25 à 50 kilomètres par seconde, beaucoup trop considérables pour pouvoir être attribués à des erreurs d’observation. Pour expliquer ces écarts il faut admettre qu’il existe des corps voisins qui attirent cet astre. M. Deslandres a reconnu une grande inégalité dont la période serait de 45 jours et de petites inégalités de 4 à 5 jours de période. L’étoile serait donc double, peut-être triple.
- Varia. — M. de Freycinet présente un volume intitulé Essai sur la philosophie des sciences, dans lequel il a envisagé l’évolution de l’analyse infinitésimale et de la mécanique. — M. Eginitis communique une Note sur le régime des pluies à Athènes, pendant la période 1878-1894, d’où il résulte que la hauteur moyenne annuelle de la pluie serait de 0m,405. — M. Schulof a identifié une comète observée en août dernier avec la comète dite de Lexel, perdue depuis l’année 1770. — M. Renard a étudié l’action de l’ozone sur le toluène.
- Cn. de Yiixeüeuil.
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- LA NATURE.
- LE POINT DE FUSION DE L’OR
- Des pyromètres thermo-électriques gradués au moyen des points de fusion déterminés par M. Âiolle, sont aujourd’hui d’un usage général dans tous les laboratoires scientifiques qui s’occupent de la mesure des températures élevées. De cette uniformité de méthode est résultée une uniformité très profitable dans les résultats. C’est ainsi que, en Angleterre, aux États-Unis et en France, les nombreuses déterminations qui ont été faites des différents points de transformation du fer et de l’acier ont donné des chiffres concordants à 10° près. 11 n’en résulte pas que les températures ainsi mesurées soient connues avec une précision semblable ; M. Le Chatelier a depuis longtemps indiqué que les points de fusion employés pour la graduation pouvaient être erronés, pour l’or, de 20°; pour le palladium et le platine, de 50°. Dans ces dernières années, lit-on dans la Revue industrielle, plusieurs nouvelles déterminations du point de fusion de l’or ont été faites, qui conduisent presque toutes à des températures notablement supérieures à celle déterminée par M. Violle. M. Le Chatelier trouve qu’on commence à les utiliser peut-être un peu précipitamment pour la graduation des pyromètres, et, dans une communication à l’Académie des sciences, il a discuté l’opportunité d’un changement dans le point de fusion de 1045° admis jusqu’ici pour l’or. D’une série d’expériences sur lesquelles nous ne nous étendrons pas,
- M. Le Chatelier a conclu que ce point de fusion de l’or est vraisemblablement un peu bas, mais que l’erreur ne dépasse certainement pas 20°, que néanmoins aucune des expériences faites jusqu’ici ne présente une précision suffisante pour justifier l’adoption d’une température de fusion de l’or différente de 1045° et qu’enfin il est désirable, pour l’uniformité des résultats d’expériences, de conserver l’échelle des températures actuellement employée, jusqu’au jour où de nouvelles expériences plus précises, faites par comparaison directe avec le thermomètre à gaz, auront donné, d’une façon certaine, un point de fusion de l’or exact à quelques degrés près.
- ARBRE FOUDROYÉ
- Le mois de septembre 1895 comptera dans les annales météorologiques comme le plus beau et le plus chaud que l’Europe centrale ait vu dans le courant de ce siècle. Dans la Suisse occidentale, sur les bords du lac Léman, la température a dépassé, dans la première décade, de 8 degrés la normale et
- de plus de 2 degrés dans les derniers jours du mois. L’air des hautes pressions qui s’est maintenue presque tout ce mois sur le centre du continent européen n’a guère laissé aborder les orages, sauf dans les journées du 11 et du 29. Tandis que le premier était très étendu, le second fut un orage de chaleur très caractéristique et absolument local.
- Le 29 septembre était une belle et chaudejournée dans toute la Suisse. Vers 4 heures de l’après-midi, les nuages s’amoncelèrent au-dessus des sommets des préalpes fribourgeoises et vaudoises, dans le voisinage du haut lac Léman, où les rochers de Naye forment, à 2045 mètres, le point culminant du massif. A 5 heures l’orage éclata et se maintint presque stationnaire pendant plus d’une heure dans les environs immédiats de Montreux. Il tomba pendant ce temps une pluie diluvienne, accompagnée par places de grêle, et à plusieurs reprises la foudre frappa la terre. Un de ces coups atteignit un gros cerisier à Glion, jolie station d’étrangers à 300 mètres au-dessus de la nappe du Léman.
- L’arbre frappé est situé dans un verger en pente, à 10 mètres environ d’un autre cerisier de même taille. L’effet de la foudre fut très singulier ; on aurait dit d’un formidable coup de massue donné à la naissance des branches, les arrachant toutes à l’exception d’une seule. Le tronc, resté debout, a éclaté comme par un coup de mine; le sommet en est creusé et évidé, et ses débris, pesant jusqu’à 500 grammes, ontété projetésjusqu’à 50 et 60 mètres de distance. La charge électrique, après avoir traversé le tronc, est sortie par une grosse racine, à fleur de terre, laissant un sillon large de 20 et profond de 10 centimètres, sur 5 mètres de longueur environ.
- Si dans notre pays les orages à cette époque sont très rares, celui-ci l’est d’autant plus par le fait qu’il constituait l’unique manifestation orageuse de la journée dans toute la Suisse. Le veille, 28 septembre, des orages avaient éclaté au sud des Alpes, et, le même jour, le 29, dans les régions sud-ouest de la France. C. Buhrer.
- Clarens, 18 octobre 1895.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Arbre foudroyé près du lac Léman, en Suisse. (D’après une photographie.)
- Paris. — Imprimerie Lahuke, rue de Fleuras, 9.
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- .N* 1172. — 10 .NOVEMBRE 1895.
- LA NATURE.
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- L’ATHËRURE AFRICAIN
- Le Jardin zoologique d’acclimatation du Rois de Boulogne possède en ce moment une fort belle collection de Rongeurs de types variés, des Lapins de toutes sortes, les uns à poil ras, les autres revêtus d’une abondante fourrure, des Ecureuils ordinaires et des Ecureuils volants, des Cynomys, vulgairement appelés Chiens des prairies, des Maras ou Lièvres de Patagonie, des Pacas, des Agoutis, des Yiscaches, des Porcs-Epics ordinaires et d’autres animaux de la même famille que les naturalistes désignent sous les noms de Sphiggures (ou Sphin-
- gures) et d’Atbérures. C’est exclusivement sur ces derniers, sur les Athérures, que nous désirons appeler aujourd’hui l’attention de nos lecteurs.
- Les Athérures, dont le nom, tiré du grec, signifie « animal pourvu d’une queue terminée par un épi », se distinguent, en effet, des Porcs-Épics ordinaires parce qu’ils possèdent, au lieu d’un appendice caudal rudimentaire, une queue égale au tiers ou à la moitié de la longueur du corps et munie à l’extrémité d’une touffe de tubes cornés aplatis, et plus ou moins recroquevillés. Ces productions singulières, dont la forme varie quelque peu suivant les espèces, rappellent, par leur aspect et leur coloration, des bandes de parchemin irrégulièrement découpées,
- Athérure africain du Jardin zoologique d’acclimatation du Bois de Boulogne, près Paris.
- des tiges et des graines de graminées desséchées, ou bien encore ces copeaux légers que l’on vend maintenant communément sous le nom de copeaux hygiéniques et qui servent à faire des emballages. Elles'sont pourtant de même nature que les poils et ont la même origine. Sur le reste de son étendue la queue est garnie de sortes d’écailles, entremêlées de poils clairsemés. Ceux-ci vont en s’allongeant graduellement de manière à établir la transition vers le bouquet terminal.
- Une grande partie du corps des Athérures est hérissée de piquants qui, sans être aussi longs et aussi serrés que ceux des Porcs-Épics, constituent néanmoins une armure redoutable et rendent difficile ou même dangereux le maniement, non seulement des animaux vivants, mais encore des exem-
- 23“ auuiiti. — t'J semestre.
- a ici a
- plaires empaillés et conservés dans les collections. Ces piquants acquièrent leur plus grand développement sur les parties médiane et postérieure du corps et vont en diminuant de longueur du coté du cou. Sur la tête et les membres ils retournent à l’état de simples poils, un peu plus durs seulement que ceux qui forment le fond du pelage. Les piquants les plus allongés se terminent en pointe aiguë et sont aplatis au-dessus et au-dessous; en outre leurs bords sont légèrement épaissis, de sorte qu’ils ressemblent un peu à une dague dont la lame serait creusée d’un sillon longitudinal. Enfin, dans certaines espèces, ces armes défensives sont finement dentelées ou plutôt barbelées latéralement.
- Les Athérures sont de taille moins forte et de formes moins lourdes que les PorcsrEpics ordinaires ;
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- LA NATURE.
- ils ont la tête moins grosse, le chanfrein moins busqué, le corps plus svelte, et ressemblent davantage à des Chats qui seraient revêtus d’une armure épineuse. Leur tête est assez allongée, avec des oreilles de dimensions moyennes et un museau garni d’une paire de longues moustaches.
- Ces Rongeurs singuliers se trouvent d’une part dans le sud de l’Asie, de l’autre dans l’Afrique tropicale, et constituent, dans chacune de ces régions du globe, une ou peut-être deux espèces distinctes dont les caractères sont fournis par la forme des piquants et des appendices cornés de l’extrémité de la queue. Ainsi P. Gervais et M. Günther distinguent, à côté de l’Athérure à longue queue de Linné (Atherura rnacrura) qui habiterait les îles de Java et de Sumatra et la presqu'île de Malacca, où il serait connu des indigènes sous. les noms de Landak et de Landa Iüœle, l’Athérure à pinceau de Waterhouse (Atherura fasciculata) qui serait cantonné dans le royaume de Siam, et qui différerait un peu de l’animal décrit sous le même nom par Shaw et par Gray et assimilé plus tard à l’Athérure à longue queue. Chez ce dernier, que Buffon appelait le Porc-Épic de Malacca, les appendices terminaux de la queue affecteraient la forme de bandelettes simples et légèrement onduleuses, tandis que chez l’Athérure à pinceau ils se rétrécissent de distance en distance. De même, d’après Paul Gervais, il y aurait en Afrique, à côté de l’Athérure africain de Gray (Atherura africana), qui a été découvert à Fernando-Po, une seconde espèce, l’Athérure armé (Atherura armata) dont le type, originaire du Gabon, a été donné au Muséum par M. Aubry-Lecomte. Telle est aussi l’opinion de M. A.-T. de Rochebrune qui, dans sa Faune de la Séne'gambie, a publié une nouvelle description et une ligure de l’Athérure armé. Cet animal, de la grosseur d’un Chat, est d’une couleur assez indécise, d’un brun varié de jaunâtre et de noirâtre. Les piquants gris qui, dans l’état de repos, se dirigent pour la plupart obliquement d’avant en arrière, sont en effet d’un blanc un peu jaunâtre dans leur première moitié et brunâtres à l’extrémité; les membres sont d’un brun noirâtre, les parties inférieures du corps d’un blanc jaunâtre, de même que les côtés de la tète. La queue, abritée à la base sous de forts piquants noirs en dessus, jaunâtres en dessous, est brune dans sa portion écailleuse, avec quelques poils noirs, et se termine par un bouquet d’appendices cornés d’un blanc jaunâtre. Ces appendices affectent à peu près la même forme que chez l’Athérupe à pinceau et présentent une série de renflements séparés par des étranglements et ressemblant un peu à des grains d’avoine.
- Une disposition analogue, mais que notre figure ne peut rendre qu’en partie, en raison de ses dimensions réduites, se retrouve chez l’Athérure africain. Dans cette espèce les parties supérieures du corps, la face externe des membres, le sommet de la tête, la face et la nuque, sont d’un brun foncé;
- la poitrine, le ventre, la gorge, la face interne des membres, d’unblanc grisâtre, coupé seulement par une bande foncée en avant des membres antérieurs. Les épines commencent à se montrer sur le derrière de la tête, où elles n’ont guère que 2 à 3 centimètres, et s’étendent sur toute la région dorsale, où quelques-unes d’entre elles atteignent 12 centimètres. Toutes sont marquées d’un sillon longitudinal et se terminent en pointe acérée. Leur couleur varie du blanc au noir uniforme, mais la peau dans laquelle elles sont implantées, et qui est couverte de poils clairsemés, paraît entièrement blanche. Çà et là, entre les piquants, on distingue quelques soies roides et grêles. Les yeux sont petits, mais brillants comme du jais; les oreilles dénudées et de forme arrondie; les moustaches très longues. Le corps mesure de 30 à 45 centimètres, la queue de 12 à 15 centimètres.
- C’est certainement à cette espèce qu’appartient l’un des deux Athérures que possède le Jardin d’acclimatation; l’autre, qui semble un peu différent, se rapporte peut-être à la seconde espèce africaine d’Athérures, à l’Athérure armé. Nous disons peut-être, car pour bien apprécier les caractères distinctifs des Athérures, il faudrait avoir affaire non à des individus vivants et enfermés dans une cage, mais à des dépouilles et des squelettes. Les deux Athérures africains se trouvent d’ailleurs côte à côte, à ce qu’on prétend, dans les mêmes contrées, notamment dans la Casamance et en Gambie, d’après M. de Roche-brune, où ils sont confondus par les indigènes sous le nom de N'Got N Ga. h'Atherura africana existe aussi au Gabon, où il a été rencontré par M. Alfred Marche dans le pays des Okandas, à Sierra-Leone et dans l’ilede Fernando-Po, où il était naguère encore très commun et où, quoi qu’on ait dit, il ne paraît pas avoir été introduit par les Portugais. Tout récemment on avait même cru pouvoir prolonger son aire d’habitat assez loin du côté de l’est, jusque dans le pays des Monbouttous; mais, si nous ne nous trompons, les exemplaires obtenus dans cette partie de l’Afrique équatoriale par le fameux Emin Pacha viennent d’être attribués par M. 0. Thomas à une espèce ou à une race distincte (Atherura centralis).
- Dans le pays des Mombouttous, les Athérures sont connus sous le nom de Kolia et entrent dans l’alimentation des indigènes. Il en est de même, dit-on, à Fernando-Po. C’est de cette dernière île que provenait le premier individu vivant que l’on ait pu voir en Europe. Cet individu, capturé par le lieutenant Vidal, attaché à l’expédition anglaise qui fut envoyée pour prendre possession de File, parvint à Londres vers 1829 et vécut pendant quelque temps dans les Zoological Gardens, où il fut étudié par M. Bennett. D’autres animaux de même espèce furent amenés par la suite en Angleterre et en Allemagne et furent conservés pendant des périodes plus ou moins longues dans les jardins zoologiques de Londres et de Hambourg.
- En captivité les Athérures sont des êtres moroses
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- qui restent immobiles ou tapis dans leur litière pendant la plus grande partie du jour et qui ne sortent guère de leur inertie qu’à l’approche de la nuit ou quand la faim les presse. Us courent alors assez rapidement dans leur enclos, en portant la queue légèrement relevée et les piquants à demi soulevés ; mais c’est seulement quand ils sont inquiets ou irrités qu'ils se hérissent à la façon des Porcs-Epics. En même temps ils trépignent de colère et agitent leur queue, dont les appendices terminaux s’entre-choquent avec un bruit de feuilles sèches.
- Un mâle et une femelle enfermés dans la même enceinte au Jardin zoologique de Hambourg vivaient en bonne harmonie, se couchaient côte à côte et s’aidaient mutuellement dans les soins de leur toilette, mais un autre couple donna un jour, à ce que nous apprend Brehm, le spectacle d’un terrible drame domestique. Le mâle, peu galant, s’étant emparé d’une friandise et prétendant la garder pour lui seul, la femelle tenta de la lui arracher, et, dans la lutte, occit son époux d’un violent coup de dent. Les Athérures reconnaissent les personnes qui les soignent et s’habituent facilement à prendre de leurs mains la pâture quotidienne, mais ce sont assurément des créatures peu intelligentes et beaucoup moins intéressantes par leurs mœurs que par leur organisation et leur distribution géographique. 11 est étrange, en effet, de trouver des représentants du genre Athérure en des contrées aussi éloignées l’une de l’autre que l’Afrique occidentale ou les provinces équatoriales de l’Afrique orientale et la presqu’île Malaise ou l’Indo-Chine, alors que les régions intermédiaires, c’est-à-dire l’Inde proprement dite et la Perse, sont complètement privées d’animaux de ce groupe. Mais, comme l’a fait remarquer M. Gün-ther, les Poissons nous offrent des faits analogues, et, comme nous avons eu déjà l’occasion de le faire observer, les Oiseaux du genre Brève ou Pilta se trouvent encore dans le même cas, puisqu’une de leurs espèces vit au Congo et dans le pays d’Angola, alors que toutes les autres sont répandues en Malaisie, dans l’Indo-Chine, aux Philippines, en Papouasie et en Australie. Seule la paléontologie peut nous donner la clef de telles anomalies dans la répartition actuelle des Vertébrés. E. Oustalet.
- NOUVELLE
- EXPLORATION DU PUITS DE PÀDIMC
- (lot)
- Bu 4 août au 30 septembre 1895, pendant huit semaines entières, il n’est pas tombé une seule goutte de pluie sur le plateau calcaire du causse de Gramat (Lot).
- J’ai voulu constater quelle influence cette sécheresse exceptionnelle avait pu exercer sur le régime de la rivière souterraine du gouffre du Puits de Pa-dirac, à l’angle nord-est du causse de Gramat.
- J’avais d’ailleurs quelques vérifications à faire
- dans cette admirable curiosité naturelle, où personne n’était retourné depuis nos deux expéditions de découverte en juillet 1889 et septembre 1890 avec MM. Gaupillat et de Launay1. Cette troisième expédition a été fort mouvementée et a fait connaître un certain nombre de faits nouveaux.
- Je rappelle sommairement que le gouffre de Pa-dirac est un abîme d’efl'ondrement ouvert au-dessus d’un ruisseau souterrain. Sa profondeur, de 100 mètres, est presque à moitié remplie par un cône d’éboulis, formé par l’aflàissement du plafond de la caverne originaire; ce cône a barré le courant, et coupé la galerie naturelle où il circule en deux parties : celle du sud, longue de 200 mètres, se termine par un siphon impénétrable, qui est la source souterraine du ruisseau ; celle du nord, où le courant, après avoir filtré à travers le cône d’éboulis, reparaît sous la forme d’une fontaine issue d’un rocher, se développe sur plus de 2500 mètres; elle est coupée de trente-six casca-telles ou barrages de stalagmite, et d’une douzaine de petits lacs profonds de plusieurs mètres.
- Le 28 septembre 1895, à 5 heures du soir, nous étions au fond du grand gouffre qui sert d’entrée (avec l’aide de 54 mètres d’échelles de cordes), MM. E. Rupin, G. Pradines, R. Pons, Delclaux, Aymard, L. Armand et moi.
- 11 était convenu que MM. Pradines, Aymard et Delclanx ne visiteraient, sous ma conduite, que la première partie du souterrain, tandis que mes trois autres compagnons s’occuperaient de descendre tout le matériel nécessaire au séjour que je projetais de faire avec eux dans la grotte jusqu’au lendemain, C’est alors que je commis une imprudence, dont je ne crains pas de m’accuser, pour qu’elle serve d’avertissement à tous les explorateurs de cavernes, particulièrement de celles où il faut naviguer.
- Désireux de mener MM. Pradines et Delclaux aussi loin que possible, je les fis monter tous deux avec moi dans un de ces bateaux Osgood, pliants, imperméables, que j’ai décrits ici même2, et dont nous nous sommes servis dans toutes nos expéditions souterraines. U y a là près de 600 mètres de navigation à faire dans la plus grandiose galerie, large de 5 à 10 mètres, haute de 12 à 40, avec 4 à 6 mètres de profondeur d’eau. A peine en route, dès les premiers coups de pagaie, je vis que le bateau était beaucoup trop chargé et priai mes compagnons de remuer le moins possible, le plat-bord ne dépassant la surface de l’eau que d’une dizaine de centimètres. Néanmoins, comme je connaissais bien l’endroit, le voyage d’aller s’effectua rapidement et sans accident, jusqu’au passage du Tiroir, que nous ne devions pas dépasser en cette première partie de l’excursion. Mais à peine avions-nous commencé à rebrousser chemin, en sortant du défilé étroit nommé le Pas
- 1 Voy. n° 874, du 1er mars 1890, et n°938, du 23 mai 1891, les Abîmes, cliap. xv, et le Tour du Monde, n° 1564, décembre 1890.
- 2 Yoy. n° 813, du 29 décembre 1888, p. 09.
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- LA NATURE.
- du Crocodilei, pour entrer dans le petit lac des Bénitiers, qu’un choc ou un faux mouvement demeuré inexpliqué, fit chavirer la frêle embarcation et nous précipita dans le lac en se retournant : je tombai le premier, puis M. Pradines, ensuite M. I)el-claux. Bien que l’eau à f2°,5 fut d’un contact peu agréable, la sensation du froid ne fut rien auprès de celle provoquée par l’extinction subite de toutes nos bougies. J’ai compris alors la répulsion instinctive que certaines personnes éprouvent pour l’obscurité des cavernes, et j’ai apprécié pendant quelques secondes toute l’horreur de cette nuit profonde, absolue comme le néant.
- Heureusement le lac des Bénitiers n’a guère en cet endroit que 7 à 8 mètres de largeur (peut-être autant de profondeur), et M. Del-claux, avant la disparition de nos feux, avait su, placé à l’arrière du bateau, saisir d’un coup d’œil la situation et distinguer une plate-forme sta-lagmitique qu’il put atteindre en deux ou trois brassées : M. Pradines, guidé par le son de sa voix, réussit assez vite à se cramponner à lui. Je fus le moins rapide à me tirer d’affaire, ayant été projeté à l’autre extrémité du lac, et le bateau retourné et flottant m’embarrassant les jambes. Enfin, après une vingtaine de brassées, qui me parurent longues, et qui ont dû me faire faire au moins une fois tout le tour du lac, je parvins à m’orienter d’après la direction d’où partaient les cris de mes compagnons, à saisir les mains qu’ils me tendaient et à prendre enfin pied à côté d’eux. Le tout a duré moins d’une minute.
- Fidèle aux précautions d’usage, j’avais dans ma poche intérieure deux boîtes d’allumettes, en métal,
- 1 Voy. la gravure qui représente ce point dans le n° 938, du 23 mai 1891, p. 397.
- et enveloppées de toile cirée : ainsi nous pûmes, sans long délai, recouvrer la flamme nécessaire pour rallumer la bougie que M. Delclaux avait eu la présence d’esprit de ne point lâcher. Et le jaillissement de la faible lueur nous parut plus appréciable alors qu’un resplendissant soleil. Tout de suite nous vîmes que nous étions en position solide, tpie le bateau n’avait point coulé et qu’en quelques brassées à la nage nous pourrions en reprendre possession, le remettre à flot et regagner la sortie. Ma
- montre, pleine d’eau, s’était arrêtée à 8 heures trois quarts.
- En résumé, il y avait eu plus d’angoisse que de mal et, du moment que nous pouvions nager tous trois, la noyade n’était pas h craindre dans un espace relativement aussi étroit : il suffisait de ne point perdre la tête et de ne subir ni crampe ni congestion; un peu plus loin, cependant, la rive eut été moins facile à saisir, car, des deux côtés, la muraille tombe lisse et à pic dans l’eau.
- Un enseignement se dégage de cet incident, comme de l’épisode du Lur-Loch en 1894 \ c’est qu’il ne faut jamais se départir de la plus grande prudence, des plus minutieuses précautions dans les explorations souterraines : il ne faut pas croire, comme j’ai eu le tort de le faire cette fois, que l’expérience acquise et la connaissance des lieux peuvent permettre de les négliger ; il ne faut pas monter trois ensemble dans un canot Osgood; enfin, dans les navigations souterraines, il est sage d’avoir deux bateaux voguant de conserve, pour que l’un soit toujours prêt à porter secours à l’autre.
- Il serait trop long d’expliquer ici comment M. Rupin, inquiet de nous voir partir si chargés, nous
- 1 Voy. n° 1094, du 19 mai 1894, p. 387.
- Fi g. 1. — Padirac. — Salle de la Fontaine.
- (D'après une photographie au magnésium, de M. E. Rupin.)
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- avait suivis à grande distance, avait entendu de très loin le bruit de notre chute et nos cris d’appel ; comment il put envoyer Armand avec un bateau de secours ; et comment MM. Pradi-nes, Delclaux et Aymard se retrouvèrent tous sains et saufs hors du gouffre, à la surface du sol, à 11 heures du soir, enchantés, sinon de leur bain, du moins des splendeurs qu’ils avaient pu contempler. Pour moi, ayant revêtu des vêtements secs, et absorbé, à 100 mètres sous terre, une chaude conserve de pot-au-feu, je reprenais, à 11 heures et demie du soir, la navigation magique sous ces colossales voûtes, dans deux bateaux cette fois, avec Rupin, Pons et Armand, tous trois quelque peu émus encore, mais bien équipés. Nous ne sommes ressortis que le dimanche 29 à midi, ayant passé dix-neuf heures sous terre et fait les nouvelles observations suivantes :
- Dans la soirée du 28 septembre 1895, la fontaine qui sort du roc, tout au fond du grand puits d’entrée, ne coulait pas : le lendemain matin,elle recommençait à jaillir et son débit ne cessa d’augmenter, sans cependant égaler ceux de juillet 1889 et de septembre 1890, jusqu’au moment où nous la quittâmes, vers 11 heures. Ainsi cette fontaine profonde est sujette à des variations qui dépendent de l’abondance des pluies aériennes, et même à des intermittences que nous expliquerons tout à
- l’heure. Elle ne devait pas d’ailleurs s’être arrêtée depuis longtemps, car, dans la grande galerie, haute
- de 10 à 40 mètres et longue de 800 mètres, qui fait suite à la salle de la Fontaine (fig.l),le ruisseau avait conservé un léger courant, même le 28 au soir. Sa température, au milieu de la grande galerie, était de 12°,5 à 8 heures du soir, au lieu de 14° en 1890.
- Cette différence tient sans doute à ce que l’aliment principal du réservoir souterrain était depuis quelque temps l’infiltration des voûtes, plus froide que l’eau de la fontaine. J’ai pu,en effet, m’assurer à diverses reprises, au cours d’une récente campagne souterraine dans les cavernes d’Angleterre, qu’il peut y avoir, dans une même grotte, «ne différence de plusieurs degrés centigrades entre l’eau suintante des infiltrations et celle courante
- des ruisseaux souterrains.
- Au bout de la grande galerie de 800 mètres (galerie de la Fontaine et Rivière Plane), se trouve la portion du souterrain de Padirac la plus riche en concrétions stalagmiti-qucs (lacs de la Pluie, des Bouquets, des Bénitiers, (fig. 2) ; elle est longue de 150 mètres environ, et c’est là que nous avions toujours trouvé, en 1889 et en 1890, le plus abondant suintement des voûtes; or, à la différence de ce qui se passait à la fontaine, ce suintement, quoique affaibli, n’était pas arrêté le 28 septembre.
- Fi”, i. — lieboi'd du lac^Supéricur du grand Dôme. (D’après une photographie au magnésium, de 31. E. Rupin.)
- Fig. 5. — Plan et coupe du grand dôme de Padirac (Lot).
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- Il est probable que les voûtes, très élevées en ce point, recoupent quelque veine d’eau supérieure permanente, ou bien que l’infiltration s’effectue d’une manière particulièrement lente, parce qu’un bois se trouve ici à la surface du sol, et que son humus laisse distiller goutte à goutte seulement les pluies dont il s’est imbibé. En tous cas, cette continuité du suintement explique pourquoi le niveau général de la rivière souterraine n’était pas inférieur de plus de 10 à 15 centimètres à celui des années, beaucoup plus humides, 1889 et 1890.
- D’autre part, nous avions pensé que l’amplitude des variations de ce niveau pouvait atteindre jusqu’à 1 mètre ; or, depuis cinq ans du moins, la variation du niveau contemporain n’a jamais atteint un demi-mètre; de ceci nous avons eu la preuve en retrouvant à plusieurs endroits, à moins de 50 centimètres au-dessus de l’eau, et à la place même où nous les avions abandonnés en 1890, divers objets légers (lambeaux de vêtements de toile, boîtes d’allumettes ou de conserves vides, enveloppes de paquets de bougies, etc.), qu’aucune crue n’avait enlevés. De plus, les traces de nos pas s’étaient conservées dans les parties argileuses (déjà, en 1890, nous avions retrouvé nos empreintes de l’année précédente), attestant qu’il n’y. a jamais là, à l’époque actuelle, de violent courant.
- Ainsi, le régime du courant souterrain de Padirac est calme, quoique irrégulier, et le réservoir qu’il remplit ne s’épuise pas en temps de sécheresse.
- Cette dernière conclusion est importante, au point de vue pratique, car si jamais la caverne est aménagée pour y faire commodément descendre les touristes, il sera possible et utile, pour les paysans d’alentour, d’y venir puiser, dans les cas extrêmes de disette d’eau comme celui qui vient de se produire. Enfin, la comparaison entre la faiblesse du ruisseau contemporain et l’immensité du vide produit par le travail des eaux anciennes, est une formelle preuve de plus de la diminution progressive et inquiétante des eaux qui entretiennent la vie à la surface du globe. Ce dessèchement lent, mais certain, de l’écorce terrestre, sera une grave préoccupation pour les générations futures, qui verront peut-être les sources tarir avant les mines de houille. Aussi ne rappellera-t-on jamais trop souvent que le plus efficace remède, bien connu, mais insuffisamment appliqué, contre ce fatal assèchement, est le reboisement, reconstitutif des forêts imprudemment détruites1. Après le passage des lacs, et à 1 kilomètre environ du grand gouffre d’entrée, se trouve une vaste expansion de la caverne, découverte lors de la deuxième exploration, mais dont nous n’avions pu déterminer ni les dimensions, ni la topographie. C’est, en réalité, une immense crevasse naturelle du sol, dont la largeur varie de 10 à 25 mètres et la longueur de 50 à 50 mètres; elle est orientée de l’est à l’ouest.
- 1 Voy. mes Cévennes, p. 84, et mes Abîmes, p. 67.
- Une colline de stalagmite en occupe la hase, formant un demi-tronc de cône haut de 20 à 25 mètres, au pied duquel la rivière souterraine s’est frayé, par les difficiles passages du Tiroir et des Palettes, un chemin pénible en quart de cercle du côté du sud et de l’ouest; à l’ouest elle s’épanouit en un vaste lac de 60 mètres environ de diamètre (grand lac des Gours) ; du bord de ce lac, un large couloir incliné à 40° permet de s’élever le long du cône stalagmi-tique jusqu’à un autre lac de 10 à 15 mètres de diamètre, suspendu en l’air en quelque sorte, au sommet de la colline, dans une admirable vasque de cristaux calcaires. De là, un deuxième couloir permet de descendre à la rivière, dans la direction du sud-ouest; enfin un troisième, que nous avons découvert cette fois, tombe plus abruptement droit au sud, établissant une communication, impraticable sans corde, avec le ruisseau; ce troisième passage, qui débouche au-dessus de la sortie du petit lac des Bénitiers, avait été soupçonné dès 1890; mais son existence était utile à vérifier, car elle procurera une considérable économie, quand on fera là des travaux d’aménagement, en évitant de percer de vrais tunnels aux pas du Tiroir et des Palettes.
- Par-dessus cette scène déjà si étrange des deux lacs superposés, s’arrondit en coupole, toute scintillante de concrétions, la Aoûte de la fissure que nous avions en 1890 estimée haute de 40 à 50 mètres.
- Une montgolfière attachée à un fil nous a montré cette année que nous étions restés au-dessous de la vérité; elle s’est élevée à 68 mètres du lac supérieur, avant de toucher la voûte; de telle sorte que, depuis la rivière, la hauteur totale du grand dôme de Padirac est de 88 à 95 mètres, en chiffres ronds 90 U C’est, avec la salle du Jubilé, dans les cavernes de Saint-Canzian (Istrie), qui a la même élévation, la plus haute caverne quon ait mesurée jusqu'à présent.
- La fissure qui forme aujourd’hui le grand dôme est un excellent type d’abîme inachevé, c’est-à-dire non ouvert par le haut; elle montre clairement que, conformément à tout ce que nous avons observé dans les gouffres où nous sommes descendus, un puits naturel eût très bien pu se former là; soit par effondrement total de la voûte, soit si quelque notable ruisseau superficiel avait eu la puissance de perforer cette voûte par érosion et corrosion; on aurait eu alors, au lieu d’une caverne, un abîme greffé latéralement sur une rivière souterraine comme ceux de Rabanel, du Mas Raynal, des Combettcs, par exemple2.
- Mon plan topographique est trop approximatif et le tracé des courbes minutes de l’état-major au 40 000e n’est pas suffisamment précis, pour qu’en superposant ces deux documents il soit possible de
- 1 Je n’ai pu, comme j’y comptais, mesurer la hauteur exacte de la colline stalagmitique entre les deux lacs, le sae qui contenait ma boussole alidade Peigné, mon décamètre, etc., avant disparu au fond de l’eau, lors du naufrage.
- 2 Voy. mes Abîmes, p. 141, 172, 321.
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- déterminer exactement sous quel point de la surface du sol se trouve le grand dôme; je ne saurais donc indiquer au juste quelle est l’épaisseur de sa voûte; mais je suis à peu près sûr quelle doit être de 20 mètres au moins et de 40 au plus. La crevasse du dôme n’étant relativement pas très large, on peut considérer comme assez improbable la production en ce point d’un affaissement commç celui qui a ouvert le grand puits de descente; d’autant plus que le pied des murailles qui soutiennent cette coupole ne doit guère plus être entamé par la rivière souterraine, dont la force érosive et corrosive est singulièrement déchue. Il faudrait sans doute un violent tremblement de terre pour provoquer ici un cataclysme. De toutes façons, il sera prudent de ne jamais exécuter, aux alentours immédiats, de grands travaux superficiels de construction ou de voirie, de chemins de fer surtout.
- Les 29 et 30 septembre, nous avons examiné la grande faille, longue de près de 20 kilomètres, qui, courant de l’est à l’ouest entre Saint-Céré et Miers1, passe au sud du gouffre : elle a relevé les argiles du lias au niveau des calcaires lithographiques; sur la ligne de contact nous avons reconnu plusieurs points d’absorption des eaux superficielles qui convergent sans doute vers le siphon originaire du ruisseau de Padirac ; elles proviennent de plusieurs petites sources (à Sayssac, Bagou, Rigal, etc.) qui coulent fort peu de temps à l’air libre et disparaissent en terre au contact des deux terrains. C’est peut-être tout simplement parce qu’on avait puisé beaucoup trop abondamment à ces sources dans la journée du 28 septembre, que la fontaine souterraine ne coulait pas ce soir-là.
- Un dernier renseignement bien important nous a été fourni par M. Louradour, propriétaire du château de Carennac. En 1890, nous avions jeté à l’extrémité de la rivière souterraine une certaine quantité de fluorescéine, sans réussir à apprendre si on avait vu se colorer quelque source riveraine de la Dordogne : or, un pêcheur nommé Labouret a raconté, depuis, à M. Louradour, que, quelques jours après notre seconde exploration, il avait aperçu une coloration jaune verdâtre dans la Dordogne même, près du pont de Carennac, à 7 kilomètres au nord du gouffre, en un point où plusieurs sources jaillissent au fond du lit de la rivière. Quoique vague, cette remarque suffit à indiquer que l’issue du ruisseau souterrain doit être non pas à Gintrac, distant de 4 kilomètres, ainsi que nous l’avions supposé, mais bien 5 kilomètres plus loin.
- En résumé, notre troisième expédition a fait connaître l’origine et l’issue ignorées du courant de Padirac; prouvé que, malgré les variations de son régime, il ne subit ni fortes crues ni dessèchement complet ; et confirmé l’existence d’une des plus hautes cavernes connues. E.-A. Martel.
- * Yoy. la carte géologique au 80/000®, feuille de Brive.
- FABRICATION DES
- PLAQUES PHOTOGRAPHIQUES
- La fabrication des plaques photographiques a pris une extension considérable. Tout en facilitant la besogne du photographe ou du simple amateur, elle a considérablement contribué au développement des arts de la reproduction. En effet, dans le travail du photographe, le plus délicat, le plus difficile et le plus long, c’est la préparation des plaques de verre sur lesquelles est étendue l’émulsion sensible.
- La fabrication des plaques est une industrie très intéressante en ce sens que les procédés et les appareils qu’elle utilise lui sont spéciaux et très perfectionnés. Nous allons la donner, dans tous ses détails, aux lecteurs de La Nature. Nous avons pris comme modèle la belle fabrique de MM. Lumière, à Lyon. Ces messieurs, avec leur amabilité habituelle, ont bien voulu nous autoriser à visiter leur usine et nous laisser prendre les photographies qui accompagnent notre article.
- Coupage des verres. — Les verres arrivent à l’usine en feuilles analogues aux verres à vitres, emballés dans des caisses qui en contiennent 120 kilogrammes à 140 kilogrammes chacune. MM. Lumière consomment deux wagons de verre tous les trois jours, représentant 20000 kilogrammes de verre, ce qui donne une consommation journalière de 6000 kilogrammes à 7000 kilogrammes de verre.
- La qualité du verre employé n’est pas indifférente. On se sert soit de verres à vitres choisis, soit de glaces de Bohême. Les verres doivent être exempts de bulles, stries, rayures, aspérités et autres défauts, qui se reproduiraient par le tirage en positif. Ils sont polis et plans, afin de ne pas offrir d’inégalités d’épaisseur dans la couche.
- La première opération consiste à découper les feuilles de verre en bandes ayant, comme largeur, la dimension de l’un des formats les plus courants, et, comme longueur, la longueur de la feuille, soit 50 à 60 centimètres. Ainsi, pour les formats 9x12, 12 X 16, 12x20, on découpe le verre en bandes de 12 centimètres de largeur. Lorsqu’elles seront finies, ces bandes seront ensuite découpées en largeurs de 9, 16, 20 centimètres, afin d’obtenir les formats demandés. Pour les formats 9x18, 15x18, 18x24, les bandes sont découpées de 18 centimètres de largeur. Pour les formats 11 Xl5, 15x21,15x22, les bandes ont 15 centimètres de largeur.
- Le découpage est effectué par des femmes, dans un atelier éclairé par la lumière du jour (fig. 1). Les ouvrières, munies d’un gabarit en bois, découpent les bords des plaques, pour enlever les érail-lures, cassures et inégalités, et aussi pour rendre les feuilles absolument d’équerre. Après, elles découpent les feuilles en bandes de 12,15, 18 centimètres de largeur. Pendant cette première opération, un premier triage des plaques est effectué.
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- Nettoyage des verres. — Les verres chargés de recevoir l’émulsion doivent être absolument propres et exempts de toute tache grasse ou autre. Ils sont d’abord lavés à l’eau pour enlever la poussière dont ils sont recouverts. Afin de les priver de toute matière étrangère, on les plonge dans le bichromate de potasse acidulé avec de l’acide sulfurique et on termine par un lavage abondant. Dans beaucoup d’usines, ce travail s'effectue encore à la main. En Allemagne, en Amérique, on se sert de machines composées de rouleaux brasseurs, de rouleaux laveurs, de rouleaux polisseurs, etc. Chez MM. Lumière, une machine spéciale et de leur invention nettoie les glaces à la perfection, en produisant
- beaucoup de travail. Cette machine, conduite par deux personnes, permet de nettoyer 4000 mètres carrés par jour; si cette même surface devait être nettoyée à la main et dans le même temps, il faudrait une équipe de plus de 1000 personnes.
- Un verre est bien nettoyé lorsque, étant plongé dans de l’eau propre et retiré verticalement du bain, il est uniformément mouillé et que sa surface ne présente aucune strie, aucune rayure produite par capillarité sur la mince nappe d’eau qui le recouvre. Les verres sont ensuite séchés à douce chaleur et à l’abri des poussières.
- Préparation de l'émulsion sensible. — Nous ne connaissons pas la formule de l’émulsion employée
- Fig. 1. — Fabrication des plaques photographiques. — Coupage des verres, chez MM. Lumière, à Lyon.
- par MM. Lumière, nous y suppléerons en prenant pour exemple la formule de Eder.
- On commence par préparer les trois solutions suivantes : 1° 300 grammes de gélatine dure dans 5 litres d’eau ; 2° 200 grammes de gélatine dure, 200 grammes de bromure d’ammonium, 6 grammes d’iodure de potassium, dans 2 litres d’eau; 5° 300 grammes d’azotate d’argent, 1 à 2 grammes d’acide nitrique, dans 1250 grammes d’eau.
- Ces trois dissolutions sont préparées dans des vases en grès ou en verre de la capacité de 5 à 7 litres (fig. 2). Le laboratoire qui sert à cette manipulation est éclairé à la lumière du jour. À partir de ce moment toutes les opérations vont s’effectuer dans l’obscurité à la lumière verte. La lumière verte a été adoptée par MM. Lumière parce que la
- lumière rouge a l’inconvénient de fatiguer beaucoup la vue des ouvrières et d’amener, chez certaines d’entre elles, des accidents ophtalmiques que la lumière verte n’a jamais occasionnés.
- Dans un laboratoire obscur, on prépare l’émulsion en versant peu à peu la solution de nitrate d’argent dans celle contenant le bromure d’ammonium et la gélatine. Ceci s’effectue à une température tiède, 40°, de manière que la solution gélatineuse soit encore liquide. Il se forme du bromure d’argent et du nitrate d’ammoniaque. Le liquide devient laiteux ; on ajoute la solution de gélatine et on maintient, pendant une heure, l’émulsion à 40° en l’agitant de temps en temps. Lorsqu’elle a pris une teinte bleu verdâtre on la laisse refroidir.
- L’émulsion solidifiée est passée à travers de la
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- mousseline ou une toile métallique en argent. Elle se transforme en minces vermicelles, que l’on place dans un vase plein d’eau. De cinq en cinq minutes, on fait écouler l’eau et onia remplace par de la nouvelle. Ce lavage a pour but d’enlever les sels produits par les doubles décompositions qui s’accomplissent pendant l’opération.
- L’émulsion est exprimée et mise dans des pots où on la laisse mûrir pendant cinq ou six jours dans l’obscurité. Ce mûrissement a pour but d’augmenter la sensibilité du bromure d’argent, dont les grains deviennent plus gras. Au bout de ce temps, l’émulsion est prête, onia fond au bain-marie et on l’envoie aux machines pour l’étendre sur les feuilles de
- verre. C’est la partie la plus délicate de la fabrication, car de la bonne préparation du gélatino-bromure dépend la valeur des plaques. MM. Lumière y attachent un soin énorme. Toute la vaisselle servant aux manipulations du gélatino-bromure est en argent et v^e fréquents essais donnent des indices certains sur la valeur des préparations.
- Couchage de l'émulsion sur les plaques. — L’émulsion est couchée sur les plaques au moyen d’une machine dont nous n’avons pas à parler ici parce que le sujet a déjà été traité dans La Nature '. MM. Lumière ont des machines plus perfectionnées, dont la description ne présenterait qu’un intérêt technique. Les plaques de verre sont placées
- sur des chaînes sans fin, tournant sur les deux rouleaux; ces chaînes sont reliées entre elles par de petites tringles en fer de manière à former une espèce de toile métallique à larges maillons. Les plaques sont entraînées par le mouvement de translation des chaînes et viennent passer sous le distributeur automatique d’émulsion, qui l’égalise d’une façon uniforme et parfaite sur toute l’épaisseur de la plaque. L’émulsion tiède est contenue dans une caisse spéciale. Après ce mouvement, les plaques recouvertes d’émulsion sont prises par une seconde toile sans fin, composée d’une étoffe formant éponge. Cette toile plonge dans un bain d’eau glacée et les plaques, en arrivant dessus, sont refroidies instantanément et le gélatino-bromure solidifié. À l’extrémité d’une toile sans fin, les plaques
- sont prises et portées à un séchoir bien disposé.
- L’atelier dans lequel on couche l’émulsion sur le verre est tenu très propre et aucune poussière ne doit y pénétrer. Aussi, par surcroît de précaution, les ouvrières qui font le service de la machine et des séchoirs ne portent pas de vêtements de laine ni de robes. Elles sont habillées en toile bleue et portent des pantalons. Nous avons vu à la sortie des ateliers un groupe de ces ouvrières de la maison Lumière, en costume de travail et munies de leur lanterne. Elles ont un aspect très original.
- Les murs et le plancher dans l’atelier sont constamment arrosés avec de l’eau en abondance.
- Séchage des plaques. — Le séchage des plaques
- 1 Voy. n°659, du 16 janvier 1886, p. 99. Description delà fabrique llutmet, avenue Parmentier, à Paris.
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- s’effectue dans un séchoir dans lequel circule de l’air sec. Le séchage de l’air est effectué en le faisant passer sur un faisceau tubulaire, dans lequel circule de l’eau glacée. L’air se refroidit et dépose son humidité ; il est ensuite ramené à la température ordinaire et envoyé au séchoir. Les plaques sont passées sur champ sur des supports placés sur des rayonnages, elles sont posées sur les supports du côté où elles ne sont pas préparées.
- Coupage des plaques. — Les handes de verre sont coupées au format voulu, par des ouvrières travaillant dans l’obscurité, avec le diamant; elles rayent le verre du côté de la couche sensible, et d’un coup sec détachent les morceaux. Cette opération est fort curieuse à considérer. Il faut de l’habileté de main pour bien l’exécuter. Les plaques subissent un examen attentif et minutieux par plusieurs ouvrières ; toutes les plaques qui présentent des défauts sont impitoyablement mises de côté. On n’envoie à l’emballage que celles qui n’ont pas un défaut.
- Emballage. — Une machine découpe les cartons qui servent à séparer les plaques entre elles. Une autre machine les plie en deux, en forme de Y; aux deux côtés opposés de chaque plaque, on met un des cartons pliés et les plaques sont empilées par douzaines. On les enveloppe dans du papier orange, rouge ou noir. Quelquefois, on les divise en deux paquets de six, enveloppés chacun d’un papier rouge, et qu’on réunit dans un papier noir. Le tout est mis dans une boîte de carton, qu’on entoure de papier sur lequel sont posées les bandes et étiquettes de la fabrique.
- Production. — Voici quelques détails intéressants qui nous ont été fournis par MM. Lumière. Ces industriels produisent par jour 50 000 plaques de tous formats. Outre cela, ils fabriquent 4000 mètres de papier photographique par jour, dont nous indiquerons la fabrication dans un prochain article. Pour cette production, MM. Lumière emploient 280 à 300 ouvriers ou ouvrières ; une force motrice de 200 chevaux; 25 petits moteurs électriques utilisant 450 ampères à 110 volts ; 3 générateurs de vapeur pour produire la vapeur nécessaire à tous les services, une machine à glace de 500 calories négatives à l’heure. Les déchets de verre provenant des bordures de plaques, des verres à défauts, des plaques manquées, etc., s’élèvent à 1000kilogrammes par jour. Les verres de rebut, recouverts de gélatinobromure, sont traités pour recueillir l’argent qu’ils contiennent ; MM. Lumière recueillent ainsi, de leurs déchets, pour 100000 francs d’argent par an. Les débris de verre sont vendus à une fabrique de verre à bouteilles. Sur une surface de 100 centimètres carrés, on dépose, en moyenne, 250 milligrammes d’émulsion sèche, soit 5 centimètres cubes d’émulsion liquide. Pour produire la quantité de plaques indiquée ci-dessus, il faut environ 500 kilogrammes d’émulsion liquide.
- — A suivre. — A.-M. Viili .ON.
- LÀ PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
- UN NOUVEAU PROCÉDÉ
- La photographie est, comme chacun le sait, une science essentiellement française, son invention est due aux Français Niepce de Saint-Victor et Daguerre; tous les perfectionnements qui y ont été apportés depuis son origine jusqu’à ce jour sont dus à des Français. 11 appartenait donc à un de nos compatriotes de compléter l’œuvre de ses devanciers en adjoignant la couleur à la ligne que les procédés actuels permettaient d’obtenir seulement.
- Un savant, d’une modestie telle, que je ne suis pas autorisé à dire son nom aujourd’hui, vient de réussir, après y avoir consacré dix années de sa vie et toute une fortune, à obtenir la photographie des couleurs, par des procédés qui ne sont pas ceux de MM. Lippmann, mais qui sont simples, ingénieux, et dont nous allons exposer les grandes lignes.
- Ayant observé que toutes les couleurs de la nature sont composées de trois couleurs principales dont toutes les autres dérivent par leur mélange entre elles (ces couleurs sont le rouge, le jaune et le bleu), en prenant comme base cette théorie, l’inventeur a cherché à faire des plaques photographiques qui ne fussent sensibles qu’à l’une des trois couleurs types, et à la suite de recherches qui, comme je l’ai dit, ont duré dix années, il est arrivé au résultat demandé. Il a donc trois plaques ou clichés préparés de manière à ne laisser passer, la première que les rayons jaunes, la deuxième que les rayons rouges et la troisième que les rayons bleus. C’est dans la composition des émulsions de ces trois plaques que réside surtout le secret de son invention.
- Il fait trois photographies du tableau à reproduire ou de la personne à portraiturer, développe ses trois négatifs et les imprime au moyen de la lumière naturelle du jour sur trois papiers préparés spécialement. Sur le premier, il a la reproduction de toutes les couleurs jaunes ou mêlées de jaune du modèle, sur le deuxième, il a celle des couleurs rouges, et sur le troisième des couleurs bleues. Il fixe ces trois positifs à peu près comme on fixe une photographie ordinaire et obtient trois épreuves, dont il sépare le papier en les plongeant dans l’eau par un procédé analogue à celui de la décalcomanie. 11 a ainsi les trois pellicules de couleur différente, illes applique avec soin l’une sur l’autre, en repérant aussi exactement que possible, et par leur superposition, il obtient la reproduction exacte de l’objet avec ses couleurs propres. En quelques minutes, il a photographié un tableau et en quelques secondes (10 à 12), il a pris un paysage ou le portrait d’une personne avec toutes les couleurs qui se sont trouvées devant son objectif, et de plus absolument inaltérables.
- On voit combien ce problème était ardu et combien difficile sa solution. C’est cependant ce qu’a obtenu l’inventeur du procédé en question.
- Nous l’avons vu opérer, il a fait devant nous un portrait frappant de ressemblance et de vérité et nous a prouvé que tout se passait conformément à sa théorie, que de plus les couleurs ainsi fixées étaient absolument inaltérables, même exposées au plus grand soleil, même après une année entière d’insolation. Nous avons pu acquérir ainsi la conviction qu’il n’y avait dans ses procédés aucun de ces trucs, de ces tours de main que l’on rencontre dans les procédés employés par les coloristes de photographies, lesquelles sont toutes ou des aquarelles ou des peintures à l’huile plus ou moins habilement dissimulées.
- Tout le secret de ce procédé réside dans la préparation
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- chimique des plaques et des papiers employés, et on ne s’étonne pas, quand on voit la beauté des épreuves obtenues, qu’il lui ait fallu dix ans de travaux ininterrompus pour obtenir de pareils résultats.
- Ceux que cette découverte intéresse peuvent se procurer des renseignements plus complets et voir les premières épreuves des photographies en couleur chez MM. Borda. A. Ladureau,
- Chimiste.
- APPAREIL POUR REFROIDIR
- DES EAUX DE CONDENSATION
- Dans une communication à l'American Institute of mining engineers, reproduite dans le Bulletin de la Société des ingénieurs civils, M. Cari Ileinrich a fait connaître une disposition d’appareil pour refroidir l’eau dans les circonstances suivantes :
- Une usine métallurgique de Ducktown (Tennessee) manquait d’eau pour l’alimentation des chaudières et pour les enveloppes à circulation des fours de fusion et des tuyères. Les eaux environnantes étaient contaminées par celles provenant des puits contenant du sulfate de fer et l’eau pure était en quantité insuffisante; on ne pouvait disposer que de sources donnant ensemble 150 à 180 litres par minute, alors que le volume nécessaire était de 1000 à 1200 litres.
- M. Ileinrich entreprit l’installation d’un appareil de refroidissement pouvant ramener cette eau de la température de 85-90° C. à la température ordinaire. L’appareil, comme tous ceux qu’on emploie actuellement pour cet usage, est basé sur le principe des bâtiments de graduation des eaux salées, mais il est d’une construction extrêmement simple : il se compose d’une charpente en bois formée de montants verticaux appuyés par des contre-fiches obliques et réunis par des cadres. Sur les montants verticaux sont établies des traverses horizontales parallèles très rapprochées, sur lesquelles sont clouées des planchettes ayant 10 centimètres de largeur et Qra,025 d’épaisseur, sur une longueur de 4™,80. Les lattes sont bien droites. On les cloue sur les traverses en laissant entre chacune et les voisines un intervalle de quelques millimètres. Chaque couche est formée de treize planchettes ainsi juxtaposées. Il y a en tout vingt-neuf couches superposées avec un intervalle vertical de 15 centimètres entre elles. On a soin, dans le montage, que les intervalles horizontaux entre les planchettes voisines coïncident pour chaque couche avec le milieu des planchettes de la couche supérieure et inférieure. Ces intervalles sont ainsi croisés d’une couche à l’autre. L’ensemble de l’appareil présente l’aspect d’un parallélépipède de 3 mètres de longueur, 2m,50 de largeur et 6 mètres de hauteur.
- L’eau, amenée par une pompe à vapeur dont le cylindre a 50 centimètres de diamètre et le plongeur 0m,l 75, avec course commune de 55 centimètres, pouvant débiter par minute 750 litres d’eau à la vitesse de 50 mètres, arrive dans un bassin supérieur dont le fond est criblé de petits trous, tombe sur la première couche de planches, s’écoule en minces filets sur la seconde couche, et ainsi de suite jusqu’au bas, où elle est recueillie complètement refroidie.
- L’appareil est ouvert de tous les côtés pour la circulation de l’air qui se fait naturellement. Toutefois, lorsqu’il fait du vent, on est obligé de placer sur un des côtés des écrans en planches pour éviter une trop grande perte d’eau. Le débit de 180 litres par minute est plus que suf-
- fisant pour parer à la perte résultant du refroidissement de 1200 litres dans le même temps de 90 à 10° C '.
- RR0UILLARDS LÉGERS
- PROVOQUÉS PAR LE SOLEIL
- Tout le monde a observé, lors des belles journées de la saison chaude, des vapeurs blanches, sorte de léger brouillard bas, qui se forment au-dessus des prairies et dans les vallées étroites, immédiatement après le coucher du soleil. Elles sont dues à la condensation, sous l’influence du rayonnement nocturne, de la vapeur d’eau qui sature l'air près du sol. J’ai eu récemment l’occasion d’assister à la production d’un brouillard du même genre, mais cette fois sous l’action, non pas d’un refroidissement, mais d’un échauffement provoqué par les rayons solaires, pénétrant le matin dans une vallée très resserrée.
- C’était vers la fin de septembre 1895, aux environs de la Roche (Luxembourg). Je longeais la vallée du Bronze, tout humide d’une rosée extraordinairement abondante, lorsque le soleil, caché derrière la montagne au pied de laquelle murmure le ruisselet, lança ses premiers rayons dans la gorge étroite où je me trouvais. Quelques minutes à peine s’étaient écoulées depuis leur apparition, lorsque je vis s’élever de terre comme une fumée blanche, qui s’épaissit peu à peu et monta assez rapidement jusqu’à 1 mètre du sol environ. Elle forma bientôt un long ruban de vapeurs, marchant très lentement, poussées par le vent. Ces vapeurs se comportaient exactement comme si elles avaient été émises par une nappe d’eau fortement chauffée. Au fur et à mesure de la pénétration des rayons dans la vallée, de nouvelles couches de ce brouillard bas se formaient, pendant que les premières s’évanouissaient.
- Bientôt même, des arbres et des arbustes longeant le chemin s’élevèrent des vapeurs semblables, vite disparues naturellement, la surface évaporante étant ici très réduite. Le spectacle présentait un vif intérêt.
- Cette observation me rappela celle que je fis, il y a quelques années, d’une émission analogue de vapeurs au-dessus de trottoirs mouillés par une courte pluie d’orage, après avoir été fortement échauffés par le soleil.
- Je me souvins aussi d’un phénomène du même genre observé en hiver, au-dessus d’une épaisse couche de neige couvrant partout la terre. Le soleil, dès son lever, avait fait « fumer » la neige et l’avait rapidement recouverte d’un manteau de vapeurs d’une blancheur éblouissante, vapeurs qui marchaient cette fois avec une vitesse marquée, le vent étant assez frais. A. Lancaster.
- LA GRANDE CLOCHE
- LA « SAVOYARDE »
- La Basilique du Sacré-Cœur, à Montmartre, a récemment reçu la fameuse cloche qui lui était destinée et à laquelle son origine a fait donner le nom pittoresque de la Savoyarde. Fondue dans les ateliers de MM. Paccard frères, à Annecy-le-Vieux, elle est le produit d’une souscription ouverte en 1889 par l’évêque métropolitain de la Savoie, Mgr Leuil-leux, et qui s’est élevée à 65 000 francs environ.
- Ce bourdon pèse, rien que pour le bronze, 16 500 kilogrammes. Il mesure exactement 5m,06 de hauteur, 3m,03 de diamètre extérieur, son épais-
- 1 D’après la Revue industrielle.
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- seur à la base atteint 0m,22 : le battant, en fer forgé, pèse 780 kilogrammes, et en ajoutant à ces cbilfres les poids des accessoires, joug, ferrures, etc., le poids total que devra supporter le clocher atteint 20000 kilogrammes environ. Dans ces conditions, la Savoyarde peut être considérée comme la première des cloches de France. Le bourdon que possède Notre-Dame de Paris, fondu en 1686, ne pèse, en effet, d’après Viollet-le-Duc, que 13 000 kilogrammes. Viennent ensuite ceux de Reims, de Sens, de Rouen et de Lyon. A l’étranger, on cite particulièrement la grosse cloche de Moscou (fondue en 1819), qui pèse 66 000 kilogrammes et mesure environ 6 mètres de diamètre avec une hauteur de 7 mètres; et celle de la pagode de Mingoum, dans
- Fig. 1. — Vue de la cloche la Savoyarde en gare à la Chapelle, au moment de son chargement sur le camion.
- du nouveau métal. Le bronze généralement recommandé doit contenir, une fois la cloche achevée : cuivre, 78 parties; étain, 22 parties.
- Quelquefois on remplace deux parties d’étain par deux parties de zinc, qui rendent l’alliage plus coulant, favorisent la patine et abaissent le prix de revient. Du reste, la manière dont est conduite la coulée apporte des modifications dans la constitution même de l’alliage, et ce « tour de main » ne saurait être traduit par une formule. Les proportions ci-dessus indiquées résultent d’analyses faites sur des cloches anciennes. Une croyance autrefois répandue attribuait une importance considérable à l’addition de métaux précieux dans la coulée pour améliorer la sonorité de l’alliage définitif. C’est ainsi qu’en 1819 la population de Moscou jeta, dans le métal en fusion de la cloche dont nous avons déjà parlé, de la vais-
- l’hide, fondue au début de ce siècle et dépassant, comme poids, 100 000 kilogrammes.
- La fabrication des cloches s’exécute d’après des règles empiriques formant une tradition générale à laquelle chaque fondeur apporte quelque modification de détail dont le secret est soigneusement conservé. Toutefois, le métal employé est généralement le bronze; on a bien, il est vrai, essayé d’appliquer l’acier coulé à ce genre d’industrie, et les cloches ainsi obtenues ont fait leur première apparition à l’Exposition Universelle de 1855. Mais cette innovation n’a pas obtenu un grand succès, du moins en France, malgré les avantages qu’elle présente au point de vue de la réduction du prix, qui peut atteindre les deux tiers. Cela tient surtout à l’oxydation
- Fig. 2. — Vue de la cloche la Savoyarde, exposée à l’entrée de la chapelle du Sacré-Cœur.
- selle et des bijoux d’or et d’argent. Les essais chimiques faits sur des cloches existantes et douées d’une belle sonorité, comme la célèbre cloche dite d’argent de Rouen, ont démontré qu’elles ne contenaient aucune trace de ce métal.
- Le battant se fait en fer forgé : son poids est environ 1/20 de celui de la cloche. Il a ordinairement la forme d’une tige à pans, aplatie en haut, suivant une partie un peu plus large que le corps moyen de la tige, et percée au centre d’un œil arrondi à la * lime. La tige se termine par une masse en forme de poire qui constitue la partie frappant contre les parois de la cloche. Le battant est réuni à celle-ci au moyen de liens en cuir passant dans l’anneau de la cloche et l’œil dont nous avons parlé. Il y a intérêt à réduire autant que possible la longueur des liens qui tendent toujours à s’allonger, et à
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- augmenter celle du battant, afin que celui-ci vienne Irapper sur la partie la plus épaisse de la cloche, partie qui est précisément destinée à le recevoir, et non sur le bord inférieur, que les chocs pourraient détériorer.
- Le son rendu par une cloche est toujours un son composé. Le nombre des vibrations est en effet sensiblement en raison inverse des diamètres. Par suite une série de cloches qui fourniraient un carillon donnant une octave complète présenteraient des diamètres croissant dans les proportions suivantes : ut ré mi fa sol la si ut
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- Dans la pratique une cloche fournit, outre le son principal, deux sons accessoires au moins, l’un plus aigu, l'autre plus grave. La Savoyarde en donne
- quatre distincts, d’une justesse et d’une harmonie parfaites : le contre-ut grave, le mi, le sol et l’ut supérieur. Ordinairement ces effets ne s’obtiennent qu’après certaines retouches au burin, après qu’on a vérifié à l’aide de diapasons si la cloche donne bien la note voulue. Il paraît que grâce à l’habileté des fondeurs, MM. Paccard frères, on n’a eu aucune retouche à effectuer et que la Savoyarde est demeurée telle qu’elle était à sa sortie du moule.
- Elle porte une décoration assez importante due à M. Pacorct, architecte à Rambouillet et natif d’Annecy. Les dessins ont été gravés en creux sur bois par M. J. Burgunder, de Stockcnsohn (Haute-Alsace).
- 11 a fallu tout d’abord transporter l’énorme masse des ateliers d’Annccy-le-Vieux à la gare d’Annecy. A cet effet, elle a été chargée sur un chariot pesant
- Fig. 5. — Trmisi>ort île la cloche la Savoyarde sur sou camion tiré par 28 chevaux. (D’après une photographie spécialement exécutée pour La Nature.)
- lui-même 6000 kilogrammes, auquel on avait attelé trois chevaux en limonière précédés de douze paires de bœufs. L’opération s’est effectuée sans encombre, ainsi que la mise sur un truck de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, renforcé d’une charpente spéciale.
- Nos figures représentent respectivement : la figure 1, l’arrivée à la gare de la Chapelle, l’enlèvement, à l’aide d’un pont roulant à vapeur, de la cloche prête à être déposée sur le chariot qui doit la mener à destination; la figure 2, la cloche dans sa position actuelle sur son échafaudage; la figure 3, le transport au chantier du Sacré-Cœur à Montmartre. Comme l’indique notre gravure ci-dessus, ainsi que les autres, d’après une photographie, le chariot était traîné par 28 forts chevaux. Parti à 4 heures du matin de la Chapelle, il a fallu, pour escalader les voies abruptes qui mènent au sommet de la butte, accélérer considérablement l’allure ordinaire, et
- même, sur les dernières parties du parcours, faire prendre le galop aux attelages. Les boulevards de Magenta, Barbés, la rue de Damrémont et la rue Ordener ont été franchis assez facilement. Enfin, après un tournant où la rapidité de l’allure a prévenu un accident imminent, la rue Lamarck a été montée sans encombre, et, à 6U 10m, c’est-à-dire deux heures seulement après avoir quitté la gare d’arrivée, la Savoyarde atteignait le point culminant où le chariot devait la déposer, les attelages ne pouvant se développer sur la pente qui restait à franchir. Celle-ci portait un plan incliné formé de forts madriers. On a commencé par y déposer la cloche, puis on l’a hissée à l’aide d’un treuil en faisant rouler doucement son chariot sur le chantier, jusqua la plateforme de la Basilique. Amenée par ce moyen sous l’échafaudage destiné à la recevoir provisoirement en attendant la construction du clocher, elle lui a été suspendue ainsi que le montre notre seconde figure.
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- L’opération du transport , que rendait surtout difti-cile la concentration de la masse sur un emplacement relativement faible, et la traversée des rues à forte pente qui accèdent à la Basilique, a donc été effectuée avec un plein succès. L’église du Sacré-Cœur, monument colossal par scs dimensions et sa situation dominante sur la capitale, possède maintenant la plus forte cloche de France. X..., ingénieur.
- NÉCROLOGIE
- A.-M. Villon. — Nous avons eu la douleur d’apprendre la mort récente de l’un de nos collaborateurs les plus dévoués, M. A.-M. Villon, ingénieur chimiste de Lyon, dont nous commençons à publier dans la présente livraison, le dernier travail (p. 391). Né à Lyon, le 12 mai 1867,il était dans sa vingt-huitième année. 11 avait déjà publié beaucoup d’ouvrages et fait un grand nombre d’articles, malgré la faible durée de sa courte carrière. A l’àge de douze ans, il était entré à la Martinière, d’où il est sorti avec le numéro 1, et la Chambre du Commerce lui a voté une bourse de 800 francs pendant deux ans. De là, il est entré à la Faculté des sciences, et il y a obtenu un diplôme d’honneur. Il a été préparateur jusqu’à l’àge de dix-huit ans, emploi qu’il quitta pour se livrer à des travaux personnels. Ses premiers articles de chimie ont paru dans un journal spécial, la Halle aux cuirs, et son premier ouvrage est un livre sur les Cuirs, édité à Paris (librairie Baudry). Son plus grand travail est son Dictionnaire de chimie industrielle, qui paraissait en livraisons périodiques et qui était rempli de documents bien résumés sur un grand nombre de produits nouveaux. Le jeune chimiste a corrigé la veille de sa mort les épreuves de la dernière page du premier volume de son œuvre. 11 avait aussi un journal, la Revue de chimie industrielle, édité, comme son dictionnaire, à la librairie Bernard Tignol. Villon a publié plusieurs brochures : La Soie, Les Corps gras, Le Phonographe, etc.; il a publié également à la librairie Roret plusieurs manuels, notamment Le Graveur, Le Lithographe; il était, depuis deux ans, le collaborateur de plusieurs journaux scientifiques, et notamment de La Nature; nous avions beaucoup apprécié notre jeune collaborateur et ses articles étaient très lus par nos lecteurs. A.-M. Villon était un ardent travailleur et il aimait «avec passion la science et le progrès de ses applications. Nous déplorons la perte de ce savant qui laisse après lui une série de publications utiles. Il est mort le 4 novembre 1893, d’une fièvre typhoïde, et il a eu jusqu’à la dernière heure la plus grande résignation. 11 a légué sa bibliothèque à la ville de Lyon. G T.
- CHRONIQUE
- Association amicale des anciens élèves de l’École de physique et de chimie de la ville de Paris. — R y a treize ans, le Conseil municipal de la ville de Paris fondait l’École de physique et de chimie industrielles, dont nous avons donné la description à ce moment1. Depuis cette époque, l’œuvre a grandi et prospéré, et ses anciens élèves se sont répandus dans les diverses branches de la science et de l’industrie, où ils orlt rendu des services utiles. L'Association amicale des
- 1 Voy. n° 521, du 26 mai 1883, p. 414.
- anciens élèves de celte école a voulu célébrer par une fête de famille le dixième anniversaire de sa fondation, et le samedi 9 novembre 1895, dans les salons de l’hôtel Foyot, rue de Tournon, elle offrait un banquet à ses membres d’honneur et à ses membres honoraires. Les personnalités les plus éminentes du monde scientifique et industriel avaient répondu à cette invitation. Nous citerons M. Schut-zenberger, membre de l’Institut, directeur de l’Ecole; M. Roussclle, président du Conseil municipal; MM. Mar-soul.an, G. Villain, Carriot, directeur de l’Enseignement, de Lanessan, Lauth, Friedel, Gariel, Rurcker, G. Tissan-dier, «ainsi que MM. Baille, Dominer, Hospitalier, Ilan-riot, Etard, Combes, professeurs et Cœuret. M. Berthelot devait assister au banquet, mais il s’est excusé par une lettre de ne pouvoir venir, en raison des occupations nouvelles que lui ont créées les derniers événements politiques. Le président de l’Association, M. Guittard, souhaité la bienvenue à tous les membres d’honneur et membres honoraires, et les a tous remerciés profondément de la vive sympathie qu’ils ont toujours montrée à l’École et à ses élèves. M. Schutzenberger a répondu, et, en quelques paroles fort émues, il a fait connaître tout le chemin parcouru pour créer la nouvelle École, et celui qui restait encore à parcourir pour prendre un plus grand développement. M. Friedel a également prononcé quelques paroles vibrantes d’émotion et de sollicitude et M. Rousselle a exprimé, au nom delà Ville de Paris,toute la satisfaction qu’il éprouvait à voir prospérer ainsi l’œuvre du Conseil municipal, qui lui est chère entre toutes. Nous sommes heureux à notre tour d’applaudir au succès de cette jeune école, et de lui souhaiter toute prospérité dans ses travaux futurs. J. L.
- Pédiculose intermittente. — Un fait curieux et assez rare a été signalé dernièrement à la Société de biologie par le docteur Artault de Vevev. Un de ses amis soignait une dame atteinte de p.aludisme à accès quotidien; chaque soir, au moment où la température montait (début de l’accès), la malade se plaignait de démangeaisons terribles, qui cessaient dès que l’accès était passé : non pas de cette sensation d’irritation de la peau causée par la fièvre, mais de démangeaisons véritables et dont la cause était facile à reconnaître. Le corps était couvert de parasites qui n’étaient autres que le pedicinus breviceps ou pou du singe. Renseignements pris, la malade avait dans sa chambre un singe. Quelques années plus tard, M. de Vevey observa un fait identique chez une de ses malades, grand amateur d’animaux et laissant vivre pèle-mèle dans son appartement chiens, chats, perroquets et singes. Une légère indisposition amena plusieurs soirs de suite une élévation de température, un léger accès de fièvre. Or, la malade, parfaitement calme dans le jour, se plaignait; dès que survenait l’ascension thermique, de démangeaisons intolérables. Averti par le cas précédent, notre confrère saisit le parasite en flagrant délit. Le coupable était encore le pou du singe, qui s’était installé, trouvant le local, échauffé par la fièvre, favorable à sa croissance et à celle de sa progéniture. Ce fait est intéressant au point de vue du passage des parasites d’une espèce animale à une autre (toutes révérences gardées pour les malades). Il faut, pour certaines espèces, des conditions particulières de chaleur, tout comme pour l’éclosion de certains virus chez divers animaux. C’est, sous une autre forme, l’histoire de la poule de Pasteur. A. C.
- Un chemin de fer en mer. — L’on nous apprend que M. Magnus Wolk espère ouvrir, à Pâques prochaines,
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- cette voie ferrée entre Brighton et llottingdean. Sa longueur est d’environ 0400 mètres; elle est située sur le rivage de la mer, près du niveau des basses eaux, de manière qu’elle sera submergée pendant la plus grande partie des 24 heures. Il y a quatre lignes de rails, établis en double voie ; la distance (les rails extrêmes est de 5m,40; chaque paire de rails est supportée par des blocs artificiels encastrés dans le roc; la pente la plus forte est de 1 à 500, et le moindre rayon de courbure est de 800 mètres. La voiture conçue par M. Georges Moore, ingénieur de la Compagnie, a été construite parla Gloces-ter Wagon Company. Chacun des quatre supports principaux est un tube en acier de 0m,500, monté sur un bogie à quatre roues. Les bogies conducteurs sont entraînés par nnc bielle verticale passant dans ces tubes. Le plancher de la voiture est à 6ro,90 au-dessus de la voie, de manière qu’il ne sera jamais atteint par les vagues. Sur cette plateforme de 14 mètres X 6m,60 sera établi un salon de 7ra,50 x5m,90. La force motrice devait d’abord consister en un courant fourni par des accumulateurs, mais on y a substitué le système à trolley. Le fil aérien sera supporté par des pylônes à terre. Le gouvernement a donné son approbation à cette construction, dont le coût est évalué à 625 000 francs1.
- Les forces motrices naturelles en Suisse. —
- L’un des éléments les plus intéressants pour l’avenir industriel de ce pays paraît consister dans les' forces motrices hydrauliques dont il dispose. Voici, en résumé, les renseignements que donne à ce sujet un de nos confrères. L’utilisation de ces forces motrices par des procédés divers, qui remonte à peine à quelques années, est loin d’être achevée ; il reste à terminer bien des travaux en cours et à entreprendre nombre d’exploitations nouvelles. Parmi lés principaux établissements existant dès maintenant, on cite ceux de Genève, de Chèvre, près Genève (12 000 chevaux en été, 18 000 en hiver), Brugg (600 chevaux),Wynau (2500 chevaux), Soleure (840 chevaux en hiver, 700 en été), Bremgarten-sur-Ia-Reuss (1500 chevaux), Baden (400 chevaux). Les principaux établissements projetés seraient ceux de Ruppoldingen, actuellement en cours d’exécution (2500 chevaux), Àarau, où une nouvelle usine va remplacer l’ancienne (1050 chevaux), Rheinau, Lafen-burg, Birsfelden, Yverdon, et surtout Rheinfelden, sur le Rhin, où des travaux sont également commencés et qui donnera 15 500 chevaux. On évalue actuellement de 110 000 à 120 000 chevaux la force motrice naturelle utilisée et à 125 000 environ celle qu’on pourrait gagner encore.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 novembre 1895. — Présidence de M. Maret.
- Préparations de siliciures métalliques. — M. Yigou-roux continue les recherches entreprises par M. Moissan sur les combinaisons métalliques du silicium. Il décrit aujourd’hui celles du nickel et du cobalt. En chauffant au four électrique l’un ou l’autre de ces deux métaux en contact avec un fragment de silicium pur, M. Vigouroux a obtenu des culots qui, traités par les acides, ont laissé soit du siliciure de nickel, soit du siliciure de cobalt. Ces deux combinaisons renferment deux équivalents de métal pour un équivalent de silicium. Elles sont cristallisées et stables. M. Moissan ajoute qu’en général les siliciures sont
- 1 D’après Engineering.
- plus durs que les carbures; le siliciure de titane, par exemple, raye le diamant.
- Influence de la lune sur le temps. — M. Poincaré s’est appliqué à déterminer l’influence possible de la lune sur les phénomènes météorologiques terrestres. En procédant latitude par latitude, il a reconnu que la lune exerçait une action, non seulement sur la production des cyclones, mais sur la direction de leur trajectoire.
- Construction d'une carte magnétique du globe. — Frappé des efforts réalisés à l’étranger, en Amérique, en Autriche et en Russie, pour obtenir une carte magnétique du globe, le Bureau des longitudes a pris l’initiative d’un ensemble de déterminations méthodiques susceptible de fournir, dans un temps assez court, les éléments suffisants pour la confection d’une telle carte. L’écueil des entreprises de ce genre est la difficulté de combiner des observations souvent peu comparables, car depuis Iluperré, qui publia une des premières cartes générales magnétiques, bien des matériaux ont été accumulés. M. de Ber-nadières fait connaître, au nom du Bureau des longitudes, que, grâce au concours que le ministre de la Marine a bien voulu promettre, sept expéditions emportant des appareils identiques vont sillonner le globe. Une expédition est chargée de l’Atlantique, deux du Pacifique, une des mers de Chine et du Japon, une de la région des Canaries et des Açores, une des parages de l’Islande. Cette dernière expédition est celle qui est partie la première ; elle a déjà satisfait à son programme d’une façon très heureuse. M. de Bernadières ajoute que d’ici quelques années, sans doute pour 1900, la France pourra à son tour publier une carte magnétique bien supérieure à toutes les publications de ce genre.
- Essai des liquides organiques. — M. Winter, chef de clinique de M. le professeur Ilayem, a constaté que la température de congélation de l’eau peut être abaissée d’une quantité constante égale à 0°,57 par la présence de quelques liquides organiques tels que le lait et la lymphe. Cette propriété serait due à cette particularité que ces liquides renferment le même nombre de molécules dans un égal volume d’eau. De là résulterait un moyen aisé de reconnaître si ces liquides ont subi une altération par le fait de la maladie ou par l’addition d’eau. Dans ce cas la température de congélation du mélange avec l’eau remonte sensiblement pour une faible variation de la composition normale.
- Varia. — M. Osmond étudie les propriétés physiques et magnétiques de l’acier à différents degrés de carburation variant entre 0,007 et 0,017. — M. Ilaton de la Goupillière présente l’atlas annuel de statistique graphique dù à M. Cheysson. — M. Dufau a préparé, à l’aide de la température du four électrique, le chromate de chaux en cristaux volumineux de couleur verte.
- Ch. de Villedeuil.
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- FABRICATION INDUSTBIELLE
- DE L’AIR ET DE L’OXYGÈNE LIQUIDES
- Nos lecteurs ont pu suivre pas à pas les progrès réalisés dans la liquéfaction des gaz réputés permanents depuis la fin de 1877, où, simultanément et indépendamment, M. Cailletet et M. Raoul Pictet obtenaient à peine quelques grammes de liquide, jusqu’aux récentes expériences de M. le professeur James Dewar, à l’Institution royale de
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- Londres, qui produit par litres entiers l’air et l’oxygène liquides si précieux pour porter les corps aux basses températures, et étudier leurs propriétés physiques et chimiques dans les régions de température voisines de la mort de la matière. Unis on entrevoit déjà des applications industrielles aux basses températures, pour la purification du chloroforme, de l’alcool, de l’étlier, par exemple, et nul doute que ces applications ne se multiplient du jour où les basses températures seront économiquement produites. C’est l’oxygène et l'air liquides qui se prêtent actuellement le mieux à la réalisation pratique de ces basses températures par leur vaporisation à la pression ordinaire ou dans le vide, il n’est donc pas étonnant que l’on cherche à fabriquer industriellement l’air et l’oxygène liquides, et M.Sclirotter nous fait connaître dans le Zeitschrift der Vereines Deutscher Ingenieure, du 28 septembre 1895, les procédés et appareils combinés dans ce but par M. Linde, un spécialiste Lien connu de Munich.
- Le principe du procédé deM. Linde consiste à comprimer, refroidir et détendre successivement une même masse d’air dont la température s’abaisse graduellement jusqu’au point cri tique (— 140°C) à partir duquel une partie de l’air liquéfié est remplacée par de l’airnouveau. Avant d’être aspiré, l’air traverse un échangeur dans lequel il se réchauffe aux dépens de l’air refoulé qu’il refroidit avant sa détente, tandis que, après la compression qui l’a échauffé, l’air comprimé est ramené à la température ordinaire dans un refroidisseur à circulation d’eau qui
- recueille la chaleur produite par la compression et celle enlevée à l’air comprimé par l’échangeur avant la détente. Le compresseur sert donc à transporter, par le jeu naturel des propriétés phvsiquesdes gaz, et à soustraire de la chaleur à l’échangeur pour la verser dans le refroidisseur à circulation d’eau. Comme l’opération s'effectue toujours sur la même masse d’air, sa température va constamment en s’abaissant jusqu’au point critique à partir duquel la liquéfaction commence, et se continue par l’apport d’air puisé au dehors, à la température ordinaire. On active l’opération et la puissance de l’appareil en envoyant dans le refroidisseur un liquide incongelable amené à une température inférieure à zéro par un appareil à ammoniaque ou tout autre. Dans des expériences faites à Munich on a fabriqué par'ce procédé, en une seule opération, huit litres d’air liquide. C’est là un résultat déjà important et obtenu pour la première fois, croyons-nous, en une seule étape, pour une assez grande quantité. Nous espérons avoir des renseignements sur les appareils de’M. Linde qui sont sur le point de faire entrer l’air et l’oxygène liquides dans le domaine industriel. . ; . ;E. II.
- Emploi (l’un aimant à l’avunl (tes bicyclettes, (D'après une caricature américaine.)
- UNE CARICATURE SCIENTIFIQUE
- LA BICYCLETTE A AIMANT
- Les bicyclistes redoutent surtout de rencontrer sur leur route des clous, des objets métalliques pointus qui perforent leurs pneumatiques. Or de mauvais plaisants sont heureux de jeter parfois des clous et des pointes sous les roues des bicyclettes. Pour éviter ces graves inconvénients, un inventeur américain a proposé de placer un aimant très puissant à l’avant de la bicyclette. Cette invention a inspiré à un caricaturiste un joli dessin que reproduit notre confrère Scientific American. Dans notre figure on voit sur sa machine un cycliste fumant tranquillement son cigare ; la bicyclette est munie d’un gros aimant. 11 n’y a plus dès lors à s’inquiéter ; tous les objets métalliques seront attirés et enlevés de sa
- route. Mais l’aimant a en même temps d’autres inconvénients. Un officier qui passe voit son sabre attiré fortement, il est obligé de suivre le mouvement et chancelle. Une cuisinière ne peut retenir sa boîte au lait, et tout le contenu est versé sur les pieds de l’officier. Un passant dont les bottines sont munies de clous sur leurs semelles, est entraîné avec force
- et se trouve obligé de s’accrocher a un beè. de gaz; mais les clous quittent les semelles et s’approchent vers l’aimant. Un autre passant est renversé à terre, une de ses bottines s’échappe ainsi que son trousseau de clefs pour venir vers l’aimant. Un pauvre chien lui-même, attaché par une chaîne, n’est pas à l’abri de ces vicissitudes, et il demeure cloué contre le sol, retenu par sa chaîne. On voit dès lors tous les accidents et incidents que causerait l’emploi d’un aimant; il est encore préférable, croyons-nous, de s’en abstenir, car les effets rapportés ici par le caricaturiste ne sauraient s’exercer d’une façon aussi énergique. L’aimant ne pourrait avoir une action réelle que pour les clous qui sont à terre. Il serait dans ce dernier cas nécessaire d’adopter quelques dispositions ’qui pourraient peut-être offrir un certain intérêt. J. L.
- Lé 'Propriéiaire-G'érdnt : G. 'Tîssâsdièr l’aro, — Imprimerie Laiiche, rue île Flfeurüs, 9. (
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- N“ 1173. — 23 NOVEMBRE 1895.
- LA NATURE.
- TOI
- IA BICYCLETTE PLIANTE
- Les dernières grandes manœuvres de l’Est ont donné à la vélocipédie l’occasion brillante d’affirmer, une fois de plus, son utilité dans les armées. Le capitaine Gérard, du 87° de ligne, à Saint-Quentin, un de ces officiers, de jour en jour plus nombreux en France, qui considèrent la bicyclette non plus comme un jouet, mais comme une arme précieuse pour qui sait s’en servir, a démontré sans conteste la possibilité de faire du cycliste un combattant, alors que les habitudes et les règlements (notamment celui d’avril 1892) ne faisaient de lui qu’une
- estafette, c’est-à-dire un simple porteur de plis.
- M. Gérard comprit immédiatement que la grosse objection qui serait toujours opposée à l’idée de faire du cycliste militaire un combattant, était la structure même de la bicyclette. Instrument merveilleux de transport silencieux et rapide, la bicyclette actuelle devient, dès que l’homme en descend, un embarras, une gêne pour ses mouvements, un fardeau qu’il ne peut pas porter mais qu’il doit faire rouler : et, dans ces conditions, comment tirera-t-il un coup de fusil? S’il pose sa bicyclette parterre, il la fausse le plus souvent ; une surprise de l’ennemi peut la lui faire perdre. Cavalier sans cheval, il est aux mains des adversaires. Et d’ailleurs, que peut le
- Fig. 1. — Bicyclette pliante, à gauche pliée, à droite ouverte.
- cycliste actuel dans un bois, dans un marécage, devant une haie ou un mur? — Le capitaine Gérard résolut toutes ces questions par une audacieuse conception : faire porter la machine par l’homme quand l’homme ne peut pas être porte' par la machine. 11 imagina successivement plusieurs systèmes de pliage de la bicyclette, qui permissent à l’homme d’en faire un colis pas plus embarrassant qu’un sac et de le placer rapidement sur son dos.
- Le dernier modèle auquel l'expérience lui indiqua de s’arrêter est celui que représente la figure 1.
- La bicyclette, vue ouverte, est formée de deux roues égales de petit diamètre (65 centimètres), réunies par un corps droit. La selle se trouve exactement placée au-dessus de l’axe de la roue d’arrière, qui, par
- 23° .muée. — 2e semestre.
- conséquent, supporte la plus grande partie de la charge. La direction est la même que dans les bicyclettes usuelles.
- Les deux trains de la bicyclette pliante sont réunis par un tube de liaison (fîg. 2) sur lequel on aperçoit un manchon de serrage muni de trois vis à manettes. Ce manchon, si on desserre les vis, peut être remonté jusqu’au tube de la direction et met alors à nu l’articulation qui permet le pliage rapide du train d’avant sur le train d’arrière. Cette articulation en forme de sifflet est composée de deux parties biseautées correspondantes et réunies soit par une broche, soit par une pièce analogue à celle qui fait l’articulation dans certains fusils.
- Le système, on le voit, est des plus simples. L’homme descend de machine, et, s’il est un peu
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- exercé, en moins d’une minute, montre en main, il l’a sur le dos ! Ses deux bras restent libres pour le tir, pour l’escalade ou toute autre utilité. La machine ne pèse pas plus de 14 kilogrammes, c’est-à-dire moins qu’un sac complet, et est pourvue de bretelles pour la mise sur les épaules.
- On remarquera, en outre des avantages que j’ai rapidement exposés, que la bicyclette pliante présente deux particularités importantes. En premier lieu, un détail de construction que jadis Truffault avait appliqué à scs tricycles, mais qui a moins de valeur dans le cyclisme civil que dans le cyclisme militaire : l’adoption de vis à manettes pour la fixation du guidon et de la tige de selle, pour le serrage et le desserrage du manchon d’articulation, etc. Cette suppression des écrous, et par suite des clés toujours faciles à perdre ou à casser, est de toute utilité pour le fonctionnement infaillible et rapide d’une machine qu’on peut être exposé à monter et démonter dix fois dans une journée!
- En second lieu, un détail de position du cavalier. La selle se trouvant au-dessus de l’axe arrière, le cycliste ne pédale pas comme on le fait d’ordinaire,
- Fig. 2. — Détails de l’articulation.
- c’est-à-dire presque verticalement, mais il pédale sensiblement d’arrière en avant. Il en résulte que ses jambes sont alors toujours assez longues pour que, s’il quitte les pédales, ses pieds touchent terre. Dès lors, en cas de dérapement de la bicyclette sur un sol mouillé ou sablonneux, le cavalier ne tombe pas, il pose le pied par terre et reprend son équilibre ; de plus, et ce point est fort curieux, lorsqu’on lui commande de s’arrêter et de tirer, il n’a plus à se préoccuper de sa bicyclette : il n’a qu’à écarter les jambes pour se tenir debout sur le sol, et sa machine tient aussi entre les jambes de son cavalier.
- Le capitaine Gérard ayant conçu et fait exécuter cette originale invention, obtint de ses chefs l’autorisation de former un peloton de vingt hommes montés sur bicyclettes pliantes, de les entraîner plusieurs mois à l’avance et de montrer, lors des dernières grandes manœuvres, à quels coups demains hardis, à quelle guerre de partisans terriblement meurtrière et démoralisante pour l’ennemi, était propre cette infanterie montée qui apparaissait soudain en un point imprévu et disparaissait, en dehors des règles habituelles de la tactique.
- La démonstration fut d’ailleurs si probante que les généraux eux-mêmes reconnurent la surprenante valeur dont avaient témoigné les cyclo-fantassins, que
- plusieurs décidèrent de l'aire mettre officiellement à l’essai la bicyclette pliante, et que déjà on parle de la formation probable à Yincennes d’une compagnie de cyclistes de 100 hommes.
- Il est difficile en elfet de n’être pas séduit par les qualités de ce cheval métallique plus rapide et plus endurant que n’importe quel cheval, de ce cheval qui ne mange pas, de ce cheval de guerre singulier dont les voitures peuvent avoir des provisions de rechange dans des boîtes, et que les cavaliers peuvent plier et emporter sur leurs épaules! L. Raudry de Saunier.
- L’ÉCUME DE MER
- MAGNÉSITE OU SILICATE I)E MAGNÉSIE MINES DE SARI-SOU, KEMIKLY, KARAYOUK, SEPTEKI ET SYRACUSE, EN ANATOLIE
- Il m’a paru intéressant, pendant le voyage d’études que j’ai fait il y a deux ans en Anatolie, de visiter les mines d’écume de mer (magnésite). La Note qui suit a pour objet de rétablir la vérité sur cette matière qui, bien qu’étant employée depuis longtemps, est fort peu connue.
- J’ai pensé qu’une collection complète de cette écume de mer pourrait servir utilement à un de nos grands établissements1. Les plus importantes de ces mines sont situées dans une plaine montueuse, à environ 20 kilomètres au nord-est de Eski-Chehir (Anatolie). Vues des hauteurs qui les environnent, elles ressemblent à s’y méprendre à une vaste taupinière. Ces mines étaient connues dès la plus haute antiquité. On s’y rend aujourd’hui facilement par le chemin de fer de Haïdar Pacha du Constantinople à Eski-Chehir. Le trajet pour s’y rendre est d’une journée. D’Eski-Chehir aux mines on met deux heures et demie, soit à cheval, soit en voiture.
- Ces mines sont la propriété du Sultan. Moyennant une somme de cinq livres turques versées entre les mains d’un représentant de la couronne, chacun a le droit de foncer et d’exploiter un puits dans l’endroit qu’il a choisi. Toutefois les produits qu’il retire sont soumis aux impôts ordinaires. Le fonçage d’un puits s’opère jusqu’à la couche. calcaire qui contient les cailloux d’écume de mer.
- Là, pas de machines coûteuses : un treuil, d’un modèle tout primitif, sur lequel s’enroule une corde de 0m,025 de diamètre, à l’extrémité de laquelle est attaché un panier, suffit à tous les besoins. On n’exlrait d’ailleurs des puits que ce qu’on ne peut utiliser des déblais. Les galeries épuisées ou abandonnées sont généralement refermées avec les déblais provenant des galeries nouvelles.
- L’orifice du puits a presque toujours la forme d’un rectangle dont le plus petit côté a de 70 à 80 centimètres, le plus long de 1 mètre à lm,30. La profondeur est de 25 à 60 mètres. La première galerie est creusée à environ 25 mètres, la deuxième à 35 et la troisième à 60 mètres.
- Avant de descendre les mineurs vous font enlever paletot, gilet et chaussures. C’est une sage précaution, car la descente est assez fatigante. On est obligé de poser seulement l’extrémité des pieds dans des trous pratiqués en échelons dans la paroi verticale des grands côtés du puits. Les passages ou hoyaux qui mènent d’une galerie à une autre sont tellement étroits, qu’il serait impossible à un
- 1 Le Ministre de l'Instruction publique, en 1893, a olfert cette collection à l’Ecole des mines.
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- étranger d’v passer. Voici le procédé employé par les mineurs po ur nous faire opérer celle traversée. Ils étendent sur le sol de la galerie, à l'entrée du boyau, un de leurs guibbahs (paletot) et vous y font allonger sur le dos, les jambes rapprochées l'une de l’autre et les bras serrés au corps. Ils traînent ensuite ce véhicule d’un nouveau genre et vous font parcourir de la sorte environ 5 mètres, la longueur ordinaire du boyau. Pour la sortie la même opération est effectuée en sens inverse. C’est ainsi que j'ai pu pénétrer dans les galeries que j’ai visitées.
- Comme il n’existe pas de ventilateurs, il fait passablement chaud dans ces galeries où l’air est constamment chargé de fumée provenant des lampes. Les mineurs travaillent vêtus de leur pantalon. Ils attaquent la roche au moyen de pics. Ils ont pour s’éclairer une lampe à huile montée sur un étrier armé d’une pointe, ce qui leur permet de la fixer dans les endroits les plus favorables à leur travail. Je me suis laissé dire que la plus grande partie de ces mineurs étaient des échappés des prisons et des bagnes turcs. Ils ont créé à Sari-Sou un village de 2500 à 3000 habitants, où jamais femme n’a mis le pied. Je suis un des rares Européens qui se soient aventurés jusque-là. Je suis d’ailleurs le premier qui soit descendu dans un puits, et, malgré ce qu’on m’en avait dit, ces mineurs m’ont fait un très bon accueil. Les puits appartiennent à un groupe de propriétaires, une dizaine environ, qui font travailler les mineurs à la journée. Le prix de la journée est d’un bechlick (lfr,15).
- Les marchés se tiennent dans la nuit du jeudi au vendredi. Des courtiers ottomans d’Eski-Chehir servent d’intermédiaires entre les propriétaires des puits et les exportateurs. Ces courtiers achètent l’écume telle qu’elle sort de la mine, la transportent à Eski-Chehir et là lui enlèvent sa gangue, opération facile à faire avec un couteau. Les morceaux sont ensuite rangés en tas, en forme de pyramide, et le marchand appelé à faire son offre, voit la marchandise mais ne peut y toucher. Il lui faut donc un coup d’œil juste et une réelle expérience pour ne pas se tromper sur la valeur de ce qu’il achète. Le marché conclu, l’écume de mer est transportée chez le négociant, qui lui fait subir diverses manipulations.
- Ces manipulations sont faites par des ouvriers ottomans très bien dressés à ce genre de travail. Les ouvriers sont très actifs; les uns coupent des morceaux d’écume de mer, les autres les scient ; ceux-ci lavent des morceaux dans de l’eau chaude (l’eau chaude a la propriété de ramollir no laidement la magnésite), ceux-là étalent les morceaux sur du coton étendu sur de longues claies pour les faire sécher. Quand ces morceaux sont secs, des ouvriers les frottent avec une étoffe fabriquée spécialement en Bulgarie pour cet usage. Cette étoffe ressemble assez à un velours rugueux. Puis ils reviennent ensuite dans les mains d’autres ouvriers qui les coupent de nouveau et leur enlèvent les matières étrangères qu’ils pourraient encore avoir. Les polisseurs passent ensuite de la cire sur une flanelle avec laquelle ils frottent les cailloux de magnésite jusqu’à ce qu’ils aient obtenu le brillant suffisant. Cette opération est fort délicate et exige une grande dextérité, surtout pour les qualités supérieures.
- L’écume de mer, jusqu’à ce jour, a servi et sert exclusivement à la confection des pipes et des fumc-cigares et cigarettes. Paris n’emploie [que les première et seconde qualités, la Belgique et l’Angleterre achètent des qualités plus ordinaires. La Russie a les rebuts. A Budapest on ne travaille que les morceaux lourds. Depuis quelque temps on expédie beaucoup de Vienne pour l’Amérique.
- Les mines de Sari-Sou sont les plus imposantes, et si, par des moyens mécaniques, le sol des puits pouvait être asséché à une plus grande profondeur que celle de 60 mètres, la production de ces mines, qui tend à se ralentir, reprendrait alors une bien plus grande extension. Les mines de Kemikli sont ainsi nommées parce qu’elles ont l’aspect d’un rocher. Les mines de Karayouk donnent un produit poreux qui n’est pas apprécié à Vienne. Les mines de Septeki et de Syracuse sont inondées et ne sauraient être exploitées avec les moyens dont on dispose actuellement. Leriche,
- Ingénieur, au Caire.
- L’HYDROCOTYLE D’ASIE
- (Hydrocotyle Asialica I, H. pallida DC.)
- La petite plante que nous mentionnons ici est herbacée, vivace, à liges grêles, articulées, rampantes; à feuilles alternes, longuement pétiolées, orbiculaires, crénelées, glabres en dessus, légèrement velues en dessous dans leur jeune âge. Originaire de l’Inde, où on la rencontre communément dans les lieux ombragés et humides, au bord des cours d’eau et des étangs, elle est également répandue dans un grand nombre de régions tropicales en Asie, en Afrique, en Amérique, ainsi que dans les îles du Pacifique, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.
- La plante fraîche possède une odeur aromatique et une saveur désagréable, amère et piquante, qui disparaissent par la dessiccation en lui faisant perdre une partie de ses propriétés. Employée depuis longtemps, à Java et dans l’Inde, comme diurétique, et à Ceylan comme anthelmin-tique, l’IIydrocotyle d’Asie a été soumise à de nombreuses expérimentations, sur l’instigation de M. Jules Lépine, qui en a fait l’objet d’une étude spéciale dans l’Inde.
- En 1852, Boileau, médecin français de Maurice, signala à l’attention du corps médical ses propriétés dans le traitement de la lèpre, et publia les résultats très satisfaisants qu’il obtint. Vers 1855, les expériences furent reprises par les docteurs Poupeau, Gilbert et Collas, ainsi que par A. Hunter, chirurgien des hôpitaux de Madras, qui proposèrent les préparations à’Hydrocotyle Asiatica contre les maladies chroniques et rebelles de la peau, notamment contre l’éléphantiasis. Son action curative de la lèpre est aujourd’hui généralement niée, mais il est cependant hors de doate que l’usage de ce médicament a eu pour résultat une amélioration sensible dans l’état des sujets soumis à un traitement raisonné.
- Les médecins anglais disent avoir employé avec succès l’extrait alcoolique dans les affections ulcéreuses. De son côté, M. Andouit, ancien médecin de la marine française, dit avoir obtenu des résultats très sérieux dans le traitement des eczémas, lèpre tuberculeuse, lupus exedens, ulcérations diverses, en administrant les préparations d’IIydrocotyle selon les formules homœopathiques1.
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- PHONOGRAPHE PORTATIF
- A MOUVEMENT D’HORLOGERIE
- M. Werncr vient de créer un nouveau modèle de phonographe qui nous a semblé présenter des qualités qui le rendent tout à fait pratique et à la
- 1 Notice de M. V. B. dans la Revue des sciences naturelles appliquées.
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- portée de tous. Les différents appareils présentés ici antérieurement donnent d’excellents résultats (pii ne le cèdent en rien à celui-ci, mais ils ne réalisent pas aussi bien, sous un faible volume, tous les desiderata qu’on est en droit d’attendre d'un appareil de famille (fig. 1). Les organes principaux du haut parleur ne diffèrent pas essentiellement de ceux du phonographe primitif, nous y retrouvons le cylindre de cire, du même format que celui du modèle courant d’Edison, qu’on ajuste sur un manchon animé d’un mouvement continu et régulier de rotation; parallèlement à ce cylindre se meut, sur une tige filetée, un chariot A (lig. 2) sur lequel on ajoute d’une part la membrane enregistrante, ou celle parlante, suivant les circonstances; d’autre part le cornet destiné à faire entendre la parole ou le chant à toute une salle et, si on préfère, un tube mince de caoutchouc pour audition individuelle; c'est là aussi q ue s’ajuste le pavillon devant lequel on parle pour l’enregistrement sur le cylindre.
- Nous avons fait dessiner à part (fig. 3 et 4) les deux organes principaux, qui ont été bien perfectionnés depuis l’invention d’Edison en 1878 : l’enregistreur et le transmetteur.
- Dans les deux la partie essentielle est une membrane de mica fermant une petite boîte en ébo-nite surmontée d’un tube de même matière; c’est ce tube qui s’ajuste sur le chariot A dans lequel est ménagé un tube coudé dont on voit l’extrémité libre à la partie supérieure (fig. 2) et sur laquelle on place les différents organes, cornet ou caoutchouc, pour l’enregistrement ou la reproduction. Lorsqu’on veut inscrire sur le cylindre le chant ou la parole, on se sert de la membrane qui porte en son centre un petit couteau (3); on met le cylindre en marche en déclenchant le mouvement d’horlogerie et on place à quelques centimètres de la bouche un petit cornet situé à l’extrémité d’un tube souple, dont l’autre bout est ajusté sur la partie libre du chariot.
- Quand on veut ensuite reproduire ce qui a été ainsi enregistré on prend l’autre membrane (4), qu’on met à la place de la première. On remarquera qu’elle en diffère complètement en ce que la‘petite pointe mousse qui repose sur le cylindre n’est pas au centre de la plaque vibrante, mais se trouve
- Fig. 1, 2, 5 et 4. — Le phonographe de M. Worner. — Fig. 1. Appareil portatif avec son couvercle. — Fig. 2. Ensemble et détail intérieur de l’appareil. — Fig. 3. Membrane enregistrante. — Fig. 4. Membrane pour la reproduction de la parole.
- reportée sur le côté et est reliée au centre par un levier. Ces dispositions ont été étudiées tout spécialement et c’est à elles qu’on doit la pureté de l’articulation et l’intensité du son que présente l'appareil actuel. Le résultat est tel, que même sans l’addition d’aucun organe accessoire, on comprend à distance ce (|ue dit l'appareil. Le mouvement d’horlogerie contribue {tour une large part à rendre l'appareil pratique ; il a été combiné de façon à tenir complètement dans le socle de l’appareil, qui n’a comme dimension que 27x16x12 centimètres. L’organe régulateur, bien que n’étant pas absolument nouveau, est très intéressant. 11 se compose d’un régulateur à boule D qui conduit un plateau P et le fait approcher plus ou moins selon la vitesse d’un buttoir I formant frein. La position de ce buttoir est réglable à volonté au moyen du levier C sur lequel agit la vis IL Le déclenchement ou l’arrêt du
- mouvement s’opèrent au moyen de la manette M qui, par une tige souple, agit directement sur ce levier.
- On peut donc très facilement faire varier la vitesse du cylindre enregistreur, et rien n’est plus curieux que de lui faire répéter rapidement ce qui a été prononcé lentement; lorsqu’on écoute sa propre voix surtout, l’effet est tout à fait surprenant. En terminant nous donnerons un conseil à ceux qui se servent du phonographe : c’est de remployer plutôt à la reproduction de la parole qu’à celle du chant ; bien que dans les auditions publiques ce soit le contraire qui ait lieu, nous croyons qu’ils s’en trouveront bien. En effet les vibrations sont beaucoup plus uniformes dans le premier cas que dans l’autre, et, à moins qu’on n’ait l’habitude d’utiliser l’appareil pour le chant, on tomberait dans des écarts tels que la reproduction dépasserait les limites de ce qu’on peut exiger de la membrane vibrante.
- A notre avis le phonographe n’est plus un pur instrument de curiosité et de cabinet de physique. Tel qu’il se présente maintenant il peut très bien servir à échanger des phonogrammes ; il est devenu assez pratique pour entrer dans nos mœurs et prochainement nous le trouverons partout à côté du téléphone et de la machine à écrire.
- G. Marescual.
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- SUR LA PASTEURISATION DU LAIT
- APPAREIL « LE TUTÉLAIRE », DE f/lNGÉNIEUR LOUIS CONTANT
- Le lait est considéré par les physiologistes comme l’aliment complet par excellence. 11 renferme en effet tous les matériaux nécessaires au développement de l'organisme : de l’eau, des matières azotées (caséine et albumine), une matière sucrée facilement fermentescible (laetine), des principes gras (beurre), et enfin des sels minéraux (phosphates alcalins et alcalino-terreux, chlorures alcalins, etc.).
- On sait que le lait, produit très altérable, constitue un terrain excellent pour le développement des microorganismes. Aussi les médecins et les hygiénistes se préoccupent-ils avec juste raison de
- sa conservation. Dans ce but, l’industrie laitière fait intervenir les agents chimiques, le froid, la stérilisation et la pasteurisation.
- L’addition des composés chimiques au lait (bicarbonate de soude, borax, salicylate, benzoate de soude, etc.), est interdite. Ces substances plus ou moins actives sont de véritables médicaments. Le lait est un produit qui doit être livré au consommateur tel que la nature le fournit.
- L’emploi du froid n’a pas donné de bons résultats. Par la congélation, la masse perd de son homogénéité; il y a séparation de crème et il reste
- Appareil le Tutélaire pour la Pasteurisation du lait. — A. Flacon pour le régime lacté. — B. Flacon-biberon auquel on adapte une tétine. — C. Panier en métal avec scs flacons. — D. Panier préparé placé dans le bain de vapeur. — E. Couronne eu métal donnant le niveau de l'eau dans le bain-marie. — F. Égouttoir. — G. Crochet pour retirer le panier du bain de vapeur et le plonger dans l’eau froide après bouchage des flacons.
- dans les blocs un centre de lait non congelé.
- En chaulfant le lait, on le stérilise ou le pasteurise, suivant la température à laquelle on opère.
- Si on chauffe le lait à 105° on détruit tous les microbes, et le lait, produit vivant, est transformé en un produit mort. A cette température, le lait est modifié dans sa composition; il y a déshydratation du sucre et altération des matières albuminoïdes. Il prend une couleur foncée et acquiert un goût de cuit. On remarque à la surface du lait stérilisé des caillots de beurre qui apparaissent en gouttelettes huileuses si le lait est chauffé à 57°. En un mot, le lait stérilisé est un lait désorganisé.
- La pasteurisation consiste à chauffer le lait à 75° environ, température suffisante pour détruire les germes pathogènes (bacille de la tuberculose, de la scarlatine, etc.). Le lait pasteurisé renferme donc
- encore des microbes, mais non nocifs ; il est encore vivant.
- Industriellement, on pasteurise le lait en le faisant circuler dans des serpentins chauffés. On opère la réfrigération et le remplissage des bidons en présence de l’air; c’est là un grave inconvénient pour la pureté et la bonne conservation du produit.
- M. Contant, ingénieur, a imaginé un appareil qu’il a appelé « le Tutélaire » et qui permet d’effectuer la pasteurisation en vase clos. Le lait, contenu dans des flacons ouverts, en verre spécial, est porté rapidement à la température de 80° à l’aide de la vapeur d’eau distendue, puis refroidi brusquement après bouchage des flacons. Le bouchage est tel qu’après la pasteurisation il ne peut plus y avoir rentrée d’air à cause de la dépression qui existe dans les flacons. Cette opération ne dure que quelques minutes. Le lait ainsi pasteurisé eo; -
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- serve tous ses caractères organoleptiques même au bout de 48 heures.
- Le procédé de M. Louis Contant, simple e.t rapide, fournit un lait exempt de germes morbides qui convient parfaitement à l’alimentation des enfants et des personnes soumises au régime lacté.
- L. L’Hôte.
- UNE FABRIQUE DE CONSERVES FLOTTANTE
- On vient de tenter à New-York une entreprise très curieuse : on a armé une goélette américaine, en installant à bord toutes les chaudières et tous les appareils nécessaires à la fabrication des conserves alimentaires, préparation et mise en boite du poisson, du gibier, des fruits, etc.
- 'L’idée est originale : on sait, en effet, que souvent il est malaisé d’apporter jusqu’aux usines de manipulation des articles qu’on veut préparer; les distances sont trop grandes et ils ne se conservent point. Souvent on ne trouve pas une contrée assez productive pour alimenter une usine, et celle-ci est obligée de chercher les poissons, les fruits, dans un rayon très grand; enfin, pour le poisson spécialement, on est exposé à des mécomptes particuliers. Pour des raisons qu’on n’a pu encore pénétrer, les bancs de poissons se déplacent, et parfois, au bout de peu de temps, l’on n’en pêche plus dans une région où l’abondance avait fait créer une usine de conserves. L’idéal serait donc une usine mobile : c’est ce que fournit le bateau dont nous avons parlé.
- Cette goélette possède une chaudière de 8 chevaux-vapeur et, en outre, trois grands chaudrons de 112 litres chacun ; la chaudière a été installée au milieu du pont, elle est réunie par une série de tuyaux à un récipient bouilleur circulaire en fonte. Les substances à préparer sont d’abord jetées dans un des trois chaudrons de cuivre, où elles subissent l’ébullition; puis elles sont mises en boîtes, et celles-ci, renfermées dans des sortes de paniers d’acier, sont soumises à une température extrêmement élevée sous pression de vapeur dans le bouilleur en fonte.
- On n’aura que l’embarras du choix entre les divers articles qui seront susceptibles d’être mis en conserve, depuis les fruits de toute espèce jusqu’au poisson en général et aux tortues, qui constituent un mets si recherché aux États-Unis : on pourra se procurer aisément ces dernières dans les Indes occidentales, ou en les pêchant au large de la côte de Floride. Au départ, ce navire est chargé d’articles manufacturés à échanger contre les fruits, le gibier, etc. 11 emporte en outre toute une cargaison de boîtes en fer-blanc vides, environ 150000, qu’il compte bien rapporter pleines à la fin delà campagne. En outre de son équipage pour la manœuvre et pour la pèche quand elle sera possible, la goélette a embarqué six ouvriers spéciaux experts dans l'industrie de faire des conserves, et un chef cuisinier qui non seulement surveillera la mise en boîtes, mais surtout examinera tous les articles avant préparation et s’assurera qu’ils sont d’excellente qualité. D. B.
- PHYSIQUE DU GLOBE
- SUR LA MARCHE DE LA PLUIE A ATHÈNES
- D’après les observatious pluviométriques faites à l’observatoire d’Athènes pendant la saison 1878-1894, la hauteur normale annuelle de la pluie est 405““,9 et le nom-
- bre des jours pluvieux 97,8. Ces chiffres ne sont évidemment pas très petits; à première vue, ils n’indiquent point la sécheresse bien connue du climat d’Athènes. Dans d’autres climats, qui ne sont pas considérés comme secs, la hauteur normale annuelle de la pluie n’est pas beaucoup plus grande. La hauteur moyenne de pluie de l’Europe centrale par exemple ne dépasse pas 500 millimètres.
- La sécheresse du climat d’Athènes ne provient donc pas de la hauteur normale de la pluie; elle est due à trois autres raisons, les suivantes : La première est la variation considérable à laquelle est soumise la quantité annuelle de pluie. En effet, à Athènes, il y a des années où la hauteur de pluie dépasse considérablement sa valeur normale; mais dans lu plupart d’entre elles, elle lui est inférieure, et quelquefois de beaucoup. Ainsi, en 1883, elle est arrivée à 846““,5, tandis qu’en 1891 elle a été seulement de 206““,2 ; la différence de ces deux années, 640““,3, dépasse la valeur normale annuelle. Le maximum ci-dessus est plus que le double de la valeur normale, tandis que le minimum en est presque la moitié. Des citations historiques indiquent d’ailleurs qu’il y a eu des années où la pluie a manqué presque absolument.
- La deuxième raison provient de la marche annuelle de la pluie. La pluie à Athènes présente une très grande irrégularité dans sa marche annuelle. Le mois le plus pluvieux est celui de novembre et le plus sec celui de juillet. Le premier a une hauteur de pluie de 75mm,5, tandis que le second n’en a que 8ram,2. En général, les quatre mois chauds, juin, juillet, août et septembre, n’ont qu’une quantité de pluie insignifiante. Il n’est pas très rare d’ailleurs de voir deux ou même trois mois chauds consécutifs sans une goutte d’eau. En 1894, par exemple, depuis le 50 mai jusqu’au 18 septembre, soit pendant 111 jours, la hauteur de pluie a été de 0““,1. En plus de cette année, il y en a 10 sur 56 dans lesquelles, pendant deux mois consécutifs d’été, la hauteur totale de pluie n’a pas dépassé 0““,1. Après la sécheresse de l’été, les pluies fréquentes commencent en octobre et finissent en mai.
- La troisième raison est due à l’intensité de la pluie. A Athènes, les pluies sont d’ordinaire fortes et de petite durée. Il est rare d’avoir une journée entière pluvieuse, et beaucoup plus rart: encore d’avoir une suite de jours pluvieux. D’ordinaire, après quelques heures de temps pluvieux, le ciel redevient serein. A cause de cette particularité du climat, l’eau de pluie descend très vite en torrents à la mer, sans profit pour le pays.
- La marche diurne de la pluie présente aussi une grande irrégularité. Ainsi, d’après les observations faites à 8h a. m., 2h et 9h p. m., bous avons trouvé les valeurs normales suivantes :
- 8h-2h.................. 99““,8
- 2h-9h............. 184“*,9
- 9h-8h..................134““,2
- La quantité de pluie qui tombe dans la journée est plus que le double de celle de la nuit, et celle de l’après-midi presque le double de celle du matin. En été et en hiver, il arrive souvent d’avoir beau temps le matin, de l’orage avec pluie dans l’après-midi et le ciel clair la nuit; d’ailleurs, les orages en général sont plus fréquents le jour que la nuit et se reproduisent principalement dans l’après-midi. C’est de là que provient cette grande différence de pluie dans ces trois parties du jour.
- La grande oscillation de la quantité annuelle de la pluie à Athènes est due aux différents degrés d’humidité qu’apporte le courant équatorial, suivant la direction et la
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- LA N A TU R K.
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- longueur du chemin qu’il a parcouru avant d’y arriver.
- Les vents dominants à Athènes sont ceux des régions du nord et du sud ; mais la quantité annuelle de pluie ne dépend pas de la direction du vent qui domine. Avec les mêmes vents, on a tantôt de grandes et fréquentes pluies, tantôt de la sécheresse. Ainsi les années 1858, 1863, 1880,1888,1891 et 1892, pendant lesquelles ont dominé les vents du nord, ont été sèches, tandis que les années 1881, 1883, 1885 et 1893, avec les mêmes vents, ont été pluvieuses. Aussi les années 1864, 1870, 1871, 1875 et 1883, pendant lesquelles ont dominé les vents du sud, ont été pluvieuses, tandis que les années 1867, 1869, 1873, 1876,1878 et 1882, avec les mêmes vents, ont été plus ou moins sèches.
- Les années sèches et pluvieuses se suivent avec quelque régularité. D’ordinaire, tous les sept ans en moyenne, il y en a une très pluvieuse, comme 1857, 1864, 1871, 1877,1885,1893. Les groupes des années sèches qui séparent les années pluvieuses ci-dessus en ont d’ordinaire au milieu d’entre elles une dont la hauteur de pluie a environ la valeur normale ; celle des autres est inférieure. La pression atmosphérique annuelle des années pluvieuses est inférieure à la normale, tandis que celle des années sèches lui est supérieure1. D. Ecinitis.
- CURIOSITÉS DE LA FOUDRE
- LES GLOBES DE FEU ET LES LUEURS
- Après une sécheresse de plusieurs mois, la pluie se mit à tomber à Grenoble le mercredi 2 octobre 1895, dans l’après-midi. Bien qu’il n’y eût ni éclair, ni grondements de tonnerre, le temps était lourd et orageux. La pluie continua toute la soirée dans les mêmes conditions. Vers 8 heures, m’étant approché de la fenêtre, je vis subitement apparaître une grosse houle de feu à l’extrémité d’une tige de fer, placée au sommet d’une maison voisine pour supporter des fils télégraphiques. Comme je n’en étais séparé que de la largeur d’une place, soit d’environ 100 mètres, je pus observer très distinctement le phénomène. Cette boule, dont le contour apparent était nettement défini, malgré les radiations lumineuses, pouvait avoir 0m,30 de diamètre. Elle avait l’éclat et l’aspect d’un puissant foyer électrique. Du sommet de la tige-support, partait une gerbe continue d’assez grosses étincelles, qui semblaient produites par des paillettes de fer portées à l’incandescence. Ces étincelles rappelaient, en effet, d’une manière frappante, celles qui jaillissent sous l’action du marteau-pilon. La gerbe était dirigée de haut en bas.
- Après un temps que j’évalue à 40 ou 50 secondes, la boule de feu se divisa tout à coup en trois autres plus petites, de la grosseur d’un de ces ballons d’enfant que l’on vend dans les rues. Les étincelles cessèrent aussitôt, et les trois boules, de même aspect que la première, semblèrent rouler le long du toit, comme si elles eussent obéi à la seule action de la pesanteur. Arrivées vers le chéneau (peut-être au contact, car à ce moment quelques étincelles reparurent), elles s'évanouirent toutes trois, sans produire de détonation.
- Presque immédiatement après, une seconde boule apparut de la même façon et à l’extrémité de la même tige. Mais elle s'évanouit au bout de deux ou trois secondes sans détonation. 11 partit en même temps, de l’extrémité de la tige, une gerbe d’étincelles identiques aux précé-
- 1 D’après une Note présentée à l’Académie de* sciences par M. Mascart.
- dentes connue grosseur et comme couleur. Cette gerbe avait la même direction que la première. Je crois utile d’ajouter que, vers 5h 50, une personne digne de foi avait observé, à quelques minutes d’intervalle, l’apparition de deux boules de feu au même endroit et m’en avait parlé un instant après. Je m’aperçus, le lendemain, que la tige-support n’était plus verticale et se trouvait inclinée d’une façon très apparente. J’ai appris que plusieurs personnes ont observé, dans la même soirée, des phénomènes analogues en différents points de la ville*.
- A ces observations nous ajouterons celles que nous recevons de M. Léon Sully, à Saint-Pierre, Martinique.
- « Samedi 5 octobre 1895, le temps, très pris dès le matin, avec un baromètre à 761,2 et des vents d’est-sud-est à 7 heures et demie du matin, se met décidément à la pluie et nous donne, de 10 heures un quart à 11 heures, le spectacle imposant du plus violent orage de la saison. Son influence sur les conducteurs du téléphone et de nos deux câbles a été tel que, à un moment donné, les employés de ces trois bureaux ont dû abandonner leurs appareils après avoir mis le contact à la terre.
- Au câble français il s’est présenté en outre un fait intéressant. Un peu avant le dernier coup de foudre, une lueur de nature électrique, de surface non définie, s’est détachée du paratonnerre, alors à son maximum d’activité, s’est dirigée, à environ 2 mètres de là, sur la table du manipulateur et du récepteur, s’y est promenée çà et là un temps appréciable, puis, se dirigeant sur la suspension métallique qui la domine d’environ 1 mètre de hauteur, en a suivi le fil de suspension, également métallique, pour éclater à sa partie supérieure, sous le plancher du premier étage, en un son bref. Je tiens de M. Winter que ses ouvriers, au moment du dernier coup de foudre, auraient également vu le tonnerre en boule traverser leur atelier sous le volume apparent d’un globe de 10 à 12 centimètres de diamètre.»
- FABRICATION
- DES PAPIERS PHOTOGRAPHIQUES
- Après avoir décrit la fabrication des plaques photographiques2, nous donnerons à présent l’histoire de la fabrication des papiers photographiques. Nous prendrons comme guide l’installation de MM. Lumière de Lyon, pour la fabrication de leurs papiers au citrate d’argent et au gélatino-bromure. Les gravures qui accompagnent notre article ont été exécutées d’après des photographies qui ont été prises dans l’usine.
- Préparation de l'émulsion. — L’émulsion au gélatino-bromure pour le papier se prépare comme celle que l’on emploie pour les plaques, avec cette seule différence qu’on ne laisse pas mûrir l’émulsion. À titre d’exemple, l’émulsion est obtenue en mélangeant les deux solutions suivantes : I, 2200 grammes de gélatine, 4500 grammes de bromure de potassium et 30 grammes d’iodure de potassium dans 5 litres d’eau; II, 750 grammes d’azotate d’argent dans 2 litres et demi d’eau. Ces deux solutions se préparent au laboratoire clair.
- 1 Note de M. Mattétal présentée à l'Académie des sciences, par M. Alfred Potier.
- 2 Yoy. n° 1172, du 16 novembre 1895, p. 391.
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- L’émulsion est obtenue au laboratoire éclairé à la lumière verte.
- L’émulsion au citrate d’argent est produite par le même procédé, en remplaçant le bromure de potassium par le citrate de soude ou de potasse.
- Couchage de l'émidsion sur le papier. — Le
- couchage de l’émulsion sur le papier s’effectue à l’aide de machines'perfectionnées que nous avons représentées sur la figure 1.
- Le papier employé est un papier spécial, à texture serrée et d’une grande pureté de pâte. Il doit être exempt de particules métalliques, qui donnent des
- Fig. 1. — Fabrication des papiers photographiques. — Machine à coucher l’émulsion sur le papier.
- taches avec les sels d’argent. Il arrive à l’usine en rouleaux de 60 à 80 mètres, sur 60 à 75 centimètres de largeur.
- L’émulsion est distribuée sur le papier par un procédé analogue à celui qui est employé pour les plaques; on voit le système de distributeur sur le devant de la machine. Aussitôt recouvert d’émulsion, le papier passe sur un cylindre réfrigérant où cette dernière se coagule. Il s’engage ensuite dans une longue caisse courbe en bois, ayant environ 75 centimètres de largeur, 20 centhnètres de hauteur et 15 à 18 mètres de longueur, dans laquelle circule un courant d’air pur et sec. Le papier terminé vient s’enrouler sur une bobine à l’extrémité du séchoir.
- Tous les organes de la machine sont mus électriquement et chaque ouvrière a devant elle un'tableau de distribution électrique qui lui permet, «à tout moment et instantanément, d’arrêter ou de faire marcher tel ou tel organe de la machine suivant les
- exigences des besoins. Les machines à coucher l’émulsion en usage chez MM. Lumière ont été créées de toutes pièces par ces messieurs et après de longs et patients tâtonnements. Ce sont de petites merveilles où sont réunies les dernières connaissances physiques et mécaniques.
- L’air employé pour le séchage du papier au citrate est chauffé à 40° et sec. Pour sécher le papier au gélatinobromure, il ne faut pas employer la chaleur. On doit procéder à la température ordinaire par la voie d’étendage, comme cela se pratique pour les tissus. Sur la figure 2 nous montrons le dispositif adopté. Au fur et à mesure que l’émulsion est mise sur le papier par la même machine que pour le papier au citrate, un dispositif spécial met le papier en festons, pour en effectuer le séchage. Une chaîne inclinée B porte des tasseaux; elle tourne à une vitesse telle que, pour qu’un de ses tasseaux parcoure la longueur même de la chaîne, la machine débite assez de papier pour une longueur. Les barres
- Fig. 2. — Schéma de la machine à coucher l’émulsion sur le papier.
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- de bois, servant de suspension au papier, sont placées dans la caisse M, ouverte en bas. Aussitôt que l’un des tasseaux de la chaîne entraîne Lune de ces barres, le papier se trouve entraîné, comme le montre la figure. La barre passe, avec le papier, sur une chaîne à peu près horizontale à mouvement lent,
- s’avançant de 15 centimètres environ pendant le temps nécessaire à l’ascension d’une barre sur la chaîne inclinée. Le papier pend en festons (fig. 4). Sur la chaîne horizontale, les barres parcourent un espace, en fer à cheval, de 20 à 25 mètres. A l’extrémité, un dispositif enlève les barres et enroule le papier.
- Fig. 3. — Fabrication des papiers photographiques. — Triage des papiers.
- Tout se fait mécaniquement et à l’abri delà poussière, par un personnel très restreint. Les ateliers où l’on couche l’émulsion sont éclairés à la lumière verte, surtout pour le papier au gélatino-bromure.
- Chez MM. Lumière, avec 7 machines à coucher on produit 4000 mètres de papier par jour, soit environ 5000 mètres carrés.
- Découpage, triage des papiers photographiques. — Les papiers photographiques sont vendus en rouleaux ou découpés en formats correspondant aux plaques. Le découpage s’effectue à l’aide de coupe-papier mécaniques, ne différant pas de ceux employés par les papetiers. Le triage des papiers se fait dans une grande salle, éclairée par la lumière électrique à incandescence, rendue inac-tinique (fig. 5). Le travail est fait par des femmes,
- munies de gants blancs, afin de ne pas tacher les papiers et de pouvoir les examiner en toute conscience. Ces ouvrières classent et mettent de côté tous les papiers qui ont des défauts. Chaque défaut est indiqué par une croix au crayon. Les papiers sans défauts sont emballés. Ceux qui présentent des inégalités, des écorchures, des défauts de pâte, sont de nouveau révisés pour se rendre compte si, privés de leur partie défectueuse par un découpage approprié, ils ne peuvent pas être convertis en papiers de formats plus petits. La figure 4 montre l’atelier de triage et de revisage des papiers photographiques, chez MM. Lumière.
- Enfin, toutes les préparations de papier sont essayées par un tirage approprié, sous des négatifs renforcés ou faibles. Les épreuves obtenues sont
- Fig. 4. — En A se trouve la même machine que celle représentée sur la photographie de la figure 2. — En B, se trouve un dispositif permettant de mettre le papier en plis comme cela est représenté en C. — Pour les effets de la perspective, la feuille de papier est suivie par les lettres m, m, m.
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- comparées avec celles obtenues sur des papiers types. Si l’épreuve est bonne, le papier est livré à la consommation; dans le cas contraire, il est rejeté.
- Le triage du papier au gélatinobromure est fait dans une obscurité profonde et à la lumière verte.
- Tels sont, dans leurs grandes lignes, les procédés employés dans l’industrie pour fabriquer les papiers sensibles employés par les photographes et les amateurs. A.-M. Villon.
- LE LABORATOIRE D’ESSAIS MÉCANIQUES
- A C11ARLOTTENBOURG
- Le Physikalisch-Technische Reichsanstatl, généralement connu simplement sous le nom de Reichsanstatl, à Gharlottenbourg, près Berlin, est dans une certaine mesure la réalisation du desideratum du professeur Lodge comme laboratoire national. Cette institution est très ap préciée des constructeurs et des acheteurs de machines et matériel, parce qu’elle leur fournit à peu de frais des indications impartiales et exactes sur la qualité du matériel acheté. On trouve maintenant dans toute grande ville d’Allemagne un laboratoire d’essais annexé à son université ou à son collège technique.
- C’est ainsi que Charlottenbourg et Berlin possèdent, outre le Reichsanstatl, où le professeur Kolhrausch a remplacé le grand Helmholtz comme président, le Meca-nisch Tchnische Versuchs Anstatt, que le professeur Mar-tens a dirigé pendant quelque temps. Cette dernière institution comprend quatre départements, ayant chacun son directeur, et amplement pourvu de tous les appareils mécaniques nécessaires. Le premier département est affecté à l’essai des métaux, câbles, courroies, et aussi du bois. Les pièces à éprouver sont débitées au laboratoire aux dimensions des éprouvettes, et leurs résistances diverses essayées ; on leur fait subir les épreuves du perçage au poinçon, laminage, pliage, soudure, fusion, alliage, attaque par les acides ; on les examine au microscope, on les photographie, on examine à la lumière réfléchie ou transmise leurs sections à l’état poli ou à celui de cassure.
- Dans quelques cas, l’on essaye des bandes de 15 mètres de longueur sur 150 millimètres de largeur; l’on étudie des surfaces polies de plusieurs décimètres carrés.
- Le deuxième département est consacré à l’essai des matériaux de construction, pierres naturelles et artificielles, verre, bois, feutre à couvertures, chaux, ciment, mortier, plâtres et tuyaux de drainage. Il existe des appareils pour soumettre ces matériaux alternativement à la chaleur, au froid et à l’humidité, pour se rendre compte de leur résistance aux influences atmosphériques.
- L’essai des ciments est reconnu depuis longtemps comme une question d'intérêt public en Allemagne ; et depuis des années, le gouvernement donne force de chose jugée aux résultats d’essais fournis par cet établissement, qui est l’arbitre en dernier ressort. Pour un essai complet, on exige 2000 kilogrammes de ciment, et pour des essais ordinaires, jamais moins de 10 kilogrammes.
- Le troisième département est celui du papier; il essaye les papiers, cartons, toiles, bâches, fils et toutes fibres textiles en général. On recommande que tous les échantillons de papier lui soient envoyés entre deux feuilles de carton épais, pour éviter la pression des cachets postaux *.
- 1 D’après le Bulletin technologique de la Société des anciens élèves des Ecoles nationales des arts et métiers.
- MESURE PRÉCISE DES LONGUEURS D’ONDES
- EXPÉRIENCES DE M. A. MICHELSON1
- L’idée de contrôler les étalons de mesure par une unité prise dans la Nature était déjà très ancienne lorsque les fondateurs du système métrique songèrent à l’appliquer; mais elle se trouvait réalisée pour la première fois, d’une façon authentique, par la mesure de la Terre. Peu après, les géomètres anglais cherchèrent, de leur côté, à relier les étalons de leur système à une autre constante prise sur la Terre, la longueur du pendule battant la seconde à Londres. Toutefois, lorsqu’on voulut, en 1872, fonder le système métrique international, on se garda de retourner à la définition du mètre; de même, après la destruction des étalons britanniques, en 1854, on reconstitua le système entier en partant des meilleures copies, et l’on ne s’occupa pas davantage du pendule2. La raison en est simple; dans un cas comme dans l’autre on avait démontré, dans l’intervalle, que la relation avec l’unité naturelle n’avait pas été établie avec une exactitude suffisante, et il en serait de même aujourd’hui. La Terre elle-même n’est sans doute pas plus invariable qu’un étalon de mesure et ne donne qu’un assez médiocre contrôle.
- Depuis longtemps déjà, l’on a proposé de prendre comme unité de mesure, ou, tout au moins, comme repère, la longueur d’une ondulation lumineuse. Cette idée est si naturelle qu’elle a surgi de toutes parts, et qu’il serait difficile aujourd’hui de dire qui l’a émise le premier.
- Le mouvement vibratoire qui produit la lumière est prodigieusement rapide ; le nombre de vibrations complètes auquel il correspond est, en moyenne, de 6.1011 (600 trillions) par seconde. La durée d’une
- 1 D’après un Mémoire de M. Michelson, traduit sur le manuscrit anglais par M. J.-R. Benoît. Détermination expérimentale de la valeur du Mètre en longueurs d’ondes lumineuses. Travaux et Mémoires du Bureau international des poids et mesures, t. XI. (Gauthier-Yillars.)
- 2 Le pendule a servi, à plus d’une reprise, comme point de repère des mesures ; nous citerons, par exemple, une Note présentée à l’Académie de Montpellier vers 1740, et dont on trouve le résumé suivant dans l’histoire de cette académie, écrite en 1788. « Sur la longueur de la canne à Montpellier. La canne est une mesure usitée en Languedoc, et qui est la même, à très peu de chose près, dans les différentes villes de cette province, à l’exception de Toulouse et de Nîmes, où elle est beaucoup plus petite. M. de Clapiès, s’occupant du rétablissement des poids et mesures de la ville d’Àlais, examina les poids et mesures de plusieurs autres villes; et, à cette occasion, il trouva que la canne dont on se sert à Montpellier, contient 6 pieds 4 pouce 5 lignes 1/5 de la toise du Châtelet de Paris. En négligeant le 1/5 de ligne, qui sur 100 cannes doit à peine produire une différence de 1 pouce 8 lignes, on aura, pour la canne de Montpellier, 6 pieds 1 pouce 5 lignes, ce qui est précisément le double de la longueur du pendule simple qui bat les secondes à Paris, longueur qui, dans l’étendue de la France, est sensiblement la même. Cette détermination de la canne mérite que l’on s’y. tienne exactement. Il est très avantageux d’avoir une mesure invariable que l'on ne pourra plus perdre; la nature, qui en est dépositaire, sera toujours prête à la représenter. »
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- vibration est, à la seconde, ce qu’un quart de millimètre est à la distance de la Terre au Soleil. Mais la densité du milieu dans lequel se produit le mouvement est si faible1 qu’une ondulation s’étend sur un espace mesurable, de l’ordre d’un demi-micron.
- Cet espace est-il constant? Non, car nous savons qu’il est inversement proportionnel à l’indice de réfraction du milieu dans lequel se produit la vibration. Mais si l’on opère toujours dans un milieu semblable, dans l’air, par exemple, en ayant soin de noter toutes les circonstances (pression, température, etc.) susceptibles de faire varier son indice, on pourra ramener, par le calcul, la vibration à des conditions identiques. Et, c’est là le point important, on a reconnu, par des expériences extrêmement délicates, que la durée de l’oscillation lumineuse émise par une substance déterminée ne dépend pas, dans les circonstances des expériences, de la manière dont la vibration se produit ; nous ne parlons ici, bien entendu, que des corps dont les spectres sont formés de raies séparées. Cette vibration constitue donc un étalon du temps, et l’ondulation qu’elle produit est un étalon de longueur.
- Mais, si l’idée de comparer les étalons à la longueur d’onde lumineuse est de celles qui viennent immédiatement à l’esprit, l’exécution de cette idée est, au contraire, hérissée de difficultés ; elle n’avait point été réalisée jusqu’ici, pour la raison qu’on n’avait pas encore imaginé une méthode suffisamment précise pour donner un contrôle efficace. Cette méthode existe aujourd’hui; elle a été créée par M. A. Michelson, actuellement professeur à l’Université de Chicago, qui l’a mise en œuvre au Bureau international des poids et mesures. Le Comité qui dirige ce bureau a jugé en effet ce nouveau procédé de contrôle des étalons tellement important qu’il n’a pas hésité à engager les frais considérables que nécessitait ce travail2. Pourvu des étalons prototypes du système métrique, et des appareils de comparaison les plus perfectionnés, le Bureau international était tout désigné pour l’exécution de ces recherches.
- Travaux préliminaires. — Si l’on veut prendre comme point de repère pour 1’unité de longueur une ondulation lumineuse, il est nécessaire que cette ondulation soit parfaitement définie, et ne soit pas constituée, comme dans la plupart des cas, par un ensemble d’ondulations très voisines. Lorsqu’on décompose, à l’aide d’un spectroscope puissant, la lumière émise par une vapeur incandescente, on remarque que les lignes lumineuses qui constituent le spectre de cette vapeur ont, en général, une largeur très appréciable; ainsi, la raie jaune du sodium que l’on dit être double, est, en réalité, beaucoup plus complexe, chacune des deux raies présentant
- 1 Sir W. Thomson (Comptes rendus de VAcadémie des sciences, 1851) l’estime à environ 10~18; 1 kilomètre cube de ce milieu possède donc une masse de 1 milligramme.
- 2 A l’exception d’une somme de 1000 dollars fournie par le Bâche Fund.
- une configuration particulière. Les meilleurs spectro-scopes construits jusqu’ici sont même impuissants à nous renseigner sur les derniers détails des raies spectrales, et c’est par une méthode intcrférenticlle imaginée par M. Fizcau que l’on obtient les résultats les plus délicats. Cette méthode, perfectionnée par M. Michelson, lui a servi d’abord à examiner le spectre d’un grand nombre de corps. Un seul, le cadmium, a rempli toutes les conditions, par Je fait, très important, comme nous le verrons tout à l’heure, qu’il possède trois raies extrêmement fines, une rouge, une verte et une bleue.
- Méthode et appareils. — Considérons (fig. 1) d’abord l’ensemble des miroirs M, N, P, Q. Le miroir M est recouvert d’une couche d’argent extrêmement mince et semi-transparente. Le faisceau lumineux A, qui tombe sur M, se partage en deux faisceaux égaux, B et C, qui se réfléchissent respectivement sur N, P et Q, et reviennent former le faisceau D. Ils produisent là des interférences que l’on observe. Si, en particulier, les chemins des deux faisceaux à partir de M sont de même longueur, la surface Q coïncide optiquement avec N, ou les deux surfaces se coupent sous un angle très faible, et l’on voit, dans le faisceau D, si la lumière incidente est blanche, une ligne noire, caractéristique des cas où les chemins optiques sont égaux. De part et d’autre de la ligne noire, les franges sont colorées et symétriques.
- Si l’on remplace la lumière blanche par de la lumière monochromatique, on peut observer un système de franges circulaires, ayant leur foyer à l’infini, et correspondant chacune à une demi-longueur d’onde. Le rayon des cercles est inversement proportionnel à la racine carrée de la distance optique entre les plans Q et N1.
- Supposons maintenant que nous déplacions le miroir Q parallèlement à lui-même; on verra, dans le faisceau D, les franges circulaires naître au centre, s’élargir peu à peu et disparaître au bord du champ, ou vice versa, suivant le sens du mouvement du plan. En effectuant ce mouvement très lentement, on pourra sans peine compter les franges qui passent. Nous pouvons maintenant remplacer le miroir N par un ensemble de deux miroirs parallèles superposés Nt,N2, et à une petite distance l’un de l’autre (fig. 2). La coïncidence pourra être établie entre le plan de référence Q et le premier miroir ; puis, en éloignant graduellement ce plan, on comptera les franges qui passent, et on s’arrêtera lorsque l’on sera arrivé dans le plan du second miroir, ce que l’on constatera à l’aide de la frange noire en lumière blanche.
- Le nombre entier de franges sera ainsi connu, et on observera, de plus, la fraction de frange par un procédé que nous indiquerons après avoir décrit l’appareil. Il nous suffit, pour le moment, de savoir que la fraction de frange dépassant le nombre entier peut être mesurée à quelques centièmes de frange près.
- 1 Pour la théorie assez complexe de ces franges, nous renverrons au Mémoire original.
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- C’est ici qu’intervient un détail essentiel de la méthode de M. Michel son. En employant les radiations du cadmium, on a trois couleurs différentes à sa disposition, et toutes trois extrêmement pures. Le rapport des longueurs d’onde de ces trois lumières, réciproque du nombre de franges comprises entre les deux miroirs de la figure 2, est approximativement connu par des expériences préliminaires faites par d’autres procédés. On sait que les nombres de franges doivent être, dans un certain rapport, ni : n2 : n..
- Connaissant le nombre^ de franges pour le rouge du cadmium, on en déduira immédiatement les nombres p2 et p. pour le vert et le bleu.
- Mais il faudrait, si l’on n’avait pas d’autre contrôle, se fier à des expériences moins précises que celles dont il s’agit ici. Or, on a eu soin de déterminer, pour les trois lumières, la fraction de frange par le procédé que nous décrirons tout à l’heure.
- En supposant les expériences sans erreur aucune, on devrait avoir rigoureusement :
- nt : nt : n.
- ==Pi • Pt • ^3 » non seulement les nombres entiers de franges doivent satisfaire à cette relation, mais encore les fractions de frange. Si, par hasard, on s’était trompé d’une, deux ou trois unités sur pv ps ou p2, les fractions calculées par la suite des rapports ne seraient plus du tout en coïncidence avec le résultat de l'observation, et, pour rétablir un accord acceptable, il faudrait choisir un nombre entier tout à fait dif-
- férent de celui qu’a donné le compte des franges. Nous admettons donc que nous connaissons le nombre exact de franges compris entre les deux miroirs. Dans le cas des expériences de M. Mi-chelson,ce nombre était de 1200 environ. La fraction est déterminée sûrement à 0,05 frange près, de telle sorte que le rapport pt : ps : p. est maintenant connu à 1
- lTTa-aâ Pres au moins. 24 000 1
- Cela fait, on place (fig. 5) à côté de la pièce portant les deux miroirs de la figure 2, une autre pièce semblable dont les miroirs sont à une distance double.
- Les miroirs Nt et Rj sont d’abord placés à très peu près dans le prolongement l’un de l’autre, et leur position est mesurée à l’aide du plan de référence (Q, fig. l).On place ensuite celui-ci à la hauteur de Ns, puis on déplace la pièce n° 1 de telle sorte que Nj vienne remplacer N2 ; ce dernier miroir est maintenant sensiblement dans
- le prolongement de R, ; il ne reste plus qu’à déterminer, à l’aide du plan de référence, la distance, en franges, entre R2 et N3. La pièce n° 2 sera connue en fonction du n° 1 ; on saura qu’elle vaut le double du n° 1, augmenté d’un petit nombre de franges qu’on a comptées. L’observation des trois couleurs donne de nouveau le contrôle du nombre entier, et on établira la série des rapports p\ : p\ : p\. La fraction est connue avec la même exactitude que précédemment ; mais, comme elle porte sur un nombre double de franges, le rapport est deux fois
- c" \
- Fig. 1 à 4. — Fig. 1. Marche des rayons lumineux dans l’appareil Michclson. — Fig. 2. Disposition îles miroirs d'un étalon. — Fig 3. Disposition de deux étalons que l’on compare. — Fig. 4. Comparaison de l’étalon avec le métro.
- Fig. 5. — Appareil de M. Michelson, vue intérieure. Détail en cartouche : glace servant à faire varier le chemin optique du faisceau de droite.
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- plus exact. Ou marche ainsi, en doublant toujours, jusqu’au neuvième étalon, dont la longueur est de 1 décimètre. Les franges sont encore nettement visibles, et la fraction se mesure avec la même exactitude qu’au point de départ; mais, comme on a maintenant 300 000 franges environ en lumière rouge, l’exactitude de 0,05 frange correspond à
- Bien
- 1
- 6 000 000 entendu, le résultat dépend de la température et de la pression de l’air, et doit être ramené à des conditions normales.
- Nous connaissons donc maintenant, avec une très grande exactitude, la distance de deux miroirs parallèles
- portés par une pièce de métal et éloignés l’un de l’autre de 10 centimètres environ. Cette distance peut être aisément comparée au mètre. Il suffit, pour cela, que la pièce IX porte un petit index I (fig. 4) muni d’un trait (pie l’on placera en regard du premier trait du mètre; à l’aide d’un microscope, on déterminera la coïncidence, puis on placera le plan Q dans le plan optique du miroir R2, on déplacera la pièce IX dans le sens de la flèche, de manière que R4 vienne remplacer IL, on reculera Q jusqu’à la coïnci-
- Fig. 6. — Appareil de M. Michelson.
- Fig. 7.
- dence optique avec R2 etx>n recommencera jusqu’à ce que le trait porté par l’index vienne en regard du deuxième trait du mètre. Bien entendu, l’étalon a été ajusté de telle sorte que cette coïncidence se produise très exactement.
- Appareils. — Les expériences que nous venons de décrire, si simples qu’elles paraissent, sont prodigieusement délicates, et ne peuvent être réalisées
- qu’à l’aide d’appareils d’une grande perfection. Tous les miroirs doivent être rigoureusement plans, tous les mouvements doivent être parfaitement parallèles : il est indispensable que l’appareil possède la plus parfaite stabilité. Passons de la figure 1 à la figure 5,
- nous reconnaissons (les mêmes lettres ayant été répétées) le miroir séparateur M, le réflecteur P, le plan de référence Q, enfin deux étalons en des endroits divers.
- Les microscopes, que nous avons figurés en l’air, pour cacher le moins possible les organes essentiels de l’appareil, doivent être imaginés fixés à de solides supports vissés sur
- la caisse en fonte qui enveloppe tout l’appareil. Mais nous voyons ici un autre organe formé par une glace épaisse; le but de cette glace, en tout semblable au miroir M, à cela près qu’elle n’est pas argentée, est de donner aux rayons allant vers N et P le même chemin optique. C’est pour celte raison que la glace possède à très peu de chose près la même épaisseur et la même inclinaison que le miroirM, traversé à l’aller et au retour par les rayons allant au plan de référence. Ce n’est pas tout;cette glace (voir le détail
- Cubes de cristal servant à déplacer simultanément les faisceaux lumineux à l’entrée et à la sortie de l’appareil.
- à droite), bien que fixée à un axe robuste, peut éprouver de petits déplacements, par l’action d’un ressort accroché d’une part à la monture du miroir, d’autre part à un fil s’enroulant sur un tambour. En changeant, d’une quantité prodigieusement petite, l’inclinaison de la glace, on modifie le chemin optique sur le parcours de droite et on change un peu la disposition des franges observées dans la lunette L (fig. 6). On
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- \ 1 \
- peut par ce moyen, ramener toujours les franges à la même phase, et, l’action du ressort ayant été tarée, mesurer le déplacement nécessaire pour produire ce mouvement, d’où l’on déduit immédiatement la phase de l’interférence non modifiée.
- Nous n’insisterons pas sur l’appareil producteur de la lumière, qui est un tube de Geissler enfermé dans une boîte S, et muni d’une petite quantité de cadmium ; la lumière, concentrée par des lentilles, dispersée par un prisme T, séparée par une fente, est envoyée dans l’appareil par un miroir; un ingénieux système de cubes transparents C (fig. 7) permet, par des rotations convenables de ces derniers, de déplacer, de haut en bas ou de droite à gauche, le faisceau entrant dans l’appareil, en même temps que celui qui retourne à l’observateur. On peut ainsi, sans rien changer à la position de la source et de la lunette, amener les rayons sur l’un quelconque des quatre plans des deux étalons que l’on compare, et rendre visible à l’observateur celui des plans sur lequel se fait la réflexion.
- Cet organe est situé dans l’angle occupé par le miroir M, l’un des cubes à droite, l’autre en avant de ce miroir. Les deux systèmes indépendants de roues d’angle, À et B, donnent simultanément aux deux miroirs des mouvements autour d’un axe vertical ou horizontal. Les axes des grandes roues sont percés pour laisser passer ceux des petites. Ces roues sont gouvernées respectivement par les manettes M et N. Cette dernière est maintenue en place par l’arc denté 1). Ce système est évidemment susceptible d’applications diverses.
- Nous avons déjà dit comment M. Poynting avait employé un principe analogue à la construction d’un micromètre l.
- — A suivre. — Ch.-Ed. GUILLAUME.
- CHRONIQUE
- Un tour de force de rapidité flans la construction des navires. — Les Anglais ont certainement les premiers chantiers de construction maritime du monde, et l’organisation y est tellement bien comprise qu’elle ne permet pas seulement de bien faire, mais encore de faire vite. MM. James et George Thomson, constructeurs de la Glyde, viennent encore d’en fournir un exemple. Tout dernièrement le gouvernement espagnol leur avait commandé une série de sept canonnières, destinées spécialement à la répression de l’insurrection de Cuba, et la rapidité était naturellement une question de premier ordre : du reste, on avait spécifié de lourdes pénalités pécuniaires pour le cas de retard dans la livraison. Le contrat stipulait que les bateaux devraientêtre construits et prêts à partir au bout de quatre-vingt-dix journées de travail; ce contrat avait été signé le 11 juillet. La première des canonnières était lancée le 21 août et complément prête le 11 septembre ; quant à la dernière, l’armement définitif était terminé le 1er octobre. On était donc en avance de dix jours. Et encore faut-il remarquer que, par suite de jours de fêtes, on n’avait pu se mettre effec-
- 1 Voir le n° 1050, du 25 février 1895, p. 195.
- livement au travail que le 22 juillet. Ce sont des navires qui ont environ 41m,50 de long et 8 mètres de large; ils représentent au total 1500 tonneaux de déplacement, et, ce qui rend encore plus remarquable le tour de force des constructeurs, c’est que les sept bateaux étaient chacun d’un type un peu particulier : cela nécessitait pour chacun des études, des dessins, etc. Ainsi, trois des canonnières étaient déjà en route sur Cuba quand il y avait encore une semaine avant la date fixée par le contrat. Ce qui montre encore mieux la puissance de production des chantiers anglais, c’est que celui dont nous parlons pourvoyait en même temps à d’autres constructions, notamment à celle de deux vaisseaux de ligne, le Jupiter et le Terrible, et de plusieurs contre-torpilleurs à grande vitesse.
- D. B.
- Une prime aux voyageurs de chemins de fer. — On sait qu’aux Etats-Unis les chemins de fer se font concurrence, plusieurs compagnies desservant une même direction, et chacune a le plus grand intérêt à lutter contre ses rivales, à attirer à elle le courant des voyageurs par les moyens les plus divers. Voici que, dans cet ordre d’idées, une compagnie de Chicago, celle du Chicago Great Western Railway, est sur le point d’inaugurer un procédé curieux pour encourager à prendre les trains qui circulent entre Chicago et Minneapolis. Elle place à la disposition des voyageurs des exemplaires de six journaux quotidiens, de trois publications hebdoma daires illustrées, et enfin de huit magazines mensuels, de ces magnifiques revues bien imprimées et contenant de bonnes gravures qui sont nombreuses aux États-Unis. Le plus curieux c’est que les voyageurs auront le droit de conserver les journaux quotidiens. Les agents devront fournir ces publications aux voyageurs à leur demande. I). B.
- Le brouillard à Londres. — Voici qui donne une idée de l’intensité des fameux brouillards de Londres. On peut lire dans les Docks de la Tamise une Notice affichée par ordre de la Compagnie : elle rappelle qu’elle a posé des poteaux et des chaînes de protection sur les points les plus dangereux des quais, et qu’elle a fait peindre en blanc les bords de ces quais, afin de protéger dans la mesure du possible les personnes qui se trouvent circuler pendant un brouillard. Du reste, on insiste sur ce fait que tous les gens qui parcourent ainsi les Docks le font à leurs risques et périls. En cas de brouillard se levant tout à coup, on recommande instamment à ceux qui sont à bord des navires ou des chalands d’v rester jusqu’à ce que le brouillard s’éclaircisse, les travailleurs devant quitter le bord de l’eau et suivre les grandes voies des Docks. La police a des instructions pour empêcher quiconque de pénétrer dans ces établissements à moins de nécessité absolue. D. B.
- Un nouveau bandage ponr bicyclettes. — On
- vient d’inventer un nouveau bandage pour cycles auquel on donne le nom de bandage à balles. Nous n’avons pas besoin de rappeler que l’inconvénient des bandages creux, pneumatiques ou autres, c’est que s’ils viennent à se percer en un point quelconque, ils sont rtiis immédiatement hors d’usage par ce fait. Dans l’invention dont il s’agit, le bandage est toujours formé d’un tube creux, mais celui-ci est rempli complètement par une série de balles en caoutchouc creuses ayant comme diamètre extérieur le diamètre intérieur du tube. Ces balles, vulcanisées elles-mêmes, sont insérées dans le bandage au fur et à mesure de sa fabricalion; naturellement chaque balle isolément forme un coussin, et pour mettre le bandage
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- hors d’usage il faudrait qu'un certain nombre de balles fussent percées simultanément. D. B.
- La photographie des couleurs. — Dans un article paru sous ce litre dans le dernier numéro, l’auteur a oublié de rappeler que l’invention du procédé qui consiste à employer trois couleurs simples pour faire trois clichés élémentaires, reproduisant ensuite par tirages successifs toutes les couleurs du sujet photographié, est due à MM. Ch. Cros et Ducos du Ilauron qui, sans se connaître, l’ont fait breveter le même jour en 1868. La méthode n’est donc pas nouvelle et il s’agirait seulement d’un perfectionnement. La question n’a pas cessé du reste d’étre travaillée depuis vingt-sept ans par bien des chercheurs et par M. Ducos du Ilauron lui-méme; M. Léon Vidal, notre collaborateur, y a aussi consacré de longues études, et il a présenté encore récemment, à la Société française de photographie, un appareil qui permet d'obtenir avec un seul objectif et en une seule pose les trois clichés nécessaires. Du reste depuis plusieurs années le procédé des trois couleurs, dit de reproduction indirecte des couleurs, est employé industriellement, et les journaux spéciaux de France et de l’étranger en donnent souvent des spécimens. G. M.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 novembre 1895. — Présidence de M. Maiiey.
- La diffusion de la pectase dans les végétaux. — Les fruits charnus mûrs tels que groseilles, cerises, etc., ainsi qu’un grand nombre de racines, renferment une substance caractérisée par la propriété de faire gelée avec l’eau; c’est la pectine. M. Frein y a montré que cette pectine se transforme en acides gélatineux (acide pectasique et acide pectique) sous l’influence d’un ferment soluble qu’il a extrait du jus de carottes et de betteraves. D’après les recherches de MM. G. Bertrand et Mallèvre, la pectase n’existe pas que dans ces racines, mais sa présence doit être regardée comme universelle chez les plantes vertes. Gctte diastase est surtout abondante dans les feuilles et c'est de là qu’elle se répandrait ensuite dans les autres organes : tiges, fleurs, etc. MM. Bertrand et Mallèvre ont profité de la richesse en pectase de certaines feuilles pour isoler ce ferment, résultat auquel on n’était pas encore parvenu.
- Dynamomètre physiologique. — M. Charles Henry présente un dynamomètre spécialement combiné en vue des recherches physiologiques, permettant d’évaluer, à chaque instant, en fraction de cheval-vapeur, la puissance d’un muscle, et en général d’un moteur vivant. C’est un dynamomètre à ressort complété par un enregistreur du temps. On constate, à l’aide de cet appareil, que la puissance moyenne de la femme, qui est environ la moitié de celle de l’homme, d’après les mesures opérées au dynamomètre ordinaire, n’est susceptible de fournir qu’un travail quatre fois moindre. M. Charles Henry montre que la courbe de démarrage, c'est-à-dire le résultat d’une expérience de quelques instants, suffit pour caractériser complètement, au point de vue mécanique, un cycliste, un manœuvre, un hémiplégique, un moteur animé quelconque.
- Les propriétés du sang de vipère. — MM. Phisalix et Bertrand, qui, depuis quelque temps déjà, étudient les propriétés toxiques du sang de vipère, ont observé qu’il contient la même substance toxique que le venin. Ils avaient pensé que la vipère, qui résiste aux inoculations
- de son propre venin, était accoutumée à l’action de ce venin. Mais il y a dans le sang de vipère, à côté de la substance toxique, une substance qui neutralise l’effet de la première. Ces deux substances se détruisent par la chaleur à des températures différentes. La substance toxique disparaît si l’on porte le sang à la température de 58° pendant un quart d’heure, tandis que la substance antitoxique résiste. Si l’on inocule du sang ainsi chauffé à un cobaye, non seulement il ne meurt pas, mais il peut supporter Une inoculation de sang frais.
- Préparation du mélhylengenol. — M. Moureux a préparé le inéthylengenol en faisant agir l’iodure d’allyle sur le viratrol en présence de la poudre de zinc, qui provoque l’élimination de l’acide iodhydrique. Ce dernier réagit sur le viratrol en donnanUdu inéthylengenol, de l’iodure de méthyle, ûu gaïacol et de la pvrocatéchine.
- La culture théorique de la vigne. — M. Dehérain présente un ouvrage de M. Muntz dans lequel ce savant a résumé les recherches expérimentales qu’il poursuit depuis plusieurs années sur la culture de la vigne dans les principaux centres viticoles de la France. Il traite plus particulièrement des exigences de la vigne, des fumures rationnelles à lui appliquer suivant les sols et les climats, des causes qui influent sur la qualité et le rendement, des conditions économiques de la production du vin. L’amélioration des procédés de vinification, l’utilisation des sous-produits pour l’alimentation du bétail et la fabrication des piquettes de consommation et de distillation y font l’objet d’études spéciales. Tous les travaux dont M. Muntz expose les résultats dans son ouviage, ont été exécutés dans les conditions pratiques des grandes exploitations et peuvent servir de guide aux viticulteurs qui veulent améliorer l’état de leurs vignobles et la qualité de leurs vins.
- Varia. — M. Gérard a étudié les cholestérines des cryptogames; il montre qu’elles diffèrent de celles du règne animal ou des végétaux supérieurs et qu’elles se rapprochent de l’ergotérine de M. Tauret. — M. de Mojsi-sovics a reconnu que les ammonites de la Nouvelle-Calédonie appartenaient aux trias. — M. d’Abbadie a fait don à l’Académie des sciences de sa propriété d’Abbadia, près Biarritz, ainsi que d’une somme de 400 000 francs, à la condition que cette propriété soit utilisée, après sa mort, pour des travaux scientifiques. Cii. de Yilledeuil.
- LES ENTRAINEURS
- ET LES COURSES DE BICYCLETTES
- Dans un article très documenté sur Le vélocipède et la résistance de l’air 1, notre collaborateur Ch.-Ed. Guillaume mettait en doute la sincérité et la signification technique des courses avec entraîneurs, assimilant l’aspiration pneumatique qu’ils produisent à une véritable traction, équivalente à un lien mécanique entre l’entraîneur et le cycliste. Les courses faites depuis trois ans confirment pleinement l’opinion émise par M. Guillaume, et il est certain que les grandes vitesses vélocipédiques avec entraîneurs ne signifient plus grand’chose. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur le tableau suivant qui résume les records déclarés officiels par VUnion vélocipédique de France (U. V. F.) à la date du 5 novembre 1895, et relatifs à des courses de bicyclettes sur piste avec ou sans entraîneurs.
- 1 Yoy. n° 1025, du 7 janvier 1895, p. 95.
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- LA NATURE.
- Distance en kilomètres. Avec entraîneurs Temps . Sans entraîneurs.
- 5 5m 59% 2 7™ 31*
- 10 12m 138 15** 0%3
- 20 25“ 16" 51“ 29%4
- 30 08“ o8%8 47“15%G
- 38 49” 20-,4 59“ 42%2
- 50 lh 5“14%4 »
- 100 2h15”51%2 5h 4“ 7%6
- Ces chiffres montrent que le rôle des entraîneurs n’est pas seulement moral, mais qu’il est également physique, matériel, et que, dans ces conditions, les résultats obtenus ne dépendent pas seulement du coureur, mais aussi et surtout des entraîneurs. Les records de temps conduisent aux memes résultats. Avec entraîneurs, le recordman français a couvert 46440 mètres en une heure (Bouhours àVincennes, le 25 septembre 1895), tandis que, sans entraîneurs, Dubois n’a couvert que 38 220 mètres.
- En supposant la loi de la résistance de l’air proportionnelle au carré des vitesses exactes jusqu’à 50 kilomètres par heure, Dubois aurait effectivement produit 143 tonnes-mètre en une heure, tandis que Bouhours aurait dit en produire 194, si les entraîneurs n’avaient véritablement aspiré le coureur et fait ainsi l’appoint de la différence.
- Les courses avec entraîneurs jouissent actuellement de la faveur publique, au détriment des courses sans entraîneurs, et nous luttons contre l’engouement général en récusant la sincérité des premières. Les records nouveaux amèneront certainement avant quelques années le record de l’heure à 50 kilomètres avec entraîneurs à force motrice humaine et mécanique à la fois, la bicyclette Pingault par exemple, mais il n’en faudra pas conclure que le coureur aura (aitpar lui-même les 50 kilomètres : il y aura été aidé dans une large mesure par l’entraînement, parle lien matériel élastique et invisible artificiellement établi entre le recordman et l'entraîneur : les belles journées de courses ne seront plus que des séances de courants d’air. Est-ce bien là le but poursuivi par les sportmen? E. II.
- --O-Çx--
- UNE POMME DE TERRE MONSTRE
- Il n’y a pas d’autre qualificatif pour désigner avec exactitude l’énorme tubercule trouvé par M. J. B. Swan de Loweland (Colorado) et que nous reproduisons d’après le identifie American, qui donne une photographie d’un caractère essentiellement américain prise par M. Talbot et transmise à notre confrère par l’un de ses correspondants. Ce rare spécimen a 70 centimètres do longueur, 37 centimètres de
- diamètre, et pèse plus de 49 kilogrammes. 11 appartient à la variété connue en Amérique sous le nom de Maggie Murphy, d’une qualité excellente et très prolifique. Aussi le propriétaire de ce colosse a-t-il bien soin d’indiquer que l’échantillon, trop volumineux pour être mangé, ne convient qu’à la reproduction de l’espèce. L'an dernier M. Swan a obtenu d’un seul acre de terre 430 bushcls de pommes de terre. Traduits en français, ces chiffres correspondent à 590 hectolitres par hectare. Nous n’avons pas d’exemple en France, où l’on trouve une production de 250 à 500 hectolitres par hectare, d’une végétation aussi luxuriante.
- Le fait que nous signalons peut avoir pour nous un certain intérêt. En effet, la pomme de terre
- joue dans notre alimentation un rôle des plus importants. On consacre à sa culture en France une surface totale d’environ 1 million d’hectares, et dans certains départements il y a jusqu’à 50 000 hectares. Le rendement général de la France peut être évalué à 100 ou 120 millions d’hectolitres. Il est donc très utile de s’occuper sérieusement d’assurer dans les meilleures conditions possibles la reproduction de ce tubercule. Au commencement de notre article, nous avons dit que le propriétaire américain avait l’intention d’utiliser pour la reproduction la pomme de terre monstre dont il est question. On s’est demandé bien souvent à ce sujet s’il était préférable, pour obtenir les meilleurs résultats, de pdanter des tubercules entiers ou des fragments de tubercule, et s’il fallait choisir des sujets gros, moyens ou petits. M. Yilleroy, un agronome distingué, a fait à ce sujet quelques expériences et a trouvé que les meilleurs résultats étaient fournis par des tubercules coupés en quatre parties. Cependant en général, dans la pratique, on se contente de prendre des pommes de terre de moyenne grosseur. Il serait intéressant de connaître les résultats des essais tentés dans cette voie en Amérique ; nos agriculteurs pourraient aussi entreprendre diverses expériences pour augmenter la production par hectare, et lui faire atteindre le chiffre que nous avons mentionné plus haut.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmek Paris. — Imprimerie Lahuhe, rue de Fleurus, 9.
- Pomme de terre monstre eu Amérique.
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- N* 1174.
- 50 NOVEMBRE 1895.
- LA NATURE.
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- porte alors le nom de commensalisme. Les exemples de commensalisme ne sont pas très fréquents ; ainsi que nous l’avons fait remarquer dans un précédent article1, l’examen attentif de l’association montre que souvent le bénéfice n’est pas aussi réciproque qu’on le croirait au premier abord et qu’il tourne presque exclusivement au profit de l’un des deux associés : ce n’est plus dès lors du commensalisme, mais du parasitisme.
- Ce serait cependant une erreur de croire que le commensalisme n’existe pas; le plus bel exemple que l’on puisse citer à cet égard est celui de l’association des Bernard-l’ermite avec certaines ascidies; nous allons en dire quelques mots à propos d’un travail de M. Faurot*qui complète et précise certains points de son histoire.
- Le Bernard-l’ermite est, on le sait, un crustacé
- Fig. 1.— Bcrnards-l’ermitc vivant en commensalisme Fig. 2, — Pagure des grands fonds recouvert
- avec des Actinies. d’une colonie d’Epizoantlies.
- UN CURIEUX CAS DE COMMENSALISME
- CRUSTACÉS ET ACTINIES
- C’est une chose intéressante à constater que cette tendance que présentent la plupart des êtres vivants à s’associer pour lutter contre la destruction. Ces associations se font généralement entre animaux qui mettent simplement leur existence en commun : ç’est le cas des sociétés de fourmis, d’abeilles, etc. D’autres fois, elles se font d’une manière plus intime par la réunion des corps qui, dès lors, communiquent entre eux d’une manière permanente ou temporaire : c’est le cas des colonies d’ascidies, de bryozoaires, etc. Dans l’un et l’autre cas, l’association a liçu entre animaux de même espèce; elle peut aussi exister entre individus d'espèce différente : le phénomène
- asymétrique qui vit à l’intérieur des coquilles vides de certains mollusques, et notamment des Buccins.
- Or, sur celles-ci, on trouve très souvent des anémones de mer et, presque exclusivement, sur les coquilles habitées par des Bernards. On connaît deux espèces de ces actinies ; l’une, la Sagartia parasi-tica, vit sur les coquilles habitées par des Bernards des espèces Pagurus Bernardus (Océan) ou P. Stria-tus et P. Angulatas (Méditerranée). L’autre est YAdamsia palliata ; elle vit dans les coquilles abritant le Pagurus Prideauxi.
- La première paraît d’ailleurs d’humeur un peu plus vagabonde; si elle préfère les Buccins habités, on la trouve aussi sur les rochers, où elle ne paraît pas se porter plus mal.
- La Sagartia parasitica, comme toutes les actinies, se compose essentiellement d’une colonne charnue se terminant en haut par un bouquet de tentacules blancs. Elle est remarquable par la présence d’orifices, placés au tiers inférieur de la colonne et faisant
- communiquer la cavité gastrique avec l’extérieur. Sa fixation s’opère simplement par le disque pédieux agissant comme une ventouse. Quand il n’y a qu’une Sagartia sur la coquille, elle se place sur l’un des côtés par rapport au Bernard. Mais souvent il y en a plusieurs, jusqu’à sept ou huit, et alors les disques pédieux, qui se touchent sans se recouvrir, enveloppent presque entièrement la coquille.
- Quels sont les rapports du crustacé et de l’actinie? Y a-t-il simplement là un hasard qui vient les faire habiter côte à côte, l’un en dedans, l’autre en dehors de la coquille vide? On pense plutôt, il est presque démontré, que les deux conjoints sont réunis pour se prêter aide et assistance. L’actinie est évidemment utile au Bernard en défendant les abords de la maison avec ses tentacules nombreux, véritables batteries de capsules urticantes, toujours prêtes à foudroyer de
- 1 Voy. n° H23, du 8 décembre 1894, p. 29.
- 2 Archives de zoologie expérimentale, 1895, n0’ 1 et 2.
- 27
- £J» année. — 2* semestre.
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- I.A NATURE.
- ses myriades de nématocytes les hèles importuns. Quant au crustacé, grâce à ses longues pattes, il peut se déplacer et chercher de la nourriture : l’actinie, qui n’a ni pieds ni yeux, profite largement de ses déplacements et surtout absorbe les déchets de la nourriture du Bernard : certains naturalistes ont même prétendu que de temps à autre celui-ci lui donnait directement à manger, mais c’est là un fait sans doute inventé.
- Ce n’est pas le tout de dire que la réunion du Bernard et de la Sagartia constitue une association amicale; il faut encore le démontrer ou tout au moins donner des preuves à l’appui. M. L. Faurot a entrepris des expériences à ce sujet. « Après avoir vérifié, dit-il, cette observation de Percival Wright, d’après laquelle une Sagartia parasitica abandonne la coquille d’où l’on a extrait le Pagure, et cela dans un temps relativement court, trente-six heures au plus, j’ai vu, en faisant l’expérience inverse, que le Pagure n’était pas indifférent, lui aussi, à la perte de sa compagne. Lorsqu’en effet, après avoir enlevé les Sagartiaparasitica fixées sur une coquille abritant un Pagure1, on met ce dernier en présence d’une autre coquille vide et recouverte de ses actinies préférées, on voit bientôt le crustacé sortir de son gîte. Dans ce cas, bien plus rapidement que s’il avait affaire à des coquilles complètement privées de Sagartia parasitica, il en explorera l’intérieur avec ses pattes,et y fera pénétrer son abdomen, terminé par deux pattes-crochets, avec lesquelles il agrippera le dernier tour de spire. Lorsqu’un Pagure habitant une cassidaire2 d’où l’on a arraché les Sagartia était mis en présence d’autres Sagartia, ceux-ci étant fixés soit sur les parois de verre de l’aquarium, soit sur des pierres, il m’est arrivé plusieurs fois d’être témoin des manœuvres à l’aide desquelles le crustacé parvenait à s’associer ces actinies. Une de celles-ci est saisie par les pattes-pinces et les pattes-mâchoires du Pagure, qui les agite comme s’il avait à contenir la résistance d’une proie capable de s’échapper. Ces mouvements, longtemps continués, déterminent d’abord la rétraction de l'actinie et font ensuite cesser l’adhérence de son disque pédieux à la surface sur laquelle elle était fixée. Dès que l’actinie est détachée, le Pagure l’enserre entre ses pattes et la cassidaire, jusqu’à ce que le disque pédieux se soit fixé sur la demeure du Pagure. » Peu à peu, l’actinie rampe sur la coquille et se place sur le côté par rapport au crustacé.
- Le commensalisme de Sagartia parasitica et de Pagurus Bernardus est donc très net : il l’est au moins autant, sinon plus, chez Adamsia palliala et Pagurus Prideauxi. Ici, chaque coquille ne porte qu’une seule actinie, mais à disque pédieux très large, concave et enveloppant la maison presque entièrement comme d’un manteau. Bien plus, très souvent,
- 1 Pagure est le nom sous leciuel on réunit toutes les espèces île Homards.
- a Les cassidaires sont de grandes coquilles de la Méditerranée.
- la coquille n’est pas assez grande pour abriter entièrement le crustacé : c’est alors l’actinie qui, se prolongeant au delà du substratum et sécrétant un mucus solidifié, devient le véritable gîte du crustacé. La Sagartia, à cause de son disque pédieux déformé par le commensalisme, ne peut vivre autre part que sur des coquilles habitées par des Pagures. L’association est donc très étroite : elle est très avantageuse au Bernard, qui a ainsi une maison légère et bien défendue. Elle est aussi très utile à l’actinie qui est placée du côté ventral par rapport au crustacé et dont la bouche est presque en contact avec celle de ce dernier. « h'Adamsia palliata, ditM. Faurot, ne se contente pas, ainsi que la Sagartia parasitica, du superflu du crustacé; il est bouche à bouche avec son hôte et ingère parfois la plus grande partie de la proie que celui-ci s’efforce de diviser en morceaux assez menus pour les faire pénétrer entre ses pattes-mâchoires. Mais aussi Y Adamsia palliata 11e peut vivre solitaire et ne se sépare-t-il jamais du Pagurus Prideauxi. »
- Séparées de leur compagnon, les actinies meurent assez rapidement, mais les Pagures continuent à vivre. « Si l’on place des Pagurus Prideauxi non adamsiés en présence de grandes cassidaires vides, ils s’y abritent aussitôt. Bien que leurs nouvelles demeures soient à parois plus résistantes que celles qui leur sont habituelles et qu’ils puissent s’y abriter complètement, ils les abandonnent si, dans le voisinage, on a soin de placer des Adamsia récemment séparés de leurs hôtes. Ils se revêtissent de ces actinies quand bien même elles ne seraient pas proportionnées à leur taille, de sorte que souvent, pareilles à des habits trop courts, elles laissent à découvert une partie du corps. » Dans cette opération, le crustacé se sert de ses pinces et maintient l’actinie jusqu’à ce qu’elle se soit fixée.
- Nous représentons aussi (fig. 2) un Pagurus pili-manus, recueilli à plusieurs reprises par le Challenger et le Talisman, et portant sur sa coquille un commensal très curieux ; c’est un élégant polype d’un beau violet, YEpizoanthus parasiticus, qui a la propriété de bourgeonner et de former des colonies. Au fond de la mer, les coquilles vides ne sont pas très abondantes; aussi le Pagure ne pourrait que difficilement trouver des coquilles proportionnées à sa taille. Heureusement pour lui, la petite colonie qui vit sur,la coquille originelle grandit et la supplée. Bien plus, la coquille est peu à peu dissoute et finalement on n’a plus qu’un Pagure entouré par un habit vivant d’Epizoanthes. Henri Courm.
- LA BADIANE AU TONKIN
- Si l’on voulait s’en tenir strictement au titre de cet article, on serait en droit de penser que la Badiane ne se rencontre exclusivement qu’au Tonkin ; ce serait assurément une exagération ; mais du moins ce produit nous intéresse-t-il tout particulièrement en ce qu’il est la
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- LA NATURE.
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- matière première d’une industrie assez importante de notre colonie.
- Originaire du nord-ouest de la Chine, mais répandu au Tonkin, dans l’Inde, au Japon, à Java, aux Philippines, la badiane ou le badianier est un des genres de la famille des Magnoliacées ; il constitue même un groupe portant le nom particulier à'Illiciées. Blais l’espèce dont nous voulons nous occuper ici est Ylllicium anisalum ou Badiane de la Chine. Cette plante doit intéresser tous ceux qui apprécient, suivant ses mérites, l’excellente anisctte de Bordeaux, et tous les buveurs d’absinthe : en effet, quelque bizarre que la chose puisse paraître, malgré son nom, l’anisette doit son parfum et son goût au fruit de la badiane, et l’absinthe trouve son principe actif dans le même fruit. — Le Badianier est un arbrisseau de 3 à 4 mètres de haut, aux feuilles alternes, persistantes, lancéolées, sans stipules, très aromatiques, ressemblant à celles des lauriers. Les fleurs, d’un jaune verdâtre, poussent à l’aisselle des feuilles supérieures, elles sont régulières et s’épanouissent en mai.
- Blais ce qui nous intéresse, c’est le fruit, puisque c’est lui qui fournit l’arome précieux que l’on met en œuvre pour faire l’anisette, l’absinthe et même quelques autres liqueurs. Le fruit est composé en général de 8 à 12 follicules ligneux, disposés en étoile, aplatis latéralement et finissant en un bec pointu et relevé ; quand le fruit est arrivé à maturité, chacun des follicules s’entr’ouvre, découvrant une seule graine : cette graine, c’est Vanis étoilé du commerce. Le bois même de l’arbrisseau, qui est très employé en Chine pour la marqueterie, répand une forte odeur d’anis; le D' Neis, dans un ouvrage sur le Tonkin, dit avoir souvent traversé des bois de badianiers répandant une suave odeur d’anis. Blais l’odeur est bien plus prononcée dans le fruit, dans les graines qui sortent des follicules déhiscents. C’est à cause même de cette analogie du parfum, et pour cette raison seule, que ce fruit porte dans le commerce le nom A'anis étoilé’, l’anis véritable, celui qu’on emploie dans la confiserie, notamment pour en faire de petites dragées comme à Verdun ou à Flavignv, est tout différent de l’anis étoilé; il est de la famille des Ombellifères, croit naturellement en Égypte, en Sicile-; on le cultive en France près d’Angers, à Blalte, en Espagne.
- L’anis étoilé est en grande faveur en Chine, où les Célestes le mangent après les repas pour se parfumer la bouche ; et ils considèrent que ces graines prises en infusion raniment les forces abattues ; tonique et stimulant, ce parfum doit faciliter la digestion ; il fournit l’arack de l’Inde et sert de base au ratafia de Bologne. Blais, ainsi que nous le disions, le principal emploi de la badiane et de l'essence qu’on en tire est dans la fabrication de l’anisette et de i’absinthe. Si nous voulons gagner Dong-Dang, sur la frontière du Tonkin et de la Chine (et nous trouverons encore ici pour guide BI. le Dr Néis), nous pourrons y étudier l’exploitation de la badiane. En parcourant celte contrée, nous voyons les vallées cultivées en rizières, mais les collines sont couvertes de badianiers ; il parait que souvent le badianier pousse spontanément dans les forêts vierges, mais ici, sur ces pentes, on le trouve surtout cultivé par les Thôs.
- C’est en juin ou juillet que le fruit est mùr, mais en général on le cueille quand il est encore un peu vert. Le cultivateur est pressé de récolter avant qu’on puisse peut-être lui enlever sa récolte; il y a là évidemment un procédé qui diminue le rendement de la graine en essence. Il faut noter, en effet, et c’est une des particularités les
- plus curieuses, que l’exportation ne se fait point en graine, mais bien sous forme d’huile ou d’essence qui est extraite sur les lieux mêmes de production, et par d’autées mains que par celles du cultivateur. Les Thôs qui se livrent à la culture de cet arbrisseau vendent tous les fruits aux Chinois, qui se sont fait un monopole de la fabrication de l’essence. Ce qui est bizarre, c’est que les petites usines qu’ils établissent ne sont que toutes temporaires; ils ne viennent que pour une saison, et on les voit s’établir en été dans les villages où l’on cultive la badiane. Tous ces Chinois sont originaires du Kouang-Si, et ils arrivent dans la province de Lang-Son à l’époque de la fabrication. D’ailleurs ils apportent avec eux à chaque saison tout le matériel de leur distillerie; mais il est juste de dire que l’inventaire en est aisé à dresser : il se compose tout simplement d’un chaudron, constituant la partie essentielle de la distilla-
- Alambic pour la distillation de la badiane.
- tion ; les autres parties de l’alambic peuvent se trouver sur les lieux mêmes, étant faites principalement de bambou. La figure ci-dessus s'explique presque suffisamment d’elle-même ; en A est un récipient monté sur des pieds en bambou et contenant de l’eau qui découle par un tube, en bambou également, sur le couvercle B du chaudron C, installé sur un fourneau grossier; la vapeur contenant l’essence de badiane monte dans le haut et sous le couvere'e du chaudron, et en présence de ce couvei’cle refroidi par le courant d’eau venant du réservoir A, elle se condense, retombe en partie sur les bords repliés en D et D' du couvercle du chaudron, puis s’écoule par le tube en pente E, traversant un autre récipient rempli d’eau où elle se refroidit. Ce tube joue le rôle du serpentin des alambics perfectionnés; et enfin l'essence tombe en F dans le vase qui recueille les produits de l'opération.
- L’essence fabriquée est expédiée à Canton par la voie de That-Ké. Tout naturellement ces procédés sont trop primitifs et entraînent une grande déperdition de matière première. Cependant, en temps ordinaire, la production de l’essence de badiane était considérable; on comptait de 150 à 200 distilleries de badiane fonctionnant à Dong-Dang et That-Ké; depuis la guerre, le commerce s’est grandement ralenti, ce qui cause un grave préjudice à toute cette région. Le marché des badianes, qui se tenait de temps immémorial à Hanoï, s’est transporté à Hong-Kong.
- Ce fruit est une ressource très précieuse, c’est là un commerce qu’on doit bien se garder de négliger, étant données les importantes transactions auxquelles il donne lieu, et il faudrait tâcher de substituer aux distilleries chinoises, si primitives, des distilleries européennes bien organisées; sans oublier d’ailleurs que le badianier est un arbuste résistant qui pourrait sans doute s’acclimater dans le midi de la France. Damel Bellet.
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- LA NATURE.
- LE CHEMIN DE FER
- FUNICULAIRE ÉLECTRIQUE
- DU STANSER1IORN, EN SUISSE
- Le lac des Qualre-Cantons, qui est, à vraiment parler, le cœur de la Suisse, est entouré, comme on sait, dans ses replis multiples, depuis Lucerne jusqu’à Fluelen, d’une sorte de ceinture continue de montagnes à l’aspect tantôt gracieux et verdoyant, plus souvent sévère et grandiose lorsque leurs roches dénudées surplombent presque verticalement ses eaux, et il en tire un aspect d’un charme incomparable. Aussi ce lac est-il le rendez-vous des touristes de tous pays, et ceux-ci, après l’avoir parcouru en tous sens, tien-nent-il à foire l’ascension des montagnes qui le do-mineht, afin de pouvoir l’admirer sous un aspect nouveau. C’est ainsi que l’industrie moderne s'est trouvée amenée à créer ces chemins de fer à forte rampe si multipliés depuis, mais qui, en Europe, ont pris naissance dans cette région.
- Le chemin de fer à crémaillère de Witznau-Righi, le premier de tous, s’est élancé hardiment sur les flancs de cette montagne qui, vers le nord, domine à pic la plaine située entre les deux lacs de Zug et des Quatre-Cantons ; il a été plus tard rattaché, par une ligne nouvelle descendant à Goldau, avec la ville de Arth, à la pointe du lac de Zug, et actuellement, au haut de la montagne, il se prolonge vers le sud jusqu’au Scheideck, par une ligne qui suit en quelque sorte les crêtes, parallèlement aux rives du lac des Quatre-Cantons de Weggis à Witznau. Plus tard, la crémaillère a fait également l’ascension du mont Pilate, dont le sommet, situé à 2123 mètres d’altitude, domine, par-dessus le Lopperberg, la branche du lac qui va jusqu’à la pointe d’Alpnachstadt. (Yoy. la carte de cette région représentée figure 1.) A Lucerne même, la ligne funiculaire du Gütsch gravit la montagne qui domine la ville, et elle permet d’admirer le beau panorama qu’elle présente, avec scs fortifications antiques et surtout l’aspect du lac dont les rives apparaissent dans le voisinage de la ville comme émaillées de nombreuses villas et de
- beaux jardins, tandis qu’on aperçoit les Alpes dans le lointain.
- Ces lignes à forte rampe, dont la construction a été poursuivie souvent au milieu de difficultés de toute nature, présentent un intérêt technique considérable, et on peut estimer que le voyage en ces régions pittoresques doit fournir le complément nécessaire des études de l’ingénieur des chemins de fer.
- Tant que la rampe à franchir ne dépasse pas 7 pour 100, la locomotive à simple adhérence peut suffire, et la ligne qui gravit l’Utliherg, près de Zurich, en fournit un exemple particulièrement frappant, unique sans doute en Europe; au delà de
- ce chiffre, il faut recourir à la crémaillère, en employant soit l’engrènement par-dessus, lorsque la pente reste relativement faible, inférieure à 25 pour 100, comme au Righi et dans les applications les plus fréquentes, soit l’engrènement latéral, qui prévient mieux le soulèvement de la locomotive, lorsque la pente est plus forte, comme au Pila te, où on atteint en certains points 45 pour 100. Au-dessus de25pour 100, il faut recourir au chemin de fer funiculaire, adopter en un mot une disposition qui se rapproche de celle qu’on emploie sur les pentes verticales des puits de mines, et suspendre plus ou moins complètement le wagon sur le câble moteur qui l’entraîne.
- La Suisse renferme de nombreux exemples de ces lignes à câble combiné ou non avec la crémaillère; celles-ci empruntent le plus souvent leur effort moteur à la descente du volume d’eau suffisant pour soulever le wagon montant; nous en avons décrit d’ailleurs de nombreux exemples dans La Nature; la ligne du Giessbach, la première en date et l’une des plus curieuses, plus récemment, la ligue du Gütsch, celle de Territet-Glion. On pourrait citer encore la petite ligne située à l’intérieur de la ville de Zurich, sur la rive gauche de la Limât, qui s’élève du quai jusqu’aux quartiers hauts de la ville, comprenant les diverses installations du Poly-technikum.
- Dans certaines applications récentes, le chemin de fer funiculaire est actionné électriquement au moyen d’un transport de force emprunté à une
- Fi<j. 1. — Carte d’une partie de la région voisine du lac des Uuatrc-Canlons, montrant le tracé du chemin de fer funiculaire du Stanscrhoru.
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- chute d’eau importante située dans le voisinage à une distance plus ou moins considérable. C’est le cas, par exemple, pour la ligne du Stanserhorn, la dernière venue et non la moins curieuse parmi les chemins à forte rampe du lac des Quatre-Cantons.
- Cette ligne, d’une longueur de 5715mètres, qui s’élève en partant deStans, à l’altitude de 458 mètres, jusqu’au sommet du Stanserhorn, à celle de 1900 mètres, recueille en effet son effort moteur sur une chute d’eau située à Buochs, à 4 kilomètres de distance, sur la rivière l’Aa, de l’Engelberg, affluent du lac des Quatre-Cantons. Une turbine de 150 chevaux, installée sur cette chute, fournit l’effort suffisant pour actionner non seulement le chemin de fer du Stanserhorn, mais en même temps le petit tramway à trolley qui relie la ville de Stans à celle de Stanstadt, et aussi le chemin de fer à crémaillère du Burgenstock
- qui s’élève à l’altitude de 870 mètres, en parlant de Kehrsiten, sur le bord du lac. Le transport de force fournit, en outre, l’énergie nécessaire pour l’éclairage électrique des deux hôtels installés l’un au sommet du Stanserhorn, l’autre au Burgenstock.
- La ligne de Stanserhorn comprend trois sections distinctes, desservies chacune par une station de force motrice et un câble indépendants. Chaque station comporte une machine dynamo actionnée par le courant venu de Buochs, laquelle commande par une série d’engrenages appropriés les deux grandes poulies de 4m,50 environ de diamètre, sur lesquelles s’enroulent ou se déroulent les brins montant et descendant du câble qui dessert la section. Ces poulies sont à marche lente et ne font guère que cinq à six tours à la minute, donnant pour le câble un développement de 60 à 80 mèlres environ. Les
- à l’altitude de 71 i mètres.
- Fig. 5. — Arrivée de la voie funiculaire au sommet éu Stanserhorn, à l’hôtel des voyageurs. (D’après une photographie.)
- câbles sont en fils d’acier à grande résistance; celui mètre, et peut supporter un effort de 25000 kilo-de la section inférieure a 25 millimètres de dia- grammes au moins, dépassant de plus de dix fois
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- celai qu’il fournit en service. Dans la section du haut, où la pente est plus forte, le diamètre est porté à 52 millimètres. Chaque section est desservie par les deux memes voitures, qui s’équilibrent continuellement, Tune montante, l’autre descendante, et les voyageurs sont obligés par suite de changer de voiture pour passer d’une section à la suivante.
- La voie est unique, mais pour assurer le garage automatique au moment des croisements, on a adopté un système analogue à celui de la ligne du Giess-bach, que nous avons décrite précédemment. Chaque voiture porte d’un côté des roues munies de poulies à gorge qui sont guidées nécessairement par le rail dont elles embrassent le champignon, et se dévient avec lui ; les roues du côté opposé portent au contraire des bandages plans qui n’opposent ainsi aucune résistance à la déviation. Chacun des deux rails de la voie unique se prolonge sans solution de continuité du côté extérieur du croisement, et il entraîne ainsi la voiture dont il conduit les roues; il arrive donc nécessairement que la voiture, guidée par le rail montant de droite, par exemple, se dévie toujours de ce côté, soit à la montée, soit à la descente, et de même l’autre voiture, guidée à gauche, se dévie dans des conditions analogues. Le câble est supporté par des petites poulies verticales installées au milieu de la voie,’ comme l’indique la figure 2 ; ces poulies s’inclinent dans une direction convenable pour retenir et guider le câble dans les croisements et les déviations parfois très marquées que présente la ligne.
- Comme freins, MM. Rucher et Durrer, ingénieurs de la ligne, ont adopté un système très ingénieux de coins à surfaces dentées qui viennent serrer les rails et prendre sur eux un point d’appui pour retenir la
- voiture. C’est du reste une disposition qui rappelle à certains égards celle des parachutes des câbles de mines. Ces coins, au nombre de trois par rail, sont articulés sur des charnières de façon à former une mâchoire embrassant le champignon de ce rail, et ils sont entraînés par un arbre portant deux fdets de vis tracés en sens inverse dont la rotation les rapproche ou les éloigne suivant le sens dans lequel elle s’effectue. Cet arbre est actionné par une roue dentée munie elle-même d’un bras de levier à contrepoids maintenu relevé par le câble; celui-ci s’abaisse par l’action de la pesanteur; aussitôt que la tension du câble cesse de s’exercer, il provoque la rotation brusque de l’arbre des freins, par Ten-grènement de la roue dentée, les coins sont ainsi entraînés et viennent presser immédiatement sur le champignon du rail. Ce champignon possède d’ailleurs une section cunéiforme qui a été choisie afin d’assurer l’application complète du sabot des freins sur toute l’étendue de la surface qu’il présente. Le moindre desserrage du câble provoque l’arrêt de la voiture dans un parcours de quelques mètres seulement, malgré la pente vertigineuse qui l’entraîne. L’expérience est souvent répétée dans le contrôle de l’état de la ligne.
- Un second système de freins d’un type analogue est mis à la disposition du conducteur de la voiture, qui peut les commander soit avec la main, soit avec le pied, aussitôt qu’il veut provoquer l’arrêt.
- En outre une ligne télégraphique régnant sur tout le parcours permet à cet agent de se tenir en relation continuelle avec le mécanicien dans la station motrice ; il lui suffit en effet d’établir un contact sur cette ligne au moyen d’une tige métallique dont il est muni à cet effet pour mettre immédiate-
- Fig. 4. — Vue (l’ensemble de la voie du chemin de fer funiculaire de Stanserhorn, gravissant la montagne.
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- ment en marche une sonnette dans la salle des machines et demander l’arrêt. Le mécanicien a devant lui un tableau indicateur avec index mobile entraîné par le mouvement même du câble qui lui indique à chaque instant la position delà voiture sur la voie, et provoque le ralentissement à l’arrivée.
- La durée totale du trajet est de 50 minutes environ depuis Stanssdadt jusqu’au sommet; on compte 15 minutes */â sur la première section située au bas de la montagne, qui a la pente la plus faible et est parcourue à la vitesse la plus élevée; cette durée atteint 18 minutes sur la section moyenne et 21 minutes1/» sur la section du haut, où les pentes sont le plus fortes.
- La première section s’arrête à Kalti, à l’altitude de 714 mètres ; elle présente une pente moyenne relativement faible de 12 pour 100, mais celle-ci s’élève rapidement à 27 pour 100 en approchant de la station de Kalti représentée Figure 2. Cette section se déroule dans le bas de la montagne en traversant une plaine cultivée avec de nombreuses prairies dont la verdure contraste avec l’aspect du pays inculte qu’on rencontre en s’élevant plus haut.
- La seconde section va de Kalti à Blumatt, à l’altitude de 1221 mètres, avec une pente beaucoup plus prononcée, atteignant en certains points 60 pour 100 ; elle traverse d’abord les forêts de sapin, puis continue à s’élever, dans un paysage particulièrement sauvage, à travers une gorge escarpée le long du lit d’un torrent impétueux contre lequel la voie est protégée par des muraillements.
- Plus haut encore, dans la troisième section, qui atteint au sommet de la montagne, la pente se maintient presque continuellement à 60 pour 100 en suivant une région complètement dénudée ; elle traverse un tunnel de 150 mètres et franchit de véritables abîmes sur un viaduc dont la construction sur ces pentes vertigineuses a constitué un véritable tour de force. D’une façon générale, du reste, il a fallu défendre la voie sur une grande partie de son parcours par des muraillements et des haies en fascines étagées sur le flanc de la montagne et destinées à retenir les pierres entraînées. On rencontre d’ailleurs des ouvrages analogues sur les grandes lignes installées dans les diverses vallées, au bas des montagnes qui entourent le lac des Quatre-Cantons, notamment sur celle du Saint-Gothard qui rejoint le lac auprès de la pointe de Fluelen. La longueur des sections est de 1200 à 1300 mètres.
- La ligne arrive directement par un petit tunnel sous l’hôtel, situé lui-même à 50 mètres environ du sommet de la montagne. La figure 5 donne du reste la vue de cette installation, et la figure 4 montre l’ensemble de la voie. Du sommet de la montagne, on jouit d’une vue incomparable : par-dessus le llozberg et le Burgenstock, lesquels, vus de cette hauteur, paraissent de faibles éminences, l’œil se promène librement dans toutes les directions. Au nord on voit les cantons de Lucerne, d’Argovie, de Zurich, et de Zug, jusqu’aux chaînes du Jura et de la Forêt-Noire, dominées par l’Albis, l’Utlibcrg et le
- Hauenstein ; en lace et un peu à l’ouest s’élève le massif du Pilate avec ses pics, le Tomlishorn et l’Esel, à l’ouest le Schwarzberg avec les cimes de l’Oberland Bernois, et dans le fond de la vallée Alpnach, Sarnen, etc. ; au sud-ouest, c’est le chaos des cimes neigeuses et des glaciers de l’Oberland Bernois;, au sud, le groupe des glaciers du Titlis, du Wallenstock, celui du Glernisch à l’est, etc.; et en revenant vers le nord par l’est, tout le groupe des montagnes qui dominent lelac des Quatre-Cantons, les deux Mythen, lallochfluh, etc., jusqu’au Righi.
- C’est là un panorama merveilleux expliquant bien l’attrait qui s’attache à cette belle ascension.
- L. Ru; li':.
- LE MUSÉE DES PORTRAITS
- DE PAUL JOVE
- Une intéressante communication a été faite par M. Müntz à ce sujet, à l’une des dernières séances de Y Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le musée des portraits réuni par l’historien Paul Jove (1485-1552), le Musæum jovianum, était la collection iconographique la plus importante qui eût été formée depuis la chute de l’Empire romain. De bonne heure, la gravure a vulgarisé les peintures qui la composaient et, jusqu’à nos jours, les iconographes y ont puisé à pleines mains. C’est ainsi qu’ils y ont trouvé le seul portrait de Christope Colomb offrant un certain caractère d’authenticité. On comprend l’intérêt qui s’attache à l’histoire de la formation d’un tel ensemble et combien il importe de rechercher quelles sources Jove avait mises à contribution. Ce sont les résultats de ces investigations que M. Müntz communique à l’Académie. En compulsant les écrits mêmes de Jove et en rapprochant les peintures du Musæum jovianum de documents similaires, M. Müntz est arrivé, entre autres, à celte conclusion que la collection s’alimentait principalement par l’exécution de copies peintes d’après les documents les plus divers. Jove faisait parfois tirer une effigie unique de deux ou trois effigies distinctes qu’il avait soin de faire corriger et compléter l’une par l’autre.
- L’UTILISATION DES CHUTES DU NIAGARA
- INSTALLATION ÉLECTRIQUE 1
- Une puissance mécanique de 50000 chevaux produite dans un espace aussi restreint que le Power house décrit dans notre précédent article, ne peut s’utiliser sur place. Il faut qu’elle soit distribuée sur une grande surface, et, pour une bonne partie, transportée à des distances quelquefois considérables pour venir s’offrir sur place aux industries capables d’utiliser cette puissance économiquement. Dans le but d’ouvrir un débouché facile à l’énergie empruntée aux chutes, la Compagnie du Niagara s’est rendue acquéreur d’immenses terrains dans le voisinage de l’usine de force motrice, sur lesquels s’établissent déjà quelques industries qui, par leur nature même, font emploi nuit et jour d’une puissance électrique ou mécanique importante. Il va sans dire que pour transmettre cette puissance et la dis-
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 1171, du 9 novembre 1895, p. 571.
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- tribucr commodément, on a eu recours à l’électricité, après avoir sommairement examiné, pour la forme, les transmissions par câbles télédynamiques, par l’eau sous haute pression et par l’air comprimé. C’est en décembre 1891 que, sur les conseils de MM.Rowland, de Raltimore, Geo Forbes, de Londres, et Sellers, de Philadelphie, un concours fut ouvert pour l’établissement de projets et devis en vue de la transmission électrique de l’énergie autour de l’usine hydraulique et, éventuellement, jusqu’à Rutfalo. A la suite du concours, la préférence fut accordée, sans conteste, au système de distribution par courants alternatifs présenté par la Compagnie Westinghouse.
- Principe du système. — Les dix turbines doivent actionner chacune un alternateur à courants diphasés d’une puissance de 5000 chevaux, monté directement sur l’arbre en tôle, tournant à la vitesse angulaire normale de 250 tours par minute et produisant sur chacun des circuits une différence de potentiel efficace de 2000 volts.
- Ces alternateurs seront couplés en parallèle et mis en circuit en nombre variable à volonté, suivant les besoins. La fréquence, choisie assez basse par des considérations dont le développement ne saurait trouver place ici, a été fixée à 25 périodes par seconde. Pour la distribution de l’énergie dans un rayon inférieur à 5 kilomètres, lé courant est ou sera envoyé directement aux consommateurs par des cables isolés sous plomb, sans aucune transformation. Pour des distances
- supérieures, le courant traverse des transformateurs, placés dans un bâtiment spécial, qui élèvent le potentiel de distribution de 10000 à 25 000 volts, suivant la distance. L’énergie électrique sera transmise à ce potentiel jusqu’aux points d’utilisation par des fds
- aériens ou souterrains, — le choix n’est pas encore fixé. —A l’arrivée, d’autres transformateurs réduiront le potentiel à la valeur exigée par chaque application spéciale.
- Générateurs. — Les alternateurs à courants diphasés, dont trois sont actuellement installés, sont à induit fixe et à inducteur mobile. La hauteur de chaque générateur du socle au niveau du sol du pont de service est de 5m,50. Le socle a 4m,20 de diamètre et la cowonne supportant les
- inducteurs a 5m,50 de diamètre extérieur, ce qui correspond à une vitesse tan-gentielle de 46 mètres par seconde. Chaque générateur pèse 77 tonnes; la partie mobile pèse à elle seule 51 tonnes. Elle comprend 1 ’ a r -bre, la calotte supportant la couronne, la couronne et ses douze inducteurs ; avec leurs bobinages, leurs pièces polaires, et les bagues d’amenée de courant aux inducteurs.
- Les inducteurs sont montés sur une couronne en acier obtenue, par le travail delà presse hydraulique, d’un lingot de 60 tonnes : cette pièce de dimensions inusitées fait le plus grand honneur à la Bethlehem Iron C°, qui l’a fabriquée. Sur cette couronne sont montés, à l’intérieur, les douze pôles inducteurs entourés chacun d’un bobinage formé de barres de
- Fig. 1. — Vue d’ensemble d’une des dynamos de 5000 chevaux de la Power house aux chutes du Niagara (D'après une photographie).
- Fig. 2. — Couronne inductrice mobile de la dynamo de 5000 chevaux.
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- cuivre de section rectangulaire. Le courant d’excitation leur arrive à la partie supérieure par des balais et des bagues collectrices que montrent bien la vue d’ensemble (fig. 1), la coupe transversale et le plan (fig. 4). Tout cet ensemble, dont le poids, en comptant l’arbre, atteint 70 tonnes, a été soigneusement équilibré pendant la construction pour éviter les vibrations dont l'effet serait désastreux à la vitesse angulaire de 250 tours par seconde, correspondant à plus de 46 mètres par seconde pour la couronne des inducteurs. Le graissage de l’arbre est assuré par une circulation d’huile à haute pression, les paliers sont refroidis par une circulation d’eau.
- L’induit fixe est formé, comme tous les induits, de lames de tôle mince superposées (fig. 5) montées sur une base et un noyau en fonte sur les socles; ces tôles sont solidement boulonnées. Ces tôles forment six couronnes séparées par des intervalles réservés dans le but de faciliter le refroidissement. Sur les tôles sont ménagées 187 fentes de section rectangulaire dans lesquelles se logent [les conducteurs en cuivre pur formant les deux circuits induits de l’enroulement. Les jonctions des fils sont solidement boulonnées, puis soudées électriquement, afin de réduire le plus possible la résistance intérieure de la dynamo et, par suite, son échauffement. L’isolement des conducteurs est fait au mica : il a été essayé pour chaque conducteur avec une différence de potentiel de 15000 volts, c’est-à-dire avec un coefficient de sécurité égal à 6, puisque la dynamo ne doit produire au maximum que 2400 volts. Grâce aux dispositions prises pour la
- construction, l’isolement de l'induit fixe est des plus faciles et l’attraction qu’exerce cet induit sur les inducteurs, lorsque ceux-ci sont excités, s’oppose aux effets de la force centrifuge.
- Le courant produit par ces dynamos arrive à un immense tableau de distribution et de réglage qui porte tous les appareils de mesure, de contrôle et de connexion nécessaires pour une installation
- aussi importante, mais sa description sortirait du cadre que nous nous sommes tracé. Ce tableau sert à régler l’excitation des alter-nateurs, à les coupler en parallèle et à mettre en circuit les divers transformateurs qui desservent les abonnés à l'énergie électrique, lorsque ces abonnés sont assez éloignés pour qu’il soit nécessaire d’élever le potentiel pour effectuer le transport. Lorsque les abonnés sont à une faible distance de l’usine, le courant alternatif leur est envoyé directement au potentiel efficace de 2000 volts. Pour les abonnés éloignés, et suivant la distance, le transport sera fait à 10 000, 15 000 et jus-qu’à25000 volts. A l’arrivée chez l’abonné, le potentiel sera de nouveau abaissé à une grandeur plus maniable et appropriée aux applications. Le rendement des transformateurs de grande puissance atteint et dépasse aujourd’hui quatre-vingt-dix-sept pour cent à pleine charge : on peut donc consentir à une double transformation et aux pertes qu’elle entraîne, pertes compensées plusieurs fois par l’économie réalisée sur les conducteurs et sur l’énergie qui s’y dépenserait si le potentiel de transport était plus faible. Le tableau de distribution
- Fig. 3.— Inducteur fixe et couronne inductrice (soulevée) de la dynamo de 5000 chevaux.
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- sert également à mettre en marche ou à arrêter les transformateurs tournants qui servent à l’excitation des dynamos ; ces appareils transforment directement les courants alternatifs diphasés en courant continu.
- Telles sont, dans leurs grandes lignes, les principales dispositions adoptées par les ingénieurs américains pour l’utilisation d’une partie des forces motrices des chutes du Niagara à la production de
- Fig. 4. — Coupe verticale et plan d’une dynamo à courants alternatifs diphasés de 5000 chevaux des chutes du Niagara.
- l’énergie électrique, à son transport et à sa distribution à courte ou à longue distance.
- Trois turbines et deux dynamos sont déjà montées et fonctionnent industriellement depuis le mois de septembre pour fournir de l’énergie électrique à deux clients importants qui fabriquent l’un l’aluminium et l’autre le carborundum ou carborindon. Nous suivrons avec attention le développement de la véritable cité industrielle en voie de création autour des chutes du Niagara par l’utilisation d’une faible partie de sa puissance formidable unique au monde. E. Hospitalier.
- LE CONGRÈS GÉODÉSIQUE INTERNATIONAL
- DE BERLIN
- Le mois dernier s’est réuni à Berlin, dans le nouveau palais du Reichstag, un congrès international officiel de géodésiens représentant dix-sept Etats d’Europe, d’Asie et d’Amérique.
- Les délégués de la France à cette conférence étaient : M\l. II. Faye, vice-président du Bureau des longitudes; Tisserand, directeur de l’Observatoire de Paris ; Bouquet de la Grye, ingénieur hydrographe en chef delà marine, en retraite ; le colonel Bassot, chef de la section de géodésie du service géographique de l’armée, et Ch. Lallemand, directeur du nivellement général de la France.
- Le Congrès a été salué, au nom du gouvernement prussien, par le docteur Bosse, ministre de l’Instruction publique. Après avoir rappelé que l’Association géodésique internationale a été fondée par le général prussien Baeyer, il a sommairement retracé l’histoire des progrès réalisés dans les différents domaines de la géodésie pendant les dix dernières années, sous l’heureuse influence de l’Association.
- Dans sa réponse au ministre, M. Faye, président de l’Association, a fait ressortir avec à-propos que si l’Allemagne a beaucoup fait pour la géodésie depuis cinquante ans, la France s’honore de lui avoir donné le jour au siècle dernier.
- Ensuite, M. Foerster, directeur de l’Observatoire de Berlin, président du Congrès, a fait l’historique de la récente découverte de la variation des latitudes.
- Dès 1883, M. Fergola, directeur de l’Observatoire de Naples, avait proposé d’organiser d’une manière permanente, dans quelques observatoires uniformément répartis autour de la terre et situés à peu près à la même latitude, des observations conjuguées, destinées à mettre en évidence les petits mouvements possibles de l’axe terrestre. Les premiers indices de ces mouvements, constatés par M. Küstner, à l’Observatoire de Berlin, furent signalés à la conférence tenue en 1888, à Salzburg, par l’Association géodésique internationale. Celle-ci, s’emparant de la question, faisait installer, deux ans après, une station astronomique d’observations à Honolulu (îles Sandwich) pour contrôler les résulta!s trouvés en Europe. Le succès de cette tentative a conduit la commission permanente de l’Association à proposer maintenant de réaliser le programme de M. Fergola. Cette réalisation se trouverait grandement facilitée par la récente construction d’une lunette photographique spéciale, dont les premiers résultats ont paru très satisfaisants.
- Nous nous bornerons à citer quelques-unes des principales communications scientifiques faites au Congrès. M. de Kalmar, délégué de l’Autriche, et rapporteur pour les nivellements de précision, a signalé ce fait que, dans ces trois dernières années, la longueur totale de ces nivellements en Europe s’est accrue de 20 000 kilomètres, et dépasse aujourd’hui 120 000 kilomètres. Le colonel Bassot a fait connaître que trois bases géodésiques viennent d’être mesurées en Roumanie, avec les appareils du service géographique et avec le concours d’officiers français. Une autre base doit être mesurée prochainement en Turquie, dans les mêmes conditions. M. Bouquet de la Grye a annoncé que le Bureau des longitudes vient d’entreprendre, avec le concours d’officiers de la marine française, l’exécution d’une nouvelle carte magnétique du globe. M. Lallemand a signalé, dans les principaux réseaux de nivellements de précision de l’Europe, l’existence
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- d'erreurs systématiques de cause encore inconnue, dont la valeur probable, de beaucoup supérieure dans l’ensemble à celle des erreurs accidentelles, seules envisagées jusqu’alors, est comprise entre 0*m,l et 0m“,2 par kilomètre pour les réseaux français, espagnol et prussien. D’après cela, c’est surtout la diminution des erreurs systématiques que devraient viser les recherches et les efforts des géodésiens chargés d’exécuter de grands nivellements.
- D’après des constatations faites en Autriche par le colonel von Sterneck et confirmées par d’autres observateurs, l’intensité de la pesanteur présenterait une légère oscillation journalière. Suivant une communication du capitaine de vaisseau Von Kalmar, les officiers de la marine autrichienne ont déterminé l’intensité de la pesanteur en 59 stations situées dans les différentes mers du globe. Le professeur Vogler de Berlin a présenté un niveau de précision construit sur le principe du catliétomètre, et des mires entièrement métalliques formées de deux tiges d’acier accouplées avec une tige de zinc et noyées dans une enveloppe en aluminium. Ces nouvelles dispositions auraient permis à l’inventeur de réduire notablement les erreurs accidentelles du nivellement ; mais il est douteux qu’il en soit de même pour les erreurs systématiques.
- La tâche principale et aussi la plus laborieuse du Congrès, a consisté dans la rédaction d’une nouvelle convention diplomatique, à substituer à celle qui régit, depuis 1886, l’existence de l’Association et qui expire l’année prochaine. A ce propos, d’importantes modifications ont été introduites dans le futur fonctionnement de l’Association.
- Son budget sera porté de 20 000 à 75 000 francs, en vue de la création et de l’entretien de stations internationales d’observations géodésiques ou astronomiques.
- L’Allemagne, dans la nouvelle organisation, interviendra comme un État unique, disposant d’une seule voix, alors que, jusqu’ici, chacun des États qui la composent avait une représentation et une voix distinctes, ce qui assurait à nos voisins, en cas de vote, une influence prépondérante. L’ancienne commission permanente qui se réunissait chaque année doit disparaître. Les conférences générales seules sont maintenues, elles auront lieu tous les trois ans, comme par le passé. Dans ces réunions, des commissions spéciales seront créées pour chacune des branches d’études de l’Association.
- M. Faye a été réélu, à l’unanimité, comme président de la nouvelle Association, avec le général Ferrero, ambassadeur d’Italie à Londres, comme vice-président, et le docteur Hirsch, directeur de l’Observatoire de Neuchâtel (Suisse), comme secrétaire.
- MESURE PRÉCISE DES LONGUEURS D’ONDES
- EXPÉRIENCES DE M. A. MICHELSON1
- Nous avons indiqué, dans un premier article, le principe de l’ingénieuse méthode imaginée par M. Michelson pour la comparaison des longueurs d’ondes lumineuses avec une longueur quelconque définie par un étalon. Il nous reste encore à décrire quelques organes de son appareil et à rendre compte des résultats auxquels il est parvenu.
- La figure 1, dans son numéro 1 (en cartouche), montre le mode d’attache du miroir, par le moyen
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 1173, du 23 novembre 1895,
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- d’un petit ressort qui le presse doucement contre trois hutées. Le numéro 2 de la figure 1 représente l’étalon de 10 centimètres sur son support ; il se distingue des autres en ce qu’il porte un bouton B muni d’un trait pour la comparaison avec le mètre étalon. On voit que l’un des miroirs R porte des organes de réglage qui permettent de le mettre exactement parallèle au premier; de plus, l’étalon lui-mème peut éprouver des déplacements très petits à l’aide d’une pièce, dont un bras est passé sous l’une de ses extrémités, tandis que les deux autres bras s’appuient sur des vis à pas très fin, gouvernées par des engrenages. Le plan de référence est porté sur une pièce analogue, et est susceptible des mêmes réglages. Dans le déplacement longitudinal de l’étalon ou du plan de référence, déplacement qui se fait au moyen des vis VV (fig. 2), les roues d’engrenage glissent le long des tringles cannelées (représentées en coupe sur la figure1), avec lesquelles elles sont toujours en prise. Les extrémités de ces tringles émergent à la partie antérieure de l’appareil, où l’observateur peut les gouverner à son gré.
- Un mot encore sur les organes de réglage. Les engrenages qui servent à faire mouvoir, par l’intermédiaire des petites vis de poussée, les étalons et le plan de référence, paraîtront, aux personnes habituées aux pièces de mécanique, des plus défectueux; leurs dents sont beaucoup trop grêles par rapport à leur longueur et aux vides qu’elles comprennent. Cette bizarrerie de construction a un but bien précis. Tous ceux qui ont travaillé avec des instruments de physique savent combien il est désagréable souvent de laisser en prise les organes de réglage ; toutes les pièces de commande d’un appareil éprouvent de légères flexions, et restent un peu en arrière de leur position d’équilibre. Les petites secousses que l’instrument éprouve forcément contribuent à faire disparaître les efforts, à supprimer les flexions, et... à dérégler l’appareil. M. Michelson a cherché à éviter cet inconvénient qui aurait rendu à peu près impossibles ses expériences si délicates, et c’est pour permettre de déclencher toutes les pièces de commande qu’il a donné un jeu tout à fait inusité à tous les organes de réglage. Les vis YV (fig. 2), qui servent au mouvement en avant de toutes les pièces, ont aussi le même jeu entre l’écrou et le support, de telle sorte que celui-ci, une fois abandonné sur la coulisse dans laquelle il glisse, s’y trouve en repos, sans aucune force qui l’attire en avant ou en arrière. Dans des mouvements qui changeraient du tout au tout le phénomène pour un déplacement d’un tiers de micron, il est nécessaire de pouvoir, avancer avec une vitesse extrêmement faible; aussi, dans le réglage des plans N ou Q, on ne commande pas directement les vis Y Y ; elles sont actionnées par une autre vis sur la disposition de laquelle nous n’insisterons pas, nous bornant à dire que son action est celle d’une vis tangente.
- 1 Pour la perspective de l’appareil, voir notre premier article.
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- LÀ NATURE.
- Il est extrêmement important que toutes les pièces mobiles de l’appareil, étalons et plan de référence, se déplacent parallèlement à elles-mêmes ; en effet, il faut que, dans les positions successives de ces organes, le phénomène se retrouve toujours le même, c’est-à-dire que tous les miroirs aient exactement la même direction respective. On peut arriver à ce résultat par les réglages dont l’appareil est muni ; mais, pour qu’on puisse utiliser ces derniers, il est nécessaire que les pièces arrivent d’elles-mêmes tout près de la direction qu’elles devront avoir pour la mesure ; autrement, il peut y avoir ambiguïté dans l’estimation du nombre de franges.
- La permanence de la direction doit être maintenue automatiquement à une fraction de seconde d’arc. Dans ce but, le support du plan de référence et celui des étalons s’appuient par les plans A et B (fig. 1) sur deux glissières, une horizontale, l’autre verticale; leur propre poids les maintient sur la première, tandis qu’ils sont poussés contre la seconde par un plan incliné correspondant à un pan coupé du support. Les deux lissiôres doivent rectilignes, avec une perfection beaucoup plus grande que la meilleure construction ne permet de l’obtenir directement. Le dressage de la coulisse est, parmi les travaux préliminaires de réglage de l’appareil, le plus long et le plus fastidieux. M. Mi-chelson y est parvenu, après un travail d’un mois, par un rodage progressif de toutes les surfaces de contact, le travail étant soumis à un contrôle optique permanent.
- Observations. -— L’appareil étant ainsi monté et réglé, on a procédé à la détermination des étalons successifs; les observations, faites par M. Michel son, ont été répétées, pour la plupart, à titre de contrôle, par M. J.-René Benoit, directeur du Bureau international des poids et mesures; la détermination de la longueur de l’étalon métrique attaché à l’appareil a seule été faite par M. Benoît avec notre collaboration.
- La première opération consiste, comme nous l’avons dit, dans la détermination de la valeur en longueurs d’onde de l’étalon le plus court.
- Le nombre entier de franges comptées par les deux observateurs fut trouvé égal à 1212; la frac-
- être
- Fig. 1. — Étalon île 10 centimètres sur 1. Mode d’attache des miroirs R. — IN° 2
- tion fut ensuite mesurée avec le plus grand soin par le déplacement de la glace compensatrice ; on trouva ainsi, pour les trois radiations principales du cadmium, les résultats suivants :
- Nombre de franges dans l’étalon I.
- Obs. : M. Michelson. M. Benoît. Moyenne.
- Rouge. 1212,37 1212,54 1212,55
- Vert. a:+ 0,79 a:+ 0,79 a:+ 0,79
- Bleu. y + 0,18 y + 0,16 y+ 0,17
- Les mesures sur la radiation violette durent être abandonnées au cours du travail, en raison du défaut de finesse de la raie de cette couleur; nous n’en parlerons pas.
- 11 s’agit maintenant de savoir avec certitude si le compte des franges est exact, si, par exemple, on n’en a pas laissé passer une, ou si la fatigue de l’observateur ne l’a pas conduit à voir double une de ces raies fugitives qui passent dans le champ de
- sa vision. C’est ici qu’intervient le contrôle des trois couleurs, dont nous allons montrer le méca-nisme en nous servant des nombres mêmes de l’expérience.
- Des mesures préliminaires, faites avec un réseau, avaient donné des valeurs déjà très approchées des longueurs d’onde mesurées dans les mêmes conditions de pression et de température. Les rapports entre ces longueurs doivent être les inverses des nombres d’ondes comprises dans l’intervalle des deux miroirs constituant l’étalon. Or supposons que l’on ait quelque doute sur le nombre entier des franges comprises dans le premier étalon ; on pourra, en ajoutant une, deux, trois unités au nombre entier trouvé pour les franges rouges, ou bien en en retranchant de même un certain nombre, calculer les nombres dans les autres couleurs. Les longueurs d’onde les mieux déterminées avant les expériences de M. Michelson avaient donné respectivement 0,64389, O1*,50863, Oi*,48000.
- Nous donnons, ci-après, un exemple de ce calcul, fait en supposant une erreur d’une frange en plus ou en moins.
- Radiations. Rapports. Nombres de franges supposés.
- Rouge. 1 1211,55 1212,35 1213,35
- Verte. 1,265 96 1533,53 1534,75 1536,05
- Bleue. 1,34144 1624,87 1626,29 1627,55
- On voit que le nombre 1212 satisfait mieux que
- son support-chariot.
- . Ensemble de l’appareil.
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- les autres l’ensemble des observations; il est inadmissible, en effet, que celles-ci comportent des erreurs d’un tiers de frange, comme les autres nombres entiers hypothétiques conduiraient à le supposer.
- Avec le nombre entier exact, les erreurs se réduisent à 0,12 frange au maximum. Nous anticiperons sur le résultat final du travail, en disant que, en se servant, pour le contrôle, des nombres définitifs, et non plus des résultats des mesures avec les réseaux, les écarts n’auraient été que de 0,04 frange.
- Ces premières expériences donnent donc une valeur assez correcte des rapports des longueurs d’onde pour qu’on puisse s’en servir au contrôle des étalons de plus grande longueur.
- « On ne saurait trop insister, dit M. Michel-son dans son Mémoire, sur l’importance et la haute valeur de ce contrôle; car il se retrouve à chaque nouvelle étape du travail, et il est également applicable à tous les étalons intermédiaires, y compris le dernier. Sa sûreté est telle qu’il pourrait servir à retrouver directement, sans autre opération, le nombre entier cherché à chaque fois ; et les comparaisons des étalons entre eux, avec l’emploi de la lumière blanche, peuvent être considérées comme destinées simplement à faciliter le choix du nombre entier qui seul peut, dans chaque cas, établir la concordance entre les nombres fractionnaires observés, et calculés. »
- Nous n’insisterons pas sur les nombreux détails des déterminations que comprenait le travail entier de comparaisons successives des étalons entre eux, en doublant chaque fois la longueur mesurée, jusqu’au neuvième, de 10 centimètres de longueur, qui fut comparé directement au mètre, par dix déplacements successifs ; chaque arrêt était fixé par un procédé optique ayant la même précision que toutes les autres comparaisons. Aux extrémités seulement, intervient le microscope micrométrique, permettant, du reste, d’obtenir une précision égale à celle de toutes les comparaisons des règles dans les comparateurs.
- Le résultat final du travail est celui-ci : le mètre contient les nombres suivants de longueurs d’ondes des trois radiations du cadmium, mesurées dans
- l’air, sous la pression de 760 millimètres de mercure, et à la température de 15° de l’échelle des thermomètres en verre dur.
- Radiations rouges. 1 553 165,5
- — vertes. 1 966 249,7
- — bleues. 2 083 572,1
- et, inversement, les longueurs d’onde de ces trois radiations, dans les mêmes conditions de température et de pression, sont :
- Radiations rouges. 0'1,645 84722
- — vertes. 0,508 582 40
- — bleues. 0>‘,479 99107
- Conclusions. — Les mesures dont nous venons
- de rendre compte, en reliant l’unité fondamentale du système métrique à un étalon naturel, probablement le plus invariable qui existe, ont consolidé encore les bases de ce système, qui pourrait être reconstitué en entier, avec une grande exactitude, si, dans la suite des temps, les étalons qui le représentent venaient à être détruits ou simplement endommagés.
- Mais ce n’est pas tout; les relations numériques trouvées peuvent servir dès aujourd’hui, et dans certains cas, avec plus de commodité que les étalons eux-mêmes, à fixer d’autres valeurs numériques. Ces trois jalons posés en divers endroits du spectre serviront d'abord à rectifier toutes les valeurs des autres raies, mesurées avec des réseaux, avec beaucoup de soin sans doute, mais par une méthode qui n’est pas susceptible de la même précision. Généralisant cette idée, on verra que le meilleur procédé de détermination des constantes d’un réseau est précisément de s’en servir pour mesurer les trois radiations du cadmium;on obtiendra, de cette manière, un coefficient numérique caractéristique de l’instrument, et en fonction duquel toutes les autres longueurs d’onde seront exprimées.
- Puis, les radiations interviennent de plus en plus dans les mesures où leur valeur figure tout entière. Ainsi, M. Macé de Lépinay, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, a indiqué, il y a quelques années, un procédé de mesure de petites épaisseurs fondé sur un phénomène d’interférence, qui donne directement la valeur cherchée en fonction de la longueur d’onde des radialions employées. Il est des
- Fig. 2. — Appareil de M. Michelson, vu en bout. (L’étalon de 10 centimètres est en place pour la comparaison avec le mètre.)
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- cas où l'incertitude de leur valeur était déjà trop grande comparée aux autres éléments de la mesure ; les rôles sont inversés aujourd’hui, et l’on peut affirmer que la précision avec laquelle ces étalons naturels sont connus suffira pendant longtemps à toutes les mesures dans lesquelles ils interviennent. En ce moment, M. Macé de Lépinay poursuit son travail, en déterminant, par un procédé analogue, les éléments d’où l’on peut déduire la masse du décimètre cube d’eau.
- Nous avons vu que le déplacement d'un des étalons sur lesquels repose la mesure peut être déterminé avec une extrême précision ; leur valeur en longueurs d’onde et en fonction du mètre est aussi une quantité aisément mesurable; la comparaison des étalons entre eux, nécessaire une première fois pour la détermination des valeurs des longueurs d’onde, ne l’est plus aujourd’hui, et, par les procédés que nous avons indiqués, on pourra déterminer, avec la plus grande facilité, le nombre entier de franges contenues dans un étalon quelconque, par exemple 1 centimètre ou 1 millimètre; cette considération a conduit M. Benoît à construire, de toutes pièces, des témoins du centimètre et du millimètre fondés sur les longueurs d’onde. La technique du procédé est simple; une échelle tracée sur métal est placée sur un étalon Michelson de longueur convenable, par exemple 1 centimètre; on établit la coïncidence du plan antérieur avec le plan de référence, en même temps que l’on vise le premier trait de la division ; puis on amène le second miroir de l’étalon dans le même plan optique que ce plan de référence, et l’on vise le second trait de l’échelle; le micromètre étant connu, on aura finalement la distance des traits mesurés en fonction de la distance des miroirs; celle-ci ayant été déterminée en longueurs d’onde, la longueur de l’échelle sera connue. Nous avons donné ces exemples pour marquer en passant quelques-unes des applications auxquelles a déjà donné lieu un travail à peine terminé et dont l'importance ne fera que grandir.
- Une seule condition est à la hase de tout l’édifice : la permanence des propriétés de l’éther ; c’est là un des articles de foi de la physique moderne.
- Ch.-Ed. Guillaume.
- CHRONIQUE
- Nouvelles de l'expédition aéronautique Andrée au pôle Nord. — Après avoir assisté au Congrès de géographie de Londres, au mois de juillet dernier, et donné une conférence à la Société des Ballons de cette ville, M. Andrée est revenu à Stockholm afin de s’occuper de la rédaction définitive de ses plans, du choix des étoffes et du constructeur. Il a reçu des échantillons et des propositions de plusieurs maisons françaises et d’une maison allemande. Ses expériences ont porté sur l’imperméabilité et sur la résistance expérimentées toutes deux avec des appareils de son invention. Scs calculs l’ont conduit à supprimer le ballonnet intérieur et à pour-
- voir la partie supérieure de son aérostat d’une chemise lisse pour éviter que la neige ne s’accumule dans les mailles du filet. Il a reconnu qu’un ballon de 4500 mètres cubes lui suffirait. Il a modifié la disposition adoptée pour la voilure, ainsi que le montre la disposition des guide-ropes destinés à diminuer la vitesse de translation de l’aérostat et à permettre une déviation de la ligne du vent. On nous apprend qu’il a mis au concours la construction du hangar dans lequel doit être gonflé son aérostat de 20m,50 de diamètre, et qui doit être construit assez solidement pour résister à un vent de 25 mètres, maximum de vélocité des tempêtes observées au Spitz-berg. Les mémoires doivent être adressés à M. Andrée, ingénieur en chef, Stockholm (Suède), avant le 16 décembre prochain. Ils peuvent être rédigés en français. Les résultats des explorations polaires qui sont revenues du pôle depuis le Congrès de géographie ont donné un démenti aux espérances exprimées par les adversaires de l’expédition Andrée. M. Jackson n’a pu aller plus loin que le nord de l’archipel François-Joseph, dont l’étendue avait été beaucoup exagérée. On n’a point reçu de nouvelles de l’expédition Nansen. D’un autre côté, le lieutenant Pearv a aperçu dans le nord-est, du haut des montagnes du Groenland, les terres lointaines que M. Andrée s’efforcera d’atteindre. Ce sont, évidemment, les hauts sommets de la terre encore inconnue ou de l’archipel dont le pôle fait partie.
- Communication téléphonique entre les trains et les stations. — La. Compagnie du Wellington and Manawaler Raihvay, dans la Nouvelle-Galles du Sud, a établi le système suivant. Un fil téléphonique court tout du long de la ligne et communique avec un poste à chaque station. Le fourgon du conducteur de chaque train est muni d’un poste auquel est attachée une bobine de fil terminée à son extrémité par une agrafe en fer. Si un train est forcé de s’arrêter entre deux stations, le conducteur accroche l’agrafe au fil et sonne, les roues et les rails servant de retour; son appel est entendu à toutes les stations, qui peuvent communiquer avec lui.
- Reproduction du poisson rouge dans un petit aquarium. — La Revue des sciences naturelles appliquées a emprunté au recueil Science Gossip la Note suivante, signée P. Ililton : t( Depuis environ trente ans, je possède un tout petit aquarium mesurant 55 centimètres de long sur 38 de large. L’année dernière, je l’avais rempli de plantes qui s’y développaient à merveille, des Vallisneria spiralis, entre autres. J’y avais mis, en outre, deux poissons rouges et quelques Planor-bis corneus. En juillet, je constatai, dans l’aquarium, la présence de quelques jeunes cyprins; j’en fus très surpris, car, jusqu’alors, aucun fait semblable ne s’était offert à mon observation. Les alevins se développèrent, mais quelques-uns croissaient lentement, tandis que d’autres grossissaient rapidement, au point que le plus fort atteignait un volume égal à plusieurs fois celui du plus petit. Les poissons les plus faibles disparurent peu à peu et j’en conclus qu’ils avaient été dévorés par leurs frères. Au bout d’un certain temps, en effet, il ne restait plus qu’un seul poisson, mais celui-là d’assez belle taille. En 1894, j’exerçai une surveillance plus attentive et voici ce que j’observai : le 12 août, le poisson se montra très excité, nageant vigoureusement et se frottant contre les parois de l’aquarium. Le 13, au matin, je vis, fixés à celles-ci ou collés sur les plantes, un certain nombre d’œufs de la grosseur d’un grain de sagou fin. Dans le but
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- d’augmenter les chances d’éclosion, je changeai les œufs de milieu, je donnai quelques-unes des feuilles qui en étaient recouvertes à un de mes frères, possesseur d’un bassin dépourvu de poissons, mais contenant des plantes et des mollusques. J’en confiai en même temps d’autres à un ami qui les plaça dans un bocal à large orifice dans lequel se trouvaient aussi des plintcs et des mollusques. Enfin, je gardai le reste dans un va c rempli d’eau pure. C’est là que le 17 septembre se produisit une première éclosion, tandis que chez mon frère et chez mon ami les œufs disparurent sans qu’on eût aperçu aucun poisson. Ils avaient sans doute été la proie de* mollusques1. »
- Cônes tronqués de glace sur le lac de Neuchâtel. — M. Ch. Dufour, professeuràMorges, a signalé, à l’une des séances de la Société Vaudoise, le fait qu’au mois de février 1895, le lac de Neuchâtel a gelé sur une assez grande étendue entre Grandson et Yverdon. Sur cette glace, il s’est formé des cônes tronqués hauts de deux mètres à peu près dans lesquels il y avait une grande excavation tout à fait pareille à un cratère de volcan. Pour plusieurs d’entre eux, une personne qui y serait entrée aurait eu beaucoup de peine à en sortir sans un secours étranger. Ce qu’il y a de curieux, c’est que de pareils cônes de glace ont déjà été observés dans des circonstances analogues. Ainsi, dans l’intéressant Mémoire qu'il a publié dans le numéro d’avril 1895 des Archives des Sciences naturelles de Genève, sur quelques particularités de l’hiver 1894-1895, M. Kammerman dit : « D’après de Luc, pendant le rude hiver de 1788 à 1789, à la fin de décembre, par une forte bise, le lac a gelé à Genève; et sur le bord de la couche glacée il y avait une série de cônes creux et tronqués qui représentaient des cratères de volcan. » Puis un habitant de l’Allemagne du Nord qui passait à Grandson au mois de février dernier a dit que, dans le nord, l’on observait fréquemment des cônes de glace pareils avec ces excavations intérieures, quand la mer et les lacs gelaient alors qu’il faisait un vent violent.
- Le I*hoto-Vélo-Club, avec le concours de la Chambre syndicale de la photographie et du journal quotidien V Éclair, organise comme l’an dernier, au prochain Salon du Cycle, une importante section photographique qui comportera plusieurs grands salons au l8' étage du Palais de l’Industrie. Cette exposition, qui aura lieu du 12 au 20 décembre 1895, promet d’être des plus intéressantes, en raison des fêtes, concerts, conférences, projections, etc., qui y seront donnés. Nous croyons devoir signaler cette exposition à nos lecteurs que cette question photographique pourrait intéresser; ils peuvent envoyer leur adhésion au siège du Photo-Vélo-Club, 21, boulevard Saint-Germain, où sont concentrées toutes les admissions, renseignements, en un mot tout ce qui concerne la section photographique au Salon du Cycle.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 novembre 1895. — Présidence de M. Mare y.
- Préparation dusiliciure de manganèse. —M. Vigou-roux a préparé le siliciure de manganèse en fondant au four électrique un mélange de silicium et de manganèse métallique. Ce composé prend feu à la température du
- 1 Les observations qui précèdent ne présentent pas toujours une complète rigueur scientifique, mais n’én offrent pas moins un réel intérêt.
- rouge sombre ; la vapeur d’eau le détruit à haute température.
- La tache de Mars. — M. Flammarion a effectué un grand nombre d’observations de la planète Mars ; il a constaté, le 15 juin 1894, que la tache polaire avait une largeur de 3000 kilomètres. Le 12 juillet suivant, cette largeur était réduite à 1800 kilomètres, et tombait à 660 le 27 et à 300 le 1" novembre. Ces résultats coïncident avec ceux que fournissent les observations de l’observatoire Lick (Amérique), observations qui ont été effectuées à l’aide d’un grand instrument de 0ra,91 d’ouverture. En novembre, la tache était imperceptible; l’auteur affirme que cette tache est due à des glaces polaires et que la disparition est une conséquence de la période estivale.
- Élection. — M. Lannelongue est élu membre de la section de médecine et chirurgie en remplacement de M. Verneuil, par 36 voix, contre 22 données à M. le professeur Ollier de Lyon et 1 à M. Lucas-Championnière.
- Varia. — M. Gaudry présente l’annuaire géologique universel pour 1895. Ce volume contient l’analyse sommaire de 2850 livres, mémoires ou notes, relatifs à la paléontologie ou à la géologie ; il est dû à la collaboration de vingt savants. — M. Maurice François a étudié Faction du phénol sur l’iodure mercureux. — M. Marey communique, au nom de M. le Dr Garnot, un nouveau procédé opératoire qui a permis de rendre l’ouïe à certains sourds. Ch. de Yilledeuil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA DALLE-PARACHUTE
- Le nouveau jeu de balle que nous allons décrire ici paraît avoir un grand attrait pour les enfants, pour qui il constitue un excellent exercice. 11 a obtenu tout de suite une vogue considérable parmi les élèves des lycées, où l’inventeur, en qualité de maître de gymnastique, s’occupe des jeux des élèves ; c’est pourquoi nous voulons faire connaître ce jouet au grand public des enfants, qui l’accueilleront certainement avec le même empressement que nos jeunes lycéens.
- La balle, qui diffère des balles ordinaires, comme nous le verrons tout à l’heure, se lance en l’air à l’aide d’une ficelle qui y est fixée et que l’on fait tourner rapidement à la main par une sorte de mouvement de fronde. On doit chercher à la lancer le plus haut possible. Aussi doit-on l’abandonner à elle-même, au moment où elle se trouve dans la verticale. On utilise ainsi la force centrifuge et c’est sous l’action de cette force que la balle peut monter à une grande hauteur.
- La balle est disposée de façon qu’à un certain moment de son ascension, elle se transforme d’elle-même : elle vient à présenter à l’air une surface considérable, en devenant un véritable petit parachute. Ainsi l’appareil fonctionne comme balle pendant son ascension, qui est très rapide, comme parachute, pendant sa descente, qui est très lente : de là le nom de balle-parachute que son auteur lui a donné.
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- LA NATURE.
- L’appareil montre d’ailleurs d’une façon nette le rôle de la résistance de l’air au mouvement des corps; il grave dans l’esprit des enfants ce fait que la résistance que l’air oppose au déplacement des corps mobiles varie avec la surface que ceux-ci lui offrent. L’intérêt que présente à ce point de vue la balle-parachute résulte de ce que la transformation de la balle, c’est-à-dire d’un corps à petite surface, en un parachute de grande surface, se fait spontanément, au milieu de l’air : on peut alors comparer l’effet de la résistance de l’air sur un même corps, soit qu’il présente une petite surface extérieure, soit qu’il en présente une grande. Le jouet constitue alors un véritable appareil de démonstration scientifique et c’est surtout à ce titre qu’il nous a paru intéressant de le signaler ici.
- Le jouet, d’une très grande simplicité, se compose d’une sorte de foulard en soie, très léger, dont les quatre coins sont reliés aux quatre branches d’une étoile en caoutchouc.
- On plie le foulard bien serré et on l’emprisonne entre les quatre branches de l’étoile, dont on relève les bords, de façon à constituer une sorte de balle. A l’une des branches de l’étoile, se trouve fixé un petit cordon élastique, que l’on fait passer en dessous d’un petit arrêt en caoutchouc que porte chaque branche de l’étoile à son extrémité. Ce sont ces petits arrêts qui sont marqués 2, o, 4 (fig. o). L’élastique, partant de 4, passe sous 1, 2, o, 4, est ramené en 5 dans une rainure que présente le premier arrêt, et de là on l’introduit sous un crochet 6, qui le serre. Le jouet peut alors fonctionner comme une balle, dont il a d’ailleurs l’aspect (fig. 1).
- L’élastique, engagé sous le crochet 6, n’y est pas enserré à demeure ; peu à peu, il se détend et, au bout d’un certain temps, il en sort; à ce moment, l’étoile, en vertu de son élasticité, revient à sa forme primitive et le foulard de soie développe sa surface à l’air. Si ceci se produit au milieu de l’atmosphère, l’appareil prend l’aspect d’un petit aérostat, qui tombe lentement (fig. 2). Dans ces conditions, l’enfant peut suivre des yeux son jouet et se trouver à l’endroit de sa chute.
- 11 est facile de comprendre quelles sont les meilleures conditions possibles du fonctionnement de la
- balle-parachute. Le jouet doit fonctionner comme balle tant qu’il est capable de monter, par conséquent pendant toute la durée de l’ascension le petit élastique doit se détendre et ne sortir de l’agrafe que quand il est arrivé au point culminant de son ascension; ce n’est qu’à ce moment que le jouet doit fonctionner comme parachute. L’habileté du joueur consiste à saisir le moment précis où il convient de lancer la balle, pour en obtenir l’effet maximum. Si on la lance trop tôt, l’appareil redescend en partie comme balle et ne fonctionne que peu ou pas du tout comme parachute. Si on la lance trop tard, la balle se développe en parachute tout de suite et, dans ces conditions, elle n’atteint pas une grande hauteur. Avec un peu d’habitude, l’on arrive à lancer la balle à une hauteur de vingt, trente mètres. Parfois même, avec une forte impulsion initiale, l’appareil peut s’élever encore plus
- haut. Le jouet devient, dans ces conditions, intéressant non seulement pour les jeunes enfants, mais même pour les jeunes gens plus âgés.
- La balle-parachute constitue un jouet très léger, par conséquent inoffensif: si elle atteint une personne, elle ne peut produire qu’un effet insignifiant, soit au départ, soit à l’arrivée. Le fonctionnement de l’appareil est très simple; il met en jeu l’adresse de l’enfant, sans cependant présenter des difficultés de maniement assez grandes pour rebuter un joueur maladroit. On arrive vite à des résultats satisfaisants. Au moment où la question des ballons et l’étude des phénomènes aériens est à l’ordre du jour, il est naturel de chercher à faire observer aux enfants les phénomènes de l’atmosphère, considérée comme véhicule futur de l’homme, à l’aide de jouets tels que celui que nous venons de décrire, où l’enfant peut comprendre de visu le fonctionnement du parachute. Peut-être, par ce moyen, pourrons-nous développer parmi les jeunes générations fe goût de l’aéronautique! La balle-parachute est le début d’une série de jouets dont nous souhaitons avoir bientôt à entretenir nos lecteurs.
- Eugène Hoffmann.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Fig. 1, 2 et 3. — La balle-parachute. — Fig. 1. Aspect de la balle au moment où on la lance. — Fig. 2. Aspect du parachute quand le jouet descend.— Fig. 3. Étoile de la balle-parachute.
- Paris. — Imprimerie Laiiche, rue de Flcurus, 9.
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- LA NATURE
- VINGT-TROISIÈME ANNÉE - 1895
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abattoirs (Les sous-produits des), 263.
- Abeille (Le poids d’une), 382.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), 15, 31, 47, 62, 79, 94, 111, 126, 143, 159, 174, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 302, 319,335, 350, 367, 382, 399, 415, 431.
- Accident du mont Blanc (L’), 337.
- Accidents électriques (Les), 382.
- Accumulateurs en télégraphie (Les), 142.
- Acier au nickel d’après M. Wiggin (L’), 379.
- Acier par la force centrifuge (Epuration de 1’), 286.
- Aciérage du zinc au trempé, 204.
- .Egir, cuirassé allemand (Lancement de 1’), 283.
- Air et de l'oxygène liquides (Fabrication industrielle de T), 399.
- Alcool artificiel (L’), 33.
- Alcool dans le sang (Introduction de T),
- 16.
- Alliages de cuivre et de zinc (Propriétés des), 319.
- Allumettes à pâte explosive (Les), 207.
- Alpes (A travers les). Les dus du Verdun. Le mont Yiso, 156.
- Aluminium (Soudure de T), 53, 152.
- Aluminium en lithographie (Emploi de 1’), 94.
- Appareils de mesure éleclriquc (Nouveaux), 27.
- Aqueducs (Les travaux des), 558.
- Arbre foudroyé, 384.
- Arbres extraordinaires (Les). Le chêne des Partisans (Vosges). Les cyprès de Schio près de Yicence (Vénétie), 125, 288.
- Argens (La perte de 1’), 301.
- Argon (Dosage de T), 536.
- Argon (Nouvelle combinaison de 1’), 62.
- Argon dans l’azote atmosphérique (L’), 367.
- Argon et l’hélium dans les eaux minérales (L’), 239.
- Arsenic dans l’acier (L’), 151.
- Artistes préhistoriques (Les), 305.
- Art sino-japonais (Les attitudes de repos dans 1’), 105.
- Ascenseurs électriques (Les), 243.
- Ascension d’un nouveau pic, 222.
- Association amicale des anciens élèves de l’École de physique et de chimie, 598.
- Association française pour l’avancement des sciences à Bordeaux (L’), 190, 207.
- Astronomie des anciens Égyptiens, 282.
- Athérure africain (L’), 385.
- Avalanche de l’ARcls (Suisse), 555.
- Avalanches estivales de neige dans le Colorado (juillet 1895), 260.
- Aventurier africain (Un). Le marchand d’ivoire Stokes, 315.
- B
- Bactéries dénitrifiantes du fumier (Les), 91.
- Badiane au Tonkin (La), 418.
- Badigeons (Nouveaux), 205.
- Bague taillée dans du diamant (Une), 10.
- Balle-parachute, 432.
- Ballon crevé en l’air (Catastrophe d’un), 270.
- Bandage pour bicyclettes (Nouveau), 414.
- Barrage (Nouveau système de), 174.
- Bateau amphibie (Un), 325.
- Bateaux pneumatiques de M. Layman, 31.
- Bâtiments chinois capturés par les Japonais, 146.
- Bêtes fauves dressées du Jardin d’acclimatation (Les), 81.
- Bicycle en or, 80.
- Bicyclette à aimant (La), 400.
- Bicyclette et les signaux (La), 286.
- Bicyclette et les tramways (La), 198.
- Bicyclette pliante (La), 401.
- Bicyclettes (Les entraîneurs et les courses de), 415.
- Bicyclettes sur un « home-trainer » (L’essayage des), 45.
- Billets de banque français dans les relations douanières franco-russes (Admission des), 318.
- Biscuits-fourrages (Les), 564.
- Boissons à l’oxygène, 131.
- Boîte de mesure électrique, 123.
- Borure de carbone (Le), 278.
- Bouillies au cuivre (Formules de), 565.
- Boule de feu électrique, 398.
- Boussingault au Conservatoire des arts et métiers (Le monument de), 144.
- Brouillard à Londres (Le), 414.
- Brouillards légers provoqués par le soleil, 395.
- Brûleur à incandescence (Nouveau), 53.
- c
- Câble électrique de Madagascar, 11.
- Café (Vieillissement artificiel du), 204.
- Canal de la Baltique à la mer du Nord (Le), 359.
- Cancéreux (La nutrition des), 47.
- Canon à tir rapide de 57 millimètres et de 50 calibres de longueur d’âme, système llotchkiss, 1S5.
- Canon de campagne de 75 millimètres à tir rapide, 65.
- Canon monstre au dix-huitième siècle (Projet de), 256.
- Canons en papier, 267.
- Capote de soldat pouvant servir de tente, 350.
- Capsulage électrique des bouteilles de champagne, 203.
- Carats (Les), 143.
- Carbon noir du Brésil, 304.
- Carbone (Le spectre du), 47.
- Carbone à l’intérieur du globe, 319.
- Carbure de calcium (Le), 110.
- Carte magnétique du globe (Construction d’une), 399.
- Carton plâtré, 204.
- Casseroles électriques (Les empoisonnements par les), 174.
- Chapeaux de dames au ballon (Les), 317.
- Charbon dans le monde entier (La production de), 143.
- Chaudière multitubulaire pour embarcations à vapeur, chauffée au pétrole, 35.
- Chaudière tubulaire à Pompéi, 347.
- Chemin de fer en mer (Un), 398.
- Chemin de fer funiculaire électrique, 420.
- Chemin de fer transsibérien (Le), 295.
- Chemins de fer (Vitesse des), 46.
- Chemins de fer français et anglais (Les), 366.
- Chemins de fer français il y a quarante ans (Les), 253.
- Chemins de fer par la vapeur et l'air comprimé combinés (Le chauffage des trains de), 5.
- Cheval et vélocipède, 54.
- Chevaux en Algérie par l’Italie (Achat de), 286.
- Chiens de guerre en Allemagne (Les), 58.
- Chiens de trait en Belgique (Exposition de), 207.
- Chutes du Niagara (L’utilisation des), 343, 371, 423.
- Cible électrique, 334.
- Ciel (Couleur du), 27.
- Cinchonicine cristallisée (Préparation de la), 16.
- Cinématographe de MM. A. et L. Lumière (Le), 215.
- Cisaillement et poinçonnage des métaux, 77.
- Cloche la Savoyarde (La grande), 395.
- Coin (Appareil pour vérifier la loi d’équilibre du), 96.
- Colle forte liquide, 204.
- Collections d’histoire naturelle (Procédé pour conserver les), 134. <
- 3$
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- 434
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Coloration irisée des objets en plâtre, 205.
- Commensalisme (Un cas curieux de), 417.
- Commerce français à Java (Le), 259.
- Compteurs électriques [Les), 40.
- Cônes tronques de glace sur le lac de Neuchâtel, 431.
- Conférence internationale tenue à Zurich du 9 au 11 septembre pour l’unification des méthodes d’essai des matériaux de construction, 303.
- Congrès d’assainissement et de salubrité, 178.
- Congrès géodésique international de Berlin (Le), 426.
- Congrès international de chimie appliquée de Paris 1896, 43.
- Congrès international de géographie à Londres, 158, 170, 382.
- Congrès zoologique de Leyde (Le), 287.
- Conserves flottante (Une fabrique de), 406.
- Constructions navales au Japon (Les), 287.
- Continent polaire austral (Le premier débarquement sur le grand), 186.
- Copenhague (Le port de), 307.
- Cordes (Etude des vibrations transversales des), 175.
- Corps simple (Découverte d’un nouveau), 63.
- Corse au continent (Rattachement géodésique de la), 367.
- Couleurs (Le sens des), 195, 243.
- Couleurs (Théorie de la sensation des),
- 111.
- Courant électrique sur les fils d’aluminium (Action du), 181.
- Course des voitures automobiles Paris-Bordeaux-Paris, 42, 50, 84.
- Crayons à teindre, 365.
- Croiseur chilien Blanco-Encalada (Le), 143.
- Cuir artificiel, 30.
- Cuirasse et le canon (La), 17.
- Cuisine électrique (La), 15.
- Cuivre sur la végétation (Influence des sels de), 15.
- Curiosités naturelles du département du Var, 301.
- D
- Daine Toui au Louvre et la sculpture industrielle sur bois en Égypte (La),
- 211.
- Débris fossiles (Important gisement de), 159.
- Décès, 63.
- Densimètre appliqué au dosage du calcaire dans les terres, 147.
- Diamant noir de grosseur extraordinaire (Un), 287.
- Dissolution et aux mélanges des liquides (Expérience relative à la), 275.
- Distillation fractionnée (Un nouvel appareil pour), 127.
- Distribution d’énergie électrique dans l’usine Henrion, à Nancy, 187.
- Distributions d’eau par moteurs à vapeur et à gaz (Les), 294.
- Documents rendus invisibles par le temps (La ressuscitation de vieux), 350.
- Dragages profonds exécutés à bord du Caudan dans le golfe de Gascogne, 358.
- Dorure brillante pour la porcelaine et le verre, 133.
- Dynamomètre physiologique, 415.
- E
- Eau à Paris (La consommation de 1’), 275.
- Eaux à Ballaigues (Les), 380.
- Eaux de condensation (Appareil pour refroidir les), 395.
- Eaux d’égout (Analyse des), 320.
- Échauflcmcnt des muscles par le travail (L’),95, 112.
- Échelle pneumatique (L’), 35.
- Éclairage dans les habitations (Les divers modes d’), 262.
- Eclairage électrique de l’École militaire de Saint-Cyr (L’), 195.
- Éclairage oxhydrique (Nouvelle disposition de 1’), 204.
- Éclat d’une source lumineuse (Les variations d’), 79.
- Ecole nationale d’horticulture et le potager de Versailles (L’), 108.
- Ecole normale (Le centenaire de 1’), 2.
- Écume de mer (L’industrie de 1’), 278, 402.
- Élections à l’Académie des sciences, 16, 63, 79, 95, 112, 127, 143, 160, 431.
- Électricité dans le service des postes (L’), 239.
- Électricité en Amérique (L’), 267.
- Électrique (Curieux phénomène), 50.
- Électrodvnamique du monde (Théorie), 262.
- Éléphants fossiles à Tilloux (Charente) (Découverte de débris d’), 177.
- Émeraude (Analyse de 1’), 367.
- Émouchet par des étourneaux (Chasse d’un), 343.
- Endurance (Le record de 1’), 339.
- Énergie sur le lac Léman (Transport de 1'), 46.
- Engrais azoté (Un nouvel), 302.
- Enregistreur musical (Un), 276.
- Entonnoir pour librations, 204.
- Entraîneurs et les courses de bicyclettes (Les), 415.
- Équitation (La haute école d’), 312,334.
- Équivalents chimiques (Nouveau système d’), 367.
- Essais mécaniques à Charlottenbourg (Le laboratoire d’), 410.
- Étalons du bureau international des poids et mesures, 118.
- Étoile Altaïr (Le mouvement de 1’), 383.
- Étoiles (La constance de l’éclat des), 336.
- Étuve à désinfection, 75.
- Expédition aéronautique Andrée au pôle Nord, 430.
- Expéditions polaires terrestres (Les), 291.
- Expériences avec le sulfure de zinc phosphorescent, 363.
- Exploration suédoise projetée dans la Terre-de-Feu, 78.
- Explorations françaises en Guyane au dix-huitième siècle, 197.
- Explorations sous-marines, 519, 536.
- Explosion terrifiante de nitro-glycérine (Une), 161.
- Exposition du travail au Palais de l’Industrie (L’), 339.
- Exposition ethnographique de l’Afrique occidentale au Champ-de-Mars à Paris, 183.
- Exposition nationale et universelle de Bordeaux, 151.
- Exposition universelle de 1900 (L’), 22, 51.
- F
- Fanal électrique pour locomotives, 126.
- Farine lactogène, 133.
- Faune du littoral de la Manche en 1895 (Modification de la), 255.
- Fermes du palais des machines de l’Exposition de Genève (Construction des), 189.
- Feu et le travail des pierres (Le), 26, 94.
- Fleurs parfumées artificiellement, 29.
- Fluor sur l’argon (Action du), 74.
- Foie sur les toxines (Action du), 143.
- Force motrice par l’électricité dans les usines Linet, à Aubervilliers (Distribution de), 129.
- Forces électromotrices en unités absolues électromagnétiques (Mesure directe des), 174.
- Forces motrices naturelles en Suisse (Les), 599.
- Forets du globe ([.es grandes), 366.
- Formol (Désinfection par le), 103.
- Foudre (Augmentation du nombre de coups de), 222.
- Foudre (Curiosités de la), 407.
- Foudre (Tué par un coup de), 94.
- Foucu é globulaire, 290.
- Fourrures par la photographie (Imitation des), 364.
- Fours électriques et la chimie à haute température (Les), 166.
- Fruits (Conservation des), 94.
- Funiculaire électrique de S tanserhorn,420.
- G
- Gare Montparnasse (L’accident de la), 369.
- Gaz des couches d’eau profondes (Les), 79.
- Gaz oxhydrique (Usages du), 230.
- Gaz permanent (Un). L’hélium, 325.
- Gisements du Grand-Cerf d’Irlande (Les , 319.
- Glace (Cônes de), 355.
- Glaciers (Le mouvement des), 174.
- Globes de feu et les lueurs (Les), 407.
- Glucine (Préparation de la), 585.
- Glucinium (Carbure de), 319.
- Gomme-gutte au Siam (La), 538.
- Graines (La germination des), 47, 134.
- Graisses neutres pour le graissage (Fabrication des), 365.
- Graphite de la pegmatitc (Naturedu), 350.
- Grenouille au Tonkin (Emploi de la), 62.
- Guêpes (La chasse aux), 298.
- Gymnastique militaire (La), 24.
- H
- Halo photographique (Le), 180.
- Heure en Chine par le soleil, l’eau et le feu (L’), 193, 247.
- Horloge astronomique de Lyon (L’), 71.
- Horlogerie (Fabrication de P), 43.
- Horloges magnétiques (Les), 240.
- Houille à Glasgow (Lee chargements de), 159.
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 455
- Huile de coton en Europe (L’industrie de 1’), 154.
- Huile sur les mouvements de la surface de l’eau (Étude des effets de 1’), 107.
- Huiles (Stérilisation des), 363.
- Huxley (Th. H.), 99.
- llydrocotyle d’Asie, 403.
- I
- Insectes (Ravages d’), 30.
- Installations électriques du prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux à Paris (Les), 55.
- Institution des Naval Architects en Angleterre (L’), 54.
- Institution des ingénieurs civils en Angleterre (L’), 43.
- Irrigations de la plaine de Gennevilliers (Les), 159.
- J
- Jackson (James), 142.
- Jets d’eau à balle libre, 175.
- Jeu et les ventilateurs électriques (La passion du), 318.
- Jumelle portative et pliante, 116.
- Jumelles hyperdioptriques, 154.
- L
- Laboratoire zoologique de Banyuls (Les travaux du), 126.
- Labourage électrique (Expériences de), 235.
- Laccase dans les végétaux (Rôle de la), 126.
- Lacs (Procédés de sondage des), 19.
- Lacs du Plateau Central de la France (Les), 101.
- Lait (Sur la pasteurisation du), 405.
- Lampes antiseptiques, 132.
- Laque (Industrie de la), 292.
- Larrey (F.-IL), 521.
- Lévriers russes (Les), 97.
- Lion de mer et le lion de terre (Le), 501.
- Liquides organiques (Essai des), 399.
- Locomotives électriques de Baltimore and Uhio Railroad (Les), 200.
- Longueurs d’ondes (Mesures précises des), 427.
- Lune sur le temps (Influence de la), 599.
- Lutte moderne (La), 278.
- M
- Machine à tirer les clichés photographiques, 241.
- Machine à tréfiler (Nouvelle), 364.
- Machine à vapeur remplacée par la souris (La), 62.
- Machine à vapeur Willans de 500 chevaux (Essais d’une), 150.
- Machines à vapeur (Fonctionnement des), 234.
- Machine élévatoire des eaux au gaz pauvre, 47.
- Malformations animales (Les), 383.
- Mars (La vapeur d’eau dans l’atmosphère de), 159.
- Matières albuminoïdes végétales (Lcs\ 187.
- Mécanique (Un théorème de), 15.
- Mécanique de démonstration (Petite), 323.
- Menhir de Lécluse, 336.
- Mer Morte américaine (La), 203, 318.
- Méridien initial (Le), 206.
- Métallisation (Nouveaux procédés de), 52.
- Métaux (L’essorage des), 299.
- Métaux à la meule (Essai des), 13.
- Météorologie à Paris (La), 203.
- Météorites du mois d’août (Les observations des), 243.
- Méthylengcnol (Préparation du), 415.
- Métropolitain électrique aérien de Chicago (Le), 119.
- Mildiou sur les treilles (Invasion de), 357.
- Millionnaires en Amérique (Les), 46.
- Mine de diamant au Brésil, à Agua Suja, 1.
- Mines (Nouvel explosif de), 15.
- Mollusques agents purificateurs de l’eau (Les), 207.
- Molybdène (Propriétés du), 63.
- Mont Blanc (Sur une troisième ascension au sommet du). Travaux exécutés pendant l’été de 1895, 326.
- Montagnes (Production expérimentale des chaînes de), 382.
- Montre à remontoir de M. Rebello, 268.
- Montserrat (Le), 117.
- Monument à la mémoire de M. Carnot à Limoges (Un), 223.
- Monument des Girondins à Bordeaux (Le), 61.
- Monuments africains, 314.
- Mort par l’électricité (La), 79.
- Moteurs à gaz, à pétrole et à vapeur (Installation et exploitation des), 251.
- Moteurs électriques à Berlin (L’emploi des), 162;
- Moulins à Paris (Construction des), 214.
- Moût de raisin (Le ferment du), 519.
- Moutons algériens (Les), 113.
- Mouvements moléculaires, 162.
- Musique des JClünois (Instruments de), 309.
- -i •
- N
- Navigation à grande vitesse, 44.
- Navigation aérienne au bois de Yin-cennes en 1900 (La), 11.
- Navires (Rapidité dans la construction des), 414.
- Navires perdus en mer pendant l’hiver de 1894-1895, 100.
- Nécrologie, 14, 99, 142, 222, 398.
- Neige carbonique (Propriétés de la), 191.
- Nid d’oiseau construit avec de l’acier (Un), 366.
- Nil (Utilisation des cataractes du), 62.
- Nitrification dans le sol (La), 94.
- Nuages (La constitution des), 34.
- O
- Observatoire de M. Janssen au mont Blanc (L’), 319.
- Observatoire de Meudon (La situation de F), 47.
- Observatoire de Paris (Les travaux actuels de F), 2.
- Observatoire de Zi-ka-wei (Chine), 50.
- Observatoire du mont Blanc (L'installation de T), 160, 239.
- Observatoire du mont Mounier (L’), 351.
- Observatoire du Vatican (L’), 19.
- Oiseaux géants de la Patagonie australe (Les), 87.
- Oiseaux de Paradis récemment découverts à la Nouvelle-Guinée (Les), 7.
- Onde explosible (L’), 254.
- Ondes (Mesure précise des longueurs d’), 410, 427.
- Or (Le point de fusion de F), 584.
- Orage du 1er juillet 1895, 350.
- Orages de cinq jours en Bohême, du 20 au 25 mai 1895, 79.
- Orages et bourrasques du 10 au 12 août 1895, 209.
- Ordures ménagères (Le traitement et l’utilisation des), 251.
- Ornithologie (Phénomène d’), 66.
- Ossements humains paléolithiques en Angleterre (Découverte d’), 255.
- Oxygène (Bandes d’absorption de F), 63.
- Ozobenzène (L’), 63.
- P
- Papier hermétique, 53.
- Papiers photographiques (Fabrication des), 407.
- Paquebots (La vitesse des), 94.
- Pasteur (La mort de M.), 289, 302.
- Pavage en bois dur (Le), 346.
- Pectase dans les végétaux, 415.
- Pédiculose intermittente, 398.
- Pendule éventail et pendule magnétique, 92.
- Pétrole, essence et gazoline, 87.
- Pétroles russe et américain (Les), 46.
- Phonographe (Une application industrielle du), 534.
- Phonographe portatif à mouvement d’horlogerie (Un), 403.
- Phonographe portatif système Edison, 67.
- Photographie appliquée à la topographie (La), 47.
- Photographie des couleurs (La), 394, 415.
- Photographie sur cuir, 363.
- Photographies astronomiques exécutées à l’observatoire de Harvard college, 219.
- Photographies de nos contemporains chez eux. M. A. Milne-Edwards, 40. M. Janssen, 330.
- Photo-jumelle panoramique (La), 299.
- Photosphère avec châssis métallique à répétition (Le), 269.
- Photo-Vélo-Club, 431.
- Pics d’Europe, sierras d’Espagne (Excursion aux), 374.
- Pierres artificielles en magnésie, 205.
- Pigeons voyageurs (La vitesse des), 83, 122. j
- Pigeons voyageurs et la mer (Les), 37.
- Pile bore-carbone, 52.
- Pile sèche (Une nouvelle), 134.
- Pirogues en aluminium, 75.
- Pistolets et revolvers, 225, 284.
- Pitecheir melanurus (Le), 135.
- Plaques photographiques (Fabrication des), 391.
- Pluie à Athènes (Marche de la). 406.
- Pluie en Belgique (La), 171.
- Pneumatique à regonllement automatique (Un), 164.
- Poinçonnage et cisaillement des métaux, 77.
- Poisson de mer vivant (Transport du), 133.
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-
-
-
- m
- Poisson en Belgique et son transport à l’état vivant, 335.
- Poisson rouge dans un aquarium (Reproduction), 430.
- Poissons électriques (La décharge des) ,127.
- Pôle Nord en ballon (La découverte du), 31, 430.
- Polissage des métaux par l’acier broyé, 335.
- Pomme de terre monstre (Une), 416.
- Porcelaine (Argenture de la), 132.
- Porosité moléculaire (La), 134.
- Port de Copenhague (Le nouveau), 507.
- Portraits de Paul Jovc (Le musée des), 423.
- Poudre sans fumée à pyrocollodion de M. Mendeléeff (La), 378.
- Préhistorique au Muséum d'histoire naturelle de Nîmes (Le), 195.
- Projectiles antiques. Balles de fronde, 192.
- Projections (Vues de), 318.
- Propulseur électrique pour bateaux (Un nouveau), 16.
- Puddlage direct de la fonte, 67.
- Puits de Padirac (Nouvelle exploration du), 387.
- Pupille (Le fonctionnement de la), 63.
- R
- Rainette et la prédiction du temps (La), 150.
- Raisins français (Recherches sur la constitution des), 143.
- Réchauffage électrique des métaux en fusion, 347.
- Récréations photographiques. Une chute peu dangereuse, 48.
- Récréations scientifiques. Le fil invisible. Les dix chiffres figurés par Arlequin. Le mystère des hommes de feu dévoilé. La balle-parachute, 64, 112, 128, 431.
- Réfractions atmosphériques anormales, 143.
- Répertoire bibliographique international, 290.
- Réséda (Essence de racines de), 339.
- Revue des procédés nouveaux, 52, 131, 203, 363.
- Roches à figures animées (Les), 40, 368.
- Rongeur (Un type curieux de). Le Pite-cheir melanurus, 135.
- Rongeurs (Une nouvelle maladie contagieuse des), 198.
- Rosier du monde (Le plus vieux), 335. otation de la Terre (La preuve du mouvement de), 335.
- Roues de voitures (Moyeux à billes et pneumatiques pour), 228.
- Rucher primitif (Un), 173.
- S
- Sang de vipère (Les propriétés du), 415.
- Saumons de Californie en Bretagne (Captures de), 191-
- Sauterelles (Une migration de), 366.
- Sauvetage automatiques de M. de Ropp (Les appareils de), 149.
- Savon Chicago, 54.
- Savons végétaux, 54.
- Science au théâtre (La). L’antre des fantômes, 272.
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Science moderne (Aperçu général de la), 287.
- Science pratique (La). Un pneumatique à regonflement automatique, 164.
- Sécrétions microbiennes sur la descendance (Influence des), 159.
- Seringue aseptique (Une), 107.
- Sérothérapie appliquée au cancer(La), 351.
- Serpents (Fascination des), 271.
- Sidérurgique en Russie (Développement de l’industrie), 99.
- Silice (Réduction de la), 79.
- Silice par l’aluminium (Réduction de la), 16.
- Siliciurede manganèse (Préparation du), 431.
- Siliciures (Préparation des), 383, 399.
- Sirènes (La zone neutre pour le son des),
- 271.
- Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Distribution des récompenses, 95.
- Soie en Syrie (L’industrie de la), 115.
- Soie indigène en Afrique (La), 344.
- Soie Tussah (Industrie de la), 231.
- Son dans les tuyaux (La propagation du). 79, 95.
- Soudure autogène du plomb, 134.
- Souterrains-refuges de Naours (Somme) (Les), 257.
- Sthétoscope (Un nouveau), 207.
- Sthétoscope ellipsoïdal (Le), 238.
- Substance nerveuse (Régénération de la),
- 271.
- Surpeuplement et l’hygiène dans les grandes villes (Le), 348.
- Système métrique en Angleterre, 151.
- T
- Tache de Mars (La), 431.
- Taches du Soleil (Découverte des), 302.
- Télégraphiques dans les montagnes (Les lignes), 46.
- Téléphonie au Havre (La), 111.
- Téléphonique entre les trains et les stations (Communication), 430.
- Température critique de l’hydrogène (La), 139.
- Température du charbon produisant l’arc électrique (La), 146.
- Temps (La prévision du), 174.
- Terres de bruyère de la Dordogne (Fertilisation des), 383.
- Tissage (Unenouvelle merveille du), 374.
- Tonneaux (Cuivrage des), 177.
- Tonnerre en boule (Le), 567.
- Tortue géante (Une), 255.
- Tortue terrestre (Gigantesque), 273.
- Tourelle à éclipse du Creusot pour canon à tir rapide, système llotchkiss, 141.
- Traction électrique (La), 551.
- Traction électrique à Gmunden (La), 271.
- Train en marche (L’attraction exercée par un), 218.
- Trains express en Angleterre (Courses de), 351.
- Tramway funiculaire (Accidcntàun), 239.
- Tramways électriques (Un effet social du développement des), 319.
- Transbordeur électrique de bagages de la station de Manchester, 145.
- Transfusion du sang découverte par un moine lorrain (La), 125.
- Transport dans Paris (Moyens de), 559.
- Transporteur de déblais (Curieux), 238.
- Traverse des chemins de fer (La conservation des), 236.
- Tremblements de terre (L’aire des), 255.
- Trolley sauveur (Le), 30.
- Trolley-sport à Chicago (Le), 322.
- Tulle doré (Le), 133.
- Turbine à vapeur de Laval (Essais sur la), 371.
- Tuyaux de gaz en papier, 142.
- ü
- Usine de Soho et l’histoire de la machiue à vapeur (L’), 10.
- Y
- Variole à Marseille (La), 191.
- Vase dans les tourbières (Les éruptions de), 127.
- Vélocipédie sur la carrosserie (Influence de la), 228.
- Ventilateur électrique, 208.
- Ventilation de la gare souterraine du Luxembourg, 159.
- Vénus accroupie dans l’art grec (La), 69.
- Ver à soie du chêne en Chine (Le), 59.
- Vérin dans une montre (Un), 67.
- Verneuil (Le professeur), 49.
- Verre (Soudure du), 52.
- Verre au jet de sable (Appareil pour graver le), 205.
- Verre et des métaux au jet de sable (Décoration du), 55.
- Vesque (Julien), 222.
- Vésuve (Recrudescence d’activité du), 23.
- Viande (Conservation de la), 133.
- Vigne (Culture théorique de la), 415.
- Vignes (Nouveaux procédés pour le traitement des maladies de la), 131.
- Vignes contre les gelées printanières (Protection des), 154.
- Vignoble allemand (Le), 282.
- Villon (A.-M.), 398.
- Vogt (Cari), 14.
- Voies ferrées à Cuba (Nouvelles), 87.
- Voiture électrique (Une), 552.
- Voiture électrique de M. Jeantaud (La), 210.
- Voitures automobiles, 42, 50, 84.
- Voix chantée (Le mécanisme de la), 47.
- Volants (Sur les causes de rupture des),62.
- Voyage au pôle Nord en ballon. Projet et expériences de M. Andrée, 138, 222, 430.
- Voyage extraordinaire (Un), 111.
- Voyageurs de chemins de fer (Une prime aux), 414.
- w
- Wagons en aluminium, 115.
- X
- Xilophanie (La), 367.
- Y
- Yacht électrique, 239.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Aller. — Récréations scientifiques. Le fil invisible, 64.
- Raclé (L.). — Le chauffage des trains de chemin de fer par la vapeur et l’air comprimé combinés, 3. — Chaudière mul-titubulairc pour embarcations à vapeur, chauffée au pétrole, 35. — Conférence internationale tenue à Zurich pour l'unification des méthodes d’essai des matériaux de construction, 503. — Le canal de la Baltique à la mer du Nord, 559. — Le funiculaire électrique de Stanserhorn, 420.
- Baudry de Saunier (I,.). .— L’essayage des bicyclettes sur un home-trainer., 45. — Influence de la vélocipédic sur la carrosserie, 226.— La bicyclette pliante, 401.
- Bellet (D.). — Le feu et le travail des pierres, 26. — Les chargements de houille à Glasgow, 159.— L’attraction exercée par un train en marche, 218.— La conservation des traverses de chemins de 1er, 236.— Un curieux transporteur de déblais 238. — Le nouveau port de Copenhague. 307. — La gomme-gutte au Siam, 338. — Une chaudière tubulaire à Pompéi, 347. — Le surpeuplement et l'hygiène dans les grandes villes, 348. — Une nouvelle merveille du tissage, 574. — La Badiane au Tonkin, 418.
- Boule (Marcelin). — Découvertes de débris gigantesques d’éléphants fossiles, 177.
- Bourdariat (Alex.). — Recrudescence d’activité du Vésuve, 25.
- Buhrer (C.). — Arbre foudroyé, 384.
- Beono (Felice). — La production du gaz oxhydrique et ses divers usages, 230.
- Cartaz (Dr A.)— Une seringue aseptique, 107. — L’Association française pour l’avancement deî sciences à Bordeaux, 190.
- Caziot. — Roches à figures animées. La femme de Lolh près d’Avignon, 368.
- Corxié (A. Gaston). — Le monument des Girondins à Bordeaux, 61. — Treizième Exposition nationale et universelle de Bordeaux, 151.
- Coulon (D*). — Curieux phénomène d’ornithologie, 66.
- Coupin (Henri). — Le ver à soie du chêne en Chine, 59. — Les bactéries dénitrifiantes du fumier, 91. — Protection des vignes contre les gelées printanières, 154. —Un cas curieux de commensalisme, 417.
- Danysz (Jean). — Une nouvelle maladie contagieuse des rongeurs, 198.
- Dary (Georges). — Le Montserrat, 117.
- Dehérain (Henri). — Exploration française en Guyane au dix-huitième siècle, 197. — Le chemin de fer transsibérien, 295. — Un aventurier africain. Le marchand d’ivoire Stokes, 315. — La soie indigène en Afrique, 342.
- Ecinitis (D.). — Sur la marche de la pluie à Athènes, 406.
- Engei.meyer (P. Clementitch de).— Essai des métaux à la meule, 13.
- Escriche (Thomas). — Appareil pour vérifier la loi d’équilibre du coin, 96.
- Espitallier (G.). —Un enregistreur musical, 276.
- Fonvielle ( W. de). — Nécrologie. Thomas Henri Huxley. 99.
- __Voyage au pôle Nord en ballon. Projet et expériences de
- M. Andrée, 138, 222.— Congrès international de géographie à Londres, 158, 170. — Le premier débarquement sur le grand continent polaire austral, 186. — Les observations des météorites du mois d’août, 243.
- Fournier (Dr A.).— La transfusion du sang découverte par un moine lorrain, 125.
- Fraissinet(A.).— Les travaux actuels à l’Observatoire de Paris, 2. — L’Observatoire du Vatican, 19.
- Frémont (Ch.).—-Théorie expérimentale du cisaillement et du poinçonnage des métaux, 77.
- Fribourg (J.). — Expériences avec le sulfure de zinc phosphorescent, 362.
- Gariel (C.-M.). — Création d’un répertoire bibliographique international et universel, 290.
- Guillaume (Ch.-Ed.).—Un nouvel appareil pour la distillation fractionnée, 127. — Le système métrique en Angleterre, 131. — La température critique de l’hydrogène, 139. — La température du charbon produisant l’arc électrique, 146. — Les appareils de sauvetage automatiques de M. de Ropp, 149. — Mouvements moléculaires, 162. — Action du courant électrique sur les fils d’aluminium, 181. — Photographies astronomiques exécutées à l’observatoire de Harvard College, 219. — Sur l'essorage des métaux, 299.— Un gaz permanent, Y hélium, 322. — Les eaux à Ballaigues, 380.
- — Mesure précise des longueurs d’ondes. Expériences de M. A. Michelson, 410, 427.
- Gcyot-Daubrès. — La luüe moderne, 278.
- Hansen-Blangsted (Em.). — Un bateau amphibie, 525.
- Hennebert (L'-Colonel). — L’échelle pneumatique, 35. —Canon de campagne de 75 millimètres à tir rapide, 65. — Le potager de Versailles et l’École nationale d’horticulture, 108.
- — Les moutons algériens, 113.— Tourelle à éclipse du Creu-sot pour canon à tir rapide de 67 millimètres système Hotchkiss, 141. — Canon à tir rapide de 57 millimètres et de 50 calibres de longueur d’âme, système Hotchkiss, 165
- — Projectiles antiques. Balle de fronde, 192.
- Henry (A.). — Un vérin dans une montre, 67.
- Hoffmann (Eugène).— Récréations scientifiques. La balle-parachute, 431.
- Hospitalier (E.). — Course des voitures automobiles Paris-Bordeaux-Paris, 42, 50, 84. — Pétrole, essence et gazoline, 87. — Recherches thermo-électriques, 105. — La science pratique. Un pneumatique à rcgon(le:ncnt automatique, 164.
- — Les locomotives électriques de Baltimore and Ohio Rail-road, 200. — Vues de projections, 318. —L’utilisation des chutes du Niagara, 343,371, 423. — La ressuscitation de vieux documents rendus invisibles par le temps, 350. —Fabrication industrielle de l’air et de l’oxygène liquides, 399. — Les entraîneurs et les courses de bicyclettes, 415.
- Janssen (J.), de l'Institut. — Observatoire du mont Blanc, 238. — Sur une troisième ascension au sommet du mont Blanc et les travaux exécutés pendant l’été de 1895 dans le massif de cette montagne, 326.
- Karl (Carolus). — Récréations photographiques. Une chute peu dangereuse, 48. — La science au théâtre. « L’antre des fantômes », 272.
- Kirmisson (IV E). —Le professeur Yerneuil, 49.
- Kœhler (R.). — Dragages profonds exécutés à bord du Cau-dan, dans le golfe de Gascogne, 358.
- Ladureau (A.). — La photographie des couleurs. Un nouveau procédé, 394.
- Laffargue (J.). — Un nouveau propulseur électrique pour bateaux, 16. — Nouveaux appareils de mesure électrique, 27. — Les compteurs électriques, 46.— Machine élévatôire des eaux au gaz pauvre, 47. — Les installations électriques du prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux à Paris, 55. — Électricité pratique. Boîte de mesure électrique, 123. — Distribution de force motrice par l’électricité dans les usines Linet, à Aubervillers, 129. — Les accumulateurs en télégraphie, 142. — Essais d’une machine à vapeur Willans de 500 chevaux, 150. — La ventilation de la gare souterraine du Luxembourg, 159. — L’emploi des moteurs électriques, à Berlin, 162. — Les matières albuminoïdes végétales, 187. — La distribution d’énergie électrique dans l’usine Henrion, à Nancy, 187. — L’éclairage électrique de l’École militaire de Saint-Cyr, 195. — Ventilateur électrique, 208. — La voiture électrique de M. Jeantaud, 210. — Expériences de labourage électrique, 235.— Les ascenseurs électriques, 243. — Les divers modes d’éclairage dans les habitations, 262. — L’électricité en Amérique, 267. — La traction électrique à Gmunden, 271. — La consommation
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- de l’eau à Paris, 275.— Les distributions d'eau par moteurs à vapeur et à gaz, 294. — Petite mécanique de démonstration, 323. — L’Exposition du travail au Palais de l’Industrie, 339. — Une voiture électrique, 352. — Essais sur la turbine de Laval, 371. — La bicyclette à aimant, 400.
- Lafon (Philippe). — Construction de moulins à Paris, 214.
- Lajard. — La Vénus accroupie dans l’art grec, 69.
- Lancaster (A.). — Brouillards légers provoqués par le soleil, 595.
- Landrin (A.). —Pistolets et revolvers, 225, 284.
- Lapparent (A. de). — Le méridien initial, 206.
- LeComte (Gustave). —Fascination des serpents, 271.
- Leriche. — L’écume dé mer, 402.
- L’Hôte (L.). — Sur la pasteurisation du lait, 405.
- Magus. — Le halo photographique, 180.
- Mareschal (G.). —Désinfection par le formol, 103.— Machine à tirer les clichés photographiques, 241. — La Xilophanie, 367. — Un phonographe portatif à mouvemeut d’horlogerie, 403.
- Marsillon (Cii.). — Le métropolitain électrique aérien de Chicago, 119. — Avalanches estivales de neige dans le Colorado (juillet 1895), 260. — Courses de trains express en Angleterre, 331.
- Martel (E.-A.).— Les souterrains-refuges de Naours (Somme), 257. — L’avalanche de l’Altels (Suisse), 353. — Nouvelle exploration du puits de Padirac, 385.
- Maspero (G.), de l’Institut. — La dame Toui au Louvre et la sculpture industrielle sur bois en Égypte, 211.
- Matignon (D‘ J.-J.). — Instruments de musique des Chinois, 309.
- Mauger (A.). — Le sens des couleurs, 195.
- Mégnin (P.). — Les lévriers russes, 97.
- Mettetal. — Boule de feu électrique, 398.
- Meyners d’Estrey (I)r). — La tête de Bismarck, 126.
- Mingaud (Galien). — Le préhistorique au Muséum d’histoire naturelle de Aimes, 195.
- Moissan (H.), de l’Institut. — Le carbure de calcium, 110. — Les fours électriques et la chimie à haute température, 166. — Carbon noir du Brésil, 304.
- Moureaux (Th.). — La pluie en Belgique, 171.
- Munier (Pierre). — Construction des fermes de fer du Palais des Machines de l’Exposition de Genève, 189.
- Nadaillac (M’* de). — Les expéditions polaires terrestres, 291.
- Nansouty (Max de). — L’Exposition universelle de 1900, 22, 51.
- Otto (Marius). — L’Association française pour l’avancement des sciences à Bordeaux, 207.
- Oustalet (E.).— Les oiseaux de Paradis récemment découverts à la Nouvelle-Guinée, 7. — Un type curieux de rongeur. Le Pitecheir melaiiurus, 135. — L’Athérure africain, 385.
- Pellissier (G.). — Les horloges magnétiques, 240. — Les sous-produits des abattoirs, 263. — Une application industrielle du phonographe, 534. — Réchauffage électrique des métaux en fusion, 347.
- Planchon. — Pendule éventail et pendule magnétique, 92. — L’heure en Chine par le soleil, l’eau et le feu, 193, 247.
- Régnault (Dr Félix). — La Vénus accroupie dans l’art grec, 69. — Les attitudes de repos dans l’art sino-japonais, 105. — Exposition ethnographique de l’Afrique occidentale au Champ-de-Mars, à Paris, 183. — Les artistes préhistoriques d’après les dernières découvertes, 505.
- Renard (L.). — Marine militaire. La cuirasse et le canon, 17.
- Reverchon (L.). — Montre à remontoir de M. Rebello, 268.
- Richou (G.). — Étuve à désinfection, 75. — Congrès d’assainissement et de salubrité, 178. — L’accident de la gare Montparnasse, 369.
- Rochas (A. de). — Les pigeons voyageurs et la mer, 37. — La
- vitesse des pigeons voyageurs, 83, 122. — Le sens des couleurs, 243.
- Sanderval (de). — Navigation à grande vitesse, 44.
- Saporta (A. de). — Le densimètre appliqué au dosage du calcaire dans les terres, 147. — Les chemins de fer français, il y a quarante ans, 253.
- Saezier (Th.). — Gigantesque tortue terrestre, 273.
- Savigny de Moncorps (V“ de). — Curiosités naturelles du département du Yar, 301.
- Tissandier (Albert). — Excursion aux « Pics d’Europe ». Sierras d’Espagne, 37 4.
- Tissandier (Gaston). — Une mine de diamant au Brésil, à Agua Suja, 1. — Une bague taillée dans du diamant, 10.— La gymnastique militaire, 24. — Les roches à ligures animées, 40. — Photographies de nos contemporains chez eux. M. A. Milne-Edvvards, 40. — L’observatoire de Xi-ka-xvci (Chine), 50. — Phonographe portatif, système Edison, 67. — Bicycle en or, 80. — Les bêtes fauves dressées du Jardin d’acclimatation, 81. — Les navires perdus en mer pendant l’hiver de 1894-1895, 100. — Jumelle portative et pliante, 116. — Les arbres extraordinaires, 125.— Récréations scientifiques. Le mystère des hommes de feu dévoilé, 128. —• James Jackson, 142. — Le monument de Boussingault au Conservatoire des arts et métiers, 144. — A travers les Alpes. Les dus du Verdun. Le mont Viso, 156. — Les orages et bourrasques du 10 au 12 août 1895, 209. — Un monument à la mémoire de Carnot à Limoges, 223. — Observatoire du mont Blanc, 238. — Un projet de canon monstre au dix-huitième siècle, 256. — Le photosphère avec châssis métallique à répétition, 269. — Catastrophe d’un ballon crevé en l’air, 270. — La mort de M. Pasteur, 289. — La photojumelle panoramique, 299. — La haute école d’équitation, 512. —F.-11. Larrey, 321. — Photographies de nos contemporains chez eux. M. Janssen, 530. — A.-M. Villon, 398.
- Trouessart (Dr E.). — Les oiseaux géants de la Patagonie australe, 87.
- Vallot (J.). — L’accident du mont Blanc, 337.
- Vandevyver (L.). — Expérience relative à la dissolution et aux mélanges des liquides, 275.
- Vernf.au (R.). — Congrès international de géographie de Londres, 382.
- Vii.coq (Albert). — Les lacs du Plateau Central de la France. 101. — Un rucher primitif, 173. — Invasion du mildiou sur les treilles, 557.
- Yilledeuil (Ch. de). — Séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 31, 47, 62, 79, 95, 111, 126, 143, 159, 174, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 302, 319, 535, 350, 367, 382, 599, 415, 431. — Théorie électro dynamique du monde, 262.
- Villon (A.-M.). — Fleurs parfumées artificiellement, 29. — I/alcol artificiel, 33. — Revue des procédés nouveaux, 52, 131, 206, 365. — Industrie de la soie Tussah, 231. — L’industrie de la laque, 292. — Fabrication des plaques photographiques, 391. — Fabrication des papiers photographiques, 407.
- Vinot (J.). — Couleur du ciel, 27.
- W. .. (X.). — Fabrication de l’horlogerie, 43.
- X. .., ingénieur. — La navigation aérienne au bois de Vinccnnes en 1900, 11. — Transbordeur électrique de bagages de la station de Manchester, 145. — Jumelles hyperdrioptriques, 154. — Une explosion terrifiante de nitroglycérine, 161. — Fonctionnement des machines à vapeur, 234. — Installation et exploitation des moteurs à gaz, à pétrole et à vapeur, 251. — Analyse des eaux d’égout, 320. — Le record de l’endurance, 339. — La grande cloche a la Savoyarde », 395.
- Z... (Dr). — Bateaux pneumatiques de M. Lavman, 51. — Jets d’eau à balle libre, 175.
- Zenger (Ch. V.). — Le sthétoscope ellipsoïdal, 258.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans cette table en lettres italiques.
- Astronomie.
- I/observatoire du Vatican (A. Fraissinet)............. 19
- L’observatoire de Zi-ka-wei (Chine) (G. T.)........... 50
- L’horloge astronomique de Lyon (L. B.)................ Il
- L’installation de l’observatoire du mont Blanc........160
- Photographies astronomiques exécutées à l’observatoire
- de Harvard college (Ch.-E. Guillaume)..............219
- Astronomie des anciens Egyptiens......................282
- La situation de l'observatoire de Meudon.............. 47
- La vapeur d'eau dans l'atmosphère de Mars. . . . 159
- Expériences effectuées à l'observatoire du mont
- Blanc..............................................259
- La découverte des taches du Soleil......................502
- La constance de l'éclat des étoiles.....................356
- L’observatoire du mont Mounier........................351
- Le mouvement de l’étoile Altaïr.........................383
- La tache de Mars......................................451
- Physique générale.
- Le feu et le travail des pierres (D. B.)........26, 94
- Phonographe portatif système Edison (Gaston Tissandier). 67
- Appareil pour vérifier la loi d’équilibre du coin (Thomas
- Escriche),........................................... 96
- Étude des elfets de l’huile sur les mouvements de la
- surface de l’eau.................................... 107
- Les étalons du Bureau international des poids et mesures...................................................118
- La température critique de l’hydrogcne (Ch.-Ei>. Guillaume)................................................. 139
- Jumelles hypcrdioptriques (X..., ingénieur^............ 154
- Mouvements moléculaires (C.-E. Guillaume)...............162
- Propriétés de la neige carbonique...................... 191
- Expérience relative à la dissolution et aux mélanges des
- liquides (L. Vandevyver).............................275
- Un enregistreur musical (G. Espitallier)................276
- Un gaz permanent, « l’hélium » (Ch.-E. Guillaume) . . 522
- Expériences avec le sulfure de zinc phosphorescent
- (J. Fribourg)........................................362
- Le point de fusion de l’or..............................384
- Un phonographe portatif à mouvement d’horlogerie
- (G. Mareschal).......................................403
- Mesure précise des longueurs d’ondes. Expériences de
- M. A. Michelson (Ch.-Ed. Guillaume)..........410, 427
- Le mécanisme de la voix chantée......................... 47
- Le spectre du carbone................................... 47
- Les bandes d'absorption de l'oxygène.................... 63
- La propagation du son dans les tuyaux. ... 79, 95 Les vaiûations d’éclat d’une source lumineuse. . . •• 79
- Théorie de la sensation des couleurs................... 111
- Étude des vibrations transversales des cordes. ... 175
- Nouveau microscope à la lumière réfléchie...............191
- Speclroscope à cône dispersif...........................223
- L’onde explosive........................................255
- La zone neutre pour le son des sirènes..................271
- La preuve du mouvement de rotation de la Terre. . 555
- Électricité théorique et appliquée.
- Câble électrique de Madagascar........................ 11
- Un nouveau propulseur électrique pour bateaux (J. L ). 16
- Nouveaux appareils de mesure électrique (J. Laffargue). 27
- Le trolley sauveur.................................... 30
- Les installations électriques du prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux à Paris (J. Laffargue). 55 Recherches thermo-électriques (E. IL). ...... . 103
- Métropolitain électrique aérien de Chicago (Ch. Marsillon) 119 Électricité pratique. Boîte démesuré électrique (J. Laffargue)...................................................125
- Distribution de force motrice par l’électricité dans les
- usines Linet, à Aubervilliers (J. Laffargue)...........129
- La porosité moléculaire...................................134
- Transbordeur électrique de bagages de la station de
- Manchester (X..., ingénieur)........................ '145
- La température du charbon produisant l’arc électrique
- (C.-E. G.).............................................146
- L’emploi des moteurs électriques à Berlin (J. L.). . . 162
- Les fours électriques et la chimie à haute température
- (H. Moissan, de l’Institut)............................166
- Action du courant électrique sur les fils d’aluminium
- (Ch. Guillaume)........................................181
- La distribution d’énergie électrique dans l’usine Henrion,
- à Nancy (J. Laffargue).................................187
- L’éclairage électrique de l’École militaire de St-Cyr (J. L.). 195
- Les locomotives électriques de Baltimore and Ohio Rail-
- road (E. Hospitalier) . :..............................200
- Électricité pratique. Ventilateur électrique (J. L.).. . . 208
- La voiture électrique de M. Jeantaud (J. L.)...........210
- Expériences de labourage électrique (J. Laffargue). . . 235
- Les ascenseurs électriques (J. Laffargue).................243
- Les divers modes d’éclairage dans les habitations (J. L.). 262 Théorie électro-dynamique du monde (Ch. de Villedeuil). 262
- L’électricité en Amérique VJ. Laffargue)..............267
- Le trolley-sport à Chicago............................322
- Réchauffage électrique des métaux en fusion (G. P).. . 347
- La traction électrique....................................351
- Une voiture électrique (J. L.)........................352
- L’utilisation des chutes du Niagara. Historique. Dispositions générales. Installation hydraulique (E. Hospitalier) ....................................... 343, 371, 425
- Le chemin de fer funiculaire électrique de Stanserhorn
- en Suisse (L. Bâclé)...............................420
- La cuisine électrique................................. 15
- Curieux phénomène électrique.......................... 50
- Les compteurs électriques............................. 46
- Transport de l'énergie sur le lac Léman............... 46
- Les lignes télégraphiques dans les montagnes. ... 46
- Fusion électrique des métaux.......................... 62
- La mort par l’électricité............................. 79
- La téléphonie au Havre................................111
- Fanal électrique pour locomotives.....................126
- La décharge des poissons électriques..................127
- Les accumulateurs en télégraphie......................142
- Mesure directe des forces électromotrices en unités
- absolues électromagnétiques........................174
- Les empoisonnements par les casseroles électriques. 174
- Yacht électrique......................................239
- L'électricité dans le service des postes..............239
- La traction électrique à Gmunden (Autriche-Hongrie). 271
- La passion du jeu et les ventilateurs électriques . 318
- Un effet social du développement des tramways élec~
- triques............................................319
- Cible électrique......................................334
- Les accidents électriques.............................382
- Communication téléphonique entre les trains et les stations..................................................430
- Photographie.
- Photographies de nos contemporains chez eux. M. A.
- Milne-Edwards. M. Janssen (Gaston Tissandier). 40, 530 Récréations photographiques. Une chute peu dangereuse (Caroi.ur Karl). . .....................48
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-
- 440
- TABLE DES MATIÈRES.
- Le halo photographique (Magus)..........................180
- Le cinématographe de MM. Auguste et Louis Lumière. 215 Machine à tirer les clichés photographiques (G. Maresciial) . 211
- Le photosphère avec châssis métallique à répétition
- (Gaston Tissandier)..............................209
- La photo-jumelle panoramique (Gaston Tissandier). . . 299
- Fabrication des plaques photographiques (A-M. Villon). 591 La photographie des couleurs. Un nouveau procédé
- (A. Ladüreaü)................................ 594, 415
- Fabrication des papiers photographiques (A.-M. Villon). 407
- La photographie appliquée à la topographie. ... 47
- La ressuscitation de vieux documents rendus invisibles par le temps......................................550
- Chimie générale.
- Fleurs parfumées artificiellement (A.-M. Villon). ... 29
- L’alcool artificiel (A.-M. \illon).................. 55
- Congrès international de chimie appliquée de Paris, 1896. 45
- Revue des procédés nouveaux. Pile bore-carbone. Soudure du verre. Nouveaux procédés de métallisation. Décoration du verre et des métaux au jet de sable. Papier hermétique. Nouveau brûleur à incandescence. Soudure de l’aluminium. Savon Chicago. Savons végé-
- taux (A.-M. Villon)............................................ 52
- L’ozobenzène................................................... 65
- Action du fluor sur l’argon.................................... 74
- Pétrole, essence et gazoline (E. II.)....................... 87
- Les bactéries dénitrifiantes du fumier (Henri Coucin). . 91
- Le carbure de calcium (Henri Moissan, membre de
- l’Institut).................................................111
- Un nouvel appareil pour la distillation fractionnée
- (C-E. G)..................................................127
- Revue des procédés nouveaux. Les boissons à l’oxygène. Nouveaux procédés pour le traitement des maladies de
- la vigne. Lampes antiseptiques. Soudure de l’aluminium. Argenture de la porcelaine. Dorure brillante pour la porcelaine et le verre. Transport du poisson de
- mer vivant. Cuivrage des tonneaux. Le tulle doré. Farine lactogène. Conservation de la viande. Soudure autogène du plomb. Procédé pour activer la germination des graines. Procédé pour conserver les collections d’histoire naturelle. Une nouvelle pile sèche
- (A.-M. Villon).........................................154
- Le densimètre appliqué au dosage du calcaire dans les
- terres (A. de Saporta).................................147
- L’arsenic dans l’acier....................................151
- Une explosion terrifiante de nitroglycérine (X..., ingénieur).....................................................161
- Les matières albuminoïdes végétales (J. L.)...............187
- Revue des procédés nouveaux. Capsulage électrique des bouteilles de champagne. Vieillissement artificiel du café. Colle forte liquide. Aciérage du zinc au trempé.
- Nouvel entonnoir pour filtrations. Carton plâtré. Nou-
- velle disposition pour l’éclairage oxhydrique. Coloration irisée des objets en plâtre. Pierres artificielles en magnésie. Nouveaux badigeons. Appareils pour graver
- le verre au jet de sable (A.-M. Villon).................205
- La production du gaz oxhydrique et ses divers usages
- (Felice Bdono)...........................................230
- Les sous-produits des abattoirs (G. Pellissier).............263
- L’industrie de l’écume de mer..................... 278, 402
- Le borure de carbone........................................278
- Industrie de la laque (A.-M. Villon).......................292
- Analyse des eaux d’égout (X..., ingénieur). ...............520
- La gomme-gutte au Siam (D. B.).............................338
- Essence de racines de réséda................................359
- Revue des procédés nouveaux. Stérilisation des huiles.
- Photographie sur cuir. Imitation des fourrures par la photographie. Nouvelle machine à tréfiler. Les biscuits-fourrages. Crayons à teindre. Nouvelles formules de bouillies au cuivre. Fabrication des graisses
- neutres pour le graissage (A.-M. Villon)...............365
- La poudre sans fumée à pyrocollodion de M. Mendelécff. 378 L’acier au nickel, d’après M. Wiggin.....................579
- Fabrication industrielle de l’air et de l’oxygène liquides
- (E, H.)...............................................399
- Sur la pasteurisation du lait. Appareil le Tutélaire de
- l’ingénieur Louis Contant (L. L’Hôte)..............405
- Une fabrique de conserves flottante (D.-B.)..........406
- Nouvel explosif de mines.............................. 15
- Réduction de la silice par l’aluminium............... 16
- Préparation de la cinchonicine cristalliser........... 16
- Cuir artificiel...................................... 30
- Une nouvelle combinaison de l’argon................... 62
- Propriétés du molybdène............................... 65
- Découverte d’un nouveau corps simple.................. 63
- Les gaz des couches d’eau profondes................... 79
- La réduction de la silice............................. 79
- Recherches sur la constitution des raisins français. 143
- Les allumettes à pâte explosive.......................207
- L’argon et l’hélium dans des eaux minérales. . . . 239
- L’état du carbone à l'intérieur du globe............. 319
- Préparation du carbure de glucinium...................519
- Propriétés des alliages de cuivre et de zinc.........519
- Dosage de l’argon.....................................336
- L’argon dans l'azote atmosphérique....................367
- Analyse de l'émeraude.................................567
- Nouveau système d’équivalents chimiques...............567
- Préparation des siliciures................... 385, 399
- Préparation de la glucine.............................583
- Essais des liquides organiques........................399
- Préparation du méthylengenol. . ......................415
- Préparation du siliciure de manganèse................ 431
- météorologie. — Physique du globe. Géologie. — minéralogie.
- Une mine de diamant au Brésil, à Agua Suja (Gaston
- Tissandier).............................................. 1
- Recrudescence d’activité du Vésuve (A.-J. Bourdahiat). 23
- Couleur du ciel (J. Vinot)................................. 27
- La constitution des nuages................................. 54
- Les roches à figures animées (G. T.)....................... 40
- Orages de cinq jours en Bohème, du 20 au 25 mai 1895. 79
- Les éruptions de vase dans les tourbières..................127
- La rainette et la prédiction du temps......................151
- La pluie en Belgique (Th. Moureaüx)........................171
- La météorologie à Paris....................................205
- Les orages et bourrasques du 10 au 12 août 1895 (Gaston
- Tissandier).............................................209
- Observatoire du mont Blanc. Lettre de M. J. Janssen.
- (Gaston Tissandier).....................................258
- Les observations des météorites du mois d’août (W. de F.). 245
- Avalanches estivales de neige dans le Colorado (juillet 1895) (Ch. Maiisillon)................................260
- Foudre globulaire..........................................290
- Carbon noir du Brésil (Henri Moissan, de l’Institut). . . 504
- Physique du globe. Sur une troisième ascension au sommet du mont Blanc et les travaux exécutés pendant l’été de 1895 dans le massif de cette montagne (J. Janssen, de l’Institut)........................................326
- Menhir’de Lécluse, près de Douai (E. D.)...................336
- L’accident du mont Blanc (J. Vallot).......................337
- Orage du 1er juillet 1895................................. 350
- L’avalanche de l’Altels (Suisse). Catastrophe du 11 septembre 1895 (E.-A. Martel)................................353
- Roches à figures animées. La femme de Loth près d’Avignon (Caziot)........................................... 368
- Arbre foudroyé (C. Bührer).................................384
- Brouillards légers provoqués par le soleil (A. Lancaster). 395
- Boule de feu électrique (Mettetal).........................398
- L’écume de mer. Maçnésite ou sulfate de magnésie (Le-
- riche)..................................................402
- Sur la marche de la pluie à Athènes (D. Ecinitis) . . . 407
- Curiosités de la foudre. Les globes de feu et les lueurs. 407
- Tué par un coup de foudre.................................. 94
- Les réfractions atmosphériques anormales...................145
- La prévision du temps......................................174
- Le mouvement des glaciers..................................174
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-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 441
- Augmentation du nombre dei coups de foudre 222
- L’aire des tremblements de terre..................255
- Un diamant noir de grosseur extraordinaire. . . . 287
- Les gisements du Grand Cerf d'Irlande.............519
- L’observatoire de M. Janssen au mont Blanc .... 319
- Cônes de glace......................................335
- La nature du graphite de la pegmalile.............350
- Rattachement géodésique de la Corse au continent. 367
- Le tonnerre en boule................................567
- Production expérimentale des chaînes de montagne. 382
- Influence de la Lune sur le temps.................399
- Construction d’une carte magnétique du globe. . . . 399
- Le brouillard à Londres . . 414
- Cônes tronqués de glace sur le lac de Neuchâtel . . 431
- Sciences naturelles. — Zoologie. Botanique. — Paléontologie.
- Les oiseaux de Paradis récemment découverts à la Nouvelle-Guinée (E. Oustalet)................................ 7
- Les pigeons voyageurs cl la mer (A. de Rochas) .... 57
- Le ver à soie du chêne en Chine (Henri Coupin) .... 59
- Curieux phénomène d’ornithologie (Dr Codlon)............. 66
- Les bêtes fauves du Jardin d’acclimatation (G. Tissandier) . 81
- La vitesse des pigeons voyageurs (A. de Rochas). . 83, 122
- Les oiseaux géants de la Patagonie australe (DrE. Troues-
- sart)................................................ 87
- Les lévriers russes (P. Mégnix).......................... 97
- L’industrie de la soie en Syrie..........................115
- Les arbres extraordinaires. Le chêne des Partisans
- (Vosges) (G. T.)......................_..................125
- Un type curieux de rongeur. Le Pitcclieir melanurus
- (E. Oustalet).........................................155
- Découverte de débris gigantesques d’éléphants fossiles faite dans la ballastière de Tilloux (Charente) (Marcelin Boule)...............................................178
- Une nouvelle maladie contagieuse des rongeurs. Applications dans la pratique. Résultats obtenus (Jean Danysz). 198 Gigantesque tortue terrestre, d’après un spécimen vivant
- (Th. Sauzier).........................................273
- Arbres extraordinaires. Les cyprès de Schio, près de
- Vicence (Vénétie).....................................288
- La chasse aux guêpes......................................298
- Chasse d’un émouchet par des étourneaux...................345
- Dragages profonds exécutés à bord du Caudan dans le
- golfe de Gascogne (R. Kochler)........................358
- L’Athérure africain (E. Oustalet).........................585
- L’hydrocotyle d’Asie......................................403
- Un cas curieux de commetisalDrre. Crustacés et actinies
- H. Coupin)............................................417
- La Badiane au Tonkin (Daniel Bellet). . ..................418
- La germination des graines............................... 47
- Les travaux du laboratoire zoologique de Banyuls. . 126
- Rôle de la laccase dans les végétaux......................126
- La décharge des poissons électriques......................127
- Important gisement de débris fossiles.....................159
- Les mollusques agents purificateurs de l'eau. . . . 2ü7
- Exposition de chiens de trait en Belgique.................207
- Modification de la faune du littoral de la Manche
- en 1895.............................................. 255
- Une tortue géante.........................................255
- Régénération de la substance neiveuse. ... 271, 555
- Fascination des serpents..................................271
- Le Congrès zoologique de Leyde............................287
- Le ferment du moût de raisin .............................319
- Explorations sous-marines......................319, 336
- Le plus vieux rosier du monde.............................335
- Une migration de sauterelles..............................366
- Les grandes forêts du globe.............................. 366
- Un nid d’oiseau construit avec de l'acier.................366
- La diffusion de la pectase dans les végétaux. . . . 415
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Procédés de sondage des lacs et leurs principaux résultats. 19
- Les lacs du Plateau Central de la France (A. Vilcoq). . 101
- Le Montserrat (Georges Dary) .............................117
- A travers les Alpes, Les élus du Verdun. Le mont Viso
- (Gaston Tissandier)...................................156
- Le premier débarquement sur le grand continent polaire
- austral (W. de F.)....................................186
- Explorations françaises en Guyane au xvm° siècle (Henri
- Dehérain).............................................197
- La mer Morte américaine (X. West).........................205
- Le méridien initial (A. de Lapparent).....................206
- Les souterrains-refuges de Naours (Somme) (E.-A. Martel). 257 Les expéditions polaires terrestres (Marquis de Nadaillac). 291
- Le chemin de fer transsibérien (H. Dehérain)..............295
- Curiosités naturelles du département du Var. La perte de l’Argens. Le lion de mer et le lion de terre (Vicomte
- de Sayigny de Moncorps)..............................301
- Un aventurier africain. Le marchand d’ivoire Stokes
- (Henri Dehérain)......................................515
- La soie indigène en Afrique (Henri Dehérain)..............542
- Excursion aux « Pics d’Europe ». Sierras d’Espagne
- (Albert Tissandier)...................................574
- Nouvelle exploration du Puits de Padirac (Lot) (E.-A. Martel)...................................................587
- Exploration suédoise projetée dans la Terre-de-Feu. 78
- Un voyage extraordinaire..................................111
- Ascension d'un nouveau pic................................222
- La mer Morte américaine...................................518
- Anthropologie. — Ethnographie. Sciences préhistoriques.
- La Vénus accroupie dans l'art grec (DrREGNAUT et Lajard). 69
- Les attitudes de repos dans l’art sino-japonais (I)r F. Régnault) ................................................105
- Exposition ethnographique de l’Afrique occidentale au Champ-de-Mars à Paris, Sénégal et Soudan français
- (Dr Félix Régnault)....................................183
- L’heure en Chine par le soleil, l’eau et le feu (Planchon)
- ........................................... 193, 247
- Le préhistorique au Muséum d’histoire naturelle de Nîmes
- (Galien Mingaud)..................................... 195
- La dame Toui au Louvre et la sculpture industrielle sur
- bois en Égypte (G. Maspero, de l’Institut).....211
- Les artistes préhistoriques, d’après les dernières découvertes (Dr Félix Régnault)..............................305
- Monuments africains........................................314
- Le musée des portraits de Paul Jove........................423
- Découverte d’ossements préhistoriques......................112
- Découverte d'ossements humains paléolithiques en Angleterre..............................................255
- Mécanique. — Art de l’ingénienr. Travaux publics. — Arts industriels.
- Le chauffage des trains de chemins de fer par la vapeur
- et l’air comprimé combinés (L. B.)..................... 5
- L’usine de Soho et l’histoire de la machine à vapeur. . 10
- Essai des métaux à la meule (P. Clementitch de Engel-
- meyer).................................................. 13
- Chaudière multitubulaire pour embarcations à vapeur,
- chauffce au pétrole (L. B.)............................. 35
- Course des voitures automobiles Paris-Bordeaux-Paris
- (E. Hospitalier)............................ 42, 50, 84
- Fabrication de l’horlogerie. ............................... 45
- L’essayage des bicyclettes sur un home-trainer (L. Bau-
- dry de Saunier)......................................... 45
- Machine élévatoire des eaux au gaz pauvre (J. L.). . . 47
- Le monument des Girondins à Bordeaux (A. Gaston Cor-
- nié).................................................... 61
- Puddlage direct de la fonte................................. 67
- Étuve à désinfection par circulation d’un courant de
- vapeur sous pression (G. Richou)........................ 75
- Théorie expérimentale du cisaillement et du poinçonnage des métaux (Ch. Frbmont). ............................... 77
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-
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Nouvelles voies ferrées à Cuba.......................... 87
- Essais d’une machine à vapeur Willans de 500 chevaux
- (J.L.). ...............................................150
- Construction des fermes de fer du Palais des Machines
- de l’Exposition de Genève (Pierre Mdnier)............180
- Construction de moulins à Paris (Philippe Lapon). . . 214
- L’attraction exercée par un train en marche (D. B.). . . 218
- Influence de la vélocipédie sur la carrosserie. Moyeux à billes et pneumatiques pour roues de voitures (L. Bau-
- DRY DE SaDNIER)........................................228
- Industrie de la soie Tussali (A.-M. Villon)..............231
- Fonctionnement des machines à vapeur (X..., ingénieur). 234 La conservation des traverses de chemins de fer (Daniel
- Bellet)..............................................236
- Un curieux transporteur de déblais (Daniel Bellet). . 238
- Le traitement et l’utilisation des ordures ménagères. . 251
- Installation et exploitation des moteurs à gaz, à pétrole
- et à vapeur (X., ingénieur)............................251
- Les chemins de fer français, il y a quarante ans (A. de
- Sapohta).............................................253
- Montre à remontoir de M. Rebello (L. Reverciion). . . 268
- Les distributions d'eau par moteurs à vapeur et à gaz
- (J. L.)....................*.........................294
- Le chemin de fer transsibérien (II. Dehérain).............295
- Sur l’essorage des métaux...............................299
- Petite mécanique de démonstration (J. Laffargde). . . 323
- Courses de trains express en Angleterre (Cn. Maiisillon). 331 L’utilisation des chutes du Niagara. Historique. Dispositions générales. — Installation hydraulique. — Installation électrique (E. Hospitalier) .... 343, 371, 423
- Le pavage en bois dur.....................................346
- Une chaudière tubulaire à Pompéi (D. B.)...............347
- Les travaux des aqueducs..................................358
- Les moyens de transport dans Paris (E. H.)..............359
- Le canal de la Baltique à la mer du Nord (L. Bâclé). . 359
- L’accident de la gare Montparnasse (G. Richod)..........369
- Essais sur la turbine à vapeur de Laval (J. L.). . . . 371
- Une nouvelle merveille du tissage (D. Bellet)...........374
- Les eaux à Ballaigucs (Cu.-Ed. Guillauhe).................380
- La grande cloche « la Savoyarde » (X..., ingénieur). . 395
- Appareil pour refroidir des eaux de condensation . . . 395
- Le laboratoire d’essais mécaniques à Charlottcn bourg. . 410
- Les entraîneurs et les courses de bicyclettes (E. H.). . 415
- Un important théorème de mécanique...................... 15
- Vitesse des chemins de 1er.............................. 46
- L'utilisation des cataractes du Nil..................... 62
- Sur les causes de rupture des volants................... 62
- La machine à vapeur remplacée par la souris. . . 62
- Wagons en aluminium.......................................115
- Tuyaux de conduite du gaz en papier.....................142
- Nouveau système de barrage................................174
- Accident à un tramway funiculaire.........................239
- Une application industrielle du phonographe, . . . 334
- Polissage des métaux par l'acier broyé..................335
- Le record de l'endurance..................................359
- Les chemins de fer français et anglais..................366
- Un chemin de fer en mer.................................398
- Les forces motrice» naturelles en Suisse................399
- Un nouveau bandage pour bicyclettes.......................414
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Désinfection par le formol (G. Mareschal)...............103
- Une seringue aseptique (Dr A. Cartaz).....................107
- La transfusion du sang découverte par un moine lorrain
- (Dr A. Fournier).......................................125
- Le sens des couleurs (A. Mauger)..........................195
- Le sthétoscope ellipsoïdal (Ch.-Y. Zenger)................238
- Le sens des couleurs (A. de Rochas).....................243
- Le traitement et l’utilisation des ordures ménagères. . 251
- La lutte moderne (Guïot-Daubès)...........................278
- Le surpeuplement et l’hygiène dans les grandes villes
- (Daniel Bellet)........................................348
- Introduction de l’alcool dans le sang..................... 16
- Un microbe pathogène...................................... 31
- La nutrition des cancéreux........................... 47
- Le mécanisme de la voix chantée...................... 47
- Le fonctionnement de la pupille...................... 63
- Uéchauffemcnt des muscles par le travail. . . 95, 112
- La tête de Bismarck..................................126
- Action du foie sur les toxines.......................143
- La ventilation de la gare souterraine du Luxembourg..............................................159
- Influence des sécrétions microbiennes sur la descendance..............................................159
- La variole à Marseille..............................191
- Un nouveau stéthoscope...............................207
- La coagulation du sang...............................225
- Régénération de la substance nerveuse......... 271, 355
- La toxicité de l’acétylène...........................350
- La sérothérapie appliquée au cancer.................351
- Les ma!formations animales........................383
- Pédiculose intermittente............................ 398
- Dynamomètre physiologique............................415
- Les propriétés du sang de vipère.....................415
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture.
- Les pigeons voyageurs et la mer (A. de Rochas) .... 57
- Le ver à soie du chêne en Chine (Henri Codpin). ... 59
- Le potager de Versailles et l’Ecole nationale d’horticulture (E. Hennkbert)..............................108
- Les moutons algériens (Lieutenant-colonel E. Hennebert). 113 Protection des vignes contre les gelées printanières
- (II. Codpin)...........................................154
- Un rucher primitif (A. Vilcoq).......................... 173
- Expériences de labourage électrique (J. Laffargul). . 235
- Le vignoble allemand.....................................282
- Invasion de mildiou sur les treilles (A. Vilcoq). . . . 357
- Une pomme de terre monstre...............................416
- Influence des sels de cuivre sur la végétation. . . 15
- Ravages d insectes........................................ 50
- Conservation des fruits................................... 94
- La nitrification dans le sol............................. 94
- Les irrigations de la plaine de Gennevilliers. . . . 159
- Captures de saimions de Californie en Bretagne. . . 191
- Un nouvel engrais azoté..................................502
- Le poisson en Belgique, son transport à l'état
- vivant..................................................355
- Fertilisation des terres de bruyère de la Dordogne. 383
- La culture théorique de la vigne..........................415
- Reproduction du poisson rouge dans un petit aquarium................................................. 430
- Art militaire. — Marine.
- Marine militaire. La cuirasse et le canon (I,. Renard). . 17
- La gymnastique militaire (Gaston Tissandier)............. 24
- L’échelle pneumatique (Lieutenant-colonel Hennebert). 35
- Navigation à grande vitesse (de Sanderval)............... 44
- Les chiens de guerre en Allemagne........................ 58
- Canon de campagne de 75 millimètres à tir rapide (Lieutenant-colonel Hennebert)............................. 6.5
- Pirogues eu aluminium.................................... 75
- Les navires perdus cn mer pendant l’hiver 4894-1895
- (Gaston Tis«an»ier)....................................100
- Tourelle à éclipse du Creusot pour canon à tir rapide de 57 millimètres, système Ilotchkiss (Lieutenant-colonel
- Hennebert).............................................141
- Bâtiments chinois capturés par les Japonais..............146
- Canon à tir rapide de 57 millimètres et de 50 calibres de longueur d’âme, système Ilotchkiss (Lieutenant-colonel Hennebert).........................................165
- Projectiles antiques. Balle de fronde (Lieutenant-colonel
- Hennebert).............................................192
- Pistolets et revolvers (A. Landrin).............. 225, 284
- Un projet de canon monstre au dji-huitième siècle (G. T.) 256
- Canons en papier.........................................267
- Lancement de 1 ’Ægir, cuirassé allemand..................283
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-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 445
- I,es constructions navales au Japon............»... 287
- Le nouveau port de Copenhague (Daniel Bf.llet). . . 307
- La haute école d’équitation (Gaston Tissandier). . 312, 334
- Un bateau amphibie (E. IIansen-Blangsted)...............325
- La bicyclette pliante (L. Baudry de Saunier)............401
- La vitesse des paquebots................................. 94
- Le « Blanco-Encalada », croiseur chilien................145
- Achat de chevaux en Algérie par l'Italie. •.............286
- La bicyclette et le service des signaux.................286
- Une capote de soldat pouvant servir de tente. . . . 350
- Un tour de force de rapidité dans la construction des navires..............................................414
- Aéronautique.
- La navigation aérienne au Bois de Yinccnncs en 1900
- (X..., ingénieur).................................... 11
- Voyage au pôle Nord en ballon. Projet et expériences de
- M. Andrée (W. de F.)..................................138
- Catastrophe d’un ballon crevé en l’air (Gaston Tissak-
- dier).................................................270
- Les chapeaux de dames « au ballon » en 1783 et en
- 1784 (Gaston Tissandier)..............................317
- La découverte du pôle Nord en ballon.................... 31
- Projet de voyage en ballon de M. Andrée..................222
- Expédition aéronautique Andrée au pôle Nord. . . 450
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Le centenaire de l’École normale.......................... 2
- Cari Yogt................................................ 14
- Le professeur Yerneuil (Dr E. Kirmisson)................. 49
- Thomas Henry Huxley (W. de F.)........................... 99
- James Jackson (Gaston Tissandier)........................142
- Le monument de Boussingault au Conservatoire des arts
- et métiers (Gaston Tissandier)........................144
- M. Julien Vesque.........................................222
- Un monument à la mémoire de M. Carnot à Limoges
- (Gaston Tissandier)...................................223
- La mort de M. Pasteur (Gaston Tissandier)................289
- F.-H. Larrey (Gaston Tissandier).........................521
- Photographies de nos contemporains chez eux. M. Janssen
- (Gaston Tissandier)...................................330
- A.-M. Villon (G. T.).....................................398
- Pasteur..................................................302
- Sociétés savantes.— Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1‘), par Ch. de Yilledeuil, 15, 51, 47, 62, 79, 94, 111,
- 126, 143, 159, 174, 191, 207, 223, 239, 255, 271,
- 287, 502, 319, 335, 350, 367, 582, 399, 415, 431.
- L’Exposition universelle de 1900 (Max de Nansouty) . 22, 51
- Congrès international de chimie appliquée de Paris 1896. 43
- L’institution des ingénieurs civils en Angleterre. ... 43
- L’institution des Naval architects en Angleterre. ... 55
- Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Distribution des récompenses (J. L.). ....... 95
- XIII® Exposition nationale et universelle de Bordeaux
- (A. Gaston Cornié).....................................151
- Congrès international de géographie à Londres (W. de F.
- et R. Yerneau)..................... 158, 170, 382
- Congrès d’assainissement et de salubrité (G. Riciiod). . 178
- L’Association française pour l’avancement des sciences à Bordeaux. 24® Session. Août 1895 (A. Cartaz et Marius
- Otto)............................................. 190, 207
- Conférence internationale tenue à Zurich du 9 au 11 septembre 1895 pour l’unification des méthodes d’essai
- des matériaux de construction (L. Bâclé)................305
- L’Exposition du travail au Palais de l’Industrie (J. Laf-
- fargde)................................................339
- Le Congrès géodésique international de Berlin.............426
- Elections à l'Académie des sciences. 16, 63, 79, 95,
- . ............................... 127, 143, 160, 451
- Congrès international d'agriculture de Bruxelles. . 142
- Association amicale des anciens élèves de l'École de
- physique et de chimie.........................398
- Photo-Vélo-Club.............................. . 431
- Science pratique et récréative.
- Bateaux pneumatiques de M. Layman.............. 51
- Récréations scientifiques. Le fil invisible. Les dix chiffres figurés par Arlequin. Le mystère des hommes de feu dévoilé. La balle-parachute .... 61, 112, 128, 431 La science pratique. Un pneumatique à regonflement
- automatique...........................................164
- Jets d’eau à balle libre (DrZ.)..........................175
- La science au théâtre. L’antre des fantômes (Caiiolus
- Karl).................................................272
- Une caricature scientifique. La bicyclette à aimant (J. L.). 400
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Une bague taillée dans du diamant (Gaston Tissandier). 10 Les pigeons voyageurs et la mer (A. de Rochas). ... 37
- Cheval et vélocipède..................................... 54
- Un vérin dans une montre................................. 67
- Bicycle en or............................................ 80
- Pendule éventail et pendule magnétique (Planchon). . 92
- Jumelle portative et pliante (G. T.).....................116
- Le système métrique en Angleterre (C-.E. G.)...........151
- Les appareils de sauvetage automatiques de M. de Itopp
- (C.-E. Guillaume).....................................149
- L’industrie de l’huile de coton en Europe..............154
- La bicyclette et les tramways............................198
- Les horloges magnétiques (G. Pei.lissier)................240
- Les chemins de fer français il y a quarante ans (A. de
- Saporta)..............................................255
- Le commerce français à Java..............................259
- La consommation de l’eau à Paris (J. L.)...............275
- Création d’un répertoire bibliographique international et
- universel (C. M. G.).................................290
- Instrument de musique des Chinois (Dr J-.J. Matignon). 309
- Vues de projections (E. H.)..............................518
- La xilophanie (G. M.)....................................367
- Les pétroles russe et américain.......................... 46
- Les millionnaires en Amérique............................ 46
- Emploi de la grenouille au Tonkin........................ 62
- Emploi de l'aluminium en lithographie.................... 94
- Les carats...............................................143
- La production de charbon dans le monde entier. . 143
- Les chargements de houille à Glasgow.....................159
- Aperçu général de la science moderne.....................287
- Admission des billets de banque français dans les
- relations douanières franco-russes...................518
- Une prime aux voyageurs de chemins de fer.............. 414
- FIN DES TABLES
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- ERRATA
- *
- Page 140, col. 2, ligne 57. Au lieu de : — 152°,
- Il faut : — 252°.
- Page 312, col. 1, ligne 2. /1m lieu de : M. le capitaine
- J.-B. Dumas et de M. le V,e de Ponton d’Amécourt,
- Il faut .'f M. le commandant J.-B. Dumas.
- Légende de la fig. 2. Il faut ajouter : Travail sans bride, tète nue.
- Page 313, col. 1, ligne G. /1m lieu de : Autres changements.
- Il faut : contre-changements. Légende de la fig. 6. Il faut ajouter : Balotade.
- Page 314, col. 2, ligne 23. Au lieu de : Les auteurs de
- l’album,
- Il faut : L’auteur de l’album, M. le commandant Dumas.
- Page 368, col. 1, ligne 59. Au lieu de : Autels.
- Il faut : Outils.
- Page 416. Article : Une pomme de terre monstre. —Sous ce titre nous avons publié un article emprunté au Scientific American, qui affirmait qu’il n’existait aucun grossissement photographique. Ce journal a reconnu dernièrement qu’il y avait eu supercherie, et que le fait n’était pas exact.
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- P;uy«. — Imprimerie Lun nc, rue de Fleuras, 9.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Cbâteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE Dü JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Chemin de fer Courcelles-Trocadéro-Champ-de-Mars, à Paris. — En attendant le métropolitain, la Com-agnie de l’Ouest vient de soumettre à l’enquête d’utilité pu-lique le projet d’un chemin de fer spécial à créer en vue de l’Exposition de 1900. On sait que la ligne existante, desMouli-neaux au Champ-de-Mars avec raccordement sur Grenelle-Cein-ture, est en voie de prolongement jusqu’à l’Esplanade des Invalides1, où doit être établie une vaste gare souterraine ; elle formera ainsi une voie de pénétration très facilement abordable jusqu’au cœur de l’enceinte de l’Exposition ; mais, avec les directions qui y aboutissent, et qui sont, soit d’importance un peu secondaire, soit de parcours trop compliqué, les services ipie cette ligne pourrait rendre aux visiteurs de l’Exposition se trouveraient assez restreints, et en tout cas absolument insuffisants. D’autre part, la circulation déjà si intense sur la ligne d’Auteuil, qui reçoit à la fois les trains de Saint-Lazare, du Nord et de la Ceinture, ne permettrait pas de l’utiliser d’une façon efficace pour les besoins de l’Exposition. C’est en vue de remédier à ces divers inconvénients que la Compagnie de l'Ouest ! présente le projet d’une voie spéciale qui comporte, d’abord le ! dédoublement de la ligne d’Auteuil entre les "ares de Courcelles
- i et du-Trocadéro, puis la construction d’une ligne entièrement
- | nouvelle entre les gares du Trocadéro et du Champ-de-Mars, et I enfin l’extension de la gare du Champ-de-Mars. Le dédoublement de la ligne d’Auteuil, qui aurait son point de départ en
- avant de la gare de Courcelles, consisterait à établir une voie
- nouvelle sur la même plate-forme et de part et d’autre des voies actuelles ; dans les parties en talus, l’élargissement serait obtenu | par la construction de murs de soutènement, et, dans les parties où existent déjà des murs de soutènement, chaque voie latérale serait établie dans une tranchée recouverte d’un tablier métallique sous les rues latérales. Au delà de la gare du Trocadéro, la voie nouvelle de droite, d’abord infléchie en s’enfonçant, reviendrait passer sous la ligne d’Auteuil et s’accoler ensuite à la voie de gauche, qui se serait enfoncée parallèlement; les deux voies nouvelles ainsi réunies traverseraient en souterrain le quartier de la Muette, déboucheraient, en tranchée, puis en remblai, sur le quai de Passv, au carrefour de la rue du Ranelagh, franchiraient la Seine au moyen d’un viaduc métallique de 250 mètres de longueur et viendraient se placer parallèlement à la ligne des Moulineaux à son entrée dans la gare du Chainp-de-Mars. Cette dernière, convenablement modifiée et -agrandie, serait aménagée de façon à avoir neuf quais doubles à voyageurs de 180 mètres de longueur2.
- I 1 A la suite de difficultés récentes, la ligne du Champ-de-Mars | serait continuée jusqu’au square Cluny, où elle se souderait avec la ! ligne de Sceaux prolongée.
- # 2 Bulletin technologique de la Société des anciens élèves des Écoles d'arts et métiers. Note de M. A. Moreau.
- INFORMATIONS
- —Le mercredi 22 mai, l’Exposition internationale d’horticulture organisée annuellement par la Société nationale d'horticulture de Paris s’est ouverte dans le Jardin des Tuileries à Paris. L’Exposition de cette année mérite une mention toute spéciale ; plus de quatre cents horticulteurs y ont pris part ; ils ont réussi à former un spectacle vraiment merveilleux. Le Comité d’organisation, tenant compte de l’encombrement de l’an dernier, a élargi considérablement la surface de l’Exposition. La grande tente, dont l’entrée était située en face de la rue de Castiglione, offrait un délicieux tableau avec ses parterres, où les fleurs de tous genres et aux coloris éclatants étaient disposées avec harmonie, se détachant sur un ton sombre de palmiers et de massifs de plantes vertes. L’affluence a été considérable à cette première journée ainsi que les jours suivants. Le Président de la République a pris part à l’inauguration de ce palais des roses et des orchidées.
- —@— La Société de Géographie a donné la semaine dernière, à l’Hôtel Continental, un banquet en l’honneur de M. Savorgnan de Brazza, qui vient de revenir d’Afrique. Le commissaire général du Congo français a continué la grande œuvre qu’il accomplit depuis de longues années; il a reçu le chaleureux accueil qu’il mérite du nombreux et brillant entourage qui composait la réunion.
- —Les procédés de préparation mécanique et les lavages employés pour l’extraction de l’or ont l’inconvénient de laisser échapper des particules d’or très appréciables. On peut recueillir ces particules par des procédés chimiques basés sur la dissolution de l’or libre par un réactif. Il n’y a que trois réactifs qu’on puisse employer, l’eau régale, le chlore et le cyanure de potassium. L’emploi de ce dernier est tout récent; il est dû à M. A. Leproux, ingénieur des mines; il a donné des résultats satisfaisants dans le district de Witwatersrand. Ce procédé consiste en un lessivage des résidus de broyage par une solution de cyanure de potassium qui donne un cyanure double d’or et de potassium, qu’on précipite par le zinc ou par un procédé électrolytique. M. Leproux a étudié la succession des opérations et la disposition générale d’un atelier de cyanuration. Les opérations sont délicates, mais le résultat est avantageux ; on peut retirer des deux tiers aux trois quarts de l’or restant dans les résidus de lavage, à un prix qui n’est pas très élevé.
- —$— En Angleterre, certains journaux industriels affirment que l’on fabrique un caoutchouc artificiel de la manière suivante : on fait passer des vapeurs d’essence de térébenthine, de bas en haut, à travers un tube chauffé ayant 2 ou 5 millimètres de diamètre. A la sortie de ce tube, les vapeurs rencontrent un jet d’acide chlorhydrique. 11 paraît qu’il se forme un magma qui ressemble à du caoutchouc; on recueille le produit, on le lave et on le moule.
- —6$— On parle beaucoup en ce moment d’un nouveau fusil italien inventé par le capitaine d’infanterie Gei. Cette arme, essayée en présence du prince royal et de deux cents officiers, a donné des résultats étonnants, tant au point de vue de la rapidité du tir que de la précision et de la portée. L’inventeur a fait constater les résultats obtenus, mais s’est bien gardé de dire sur quels principes est basée son arme. On suppose qu’il emploie du gaz liquéfié et qu’il utilise la force du recul pour le rechargement. Théoriquement, le fusil Cei tirerait 100 coups par minute, si l’on ne tenait pas compte de réchauffement du canon. La nouvelle arme va être construite et mise à l’essai.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne le nouveau propulseur électrique, s’adresser à la Compagnie des bateaux électriques, 136, -Liberty Street, à New-York.
- Communications. —M. T. Pavot, à Lorient, nous adresse la lettre suivante, à propos d’un sujet traité autrefois dans La Nature et dont un point n’avait pas été éclairci : « La Nature a déjà publié (1875,1, p. 298, et 1886, II, p. 131) deux articles sur des crânes préhistoriques offrant des perforations méthodiquement pratiquées. D’après l’état de la brèche osseuse, tantôt réparée plus ou moins, tantôt sans trace de cicatrisation, on a su, de suite, que telle de ces opérations avait été faite pendant la vie, et telle autre seulement post modem ; mais, ici, dans uelle intention? Comme l’ont supposé MM. Bertillon et de Na-aillac, on obéissait alors à une idée religieuse. On voulait, sans aucun doute, conserver quelque relique d’un être vénéré. Seulement — et ceci m’a semblé curieux — cette dévotion vint souvent de ce que le personnage avait été, de son vivant, sanctifié par la trépanation, employée autrement que comine procédé thérapeutique. Voici, en effet, ce que dit précisément la Revue de l'Ecole d'anthropologie (1893, p. 58) : « La pratique des exorcismes remonte à l’époque néolithique. Pour faire sortir le démon logé dans la tète, on faisait alors un trou au crâne. On a retrouvé un grand nombre de crânes de cette époque portant la trace de cette opération. »
- M. A. Meyer, à Lille, nous adresse une note intéressante, sur la composition des bains pour Télectro-nickelage des métaux. (( Je vois, nous dit notre correspondant dans un des derniers numéros de La Nature, qu’une personne de Livry a demandé des renseignements sur la composition des bains de nickelage. J’ai traduit autrefois une note d’ensemble du Dongler’s Polyte Journal sur les bains d’électro-nickelage des métaux. Je vous l’adresse ci-dessous : Le Dongler's Polyte Journal donne la composition de toute une série de bains pour le nickelage des surfaces métalliques. Ces bains donnent tous d’excellents résultats si l’on opère avec soin : 1° Dissoudre 8 kilogrammes de sulfate double d’ammoniaque et de nickel dans 100 litres d’eau et rendre la solution légèrement alcaline au moyen de l’ammoniaque, puis légèrement acide avec de l’acide citrique. — 2° Dissoudre dans 100 litres d’eau 5 parties de sulfate de nickel neutralisé par l’ammoniaque, 3,75 parties de tartrate d’ammoniaque et 0gr,025 de tannin. On obtient par ce procédé un blanc homogène et un dépôt régulier, même sur de fortes épaisseurs. — 5° Dissoudre dans 100 parties d’eau 2,75 parties d’acétate de nickel, 2,5 parties d’acétate de calcium; quand la dissolution est complète, ajouter 0,7 partie d’acide acétique (de densité = 1,047) et filtrer. — 4° Dissoudre dans 100 parties d’eau 5 parties de sulfate double d’ammoniaque et de nickel, 2 parties de sulfate d’ammoniaque, 0,5 partie d’acide citrique, faire bouillir et filtrer. — 5° Dissoudre dans 100 parties d’eau 8 parties de sulfate double d’ammoniaque et de nickel, 1 partie de chlorure d’ammonium et ajouter ou non 0,5 partie d’oxalate de baryte. — 6° Dissoudre dans 100 litres d’eau 5 kilogrammes de sulfate de nickel et d’ammoniaque, ajouter ll*,5 d’acide borique et lkg,25 de chlorure de sodium, faire bouillir et acidifier avec de l’acide citrique, neutraliser avec l’ammoniaque et filtrer. Ce bain est excellent. Les bains contenant de l’acide borique conviennent bien pour produire de bons dépôts sur des surfaces restreintes mais planes, car ils ne donnent pas de bons résultats dans les creux et les saillies ; on obvie à cet inconvénient par l’addition de chlorure de sodium.
- Renseignements. — MM. Ruppert, Singer et C‘% à Zurich. — 1° Le numéro que vous demandez vous sera envoyé directement par la librairie G. Masson. — 2° Nous n’avons pas l’adresse exacte de^e fabricant ; mais vous pourriez vous adresser à l'Organe des intérêts industriels du Nord, à Dunkerque.
- M. L. M., à Paris. — Il faudrait consulter les constructeurs, ' MM. Rouart frères, 137, boulevard Voltaire, qui vous donneraient certainement des renseignements sur cet appareil et ses nouvelles modifications.
- M. A. Dollé, à Soissons. — Il ne nous est pas possible de juger cette pile, puisque aucune description n’en a été publiée.
- M. C. F., à N. — 1° Ce procédé est indiqué dans les Recettes et procédés utiles, 4* série, à la librairie G. Masson. — 2° Nous avons parlé du carborundum dans le n° 1036, du 8 avril 1893, p. 290, et dans le n4 1063 du 14 octobre 1893, p. 318; pour se procurer cette substance, il faut s’adresser à M. Acheson, directeur de la Carborundum C°, à Monongahela (Pensylvanie, jtats-Unis). — 3° 11 n’existe pas de procédé connu.
- M. L. D., à Paris ; M. H. Boivin, à Pans. — Vous trouverez ce produit chez les marchands de produits chimiques, ' M, P. Rousseau, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques, ancienne ' maison Billaudot, place de la Sorbonne.
- Un abonné, en Autriche. — Les chroniques du Supplément sont souvent empruntées à d’autres journaux ; il ne faut pas leur attacher trop d’importance. Voyez notre dernier article sur ce même tremblement de terre dans le n4 1147, du 25 mai 1895, p. 410. J
- M. Maydell Legras, à Saint-Denis (île de la Réunion). — 1° Les sons se trouvent reproduits avec une intensité plus faible. — 2° Oui. — 3° II est possible de disposer l’appareil pour une audition publique avec un grand cornet acoustique. — 4° Le prix est environ ae 1600 francs. — 5° On peut se procurer les grands airs connus. — 6° M. Albert Tissandier a bien publié dans La Nature plusieurs articles sur ses beaux voyages, notamment sur le jardin de Buitenzorg, à Java. 11 parlera de Batavia dans un livre qu’il prépare.
- L'Illustré Soleil du Dimanche, à Paris. —Le renseignement dont vous parlez nous a été donné par un de nos correspondants; nous n’avons pas d’adresse plus complète que celle que nous avons indiquée.
- M. S. T., à Pontarlier. — L’article original a été publié par M. de Parville dans le Journal des Débats; mais il n’est pas beaucoup plus long que ce que nous avons donné.
- Un abonné, à Saint-Etienne. — Nous vous avons répondu dans notre Boîte aux lettres du n4 1147, du 25 mai 1895. Si nous avons attendu, c’était afin de répondre à votre question sur les essais de traction électrique aux chemins de fer. Voyant que nous ne pouvions vous fournir encore de renseignement précis, nous avons répondu à vos autres questions. Votre dessin de plume était intéressant ; mais il ne nous a pas semblé nécessaire de le signaler.
- M. Marcel, à Orléans. — Consultez l’article que nous avons publié sur le chauffage par l’acétate de soude cristallisé dans le n° 502, du 13 janvier 1883, p. 101.
- Un lecteur, à Toulouse. — 1° La formule chimique du gaz acétylène est CMP, sa densité par rapport à l’air 0,92, et son poids moléculaire 26 ; sa chaleur de formation à l’état gazeux est de 58 calories kg-degré par kilogramme, et sa chaleur de combustion de 315,7. — 2° Nous ne connaissons pas cette donnée.
- M. Gorjonnet, à Saint-Mandé; M. J. de Saint-Laon, à Pas-de-Jeu. — Nous avons fait paraître, dans le n° 578, du 28 juin 1884, p. 62, une Note sur l’utilisation de la sciure de bois. Aujourd’hui on brûle ordinairement cette sciure telle quelle dans les chaudières à vapeur.
- M. Rambaud, à Aix-les-Bains. — 1° Pour cet appareil, il faut vous adresser 19, rue Turgot, à Paris. — 2° Nous n’avons pas entendu parler de ce papier ; mais vous pourriez vous renseigner directement auprès de l’inventeur.
- M. P. P. R., à Belfort. — 1° Ces dessins d’exécution ne sont jamais publiés ; il faut les préparer soi-inème. — 2° Ces moteurs sont décrits, mais avec peu de détails.
- Un lecteur, à Liège. — 1° Consultez le Traité de pisciculture pratique de M. Koltz, à la Librairie agricole de la maison rustique, à Paris. — 2° Renseignez-vous auprès d’un marchand de produits chimiques.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. Goffart, à Tanger. Nous ne pouvons vous fournir d'autres renseignements-Tous nos regrets. — M. P. de Badens, à Cherbourg. Nous avons transmis votre lettre à l’adresse de l’inventeur qui nous avait été donnée lors de la description de l’appareil, et notre lettre nous a été retournée avec la mention : Inconnu. — M. G. R., à I.yoii. Consultez les Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie G. Masson. — M. C. C. K., h Paris. Les recettes que vous demandez sont indiquées dans les Recettes et procédés utiles, 2° et 5e série, à la même librairie que ci-dessus.
- Dans <a « Botte aux lettres » la liédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon A répondre, à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Machine h peler les légumes, les fruits et les pommes de terre. — Cette machine, qui est très pratique et d’une grande simplicité, doit s’ajouter aux systèmes similaires qui ont été inventés jusqu’à présent. La place de cette machine se trouve dans tous les ménages sérieux et économes, car par son service elle procure une économie de ‘25 pour 100 au moins sur les légumes ou fruits pelés au couteau. La manière de la
- Machine à peler les fruits et les pommes de terre.
- la pièce à mettre en réserve, elle porte de plus un petit ressort à son extrémité, ressort faisant taquet et donnant butée contre les encoches d’une roue gravée des numéros 00, 10, 20, 30, 40, etc., jusqu’à 90. A chaque tour entier, c’est-à-dire lorsque dix pièces de cinquante centimes ont été déposées, une deuxième roue évidée et concentrique à la première se trouve commandée ; cette seconde roue porte les numéros de 0 à 9. Les chiffres des deux roues apparaissent et se montrent dans un évidement ménagé dans la plaque de face de la malle-tirelire. Dans le bas de la plaque qui porte le mécanisme décrit se trouve une ouverture dans laquelle s’engage, au moyen d’une clef, un obturateur dont
- Tirelire enregistrante en forme de malle.
- 1. Vue extérieure de la malle. — 2. Détail du mécanisme.
- mettre en usage est très simple, puisqu’il suffit de fixer l’appareil à une table quelconque en se servant de la vis à main que l’on trouve à la partie inférieure ; il n’v a plus ensuite qu’à tourner la manivelle et le légume ou fruit se pèle tout seul ; on peut placer le couteau de la machine de manière à peler suivant l’épaisseur que l’on désire, ou obtenir beaucoup de finesse de la peau séparée. — L’appareil que nous venons de décrire se trouve chez M. A. Bertrand, 19, rue ’d'Hauteville, Paris.
- Lanterne pratique pour les écuries, la campagne, les greniers à fourrage. — Cette lanterne, que représente la gravure ci-dessous, est une lampe à essence de pétrole ; elle est très facile à allumer et ne présente pas de danger d’incendie.
- Lanterne de campagne et de ferme.
- Le vent, lorsqu’on la transporte en plein air, ne l’éteint pas et n’a pas d’action sur sa flamme. Le n° 1 de notre figure montre la lampe fermée et le n° 2 la fait voir quand elle est ouverte pour allumer la mèche. — Le verre, fermé par une porte à ressort, s’abaisse en ouvrant cette porte et peut facilement être remis en place. Le pied de la lampe renferme la mèche et le réservoir qui l’alimente. — S’adresser à M. Mathieu, 29, rue de Valois, Paris
- JLa malle-tirelire enregistrante. - La tirelire nouveau modèle que nous signalons à nos lecteurs se distingue des modèles connus par la totalisation inscrite et indique extérieurement les pièces de monnaie qu’elle emmagasine par son mode de fermeture et d’ouverture. Pour donner entrée à une pièce de cinquante centimes, il est nécessaire de tirer à soi une glissière placée sur le côté, après avoir mis la pièce de monnaie. Celte glissière est pourvue d’une entaille dans laquelle s'engage
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Acm-vr.llex scientifiques est étrangère aux annonces.
- l’enlèvement permet de retirer les pièces tenues en réserve. Tel est le système de la malle-tirelire, caractérisé par le mode tout spécial* d’enregistrement établi et effectué par le seul fait de l’introduction d’une pièce de cinquante centimes ou similaire. Le compte lui-même est assez singulièrement établi. Au lieu de compter individuellement les pièces déposées, la première roue porte les chiffres qui disent que dix sous sont dans la tirelire, puis vingt, puis trente sous, etc. La deuxième roue vient ensuite compter les centaines de sous, soit cent dix sous, etc. Cette malle se ferme par l’introduction d’une première pièce. Elle ne s’ouvre que quand on y a déposé cent pièces de dix sous, soit cinquante francs. La petite tirelire se trouve à la même adresse que la machine à peler décrite plus haut.
- BIBLIOGRAPHIE
- Rapport annuel de l'année 1894 sur les services municipaux de l'approvisionnement de Paris (abattoirs, entrepôts, Halles centrales, marché aux bestiaux, marchés- de quartier, etc.). Préfecture du Département de la Seine. Direction des affaires municipales. Bureau de l’approvisionnement. 1 vol. grand in-4°. — Paris, imprimerie municipale, 1895.
- Étude sur les virus, par Jean Hameau, docteur en médecine à la Teste (1836 et 1847). Préface par M. Brancher, professeur à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. in-8°. "—
- • Paris, G. Masson, éditeur, 1895.
- Les petites bêtes, par Georges Viret et Paul Noël, avec une Préface de M. E. Noël. 1 vol. in-8° avec 38 gravures. Librairie d’éducation de la jeunesse. — Paris.
- Nouveau formulaire vétérinaire, par MM. A. Bouchardat et G. Desoubry. 5e édition, conforme au dernier Codex. 1 voL in-18. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 3 fr. 50 broché, 4 francs cartonné.
- Bulletin of the United States fish commission. Vol. Xllf, for 1893, Marshall Mac Donald, commissioner. 1 vol. in-4°. — United States commission of fish and fisheries. Part. XVIII. Report of the commissioner for the year enditiy June 50, 1892. 1 vol. in-8°. — United States, Department of agriculture. Division of entomology. Insect life. Devoted to the economy and life-habits of insects, especially in their relations to agriculture, edited by L.-O. IIoward, entomologist. Vol. VII. Nos 1, 2, 3, 4, 5. 5 brochures in-8°. Report of S. P. Langley, secretary of the Smithsonian Institution for the ye<h• ending June 50, 1894. 1 brochure in-8°. — Reports of observations and experiments in the pratical work of the division mode under the direction of the Entomologist. 1 brochure in-8\ — Washington, Government Printing Office, 1894.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- D'iary of a journey through Mongolia and Tibet in 1891 and 1892, bv William Woodville Rockhill. 1 vol. in-8°. — Smithsonian geographical tables, prepared by R. S. Wood-AvAfti). 1 vol. in-8°. — Index to the literature of didymium ‘ 1842-1895, bv A. C. L. Langmuir. 1 brochure in-8°. — City of Washington, published bv the Smithsonian Institution, 1894.
- Eleventh and twelflh Annual report of the Bureau of ethno-logy to the secretary of the Smithsonian Institution 1889-1890, 1890-1891, by J.-W. Powell, director, 2 vol. in-4°. I
- — Washington, Government Printing Office, 1894. — Department of the interior U. S. geographical and geolo-gical survey of the Rocky mountain région. Dakota gram-mar, texts, and elhnography, by Stephen Return Riggs. 1 vol. in-4°. — Washington, Government Printing Office, 1893. — List of the publications of the Bureau of Ethno-logy with index to authors and subjects, bv Frederick Webb Hodge.—An ancient quarry inlndian terrîtory, by William Henry Holmes. 2 brochures in-8°. — Washington, Government Printing Office, 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 20 mai. . . . 8*,5 N. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert; horizon brumeux.
- Mardi 21 10* ,8 N. E. 2 Très nuageux. 0,0 Nuageux jusqu’à 16 h., couvert ensuite ; quelq. gouttes à 22 h.; brumeux à 7 h.; clair à 10 h.
- Mercredi 22 12*,1 N. W. 2. Couvert: 0,1 Presq. couv.; quelq. coups de tonn. entre 11 il. et 13 h. et 18 et 20 h.; un peu de pl. av. 6 li.
- Jeudi 23 12* ,8 N. W. 1. Couvert. 16,9 Couvert jusqu’à 9 h., puis très nuageux; beau après 20 h.; quelques averses jusqu’à 6 h.
- Vendredi 24 14*,5 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusq. 7 h., puis peu nuag.; pr. couv. après 11 h., tonn. à div. repr. à partir de la h. 45.
- Samedi 23 13* ,2 Calme. Très nuageux. 9,9 Nuageux; tonn. à 11 h. 48 et de 16 h. 35 à 18 h., puis éclairs de 22 à 24 li ; petite averse à 18 h. 25.
- Dimanche 26 9*,1 N. N. W. 2. Couvert. 0,6 Couvert jusqu’à 12 h.; nuageux à 13 h.; beau ensuite; petit brouillard à 4 h.
- MAI 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 20 AU DIMANCHE 26 MAI
- Lundi I Mardi I Mercredi I Jeudi | Vendredi I Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en. pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Coup <le foudre sur la ligne de chemin de fer d'Ormoy À Marœuil-sur-Ourcq (Pas-de-Calais). — M. E. Sartiaux, chef des services électriques de la Compagnie des chemins de fer du Nord, nous a adressé une intéressante communication sur un curieux coup de foudre ; nous la reproduisons : « Pendant l’après-midi du 9 mai 1893, un violent orage a éclaté sur la région d’Ormoy à Marœuit-sur-Ourcq, et vers 4 heures du soir la foudre est tombée aux abords de la station d’An-tilly, occasionnant divers dégâts de la ligne et des appareils électriques. Toutes les communications d’Antilly ont été du même coup interrompues, tous les conducteurs ayant été brisés et détruits, à partir du pignoii côté Ormoy de la station, sur une longueur de plus de 100 mètres, pendant que trois poteaux télégraphiques, le deuxième, le troisième et le sixième vers Ormoy, étaient déchiquetés sur presque toute leur longueur arec des éclats de 3 à 4 centimètres de largeur et d'une orofondeur de 1 à 4 centimètres : ces trois poteaux, de 10 mètres de hauteur, ont dû être remplacés. 11 faut remarquer que ces trois poteaux, dont l’un n’est pas voisin des deux autres, ont été aussi gravement atteints sans que ceux d’à côté portant les mêmes iils aient reçu la moindre égratignure. On ne peut, guère s’expliquer ce fait qu’en supjwsant que ceux-ci se sont trouvés en moins mauvaise communication avec la terfe au point de vue électrique, mais ce qui est assez curieux, c’est la détérioration du carrelage à fen-droit des deux sonneries d’annonce de la station : au pied de chacune des deux sonneries, montées sur colonne en fonte de 2",23 de hauteur avec un fût de 1 mètre enterré, une dizaine de carreaux céramiques (exactement 10 pour l’une et 8 pour l’autre) ont été décimentés, soulevés et
- rejetés à plusieurs mètres. Les appareils de ces deux sonneries n’ont subi d’ailleurs aucun dégât. Comme avaries d’appareils, les deux sonneries de contrôle des disques ont eu leurs bobines brûlées; dans le poste télégraphique, aucun dégât, les fils seuls des paratonnerres ont été brûlés ; quant aux sonneries d’annonce, malgré les détériorations du carrelage signalées plus haut, les paratonnerres ont eu seuls leurs pointes légèrement émoussées, tandis que les fils isolés reliant les appareils aux oonducteurs extérieurs étaient complètement dénudés, leur enveloppe isolante s’étant transformée en une sorte de cendre recouvrant l’intérieur des appareils. »
- Tremblements de terre en Autriche, en Crèee et en Algérie. — Le 18 mai 1895, à Laibach, en Autriche, il y a eu, à 8 h. 4 m. du matin, un léger tremblement du sol et une courte secousse modérément forte. Le même jour, trois nouvelles secousses ont été ressenties à Zante, en Grèce, sans causer de dégâts. Le lendemain, 19 mai, au même endroit, a eu lieu une nouvelle secousse. Le 21 mai 1895, une forte secousse de tremblement de terre paraissant venir du nord-ouest a été ressentie à midi 50" à Koléa (Algérie). On n’a signalé aucun dégât.
- Orages A Paris. — Un violent orage s’est abattu sur Paris le 22 mai 1895, vers 6 heures du soir. De 6 heures à minuit, la pluie n’a cessé de tomber en abondance. Quelques coups de tonnerre se sont lait entendre. Place Maubert et rue Monge, des caves ont été envahies par le* eaux. Rue des Jardins-Saint-Paul, la chaussée s’est affaissée sur une longueur de plusieurs mètres, par suite de l’inlillration des eaux. Le 24 mai 1895, dans la soirée, un orage, aussi violent que le précédent, a encore éclaté sur Paris. __________
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 24, à 0 h. 56 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS d’.ADRESSE, ETC.) . DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE 6. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- La Société de secours des amis des sciences. —
- Cette société est une des plus utiles que l’on puisse signaler. Sa séance publique annuelle vient d’avoir lieu le 5 juin 1895, dans le grand amphithéâtre du Conservatoire des arts et métiers, sous la présidence de M. Aucoc. M. Dehérain, de l’Institut, a fait entendre, après une allocution du Président et le rapport du secrétaire, une conférence sur le travail du sol et la nitrification.
- Nous publions ici la Notice qui résume 1e but et les œuvres, depuis son origine, delà Société de secours des amis des scientes.
- La Société de secours des amis des sciences, fondée par Thénard, le 5 mars 1857, a pour objet de venir au secours des savants ou de leurs familles qui se trouvent dans le besoin. Elle comptait au 1er janvier 1895 plus de 2000 membres ou souscripteurs. Depuis son origine jusqu’à cette époque, elle avait distribué plus de 1200000 francs en secours. De nombreuses demandes sont journellement adressées à la Société, mais il ne lui serait possible de les accueillir favorablement dans l’avenir que si de nouveaux adhérents venaient se réunir aux souscripteurs actuels et augmenter ses ressources. D'après l’article 0 des statuts, le titre de savant et le droit aux secours dont la Société dispose appartiennent à quiconque est auteur d'un mémoire ou travail approuve par l’Académie des sciences, ou au moins d'un mémoire ou travail présenté à l’Académie des sciences et reconnu, par une Commission spéciale, équivalent en mérite aux œuvres que l’Académie honore de son approbation. Ainsi, et c'est la ce qui caractérise essentiellement la Société des amis des sciences et la distingue de toutes les sociétés analogues, les secours qu’elle donne sont le prix de services rendus, à la seienceet la conséquence d'un droit attaché à ces services, comme le droit à une pension de l'État appartient à l’oflicier qui a passé trente ans de sa vie sous les drapeaux. Ces. secours- sont donc un véritable honneur K>ur ceux qui les ont mérités, et cet honneur lui-même, la Société c rehausse encore en proclamant publiquement leurs noms, en rappelant leurs travaux dans ses publications et en faisant entendre leurs éloges aussi bien que ceux des membres les plus éminents de fa Société dans ces séances solennelles où, chaque année, son Conseil d’administration rend compte de ses actes et convie d’éloquents professeurs à exposer, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, les plus récentes conquêtes de la science. Jusqu’à présent les ressources de la Société ne lui ont pas permis de .sortir des sages limites que son fondateur lui a tracées, mais elle aspire au moment où elle pourra étendre ses bienfaits à tous les hommes qui rendent de véritables services à la science par leur enseignement ou par leurs travaux, et particulièrement aux familles des professeurs qui succombent avanf le temps où ils. ont droit à la retraite qui leur est accordée par l’État.
- Le Conseil d’administration de la Société, présidée aujourd’hui par M. Pasteur, ne cesse d’appeler l’attention des ainis des sciences sur cette œuvre si intéressante. Cette Société a fait beaucoup de bien, elle pourrait en faire encore davantage, si elle obtenait de nouvelles-donations ou souscriptions1.
- 1 La souscription annuelle nécessaire pour devenir membre de la Société est de 10 francs. On peut obtenir le diplôme de souscripteur perpétuel : soit en versant une somme de 20Q francs, en une seule
- INFORMATIONS
- —!$— Il est inutile de dire que notre célèbre sculpteur Bar-tholdi est un artiste de grand talent ; tout le monde le sait ; nous applaudissons à la belle récompense de la médaille d’honneur qui a été votée en sa faveur pour l’œuvre si remarquable, exposée au Salon : La Suisse secourant les douleurs de l'Alsace pendant le siège de 1870. La même récompense a été bien donnée aussi à M. Ernest Hébert dans la section de sculpture et à M. Baudc dans la section de gravure et de lithographie. Mais il nous appartient surtout de parler dans La Nature de M. Bartholdi, dont les œuvres atteignent parfois des proportions titanesques qui nécessitent dans leur exécution le concours des applications de la science. Cela touche à la science. C’est ainsi que nous avons décrit dans ce recueil le mode de construction de tout le travail métallique de la statue de la Liberté que les voyageurs qui arrivent à New-York admirent tous sans restriction. Enfin non seulement M. Bartholdi connaît les constructions métalliques, mais il ne cesse jamais d'être animé du sentiment de la Patrie. Le Lion de Belfort est là pour le démontrer.
- —— On a pu voir au Salon des Champs-Élysées dont nous venons de parler, dans la section de l’architecture, les originaux des dessins que M. Albert Tissandier a exécutés dans son dernier voyage autour du monde, et dont plusieurs ont été reproduits dans La Nature. Les visiteurs ont beaucoup remarqué les plans du merveilleux édifice de Banh-Yong situé dans l’enceinte de l’antique citadelle de Angkor-Thom, dans le Cambodge siamois; celui de Beng-Mealea; d’autres vues des ruines grandioses qui se trouvent aux frontières cambodgiennes ont aussi attiré l’attention. M. Albert Tissandier a obtenu une médaille de 2e classe. Il n’y a pas eu cette année de médailles d’honneur ni de médailles de lre classe distribuées dans la section d’architecture.
- —A l’une des dernières séances de la Société de' photographie M. Davanne a pris la parole et dit combien il est heureux d'avoir reçu du Comité d’administration la mission de remettre au président, M. Marev, la médaille Jansscn qui lui a été décernée par la Société. M. Davanne a ajouté qu’il ne croyait pas nécessaire de rappeler les travaux de premier ordre qui ont motivé la décision de la Société; il suffit d’ouvrir les Comptes rendus de, VAcadémie des sciences pour les trouver cités presque à chaque page. Nos lecteurs
- Eourront aussi se reporter aux nombreux articles que M. Marey a ien voulu publier dans nos 43 volumes de La Nature.
- —Un grand nombre de lecteurs ont été étonnés en lisant dans les journaux le récit de .combats ayant eu lieu l’avant-veillc sur les côtes de la Corée et d’apprendre que les troupes chinoises et japonaises recevaient des instructions directes et rapides de Kong-Kong et Yokohama. L’explication est facile,à donner. Non seulement le télégraphe fonctionne dans ces contrées lointaines, mais le téléphone y est également établi depuis quelques années.
- —$$— On annonce de tous côtés que cette année sera une année de hannetons. On en trouve partout, même dans les jardins de l’aris, où des écoliers en ont recueilli. Il faut leur faire, dès l’origine de leur apparition, une chasse active.
- fois, soit par quatre versements, de 50 francs en quatre, années. — S’adresser, pour tous les renseignements, à M. Fourct, trésorier de la Société, 79, boulevard Saint-Germain, Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Adresses relatives aux appareils décrits. —Les bateaux pneumatiques de M. Leyman se trouvent à International Pneu-maticBoat and C% 851, New-York (V. S.). — Les nouveaux appareils de mesure électrique sont en vente chez MM. Arnoux et Chauvin, 186, rue Championnet, à Paris.
- Communications. — M. J. Zaghikian, électricien à Salo-nique (poste française), nous adresse un échantillon d’une herbe appelée Prissipkaotte et qui est cultivée à Monastir, en Turquie d’Europe. Cette herbe a la propriété de cailler le lait. Ou prend environ 1 litre de lait de vache ou de brebis, on le fait bouillir, en ajoutant 150 à 200 grammes de sucre; on verse ensuite le lait dans des plats et on y mélange une solution composée en laissant tremper dix à quinze minutes environ 10 grammes de cette herbe dans 10 à 15 grammes d’eau bouillante. Quand le mélange est fait, on couvre le plat pour éviter un refroidissement trop rapide ; après deux ou trois heures le lait est devenu de la crème.
- M. J. Bouchard, à Paggar Alam (Sumatra), nous signale que le 17 avril 1895, après des pluies torrentielles, il a remarqué que la rivière de la région qu’il habite roulait des eaux absolument laiteuses et dégageant une odeur de soufre nettement caractérisée. Le fait se reproduit de temps à autre. La résidence de notre correspondant à Palembang est située à 800 mètres d’altitude, au pied d’un ancien volcan nommé Detnpo, éteint depuis des siècles. Dans cette contrée les pluies sont très fréquentes, et les tremblements de terre se font parfois sentir, mais sans grands dégâts.
- M. Carlos Honoré, à Montevideo, nous envoie deux brochures in-8° ayant pour titres Loi du rayonnement solaire et ses principales conséquences et Polaires thermiques du Soleil. Ces deux Notices ont été publiées à Montevideo en 1895.
- M. H. K. Parisot, à Paris, nous envoie la lettre suivante : « J'ai lu avec beaucoup d’intérêt, dans La Nature du 25 mai, n° 1147, l’article de M. Henri Dehérain intitulé « la Chique, ou Pulex pénétrons », article plein de vérité. Toutefois, l’auteur a omis un détail que je crois devoir signaler et qui rendra peut-être quelques services à nos explorateurs qui pourraient être atteints pour la première fois par ces parasites. Les chiques échappent très souvent à l’inspection la plus minutieuse, et cela même plusieurs jours après la pénétration, se trouvant le plus souvent très bien dissimulées sous les ongles ou dans les parties corneuses des pieds. La présence de chiques est toujours accompagnée d’une démangeaison, que l’on provoque aisément par un léger frottement ae la main, sur les parties susceptibles de les loger. Cette démangeaison se manifeste presque instantanément après une légère friction (j'insiste, que ce soit bien légèrement), même si la pénétration n’a eu lieu que quelques instants avant l’inspection. Pour extirper une chique de récente pénétration il n’est pas besoin d’aucune précaution, mais il n’en est pas de même pour une chique de plusieurs jours ayant atteint la grosseur d’un pois de movenne taille. Pour ces âcrnières il est préférable, pour les enlever, d’employer un canif, pas trop pointu, en faisant une incision sur le cercle dessiné par la chique, en évitant de crever l’enveloppe. Avec un peu de soin on arrive ainsi à l’enlever avec son enveloppe, seul le suçoir reste tenace; il est urgent de l’enlever. Les indigènes des Antilles cicatrisent la plaie faite par une chique avec de la cendre (de tabac de préférence). Cette cicatrisation est peu douloureuse et ne dure pas. Après cette opération rien n’v paraît, et il est rare de voir de nouveau Une chique pénétrer à la place ainsi cicatrisée. J’ai eu l’occasion d’extirper en une seule séance, à un seul sujet, une quantité considérable de chiques de plusieurs jours de pénétration; après avoir été cicatrisées avec de la cendre de tabac, le patient a pu faire plusieurs lieues de marche sans souffrances. Vingt-quatre heures après rien n’v paraissait. Je serai heureux si ces
- quelques lignes peuvent servir à soulager l’humanité atteinte par ces parasites. »
- Renseignements. — M. J. N., à Paris. — ILfaut préparer soi-même ces cachets avec les indications que nous avons données.
- M. Mangin, à Revigny. — Il est probable que ie Irembleur de la bobine ne fonctionne pas toujours d’une manière régulière. Il serait certainement préférable de supprimer le retour du courant par le moteur et de mettre un deuxième fil.
- Un abonné, à Paris. — Les voitures automobiles ne seront réunies que quelques jours avant la course.
- M. J. S., à Barcelone. — 1“ Ces accumulateurs sont à oxydes. — 2° L’adresse que vous demandez est 19, rue de l’Estrapade, à Paris. — 3° Les piles au sulfate de cuivre conviennent bien pour cet usage.
- M le comte de Forestier de Caubert, à Bex. — Le nombre des moteurs à pétrole est considérable, et il est bien difficile de vous indiquer un système plutôt qu’un autre; adressez-vous cependant à M. Merlin, 91, boulevard Sébastopol, à la Compagnie des moteurs Niel, 22, rue Lafayette, ou à la Compagnie des moteurs Grob, 21, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. Marcel, à Orléans; M. L. Lubienski, à Alierrow. —Pour tous ces renseignements, il faudrait écrire directement à l’auteur de l’article, 97, Grande-Rue de la Guillotière, à Lyon.
- M. J. Bouchard, à Palembang (Sumatra). — Vous trouverez un sismographe chez M. J. Richard, constructeur, impasse Fes-sart, à Paris.
- Un lecteur, à Saint-Etienne. — Consultez les traités de la photographie au charbon, à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. H. V., à Bruxelles. — Voyez les ouvrages de galvanoplastie à la librairie Baudrv, et les manuels de la collection Roret.
- M. TU. P., à X. — Il faudrait gratter le parquet avec de la aille de fer et encaustiquer ; il n’y a pas d’autre procédé pour ien faire.
- M. G. Allix, à Grenoble. — Pour les vitres intérieures parallèles à ouvertures contrariées du Dr Castaing, il faut vous adresser à MM. Gauthey et Haussmann, 45, rue Greneta, à Paris.
- M. M. du Houssay, à Paris. — Voyez la réponse que nous avons publiée dans ia Boîte aux lettres du n° 1114, du 6 octobre 1894, au sujet de la composition d’un liquide à brûler dans les lanternes de bicyclette.
- M. V. Riston, à Malzeville. — Vous trouverez des filtres de poche chez M. Mallié, 155, rue du Faubourg-Poissonnière, à la maison du Filtre Chamberland, système Pasteur, 58, rue Notrc-Dame-de-Lorette, et chez M. Maignen, 5, avenue de l’Opéra, à Paris. Ces appareils, sans assurer une stérilisation complète, donnent cependant de bons résultats.
- M. H. Bollinckx, à Bruxelles. — C’est en général l’inconvénient des papiers à calquer de se détériorer rapidement; voilà pourquoi on les remplace souvent par la toile à calquer, qui est d’un prix plus élevé. Mais on fabrique aujourd’hui des papiers à calquer parchemin qui résistent beaucoup à l’usage. Adressez-vous à M. Cabasson, papetier, 29, rue Joubert; à M. Barras, 14, rue du Faubourg-Saint-Martin, ou à M. Fortin, 59, rue des Petits-Champs, à Paris.
- Un abonné, à X. — On doit préparer soi-même ces cachets.
- M. Ârnoldus, à Carlsbourg. — Nous avons indiqué, dans les Recettes et procédés utiles, 1” série, à la librairie G. Masson, plusieurs procédés pour protéger le fer contre la rouille ; mais il n’est guère possible de faire ces opérations sur une canalisation déjà en place.
- Un abonné, aux Pyrénées. — Consultez l’ouvrage Des odeurs, des parfums et des cosmétiques, par Piesse, à la librairie J. Baillière, 19, rue Hautefeuille, à Paris.
- Accusés de réception. —Avis divers. — M. Girard, à Lyon. Il faut vous adresser à un ingénieur compétent pour établir ce projet. — M. A. R., à Paris. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux qui ont déjà été publiés. — M. V. Lelong, à Arras. II serait nécessaire de faire l’analyse chimique de cette substance, pour en connaître la composition exacte. — Af. V. Heins, à Gand. 1° Nous avons indiqué un procédé de métallisation des fleurs dans les Recettes et procédés utiles, 3” série, à la librairie G. Masson. — 2° Voyez chez M. E. Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, à Paris. MM. Debailleul, à Marcq-en-Barœul. Nous avons fait connaître une méthode simple pour stériliser l’eau destinée aux usages domestiques dans les Recettes et procédés utiles, 4* Série (G. Masson, éditeur). — M. D. V., à Paris; M. G. L., à Tours. — Remerciements pour vos communications.
- Duns la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signatés par ses lecteurs, et donne de son nueur les retr
- seionements oui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes 'les questions ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- DEMAIN — VOITURES NOUVELLES A MOTEURS DIVERS
- Dessins et texte inédits de À. Robida.
- 1. L’épicier iaisant ses livraisons à domicile. — 2. Voiture pour nourrice et nourrisson. — 3. Hareng qui glace, qui glace! — 4. Le petit patronnet allant ' porter une bombe glacée en ville. — 3. Le laitier : utilisation'jde la vapeur du lait sur le feu. '— 6. Le commissionnaire. — 7. Le sergent de ville à moteur électrique assurant la sécurité de la circulation. — 8. La porteuse de pain. — 9. Tricycle à pétrole pour paysagistes. — 10. Tourisme. La maison mobile pour déplacements et villégiatures circulant à travers les paysages et s’arrêtant aux bons endroits pour séjours plus ou moins prolongés.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Procédé pour donner de la dureté au cuivre. — Faire dissoudre ensemble, dans 500 parties d’eau pure, 50 parties de sel ammoniac et 100 parties de sulfate ferreux d’ammonium ; quelques gouttes d’acide sulfurique sont ajoutées pour aciduler la solution. Lier la plaque ou objet de cuivre au pôle négatif d’une pile, et placer au positif une plaque de fer de dimension à peu près égale, comme anode. La solution est maintenue de 60 à 80°. Le dépôt de fer est d’une dureté comparable à l’acier,
- et est très rapidement formé. Deux éléments Bunsen ordinaires suffisent, ou bien deux éléments'au bichromate. Pour des piles Déclanché, doubler la proportion, soit quatre éléments à deux plaques agglomérées ordinaires, ou trois éléments à trois plaques grands zincs. D’après les journaux canadiens, il paraît qu’un pauvre forgeron de Québec, nommé Ferdinand Allard, a retrouvé l’ancien secret de durcir le cuivre de manière qu’on puisse utiliser ce métal avec avantage à la place du fer. L’inventeur a fait des expériences probantes dans les ateliers du Gouvernement. (Revue chronométrique.)
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FÇRCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 27 mai. . . . 10° ,8 N. 1. Très nuageux. 0,0 Très nuageux de 7 à 8 h.; beau le reste du temps. Tp A 3 km. à 7 h.; atmosphère claire à 16 h.
- Mardi 28 13-,2 N. 1 Beau. 0,0 Reau.
- Mercredi 29 15‘,3 E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- Jeudi 30 19”,0 S. S. E. 1. Beau. 0,0 Peu nuageux à 18 et 19 li.; beau avant et après.
- Vendredi 31 16* ,8 S. W. 2. Couvert. 0,0 Presque couv. de 5 à 19 h.; beau avant et après ; halo, tonn. de 14 h. 13 à 16 b. 41 ; grosse pluie et grêle.
- Samedi 1*' juin . . . 15”,7 E. S. E. 1. Nuageux. 11,3 Presq. couv. de 6 à 23 h., beau à 1 h.; peu nuageux à 4 et 24 h.; tonn. de 14 h. 45 à 16 h. 45.
- Dimanche 2 12’,4 S. 1. Peu nuageux. 2,6 Couvert de 8 à 12 h. Nuageux avant et après; halo, petite averse à 10 h.; alm. claire.
- MAI-JUIN 1895 --- SEMAINE DU LUNDI 27 MAI AU DIMANCHE 2 JUIN
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique lu nébulosité dti 0 à 10; les flèches inférieures, In direction du veut. Les courbes ou milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule, sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri A boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Pare Saint-Maur en mai 1005
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi 758°,80. Minimum le 19 à 4 heures du soir, 745““,23. Maximum le 2 à 10 heures du soir, 772““,11.
- Moyennes thermométriques : des minima 8°,63; des maxima 20°,19; du mois" î 4°,41; moyenne vraie des 21 heures 14°,03. Minimum 2°,7 le 3 entre 4 et 5 henres du matin. Maximum 28°,4 le 50 à 2 h. 50 du soir; il y à eu 2 jours de gelée blanche, les 3 et 17.
- Tension moyenne de la vapeur, 8—,14. La moindre 3““,3 le 16 à 10 heures du matin. La plus grande 12"*,7 le 23 à 10 heures du matin et lq 31 à 4 heures du soir.
- Humidité relative moyenne 70. La moindre 22 le 30 5 3 heures du soir. La plus grande 100 en 7 jours.
- Pluie 44““,3 en 17 heures réparties en 10 jours. Les plus grosses averses sont avec orages : le 22 qui a donné 16”“ d’eau en 2 lieures cl demie; le 24 qui a donné 9““,9 d’eau en 1 heure et le 31 en 3 heures, 11”“,3. Il y. a eu un peu de grêle mêlée à la pluie les 16, 24 et 31.
- Il y a eu 4 orages : le 22 de 11 h. et demie à 7 heures du soir. Le 24 presque toute la soirée après 4 heures du soir. Ix; 25 après 3 heures du soir. Le 31 de 2 à 5 heures du soir.
- Nébulosité 44. 5 jours de petits brouillards le matin, les 1", 6 et 26.
- A part six jours où le vent a souHlé du sud au sud-est, pendant tout le reste du mois le vent a été de l’est à l’ouest par le nord. Le vent a souflié lort du nord-uord-est au nord-est dans la journée du 4 et très fort du nord ou nord-nord-ouest de temps eu temps dans la journée du 16.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 16°,17 ; dans l’après-midi,
- 16°,79; en moyenne 16°,48.; elle a varié de 13°,67 le 6 à 19°,58 le 5t. Elle a été claire, assez basse et de niveau peu variable tout le mois.
- Relativement aux moyennes normales le mois de mai 1893 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 1““,64. Thermomètre plus haut de 1°,04. Tension de la vapeur plus forte de 0““,44. Humidité relative égale à la moyenne. Nébulosité moindre de 8. Pluie moindre de 2““,3.
- Le printemps de 1895 présente Saison. les résultats suivants : Normale. Excès
- Baromètre. 756“”,11 756““,57 — 0”“,4t
- Thermomètre. 9°,81 9°,52 •+-0,29
- Tension de la vapeur. 6“”,65 6"”,34 -i-0,31
- Humidité relative. 72 8 71,3 -t-1,5
- Nébulosité. 53 54,5 —1,5
- Pluie totale.
- 126““, 4
- 12î“”,5
- -O—,!
- Floraisons : Ancholie, Epinard. U, Rhubarbe, Epine-vinette, 7, Lilas de Perse, Nerprun purgatif. 8, Cognassier. 10, Epine à (leurs rouges, Pivoine de Chine; il y en a depuis huit jours à fleurs dans d’autres jardins. 12, Polemoine bleue, petits pois. 13. Relie de onze heures, Pivoine rouge, Chèvrefeuille commun des jardins. 15, Ilémérocalle jaune. 20, Julienne simple. 21, Leucantheinum des champs, Tradescantia. 22, Acacia, Seringat. 24, Dactyle pelotonné, Poa printeusis et trivialis. 25, Sauge officinale, Sureau commun, Clématite droite, Eglantier capucine. 28, Cornouiller. 2J. Iris jaune des marais, dans mon jardin.
- 2, Martinets; on en a vu à Paris le 28 avril. 6, Tourterelle. 12, Caille. .1
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 31. à 8 h. 58 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOl’TES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- La traction électrique A Paris. — La traction électrique, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire en plusieurs circonstances, est une des applications mécaniques de l’énergie électrique les plus susceptibles d’extension et d’avenir. De nombreuses installations ont déjà été faites dans tous les pays d’Europe et surtout en Amérique. A Paris, la traction électrique est fort réduite, et pour cause. On ne veut pas tolérer le til aérien avec trolley; et, d’autre part, on hésitait beaucoup jusqu’ici à établir des canalisations souterraines. Il est nécessaire, en effet, de laisser à fleur du sol, dans ces canalisations, des ouvertures pour le passage du support venant établir la communication de la voiture avec les conducteurs, ('.es ouvertures peuvent présenter de grands inconvénients dans une ville comme Paris. Il en est résulté que, pendant de longues années, la traction électrique par station centrale et conducteurs a été inconnue à Paris ; nous n’avons eu que les tramways automobiles à accumulateurs électriques, dont nous avons déjà donné une description complète. Les dernières hésitations semblent vaincues aujourd’hui; ou tout au moins les ingénieurs sont décidés à entrer dans la voie des expériences. Au mois de mai 1895, le Conseil municipal de Paris a, en effet, accordé dans Paris deux concessions de lignes de tramways à traction électrique par conducteurs souterrains. La première ira du carrefour Cadet à la place Montmartre. La canalisation sera faite d’après le système Holroyd Smith et avec des caniveaux souterrains de lm,70 de hauteur afin de permettre le passage des ouvriers. Un tramway établi sur ce principe à Blackpool.en Angleterre, depuis 1885, a donné toute satisfaction. La deuxième ligne a été accordée à M. Cl a rot, et sera faite d'après le système qu’il avait installé à l’Exposition de Lyon, et que nous avons décrit précédemment; elle partira de la place de la Hépublique et aboutira à Romainville. Il y a peu de temps enfin. M. A. balance a demandé une concession de traction électrique par conducteurs souterrains de la place de la République à la gare Saint-Lazare. Ajoutons aussi qu’il est question de faire une grande installation de traction électrique mixte, avec voitures automobiles à accumulateurs dans Paris, et avec trolley aérien en dehors de Paris. Ces différentes lignes de tramways électriques, qui ne sont en réalité que des essais, auront le grand mérite de fixer définitivement les idées des spécialistes sur les avantages respectifs des divers modes de traction, avec expériences comparatives des plus rigoureuses.
- INFORMATIONS
- —Ht— >’ous apprenons que la Société des ingénieurs et architectes sanitaires de France organise en ce moment, à l’occasion de l’Exposition internationale d'hygiène, un Congrès d’assainissement et de salubrité. Ce Congrès se tiendra du 7 au 15 juillet 1895
- dans les locaux de l'Exposition, au Palais des Arts Libéraux. Les principales questions mises à l’ordre du jour par le Comité de direction sont : le traitement et. l’utilisation des ordures ménagères, les bains publics, les conditions d’application des obturateurs typhoïdes aux canalisations intérieures des habitations, le chauffage rationnel de l’habitation, l’unification des méthodes employées pur établir les statistiques sanitaires, etc., etc. Les noms des Présidents du Congrès, MM. Tollet, Bechmann, Morin-Goustiaux et A. Hermant, donnent de sérieuses garanties pur l’organisation de cette réunion sanitaire. Toutes les communications doivent être adressées au Secrétariat général du Congrès, Palais des Arts Libéraux, à Paris.
- —®— Grand succès au Jardin d’Acclimatation, au milieu de la grande pelouse, avec une cage dans laquelle sont installés, en liberté, côte à côte, Lions, Pumas, Léopards, Ours blanc, Ours noir, Tigres, Chiens grands Danois. Rien d’intéressant comme la vue de ces bêtes féroces au reps, ou plutôt au jeu, car elles gambadent continuellement, se bousculant entre elles sans se faire aucun mal. C’est la première fois que pareille ménagerie est présentée aux Parisiens et il est regrettable que le Jardin d’Acclimatation ne la possède que pour quelques semaines. Quand nous avons été voir cette installation, un grand ours se trouvait assis sur un escabeau ; une panthère passa et lui donna un fort coup de patte ; l'ours tomba et se releva sans rancune.
- —On sait que la Gascogne, dans sa dernière traversée de l’Amérique, est arrivée à Acw-Vork trois jours en retard. En arrivant, le bâtiment marchait très lentement. Il a demandé par signaux qu’on lui envoie deux remorqueurs. Son retard était dù à la rupture d’une tige de piston, qui a nécessité un arrêt de huit heures. Cet accident s’est produit le 16 mai 1895, à 8 heures et demie du matin. Le navire a dû ensuite modérer son allure et réduire sa vitesse à 8 noeuds. Tout a été bien à bord.
- —®— Six mules qui avaient traîné pendant quatre ans des wagons de charbon dans la mine de Laeon (Illinois), ont été ramenées au jour récemment. Pendant tout ce temps, elles n’avaient vu d’autre lumière que celle de la lampe Pavy. Le soleil était au zénith, quand les pauvres bêtes arrivèrent à la”surface du sol. Aussitôt on les vit fermer les yeux et elles furent prises d’un tremblement général comme à l’approche d’un danger. Elles firent, les yeux toujours fermés, le trajet de près de 2 kilomètres qui les séparait de leur écurie. Ce n’est qu’à la nuit qu’elles commencèrent à ouvrir les yeux et à donner les marques d’une vive satisfaction qui se traduisit par des braiments et des gambades interminables. Elles s’habituèrent, d’ailleurs, rapidement à leur changement d’existence et les premiers jours ne voulurent toucher à aucune nourriture, paraissant se contenter de l’air pur et de la lumière du soleil.
- —3$— Un bateau contenant 250 litres de nitroglycérine descendait lentement, le 1er juin 1895, le fleuve près de Parkcsburg (Virginie), quand un groupe de femmes qui stationnaient sur la rive entra en’ conversation avec l’équipage, composé de vingt hommes. L’un d'eux, ayant levé sa rame pour saluer ses interlocutrices, la laissa retomber lourdement sur une des caisses du chargement. Instantanément toutes les caisses tirent explosion. L’équipage entier fut anéanti et deux des femmes furent également tuées sur la rive. Plusieurs individus qui passaient en harijue non loin de là furent blessés grièvement. Un moulin a été détruit et les ouvriers qui v travaillaient ont tous été tués ou blessés. Dix maisons se sont effondrées. Un vapeur qui remorquait plusieurs barques a été mis en pièces. Au total, on compte que 200 personnes ont été tuées ou blessées; les dégâts sont estimés à 520 000 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES;
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le home-trainer se trouve chez MM. Rochet et Cie, 29, rue du Quatre-Septembre, à Paris. — Pour tout ce qui concerne la chaudière multitubulaire chauffée au pétrole, s’adresser à M. Loir, représentant de la Liquide Fuel C°, 24, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- Communications. — M. J.-R. Plumandon, météorologiste à l’observatoire du Puy de Dôme, nous envoie une Notice sur Le climat de Clermont-Ferrand. Cette brochure donne de très intéressants renseignements sur les températures et gelées avec l’indication des principaux chiffres relevés de 1875 à 1894. Il s’agit, comme on le voit, d’observations très sérieuses faites par notre collaborateur, dont nos lecteurs ont pu apprécier toute la compétence.
- M. le professeur Pietro Tacchini, à Rome, nous fait parvenir un exemplaire du Bulletin de la Société sismologique italienne. Ces études sismologiques ont un grand intérêt en Italie, où les tremblements de terre sont nombreux et causent souvent de grands désastres.
- M. A. Maronnier, à Saint-Mandé, à propos de l’article que nous avons publié sur les fruits du caroubier, dans le n° 1138, du 23 mars 1895, p. 267, nous adresse diverses Notices sur les fèves de Turquie. Ce produit est le fruit du Ceralonia siliqua, de la famille des légumineuses, genre des caroubiers. Ces fèves, dont il existe un grand nombre de variétés, ont des propriétés alimentaires très remarquables et rendent de grands services en Turquie, en Égypte, en Italie, en Espagne, en Angleterre et dans le midi de la France, pour la nourriture des animaux domestiques. Notre correspondant nous fait connaître les efforts qu’il a faits de 1886 à 1890 pour propager l’emploi de ce produit.
- M. L. Tourneux, à Reims, nous écrit au sujet de notre article sur les Bandages pneumatiques en cuir paru dans le n° 1145, du 11 mai 1895, p. 379. Nous avons dit que l’idée de remplacer dans l’enveloppe de la chambre à air d’un pneumatique le caoutchouc par du cuir était due à M. Sainte. Nous devons ajouter que M. Tourneux s’est occupé, concurremment avec M. Sainte, de la fabrication de ces pneumatiques en cuir.
- M. A. Cor et, à Neuilly-sur-Seine, nous envoie la description d’un nouveau système de niveau métallique de son invention. Ce niveau, d’un poids de 160 grammes, est très portatif; un arc de cercle portant la graduation est fixé à l’intérieur. L’extrémité de l’aiguille indicatrice se voit par une ouverture qui a été ménagée sur un des côtés de la boite et qu’on recouvre ensuite par un morceau de corne aplatie.
- M. Federico Sacco, professeur à l’Université de Turin, nous adresse une brochure qu’il vient de faire paraître et qui a pour titre Essai sur Vorogénie de la terre. Cet opuscule a été édité par M. Clausen, libraire de l’Académie des sciences, à Turin.
- Renseignements. — M. E. M., à Paris, nous écrit : a Le n° 1147 de La Nature publie un article intéressant sur les câbles aériens et donne des exemples de porteurs dont l’éloignement ne permet guère à ses lecteurs de se rendre compte du fonctionnement de ces utiles appareils. Or, à quelques kilomètres de Château-Thierry, à Barzy-sur-Marne, il existe un chemin de fer aérien qui fonctionne admirablement ; il dessert des carrières de meulières situées sur le haut du coteau, et il en transporte les produits à la Marne, où il les déverse directement dans les bateaux. Différence de niveau, 160 mètres; longueur, 1200 mètres; deux câbles-rails pour l’aller et retour; câble-tracteur sans fin, entraînant 40 bennes, tant à la descente qu’à la remonte ; chaque benne contient un quart de mètre cube ; peut faire 100 bennes à l’heure, soit 260 à 300 mètres cubes par jour; la différence entre la gravitation des bennes pleines et la traction des bennes vides laisse une puissance disponible de 8 à 10 chevaux, inemployée ; les exploitants ont l’intention d’utiliser cette puissance perdue en produisant
- de la lumière électrique, qui leur permettra de faire fonctionner le câble nuit, et jour, ce qui élèverait sa puissance quotidienne de transport à 500 mètres cubes, soit 2 bateaux. Un téléphone relie la carrière à la décharge. Installation curieuse à visiter. »
- M. G. Genty, à Langeais. — Pour l’établissement de votre filtre, vous pourriez disposer dans un récipient approprié une série de couches alternées de sable et de charbon de bois concassé.
- M. M. A., à Brest. — Adressez-vous à la librairie Michelet, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. H. F., à Paris. — Le jus de citron ou une dissolution d’acide oxalique vous conviendront.
- Un lecteur, à Paris. — Vous trouverez des téléphones magnétiques chez M. Mildé, 26, rue Laugier, chez M. Bancelin, 10, rue Meslav, ou à la Société générale des téléphones, 25, rue du Quatre-Septembre, à Paris.
- M. J. P. V., à Strasbourg. — Nous pensons qu’il s’agit d’un thermomètre à liquide à maxima et à minima. Le liquide placé dans le réservoir, en se dilatant et en se contractant, fait déplacer la colonne de mercure ainsi que le liquide placé au-dessus; il faudrait examiner votre appareil pour connaître la nature du liquide employé.
- M. G. C. Kaulfuss, à Paris. — Nous croyons que cet appareil doit servir aux projections, comme il est dit dans l’article ; l’adresse de M. Nachet est 17, rue Saint-Sévérin, à Paris.
- M. L. F., à Lyon. — Nous ne connaissons pas d’autre corps possédant cette propriété ; nous avons publié plusieurs articles sur le sélénium, voyez la table des matières, lre Série, 1873-1882, à la librairie G. Masson.
- M. H. Mowis, à Ghent. — Nous n’avons pas entendu parler de ces nouveaux procédés de fabrication.
- M. J. Cellu, à Paris. — Nous ne pouvons vous donner la composition de ce vernis ; il faudrait en faire faire l’analyse par un chimiste.
- M. Leturc, à X. — Avant l’échappement au dehors, on pourrait essayer de faire détendre la vapeur dans un récipient disposé à cet effet.
- M. L. Suet, à Corbeil. — Il serait nécessaire de demander ce renseignement à l’auteur de l’article, à Lyon.
- M. A. Schotsmans, à Lille. — Il s’agit d’expériences qui ont été exécutées pour la fabrication des lampes à incandescence; mais nous ne savons si le procédé est actuellement appliqué dans l’industrie.
- M. Rebroin, à Nice. — Consultez Teinturier, apprêteur et dégraisseur, par MM. Riffaut, Yergnaud, de Fontenelle, Thil-laye, Malepeyre, Ulrich et Romain, dans la collection des Manuels Roret.
- M. B. Y., à C. — Ces appareils ont été beaucoup perfectionnés et sont aujourd’hui très nombreux ; consultez l’article que nous avons publié sur un nouveau télégraphe imprimeur, dans le n° 1123, du 8 décembre 1894, p. 27.
- M. E. Hert, à Mâcon. — Ces questions de signaux des chemins de fer sont bien spéciales ; elles ont déjà été bien discutées et sont encore à l’étude. Il convient de s’inspirer des difficultés pratiques afin de trouver la solution qui convient. Nous ne saurions apprécier votre projet.
- M. B. S. H., h Paris. — Yous trouverez des allume-cigares électriques à brancher sur les réseaux de distribution chez M. J. Ullmann, 16, boulevard Saint-Denis, à Paris, ou chez M. F. Henrion, constructeur, à Nancv.
- M. E. Murat, à Montevideo. — Nous ne connaissons pas la maison dont vous parlez ; il faudrait vous adresser à une agence de renseignements.
- Un abonné, à Malaga. — Pour tout ce qui concerne les lanternes magiques, renseignez-vous auprès de M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. D., à Bordeaux. Nous ne pouvons vous fournir d’autres renseignements; tous nos regrets. — M. A. G., à Fréjus. Il ne nous est pas possible de publier ces prix; nous aurions l’air de faire des réclames. — il/. E. Frichot, à Dreux. Nous n’avons pas retrouvé l’article dont vous parlez. — M. F. Jaeger, à Chadron. Il n’v a pas de journal spécial. — il/. T. Colombier, à Paris. Il serait nécessaire de construire cette machine et de l’expérimenter. — il/. Girard, à Paris ; M. D. L-, à Tours; M. J. Schmitt, à Belfort. Yoyez les Recettes et procédés utiles, lr<! série. (G. Masson, éditeur.) — L'abonné 7090, à Cliambolle-Musignv. Nous avons publié la recette d’un liquide qui préserve le bois de l'attaque des insectes dans les Recettes et procédés utiles, 2e série, à la même librairie que ci-dessus. — M. E. Jaulmes, à Soctraug; un abonné, à Nevers. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — il/. G. Gruère, à Dijon. Remerciements pour votre communication; cette réaction est bien connue des chimistes.
- Dans ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — [l n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- II
- PETITES INVENTIONS1
- Calculateur automatique. — On a souvent à faire des multiplications longues, et ces calculs nécessitent toujours des opérations plus ou moins compliquées. 11 existe un grand nombre de tables de multiplication donnant tous les résultats, mais le maniement de ces tables n’est pas toujours des plus aisés. Le calculateur automatique que nous représentons dans la figure ci-dessous peut rendre de grands services dans les magasins et maisons industrielles où ces calculs sont fréquents. Il consiste en un cylindre porté sur un axe mobile entre pointes. Le cylindre contient, à gauche, une première colonne verticale
- Calculateur mécanique.
- renfermant les divers nombres jusqu’à 80, et une série de lignes horizontales renfermant dans des carrés les produits de chacun des premiers nombres par les multiplicateurs, jusqu’à 00, qui se trouvent inscrits sur une tringle horizontale fixe, sur le devant de l’appareil. Pour multiplier deux nombres l’un par l’autre, on déplace le cylindre, jusqu’à ce que l’un d’eux, inscrit dans la colonne verticale dont nous avons parlé plus haut, soit en regard de la tringle horizontale. On cherche ensuite, sur cette dernière, le deuxième nombre, et le produit se trouve inscrit en face. Cet appareil, d’un maniement des plus simples, peut être très utile pour les calculs rapides et fréquents. — Le calculateur automatique est en dépôt chez MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, à Paris.
- Une bonne muselière. — La question de la muselière a été souvent étudiée, beaucoup discutée, et le nombre des systèmes proposés est très considérable. Il y a cependant toujours
- Nouvelle muselière.
- du nouveau sur la terre. Voici une muselière qui offre des qualités nouvelles dépassant celles des essais antérieurs ; elle permet au chien de boire, de manger et de bâiller à son aise; la muselière ne le gène nullement et ne peut pas le blesser. Un système à peu près identique s’était trouvé indiqué dans La Nature, en 1890, mais ce système (système Canary, dont le constructeur actuel avait la propriété] a été complètement modifié, en transformant le mode d’action du balancier et le dis-jiositif des courroies. Notre gravure représente une muselière dans ses deux positions extrêmes (n°‘ 1 et 2). Le n°3 montre un chien qui la porte sans être gêné pour boire et pour manger.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- — On trouve la muselière, qui s’intitule la Sauvegarde, chez MM. Muraire et Bernard, à Draguignan (Var).
- Le tireur automatique. — Nous avons eu l’occasion de voir dernièrement un très intéressant jouet, qui montre le degré de précision atteint aujourd’hui dans la petite mécanique. Ce joüet consiste en un tireur, zouave, turco ou autre soldat, fixé sur un petit socle. Quand on a tourné la clef de remontage d’un ressort, le soldat, en arme, met genou en terre, épaule, vise, fait partir un coup de fusil et se relève. Nos deux figures montrent les deux attitudes extrêmes. En même temps que le soldat exécute cette manœuvre, un mouvement moteur fait avancer le socle sur lequel est placé le tireur. Quelques mo-
- Le zouave tireur automatique.
- dèles sont également pourvus d’une boîte à musique qui, pendant le tir, joue des airs militaires, tels que la Marseillaise, As-tu vu la casquette du père Bugeaud ? etc. Ce petit appareil est surtout remarquable par la multiplicité des opérations successivement exécutées, et le tout automatiquement. — Le tireur automatique se trouve à la même adresse que le Calculateur automatique.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité pratique de prévision du temps, par J.-R. Plumandon, météorologiste à l’observatoire du Puv de Dôme, officier de l’Instruction publique. — 1 vol. in-18 avec des cartes hors texte. Paris, G. Masson éditeur, 1895. Prix : cartonné, 2 francs. Franco, 2fr,50.
- II. J.-R. Plumandon, dont nos lecteurs ont assurément apprécié les articles météorologiques, est un observateur très expérimenté et très érudit. Grâce à vingt années de pratique et avec l’aide de nombreuses et longues statistiques, il a réussi à faire pour la prévision des différents météores, pluies, neiges, tempêtes, orages, gelées, etc., ce que l’Américain Maury a réalisé vers 1848 pour la prévision des vents. Le météoroscope qui a été décrit dans La Nature et le tableau synoptique offrent à tous les observateurs, et aux agriculteurs en particulier, des avantages analogues à ceux que les Sailing Directions ont procurés à la navigation maritime. M. Plumandon a donné dans son livre trois chapitres, où il expose d’une façon claire et succincte les principes généraux qui sont indispensables à connaître pour tous ceux qui s’occupent de météorologie. Il parle des baromètres, et des mouvements généraux de l’atmosphère. Puis il aborde l’exposition des méthodes de prévision du temps, et spécialement de celle du météoroscope. Des cartes et des tableaux complètent les explications données dans cet ouvrage qui contribuera certainement à développer les progrès de la météorologie. G- T.
- Cours élémentaire d'électricité. Lois expérimentales et principes généraux. Leçons professées à l’Institut industriel du nord de la France, par M. Bernard Brunhes, maître de conférences à la Faculté des sciences de Lille. 1 vol. in-8°. Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- La photographie directe des couleurs (chromophotographie), par le procédé de M. Gabriel Lippmann. Historique. Théorie. Pratique, par Gaston Henri Niewenglowski et Armand Ernault. 1 vol. in-8° écu, de la Bibliothèque générale de photographie. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1895. Prix : 2 fr. 50.
- Philosophie à l'usage des candidats aux baccalauréats de renseignement secondaire classique et moderne, par E. de la IIautière, professeur agrégé de philosophie au lycée Saint-Louis. 1 vol. in-18 des manuels des Baccalauréats. — Paris, Société d’éditions scientifiques. Prix : 1 fr. 50.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Les martyrs de la science, par Gaston Tissandier. Ouvrage illustré de 34 gravures sur bois, adopté par les ministres de l'Instruction publique de France et de Belgique, les villes de Paris, de Bruxelles, etc. Nouvelle édition revue et corrigée. — Paris. Maurice Drcyfous et Dalsace, rue de Tour-non. 1895.
- Notes et formules de l'ingénieur, du constructeur-mécanicien, du métallurgiste et de l'électricien, par MM. Barré, Vigreux, Bouquet et Campredon. 1 vol. in-18. 10e édition. Paris, E. Bernard et Cie, imprimeurs-éditeurs, 1895.
- L'A B C du chauffeur, par Henri Mathieu, contrôleur des mines. 1. vol. petit in-18. Paris, librairie polytechnique Baudry et C/% 1895. Prix : 3 francs, cartonné.
- Manuel de photochromie interférentielle, Procédés de reproduction directe des couleurs, par A. Berthier. 1 vol in-18 de la Bibliothèque photographique. Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Conservation des pommes. — On prend une caisse ou un tonneau dans lequel on met d’abord au fond une couche de sable, de cendre ou de plâtre sec. Sur cette première couche on place un lit de pommes entourées de papier mou ; puis un nouveau lit de sable, ou de cendre, ou de plâtre, qui entoure de tous côtés le lit de pommes et de sable, alternativement, jusqu’à ce que lg caisse ou le tonneau soit plein. On doit choisir des pommes bien saines et des variétés à maturité tardive.
- Méthode pour détruire le puceron lanigère. — On prend 30 grammes de tabac que l’on mélange avec 50 grammes d’alcool amylique et 2 décilitres d’esprit-de-vm ; on laisse infuser pendant quelque temps et ensuite on ajoute 40 grammes de savon mou, puis de l’eau de pluie jusqu’à concurrence d’un litre.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DO MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 3 juin 14",1 E. 1. Peu nuageux. 0,2 Peu nuageux de 1 à 9 b.; puis couvert; beau après 17 b.,-halo
- Mardi 4 14",9 N. 1 Beau. 0,0 Nuageux de 10 à 19 h.; beau le reste du temps; trace de halo
- Mercredi 5 12",4 N. 2. Couvert. 0,0 Couvert de 5 à 9 U. ; nuageux de 10 à 20 h. ; beau avant et après ; lialo.
- Jeudi 6. 14", 1 N. N. E. 3. Très nuageux. 1,6 Beau à 1 h. ; couvert ensuite ; tonnerre à 25 h. 50 à l’est ; pluie à 5 h. et à 24 h. 50.
- Vendredi 7 16" ,4 N. E. 1. Très nuageux. 4,3 Couvert de 1 à 6 h. ; très nuageux de 7 à 19 lt. ; beau après; pluie à 1 h. ; tonnerre de 4 h. 20 à 5 h. 45.
- Samedi 8 16",1 N. N. E. 2. Beau. 3,1 Peu nuageux de 4 à 6 h. ; beau le reste du temps.
- Dimanche 9 17 ,8 N. 1. Beau. 0,0 Nuageux de 10 à 17 b. ; beau avant et après; trace de halo; tonnerre à 4 h. et à 23 h. 3 ).
- JUIN 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 3 AU DIMANCHE 9 JUIN
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent:
- es (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)", courbe plus mince, thermomètre à l’abri à
- courbe épaisse, les pressions barométriques boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Coups de foudre. — Pendant les orages qui ont eu lieu à la liu du mois de mai, on a eu à enregistrer de nombreux coups de foudre. A Paris, le 25 mai, une abondante averse est tombée vers 7 heures du soir. A 7 h. 20 m., un violent coup de tonnerre retentit; la foudre a paru avoir suivj une partie du boulevard des Capucines; dans tous les cas, bien que le vent fût à peine sensible, le parapluie en soie d’une jeune fille d’uue quinzaine d’années, qui passait devant le café Napolitain, a été complètement déchiré. La jeune tille elle-même a été très impressionnée. Quelques personnes présentes ont aflirmé qu’elles avaient ressenti une commotion, qu’elles attribuaient aux effets de la décharge atmosphérique.
- A la même date, on écrivait de Perpignan que les orages se succédaient sans interruption dans la région depuis quelques jours. Le 24 mai dans la matinée, la foudre était tombée sur deux maisons et n’avait heureusement causé que des dégâts peu considérables. Une servante avait été légèrement blessée.
- Le 23 mai, à Metz, pendant un violent oragé qui avait éclaté dans l’après-midi, une vingtaine de personnes s’étaient réfugiées sous le porche de l’église d’Aboncourt, dans l’arrondissement de Tiuonville, lorsque la foudre tomba sur le clocher. Toutes les personnes furent projetées sur le sol et perdirent connaissance; plusieurs furent grièvement brûlées.
- Le 25 mai, pendant un orage déchaîné sur le plateau de Rezonville, près de Metz, lieux personnes de cette localité, revenant du bois de Gorze, ont été tuées par la foudre. Leurs corps étaient noirs et comme broyés.
- Tremblement de (erre h I.aibacl». — A la date du 26 mai, on a encore signalé de nouvelles secousses de tremblement de terre à Lai-bach, mais plus faibles que précédemment
- D’après les renseignements officiels, les dégâts occasionnés par les tremblements de terre que nous avons déjà mentionnés s’élèvent à 3 138 700 florins à Laibach et à 4200000 florins dans les campagnes, soit au total à une somme de 15411270 francs.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 7, à 11 h. 9 m. du matin.
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- N° 1151 (22 Juin 1895), du journal « LA NATURE»
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature s et de son a Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Influence de certaines plantes sur le lait. — Un
- de nos lecteurs, dans une précédente Boîte aux lettres (8 juin 1895), a cité une plante de Turquie, une herbe, qui avait la propriété de cailler le lait. Cette Note nous a valu la communication ci-jointe : Les plantes suivantes ont pour effet de coaguler le lait : Caille-lait ou Gaillet (Galium verum) ; la Chardonnette, variété sauvage du Cardon; les feuilles de la Grassette (Pinguicula vulyaris), très usitées en Laponie; YAcanl basicios barrida, fruit mùr, gros comme une orange, d’une Cucurbitacée des contrées arides de l’Afrique, connu sous le nom de Varus. Toutes les parties du fruit contiennent le ferment que l'on peut extraire avec de l’alcool à 60 pour 100 ; le ferment se conserve longtemps dans le fruit desséché, mais est tué à l’ébullition ; le Withania coagulans, Solanée de l’Afghanistan et de l’Inde septentrionale; le ferment est ren-,fermé dans les graines et les pédoncules floraux; les graines du Datum stramonium ; certaines parties du Clematis vilalba ; le jus laiteux de YAspidoperma quebracho, utilisé dans la République Argentine ; le jus laiteux du fruit vert du Carica papaya ou papayer ; le Cirsium arvense ou Chardon du Canada ; le Cynara cardunculus ou Chardon ordinaire ; le Ficus carica ; YOxalis acetosella ou Oseille sauvage; le Piper nigrum ou Poivrier noir; le Quercus infectoria ou Chêne produisant la noix de galle; le Rhumex patienta ou Parcelle.
- A.-M. Villon.
- INFORMATIONS
- —— M. le Président de la République a fait, jeudi de la semaine dernière, une visite à l’Ecole centrale des arts et manufactures. M. Félix Faure a été reçu dans le vestibule par M. le sénateur Reymond, directeur de l’Ecole centrale, les membres du Conseil d’administration et du Conseil de perfectionnement de l’Ecole, et les professeurs. Le Président de la République a été conduit dans les grands salons de l’Ecole où M. Reymond, après lui avoir, en quelques mots, souhaité la bienvenue, lui a présenté tout le personnel de l’Ecole. Puis, le cortège s'est formé et s’est rendu dans la grande cour. Les élèves de première et de seconde année, revêtus de l’uniforme d’artilleurs, étaient placés en colonnes de compagnie. La première année forme deux compagnies armées du mousqueton; la deuxième année une compagnie armée du sabre. Au centre, douze trompettes fournies par le régiment d’artillerie de Vineennes sonnent aux champs à l’arrivée du Président de la République. Enfin, sur un des côtés de.la cour, six pièces de canon sont entourées de leurs servants. Le Président de la République, accompagné du Ministre de la guerre, passe alors la revue. La revue terminée, le Président de la République accorde les distinctions suivantes. Sont nommés chevaliers de la Légion d’honneur : MM. Chapuis, professeur de physique générale; le capitaine Chas-tanet, du 12' régiment d’artillerie, instructeur à l’Ecole; M. Vincent, rofesseur de chimie industrielle, reçoit les palmes d’ofticier de Instruction publique; M. Priestley, sous-directeur des études, est nommé officier d’Académie. Puis le Président de la République félicite le lieutenant-colonel .Lambert, Je., .capitaine Rolland et le
- lieutenant Hucher, instructeurs, pour la manière dont leurs élèves ont exécuté les exercices militaires. La visite du Président de la République s’est terminée par une promenade à l’amphithéâtre et aux diverses salles d’études de la maison.
- —$$— La Ville de Paris va inaugurer, au mois d’août prochain, une piscine pour les enfants des écoles communales. Ce sont de véritables thermes qui sont déjà installés place Hébert, et des thermes assez économiques, car l’eau chaude sera fournie par le puits artésien qui se trouve sur cette place, et qui a été terminé en 1883. Ce puits a 718 mètres de profondeur et donne de l’eau à une température variant entre 27° et 30° avec un débit de 10 800 litres à l’heure. Le bain, à l’entrée, a 1 mètre de profondeur, et 2 à l’extrémité opposée; il est recouvert d’une charpente de 150 mètres de longueur environ sur 40 de largeur, qui abrite en même temps 250 cabines, des séchoirs et une salle de douches. Les baigneurs qui plongeront et nageront ne se doqteront pas tous de l’origine de leur eau.
- —@— On sait que le 20 novembre 1894, la Chambre des députés avait voté la mise au concours de l’éclairage électrique du Palais-Bourbon, et confié à une Commission technique composée de M. Mas-cart, président, MM. Potier, Michel-Lévy, Bougarel, Monnier, Picou, Séligmann-Lui et Hospitalier, membres, le soin de dresser un cahier des charges, d’étudier les projets présentés et d’indiquer à la questure celui auquel il convenait d’accorder la préférence. Le eahier des charges rapporté par M. Potier fut mis a la disposition des intéressés à partir du 20 janvier 1895, et le concours limité au 31 mars, date de rigueur. Le résultat de ce concours, rapporté par M. Hospitalier, vient d’être transmis à la questure par les soins au président de la Commission. Douze concurrents ont pris part au concours. Après examen approfondi des douze projets, tous très étudiés et très complets, la plupart très remarquables, la Commission, à l’unanimité, a accordé la préférence au projet présenté par la Société des Anciens établissements Cail et la Société Charles Mildé et C's. L’éclairage électrique de la . Chambre des députés n’est donc plus aujourd’hui qu’une question d’ordre parlementaire, administratif et budgétaire.
- —®— Tous les procédés de conservation des bois employés jusqu’ici éliminent d’abord la sève contenue dans ces bois et qui devient sans cela un agent de corruption. A l’inverse, un procédé américain dû au colonel Haskin et que l’inventeur qualifie de vulcanisation, repose sur la coagulation et la solidification de la sève par la chaleur et par un traitement accessoire. Le bois est pris à l’etat vert et la sève transformée en une matière insoluble qui remplit les pores, soude les fibres ensemble et rend la masse incapable d’absorber l’humidité. Ce procédé a été, dit Engineer, appliqué avec succès en Amérique à la conservation des traverses de chemins de fer et des bois destinés à la menuiserie. On l’introduit actuellement en Angleterre.
- —@— A l’une des dernières séances de la Société météorologique de France, M. Moureaux a dit que les courbes magnétiques de l’Observatoire du Parc de Saint-Maur portaient, à 10h 33m du soir (temps moyen de Paris), la trace du tremblement de terre survenu dans l’Autriche méridionale, le 14 avril dernier. D’après les journaux quotidiens, le centre d’ébranlement paraît être pris de Laibach, où la secousse principale se serait produite à il1) 17m du soir (temps local), soit à 10h 28“ (temps moyen de Paris). Si le renseignement relatif à l’heure est exact, la secousse aurait mis cinq minutes à franchir les 1000 kilomètres environ qui séparent Laibach de Paris, ce qui correspondrait à une vitesse de propagation de plus .de 330.0 mètres pai’seconde.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le papier hermétique se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Haute ville, à Paris. — Pour l’appareil Mathewson, s’adresser à thc Tilgmann’s and Company Limited, à New-York. — Le bec héliogène est construit par la société VHéliogène, 21, rue Albouv, à Paris.
- Communications. — M. T. Pavot, à Lorient, à propos de notre récente chronique sur le Suicide des Guêpes (n° 1145, du 11 mai 1895, p. 382), nous écrit que la question du suicide du scorpion a été contestée. Le fait de ce suicide que nous avons signalé autrefois est parfaitement authentique. Il ne s’agissait pas d’un suicide par le venin, mais d’un suicide par Une blessure faite avec le dard.
- M. Gudefiy, à Montpont, nous fait connaître qu’il a eu l’occasion d’observer un arc-en-ciel lunaire le 5 juin 1895, à 9h15m du soir. Le ciel était à ce moment complètement couvert dans la région nord-ouest. Quelques éclaircies au sud-est laissaient par intervalles briller la lune qui se trouvait peu élevée sur l’no-rizon, de 12 à 13°. Une légère ondée de pluie fine venait d’avoir lieu, se dirigeant vers le nord. Le phénomène a duré quinze minutes, et avait complètement dispara à 9h 30m.
- M. A. Collet, à Paris, nous écrit que l’intéressant article de M. de Engelmever sur YEssai des métaux à la meule, para dans le n° 1148, du 1" juin 1895, p. 13, lui remet en mémoire une observation qu’il fit, il y a douze ans environ, sur le phénomène qui se produit en affûtant des scies circulaires au moyen d’une meule en émeri tournant à la vitesse angulaire de 2000 tours par minute. Si l’on plonge la main au milieu de l’abondante gerbe d’étincelles qui jaillit, on éprouve à peine une légère sensation de chaleur. Si l’on place le phosphore d’une allumette, il ne s’enflamme pas; l’amadou, la poudre, le fulmi-coton mettent un temps assez long avant de prendre feu. Diverses hypothèses ont été émises pour expliquer ce fait; mais elles n’ont pas donné jusqu’ici toute satisfaction. Nous rappellerons à ce sujet que les corps incandescents n’ont pas les propriétés de la flamme. Un charbon incandescent n’allume pas un bec de gaz; il faut une flamme. Dans les étincelles dont nous parlons plus haut, il y a incandescence, mais non une flamme proprement dite.
- M. S. Beaumont, à Mantes, nous adresse une intéressante brochure qui a pour titre : Le découpage en typographie. Ses applications pratiques. Procédés et spécimens. Cent cinquante figures démonstratives. Cette Notice, publiée dans ses ateliers de typographie et lithographie, traite une série de sujets relatifs à l’affiche, à la typographie en bois, au découpage, aux vignettes et ornements dédoublés, aux croquis et dessins, etc. La brochure est en vente au prix de 3fr,50 à l’imprimerie Beaumont frères, 48, rue Nationale, à Mantes.
- Renseignements. — L’abonné n° 5639, à Melun. — Ces pièces sont recherchées ; mais leur valeur n’est pas très grande.
- M. J. Cacault, à Paris. — La description de la pile chloro-chromique a été donnée dans le n° 879, du 5 avril 1890, p. 277.
- M. E. C., à Paris. — 1° Les modèles de petites chaudières sont nombreux; adressez-vous à la maison Collet, 24, rue des Ardennes, ou à la Société de la chaudière mixte, 28, rue Saint-Lazare, à Paris. — 2° La durée de la charge dépendra de la capacité des accumulateurs et par suite du poids des plaques.
- Un abonné, à Saint-Etienne. — On a en effet parle de ces locomotives ; mais elles n’ont pas encore été mises en circulation.
- M. Brothier de Rollière, à Neuilly. — Il faudrait vous adresser à la librairie G. Masson pour avoir ces numéros.
- Un abonné, en Asie Mineure. —Vous trouverez des ouvrages de ce genre à la librairie Gauthier-Yillars, à Paris.
- M. B. W. F., à Liège. — 1° Il existe un grand nombre de formules d’encens. En voici une queM. Limousin, pharmacien, à Paris, a bien voulu nous communiquer : Olihan 450 grammes,
- benjoin 250, storax 120, sucre 100, cascarille 60, nitre 150. Il faut pulvériser et mélanger ces substances ; on peut y ajouter un peu de charbon et de myrrhe. Pour obtenir de l’encens granulé, il faut mouiller légèrement le mélange en poudre, et tamiser dans un tamis à gros grains. — 2° L’encaustique est formée par une dissolution de cire dans l’essence de térébenthine.
- Un abonné, à Moulins. — Vous pourriez essayer l’eau de savon en ayant soin de bien frotter.
- M. L. S., à N. — Voyez nos articles sur les pianos mécaniques dans le n° 734, du 25 juin 1887, et dans le n° 865, du 28 décembre 1889.
- Un lecteur, à Toulouse. — 1® Nous ne pouvons vous donner d’autres renseignements que ceux mentionnés dans les ouvrages techniques. — 2° Le G représente le carbone.
- M. A. Mercier, à Alais. — Renseignez-vous auprès du Directeur du Bulletin de la Société des ingénieurs civils, auquel nous avons emprunté le document du procédé de M. Leproux.
- M. E. Deraeve, à Gand. — Adressez-vous à la maison Poulenc frères, 92, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- M. A. B., à Puteaux. — 1» Nous ne connaissons pas d’autre adresse. — 2° Vous trouverez plusieurs ouvrages de chimiç élémentaire à la librairie G. Masson. — 5° Des piles au sulfate de cuivre vous conviendront.
- M. G. A. Kühm, à Strasbourg. — Voyez les adresses quh nous donnons ci-après.
- M. Michel’Angelo Lambertini, à Lisbonne. — 1° Les deux appareils de locomotion dont vous parlez donnent également dè bons résultats. — 2° Les adresses demandées sont les suivantes : M. Serpollet, 27, rue des Cloys; MM. Peugeot frère?', 32, avenue de la Grande-Armée; MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivrv, à Paris. — 3° Nous avons décrit la voiture électrique de M. jeantaud, dans le n° 1130, du 26 janvier 1895, p. 129.
- M. le lieutenant Bonnaud, à Béziers. — Filtres pour huiles : MM. Simoneton frères, 41, rue d’Alsace, M. Rouhette, 30, quai de la Râpée, à Paris.
- M. L. Lubienski, à Mierzow. — L’adresse que vous demandez est la suivante : MM. A. Savalle fils et Cie, distillateurs, 93, avenue d’Orléans, à Paris.
- M. A. Girou, à Gaillac. — La Société dont vous parlez n’a jamais existé.
- M. A. Lentsch, à Mulhouse; M. Paul Giraud, à Nice. — L’adresse de la Société qui exploite les bateaux pneumatiques de M. Leyman est donnée en tête de la Boite aux lettres du n° 1149, du 8 juin 1895; il faut écrire à New-York.
- M. Wautier, à Bruxelles. — Il n’y a pas de moyen de dissimuler ce brait.
- Un abonné, à Sabres. — Voici l’adresse demandée : 12, rue de Penthièvre, à Paris.
- M. S. Mathis, à Mariemont. — Cet appareil ne se trouve pas dans le commerce ; il faut le fabriquer soi-même.
- M. A. B. C., h Brive. — Vous trouverez des allumoirs électriques chez M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Cal-vaire, à Paris.
- Un lecteur, à S. N. — Il nous est bien difficile de porter une appréciation sur ce projet; les maisons d’entreprise de chauffage peuvent seules le faire. Adressez-vous à la maison Grouvelle, 71, rue du Moulin-Vert, ou à la maison Geneste et Herscher, 42, rue du Chemin-Vert, à Paris.
- M. E. V. S., à Paris. — Nous ne connaissons pas de livre où le procédé dont vous parlez soit décrit en détail; mais il s’agit d’une mesure très exacte de résistance électrique. Nous avons aussi parlé d’un appareil qui pourrait vous être utile, le Schiséophone, dans le n° 885, du 17 mai 1890, p. 377.
- M. A. S. B., à Lille. — Vous trouverez à la librairie G. Masson une série d’ouvrages de botanique qui pourront vous convenir.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. L. Gouze, à Guingamp. Nous ne pouvons décrire les projets d’appareils; nous ne parlons que des machines qui ont été construites, ont fonctionné et ont donné des résultats. — M. S. A., à Tonnay-Charente. Il faudrait faire quelques essais de laboratoire pour pouvoir vous répondre ; adressez-vous à un chimiste. — M. E. Diehl, à Mézièrcs. Nous n’avons pas à ce sujet d’autres renseignements qife ceux que nous avons déjà publiés. — M. L. Le Page, à Conslantine. Nous avons reçu votre communication qui sera publiée prochainement.
- — M. Mülmann, à Bruxelles. Il existe un grand nombre de constructeurs électriciens qui pourront vous fournir cet appareillage ; il nous est impossible de vous donner des adresses en particulier.
- — L’abonné 6496, à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles, lr* série (G. Masson, éditeur).
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Nouvel allumoir portatif. — Ce petit allumoir tout en nickel est appelé à rendre des services, étant données les diverses applications que le constructeur a su lui donner : allu-inoir, lampe et veilleuse; le n° 1 de la figure représente le corps de l’appareil, le n° 2 le porte-mèche-bouchon, le n° 3 le chapeau, le n° 4 les allumettes incombustibles. — Pour se servir de cet appareil, il faut enlever le chapeau (n° 3), dévisser le porte-mèche-bouchon, remplir le récipient d’essence minérale afin que l’éponge qui garnit l’intérieur soit bien imbibée, puis verser le trop-plein afin qu’il ne reste pas de liquide flottant, et revisser le porte-mèche. Si on veut une
- Allumoir portatif.
- lumière servant de lampe, on vissera la molette A (n° 2) ; si on veut utiliser l’appareil comme veilleuse, on le dévissera de façon à obtenir une très petite lumière; dans le jour l’appareil sert d’allumoir et pour cela on. donne à la flamme la plus petite hauteur possible et on place le chapeau (n° 3) qui sert à garantir la flamme contre le vent, et lorsqu’on veut allumer soit une pipe, cigare ou cigarette, soit une lampe ou un feu quelconque, on n’a qu’à prendre une des allumettes (n°'4) et l’approcher de l’ouverture du chapeau, elle s'enflamme aussitôt et donne le feu nécessaire. Voici un petit appareil qui trouvera bonne place dans les ménages, dans les hôtels, restaurants, cafés, bureaux de tabacs, etc., etc., et qui ne peut consommer qu’une dépense journalière insignifiante (1 ou 2 centimes par jour). — Ce petit appareil se trouve chez M. Mathieu, au Dépôt des petites inventions, 29, rue de Valois, Paris.
- Tirelire de poche magique. — Cette tirelire jouit des curieuses propriétés suivantes : Elle sert à recevoir 50 pièces d’argent de 50 centimes, et marque chaque fois qu’on s’en
- * Tirelire magique.
- sert la somme déposée dans la boite. Elle ne s’ouvre que lorsque les 50 pièces de 50 centimes y sont placées. La figure ci-contre montre au n° 1 la tirelire de poche, et au n° 2 la manière d’introduire les pièces. Lorsqu’on a introduit dans la tirelire-étui les 50 pièces de 50 centimes, il faut donner un léger tour au couvercle molleté du fond et la tirelire magique s ouvrira d’elle-même. L’heureux possesseur pourra alors en retirer le montant. Ceci fait, il faut replacer le couvercle dans sa position primitive en lui donnant un demi-tour en arrière. La tirelire magique sera prête à recevoir de nouvelles économies. Les
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- petits trous perforés dans la tirelire montrent d’un seul coup d’œil le montant actuel qui s’y trouve déposé. Par exemple, si l’on y a déposé 20 pièces de 50 centimes, les pièces marqueront 10 fr. En raison de la différence d? épaisseur entre les nouvelles pièces et les vieilles, le montant nécessaire pour faire ouvrir la tirelire est généralement de 26 à 28 francs. — Cet objet ingénieux se trouve chez M. Bertrand (Franco American C°), 19, rue Hauteville, Paris.
- Blague à tabac avec moule à cigarettes adhérent.
- — Ce petit appareil sert de blague à tabac à fumer, et il renferme un moule pour faire les cigarettes. Pour s’en servir, il faut saisir la tirette,' développer entièrement le ruban et lui faire garnir le fond de la cuvette ; ensuite placer une feuille de
- Blague à tabac avec un moule à cigarettes.
- papier à cigarettes gommé bien droite, remplir le vide avec du tabac, refermer le couvercle où est attaché le papier. Cela fait, on mouille le bord gommé de la feuille, on ferme la pièce mobile A et on fait déclencher le ruban, en pressant sur l’extrémité droite; le ruban rentré, ouvrir : la cigarette est roulée. Avoir soin de bien tasser et égaliser le tabac et employer toujours du papier à cigarettes gommé. — En vente à la même adresse que le nouvel allumoir portatif.
- BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire populaire d.'agriculture pratique, par Gaston Percheron et Paul Dubreuil. 1" fascicule, Abajoues — A*e-rolier. 1 brochure in-8°. Paris, Jouvet et Cie, éditeurs, 1895. Prix : 2 fr. 50.
- Petite Flore des champignons comestibles et vénéneux pour la détermination facile de toutes les espèces communes, par J. Costantin, maître de conférences à l’École normale supérieure, et L. Dufour, directeur adjoint du laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau. 1 vol. in-16. Paris, Paul Dupont, éditeur. Prix : 2 francs.
- Atlas des champignons comestibles et vénéneux, par J. Cos-tantin. 1 vol. in-16 avec 228 figures en couleurs. —Paris, Paul Dupont, éditeur. Prix : 4 francs.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES -
- Comment on peut reconnaître l’âge des carpes. — Prenez sur les flancs d’une carpe une écaille et nettoyez-la avec soin dans de l’alcool; regardez-la ensuite à contre-jour, en la tenant au moyen d’une pince; si, au milieu de 1 écaillé, vous aper-, cevez un point très brillant, vous avez affaire à une carpe d’un été. Chez la carpe de deux étés ce point central est entouré d’un anneau, de deux anneaux chez la carpe de trois etes, et ainsi de suite. Quoique l’expérience n’ait encore porté que sur des carpes relativement jeunes, dit le Chasseur illustré, on a tout lieu de croire que le nombre des anneaux augmente proportionnellement avec l’âge.
- Dépôt d'argent et de zinc. — Le nouveau dépôt pratiqué par la London metallurgical tend à remplacer, non seulement l’argenture, mais encore le nickelage, dont on connaît les inconvénients. En déposant simultanément avec de l’argent 25 à 30 pour 100 de zinc, on obtient un dépôt ayant le brillant argentin mais ne se ternissant pas. On peut arriver, par le procédé suivant, à déposer jusqu’à 90 pour 100 de zinc, ce qui donne un dépôt dont le prix n’est pas plus éleve
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- que celui du nickel et a l’avantage de se maintenir brillant. On fait dissoudre la quantité déterminée de cyanure de zinc dans une solution de cyanure de potassium, de manière à former un sel double avec un léger excès de cyanure de potassium. Cette solution, à laquelle on ajoute une petite quantité de sel double de cyanure de potassium et d’argent, constitue l’élec-trolvte, qui peut être introduit dans n’importe quel appareil galvanoplastique ou électrolytique convenable. L’anode est formée par un alliage de zinc et d’argent ayant à peu près les mêm<es quantités de chaque métal.
- Destruction des Lombrics ou vers de terre. — Un jardinier, à Villeneuve-sur-Yonne, cultivait, dans une caisse, un Palmier
- dont la terre contenait beaucoup de vers. Il eut l’idée, pour les détruire, d’arroser avec de l’eau blanchie à la chajix. Son étonnement fut grand lorsqu’il vit les vers monter instantanément à la sürfàce du sol, s’y tordre avec des mouvements précipités et mourir rapidement. M. Adam appliqua ensuite le même procédé à des semis de Cinéraires, Calcéolaires, Primevères, etc., que les vers tiraient aussitôt après leur levée. Après quelques bassinages à l’eau blanchie les vers furent éloignés. L’eau salée donne également de bons résultats, mais son emploi n’est pas sans inconvénient pour la santé des plantes. On peut encore préserver les semis en terrines, en mettant au fond du yase une légère couche de chaux que les vers n’essaieront pas de traverser.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologiçpie de France
- observations 7 HEURES DD MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EU MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 10 juin.. . . . 17*,7 E. S. E. 1. Très nuageux. 3,1 Presq.couv.de4à 17 h.; nuag. le reste du temps; tonn. à 1 h. ; pluie ; halo; atm. tr. cl. le m. et brumeuse le s.
- Mardi 11 . 13*,9 N. N. W. 2. Presque couvert. 1,9 Très nuageux jusqu’à 17 h. ; beau ensuite haut du halo.
- Mercredi 12.. . . . . 13’,3 \V. 2. Très nuageux. 0,0 Beau jusqu’à 5 h. ; très nuageux ensuile ; gouttes à 10h. 25 et 50; atmosphère claire.
- Jeudi 13. 11*,8 N. N. E. 0. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 8 h ; très nuageux de 11 à 17 h. ; nuageux le reste du temps.
- Vendredi 14 12*,1 N. 1. Couvert. 0,0 Presque couvert ; quelques averses ; très brumeux.
- Samedi 15 10*,0 Calme. Couvert. 2,6 Couvertle matin, puis très nuageux; nuageux del6 àl8h.; beau ensuite ; petite pluie à 5 h. 10 et6 b.; atm. claire.
- Dimanche 16 10*,8 N. E. 1. Beau. 0,1 Peu nuageux de "9 à 131i.; beau avant et après; atmosphère claire.
- JUIN 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 10 AU DIMANCHE 16 JUIN
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. I^s courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages et tempêtes. Coups de foudre. — Le 8 juin, dans i’après-midi, un orage très violent a éclaté sur Bordeaux. Des torrents d’eau ont transformé les places en lacs de boue, et les rues en rivières. La foudre est tombée sur l’hôtel de la Gironde, que son paratonnerre a préservé de tout dégât matériel. Par suite du même orage, le feu s’est déclaré à l’hôtel des postes et télégraphes et au bureau téléphonique. Mais l’incendie a été éteint rapidement. Le téléphoniste de service à la permanence a subi une décharge électrique qui l’a projeté contre le mur sans lui faire de mal.
- A la date du 9 juin, on écrivait de Tarascon qu’une pluie continuelle tombait depuis dix jours; la grêle s’était abattue sur le pays. Les céréales étaient compromises et les fourrages étaient perdus. Le 9 juin, un cyclone a ravagé le territoire de Mottola, province de Lecce, en Italie. Les dégâts ont été évalués à près d’un million ; il n’v a eu aucune victime. A la même date, pendant un grand orage, le Ministre des affaires étrangères de Serbie, M. Bogieevitch, qui se rendait au château de Tepchidere, a été atteint légèrement au front par la foudre, mais il s’est promptement remis. Un homme a été tué à ses côtés par le même coup de foudre.
- Inondations dans le midi de la France. — De graves Inon-
- dations se sont produites le 7 juin dans les bassins de la Bidassoa, de la Nivelle et des gaves d’Oloron et d’Orthez. Les gaves réunis sont complètement sortis de leurs lits et ont inondé une partie des communes d’Ortho-vieille, Ilaslingues, Peyrehorade, Oeyregave, Cauneille, Sorde, Saint-Cricq-du-Gave. L’eau a atteint 5”,50. Le service des voilures a été interrompu entre Bardos et Bidacbe. Certains courriers ont fait le service en canots entre Urt et Peyrehorade ; le pont d’Auterive a été enlevé ainsi que deux ponts de la Nivelle ; la voie ferrée a été envahie par les eaux pendant quelques jours sur la ligne de Mauléon.
- Tremblements «le terre en Autriche.— Les tremblements de terre en Autriche ont encore continué dernièrement. A Laibach, le 10 juin, à huit heures trente-cinq du matin, on a ressenti une forte secousse qui avait un mouvement saccadé et qui a duré quatre secondes. Il s’est produit une grande panique. La population a quitté les maisons; les ouvriers des fabriques ont cessé de travailler; les cours ont été interrompus dans les écoles. On a constaté de légers dégâts aux bâtiments. Le tremblement de terre a aussi été ressenti à Stein. Le même jour, avait eu lieu, à Gradisca, à deux heures trois quarts du matin, une secousse de tremblement d« terre assez forte, dont la durée a été d’une seconde. A Trieste, à deux heures cinquante du matin, on a perçu un léger tremblement.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 15, à 11 h. 37 m. du matin.
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- N° Il 52 (29 Juin 1895), du journal «LA NATURE »
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son a Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, OTC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Conférences spéciales sur l’histoire naturelle de Madagascar. — Dimanche 30 juin. Les animaux, par M. A. Milne-E diva rds. — Jeudi 4 juillet. Les races humaines, par M. E. IIamy. — Dimanche 7 juillet. Le sol et ses richesses minérales, par M. Stanislas Meunier. — Jeudi 11 juillet. Les Plantes, par M. E. Bureau. Projections à la lumière électrique par M. Molteni. — Ces conférences auront lieu à deux heures et demie dans le grand Amphithéâtre du Muséum (entrée par la rue Cuvier, n° 57). — Les personnes qui désirent •assister à ces conférences sont priées de s’adresser au Bureau de l’Administration du Muséum pour demander des cartes d’entrée. A. Milne-Edwards,
- Directeur du Muséum.
- LÀ SEMAINE
- L’érection d’un monument à Francis Garnier. —
- En comité s’est formé sous le haut patronage de MM. l’amiral Besnard, ministre de la marine ; Chautemps, ministre des colonies; Poubelle, préfet de la Seine: Rousseau, gouverneur général de l’Indo-Chine, pour ouvrir une souscription à l’effet d'élever un monument au grand voyageur. Francis Garnier, né à Saint-Etienne, le 29 juillet 1839, lit ses études au lycée de Montpellier, entra à l’École navale en 1855, et prit part aux campagnes de l’Extrême-Orient, puis remplit les fonctions d’administrateur des afl’aires indigènes de Cochinchine. Désigné comme second de Doudart de Lagrée lors de l’exploration du Mékong, Francis Garnier fut chargé d’une reconnaissance hardie dans le royaume de Taly, et, après la mort de son chef, dut ramener l’expédition à travers les montagnes du Yun-nan jusqu’au Yang-tse-kiang, et de là à Shang-haï. Ce voyage fut considéré par le monde scientifique comme l’un des plus importants du siècle. La Société de Géographie de Paris accorda à Garnier la grande médaille d’or : la Société de Londres, la grande médaille Victoria. Le premier Congrès géographique international lui décerna la grande médaille d’honneur, de pair avec l’illustre Livingstone. Rentré en France en 1869, Garnier participa àla défense de Paris en 1870, en qualité de chef d’état-major du 8e secteur, et les services qu’il a rendus à cette époque furent si considérables que son nom est resté populaire dans le XIV0 arrondissement. La paix' signée, il repartit pour l’Asie, avec l’intention de pénétrer au Tliibet par les vallées de l’Indo-Chine, et achevait à peine un voyage préparatoire dans la Chine centrale, lorsqu’il fut rappelé à Saigon par l’amiral Dupré, qui lui confia une mission au Tonkin. Cette entreprise, dont le plan pacifique fut renversé par la mauvaise foi des mandarins annamites, se transforma en une expédition militaire dont le caractère héroïque rappelle les conquêtes de Pizarre et de Cortez, moins leurs cruautés. Après avoir pris Hanoï et les quatre grandes citadelles du Delta, après avoir
- organisé un gouvernement provisoire, Francis Garnier fut tué dans une embuscade par des irréguliers chinois, le 21 décembre 1873. La Cochinchine ne l’a pas oublié, et sa statue s’élève sur une des places de Saigon. Mais il nous a paru nécessaire que la mère patrie accorde également un suprême hommage à ce vaillant, en érigeant à Paris un monument qui rappelle les services rendus par Francis Garnier à la science et à la civilisation. Pour atteindre ce résultat, le Comité n’hésite pas à faire appel au concours des amis de Garnier, et de tous ceux qui ont souci du développement de l’influence française à l’extérieur *.
- INFORMATIONS
- —$$— La réunion annuelle de Y Iran and Steel Inslitute a eu lieu les 9 et 10 mai dernier. Après l’attribution de la médaille Bes-semcr à M. Ilenry-Marion Howe, de Boston, pour scs ouvrages sur la métallurgie, le président, M. Dale, a prononcé le discours habituel, dans lequel il a passé en revue les progrès de la métallurgie du fer et de l’acier, depuis la fondation de l’Institut en 1869. Cet exposé substantiel contient plus d’un fait à citer; nous nous bornerons au suivant. Les comptes rendus de l’Institut contiennent pour l’année 1870 un mémoire de M. C.-M. Palmer, intitulé Emploi du fer dans la construction des navires, dans lequel l'auteur a cru devoir, il y a vingt-cinq ans seulement, recommander le remplacement du bois par le fer dans la construction des coques de navires. En 1893, les 96 pour 100 du tonnage des navires construits dans le Royaume-Uni étaient en acier. Le discours de M. Dale contient des renseignements très suggestifs.
- —®— Certaines personnes au mauvais estomac prétendent que le pain rassis est plus digestif et plus sain. Les bons estomacs protestent. Ils ont raison, il vient d'être cuit et ne renferme pas de micro-organismes, parce que la température du four les a tués. Le pain rassis, coupé en tranches, a eu le temps de recueillir des microbes. C’est le docteur russe Troïski qui parle.
- —@— Le 17 et le 18 mai 1895, le vignoble du Valais a beaucoup souffert du froid. La température s’est abaissée jusqu'à 4° au-dessous de zéro. Un comité de vignerons a conseille de pratiquer aussitôt la taille en vert des vignes gelées, comme étant le seul moyen de remédier quelque peu aux effets du froid.
- —L’Association française pour l'avancement des sciences tiendra cette année, à Bordeaux, sa 24e session, du 4 au 9 août, sous la présidence de M. Emile Trélat, directeur de l’École spéciale d’architecture, député de la Seine. La session comportera des séances de section où peuvent être présentés des travaux relatifs à toutes les sciences, des séances générales où on discutera spécialement la possibilité d’une entente à établir au point de vue de la bibliographie scientifique, des visites industrielles et des excursions qui conduiront les congressistes à la pointe de Grave, dans les vignobles du Médoc, à Pauillac, à Arcachon, à Dax, à Bayonne, à Biarritz, à Saint-Sébastien et à Bilbao. L’Exposition organisée par la Société philomatique ajoute un nouvel attrait à ce programme. Pour renseignements et inscriptions, s’adresser au Secrétariat de l’Association, 28, rue Serpente, à Paris.
- 1 Pour tous renseignements et souscriptions on peut s’adresser au trésorier, M. Jules Ruelf, 43, rue Taitbout. Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le phonographe portatif que nous décrivons se trouve chez MM. \Verner frères, 85, rue de Richelieu, à Paris. — L'étuve à désinfection de MM. Vaillard et Besson est construite par M. P. Lequeux, ingénieur, 64, rue Gay-Lussac, à Paris.
- Communications. — M. H. Fontaine, à Paris, nous adresse une brochure qu’il vient de publier et qui a pour titre : Note théorique et pratique sur l’émulseur de vapeur, système Dubian. L’invention dont il s’agit est relative à un appareil procurant une circulation énergique de l’eau dans les chaudières à vapeur. Le dispositif est basé sur l’emploi d’une sorte d’écran sous lequel se forme un réservoir de vapeur intermédiaire et d’un faisceau tubulaire reliant ce réservoir à la chambre supérieure de vapeur. Cette combinaison procure une grande sécurité et donne une bonne utilisation du combustible. La Notice donne quelques renseignements sur les appareils déjà installés et qui ont subi des essais industriels.
- M. A. Odin, directeur du laboratoire zoologique maritime des Sables-d’Olonne, nous envoie une copie du Mémoire qu’il a présenté au Conseil municipal de cette ville au mois de mai 1895, sur le Projet de création d'une école municipale d’enseignement technique et professionnel de pêches maritimes aux Sables-d’Olonne. Ce projet a été approuvé, et le Conseil municipal a décidé la création de cette école.
- Le Conseil général de la Société belge d’astronomie à Bruxelles nous fait parvenir des exemplaires des statuts de cette Société qui a été fondée en 1894.
- M. le président de la Société vétérinaire de l'Aube, à Troyes, nous transmet un rapport très intéressant publié par cette Société sur la nécessité de l’inspection sanitaire des viandes dans les campagnes. Étude des moyens les plus propres à assurer le fonctionnement de ce service. Cet intéressant travail renferme de nombreux renseignements sur un sujet fort important.
- M. le professeur Tacchini, à Rome, nous envoie un exemplaire du n° 1 du Bolletlino délia Société sismologica italiana publié par ses soins.
- M. Guillermo y Puga, à Mexico, nous fait hommage d’une brochure qu’il a fait paraître récemment et qui a pour titre : Tempestades del fin del invierno.
- Renseignements. —M. P. A. P., à Paris. — Cet ouvrage a été publié par la Société d’éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, place de l’École-de-Médecine, à Paris.
- M. du Houssoy, à Paris. — Pour empêcher l’herbe de pousser dans les allées, on répand généralement du tan.
- M. E. Hermerie, à Compiègne. — Pile Carré : MM. Rover et Cie, 15, rue du Bac, à Paris.
- M. Hulin, à Soissons. — Voyez l’article de M. Albert Londe sur la mesure de la vitesse des obturateurs photographiques dans le n° 1143, du 27 avril 1895, p. 347.
- M. L. Chalvin, à Auxerre. — Le moteur à pétrole pourrait vous donner de bons résultats. Le moteur à vent serait économique, mais il faut avoir une source de vent suffisante. Pour le moteur hydraulique, il faut une chute d’eau ou de l’eau sous pression.
- M. L. Graux, à Paris. — Le mode de développement à l’acide pyrogallique, avec sulfite de soude et sel de soude, vous conviendrait, en forçant successivement la dose des réactifs et surtout du sel de soude.
- M. A. L., à Douai. — Il faudrait s'adresser à M. Strindberg; mais nous n’avons pas son adresse. Si la coloration bleue ne se produit pas, le produit n’est pas de l’iode.
- M. Lauriol, à Paris. — L’auteur est actuellement en voyage ; nous* lui communiquerons votre lettre.
- M. Hhoreau, à Angers. — Il n’existe pas de compteurs de vapeur d’eau ; leur fonctionnement est impossible en raison des phénomènes de condensation. Il n’y a pas d’autre moyen que
- de relever la puissance moyenne du moteur et d’apprécier approximativement la dépense de vapeur dans chaque cas suivant la consommation totale de charbon.
- M. C. Soulier, à Lyon. — Il est toujours très difficile de bien vendre des objets dont on veut se défaire d’occasion.
- M. P. Berlet, à la Tronche. — Adressez-vous au représentant de fabrique que nous avons indiqué en tête de la Boite aux lettres du n° 1145, du 11 mai 1895.
- M H. Nachtrieb, à Minneapolis. — L’appareil de photomicrographie que nous avons décrit précédemment se trouve chez M. Lemardeley, constructeur d’optique de précision, 10, rue Monsieur-le-Prince, à Paris.
- M. H. de Schuttere, à Villa-Colon (République Argentine). — Pour la marmite antiseptique, il faut s’adresser à M. Schribaux, professeur à l’Institut national agronomique, 16, rue Claude-Bernard, à Paris.
- M. D. Meller, à Bordeaux. — Bateaux à pétrole : MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivry; M. Tellier, 52, quai de la Râpée; M. Forest, 76, quai de la Râpée, à Paris.
- Un abonné photophite, à Paris. — 1° 11 est facile d’essayer l’expérience. — 2° Il n’y a pas de règle absolue pour ces permissions.
- Une abonnée H. L., à X. — 1° Remerciements pour voire envoi de la feuille de rosier double ; ce phénomène est bien connu. — 2° La peinture à l’huile prend bien directement sur le galet. — 3° Voyez la description que nous avons publiée dans le n° 1084, du 10 mars 1894, p. 236, de l’appareil pour la préparation des conserves de légumes et de fruits.
- L’abonné 7053-5274, à Mirecourt. — 1° Voyez la destruction des herbes dans Recettes et Procédés utiles 1" série, à h librairie G. Masson. — 2° Cet extrait se prépare en broyant les écorces et en recueillant le jus. — 3° Nous n’avons pas de renseignement sur la durée d'exposition.
- Bibliothèque 112, à Yverdon. — Vous trouverez cette substance chez les marchands de produits chimiques.
- M. M. Levallois, à Villennes. — La question des ascenseurs électriques a un très grand intérêt en ce moment à Paris. Nous avons publié à ce sujet une petite information dans les Nouvelles scientifiques du n° 1140, du 6 avril 1895. Les constructeurs travaillent activement, mais les appareils n’ont pas encore tous donné des résultats réellement pratiques. Vous pouvez toutefois vous adressera la Société l’Eclairage électrique, 15, place Vendôme, à Paris; cette société construit des ascenseurs élecT triques avec la maison Roux et Combaluzier. Nous nous proposons du reste de décrire dans La Nature les appareils qui fonctionneront bien.
- M. Ch. Eggimann, à Genève. — Veuillez vous renseigner en vous adressant à l’Organe des intérêts industriels du Nord, à Dunkerque.
- M. P. S., à Tarbes, — L’acide sulfureux détruira certainement les couleurs des étoffes; les mêmes inconvénients se retrouvent avec un grand nombre de désinfectants.
- M. Métayer, à Poitiers. — La Nature a indiqué un procédé de préparation de l’alcool artificiel; mais la fabrication industrielle n’est pas encore organisée.
- M. Givalth, à Paris. — Nous n’avons donné que quelques renseignements sur les tramways à air comprimé de Saint-Augustin à Vincennes dans le n° 1116, du 20 octobre 1894, p. 334, en rappelant que la description des tramways du même système utilisés de Vincennes à Ville-Evrard a été donnée précédemment dans le n° 142, du 19 février 1876, p. 177, et dans le n° 761, du 51 décembre 1887, p. 69.
- Un lecteur, à Auxerre. — 1° M. de Fromentel a publié une étude très importante sur les microzoaires ou infusoires proprement dits, à la librairie G. Masson. — 2° Adressez-vous à la même librairie pour ce qui concerne le second ouvrage.
- M. Higg, à X. — Gette chronique a été empruntée à un journal qui a donné les renseignements que nous avons publiés.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. H. Laniquc, à Metz. Nous avons envoyé votre lettre à M. Villon, à Lyon. — M. A. Philippe, à Paris. Il ne nous est pas possible d’indiquer à nos lecteurs tous les fabricants d’une spécialité; nous prenons toutefois bonne note de votre adresse. — M. G. Durand, à Marseille. L’analyse chimique seule peut vous indiquer les proportions de ces diverses substances. — M. Girard, à Paris. D suffit de peser les deux lames de cuivre après l’expérience. — Un abonné, à Dar-nétal. Voyez les Recettes et procédés utiles, ré série (G. Masson, éditeur). — M. D. B., à Pans; M. Lecat, à Lille; M. Leroux, à Brest. Consultez les Recettes et procédés utiles, 3e série, à la meme librairie que ci-dessus. — M. Ridard. à Rouen. Remerciements pour vos communications. — M. de Thouar, à Oltignies. Nous n’avons pas d’autres renseignements; tous nos regrets.
- t ins a « Itmte aux lettres » ta Rédaction accueille tes faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’ent
- les questions, ni à insérer toutes les communications. -
- , y —,...............engage en aucune façon à répondre à toutes
- Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1895. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES.
- • Cocher
- Persée
- Mouche /v
- MARS 1 Juil.
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- MERCURE
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- Poissons
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- Baleine
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- Hercu
- Pégase
- Dauphin
- Poissons
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- Verse au
- SATURNE
- î C'ct.
- Corgeau
- "URANUS
- Capricorne
- ttaire
- Poisson Austral
- XVllf
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1895. Satellites. Commencement. Fin. Immersion. Emersion.
- Août 12 11 16 h. 1 m.
- — 14 I 15 h. 50 m.
- — 28 I 16h. 46m. 7s.
- Sept. 6 I 16 h. 19 m.
- — 13 1 15 h. 1 m. 17 s.
- — 13 II 16 U. 41 m.
- — 20 II 11 h. 26 m. 25 s.
- — 20 1 16 h. 51 m. 23 s.
- 22 I 14h. 45m.
- — 27 II 17 h. 2m. 4ls.
- — 29 I 13h. 16m. 4s. 16 h. 42 m.
- — 29 111 13 h. 27 m. 17 h. 1 m.
- Occultations des Planètes et des Étoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1895. Nom de l’astre. Grandeur. Immersion Émersion.
- Juillet 9 S Capricorne. 3 14 h. 5 m, 1 15 h. 22 m, 9
- — 12 8311 B.A.C. 6 13 h. 51 m, 7 14 h. 2 m, 7
- 16 47 Bélier. 6 12 h. 42 m, 8 13 h. 50 m, 6
- 17 28 Taureau. 6 11 h. 22 m, 9* 12 h. 8 m, 7
- 17 27 Taureau. 4 11 h. 23 m, 7* 12 h. 2 m, 6
- _ 24 Vénus. — 20 h. 33 m, 8 21 h. 12 m, 0
- Août 4 17 Capricorne. 6 15 h. 8 m, 9 ippulse 4 1 '6 dn bord.
- 6 42 Verseau. 6 12 h. 36 m, 8 13 h. 49 m, 5
- 7 81 Verseau. 6.7 13 h. 54 m, 7 15 h. 11 m, 5
- 7 82 Verseau. 6.7 15 h. 23 m, 7 16 h. 29 m, 4
- 12 782 B.A C. 6.7 9 h. 15 m, 2* 10 h. 5 m, 6
- 12 Bélier. 6 13 h. 4 6 m, 9 14 h. 48 m, 6
- 27 5603 B.A.C. 6.7 9 h. 26 m, 4 10 h. 36 m, 3
- 30 6666 B.A.C. 6 6 h. 32 m, 9 7 h. 47 m, 5
- Septem. 2 i Verseau. 4.5 14 h. 8 m, 8 15 H. 0 m, 0
- 3 À Verseau. 3.4 16 h. 50 m, 2 17 h. 22 m, 6*
- 4 8134 B.A.C. 6.7 6 h. 2 m, 5* 7 h. 2 m, 5
- 6 60 Poissons. 6 7 h. 12 m, 7 7 h. 49 m, 2
- 6 62 Poissons. 6 8 h. 6 m, 6 8 h. 48 m, 8
- 15 83 Ecrevisse. 6.7 14 h. 48 m, 8 15 h. 41 m, 0
- — 29 S Capricorne. 3 8 h. 57 m, 9 10 h. 19 m, 5
- ‘L’étoile est sous l’horizon.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Éclipse partielle de Soleil, le 20 août 1895, invisible à Paris.
- Commencement de l’éclipse générale, le 20 août, à 0 h. 13 m, 5, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =173° 18' E. de Paris, latitude =76° 42'B.
- Plus grande phase de l’éclipse, 20 août, à 1 h. 18 m, 9, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 96° 40' E. de Paris, latitude = 61° 31' B.
- Grandeur de l’éclipse =0,268, le diamètre du soleil étant un.
- Fin de l’éclipse générale, 21 août, à 2 h. 24 m, 3, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 63° 58’ E. de Paris, latitude = 38° 38’ B.
- Éclipse totale de Lune, le 3 septembre 1895, en partie visible & Paris.
- Temps moyen de Ptris.
- Entrée de la Lune dans la pénombre, 3 septembre à . . 14 h. 58 m, 9.
- Entrée dans l’ombre, 3 septembre à...................16 b. 9 m, 4.
- Commencement de l’éclipse totale, 3 septembre à .... 17 b. 15 m, 9.
- Milieu de l’éclipse, 3 septembre à...................18 b. 6 m, 4.
- Fin de l’éclipse totale, 3 septembre à....................18 h. 56 m, 9.
- Sortie de l’ombre, 3 septembre à..........................20 h. 3 m, 4.
- Sortie de la pénombre, 3 septembre à......................21 h. 13 m, 9.
- Grandeur de l’éclipse = 1,556, le diamètre de la Lune étant un. Coucher de la Lune à Paris, à 17 h. 20 m. (4 septembre, 5 b. 20 m. matin).
- Éclipse partielle de Soleil, le 18 septembre 1895, invisible à Paris.
- Commencement de l’éclipse générale, 18 septembre, à 7 h. 8 m, 6, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =161#8’E. de Paris, latitude = 19u 37’ A.
- Plus grande phase de l’éclipse, 18 septembre, à 8 h. 53 m, 1, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 137° 29’ E. de Paris, latitude = 61°4’A.
- Grandeur de l’éclipse =0,736, le diamètre du soleil étant un.
- Fin de 1 éclipsé générale, 18 septembre, à 10 b. 37 m, 8, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 74° 50’ O. de Paris, latitude = 77° 29’ A.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de Franco
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 17 juin 13*,9 S. E. 0. Peu nuageux.
- Mardi 18 17',0 S. S. E. 1. Très nuageux.
- Mercredi 19 16\6 S. 0. Couvert.
- Jeudi 20 15*,7 W. N. W. 1. Couvert.
- Vendredi 21 12*,1 S. w. 0. Couvert.
- Samedi 22 17»,1 Calme. Quelques nuages.
- Dimanche 23 . . . . 17',l N. 1. Couvert.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,0 Peu nuageux jusqu’à 9 heures, puis beau;nuageux après 17 heures; halo.
- 0,0 Très nuageux ; tonnerre à peu près continu de 13 h. 17 à 21 h. avec pluies.
- 33,3 Presque couvert; tonnerre de 14 h. 50 à 46 h. ; quelques averses.
- 5,7 Couvert jusqu’à 8 h., puis nuageux; beau après 16 h.; pluie de 2 à 6 h. 15.
- 0,0 Très nuageux jusqu’à 16 h., beau ensuite; halo.
- 0,0 Quelques nuages jusqu’à 8 h.; nuageux ensuite.
- 0,0 Couvert, puis nuageux de 7 à 18 h. ; beau avant et après brouillard sur la Marne à 4 h.
- JUIN 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 17 AU DIMANCHE 23 JUIN
- La courl/e supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent ; courbe épaisse, les pressions barométriques'{baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)] courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Orage à Constantine. — Un dé nos lecteurs, M. L. Le Page, à Constantine, nous adresse l’intéressante lettre suivante : « Le vendredi 7 juin 1893, vers 3 heures et demie de l'après-midi, un orage violent a eu lieu à Constantine. Le ciel, couvert depuis le matin, se chargeait de nuages cuivrés d'où sortaient de nombreux éclairs, taudis que le tonnerre roulait continuellement. Les nuages, chassés par un vent du nord d’une vite»se considérable, se trouvaient bientôt au-dessus de Constantine, et alors, sans qu’une goutte d’eau soit tombée, est arrivée une chute effroyable et assez dense d’énormes morceaux de glace, car il est impossible d'appeler « grêlons » des blocs de glace dont le poids minimum était de 40 à 45 grammes. En un clin d’œil les toitures furent percées, les vitres brisées, des animaux tués et des hommes renversés ; puis la grêle augmentait de quantité et diminuait de grosseur et des torrents d'eau îa remplaçaient bientôt. Cet orage a été court, il a duré une heure environ; quand il a cessé la ville présentait un aspect bien connu de ceux qui ont
- vu la guerre de 1870. Les façades des maisons et des monuments semblaient avoir reçu des volées dfe balles; les arbres brisés, hachés, les constructions légères abattues donnaient à la ville la physionomie d’une place de guerre qui vient de soutenir un siège. Cet orage serait, en somme, peu remarquable quoique sortant de l’ordinaire, s’il avait été limité à Constantine; mais, d’après les renseignements, que nous possédons aujourd’hui, il s'est étendu dans la ligne nord-sud sur une longueur de 180 kilomètres ; quant à sa largeur, elle paraît n’avoir pas été supérieure à une vingtaine de kilomètres. Les grêlons qui ont frappé la campagne, dont toutes les récoltes sont perdues, pesaient, dans certains endroits, de 250 à 400 grammes. Une quantité de bestiaux et plusieurs personnes ont été tués. »
- Coups de foudre. — Un orage accompagné de grêle, qui a duré une heure, a éclaté le 12 juin à Fuenkirchen, près de Cobleutz, en Allemagne, et a causé de grands dégâts. La foudre est tombée en deux endroits. Les murs des maisons se sont écroulés et les locataires ont dû quitter leurs habitations. Pendant un autre orage qui a eu lieu la veille, aux environs de Fuenkirchen, deux paysans ont été tués par la foudre.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 22 à 10 h. du soir.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son a Supplément »,
- * Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Au Congrès scientifique d’Angers. — À l’occasion de l’Exposition régionale à Angers, un Congrès scientifique a eu lieu les 13; 14, 15 et 16 juin, sous l’initiative de la Société d’études scientifiques de cette ville, et sous la présidence de M. Préaubert, professeur de physique au Lycée. Chacun de ces jours avait été consacré : le premier à la section de médecine, pharmacie ét vétérinaire ; le deuxième aux sciences appliquées ; le troisième aux sciences pures ; le quatrième et dernier jour a été rempli par une excursion dans les vignobles reconstitués de la Loire et du Layon et par la visite aux meilleures stations botaniques. Chacune des trois soirées était prise par une conférence publique dans la salle des conférences de l’Exposition. Sujets traités : les Roses, par M. l’abbé Ily; la Traction électrique, par M. le professeur Gariel, de Paris; l’Art des jardins, par M. André, de Paris. Ces diverses conférences ont été très suivies. Enfin le Congrès s’est terminé par un banquet par souscription. Il serait trop long de donner la liste entière des communications faites dans les réunions de section. La section de médecine en a entendu quatorze ; les sciences appliquées huit; les sciences pures douze. Plusieurs ont été faites par des savants venus de Paris, Nantes, Tours, le Mans, ainsi que de différentes localités de Maine-et-Loire. Toutes ont été intéressantes pour les auditeurs, par cette raison qu’elles traitaient principalement de choses particulières à la région. Un Bulletin les contenant toutes, sera imprimé et publié aux frais du budget de l’Exposition. Les questions d’astronomie n’ont pas été traitées; mais celles de la météorologie l’ont été à plusieurs points de vue. Parlant des orages, M. Durand-Greville a développé la thèse déjà traitée et publiée par lui dans les Annales du Bureau central; ce travail est profondément fouillé. La deuxième communication, présentée par M. J. Quélin d’Angers, traitait de la marche des nuages, principalement sur l’Ouest et l'Anjou. L’auteur de ce travail a montré dans quelles proportions et dans quelles conditions et circonstances les dépressions, venues des différentes directions, pouvaient affecter la région de l’Ouest et l’Anjou. Il a indiqué comment toutes les perturbations venant de ces dépressions, pourraient être prévues vingt-quatre et quarante-huit heures à l’avance. Ces deux mémoires ont été très applaudis. En outre des conférences faites pendant le Congrès, il est arrêté qu’une conférence sera donnée chaque semaine pendant tout le temps que durera l’Exposition.
- INFORMATIONS
- —S— Le jeudi 27 juin M. le Président de la République a inauguré officiellement VExposition internationale d*hygicne organisée au Champ-dc-Mars dans le palais des Arts libéraux, sous le patronage d'honneur des membres du gouvernement et sous le conseil de direction présidé par M. Brouardcl, doyen de la Faculté de
- médecine de Paris. Pour recevoir le Président, le directeur de l’exposition, M. Maurice Delafon, avait fait transformer en une salle d’honneur, somptueusement décorée de tapisseries des Gobelins et ornée de fleurs de toutes sortes, le grand vestibule qui donne accès à l’enceinte du palais. C’est dans cette salle qu’à 3 heures M. Félix Faure, qu’avaient précédé de quelques instants les ministres du commerce et des travaux publics, a été reçu, à son arrivée, par M. Brouardel. En quelques paroles, auxquelles le Président a répondu, l’honorable doyen de la Faculté de médecine l’a remercié d’être venu par sa présence témoigner du haut intérêt qu’il porte à une exposition d’une utilité aussi considérable. Sans être aussi importante que la dernière exposition d’hygiène internationale organisée en 1880 à la caserne Lobau, celle qui s’ouvre aujourd’hui au Champ-de-Mars n’en est pas moins une imposante manifestation du progrès dans tout ce qui a trait à l’hvgiène. Elle est divisée en cinq groupes : le 1er est celui de l’hygiène de l’habitation privée et collective, le 2e est celui de l’hygiène urbaine, le 3e comprend la prophylaxie des maladies transmissibles, la démographie et statistique sanitaire et les sciences sanitaires. Le 4e groupe comporte l’hygiène de l’enfance, l’hygiène alimentaire, du vêtement et les exercices physiques. Le 5° groupe est relatif à l’hygiène industrielle et professionnelle. Le Président de la République a pris un vif intérêt à parcourir les sections du palais, où les diverses expositions de la ville de Pans, de l’Assistance publique, du service des eaux, de la préfecture de police, de l’Union des Femmes de France, qui expose son matériel d’ambulance, ont particulièrement retenu son attention.
- —Samedi 22 juin et dimanche 23, le Dauphiné nous informe que cinquante chasseurs alpins, équipés et armés, du 30e bataillon, conduits par le lieutenant-colonel de Nadaillac et plusieurs capitaines et lieutenants, ont traversé tout le massif du Pelvoux, de Yallouise à Venosc et au Frcney, en bivouaquant au refuge du Carrelet. Au passage à Bourgdaru, où ils ont été rencontrés, ils étaient tous en bonne. santé .et ne semblaient pas très éprouvés de ces deux fortes journées qui étaient comme l’inauguration de la longue période des manœuvres alpines.
- —®— Un médecin de Berlin, M. Furst, pour rendre plus efficace le séjour aux bords de la mer, propose la création, sur les plages, de pavillons d’inhalation. Il a notamment trouvé que l’air au bord de la mer ne renferme presque pas de chlorures, qui sont emportés avec lés vents à l’intérieur du pays. Pour remédier à cet inconvénient, on pourrait, d’après lui, construire dévastés « halls» très confortables fermés du côté de la terre et largement ouverts du côté de lia mer. On pourrait encore y établir des sortes de cuves remplies d’eau de mer en nature ou saturée de chlorures, et soumises à l’évaporation lente à une température de 30°. On pourrait enfin établir même des pulvérisateurs spéciaux afin de mettre les malades dans la possibilité de faire une véritable cure d’inhalation.
- —— Un concours pour l’admission de trente élèves à l’Ecole municipale de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris aura lieu le mardi 16 juillet. Les épreuves consistent en une composition française, et en diverses compositions de mathématiques, de physique et de chimie. Pour tous renseignements complémentaires, s'adresser à l’économat de l'Ecole, 42. rue Lhomond, à Paris.
- —Le Congrès de l'Association britannique pour l’.avancement des sciences se réunira le 11 septembre 1895 à Ipsvvick, sous la présidence de sir Douglas Gallon.
- —©— Le 26 juin 1895, a été promulguée la nouvelle loi concernant l’établissement des conducteurs d’énergie électrique autres que les conducteurs télégraphiques et téléphoniques.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les voitures automobiles se trouvent aux adresses suivantes : MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivry, à Paris; MM. Peugeot, 32, avenue de la Grande-Armée, à Paris; M. E. Roger, 52, rue des Dames, à Paris; M. A. Bollée, au Mans, etc. — Beaucoup de lecteurs nous demandent où l’on peut se procurer du carbure de calcium pour réaliser l’expérience de production du gaz acétylène. On trouve ce produit à Paris chez M. Paul Rousseau* 16, rue des Fossés-Saint-Jacques, au prix de 13 francs le kilogramme pour une faible quantité et de 3000 francs la tonne pour plusieurs centaines de kilogrammes. On peut s’adresser aussi à la Société de l’industrie de»l’aluminium à Neuhausen (Suisse), qui, pour une quantité de 1000 kilogrammes, le fournit au prix de 50 centimes le kilogramme.
- Communications. —M. le De professeur B. Sresnevsky, à Moscou, nous envoie une Notice contenant la théorie de Vhygromètre à cheveu. Notre correspondant fait remarquer que la substance fibreuse du cheveu renferme une grande quantité de pores microscopiques. On pourrait croire que ces pores, et surtout le liquide qu’ils contiennent, sont indispensables pour que le cheveu subisse les déformations hygrométriques. La théorie que nous indiquons démontre que la courbure des ménisques microscopiques ainsi que leur tension superficielle changent régulièrement avec les variations du degré d’humidité de l’air. Mais il y a lieu d’attribuer aussi une certaine importance à l’action de l’affinité chimique' entre l’eau et la matière du cheveu.
- M. Dulaurier, à Paris, nous adresse la Note suivante sur un nouvel appareil pour l’analyse des gaz. Les Comptes rendus de l’Académie des sciences ont récemment publié une Note très sommaire de son procédé pour faire le vide parfait. Voici ce qu’il en était et quelles sont les applications possibles. « Dans une sphère creuse en cuivre rouge, dit notre correspondant, je proposais d’introduire de l’oxygène pur et un faisceau de fils de fer très fins. En fermant hermétiquement l’appareil, je faisais s’écarter les fils de fer, puis je faisais passer un courant électrique assez puissant pour bien brûler tout l’oxvgène. Ce moyen de faire le vide peut très bien s’appliquer pour obtenir de l’azote pur et pour voir si, dans l’air, de l’argon ne reste pas ou ne se produit pas par l’électricité. On peut ainsi faire l’analyse des gaz et vapeurs purs ou mélangés pourvu que le fer se combine à un des éléments. Les corps contenant de l’oxygène, du soufre, du phosphore, de l’arsenic, du chlore, du brome, de l’iode, etc., pourront en être privés complètement. »
- Renseignements. — M. F.Desjaleis, à Vassy ;M.F. Teis-serenc, à Ceilhes. Voy. les adresses données plus haut.
- M. le vicomte de Charpin, au château de Pierreux, à Odenas. — 1° Les appareils Carré vous donneront toute satisfaction. Les adresses des constructeurs sont les suivantes : M. E. Carré, 19, rue de l’Estrapade, et M. F. Carré, 48, rue de Reuillv, à Paris. — 2° Autres appareils réfrigérateurs : M. Cormier, J, rue Vernier, Compagnie industrielle des procédés Raoul Pictet, 16, rue de Grammont, MM. Rouart frères, 137, boulevard Voltaire, à Paris. Nous avons aussi décrit une glacière de ménage dans les Petites Inventions du n° 1102, du 14 juillet 1894.
- M. J. A. E., à Marseille. — Il faudrait vous renseigner auprès de l’inventeur à la Société chimique de Londres.
- M. D. Courtois, à Laon. — 1° Nous publions un article détaillé sur la course de Paris-Bordeaux-Paris. — 2° Il n’y a pas d’autre procédé pratique d’une exactitude suffisante pour vérifier la terre d’un paratonnerre. — 3° Adressez-vous à l’administration des Postes et Télégraphes, service du matériel, rue de Grenelle, à Paris.
- M. V. G., à Cosne. — Nous ne pouvons traiter ici que les
- questions concernant la science et ses applications. Nous n’avons aucune compétence pour les questions musicales. Voici l’adresse d’une bonne maison de musique : M. L. Grus, place Saint-Augustin, à Paris.
- M. M. B., à Orléans. — Les renseignements que vous demandez varient avec les divers modèles de moteurs; voyez dans les tables des matières décennales de La Nature (librairie G. Masson) les indications des nombreux articles que nous avons publiés précédemment sur les moteurs à pétrole.
- M. G. Coste, à Montpellier. — 1° Il existe Yalcarazas, ou vase poreux qui rafraîchit l’eau par l’évaporation qui a lieu à sa surface. Ce récipient se trouve chez tous les marchands de porcelaine. — 2° Réparations d’horloges anciennes : MM. Château, 118, rue Montmartre, à Paris.
- M. L. O., h Tonnay-Charente. — Il faut demander ce renseignement à une agence de brevets qui pourra vous faire le travail ou vous indiquer si ce résumé a déjà paru.
- M. Levavasseur, à Orléans. — Il n’y a pas de moyen bien pratique pour faire disparaître la mousse dans les eaux stagnantes.
- M. J. Béraud, à Paris. — Vous trouverez des vernis de tous genres à la maison Bolloré-Soehnée, 19, rue des Filles-du-Calvaire. Les compositions de ces diverses substances ne sont généralement pas connues.
- Un abonné, à X. (Côtes-du-Nord). — Il faut construire soi-même cette pile, d’après les renseignements que nous avons fournis.
- M. A. C., à Lille. — La préparation de ces plaques est encore tenue secrète, et rien n’a été publié à ce sujet.
- M. G., à N. L. C. — L’usine de distribution d’énergie électrique doit prendre la précaution d’établir des parafoudres de distance en distance sur la ligne aérienne.
- M. H. B., h Marseille. — Vous aurez ces renseignements en vous adressant au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. E. Duval, à Stépanofka. — Il faut consulter la Revue d’artillerie ; adressez-vous à la librairie Berger-Levrault, 5, rue des Beaux-Arts, à Paris.
- M. J. V., à S. —Dans l’installation électrique dont vous parlez, il s’agit d’une machine dynamo en dérivation. La vitesse angulaire de cette machine doit rester sensiblement constante, quels que soient la charge et le nombre de lampes alimentées. La différence de potentiel de 110 volts doit aussi être maintenue toujours la même, à l’aide du réglage opéré sur le rhéostat d’excitation. Suivant le nombre de lampes allumées, la résistance du circuit variera et, par suite, l’intensité totale. Il suffit donc de maintenir la différence de potentiel de 110 volts en agissant sur le rhéostat d’excitation; il ne faut faire varier la vitesse angulaire de la machine que dans de très faibles limites pour assurer le réglage que ne permettrait pas le rhéostat d’excitation.
- M. Donnadieu, à Mexico. — Pour clarifier l’eau destinée à une fabrique de papier, il est nécessaire d’avoir recours à une épuration chimique. Les eaux sont souvent trop calcaires, ou trop sulfatées ; suivant les cas, il faut avoir recours à des réactifs bien connus, et effectuer des précipités des matières à faire disparaître.
- M. H. L., & Alençon. — 1° Avec la surchauffe ces compteurs pourraient fonctionner. — 2° Une flamme est toujours nécessaire pour cet allumage ; il est probable que dans le cas que vous signalez, cette flamme se produit.
- M. B., a Saint-Julien-les-Metz. —Renseignez-vous à l’adresse que nous avons indiquée en tète de la Boite aux lettres du n° 1151, du 22 juin 1895.
- M. J. Passe, à Paris. — Nous avons donné l’explication des illusions d’optique constituant les métempsycoses dans le n° 754, du 12 novembre 1887, p. 381.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. Robert, à Nantes. Ecrivez directement à l’auteur de l’article, 40, cours Gambetta, à Lyon. — M. F. Winter, à Mulhouse. Nous n’avons pas retrouvé l’article dont vous voulez parler. — M. D. B., à Lyon: Un moteur à gaz pourrait vous convenir. — M. G- D.. à Paris. Le moteur électrique peut être réglé comme une machine dynamo ordinaire. — M. J. M., h Brest. Il est nécessaire de faire i’expé-rience avec un galvanomètre suffisamment sensible — M. C. Yoa-nès, à Rio-de-Janeiro. Vous pourriez essayer d’imperméabiliser ces tissus en employant les formules que nous avons indiquées dans les Recettes et procédés utiles, 1™ série. (G. Masson, éditeur.) — M. Girard, à Lille; M. Lelong, à Marseille. Consultez les Recettes et procédés utiles, 2e série, à la même librairie que ci-dessus. — M. D. U., à Paris; M. Dubreuil, à Paris; M. A. Benoist, à Paris. Remerciements pour vos communications.
- Dans ,a « Boite aux lettres » ta Déduction accueille tes faits intéressants qui Lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des'sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le hindi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Bourse rosaee & fermeture & arcs enchevêtrés. —
- Cette nouvelle bourse (Voy. la figure) présente un système de fermeture nouveau et original. Un cercle métallique soutient la peau dont est formée la bourse, et en limite l'ouverture. Sur
- la durée de la pose et ouvrir vivement la main quand on veut refermer l’obturateur. — Pour l’instantané : diriger le petit levier D sur la lettre I et mettre l’index C sur l’un des degrés selon la vitesse que l’on désire obtenir, armer et déclencher. — L’obturateur métallique se trouve chez M. Champion, constructeur, successeur de üubroni, 250, rue de Rivoli, Paris.
- Bourse rosace.
- ce cercle, en est serti un autre qui le rencontre, et, entre les deux, est réservé un espace suffisant pour loger les lames métalliques qui produiront la fermeture de la bourse. Ajoutons que les deux cercles dont nous venons de parler peuvent tourner l’un sur l’autre de 45° à peu près. Ces lames sont des arcs de même rayon que les cercles destinés à les abriter et dont une des extrémités est fixée au cercle inférieur tandis que l’autre suit les mouvements qu’on imprime au cercle supérieur. De cette façon, les lames qui, lorsque la bourse est ouverte, sont entièrement repliées et dissimulées, apparaissent quand on fait tourner les cercles et s’enchevêtrent de façon à fermer l’orifice et à empêcher les pièces de monnaie d’en sortir. Un petit bouton placé sur le côté de chaque cercle permet d’ouvrir et de fermer la bourse et aussi de la maintenir fermée. — Se trouve h Franco-American C°, 19, rue d’Hauteville, Paris.
- Obturateur métallique pour photographies. — Cet
- obturateur s’arme sans démasquer la plaque. Il est d’un prix très modéré. Construit tout en métal, il résiste aux variations atmosphériques. Quoique d’une surface très réduite (60 milli-
- Obturateur métallique fonctionnant sans démasquer la plaque.
- mètres de largeur sur 90 millimètres de hauteur), son ouverture devant la lentille est de 35 millimètres. Et il découvre comme les obturateurs à guillotine, ce qui lui donne l’avantage d’une pose égale sur toute la surface du cliché. Cet appareil permet de faire les instantanés à vitesse graduée et la pose facultative. Il se fixe par un serrage spécial qui s’adapte très facilement sur divers diamètres de parasoleils tout en maintenant l’objectif exactement au centre de l’ouverture. Voici comment on s’en sert : Pour le placer sur l’objectif : resserrer le cercle d’acier fixé à l’intérieur du côté du parasoleil, en tournant le bouton mole te B. — Pour la pose ou la mise au point : mettre l’index C au n° 6 et diriger le petit levier D sur la lettre P; puis armer en tirant le bouton E. — Pour déclencher au doigt : déplacer la détente F de droite à gauche pour obtenir l’ouverture, et de gauche à droite pour la fermeture. — Pour déclencher à la poire : presser la poire en caoutchouc fixée à la petite olive A, maintenir cette pression pendant toute
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Auto-relieur. — Nous avons décrit plusieurs systèmes qui permettent de réunir ensemble dans un tnéine caVton toutes les livraisons d’une même publication, journaux illustrés, musique, papiers administratifs, etc. Avec l’auto-relieur, on peut à volonté, retirer et remettre n’importe quelle pièce déjà encartée. Voici comment on se sert de ce système, dù à M. fior-rillot. Notre figure représente le dos du carton ouvert (n° 1 jet le n° 2 montre ce même carton muni d’une livraison qu’on y a fixée avec une agrafe que l'on voit dans ses positions différentes AAB (n%3). 11 faut, pour faire la reliure, procéder aux opérations suivantes 1° Piquer l’agrafe dans le pli du milieu du cahier en face des ouvertures du faux dos. 2° Le cahier étant ajusté à la hauteur du faux dos, enfoncer l’agrafe, rabattre de chaque côté les deux pointes, en ayant soin d’appuyer fortement pour serrer les cahiers. 3° On change d’ouverture à chaque cahier, j c’est-à-dire la première avec la quatrième et la deuxième avec la troisième, et deux agrafes suffisent par cahier. 4° Pour les feuilles simples, faire un pli et les piquer comme les autres cahiers. 5° Pour les gravures doubles, piquer toujours dans la première et la quatrième ouverture. 6° Le volume terminé,
- Auto-relieur pour réunir des brochures.
- introduire les pattes tenant au carton dans les trous de la charnière du faux dos et les rabattre. T On pourrait aussi éviter les agrafes en attachant les cahiers avec un fil. — L’outillage de reliure que nous venons de décrire se trouve chez M. Bor-rillot, 256, boulevard Voltaire, Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Manière de découvrir la falsification de certains cafés. — Les cafés en grains sont sujets à des adultérations aussi variées que les cafés en poudre. Trois échantillons d’un café suspect, l’un en tablettes, les deux autres en grains, ont été trouvés constitués par de la chicorée grillée, mélangée pour l’un avec des lupins. La matière colorante était le brun de Cassel, à dose énorme, I l ,9 pour 100. Ces cafés donnaient à l’eau une coloration brune d’une manière presque indéfinie. Cette teinte était foncée par la soude, et le chlorure ferrique déterminait un précipité foncé ; les caractères sont ceux de la décoction de chicorée. Le brun de Cassel est très soluble dans les alcalis, mais est précipité par les acides concentrés, ce qui permet de le doser. Aucun des échantillons ne contenait de caféine.
- BIBLIOGRAPHIE
- La géologie comparée, par Stanislas Meunier, professeur de géologie au Muséum d’histoire naturelle de Paris. 1 vol. in-8" avec 35 gravures de la Bibliothèque scientifique internationale. Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 6 francs.
- Ce livre mérite d’êlre signalé, il comprend les séries des travaux de Géologie comparée que M. Stanislas Meunier a successivement présentés à l’Académie des sciences depuis de longues années ; on pourrait dire que cô livre est aussi un traité de Géologie expérimentale, car nos lecteurs savent que le savant auteur est arrivé à reproduire artificiellement les phénomènes naturels, ce qui eu éclaire le mode de formation. M. Stanislas Meunier, au point de vue théorique, a su tirer un grand parti de ses observations, de ses expériences et de scs études.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- Le lapin et ses races. Élevage, hygiène, médecine, par Pierre Mégnin. 1 vol. in-8° avec 49 figures dé la Bibliothèque de l'Eleveur. Vincennes, aux bureaux de Y Eleveur. Prix : 3 francs.
- La force, par Mme Céline Renooz. 2e édition, 1 vol. in-8°. Paris, Société d’éditions scientifiques, 1895. Prix : 4 francs.
- La vie et l'âme de la matière. Essai de physiologie chimique. Etudes de dynamochimie, par François Jollivet Castelot, chimiste. 1 vol. in-lfi, Paris. Société d’éditions scientifiques.
- Traité complet de vinification, suivi du Travail des vins mousseux et du Traitement des maladies des vins, par Pierre Guéry, œnotechnicien. 1 vol. in-10, Paris, Librairie centrale des sciences, J. Michelet, 1895. Prix : 5,r,50.
- Piano-aérostat. Le véritable ballon dirigeable par Emile Ber-rubé. 1 brochure in-8°. Librairie centrale des sciences, J. Michelet, 1895. Prix : 1 franc.
- Lettres sur la photographie spécialement écrites pour la jeunesse des écoles et les gens du monde, par E. Giard. 1 vol. in-8° avec illustrations de Scott, Berteault et Moreno et gravures sur bois de Thiriat et Parys. —Paris, Charles Mendel, éditeur.
- La projection en pratique. Guide pratique de l'amateur, par le prestidigitateur Alber. 1 brochure in-8° avec 73 figures, Paris, E. Mazo, 1895.
- Entomologia III. Ditleri italiani, par Paolo-Lioy, Tecnica pro-tistologica, par Leopoldo Maggi. 2 vol. in-18 de la collection des manuels Hoepli. Milano, Ulrico Iloepli, éditeur, 1895.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL PLOIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 24 juin 16* ,9 N. N. E. 2. Couvert. 0,0 Nuageux de 6 à 18 h. ; beau avant et après.
- Hardi 25 11* 5 N. N. E. 3. Peu nuageux. 0,0 Très nuageux de 4 à 7 h.; beau avant et après.
- Mercredi 26 12* ,5 N. E. 1. Beau. 0,0 Nuageux de 12 à 16 h. ; beau avant et après.
- Jeudi 27 14*,4 Calme. Nuageux. 0,0 Nuageux ; halo.
- Vendredi 28 16%9 Calme. Beau. 0,0 Nuageux à 4 h.et de 12 à 22 h.; beau le reste du temps; halo.
- Samedi 29 19% 4 S. S. E. 1. Peu nuageux. 0,0 Très nua<*. de 9 à 17 h.; peu nuag. av. et après, quelq. coups de tonnerre dans la journée.
- Dimanche 30 . . . . 18*,9 S. W. 2. Nuageux. 0,7 Beau à 1 h.; très nuag. ensuite; halo; orage zénithal à 6 h. 30; pluie à 16 h. et 18 h.
- JUIN 1895 — SEMAINE DU LUNDI 24 AU DIMANCHE 30 JUIN
- Lundi
- Mardi
- Mercredi | Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique ta neoaiostie de 0 a 10: les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent :
- iques <baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à
- courbe épaisse, les pressions barométriques boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri A boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages en Relgiqtie. — Des orages semblables à ceux que nous avons signalés pour la France, l'Italie et l'Algérie, dans les Chroniques météorologiques des n" 1151 et 1152, des 22 et 29 juin 1895, ont également éclaté en Belgique à la date du 10 juin 1895. M. A. Lancaster a publié sur ces orages, dans Ciel et Terre, une Note à laquelle nous emprunterons quelques renseignements. Les pluies diluviennes qui ont accompagné ces orages peuvent èlra rangées parmi les plus violentes que l’on ait eu à enregistrer en Belgique dans le cours de ce siècle. Le 10 juin 1893, dans la matinée, le baromètre accusait un minimum; vers 11 heures du matin, le ciel prit une apparence orageuse, et de sourds grondements de tonnerre se lireut entendre. Une heure plus tard, sur un grand nombre de points du territoire, éclataient en même temps des orages locaux plus ou moins violents. L’orage le plus intense a eu lieu à Uccle, non loin de l’observatoire. Pendant trente-cinq minutes, la foudre, la pluie et la grêle ont fait rage; pendant ce temps, le pluviomètre a reçu 60 millimétrés deau. La pluie a duré jusqu’à 5k30" mais avec une allure modérée à partir de 1 heure. La direction du vent a varié, pendant cette journée, du nord a l’est-nord-est. Les quantités d’eau recueillies en quelques régions de Belgique, le 10 juin 1895, ont été les suivantes : Ostende 0“-,0,
- Fûmes 0”“,0, Bruxelles (bas) 1”“8, Bruxelles (Jardin botanique) 0““,8, Schaerbeek 3"”,6, Bois de la Cambre 63““,0, Uccle 6fi““,0, Moutigny-le-Tilleul 0"“,0, Louvain 24"",0, llasselt 17"”,0. Maeseyck 30"”,5, Liège 38”",0, lleid-des-Cliênes 4”",0, Spa 4"”,5, Bastogne 42"",0, Arlon 2“”,5. Ces chiffres si variables montrent nettement combien ont été différents les orages dans des contrées peu éloignées. On n’avait jamais constaté en Belgique des pluies aussi abondantes. Pendant l’orage du 10 août 1890, il était tombé à Bruxelles 35 millimètres d’eau en vingt-cinq minutes. Le 16 juin 1879, on observa 15“”,2 en dix minutes; le 12 juillet 1889, 14““,5 eu cinq minutes.
- lin bolide à Toulouse. — l’n bolide a été aperçu dans la nuit du 26 au 27 juin 1895 par l’observatoire de Toulouse. îl allait de l’est à l’ouest. Le phénomène a commencé par un immense éclair : une longue traînée lumineuse a suivi, composée d’un noyau et de deux branches. Aucune détonation ne s’est produite. Le phénomène a duré trois minutes.
- Tremblement de terre en tirère — Des secousses de tremblement de terre, violentes et répétées, ont été ressenties à Platano, province de Lépante, en Grèce, le 22 juin 1895, dans la matinée. Plusieurs maisons ont été lézardées; mais il n’y a pas eu de victimes.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 29, à 2 h. 10 m. du soir
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Le docteur Roux & l’OAtel de Ville. — Le Conseil municipal de Paris et le Conseil général de la Seine avaient décidé, on s’en souvient, que deux médailles d’or seraient remises, au nom de la Yille et du Département, à M. le docteur Émile Roux, pour rendre hommage « à ses beaux travaux scientifiques, si utiles à l’humanité ». Ces deux médailles, gravées par Chaplain, portent, sur leur face, l’effigie de la République e(, au revers, les inscriptions suivantes :
- Au docteur Émile Roux, la Yille de Paris Au docteur Émile Roux, le Département de la Seine
- C’est jeudi 4 juillet, à 2 heures, qu’a eu lieu, en séance solennelle, la remise de ces médailles au collaborateur de M. Pasteur. Ce dernier devait assister à la cérémonie. Son état de santé, toujours précaire, l’en a empêché.
- Voici le texte de la lettre adressée par M. Pasteur au président du Conseil municipal de Paris, lettre dont il a été donné lecture au cours de la cérémonie.
- Monsieur le président,
- « Je regrette infiniment d’ètre dans l’impossibilité de me rendre à l’invitation que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser. Lorsqu’on 1892 le président du Conseil municipal m’exprimait les vœux des élus de Paris et me parlait de la reconnaissance populaire, il me causait une de ces émotions qui font que toute une vie de travail se trouve récompensée en une minute et par un mot.
- Rien ne semblait pouvoir dépasser la joie que vous m’aviez donnée en ce jour de mes soixante-dix ans. Et cependant, ce que la municipalité de Paris veut faire aujourd’hui me touche •encore davantage. Vous fêtez celui qui fut mon élève, mon cher collaborateur, M. Roux. Ce que j’aurais voulu dire devant lui et après vous, monsieur le président, c’est qu’en dehors des services rendus à la population parisienne par le traitement de la diphtérie, M. Roux contribue par ses cours à l’Institut Pasteur à répandre dans le monde entier une part d’iniïuence française.
- Ainsi se continue, grâce à lui, aux chefs de service et aux préparateurs, l'œuvre que j’ai rêvée : laboratoires de recherches, laboratoires d’enseignement, travaux de longue patience pour arriver soit aux découvertes, soit au développement de certaines méthodes et leçons professées pour faire connaître une science nouvelle.
- Je remercie encore le Conseil municipal de ce qu’il a fait pour moi, de rhommage qu’il offre aujourd’hui aux services rendus par M. Roux et des bourses que le Conseil municipal a fondées à l’Institut Pasteur en faveur d’hommes pleins de mérite.
- Veuillez agréer, monsieur le président, l’assurance de ma haute considération. » Pasteur.
- INFORMATIONS
- —L’inauguration du monument élevé à Boussingault au Conservatoire des arts et métiers à Paris a eu lieu dimanche 7 juillet à 2 heures, sous la présidence de M. Gadaud, ministre de l'agriculture. Le Ministre a été reçu dans la cour de la Bibliothèque, qui se trouve dans la grande salle des anciens moines de Saint-Martin-des-Champs, par M. le colonel Laussedat, de l'Institut, directeur du Conservatoire des arts et métiers, et M. Sehlœsing, de l’Institut, président du Comité Boussingault. Une foule nombreuse rendait hommage à la mémoire du grand chimiste et de l’illustre agronome. M. Gadaud, ministre de l'agriculture, a lu un discours au nom de M. André Lebon, ministre du commerce, retenu à la Sorbonne où il y avait une réunion des mécaniciens et chauffeurs des chemins de fer et de l’industrie.
- —H— Une nouvelle société, la Société contre l’usage des boissons alcooliques, a tenu dernièrement, à la mairie du 6e arrondissement, sa première séance. Le comité se compose de MM. le docteur Legrain, médecin en chef des asiles d’aliénés de la Seine, président de la société; de M. Maillet, professeur, vice-président; de M. Ilazemann, interne à l’asile de Ville-Evrard, secrétaire; des docteurs Camille Chabrié, François Boissier, Henri Triboulet, Paul Sérieux, de MM. Escande et Jean Monnier, pasteurs de l’Église réformée ; Ludwig, secrétaire de la Société de tempérance de la Croix-Bleue ; Gaufrés, Marillier, maître de conférences à l’École des hautes études. Dans un manifeste qui sera répandu dans toute la France, les fondateurs de la nouvelle société déclarent que le « moment est venu pour tous les bons citoyens d’entrer en campagne contre un fléau qui nous déshonore et nous ruine ». Ils ajoutent qu’ils se proposent d’étudier les moyens d’extirper l’alcoolisme, d’en atténuer les effets, de propager la connaissance du mal dans tous les milieux sociaux, de grouper le plus grand nombre possible de citoyens qui souhaitent sa disparition, de soulever un mouvement d'opinion contre lui, de donner l’exemple de la tempérance en s’abstenant de consommer des boissons alcooliques, d’enseigner à l’enfance les principes de la tempérance par une intervention directe dans les milieux scolaires, de réunir les écoliers en groupes de tempérance, etc. Cotisation de 1 franc, exigible seulement des adhérents âgés de plus de seize ans. La nouvelle société, dont le siège est provisoirement rue de Vau-girard, 46, a en outre décidé de distribuer à ses adhérents des cartes sur lesquelles on lit au recto : « Je promets : 1° de m’abstenir entièrement, sauf prescription médicale, d’eau-de-vie et de liqueurs; 2° de ne faire qu’un usage modéré de vin, de bière et de cidre. » Et au verso : « L’alcoolisme affaiblit un peuple et le conduit à sa perte. Être tempérant, c’est être patriote. » (D’après le Temps.)
- —H— Une proposition a été déposée par M. Lamouroux au Conseil municipal de Paris, dans sa séance du 21 juin 1895, pour inviter l’Administration à étudier les applications à l’éclairage de l’acétylène produit économiquement par la décomposition par l’eau du carbure de calcium. Les considérants de la proposition disent que la Ville de Paris a le plus grand intérêt à se tenir au courant des progrès réalisés dans l’éclairage public et privé.
- —$$— Une invention originale, qui nous vient d’Amérique, est l’application des moteurs électriques au repassage des chapeaux. Le chapeau de soie est monté sur l’arbre d’un moteur électrique tournant à 2000 tours par minute ; il suffit alors d’appliquer à sa surface une peau de chamois pour que la chaleur dégagée, combinée à la pression, donne au chapeau un Drillant « inconnu jusqu’ici ». Le coup de fer traditionnel est ainsi remplacé par un coup de brunissoir.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La seringue aseptique se trouve à la maison Mathieu, fabrique d’instruments de chirurgie, 113, boulevard Saint-Germain, à Paris. — Appareil pour la désinfection au formol : M. Adrian, 11, rue de la Perle, Paris.
- Communications. — M. le DT Mourgue, à Alais (Gard), nous adresse une brochure qui, sous le titre La Doctrine physiologique moderne, contient le programme de tous les travaux qu’il a réalisés.
- M. le comte Antonio Citladella, président de l’Association météorologique italienne, à Torino, à propos de notre récent article sur Y Observatoire du Vatican paru dans le n° 1149, du 8 juin 1895, p. 19, nous écrit que l’Association fondée et dirigée pendant de longues années par le R. P. Denza subsiste encore et poursuit son œuvre. L’assemblée générale de la Société a nommé un nouveau conseil d’administration, et prochainement paraîtra le premier bulletin de l’Association, qui reprend ses publications comme par le passé.
- M. E. Hoorickx, à Bruxelles, nous envoie deux photographies de carottes intéressantes. L’une représente deux carottes séparées mais entrelacées l’une autour de l’autre en tire-bouchon. L’autre photographie nous montre des racines multiples mais soudées à la partie supérieure.
- M. le professeur Mugna Giovanni, à Rome, nous adresse une brochure extraite du Bollettino délia Societa sismologica italiana publié par le professeur Pietro Tacchini, et contenant son étude sur la sismoscopie à enregistrement électrique.
- AI. A. L. Robton, ingénieur électricien à Mansle (Charente), nous fait parvenir une Notice sur son système de traction électrique à conducteurs souterrains.
- Renseignements. — M. J. Hérard, à Dijon. — Nous avons déjà décrit en détail dans La Nature plusieurs installations de tramways électriques ; voyez notamment le n° 1131, du 2 février 1895, p. 151, où nous parlons du tramway électrique du Havre.
- AI. G. Houzel, à Paris. — Des expériences remarquables ont prouvé qüe la vitesse de transmission de l’électricité était la même que la vitesse de la lumière. De nombreux travaux scientifiques ont aussi établi aujourd’hui complètement cette analogie. Voy. l’article Oscillations électriques dans le n° 1027, du 4 février 1893, p. 145.
- AI. Bouisson, à Sisteron. — 1° Nous n’avon's pas entendu parler d’essais nouveaux d’acclimatation de vers à soie en France. — 2° Vous pourriez vous adresser à la maison Deyrolle, 46, rue du Bac, à Paris.
- M. E. A. B., à Bruxelles. — Nous avons décrit en détailles procédés de M. Vincent pour la fabrication de la "lace par le chlorure de méthvle dans le n° 516,-du 21 juin 18/9, p. 43, et dans le n° 330, du 27 septembre 1879, p. 263. Nous ne connaissons pas la maison exploitant actuellement ce procédé.
- M. Ch. Tilloy, à Lille. — Adressez-vous à la Société des émulseurs de vapeur, 111, boulevard Magenta, à Paris.
- AI. G. Mouron, à Kharkow. — 1° On pourrait essayer de tremper les bouchons dans une solution d’acide borique. — 2° Filtres industriels : M. Leclaire, 140, rue Saint-Maur; Desmarais, 10, rue du Banquier; M. Séraphin, 47, nié du Chemin-Vert, à Paris,
- M. A. Ternisien, à Sainte-Marie-des-Champs, par Yvetot. — 1° Nous donnons toujours en tète de la Boite aux lettres, sous la rubrique Adresses relatives aux appareils décrits, les adresses des constructeurs que nous connaissons pour les appareils dont il est question dans le journal. — 2° Nous n’avons qu’un seul des renseignements que vous demandez; vovez la Boîte aux lettres du n° 1151, du 22 juin 1895.
- M. A. Meyer, à Lille. — 1° Le journal Le Praticien est édité par la librairie Dunod et Vicq, 49, quai des Grands-Augustins, à Paris. — 2e Nous ne connaissons pas d’autre traité
- que Vinaigrier et moutardier, par MM. J. de Fontenelle et Male» pevre, dans la collection des manuels Roret.
- M. Guïolton, à Mostaganem. — 1° Nous ne pensons pas que des brevets aient été pris pour ces fabrications. — 2° L’aménagement du four électrique dépend nécessairement de l’inten-sité qui doit le traverser. — 3° On sait qu’une tonne de carbure de calcium peut donner 300 mètres cubes d'acétylène, cl qu’une consommation de 142 litres par heure d’acétylène tburnit une intensité lumineuse de 240 bougies; mais la dépense de force motrice pour la production du carbure de calcium n’a pas encore été indiquée.
- M. E. Berger, à Paris. — Vous pouvez obtenir un très bon dépôt électrolytique de fer sur la fonte, en opérant dans certaines conditions; voyez la formule indiquée dans les Recettes de l'électricien, deM. E. Hospitalier, que nous annonçons dans notre bibliographie.
- AI. E. L., à Relizane. — L’induit doit se déplacer entre les branches de l’aimant, en laissant entre les deux un espace aussi faible que possible. Votre croquis semble indiquer que ces conditions ne sont pas complètement réalisées.
- M. J. Clarion, à Saint-Chamond. — Pour tout ce qui concerne le tectorium, dont il a été question dans le n° 1066, du 4 novembre 1893,. il faut s’adresser .à M. E. Lambert, ingénieur à Bar-sur-Aube.
- M. P. Joliot, à Montpellier. — Vous trouverez ce petit dictionnaire à la librairie Flammarion, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. F. Grangerat, à Aix-les-Bains; M. M. C., à Montréal; M. P. Bazerque, à Paris; M. J. Campardon, à Arcueil. —: Voyez les adresses que nous avons données en tête de la Boîte aux lettres du n° 1153 du 6 juillet 1895 pour se procurer le carbure de calcium.
- Al. E. Scher, à Rouen. — L’attaque de l'acide azotique portait sur la pince en acier ou sur les objets en zinc, cuivre, etc., mais non sur l’or. De plus, cet or était-il réellement pur?
- M. A. Levasseur, à Amiens. — Vous pourriez essayer une solution plus ou moins étendue de gélatine ou de silicate de potasse ou de soude.
- M. le comte Pustowski, à Albertyn. — 1° Nous n’avons pu retrouver cette adresse. — 2° Cette invention n’avait rien de sérieux. — 5° Nous décrirons volontiers ce nouveau modèle de turbine s’il présente de réels avantages.
- AI. P. Descamps, à Quaregnon. — Veuillez nous envoyer votre brochure, nous l’examinerons et nous vous ferons connaître notre avis.
- M. F. Tcisserenc, à Ceilhes. — Cette pile ne se trouve pas-dans le commerce; il faut la préparer soi-même.
- M. Vanvincq Reniez, à Audruicq. — II ne faut pas attacher d’importance à ces prévisions.
- M. E.'Bonneau, à Paris. — Les renseignements que vous donnez se trouvent dans tous les traités de verrerie et dictionnaires. Il y a notamment un long article dans le Dictionnaire des arts et manufactures de Laboulaye.
- AI. Von Atülmann, à Bruxelles. — Nous pensons que vous pourrez vous procurez ces appareils à haute tension aux adresses suivantes : MM. Verity and Sons, King Street, and 157, Regent Street, Acme eleclric Works, Ferdinand Street, Chalk Farm, à Londres.
- AI. J. Saussié, à Paris. — Il est bien difficile de se préserver de l’humidité dans l’air d'une salle. On peut se servir cependant de terrines remplies de chlorure de calcium.
- M. L. Gueteville, au Perreux. — Avant toute publication, il est nécessaire que le brevet soit pris.
- M. G. Maresca, à Livorno. — Voyez les adresses indiquées en tète«de la Boîte aux lettres du n° 1151, du 22 juin 1895.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. Dujardin, à Dammarie ; M. W. Bosenchein, à Dole. Nous utiliserons prochainement vos intéressantes communications. Remerciements.— AI. G., à la ville de Zve..., en Russie. Regrets de ne pouvoir vous donner satisfaction. — AI. Farbè des Sablons, à Paris. Ecrivez à l’auteur de l’article, 40, cours Gambetta, à Lyon. — AI. Ferrer, à Barcelone. Nous n’avons pas eu d’autres renseignements sur ce procédé,, et nous ne connaissons pas l’adresse de l’inventeur. — Al. M. R., à Narbonne. Nous ne pouvons répondre à votre demande; il vous faudrait écrire à quelques fabricants.—AI. P. A’., à Rome. l°Nous n’avons pas l’adresse nu constructeur de cet appareil ; 2° demandez ces renseignements au siège de la Société que nous avons fait connaître en tète de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de ce nouveau bec à gaz. — AI. C. C. K., à Paris; AI. J. P., à Courbevoie. Voyez les Becettes et procédés utiles,
- 5° série. (G. Masson, éditeur.) — AI. G. Armenault, à Nantes. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans a « Boite aux lettres » la Hédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- I/anto-doucheur. — Le Dr Madeuf a imaginé un petit appareil destiné aux personnes qui ne peuvent consacrer ni le temps ni l’argent nécessaires à la cure par l’hydrothérapie. Ce iSont les plus nombreuses. L’appareil se compose tout simplement d’un vase ayant la forme d’une sorte de bock, mais donl la partie supérieure est fermée par une plaque en arrosoir el
- L’auto-doucheur ilu Dr Madeuf. — 1. Vue de l’appareil.—2. Mode d’emploi. 3. Coupe de l’appareil.
- d’un trou d’environ 2 centimètres autour duquel est soudé un entonnoir à long col s’enfonçant jusqu’au fond du vase. En renversant l’appareil préalablement rempli d’eau, l’air pénètre par l’entonnoir et l'eau sort en douche par l’arrosoir. Le mode d’emploi est très simple ; le malade sort du lit déshabillé, se met dans lé tub ou dans une grande cuvette, renverse l’appareil sur lui « comme s’il voulait se laver » et rentre immédiatement dans le lit, sans s’essuyer, sans perdre de temps. L’appareil permet aussi de remplacer l’éponge ou un aide pour les personnes qui veulent simplement faire la toilette entière du corps ou de la tète. Avec deux appareils, l’un plein d’eau chaude, l’autre d’eau froide, le malade peut prendre une douche écossaise. — Se trouve chez M. Senet, 10, rue Fontaine-au-Roi, Paris.
- Le porte-gomme perpétuel. — Cet appareil est représenté en vue d’ensemble, dans le n° 1 de la gravure ci-dessous. Le n° 2 nous permettra de donner l’explication du système. Un bâton de gomme à effacer le crayon, À, mesurant 0m,13 de longueur, est introduit dans un étui en nickel C, et est poussé
- Le porte-gomme perpétuel. — N° 1. Mode d’emploi de l’appareil N* 2. Figure explicative. — 3. Le morceau de gomme A.
- graduellement à mesure de l’usure, par un ressort à boudin B. Une bague mobile entourant l’étui D, sert à maintenir la gomme à la distance voulue. Les dessinateurs, architectes, etc., et ceux qui se servent beaucoup du crayon, trouveront dans ce petit appareil un objet utile, propre et pratique. — Se trouve chez M. Mathieu, au dépôt des Petites inventions, 29, rue de Valois, Palais-Roval, Paris.
- Suspension pour lampes électriques à are. — Les
- lampes à arc, pour projeter leur cône lumineux dans les meilleures conditions, doivent être placées à une eertaine hauteur au-dessus du sol, souvent supérieure à 5 ou 6 mètres. D’autre part il est nécessaire de pouvoir atteindre facilement la lampe pour la visiter, la nettoyer et remplacer les charbons qui s’u-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- sent. On est alors obligé de recourir à des échelles ou à des treuils; ces procédés offrent bien des inconvénients. Le nouveau mode de suspension que nous présentons à nos lecteurs dans la gravure ci-dessous permet la manœuvre des lampes sans aucune difficulté. 11 consiste en un ressort (n° 1), que l’on aperçoit en RR, sur le n° 2 de la figure, fixé sur un tambour qui est monté sur l’axe B (n° 1). Ge ressort est logé dans le barillet A, sur lequel est fixée une chaîne ou un ruban par une de ses extrémités. L’autre extrémité de ce ruban maintient le crochet S qui supporte la lampe. Sur ce barillet sont portées également deux poulies en fibre (n° 1) sur lesquelles se trouvent deux cercles en cuivre C formant rainure avec la joue extérieure de la bobine. Les fils conducteurs souples 11 sont logés dans ces rainures : une extrémité est reliée au cercle de cuivre et l’autre reste libre pour aboutir à l;r lampe. Le courant est amené de l’extérieur à l'aide de frotteurs à ressort E, d’une section de 40 millimètres carrés, qui appuient constamment sur les cercles en cuivre et établissent la communication avee les bornes G par les tiges F. Par suite de ces dispositions en tirant sur le ruban S, on déroule le ressort et en même temps les fils souples qui s’allongent suivant lés besoins ; mais le courant est toujours amené à la lampe par les frotteurs placés à la partie supérieure. Ce mode de suspension à tirage est des plus simples et des pins commodes ; il demande un appareil d’un volume très réduit et permet de fixer là lampe à n’importe quelle hauteur sans laisser voir de tous côté?
- e
- H
- Suspension pour lampes électriques à arc. j
- les fils volants. Le n° 5 de la figure nous montre le mode d’application de l’appareil et nous fait voir une lampe à arc suspendue au plafond. — La suspension à tirage pour lampes à arc est en vente chez M. J. Scherrer, fabricant, 79, rue Tur-bigo, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recettes de V èlecbicien, colligées et mises en ordre par E. Hospitalier, rédacteur en chef de l'Industrie électrique. 1 vol. in-18. — Paris, G. Masson, éditeur, 1895. Prix : 4 francs.
- Les recettes pratiques sont des plus précieuses et indispensables à l’électricien. Dès 1885, M. E. Hospitalier, dans son excellent. Formulaire de Vélectricien, que tous nos lecteurs connaissent bien, en avait réuni un certain nombre de la plus grande utilité. Mais toutes ces recettes durent bientôt céder la place aux formules et aux renseignements techniques de tous ordres. Elles furent mises en réserve, augmentées, complétées, et c’est ce qui nous vaut aujourd’hui ce recueil de renseignements pratiques. Celui-ci contient des recettes relatives à l’atelier, compositions d’alliages, soudures, colles, mastics, cuves, polissage, vernis, outillage, courroies, graissage, des recettes à utiliser dans le laboratoire concernant les matières premières, les piles, les voltamètres. L’électrochimie occupe une certaine partie, on y trouve des renseignements sur la galvanoplastie, les dépôts adhérents, les moulages; viennent ensuite la canalisation, l’appareillage, les dynamos et les accumulateurs. A la lin de l’ouvrage est insérée une série de documents officiels et administratifs intéressant les électriciens. En résumé, ce nouveau recueil essentiellement pratique forme le complément précieux du Formulaire de l’électricien.
- Le matériel agricole moderne. Tome II. Instruments d'intérieur de Ferme, par A. Tresca, professeur à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures et à l’Institut national agronomique. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de l'Enseignement agricole,
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- publiée sous la direction de M. A. Miintz. Paris, librairie de Firmin-Üidot et Cie.
- Iliade. Homère. Extraits, avec une introduction, un index et des notes par F. Allèche, professeur à la Faculté des lettres de Lyon. \ volume in-lG de la collection Lantoine, livres de lectin e et d’analyse pour l'enseignement secondaire moderne,
- . enseignement des jeunes filles. Paris, G. Masson, éditeur.
- Eschyle. Sophocle. Euripide. II. Pièces choisies, avec une introduction, un index et des notes par A. Puecu, maître de conférences à la Faculté des lettres de Paris. 1 vol. in-16 de la collection Lantoine, livres de lecture et d’analyse pour l’enseignement secondaire moderne, enseignement des jeunes tilles. Paris, G. Masson, éditeur.
- Guide pratique pour l'essai du lait et du beurre, par Paul Rousseau, chimiste, arbitre-expert près le tribunal de commerce de la Seine, et Aldert Lelièvre, chimiste. 1 vol. in-JG. Paris, Maison Paul Rousseau et Cie, IG, rue des Fossés-Saint-Jacques. Prix : 3 francs.
- L'alcool. Composition et effets des boissons alcooliques, par les docteurs Paul Sérieux et Félix Mathieu. 1 vol. in-52 de la Bibliothèque utile. Paris, Félix Alcan, éditeur. Prix : 1 franc.
- Manuel vétérinaire pratique du cultivateur par M. C. Crépeaux, ancien élève diplômé de l’Institut agricole de Reauvais. 1 vol. in-18. Paris, Marchai et Billard, éditeurs, 1895. Prix : 1 franc.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" juillet. . . 17* 1 S. 2. Beau. 2,2 Beau jusqu'à 7 h.; nuageux ensuite.
- Mardi 2 17*,1 S. S. W. 5. Très nuageux. 0,0 Nuageux.
- Mercredi 5 15°,1 s. s. W. 2. Peu nuageux. 0,0 Tr. nuag. de 8 à 18 h.; p. nuag. av.: beau après.
- Jeudi 4 15°,1 N. 0. Beau. 0,0 Beau jusq. 7 h.; tr. nuag. ensuite; gouttes à 17 et 18 h.
- Vendredi 5 15°, 5 N. W. 2. Couvert. 0,0 Tr. nuag. jusq. 20 h.; beau ens.; petite averse à 15 h. 45.
- Samedi 6 12°,6 N. 2. Beau. 0,2 Couv. de 11 à 15 h.; beau av.; quelq. nuages après.
- Dimanche 7 13* ,7 N. 1. Beau. 0,0 Couv. à 1 h. et peu nuag. de 10 à 13 h.; beau le reste du temps.
- JUILLET 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 1er AU DIMANCHE 7 JUILLET
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent l courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé de*» observations météorologiques faites au Parc Saint-Maur en juin 1893
- par M. E. Renoü.
- Moyenne barométrique à midi 759””,27. Minimum le 18 à 5 heures du soir, 748“",71. Maximum le 25 à 9 et 10 heures du matin, 769”“,12.
- Moyennes thermométriques : des minima 10°,81 ; des maxima 22° ,82; du mois 16°,81; moyenne vraie des 24 heures 16°,51. Les. minima ont varié de 4°,7 le 16 à 15°,5 le 30. Les maxima de 16°,8 le 15 à 29°,0 le 29.
- Tension moyenne de la vapeur, 9",89. La moindre 5““,5 le 12 à 7 heures du soir. La plus grande 18””,9 le 29 à 4 heures du soir, pendant quelques instants après une pluie d’orage.
- Humidité relative moyenne 72. La moindre 26 le 27 à 1 heure du soir (27 le 17 à 2 heures du soir;. La plus grande 100 en 3 jours.
- Pluie 61““,4 en 21 h. 45 m. réparties en 12 jours. Le 18 dans l’après-midi il est tombé, pendant un grand orage, 32”“,4 d’eau en 5 heures et demie.
- Les 13, 16 et 23 brouillards bas sur la Marne à 4 heures du matin. Nébulosité 45.
- 9 jours d’orage : le 1" juin, fort orage mais passant surtout sur Paris entre 3 et 5 heures du soir. Le 6, vers minuit, tonnerre au sud-est puis à l’est. 1æ 7, tonnerre au sud-ouest et au sud-est, assez loin. Le 9, quelques coups de tonnerre au nord-est à 4 heures du soir. Le 10, quelques coups
- de tonnerre assez forts de 1 h. à 1 h. et demie du soir. Le 18, orage considérable dans l’après-midi avec grande pluie et peu de vent variable. Le 19, orage de 3 à 4 heures du soir. Le 29, ora^e à plusieurs reprises de 9 heures du matin à 5 heures du soir avec peu de pluie. Le 30, orage de 5 à 6 heures du soir; il doit être considérable au nord-ouest où la pluie paraît tomber abondamment.
- Température de la Marne, le matin, 19°,77 ; dans l’après-midi, 20°,72; en moyenne 20°,24; elle a varié de 18°,66 le 1" à 23°,40 le 30. La rivière est restée tout le temps basse et claire.
- Relativement aux moyennes normales le mois de juin 1895 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 1"”,31. Thermomètre plus haut de 0°,02. Tension de la vapeur moindre de 0",20. Humidité relative moindre de 1. Pluie plus forte de 6“",4. Nébulosité moindre de 9.
- Nous avons noté le commencement de la floraison des plantes suivantes : le 3 juin, Rose de tous les mois, Jasmin. 5, Digitale. 6, Gilia capitata. 7, Violette marine ou Campanula medium. 8, Lin rouge, Véronique à épis. 11, Delphinium vivace, grand Seringa d’Amérique. 12, Tilleul à grandes feuilles (Platiphylla). 13, Souci. Ilémérocalle fauve. 14, Croix de Jérusalem, Esclioltzia. 15, Belle-de-jour. 16, Pavot somnifère. 20, Véronique speeiosa. 24, Pois vivace, Sumac de Virginie. 22, Sauge cardinale. 24, Œillet de Chine, Scille maritime. 25, Clématite de Jackmann, Spiré.e calosa, Stewia, Œnothère odorante. 28, Dahlia, Troène du Népal. 29, Pas-serose, Soleil vivace.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 6, à 11 h. 58 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Incendies singuliers. — La Nature a déjà publié plusieurs Notices sur les causes singulières de quelques incendies. Un physicien m’a dit qu’il avait vu un incendie causé par un rayon de soleil passant à travers les verres convexes d’une paire de lunettes laissées, sans méfiance, sur un tas de linge.
- En 1875, trois de mes amis (dont deux étudiants en médecine et un futur avocat) subissaient les plaintes de la maîtresse de la maison où ils étaient en pension : ils brûlaient, disait-elle, toutes ses nappes avec leurs cigares. Un jour, cette dame, dont je devins peu après le client, en passant près de la table qu’elle avait dressée pour le repas (de une heure de l’après-midi), vit que sa nappe commençait à brûler au point de contact de la table et de l’extrémité inférieure d’un rayon de soleil passant au travers d’une carafe d’eau : elle n’en revenait pas, et dès que les étudiants rentrèrent pour prendre leur repas, elle leur conta le cas extraordinaire, et comme c’était une excellente femme, elle les pria d’excuser les- plaintes injustes dont elle les avait accablés. — Je pourrais vous donner les noms et adresses des héros de cette curieuse aventure; l’un d’eux, le 1»' Yaldomero Alvarez, est aujourd’hui directeur aux Enfants trouvés (la Inclusa) de Madrid.
- J’ai vu il v a quelques jours un commencement d’incendie, sur la plate-forme d’un omnibus, causé par la tète de l’allumette d’un fumeur : tombée encore incandescente, elle avait mis le feu au pantalon du voyageur, qui fut charitablement averti par une dame de l’intérieur. Le bas de la jambe du pantalon flamba, et il s’en fallut de peu qu’il ne mît le feu à la jupe d’une autre dame qui montait, à ce moment, dans le véhicule. De C..., à Versailles.
- INFORMATIONS
- —On a récemment découvert, près de Braubach, petite ville sur le Rhin (Hesse-Nassau), dans la hauteur dénommée Kœnigstiel, une grande usine romaine datant des deuxième et troisième siècles de notre ère. Cette découverte concorde avec le récit de Tacite qui rapporte que, sous l’empereur Claude (41 à 54 après J.-C.), l’argent était exploité daus le pays des Mattiaces, mais que cette exploitation aurait été abandonnée comme non rémunératrice. Cette découverte récente démontre que les gisements du Rhin et du Nassau ont été repris à une époque postérieure et que cette exploitation a même reçu une grande extension. On a trouvé, à côté de l’usine, les substructions d’une villa romaine et un grand nombre d’objets d’un haut intérêt archéologique.
- —©— Un grand propriétaire russe, dit le Chasseur illustré, avait voulu, il y a quelques années, essayer de savoir vers quelles régions se dirigeaient les nombreuses bandes d’oiseaux qui, à certaines époques de l’année, traversaient le pays où il possède des terres. Dans ce but, il fit prendre au piège un certain nombre de ees volatiles et leur attacha à la queue, avant de leur rendre la
- liberté, de petits tubes contenant son adresse avec prière de lui faire savoir où et quand les oiseaux auraient été pris ou tués, le tout écrit en russe, en français, en allemand et en anglais. Jamais notre propriétaire n’avait reçu de réponse, aussi désespérait-il de pouvoir satisfaire sa curiosité, lorsque, tout récemment, il reçut une lettre bien curieuse que publient en ce moment les journaux allemands. Elle lui a été adressée par Slatin-Pacha, un des Européens faits prisonniers par le malidi à la suite de la prise de Kharthoum et qui ont réussi dernièrement à s’évader. Slatin-Pacha explique dans sa lettre qu(en novembre 1892, un madhiste de la province de Dongolah avait tué un oiseau qui portait un tube renfermant une dépêche. Ne pouvant la déchiffrer, le madhiste l’envoya à un de ses chefs qui, à son tour, la remit à Slatin pour la traduire. Le prisonnier, bien joyeux d’avoir d'une si étrange façon une lettre venant d’Europe, se promit bien, s’il recouvrait jamais la liberté, de répondre à l’ornithologue russe, et c’est ce qu’il vient de faire.
- —- Que les éleveurs français de chevaux percherons se mettent en garde. Depuis une vingtaine d’années, les Américains du Nord viennent régulièrement acheter à prix élevé dans le Perche les plus beaux poulains mâles pour en faire des reproducteurs. La Gazette des Campagnes annonce que les croisements faits avec ces étalons ont réussi à créer en Amérique une race de chevaux qui ne le cède en rien à nos beaux percherons, et comme il y a surproduction de chevaux aux États-Unis, — on parle en ce moment de les envoyer à la boucherie, — il est fort probable qu’avant peu, profitant des facilités de communications, et du faible coût de l’élevage dans leur pays, les Américains expédieront en France des chevaux type percheron qui feront une sérieuse concurrence à notre élevage national.
- —@— Le département des Pêcheries de Terre-Neuve a récemment publié son Rapport pour 1894. Il en ressort que le nombre d'alevins « plantés » dans les eaux de Terre-Neuve pour l’année dernière a été de 644 959 000.
- —©— La fabrication du chlore liquéfié par compression, après avoir présenté des difficultés nombreuses, est entrée maintenant dans la pratique : elle facilite beaucoup de nombreuses réactions chimiques industrielles. Le chlore liquéfié est logé dans des cylindres en fer ou en acier, dit M. Gradv dans le Petit Temps. Le métal n’est pas attaqué par le chlore liquide. La densité de ce corps est de 1,33, de sorte qu’un récipient de 50 kilogrammes contient près de 15 000 litres de chlore gazeux! A 15° la pression est de 6 kilogrammes par centimètre carré et à 59° de 10 kilogrammes; les récipients sont essayés à 100 kilogrammes. Ce mode de conservation est commode pour les laboratoires où on a souvent besoin de ce corps, qui est long et ennuyeux à préparer. .
- —©— La culture du citronnier offre plus de difficultés qu’on ne saurait croire. Le citronnier exige une température égale et un sol spécial : calcaire avec mélange d’argile ou de terre silicieuse. Les fruits, lit-on dans la Chronique industrielle, doivent être protégés contre les vents trop chauds et aussi contre le froid, qui peut causer de grands ravages. Ces conditions réunies, on sème en avril, à une profondeur de 2 à 3 centimètres, puis on entoure d’un bourrelet de terre et on arrose abondamment. Les jeunes arbustes sont ensuite transplantés dans de petits trous préparés en été. Le sol est bêché trois fois l’an : d’abord en décembre, après les pluies d’automne, puis en avril, et enfin en mai. Les herbes sont arrachées en été. Les arbres doivent être arrosés, par irrigation, deux fois la semaine, depuis la seconde décade de mai jusqu’en septembre, et au taux moyen de 10 000 hectolitres à l’l\pctare. Les frais de plantation et de culture atteignent 1450 francs par hectare en moyenne.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La boîte de mesure électrique est fabriquée par MM. Arnoux et Chauvin, ingénieurs constructeurs, 186, rue Championnet, à Paris. — Un appareil permettant d’exécuter dans un salon les expériences des hommes de feu, se trouve chez M. de Yere, 39, rue de Trévise, Paris.
- Communications. — M. Raimondo Sendranié, à Barcelone, nous adresse la description d’un manocycle vélocipédique qui fonctionne avec les mains. C’est un système analogue comme mode de fonctionnement à l’appareil de M. Valère que nous avons fait connaître. L’appareil espagnol paraît bien construit, mais il est plus compliqué que celui de M. Valère.
- M. W. Rosenchein, à Dole, nous écrit que le 1er juillet 1895, pendant un orage, il a observé un éclair d’une forme curieuse. C’était d’abord un ruban de feu très étroit descendant du ciel, puis ce ruban s’est élargi et en arrivant à terre il a pris la forme d’une ellipse.
- M. J. Dujardin, à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), nous donne quelques renseignements sur l’orage qui a éclaté dans la contrée, le 30 juin 1895, à 6 heures et demie du soir. Le ciel était couvert de gros nuages, quand une violente bourrasque s’est tout à coup produite. Pendant quelques minutes il est tombé une forte averse accompagnée de grêlons dont quelques-uns avaient jusqu’à 40 millimètres de diamètre et pesaient 100 grammes. Les dégâts dans les champs ont été considérables. Notre correspondant ajoute quelques croquis de grêlons et le dessin en grandeur naturelle d’un trou de 50 millimètres produit par un grêlon d’un poids de 100 grammes dans le carreau d’une marquise inclinée dont le verre avait une épaisseur de 2 millimètres.
- M. J. de Rey-Pailhadc, à Toulouse, nous adresse un exemplaire du Rapport qu’il a présenté à la Société de géographie de Toulouse sur Y Application simultanée et parallèle du système décimal à la mesure des angles et du temps.
- Renseignements. — M. Leturc, à X. — La théorie qui explique pourquoi la Bretagne a un climat à température plus élevée que les pays voisins, et qui attribue cette cause au Gulf-Stream, est parfaitement exacte. Nous avons publié une série d’articles à ce sujet dans le n° 36, du 7 février 1874, p. 154; n° 37, du 14 février 1874, p. 171, et n° 38, du 21 février 1874,
- p. 182.
- M. D. A. Condopoulos, à Port-Lagos, Turquie d’Europe. — Les œufs que vous nous avez envoyés sont des œufs d’un squale très commun sur toutes nos côtes de l’Océan et dans la Méditerranée, la grande Roussette (Ecyclium canicula L.). La chose est bien connue, vous trouverez la figure d’un œuf analogue dans E. Moreau (Poissons de France, t. Ier, p. 33), et dans d’autres auteurs.
- M. L. Vernachet, à la Richardais (Ille-et-Vilaine). — Nous avons indiqué une adresse pour se procurer les bateaux pneumatiques de M. Leyman en tète de la Roîte aux lettres du n° 1149, du 8 juin 1895. C’est là qu’il faut vous renseigner.
- M. A. Rieffel, à Liège.— Il est certain que l’hélice propulsant une embarcation donne des résultats supérieurs à ceux de la rame. Mais on ne connaît pas les résultats d’expériences comparatives à ce sujet. En ce qui concerne l’hélice, on ne sait pas exactement la manière dont l’eau se comporte sur les palettes, comment se produit l’entraînement croissant avec la vitesse, comment l’eau arrive par le centre du propulseur et s’écoule. Les expériences déjà entreprises ont toutefois fourni des éléments qui permettent de fixer dans chaque cas la forme, les dimensions et les vitesses les plus convenables pour atteindre, en pratique, des résultats satisfaisants. On a trouvé des rendements industriels ou rapport de la puissance utile à la puissance dépensée de 0,55 à 0,60 pour hélices à deux ailes, et de 0,60 à 0,64 pour hélices à quatre ailes. Le diamètre de l’hélice influe également sur ce chiffre. M. Taurines a trouvé
- que, le diamètre variant de 0,47 à 0,64, le rendement variait de 0,55 à 0,73.
- M. D. B., à Versailles. — Pour effectuer des mesures électriques dans le cas que vous signalez, où le circuit extérieur a une self-induction qui n’est pas négligeable, il faut prendre un wattinètre.
- M. Durand, à Paris. — Vous nous demandez s’il est préférable d’avoir un ascenseur électrique, hydro-électrique, ou de faire creuser un puits et d’installer une pompe mue par moteur à gaz pour alimenter votre ascenseur hydraulique. Pour vous répondre complètement il faudrait établir un projet exact ; nous ne pouvons vous donner ici que quelques indications. Les frais d’établissement et de transformation seront certainement les plus faibles avec l’ascenseur hydro-électrique et ensuite avec l’ascenseur électrique à treuil. Si vous voulez faire creuser un puits, les dépenses peuvent être assez élevées. Le moteur à gaz pour actionner la pompe ne sera guère économique; il serait plus avantageux, même dans ce dernier cas, d’employer un moteur électrique.
- M. Rertrand, à Lyon. — En mécanique, le moment de torsion a pour valeur le produit de la force exprimée en kilogrammes par le bras de levier exprimé en mètres ; ce moment se mesure en kilogrammètres. Le couple de torsion, produit par deux forces égales et contraires, disposées perpendiculairement aux extrémités d’un même diamètre, est égal au produit d’une force par leur distance.
- Un lecteur, à Barcelone. — Les lampes Bernstein vous donneront une grande intensité lumineuse avec une faible différence de potentiel; le dépositaire à Paris est M. Cadiot, 44, rue Taitbout. '
- M. E. H. M. D., à Bruxelles. — Nous croyons qu’il y a une attaque de ce produit ; mais il serait facile d’essayer.
- M. M. L., à Mont. — 1° Avec un fil de diamètre plus gros et pour une même longueur, l’intensité serait plus élevée. — 2° Les longueurs et diamètres sont déterminés par certaines formules que vous trouverez dans les traités spéciaux.
- M. L. River, à Neuilly-sur-Seine. — Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. A. B.,a Paris. — Consultez l’ouvrage de M. Witz, tome II, sur les moteurs à gaz et à pétrole, à la librairie E. Bernard, à Paris.
- M. E. Garcia, à Saint-Sébastien. — 1° Vous trouverez des ouvrages sur la télégraphie électrique à la librairie G. Carré, 3, rue Racine, à Paris. — 2° M. Edison n’a pas publié de livre semblable. — 3° Nous ne comprenons pas votre question.
- M. le comte de la Ferté, à Paris. — 1° Machines diverses à écrire : MM. Werner, 85, rue de Richelieu. — 2° Nous ne connaissons pas d’adresse spéciale.
- Un lecteur, à Caluire. — Vous pourrez vous procurer divers traités d’apiculture à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. Gabriel, à Perpignan. — Nous avons publié des articles très complets sur la téléphotographie dans le n° 1062, du 7 octobre 1893, p. 291, et dans le n° 1069, du 25 novembre 1893, p. 407. Les adresses des constructeurs des appareils se trouvent en tète de la Boîte aux lettres des n0’ 1062 et 1063.
- Un abonné, à Reims. — Il faut faire ce savon soi-même, cela est facile : chauffer l’huile en mélangeant avec de la potasse.
- L’abonné 6695-5073, à Porto. — Consultez l’ouvrage Broderie ou traité complet de cet art avec 1 atlas de 40 planches, par Mme Celnart, dans la collection des manuels Roret.
- Questions. — N° 1344. — M. C. Bellissant, à Viels-Mai-sons (Aisne), nous demande s’il existe un moyen simple de réparer l’émail qui recouvre les objets servant à la cuisine. Les batteries en fer battu émaillé se détériorent rapidement et l’émail se détache en de nombreux endroits après quelques jours de service.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Legros, à Paris. Pour mesurer la puissance électrique, il vous suffit d’avoir un voltmètre et un ampèremètre. — M. Durand, à Lyon, fn constructeur mécanicien pourra se charger de cette fabrication. — M. Bon, à Nancy. Pour déduire de vos essais la conclusion que vous tirez, il serait nécessaire d’avoir un plus grand nombre de résultats d’expériences. — M. L. B., à Paris. Il ne nous est pas possible de nous charger de cette vérification; il faut vous adresser à un spécialiste. — M. Girard, à Paris; M. Dubois, à Lille. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série (G. Masson, éditeur). — M. L. V., à Paris; M. G. M., à Versailles. Consultez les Recettes et procédés utiles, 4e série, à la même librairie que ci-dessus. — M. Véron, à Blois; M. Dumarlin, à Arras. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Butte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de sou mieux les reir
- seiynements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à tonies les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- | PETITES INVENTIONS*
- j Pince A boutons de bottines. — Ce petit appareil est ! destiné à faciliter la mise en place rapide des boutons de bot-' fines. Rien n’est désagréable comme de s’apercevoir, au modulent de sortir, qu’un bouton est sur le point de tomber ou même manquer tout à fait; le recoudre avec du fil et une aiguille est une opération relativement longue et surtout assez j pénible. Avec la pince que représente notre dessin (1), rien de î plus simple que de réparer l’accident. On passe dans le bouton, | qui peut être de grosseur quelconque, une petite agrafe (4)
- ; qui se vend avec l’appareil. On place le tout dans une rainure
- Pince pour fixer les pontons de bottines.
- disposée pour le recevoir (2). On n’a plus ensuite qu’à présenter entre les mâchoires de la pince (3) la partie de cuir où l’on veut fixer le bouton et à serrer. L’agrafe se trouve rivée (5) sous le cuir et le bouton est fixé beaucoup plus solidement qu’avec du fil. Au point de vue mécanique, cette pince présente des dispositions très ingénieuses. Elle n’est, du reste, que la réduction d’une machine plus complète qui sert en Amérique dans l’industrie et qui permet de mettre d’une façon continue un grand nombre de boutons. Au point de vue domestique, c’est un petit instrument très commode et qui méritait d’être signalé dans les inventions pratiques. — Cet appareil se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, Paris.
- L'aéro-mouilleur pour copies de lettres. — Cet
- appareil permet de mouiller à la fois et instantanément jusqu’à dix feuilles et plus du copie de lettres. Ces feuilles,
- (Aéro-mouilleur pour copies de leUres. 1. Vue de l’appareil avec son bassin d’eau. Les deux mains tiennent les deux tubes de la pipette cylindrique n* 2. Le mode d’emploi est vu n” 5; c’est celui de toutes les presses à mains.
- mouillées d’une manière très uniforme, se trouvent en même temps essorées et se séparent les unes des autres avec la plus grande facilité. Les avantages principaux de ce nouveau système sont les suivants : grande rapidité de l’opération, mouillage plus uniforme et par suite meilleures copies, plus de pinceaux, rouleaux, éponges, etc., plus de frottement sur les feuilles du copie de lettres, plus de feuilles fripées ni déchirées, meilleur entretien du copie de lettres, économie de buvards et d’imperméables. L’aéro-mouilleur se compose de
- 1 I.a description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- trois parties principales soigneusement établies en zinc verni : le réservoir, la pipette, la plaque-égouttoir. Le réservoir renferme la pipette et l’eau nécessaire à son fonctionnement; il se fixe contre le mur, dans le voisinage de la presse à copier, au moyen de deux longs clous à crochet qui font saillie, de manière à supporter en même temps la plaque-égouttoir et à lui permettre une légère inclinaison contre le mur. Celte plaque est munie d’une feuille spongieuse spéciale, maintenue par deux caoutchoucs, destinée à être imbibée d’eau, et ayant une corne tronquée. Voici le mode d’emploi de ce système : 1° Saisir la pipette qui plonge dans l’eau du réservoir, en ayant soin de boucher les deux prises d’air avec les deux pouces, et l’élever bien horizontalement jusqu’au rebord supérieur de la plaque. Retirer les pouces pour permettre l’écoulement de l’eau en nappe contre la feuille spongieuse. Si celle-ci n’est pas alors parfaitement imbibée, recommencer la même opération, puis laisser la plaque s’égoutter un instant; 2° prendre la plaque-égouttoir et la glisser dans le copie de lettres au-dessous de la dernière feuille à mouiller, jusqu’à concurrence de dix; mettre un imperméable sur la première feuille à mouiller, fermer le copie de lettres et serrer à la presse ; 3° ouvrir le copie de lettres, retirer la plaque, et interposer les lettres ai la manière ordinaire, en séparant les feuilles mouillées, ce quii se fait avec la plus grande facilité, grâce au mode de mouillage] et à la corne restée sèche. — Cet appareil se trouve chezj M. Henri Chasles, 7 bis, rue du Louvre, à Paris.
- Tire-bouchon siphon pour liquide gazeux. — Ce
- système est à double spirale; les deux spirales se voient sur. la figure qui accompagne notre texte en 1 et 2. Le n” 3 repré-
- Tire-bouchon siphon pour liquide gazeux.
- sente les trous par lesquels entre le liquide dans le tube central. Le n° 4 montre le piston à ressort soupape, et le n° 5, l’ajutage de sortie. Une fois le tire-bouchon introduit, il suffit de tenir la bouteille horizontalement et d’appuyer sur le piston comme le fait comprendre le dessin de droite de notre gravure. — Chez M. Mathieu, dépôt des Petites inventions, 29, rue de Valois, Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Contre l'incontinence nocturne d'urine. —Bien des entants atteignent un âge avancé, relativement, sans perdre cette habitude des bébés de se soulager dans leurs couches. Le jour tout va bien, mais la nuit, le pauvret, endormi d'un profond sommeil, arrose consciencieusement ses draps, tout étonné au réveil de recevoir réprimandes et gourmades. Cette incontinence peut tenir à bien des causes que le médecin seul peut rechercher avec soin et méthode. Quelquefois il ne s’agit que de paresse, quelquefois d’une simple intolérance vésicale sans cause grave et sérieuse. Quelle que soit l’origine de cette petite infirmité, en attendant que le médecin ait reconnu s’il existe un trouble de la santé capable de l’engendrer, essayez des moyens suivants : Mesurer la dose de boisson au repas du soir, un verre de table au plus; lever l’enfant vers 11 heures, minuit, c’est-à-dire trois à quatre heures après le moment du coucher, pour satisfaire le besoin. Les enfants se rendorment en un clin d’œil. Employez aussi le moyen bien simple conseillé par le Dr Stumpf de Werneck. Mettez l’enfant couché à plat, sans oreiller; relevez au contraire le bassin avec un traversin, garni d’une alèze, en cas d’accidents. Dans cette position, l’urine n'a pas tendance à presser sur le bas fond de la vessie et sur l’orifice vésical de l’urèthre, et, par ce petit artifice, on arrive, dans bien des cas, à corriger cette petite infirmité. Au bout de trois à quatr e semaines, on peut faire reprendre à l’enfant la position normale dans le lit. Dr X.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Étiquettes d’os. — Les étiquettes de zinc, si elles sont les plus durables, ne sont pas toujours très lisibles, parce que le zinc s’oxyde et recouvre l’écriture d’une patine grisâtre. Cependant, en employant du bon zinc et de l’encre de bonne qualité, ce défaut est moins prononcé, et en mouillant l’écriture on la lit assez facilement. On peut faire aussi d’excellentes étiquettes avec des fiches en os analogues à celles dont on se sert pour marquer les points au jeu de cartes. On écrit sur ces étiquettes avec du nitrate d’argent, qui s’imprègne dans l’os et noircit à la lumière. La dose de nitrate à employer est de 50 gr. par litre d’eau distillée. Ces étiquettes durent fort longtemps.
- Melon glacé. — Se procurer un demi-seau de glace brute, la concasser grossièrement, en mettre une bonne couche dans le fond du seau; poser le melon dessus, puis remettre de la glace jusqu’à ce que le fruit en soit entièrement entouré. Jeter quelques poignées de gros sel sur le tout et mettre le seau à la cave pendant six ou sept heures. Si l’on ne possède pas une cave bien fraîche, il faut entourer le seau d’une couverture de laine pour que la glace fonde moins rapidement. Au dernier moment, retirer le melon, le plonger dans de l’eau fraîche, l’essuver, le découper et le servir vivement pour qu’il reste bien frais. Choisir pour cette opération un melon bien mûr, la variété connue sous le nom de « noir des Carmes )) de préférence. Cette manière peu connue de servir le melon est excellente.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
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- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 8 juillet . . . 15“ ,8 N. E. 1. Beau. 0,0 Peu nuageux à 11 et 12 heures, beau avant et après.
- Mardi 9 18*,1 N. E. 1. Beau. 0,0 Peu nuageux, halo.
- Mercredi 10 17°,1 N. W. 2. Beau. 0,0 , Peu nuageux de 11 à 16 heures, beau avant et après-
- Jeudi 11 16° ,9 S. S. E. 0. Couvert. 0,0 Beau à 1 h., nuageux de 19 à 23 h., couvert le reste du temps. .
- Vendredi 12 16°,5 S. W. 4. Couvert. 0,0 Couv. jusqu’à 14h., puis nuageux, beau après 19 h., pluie de 7 à 14 h.
- Samedi 13 12°,6 S. S. W. 1. Peu nuageux. 9,3 Nuageux.
- Dimanche 14 .... 15°.2 S. W. 2. Couvert. 0,0 Couv. avec quelques éclaircies de 1 à 17 11., beau ensuite, quelques gouttes à 7 et 9 heures.
- JUILLET 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 8 AU DIMANCHE 14 JUILLET
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre .ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Coup <le foudre du *9 juin 1S9S, 4 Moulins. — La journée du 29 juin 1895 a été très orageuse à Moulins. Nous nous trouvions placés entre les isobares brontogènes de 755'”" et de 7dü"“ (au niveau de la mer), et le tonnerre s’était déjà fait entendre à 4“ lo™ du matin et à 5 heures de 1 après-midi. Dans la soirée, les éclairs illuminaient de nouveau l’horizon et vers 10 heures un troisième orage s’approchait rapidement. Il s annonça par deux coups de vent secs, consécutifs, comme deux souffles puissants, qui ébranlèrent les fenêtres et firent ployer les vitres. L’aiguille de l’enregistreur barométrique s’éleva aussitôt brusquement de 2 millimétrés et l'aiguille thermométrique fit une chute verticale de près de 4°. Puis les éclairs s’allumèrent nombreux, de plus en plus fréquents jusqu’à devenir incessants, taudis que le roulement du tonnerre, sourd, ininterrompu, se mêlait au fracas dune pluie battante. Cela dura.à peine une demi-heure et je ne pus m’empêcher de rapprocher ce violent orage, à lintensité près toutefois, des grands ouragans électriques des 18 et 27 août 1890 dont on n’a certainement pas perdu le souvenir. C’est pendant cet orage que la foudre est tombée, vers lO" 15“ du soir, sur le n° 182 de la rue de Decize, maison petite, basse, voisine d’une maison plus
- * Sur l’orage du 18 août 1890, voy. le n° 904, du 27 septembre 1890 de La nature. Sur celui du 27 août, voy. Ciel et Terre, 11* année, p. 373.
- élevée, indemne, et située à quelques pas du passage à niveau du chemin de fer de Moulins à Paris. Les habitants de cette maison, l’homme, la femme et les quatre enfants, en furent heureusement quittes pour la peur. , Le fluide, dont le mode d’action m’a paru bizarre, s’est attaqué sans doute à la cheminée extérieure, dont les briques ont été disjointes et projetées , en partie. Sur le toit, bris de tuiles le long d’un chevron, et, à l’intérieur, ' dans le grenier, un râteau en for a eu son manche de bois brisé, éclaté. Au rez-de-chaussée, briques disjointes et arrachées à l’endroit où le tuyau du poêle pénètre dans le mur de cheminée. Une douzaine d’assiettes cassées dans un placard à gauche du foyer. Pendant l’orage, la femme, qui : s’était levée, se tenait là et « elle a eu, m’a-t-elle dit, les jambes échau- ; dées par un air brûlant qui s’échappa du placard. La pièce fut alorx remplie d’une fumée épaisse, infecte, d’un vrai poison, » ajoutait-elle: Sept petits carreaux furent brisés à une même fenêtre et la fenêtre voi-, sine conserva ses huit carreaux intacts. J'ai enfin relevé un trou d’uneç dizaine de centimètres dans l’axe de la voûte de la cave, au-dessous du poêle du rez-de-chaussée. Du reste, aucune trace du passage de la foudre sur les parties ou objets métalliques de l’habitation. En résumé, il n’y a eu que des dégâts matériels. Les enfants ne se sont aperçus de rien; mais ils étaient comme alourdis, suivant l’expression même île la femme.
- G. de Rocquigsï-Adanson.
- Moulins, l,r juillet 1895.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 15, à 3 h. 41 m. du. matin.
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- N° //56 (27 Juillet 1895), du journal « LA NATURE»
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE 6ERVIGE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- École d’hydrologle médicale des Pyrénées. —Grâce à l'initiative de M. le professeur Garrigou, chargé d’un enseignement hydrologique complet dont est dotée la Faculté de médecine de Toulouse, une école spéciale d’hydrologie médicale vient d’être créée dans les Pyrénées. C’est à Luchon, où M. Garrigou exerce la médecine thermale depuis trente-cinq ans, qu’est installée cette école. Tout étudiant en médecine et jeune docteur qui en fera la demande, pourra devenir à ses frais élève de l’Ecole d’hydrologie pyrénéenne. Voici la liste des cours qui seront faits : Clinique médicale hydrologique, par le professeur F. Garrigou, médecin consultant à Luchon. — Chef de clinique. U. le docteur II. Racine, médecin consultant à Luchon. — Electricité médicale. M. le docteur Destarac, médecin électricien à Toulouse, ancien chef de clinique de la Faculté. — Hydrothérapie et balnéation : M. le docteur A. Racine, chef de clinique. — Massage et orthopédie. M. le docteur A’..., de Toulouse. — Géologie et chimie hydrologiques. M. le professeur V..., de Toulouse. Travaux chimiques ! d'urologie. Chef : M. Charles Poillou, pharmacien de lre classe,
- | préparateur du cours d’hydrologie à Toulouse. — Travaux de
- I chimie hydrologique. Chef : M. Georges Boulade, chargé de la | direction des travaux pratiques de chimie à la Faculté de médecine et de pharmacie de Toulouse. — En outre de cet enseignement, des excursions hydrogéologiques et des visites d’éta-hlisseinents thermaux auront heu sous la direction de chefs autorisés et connaissant parfaitement les Pyrénées.
- INFORMATIONS
- —©— L’administration de l’octroi de Paris a la singulière habitude de faire payer les droits sur le charbon consommé pour force motrice actionnant des machines dynamos d’après le nombre d’heures de fonctionnement. Elle installe un compteur horaire sur la machine électrique, et compte la consommation de charbon à raison de lk*,4 par heure et par cheval de puissance maxima, quelle que soit la puissance moyenne de l’utilisation. Cette manière de compter est absolument défectueuse, et ne peut amener que des erreurs considérables. Les réclamations adressées dernièrement par notre imprimeur, 31. Lahurc, à 31. le Directeur général de l’octroi de la Ville de Paris, et publiées par le journal L’Industrie électrique du 10 juillet 1895, nous en donnent une preuve frappante. Pour la consommation de houille du premier trimestre, l’octroi a réclamé à M. Lahure 1 franc par 1000 kilogrammes sur 61 250 kilogrammes nécessaires au fonctionnement du matériel de l’imprimerie, et 7 francs par 1000 kilogrammes sur 89 807 kilogrammes soi-disant consommés pour le service de l’éclairage électrique. Or les feuilles d’octroi prouvent qu’il n’est entré dans ce premier trimestre que 127 600 kilogrammes de houille et non 151 057 kilogrammes, comme l’indiquent les droits réclamés. On a donc compte des droits sur 25 457 kilogrammes de charbon qui n’ont pas été consommés. Les mêmes erreurs se retrouvent sur de plus grandes proportions pour le second trimestre 1895. L’octroi réclame 1 franc par 1000 kilogrammes sur 61 250 kilogrammes nécessaires au fonctionnement du matériel et 7 francs sur 54 271 kilogrammes consommés soi-disant
- pour le service de l’éclairage électrique. La consommation totale de charbon serait donc de 115 521 kilogrammes, et les feuilles d’octroi indiquent qu’il n’est entré que 51 300 kilogrammes de houille. Il y a encore ici un supplément de 64 221 kilogrammes. Ces erreurs grossières prouvent que les compteurs horaires ne peuvent rien indiquer d’exact en ce qui concerne la consommation de charbon. Il serait bien plus logique d’installer des compteurs d’énergie électrique qui donneraient exactement la consommation. Il serait facile d’établir la dépense moyenne de charbon par kilowatt-heure utile; les résultats seraient alors admissibles. Il est à souhaiter que cette importante question soit étudiée rapidement et reçoive une solution qui donne satisfaction à l’octroi et aux consommateurs.
- —®— La Nature a décrit dans le n° 1151, du 22 juin 1895, un brûleur à incandescence formé de filaments minéraux, sous le titre de nouveau brûleur. Nous avons reçu à ce sujet la Note suivante : « Le bec papillon à incandescence a été mis en vente par 31. Ladu-reau, ingénieur chimiste, sous le nom de Bec National, au commencement de décembre 1894. Ce bec est fondé sur le principe de l’incandescence des oxydes de terres rares telles que la zircone, la magnésie, l’alumine, l’yttrium, etc., principe mis dans le domaine public par l’Américain Robert Lahe en 1884 et repris depuis par le docteur Auer, de Vienne, qui a beaucoup perfectionné les procédés de l’inventeur américain et a fait sur ce principe un bec universellement connu aujourd’hui.
- —@— Les membres de V Union internationale de photographie fondée à Bruxelles en 1891, et dont les deux premières sessions ont eu lieu à Anvers en 1892 et. à Genève en 1895, sont prévenus que la troisième session se tiendra à Amsterdam, du 5 au 10 août 1895. Les séances auront lieu au Pavillon du Yondelspark ; la première se tiendra le lundi 5 août, à 9 heures et demie du matin. Le règlement des travaux intérieurs et le programme définitif des excursions et des promenades, ainsi que du banquet de clôture, seront fixés au commencement de ladite séance : mais nous savons dès aujourd’hui que les questions suivantes seront portées à l’ordre du jour : 4® Enseignement de la photographie; 2° mesures à prendre pour garantir la propriété internationale de la photographie ; 5° exposition internationale de photographie, classifications, jurys, récompenses; 4° publications à faire par l’Union. — Pour tous renseignements, on peut s’adresser à' 31. Cousin, secrétaire-agent de la Société française, 76, rue des Petits-Champs, à Paris.
- —A l’occasion du 14 juillet, pendant quelques soirées, on a fait fonctionner devant le. restaurant Marguery, à Paris, un grand soleil, formé d’une roue de 4 à 5 mètres de diamètre portant sur le pourtour des lampes à incandescence de toutes couleurs. Cette roue était mise en mouvement par un moteur électrique; à l’aide d’un jeu d’interrupteurs et de commutateurs très ingénieux, on obtenait pendant le mouvement des allumages très variés. Cette disposition, qui était réalisée à l’aide de 1000 lampes à incandescence, est due à 31. Champion. Il s’agit là d’une nouveauté qui a beaucoup excité la curiosité des Parisiens. Le soleil aurait pu comporter un plus grand nombre de lampes à incandescence, 5000 environ, mais la puissance électrique nécessaire n’a pu être fournie par la station centrale de la rue des Filles-Dieu.
- —Un riche Américain, 31. C.-C. Harrisson, a fait don à l’Université de Pennsylvanie d’une somme de 2 500 000 francs à l’effet de fonder une série de bourses, d’accroître la bibliothèque, et d’attirer temporairement des professeurs étrangers à l’Université pour y faire des séries de leçons. Il est stipulé que le capital ne saurait être touché : les revenus seuls seront utilisés.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour l’appareil destiné aux boissons à l'oxygène, s’adresser à M. C. Bartelt, constructeur, à Francfort-sur-le-Mein.— La lampe formogène Trillat se trouve chez M. Adrian, 11*J rue de la Perle, à Paris.
- Communications. — M. le Dr L. Mougin, à Vitry-le-Fran-çois, nous adresse une Notice sur un nouveau laveur extra-oculaire qu’il a fait construire dernièrement. Cet appareil, d’après l’inventeur, peut rendre les plus utiles services dans les lavages antiseptiques de la conjonctive.
- . M. Henri Genaille, à Paris, nous envoie une Brochure contenant la communication qu’il a faite à la section de mathématiques du Congrès tenu à Caen en 1894 par l'Association française pour Vavancement des sciences, sur un calculateur de son invention. Cet appareil est très simple et d’un prix très modique.
- M. H.-F. François, à Paris, nous a fait parvenir une Brochure sur le jaugeage pithologarithmique. Dans cette Notice, l’auteur donne une théorie sur la forme géométrique des fûts ainsi que la description de la nouvelle jauge en usage dans l’octroi de Paris.
- M. Raymond Sendranié, à Barcelone, à propos de la Note que nous avons publiée sur son manocycle vélocipédique, dans la Boîte aux lettres du n° 1155, du 20 juillet 1895, nous écrit que son système n’a rien de commun avec celui de M. Valère ; son invention, nous dit-il, consiste en une nouvelle direction de la bicyclette, direction qui permet l’emploi pratique de la force des bras. Nous enregistrons volontiers les réclamations de notre correspondant, sans toutefois nous départir de notre première opinion.
- Renseignements. — M. H. de Beaulieu, à Beslé. — Vous trouverez des éviers en grès chez MM. Collesson et Cie, 40, rue de Paradis, ou chez M. J. Benoist, 13, avenue d’Italie, à Paris.
- Un abonné, à Yilvorde. — Il faudrait vous renseigner directement auprès des fabricants de voitures automobiles dont nous avons indiqué les adresses.
- M. L. Bernard, à Saint-Jean-d’Angély. — L’emploi du gaz hydrogène pour des moteurs de ce genre ne nous semble pas très pratique; la fabrication sur place est de plus impossible. On ne trouve pas encore dans le commerce de$ moteurs à gaz ou à pétrole pour bicyclettes ; il faut les faire fabriquer spécialement.
- M. A. Uzou, à Caudéran. — Vous aurez cette adresse en écrivant à la Revue du cercle militaire, 37, rue Bellechasse, à Paris. C’est à ce journal que nous avons emprunté notre article.
- M. F. Vandaele, à Ledeberg-Gand. — II n’existe pas d’ouvrage traitant de cette fabrication; mais dans les renseignements de la Boîte aux lettres du n° 1151, du 22 juin 1895, nous avons fait connaître une formule d’encens.
- M. P. B., a M. — 1° Le carbure de calcium n’a été obtenu jusqu’ici que dans le four électrique. — 2° Nous avons indiqué les principales propriétés du carbure de calcium, d’après une Note de M. Moissan à l’Académie des sciences, dans le n° 1083, du 3 mars 1894, p. 223.
- M. V. Ganzin, au Pradet. — Machines à glace : M. E. Carré, 19, rue de l’Estrapade, et M. F. Carré, 48, rue de Reuilly, à Paris.
- M. L. L. F., à Marseille. — Nous ne croyons pas qu’il existe en France d’application de cet outil pneumatique; la description que nous avons publiée a été empruntée au journal Scientific American, dont les éditeurs sont MM. Münn and C°, 361, Broadway, à New-York.
- M. E. Coulon, à Paris. — Le principe du frein dont vous indiquez le projet nous semble juste; il resterait à réaliser cet appareil et surtout à l’expérimenter.
- M. Desjardin, au 118 régiment d’artillerie. — L’air est un
- des corps les moins perméables à l’aimantation, ou au champ magnétique produit par un aimant ; le bois, la fibre, la porcelaine, l’ardoise peuvent également convenir.
- M. L. H., à Charolles. — Le siège de l'Association amicale des ingénieurs électriciens est à la Société des ingénieurs civils, 10, cité Rougemont, à Paris. '
- M. J. M. J., à Saint-Honoré-les-Bains. — Adressez-vous à la maison Berville, articles de dessin, 25, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- M. Consigny, à Fuligny. — 1° Le gaz acétylène peut facilement être enflammé par une étincelle électrique. — 2° Les manuels et ouvrages spéciaux de bicyclettes donnent des recettes à ce sujet. — 3° Il n’y a pas de procédé bien efficace pour empêcher sur les animaux les piqûres des mouches.
- Un lecteur, à Anzin. — Vous trouverez dans l'Annuaire du Bureau des longitudes, publié pour 1895 par la librairie Gau-thier-Villars et fils, p. 202, une étude sur les tables pour calculer les hauteurs par les observations barométriques. De la formule donnée, on peut déduire, à une même température et pour des lieux divers, la différence des hauteurs barométriques par un calcul un peu long; mais il est nécessaire de connaître la latitude. L’altitude de Paris, ou hauteur au-dessus du niveau de la mer, est de 33 mètres à la Seine, et de 65 mètres à l’Observatoire.
- M. M. Koran, à Constantinople. — L’appareil que vous désignez est un appareil très sérieux, qui donne de bons résultats.
- M. E. Magnin, à Champagnole. — L’installation dont vous parlez pourra fonctionner; mais la distance entre la chaudière et la machine à vapeur est trop grande, et il y aura certainement beaucoup de condensation de vapeur d’eàû dans la conduite. N’y a-t-il pas possibilité de rapprocher la chaudière de la machine à vapeur?
- M. Martin, à Nogent-sur-Marne. — 1° L’usine de distribution ne peut prendre à son compte la perte de 50 pour 100 qui résulterait de la transformation du courant continu à 120 volts en courant continu à 65-70 volts. Mais au lieu d’une lampe à arc de 30 ampères, pourquoi ne pas mettre 2 lampes à arc de 15 ampères en tension? — 2° Le prix qui vous est demandé nous paraît trop élevé pour une utilisation de jour.
- M. Th. O., à Paris. — L’encre d’un timbre en caoutchouc est atfalogue à l’encre d’imprimerie; elle est très difficile à enlever, et nous croyons même que cela n’est pas possible.
- M. E. Poirier, à Paramaribo. — Les chiffres que nous avons donnés sont en effet très exagérés ; nous les avons empruntés à un journal anglais qui nous a induits en erreur.
- M. A. de Thier, à Verviers; M. Paul Woog, à Brioude. — 1° Pour les opérations photographiques le formol doit s’employer à la dose de 10 pour 100 de la solution du commerce. — 2° Le formol se vend en solution dans l’eau à 40 pour 100. — 3° Le formol se trouve au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- Le nouvelliste vaudois, à Lausanne. — Ces sabots ne sont pas fabriqués couramment; un amateur les a fait construire pour des expériences.
- Un abonné, à Paris. — l°Nous avons déjà vu dans l'Eleveur le fait que vous nous signalez; nous ne le croyons pas véridique. 2° Nous n’avons pas eu l’occasion d’essayer ces appareils.
- M. F. Beau, à la Levade. — Vos photographies des tableaux chinois ont été présentées au musée Guimet; le traducteur du chinois a dit qu’il s’agissait d’une langue ancienne qu'il n’a pas comprise. Nous ne croyons pas que personne puisse traduire ce texte.
- M. C. Dervieux, à Leeds. — Un tel fonctionnement d’une horloge est impossible ; il s’agit probablement d’une mystification.
- Accusés de réception. — A-vis divers. — M. A. Bertrand, à Pont-Saintc-Maxence. Le liquide que renferment ces appareils pourrait être analysé par un chimiste; mais le travail n’a pas été fait. — M. Janin, à Montargis. Pour apprécier vos formules, il faudrait les essayer, et cela ne nous est pas possible. Tous nos regrets. — M. Duval, à Reims. Il est nécessaire de démonter complètement votre appareil et d’essaver tous les contacts. — M. D. V., à Lyon. Les chiffres que vous mentionnez nous paraissent trop élevés; il doit y avoir des erreurs de calcul ou d’expériences. — M. Girard, à Marseille. Nous ne croyons pas que cet essai soit possible dans les conditions où vous voulez vous placer. — M. E. B-, à Uérieourt. La composition que vous demandez d’un liquide destiné à empêcher l’herbe de pousser dans les allées a été indiquée dans les Recettes et procédés utiles, 4e série (G. Masson, éditeur). — il/. G. L., à Brest; M. Dubois, à Arras. Consultez les Recettes et procédés utiles, 2e série, à la même librairie que ci-dessus. —M. A. Mure, à Joinville-le-Pont. Remerciements pour votre communication.
- Dans la « Boite aux lettres » ta Rédaction accueille tes faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux tes ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Le easse-glaee. — Le casse-glace que nous présentons par la figure ci-dessous est une heureuse application du fait
- Le casse-glace à pointe.
- connu du brisage d’un morceau de glace avec une pointe. L’ensemble de l’appareil ressemble un peu à une petite seringue à main. Voici la manière de s’en servir. Sur le bloc de glace que vous voulez concasser, vous placez votre appareil. Sa partie inférieure est munie de griffes (n° 1 ) afin d’éviter qu’il glisse. Enfoncez vivement la tige supérieure (n° 2) qui fait sortir une longue pointe qui pénètre dans la glace et la sépare en morceaux. Avec ce même procédé vous recommencez sur d’autres morceaux de glace, afin de les obtenir de la grosseur que vous désirez. Un ressort à boudin placé dans l’intérieur fait remonter la tige après chaque coup donné. — Se trouve chez M. Mathieu, 29, rue de Valois, à Paris.
- Tourniquet à gaz produisant une tulipe de feu.
- — Un petit vase de verre en forme de tulipe, muni d’un tube inférieur, est placé sur un bec de gaz, et le tube qui traverse la tulipe de verre est joint au bec de gaz par un caoutchouc. On met de l’eau dans la tulipe, qui forme un récipient d’eau traversé par un tube à gaz fermé du haut (n° 2 de notrefig.). On recouvre ce tube d’une cloche de verre munie de petits tubes recourbés et par lesquels le gaz s’échappe quand on ouvre le robinet du bec inférieur. Le gaz passe d’abord dans le tube
- Tulipe de verre et tourniquets à gaz. — 1. Vue de l’appareil. — 2. Coupe.
- du verre en tulipe, sort par le trou percé dans ce tube, vers sa partie supérieure (la flèche centrale indiquée dans le n° 2 de notre figure montre cet orifice) ; lorsque le gaz a franchi l’orifice il s’échappe par les tubes courbés et on l’allume. Les jets de feu se produisent à l’ajutage de chaque tube, mais comme la cloche de verre à laquelle ils sont soudés est placée sur un pivot pointu, les flammes, en s’échappant, produisent une poussée qui les fait tourner; cela produit le soir une tulipe de gaz d’un joli effet. — Se trouve chez M. Bertrand, 19, rue d’ilauteville, à Paris.
- Cisaille à couper le carton. — Pour couper du papier ou du carton, voilà une petite machine qui rendra de grands services afin de couper nettement et rapidement des cartes ou des étiquettes. Pour ceux qui font de la photographie,
- 1 I.a description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- cette petite cisaille sera très utile, pour couper à longueur, ébarber les épreuves, papiers ou cartes, et cela très rapidement et très aisément. Gomme le montre notre figure, cette cisaille, tout en métal, a l’aspect d’un couperet à pain dont se servent les boulangers pour débiter le pain ; elle se fixe sur une table
- Cisaille à couper le carton.
- à l’aide de petites vis. Gomme on le voit, il suffit d’introduire la carte ou papier sous la lame qui forme levier et d’abaisser rapidement. — Se trouve à la même adresse que le casse-glace décrit ci-contre.
- BIBLIOGRAPHIE
- Hydrologie du Sahara algérien, par M. Georges Rolland, ingénieur en chef au corps des mines. Texte. Extrait des documents relatifs à la mission de Laghouat-el Goléa-Ouargla-Biskra, publiés par le Ministère des travaux publics (Rapport hvdrologique). 1 vol. in-4°. — Paris, Imprimerie nationale. 1894.
- On comprend toute l’importance pratique des études hydrologiques au Sahara, où l’eau joue un rôle capital en raison même de sa rareté. On sait d’ailleurs que Sahara n’est pas toujours synonyme de désert. Malgré la sécheresse de son climat, le Sahara lie laisse pas que de posséder des lignes d’eau superficielles et dès nappes d’eau souterraines, les unes et les autres parfois même abondantes; malgré l’aridité de sa surface, il présente, çà et là, de grandes et belles régions d’oasis, cultivées et habitées, où la combinaison de ces deux éléments, le soleil et l'eau, produit des merveilles de végétation, même sur un sol ingrat. D’après les lignes que l’on vient de lire, on appréciera tout l’intérêt que présentent les explorations et les études décrites dans l’ouvrage remarquable et utile que l’on doit à M. Georges Rolland, toujours dévoué à défendre les intérêts de notre grande et belle colonie d’Algérie.
- Les engrais, les ferments de la Terre, par P.-P. Dehf.rain, membre de l’Institut. 1 vol. in-18. — Paris, Rueff et Gie, éditeurs, 1895. Prix : broché 5fr»50.
- Ce livre, qui est dù à un maître dans la science qu’il «tudie, a eu pour canevas les articles remarqüés qui ont passé successivement sur la grande question des engrais, dans la llevuc des Deux-Mondes de 1893 à 1894. Les Notices dont il s’agit sont étendues et modifiées comme cela est nécessaire chaque fois que l’on traite d’une science en voie de formation, forment le volume que nous annonçons, et qui, tout en traitant les faits au point de vué théorique et scientifique, les présente aussi au point de vue de: la,pratique, cet ouvrage peut intéresser tous les lecteurs, et rendre des services aux cultivateurs. t
- Balistique extérieure, par E. Vallier, chef d’escadron d’artillerie, correspondant de l’Institut. J vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léaüté, membre de l’Institut. — Paris, Gau-thier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché,
- 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- Analyse spectrale directe des minéraux, par M. Arnaud de Gramont, docteur ès sciences. 1 vol in-8°, Paris, libraii'ie polytechnique Baudry et Gie, éditeurs, 1895.
- Guides du cycliste en France, par J. Bertot, 12 volumes in-18 illustrés avec cartes-itinéraires, plans de villes et cartes générales. MM. G. Boudet et Ch. Mendel, éditeurs. Paris, 1895.— Nous avons reçu les volumes suivants : De Paris à Saint-Malo, Cherbourg et le Havre; de Paris à Bordeaux, Bayonne et la Rochelle; de Paris a Perpignan et Nîmes; de Paris a Grenoble, Lyon et Marseille; de Paris à Belfort et Genève; de Paris à Metz et Strasbourg. — Prix de chaquè volume avec reliure souple, 3 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Bouches à feu, par E. Hennebert, lieutenant-colonel du génie. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fds et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Des procédés d'injection des traverses de chemins de fer. — M. Euverte étudie, dans la Revue générale des chemins de fer, les méthodes les plus usitées dans les différents pays pour la conservation des traverses de chemins de fer. Le sulfate de cuivre, quoique peu coûteux, est aujourd’hui peu employé. En Allemagne, en Autriche, en Russie, on se sert surtout du chlorure de zinc. En Angleterre, en Belgique et en France, c’est la créosote qui paraît avoir la préférence. Sur les chemins de fer de l’Etat français, on a adopté un corps mixte formé de 31 parties de chlorure de zinc, pour 46 parties de créosote, dans 1000 parties d’eau. Les traverses sont immergées dans le
- mélange jusqu’à ce qu’elles en soient complètement imprégnées.
- Salade dépêchés. — Peler les pèches et les couper en tranches. Mettre une couche de sucre en poudre dans le fond d’un compotier, arranger les morceaux de pèches dessus, les saupoudrer de sucre et versçr un bon verre de kirsch sur le tout. Mettre le compotier au frais, sur la glace si possible. Même procédé avec des abricots. On peut aussi faire de la même manière une macédoine avec des pèches, des abricots et des reines-Claude. Toutes ces compotes doivent être retournées comme une salade au moment de servir.
- Pour débarrasser les poulaillers et les colombiers de la vermine. — Le soir, lorsque les poules sont rentrées, placez une branche d’aune (vergne) dans le poulailler. Le lendemain vous la trouverez couverte de vermine. Brùlez-la et renouvelez quelques fois. On peut en faire autant pour les pigeons, dans un colombier infesté. Une branche d’aune est facile à se procurer. (Annuaire de la Société d'horticulture de l'Ain.)
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 15 juillet. . . 14* ,3 S. W. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 9 à 18 h.; Beau avant et après.
- Mardi 16 12%5 Calme. Couvert. 0,0 Couvert à 6-7 heures; beau avant et après.
- Mercredi 17, . ... . 17%1 N. E. î. Peu nuageux. 0,0 Tr. nuag. de 9 à 17 b.; p. nuag. av. et apr.; pluie à div. reprises, éclairs puis tonnerre à parlir de 22 heures.
- Jeudi 18 18*,1 S. 1. Beau. 2,2 Nuageux; éclairs puis tonnerre à 1 h.; éclairs dans la soirée ; un peu de pluie à 1 h. Couv. de 4 à 9 h., puis nuag.; beau après 19 h.; éclairs à 1 h.; deux orages de 15 à 18 b. 1/2; pluie à pl. repr. Couv. sauf quelq. éclaircies dans la soirée ; gouttes ou petite pluie à plusieurs reprises. Couv. jusqu’à 18 h., puis très nuag.; beau après 20 h.; pluie une partie de la matinée.
- Vendredi 19 16°,1 S. S. W. 2. Couvert. 1,9
- Samedi 20 14%7 S. 2. Couvert. 4,2
- Dimanche 21 .... 16°.0 S. S. E. 2. Couvert. L0
- JUILLET 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 15 AU DIMANCHE 21 JUILLET
- Hardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La grêle en France et en Espagne. — A la date du 4 juil-
- let 1895, dans la journée, deux orages de grêle d’une grande violence se sont abattus sur diverses parties de la Cerdagne française et de la Cer-dagne espagnole. Dans les environs de Puigcerda (Espagne) et dans trois communes du canton de Saillagouse, les champs de seigle et de pommes de terre ont été hachés par la grêle qui recouvrait le sol d’une couche de 20 centimètres. Les dégâts ont été considérables.
- , cyclones. — Le 8 juillet 1895, un ouragan s’est
- déchaîné sur Olanesti, dans le district de Valca, près de Bucarest; la moitié du village a été engloutie par les eaux. Il y a eu de nombreuses victimes On a retrouvé plusieurs cadavres des victimes, parmi lesquels ceux d’un instituteur et de ses cinq enfants entraînés à 20 kilomètres d’Ola-uesti. Les dégâts ont été très ètendus à Olanesti et dans le district.
- A la même date, en Amérique, un cyclone a dévasté le Kansas méri-
- dional, une partie du Missouri et du Minnesota A Bixter Springs, la violence du vent était telle que des piétons ont été arrachés du sol et projetés au loin; treute maisons ont été détruiles; il y a eu sept morts. A Winona, un torrent formé par les pluies a emporté de nombreuses habitations avec leurs habitants qui s’accrochaient aux poutres Boitantes comme des naufragés aux épaves d’un navire : ou a compté douze morts et huit disparus.
- Le» tremblements de terre en Autriche. — Nous avons signalé précédemment dans la Chronique météorologique Au n* liai, du 22 juin 1895. les tremblements de terre qui ont eu lieu à Laibach le 10 juin 1895. Depuis cette époque jusqu’à la lin du mois de juin, dans cette même ville, on a ressenti journellement de nombreuses secousses de tremblement de terre, souvent jusqu’à vingt secousses et davantage par jour. Dans la soirée du 25 juin 1895, une secousse particulièrement inlense a été observée, laquelle était accompagnée d’une forte odeur de soufre qui a duré plusieurs heures. Des traces de famée ont aussi été constatées à cette occasion.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le la, à 5 h. il m. du mal.
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- N° U 57 (3 Août 1895), du journal «LA NATURE»
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Société belge d’astronomie. — La Société belge d’astronomie, fondée l’année dernière, à Bruxelles, a gris récemment une grande extension. Son but est de travailler à la vulgarisation de l’astronomie et des sciences qui s’y rattachent, de créer un centre de réunion où seront communiqués les observations, les découvertes et les progrès accomplis à la surface du globe, d’encourager et de faciliter des recherches souvent pénibles et laborieuses. Citons, parmi les membres du conseil général, MM. A. Bayet, A. de Boë, le général J. de Tilly, Cl. Dusausov, L. Goemans, Ch. Lagrange, E. Pasquier, E. Rousseau et F. Terby. M. F. Jacobs, astronome amateur, qui s’est occupé activement du développement de la Société, en a pris la résidence. Les secrétaires sont, pour l’astronomie, M. P. Stroo-ant, pour la météorologie, M. J. Vincent, respectivement astronome et météorologiste à l’Observatoire royal. La Société compte actuellement plus de 140 membres, dont un certain nombre d’étrangers, parmi lesquels MM. Deslandres, Flammarion, Descroix, de Paris; Ricco, de Catane; Holden, directeur de l’Observatoire Lick (mont Hamilton, Californie); etc., etc. Aux dernières séances (mai, juin et juillet), les membres de la Société ont assisté à une conférence sur l’histoire de l’astronomie à l’époque de la Renaissance, par M. Doiteau, et à des communications de M. Vincent sur l’observation de la scintillation des étoiles et sur l’orage du 10 juin, de M. Stroobant sur l’application de la spectroscopie à l’étude de la constitution des anneaux de Saturne, de M. Jouveneau sur un hygromètre à diffusion, de M. E. Pasquier sur l’état actuel de l’unification de l’heure, de M. Marchai sur les théories de la circulation atmosphérique, de M. A. Demoulin sur l’odographe, etc. Le conseil a décidé l’organisation d’observations d’ensemble sur les étoiles filantes, les nuages, etc., etc. Un Annuaire, renfermant des renseignements pratiques sur les observations astronomiques, des données importantes et des Notices sur diverses questions d’astronomie et de météorologie, sera publié vers le mois de novembre. La Société fera paraître, en outre, d’ici à peu de temps, un bulletin périodique qui mettra tous ses membres au courant de ses travaux et des découvertes scientifiques, toujours plus nombreuses, faites dans le monde entier1.
- INFORMATIONS
- —3$— Le 28 février 1895, avant son arrivée à Singapour, î’offieier de quart sur le navire l’Oxus fut témoin d’un splendide phénomène lumineux. Il était lk43m du matin. Le ciel s’éclaira vivement dans le nord-ouest et l’on put apercevoir, malgré la clarté de la lune, une boule de feu dont la traînée lumineuse resta visible pendant cinq secondes environ, puis se perdit vers le nord. L’officier
- 1 Les personnes qui désirent faire partie de la Société belge d’astronomie, ou qui voudraient en recevoir les statuts, sont priées de s’adresser à M. F. Jacobs, 21, rue des Chevaliers, à Bruxelles.
- de quart, en tenant compte de l’impression produite sur la vue, en raison de la spontanéité du phénomène, affirma que le bolide lui avait paru A’une grosseur égale à celle du disque lunaire. Le
- Ehénomène avait commencé à être visible dans la constellation du ynx. Le bolide s’était éteint dans celle de la Petite-Ourse.
- —@— M. Violle a entrepris sur l’acétylène des recherches qui l’ont conduit à la fabrication d’une lampe étalon remplissant les conditions requises par les mesures photométriques usuelles. En brûlant le gaz sous une pression un peu forte dans un bec où il s’aère convenablement et qui l’étale en une large lame mince, M. Violle obtient une flamme parfaitement fixe, très éclairante, d’une blancheur remarquable et d’une clarté uniforme sur une assez grande surface. Il place devant cette flamme un écran percé d’une ouverture déterminée, variable suivant les besoins, et il obtient une source dont la fixité, 1 éclat et la blancheur, comparables à ceux de l’étalon absolu, font un étalon pratique.
- —— On sait quelle originale et heureuse idée a eue le peintre Richard Paraire ; ce vaillant artiste n'a pas craint d’aller passer une année entière parmi les indigènes de la Côte d'ivoire pour étudier les merveilleux paysages de 1 Afrique équatoriale. Le gouvernement vient de donner une haute marque d’intérêt à l’œuvre artistique de ce peintre délicat. Un de ses tableaux, Sous les cocotiers, au bord de la Sassandra, a été acquis par l’Etat et va être placé dans le cabinet de M. le ministre des colonies.
- —@— On a pu voir à Londres, à la fin de l’automne dernier, des Chrysanthèmes qui avaient été envoyés de Wellington (Nouvelle-Zélande). Ces fleurs avaient été renfermées dans des tubes de verre remplis d’eau qu’on avait fait geler, et on les avait expédiées ainsi en les faisant conserver dans la glacière du navire. Il paraît que ces fleurs sont arrivées dans un parfait état de conservation, et qu’on les a montrées fraîches et non décolorées après les avoir doucement fait dégeler aux yeux surpris des visiteurs.
- —@— Le Maschinen-Constructor donne des renseignements intéressants sur les expériences faites récemment avec les nouvelles locomotives Compound mises en service sur la ligne du Saint-Gothard. Ces locomotives ont une longueur de 14m,12 y compris le tender. Leur poids à vide est de 60 tonnes. Elles ont été accouplées deux à deux, lors des essais, pour remorquer 120 tonnes, six wagons-salons et un fourgon. La vitesse obtenue a été de 40 et 48 kilomètres à l'heure sur des rampes de 26 millimètres par mètre, et de 105 kilomètres à l’heure en palier, ce qui correspond à une production de puissance de 1200 chevaux-vapeur. La vitesse moyenne est actuellement de 60 kilomètres par heure, si bien que le trajet entre Lucerne et Chiasso peut s’opérer en quatre heures et demie au lieu de six heures comme autrefois.
- —@— Nous avons publié récemment1 une Notice sur une jumelle
- fliante du commencement du siècle, et nous avons dit qu’un de nos ecteurs avait vu une jumelle semblable qui venait d’Amérique; M. Léon Bloch, dont nous avons décrit la jumelle portative2 qu’il construit, nous a dit qu’il livrait un grand nombre de jumelles aux États-Unis, et que la jumelle venant d’Amérique est une des siennes. M. Léon Bloch nous a montré en outre un nouveau modèle qu’il fabrique et qui est fort bien fait; il se distingue des anciens appareils par des différences importantes de construction et par de nombreux perfectionnements, qui en font un système tout à fait pratique.
- 1 Yoy. n* 1155, du 20 juillet 1895, p. 116.
- * Yoy. n°1155, du 2 mars 1895, p. 224.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les jumelles hyperdioptriques se trouvent à la maison de l’ingénieur Chevallier, opticien, 15, place du Pont-Neuf, et chez le Dr A. Chevalier, 158, galerie de Valois, au Palais-Royal, à Paris.
- Communications. — M. Hébert, à Mittois-en-Auge (Calvados), nous signale le fait curieux suivant qu’il a pu observer dernièrement. Au milieu d’un parc se trouvent deux grands tilleuls, complètement en fleurs en ce moment. Pendant quelques jours l’un de ces tilleuls fut garni de bourdons communs. Il y en avait une telle quantité, écrit notre correspondant, qu’à l’approche de l’arbre, on aurait cru entendre le grondement d’une machine à vapeur. Tout à coup, une quantité de cadavres de bourdons jonchait le sol, et le lendemain tout le dessous en était couvert. On ne sait à quel phénomène attribuer ce brusque changement. La température est restée presque sensiblement la même, et ne peut être mise en jeu. Le tilleul, croyons-nous, ne renferme aucune essence toxique ; dans le voisinage ne se trouve aucun arbre à essence délétère.
- M. P. Descamps, élève à l’Ecole d’industrie et des mines du Hainaut, en Belgique, nous envoie une Brochure contenant une étude sur les caractéristiques des électro-moteurs. Cette Notice est extraite des publications de la Société des ingénieurs du Hainaut.
- M. Douane, ingénieur, 23, avenue Parmentier, à Paris, nous adresse son catalogue des machines à glace et appareils frigorifiques, et nous informe qu’il construit depuis de longues années les appareils frigorifiques à chlorure de méthyle dont il a été question dans les Renseignements de la Boîte aux lettres du n° 1154, du 13 juillet 1895, dans notre réponse à M. E. A. B., à Bruxelles.
- M. G. D. Zafiropulo, à Marseille, nous écrit à propos de notre article Cheval et Vélocipède paru dans le n° 1151, du 22 juin 1895, p. 54. Il nous fait remarquer que tout le monde reconnaît aujourd’hui que pour une courte distance un bon cheval a une vitesse très supérieure à celle du meilleur bicycliste. A Mulhouse, on a pu employer des chevaux qui n’avaient aucun entraînement contre un coureur entraîné. A Mulhouse, en effet, le cheval a mis trois minutes onze secondes pour faire 2000 mètres; à Paris, dans le prix d’Iéna, en mai 1894, le cheval Tamarix n’a mis que deux minutes vingt-deux secondes six dixièmes pour parcourir 2100 mètres. De plus, à Mulhouse les chevaux couraient dans une piste intérieure, ce qui rendait les tournants impraticables à une vive allure.
- M. G. Monjo, à Alger, nous adresse la description d’un auio-ouilleur à dôme aérofuge qu’il a combiné avec M. Péchot. L’opération du ouillage consiste à faire le plein, plus ou moins fréquemment, lorsque l’on remarque qu’une certaine quantité de vin a disparu de l’intérieur d’un foudre. L’appareil de MM. Monjo et Péchot a pour but d’expulser complètement l’air contenu dans le foudre au moment de l’installation, de maintenir automatiquement le plein absolu, et d’assurer l’écoulement constant des gaz qui pourraient se produire dans l’intérieur du foudre.
- Renseignements. — M. L. Sircoulon, à Cité-sous-Roches (Doubs). — Tubes en acier sans soudure : MM. Bagshawe frères, 43, rue Lafayette; M. Marchand, 27, boulevard Richard-Lanoir, à Paris.
- M. A. Witz, à Rouen. —Des expériences sont actuellement faites sur un de ces brûleurs par un de nos collaborateurs, et nous donnerons la description de l’appareil s’il y a lieu.
- M. de Meaux, à Sanqueville. — Bélier hydrauliques : M. Durozoi, 129, rue de Reuilly, MM. Schaeffer et Budenberg, 105, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- M. P. Viault, à Neuilly. — Nous avons publié plusieurs articles sur les cuirasses invulnérables dans le n° 1118 du 3 novembre 1894, p. 353, et dans le n° 1125 du 22 dé-
- cembre 1894, p. 58; mais nous n'avons pas les adresses des inventeurs.
- M. R. Doux, à Bayonne. — 1° Cet ouvrage ne se trouve que d’occasion. — 2° Vous pourrez vous procurer des traités sur ces sujets aux bureaux du Journal VEleveur, 6, avenue Aubert, à Vincennes (Seine), et à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. A. Meyer, à Lille. — Adressez-vous à M. Jousset de Bel-lesme, directeur de l’Aquarium de la Ville de Paris, au Troca-déro, à Paris.
- M. G. Rivière, à Bourg-Saint-Andéol. — Il est absolument certain que le vingtième siècle commencera le l”r janvier 1901 ; la chose est du reste évidents et ne peut soulever aucune objection.
- M. V. Perraud, à Saint-Julien (Ain). — Nous avons reçu le dépôt que vous nous avez envoyé. Nous croyons qu’il s’agit d’un produit de laboratoire. Dans les piles de Lalande, il se forme souvent des dépôts semblables.
- M. L. Crespo, à Saint-Jean-de-Luz. — Il faut consulter les bulletins des examens publiés par la librairie Fourneau, 18, rue de la Sorbonne, et par la librairie Croville-Morant, 20, rue de la Sorbonne, à Pans. Vous trouverez là aussi les divers livres classiques.
- M, G. Dupont, à Plessis-Trévise. — Il serait nécessaire de vous adresser à un fabricant de métiers pour bonneterie : M. Bevlard, représentant de M. Buxtorf, 32, rue Etienne-Marcel; M. Diehl, 36, rue Beaubourg, à Paris; M. Lemaire, 51, rue Rousselle, à Puteaux (Seine).
- M. L. Guerrin, à Besançon. — Aluminium en barres : MM. Bernard frères, 9, rue Détaillé ; Société électro-métallur-
- ique de Froges (Isère), 41, rue Notre-Dame-de-Lorette, à
- aris.
- M. A. Marie, à Pont-l’Abbé. — Il faudrait consulter un agronome; adressez-vous à l’Institut agronomique, rue Claude-Bernard, à Paris. Vous trouverez des traités d’agriculture à la librairie G. Masson et à la Librairie agricole de la Maison rustique, dont il est question plus haut.
- Cercle mercantil, à Malaga. — Vous pourrez vous procurer* ces ouvrages à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-i Augustins, à Paris.
- Un lecteur, à Paris. — L’adresse de MM. Arnoux et Chauvin a été donnée en tête de la Boîte aux lettres du n° 1149, du 8 juin 1895, et du n° 1155, du 20 juillet 1895, qui contiennent les descriptions des appareils de ces constructeurs.
- M. G., à Mello. — Vous pourriez essayer la seccotine, cette nouvelle colle qui se vend chez -tous les marchands, et qui a la propriété de coller solidement toutes les substances. Vous la trouverez chez M. Lustrât, 55, rue de Richelieu, à Paris.
- M. Ch. Kennedy, à Paris. — 1° Nous avons décrit l’expérience des hommes de feu dans le n°1155, du 20 juillet 1895, p. 128. — 2° Cette opération n’est pas très facile à faire pour un amateur; on trouve du reste dans le commerce des lampes à réflecteur intérieur.
- Un abonné, à Alger. — 1* Un ventilateur ordinaire suffirait, croyons-nous, pour rafraîchir l’appartement, si toutefois vous pouvez ménager une aspiration d’air frais. — 2° Pour ce qui concerne les machines à air froid, il faudrait vous adresser à la Compagnie industrielle des procédés Raoul Pictet, 16, rue de Grammont, à Paris. — 3° Les prix d’installation peuvent varier dans de grandes proportions suivant les circonstances locales; le fabricant seul peut vous fixer à cet égard.
- M. 0. A. Maseree, à Gand. — 1* La lumière de l’arc est très photogénique. — 2° La fabrication du filament des lampes à incandescence présente de grandes difficultés; on a déjà fait des essais dans le sens que vous indiquez ; mais ils n’ont pas donné de résultats. — 3° On peut essayer de dissoudre ces taches dans la benzine.
- M. V. Brisac, à Saint-Pétersbourg. — L’appareil dont vous parlez est déjà bien connu; s’il n’a pas été appliqué dans les chemins de fer, c’est qu’il doit présenter des inconvénients sérieux.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. le Dr Genod, à Pile Sainte-Marguerite. Nous n’avons pas reçu la communication dont vous nous parlez. — M. C. Valners, à Stewoort. Cette question entraînerait une longue discussion, et les avis seraient partagés. — M. H. Blanco, à Amsterdam. Voyez les Recettes et Procédés utiles 4re série (G. Masson, éditeur). — Cercle littéraire, à Ajaccio. Vous pourriez essayer la recette que nous avons indiquée pour enlever les taches de graisse dans les Recettes et procédés utiles, 4e série, à la même librairie que ci-dessus. — M. Ch. Ponsin, au Cateau (Nord). Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes Us questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Abat-jour et tulipes pour lampes à incandescence. — Les lampes à incandescence se prêtent aux ornementations les plus variées. Entre toutes on recherche surtout les abat-jour élégants et les tulipes de forme gracieuse. Parmi les nombreux modèles que l’on rencontre aujourd’hui chez les
- Fig. 1, 2, 3. — Modèles divers de tulipes et abat-jour pour lampes à incandescence.
- fabricants, nous en citerons quelques-uns que nous avons vus dernièrement et qui nous ont semblé mériter l’attention de nos lecteurs. Le n° 1 de notre figure nous montre un abat-jour en opale ondulé, et terminé à sa partie inférieure par une tulipe légèrement teintée dans la masse avec des dessins qui ressortent en blanc. La lampe à incandescence est placée à l’intérieur de la tulipe. Le n° 3 nous fait voir une autre forme d’abat-jour avec ondulations moins prononcées ; les rebords sont teintés en vert foncé, le fond est en opale. La tulipe est également pourvue de dessins sur verre clair ou dépoli. Le n° 2 nous représente un autre modèle de forme ovoïde plus large et plus étendue. Ces divers objets sont aussi fabriqués en verre de Bohême ; nous ne citons là que quelques modèles parmi le grand nombre que nous avons pu admirer. — Les abat-jour et tulipes pour lampes à incandescence sont en dépôt chez MM. Schmider et Supplis-son, 13, rue de Paradis, à Paris.
- Le mémo-calendrier. — On a toujours besoin d’avoir sur son bureau un calendrier sur lequel sont inscrits les rendez-vous, les divers travaux à effectuer. Le livre-agenda a le grand inconvénient de ne pas être pratique ni commode ; on inscrit
- Le mémo-calendrier. — 1. Fermé avec les feuilles de papier pour notes. 2. Ouvert, avec les casiers intérieurs.
- les notes aux jours voulus et on oublie de le feuilleter. Les fiches volantes ne sont pas pratiques non plus; elles s’égarent facilement. L’appareil que nous décrivons, le mémo-calendrier, remédie à tous ces défauts. Il est formé, comme le montre le n° 1 de notre gravure, d’une série de feuilles de papier blanc superposées portant les dates et munies à leur partie supérieure de deux ouvertures qui leur permettent de glisser dans deux petites tiges cylindriques verticales. Il suffit de déplacer les feuilles en les rabattant en arrière pour laisser paraître sous
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- les yeux la date d’une affaire importante. Toutes les notes euvent être conservées et feuilletées facilement à l’occasion, e tout est monté sur un élégant support qui peut être soulevé et renferme des petits casiers pour plumes, pains à cacheter, gomme, épingles, etc., comme on le voit sur le dessin n° 2. Le même support sert indéfiniment; chaque année il suffît de remettre les feuilles avec en-têtes portant les dates. — Le mémo-calendrier se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Le rince-bouteilles mécanique. — Le rinçage des bouteilles est une opération qui demande beaucoup de soins et qui est souvent très longue. Jusqu’ici les outils employés étaient des plus primitifs. Une brosse spéciale à long manche était introduite dans la bouteille avec de l’eau et on se contentait de frotter sur les côtés en tournant la bouteille et la brosse. Bien des parties de la bouteille n’étaient pas atteintes; la même eau resservait constamment pour un grand nombre de bouteilles. Avec l’appareil que nous présentons à nos lecteurs, l’opération est considérablement facilitée et se fait très rapidement. Les figures de gauche nous montrent les parties intérieures et le détail du nouveau rince-bouteilles. Il se compose essentiellement d’une tige centrale creuse verticale (n° 2), qui aboutit en G à la partie supérieure et en P à la partie inférieure. A cette dernière place se trouve dans une petite cage grillagée une pompe aspirante qui, une fois en action et se trouvant dans l’eau, a pour but de soulever celle-ci et de l’envoyer dans le tube central dont nous allons parler. Le tube C, dont on voit le détail en 1, est vissé sur la tige centrale et renferme à son intérieur une brosse composée de fils métalliques très rigides A. Au centre se trouve un
- Rince-bouteibes mécanique. — 1. Détail du tube porte-brosse.
- 2. Détails de l’appareil complet. — 3. Mode d’emploi.
- petit tube en communication avec la pompe. Au-dessous de ce tube est une petite cuvette circulaire munie à sa partie inférieure d’un tube de caoutchouc. Enfin sur le côté est fixée une manivelle commandant par un engrenage à angle le mouvement de la tige centrale. Si nous faisons tourner cette manivelle, la tige se met en mouvement, la pompe P fonctionne et, placée dans l’eau, elle envoie un jet d’eau par le tube supérieur. Le tube G est également animé d’un mouvement de rotation ainsi que la brosse A. Ajoutons que le tube G peut se déplacer facilement en glissant sur un autre tube, et renfermer à son intérieur toute la brosse métallique (n° 1). La figure 3 nous montre le mode d’emploi. L’appareil est fixé sur le bord d’un baquet, la pompe P plonge dans l’eau propre, et le tuyau en caoutchouc est en communication avec un autre baquet qui reçoit l’eau ayant déjà servi au rinçage. On place la bouteille à la partie supérieure sur le tube C, on fait glisser celui-ci, et la brosse est déployée à l’intérieur de la bouteille. On donne quelques tours de manivelle, l’eau jaillit, la brosse tourne rapidement, et la bouteille est très nettement nettoyée. Des bouteilles garnies à l’intérieur de dépôts anciens très adhérents ont été tpès facilement rendues claires en quelques instants. — Le rince-bouteilles mécanique est en vente à la même adresse que le mémo-calendrier.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Perfectionnement apporté à la teinture des fibres. — Ge perfectionnement, dù à MM. Walstein, Peter et Spott, se rapporte à tout procédé de teinture sur mordant d’étain. On sait que le mordant le plus employé est le tétrachlorure d’étain, et l’oxyde d’étain, ainsi fixé sur les fibres, les rend fragiles et
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- cassantes, parce qu’il jouit de fonctions acides. Le procédé breveté, dont il est ici question, a pour objet d’abolir l’action destructive de cet acide stannique en le combinant avec une substance chimique, de manière à former une combinaison insoluble ou presque insoluble. On fait subir ce traitement aux fibres après les avoir imprégnées de tétrachlorure d’étain. Les substances proposées pour opérer la neutralisation de l’acide stannique sont ou un sel soluble d’un acide organique, ou un
- sel soluble d’un acide inorganique en solution alcaline, ou un oxyde basique, ou un sel double, par exemple l’acétate de plomb, ou un sel soluble de baryum rendu alcalin par l’ammoniaque. Tous les avantages du procédé de teinture sur mordançage à l’acide stannique sont ainsi conservés sans ses inconvénients1. On voit tous les services que peut rendre ce dernier perfectionnement.
- 1 D’après les Annales industrielles.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION et force DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EK MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 22 juillet. . . 15*,5 S. W. 3. Couvert. 3,2 Très nuag.; tonnerre de 17 h. 30 jusqu’après 20 li.; un peu de pluie dans la soirée.
- Mardi 23 14* ,2 S. W. 2. Couvert. 2,0 Très nuag. jusqu’à 15 h.; peu nuag. ensuite, beau après 19 h.; pluie dans la matinée.
- Mercredi 24 14*,8 S. 3. Couvert. 1,9 Couvert jusqu’à 15 h., puis nuageux ; beau après 20 h.; quelques averses.
- Jeudi 25 19*,1 S. S. W. 1. Très nuageux. 0,7 Nuageux jusqu’à 20 h.; beau ensuite ; un peu de pluie à 17 h. 20 à 30 m.
- Vendredi 26 22*,6 S. E. 2. Très nuageux. 0,4 Très nuag ; tonn. de 3 h. à 8 h. 40 et 17 h. 50 à 22 h. 30; 2° orage assez fort ; pluie aux deux orages, halo.
- Samedi 27 18*,0 S. 2. Couvert. 12,7 Très nuageux jusqu’à 12 h.; puis nuageux, peu nuageux après 17 h.
- Dimanche 28. .... 18°,4 S. S. W, 2. Couvert. 0,6 Beau à 1 h., couvert ensuite ; quelq. éclaircies à 12. et 13h.; coups de tonn. à 7 h. 45-57, forte pluie le matin.
- JUILLET 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 22 AU DIMANCHE 28 JUILLET
- Lundi
- Mercredi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique lu nébulosité de 0 a 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe eu pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Les trois coups de foudre du IV juillet 1805, à Moulins.
- — Les orages se succèdent à Moulins et les manifestations électriques présentent, cette année, une intensité exceptionnelle. Dans la chronique météorologique du n° 1155 du 20 juillet de La Nature, nous signalions déjà un premier coup de foudre à la date du 29 juin. Le 17 juillet dernier, notre région du Centre, comme presque toute la France, était encore comprise entre les isobares brontogènes de 755 et de 760 millimètres (au niveau de la mer). Dès 6k 15" du matin, un premier orage (éclairs, tonnerre, pluie) passait sur notre ville et durait une heure. Un peuplier (Populus fasti-giata, Poir.) était foudroyé sur le chemin de la forêt de Moladier, à 160 mètres au nord-ouest du château de Vallière. L’arbre, de 25 mètres de hauteur et feuillé de la base au sommet, a été attaqué à mi-corps par la charge, vers l’est-sud-est, et un sillon hélicoïdal de 10 centimètres de largeur s’est enroulé autour du tronc jusqu’au niveau du sol. A 3h 50“ de l’après-midi, le tonnerre grondait de nouveau et la série des mouvements orageux qui se suivaient sans interruption ne devait plus prendre fin qu’à 19 heures du soir. A 4I,17“, un éclair aveuglant, accompagné presque instantanément d’un affreux coup de tonnerre, fit pressentir un accident. La foudre était en effet tombée sur la maison de M. Delhomme, qui fait l’angle de la rue de Bourgogne et du cours du Théâtre, à 125 mètres de mon hôtel. Ici, la charge parait avoir été guidée par les fils de fer qui assurent la stabilité d’un tuyau de cheminée métallique. Des tuiles ont été brisées sur la toiture. Un mur en briques a été perforé. Dans une chambre, des rideaux ont été lacérés, etc., etc. En somme, il n’y a eu que des dégâts matériels fort heureusement. On comprendra l’état particulier de surexcitation, d’énérvement produit par la tension électrique de l’atmosphère, jointe à une chaleur accablante, quand j’aurai dit que, soit par les journaux, soit par la rumeur publique, il m’avait encore été signalé six autres cas de chute de foudre. Evidemment, l'imagination populaire allait son
- train. Je me rendis cependant aux endroits indiqués. Mais, vérification faite de ces six coups de foudre, je n’ai dû en retenir qu’un seul, le troisième de la journée, et bien caractérisé. En quittant Moulins, la route de Clermont est en remblai et elle se dirige presque droit au sud. Sur le talus ouest de cette route, à.une centaine de mètres environ au sud du passage à niveau du chemin de fer de Montluçon, je vis qu’en effet l’un des frênes d’alignement (Fraxinus excelsior L ) avait été foudroyé. Cet arbre, de 10 mètres de hauteur, a été brisé à 3",20 du sol, et sa tête, toujours rattachée au tronc par une portion de pile en lambeaux, repose sur l’accotement de la route, à l’est de la partie de la pile qui est encore debout. Là aussi, la charge s’est attaquée directement au tronc, vers le nord-nord-ouest, à 4",80 du sommet. Ce cas et celui du peuplier rapporté plus haut constituent donc deux nouvelles confirmations des observations nombreuses que j’ai faites à ce sujet, depuis une vingtaine d’années, sur des arbres foudroyés d’essences diverses. La pile est horriblement mutilée sur une longueur de 5 mètres, une largeur moyenne de 25 centimètres, et, par endroits, sur une profondeur de 6 centimètres. Des éclats, larges de 20 à 30 centimètres et de 3“,50 de longueur, ont été projetés à une distance de 35 à 40 mètres, dans un champ voisin, par la violence de l'explosion. Quelques vaches passaient en ce moment sur la chaussée. Elles ont été bousculées et jetées brutalement sur l’accotement est de la route. Le vieux bouvier qui les conduisait m’a dit n’avoir rien éprouvé sinon la sensation d’une odeur très forte, très caractéristique, qu’il nia pas su me définir. Au cours de cette après-midi si orageuse et si accidentée, les appareils enregistreurs ont accusé les variations habituelles. Entre 4 et 5 heures la plume barométrique a tracé sur le cylindre les quatre jambages d’un M minuscule et l’aiguille thermométrique a fait, entre 3‘30“ et 3k 45“, une chute presque verticale de 6°. G. de Rocqùignt-Adanson.
- Moulins, 20 juillet 1SÎ95.
- PHASES DE LA LUNE : I‘. Q. le 28, à 8 h. 45 du soir.
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- LA SEMAINE
- M. Adams et la découverte de la planète Neptune.
- — M. Adams, le directeur de l’Observatoire de Cambridge, a été enterré dans l’abbaye de Westminster, qui est le Panthéon anglais. On a placé sur sa tombe une inscription dans laquelle on rappelle qu’il a indiqué la place de la planète Neptune, découverte par ses équations. Le fait n’est point exact puisque l’annonce fut faite par Le Verrier et par ses calculs. Il est vrai, il paraît que M. Adams était arrivé à un résultat analogue à la suite des calculs qu’il avait remis à M. Airy, mais que celui-ci avait omis de vérifier et de publier. Les amis de M. Adams peuvent reprocher au directeur de Greenwich sa négligence, mais il est impossible de réparer le tort qu’il a fait à la gloire de M. Adams. Les découvertes se prouvent par la publication. La règle est absolue et ne comporte aucune exception. On ne peut donc rien retirer à l’immense découverte de Le Verrier.
- INFORMATIONS
- —@— Du rapport annuel que vient de terminer le service municipal de l’approvisionnement de Paris, il ressort que pendant l'année 1894, chaque Parisien a consommé en moyenne : 8ke,031 de beurre, 2k*,432 de fromage, 3kg,‘238 d’huîtres, 200 œufs, 14.6 kilogrammes de pain, 60 kilogrammes de viande de boucherie, 10 kilogrammes de volaille et gibier, et bu 194 litres de vin. Si l’on compare la consommation de la viande à celle des années précédentes, on constate qu’elle a diminué de 5 kilogrammes par personne.
- —— On construit en ce moment, au chantier impérial de Wilhelmshafen, en Allemagne, un vaisseau de guerre qui sera le plus grand de la marine allemande. Ce bâtiment est destiné à remplacer l’aucicn cuirassé Preussen. Les cuirassés Kurfùrst, Friedrich-Wilhelm,Brandenburg, Weissenburg et Wœrth, qui déplacent 10 033 tonnes, sont en ce moment les plus grands vaisseaux de guerre allemands. Le vaisseau qui remplacera le Preussen déplacera 11 038 tonnes, soit 1000 tonnes de plus. Le nouveau vaisseau, dont la construction exigera quatre ans, aura 115 mètres de longueur, 28m,50 de largeur et 7m,80 de profondeur. La puissance de ses machines sera de 13 000 chevaux. Il sera pourvu de 52 canons. Les frais de construction de ce vaisseau sont évalués à 20 020 000 marcs.
- —M. Violle a entrepris sur l’acétylène des recherches qui l’ont conduit à la fabrication d’une lampe étalon remplissant les conditions requises par les mesures photométriques usuelles. En brûlant le gaz sous une pression un peu forte dans un bec où il s’aère convenablement et qui l’étale en une large lame mince, il obtient une llamme parfaitement fixe, très éclairante, d’une blancheur remarquable et d’un éclat uniforme sur une assez grande surface. Il place devant cette flamme un écran percé d’une ouverture déterminée, variable suivant les besoins, et il obtient une source dont la fixité, l’éclat et la blancheur, comparables à ceux de l’étalon absolu, font un étalon pratique, sûr et commode.
- —$— L’association des industriels de France contre les accidents du travail ouvre un concours public pour la création d’un appareil •de cabinets d'aisances pour usines ou ateliers, comme elle l’a fait -déjà avec succès, en 1892 et 1893. mmr la création de lunettes
- d’atelier et de masque-respirateur contre les poussières. Cet appareil de cabinets d’aisances devra remplir les conditions suivantes : 1° Il devra être disposé de manière que le visiteur ne puisse monter dessus : 2° le visiteur étant assis ou ayant la position aune personne assise, l’appareil devra recevoir la totalité des urines et des matières solides, sans que des projections puissent souiller les cabinets ni le visiteur; 3“ cet appareil devra être établi de manière à éviter toute contamination par contact; 4° il devra être solide, simple de construction et absolument imperméable ; 5° l’installation et l’entretien devront être faciles ; 6° il devra être d’un prix relativement modique. Les concurrents devront adresser, en double exemplaire, au Président de l’Association, 3, rue de Lutèce, à Paris, l’appareil qu’ils auront créé. Ces envois devront être faits avant le 31 décembre 1895. Le système sera la propriété de l’inventeur, mais les deux exemplaires des appareils récompensés appartiendront à l’Association. Une commission spéciale sera chargée de l’examen des modèles proposés et de leur classement; elle fera son rapport au Conseil de Direction de l’Association, qui pourra décerner un prix de 1000 francs au candidat placé au premier rang, ou diviser cette somme suivant le mérite des appareils présentés. Il pourra être, en outre, décerné des mentions honorables1.
- —Une société vient de se constituer en Angleterre pour la fabrication de l’aluminium. L’usine sera construite en Ecosse, pour utiliser la force motrice d’une importante chute d’eau, et elle traitera la bauxite d’Irlande dont il existe des gisements considérables dans ce pays.
- —$$ — Une installation électrique importante est projetée à Boleo (Californie inférieure). Le courant électrique, amené d’une grande distance, doit actionner des machines d’extraction, des ventilateurs, de petites locomotives de mines, en un mot toutes les machines dont on fait usage dans l’exploitation minière. On prévoit une extraction annuelle de 5 à 600 000 tonnes de minerais. Cessera probablement l’installation la plus remarquable de ce genre, surtout lorsqu’on songe au développement économique encore très modeste de la contrée où elle sera créée. Nous empruntons cette nouvelle au journal Oesterreichisclie Zeitschrift fur Berg-und Hüttenwesen, et Electrochimie.
- —@— Une société, la New-York Botanical Garden, vient de souscrire 1 250 000 francs pour la création à Broux Park d’un jardin botanique. La ville de New-York souscrit de son côté pour une somme de 2 500 000 francs destinée à assurer la construction et l’agencement des b’timents. Broux Park s’étend le long des deux rives de la rivière Broux, dans la partie septentrionale de la ville. Les bâtiments comprendront des laboratoires, des salles de conférences et un herbarium.
- —— L’acide acétique brut est ordinairement purifié par distillation dans des vases en cuivre. II entraîne toujours, dans cette opération, de l’acétate de cuivre qui est très nuisible, surtout dans l’industrie de la teinture, lorsqu'il s’agit de rouge ou de rose d’ali-zarine. M. Eremin a proposé un procédé de purification électrique qui, paraît-il, donne d’excellents résultats en Russie.
- —@— D’après 1 ’Electncal Friend, de Tokio, le premier tramway électrique installé au Japon a été temporairement inauguré le 1er ” février 1895; il comprend quatre voitures motrices, pour une longueur de voie de 6 kilomètres et demi ; la voie sera bientôt prolongée et aura alors une longueur de 11 kilomètres 250 mètres ; elle reliera Kioto à Fuskimi. La force motrice est hydraulique.
- 1 Pour tous renseignements, s’adresser au siège de l’Association, 3. rue de Lntèce. à Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- Communications. — M. E. Blondel, chimiste à’Paris, nous adresse quelques renseignements complémentaires au sujet de son procédé de soudure autogène du plomb, dont il a été question dans le n" 1156, du 27 juillet 1895, p. 134. Il nous écrit qu’il a toujours réussi à souder même du vieux plomb électrolysé avec une soudure contenant 94 parties de plomb et 6 parties de mercure. Dans la préparation de cette soudure, on a soin d’éviter de surchauffer le plomh, en arrêtant aussi près que possible du point de fusion; on ajoute alors le mercure, on agite et on coule en baguettes.
- M. A. Lacroix, à Lyon, nous envoie une Notice sur un nouvel appareil téléphonique de son invention, dit vélophone, qui reproduit les sons articulés avec force et netteté. Cet appareil se compose essentiellement d’un'crayon de charbon artificiel de gros volume, suspendu sous un axe horizontal rigide reposant lui-même, de chaque côté, sur un support métallique. Il comprend également un autre petit charbon encastré dans la planchette vibrante en sapin qui est fixée par ses bords sur un cadre en bois. Sur le petit charbon s’appuie le grand charbon avec un écartement prononcé dans sa partie supérieure. Une seconde planchette recouvre le vélophone, à environ un demi-millimètre de distance de la planchette vibrante, et se trouve appuyée par les bords sur de minces bandes de bois ou de carton. A la planchette supérieure sont adaptés deux petits tubes métalliques, dont un côté pénètre légèrement dans la planchette vibrante. Chacun des tubes porte à une de ses extrémités un tuyau en caoutchouc d’environ 20 centimètres de longueur muni d’une conque en bois ou en métal légèrement conique.
- Renseignements. — M. J. Goffarl, à Bruxelles. - Voyez l’article que nous avons publié sur les montres et les machines dynamos dans le n° 659, du 16 janvier 1886, p. 111.
- M. E. Ducarouge, à Paris. — Votre projet est curieux; mais nous ne croyons pas qu’il soit bien pratique.
- M. Jel, à Sedan. — La question des moyens de conjurer les effets de la collision sur les chemins de fer a été étudiée depuis longtemps, et est encore l’objet de travaux importants. Les dispositions que vous indiquez nous semblent de nature à rendre des services; mais il resterait à savoir si elles sont applicables.
- M. P. B., au château de Quétiéville (Calvados). — Le liquide ue nous avons fait connaître ne convient que pour les collections 'histoire naturelle. Pour conserver les tapisseries, il faut employer le camphre, la naphtaline, ou encore faire brûler dans une assiette environ deux poignées de poudre de pvrèthre, dans la pièce où se trouvent ces tapisseries, en ayant soin de fermer ies fenêtres et de sortir.
- Un lecteur, à Avignon. — Le calcul permet seulement de déterminer la vitesse que prendrait le corps en roulant sur le plan incliné; mais il faudrait faire des expériences pour fixer d’une manière certaine les coefficients de frottement et de transmission que vous demandez.
- M. J. Dinolle, à Paris. — Nous avons indiqué sommairement la fabrication du celluloïd dans le n° 905, du 4 octobre 1890, p. 286. Il s’agit d’un produit dont la préparation est assez difficile et dont la composition n’est pas toujours exactement déterminée.
- M. E. Bollée, au Mans. — Dans notre Boîte aux lettres du n° 1157, du 3 août 1895, nous avons cité pour la construction des béliers hydrauliques des maisons importantes et considérées à Paris. Quand on nous demande un renseignement d’adresse, il ne nous est pas possible de signaler toutes les maisons s’occupant de la même fabrication. Du reste, contrairement à ce que vous nous dites, le Bottin (Paris 1893) qui se trouve au bureau de la rédaction ne renferme pas votre nom à l’article Béliers hydrauliques, p. 908. Nous rendons volontiers hommage à vos travaux et à vos belles constructions, chaque fois que l'occasion s’en présente; mais dans le cas
- actuel il ne faut pas nous accuser d’avoir mal regardé dans le dictionnaire de Bottin; votre maison ne figure pas dans le volume de 1893.
- M. A. Delphin, à Genève. —Fabricants de siphons pour eau de Seltz r M. Durafort, 162, boulevard Voltaire; M. Fèvre, 9, rue Castex, à Paris.
- M. J. F. B., à Gand. — 1° Ce journal est publié à New-York. — 2° Nous ne connaissons pas actuellement en France un journal électrique portant le titre que vous mentionnez.
- M. B. F., à Cognac. — Vous devriez faire connaître ce défaut au constructeur; il vous indiquerait certainement un remède.
- M. L. Solignac, à Lyon. — Nous avons décrit le procédé pour l’amélioration des vins par l’eau ozonée dans le n° 1068, du 18 novembre 1895, p. 386. Ce produit était en vente chez M. E. Genin, 50, rue de la République, à Lyon.
- M. A. H., à Paris. — Il suffit de frotter les touches du piano avec un linge trempé dans l’eau oxygénée.
- M. L. P., à Quimper. — 1° La question de la durée de conservation des plaques photographiques impressionnées n’a pas encore été bien étudiée. Quelques personnes prétendent qu’elles peuvent être conservées pendant des années. — 2° Il faut éviter de placer les plaques gélatine directement contre gélatine ; on a sein d’interposer une feuille de papier.
- M. le vicomte de Siresme, à Guilberville (Manche). — 1°U aurait été en effet très intéressant, dans le compte rendu de la course des voitures automobiles Paris-Bordeaux-Paris, de parler des divers incidents de route, mais il aurait fallu suivre toutes les voitures, et noter exactement toutes les circonstances. Nous n’avons pu mentionner que les faits principaux. — 2“ Nous sommes de votre avis quand vous dites qu’il y aurait lieu de. publier des renseignements exacts et complets sur les difficultés que l’on rencontre en pratique pour la conduite de ces voitures automobiles. On ne peut cependant exiger des constructeurs qu’ils fassent ressortir ces défauts. C’est aux amateurs, qui utilisent comme vous ce mode de traction, à noter exactement toutes les difficultés pouvant se présenter et à nous en faire part; nous traiterons volontiers cette question, si nous avons les renseignements nécessaires.
- M. G. Méteux, à Versoix (Suisse). — Ce propulseur électrique ne se trouve pas en France; il faut s’adresser à la Compagnie des bateaux électriques, 136, Liberty Street, à New-York, comme nous l’avons indiqué en tête de la Boite aux lettres du n° 1148, du 1er juin 1895, qui contient la description de l’appareil.
- M. A. Courtois, à Paris. —Il suffit de prendre une lampe à alcool ordinaire et de lui adapter un petit panier cylindrique en fil de platine ayant 2 millimètres de hauteur et 1 centimètre de diamètre. Tous les marchands de produits pour laboratoires vous fourniront ce panier en platine.
- M. le Dr A. Hubert, à Béziers. — 1° Nous ne saurions vous répondre au sujet de votre première question. — 2° Il n’est guère possible de résoudre ce problème par le calcul ; l’évaporation dépend d’une quantité de circonstances locales dont on ne peut tenir compte. 11 faudrait faire des expériences en employant des hygromètres, thermomètres et compteurs d’air.
- M. F. Lefebvre, à Blaiville-Crevon. — Vous trouverez des ouvrages sur la natation à la librairie Garnier, 0, rue des Saints-Pères, à Paris.
- Un abonné, à Mexico. — La pendule électrique que nous avons décrite dans le n° 1085, du 17 mars 1894, est construite parM. Cauderay, 1, rue Laumière, à Paris.
- M. P. B., à Decize. — 1° Vous pourrez vous procurez divers traités de ce genre chez M. 0. Doin, éditeur, 8,place de l’Odéon, à Paris. — 2° Le traité sur la photographie, en 2 volumes, de M. Davanne, a été édité par la librairie Gauthier-Yillars et fils, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Bouchon, à Nassandres. Nous ne croyons pas qu’il soit facile de faire disparaître cette tache, parce que l’encre a pénétré à l’intérieur de la pierre. Vous pourriez essayer l’eau oxygénée; nous ne pouvons entreprendre ces expériences. — M. L. R., à V. Nous ne connaissons pas de représentant de ce système en France, et nous ignorons, l’adresse exacte du constructeur en Angleterre. — M. Dubois, à Marseille. Vous devez faire erreur; l’intensité n’a pu atteindre les valeurs que vous mentionnez. — M. Durand, à Brest. Il faudrait construire un appareil et essayer l'expérience. — M. Leroy, à Paris. Nous ne pensons pas que le procédé dont vous parlez soit bien pratique. — M. C. de P., h Donges,- M. G. M., à Brest. Voyez les Recettes et procédés utiles, 2' série (G. Masson, éditeur'. — M. Girard, à Paris; M. Lion, à Arras. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son rnieiLc les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Porte-eartes. — On a souvent besoin d’avoir sous les veux des cartes d'invitations, ou des cartes de "visite qui rappellent un rendez-vous, une course à faire, ou une visite à rendre, et il manquait jusqu’ici un porte-cartes pratique, peu encombrant, qui remplit commodément son but. Cette lacune est comblée par le petit appareil dont les numéros 1, 2 et 3 de
- Porte-cartes pour invitations, photographies, menus, etc. — 1. Porte-cartes avec im portrait. — 2. Avec un menu. — 3. Aspect du porte-carte à double spirale.
- notre figure représentent les modèles. Le n° 3 indique la disposition des spirales entre lesquelles l’on introduit les cartes, lettres, papiers ou photographies à conserver et que l’on tient à avoir sous les veux. Les spirales se composent d’un fil métallique doré enroulé de façon à former plusieurs courbes superposées ou accolées et entre les spires desquelles il est facile de disposer plusieurs cartes. Il va sans dire que le porte-cartes peut encore recevoir des photographies, des menus, ou même des étiquettes de vitrine, et qu’il est appelé à orner aussi bien les cheminées ou les tables, que les bureaux. Son extrême simplicité, qui permet de le faire à bon marché, concourra certainement autant à son succès que l’ingéniosité qui a présidé à sa conception. — Se trouve chez M. Paul Bertrand, agent de l’inventeur, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- Brûloir û café. — Les véritables amateurs de café seront heureux de connaître un petit brûloir très pratique qui permet d’acheter son café vert, et de le faire brûler soi-même d’une façon fort économique et fort pratique. Avec cet appareil on évitera les fraudes ou falsifications, ou aura toujours du café fraîchement brûlé et ayant conservé tout son arôme. Voici la description de cet ingénieux svstème. De chaque côté de la boule en verre trempé sont placées des armatures en cuivre A qui sont fixées et tenues par trois fils de laiton C^cerclant la boule et
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- Brûloir à café avec houle de verre incassable. — 1. Vue extérieure. 2. Lampe à alcool (le chauffage.
- réunissant ses deux extrémités ; à l’une d’elles B vient se visser la manivelle A, à l’autre extrémité D est fixée la porte d’entrée et de sortie du café ; cette porte est perforée de trous d’aération. Une lampe à alcool de chauffage n° 2 se place dans l’intérieur de l’appareil. La manière de se servir de ce brûloir est simple. Une fois le café introduit dans la boule, et après avoir allumé la lampe, il suffît de tourner lentement la manivelle, on voit le café se griller à travers la boule de verre et on le retire
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- lorsqu’il est au degré voulu. Cet appareil se fabrique en trois grandeurs, pour 100, 200 et 300 grammes de café vert. — Il se trouve chez M. Mathieu, au dépôt des Petites inventions, 29, rue de Valois, Paris.
- Nouvel appareil pour repasser les couteaux et les ciseaux. — Cette petite invention américaine que montre notre gravure est très utile pour repasser les couteaux et les ciseaux. Dans d’autres appareils les molettes en acier qui agissent sur la lame à repasser étaient superposées les unes sur les autres, tandis que celles du système que nous faisons connaître sont montées bout à bout. Pour repasser les couteaux,
- Appareil pour repasser les couteaux et les ciseaux.
- il faut passer la lame doucement, entre les deux molettes, dans toute la longueur, sans appuyer dans les deux sens à droite et à gauche, puis une dernière fois en ligne droite entre les deux molettes (fig. A) ; pour les ciseaux, passer alternativement les deux lames comme le montre la figure B. — Ce petit objet d’utilité se trouve à la même adresse que le brûloir à café.
- RECETTES ET PROCÉDÉS ÜTILES
- Durcissement du plâtre. — On mélange six parties de plâtre avec une partie de chaux grasse, cuite récemment et finement tamisée, et on l’emploie comme d’habitude. Après dessiccation, on l’imprègne d’une dissolution saturée de sulfate de zinc ou de sulfate de fer (protoxyde). Avec le premier sulfate, le plâtre reste blanc; avec le second, il prend rapidement une couleur rouge brun ; dans ce cas, on peut lui donner une teinte d’acajou, en l’enduisant d’une couche de vernis à l’huile de lin ou au copal. La résistance à la rupture devient, assure-t-on, environ vingt fois plus grande.
- Moyen simple pour rendre les chaussures imperméables. — Un moyen simple pour rendre les chaussures imperméables consiste à les plonger pendant environ une heure dans de l’eau de savon concentrée. L’acide tannique, contenu dans le cuir, transforme l’eau de savon en acides gras qui empêchent la pénétration de l’humidité dans le cuir.
- Réparation de cloches fendues. — On avait jusqu’ici considéré une cloche comme un objet fort difficile, sinon impossible, à réparer lorsqu’il est fendu, lndustria é invenciones nous apprend qu’un M. Antonio, de Senterada, province de Lérida (Espagne), a trouvé un moyen pratique de réussir cette opération et qu'il en a déjà réparé un assez grand nombre, parmi lesquelles il en est dont le poids dépasse 100 quintaux, sans que leur son ait rien perdu. Après avoir élargi la fente avec un burin et avoir décapé la tranche au moyen d’un acide, il suffit de la chauffer au chalumeau et d’y couler une soudure préparée spécialement. On enlève à froid Ta soudure qui a débordé et l’on constate que le son de la cloche ainsi réparée est redevenu ce qu’il était avant l’accident.
- Moyen d'enlever les taches de rouille sur les objets en acier poli. — Ramollir les taches en les recouvrant d’huile d’olive qu’on y laisse séjourner pendant quelques jours, frotter ensuite à l’émeri ou au tripoli, en attirant l’huile au moyen d’un morceau de bois dur; enlever, par un nettovage, l’huile et toutes les impuretés, frotter de nouveau les taches avec de l’émeri et du vinaigre de vin, finalement avec de l’hematite fine et une peau. . . '
- L'ébénite. — Le Moniteur des produits chimiques fait.connaître un produit appelé « ébénite » par M. Pauchon, qui en indique ainsi le mode de fabrication. Les bois résineux écorcés et réduits en petits morceaux sont lessivés aux sulfates, sulfites et bisulfites, suivant les procédés connus pour obtenir la pâle de bois ehimimie nu eellnbwe TU «nnt onciin
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- meules de papeterie et triturés. La pâte à papier ainsi obtenue pendant le raffinage dans la pile est additionnée de colorants et produits chimiques convenables, puis transformée en feuilles par procédés ordinairement employés, et empilée suivant l’épaisseur désirée. On transporte le bloc ainsi obtenu sous la presse hydraulique, où il abandonne son eau, et on sèche lentement. On obtient ainsi l’ébénite, qui peut se mouler et se travailler et remplacer dans divers usages le bois, le fer, la fonte, le bronze, la gulta-percba, la corne.
- La conservation des plumes de fer. — Les plumes de fer se détériorent moins par suite de l’usure que par le fait de l’oxydation. Les gens méthodiques ont soin de bien essuyer leur plume chaque fois qu’ils viennent de s’en servir; ils parviennent ainsi à la conserver trois, quatre, cinq jours et même
- davantage. Les autres, c’est-à-dire la plupart des écrivains et des journalistes, doivent changer de plume au moins tous les jours parce qu’ils trouvent le matin rouillée et hors d’usage celle que le soir ils avaient laissée chargée d’encre sur leur table. Voici un procédé pour conserver les plumes en métal, quelque peu soigneux qu’on soit : il suffit d’avoir sur son bureau un vase cylindrique, un verre à boire, par exemple, au fond duquel on a jeté un morceau de carbonate de potasse et pardessus une petite éponge mouillée. C’est dans ce verre qu’on repose son porte-plume lorsqu’on cesse de s'en servir; le lendemain, grâce à la dissolution alcaline qui s’est opposée à l’oxydation, on retrouve la plume, après un rapide essuyage, propre et nette, neuve en quelque sorte et prête à un nouvel usage. (Communiqué par M. P. Guvot, à Paris.)
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 29 juillet. . . 16*, 1 W. S. W. 2. Couvert. 17,7 Très nuageux de 10 à 18 h. ; couvert avant et après ; pluie cesse à minuit 35.
- Mardi 30 16*,3 E. N. E. 0. Presque couvert. 0,0 Très nuageux; un peu de pluie dans la soirée.
- Mercredi 31 15”,9 N. E. 1. Couvert. 2,3 Couvert le matin, puis nuageux, beau après 22 h.; halo. Reflets d’éclairs au sud sud-sud-ouest.
- Jeudi 1" août 14*,4 N. 1. Couvert. 0,0 Nuageux de 14 h. à 18 h.; couv. avant et après. Brouill. de 1000 mètres à 4 h.; un peu de pluie à 20 h.
- Vendredi 2 16°,3 S. W. 2. Nuageux. 0,1 Tr. nuag.; quelq. coups de tonn. vers 20 h.; puis éclairs jusqu’après 22 h.; pluie dans la soirée.
- Samedi 3 14*,2 S. S. W. 3. Très nuageux. 3,7 Très nuag. jusqu’à 8 li.; couvert ensuite ; pluie dans la soirée.
- Dimanche 4 14°,1 S. W. 3. Très nuageux. 2,9 Très nuageux ; halo ; coup de tonnerre à 18 h. 40 m.; pluie à diverses reprises.
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- JUILLET-AOUT 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 29 JUILLET AU DIMANCHE 4 AOUT
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc Saint-Maur en juillet 1895
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 757““,08. Minimum le 21 à 10 heures du matin, 749"*,16. Maximum le 3 à 11 heures du soir, 764“*,80.
- Moyennes thermométriques : des minima 12°,55; des maxima 23°,78; du mois 18°,16; moyenne vraie des 24 heures 17°,76. Les minima ont varié de 7°,9 le 16 à 17°,8 le 26; les maxima de 19°,4 le 6 et 19°,5 le 20 à 29°,7 le 25.
- Tension de la vapeur, moyenne 10*“,83. La moindre 5““,6 le 2 à 4 heures du soir. La plus grande 17*",6 le 25 à 7 heures du soir. Humidité relative moyenne 73- La moindre 29 le 2 à 4 et 5 heures du soir, et le 9 à 1 heure du soir. La plus grande 100 en 3 jours.
- Pluie 65*“,2 en 41 heures et quart réparties en 15 jours. Nébulosité moyenne, 51.
- Le vent du sud-ouest a été très dominant.
- Température de la Marne, le matin, 20®,86; dans l’après-midi, 21°,64; en moyenne 21°,25. Sa température à dépassé chaque jour 20°, excepté le 24; elle a varié de 19°,70 le 22 à 23°,30 le 1". Elle est restée basse et claire tout le mois.
- 17; 19 dans l’après-midi; 22 dans la soirée; presque toute la journée du 26, avec 12““,9 d’eau; le 28 il est tombé en deux sériés le matin et le soir 18““ d’éau; le tonnerre est tombé, à 8 heures du matin, sur le moulin de Champigny, situé à 1 kilomètre à l’est du Parc, sans grands dégâts. Dans la soirée, un orage épouvantable accompagné d’un ouragan et de très grosse grêle a sévi sur les départements de l’Aube et de la Haute-Marne, surtout de Bayel à Joinville. A Bayel, station de chemin de fer entre Bar-sur-Aube et Clairvaux, le chef de gare a pesé un grêlon de 237 grammes. Les dégâts par la grêle et le veut ont été considérables. ^
- Il a éclairé à 1 heure du matin le 2 et dans les soirées du 15 et du 51.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de juillet 1895 présente les résultats suivants ; Baromètre plus bas de 0““,91. Thermomètre plus bas de 0°,19. Tension de la vapeur moindre de 0““.74. Humidité relative égale. Pluie plus forte de 9“*,5. Nébulosité moindre de 2.
- Floraisons : le 3, Catalpa. 4,Monarde. 6, Yucca filamenteux, Balsamine, Pyrèthre de l’Inde. 16, Nigelle de Damas, Saponaire. 12, Verge d’or. 17, Soleil annuel. 18, Liseron champêtre, Leucanthemum des étangs, Galtonia caudicans. 20, Menthe à larges feuilles. 21, Silphinum perfoliatum, Hibiscus syriacus. 26, Canna de l’Inde, Reine-Marguerite, Tabac commun. 28, le Riz commence à épier.
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- PHASES DE LA LUNE ; Néant.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- La mort des arbres à Paris. — On sait que, depuis quelques années, on emploie avec abondance le sel dénaturé pour dégeler les chaussées et pour faire fondre la neige à Paris pendant l’hiver. Le procédé réussit très bien pour le Sut qu’on se propose, mais il n’est pas sans inconvénients, et on en arrive à se demander si ceux-ci ne dépassent pas les avantages que l’on en obtient. Tout le monde sait l’horrible boue que l’on obtient ainsi, les douleurs intolérables qui résultent pour les piétons de la marche dans ce mélange réfrigérant. Il a été facile de constater que les chaussures ne résistent pas aux effets de ce bain chloré, et tous les propriétaires de chevaux ont observé les accidents et les infirmités qui en résultent pour les pieds de leurs animaux : la corne est attaquée et souvent profondément. Aujourd’hui, M. Mangin constate que le sel doit être aussi rendu responsable de la mort de beaucoup des arbres des promenades publiques. Ceux-ci, qui avaient déjà la tâche difficile de vivre sur un sol complètement fermé, par le pavage et l’asphalte, aux influences atmosphériques, et qui, en compensation, est souvent envahi par les infiltrations du gaz, y trouvent désormais le chlorure de sodium dans des proportions que l’on ne rencontre jamais dans les terres cultivées, où il en existe à peine des traces. Cent grammes de terre (cimetière Montparnasse) renferment 0,0017 de chlorure de sodium; la terre des platanes morts, place du Théâtre-Français, en contenait 0,00258; celle du boulevard Port-Royal, 0,004 à la surface et dans la profondeur 0,008, et la terre prise sous le bitume du quai de l’Hôtel-de-Ville en contenait 0,043. L’imperméabilité du sol pour l’air et l’eau fait que le sel ne peut être emporté par les arrosages, qu’il reste à la surface, tue les racines superficielles, et fait ainsi souvent périr les arbres.
- INFORMATIONS
- —@— Les aurores boréales ont été fréquentes depuis quelque temps. En observant attentivement le ciel, on a remarqué, presque tous les soirs, une orientation magnétique de légers nuages en traînées blanchâtres, ou des lueurs blanchâtres bordées de nuages très noirs dans la direction du nord magnétique. Poussées par un vent violent du nord-ouest, ces lueurs blanches envahissent tout le ciel, qui finit par se couvrir d’un voile de nuages noirs.
- —@— La ville de Rouen prépare, avec le concours de l’État, du Département et de la Chambre de commerce, une Exposition nationale et coloniale qui doit s’ouvrir de mai à octobre 1896. L'art photographique, universellement pratiqué aujourd’hui, a sa place marquée dans cette, exposition, au sein d’une région dont l’activité commerciale et la nature pittoresque ont si souvent bénéficié de son concours; on en a fait l’objet d’une classe spéciale. — Pour tous renseignements s'adresser au bureau d’admission à Rouen.
- —Une Exposition internationale d’alimentation, hygiène, confection, sport et inventions de tous genres, aura lieu à Brème, au Parkhaus, du 14 septembre au 6 octobre 1895. Cette entreprise est placée sous la protection de Son Altesse lç prince Friedrich Wilhelm
- V. Ardeck. Des exemplaires du règlement et du programme, ainsi
- 3ne des formulaires de demandes d’admission, sont à la disposition es intéressés à la direction de l’industrie, rue Beyaert, n° 5 (ancienne rue de l’Orangerie), à Bruxelles. Les adhésions doivent être adressées au bureau central de l’Exposition, Berlin C., Alexander-strasse, 31, ou au bureau général de l’Exposition, Brême, Heerden-thorstenweg, 5.
- —-®— Les applications de l’électricité s’étendent de plus en plus aux usages industriels. En Saxe, le propriétaire d’une grande lingerie de Lauter vient d’appliquer le chauffage électrique à la chauffe d une soixantaine de fers à repasser. Une dynamo de 40 chevaux, dit l’Electricien, fournit le courant à ces fers, aux lampes à incandescence, aux moteurs des turbines, des lessiveuses, des calandres, etc. Chaque repasseuse peut arrêter et rétablir le courant à volonté. Le noyau des fers à repasser est formé d’une semelle d’amiante entourée de fil de platine rendu incandescent par le courant. Ce système dispense de l’emploi du combustible pour les fers hors de service.
- —Des excursionnistes ont trouvé, non loin du lac Winnipeg, au Canada, une digue abandonnée par des castors, longue de plus de mille pieds et large de 4 à 5 pieds. Elle est bâtie avec des roseaux, des brindilles, des pierres et de l’argile, le tout cimenté et agencé avec un art tel que l’on se croit en présence d’un travail accompli par des ingénieurs. Bien que cette digue ne paraisse pas de construction recente, elle n’en a pas moins la solidité d un mur de roc et arrête une masse d’eau considérable.
- —@— Un étendard impérial électrique, construit sur les chantiers de Kiel, vient d’être livré au yacht Hohenzoliern et essayé au sommet de son grand mât. Cet étendard, dont la superficie est de 4 mètres carrés, reproduit, au moyen d’une série de lampes à incandescence colorées, tous les détails du dispositif de l’étendard impérial. Il a été expérimenté le soir même et il paraît qu’il a donné des résultats très satisfaisants.
- —®— Les mesures administratives méthodiques prises pour arriver à la destruction des fauves sur le territoire français produisent des résultats très satisfaisants. Le nombre des loups va toujours en diminuant depuis dix ans. Les primes annuelles, lit-on dans l'Eleveur, qui atteignaient en 1884 et 1885 un peu plus de 180 000 francs, sont tombées au-dessous de 25 000 francs. Ces rapports font connaître que les fauves sont à peu près inconnus dans 55 départements. Sur 384 carnassiers détruits l’an dernier, la Vienne, la Haute-Vienne, la Dordogne, la Charente, la Creuse, la Haute-Marne et la Meuse figurent à eux seuls pour 302 têtes.
- —La Société générale d'agriculture et le Comice de Nancy (Meurthe-et-Moselle) ont ouvert une souscription pour élever un monument en l’honneur de Mathieu de Dombasle, à Roville, où celui-ci créa une école d’agriculture, la première qui ait été ouverte en France. L’inauguration de ce monument aura lieu, en même temps que le concours du Comice de Nancy, le 18 août. Elle se fera sous la présidence de M. Tisserand, conseiller d’Etat, directeur de l’agriculture.
- —$$— Un concours international de colombophilie s’est récemment terminé par la victoire de deux pigeons appartenant à deux sportsmen français : MM. Henri Fontane, de Caudry (Nord), et Edmond Rrowager, de Roubaix. Le trajet consistait dans le parcours d’Ajaecio à Roubaix : 1100 kilomètres. Le premier pigeon a mis vingt quatre heures, et le second vingt-huit heures.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. G. Pélissier, à Paris, nous adresse une Notice sur le téléscripteur et le véloscripleur système Hoffmann. Le téléscripteur est un télégraphe imprimant d’un maniement très simple. L’appareil se compose d’un clavier surmonté d’une boîte contenant le mécanisme. Le clavier comprend une série de touches correspondant chacune à une lettre de l’alphabet, à un chiffre ou à un signe. Il suffit d’appuyer au poste de transmission sur une des touches pour obtenir aux postes de réception l’impression de la lettre correspondante sur une bande de papier. Nous avons déjà décrit précédemment un appareil analogue, le télégraphe’ imprimeur de ' M.- Wright, dans le n° 1123, du 8 décembre 1894, p. 27. Le véloscripteur a pour but de permettre d’écrire avec une machine à écrire sur une bande continue de papier. L’appareil se fixer sur une machine à écrire, en enlevant le chariot, appareils se trouvent au siège de la Société qui les exploite, 16, rue de Montyon, à Paris.
- M. le Dr Genod, à l’île Sainte-Marguerite, nous envoie la description d’un projet de téléphote, appareil destiné à transmettre les images à distance. Au point de départ l’image à transmettre est projetée dans une chambre noire sur un disque recouvert d’une couche très sensible de sélénium. Cette plaque est intercalée dans un circuit formé d’une pile et d’un fil gros inducteur d’une bobine d’induction. Cet appareil repose donc aussi, comme plusieurs dispositifs qui ont déjà été imaginés, sur la propriété que possède le sélénium de changer de résistance électrique sous l’action de la lumière. Le circuit induit est relié aux fils conducteurs de transmission et aboutit à un solénoïde placé au poste récepteur. Ce solénoïde est interposé entre un prisme de Nicol polariseur et un autre prisme analyseur. Le polariseur reçoit un faisceau lumineux de rayons parallèles provenant d’une source extérieure de lumière blanche. Une lame de quartz est placée dans l’intérieur du solénoïde, de telle façon que les rayons polarisés traversant ce dernier dans le sens longitudinal traversent aussi la lame de quartz parallèlement à son axe optique. L’observateur examine dans l’analyseur les changements de coloration produits par l’action des courants traversant le solénoïde. Il aurait été intéressant d’appuyer cette description par quelques résultats d’expériences. Mais notre correspondant ajoute qu’il se contente d’avoir donné une indication utile, et qu’il laisse à ceux qui ont à leur disposition les ressources d’un laboratoire le soin ( d’apprécier la valeur de cette conception. ;
- M. le comte H. B., à Spa, nous écrit la lettre suivante :
- « Le 26 juillet 1895, il faisait une chaleur accablante, beaucoup de personnes étaient réunies sur des hauteurs, près de Spa, quand le ciel s’assombrit tout à coup et un orage suivi de grêle éclata. Les grêlons étaient de vrais morceaux de glace d’environ 2 centimètres de côté en forme de parallélipipèdes à base carrée, et d’environ 5 millimètres de hauteur. Tous renfermaient vers leur milieu un point blanc opaque. Ce point , était un grêlon ordinaire autour duquel s’était formée l’enveloppe de glace transparente* »
- M. Jeantaud, à Paris, nous fait hommage d’une Brochure sur sa nouvelle voiture électrique qui a pris part au concours des voitures automobiles de Paris-Bordeaux le 12 juin 1895.
- M. A. Guillot, préparateur de physique à l’Ecole supérieure de pharmacie de Montpellier, nous a fait parvenir une Brochure sur les Propriétés physiques des acides de la série grasse. Cette Brochure est en vente à la librairie J. Baillière, à Paris.
- Renseijnements. — M. le D* Des rosiers, à Souvigny. — 1° Nous ne saurions vous dire si le gaz acétylène conviendra
- Eour chauffer une étuve; mais il vous serait facile d’essayer» a chaleur de combustion de ce gaz est, en effet, de 315 calories kilogramme-degré par kilogramme; la puissance calorifique du gaz ordinaire d’éclairage est de 11 200 calories kilogramme-degré par kilogramme. — 2° Nous avons indiqué, en
- peut
- Ces
- tête de la Boîte aux lettres du n° 1153, du 6 juillet 1895, les divers prix de vente du carbure de calcium.
- M. A. de Kroupenski, à Kichinew (Russie). — Il n’existe pas de procédé pratique pour rendre aux turquoises altérées leur nuance primitive.
- M. G. Guérin, à Tunis. — La baguette dont vous parlez et qui trouverait les sources n’a jamais été qu’un instrument de mystification, c’est la baguette divinatoire des vieux temps. Consultez l’ouvrage' Sondeur, Puisatier et Hydroscope, par M. A. Romain, dans la collection des manuels Roret; vous trouverez là des renseignements pratiques.
- M. M. S., à Bruxelles. — Vous pouvez employer l’acide phénique ou le chlorure de chaux. ;
- M. G. Py, à Gray. — Il existe divers svstèmes de mono-cyîles, on en a construit beaucoup de modèles; mais ce n’est pas un objet pratique pour des amateurs.
- M. A. J. Judice, à Lisbonne. — L’adresse que vous demandèz en ce qui concerne l’appareil pour la désinfection au formol est donnée en tète de la Boîte aux lettres du n° 1154, du 13 juillet 1895. Çet appareil se trouve chez M. Adrian, 11, rue de la Perle, à Paris.
- M. A. G., à Lisbonne. — Nous avons décrit dans le n° 396, du 1er janvier 1881, p. 72, la presse à deux couleurs de M.:P. Alauzet; fi’est cétte machine qui-est la base des machines employées par le Petit Journal pour le tirage ~de son supplément en couleurs. A l’aide de cette machine, et par des tirages successifs à couleurs différentes ou à couleurs complémentaires, il est facile d’obtenir tous les résultats que l’on voit aujourd’hui. ’
- M. Cottenet; ^ ParïST'^^ L’êàu froide suffit pour enlever les taches de sang sur les étoffes ; il ne faut pas employer d’eau chaude, qui coagulerait cette matière et la fixerait aux tissus.
- M. J. Carlos Plantier Mar tins, à Torres-Novos. —* Le tnot que vous employez ne nous fait pas connaître la nature de l’appareil que vous voulez désigner.
- M. Potin, à Saint-Brieuc. —- Nous supposons que vous voulez parler de la microphotographie. Un grand nombre d’ouvrages ont déjà été publiés sur cette intéressante question; vous en trouverez l’énumération complète dans la Bibliothèque du photographe par MM. Buguet et Gioppi, à la Société d’éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, à Paris.
- M. Mihrari Mamigonian, à Beyrouth. — Les vernis sont généralement solubles dans l’alcool. Dans les taches produites par l’alcool, le vernis a disparu et votre tache est blanche. Il faudrait y remettre du vernis.
- M. Girard, à Paris. — Des essais doivent être faits prochainement pour l’éclairage des rues à l’aide du gaz acétylène; mais il s’agit seulement d’expériences destinées à fixer lés idées sur les résultats possibles.
- M. A. Joumain, àRousies. —Pour conserver leur souplesse aux tuyaux de caoutchouc destinés à l’arrosage, il n’y a pas d’autre moyen que de les mouiller de temps à autre. On a dit aussi qu’il était bon de les tremper dans de l’eau additionnée de quelques gouttes d’ammoniaque.
- M. E. Caputo, à Naples. — Les produits que vous citez sont de bonne qualité; mais les fabricants n’ont pas fait connaître leurs recettes.
- M. G. Calmeyn, à Ruvsbroeck. — Cette disposition a déjà été examinée, etr nous croyons même, essayée; mais il est probable qu’elle a présenté, en pratique, divers inconvénients.
- M. de Parfouru, à Toulon. — Pour ce qui concerne les bateaux pneumatiques, décrits dans le n° 1149, du 8 juin 1895, p. 31, il faut s’adresser, comme nous l’avons déjà indiqué, à Y International Pneumatic Boat and C°, à Nexv-York.
- M. A. Mottet, à Liège. — Nous avons reçu votre projet de monocycle. Nous croyons que la construction présentera de nombreuses difficultés.
- M. A. Durand, au Havre. — Il existe un très grand nombre de traités d’électricité aux librairies G. Masson, Gauthier-Villars etBaudry. Il faut consulter les divers catalogues de ces librairies.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. R. Pallnnha, à Santarem. Il n’existe pas de traité sur ee sujet. — M. E. Duché, à Souppés. Nous avons reçu votre communication; remerciements. — Jlf. G. M., à Paris. Il ne nous est pas possible -d'apprécier cette invention sans résultats d’expériences. — M. Lefèvre, à Brest; M. Leroy, à Paris. Consultez les Recettes et procédés utiles, lr° série. (G. Masson, éditeur.) — IJ. A. B., à X. Voyez les Recettes et procédés utiles, 3' série, à la même librairie que ci-dessus. — M. Lion, à Paris; M. D. R., à Cambrai. Remerciements pour vos communications.
- Dans a « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Le porte-plume multiplicateur. —- Les écoliers oublient souvent leur table de multiplication, et font ainsi des erreurs fréquentes. Le porte-plume multiplicateur que nous signalons aujourd’hui leur permettra d’éviter ces erreurs. La figure placée à la partie supérieure représente à grande échelle le mécanisme adapté à l’extrémité du porte-plume. Il est formé d’un fourreau métallique portant deux rainures verticales, et coulissant sur le manche du porte-plume. Sur celui-ci sont inscrites à gauche une série de colonnes verticales successive-
- Le porte-plume multiplicateur. -— En haut, détail du mécanislme. Eu bas, mode d’emploi.
- ment avec les 9 chiffres premiers servant de multiplicateurs, au milieu les 9 chiffres servant de multiplicandes et à droite les résultats des multiplications. Il suffit de déplacer le four-peau et de laisser apercevoir dans la rainure de gauche le chiffre que l’on désire multiplier par un chiffre indiqué au Centre. La figure nous montre les résultats de la multiplication de 8 par 2, 3, 4; on lit en effet très facilement 8 fois 2 font 16, et ainsi de suite. A la partie inférieure de notre dessin, on aperçoit un jeune écolier utilisant le porte-plume multiplicateur. — Cet utile objet se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Le bonchon stérilisateur. — Le bouchon stérilisateur a pour but de permettre de réaliser facilement les opérations de stérilisation de l’eau, du lait, du bouilton et de tous les liquides, opérations qui exigent une fermeture hermétique du
- Le bouchon stérilisateur. — 1. Avant l’opération. — 2. Pendant l’opération. 3. Après l’opération.
- récipient. Ce simple bouchon peut en effet s’adapter sur toutes les bouteilles. Il est formé uniquement d’un bouchon de caoutchouc de bonne qualité, affectant les dispositions indiquées dans le n° 1 de nos figures. Ce bouchon se glisse sur le goulot de la bouteille. Il présente au centre une faible ouverture intérieure, et sur les cotés à l’extérieur deux coins qui sont ombrés sur notre dessin. Si nous soumettons à l’ébullition, comme le montre la figure n° 2, une bouteille munie de ce bouchon et renfermant un liquide jusqu’à environ 4 à 5 centimètres du bord, nôus voyons bientôt que l’air intérieur se dégage ainsi qu’une série de vapeurs. Quand ce dégagement cessera, le vide existera à l’intérieur, l’ouverture centrale se refermera, et le bouchon, en se repliant sur lui-mème, prendra
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- la forme indiquée dans le n° 3. Les deux côtés, ombrés sur la figure, viennent consolider la fermeture et la rendre hermétique. — Le bouchon stérilisateur est en vente à la même adresse que le porte-plume multiplicateur.
- Encrier automatique. — Tout le monde sait que l’encre s’épaissit facilement et devient rapidement inutilisable si l’on n’a le soin de fermer l’encrier chaque fois que l’on s’en est servi. Cette précaution est souvent oubliée. L’encrier automatique représenté par la figure ci-dessous fait lui-même cette opération. Ce résultat est obtenu à l’aide d’un système de levier très ingénieux. Il suffit de mettre le porte-plume dans la rainure du devant pour que l’encrier se bouche ; en enlevant
- N* 2. L’encrier fermé.
- le porte-plume pour écrire, l’encrier s’ouvre de lui-même. Lè couvercle s’échappe en décrivant un arc de cercle à l’extrémité de son support qui l’entraîne en tournant avec un axe latéral, Be la sorte l’encre peut se conserver sans s’altérer. Le n° 1 de la figure montre l’encrier ouvert, au moment où la plume va tremper dans l’encre, et le n° 2 l’encrier fermé. Dans le n° 1, on aperçoit les deux crochets horizontaux sur lesquels on pose le porte-plume quand on veut que le couvercle recouvre l’encrier, et qui commandent par un levier approprié le déplacement de la tige verticale maintenant le couvercle. Ajoutons que le récipient en verre peut facilement s’enlever pour le nettoyage. — L’encrier automatique se trouve aussi à l’adresse du porte-plume multiplicateur.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de mécanique générale comprenant les leçons professées à l'Ecole polytechnique, par H. Résai., inspecteur général des mines, membre de l’Institut. Tome Ier et tome II. 2e édition, 2 vol. in-8°. Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- Traité d'aritmélique (sic) par C.-A. Faisant et E. Lemoine, directeurs de l'Intermédiaire des matématiciens, suivi de Notes sur l'ortografie simplifiée par P. Mai.vezin, directeur de la Société biologique française. 1 vol. in-8°. Paris, Gauthiôr-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895. Prix : 5 francs.
- L'arithmétique amusante par Edouard Licas,. Amusciiients scientifiques pour l’enseignemeat .et la, pratique du. calcul. Introduction aux récréations mathématiques. 1 voi. in-8°. Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- Météorologie agricole, par F. Hoidailue, professeur de physique et de géologie à l’Ecole d'agriculture de Montpellier. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aidc-mémop'e, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut.
- __ Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs.
- Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- Formulaire des manipulations de chimie générale et de. chimie industrielle, suivi d’un précis d’analyse qualitative et quan*-titative, par A. Béguin. 1 vol. in-8°. — Paris, V,e Ch- Dunod et P. Vicq, éditeurs, 1895.
- Traité d'électricité, par F. Rodary, ingénieur au chemin dé fer de Paris-Lyon-Mpditerranée. 1 vol. in-8°.—Paris, V,e Gh, Dunod et P. Vicq, éditeurs, 1895.
- Applications de chimie à l'art militaire moderne, par Emile Serrant, ingénieur chimiste. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie E. Bernard et Cie, 1895.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Les questions agricoles d'hier et d'aujourd’hui. Chroniqué agricole du Journal des débats, par M. Daniel Zoi.la. professeur à l’Ecole libre des sciences politiques et à l’Ecole d’agriculture de Grignon. 1 vol. in-12, 2e série. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. — Prix : 5 fr. 50.
- Nouveau manuel complet de Vhorloger-rhabilleur, par M. J.-E. Perségoi.. 1 vol. in-18 de la collection des manuels Roret. — Paris, Librairie encyclopédique de Roret, 1895. Prix : 2 fr. 50.
- Carnet de l'officier de marine pour 1895 (17e année). —
- Agenda vade-mecum à l’usage des officiers de la marine militaire et de la marine du commerce, par Léon Renard, ancien bibliothécaire du Dépôt des cartes et plans de la marine et du Ministère de la marine et des colonies, etc. 1 vol. petit in-18. Paris, Berger-Levrault, 1895.
- Le débutant. I. L’éducation, par L. Baddrv de Saunier. 1 vol. in-18. — Paris, E. I)entu, éditeur.
- Livres minuscules. La plus grande collection des plus petits livres du monde, collection de M. Georges Salomon, par Gvsto.v Tissandier. (Extrait de La Nature.) 1 petit volume in-4°. Paris. G. Masson, éditeur.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitudé 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEDRES Dü MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE UE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE ES MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 5 août 13*,1 S. W. 2. Peu nuageux. 23,3 Presque couvert; fort orage de 1 h. 55 à 2 h. 30 avec pluie et grêle ; pluie à diverses reprises.
- Mardi 6 15*0 S. W. i. Très nuageux. 2,7 Très nuageux jusqu’à 9h.; nuageux en-suite; qq. averses.
- Mercredi 7 13*.8 S. S. W. 2. Peu nuageux. 0,6 Très nuageux jusqu’à 16 b.; couv. eus.; tonnerre de 17 à 18 b. 20 au N.N.E. puis à l’W.S.W.-S.W.; pi. le soir.
- Jeudi 8 13" ,9 S. S. W. 1. Beau. 1.5 Nuageux ; couv. après 21 h.
- Vendredi 9 18",2 S. S. W. 3. Couvert. 0,0 Couv. jusq. 10 h.; beau de 19 à 21 h.; tr. nuag. le reste du temps ; gouttes à 10 h.
- Samedi 10, 18*,9 S. 1. Très nuageux. 0,0. Tr. nuag.; tonnerre au S.W. à 17 b. 7 m. 1/2; qq. autres coups au N.W.-N. de 18 h. 22 à 30 m.; écl. d. la soir.
- Dimanche 11 . . . . 17*, i S. S. W. 3. Couvert. 0,1 Couv. jusq. 9 h.; nuag.; beau ap. 17 b.; tonn. à l’W.-W.S.W.-N.W.dep. 16h. 42; coups au S.-S.E. j. 17 h. 25.
- AOUT 1895 -- SEMAINE Dü LUNDI 5 AU DIMANCHE 11 AOUT
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à labn d boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Un orage 4 RiscHwilIer. — Si cette année a été très orageuse, ce qui s’est passé à Bischwiller le 17 juillet est peut-être assez curieux pour pouvoir intéresser les lecteurs de La Nature. Un orage se déclara a 3 heures et quelques minutes; après plusieurs courts intervalles, il se continua jusqu’à 11 heures du soir. Plusieurs fois le bruit du tonnerre sui- . vit de si près l’éclair, et cela avec une telle inten-ité, que chaque fois on pouvait croire atteinte une maison voisine. Un de ces forts éclairs, entre 7 et 8 heures, tomba sur un poteau télégraphique vis-à-vis dé la maison P..., sur lequel se trouvaient trois godets en porcelaine supportant chacun un fil téléphonique ; le poteau fut-renversé et un des fils conducteurs avec son godet fut brisé; bientôt, la charge, pour s’écouler, suivit plusieurs directions pour agir dans un espace passablement restreint, l’une à une soixantaine de mètres contre un appareil téléphonique qui se trouvait dans un bureau, et. de cet appareil elle tomba, sans laisser de trace qu’un fort jet lumineux contre le plancher, au milieu du bureau où le chef, à quatre pas, était occupé à son 'travail. D’un autre côté, le fluide atteignit le fil téléphonique de deux établissements, ne brisant qu’uu fil conducteur. Enfin, montant un peu plus haut dans la ville, le fluide atteignit les quatre fils d’une maison (rue du Conseil). Ici, deux enfants de M“* K..., qui se trouvaient à la fenêtre ouverte, vis-à-vis des fils conducteurs, tout à coup lurent effrayés par le bruit et la clarté d’un fort coup de foudre. I
- L’un de» enfants reçut au front une blessure insignifiante par un éclat de porcelaine (dont ils recueillirent plus tard les morceaux), et lorsque, revenus de leur frayeur, on put examiner ce qui était arrivé, on vit que des quatre godets en porcelaine portant les fils conducteurs qui se trouvaient fixés.contre la maison vis-à-vis, trois avaient été tout à fait brisés et le quatrième fortement endommagé. F. Witz.
- Tempête** de grêle. — Un violent orage »’est abattu le 19 juillet dans la soirée sur le territoire des communes de Grelz, Tournan. Favières, la Route et Neufmoutiers (Seine-et-Marae). La grêle est tombée pendant un quart d'heure avee une telle violence que tout a été saccagé ; les blés ont beaucoup souffert; des champs d’orge ont été perdus. Dan* les jardins, lés vignes en treilles ont été détruites, les fruits ont couvert Je sol. C’est un véritable désastre pour la contrée.
- Le 28 juillet, à 7 heures du soir, uqe violente trombe d'eau accompagnée de grêle s’est abattue sur Metz et ses anvirons. Les rues ont été rapidement transformées eti véritables torrents qui ont iuondé les maisons. Les gréions, de la grosseur d’œufs de poule, ont causé des ravages considérables.
- Tremblement de terre en Italie. —Le 30 juillet 1895, à Co-macchio et à Ferrare, en Italie, vers midi, deux légère* secousses de tremblement de terre ont été ressenties. Quelques cheminées sont tombées. La population a été très impressionnée.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 5, à 2 h. 1 m. du soir.
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- N° /160 (24 Août 1895), du journal «LA NATURE »
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- Il SEMAINE
- Le plus grand navire & voile du monde. — Aujourd’hui, le titre de plus grand navire à voile du monde va appartenir au Potosi, qu’on achève dans les chantiers de Tecklenborg, à Geestemund, pour le compte de la maison d’armement F. Laeisz, de Hambourg. Voici sur ce navire quelques chiffres extraits d’un article donné.par M. G. Busley dans le Zeitschrift des Vereines Deutscher Ingenieure : La coque a les dimensions suivantes : longueur sur le pont, 120“,10; longueur entre perpendiculaires, 110m,33; largeur, 15“,16; creux sous le pont supérieur. 9m,51. Le déplacement en charge atteindra 11 200 mètres cubes et le tonnage (registered) 3955 tonneaux. Le port en lourd peut être estimé à 0150 tonneaux. Le tirant d’eau avec le chargement maximum atteindra 7m,62, celui des plus grands cuirassés. La coque est entièrement en acier Martin-Siemens, elle est divisée en onze compartiments étanches et est munie d’un double fond pouvant servir de water-ballast. Le navire possède cinq mâts et un beaupré, quatre des mâts portent une voilure carrée, et le dernier, celui de l’arrière, des voiles goélettes. Les mâts à voiles carrées ont les mâts de hune de la même pièce et des mâts de perroquets rapportés. Ces mâts sont en tôle d'acier; le grand mata 4ôm,20 de longueur sur 0m,850 de diamètre à la partie inférieure et 0m,4G0 à la partie supérieure; il est prolongé par un mât de hune en pitchpin de 17 mètres de longueur, de sorte que la pomme de pavillon se trouve à 01 mètres au-dessus de la flottaison en charge, hauteur qui serait déjà considérée comme respectable pour un clocher d’église. Lagrande vergue, également en tôle d’acier, a 50 mètres de longueur sur 0m,G30 de diamètre au milieu. La surface de la voilure ordinaire, non comprises les voiles supplémentaires, est de 4700 mètres carrés. Les manœuvres dormantes sont en lil d'acier et les manœuvres courantes en chanvre de Russie. Le Potosi pourra effectuer son premier voyage dans le courant de l’été.
- INFORMATIONS
- —La crémation fait de grands progrès aux États-Unis. Le nombre d'incinérations s’est élevé en 1885 à 50, en 1886 à 119,
- en 1887 à 195, en 1888 à 199, en 1889, à 262, en 1890 à 562,
- •en 1891 à 464, en 1892 à 576, en 1895 à 677, en 1894 à 876.
- Actuellement le nombre des fours à crémation s’élève à 17.
- —$$— Un concours de colombophilie a eu lieu récemment : le parcours était le trajet d’Ajaccio à Roubaix, et les 1100 kilomètres ont été franchis par le gagnant en 21 heures, soit près de 46 kilomètres à l'heure. Un autre concours, de Rayonne à Paris (665 kilomètres), a donné, pour le gagnant, une vitesse d’environ 51 kilomètres par heure.
- —H— Lors d’une des dernières séances de l'Académie on a donné lecture d'un décret par lequel l’Académie de médecine est autorisée à accepter le legs à elle fait par M. Ch.-L.-C. Herpin. Ce legs consiste en une rente de 5000 francs à 3 pour 100 de l’Etat .français, destinée à créer un prix annuel de même somme, qui sera
- la récompense du meilleur travail présenté à l’Académie sur l’épilepsie et les maladies nerveuses. Ce prix sera désigné sous le nom de Prix Théodore Herpin (de Genève).
- —Après des expériences exécutées par l’armée allemande, on est arrive à transporter, d’une rive à l’autre, hommes, effets et armes, au moyen des toiles de tente imperméables dont l’infanterie est pourvue. Un enferme dans ces toiles les effets, l’équipement et les armes; on achève les ballots en les garnissant sur leur pourtour de paille, de foin ou d’herbe sèche ; on les ferme soigneusement , et on a ainsi un flotteur imperméable. On réunit ces flotteurs par trains de cinq ou six. Les trains flottants portent les hommes qui ne savent pas nager et sont accompagnés par ceux qui connaissent la natation. Ils sont halés vers l’autre rive par des nageurs qui ont franchi le cours d’eau à l’avance. C’est là un expédient bon à signaler pour servir, à l’occasion, à de petites fractions isolées. Il est généralement facile de constituer sur place des flotteurs, d'une manière ou d’une autre, et on n’v songe pas toujours.
- —®— Conformément à la décision prise par le Conseil d’administration de la Société nationale d'horticulture de France, dans sa séance du 11 juillet dernier, une exposition destinée à recevo:r uni-uement les Chrysanthèmes sera tenue au siège de la Société, rue e Grenelle-Saint-Germain, 84, à Paris, du 12 au 17 novembre 1895. Tous les horticulteurs et amateurs français sont invités à prendre part à cette exposition.
- —Le Japon, appelé avec raison la Grande-Bretagne de l’Asie, possède, comme celle-ci, des gisements miniers dont l’exploitation favorise singulièrement le développement des industries japonaises. La houille s’v trouve en abondance et, d’après un rapport publié par le ministère du commerce du Japon, il en a été extrait 5175000 tonnes en 1891. La production des autres minéraux pendant la même année est la suivante : or, 725 kilogrammes; argent, 28669; cuivre, 19 033; plomb, 808; étain, 44; antimoine, 2201; manganèse, 3222; fer, 18 500; soufre, 22 000; graphite, 2459; pétrole, 22422 hectolitres.
- —©— Le Jardin d’Aeclimaiation vient de recevoir 14 viscaches (Lagostomus triehodactylus) de Patagonie. Ces jolis petits animaux n’étaient que douze au départ du nouveau monde, mais, pendant la traversée, deux jeunes sont nés et ont parfaitement supporté les fatigues du voyage. Les viscaches sont ue curieux rongeurs dont les mœurs méritent d’être étudiées et qui pourraient constituer, en France, un intéressant gibier ressemblant beaucoup au lapin, sans en avoir cependant l’agilité. Les Indiens mangent la chair de la vis-cache et utilisent sa fourrure, inférieure, toutefois, à celle des chinchillas.
- —@— Une belle cérémonie a été organisée récemment à Londres en l’honneur du célèbre chirurgien Lister. Le vénérable sir John Erischen, qui enseigna la chirurgie à Lister, était présent à cette cérémonie et a exprimé son admiration pour un élève qui, a-t-il dit, l’a de beaucoup surpassé, car il a élevé la chirurgie au rang des sciences exactes, grâce à la certitude des méthodes inaugurées par lui. Plus d’une notabilité scientifique de l’Angleterre assistait à la fête; et, dans le nombre, sir George Johnson, sir Spencer Wells, le I)r IV. S. Pfavliair. qui, avec raison, s’est écrié : « L’hommage que nous vous rendons n’est qu’un faible acompte sur le monument que vous doit la nation, — je veux dire que vous doivent les nations, — car toutes ont profité des progrès énormes que vous avez fait faire à la science pour soulager les souffrants et les préserver du danger, de mort....» On sait que Lister a établi des procédés de pansements qui dérivent des méthodes créées par M. Pasteur.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour les appareils décrits ddnsla Revue des procédés nouveaux, s’adresser à M. Villon, 40, cours Gambetta, à Lyon. — M. Lonneur, pharmacien, à Paris, nous écrit : « Je crois rendre service aux lecteurs de La Nature qui vous demandent où l’on peut se
- Srocurer du carbure de calcium, en vous donnant l’adresse ’une maison qui le vend relativement bon marché. La maison de droguerie Pelliot et Hofmann, 26, rue du Roi-de-Sicile, à Paris, le vend, pour 100 kilogrammes, 85 centimes le kilogramme, pour 10 kilogrammes, lfr,15, franco à domicile dans Paris, emballage facturé. » — Le ventilateur électrique se trouve chez M. F. Henrion, à Nancy.
- Communications. — M. Blas Escontria, à propos de notre récédent article sur La chique ou Pulex penelrans, paru ans le n° 1147, du 25 mai 1895, p. 401, nous fait connaître un procédé pour se débarrasser de cet insecte. Il consiste à retirer la chique, après deux ou trois jours, à l’aide de la pointe d’une aiguille préalablement trempée dans l’acide phénique. Mais cette opération, pour réussir, exige des soins minutieux. M. le docteur Eurique Palazuelos, médecin militaire, a trouvé un remède pour éviter toute complication. Il suffit de laver la plaie avec une pommade mercurielle (onguent double de mercure). Il convient de recommencer ce traitement à plusieurs reprises pour obtenir une guérison complète.
- M. Ernest Chavoix de Charron nous donne la description d’un arbre de Judée (Cercis siliquastrum L.), très remarquable. Cet arbre, au moins deux fois centenaire, est de grande dimension. Au mois de mai, lorsqu’il se trouve couvert de fleurs, il figure, vu à distance, un aérostat rose de 500 mètres cubes. Cet arbre curieux provoque l’admiration des visiteurs. Notre correspondant accompagne cette Note d’une petite photographie. Il ajoute les renseignements suivants sur une autre question, celle des chemins de fer à voie étroite. « J’ai vu souvent dans La Nature des articles concernant les chemins de fer à voie étroite. Nous avons un chemin de fer de ce genre établi depuis six ans environ entre Saint-Yrieix (Haute-Vienne), Excideuil, Périgueux, etc. Les trains circulent au milieu des villes, transportant voyageurs et marchandises ; il n’y a jamais eu d’accidents. »
- Renseignements. — M. J. S. G., à Paris. — Quand les cristaux se forment, ils suivent certaines lois, et affectent diverses dispositions caractérisées par des systèmes définis; mais la cassure accidentelle se fait sans suivre aucune loi.
- M. G. G., à Paris. — 1° Ce changement de densité a été produit par suite de l’attaque du carbonate de plomb par l’acide sulfurique. Il est nécessaire de remettre le liquide à la densité normale. — 2° Il faut enlever les lames toutes chargées, ajouter l’acide, et les replonger après dans le liquide. — 3° Ne craignez pas de bien charger les accumulateurs avant de les mettre en service, en raison de l’accident qui leur est survenu.
- M. A. P., à Avignon. — La ventilation par aspiration et refoulement de l’air est évidemment le moyen le plus efficace pour chasser les fumées dans une salle de café ; mais pendant l’hiver ce moyen n’est pas pratique. On peut alors employer une ou plusieurs lampes fumivores qui absorbent la fumée'de tabac. Le modèle de M. L. Muller, pharmacien, 40, rue de la Bienfaisance, à Paris, est fréquemment utilisé pour des applications de ce genre.
- M. le comte F. Puslowski, à Albertyn. — 1° Nous ne savons pas s'il existe un manuel de construction des embarcations avec tous les renseignements que vous demandez ; mais vous pourriez vous adresser à la librairie Berger-Levrault, 5, rue des Beaux-Arts, à Paris. — 2° La production du gaz acétylène par la décorn-
- Esition de l’eau au moyen du carbure de calcium n’a été réa-ée jusqu’ici que comme expérience.
- M. L. Saintignon, à X. — Nous ne sommes pas de votre avis quand vous dites qu’il a été convenu que le siècle commence
- avec Pan 1 ; nous n’avons jamais entendu dire cela par une autorité sérieuse.
- M. J. W. B., à Maestricht, en Hollande. — Nous mettons votre demande aux Questions. Peut-être un lecteur pourra-t-il vous donner satisfaction.
- M. Marcel Moreau, h Pelotas, Brésil. —La lampe intensive à pétrole VEclatante, qui a été décrite dans le n° 1128, du 12 janvier 1895, a son adresse dans ce numéro même, 58, rut' de Chabrol, à Paris. Pour tous renseignements, adressez-vous au directeur de cet établissement.
- M. le D1 professeur Pflüger, à Berne. — Pour ce qui concerne le foyer fumivore J. Ilinstin, que nous avons décrit dans le n° 1135, du 2 mars 1895, p. 220, il faut se renseigner auprès de MM. Magnard et Cie, fonderies et ateliers de construction mécanique à Fourchambault (Nièvre).
- M. A. Fruhinsholz, à Nancy. — Il serait nécessaire que vous consultiez 1 e Moniteur des produits chimiques, 19, rue Jean-Jacques-Rousseau, à Paris.
- M. Bourdeau, à Paris. — Il n’est pas facile de coller le papier parchemin; pour les vases poreux des piles faits avec ce papier, il faut les replier sur eux-mêmes en plusieurs épaisseurs et les maintenir à la partie supérieure. Bans des cas semblables nous avons pu retenir les plis en les cousant.
- M. L. D. D., h Bruxelles. — Les affiches dont Vous parlez sont tirées sur des presses typographiques à deux couleursT L’encre employée est une encre grasse d’imprimerie qui résiste très bien à la pluie.
- M. E. Prat, à Toulon. — Vous trouverez des renseignements très utiles dans Relieur en tous genres, par MM. Lenormand et Maigne, dans la collection des manuels Roret.
- M. E. Beunat, à Nancy. — Nous ne pensons pas que cette uestion soit spécialement étudiée dans les ouvrages au point e vue de la fabrication des sels raffinés; mais vous trouverez toujours dans les traités existants des renseignements utiles sur la construction des foyers, carneaux et cheminées. Voyez à la librairie Dunod et Vicq, 49, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. A. B., h Haubourdin. — Nous vous conseillons de consulter l’ouvrage de M. A. Hébert, sur l'examen sommaire des boissons falsifiées, dans Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, à la librairie G. Masson.
- Questions. — N° 1345. — M. J. W. B., à Maestricht (Hollande), voudrait connaître un bon traité pour apprendre à fabriquer soi-mème des liqueurs, de préférence pour la manière de fabriquer des liqueurs belges.
- N° 1346. — il/. Emile Fressart, Salta San Ant°, de los Cobres, République Argentine, demande l’adresse d’un établissement de métallurgie français qui s’occupe spécialement de traiter des minerais de cuivre bismuthifères pauvres.
- Réponses. — M. L. P., à Quimper, dans la Boite aux lettres du n° 1158, du 10 août 1895, demande des renseignements sur la durée de conservation des plaques impressionnées. Voici un fait qui m’est personnel. J’ai impressionné des plaques le 25 juin 1894. L’affreux attentat de Lyon étant survenu la veille, je ne songeai plus à ces plaques. Ensuite de nombreuses occupations me forcèrent à négliger le développement, que je n’ai pu effectuer qu’en décembre, soit environ six mois après. Les clichés sont aussi nets que pour des poses récentes. L’appareil était un photosphère. Les plaques ont été conservées emballées dans leur boîte et enveloppées de papier rouge : elles étaient de la marque Lumière bleue et XL (Edwards de Londres, isochr.). (Communiqué par M. E. Chavoix.)
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. G. Dolivciu\ à Blois. Il n’existe pas de traité spécial sur celte construction; on ne trouve dans les ouvrages que quelques renseignements sur les expériences à réaliser avec les tubes Geissler. — M. D. V., à Lyon. Il faut recueillir une série d’échantillons et les faire analyser" par un chimiste. — M. Girard, à Paris. II ne nous est pas possible de vous donner une opinion sur une invention de ce genre sans l’avoir expérimentée. — M. J. Arnold, à Bruxelles. Pour la machine à écrire, vous pouvez employer les encres autographiques dont nous indiquons la composition dans les Recettes et procédés utiles, lre cl 2e série (G. Masson, éditeur). — M. E. Caubert, à Lignières-Cha-telain. Nous avons fait connaître un procédé pour argenter le verre dans le même petit livre que ci-dessus, lre série, à la même librairie. — M. E. G. C., au Venezuela. Vous pourriez essayer la recette utilisée pour peindre sur le plâtre et qui est mentionnée dans le petit livre indiqué ci-dessus. — M. D. R., à Marseille; M. A’. M., à Bordeaux. Remerciements pour vos communications. — M. Dubois. à Paris; M. R. M., à X. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- bans ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède, la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Les ciseaux-peigne. — Sur une des tiges d’une paire de ciseaux est monté un peigne mobile en métal; avec cet ingénieux appareil on peut se passer du coiffeur. La manœuvre est facile, étant donné que l’appareil n’a besoin que d’une seule
- Ciseaux-peigne pour la coupe des cheveux.
- main pour le guider ; en modifiant l’écartement du peigne, on peut couper les cheveux à la longueur voulue. Cet appareil trouvera son application surtout pour la coupe des cheveux des enfants, et principalement pour la coupe dite à laBressant, qu’on )ourra faire soi-mème. — Se trouve chez M. Mathieu, 151, ga-erie de Valois (Palais-Royal), Paris.
- La tour en bois. — Ce jeu de casse-tête mathématique se compose d’une tablette en bois dans laquelle il a été fait trois trous, de trois broches, et de huit disques percés également d’an trou au centre. Vous plantez d’abord les trois broches dans leur trou, puis sur l’une quelconque des broches vous enfilez les disques dans l’ordre décroissant c’est-à-dire le plus grand à la hase, et le plus petit au sommet, vous obtenez ainsi une tour de huit étages. Il s’agit maintenant, et c’est là le but du jeu, de transporter cette tour, dans la même forme, sur l’une des deux autres broches en observant les règles suivantes ; 1° on ne déplace qu’un disque à la fois; 2° un disque ne doit jamais se trouver sur un autre plus petit que lui ; 5° après chaque dépla-
- Casse-tète mathématique.
- cernent, les huit disques doivent toujours être enfilés sur une, deux ou trois broches, autrement dit, il ne doit jamais rester aucun disque en dehors des trois piles. Pour obtenir une solution, il faut commencer par résoudre le problème pour 3, 4 et 5 étages. La solution est possible, et demande deux fois plus de temps chaque fois qu’on ajoute un étage à la tour. Pour résoudre ce jeu de 8 étages, il ne faut pas moins de 255 déplacements de disques. A un coup par seconde, il ne faut qu’un peu plus de quatre minutes pour déplacer cette tour de 8 étages. Mais si par hasard un amateur avait l’idée de construire cette tour, en suivant la règle du jeu, avec 64 étages, ce qui ne nécessiterait que huit fois plus de pions ou disques, nous lui conseillerions de réfléchir avant de s’y engager, car nous pouvons lui dire tout de suite qu’il lui faudrait faire :
- 18 446 744 073 709 551 613 déplacements,
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- et qu’il lui faudrait plus de cinq milliards de siècles. — Se trouve à la même adresse que les ciseaux-peigne.
- Porte-monnaie facile. —11 est quelquefois bien gênant, quand on a besoin de monnaie, de fouiller dans son porte-monnaie ou ses poches, sans être absolument certain de trouver les pièces que l’on cherche. Le porte-monnaie automatique remédie à cet ennui. Il se compose d’une petite boîte métallique carrée et à coins ronds afin d’éviter qu’elle ne s’accroche dans une poche. Sur la partie supérieure se trouvent quatre ouvertures obturées par des disques placés à l’extrémité de quatre ressorts indépendants les uns des autres et qui cèdent sous la pression exercée à l’aide du doigt. Des cylindres verticaux dont les dimensions varient suivant celles des ouvertures permettent aux disques de glisser de haut en bas et inversement tout en guidant leur course. Au-dessus de chacune de ces ouvertures existent quatre bourrelets creux semi-circulaires, à l’intérieur desquels on fait glisser les pièces de monnaie à emmagasiner pour les besoins. Les ressorts à boudins pressant constamment les disques contre les bourrelets, il suffit pour faire sa provision de monnaie de faire glisser horizontalement les pièces à mettre en réserve. Au fur et à mesure qu’elles s’ajoutent les unes sur les autres, le ressort à boudins cède et se tend de plus en plus. Lorsqu’un compartiment est plein, on procède successivement au remplissage des autres en opérant de la même manière. On peut ainsi emmagasiner des pièces de deux francs, de un franc, de cinquante centimes et de dix francs en or ; il peut aussi contenir des pièces de vingt francs. Chaque disque porte du reste gravée l’indication delà valeur de
- monnaie
- Porte-monnaie automatique.
- la pièce qu’il doit recevoir; il ne peut donc y avoir d’erreur commise. Pour retirer la monnaie lorsque la nécessité s’en fait sentir, on se borne à presser légèrement sur la dernière pièce mise en place en tirant doucement à soi. Le franc, les deux francs, les dix francs ou les vingt francs obéissent à l'impulsion donnée et se dégagent du bourrelet creux qui recouvrait leurs bords. Ce petit appareil est connue on le voit d’une simplicité extrême; de plus la pression des ressorts est très suffisante pour s’opposer à toute sortie intempestive des pièces. — Le porte-monnaie facile est en dépôt chez M. Paul Bertrand, 19, rue d’IIauteville, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- , Mortier de poussière de briques. — On commence à employer couramment, comme succédané du ciment hydraulique, le mortier de poussière de briques. On a fait des expériences sur un mélange de cette substance avec de la chaux vive, et des blocs ainsi faits, d’une épaisseur de 15 millimètres, après être restés immergés dans l’eau pendant quatre mois, ont supporté sans fissure ni rupture un poids de 10 500 kilogrammes par décimètre carré. Un dixième de cette poussière suffirait our donner aux mortiers ordinaires une cohésion remarqua-le. Ce composé rendrait, paraît-il, des services exceptionnels pour la fabrication des drains, des réservoirs, des citernes, des toits en terrasses, etc. La meilleure proportion à observer est une partie de poussière de briques pour une de chaux et deux de sable, le tout mélangé à sec et mouillé de la quantité d’eau nécessaire.
- L'emploi du marron d'Inde. — M. Laurent, chef du service sanitaire dans la Meuse, a fait connaître la méthode employée par un agriculteur des environs de Bar-le-Duc pour utiliser le marron d’Inde dans l’engraissement du bétail. Voici comment cet agriculteur lui a expliqué le procédé qu’il employait : « Tous les ans, à la maturité des marrons, c’est-à-dire quand ils tombent naturellement, je ramasse tout ce que je
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- peux. Je les achète même 15 centimes le double décalitre et je les conserve sous l’eau comme les glands, que je ramasse aussi. Pour les utiliser, je les fais cuire dans une chaudière et les réduis en bouillie; quand j’ai une bouillie épaisse, comme de la purée de pomme de terre, je prends une poche semblable à celle dont on se sert pour la soupe, je l’emplis bien et je la mélange à la nourriture préparée vingt-quatre heures à l’avance pour chaque bête. Je donne donc toujours à mes animaux une nourriture fermentée composée de mélange de betteraves, de menue paille ou de foin, le tout arrosé d’eau de tourteau, de colza, ou de navette, et, pour chaque tète de bétail et par jour, deux bonnes poches de purée de marron d’Inde. Avec ce régime, mes animaux se portent toujours bien, ruminent à leur aise et
- s’engraissent rapidement. J’ai remarqué, ajoute-t-il, que quand je commence ce régime de marron d’Inde, mes animaux, après quelques jours, ont plus d’appétit, respirent mieux, ruminent continuellement après les repas ; leur poil change d’aspeet, il devient plus luisant et plus fin. En un mot, j’emploie le marron d’Inde cuit depuis plus de dix ans dans la nourriture de mon bétail, et c’est grâce à lui que je fais de si bons bœufs gras. J’en ai donné aussi quelquefois à mes chevaux, qui l’ont bien mangé, mélangé à du son et à de l’avoine. » M. Laurent ajoute, avec raison, qu’il serait intéressant que des études fussent poursuivies afin de bien établir quelle est la valeur alimentaire des marrons d’Inde (Recueil de médecine vétérinaire et Journal de /’Agriculture).
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 12 août. . . . 13% 8 S. S. W. 2. Couvert. 0,5 Qq. nuages jusq. 6 b.; tr. nuageux ensuite ; tonnerre de 14 b. 45 à 15 b. 30; halo ; qq. averses.
- Mardi lô 13%3 S. 2. Couvert. 1,7 Couv. de 4 à 13 h.; nuageux av. et ap. jusq. 20 h.; beau eus.; pluie à plusieurs reprises; halo.
- Mercredi 14 15%2 W. S. W. 2. Beau. 0,9 Qq. nuages jusq. 6 h.; puis nuageux; beau après 20 h.; éclairs au N.-N.N.E. à 21-22 b.
- Jeudi 15 13* ,4 W. N. W. 0. Couvert. 0,0 Couv. de 5 à 9 h.; puis nuageux; beau jusq. 4 h. et après 18 b.
- Vendredi 16 12%2 N. N. E. 1. Très nuageux. 0,0 Nuageux à 7-8 h.; beau av. et apr.; transparence à 2 km. à 7 b.
- Samedi 17 14%1 E. N. E. 1. Beau. 0,0 Beau.
- Dimanche 18 . . . . 15* ,1 E. N. E. 1. Nuageux. 0,0 Peu nuageux de 4 à 15 h.; beau le reste du temps; halo.
- AOUT 1895 — SEMAINE DU LUNDI 12 AU DIMANCHE 18 AOUT
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- liÇ» orages «lu lO août. — Un orage d’une grande violence s'est manifesté tout à coup à Rouen et dans toute la région, vers la lin de la journée. Le tonnerre a grondé s a ns interruption pendant une heure. U y a eu des chutes de grêle d’une intensité extraordinaire. On a ramassé des grêlons qui pesaient jusqu’à 200 grammes, principalement dans la région de Neufcliàtel-en-Bray. Les récoltes ont été hacliees. De nombreux arbres ont été déracinés à Rouen et aux environs. La foudre est tombée dans divers endroits, en particulier à Sotteville-les-Iïoueu, sur la cheminée de la filature de M. Lecarpentier. La cheminée a écrasé deux ateliers. Les dégâts, chez M. Lecarpentier, atteignent 80 00') francs; cependant il n'y a pas eu de chômage. A Saint-Léger-du-Iîourg-Denis, deux cheminées ont été également renversées par la foudre. Depuis 1855 on n’avait pas vu un orage semblable.
- I/orage ne s’est pas limité à la région de Rouen; mais dans les départements voisins, à Bernay et à Lisieux surtout, les dégâts ont été con-sidérablcs. Dans cette dernière ville, des grêlons de 500 grammes sont tombés pendant près d’un quart d'heure. Les récoltes de la contrée sont anéanties.
- Un autre orage a sévi presque en même temps dans la région du nord de la France. Il a causé de nombreux dégâts à Roubaix, notamment sur
- la place Nadaud. I/eau montait rapidement. Toutes les caves étaient pleines; le travail de nuit a dû être interrompu dans les peignages. A Wattrelos, tout le quartier de la Distillerie a été inondé par 1 eau boueuse du Riez qui débordait. A Tourcoing, une fabrique de fuseaux a subi, du fait de la pluie, des dommages importants. L’abondance des eaux a déterminé des éboulemeuts et des excavations sur la voie du chemin de fer de Paris à Lille au sortir de la gare d’Arras, et plusieurs trains ont été bloqués à Arras.
- Nous avons également reçu d’autres renseignements très intéressants de plusieurs correspondants sur ces divers orages; nous leur consacrerons un article détaillé dans un des prochains numéros de La Sature.
- Le Vé*u ve en action. — Le 8 août, le Vésuve a commencé à donner des manifestations de phénomènes volcaniques. Pendant deux jours l’érui>-tion présentait une véritable effervescence. La lave a repris son activité, activité qui, scion le professeur Palmieri, est causée par la pleine lune. «Les appareils sismiques, ajoute le professeur Palmieri, indiquent de nouveaux cônes éruptifs. Le cratère central ne donne plus qu'une discrète quantité de fumée avec quelques bouffées de cendres. » Ou a observé près le foyer éruptif de la Croeelle une nouvelle ouverture. La lave s’est déversée sur les deux côtés de la montagne, dans la Yetrana, c'est-à-dire dans la plaine formée par l’ancienne lave.
- PHASES DE LA LUNE ; D. Q. le 13, à 5 h. 28 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de < La Nature a et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Ghâteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Tramway électrique du Ralncy à Mont fer mell. —
- Une intéressante installation de tramway électrique vient d’être mise en service aux portes mêmes de Paris, du Raincv à Mont-fermeil. Jusqu’ici le trajet était effectué par quatre locomotives à vapeur du poids de 14 tonnes en ordre de marche, remorquant une voiture de quarante-deux places et deux ou trois voitures les jours de fête. Le parcours, d’une longueur totale de 5500 mètres, sur une voie ferrée de 1 mètre de largeur, était effectué en vingt minutes avec une vitesse de 16 kilomètres à l’heure. Le profil de la voie présente deux rampes successives de 45 millimètres par mètre sur une longueur de 2 kilomètres ; les rayons minima des courbes sont de 20 mètres. L’installation électrique actuelle renferme, dans l’usine génératrice, deux machines à vapeur horizontales Garnier de 100 chevaux chacune à la vitesse angulaire de 80 tours par minute, et deux chaudières Babcock et Willcox d’une surface de chauffe de 70 mètres carrés, fonctionnant à la pression de 8 kilogrammes par centimètre carré. Chaque machine à vapeur commande par courroie une dynamo de 62 kilowatts. Les voitures automobiles, pouvant contenir quarante voyageurs, sont pourvues de deux moteurs de 25 chevaux permettant de remorquer deux ou trois voitures sur la rampe maxima à la vitesse de 12 kilomètres par heure. L’éclairage électrique des voitures est obtenu par 5 lampes à incandescence de 16 bougies. La canalisation est aérienne et le fil de trolley est maintenu sur des suspensions transversales appuyées sur des poteaux en acier. Les départs des tramways auront lieu toutes les quinze minutes et seront au nombre de 60 par jour. Ce nouveau tramway électrique sera grandement apprécié par les habitants de Paris désireux de visiter les bois de Montfermeil. Plusieurs autres petites villes des environs de Paris vont également faire établir des tramways semblables, entre autres Enubien et Montmorency. Nous sommes persuadé que, dans ces diverses installations, " la traction électrique rendra des services incontestables. ,. J. L.
- INFORMATIONS
- —— Un ancien sous-officier au 9° cuirassiers nous envoie la Noie suivante : « Je vois dans le supplément du dernier numéro de La Nature (24 août 1895), un petit article sur le passage des cours d'eau par l’armée allemande. Comme il est bon de savoir aussi ce qui se passe chez soi, je suis heureux de vous dire que j’ai été plusieurs fois témoin (et acteur) d’expériences semblables faites par le 9e régiment de cuirassiers un peu en amont de Creil, sur l’Oise. Les flotteurs étaient ces sacs cachou qui, pour la troupe, remplacent les bissacs en campagne. On les réunissait, remplis d’herbe ou de foin, par des cordes à fourrage et quelques planches posées dessus formaient un radeau très solide. Un homme à la nage ou en bateau allait fixer un câble à l’autre rive, et ce câble, traversant la rivière, servait à remorquer le radeau. Quant aux chevaux, ils suivaient à la nage, en liberté etjdessellés, un de leurs
- semblables tenu en main par un homme du radeau. Ces expériences répétées plusieurs fois pendant l’été de 1894 ont toujours fort bien réussi. II est certain que bien d’autres régiments français en ont fait autant, mais je ne vous parle que d’un fait que j’ai vu de mes yeux. »
- —Le Suma-Kan, croiseur japonais, a été lancé à Yokohama le 9 mars. Sa quille avait été posée au mois d’août 1892 et l’on avait procédé sans hâte à sa construction; mais dans les quatre derniers mois on résolut de terminer le bâtiment le plus tôt possible et l’on compte maintenant qu’il sera prêt pour le service vers le mois de décembre prochain. Le prix total de ce croiseur, en y comprenant celui de l’armement, est estimé à 1 707 500 dollars, il est en acier et déplace 2700 tonneaux. Les machines, de 8500 chevaux, doivent lui donner une vitesse de 20 nœuds; elles sont à triple expansion et la vapeur est fournie par huit chaudières. L'armement doit consister en canons Armstrong à tir rapide, deux de 15 centimètres et 6 de 12. U y aura, de plus, 12 canons Hotchkiss, 4 mitrailleuses Nordenfelt de petit calibre à 5 canons et deux tubes lance-torpilles.
- (United Service Gazette.)
- —®— On connaît la découverte qui a été faite dans la rue des Barres, à Paris, d’un sarcophage en pierre de l’époque mérovingienne. Voici quelques renseignements sur ce sarcophage : « Formé de dalles en pierre d'une épaisseur de 15 centimètres, il a été précieusement sorti de sa gaine de terre et descellé avec précaution par les employés du musée Carnavalet. Dans l’intérieur, au milieu d’une poussière d’un rouge sombre presque noir, dont il était rempli, on a trouvé le squelette entier d’un homme de haute taille et, fait remarquable, sur le crâne une torsade de cheveux noirs, d’une longueur de 50 centimètres, attachés de place en place par des liens faits avec des cheveux de cette tresse. Cette torsade de cheveux et différents autres objets découverts dans le sarcophage figureront dans les collections du musée anthropologique Carnavalet, ainsi que la boucle trouvée précédemment à peu près au même endroit. De nombreux sarcophages en plâtre ont été également découverts; ils sont remplis de squeleltes, mais ne présentent pas l’intérêt des sarcophages en pierre, qui devaient être, à l’époque mérovingienne, ceux des personnages importants. » (D'après l’Anthropologie.)
- —S— D’après M11* Klumpfe, attachée à l’Observatoire de Paris, l’on peut dès à présent se faire une idée du nombre d’étoiles que contiendra le catalogue international, par l’examen de la zone -f- 24° dont l’étude est à peu près terminée. Les clichés de cette zone sont au nombre de 180, les uns riches, les autres pauvres* en étoiles. Le cliché à llh 28 d’ascension droite ne contient que 42 étoiles; celui à 20h 8 contient, au contraire, 1468 étoiles. Avec une répartition uniforme, chacun de ces 180 clichés contiendrait 555 étoiles. Pour la zone 25°, l’on trouve 75 et 1146 étoiles pour nombres extrêmes et 275 pour nombre moyen. En admettant que chaque cliché de la série du catalogue contienne 500 étoiles, on arrive au chiffre de 6 616 200 étoiles pour la double série du catalogue, c’est-à-dire que le catalogue international contiendra plus de o millions d’étoiles.
- —®— Un Congrès international d’ostréiculture, de pisciculture et de pêche, sous le patronage des Ministres de la marine et du commerce, et de la Chambre de commerce de Bordeaux, se tiendra à Bordeaux du 10 au 17 septembre 1895.
- —L'automne est proche. En Alsace, déjà, les jeunes cigognes quittent leur nid et prennent leur vol vers les plaines marécageuses du Rhin. Et les nombreuses compagnies d’échassiers quitteront le pays vers la fin d’août, fuyant les frimas.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne la voiture électrique, s’adresser à M. Jeantaud, 51, rue de Ponthieu, à Paris. — Le Cinématographe se trouve chez MM. Auguste et Louis Lumière, photographes, 15, rue de la Barre, à Lyon.
- y
- Communications. — Un abonné, à Rouen, nous écrit qu’ayant eu récemment l’occasion de demander à un paysan quel temps il allait faire, celui-ci consulta une pomme de sapin suspendue à un fil : « Voilà mon baromètre, répondit-il, il est simple, mais il est très juste ; selon qu’il va faire beau ou qu’il va pleuvoir, les écailles de la pomme s’écartent ou se resserrent. » Notre correspondant ajoute qu’en effet il a pu vérifier l’exactitude de ces indications dans deux circonstances ; mais il nous demande si le fait est réel et si on peut y ajouter foi. Quelques-uns de nos lecteurs ont peut-être fait à ce sujet diverses observations; nous les prions de nous faire connaître les résultats qu’ils ont obtenus.
- M. L. Bateau, à Angers, nous adresse trois photographies d’une nouvelle voiture qui a été construite par M. Dureau, carrossier à Angers, et exposée à l’Exposition industrielle de cette ville. La voiture dont il est question se rattache au landau et au coupé ; elle est instantanément découvrable et recouvrable à volonté, et cela avec une grande facilité.
- M. David Rowland, à Pau, nous envoie un dessin au crayon sur papier représentant le profil d’une tête humaine dont les contours ont été donnés par les plis d’un mouchoir de poche jeté au hasard sur une table.
- M. levicomtede Montravel, àColombieo, par Burzet(Ardèche), nous signale le passage d’un immense vol de cigognes, en comprenant plusieurs centaines, le 11 août 1895, dans la matinée à la première heure. Ces oiseaux se dirigeaient vers le nord et volaient très bas. Leur passage en cette saison mérite d’être mentionné.
- M. A. Duplais des Touches, à Treuil-Bussac, près Fouras (Charente-Inférieure), nous adresse la communication suivante : « Le doyen des arbres de Saintonge, et peut-être de France, le chêne de Montravail, commune de Pessines, dans la Charente-Inférieure, est sur le point de disparaître. Ce chêne géant, de la famille des quercus Longœva Robur, deux fois millénaire, mesurait 20 mètres de hauteur lorsqu’il fut observé par M. Charles Dessalines d’Orbigny, en 1852. La Lase a 10m,10 de circonférence. »
- M. Lacombe, à Alfortville (Seine), nous fait parvenir la photographie d’un rocher très rongé à la partie supérieure. Ce rocher se trouve près de Champagnole, dans le Jura, en bordure de la route de Ney à Mont-sur-Monnet. L’usure ne peut être attribuée qu’à l’eau seule ou entraînant avec elle plus ou moins de gravier.
- M. J. Goffart, à Tanger /Maroc), nous envoie deux photographies représentant une des carrières de pierre que l’on trouve dans ces contrées. Il existe contre Larache, nous écrit notre abonné, des kilomètres d’un terrain très sablonneux, presque aride. Si on enlève cette couche de sable, qui a une épaisseur de lm,50 à 5 mètres, on se trouve en présence d’une énorme nappé bien plane d’un pudding coquitlé assez fin. Toute cette couche est perforée presque régulièrement de trous de 1 à 2 mètres de diamètre; certains de ces puits communiquent entre eux. Les indigènes extraient la pierre en enlevant le sable qui remplit les puits et en abattant les parois.
- M. Z. Vasselin, vétérinaire à Paris, nous transmet des renseignements très intéressants sur un veau phénomène à tète de bouledogue, de grosseuV énorme et ressemblant à un bison, qu’il a eu l’occasion d’observer. Ce veau n’a pu vivre, et il a été naturalisé. Notre correspondant nous donne une photographie de ce monstre, et nous mentionne l’opération qu il a laite en extrayant une épingle à chapeau de 14,5 centimètres ravalée par un chat. Il nous cite enfin une tète humaine ayant 210 milli-
- mètres de longueur, 155 millimètres de largeur aux tempes et 170 millimètres un peu en arrière de celles-ci, à propos de la tète de Bismarck dont il a été question dans le n° 1155, du 20 juillet 1895, p. 126.
- Renseignements. — M. A. M.,à Paris. — 1° Nous publions dans le journal un extrait de la Notice de M. Jeantaud sur sa voiture électrique; vous pourriez toutefois écrire directement à l’inventeur, à l’adresse indiquée plus haut. — 2° Aucun traité n’a encore été publié à ce sujet.
- M. le Cte Puslowshi, à Albertyn. — 1° Tous les systèmes dont vous parlez ont leurs avantages et leurs inconvénients ; nous savons toutefois que le premier a donné de bons résultats. — 2° Le fer peut être employé, mais il ne procure pas une grande économie. Il est préférable d’avoir recours à divers systèmes de distribution pour diminuer la section des câbles en cuivré. Faites étudier le projet par un spécialiste. — 5° Vous pourrez trouver plusieurs ouvrages de montage électrique à la librairie Bernard-Tignol, à Paris.
- M. A. G., àM.... — 1° Il faudrait écrire directement au directeur des Postes et Télégraphes. — 2° On a imaginé plusieurs systèmes de télégraphe analogues au télégraphe Caselli ; voyez entre autres noire article sur Les nouveaux systèmes de télégraphie électrique dans lé n° 66, du 5 septembre 1874, p. 211.
- M. Ch. Jacques, à Paris. —Les vins d’Algérie sont clairs en général, quelquefois légèrement foncés, ils sont très bons; la traversée ne les trouble pas. Les fabricants ont du reste le soin de les laisser reposer à leur arrivée en France.
- M. A. Jacquin, à Chalon-sur-Saône. — 1° Nous ne croyons-pas qu’il existe de journal de ce genre. — 2° Voyez l’ouvrage de M. Ducom, Les débuts d'un amateur photographe, à la librairie G. Carré, 5, rue Racine, à Paris.
- M. L. Champion, à Bordeaux. —Pour obtenir ce renseignement, vous pourriez vous adresser à la Société de géographie, 184, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. le Dt E. Kacinni, à Padoue; un abonné, à Rome. — Veuillez consulter en tète de la Boîte aux lettres du numéro indiqué les adresses relatives aux appareils décrits ; nous faisons toujours paraître à cet endroit les adresses des constructeurs quand nous les connaissons.
- M. P. Ozaneaux, à Cambrai. — La concession accordée par la municipalité est indispensable. Le conseil municipal a le déoit de vous demander certains avantages en échange de la concession qu’il vous donne.
- 3/rae A. de Brieude, à Arles. —Les maisons pour accessoires de broderies sont très nombreuses ; nous pouvons vous indiquer les adresses suivantes : MM. N. Alexandre et Cie, Maurice Lajeu-nesse successeur, 251, rue Saint-Martin ; M. André Béranger, 120, rue Saint-Denis; M. A. llandrich, 168, rue Saint-Denis; MM. Lefèvre et Cabin, 74, boulevard Sébastopol, à Paris.
- M. E. Rogez, à Sedan. — L’expérience dont vous parlez est celle d’Amphitrite, que nous avons décrite dans le n° 814, du 5 janvier 1889, p. 95.
- M. E. Baudin, à Brou. — Vous trouverez plusieurs ouvrages de chimie industrielle moderne à la librairie G. Masson.
- M. P. JF., à Saint-Gobain. — 1° Moteurs à air chaud Bénier, 15, rue du Louvre, à Paris. — La consommation garantie est de lk%5 de coke par cheval-heure.
- M. J. Sue, à Bordeaux. — Nous avons déjà décrit plusieurs, glacières de ménage dans les Petites Inventions du n° 1041, du 15 mai 1892, et du n° 1102, du 14 juillet 1894.
- M. le D'A. Roncalli, à Bergame —Nous avons publié autrefois des articles très complets, dus à M. E. Sauvage, sur les reptiles de France. Tout un grand article est consacré aux vipères dans le n° 469, du 27 mai 1882, p. 401 ; il n’y est nullement question de l’odeur de musc dont vous parlez.
- Questions. —N° 1547. — MM. Koch frères, à Paris, nous demandent des renseignements précis sur la soudure Julien qui sert à souder les grosses pièces d'acier et de fer. Où cette soudure se fabrique-t-elle?
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. G. L., ;V Cuesmcs. Nous regrettons de ne pouvoir vous fournir ce renseignement. — M. Durand, à Asnières. 11 y a une erreur dans vos calculs; ces dimensions sont inadmissibles. — M. V. T., à Stuttgart. Il nous est impossible de vous donner notre avis sur cet appareil qui n’existe qu’à l’état de projet. — M. Buz, au Mans. Voyez les Be-cettcs et procédés utiles, lre et 2e série (G. Masson, éditeur). — M. D. B., à Lyon; M. Lehault, à Arras. Consultez le même petit livre que ci-dessus, lr* série. — M. Dubois, à Marseille; M. G. M., à Paris. Remerciements pour vos communications.
- Dans ta « Botte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- LE LONG DES BERGES. — Dessins et texte inédits de À. Robida.
- 1. Les péniches. Ils peuvent bien s’essout'ller dans leur lutte de vitesse, les autres véhicules entraînés sur la terre, sur l'eau et même dans le ciel, de plus en plus haletants, de plus en plus vertigineux, la péniche de nos rivières garde sa bonne tranquillité. — 2. Le remorquage à la chaine. « Quand les bateaux vont deux à deux, le remorquage en va mieux. » — 3. Marine de plaisance. Voile, aviron et vapeur. — 4. Déjeuner en lamille. — 5. Sur les canaux du Centre. Les petits ânes de halage. Très courageux, ils ne se détournent même pas pour croquer un chardon. 6. Le halage classique, par la grosse cavalerie. — 7. Le train de bois, radeau majestueux descendant lentement le lil de l’eau. — 8. Le vieux bac. Bien rare maintenant qu’il* faut être village "bien modeste pour se refuser un jont. .
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Séparation de l’alcool éthylique du méthylène. — Pour dénaturer l’alcool ordinaire et le rendre impropre à la consommation, lorsqu’il est dégrevé d’impôts, le fisc y fait ajouter du méthylène. M. Maxime Carl-Mantrand indique un procédé facile de séparation. .Voici le mode opératoire qu’il indique. On mélange l’alcool dénaturé à un quart de son volume de chlorure de carbone et, après dissolution, on ajoute un excès d’eau salée, saturée de façon à insolubiliser le chlorure, environ deux fois et demie le volume primitif. On agite énergiquement le mélange à plusieurs reprises, et on laisse déposer. Les impuretés
- pyrogénées du méthylène passent dans le chlorure de carbone, qui retient également la benzine lourde et les huiles essentielles qui accompagnent les alcools mauvais goût employés à la dénaturation, tandis que l’acétone et l’acide méthvlique restent en dissolution avec l’alcool vinique dans l’eau salée. On décante le chlorure de carbone à l'aide d’un entonnoir à robinet. La solution alcoolique salée est filtrée sur un filtre mouillé afin de retenir les gouttelettes de chlorure entraîné, et l’on procède à la distillation, en ayant soin d'étendre le liquide d’une quantité suffisante d’eau pure, de façon à amener la solution à peser 25° environ à l’alcoomètre (Comptes rendus de VAcadémie des sciences).
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES Dü MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE E3I MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 19 août. . . . 14*, 8 Calme. Beau. 0,0 Nuageux de 17 à 19 h.; beau avant et après.
- Mardi 20 18*,8 Calme. Quelques nuages. 0,0 Nuageux jusqu'à 15 li.; beau ensuite.
- Mercredi 21 17*,3 N. E. 0. Beau. 0,0 Beau.
- . Jeudi 22 . » 21°,0 S. 2. Beau. 00 Quelques nuages çà et là ; éclairs à partir de 22 h.
- Vendredi 23 19”,5 S. 2. Quelques nuages. 3,9 Très nuageux ; orage jusqu’à 4 h., de 14 h. 1/2 à 16 h., et éclairs dans la soirée ; pluie à diverses reprises.
- Samedi 24..... . 16°,6 S. W. 1. Couvert. 0,4 Couv. de 4 à 8 h.; très nuag av. et apr jusq. 20 11.; beau ens.; écl. à 1 h.; pet. averse à 19 h. 40.
- Dimanche 25 13%9 Calme. Beau. 0,0 Nuageux de 9 à 18 h.; beau avant et après.
- AOUT 1895 — SEMAINE DU LUNDI 19 AU DIMANCHE 23 AOUT
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- fliea tempêtes à Liverpool. — Les tempêtes sont très nombreuses àiLiverpool. M. Plummer a publié, dans la revue anglaise Nature, une Note intéressante sur la fréquence des tempêtes enregistrées à l’Observatoire de Bidston (Liverpool) Son étude s’étend à toute ta période de 1867 à; 1894, et les conclusions qu’il en tire peuvent s'appliquer à une grande partie de l’Angleterre. Le journal Ciel et Terre a fait de ce travail l’analyse .suivante :
- ‘,L’aunèe 1858 est celle durant laquelle il a été observé le plus grand nombre de tempêtes (28) ; l’année 1880 est, au contraire, celle pour laquelle 14 nombre des tempêtes a été minimum (2). Les années avec un nombre exceptionnel de tempêtes paraissent d’ailleurs se suivre à intervalles de einq ans. C’est ainsi que si l’on additionne le nombre des tempêtes pour 1$68,1873,1878, etc., on trouve un total de 83 tempêtes, alors que la même ojtération, faite pour les six années de minimum, 1871, 1873, 1880, etc., ne donne que 37. La vitesse moyenne des ouragans de la première série d’années est d’ailleurs de 94*”,7 à l’heure (26“,3 à la seconde), et, pour la seconde série, de 92‘",6 (25",7) Les principales vitesses enregistrées ont été de 80 à 96 kilomètres-à l'heure ou 22'",2 à 25",7 à la seconde dans 220 cas, 96 à 112 kilomètres par heure ou 25",7 à 3l“,l par seconde dans 68 cas, 112 à 128 kilomètres par heure ou 31",1 à 33”,6 par seconde dans 21 cas, 128 à 1-44 kilomètres par heure ou 33'*,6 à 40 mètres par seconde dans 10 cas, au delà de-141 kilomètres-par-heurG ou-40 mètres par seconde dans 2 cas.
- Le nombre total d’heures p 'hdant lesquelles le vent a soufflé avec Une vitesse supérieure à 80 kilomètres a été, pour la période de vingt-huit ans considérée, de 1732, ce qui donne une moyenne de 5,4 heures pour la durée d’une tempête. En février 1868 et en février 1894, des tempêtes ont duré trente heures consécutives.
- Les renseignements relatifs à la pression du veut manquent un peu de certitude. La pression de 90 à 150 kilogrammes par mètre carré est fréquente, celles de 250 à 350 kilogrammes sont assez rares et les pressions supérieures n’ont été observées que dans deux circonstances : une pression de 410 kilogrammes aurait été constatée le 9 mars 1871, mais cette observation a été contestée. On compte en général dans une année 321 tempêtes d’une durée totale de 1672 heures. Le nombre de tempêtes est maximum en décembre, 51 d’une durée de 217 heures, et minimum en juin, 3 de 19 heures. Le nombre d’heures de tempêtes est maximum en février, 281 heures pour 42 tempêtes.
- Il est bon d’ajouter, comme le fait remarquer notre confrère, que l'Observatoire de Liverpool compte les tempêtes d’après les indications anémo-mètriques. Chaque fois que la vitesse horizontale du vent dépasse 80 kilomètres, on enregistre une tempête, de sorte que la m%me perturbation peut donner deux tempêtes si la violence du vent tombe, pendant un temps plus ou moins long, au-dessous de 80 kilomètres. Toutes les observations ont été faites avec les mêmes instruments, et sont, par suite, absolument comparables.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de < La Nature b et de son « Supplément b,
- <r Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- TroisiémeCongrès international de l’enseignement technique, commercial et industriel à Bordeaux. — 16-21 septembre 1895. — La Société philomathique de Bordeaux organise, pour le mois présent, à l’occasion de sa XIIIe Exp'osition, un 3e Congrès international d’enseignement technique, commercial et industriel, semblable à celui dont elle a pris l'initiative en 1886. Deux congrès de ce genre, qui ont donné d’excellents résultats, ont déjà eu lieu en France : le premier, à Bordeaux, en 1886, et le deuxième, à Parisien 1889. Dans ces deux sessions, des questions capitales intéressant soit l'enseignement technique commercial et industriel en général, soit chacun de ces deux enseignements en particulier, ont été examinées et discutées; des vœux qui ont obtenu de sérieuses satisfactions ont été émis, mais toutes ces questions sont loin d’être épuisées et il reste encore beaucoup à faire pour atteindre le but poursuivi qui doit être, quel que soit le pays auquel on appartienne, le développement du commerce et de l’industrie par l’enseignement technique sous toutes ses formes et à tous ses degrés. La Société philomathique l’a compris ainsi ; et elle a d’autant plus tenu à réunir cette année, à Bordeaux, le 5e Congrès international d’enseignement technique, que sa XIIIe Exposition, dont le succès s’aftirme de plus en plus, v attire en ce moment de nombreux et brillants congrès. La Société philomathique a d’ailleurs une compétence toute spéciale pour cet enseignement qu’elle contribue à répandre depuis de longues années, non seulement par ses nombreux cours professionnels, mais encore par ceux de l’École supérieure de commerce et d’industrie dont elle a la direction. Elle a, de plus, par la série déjà longue des expositions qu’elle a organisées, acquis, au point de vue pratique, une connaissance approfondie des besoins principaux du commerce et de l’industrie, et elle se trouve, par suite, dans une excellente situation pour faire produire tous les résultats possibles à la réunion internationale dont elle vient de prendre encore une fois l’initiative. Le Congrès qu’elle prépare a obtenu le haut patronage de M. le Ministre du commerce, de l’industrie, des postes et des télégraphes, celui de M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts et celui de M. le Ministre des travaux publics. Il a reçu, en outre, l’approbation de M. le Ministre des colonies et, dans les mêmes conditions que les précédents congrès, le précieux concours de M. le Ministre des affaires étrangères. Avec cet appui il a déjà recueilli, tant de France que de l’étranger, de nombreuses et importantes adhésions. Ssesséances se tiendront à Bordeaux dans les locaux de l’École professionnelle, 66, rue Saint-Sernin, du 16 au 21 septembre prochain. Ce Congrès est entièrement gratuit et la Société philomathique engage à y participer tous ceux qui, par leurs connaissances spéciales, peuvent aider à la réalisation de nouveaux progrès dans l’enseignement technique, commercial et industriel, et tous ceux qui s’intéressent à cet enseignement et .à ses progrès1.
- 1 Pour tous les renseignements relatifs au Congrès, s’adresser au secrétaire général, 60, rue Saint-Sernin, Bordeaux.
- INFORMATIONS
- —Une exposition spéciale de mécanique et d’électricité a été organisée à Reims dans la salle du Manège. La force motrice est fournie par deux machines-pilons, situées dans le Manège et sortant des ateliers de la Société de construction mécanique de Reims. Ces machines actionnent un ensemble d^ dynamos exposées par la maison Eugène Mathieu et René Vauthier d’une part, et M. Bégot d’autre part, qui se sont partagé l’éclairage électrique de toute la Patte-d’Oie et du boulevard le long du canal. Ces exposants délivrent gratuitement à la ville de Reims l’éclairage électrique par grands phares à arc ; la ville leur a en retour concédé gratuitement l’immeuble du Manège, pour une durée d’un mois.
- —$— M. Jousset de Bellesme, directeur du Service de pisciculture de la Ville de Paris, au Trocadéro, publie dans le journal La Pisciculture pratique une étude très intéressante sur la mortalité dans les étangs et pièces d’eau sous l’influence des chaleurs de l’été. Il examine les diverses causes de ces accidents, et les analyse en détail. Ces observations peuvent être très utiles à nos pisciculteurs.
- —La chambre des appels de police correctionnelle, présidée par M. Feuilloley, vient de statuer sur l'appel formé parM. Honoré, boucher àClichy, condamné ces temps derniers, nar la huitième chambre, pour tromperie sur la nature de la marchandise vendue et complicité de vol de chiens, à trois ans de prison et 500 francs d’amende. M. Honoré vendait de là viande de chien pour de la viande d’agneau. A l’audience, M. Feuilloley fait observer que la viande de chien a ordinairement des inconvénients graves : elle donne le ver solitaire. La cour, après plaidoirie de M“ Savignon, confirme la peine de trois ans de prison, prononcée contre M. Honoré.
- —®— Il serait question d’établir en Amérique une installation d’utilisation de chute d’eau aussi importante qu’à Niagara. L’usine serait construite cette année dans la Stuck Valley, à dix milles à l’est de Takoma-Wash. Pour la mise à exécution de ce projet,, la White River, Water Power Company, possédant un capital de 2 millions de dollars, a été inscrite sous le régime légal de l’Etat du New-Jersey. La puissance hydraulique serait obtenue par le percement delà White River, au-dessous deBuckley, d’où, par un simple aqueduc, commençant à un étang à ciel ouvert, elle arriverait jusqu’au lac Sappa, près de Snunmer, lac qui servirait de réservoir. Le lac en question a 3 milles de longueur, un tiers de mille de largeur et 100 pieds de profondeur, A l’extrémité du lac, l’eau se dirigerait vers 1 escarpement qui borde la Stuck Valley et fournirait au bâtiment des turbines une chute de 400 à 500 pieds. Hans ce bâtiment se trouverait un générateur capable de développer 25 000 chevaux, sans compter le surplus de puissance que pourra fournir le lac Tappa et qu’on peut évaluer à 5'» 000 chevaux. On a calculé que Taeoma et Seattle pouvaient employer 5000 chevaux pour faire face à l’accroissement naturel des deux cités.
- —Le journal bngineer nous apprend que la construction de deux lignes ferrées est à l’état de projet dans le Turkestan russe. L’une de ces lignes doit avoir sa tête à Samarcand pour aboutir à Ardisham, avec embranchement sur Taschkent. Les deux voies ferrées en question pénétreront dans une contrée produisant le coton et qui est située entre 4500 et 2500 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les Russes comptent tirer de ce pays tout le coton dont les filatures pourront avoir besoin et se rendre ainsi indépendants des États-Unis.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne les pneumatiques Michelin, s’adresser à la maison Michelin, 159, rue de la Roquette, à Paris. — Gaz oxhydrique : MM. P. Garruti et Cie, à Naples. — Transporteur de déblais, système Kreiss : M. Davidsen, 144, boulevard de la Villette, à Paris.
- Communications. — M. Delaurier, à Paris, nous envoie une Notice sur un procédé pour faire le vide dans un récipient. Il consiste à introduire dans un ballon un certain volume d’oxygène, et à placer un faisceau de fils de fer que l’on fait traverser par un courant électrique. Le ballon étant fermé hermétiquement, le fer se combine à l’oxygène, et forme de l’oxyde de fer. Si l’on a mis une quantité de fer suffisante, tout l’oxygène disparaît bientôt, mais il reste l’azote provenant de l’air introduit.
- M. F. Decamps, pisciculteur, à Sainte-Radegonde (Somme), nous faitparvenir un Mémoire contenant l’expose du régime légal des étangs de la Somme, compris entre Béthencourt et Bray, devant l’autorité judiciaire, pour arriver à l’établissement d’une association syndicale libre ou autorisée, à l’effet de donner la protection effective aux propriétés en nature d’étang et d’usine comprises entre Béthencourt et Bray.
- M. Robert Leroux, à Boufogne-sur-Seine, nous adresse une photographie du paquebot Seaford prise à Dieppe au moment où il quittait le bord. On sait que quelques heures plus tard, par suite d’un brouillard intense qui s’éleva tout à coup en mer, le Seaford était abordé par le Lyon, à 25 milles de Newhaven, et coulait en une demi-heure. Grâce au sang-froid et au courage du commandant du Lyon, tous les passagers, au nombre de 297, étaient recueillis et sauvés en douze minutes. Tous les naufragés sont rentrés à Newhaven à bord du Lyon. Notre correspondant envoie également d’autres photographies effectuées à Dieppe et montrant l’arrivée du train à la gare maritime, ainsi que l’embarquement des passagers et des bagages à bord du steamer la Tamise.
- Renseignements. — M. F., à Fuligny. — Adressez-vous à l’auteur de l’article, à l’Institut Pasteur, à Paris.
- M. Ch. Jacque, à Malaucène. — Écrivez à MM. Léon aîné et frère, 11, cours du Cfiapeau-Rouge, à Bordeaux.
- M. de Meaux, à X. — 1° Traités d’apiculture, à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris. — 2° Compteurs kilométriques pour voitures : MM. Picard et Cie, 425, boulevard de Grenelle; MM. Bernard et Cie, 10, rue d’IIau-teville; M. Klein, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis; MM. Paquet et fds, 90, rue Amelol, à Paris. Nous avons consacré deux articles aux compteurs pour voitures dans le n° 982, du 26 mars 1892, p. 257, et dans le n° 988, du 7 mai 1892, p. 555.
- M. le DT Virgile, à Bruxelles. — Petites imprimeries : M. Paul Abat, 8, rue Joquelet; MM. Bonnet et Cie, 7, rue Paul-Lelong, à Paris.
- M. E. Virey, aux Ricevs. — Il est à craindre que le fût, malgré des lavages répétés, ne conserve un goût et une odeur de vinaigre qui pourraient compromettre le vin ou l’eau-de-vie.
- Un abonné, à Villaguay (République Argentine). — 1°M. Mois-san a fait connaître, dans une Note insérée dans les Comptes rendus de l'Aàudémie des sciences du 26 février 1894, la préparation, les propriétés physiques et la composition chimique du carbure de calcium ; ces comptes rendus sont en vente à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris. 2° Nous avons indiqué quelques prix de vente du carbure de calcium en tète de la Boîte aux lettres du n° 1155, du 6 juillet 1895, et du n° 1160, du 24 août 1895.
- M. Pierre Simon, à Salto-Oriental. — Il s’agit d’un appareil que l’on a monté dans un laboratoire pour des expériences; il ne se trouve pas dans le commerce.
- M. M. de Girard, à Genève. — Le représentant de la Liquid Fuel C° est M. Loir, 24, rue de la Chaussée-d'Antin, à Paris.
- M. A. L., à Charleville. — 1° Il nous semble bien difficile d’obtenir le résultat cherché avec des produits chimiques. Il serait préférable, croyons-nous, de faire, près l’un de l’autre, plusieurs trous à la sonde. — 2° Nous pensons que toutes les forges peuvent se charger de ce travail.
- M. le 0° /. de Sinely, à Misv. — M. Danysz, attaché à l’Institut Pasteur, à Paris, pourra vous fournir ces renseignements.
- M. Arnold, à Bruxelles. — Il vous a été répondu dans la Boîte aux lettres du n° 1160, du 24 août 1895.
- M. L. Mèliot, à Dékerness (Egypte). — 1° Il n’existe pas de journaux semblables; nous vous mentionnerons cependant le Scientific American, dont les éditeurs sont MM. Münn and G0, 561, Broadway, New-York. — 2° Le Génie civil, 6, rue de la Chaussée-d’Antin, et la Revue technique, 10, rue Saint-Joseph, à Paris. — L'Industrie électrique, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- M. G. C. K., à Paris. — Aucune autorisation n’est maintenant nécessaire pour photographier dans Paris.
- Un lecteur, à Bienne. — Pompes pour acides avec accessoires : MM. Anceaux et Kuntzel, 10, boulevard de la Contrescarpe; M. Broquet, 121, rue Oberkampf; MM. Prudon et Dubost, 210, boulevard Voltaire, à Paris. —~
- M. E. Albarin, à Luserne-Saint-Jean (Italie). — Il n’a pas encore été fait d’expériences industrielles avec ce nouveau mode d’éclairage ; la distribution d’énergie électrique se prête-, du reste, à un grand nombre d’applications autres que l’éclairage.
- M. Durand, à Paris. — Adressez-vous au Comptoir général de photographie, dont les directeurs actuels sont MM. L. Gaumont et Cie, 57, rue Saint-Roch.
- M. E. P., à Manthelan. — Consultez l’article que nous avons consacré à la soudure de l’aluminium dans le n° 1125, du 8 décembre 1894, p. 26.
- M. Sautel, à Avignon. — Le bouche-serrure a été décrit dans les Petites Inventions du n° 1081, du 17 février 1894; il se trouve chez M. Kratz-Boussac, 5, rue Saint-Laurent, à Paris.
- M. R. Lafay, à Paris. — Il est bien difficile de vous conseiller un bon désincrustant. Nous avons eu l’occasion d’en essayer plusieurs; mais les résultats sont loin d’être satisfaisants. Il est préférable, croyons-nous, dans votre cas, d’avoir recours à un nettoyage fréquent. Si elle était possible, l’épuration préalable des eaux serait le meilleur moyen pour éviter l’incrustation de la chaudière.
- M. P. Marquette, à Paris. — Écrivez directement à l’adresse que nous donnons plus haut.
- L’abonné 6855-5265. — Adressez-vous à M. Lancaster, à l’Observatoire de Bruxelles.
- M. Gaboreaut, à Paris. — Il n’existe pas de traités de ce genre ; tous ces détails pratiques ne sont connus que des fabricants.
- M. l’abbé Rue, à Narnhac. — Nous avons dressé la liste des numéros qui traitent les sujets que vous demandez, et la librairie G. Masson vous les fera parvenir.
- M. Ch. M., à Lille. — L’adresse que vous réclamez est la suivante : 15, rue Sainte-Hélène, à Lyon.
- M. D. F., à Tours. — Le sens de rotation de votre dynamo-peut vous être indiqué par la position des balais. L’induit doit tourner en tirant sur ceux-ci.
- M. Léon, à Lyon. — La puissance électrique est égale au produit des volts par les ampères et s’exprime en watts. Voyez le Formulaire de l'électricien, à la librairie G. Masson.
- M. H. Cheswright, à Paris. — Nous avons rendu compte, dans le n° 1156, du 27 juillet 1895, p. 154, des expériences faites sur la porosité moléculaire du verre par le professeur Roberts Austen. Nous ne pensons pas qu’il s’agisse d'un verre spécial, mais bien du verre ordinan'e.
- M. A. U., à Toulon. — Nous avons indiqué l’adresse du constructeur en tète de la Boîte aux lettres du n° 1157, du 5 août 1895, qui contient la description de l’appareil.
- Accusé de réception. — Avis divers. — M. Dtibois, à Paris. Nous ne pouvons examiner la validité des brevets; il faut vous adresser à une agence. — M. G. R., à Brest. La consommation de charbon par cheval-heure augmente nécessairement quand la puissance de la machine diminue. — M D. R-, à Paris. Il faut faire analyser ce lait par un chimiste. — M. D. M., à Marseille; M. L. V-, à X. Consultez les Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie G. Masson. —M. L. Hébert, à Arras. Remerciements pour votre communication.
- tians ta « Botte aux Lettres » ta Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les reir seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Le pince-chapeau de poche. — Ce système très simple se recommande pour sa commodité et son utilité à tous les habitués de théâtres et concerts, ainsi qu’aux personnes qui
- Le pince-chapeau. — 1° Vue du système. — 2° Son emploi au théâtre.
- voyagent fréquemment, soit en chemins de fer, soit en voitures. L’appareil représenté n° 1 se pique et s’accroche partout, étant muni d’une épingle genre nourrice à crochet qui se referme et ne laisse passer aucune pointe apparente. D'un petit volume, il se met dans la poche du gilet, ou dans l’ctui à jumelles. Notre ligure n° 2 le représente monté sur platine pour être fixé sur les fauteuils de théâtres, concerts, cafés, pour étalages. — Le pince-chapeau se trouve dans la maison Vve Charron et Bellan-ger, 142, rue Saint-Maur, à Paris.
- Appareil A battre les oeufs. — Voici un appareil qui fonctionne très bien pour battre les œufs. Comme dans tous les ustensiles similaires, le nouveau modèle porte, sur une tige verticale tenue d’une main, une roue dentée et un pignon qui actionnent les deux branches mobiles de l’appareil. La roue est munie d’une petite manivelle que l’on fait mouvoir de l’autre main. Ce qui rend cet instrument des plus pratiques et ce qui le différencie essentiellement des autres, c’est que les deux
- Appareil à battre les œufs.—1. Aspect du système. — 2. Mode d’emploi.
- branches mobiles portent à la partie inférieure un fil métallique enroulé en spirale. Cette disposition particulière permet une division beaucoup plus complète de la matière à battre ou à fouetter, qu’il s’agisse d’œufs ou de crèmes. Le rapide mouvement de rotation transmis par la roue dentée au pignon, le nombre considérable des spires du fil métallique qui plongent dans le liquide facilitent singulièrement ce travail toujours fastidieux à accomplir; de plus, la réussite est toujours prompte et certaine. Nos cuisinières ne seront pas indifférentes à de tels avantages.,— Le nouvel appareil à battre se trouve chez M. Paul Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- Buvard porte-livre. — Ce buvard se distingue des anciens par l’adjonction d’un appareil fixé extérieurement à l’une des couvertures et qui, déplié, la transforme en un pupitre sur lequel on peut placer le livre ou le cahier que l’écrivain a besoin de consulter à chaque instant. Une tringle métallique
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- enchâssée en temps ordinaire dans un anneau qui la maintient fermée, sort facilement et sert de support au côté du buvard. En l’écartant plus ou moins, on obtient l’inclinaison qui semble la plus commode; on évite ainsi de se fatiguer la vue inutilement, le cahier ou le livre se trouvant à la distance qui convient le mieux. Le travail terminé, on assujettit de nouveau le pied
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- Buvard porte-]ivre. — 1. Buvard avec sou porte-livre plié.
- * 2 Avec sou jiorte-livre dressé.
- dans son anneau et le petit meuble de bureau se trouve transformé en un buvard ordinaire. — Ce buvard porte-livre si pratique et si commode est en dépôt à la même adresse que l'appareil à battre les œufs, décrit dans la colonne précédente.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Tannage au chrome. — Le tannage au chrome est connu depuis longtemps. 11 a été imaginé, en 1877, par llinzerling. Le procédé a été perfectionné depuis par Schultz et Tahn, et, aujourd’hui, il est très employé en Amérique. Le procédé de tannage, appelé Saddler, consiste à immerger les peaux épilées dans une solution de bichromate acidulée, de manière à mettre son acide chromique en liberté. L’acide préféré pour l’acidification est l’acide chlorhydrique. On enlève et on trempe les peaux d’un beau jaune dans une dissolution d’hvposulfite de soude, acidifiée avec l’acide chlorhydrique, afin de mettre l’acide sulfureux ou hyposulfureux en liberté. Cet acide réduit l’acide chromique en un sel de chrome vert, qui se fixe, d’une façon durable, sur la peau. D’après IL Proder et B. Heal c’est l’acide hyposulfureux qui agit dans ce procédé et non l’acide sulfureux. Les peaux obtenues sont souples et imperméables. Elles résistent bien à l’humidité et à la chaleur de 80° C.
- Les vers du grain. — Le houblon est, paraît-il, le moyen le plus efficace pour expulser les vers du grain. Son odeur forte déplaît tellement à ces insectes qu’il suffit de mélanger une quantité relativement faible avec le blé pour les faire sortir aussitôt. Ajoutons que le houblon employé peut être de qualité inférieure. Il faut que le grenier soit en même temps bien aéré. Le houblon ne fait aucun tort au grain, il peut même en passer des parcelles sous la meule ou le cylindre sans porter aucun préjudice à la farine. {Moniteur agricole.)
- Préservation des ouvrages métalliques contre la rouille. — Un ingénieur américain, M. E. Guber, a examiné récemment un grand nombre de ponts en fer ou en acier dans le but de se rendre compte des meilleurs moyens de préserver ces ouvrages contre la rouille. Dans tous les cas, la rouille a été trouvée au-dessous de la couche de peinture. Dans certains cas, l’étendue en a été faible, mais souvent elle se présente sous forme de taches. Plus la surface est lisse, moins la rouille est considérable ; les tôles en sont beaucoup plus exemptes que les cornières, et les tiges articulées (de ponts américains) ne sont le plus souvent pas attaquées par la rouille. De plus, les parties qui ont été chauffées pendant la fabrication craignent moins la rouille que les autres. Dans le cas où le métal a été enduit d’une couche d’huile à l’atelier, avant l’application de la peinture, la rouille est moindre sous l’application de celle-ci que lorsqu’on n’a pas pris cette précaution. Comme les taches de rouille ne sont pas plus considérables dans les ponts de construction ancienne que dans ceux de construction récente, l’auteur conclut que la corrosion ne s’effectue pas d’une façon rapide. La peinture à base d’oxyde de fer semble se comporter mieux que celle à base de minium; dans ce dernier cas, la peinture est cassante et s’enlève facilement. (Moniteur Industriel.)
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- BIBLIOGRAPHIE
- La phololypog rature à demi-teintes. Manuel pratique des procédés de demi-teintes sur zinc et sur cuivre par Julius Yer-fasser. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque photographique. "Traduit de l’anglais par M. E. Cousin. Paris, Gauthier-Villars •et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- Le Phtisique et son traitement hygiénique, par le I)1' E.-P. Léon-Petit, médecin de l’hôpital d’Ormesson. Préface de M; le Dr Hérard. 1 vol in-12. Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 4 francs.
- Nouvelle théorie des marées. Le mouvement différentiel, par M. F. de Saintignon, maître de Forges, 1 vol. in-4°, lierger-Levrault et Cie, éditeurs, Paris, 1895.
- Les voyages présidentiels de M. Félix Faure. I. Sathonay. II. Voyage de Normandie. Rouen et le Havre, par II. Yaloys. Illustrations photographiques de PierrePetit. 1 brochure in-8°. Paris, Ch. Mendel, éditeur, 1895.
- En chemin de fer, par Pierre Legard, 1 vol. in-18, Henri-Charles Lavauzelle, éditeur, Paris, 1895. Prix: 2 francs.
- Madagascar. Esquisse ethnographique et politique, par Henri Mager, membre du Conseil supérieur des Colonies. 1 carte avec Notice. Paris, au siège de l’Association de la presse coloniale, 21, rue des Martyrs. 1895. Prix : franco 0fr,50.
- Geschichte der Explosivstoffe, par S. J. Von Romocki. Histoire des matières explosives, tome 1. 1 vol. in-8°. Berlin, 1895, Robert Oppenheim, éditeur. Prix broché : 15 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 26 août. . . . n*,i S. S. W. 0. Peu nuageux. 0,0 Peu nuageux; halo.
- Mardi 27 14*,8 S. 1. Peu nuageux. 0,0 Nuageux ; halo.
- Mercredi 28 15*,0 S. W. 1. Beau. 0,0 Nuageux de 10 à 15 h.; beau avant et après.
- Jeudi 29 13* .0 Calme. Beau. 0.0 Pas trace de nuage.
- Vendredi 30 14*,3 S. 1. Très nuageux. 0,0 Nuageux.
- Samedi 31 15” 1 W N. W. 0. Nuageux. 0,0 Nuageux jusqu’à 10 h.; beau ensuite.
- Dimanche 1" sept. . 11*,3 N. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 17 h.; nuageux ensuite; halo.
- AOUT-SEPTEMBRE 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 26 AOUT AU DIMANCHE 1er SEPTEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abr•’ à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages et coups de foudre. —Dans l’après-midi du 23 août 1893, à Paris, au cours d'une petite averse, la loudre est tombée rue du Châ-teau-des-Rentiers, en face du n° 196. Dans toutes les maisons avoisinantes, une violente commotion a été ressentie. Les témoins du phénomène ont vu la foudre, sous la forme d’une boule de feu, tomber au milieu de la chaussée, à quelques pas d’une voiture qui stationnait. Il n’y a pas eu d’accident.
- ^ Le 21 août 1893, un violent orage s’est abattu sur la commune de Saint-Sulpice, non loin de Limoges. La violence de la grêle a été telle qu’on a ramassé dans les champs un grand nombre de perdrix assommées. Une femme, voulant faire sortir son bétail d’une écurie incendiée pendant l’orage, a été foudroyée. Son corps a été retrouvé le lendemain carbonisé. Son domestique a été grièvement brûlé. Les dégâts occasionnés par cet orage dans toute la contrée ont été considérables.
- Un orage d’une violence extraordinaire a sévi, dans la nuit du 23 au 2i août 1893, dans tout le Jutland septentrional, en Danemark. On a constaté un grand nombre d’incendies. D’après les renseignements qui ont pu être recueillis, une cinquantaine de métairies et de maisons d'habitation ont été la proie des flammes. Une personne a été tuée, et beaucoup de bestiaux ont péri.
- Les climats du Caire et d’Alexandrie. — Le gouvernement égyptien a publié dernièrement la discussion des observations météorologiques faites au Caire de 1886 à 1890. Le journal Nature, de Londres, nous fait connaître les résultats suivants: au Caire, la température moyenne annuelle pour les cinq années a été de +21°,3 C., avec un maximum absolu de -+-47°,9, le 13 juin 1886, et un minimum de -+- 1° le 1" janvier 1890. Le nombre moyen de jours de pluie a été de 24, et la quantité d’eau tombée de 30”",3 seuleiûent. A Alexandrie, la température moyenne a été de -+- 20°,3, le maximum absolu de -+-580,1, le 10 mai 1889, et le minimum de + 6°,6, le 22 janvier 1889. Le nombre moyen de jours de pluie est de 40, avec une chute totale de 208 millimètres.
- Le Caire est donc beaucoup plus chaud qu’Alexandrie pendant l’été, mais il est plus froid pendant l’hiver, et la différence entre les températures extrêmes est bien plus forte au Caire, aussi bien dans une même journée qu’entre les différentes saisons.
- L’humidité relative varie plus au Caire qu’à Alexandrie ; mais elle y est plus basse en été et un peu plus élevée en hiver; l’humidité absolue, au contraire, varie beaucoup plus à Alexandrie; elle y est très élevée en été, beaucoup plus considérable qu’au Caire. Dans les deux villes, la clarté du ciel est admirable ; cependant on y voit quelques brouillards, particulièrement au Caire, à la pointe du jour.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 27, à 5 h. 33 du matin
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature a et de son « Supplément a,
- « Boîte aux lettres a, etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Les accidents des vacances. — Jeunes gens et jeunes filles, pères, mères qui les voyez gravir les monts, se baigner dans la mer, soyez prudents et prévoyants, on peut être entreprenant et énergique, mais il faut toujours penser aux accidents. Des catastrophes sont à enregistrer cette année. La première à signaler est celle du mont Blanc. Elle a été ainsi décrite : « Le samedi 17 août dernier, un touriste de Prague, M. Schnu-dreher, un guide et un porteur de Courmayeur, partaient de Chamonix pour tenter l’ascension du géant des Alpes. Ils arrivaient le soir à la cabane des Bosses où ils passaient la nuit et, le dimanche matin, à la première heure, ils atteignaient le sommet du mont Blanc. Après un court séjour ils quittaient la pointe, de bon matin, marchant sur une neige durcie par le froid de la nuit précédente. A quelques centaines de mètres du refuge des Grands-Mulets, en effectuant une glissade par une pente très raide et ne pouvant se retenir à la glace, ces malheureux ne purent éviter une crevasse qui se trouvait au bas de la pente et tous trois disparurent dans l’abîme! Personne n’avait été témoin de cette terrible chute. Après huit jours d’absence, et comme touriste, guide et porteur devaient retourner à Courmayeur, le maire de cette localité a télégraphié au maire de Chamonix, lui demandant des renseignements. Au reçu de cette dépêche, le maire a fait faire d’actives recherches. Hier matin, quatre guides trouvaient un piolet au bord d’une crevasse. C’était la (( croix dqs glaciers » qui couronnait la tombe de ces malheureux! En effet, peu après, les trois cadavres étaient découverts, à trente mètres de profondeur, dans la glace, la tète horriblement fracassée. Les quatre guides demandèrent alors, par des signaux conventionnels, des secours à Chamonix. Aussitôt, vingt autres braves guides et porteurs, munis de cordes et de brancards, partaient chercher les cadavres. » A Quimper, le 4 septembre, autre catastrophe, arrivée en mer. Voici comment le triste drame qui s’est accompli a été raconté par un correspondant du Petit Journal : « Un terrible accident est arrivé sur la plage de Plozevet, à six kilomètres d'Au-dierne. Une charmante jeune fille, Mlle Alix de Beaufond, se baignait avec son frère Alfred, élève du lycée de Quimper. M. Ala-voine, leur oncle, conseiller général du Finistère et maire de Pont-Croix, était sur la plage avec M. de Beaufond, leur père. Tout à coup une lame sourde fond sur les baigneurs. M. Alavoine s’élance, tout habillé, au secours de sa nièce, lorsqu’il est entraîné au large avec elle, pendant que M. de Beaufond est assez heureux pour sauver son fils. Quelques instants après, les cadavres de l’oncle et de la nièce étaient retrouvés par des hommes de la côte. Le corps de Mlle Alix Le Merle de Beaufond a été ramené à 6 heures à Quimper. Cette jeune fille, âgée de dix-sept ans, était d’une beauté remarquable. M. de Beaufond demeure à Quiinper, avenue de la Gare. Les obsèques de sa malheureuse enfant et de son oncle ont été célébrées au milieu de la plus grande émotion des assistants. M. Alavoine, qui était
- un riche négociant en vins, possédait une superbe propriété à Plozevet. Son fils est mort subitement il y a quatre mois à peine. On pense que M. Alavoine a été frappé de congestion en entrant dans l’eau pour sauver sa nièce. Cet événement a causé ici une émotion profonde. Mme de Beaufond a été témoin de l’accident et a tenté, elle aussi, de sauver sa fille. »
- INFORMATIONS
- —La deuxième conférence générale des poids et mesures, qui siège depuis le 4 de ce mois au pavillon de Breteuil, a été ouverte par une séance présidée par M. le Ministre des affaires étrangères. C’est M. Marey qui, en qualité de président de l’Académie des sciences, a dirigé la suite des débats de la conférence. La plupart des pays ayant adhéré à la convention du mètre ont été représentés à cette réunion : l’Allemagne par M. Foerster, directeur de l’Observatoire de Berlin, et M. de Schoen, de l’ambassade d’Allemagne; l’Autriche par M. von Lang, professeur à l’Université de Vienne; la Belgique par M. Rousseau, le Danemark par M. Prytz, l’Espagne par M. de Arrillaga, les Etats-Unis par M. Eustis, ambassadeur à Paris, et M. Vignaud, conseiller d’ambassade. M. Joseph Bertrand représente la France, M. Chaney le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, M. de Bodola la Hongrie, M. Fer-raris l’Italie, M. Sone, ministre plénipotentiaire, le Japon, M. de Macedo, ministre plénipotentiaire à Madrid, le Portugal, M. Hepites la Roumanie, M. Mendeleef la Russie, M. Markovitch, conseiller de légation, la,Serbie. M. Thalen a été envoyé par la Suède, M. Arndtsen par la Norvège; le Mexique a envoyé M. Cobo de Gusman, la Suisse M. Hirsch, directeur de l’Observatoire de Neuchâtel, secrétaire de la conférence, et M. Duplan, conseiller de légation. M. J.-R. Benoit assiste à la Conférence comme directeur du Bureau international des poids et mesures, MM. Gustave Tresca, P. Cliappuis et Ch.-Ed. Guillaume, à titre d’invités. La conférence a pour mission de prendre connaissance des travaux exécutés au Bureau international des poids et mesures depuis six ans, de renouveler par moitié le Comité permanent et de prendre, les mesures nécessaires en vue d’assurer le bon fonctionnement du bureau jusqu’à sa prochaine réunion qui, aux termes de la Convention du mètre, doit avoir lieu dans six ans au maximum.
- —®— Un batelier du canal de Ramsay (Angleterre) aperçut le 28 juin, non loin du château de Péterhorough, un brochet flottant presque inanimé, à la surface de l’eau. Il s’en rendit maître facilement, le tua, l’ouvrit et trouva dans son estomac, avec un petit brochet d’une demi-livre, un morceau de fer long de six pouces, large d’un pouce, épais de trois quarts de pouce et pesant une livre et demie. Ce mets indigeste avait crevé l’estomac et les intestins du poisson vorace, qui ne pesait pas moins de sept livres.
- —Le Times-Herald de Chicago a organisé pour le 20 novembre une course de voitures sans chevaux. La somme à distribuer en prix s’élève à 25 000 francs. Le premier et le deuxième prix, respectivement de 10 000 et 7500 francs, ne pourront revenir qu’à des Américains. Toutes les sources d’énergie sont admises, pétrole, gazoline, vapeur, électricité; le ravitaillement ne pourra avoir lieu qu’en des endroits spéciaux.
- —®— A Genève, le prix de l’abonnement au téléphone, primitivement fixé à 150 francs par an pour les communications urbaines, plus 25 francs pour les communications interurbaines, vient d’être fixé à 40 francs par an. tout compris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La machine à tirer les clichés photographiques se trouve à Y Automatic photograph Company, 25, West, Twenty-Fourth street, New-York. — Pour les ascenseurs à treuil électrique et hydroélectriques, s’adresser à la Société l'Eclairage électrique, 15, place Vendôme, à Paris. — Le cinématographe de MM. Lumière, qui a été décrit dans le n° 1161, du 51 août 1895,
- . 215, va être construit par M. J. Carpentier, 20,. rue Delam-re, à Paris; mais il n’y en a pas encore en vente. — Le sthé-toscope ellipsoïdal, dont il est question dans le n° 1162, du 7 septembre 1895, p. 238, se trouve chez M. J. Pellin, 21, rue de l’Odéon, à Paris.
- Communications. — M. Vandevyver Grav, à Gand, à propos de notre demande de renseignements au sujet des indications barométriques des écailles d’une pomme de sapin, dont il a été question dans la Boîte aux lettres du n° 1161, du 31 août 1895, nous envoie l’intéressante réponse suivante : «La question posée par votre abonné me remet en mémoire un petit appareil que j’avais construit il y a déjà vingt ans. Ayant remarqué la différence d’écartement que présentent entre elles les écailles du cône de pin, suivant l’état hygrométrique de l’atmosphère, j’avais eu à cette époque l’idée de me servir de ce cône comme hygromètre. A cet effet, je l’avais fixé par sa base à une planchette et, à l’une de ses écailles, j’avais attaché une aiguille à tricoter, destinée à amplifier les variations de position de l’extrémité de cette écaille. Le bout libre de l’aiguille se déplaçait devant un petit cadran en carton, également fixé à la planchette. Les points extrêmes de la course de l’aiguille avaient été déterminés, comme le sont ceux de l’index de l’hygromètre à cheveu, en marquant 0 où s’arrêtait l’aiguille lorsque l’appareil était placé sous une cloche dans un air aussi sec que possible, et en marquant 100 pour le point d’arrêt dans un espace saturé de vapeur d’eau. L’intervalle 0-100 était divisé en un certain nombre de parties égales. L’appareil, pour autant que j’en ai le souvenir, était un peu paresseux, mais donnait cependant des indications relativement satisfaisantes; avec un peu de bonne volonté et en y joignant surtout la grande habitude qu’ont les gens de la campagne de tirer profit, pour leurs prévisions, de l’observation des phénomènes météorologiques au milieu desquels ils vivent, il est probable que l’on pourrait arriver à dire s’il va faire beau ou s’il va pleuvoir. »
- Un abonné, attaché à l’inspection des forêts, à Evian, nous transmet sur la même question des renseignements qu’il a extraits du catalogue raisonné des collections exposées par l’Administration des forêts à l’Exposition universelle de 1878 : « En prévision du temps, les habitants du Haut-Jura se servent d’un hygromètre très primitif qui consiste en une crossette d’épicéa, formée d’un court tronçon de jeune tige pourvu d’un grêle rameau latéral. Cette crossette se cloue à l’extérieur des maisons, contre une porte, de manière à fixer verticalement la tige et à laisser parfaitement libre le rameau qui en dépend ; tantôt on la place dans son sens naturel, tantôt on la dispose renversée. Suivant l’état hygrométrique de l’air le rameau libre se redresse ou s’abaisse en décrivant des oscillations semblables à celles de l’aiguille d’un hygromètre ordinaire : l’arc que parcourt son extrémité peut être gradué. Placé dans son sens naturel l’hygromètre forestier monte sous l’influence de l’humidité. L’amplitude des oscillations correspond au degré. d’humidité ou de sécheresse de l’air et fournit d’utiles indications sur le temps probable. L’explication du fait est fort simple ; les tissus par lesquels le rameau se rattache à la tige sont en dessus plus sénés, partant moins hygrométriques, moins dilatables ou moins contractiles que ceux qui leur sont opposés du côté inférieur; de cette inégale hvgroscopicité résulte un antagonisme qui détermine les redressements ou les abaissements du rameau. Ces mouvements se produisent par la même
- cause dans les rameaux des arbres sur pied ; ce sont eux qui déterminent l’ouverture ou la fermeture des cônes suivant que l’air est sec ou humide. )) Notre correspondant ajoute que la pomme de sapin dont parle l’abonné de Rouen était une pomme d’épicéa. Le cône de sapin est, en effet, à écailles caduques, et, pour le conserver, on est obligé de le cueillir sur l’arbre dès sa maturité et de l’entourer d’un filet.
- Renseignements. —- M. N. Vandeveld, à Gand. — 1° Nous avons parlé des tubes de M. Marius Otto dans un article spécial sur les appareils de distillation dans les laboratoires dans le n° 1139, du 30 mars 1895, p. 283. Pour vous procurer ces tubes, il faut vous adresser à M. Y. Chabaud, successeur de MM. Alvergniat frères, 10, rue de la Sorbonne, à Paris. —-2“ En ce qui concerne le carbure de calcium, voyez les Notes que nous avons publiées en tête de la Boîte aux lettres du n° 1153, du 6 juillet 1895, et du n° 1160, du 24 août 1895.
- M. A. F., à Lille. — Machines industrielles pour la production de la glace : M. Y. Biétrix, à Saint-Etienne (Loire); M. E. Carré, 19, rue de l’Estrapade ; machines Fixary, à la Compagnie des moteurs à gaz, 155, rue Croix-Nivert ; Compagnie industrielle des procèdes Raoul Pictet, 16, rue de Grarnmont; M. Douane, 23, avenue Parmentier, à Paris.
- M. Hallé, à Charolles. — On à déjà"essayé de construire des machines dynamos à inducteurs tournant dans l’induit fixe!' mais il n’y a aucun avantage à mettre en mouvement une masse beaucoup plus grande, et on arrive à des complications pour recueillir du courant continu. Il est préférable de faire tourner l’induit. C’est là le principe actuel de toutes les machines à courants continus. Dans les alternateurs, on a été amené, pour d’autres raisons, à faire tourner les inducteurs. Votre système pour recueillir le courant n’est pas clairement expliqué. Quant à la propriété de pouvoir être utilisée comme moteur sur les réseaux à courants alternatifs, elle est commune à toutes les dynamos à lamelles de fer et où la self-induction a été diminuée pour éviter les effets parasites.
- M. J. Dumas, à Lisbonne. — Il s’agit d’une préparation de laboratoire qui n’est pas encore utilisée dans l’industrie.
- M. P. A., h J. — Nous ne connaissons pas l’appareil dont vous parlez ; il faudrait le voir pour vous donner notre opinion.
- M. Bousquet, à Toulouse. — Nous avons reçu votre avis et nous vous souhaitons toute réussite.
- M. Gille Bernard, à Paris. — Ce ne sont pas des biches; il s’agit d’ampoules qui se produisent par le frottement de la rame.
- M. G. Barban, à Paris. — Il existe un liquide qui permet de donner au cuivre l’aspect blanc du platine. Ce liquide est formé de 1000 grammes d’acide chlorhydrique, 250 grammes d’acide arsénieux, et 45 grammes d’acétate de cuivre. L’objet doit être décapé et placé dans le bain jusqu’à ce que l’effet voulu soit obtenu.
- M. H. N., à Bruxelles. — Pour rendre incombustibles les moulures en bois destinées à contenir les conducteurs électriques, il suffit d’imprégner le bois d’une solution aqueuse de phosphate d’ammoniaque, ou de diverses solutions composées de sulfate d’ammoniaque, de carbonate d’ammoniaque, d’acide borique, d’alun, etc. Vous trouverez les compositions de ces liquides dans les Recettes et procédés utiles, lrfi série, dont il est question plus bas. L’enduit blanc dont vous parlez était constitué par un produit de même nature aggloméré.
- M. H. H., à Gand. — 1° Le prix de revient de l’énergie électrique fournie par cette pile est un peu élevé. Cette source d’électricité exige aussi certaines manipulations compliquées.
- — 2° Il s’agit de pertes intérieures provenant de courts cil-cuits, désoxydations rapides des plaques, chutes des oxydes, etc.
- — 3° Ces données n’ont pas encore été déterminées.
- M. A. Z., à Spadoise. — 1° Il y a des teintures à l’eau oxygénée qui donnent de bons résultats. — 2° Un quatrième volume des Recettes et procédés utiles a été publié à la librairie G. Masson.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. P. Berner, à Chaux-de-Fonds. Nous avons reçu votre communication et nous la transmettons à l’auteur, qui est en ce moment en voyage. — M. A C. D., à Fontamica; M. Blankenberg, à Paris. Vos envois nous sont parvenus; tous nos remerciements. — M. II. Mesnier, à Bordeaux. Nous avons envoyé votre lettre à MM. Lumière. — M. E. F., à B. Nous ne connaissons pas la voiture dont vous parlez. — M. Munier, à Paris; M. Rioux, à Versailles. Consultez les Recettes et procédés utiles, lr* série (G. Masson, éditeur). — M. L. V., h Nancy; M. D. George, à Lyon. Remerciements pour vos communications.
- bans a « lit nie aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni A insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- K<es quatre balles indociles : petit jeu de société.
- — Dans un hémisphère en bois quatre trous ou cases ont été ménagés à égale distance ; il s’agit, par un moyen quelconque, d’arriver à y loger 4 petites billes en plomb qui voyagent librement dans l’intérieur; il faut dire que notre hémisphère est recouvert d’une plaque de celluloïde transparente. L’hémisphère
- Les quatre balles de plomb indociles. — 1. Vue de la boite de bois • hémisphérique. — 2. Vue en dessus avec les quatre trous et les quatre balles de plomb. — 3. La force centrifuge.
- est creusé dans sa forme, de sorte que lorsque vous le penchez pour loger les billes dans leur case, celles qui ont été placées retombent de suite. La solution consiste dans l’utilisation de la force centrifuge ; on fait tourner la boîte hémisphérique ainsi qu’on opère avec un toton, les balles sont projetées vers la circonférence de l’hémisphère et elles se logent d’elles-mèmes dans les trous. — S’adresser au dépôt des petites inventions, M. Mathieu, 151, galerie de Valois, Palais-Royal (Paris).
- Le panier pliant. — Gïàce à l’heureuse invention du panier pliant à filet à monture métallique articulée, les ménagères n’ont plus à se surcharger d’un immense et incommode panier d’osier pour le transport de leurs provisions journalières. Le n° 1 de notre gravure montre le panier plié, il ne tient pas
- Le panier pliant à lilet ù monture métallique. — 1° Fermé. — 2” Ouvert,
- beaucoup de place. Au moment de faire ses achats, il suffit de développer le panier-tilet qui se présente alors sous la forme d’un panier tout à la'fois léger et solide, élégant et pratique, muni d’une anSe que la ménagère peut passer à son bras (n° 2). Les garnitures métalliques qui revêtent et maintiennent le filet en place offrent une résistance très suffisante. — Cet ustensile très pratique se trouve chez M. Paul Bertrand, 19, rue d’IIauteville, à Paris.
- The Chouette-Signal. — Rien d’original comme ce petit instrument avertisseur créé tout spécialement pour les disciples de la vélocipédie. Son inventeur lui a donné le nom caractéristique The Chouette-Siqnal à cause du son particulier qu’il produit et qui rappelle de tous points le hululement de la chouette. D’un volume restreint et d’une forme élégante, ce signal fonctionne avec la plus grande facilité. Un collier maintenu à l’aide de deux vis de rappel permet de le fixer sur le guidon même à portée de la main du cycliste ; ce dernier, sans abandonner un seul instant le guidon de sa machine, presse avee son pouce sur le petit bouton que porte au centre l’avertisseur. Cette simple pression suffit pour faire fonctionner The Chouette-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère.aux annonces.
- Signal et produire un son particulier dont l’intonation spéciale ne permet pas de le confondre avec les divers bruits de la rue. C’est un avantage qui n’est pas à dédaigner, aujourd’hui surtout que de tous côtés éclatent les sifflements stridents des sirènes que les enfants ont aux lèvres et dont ils se servent sans rime ni raison, bien que la plupart ne se trouvent pas sur une bicyclette; ils se contentent ainsi, par malice, d’effrayer les paisibles piétons qui croient à chaque instant avoir un cycliste derrière eux, Le mécanisme extrêmement simple du Chouette-
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- Chouette-Signal. — i. Disposition sur la bicyclette. 2. Vue de l’appareil.
- Signal se trouve enfermé dans une petite boîte métallique circulaire et aplatie, et, ainsi que nous l’avons dit, de dimensions restreintes; au centre et à l’intérieur de cette boîte, dont la forme rappelle celle d’une bonbonnière, se trouve un ressort à boudin verlical soudé à sa partie inférieure sur la paroi du récipient. Son extrémité supérieure maintient en place, et suffisamment tendue, une peau en chagrin fermant hermétiquement l’orifice de la boîte. Sur un des côtés et en dessous du récipient est solidement brasé un sifflet dont l’embouchure communique avec l’intérieur de ce récipient. Dès lors, on comprend facilement le fonctionnement du Chouette-Signal : là pression du pouce sur le bouton abaisse le ressort à boudin ; la peau tendue suit le même mouvement et, faisant l’office d’un petit soufflet, refoule violemment l’air dans le sifflet qui, instantanément, produit le son avertissant le passant de l’approche du cycliste, L’effort à produire pour manœuvrer cet instrument est tellement faible qu’un enfant en bas âge peut, tout en jouant, le faire fonctionner. Il n’v a donc aucune crainte de fatigue à avoir. Dès que la pression du pouce sur le ressort à boudin a cessé, ce dernier se détend et reprend sa position primitive, jusqu’au moment où une nouvelle pression le fait fonctionner de nouveau. Le Chouette-Signal, en métal nickelé soigneusement, a un aspect élégant qui ne nuit en rien à la légèreté et la beaulé de la machine sur laquelle on l’adapte. — On le trouve à la même adresse que le panier pliant décrit dans la première colonne.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Perfectionnement dans la fabrication du chlorure de chaux sec, — Jusqu’ici, en général, on préparait le chlorure de chaux dans des chambres de lm,50 de hauteur sur environ 30 à 50 mètres carrés de superficie. On étendait sur le plancher de ces chambres une couche de 8 à 10 centimètres de chaux, qui absorbait le gaz chlore introduit par une ouverture supérieure pratiquée dans le milieu de la chambre. Le remplissage des chambres par la chaux et l’enlèvement du chlorure de chaux s’opéraient nécessairement au milieu de poussières nuisibles à la santé des ouvriers. Pour obvier à cet inconvénient, M. Robert Hasenclever, de Stolberg, a imaginé un appareil dans lequel la chaux progresse lentement en se transformant en chlorure, par des moyens purement mécaniques. Selon le Cosmos, cet appareil se compose de quatre cylindres en fonte superposés de 50 centimètres de diamètre "sur 4 mètres de longueur. Ces cylindres renferment une vis d’Archimède qui fait progresser la chaux amenée dans le cylindre supérieur par une trémie de chargement, et la fait tomber dans le cylindre suivant où le même mécanisme reproduit le même effet. Le gaz chlore amené par le bas de happa-* reil traverse en montant la série des cylindres et est absorbé par la chaux. Le ehorure de chaux sort ainsi par le bas de l’appareil, tandis que le gaz chlore qui ri’a pas été absorbé dès son entrée dans l'appareil l’est toujours dans les cylindres supérieurs par la chaux fraîche. Un système de quatre cylindres de ce genre permet de fabriquer environ 1000 kilogrammes de chlorure de chaux par jour.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Clarification du vin. — Ajouter A grammes de gélatine par hectolitre et filtrer sur de l’amiante ou de la cellulose, comme pour la bière. Opérer à la température de 12° G. pour le vin rouge et de 4° C. pour le vin blanc. Dans ces conditions on peut arriver à clarifier complètement un vin épais et trouble.
- A quoi l’on reconnaît le bon charbon de bois. — Un bon charbon de bois pour usages industriels, doit avoir de 25 à 50 millimètres de diamètre ; il doit être compact, dur, cassant ; sa cassure doit être brillante. Il doit provenir de bois de hêtre, de charme ou de chêne. Le charbon obtenu avec du bouleau, du tremble, du bois pelard, du bois blanc en général, doit être refusé. La' carbonisation doit être complète. On refusera les bois insuffisamment calcinés parce que ce sont autant de fumerons; on refusera également le petit charbon et la braise, qui
- devront être mis à part pour être vendus séparément comme charbons de cuisine. Un mètre cube de bon charbon de bois pèsera 250 kilogrammes environ. Le charbon se vend généralement par sacs de 2 hectolitres 1/4 à 2 hectolitres 1/2, pesant de 56lâà 62 kilogrammes. (Le Praticien.)
- Tuyau de vapeur en cuivre et acier. — M. Smillie, ingénieur à Glasgow, vient de faire breveter une nouvelle conduite de vapeur pouvant résister à de très hautes températures. Chaque tuyau est composé d’une première enveloppe en cuivre, autour de laquelle est enroulé un fil d’acier, de telle manière qu’il y ait contact intime entre les deux métaux. Le soudage s’obtient aisément en trempant tout le système dans un alliage fusible dont le point de fusion est supérieur aux températures élevées de la vapeur surchauffée.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 2 septembre . 17*,1 S. E. 1. Beau. 0,0 Nuageux à 1 h. et peu nuageux de 17 à 21 li.; beau du reste.
- Mardi 3 ...... . 15*,9 N N. E. 0. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 18 h.; nuageux ensuite; halo.
- Mercredi 4 19*,3 N. W. 2. Presque couvert. 0,0 Nuageux jusqu'à 10 h.; beau ensuite.
- Jeudi 5. ...... . 14*,9 N. 1. Couvert. 00 Couv. à 6-7 h. et nuag. après 21 h.; beau du reste; brouillard à 6-7 h. du m. de 150 et 400 mètres.
- Vendredi 6 18*,8 N. E. 1. Beau. 0,0 Peu nuageux; quelques gouttes à 14 h. 1/2.
- Samedi 7 20*,5 S. E. 0. Nuageux. 0,0 Nuageux de 6 à 9 h.; beau avant et après.
- Dimanche 8 18*,3 N. 1. Beau. 0,0 Beau.
- SEPTEMBRE 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 2 AU DIMANCHE 8 SEPTEMBRE
- Samedi I Dimanche |
- La courbe supérieure indique in nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, In direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, an niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri A boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Pare Saint-Maur en août 1895
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 758”",48. Minimum le 4 à 1 heure du matin, 743““,90. Maximum le 25 à 11 heures du soir, 766“”,47.
- Moyennes thermométriques : des minima 12°,46; des maxima 23°,93; du mois 18°,20; moyenne vraie des 2i heures 17°,68. Les minima ont varié de 6°,7 le 26 à 18°,2 le 23; les maxima de 18°,2 le 3 à 31°,8 te 22.
- Tension de la vapeur, moyenne 10““,91. La moindre 5““,3 le 27 à $ .heures du soir. La plus grande 16““ ,3 le 23 à 4 heures du matin. Humidité relative moyenne 74,5. La plus faible 21 le 22 à 3 heures du soir, et le 27 à 2 heures du soir. La plus grande 100 en 5 jours.
- Pluie 42*“ ,3 en 35 heures réparties en 11 jours. Un seul jour de grande pluie, le 5, qui a donné 20*“,6 d’eau en 9 heures un quart pendant un orage accompagné de grosse grêle.
- Brouillard de 1000 mètres le 1" à 4 heures du matin. Nébulosité moyenne, 43. Deux jours de nébulosité moyenne de 0. Pas trace de nuage
- Orages 8 jours : le 2, tonnerre au nord-ouest avec un peu de pluie à 3 heures du soir. Le 4, coups de tonnerre à l’ouest avec pluie. Le 5, fort orage de 2 à 4 h. du matin avec grosse grêle et pluie abondante; il pleut une partie de la journée. Le 7, orage de 5 à 6 heures du soir avec un peu de pluie. Le 10, orage de 5 à 6 h. du soir ; la nuit ensuite éclairs et pluie. Lç 11, tonnerre de 4 à 5 h. 30 m. du soir; très peu de pluie. Le 12, tonnerre de 2 à 3 h. 30 m. du soir avec très peu de pluie. Le 23, orages
- presque toute la journée ; un peu de pluie. Eclairs au nord dans la soirée du 14. *
- Vent du sud-ouest très dominant.
- Température meyenne de la Marne, le matin, 20°,51; le soir, 21°,21; le mois, 20°,86. Elle s’est élevée tout le mois au-dessus de 20°, sauf les 4 jours du 5 au 8. Toujours claire et basse.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’août 1895 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 0“”,87. Thermomètre plus haut de 0°,05. Tension de la vapeur moindre de 0““,08. Humidité relative égale. Pluie moindre de 14““,1. Nébulosité moindre de 7.
- L’été entier présente les résultats suivants :
- Barom. Tlierm. Tens. vap. Hum. rel. Pluie. Nébul. Moyennes. 738“”,28 17°.31 10”*,54 73 168““,9 52
- Excès... 4-1,71 —0,06 —0,13 —1 4-1,9 —6
- Pendant l’été il y a eu 78 jours où la Marne s’est élevée, dans l’après-midi, au-dessus de 20°.
- Les végétaux et animaux ont donné lieu aux remarques suivantes :
- 3 août, maturité des Abricots et des Prunes de Monsieur ; floraison du Sedum telephium. 12, Ilémérocalle du Japon (Funkia subcordata). 16, Plumbago larpentæ, 20, petite Clématite. 21, Physotegia Virginiana. 24, Helianthus rigidus (Harpalium rigidum).
- Les Martinets ont disparu vers le 14; depuis cette époque, il n’y a que de rares hirondelles de cheminée et de fenêtre. Il y a ce mois-ci fort peu de papillons et généralement fort peu d’insectes.
- PHASES DE LA LUNE ; P. L, le 4, à 6 h. 5 m. du matin
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- N° U 64 (2! Septembre 1895), du Journal « LA NATURE »
- M. GASTON TISSANDIEJR, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément s,
- « Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE Dû JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Le Répertoire bibliographique des sciences mathématiques. — L’idée d’un Répertoire bibliographique des sciences mathématiques est due à l’initiative d’un certain nombre de membres de la Société mathématique de France. Il y a plus de dix ans qu’ils firent part de ce projet à la Société. Celle-ci en adopta le principe ; une commission fut nommée, qui se mit immédiatement à l’œuvre pour dresser un plan de classification générale. Cette première œuvre était déjà pénible et difficile; il s’agissait, au moyen d’un petit nombre de signes conventionnels, de classer un travail quelconque de mathématiques. La besogne exigea plusieurs années, et fut à peu près mise au point, grâce aux observations, additions et corrections de tous les mathématiciens auxquels le projet avait été soumis. En 1889, on profita de l’Exposition universelle pour réunir un Congrès international, qui consacra définitivement cette classification, devenue YIndex du Répertoire : Congrès d’où sortit, pour la préparation de ce dernier, une commission permanente qui n’a depuis lors cessé d’y travailler. Ce Répertoire, d’après les résolutions adoptées, ne devait comprendre que les titres des travaux, avec l’indication de leurs sources. Mais ces seuls renseignements représentaient déjà un développement énorme, et avant d’avoir réuni tous les matériaux, il faillit compter sur un nombre d’années considérable. Ceci décida la commission à s’arrêter, pour la forme matérielle du Répertoire, à une disposition par fiches, de la dimension d’une carte postale, chaque fiche contenant l’indication de 9 ou 10 Mémoires, en moyenne. Aujourd’hui, 200 de ces fiches sont publiées ; une 3e série de 100 fiches est à l’impression chez MM. Gauthier-Villars et fils; et les mentions de plus de 20000 Mémoires sont parvenues au secrétariat de la commission. Il est à prévoir que cette publication se continuera de la façon la plus régulière, dans les conditions excellentes où elle a été commencée, et rendra les plus grands services aux mathématiciens, en leur faisant gagner un temps précieux pour les recherches bibliographiques. Et tous ces résultats ont été obtenus par le concours dévoué d’un grand nombre de savants de tous les pays, avec des ressources extraordinairement minimes. Il y a là un exemple dont pourraient utilement profiter un grand nombre d’autres sciences, car l’abondance de la bibliographie et la difficulté des recherches ne sont pas le privilège exclusif des mathématiques, ainsi que nous l’avons déjà constaté un peu plus haut.
- C.-A. Laisant,
- Docteur es sciences,
- Répétiteur à l’École polytechnique.
- INFORMATIONS
- —@— On annonce que de grandes améliorations vont être apportées au réseau téléphonique en France à partir du l*r janvier 1896. Le ministre du commerce et de l’industrie, M. A. Lebon,
- vient de faire signer à ce sujet de nouveaux décrets. La taxe des conversations échangées de réseau à réseau dans un rayon de 25 kilomètres, calculé par la ligne la plus courte, sera réduite de 50 à 35 centimes. La même réduction sera apportée au prix de la conversation locale dans Paris et dans un certain nombre de villes des départements. La durée de ces conversations sera de trois minutes. Dans tous les réseaux, le taux de l’abonnement aux postes supplémentaires pour le service d’un même abonné sera réduit de 160 à 50 francs à Paris et de 120 à 40 francs dans les départements.
- —@— Un sport dont nous parle YEleveur et qui peut à la campagne devenir une distraction pendant les longues heures de l’après-midi, c’est la chasse à la grenouille. Pour cette chasse on se sert d’arbalète appropriée à cet usage. L’arme doit avoir un ressort assez fort et un tube au lieu d’une simple rainure. On remplace le virc-ton par une lance en noisetier, osier ou saule, munie à son extrémité d’un fer de lance à arêtes. Enfin, la flèche est reliée à l’arbalète par un cordonnet de soie, de façon à pouvoir ramener le gibier. On sait que la pêche est très cultivée dans les régions aux rivières à herbes.
- —$$— La Société des pêcheurs à la ligne, ayant son siège à Paris, vient d’adresser à tous les conseillers municipaux de Paris une circulaire dans laquelle elle sollicite une subvention devant lui permettre d’affermer la pêche dans tous les cantonnements de Paris. Elle fait valoir, à l’appui de sa demande, la nécessité d’une répression effective du braconnage qui dépeuple fleuves et rivières, à Paris et dans la banlieue.
- —@— M. William R. Lamb a imaginé un nouveau genre de pêche, dans lequel un miroir est suspendu à l’extrémité de la ligne, devant l’hameçon. Le poisson, en approchant du miroir, y voit son image et se figure qu’un autre poisson va saisir l’amorce, de sorte qu’il se précipite lui-même pour l’avoir le premier : c’est du moins le dire de l’inventeur. Le miroir peut être construit simple ou à double face : il peut aussi avoir la forme d’un miroir multiple donnant ainsi plusieurs images du poisson et, par suite, produisant-l’illusion d’une bande de poissons arrivant de tous côtés sur l’amorce.
- —Le plus rapide bâtiment actuellement à flot est le contre-torpilleur Sokol qui vient d’être construit en Angleterre pour le compte du gouvernement russe. Chargé de 38 tonnes et avec une pression très modérée de vapeur (164 à 165 livres par pouce carré), il a donné une vitesse moyenne un peu supérieure à 30 nœuds un quart, atteignant même un moment la vitesse maximum de 32 nœuds. (D’après la Revue du cercle militaire.)
- —®— M. C. Grammont établit en ce moment une ligne aérienne en aluminium pour une transmission d’énergie électrique destinée à relier ses deux usines de la Plaine et de Pont de Chérui (Isère). Pour éviter les jonctions, M. Grammont a soudé avec succès au chalumeau les fils bout à bout. C’est la Société électro-métallurgique française qui a fourni le métal destiné à cette ligne.
- —$— La Gazette de Voss raconte qu’à la revue des Krieger-vereine passée sur le Tempelhof, l’empereur d’Allemagne s'est arrêté avee quelque surprise devant un gros petit homme qui, malgré tous ses efforts, ne parvenait pas à maintenir son ventre à l’alignement général. Information pnse, il fut constaté que ce vétéran qui, malgré l’exiguïté de sa taille, ne pesait pas moins de trois quintaux, était un ancien « hussard de Ziethen », aujourd’hui sacristain de l’église Saint-Thomas de Berlin. Il paraît qu’une liila-rité générale a éclaté quand l’Empereur s’est écrié en riant lui-même : a Voilà donc ce qu’on devient dans la cavalerie légçre ! »
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La montre à remontoir par la boîte de M. Rebello se trouve chez MM. Château père et fils, 118, rue Montmartre, à Paris. — Le photosphère avec châssis métallique à répétition est en vente à la Compagnie française de photographie, 7, rue de Solférino, à Paris.
- Communications. — M. F. Levieux, à Bruxelles, nous adresse une Brochure ayant pour titre Essai sur l'architecture japonaise. Cette Notice est extraite du Bulletin de la Société royale belge de géographie 1895.
- Un touriste des Vosges, à Strasbourg, à propos du baromètre indiquant le beau et le mauvais temps à l’aide de la pomme de sapin, dont il a été question dans la Boîte aux lettres du n° 1161, du 51 août 1895, et du n° 1163, du 14 septembre 1895, nous écrit que ce mode d’indication du temps est très en usage dans les Vosges et la Forèt-Noire chez les
- Î>aysans et les gardes forestiers. Lorsque le temps est très sec, a pomme de pin ou de sapin g’ouvre et laisse tomber la semence placée sous les petites feuilles ; par un temps humide les feuilles se ferment.
- M. De Forge, à Bernay, nous écrit au sujet des grenouilles du Tonkin qui fument (voy. n° 1151, du 22 juin 1895, p. 62). Notre correspondant nous dit que cette faculté s’étend aux crapauds ordinaires de France et aux simples grenouilles. Notre correspondant a eu l’occasion d’en faire lui-mème l’expérience. Nos vulgaires rainettes fument assez bien la cigarette ; quant aux crapauds, ils fument les plus gros cigares avec des manifestations de jouissance tout à fait comiques. Il est impossible de leur enlever le cigare de la bouche, une fois l’opération commencée. Ces animaux meurent toujours de leurs excès, peu de temps après.
- M. J. Vincent, à Saint-Etienne, nous envoie deux photographies d'un cerisier sauvage d’une vingtaine d’années. Cet arbre émergeait d’un énorme bloc de rochers, et on se demandait comment il pouvait trouver le moyen de s’alimenter. Dernièrement on a fait sauter une partie du rocher pour l’élargissement d’un chemin vicinal et on a constaté que le cerisier était pourvu de deux énormes racines, l’une se relevant sur les lianes de la montagne à une distance de 3 mètres, et l’autre plongeant verticalement le long de la roche à une distance de 4 mètres, pour trouver la terre végétale.
- M. A. Dupont, au Havre, nous fait parvenir une intéressante photographie du steamer Lyon. Nous avons déjà parlé de l’accident survenu au Seaford et au Lyon dans la Boîte aux lettres du n° 1162, du 7 septembre 1895. Dans la photsg*sphie, le Lyon est dans un bassin à cale sèche; l’avant est endommagé et retourné sur lui-même par suite du choc reçu.
- M. E. Coulon, au Plateau d’Avron (Seine-et-Oise), nous transmet deux projets d’un nouveau mode de suspension pour voitures. Le premier procédé consiste à interposer entre le moyeu et l’essieu une chambre à gaz ou à liquide comprimé dont les parois sont flexibles. Dans un second dispositif, la boîte renfermant le liquide comprimé est traversée suivant son axe horizontal par l’essieu qui roule dans le liquide.
- M. Crohyeüx, à Nvons, nous adresse une photographie prise de la route nationale de Pont-Saint-Esprit à Briançon, à la sortie du tunnel de Saint-May (Drôme). Cette vue représente dans les anfractuosités des rochers quatre masques à profils humains, ainsi qu’une baigneuse et une tète d’homme. Tous nos remerciements à notre correspondant, mais les parties désignées ne sont pas très apparentes.
- M. H. Duclos, à Quimper, nous envoie une épreuve photographique qu’il a faite dans le train en revenant dp Concarneau, à 5 heures du soir. Elle nous montre un énorme disque lumineux comme projeté sur un gros nuage sombre. Il s’agit probablement d’un effet obtenu par réflexions solaires à la surface des eaux.
- M. Macfarlane, professeur de botanique à l’Université de
- Pensylvanie, nous transmet deux Brochures contenant les études suivantes : the organisation of botanical muséums for schools, colleges and universities ; the sensitive movements of some flowering plants under colored screens.
- M. Ch. Janet, à Beauvais, nous adresse diverses Notes au sujet de ses Etudes sur les fourmis, les guêpes et les abeilles, extraites des Mémoires de la Société zoologique de France, et des Mémoires de la Société académique de l'Oise, ainsi que ses Notes à l’Académie des sciences : sur les nids de la Vespa crabro L., ordre d'apparition des alvéoles; Observations sur les Frétons; sur la Vespa crabro L. Ponte, conservation de la chaleur dans le nid„
- Renseignements. — M. R. P., à C. — Il n’y a pas d’autre moyen pour percer le verre que d’employer un foret trempé et mouillé d’une solution de térébenthine saturée de camphre. Mais il faut avoir soin de bien tremper le foret chauffé à blanc; dans un morceau de plomb, et de l’humecter constamment de; térébenthine pendant l’opération, afin qu’il ne s’échauffe pas. Voyez aussi le procédé que nous avons fait connaître dans le. petit livre des Recettes et procédés utiles, 5* série, à la librairie G. Masson.
- , M. E. Tardieu, à Puygiron. — Les moteurs à pétrole sont aujourd’hui très nombreux ; nous yous.citerons le moteur Merlin à Vierzon (Cher), le moteur Niel, 22, rue Lafayette, le moteuix. Griffin, 19, rue Lafayette, le moteur Hornsby, 7r rue Claude-Vellefaux, à Paris. Consultez du reste l’article que nous avons ublié sur les moteurs à pétrole dans le n° 1118, du 3 novem- . re 1894, p. 355.
- M. Ch. Sendret, à Pagny-sur-Moselle. — Las proportions de. bichromate de potasse et d’acide chlorhydrique ne sont pas indiquées ; mais il est facile de les déterminer expérimentalement par quelques essais préliminaires.
- M. J. Plassard, à Saint-Léger-sous-la-Bussière. — Pour faire éntendre la voix dans une pièce, il faut des téléphones munis de cornets acoustiques ; adressez-vous à la Société générale des téléphones, 2, rue des Entrepreneurs; à M. Roulez, 9, rue Le Peletier; ou à M. Journaux, 56, rue des Cévennes, à Paris.
- M. L. Hébrard, à Lyon. — Le fait que vous mentionnez du transport d’un torpilleur par voie ferrée est parfaitement exact; nous avons publié un article à ce sujet dans le n° 757, du 3 décembre 1887, p. 5.
- M. C. C., à C. (Belgique). — Nous ne connaissons que de nom la Société dont vous parlez; mais le prix qui vous est réclamé nous semble un peu élevé.
- M. F. Benoit, à Dijon. — L’expérience que vous mentionnez remonte à 1893; elle a été décrite dans tous les journaux spéciaux.
- M. E. A. F., à Tunis. — 1° Vous pourrez vous procurer ce produit chez tous les marchands de produits chimiques. — 2° Ce livre n’existé,pas.
- M. Ch. Giboin, Il .Chemillé. — Il n’y a pas de traité particulier à ce sujet ; toutes les données pratiques sont établies par chaque fabricant.
- M. E. Berthiaut, fl Paris. — Nous avons fait connaître, dans notre Bibliographie du n° 1156, du 27 juillet 1895, une série de guides du cycliste. Vous trouverez là les renseignements que vous cherchez.
- M. A. Gasser, à Mantoche. — Cette question n’est pas très connue en Europe.
- M. E. Robert, à Saint-Yorre. — Turbines hydrauliques : MM. Laurent frères, à Dijon; M. Leprince, 41, boulevard Barbés, M. Meunier, 16, rue de Birague, et M. Gandillon, 111, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. F. A., à la Ville-Savary. — Nous ne croyons pas qu’il existe sur l’ozone et ses emplois en médecine des ouvrages aussi détaillés que vous les demandez; mais vous trouverez certainement de nombreux renseignements dans les divers traités d’électricité médicale à la librairie G. Masson.
- M. A. E. P. d'Almeida, à Lisbonne. — L’adresse de M. E. Brunner est 13, avenue de l’Observatoire, à Paris. L’autre constructeur ne figure pas parmi les membres du Bureau des Longitudes.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. M., à Limoges. L adresse que vous réclamez a été donnée en tète de notro dernière Boite aux lettres. — M. A. Weiss, à Saïda. Pour répondre à toutes vos questions, il serait nécessaire de faire sur cet oiseau des déterminations que nous ne pouvons entreprendre. — M. Dubois, à Lyon; M. Gion, à Paris; M. C. Martin, à Lyon; M. Bonvalol, à Marseille. Voyez les lleccttes et procédés utiles, lre série. (G. Masson, éditeur.) — M. A. Machiels, à Paris. Remerciemenls pour vos communications.
- Dans ta « Boite aux lettres » ta lied action accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui soûl demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les’questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- La toupie savante. — Le jouet que nous représentons par la figure ci-dessous a l’aspect d’une toupie ordinaire, que l’on met en mouvement en enroulant une ficelle autour de la tige centrale. Le pivot est armé d’une mine de crayon, de sorte que lorsqu’on fait tourner la toupie sur une feuille de papier blanc, cette toupie, ea parcourant son chemin donné par l’impulsion de sa force centrifuge, marque son passage partout où elle passe par un tracé de courbes ; les dessins qu’elle donne sont d’une originalité remarquable. Suivant la manière dont la toupie a été lancée et posée sur la feuille dé papier, on peut obtenir des courbes plus ou moins prononcées. Ces courbes sont toutes ellipsoïdales et concentriques ; leurs formes sont très nettement
- Toupie savante. — 1. Vue de l’appareil. — 2. Mode d’emploi. 3. Tracé des courbes géométriques.
- déterminées et elles sont très régulières. Les ellipses obtenues aussitôt après le lancement de la toupie sont d’abord très grandes; elles diminuent peu à peu, tout en restant concentriques, et se terminent par des courbes superposées comme on en voit dans le n° 3 delà figure. — Se troiive chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois (Palais-Royal), Paris.
- Compas américain de poche. — Ce compas est très ingénieux et très bien construit. Un ressort placé à l’intérieur des branches en maintient l’écartement pendant l’usage. Pour fermer ce compas il suffit de tourner à droite la molette placée à la partie supérieure. Cette molette appuie sur un demi-
- Compas de poche. — 1. Ensemble du compas. — 2. Détail du mécanisme.
- cercle en métal qui agit en même temps sur les deux branches et les fait se rapprocher. Pour l’ouvrir on tourne la molette à gauche ; la pression cessant d’exister, le ressort agit sur les deux branches jusqu’à ce que l’on ait obtenu l’écartement nécessaire. Ce compas s’emploie avec crayon, encre, ou avec les deux pointes sèches. On peut aisément le porter dans la poche. — Ce compas se trouve chez II. Lustrât, 55, rue Richelieu, Paris.
- Le distributeur Pcarson pour désinfection. —
- L’appareil que nous signalons est un distributeur contenant une certaine quantité d’un liquide désinfectant, la créoline Pearson, et que l’on peut adapter sur toutes les canalisations d’eau existantes. Il suffit d’ouvrir un robinet et de mettre en communication l’appareil avec la conduite d’arrivée d’eau et de créo-
- 1 La description des appareils est .gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. .
- line. Si l’on ferme le robinet, l’eau seule sort comme à l’ordinaire. Le liquide employé porte le nom de créoline Pearson ; il est formé, pour 100 parties, d’un mélange de 18 parties de naphtalinè, 30 parties de pyrocrésol, 10 de paracrésol, 5 parties de chacune des substances xvlénol, phlorol et leukoline, 2 parties de bases de pyridine, 3 parties d’anthracène, 20 parties de> carbures d’hydrogène aromatiques, et 2 parties de résidus cendreux. C’est un liquide non toxique, non caustique, désinfectant, désodorant et antiparasitaire. L’inventeur construit deux modèles spéciaux ; le premier, représenté par le n° 1 de; nos figures, est destinéàla grande désinfection, c’est-à-dire dans les fabriques, les gares, les marchés, les étables, écuries, etc., et le second, que montre notre figure 3, est appliqué pour; la désinfection des water-closets, urinoirs, égouts, etc. Le> modèle n° 1 est formé d’un réservoir contenant la créoline. A la-
- Distributeur Pearson pour désinfection. — 1. Vue d’enSetnbie du grand modèle. — 2. Disposition intérieure de l’appareil. — 3. Modèle réduit, — i. Coupe intérieure du deuxième modèle. ... (
- partie supérieure est placé l’appareil que l’on relie à la canaliè sation d’eau par un tuyau de ^caoutchouc et un bouchon à vis'. La figure n° 2 nous en montre’la disposition intérieure. L’eau de la canalisation arrive en I, traverse un ajutage conique détermine en passant une aspiration qui fait monter la créoline, et le mélange est projeté à l’extérieur en J par un tube allongé, après avoir traversé la chambre I1. Pour que la créoline soit aspirée, il est nécessaire que le robinet K de réglage soit ouvert. Le deuxième modèle de la figure n° 3 est formé d’un récipient en verre A contenant la créoline.. Au-dessus se trouve un entonnoir métallique portant un tube vertical F et à la partie supérieure une poignée D. La communication est établie avec la canalisation d’eau B par un tuyau horizontal, aboutissant à une chambre E et à une ouverture e formée de deux plaques inclinées tournées dans le sens d’écoulement de l’eau. Au passage de celle-ci il se produit une aspiration par le tube F, et la créoline est projetée avec l’eau. Les tubes H, H servent à établir la communication de l’intérieur du récipient A avec l’atmosphère. Ces appareils sont simples et faciles à utiliser; ils peuvent s’employer pour toute désinfection, et même dans les jardins, vignobles et fruitiers pour la destruction des larves et des parasites. — Pour tout ce qui concerne les distributeurs Pearson et la créoline, s’adresser au dépôt général, 87, rue Lafavette, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Cubature des terrasses et mouvement des terres, par G. Cariés, conducteur des ponts et chaussées. 1 vol. petit in-8* de Y Encyclopédie scientifique des aicle-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- Guides du cycliste en France, par J. Bertot. Volumes in-1.8 illustrés avec cartes itinéraires, plans de villes et cartes, générales. MM. G. Boudet et Ch. Mendel, éditeurs. — Paris,» 1895. — Nous avons reçu les volumes suivants : De Paris: à toutes les localités des environs. Cartes des environs de Paris dans un rayon de 80 kilomètres. Prix de chaque, volume avec reliure souple, 3 francs.
- Distillation des vins, des marcs, des moûts, des cidres, de^ poirés, des fruits, des baies, des plantes, etc., par M. F.: Malepeyre. 1 vol. in-18 de l’Encyclopédie Roret. Nouvelle édition revue et corrigée par M. Raymond Brunet, ingénieur* agronome. — Paris, Librairie encyclopédique de Roret,, 1895. Prix : 3 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Viande conservée. — Divers journaux ont publié récemment un nouveau procédé de conservation de la viande qui semble de nature à intéresser les pisciculteurs. Ce procédé, dû au docteur Waeker, de Monaco, repose sur le lavage de la viande au moyen de liquides antiseptiques que l’on enlève ensuite par l’eau bouillante. La viande traitée ainsi pourrait se conserver six mois, mais on ne nous dit pas si elle est aussi savoureuse êt aussi nutritive le 182" jour que le premier. Les aliments très riches en azote qu’on doit rechercher pour l’élevage des alevins, tels que la viande, la rate, etc., sont en été d’une conservation difficile à moins que l’on ne puisse disposer d’une glacière. Il serait donc très pratique de pouvoir se procurer dans le commerce jde la viande en très bon état de conser-
- vation et pouvant être gardée en vase clos sans autre précaution. Bien des essais ont été faits dans cette direction et on a vendu dans le commerce, sur la recommandation de pisciculteurs que j’aime à croire de bonne foi, des produits inavouables, comme le sang desséché, la farine de viande, etc. Malheureusement la préparation qu’on fait subir à la viande et au sang pour les mettre dans cet état, les transforme en des matières imputrescibles, il est vrai, mais ayant perdu en même temps la propriété d’être attaquée par les sucs digestifs. On peut donc encore les manger, mais non pas les digérer et par conséquent s’en nourrir. Or ce que réclament les alevins pour grossir, ce sont précisément des aliments très nutritifs, et facilement assimilables. Le procédé du docteur Waeker donnera-t-il de meilleurs résultats ? C’est ce que la pratique nous apprendra ; mais en tout cas, ô pisciculteurs, soyons méfiants sur cet article. J. de B.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL FUJIK EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 9 septembre . 18°,1 N. E. 1. Beau. 0,0 Beau; horizon très brumeux à 7 h.; assez clair'à 19 h.
- Mardi 10 18*,4 Calme. Beau. 0,0 Beau le matin ; très nuageux le soir.
- Mercredi 11. . . . . 16*,1 W. N. W. 2. Très nuageux. 0,1 Très nuageux; un peu de pluie vers 3 h.; halo.
- Jeudi 12 13*,9 W. S. W. 2. Beau. 0,0 Très nuageux jusqu’à 19 h.; couvert ensuite.
- Vendredi 13 14",2 W. N. W. 2. Couvert. 0,0 Presque couvert jusqu’à 16 h. ; puis peu nuageux; beau à partir de 20 h.
- Samedi 14 7",9 Calme. Beau. 0,0 Nuageux de 8 à 14 h.; quelques nuages avant et après jusqu’à 18 h.; beau ensuite.
- Dimanche 15 7",8 N N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- SEPTEMBRE 1895 -- SEMAINE DU LUNDI 9 AU DIMANCHE 15 SEPTEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené A 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages h Cabrières (Hérault). Foudre globulaire. — Le
- 24 août 1895, dans la matinée, à Cabrières (Hérault), a éclaté un violent orage qui a duré plus d’une heure. Un de nos abonnés, M. H. Théron, qui a eu l’occasion d’observer pendant cet orage divers effets de foudre globulaire, nous adresse la communication suivante : « Vers 10 heures du matin, au moment où la pluie tombait à torrents, tout à coup plusieurs ersonnes virent descendre du ciel un globe de couleur blanchâtre, ayant peu près 2 centimètres de diamètre, qui, ayant bondi sur le sol de la rue, se divisa en deux globes plus petits. Ces deux globes s’élevèrent dans l'air jusqu’à la hauteur de deux cheminées contiguës, appartenant 5 deux maisons voisines, et disparurent. L’un des deux globes était descendu par une cheminée ; il traversa une salle dans laquelle se trouvaient le locataire et un enfant, sans leur faire aucun mal, et, à leurs pieds, pénétra dans le plancher, perforant une brique comme à l’emporte-pièce. Comme trace de son passage, la foudre laissait une ouverture à peine grande comme une piece de 1 franc. Au-dessous de l’appartement dont il vient d’être question, et qui était occupé par M. Yialles, se trouve la bergerie de M. Ferrand. Le fils de ce dernier, assis sur le seuil de la porte, vit tout à
- coup une clarté au-dessus du troupeau, tandis que les brebis sautaient affolées. Quand il s’approcha, sifflant pour calmer son troupeau, il constata avec stupeur que cinq moutons venaient d’être tués par le feu du ciel. Les bêtes, que nous avons vues, ne portaient ni blessure ni trace de brûlure. Seulement, autour de leurs lèvres, un peu d’écume légèrement rosée. Dans la maison voisine, un globe de feu, le deuxième, était descendu par la cheminée et avait fait explosion dans la cuisine, en causant de grands dégâts. »
- Orages en Algérie. — Le 27 août 1895, vers 6 heures et demie du soir, une formidable trombe s’est abattue sur la région de Sidi-Aich, près de Bougie, causant des dégâts considérables. Dans un village arabe, uatorze personnes ont été tuées et quatorze blessés ont été retirés des écombres. La voie du chemin de fer a été enlevée sur un parcours de 6 kilomètres; deux ponts métalliques ont été emportés par les eaux, et un train de Constantine venant sur Bougie a failli être précipité dans l’abîme que la rivière avait formé en emportant le pont. Un petit indigène se trouvant par hasard sur la voie fit signe au mécanicien de s’arrêter. Le mécanicien aperçut au même moment un bloc énorme qui s’abattait sur la voie, il fit machine en arrière à toute vitesse; mais, malgré cette manœuvre, il chassa le bloc sur un parcours de 40 mètres, sans occasionner d’accidents. Les dégâts ont été très nombreux dans toute la contrée.
- PHASES DE LA LUNE ! D. Q. le 12, à 5 h. 0 m. du matin.
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- 1165 (28 Septembre 1895), du Journal «LA
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- MATURE»
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature s et de son c Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE 8ERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Les lycées de jeunes filles & Paris. — L’Université a entrepris depuis quelques années pour les jeunes filles ce qui existait depuis longtemps pour les garçons : des lycées, qui, après avoir été très critiqués, sont aujourd’hui tout à fait admis par l’opinion publique. Un des premiers lycées de jeunes filles organisé à Paris est celui de la rue de Rome; il s’appelle le lycée Racine ; un autre s’appelle le lycée Fénelon. Ces lycées fonctionnent avec succès et sont remplis d’une jeunesse studieuse. Cela est bien, mais ce qui est un peu à blâmer ce sont les noms d’hommes célèbres que l’on donne à ces lycées, uand il se trouve dans l’histoire des femmes de grand mérite ont la mention serait mieux appropriée à des établissements d’enseignement pour les jeunes filles. Cela rappellerait aux élèves que les femmes, par l’énergie et le caractère, savent parfois comme les hommes s’élever et se rendre utiles. M. Pierre Giffard, notre sympathique confrère, a traité ce sujet avec beaucoup d’esprit dans le Petit Journal. Après avoir cité le lycée Racine, l’écrivain du Petit Journal rappelle qu’un autre lvcée s’appelle le lycée Fénelon. « A cause de Calypso? demande-t-il.
- a Un autre, enfin, s’appelle le lycée Molière, indubitablement en souvenir des Précieuses ridicules. Ne serait-il pas plus juste de montrer aux jeunes filles que nombre de leurs aînées sont arrivées à quelque chose par les lettres, par les beaux-arts, en un mot par la culture de leur intelligence? Autant de modèles dont le nom reviendrait à chaque instant dans l’esprit des jeunes énérations, ce qui est le cas pour les lycées de garçons décorés e noms illustres. Le comble des combles, c’est, que le nouveau lycée de filles qu’on va inaugurer à Paris a été construit dans la rue de Sévignél L’indication était nette, pour celui-là! Ah! bien oui ! Les universitaires chargés de le baptiser l’ont appelé sans hésiter Lycée Victor-Hugo, ce qui ne répond positivement à rien. Est-ce qu’un lycée de Sévigné, un lycée de Staël, un lvcée Roland, un ly cée Jeanne-d’Arc, un lycée Jeanne-Hachette, un lvcée Desbordes-Yalmore, un lycée Deshoulières, un lycée Rosa-Bonheur, un lycée de Sombyreuil, un lycée Vigée-Lebrun ne feraient pas bonne figure dans; ce pays, à côté des lycées de garçons auxquels seraient réservés les noms de nos grands hommes? On ne trouverait pas assez de femmes célèbres, dira-t-on ? Quelle plaisanterie ! Je viens d’en citer dix en une minute ; leurs noms viennent se presser au bout de ma plume. Il y en a bien d’autres dans l’histoire de France. Est-ce que les noms de Marie Stuart, de Christine de Pisan seraient déplacés au-dessus de la porte d’un établissement d'éducation? C’est-à-dire qu’on se demande pourquoi ils n’y sont pas encore, au lieu de ceux de Fénelon, de Racine et de Molière, qui ont leur emploi ailleurs. »
- M. Pierre Giffard a raison et nous avons cru devoir reproduire quelques passages de sa juste et amusante polémique.
- INFORMATIONS
- —&— Une course de voitures automobiles est organisée par le Times-Herald de Chicago et fixée au samedi 20 novembre, avec 25 000 francs de prix : le premier prix touchera 10 000 francs et une médaille d’or offerte par souscription, le deuxième prix 7500 francs avec cette condition que, dans le cas où le premier prix serait échu à une voiture de fabrication ou invention étrangère, ce prix reviendrait au concurrent suivant américain. Troisième prix, 5000 francs. Quatrième prix, 1000 francs. Les troisième et quatrième prix seront accordés indistinctement aux Yankees ou aux etrangers. Le règlement stipule que toute voiture admise au concours ne pourra jamais employer d’énergie animale si ce n’est pour la conduite de la voiture. Toutes les sources d’énergie, pétrole, gazoline, électricité, vapeur, sont admises et pourront être emmagasinées au gré des concurrents, mais avec obligation de ne pouvoir se ravitailler eux-mêmes qu’en deux endroits spéciaux : à Warkegan, 111., et à Kenosha, Yis., mais en aucun autre endroit.
- —@— Les pigeons voyageurs seraient-ils tellement éprouvés par les détonations de la grosse artillerie, qu’on ne puisse les employer comme messagers après une violente canonnade? C’est l’inconvenient
- 3ui parait résulter d’une expérience faite par la marine suédoise.
- in a constaté à bord d’une escadre, qu’après plusieurs décharges de grosses pièces, ces utiles oiseaux étaient comme étourdis et ne pouvaient de quelque temps prendre leur essor. Une flotte combattant ne pourrait donc donner au dehors des nouvelles' des phases de l’engagement, ni même rendre compte immédiatement de son résultat. Les effets de cette expérience nous paraissent devoir être contrôlés par notre marine, et aussi par nos etats-majors de forteresse, car il importe de savoir si le tir des pièces de places fortes mettrait aussi nos pigeons militaires dans l’impossibilité de rendre les services attendus d’eux. (D’après VEleveur.)
- —La locomotive la plus puissante du monde entier est la locomotive électrique qui fait, depuis le mois dernier, le service entre Hambourg Street et Hullington Avenue, à Baltimore, sur une longueur de'5 Kilomètres. Elle est à trolley, tout comme les tramways électriques ; mais le fil aérien est remplacé par un conducteur de 500 millimètres carrés de section. La locomotive est à quatre paires de roues motrices dont les quatre moteurs reçoivent une différence totale de potentiel de 500 volts et un courant maximum de 2700 ampères, lui permettant d’exercer une traction maximum de 21 500 kilogrammes, ce qui représente une puissance électrique totale de 1350 kilowatts, soit 1733 chevaux vapeur.
- —La consommation annuelle du tabac par tête d’habitant est, d’après une statistique récente, de 100 grammes en Finlande, 200 grammes en Roumanie, 540 grammes en Espagne, 660 grammes en Angleterre. En Serbie, France, Russie, Norvège, Allemagne et Autriche, elle s’élève de 600 grammes à 1 kilogramme progressivement (942 grammes pour la France). En Belgique, 2k*,500; en Hollande, 2k*,600, et enfin, Etats-Unis et Suisse, 2ks,700. La production du tabac, en millions de kilogrammes, est la suivante : 200 ou 250 pour les Etats-Unis, 180-190 pour les Indes anglaises, 70-71 pour F Autriche-Hongrie, 49-50 pour la Russie, 45-50 pour les Indes néerlandaises, 42-43 pour l’Allemagne.
- —Un observatoire météorologique a été récemment établi sur le sommet Wellington, en Tasmanie. Cette création est très heureuse, car la Tasmanie est une partie du monde ayant fourni, jusqu’à présent, peu de documents à la science météorologique.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne l’enregistreur musical de M. Rivoire, s’adresser au constructeur, M. J. Richard, 9, impasse Fessart, à Paris.
- Communications. — M. H. Bollinckx, à Bruxelles, à propos de notre récent article sur l'installation et l'exploita-lion des moteurs à gaz, à pétrole et à vapeur, paru dans le n° 1163, du 14 septembre 1895, p. 251, nous adresse la lettre suivante : « J’ai lu avec intérêt l’article que votre estimable journal â consacré à l’installation et l’exploitation des moteurs à gaz, à pétrolé et à vapeur. 11 est cependant à regretter que la comparaison n’ait été basée que sur le rendement des moteurs à-gaz à leur pleine charge, conditions de marche les plus économiques ae ces machines, alors qu’elles sont beaucoup moins avantageuses quand elles ne marchent qu’à une faible charge. En effet, un moteur à gaz consomme, à vide, de la moitié à un tiers de ce qu’il consomme en charge, tandis que la machine à vapeur, entre la moitié de sa puissance et celle pour laquelle elle a été vendue, consomme sensiblement la même chose. On voit donc qu’en marche courante, avec les variations que comporte toute usine, le moteur à vapeur est plus avantageux. » Nous enregistrons volontiers la réclamation de notre correspondant ; mais nous lui ferons remarquer que son appréciation est juste pour les moteurs à gaz ordinaire, mais n’est pas exacte en ce qui concerne les moteurs à gaz pauvre. Il est certain aujourd’hui que les moteurs à gaz pauvre ont donné des résultats plus avantageux, même pour une année complète de marche. C’est là un progrès que personne ne peut nier ni contester. Dans notre article, nous avons du reste (p. 262, coIaime2, ligne 10 et suivantes) laissé entendre que la comparaison effectuée à pleine charge n’était pas rigoureusement exacte, et qu’il y aurait lieu d’examiner également dans chaque cas la marche à vide et à faible charge.
- Renseignements. — M. Durand, à Paris. — Cuivre électrolytique : Société française Elmore, 14, rue de la Pépinière, à Paris.
- M. Luis Villar y Gonzalez, àLogrofio. — 1° Vous trouverez tous les produits et appareils nécessaires pour laboratoire chez M. P. Rousseau, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques, ou chez MM. Billault et Billaudot, 22, rue de la Sorbonne, à Paris. — 2° Il faudrait vous adresser directement à l’éditeur.
- M. A, Maiidel, à Monte-Carlo. — Il suffit de frotter les touches du piano avec de l’eau oxvgénée.
- M. L. Fourquez, à Paris. — Voyez la Note que nous avons publiée en tête de la Boîte aux lettres du même n“ 1145, du 11 mai 1895, qui contient dans la Revue des procédés nouveaux la description du nouveau désincrustant, la kélénine.
- Une abonnée, à Paris. — Pour faire disparaître ou empêcher le retour de ces araignées, vous pourriez essayer des fumigations d’acide sulfureux en brûlant du soufre dans une assiette.
- M. A. Ternisien, à Sainte-Marie-des-Champs. — L’adresse ue nous avons indiquée était exacte au moment où nous avons écrit l’appareil; nous ne pouvons vous fournir d’autres informations.
- M. le Dr Teissier, à Bernay. — Nous n’avons pas de plus amples renseignements ; mais nous avons donné précédemment l’adresse du constructeur de l’appareil.
- M. H. Blariaux, à Maubeuge. — Il faudrait vous adresser à une maison d’élevage, par exemple à la maison Yoitellier, à Mantes (Seine-et-Oise), ou à toute autre maison dans la contrée; voyez le dictionnaire de Bottin, départements.
- M, E. A. V., à Tunis. — La Revue internationale des falsifications est éditée, 19, rue Hautefeuille, à Paris.'
- M. l'abbé L. Frappier, à Hiers-Brouage.—Voici les adresses que vous demandez : Filtre Chamberland, système Pasteur, 58, rue Notre-Dame-de-Lorette; Aérifîltre Mallié, 155, rue du Faubourg-Poissonnière; filtre Maignen, 5, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. A. V. B., h Dunkerque. — 1° Il suffit de connaître la
- pression à laquelle doit’fonctionner la machine. — 2° Pompes aspirantes et foulantes : MM. J. Boulet et Cie, 31, rue Boinod ; Compagnie des pompes Worthington, 43, rue Lafayette; M. L. Dumont, 26, rue Saint-Quentin, à Paris. jt t
- Une abonnée, en Italie. — 1° Nous pensons que ces vacances se terminent dans le courant du mois d’octobre. — 2° Le directeur du Journaldes Demoiselles estM. F. Thiérv, 14, rue Drouot, à Paris. * ,j
- Un lecteur, à X. — Il faut employer les désinfectants bien connus, tels que l’acide phénique, le sulfate de cuivre, etc. J
- M. L, Baudrit, à Pans. — Nous n’avons pas vu cet appareil, nous ne saurions préciser; mais il y a aujourd’hui plusieurs systèmes de tricycles à pétrole. i,
- M. Delorme, à Epifan (Russie). — Les taches formées sur les journaux par la censure sont indélébiles et ineffaçables ; elles sont faites avec de l’encre d’imprimerie. . f
- M. P. Bailly, à Yvoir. — Régulateurs de pression pour air comprimé : MM. Georges et Cie, 54, boulevard Richard-Lenbir ; MM. Giroud et Cie, 27, rue des Petits-Hôtels, à Paris.
- M. J. M., à Villeneuve. — Il faudrait vous adresser à un journal spécial d’horlogerie, qui pourrait vous faire connaître les résultats de ce concours, par exemple à la Revue chronométrique, 152, rue Saint-Honoré, à Paris.
- M. H. J. Bûyton, à Brighton. —• Vous pourrez vous procurer des appareils de physique amusante chez M. de Vère, 39, riTe de Trévise, à Paris.
- M. Levallois, à Villennes. — Vous trouverez des hvgromètres à condensation chez M. Ducretet, 75, rue Claude-Bernard", M. P. Rousseau, 46, rue des Fossés-Samt-Jaeques, et chez M. Fontaine, 18, rue llonsieur-le-Prince, à Paris.
- M. J. G., h Saint-Etienne. — Le comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris, pourra vous fournir ces écrans.
- M. M. G., à Orléans. — 1° Les objectifs Dallmever etDarlot sont les plus rapides. — 2° II y a un excellent obturateur chez le successeur de M. Dessoudeix, 47, rue du Rocher, à Paris.
- M. l'abbé A. Vivet, à X. — Les glacières artificielles qùe nous avons décrites dans les Petites. Inventions du n° 1041, du 13 mai 1893, et du n° 1102, du 14 juiRetl895, pourraient vous convenir.
- if. J. P., & Courbevoie. — D’après l’excellent livre de M. Piesse, Des odeurs, des parfums et des cosmétiques (J. Baillière, éditeur), la composition de l'eau de Portugal est la suivante : Alcool rectifié, 4lil,540, huile essentielle d’écorce d’orange, 225 grammes, huile essentielle de zeste de citron, 56 grammes, huile essentielle de bergamote, 28 grammes, huile essentielle d’essence de rose, 7 grammes.
- M. Lacoste, à Saint-Germain-en-Laye. — 1° L’adresse que vous demandez est la suivante : M. Tiroloy, 3, rue de la Banque, à Paris. — 2° Les essais d’or se font avec l’acide pour touchaux qui est composé de 98 parties d’acide azotique de densité 1,340 (37° Baumé), de 2 parties d’acide chlorhydrique de densité 1,173 (21° Baumé) et de 25 parties d’eau, ou bien de 123 parties d’acide azotique (31° Baumé) et 2 parties d’acide chlorhydrique (21° Baumé).
- Un abonné, à Alexandrie. — Tuyaux à extérieur métallique flexibles pour vapeur à haute pression : M. P. Sorgue, 9, passage Corbeau, à Paris.
- M. A. Paturel, à Paris. — Nous ne croyons pas qu’il y ait danger immédiat; mais il serait toutefois utile ae consulter à ce sujet un médecin ou un spécialiste.
- M. E. D. B., à R. — L’auteur est mort depuis plusieurs années ; nous ne pouvons vous renseigner.
- M. Rossel, à Sochaux. — L’eau oxygénée convient très bien pour le blanchiment des crins.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Couturier, à Lagny. Nous n’avons pas reçu la lettre dont vous parlez, et nous ne savons quel est l’objet de votre demande. — M. F. N. Ihibbell, à San Francisco. Votre lettre a été transmise au directeur de la Société qui exploite le bec incandescent que nous avons décrit. — M. G. F., à Marseille. Il est absolument nécessaire de mettre quelques gouttes d’acide sulfurique dans l’eau que vous voulez élcctro-lvser, afin de la rendre conductrice. — M. Leroy, à Lille. Un chimiste saura bien reconnaître ces falsifications. — M. J. Ferra, à Charly. Cet annuaire ne figure pas dans la liste des annuaires connus; il faudrait vous adresser aux divers libraires de Paris. — M Fea Carlo, à Rimini. Regrets de ne pouvoir vous donner satisfaction. — M. Durand, à Paris ; M. Bourgeois, à Lille. Voyez lès Recettes et procédés utiles, 1" série (G. Masson, éditeur).— M. D. G., à Paris; M. V. B., à Brest. Consultez le même ouvrage, 2e série, à la même librairie. — M. Dubois, à X.; M. Leroux, à Marseille. Remerciements pour vos communications.
- bans ta « Boite aux lettres » ta Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- OCTOBRE-NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1895j — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES.
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES.
- 1895. Satellites.
- Octob. 6 — 6 - 8 — 8 — 12
- — 13
- — 13
- — 15
- — 15
- — 22 — 22
- — 29
- — 29
- — 29
- — 31 Novem. 2
- — 4
- — 5
- — 7
- — 9
- — 11
- — 14
- — 14
- — 10
- III I
- I
- II
- IV
- III I
- I
- II 1 II
- IV
- I
- II 1
- II
- III I
- I
- II 111
- I
- IV I
- Commencement.
- 12h. 53ni. 33s. 16h. 15h. 9m. 12s.
- 16h. 51 ni. 19s. 17 h. 2 m. 18 s.
- 13 b. 23m. 37 s. 14h. 9m. 5s.
- 15 li. 16 m. 39 s.
- 16 h. 45 m. 16 s.
- 17 h. 9 m. 42 s.
- 11 h. 37 m. 57 s.
- 12 h.
- 13 li. 31m. 1 s. 13h.51m.3is. 18 h.
- OCCULTATIONS.
- Fin. Immersion. Emersion
- 14m.22s. 17 h. 38 m.
- 15 h. 7 m. 14 h. 17 m. 13 h. 32 m. 18 b. 0 m.
- 15 h. 3 m.
- 16 h. 58 m. 16 h. 57 m.
- 12 li. 33 m.
- 13 h. 19 ni. 11 h 33 m.
- 13 h. 26 m.
- 15 h. 11m.
- 14 h. 7 m.
- 6m. 5s. 13 h. 40 m. 17 h. 19 m.
- 17 h. 3 m.
- 3 m. 43 s.
- 11 h. 30 m.
- H XVTT x\i :xv xiv xin xnb
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1895. Satellites. Commencement. Fin. Immersion. Emersion.
- Novem. 16 II 11 h. 16 m. 3 s. 16 h. 39 m.
- 18 III 12 h. 39 m. 59 s. 16 h. 4 m. 34 s. 17 h. 28 m.
- 21 I 15 h. 24 m. 7 s. 18 h. 53 m.
- 23 I 13 h. 20 m.
- 23 II 13 h. 52 m. 3 s.
- 25 III 16 h. 38 m. 22 s.
- 28 I 17 h. 17 m. 16 s.
- 30 I 11 h. 45 m. 36 s. 15 h. 9 m.
- 30 II 16 h. 28 m. 0 s.
- Décem 1 IV 12 h. 7 m. 51 s. 18 h. 7 m.
- 2 I 9 h. 36 ni.
- 4 11 10 h. 48 ni.
- . 5 I 19 h. 10m. 30 s.
- 7 I 13 h. 38 m. 51 s. 16 h. 57 m.
- 7 11 19 Ji- 3 m. 53 s.
- 9 I 11 h. 24 ni.
- 11 II 13 h. 11 m.
- 14 I 15h.32m.lls. 18 h. 44 ni.
- 16 I 10 h. Om. 51s. 15 h. 11 m.
- 17 III 11 h. 53 m.
- 18 IV 9 h. 42 m. 14 h. 25 m.
- 18 il 10 h. 57 m. 14 s. 15 h. 32 m.
- __ 21 1 17 h. 25 m. 38 s.
- 23 I 11 h. 53m. 59 s. 14 li. 56 m.
- 24 III 8h. 29m. 39 s. 14 h. 58 m.
- 25 I 9 h. 22 m.
- 25 II 13 h. 33 m. 3 s. 17 h 50 in.
- —— 28 I 19 h. 19 m. 12 s.
- 30 I 13 h. 47m. 35 s. 16 h. 40 m.
- — 31 m 12 h. 28 m. 19 s. 18 h. 20 m.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Occultations des Étoiles par la Lanei visibles à Paris. 1893. Nom de l’astre. Grandeur. Immersion. Émersion.
- Novem. 2 s Bélier. 4 17 h. 55 m, 4 18 h. 53 m, 1
- 1895. Nom de l’astre. Grandeur. Immersion. Emersion. . 3 66 Bélier. 6 4 h. 59 m, 1 5 h. 31 m, 1
- Octobre 1 8123 B.A.C. 6.7 14 h. 51 m, 1 15 h. 19 m, 1 — 3 19 Taureau. 5 13 h. 42 m, 8 14 h. 57 m, 5
- 2 8311 B.A.C. 6 8 h. 1 m, 4 9 h. 14 m, 3 . — 3 16 Taureau. 6.7 13 h. 43 m, 1 14 h. 14 m, 0
- 3 S Poissons. 4.5 16 h. 29 m, 3 17 h. 25 m, 5 — 3 20 Taureau. 5 14 h. 18 m, 5 14 h. 56 m, 7
- 6 ê Bélier. 4 9 h. 55 m, 8 10 h. 32 m, 1 — 10 45 Lion. 6.7 13 h. 8 m, 9 13 h. 58 m, 4
- 7 17 Taureau. 4.5 *6 h. 21 m, 2 7 h. 11 m, 0 — 10 p Lion. 4 15 h. 36 m, 1 16 h. 43 m, 1
- 7 16 Taureau. 6.7 6 h. 32 m, 0 7 h. 7 m, 5 — 10 49 Lion. 6 17 h. 30 m, 9 18 h. 20 m, 2
- , 7 20 Taureau. 5 6 h. 56 m, 4 7 h. 32 m, 3 — 27 62 Poissons. 6 5 h. 3 m, 2 6 h. 8 m, 8
- 7 19 Taureau. 5 7 h. 3 m, 7 Ap^alsel i'O ta bord. — 27 S Poissons. 4.5 5 h. 36 m, 3 6 h. 49 m, 9
- 7 23 Taureau. 4.5 7 h. 8 m, 4 7 h. 15 m, 8 Décembre 2 1648 B.A.C. 6.7 12 h. 46 m, 3 13 h. 15 m, 5
- 7 r. Taureau. 3 7 h. 24 m, 5 7 h. 59 m, 8 — 7 a Lion. 1.2 *9 h. 39 m, 8 10 h. 29 m, 9
- __ 7 28 Taureau. 6 8 h. 21 m, 1 Aipulse 1 4’9 ta tard. — 10 4 Vierge. 5 17 h. 5 m, 0 17 h. 44 m, 4
- 9 1848 B.A.C. 6.7 10 h. 52 m, 2 11 h. 50 m, 8 — 11 85 Vierge. 6.7 16 h. 33 m, 1 17 h. 36 m, 6
- - 13 a Lion. 1.2 23 h. 4 m, 4 24 h. 7 m, 8 — 27 c Bélier. 4 10 h. 49 m, 1 Ippulie à 3’8 do b»ri
- 25 17 Capricorne. 6 9 h. 53 m, 8 *10 h. 56 m, 0 — 28 16 Taureau. 6.7 5 h. 9 m, 2 6 h. 12 m, 1
- _ 28 81 Verseau. 6.7 9 h. 59 m, 5 IppolseS 0 3 do kart. — 28 19 Taureau. 5 5 h. 26 m, 9 6 h. 34 m, 5
- . _ 28 82 Verseau. 6.7 10 h. 44 m, 1 11 h. 56 m, 2 —- 28 17 Taureau. 4.5 5 h. 27 m, 3 5 h. 39 m, 2
- Novembre 2 a Bélier. 6 8 h. 22 m, 1 8 h. 48 m, 2 — 28 20 Taureau. 5 5 h. 40 m, 9 6 h. 44 m, 4
- — 30 1848 B.A.C. 6.7 8 h. 32 m, 6 9 h. 25 m. 6
- ‘L’étoile est sous l’horizon. — 30 136 Taureau. 5.6 9 h. 43 m, 3 10 h. 35 m. 9
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL PLUIE SM MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 16 septembre. 9%t N N. E. 2. Beau. 0,0 Peu nuageux de 13 à 16 h.; beau avant et après; halo.
- Mardi 17 8M N. N. E. 1. Beau. 0,0 Peu nuageux de 13 à 19 h.; beau avant et après, petit brouillard à 6 h.
- Mercredi 18 7-,5 Calme. Beau. 0,0 Beau.
- Jeudi 19. 9*,0 N- E. 1. Beau. 0,0 Beau-
- Véndredi 20 14*,3 N. N. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert de 4 à 8 h.; beau avant et après.
- Samedi 21. .... . 8* ,5 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- Dimanche 22 8v0 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- SEPTEMBRE «895 -- SEMAINE Dü LUNDI 16 AU DIMANCHE 22 SEPTEMBRE
- | Lundi [ Mardi ( Mercredi | Jeudi ( Vendredi | Samedi ( Dimanche
- La courbe supérieure indique lu nébulosité (le 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du veut. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques lbaromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages et coups de foudre. — A Perpignan, le samedi 31 août 1895, vers une heure du matin, la foudre est tombée sur les montagnes de Nyer, près d’Olette, atteignant un troupeau dont vingt-cinq bêtes ont été foudroyées. Le gardien, enveloppé par la décharge électrique, n’a pas été blessé, mais le couteau qu’il tenait à la main a disparu, ainsi que son chien.
- Le 13 septembre 1895, une violente tempêté a éclaté à Albacete, en Espagne. La foudre est tombée sur une maison. Deux personnes ont été tuées, dix autres blessées. Deux têtes de bétail ont été également frappées.
- Les coups de foudre ont été très nombreux cet été. Le journal l’Éclairage électrique a fait dernièrement à ce sujet une étude intéressante. Il a remarqué que les incendies allumés par la foudre ont eu lieu en grande quantité cette année. Ces accidents sont surtout arrivés à des las de gerbes dans les champs. Il signale également quelques cas curieux survenus récemment. A Cenon, dans le département de la Haute-Vienne, la foudre a pénétré dans une maison, a atteint et blessé légèrement une femme, et
- renversé un enfant de quatre ans qui s’est relevé sans aucun mal. A Port-Brillet, dans Maine-et-Loire, la foudre a traversé une maison et creusé un trou sous un berceau d’enlant, sans que celui-ci ait éprouvé le moindre mal. A Saujon, dans la Gironde, la foudre est entrée dans la maison d'un garde-barrière par la cheminée, a brûlé une chaise et des jupes, mais aucune des personnes présentes n’a été atteinte. On cite encore un grand nombre d’exemples des pluscurieux et des plus frappants.
- Tremblement de terre en Amérique. — Un grand tremblement de terre, accompagné d’éruptions volcaniques, s’est produit le 8 septembre 1895 à Yuscarau (Hondurasj et dans tout le district montagneux qui entoure cette ville.
- Les secousses se sont fait sentir pendant trois jours successifs. D’énormes coulées de lave descendant des montagnes ont mis le feu aux habitations. ‘Les désastres ont été considérables ; on a retrouvé 153 cadavres. Une grande quantité de bétail a été détruite. Parmi les cadavres de Yuscaran se trouvaient 70 soldats.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 18, à 9 h. 5 du soir-
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- K N° Il66 (5 Octobre 1895), du journal « LA NATURE»
- ^ M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de < La Nature a et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES UES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE <3. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Projet de canal entre la mer Baltique et la mer Noire. — D’après Engineering, le gouvernement russe aurait l’intention de relier la Baltique à la mer Noire par une voie navigable de 8m,85 de tirant d’eau. Cette voie partirait de Riga, utiliserait la Duna, la Bérésina et le Dniéper, pour venir déboucher à Cherson sur la mer Noire. Il n’y aurait de canal à proprement parler que pour relier la Bérésina à la Duna. La longueur totale serait d’environ 1500 kilomètres, et le minimum de largeur 67 mètres au plan d’eau et 36m,60 au fond. Les conditions topographiques sont des plus favorables, puisqu’elles permettraient de se contenter d’une écluse à chaque extrémité. Le canal traverserait d’ailleurs un sol argileux qui4 donnerait toute sécurité quant à l’assiette du canal et permettrait de produire sur place les briques nécessaires pour les ouvrages d’art. Des ports seraient établis à Cherson, Aleschki, Eerislavi, Nikopole, Alexandrowsk, Werchnedineprowsk, Krementschug, Kanew, Kjew, Lepel, Dunaberg, Jakobstadt, Riga, etc. Un vaste réservoir établi à Pinsk permettrait d’ailleurs de relier la nouvelle voie au Niemen et à la Yistule par la rivière Pripijat. Les écluses terminus seraient érigées à Cherson et à Riga, dont les ports seraient agrandis. La construction du canal entraînerait l’établissement de 7 grands ponts de chemin de fer et de 22 ponts de routes. La dépense totale, y compris les achats de terrain, est évaluée à 500 millions de francs, et l’on estime que les travaux pourraient être achevés en cinq ans. A la vitesse de 6 nœuds, les navires traverseraient le canal en six jours.
- INFORMATIONS
- —ÎJ— Trois officiers du 29° régiment de dragons viennent d’accomplir une prouesse remarquable; ils ont parcouru 110 kilomètres en treize heures sur le même cheval. Voulant assister à une fête donnée par leurs camarades du 31°, en garnison à Châlons, ils partirent à cheval de Provins pour le camp de Châlons. Us v arrivaient à 8 heures du soir et repartaient dans les mêmes conditions pour rentrer à Provins avec les mêmes chevaux, en parfait état. La distance entre les deux localités est de 110 kilomètres.
- —f$— La semaine dernière, on a annoncé à Berlin la mort du célèbre chirurgien H .-A. Bardeleben, né, en 1819, à Francfort-sur-l’Oder. Il fut d’abord professeur à l’Université de Giesen, puis à celle de Greifswald et, enfin, en 1868, il fut appelé à Berlin à la chaire de chirurgie et à la direction de la clinique chirurgicale de la Charité. Bardeleben est l’auteur de plusieurs ouvrages estimés, entre autres un Traité de chirurgie et d'art opératoire et de nombreux articles parus dans les Archives physiologiques de Virchow et Hirsch.
- —$$— L’administration suisse vient d’établir, à travers le lac de Wallenstadt, un fil téléphonique qui est sans doute celui dont la longueur sans appui est la plus considérable. La distance entre les deux pylônes en fer construits sur les rives du lac est, en effet, de 2400 mètres. Du côté de Quinten, le pylône est élevé à 360 mètres au-dessus du niveau du lac, tandis que, du côté de Murg, la hauteur
- à laquelle aboutit le fil n’est qu’à 130 mètres au-dessus de l’eau. Le fil, constitué par de l’acier de la meilleure qualité, n’a que 2 millimètres de diamètre et, quoique la longueur de sa flèche soit de 190 mètres, son point le plus bas est encore à 40 mètres au-dessus de la surface du lac.
- —® — Une installation assez récente vient d’être faite à Toronto pour la distribution de l’heure au moyen d’un courant électrique. Le réseau de distribution comprend une horloge directrice placée dans un circuit formé d'une pile et d’un électro-aimant. Un transmetteur envoie une fois toutes les trente secondes le courant de la génératrice et le distribue à une série d’horloges réceptrices. Ces horloges sont munies d’un petit moteur électrique qui ne peut fonctionner qu’avec des courants alternativement renversés et qui actionne par engrenage les aiguilles du cadran. (Canadian Elec-trical News, juillet 1895.)
- —En général, on laisse perdre ou on jette au fumier les coquilles d’œufs : d’après la Gazette des campagnes, c’est une pratique regrettable, car ces coquilles sont riches en sels de chaux et en phosphates, et, données en mélange avec les aliments après avoir été pulvérisées, elles constituent une nourriture fort utile pour les jeunes animaux de la ferme (veaux, poulains, etc.). Les éleveurs devraient donc acheter en ville les coquilles d’œufs laissées par les pâtissiers, confiseurs et certains tirs qui en emploient des quantités considérables.
- —®— Le nombre des loups va toujours en diminuant depuis dix ans. Les primes annuelles, qui atteignaient en 1884 et 1885 un peu plus de 180000 francs, sont tombées en 1894 au-dessous de 25 000 francs. Ces rapports font connaître que les fauves sont à peu près inconnus dans 56 départements. Sur 384 carnassiers détruits l’an dernier, la Vienne, la Haute-Vienne, la Dordogne, la Charente, la Creuse, la Haute-Marne et la Meuse figurent à eux seuls pour 302 têtes.
- —®— Les écrevisses deviennent rares et sont très chères à acheter. C’est que nous n’avons pour ainsi dire plus d’écrevisses en France : quelques-unes encore dans la Meuse, dans le Vaucluse, et c’est tout. La plupart des écrevisses que l’on mange en France proviennent de l’Allemagne, qui en importe chez nous pour 15 millions par an environ. C’est une seconde constatation presque' aussi triste que la première. Les usines installées sur les rivières sont causes de ce manque des crustacés dont nous parlons.
- —— D’après les documents publics récemment par le Ministère de l’agriculture d’Italie, la production des cocons s'est élevée dans ce pays, en 1895, à 38 500000 kilogrammes. Ce serait une diminution de 4 700 000 kilogrammes par rapport à l’année 1894, où la production a atteint 43 200 000 kilogrammes. Cette réduction aurait été plus que compensée par une augmentation dans les prix de vente ; le prix moyen général du kilogramme de cocons frais aurait été, cette année, de 3,r,25 au lieu de 2fr,45 en 1894.
- —Un journal quotidien de l’Etat d’iowa, dans l’Amérique du Nord, nous apprend que des fermiers, de Webster City, ont essayé avec plein succès de se mettre en communication téléphonique entre eux en utilisant simplement pour conducteurs les fils ae fer barbelés qui clôturaient leurs champs.
- —®-— Le Département des Pêcheries de Terre-Neuve vient de publier son rapport pour 1874. Il en ressort que le nombre d’alevins « plantés » dans les eaux de Terre-Neuve, durant l’année dernière, a été de 644 939 000.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne la photo-jumelle panoramique, s’adresser à M. J. Carpentier, 20, rue Delambre, à Paris.
- Communications. — M. J. Vinot, à Paris, nous a adressé deux cartes astronomiques représentant respectivement, le 1er mars, à 9 heures du soir, le ciel de France à Paris, et le ciel de Russie à Saint-Pétersbourg.. Ces cartes, éditées, par la. Société d'astronomie, à Paris, sont très intéressantes.
- Uu abonné,, à Bâle, nous envoie quelques détails complémentaires au sujet de l’information que nous avons publiée dans les Nouvelles scientifiques du n° 1163, du 14 septembre 1895* Nous disions qu’à Genève, le prix de l’abonnement au téléphone, primitivement fixé à 150 francs par an pour les communications urbaines, plus 25 francs pour les communications interurbaines, venait d’être fixé à 40 francs par an, tout compris. Notre correspondant nous écrit qu’au début la taxe était en effet de 150 francs par an, avec usage illimité pour la ville même. II y a quelques années le tarif a été modifié et porté à 120 francs par an pour la première année, à 100 francs pour la deuxième année, et à 80 francs pour les annés suivantes, pour 800 conversations par an ; les communications en plus se payent à raison de 5 francs le 100. A partir du 1er janvier 1896, le tarif sera modifié encore une fois et l’abonnement sera fixé à 40 francs par an (taxe fixe), plus cinq centimes par communication. Cette modification profitera surtout aux personnes qui n’ont pas 800 communications par an. Les communications interurbaines se payent toujours en plus, suivant un tarif basé sur la distance. Dans les grands centres on peut téléphoner aussi bien de nuit que de jour.
- M. A. Place, à Lyon, nous fait parvenir la description d’un nouveau fourneau à gaz portatif et instantané. Ce gaz est produit par la vaporisation de l’essence de pétrole ; le réservoir qui contient cette essence peut être placé à une certaine distance du fourneau et relié à celui-ci par un serpentin en cuivre. Les fourneaux sont sans odeur, et sans danger.
- M. Gustave Gaubert, à Marseille, nous adresse quelques renseignements sur l’incendie du steamer Comorin survenu récemment dans le port de Marseille. Il ajoute quelques photographies qui montrent l’aspect lamentable de ce navire après l’accident et qui établissent bien que les ravages de l’incendie sont aussi terribles dans les constructions en fer que dans les constructions en bois. On .aperçoit sur le pont toutes les barres de fer tordues, arrachées et réduites en morceaux.
- M. A. Tasbilly, à Paris, nous informe que dans l’avenue Kléber, en creusant un puits pour ascenseur, des ouvriers ont trouvé une veine de marne, du calcaire fossile rempli de coquilles et du quartz. Pour les autres puits creusés jusqu’ici dans la même avenue, on n’avait jamais rencontré que de l’argile.
- Renseignements. — M. P. Denis Galalosian Mekhithard, à Venise. —Siphon élévateur de M. Lemichel : 52, rue de Lour-mel, à Paris.
- M. G. Goy, à Cambrai. — Vous trouverez le livre que vous désirez, en ce qui concerne les projections, chez M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- M. G. L., à Vannes. — Un excellent Traité des feux d’artifice a été publié autrefois par M. Amédéë Denisse, à Bry-sur-Marne (Seine).
- M. E. Piron, à Guîtres. — Vous aurez probablement ces renseignements dans l’ouvrage Marbrier de la collection des manuels Roret.
- M. G. du Pioch, à Cette. — Il faudrait demander ces renseignements directement à l’auteur de l’article, 40, cours Gambetta, à Lyon.
- M. A. X., à Paris. — Pour empêcher les poils de barbe de repousser, il faut procéder par épilations successives en enlevant, à l’aide d’une pince, les poils à arracher et en rasant la
- partie après l’épilation. Il est nécessaire de recommencer souvent l’opération. On a renoncé aujourd’hui à l’emploi des méthodes douloureuses qui obtenaient l’épilation en déterminant l’inflammation du cuir chevelu ou de la peau par des frictions d’huile de croton, de térébenthine ou de créosote.
- M. C. Beaupré, à Montréal. — Pour ce qui concerne le carbure de calcium, voyez les adresses que nous avons fait connaître en tête de la Boîte aux lettres du n° 1153, du 6 juillet 1895, et du n° 1160, du 24 août 1895.
- M. F. IV., à H. — Nous décrirons prochainement un appareil ourra être utilisé pour l’éclairage par le gaz acétylène.
- F., à Bruxelles. — Le cheval-heure est le travail produit par la puissance de cheval pendant une heure; il est égal à 3600 secondes x 75 kilogrammètres = 270 000 kilogram-mètres.
- M. W. L., à Abbeville. — Vous aurez ces prix en vous adressant directement au constructeur, M. Guenet, 5, rue de Montmorency, à Paris.
- M. L. T. J., à X. — Vous trouverez une bonne carte astronomique à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. l’abbé F. Cazaux, à Laource. — Vous trouverez les photographies des principaux monuments de France chez M. Dai-reaux, 156, rue de Rivoli, ou chezM. J. Hautecœur, 172, rue de Rivoli, à Paris.
- M. P. de Lippe, à Gand. — Nous avons donné la description des vitres armées dans le n° 1027, du 4 février 1893, p. 157.
- M. J. Mouret, à Saint-Juéry. — Nous avons emprunté cette Note à un journal étranger, et nous n’avons pas d’autres renseignements.
- M. L., & Beauvoir. — 1° Il est nécessaire de faire des prisés de liquide et de noter les indications d’un densimètre gradué à l’avance; voyez l’article que nous avons publié dans le n° 1157, du 3 août 1895, p. 147. Cet article se rapportait au densimètre appliqué au dosage du calcaire dans les terres. Dans votre cas, il faut considérer le kaolin. — 2° Quels renseignements désirez-vous sur les filtres?
- M. J. Gavé, à Mézières-en-Brenne. — Les moteurs à pétrole peuvent très bien convenir pour des embarcations de plaisance; vous en trouverez chez MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivry, et chez M. Forest, 76, quai de la Râpée, à Paris.
- M. L. P., à Grenoble. — Il faudrait vous adresser directement à l’auteur de l’article, à l’Institut Pasteur, à Paris.
- M. L. B., à Neuilly. — Pour être admis au Laboratoire municipal de .chimie de Parisr en qualité de chimiste ou d’expert-inspecteur, il faut subir un examen ; vous trouverez les conditions du programme d’admission à la Préfecture de police.
- Un abonné, à Paris. — Il n’y a rien à changer à notre notice des fantômes; vous oubliez que la glace est sans tain.
- M. J. L., a Bailly. —La poudre de pyrèthre de bonne qualité conviendra parfaitement.
- M. G. V., à Tunis. — Vous trouverez ces renseignements dans les Recettes de l'Electricien de M. E. Hospitalier, à la librairie G. Masson.
- M. E. Boullé, à Paris. — Pour ces questions spéciales, il faudrait consulter un journal de médecine, adressez-vous à la librairie désignée ci-dessus.
- M. G. Braggio, à Montevideo. — L’alphabet Morse est très employé, ainsi que le télégraphe imprimeur; voyez divers ouvrages aux librairies Michelet, Gauthier-Villars et Carré, à Paris.
- M. A. Bouvier, à Saint-Omer. — Le journal l’Éleveur, 2Ur, avenue Aubert, à Vincennes (Seine), pourra vous fournir les renseignements que vous demandez.
- M. Ch. B., à Poitiers. — 1° Nous avons parlé du décapité parlant et de l’emploi des glaces pour produire les effets les plus singuliers. — 2° Si nous mettions le prix des appareils, jamais on ne voudrait croire que les articles ne sont pas des réclames ; nous les insérons gratuitement.
- Accusés de réception. —Avis divers. —M. A. B . à Ponts-de-Martel. Pour cette préparation, il serait nécessaire d’avoir recours à des procédés qu’il faudrait essayer et étudier; nous ne pouvons vous renseigner. — M. Dubois, à Paris. Votre transformateur n’est as bien construit; le circuit de fer doit être fermé, et les bobines e ül enroulées par-dessus. — M. Géron, à Lille. Il est indispensable que cette machine soit démontée pour visiter à l’intérieur les cylindres et les tiroirs. — M. -A. P., h Paris. Nous avons indiqué une méthode pour enlever aux huiles d’olives leur rancidité dans les Recettes et procédés utiles, lre série (G. Masson, éditeur). — M. J. de CboTt, à Gand. Consultez le même petit livre que ci-dessus; il donne plusieurs recettes de pâtes pour ehromographe. — Un abonné, à Fréchericourt; M. A. B., à X. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les reir seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- Punaises en acier fixant le papier sans le perforer. — La figure ci-dessous montre les nouvelles punaises à
- PUNAISES ACIER DE STYRIE
- POUR FIXER LE PAPIER A
- DESSINER SANS LE PERFORER
- l'unaise pour fixer sur une planche le papier à dessiner sans y faire de trous.
- dessin. La gravure en fait voir deux, l’une à gauche et l’autre à droite. Cette punaise, faite en acier de Styrie, est formée d’une lame courbée percée d’un orifice rectangulaire; cette lame est munie d’une pointe aiguë qui s’enfonce dans la planche tout contre le bord du papier à fixer en place immobile. La lame qui dépasse la pointe est recourbée à son extrémité et produit un contact très résistant. Ce petit appareil peut être utile aux dessinateurs, aux ingénieurs, aux architectes et à tous ceux qui ont à faire des dessins. — Il se trouve chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal.
- Nouvelle plume stylograplilque. — Cette plume a un grand avantage sur celles déjà existantes, car elle ne contient pas de réservoir d’encre et par cela même il n’y a aucun danger de tacher ses poches ou son portefeuille, car elle ne produit l’encre qu’au fur et à mesure que l’on écri t, et pour cela il n’y a qu’à tremper sa plume dans l’eau. En dévissant le manche
- émaillé noir n° 1, on trouve un récipient qui se prolonge presque sous le bec de la plume. Il est fermé à sa partie inférieure par un couvercle à vis, et il contient la matière qui fournit l’encre, et qui permet de copier les écrits. Lorsque cette matière est épuisée on la remplace par de l’aniline en cristaux que l’on trouve chez tous les marchands de couleurs. — Cette plume se trouve chez M. H. Lustrât, 55, rue de Richelieu, Paris.
- Une selle sans bec pour bïcyelette. — Un grand nombre de personnes sont souvent gênées par la selle de leur bicyclette après un usage prolongé; plusieurs même ont déjà été blessées par le bec de la selle. MM. Lamplugh et C,e ont construit dernièrement une nouvelle selle sans bec rembourrée an tous points et disposée pour éviter tout frottement désagréable. Les figures ei-contre représentent cette selle vue dans diverses positions, en plan pour la partie supérieure (n° 1), en plan pour la partie du dessous (u° 2), et de côté
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles, scientifiques est étrangère aux. annoncés'.
- (n° 5) ; le n° 4 . nous fait voir le mode de fixation sur la bicyclette. Un amateur de sport véloeipédique a essayé l’appareil dont nous parlons et nous a fait connaître ses impression?. Les résultats obtenus sont très satisfaisant?. On n’a peut-être pas au début la même assurance que sur une selle ordinaire ;
- Selle sans bec pour bicyclette. — 1. Vue en plan, partie supérieure. — 2. Vue en plan, partie du dessous. — 3. Vue de côté. — 4. Mode de fixation sur la bicyclette. ^
- mais en très peu de temps on est habitué. — La selle sans bec se trouve chez MM. Lamplugh et Cie, 13 rue De;s-combes, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'ancienne Académie des sciences. Les académiciens 1666-1793, par Ernest Maindron. 1 brochure in-8°. — Librairie Bernard-Tignol, éditeur.
- Cet ouvrage, très documentaire, comme tout ce- que sait faire l’auteur, complète les recherches que M. J.-B. Dumas, l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, lui avait inspiré l’idée d’entreprendre. On y trouvera pour la première fois la liste définitive des savants qui ont fait partie de l’ancienne Académie des sciences, depuis sa fondation en 1660 jusqu’à sa suppression en 1793. Les noms sont accompagnés du résumé de l’histoire de chaque membre désigné. Ce travail est très intéressant.
- Recherches sur la composition des raisins des principaux cépages de France, par MM. Aimé Girard et L. Lindet. (Extrait du Bulletin du Ministère de l'agriculture). 1 brochure in-8°. — Paris. Imprimerie nationale.
- Les limites actuelles de noire science. Discours présidentiel prononcé le 8 août 1894 par le M" de Salisbury, premier ministre d’Angleterre, devant la British Association, dans sa session d’Oxford. Traduit par M. W. de Fonvielle, avec l’autorisation de l’auteur. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- Commémoration du banquet Berthelot, 4 avril 1895. 1 vol. in-18. Publié par les soins du grand collège des rites du Grand-Orient de France, 16, rue Cadet, à Paris. Août, 1895.
- Naturaliste préparateur. Première partie. Classification, chasses et collections, par M. Boitard. 1 vol. in-18, de l’Encyclopédie Roret. — Paris, Librairie encyclopédique de Roret, 1895. Prix : 5 francs.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Procédés pour détruire la moisissure des futailles. — Rien ne désole davantage les vignerons, les entrepositaires de vins et même les simples consommateurs soucieux du bon état de leur cave et de leur hygiène, que la présence, dans les futailles, des moisissures qui en infectent profondément le bois. Le journal la Distillerie française indique, pour y remédier, deux recettes que nous relatons volontiers. La première recette, dans laquelle nous trouvons scientifiquement en germe le procédé d’assainissement Ilermitte, consiste à verser par l’ouverture de la bonde du tonneau contagionné les produits suivants, pour un tonneau de 225 litres de capacité : sel de cuisine 40 grammes, peroxyde de manganèse en poudre 40 grammes, acide sulfurique concentré 40 grammes, et un litre d’eau bouillante. Une fois ce mélange fait, ce qui produit du chlore, on assujettit la bonde, on agite un peu le .fût, puis on le laisse en repos pendant trois ou quatre heures. On ouvre alors la bonde et l’on rince à grande eau, à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu’elle ressorte bien claire et sans odeur. Si le fût est ou plus petit ou plus grand, on diminue ou on augmente proportionnellement la quantité des
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- matières employées. Un autre procédé qui a donné de très bons résultats est celui-ci : on verse un peu d’eau froide dans le fût, on introduit une chaîne en fer par la bonde, et on agite vivement en tous sens pour enlever la couche de moisissure qui recouvre le bois, puis on vide le fût, on verse une infusion bouillante de farine de moutarde et on agite de nouveau pour recommencer encore trois ou quatre fois, jusqu’à complet refroidissement. On rince alors avec de l’eau de chaux, puis à l’eau chaude et à l’eau froide. 103 grammes de farine suffisent grandement pour un fût d’un hectolitre. Les moisissures les plus obstinées ne résistent pas, à ce que nous affirment les praticiens, à l'application de ce véritable sinapisme.
- Briques hydrofuges. — Les briques et les grès ont le grave inconvénient de se laisser pénétrer facilement par l’humidité. Or, tout récemment, le professeur Liverbidge a étudié les enduits hydrofuges qu’on peut appliquer sur ces matières et leur efficacité. 11 a cherché quelle peut être l’influence des huiles à ce point de vue, en employant l’huile de lin ordinaire
- ou bouillie et enfin l’huile brute connue sous le nom d’huile bleue et dont on fait usage pour la conservation des bois. IL faisait porter ses essais sur de bonnes briques faites à la machine. Il a constaté que le grès absorbe beaucoup moins d’huile et d’eau que les briques, bien qu’il s’agît de cubes de grès présentant une surface plus grande que celle des briques. Huile de lin ordinaire ou huile bouillie étaient absorbées en égale quantité, mais briques et grès prenaient beaucoup plus d’huile minérale. Au bout de douze mois d’exposition au soleil et au plein air, l’huile minérale était tout évaporée et les briques avaient repris leur poids primitif ; au contraire, après un traitement à l’huile de lin, elles étaient demeurées telles quelles. M. Liverbidge les huila de nouveau et, après cela, il a pu impunément les laisser dehors pendant quatre ans et deux mois. Elles ont retenu toute l’huile, n’ont point perdu de poids et sont restées imperméables. Les cubes de grès traités à l’huile de lin sont revenus à leur poids primitif, mais ils ont gardé l’avantage du traitement au point de vue hydrofuge. (D’après la Revue industrielle.)
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL FLDIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 23 septembre. U‘,9 Calme. Beau. 0,0 Quelques nuages à 16-17 h.; beau du reste.
- Mardi 24 15*,0 S. 0. Beau. 0,0 Beau ; au N. W. reflets d’éclairs à 22 h.
- Mercredi 25 13*,8 Calme. Beau. 0,0 Beau; lumière zodiacale.
- Jeudi 26 14%5 N. N. E. 1. Beau. 0,0 Pas trace de nuage ; lumière zodiacale.
- Vendredi 27 . . . . . 13*,2 Calme. Beau. 0,0 Beau ; lumière zodiacale.
- Samedi 28 12* ,9 N N. E. 1. Beau. 0,0 Beau; lumière zodiacale.
- Dimanche 29 11* 4 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau; lumière zodiacale.
- SEPTEMBRE (895 -- SEMAINE DU LUNDI 23 AU DIMANCHE 2) SEPTEMBRE
- Lundi ( Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique ta nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages en France et à l’étranger. Le 24 septembre 1893, dans l’après-midi, à Bordeaux,la chaleur était devenue intolérable; dans la soirée un violent orage s’est déchaîné sur la ville. La pluie, mêlée de grêle, est tombée pendant une heure, transformant les rues en lacs; la foudre est tombée plusieurs fois en ville, entre autres sur le clocher de la cathédrale de Saint-André dont elle a démoli la girouette.
- Le 24 septembre 1895 également, un violent orage a éclaté à Madrid. Des cheminées sont tombées dans les rues, provoquant quelques accidents. Deux mules attelées à une voiture, atteintes par un de ces projectiles, ont ete tuées net.
- Inondations en Espagne. — A la date du 25 septembre, on
- annonçait de Madrid que de nouvelles inondations et de forts orages s’étaient produits dans le sud de l’Espagne et avaient causé des dégâts considérables. Un grand nombre de fleuves ont débordé et un grand nombre de lignes télégraphiques ont été interrompues. Sur certains points, les trains n’ont pu circuler pendant plusieurs jours.
- Plusieurs personnes ont été tuées et de nombreux bestiaux ont péri. On a également signalé qu’un grand nombre de maisons envahies par les eaux avaient été emportées par le courant et complètement détruites.
- Tremblement de terre en Italie. — Dans la nuit du 20 au 21 septembre 1895, à Spolète, en Italie, on a ressenti de continuelles et fqrtes secousses de tremblement de terre. La panique a été générale j la population a quitté les habitations qui ont été endommagées. De légères secousses ont continué à se produire.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 25, à 6 h. 32 m. du soir,
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- N° H 67 (12 Octobre 1895), du Journal «LA NATURE »
- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de < La Nature » et de son a Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE Dû JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Les bambous comestibles. — Dans un des derniers numéros de la Revue des sciences naturelles appliquées, le Dr Laumonier, qui possède à Vernoil (Maine-et-Loire) une collection de Bambous, raconte qu’il a voulu se rendre compte de la valeur comestible de quelques espèces que les Chinois et les Japonais consomment, comme nous faisons des Asperges. M. Laumonier a pris comme sujets d’expériences les Phyllos-tachys viridi-glaucescens, P. Quilioi, P. flexuosa et P. vio-lacea. 11 a coupé la pointe des jeunes pousses avec une quinzaine de centimètres de la tige sous terre. Ces turions épluchés, soumis à la cuisson, et dégustés avec accompagnement de sauce blanche, ont été reconnus « excellents ». L’expérimentateur recommande de ne choisir que les pousses récemment sorties de terre et mesurant tout au plus une quinzaine de centimètres. On enlève avec soin, en commençant par la hase, les gaines spathiformes qui enveloppent les pousses. Il reste alors le brin très cassant, très facile à écraser sous la pression du doigt; c’est ce brin, si tendre dans la première quinzaine de sa végétation vernale, qui est comestible. Le Dr Laumonier reconnaît aux Bambous cuits une saveur analogue à celle des petits Choux de Bruxelles, mais plus fine ; il affirme qu’ils constituent un aliment sain, facile à digérer et éminemment économique. Avis aux amateurs de sensations nouvelles. Nous leur ferons seulement observer qu’en 1889, les Japonais, qui avaient apporté à l’Exposition universelle des turions de Bambous conservés en flacons comme nous faisons pour les Asperges, voulurent nous les faire goûter. L’impression générale fut qu’on avait affaire à un légume dur, sans saveur, et le jugement fut défavorable. Peut-être serait-il favorable avec des pousses fraîches1 ?
- INFORMATIONS
- —H— Nous sommes heureux d’annoncer à nos leeteurs que l’Exposition internationale de Genève de 1896, dont les travaux se poursuivent en ce moment avec une grande activité, possédera aussi son ballo.i captif. La situation pittoresque de Genève et de scs environs offrira certainement aux ascensionnistes un panorama des plus intéressants. MM. Baud, antiquaires à Lausanne, concessionnaires du Ballon, en ont confié la fourniture à un de nos meilleurs constructeurs parisiens, M. H. Laehambre, qui, l’an dernier, a installé celui de Lyon (Vov. La Nature du 7 juillet 1894). L’aérostat de Genève, qui cubera 3500 mètres et s’élèvera à 400 mètres, sera rempli de gaz hydrogène pur et mù par un treuil à vapeur roulant, d’une puissance de 25 chevaux. Nous donnerons ultérieurement des détails sur ce matériel actuellement en construction dans les ateliers aérostatiques de Yaugirard.
- —Depuis le 16 septembre 1895, par suite de la démission de .M. de Ncrville, la direction du Laboratoire central d’électricité de
- 1 D'après la Revue horticole.
- la Société internationale des électriciens est confiée à M. Paul Janet, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, chargé de cours à la Faculté des sciences. On sait que M. Janet avait organisé, en 1891, à la Faculté des sciences de Grenoble, où il était professeur de physique, un cours public d’électricité industrielle qu’il fit pendant trois ans avec le plus grand succès, et qu’il résuma dans un livre intitulé Premiers principes d’électricité industrielle, aujourd’hui entre toutes les mains. De pareils antécédents sont du mèilleur augure pour l’avenir de l’institution à la tête de laquelle la Société des électriciens vient de placer M. Janet.
- —©— Cette année, on a essayé, en Australie, avec plein succès, de transmettre des dépêches télégraphiques sur une ligne de 7246 milles, soit environ 11 650 kilomètres. On a obtenu cette longueur énorme en reliant entre elles toutes les lignes qui suivent les côtes et qui font presque le tour complet du continent australien. Les stations terminus étaient Derbv et Cape York, les stations intermédiaires à partir de Derby : Rœburne, Hameline Pool, Pertli, Albany, Israélite Bay, Eucla, Port Lincoln, Adelaide, Melbourne, Sidney, Bris-bane, Rockhampton, Bowen et Junction Greek. Quatorze translateurs étaient intercalés sur cette ligne, et la vitesse de transmission avec des appareils Morse a été de onze mots par minute.
- —®— On a pu lire, dans quelques journaux quotidiens, que le paquebot Ophir venait d’apporter en Angleterre un bouquet de lis d’Australie conservé, depuis Sidney, dans un bloc de glace et destiné à S. M. la reine Victoria. La Revue horticole rappelle que ce moyen de conservation est bien connu. On l’emploie non seulement pour la conservation des fruits qui arrivent maintenant en Angleterre par bateaux entiers, mais on l’a déjà appliqué aux fleurs, même aux Orchidées, qui se sont très bien conservées pendent le voyage avec leurs formes et leurs couleurs. Nous aimons à croire que Sa Gracieuse Majesté aura été touchée de ce témoignage de respect de ses fidèles sujets australiens, mais elle n’aura pas dû en jouir longtemps, car, dès que les fleurs sont retirées de leur enveloppe de glace, elles se flétrissent.
- —©— Le bureau de la santé publique et de l’hygiène de la ville de Philadelphie (Etats-Unis) a résolu d’installer une usine électrique pour la fabrication de l’eau ozonisée d’après les procédés de M. A. E. Woolf. L’usine, qui pourra produire 4500 litres environ à l’heure, sera placée dans les sous-sols de l’hôtel de ville. L’eau ozonisée sera employée pour l’arrosage des rues et pour la désinfection en général.
- —La municipalité de Moutiers (Haute-Savoie) a l’intention d’utiliser les eaux de la Birse, dans les gorges de Court, et d’aménager en cet endroit une station centrale destinée à fournir l’énergie électrique aux établissements industriels de Moutiers et des environs. À cet effet, il sera établi au haut des gorges de Court un barrage fixe en maçonnerie à travers le lit de la rivière ; une conduite en tuyaux de 830 millimètres de diamètre amènera l’eau sous pression au bâtiment des machines situé à 2280 mètres de là ; ce bâtiment contiendra quatre turbines d’une puissance de 110 chevaux chacune.
- —®— On a récemment ouvert, à Amsterdam, le congrès international du service des incendies. Le discours d’ouverture a été prononcé par le bourgmestre d’Amsterdam. De nombreux délégués étrangers ont assisté au congrès. Les gouvernements anglais, allemand, autrichien, belge et français, étaient officiellement renrésentés.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les divers appareils en verre utilisés pour l’analyse des eaux d'égout, flacons laveurs, tubes d’absorption, se trouvent chez tous les marchands de produits chimiques et ustensiles pour laboratoires.
- Communications. — M. Dubois, à Lille, nous écrit que pendant un orage il a eu récemment l’occasion d’observer un éclair de forme remarquable, présentant un ruban allongé et de nombreux contours. Nous avons déjà signalé précédemment quelques observations analogues.
- M. Robon, à Marseille, nous envoie une longue Notice sur une nouvelle machine électrique à deux induits, dont il a établi le rojet. Cette machine pourra être utilisée surtout pour les autes puissances.
- M. G. M., à Brest, nous adresse deux photographies prises pendant un orage. On aperçoit deux éclairs sillonnant le ciel, et semblant se prolonger jusqu’à terre.
- Renseignements. — M. Jacques, à Malaucène. — 1° Poteaux injectés en bois : MM. Léon aîné et frère, 11, cours du Chapeau-Rouge, à Bordeaux. — 2° Il existe la porcelaine d’amiante, dont le fabricant est M. Mallié, 155, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris. — 5° Filtre Hamelle pour huiles, 21, quai Valmv, à Paris.
- M. A. G. L., à Libau. — Nous croyons que ces machines sont construites spécialement sur commande; adressez-vous cependant à la maison Hurtu, Hautin et Biligeon, 54, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. G. Ragot, à Bruxelles. — Nous ne connaissons pas les fabricants qui en Amérique vendent le carbure de calcium au prix de 10 centimes le kilogramme.
- M. P. Raudoin, à Nevers. — L’adresse que vous demandez est la suivante : M. A. Place, 1, rue Saint-Joseph, Bellecour-Lyon.
- M. J. Hemon, à Lille. — Il serait indispensable de vous adresser directement à la Préfecture de Police.
- M. M. P., à Cerisiers. — 1° Les tricycles à pétrole sont construits par les fabricants que nous avons déjà désignés à plusieurs reprises pour ce qui concerne les voitures à pétrole. — 2° Nous sommes de votre avis quand vous dites qu’un article sur les inconvénients et les difficultés de conduite des automobiles serait très intéressant ; mais ce serait aux amateurs possédant ces voitures à nous faire part de leurs impressions. Nous devons ajouter que toutes les difficultés sont bientôt vaincues par quelques jours de pratique.
- M. G. C., à D. — Il faut écrire directement à l’auteur de l’article, à l’Institut Pasteur, à Paris.
- M. J. Planque, à Clermont-Ferrand. — La puissance que vous citez est beaucoup trop faible pour chercher à l’utiliser. Il faudrait au moins 2 ou 5 chevaux pour cette utilisation, soit 225 kilogrammètres par seconde, et avec une chute d’eau de 8 mètres un débit de 28 à 30 litres par seconde.
- M. C. Magué, à la Flotte (Ile de Ré). — Vous pourriez soumettre toutes ces objections intéressantes à M. J. Vinot, directeur du journal Le Ciel, 3 bis, cour de Rohan, à Paris.
- M. M. Monod, à Paris. — 1° Dans les accumulateurs genre Planté il faut compter sur une capacité de 10 ampères-heure par kilogramme de plomb. — 2° Le temps de formation peut varier dans d’assez grandes limites. — 3° Le débit est environ de I à 2 ampères par kilogramme. — 4° L’avantage est certain.
- Un abonné, à Donzv. — Les objectifs Darlot et Dallmeyer sont très rapides.
- Une abonnée, à Vallombrosa. — Le directeur des Annales des sciences psychiques est M. X. Dariex, 6, rue du Bellay, l’éditeur est M. F. Alcan, à Paris.
- M. Durai, à Paris. — Adressez-vous à M. E. Deyrolle, naturaliste,. 46, rue du Bac.
- M. A. Sauve, à -Rome. — 1° Filtre Chamberland, système
- Pasteur, 58, rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris. — 2° Plusieurs systèmes ont été essayés dans l’armée, entre autres l’aérifiltre Mallié, 155, rue <îu Faubourg-Poissonnière, et le filtre Maignen, 5, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. le Dr Cornas, à Neuchâtel. — Selle Sâr : M. Pansard, 17, rue du Quatre-Septembre, à Paris.
- M. P. Bonnet, à Saint-Jean-de-Maurienne. — Nous ne savons pas si tous les renseignements que vous désirez ont été publiés ; voyez à la librairie G. Masson, à Paris.
- M. Paloux, à Oran. — 1° Votre modèle de turbine, d’après la description que vous nous envoyez, nous semble suffisamment bien étudié; mais nous ne pouvons nous charger des essais dont vous parlez. — 2° Agence de brevets : M. Ar-mengaud aîné, 21, boulevard Poissonnière, à Paris. — 3° Tubes en cuivre rouge : MM. Curtit et C’*, 44, rue Saint-Maur, MM. Durand, Bossin et Brard, 22, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- M. A., à Livourne. —Cette expérience n’a jamais été tentée; elle serait du reste dangereuse, et nous ne croyons pas qu’elle donnerait les résultats attendus. Pour obtenir ces préparations, il faut en effet de très grandes intensités; les décharges électriques atmosphériques donnent de hautes tensions, mais de très faibles intensités.
- Un lecteur, à Ilemixem-lez-Anvers. — 1° Nous n’avons pas sur cette pile d’autres renseignements que ceux indiqués dans notre article; vous pourriez vous adresser au journal Chemical News, à Londres. — 2° Pas de traité spécial.
- M. G. Bornibus. à Paris. — Vous consulterez avec grand profit le Traité des chaudières et machines à vapeur de M. Henri Mathieu, à la librairie Baudrv.
- M. R. Pavon, à Cordoba. — Nous vous conseillons d’adresser directement votre demande aux constructeurs de paratonnerres suivants : M. A. Boivin, 16, rue de l’Abbaye, MM. Château frères, 118, rue Montmartre, M. Mildé-Grenet, 26, rue Laugier, anciens établissements Jarriant, 25, rue Pierre-Charron, à Paris.
- M. E. L., à Poitiers. — La librairie Fritsch, 50, rue du Dragon, à Paris, a publié une série d’ouvrages électriques qui pourraient vous convenir.
- M. Riche, à Paris. — 1° Il s’agit d’une petite dynamo pour amateur; voyez à la maison Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire. — 2° Une intensité de 1 ampère dépose en une minute 0gr;0195 de cuivre. — 3“ Nous ne pensons pas que cette mise en mouvement soit possible. — 4e Ces pièces détachées ne se trouvent pas dans le commerce ; il faut les faire préparer.
- M. G. G., à Paris. — 1° Les indications fournies par les lampes n’ont aucune signification ; il faudrait relever les différences de potentiel à l’aide d’un voltmètre et les intensités à l’aide d’un ampèremètre. — 2° La capacité et le débit annoncés
- fieuvent être atteints. — 3° Si les plaques sont sulfatées, il y a ieu de charger les accumulateurs jusqu’à disparition de toute trace de sulfatation. — 4° Il faut voir également s’il n’y a pas de courts circuits intérieurs.
- M. Maurice, à Cannes. — Il serait nécessaire de consulter divers traités et manuels de médecine à la librairie G. Masson. Ces questions exigent certains soins et précautions que les spécialistes seuls peuvent connaître.
- M. A. Eymard, à Grenoble. — L’interrupteur à mercure de Foucault est toujours employé dans les grandes bobines de Ruhmkorff.
- M. D. Viger, Cercle militaire. — Vous pouvez essaver l’eau oxygénée, mais il faut l’étendre d’eau pure.
- M. R. Robin, à Paris. — La flamme de l’acétylène conviendrait; elle a la plus belle clarté et un grand éclat.
- Questions. — N° 1348. — M. E. Peltier, à Manthelon, demande la composition d’une colle permettant de coller le papier sur l’aluminium, sans que le papier soit graissé, afin qii on puisse écrire dessus ou peindre à l’aquarelle.
- Accusés de réception. — Avis divers. — Un lecteur, à Bienne. Nous ne connaissons pas le système de lampe dont vous voulez parler. — M. E. Peltier, à Manthelon. Nous insérons votre demande aux Questions; peut-être un de nos lecteurs pourra-t-il vous donner satisfaction. — M. G. V., à Paris. L’analyse spectroscopique vous indiquera de suite si le liquide contient du calcium et du sodium. — M. Durand, à Lille. L’expérience que vous signalez est bien connue, elle est classique et est exécutée dans tous les cours de physique. — M. A. Curveur, à Nogent-sur-Marne. Voyez les Recettes et procédés utiles, lra série (G. Masson, éditeur). — M. le Dr T. Saric, à Rauzan. Nous avons publié diverses recettes pour le nettoyage des cuirs dans le même petit livre que ci-dessus, 2°, 3° et 4e sérié, à la même librairie. — Un abonné, à X.; M. J. L., à Arras. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les nuestions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi gui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Bouteille incassable et insubmersible. — La grande extension que prennent depuis quelques années les exercices de sport, et surtout le cyclisme, a donné lieu à l’emploi de liqueurs réconfortantes, à base de kola généralement, qui permettent
- Bouteille incassable. — l.Vue d’ensemble. — 2. Coupe de l’enveloppe. 5. La bouteille tombant à terre en bicyclette.
- aux amateurs d’endurer plus facilement la fatigue. Mais la nature même des exercices effectués met souvent en danger les flacons qui contiennent ces liqueurs ; ils sont exposés à des chutes qui risquent de les briser ou à des bains dont ils ne reviennent plus dans les parties de canotage. La bouteille que représente notre dessin est complètement à l’abri d’accidents de ce genre, car elle est garantie par une épaisse couche de fragments de liège maintenue par une enveloppe de forte toile. Ainsi protégée la bouteille peut tomber d’un cinquième étage ou être lancée contre un mur sans courir le risque de se casser, protégée qu’elle est par l’élasticité de son enveloppe; d’autre part la légèreté du liège la force à surnager si elle vient à tomber dans l’eau. C’est donc un récipient tout indiqué pour ceux qui désirent emporter une liqueur réconfortante, quel que soit le genre de sport auquel ils se livrent. — Nous ne connaissons pas l’adresse du constructeur de cette bouteille ; nous le prions de se faire connaître.
- Loeomobile routière et loeomobile fixe. — Les constructeurs se sont ingéniés aujourd’hui à obtenir la perfection des détails dans les petites machines à vapeur de démonstration. Après toutes les machines semblables dont il a déjà été ques-
- Locomobiles-jouets. — 1. Loeomobile routière. — 2. Loeomobile fixe.
- étudier tous les organes. La loeomobile est montée sur quatre roues, et les deux roues arrière sont commandées par une chaîne adaptée sur l’arbre moteur; la machine peut donc se déplacer. Arrivée à sa destination, les roues sont calées, la chaîne de tirage débrayée, et la loeomobile fournit la force motrice nécessaire, soit aux scies dans une forêt, soit à une pompe pour la dessiccation, soit pour toute autre utilisation. La loeomobile n° 2 est une machine fixe sur socle avec cylindre à tiroir. La chaudière comporte ' également une soupape de sûreté; toutes les parties en sont visibles et démontables. — Ces deux locomobiles se trouvent chez M. P. Bertrand, lit, rue d’Hauteville, à Paris.
- Mesures graduées en verre moulé renforcé. — On
- sait comment sont graduées les éprouvettes, mesures, etc., dont on fait usage dans les laboratoires : après avoir enduit le verre d’un vernis protecteur, l’ouvrier jauge et marque trait à trait chaque division, le verre est ensuite passé à l’acide fluor-hydrique et, le vernis enlevé, les divisions se trouvent gravées sur le verre. Ce travail, qui donne de bons résultats, revient à un prix assez élevé. Un nouveau procédé, imaginé par M. Henri Herpin, présente l’avantage de produire la division dans le verre mécaniquement : le vase sort du moule tout gradué et il n’est pas cher. L’inventeur se sert, pour arriver à ce but, d’un moule dit à la presse. Ce moule se compose d’une double partie ouvrant à charnière donnant la forme extérieure, on y coule la matière vitreuse prise au creuset avec une cuillér. Un novap intérieur monté sur la tige de la presse vient, lorsqu’on l’abaisse, se noyer dans le verre et y déplace son volume exact
- Vases en verre, gradués, à l’usage des chimistes, des pharmaciens et des photographes.
- qui formera la capacité intérieure du vase après refroidissement. Le noyau affecte la forme d’une série de volume* tronconiques à diamètres décroissants de haut en bas, chacun de ces volumes est calibré de façon à représenter les capacités à obtenir. Il en résulte que le verre ainsi fabriqué présente extérieurement une forme générale conique, tandis que l’intérieur est formé d’une série de troncs de cônes de plus en plus petits ; la différence d’épaisseur des parois provenant de cette disposition donne par transparence la sensation de traits, comme on peut le voir dans les verres représentés dans notre figure en 1, 2 et 3. Il ne reste plus qu’à inscrire, par un procédé d’impression quelconque, les chiffres correspondant à chaque trait. On comprendra que, un moule étant bien calibré, toutes les mesures qui seront exécutées seront pareilles. — Pour tout ce qui concerne ces verres gradués, il faut s’adresser à M. Henri Herpin, 6, passage Dulac (159, rue de Yaugirard), à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- tion, nous mentionnerons encore les locomobiles figurées par les'-dessins ci-dessus. Dans le n° 1 est représentée unelocomo-bile routière, avec tous ses accessoires, tels que soupape de sûreté, tubes de niveau, robinets d’arrêt, sifflet, régulateur, etc. Le corps de la chaudière est situé dans la partie cylindrique; on peut le remplir par un trou ménagé à la partie supérieure. Le foyer, une lampe à alcool, est placé dans un espace réservé à l’arrière et que l’on découvre par une petite porte. Le cvlindre fixe à tiroir est installé sur la machine ; on aperçoit l’arrivée de vapeur, la distribution et la commande du volant. Toutes les pièces sont vissées et peuvent facilement être démontées pour
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-
- Les Celliers, Construction et matériel vinicole avec la description des principaux celliers du Midi, du Bordelais, de la Bourgogne et de l'Algérie, par MM. P. Ferrouiixat, professeur de génie rural, et M. Charvet, répétiteur de génie rural à l’Ecole nationale d’agriculture de Montpellier. 1 vol. in-8°. Montpellier, C. Coulet, éditeur. Paris, G. Masson, libraire-éditeur, 1895. Prix : 18 francs.
- Lepain. Technologie. Pains divers. Altérations.— Physiologie. Composition. Hygiène, par MM. V. Galippe et G. Barré. 2 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, G. Masson et Gauthier-Villars et fils, éditeurs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- A Hand-book to the birds of Great Britain, by R. Bowdlek Shakpe. Yol. II. 1 vol. in-8°. London, W. II. Allen and C° 1896.
- Zoologisches Airessbuch. Almanach international des zoologistes. 1 vol. in-8°. Berlin, R. Friedlander et fils, imprimeurs, 1895. Prix : 12fr,50.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 30 septembre. 14*,1 S. E. 2. Beau. 0,0 Beau le matin ; nuageux le soir : lumière zodiacale.
- Hardi 1" octobre . . 15*,1 S. E. 2. Presque couvert. 0,0 Très nuag.; qq. petites averses ; halo; lumière zodiacale.
- Mercredi 2 19*,4 S. S. E. 4. Couvert. 0,0 Couv. jusqu’à 14 h.; très nuag. ens.; pluie à divers, repr.
- Jeudi 3 7*,9 S. W. 2. . Très nuageux. 7,3 Couv. de 8 à 21 h.; nuag. av.; beau ap.; pluie à div. repr.
- Vendredi 4 13*,8 S. W. 3. Peu nuageux. 2,7 Nuageux; quelques petites averses.
- Samedi 5 6” ,3 S. 2. Peu nuageux. 0,6 Beau jusq. 6 h.; très nuag. ou couv. ens.; gouttes à 14 h.
- Dimanche 6 14",5 S. S. W. 4. Couvert 2,3 Couvert ; pluie à diverses reprises.
- Alcune osservaziom faite sut resuvio il zi giugno loua : Baratta Mario. Bolletino délia Società sismologica italiana publicata per cura Prof. P. Tacchi.m. 1 brochure in-8°. — Roma, 1895.
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1895 — SEMAINE DU LUNDI 30 SEPTEMBRE AU DIMANCHE 6 OCTOBRE
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Venclndi | Sninorii Omn-irlie
- La courbe supérieure indique lu nébulosité de 0 à 10: les flèches inférieures, la direction du veut. I,es com bes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques Ibaromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc Saint-Maur en septembre 1895
- parM. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 761"”,82. Minimum 73a”*,48 le 10 à minuit. Maximum 783““,97 le 21 à 9 heures du matin.
- Moyennes thermométriques : des minima 11°,31; des maxima 27°,63; du mois 19’,49; moyenne vraie des 2i heures 18°,70. Les minima ont varie de S°,4 tes 14 et 15 à 16°,7 les 4 et 6. Les maxima de 18°,3 le 13 à 35°,5 le 7. Onze jours ont offert des maxima supérieurs à 30“.
- Tension moyenne de la vapeur, 10*“,17 ; la moindre 5““,0 le 21 à 4 heures du soir; la pluâ grande 16"“,6 le 8 à 7 heures du soir. Humidité relative moyenne 6»; la moindre 19 le 7 à 3 heures et 4 heures du soir; ta plus grande 100 en 6 jours.
- Pluie 0"“,1 le H en uu quart d’heure à 3 heures du matin. Il est, de dus, tombé des gouttes le 6 à 2 h. 30 du soir. Nébulosité moyenne, H. t y a eu 4 jours sans le moindre nuage. Il y a eu 2 jours de brouillard, l’un de 130 mètres le 5 à 6 heures du matin; l’autre de 1300 mètres le 17 à la même heure.
- Reflets d’éclairs au nord-ouest le 24 à 10 heures du soir, avec un temps clair toute la journée.
- Les vents ont été très dominants du nord-est et du sud-est.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 20°,27 ; dans l’après-midi, 21°,13; en moyenne, 20°,70. La Marne a présenté en 17 jours des températures supérieures k 20°; elle a varié de 17°,32 le 22 à 24°,33 le 8. Toujours basse et claire.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de septembre 1893 a présenté les résultats suivants : Baromètre plus haut de 3““,27. Thermomètre plus haut de 4°,12. Tension de la vapeur plus forte de 0““,11. Humidité relative moindre de 13. Pluie plus faible de 48“",2. Nébulosité moindre de 37.
- Le Topinambour a fleuri le 28.
- On n’a vu que des hirondelles de passage depuis le 9.
- Le mois de septembre qui virait de finir est très remarquable à plusieurs égards. Le baromètre, qui a été très élevé en moyenne, était encore 2 millimètres, environ, pliis haut en septembre 1863, mois qui présente
- cure n a varié dans tout le mois que de 10““,5, ce qui est sans exemple en septembre et bien rare pour tout autre mois.
- La température moyenne vraie des 24 h., 18°,70, paraît la plus haute qu on ait observée depuis un siècle et demi; il est néanmoins difficile de comparer sûrement les observations anciennes avec les observations actuelles à cause de la différence des positions et des instruments. En septembre 1863, la moyenne des minima et maxima diurnes a été trouvée de 19 ,36; au l'arc cette année nous avons, en calculant de même, une moyenne plus élevée, 19°,4 ». 11 est difficile de dire quelle e-t la différence vraie; les corrections moyennes qu’on déduit de longues séries s’appliquent imparfaitement aux cas extrêmes.
- Il est sans exemple qu’on ait constaté 11 jours des maxima supérieurs à 50°. Ce nombre de jours a été le même chez M. Renault, à Vendôme, dans une très bonne position, où la moyenne, calculée par les minima et minima diurnes à 83 mètres environ d’altitude, a été de 19°,28.
- Tandis qu’on n’a jamais, depuis un siècle et demi, constaté de maxima supérieurs à 31°,9 en septembre 185», le maximum en 1895 a atteint 35°,5 le 7. A Vendôme, le maximum 35°,3 a eu lieu le 9, ce qui est le même chiffre à la même altitude.
- Dans les Mémoires de l’Académie des sciences, le maximum annuel de la température est tombé le 1" septembre 1724 et a atteint le 82* degré du thermomètre de Labire ; d’après mes recherches, ce chiffre correspond précisément à 35°,5 centigrades; mais les chiffres de cette époque sont douteux pour bien des raisons.
- La hauteur de pluie insignifiante de 0““,1 est sans exemple depuis qu’on observe; on ne cite même qu’un seul mois quelconque sans pluie, c’est le mois d’octobre 1752. 11
- Le manque de tonnerre eu septembre est arrivé aussi depuis vingt-cinq ans en 1878 et 1883.
- La sécheresse est excessive dans les campagnes du centre de la France. A Vendôme, il n’est pas tombé une goutte d'eau dans tout le mois de septembre et depuis le 23 août. Le 10 septembre au matin, entre 6 et 8 heures, il a tonné non loin au sud et il a plu dans cette direction à 8 ou 10 kilomètres de la ville et au delà.
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- L 1 M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE 6. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMÀINE
- Lancement «lu « Lamoriciérc )). — Les Chantiers de Normandie ont procédé, le 7 septembre 1895, avec un plein succès, au lancement du Lamoricière, commandé par la Société des voiliers nantais. Le Lamoricière est un magnifique navire absolument semblable au Général-Mellinel, sorti des mêmes chantiers; il est construit entièrement en acier. Les dimensions des deux navires sont les mêmes. Longueur du Lamoricière, 8lm,29; largeur sur le pont, llm46; creux total, 7ra20. Il porte en lourd 2250 tonneaux; jauge brute, 1930 tonneaux. Le Lamoricière, qui a été amarré à peu de distance de l’endroit où il a été lancé, va être gréé en trois-mâts-barque et il sera livrable à ses armateurs le 15 octobre prochain. Si l’on songe qu’on a commencé à travailler à sa construction le 15 avril 1895, on reconnaîtra qu’il serait difficile de montrer plus de rapidité dans l’exécution d’un travail de cette importance. Nous compléterons ces détails, que nous empruntons à la Chronique industrielle, en parlant des navires en construction des Chantiers de Normandie dont le lancement aura lieu à brève échéance. A côté du Lamoricière, se trouve le Louis-Pasteur, dont la construction est aux trois quarts achevée; il a été lancé le 6 octobre. Ses dimensions sont exactement celles de^son voisin et il a été commandé par la même Société. Sufl’em-placement du Lamoricière va prendre place un grand quatre-mâts-barque de 4000 tonneaux, le Dunkerque, dont on doit oser la quille cette semaine; sa longueur sera de 104 mètres, eux dragues marines sont sur le chantier pour le compte de la maison Satre, de Lyon. Un autre trois-mâts de mêmes dimensions que le Lamoricière, le René-Blanche, est également en construction. Un pétrolier de plus de 100 mètres de longueur, pour le compte de la maison Prentout, de Rouen, est à l’étude; et enfin la même Société nantaise qui a .commandé le Lamoricière, vient de signer la commande d’un autre voilier, le Cambronne. Comme on le voit, notre marine marchande à navires à voiles est, dans notre pays, fort bien pourvue de bons bateaux.
- INFORMATIONS
- —Le record de la vitesse dans la construction des voûtes paraît être détenu par l’entrepreneur qui a récemment exécuté une voûte en béton à Dalmuir (Ecosse), pour permettre le passage d’une ligne de- chemin de fer sous une autre située en remblai ; on a dû, dans l’espace de vingt heures, percer le remblai, y établir une voûte en béton, et rétablir la voie dans les conditions normales. Le travail, exécuté entre 2 heures du matin et 10 heures du soir, dans la journée du dimanche, a rendu nécessaire le transport de 2000 tonnes de matériaux. Le remblai a été enlevé sur 10m,98 de longueur, sur autant de largeur et sur 4m,58 de hauteur. En six heures, près de 000 mètres cubes de terre ont été déplacés. Un noyau fut ensuite formé par la terre, dit Y Ingénieur civil, et on y posa près de 190 mètres de béton pour constituer la voûte ; après quoi on remplit les tympans et on rétablit la voie.
- —®— On vient d’essayer, aux Etats-Unis, un canon de construction nouvelle, du calibre de 64 millimètres, se chargeant par
- la bouche. Les essais officiels auraient démontré que ce canon pouvait résister à une pression de 2000 kilogrammes par centimètre carré. Le tube, en acier, a 38 millimètres d’épaisseur à la culasse et 19 millimètres à la bouche, Il est renforcé de frettes de 75 mil- -limètres à la culasse et de 25 millimètres à la bouche. Le tout est entouré d’une armature en fils de cuivre. Le poids total de la bouche à feu est de 207 kilogrammes et sa longueur de lm,72.
- —Un inventeur de Philadelphie a présenté au département de la marine américaine une nouvelle cellulose composée de moelle de tiges de maïs (pith of eornstalks), qui est granulée par des machines. Le secrétaire Herbert a décidé de faire faire des essais complets de ce nouveau produit et une commission a été nommée dans ce but. Deux cofferdams ont été construits, mesurant lm,83 en carré avec une épaisseur de 0m,91 ; l’un a été rempli de bôurre de coco et l’autre de la nouvelle cellulose. On les a fait traverser l’im et l’autre par un obus de 6" et par un obus de 8", puis on a soumis ces cofferdams à l’épreuve de l’eau sous pression. L’eau n’a pu pénétrer au travers de la cellulose américaine ou cellulose Marsden, et elle n’a pas tardé à suinter au travers de la bourre de coco. Le bâtiment d’escadre anglais Inflexible est protégé par des cofferdams remplis d’un mélange de liège et d’étoupe dont le poids total s’élève à 143 tonnes. Avec la cellulose de coco française, ce poids serait réduit à 43 tonnes. Avec la cellulose américaine, il ne dépasserait pas 25 tonnes et donnerait, à ce qu’on prétend, une protection plus sûre.
- —®— L’inauguration du canal du Sault-de-Saintc-Marie a eu lieu au mois de septembre 1895. Le lac Supérieur se trouve en communication directe avec l’océan Atlantique. Le gouvernement a reçu, à cette occasion, de nombreux télégrammes de félicitations.
- Ce canal a coûté 3 500 000 dollars. Depuis 1855 il existe un canal reliant le lac Supérieur aux lacs Huron et Michigan, en tournant le Sault-Sainte-Mane. Mais il est situé sur la rive américaine du Sault. Les ingénieurs canadiens en ont creusé un beaucoup plus profond, sur la rive de la puissance du Canada. On sait que les grands navires peuvent, à l’heure actuelle, remonter jusqu’à Chicago; un canal à écluses rachète la pente que descendent les eaux du Saint-Laurent, et, en particulier, les chutes du Niagara. Le vaste bassin du lac Supérieur leur sera dorénavant ouvert.
- Notes cyclistes. — L’industrie de la. bicyclette a modifié bon nombre d’autres industries. Telle fabrique de machines à coudre qui fabriquait accidentellement des cycles, a abandonné son industrie primitive; une fabrique de montres s’est transformée en fabrique de compteurs et de tachymètres; une fabrique d’aiguilles ne produit plus aujourd’hui que des rayons ; enfin, une fabrique de caoutchouc ne livre exclusivement que des pneus.
- — Un allumeur de becs de gaz d’Elizabeth (N. .T.) fait son service en bicyclette sans descendre de machine. Ce qu’il y a de remar-
- 3uable dans le fait, banal en soi, c’est que cet allumeur a une jambe e bois et ne pédale qu'avec une seule jambe.
- — On affirme que la vente des pianos, en Angleterre, est fortement atteinte par les progrès de la bicyclette.
- — La puissance de production des fabriques de bicyclettes des États-Unis atteint actuellement 560 000 par an. Quelques usines ont doublé leur installation en quelques mois. Le prix de fabrication des machines varie entre 125 et 175 francs.
- — Dans quelques années, les remises à bicyclettes seront aussi nécessaires dans les maisons d’habitation que le sont aujourd’hui les antichambres et les porte-parapluies.
- — Signe des temps : un elufi cycliste vient d’être fondé à Salo-nique, la Thessalonique des anciens, fameuse par l’épitre que saint Paul adressa à ses habitants. Us ami de la bicyclette.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les appareils de petite mécanique de démonstration que nous décrivons dans la présente livraison se trouvent chez M. Chomeau, 33, passage au Havre, et chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- Communications.— Un abonné, àX. (Italie), nous envoie deux photographies représentant de nouvelles hélices verticales à spirale qui sont formées de lames de métal contournées et fixées sur un axe central.
- M. R. Homo, pharmacien, à Damville (Eure), nous écrit au sujet de la recette que nous avons fait connaître pour détruire la moisissure des futailles, dans les Recettes et procédés utiles des Nouvelles scientifiques du n° 1166, du 5 octobre 1895. Il est question, page 76, d’une infusion bouillante de farine de moutarde. L’eau ne doit pas être bouillante et on ne doit pas dépasser 40 à 50°. Il faut donc verser une solution de farine de moutarde délayée dans de l’eau tiède. La farine contient de lamyrosine et du myronate dépotasse qui, au contact de l’eau, produisent de l’essence de moutarde. Il faut également n’employer aucun acide. Notre correspondant ajoute qu’au point de vue de l'effet et surtout du prix de revient, le premier procédé indiqué dans la même recette est préférable, mais que le second donne aussi de bons résultats.
- M. E. Rarneaud, à Oran, nous adresse la description d’une nouvelle machine-outil destinée à l’exploitation des carrières de calcaire et à la coupe des blocs qu’on en a retirés. Cette machine consiste en une bielle articulée, armée à son extrémité inférieure d’une scie circulaire et, dans certains cas, de deux scies qui travaillent parallèlement.
- Renseignements. — M. J. P., à Paris. — La résistance auxiliaire pour la charge des accumulateurs sur un réseau à HO volts peut être constituée par une lampe à incandescence que l’on monte en tension dans le circuit comme vous l’indiquez dans votre diagramme. Dans votre cas particulier vos accumulateurs ayant une capacité de 45 ampères-heure doivent contenir environ 4 kilogrammes de plaques; l’intensité de charge doit être environ de 4 ampères. Une puissance lumineuse de 130 bougies serait donc nécessaire; vous pourriez monter en quantité 4 lampes de 52 bougies.
- Un abonné, à Barcelone. — 1° On compte qu’une tonne (1000 kilogrammes) de carbure de calcium peut fournir environ 300 mètres cubes de gaz acétylène; M. Moissan a indiqué une consommation de 2 kilogrammes de carbure pour 1 mètre cube de gaz. Nous avons publié à ce sujet plusieurs articles dans le n° 1130, du 26 janvier 1895, p. 134, et dans le n° 1146, du 18 mai 1895, p. 388. — 2° Pour obtenir le carbure de calcium, il suffit de mettre en présence, dans le four électrique, de la chaux et du carbone en poudre. L’expérience est facile à répéter avec un four électrique.
- M. P. Boucher de la Ville-Jossy, à Nantes. — Vous pourrez vous procurer ces adresses au secrétariat de l’Académie des sciences, à l’Institut, à Paris.
- M. Mazeau, à Bordeaux. — 1° La technique du procédé Becquerel pour la photographie des couleurs est décrite dans l’ouvrage de M. Davanne : La photographie. Traité théorique et pratique, t. II, p. 341, à la librairie Gauthier-Villars ; voyez aussi l'ouvrage de M. Ed. Becquerel : La Lumière, à la librairie Firmin-Didot. — 2° Le Mémoire de M. Wiener, relatif à cette même question, a paru dans les Annales de Wiedemann. 1895, fascicule VI, tome LV, p. 225. M. Brunhes en a donné une analyse détaillée dans la Revue générale des sciences, dans le n° 14, du 30 juillet 1895, G. Carré, éditeur, à Paris. Si vous désirez un exemplaire du tirage à part de ce Mémoire, adressez-vous à M. le professeur Wiener, à l’Institut de physique de l’Ecole technique supérieure, à Aix-la-Chapelle.
- M. E. Hermerie, à Compiègne. — Vous pourrez vous procurer du papier parcheminé chez les marchands de produits
- chimiques, notamment chez M. Paul Rousseau, 16, rue des Fossés-Saint-Jacques, à Paris.
- M.J. G , à Anvers. — Ascenseurs hydrauliques : Abel Pifre, 174, rue de Courcelles; Edoux, 74, rue Lecourbe; Roux et Combaluzier, 24, rue Matignon; Samain et C16, 12, rue Saint-Amand, à Paris.
- M. Richard, à Paris. — L’adresse que vous demandez est la suivante : 36, rue Vaneau, à Paris.
- M. de la Celle, à Villebasfon. — Il s’agit d’un halo lunaire ; vous aurez à ce sujet de nombreux articles dans La Nature.
- M. B. de C., à Paris. — Ce bougeoir ne se fabrique plus depuis plusieurs années.
- M. Taillandier, au château des Villettes, à Droué. — 1° Vous aurez de bonnes lessiveuses aux magasins de la Ménagère, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris. — 2° Vous pourriez employer des boules de naphtaline.
- M. Petitnicol, à Saint-Leu-Taverny. — Le nouveau propulseur électrique a été décrit dans le n° 1148, du 1er juin 1895; il est construit par la Compagnie des bateaux électriques, 136, Liberty Street, à New-York.
- M. P. Auriol, à Paris. — L'organe des intérêts industriels du Nord est publié à Dunkerque; le directeur est M. L. De-henne.
- Un abonné, à Lille. — Le manuel de bibliographie universelle Roret mentionne plusieurs ouvrages anciens de tauromachie remontant à 1676 et 1752. Des scènes semblables sont décrites dans la plupart des Vovages en Espagne.
- M. J. Dennery, à Paris. — La compression à laquelle un gaz est soumis augmente la densité de ce gaz.
- M. G. Chanlaire, à Paris. — 1° Un horse-power ou cheval anglais vaut 75,9 kilogrammètres par seconde ou 1,015 cheval-vapeur français. — 2° Lepound, désigné par Ibs, vaut 455er,59.
- M. Sellier, à Blangy-sur-Bresle. — Nous avons publié une série d’articles sur les voitures automobiles dans les n°8 1150, du 15 juin 1895, n° 1151, du 22 juin 1895, çt n° 1153, du 6 juillet 1895. En tète de la Boîte aux lettres de ce dernier numéro, nous avons donné les adresses des constructeurs.
- M. S. M. C., à Hautson. — L’éclairage électrique domestique par piles n’est pas très pratique ; divers appareils ont cependant donné quelques résultats, notamment la pile O’Keenan, chez M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, et la pile Fulgur, 19, rue Turgot, à Paris.
- M. Junqfleisch, à Paris. — Le soufre fondu mélangé de résine et d’une petite quantité de grès en poudre forme une colle très résistante et insoluble dans l’eau. Le mélange doit se faire à chaud quand le soufre est fondu dans une bassine de faïence chauffée au bain de sable.
- M. E. J., à Saint-Paul-du-Bois. — Les procédés de nicke-lage sont indiqués dans les Recettes de l'électricien, par E. Hospitalier, à la librairie G. Masson.
- M. A. de Berthois, à Vitré. — i° Nous croyons que ces journaux ne paraissent plus. — 2° Les exercices de physique et applications préparatoires à la licence, par M. A. Witz, se trouvent à la librairie Gauthier-Villars et fils. — 5° La même librairie a publié plusieurs traités d’astronomie dans lesquels vous pouvez faire un choix.
- M. G. A. Le Roy, à Rouen. — Meules en émeri pour graver sur verre : MM. Deplanque père et fils, 54, rue des Boulets; M. Saint-Germain, 251, rue de Belleville, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — Adressez-vous à la maison de l'ingénieur Chevallier, 15, place du Pont-Neuf.
- M. A. Cheux, à Angers. — La Pisciculture pratique, journal dirigé par M. Jousset de Bellesme, est éditée par l’Institut international de bibliographie scientifique, 14, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. P. Hueber, à Drusenheim. — L’ouvrage ayant pour titre l'Amateur électricien, de M. Keignart, pourrait vous convenir; voyez à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. Léon C., à Bordeaux. — Vous nous demandez s’il n’y a pas d’antériorités citées à la découverte de l’Imprimerie de Gutenberg. Un archéologue roumain, M. A. Diaconu, affirme qu’il a trouvé, dans les ruines de l’ancien château fort romain Bersovia, aux environs de Temesvar, des preuves infaillibles que la gloire d’avoir inventé l’imprimerie est due aux Romains. Les recherches soigneuses de M. Diaconu ont démontré, d’après l’affirmation de ses amis, que la IV" légion Flavia Félix, qui stationnait dans la province florissante de Dada Ripensis, s’entendait à la pratique de la typographie avec des types mobiles. (A suivre.)
- Dans la « boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- ESSAIS D’UTILISATION. — FANTAISIES DE LA PÉDALE.
- Dessins et texte inédits par À. Robida.
- 1. Bicyclette-machine à coudre. Le travail sur route est vraiment plus sain que dans la chambre. — 2. Vélodrome-usine utilisant la force motrice autrement perdue. —3. Cycle à moulin et brûleur de café. — i. Bicyclette machine à . cnr. , composer et imprimer pour poète-, gens de lettres ou autres. Travailler ainsi en buvant l’air à travers les paysages, quel ravissement et quels coups do fouet pour l’inspiration! — 5. Le repasscur, adaptation facile. — 6. Tricyclette-baratte. Le beurre se fait tout seul, quand la fermière revient de traire ses vaches dans les herbages. — 7. Bicyclette à musique. Orgue ou piano. Opéras variés. Encore un petit perfectionnement facile. — 8. Le tricycle-atelier ou la petite industrie mobilisée-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Mesures électriques. Leçons professées à l'Institut électro-technique Monte fiore, par Eric Gérard, directeur de cet Institut, professeur à l’Université de Liège. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars et fils, éditeurs, 1896.
- Polarisation et saccharimétrie, par D. Sidersky, ingénieur-chimiste. 1 vol. petit in-8° de P Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 5 francs.
- La physique de l'électricité, par M. L. M. Le Dantec, professeur
- de sciences à Tréguier. 1 vol. in-8°. Librairie centrale des sciences, J. Michelet, Paris. 1895. Prix : 7 francs.
- Les maladies microbiennes des animaux, par M. Ed. Nocard, professeur à l’Ecole d’Alfort, et M. E. Leclainche, professeur à l’Ecole vétérinaire de Toulouse. 1 vol. in-8°. Paris, G. Masson, éditeur, 1896.
- Sur les fraudes de semences et les moyens de s'y soustraire. Conférence faite par M. Schribaux au congrès agricole de Reims. 1 brochure in-8°. Reims, imprimerie Henri Matot. 1895.
- Essai sur l’architecture japonaise, par Fernand Levieux. Extrait de la Société royale belge de géographie. 1 brochure in-8° avec des gravures. — Société générale d’imprimerie. 1895.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 7 octobre . . . 10*,9 W. 2. Très nuageux. 18,8 Nuageux; halo et parhélie de droite.
- Hardi 8 9%5 S. E. 1. Couvert 0,0 Couv. de 7 à 16 h.; nuag. av. et ap.; pluie à div. reprises.
- Mercredi 9 11-.7 S. 3. Couvert. 2,8 Presque couv. ; pluie de 16 b. 45 à 18 h. 25.
- Jeudi 10 10*,2 S. W. 2. Couvert. 1,7 Couv. le matin ; nuag. le soir. Coup de toun. faible vers 10 h. 30; assez fort à 10 h. 47; un peu de pluie et grêle.
- Vendredi 11 3",9 S. S. W. 1. Beau. 1,8 Beau jusq. 7 h.; très nuageux ensuite; gelée blanche; brouillard de 200 mètres à 6 h.
- Samedi 12 9*,1 S. W. 2. Couvert. 0.0 Couvert jusqu'à 8 b.; puis très nuag.; beau après 17 h.; halo. Couvert le matin ; beau le soir.
- Dimanche 13 10",1 S. S. W. 1. Couvert. 0,0
- OCTOBRE 1895 --- SEMAINE DU LUNDI 7 AU DIMANCHE 13 OCTOBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boute mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Les chaleurs de septembre 1S»5 4 Moulins. — Les chaleurs insolites que nous venons d’éprouver en septembre m’engagent à vous adresser la présente Note que vous pourrez joindre à celles que vous avez certainement reçues de toute Ja France sur ce sujet. A Moulins, pendant la première décade de septembre (du 2 au 10), le maximum de température s’est constamment maintenu supérieur à 30°. Le 8 on a noté 35°,5 ; les 6, 7 et 9, 35°,6.
- Ces températures ont été relevées sous l’abri thermométrique de l’École normale. Je crains toutefois que. par suite de la situation même de cette Ecole, les nombres ne soient peut-être un peu trop élevés. J’ai pris, en effet, quelques températures de comparaison au moyen du thermomètre-fronde, en rase campagne, à l’ombre, face au vent, à quelques kilomètres au nord de Moulins, et je n’ai pas trouvé de température supérieure à 34°.
- Les maxima accusés par mon instrument se sont élevés à 53°,9. La secberesse que nous avons subi a été véritablement intense. Pendant tout le mois de septembre, il a plu seulement le 11, très légèrement, à 3 heures du matin, et quelques heures après il n’v paraissait plus. Aussi, à la date du 30, les voies de communication étaient aussi poudreuses, les arbres des
- routes aussi poussiéreux qu’en juillet et en août. La végétation faisait triste figure. De vertes prairies étaient jaunies.ou décolorées. Les sources tarissaient, les mares se desséchaient et la rivière d’Allier elle-même était à sec. Des huit piles métalliques qui supportent le tablier du pont du chemin de fer de Montluçon, une seule (la deuxième ouest) baignait encore dans les eaux de l’Ailier* En amont de Moulins, à Nomazy, on traversait l’Ailier à gué, avec de l’eau un peu plus haut que la cheville. Depuis trois quarts de siècle, on ne se rappelle pas avoir vu sécheresse pareille. Ici, les hirondelles étaient déjà rarissimes. Depuis l’équinoxe d'automne on n’en a plus guère vu. G. de Rocquigny-Adanson.
- Orages et tempêtes 4 l’étranger. — Une violente tempête a sévi, dans la nuit du 2 au 3 octobre 1893, sur la Grande-Bretagne : c’est sur la côte occidentale qu’elle a causé le plus grand nombre de désastres; on a signalé, dans le canal de Bristol, la perte de dix-neuf grands navires à vapeur et de vingt-sept bateaux de moindre tonnage; une vingtaine de cadavres ont été amenés par la mer sur les côtes du Somerset et du comté irlandais de Dovvn.
- Le 3 octobre, une violente tempête a éclaté également sur Madrid. Un grand nombre de cheminées ont été renversées. Un enfant a été tué.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 11, à 2 b. 44 m. du soir.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
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- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- IA SEMAINE
- Le» oiseaux de Londres. — Au dernier dîner du Club des Ornithologistes de Londres, un des membres de la Société a fait l’énumération de tous les oiseaux qu’il lui a été donné de rencontrer à Londres et dans sa banlieue. On ne se doute guère que le nombre des espèces ou variétés d’oiseaux, qui ont élu domicile dans la capitale et n’v ont fait qu’un court séjour, atteint la centaine. Parmi les espèces que l’on s’attendait le moins à trouver en pareil milieu, citons : les mauvis, les litornes, les traquets, les tariers, les rossignols, les rouges-gorges, les fauvettes babillardes, les grisettes, les fauvettes des jardins, les fauvettes à tête noire, les fauvettes véloces; des roitelets, des becs-fins, des mésanges de toutes sortes, des pipits, des hoche-queue, des moucherolles, des crécerelles, des éperviers, des hiboux, des hérons, des sitelles, des canards sauvages, des buzards montagu, des poules d’eau, des bécassines sourdes, des bécasses, des faisans, des pies, des piverts, des mau-bêches, des bruants, des bruants jaunes et de diverses variétés, des bouvreuils, des becs croisés, des coucous, des pigeons ramiers, des grimpereaux, des goélands, des mouettes, des râles, des geais, des pluviers, etc., etc.1.
- INFORMATIONS
- —$$— M. Tau tain, un de nos lecteurs de Nukahiva, nous adresse la Note suivante au sujet de la communication de M. Pavot (Boîte aux lettres du 1er juin 1895) : « Permettez-moi, nous dit notre correspondant, de vous faire remarquer que les crânes préhistoriques trépanés ont été signalés d’abord par M. le Dr Prunières (de Marvejols), en 1875. L’étude complète de ces trépanations a été faite en 1876 par l’illustre Broca, qui a démontré qu’il y avait deux sortes de trépanations : 1° Celles faites sur le vivant afin de laisser issue à un démon (pour guérir l’épilepsie et sans doute les convulsions de l’enfance). L’opération était généralement faite dans un âge peu avancé et le procédé était le raclage. 2° Les trépanations post mor-tem, dans lesquelles, au lieu de détruire l’os par raclage, on découpait une rondelle. Ces rondelles servaient d’amulettes : les crânes sur lesquels elles étaient enlevées étaient ceux d’individus guéris •de l’épilepsie ou, plus probablement, de convulsions de l’enfance; et l’amulette servait de préservatif contre la maladie. Le travail de Broca paraît bien un travail définitif comme tous ceux de l’illustre fondateur de l’anthropologie en France; et il a été accepté par tous nn tous pays. Titre : De la trépanation du crâne et des amulettes crâniennes à l’époque néolithique, 1876. Congrès de Buda-Pcsth.
- —Le lor novembre 1895, aura lieu l’ouverture du Laboratoire d’études et de recherches annexé à l’Ecole de physique et chimie industrielles, 42, rue Lhomond. Moyennant une indemnité fixe et mensuelle à la Ville de Paris, toute" personne désirant travailler à ce laboratoire tronvera à sa disposition le matériel et les produits nécessaires à ses expériences. Le laboratoire est ouvert
- 1 D’après VÉleveur. — Nous avons publié une Notice sur les Oiseaux des grandes villes, dans le n° 581, du 19 juillet 1884, p. 105
- tous les jours (dimanches et fêtes exceptés), depuis 9 heures du matin à 6 heures du soir jusqu’au 51 juillet.
- —@— Le Comité de XAnnuaire général et international de la photographie rappelle à MM. les amateurs que le dernier délai pour la remise des épreuves devant prendre part au Concours de photographie de 1896 est fixé au 50 novembre prochain. Adresser les épreuves à M. Marc Leroux, 8 et 10, rue Garancière, à Paris.
- —®— On vient de transporter à l’église du Sacré-Cœur, à Montmartre, la cloche La Savoyarde offerte par le diocèse d’Annecy. Cette cloche a un poids total de 18 855 kilogrammes et une hauteur de 5m,06. Elle donne le contre-wt grave. Elle est formée d’un alliage composé de 78 parties de cuivre rouge du Chili et de 22 parties d’étain. Son transport à Paris n’a pas été sans difficultés, d’abord par chemin de fer, et ensuite de la gare de la Chapelle à Montmartre. On a employé pour soulever ce fardeau un treuil roulant à vapeur de 20000 kilogrammes et pour le traîner un camion attele de 18 chevaux en flèche.
- —Un bicycliste s’est littéralement fendu la tête en deux en tombant, lundi 14, rue des Pyrénées. Il avait voulu passer près du bureau des tramways électriques, entre des voitures et le trottoir. En descendant de voiture, un voyageur le fit tomber. La tête du malheureux bicycliste heurta la bordure du trottoir et il eut le crâne brisé. Il est mort sur le coup.
- BIBLIOGRAPHIE
- Mi ri fici logarithmorum canones construclio, et eorum ad naturelles ipsorum numéros habituâmes, una cum annota-tibus aliquot doctissimi D. IIenrici Briggii in eas, et calculo resoluenda (1 brochure in-8% reproduite par l’héliogravure). — Lugduni. Apud. Bartholomœum Yincentuum sub signo Victoriæ. MDCXX.
- Un de nos éditeurs de livres de sciences nous envoie un fac-similé très curieux d’un rarissime ouvrage très ancien : le Miri-fici logarihmorum canonis construclio de Neper. Cela ne pourra manquer d’intéresser ceux des lecteurs de La Nature qui s’occupent de l’histoire de la science; l’ouvrage de l'inventeur des logarithmes était si rare que Montucla, dans son Histoire des mathématiques, n’en parle que par ouï-dire; il n’en avait jamais vu aucun exemplaire. — Cet ouvrage est édité par M. A. Hermann, 8, rue de la Sorbonne.
- Histoire du monde. Son évolution cl sa civilisation, par Etienne Guyard, ancien professeur à l’Ecole impériale des officiers du Japon. 1 vol. in-8°. Paris, chez l’auteur, 5, impasse Nicole. 1895. Prix : 10 francs.
- Dictionnaire populaire d'agriculture pratique, par MM. Gaston Percheron et Paul Dubreuil. 1 vol. in-4°. 5e fascicule. Char-bonné-Cryptogames. — Paris, JouvetetCie, éditeurs. 1895. Prix : 2fr,50.
- Etude sur l'espace et le temps, par Georges Lechalas. 1 vol. in-12 de la Bibliothèque de philosophie contemporaine. Paris, Félix Alcan, éditeur. 1896. Prix : 2fr,50.
- Science et religion, par Malvert. 1 vol. in-18, 2e édition corrigée et entièrement refondue. Paris, Société d’éditions scientifiques. 1895. Prix ; 2fr,50.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les
- adresses des constructeurs mentionnés dans l’article de l’Exposition du travail sont les suivantes : chaudières Niclausse, 24, rue des Ardennes; machines à vapeur Westinghouse, 1, rue Saint-Georges ; dynamos et moteurs Thury, 50, boulevard Hauss-mann ; monte-charge Heutte, 125, rue de Flandre ; lave-assiettes J. Decoudun, 9, rue Friant (Montrouge), à Paris.
- Communications. — M. M. Gaubert, à Liverpool, nous adresse une photographie et une description de la nouvelle ligne de tramways électriques à trolleys aériens établie dans l’île de Man pour aboutir au sommet de la montagne du Snaefell. Du haut de cette montagne de 600 mètres d’altitude, par un temps clair, on peut apercevoir l’Ecosse, l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande. La ligne part de Douglas et va jusqu’à Laxey; la vitesse est de 6 à 7 kilomètres par heure aux plus fortes rampes et de 20 à 25 kilomètres aux descentes. Les voitures peuvent contenir environ 30 personnes. Les moteurs qui actionnent les voitures ont une puissance d’environ 40 chevaux ; ils sont au nombre de 4, chacun agissant sur un essieu.
- M. Guido Cibin, à Schio, nous écrit au sujet de l’article que nous avons consacré aux cyprès de Santorso, dans le n° 1165, du 28 septembre 1895, p. 288. Le cyprès abattu par la foudre, dont il est question, avait 13 mètres de hauteur et non de circonférence, comme nous l’avons dit.
- Renseignements. — M. A. Denisse, à Bry-sur-Marne; M. G. Le fort, à Paris. — 1° Des piles bloc à liquide immobilisé pourraient peut-être vous donner satisfaction; adressez-vous à la Société de construction, 98, rue d’Assas, à Paris. On a également fabriqué des piles Leclanché avec immobilisation du liquide. La maison Leclanché et Cie, 158, rue Cardinet, à Pans, a un procédé d’immobilisation par l’agar-agar. — 2° Il n’y a pas de danger à utiliser les piles au bichromate de potasse, mais l’emploi de ces piles ne serait guère pratique.
- M. E. Porchcron, à la Ronde (Cher). — Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux précédemment donnés sur le retaillage des limes et des fraises par l’électricité ; mais notre recette contient toutes les indications nécessaires pour répéter l’expérience. Nous ne croyons pas que le procédé ait été employé industriellement.
- M. A. Rosier, à Meaux. — Remerciements pour votre intéressante photographie ; mais le rocher ne représente pas aussi bien un éléphant que le dessin donné précédemment à propos du bois de Païolive (n° 1105, du 4 août 1894, p. 160).
- M. A. Bergeron, à Bordeaux. — Vous trouverez l’expression de la surface et du volume du fuseau géométrique dans les dictionnaires de mathématiques, et aussi dans le grand dictionnaire de Larousse.
- M. Goretti, à Rome. — Lampes à. acétylène : M. Trouvé, 14, rue Vivienne, MM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, à Paris. Nous donnerons prochainement la description de divers appareils.
- M. P. E. Poulet, à Paris. — Renseignez-vous à la Société française de produits pharmaceutiques, Adrian et Cie, 9, rue de la Perle, ou auprès de MM. Duquesnel et Millot, fabricants d’alcaloïdes, 24, rue Pavée-aux-Marais.
- M. L. Fléchant, à Montenay. — 1° Nous n’avons pas d’adresse plus complète que celle donnée dans notre article. — 2° Des essais de ce genre n’ont pas encore été faits.
- M. H. Théron de Montaugé, à Toulouse. — Nous ne savons pas s’il existe des traités aussi complets sur cette question; voyez aux librairies Michelet et Dunod, quai des Grands-Augus-tins, à Paris.
- M. Sébastian Arozena, à Palma (Iles Canaries). — Adressez-vous directement au secrétariat du Bureau central météorologique de France, 176, rue de l’Université, à Paris; il encourage les créations de ce genre.
- M. H. C., à Maisons-Laffitte. — Il n’y a pas de bicyclette spéciale; mais il faudrait faire construire un appareil qui conviendrait.
- M. P. P., à X. — Le journal que vous demandez n’est pas indiqué dans XAnnuaire de la presse française. Il n’existe que La Mère et l'Enfant, ayant pour directeur M. le Dr Caradec, et qui est édité, 44, rue Froissart, à Paris.
- M. R. Doux, à Anglet. — Il vous faudrait adresser cette demande à M. P. Mégnin, directeur du journal l’Eleveur, 6, avenue Aubert, à Vincennes (Seine).
- M. J. Vacher, à Treignac. — 4° La puissance spécifique des piles, accumulateurs et dynamos, est respectivement de 3,5 et 40 watts par kilogramme ; l’énergie spécifique des piles et accumulateurs est de 20 et 30 watts-heure par kilogramme. — 2° La résistance serait notablement augmentée.
- M. C. Kina, à Marseille. — Les questions de l’évolution des mondes dont vous parlez sont généralement bien obscures.
- M. Mihran B. Mamigonian, à Beyrouth. — Nous croyons que le travail a été fait par M. Courau ; vous aurez du reste le renseignement exact à la Société d" Encouragement, 44, rue de Rennes, à Paris.
- M. A. D. K., h Bruxelles. — Tous les petits ventilateurs électriques à ailettes peuvent convenir; il en existe un très grand nombre de modèles : voyez chez M. Werner, 85, rue de Richelieu, J. Ulmann, 16, boulevard Saint-Denis, à Paris, et chez M. F. Henrion, à Nancy.
- M, P. Schumacher, à Issoudun. — Fourneaux à pétrole M. Tiroloy, 3, rue de la Banque, M. Ferrary, 31, boulevard Haussmann, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — La flamme de l’acétylène ne produit pas de fumée.
- M. F. Denis, à Beauvais-sur-Matha. — Pour vous fournir tous ces renseignements, il serait nécessaire de dresser et d’étudier un projet; adressez-vous à un constructeur de moulins à vent, M. Beaume, 66, avenue de la Reine à Boulogne-sur-Seine, ou à MM. Anceaux et Kuntzel, 10, boulevard de la Contrescarpe, à Pans.
- M. Petitdidier, à Remiremont. — Nous pensons que l’eau de source dont vous parlez doit être bonne ; il serait cependant nécessaire de la soumettre à l’analyse d’un chimiste.
- M. F. Leroy, à Paris, — Consultez l’article que nous avons fait paraître sur le chauffage à l’acétate de soude dans le n° 502, du 13 janvier 4883, p. 101 ; à cette époque il fallait s’adresser à MM. Ancelin et Gillet, 32, boulevard Henri IV.
- M. E. Pottier, à la Loge-des-Roches (Indre-et-Loire). — Vous pourriez essayer le chlorure de calcium placé dans des récipients ; ce procédé est employé au Bureau international des poids et mesures pour dessécher des pièces humides.
- M. L. M., au Sénégal. — 4° Vous trouverez des traités deoe genre à la librairie Gauthier-Villars, à Paris. — 2° L’adresse que vous demandez est la suivante : 12, rue Ernest, à Puteaux (Seine).
- M. P. Van de Lippe, à Gand. — Il faudrait faire une épissure pour cette jonction.
- M. Marnet, à Paris. — La question de la traction mécanique à Paris est toujours à l’étude; elle présente de grandes difficultés. Vos observations nous paraissent justes ; mais il n’est pas toujours possible d’établir des changements de voie assez rapprochés.
- M. J. Sounet, auFournav. — L’art de faire le beurre et les meilleurs fromages, par MM. Anderson et Chaptal, à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. T. C., à Marseille. — Renseignez-vous à la librairie Bernard, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Levant, à Paris. Vous confondez toutes les unités électriques, volt, ampère, watt, etc.; voyez le Formulaire de Vélectricien, de M. E. Hospitalier, à la librairie G. Masson. — M. L. D., à Marseille. Il faut construire d’abord l’appareil et l’essayer ensuite dans des expériences, ' sérieuses; vous pourrez après indiquer quelques chiffres de fonctionnement. — M. G. V-, à Paris. Le diagramme que vous donnez, pour rétablissement de votre sonnerie est faux. — M. D. Barbier, à Lyon. Il serait intéressant d’avoir des détails plus complets sur votre expérience ; nous verrons alors s’il y a lieu d’en parler. — M. Charles, à Saigon. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. Dubois, à Paris; M. G. Loiselle, à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie G. Masson. — Un abonné, à Bourges. Si les diverses colles dont nous avons indiqué la composition dans les petits livres des Recettes et procédés utiles ne peuvent convenir, il faudrait employer la seccotine, colle spéciale que l’on trouve à Paris chez tous les marchands, et notamment chez M. Lustrât, 55, rue de Richelieu, à Paris.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes--les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Le crayon mémorandum. — Personne ne peut contester aujourd’hui la nécessité de prendre des notes pour rendez-vous, affaires, renseignements, etc. Si on n’a pas le soin d’enregistrer aussitôt les indications qui sont données, il arrive bien souvent qu’on les oublie, en raison de la multiplicité des affaires qui se présentent dans une même journée. Parfois alors on a bien un crayon, c’est le papier qui manque; ailleurs, c’est
- CRAYON MEMORANDUM
- ///'/ / a //// .1 /,/ /J// /////. Z////
- Le crayon mémorandum. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Crayon. 3. Gomme. — 4. Bande de parchemin pour notes.
- le crayon qui a été oublié. Le crayon mémorandum permet de remédier à ces inconvénients. Le n° 1 nous montre une vue d’ensemble de l’appareil ; il est formé d’un étui central pouvant contenir dans son intérieur d’un côté un crayon (n° 2), et de l’autre côté une gomme (n° 3). Dans l’étui s’enroule une bande de parchemin d’une longueur de 9 centimètres sur une largeur de 4 centimètres. Cette bande peut se retirer extérieurement comme le fait voir le n° 4, et se replier à l’intérieur à l’aide d’un bouton moleté. Pour prendre une note, il suffit de dérouler la bande, de retirer le crayon et d’écrire ; la note peut ensuite être effacée à l’aide de la gomme, et le même parchemin peut servir très longtemps. — Le crayon mémorandum se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, Paris.
- Le hanneton mécanique. — Le jouet que nous représentons dans les figures 1 et 2 présente des dispositions mécaniques très ingénieuses. Il s’agit d’un hanneton, qui une fois mis en marche s’avance lentement en posant alternativement une patte à droite, une patte à gauche, en s’appuyant successivement sur chacune d’elles et en battant des ailes comme pour prendre son vol. Ces résultats sont obtenus à l’aide d'un ressort, que l’on remonte au moyen d’une clef, et qui commande 1 un barillet pourvu d’une roue dentée. Celle-ci actionne à son
- Le hanneton mécanique. — 1. Vue en plan par-dessus. 2. Vue du mécanisme intérieur en dessous.
- tour un pignon muni d’une autre roue dentée, laquelle met en marche également un troisième pignon denté. Le deuxième axe fait fonctionner à l’aide d’un excentrique une tige horizontale à laquelle sont reliées les pattes antérieures et postérieures. Le troisième axe commande les battements des ailes par des tiges articulées et des excentriques. Comme on le voit, cette heureuse combinaison de mouvements mécaniques a permis d’établir un jouet réellement amusant et intéressant. — Le hanneton mécanique se trouve à la même adresse que le Crayon mémorandum.
- Bouchon à pression d'une rondelle de caoutchouc pour les eaux gazeuses. — Nos figures ci-eontre font
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- comprendre le mécanisme de ce nouveau bouchon, le n° 1 le montre extérieurement. Le petit appareil est en métal, sa partie inférieure qui s’introduit dans le goulot de la bouteille a une forme conique. La grande base du cône est en bas; ce cône est enveloppé à sa partie supérieure d’un tube de caoutchouc, qui s’introduit dans le goulot avec le cône à très doux frottement ; la fermeture complète est obtenue en tournant la pièce métallique ornée qui est montée à la tête d’une vis fixée au sommet du cône métallique, et traversant le support
- Bouchon à fermeture hermétique pour les eaux gazeuses.
- du bouchon (n° 2). La vis tourne en montant et entraîne le cône au travers du tube de caoutchouc; en s’élevant ainsi le tube conique agit par pression en augmentant le diamètre du caoutchouc. Le n° 3 montre le tube de caoutchouc devenu conique. Il suffit donc de tourner la poignée du haut du système pour obtenir une fermeture hermétique. — Cet appareil se trouve chez M. H. 0. Lelm, 10, rue Herran, Paris-Passv.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Enseignement professionnel des chauffeurs-mécaniciens. — La profession de chauffeur-mécanicien exige une connaissance complète des appareils que l’on est appelé à conduire. L’ouvrier doit être au courant de tous les détails des chaudières et des machines à vapeur. On ne peut donc qu’encourager hautement les cours gratuits qui ont pour but de donner cette instruction. L’électricité occupe aujourd’hui une grande place dans l’industrie ; il faut aussi que le mécanicien connaisse fa conduite de la machine dynamo. La Fédération générale professionnelle des chauffeurs-mécaniciens a organisé des cours depuis nombre d’années. Ces cours ont été ouverts au commencement d’octobre aux heures et aux locaux suivants : Cours de mécanique et de chauffage. — Section du IVe arrondissement. Mairie du IVe arrondissement, rue de Rivoli. Professeur : M. Pinaud, ingénieur-constructeur. — Ouverture : vendredi 11 octobre et vendredis suivants, à 9 heures du soir. Instruction des Chauffeurs-Couleurs des lavoirs. Mairie du IVe arrondissement. — Tous les dimanches à 3 heures, à partir du 4 novembre, jour d’ouverture. — Professeur : M. Damien, ingénieur. — Section du Xe arrondissement. Ecole des garçons de la rue Grange-aux-Belles. — Professeur : M. Vizet, ingénieur-constructeur. — Ouverture : le mercredi 16 octobre, à 8 heures et demie du soir et mercredis suivants. — Section du XIe arrondissement. Mairie du boulevard Voltaire. — Professeur : M. Jamet, ingénieur, contrôleur des mines. — Ouverture : le mercredi 16 octobre à 8 heures et demie du soir et mercredis suivants. — Section du XIIe arrondissement. Ecole de garçons, boulevard Diderot. — Professeur : M. Palicot. — Ouverture : le mercredi 16 octobre à 8 heures et demie du soir et mercredis suivants. — Section du XIIIe arrondissement. Mairie des Gobelins. — Professeur : M. Chaumier, ingénieur, contrôleur des mines, inspecteur des appareils à vapeur de la Seine. — Ouverture : le mercredi 16 octobre à 8 heures et demie du soir et mercredis suivants. — Section du XIVe arrondissement. Mairie place de Montrouge. — Professeur : M. Blouin, ingénieur civil. — Ouverture : 28 octobre. — Sections du ATe et du XVIe arrondissement. Ecole communale des garçons, 60, rue Saint-Charles. — Professeur : M. Mahl, ingénieur, contrôleur des mines, inspecteur des appareils à vapeur de la Seine. — Ouverture : le mercredi 16 octobre à 8 heures et demie du soir et mercredis suivants. — Section de Boulogne-sur-Seine. — Professeur : M. Contrestin, ingénieur civil. Cours à la Mairie. — Ouverture : le mercredi 16 octobre et mercredis suivants, à 8 heures et demie du soir. — Section du XVIIe arrondissement. École des garçons, rue Ampère. — Professeur : M. Jolly, ingénieur des Arts et Manufactures. -
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- Ouverture : le mardi 15 octobre à 8 heures et demie du soir et vendredis suivants. — Section du XVIIIe arrondissement. Ecole des garçons de la rue de Clignancourt. — Professeur : M. Mathieu, ingénieur, contrôleur des Mines, inspecteur des appareils à vapeur de la Seine, délégué cantonal de la ville de Paris. — Ouverture : le mercredi 16 octobre à 8 heures et demie et mercredis suivants. — Section du XIXe arrondissement. Ecole des garçons, rue Barbanègre, le mardi 15 octobre, de 8 heures et demie à 9 heures et demie, et tous les mardis suivants. — Professeur : M. Bérenger, ingénieur civil. — Section du XXe arrondissement. Ecole communale delà rue de Tleracem. — Professeur : M. Obstael, ingénieur. — Ouverture : le mardi 15 octobre et mardis suivants. — Section de Saint-Denis et communes limitrophes. Ecole rue de Châteaudun. — Professeur : M. Dehail, ingénieur civil. — Ouverture : le vendredi 11 octobre à 8 heures et demie. — Section de Vincennes et communes limitrophes. Ecole rue de la Liberté. — Ouverture : le mercredi 16 octobre et tous les mercredis suivants à
- 8 heures et demie. — Professeur : M. Adrien Machon, ingénieur civil. —Cours pratiques d’électricité industrielle.
- — Mairie du IVe arrondissement, rue de Rivoli. —Professeur : M. Laffargue, ingénieur-électricien, licencié ès sciences physiques. — Ouverture : le jeudi 17 octobre, de 9 heures à 10 heures du soir et jeudis suivants. — Ecole des garçons, rue Grange-aux-Belles, le lundi 14 octobre, à 8 heures et demie du soir. — Professeur : M. Augé, ingénieur-électricien. — Mairie du XIIIe arrondissement. — Professeur : M. Paul Virot, ingénieur-électricien. — Ouverture : jeudi 10 octobre à 8 heures et demie du soir et vendredis suivants. — Ecole des garçons du XVIIIe arrondissement, 63, rue de Clignancourt. — Professeur : M. Clerbout, professeur à l’Association polytechnique.
- — Ouverture : le vendredi 25 octobre à 8 heures et demie du soir et vendredis suivants. — Ecole des garçons, rue de Châteaudun, à Saint-Denis (Seine). — Professeurs : MM. Laffargue et A. Quérey, ingénieurs-électriciens. — Ouverture : le mardi 15 octobre, de 8 heures à 9 heures et demie du soir.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M- Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DD lfATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 octobre . . 5”,2 N. 2. Quelques nuages. 0,0 Très peu nuageux jusqu’à 15 b.; presque couvert ensuite ; petit brouillard à 1 b.
- Mardi 15 8-,l E. N. E. 0. Beau. 0,0 Quelques nuages dans la journée ; très nuageux uisqu’à 4 h. et à 23-24 h.
- Mercredi 16 12*,0 S. W. 1. Presque couvert. 0,0 Presque couvert jusqu’à 20 h.; beau ensuite; quelques averses; halo.
- Jeudi 17 3*,1 N. N. W. 1. Nuageux. 0,0 Nuageux de 7 à 15 h.; beau avant et après: gelée blanche; halo.
- Vendredi 18 (P,8 N. N. E. 1. Beau. 0,0 Nuageux de 12 à 15 h.: beau avant et après: gelée blanche.
- Samedi 19 0%7 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Pas trace de nuage; gelée blanche.
- Dimanche 20 —1*,0 N. E. 1. Beau. 0,0 Beau ; premier jour de gelée à glace.
- OCTOBRE 1895 --- SEMAINE DU LUNDI li AU DIMANCHE 20 OCTOBRE
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indique*
- es {baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à Vab
- courbe épaisse, les pressions barométriques boule sèche : courbe en pointillé. thermomètre à Vabri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- lies crues. — A la suite de grandes pluies torrentielles, à Avignon, le 9 octobre 1895, en vingt-quatre heures la Durance a subi une crue de près de 3 mètres. Les nouveaux barrages du canal Saint-Julien ont été démolis et emportés en partie. Tous les canaux ont regorgé d'eau. A la même date, on a signalé des tempêtes eu Espagne. Les communications postales et télégraphiques ont été très difficiles pendant plusieurs jours. La crue du Manrauarès a été surtout très considérable et a causé de grands dégâts. A Rome, le 11 octobre 1895, les pluies ont provoqué une crue du Tibre qui n’a pas présenté de danger.
- La neige A Ludion. — Le 10 octobre 1895, la neige est tombée abondamment sur les montagnes voisines de Luchon. Des muletiers espagnols se sont laissé surprendre aux sommets des ports de Venasque et Mounjoyo. Des ours et des isards en bandes ont été aperçus au Rouming-liaou et sur les lianes des Céciré, dans la vallée du Lys.
- Les hivers secs. — Sous ce titre, le journal Ciel et Terre, du 1" oe- 1 tobre 1895, a publié quelques renseignements intéressants sur les obser- j vations faites à Bruxelles. Depuis 1880, la quantité d'eau tombée dans la saison froide de l’année (comprenant les mois de novembre à avril) a été chaque fois, sauf en 1887-1888 et en 1891-1892, au-dessous de la valeur normale. Dans les deux années qui fout exception, la quantité a élé très légèrement supérieure à cetie valeur normale. A Bruxelles, la hauteur de pluie pour la période novembre-avril est, en moyenne, de 325 millimètres. Pour la série des années 1886 à 1895, celte hauteur est descendue à 296 millimètres; en 1888-1889, elle est tombée .à 216 millimètres, et en 1892-1893, à 261 millimètres. Pour les périodes d’égale durée antérieures à eelle de 1886-1895, les hauteurs moyennes de pluie de la saison froide ont été de 291 à 311 millimètres. Une seule période, celle de 1850-1859, est comparable à la période dernière; mais alors six hivers seulement sur neuf furent secs, tandis que de 1886 à 1895, sept hivers ont présenté ce caractère. De 1851 à 1859, la hauteur moyenne des chutes pluviales de- l’hiver ne s'éleva qu’à 239 millimètres (normale =325 millimètres). C’est la série la plus i remarquable d’hivers secs que Ton ait constatée dans les soixante-cinq dernières années.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 18, à 6 h. 19 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteur? au numéro, au moment de la publication du journal.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction de < La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc., doivent être adressées à M. Gaston Tissàndier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LÀ SEMAINE
- Projet d’un ascenseur an mont Blanc. — La
- Société scientifique industrielle de Marseille, dans une de ses dernières séances, a entendu une curieuse communication de M. P. Issartier, contrôleur des mines, sur les moyens d’atteindre la cime du mont Blanc avec un ascenseur. Deux projets ont été établis par l’auteur. La construction prochaine du chemin de fer de Cluses à Chamonix et les difficultés que présentait l’accès du ravin de Miage ont conduit M. Issartier à abandonner le tracé primitif de son projet, qui partait de ce ravin, et à choisir comme point de départ des travaux le village des Bouches, à quelques kilomètres de Chamonix. Le principe du projet reste d’ailleurs le même : une galerie se dirigerait vers l’aplomb du
- {oint culminant du mont Blanc et un puits vertical partant de 'extrémité de cette galerie aboutirait au sommet de la montagne; seulement la galerie partirait de la cote 2100 mètres au lieu de la cote 1800. La longueur du tunnel sera ainsi de 5700 mètres et la hauteur du puits sera de 2539 mètres. Le puits serait creusé de bas en haut. Un caisson en acier du poids de vingt tonnes, reposant par l’intermédiaire de ressorts sur un ascenseur, supportera les ouvriers et les perforatrices et suivra le front de taille à une distance de 2 mètres. Ce caisson ne descendrait jamais et devrait résister aux effets du tirage des coups de mine. Les matériaux provenant du front de taille seraient réduits à l’état de sable grossier par des broyeurs installés dans le caisson et jetés ensuite dans un tube en tôle d’acier qui les conduirait dans une cuvette creusée' au millieu du sol de la galerie. Ces sables seraient entraînés au jour par des eaux provenant des diverses sources que l’on ne manquera pas de rencontrer; la pente de la cuvette et de la galerie étant de 3 centimètres par mètre, on n’aura pas à redouter des ensablements. M. Issartier estime que la température à 5700 mètres du jour sera de 40 degrés environ ; il espère la ramener à une vingtaine de degrés par la détente de l’air comprimé à toute pression. Ce procédé est aujourd’hui employé pour la fabrication industrielle de la glace. Une puissance de 600 chevaux serait prise sur la rivière de l’Arve et transmise, aux moyens de fils électriques, aux perforatrices, aux ascenseurs et aux différentes machines-outils. Un plan incliné de 1800 mètres de long partant du village des Bouches, gravirait la montagne de Taconnaz jusqu’à Centrée de la galerie. Un hôtel serait installé à l’extrémité du plan incliné; il se trouvera à une altitude supérieure de 471 mètres de celle du Pilate. Un autre hôtel serait installé en haut du mont Blanc. L’ascension se ferait au moyen d’ascenseurs électriques, s’élevant sur quatre crémaillères verticales scellées dans le roc ; elle durerait 30 minutes environ. M. Issartier a démontré qu’une période de sept ans serait plus que suffisante pour l’exécution des travaux, dont le devis s’élève à 8 millions de francs*. Voilà ce qui s’appelle un projet hardi, si hardi que nous doutons quelque peu de sa réalisation.
- 1 D’après le Sémaphore de Marseille.
- INFORMATIONS
- —@— Le Conseil d’administration de l’Institut Pasteur s’est réuni il y a une huitaine de jours pour nommer le successeur de l’illustre défunt. Ainsi qu’on l’avait prévu, c’est M. Duclaux qui a été désigné pour remplir les fonctions de directeur. Le Dr Roux est nommé sous-directeur. M. Emile Duclaux est né à Aurillac en 1840. D’abord professeur de physique à la Faculté des sciences de Lyon, il obtint au concours, en janvier 1879, la chaire de physique et de météorologie à l’Institut national agronomique. En 1885,” M. Duclaux était nommé professeur de chimie biologique à la Sorbonne. Elève de Pasteur et l’un de ses plus anciens collaborateurs, il fut, à la fondation de l’Institut de la rue Dutot, choisi comme sous-directeur de cet établissement scientifique. M. Duclaux est membre de l’Académie des sciences et officier de la Légion d’honneur. On lui doit divers ouvrages remarquables, entre autres : Ferments et maladies, le Microbe et la maladie, Etude sur la nouvelle maladie de la vigne.
- —Par décret en date du 9 octobre 1895, rendu sur la pro-osition du ministre de l'Instruction publique, des Beaux-Arts et des ultes, sont nommés, pour trois ans, membres du Conseil de l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon : Mil. Moissan, membre de l’Académie des sciences; Henri Becquerel, membre de l’Académie des sciences; Marcel Deprez, membre de l’Académie des sciences; Cornu, membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes; le général de la Noe, sous-chef d’état-major général de l’armée, directeur du Service géographique, représentant le ministère de la Guerre; le contre-amiral Sallandrouze de Lamor-naix, représentant le ministère de la Marine; Philippe, directeur de l’hydraulique agricole au ministère de l’Agriculture, représentant ce département; Scheurer-Kestner, sénateur, représentant le ministère du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes ; Edouard Delpeuch, député, représentant le ministère de l’Instruction publique; Louis Liard, directeur de l’Enseignement supérieur, représentant le ministère de l’Instruction publique; Janssen, membre de l’Institut, directeur de l’Observatoire a astronomie physique de Meudon.
- —@— Un journal anglais nous donne le nombre de chats que possède la ville de Londres. Il s’élève, parait-il, à 200 000. Il ne faut pas moins de 170 chevaux par jour pour nourrir cette immense population féline, qui a ses bouchers spéciaux : Cat’s méat s men, mot à mot : « hommes de viande pour chat ». Voici comment ces derniers procèdent pour fournir leur clientèle. Ils achètent la viande de cheval, la découpent en petits morceaux qu’ils enfilent à des brochettes en bois. Ainsi arrangée, ils débitent leur marchandise aux propriétaires de chats. On rencontre ces industriels dans les rues ae Londres, un panier au bras, ou une petite caisse roulante, qu’ils poussent devant eux, agitant d’une main une sonnette dont tous les chats de la ville connaissent bien le son, car dès qu’ils l’entendent, du plus loin qu’ils soient, ils se précipitent avec des miaulements touchants jusqu’à ce qu’une main bienfaisante leur présente la précieuse brochette.
- —$— Nous avons publié dernièrement (n° 4160, du 24 août 4895, p. 498) quelques renseignements sur les expériences de M. Danvsz, de l’Institut Pasteur, pour la destruction des rongeurs, rats, mulots et campagnols. Nous apprenons avec plaisir que M. Danvsz vient d’effectuer, dans le département du Pas-de-Calais, des essais dont les résultats sont des plus concluants. Dans cette contrée l’invasion des rongeurs constituait un véritable danger pour l’agriculture.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne les fabricants et appareils mentionnés dans la Revue des procédés nouveaux, s’adresser à M. A.-M. Villon, 40, cours Gambetta, à Lyon. — Pour la xilophanie, s’adresser à M. Jean Péping, 54, rue de Montreuil, à Paris.
- Communications. — M. A. Hozana, à Paris, nous adresse un grand tableau d’analyse spectrale de la flamme du Bessemer. Ce travail est le résultat d’études de documents français, anglais et allemands. L’auteur s’est occupé de métallurgie depuis de nombreuses années et il a suivi successivement la fabrication de l’acier au creuset, au four Martin et au Bessemer. Il est
- 1>arvenu à fabriquer à très bas prix un excellent acier d’outil-age, et des barres rondes offrant une résistance à la rupture de 75 kilogrammes par millimètre carré. Ces études sont des plus intéressantes; mais il ne nous est pas possible de les reproduire en couleurs dans le journal.
- M. Barathon, à Moreuil (Somme), nous envoie une Notice sur divers appareils de sauvetage mécanique de son invention, et entre autres sur une hélice spéciale.
- M. Ch. Casthelaz, 19, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, à Paris, en réponse à la demande que nous avions faite dans les Petites Inventions du n° 1167, du 12 octobre 1895, de l’adresse du fabricant de la bouteille incassable et insubmersible, nous fait parvenir la lettre suivante : « C’est pour mon Kola-Wine, vin stimulant aux kolas frais, que j’ai fait établir la gourde incassable, que vous décrivez dans La Nature. Le verre intérieur de la gourde est côtelé sur la surface en contact avec le liège. Je puis établir des formes plates et des grandeurs différentes suivant les demandes. Pour les colonies et les expéditions lointaines, la gourde incassable est aussi précieuse qu’indispensable, évitant de lourds emballages et présentant une sécurité absolue. »
- Renseignements. — M. E. de la Centerie, à Rouen. — L’intensité du champ magnétique à l’intérieur d’un solénoïde est proportionnelle au nombre de tours de fil et à l’intensité du courant, et en raison inverse de la longueur du solénoïde.
- M. P. Pau, à Figueras. — L’adresse de ce constructeur a déjà été donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil; elle est la suivante : 144, boulevard de la Villette, à Paris.
- M. G. S., à S. — Cet appareil de chauffage a une assez bonne réputation.
- M. A. D., à Charenton. — 1° La librairie G. Masson a publié plusieurs traités complets de fabrication et de raffinage du sucre. — 2° Adressez-vous aux constructeurs que nous avons indiqués en tête de la Boîte aux lettres du n° 1168, du 19 octobre 1895, en ce qui concerne les appareils de petite mécanique de démonstration. Vous trouverez aussi ces accessoires chez M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. Borgoltz, à Angers; M. G. Fagard, à Noyon. — Les adresses des fabricants que vous demandez ont été données en tète de la Boîte aux lettres des numéros qui contiennent les descriptions des appareils.
- M. P. Lesurque, à Douai. — 1° Il existe un grand nombre d’appareils pour la fabrication des eaux gazeuses ; mais ils présentent tous des inconvénients. — 2° Nous n’avons jamais vu signaler ce fait.
- M. D. Courtois, à Laon. — Nous serions heureux d’avoir une Note détaillée sur la conduite et la marche des automobiles.
- M. A. M., à Paris. — 1° Il faut compter en général, pour les accumulaleurs, sur un débit de 1 ampère et une capacité de 8 à 10 ampères-heure par kilogramme de plaque. — 2° Dans le cas que vous signalez, l’accumulateur genre Planté conviendrait parfaitement. — 5° Nous avons indiqué une manière pratique de construire ces accumulateurs dans les Recettes et procédés utiles, 3e série, à la librairie G. Masson.
- M. Ciffre, à Bouffarik. — 1° En ce qui concerne le carbure
- de calcium, voyez les adresses que nous avons indiquées en tète de la Boîte aux lettres du n° 1153, du 6 juillet 1895, et du n° 1160, du 24 août 1895. — 2° 11 faudrait vous adresser directement à l’auteur de l’article, 40, cours Gambetta, à Lyon.
- M. L. C. Spadoise, à X. (Belgique). — Nous voulons parler de l’eau oxygénée que vous trouverez chez les marchands de produits chimiques.
- Un campagnard, à Z. — Vous pourrez vous procurer les appareils qui vous conviendront chez M. Béziat, 54, rue de Paradis, ou chez M. Dupont, 10, rue Hautefeuille, à Paris.
- M. G. Théodore, à Vienne (Autriche).'— Nous ne pouvons vous indiquer qu’un filtre portatif ; car, pour apprécier la valeur d’une eau, il est nécessaire d’en faire l’analyse chimique.
- M. le Dr Eloire, à Saint-Vallier-de-Thiev) — Objets de cuisine et ustensiles divers en aluminium : M. G. Plessv, 44, rue Oberkampf, Société française pour l’exploitation d’objets en aluminium, 8, rue du Débarcadère, à Paris.
- M. J. Donat, à Ronzuel. — Le fabricant des jumelles hyper-dioptriques a été indiqué en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contenait la description de l’appareil; il fallait s’adresser à la maison de l’ingénieur Chevallier, opticien,- 15, place du Pont-Neuf, à Paris. .. .
- M. A. Arcimi, à Madrid. — Piles Meidinger : MM. Bassée Michel, 92, rue de Bondy; Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Parjg.
- M. P. Chevillot, à X. — 1° Les noms des fabricants que vous citez ne figurent pas sur le Bottin ; mais il y a plusieurs autres constructeurs de filières : M. Bombled, 94, rue de Montreuil,; MM. Guillin et Doyen, 38, rue des Trois-Couronnes ; M. Moynet, 4, rue des Haudriettes. — 2° Vous feriez mieux de vous adresser directement à la librairie G. Masson en soumettant votre cas.
- Mm° M. H., à Crouy-sur-Ourcq. — Ie II existe un grand nombre de poêles à combustion lente : La Salamandre, 33, rue Rodier; poêle Manivelle, 30, avenue de l’Opéra; poêle Viville, 24, avenue de l’Opéra, etc.; ils offrent tous les inconvénients bien connus d’émettre de l’oxvde de carbone. Dans le cas de chauffage d’un vestibule, le danger est moins à considérer. — 2° Il faut écrire directement au dépositaire mentionné dans notre article.
- M. H. Furet, à Saint-Mandé. — La Librairie agricole de la Maison rustique,, 26, rue Jacob, à Paris, a publié plusieurs traités à ce sujet.
- M. J. M. Munoz, à Bucaramanga. — Une Notice sur la Vanille se trouve dans Y Encyclopédie moderne (tome XXVII), éditée par la librairie Firmin-Didot, à Paris.
- Un jardinier, au Mans. — Pour empêcher la gelée de détruire les parois d’un bassin en ciment, il est nécessaire de le tenir plein d’eau, et d’avoir soin de casser la glace pour j éviter la dilatation. ’
- M. V. Maria da Silva, à Para. — Le compteur à eau sys- j tème Kern est fabriqué par la Compagnie pour la fabrication j des compteurs, 16, boulevard de Vaugirard; le compteur Frost- j Tavenet est construit par la Compagnie anonyme continentale, I 9, rue Pétrelle, à Pans. ?
- Un lecteur, à Paris. — Nous avons décrit les cloches tubu- j laires dans le n° 1057, du 2 septembre 1893, p. 211. A cette j époque, pour tout ce qui concernait ces cloches, il fallait ; s adresser à M. Reverchon, 122, rue Montmartre, à Paris. f M. X., h Mauritius.— 1° La Nature a publié la description ) d’un excellent appareil pour la photomicrographie, dû à M. Le- | mardeley, dans le n° 1087, du 31 mars 1894, p. 277. — f 2° On a publié un grand nombre de traités sur la microphoto- j raphie ; nous vous citerons notamment les ouvrages de MM. Hu- ? erson, A. Girard et Viallanes, à la librairie Gauthier-Villars. f Vous trouverez aussi la liste des divers ouvrages parus à ce | sujet dans la Bibliothèque du photographe, à la Société d’éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, à Paris.
- M. X X., à S. — Le système dont vous parlez n’a pas eu des résultats très pratiques ; vous trouverez des renseignements dans le livre La chaleur solaire et ses applications, par A. Mouchot, à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. I. jV., à S. -—Nous acceptons votre Notice.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Laborie, à Vesoul. Nous n’avons pas d’autres renseignements; cette recette a ; été donnée, il y a déjà longtemps. — M. F. Teisserenc, à Geilhes. j Nous ne saurions vous fournir de détails sur le fonctionnement de j cet appareil; mais nous croyons qu’il a donné de bons résultats. —f M. Lefebvre, à Paris. Il serait nécessaire de faire diverses mesures! pour bien apprécier cet appareil. — M. G. F., à Gand; M. Plante,] à Concremiers. Voyez les Recettes et procédés utiles, l” série.
- (G. Masson, éditeur.) — M. Durand, à Marseille; M. G. R., à Lyon. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » ta Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Moteur à air chaud Robinson. — Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé sur ce moteur divers renseignements que nous pouvons leur donner aujourd’hui. Ce moteur est formé d’un cylindre horizontal dans lequel se meut une tige qui, à l’aide de transmissions articulées, commande un volant comme le montre notre figure. Le moteur repose sur ijmj socle qui renferme une chambre à air, chauffée par un brûleur à gaz ou à pétrole placé à la partie inférieure. Lorsque l’air est j échauffé, il met en marche le piston qui entraîne le volant ; ; l’air se refroidit, une nouvelle quantité d’air chaud arrive, et le même phénomène recommencé. Il n’v a pas d’échappement, mais seulement un chauffage et un refroidissement alternatifs
- Moteur à air chaud. — Vue d’ensemble.
- de l’air renfermé dans la chambre. Ces moteurs se construisent pour des puissances de 1/44, 1/22 et 1/11 de cheval avec des vitesses angulaires de 300 à 200 tours par minute pour les moteurs à gaz et à pétrole, et pour des puissances de 1/11, 1/4 et 1/2 cheval avec des vitesses angulaires de 200 à 150 tours par minute pour des moteurs à coke. La dépense par heure pour les trois premiers modèles est de 120, 180 et 300 litres de gaz ou 0,2, 0,5 et 0,4 litre de pétrole. Ces moteurs sont intéressants mais ils ne présentent pas les mêmes avantages que les moteurs électriques pour d’aussi faibles puissances. — Pour ce qui concerne le moteur à air chaud Robinson, s’adresser à M. Ch: Rudolph, 15, boulevard Saiiit-Denis, à Paris.
- Fer à repasser. — Le fer à repasser que nous présentons pourra être utile aux ménagères. Ordinairement la poignée glisse sur les fers, et s’échauffe rapidement. Les mains peuvent
- Nouveau fer à repasser.
- être brûlées. Ce nouveau modèle ne présente pas ces inconvénients. Le support en fer est muni d’un rebord A et de deux encoches B dans lesquelles vient s’appuyer la poignée D. Celle-ci est pourvue intérieurement de deux ' conduites C dont on aperçoit la coupe dans la figure placée à la partie inférieure. L’air circule dans ces conduites et empêche la poignée de trop
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- s’échauffer: une poche en cuirE au-dessous de la poignée évite la chaleur de la plaque. — Le fer à repasser est fabriqué par MM. Camion frères à Vivier-au-Court (Ardennes).
- l<a fourchette masticatoire à 16 dents tranchantes. — Là fourchette que nous représentons dans notre figure ci-dessous pourrait être nommée le hache-viande de table; son emploi est journalier dans bien des cas. Les personnes qui ont de mauvaises dents trouveront cet instrument très précieux ; celles atteintes de maux d’estomac et qui digèrent difficilement, les grands et les petits à qui les médecins recommandent des viandes crues ou saignantes, seront bien aises d’utiliser cette fourchette. Notre figure représente en A l’instrument dans son ensemble, B en montre l’application; les n0’ 1,2,5,4 sont les détails de construction de l’appareil. — La forme de l’appareil affecte celle d’une fourchette ordinaire moins les dents. Sous une plaque glissante percée de 16 trous (n° 2) deux plaques
- Fourchette masticatoire pour hacher la viande.
- hérissées de 8 petits couteaux d’acier tranchants (n° 1) s’ajoutent au système; une fois mises en place elles viennent s’adapter à la fourchette (n° 4) et se fixer solidement par un système de clavette (n° 3). Pour obtenir l’extrait de viande, il suffit de maintenir la viande placée dans une assiette avec la main gauche armée d’une fourchette ordinaire, et de la main droite armée de la fourchette masticatoire on fait travailler l’instrument et on obtient la viande réduite en petites parcelles ainsi que le sang qui coule dans l’assiette ; les déchets, le gras, les parties nerveuses et indigestes restent au rebut. Cette fourchette a été construite avec ses parties mobiles, afin de permettre le changement des lames quand elles sont usées, et pour le nettoyage facile. A part les dents qui sont en acier, toutes les autres pièces sont en métal blanc. L’appareil que nous venons de décrire se trouve chez M. Mathieu, 151, galerie de Valois, Palais-Royal, Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- La conservation des chaussures. — La conservation des chaussures paraît devoir être assurée dans de meilleures conditions par des procédés nouveaux. Les corps gras employés jusqu’ici dans les magasins pour enduire les empeignes des souliers leur conservaient bien pendant quelque temps une certaine souplesse; mais, à la longue, en dépit dé fréquents manu-tentionnements, les cuirs devenaient durs et cassants. La question est de grande importance, on sait quels énormes approvisionnements de chaussures on est obligé de constituer en vue du service de guerre. Un nouveau mode de préparation des cuirs à l’aide de matières minérales, et notamment par l’emploi des sels de chrome, pourrait bien donnera cette gravé question une solution satisfaisante. Depuis longtemps on expérimentait des chaussures fabriquées avec des cuirs préparés au chrome; les résultats ont été bons, et le ministre de la guerre vient de faire mettre en service, dans un corps de troupe, a titre d’expérience, un certain nombre de paires de souliers de cette espèce. Le cuir traité au chrome est plus léger d’environ 25 pour 100 que le cuir tanné; il se laisse difficilement traverser par l’eau et on le trouve très résistant. Enfin il suffit de quelques jours pour préparer le cuir au chrome, tandis qu’il faut des mois pour le tanner. Ce dernier avantage serait certainement des plus sérieux, puisqu’il permettrait de fabriquer rapidement les chaussures nécessaires en temps de guerre. Ces intéressants renseignements ont été donnés par la Revue d\i cercle militaire, surtout au point de vue de l’armée ; mais les procédés signalés intéressent aussi les touristes, les chasseurs,
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- ét tous ceux qui aiment la marche. C’est à ce titre que nous parlons ici de la question de conservation des chaussures.
- Désinfection des appartements. — A la séance de l’Académie de médecine du 25 juillet dernier, M. le professeur Landouzy a donné lecture d’un rapport de MM. Lalesqüe, d’Arca-chon, et Rivière, de Bordeaux, relatif à la virulence, après désinfection, des poussières provenant d’appartements habités et contaminés par des malades, notamment des tuberculeux. Il résulte des expériences des auteurs qu’après une désinfection bien faite, comprenant le passage des objets de literie et des tissus à l’étuve, le lavage consciencieux des murs et du plancher avec une solution de sublimé au 1/1000, etc., les poussières ne sont plus contagieuses.
- Moyen de se procurer des vers de terre. — Soit pour la. pêche, soit pour l’élevage des jeunes volailles, les lombrics ou vers de terre sont d’une utilité de premier ordre. Pour s’en procurer, on emploie de l'eau dans laquelle on fait infuser des écQrces de noix verte et on arrose le sol à un endroit quelconque avec cette dissolution ; on est tout étonné de la grande quantité de lombrics qui sortent presque instantanément. Un autre moyen consiste à employer une dissolution de sulfate de cuivre à 10 grammes par litre et à en arroser la terre, les vers en sortent de la même façon ; il ne faut pas que la solution de vitriol bleu soit trop forte, car elle tuerait les vers qui alors ne sortiraient pas. Enfin, on peut employer dans le même but l’eau de savon.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 21 octobre . . —0*,1 N. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 13 h., puis peu nuageux; très nuageux après 17 h.; brouillard le matin.
- Mardi 22 2*,1 N. 0. Très nuageux» 0,0 Très nuageux le matin ; couvert le soir ; gelée blanche; un peu de pluie dans la soirée.
- Mercredi 23 6*,2 N. E. 0. Couvert. 1,3 Couvert; brouillard de 1000“ à 7 li.; pluie jusqu’à 2 h. environ et de 20 à 23 h.
- Jeudi 24 1*,3 N. 2. Nuageux» 2,9 Nuageux jusqu’à 19 h.; beau ensuite. Un éclair au sud-est à 23 h. 5 m.
- Vendredi 25 2*,1 S. 2. Couvert. 0,0 Nuageux jusqu’à 6 h., presque couv. ensuite ; un peu de pluie à 8 h. 1/2 et pluie de 13 h. 40 à 21 h. 20.
- Samedi 26 0’,6 S. S. W. 3. Beau. 7,1 Nuageux à 1 h. et de 11 à 48 h.; beau le reste du temps; gelée blanche.
- Dimanche 27 —1*,9 S. W. 1. Beau. 0,0 Nuageux de 11 à 15 h. et 24 h.; beau le reste du temps.
- OCTOBRE 1895 --- SEMAINE DD LUNDI 21 AD DIMANCHE 27 OCTOBRE
- Lundi
- Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre A l’abri à boule mouillée. ,
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Maxima et mlnima barométriques sur l’océan Atlantique. — M. le D' J. Van Bebber a fait une étude très intéressante sur les observations du temps relevées dans l’océan Atlantique et les continents adjacents par l’Institut météorologique danois pendant une période de quatre années. 11 a publié ses recherches dans les Annales de l'hydrographie en Allemagne; voici les principaux résultats de ses études. Des tableaux font voir la fréquence des dépréssions barométriques dans la région nord de l’Atlantique, sur des espaces de 10° de longitude et 5° de latitude, et une série de cartes y ajoutent des détails graphiques. Ces espaces de basses pressions se multiplient des latitudes du nord aux latitudes moyennes, puis elles diminuent vers les basses latitudes, de sorte qu’au-dessous du 50* parallèle les minima se présentent rarement.
- Dans la direction méridienne, les minima barométriques naissent plus fréquemment sur la côte orientale de l’Amérique du Nord qu’en plein Océan. La hauteur moyenne du baromètre sur les espaces de basse pression offre certaines particularités suivant les saisons. Au printemps, la profondeur des minima barométriques sur l’espace entier est relativement faible; au sud de l'Islande, le baromètre tombe souvent beaucoup au-dessous de 737 millimètres. En été, la hauteur moyenne du baromètre, particulièrement sur l’Océan, est plus élevée qu’au printemps, les indications les plus basses se présentant généralement entre l’Islande et le Groenland, tandis qu’en automne et en hiver, les hauteurs au-dessus de l’Océan sont considérablement plus basses que dans les autres saisons. Les pressions les plus basses se trouvent encore au sud de l’Islande, où
- la moyenne des minima, en hiver, tombe au-dessous de 724 millimètres. Pour ce qui regarde les maxima barométriques, ou espaces de haute pression, ils se dirigent généralement vers l’est et le sud-ouest. La régularité de leur route est, ainsi que le montrent les cartes, beaucoup plus prononcée qu’on ne le suppose d’ordinaire. Les maxima stationnaires sont intéressants. Il y a, dans toutes les saisons, de nombreux maxima stationnaires au-dessus de l’Océan, entre 20° et 40° de longitude ouest et 25° et 40° de latitude nord. Il existe aussi un autre maximum de fréquence au printemps et en été, entre le Groenland et le Spitzberg. Les maxima stationnaires influent fortement sur la situation atmosphérique des lies Britanniques.
- Tremblement s de terre en Italie et en Espagne. — Le
- 12 octobre 1893, dans l’après-midi, une secousse de tremblement de terre a été ressentie à Vérone ; elle a été suivie de deux autres. A Malcesinc (province de Vérone), plusieurs secousses ont été également ressenties. Quelques cheminées sont tombées et des murs ont été lézardés. La population a été prise de panique. Le 20 octobre, un léger tremblement de terre s’est produit à Grenade, en Espagne. Les dégâts matériels ont été peu considérables. 11 n’y a eu qu’une victime.
- Tempêtes sur la Manche. — Le 23 octobre 1895, un vent violent a soufflé en tempête sur la Manche; on a signalé plusieurs sinistres. Une tempête nord, accompagnée de forts grains, s’est subitement déchaînée sur les côtes de Cherbourg, dans la nuit du 23 au 24 octobre; la mer a été démontée au large et inaccessible aux petits navires en rade.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 23, à 11 h. 13 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de < La Nature a et de son « Supplément b,
- « Boîte aux lettres b, etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE Dü JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- LA SEMAINE
- Projet d'adduction d’eau à Paris.— Le Conseil municipal de la ville de Paris vient de s’occuper de la question des eaux potables, et, après une intéressante discussion, il a émis le vœu que le Parlement vote le plus rapidement possible le projet de loi relatif à la déclaration d’utilité publique de l’acquisition des sources des bassins du Loinç et du Lunain. Il a invité, en outre, l’administration : 1° A préparer et à soumettre d’urgence au Conseil le programme des nouvelles adductions d’eau de source à effectuer en vue de répondre aux besoins de la consommation domestique jusqu’en 1920; 2° A proposer des mesures pour éviter ou tout au moins pour restreindre l’usage de l’eau de source dans les cabinets d’aisances; 3° A hâter l’établissement des bassins de décantation et de filtrage de l’eau de Seine en amont de Paris; 4° A prendre les mesures destinées à protéger la Seine contre toute souillure, depuis la traversée de Corbeil jusqu’à la prise d’eau d’alimentation de Choisy-le-Roi1.
- INFORMATIONS
- —fine vache trotteuse fait depuis quelque temps beaucoup parler d’elle en Amérique. D’après ce que racontent les journaux américains, une course a eu lieu entre cette vache, appartenant à M. E. White, et un cheval. C’est la vache qui a gagné. Déjà, en 1881, il y avait eu en Amérique un taureau de quatre ans qui avait été exercé à prendre part à des courses et qui trottait le mille anglais en trois minutes trente secondes.
- —$$— Une truie de la race Torkshire, appartenant à la grande porcherie modèle de Louvain (Belgique), a mis bas, le 5 août, dix-sept petits fort beaux et bien constitués. C’est, d’après XEleveur, la première fois que pareil fait est enregistré dans cet établissement.
- —On commence à employer aux Etats-Unis un nouveau type de cloisons et de revêtements qui rend des services multiples, de sont des plaques faites de lames de bois de 3 millimètres d’épaisseur et de 2 à 5 centimèlres de largeur, placées côte à côte entre deux feuilles de carton-paille, le tout étant uni au moyen de ciment ordinaire sous forte pression. Ces plaques sont d’une résistance extraordinaire eu égard à leur poids. Si l’on en prend une de 5m,50 de longueur, on peut la courber de façon que les extrémités se touchent, sans que pour cela elle se brise ni même se déforme. On obtient, par polissage au papier de verre, des panneaux d’un fini parfait, préférables au meilleur enduit de plâtre, tout en ne coûtant pas plus cher. Ce revêtement est absolument impénétrable à l’air de même qu’à l’humidité, soutient la construction et s’entretient propre avec la plus grande facilité.
- —$$— C’est le 22 octobre 1895, qu’a eu lieu à Rome l’inau-
- furation du sixième congrès de médecine. M. Baceelli, ministre de Instruction publique, a prononcé un discours. Une discussion approfondie s’est engagée sur la sérothérapie. Le Dr Maragliano a indiqué les résultats qu’il a obtenus pour la guérison de la tuberculose. Divers tuberculeux guéris par la sérothérapie ont été présentés et examinés par les congressistes.
- 1 D’après la Rivue industrielle.
- _ —®— Une expérience curieuse se fait en ce moment à Glocester, d’après la Fishing Gazette. Elle consiste, pour économiser des frais de magasins, à transformer un bateau de pêche en magasin froid, en réfrigérateur pour poisson. Pour cela, le bateau est muni des appareils réfrigérants necessaires : à mesure que le poisson est pris il est congelé, et, le chargement complet, le bateau revient au port, conservant sa cargaison jusqu’au moment où, le marché étant désencombré, on pourra se défaire avantageusement de sa pêche. Le bateau soumis à l’expérience peut congeler 50 barils de poisson par jour.
- —©— Il y a peu de temps, on faisait remarquer le cas exceptionnel d’un individu qui put être rappelé à la vie après avoir reçu une décharge de 3000 volts. Comme opposition, il faut citer le fatal accident dont un jeune bicycliste vient d’être la victime sur le tramway électrique de Bushmillo. Tombé de machine en essayant de traverser la voie surélevée, il toucha les rails de retour et le rail central et expira presque immédiatement malgré les secours qui lui furent prodigués. Or, d’après l'Electrical Engineer, le courant n’excédait pas 500 volts.
- —Le célèbre ingénieur américain Franklin-Léonard Pope a été foudroyé, il y a quelques semaines, dans sa maison de New-York, par un courant électrique de 3000 volts, en manœuvrant une machine de son invention. C’était un des plus savants collaborateurs d’Edison.
- —$$— La Société d’histoire naturelle de Boston met au concours, pour un prix à décerner en 1897, la question suivante : Phénomènes particuliers en relation avec la fin de la période glaciaire.
- —La célèbre collection de Mammifères fossiles américains de M. Cope vient d’être vendue au Musée d’histoire naturelle de New-York. Cette collection ne comprend pas moins de 470 espèces, parmi lesquelles 402 ont été créées par M. Cope. Les échantillons ont été recueillis de 1872 à 1895 et appartiennent à onze horizons géologiques différents.
- Notes cyclistes. — Le record de l’âge (à, sur ou en) bicyclette est détenu très probablement par un Américain de quatre-vingt-quatorze ans. Les rares prétendants à ce record d’un nouveau genre peuvent faire valoir leurs titres. S’ils veulent y joindre une photographie instantanée et cycliste, nous la reproduirons bien volontiers en bonne place dans le corps du journal.
- — Les autorités locales de Jersey City (U. S.) viennent d’édicter une ordonnance qui condamne à une amende de 25 dollars (125 fr.) toute personne qui aura jeté sur la voie publique des clous, tessons de bouteilles, assiettes cassées, ou tout autre corps de nature à blesser les chevaux et les pneus de bicyclettes.
- — Les magistrats de New-York ont eu à juger récemment une question bien bizarre et qui ne pouvait se poser que dans un pays prétendu libéral comme l’Amérique. Un cycliste avait été arrête en train de réparer son pneu sur la voie publique, sous l’accusation de non observation de la loi du repos dominical. U a fallu un jugement dûment motivé pour établir avec.la force d’une chose jugée que la réparation d’un pneu crevé étant une nécessité immédiate, l’opération ne tombait pas sous le coup de la loi.
- — Rappelons à nos lecteurs que le troisième Salon du cycle se tiendra cette année à Paris, au Palais de l’Industrie, du 7 au 25 décembre. Il va sans dire que toutes les nouveautés intéressantes qui doivent y figurer seront présentées aux lecteurs de La Nature.
- Un ami de la bicyclette.
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- Communications. — M. A. Strindberg, à Paris, nous adresse une étude sur la chimie ayant pour titre Introduction h une chimie unitaire. Première esquisse. Cette Notice, qui renferme diverses considérations sur la composition des corps, se trouve à l’Edition du Mercure de France, 15, rue de l’Echaudé-Saint-Germain, à Paris.
- Le professeur Percy Frankland, à Londres, nous envoie une brochure extraite du British medical Journal et traitant le sujet suivant : Pasteur and his work : the debt of medicinc to chemistry. La lecture de ce travail a été faite à la session de la British Association for the advancernent of science à Ipswich en 1895. et à l’ouverture de la session médicale à Mason College à Birmingham le 1er octobre 1895.
- M. le Dr H. Fritsche, directeur de l’observatoire russe de Pékin, nous fait parvenir un opuscule contenant les résultats d’expériences effectuées, et étudiant les relations entre l’intensité magnétique horizontale terrestre et l’inclinaison. Cette Note a été publiée à Saint-Pétersbourg.
- Renseignements. — Un abonné, à Auxon. — 1° Il existe divers modèles de lanternes électriques pour voitures ; vous en trouverez chezM. Trouvé, 14, rue Vivienne; M. Cadiot, 12, rue Saint-Georges; MM. A. Ouérev et Cie, 54, rue du Château-d’Eau, à Paris. — 2° Cette lampe à pétrole, dont nous avons arlé dans le n° 1128, du 12 janvier 1895, p. 100, donne de ons résultats.
- M. S. F., à Toulouse. — 1° Bois cintrés : M. S. Chicot, 76, rue des Arts, à Levallois (Seine) ; M. Fauchet-Doussin, 75, boulevard du Quatre-Septembre, à Boulogne (Seine). — 2° Machines à travailler le bois : M. Arbey, 41, cours de Vincennes, à Paris ; MM. Guillet et fils, à Auxerre (Yonne) ; M. Armand, à Abbeville (Somme).
- M. le comte Gilbert de F., à Marseille. — Nous avons publié un grand nombre d’articles sur divers appareils de photographie à main ; il y en a beaucoup de bons, et il n’est pas possible de dire quel est le meilleur.
- L’abonné C. 12, à Saint-H. —M. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris, a imaginé un dispositif qui permet de projeter les images opaques. L’appareil porte le nom de mégascope et a été décrit dans le n° 759, du 17 décembre 1887, p. 48.
- M. V. B., à Coulours. — Nous ne connaissons pas le produit dont vous voulez parler et dénommé gris de zinc. Ne s’agirait-il pas du blanc de zinc, dans lequel on aurait ajouté un produit noir quelconque pour lui donner une teinte grisâtre ?
- M. C. Martin, à Lyon. — Poudres et peintures phosphorescentes : M. Menifz, 57, passage Jouffroy, à Paris.
- M. CaiUiot, à Montdidier. — Pour que nous puissions vous renseigner, il serait nécessaire de connaître les conditions de fonctionnement de cette turbine.
- M. G. G., à Carentan. — Faites une bonne colle à la gomme arabique; elle vous donnera satisfaction.
- M. A. B., à Marseille. — Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. G. B., à Gand. — La cellulose attaquée par l’acide azotique concentré donne un produit de substitution appelé xyloïdine. Si l’acide est très concentré, ou si l’on opère avec un mélange d’acide sulfurique et d’acide azotique, on obtient de la pyroxyle, pyroxiline ou coton poudre. C’est probablement un de ces produits que le journal dont vous parlez, a voulu désigner.
- M. F. Pouzadaux, à Virly. —Nous avons indiqué un vernis pour le fixage des peintures murales à la colle dans les Becett.es et Procédés utiles, 5e série, à la librairie G. Masson. Nous pensons que c’est bien ce vernis que vous désirez;
- M. Deutsch, à Badalona. — Des renseignements complémentaires sur la soudure Delécluse ont été donnés dans l’article qui a paru dans le n° 1125, du 8 décembre 1894, p. 26. Il faut vous adresser à M. Delécluse, à Petite-Forèt. par Anzin (Nord).
- M. C. Schwarte, à Francfort; M. H. Bôcklmann, à Witten-
- berg. — Le procédé pour la conservation du beurre par la crj-soléine a été décrit dans un article de M. Villon (n° 1155, du 16 février 1895, p. 181); écrivez directement à l’auteur de l’article, 40, cours Gambetta, à Lyon.
- M. D. Moreau, à Saint-Saulve. — 1° Lampes à arc de 2 ampères : M. Buchet, 89, rue de la Roquette, à Paris; M. Bardon, 61, boulevard National, à Clichy (Seine), et MM. A. Quérey et Cie, 54, rue du Château-d’Eau” à Paris. — 2° L’adresse que vous demandez pour les appareils électriques est la suivante ; Société Cance et Cie, 9, rue de Rocroy, à Paris. — 5° Ouvrages divers sur la culture de la vigne : Traité de la culture de la vigne, par Lenoir; Culture de la vigne en chaintres, par Vias, à la librairie agricole de la Maison rustique, à Paris.
- Un abonné, à Barcelone. — 1° Le mélange de charbon et de chaux doit rester au four électrique, jusqu’à ce que toute trace ait disparu et qu’il ne reste que le carbure de calcium.
- — 2° Les deux substances doivent être en poudre. — 5° Il faut compter environ 1 litre d’eau.
- M. J. Pauthe, à Salon. — Il existe plusieurs compteurs électriques dont le fonctionnement est des plus Satisfaisants ; voyez la Note que nous avons publiée dans len° 1150, du 15 juin 1895, p. 46, sur un Rapport paru dernièrement à ce sujet. Nous vous citerons parmi ces compteurs le compteur Thomson, 16, boulevard de Vaugirard; le compteur Aron, chez M. Ullmann, 16, boulevard Saint-Denis, et le compteur Brillié, à la Compagnie continentale des compteurs, 9, rue Pétrelle, à Paris.
- M. B. Daude, à Paris. — Le rouleau employé dans les impressions sur verre pour vues de projections, dont il est question dans le n° 1167, du 12 octobre 1895, p. 518. est le rouleau ordinaire d’imprimerie; on a soin seulement de le choisir un peu dur.
- M. C. Garetti, à Rome. — Vous trouverez un article sur les ressorts dans le Dictionnaire des arts et manufactures de Laboulaye, à la librairie G. Masson.
- Un abonné, à Barcelone. — 1° Nous avons vu des appareils non étamés pour l’usage du gaz acétylène. — 2° Nous avons indiqué plusieurs fournisseurs de carbure de calcium en tète des Boîtes aux lettres du n° 1155, du 6 juillet 1895, et du n° 1160, du 24 août 1895.
- M. A. B. B., à Paris. — Nous ne pensons pas qu’il soit permis de construire et de vendre ces machines ; mais on peut toujours en fabriquer pour son usage personnel.
- M. J. M., à Villeneuve. — L’adresse que vous demandez est la suivante : 1, rue Saint-Joseph (Bellecour), à Lyon.
- M. F. A., à Nice. — Le verre rouge des photographes peut être obtenu avec le papier rouge du commerce; mais il est préférable qu’il soit coloré pendant sa fabrication.
- M. R. M., à Paris. — Vous nous demandez quelle est la force motrice qu’il est plus économique et plus avantageux de choisir, de l’air comprimé ou de l’électricité, pour la mise en marche de trois machines-outils nécessitant une puissance totale de 2 chevaux. Les frais de branchement et de colonne montante seront peut-être un peu plus élevés avec l’électricité. La dépense de location des compteurs est sensiblement la même. Quant aux frais d’installation intérieure, il faut compter près de 550 francs par machine avec l’air comprimé, en comprenant les transmissions, courroies et autres modifications nécessaires. Avec un moteur électrique pour chaque michine, la dépense ne dépasse pas 400 à 425 francs par machine. Les frais d’exploitation sont de beaucoup plus faibles dans cette dernière hypothèse, surtout si le travail est intermittent. Pour vous donner des chiffres tout à fait exacts, il serait nécessaire de dresser un devis complet.
- M. F. Dumas, à Tablot. — Renseignez-vous à la librairie Michelet, quai des Grands-Angustins, à Paris.
- M. F. L., à Reims. —1° L’idée d’utiliser 1rs piles Leclanehé de la façon que vous indiquez nous paraît ingénieuse et nous croyons que vous obtiendrez de bons résultats pratiques; mais l’intensité de 4 à 5 ampères nous semble bien élevée. — 2° Vous trouveiez les petits accumulateurs qui vous conviendront chez MM. Vais et Cie, 44, rue Taitbout, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. G. Monjo, à Alger. Nous ne pouvons vous fournir ces renseignements; tous nos regrets. — M. Dubois, à Paris. L’ouverture de ces cours doit être annoncée par des affiches: adressez-vous au secrétariat de la Faculté des sciences, à la Sorbonne. -— M. D. G., à Paris; M. L. tt., à Versailles. Consultez les Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie G. Masson. — M. héron, à Lille: M. Jordan, à Paris. Voyez le même ouvrage, 4e série, à la même librairie que ci-dessus.
- — M. P. X. R7., à Malines. Regrets de ne pouvoir vous répondre à ce sujet.
- bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues axant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Paris de siècle en siècle. Texte, dessins et lithographies, par A. Robida. \ vol. in-4% avec de magnifiques illustrations. Paris, à la librairie illustrée, 8, rue Saint-Joseph.
- Aucune ville du monde n’a donné lieu à plus de livres et de publications que la ville de Paris. Dans l’admirable bibliothèque
- de feu M. Hippolyte Destailleur, il y avait un catalogue sur les livres et estampes relatifs à la ville de Paris, qui ne comprenait pas moins de 580 numéros. Malgré le nombre de ces ouvrages, la ville de Paris a toujours le don d’inspirer des écrivains et des artistes; voici notre ami Robida qui s’est mis à donner naissance au livre que nous mentionnons ici et qui est un monument d’art et de goût. A. Robida, l’auteur et le dessinateur de ce grand ouvrage, s’est surpassé dans cette œuvre, Paris de siècle en siècle ;
- son livre, muni d’une belle couverture en couleur, est un grand in-4°, qui mesure 51 centimètres de hauteur. Il compte 412 pages. Presque toutes contiennent des dessins exquis, où l’esprit, la grâce et le charme dominent de toutes parts; outre ces illustrations délicieuses, imprimées dans le texte et dont nous extrayons deux spécimens (Yoy. gravures ci-dessus), il y en a de très belles hors texte, dont quelques-unes en couleurs. L'auteur ne donne pas seulement l’aspect des monuments de tous les temps, il parle aussi des grands faits de l’histoire et en publie des illustrations remarquables. Cette œuvre nouvelle sera placée au rang des plus belles du sympathique artiste que tous les lecteurs, aimant les beaux et bons livres, sauront apprécier. G. T.
- La photographie moderne. Traité pratique de la photographie et de ses applications à l’industrie et à la science, par M. Albert Londe. 2e édition. Complètement refondue et considérablement augmentée. Avec 546 figures dans le texte et 5 planches hors texte. Paris, G. Masson, éditeur, 120, boulevard St-Germain. 1896. Prix, cartonné toile anglaise : 15 fr.
- M. Albert Londe est, parmi nos collaborateurs, un de ceux qui ont été les plus habiles pour bien faire connaître aux lecteurs de La Nature les procédés et les progrès de la photographie, progrès si importants et si rapides à différentes époques. Les articles
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- nombreux, écrits par M. Albert Lbnde dans La Natwe, lui ont fourni le canevas de son premier ouvrage publié dans la Bibliothèque de La Nature, et dont le succès fut si rapide, que l’édition fut épuisée en un an environ. Le livre publié actuellement dérive de ce premier ouvrage, mais c’est bien aussi un traité nouveau dont l’auteur a considérablement élargi le cadre pour •qu’il réponde aux besoins de tous ceux qui s’occupent de photographie, non seulement ceux qui font un métier de ce grand art, mais aussi les amateurs qui y cherchent de l’agrément, des souvenirs, mais encore les savants, chaque jour plus nombreux, qui font de la photographie le plus précieux auxiliaire de leurs observations. M. Albert Londe a continué avec beaucoup de mérite à se montrer un maître, et son traité rendra de grands services. G. T.
- Les caoutchoucs africains, par A. Dewlvkk, docteur en sciences naturelles. 1 brochure in-8°. Bruxelles, Polleums et Cente-rick, imprimeurs. 1895.
- Atlas d’ostéologie comprenant les articulations des os et les insertions musculaires, par Ch. Demeure, professeur d’ana-
- tomie à la Faculté de médecine de Lille. 1 vol. in-4\ — Paris, Félix Alcan, éditeur. 1896. Prix : 12 francs.
- Les arts appliqués à l’industrie. Mémoire dédié aux sculpteurs-modeleurs, par E. Coüpri. 1 brochure in-8° avec une préface par Arthur Maillet, directeur de l’Art décoratif moderne. — Paris, aux bureaux de l’Art décoratif moderne. 1895. Prix : 2 francs.
- Annuaire géologique universel. Revue de géologie et paléontologie, dirigée par M. le Dr L. Carez et M. H. Douvillé. Année 1895. 1er, 2e, 5e et 4e fascicules. 4 vol. in-8°. — Paris, Comptoir géologique de Paris, 1895.
- Album de statistique graphique de 1894, publié par le ministère des Travaux publics. 1 album grand in-4°. Paris, Imprimerie nationale. 1895.
- Les transformateurs d’énergie électrique, par P. Duply, ingénieur-électricien. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque électrotechnique. Paris, J. Fritsch, éditeur. 1895. Prix : 7 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-M&ur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franco
- observations 7 HEDRES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIB EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 28 octobre . . 3*,0 S. 3. Couvert. 0,2 Couvert le matin; nuageux le soir; un peu de pluie vers 3 h.
- Mardi 29 l-,4 S. S. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert de 6 à 14 h.; nuageux avant et après: beau après 19 heures ; pluie et neige de 8 h. 1/2 à 10 b 1/2.
- Mercredi 30 0*,2 W. 1. Presque couvert. 0,5 Beau de 17 à 23 h ; nuageux avant et après, un j>eu de pluie de 5 à 6 b.
- Jeudi 31 IV S. 2. Très nuageux. 0,0 Irrégulièrement nuageux; beau après 21 h.
- Vendredi 1" novemb. — 0%9 Calme. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 18 h.; nuageux ensuite.
- Samedi 2 1\4 N. E. 2. Très nuageux. 0,0 Très nuageux jusqu’à 7 li.; couvert ensuite.
- Dimanche 3 4*.9 E. S. E. 1. Couvert. 0,0 Couv. jusqu’à 18 h.; très nuageux ensuite; averse à 17 h.
- OCTOBRE-NOVEMBRE 1895 -- SEMAINE Dü LUNDI 28 OCTOBRE AU DIMANCHE 3 NOVEMBRE
- La courue supérieure ionique tu ueomosue de On 10: les flèches inférieures, la direction du reut. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en noinlil lé. thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La pluie en Asie. — M. Raulin a fait, à l’une des séances de la Société météorologique de France, une communication sur la distribution de la pluie sur le continent asiatique. D’une manière générale, l’Asie est une région de la terre fort peu pluvieuse. Dans l'Oural, la hauteur moyenne de la pluie est d’environ 500—, ainsi que sur la côte chinoise, la Tartarie russe et la Corée. La moyenne de Pékin paraît être de 6oOra" ; à Hong-Kong et Canton, 1000"“. Dans le Turkestan, la quantité de piuie est très faible et atteint en moyenne 230“", et, dans certaines régions de la mer Caspienne, la moyenne n’est pas supérieure à 100“". C’est sur le versant méridional de l’Himalaya que la quantité de pluie est le pins considérable. Par contre, le bassin de l’indus reçoit fort peu de pluie, à peine 400"“ per an. Dans le bassin du Gange, la pluie augmente et atteint souvent 2000*“. C’est en Asie que l’on observe les plus grandes différences entre les régimes à minima et à maxima de pluie ; les différences sont sensiblement entre elles comme 1 est à 108. Suivant les saisons, en Europe, la
- distance à la mer joue un rôle considérable sur les précipitations atmosphériques. En Asie, ce rôle est nul ou bien moins marqué. Ainsi, sur la côte orientale, on observe un régime continental, de même sur la côte de Malabar. Au contraire, sur la côte de Coromandel, on constate une action maritime. Sur les côtes de la mer Glaciale, le régime est intermédiaire.
- E.a température de la pluie. — Il est intéressant de connaître la température de la pluie. Le Cosmos a décrit un appareil fort simple destiné à effectuer cette mesure. Il se compose d’un large entonnoir de verre au fond duquel se trouve un thermomètre très sensible. M. Passe-rini, l’inventeur de cet instrument, a lait des observations depuis sept mois; il a trouvé que, généralement, la pluie a une température différente de celle de l’air, et la première eau est plus froide que l’air ambiant. Ces différences sont maxima dans la saison chaude et minima dans la saison froide. 11 n’a noté qu’un seul cas où il y ait eu une inversion. Par contre, il a pu noter des différences de température assez appréciables. Le 31 juillet, la pluie présenta une différence de 6°, 7° inférieure à celle de l’air; le 12 août, de 8°, 9°, 7°, et le 17 septembre de 6°,3.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 2 novembre, à 3 h. 28 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction de « La Nature » et de son « Supplément »,
- « Boîte aux lettres », etc-, doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE 6. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Régime lacté. — Le régime lacté consiste à ne prendre pour toute nourriture que du lait, froid ou chaud, au gré du malade, mais sans addition de pain ou autre aliment : le lait et rien que du lait. Cette médication est assez fréquemment ordonnée pour remédier à des troubles graves du côté ae l’estomac, dyspepsies chroniques, gastralgies rebelles ; mais c’est surtout dans les affections du rein, la néphrite aiguë ou chronique, dans les albuminuries d’origine variée, que ce régime est prescrit, autant comme agent médicamenteux que comme aliment. Pour nourrir un adulte avec du lait, il faut en faire prendre une dose assez élevée, trois ou quatre litres par jour. Or, pour le plus grand amateur de ce liquide, l’absorption continue pendant des jours, des semaines, de pareille quantité de lait devient écœurante. On est obligé de lutter pour le faire avaler, et comme il s’agit d’une obligation impérieuse, on se heurte à des difficultés considérables. Pour arriver à faire consommer pareille dose par le malade, sans trop de fatigue et trop de répugnance, le moyen le plus simple est de fractionner à l’ex-treme les doses à prendre. Toutes les heures, toutes les demi-heures, faites avaler une tasse à thé, et, au bout de la journée, vous arrivez, par l’addition de ces tasses répétées, à obtenir l’ingestion de la dose voulue. De temps à autre, ajoutez-y quelques gouttes de cognac, de rhum, d’eau de fleurs d’oranger, d’eau de laurier-cerise, etc., pour en modifier la saveur, et votre lait sera pris sans que cela paraisse. Il arrive parfois que ces doses considérables et pourtant nécessaires ne sont
- {>as tolérées. L’estomac se révolte, se ballonne, se distend par es gaz ; impossible d’en avaler plus de deux à trois tasses par jour. Le Dr Thin a imaginé, pour suppléer à cet inconvénient, de concentrer le lait au moment même où l’on veut l’administrer, de le réduire par une ébullition prolongée ; c’est l’opération pharmaceutique de l’évaporation des extraits. Dans une •casserole d’argent ou de porcelaine, on verse un litre de lait, on le chauffe rapidement,presque jusqu’au point d’ébullition, on abaisse alors la flamme du gaz de façon à entretenir un échauffement suffisant, sans atteindre l’ébullition, et partant une évaporation rapide. Il est nécessaire d'agiter constamment le lait, de préférence avec une baguette de verre, pour empêcher la crème de se former à la surface. En une demi-heure la quantité de lait est réduite à moitié de son volume. Tel quel il est bien toléré par l’estomac; sa saveur n’a rien de désagréable et un litre de lait ainsi préparé en représente deux. C’est un subterfuge bon à employer quand on ne peut faire autrement; mais, pour avoir tout le succès du régime lacté, il faut prendre le lait sans préparation, comme je l’indiquais plus haut. Dr X.
- INFORMATIONS
- —g— La XIe session du Congrès des Américanistes s’est tenue -à Mexico du 15 au 20 octobre 1895. Signalons parmi les sujets qui y ont été discutés : Origine et progrès des Caraïbes. Différentes formes et
- usages divers des flèches, chez les Indiens de l’Amérique centrale. Recherches sur la date de l’apparition de l’homme en Amérique. L’homme préhistorique mexicain. Les Cliff-Dwellers. L’histoire naturelle médicale des anciens Mexicains, les mines et la métallurgie avant la conquête du Mexique. Sur les relations qui peuvent exister entre les Esquimaux et autres races indigènes de l’Amérique du Nord. Classification chronologique des monuments du Mexique et de l’Amérique centrale, etc. Le président du Congrès est M. J. Baranda et le secrétaire M. T. S. Santos.
- —g— Une intéressante Note sur des dégagements de gaz inflammables survenus dans des mines métalliques, notamment dans celle de Pontpéan, a été publiée dans les Annales des Mines, par M. Lodin, ingénieur en chef des mines. Cette Note contient une série d’observations sur des dégagements de gaz constatés dans des salines et mines métalliques, puis une étude spéciale de la mine de Pontpéan (Ille-et-Vilaine), où on exploite la galène avec blende et pyrite. Un certain nombre d’accidents y sont arrivés par explosion de gaz. La formation de ces gaz peut encore être attribuée, dans une partie des cas, à la décomposition des boisages, mais, pour d’autres, cette explication est insuffisante. On est porté à admettre que les dégagements de gaz inflammables proviennent du remplissage métallifère lui-même imprégné d’hydrocarbures à une époque probablement contemporaine de sa formation. Des matières organiques ont pu entrer dans la composition de ce remplissage et amener la production des hydrocarbures gazeux dont on constate la présence très fréquemment dans le remplissage même des filons.
- —g— Dans un Mémoire présenté dernièrement à la Société philosophique de Glasgow, lord Kelvin montre, à l’aide d’appareils spéciaux, que le passage d’une goutte d’eau à travers l’air a pour effet d’électriser légèrement celui-ci. L’action électrique est beaucoup plus intense si la goutte d’eau vient à rencontrer un corps solide ou une surface liquide. Il a, en outre, été constaté que si une goutte d’eau douce frappe une surface d’eau salée ou un corps solide, l’air est électrisé négativement, tandis que si on se sert d’eau salée, l’air est électrisé positivement. Le choc des vagues l’une contre l’autre donne lieu également à l’électrisation positive de l’air et dans une mesure beaucoup plus large que l’électrisation négative due à la chute de la pluie.
- —g— Dans une manœuvre faite dans une station dç Beloçh (ligne de Barcelone à Lérida), deux wagons chargés de blé se détachèrent et, la voie étant en pente, partirent avec une vitesse vertigineuse ; ce que voyant, un vélocipédiste qui passait eut la présence d’esprit de s’élancer à leur suite; il put les dépasser et avertir un train qui arrivait en sens contraire. Celui-ci put ainsi s’arrêtera temps, et il en fut quitte pour une forte secousse et une grosse avarie à la machine, mais sans autre accident. Le cycliste ne s’est pas fait connaître.
- —g— Le 20 août 1895, M. Swift a découvert, aux États-Unis, une comète très faible, ronde, très pâle. Le 21, M. Barnard l’observait au mont Hamilton, et le 24, elle était observée aux divers observatoires d’Europe. Cette comète est extrêmement faible et n’est observable qu'aux grands instruments. Elle a été vue, entie autres, par M. Le Cadet à l’équatorial coudé de 0m,52 de l’Observatoire de Lyon, le 23 août. Elle apparaissait comme une nébulosité très diffuse et très faible, à peu près également étendue dans toutes les directions. On pouvait, par vision oblique, distinguer une faible condensation à peu près centrale. D’après l’orbite qui en a été calculée, elle a dû passer au périhélie te 20 août et est périodique, avec une révolution de sept ans. La comète Faye a été retrouvée le 28 septembre, par M. Javelle, à l'Observatoire de Nice.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour voir les photographies des couleurs dont il est question dans la présente livraison, il faut aller chez MM. Borda, 346, rue Saint-Honoré, à Paris.
- Communications. — M. P. Issartier, à Marseille, nous écrit au sujet de la Notice que nous avons publiée sur son projet d’un ascenseur au mont Blanc, dans l’article des Nouvelles scientifiques intitulé la Semaine, du numéro 1170, du 2 novembre 1895. Notre correspondant trouve notre appréciation bien sévère, et il nous écrit qu’il ne se dissimule nullement les difficultés de l’œuvre projetée; mais des ingénieurs dont la compétence en matière de travaux publics ne fait aucun doute, ont déclaré, après examen attentif, que le projet était absolument réalisable au point de vue technique. Nous ajouterons toutefois que, quand il s’agit de creuser une galerie se dirigeant vers l’aplomb du point culminant du mont Blanc et un puits vertical partant de l’extrémité de cette galerie pour aboutir au sommet de la montagne, il est permis d’émettre quelques doutes. Nous souhaitons cependant bonne réussite à M. Issartier, et nous serons les premiers à applaudir à ses succès; nous sommes seulement désireux de voir la réalisation pratique de son projet.
- M. H. Hanin, architecte à Paris, nous adresse un projet avec dessins d’escaliers automatiques. Ces escaliers, destinés surtout aux gares, aux grands magasins, aux expositions et aux voies publiques, sont formés de marches qui montent ou descendent les étages sans fatigue. Le mouvement est communiqué aux escaliers par des poulies sur lesquelles s’engagent des câbles métalliques sans fin. La force motrice, dit le projet, peut être fournie par des moteurs à eau, à air comprimé ou électriques ; nous doutons toutefois que les moteurs à eau puissent actuellement donner satisfaction en raison du nouveau prix de 60 centimes le mètre cube. Ces escaliers pourraient peut-être offrir de réels avantages; il serait intéressant de connaître quelques-unes des dépenses d’installation et d’exploitation.
- M. G. Richou, notre collaborateur, qui a publié un article sur l’accident de la gare Montparnasse, dans le n° H 71, du 9 novembre 1895, p. 369, nous envoie la Note suivante : « A la suite de mon article sur l’accident de la gare Montparnasse, j’ai reçu, d’un de nos abonnés de Grenoble, l’avis que les voies terminus de la gare de Cologne sont pourvues de buttoirs portés par des tiges de pistons de cylindres hydrauliques. La longueur de ces cylindres est de 2m,50. Notre correspondant, que nous remercions très vivement pour son aimable lettre, ne connaît pas le diamètre exact des cylindres. »
- MUe M. de T., à Nice, nous envoie, par colis postal, à la date du 6 novembre 1895, une petite branche de cerisier portant des fleurs blanches. A cette époque cette floraison est un fait rare. Nous remercions notre lectrice.
- Renseignements. — M. S. M. C, à Hautson. Vous pouvez adopter des piles O’Keenan au sulfate de cuivre pour charger des batteries d’accumulateurs; ces piles sont construites par M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris. Mais il serait plus pratique de prendre un moteur à pétrole pour actionner une dynamo, surtout s’il s’agit d’une puissance de 1 à 2 chevaux.
- M. A. Devaux, à Loudun. —Pour l’éclairage dont vous parlez, s’il faut écarter le gaz et l’électricité, il ne reste que les lampes à pétrole ou à gaz acétylène ; nous décrirons divers modèles pox’tatifs de ces dernières lampes.
- M. R. Jullien, à Paris. — Le modèle de baromètre simple que vous nous signalez, et consistant en un tube de verre plongé dans une bouteille qui est aux trois quarts remplie d’eau et bouchée hermétiquement, est bien connu; on a déjà imaginé plusieurs appareils construits sur le même principe.
- M. Gotendorf, à Maisons-Lafitte. — Dans notre dernière Boîte aux lettres, nous avons indiqué l’adresse d’un fabricant de peintures lumineuses.
- M. J. Moreau, au château de Loyolles (Aisne).— Vous pour-
- riez demander ce renseignement à M. Jousset de Bellesme, directeur du service municipal de pisciculture de la ville de Paris au parc du Trocadéro, à Paris.
- M. Chedin, au Moulon-lès-Bourges. — Cet article est déjà ancien et nous ne saurions vous faire connaître les raisons qui ont déterminé à prendre cette largeur.
- M. Bonvalot, à Marseille. — La dorure sur satin ou soie et en général sur étoffes est faite en déposant soigneusement, à l’aide d’un racloir, de la dorure en feuilles ; vous trouverez probablement quelques renseignements dans le Manuel de dorure, argenture de MM. Mathey, Maigne et Villon, dans la collection des manuels Roret.
- L’abonné 37, à Lunéville. — Les skis ou patins à neige ne se trouvent qu’en Norvège ou dans les pays voisins ; nous ne pensons pas qu’il soit possible de s’en procurer en France.
- M. V. Verschaffel, à Sas-de-Gand. — La librairie Gauthier-Villars, à Paris, a publié un grand nombre de traités de mécanique, dans lesquels vous pourrez faire un choix.
- M. L. Raginel, à Lyon. — 1° Pour la force motrice fournie par moteurs à air comprimé, avec une puissance de 6 chevaux, il faut compter par cheval-heure utile une dépense de 10 à 15 mètres cubes d’air réchauffé et de 25 à 30 mètres cubes d’air non réchauffé. — 2° Le prix de vente à Paris est de 1 centime le mètre cube. — 3° Les effets dont il s’agit sont produits par diverses réflexions lumineuses.
- MM. Rafer, à Saint-Chamond. — Les opérations dont vous parlez sont absolument indispensables pour préparer les pièces à mettre dans les bains de nickelage ; dans l’industrie on peut prendre des dispositions pour que tous les préparatifs soient faits très rapidement. Consultez les ouvrages de M. H. Fontaine sur FElectrolyse, à la librairie Baudry, à Paris.
- M. J. V., h Vincennes. — Vous pouvez demander ce Rapport à la Société des ingénieurs civils, 10, cité Rougemont, à Paris.
- M. J. Sébert, à Saint-Brieuc. — Vous nous demandez quels! sont les principaux ouvrages de M. Berthelot. En outre d’un grand nombre de travaux importants et des Mémoires sur ses découvertes, publiés dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences, les Annales de chimie et de physique, il a publié une série d’articles dans la Revue des Deux Mondes, la Revue des cours scientifiques, etc., M. Berthelot a fait paraître les ouvrages suivants : Chimie organique fondée sur la synthèse (1860), Leçons sur les principes sucrés (1862), Leçons sur les méthodes générales de synthèse (1864), Traité élémentaire de chimie organique (1872), la Synthèse chimique (1875); nous ne devons pas oublier non plus la magnifique publication qu’il a faite sur la Chimie au moyen âge. C’est une histoire de la science qui a exigé les plus laborieuses recherches.
- M. L. Ducos, à Nantes. — Il s’agit d’installations spéciales qui ont été faites pour le créosotage et le sulfatage des traverses de chemins de fer dans divers ateliers, à Villers-Cotte-rets pour la Compagnie du Nord, à Collonges et à Lvon-Per-rache pour la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée;' il faudrait vous adresser directement à ces chantiers.
- M. E. F. G., à Bordeaux. — 1° Nous avons indiqué dans les Recettes et procédés utiles, 1™ série, la composition du liquide pour boîtes ou bombes éteignant le feu dans les incendies. Vous trouverez aussi du liquide préparé à la Société de l’extincteur Dick, 56, rue de Paradis, ou à la Société des Grenades Labbé, 83, boulevard Magenta, à Paris. — 2“ La même pile peut convenir pour l’allumoir électrique.
- Questions. — N° 1349. — Il nous est impossible de trouver dans le commerce un exemplaire de la brochure faite en 1878 ar M. Gaston Tissandier sur la Description du ballon captif e M. Henry Giffard. Cette brochure, qui a eu 14 éditions et qui a été tirée à plus de 30 000 exemplaires, est introuvable. Un de nos lecteurs ou les libraires seraient bien aimables de. nous signaler les exemplaires qu’ils connaissent. Il s’agit de pouvoir en faire hommage d’un exemplaire à M. Andrée, l’intrépide aéronaute norvégien.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Vanvincq Reniez, à Audruicq. Nous ne connaissons pas l’ouvrage dont vous voulez parler. Tous nos regrets. —M. J., à Gand. Nous n’avons pas de plus amples renseignements que ceux que nous avons déjà fait connaître. — Un abonné, à Taiohac. Il serait nécessaire d’avoir un grand nombre d’observations pour fixer les idées à ce sujet. — M. Léon, à Marseille. Il suffit de mesurer la différence de potentiel et l’intensité; le produit des deux éléments vous indiquera la puissance en watts. —M. X. Y. Z., à Caussade. Voyez les Recettes et procédés utiles, dro série (G. Masson, éditeur). — M. D. B., à Pans; M. R. M., à Lille. Remerciements pour vos communications. — M. R. Amycie,k Saint-Pol. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren~. seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Le Vélo-Signal. — Les vélocipédistes ont besoin d’un signal qui leur permette d’annoncer leur passage, et de pré-enir qu’ils traversent une voie. Quelquefois aussi dans la campagne ils peuvent avoir à demander du secours. S’il s'agit d’une partie d’excursion, les voyageurs doivent pouvoir se communiquer leurs impressions réciproques, et s’avertir mutuellement des dangers qui se présentent. On a déjà imaginé un grand nombre d’appareils semblables, et nous en avons décrit plusieurs. Le Vélo-Signal est construit d’après le principe du sifflet de la machine à vapeur ; il donne un son à la fois grave
- Le Vélo-Signal. A gauche, l’appareil; au milieu, un vélocipédiste s’en servant.
- fixée sur les essieux de la voiture. On peut aussi, à l’aide d’une pompe à air, insuffler une certaine quantité d’air dans la chaudière, et la voiture fonctionne par l’air comprimé. Le siège du devant est réservé au conducteur, qui a sous sa main une tige commandant l’arrivée de vapeur. Ce nouveau jouet peut avoir beaucoup d’attraits pour les jeunes enfants ; le dessin en cartouche montre un écolier faisant fonctionner l’appareil. — La voiture automobile est en vente chez M. Chomeau, 33, passage du Havre, à Paris.
- Presse à copier. — Cette nouvelle presse est formée d’un plateau fixe formant table maintenu par une colonne à trépied en fonte. A l’intérieur une tige à coulisse supporte un plateau
- Presse à copier. — 1. Détail de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- et strident pour un souffle de faible intensité. Notre figure montre le détail de l’appareil, et un vélocipédiste l’utilisant. Entre amis, on peut convenir de certains signaux. Le constructeur nous a fait connaître quelques signaux adoptés par lui dans diverses promenades. Ces signaux sont les suivants ;
- Salut du cycliste..........
- Halte!.....................
- Venez ici; Suivez-moi......
- ( Où êtes-vous!. . . . Appel: ..
- ( Nous sommes la . .
- Tournez à droite...........
- Tournez à gauche...........
- Attention! Il y a du danger! Au secours!................
- 11 est bien évident que ces divers appels peuvent être variés à l’infini: il suffit de s’entendre à l’avance. — Le Vélo-Signal se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Voiture automobile. — Les voitures automobiles sont aujourd’hui à l’ordre du jour. Le jouet dont il est question constitue une véritable voiture automobile, fonctionnant, non
- Voiture automobile, jouet.
- à l’aide d’un ressort remonté, mais à l’aide d’une machine à vapeur commandant par transmission les roues motrices. Dans le n° 1 de la figure, on distingue nettement à l’arrière la chaudière à vapeur, chauffée par une lampe à alcool : à côté est la machine à vapeur, qui actionne une roue dentée : sur cette devnière est placée une chaîne qui met en marche une poulie
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- mobile qui peut venir se buter contre le plateau fixe quand on appuie sur une pédale placée au bas de l’appareil. [Pour copier une lettre, il suffit de poser le copie de lettres sur le plateau mobile, et d’appuyer le pied sur la pédale ; la lettre est aussitôt copiée. Le n° 1 de notre figure montre le détail de l’appareil et le n° 2 le mode d’emploi. — Pour la nouvelle presse à copier, s’adresser chez MM. Grimont et Kastler, 45, boulevard Saint-Michel, à Paris.
- COURS ET CONFERENCES
- Conservatoire national des arts et métiers à Paris
- COURS PUBLICS ET GRATUITS DE SCIENCES APPLIQUÉES AUX ARTS
- Les cours sont ouverts depuis le 4 novembre 1895 et continués aux jours indiqués ci-après.
- Géométrie appliquée aux arts. — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M. A. Laussedat, professeur. M. Ch. Brisse, professeur suppléant.
- Géométrie descriptive. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. E. Rouché, professeur.
- Mécanique appliquée aux arts. Machines à vapeur fixes.
- — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. J. Hirsch, professeur.
- Constructions civiles. Eléments d'architecture. — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M. J. Pillet, professeur. Physique appliquée aux arts. Electricité. Lois diverses.
- — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M. J. Violle, professeur.
- Electricité industrielle. Machines dynamo électriques. — Les mercredis et samedis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. Marcel Deprez, professeur.
- Chimie générale dans ses rapports avec Vindustrie. Chimie organique. — Les mercredis et samedis, à 9 heures du soir. — M. E. Jungfleisch, professeur.
- Chimie industrielle. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. Aimé Girard, professeur.
- Métallurgie et travail des métaux. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. U. Le Verrier, professeur.
- Chimie appliquée aux industries de la teinture, de la céramique et de la verrerie. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. V. de Luynes, professeur.
- Chimie agricole et analyse chimique. — Les mercredis et samedis, à 9 heures du soir. — M. Th. Schlœsing, professeur. M. Th. Schlœsing fils, professeur suppléant.
- Agriculture. Alimentation du bétail. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. L. Grandeau, professeur.
- Travaux agricoles et génie rural. Des eaux souterraines et superficielles. — Les mercredis et samedis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. Ch. de Comberousse, professeur.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- , Filature et tissage. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. J. Imbs, professeur.
- Economie politique et législation industrielle. La consommation des richesses. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. E. Levasseur, professeur.
- . Economie industrielle et statistique. La production industrielle et ses éléments. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. André Liesse, professeur.
- Droit commercial. — les mercredis, à 9 heures du soir.
- — M. E. Alglave, chargé de cours.
- Economie sociale. — Les samedis, à 9 heures du soir.
- — M. P. Beauregard, chargé de cours.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le cheval et ses races. Histoire des races a travers les siècles et races actuelles, par P. Mégnin. 1 vol. in-8° de la Biblio-
- thèque de l'Eleveur. — Vincennes, aux bureaux de l’Eleveur, 1895. Prix : 10 francs.
- La dynamo. Théorie, calcul et construction. Etude physique et mécanique, par Hawkins et Wallis. Traduit de l'anglais par E. Boistel. Tomes I et II. 2 vol. in-8“ de la Bibliothèque électrotechnique. Paris, J. Fritsch, éditeur. 1895. Prix : Ifî^oO.
- Cours de mécanique appliquée aux machines professé à l'Ecole spéciale du génie civil de Gand, par J. Boulvps, ingénieur des constructions maritimes de l’Etat belge. 5* fascicule. Machines à vapeur. 1 vol. in-8°. Paris, E. Bernard et Cie, éditeurs. 1896. Prix : 10 francs.
- Maladies des plantes agricoles et des arbres fruitiers et forestiers causées par des parasites végétaux, par Ed. Prilueux, professeur à l’Institut national agronomique, tome I. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de l'enseignement agricole, publiée sous la direction de M. A. Müntz. — Paris, Ûbrairie de Fir-min-Didot et Cie, 1895.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES OU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 4 novembre. . 5*,0 S. S. E. 0. Quelques nuages. 1,5 Très nuageux ; gelée blanche ; halo ; un peu de pluie dans la soirée.
- Mardi 5 10*,0 S. 3. Couvert. 3,4 Nuageux de 12 à 16 h.; couvert avant et après; pluie dans la matinée.
- Mercredi 6 12*,9 S. S. W. 3. Couvert. 2,8 Halo ; couvert ; pluie presque la moitié du temps.
- Jeudi 7 15*,2 S. S. W. 3. Couvert. 4,0 Couvert ; un peu de pluie de 8 h. 1/2 à 9 h.
- Vendredi 8 13*,3 S. 2. Couvert. 0,1 Couvert; éclaircies à 23 h ; petite pluie de 11 â 14 h. et à 15 h. 40 m.
- Samedi 9 15*,1 S. 3. Couvert. 1,1 Couvert jusqu’à 10 h.; très nuageux ensuite ; quelquefois un peu de pluie le matin.
- Dimanche 10 8*,0 S. W. 0. Couvert. 0,0 Presque couvert le matin; nuageux le soir; halo.
- NOVEMBRE 1895
- SEMAINE DO LUNDI 4 AO DIMANCHE 10 NOVEMBRE
- Mardi
- Mercredi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- ISSSS!
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc Saint-Maur en octobre 0(05
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 755“",40. Minimum le 8 à 5 li. du soir, 757“*,90. Maximum le 18 à 9 heures du matin, 770”“.16.
- Moyennes thermométriques : des minima 4°,95; des maxima 14°,08; du mois 9°,52; moyenne vraie des 24 heures 8°,73. Les minima ont varié de —2°,1 le 27 à 15°,8 le 2. Les maxima de 5°,7 le 29 à 24°,5 le 1". Il y a eu 7 jours de gelée à glace et 9 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 7““,18. La moindre 3““,7 le 21 à 1 heure du soir; la plus grande 13"“,4 le 6 à 7 heures du soir. Humidité relative moyenne 83; la moindre 42 le 24 à 1 heure du soir. La plus grande 100 en 15 jours.
- Nébulosité moyenne Si. 5 jours de brouillard dont un seul notable de 100 mètres le 21 à 7 heures du matin.
- Pluie 56”“,2 en 43 heures réparties en 14 jours. Un seul jour de grande pluie d'une durée de 6 heures le 6 au soir, a fourni 21“",1 d’eau. 1 jour d’orage le 10 à 10 heures trois quarts du matin; tonnerre non loin à l’ouest-nord-ouest, vers Paris, où il a été entendu. Eclair le 2i et le 25, au sud-est, un peu après 11 heures du soir.
- Vent dominant du sud au sud-ouest, puis du nord-nord-est au nord-est. Le 29, de 9 à 10 heures du matin, neige assez abondante mêlée de pluie et ne marquant pas sur le sol ; la température de l’air était alors de 1 à 2° au-dessus de zéro et le vent sud faible. Un orage assez fort avait eu lieu le matin, à 4 heures, à l’île de Ré.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 13°,19; dans l’après-midi, 13°,30; en moyenne, 13°,25. Elle a varié de 7°,72 le 31 à 19°,30 le 1"; toujours très basse et claire.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’octobre 1895 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de l““,6i. Thermomètre plus bas de 0°,89. Tension de la vapeur moindre de 0*“,61. Humidité relative moindre de 2. Pluie moindre de 8“*,4. Nébulosité moindre d« 9.
- Les dernières hirondelles ont été vues au Parc le 22 au matin.
- Ce mois est remarquable par la chute de température qui s'est faite brusquement après le 16; la première moitié du mois a eu une moyenne de 12°,77 avec une nébulosité de 62; les quinze derniers jours 4°,36 avec nébulosité 40. La première gelée a eu lieu le 20.
- Erratum. — Au mois de septembre 1895, à la colonne 2, dix-septième ligne, après septembre, lisez 1724.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 9, à 11 h. 16 m. du soir.
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- AVIS »E L’ADMIMI§TRATIttIV. — L’échéance du 30 novembre étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 30 novembre (n“ 1174) de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de décembre aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 6 décembre renouvelé ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales <2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- LÀ SEMAINE
- Un nouveau mode de greffe. — M. Maxime Cornu a entretenu récemment la Société nationale d'agriculture d’un nouveau procédé de greffage qu’il a expérimenté, ces dernières années, et qui paraît appelé à rendre . quelques services. M. Cornu rappelle d’abord quelles sont les difficultés que l’on rencontre lorsqu’on veut trouver des sujets sur lesquels s’adoptent des greffons ; très souvent, le sujet fait défaut, ou il faut qu’il soit enraciné d’avance. Certainement aujourd’hui, en viticulture, on a fait les plus grands progrès de ce côté, et l’on obtient avec le greffage de mervedleux résultats. Mais, pour bien des espèces horticoles, le greffage est chose fort délicate et l’on doit, pour certaines espèces, avoir recours à des sujets enracinés et en pots. La méthode proposée par M. Cornu dispense précisément d’avoir des sujets enracinés. Il les remplace par des graines à l’état de germination. Les cotylédons suppléent à la nourriture nécessaire au greffon. Un greffon, en effet, exige un sujet enraciné quand il ne trouve pas les éléments dont il a besoin dans un sujet qui ne puise pas dans le sol, par ses racines, des matières nutritives nécessaires. Mais les cotylédons possèdent largement ces réserves de nourriture dont peut avoir besoin un greffon. M. Cornu fait donc germer une graine, un marron par exemple ; un pivot puissant se développe; il exécute le greffage en collet, un peu au-dessous de l’insertion des cotylédons, le greff on étant à l’état entièrement herbacé. Par ce procédé M. Cornu a obtenu de très bons résultats, et il a présenté à la Société dos marronniers, entre autres plantes, greffés suivant cette méthode et de la plus belle venue. Cette méthode permet de pratiquer la greffe pendant une longue période, spécialement pendant la saison froide. Les greffons herbacés s’obtiennent en terre ou sur couche chaude, à l’aide de plantes enracinées ou de simples rameaux. Elle sera surtout facile à employer avec les graines donnant de gros cotylédons, comme les graines de marronnier, de chêne, de châtaignier, etc. Cette méthode (greffe herbacée sur germination) a été l’objet d’une Note étendue à la Société nationale d'horticulture de France, le 11 juillet 1895. Elle peut certainement servir à la greffe sur table ; elle pourra sans doute entrer dans la pratique des pépinières.
- INFORMATIONS
- —— La Société des Laboratoires Bourbouze (ancien cours Rourbouze) nous prie d’annoncer que ses cours gratuits de manipulations de physique, d’électricité et de chimie industrielles ont été ouverts le dimanche 10 novembre, à 9 heures du matin, 21, rue des N’onnains-d Hyères (Pharmacie centrale de France). Les ouvriers qui auront besoin d’étudier une question spéciale se rattachant aux
- sciences précitées trouveront gratuitement aux laboratoires de la Société, en plus du matériel qui leur sera nécessaire, les conseils éclairés des professeurs.
- —@— La pêche au clairon, d’après l'Eleveur : un avocat du barreau de Paris avait, il y a peu de temps, un procès de pêche à plaider. Lisant les textes de la législation, il tomba sur un article au moins étrange au règlement ayant force de loi en la matière, lequel dit : « il est défendu de pêcher au son du clairon, du fifre, ou de tout autre instrument de cuivre ». L’avocat remonta alors aux origines de la législation et il apprit qu’à Marseille, autrefois, on pêchait souvent, la nuit, à l’aide de grands feux produits par des fagots allumés. Ces fagots s’appelaient dans le pays clairon ou cléron. Le mode de pêche en question ayant donné lieu à des abus, fut défendu. Plus tard, un nouvel intendant tomba un jour sur cet article, n’en comprit pas le sens, et, croyant qu’il s’agissait de pêcher au son du clairon, il modifia le texte en étendant la prohibition à tous les instruments de cuivre.
- Notes cyclistes. — On sait qn’un bon changement de multiplication constitue aujourd’hui le plus uif desideratum du touriste qui peut aisément développer 5 mètres par tour de pédale sur bonne route de niveau, mais serait heureux de n’avoir que 3 mètres ou 5“,50 lorsqu’il faut gravir une côte dépassant trois ou quatre centièmes. Nous connaissons plusieurs dispositifs qui doivent figurer au prochain Salon du cycle, et si aucun d’eux n’apporte une solution définitive du problème, quelques-uns sont déjà assez perfectionnés pour recevoir une application immédiate de la part des touristes assez peu sportifs pour apprécier les nombreux avantages de la double multiplication, même achetés au prix d’un accroissement de poids de un ou deux kilogrammes.
- — Les autorités de Montréal (Canada) ont rendu le frein obligatoire sur tout le territoire de la ville. Pour tous ceux qui ont vu l’allure folle de certains cyclistes à la descente des Champs-Elysées, la mesure vexatoire et sévère prise par la municipalité de Montréal ne paraîtra pas excessive. Mais une chose est de mettre un frein au cycle, et autre chose est d’obliger les cyclistes à s’en servir. Le remède est donc plus apparent que réellement efficace.
- — Un inventeur de Chicago a cherché à remédier dans une certaine mesure à la crevaison intempestive d’un pneu en constituant celui-ci sous forme de trois chambres à air distinctes roulées en spirale comme une corde à trois torons. Si l’une des chambres crève, les deux autres maintiennent l’enveloppe, sinon totalement, du moins suffisamment gonflée pour permettre au cycliste d’accomplir l’étape. Malheureusement, les trois chambres à air sont distinctes, et il faut gonfler trois fois, ce qui semble assez fastidieux. Il est vrai que le dispositif peut ne s’appliquer qu’à la roue d’arrière, car la roue d’avant est moins exposée aux accidents.
- — Signe des temps : Un gentleman far mer américain avait un cheval et une bicyclette, et celle-ci était la préférée. Le cheval restait à l’écurie et se mourait faute d’exercice. Pour obéir aux prescriptions du vétérinaire sans abandonner sa chère bicyclette, notre fermier a pris un parti héroïque : Chaque matin il fait une longue jromenade à bicyclette et se fait suivre par son cheval, qu’il dirige à ’aide d’une longe, le cheval d’acier conduisant la plus noble conquête. Espérons que notre Américain ne tardera pas à s’apercevoir qu’il fait là un métier de dupe : nous apprendrons certainement avant peu qu’il a attelé son cheval à sa machine, comme le fait depuis plusieurs années un de nos amis pour son chien.
- — Si la rubrique que nous venons de créer intéresse nos lecteurs, nous les prions de vouloir bien nous aider à la développer en adressant leurs communications au soussigné.
- Ux AMI DE LA BICYCLETTE.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La bicyclette pliante se trouve chez M. Morel, 28, boulevard Poissonnière, à Paris. — Le phonographe perfectionné à bon marché est construit par M. NVerner, 85, rue de Richelieu, à Paris. —-Pour ce qui concerne l’appareil le Tutélaire pour la pasteurisation du lait, s’adresser à M. L’Hôte, chimiste, 16, rue Cha-noinesse, à Paris.
- Communications. - M. Simon, à Nancy, à propos de notre récent article sur l’accident de la gare Montparnasse, paru dans le n° 1171, du 9 novembre 1895, p. 369, et dans lequel notre collaborateur M.G. Richou exprime le désir que l’on trouve un moyen de ralentir rapidement la marche d’un train sans secousse brusque, en lui opposant par exemple l’action d’un frein à air comprimé, nous écrit que ce genre d’accident se produit en Allemagne comme en France dans les gares terminus. Les ingénieurs allemands ont appliqué, dans plusieurs gares, notamment à Metz, une disposition préventive très simple. Ils répandent sur la voie et sur une longueur de quelques mètres une couche de sable en plan incliné, haute d’environ 60 centimètres au heurtoir, et finissant en pente au point où les roues la rencontrent. La locomotive dont le mécanicien n’est pas maître, en continuant à rouler sur les rails, pénètre dans cette couche de plus en plus profonde, et sa vitesse est détruite très progressivement. Nous remercions notre correspondant de son intéressante communication; le procédé qu’il signale est en effet ingénieux et pourrait être essayé.
- M. C. Wattiez, à Cellule, nous adresse la description avec croquis d’un petit graduateur ou régulateur d’intensité de courant. Cet appareil, fondé sur la résistance de l’eau, est composé de deux tubes de verre glissant l’un dans l’autre ; dans le tube intérieur est passé un fil d’argent soudé aux deux extrémités. Le deuxième tube est rempli d’eau, et porte à sa base un bouton d’argent relié à un fil métallique. Les deux électrodes sont immergées dans l’eau ; l’intensité du courant dépend de l’intervalle liquide laissé entre elles.
- M. C. Blancher, à Toulouse, nous envoie une petite Notice sur un nouveau dispositif d’allumage pour moteurs à gaz à compression. Ce dispositif consiste dans le transport au sein du mélange explosif d’une flamme empruntée au mélange lui-même, en utilisant directement le piston comme organe de transport. A cet effet, le piston du cylindre moteur porte à sa base un tube en acier qui est entraîné dans le mouvement du piston et glisse à travers le fond du cylindre. Ce tube est muni de diverses ouvertures appropriées; à la sortie, sur le côté, se trouve une petite lampe à essence. Dans le mouvement du cylindre le gaz comprimé vient s’enflammer à cette lampe et la marche en avant amène cette flamme à l’intérieur du cylindre.
- Renseignements. — M. le comte de la Laurencie, à Fleurac-Nerrac. — 1° Voyez notre article sur la soudure Delé-cluse pour l’aluminium dans le n° 1123, du 8 décembre 1894, p. 26. — 2° Adressez-vous à la Société électro-métallurgique, 41, rue Notre-Dame-de-Lorette, ou à la Société française de nickel et d’aluminium, 36, rue Lafayette, à Paris.
- M. A. Wouxanarith, à Vierzon. — Quelques grandes écoles donnent, après trois ans d’études, le diplôme de chimiste. l’Ecole centrale des arts et manufactures, l’Ecole municipale de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris. En dehors de ces diplômes, il n’existe pas d'examen spécial pour obtenir le brevet de chimiste. Le Laboratoire municipal de chimie admet, après concours, des inspecteurs chimistes.
- Un abonné, à Barcelone. — Consultez nos articles précédents; nous avons donné toutes les explications nécessaires.
- M. V. Gaillard, à Paris. — Renseignez-vous auprès de MM. Matter et Cie, à Rouen.
- M. Vazou, à Beaune. — 1° Pour protéger les surfaces métalliques on a beaucoup parlé d’une dissolution de gomme de l’euphorbe dans une essence; voyez les Recettes et procédés
- utiles, lr# série, mentionné plus loin. — 2° Vous trouverez aussi dans ce même livre diverses formules de ciments. — 3° Nous examinerons volontiers la description de votre appareil quand il sera terminé.
- M. P. Verdet, à Paris. — Le rérascope est un très bon stéréoscope.
- M. C. F., à Toulouse. — Il faut faire pénétrer la paraffine à l’intérieur de ces bouchons, mais ne pas en laisser une couche extérieure trop épaisse, parce qu’elle s’écaille facilement et tombe dans le liquide.
- M. G. S., à Paris. — Le Rapport publié sur la traction électrique par l’Association amicale des ingénieurs électriciens de Pans est en vente au siège de la Société des ingénieurs civils, 10, cité Rougemont, à Paris.
- M. Couleru Henri, à Chaux-de-Fonds. — La réponse ci-dessus vous donne satisfaction ; pour les autres ouvrages publiés par cette société, s’adresser à MM. Bernard et Cie, 63 ter, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. A. C., à Fontaine-au-Bois. — 1* Ce charbon n’existe pas dans le commerce, il faut le préparer soi-même. — 2° Le caoutchouc se dissout facilement dans le sulfure de carbone.
- M. G. Schneider, à Paris. — Pour la licence ès sciences physiques il faut consulter le cours de physique de MM. Jamin et Bouty, le cours de manipulations de physique de M. Witz, à la librairie Gauthier-Villars, les ouvrages de M. Pellat, M. Troost, M. Friedel; vous aurez les divers cours de la Sorbonne chez les divers libraires de la rue de la Sorbonne.
- M. M. D., à Sens. — 1° Presses à viande : M. Desenne, 156, rue Saint-Maur, M. Lefranc, 27, boulevard du Temple, à Paris. — 2° Vous trouverez cette substance chez les marchands de produits chimiques et chez M. Menitz, 37, passage Jouffrov, à Paris.
- M. J. J. Vandeperre, à Rome. — La roue Felton se trouve chez MM. Fraser et Chalmers, 43, Threadneedle Street, London, E. C.
- M. J. Schiott, à Nhavn. — 1° Nous ne nous souvenons pas du livre que vous indiquez; veuillez nous rappeler le numéro de La Nature dans lequel il en est question. — 2“ Vous pourriez soumettre cet article à la Revue générale des chemins de fer, à la librairie Dunod, 49, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- Un abonné, à Saint-Galien (Suisse). — H faut vous renseigner directement au secrétariat de l’Ecole de médecine, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. F. Marchand, à Paris. — Il existe un certain nombre d’installations ayant dans leurs ateliers des transmissions électriques de force motrice; vous trouverez des renseignements sur ces installations dans l’ouvrage de notre collaborateur M. J. Laffargue, les Applications mécaniques de l’énergie électrique, que nous avons mentionné dans notre Bibliographie du n° 1141, du 13 avril 1895.
- M. F, L., à X.— Voyez l’article publié dans La Nature. par M. Albert Tissandier, sur les fabriques qui font des jambons avec des cochons traités à la machine, dans le numéro 679, du 5 juin 1886, p. 6.
- M. A. Hozana, à Paris.— Nous avons mentionné votre intéressant travail dans les communications de la Boîte aux lettres, du numéro 1170, du 2 novembre 1895.
- M. Berrassy, à X.— On fait des confitures sans fruit avec la substance gélatineuse du varech du Japon; nous avons publié un article à ce sujet, dans le n° 355, du 20 mars 1880, p. 245.
- Réponses à la question n° 1349.—Brochure sur la description du ballon captif de M. Henry Giffard à l'Exposition de 1878. — M. le Dr Lefebure, à Bapaume; M. J. Legris, à Paris; M. Lescophy, à Paris; M. Charles de Thierry, à Paris; M. A Ifred Revel, à Paris, ont eu la grande amabilité de nous envoyer la brochure que nous demandions. Nous leur adressons tous nos sincères remerciements. Nous remercions aussi MM. Paul Jubert et Martin, qui nous offrent de nous envoyer si nous n’avions pas reçu; mais cela n’est plus nécessaire.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. Reboid. au château de la Gailîardière. Nous avons reçu votre intéressante communication; mais elle présente un caractère trop spécial pour être insérée dans le journal. —M. A. Leroy, à Saint-Chamond. 11 nous serait bien difficile de connaître les différents usages auxquels peut être employée la tournure de fonte dure ou trempée. — JM. C. Sevin, à Neuilly-Plaisance. Nous ne connaissons pas, pour les encres communicatives, d’autres formules que celles que nous avons indiquées dans nos petits livres des Recettes et procédés utiles. — JM. G. R., à Paris; M. Dubois, à Marseille. Consultez les Recettes et procédés utiles, 3° série (G. Masson, éditeur). — M. D. V-, à Lyon; JM. M. R., à Brest. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Moteur & gaz. — Tous les constructeurs s’efforcent aujourd’hui de fabriquer des jouets mécaniques, en respectant autant que possible les principes élémentaires delà mécanique. Nous devons signaler dans cette voie le fort intéressant petit moteur à gaz qui nous a été soumis par M. Chomeau, et que représente notre dessin. On retrouve dans ce moteur tous les organes d’une grande machine, bien qu’il ne donne environ que 1/150 de cheval. Le cylindre est entouré d’une enveloppe pour le passage de l’eau destinée au refroidissement ; le brûleur
- nous fait voir une application de ce genre. — L’appareil de suspension à gaz se trouve chez M. Ch. Rudolph, 15, boulevard. Saint-Denis, à Paris.
- Appareil ù.onduler les cheveux.— Cet ingénieux appareil, nommé l'Ondulant, est un ensemble de dispositifs montés sur un système articulé permettant d’obtenir un déplacement transversal alternativement droit et gauche par rapport à l’axe, en même temps qu’une translation avant ou arrière suivant cet axe. C’est par ces deux mouvements combinés que les dispositifs entraînent les cheveux et leur donnent automatiquement la forme de l’ondulation naturelle. Ils conservent cette forme après
- Moteur à gaz de faible puissance.
- est placé sur un côté, les cames d’aspiration et d’échappement sur l'autre côté. La tige du piston actionne par une bielle l’arbre moteur pourvu de deux volants. Le moteur est monté sur un socle en fonte qui assure sa stabilité. Rien n’a été oublié, nous trouvons même à gauche le réservoir d’eau pour refroidir le cylindre. Nous nous sommes amusé plusieurs fois à faire fonctionner ce petit moteur, qui marche très bien et qui a le grand avantage de donner en petit des indications très exactes sur le fonctionnement des moteurs industriels de plus grande puissance. Il peut du reste être utilisé pour la mise en marche de petites machines-outils. — Le moteur à gaz se trouve chez M. Chomeau, 33, passage du Havre, à Paris.
- Suspension & gaz. — Les appareils à gaz ont en général l’inconvénient d’être placés d’une façon immuable à une certaine hauteur. On a essayé des tiges glissantes, des tuyaux en caoutchouc, des tuyaux métalliques flexibles ; mais les résultats
- ne sont pas toujours très favorables. Le nouveau mode de suspension à gaz, dont il est question aujourd’hui, mérite de fixer l’attention par sa simplicité et les avantages qu’il présente. Il est formé, comme le montre le n° 1 de la figure, d’une tige fixe portant un levier horizontal sur lequel se déplace un contrepoids. Ce levier est mobile dans tous les sens autour de la partie centrale et supporte à son tour l’appareil à gaz proprement dit. Avec cette disposition, il est possible d’élever ou d'abaisser le point lumineux dans toutes les positions afin d’utiliser dans les meilleures conditions toute la lumière émise. Le n° 2 du dessin
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces
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- 1. Appareil à onduler les cheveux. — 2. Mode d’emploi.
- avoir été chauffés avec le fer spécial. Il n’y a pas à craindre de les brûler : ce fer ne touche pas les cheveux. Cet appareil se place par la personne qui s’en sert avec facilité. Poser la mèche à onduler bien à plat sur l’appareil, la maintenir au moyen des tubes et fermer l’appareil. La figure n° 1 montre l’appareil fermé; le déplacement transversal et la translation longitudinale se sont opérés. Une mèche de cheveux ayant été mise dans l’appareil, est prête à être enlevée. La figure n° 2 montre la personne qui a utilisé le système au moment où elle chauffe la mèche à onduler. — Cet appareil se trouve chez M. Émile Henry, 13, rue Daubenton, à Pans.
- BIBLIOGRAPHIE
- Analyse des alcools et des eaux-de-vie, par X. Rocqües, expert-chimiste. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Yillars et fils et G. Masson, éditeurs. 1895. Prix : broché, 2,r,50, cartonné, 3 francs.
- Applications scientifiques de la photographie, par G. H. Nie-•wenglo’Wski. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. 1895. Prix : broché, 2ft,50, cartonné, 3 francs.
- Julien Vesque, maître de conférences à la Faculté des sciences et à F Institut agronomique, 1848-1895. 1 brochure in-8° extraite des Annales agronomiques. Paris, G. Masson, éditeur. 1895.
- Le curé duBénizou, par Georges de Cavilly. 1 brochure in-40 avec illustrations photographiques d’après nature, par Magron. — Paris, Gauthier-\illars et fils, éditeurs. 1895.
- Histoire de la philosophie atomistique, par Léopold Mabilleau, professeur.de philosophie à la Faculté des lettres de Caen. Ouvrage couronné par l’Académie des sciences morales et politiques. 1 vol. grand in-8\ — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895. Prix : 12 francs.
- Les races humaines de Madagascar, par M. E.-T. IIamy. Conférence faite au Muséum d’histoire naturelle le i juillet 1895. 1 brochure in-8°. Paris. Bureaux de la Revue scientifique. 1895 .
- Éléments de comptabilité pratique, par S. Périsse, expertprès les tribunaux de la Seine. 1 brochure in-8°. Paris, librairie polytechnique Baudry et Cie, éditeurs. 1895. Prix : 1 franc.
- Lavoisier et les sciences médicales, par A. Pannetier, pharmacien de lre classe. 1 brochure in-8°, publiée par le Centre
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- médical et pharmaceutique, à Commcntry (Allier). 1895. Prix : 0fr,75.
- Les Mound-Buihlers. Une monographie, par le Marquis de Nadaillag, 1 brochure in-8° extraite de la Revue des questions scientifiques. Octobre 1895. Louvain, imprimerie Polleunis et Centerick. 1895.
- Notice sur Vüe d'Anticosti, par M. J. Despecher. 1 brochure in-8°. Paris. 1895. Chez l'auteur, 12, rue Caumartin.
- Fourteenth annual Report of the United States geological Survey to the secretary of the Interior. 1892-1893, bv J. W. Powell, director. Part. I. Report of the director. Part. II. Accompanying papers. 2 vol. grand in-8\ — Washington, Government Printing Office, 1894.
- British Muséum (natural history). Minerai départaient. An introduction to the sfudy of rochs. 1 vol. in-8°. Printed by order of the trustées.
- An atlas of the fertilization and karyokinesis of the ovum, by Edmuiid B. Wilson, professor of invertebrate zoology in Columbia college, with the coopération of Edward Leamisg. 1 atlas in-4°. New-York. Macmilland and C°, éditeurs. 1895.
- Missouri hotanical Garden. Sixtli annual Report. 1 vol. in-8°. Saint-Louis, Mo. Published by the Board of trustées. 1895.
- Monographs of the United States geological survey. Volumes XXill et XXIV. Department of the Interior. 2 vol. in-4*. Washington, Government Printing Office. 1894.
- Bulletin of the United States geological survey. Department of the Interior. N08 118, 119, 120, 121, 122, 5 brochures in-8°. — Chinooktcxts, by Franz Boas.—Archéologie investigations in James and Potomac Valleys, bv Gérard Fowke. — The Siouan tribesof the East, by James >Iooney. — 3 brochures in-8° de la Smithsonian Institution. Washington, Government Printing Office. 1894.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 novembre . 12-.9 S. 4. Quelq. éclaircies. 0,0 Presque couvert ; pluie à diverses reprises.
- Mardi 12 9* ,9 S. S. W. 2. Couvert. 4,1 Couvert; pluie à diverses reprises.
- Mercredi 13 9*,7 \V. S. W. 3. Couvert. 10,1 Couvert jusqu’à 7b.; puis nuag ; beau après 15 heures; un peu de pluie jusqu’à 2 ou 3 heures. Peu nuageux jusqu’à 17 li.; beau ensuite.
- Jeudi 14 4“,1 S. 2. Beau. 0,0
- Vendredi 15 5*,1 S. 1. Couvert. 0,0 Beau jusqu’à 4 h. ; couvert ensuite ; gelée blanche ; brouil. jusqu’à 9 h. ; un peu de pluie dans la soirée. Nuageux jusqu’à 4 h.; beau ensuite.
- Samedi 16 11*,9 S. 2. Beau. 0,1
- Dimanche 17 11*,0 N. W. 1. Couvert. 0,0 Couvert; pluie line de 8 à 18 h.
- NOVEMBRE 1895 - SEMAINE DU LUNDI 11 AU DIMANCHE 17 NOVEMBRE
- Lundi ' | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 a 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du muieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Crues du Rhône et de la Saône. — Les pluies des derniers jours du mois d’octobre et du commencement du mois de novembre ont amené une forte crue du Rhône et de la Saône. A la date du 4 novembre 1895, à Lyon, les eaux du Rhône couvraient les bas-ports.
- K*a neige. — Pour la première fois de cet hiver, la neige est tombée à Paris dans la matinée du 29 octobre 1895. La nuit avait été très froide et, à 7 heures du matin, le temps était noir. Les flocons blancs se sont alors mis à tomber et cette chute a duré jusqu a 9 heures et demie. Toutefois, la neige fondait en touchant le sol, et les rues de Paris en sont restées boueuses toute la matinée. La température s’est ensuite adoucie jusqu’à 6 heures du soir.
- Le froid et la neige ont également (ait leur première apparition en Alsace à la lin du mois d’octobre 1895. On écrivait de Strasbourg que, dans la nuit du 30 au 31 octobre le thermomètre y était descendu à 3° au-
- dossous de zéro et que la gelée blanche qui s’était produite avait déterminé la chute rapide des feuilles de tous les arbres.
- Sur toute la chaine des Vosges, la neige est tombée et les hautes cimes sont restées blanches pendant plusieurs jours. Quelque temps auparavant, on avait déjà signalé de la neige dans le val de Villé, mais elle avait fondu rapidement.
- Tremhlemenfa de terre à Rome. — Un nouveau tremblement de terre s’est produit à Rome, dans la nuit du 5 au 6 novembre 1S95, à 5* 27**. La secousse, très légère, n’a duré que quatre secondes Elle a été ondulatoire et sussultoire. Peu de personnes s’en sont aperçues. On n’a ooiLstaté aucun dégât. Les appareils sysmiques n’ont fourni aucune indication nouvelle depuis la secousse que nous signalons.
- A propos du tremblement de terre du 1" novembre 1895, on a constaté
- Sue le aôme de la basilique Saint-Pierre avait été légèrement endommagé, n a dû ordonner aussitôt les réparations nécessaires.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 16, à 5 h. 21 du soir.
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- AVIS DE I/ADMINISTRATION. — L’échéance du 30 novembre étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 30 novembre (n° 1174) de nous faire parvenir, soit par leur libraire soit directement le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera à’Paris et dans les’départements, présentée dès les premiers jours de décembre aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 6 décembre renouvelé ou donné ordre contraire. Tout abonne a La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une annee entière recevoir les Tables décennales (2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs. ’
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la s Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- IA SEMAINE
- Transport des dépêches de Paris, entre l’Hôtel des Postes et les gares de» grands réseaux. — M. H. Rouart a fait, à l’une des dernières séances de la Société d'encouragement, une communication très intéressante. Ce projet a en vue le remplacement des voitures postales actuelles, lentes, encombrantes et coûteuses, par un système de tubes pneumatiques fonctionnant d’après le même principe que ceux des dépêches, mais- beaucoup plus gros. La distance moyenne des différentes gares à l’Hôtel des Postes est d’environ 5000 mètres, et il faudrait pouvoir expédier, de chacune d’elles, environ 1000 dépêches en cinq minutes. On y arriverait facilement au moyen de chariots porteurs pesant environ 140 kg et portant chacun 100 kg de dépêches, roulant dans des conduites d’air comprimé de 0°*,40 de diamètre. D’après les calculs de M. Rouart, un train de 10 de ces chariots, portant 1000 kg de dépêches, offrirait une résistance totale correspondant à une charge d’eau de 5”,25, dont 3m,25 pour le frottement du train, et 2 mètres en moyenne pour le frottement de l’air dans les tuyaux. On arrive ainsi à la conclusion qn’il suffirait d’une machine de 200 chevaux pour desservir tout le réseau, d’environ 9 kilomètres en tuyaux de 0m,40. Le prix d’établissement de ce réseau et de ses machines ne dépasserait guère 850 000 francs ; son exploitation coûterait 50 000 francs par an, chiffre à peu près dix fois moindre que celui que coûte le service actuel.
- INFORMATIONS
- —®— Les-cycles de toutes sortes se multiplient aux Etats-Unis, les usines deviennent de plus en plus nombreuses, des cercles vélo-cipédiques masculins et féminins se créent de tous côtés, et voici un détail qui montre d’une façon bien curieuse l’essor de ce sport : Le United States Patent office, autrement dit le Bureau des brevets des Etats-Unis, publie périodiquement, comme tous les bureaux de brevets, un catalogue des inventions patentées; or cet office vient de faire paraître, suivant cette habitude, un Recueil des inventions relatives aux vélocipèdes. Cela se nomme Recueil des brevets de cycles, vélocipèdes et organes auxiliaires accordés aux Etats-Unis de 1789 à 1892. Or, ce relevé, fait par M. James T. Allen, inspecteur du service, ne comprend pas moins de deux énormes volumes, l’un de 454, l’autre de 1049 pages. Du reste, pour les brevets relatifs à cette matière toute spéciale pris postérieurement à 1892, il se publie un fascicule périodique. En dehors de l’intérêt de curiosité qu’il présente, le Recueil en question peut évidemment rendre de grands services à ceux qui s’occupent de cette industrie.
- —La Société des aviculteurs français organise sa première exposition internationale, qui se tiendra du 12 au 15 décembre au Palais de l’Industrie, à Paris, en même temps que l’exposition du
- Cycle. Elle promet d’être fort importante et d’amener un nombre considérable d exposants et de visiteurs. Le programme, comptant quantités de classes et de récompenses, sera publié très prochainement. Pour tous renseignements, on doit s’adresser àM. le secrétaire général de la Société des aviculteurs français, 41, rue de Lille, à Paris.
- © , L’empereur de Chine a donné sa sanction pour la construc
- tion immédiate d’un chemin de fer de Sanghaï à Nankin, via Sou-Tchéou et Tchin-Kiang.
- —C’est le Forban, torpilleur français de haute mer, qui détient le record de vitesse à la mer. Ce petit bateau a 44 mètres de longueur, 4m,64 de largeur, déplace 135 tonneaux et possède une machine de 3250 chevaux. Il a été construit par M. Augustin Normand, du Havre. Le marché stipulait une vitesse de 29 à 30 nœuds pendant une heure à toute vapeur.Dans les essais officiels qui viennent d’avoir lieu à Cherbourg, le Forban a donné 31,02 nœuds, dépassant ainsi de plus de un nœud les conditions du marché. C’est une marche de 57kil,450 à l’heure.
- ®— Une nouvelle statue à Pasteur. La Société de médecine vétérinaire d’Eure-et-Loir vient de décider d’ouvrir une souscription publique pour élever ummonument à Pasteur sur une des places de Chartres, en souvenir de ses premières recherches sur la maladie charbonneuse dans la Beauce.
- —©— Le journal anglais Monthly Weather Review contient une Note intéressante sur plusieurs tempêtes de, poussière qui se sont produites dans l’Oklahoma, le Dakota, le Colorado. En certaines localités le ciel a pris une teinte spéciale, foncée, due aux poussières en suspension dans l’air, et la neige qui est tombée peu après était teinte en rose. Fondant sur les habits, elle laissait sur ceux-ci des traces non équivoques de boue. Dans l’Oklahoma il est tombé des pluies de boue.
- —©— M. Weyers, ingénieur et naturaliste à Indrapœra (île de Sumatra), a communiqué récemment à la Société de physique et df histoire naturelle de Genève (séance du 15 novembre 1894) une Note concernant les relations qui existent entre les Toucans et les Singes. Dans les forêts de Sumatra, les premiers servent aux seconds d’indicateurs, fort mal récompensés, pour la découverte des arbres où les fruits sont parvenus à l’état de maturité.
- N Otes cyclistes. — Les principes mécaniques qui régissent l’équilibre de la bicyclette ne paraissent pas être encore très répandus si l’on en juge par l’explication suivante, cueillie chez un de nos confrères que nous nous abstiendrons de nommer. A propos d’un bizarre vélo aquatique dont l’équilibre était, à la seule inspection de la ligure, plus qu’acrobatique, notre confrère accusait l’inventeur de ne pas posséder une connaissance très approfondie des lois de la mécanique et ajoutait : « Si un tore, vigoureusement lancé, se déplace parallèlement à lui-même, et c'est là la base de l’équilibre dans la bicyclette, rien ne prouve, etc. ». L’équilibre du bicycliste assimilé à celui d’un tore animé d’une grande vitesse, voilà qui n’est pas banal.
- — Ne pas pédaler aux descentes et freiner sans en avoir l’air par la simple pression des pieds sur les pédales en sens inverse du mouvement. à l’aide d’une bicyclette dont l’aspect extérieur est absolument identique à celui d’une bicyclette ordinaire, tel est le problème résolu par M. Juhel à l’aide d’un frein d’entraînement circulaire, automatique ou frein pédalier que nous décrirons prochainement.
- U.N AMI DE LA BICYCLETTE.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Nous avons indiqué en tète de la Boîte aux lettres du n° 1173, du 23 novembre 1895, l’adresse de M. L’Hôte, chimiste-expert ; il est l’auteur de l’article, mais le fabricant de l’appareil le Tutélaire estM. L. Contant, 28, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris. — La balle-parachute se trouve chez M. Dévot, 6, rue Jeanne-Hachette, à Paris.
- Renseignements. — M. H. B., à Paris. — 1° Il avait été décidé que de nouvelles expériences pratiques seraient effectuées cet été avec cette machine pour un service régulier; les essais n’ont pas eu lieu. — 2° Il y a actuellement un certain nombre de lignes de tramways électriques en construction. — 5° Nous pensons que les prix de revient seraient plus élevés avec le gaz et le pétrole.
- M. Queyron, à Paris. — La turbine de Laval a été décrite dans le n° 1083, du 3 mars 1894, p. 211.
- M. L. Madeira Pinta, à Lisbonne. —Pour tout ce qui concerne la destruction des rongeurs par le mvoktanine, il faut s’adresser à M. Danysz, à l’Institut Pasteur.
- M. 0. B., à X. — 1° Le sélénium est soluble dans l’acide sulfurique et dans l’acide azotique et l’eau régale en donnant de l’acide sélénieux. — 2° Nous pensons que vous pourrez vous procurer facilement ce produit chez les marchands de produits chimiques.
- M. G. Petit, à Rouen. — Vous auriez le renseignement que vous demandez en vous adressant directement à la fabrique de machines textiles de Drapera Hopedale (Massachusets), que nous avons mentionnée dans notre article.
- M. J. Delamure, à Genève. — La société qui exploite la turbine à vapeur de Laval a son siège, 48, rue de la Victoire, à Paris; cette machine est construite par la maison Bréguet, 19, rue Didot, à Paris.
- M. Lebrun, à Bordeaux. — Vous pourriez demander des renseignements à la Revue du cercle militaire, 37, rue Belle-chasse, à Paris.
- M. H. P. S., à Rennes. — II n’y a pas de journal pratique de ce genre ; on trouve toutes ces recettes et tours de mains dans divers petits recueils.
- Un abonné, à X. — U Agenda du chimiste 1895 donne la valeur de 2,31 pour la densité du chlorate de potasse cristallisé.
- M. A. Chassai, au Dorât. — Radiateurs et appareils de chauffage électrique : M. Cadiot, représentant la maison Crompton de Londres pour ces appareils, 12, rue Saint-Georges, M. F. Henrion, à Nancy.
- M. F. C. de Caavaïho Laavcdroy, à Puld. — L’énumération de tous ces ouvrages serait trop longue; il faut vous adresser directement aux grands éditeurs de science.
- M. Devillers, à Mangis. — Le fait que vous signalez est bien dû en effet aux diverses réflexions du son.
- M. Ch. Raff, à Rouen. — Il n’y a eu jusqu’à présent que des essais réalisés avec ce nouveau bec de gaz.
- M. Th. Jaulmes, à Marseille. — Pour copier à la presse un écrit quelconque, il est absolument nécessaire que celui-ci soit fait avec une encre spéciale.
- M. E. Gateau, à Sens. — 1° Les termes employés en électricité sont expliqués en détail dans tous les ouvrages techniques et notamment dans le Traité élémentaire de l'énergie électrique, de M. E. Hospitalier, et dans'le Traité d'électricité de M. Joubert, à la librairie G. Masson. — 2° Adressez-vous au constructeur que nous avons désigné à la fin de notre article.
- M. C. P., à Florence. — Nous avons publié des articles sur les voitures automobiles dans le numéro 1108, du 25 août 1894, p. 198, et dans le numéro 1153, du 6 juillet 1895, p. 84.
- Une Arménienne, à Paris. — Consultez le catalogue complet des ouvrages de photographie de la librairie Gauthier-Villars.
- M. W. Chelins, à Berlin. — Ainsi que nous l’avons dit en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la descrip-
- tion de cet enregistreur, il faut s’adresser pour cet appareil à , t M. J. Richard, 9, impasse Fessart, à Paris. (
- M. le lieutenant A. Bacot, à Fontainebleau.— Vous pouvez j demander ces renseignements et le produit nécessaire à l’expérience à M. Danysz, à l’Institut Pasteur, à Paris.
- Un lecteur, à Paris. — Nous croyons en effet que ie beurre soumis à une congélation constante se conserverait bien.
- M. J. Philippe, à Houdan. — Nous pensons que cet ouvrage a été publié à la librairie E. Bernard, à Paris.
- M. J. Blot, à X. — Vous trouverez des ouvrages de ce genre dans la bibliothèque de VEnseignement agricole, à la librairie Firmin-Didot, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — Pour pouvoir vous répondre, il faudrait faire des expériences comparatives très sérieuses et très délicates ; ces expériences n’ont jamais été faites.
- M. A. Besjardins, au château de Bougy (Calvados). — Dans le cas dont nous avons parlé, il s’agissait d’utiliser les piles Leclanché pour la charge d’accumulateurs à l’aide d’un mouvement d’horlogerie établissant le contact sur une batterie pendant deux minutes et toutes les vingt minutes.
- M. J.-B., à X. — La librairie E. Bernard a édité plusieurs ouvrages d’hydraulique appliquée, relatifs à des distributions d’eau dans les villes.
- M. E. Gossin, à Paris, en réponse à la demande que l’abonné 37, à Lunéville, nous faisait dans la Boîte aux lettres du n°1172, du 16 novembre 1895, concernant les skis ou patins à neige, nous écrit que l’année dernière M. De Vivie, directeur du journal le Cycliste, 3, rue de Roanne, à Saint-Etienne, avait essayé de lancer ce sport dans sa région ; il avait fait venir de Norvège des patins à neige.
- M. D. Bourrageas, à Marseille. — Cet appareil à ouverture de circulation d’air facilitera certainement beaucoup la ventilation : de la chambre ; mais il n’est pas possible de dire que les accidents provenant des fuites de gaz seront ainsi évités.
- M. L. R., à Paris. — Vous voulez parler du monte-escalier Amiot, qui a été décrit dans le n° 858, du 9 novembre 1889, j p. 373; cet appareil ne se fabrique plus. (
- M. Potin, à Rennes. — l°On travaiUe actuellement à fabriquer plusieurs modèles de lampes portatives à l’acétylène ; nous • en ferons connaître quelques-unes. — 2° Il existe un grand ; nombre de traités de métrophotographie, notamment La photographie appliquée aux levers des plans, par Bornecque, à la : librairie Michelet, à Paris, ainsi que L'iconométrie et la métrophotographie par le colonel Laussedat, et Le s levers photographiques, par Le Bon, à la librairie Gauthier-Villars.
- Un lecteur, à Billom. — 1° Glacières de famille, chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, et chez M. Schaller, 332, rue Saint-Honoré ; nous avons décrit ces deux appareils dans les ; Petites Inventions du n° 1041, du 13 mai 1893, et dun° 1102, j du 14 juillet 1894. — 2° On n’a publié jusqu’ici à ce sujet que des articles de journaux. — 3° Nous avons fait connaître dans nos Boîtes aux lettres plusieurs adresses de fournisseurs de carbure de calcium.
- M. L. Hamon, au Breuil-de-Beaulieu. — La première ré- ; ponse ci-dessus vous donne satisfaction. !
- M. F. Fabre, à Marseille. — Pour tout ce qui concerne cet I appareil, il fallait s’adresser à notre collaborateur M. Villon; , mais il est décédé dernièrement.
- M. S. Bjelovucic, à Jagnina. — 1° Presses à huile : M. Auriol, i 45, rue Godot-de-Mauroi, etM. Lozes, 39, quaide la Tournelle, à Paris. — 2° Moulins à paille : MM. Amelin et Renaud, 59, ; rue Jean-Jacques-Rousseau, à Paris, et M. A. Dardel, à Melun. :
- M. Robert, à Lorient.— 1° Il vous suffirait d’écrire à M. Raoul Pictet, à Genève. — 2° Nous examinerons volontiers la Notice que vous voudrez bien nous envoyer sur vos appareils.
- Un étudiant, à Dijon. — Traité de pisciculture pratique, par Koltz, autre traité par M. Bouchon-Brandely. à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rua Jacob, à Paris.
- M. A. Marguerie, à Mandeville. — Vous pourriez essayer de filtrer le liquide sur du charbon en grains concassé.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Mevière, à Paris. Cet appareil n’existe pas dans le commerce; il faut le monter soi-même dans un laboratoire. — Cercle du Sapin, à Chaux-de-Fonds. Nous n’avons pu nous procurer ce renseignement.
- — M. F. L., à Paris. Nous ne saurions nous occuper de ces achats: mais vous pourriez peut-être faire à ce sujet une annônce en vous adressant à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus. — M. G. Petit, à Rouen. Nous ne connaissons pas l’adresse de ce journal. —
- M. G. M., à Lyon. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série (G. Masson, éditeur). — M. Dubois, à Paris. Remerciements pour . votre communication.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- D’APRÈS NATURE
- Texte et dessins inédits de À Robida
- 1. Dans le port à marée basse. On y es bien pour croquer quelques bateaux à sec sur le galet, mais on ouvre quelquefois 1 écluse de chasse de la retenue.
- 2. Le radeau sur l’étang à Saint-C..,. Le paysage est superbe, rougi et doré par l’automne, mais un peu rhumatismal. —3. Dans le clos. Quelques animaux pour animer le paysage.— i Les études en forêt sont avantageuses, pendant la saison des champignons.— 3. A Fontainebleau, renommé pour ses grands chênes, ses rochers et ses rapins.— 6. Dernières études aux champs. Décidément la saison s'avance! — 7. Peintre de marine. Un coup de pinceau en passant pour raviver un peu le nom du vieux bateau.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- HYGIÈNE ET S4NTÉ
- Traitement des contusions.— lin moyen simple et à la portée de toutes les mères de famille pour les contusions est signalé par le docteur Auger de llolbec. C’est tout simplement l’huile d’olive qu’on trouve dans toutes les cuisines. On l’étend en larges couches sur la région contuse en faisant une légère onction avec la main ou de petits tampons d’ouate. C’est en somme un léger massage qu’on pourra sans inconvénients prolonger s’il y a un peu d’épancliement. Puis on applique une compresse largement imbibée de la même huile, et c’est tout. Le moyen n’est, on le voit, pas difficile à employer.
- Contre la migraine. — Nombreux sont les médicaments proposés contre la migraine, mais ce qui réussit à l’un ne réussit pas à l’autre; après un temps de succès telle drogue devient inefficace ou réussit à peine à enrayer l’accès. On a cherché à combiner les agents qui avaient ou semblaient avoir
- le plus d’action sur cette horrible maladie, sans gravité du reste dans le plus grand nombre des cas. Une des combinaisons les plus heureuses est la suivante, on lui a donné le nom de migraimne. Elle comprend les doses, suivantes :
- Caféine......................10 centigrammes
- Antipyrine. ....... 80 —
- Acide citrique............... 10 —
- Autant que possible, ce mélange ne doit pas être préparé longtemps à l’avance. Suivant l’âge, la vigueur du sujet, on prend un cachet de 50 centigrammes ou un gramme de migrai-nine, à la rigueur un deuxième si l’accès n’est pas arrêté, mais pas avant deux heures après l’ingestion du premier. En général l’accès est arrêté très rapidement, le mal de tête, l’état nauséeux se dissipent, la névralgie s’évanouit. Contrairement à bien d’autres agents employés contre la migraine, la migrai-nine préviendrait dans une certaine mesure le retour de nouvelles douleurs, d’accès ultérieurs. Dr X.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 novembre . 6" ,5 N. E. 0. Couvert. 3,4 Couv. jusq. 8 h.; puis nuag. jusq. 10 h.; quelq. nuages jusq. 17 h.; beau ensuite; brouil. de 500 m. à 8 h.
- Mardi 19 3*,1 N. E. 0. Couvert. 0,0 Beau jusqu’à 6 h. et de 19 à 22h.; couvert le reste du temps; gelée blanche.
- Mercredi 20 7",0 E. S. E. 2. Peu nuageux. 0,0 Nuageux jusqu’à 17 h.; beau ensuite; halo.
- Jeudi 21 7%0 E. 2. Peu nuageux. 0,0 Peu nuageux jusqu’à 20 h.; beau ensuite; halo.
- Vendredi 22 4*,4 E. S. E. 2. Couvert. 0,0 Presque couvert; pluie de 17 à 22 h.; petit brouillard au ras du sol à 23 h.
- Samedi 23 5%7 W. N. W. 2. Couvert. 13,6 Couvert ; pluie presque la moitié du temps ; quelques grains de neige à 24 h.
- Dimanche 24 — 1*.3 N. N. E. 5. Couvert. 7,3 Couvert; quelques grains de neige à 10 h.
- NOVEMBRE 1895 - SEMAINE MJ LUNDI 18 AU DIMANCHE 24 NOVEMBRE
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblements de terre. — Un de nos lecteurs, à Vire, nous écrit qu’une assez forte secousse de tremblement de terre a été ressentie dans cette ville dans la nuit du 17 au 18 novembre, à peu près exactement à 1 heure du matin. D’après un témoin, la vibration sismique aurait duré de trois à quatre secondes. II ne pouvait, d’ailleurs, s’agir de roulement de voiture ou autre genre de trépidation analogue, le phénomène ayant été constaté dans différents quartiers et aux environs de la ville.
- Le 19 novembre, en Italie, une sensible secousse de tremblement de terre a été ressentie à Milazzo. Il n’y a eu aucun dégât,, mais la population a été alarmée.
- Inondations dans les Vosges. — A la date du 13 novembre, une trombe est passée sur les Vosges et a déterminé à Epinal une' crue subite de la Moselle qui, ayant monté de 1",85 dans la nuit, a atteint 3“,50 à 9 heures, le lendemain matin.
- Les rues avoisinant la rivière et le canal des Grands-Moulins ont été inondées; le cours n’était plus qu’un lac ; la circulation a été interrompue dans plusieurs rues et les habitants cernés dans leurs maisons. Le courant
- a charrié des épaves, des meubles et quelques bestiaux. Il est tombé sur la région, en vingt-quatre heures, une moyenne de 72 millimètres d’eau.
- La digue du canal de l'Est s’est rompue le 13 novembre, à 5 heures du matin, sur une longueur de 60 mètres, dans la traversée de Fontenoy-le-Château. Un bief de 1800 à 1900 mètres s’est vidé, jetant environ 40000 mètres cubes d’eau dans la vallée. Fontenoy a été inondé. La ligne du chemin de fer de Remiremont à Cornimont a été coupée à Thiéfosse; dans la même commune, un pont a été emporté entre le village et la gare. A Saulxures-sur-Moselotte, des chemins de grande communication ont. été détruits sur une longueur de 60 mètres. A Nomexy, le canal de l’Est s’est rompu en trois endroits, aux mêmes points que lors de la catastrophe de Bouzey.
- Les dégâts causés par la crue de la Moselle ont été très importants et pourront atteindre dans les Vosges un million.
- A Vagney, le pont a été enlevé; c îui qui se trouve entre Zainvillers et la gare a également été emporté La circulation a été rétablie sur la ligne du chemin de fer de Thiéfossp. Dans la plaine de Golbey, l’usine des lits militaires a beaucoup soulfert; un séchoir a été enlevé.
- PHASES DE LA LUNE : P. 'J. le 24, à 7 h. 28 m. du matin.
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